Corpus Reporterre Downloaded and encoded by Olivier Kraif Reporterre - Le média de l'écologie 2011 fr Prospective de la répression, vue par un sociologue de la gendarmerie L’interstice Reporterre 2011/01/01 L’interstice (1er janvier 2011 à 22h28,) Prospective de la répression, vue par un sociologue de la gendarmerie. Reporterre. fr

Prospective de la répression, vue par un sociologue de la gendarmerie

Dans une étude pour la gendarmerie, un sociologue, Normand Filion, a établi une sorte d’encyclopédie des groupes actuels d’activistes. Le passage le plus inquiétant est celui, à la fin du document (« Essai de prospective croisée »), où il décrit la militarisation accrue des « forces de l’ordre ».

Entre novembre 2007 et août 2009, le Centre des Hautes Etudes de l’Armement (CHEAr), sous l’égide de la Direction Générale de l’Armement (DGA) (1,) a piloté une étude sur les « nouveaux rassemblements de personnes ». Inscrite au catalogue des études prospectives de défense à caractère politico-militaire, économique ou social (EPMES) sous le numéro 2007/061, cette étude a été lancée par le Centre de Prospective de la Gendarmerie Nationale (CPGN) pour déterminer et analyser les nouvelles formes de regroupements de personnes dans l’espace public. Pour le ministère de la Défense, l’enjeu de cette étude est de taille, car il s’agit de mieux connaître les nouvelles formes d’action collective, leur « typologie, les caractéristiques de la mobilisation, leurs modes de fonctionnement, le mode de constitution des groupes, les tendances futures et les réponses policières apportées (dimension comparative) ». L’objectif étant « d’adapter les modes d’action et moyens à engager ».

Pour mener cette étude, le CPGN et la Délégation à la prospective et à la stratégie (DPS) ont fait appel à un sociologue de l’université de Toulouse – Mirail, chercheur au Centre d’étude et de recherche Travail Organisation Pouvoir (sic !), spécialisé en sociologie des organisations et du management, en sociologie de l’emploi et des professions, diagnostic social d’entreprise/Normes, règles et systèmes de gestion : Normand Filion (2). Ce rapport édifiant de 150 pages, pour lequel l’Etat a déboursé 29 876,06 euros (voir ici à l’Annexe 2) et qu’on ne trouve pas sur Internet (mais qu’on a trouvé quelque part sous un buisson), a pour intitulé "Il n’y a pas de raison pour que cela s’améliore ; Les nouveaux rassemblements de personnes : enjeux et perspectives".

Dans le cadre de cette recherche, le sociologue a bénéficié du concours actif d’un certain nombre d’officiers du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG, 12 jours d’immersion), de gendarmes mobiles (4 jours d’immersion dans l’escadron 12/6 de Lodève, Montpelliers) et de CRS (5 jours d’immersion), mais aussi de services d’ordre syndicaux (2 demies journées d’immersion) et d’une « taupe » (infiltrée parmi des « caillasseurs » de banlieue).

Finalisé en août 2009, le rapport sert désormais de support de formation et d’étude au Centre de Recherche de la Gendarmerie Nationale (CRGN) et à l’Ecole des Officiers de la Gendarmerie Nationale (EOGN), soi disant dans une "approche exclusivement sociologique" (croyons les sur parole !), comme ce fut le cas le 24 avril dernier au Centre d’Etudes Supérieures de la Gendarmerie (CESG).

UN OEIL SUR LE RAPPORT :

Dans sa catégorisation des « nouveaux rassemblements de personnes », Filion établit grossièrement trois groupes distincts : les rassemblements festifs, les rassemblements politiques et les rassemblements violents. Voici la table des matières du rapport, qui en dit long sur son contenu même :

REMERCIEMENTS MANDAT INITIAL INTRODUCTION GENERALE METHODOLOGIE ET DEROULEMENT DE L’ENQUETE

PREMIER CHAPITRE - LES RASSEMBLEMENTS FESTIFS DE MASSE

1.1 Les diners blancs Mode opératoire Rôle des forces de l’ordre Eléments de prospective 1.2 Les free party : là pour rester Histoire d’un illégalisme identitaire Mode opératoire Rapport aux forces de l’ordre

DEUXIEME CHAPITRE - LES RASSEMBLEMENTS FESTIFS FURTIFS

2.1 Les flash-mobs (smart mobs, freezer, etc.) Définitions et principes Mode opératoire Les formes dérivées de flash mobs Eléments de prospective : flash mobs terroristes et délictueuses 2.2 Quelques autres rassemblements festifs urbains 2.2.1 Les fêtes dans le métro 2.2.2 Les "free hugs" (calins gratuits) 2.2.3 Les rassemblements tecktonik et les "battles" 2.2.4 Les rassemblements Facebook 2.3 Elements de prospective sur les rassemblements festifs

TROISIEME CHAPITRE - MENSONGES, BUSINESS ET RECUPERATION

3.1 Les "désobéissants" : l’imposture militante Histoire et "philosophie" Les actions : une logique d’appropriation du militantisme d’autrui Les stages de formation à l’action directe non-violente : un divertissement La faiblesse des effectifs et la réalité du "mouvement" Le cinéma de Mr Renou Eléments de prospective 3.2 Jeudi Noir : de la farce au rire (très) jaune Le business du militantisme marketing 3.3 Manifs de droite : encore un peu de business ? (et de récupération) Des intérêts personnels bien sentis Deux beaux exemples de récupération Eléments de prospective

QUATRIEME CHAPITRE - LES NOUVELLES FORMES DE RASSEMBLEMENTS MILITANTS

4.1 Le clan du néon : un modèle du nouvel activisme 4.2 Les déboulonneurs : l(e r)appel à la loi Histoire et mode opératoire Un autre rapport aux forces de l’ordre et un autre type de rassemblement 4.3 Les dégonfleurs : la roue a tourné Régulation et mode opératoire Eléments de prospective 4.4 Les brigades activistes de clowns : la non-action efficace Mode opératoire Eléments de prospective 4.5 Les actions "coup de poing" (etudiants) Définition Modes opératoires et participants Relations avec les forces de l’ordre et dégénérescence des "actions" Eléments de prospective

CINQUIEME CHAPITRE - LES BLACK BLOCS : PUISSANCE ET STRATEGIE

Histoire et définition Constitution et modes opératoires La pensée politique des Black Blocs Les modèles nationaux et le cas français Le mode opératoire des black blocs français L’acceptabilité sociale des black blocs et les frontières floues Eléments de prospective

SIXIEME CHAPITRE - LES CAILLASSEURS : LA HAINE, LA RAGE ET LA GUERRE

L’identité au centre de la haine et de la guerre La défense du territoire Les fonctions spécifiques des quatre types de caillassage Division et hiérarchisation du travail dans le caillassage Eléments de mode opératoire tactique Eléments de prospective

SEPTIEME CHAPITRE - ESSAI DE PROSPECTIVE CROISEE

7.1 Enjeux et prospective des nouveaux rassemblements de personnes Mondialisation et frontières numérique Rassemblements et éclatements : foules, groupes en rhizome et masses La porosité des "frontières" 7.2 Réflexions de prospective pour les forces du maintien de l’ordre L’émiettement du maintien de l’ordre : d’un métier à une fonction Du maintien de l’ordre au contrôle des foules : la militarisation 7.3 Prospective croisée : l’evanescent et le lourd

CONCLUSION

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Pour donner un résumé critique du rapport, on va procéder de façon bêtement scolaire et reprendre les grands axes du sommaire :

LES RASSEMBLEMENTS FESTIFS DE MASSE

Dans ce premier chapitre, Filion analyse le mode opératoire des dîners blancs et des free party. Il les réunit sous un même chapitre, parce qu’ils procèdent de manière similaire et possèdent des caractéristiques communes. Dépassant généralement les 500 participants, ils enfreignent la legislation exigeant de déclarer en préfecture tout rassemblement dépassant ce chiffre. Le lieu et le moment exact du "surgissement" ne sont pas connus par avance. Mais s’ils se ressemblent, c’est aussi parce que leurs participants, cooptés ou habitués, issus d’un même milieu socio-culturel (une même classe et/ou un même esprit), obéissent à une logique d’organisation pyramidale où un petit comité forme la tête pensante et transmet les modalités d’installation dans l’espace public de façon verticale et descendante.

Dans le cas des dîners blancs, la réaction des forces de maintien de l’ordre consiste à encadrer l’événement dans une optique de "protection des personnes" contre "pickpockets, bandes de jeunes des cités ou sans-abris" qui pourraient "gacher le plaisir". Il évoque à juste titre une "police de classe" qui prend d’avantage en considération l’origine sociale des participants que le "trouble à l’ordre public" constitué par leur présence : ce qui amène le commis à se poser la question de savoir si les forces de maintien de l’ordre réagiraient de la même façon si "4000 familles maghrébines faisaient tourner le méchoui sur le champ de mars". En terme de prospective à l’usage des forces de l’ordre, il évoque la possibilité de voir ce type de rassemblement s’étendre à d’autres classes sociales sous une forme plus populaire, ce qui impliquerait sans doute une autre réaction de leur part.

Pour les free party (illégales, en extérieur et à prix libre), que Filion distingue des teknivals (ou sarkovals : officiels, parfois organisés sur des anciennes bases militaires) et des raves (en intérieur, légales et payantes), il parle d’"illégalisme identitaire", résultant d’un certain fatalisme face au manque de reconnaissance des autorités : s’ils ont choisi l’illégalité, ce serait seulement parce qu’aucune de leurs demandes légales n’aboutit jamais. Les free party ne seraient donc pas politisées, mais constitueraient néanmoins un dérivatif ou un éxutoire permettant de "tenir dans une société de violence symbolique" en transformant les frustrations en énergie festive (ce qui fait dire à Filion que les free sont un produit de la société). Les free s’organisent donc en Zones Temporaires d’Autonomie ("libertés intersticielles et à durée déterminée") par défaut et non de façon consciente. De fait, n’ayant pas vocation à contester l’ordre établi même si elles le font de manière inconsciente, elles entretiennent à l’égard des forces de l’ordre un rapport ambivalent, "s’installant en dépit des forces de l’ordre, mais pas contre elles", faisant même régulièrement appel à elles en cas de problème.

Si on suit le raisonnement de Filion, ces deux types de rassemblements ne posent qu’un problème relativement mineur aux forces de maintien de l’ordre, dans la mesure où ils sont suivis soit par des personnes "bien éduquées" (sic), soit par des personnes n’ayant pas vocation à remettre en question l’ordre établi. Donc pas vraiment de trouble à l’ordre public, sauf de la part de personnes extérieures attirées par l’événement ou si leurs modes d’organisations se propagent à d’autres catégories de personnes (moins "éduquées" ou plus politisées).

En tout état de cause, s’il les évoque, c’est parce qu’il juge qu’ils sont à surveiller.

LES RASSEMBLEMENTS FESTIFS FURTIFS

Il s’agit ici des flash mobs essentiellement, dont Filion place les origines dans "les happenings des années 1960 ou le situationnisme et la performance comme forme d’art". Il les décrit comme ayant une finalité ludique, absurde ou surréaliste et les qualifie d’inoffensives, écologiques, apolitiques et légales (organisées dans un lieu public et libres d’accès). Elles se mettent en place grâce à Internet (réseaux sociaux, mails...), aux sms et au bouche-à-oreille et n’émanent pas d’un "acteur collectif constitué" mais plutôt d’un "agrégat d’individus atomisés". Selon lui, les mobs (flash-mobs et smart-mobs) et assimilés (battles tecktonik et hip-hop, free hugs, fêtes dans le métro et rassemblements Facebook) sont "socialement utiles comme dérivatifs sociaux, psychologiques et politiques" et ont "peu de coût pour les forces de maintien de l’ordre". Il va même plus loin, estimant qu’il est "positif (dans le cas des battles hip-hop) qu’ils dansent plutôt qu’ils ne fassent autre chose" (Filion semble être un adepte de la pacification sociale). Il est clairement sous-entendu qu’il existe un risque intrinsèque au mouvement hip-hop qui n’existe pas dans les autres rassemblements, puisque les battles tecktonik quant à elles ne constituent un trouble à l’ordre public que dans la mesure où les tecktoniks sont bien équipés (ipods, etc.) et offrent une occasion aux voleurs.

Par ailleurs, il estime que ces rassemblements ont tendance à se banaliser, à être un peu out pour certains d’entre eux, et qu’il faut s’attendre à ce qu’ils changent de formes et de méthode. Il évoque le risque que ce type de mobilisations par le biais des moyens de communication, dans la mesure où elles se font de façon anonyme et sans liens directs, mettant en réseau des personnes qui ne se connaissent pas mais qui ont un même objectif, pourraient prendre des formes "violentes, délinquantes, criminelles ou terroristes" (hypothèse évoquée dans l’étude commandée en 2007 par le ministère de la Défense britannique, Future Stratégic Context) . Il prend pour exemple la "flashmob rampage" (déchainement) qui s’est tenue le 2 juin 2009 à Philadelphie où plusieurs dizaines de jeunes auraient été appelés à dévaliser une station service ("free for all").

Mais dans les cas de flash-mobs et rassemblements classiques, il pense que les débordements constatés jusqu’à présent n’ont eu lieu que parce que l’intervention des forces de police, mal venue ou disproportionnée, a été vécue comme une provocation (rassemblement Facebook de Tours le 7 mars 2009). Même s’il ne le dit pas dans son rapport, ce ne serait pas étonnant que ces rassemblements inopinés soient soumis dans un proche avenir à une déclaration préalable en préfecture ou à un meilleur encadrement policier une fois constatés. De quoi les rendre encore un peu plus out...

MENSONGE, BUSINESS ET RECUPERATION

Ce chapitre est consacré aux collectifs militants aimant à se mettre en scène et entretenant des rapports privilégiés avec les médias, mais aussi avec les partis politiques. Leurs membres sont décrits comme adorant parler d’eux-mêmes et parlant trop, se visibilisant à l’extrême et n’existant finalement que pour et par les médias, n’hésitant pas à organiser des "manifestations de papier" pour le plaisir des journalistes. Il s’agit des nouvelles formes du militantisme-spectacle et de l’activisme-divertissement, dont les actions sont formatées pour les médias. Filion pointe un "vide conceptuel dans les revendications", mais aussi et surtout un manque cruel de sincérité.

Tout un paragraphe intitulé "le cinéma de Mr Renou" s’applique à démonter la figure du leader des désobéissants, lui reprochant d’avoir usurpé au militantisme antinucléaire dont il est issu ("Non au missile M51", Greenpeace et Bomspotting) des techniques de lutte non violente pour les mettre au profit du réseau Désobéissants qu’il a lui même créé et dont il est à la fois le porte-parole et le leader incontesté. Son réseau n’a pas de cause précise, mais embrasse toutes les causes, servant de "bourse" d’échange de militants (4000 contacts mobilisables) sur n’importe quel événement et s’appropriant le militantisme d’autrui. Renou quant à lui apparait comme omniprésent et narcissique, se mettant toujours en avant et ne se déplaçant qu’en présence de journalistes.

Le réseau des Désobéissants n’est "pas là pour agir, mais pour exister". Ses stages sont un divertissement, visant en théorie à donner des techniques, alors qu’ils s’appliquent en vérité à produire du "spectacle clé en main". Ils doivent "faire frissoner l’apprenti militant" en le soumettant à la règle du secret et en lui faisant croire que le réseau est surveillé étroitement par la police, n’hésitant pas à mettre en scène la présence des renseignements généraux a proximité des stages (cf. reportage "Les rois du monde" de l’émission Strip-tease) pour donner du crédit à son action. Tout est fait pour augmenter l’importance du réseau, alors qu’aucune action n’a jamais dépassé la quarantaine de participants (action de blocage lors du sommet de l’OTAN). Et le site du réseau, "vitrine du mouvement", avec son forum, son agenda et sa boutique y contribuent beaucoup.

Jeudi Noir en prend aussi pour son grade. Ses créateurs Manuel Domergue, Julien Bayou et Lionel Primault, diplomés et impliqués auprès des Verts ou d’Europe Ecologie, sont accusés d’avoir mis sur pieds une "machine à réseaux politico-médiatiques au service des partis politiques ou d’intérêts personnels", en s’assurant le soutien des élus de gauche (Verts, Europe Ecologie, NPA, Front de Gauche, LO, PS...) et en courtisant les journalistes, toujours friands des actions menées par ces "militants consommateurs" adeptes d’un "militantisme fun" (est notamment pointée du doigt la collusion entre Jeudi Noir et Mediapart pour la publication d’une carte des immeubles vides de Paris). Manuel Domergue, par ailleurs assistant parlementaire d’un sénateur vert, a ainsi participé à la création d’autres collectifs du même accabi comme Génération Précaire (2005), La France qui se lève tôt (2007) ou Sauvons les riches (2009), tandis que ses comparses ont créé leur agence de communication (Scop Bayou & Primault) pour "vendre des actions militantes clé en main". Filion leur reproche également d’avoir instrumentalisé des militants sincères qui se battent pour le reconnaissance du droit au logement en les laissant se dépatouiller face aux forces de l’ordre tandis qu’ils tirent les bénéfices de leur business militant.

Les manifs de droite entrent aussi dans cette catégorie des impostures en tant qu’elles sont un pur produit commercial, véritable faire-valoir pour les artistes qui veulent se contruire un portfolio grâce au concours de nombreux photographes professionels, mais aussi pour un cinéaste comme Arnaud Contreras qui en fera un film de 9 minutes vendu 15 euros sur le site "manif de droite".

En terme de prospective, Filion semble considérer que ces mouvements ne sont pas destinés à changer, qu’ils resteront aussi peu crédibles et sont condamnés à dévoiler leur vraie nature. Leurs "militants" sont de toute façon peu actifs et ne semblent pas mériter que les forces de maintien de l’ordre s’intéressent à eux. Il émet néanmoins l’hypothèse d’une autonomisation de petits groupes de personnes formés chez les Désobéissants et qui pourraient être prêts à "s’accrocher n’importe où"...

LES NOUVELLES FORMES DE RASSEMBLEMENTS MILITANTS

Les nouveaux rassemblements militants (clans du néon, dégonfleurs (3), déboulonneurs, brigades activistes de clowns (4)) ont la particularité de ne plus être véritablement des "rassemblements" mais d’opérer sous la forme de "commandos", autonomes et dispersés sur le territoire. Majoritairement non violents, pacifistes, voire désobéissants, ils ont tendance à se substituer à l’Etat pour produire de la jurisprudence, faire appel à la loi. Ils sont "vertueux, légitimes et inattaquables", dévoilent l’hypocrisie et les manquements de l’Etat, le rappellent à ses obligations. Ils regroupent des militants jeunes, qui ne sont membres de rien et "veulent passer à l’action hors des grandes structures militantes". Ils s’approprient diverses causes et adoptent "avec humour" des modes opératoires "simples et efficaces", mais offrent peu d’emprise au maintien de l’ordre public : ils provoquent seulement des "petits troubles localisés".

Pour certains de ces collectifs, leur rapport aux forces de maintien de l’ordre change du militantisme classique en ce qu’ils acceptent parfois de se faire interpeller (déboulonneurs), ou n’hésitent pas à établir une proximité avec la police, mettant en évidence leur impuissance, quitte à la ridiculiser en s’incrustant parmi ses rangs (brigades de clowns). Ils causent l’embarras, gênent les forces de maintien de l’ordre du fait de leur légitimité.

Filion place une distinction entre les actions de ces collectifs et les actions "coup de poing" des étudiants, qui n’ont pas "franchi le cap de la post modernité" et utilisent des méthodes héritées du militantisme syndical classique : autoréductions, péage gratuit, démembrements, occupations, blocages. Leur organisation repose sur une démocratie politico-syndicale, avec la mise en place de comités de lutte et de commissions tirant leur légitimité de l’assemblée générale. Cependant, ils cultivent le secret et sont paranoïaques, à juste titre parce qu’ils sont semble-t-il "complètement infiltrés". Et surtout, leurs actions "se terminent généralement mal", sucitant une réaction souvent "intempestive" de forces de police non spécialisées et agissant davantage pour faire des interpellations que pour le maintien de l’ordre (ici le commis vise la BAC). Filion constate que les actions étudiantes sont limitées dans le temps : les plus pacifistes se retirent, tandis que les "ultras" cherchent à en "découdre avec la société", se radicalisant dans leurs "discours, la culture du secret, la violence matérielle et le rapport aux forces de maintien de l’ordre".

En terme de prospective, Filion estime que les premiers mouvements sont voués à perdurer, à resurgir périodiquement sous d’autres formes, tandis qu’il est envisageable que les étudiants "ultras" s’affranchissent à l’avenir de la légitimité démocratique conférée par les AG pour mener peu à peu une "guerilla economico-politique".

LES BLACK BLOCS : PUISSANCE ET STRATEGIE

Son analyse aprofondie des black blocs pointe les divergences de tactiques selon les pays, remarquant de la part des BB français une tendance à mener une guerre de position, par l’utilisation du caillassage à distance au détriment d’une tactique de contact. Il impute cette spécificité au fait que les BB français sont généralement en faible effectif, mais aussi aux techniques de la police française, prompte à canarder de loin.Il reconnait au black bloc un fond politique, mais effectue une singulière distinction entre les activistes politiques et les "casseurs" : "Mais avant toute chose, départageons entre les black blocs et ce qui peut leur ressembler. Tout ce qui porte capuche, foulard et est habillé de noir, tout ce qui lance des projectiles sur les forces de l’ordre, casse des vitrines ou incendie des poubelles lors de manifestations de sont pas des black blocs, malgré les ressemblances. Et s’ils se ressemblent par la forme, c’est sans doute en raison de la puissance symbolique et politique des black blocs, porteurs d’une logique politique propre mais qui entraîne - aussi involontairement - avec elle les autres formes de révolte sociale. Ainsi en est-il de ces "casseurs" qui passent à l’action en marge de manifestations légales et qui, portant sweat-shirt à capuche et foulard, s’approprient la forme sociale - une tenue - de la révolte pour procéder à des exactions de nature délictuelle : agressions, dégradations, pillages, etc. Rien n’est plus loin de l’"esprit black bloc" que ces "casseurs" urbains [...]"

Pour Filion, les BB bénéficient d’une forme d’acceptabilité sociale de la part des autres militants anti-mondialisation, dans la mesure où existe entre eux une forme de coexistence pacifique lors des contre-sommets, aussi bien sur les campements qu’en action, où prime généralement la diversité des tactiques.

A l’avenir, les BB pouraient bien subir des évolutions selon deux tendances marquées : "la tendance anglo-saxonne cherchant à professionnaliser les modes opératoire pour gagner en efficacité et la tendance plus spécifiquement française misant sur les impulsions locales pour créer des affrontements". Mais Filion estime que les BB n’ont pas encore fait leurs preuves et relativise leur dangerosité en se basant sur certaines manifestations d’agriculteurs, de marins pêcheurs, de pompiers ou de chauffeurs routiers qui ont entraîné des dégradations et des affrontements d’une autre envergure. Enfin, il consacre la fin de son chapitre sur le décret anti-cagoules qui selon lui n’empêchera pas les BB d’exister, mais pourrait provoquer un renforcement des tactiques avec l’utilisation de lanceurs plus puissants, le renforcement de techniques de mobilité des individus et des groupes et une consolidation des diverses pratiques de harcèlement et de guérilla urbaine multidirectionnelle, l’utilisation de masques empruntés à d’autres collectifs militants (de clowns, à l’effigie du président...) ou encore un déplacement des cibles, abandonnant la "guerre frontale" pour des actions contre d’autres symboles de l’Etat.

LES CAILLASSEURS : LA HAINE, LA RAGE ET LA GUERRE

Enfin, un large chapitre est consacré aux "caillasseurs" de banlieue dont il dresse un portrait sociologique détaillé, distinguant plusieurs types de caillassage : le caillassage spontané ; le guet-apens ; le caillassage d’affrontement ; le caillassage de diversion. Il considère notamment les émeutes de 2005 comme un événement spontanné à distinguer des caillassages "quotidiens", plus ritualisés. Il constate des modes d’action organisés supposant une répartition hiérarchique dans laquelle les "petits" n’ont pas la même fonction que les plus âgés. Il s’agirait d’une guerre de territoire, identitaire, mais aussi une révolte face à la présence de policiers indésirables parce qu’abusifs dans leurs méthodes d’intervention.

Il met en avant une militarisation inéluctable des forces de l’ordre et à un recours inévitable, dans l’avenir, d’armements plus offensifs de part et d’autre. Comparant leurs modes opératoires, Filion considère que les "caillasseurs des banlieues seraient devenus "le miroir des forces de l’ordre". Dans cette perspective, le risque serait que les caillasseurs dépassent leur cadre identitaire et territorial pour s’emparer des technologies de l’information et de la communication pour s’organiser et mener des actions hors des murs de leurs cités, armées ou non, et pourquoi pas autour d’une cause commune qui serait par exemple... l’Islam. Adepte de l’hypothèse du pire (ce n’est pas par hasard qu’il bosse pour les gendarmes), Filion s’imagine qu’une "Intifada collective surviendra" forcément.

ESSAI DE PROSPECTIVE CROISEE

Filion avance que "l’hypothèse de la progression en pire représente le scénario de la continuation de notre société moderne" et qu’il n’y a pas de raison pour que cela s’améliore. Pour lui, on assistera à une atomisation continue des formes d’action et à la multiplication de "commandos furtifs" qui agissent pour disparaitre aussitôt, n’offrant que peu de prises aux forces de maintien de l’ordre. L’utilisation des moyens de communication et d’information est amenée à s’intensifier et pourrait s’étendre à d’autres réseaux communautaires tels que SecondLife. Il "ne manque que la conscience collective d’une cause, des connexions Internet et un adversaire commun pour que le terrorisme civil et urbain ne démarre". Des fédérations numérique d’un nouveau genre pourraient voir le jour et transcender les frontières entre le virtuel et le réel pour amener dans l’espace public des "nouveaux rassemblements de personnes", qu’ils soient festifs ou violents, voire festifs ET violents. Filion envisage même que des "forces de la violence" pourraient se constituer et être mises à disposition de diverses causes : on ferait alors appel à des spécialistes de la violence pour mener certaines actions... Il faudrait donc se préparer à des modes d’actions plus furtifs, plus spontanés, imprévisibles et n’étant pas du ressort des forces de maintien de l’ordre.

Filion pense que le maintien de l’ordre continuera de subir un phénomène de destructuration, d’émiettement et d’atomisation (les acteurs impliqués dans le maintien de l’ordre se multiplient au détriment des corps spécialisés - gardes mobiles, CRS) parallèlement à une militarisation accrue. Il énumère quelques armes utilisées pour le maintien de l’ordre aux Etats Unis et susceptibles de traverser l’Atlantique dans l’avenir, tels que le Crowd Dispersal Cartridge (flash ball multiballes), l’ALR (canon à son diffusant des impulsions sonores) ou l’Active Denial System (diffusant un faisceau d’ondes électromagnétiques d’une fréquence de 95GHz générant une sensation de brulûre car augmentant la température des molécules d’eau de l’épiderme ; utilisé en Irak).

Tout cela implique pour Filion "un passage progressif du maintien de l’ordre au contrôle des foules" permettant "d’éviter la prise de contact direct et le corps à corps" avec des foules hostiles. On passe d’un mode d’action défensif à un mode d’action préventif ou les "corps refusants" sont gérés de loin. De toute façon, "les forces de l’ordre deviendront trop puissantes pour qu’il y ait des répliques de masse". Les troubles seront donc d’un autre ordre : locaux, stratégiques, ciblés, furtifs et armés.

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Notes :

1. Voir l’arrêté portant création du comité de cohérence de la recherche stratégique et de la prospective de défense.

2. Ce n’est pas sa première étude pour le Centre de Prospective de la Gendarmerie Nationale. Il a déjà rendu un rapport sur les locaux de gendarmerie intitulée "Les lieux qui conviennent : Les locaux de service à l’aube du XXIe siècle"

3. "Les dégonflés" et "Pfff" (Paris), les "mous de la roue" (Lille), les "Raplaplas" (Lyon), "Solid’Air" (Bordeaux), les "Dégonfleurs anonymes" (Grenoble), les "Flagadas" (Bruxelles).

4. Brigades Activistes des Clowns (BAC, Paris), Clowns à Responsabilité Sociale (CRS, Clermont Ferrand), le Groupe d’Intervention des Gros Nez (GIGN, Lyon), la Chti Armée des Clowns Qu’in rente euh’dans ! (CAC40, Lille), la Clandestine Insurgent Rebel Clown Army (CIRCA, Angleterre), Brouhaha (Canada), les Clolonels (Hollande), le Smile liberAction Front (Israel)...

Les voeux de Stéphane Hessel Stéphane Hessel - Mediapart Reporterre 2011/01/03 Stéphane Hessel - Mediapart (3 janvier 2011) Les voeux de Stéphane Hessel. Reporterre. fr

Les voeux de Stéphane Hessel

« Vivent les citoyens et les citoyennes qui savent résister ! »

Mes chers compatriotes,

La première décennie de notre siècle s’achève aujourd’hui sur un échec. Un échec pénible pour la France ; un échec grave pour l’Europe ; un échec inquiétant pour la société mondiale.

Souvenez-vous des objectifs du millénaire pour le développement, proclamés en 2000 par la Conférence mondiale des Nations Unies. On se proposait de diviser par deux en quinze ans le nombre des pauvres dans le monde. A la même date, on entamait une nouvelle négociation pour mettre un terme au conflit vieux de trente ans du Proche Orient – les Palestiniens auraient droit à un Etat sous deux ans. Echec sur toute la ligne ! Une plus équitable répartition entre tous des biens communs essentiels que sont l’eau, l’air la terre et la lumière ? Elle a plutôt régressé, avec plus de très riches et plus de très très pauvres que jamais.

Les motifs d’indignation sont donc nombreux. Ce petit livre Indignez-vous ! – qui a eu un extraordinaire succès auprès des parents, et plus encore de leurs enfants, auxquels il s’adresse –, c’est quelque chose qui me touche profondément. De quoi faut-il donc que ces jeunes s’indignent aujourd’hui ? Je dirais d’abord de la complicité entre pouvoirs politiques et pouvoirs économiques et financiers. Ceux-ci bien organisés sur le plan mondial pour satisfaire la cupidité et l’avidité de quelques-uns de leurs dirigeants ; ceux-là divisés et incapables de s’entendre pour maîtriser l’économie au bénéfice des peuples, même s’ils ont à leur disposition la première organisation vraiment mondiale de l’histoire, ces Nations Unies auxquelles pourraient être confiées d’un commun accord l’autorité et les forces nécessaires pour porter remède à ce qui va mal.

Au moins nous reste-t-il une conquête démocratique essentielle, résultant de deux siècles de lutte citoyenne. Elle nous permet de revendiquer le droit de choisir pour nous diriger des femmes et des hommes ayant une vision claire et enthousiasmante de ce que la deuxième décennie qui s’ouvre demain peut et doit obtenir. Voilà la tâche que je propose à tous ceux qui m’écoutent. Qu’ils prennent appui sur les auteurs courageux qui se sont exprimés ces derniers mois, sur Susan George et son beau livre Leurs crises, nos solutions, sur Edgar Morin et son dernier tome L’Ethique, sur Claude Alphandéry et ses propositions pour une économie sociale et solidaire. Avec eux, nous savons ce qu’il est possible d’obtenir.

N’attendons pas. Résistons à un président dont les vœux ne sont plus crédibles.

Vivent les citoyens et les citoyennes qui savent résister !

Pour le climat : une taxe sur les transactions financières Geneviève Azam et Jacques Cossart Reporterre 2011/01/03 Geneviève Azam et Jacques Cossart (3 janvier 2011) Pour le climat : une taxe sur les transactions financières. Reporterre. Tribune — fr

Pour le climat : une taxe sur les transactions financières

Cancun a sauvé pour le processus onusien de négociation climatique. Pour le reste, l’accord trouvé au Mexique en décembre 2010 reste très en-deçà des pas nécessaires pour lutter véritablement contre le changement climatique.

La célébration, quasi unanime, de l’accord de Cancun, constitue en soi un évènement étrange. Nombre de mouvements sociaux, souvent déjà fermement engagés dans la recherche de solutions, se sont trouvés sans voix devant cette déferlante d’applaudissements alors que le texte ne répond pas aux engagements minimaux pour faire face à la crise climatique.

La feuille de route, élaborée à Bali en 2007, devant conduire à une nouvelle phase d’engagement de réduction des émissions après 2012 et le protocole de Kyoto de 1997 lui-même, semblent appartenir à la préhistoire, aux mots à éviter pour ne pas fâcher. Après une rude bataille de certains pays pour que soit pris à Cancun l’engagement précis d’un renouvellement du protocole, le texte évoque certes une telle étape, malgré l’opposition explicite du Japon et de la Russie, mais il laisse un flou tel qu’il n’est pas exagéré de penser que ce protocole pourrait être enterré.

Le texte de Cancun, en l’état, n’ouvre pas d’espace pour une inversion de la courbe du réchauffement climatique qui, en l’absence des réductions nécessaires mises en évidence par des rapports scientifiques successifs, conduirait à un réchauffement de l’ordre de +4°C à +6°C. Face à ce désastre, le communiqué final n’a pas même repris, dans les « éléments des accords », les 2°C maximum d’augmentation de température ; ils sont simplement évoqués comme une question à propos de laquelle il convient de « travailler ».

Quel sens alors donner à l’enthousiasme des États et de nombre d’ONG ? La séance finale fut d’abord certainement un grand moment de catharsis après l’échec médiatisé de la conférence de Copenhague. Nous pouvons en déduire qu’il ne s’agit là que d’une façade, de belles images pour la presse internationale et d’une justification pour les délégations de retour dans leur pays. Il y a cela bien sûr mais il y a plus. Les délégations des pays du Sud, celles des pays les plus pauvres en particulier, soumises à de multiples pressions et n’ayant pourtant obtenu aucune garantie réelle en échange d’engagements toujours plus importants, ont applaudi pour la plupart la poursuite du processus onusien. Les Nations unies sont la seule tribune, la seule arène où ils peuvent s’exprimer. L’absence d’accord aurait renforcé encore tous ceux, qui tout en célébrant, dans les mots, le multilatéralisme - un multilatéralisme entre soi - , considèrent les Nations unies comme une machine bureaucratique de trop, dont il faut réduire le poids. Ceux-là ont tout fait pour que ce texte ne soit pas le produit d’un compromis : les options des différentes parties n’ont pas été intégrées, c’est un compromis-consensus entre quelques-uns obtenu dans des réunions feutrées, sur le modèle si efficient des négociations de l’Organisation mondiale du commerce ! Malgré cela, ne pas avoir éliminé le processus onusien est le seul véritable point positif de Cancun.

Ce sommet de Cancun, bien plus encore que celui de Copenhague, est pris dans la tourmente de la crise globale et l’évanouissement de l’espoir d’en sortir par quelques mesures cosmétiques. Comme attendu, il a aussi buté sur les financements, les États-unis ayant fait preuve en la matière d’une extrême intransigeance. Le texte de Copenhague avait mentionné la création d’un Fonds vert, des financements rapides d’ici 2012 et des financements nouveaux, pour arriver à 100 milliards de dollars par an en 2020. Jusqu’ici ce sont quelques millions qui ont été vaillamment engagés. Le Fonds vert est certes créé mais aucun financement n’est véritablement prévu, car aucun des nouveaux outils envisagés n’a pu voir le jour, ni la taxe sur les transports aériens, ni celle sur les transports maritimes.

Quant aux recettes obtenues de la vente aux entreprises des crédits d’émission à partir de 2013, les décisions européennes annulent cette source : près de 90% des entreprises soumises aux quota d’émission en seront exonérées jusqu’en 2020 ; c’est la compétition qui prime ! En terme d’argent public, il ne reste plus qu’à puiser dans les maigres ressources de l’aide au développement, au mépris du texte onusien qui demande des financements additionnels.

Faute d’argent public, ce sont les capitaux privés et les financements par les marchés du carbone qui devraient fournir pour l’essentiel l’argent nécessaire. C’est une des raisons pour lesquelles le texte de Cancun laisse ouverte la possibilité de créer de nouveaux marchés du carbone, sur la forêt, sur les sols. Pourtant, un tel marché européen, mis en place en 2005, s’est révélé d’une grande inefficacité écologique et, pire, un lieu nouveau de spéculation et de délinquance financière. De nombreux rapports officiels, celui de la Deutsche Bank en particulier, en témoignent. Le Fonds vert, privé de ressources publiques, n’a plus qu’à être administré par la Banque mondiale, qui continue à financer des projets meurtriers pour la planète ou des méga-projets inaccessibles aux communautés de base et à ceux qui sont déjà engagés dans des expériences de transition. De plus, l’institution de Washington, fidèle malgré tout au Consensus du même nom, accorde les fonds sous forme de prêts, alors que le plus souvent les États qui en auraient le plus besoin sont déjà très endettés.

Mais alors, pourquoi l’Union européenne, après avoir été locomotive dans les négociations climatiques et alors qu’elle est emportée par la crise financière, ne prendrait-elle pas l’initiative d’une taxe sur les transactions financières ? Et pourquoi, immédiatement et dans un premier temps ne pas instaurer une taxe sur les transactions de change, dont les mouvements incessants minent l’euro et les sociétés européennes soumises au régime sec ? De nombreuses études montrent la faisabilité technique d’une telle mesure ; plusieurs sont d’ailleurs reprises par le très officiel, et international, Groupe pilote sur les financements innovants et pour le développement ! Rappelons que les seules transactions mondiales sur les devises représentent chaque jour quelques 4.000 milliards de dollars et que Londres et Francfort sont deux places essentielles dans ce dispositif ! Il ne s’agit pas de fétichiser une telle mesure, mais alors que les énergies sont là pour engager une transition écologique et sociale, comme le montrent les nombreuses expériences dans le monde, les financements doivent suivre. Ils doivent aussi permettre la protection de tous ceux qui sont déjà exposés aux conséquences du changement climatique.

Ce serait pour l’Europe une manière de retrouver des marges de manœuvre internes et de prendre acte de sa responsabilité particulière, celle d’avoir été le berceau d’un système fondé sur l’énergie fossile, sur l’extraction sans merci des ressources naturelles. Ce serait aussi une manière de reprendre l’initiative et de s’engager vers un véritable multilatéralisme et de nouvelles formes de coopération avec les pays du Sud. Est-ce encore trop espérer ?

Notre Dame des Landes : les citoyens ne baissent pas les bras Acipa Reporterre 2011/01/04 Acipa (4 janvier 2011) Notre Dame des Landes : les citoyens ne baissent pas les bras. Reporterre. fr

Notre Dame des Landes : les citoyens ne baissent pas les bras

Le projet d’aéroport sera au coeur des débats lors des prochaines échéances électorales.

Même s’il était entendu que la concession de gestion des aéroports de Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire arrivait à échéance le 31 décembre 2010 et que ces deux aéroports ne pouvaient se passer d’un gestionnaire, c’est une fois de plus en catimini, durant la trêve des confiseurs, que l’Etat a signé un contrat de concession /gestion avec Vinci en ajoutant au paquet cadeau la construction / gestion d’un aéroport de plus, soi-disant « grenello-compatible » à Notre-Dame-des-Landes (périphérie nord de Nantes).

Pour l’ACIPA, le temps du débat n’est pas révolu : le débat de fond sur la pertinence du projet et les alternatives possibles a toujours été refusé. Elle continuera à lutter contre ce projet d’aéroport qui n’en est toujours qu’en phase d’études et de procédures administratives, et n’accompagnera en aucune façon sa mise en œuvre.

L’ACIPA constate qu’après s’être emparé des juteuses concessions autoroutières, Vinci tisse sa toile autour des aéroports français : Grenoble, Chambéry, Clermont-Ferrand, Quimper, Rennes, Dinard, Ancenis et maintenant Nantes et Saint-Nazaire, s’élevant ainsi vers une position de monopole. L’ACIPA dénonce la collusion UMP et PS sur ce dossier au profit d’une multinationale aux bénéfices considérables, alors que les collectivités territoriales se plaignent par ailleurs d’être financièrement étranglées par l’Etat. C’est bien un choix de société qui se joue ici.

L’ACIPA s’inquiète des dérives financières de ce type de concessions où les bénéfices sont toujours privatisés et les déficits nationalisés. Elle rappelle aussi le risque industriel pour l’usine Airbus de Bouguenais qui ne peut se permettre de voir disparaître sa piste, gage de sa pérennité, ce qui d’une part est contraire au « transfert » de l’aéroport destiné à contourner le Grenelle, et d’autre part ne répond pas à la question du financement de l’infrastructure (par les collectivités ?).

L’ACIPA regrette que Mme Kosciusko-Morizet, ministre de l’Environnement, semble si mal informée du dossier pour accepter de rayer de la carte cette zone de bocage abritant une biodiversité exceptionnelle et va donc demander à la rencontrer rapidement pour lui exposer la réalité du projet et les alternatives réalistes qui ont été écartées sans études sérieuses.

Pour l’ACIPA le combat continue plus que jamais : elle s’attachera à mettre le projet d’aéroport au cœur des débats lors des prochaines échéances électorales : cantonales, sénatoriales, présidentielle et continuera le combat juridique et les oppositions sur le terrain.

L’opposition au gaz de schiste s’étend Europe Ecologie - Les Verts Reporterre 2011/01/04 Europe Ecologie - Les Verts (4 janvier 2011) L’opposition au gaz de schiste s’étend. Reporterre. fr

L’opposition au gaz de schiste s’étend

« Les lourds investissements qui iront à la recherche et à l’extraction du gaz de schiste, c’est autant de millions, voire de milliards d’euros en moins pour l’efficacité et la sobriété énergétique, les énergies renouvelables, les modes de transports alternatifs, la relocalisation de l’économie »

Plusieurs compagnies pétrolières ont obtenu des permis de recherche pour pouvoir extraire du gaz de schiste en France. Europe écologie – Les Verts demande l’arrêt de toute prospection.

Les gaz de schiste, dont la production a fortement augmenté ces dernières années aux États-Unis, sont contenus dans des roches sédimentaires argileuses. Également appelés gaz « non conventionnels », ils ne peuvent pas être exploités avec les modes de production classiques et provoquent une pollution colossale. Pour les extraire, les compagnies pétrolières doivent fracturer la roche avec de l’eau à haute pression mélangée avec des produits chimiques cancérigènes et mutagènes. Ce procédé détruit des espaces naturels et pollue les nappes phréatiques. De plus, l’extraction provoque des échappées de gaz toxiques (ex : NOx) et peut conduire à des pollutions radioactives.

L’exploitation des gaz de schiste était encore impensable il y a une dizaine d’années. Trop coûteuse, trop dangereuse et trop destructrice de l’environnement, l’extraction des gaz de schiste est en train de devenir rentable à cause de la raréfaction et de l’augmentation des prix des énergies fossiles. Aujourd’hui Total prévoit d’investir 37,8 millions d’euros dans le Sud-Ouest de la France, une compagnie australienne souhaite exploiter des territoires dans le Nord-Pas-de-Calais et GDF-Suez a aussi montré son intérêt. Il y a aussi des permis en Ile-de France, notamment en Seine et Marne.

Avec cette usine à gaz de schiste, en plus de son caractère polluant, c’est encore une fois la transformation de notre modèle énergétique qui est remise en cause. Les lourds investissements qui iront à la recherche et à l’extraction du gaz de schiste, c’est autant de millions, voire de milliards d’euros en moins pour l’efficacité et la sobriété énergétique, les énergies renouvelables, les modes de transports alternatifs, la relocalisation de l’économie … La question de notre modèle de développement prédateur est clairement posée. L’exploitation des gaz de schiste est polluante du berceau à la tombe et représente une fuite en avant irresponsable tout comme il est irresponsable de continuer à prospecter des fossiles.

« Essorer la terre » jusqu’à la dernière goutte, tel est l’objectif qui se cache derrière ce projet. Malgré les discours très verts à Cancun ou à Nagoya, certains ne reculent devant rien pour pouvoir satisfaire la boulimie destructrice d’une minorité sans se soucier des générations futures. Un fois de plus, on veut faire du futur la poubelle du présent. Le développement du gaz de schiste est favorisé par une réglementation extrêmement souple. Là où il met des bâtons dans les roues du photovoltaïque et de l’éolien, l’État, en totale contradiction avec les engagements du Grenelle de l’environnement, fait la promotion d’énergies polluantes.

Europe écologie – Les Verts demande le gel immédiat des prospections et la suspension des permis de recherche de gaz de schiste sur l’ensemble du territoire français

Le système électoral miné par l’abstention Gilles Kujawski Reporterre 2011/01/04 Gilles Kujawski (4 janvier 2011) Le système électoral miné par l’abstention. Reporterre. Tribune — fr

Le système électoral miné par l’abstention

Les élections cantonales se profilent, et la vieille machine électorale se met en route. Sans oser poser la question qui en mine le ressort : l’abstentionnisme. "Le système électoral et démocratique en général traverse une crise fondamentale dont l’abstention est la pierre angulaire.“

La campagne des élections cantonales ne bat pas encore son plein, mais sa tournure pousse déjà à interrogation : le scrutin va-t-il reconduire les mêmes travers que les précédents ? La comédie politique va-t-elle tourner au piège pour la démocratie elle-même, et pour les écologistes qui se réclament de « la gauche » (en l’occurrence au sein d’Europe Ecologie et du Parti de Gauche) et ont choisi de jouer le jeu électoral ?

Trois mois avant le 1er tour, en effet, se dessine déjà à l’horizon une vague abstentionniste vertigineuse, goulûment attendue par la droite pour justifier l’enterrement des conseils généraux. On aurait pu penser que cela constituait une matière suffisante pour stopper les machines, réfléchir à la validité d’un scrutin sans corps électoral représentatif, et, au-delà, à l’état d’une démocratie dont le rouage essentiel, le suffrage universel, ne fonctionne plus. Mais la mécanique électorale est trop inscrite dans les gènes partisans, et donc la machine folle est lancée. La démocratie est comme le climat : on la sauvera au dernier moment, trop tard, sans doute, mais le « qu’est-ce qu’on y peut » qui a servi à couvrir mille défaillances de tous ordres depuis la nuit des temps jouera à plein, cette fois encore.

Il est temps de prendre la question à bras le corps, en partant du constat que le système électoral et démocratique en général traverse une crise fondamentale dont l’abstention est la pierre angulaire.

La démocratie est-elle compatible avec l’abstention ? Autant demander à un poisson d’aimer l’oxygène. Que la droite la laisse filer ne surprend pas, que le PS déplore sans dénoncer étonne aussi peu : le prix à payer pour un bipartisme que l’une et l’autre attendent comme une manne céleste. Son parc d’élus est vital pour le PCF, tout entier mobilisé pour le sauver (qui ne se souvient de la visite de Pierre Laurent à Martine Aubry dès la fin du dernier congrès du PCF ?). Quant à de l’indignation, à un vrai débat de fond propulsé par les écologistes, tout montre (la campagne de pub dérisoire des Jeunes Verts au premier chef) qu’on devra l’attendre encore un moment. On se souvient de l’élection municipale partielle de Rambouillet, en juillet 2010, remportée par la candidate d’Europe Ecologie avec 51,7% des suffrages exprimés, mais sur un taux de participation de 29%. Qu’Europe Ecologie n’ait pas demandé l’invalidation du scrutin peut se comprendre, qu’aucune voix écologiste n’ait commenté le déni démocratique que constituait le taux de participation avait de quoi surprendre.

Grosse erreur, car si l’abstention n’a pas d’origine écologique, elle frappe l’écologie de plein fouet en creusant l’écart entre les citoyens et la politique et en participant de l’éclatement social. Aucun projet politique n’est légitime sans l’assentiment du plus grand nombre, et le signal d’un déséquilibre social de grande ampleur est donné quand le plus grand nombre se désintéresse des projets politiques. (Ajoutons que l’écologie, encore trop ressentie comme une marotte urbaine et BCBG, est, mathématiquement, la victime désignée d’un taux d’abstention élevé).

L’écologie appelle le courage de refuser les impasses aux allures de carrosses de Blanche-Neige. Le rythme du calendrier électoral est infernal, une campagne n’est pas finie qu’une autre démarre, et personne en attendant pour se pencher sur l’état de la démocratie. Pas le temps. Trop peu de militants, donc la campagne électorale et les positions de pouvoir d’abord, aussi symbolique qu’elles puissent être. La démocratie ? Laissez sa carte, on lui écrira. Le premier acte de courage écologiste serait de franchir un rubicond historique en laissant passer une élection, ses préparatifs interminables et épuisants, sa conclusion sur les plateaux télé et son impact dérisoire sur la vie publique, pour travailler mordicus sur la valeur démocratique et le péril abstentionniste, et construire un projet politique pérenne de nature à emporter l’adhésion populaire.

Le deuxième acte de courage serait de refuser les combines électorales classiques et court-termistes. Europe Ecologie, via des accords de premier et second tour avec le PS pour les cantonales et les sénatoriales, a pris le risque de se banaliser en s’inscrivant dans un électoralisme à court terme, qui relègue les questions politiques de fond aux calendes grecques, a tant fait pour couper le « corps électoral » de la politique et généré l’abstention maladive actuelle. Le Parti de Gauche décèle derrière l’abstention une révolte, une explosion sociale pour le moment silencieuse et en embuscade. Elle est incontestablement une facette majeure du malaise général en France, et en tant que telle ne peut être réduite à un fait divers pour soirées électorales. Pour les raisons relevées plus haut, si en la matière il n’y a à attendre du PS et de l’UMP que des déplorations impuissantes yeux au ciel et bras levés, tout écologiste a le devoir de s’emparer du problème de fond et d’agir, ou au minimum d’en exiger le traitement.

Le traitement de l’abstention est politique : c’est la recherche de projets qui vont au-devant de l’intérêt général, c’est la stratégie du contournement du calendrier électoral ; et il est évidemment social : c’est d’abord un projet volontariste aux volets écologiste et social indissociables, ce sont des pratiques locales qui permettent de le relayer et, en attendant, de re-crédibiliser la politique aux yeux des Citoyens en incarnant la solidarité dont l’Etat est lentement dépossédé par la vague libérale en cours. Il faut reconnaître à des élus locaux de tous bords qui ont façonné des politiques de la Ville dynamiques et de haute lutte, parfois contre tous les pouvoirs, un mérite tout particulier. En tant qu’adhérent du Parti de Gauche (et nonobstant la tournure récente des échanges entre Cohn Bendit et Mélenchon), je me sens pleinement solidaire du travail long et acharné de Stéphane Gatignon, Maire Europe-Ecologie de Sevran , pour éviter à sa Ville le précipice qui lui était promis l’année de son élection et lui redonner le goût de la dignité individuelle et collective. Un « hic » de taille, cependant : dans son « paquet », cohabitent la dénonciation de l’incurie de l’Etat à relayer son travail par un investissement à long terme dans les banlieues, et, simultanément, la validation du traité de Lisbonne – en clair, le palace voisine avec les bulldozers qui le casseront. Il y a bien la dénonciation de l’opportunisme politique du PS aux dépens d’une vraie politique de la Ville, mais aussi un accord électoral avec le même PS qui donne, à Sevran, un soutien du PS au candidat d’Europe-Ecologie, soutenu par le Maire qui affirme mordicus son affranchissement total… vis-à-vis du PS (et du PCF). Exit le candidat socialiste présenté par les militants locaux, qui a choisi de faire campagne sous ses propres couleurs. Vieilles ornières…

Levons-nous tôt pour tout comprendre ; cette démarche multiforme a la lisibilité d’un écrit blanc sur fond blanc par temps de brouillard, et l’abstention guette au coin de la rue comme un effet probable.

L’auteur de ces lignes s’est déjà prononcé pour un dialogue entre sensibilités écologistes, incarnées par Europe Ecologie et le Parti de Gauche ; il a enregistré avec joie l’appel de Clémentine Autain au congrès du PG, en faveur d’un tel dialogue. Aujourd’hui, le combat contre l’abstention et ses dangers mortels fournit un terreau essentiel pour une réflexion écologiste collective, durable et plurale. Un tel combat ne nous garantit pas contre les contradictions plus ou moins historiques. Au moins, qu’à l’heure de choix déterminants pour notre avenir commun, se détache peu à peu le contour d’une vraie sensibilité écologiste.

La culture sans pesticides progresse en Afrique FAO Reporterre 2011/01/04 FAO (4 janvier 2011) La culture sans pesticides progresse en Afrique. Reporterre. Pesticides fr

La culture sans pesticides progresse en Afrique

En Afrique de l’Ouest, grâce à un projet international qui promeut les pratiques agricoles durables, des agriculteurs sont parvenus à réduire l’utilisation des pesticides toxiques tout en augmentant leurs rendements et leurs revenus et en diversifiant les systèmes culturels.

Quelque 100 000 agriculteurs au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal participent à ce projet au niveau communautaire exécuté par la FAO et baptisé Programme de gestion intégrée de la production et des déprédateurs en Afrique de l’Ouest.

Travaillant en groupes restreints dans le cadre d’écoles pratiques d’agriculture de terrain (encore appelées fermes-écoles ou Farmer Field Schools), ces petits paysans développent et adoptent les bonnes pratiques agricoles par l’apprentissage et l’expérience sur le terrain.

Pour faire pousser des cultures saines, le Programme de gestion intégrée de la production et des déprédateurs promeut l’amélioration des sols et des alternatives aux pesticides chimiques, notamment l’utilisation d’insectes prédateurs des nuisibles, le choix de variétés adaptées, l’épandage de pesticides naturels et l’adoption de certaines pratiques culturales. Les problèmes de commercialisation et de sécurité alimentaire font également partie du Programme.

« En Afrique de l’Ouest, la tendance au cours des dernières décennies était à l’utilisation accrue de pesticides hautement toxiques pour les cultures à haute valeur et fréquemment irriguées. Il y a un manque général de connaissance des effets négatifs des pesticides sur la production, l’économie et la santé des communautés ainsi que sur l’environnement », affirme l’expert de la FAO William Settle.

« De simples expériences sur le terrain, à l’instar de celles qui sont pratiquées dans les écoles pratiques d’agriculture de terrain, ont doté les petits exploitants agricoles des moyens de produire d’une manière plus respectueuse de l’environnement tout en améliorant leurs rendements et leurs revenus », ajoute M. Settle.

« La formation au niveau communautaire est la clé de l’intensification durable de la production vivrière. Elle contribue à l’amélioration de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence dans la région. Ce faisant, elle représente une étape importante vers la réalisation du premier Objectif du millénaire pour le développement, à savoir la réduction de la faim et de la pauvreté. »

Recherche collective d’alternatives

Exemple typique : un groupe d’environ 25 agriculteurs travaillant sous la coordination d’un formateur prépare deux parcelles de formation dans le village. Sur l’une des parcelles, les agriculteurs utilisent les méthodes locales de l’agriculture conventionnelle, alors que sur l’autre ils utilisent les meilleures pratiques appropriées pour la culture et son emplacement, basées sur la gestion intégrée de la production et des déprédateurs. Ainsi, ils peuvent observer et comparer les résultats obtenus sur les deux parcelles.

Plus de 2 000 formateurs provenant de plusieurs administrations locales, du secteur privé et d’organisations de la société civile ont reçu une formation pour aider les agriculteurs à mettre en œuvre des méthodes d’agriculture durable.

Au Mali, une enquête menée dans 65 villages de planteurs de coton, qui avaient été formés en 2007-08, a montré une réduction de 94 pour cent de l’utilisation des pesticides chimiques et une augmentation de 400 pour cent de l’utilisation des matières biologiques comme le compost et le fumier, des substances qui peuvent inverser le déclin de la fertilité des sols.

Au Burkina Faso, la gestion intégrée de la production et des déprédateurs a permis d’accroître les rendements de 14 à 70 pour cent. Près de 16 000 planteurs de coton ont été formés dans le cadre du projet et leur nombre devrait doubler d’ici à fin 2011.

Des chiffres en provenance du Sénégal et du Mali montrent des réductions de 90 pour cent de l’utilisation des pesticides chimiques parmi les paysans un à deux ans après que ces derniers eurent reçu une formation. Au Sénégal, les agriculteurs ont également opté pour l’utilisation de pesticides botaniques et biologiques.

Un des résultats les plus frappants du Programme de gestion intégrée de la production et des déprédateurs est l’utilisation accrue par les agriculteurs de matières organiques comme le compost ou la paille de riz, indique-t-on à la FAO.

Production durable de coton

Parmi les différentes cultures de la région, la production de coton est celle qui a le pire impact sur l’environnement du fait à la fois de ses effets sur les sols fragiles et de l’utilisation excessive de pesticides.

Le Programme de gestion intégrée de la production et des déprédateurs œuvre avec les agriculteurs en vue d’intensifier durablement la production de coton en dopant les rendements grâce à l’application de compost, la plantation de légumineuses de couverture et l’utilisation de semences améliorées et de techniques pointues de gestion des plantes. Les agriculteurs diversifient l’utilisation de céréales et de cultures qui améliorent les sols (légumineuses et fourrage). Et celles-ci servent à nourrir le bétail ou peuvent être écoulées sur le marché local.

Cette année le Programme de gestion intégrée de la production et des déprédateurs commence également à surveiller les niveaux de résidus de pesticides dans des échantillons d’eau prélevés en de nombreux endroits dans six pays d’Afrique de l’Ouest le long des fleuves Niger et Sénégal. Il œuvre en partenariat avec l’Oregon State University (Etats-Unis) pour former les techniciens des laboratoires locaux afin qu’ils puissent détecter les pesticides dans l’eau.

La deuxième phase du projet d’une valeur de 9,5 millions de dollars au Bénin, Burkina Faso, Mali et Sénégal est financée par le gouvernement des Pays-Bas. Les retombées économiques couvriront largement les coûts du projet tout au long de sa durée de vie, sans parler des bénéfices non économiques, notamment sur la santé des communautés, l’éducation et l’environnement.

Des fonds et des partenariats supplémentaires sont fournis par la Facilité de l’environnement mondiale (Global Environment Facility - GEF), le PNUE, l’Union européenne et l’Espagne.

Si les ressources se matérialisent, non moins d’un demi million d’agriculteurs pourront être formés au cours des cinq prochaines années pour un coût d’environ 30 à 40 millions de dollars, selon la FAO.

Court terme, long terme Hervé Kempf Reporterre 2011/01/05 Hervé Kempf (5 janvier 2011) Court terme, long terme. Reporterre. Tribune — fr

Court terme, long terme

Des Jeux olympiques à Annecy en 2018 ? Une idée fantaisiste qui témoigne, une fois de plus, que les édiles locaux ont courte vue.

« Une candidature portée par une immense ferveur populaire », annonce le Comité de candidature d’Annecy aux Jeux olympiques d’hiver de 2018. « C’est tout un territoire qui vibre pour cette candidature et qui s’offre à l’idéal olympique. Ce puissant élan populaire s’étend progressivement à toute la France. » Bon sang ! J’ai hiberné trop longtemps ! Je n’ai rien senti de cette « ferveur populaire », vraisemblablement noyée dans le flux continu de nouvelles sportives qui encombrent les ondes soir et matin.

Donc, les édiles d’Annecy, de la Haute-Savoie et de la région Rhône-Alpes se mobilisent pour quinze jours d’éclat fugitif en 2018. La candidature sera déposée le 11 janvier. En fait, elle patauge : Edgar Grospiron - dont nul n’ignore qu’il fut champion de ski acrobatique - s’est retiré en décembre 2010 de la direction du comité de candidature. « Le budget est trop faible », s’est-il plaint. Pour promouvoir sa candidature, Annecy ne dispose que de 20 millions d’euros, face aux 40 millions de Munich (Allemagne) et aux 120 millions de Pyeongchang (Corée du Sud), ses rivales. Pourquoi autant d’argent est-il nécessaire pour emporter le morceau ? Si vous répondez sans employer le mot « corruption », vous avez gagné.

Tous les arguments qu’avaient employés les opposants à la candidature de Grenoble à ces mêmes Jeux restent valables pour Annecy - et ils le font savoir : bétonnage, gâchis d’argent public, retombées économiques discutables, perversion de l’idéal sportif, etc. Dans un contexte de changement climatique, l’idée de développer les sports de neige apparaît tout à fait fantaisiste. L’OCDE expliquait dans un rapport de 2007 sur les "Changements climatiques dans les Alpes européennes, que « les Alpes sont très sensibles aux changements climatiques et (que) le réchauffement récent y est à peu près trois fois supérieur à la moyenne mondiale ». Une phrase du rapport est très éclairante, quoique un peu lourde : il faut faire « un choix entre les mesures d’adaptation qui tendent à préserver le statu quo aussi longtemps que possible en dépit de conditions climatiques défavorables, et celles qui facilitent une transition moins brutale vers les nouvelles réalités qu’imposent les changements climatiques ».

Hélas, constatent les experts : « L’accent est mis pour l’instant sur le maintien du statu quo, et non pas sur l’aménagement d’une transition. » Pourquoi ? Parce que celle-ci « pourrait se révéler coûteuse aussi bien économiquement que politiquement à court terme ». Court terme contre long terme, éternel débat. Aménager la transition, c’est faire en sorte qu’Annecy ne soit pas retenu pour 2018.

Un décroissant opposé à la fermeture d’une usine Les escargots cauchoix Reporterre 2011/01/05 Les escargots cauchoix (5 janvier 2011) Un décroissant opposé à la fermeture d’une usine. Reporterre. fr

Un décroissant opposé à la fermeture d’une usine

Des usines de conditionnement de thé de la compagnie Fralib (marque Lipton) sont menacées de fermeture au Havre et à Gemenos.

Aujourd’hui, j’apprends que le 28 septembre dernier, le groupe Unilever a annoncé son projet de fermeture de l’usine FRALIB située à Gémenos. Une cinquantaine de copain-ines HavraisEs y travaillent depuis une dizaine d’années suite à une délocalisation de l’usine du Havre.

Et une question me vient : unE objecteurICE de croissance peut-il-elle se réjouir d’une telle nouvelle ? Cette entreprise fabrique d’immondes sachets de thé. Un vrai symbole de notre société de consommation : ils sont conçus pour infuser vite, d’un goût standardisé et producteurs de déchets.

Mon sentiment devrait être « super, une usine à merde en moins » et bien non !! Être objecteur de croissance pour moi, c’est avant tout être contre le capitalisme. Je suis solidaire avec tous les exploités de ce système.

Je ne suis pas contre l’industrialisation, ni le progrès mais contre l’utilisation qui en est faite par le capitalisme. Les technologies ne sont plus au service de l’homme mais des exploiteurs.

Aujourd’hui, alors que les fermetures d’usines et les restructurations s’abattent à un rythme effréné, alors que le productivisme et le culte de la croissance nous conduisent à notre perte, il faut plus que jamais nous réapproprier nos outils de travail et les technologies.

Puisque l’on recherche un entrepreneur pour cette usine, j’invite touTEs ces salariéEs à se porter candidatE. Je suis sûr qu’avec leur connaissance et expérience, ils-elles peuvent proposer un produit bien plus respectueux de l’environnement dans une organisation non hiérarchisée qui laisse la place à la créativité et aux savoirs-faire de chaque individu, tout en respectant l’Homme et son environnement.

Dans ce cadre et pour les soutenir, je vous invite à signer cette pétition : http://8938.lapetition.be

Et opter pour le boycott du sachet de thé (essayer le vrac, c’est l’adopter) : http://cgt.fralibvivra.over-blog.com

Manifeste de la jeunesse de Gaza Gaza Youth Breaks Out Reporterre 2011/01/05 Gaza Youth Breaks Out (5 janvier 2011) Manifeste de la jeunesse de Gaza. Reporterre. fr

Manifeste de la jeunesse de Gaza

Merde au Hamas. Merde à Israël. Merde au Fatah. Merde à l’ONU et à l’Unrwa (1). Merde à l’Amérique ! Nous, les jeunes de Gaza, on en a marre d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations permanentes des droits de l’homme et de l’indifférence de la communauté internationale.

Nous voulons crier, percer le mur du silence, de l’injustice et de l’apathie de même que les F16 israéliens pètent le mur du son au-dessus de nos têtes, hurler de toute la force de nos âmes pour exprimer toute la rage que cette situation pourrie nous inspire. Nous sommes comme des poux coincés entre deux ongles, nous vivons un cauchemar au sein d’un autre cauchemar. Il n’y a pas d’espace laissé à l’espoir, ni de place pour la liberté. Nous n’en pouvons plus d’être piégés dans cette confrontation politique permanente, et des nuits plus noires que la suie sous la menace des avions de chasse qui tournent au-dessus de nos maisons, et des paysans innocents qui se font tirer dessus simplement parce qu’ils vont s’occuper de leurs champs dans la zone « de sécurité », et des barbus qui se pavanent avec leurs flingues et passent à tabac ou emprisonnent les jeunes qui ont leurs idées à eux, et du mur de la honte qui nous coupe du reste de note pays et nous enferme dans une bande de terre étriquée.

On en marre d’être présentés comme des terroristes en puissance, des fanatiques aux poches bourrées d’explosifs et aux yeux chargés de haine ; marre de l’indifférence du reste du monde, des soi-disant experts qui sont toujours là pour faire des déclarations et pondre des projets de résolution mais se débinent dès qu’il s’agit d’appliquer ce qu’ils ont décidé ; marre de cette vie de merde où nous sommes emprisonnés par Israël, brutalisés par le Hamas et complètement ignorés par la communauté internationale.

Il y a une révolution qui bouillonne en nous, une énorme indignation qui finira par nous démolir si nous ne trouvons pas le moyen de canaliser cette immense énergie pour remettre en cause le statu quo et nous donner un peu d’espoir. Le dernier coup qui a encore aggravé notre frustration et notre désespoir s’est produit le 30 novembre, quand des miliciens du Hamas ont débarqué au siège du Sharek Youth Forum (www.sharek.ps, une organisation de jeunesse très active à Gaza) avec leurs fusils, leurs mensonges et leur agressivité. Ils ont jeté tout le monde dehors, arrêté et emprisonné plusieurs personnes, empêché Sharek de poursuivre ses activités ; quelques jours plus tard, des manifestants regroupés devant le siège de Sharek ont été agressés, battus et pour certains emprisonnés.

C’est vraiment un cauchemar au sein d’un autre cauchemar que nous vivons. Il n’est pas facile de trouver les mots pour décrire la pression qui s’exerce sur nous. Nous avons difficilement survécu à l’opération « Plomb durci » de 2008-2009, quand Israël nous a systématiquement bombardé la gueule, a détruit des milliers de logements et encore plus de vies et de rêves. Ils ne se sont pas débarrassés du Hamas comme ils en avaient l’intention mais ils nous ont fichu la trouille pour toujours, et le syndrome du « stress post-traumatique » s’est installé à jamais en chacun de nous, parce qu’il n’y avait nulle part où fuir les bombes.

Nous sommes une jeunesse au cœur lourd. Nous portons en nous un poids tellement accablant qu’il nous empêche d’admirer le coucher de soleil : comment pourrait-on, alors que des nuages menaçants bouchent l’horizon et que des souvenirs effrayants passent dans nos yeux à chaque fois que nous les fermons ? Nous sourions pour cacher la douleur, nous rions pour oublier la guerre, nous gardons l’espoir pour ne pas nous suicider tout de suite.

Au cours des dernières années, Hamas a tout fait pour prendre le contrôle de nos pensées, de notre comportement et de nos attentes. Nous sommes une génération de jeunes qui se sont déjà habitués à évoluer sous la menace des missiles, à poursuivre la mission apparemment impossible qui consiste à mener une existence normale et saine, et nous sommes à peine tolérés par une organisation tentaculaire qui s’est étendue à travers notre société, tel un cancer malveillant déterminé à détruire dans sa propagation jusqu’à la dernière cellule vivante, la dernière opinion divergente, le dernier rêve possible, à paralyser chacun de nous en faisant régner la terreur. Et tout ça arrive dans la prison qu’est devenu Gaza, une prison imposée par un pays qui se prétend démocratique.

A nouveau l’histoire se répète dans toute sa cruauté et tout le monde a l’air de s’en moquer. Nous vivons dans la peur. Ici, à Gaza, nous avons peur d’être incarcérés, interrogés, battus, torturés, bombardés, tués. Nous avons peur de vivre parce que chaque pas que nous faisons doit être sérieusement considéré et préparé, parce qu’il y a des obstacles et des interdits partout, parce qu’on nous empêche d’aller où nous voulons, de parler et d’agir comme nous le voulons et même parfois de penser ce que nous voulons, parce que l’occupation colonise nos cerveaux et nos cœurs, et c’est tellement affreux que c’est une souffrance physique, que nous voulons verser des larmes de révolte et de colère intarissables.

Nous ne voulons pas avoir de haine, ressentir toute cette rage, et nous ne voulons pas être encore une fois des victimes. Assez ! Nous en avons assez de la douleur, des larmes, de la souffrance, des contrôles, des limites, des justifications injustifiées, de la terreur, de la torture, des fausses excuses, des bombes, des nuits sans sommeil, des civils tués aveuglément, des souvenirs amers, d’un avenir bouché, d’un présent désespérant, des politiques insensées, des politiciens fanatiques, du baratin religieux, de l’emprisonnement. Nous disons : ASSEZ ! Ce n’est pas le futur que nous voulons !

Nous avons trois exigences : nous voulons être libres, nous voulons être en mesure de vivre normalement et nous voulons la paix. Est-ce que c’est trop demander ? Nous sommes un mouvement pacifiste formé par des jeunes de Gaza et des sympathisants de partout ailleurs, un mouvement qui continuera tant que la vérité sur ce qui se passe chez nous ne sera pas connue du monde entier, et à tel point que la complicité tacite et la tonitruante indifférence ne seront plus acceptables.

Ceci est le manifeste pour le changement de la jeunesse de Gaza !

Nous allons commencer par rompre l’occupation qui nous étouffe, par nous libérer de l’enfermement mental, par retrouver la dignité et le respect de soi. Nous garderons la tête haute même si nous rencontrons le refus. Nous allons travailler nuit et jour pour changer la situation lamentable dans laquelle nous nous débattons. Là où nous nous heurtons à des murs, nous construirons des rêves.

Nous espérons que vous qui lisez maintenant ces lignes, oui, vous, vous nous apporterez votre soutien. Pour savoir sous quelle forme c’est possible, écrivez sur notre mur ou contactez-nous directement à freegazayouth@hotmail.com

Nous voulons être libres, nous voulons vivre, nous voulons la paix.

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Note :

(1) Agence de l’ONU crée en 1948 pour prendre en charge les réfugiés palestiniens.

Traduit de l’anglais par Bernard Cohen.

Un militant pour la justice climatique jugé au Havre le 7 janvier Camp Action Climat Reporterre 2011/01/05 Camp Action Climat (5 janvier 2011) Un militant pour la justice climatique jugé au Havre le 7 janvier. Reporterre. fr

Un militant pour la justice climatique jugé au Havre le 7 janvier

Le 7 janvier 2011, Romain sera jugé au Havre pour rébellion.

Une centaine d’activistes du climat s’étaient rassemblés le 16 octobre 2010 aux portes de la raffinerie Total de Normandie. Leur objectif était de bloquer son fonctionnement. L’action, prévue de longue date, s’inscrivait dans le cadre d’une semaine d’actions.

Les réseaux internationaux Global Minga et Climate Justice Action avaient lancé un appel à une semaine d’actions partout dans le monde entre le 12 et le 16 octobre 2010 contre l’industrie des énergies fossiles et pour la justice climatique et sociale.

Elle suivait le Camp Action Climat, qui a eu lieu en juillet au Havre. Face à cette mobilisation non-violente et au grand jour, l’État a montré sa fébrilité en prenant un arrêté préfectoral dans l’urgence et en déployant des forces de police et de gendarmerie disproportionnées.

Préfet et Robocops face aux clowns, aux musiciens et aux danseurs sur fond de raffinerie. Jour de chasse dont il ne fallait pas rentrer bredouille : Romain s’est fait arrêter, puis inculper le lendemain à l’issue de sa garde à vue.

Le procès a lieu le vendredi 7 janvier 2011 au tribunal de grande instance du Havre à 9h00. 151 Bd de Strasbourg, Le Havre.

Nous appelons à un rassemblement devant le Tribunal de Grande Instance à partir de 8h00 pour réaffirmer notre légitimité et leur stupidité.

Au-delà du soutien à Romain, la justice que nous réclamons est climatique et sociale. Le 16 octobre, une plainte a été déposée contre Total. Le 7 janvier, vous ferez son procès.

Changeons le système, pas le climat !

« La croissance est limitée » Entretien avec Tim Jackson Reporterre 2011/01/06 Entretien avec Tim Jackson (6 janvier 2011) « La croissance est limitée ». Reporterre. Entretien — Économie fr

« La croissance est limitée »

« Ce n’est pas très populaire de le dire, mais la technologie ne peut plus être considérée comme la solution à nos difficultés. »

Tim Jackson est un économiste chercheur à l’université de Surrey, en Angleterre. En 2004, nommé à la commission du développement durable créée par le gouvernement de Tony Blair, il a dirigé le travail du groupe « Redefining Prosperity », ce qui l’a conduit à écrire Prospérité sans croissance, publié en 2007 au Royaume-Uni, et deux ans plus tard en France (De Boeck). C’est l’un des ouvrages d’économie environnementale les plus marquants de ces dernières années. M. Jackson livre son pronostic sur la croissance et sur les moyens de faire évoluer le modèle économique actuel.

La croissance peut-elle reprendre en 2011 ?

Tim Jackson - ce qui concerne les économies occidentales, la réponse est probablement non. Les mécanismes destinés à maintenir la croissance ont fragilisé le système économique en développant un endettement toxique qui a conduit à l’effondrement des marchés financiers. Or les éléments de cette dynamique de crise restent à l’oeuvre aujourd’hui, car l’expansion monétaire illimitée est par nature instable. De surcroît, le prix du pétrole repart à la hausse. L’autre aspect de la question est de savoir si l’on peut poursuivre la croissance sans dommages environnementaux irréversibles, sachant que nous vivons dans un monde fini. Pour y parvenir, il faudrait découpler la croissance de la production matérielle, créer de la valeur économique non dans les biens, mais dans les services : loisir, santé, éducation...

Est-ce la tendance suivie jusqu’à présent ?

Non. Les progrès d’efficacité énergétique restent inférieurs à l’expansion de l’économie. De même, les tendances en ce qui concerne la forêt, l’eau ou l’érosion des sols vont dans le mauvais sens. Depuis vingt ans, le discours officiel proclame que la technologie, en dématérialisant l’économie, va résoudre l’impact environnemental négatif de la croissance. Mais ce découplage ne se produit pas. Le niveau de technologie nécessaire pour y parvenir est irréaliste. Ce n’est pas très populaire de le dire, mais la technologie ne peut plus être considérée comme la solution à nos difficultés.

La croissance verte est-elle une piste crédible ?

Il est bien sûr utile d’investir dans une meilleure productivité des ressources et dans les technologies faiblement carbonées. Mais il n’empêche, on retombe toujours sur le même problème : quelle croissance pouvons-nous atteindre grâce à ces technologies ? Si vous n’analysez pas en profondeur la dynamique du système, vous faites des hypothèses irréalistes sur l’efficacité de la technologie

Quelle solution proposez-vous ?

Notre culture repose sur un appétit continu pour la nouveauté, qui est le langage symbolique des objets. Nous avons créé des institutions qui encouragent systématiquement le comportement individualiste, matérialiste, et avide de nouveauté. Cette psychologie collective est indispensable au système, parce que si l’on freine la dépense, il s’écroule. En récession, par exemple, les gens épargnent spontanément davantage, ce qui est mauvais selon le système économique actuel. C’est là qu’on voit qu’il va à l’opposé de ce que veulent les gens. Car si l’on a des tendances individualistes, la psychologie montre qu’existent aussi fortement des tendances altruistes dans la personne humaine, et que les tendances à chercher la nouveauté sont en tension avec les tendances à la conservation. Pourquoi alors privilégier la tendance individualiste et avide de nouveauté du consommateur, qui n’est qu’une part de la psyché humaine, et l’encourager dans le cadre institutionnel ? Ce constat vous indique la stratégie à suivre pour remodeler le système économique.

Comment remodeler le système économique ?

Il faut suivre trois démarches. La première est d’admettre que l’expansion économique a ses limites. Nous savons que nos ressources ne sont pas infinies, nous connaissons et mesurons l’impact écologique de nos modes de vie, nous devons donc définir les règles d’une économie fonctionnant dans ce cadre. La deuxième est de réguler le marché financier, et plus largement la façon dont nous envisageons l’investissement et le profit. Les capitalistes distribuent le profit comme ils le souhaitent. Mais il faudrait mesurer ce dernier autrement - pas seulement en termes financiers, mais aussi en prenant en compte le social et l’environnemental - et le ramener au bénéfice de la communauté. Le troisième point vise à changer la logique sociale. Le gouvernement peut agir en modifiant la structure des incitations, en fournissant aux gens les moyens de s’épanouir autrement, d’une façon moins matérialiste.

Mais cela peut-il permettre de combattre le chômage ?

Le capitalisme actuel poursuit l’augmentation continue de la productivité du travail, si bien qu’on produit la même chose avec toujours moins de gens. Si vous acceptez cette idée que la hausse de la productivité est la clé du progrès économique, vous n’avez que deux options : l’une c’est d’avoir moins d’emplois dans l’économie, l’autre est d’en avoir autant, ce qui signifie toujours plus de croissance - qui se heurte aux limites des ressources et de l’environnement. Le choix est donc soit de conserver la croissance de la productivité et d’admettre par conséquent qu’il y aura moins de travail dans l’économie, ce qui signifie la mise en place de politiques de réduction du temps de travail ; soit opter pour la fin de la hausse de la productivité, et développer les services sociaux - éducation, aide sociale, maintien des espaces publics, rénovation des bâtiments, etc. Ces activités sont naturellement intensives en travail : leur qualité ne s’améliore pas par une augmentation de la productivité, au contraire. Si l’on suit ce choix, il y aura certes une baisse des profits, et moins de productivité telle qu’elle est conventionnellement mesurée, mais plus d’emplois...

- Propos recueillis par Hervé Kempf

« L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie », en librairie le 6 janvier Par Julien villalard Reporterre 2011/01/06 Par Julien villalard (6 janvier 2011) « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie », en librairie le 6 janvier. Reporterre. fr

« L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie », en librairie le 6 janvier

Ouvrez les yeux, nous ne sommes plus en démocratie ! Hervé Kempf, auteur de plusieurs livres à succès sur l’environnement, démonte les mécanismes qui ont fait glisser nos sociétés vers l’oligarchie, c’est-à-dire le gouvernement de tous par quelques-uns.

Les ingrédients qui ont favorisé cette imposture ? L’avènement de la télévision, qui interdit tout message complexe ; la victoire du libéralisme, qui a permis l’explosion de la richesse extrême et engendré des puissances d’argent extraordinaires, mais aussi l’omniprésence des « experts », que l’on estime comme seuls compétents pour expliquer au peuple ce qu’il doit penser... La Chine fonctionne ouvertement selon ce schéma. Et les pays occidentaux ?

S’ils continuent de sauver les apparences au travers du droit de vote et de la liberté d’expression, leurs dirigeants ont considérablement réduit la faculté de « penser autrement ».

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Un livre de Hervé Kempf, aux éditions du Seuil, 190 p., 14 euros.

Boues rouges de Hongrie : rien n’est réglé Robin des Bois Reporterre 2011/01/06 Robin des Bois (6 janvier 2011) Boues rouges de Hongrie : rien n’est réglé. Reporterre. fr

Boues rouges de Hongrie : rien n’est réglé

En octobre 2010, la catastrophe industrielle dite des « boues rouges » a frappé la Hongrie. Trois mois après, rien n’est vraiment réglé, la pollution marque encore l’environnement et les esprits.

En 2010, la plus grosse catastrophe industrielle de l’Union Européenne a eu lieu le lundi 4 octobre en Hongrie. Ce jour là, un fleuve de boues rouges a déferlé et commencé à rejoindre le Danube, tuant au moins dix habitants, blessant et brûlant des dizaines d’autres, et dévastant des maisons, des milliers d’hectares de terres agricoles et des rivières ou des zones humides inscrites dans le réseau européen Natura 2000.

Tous les Etats-membres de l’Union Européenne peuvent être victimes de catastrophes analogues après des ruptures de digues retenant des volumes importants de boues minières ou industrielles.

Un mois et demi après le sinistre, deux experts de Robin des Bois sont allés sur place pour faire le bilan des destructions, des déchets, des pollutions et des efforts pour restaurer l’environnement et faciliter le retour à la normale.

Sur le terrain, Charlotte Nithart et Christine Bossard ont rencontré les maires de Kolontár et de Devecser, des victimes, des témoins et longé 80 km de cours d’eau sinistrés.

Le constat est sans appel : l’environnement et les esprits restent marqués. Les efforts déployés se font dans le désordre et le manque d’information.

A l’issue de cette enquête, Robin des Bois publie « La catastrophe rouge ». La Hongrie assure la présidence de l’Union depuis le 1er janvier 2011 ; dans ses recommandations, Robin des Bois appelle les autorités à mettre en sécurité définitive les boues collectées après la catastrophe, à prolonger les suivis de la qualité de l’air et des eaux et à mettre en place une commission d’information réactive et pluraliste. Le rapport note par ailleurs que la Hongrie doit accomplir des progrès importants pour assurer une bonne gestion des déchets industriels en conformité avec les directives européennes. Face aux enjeux sanitaires et environnementaux des catastrophes naturelles et industrielles auxquelles tous les Etats-membres sont susceptibles d’être confrontés, l’association demande à l’Union Européenne de planifier une directive sur la gestion des déchets après les catastrophes et encadrant le suivi sanitaire et environnemental.

Le « low Cost » se nourrit de la pauvreté Yves Jaffrenou Reporterre 2011/01/06 Yves Jaffrenou (6 janvier 2011) Le « low Cost » se nourrit de la pauvreté. Reporterre. Tribune — fr

Le « low Cost » se nourrit de la pauvreté

Le « low cost » est-il la voie de la sobriété ? Pas vraiment...

La quasi-totalité des voyages aériens ont longtemps été réservés à une tranche étroite de la population, suffisamment aisée – ou même plutôt riche – pour parcourir le vaste monde à la quête de sensations nouvelles ou d’affaires juteuses, sans passer trop de temps dans les déplacements eux-mêmes. Puis les voyages d’agrément se démocratisant, c’est-à-dire intéressant de plus en plus tous les marchands d’exotisme et de loisirs formatés, il fallut proposer à un large public, devenu avide lui aussi, des séjours tout-compris à des conditions incroyables, c’est-à-dire abordables. Les 5 étoiles, les classe A, les sièges VIP, bref des privilèges pour tous !

Mais les temps sont durs ! Depuis la première crise pétrolière de 1973, les stratégies commerciales pour acquérir des parts de marchés, puis les développer ou même seulement les garder, ont progressé degré après degré dans le sens de l’agressivité. Soyons clairs : notre système conduit à vouloir la mort de l’autre, c’est ce que l’on nomme, d’une expression enveloppée dans du papier de soie, la compétitivité mondialisée. Et c’est ainsi qu’aux Etats-Unis, après 1978, bénéficiant de la loi sur la dérégulation des tarifs aériens, la Southwest Airlines, a eu l’idée de proposer un nouveau business model – on dirait maintenant en français « un nouveau concept commercial » –, des voyages aériens pour lesquels les frais fixes et variables sont réduits au minimum. Moins de personnel navigant, des services à bord payants, des sièges qui laisseraient croire que les passagers ont tous des moignons à la place des jambes, des services aéroportuaires en partie automatisés, etc. Le low cost était né. Il s’est développé au cours des décennies suivantes. Il est maintenant présent dans la plupart des pays de la planète.

Mais le succès du low cost ne s’est pas arrêté là. Il est sorti des aéroports pour entrer dans les chaînes hôtelières comme la Formule 1, dans la production de modèles automobiles comme la Logan ou dans des chaînes de magasins comme Lidl. La vague de fond est si forte que des enseignes comme Intermarché ont créé des succursales à bas prix comme Netto. On trouve dorénavant sur le net des propositions de formation low cost, des éco-formations, des services à la personne et autres prestations « de qualité au meilleur coût ».

C’est séduisant lorsque nous prenons le point de vue de nos porte-monnaie, déjà aplatis. Et plus subtilement encore le low-cost peut apparaître comme une saine réaction au déferlement – suicidaire pour la planète, ou plutôt pour notre espèce sur la planète – des gadgets et autres productions superflues de la civilisation sur-consumériste que nous connaissons. Le développement du low cost rejoindrait-il ainsi les nouvelles prises de conscience écologistes, au sens large ?

Ma Logan n’a pas de circuit électronique compliqué, il faut en manœuvrer les vitres, c’est-à-dire les descendre ou les remonter manuellement. Pas un chrome, pas de ces ornements et aménagements qui n’éblouissent que des esprits infantiles et qui consomment énergie et matières premières lors de leur fabrication. Alors, low cost et écologie, même combat ? Apparemment seulement. Ou mieux : seulement sur ce point qu’il est plus sage de chercher à être qu’à paraître, à se passer du superflu que de confondre le bonheur avec la quête et la possession du superluxe.

Mais hélas le low cost n’est fondamentalement pas une étape sur la voie d’une autre philosophie de l’existence. Tout juste un pragmatisme économique. C’est en effet d’abord et surtout une réponse stratégique à une société en crise dans laquelle, comme l’écrit froidement et cyniquement un magazine de marketing, « les inégalités sociales continuent de s’accentuer, le fossé entre les classes sociales semblent s’élargir au risque de bouleverser les habitudes de consommation. » Le low cost serait alors une réponse pour pallier cette moindre consommation ou investir ce créneau intéressant de la pauvreté invasive.

Si nous quittons maintenant la question vue, comme nous venons de le faire, depuis le bureau des acteurs économiques – des décideurs – pour la poser au niveau de la rue, le phénomène du low cost peut apparaître à court terme ou à courte vue comme une manière d’acquérir des biens de consommation devenus trop onéreux pour de plus en plus de consommateurs vivant dans une situation de plus en plus précaire. Et beaucoup, même sans véritable problème de fin de mois, se laissent séduire à leur tour. Commence alors la spirale vicieuse de nos comportements : nous achetons à bas prix des objets sans réellement nous soucier des conditions économiques et humaines de leur production. « Ils sont fabriqués au fin fond de la Mongolie intérieure ? Par des enfants ou presque ? Bien sûr, bien sûr, …mais je les veux et ils ne sont vraiment pas chers ! » Et nos usines ferment faute de commandes ou se délocalisent à leur tour, gonflant les chiffres du chômage et celui des futurs adeptes du low cost.

Ainsi, le low cost ne cherche pas à lutter contre la pauvreté en diminuant les prix sur les gondoles et linéaires, bien au contraire il entérine cette pauvreté. Tout simplement parce qu’il s’en nourrit – et que malheureusement, cédant nous-mêmes aux séductions en toc du système, nous la nourrissons à notre tour en entrant dans une de ces danses macabres dont s’ornaient les murs des églises à la fin du Moyen âge, alors qu’agonisait… toute une civilisation.

L’Europe ne fait pas assez d’économies d’énergie Euractiv Reporterre 2011/01/07 Euractiv (7 janvier 2011) L’Europe ne fait pas assez d’économies d’énergie. Reporterre. fr

L’Europe ne fait pas assez d’économies d’énergie

Au rythme actuel, l’objectif de réduire de 20 % la consommation d’énergie d’ici 2020 ne sera pas atteint.

Alors que les objectifs d’énergies renouvelables devraient être largement atteints en 2020, ceux sur l’efficacité énergétique risquent de ne pas aboutir.

Tous les objectifs du Paquet énergie-climat seront-ils atteints en 2020 ? Un rapport de l’association européenne de l’énergie éolienne (EWEA), publié le 4 janvier 2011, révèle que l’Europe devrait attendre son but de 20% d’énergie provenant de sources renouvelables (ENR) d’ci 2020.

Le texte se fonde sur des données de la Commission européenne selon lesquelles 20,7 % de la consommation énergétique et 34 % de la demande d’électricité seront couverts par des énergies renouvelables. En 2009, 11,6 % de l’électricité européenne provenait du renouvelable.

De plus, 15 Etats membres ont précisé qu’ils devraient même dépasser leurs objectifs. Le Luxembourg et l’Italie ont cependant informé la Commission qu’ils auraient besoin de « mécanismes de coopération » pour les atteindre. Ce mécanisme permet aux Etats de réaliser leurs amibitions en développant des énergies renouvelables dans un autre pays.

« Il y a encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs », rappelle cependant le directeur de la communication de EWEA, Julian Scola. Il précise que des installations devaient être créées, le réseau amélioré et les procédures d’autorisation accélérées.

La Commission européenne s’attend à ce que 64 % des nouvelles capacités énergétiques installées dans la décennie 2011-2020 soient renouvelables.

Retards importants

Si les Etat membres font d’importants efforts pour les ENR, la situation est différente pour l’efficacité énergétique. « Il est réaliste de penser que nous atteindrons l’objectif de 20 % pour les énergies renouvelables, mais nous n’arriverons qu’à 10 % pour l’efficacité énergétique si nous restons sur la base actuelle », a expliqué le président de la Commission européenne mercredi 5 janvier.

Il a souligné que l’UE n’avait pas réalisé suffisamment de progrès dans le domaine de l’efficacité énergétique. Selon lui, l’Europe à un potentiel énorme d’économies d’énergies à réaliser dans les secteurs des transports et des bâtiments.

Ce retard peut s’expliquer par le fait que les plans d’actions sont nationaux et non contraignants, avait précisé en novembre le Commissaire à l’Energie Gunther Oettinger.

José Manuel Barroso reste cependant très hésitant à imposer des contraintes aux Etats membres. : « Je ne peux pas dire à ce stade quelles seront les mesures » préconisées, a-t-il précisé.

L’OMC est le vestige d’un monde ancien Raphaël Kempf Reporterre 2011/01/07 Raphaël Kempf (7 janvier 2011) L’OMC est le vestige d’un monde ancien. Reporterre. Tribune — fr

L’OMC est le vestige d’un monde ancien

« L’objectif principal de l’OMC est de favoriser la croissance. Or la lutte contre le changement climatique nous oblige à repenser le système économique dans lequel nous vivons. L’OMC est née dans le monde ancien et nous sommes aujourd’hui dans le monde nouveau où il faut penser autre chose. »

Les règles de commerce international pourraient être un obstacle à des mesures en faveur du climat. L’OMC s’en défend avec le concept de soutien mutuel. Raphaël Kempf est juriste, spécialisé en droit international et en droits de l’Homme. Dans son ouvrage L’OMC face au changement climatique, il analyse d’un point de vue juridique comment des mesures de lutte contre le réchauffement climatique pourraient éventuellement entrer en contradiction avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

La lutte contre le réchauffement climatique est-elle compatible avec les règles de de commerce internationale de l’OMC ?

Il y a un vrai obstacle de nature idéologique. L’OMC défend une certaine vision de l’économie. Comme l’indique le préambule de la charte qui l’a mise en place en 1994 : « L’OMC a pour objectif l’accroissement de la production et des échanges ». L’objectif principal de cette organisation est donc de favoriser la croissance. Or la lutte contre le changement climatique nous oblige à repenser le système économique dans lequel nous vivons. Si on a un problème climatique aujourd’hui, c’est parce que le système économique basé sur la croissance et l’expansion industrielle l’a créé. L’OMC est née dans le monde ancien et nous sommes aujourd’hui dans le monde nouveau où il faut penser autre chose.

Le commerce international est-il nécessairement nuisible à l’environnement ?

A part la revue Nature qui a estimé que le commerce international représentait 25 % des émissions globales de gaz à effet de serre, il n’y a jamais eu aucune étude pour évaluer l’impact de la libéralisation des échanges sur les émissions de CO2. Mais l’Organisation mondiale du commerce a tout de même intégré la donnée du réchauffement climatique. Pour répondre à ce problème, elle a développé un nouveau concept, celui de « soutien mutuel ». C’est un concept que l’on retrouve partout dans le discours de l’OMC. Le « soutien mutuel », c’est l’idée que plus on fait de commerce, plus on protège l’environnement. Selon l’OMC, l’environnement est, en effet, un truc de riche : en libéralisant le commerce, on va augmenter le PIB, augmenter le niveau de vie dans certains pays et donc créer du même coup une demande chez les consommateurs de ces pays pour protéger l’environnement. C’est assez absurde quand on voit que l’essentiel des émissions de CO2 provient des pays les plus riches, et non des pays les plus pauvres. Le concept de « soutien mutuel », c’est une stratégie pour contrer l’obstacle idéologique dont je parlais tout à l’heure.

Cette stratégie a-t-elle une influence sur les négociations climatiques internationales ?

Dans la convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, un article stipule que le régime international de protection du climat ne doit pas porter atteinte aux règles du commerce international. On retrouve d’ailleurs cette règle dans la déclaration de Cancun. Au paragraphe 90 de la page 14 de la déclaration, on peut lire que les parties réaffirment que « les mesures prises pour lutter contre le réchauffement climatique, y compris les mesures unilatérales, ne doivent pas constituer un moyen de discrimination arbitraire, ou une restriction déguisée au commerce internationale. » C’est dire si la tactique du soutien mutuel a eu un effet sur les négociations climatiques. A l’heure actuelle, il est tout simplement inenvisageable pour les négociateurs d’écarter certaines règles de l’OMC dans le but de protéger le climat.

L’OMC a tout de même indiqué officiellement en 2009 qu’elle pourrait accepter le principe d’une taxe carbone aux frontières.

Le rapport « Commerce et changement climatique » de juin 2009 est une stratégie de légitimation du rôle de l’OMC dans la lutte contre le changement climatique. Mais la presse internationale, et notamment Le Monde et le Financial Times, n’ont pas lu ce rapport. Ils ont lu vite fait un communiqué de presse et se sont empressés d’annoncer que l’OMC admettait le principe d’une taxe carbone aux frontières. Selon moi, les choses ne sont pas aussi évidentes. En réalité, l’OMC ne pourrait accepter le principe d’une telle taxe qu’au prix de certaines conditions. Des conditions tellement strictes et tellement difficiles à remplir qu’elles seraient très difficilement acceptées par le tribunal de l’OMC.

Quelles sont ces conditions ?

Un des principes de bases de l’OMC est la règles de non-discrimination. Cela signifie qu’un Etat ne peut pas discriminer deux produits similaires. Si un pays décidait de favoriser un produit local à empreinte carbone faible par rapport à un produit importé qui au cours de sa fabrication et de son transport aurait contribué à beaucoup d’émissions de CO2, la question juridique serait de savoir si ces produits sont similaires ou non. En clair, la taxe carbone aux frontières pourrait être admise par un tribunal de l’OMC pour peu qu’on parvienne à démontrer devant le tribunal que la différence d’empreinte carbone est un critère de distinction entre ces deux produits.

C’est envisageable ?

Eventuellement. Mais pour que la notion d’empreinte carbone entre en considération pour différencier deux produits, il faudrait parvenir à prouver devant le tribunal que les consommateurs font clairement le choix de se tourner vers des produits « faiblement carbonés » pour le fait qu’ils sont « faiblement carbonés ». C’est loin d’être évident

Pourrait-on faire valoir le principe d’exception pour justifier de mesures de lutte contre le réchauffement climatique ?

L’article 20 de l’accord du GATT évoque la « protection des ressources naturelles épuisables ». Il faudrait donc arriver à prouver que l’atmosphère est une « ressource naturelle épuisable », ce qui n’est pas forcément évident non plus. Et surtout, il faudrait arriver à prouver que ça ne constitue pas une « mesure de restriction déguisée au commerce international. »

Le tribunal de l’OMC pourrait-il un jour devoir trancher sur ce type de questions ?

C’est évident, et ce sera un débat idéologique très délicat. Imaginons un conflit entre l’Indonésie et l’Union européenne à cause d’une taxe carbone. On aurait en jeu le droit au développement de l’Indonésie face au droit de l’Union européenne à favoriser une économie verte. Dans ce cas de figure, les juges de l’OMC seraient obligés de raisonner en tenant compte de ses différents facteurs.

Propos recueillis par Grégoire Comhaire

La culture d’OGM recule au Portugal Transgenicos Fora Reporterre 2011/01/08 Transgenicos Fora (8 janvier 2011) La culture d’OGM recule au Portugal. Reporterre. fr

La culture d’OGM recule au Portugal

Le mouvement anti-OGM s’exprime au Portugal par le site Transgenicos fora

On y apprend notamment que, selon les dernières données officielles, les superficies cultivées en OGM ont reculé de 5200 hectares en 2009 à 4868 en 2010.

Un loup tué en Isère LPO Isère et FRAPNA Isère Reporterre 2011/01/08 LPO Isère et FRAPNA Isère (8 janvier 2011) Un loup tué en Isère. Reporterre. fr

Un loup tué en Isère

La LPO Isère et la FRAPNA Isère demandent l’ouverture d’une information judiciaire.

La thèse du braconnage est avancée, et dans l’attente du résultat de l’autopsie qui devrait confirmer cette hypothèse, la LPO Isère (Ligue pour la protection des oiseaux en Isère) et la FRAPNA Isère (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature Isère) sollicitent du Procureur de la République que soit ouverte une information judiciaire ; elles porteront plainte si l’hypothèse du braconnage se confirme.

Rappelons que le loup gris (Canis lupus) est une espèce protégée par la loi qui bénéficie d’une disposition de la Convention de Berne (1979), assortie d’une directive européenne de mai 1992. En Isère, le Loup est réapparu naturellement en 1998. Sa population dans le département de l’Isère reste très faible et se cantonne aux zones de montagne. Cette espèce a un rôle très important dans les écosystèmes naturels et notamment en ce qui concerne la régulation et l’état sanitaire des troupeaux d’ongulés sauvages. Le loup est une espèce extrêmement discrète qui craint l’Homme, c’est pourquoi il est très rare de la voir.

Sur la présence du loup dans les Alpes françaises, et particulièrement en Isère, les usagers des espaces naturels et agricoles font de réels efforts : les éleveurs protègent leurs troupeaux par des moyens de protection, l’administration apporte un soutien technique et financier (indemnisation du bétail). Les associations de protection de la nature ont clairement admis que dans certaines conditions, les éleveurs puissent se défendre contre les loups et mettent à disposition des éleveurs des éco-volontaires pour l’estive des troupeaux. Rien ne justifie donc de tels agissements.

S’il s’agit d’un acte de braconnage, la LPO Isère et la FRAPNA Isère attendent des pouvoirs publics et de la justice que tout soit fait pour retrouver les coupables et les punir. Ces actes sont intolérables et relèvent de pratiques de temps révolus ou la Nature était vue comme une ennemie alors qu’il est reconnu que c’est un patrimoine commun fortement menacé. La LPO et la FRAPNA attendent également des dirigeants du monde cynégétique qu’ils prononcent une condamnation sans équivoque sur cet acte de vandalisme sur la nature.

L’économie ordinaire entre songes et mensonges Gilbert Rist Reporterre 2011/01/09 Gilbert Rist (9 janvier 2011) L’économie ordinaire entre songes et mensonges. Reporterre. Tribune — fr

L’économie ordinaire entre songes et mensonges

La théorie économique s’est bâtie sur le modèle de la science physique classique. Mais elle n’a pas pris en compte les découvertes ultérieures de la thermodynamique. D’où son incapacité à rendre compte du monde actuel.

Cet ouvrage éclaire de manière originale l’un des paradoxes les plus importants – et les plus graves – de notre époque : d’une part, la « science » économique se donne pour mission, à travers l’obligation de croissance, de combattre la rareté supposée originelle et de promouvoir l’abondance et, de l’autre, on constate que cette démarche conduit, finalement, à une pénurie programmée de l’ensemble des ressources, qu’elles soient renouvelables ou non.

Il est devenu urgent de comprendre les raisons de cette erreur fatale. D’où la nécessité d’interroger les présupposés, ou les axiomes, sur lesquels repose la « science » économique. Ce livre ne cherche pas à faire un choix entre les différentes écoles qui s’efforcent de dominer le champ. Il vise à saisir l’origine d’un raisonnement (économique) qui est à la fois obsolète et dangereux.

Pour faire valoir le caractère « scientifique » de leur démarche, les premiers économistes se sont largement inspirés de la mécanique newtonienne qui prévalait à leur époque : d’où l’importance accordée aux forces (du marché), à la masse (monétaire), aux flux (financiers), à l’élasticité (de l’offre ou de la demande), à la balance (commerciale) etc. Mais cette perspective – qui prévaut toujours – n’a pas tenu compte des découvertes scientifiques ultérieures, et notamment de l’importance de la seconde loi de la thermodynamique.

Le présupposé de la rareté, l’imaginaire de l’homo oeconomicus, la magie de l’équilibre du marché, le contresens de l’utilité constituent autant de faiblesses conceptuelles qui entraînent la théorie économique à construire un monde enchanté, sans rapport avec celui qui existe réellement et donc à prescrire des politiques génératrices de crises successives, non seulement financières, mais surtout énergétiques, alimentaires et climatiques.

L’histoire et l’anthropologie montrent que les pratiques sociales sont loin de confirmer les postulats de la « science » économique et c’est donc sur de tout autres bases qu’il convient de proposer un nouveau paradigme économique pour passer de l’obsession de croissance à une nouvelle compréhension du monde (tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit) qui s’inspire largement de la démarche des objecteurs de croissance.

Le Parti de Gauche en faveur d’un moratoire sur le gaz de schiste Corine Morel-Darleux Reporterre 2011/01/10 Corine Morel-Darleux (10 janvier 2011) Le Parti de Gauche en faveur d’un moratoire sur le gaz de schiste. Reporterre. fr

Le Parti de Gauche en faveur d’un moratoire sur le gaz de schiste

Le gouvernement de Sarkozy vient d’offrir en pâture 1% du territoire français aux appétits des gaziers et pétroliers.

En accordant des permis de recherche exclusifs, à des fins d’exploitation de gaz non conventionnel, dits « gaz de schiste », l’État a livré aux multinationales Total, EGL (European Gas Limited), Hess/Toreador, Schuepbach Energy et GDF Suez, des hectares entiers de terres dans le Bassin Parisien, en Rhône Alpes, PACA, Nord Pas de Calais, Lorraine et Franche Comté.

Sans aucun débat public. Les conséquences peuvent pourtant s’avérer lourdes, et la France pourrait bientôt ressembler à du gruyère.

A du gruyère sec... Car la technique utilisée, la fracturation hydraulique, qui utilise près de 600 produits chimiques envoyés jusqu’à - 3000 mètres, est non seulement polluante et dangereuse pour l’écosystème, mais en plus très grosse consommatrice d’eau. Chaque puits peut être fracturé entre 15 et 20 fois, chaque fracturation consommant entre 7 et 28 millions de litres d’eau, dont seule la moitié est récupérée.

Où sera pompée toute cette eau ? Une fois de plus, on est bien loin du Grenelle qui devait par son article 27 préserver les ressources en eau !

Et comment seront acheminés les volumes de gaz ainsi extraits vers les usines de retraitement ? Où est la réduction des émissions de gaz à effet de serre promise par le même Grenelle ?

Alors qu’en Equateur, le projet Yasuni ITT permet de laisser le pétrole sous terre, en France on fore et on perfore, encore et encore.

Le Parti de Gauche demande un moratoire sur le gaz de schiste et exige qu’un débat public ait lieu avant toute exploration du sous-sol français.

D’autres solutions existent pour planifier la transition énergétique. Un gouvernement du Front de gauche engagera des mesures volontaristes en la matière, par la création d’un service public de l’énergie, le transfert du tout routier vers le rail et le fluvial, un vaste programme de rénovation thermique et un scénario ambitieux de sortie du nucléaire et des énergies fossiles basé sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les renouvelables.

Quand Areva fait son cinéma Thierry Salomon Reporterre 2011/01/10 Thierry Salomon (10 janvier 2011) Quand Areva fait son cinéma. Reporterre. Tribune — fr

Quand Areva fait son cinéma

Chouette ! Pour les 10 ans de sa marque, Areva a décidé de nous emmener au cinéma pour nous montrer, en 60 secondes top chrono, « la grande épopée de l’énergie ».

Un audacieux travelling historique nous transporte depuis l’Egypte et les voiles gonflées par le dieu du vent Amon-Ra jusqu’au moulin hydraulique au Moyen-Age. Les images glissent ensuite à tout allure du 19e siècle de la vapeur et du charbon, jusqu’au 20e des puits de pétrole et de la station-service, piliers du rêve américain. Musique symphonique de superproduction, travelling saisissant, budget colossal de plus de 15 millions d’euros. Rien ne manque, sauf peut-être Indiana Jones.

Passant symboliquement du passé à l’avenir en franchissant l’écran d’un drive-in, on pénètre enfin dans un paysage idyllique (mer azur et monts embrumés d’or) où trônent, en bord de mer, les deux réacteurs d’une centrale nucléaire. Curieusement aucun panache de vapeur, aucune ligne à très haute tension ne vient gâcher le paysage, mais on sent bien que la centrale n’est pas une simple figurante. En mer, un champ d’éoliennes - encore une centrale - posées si près des côtes que l’on n’est certainement pas dans la France des ZDE et du NIMBY post-Grenelle. Un peu plus loin, une centrale photovoltaïque au sol - toujours une centrale - resplendit de tous ses feux.

Enfin, dans les dernières secondes du travelling, le monde merveilleux d’Areva se dévoile : un front de mer façon Rio de Janeiro où, sur les terrasses d’immeubles-tours, une jeunesse aisée danse, insouciante, éclairée en plein jour par de puissants sunlights. Un monde de rêve, de teufs et de cigales qui dansent tout l’été. Sea, sex and nuke !

Le message est limpide : consommez sans inquiétude, nos centrales nucléaires ronronnent, fournissant le miel énergétique dont rêve l’humanité depuis des millénaires, depuis les premiers kWh produits dans l’effort, la sueur et le carbone. Areva, fournisseur officiel de la corne d’abondance. Le modèle énergétique est clair : l’énergie ne peut être que centralisée, le nucléaire-qui-n’émet-pas-de-CO2 a les mêmes vertus que les renouvelables, il est propre sur lui et inépuisable.

Pas un mot sur l’envers du décor de cette superproduction : la prédation sur les mines d’uranium, les sous-intérimaires surpressurisés, les risques de prolifération, les déchets enfouis comme des autruches pour les siècles des siècles, les réserves de minerai limitées à quelques décennies, l’accident aux conséquences si incalculables qu’on préfère, justement, ne pas le calculer. Pas un mot sur le démantèlement dont la seule certitude est qu’il sera d’un coût pharaonique. Pas un mot sur tous ces fardeaux pour les générations à venir : ils sont gommés par ce clip habile, saupoudrés des vertes paillettes du développement durable, ce si bel oxymore anesthésiant.

Pas un mot enfin, dans cette « épopée de l’énergie », sur ce qui est dès à présent, au 21e siècle, notre plus grande réserve d’énergie : le formidable gisement issu du non-gaspillage, de la sobriété et de l’efficacité énergétique. Pas une image sur qui devrait être notre véritable futur énergétique : un urbanisme à l’échelle humaine, des productions d’énergies décentralisées fondées sur des flux naturels et non sur les dernières ressources stockées dans le sol de notre seule planète. « .. En ce sens, ce film est porteur d’enthousiasme et d’humilité » ose dire sans rire le porte-parole d’Areva. Le minimum de sagesse et, justement, d’humilité devrait nous imposer une conduite de fourmis prévoyantes et non d’insouciantes cigales dansant sur les toits de gratte-ciel, comme dansaient les passagers en first class dans le luxueux salon du Titanic.

Cette pub sublimable a cependant un mérite, un seul : elle nous confirme que lorsqu’Areva fait son cinéma, elle dispose d’un vrai talent dans la fiction nucléaire.

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La pub Areva est visible sur : http://www.youtube.com/AREVAmultimedia. En bonus, le vrai-faux making-off du clip, également visible sur YouTube vaut aussi le détour pour les paroles fortes et pénétrantes des créatifs de la pub et du porte-parole d’Areva.

La grande marche des paysans commencera en Inde en 2011 Gandhi International Reporterre 2011/01/10 Gandhi International (10 janvier 2011) La grande marche des paysans commencera en Inde en 2011. Reporterre. fr

La grande marche des paysans commencera en Inde en 2011

La moitié des habitants du monde sont paysans. Pour faire valoir leurs droits face à l’accaparement des terres et à l’agriculture productiviste, le mouvement Ekta Parishad organise en Inde une marche non-violente pour la justice, Jan Satyagraha, qui durera d’octobre 2011 à octobre 2012.

En ce XXIe siècle, plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim. Toutes les 4 secondes, une personne meurt des conséquences de la malnutrition, en majorité des enfants de moins de 5 ans. 25 % de la population mondiale consomment 85 % des richesses disponibles et, chaque année, 30 % de ressources en plus de ce que la planète peut régénérer sont utilisées.

La moitié des habitants de notre monde sont agriculteurs dont les 3/4 travaillent encore uniquement à la main. Assurer à ces paysans les conditions requises pour qu’ils puissent vivre de leur travail est l’un des enjeux majeurs d’un développement durable, pour que la violence ne soit pas la seule alternative de millions de pauvres, affamés, spoliés, corvéables et déplacés vers les bidonvilles des grandes métropoles.

La terre, l’eau, les semences, les forêts, les minerais - biens communs de l’humanité - sont accaparés par les investisseurs avec l’assentiment des États ou dans leur impuissance. Partout sur la planète, exploitations minières ou forestières, grands barrages, zones touristiques, monocultures hyper-intensives d’exportation à base d’OGM ou production d’agrocarburants remplacent les cultures vivrières. Cet accaparement des terres s’amplifie.

Parallèlement, l’afflux sur les marchés des pays du Sud de denrées alimentaires produites dans les pays riches avec d’énormes moyens mécaniques et massivement subventionnées génère une concurrence déloyale qui ruine les paysanneries locales.

Marche pour la justice, le droit à l’alimentation, à la terre, à l’eau, aux semences, aux forêts

Organisée en Inde d’octobre 2011 à octobre 2012 par le mouvement Ekta Parishad, la marche non-violente pour la justice Jan Satyagraha sera une action forte et emblématique. Elle rassemblera, dans sa dernière étape en octobre 2012, 100 000 pauvres, paysans sans terre, tribaux et Intouchables qui vont marcher pendant 30 jours, pour faire valoir leurs droits aux ressources vitales et à une vie dans la dignité.

Cette marche est une opportunité historique de mettre en lumière les questions fondamentales de justice sociale et économique : partage des richesses, accès aux ressources naturelles, souveraineté alimentaire, dettes des pays pauvres, place des plus démunis dans nos sociétés, rôle des femmes, mais aussi démocratie participative, responsabilités des sociétés multinationales et du système financier international, choix d’un modèle de vie et de développement durable et équitable pour tous. Il ne s’agit pas d’assister les populations en situation de misère, mais de reconnaître leurs droits aux ressources indispensables à la vie, de permettre leur travail et favoriser leur initiative.

Globalisons la solidarité

Nous invitons les citoyens et les organisations de la société civile à soutenir cette marche de toutes les manières possibles, et à revendiquer, de manière déterminée et pacifique, auprès des instances internationales (ONU, FAO, OMC, Union européenne, OCDE, G 20, Banque mondiale, etc.), le droit d’accès des populations locales aux ressources naturelles (terre, eau, semences, forêts, etc.), ce qui implique le respect des législations existantes et leur renforcement par des mécanismes de régulation et de contrôle. Pareillement, en droit international, le droit à la souveraineté alimentaire doit être reconnu comme supérieur aux droits du commerce et de l’investissement.

Sur tous les continents, il importe de globaliser la solidarité. En 2012, nous appelons les citoyens à organiser des actions non-violentes simultanées et concertées (marches, sit-in, chaînes humaines, moments de silence, concerts, etc.) en lien avec la marche indienne pour la justice, particulièrement entre le 2 octobre (journée internationale de la non-violence) et le 17 octobre (journée internationale de lutte contre la misère).

Démantèlement nucléaire : EDF transfère une partie de ses charges Agir pour l’Environnement Reporterre 2011/01/10 Agir pour l’Environnement (10 janvier 2011) Démantèlement nucléaire : EDF transfère une partie de ses charges. Reporterre. fr

Démantèlement nucléaire : EDF transfère une partie de ses charges

Un décret publié le 30 décembre 2010 allège les charges de démantèlement des centrales nucléaires par EDF en les faisant porter par tous les acteurs de la production électrique.

Le 30 décembre 2010, le gouvernement a publié un décret relatif à la sécurisation du financement des charges nucléaires. A l’article 3 du décret n° 2010-1673 du 29 décembre 2010, l’Etat autorise l’exploitant de centrales nucléaires à provisionner des actifs en vue de démanteler les centrales nucléaires à l’arrêt.

Parmi ces actifs, EDF vient d’annoncer qu’il transférait la moitié du capital du Réseau de transport d’électricité (RTE) gérant les milliers de kilomètres de lignes à haute et très haute tension à un fonds dédié au démantèlement des centrales nucléaires.

Par delà la technicité d’un tel décret, le fait de profiter de la valorisation d’un Réseau de Transport de l’Electricité que tous les producteurs d’électricité financent au quotidien pour payer une partie du démantèlement des centrales nucléaires est proprement scandaleux !

Ce tour de passe-passe comptable ne peut faire oublier que l’opérateur historique, loin d’avoir provisionné les sommes nécessaires au démantèlement de ces vieilles centrales est aujourd’hui acculé à préempter le bien commun, à savoir les lignes à haute et très haute tension.

La Cour des Comptes estimait le montant nécessaire au démantèlement des 58 réacteurs nucléaires à 20 à 39 milliards d’euros. La Grande-Bretagne a, quant à elle, prévu de mobiliser 103 milliards d’euros pour démanteler ses 35 réacteurs…

Alors que la Cour des Comptes s’était légitimement inquiétée de la faiblesse des provisions mobilisées par EDF en vue du démantèlement de ses centrales, il est à craindre que l’opérateur historique soit dans l’obligation de céder à moyen terme RTE afin d’assurer le financement du démantèlement !

Pour Agir pour l’Environnement, alors que tous les producteurs d’électricité sont amenés à payer ce réseau au travers d’une contribution spécifique, c’est finalement EDF qui va valoriser ce patrimoine commun de la Nation Française.

Paradoxalement, ce sont donc bien les énergies renouvelables qui sont en partie en train de payer le démantèlement des centrales nucléaires. De façon tout à fait anticoncurrentielle, le secteur de l’éolien doit quant à lui, provisionner, avant d’avoir produit le premier kWh, la somme nécessaire au démantèlement de l’aérogénérateur !

Une fois encore, le nucléaire bénéficie d’un régime d’exception qui lui permet de reporter ses coûts sur l’ensemble des acteurs de la filière.

Un million de signatures pour l’anthroposophie Jean-Luc Martin-Lagardette Reporterre 2011/01/11 Jean-Luc Martin-Lagardette (11 janvier 2011) Un million de signatures pour l’anthroposophie. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

Un million de signatures pour l’anthroposophie

Plus d’un million cent vingt mille signatures ont été rassemblées pour demander un cadre juridique préservant la liberté de choix des produits anthroposophiques.

Grâce au capital de sympathie dont elle bénéficie dans l’opinion, l’anthroposophie a gagné une première grande bataille : plus de 1,1 million de personnes en Europe ont signé leur pétition pour demander à la Commission européenne la création d’un cadre juridique visant à « préserver la liberté de choix et l’opportunité de choisir des produits et des services anthroposophiques ».

Fabrication de médicament anthroposophique

Au 5 janvier 2011, 1.121.014 signatures, en provenance des pays de l’Union européenne, ont été enregistrées par Eliant. Cette Alliance européenne d’initiatives issues de l’anthroposophie regroupe les organisations internationales de ce mouvement philosophico-spirituel.

C’est la deuxième fois qu’une pétition de citoyens, organisée à l’échelle de l’Europe, va contraindre la Commission à étudier leurs revendications (cf. Pétition Avaaz sur les OGM).

Les réalisations de l’anthroposophie sont bien connues du public sensibilisé aux questions d’écologie ou de santé naturelle : l’agriculture biodynamique (label Demeter), la pédagogie Steiner (Écoles Steiner-Waldorf) et la médecine (médicaments Weleda).

Selon les initiateurs de la pétition, « les méthodes utilisées par l’agriculture biodynamique et la pharmacie anthroposophique sont menacées et risquent de se voir dans l’impossibilité de continuer leur activité, faute de trouver une place dans le cadre des directives européennes actuelles ».

Or il existe, pour les citoyens européens, une possibilité d’intervenir directement dans les décisions de l’UE : c’est de montrer qu’ils sont assez nombreux (au moins un million) et représentatifs pour exiger que leurs propositions soient prises en considération par la Commission.

Utilisant cette nouvelle procédure, Eliant a donc lancé une campagne européenne de signatures qui vient d’aboutir, grâce à la mobilisation de plus d’un million de citoyens européens. Loin d’être tous des anthroposophes, les signataires se sont reconnus plus largement dans un « mouvement dynamique de civilisation et de culture qui redonne la priorité à l’être humain et au respect de la nature, dans une démarche de conscience, de responsabilité et de liberté ».

Les menaces contre les produits et services anthroposophiques sont issues du désir, certes légitime, de la Commission d’assurer leur sécurité sanitaire auprès des consommateurs. Le problème est que cette sécurité est parfois excessive, maladroite ou intéressée (au profit des grands lobbies). Et elle n’est pas forcément une garantie de protection des consommateurs, comme le montre l´affaire du Mediator, médicament qui aurait fait pourtant de 1000 à 2000 décès, alors que le purin d’ortie, lui, a été interdit…

La bagarre politique s´annonce rude

Exemples de difficultés rencontrées par les pratiques anthroposophiques :

- Une directive européenne interdit la commercialisation de petits pots pour bébés sans ajout de vitamines artificielles. Les produits Demeter, riches de vitamines naturelles, se trouvent ainsi exclus du marché !

- Les médicaments anthroposophiques qui relèvent des catégories reconnues par les directives (homéopathie et phytothérapie) sont autorisés. Par contre, les médicaments spécifiquement anthroposophiques qui ne disposent pas encore d’un cadre législatif risquent de disparaître.

Parallèlement, les art-thérapies ou la pédagogie Waldorf/Steiner, l’éducation spécialisée pour enfants et adultes handicapés, rencontrent des difficultés identiques.

Les promoteurs de la démarche souhaitent que soit créé un cadre juridique particulier permettant à l´anthroposophie de se développer comme en Suisse et en Hollande.

Si de nombreux non-anthroposophes soutiennent cette revendication, c’est qu’ils souhaitent que la porte soit laissée ouverte à toute une gamme de produits naturels et de démarches non-classiques ni académiques. Produits et démarches menacés alors que beaucoup d´entre eux ont fait leur preuve.

La bagarre politique s’annonce rude. D’autant plus que certaines autorités, comme la Miviludes en France, présentent l’anthroposophie comme une démarche « à caractère sectaire ». L´expression populaire venue de cette initiative citoyenne risque fort d’embarrasser les autorités, les institutions et les groupes de pression, bien relus que certaines autorités, comme la Miviludes en France, présentent l’anthroposophie comme une démarche « à caractère sectaire ». L’expression populaire venue de cette initiative citoyenne risque fort d’embarrasser les autorités, les institutions et les groupes de pression, bien représentés à Bruxelles...

La société nucléaire Hervé Kempf Reporterre 2011/01/11 Hervé Kempf (11 janvier 2011) La société nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

La société nucléaire

J’ai regardé le film publicitaire d’Areva, qui sera diffusé sur vos télévisions - si vous en avez encore une, nul n’est parfait - à partir du 15 janvier. Soixante et une secondes d’un film très bien réalisé, qui caricature sous forme d’un dessin animé au graphisme réaliste l’histoire de l’énergie : le vent pousse les voiliers de l’Egypte antique, l’eau meut les moulins du Moyen Age, le charbon anime la révolution industrielle, le pétrole propulse la société dans l’âge automobile, le nucléaire - associé aux énergies solaire et éolienne - incarne le monde présent symbolisé par un conglomérat d’immeubles en bord de mer, au sommet de l’un desquels des gens dansent dans une ambiance de discothèque.

Au premier abord, cette scène paraît agréable, composée d’images léchées, de danse nonchalante au bord de l’eau, d’usines propres et sans pollution. Mais c’est une société particulière que nous montre le plan final où s’illustre la vision du monde d’Areva et de ses publicitaires : dans une ville géante, des groupes limités s’agitent entre eux loin de ce qui fait la trame de la société - les gens, la rue, la campagne, les conflits, les arbres. Alors que dans les plans illustrant les autres époques, l’on voyait les gens ensemble, au travail, au marché, dans les rues, le monde d’Areva isole les communautés qui vivent séparées les unes des autres.

Le film, par ailleurs, ignore les inconvénients de l’énergie nucléaire : déchets, accident, prolifération... Mais l’idée même qu’il porte est problématique, en laissant croire que l’énergie nucléaire est au coeur du système énergétique moderne, comme l’avaient été en leur temps l’eau ou le charbon. En fait, l’atome ne représente que 6 % de la production mondiale d’énergie. Et depuis trois ans, la capacité nucléaire mondiale (371 gigawatts) a même reculé. Si 2 010 marque une reprise, avec 57 réacteurs en cours de construction, la donne ne devrait pas significativement changer, compte tenu du retrait de réacteurs anciens et de la poussée d’autres énergies.

Troisième message implicite du film : l’énergie est d’abord un enjeu de production. Et la seule question, technique, serait celle du choix de la meilleure source. C’est oublier que le gisement le plus économique et le plus écologique d’énergie se trouve, chez les pays riches, dans les économies d’énergie. Mais y recourir mettrait en cause les intérêts du nucléaire.

Un chiffre pour la fin : Areva va débourser 16 millions d’euros pour sa campagne publicitaire. Autant que ce que les candidats à l’élection présidentielle étaient autorisés à dépenser avant le premier tour pour leur campagne en 2007.

La région Rhône-Alpes soutient le projet Yasuni Parti de Gauche Reporterre 2011/01/11 Parti de Gauche (11 janvier 2011) La région Rhône-Alpes soutient le projet Yasuni. Reporterre. fr

La région Rhône-Alpes soutient le projet Yasuni

L’Equateur veut préserver une partie de sa forêt amazonienne de l’exploitation pétrolière. Ce projet, dit Yasuni ITT, vient de recevoir l’appui de la région Rhône-Alpes.

A l’occasion du débat budgétaire, le Groupe Front de Gauche fait adopter un amendement en faveur du projet YASUNI-ITT. En inscrivant 150 000 Euros en Autorisation de Programme pour 2011, la Région Rhône-Alpes s’engage à abonder le fond financier destiné à recueillir l’argent versé par la communauté internationale.

La Région Rhône-Alpes devient ainsi la première collectivité française à soutenir ce projet. C’est une immense satisfaction pour notre groupe Front de Gauche d’œuvrer pour une coopération internationale porteuse de transformation sociale et écologique.

Communiqué de María Fernanda Espinosa

Le Gouvernement National d’Equateur met en œuvre l’Initiative Yasuní-ITT qui consiste à laisser sous terre 20% des réserves actuelles de pétrole, en échange d’une contribution économique des pays industrialisés d’au moins la moitié de ce que l’Equateur aurait reçu en exploitant le pétrole des champs Ishpingo, Tambococha, Tiputini (ITT), à l’intérieur du Parc National Yasuní dans l’Amazonie équatorienne.

Les fonds, déposés dans un fidéicomis administré par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), seront utilisés dans l’investissement pour le développement social et la production soutenable des populations qui vivent dans la zone d’influence des projets localisés en Amazonie, dans le changement de la matrice énergétique en impulsant l’efficience dans la consommation énergétique nationale, dans la conservation du système national des aires protégées du pays et dans la reforestation d’environ un million d’hectares dans des bassins clés pour le développement du pays.

L’Initiative Yasuní-ITT est une proposition holistique et révolutionnaire car, en plus de conserver la biodiversité et de contribuer à la solution au changement climatique global, elle aspire à combattre la pauvreté et les inégalités dans le pays. De plus, elle cherche des alternatives pour qu’un pays hautement dépendant de l’exploitation des hydrocarbures comme l’est l’Equateur, aille vers une économie post-pétrolière.

L’Initiative Yasuní-ITT n’est pas un projet isolé. Le Gouvernement de la Révolution Citoyenne a fait des pas importants vers un regard différent sur le concept de développement ou du « Buen Vivir ». L’Initiative Yasuní-ITT est la continuation d’une profonde politique de changement du modèle de développement du pays qui a commencé avec l’approbation de la nouvelle Constitution de l’Equateur, peut-être la plus « verte » du monde, car, entre autres choses, elle reconnaît l’existence de Droits de la Nature. Un vrai événement historique qui met en évidence la priorité du Gouvernement pour changer les structures qui ne nous ont pas permis d’avancer vers un développement soutenable et, par conséquent, vers une véritable démocratie.

Il est évident qu’un « Plan B » existe, le Gouvernement ne l’a jamais nié et a toujours été clair et transparent à ce sujet. Un pays avec des besoins terribles a besoin de ressources pour son développement et pour combattre la pauvreté et l’exclusion. Au cas où l’Initiative Yasuní-ITT échoue, le gouvernement équatorien exploitera les réserves des champs ITT. Mais pour que cela arrive, il doit se passer deux choses : ou bien on n’obtient les premiers 100 millions de dollars pour le fonds Yasuní d’ici décembre 2011, ou bien on n’obtient pas les 3,6 milliards de dollars d’ici 2023.

Mais la première option du Gouvernement de l’Equateur est de laisser le pétrole sous terre. Le Président Correa l’a ainsi indiqué la semaine dernière à la Conférence des Parties de la Convention sur le Changement Climatique qui a eu lieu à Cancún au Mexique. Dans celui-ci, et lors d’autres forums internationaux, le Président Correa a fait de nombreux appels aux pays industrialisés pour qu’ils reconnaissent leur co-responsabilité dans le changement climatique mondial et contribuent à cette Initiative, unique au monde.

María Fernanda Espinosa Ministre Coordinatrice Ministère Coordinateur du Patrimoine

Un affairiste pour promouvoir les J.O. d’Annecy Gfumex Reporterre 2011/01/11 Gfumex (11 janvier 2011) Un affairiste pour promouvoir les J.O. d’Annecy. Reporterre. fr

Un affairiste pour promouvoir les J.O. d’Annecy

Charles Beigbeder est le nouveau président du Comité de candidature d’Annecy aux Jeux Olympiques d’hiver. Avec le soutien de Mme Parisot, du Medef.

Nicolas Sarzkozy aurait voulu enterrer le dossier des Jeux Olympiques d’ANNECY 2018 qu’il ne s’y serait pas pris autrement en nommant à sa tête son ami Charles Beigbeder – un des représentant les plus virulents du patronat français – sans concertation avec l’équipe des « provinciaux ». Une candidature qui vient de bénéficier d’un soutien enthousiaste de Laurence Parisot, la Présidente du MEDEF.

Déjà, la candidature d’Annecy était mal partie avec une équipe qui collectionne maladresse sur maladresse, impréparation, amateurisme (dans son sens péjoratif qui définit l’incompétence d’une équipe de « professionnels »). Un avis qu’a développé longuement Guy Drut, ancien ministre des Sports et membre du CIO dans une interview donnée le 6 janvier dans Aujourd’hui en France.

Mais, démontrant une nouvelle fois sa propre incompétence, la médiocrité de son analyse, (ou alors sa capacité de nuisance cynique), Nicolas Sarkozy vient de scier, non seulement la branche du soutien régional de Queyranne, mais celle d’un grand nombre de supporters olympiques allergiques à la main mise du profit et de l’argent sur le sport. Les réactions hostiles des députés UMP Tardy et Saddier, en sont les révélateurs. Les élus, ne sont-ils pas des baromètres crédibles de l’opinion des citoyens, qui sont, avant tout, des électeurs… ?

Décidément, cette candidature a toutes les chances d’aller « tout schuss dans le mur » comme le déclare Jean-Jacques Queyranne, car elle sera de moins en moins portée par l’opinion publique, ce qui est, dans les critères de choix des membres du comité du CIO , un des atouts essentiels d’un dossier de candidature.

Suite à un communiqué de presse du « Comité anti-JO », Albert Jacquard, auteur du livre « Halte aux jeux », sera à Annecy le vendredi 28 janvier à 20H00 à la Salle Eugène Verdun pour expliquer son opposition à l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver.

La pétaudière nucléaire Patrick Bonazza (Le Point) Reporterre 2011/01/11 Patrick Bonazza (Le Point) (11 janvier 2011) La pétaudière nucléaire. Reporterre. fr

La pétaudière nucléaire

Polluée par les querelles d’ego, la politique nucléaire de la France sombre dans le chaos.

L’industrie nucléaire française est en vrac. Quand ses concurrents russes, japonais, coréens emportent des marchés, les Français se déchirent. Entre les deux champions de la filière, Henri Proglio pour EDF et Anne Lauvergeon pour Areva, « c’est une entreprise de démolition en règle », note un observateur... engagé. Même animosité, un ton au-dessous, entre EDF et GDF-Suez. La France a beau abriter les deux plus gros électriciens du monde, entre Proglio et Mestrallet, le PDG de Suez, il n’est pas question de saine concurrence, mais de guerre ouverte. Ce désordre n’est pas nouveau. « L’Etat se désintéresse du nucléaire depuis quinze ans », dit un politique. Mais, aujourd’hui, les dissensions atteignent une intensité inégalée. Le désastre d’Abou Dhabi, où les Coréens ont emporté le morceau contre l’EPR, n’a rien arrangé. La faute à qui ? A Sarkozy, disent certains ! Car la politique nucléaire de la France se joue à l’Elysée. Le plus étrange, c’est que l’Etat a toutes les cartes en main pour remettre son industrie en ordre de bataille au moment où l’on assiste à une relance de l’atome civil : il possède 84 % d’EDF, 36 % de GDF-Suez et plus de 90 % d’Areva, directement ou indirectement. L’Etat est fort, mais que veut-il ?

Rien qu’au cours des dernières semaines, les exemples d’impéritie abondent. L’augmentation de capital d’Areva, par exemple : elle vient à peine d’être conclue alors qu’elle avait été lancée dès 2004 (!) par un certain Nicolas Sarkozy, ministre de l’Economie. Conclue, certes, mais de quelle façon ! En juillet, trois candidats (le Qatar, le Koweït et Mitsubishi) étaient confirmés. Au final, en décembre, seul le Koweït reste en lice, moyennant des garanties en béton données par l’Etat, qui par ailleurs va mettre au pot. Le chaos français a suffi à en décourager deux sur trois.

Autre illustration d’amateurisme, l’« affaire Juniac ». Juste avant Noël, Alexandre de Juniac, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, se fait rembarrer en quelques minutes par la commission de déontologie, à qui il demandait si ses actuelles fonctions ne s’opposaient pas à son arrivée à la tête d’Areva. Demande troublante. Bercy ne passait-il pas pour l’un des rares soutiens de Lauvergeon ?

Conflits d’intérêts

Enfin, dans la rubrique dysfonctionnements récents, en octobre, GDF-Suez faisait savoir qu’il se retirait du projet d’EPR de Penly (Normandie), dont il avait pris 25 %, car le maître d’oeuvre, EDF, ne voulait pas l’associer à la réalisation du chantier. Différend symptomatique.

Au-delà des vives querelles de personnes entre EDF et GDF-Suez, il y a aussi... la CGT. Gérard Mestrallet, le patron de GDF-Suez, même s’il est le premier énergéticien mondial après son rachat d’International Power, souhaite détenir une part importante du marché français de l’électricité (environ 20 %). Or il ne peut le faire qu’en dépouillant EDF. Il propose d’installer un réacteur nucléaire (l’Atmea 1000 d’Areva et Mitsubishi) dans la vallée du Rhône. Et de racheter à prix coûtant (comme l’exige Bruxelles) de l’électricité à EDF. Affaiblir EDF ? Tant pour son patron Proglio que pour le président de la République, ce n’est pas envisageable. Et la CGT, qui a trop à perdre (le comité d’entreprise d’EDF est un énorme fromage), veille au grain.

« Guéant voit bien qu’il y a des bogues partout », dit un industriel. A se demander si le secrétaire général de l’Elysée ne les provoque pas lui-même... L’hyperprésidence, en tout cas, confine François Fillon et plus encore Christine Lagarde dans les seconds rôles. L’histoire de la candidature de Mitsubishi au capital d’Areva en est une bonne illustration. Le Premier ministre, lors d’un voyage au Japon en juillet 2010, assurait aux dirigeants de la firme japonaise qu’ils étaient bienvenus en France. La ministre des Finances, elle, a cru jusqu’au bout que Mitsubishi serait de la partie pour apprendre, lors d’une dernière réunion à l’Elysée, que la solution était écartée. Apparemment, EDF et Alstom, hostiles aux Japonais, ont leurs entrées à l’Elysée...

Et Claude Guéant a ses têtes. Ainsi a-t-il grande confiance en François Roussely, qui, bien qu’il ne soit pas du même bord, a dirigé comme lui la police nationale - cela crée des liens. Aussi l’Elysée a-t-il confié en décembre 2009 la rédaction d’un rapport sur la filière nucléaire à Roussely, ancien patron d’EDF (1998-2004), désormais vice-président Europe de Crédit suisse. L’énergie reste son business : en 2010, il a orchestré comme banquier la vente de TetD, une filiale d’Areva. On l’a vu aussi en juin 2010, peu avant la publication de son rapport, recevoir au côté d’Henri Proglio une délégation de Mitsubishi avenue de Wagram, au siège d’EDF ! L’Elysée n’a cure de ces conflits d’intérêts. Roussely non plus, puisque nombre d’auditions de sa commission ont eu lieu à Crédit suisse, avenue Kléber, à Paris.

« Nul, il n’y a rien dedans », disent la plupart de ceux qui ont lu la version courte du rapport Roussely - la longue est classée secret-défense. Il faut dire que le rapport accomplit l’exploit de ne citer qu’entre les lignes GDF-Suez (qui exploite sept réacteurs en Belgique) et pas du tout le pétrolier Total (qui tourne autour du nucléaire sans vraiment plonger). Le rapport donne la part du lion à EDF, relativisant le rôle d’Areva. Un consultant totalement indépendant serait peut-être arrivé aux mêmes conclusions. Mais le fait que ce soit Roussely laisse planer un doute.

Car, en plus d’être président honoraire d’EDF, Roussely est très, très proche d’Henri Proglio. Ce dernier, en 2004, avait pesé de tout son poids auprès de Jacques Chirac, alors président, pour que Roussely soit reconduit à la tête d’EDF (en vain, car finalement Pierre Gadonneix lui sera préféré). Les deux hommes avaient en tête de fusionner EDF et Veolia, l’entreprise que dirigeait jusqu’à peu Proglio. Aujourd’hui, le rapprochement, à défaut de fusion (un vieux rêve), est toujours à l’ordre du jour. S’il se faisait, ce serait probablement sous les auspices de Crédit suisse. La complicité entre Proglio et Roussely les avait aussi conduits à organiser en 2006 une OPA hostile sur Suez... où l’on n’a pas la mémoire courte.

Haine

« Guéant, Roussely et Proglio, c’est un mur », disent leurs opposants. Un mur que cimentait Jean-Louis Borloo quand il était, jusqu’à récemment, à l’Energie et l’Environnement. Car l’ancien ministre est aussi un proche de Proglio. Pas seulement parce que sa fille travaille à Hongkong pour Veolia. Les deux hommes ont lié connaissance quand Borloo, maire de Valenciennes, recourait aux services de Veolia (eau, propreté, transports). « Avec l’arrivée d’Eric Besson, ajoutent les mêmes, le mur s’est un peu effrité. » Besson connaît très bien tous les protagonistes du nucléaire et sa mairie de Donzère (Drôme), proche du site nucléaire du Tricastin, baigne dans le jus atomique. Il pourrait désormais faire partie de ceux qui glissent à l’oreille du président des recommandations qui ne vont pas forcément dans le sens de celles de Guéant et ses amis. Car le président n’épouse pas toujours la ligne Guéant. « Heureusement, dit un insider, le conseiller économique Xavier Musca évite les grosses bêtises. » Les visiteurs du soir, comme Alain Minc ou René Ricol, et même dans certains cas Matignon ou Bercy, peuvent avoir une influence. Tout ce beau monde s’active en ce moment pour torpiller la candidature surprise du patron de CS, Yazid Sabeg, à la tête d’Areva. Un nom qui aurait été suggéré à Guéant par Alexandre Djouhri, aventurier invisible des affaires internationales (très porté sur le Moyen-Orient, l’Afrique et maintenant la Chine) à qui l’on prête beaucoup de poids et qui se trouve être un proche de... Proglio.

« Quand Nicolas Sarkozy est arrivé à l’Elysée, dit un de ses proches, il avait en tête un rapprochement entre Areva et le groupe Bouygues, actionnaire d’Alstom. Ça a beaucoup pollué le dossier. » Ces perspectives ratées n’ont pas arrangé les rapports entre Patrick Kron, le PDG d’Alstom (et son actionnaire Martin Bouygues), et Anne Lauvergon. Ce qui rajoute quelques couches de haine dans les rapports entre des acteurs contraints de travailler ensemble (Bouygues pour le béton des centrales, Alstom pour les turbines et Areva pour les réacteurs nucléaires). Lauvergeon, il est vrai, n’a plus beaucoup de soutien (« elle est caramélisée », entend-on souvent). Même Nicolas Sarkozy a pris ses distances. En avril 2010, il a d’ailleurs failli la débarquer. Jean-Cyril Spinetta, président du conseil de surveillance d’Areva, l’a sauvée en mettant sa démission dans la balance.

Télescopage

Trouver un prétexte pour se séparer de Lauvergeon n’est pas vraiment difficile pour l’Elysée. Pour n’en citer qu’un, le désastre d’Olkiluoto, en Finlande. Areva ne s’est pas contenté de construire des réacteurs, comme il le faisait auparavant, il a voulu aussi jouer les « architectes-assembliers ». Résultat, l’EPR accumule les retards et les surcoûts, et abîme l’image de l’industrie française à l’étranger. Comment expliquer aussi qu’Areva, groupe pourtant public, n’ait pas une grosse cote auprès des agences de notation (BBB+) ? « On a notre petite Grèce », dit un adversaire d’Anne Lauvergeon. Le mandat de la patronne d’Areva arrive à échéance en juin.

Y verra-t-on plus clair alors ? L’une des contradictions les plus flagrantes de l’Etat actionnaire est d’avoir, en même temps qu’il conservait Anne Lauvergeon, nommé Henri Proglio. Car leurs visions de l’industrie sont radicalement opposées. Lauvergeon défend mordicus le « modèle intégré » qui fait coexister chez Areva trois métiers : le cycle du combustible (enrichissement et retraitement de l’uranium), la construction de réacteurs nucléaires et les mines. Proglio, lui, veut casser Areva et redonner à EDF le leadership qui était le sien quand il a construit la vingtaine de centrales nucléaires du parc français. Areva versus EDF : le télescopage est assuré. Mais où se situe l’Elysée ? Il laisse pourrir la situation. Le président monnaie sa confiance à Lauvergeon en faisant procéder à un audit de ses comptes par l’expert-comptable René Ricol. ll se fâche quand Proglio flirte avec les Russes ou les Chinois pour sortir de la dépendance du réacteur EPR, qui ne fait pas l’unanimité auprès de ses ingénieurs. Proglio, lui, reste dans sa logique. Il se dit prêt à monter au capital d’Areva. Ce que l’Etat refuse. A se demander si, en le nommant, on lui a donné un ordre de mission...

Les LGV sont nécessaires Jean Sivardière Reporterre 2011/01/13 Jean Sivardière (13 janvier 2011) Les LGV sont nécessaires. Reporterre. Tribune — fr

Les LGV sont nécessaires

Dans une tribune récente, Julien Milanesi critiquait le développement des LGV, « utiles aux riches mais pas à la société » et affirmait la nécessité de développer plutôt le réseau traditionnel. Jean Sivardière lui répond en soulignant la popularité des TGV et leur utilité pour réduire les trafics aériens.

Selon Julien Milanesi Les LGV servent les riches, pas la société, les nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse sont des projets injustes et dangereux. Cette opinion repose sur plusieurs idées contestables.

1 - « Les LGV sont réservées aux plus mobiles et aux plus aisés ». En 2009, le TGV a transporté 97 millions de voyageurs. Si seuls les Français riches, dont les hommes d’affaires, utilisaient le TGV, un tel chiffre n’aurait pu être atteint. La clientèle du TGV (comme celle de l’avion) est plus diversifiée socialement qu’on ne le croit généralement. Les jeunes sont attirés par les tarifs Prem’s, et les retraités bénéficiant de la carte Senior préfèrent le TGV aux longs parcours automobiles. Le niveau élevé des tarifs concerne essentiellement les voyages pour motif personnel qui ne peuvent être planifiés longtemps à l’avance, et les voyages en famille. On peut imaginer une autre politique tarifaire qui atténuerait ces difficultés.

2 - « Les LGV déplacent l’activité vers les grands centres urbains ». Les effets pervers des autoroutes sont bien connus : les zones riveraines sont asséchées sauf au voisinage de certains échangeurs, les grandes villes aspirent les petites villes les plus proches, l’étalement urbain est encouragé. Les LGV n’ont pas ces inconvénients, elles servent à mieux relier entre elles les métropoles et contribuent à la revitalisation économique de leurs centres menacés par l’étalement des activités tertiaires périphériques ; elles sont neutres économiquement pour les territoires traversés.

Si elles ont des effets pervers pour l’aménagement du territoire, c’est parce que la SNCF favorise les relations par TGV et abandonne la desserte des villes moyennes ou les maintient dans un état médiocre, voire déplorable, et parce que de nombreuses gares nouvelles ont été implantées stupidement à la campagne, sans connexion avec le réseau existant. Ces effets pervers ne sont pas intrinsèques aux LGV, ils sont correctibles (à la demande de la DATAR, la FNAUT a réalisé une étude sur les gares TGV et recense actuellement les villes pénalisées par la politique de la SNCF).

3 - Il faut jouer sur « l’amélioration des voies existantes » pour accélérer les relations ferroviaires entre grands centres urbains, selon le leit-motiv persistant des opposants aux LGV. Mais porter la vitesse à 200 km/h est souvent très difficile techniquement et très coûteux, et ne permet pas de concurrencer l’avion et la voiture, d’autant que les TGV doivent alors coexister avec des TER et des trains de fret bien plus lents : abandonner le programme des LGV conforterait les trafics aérien et autoroutier, et leurs impacts environnementaux locaux et globaux négatifs (curieusement, les opposants aux LGV n’évoquent jamais les conditions de vie des riverains de Roissy et Orly) ; compte-tenu de la croissance prévisible de ces trafics, ce serait le retour d’un “programme autoroutier Balladur“, de diverses relations aériennes que seul le TGV a permis d’éliminer, et du projet toujours menaçant de troisième aéroport parisien.

Cet abandon aurait aussi pour conséquence immédiate de pérenniser la saturation de nombreuses lignes classiques (Tours-Bordeaux, et les lignes littorales d’Aquitaine, Languedoc-Roussillon et PACA, qui ne sont doublées par aucun itinéraire de détournement des trains) et de rendre impossible l’intensification souhaitable des dessertes TER et la fiabilisation du trafic de fret : comment provoquer des reports massifs de trafic de l’avion et de la route sur le rail sans une augmentation décisive de la capacité du réseau ferroviaire ? Même si, à l’avenir, la mobilité des personnes et des marchandises diminue, l’explosion prévisible du prix du pétrole rendra ces reports inéluctables : il faut s’y préparer dès aujourd’hui.

4 - « On ne peut financer à la fois les LGV et les transports de proximité ». C’est oublier que le montant des crédits affectés aux transports collectifs n’est pas une donnée de la nature et qu’il peut être élargi d’une part en réduisant les dépenses routières, d’autre part, dans l’esprit du Grenelle de l’environnement, en mettant en place des écotaxes sur les modes de transport nocifs pour l’environnement : voiture, camion et avion.

Une taxe poids lourds analogue à la MKW Maut allemande sera effective en 2013 ; une taxe sur les péages autoroutiers vient d’être introduite par l’Etat pour financer, certes très partiellement (35 millions en 2011), le déficit d’exploitation des trains Corail ; la loi Grenelle 2 autorise la mise en place d’un péage urbain dans les agglomérations de plus de 300 000 habitants. On peut aller bien plus loin dans cette direction, par exemple en taxant le billet d’avion en trafic intérieur et en augmentant la TIPP (comme l’a montré une étude de l’économiste Jean-Marie Beauvais commandée par la FNAUT et financée par l’ADEME, le carburant nécessaire pour parcourir 100 km en voiture coûte trois fois moins cher, en termes de pouvoir d’achat, qu’en 1970).

La FNAUT a présenté, en 2009, un projet de réseau ferré Intercités, complémentaire du réseau TGV et des réseaux TER, permettant, à partir du réseau existant, de relier entre elles la quasi-totalité des villes de plus de 100 000 habitants et de desservir au passage la majorité des villes moyennes : le coût serait modéré, équivalent à celui de 500 km de LGV, et son financement n’exigerait pas l’abandon du programme des LGV (environ 2000 km pour la première phase définie dans la loi Grenelle 1).

A l’inverse, il est illusoire d’espérer que l’abandon de l’extension du réseau des LGV bénéficierait automatiquement aux transports de proximité. Il est plus vraisemblable que les crédits libérés seraient immédiatement récupérés par les grands élus territoriaux, qui ne rêvent que de grands projets, pour étoffer le réseau autoroutier et renforcer inutilement la capacité des aéroports de province.

En conclusion, la FNAUT n’hésite pas à critiquer certains projets de LGV (par exemple Limoges Poitiers et les projets de grande traversée Est-Ouest du Massif Central) quand les coûts et impacts environnementaux sont disproportionnés par rapport aux résultats attendus et que d’autres solutions existent en modernisant des voies existantes ou en utilisant mieux le reste du réseau LGV. Mais elle estime que, sur les grands axes radiaux et internationaux, le TGV est l’outil indispensable d’une politique écologique des transports.

Loi Loppsi : la mobilisation continue Collectif Anti-Loppsi 2 Reporterre 2011/01/13 Collectif Anti-Loppsi 2 (13 janvier 2011) Loi Loppsi : la mobilisation continue. Reporterre. fr

Loi Loppsi : la mobilisation continue

Le projet de « loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure » (dite « LOPPSI 2 ») s’inscrit dans un contexte d’inégalités et de régressions sociales majeures. Des manifestations contre ce projet sont organisées le 15 janvier.

Le projet de « loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure » (dite « LOPPSI 2 ») s’inscrit dans un contexte d’inégalités et de régressions sociales majeures. Fourre-tout législatif, sécuritaire et illisible, ce texte annonce un nouveau modèle de société.

Populations pauvres et précarisées, jeunes, militants ou internautes sont spécialement visés, mais toute la population est concernée car ce projet marque un recul général des libertés individuelles.

Mobilisons nous partout : Si tu ne t’occupes pas de la LOPPSI 2, elle s’occupera de toi ! MANIFESTATIONS le 15 janvier

Répression des populations ciblées :

Expulsion en 48h et sans contrôle du juge de tous occupants d’habitats hors norme (tente, cabane, caravane, yourte, mobile home, maison autoconstruites, bidonville, bus ou camion aménagé …) sur terrain public ou privé, et destruction de leur habitat ; Contrôle accru sur les prestations sociales et obligation pour les travailleurs sociaux de faire de la délation ; vente à la sauvette et vente de métaux sont pénalisées ; expulsion immédiate des transports en commun … Face aux difficultés sociales d’un nombre croissant de familles, un « couvre-feu » pour les mineurs de 13 ans, une extension du « contrat de responsabilité parentale », un renforcement du contrôle administratif des mineurs délinquants et une procédure de comparution immédiate devant le tribunal pour enfants sont prévus…

Fichage et vidéo surveillance généralisés :

Les fichiers de police et de gendarmerie actuels, truffés d’erreurs, incontrôlables et, de fait, incontrôlés sont reconduits, étendus et interconnectés. Les personnes innocentées resteront fichées. La LOPPSI 2 systématise l’espionnage de l’espace public : toutes les entreprises privées pourront installer des caméras aux abords de leurs établissements et les préfets le long des manifs ; la police pourra avoir accès en direct aux images captées par les caméras dans les hall et parties communes d’immeubles ; les images de vidéosurveillance publique pourront être exploitées par des entreprises privées agréées par le Préfet ; dans certains cas, des logiciels de reconnaissance faciale automatique seront utilisés pour identifier les sujets...

Durcissement du droit pénal :

Confiscation automatique du véhicule ; peines-planchers de six mois à deux ans d’emprisonnement dès la 1re infraction en cas de violence ; bracelet électronique sur décision administrative pour les sans-papiers ; pénalisation des chahuts lors de la réunion des instances électives ; nouvelles périodes de sûreté de 30 ans ; dispositions visant à augmenter le nombre de « doubles peines »...

Pouvoirs policiers accrus :

Filtrage et censure de sites internet ; renforcement des pouvoirs de la police municipale ; instauration d’un vague « Conseil national des activités privées de sécurité » qui entérine et annonce la privatisation croissante de la sécurité ; création d’une milice suplétive, dîte « réserve civile », de 200 000 gendarmes et policiers à la retraite, et étudiants, rémunérés...

La LOPPSI 2 est la 11e loi exclusivement répressive depuis 2002. Elle s’appuie sur le sentiment d’insécurité sociale qui s’étend à chaque remise en cause des droits sociaux pour tous.

Cette loi nous prépare une société du contrôle, fondée sur la tension et la stigmatisation. Elle concrétise le fantasme de l’ennemi intérieur et assimile tout acte de contestation à une atteinte de l’Etat. Elle affaiblit la prévention et les garanties judiciaires. Examinée au Sénat à la mi-janvier, elle pourrait rentrer en application au printemps 2011.

Cette loi menace nos libertés et aggrave l’injustice sociale, elle doit être retirée ou abrogée !

Mobilisons nous partout : Si tu ne t’occupes pas de la LOPPSI 2, elle s’occupera de toi ! MANIFESTATIONS le 15 janvier

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1er Signataires : DAL, Intersquat Paris, Jeudi noir, Libre Accès, Syndicat de la Magistrature, Parti de gauche, SNES-PJJ, SNUClias/FSU, SNEPAP FSU, Union Syndicale Solidaire, USP …

Collectif antiloppsi2.net : un collectif d’associations, de syndicats, de partis politiques et de militants en lutte contre la LOPPSI 2.

Les organisations suivantes font partie du collectif :

Collectif Contre la Xenophobie

Collectif Liberté Egalité Justice

Collectif Loppsi 2 Habitat

Droit Au Logement

Habitants de Logements Ephémères ou Mobiles

Intersquat Paris

Jeudi Noir

La Quadrature du Net

Libre Accés

MJS

Nouveau Parti Anticapitaliste

Réseau Stop Aux Expulsions de Logement

SNEPAP FSU

SNEPS PJJ FSU

SNES

SNUCLIAS FSU

SUD Santé Sociaux

Syndicat de la Magistrature

Syndicat des Avocats de France

Union Syndicale de la Psychiatrie

Union syndicale SOLIDAIRES

Menace sur le Mont Joly Mikaël Chambru Reporterre 2011/01/14 Mikaël Chambru (14 janvier 2011) Menace sur le Mont Joly. Reporterre. fr

Menace sur le Mont Joly

Dans les Alpes, entre Saint Gervais et les Contamines, le business de l’or blanc s’attaque au dernier espace encore préservé des installations touristiques du secteur.

Dans le massif du Mont Joly, le business de l’or blanc est en passe de s’emparer du dernier espace vierge d’aménagements touristiques. Officiellement, c’est « pour sauver les Contamines ».

Cela fait des décennies que l’on en parle, mais cette fois-ci le projet de liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines avance et pourrait bien aboutir d’ici 2012. Le Syndicat d’aménagement intercommunal du Mont Joly (SAIM) vient de ressortir des fonds de tiroirs une vieille idée pour relier les deux domaines skiables. Cette fois-ci, exit la liaison via l’Aiguille Croche et Megève imaginée en 2006 et place à la construction d’un télésiège et d’une piste de liaison par le flan est du Mont Joly (2 525 m). A terme, c’est le fragile équilibre encore présent dans le massif du Mont Joly qui serait menacé avec cette disparition programmée du dernier espace pas encore totalement colonisé par le business de l’or blanc dans le secteur.

De l’Aiguille Croche au Mont Joly...

Depuis les années 1980, les projets de liaisons des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines se succèdent les uns après les autres, avec comme ambition de faire, à terme, du Val d’Arly – une fois la liaison avec l’Espace diamant également réalisée – le plus grand domaine skiable du monde en terme de kilomètres de pistes. Mais jusqu’à maintenant, aucun n’a abouti. En 2006 pourtant, l’un deux était plutôt bien avancé, avant de tomber à l’eau suite à l’intense mobilisation du collectif Pays du Mont-Blanc Nature, des chasseurs et des habitants du pays du Mont-Blanc qui dénonçaient alors de « graves impacts environnementaux » (voir la Voix des Allogroges n°6 été 2006). A l’époque, le projet envisageait de poser une plate forme d’arrivée d’un gros porteur au sommet de l’Aiguille Croche ainsi que deux télésièges reliant Côte 2000 à Mont Joux. « Le dossier n’avait pas été officiellement déposé. On nous avait fait comprendre qu’il n’avait aucune chance d’aboutir », rappelle Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais et directeur du SAIM depuis 2008.

Malgré cet échec et contrairement à ce que beaucoup d’habitants du pays du Mont Blanc avaient imaginé, le projet de liaison des domaines skiables n’a pas pour autant été abandonné par le SAIM. Et aujourd’hui, c’est à nouveau le projet d’une liaison par les crêtes du Mont Joly qui a la cote chez élus, celui là-même qui avait été abandonné quatre ans plutôt. Le principe en a été acté l’an passé lors d’une réunion aux Contamines par les quatre conseils municipaux des communes composant le SAIM (Saint-Gervais, Contamines, Megève, Demi-quartier). « Ce projet est la seule hypothèse encore possible pour relier les deux domaines... et ironie de l’histoire, nous revenons au premier projet imaginé il y a 30 ans », explique Jean-Marc Peillex. Le 9 novembre dernier, l’Association pour la sauvegarde du massif du Mont Joly (ASMMJ) apprend que ce projet est à l’étude, avant d’en obtenir la confirmation début décembre, et de décider d’organiser en quelques jours une manifestation sur le parking du Bettex, à Saint-Gervais à l’occasion du lancement de la campagne médiatique La Montagne à l’état pur le 11 décembre, afin de montrer son opposition.

L’ASMMJ dénonce un projet qui « avance en catimini et à bonne allure » et craint que les aménageurs tentent d’éviter la procédure contraignante d’Unité touristique nouvelle (UTN) imposée par la Loi montagne en découpant leur projet. « La première étape est malheureusement en cours avec le déplacement du très vieux télésiège du Nant-Rouge et la création de pistes à proximité du Col du Joly, aux Contamines. La deuxième étape sera la création d’un télésiège et d’une piste de liaison par le flanc est du Massif, ce qui ne nécessiterait qu’une seule étude d’impact ! », détaille Laurence Mathey de l’ASMMJ. Jean-Marc Peillex assure de son côté que le projet est actuellement seulement dans sa phase administrative : « par quelles procédures sommes-nous concernés avec ce projet ? », et que rien n’est encore décidé : « nous en sommes encore au stade de l’étude ». Le tracé exact de la liaison ne serait pas encore connu. En revanche, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il emprunterait le flan est du Massif du Mont Joly, reliant le domaine des Contamines par le secteur du Veleray et celui de Saint-Gervais par le secteur du Mont Joly. Le maire de Saint-Gervais envisage une mise en service effective de la liaison d’ici un à deux ans, en rappelant que « si ce projet ne se réalise pas, il n’y aura plus rien du tout ! »

La faune sauvage sacrifiée ?

Même si Jean-Marc Peillex assure que « le projet a beaucoup évolué depuis le précédent et qu’il prend désormais en compte tout ce qui a été dit sur les questions environnementales, sur les risques naturels et sur la protection de la faune », l’annonce de la colonisation du dernier versant du Mont Joly encore « sauvage » par le business de l’or blanc inquiète au pays du Mont-Blanc. C’est que la réalisation d’un tel projet impacterait fortement le secteur – déjà réduit à quelques centaines d’hectares au milieu des milliers d’hectares d’aménagements touristiques, à en croire les écologistes et les chasseurs. On y trouve actuellement près de 650 ongulés et de nombreuses espèces d’oiseaux protégées, sans compter tous les passereaux sédentaires ou migrateurs. « Il faudrait protéger toute cette faune sauvage au lieu de vouloir la détruire. On commence juste à récolter aujourd’hui le fruit de notre travail entamé il y a quarante ans », explique Arthur Forlin, garde-chasse dans le secteur. En fait, c’est tout l’écosystème qui serait perturbé à terme, la faune sauvage ne faisant jamais bon ménage avec la présence des pistes, des skieurs, des dameuses des pylônes et des câbles des remontés mécaniques.

Les oiseaux, par exemple, heurtent très facilement ces derniers, se retrouvant alors bien souvent morts ou désailés. « Ce ne sont pas les seuls touchés ! Ces secteurs sont aussi les dernières et indispensables zones d’hivernage pour les chamois et les chevreuils... et s’il y a des milliers de skieurs au milieu, ils ne sauront pas où aller », ajoute-t-il. Skieurs qui ont aussi toujours la fâcheuse habitude de jeter leurs cigarettes et leurs papiers gras quand ils sont sur les remontées mécaniques : « On les retrouve l’été au pied des télésièges... vous n’imaginez même pas le nombre ! Ce qui est sûr c’est que toute cette magnifique zone va être polluée ». C’est, semble t-il, le prix à payer pour relier les domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines. « Nous sommes passés d’un projet grandiose de plusieurs dizaines de millions d’euros [celui par Aiguille Crochen NDLR] au projet le plus consensuel possible et raisonnable, aussi bien économiquement, environnementalement, qu’en terme de sécurité », objecte Jean-Marc Peillex. Rien que ça.

Sauver le village des Contamines ?

Pour le directeur du SAIM, ce projet de liaison serait, aussi et surtout, indispensable pour la survie des Contamines. « Si la station n’a pas une ouverture sur d’autres stations, et si rien n’est fait, elle va mourir d’ici quelques années... Une station avec 120 km de pistes, même en France, ça devient de plus en plus difficile avec la concurrence », annonce-t-il. Pourtant, la fréquentation ne semble pas en chute libre ces derniers années aux Conta’, bien au contraire, car souvent le domaine est ouvert ici et pas de l’autre côté à Saint-Gervais et Megève. « C’est vrai ! Mais le problème, c’est que les gens viennent skier à la journée : on n’attire plus les touristes sur une semaine. L’argent dépensé va essentiellement aux remontés mécaniques et plus dans le village... dès lors, on ne fait plus vivre les gens ! », rétorque Jean-Marc Peillex. Laurence Mathey estime de son côté que « le vrai problème est ailleurs et que tout le monde le sait ici. Ce qui ne va pas, c’est le foncier et le coût de la vie pour les jeunes et les familles qui ont de plus en plus de mal à s’en sortir et à pouvoir vivre chez eux ».

Par ailleurs, selon la société de conseil Protourisme (Le Progrès, 28/12/2010), 55% des personnes qui partent en vacances à la montagne l’hiver ne font pas de ski, tandis que chez les 45% de skieurs, la durée moyenne de ski sur une journée est de 4 heures en moyenne contre 7h30 en 1980. Autrement dit, les touristes sont de moins en moins nombreux à skier dans nos stations, et en plus ils skient de moins en moins longtemps. Pendant ce temps, on construit toujours plus de remontés mécaniques pour avoir des domaines skiables de plus en plus vastes. Pour Laurence Mathey, le projet de liaison n’est tout simplement économiquement pas rentable : « c’est juste du marketing pour se targuer d’avoir un grand domaine ». Jean-Marc Peillex ne s’en cache pas : il s’agit « surtout d’un atout marketing pour faire venir les touristes et sauver les Contamines », reconnait-il, tout en précisant que « cette liaison permettra aussi à de bons skieurs de se faire plaisir... sauf en cas de mauvais temps »... puisque, effectivement, le secteur du Veleray (et son téléski) ont la réputation de ne pas être souvent ouvert. L’important n’est pas là pour le maire de Saint-Gervais, car « il faut que cela devienne un atout économique ».

La fuite en avant du tout ski alpin ?

Qui dit domaine skiable plus vaste et accessible directement dit généralement prix des forfaits plus élevés, mais selon Jean-Marc Peillex cela ne sera pas le cas une fois la liaison des domaines skiables de Saint-Gervais et des Contamines réalisée. « L’investissement pour ce projet ne sera pas supérieur en coût à celui du remplacement d’un télésiège comme ça été le cas cette année à Saint-Gervais et aux Contamines... et ces nouvelles remontées mécaniques n’ont pas entraîné une augmentation des prix : il n’y a donc pas de raison que ce soit le cas avec la liaison », explique-t-il. Et d’ajouter : « de toute manière, les sociétés de remontées mécaniques ne fixent pas librement les prix... les élus ont leur mot à dire, et je suis favorable à ce que l’on reste avec des prix abordables ». « Des prix abordables » qui s’élèvent pour la saison 2010-2011 à 37, 50 euros pour une journée et 200 euros pour la semaine sur le domaine Evasion Mont Blanc. Autant dire que ces « prix abordables » ne le sont pas pour nombre de Savoyards qui ne peuvent pas aujourd’hui faire du ski alpin pour des raisons financières. « C’est un loisir onéreux pour classes aisées et moyennes supérieures », confirme Didier Arimo, directeur de Protourisme (Le Progrès 28/12/2010).

Au delà de la simple question technique de ce nouveau projet de liaison des domaines skiables, c’est en fait l’avenir réservé à nos montagnes qui inquiètent certains habitant du pays du Mont-Blanc. « Dans le secteur, toute la moyenne montagne est déjà aménagée pour le ski alpin : tout a été sacrifié pour lui. Mais la montagne, ce n’est pas que ça ! A un moment donné, il faut s’avoir s’arrêter dans la fuite en avant du tout ski alpin et essayer d’avoir une vision d’ensemble pour notre territoire », s’alarme Laurence Mathey. C’est que le projet actuel de liaison par les crêtes sacrifierait l’un des derniers espaces de randonnée estivale et de ski de randonnée du secteur au cadre encore préservé : c’est-à-dire où une partie des parcours ne sont pas sur des pistes, avec des terrassements, sous les câbles et les pylônes des remontées mécaniques. « Est ce que cette fois-ci cela vaut encore le coût d’investir des millions d’euros pour détruire la montagne ? », se demande Arthur Forlin.

Evidemment, la question ne pose pas en ces termes pour Jean-Marc Peillex. Pour lui, c’est plutôt « comment sauver les Contamines ? » et la liaison par les crêtes du Mont Joly serait la seule solution. « Et même s’il y aura toujours des gens qui ne seront pas d’accord, le rôle des politiques, c’est de prendre la meilleure des décisions possibles et la plus consensuelle possible », se défend-t-il. En ces temps où l’on ne parle à tout bout de champs de « démocratie participative », les élus ne devraient-ils pas, au lieu d’arguer sans cesse la défense de l’intérêt général, plutôt organiser un véritable débat public avec les habitants pour décider ensemble des projets qui impactent le devenir du pays du Mont Blanc ?

Les villes pourraient se nourrir elles-mêmes Jean-Luc Saladin Reporterre 2011/01/14 Jean-Luc Saladin (14 janvier 2011) Les villes pourraient se nourrir elles-mêmes. Reporterre. Tribune — fr

Les villes pourraient se nourrir elles-mêmes

Si on mettait en culture les surfaces disponibles dans les villes on pourrait produire le plus gros de nos besoins alimentaires.

Tous calculs faits, il s’avère que si on mettait en culture les surfaces disponibles dans les villes on pourrait produire le plus gros de nos besoins alimentaires de manière biologique, dans la plus grande proximité et avec un effet bénéfique maximum sur l’environnement, c’est même là l’action la plus forte et la plus simple que l’on puisse faire pour l’environnement et la société.

Les gazons sont une mode qui ne repose sur aucun fondement rationnel.

* C’est au 18 ème siècle que s’est répandue la mode des gazons chez les gens aisés. C’était un signe de richesse que de pouvoir avoir des terres non productives. Puis s’est répandue cette mode par cet effet d’imitation rivalitaire dont notre cerveau est dépositaire à notre insu,(cf les neurones miroirs), et cette mode perdure au titre de "mème" partout dans le monde comme une endémo-épidémie.

* On considère que sous nos latitudes il suffit de 200 métres carrés pour nourrir une personne à l’année en culture potagère.

Un exemple (On trouverait la même chose pour toutes les villes) :

LES SURFACES DU HAVRE :

- 55 000 000 mètres carrés (m2) au total, dont :

7 000 000 m2 d’espaces verts

39 500 000 m2 de parcelles (1)

7 500 000 m2 bâti

8 800 000 m 2 routes, trottoirs, parkings.

- soit donc environ :

55 000 000- 7 500 000- 8 800 000 =

38 000 000 m2 « cultivables » pour 185.000 habitants

Cela fait grosso modo ... 200 m2 par habitant

(Auxquels il faudrait ajouter les balcons, les terrasses, les dispositifs de cultures verticales le long des murs, et ce qui pourrait être cultivé derrière les fenêtres. )

ET DONC LA QUASI SUFFISANCE ALIMENTAIRE.

En faisant cela :

- On supprime le tiers de nos émissions de gaz à effet de serre (la filière agro-industrielle actuelle est responsable du tiers des gaz à effet de serre).

- On diminue d’un quart nos besoins énergétiques (l’assiette agro-industrielle est responsable du quart de nos besoins énergétiques).

- On produit une nourriture bio contenant suffisamment de ces antioxydants dont nos métabolismes ont besoin

- On a une demi heure d’activité physique quotidienne de très bonne qualité (100 watts) faisant travailler tous les muscles et toutes les articulations sans traumatisme, (facile à prendre sur les 4 heures quotidiennes de télévision, internet, vidéo, jeux vidéo).

- On est plongé dans le mystère du vivant qui est source de contemplation, d’humilité, et d’émerveillement.

- On a une occasion de tisser du lien familial et social.

- On donne beaucoup de pouvoir d’achat et de dignité.

- On donne de l’autonomie.

- On tisse du lien social.

- On sécurise notre société en cas de crise alimentaire.

- On participe au développement de la biodiversité, en créant des biotopes très diversifiés.

- On crée de la diversité paysagère.

..........................

Note :

(1) Une parcelle est un terrain d’un seul tenant appartenant à un seul propriétaire.

Montdidier inaugure le premier parc éolien communal de France Hervé Kempf Reporterre 2011/01/15 Hervé Kempf (15 janvier 2011) Montdidier inaugure le premier parc éolien communal de France. Reporterre. fr

Montdidier inaugure le premier parc éolien communal de France

Comment éviter que l’éolien profite essentiellement aux entreprises qui les mettent en oeuvre ? Par leur socialisation, telle que celle réalisée à Montdidier, dans la Somme. L’instrument de cette avancée ? La Régie municipale d’énergie.

- Reportage, Montdidier

MONTDIDIER (SOMME) ENVOYÉ SPÉCIAL - Vendredi 14 janvier devait être inauguré le parc éolien de la ville de Montdidier, située à 35 kilomètres d’Amiens (Somme). L’événement serait banal s’il ne s’agissait du premier parc public développé par une collectivité locale. « Aujourd’hui, l’éolien n’est financé que par des opérateurs privés, qui ne voient là qu’une occasion de recettes, explique Catherine Quignon-Le Tyrant, maire (PS) depuis 2001 de la commune de 6 500 habitants. Si les collectivités locales prennent la main, les recettes permettront d’aider nos administrés et nos communes à économiser l’énergie. Il s’agit d’éviter la précarité énergétique, qui est le problème de demain. »

Le courant produit par les quatre éoliennes installées dans la commune est racheté 86 euros le mégawattheure (MWh) par EDF quand le prix moyen du courant d’EDF est de 52 euros. Pour bénéficier de cette marge, Montdidier a décidé de développer son propre parc. La commune picarde a pu réaliser son projet parce qu’elle est une des rares en France à posséder encore une régie d’électricité, qui produit (un peu) le courant, en achète à EDF, et le distribue aux ménages et entreprises de la commune. « On vend l’électricité au même prix qu’EDF ailleurs, précise Laurent Morelle, directeur de la régie communale de Montdidier. La différence est que nous avons neuf emplois sur place, et que le profit de notre activité revient à la commune. »

Grâce à cette structure juridique particulière - la France ne compte plus que 160 régies locales d’énergie -, Montdidier a pu monter le projet, lancer un appel d’offres aux fournisseurs, se préparer à gérer le courant fourni par les quatre éoliennes, auxquelles on a donné le prénom d’enfants de la ville : Elisa, Helena, Mathieu, et Leo.

L’investissement de 11,2 millions d’euros est financé par emprunt et avec deux apports d’un million chacun du conseil régional et de l’Union européenne. Le parc produira 19 000 MWh par an, pour une consommation actuelle de Montdidier de 39 000 MWh.

Le projet, lancé en 2003, s’inscrit dans une politique résolue d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables : l’isolation thermique de plusieurs collèges et écoles a été réalisée, l’éclairage public a été modifié pour en réduire la consommation, des panneaux photovoltaïques ont été posés sur divers bâtiments publics, une chaufferie au bois et un réseau de chaleur ont été construits, des diagnostics thermiques ont été lancés pour préparer des travaux d’isolation chez les habitants. Montdidier se veut « ville pilote en maîtrise de l’énergie ».

« Réduire la facture »

Le parc éolien permettra d’amplifier cette politique. « Les gens ici gagnent en moyenne 1 200 euros et avec l’évolution du niveau des retraites, beaucoup risquent de se trouver en précarité énergétique, prévient Mme Quignon-Le Tyrant. C’est pourquoi nous voulons maintenir le prix de l’électricité le plus bas possible, et aider à isoler les habitats pour réduire la facture. » Il s’agit aussi de créer des emplois sur place : c’est une entreprise de Montdidier qui assure le premier niveau de maintenance du parc, les artisans locaux sont formés au solaire et à l’isolation thermique.

Cette politique découle aussi d’une vision de l’avenir : « Dans quelques années, le courant sera vendu sur le marché plus de 100 euros le MWh, prédit Laurent Morelle. Notre politique nous permettra d’avoir des prix plus bas pour nos clients. »

La démarche de Montdidier illustre une volonté nouvelle de maîtrise énergétique par les collectivités locales. A Creutzwald, en Moselle, la régie communale a aussi racheté récemment un parc éolien. Et à Issoudun, dans l’Indre, une société d’économie mixte a été montée dans le même but. « Pourquoi ne pas profiter des bénéfices du vent alors que les communes sont asphyxiées financièrement ? », résume André Laignel, le maire d’Issoudun.

Catastrophes Yves Jaffrenou Reporterre 2011/01/15 Yves Jaffrenou (15 janvier 2011) Catastrophes. Reporterre. Tribune — fr

Catastrophes

« Est-ce cela le nouveau tragique de l’homme moderne, que de ne pouvoir s’arrêter d’agir et de transformer le monde en fonction de ses ivresses, tout en prenant conscience que c’est par son action même qu’il court à sa fin ? »

Il n’est pas un jour sans que les médias ne nous annoncent une catastrophe. Les plus fréquentes ont pour origine une défaillance humaine, volontaire ou involontaire – un pyromane enflamme des centaines d’hectares de forêt et de garrigue, un conducteur hors d’âge roule à contresens sur une autoroute, etc. Mais depuis quelques années, et ce n’est pas seulement parce qu’on nous y rend plus sensibles en nous en parlant davantage, les catastrophes naturelles viennent s’ajouter aux précédentes, pour nous faire vivre dans un environnement mental de plus en plus anxiogène et déstabilisant. Les assurances enfoncent le clou en ajoutant à nos factures un risque catastrophes naturelles obligatoire. Inondations, grêles, sécheresses, gels près de chez nous, tremblements de terre, tsunamis et raz de marée un peu plus loin, dans les pays pauvres transformés en paradis artificiels pour touristes et commerçants des pays riches : on ne compte plus les événements qui affectent la planète et battent en brèche nos plans et nos projets pourtant si bien préparés, nos prévisions pourtant si bien cadrées.

Peut-être aussi le mot catastrophe ne nous quitte-t-il plus pour une simple question de langue. Terme du monde théâtral, au départ – la catastrophe dans une tragédie, c’est ce que l’on appelle maintenant le dénouement – il tend actuellement à recouvrir l’ensemble des événements négatifs auxquels nous nous confrontons, avec lesquels nous avons à vivre. Sont de plus en plus nommés catastophes tous les désastres, cataclysmes, bouleversements violents, calamités, fléaux et autres événements fâcheux qui nous touchent. L’importance du terme catastrophe croîtrait donc, de ce point de vue, en raison de l’appauvrissement des nuances du vocabulaire que la langue met pourtant à notre disposition. Ce serait un mot fourre-tout et comme la chose se confond avec le mot qui la désigne, il y aurait de plus en plus de catastrophes pour la simple raison que la signification du mot s’étend. Et il est vrai qu’il y a de moins en moins de cataclysmes, de fléaux et de calamités dans les journaux et dans les conversations.

Mais une troisième approche de la catastrophe se dessine et se précise depuis quelque temps. Elle résulterait du rapport entre les deux premières. Non pas entre les conséquences de nos entreprises de transformation de la planète et un quelconque tremblement de terre ou tsunami, par exemple – personne n’a encore cet orgueil ! –, mais entre nos modes de vie et leurs effets sur les éléments de notre environnement, air, terre et eaux. Cette catastrophe-ci ne serait ni spectaculaire, abrupte, soudaine et violente comme celle de Haïti, ni mise en spectacle comme celle du 11 septembre ou celle des mineurs chiliens, elle serait – on peut hélas dire qu’elle est – insidieuse, invisible, quotidienne et déjà à l’œuvre ; lente et d’autant plus redoutable que nous n’y prenons pas vraiment garde ou que nous ne voulons pas en tenir compte. Cette catastrophe-ci se nomme pollution et bouleversements détériorés du milieu de vie. Transformations de la biosphère telles que cet espace limité soit rendu un jour inexorablement, inéluctablement inviable pour certaines des espèces qui s’y meuvent. Fondamentalement invivable plus particulièrement pour l’espèce humaine, l’air qu’il aspire devenu irrespirable, les produits de la terre dont il se nourrit devenus immangeables, les eaux dont il s’abreuve devenues imbuvables.

Reviendrions-nous au premier sens du terme catastrophe ? Dans la tragédie, le nœud tragique est à l’intérieur des personnages, conflit sans solution humaine entre des valeurs contradictoires – amour et honneur, pulsions personnelles et ordre social ou ordre divin –, conflit que seule la fuite sans fin ou la mort peut dénouer. Est-ce cela le nouveau tragique de l’homme moderne, que de ne pouvoir s’arrêter d’agir et de transformer le monde en fonction de ses ivresses, tout en prenant conscience que c’est par son action même qu’il court à sa fin ? Sachant le dénouement – la catastrophe, car ici il n’y a pas de fuite ! – et ne pouvant s’y soustraire ? Incapable de changer des cheminements dont il sait les dangers mortels mais qui lui semblent en même temps inscrits dans les gènes de son espèce ?

Pour l’homme, du moins pour l’homme occidental, les images du repos et de l’immuable équivalent aux valeurs de la mort. Alors, condamnés au divertissement, comme le pensait Blaise Pascal : plutôt agir, même si les actions que notre civilisation a choisies nous précipitent, elles aussi, vers l’irrémédiable catastrophe ?

Le marché des maisons en bois explose Xerfi Reporterre 2011/01/17 Xerfi (17 janvier 2011) Le marché des maisons en bois explose. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Le marché des maisons en bois explose

Les mises en chantier de construction en bois a doublé entre 2000 et 2010 et atteint près de 15.000 unités par an.

Le marché français des maisons en bois s’annonce prometteur. Les mises en chantier de ces constructions durables ont ainsi plus que doublé au cours de la décennie 2000-2010 et établi un record à quelques 15 000 unités annuelles en 2008. Une performance au regard de la dynamique de l’ensemble de la maison individuelle qui témoigne d’un véritable engouement.

Après le retournement observé entre 2008 et 2010, les experts de Xerfi pronostiquent dans cette étude le retour à la croissance, avec près de 22 000 maisons en bois à l’horizon 2014. A l’origine de l’envolée des ventes de ce type de constructions, trois principauxfacteurs :

- une forte demande latente pour la maison. En quête d’un nouveau cadre de vie et plus sensibles à la cause environnementale, de plus en plus de Français rêvent de devenir propriétaires d’une maison écologique à la campagne ou en zone périurbaine ; - une législation favorable. Avec le durcissement de la réglementation thermique des bâtiments, les pouvoirs publics ont favorisé les écoconstructions. Dans ce contexte, le bois - matériau de construction qui dispose de sérieux atouts intrinsèques - convainc un nombre croissant de maîtres d’oeuvre et d’architectes ;  - un accroissement de l’offre, qui trouve son origine dans l’augmentation de l’échelle de production chez les acteurs historiques et dans la multiplication d’entrées d’acteurs disposant d’emblée d’une force de frappe industrielle (Sillet, Gascogne, Bénéteau, etc.). Grâce à ces deux phénomènes conjoints, l’offre est aujourd’hui davantage structurée et en mesure de diffuser à plus grande échelle la maison en bois.

Dominé jusqu’au milieu des années 2000 par une multitude de TPE familiales et locales de charpenterie réalisant des constructions sur-mesure, le secteur connaît une phase d’industrialisation depuis 10 ans. Une mutationindubitablement accélérée par l’entrée de nouveaux intervenants de poidsdont les principaux affichent bien souvent des capacités supérieures à 500 unités par an. Cette pénétration d’industriels de poids a également permis d’introduire de la concurrence dans un secteur au sein duquel le prix s’impose comme un enjeu majeur.

Une nécessaire démocratisation de l’offre…

Le prix moyen d’une maison à ossature bois (les trois-quarts des réalisations) est 10% à 20% plus élevé que celui d’une construction traditionnelle en parpaings ou en briques. Pour améliorer l’attractivité de la maison bois, nombre de réalisateurs doivent faire évoluer leur business model. La réduction des coûts, qui passe entre autres par une standardisation des composants en atelier, est ainsi devenue prioritaire chez les réalisateurs pionniers.

Les réalisateurs et la constructeurs-réalisateurs ou non (Jacob, Ossabois, GICO ou encore Aboxia) l’ont bien compris, en multipliant depuis 5 ans les dépenses d’investissements consacrées à l’extension de leurs capacités de production.

… et clarification de la distribution

Afin de proposer une offre simplifiée et standardisée aux acheteurs potentiels, tout en garantissant à ces derniers une qualité et une proximité de services, les opérateurs doivent s’appuyer sur un vaste réseau d’agences. Un outil de communication efficace, comme le catalogue, des réseaux de vente spécialisés, des marques dédiées ainsi qu’un tissu de sociétés de montage apparaissent également indispensables.

Dans ces conditions, la filière de la maison en bois pourrait à terme se reconfigurer autour de deux grandes catégories d’acteurs avec : - d’un côté, une minorité d’entreprises de dimension industrielle qui produiront une offre d’entrée de gamme et standardisée pour les constructeurs de maisons individuelles visant les primo-accédant ; - de l’autre, une multitude d’artisans charpentiers-menuisiers qui privilégieront les contrats locaux avec des architectes pour construire des maisons d’exception s’adressant aux ménages aisés.

Un parrain du nucléaire français accusé de trafic d’influence AFP Reporterre 2011/01/17 AFP (17 janvier 2011) Un parrain du nucléaire français accusé de trafic d’influence. Reporterre. fr

Un parrain du nucléaire français accusé de trafic d’influence

François Roussely, ex-président d’EDF et auteur d’un rapport sur le nucléaire français, est aussi vice-président du Crédit Suisse Europe, directement impliqué dans le capital des entreprises nucléaires. Une association d’épargnants veut le poursuivre pour « trafic d’influence et prise illégale d’intérêts ».

L’ancien président d’EDF François Roussely, « profondément indigné par les allégations fantaisistes » prêtées à un fonds d’épargne de salariés du groupe nucléaire Areva, pourrait porter l’affaire en justice, a annoncé dimanche son avocat, Me Jean-Alain Michel.

Selon le Journal du Dimanche, le fonds Framepargne, qui regroupe l’épargne salariale de 8.000 salariés et retraités d’Areva, s’apprête lui-même à porter plainte « en début de semaine » contre M. Roussely pour des faits supposés de trafic d’influence et de prise illégale d’intérêt.

L’hebdomadaire rappelle que l’ancien président d’EDF avait remis en juin à la présidence de la République un rapport classifié sur la filière nucléaire, où il préconise notamment d’ouvrir le capital des activités minières d’Areva.

Framepargne reproche à M. Roussely d’être aussi vice-président du Crédit Suisse Europe, banque conseil du fonds souverain du Qatar qui souhaite prendre une participation dans les activités minières d’Areva.

Le fonds, ajoute le JDD, demande à la justice d’enquêter sur un éventuel trafic d’influence de M. Roussely « s’il devait toucher des avantages de la part du Crédit suisse, dans l’hypothèse d’une opération favorable du fonds souverain du Qatar ».

Dans son communiqué, l’avocat de l’ancien président d’EDF souligne que son client « proteste contre ces imputations et supputations diffamatoires qui portent gravement atteinte à son honneur ».

Selon Me Michel, M. Roussely l’a « d’ores et déjà chargé de saisir » le procureur de la République d’une plainte en dénonciation calomnieuse « pour le cas où les informations relatées par le JDD, quant au dépôt de cette plainte contre lui, seraient avérées ».

Le JDD précise que Framepargne, créé en 1982, gère 60 millions d’euros, soit environ 0,4% du capital du groupe nucléaire Areva, premier producteur mondial d’uranium, dont les activités couvrent l’ensemble du cycle nucléaire, jusqu’à la construction de réacteurs.

Cette affaire, écrit le quotidien dominical, s’inscrirait dans le contexte de règlements de comptes autour d’Areva et de la succession d’Anne Lauvergeon, dont le mandat à la tête du groupe nucléaire public expire en juin.

Sept points d’acupuncture pour changer le capitalisme Otto Scharmer Reporterre 2011/01/17 Otto Scharmer (17 janvier 2011) Sept points d’acupuncture pour changer le capitalisme. Reporterre. Tribune — fr

Sept points d’acupuncture pour changer le capitalisme

...et créer une économie écosystémique régénératrice

Résumé :

Le présent essai tente de mettre en évidence le système de pensée implicite qui a conduit à la crise économique, écologique, sociale et spirituelle actuelle. De nouvelles idées et de nouveaux leviers à actionner en vue d’une économie verte, globale, écosystémique et intentionnelle sont proposés. Deux idées maîtresses inspirent le présent document. La première est une vision de l’évolution du capitalisme occidental en trois phases :

- capitalisme 1.0 : le capitalisme du marché libre ou du laisser-faire (accent mis sur la croissance) ;

- capitalisme 2.0 : un capitalisme des « parties prenantes », plus régulé, de style européen (accent mis sur la redistribution) ;

- capitalisme 3.0 : une économie (non encore réalisée à ce jour) intentionnelle, globale, écosystémique, qui renforce l’aptitude à la coopération et à l’innovation dans tous les secteurs de la société (accent mis sur l’innovation systémique). La seconde idée met en évidence sept dimensions clé et catégories de pensées économiques qui doivent être recadrées en vue d’amener le système économique du stade 2 au stade 3.

Ces sept points sont :

1. Les mécanismes de coordination : passer d’un système économique fonctionnant à l’aide d’une législation inspirée par la compétition et des groupes d’intérêt particuliers (conscience “égo-systémique”) à un système fonctionnant à partir d’une vision partagée et d’une volonté commune (animée par une “conscience éco-systémique” intentionnelle).

2. La nature : concevoir tous les cycles de production et de consommation en partant de la nature et en retournant à la nature (sans utilisation de décharges et en coévolution avec l’écosystème naturel).

3. Le travail : créer des droits économiques humains (tels que le revenu de base, l’accès à la santé, l’éducation, la possibilité d’entreprendre) afin de permettre à toute personne de mettre sa créativité au service de la création d’une richesse partagée et du bien-être social.

4. Le capital : concevoir d’une nouvelle manière et rediriger les flux d’argent et de capitaux afin d’irriguer tous les secteurs du système économique, et de développer à l’appui des droits de propriété basés sur le respect des biens communs).

5. La technologie : constituer des communautés créatives, inventant des technologies innovantes dans les domaines les plus appropriés pour répondre aux besoins et aux aspirations de la société.

6. La gouvernance : réinventer une gouvernance qui facilite “l’apprentissage à partir du futur émergent” au lieu de reproduire les schémas du passé.

7. Conscience publique et échanges citoyens : innover les infrastructures permettant à tous les citoyens de prendre conscience de leur réel pouvoir créatif dans la co-création d’une économie écosystémique intentionnelle et d’un approfondissement de notre démocratie.

Le problème, aujourd’hui, est que nous essayons de résoudre des défis de type 3.0 dans un cadre et avec des schémas de réponse de type 2.0. Les sept catégories de la pensée économique constituent sept points d’acupuncture qui, s’ils sont touchés simultanément par la mise en œuvre d’initiatives stratégiques, pourraient grandement accélérer le passage du système économique 2.0 au système 3.0.

Pour le revenu de base inconditionnel Par Julien villalard Reporterre 2011/01/18 Par Julien villalard (18 janvier 2011) Pour le revenu de base inconditionnel. Reporterre. Tribune — fr

Pour le revenu de base inconditionnel

"Le but du revenu de base inconditionnel est de donner une base matérielle à la conduite autonome de sa vie à chaque homme. Il en résulte qu’un tel revenu de base doit certes être modeste, mais toutefois pas indigent.“

Qu’est un revenu de base inconditionnel ?

Un revenu de base est inconditionnel lorsque chaque homme le reçoit indépendamment du fait de savoir s’il est riche ou pauvre, vit seul ou en communauté, est jeune, vieux, malade ou sain, avec ou sans biens. Chacun reçoit donc sans que soit pris en compte sa situation, un revenu d’un niveau modeste, mais ne le tenant pas dans l’indigence, pour mener sa vie et sa participation culturelle comme il le souhaite . Le revenu de base inconditionnel ne se base pas sur la mentalité d’une allocation de chômage ou sociale, mais vient tout à fait d’une autre direction, à savoir d’un "oui" joyeux aux potentialités et à la responsabilité personnelle de chaque homme face à son devenir.

Un revenu de base en Suisse ?

L’introduction d’un revenu de base inconditionnel nécessite une compréhension de cette idée. Une large volonté politique ne peut se former qu’à cette condition. Il s’agit d’une étape de développement paradigmatique de la société. La Suisse a plusieurs atouts pour cela.

- Elle est un pays avec une norme de vie élevée et une grande prospérité. - Elle a l’instrument de formation de la volonté politique correct pour cette initiative avec la démocratie directe. - En Suisse l’idée du revenu de base n’est pas en principe nouveau avec l’AHV (assurance vieilesse et survivants) et des prestations supplémentaires comme dans le canton duTessin.

Anita Fetz, Conseillère civile (Ständerätin) canton Bâle-ville et Entrepreneur : « … Je trouve à l’idée d’un revenu de base inconditionnel au moins une valeur de test. Surtout aujourd’hui, où tout va à la dérive, où on ne devrait aussi pas toujours plus charger les revenus, mais malgré tout installer une justice pour tous. … »

A quel niveau doit se situer un revenu de base inconditionnel ?

Le but du revenu de base inconditionnel est de donner une base matérielle à la conduite autonome de sa vie à chaque homme. Il en résulte qu’un tel revenu de base doit certes être modeste, mais toutefois pas indigent. Cela signifie que c’est une question de convention communautaire et de développements successifs. Il pourrait s’élever en Suisse entre 2000 à 2500 francs. Pourrait valoir 500 pour des enfants plus 100 francs par année.

Alors, les personnes restent couchées dans le hamac social !

Le revenu de base encourage un changement de mentalité, qui est exactement l’opposé de ce que provoque une dépendance inerte. Il peut dégager plus de flexibilité et permettre de multiples et nouvelles réponses de grande portée face aux besoins actuels et futurs.

« L’homme est de nature paresseux. Si on veille à sa subsistance, il ne va plus travailler. Le revenu de base crée un pays de pré-retraités . »

Si le revenu de base était introduit du jour au lendemain, il se pourrait qu’un soupir traverse la société et quelques-uns ne feraient d’abord rien pendant un temps. Mais beaucoup font déjà cela aujourd’hui mais involontairement - ou grace à un niveau financier élevé. Le revenu de base n’est pas un argent social qui symbolise une exclusion et déclenche une dépression, il ne m’indique pas que je doive me considérer comme un perdant et doive m’intégrer à nouveau dans la société, ou me suffire à moi-même. Le revenu de base inconditionnel permet à chacun d’agir à partir sa propre intention.

Où le travail ne délivre que contrainte, où il est largement éprouvé comme insensé et bloque le développement propre, la paresse est une réaction tout à fait saine. La paresse apprend aux hommes à lui opposé activité propre - et loisir. De nature, presque chaque homme veut travailler, parce que le travail est son expression pertinente, son influence sur la société, son sens des autres et donc aussi de lui-même, parce qu’il est communication, miroir de ses capacités et lieu de sa reconnaissance.

Le revenu de base inconditionnel aurait pour conséquence que beaucoup de ce qui n’a aujourd’hui d’ existence que vivotant dans l’ombre puisse être reconnu comme travail et mis en oeuvre, travaillé de manière différente et plus innovatrice, avec plus de motivation, et aussi une efficience durable. En outre, le revenu de base n’écarte pas l’incitation financière pour le travail. Celui qui veut ou à besoin de plus que le revenu de base - et beaucoup seront dans ce cas- celui la cherchera comme auparavant un travail lucratf (ndt::Erwerbsarbeit ) . Un revenu élevé reste désirable comme aujourd’hui. Celui qui veut toutefois travailler pour les autre ou lui-même indépendament d’un travail lucratif, celui qui veut créer du nouveau en dehors d’une demande, solvable ou veut arranger de l’ancien, celui la peut le faire. Ce n’est rien d’autre que conforme à l’humain.

Götz Werner, Directeur de DM, chaîne de drogueries : Götz Werner est titulaire de la chaire pour l’entreprenariat à l’université de Karlsruhe, promoteur de l’idée d’un revenu de base inconditionnel - au delà de Charybde et Scylla , le piège de l’exemple et le piège de l’abstraction, et comment on tient le milieu : "… c’est le message, je crois : dans tout nos efforts sur cette question nous sommes toujours pour quelque chose et non contre quelque chose, n’excluant pas. … «

Celui qui ne travaille pas, ne doit pas non plus manger !

Comment donc, lorsque il y a suffisamment à manger, et toujours moins de travail ? Si le manque de marchandises n’existe pas, mais plutôt le besoin de l’homme à se développer et que les vieilles représentations confortables de son existence ne conviennent plus ? Des tâches valables, il y en autant qu’il y a d’hommes. Elles viennent de l’homme et il devraient en être capable. Ainsi le regard s’oriente du manque de produits à la question individuelle : qu’est le travail humain, qu’est mon travail. Le revenu de base offre un fondement pour la prendre en main.

Aujourd’hui, nous vivons du travail des autres (ndt : Fremdversorgung -littéralement soins par étranger). Seulement nous ne le comprenons pas encore. Des hommes de beaucoup de continents ont coopéré à presque chaque produit que nous consommons. Celui qui va aujourd’hui au travail avec la pensée qu’il fait celà pour lui, parce qu’il obtient ainsi son revenu, est soumis à une incohérence de la conscience. Car il fait son travail pour d’autres. Et principalement même pour des hommes qu’il ne connaît pas du tout et souvent fabrique des choses dont lui-même n’a pas du tout besoin. La caractéristique du travail est que je le fais pour d’autres. Que je recoive un revenu est un processus qui se déroule en retour. Le revenu n’est pas le résultat de mon travail. Le résultat de mon travail est pour d’autres. Le revenu me libère de la satisfaction de mes besoins afin que je puisse travailler pour d’autres. Il m’autorise à prendre pour moi les prestations d’autres, afin que moi-même je puisse faire particulièrement bien ce que je peux.

Approvisionnement étranger, spécialisation, rationalisation ont pour conséquence qu’entreprises et firmes obtiennent des profits plus élevés et en même temps suppriment des postes de travail . Beaucoup d’ouvrage humain devient superflu. Mais par celà, les hommes ne deviennent pas superflus. Au contraire. Ils sont libérés de ces conditions, parce que le besoin s’accroit de plus en plus là où le travail ne peut naître que de dicernement individuel et de libre initiative.

Le développement culturel boite derrière celui des techniques et de l’économie. Les soins et l’assistance pour d’autres hommes souffre. L’éducation des enfants est sous-estimée. Il existe le besoin de plus de conscience, de multiples énergies, d’engagement pour l’environnement et les liens globaux, de conscience de soi éveillée pour l’action individuelle et son effet dans toutes les domaines de travail. Là où des hommes créent quelque chose de nouveau, cela est d’abord à peine en rapport avec une demande solvable.

Beat Jans, Conseil grand canton Bâle-ville (SP) : « … Je suis convaincu, que si le développement du marché de l’emploi continue comme ça et que grandit le nombre de ceux ne pouvant y prendre part, que la discussion sur le revenu de base devient tout à fait importante et captivante pour la société, parce que les valeurs se décaleront alors. … »

Qui fait alors le sale boulot ?

D’une part, des travaux qu’aucun ne veut faire - bien qu’ils soient nécessaires - devraient être mieux payés. Le revenu de base inconditionnel peut aussi justement rendre la vue libre pour la valeur de tels travaux. D’autre part, des entreprises qui fabriquent des produits douteux, des employeurs qui agissent négligemment contre des hommes et l’environnement et ne connaissent le mot éthique que dans la publicité touveraient plus difficilement qu’aujourd’hui, les personnes qui participent à cela. Ils devront proposer des incitations financières de manière renforcée. Cela rendra leurs marchandises ou services plus coûteux et se répercutera ainsi sur la concurrence.

Le revenu de base inconditionnel a une influence sur la valeur ajoutée. Il renforce la demande de production et de service satifaisant les besoins en rapport avec les faits d’époque. Il aide à supprimer des structures de pouvoir incrustées. Il protège la conduite de la vie personnelle de la toute-puissance de l’argent. Il attribue l’estime à chacun d’être l’entrepreneurs de sa propres biographie. Il donne une chance à de nouvelles biographies, que ce soit dans le contexte des services, pour soi en particulier ou dans une libre coopération d’entreprise.

(...)

Stéphane Hessel interdit de parole à l’Ecole Normale Supérieure SNCS et Snesup Reporterre 2011/01/18 SNCS et Snesup (18 janvier 2011) Stéphane Hessel interdit de parole à l’Ecole Normale Supérieure. Reporterre. fr

Stéphane Hessel interdit de parole à l’Ecole Normale Supérieure

L’auteur de Indignez-vous n’a pu s’exprimer à l’Ecole normale supérieure.

Le mardi 18 janvier 2001, l’École Normale Supérieure devait accueillir une rencontre avec Stéphane Hessel, organisée en solidarité avec les victimes de la répression contre la campagne « Boycott-Désinvestissement-Sanctions, pour le respect du droit international au Proche-Orient ».

Le 10 janvier, la direction de l’ENS a décidé d’annuler la rencontre. Peu après, un communiqué du président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) se félicitait de cette annulation et remerciait la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, qui avait été « contactée en urgence » par son organisation, d’avoir « réagi sans ambiguïté » http://www.crif.org/?page=articles_....

Le Syndicat National des Chercheurs Scientifiques (SNCS) et le SNESUP dénoncent une atteinte grave à la liberté d’expression. Faute, jusqu’à aujourd’hui, de démenti gouvernemental, ils constatent que l’intimidation trouve ses relais dans un Ministère dont une mission première est de garantir l’exercice des libertés.

Le SNCS et le SNESUP-FSU appellent à se joindre au rassemblement « contre la censure et pour le respect des libertés démocratiques », organisé le mardi 18 janvier à 18 heures, place du Panthéon.

Gilles-Eric Séralini gagne son procès Enviro 2B Reporterre 2011/01/19 Enviro 2B (19 janvier 2011) Gilles-Eric Séralini gagne son procès. Reporterre. fr

Gilles-Eric Séralini gagne son procès

Gilles-Eric Séralini, chercheur à l’université de Caen et spécialiste des OGM, a bien été diffamé par Marc Fellous. C’est ce qu’a jugé mardi 19 janvier le tribunal correctionnel de Paris.

La justice a enfin tranché dans l’affaire qui oppose depuis quelques temps deux scientifiques, le Pr Gilles-Eric Séralini, professeur à l’Université de Caen et président du CRIIGEN, spécialiste des OGM, et le Pr Marc Fellous, le président de l’Association française des biotechnologies végétales. Le second a donc été condamnée pour diffamation après avoir émis un doute sur l’indépendance des travaux du premier.

L’affaire qui oppose deux chercheurs, experts en biotechnologies, remonte à la diffusion sur France 5 de l’émission« le Magazine de la santé » présenté par Michel Cymes et Marina Carrère d ’Encausse et dont Gilles-Eric Séralini était l’invité. Au cours de cette émission, le Pr Séralini avait présenté les résultats de travaux qu’il a mené sur trois variétés de maïs génétiquement modifiés et démontrant leurs effets néfastes sur des rats. Dénonçant le caractère ouvertement anti-OGM de l’émission, Marc Fellous avait alors adressé un courrier au Conseil supérieur de l’Audiovisuel.

Ce sont justement les propos contenus dans ce courrier que Gilles-Eric Séralini a considéré comme diffamatoires. Marc Fellous y dépeignant son confrère comme un « chercheur avant tout militant anti-OGM, qui se prétend indépendant alors que ses études sont financées par Greenpeace », mais aussi comme un « marchand de peur ».

Le tribunal correctionnel de Paris a donc considéré hier que ces propos étaient bien diffamatoires à l’égard de Gilles-Eric Séralini. L’accusation « d’avoir failli à son obligation de probité intellectuelle en raison de sa dépendance à l’égard de Greenpeace, dont il recevait une aide financière pour ses travaux » étaient bien diffamatoire. Marc Fellous a été condamné pour cela à 1.000 euros d’amende assortis d’un sursis, ainsi qu’à un euro de dommages et intérêts à verser au Pr Séralini et 4.000 euros de remboursement des frais de justice. Pour les autres propos tenus par Marc Fellous, le tribunal a estimé que cela relevait du « débat scientifique ».

Démocratie Hervé Kempf Reporterre 2011/01/19 Hervé Kempf (19 janvier 2011) Démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Démocratie

Bravo, donc, au peuple tunisien ! Qui nous incite à réfléchir sur l’état de la démocratie de ce côté-ci de la Méditerranée. Non pas qu’y règnent ouvertement la « kleptocratie » et la « sécuritocratie » dont les Tunisiens viennent de se libérer, on l’espère durablement. Mais enfin... il faut vraiment être membre du club Le Siècle pour penser que la démocratie se porte bien en France et en Europe. De nombreux signes attestent que l’idéal inscrit dans la Constitution française d’une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » est mis à mal.

Les écologistes sont depuis l’origine animés par le souci démocratique, c’est-à-dire par la conviction que la libre délibération et la volonté populaire sont les meilleurs moyens de parvenir à une décision collective bénéfique à tous : dans la lutte fondatrice à propos de l’énergie nucléaire, un des premiers motifs de contestation était - et reste - la mise en cause d’un savoir des experts posé comme indiscutable. Non, disent les écologistes, comme ils le répètent à propos des OGM, des nanotechnologies, des technologies de l’information, les experts - d’ailleurs souvent liés à des intérêts financiers - ne peuvent pas énoncer seuls les conditions d’utilisation des nouvelles techniques. Celles-ci doivent être réellement discutées par la société, et dans toutes leurs dimensions que ne résume pas la nouveauté technologique.

L’Europe a été l’échelon politique auquel les écologistes ont su et pu, le plus tôt, parvenir à influencer l’orientation des politiques publiques. Avec un succès mitigé, et d’autant plus que l’Europe elle-même est associée à une dérive de la démocratie : l’adoption du traité de Lisbonne, malgré le rejet par les peuples français, néerlandais et irlandais du traité constitutionnel, en a été la manifestation la plus flagrante. Par une ironie de l’histoire, une disposition de ce traité introduit une procédure nouvelle, que les écologistes s’apprêtent à saisir, par exemple pour contrer la politique pro-OGM de la Commission européenne : « l’initiative citoyenne européenne ». Un million d’Européens, signant un même texte, pourront induire la Commission à le traduire en loi. Le 15 décembre 2010, le Parlement de Strasbourg a adopté le règlement permettant ces pétitions, qui aideront à revitaliser la démocratie. Sur la question des OGM, mais aussi sur celle des produits et services anthroposophiques, plus d’un million de signatures ont déjà été réunies. Il reste aux Etats, dont la France, à préciser les modalités de mise en oeuvre pour que le dispositif soit opérationnel en 2012. En bonne démocratie, il serait bon que cette « précision » ne traîne pas.

De moins en moins de maïs transgénique cultivé en Europe Christophe Noisette (Info’GM) Reporterre 2011/01/19 Christophe Noisette (Info’GM) (19 janvier 2011) De moins en moins de maïs transgénique cultivé en Europe. Reporterre. fr

De moins en moins de maïs transgénique cultivé en Europe

Au Portugal, en Espagne et en Roumanie, les superficies cultivées en plantes transgéniques ont reculé l’an dernier.

L’organisation portugaise « Plataforma Transgénicos Fora », dans un communiqué de presse publié le 13 décembre 2010, annonce que les cultures de maïs génétiquement modifié Mon810 sont en déclin au Portugal. L’organisation s’appuie sur des données officielles.

Concrètement, les surfaces semées sont passées de 5 200 hectares en 2009 à 4 868 hectares en 2010 (soit une baisse de 6,4%). Il s’agit de la première diminution depuis que ce maïs GM est introduit en 2005. Le communiqué précise aussi que cette diminution n’est pas seulement liée aux baisses des cultures de maïs en général. En effet, précise l’organisation : « cette diminution ne provient pas uniquement de la réduction observée dans la production de maïs en général, car la proportion de maïs GM par rapport à la surface totale dédiée au maïs au Portugal a légèrement baissé entre 2009 et 2010, représentant maintenant à peine 3,7% » (contre 3,8% l’année dernière).

Si on regarde de près ce qui s’est passé au Sud du Portugal, dans la région de l’Alentejo, on apprend qu’environ 30% (14 sur 47) des transgéniculteurs officiellement répertoriés en 2009 ne figurent plus sur les listes de 2010. Cette tendance était déjà manifeste en 2008 : en effet, les organisations avaient alors démontré qu’environ la moitié des fermes de l’Alentejo qui avaient produit le maïs transgénique en 2007 avait abandonné ces cultures l’année suivante. La région la plus au Sud, l’Algarve, qui s’était déclarée zone sans OGM, a été réellement sans OGM en 2010 : l’unique ferme qui cultivait du maïs GM il y a trois ans dans cette région a stoppé cette culture.

De même, en Espagne, le maïs Mon810 a été moins cultivé cette année, selon les données publiées par le ministère de l’Environnement. La baisse est plus conséquente encore qu’au Portugal : elle a été de 10,9% en un an, avec seulement 67 726 hectares cultivés en 2010. Cette surface est la plus faible depuis 2006. En 2009, le maïs GM avait été cultivé sur 76 057 hectares, et en 2008, sur 79 269 hectares. C’est l’Aragon [1] qui a vu la diminution la plus forte, suivie de la Catalogne qui avait vu les surfaces cultivées en PGM augmenter en 2009 [2] (alors que sur l’ensemble du pays, on notait une diminution). Dans d’autres régions, les surfaces ont augmenté, comme dans la région de Valence, de Madrid et Cantabrie. Enfin, il est aussi intéressant de noter que l’Espagne reste le pays qui accueille le plus d’essais en champs de plantes transgéniques.

Comment se sont comportés les autres pays européens ? En Roumanie, comme nous le notions dans notre article publié dans Inf’OGM n°108, les cultures de maïs Mon810 ont aussi diminué en 2010, passant de 3 244 ha en 2009 à 823 ha en 2010. Cependant, dans trois pays - Allemagne, Suède et République Tchèque - 2010 a été l’année des premières cultures de pomme de terre transgénique Amflora, mais ces cultures n’ont pas représenté des surfaces conséquentes. Il s’agissait plus de préparer les plants pour la saison 2011...

La baisse des surfaces cultivées en maïs transgénique notée en 2009 semble donc se confirmer pour l’Union européenne en 2010.

..........................................

Notes :

(1) 2007 : 35 860 hectares, 2009 : 29 540 hectares et 2010 : 24 371 hectares

(2) 2008 : 25 298, 2009 : 28 260 et 2010 : 25 212 ha

La Loppsi 2 adoptée au Sénat dans l’indifférence Vie et Habitat Choisis Reporterre 2011/01/20 Vie et Habitat Choisis (20 janvier 2011) La Loppsi 2 adoptée au Sénat dans l’indifférence. Reporterre. fr

La Loppsi 2 adoptée au Sénat dans l’indifférence

Le Sénat finit de discuter le 20 janvier de la loi Loppsi 2. Ce nouveau recul des libertés publiques aura été adopté dans l’indifférence à peu près générale des grands médias.

Le constat :

Face au constat de crise économique, sociale, écologique, alimentaire, foncière et morale, et devant l’urgence absolue d’apporter des réponses cohérentes, nous revendiquons le droit de défendre, de promouvoir et d’expérimenter, des manières alternatives de vivre et d’habiter éco-responsables et solidaires :

La fondation Abbé Pierre tire la sonnette d’alarme, avec un rapport intitulé : « Etat du mal-logement en France », et nous informe que la crise du logement s’aggrave en France dans la durée, et que la crise économique fragilise énormément les ménages. Elle nous révèle qu’en 2007 un français sur deux est mal logé, avec des nuances dans les difficultés, mesurées par l’INSEE selon certains critères : le surpeuplement, l’absence de salle de bain, de toilettes, d’eau chaude, de chauffage ou difficulté à chauffer, logement trop petit, humide ou bruyant. Un logement sur deux est touché par un ou plusieurs de ces critères.

Cela génère plus de trois millions et demi de personnes mal logées mais la fondation Abbé Pierre en comptabilise dix millions en raison de toutes les personnes en passe d’être fragilisées.

Les contresens :

Benoît Apparu, secrétariat d’Etat au logement : (Extraits du communiqué de presse du mercredi 2 juin 2010 à Paris) : « Notre objectif est donc simple : redonner à nos concitoyens la possibilité de choisir où ils veulent habiter, l’espace dans lequel ils souhaitent s’installer, et le cadre de vie qui sied à l’épanouissement de chacun. Mieux utiliser l’espace implique une prise en compte de la nécessité de restreindre les freins qui bloquent souvent un projet. Sur le terrain, combien d’entres vous ont été confrontés à des situations ubuesques, liées à la complexité, et parfois les incohérences des réglementations locale et nationale ? Dans le Grenelle 2, plusieurs dispositions vont dans le sens d’une facilitation, comme le renforcement du projet d’intérêt général, ou les ordonnances de simplification du droit des sols. » « Notre enjeu ? Concilier les logiques d’aménagement et de logement avec celle de la gestion durable de nos ressources naturelles »

Charte de l’environnement : « Article 1er. - Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. Article 2. - Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement. Article 3. - Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences. ... Article 6. - Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social. »

La loi Loppsi 2 au Sénat :

Le projet de loi Loppsi 2, « loi d’orientation et de programmation pour les performances de la sécurité intérieure », s’inscrit dans un contexte d’inégalité et de régression sociale majeure. Fourre-tout législatif, sécuritaire et illisible, ce texte annonce un nouveau modèle de société, répressif. Populations pauvres et précarisées, jeunes, militants ou internautes sont spécialement visés, mais toute la population est concernée car ce projet marque un recul général des libertés individuelles. L’article 32ter A est la porte ouverte aux expulsions immédiates. Elle consiste à donner au préfet des prérogatives supplémentaires pour les évacuer et tout raser, en invoquant la « salubrité », « la sécurité » ou la « tranquillité publique ».

Des termes suffisamment vagues pour motiver des expulsions à répétition. Il n’est prévu ni relogement ni hébergement pour les expulsés. Condamnés à disparaître, les plus pauvres sont priés de se rendre invisibles.

L’association Vie et Habitat Choisis concernée et solidaire, lance un cri contre la loi LOPPSI 2 :

Joignez-vous à notre indignation par des actions concrètes, des initiatives personnelles : Faites passer l’info autour de vous... Créez des banderoles, des pancartes... Ecrivez votre lettre personnalisée aux sénateurs pour demander le retrait de cette loi... Apportez votre soutien financier à ceux qui sont cités en justice !!!

Les LGV sont inutiles et ruineuses Victor Pachon Reporterre 2011/01/20 Victor Pachon (20 janvier 2011) Les LGV sont inutiles et ruineuses. Reporterre. Tribune — fr

Les LGV sont inutiles et ruineuses

Ecolos, les lignes à grande vitesse (LGV) ? Le débat se poursuit sur Reporterre. Victor Pachon répond à Jean Sivardière, qui répondait à Julien Milanesi. Enjeu : au service des riches, ces trains coûteux, ou nécessaires pour aller vers moins de pollution ?

En réponse à une tribune de Julien Milanesi, Jean Sivardière, de la FNAUT, vole au secours des LGV.

1) Il conteste l’argument de Julien Milanesi selon lequel les LGV répondent aux besoins d’une « élite circulatoire ». Certes nous avons tous pris, marginalement, un jour ou autre un TGV (même ceux qui roulent à vitesse normale sur les voies existantes comme les autres trains de grandes lignes, ce qui explique le nombre de voyageurs que M Sivardière avance), mais ceux qui sont la clientèle institutionnelle des TGV, ce sont ceux que l’objet même des TGV visait : la classe affaire, 1re classe que l’avion a ravi au rail.

La SNCF, puis RFF les ont appelé « l’élite circulatoire », « les néonomades », « les cadres du tertiaire », « les naveteurs ». Il n’est que de lire les colloques des villes TGV pour comprendre le rêve éveillé des pro TGV : M Billardon, président de l’association européenne des villes TGV, dans « TGV et aménagement du territoire 1991", p 124 explique : "C’est autour des gares TGV que doivent se concentrer les fonctions tertiaires supérieures, les structures de matières grises susceptibles de desservir l’ensemble du territoire régional tout en restant en communication avec l’ensemble du réseau de villes TGV dans le territoire national". Il n’est que de voir les acteurs des spots publicitaire TGV : des cadres uniformisés, costard cravate et ordinateur portable.

2) De là, il n’est qu’un pas (que nous franchirons allègrement) pour observer le second point d’achoppement qui en découle : les TGV sont un formidable outil d’accélération de la concentration des activités (tertiaires notamment) autour des métropoles de niveau européen au détriment des villes moyennes. Citons M François Plassard, chercheur du laboratoire d’économie des transports de Lyon dans La vie du rail, revue de la SNCF, du 1 au 7 novembre 1990 : "Le système TGV ne peut fonctionner qu’entre des villes de taille suffisamment importante pour générer un trafic qui justifie l’existence d’une nouvelle ligne(...). En ce sens, le TGV ne fait qu’accompagner une tendance lourde de l’évolution économique actuelle qui concentre l’activité entre quelques grands groupes rassemblés en des pôles stratégiques. Le TGV, de la même façon, contribue progressivement à une nouvelle structuration de l’espace autour de pôles de moins en moins nombreux et de plus en plus importants".

On peut verser des seaux de louanges sur Paris Lyon, mais qui se soucie désormais de Montchanin ou du Creusot dont « les emplois ont été aspirés » (dixit le président du Conseil général) par les deux grosses métropoles ? Et pour parler plus précisement de ce que nous vivons au Pays basque (et qui s’applique ailleurs hélas), observons ceci : autour de la gare de Bordeaux, sur 784 hectares on construits en prévision de l’arrivée de la grande vitesse, 30 000 m2 de bureaux par an pendant 15 ans. La cité du tertiaire voit le jour (au point d’inquiéter l’autre métropole Toulouse). Bordeaux nous dit-on vise le million d’habitants. Les Bordelais se reproduiraient-ils plus vite que les autres ? Non bien sûr, ce qu’on attend ici (si tant est que ça marche, Reims d’après une étude récente attend toujours l’effet TGV) c’est l’aspiration vers Bordeaux des emplois et des employés d’Angoulème, Marmande, Agen, Mont de Marsan, Dax, Bayonne.

Cà c’est du concret M Sivardière, et dans le même temps, RFF annonce qu’avec l’arrivée de la LGV, deux TGV sur trois s’arrêteront à Bayonne et un TGV sur deux à Dax. Les LGV bâties sur le concept de « l’ultramobilité » sont exactement le contraire de l’aspiration « à vivre et travailler au pays ».

Ce déménagement du territoire induit par l’avion sur rail, M Sivardière le qualifie de « neutre économiquement pour les territoires traversés ». Le slogan SNCF, « le progrès ne vaut que s’il est partagé » n’est qu’un rideau de fumée qui masque le contraire. Et comme M Sivardière ne peut ignorer « ces effets pervers », il y consacre un paragraphe pour présenter les rustines que la FNAUT appliquerait à ce système pervers.

Mais enfin, cela fait des décennies que « les effets pervers » font leur œuvre et personne n’a pu prendre en compte les délicats conseils de la FNAUT ? C’est qu’en haut lieu, on s’en tape, car l’objet des LGV est effectivement de cannibaliser la SNCF, de l’endetter jusqu’à l’agonie, de la dépecer et d’en livrer au privé les seuls secteurs rentables. Oui, l’endettement colossal des LGV (presque 28 milliards pour RFF) est un cheval de Troie pour liquider le service public ferroviaire.

3) Et M Sivardière de s’en prendre aussi à nos revendications d’amélioration de l’existant en mettant en avant la difficulté de faire circuler sur une même ligne fret, TER et TGV (aujourd’hui au Pays Basque sur la portion nous traversant, environ 25 trains par sens - fret, TER et TGV - passent tous les jours, alors qu’il pourrait en passer 132 par sens). Voici poindre la vieille rengaine, "les TGV sur la voie nouvelle dégageront de la place pour les marchandises sur les voies existantes". Vieille rengaine battue en brèche par la réalité, des décennies de TGV pour en apporter la preuve et résultat, juste le contraire, jamais le fret n’a été aussi bas.

D’autres pays n’ont pas fait le choix des LGV et rencontrent pourtant un succès qui fait pâlir d’envie la SNCF. Sur Goteborg-Stockholm, on a choisi de moderniser la voie existante, la moderniser vraiment, pas la rafistoler, on a conçu un matériel roulant moderne, et alors qu’il y a concurrence de l’autoroute et de l’avion, le train capte 50% des voyageurs.

Observons encore ce que nous connaissons : RFF au cours du débat public nous concernant, dans un des CD distribués, publie les gains de temps entre Bordeaux et le Pays Basque. Avec la ligne actuelle améliorée, gain de temps 17 mn. Avec la LGV 21 mn. Différence 4 mn, prix : 5,5 milliards d’euros non actualisés.

Et encore s’agit-il d’aménagements mineurs, qu’en serait-il si on installait le système européenn de contrôle des trains au lieu des Blocs Automatiques Lumineux que la ligne Bayonne-Dax a attendu 64 ans ?

Qu’en serait-il si nous avions du matériel pendulaire ? E puisqu’on parle des performances des lignes, revenons à un article du Monde du 19 juillet 2008. Il s’intitulait « les trains pourront aller plus vite, ils arriveront à la même heure ». On y interviewait la responsable stratégie de RFF. Elle réclamait que la France légifère, à l’instar d’autres pays sur la limite de vitesse des trains. Elle soulignait des effets pervers de la grande vitesse : nuisances accrues, usure à grande vitesse des voies et, notez bien, la faible performances des lignes nouvelles où, devant un train qui va vite il faut enlever ceux qui vont moins vite. Ainsi nous pouvions comprendre que sur ces lignes ruineuses et fragiles, on faisait passer moins de trains que sur les lignes anciennes. Elle concluait en donnant son « point de performance : 200 km/h ». Et puis prenons cela d’un peu plus haut. Une autoroute gaspille 10 hectares au km, une LGV 7 ha (9 ha dans le Pays Basque, plus vallonné). Jusqu’à quand allons-nous consommer du territoire comme si nous avions 4 planètes de rechange ?

Enfin, M Sivardière lâche ici ou là quelques perfides insinuations selon lesquelles les opposants aux LGV n’évoqueraient jamais les conditions de vie des riverains des aéroports. En d’autres articles, nous serions des pro autoroutes.

Il ignore donc que Julien Milanesi fut et est un des principaux animateurs de la lutte contre l’autoroute A65 (comme nous et d’autres et si peu avec la FNAUT), il ignore qu’avec l’association LEIA, membre du CADE et toujours sans la FNAUT, nous avons gagné contre le projet routier de la transnavarraise, qu’avec l’association Bizi, Attac Pays Basque et toujours sans la fantomatique FNAUT, nous étions couchés sur les quais de la gare de Bayonne en défense des wagons isolés avec les cheminots CGT le 6 février 2010. Il ignore que si nous sommes hostiles au modèle TGV qui détruit du tissu social, nous sommes favorables aux TER et au fret qui en construisent. Il ignore que les élus favorables à la LGV sont aussi des élus qui réclament à corps et à cris des lignes aériennes à bas coûts (la mairesse PS de Pau comme le maire centriste de Biarritz) ; une incohérence qui a fait perdre près de 50 000 voyageurs à la gare de Biarritz lorsque Easy Jet est arrivée. La vanité de nos « bâtisseurs » est tous azimuts et exclut comme M Sivardière l’heure de l’humilité et d’une meilleure utilisation de l’existant. Bref, à force de siéger et rien que siéger, sans être une force de mobilisation, la FNAUT prend le chemin de la coquille vide bureaucrate.

Equitable Yves Jaffrenou Reporterre 2011/01/21 Yves Jaffrenou (21 janvier 2011) Equitable. Reporterre. Tribune — fr

Equitable

« Malgré ses défauts, ses insuffisances et parfois ses hypocrisies, la notion d’échange équitable rend compte du désir de rompre avec l’exploitation du partenaire le moins développé »

De même que la morale et l’éthique forment un binôme, de même sommes-nous presque nécessairement conduits à considérer sous un même regard la justice et l’équité. Il y a une formule de Victor Hugo qui dit : « Qu’y a-t-il donc au dessus de la justice ? L’équité. »

Pourquoi « au-dessus » ? Parce que la justice est un système de lois, un code – et heureusement qu’il est là ! – qui évolue plus lentement que la perception que nous avons de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas – ou plus. L’adaptation du code a toujours un temps de retard sur les sensibilités, comme un programme scolaire en science par rapport à la recherche ou en histoire par rapport aux événements en train de se dérouler. C’est dans cette différence – entre ce que dicte le droit et le sentiment qu’on a du juste et de l’injuste – que se situe l’équité.

Dans nos sociétés à évolution rapide, les changements, les petits rafraichissements et ravalements de la justice paraissent encore plus lents. Les palais au fronton de style grec, l’apparat des magistrats, les effets de manche des avocats, le langage fixé, sinon figé, par les textes juridiques, tout cela laisse l’impression d’un temps qui ne bouge pas, d’une pensée immuable, de plus en plus inadaptée à un présent toujours mouvant.

Dans l’Antiquité, l’équité consistait à répartir entre les guerriers, selon la hiérarchie reconnue de tous, les biens des peuples vaincus et parmi ces biens, autant que l’or et les chevaux, les hommes et les femmes dont on faisait des esclaves.

Au temps des colonies, la pensée européenne des Lumières était universaliste certes, mais les peuples colonisés n’accédaient à une humanité pleine et entière qu’à la condition d’accepter notre mode de vie et les valeurs qui étaient les nôtres. Le tribut qu’ils eurent à payer fut très lourd : subir une mue identitaire et subir des échanges commerciaux dictés par les seuls intérêts du colonisateur… jusqu’à l’esclavage, cette fois encore.

Mais il s’agit là d’une analyse moderne. Jusqu’au milieu du siècle dernier il semblait équitable, à quelques exceptions près, que ces peuples « sauvages » et dans « l’enfance de l’humanité » servent le civilisé, c’est-à-dire l’Européen, avec en retour, de la part de ce dernier – du maître –, un devoir d’apprentissage.

La notion contemporaine de commerce équitable révèle les bouleversements actuels de la conscience. Nous pouvons lire dans cette expression la fin de l’eurocentrisme en tant que dogme absolu, même si, bien sûr, dans les faits, beaucoup des rapports entre le Nord et le Sud continuent d’être très inégalitaires et ce, en notre faveur. Tant que nous trouvions ce rapport normal – je dirai même naturel –, la notion d’équité ou d’iniquité ne pouvait pas même venir à l’esprit des Occidentaux.

Malgré ses défauts, ses insuffisances et parfois ses hypocrisies, la notion d’échange équitable rend donc compte du désir de rompre avec l’exploitation du partenaire le moins développé – le moins développé selon nos critères –, de remplacer le rapport d’assistanat et de tutelle charitable par celui de partage, de dignité et d’égalité reconnues entre les autres et nous, dans les différences de chacun.

Régis Debray a proposé que nous fassions de Haïti une nation « pupille » des pays riches. Un écrivain haïtien de ses amis a mis l’accent sur la maladresse et l’ambiguïté du terme. Ce qui paraît équitable, selon notre approche contemporaine, c’est que chacun, partout, puisse vivre de son travail, sans qu’une lourde partie du labeur des uns serve à gonfler démesurément le superflu des autres.

Recours à la justice pour que Paris gère son électricité CLER Reporterre 2011/01/21 CLER (21 janvier 2011) Recours à la justice pour que Paris gère son électricité. Reporterre. fr

Recours à la justice pour que Paris gère son électricité

Une action en justice est lancée à Paris pour rendre à la commune le contrôle de la distribution de son électricité.

Pour le rétablissement d’un contrôle démocratique local des réseaux de distribution d’électricité : un citoyen saisit le Tribunal Administratif

Le niveau local est déterminant pour la mise en place d’économies d’énergie, de développement énergétique durable et de mobilisation sur les changements climatiques. Propriétaires des réseaux de distribution d’énergie, les communes et leurs groupements représentent le territoire géographique idéal pour le développement d’une politique énergétique durable.

Or, la situation engendrée par la loi de monopole quasi absolu d’EDF auprès des collectivités, sur la distribution et la fourniture d’électricité, les empêche d’exercer un véritable contrôle démocratique de leurs réseaux, les plaçant sous tutelle de l’entreprise.

À cela s’ajoute une grande opacité quant à l’usage des sommes prélevées sur les réseaux locaux par EDF et sa filiale à 100% ERDF. La Ville de Paris symbolise bien cette situation où les montants destinés à la modernisation des réseaux ont été versés au concessionnaire mais pas entièrement réinvestis comme ils auraient dû l’être. Pourtant la Ville, à qui la loi interdit de gérer elle-même son réseau de distribution en régie ou d’en confier la gestion à un opérateur de son choix, a signé avec EDF/ERDF l’avenant de prolongation de son contrat de concession de distribution d’électricité.

Ce sont ces constats qui ont poussé un citoyen parisien à réagir en saisissant le Tribunal Administratif de Paris d’un recours en annulation de l’avenant au traité de concession pour la distribution et la fourniture aux tarifs réglementés de l’électricité. Ce sont ces mêmes constats qui ont convaincu le CLER de soutenir cette action, dans le but que soit rendue aux collectivités la possibilité de réellement gérer leurs réseaux afin qu’elles puissent assurer leur mission de service public.

Les nucléaristes imaginent une centrale sous-marine DCNS / Robin des Bois Reporterre 2011/01/21 DCNS / Robin des Bois (21 janvier 2011) Les nucléaristes imaginent une centrale sous-marine. Reporterre. Armée fr

Les nucléaristes imaginent une centrale sous-marine

La DCNS (ex-Direction des Constructions navales) lance l’étude, avec Areva, d’un réacteur nucléaire sous-marin. Ce qui suscite l’inquiétude de l’association Robin des Bois.

Communiqué de la DCNS :

DCNS va réaliser, avec AREVA, le CEA et EDF, les études de validation de son concept innovant Flexblue

Dans le cadre des défis posés par la demande énergétique mondiale et du renouveau de l’attrait du nucléaire (réduction des émissions de gaz à effet de serre, préservation des ressources fossiles), des réacteurs nucléaires de petite et moyenne puissance (SMR) sont à l’étude dans de nombreux pays (Etats-Unis, Japon, Russie,…), notamment des pays dotés des technologies associées à la propulsion nucléaire. La France maîtrise l’ensemble de ces technologies, notamment des capacités de conception et de construction de ce type de réacteurs, d’intégration « systèmes », de recherche sur les combustibles.

AREVA, leader mondial de l’énergie nucléaire, a lancé un programme d’étude de petits réacteurs de 100 MWe qui pourraient compléter sa gamme de réacteurs de génération 3 (EPR, ATMEA et Kerena). L’étude destinée à évaluer l’intérêt de développer un tel produit s’appuie sur la compétence d’AREVA dans le domaine des petits réacteurs embarqués.

De son côté, après plus de deux ans d’études, DCNS innove avec le concept Flexblue. Flexblue est une unité immergée de production d’énergie nucléaire de petite puissance (50 à 250 MWe) qui s’adresse aux pays disposant de façades maritimes.

Le concept Flexblue : - est fondé sur des technologies éprouvées. DCNS s’appuie en effet sur une expérience de 40 ans dans la maîtrise d’œuvre de sous-marins à propulsion nucléaire, dont les chaufferies sont réalisées sous la responsabilité d’AREVA-TA ; - dispose des atouts propres aux réacteurs nucléaires de petite et moyenne puissances (progressivité de l’investissement, flexibilité d’adaptation à la demande…) ; - est standardisé, entièrement construit en chantier naval et transporté sur les lieux d’exploitation.

EDF et AREVA ont marqué leur intérêt pour le caractère modulaire et standardisé du concept Flexblue. Pour se positionner sur les SMR, la France met en place un programme d’étude approfondie sur ce sujet. Dans ce cadre, DCNS va, en partenariat avec AREVA, EDF et le CEA, engager une nouvelle phase de développement de son concept Flexblue qui approfondira notamment les thèmes suivants : - Options techniques et industrielles du concept. - Marché potentiel. - Conditions de la compétitivité économique de ce type d’unité par rapport à d’autres sources de production d’énergie. - Problématique de la lutte contre la prolifération. - Spécificité, eu égard à la sûreté et à la sécurité, d’installations immergées en démontrant un niveau de sûreté homogène avec celui des réacteurs de troisième génération.

Il est prévu de conduire ces études durant une période de deux années.

- Fiche technique de Flexblue : • Forme : Cylindrique • Longueur : Une centaine de mètres • Diamètre : Environ 12 à 15 mètres • Puissance : 50 à 250 MWe • Composition : Une petite chaudière nucléaire, un groupe turbo-alternateur, une usine électrique et des systèmes auxiliaires. Des câbles sous-marins achemineraient l’électricité produite par Flexblue vers la côte • Masse : Environ 12 000 tonnes • Ancrage : Par 60 à 100 mètres de fond et à quelques kilomètres des côtes

Communiqué de Robin des Bois :

Le serpent de mer nucléaire

Il fallait bien que ça arrive un jour, depuis le temps que Technicatome puis Areva essayent de ressusciter le nucléaire civil en mer, après les espoirs et les échecs de la propulsion nucléaire pour les navires de surface incarnés par l’Otto Hahn, navire marchand allemand soutenu par Euratom et récemment démantelé dans la baie d’Alang (voir « A la casse.com » n°18).

Le projet Flexiblue porté par la DCNS n’est rien d’autre qu’un sous-marin coulé, concept inauguré par les Etats-Unis le 10 avril 1963 avec le Thresher dans l’Atlantique. Au lieu d’être coulé par accident, le projet Flexiblue l’est volontairement et son énergie acheminée sur les lieux de consommation par câbles sous-marins.

Le projet nucléaire de DCNS se pare du doux vocable de « ferme ». Après la ferme éolienne off-shore, c’est le tour de la ferme nucléaire sous-marine. La langue de bois fonctionne à plein tube. Les mots damnés de terrorisme, de rejets radioactifs, de déchets nucléaires, de collision, de chaluts sont bannis.

Comme il l’a déjà dit à plusieurs reprises, Robin des Bois estime que l’industrialisation de la mer par l’off-shore pétrolier, l’off-shore éolien et maintenant l’off-shore nucléaire est un véritable danger pour la biodiversité marine, les ressources alimentaires et la liberté de naviguer.

Qu’elles soient flottantes comme veut le faire la Russie ou scotchées sur les fonds marins, les usines nucléaires marines trahissent l’intérêt des industriels à s’affranchir des contraintes terrestres tandis que l’OMI (Organisation Maritime Internationale), les Etats maritimes et le droit international sont dépourvus de toute doctrine et réglementation ciblée à ce sujet.

Invitation à gâcher le dîner des oligarques Les Mercredis de la démocratie // Finies les concessions Reporterre 2011/01/24 Les Mercredis de la démocratie // Finies les concessions (24 janvier 2011) Invitation à gâcher le dîner des oligarques. Reporterre. fr

Invitation à gâcher le dîner des oligarques

Le club Le Siècle se retrouve place de la Concorde, à Paris, le mercredi 26 janvier. Les citoyens y seront aussi.

INVITATION (à partager largement) des Mercredis de la démocratie à gâcher le mercredi de l’oligarchie mercredi 26 janvier

à partir de 19h30 et jusqu’à 21h

sur le trottoir devant l’Hôtel Crillon, Place de la Concorde, Paris

Après le mercredi 27 octobre, après le mercredi 24 novembre, les citoyennes et citoyens sont invités à célébrer comme il se doit (œufs, farine, cotillons etc.) :

- les oligarques du Siècle qui, réunis autour d’une bonne table, chaque quatrième mercredi du mois, veillent en toute transparence au bonheur de leurs sujets ;

- Nicole Notat, l’immense syndicaliste intronisée présidente du Siècle.

SUS AU SIÈCLE !

À BAS L’OLIGARCHIE ! VIVE LA DÉMOCRATIE !

Guerre des classes : reprenons l’offensive !

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner » Warren Buffet, milliardaire, New York Times, 26 novembre 2006.

Le 26 janvier, Denis Kessler, ex-numéro 2 du Medef, passera la main à Nicole Notat, ex-syndicaliste vendue, à la tête du Siècle. Tout un symbole, à l’heure où sont démantelés les droits sociaux issus du Conseil national de la Résistance (sécurité sociale, retraites, etc.), le code du Travail (qui vient de fêter ses 100 ans dans l’indifférence générale) et où la suppression définitive de l’ISF est dans les cartons du gouvernement.

A l’heure où le peuple tunisien vient de mettre fin au règne de l’oligarchie qui pillait son pays, il est temps de faire de même de ce côté-ci de la Mediterranée.

C’est pourquoi, fidèle à sa devise : « Nous ne vous oublierons jamais », le CFC-BAP appelle à un nouveau rassemblement devant le dîner du Siècle le mercredi 26 janvier 2010 à 19h30, pour reprendre l’offensive dans la guerre des classes.

http://www.homme-moderne.org/societ...

http://www.facebook.com/profile.php...

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« Qu’est ce que Le Siècle ? Il est né en septembre 1944 à l’initiative d’un groupe de jeunes qui s’étaient connus durant l’Occupation et qui avaient été profondément marqués par la faillite des institutions et des élites qui avait abouti à la défaite et à l’occupation du pays. La paix revenue, ils voulaient poursuivre leurs réflexions sur la rénovation des institutions et la reconstruction du pays. […] Puisse Le Siècle perdurer et poursuivre sa mission dans la sérénité : c’est un enjeu démocratique… celui-là même qui a justifié sa création historique. »

Denis Kessler, « Le Siècle face à ses injustes critiques », Le Monde, 15 décembre 2010.

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. […] Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Denis Kessler, « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! », Challenges, 4 octobre 2007.

« La CFDT, nous l’avons assez dit, ne se situe pas par rapport à la couleur d’un gouvernement. Elle n’est pas l’alliée des uns, elle n’est pas l’adversaire des autres. […] Par expérience, il y a la colonne des "plus" et la colonne des "moins" dans les deux camps. Globalement, voilà une réalité en France, les politiques n’ont jamais pris la mesure de l’enjeu que représentait une rénovation des relations professionnelles, une capacité des partenaires sociaux à assumer leur rôle et leurs responsabilités comme étant un facteur de leur propre intérêt politique. »

Interview de Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, à Europe 1 le 27 mai 2002, sur le bilan de dix années à la tête de la CFDT.

« […] Mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous à leurs yeux les fautifs ? Comprenez-vous qu’aux aguets de l’opinion, comme l’exige leur métier, les parlementaires n’ont qu’une envie : prendre des dispositions sur les rémunérations qui seraient à terme aussi destructrices pour l’efficacité économique que la loi de 1947 sur les loyers a pu l’être, pendant des décennies, sur l’immobilier ? Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? Sentez-vous le grondement populiste, la rancœur des aigris mais aussi le sentiment d’iniquité qui parcourt, comme une lame de fond, le pays ? Acceptez-vous de méditer ce mot de la comtesse de Boigne, une habituée des révolutions : "Les peuples ont l’instinct de leur approche ; ils éprouvent un malaise général. Mais les personnes haut placées n’aperçoivent le danger que lorsqu’il est devenu irrésistible" ? Un léger "retard à l’allumage" est pardonnable ; un excès d’inconscience, non, surtout quand il s’assimile à une pulsion suicidaire. Amis, de grâce, reprenez vos esprits ! »

Alain Minc, conseiller de Nicolas Sarkozy et membre du Siècle, « Lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante », Le Figaro, 23 mars 2009

En Suisse, du solaire plutôt que le nucléaire Romandie News Reporterre 2011/01/24 Romandie News (24 janvier 2011) En Suisse, du solaire plutôt que le nucléaire. Reporterre. fr

En Suisse, du solaire plutôt que le nucléaire

Les électeurs du canton de Berne voteront le 13 février sur le renouvellement d’un réacteur nucléaire. Une entreprise propose d’utiliser plutôt l’argent nécessaire au réacteur à un vaste plan d’énergie solaire.

Installations solaires au lieu d’une 2e centrale à Mühleberg

Berne (awp/ats) - A la veille des votations bernoise et nidwaldienne sur le nucléaire, une entreprise lance un projet ambitieux. La société propose aux Forces motrices bernoises (FMB) de consacrer les 13 milliards prévus pour la centrale de Mühleberg II à des installations solaires de même puissance.

Les panneaux formant cette « centrale solaire décentralisée » seraient montés sur pas moins de 16’000 toits, un processus qui prendrait 15 ans. Le coût moyen de production de l’électricité serait de 10,89 centimes par kilowattheure, un coût comparable à celui engendré par la future centrale, selon le site internet de Megasol, qui revient sur un article de la « SonntagsZeitung ».

La puissance totale de ces installations solaires, qui couronneraient aussi bien des maisons individuelles que des écoles ou des murs anti-bruit, s’élèverait à 8906 mégawatt-crêtes. Dès 2025, la centrale solaire produirait annuellement quelque 8 terrawattheure de courant électrique, de quoi se passer entièrement de Mühleberg II, selon l’entreprise bernoise.

L’installation nécessiterait des panneaux recouvrant une surface totale de 48 km2, soit 1,7% de la surface construite en Suisse. Aucun espace ne devrait être artificiellement aménagé, a précisé la société active dans le solaire.

L’offre de Megasol est bel et bien parvenue aux FMB, a indiqué dimanche à l’ATS le porte-parole de ces dernières, Antonio Sommavilla. Des zones d’ombres demeurent, comme celle de l’ampleur des éventuels surcoûts engendrés par un apport énergétique irrégulier - car dépendant de l’ensoleillement.

Les habitants de deux cantons suisses voteront le 13 février prochain sur des objets liés au nucléaire. Alors que ceux de Nidwald devront dire s’ils acceptent que le Wellenberg serve de site de stockage pour des déchets nucléaires, les citoyens bernois seront consultés sur le remplacement de la centrale de Mühleberg.

Nouvelle centrale à Mühleberg : les Bernois votent le 13 février

Berne (awp/ats) - L’avenir de l’énergie nucléaire dans le canton de Berne pourrait se jouer le 13 février. Les citoyens seront consultés à cette date sur le remplacement de la centrale nucléaire de Mühleberg. Le canton soutient officiellement le renouvellement de cette installation.

Le peuple dira dans les urnes s’il partage cette prise de position cantonale qui doit être transmise à la Confédération dans le cadre de la demande d’autorisation du remplacement de Mühleberg. L’issue du vote n’a pas un caractère contraignant mais elle constituera pour la Confédération un signal sur la popularité du nucléaire.

La position des autorités bernoises sur le nucléaire est complexe. Le gouvernement à majorité rose-verte est opposé au renouvellement de cette centrale. Mais la majorité bourgeoise du Grand Conseil a adopté en novembre une motion pour que, dans son avis au Conseil fédéral, l’exécutif soutienne ce projet.

Le gouvernement espère que le peuple ne partage pas cet avis et se rallie à son opposition à la construction d’une centrale sur sol bernois. L’installation de Mühleberg, entrée en service en 1972, est la plus ancienne centrale nucléaire de Suisse.

Un oui du peuple ne signifierait pas pour autant un feu vert à une nouvelle centrale sur le site de Mühleberg. Un refus constituerait en revanche un grave revers pour l’exploitant, FMB Energie, pour les milieux économiques et les partis de droite. Il relancerait les deux autres projets : Gösgen (SO) et Beznau (AG). Trois sites sont en course pour deux nouvelles centrales.

Les citoyens bernois ne seront pas les seuls à donner leur avis sur l’atome le 13 février. Ceux du canton de Nidwald se prononcent sur la prise de position, défavorable, du Conseil d’Etat sur le projet de déchets radioactifs au Wellenberg.

Dans le canton de berne, la campagne s’annonce chaude. Les milieux anti-nucléaires sont déjà montés au front en relevant l’absence de solution pour l’élimination des déchets irradiés ou en dénonçant les risques que court selon eux la population vivant près d’un réacteur. Le comité « Non à la nouvelle centrale nucléaire de Mühleberg » compte six partis et onze organisations.

Dans le camp adverse, on souligne l’importance de remplacer cette centrale nucléaire pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la Suisse. Les partisans de l’atome avancent aussi des arguments économiques pour justifier leur prise de position. Ils notent que la production issue des énergies renouvelables ne permet de loin pas de couvrir la demande en électricité.

Les avis divergent aussi sur les coûts d’une nouvelle centrale. Se basant sur l’avis d’experts, le gouvernement avance un montant qui oscille entre 9 et 15 milliards. La société FMB Energie articule elle un montant entre 7 et 9 milliards de francs.

Les citoyens de la ville de Berne ont donné un premier signal sur ce sujet sensible à fin novembre. Ils ont choisi à 60% l’option d’un avenir sans nucléaire. La capitale devra renoncer à cette forme d’énergie d’ici 2039.

(AWP/11 janvier 2011 08h05)

Les collecteurs d’ordures des pays du Sud veulent voir reconnu leur rôle contre le changement climatique Hervé Kempf Reporterre 2011/01/24 Hervé Kempf (24 janvier 2011) Les collecteurs d’ordures des pays du Sud veulent voir reconnu leur rôle contre le changement climatique. Reporterre. fr

Les collecteurs d’ordures des pays du Sud veulent voir reconnu leur rôle contre le changement climatique

Chiffonniers et recycleurs souhaitent bénéficier de mécanismes de soutien internationaux

Dans de nombreuses grandes villes des pays du Sud, une large part du traitement des ordures est assurée par des collecteurs de déchets indépendants, vivant en communautés à part, et tirant leurs moyens d’existence du tri et du recyclage de ces déchets. Ils sont environ vingt millions à travers le monde et se sont organisés en associations depuis une vingtaine d’années.

Ils ont formé il y a peu une Alliance mondiale des collecteurs (Global Alliance of Waste Pickers), présente à Cancun, en décembre 2010, lors de la conférence sur le climat. Il s’agissait d’affirmer le rôle des chiffonniers dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Comme l’a indiqué un rapport récent du Programme des Nations unies pour l’environnement, « Waste and Climate Change », le secteur des déchets représente entre 3 % et 5 % des émissions globales de gaz à effet de serre, soit par le gaz carbonique dégagé par leur combustion, soit par le méthane qui se dégage de la décomposition des déchets organiques. Pour limiter les émissions, des projets d’incinérateurs ou de récupération du méthane sont éligibles au mécanisme de développement propre (MDP), qui génère des « crédits d’émission » monnayables sur le marché du carbone.

Mais les collecteurs de déchets critiquent la façon dont ces projets sont retenus et conduits. « Cela ne profite qu’aux grosses compagnies, proteste Silvio Ruiz, qui travaille à Bogota, en Colombie. Ces MDP ne visent qu’à mettre en place la mise en décharge et l’incinération, qui ne sont pas des bonnes solutions. »

Les pratiques de tri et de recyclage des collecteurs seraient plus efficaces. Selon une étude, intitulée « Cooling Agents » et réalisée par Chintan, une ONG indienne, les techniques existantes évitent près de quatre fois plus d’émissions de gaz carbonique qu’un incinérateur qui a bénéficié du MDP. « Il faut encourager le recyclage, que nous mettons en oeuvre, dit Simon Mbata, originaire de Sasolburg, près de Johannesburg, en Afrique du Sud. Pour l’améliorer, le plus efficace est de développer le tri à la source, après quoi nous assurons le bon recyclage. »

Les collecteurs assurent aussi que la récupération du méthane peut être avantageusement réalisée par le développement du compost et par de petits digesteurs et générateurs de biogaz. Ainsi, à Bombay et à Pune, en Inde, de tels dispositifs ont été mis en place, grâce à un partenariat entre la municipalité et les associations locales de collecteurs : « Nous séparons très strictement les matières organiques et les autres déchets, explique Vatsala Gaikwad, une collecteuse de Pune. Les matières organiques sont placées dans la machine à biogaz, dont le gaz fournit l’électricité et le combustible de cuisine à un quart de nos maisons. »

Tri, récupération, compost, biogaz : les collecteurs se présentent comme des prestataires plus efficaces que les compagnies privées avec lesquelles les municipalités passent de plus en plus souvent des accords. Et, bien sûr, ils créent des emplois et réduisent la quantité de matières premières à produire, du fait de leur recyclage. « Nous demandons le respect, dit M. Mbata, et que l’on reconnaisse notre travail comme un moyen de limiter les émissions. »

« Les fonds climatiques doivent reconnaître l’action des organisations de terrain, qu’il s’agisse des collecteurs, des paysans ou des indigènes », renchérit M. Ruiz. La requête vise les discussions qui vont se poursuivre après Cancun : « Les collecteurs ont droit à bénéficier du fonds vert global qui se met en place », estime Garima Gupta, de l’association Chintan.

Pour une taxe sur l’énergie - avant le choc pétrolier ! Gael Giraud Reporterre 2011/01/24 Gael Giraud (24 janvier 2011) Pour une taxe sur l’énergie - avant le choc pétrolier !. Reporterre. Tribune — fr

Pour une taxe sur l’énergie - avant le choc pétrolier !

« Comment nous préparer au pic énergétique ? Par une augmentation progressive des taxes sur la consommation d’énergies d’origine fossile. »

Un des dossiers de la présidence française du G 20 a trait à la régulation des marchés financiers sur les matières premières - le pétrole en particulier. Les marchés dérivés sur le pétrole pèsent 30 fois plus lourd que le marché physique. Le prix du brut n’est plus dicté par l’offre et la demande, mais par les mouvements de capitaux sur des contrats financiers, soumis à des bulles spéculatives. Remettre de l’ordre dans ce marché est nécessaire. Mais insuffisant si nous voulons de la lisibilité sur le prix de l’énergie ces prochaines années.

Il se peut que nous connaissions un choc pétrolier dans moins de dix ans. Non pas qu’il n’y aura plus de pétrole : nous en avons pour un siècle au moins. Mais parce qu’il ne sera pas possible d’extraire chaque jour autant de pétrole que l’exigera la demande mondiale. Nous produisons près de 87 millions de barils par jour. Et une production journalière de 100 millions est sans doute impossible à dépasser, la plupart des provinces pétrolifères ayant atteint leur pic de production (depuis 2000, la production en mer du Nord baisse de 200 000 barils par jour chaque année malgré un flux d’investissement soutenu) ou allant l’atteindre. Et les gisements offshore permettront de retarder l’heure où la production mondiale va décroître. Or, d’ici à quelques années, la demande mondiale quotidienne dépassera les 100 millions de barils.

A combien pourrait alors s’élever le prix du baril, qui influence les prix de 80 % de l’énergie mondiale ? A 147 dollars, comme à l’été 2008 ? A 500 dollars ? Impossible de répondre. Cela nous coûtera plusieurs points de PIB par an, et c’en sera fini de l’importation à coût de transport quasi nul des produits du Sud (et de la grande distribution). Avons-nous les moyens de substituer d’autres énergies aux hydrocarbures ? Non, sinon partiellement.

Le nucléaire exigerait des investissements massifs et il se heurte au problème du retraitement des déchets. La production hydraulique est déjà à son point de saturation en Europe. Les agrocarburants nous mettent en face d’un dilemme : celui d’une surface cultivable bornée, où il faut choisir entre nourrir l’humanité et cultiver des énergies de substitution. Le gaz est l’alternative prometteuse. Mais nous ne savons pas faire rouler au gaz une auto à grande vitesse et à bas coûts. Comment nous préparer au pic énergétique ? Par une augmentation progressive des taxes sur la consommation d’énergies d’origine fossile. Dans le cas du pétrole, elle permettrait de lisser la hausse future des carburants, tandis que ses recettes permettraient de financer l’effort de transition vers une économie sobre en hydrocarbures.

Ecolo, le TGV ? Hervé Kempf Reporterre 2011/01/26 Hervé Kempf (26 janvier 2011) Ecolo, le TGV ?. Reporterre. Tribune — fr

Ecolo, le TGV ?

Derrière les protestations des usagers contre la hausse du prix des billets de train et les retards à répétition s’anime un débat qui pose les questions de fond. Car, après tout, les difficultés du chemin de fer découlent concomitamment de son succès et de son échec : nous prenons de plus en plus le train, mais Réseau ferré de France, qui entretient les voies, ploie sous une dette énorme, tandis que la SNCF court après son déficit.

Les raisons des difficultés sont multiples, mais pour nombre d’écologistes, le développement des lignes à grande vitesse (LGV) joue un grand rôle dans la dégradation. En mobilisant des investissements importants, il empêcherait l’indispensable entretien des lignes dites secondaires, qui relient les villes moyennes et petites aux plus grandes. Pour un opposant au projet de ligne Bordeaux-Bayonne, Victor Pachon, les TGV accélèrent « la concentration des activités autour des métropoles de niveau européen au détriment des villes moyennes ». De son côté, l’économiste Julien Milanesi observe que les TGV profitent aux riches qui peuvent s’en payer les billets, au détriment des pauvres, qui doivent se contenter de trains à la qualité dégradée. Il pronostique l’amélioration des voies existantes : « Ce que nous perdrions en vitesse, nous le gagnerions en justice sociale. »

A quoi Jean Sivardière, militant de longue date du chemin de fer et président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, répond que le succès du TGV - 93 millions de passagers en 2009 - atteste de sa popularité, et que les trains rapides permettent de reprendre des parts de marché à l’avion et à l’auto, beaucoup plus polluants. Le débat est ouvert. Mais il semble qu’en période de disette économique, on ne puisse pas tout faire, et qu’il faudra choisir entre nouvelles LGV et trains classiques. Même si, comme le rappelle M. Sivardière, des ressources peuvent être trouvées du côté de l’avion, très subventionné, ou du carburant, dont le coût réel en termes de pouvoir d’achat serait moindre qu’en 1970.

Des élus commencent à prendre position. En octobre 2010, Europe Ecologie-les Verts et le Parti de gauche ont protesté en région Rhône-Alpes contre la dégradation du réseau secondaire du fait de l’excès d’attention accordé au TGV. Ségolène Royal, en Poitou-Charentes, a donné, en décembre 2010, un avis négatif au projet de LGV Poitiers-Limoges : « La pertinence socio-économique (en) reste à démontrer », écrit-elle, en demandant d’étudier les autres possibilités, comme le prévoyait la loi Grenelle de 2009. C’est le bon sens : il est temps de discuter vraiment de l’avenir du chemin de fer.

La police embarque les citoyens pour protéger le repas des oligarques Hervé Kempf Reporterre 2011/01/26 Hervé Kempf (26 janvier 2011) La police embarque les citoyens pour protéger le repas des oligarques. Reporterre. fr

La police embarque les citoyens pour protéger le repas des oligarques

La police est intervenue mercredi 26 janvier, avant 20 h 00, embarquant les personnes présentes devant l’Automobile Club, place de la Concorde à Paris. Elles s’étaient réunies pour protester contre la réunion mensuelle du Club Le Siècle qui rassemble hommes d’argent, politiques, et journalistes.

Je sors du rendez-vous précédent et galope vers la place de la Concorde. Il est 20 h 05. Sur le téléphone que je rallume, des messages s’affichent. Une camarade : « Je suis dans le panier à salade, on a tous été embarqués ». Au moment où je l’écoute, arrêté au feu rouge, je vois passer un de ces vieux bus de la RATP transformés en cars de police. De l’autre côté de la place, des lumières bleues.

J’approche, un autre car est là, attendant, le moteur allumé. Par la porte ouverte, je vois des gens assis, sous la garde de policiers. Sur le terre-plein devant l’Automobile Club, un cordon de policiers a fait le vide. Il n’y a plus grand-monde, on peut passer, il y a des policiers en civil partout - gros anorak, bonnet. L’accès du Club est libre, de temps à autre, des gens y pénètrent. Ils sortent de la bouche de métro - en fait, du parking, dont une sortie donne sur le couloir de métro qui conduit à la place -, d’autres viennent en taxi. Ils avancent, l’air déterminé, aux aguets quand même. Il y a aussi des touristes qui passent par là, d’autres gens.

Je reste sur le pavé, devant les autos rangées près du trottoir. Le car à l’arrêt est parti. Jean-Pierre est dedans, il m’appelle : « On n’a pas eu le temps de rien faire, il y avait des policiers partout. - Quand ? - Je suis arrivé vers sept heures et quart. Peu après, ils nous ont interpellés, fouillés, embarqués. - Vous aviez fait quelque chose, vous aviez crié ? - Non, rien, on était juste là. »

C’est tout. La ville est tranquille. Le dîner du Siècle aura lieu.

Une question, tout de suite : la police peut-elle arrêter un groupe de personnes avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit ? Quel est le motif légal ? Est-ce légal ? La question à laquelle il faudra répondre demain.

Autre question : la police va-t-elle demander aux personnes interpellées de prendre leur empreinte génétique (article du code à ce propos, empreinte génétique) ? Sachant qu’un refus constituerait un délit - alors que ces personnes n’ont commis aucun acte répréhensible.

Et puis, un sentiment d’amertume, et de tristesse pour ceux qui vont passer des heures pénibles, au commissariat. Mais aussi un sentiment encourageant : ça les dérange à ce point, qu’on soit là, juste pour les voir et leur dire qu’on sait qu’ils existent, ça leur fait peur à ce point qu’ils se protègent tout de suite par la police, par la peur, par l’enfermement ? Et bien si ça les dérange, c’est que c’est bien utile, d’être là. Au mois prochain.

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23 h 40 : tout va bien, les citoyens des deux cars ont été libérés après un simple contrôle d’identité. Les policiers étaient singulièrement aimables (« on n’a fait qu’obéir aux ordres »). Le moral est bon. Partie remise le mois prochain - mais il faudra élargir l’appel à d’autres organisations, associations et syndicats.

Dîner du Siècle : le récit d’un citoyen embarqué Jean-Pierre Anselme Reporterre 2011/01/27 Jean-Pierre Anselme (27 janvier 2011) Dîner du Siècle : le récit d’un citoyen embarqué. Reporterre. fr

Dîner du Siècle : le récit d’un citoyen embarqué

Mercredi 26 janvier, la centaine de citoyens présents devant l’Automobile Club n’ont pas eu le temps de dire « ouf » que la police les interpellait. Voici le récit de l’un d’entre eux.

Dans le panier à salade, en compagnie d’une cinquantaine d’autres manifestants, Jacky, retraité, prend les choses avec humour : « Ils m’ont ramené dans mon quartier, je trouve ça sympathique. À par ça, je trouve ça un peu ridicule de nous embarquer pour ce qu’on a fait puisque on n’a rien fait du tout. »

La troisième manifestation contre le Siècle a tourné court. À 19h30 pétante, heure officielle du rendez-vous, cars de police et gardes mobiles ont encerclé la centaine de personnes rassemblées pacifiquement à quelques mètres de l’entrée de l’Automobile club de France où se réunissent les membres du Siècle, chaque quatrième mercredi du mois. Un par un, les présumés manifestants étaient extirpés du groupe, avec plus ou moins de ménagement, fouillés et embarqués dans des paniers à salade.

Comme le décrit, dans son communiqué le collectif organisateur du rassemblement, le Collectif Fini les Concesions-Branche Armée... de Patience (CFC-BAP), « il a été impossible de faire la moindre prise de parole, d’énoncer le moindre slogan ni de déployer la moindre banderole. Nous n’avons même pas pu saluer nos invités, tel Hervé Kempf, qui n’a pu qu’assister impuissant au départ d’un des cars dans lequel nous nous trouvions ». Comme nombre d’autres personnes empêchées de rejoindre le rassemblement. La plupart d’entre elles ont été contrôlées par des patrouilles de policiers sur la chaussée et dans le métro, où elles étaient fermement dissuadées de descendre à la Concorde.

Selon le CFC-BAP, « nous ignorons toujours tout du sort des personnes qui auraient été embarquées avec violence dans un troisième car, près de la grande roue, vers 20h30-21h00. Nous tenons également à rendre hommage à celui d’entre nous qui s’est blessé en tentant courageusement d’échapper aux forces de police ».

Tandis que les membres du Siècle se faufilaient vers leur dîner et que des ombres aux fenêtres de « l’Auto » savouraient le spectacle. Regards entendus, allusions de bon ton... on imagine la jubilation difficilement contenue des 300 dîneurs. Pour son intronisation de présidente du club le plus huppé de l’hexagone, Nicole Notat, l’ex-syndicaliste devenue PDG (nous en reparlerons...), a été gâtée. « Je proteste contre cette lie qui nous gouverne, s’encolère Colette, peu avant de se faire embarquer. On les retrouve tous, de gauche comme de droite. Y compris l’ancien bras droit de Thibaut, je sais plus son nom (il s’agit de Jean-Christophe Le Duigou, aujourd’hui conseiller spécial du secrétaire général de la CGT) celui qui a négocié sur les retraites ! » Professeur d’histoire, à présent retraitée, Colette faisait étudier le programme du Conseil National de la Résistance à tous ses élèves de troisième (celui que Denis Kessler voudrait « défaire méthodiquement »...) .

Des flics prévenants

« C’est la première fois que je me fais embarquer, confie Jean-Charles, animateur socioculturel, et je suis un peu surpris qu’on n’ait rien fait, qu’on soit dans la légalité totale et qu’on nous ait foutu dans un panier à salade sans rien nous expliquer. Ce qu’il font en ce moment, c’est une politique de la frayeur ! » Qui vise à dissuader tout un chacun de participer à de futures manifestations. Quitte à transformer la place de la Concorde en zone militarisée. Quitte à mobiliser un dispositif policier considérable au profit d’un club privé, celui de Michel Gaudin, le préfet de police, membre du Siècle...

Pas ses flics manifestement. Ceux du commissariat dans le XIe, chargés du comité d’accueil des manifestants arrêtés, avaient sans doute reçu des consignes de modération (pas de bruit, pas de vague, pas de bavure quand dînent les oligarques). Mais cela n’explique pas tout. Le CFC-BAP souligne « la rare prévenance dont ces policiers ont fait preuve à notre égard, s’excusant presque de nous avoir arrêtés et répétant à qui voulait bien l’entendre qu’il s’agissait d’ordres venus… du préfet ».

Comme l’écrit Hervé Kempf dans son dernier livre (L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Seuil), « l’oligarchie, ce n’est pas la dictature. C’est le gouvernement par le petit nombre des puissants. Entre eux, ils discutent, réfléchissent, s’opposent, rivalisent. Ils font “démocratie”, mais entre eux, sans le peuple. Et quand la décision est prise, elle s’impose, même si l’on y mettra les formes en habillant avec un art consommé la procédure électorale et la discussion publique ».

« Ce qui est intéressant, explique Clément, animateur avec des enfants autistes, c’est que les gens aient une cible d’attaque pour dire : “C’est eux qui font partie des responsables à l’origine de nos malheurs, et c’est pas juste mon voisin, c’est pas juste la personne qui a un RMI un peu plus haut que le mien.” Les gens se battent entre eux pour des petites choses alors que le combat il faut le mener contre ceux qui tiennent les manettes ! »

On peut parier que les « bâfreurs du Siècle » ne vont pas retourner dans l’ombre de si tôt. Les initiateurs des rendez-vous qui les débusquent réfléchissent à d’autres modes d’action...

Dans le panier à salade, une manifestante, hilare, lançait à la cantonade : « J’aimerais bien que les Tunisiens nous envoient leur savoir faire, c’est vrai ! » À suivre.

L’oligarchie n’est pas tranquille et craint notre colère Collectif Fini les Concessions Reporterre 2011/01/27 Collectif Fini les Concessions (27 janvier 2011) L’oligarchie n’est pas tranquille et craint notre colère. Reporterre. Tribune — fr

L’oligarchie n’est pas tranquille et craint notre colère

Le déploiement de forces policières pour protéger le diner du Siècle atteste de l’inquiétude de ses membres.

Ce soir, le mercredi 26 janvier 2011, entre 60 et 100 personnes ont été arrêtées lors du rassemblement organisé à l’appel du collectif Fini les concessions devant le dîner du Siècle. Au moins quatre membres du collectif ont fait partie de la charrette.

Alors que le rendez-vous était donné à19h30, tout était déjà fini à 20h00, au moins pour ce qui concerne les soixante premières personnes arrêtées dont nous faisions partie. Il a été impossible de faire la moindre prise de parole, d’énoncer le moindre slogan ni de déployer la moindre banderole. Nous n’avons même pas pu saluer nos invités, tel Hervé Kempf, qui n’a pu qu’assister impuissant au départ d’un des cars dans lequel nous nous trouvions.

Du haut de l’Automobile Club de France, les valets observaient la scène, tandis que sur la ligne 8 du métro, nombre de « gardiens de la paix » effectuaient des contrôles et tentaient de dissuader les gens de descendre à Concorde.

Afin de défendre son propre club privé, Michel Gaudin, préfet de police de Paris et membre du Siècle, aura ainsi déployé un dispositif policier disproportionné face à seulement 100 à 150 manifestants pacifiques. Plusieurs centaines d’agents auront ainsi été mobilisés pour protéger aux frais des contribuables les agapes du Siècle, dont ne bénéficient pourtant que des gens relativement fortunés voire très fortunés, et qui à ce titre sont aussi ceux qui payent le moins d’impôts.

Denis Kessler justifiait dans une tribune récente au Monde l’existence du Siècle et la défense de sa « liberté d’association » comme relevant d’un « enjeu démocratique ». Reprenant à son compte des propos de son comparse Olivier Duhamel, il écrivait : « Nous vivons dans des couloirs ou derrière des cloisons, Le Siècle ouvre des fenêtres et construit des ponts. » Il n’avait pas non plus de mots assez durs pour dénoncer les « manœuvres d’intimidation », l’usage par ses adversaires (nous !) de « l’invective et la violence », « au mépris d’un des principes fondamentaux de la démocratie, à savoir le respect de l’autre. »

Nous avons pu constater ce soir à quel point Le Siècle, en effet, défendait la liberté de réunion et d’expression, à quel point il nous libérait des « couloirs » et des « cloisons » (ceux d’un car de police, celles d’un commissariat ?). Si les membres du Siècle n’ont rien trouvé de mieux pour pouvoir dîner à leur aise, alors nous ne pouvons que nous en féliciter : cela signifie que l’oligarchie n’est pas tranquille et craint notre colère.

Pour finir, nous tenons encore une fois à remercier les forces de l’ordre pour leur diligence à défendre les intérêts de la bourgeoisie, et pour la rare prévenance dont elles ont fait preuve à notre égard, s’excusant presque de nous avoir arrêtés et répétant à qui voulait bien l’entendre qu’il s’agissait d’ordres venus… du préfet.

Quant aux dîneurs du Siècle, nous espérons qu’ils ont pu partager à un bon et agréable repas. C’est la moindre des choses, avec tout le mal qu’ils se sont donnés !

Enfin, nous tenons à féliciter Nicole Notat pour l’ensemble de sa carrière, finalement récompensée par cette consécration que constitue la présidence du Siècle.

Nous tenons également à remercier Denis Kessler pour l’hommage vibrant qu’il a rendu aux résistants qui ont fondé ce club dans sa tribune du Monde, lui qui déclarait trois ans auparavant : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. […] Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

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Une usine hydroélectrique condamnée pour l’assèchement d’une rivière Cécile Cassier (Univers Nature) Reporterre 2011/01/27 Cécile Cassier (Univers Nature) (27 janvier 2011) Une usine hydroélectrique condamnée pour l’assèchement d’une rivière. Reporterre. fr

Une usine hydroélectrique condamnée pour l’assèchement d’une rivière

Le 21 janvier dernier, suite aux réclamations de diverses associations de défense de l’environnement, dont France Nature Environnement (FNE) et le Comité écologique Ariégeois, le Tribunal correctionnel de Foix a condamné la société UNITE, exploitant une usine hydroélectrique sur la commune de Le Port, en Ariège. Le motif de cette condamnation tient au fait que, de 2006 à 2007, l’entreprise a laissé en fonctionnement un ouvrage ne respectant pas le débit minimal réglementaire, nécessaire au maintien de la vie aquatique dans la rivière Le Courtignou. Cette négligence a entraîné l’assèchement de nombreuses portions du lit du cours d’eau sur plus de deux kilomètres, et notamment au niveau de zones de bordure propices à la reproduction de poissons de la famille des salmonidés.

Si l’entreprise a été verbalisée à plusieurs reprises, le gérant de la société contrevenante, M. Hugues Albanel n’en est pas à sa première condamnation. En 2007, FNE avait déjà obtenu sa condamnation par le Tribunal correctionnel d’Ajaccio pour la même infraction. Parallèlement, la FRAPNA (1) avait également obtenu gain de cause lors de faits identiques, l’entreprise UNITE étant alors mise en cause en tant qu’exploitante d’une microcentrale sur la rivière Gresse, en Isère.

Juriste à FNE, Raymond Leost a souhaité attirer l’attention sur cette problématique de l’assèchement des cours d’eau par les centrales hydroélectriques, phénomène jugé courant et aux retombées catastrophiques à long terme sur la vie aquatique. Il a, par ailleurs, déclaré : « (…) si l’hydroélectricité présente l’avantage d’être une énergie renouvelable, elle exige néanmoins d’être exploitée par des sociétés responsables et soucieuses du respect des lois protectrices de l’environnement ».

Les associations ont également appelé à la responsabilisation de l’Etat dans ce dossier, Hugues Albanel s’étant porté signataire en tant que vice-président du GPAE, société co-fondatrice de France Hydroélectricité, de la « convention d’engagement pour le développement d’une hydroélectricité durable en cohérence avec la restauration des milieux aquatiques ». Est consigné dans cette convention, portée par le ministère de l’Ecologie, l’engagement de créer des microcentrales respectueuses de l’environnement et des milieux naturels aquatiques. De son côté, l’Etat s’y engage à donner des moyens à la police de l’eau et à faire respecter le droit.

Lourde condamnation des militants anti-nucléaires Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/01/27 Réseau Sortir du nucléaire (27 janvier 2011) Lourde condamnation des militants anti-nucléaires. Reporterre. fr

Lourde condamnation des militants anti-nucléaires

Sept militants qui s’étaient opposés à la circulation d’un train de déchets radioactifs ont été condamnés le 26 janvier à un mois de prison avec sursis et à de lourdes amendes.

Le 5 novembre dernier, 123 tonnes de déchets vitrifiés allemands, issus du centre de « retraitement » AREVA de la Hague, partaient rejoindre le centre d’entreposage de Gorleben (Basse-Saxe). Avant d’être bloqué à de nombreuses reprises en Allemagne, ce convoi avait été arrêté une première fois à Caen (Calvados) par 7 militants du GANVA (Groupe d’Actions Non-Violentes Antinucléaires).

Pendant l’évacuation des voies, trois des militants avaient subi des violences volontaires et des blessures graves de la part des "forces de l’ordre". Leur situation a nécessité des interventions chirurgicales, des greffes de peau et des semaines de rééducation.

Les 7 militants ont été condamnés hier 26 janvier à un mois de prison avec sursis, et ils devront débourser plus de 30 000 euros (amendes individuelles, dommages et intérêts, frais de justice). Les militants du GANVA envisagent de faire appel de cette condamnation très excessive, et déposent une nouvelle plainte devant la justice contre les policiers qui les ont blessés. Pour mémoire, leur première plainte avait été classée sans suite par le Procureur. Les lanceurs d’alerte pacifiques sont blessés et condamnés, et les policiers auteurs de violences volontaires ne sont pas inquiétés : dans quel pays vivons-nous ?

Pour François Mativet, porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire" : " La répression et les violences totalement inacceptables dont les militants ont été victimes ne sont que le reflet d’un système organisé, protégé par les autorités. Elles montrent la volonté des pouvoirs publics de criminaliser les actions de désobéissance civile contre le nucléaire, dans le but de verrouiller toute opposition. Ce type d’action dérange car il permet de lever le voile sur la réalité du nucléaire et sur les mensonges d’AREVA, qui prétend, à tort, recycler une majeure partie des déchets nucléaires."

50e action parisienne, Les Déboulonneurs descendent dans le métro le 28 janvier Collectif des Déboulonneurs de Paris Reporterre 2011/01/28 Collectif des Déboulonneurs de Paris (28 janvier 2011) 50e action parisienne, Les Déboulonneurs descendent dans le métro le 28 janvier. Reporterre. fr

50e action parisienne, Les Déboulonneurs descendent dans le métro le 28 janvier

« La publicité ça suffit ! Les écrans à cristaux liquides (ACL), ni dans le métro, ni ailleurs... »

Vendredi 28 janvier 2011 - Rendez-vous à 19h à la sortie du métro Opéra (lignes 3, 7 et 8) devant les marches de l’Opéra

En ce début d’année 2011, le Collectif des déboulonneurs de Paris va effectuer sa 50e action (plus de 150 au niveau national). A cette occasion, nous ferons le point sur l’actualité de cette année qui sera chargée. La dernière action du collectif de Paris s’est déroulée le 31 décembre 2010, non loin de l’Hôtel de Ville de Paris, et s’est soldée par 7 arrestations et 2 panneaux barbouillés.

Nous entrons dans la dernière phase du Grenelle de l’Environnement avec l’écriture des décrets d’application [1]. Leur publication, prévue pour avant l’été, revêt des enjeux considérables puisque la partie réglementaire du Code de l’Environnement définit, notamment, les formats des différents types de dispositifs publicitaires. Face à tous les reculs enregistrés lors du vote par le parlement [2], tout porte à croire que la même logique va être mise en œuvre et ouvrir un boulevard aux afficheurs pour installer leurs nouveaux dispositifs. Leurs déclarations dans la presse vont d’ailleurs pleinement dans ce sens [3].

Les écrans publicitaires ACL, actuellement installés dans le métro parisien et qui commencent à apparaître aux bords des routes, vont bientôt envahir le paysage. Le gouvernement et le parlement ont systématiquement refusé d’aborder la question des nouvelles technologies publicitaires lors des travaux du Grenelle II. Agression publicitaire supplémentaire, pollution visuelle indéniable, libertés individuelles bafouées (capteurs espions analysant les passants) et aberration écologique (consommation énergétique de trois foyers moyens, émission de 10 fois plus de CO2 qu’une affiche 4x3 [4]), ce type de dispositif doit purement et simplement être interdit. Nous n’en voulons ni dans le métro, ni ailleurs.

Grâce au Grenelle de l’Environnement, nous allons également voir se généraliser les bâches publicitaires gigantesques sur échafaudages. Déjà particulièrement catastrophiques sur les monuments historiques [5], les publicités de plusieurs centaines de mètres carrés vont arriver dans nos villes.

A Paris, le groupe de travail sur le règlement local de publicité (RLP) doit se réunir prochainement pour achever ses travaux. Un vote est prévu au Conseil de Paris avant l’été. En théorie, selon les explications de la mairie, la version votée en 2007 et bloquée pour des questions de formes doit être reconduite. Toutefois, de nombreuses rumeurs indiquent que des ajustements vont être apportés. Le texte de 2007 est loin d’être aussi ambitieux que ce que M. Delanoë a annoncé [6, 7]. Il entérine de nombreux dispositifs scandaleux et augmente la pression publicitaire dans l’espace public parisien. Quelques idées intéressantes se sont toutefois glissées dans le texte. Il est notamment mentionné une interdiction des écrans numériques et une limitation des surfaces publicitaires sur bâches (bien que la surface retenue, 16 m2, soit beaucoup trop importante). Cette équipe municipale a choisi de céder aux pressions de JCDecaux sur le contrat Vélib/mobilier urbain (trois avenants ont été signés [8]), il ne doit pas en être de même pour le RLP. Pour se démarquer des discours schizophrènes du gouvernement sur la publicité extérieure, nous attendons de M. Delanoë et de Mme Pourtaud des actes en accord avec les paroles.

Pour ces raisons, nous descendrons dans le métro parisien à l’occasion de cette 50e action et barbouillerons des écrans ACL selon le mot d’ordre : « Les écrans ACL : ni ici, ni ailleurs ! ». Cette action de désobéissance civile non-violente se déroulera, comme chaque mois, en public et à visage découvert.

Nous demandons :

- à la RATP de retirer tous les écrans numériques actuellement déployés et d’engager une réelle concertation sur la place de la publicité dans ses couloirs. L’objectif de dispositifs de 2m2 supportant des affiches de 50 x 70cm est parfaitement réaliste en sous-sol comme en surface (voir par exemple les affiches pour les spectacles de théâtre). Prenons exemple sur le métro de Stockholm !

- à la mairie de Paris de revoir son projet de RLP et de faire de la ville un exemple mondial, au même rang que São Paulo (Brésil) pour ses rues dépolluées, en appliquant les revendications de notre collectif (dispositifs de 2m2, affiches de 50 x 70 cm, pas d’utilisation d’énergie, contrainte de densité) ;

- au gouvernement de rédiger des décrets qui protègent réellement les paysages et notre liberté de réception en imposant un format maximal de 2 m2 pour les dispositifs publicitaires ;

- aux élus locaux de remédier aux dérives du Grenelle en instaurant des RLP interdisant les écrans numériques et limitant drastiquement les publicités sur bâche, ou, à défaut, en refusant systématiquement toute demande d’autorisation pour de tels dispositifs.

Actualité du collectif :

- 12 janvier 2011 : bonne nouvelle contre le fichage ADN. François Vaillant, du collectif des déboulonneurs de Rouen, n’est condamné en appel qu’à 1€ symbolique pour refus de prélèvement ADN [9].

- 27 janvier 2011 : action du collectif de Lille. Rendez-vous à 18h45 place de la gare, en face des fontaines.

- 29 janvier 2011 : action du collectif de Tours. Rendez-vous à 14 heures place Jean-Jaurès, face à l’Hôtel de ville.

- 29 janvier 2011 : action du collectif de Lyon. Informations à venir sur le site web.

- 6 septembre 2011 : procès en appel pour les 8 membres du collectif de Paris relaxés début avril 2010 [10].

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Notes :

[1] http://www.deboulonneurs.org/articl...

[2] http://www.deboulonneurs.org/rubriq...

[3] Les Echos, 26 septembre 2010, Le Monde, 28 septembre 2010, Mediapart, 30 octobre 2010…

[4] http://antipub.org/spip.php?article197

[5] http://www.deboulonneurs.org/articl...

[6] http://paysagesdefrance.org/spip.ph...

[7] http://www.antipub.org/spip.php?art...

[8] Canard enchaîné, 15 décembre 2010.

[9] http://www.deboulonneurs.org/articl...

[10] http://www.deboulonneurs.org/articl...

Et la nature Françoise Gigleux Reporterre 2011/01/28 Françoise Gigleux (28 janvier 2011) Et la nature. Reporterre. Tribune — fr

Et la nature

“Il est temps de changer notre point de vue sur le monde"

Les crises qui secouent régulièrement le monde de la finance et ébranlent les constructions virtuelles derrière lesquelles nous vivons cachés, ouvrent une nouvelle voie où refonder nos forces, oser nos vies, questionner notre rapport au monde et inventer de nouvelles perspectives. En choisissant la voie/x de l’espoir, de la sagesse et du courage, il est possible de creuser de nouveaux sillons et de tenter de prendre en main notre destin, qui a pour horizon : « Environnement », « Europe », « Ethique », « Culture », « Sciences », etc.

En effet, s’il est vrai que nous avons tous notre part de souffle dans la tempête qui agite les places financières et le monde en général, s’il est clair que notre mode de croissance creuse les déséquilibres entre riches et pauvres, entre Nord et Sud, « il est patent, comme le dit Jean-Claude Besson-Girard, dans le n° 3 de la revue Entropia, que notre conscience – et par conséquent notre éthique et notre morale – n’est pas à la mesure des outils de notre puissance, ce qui est un facteur essentiel d’irresponsabilité ».

Il est temps de « changer de chaise » pour changer notre point de vue sur le monde. De toute façon, la chaise sur laquelle nous sommes assis est disloquée !

« Tsunami », » ouragan », « tempête »… autant de métaphores empruntées à la nature pour parler des vagues successives et violentes qui assaillent les milieux économiques et par conséquent les plus pauvres d’entre nous.

Pourquoi ne pas emprunter justement à la nature – à des taux fixes et respectueux – les forces qui l’habitent ? Pourquoi ne l’envisageons-nous pas à la fois comme sujet et objet de notre projet et de nos équilibres planétaires, comme vade-mecum et indicateur de nos initiatives personnelles et collectives ?

Nous ne parlons ces jours-ci que du grand désordre qui mélange les tapis de jeu de quelques responsables inconséquents. Mais qu’en est-il des cartes souterraines et irréversibles qu’on ne peut déjà plus jouer sur le plan climatique, énergétique, environnemental et humain ?

Je choisis pour ma part le pouvoir éclairant et transformateur de l’eau. Mircea Eliade en évoquant le chaos primordial que « l’eau, par son absence de forme propre, représente au mieux », nous invite à voir dans cette « masse indifférenciée » toutes les possibilités de création, un « réservoir de toutes les possibilités d’existence ». L’eau, par sa polysémie, nous invite à l’horizontalité, la transversalité, au décloisonnement.

Puisque les systèmes en place révèlent leurs limites, s’essoufflent et nous épuisent, puisons donc l’inspiration ailleurs !… et réinvestissons la nature (et non pas « dans la nature » !) et le vivant : l’eau est le pont qui peut nous mener sur cette autre rive.

Tendre un verre d’eau à l’Autre qui a soif n’est-il pas un geste naturel, la base du pont dont nous sommes tous de potentiels architectes ?

En 2010, la France a plus consommé d’électricité que jamais Sophie Fabrégat (Actu Environnement) Reporterre 2011/01/28 Sophie Fabrégat (Actu Environnement) (28 janvier 2011) En 2010, la France a plus consommé d’électricité que jamais. Reporterre. fr

En 2010, la France a plus consommé d’électricité que jamais

La consommation électrique a atteint un record de 513 terawatt-heures en 2010 : les économies d’énergie sont oubliées. Quant aux émissions de gaz carbonique liées à la production électrique, elles ont logiquement augmenté de 3 %.

La consommation d’électricité a atteint un record en 2010, dépassant les 500 TWh. Le bilan électrique annuel publié par RTE note également une hausse de la consommation de pointe et une croissance de la production d’origine renouvelable.

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE a publié, jeudi 20 janvier, le bilan électrique français 2010 qui revient sur les grandes tendances de l’année.

La consommation française d’électricité a augmenté de 5,5 % par rapport à 2009 et atteint 513 TWh. C’est la première fois que la consommation annuelle française dépasse les 500 TWh, selon RTE. Cet accroissement provient pour les deux tiers de l’effet des températures de l’année 2010, la plus froide depuis 1987 selon Météo France. Le troisième tiers correspond à une croissance structurelle, liée à la reprise économique et au développement des usages électriques.

La consommation en basse tension (ménages, professionnels, services publics, tertiaire) a augmenté de 7 % (+ 1,5 % en données corrigées climat). La consommation de l’industrie augmente de 3,7 % par apport à 2009, sans toutefois retrouver les niveaux de 2008 ou 2007.

Le phénomène hivernal de pointe en forte hausse

À trois reprises, les valeurs maximales de pointe de consommation ont été atteintes en 2010 (le 11 février, la consommation a atteint 93.080 MW, le 14 décembre 94.600 MW et le 15 décembre 96.170 MW). La raison ? Une année particulièrement froide, avec des températures en dessous des normales saisonnières de 8,5°C en février et de 6,3°C en décembre. Pour rappel, RTE estime que 6°C de moins sur le thermomètre correspondent à 15.000 MW de consommation supplémentaire. La prépondérance du chauffage électrique en France augmente cette sensibilité pendant les périodes froides.

Cependant, en 2010, RTE note que les capacités d’importation n’ont pas été saturées. Il n’y a pas eu de tension sur le système électrique français.

En Bretagne et dans l’est de la région PACA, où les risques de rupture d’approvisionnement sont importants, des alertes Ecowatt, invitant les citoyens à limiter leurs consommations, ont été lancées à plusieurs reprises (7 alertes orange en Bretagne et 15 en PACA, 5 alertes rouges en Bretagne). La mise en place de ce dispositif dans ces deux régions aurait néanmoins permis de réduire de 1,5 % en puissance la consommation aux heures de pointe.

Les EnR poursuivent leur croissance mais restent encore minoritaires

La production nette d’électricité en 2010 a augmenté de 6 %. Toutes les sources d’énergie ont contribué à cette progression. Le nucléaire a augmenté de 4,6 %, du fait d’une meilleure disponibilité du parc de production (407,9 TWh produits), le thermique à combustible fossile a augmenté de 8,3 % pour atteindre 59,4 TWH produits (-7,6 % pour le charbon, +2,7 % pour le fioul et +24,7 % pour le gaz). À noter que près de 1.300 MW de nouvelles installations thermiques ont été raccordés en 2010.

L’hydraulique a augmenté de 9,9 % pour atteindre 68 TWh.

La production éolienne a augmenté de 22 % pour atteindre 9,6 TWh, avec près de 1.000 MW nouvellement raccordés en 2010, portant à 5.600 MW la puissance installée. En cinq ans, l’électricité d’origine éolienne a été multipliée par cinq. Le record de production a été atteint le 12 novembre 2010 à 18h30 avec une puissance instantanée de 4.200 MW, ce qui correspond à un facteur de charge de 77 %.

La production photovoltaïque a quadruplé pour atteindre 0,6 TWh. En 2010, le parc a atteint une puissance installée de 760 MW.

Les autres énergies renouvelables (biomasse essentiellement) ont augmenté de 11,1 %, produisant en 2010 quelque 4,8 TWh. Le facteur de charge horaire est très variable : entre 0 et 79 % pour une moyenne de 22 % sur l’année.

Si les énergies renouvelables produisent plus, elles ne représentaient que 83 TWh en 2010, soit 15 % de la production nette totale d’électricité pour l’année.

Les émissions de CO2 augmentent de 3 % en 2010, soit deux fois moins que la production électrique française relève RTE. En 2010, 34,1 millions de tonnes de CO2 ont été émises pour la production d’électricité française, dont 31,2 t par les centrales thermiques à combustible fossile et 2,9 t par la biomasse. La consommation de pointe est très émettrice de carbone.

Un milliard d’investissements sur le réseau

En 2010, le programme d’investissement de RTE a atteint 1,182 milliard d’euros afin de renforcer l’intégration du réseau dans le système électrique européen (interconnexion), sécuriser l’alimentation électrique des zones fragilisées (Bretagne et PACA), assurer l’accueil des nouveaux moyens de production (EnR, EPR et cycles combinés gaz) et renouveler les infrastructures du réseau. En 2011, l’investissement atteindra 1,277 Md€.

La Chine est au bord du désastre écologique Johann Hari Reporterre 2011/01/30 Johann Hari (30 janvier 2011) La Chine est au bord du désastre écologique. Reporterre. Tribune — Chine fr

La Chine est au bord du désastre écologique

La sécheresse dramatique qui frappe le nord-est de la Chine en ce moment n’est qu’un des volets d’une crise écologique massive. Qui, selon certains scientifiques, serait à l’origine du tremblement de terre du Sichuan en 2008.

Lorsque Jonathan Watts était enfant, on lui disait que « si tous les Chinois sautaient à pieds joints au même moment, la terre sortirait de son axe et personne n’y survivrait ». Trente ans plus tard, pris d’une quinte de toux et d’une crise d’éternuement après avoir couru quelques minutes dans le smog grisâtre de Pékin, Jonathan Watts se dit que ce grand saut a déjà commencé. Il venait d’arpenter la Chine sur plus de 160.000 kilomètres, du Tibet aux déserts de la Mongolie-Intérieure – et à chaque nouveau lieu visité, il faisait la même découverte : l’Etat chinois avait mis sur pied un vaste programme de destruction écologique. Un programme qui a empoisonné les eaux de nombreuses rivières, au point de les rendre toxiques au simple contact de la peau ; un programme qui a démultiplié les taux de cancer dans plusieurs régions ; un programme qui a transformé en désert des terres autrefois fertiles, d’une superficie presque deux fois plus vaste que la Grande-Bretagne – et qui a peut-être provoqué le pire tremblement de terre de l’histoire.

Dans un ouvrage extraordinaire (When a Billion Chinese Jump : How China Will Save Mankind – or Destroy It), Watts nous met en garde : « Les problèmes de notre planète ne sont pas nés en Chine, mais c’est en Chine qu’ils approchent du point de non retour. » Les communistes ultra-capitalistes sont aujourd’hui les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde (et ce même si le Chinois moyen ne génère qu’1/7e des émissions de l’Américain moyen). Tous les pays du monde sont prisonniers de la même serre ; la destruction environnementale de la Chine nous touche tous, où que nous soyons. Et leur histoire deviendra la nôtre.

Nombre d’ouvrages prometteurs consacrés à la Chine tombent dans le piège de la généralisation – une erreur à ne pas commettre lorsqu’on traite d’un pays gigantesque et contradictoire. Watts opte pour une solution plus simple. Il nous emmène en voyage. En sa qualité de correspondant spécialiste de l’environnement pour The Guardian, il a passé cinq ans à essayer de décrypter le désastre écologique chinois – et il nous en fait le récit en gros plan, à hauteur d’homme.

Cimetière de cartes mères

Le voici donc dans la province de Guangdong, où échouent les cartes mères usagées du monde entier. Des enfants décortiquent les vieux ordinateurs, détachant le moindre composant réutilisable, comme s’ils étaient devenus une sorte d’intestin de la planète. Mais ils souffrent d’empoisonnement au plomb, qui provoque des lésions cérébrales, des cancers, et des insuffisances rénales. Même lorsque ces enfants ont la chance de pouvoir aller à l’école, il leur faut porter des masques pour se prémunir des effets nocifs de cette montagne de détritus informatiques. Watts va à la rencontre des militants environnementaux qui tentent de prévenir ces empoisonnements, et les voit se faire traîner en prison, terrifiés. (Pour vous faire une idée, imaginez qu’Al Gore ait été envoyé en prison pour avoir demandé une enquête sur Love Canal, et qu’il soit encore à l’isolement aujourd’hui.)

Watts embarque ensuite sur un bateau avec une équipe internationale de scientifiques pour sauver le dernier dauphin du Yangtze – un animal qui nageait dans les rivières de Chine il y a dix millions d’années, avant l’apparition des premiers hommes, et qu’on pouvait encore apercevoir il y a quelque temps. Mais peu à peu, Watts se rend compte qu’il est décidemment trop tard. Ils sont tous morts. Voici ce qu’il écrit :

« L’homme a anéanti son premier dauphin. (…) Constater la fin d’une espèce, après vingt millions d’années, fut un choc terrifiant. Ce n’était pas une simple information. C’était même plus qu’un fait historique. C’était un évènement digne de figurer sur une échelle des temps géologiques. »

Ne reste plus qu’à observer. Observer la planète se réchauffer, et les déserts de Chine s’étendre en superficie et en profondeur, année après année. Observer les glaciers de l’Himalaya (source des plus grandes rivières d’Asie) fondre et mourir ; ils pourraient diminuer de deux tiers d’ici 2050.

Pas de jugement moral

Watt sait bien que ce récit n’est pas sans ambiguïté. Cette destruction n’est pas le fait de la perversité. Elle n’est que l’effet secondaire d’une impulsion vertueuse. Le peuple chinois est bien décidé à passer de la pauvreté à l’opulence. Il y quarante ans, la Chine mourait de faim. Aujourd’hui, sa croissance est l’une des plus élevées au monde – et elle est devenue le banquier de l’Amérique. Voilà ce que certains Chinois se disent : si les dégâts environnementaux sont le prix à payer pour ce développement éclair, est-ce vraiment si terrible ? Après tout, les Européens et les Américains ont bien détruit leurs propres environnements, rasé leurs forêts, saccagé leur habitat pendant leur révolution industrielle – et lorsque ils ont estimé être suffisamment riches, ils ont tout reconstruit. Certes, tout ceci a un coût, mais mieux vaut cela qu’une pauvreté éternelle. Comment osent-ils nous faire la morale ? La majeure partie de nos émissions de gaz à effet de serre vient des usines de manufacture et d’élimination des déchets qu’ils ont délocalisées chez nous ; et ils refusent de faire la moindre concession sur leurs propres émissions !

Ces arguments ne manquent pas de pertinence. Vos émissions (et les miennes) dépassent de beaucoup celles du Chinois moyen. A chaque fois qu’un traité environnemental international a été couronné de succès, le plus gros pollueur avait ouvert les négociations en consentant à des réductions d’émissions. Et pourtant, nous nous refusons à le faire ; loin d’inciter la Chine à devenir plus écologique, nos gouvernements vont obtenir l’effet inverse. L’administration Obama a porté plaine contre la Chine devant l’Organisation mondiale du commerce, estimant que les subventions allouées aux parcs éoliens représentent une « concurrence déloyale ». Lorsque l’on fume trois paquets de cigarettes par jour et que l’on est atteint d’un cancer du poumon, on peut s’abstenir de faire la morale à un jeune fumeur – surtout lorsqu’on essaie de lui voler ses patchs anti-tabac.

Mais si chacun des interlocuteurs finit par montrer l’autre du doigt (« Le plus gros pollueur, c’est toi ! Non, c’est toi ! »), nous allons sombrer dans une spirale mutuelle de destruction environnementale. L’argument selon lequel la Chine pourra tout réparer lorsqu’elle sera devenue un pays riche n’est malheureusement pas recevable, et ce pour deux raisons. Tout d’abord parce que, selon la Banque Mondiale, 700.000 personnes meurent chaque année en Chine du fait d’une pollution extrême. Ces pertes ne peuvent être compensées par la construction de parcs éoliens. Ensuite, et plus important encore, c’est en exportant sa pollution vers les pays pauvres – comme la Chine – que l’Occident a « nettoyé » son environnement. Watts : « Ce modèle présuppose que le pays pollué puisse balayer les saletés du développement sous un tapis neuf et plus vaste. Lorsque ce processus a atteint la Chine, il se répandait sur la planète depuis déjà deux siècles. » Aujourd’hui, « les déchets sont de plus en plus envahissants, et le tapis de plus en plus petit ». Où la Chine va-t-elle exporter les siens ?

Une réalité pleine de contradictions

L’alternative serait d’alimenter le développement de la Chine (et d’assurer notre pérennité) à l’aide des sources d’énergies propres – la grande puissance du vent, du soleil et des vagues. A en croire les moulins à paroles du type Thomas Friedman, c’est comme si c’était fait. Il n’en finit pas d’expliquer aux lecteurs du New York Times que la Chine est en train de devenir une « superpuissance écologique ». La réalité est beaucoup plus complexe : ces dix dernières années, 69,5% des besoins énergétiques chinois ont été alimentés par l’énergie la plus sale et la plus riche en gaz à effet de serre : le charbon. Dans le même temps, le gouvernement chinois a alloué de larges subventions aux producteurs d’énergie renouvelable – mais cette dernière s’ajoute aux autres ; elle ne les remplace pas. Une distinction cruciale. Si vous mangez un pot de poulet frit KFC et un repas Weight Watchers pour le déjeuner, personne ne dira que vous êtes au régime. Les repas Weight Watchers doivent remplacer le poulet. De la même manière, les énergies renouvelables doivent remplacer le charbon, et non pas servir de simple accessoire. Ce n’est pas pour tout de suite – loin de là : en Chine, la consommation de charbon progresse.

Comment expliquer une telle situation ? Premier élément de réponse : le gouvernent chinois a moins de pouvoir que ne le pensent les observateurs étrangers. « Le système politique chinois n’est ni une dictature, ni une démocratie, explique Watts. Le sommet de l’Etat ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour imposer des régulations anti-pollution et des mesures de protections de la vie sauvage, tandis que le peuple ne dispose pas des outils démocratiques – presse libre, tribunaux indépendants, élections – nécessaires à la protection de la terre, de l’air et de l’eau ». Entre ces deux extrêmes se trouvent les corporations et les gouvernements locaux corrompus, obsédés par les profits et la croissance, quel qu’en soit le prix. « Lorsqu’il s’agit de protéger l’environnement, l’autorité de l’Etat autoritariste semble dangereusement précaire. » Dans le même temps, les dirigeants chinois refusent – tout comme les nôtres – de poursuivre les grands chantiers qui pourraient nous sortir de cette impasse.

Watts interviewe plusieurs scientifiques chinois visionnaires, qui évoquent une alternative réelle. L’un des plus captivants de ces interlocuteurs – le professeur Li Can, qui travaille pour le Dalian National Laboratory for Clean Energy – lui explique comment les besoins énergétiques de la Chine pourraient être satisfaits sans émission aucune, et ce à l’aide de technologies déjà existantes. Il faudrait recouvrir de cellules solaires photovoltaïques un tiers des déserts du Gansu et du Xinjiang. Les terres les plus arides du pays pourraient ainsi devenir ses plus formidables atouts. D’autres avaient proposé d’utiliser le Sahara pour alimenter l’Europe, et les déserts américains pour alimenter les Etats-Unis ; mais aucun de nos dirigeants n’a été assez visionnaire pour tenter l’aventure. L’humanité demeure donc prisonnière du charbon millénaire, qui continue de nous cuire à petit feu.

Les Chinois inquiets pour la planète

En lisant les interviews des environnementalistes chinois (comme Li) et des victimes ordinaires de l’éco-destruction, on comprend vite une chose : la question la plus communément posée au sujet des ouvrages consacrés à l’empire du Milieu (est-il pro-Chine, ou anti-Chine ?) est des plus futiles. Est-ce être anti-Chine que d’affirmer que ce pays roule à tombeau ouvert, et qu’il risque fort de se heurter bientôt de plein fouet à un mur écologique ? Est-on pro-chinois en applaudissant une telle politique ? La culture chinoise est divisée – tout comme la nôtre – entre les partisans d’une terre accueillante, adaptée aux humains, et les forces de l’écocide. Ce débat anime la Chine depuis bien longtemps. A l’époque des Zhou orientaux (700-536 avant J.C.), on disait déjà que « ceux qui sont aptes à commander mais qui sont incapables de préserver les forêts, les rivières et les marais avec respect ne sont pas dignes de prendre le pouvoir. »

En Chine, l’inquiétude entourant le désastre écologique est par ailleurs le thème des œuvres d’art les plus populaires et les plus troublantes du moment. Le Totem du loup, le best seller de Jiang Rong, est l’histoire d’un jeune Chinois han qu’on envoie vivre chez les nomades de la Mongolie intérieure ; horrifié, il voit son peuple ravager les prairies luxuriantes, peu à peu réduites à l’état de déserts. Le film Still Life suit le parcours d’un émigré du Sichuan qui décide de revenir chez lui après dix ans d’absence, pour ne trouver qu’un village en ruine, désert, et sur le point d’être submergé par le barrage des Trois-Gorges.

De fait, c’est en observant les barrages chinois que l’on se rend le plus compte du retour de flammes provoqué par le rejet des procédés naturels. La Chine dispose de 87.000 puissants barrages de béton et d’acier, qui acheminent l’approvisionnement en eau du pays le long de canaux souvent artificiels. La Chine est prête à déloger des millions d’êtres humains si c’est le prix à payer pour continuer à dompter la nature de la sorte. Cette mission est au centre de l’idée qu’à la Chine d’elle-même : son président, Hu Jintao, est ingénieur en hydraulique. Difficile de ne pas éprouver un soupçon d’admiration à leur endroit : ils ont défié les plus vieilles rivières et des torrents à l’ampleur inimaginable, et pendant un moment, on les a donné vainqueurs.

Premières catastrophes humaines

Cela n’a pas duré. En 1980, un total de 2.796 barrages avaient déjà cédé, faisant 240.000 morts. Après la construction du barrage des Trois-Gorges, on recensa plusieurs glissements de terrains et des vagues mortellement dangereuses. Les rivières qui l’alimentaient ne pouvaient pas évacuer leurs déchets ; les eaux sont donc devenues cancérigènes, mettant en danger les populations de 186 villes. Mais c’est le barrage de Zipingpu qui semble avoir eu l’effet le plus dévastateur : il pourrait en effet avoir déclenché le tremblement de terre du Sichuan.

Lorsqu’il a été décidé de construire le barrage de Zipingu sur une ancienne ligne de faille, nombre de scientifiques ont déclaré que c’était une mauvaise idée. La ligne de faille était certes en sommeil depuis des millions d’années – mais comme l’explique Watts, « A chaque fois que le barrage s’emplissait et se désemplissait, plus de 300 millions de tonnes d’eau s’élevaient et retombaient. C’était comme si un géant sautait sur une surface fissurée. Plusieurs scientifiques réputés en ont conclu que cet effet de réservoir pouvait provoquer un séisme. » Moins de deux ans après que le réservoir ait été rempli pour la première fois, un tremblement de terre frappait la province du Sichuan ; il a fait 68.000 morts. En Chine, ce débat est passé sous silence. Mais plusieurs scientifiques de premier plan ont déclaré que la pire des catastrophes « naturelles » de ces dernières années n’avait absolument rien de naturel ; qu’elle était le résultat direct de la politique du gouvernement.

Cet évènement condense à lui seul toutes les peurs éveillées par la série de saccages écologiques perpétrés par la Chine ; il en est devenu la sombre métaphore. Que se passe-t-il lorsqu’on défie la nature, et qu’on perd ? Et si les progrès d’aujourd’hui déclenchaient les catastrophes de demain, plongeant la population dans une situation bien pire que la précédente ? Oui, un milliard de Chinois viennent bel et bien de sauter à pieds joints. S’ils bondissent vers les sources d’énergie renouvelables – comme le demandent les plus courageux et les plus brillants de leurs citoyens – ils apprendront à l’humanité à se sauver elle-même, et les générations futures les traiteront en héros. Mais pour l’heure, ils sautent dans le vide.

La Constituante islandaise menacée par une décision judiciaire Parti de Gauche Reporterre 2011/01/30 Parti de Gauche (30 janvier 2011) La Constituante islandaise menacée par une décision judiciaire. Reporterre. fr

La Constituante islandaise menacée par une décision judiciaire

En Islande, de simples citoyens avaient commencé à rédiger une nouvelle constitution. Mais une décision judiciaire menace ce processus innovant.

Le mardi 25 janvier la Cour Suprême d’Islande a annulé l’élection constituante organisée le 27 novembre 2010 en Islande à la suite d’une révolution citoyenne contre les banques.

La Cour avait été saisie par un représentant des propriétaires de terres et de fleuves et par un candidat conservateur, opposé dès le départ à l’idée de Constituante.

Les craintes de ces oligarques étaient en train de se réaliser puisque les constituants planchent sur une clause de nationalisation des ressources natuelles, en conformité avec le principe internaitonal de souveraineté permanente sur les ressources naturelles défendu également par le Parti de Gauche.

Ces tenants de l’ordre établi avaient prétexté de certaines irrégularités dans le processus électoral, comme la hauteur de la cloison en carton qui séparait chaque isoloir, comme le fait que le bulletin ne pouvait être plié en deux, autant de détails qui ne pouvaient pas influer sur le résultat du scrutin.

Il s’agit donc bien d’une tentative de déstabilisation du processus constituant venant des institutions objet des réformes, tentative qui a eu lieu également dans les processus constituants d’Equateur et de Bolivie, qui fort heureusement ont été plus forts que les institutions d’ancien régime. Elle a également eu lieu au Honduras et le PG n’oublie pas que c’est sur un jugement de la Cour Suprême que les putchistes ont cru pouvoir justifier le coup d’Etat contre Manuel Zelaya la veille du référendum consultatif sur l’Assemblée Constituante.

Dans ces conditions, le Parti de Gauche soutient ardemment les 25 constituants d’Islande, démocratiquement élus par leurs compatriotes, et le Gouvernement Islandais. Il leur dit : « Tenez bon, vous êtes les garants de la souveraineté populaire, ne laissez pas qu’elle soit contournée par les oligarques et les banquiers ».

Une pétition pour sauver l’hôpital public Par Julien villalard Reporterre 2011/01/31 Par Julien villalard (31 janvier 2011) Une pétition pour sauver l’hôpital public. Reporterre. fr

Une pétition pour sauver l’hôpital public

Plus de 800 000 signatures ont déjà été réunies (sur Internet) pour sauver l’hôpital public de la privatisation.

NE LAISSEZ PAS FAIRE !

L’HÔPITAL PUBLIC EST VOTRE HÔPITAL DÉFENDEZ-LE AVEC NOUS !

- Défendez-le parce qu’il assure des soins de qualité pour tous quels que soient les moyens de chacun.

- Défendez-le parce que c’est là que se font les grandes recherches d’aujourd’hui qui permettront les progrès de demain.

- Défendez-le parce que c’est lui qui assure 80 % des urgences, c’est lui qui a fait face hier à l’épidémie de SIDA et à la canicule et qui pourra faire face à une pandémie grippale.

- Défendez-le parce que c’est lui qui prend en charge les cas les plus graves ou les plus complexes à tous les âges de la vie.

- Défendez-le parce que les autres pays nous l’envient.

La loi HPST dite loi Bachelot a supprimé l’appellation de « Service Public Hospitalier ». Elle ne parle plus que d’« Etablissement de Santé ». Elle cherche à transformer l’hôpital public en entreprise.

Pour être rentable l’hôpital devra sélectionner les pathologies et les patients, et diminuer le nombre de personnels : moins d’infirmières, moins d’aides soignantes, moins de médecins, moins de secrétaires, moins d’assistantes sociales.

Il est prévu de supprimer 20 000 emplois dans l’ensemble des hôpitaux.

NE LAISSEZ PAS FAIRE POUR DÉFENDRE VOTRE HÔPITAL PUBLIC ASSURANT L’ACCÈS ÉGAL POUR TOUS À DES SOINS DE QUALITÉ, SIGNEZ LA PÉTITION NATIONALE QUI SERA ADRESSÉE AU PARLEMENT ET AU GOUVERNEMENT :

« Je défends l’Hôpital Public, lieu de formation des professions médicales et paramédicales, de l’innovation et des progrès thérapeutiques, qui offre à tous, sans discrimination, des soins de qualité.

Je m’oppose à son démantèlement qu’annoncent d’une part un nouveau mode de direction qui aura pour souci principal la rentabilité, d’autre part des suppressions d’emplois non justifiées qui altèreront la qualité des soins. L’Hôpital Public doit avoir un financement lui permettant de remplir ses missions. »

Autoroutes : le gouvernement en remet une louche Agir pour l’environnement Reporterre 2011/01/31 Agir pour l’environnement (31 janvier 2011) Autoroutes : le gouvernement en remet une louche. Reporterre. Autoroutes fr

Autoroutes : le gouvernement en remet une louche

Le ministère de l’Ecologie vient de publier une nouvelle mouture de l’avant-projet du SNIT (Schéma national des infrastructures de transport). Les autoroutes y gardent la vedette.

En publiant une seconde mouture du Schéma National des Infrastructures de Transport, la ministre de l’Ecologie poursuit le lent mais constant et patient travail politique visant à organiser une vaste relance du programme autoroutier hexagonal.

Pas moins de 18 projets autoroutiers, auxquels il faudrait ajouter une dizaine de projets (A45, A831…) pour être complet, sont inscrits au SNIT. Alors qu’un avant-projet de SNIT évoquait un coût de 7,4 milliards d’euros hors taxe pour 19 projets, l’avant projet consolidé prévoit un investissement voisin de 8,4 milliards pour 18 projets… soit un coût net TTC dépassant désormais les 10 milliards d’euros pour la route. En y incluant l’ensemble des projets, soit une trentaine, le Gouvernement s’apprête à mobiliser une quinzaine de milliards d’euros en faveur des autoroutes.

Le projet du gouvernement prévoit la construction de plus de 1019 kms de nouvelles voies autoroutières soit une augmentation de plus de 10% du réseau autoroutier existant. Pour Agir pour l’Environnement, les grands discours grenelliens affirmant que le réseau routier n’augmenterait plus « significativement » viennent à nouveau de connaître un démenti cinglant.

Alors que l’Etat français s’acharne à démanteler le fret ferroviaire, autorise la circulation des camions de 44 tonnes, détourne les recettes de l’écotaxe, la présentation faussement favorable au rail et au mode de transport alternatif du SNIT ne saurait faire illusion très longtemps.

Parallèlement à la présentation du SNIT, la ministre de l’Ecologie a également annoncé que ce document serait en consultation durant un mois afin que les citoyens français puissent faire des remarques sur le texte. Alors que le SNIT engage la France pour les 20 à 30 prochaines années, la durée de cette consultation expresse est un passage en force mâtiné d’une petite couche de concertation cosmétique !

D’après la loi Grenelle 1, le SNIT aurait du être adopté avant la fin de l’année 2009 (courant 2008 d’après les engagements du Grenelle). Les raisons de ces multiples retards tiennent au fait que nombre d’élus locaux font actuellement pression pour inscrire LEUR infrastructure routière ou autoroutière. A la lecture de l’avant-projet consolidé de SNIT, force est de constater que ces élus-bitumes ont encore une fois obtenu gain de cause !

Voici pourquoi je me débarrasse de mon téléphone portable Sebvray Reporterre 2011/01/31 Sebvray (31 janvier 2011) Voici pourquoi je me débarrasse de mon téléphone portable. Reporterre. Tribune — fr

Voici pourquoi je me débarrasse de mon téléphone portable

Voilà. Chose dite, chose faite. Une lettre de résiliation en recommandé à été envoyée à l’opérateur il y a dix jours. Et aujourd’hui, je range ce gadget qu’est le téléphone portable dans une boîte. Subsiste dans ma tête cette petite phrase, ce « au cas où » qui me retient d’aller le déposer dans la borne à déchets électroniques.

J’en avais parlé à beaucoup de personnes. J’avais recueilli leurs avis. Non pas que cela m’aurait fait changer celui que j’avais mis si longtemps à construire. Du « je sais pas comment tu fais » au « chapeau, c’est beau » -beaucoup plus rare-, les réactions ont été très variées.

Je me réorganise. Je dois diffuser et faire rentrer dans les habitudes ce nouveau modèle opératoire aux personnes qui vont persister à avoir l’envie, le courage, de me voir.

Chacun d’entre nous a dû se poser au moins une fois les questions « en ai-je vraiment besoin ? » et « comment faisions-nous avant ? ». On faisait bien autrement et notre innocence devant un objet dont on ne connaissait pas l’utilité ni même l’existence ne devait entamer en rien notre conception du bonheur.

Ma résolution du nouvel an

Je suis de la génération qui découvre le mobile dans la main d’un de ses parents, aux environs de 1998. Je tanne ma mère pour pouvoir embarquer avec moi au lycée son Alcatel OT Max. Un gros truc, un « tank » en jargon de la décade qui suivra. C’est un GSM dont la liste des caractéristiques d’usage est aussi longue que mon orteil de pied gauche comparé aux 100 000 applications de l’iPhone (dont le niveau d’utilité vitale est par ailleurs aussi grand que mon orteil droit).

J’ai toujours conservé le même forfait mobile, changé quelques fois de portable, sans jamais toutefois succomber aux charmes des évolutions jaillissantes des printemps promotionnels, rentrées nouveautés et fêtes-de-fin-d’année-plaisir qui suivirent, et même récupérant ces dernières années les mobiles qui traînaient au fond des tiroirs de quelques amis.

En 2010, parmi mes lectures « écologiques » (certains y voient encore et toujours de l’ésotérisme), je dévore un ouvrage du collectif Pièces et main d’œuvre, Le Téléphone portable, gadget de destruction massive. C’est à ce moment que j’ai envie d’arrêter. Et c’est pour la nouvelle année que je me décide enfin. Voici mes raisons.

- 1. Pour ma vie sociale

Fixer un rendez-vous et bien l’organiser. Arriver à l’heure à ses rendez-vous, cette politesse élémentaire mais en désuétude, dont nous nous affranchissons, comme si c’était une preuve supplémentaire de notre liberté.

Profiter du moment présent, sans interférences sonores et vibratoires. Etre déconnecté, tout simplement. Cesser les bavardages grotesques de type : « Je suis dans le métro, j’arrive dans une station et demie… » Apprécier la surprise. Faire vivre la surprise.

Ecrire des lettres. Avoir le plaisir d’en recevoir. Réapprendre la patience. Ré-évaluer ce qui est important. L’entropie sociale, ça existe. C’est la désagrégation des relations humaines. Pourtant, qu’il est agréable de discuter au hasard, de créer du lien. Avez-vous déjà été interrompu dans une conversation par une sonnerie de téléphone ? Sans blague. Combien décrochent et font patienter la personne en face d’elle ?

- 2. Pour la planète

Vous allez me dire, c’est pareil pour l’informatique. Eh oui. J’utilise un ordinateur. Un portable en moins, c’est toujours ça en moins. Enfin, pas vraiment, parce que cela a été prélevé.

La microélectronique est polluante. Pour la fabrication d’une puce de 2 grammes : 1,7 kg d’énergie fossile, 1 m3 d’azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d’eau. Par rapport à une voiture, on passe d’un ratio de 2 pour 1 à 630 pour 1 (selon le livre d’Eric D. Williams, Computers and the environment).

Il y a cette usine en France, STMicroelectronics, dont les activités ont demandé des investissements énormes, qui consomme beaucoup de ressources : 700 000 litres d’eau par heure pour nettoyer les plaques de silicium, 40 millions de Kwh et qui, semble-t-il, génère beaucoup de pollutions (effluents toxiques dans l’Isère dont 4,5 kilos de cuivre par jour, 9 tonnes d’oxydes d’azote et 40 tonnes de composés organiques volatiles dans l’atmosphère), un peu à l’image de la Silicon Valley et de sa nappe phréatique (une des plus polluées des États-unis).

Les conséquences dans les régions d’extraction des matières premières, notamment en République démocratique du Congo (RDC), où se trouvent les plus importants gisements mondiaux d’un minerai que l’on appelle coltan, sont immenses. Le documentaire Blood in the mobile peut aider à créer un lien émotionnel entre nos objets fétiches et la réalité de la situation sur le terrain.

L’ONU n’hésite pas à affirmer que ce minerai stratégique finance une guerre que l’ancienne secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, a surnommée "la Première Guerre mondiale africaine ».

Le cabinet d’audit AT Kearney a publié en 2009 une étude sur l’impact environnemental de la téléphonie mobile. Il estime que :

* la consommation en énergie d’une heure de conversation téléphonique équivaut à celle d’une machine de linge à 40°C ;

* l’émission de CO2 des 3,5 milliards de téléphones portables en circulation dans le monde s’élève à 40 millions de tonnes, soit l’équivalent de 21,5 millions d’automobiles de petite cylindrée.

AT Kearney reconnaît aussi que ce sujet n’intéresse presque aucun consommateur.

- 3. Pour ma santé

Le parc total de téléphones croît encore et atteint désormais 62 589 000 de téléphones mobiles, soit un taux de pénétration national de 97 % (selon l’autorité de régulation des télécoms, l’ARCEP). Il y en avait 500 000 en 1992.

Comptez également près de 50 000 antennes relais GSM, les ondes Wi-Fi, le Wimax, le Bluetooth, les téléphones sans fil domestiques DECT. Les impacts sur la santé font l’objet de toutes les attentions, tant de la part des détracteurs que des constructeurs.

La question est : placer un objet qui émet des ondes sur sa tempe, un des endroits les plus proches du cerveau, pendant plusieurs dizaines de minutes à plusieurs heures par jour, est-il inoffensif ?

Les preuves se multiplient, quoi qu’en disent les vendeurs de rêve et de liberté ; effets génétiques sur les protéines de stress, sur la fonction immunitaire, sur la neurologie et le comportement (tiens tiens, le social), preuves sur l’origine de tumeurs de cerveau, de cancers enfantins, etc.

- 4. Pour mon porte-monnaie

Le 1er février, ma vieille Freebox me permettra d’appeler sur les portables sans surcoût. Sinon, j’avais déjà pris un forfait bloqué sur Skype.

Comme le chantait Jeanne Aubert en 1937 : « Pour éviter les frais, tout en suivant la mode, chez moi je prend le frais, le cul sur la commode. » 50 euros d’économie environ par mois multipliés par douze : je vais pouvoir partir en Tunisie une semaine tout inclus… et en avion ; -)

Hé, les socialistes ! Hervé Kempf Reporterre 2011/02/01 Hervé Kempf (1er février 2011 à 22h13,) Hé, les socialistes !. Reporterre. Tribune — fr

Hé, les socialistes !

Le Pôle écologique du Parti socialiste a organisé le 25 janvier un colloque bien intéressant sur le pic pétrolier. On y a entendu des idées nouvelles, exposées par le géologue Bernard Durand.

D’abord que, compte tenu de l’autoconsommation croissante de pétrole par les pays producteurs et de la demande en expansion des pays émergés, « les quantités disponibles sur le marché international vont décroître plus vite que la production mondiale ». Ensuite que « les fortes augmentations du prix du pétrole ont été suivies de récessions sévères dans les grands pays industrialisés ». Conclusion logique de cette analyse : « Il est d’un intérêt stratégique pour les pays européens de diminuer très rapidement et considérablement leur consommation pétrolière. »

Ces vues n’ont pas été contestées. Comme le résume Philippe Tourtelier, député PS présent, « tout le monde est d’accord : le pétrole sera cher ».

Tandis que des socialistes intègrent pleinement le pic pétrolier et le changement climatique dans leur analyse, d’autres promeuvent des projets aux antipodes de cette vision du monde. Jean-Marc Ayrault, député et maire de Nantes (ah, le cumul des mandats...), président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, remue ciel et terre pour voir aboutir le projet d’un aéroport géant au nord de Nantes.

A Notre-Dame-des-Landes, il voudrait installer sur plus de 1 600 hectares de terres agricoles pistes, hangars, parkings, enfin tout le tohu-bohu lié aux mouvements des aéronefs. Mouvements qu’il faudrait d’ailleurs encourager pour garantir l’improbable rentabilité de ces espaces de béton.

Indépendamment du fait que le projet ferait disparaître de nombreuses exploitations agricoles et dégraderait la biodiversité, son succès irait bien sûr à l’opposé de la nécessaire réduction de la consommation de pétrole et des émissions de gaz à effet de serre. En cette bétonneuse matière, le socialiste est soutenu par l’UMP, dans un exemple devenu habituel de cogestion ravageuse.

C’est pourquoi j’ai l’honneur de demander respectueusement aux candidats à la primaire socialiste de l’élection présidentielle, Mmes et MM. Martine Aubry, François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls, et les quelques autres qui se préparent, de bien vouloir nous informer : soutiennent-ils ou non le projet de Notre-Dame-des-Landes ? Leur réponse permettra de juger de la sincérité de leur discours sur l’écologie.

Amis lecteurs bien introduits, merci de leur transmettre la question, pour être certain qu’ils l’entendent. On fera connaître leur réponse.

Julien Balkany veut exploiter le gaz de schiste Sauvons les riches Reporterre 2011/02/01 Sauvons les riches (1er février 2011 à 12h58,) Julien Balkany veut exploiter le gaz de schiste. Reporterre. fr

Julien Balkany veut exploiter le gaz de schiste

Le frère de Patrick Balkany, Julien, est candidat à l’exploration des gaz de schiste en France. Un rassemblement s’est produit pour le secourir le 2 février à Paris.

RDV mercredi 2 février 8h (!) devant le 22 avenue de Matignon (8e)

Dresscode Costume (texan) ou casque de chantier selon les goûts

L’encre du texte Grenelle II est à peine sèche (et les décrets toujours en attente) que l’esprit du texte est déjà mort…

Avec les forages des gaz de schiste, on l’enterre définitivement !

Chers à extraire, sales et polluants, dangereux pour la santé, les gaz de schistes et les schistes bitumineux (pétrole) sont le nouvel eldorado des compagnies pétrolières… qui ont obtenu en toute discrétion des permis de forage de prospection sur un territoire équivalent à 10% de la France !

En Ile de France, c’est en Seine et Marne que va démarrer (ce mois-ci !) les forages d’exploration.

Tel un chiffon rouge pour Sauvons les riches, Toreador Resources, dirigée par Julien Balkany (frère cadet) est dans les starting blocks pour faire de la Seine et Marne un nouveau Texas, rempli de derricks et saturé de camions (il faut un ballet de 200 camions par forage), mais avec moins de réserve en eau (puisque chaque forage mobilise 3 piscines olympiques, sans compter les adjuvants et autres produits chimiques).

Sauvons les riches (qui aime bien aller au fond des choses) vous invite à une remise des prix un peu particulière, suivie d’un un forage pédagogique. Objectif : rappeler à nos amis les prospecteurs que la spéculation sur les ressources premières est une valeur qu’ils doivent définitivement abandonner s’ils veulent un jour etre sauvés...

Venir en costume (texan) ou muni d’un casque de chantier.

RDV à 8h au 22 avenue Matignon, Paris, Texas France

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La France, usine à gaz (de schiste) ?

Chers, sales, polluants, destructeurs des paysages et de l’environnement, dangereux pour la santé... les gaz de schistes et les schistes bitumeux sont des aberrations économiques, énergétiques, climatiques et environnementales. Si on ne fait rien, ils nous envahiront bientôt.

Agissons maintenant !

Le gaz de schiste en question

Les Américains l’ont baptisé « shale gas » ; les Canadiens ont opté pour « gaz de schiste ». Avec la hausse des prix des énergies fossiles et leur raréfaction, on assiste à une ruée vers cet or gazeux au Canada, aux États-Unis et bientôt en Europe et en France.

Gaz de Schiste ? Qu’est ce que c’est ?

Le gaz de schiste est un gaz « non conventionnel ». Contenu dans la roche à des profondeurs 2000 à 4000 mètres, son extraction étant trop couteuse, il n’était pas exploité. Il serait présent en très grande quantité sous le sol en Europe, en Asie, en Amérique du Nord et en Australie. Pour l’extraire, il faut fracturer la roche. Pour cela les compagnies utilisent un mélange de sable ou d’argile, d’eau, et de plus de 500 composés et adjuvants chimiques propulsés à très haute pression avant de faire remonter le gaz à la surface.

Au printemps 2010, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, a octroyé 17 permis d’exploration de gaz de schiste à des groupes tels que Total, GDF-Suez , Schuepbach Energy ou encore Toreador Energy France SCS dans le Sud, l’Est, le Centre et le Nord de la France. D’autres permis seraient en cours d’attribution, au nord de Montélimar par exemple.

La Tour Eiffel transformée en « Tour Pétrole » ?

Tout près de Paris, en Seine et Marne et en Picardie, les compagnies prévoient d’extraire du pétrole et de l’huile des schistes bitumeux pour transformer la « région capitale » en poubelle irrespirable. En tout, c’est une grande partie du territoire français qui pourrait être concerné. D’après les premières infos de TOTAL, c’est plutôt en Ardèche qu’auraient lieu les premiers forages fin 2011, début 2012...

Quels sont les dangers ? Pourquoi Europe écologie – Les Verts se mobilise contre les gaz de schiste ?

Les gaz de schiste et les schistes bitumeux c’est : - Polluant : pour extraire le gaz de schiste, les compagnies utilisent un cocktail de produits chimiques extrêmement dangereux et dont la composition n’est pas même pas communiquée par les firmes. Une partie de ce cocktail explosif remonte à la surface et rejette du CO2, NOx et d’autres gaz à effet de serre ;

- Sale : les gaz défigurent le paysage, polluent le sol et les nappes phréatiques et détruit des espèces animales et végétales. Les camions qui vont et viennent à longueur de journée pour leur transport produisent des nuisances et du CO2. L’air devient irrespirable et la zone inhabitable ;

- Un déni de démocratie : alors qu’il faut attendre 10 ans et obtenir de nombreuses autorisations pour installer, par exemple, une ferme éolienne, un permis d’exploitation de gaz de schiste et de schistes bitumeux c’est rapide et simple. La population et ses élus locaux sont , encore une fois, méprisées et mise à l’écart ;

- Coûteux : exploiter les gaz de schiste c’est cher. Les lourds investissements qui iront à la recherche et à l’extraction, c’est autant de millions, voire de milliards d’euros en moins pour l’efficacité et la sobriété énergétique, les énergies renouvelables, les modes de transports alternatifs, la relocalisation de l’économie...

- Mauvais pour le climat : Les émissions de CO2 produites par leur exploitation anéantissent tous les efforts et accélèrent de manière irréversible le changement climatique.

C’est pourquoi Europe écologie – Les Verts demande l’arrêt immédiat des prospections et l’abrogation des permis sur l’ensemble du territoire français. Un véritable débat public sur nos choix énergétiques est doit avoir lieu au plus tôt.

Pour vous mobiliser signez la pétition ici :

http://www.petitions24.net/gaz_de_s...

Pour une transformation énergétique verte :

Avec cette usine à gaz de schiste, en plus de son caractère polluant, c’est encore une fois la transformation de notre modèle énergétique qui est remise en cause. La question de notre modèle de développement prédateur est clairement posée.

Face à cela, les écologistes proposent des solutions concrètes, durables et créatrices d’emplois :

- Agir pour la sobriété et l’ef ?cacité énergétique en isolant et rénovant les logements, en réduisant les déplacements en en limitant nos appétits en énergie ;

- Développer harmonieusement les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, géothermie...) pour assurer nos besoins et notre indépendance énergétique ;

- Atteindre les objectifs nationaux et internationaux de la France : 3% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par an, 20 à 30% en 2020, 20% d’économies d’énergies et 23% d’énergies renouvelables ;

- Sortir progressivement de l’aberration nucléaire, civile et militaire, coûteuse, dangereuse, non-durable et peu créatrice d’emplois

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Les députés s’inquiètent de la gestion des déchets nucléaires Réseau sortir du nucléaire Reporterre 2011/02/01 Réseau sortir du nucléaire (1er février 2011 à 22h28,) Les députés s’inquiètent de la gestion des déchets nucléaires. Reporterre. fr

Les députés s’inquiètent de la gestion des déchets nucléaires

Les députés s’inquiètent que, pour minimiser le coût, les industriels du nucléaire réduisent la sécurité des projets d’enfouissement. Mais ils proposent un débat public - sans public !

Un nouveau rapport concernant les déchets radioactifs a été publié mercredi 19 janvier 2011. Il émane de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) et évalue le plan national triennal de gestion des matières et déchets radioactifs.

Pour les producteurs de déchets nucléaires, la rentabilité passe avant la sûreté de nos enfants et petits enfants. EDF SA, AREVA et le CEA, en voulant diminuer les fonds affectés au stockage des déchets radioactifs, jouent un jeu dangereux et irresponsable. MM. Christian BATAILLE et Claude BIRRAUX, députés et membres de l’OPECST, s’inquiètent de l’envie des industriels d’aller au moins coûteux, donc au plus expéditif, en matière de stockage des déchets les plus dangereux, de type FAVL et HMAVL. [1] "La crédibilité et la sécurité des projets d’enfouissement et de réduction des déchets nucléaires risquent d’être remises en cause par les industriels du secteur au nom de la rentabilité à court terme", s’est alarmé l’OPECST.

EDF SA, AREVA et CEA sont maintenant dos au mur face à la problématique insoluble des déchets nucléaires. Le nucléaire coûtera très cher à la collectivité, pendant très longtemps. Et il ne rapportera rien. Ainsi le projet d’enfouissement de Bure (Meuse) a vu fin 2010 son coût évalué à la hausse, passant de 15 milliards à 35 milliards d’euros. Et ce n’est qu’un site parmi les différents centres de stockage prévus. La recherche sur la transmutation, lancée par la loi de 2006 ne se concrétise pas, la Commission Nationale d’Evaluation ayant estimé en 2005 qu’ « on ne dispose pas à ce jour d’un système dont la faisabilité technique en configuration de transmutation est démontrée ». [2] Le Réseau « Sortir du nucléaire » rappelle qu’il n’existe aucune solution pour les déchets nucléaires.

Une provision de 0,1 centime par kilowattheure consommé [3] a été dédiée à la gestion des déchets nucléaires... mais les zones d’ombre persistent sur le coût réel. En effet il est impossible d’anticiper les volumes exacts de déchets, l’organisation du démantèlement des centrales, les solutions à mettre en œuvre pour isoler la radioactivité sur des périodes dépassant la durée de la présence de l’Homme sur Terre. Cette provision insuffisante est pour le moment sous contrôle de l’État et des parlementaires. Mais qui contrôlera et décidera de l’affectation de ces fonds, si les producteurs deviennent seuls acteurs de l’aval du cycle nucléaire, comme le réclame EDF SA ? Face aux coûts exorbitants de la gestion des déchets, EDF SA, AREVA et le CEA bradent la sûreté pour maintenir à flot une industrie en faillite. Nous sommes loin du monde idyllique vanté par la dernière publicité d’AREVA, toute à la gloire de la filière électronucléaire.

Les parlementaires auteurs de ce Rapport continuent à nier la place du citoyen/usager dans les choix énergétiques du pays. Ils "dénoncent le piège de l’unanimité qui pourrait être sous-tendu par la consultation publique" et, dans la perspective du débat public de 2013, "prônent un débat restreint avec les associations", "l’organisation de débats dans un lieu fermé, voire protégé". "(... ) le débat public, comme prévu, aurait bien lieu, puisqu’en pratique, toutes les parties prenantes non violentes pourraient s’exprimer". Des milliers de citoyens se voient imposer des sites de stockage de déchets à leur porte, sans la moindre consultation. Le droit à la parole des opposants est nié par les parlementaires, pourtant censés représenter la population. Pour survivre, le nucléaire ne supporte aucune remise en cause sociale, quel que soit le bien-fondé et la légitimité de celle-ci.

Pour les rapporteurs de l’OPECST, la dernière vague d’opposition catégorique aux projets d’enfouissement de déchets FAVL, en 2008/2009, se résume à l’action d’une poignée d’agitateurs. Pourtant la très grande majorité des conseils municipaux contactés (environ 3115) ont choisi de dire NON, au nom de principes moraux, et les habitants ont créé seuls les conditions d’un débat riche et multiple. Les gouvernements successifs jouent la carte de l’autisme sur le sujet, et cela ne peut plus durer.

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », le casse-tête des déchets nucléaires n’est résolu ni sur le plan pratique, ni sur le plan éthique. Il pèsera lourd sur l’avenir des générations futures et ne doit pas être traité au rabais. En ce qui concerne les millions de tonnes de déchets déjà existants, la réelle évaluation de leur impact sur le coût tant financier que social de l’électricité ne doit plus être remise à demain ! Face à l’impasse généralisée dans le monde, une seule solution s’impose : arrêter de produire des déchets nucléaires au plus vite, et lancer sans attendre la sortie du nucléaire.

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Notes

[1] FAVL et HMAVL : Faible Activité à Vie Longue, et Haute et Moyenne Activité à Vie longue

[2] Rapport d’évaluation n°11, page 12, CNE 2005

[3] Le mécanisme de financement de la gestion de l’aval du cycle repose sur le prélèvement d’une taxe de 0,1 centime €/kWh consommé. Cette manne abonde un fonds dédié, géré par EDF..

Un train de déchets nucléaires part cette nuit en secret Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/02/02 Réseau Sortir du nucléaire (2 février 2011) Un train de déchets nucléaires part cette nuit en secret. Reporterre. fr

Un train de déchets nucléaires part cette nuit en secret

Un train de déchets radioactifs va quitter Valognes (Manche) cette nuit dans le plus grand secret pour rejoindre la Belgique

Cette nuit, à 1h40, un transport de déchets nucléaires (*) va quitter le terminal ferroviaire de Valognes dans la Manche. Ajourné le 1er décembre 2010 pour cause de neige, ce transport a nécessité une nouvelle autorisation. Il quittera Valognes cette nuit, pour traverser la France et la Belgique à l’insu de leurs populations.

Ces déchets radioactifs belges, provenant des centrales nucléaires belges de Tihange (Liège) et Doel (Anvers), ont été compactés en France à l’usine AREVA de La Hague. Ils seront transportés dans deux containers CASTOR de type TN28. Selon nos informations, neuf transports seront nécessaires pour rapatrier la totalité des 432 fûts de déchets en Belgique d’ici à 2013.

Le convoi traversera la Manche, le Calvados, l’Eure, la Seine Maritime, la Picardie, le Pas-de-Calais et le Nord. Il passera la frontière entre Tourcoing et Mouscron à 20h00 dans la soirée du 3 février pour continuer sa route sur le territoire belge jusqu’à sa destination finale. Les containers arriveront par voie ferroviaire jusqu’à Mol et seront ensuite acheminés tard dans la nuit par camion jusqu’au site de Belgoprocess à Dessel, situé à quelques kilomètres de Mol.

Pour Sylvia Vannesche de « Nucléaire STOP ! », " le problème c’est que ce type de convoi est classé "secret défense". Les riverains des voies de chemin de fer et des gares ne sont pas avertis du danger et des risques qu’on leur fait courir. Le risque zéro n’existe pas et il est inadmissible que les autorités cachent cette information à la population".

« Personne ne sait quoi faire de ces déchets mais nous continuons aveuglément à nous enfermer dans une impasse. Nous devons dès maintenant arrêter d’en produire ! La sortie du nucléaire est possible rapidement, par les économies d’énergie, la sobriété énergétique et le recours aux énergies renouvelables », ajoute le Réseau « Sortir du nucléaire ».

Le Réseau « Sortir du nucléaire » (France) et "Nucléaire, STOP !" (Belgique) seront mobilisés pour dénoncer ce convoi et le secret et l’opacité qui règne autour du transport de matières radioactives.

Nous publions également ci-dessous les horaires du transport.

(*) Il s’agit de déchets techniques belges compactés à l’usine de La Hague.

Horaires français du transport

1h40 Valognes 1h59 Carentan 2h11 Lison 2h22 Le Molay-Littry 2h32 Bayeux 2h52 Caen 3h03 Moult Argences 3h10-3h13 Mézidon 3h25 Lisieux Lécaude 3h35 Lisieux bifurcation Trouvilles 3h46 Lisieux Saint Paul 3h56 Bernay 3h57 Serquigny Lisieux Sortie 4h00 Serquigny raccordement Paris 4h07 Brionne 4h13 Glos-sur-Risle 4h30 Bourgtheroulde 4h39 Elbeuf/Saint-Aubin 4h40 Oissel bifurcation Tourville 4h51-4h54 Sotteville-lès-Rouen Triage Mixte 4h59 Sotteville-lès-Rouen bifurcation Darnétal 5h09 Morgny-la-Pommeraye 5h21 Montérolier 5h40 Serqueux 5h56 Formerie 6h00 Abancourt 6h06 Fouilloy 6h18 Poix-de-Picardie 6h28 Namps 6h37 Saleux 6h41 Saint-Roch 6h43 Amiens 6h47 Longueau Poste 2 6h50-8h22 Longueau Relais de Rouen 8h22 Longueau 8h24 Longueau Poste 6 8h25 Longueau Bif Camon 8h35 Corbie 8h43 Albert 8h54 Achiet-le-Grand 9h00 Boisleux-au-Mont 9h08 Arras 9h13 Bailleul-Sir-Berthoult 9h16 Farbus 9h17 Vimy 9h20 Avion 9h28 Loison-Sous-Lens 9h30 Sallaumines 9h33 Pont-à-Vendin 9h34 Meurchin 9h36 Bauvin-Provin 9h40 Don-Sainghin-en-Weppes 9h40 La Fontaine 9h44 Santes-Wavrin 9h45 Haubourdin 9h49 Sequedin 9h52-19h29 Lille- la Délivrance (Lomme) 19h35 Saint-André-Lez-Lille 19h36 La Madeleine 19h48 Croix-l’Allumette 19h49 Croix-Wasquehal 19h52 Roubaix 19h55 Tourcoing 20h01 Mouscron

La loi Loppsi favorise la privatisation de la « sécurité » Tefy Andriamanana (Marianne) Reporterre 2011/02/03 Tefy Andriamanana (Marianne) (3 février 2011) La loi Loppsi favorise la privatisation de la « sécurité ». Reporterre. fr

La loi Loppsi favorise la privatisation de la « sécurité »

La loi Loppsi 2, adoptée dans l’indifférence médiatique fin janvier, crée le Conseil national des activités privées de sécurité. Comme le voulaient les entreprises, il associera les professionnels aux tâches de contrôle de leur propre secteur - un secteur en pleine expansion.

La Loppsi crée plusieurs mesures en faveur de la sécurité privée. Les entreprises du secteur sont d’ailleurs sur le qui-vive pour défendre leurs intérêts. Malgré les polémiques sur leur fiabilité.

La sécurité n’a pas de prix mais elle est parfois rentable. De plus en plus, la sécurité privée marche sur les plates-bandes du secteur public : sécurité des aéroports, des bâtiments publics et bientôt des tribunaux, voire patrouilles en ville. Sans compter le juteux marché de la vidéo-surveillance. Selon le SNES, une des principales organisations patronales du secteur, le chiffre d’affaires 2009 du secteur serait de 5,3 milliards d’euros avec 147 8000 salariés la plupart travaillant dans de petites entreprises. La seule surveillance humaine (les vigiles) pèse 3,9 milliards d’euros. Et le secteur va continuer de grandir. Selon Le Figaro, les effectifs augmentent de 3% chaque année. D’ici à 5 ans, les agents de sécurité privée seront 200 000, talonnant les actuels 248 000 policiers et gendarmes. En sachant que 3500 postes de policiers seront supprimés dans les trois ans à venir.

Pourtant les critiques ne manquent pas contre le secteur. Et elles ne datent pas d’hier. En Juin 2004, Marianne dévoilait déjà un rapport du député centriste Charles de Courson critiquant les failles de sécurité au sein des aéroports lors de la fouilles de bagages, tâche largement confiée au privé. Un passager mystère a pu ainsi embarquer à Orly ou Roissy avec des armes dans ses bagages… sans être inquiété. Début janvier, une équipe d’Envoyé spécial réalisait la même enquête, avec les mêmes résultats. En 2009, la SNCF avait été mise en cause parce que 38 maîtres-chiens d’un sous-traitant étaient en fait des sans-papiers.

Des polémiques qui n’ont pas empêché le gouvernement et le chef de l’Etat de tendre la main au secteur. En 2008, Nicolas Sarkozy parlait déjà de « co-production » entre le privé et le public en matière de sécurité. Une phrase prononcée à l’occasion de la remise du Livre blanc sur « la participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe », co-rédigé par l’Institut national des hautes études de sécurité et de la justice et la CoESS, confédération qui représente la sécurité privée à l’échelle européenne. Une première étape dans l’entrée progressive du secteur dans les institutions.

Car derrière ces réformes, il y a tout un secteur qui s’agite et qui réclame des mesures à son profit. Depuis 2010, les organisations représentatives en France ont poussé à la création de deux dispositifs : d’une part, un délégué interministériel à la sécurité privée, chargé des relations entre les entreprises et les autorités et d’autre part, un organe de régulation chargé d’une fonction disciplinaire et où serait représentés les entreprises concernées.

Ces réclamations ont donné lieu au rapport d’Yvan Blot, inspecteur général de l’administration, rendu au ministère de l’Intérieur en juin 2010. Comme un symbole, le rapport Blot sera dévoilé en exclusivité sur le site du SNES. En septembre, Jean-Paul Blanchou a été nommé délégué interministériel. Il connaît parfaitement le secteur en tant qu’ancien directeur de la sécurité des Aéroports de Paris. Un choix qui a ravi Claude Tarlet, président de l’USP, autre organisation représentative, et promoteur de ce poste de délégué. Joint par Marianne2, il estime que « le choix de la personnalité appartient à l’Etat mais il est évident que la connaissances des mécanismes du secteur est un plus ».

La création de l’organe de régulation est une autre concession au secteur. Il est inscrit dans la Loppsi, qui doit être votée par le Parlement, sous le nom de Conseil national des activités privées de sécurité (article 20 quinquies). Comme le voulaient les entreprises, il associera les professionnels aux tâches de contrôle de leur propre secteur. On ne se contente plus de privatiser la sécurité, on privatise le contrôle de la sécurité.

Le Cnaps, aidé de déclinaisons locales, aura en cela une mission essentielle : comme « police administrative », elle délivrera aux sociétés les agréments nécessaires à leur activité en lieu et place de l’administration d’Etat mais le conseil aura aussi une mission disciplinaire en préparant un code de la déontologie. Le Cnaps comprendra en son sein des représentants de l’Etat et des magistrats (majoritaires) et des représentants du secteur. Il sera financé par une contribution spécifique des entreprises concernées, disposition qui sera votée au printemps dans le cadre d’une loi de finances rectificative. Sur le terrain, le Cnaps aura ses propres équipes chargées de contrôles les entreprises, personnels qui auront un pouvoir de perquisition.

Lobbying intensif

Faut-il craindre une certaine clément du Cnaps ? « L’Etat restera majoritaire » au sein du conseil, réplique Claude Tarlet assurant que l’instance n’hésitera pas à prononcer l’ « arrêt de l’exploitation » pour des entreprises coupables de fraude. Quant aux agents chargés du contrôle, s’il « n’est pas exclu de faire appel aux compétences de la police ou de la gendarmerie par voie de détachement (…) il n’est pas question qu’il y ait des agents de sécurité privée qui contrôlent les entreprises du secteur », assure le représentant patronal. Au contraire, pour lui, le Cnaps peut inciter le secteur à se réformer par lui-même : « Il est nécessaire qu’on s’engage sur le terrain de l’éthique et de la transparence ». Mais il précise aussi que les entreprises mises en cause dans les affaires citées plus haut « ne reflètent pas la réalité ».

Et les entreprises se sont battues pour faire modifier le projet dans leur sens. En septembre, le SNES, avec d’autres organisations représentatives, avait publié en plein débat sur la Loppsi à l’Assemblée une lettre ouverte avec plusieurs amendements prérédigés sur les missions et la composition du Cnaps : attribution d’une mission de « valorisation » de la profession, représentation des donneurs d’ordres et des organisations patronales… La plupart de ces amendements seront repris quasiment mot pour mot par les députés UMP Claude Goasguen et Philippe Goujon et votés en commission des Lois. Mais en séance, les députés les ont finalement retoqués. La loi est passé mercredi 26 janvier en commission mixte paritaire et doit encore être validée par les deux chambres.

Sans parler de lobbying, Claude Tarlet dit soutenir une « relation organisée » entre l’Etat et les entreprises du secteur. Mais pas question pour autant de créer une police parallèle. Pour le président de l’USP, il n’y a pas de « logique de compétition » entre acteurs publics et privés de la sécurité, il préfère parler d’un rôle d’ « appui » de son secteur. « La sécurité privée ne peut pas remplacer l’Etat dans ses fonctions régaliennes », précise-t-il. Par exemple, il s’oppose à ce que les vigiles soient équipés d’armes à feu. C’est ce rapport aux armes et une certaine culture de l’Etat qui constitue encore un barrage au développement du secteur de la sécurité privée en France. Il en reste que les dernières mesures montre que les professionnels concernés ont trouvé une oreille attentive en haut lieu.

La FNAUT est bien active ! Jean Sivardière Reporterre 2011/02/03 Jean Sivardière (3 février 2011) La FNAUT est bien active !. Reporterre. Tribune — fr

La FNAUT est bien active !

Les associations nationales ne sont pas moins actives que les associations locales.

Dans sa réaction à mon point de vue sur les LGV, Victor Pachon affirme que la FNAUT est une association « fantomatique » qui, « à force de siéger et rien que siéger, sans être une force de mobilisation, prend le chemin de la coquille vide bureaucrate ». Permettez-moi, pour l’information de vos lecteurs, d’apporter quelques précisions en réponse à ces propos inutilement désagréables.

Commençons par les 150 associations locales regroupées par la FNAUT, dont une vingtaine en Ile-de-France. Leur présence sur le terrain et leur efficacité ne peuvent être contestées. Ce sont des associations de la FNAUT qui, à Grenoble, Strasbourg, Lyon, Paris, Bordeaux, Le Mans, Tours,… ont été à l’origine du retour du tramway ; qui sont présentes auprès des autorités organisatrices de transport urbain et dans un grand nombre de comités de lignes TER pour y défendre les usagers et y faire des propositions concrètes d’amélioration des services ; qui ont réussi à éviter des fermetures de lignes ferroviaires aujourd’hui mieux exploitées (Nice-Digne, Caen-Rennes, Colmar-Metzeral) ; qui ont agi avec succès pour obtenir des réouvertures (Cannes-Grasse, Tours-Chinon, Nantes-Pornic et Nantes-Châteaubriant, Belfort-Delle) ou s’efforcent d’en obtenir d’autres (Pau-Canfranc, Fontenay-Niort, Orléans-Chartres) ; qui se sont opposées à l’implantation stupide de gares TGV en pleine campagne et ont obtenu leur déplacement (en Lorraine) ou leur connexion au réseau classique (en Franche-Comté).

Ce sont aussi des associations de la FNAUT qui se battent contre le transit des poids lourds (dans les Vosges et le Jura, dans la vallée de Chamonix, en Maurienne, en vallée d’Aspe) et contre des projets d’autoroutes ou de rocades urbaines (en Ile de France, en Touraine, en Lorraine, dans la région lyonnaise, en Lozère, à Chambéry), parfois avec succès (autoroute Annemasse-Thonon, rocade nord de Grenoble). Certes aucune association de la FNAUT n’était présente dans les Landes pour combattre l’A65, mais faut-il conclure de ce seul exemple que la FNAUT est fantomatique ?

Il est de bon ton, chez certains militants locaux, de critiquer les fédérations associatives nationales, dont les responsables sont supposés être des parisiens coupés des réalités locales, gérant leurs structures de manière bureaucratique et se satisfaisant de siéger stérilement dans des commissions officielles. Cette vision caricaturale ne correspond guère à la réalité des activités de la FNAUT.

Le rôle d’une fédération nationale n’est pas d’être active sur le terrain, mais de faire ce que les associations locales peuvent difficilement faire et d’agir auprès des décideurs nationaux. La FNAUT, qui est l’une des 17 associations de consommateurs agréées par l’Etat, traite un millier de litiges entre voyageurs et transporteurs par an et agit en justice contre les publicités trompeuses des constructeurs automobiles. Elle intervient auprès des ministères (Consommation, Ecologie, Transports, Aménagement du Territoire, Budget), des parlementaires, des entreprises nationales (RFF, SNCF, RATP). Elle est présente au Conseil national de transports, aux conseils d’administration de la SNCF et de la RATP. Elle anime une réflexion collective dans le cadre de son conseil national et de son congrès bisannuel. Elle s’exprime dans de nombreux colloques relatifs aux transports et en organise elle-même en partenariat avec d’autres organismes ou associations. Elle réalise des études et fait financer des expertises. Elle a participé aux travaux du groupe « facteur 4 » et à l’atelier transport du Grenelle de l’environnement. Elle diffuse un bulletin mensuel, FNAUT Infos, qui peut être consulté sur le site http://www.fnaut.asso.fr.

Il est évidemment difficile d’établir un bilan de ces activités. Mais dans certains cas précis, l’influence de la FNAUT ne peut être niée. Elle dénonce depuis longtemps la dégradation des relations ferroviaires intercités (trains Corail) : elle vient enfin d’obtenir que l’Etat en reconnaisse la vocation de service public, s’en déclare autorité organisatrice et codifie leur financement (il va lever une taxe spécifique sur les sociétés autoroutières, comme elle le réclamait). Elle a réussi à convaincre la SNCF d’améliorer (un peu) son information horaire et tarifaire. Elle mène aussi avec succès, depuis plusieurs années, des actions contentieuses afin de sauvegarder des emprises ferroviaires inutilisées que RFF cherche à vendre et qui seront bien utiles quand le prix du baril de pétrole atteindra les 200 dollars.

La FNAUT ne se focalise pas sur le rail, comme certains le lui reprochent parfois : si elle s’intéresse autant à ce mode, c’est tout simplement parce qu’il souffre d’un sous-investissement chronique qui contribue à une baisse (Corail) ou un effondrement (fret) du trafic ; il faut aujourd’hui rattraper tous les retards accumulés. Ce bref panorama montre au passage que le point de vue de la FNAUT sur les LGV s’intègre dans une vision globale du rail et de l’ensemble des modes de transport qui n’a rien à voir avec le tout-TGV.

Un socialiste veut une autoroute pour réduire... la place de la voiture ! Journal de Montpellier Reporterre 2011/02/03 Journal de Montpellier (3 février 2011) Un socialiste veut une autoroute pour réduire... la place de la voiture !. Reporterre. fr

Un socialiste veut une autoroute pour réduire... la place de la voiture !

Le président socialiste de l’agglomération de Montpellier veut une nouvelle infrastructure autoroutière.

Moure veut le doublement de l’A9 pour le bien… des transports publics ! Il fallait oser mais le président socialiste de l’agglomération de Montpellier et candidat aux prochaines cantonales l’a fait. Il a écrit à la ministre de l’écologie pour lui demander un entretien afin de la convaincre de l’intérêt écologique de la nouvelle infrastructure autoroutière.

La ministre des transports est aussi celle de l’écologie. Jean-Pierre Moure semble l’avoir bien compris. Du coup quand il écrit, tout miel, à Nathalie Kosciusko-Morizet pour « solliciter de [sa] haute bienveillance de bien vouloir » lui accorder un entretien pour faire avancer « ce projet stratégique pour le devenir de la communauté d’agglomération de Montpellier » (le doublement de l’autoroute A9), il lui parle (notamment) de transports publics.

Beaucoup pensent que plus de voies d’autoroutes signifie moins de transports en commun. Pas Jean-Pierre Moure. Évidemment l’exercice est difficile. Mais pas impossible pour le président de l’agglo – par ailleurs candidat (PS) aux prochaines cantonales – qui nous apprend que le doublement de l’A9 est « essentiel au bon fonctionnement de la métropole montpelliéraine ». Les opposants au projet ne seront sans doute pas d’accord avec ce point de vue mais il peut se défendre.

Indispensable !

Là où ça devient franchement acrobatique c’est quand Jean-Pierre Moure ajoute que le doublement est essentiel « en particulier à l’optimisation des réseaux de voirie dans leur relation inter-modale avec les transports publics ». Il fallait oser. Et l’élu de conclure : le projet est « indispensable à la mise en œuvre du Plan de déplacements urbains 2010-2020″. Indispensable !

Au fait, c’est quoi l’objectif d’un PDU ? Question facile. Il suffit d’aller sur le site de l’agglo de Montpellier pour le savoir. Par exemple, en consultant le « document de concertation » du PDU. Daté de juin 2009, il est sous-titré « se déplacer autrement pour mieux se déplacer ». Le président de l’agglo – à l’époque Georges Frêche – y explique (p. 2) : « Le sens du Plan de déplacements urbains ne fait plus débat aujourd’hui. Réduire la place de la voiture, favoriser les transports publics et les modes de déplacements « doux » sont autant d’objectifs partagés par tous et déjà largement mis en œuvre par Montpellier agglomération. Reste à savoir comment amplifier cette dynamique, à quelle échéance et à quel coût. C’est bien l’objet de la feuille de route que nous avons à écrire ensemble maintenant. C’est pourquoi je souhaite que la concertation qui s’engage mobilise l’imagination et l’intelligence collectives de notre territoire. Ensemble, imaginons les écomobilités des années 2020 ! » Il semble que Jean-Pierre Moure ait mobilisé son « imagination » et son « intelligence » pour nous dire que les écomobilités de 2020 passaient par le doublement de l’A9.

Le changement climatique affectera surtout le sud de l’Europe Publico Reporterre 2011/02/03 Publico (3 février 2011) Le changement climatique affectera surtout le sud de l’Europe. Reporterre. fr

Le changement climatique affectera surtout le sud de l’Europe

Une étude scientifique indique que le changement climatique aura des conséquences très importantes en Espagne.

« Le sud de l´Europe est plus vulnérable au réchauffement », titre le quotidien [espagnol] Público, qui évoque l’étude réalisée par l’Académie nationale des sciences américaine sur demande de la Commission européenne et publiée par la revue PNAS le 1er février. La recherche analyse les effets économiques de l’augmentation de la temperature provoquée par le réchauffement climatique sur les régions européennes dans cinq domaines : agriculture, tourisme, fleuves, côtes et santé publique. « Un scénario quasi catastrophique pour l’économie espagnole et qui a une date : l’annee 2080 », annonce le quotidien. Dans ce scénario, « le sud perd et le nord gagne », car, selon les projections les plus pessimistes — une augmentation de 5,4 °C de temperature —, « la productivité agricole se réduira de 25% et le niveau de la mer augmentera de presque un mètre ». « Seule la Scandinavie et le Danemark tireront bénéfice de ces changements », explique au journal un des auteurs de l’étude, car « leur productivité agricole s’améliorerait de 52% ».

Pour le développement de l’économie coopérative Forum pour une autre économie Reporterre 2011/02/03 Forum pour une autre économie (3 février 2011) Pour le développement de l’économie coopérative. Reporterre. Tribune — fr

Pour le développement de l’économie coopérative

Les sociétés coopératives mettent en pratique la démocratie économique.

La participation réelle des salariés à la gestion de leurs entreprises est une exigence croissante dans la société moderne, pour combler le vide actuellement laissé par les actionnaires dormants à une oligarchie financière qui trop souvent ne gère plus que pour elle-même, sans plus prendre en compte les exigences de l’emploi et de la pérennité réelle des entreprises .

Cette oligarchie, dans les grandes entreprises, particulièrement celles qui sont cotées en Bourse, a imposé un partage de la valeur bien plus favorable au capital qu’au travail, tout particulièrement depuis vingt ans. Le travail et l’emploi, ne sont plus des valeurs mais des variables d’ajustement. Par ailleurs, beaucoup de TPE et les PME souffrent indirectement de cette financiarisation du fait de leur statut de sous-traitantes de groupes plus importants.

Il convient donc de promouvoir toutes les solutions institutionnelles susceptibles de rendre aux individus la maîtrise de leur destin économique. Tel a été le sens du colloque de Nîmes des 15 et 16 janvier 2011. Notre société s’engage dans l’économie de la connaissance, de l’innovation, du développement durable. La constitution de sociétés de salariés, notamment sous forme de SCOP, est une voie particulièrement efficace pour que les chercheurs du secteur privé, mais aussi du secteur public , puissent développer eux-mêmes leurs créations et innovations, dans une structure participative égalitaire, et plus largement pour que les porteurs de projets concrétisent ceux-ci grâce à une structure participative et rendue durable par son système de propriété à la fois privée et collective.

L’association des travailleurs pour gérer leur avenir commun dans une société dont ils sont les propriétaires, qu’elle soit d’ailleurs coopérative ou non, est une résultante légitime de l’élévation du niveau moyen de savoir. Elle est aussi, à de nombreux égards, la meilleure posture face à un avenir que la mondialisation rend particulièrement aléatoire. Qui mieux que le collectif des salariés peut se soucier de l’avenir de l’entreprise en tant qu’équipe d’hommes et de femmes dont l’intérêt n’est pas d’abord commandé par la rémunération du capital ?

La forme de la Société coopérative de production - SCOP ou coopérative de salariés (l’idée d’Entreprises à Responsabilités et Résultats Partagés a été évoquée) - est une solution dotée de trois caractéristiques : la démocratie dans le choix de la stratégie et des responsables, l’équité dans la répartition du résultat, et la pérennité de l’emploi, qui la rendent à la fois crédible et fiable aux yeux de ceux qui y produisent la valeur. Elle s’adapte régulièrement aux nouveaux défis. La société coopérative d’intérêt collectif-SCIC, qui fait entrer dans la coopérative , différentes catégories de sociétaires à côté des salariés, est un exemple de cette adaptation récente, notamment pour les dynamiques territoriales.

Sur le plan du capital , les outils dont s’est doté le mouvement coopératif avec ESFIN, et sa filiale l’IDES, le fonds de capital-risque SPOT, la société SOCODEN pour les prêts participatifs, permettent de dire qu’existent aujourd’hui la plupart des outils financiers nécessaires pour créer et développer une SCOP. Abonder plus largement ces outils, notamment dans le cadre du « Grand emprunt pour l’économie du futur », serait une condition nécessaire d’un développement plus rapide et plus large de la forme SCOP. Une somme de 100 millions d’euros a déjà été prévue pour l’économie sociale. Elle est trop faible. L’augmenter et l’utiliser pour le développement des SCOP ne dépendent que d’une volonté politique.

Remettre en valeur et assouplir la loi sur le Titre Participatif est une autre priorité. Créer des Fonds Communs de Placement dédiés à l’Economie Sociale aussi.

Dans le même sens, le rachat par les salariés d’entreprises saines, c’est-à-dire avant toute phase critique de gestion, devrait être facilité. En premier lieu, par une intervention plus ample et plus rapide du fonds souverain français de la Caisse des dépôts ; en second lieu, par la création, dans les entreprises qui doivent envisager leur transmission, d’une réserve de transmission dont la défiscalisation serait conditionnée par le seul fait que les acheteurs sont les salariés.

Par ailleurs, la formule ESOP de rachat par les salariés à l’aide de crédits à très long terme, courante aux Etats-Unis, mérite d’être à nouveau analysée en détail en vue d’une transposition en France. Serait-il impensable aussi de commencer à solvabiliser les salariés, pour la constitution d’un capital, en dédiant une part de la cotisation d’assurance chômage payée pour chaque salarié à la création d’un compte ou livret individuel lui permettant de participer au rachat de son entreprise ou d’en créer une ?

Mais si des outils financiers à la création de SCOP ou à la reprise d’entreprises par les salariés, existent, d’autres conditions s’imposent pour leur développement et réussite.

Résumons les en disant qu’il s’agit de diffuser la culture de l’économie coopérative, « déverrouiller » l’image des SCOP auprès de l’opinion publique en en présentant la diversité des pratiques.

Il faut d’abord que le fonctionnement de l’entreprise soit enseigné, à tous dans l’enseignement obligatoire, intégrant évidemment les formes coopératives. Les départements des Universités et des grandes écoles consacrées à l’économie coopérative doivent se multiplier. Les institutions fédérales et confédérales de l’économie sociale doivent offrir, dans le cadre de la formation continue , des enseignements valorisant les pratiques coopératives ; elles doivent aussi renforcer leur expertise et leurs moyens d’appui aux entreprises de l’économie sociale, en particulier pour accompagner les transmissions d’entreprises.

Les propositions qui précèdent n’excluent en rien la poursuite et le développement de l’actionnariat salarié et de la participation, mais ces dispositifs doivent atteindre un seuil d’efficacité pour peser d’un poids suffisant dans les Conseils des entreprises, afin d’infléchir vraiment la gestion. Ceci nécessite aussi l’organisation de formes nouvelles de gestion collective de cet actionnariat.

C’est dans ce contexte que le colloque a conclu à l’opportunité de créer un Observatoire des alternatives économiques, non seulement dans ce domaine de l’intervention des salariés dans la gestion, mais beaucoup plus largement, dans tous ceux qui feront l’objet des colloques suivants du Forum pour une autre économie : durable, socialement intégrative, civiquement engagée, écologiquement acceptable.

En 2011 et 2012, cet Observatoire se donnera comme priorité l’analyse des programmes politiques exposés en vue des élections de 2012, et interpellera les formations politiques et divers candidats sur leurs propositions dans ce champ des alternatives économiques. Il ambitionne d’en mesurer la pertinence et d’en proposer l’enrichissement.

L’homme qui croyait au soleil Marco Morosini Reporterre 2011/02/05 Marco Morosini (5 février 2011) L’homme qui croyait au soleil. Reporterre. Tribune — fr

L’homme qui croyait au soleil

Herman Scheer a joué un rôle crucial pour le développement de l’énergie solaire. Il est décédé le 14 octobre 2010. Son oeuvre reste vivante, et Reporterre est heureux de lui rendre hommage.

Qui n’a pas de visions il ne devrait pas faire de la politique, disait Hermann Scheer, l’homme politique allemand qui a préconisé plus de toute autre une économie mondiale solaire. Il est décédé le 14 Octobre à 66 ans.

En fait, sa refenrence était le visionnaire Willy Brandt ”Oser plus de democratie”) plutot que Helmut Schmidt, le pragmatique (« Qui a des visions, il doit aller chez le médecin"). Éthique et subsidiarité sont selon Scheer les piliers de la question énergétique, un domaine dans lequel le monopole intellectuel des economistes et des technologies semble légitime à maints lecteurs. Pourtant, la poste est trop haute pour laisser l’energie dans les mains des ingenieurs. Le fait que différentes options énergétiques ont des implications pour les générations présentes et futures et pour la nature en fait une question morale et politique, plus que technologique. En effet, alors que les avantages des combustibles fossiles et de l’énergie atomique se concentrent davantage sur la partie plus riche de la population mondiale, leurs coûts sociaux - le changement climatique par exemple – touchent de manière disproportionnée les moins riches et les plus faibles et surtout pour les générations futures.

Subsidiarité (si une entité "plus en bas" est capable de faire quelque chose, le corps « supérieur » devrait lui laisser cette tâche et en soutenir l’action) a été la deuxième idée que Scheer a appliqué à la question de l’énergie : alors que les sources fossiles (charbon, pétrole et gaz) et atomiques impliquent grands systèmes centralisés et puissants oligopoles, une grande proportion des énergies renouvelables (solaire, éolienne, biomasse, géothermie) sont, par nature, décentralisées et locales et impliquent millions de petits producteurs.

Cette différence a de profondes conséquences politiques parce que dans le premier cas est favorisé la concentration du pouvoir et des richesses, tandis que dans le second est favorisée leur distribution parmi les citoyens, à la fois dans un pays et sur le globe. C’est pourquoi l’option solaire est importante pour prévenir les conflits, pas seulement pour réduire les dommages environnementaux. Selon Scheer, la politique a une tâche limitée, mais cruciale : pour accélérer un changement qui est déjà en place dans la société, mais qui est trop lent, la politique doit creer systèmes d’incitation qui favorisent les options energetiques avec avantages collectifs et qui réduisent les dommages et les risques collectifs (par exemple la modification du climat).

De la vitesse de ce changement émerge l’éthique : depuis longtemps desormais, la question n’est pas « si » mais « quand » la société sera entièrement alimentée par l’énergie renouvelable. L’impératif energet(h)ique - le titre de son dernier livre, 2010 - serait de mettre en œuvre ce changement en quelques décennies plutôt que des siècles, c’est-à-dire avant que les risques et les coûts humains des technologies existantes fossiles et nucléaires croissent de façon exponentielle.

Dès 1885, Rudolf Clausius, l’un des fondateurs de la thermodynamique, avait écrit que « l’humanité gaspille le patrimoine naturel » et que, dans les siècles à venir elle devrait s’en tirer avec l’énergie du soleil. Même aujourd’hui, beaucoup de ceux qui prônent l’augmentation des fossiles et du nucléaires disent qu’ils s’agit de “technologie-ponts" vers une économie solaire à venir, en attendant que des nouvelle technologies deviennent "mûres". Pour Scheer, le moment de cette transformation est maintenant, dans les deux ou trois prochaines décennies.

Je ne connais aucun autre homme politique qui a catalysè cette transformation plus fortement que Hermann Scheer. - 1988 : il crée Eurosolar, l’Association européenne pour les énergies renouvelables, qui a maintenant des bureaux dans treize pays européens et dont il était président. - 2000 : le Bundestag adopte l’historique Loi pour les énergies renouvelables (EEG) conçue par Scheer, qui a ensuite inspiré la législation dans cinquante pays. Cette loi établit l’obligation pour les grands fabricants et distributeurs de racheter au prix coûtant garanti pour 15-20 ans l’electricitè de source renouvelable produite par les petits producteurs. Le taux de subvention baisse chaque année pour les installations nouvelles (dégressivité) pour générer une pression vers des technologies plus efficaces et pour qu’il soit inutile d’accorder un jour toute subvention. Les coûts de ces subventions temporaries sont chargès à tous les acheteurs d’électricité. - 2001 : Scheer fonde et préside le World Council for Renewable Energy (WCRE), dans le but de promouvoir la création d’un agence mondiale pour les énergies renouvelables, similaire à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA, fondée en 1957) ; le but est atteint en 2009 avec la fondation de l’IRENA (International Renewable Energy Agency), dont font partie les gouvernements de 130 pays.

Scheer a écrit quatre livres, traduits en plusieurs langues : Stratégie solaire (1996), Le Soleil et l’économie mondiale (2004), L’autonomie énergétique (2006), L’imperatif energet(h)ique (2010). Il a reçu de nombreux prix internationaux dont le World Solar Prize (1998) et le prix Nobel alternatif Right Livelihood Award (1998). En 2002, le magazine américain Time l’a qualifié comme étant l’un des "héros du XXIe siècle vert."

La particularité de Scheer a été d’aborder la question de l’énergie comme une question hautement politique. A propos de l’Agenda 21 - Programme d’action pour le développement durable adoptée par 180 pays à Rio de Janeiro en 1992 -, il a écrit que si on veut vraiment régler tous les problèmes de l’Agenda 21, il faudrait une sorte d’Agenda 1, avec un seul point : une économie mondiale à énergie solaire.

En fait, presque tous les grands problèmes environnementaux sont liés à la problématique de l’énergie : nous utilisons et gaspillons trop d’énergie et nous l’obtenons en grand partie des sources moins favorable. Scheer n’était pas un technicien, ni un écologiste. Sa formation et son expérience etaient d’un pur-sang politique. Pendant 30 ans, il fut deputé du SPD [Parti social-démocrate] au Bundestag. Il etait diplômé en économie, droit et politique, et sa thèse de doctorat a été intitulé "Partie contre citoyens ? L’avenir de la démocratie des partis ».

Avant l’université il fut soldat volontaire pendant deux ans avec le grade de lieutenant ; après ses études, il a travaillé pendant deux ans au Centre de recherche nucléaire de Karlsruhe. Peut-être cette expérience de l’environnement militaire et de l’énergie atomique l’a-t-elle aidé à se diriger vers la politique étrangère et le désarmement ; cela en a fait l’un des jeunes talents autour de Willy Brandt et d’Egon Bahr.Sa décision de se consacrer à la question de l’énergie n’était pas un changement de terrain, mais a été la poursuite de sa vocation d’homme politique pour le désarmement. Au milieu des années 80, il avait compris que le contrôle des ressources énergétiques était un domaine de conflit entre les peuples. Le passage à une économie solaire, locale et decentralisèe lui semblait une tâche majeure de la politique pour la paix.

En Mongolie, l’extraction de terres rares détruit l’environnement Stéphane Pambrun (Novethic) Reporterre 2011/02/05 Stéphane Pambrun (Novethic) (5 février 2011) En Mongolie, l’extraction de terres rares détruit l’environnement. Reporterre. fr

En Mongolie, l’extraction de terres rares détruit l’environnement

En Mongolie, l’exploitation des terres rares - nécessaires pour les téléphones portables et autres outils électroniques - provoque d’importantes pollutions.

Baotou, en Mongolie intérieure

Bienvenue dans la capitale mondiale des terres rares. La moitié de ces métaux est extraite des collines de Baotou, ville du Nord de la Chine, à 650 kilomètres à l’Ouest de Pékin. Le lac de Baotou a une eau noire et épaisse. Il est gavé de produits chimiques particulièrement toxiques. La Mongolie intérieure paye le prix fort de la ruée mondiale vers les terres rares. Alors que la Chine ne détient que 37% des réserves connues en terres rares, elle en produit 95%. Pourtant, des réserves importantes existent aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ou encore au Brésil. Mais ces pays ont abandonné depuis longtemps l’extraction en raison des problèmes de pollution inhérents à ces grains de terre.

Taux de cancer importants, difficultés respiratoires

L’extraction des terres rares et son raffinage ont en effet un terrible coût pour l’environnement : poussières, utilisation de produits chimiques en grande quantité et même radioactivité pour ce qui est du thorium. La Chine est le seul pays à avoir accepté de sacrifier son environnement sur l’autel du profit.

La mine principale de Baotou est à ciel ouvert. On y croise des centaines de camions et de bulldozers géants qui transportent les tonnes de gravats en direction des raffineries. Les mineurs travaillent le plus souvent sans aucune protection, un simple masque leur barre le visage alors que l’air est saturé de poussières métalliques. Le raffinage se passe loin des regards extérieurs. Mais l’on peut voir les boues noires s’échapper des bâtiments et se déverser dans le grand lac du nord de la ville. On est ici à une encablure du fleuve jaune qui alimente en eau une partie du Nord de la Chine. Les digues construites à la hâte sont censées éviter les débordements de ces boues polluantes, mais rien contre les poussières radioactives.

Envolée des prix et mines sauvages

Les autorités locales refusent de commenter officiellement ces problèmes environnementaux, mais les habitants et les ouvriers sur place se plaignent de problèmes de santé avec des taux de cancer importants et des difficultés respiratoires.

« Nous prenons en considération les questions de pollution, se défend Zhang Peichen, directeur adjoint du centre de recherche de Baotou, le principal producteur chinois de terres rares. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas augmenter aussi rapidement que nous le souhaiterions la production et répondre ainsi à la demande internationale. Il y a des questions environnementales que nous devons prendre en compte ».

Officiellement, les autorités expliquent vouloir attirer les investissements chinois et étrangers dans la région. « C’est en modernisant nos usines que nous limiterons les conséquences négatives sur l’environnement », explique Zhao Shuanglian, le représentant de la province de Mongolie intérieure.

Un vœu pieu, puisque depuis l’envolée des prix, la production chinoise s’est s’emballée. Des mines sauvages ont vu le jour notamment dans le sud du pays. La police tente de faire le ménage depuis mai dernier, mais en vain. Les terres rares représentent beaucoup d’argent. Et puis la Chine a une véritable boulimie. Elle consomme plus de terres rares que l’ensemble des pays du monde réunis. Ipod, Ipad, téléphones portables, batteries, lasers, radars, missiles militaires… Dans ces domaines également la Chine est l’usine du monde. Ces produits à haute valeur ajoutée sont gourmands en terres rares et la Chine veut donner la priorité à ses usines.

Qui voudra payer le prix environnemental des terres rares ?

Le secteur minier chinois ne compte qu’une poignée de géants comme le groupe Baotou. La grande majorité des exploitations est fragmentée et manque de capitaux pour moderniser l’extraction. « Le secteur chinois des terres rares est lucratif, mais il reste fragile, commente le magazine économique chinois Macroeconomics. Le pays tarde à en faire un secteur puissant et nous continuons à vendre ces terres qui valent de l’or au prix des carottes ».

La réponse des pays étrangers reste confuse et compliquée. Les Etats-Unis et l’Australie mettent les bouchées doubles pour prospecter de nouvelles mines. Mais le prix environnemental est tel, que ces pays ne pourront certainement pas le payer.

En Australie, avocats et ingénieurs travaillent depuis 30 ans pour tenter de mettre sur pied une production légale et sans risque de pollution. Les réserves sont importantes dans le centre du pays, mais pour l’instant seules de très faibles quantités de métaux peuvent être extraites sans risque.

Même casse-tête aux Etats-Unis où les mines de Molycorp, en Californie, ont du fermer en 2002 après des fuites radioactives. Molycorp a tenté de lever des fonds ces derniers mois et fait appel au gouvernement américain. Mais produire sans risque s’avère très coûteux. La production américaine ne sera jamais compétitive avec la Chine. A moins que les consommateurs occidentaux n’acceptent de payer plus chers leurs nouveaux gadgets électroniques.

La surexploitation des ressources naturelles s’accélère Geo Reporterre 2011/02/06 Geo (6 février 2011) La surexploitation des ressources naturelles s’accélère. Reporterre. fr

La surexploitation des ressources naturelles s’accélère

La quantité de ressources naturelles extraites dans le monde s’élève à près de 60 milliards de tonnes par an, soit 50% de plus qu’à la fin des années 1970.

La surconsommation entraîne dans les pays industrialisés une surexploitation de ressources naturelles (eau, produits agricoles, minerais, énergie…) souvent importées d’autres pays, selon un rapport publié par les Amis de la Terre.

- Le premier Forum Mondial sur les Ressources (FMR) s’est tenu à Davos, en Suisse, les 15 et 16 septembre. - Intitulé « Overconsumption ? Our use of the world’s natural resources », le rapport des Amis de la Terre a été réalisé en collaboration avec l’Institut de recherche SERI (Sustainable Europe Research Institute).

Le rapport

- L’extraction des ressources toujours plus importante La quantité de ressources naturelles extraites dans le monde pour produire des biens et des services ne cesse d’augmenter. Elle s’élève aujourd’hui à environ 60 milliards de tonnes par an, soit 50% de plus par rapport à la fin des années 1970. C’est en Asie qu’a lieu la plus grande part de l’extraction de ressources naturelles (44% du total), loin devant l’Amérique du Nord (20%), l’Europe (13%) et l’Amérique latine (13%).

- Une consommation inégale selon les régions Plus les années passent, plus le déséquilibre entre les modes de consommation des pays riches et pauvres s’intensifie. Aujourd’hui, les populations des pays riches consomment en moyenne 10 fois plus de ressources naturelles par habitant que celles des pays pauvres. La palme du continent le plus gourmand en ressources revient à l’Océanie, où un habitant consomme en moyenne 100 kg de ressources naturelles par jour, devant l’Amérique du nord (88 kg/jour), l’Europe (43 kg/jour), l’Amérique latine (34 kg/jour), l’Asie (14 kg/jour) et l’Afrique (10 kg/jour).

Les pays industrialisés ont notamment profité de l’explosion du volume des échanges commerciaux. En 2006, il s’échangeait sur les marchés 60 fois plus de produits manufacturés et sept fois plus de produits agricoles qu’en 1950.

Des chiffres qui traduisent également la dépendance des pays les plus riches aux importations. Un Européen consomme en moyenne 43 kg de ressources naturelles par jour, mais en « produit » seulement 36 kg. Conclusion des Amis de la Terre : « Les Européens ont donc besoin de ressources importées d’autres régions du monde pour maintenir leur niveau de consommation. »

Le débat

L’ONG souligne les impacts écologiques de la surconsommation (déforestation, épuisement des réserves de pétrole, destruction de la biodiversité…), mais également ses conséquences sociales, notamment la violation des droits de l’homme et les conditions de travail indignes en vigueur dans certaines régions d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. « Autant de symptômes de sociétés malades qui nous rappellent que le bien-être de tous se construira sur d’autres concepts que la croissance du PIB », assure Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre. L’organisation prône une baisse de la consommation globale de ressources naturelles dans les pays riches pour « donner accès aux pays pauvres à davantage de ces ressources sans mettre en danger la planète, ni retourner à l’âge de pierre ».

L’Irlande devrait se joindre au Venezuela et à la Bolivie Toni Solo Reporterre 2011/02/06 Toni Solo (6 février 2011) L’Irlande devrait se joindre au Venezuela et à la Bolivie. Reporterre. Tribune — fr

L’Irlande devrait se joindre au Venezuela et à la Bolivie

« Un des problèmes-clefs de l’Irlande est sa dépendance du pétrole importé. En 2008 le pays importait 191.000 barils par jour. Un accord préférentiel avec le Venezuela permettrait à l’Irlande de payer la moitié du montant du pétrole importé du Vénézuéla dans les 90 jours et le reste sur un terme de 20 ans à un taux d’intérêt de 2%. Sous ces conditions, 10 millions de barils de pétrole vénézuélien libèreraient chaque année 450 millions de dollars pour soutenir la liquidité du secteur public en Irlande. »

Le Premier Ministre d’Irlande, Brian Cowen subit une forte pression de la part de l’opposition parlementaire pour avancer les élections générales prévues pour le 11 mars 2011. L’urgence vient de la chute continuelle de la cote de confiance du Premier Ministre depuis l’accord passé en novembre 2010 avec le Fonds Monétaire International et l’Union Européenne sur un paquet de mesures de récupération économique. Ceux qui critiquent ces mesures expliquent qu’elles vont aggraver la position financière du gouvernement irlandais à tel point qu’on aura besoin d’une autre intervention en 2011 ou en 2012. Même ainsi il semble que les partis de l’opposition du parlement irlandais vont soutenir cet accord de leurs voix.

La position actuelle de l’Irlande

En 1973 l’Irlande s’intégra à ce qui était alors la Communauté Économique Européenne – aujourd’hui élargie sous le nom d’Union Européenne. Depuis lors, la politique extérieure de l’Irlande s’est progressivement soumise aux pouvoirs principaux de l’Organisation de l’Atlantique Nord (OTAN). Les élites privées d’Europe, très favorables à l’OTAN, ont consolidé leur contrôle de l’Union Européenne. A mesure que ce processus avançait, le peuple irlandais, comme les autres peuples d’Europe, est devenu plus vulnérable aux différents coups portés par les politiques conçues et mises en place par ces élites.

En 2010, le gouvernement d’Irlande a appliqué un ajustement structurel de 4 milliards d’euros pour soutenir la récupération de banques qu’il avait garanties de manière irréfléchie en septiembre 2008. A présent, en 2011, sous les termes de « récupération » du FMI et de l’Union Européenne, le gouvernement d’Irlande appliquera un ajustement de 6 milliards qui atteindra 11 milliards en 2014. L’Institut d’Investigation Sociale et Économique (ESRI) d’Irlande calcule que l’engagement actuel du gouvernement d’appuyer les banques irlandaises (en fait les banques étrangères créancières) totalise 61% du PIB – autour de 170 milliards. (De ce total, près de 20% est rapatrié par les entreprises étrangères). Le chômage officiel atteint déjà 14%.

Les relations financières de l’Irlande sont quasi identiques aux loyautés de sa politique extérieure : les pays du bloc occidental de l’Amérique du Nord, l’Europe et ses alliés du Pacifique. La revue trimestrielle de la Banque de Paiements Internationaux pour septembre 2010 publie un tableau éloquent du risque financier auquel ont été exposés les banques étrangères créancières pour le premier trimestre 2010 : plus particulièrement depuis la chute de l’Union Soviétique, les gouvernements irlandais se sont engagés dans un pacte faustien, bradant les intérêts souverains de leur peuple en échange d’une prospérité illusoire basée sur des bulles financières et d’une complicité honteuse avec le bellicisme effréné de l’OTAN. Il existe une relation directe entre la collaboration cynique des autorités irlandaises avec les vols de la torture de la CIA ou l’usage routinier par les militaires nord-américains de l’aéroport de Shannon et la crise économique actuelle en Irlande. Ces deux éléments expriment un échec profond du jugement moral face à la brutale extorsion néocoloniale.

Le contexte

Plusieurs votes lors des référendums organisés au sujet des différents traités de l’Union Européenne ont démontré que les Irlandais tendent à se méfier des opinions arrangées pour eux et par la classe au pouvoir. Il est facile d’oublier que de nombreuses personnalités irlandaises de grande influence ont suivi le chemin parcouru par des individus politiquement puissants tels que Peter Sutherland, ex-chef de BP et précurseur de l’Organisation Mondiale du Commerce, et Tony O’Reilly, ex-chef de Heinz et de Independent News. Le réseau élitiste des relations d’entreprises et des amitiés personnelles construit sur la base des succès internationaux de ces personnes ont rendu le processus de la décision politique en Irlande prisonnier du déclin des pays du bloc occidental relativement à ses rivaux émergents.

L’élite financière occidentale et ses fondés de pouvoir politiques sont décidés à protéger un secteur bancaire corrompu qui a effectué des prêts à haut risque malgré l’énorme bulle du crédit et des biens fonciers devenue évidente depuis 2004. Pour garantir cette protection, un programme brutal d’ajustement structurel a été imposé au peuple irlandais malgré le fait que l’économie fondamentale soit rentable et prospère. Les termes de ce programme impliquent une période prolongée d’austérité à travers la baisse du niveau de vie de la majorité des gens et la diminution des revenus du gouvernement.

Pendant de nombreuses années les autorités nord-américaines ont mis en pièces la structure de régulation de leur système financier et commercial. Depuis 2001, elles ont maintenu sur une longue durée les taux d’intérêt à un très bas niveau. Elles ont permis à des agences de notation du crédit d’émettre des avis corrompus sur la valeur d’instruments financiers. Elles ont donné la préférence à de grandes banques d’investissement pour recourir à des taux de prêt contre des réserves qui vont jusque 40 contre 1. Parmi d’autres facteurs celui-ci a généré une pression intense sur les autorités européennes pour qu’elles collaborent avec leurs homologues états-uniens et japonais au maintien en équilibre du système financier du bloc occidental, par le biais de la coordination des actions sur les taux d’intérêts et sur les taux de change des devises.

Ceci signifie que le taux d’intérêt réel fut négatif en Irlande, là oú l’inflation fut la plus haute. Seul un effort extraordinaire de la part des régulateurs en Irlande aurait pu contrôler la bulle du crédit et des biens fonciers. Ils ont préféré suivre l’exemple de leurs homologues aux Éatats-Unis. Ils ont toléré des prêts déprédateurs et une comptabilité corrompue qui ont débouché sur l’échec d’entreprises comme la Anglo Irish Bank dont l’existence même dépendait de cette bulle de crédits et de biens fonciers. A présent, parce que la classe au pouvoir en Irlande est trop cynique et trop lâche pour défendre ce système, c’est le peuple irlandais qui paiera les pertes induites par la cupidité des banques étrangères.

Après sa propre crise entre 1999 et 2002, l’Argentine affrontait une situation semblable. Économiquement, l’Irlande a encore le temps de suivre l’exemple argentin et de rejeter la dette. Mais elle doit aller beaucoup plus loin et reconnaître que son peuple ne jouira jamais d’une prospérité durable si l’État ne fait pas de l’autonomisation et de la diversification de ses relations extérieures un thème urgent. Le faire n’implique pas nécessairement sortir de l’Union Européenne. Prendre cette décision pourrait aider à briser la clef d’étranglement anti-démocratique des élites européennes sur les politiques de l’Union Européenne.

L’importance de l’ALBA

Un élément crucial de la stratégie argentine pour sortir de la crise fut l’appui inconditionnel du Vénézuéla. Le Vénézuéla a acheté en grande quantité des bons argentins à des moments importants du développement de la récupération économique. Ce qui offrit au Président d’alors, Nestor Kirchner, des options significatives et un degré d’autonomie dont il n’aurait pu jouir autrement. Pour des raisons économiques fondamentales, tout nouveau gouvernement qui sera élu en Irlande doit réfléchir très sérieusement à qui sont ses vrais amis et oú se trouvent ses vrais intérêts. La politique étrangère de l’Irlande s’est momifiée en tournant d’année en année autour de l’axe Bruxelles-Washington.

La force de cette gravitation s’affaiblira dans la mesure où le capitalisme privé de consommation échouera à soutenir un niveau de vie de base pour un grand nombre de personnes et permettra que l’inégalité devienne structurelle. En Amérique Latine existe un fort consensus sur l’idée que la réduction de l’inégalité est essentielle pour obtenir la réduction de la pauvreté. Il est impressionnant d’observer la symétrie négative entre ce consensus latino-américain et la détermination des gouvernements européens de trahir ce qui fut, en principe, la raison d’être originale de l’Union Europénne. Ceux-ci imposent des programmes d’ajustement structurel à leurs peuples tout en protégeant l’élite financière qui se trouve à l’origine de la crise économique.

Tandis que les gouvernements européens réduisent le niveau de vie de leurs populations et laissent l’inégalité augmenter, les pays de l’Alliance Bolivarienne des peuples des Amériques (ALBA) font précisément l’inverse. L’ALBA est formée de petites et moyennes économies comme celle de l’Irlande. Les pays de l’ALBA commencent à sortir de la dépendance qui étouffait leur véritable potentiel économique. Ce que ces pays ont fait, c’est de défendre les intérêts de leurs peuples contre des oligarchies locales alliées aux pouvoirs dominants nord-américains et européens. L’oligarchie irlandaise a fait la même chose que ses homologues latino-américains. Elle a trompé le peuple pour qu’il accepte de s’intégrer de plus en plus profondément dans une Union Européenne sous la coupe d’une élite otaniste.

L’Irlande doit s’allier à l’ALBA

Un des problèmes-clefs de l’Irlande est sa dépendance du pétrole importé. En 2008 le pays importait 191.000 barrils par jour, près de 70 millions de barrils l’an. Un accord préférentiel avec le Venezuela semblable à celui de Petrocaribe permettrait à l’Irlande de payer la moitié du montant du pétrole importé du Vénézuéla dans les 90 jours et le reste sur un terme de 20 ans à un taux d’intérêt de 2%. Sous ces conditions, rien que 10 millions de barrils de pétrole vénézuélien libèreraient chaque année 450 millions de dollars US pour soutenir la liquidité du secteur public en Irlande.

Dans le cadre de la stratégie globale de l’ALBA, le Vénézuéla a signé des accords bilatéraux avec des pays aussi différents que le Portugal, la Syrie ou la Biélorussie. L’entreprise pétrolière vénézuélienne d’État PDVSA noue constamment des accords avec des partenaires –étrangers et avec des entreprises multinationales.

Il n’existe aucun motif rationnel pour que l’Irlande renonce à explorer une relation avec l’ALBA. A l’inverse, les intérêts politiques, économiques, commerciaux, technologiques et culturels pour le faire, abondent.

Politiquement, s’étendre au-delà du projet privé capitaliste européen renverserait la spirale de l’Irlande vers une dépendance néo-coloniale abjecte des puissances du bloc occidental. Cela ouvrirait une alternative plus large et durable à l’échec du capitalisme privé. Économiquement, et singulièrement en ce qui concerne les politiques énergétiques et alimentaires, l’accent de l’ALBA sur la solidarité et la complémentarité offre de nombreux avantages à l’Irlande. Réciproquement les industries technologiques et culturelles de l’Irlande peuvent intéresser hautement les pays de l’ALBA.

De même il n’existe aucun motif pour lequel les pays de l’ALBA et les entreprises comme PDVSA n’utilisent pas l’Irlande – avec son taux d’impôt privé de 12.5% - pour se lancer sur le marché européen de la même manière que l’ont fait les États-Unis. Pour les pays de l’ALBA aussi, la diversification des relations commerciales et financières serait une source importante de croissance dans le futur afin de répondre aux besoins de leurs populations. Mais l’importance symbolique d’une relation formelle entre l’Irlande et l’ALBA va beaucoup plus loin qu’un simple accord économique et commercial.

Les menaces conjointes de la militarisation globale et du réchauffement climatique requièrent une coopération beaucoup plus étroite entre petits pays pour qu’ils puissent défendre leurs intérêts face à des puissances économiques et militaires gigantesques comme les États-Unis et l’Union Européenne. Ceux-ci ont montré leur pleine volonté d’user de leur pouvoir sans scrupules dans n’importe quelle partie du monde. L’expérience de l’Irlande démontre que l’instinct premier de l’Union Européenne est de protéger ses élites privées avant toute autre chose. Pour protéger les intérêts fondamentaux de leurs peuples, les pays comme l’Irlande ont besoin de s’allier d’urgence à des projets politiques et économiques émancipateurs comme l’ALBA.

Comment le « vert » camoufle un cadeau de l’Etat aux sociétés privées d’autoroutes Emmanuel Levy (Marianne) Reporterre 2011/02/07 Emmanuel Levy (Marianne) (7 février 2011) Comment le « vert » camoufle un cadeau de l’Etat aux sociétés privées d’autoroutes. Reporterre. Autoroutes fr

Comment le « vert » camoufle un cadeau de l’Etat aux sociétés privées d’autoroutes

Privatisées à vil prix, il y a cinq ans, les autoroutes se sont transformées en cash machine pour leur actionnaires, les géants du BTP. C’est un autre anniversaire qu’ils fêtent aujourd’hui. Il y a un an, sous couvert d’écologie, leur concession était prolongée d’un an. A la clé : deux milliards d’euros supplémentaires dans leurs poche, et une baisse de leur effectif. Un cas typique de greenwashing...

"C’est une bonne question ! » Tellement bonne que Jean Mesqui, le délégué général de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA) n’y répondra pas. Interrogé récemment par TF1 sur les bénéfices réalisés par les autoroutes désormais privatisées, il ne souhaitait visiblement rien dire. Quelques jours plus tard, un porte-parole de l’ASFA opposera le même refus à Marianne.

Qu’importe ! Selon nos informations et nos calculs, nous pouvons révéler ce que l’ASFA cherche tant à cacher : sur 10 euros payés par un automobiliste lors de son passage au péage, 1,4 va dans les poches des actionnaires. 14%. Un taux de profit en hausse d’un point par rapport à 2005, lorsque l’ASFA communiquait encore sur la rentabilité. Avant la privatisation…

Pourquoi cette soudaine pudeur des émirs du bitume ? La réponse tient dans ce chiffre, que Marianne a calculé à partir, notamment, des documents officiels des sociétés, comme Vinci, Eiffage, ou l’espagnole Albertis : 1,3 milliard d’euros de profits en 2009. Difficile d’assumer, sans rougir, ce gros milliard, quand la récession rogne le pouvoir d’achat des Français. Délicat également de justifier la politique qui a permis un tel résultat : le prix moyen du kilomètre facturé à l’automobiliste est passé de 10,13 centimes en 2005 à 11,30 centimes en 2009 (derniers chiffres disponibles). Résultat : le ticket de péage affiche une progression de 11,5% en quatre ans, presque deux fois plus rapide que celle de l’inflation, légèrement supérieure à 6 % sur la même période.

Le ticket n’est pas le seul levier sur lequel les sociétés ont joué pour faire carburer leur rentabilité. Dans le même temps, elles ont massivement dégraissé leur personnel. Depuis la privatisation, l’effectif total du secteur a fondu de 10 %, pour se situer légèrement au-dessus des 16 000 salariés. Moins de personnel, donc moins de coût, conjugués à des tarifs en hausse : sans surprise, le bénéfice réalisé sur chaque kilomètre facturé s’est amélioré de 20 %, entre 2005 et 2009 pour atteindre 1,58 centimes. Et comme le trafic a continué d’augmenter durant cette période, le bénéfice total des sociétés d’autoroutes a fait un bond en avant de 30 % !

1,58 CENTIMES DE BÉNÉF SUR CHAQUE KILOMÈTRE

De quoi expliquer le mutisme embarrassé de l’AFSA, quelques jours avant la nouvelle hausse des tarifs des péages, effective depuis le 1er fevrier : + 2,24 % en moyenne. Déroutante litanie de chiffres, dont on comprend que leur révélation risque de faire crisser les dents des automobilistes….

Comme celles de tous les Français, d’ailleurs, car, depuis 2005, la privatisation des autoroutes va de scandale en scandale. A commencer par le prix de leur cession - 14,8 milliards d’euros - alors dénoncé par Marianne. « Mon client était alors prêt à payer 40% de plus pour s’offrir APRR », les autoroutes Paris-Rhin-Rhône, nous confiait le banquier Bernard Migus. Le client de cet influent banquier, patron de la banque d’affaire Ixis ? Eiffage, le groupe de BTP qui, avec son partenaire australien Macquarie, s’est finalement offert les 2 240 km de la société APRR. Voilà de quoi corroborer l’évaluation de la Cour des Comptes du véritable prix des ces « bijoux de famille » : 22 milliards d’euros. Loin des 14,8 milliards d’euros demandés par le gouvernement Villepin.

Merci Dominique ! Mais merci également Jean-Louis… Car, fin 2009, le ministre de l’Ecologie et des Transports, Jean-Louis Borloo a fait, discrètement, un joli cadeau aux sociétés d’autoroutes en prolongeant d’un an la durée de leur concession, qui courent, selon les cas, jusqu’aux alentours de 2030. Un an de plus, c’est autant de profits garantis, de l’ordre de deux milliards. Il y a bien sûr une contrepartie : les sociétés se sont engagés à investir un milliard d’euros en faveur de l’environnement au cours des trois prochaines années.

Mais l’examen attentif des dépenses de ce « paquet vert » éclaire la véritable nature de l’accord. Seuls 3% des sommes prévues sont destinées à la sauvegarde de la biodiversité, le reste relevant d’un contrat léonin, qui chouchoute les intérêts des autoroutes. « On a rien vu de ce tour de passe-passe », se désole un député socialiste, membre de la Commission des finances de l’Assemblée.

Ainsi, sous couvert de réduire les bouchons aux péages, qui sont responsables d’émission de gaz à effet de serre, les autoroutiers ont prévu d’investir 800 millions dans des portiques automatiques. Vinci Autoroutes va par exemple, créer 172 voies sans arrêt, à raison de 3,3 millions d’euros pièce, ces équipements mangeront 84 % de l’enveloppe verte de Vinci Autoroutes. Cette automatisation, rendue possible grâce au télépéage, permet surtout de réduire les emplois et d’augmenter le rendement des autoroutes."On a demandé à l’Etat de subventionner des pertes d’emplois. Pire, le personnel remplacé par les portiques est parti en préretraite, à moitié pris en charge par l’Etat ! », s’emporte Bernard Jean coordinateur CGT de la branche.

Le reste de l’enveloppe du « paquet vert » est à l’avenant. Sanef (filiale d’Albertis) s’engage ainsi à la création d’un « écopôle », en clair un nouveau bâtiment regroupant ses services techniques, mais qui sera, c’est bien le moins, labelisé haute qualité environnementale.

Il y a mieux : 200 millions d’euros ne sont pas détaillés dans l’accord. Et pour cause, « écologiquement, ça n’est pas très parlant », finit par lâcher l’ASFA. De quoi s’agit-il ? De programmes visant à fluidifier la circulation. Autrement dit, des systèmes d’informations qui, sur la base du calcul de la vitesse optimale du trafic, informent les automobilistes. Une circulation plus fluide, c’est certes du CO2 en moins, mais surtout du trafic en plus !

...PLUS DE RENTABILITÉ POUR CES CASH MACHINE

Bref, autant d’investissements qui, sous couvert d’écologie, vont en réalité booster les comptes d’exploitation des sociétés d’autoroutes. Voilà qui rapproche d’autant la date – sévèrement tenue secrète par les intéressés – à partir de laquelle, leurs emprunts ayant été remboursés, l’essentiel du péage ira directement dans la poche des actionnaires. « Nous estimons que pour ASF, dès 2028, la quasi totalité des emprunts aura été remboursée », explique-t-on à la CGT. Avec la prolongation de la concession d’un an obtenue l’année derniére, Vinci ne devra rendre les 2 700 kilométres de bitume à l’Etat qu’en 2033. La cash machine tournera donc à plein pendant 5 ans.

On comprend dés lors que les BTPistes veuillent garder pour eux seuls la manne. Depuis la privatisation, ils n’ont eu de cesse de sortir les sociétés d’autoroutes de la cotation boursière. Dès l’opération finalisée, Vinci rafle le maigre flottant (en fait les actions éparpillées lors de l’ouverture du capital d’ASF sous le gouvernement Jospin). Seul maître à bord, une fois acquis les 100% d’ASF, Vinci alors dirigé par Antoine Zacharias, ne tardera pas à se verser un dividende exceptionnel de 3,3 milliards d’euros, le tout financé par un endettement massif d’ASF. C’est cette opération hyper rentable pour Vinci qui pousse Antoine Zaccharias à la faute. Certain de son bon droit, en tout cas d’avoir enrichie ses actionnaires, le patron demandera une prime de 8 millions d’euros, la demande de trop qui lui coûtera son poste.

Triple bénéfice pour cette sortie de la bourse : primo la totalité des résultats de la manne autoroutière irrigue les comptes de leur proprio ; secundo la sortie de la cotation en bourse évite l’obligation de publier des informations détaillées sur les comptes ; tertio, en maintenant un fort endettement de leur filiale les BTPistes jouent à plein l’effet levier financier et fiscal.

Pas question donc de partager, ni d’exhiber en dehors des présentations officielles devant les analystes l’incroyable puits de pétrole dont ils ont les robinets.

Les voilà gagnants sur tous les plans : ils ont acheté les autoroutes à un prix sous-évalué et ont obtenu une prolongation de leur concession dont ils tireront des bénéfices leur permettant de réduire leurs dépenses de personnel...

Pour se refaire, Bercy a, un temps, envisagé d’augmenter les taxes sur les autoroutes. Dans la loi de finance initiale pour 2009, la redevance domaniale, que doivent acquitter ces entreprises occupant le domaine public, devait passait de 170 millions d’euros à 475 millions, soit une hausse de 280 %. Raté. L’intense lobbying des émirs du bitume a eut raison de cette initiative. C’est pourtant sur le dos d’une autre taxe que les autoroutiers mettent une partie (0,3%) de l’augmentation de 2,4% de leur tarif. Pas question en effet de toucher à leur précieux résultats.

L’opposition au gaz de schiste doit aussi viser à réduire la consommation d’énergie Corinne Morel Darleux Reporterre 2011/02/07 Corinne Morel Darleux (7 février 2011) L’opposition au gaz de schiste doit aussi viser à réduire la consommation d’énergie. Reporterre. Tribune — fr

L’opposition au gaz de schiste doit aussi viser à réduire la consommation d’énergie

La mobilisation est toujours extraordinaire en Ardèche contre l’exploitation du gaz de schiste. Mais « tant que nous ne changerons pas nos modes de production et de consommation, les intérêts capitalistes auront tout intérêt à aller chercher toujours plus loin, plus profond, jusqu’à la dernière goutte de pétrole et la dernière bulle de gaz ».

... Vers l’Ardèche voisine pour une réunion publique sur les gaz de schiste organisée par les copains du PG 07. C’est incroyable ce qui se passe en ce moment dans le coin. Une mobilisation citoyenne monstre. Des banderoles sur les routes, des affiches faites à la main, une -voire deux !- réunions par jour dans tout le département, et un collectif regroupant des citoyens, des associations environnementales, des partis, des élus et des syndicats. Exemplaire.

Et c’est ainsi que jeudi soir a Lussas, village de 1000 habitants, on s’est retrouvés à plus de 400 dans une salle des fêtes bondée ! Des gens debout, assis dans les travées, des étudiants, des élus locaux, des retraités, des mômes... Citoyens venus de tous horizons comme on en voit rarement réunis dans une même salle pour mener un combat commun ! C’était énorme. J’en ai encore des frissons :)

Beaucoup sont venus nous voir à la fin, ravis de cette soirée d’infos et d’échanges. Trois interventions complémentaires, qui ont enchainé sur un beau débat avec la salle, très attentive et motivée pour la lutte. Avec Patrick Geremia, notre camarade du PG en brillant animateur, on a démarré par une intervention du porte parole du collectif 07, Yan Chauwin, suivi d’Alexandre Léon, un camarade du PG énergéticien qui est revenu très pédagogiquement sur le faux argumentaire d’indépendance énergétique et sur le scénario Negawatt. Et pour finir je suis intervenue sur la planification écologique et un discours plus "politique"...

Car résister c’est indispensable, mais encore faut il porter des alternatives ! Expliquer que si on refuse les gaz de schiste, alors il faut aller jusqu’au bout de la logique et changer nos modes de production et de consommation énergétique. Parce que tant que la demande sera là, les industriels ne reculeront devant rien et continueront à aller puiser et forer toujours plus loin, en prenant toujours plus de risques pour les individus et l’environnement. On l’a vu avec BP en Louisiane, on le reverra avec les gaz de schiste.

Tant qu’il y a du fric à se faire, les prédateurs seront là, tapis et prêts à bondir. Si on ne porte pas d’alternative crédible, politiquement volontariste, on prend le risque qu’ils se contentent d’aller forer un peu plus loin, qu’ils reviennent plus tard ou qu’ils en profitent pour nous refourguer le troisième EPR non loin de là, entre Cruas et Tricastin, sous prétexte d’énergie "propre" et décarbonée", pouah !

Cette réunion à Lussas fut un grand moment de réappropriation citoyenne de la chose publique. Et personnellement, d’émotion politique, humaine et militante dont je garderai la trace. De ces moments où on se sent juste là où on doit être.

Je retourne en Ardèche bientôt pour d’autres réunions, et les premières grosses actions... En attendant, on ouvre l’oeil sur les camions vibreurs qui signaleront le début des explorations. ... No gazaran !

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En France, on n’a pas de pétrole... mais on a des idées !

Les gaz de schiste sont exploités depuis 10 ans aux États Unis et au Canada. En France, les oligarques réunis de l’industrie et du gouvernement Sarkozy ont décidé de s’y mettre. C’est ainsi que depuis le mois de mars 2010, des autorisations sont accordées par le Ministère de l’Écologie à des multinationales françaises et étrangères (dont Total et GDF Suez) pour explorer le sous sol français. A l’issue de cette phase d’exploration, des permis d’exploitation ont toutes les chances d’être délivrés. Sauf si... Petite revue de synthèse de toutes les bonnes raisons de s’opposer aux gaz de schiste, en prise directe avec les combats et orientations du Parti de Gauche.

Mais d’abord, pourquoi cette ruée vers les gaz de schiste ? L’argument principal avancé par ses défenseurs est la formidable réserve de nouvelles sources d’énergie que représenteraient ces gaz. Selon l’industriel E.ON, des milliers de milliards de mètres cubes de gaz en Europe, sept fois plus en Amérique du Nord et plus encore en Asie et en Australie. Dans un contexte d’épuisement des ressources fossiles, le pic de pétrole ayant été atteint en 2006 selon l’Agence Internationale de l’Énergie, on imagine aisément l’effet d’aubaine pour les multinationales. Pensez ! De quoi continuer à flamber pendant des décennies, dans une véritable fuite en avant, et au mépris du climat, de quoi évacuer la question de la sobriété énergétique pour encore quelques années... Mais à quel prix ?

Petits repères techniques et dégâts environnementaux. Les gaz de schiste sont des gaz dits « non conventionnels », qui sont emprisonnés dans la roche, le « schiste ». Pour récupérer ce gaz, on a recours à la « fracturation hydraulique », mise au point par le marchand d’armes américain Halliburton (à noter que les groupes français ne peuvent se passer des américains, les seuls à maîtriser la technique). Elle consiste à injecter à très haute pression de l’eau et près de 600 produits chimiques dans des puits, pour fracturer la roche et libérer le gaz qu’elle contient. Le gaz ainsi récupéré est acheminé vers des usines de traitement, libérant au passage d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pour que l’exploitation soit rentable, il faut beaucoup de puits rapprochés, et beaucoup d’eau ! Chaque puits peut être fracturé entre 15 et 20 fois, chaque fracturation nécessitant 200 aller-retour de camions et 7 à 15 millions de litres d’eau, dont seule la moitié est récupérée... L’eau, dont la loi Grenelle précise pourtant dans son article 27 qu’elle est une ressource à préserver. Quant aux produits chimiques utilisés, ils contaminent les sols et les nappes phréatiques. A tout ceci viennent s’ajouter les risques sismiques, actuellement à l’étude, et ceux d’accident, comme aux Etats Unis le 14 janvier, où une explosion a conduit la société Talisman à suspendre toutes ses opérations de fracturation, dans 600 puits.

Tous ces éléments suffiraient à justifier une opposition résolue aux gaz de schiste. Mais notre approche de l’écologie ne se résume pas à l’environnement, et il y a bien d’autres raisons de faire de cette lutte un combat emblématique, rouge et vert. Un combat où il est question de capitalisme vert, d’oligarchie et de révolution citoyenne...

Démocratie et révolution citoyenne contre oligarchie et capitalisme vert.

Hervé Kempf, dans son dernier livre, définit l’oligarchie comme le pouvoir exercé par un petit nombre de puissants, liés entre eux par des intérêts partagés, qui décident pour le plus grand nombre en dehors de toute consultation populaire. Et en effet, en France, on retrouve par exemple sur les rangs pour le Bassin parisien la société Toreador, dirigée par Julien Balkany... le demi frêre de Patrick Balkany, député maire de Levallois ! Face à ce mépris et à l’absence de consultation, la résistance s’organise. Des voeux et arêtés municipaux sont adoptés pour déclarer les territoires hors zone d’exploitation, des référendums citoyens se montent. Las, le sous sol français appartient à l’Etat, son exploitation dépend donc du Code minier (que le Conseil des Ministres du 19 janvier a incidemment décidé de « simplifier et moderniser » !), et non du bon vouloir des collectivités. C’est la raison invoquée par la Ministre de l’Ecologie pour justifier que les communes concernées n’aient pas été consultées. Face à ce hold up démocratique, un peu partout en France des collectifs s’organisent. Ils regroupent habitants, élus, associations environnementales. Les citoyens se réapproprient leur destin. Ils se documentent, vont chercher l’information, reconstituent les cartes géologiques, mutualisent les données via Internet, décryptent les documents officiels, organisent des projections débats. On voit des banderoles et des affiches faites à la main fleurir dans les villages, des co-voiturages s’organiser pour aller aux réunions publiques. C’est ainsi qu’on a vu près de 800 personnes à Saint Sernin en Ardèche, où nous en sommes à presque une réunion par jour sur tout le département !

La révolution citoyenne, c’est aussi ça : la convergence entre un mouvement populaire de protestation et des élu-e-s qui prennent leur responsabilité et entrent en désobéissance face à des décisions illégitimes.

Mais dire non aux gaz de schistes ne suffit pas, il faut engager la révolution énergétique, d’urgence ! Tant que nous ne changerons pas nos modes de production et de consommation, les intérêts capitalistes auront tout intérêt à aller chercher toujours plus loin, plus profond, jusqu’à la dernière goutte de pétrole et la dernière bulle de gaz. Quitte à provoquer des catastrophes comme celle de BP en Louisiane... ou les gaz de schiste. Pour éviter le syndrôme NIMBY (not in my backyard, où on ne fait qu’aller un peu plus loin des regards pour polluer plus tranquillement) et empêcher que le même scénario ne se répète dans quelques années, face à la demande croissante en énergie et à l’épuisement des ressources, pour éviter le report vers le nucléaire présenté désormais par Areva comme une énergie « propre » et « décarbonée », bref, si on veut réellement sortir de ce modèle absurde et de la catastrophe écologique, c’est un changement en profondeur qu’il nous faut. Ce formidable élan de résistance et de contestation doit trouver des débouchés politiques, et le PG doit être porteur de propositions alternatives.

Une autre énergie est possible : vite, la planification écologique ! La plus grosse réserve d’énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas, les « negawatts ». En combinant sobriété de nos consommations, efficacité énergétique et développement des renouvelables, le scénario Negawatt estime que nous pouvons arriver à une consommation de 130 Mtep en 2050 contre 300 Mtep aujourd’hui. Cela permettrait de sortir à la fois du nucléaire et des énergies fossiles les plus polluantes. Pour cela, le PG propose la planification écologique, inscrite dans le long terme et pilotée démocratiquement, mise en oeuvre grâce à un service public de l’énergie et la renationalisation de Total et d’EDF-GDF.

Action sur le terrain et formulation de propositions de rupture, communiqués, tracts, actions locales, implication des élu-e-s et interpellation du gouvernement, nous serons sur tous les fronts ! Non aux gaz de schiste, ni ici ni ailleurs !

Le ministère de la Défense reconnait les risques d’effondrement à Moruroa Moruora e Tatou // Les Nouvelles de Tahiti Reporterre 2011/02/08 Moruora e Tatou // Les Nouvelles de Tahiti (8 février 2011) Le ministère de la Défense reconnait les risques d’effondrement à Moruroa. Reporterre. fr

Le ministère de la Défense reconnait les risques d’effondrement à Moruroa

Un haut fonctionnaire du ministère de la Défense a visité le 25 janvier l’atoll de Moruroa. Il y a reconnu officiellement les risques d’effondrement engendrés par les essais nucléaires qui se sont produits dans l’atoll.

Communiqué de Moruroa e Tatou

Lors de sa récente visite à Moruroa, réservée aux médias, M. Jurien de la Gravière a enfin reconnu officiellement que la stabilité d’une partie de l’atoll nucléaire était menacée. Les responsables associatifs polynésiens avaient, depuis un colloque à l’Assemblée nationale le 20 février 1999, alerté une première fois l’opinion sur la fragilité des structures géologiques de Moruroa. Douze ans plus tard, le délégué à la « sûreté nucléaire » du ministère de la défense est obligé d’admettre que ce risque d’effondrement majeur d’une « loupe », comme il dit, de la falaise récifale de Moruroa n’était pas à exclure. Il a même ajouté devant les caméras de Polynésie Première que cet effondrement provoquerait probablement une « vague » de 10 à 20 mètres de hauteur !

Ajoutant à la confusion, ce lundi 24 janvier, à Papeete, M. Jurien de la Gravière remettait au ministre de la santé et de l’écologie un document abordant les répercussions de cet effondrement éventuel sur l’atoll de Tureia. En résumé, « Tureia en serait pour un bon bain de pieds et un simple préavis serait suffisant pour les avertir de la vaguelette qui les atteindrait 10 minutes après l’effondrement » !

Vendredi 28 janvier, devant le COSCEN au grand complet, M. Jurien de la Gravière annonçait que les géologues du CEA sont parmi « les meilleurs au monde » et qu’il n’est donc nullement besoin de s’alarmer. Moruroa e tatou s’insurge de ces déclarations qui rappellent les années où les patrons du CEA et du CEP affirmaient que les essais étaient particulièrement propres et sans danger pour les « chères populations de Polynésie ».

On comprend donc que la population de Tureia se soit alarmée après ces déclarations irresponsables du Délégué à la « sûreté » nucléaire de défense. « Qu’allons-nous devenir ? L’Etat devra-t-il nous évacuer alors que notre atoll est aux premières loges » lit-on dans la pétition que les habitants de Tureia ont remise à M. Jurien de la Gravière ce même 28 janvier avant qu’il ne reparte à Paris.

Moruroa e tatou interpelle le Président du Pays pour donner une réponse ferme aux déclarations du Délégué à la sûreté nucléaire de défense. Moruroa e tatou demande au Président du Pays de convoquer de toute urgence une séance extraordinaire de l’Assemblée de la Polynésie française qui aurait pour objet de recommander à l’Etat français :

- La révocation du Délégué à la sûreté nucléaire de défense et de son « équipe » pour mensonge et incompétence sur l’état des atolls de Moruroa et Fangataufa,

- L’exigence de l’envoi à Moruroa, dans les plus brefs délais, d’une mission d’expertise géologique et radiologique indépendante du CEA et de la Défense pour vérifier l’état des atolls nucléaires,

- Le transfert, en concertation avec les autorités polynésiennes, des missions de suivi des essais nucléaires en Polynésie aux plus hautes autorités de l’Etat.

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Les dangereuses fissures de Moruroa

Article des Nouvelles de Tahiti

Publié le jeudi 27 janvier 2011

Le risque est présent. La Défense a parlé mardi 25 janvier, au cours d’une visite guidée sur l’atoll de Moruroa, du sujet sensible des fissures, des fractures et de leur éventuelle conséquence : l’effondrement. La surface de Moruroa porte les stigmates des essais souterrains, ceux d’avant la dernière campagne voulue par le président Chirac [en 1995]. La visite, voulue médiatique, menée par le délégué à la sûreté nucléaire, Marcel Jurien de la Gravière, a permis d’observer quelques conséquences géologiques des essais souterrains. Parmi elles, les routes affaissées, quand elles ne sont pas sous l’eau, ou les fameuses fissures qui lézardent le lagon. C’était au temps des essais réalisés sous la couronne corallienne, notamment en zone nord.

Le risque réside dans l’éventuel effondrement d’une partie du corail, dite carbonate. Deux types d’effondrements éventuels ont été identifiés : la chute d’un pan ou celui d’une loupe. Si pour le premier cas il est estimé qu’il mobiliserait plusieurs dizaines de millions de m3, pour le second on parle de centaines de millions de m3.

Selon la Défense, “la chute d’un bloc corallien de l’ordre de 100 millions de m3 conduit à une vague de moins de trois mètres au droit de l’événement, et ne serait pratiquement pas perceptible à Tureia, le seul atoll qui pourrait être concerné par des événements de ce type à Moruroa”.

Le glissement d’une loupe aurait des conséquences d’un autre ordre. Un type de glissement de calcaire “de 600 millions de m3 conduirait à une vague de six à huit mètres de hauteur à proximité de l’événement et de un à deux mètres de hauteur sur la partie de l’atoll de Tureia qui fait face à Moruroa”.

Suivant l’ampleur de l’effondrement, on parlait mardi sur Moruroa d’une vague dont l’amplitude pourrait osciller entre dix et 20 mètres. Des loupes à surveiller en priorité, on en compte trois sur l’atoll du grand secret, portant les noms quasi inoffensifs de Françoise, Camélia et Irène. Des mesures de prévention ont été prises, comme l’observation d’éventuels mouvements de terrain assurant notamment des délais de mise en garde. Pour la chute d’un bloc corallien, “un délai d’alerte automatique de 90 secondes” serait appliqué. Dans le cas plus délicat d’un mouvement de loupe, “l’alerte précéderait l’événement de plusieurs semaines”, peut-on lire dans le fascicule fourni par la Défense. On procéderait alors à une évacuation des personnels sur place. Des délais de mise en garde identique seraient appliqués à Tureia.

Mais quid des fuites radioactives, si un large pan de la couronne corallienne devait céder, ouvrant à la mer une cavité où s’est produit un essai ? Il est notamment mis en avant “la vitrification” des matières radioactives pour expliquer une limitation de leur dispersion, et la dispersion elle-même pour expliquer l’évaporation de risques. Les conséquences radiologiques d’un glissement éventuel d’une loupe sont abordées dans le dossier de presse où il est fait référence à une étude de l’AIEA : on peut y lire que “l’ensemble des produits radioactifs serait relâché instantanément dans l’océan, la dose induite à la population de Tureia serait de sept microsieverts la première année consécutive à l’accident et de trois microsieverts l’année suivante”. Reste à connaître les microsieverts que seraient susceptibles de recueillir Moruroa…

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Denis Robert a gagné contre Clearstream Attac Reporterre 2011/02/08 Attac (8 février 2011) Denis Robert a gagné contre Clearstream. Reporterre. fr

Denis Robert a gagné contre Clearstream

Bonne nouvelle ! Le journaliste Denis Robert a été lavé par le tribunal des accusations dont l’accablaient Clearstream et d’autres banques. La Cour de cassation reconnaît « le sérieux de son enquête ».

Trois jugements de la Cour de cassation du 3 février mettent un terme à une longue bataille judiciaire qui opposait la chambre de compensation internationale Clearstream au journaliste Denis Robert.

Dans son livre Révélation$ sorti en 2001, Denis Robert jetait un coup de projecteur sur cette firme au cœur du système financier international et révélait les contours d’une finance parallèle et opaque, avec de nombreux liens vers les paradis fiscaux.

Suite à la publication de son livre, près de soixante plaintes ont été déposées contre son éditeur, les chaînes qui ont diffusé ses films, de nombreux journaux… et bien sûr, contre Denis Robert. Parmi les plaignants, la Banque générale de Luxembourg, la Menatep, une banque russe, et Clearstream.

Cette stratégie judiciaire fondée sur le harcèlement et la mauvaise foi a échoué : les trois arrêts rendus le 3 février exonèrent aujourd’hui Denis Robert de toute faute : la Cour de cassation « autorise » les propos et les imputations contenus dans ses deux livres et son documentaire. Elle reconnaît explicitement « l’intérêt général du sujet » et le « sérieux de son enquête ».

L’acharnement judiciaire dont a fait preuve Clearstream n’est qu’une des nombreuses illustrations de la volonté de l’industrie financière de perpétuer ses pratiques opaques mais lucratives. Ni le G20, ni les gouvernements européens n’ont réellement tiré les leçons de la crise catastrophique causée par ces pratiques. La défaite juridique de Clearstream est peut-être de bon augure dans la perspective d’un véritable contrôle de la société sur le système financier. « Le combat pour mettre un peu de rationalité et de contrôle dans cette banque des banques sera encore long », indique néanmoins le journaliste.

Attac France félicite Denis Robert pour cette victoire. Il est plus que jamais nécessaire d’interdire les transactions financières avec les paradis fiscaux, de mettre en place de véritables mesures pour lutter contre l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent, et pour un contrôle strict des flux financiers.

Les gros méchants, c’est nous Pierre-Emmanuel Neurohr Reporterre 2011/02/08 Pierre-Emmanuel Neurohr (8 février 2011) Les gros méchants, c’est nous. Reporterre. Tribune — fr

Les gros méchants, c’est nous

« Vous n’êtes pas une pauvre victime, il y a quelque part un gros méchant pollueur et, en l’occurrence, c’est vous »

Les actions de distribution de tracts du Parti de la Résistance (PR) ne sont pas anodines, pour trois raisons.

Premièrement, d’habitude, un tract est distribué à quelqu’un pour lui dire, en substance, "vous êtes une pauvre victime, il y a quelque part un gros méchant (être humain ou entité telle qu’une entreprise) qui vous menace, rejoignez-nous pour le combattre". Par contre, j’ai beau y réfléchir, et même si je suis bien conscient que ça doit se trouver en cherchant bien, je n’ai pas souvenir d’avoir jamais vu un tract distribué à des citoyens disant, en substance, "vous n’êtes pas une pauvre victime, il y a quelque part un gros méchant pollueur et, en l’occurrence, c’est vous". Mine de rien, ce n’est pas banal.

De cette manière, on sort du jeu stérile auquel se livrent la majorité des écologistes, et qui consiste à toujours désigner le mal ailleurs, sous la forme d’entités impersonnelles telles que des multinationales, sans piper mot sur les millions de citoyens-adhérents-potentiels qui choisissent délibérément d’utiliser les machines polluantes de ces multinationales. On imagine aisément que pour trouver des adhérents, dire aux gens qu’ils sont responsables de leurs actes, ce n’est pas "vendeur".

Deuxièmement, ces tracts prennent au sérieux ce que disent les scientifiques travaillant sur les questions climatiques. Quand on lit leurs études, et qu’on traduit ces connaissances déjà solides en plan d’action politique, on en arrive par exemple à la conclusion suivante : il ne faut pas dépasser 500 kg de CO2 par personne et par an. Un seul trajet moyen-courrier en avion crache plus de 1000 kg de CO2 ? Il faut donc interdire l’avion. L’utilisation d’une voiture crache plus de 1600 kg de CO2 par an ? Il faut donc interdire la voiture.

Personne n’ose dire ces évidences, par peur de passer pour fou. Non parce que ces conclusions ne tiennent pas la route du point de vue de l’argumentaire, qui plus est scientifiquement référencé, mais bien parce que l’instinct grégaire est plus fort, pour l’instant, que la raison. Ceux parmi nous qui ont déjà distribué un tract pour l’interdiction de l’avion à l’intérieur de l’aéroport Charles-de-Gaulle savent à quel point il est difficile de surmonter cet instinct et de faire face à nos concitoyens pour leur dire de telles choses.

Les distributions de tracts ont pour ambition de rapprocher le moment où la raison fera voler en éclats l’instinct grégaire, individuellement... et collectivement (cette dernière étape n’étant pas dépourvue d’ironie, lorsqu’on parle d’instinct grégaire !).

Enfin, dernière caractéristique des tracts du Parti de la Résistance, ils nomment ce qui est en train de se passer. Nous ne sommes pas en face d’un "problème environnemental", de la même manière que l’extension du camp d’Auschwitz à Birkenau n’était pas un "problème environnemental". La destruction du climat est un génocide, puisque les choix "rationnels" et planifiés d’une partie minoritaire de la population mondiale ont pour conséquence scientifiquement prévisible la mort par famine de millions d’autres êtres humains, au moyen de la destruction du climat.

Samedi, j’ai distribué dans les 200 tracts pour l’interdiction de la voiture, dans mon quartier du XXe arrondissement de Paris. Stressant au début, l’exercice est vite devenu libérateur. J’ai commencé par mettre le tract bien en vue sur des rangées de machines génocidaires. C’était génial, ensuite, de voir le gros titre "Les Talibans aiment la voiture", trôner, clairement visible, sur toutes ces horreurs, à tel point que des gens dans la rue prenaient le tract de dessous l’essuie-glace même lorsque ce n’était pas leur tuture. A un moment, un couple s’est arrêté et a essayé de lire le tract en se penchant au-dessus du pare-brise, et je suis revenu sur mes pas pour leur donner un exemplaire. J’ai également donné des tracts aux passants, qui les ont pris très facilement, et j’ai même expérimenté la distribution aux personnes positionnées à l’intérieur de leurs boîtes de métal, et qui étaient coincées par un embouteillage. A part une voiture, ils ont tous baissé la vitre pour prendre le tract. On fera une photo d’une rangée de tutures agrémentées du tract sur leurs pare-brises samedi prochain.

Dimanche, Béatrice et moi avons distribué pratiquement 500 tracts dans l’aéroport Charles-de-Gaulle. Il y a eu quelques réactions intéressantes, entre autres, une jeune femme s’apprêtant à passer le check-in qui m’a répondu qu’elle n’avait pas besoin de lire le tract car « "je travaille pour l’écologie" ». Je lui ai répondu que « "si vous travaillez pour l’écologie" et que vous prenez l’avion, il faudrait réfléchir un petit peu... ». Encore une fois la langue française malmenée, la personne s’apprêtant à détruire la nature de la manière la plus extrémiste qui soit (plus d’une tonne de CO2 en quelques heures) dit qu’elle "travaille pour l’écologie". Et un homme s’est arrêté pour dire à Béatrice que ce que nous faisons est très bien, et qu’il voudrait arrêter de prendre l’avion pour son travail. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

A ce propos...

- samedi 12 février : distribution de tracts pour l’interdiction de la voiture... aux utilisateurs de tutures ; - dimanche 13 février : distribution de tracts pour l’interdiction de l’avion... aux utilisateurs d’avions.

« En Tunisie, il faut encore vaincre l’oligarchie financière » Fathi Chamkhi Reporterre 2011/02/08 Fathi Chamkhi (8 février 2011) « En Tunisie, il faut encore vaincre l’oligarchie financière ». Reporterre. Tribune — fr

« En Tunisie, il faut encore vaincre l’oligarchie financière »

Le porte-parole du Raid/Attac Tunisie fait le point sur la révolution tunisienne.

En direct du Forum social mondial 2011 à Dakar

La nouvelle édition du Forum social mondial (FSM) vient de commencer. Ce sont des milliers de personnes qui se sont donnés rendez-vous ce dimanche 6 février pour participer à la marche d’ouverture de ce FSM des dix ans. Celle-ci a débuté près du siège de la Radio Télévision Sénégalaise pour se diriger vers l’Université Cheikh Anta Diop (voir portfolio) où se dérouleront, à partir du 7 février, les travaux du FSM pendant 5 jours.

Evo Morales, président de la Bolivie, a fait le déplacement pour l’événement.

Au cours de la marche, nous avons rencontré Fathi Chamkhi, porte-parole du Raid/AttacTunisie. Economiste, Fathi Chamkhi a activement participé au mouvement d’émancipation démocratique dans son pays. Impliqué dans le mouvement altermondialiste depuis ses débuts dans les années 2000, il revient sur le cours des événements intervenus dans son pays et analyse les perspectives de la Révolution de jasmin. Il nous raconte aussi comment la Banque mondiale a dépêché son économiste en chef en Tunisie le lendemain de la chute de Ben Ali....

Mdl : Quelle est la situation aujourd’hui pour ton mouvement et dans le pays en général ?

Fathi Chamkhi ( FC) : Nous sommes heureux. Cela fait onze ans que nous nous battions pour faire reconnaître notre organisation, sans succès. C’est finalement cette révolution qui nous a tous libéré. Nous n’arrêtions pas de dire qu’une autre Tunisie était possible. Nous déclinions nationalement le slogan du mouvement altermondialiste, « un autre monde est possible ». Et voilà que la révolution nous a donné raison. Il faut bien comprendre qu’à travers ce qui vient de se passer, c’est un « Non » qui a été adressé au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale, à la mondialisation néolibérale. Et cela ne fait que commencer. En Algérie une journée de la colère est prévue le 12 février, en Egypte, au Yemen et ailleurs, c’est le monde arabe qui entre en ébullition, lui qu’on disait verrouillé, fini. Le mouvement est parti de Tunisie car c’est peut-être ici que les conditions étaient les mieux réunies. La Tunisie est une société homogène où le problème religieux n’est pas déterminant. L’islam n’était pas en jeu dans cette révolution. Il n’y avait aucune revendication se rapportant à la religion. Les mots d’ordre étaient sociaux. Ils concernaient l’emploi, la pauvreté, les conditions d’existence et aussi les libertés, le pouvoir.

Mdl : Et maintenant ?

FC : Nous avons désormais une lourde responsabilité. Et il faut encore se battre contre l’oligarchie financière. Le lendemain de la chute de Ben Ali, la Banque mondiale a dépêché son économiste en chef pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Tunis ! Il a carrément débarqué de Washington et pris les fonctions de gouverneur de la banque centrale de notre pays. Une vraie prise de pouvoir ! Sa première déclaration a été : « La Tunisie paiera ses dettes ». C’est incroyable ! Pour sa part, le nouveau ministre des affaires étrangères a réservé son premier voyage à la Commission européenne, puis s’est rendu à Paris. Il a visité Michèle Alliot-Marie pour lui jeter des fleurs ! Et ce, après les déclarations scandaleuses tenues par cette dernière. C’est une honte !

Mais quelque chose de fantastique se déroule dans notre pays : le développement d’un mouvement populaire. Il est partout, imbattable. De l’autre côté, le gouvernement est complètement désorienté. Il n’a aucune légitimité reconnue. Il ne maîtrise même plus sa police. Cette dernière ( entre 140 et 250 000 hommes - impossible de le savoir avec précision -, ce qui est énorme et montre sous quel type de régime nous vivions) vient de gagner le droit de constituer un syndicat. C’est formidable.

Le gouvernement n’arrive pas à gouverner. Trois gouvernements se sont déjà succédés en quelques semaines. Les préfets nommés sont contestés, personne n’en veut.

Maintenant, notre tâche est de construire une orientation durable pour notre mouvement. Il sait ce qu’il ne veut pas. Il doit maintenant aller plus loin. Un espace comme le FSM est important pour nous. Il doit être un point d’appui pour notre action. Nous comptons confronter notre expérience avec tous les mouvements sociaux présents.

En mai, une semaine pour l’abolition de la viande Yves Bon Reporterre 2011/02/08 Yves Bon (8 février 2011) En mai, une semaine pour l’abolition de la viande. Reporterre. fr

En mai, une semaine pour l’abolition de la viande

« Nous nous efforçons de porter au niveau politique la question de la légitimité de la production et de la consommation de chair animale et de leur abolition légale. »

Parce que la production de viande implique de tuer les animaux que l’on mange, parce que nombre d’entre eux souffrent de leurs conditions de vie et de mise à mort, parce que la consommation de viande n’est pas une nécessité, parce que les êtres sensibles ne doivent pas être maltraités ou tués sans nécessité, l’élevage, la pêche et la chasse des animaux doivent être abolis.

Les animaux tués pour devenir de la nourriture représentent près de 99% de l’exploitation animale, soit notamment 64 milliards d’animaux « de boucherie » tués par an dans le monde (sept millions trois cent mille par heure) auxquels s’ajoutent des centaines de milliards d’animaux aquatiques.

C’est dire l’extrême importance de la revendication d’abolition de la viande et de la lutte pour la populariser dans le monde entier.

Cette Semaine Mondiale d’actions pour l’Abolition de la Viande du 22 au 29 janvier 2011 - la première de cette année - a été une réussite. Des événements très divers (actions de rue, cercles de silence, opérations « barquette de viande humaine », marches de protestation...) ont été organisés dans plus de 70 villes, essentiellement en Europe, mais aussi en Afrique du Sud, dans les deux Amériques, en Inde ainsi qu’au Japon (cf. la liste ici). Ils ont donné lieu à de très nombreux retours de la part des médias.

Tout au long de cette semaine, de très nombreuses personnes de par le monde, en multipliant les événements locaux, nationaux et à l’échelle mondiale, ont exprimé de façon forte et explicite l’idée que nos sociétés doivent abolir le meurtre des animaux pour la consommation de leur corps.

Même si nous nous situons dans la même perspective, nous ne faisons pas ici la promotion du végétarisme ou du végétalisme, nous ne tentons pas de convaincre chaque personne de changer individuellement son régime alimentaire. Nous nous efforçons plutôt de porter au niveau politique la question de la légitimité de la production et de la consommation de chair animale et de leur abolition légale.

Il s’agit de s’adresser à l’ensemble des citoyennes et des citoyens et d’engager un débat ouvert, sans tabou, sur cette question au sujet de laquelle la société tout entière doit prendre position. Ce débat devrait mener vers la décision politique de l’abolition de l’élevage, de la chasse et de la pêche.

C’est la raison pour laquelle sera organisée fin mai 2011 une seconde Semaine Mondiale d’actions pour l’Abolition de la Viande suivie d’une autre semaine fin septembre, et ainsi de suite.

La sécheresse en Chine menace la production de blé FAO Reporterre 2011/02/09 FAO (9 février 2011) La sécheresse en Chine menace la production de blé. Reporterre. Chine fr

La sécheresse en Chine menace la production de blé

Avec des précipitations très inférieures à la normale depuis octobre 2010 dans la plaine de Chine du Nord, la première région productrice de blé d’hiver du pays, la récolte de blé d’hiver pourrait être menacée, entraînant de graves problèmes, a indiqué la FAO aujourd’hui dans une Alerte spéciale.

La sécheresse actuelle n’a pas affecté la productivité du blé d’hiver pour l’instant, mais la situation pourrait devenir critique si elle persistait au printemps et si les températures de février étaient inférieures à la normale.

Pour en savoir plus, lire : L’Alerte du SMIAR, le Système d’information et d’alerte rapide sur l’alimentation et l’agriculture de la FAO , en anglais.

FORUM SOCIAL MONDIAL à DAKAR : des nouvelles Rose et Raul Piche Reporterre 2011/02/09 Rose et Raul Piche (9 février 2011) FORUM SOCIAL MONDIAL à DAKAR : des nouvelles. Reporterre. fr

FORUM SOCIAL MONDIAL à DAKAR : des nouvelles

(Dakar, 9 février) -

Le Forum social mondial 2011 s’est ouvert cette semaine à Dakar. Contrairement aux participants du Forum de Davos, ceux du Forum social clament haut et fort qu’un autre monde est possible. Ils entendent bien le montrer à travers des échangent de réflexions et d’expériences dans de nombreux domaines.

Des chefs d’Etat, principalement d’Amérique du Sud, sont venus à Dakar : Evo Morales, président bolivien, Hugo Chavez du Vénézuela, Lula da Silva, ancien président du Brésil. Le président du Sénégal Abdoulaye Wade, rentré de Paris la veille de l’ouverture du Forum (samedi 5 février), n’a toutefois pas assisté aux premières journées, mais sa venue a fait taire la rumeur sur son état de santé. Des Français membres de partis de gauche y sont présents ou passés : Martine Aubry, Jean-Christophe Cambadélis, Benoît Hamon, Olivier Besancenot, Eva Joly et d’autres.

Ce sont près de 50 000 personnes qui assistent au Forum social mondial au sein de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Mais, comme les cours n’ont pas été interrompus, la foule des étudiants s’ajoutant à celle des congressistes, la densité de population dans l’enceinte de l’Université atteint des sommets ! Tellement, que l’organisation n’en est pas facilitée. Des lieux de conférence sont déplacés et l’on voit bon nombre de participants errer de bâtiment en bâtiment pour trouver la bonne réunion au bon endroit.

On note une forte présence de mouvements de femmes, notamment africains. On a ainsi pu assister à une conférence sur l’organisation de l’économie informelle (mouvement StreetNet), avec des exposés traduits de l’espagnol (argentin), puis de l’hindi directement en wolof devant un parterre de femmes sénégalaises extrêmement concernées.

La présence simultanée de Marocains et de Sahraouis a donné lieu à quelques échanges… Aux “A bas les traîtres” répondaient des “A bas les occupants” des défenseurs de la République arabe sahraouie et démocratique (RASD). »

Le gaz, ma non troppo Hervé Kempf Reporterre 2011/02/09 Hervé Kempf (9 février 2011) Le gaz, ma non troppo. Reporterre. Tribune — fr

Le gaz, ma non troppo

La lutte contre le gaz de schiste n’a pas de sens si elle oublie l’appel à la sobriété énergétique.

Il y a des bonnes nouvelles : en quelques semaines, des milliers de citoyens ont obtenu un tournant radical dans la politique des autorités. En Tunisie, en Egypte ? Certes. Mais aussi, plus modestement, dans le sud de la France, en Ardèche, dans la Drôme, l’Aveyron, les Cévennes. Une mobilisation contre la prospection de gaz de schiste y a pris comme une traînée de poudre... et, le 2 février, la ministre de l’écologie annonçait la suspension - provisoire - de l’exploration de ce gaz, dont la production requiert des quantités massives d’eau et de produits chimiques et de nombreux puits qui défigurent le paysage.

Qui aurait pu l’imaginer ? Pas le chroniqueur, auteur d’un des premiers articles en France sur le gaz de schiste (Le Monde des 21-22 mars 2010). Ni les animateurs de cette révolte populaire, à commencer par José Bové, qui reconnaît avoir été surpris par la rapidité de réaction de ses concitoyens. Que s’est-il passé ? Sans doute le refus du secret dans lequel les habitants ont le sentiment que l’affaire était enrobée. Refus aussi d’un « développement » qui se traduit par le saccage de l’environnement. Affirmation, enfin, de l’identité de territoires qui cherchent un destin autre que l’étalement urbain et une production matérielle illimitée. Mais cette rébellion serait stérile si elle en restait au refus et à la dénonciation du « coup de force oligarchique », selon les mots du journaliste Fabrice Nicolino. Car, quel que soit l’opprobre que pourraient mériter des gouvernants secrets, des experts partiaux et des compagnies avides de profit, il n’en reste pas moins que le gaz sert à se chauffer, à s’éclairer et à se nourrir.

Or, indique la dernière note de conjoncture énergétique du Commissariat au développement durable, la consommation de gaz en France a augmenté de 3 % en 2010 (en données corrigées du climat). De même, selon Réseau de transport d’électricité (RTE), la consommation française d’électricité a battu tous ses records en atteignant 513 térawatts-heure en 2010.

Si la consommation ne diminue pas, il sera impossible d’empêcher la prospection de gaz (et de nouveaux réacteurs nucléaires, et plus d’agrocarburants, et le pétrole arctique, etc.). Autrement dit, la revendication de la réduction de la consommation d’énergie est inséparable de la lutte contre le gaz de schiste.

Une étude du Centre for Economics and Business Research, au Royaume-Uni, vient de montrer qu’entre 2006 et 2010 les ménages anglais ont réduit leur consommation de gaz de 17 %, aux trois quarts grâce à des mesures d’efficacité énergétique. Si impossible n’est pas anglais, pourquoi serait-il français ?

Les serres d’Auteuil menacées par le tennis Lise Bloch-Morhange Reporterre 2011/02/09 Lise Bloch-Morhange (9 février 2011) Les serres d’Auteuil menacées par le tennis. Reporterre. fr

Les serres d’Auteuil menacées par le tennis

Un site botanique exceptionnel est menacé par l’extension du complexe tennistique de Roland Garros.

A l’ouest de Paris, dans le bois de Boulogne, il existe un site exceptionnel inscrit sur l’inventaire des monuments historiques, ouvert toute l’année au public : le jardin botanique et les Serres d’Auteuil, chef-d’œuvre de verre et de fer unique en Europe, construit en 1898 par Jean-Camille Formigé, élève de Baltard et Eiffel.

La Fédération Française de Tennis envisage la « fusion » du tournoi de Roland-Garros et de l’ensemble du jardin et des Serres d’Auteuil, notamment l’annexion de l’Orangerie et autres bâtiments techniques protégés. Elle projette également de construire un court de tennis de 7 000 places à l’emplacement des « Serres chaudes », contenant des collections rarissimes, telles des orchidées plus que centenaires.

Pour des raisons techniques, tous ces projets rendraient l’ensemble de ce merveilleux domaine - jardin, serres et collections - immédiatement inexploitable. Ce serait donc signer sa fermeture pure et simple.

Est-il raisonnable que la FFT envisage de saccager le jardin et les Serres d’Auteuil (déjà amputés du tiers lors de la construction du périphérique en 1968), alors qu’il existe d’autres solutions d’agrandissement ? Par exemple au nouveau stade Jean-Bouin voisin (l’ancien ayant été rasé cet été, y compris les tribunes Années 30 et soixante-cinq arbres), futur « monstre » de 20 000 personnes s’élevant jusqu’à 31 mètres de hauteur ?

D’autant qu’il doit être entièrement financé, pour quelque 200 millions d’euros, par le contribuable parisien, afin de permettre au Stade Français, société privée, de jouer une dizaine de matches par an qui pourraient se dérouler à dix mètres de là, au Parc des Princes, autre monstre de béton.

Est-il même raisonnable d’envisager, à l’ère du Grand Paris, un agrandissement du stade Roland-Garros, alors qu’avec ses 8,5 hectares, on ne trouvera jamais sur place l’espace lui permettant de rivaliser avec les trois autres sites du Grand Chelem, qui s’étendent sur 16 à 20 hectares ?Est-il admissible que ce quartier d’Auteuil et des Princes soit asphyxié, livré de toutes parts au « sport business » au détriment du sport amateur et scolaire, des espaces de verdure et des sites du patrimoine à la fois au Parc des Princes (bientôt agrandi), au stade Jean-Bouin, à la piscine Molitor (inscrite mais bientôt détruite), à l’hippodrome de Longchamp (pelouse bientôt tronquée), aux Serres d’Auteuil ?

N’est-il pas scandaleux, alors que dans le monde entier les stades sont construits à l’écart des habitations, que tous ces sites voisins ne fassent pas l’objet d’un plan d’ensemble respectueux du patrimoine et des espaces verts protégés, telles les admirables, les uniques Serres d’Auteuil ?

Il est urgent de se mobiliser, la Fédération Française de Tennis devant se prononcer sur les différents scénarios d’agrandissement ou de délocalisation de Roland-Garros au début de l’année 2011.

Durable Yves Jaffrennou Reporterre 2011/02/10 Yves Jaffrennou (10 février 2011) Durable. Reporterre. Tribune — fr

Durable

« Les objets qui défilent à toute vitesse dans notre environnement, comme lorsque nous regardons par la fenêtre d’un train, et qui disparaissent de notre vue, pour toujours en présenter d’autres, nous entraînent dans leur existence éphémère. »

S’il y a un terme qui reflète les bouleversements et les troubles actuels de la conscience, c’est bien l’adjectif durable.

Nous vivons depuis la mise en place du capitalisme, comme système de gestion des rapports économiques, sur l’idée qu’il faut consommer et encore consommer pour que le système fonctionne, pour que la production augmente la sainte Croissance, créant ainsi bénéfices financiers et pouvoir pour quelques uns, travail et insertion sociale pour tous. De là le renouvellement de plus en plus rapide des objets mis à disposition des consommateurs, des modèles de vêtements, de voitures ou d’appareils ménagers.

Nous avions – je parle des seniors actuels – des 78 tours et des phonographes, nous eûmes des microsillons et des électrophones, Chirac apprit ce qu’était une cassette, un grille-pain et un mulot, nous sommes sur l’époque finissante des disques compacts, les CD, et des chaînes qui les avalent. Et maintenant les nouveaux appareils, MP 3 – le top pour l’enregistrement virtuel dématérialisé tout-intégré – et autres à venir, dont on nous fera comprendre qu’ils sont désuets, caduques, obsolètes, dépassés, has been, avant même que nous en ayons compris le mode d’emploi… traduit du japonais.

Croyez-vous que toutes ces prouesses techniques pour « votre confort maximal d’écoute et le rendu sur-affiné des plus infimes nuances des instruments et des voix » ne soient pas aussi, et peut-être même avant tout, un moyen de vous faire acheter un nouveau produit in, up to date, tendance et dans le vent, donnant tout à coup un irrémédiable coup de vieux à l’appareil familier qui jusque là marchait très bien et vous donnait entière satisfaction ?

Notre civilisation lutte sans fin contre la mort et voudrait magiquement la gommer ainsi que notre vieillissement. Mais en même temps, les objets qui défilent à toute vitesse dans notre environnement, comme lorsque nous regardons par la fenêtre d’un train, et qui disparaissent de notre vue, pour toujours en présenter d’autres, nous entraînent dans leur existence éphémère ; et à un tel point que l’instant lui-même, que nous n’avons plus le temps de goûter, en perd son sens. Et nous avec lui.

Et voici qu’en face de cette Armada des termes du changement sans frein, seul comme un héros de western, le durable envahit la presse, la publicité et la diarrhée verbale des discours politiques. Tout devient durable, rien ne s’use plus, ne se déchire plus, une pincée féérique de poudre d’éternité semble avoir touché les plus fragiles des objets. Et même, ô miracle ! ce qui bouge, ce qui change devient durable, même si c’est contradictoire dans les termes. Le mot croissance, trop marqué, serait indécent, mais le développement est maintenant durable !

C’est qu’il y a de l’argent à « faire » – beaucoup d’argent – en investissant ces nouveaux champs consuméristes. Et, de surcroît, avec l’hypocrite bonne conscience d’exploiter de manière morale – pardon, de manière éthique – les ressources de la planète et en particulier celles des pays pauvres !

Ce que je vois de durable, c’est l’incommensurable orgueil de penser que la Terre appartient à l’espèce humaine et l’invraisemblable inconscience de croire que nos appétits peuvent indéfiniment, durablement, augmenter et se satisfaire dans une biosphère aux limites pourtant maintenant connues et reconnues.

Tant que nous n’aurons pas tenté un changement dans nos projets et valeurs de vie, je crains bien que ce durable nouveau n’ait aucune chance de s’inscrire dans la durée.

Les riches utilisent davantage les TGV, indiquent les statistiques Julien Milanesi Reporterre 2011/02/10 Julien Milanesi (10 février 2011) Les riches utilisent davantage les TGV, indiquent les statistiques. Reporterre. Transports fr

Les riches utilisent davantage les TGV, indiquent les statistiques

Les études statistiques confirment que les TGV sont d’abord utilisés par les couches les plus prospères de la société.

Selon Guillaume Pepy, président de la SNCF, « en France, 120 millions de voyages sont faits chaque année en TGV, et 70 % par des voyageurs individuels pour raisons familiales, loisirs, tourisme... Ce n’est pas un train de luxe ».[1] Cette opinion est partagée par Jean Sivardière, président de la FNAUT (Fédération nationale des usagers de transport), qui affirmait récemment dans un courrier au site Reporterre que : « en 2009, le TGV a transporté 97 millions de voyageurs. Si seuls les Français riches, dont les hommes d’affaires, utilisaient le TGV, un tel chiffre n’aurait pu être atteint. La clientèle du TGV (comme celle de l’avion) est plus diversifiée socialement qu’on ne le croit généralement. » [2]

Voyons ce que disent les données les plus récentes sur le sujet, récoltées entre 2007 et 2008 lors de la dernière Enquête Nationale Transport et Déplacement (ENTD)[3].

Les plus aisés voyagent davantage

L’observation a malheureusement l’allure de l’évidence, mais plus on est riche et plus on voyage. Selon les services du ministère des Transports, « la mobilité à longue distance[4] (…) demeure très inégalement répartie au sein de la population, près de la moitié des personnes enquêtées n’ayant pas voyagé au cours des trois mois précédant le passage de l’enquêteur. Une partie de la population voyage donc de plus en plus, tandis qu’une part constante ne voyage pas. (…) Une interprétation centrale que nous développerons au fil des notes à venir, est que la mobilité à longue distance, en tant que mobilité non contrainte, est beaucoup plus sensible aux paramètres socioéconomiques que la mobilité locale, et en particulier aux ressources financières résiduelles des ménages disponibles pour les dépenses non contraintes. Elle dépend donc à la fois de l’évolution des revenus, de leur distribution au sein de la population, du poids des dépenses contraintes dans le budget des ménages, mais elle dépend aussi du pouvoir d’achat de ces revenus, et donc du coût d’usage. »[5]

Le nombre de kilomètres parcourus par personne lors de voyages à longue distance varie du simple au quintuple selon qu’on fait partie des 10% de français les plus pauvres (1er décile) ou des 10% les plus riches (10e décile). La mobilité à longue distance augmente avec le revenu, un phénomène accentué par les voyages professionnels.

Ces résultats peuvent être complétés par les données différenciant les voyages selon la catégorie socio-professionnelle (CSP). Celles-ci montrent que les ouvriers voyagent environ quatre fois moins que les cadres (trois fois moins si on ne considère que les voyages personnels) et que plus généralement les employés, les agriculteurs, les chômeurs et les retraités voyagent également moins que les cadres, les professions intermédiaires et les artisans-commerçants.

Plus on est riche, plus on voyage, ceci crée donc un premier biais social dans l’usage du TGV, qui est quasi essentiellement un moyen de transport à longue distance.

Le TGV est un moyen de transport socialement marqué

Resserrons à présent l’analyse sur les voyages à longue distance réalisés en train. L’ENTD montre que ce mode de transport est particulièrement sélectif socialement : les ouvriers ont fait en 2008, en moyenne, 0,4 voyage en train tandis que les cadres en faisaient 4. La comparaison avec la dernière étude réalisée en 1994 montre par ailleurs que cette différence s’est accrue.

Venons en maintenant plus particulièrement à l’usage du TGV. 28 % des déplacements [6] réalisés en TGV en 2008 étaient effectués par des individus appartenant à la catégorie des 10 % les plus riches. A l’opposé, seulement 3 % des déplacements ont été effectués par des individus appartenant aux 10 % les plus pauvres. Si nous élargissons un peu le spectre des revenus, nous constatons que plus de 50 % des déplacements en TGV ont été réalisés par des voyageurs comptant parmi les 30 % de français les plus riches, tandis que moins de 14 % des déplacements concernaient les 30 % les plus pauvres. A l’inverse nous observons sur le même graphique que les autres types de train sont proportionnellement beaucoup plus utilisés par les individus les plus pauvres. La clientèle de ces trains n’est indéniablement pas la même que celle des TGV.

Les usagers du TGV sont en majorité issus de ménages dont la personne de référence est cadre ou a une profession intermédiaire. Ils représentent 56 % des déplacements réalisés avec ce type de train (et 28 % de la population totale) contre 15,4 % pour les ménages d’employés et d’ouvriers (dont la part dans la population totale est de 31 %). A l’inverse les autres trains apparaissent davantage comme des trains d’ouvriers et d’employés [7].

Les résultats de la dernière enquête de grande ampleur sur la mobilité réalisée en France apportent ainsi une image différente de l’usage du TGV que celle qu’en ont les présidents de la SNCF et de la FNAUT. Les données récoltées montrent que les ménages français les plus aisés voyagent beaucoup plus sur des longues distances que les plus pauvres et que l’usage du TGV est socialement marqué en faveur des ménages les plus riches, dont la personne de référence est cadre ou exerce une profession intermédiaire.

L’investissement public dans de nouvelles lignes à grande vitesse n’est donc pas socialement neutre.

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Notes :

[1] Le Monde, 16 octobre 2008

[2] http://www.reporterre.net//spip.php...

[3] Enquête conduite par le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer (MEEDDM), l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) et l’Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS). Les données sont téléchargeables ici.

[4] La mobilité à longue distance est définie dans l’enquête comme l’ensemble des déplacements réalisés par les individus à plus de 80 kilomètres à vol d’oiseau de leur domicile.

[5] Setra, Avril 2010, Fiche 2, "Evolution des volumes et caractéristiques des voyages à longue distance".

[6] "La notion de voyage se réfère à l’ensemble des déplacements effectués par une personne au départ de son domicile jusqu’à ce qu’elle y revienne. (…) Un déplacement est défini comme un mouvement d’une personne entre un lieu de départ, dénommé « origine », et un lieu d’arrivée, dénommé « destination ». Par définition, il est associé à un motif unique, tout changement de motif entraînant un nouveau déplacement." (Setra, Avril 2010, Fiche 2, "Evolution des volumes et caractéristiques des voyages à longue distance").

[7] La distinction entre déplacements professionnels et personnels n’apporte que des modifications marginales à ces résultats. C’est pourquoi nous avons choisi de ne pas la faire apparaître.

Dakar : la déclaration du Forum social mondial Reporterre 2011/02/11 (11 février 2011) Dakar : la déclaration du Forum social mondial. Reporterre. Monde fr

Dakar : la déclaration du Forum social mondial

« Nous affirmons qu’il est possible de construire une mondialisation d’un autre type, à partir des peuples et pour les peuples, et avec la participation fondamentale des jeunes, femmes, paysans et peuples autochtones. »

Déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux

FSM Dakar (Sénégal)- 10 février 2011

Nous, réunies et réunis lors de l’Assemblée des mouvements sociaux du Forum social mondial 2011 à Dakar affirmons l’apport capital de l’Afrique et de ses peuples dans la construction de la civilisation humaine. Ensemble, les peuples de tous les continents mènent des luttes pour s’opposer avec la plus grande énergie à la domination du capital, cachée derrière des promesses de progrès économique et d’apparente stabilité politique. La décolonisation des peuples opprimés reste pour nous, mouvements sociaux du monde entier, un grand défi à relever.

Nous affirmons notre soutien et notre solidarité active aux peuples de Tunisie, d’Egypte et du monde arabe qui se lèvent aujourd’hui pour revendiquer une véritable démocratie et construire un pouvoir populaire. De par leurs luttes, ils montrent la voie d’un autre monde débarrassé de l’oppression et de l’exploitation.

Nous réaffirmons avec force notre soutien aux peuples ivoirien, d’Afrique et du monde dans leurs luttes pour une démocratie souveraine et participative. Nous défendons le droit à l’autodétermination de tous les peuples.

Au sein du processus FSM, l’Assemblée des mouvements sociaux est l’espace où nous nous réunissons avec notre diversité, pour construire nos agendas et luttes communes contre le capitalisme, le patriarcat, le racisme et toute forme de discrimination.

A Dakar, nous célébrons les 10 ans du premier Forum qui s’est tenu à Porto Alegre en 2001. Au cours de cette période, nous avons construit une histoire et un travail communs qui a permis certaines avancées, notamment en Amérique latine, où nous avons réussi à freiner des alliances néo-libérales et concrétiser plusieurs alternatives pour un développement socialement juste et respectueux de la nature.

Au cours de ces 10 ans, nous avons également assisté à l’explosion d’une crise systémique qui s’est déclinée en crise alimentaire, environnementale, financière et économique, et qui a donné lieu à l’accroissement des migrations et déplacements forcés de populations, de l’exploitation, de l’endettement, des inégalités sociales.

Nous dénonçons le rôle des acteurs du système (banques, transnationales, grands médias, institutions internationales,…) qui, à la recherche du profit maximum, continuent leur politique interventionniste via des guerres, des occupations militaires, des supposées missions humanitaires, la création de bases militaires, le pillage des ressources naturelles, l’exploitation des peuples, la manipulation idéologique. Nous dénonçons également la cooptation qu’ils exercent à travers le financement de secteurs sociaux servant leurs intérêts, et leurs pratiques assistentialistes qui génèrent la dépendance.

Le capitalisme détruit la vie quotidienne des populations. Mais, chaque jour naissent de nombreuses luttes pour la justice sociale, pour éliminer les dégâts du colonialisme et pour que toutes et tous obtiennent une qualité de vie digne. Nous affirmons que nous, les peuples, ne devons plus payer pour leur crise et qu’il n’y a pas d’issue à cette crise au sein du système capitaliste. Réaffirmant la nécessité de construire une stratégie commune de lutte contre le capitalisme, nous, mouvements sociaux :

Nous luttons contre les transnationales parce qu’elles soutiennent le système capitaliste, privatisent la vie, les services publics et les biens communs comme l’eau, l’air, la terre, les semences, les ressources minérales. Les transnationales promeuvent les guerres, par le biais de l’engagement d’entreprises privées et mercenaires et de la production d’armes, reproduisent des pratiques extractivistes nuisibles à la vie, accaparent nos terres et développent des semences et aliments transgéniques qui enlèvent aux peuples le droit à l’alimentation et détruisent la biodiversité.

Nous exigeons la souveraineté des peuples dans la définition de leur mode de vie. Nous exigeons la mise en place de politiques qui protègent les productions locales, donnent une dignité aux tâches agricoles et conservent les valeurs ancestrales de la vie. Nous dénonçons les traités néolibéraux de libre échange et exigeons la liberté de circulation pour tous les êtres humains.

Nous continuons à nous mobiliser pour l’annulation inconditionnelle de la dette publique de tous les pays du Sud. Nous dénonçons également, dans les pays du Nord, l’utilisation de la dette publique pour imposer aux peuples des politiques injustes et anti-sociales.

Mobilisons nous massivement à l’occasion des réunions des G8 et G20 pour dire non à ces politiques qui nous traitent comme des marchandises !

Nous luttons pour la justice climatique et la souveraineté alimentaire. Le réchauffement global est un produit du système capitaliste de production, distribution et consommation. Les transnationales, les institutions financières internationales et les gouvernements à leur service ne veulent pas réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Nous dénonçons le « capitalisme vert », et refusons les fausses solutions à la crise climatique comme les agrocarburants, les organismes génétiquement modifiés et les mécanismes de marché de carbone, comme le REDD, qui font miroiter aux populations appauvries des progrès, tout en privatisant et transformant en marchandises les forêts et territoires où ces populations ont vécu pendant des millénaires.

Nous défendons la souveraineté alimentaire et l’accord atteint pendant le sommet des peuples contre le changement climatique qui s’est tenu à Cochabamba, où des véritables alternatives à la crise climatique ont été construites avec les mouvements sociaux et organisations du monde entier.

Mobilisons-nous, tous et toutes, en particulier sur le continent africain, pendant le COP 17 à Durban en Afrique du Sud et à « Rio +20 » en 2012, pour réaffirmer les droits des peuples et de la nature et arrêter l’accord illégitime de Cancun.

Nous défendons l’agriculture paysanne qui et une solution réelle à la crise alimentaire et climatique et signifie aussi l’accès à la terre pour celles et ceux qui la travaillent. Pour cela, nous appelons à une grande mobilisation pour stopper l’accaparement des terres et appuyer les luttes paysannes locales.

Nous luttons contre la violence envers les femmes qui est exercée régulièrement dans les territoires occupés militairement, mais aussi contre la violence dont souffrent les femmes quand elles sont criminalisées parce qu’elles participent activement aux luttes sociales. Nous luttons contre la violence domestique et sexuelle qui est exercée sur elles quand elles sont considérées comme des objets ou marchandises, quand leur souveraineté sur leur corps et leur spiritualité n’est pas reconnue. Nous luttons contre la traite des femmes, des filles et garçons. Mobilisons-nous tous ensemble, partout dans le monde, contre les violences faites aux femmes. Nous défendons la diversité sexuelle, le droit à l’autodétermination du genre, et nous luttons contre l’homophobie et les violences sexistes.

Nous luttons pour la paix et contre la guerre, le colonialisme, les occupations et la militarisation de nos territoires.

Les puissances impérialistes utilisent des bases militaires, pour provoquer des conflits, contrôler et piller les ressources naturelles, et promouvoir des initiatives antidémocratiques comme ils l’ont fait avec le coup d’Etat au Honduras et l’occupation militaire en Haiti. Ils promeuvent guerres et conflits comme ils le font en Afghanistan, Irak, république démocratique du Congo et beaucoup d’autres pays.

Nous devons intensifier la lutte contre la répression des peuples et la criminalisation de leurs luttes et renforcer les liens de solidarite entre les peuples comme le mouvement international de boycott, désinvestissement et sanctions contre Israel. Notre combat se dirige également contre l’OTAN et pour l’élimination de toutes les armes nucléaires.

Chacune de ces luttes implique une bataille des idées dans laquelle nous ne pouvons avancer sans démocratiser la communication. Nous affirmons qu’il est possible de construire une mondialisation d’un autre type, à partir des peuples et pour les peuples, et avec la participation fondamentale des jeunes, femmes, paysans et peuples autochtones.

L’assemblée des mouvements sociaux appelle les forces et acteurs populaires de tous les pays à développer deux actions de mobilisation, coordonnées au niveau mondial, pour contribuer a l´émancipation et l’autodetermination des peuples et pour renforcer la lutte contre le capitalisme.

Nous inspirant des luttes des peuples de Tunisie et d Egypte, nous appelons à ce que le 20 mars soit un jour international de solidarité avec le soulèvement du peuple arabe et africain, dont les conquêtes renforcent les luttes de tous les peuples : la résistance du peuple palestinien et saharaoui, les mobilisations européennes asiatiques et africaines contre la dette et l’ajustement structurel, et tous les processus de changement en cours en Amérique latine.

Nous appelons également à une journée d’action globale contre le capitalisme le 12 octobre, où, de toutes les manières possibles, nous exprimerons notre refus d’un système qui est en train de détruire tout sur son passage.

Mouvements sociaux du monde entier, avançons vers une unité globale pour défaire le système capitaliste !

Nous vaincrons !

Nestlé à Vittel : l’oligarchie à l’oeuvre Sylvain Loisant Reporterre 2011/02/11 Sylvain Loisant (11 février 2011) Nestlé à Vittel : l’oligarchie à l’oeuvre. Reporterre. Tribune — fr

Nestlé à Vittel : l’oligarchie à l’oeuvre

Le fonctionnement de l’oligarchie ne s’exprime pas seulement dans l’ordre politique, mais aussi dans l’économie. Illustration, l’oeuvre de Nestlé à Vittel, dans les Vosges.

Une entreprise est un système oligarchique (le pouvoir de quelques-uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu’ils vont imposer à tous). « Il est de l’intérêt des puissants de faire croire au peuple qu’il est en démocratie », Hervé Kempf. (...) Sous l’effet de la peur de l’avenir, de l’isolement « publicitaire », de l’absence de débat, de la perte des repères familiaux, sociaux, les gens finissent par accepter l’inacceptable, c’est-à-dire une véritable inversion des valeurs. « La démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple ».

Mais quittons ce débat général pour venir sur le terrain de notre bonne commune de Vittel, propriété du groupe Nestlé. Vittel est en effet colonisé par cette entité venue d’ailleurs. Nous la connaissons surtout par sa politique prédatrice appliquée par des cadres supérieurs zélés qui se succèdent à une vitesse qui donne le tournis. La plupart de ces cadres supérieurs n’ont pour port d’attache que leur carriérisme et leurs intérêts personnels. Sans état d’âme, sans aucune attache affective avec notre ville ni avec sa population, ces gens sont les Robocop idéals pour appliquer les règles de leurs maîtres, qui sont aussi nos maîtres : Nestlé.

Un peu d’histoire :

1- Nestlé entre dans le capital de la société (classique).

2- Nestlé augmente le capital (classique).

3- Nestlé devient majoritaire (classique).

4- Quand ils ont eu les mains libres, progressivement Nestlé a éliminé tous les liens qui étaient établis depuis des décennies entre la société des eaux minérales de Vittel et Vittel. Ce processus est bien connu, et dans la logique dite libérale, il apparaît comme une modernité d’une efficacité merveilleuse. C’est-à-dire : éliminer toutes les vieilleries qui coûtent cher et qui ne servent à rien.

5- Pour que toutes ces vieilleries et cette histoire sentimentale soit éliminée, il a fallu donc aussi éliminer tous les cadres qui avaient des attaches avec Vittel. Dans les années 90, des dizaines de cadres Vittellois de coeur ou d’origine ont été remerciés, licenciés, déplacés.

6- Après deux ou trois décennies de patience d’ange, Nestlé s’est aussi débarrassé des thermes et du casino (" vous comprenez ce n’est pas notre coeur de métier "). Comment ce Big Brother sans âme pouvait-il savoir que la vente de l’eau en bouteille avec des racines historiques avec l’eau de santé que représentent les thermes ? Comme quoi, des maîtres du monde peuvent être aussi bête à manger du foin.

7- L’étape suivante consistait à rompre avec les entités historiquement séparées de Vittel et Contrex. Le PDG de l’époque Monsieur D. (sorte de Malcolm X Suisse ?, hollandais ?si, autrichien ?) a donc avec fierté débaptisé les deux usines qui sont devenues ainsi Nestlé Waters, Nord, Sud, Ouest, du dessus, du dessous etc. Je ne sais pas ce que les Vittellois en ont pensé, mais ce fut un énorme choc pour certains d’entre nous.

8- Maintenant, Nestlé allait pouvoir s’attaquer au gros morceau : le démantèlement de tous les acquis sociaux. En effet, les ouvriers coûtent cher, et ils ne foutent rien. Pour le bien de l’entreprise il est bon de diminuer le nombre d’ouvriers et de diminuer leurs salaires honteusement élevés.

Il a donc fallu créer plusieurs concepts : - l’implantation d’un " pipeline " entre Vittel et Contrex a contribué à la perte d’identité et à la solidité des groupes organisés.

- La patience : les anciens ouvriers imprégnés de culture revendicative partent progressivement à la retraite.

- L’utilisation d’employés d’intérim : cette stratégie diminue proportionnellement l’importance des groupes organisés qui entrent un peu en concurrence (les mal payés et les bien payés).

- L’exportation d’une partie des employés vers d’autres sites : Auzinvillier.

Nous avons pu constater ainsi, que la culture populaire de l’usine a disparu progressivement, avec certains coups de boutoir justifié par la providence de l’église libérale : la crise, la concurrence.

Nous avons sans doute oublié beaucoup de choses, mais nous pouvons remercier Nestlé de nous donner un tel exemple d’oligarchie arrogante et conquérante, cela nous servira pour notre combat citoyen pour une redécouverte de la démocratie. Nous attendons aussi avec impatience les nouvelles stratégies que vont concocter les nouveaux cadres supérieur de Nestlé qui vont bientôt nous rendre visite. Nous les commenterons avec plaisir.

Le Venezuela est une démocratie ! Thierry Deronne Reporterre 2011/02/12 Thierry Deronne (12 février 2011) Le Venezuela est une démocratie !. Reporterre. Tribune — fr

Le Venezuela est une démocratie !

Le Venezuela n’est pas un pays parfait. Mais il ne mérite pas le dénigrement systématique que lui appliquent nombre de médias occidentaux. Illustration par une analyse critique d’un article du Monde sur le pays dirigé par Hugo Chavez.

En ce début de 2011 le contraste est saisissant entre la France et le Vénézuéla. Le CEVIPOF, laboratoire de recherches associé au CNRS, indique que seuls 38 % de français font encore confiance à leurs députés et que 57% considèrent que la démocratie ne fonctionne “pas bien” ou “pas bien du tout”. 39 % des français expriment de la méfiance, 23 % du dégoût, 12 % de l’ennui vis-à-vis de la politique (1). Au même moment, l’ONG chilienne indépendante Latinobarómetro classe le Vénézuéla comme un des pays latinoaméricains où la population croit le plus dans la démocratie (84% des citoyen(ne)s). Les chercheurs attribuent ce record de confiance à la concrétisation effective de politiques sociales et économiques attendues par la population (2).

Deux sondages de janvier 2011 dont celui de Datanalisis, proche de l’opposition, montrent que la popularité du président se situe entre 50 et 54 % grâce notamment aux mesures prises en faveur des victimes des inondations, des mal logés et à l’augmentation des budgets sociaux. Pour Latinobarometro, "il est paradoxal que ce soit au Vénézuéla que les gens croient le plus à la démocratie et que ce soit en même temps le pays le plus critiqué sur l’état de sa démocratie”.

Exemple parfait de ce “paradoxe”, un texte paru dans Le Monde du 2 février 2011, sous le titre “Un parlement inutile” (3). Précisons que son auteur, Mr. Langellier, n’enquête pas au Vénézuéla et se contente de traduire depuis l’étranger les titres des médias de droite, majoritaires dans ce pays.

D’emblée l’auteur exprime avec émotion son empathie pour la minorité que ces médias recrutent essentiellement dans la classe moyenne et supérieure. Ces quinze minutes de casserolles “bruyantes”, qui “font écho sur les tours”, ce “fracas”, ce “tintamarre” qui semblent exciter Mr. Langellier, proviennent parfois de CDs où les ustensiles pré-enregistrés s’expriment en boucle, voire de casseroles réelles que la domestique stoïque frappe à la fenêtre à la demande de ses employeurs... avant de replier son tablier et de rentrer chez elle, dans ce barrio où 80 % de la population du Vénézuéla apprend alors par Globovision, à défaut de pouvoir lire Le Monde, que le pays s’est “exprimé massivement pour exiger le départ du dictateur”. sans doute Mr. Langellier espère-t-il remplacer dans la tête de ses lecteurs le Vénézuéla par une ’"Égypte virtuelle".

Selon Mr. Langellier, “en septembre 2010, le président n’a pu empêcher ses adversaires de l’emporter, avec près de 53 % des suffrages. Un "charcutage" préalable des circonscriptions a contenu leur poussée.” C’est faux. Les résultats du Conseil National Electoral ont été validés comme d’habitude par tous les observateurs internationaux.

Le “charcutage” que dénonce Mr. Mr. Langellier, c’est la loi électorale adoptée par l’assemblée nationale, et acceptée par les toutes les parties avant l’élection. Le PSUV obtient 98 sièges sur un total de 165 contre 65 pour la très hétéroclite Coordination de l’opposition. Avec son mélange de scrutin majoritaire et de proportionnelle, la loi électorale reste perfectible. Dans l’Etat très peuplé du Zulia, elle a entraîné une sous-représentation du camp bolivarien : bien qu’ayant obtenu 44,4% des voix, il n’a obtenu que deux députés sur douze.

Mr. Langellier prend ses désirs pour la réalité lorsqu’il affirme comme le quotidien espagnol El País et la plupart des grands médias, que l’oppostion a battu le gouvernement avec.. 52% des voix. Ce mensonge de la droite consiste à engranger des voix de petits partis indépendants qui ne s’identifient pas à elle. Les chiffres officiels et validés internationalement montrent que les candidats bolivariens ont rassemblé 5.399.574 voix contre 5.312.293 pour l’opposition, soit 46,23 % des suffrages exprimés contre 45,48 %. (4)

La courte victoire du camp révolutionnaire dans cette élection intermédiaire exprime un mélange d’impatience et de mécontentement justifiés par certains échecs et par la lenteur des changements. Et même si l’accès aux bureaux de vote pour les secteurs populaires (qui font, répétons-le, 80 % de la population) s’est sensiblement amélioré, il reste des efforts à faire pour qu’ils jouissent du même confort logistique que la classe moyenne.

Le secrétaire général de l’OEA (Organisation des États Américains) José Miguel Insulza, pourtant plus sensible aux thèses de Washington qu’à celles de Caracas, a déclaré le 5 février 2011 que “les élections qui ont eu lieu ces dernières années au Vénézuéla ont été parfaitement normales et nous ne voyons pas pourquoi il n’en serait pas ainsi dans l’avenir” (5)

Parce que le Vénézuéla a prévu, comme n’importe quelle démocratie, une responsabilité juridique pour ceux qui appelleraient au meurtre ou aux coups d’État à travers un média, Mr. Langellier dénonce que “radio, télévision et Internet sont contrôlés plus strictement”.

C’est faux. Le professeur de journalisme Aram Arahonian, directeur de la revue Question et l’intellectuel vénézuélien Luis Britto García rappellent qu’en 2011 l’opposition possède 90% du pouvoir comunicationnel, d’où elle lance des épithètes dénigrants contre la majorité du peuple vénézuélien – comme “singes, “plèbe”, “hordes”, “édentés” et autres adjectifs de discrimination ethnique et sociale (6) et d’où elle appelle régulièrement au coup d’État contre un president élu, comme l’a fait le chef du patronat en décembre 2010 (7).

Une étude du Centre pour la Recherche Économique et Politique (CPER) basé à Washington sur les télévisions vénézuéliennes – médias les plus influents du pays – montre qu’en 2010 les chaînes publiques ne font que 5,4 % d’audience alors que les chaînes privées font 94,5 % (neutres pour les moins politisées, radicalement opposées au gouvernement d’Hugo Chavez pour la majorité) (8). La proportion est la même pour la radio et pour la presse écrite.

Récemment le gouvernement argentin a promulgué une loi pour démocratiser le latifundio médiatique. Celle-ci répartit le spectre radio-électrique de manière plus équilibrée : 33% des ondes au secteur public, 33% à l’associatif et 33% au commercial. Aussitôt les grands groupes privés qui possèdent les médias ont crié à la “dictature”.

“La censure d’Internet au Vénézuéla” est un des thèmes favoris de la désinformation mondiale contre la révolution bolivarienne. Pourtant, même un opposant comme Federico Ravell, ex-directeur de Globovision (chaîne dont Mr. Langellier annonça faussement la fermeture imminente en 2009 (9)) et actuel gérant d’une Web de news a reconnu en janvier qu’il n’y a aucune restriction : “En toute honnêteté, je dois dire que nous ne sommes sentis en rien limités” (10).

En janvier 2011 l’UNESCO a décerné un prix au Vénézuéla pour la création d’un réseau national d’Infocentres qui connecte et forme gratuitement des centaines de milliers de citoyen(ne)s jusqu’ici exclu(e)s des technologies massives de l’information (11). Le gouvernement bolivarien a imposé l’usage de logiciels libres dans toute l’administration publique. Un des "gourous" de la communauté du logiciel libre, Richard M. Stallmann, recommande que l’on étudie les avancées du Vénézuéla dans ce domaine (12). Twitter a fait son entrée dans tous les secteurs politiques. Le compte du président a dépassé le million de lecteurs et d’interlocuteurs. Il peut ainsi vérifier de première main la mise en oeuvre, les problèmes ou les retards dans l’application des programmes sociaux. (13)

Comble de l’ironie, la seule censure exercée sur Internet a été commise par des “Anonymous hackers” qui ont bloqué depuis l’étranger plusieurs sites… de l’Etat vénézuélien au nom de “la lutte contre Chavez, ennemi d’Internet” ! Preuve que la campagne mondiale de manipulation a porté.

En 2008 déjà Mr. Langellier dénonçait la nouvelle loi de l’éducation parce qu’elle prévoyait une éducation critique aux médias dans les écoles, et préparait donc “la censure de la presse” (sic). Deux ans plus tard il n’en est rien, au point que l’opposition qui avait fait campagne sur ce thème, n’en parle même plus. (14)

Le “journalisme” de Mr. Langellier fonctionne ainsi, au fil des années : un bric-à-brac d’effets d’annonce empruntés aux médias de droite vénézuéliens, sans droit de suite pour le lecteur. “Toutes les commissions parlementaires sont sous contrôle du pouvoir”. C’est faux. La plupart des commissions reviennent, démocratiquement, à la majorite élue. Mais de nombreux artistes sont préoccupés par la nomination à la tête de la Commission de la Culture de Miguel Angel Rodriguez, un animateur pugnace de RCTV (15) – cette télévision de droite dont Mr. Langellier avait faussement annoncé la fermeture en 2009 (16)). Rodriguez souhaite le retour à une culture plus “classique”, c’est-à-dire avec un peu moins de participation populaire…

Mr. Langellier affirme que les débats parlementaires sont contrôlés par le pouvoir, qui peut ainsi “éliminer les gêneurs”. C’est faux. Ce mardi 8 février 2011 les Vénézuéliens ont eu droit à la retransmission en direct et sur toutes les chaînes d’un débat passionné. Pendant près de huit heures les députés de l’opposition ont pu interpeller et critiquer, parfois virulemment, plusieurs ministres bolivariens. Cette séance de questions se poursuivra dans les semaines prochaines avec d’autres membres du gouvernement.

Ironie de l’Histoire : plusieurs députés de l’opposition furent les acteurs du coup d’État sanglant de 2002 qui renversa le président élu pour le remplacer par le chef du patronat. Ils applaudirent alors le décret putschiste qui dissolvait l’Assemblée Nationale. Le premier député d’opposition à interpeller le gouvernement, Enrique Mendoza, fit fermer VTV, l’unique chaîne publique. C’est cette télévision qui transmet aujourd’hui sa parole intégrale, en direct, à l’ensemble de la population…

Mr. Langellier occulte le fait que les diverses institutions républicaines - qu’il qualifie de “chavistes” - comme le Tribunal Suprême de Justice ou les commissions parlementaires sont issues des décisions légitimes d’une assemblée élue au suffrage universel.

Ainsi, parce qu’une “loi d’habilitation” a été approuvée par les députés, sur base de la constitution, pour permettre au président de légiférer et de prendre les mesures d’urgence pour reloger des dizaines de milliers de victimes d’inondations catastrophiques, Mr. Langellier s’empresse de faire croire au lecteur (comme le font tous les grands médias) que “le parlement est inutile”. C’est faux : le parlement continue de son côté à discuter des lois et à légiférer comme en temps normal. Mieux : on n’a jamais vu au Vénézuéla un tel bouillonnement de lois d’initiative populaire. Syndicats, mouvements paysans, groupes féministes, victimes d’escroqueries immobilières, associations de locataires et de concierges : le parlement bruisse de projets législatifs. Les organisations citoyennes manifestent, débattent, critiquent les lois existantes ou en proposent de nouvelles, dans la rue, à la télévision, dans les réunions avec les députés et le président - loi sur le droit des travailleurs, loi contre l’impunité pour les "disparitions" ou les "tortures" commises sous les régimes “démocratiques” d’avant Chavez, loi sur le droit locatif, loi sur l’éducation, etc.. au point que l’Assemblée Nationale vient de créer un centre de réception des projets citoyens.

Toutes les lois que Mr. Langellier et la droite vénézuelienne traitent de “paquet cubain” et qu’ils accusent de renforcer le contrôle de l’État, sont, au contraire, un des moteurs de la démocratisation. La loi du pouvoir comunal, approuvée par l’assemblée en 2010, approfondit la démocratie participative. Elle permet aux comunes et aux conseils communaux de diriger et de réaliser des travaux publics, de les superviser, de les financer. Plus de 40.000 de ces conseils communaux agissent déjà au Vénézuéla, outil efficace de la participation populaire.

« L’opposition dit qu’avec ces réformes, les parlements régionaux et les mairies vont disparaître, mais c’est faux. Ces institutions sont replacées dans une véritable unité dynamique. Désormais, au lieu d’avoir un gouverneur dans l’incapacité de résoudre un problème, les Communes pourront immédiatement y répondre », explique Ulises Daal, un des députés qui ont défendu la loi (17).

Une des innovations majeures est le Conseil de l’Economie Communale, instance chargée de promouvoir le développement économique de la Commune. Son rôle sera de surveiller, évaluer et exercer le contrôle social sur les projets et les activités d’intérêt collectif. La Banque des Communes se charge de tout ce qui tient à la gestion économique de caractère social : administration, transfert, collecte et contrôle des ressources. Depuis 2008 le transfert de l’État aux organisations citoyennes atteint une dizaine de milliards de dollars (18).

Le nouveau règlement parlementaire, que Mr. Langellier dénonce comme “une camisole de force” satisfait une vieille revendication des députés : disposer du temps suffisant de parcourir sa circonscription, à la rencontre des habitants et de leurs problèmes. Il veille ainsi à ce que certains parlementaires n’oublient pas la mission pour laquelle ils ont été élus.

Démocratie politique, très bien, mais justice sociale ? Rappelons, car Mr. Langellier n’en dira rien à ses lecteurs, que l’ONU, l’UNESCO, la CEPAL, le PNUD et la FAO ont confirmé récemment dans leurs rapports publics que le Vénézuéla a réussi à faire baisser de manière importante la pauvreté, à promouvoir la souveraineté alimentaire, la santé et l’éducation publiques pour tous, et qu’il est devenu en douze ans de révolution un des pays les plus égalitaires de la région (19).

Le mensonge final de Mr. Langellier reprend les campagnes du FN local sur “la gabegie financière de la présidence”. Cynique, il conclut : “Après tout, la révolution n’a pas de prix”.

Par contraste avec les présidences antérieures célèbres pour leurs fêtes très somptueuses, l’actuelle présidence du Vénézuéla a créé divers services qui attribuent quotidiennement des pensions à des personnes âgées qui n’ont jamais cotisé à la sécurité sociale ou des financements pour des patients cardiaques qui n’ont pas les moyens de payer des opérations de haut niveau. Comme les autres ministères, le palais présidentiel vient de déménager certains de ses services pour pouvoir accueillir, loger, nourrir et appuyer la réinsertion sociale des familles de victimes des inondations de décembre 2010.

Peut-être que le dégoût des Français envers la politique provient-il aussi de cette grave inintelligence du monde entretenue par des médias cotés en bourse. Un matin, le réveil sonne, des peuples surgissent du silence, on ne comprend pas. Comme la Tunisie ou l’Egypte, le Vénézuéla fut aussi une carte postale. En 1989 son peuple manifestait contre les mesures néo-libérales du FMI et fut massacré sur ordre du président social-démocrate Carlos Andrés Pérez. De jeunes officiers “nassériens”, parmi lesquels un certain Hugo Chavez, indignés par la répression, décidèrent de se rebeller au nom de la pensée d’un certain Simón Bolívar :”Maudit le soldat qui retourne son fusil contre le peuple”.

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Notes :

Pour l’adresse complète des liens, voir la Source originale, indiquée après les notes.

1. CEVIPOF, baromètre de la confiance politique : http://www.cevipof.com/fr/le-barome...

2. Voir http://laradiodelsur.com/?p=1298

3. “De l’inutilité d’un Parlement, Le Monde, 02.02.11, http://www.lemonde.fr/ameriques/art...

4. Lire “Une défaite à l’envers”, de Renaud Lambert, le Monde Diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/ca...

5. Déclarations de José Miguel Insulza, http://www.abn.info.ve/node/41764

6. Aram Arahonian, “un polo para descongelar la revolución”, http://www.rebelion.org/noticia.php...

7. Lire, de Eva Golinger, “Quelques points sur les “i” à propos du Vénézuéla et de Hugo Chavez”, 9 janvier 2011, http://www.larevolucionvive.org.ve/...

8. “Médias et Vénézuéla : qui étouffe qui ?” http://www.monde-diplomatique.fr/ca...

9. Voir http://www.legrandsoir.info/Le-Mond.... Autre exploit journalistique : le 2 octobre 2009, Mr. Langellier avait relayé la campagne du Parti de la Presse et de l’Argent brésilien reprochant au président Lula d’accueillir dans son ambassade au Honduras le président Zelaya, victime d’un coup d’État qui a ramené son pays à l’ère des escadrons de la mort et des traits de libre commerce.

10. Interview de Federico Ravell parTelesur, http://www.telesurtv.net/secciones/...

11. Voir sur le site de l’UNESCO ; http://portal.unesco.org/geography/...

12. Voir http://www.somoslibres.org/modules.php ?name=News&file=article&sid=650

13. Voir http://www.medelu.org/spip.php?arti...

14. Voir « Mr. Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets », http://www.alterinfos.org/spip.php?...

15. Voir http://www.rctv.net/galerias/Galeri...

16. “La fuite en avant de Hugo Chavez”, de JP Langellier, http://www.lemonde.fr/idees/article...

17. Sur la loi du pouvoir communal, voir http://www.larevolucionvive.org.ve/...

18. Interview récente de la jeune Ministre de la Commune Isis Ochoa : http://www.mpcomunas.gob.ve/noticia...

19. Voir notamment l’article du quotidien chilien El Ciudadano —http://www.elciudadano.cl/2009/02/1...

Forum social : la colère gronde en Afrique Attac Reporterre 2011/02/13 Attac (13 février 2011) Forum social : la colère gronde en Afrique. Reporterre. fr

Forum social : la colère gronde en Afrique

« Les soulèvements pour la démocratie en Tunisie, en Egypte et ailleurs en Afrique ont marqué profondément le Forum et sont un immense espoir pour les luttes du continent et dans le monde entier »

Au dernier jour du Forum, l’heure est au bilan. Dans le contexte de crise mondiale et de crise de civilisation occidentale, dix ans après le premier Forum social mondial à Porto Alegre, deux ans après celui de Belem qui confirmait le dynamisme et l’extraordinaire diversité du mouvement altermondialiste en Amérique latine, celui de Dakar prouve que ce mouvement se renforce en Afrique.

Après la rédaction d’une Charte mondiale pour les migrants à Gorée et le Forum sciences et démocratie, une grande manifestation a vu 70 000 personnes défiler pour l’ouverture du Forum mondial et près de 75 000 participants se sont réunis autour d’un millier d’ateliers. Certes, il a fallu faire face aux difficultés d’organisation, liées au surnombre d’activités et à des problèmes avec l’université d’accueil. Mais l’“esprit” Forum était bien là, de même que la participation importante des mouvements de femmes dont la détermination a marqué ce forum, et des mouvements africains et sénégalais, en pleine ébullition. Ce fut aussi pour nous l’occasion de la création spontanée d’Attac Sénégal, et d’une rencontre entre les Attac d’Afrique d’une dizaine de pays et nos militants européens, japonais, argentins...

Les soulèvements pour la démocratie en Tunisie, en Egypte et ailleurs en Afrique ont marqué profondément le Forum et sont un immense espoir pour les luttes du continent et dans le monde entier. “Une dictature sanglante vient d’être vaincue” : ce cri de Fathi Chamki, d’Attac Tunisie, a embrasé l’assemblée des mouvements sociaux, qui s’est tenue jeudi dans une salle bondée d’un millier de personnes. Et quand la rumeur du départ de Moubarak a circulé, tous étaient convaincus qu’“un autre monde” est possible.

D’ores et déjà, la date du 20 mars a été retenue pour des initiatives de solidarité avec ces luttes pour la démocratie. La colère gronde en Afrique, parce que le capitalisme néolibéral, avec la marchandisation du monde, a entamé une nouvelle offensive, avec un accaparement à grande échelle de toutes les ressources naturelles et des terres. De très nombreux ateliers portaient sur les luttes locales qui s’organisent face à l’expropriation des populations par les multinationales, les grands investisseurs et les pays riches.

Les “assemblées pour l’action” tenues pendant les deux derniers jours, ont été l’occasion de préparer les mobilisations internationales, en leur donnant un ancrage local. La conférence des Nations unies à Durban sur le réchauffement climatique en novembre 2011, la conférence “Rio +20” à Rio de Janeiro suite au Sommet de la terre de 1992 et le Forum mondial de l’eau à Marseille en 2012 sont trois rendez-vous majeurs pour les luttes pour la justice climatique, celles contre l’accaparement des ressources et pour la préservation des biens communs. Le 18 décembre prochain sera une journée de mobilisation internationale pour le respect des droits des migrants et le droit à la libre circulation. Enfin, les organisations françaises ont une responsabilité importante dans la préparation d’une mobilisation internationale face aux G8 et G20, qui se tiendront en France en mai et novembre prochains. De l’”assemblée pour l’action”, qu’Attac a organisée avec de nombreux autres partenaires, est sorti un appel à mobilisation, qui devra être la plus internationale et la plus large possible.

Gaz de schiste : des explorations ont déjà eu lieu en France Cécile Duflot Reporterre 2011/02/14 Cécile Duflot (14 février 2011) Gaz de schiste : des explorations ont déjà eu lieu en France. Reporterre. fr

Gaz de schiste : des explorations ont déjà eu lieu en France

Des explorations de gaz de schiste ont déjà eu lieu en France, révèle le site Mediapart, qui souligne que Nathalie Kosciusko-Morizet n’en a pas fait état.

Contrairement à ce qu’avait laissé entendre Nathalie Kosciusko-Morizet ces derniers jours, il y a déjà eu des forages d’exploration de gaz de schiste en France. D’après un document de la DRIRE de Midi Pyrénées, deux forages ont été réalisés en 2007 (en Haute Garonne et en Ariège) dont l’un par fracturation hydraulique.

Ces dernières semaines, la ministre de l’écologie avait d’abord cherché à minimiser les risques sanitaires et environnementaux liés à cette technique d’extraction d’hydrocarbures « non conventionnelles », en assurant « qu’elle était réservée à la phase d’exploitation », ce qui est faux comme le montre le document de la DRIRE.

Le 10 février, à l’issue d’une rencontre avec les industriels détenteurs de permis, elle a pourtant annoncé « la suspension des travaux d’exploration des gaz de schiste et de fracturation hydraulique » en attendant les résultats de la mission d’information visant à « éclairer le gouvernement sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux des (…) gaz et huiles de schiste », commandée en urgence début février.

Les révélations du site Mediapart

Contrairement à ce qu’avait laissé entendre Nathalie Kosciusko-Morizet ces derniers jours, il y a déjà eu des forages d’exploration de gaz de schiste en France. D’après un document de la DRIRE de Midi Pyrénées, deux forages ont été réalisés en 2007 (en Haute Garonne et en Ariège) dont l’un par fracturation hydraulique.

Ces dernières semaines, la ministre de l’écologie avait d’abord cherché à minimiser les risques sanitaires et environnementaux liés à cette technique d’extraction d’hydrocarbures « non conventionnelles », en assurant « qu’elle était réservée à la phase d’exploitation », ce qui est faux comme le montre le document de la DRIRE.

Les révélations du site Mediapart nous apprennent aujourd’hui que la ministre était bien au courant que des forages par fracturation hydraulique avaient déjà été réalisés, technique qu’elle qualifie aujourd’hui de « classique » et dont elle semble à nouveau minimiser la dangerosité.

Le manque de transparence de la part de la ministre de l’Ecologie, qui modifie son discours en moins de 24h n’est guère rassurant. Résistera-t-elle à la pression des lobbys, comme en atteste les déclarations de Christophe de Margerie qui s’agace de la polémique qui est en train de naitre ?

Les conclusions de la rencontre entre Nathalie Kosciusko-Morizet, Eric Besson et les industriels du secteur laissaient les écologistes très perplexes. La volte-face de la ministre face aux révélations appelle à la plus grande vigilance.

Europe Ecologie demande à Nathalie Kosciusko-Morizet une véritable transparence et l’annulation de tous les permis qui ont été engagés, notamment par l’irresponsabilité de Jean-Louis Borloo.

A la Saint Valentin, prépare l’expulsion des squatters Jeudi Noir Reporterre 2011/02/14 Jeudi Noir (14 février 2011) A la Saint Valentin, prépare l’expulsion des squatters. Reporterre. fr

A la Saint Valentin, prépare l’expulsion des squatters

Un immeuble appartenant à la compagnie Axa était vide depuis des années, en plein Paris. Les squatteurs l’ont occupé. La justice décidera le 15 février s’ils doivent être expulsés.

Le 15 février 9h30 les habitants du bâtiment du 22 avenue Matignon seront fixés sur leur sort avec la décision du tribunal du 8e. Risque d’expulsion dans la foulée ou le 16 au petit matin.

Point presse à 11h, rassemblement de soutien à 18h.

Depuis le 27 décembre 2010, une trentaine de membres du collectif Jeudi Noir (travailleurs précaires, étudiants et familles mal-logées) habitent au 22 avenue Matignon.

Le 15 février, ils sauront si la justice accorde au propriétaire AXA un titre d’expulsion. Comme explique Maxim, habitant des lieux, « c’est très probable, mais la vraie question, c’est : est-ce qu’Axa demandera le concours de la force publique, est ce qu’ils assumeront d’expulser 30 personnes en plein hiver pour garder vide un bâtiment ? »

Si cette réquisition citoyenne offre un répit au cœur de l’hiver, elle vise surtout à dénoncer l’indifférence du gouvernement vis-à-vis d’une crise du logement qui s’aggrave à mesure que se gonfle la bulle immobilière. Alors que le Gouvernement n’a d’autre réponse à apporter aux mal-logés que la répression renforcée par la loi LOPPSI2, la réquisition du 22 avenue Matignon prend encore plus de sens et devient le navire amiral d’une société qui refuse un gouvernement liberticide.

Les galériens continuent de croire en une convention de bail précaire pour réconcilier droit au logement et droit de ne rien faire de sa propriété. Mais quand on dit ne rien faire, on dit vraiment ne rien faire, en témoigne cette vidéo de septembre 2010 où un copropriétaire montre que le bâtiment était ouvert aux quatre vents.

Peut-être que la Saint-Valentin réconciliera le gouvernement avec le droit d’avoir un toît.

Au quotidien, la force publique exerce toujours un blocus illégal et ridicule du bâtiment. Depuis le 7 janvier, la Préfecture assiège littéralement le bâtiment : après avoir bloqué l’entrée de nourriture pendant 48 heures, ce sont depuis cinq semaines duvets, radiateurs et autres biens nécessaires au quotidien qui ne peuvent entrer. Chaque fois, ce sont d’interminables discussions pour laisser entrer dans le bâtiment un radiateur pour se chauffer, jusqu’aux tabourets ou... aux pommes ! A croire que la police n’a rien de mieux à faire…

Gaz de schiste : le code minier vient d’être réformé pour faciliter l’exploration Corinne Lepage Reporterre 2011/02/15 Corinne Lepage (15 février 2011) Gaz de schiste : le code minier vient d’être réformé pour faciliter l’exploration. Reporterre. fr

Gaz de schiste : le code minier vient d’être réformé pour faciliter l’exploration

Le 19 janvier, le gouvernement a discrètement adopté une réforme du Code minier qui facilite les procédures que doivent suivre les prospecteurs.

Alors que le Gouvernement français vient de suspendre très provisoirement les autorisations de recherche sur les gaz et huiles de schiste en raison de la mobilisation des écologistes et de la population face aux risques posés par les technologiesd’exploration et d’extraction (forages horizontaux avec fracturation hydraulique), le Conseil des Ministres du 19 janvier a approuvé une ordonnance portant codification de la partie législative du code minier en vue de « moderniser et simplifier les dispositions applicables aux exploitations minières en veillant à leur intégration dans l’environnement ». Cette ordonnance, prise sur la base de l’article 38 de la Constitution, a été signée sans délai et publiée au Journal Officiel.

Malgré les discours rassurants, l’analyse de ce texte montre en réalité que la France a décidé de brader le sous-sol et ses ressources en simplifiant les procédures et sans prendre les garanties qui s’imposent.

Cette ordonnance, signée du Président de la République, du Premier Ministre, du Ministre de l’Economie, du Ministre chargé de l’Industrie, du Ministre de l’Intérieur et du Ministre de l’Ecologie simplifie la vie des prospecteurs et exploitants des hydrocarbures non conventionnels, mais aussi celle de ceux qui voudront stocker le carbone ou exploiter les ressources sous-marines sans se soucier de l’alerte lancée par les écologistes, notamment par CAP21 (http://www.deleaudanslegaz.com) dès début décembre.

Ce texte, qui devrait être soumis pour ratification au législateur, est en parfaite contradiction avec les engagements communautaires et internationaux de la France, et ne respecte pas la charte de l’environnement adossée à la Constitution : pas d’enquête publique ou de concertation pour les permis de recherche, passage quasi-automatique du permis de recherche à l’autorisation d’exploitation, documents de prospection non communicables au public pendant 20 ans pour les hydrocarbures, prolongations des autorisations de recherche pendant 10 ans sans mise en concurrence (2 renouvellements de 5 ans), pas de garanties financières pour les autorisations existantes avant 2014, absence de sanction en cas de dommages à l’environnement ou de non respect des autorisations administratives lors de l’exploration, facilités à entrer et occuper le terrain d’autrui.

Ainsi, par le biais des permis de recherche qui ne sont soumis à aucune concertation et aucune enquête publique, des régions entières pourraient se voir bouleversées dans leur mode de vie, dans leur environnement, dans le droit des propriétaires et des habitants en général.

Ne soyons pas naïfs. La fracturation hydraulique a déjà commencé en France. Des sociétés comme Toréador, dont un vice-président n’est autre que le demi-frère de Patrick Balkany, l’ont déjà utilisée sur notre territoire, et s’apprêtent à le faire dans l’Aisne ou en Seine et Marne.

Les mouvements de capitaux sont importants pour conquérir ce nouvel eldorado énergétique, les industriels s’organisent, préparent la riposte, Total « s’agace »….

C’est la raison pour laquelle Corinne Lepage et son parti, CAP21, ont décidé d’engager un recours devant le Conseil d’Etat pour attaquer l’ordonnance. Ils demandent au Gouvernement de reprendre cette réforme du Code Minier qui brade notre territoire et nos ressources, et dans tous les cas de la soumettre au débat et au vote parlementaire.

L’étrange sens du mot « investir » Yves Jaffrennou Reporterre 2011/02/15 Yves Jaffrennou (15 février 2011) L’étrange sens du mot « investir ». Reporterre. Tribune — fr

L’étrange sens du mot « investir »

« Investissons-nous, avant que la folie vaniteuse de quelques-uns n’entraîne, pour tous, une définitive catastrophe. »

Nous utilisons quotidiennement des vêtements, dont parfois une veste, mais il est difficile de penser que le terme investir fait partie de la même lignée familiale tant les sens de ce verbe se sont éloignés de la souche originelle. Et pourtant, investire en latin, c’est se couvrir, s’envelopper d’un vêtement. Nous comprenons mieux, sachant cela, pourquoi revêtir quelqu’un d’un pouvoir, d’une charge, d’une mission, lors d’une cérémonie d’investiture, c’est comme l’envelopper, symboliquement parlant, des attributs de cette charge ou de ce pouvoir. Être investi c’est être habilité à les exercer.

Un autre sens, datant lui aussi du début de la Renaissance, se développe, dans le domaine militaire cette fois. Investir une ville, une place forte, c’est l’assiéger, c’est mettre des troupes tout autour – l’envelopper ! – pour en contrôler les entrées et les sorties, pour l’affamer éventuellement avant d’en donner l’assaut. Peut-être tiquerez-vous en entendant cette définition.

Actuellement, en effet, lorsqu’on nous dit qu’on a investi militairement un lieu, nous comprenons plutôt qu’on est entré dans le lieu en question et même qu’on en a, au moins partiellement, le contrôle. Il est intéressant de voir comment la signification d’un mot est en train de se transformer sous nos yeux ou plutôt sous nos oreilles. Sous l’influence des concepts psychanalytiques, en effet, investir une activité, un objet, par exemple « investir sa parentalité », consiste à mettre son énergie dans le fait d’avoir un enfant et d’en assumer les conséquences quelles qu’en soient les tonalités. De là, depuis un quart de siècle environ, l’emploi pronominal du verbe : « il s’investit dans sa profession, dans sa passion de la musique », etc.

Si bien que, par contamination de cet emploi devenu courant, le terme, au sens militaire – et sans que les dictionnaires en fassent encore mention – tend à signifier de plus en plus « entrer dans une place ». Sans doute la proximité phonique de termes comme envahir, invasion, invasif, a-t-elle contribué parallèlement à l’évolution actuelle d’investir.

Tout ce qui précède ne rend toutefois pas compte de l’étendue moderne d’investir. Attesté depuis 1922 et repris de l’anglais to invest, le terme a, si l’on peut dire, investi le vaste domaine de l’économie. Deux ans plus tard, apparaît le substantif investissement. Encore cinq années et c’est 1929. Y a-t-il un enseignement à tirer de cette proximité ? Ceci est un autre problème qu’il faudrait analyser en évoquant le terme crise, mot du jour s’il en est, lui aussi !

Quoi qu’il en soit, désormais lorsque nous entendons ou lisons : investir dans les subprimes, investissement à moyen terme, des masses de capitaux, des transactions commerciales à l’infini s’imposent à l’esprit, au point que, sur wikipédia, par exemple, si l’on cherche le terme investir, il n’est pratiquement fait mention que de ce sens économique et commercial. Est-ce à dire que, comme une marée, son flux envahit et submerge les autres emplois ?

C’est plus subtil et malheureusement plus révélateur de la marche de notre monde. Ce n’est pas un hasard : dans un système économique fondé sur des rapports agressifs pour conquérir matières premières, marchés, et de plus en plus main d’œuvre à vil prix, dans un système de concentration des entreprises mondialisées, d’OPA hostiles, de destruction de postes de travail par millions, dans un système qui peut aller jusqu’à susciter des conflits armés comme en Irak, avec des justifications trompeuses, le sens économique et le sens militaire d’investir se rejoignent et au bout du compte se superposent, pour la désolation des peuples mais pour le plus grand profit de ce qu’on nomme le complexe militaro-industriel.

Alors, investissons-nous, peut-être en est-il temps encore, dans la quête d’un mode de vie qui peut faire barrage au raz de marée bientôt incontrôlable des valeurs sur lesquelles repose l’économie mondiale contemporaine. Investissons-nous, avant que la folie vaniteuse de quelques uns n’entraîne, pour tous, une définitive catastrophe.

Les conflits d’intérêt au coeur de la Commission européenne Alter EU Reporterre 2011/02/16 Alter EU (16 février 2011) Les conflits d’intérêt au coeur de la Commission européenne. Reporterre. fr

Les conflits d’intérêt au coeur de la Commission européenne

Les commissaires européens de Bruxelles passent fréquemment au privé une fois leur mandat achevé, révèle la coalition citoyenne Alter EU. C’est une source inacceptable de conflits d’intérêts, c’est-à-dire de soumission aux intérêts privés des décisions publiques.

A l’occasion de son séminaire du 3 février sur les conflits d’intérêts, la coalition citoyenne Alter EU a publié un dossier sur le pantouflage des anciens Commissaires européens, qui passent fréquemment à des postes dans l’industrie, voire dans des cabinets de lobbying, ce qui provoque de multiples conflits d’intérêts, alors même que ces ex-Commissaires perçoivent des indemnités pour prévenir ce type de problème. Le projet de nouveau Code de conduite actuellement à l’étude est très insuffisant.

Voici la traduction du résumé de cette publication :

Le pantouflage (ou « portes tournantes ») entre les institutions européennes et le secteur privé est de plus en plus fréquent, entraînant une série de conflits d’intérêts. Il y a peu de chances pour que cela change, à moins que la proposition de la Commission européenne pour la révision du Code de conduite des Commissaires ne soit améliorée de façon substantielle. La coalition citoyenne Alter EU estime que ce Code de conduite devrait intégrer une définition claire du lobbying et des conflits d’intérêts et empêcher les ex-Commissaires de prendre une fonction en lien avec des activités de lobbying pendant une période d’au moins trois ans.

Depuis la fin du dernier mandat de la Commission, début 2010, presque la moitié du premier collège des Commissaires de José Manuel Barroso (Günter Verheugen, Charlie Mc Creevy, Benita Ferrero-Waldner, Joe Borg, Meglena Kuneva et Louis Michel) sont passés au privé, prenant des fonctions dans des entreprises ou des associations professionnelles d’industries - et souvent des emplois impliquant des activités de lobbying. L’ancien Commissaire Pierre Mandelson (devenu Lord Mandelson), qui a quitté la Commission en 2008 pour retourner à des fonctions politiques au niveau national, a également rejoint l’industrie du lobbying en 2010.

Le pantouflage implique le risque d’un conflit d’intérêt entre la loyauté due au précédent employeur – la Commisison européenne – et les demandes probables du nouvel employeur. Dans plusieurs de ces cas, le risque d’un conflit de ce genre est très tangible. Le précédent Commissaire au marché intérieur, Charlie Mc Creevy, par exemple, a été recruté par la compagnie d’investissement financier NBNK Investments PLC, compagnie créée spécialement pour profiter des règles que Mc Creevy avait mis en place quand il était Commissaire européen. Ces règles ont conduit à renflouer des compagnies financières comme Lloyds TSB et Allied Irish Banks (AIB), à qui il a été demandé de vendre une partie de leurs actifs. NBNK avait l’intention de se constituer en une nouvelle grande banque, en acquérant ces actifs. En octobre 2010, la Commission a décidé pour la première fois de rejeter la demande d’un ancien commissaire, bloquant le projet de Mc Creevy, mais cette décision était exceptionnelle, comme le montre la façon dont les demandes de mouvement des cinq autres Commissaires ont été traitées. Le poste de Mc Creevy en tant que directeur a Ryanair a été approuvé, bien que sa fonction impliquait clairement de faire du lobbying en direction de la Commission. L’ancien Commissaire aux entreprises et à l’industrie Günter Verheugen a co-fondé sa propre société de conseil en lobbying ; et n’en a pas parlé à la Commission, alors même que celle-ci réclamait des informations sur ses projets. Cela fait six mois à ce jour (février 2011) que l’activité de conseil de Verheugen est connue, et la Commission n’a toujours pris aucune décision officielle sur cette affaire.

L’ancien commissaire autrichien Benita Ferrero-Waldner, qui était en charge du portefeuille des relations extérieures, a pris des responsabilités au sein du géant des réassurances Munich Re et de la campagne d’énergie Gamesa. Les deux compagnies ont de gros intérêts financiers dans le Plan Solaire Mediterranéen (également connu sous le nom de « Projet du Désert), que Ferrero-Waldner avait soutenu avec enthousiasme quand elle était Commissaire.

L’application peu énergique des règles actuelles qui sont laxistes constitue une part essentielle du scandale. Le nouveau Code de conduite qui est proposé ne répond pas de façon effective à ces problèmes. La Commission s’appuie actuellement sur les conseils d’un Comité d’éthique Ad-Hoc, qui intègre des membres qui ont eux-mêmes été accusés de conflits d’intérêts à l’occasion de pantouflages. Le président du Comité est un ancien fonctionnaire de la Commission qui a pantouflé dans l’industrie du lobbying. De plus, il semble que le Comité et la Commission basent leurs décisions sur des enquêtes passablement superficielles, s’appuyant sur des informations apportées sur une base volontaire par d’anciens commissaires plutôt que sur des enquêtes indépendantes menées par des experts extérieurs.

Ces conflits, jumelés aux indemnités élevées versées à de nombreux ex-Commissaires (avec l’argent du contribuable) des années après qu’ils aient quitté leur mission publique, ont ébranlé la confiance du public dans la capacité de la Commission à sauvegarder l’intérêt général. La Commission insiste sur le fait que les conditions généreuses accordées aux Commissaires quand ils quittent leurs postes constituent une assurance contre leur dépendance à des postes dans le secteur privé. Mais comme les mouvements de la Commission vers le secteur privé se poursuivent, cette disposition apparaît comme étant une façon plutôt inefficace de protéger l’intérêt général.

Ce qu’il faut à la place, c’est un contrôle plus important et un processus d’approbation sérieux qui garantisse que le système accorde une réelle attention aux conflits d’intérêts potentiels plutôt que de donner des feux verts et des parachutes financiers excessifs aux anciens Commissaires.

Après des années de pression de la part du Parlement Européen et d’ONG, la Commission a finalement accepté en décembre un nouveau projet de Code de conduite. Ce texte, qui a été divulgué un mois plus tard, comporte un certain nombre d’améliorations, mais est inopérant pour prévenir efficacement les conflits d’intérêts potentiels quand des ex-Commissaires prennent de nouvelles fonctions. Parmi les manques les plus graves figure l’absence d’une période effective de « refroidissement » pour les postes impliquant du lobbying et du conseil en lobbying. Il est donc crucial que le Parlement européen améliore de façon substantielle le projet de Code de conduite durant les négociations avec la Commission au printemps 2011. La Commission doit clarifier et renforcer ses règles éthiques, avec les points-clés suivants :

- Prolonger la période de notification pour de nouveaux emplois à trois ans, afin de cadrer avec la période durant laquelle les ex-Commissaires perçoivent des allocations ;

- Apporter une définition claire du lobbying et des conflits d’intérêts ;

- Introduire une interdiction générale de lobbying et de conseil pour une période d’au moins trois ans ;

- Instituer un comité éthique réellement indépendant menant activement des investigations concernant les conflits d’intérêts potentiels entre les anciens Commissaires et leurs nouveaux employeurs, avec des sanctions effectives pour appliquer ses décisions ;

- Garantir la transparence des décisions prises par le Comité éthique.

L’école est mise au service du marché Didier Harpagès Reporterre 2011/02/16 Didier Harpagès (16 février 2011) L’école est mise au service du marché. Reporterre. Tribune — fr

L’école est mise au service du marché

« Compétence », « performance », « compétition » : tous ces mots disent l’entreprise de transformation de l’école en simple outil d’adaptation aux voeux du marché.

Dans leur immense majorité, les enseignants sont attachés au principe d’une école républicaine qui transmet le même savoir à tous. On imagine mal un professeur délivrant des connaissances essentielles aux élèves dont il pense qu’ils sont les "meilleurs" et délaissant ceux qu’il juge fragiles en ne leur confiant que des exercices sans intérêt.

L’enseignant s’adresse uniformément à un collectif. Cependant, force est de reconnaître que cette noble ambition ne trouve que très rarement son plein épanouissement. En effet, l’école échoue fréquemment dans l’accomplissement de sa mission républicaine en raison, principalement, des inégalités culturelles d’origine familiale. Tous les enfants ne sont pas dotés des mêmes outils culturels – du même capital culturel aurait dit le sociologue Pierre Bourdieu – indispensables à la bonne réception des messages scolaires. La réussite n’est donc pas identique pour tous car, malheureusement, un lien s’établit entre l’origine socioculturelle des parents et la destinée scolaire de leurs enfants. L’école participe ainsi à la reproduction des inégalités sécrétées par la société et se détourne malencontreusement de son projet démocratique.

En dépit des efforts pédagogiques fournis, le même savoir n’est donc pas distribué à tous et les parcours scolaires deviennent, par la force des choses, individualisés. Ils le sont d’autant plus qu’une compétition acharnée s’installe parmi les élèves. Très tôt, l’enfant est appelé à se démarquer de ses camarades puisque des récompenses, des notes, des appréciations lui sont octroyées selon, ce qu’il est convenu d’appeler, ses performances. La sacro-sainte moyenne deviendra l’instrument de distinction précieux, reconnu et réclamé par les "meilleurs", elle sera redoutée et refoulée par les vaincus de la concurrence scolaire. Beaucoup se désignent plutôt coupables que capables. Avant même l’entrée dans le monde du travail, il convient de surpasser ses concurrents et de s’échapper glorieusement (croit-on !) de la masse ! Il faut être le "meilleur".

La hiérarchie instaurée "entre les murs" de l’école prépare les élèves à la future "lutte des places" (complémentaire de la lutte des classes) au sein d’un système économique rongé par la recherche maladive de l’efficacité, de la compétitivité et devant lequel s’incline et se soumet le système social dont la logique (la stratégie !?) sera d’encourager, chez tout un chacun, la recherche de l’intérêt individuel.

L’accès aux savoirs (savants ou populaires) devrait, avant tout, permettre à l’élève de s’affranchir à l’abri de tout palmarès, de toute hiérarchie, de toute rivalité. La lecture de certains rapports récents émanant d’organismes européens n’est pas de nature à nous remonter le moral. Il est désormais question de compétence (compétence mathématique, compétences de base en sciences et technologies, compétences sociales et civiques, esprit d’initiative et d’entreprise…) et non plus de savoir dont il faut, quand même, rappeler la définition : ensemble de connaissances acquises par l’étude. Et connaître désigne la manière de comprendre, de percevoir, de se représenter le monde. La place de la réflexion, du raisonnement, de l’analyse dans l’activité scolaire, régressera ainsi que l’agencement logique de savoirs complémentaires. L’élève sera de moins en moins immergé dans un collectif, le groupe-classe ne progressera plus collectivement, voire solidairement et l’élève se focalisera sur ses performances, développera ses propres compétences, individuellement afin d’être prioritairement "adaptable", "employable" sur un marché du travail fortement segmenté.

Certains, très performants, disposeront des bonnes compétences réclamées par des entreprises mondialisées et leur avantageuse destinée sociale sera garantie. D’autres, naufragés du système scolaire, connaîtront la précarité. Comme l’affirme sans vergogne une commissaire européenne à l’éducation : « [Il faut] améliorer les compétences et l’accès à l’éducation en se concentrant sur les besoins du marché. » Dès lors, chaque jeune s’engagera un peu plus dans cette désespérante et impitoyable compétition scolaire pour laquelle la personnalisation des trajectoires d’apprentissage conditionnera la promesse d’une réussite. Il faudra s’en sortir seul et se "battre" contre les autres, les dominer pour les éliminer !

Ainsi, et ce n’est pas nouveau, l’école est au service du marché. La métaphore de la main invisible, inscrite dans l’univers de la production, exerce son influence maléfique dans celui de l’éducation. On peut observer que la dynamique est la même : orienter sa conduite en direction de son intérêt individuel (s’enrichir matériellement et partir seul à la conquête de récompenses scolaires chiffrées liées aux performances individuelles) mais agir, par voie de conséquence, en faveur de l’intérêt général (la richesse économique des nations est réalisée et l’ensemble du système éducatif fournira la main d’œuvre – qualifiée et non qualifiée - nécessaire à cet enrichissement global dont la répartition sera inégale). Dès lors, l’éducation n’est appréhendée que sous l’angle de l’investissement, et les différents ministres de l’éducation nationale ainsi que leurs subalternes, tous décomplexés, se soumettent dorénavant à l’ordre économique libéral ambiant, en espérant un retour rapide sur cet investissement, à savoir une croissance de l’économie.

Une information transmise par Luc Chatel, le 25 janvier, est venue confirmer, sans grande surprise il est vrai, l’enlisement de l’école dans l’idéologie néolibérale. Les chefs d’établissements bénéficieront de rémunérations variables selon leurs performances, « comme cela existe dans l’immense majorité des entreprises de notre pays » a-t-il annoncé. 6.000 € seront attribués aux principaux de collège et aux proviseurs tous les trois ans. En agissant de la sorte, le gouvernement espère « améliorer les performances » du système éducatif.

A la fin de l’année 2009, les recteurs s’étaient vu attribuer une authentique "prime à la casse" de 22.000 € selon leurs résultats. Dit plus clairement, il s’agira, pour le gouvernement, de leur témoigner une extrême gratitude pour l’empressement avec lequel ils supprimeront des postes d’enseignants, (16.000 au total !), se conformant ainsi servilement aux impératifs d’une austérité budgétaire, présentée aujourd’hui au "bon" peuple comme inévitable alors qu’elle est la conséquence logique de l’incurie des élites politiques et économiques.

Ces décisions sont scandaleuses tant elles expriment un mépris profond pour le métier d’enseignant, encourageant la concurrence entre les établissements scolaires et favorisant le clivage entre les personnels. Depuis plusieurs années, les mécanismes du marché ont pénétré frauduleusement l’espace public, ils détruisent aujourd’hui, au sein de l’école, les derniers remparts contre sa privatisation –entendue dans toutes les acceptions du mot- laquelle semble à terme, si la résistance ne s’organise pas, inéluctable.

Mais à y regarder de plus près, les récompenses chiffrées distribuées aux élèves, la prime à la docilité arrachée par les chefs d’établissements, la prime à la casse dévolue aux recteurs sont autant de pratiques utilitaristes semblables et convergentes. Faut-il s’en étonner (mais l’indignation demeure plus que jamais salutaire !) puisque les uns et les autres subissent, à des degrés divers, une même pression féroce le long d’une ligne hiérarchique bureaucratiquement verrouillée ?

Qu’on le veuille ou non, qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore amèrement, chacun se doit, aujourd’hui, d’être performant, opérationnel, efficace et productif. Notons que l’enquête PISA de 2009 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), proposée par la très libérale OCDE, fournit aux gouvernements un indicateur de performance de leur système scolaire qui évalue, dans différents domaines d’apprentissage, les compétences d’élèves de 15 ans appartenant à 65 pays.

Pour Luc Chatel, le médiocre classement français (22e) justifie la politique engagée depuis 2007 et surtout conforte l’idée selon laquelle l’école française doit demeurer inscrite, plus que jamais, dans une logique de performance. Au nom du réalisme, du pragmatisme, de la compétition sévère et brutale dans laquelle est engagée notre économie, nous assène-t-on inlassablement, nous devons être les meilleurs !

Les grands décideurs de la planète –ceux qui manipulent les leviers de l’économie et de la finance auxquels, consentants, se soumettent nos élus- s’unissent en une clique oligarchique bien heureuse de s’exécuter en dehors de toute légitimité démocratique et selon les principes néolibéraux. L’enseignement est marchandisé, l’école est une entreprise proclament-ils avec insolence.

A n’en pas douter, cette compétitivité implorée, cette productivité exigée, cette efficacité libérée, cette performance célébrée, serviront les intérêts d’une société de croissance, d’une société entièrement vouée au culte de la croissance d’un capitalisme mortifère générant mal être, frustrations, injustices et inégalités. Une croissance devenue non seulement intolérable mais surtout impossible en raison de l’exploitation forcenée d’une planète usée, saccagée.

Quelle place pour une école émancipatrice dans une telle société ? Hélas réduite à une peau de chagrin ! Et pourtant, orientée vers la chose commune, débarrassée de la logique de confrontation des enfants les uns contre les autres, étrangère à toute performance, attachée à la réussite solidaire, placée au service exclusif de l’humain en construction, fondatrice de l’identité citoyenne, l’école, ainsi avantageusement dotée, accomplirait pleinement, sa mission éducative conformément à un idéal démocratiquement choisi par l’ensemble des citoyens.

Le prix du pétrole va flamber Bernard Durand Reporterre 2011/02/16 Bernard Durand (16 février 2011) Le prix du pétrole va flamber. Reporterre. Tribune — fr

Le prix du pétrole va flamber

« La consommation des grands pays émergents est en train d’exploser à cause de leur passage rapide à la civilisation de l’automobile. La part laissée aux pays autres dans ce marché qui se rétrécit va donc être de plus en plus restreinte. S’il n’y a pas une réduction volontaire et rapide de la consommation de pétrole des pays développés, son prix va flamber, et avec lui celui des autres énergies : »

Résumé : Parce que les actuels pays exportateurs de pétrole vont produire de moins en moins, mais aussi consommer une part de plus en plus grande de leur production, les quantités disponibles sur le marché international vont décroître plus vite que la production mondiale, malgré l’apparition de nouveaux pays exportateurs comme le Brésil ou le Kazaksthan.

La consommation des grands pays émergents, en particulier de la Chine et de l’Inde, est en train d’exploser à cause de leur passage rapide à la civilisation de l’automobile. La part laissée aux pays autres que la « Chindia » dans ce marché qui se rétrécit va donc être de plus en plus restreinte.

S’il n’y a pas une réduction volontaire, rapide et menée intelligemment de la consommation de pétrole des pays développés, son prix va flamber, et avec lui celui des autres énergies : le niveau de vie et la croissance de ces pays en seront très compromis.

Les pays européens sont beaucoup trop dépendants du pétrole et n’ont guère de ressources propres. Ils seraient bien inspirés de réduire dès maintenant et massivement cette dépendance. La feuille de route approximative est la suivante : une réduction de la consommation d’un tiers d’ici 15 ans, de 50 % d’ici 25 ans, et de 60 % d’ici 35 ans.

En Europe, les deux secteurs les plus consommateurs sont le résidentiel tertiaire, avec le chauffage (15%), et les transports, avec les carburants (65%). On décrit pour ces secteurs une association de mesures à court et à moyen terme, qui devraient permettre de tenir à peu près les premières étapes de cette feuille de route : - Dans le secteur résidentiel-tertiaire, pour le moyen terme un programme massif d’isolation du bâti ancien, et pour le court terme un programme de relevage très rapide des chaudières à fuel par d’autres moyens de chauffage, utilisant les énergies renouvelables plutôt que le gaz. Car celui-ci sera en voie de raréfaction d’ici 20 à 30 ans, comme c’est le cas aujourd’hui du pétrole. - Dans le secteur des transports, pour le moyen terme le passage progressif aux véhicules électriques et hybrides rechargeables, utilisant autant que possible une électricité décarbonée, accompagné d’une politique favorisant la réduction des distances parcourues, les transports en commun et les déplacements doux, et pour le court terme un programme massif de réduction de consommation des véhicules à moteur thermique, par l’accélération de la mise en œuvre des progrès technologiques déjà réalisés par les constructeurs, mais aussi en encourageant fortement un effort « citoyen » de réduction des vitesses, d’écoconduite et de choix de véhicules peu consommateurs.

Pour garantir ce court et ce moyen terme il reste cependant indispensable d’avoir l’adhésion des consommateurs, et que d’autres ensembles géopolitiques très gaspilleurs, en particulier l’Amérique du Nord et les pays du Moyen-Orient, fassent dans le même temps des efforts analogues. Le long terme restera malgré cela bien incertain.

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Dinosaure politique, l’Europe ne semble toujours pas avoir pris conscience de la nécessité d’agir vite et de manière coordonnée. Que faut-il faire pour qu’elle se réveille ?

Un déclin très rapide des quantités de pétrole conventionnel disponibles sur le marché international

La discussion sur l’existence et/ou la date exacte du Peak Oil vient (provisoirement ?) de se calmer après la publication du World Energy Outlook 2010 (1) de l’Agence Internationale de l’Energie : Selon ce WEO 2010 la production mondiale de pétrole brut conventionnel ne dépassera jamais plus les 70 millions de barils par jour (Mb/d) (hors gains de raffinage) atteints en 2006. L’AIE prédit cependant que cette production restera très peu en dessous de ce maximum et à peu près constante d’ici 2035, à 68 Mb/d. Un accroissement de la production des liquides extraits des gisements de gaz naturel (LGN), des pétroles extralourds (XH), et un développement rapide des carburants non pétroliers (XL) tirés de la biomasse (BTL), du gaz naturel (GTL), du charbon (CTL) et des schistes bitumineux (STL), feraient que les quantités disponibles, toutes catégories confondues, atteindraient en 2035 96 Mb/d, 99 Mb/d en y incluant les gains de raffinage.

Les géologues pétroliers de l’Association for the Study of Peak Oil and Gas (ASPO), qui ont prévu avec une remarquable précision la date du pic du pétrole brut conventionnel il y a plus de dix ans, pensent quant à eux que la production totale de pétroles, toutes catégories confondues ne sera en 2035 que d’environ 65 Mb/d. Cela surtout à cause d’un déclin bien plus rapide dans quelques années de la production de pétrole brut conventionnel que ce prévoit l’AIE. Les augmentations de production des LGN, des XH et de celle des XTL n’arriveront pas, et de très loin, à compenser ce déclin. Certes ces augmentations seront importantes en valeur relative, mais elles seront très insuffisantes dans l’absolu.

L’AIE est classée parmi les optimistes et l’ASPO parmi les pessimistes. Entre les deux on trouve par exemple la Compagnie Total, dont les experts pensent que l’on arrivera à un plateau de production, toutes catégories confondues, fluctant entre 85 Mb/d et 95 Mb/d jusqu’en 2015 environ (2), suivi d’une décroissance. Notons que la différence entre les optimistes et les pessimistes est moins dans l’évaluation des réserves sur lesquelles ont pourra compter dans l’avenir, que dans la vitesse avec laquelle on pourra réellement les mettre en production. Mais notons également que cette vitesse de production est bien le paramètre essentiel qui détermine la vitesse de croissance matérielle des économies, ou de leur décroissance, et non le montant des réserves.

Remarquons au passage que le prix du pétrole sur le marché n’a pas été jusqu’à présent assez élevé pour favoriser beaucoup les investissements dans les XH et les XL, ce qui compromet leurs possibilités de production à court et moyen terme. D’autre part le montant des investissements nécessaires pour développer fortement ces productions est extrêmement élevé. Il est bien possible aussi que les prix à la production grimpent en même temps que le prix du pétrole, comme cela a été souvent le cas jusqu’à présent, reculant ainsi toujours plus loin l’horizon de la rentabilité de beaucoup de projets. Tout cela renforce la position des pessimistes. Par contre, la production de LGN augmentera au prorata de la production du gaz naturel, dont ils sont extraits. Or la production de gaz naturel est actuellement en hausse rapide.

Bien entendu, puisque la population de la planète continue d’augmenter, la quantité moyenne de pétrole disponible par habitant va diminuer encore plus vite que la production.

Cela étant dit, le fait majeur à prendre en compte dans une discussion sur l’avenir de notre approvisionnement en pétrole est que la disponibilité du pétrole sur le marché international va décliner plus vite que sa production. Car non seulement les pays exportateurs actuels vont produire de moins en moins, mais ils vont aussi consommer de plus en plus de pétrole pour leurs propres besoins, en particulier chez beaucoup d’entre eux à cause d’une politique électoraliste de subvention des carburants dans les années passées, qui a conduit à un fort développement de l’automobile. Il faut également s’attendre à une certaine prudence de leur part et donc à une réticence à augmenter leur production même quand cela sera encore possible, pour préserver l’avenir. L’écart va donc s’accroître progressivement entre quantités productibles et quantités mises sur le marché.

Brown et al .(3) viennent de produire une étude détaillée des tendances de la production et de la consommation des 33 pays exportateurs actuels. Ils en déduisent que d’ici 2015, autant dire demain, les quantités qu’ils mettront sur le marché international vont avoir décliné de 10 % environ par rapport à 2005.

Plus grave encore ces pays n’auraient pratiquement plus de capacité exportatrice vers 2030.

Les prévisions pour les exportations cumulées des 33 exportateurs significatifs actuels montrent exactement les mêmes tendances.

En fait la situation ne sera pas aussi tendue, car il devrait rester encore en 2030 des quantités importantes disponibles sur le marché. Brown et al. ne prennent en compte que les pays exportateurs actuels, or de nouveaux pays deviendront d’ici 2030 exportateurs nets, en particulier le Brésil et le Kazakhstan : d’importantes découvertes y ont été faites, qui ne sont pas encore en production, alors que la consommation y restera modeste pendant encore longtemps. Des découvertes seront faites, même chez les exportateurs actuels, puis mises en production. Les progrès réalisés dans la production des LGN contribueront également à cette détente, tout comme le développement des XH et des XL, mais aussi les progrès dans le taux de récupération du pétrole.

La concurrence des grands pays émergents

Le développement accéléré des grands pays émergents, en particulier de la Chine et de l’Inde, entraîne un accroissement très rapide de leur consommation de pétrole. Selon Brown et al., les importations de la « Chindia » atteindraient en 2015 environ 30 % des quantités mises sur le marché par les actuels pays exportateurs, et les quantités disponibles pour les autres pays seraient alors réduites de près d’un tiers par rapport à ce qu’elles étaient en 2005.

Les mêmes réserves peuvent être émises sur cette analyse de Brown que celles émises plus haut.

Toutefois, ce développement de la « Chindia » a déjà un effet plus important sur les possibilités d’approvisionnement des pays développés que la réduction progressive des quantités mises sur le marché. La consommation pétrolière de la Chine a par exemple presque doublé au cours des dix dernières années. L’Inde suit d’assez loin mais progresse rapidement. Il faut s’attendre à une croissance plus rapide encore dans les années qui viennent, étant donné l’accroissement du nombre de véhicules par habitant dans ces deux pays.

Attention au plafond de verre !

Si les pays développés ne s’adaptent pas très vite à ce déclin de leur approvisionnement en réduisant corrélativement leur consommation, les prix du pétrole, mais aussi des autres énergies, flamberont ! Et la moindre crise dans un pays exportateur important, d’ordre politique, technique ou climatique suffira à mettre le feu.

Cette augmentation des prix sera aussi le signal que les quantités d’énergie disponibles seront devenues insuffisantes pour assurer la croissance matérielle dans les conditions d’efficacité énergétique du moment. Car on l’oublie trop souvent, il est physiquement impossible d’accomplir une action matérielle sans énergie, et donc aucun développement matériel n’est possible sans augmentation de la consommation d’énergie. Ceci s’entend bien sûr en l’absence de mesures pour augmenter l’efficacité énergétique, c’est-à-dire le rendement énergétique des machines, et pour éliminer le gaspillage. Mais ces mesures ne peuvent avoir d’effets notables qu’au prix d’importants efforts soutenus pendant longtemps.

Attention alors au phénomène du « plafond de verre » : depuis 1965, date à laquelle le pétrole est devenu notre principale source d’énergie, les fortes augmentations du prix du pétrole ont été suivies de récessions sévères dans les grands pays industrialisés, aux Etats-Unis dès que la facture pétrolière a atteint ou dépassé 4 % du PIB (4).

Les pays développés pourraient alors se trouver très bientôt dans une situation où toute croissance matérielle buterait sur un plafond invisible, parce que l’augmentation des prix du pétrole qui l’accompagnerait provoquerait immédiatement une récession. Cette récession entraînerait une diminution de la consommation, et la reprise une augmentation, et ainsi de suite. Peut-être est-ce déjà cette situation que nous commençons à vivre ?

Attention également à ce que le partage des quantités disponibles entre les grands pays consommateurs, et en particulier entre les trois premiers ensembles consommateurs, par ordre d’importance la Chine, les Etats-Unis et l’Europe, et entre ceux-ci et le reste de la planète, pourrait bien s’établir sur la base de l’influence et de la force de chacun.

L’analyse ci-dessus a certes besoin d’être affinée (pour la France, ce travail ne devrait-il pas être confié à une mission d’information parlementaire étant donné l’ importance stratégique du sujet ?) mais on peut tenter à ce stade de réflexion de proposer la feuille de route approximative suivante pour les pays développés n’ayant pas de ressources pétrolières significatives sur leur territoire : par rapport à 2010, réduction de leur consommation d’environ un tiers % d’ici 15 ans, 50 % d’ici 25 ans, et 60 % d’ici 35 ans, en prenant la moyenne des estimations des optimistes et des pessimistes !

L’Europe en mauvaise posture

Selon Eurostat, l’Europe dans son ensemble, en y incluant la Norvège et la Suisse, a consommé en 2008 680 Mt de pétrole brut, autant qu’en 1996. Elle en a importé 350 Mt en 1996, et 460 Mt en 2008. L’EU 27 a consommé en 2008 664 Mt (13,6 Mb/d) de pétrole brut, dont 560 Mt étaient importés.

La France a consommé en 2008 84 Mt de pétrole brut, en légère diminution depuis 10 ans, et produit 1 Mt en légère diminution également. Elle est depuis très longtemps déjà tributaire à peu près complètement de ses importations.

L’Europe, en y comprenant la Norvège, ne possède qu’une province pétrolière importante, la Mer du Nord. Celle-ci a atteint son pic de production, à 6 mb/d (300 millions de tonnes par an), entre 1996 et 2001. Elle est maintenant de 40 % plus faible, et sera probablement réduite à environ 1mb/d en 2020 ! Ni les progrès réalisés en exploration et en récupération du pétrole, ni les augmentations de prix du pétrole n’ont permis d’enrayer ce déclin, car celui-ci est dû au fait que les découvertes de nouveaux gisements en Mer du Nord sont depuis longtemps insuffisantes à compenser la baisse de plus en plus rapide de la production des anciens.

Déjà très dépendante du marché international, l’Europe, à l’exception de la Norvège dont la production permettra sans doute d’assurer à peu près sa consommation (faible du fait de sa faible population) pendant encore une dizaine d’années après 2020, ne pourra même plus compter d’ici 10 ans environ sur le maigre filet de sécurité que représente actuellement la Mer du Nord.

Face à ces perspectives, il est d’un intérêt stratégique pour les pays européens de diminuer très rapidement et considérablement leur consommation pétrolière, sous peine de n’avoir plus grand espoir de croissance matérielle pendant longtemps.

Des mesures à prendre d’urgence

L’urgence est grande pour l’Europe : A moins d’un miracle, il faudrait qu’elle soit capable de diviser par deux sa consommation d’ici 25 ans et de 60 % d’ici 35 ans ! Si elle veut minimiser les difficultés économiques qui seraient provoquées par des variations chaotiques du prix du pétrole, il faut qu’elle s’y mette immédiatement et massivement. Toute politique énergétique européenne doit donc mettre en tête de son agenda la réduction rapide de la consommation pétrolière, et les moyens permettant de le faire. La politique à suivre ne peut plus se contenter de mesures qui ne trouveraient leur plein aboutissement qu’à moyen terme (25 ans). Il faut impérativement les compléter par des mesures ayant des effets immédiats ou à court terme. Car on a vu qu’à échéance de 15 ans, il est fort probable qu’il sera nécessaire d’avoir déjà diminué la consommation d’un tiers.

En Europe des 27, 80 % des produits pétroliers actuellement issus des raffineries sont des carburants (65%) et du fuel domestique pour le chauffage (15 %). C’est donc sur ces deux postes qu’il faut agir en priorité (5).

Le fuel domestique représente un poste important, mais facile, du moins en théorie, à réduire par un effort d’isolation des bâtiments anciens et une mise en œuvre effective des normes basse consommation dans les bâtiments neufs.

Notons au passage que cet effort a un caractère stratégique à cause de l’importance des dépenses énergétiques dans les secteurs résidentiel et tertiaire (en France 45 % de la consommation d’énergie finale, dont environ 30 % pour le seul chauffage). Il conditionne une très grande partie des besoins énergétiques de l’avenir et donc la programmation des investissements dans le domaine énergétique. Il doit donc faire partie des toutes premières priorités.

Mais l’effort à faire est considérable et ne pourra pas porter ses fruits avant plusieurs décades. Il faut donc dès à présent décourager l’utilisation du fuel comme moyen de chauffage et faciliter en même temps la mise en œuvre d’alternatives à court terme utilisant de préférence les énergies renouvelables, telle que le relevage des chaudières à fuel par la chaleur solaire, via les chauffe-eaux solaires et les pompes à chaleur, et par la biomasse utilisée de préférence dans des réseaux de chaleur (en particulier à cause des dangers des produits de la combustion du bois, mal maîtrisés chez les particuliers).

Chauffage électrique et au gaz naturel peuvent être utilisés comme énergie de remplacement pendant un temps s’il faut accélérer le mouvement. Il faut cependant prendre garde, en ce qui concerne le gaz naturel, à ce qu’il suivra le sort du pétrole avec un décalage de vingt ans environ. D’autre part une rapide augmentation de sa consommation poserait en France des problèmes importants de développement et d’adaptation du réseau gazier.

Le problème principal est posé par la consommation de carburants par les transports, qui en dépendent à 98 %. Et ce problème est un véritable casse-tête.

Les méthodes proposées pour le résoudre sont pourtant légion : - produire des carburants liquides d’origine non pétrolière : biocarburants (BTL), carburants produits à partir du gaz naturel (GTL) du charbon (CTL) ou des schistes bitumineux (STL) ; - développer les véhicules utilisant le gaz sous forme de gaz naturel véhicule (GNV) ; - développer les véhicules électriques à batterie, les véhicules hybrides ou hybrides rechargeables ou encore les véhicules à pile à combustibles utilisant de l’hydrogène-carburant (6) ; - développer les transports en commun et le ferroutage, etc.

Mais ces méthodes seront bien moins commodes d’emploi et leur usage sera bien plus coûteux que celui des carburants pétroliers. C’est d’ailleurs pourquoi elles sont si peu utilisées actuellement. Beaucoup créeront des « dommages collatéraux », par exemple : - pour le BTL, les quantités limitées de biomasse utilisables, et la nécessité de disposer de très grandes surfaces dont une bonne partie devra être prise sur les terres agricoles. Le recours aux biotechnologies pour la production d’algues unicellulaires diminuerait cette contrainte, mais l’industrialisation en paraît bien lointaine ; - pour le GNV, le GTL, le CTL, et pour l’hydrogène-carburant ou l’électricité qui seraient produits à partir de gaz naturel ou de charbon, un fort accroissement de la consommation de ces derniers (7) ; - pour le CTL, un accroissement des émissions globales de gaz à effet de serre et des pollutions atmosphériques dues aux transports8 par rapport à l’utilisation des carburants pétroliers. Cet accroissement aurait également lieu, mais dans une moindre mesure, pour l’hydrogène-carburant et l’électricité produits à partir de charbon ; - un accroissement rapide de la contribution de l’électricité aux transports, via les véhicules électriques à batterie ou les véhicules hybrides rechargeables, mais aussi les transports en commun, implique un développement corrélatif important de la production d’électricité. Quelle quantité sera-t-elle nécessaire et comment cette électricité sera-t-elle produite ? Et comment stocker (9) l’électricité pour ajuster le production à la consommation ?

De tout cela, rien n’émerge pour l’instant de véritablement enthousiasmant. Une recherche scientifique et technologique d’une ampleur considérable est nécessaire pour y voir clair. Le temps nécessaire pour que ces méthodes puissent être validées et mises en place à une échelle significative sera bien trop important pour que puisse être ainsi compensée la rapidité du déclin des quantités de pétrole disponibles sur le marché international. Même avec un programme d’urgence -« crash program », comme disent les Américains (10) -, dans ces domaines on n’y arrivera pas. Et les prix du pétrole ne sont pas encore suffisants pour attirer véritablement les « investisseurs ».

Tout en accélérant la mise en œuvre des plus pertinentes de ces méthodes, d’autres actions sont donc nécessaires pour faire face à l’urgence.

Or il est possible de faire baisser considérablement et rapidement la consommation de carburants des véhicules actuels à moteur thermique par des moyens déjà à notre disposition. Cela peut se faire :

- Par un « effort citoyen » : diminuer sa vitesse moyenne de 10 % sur ses trajets habituels, pratiquer l’écoconduite et n’utiliser la climatisation que lorsqu’elle est vraiment nécessaire permettent de diminuer d’environ 30 % la consommation d’un véhicule par rapport à une conduite « normale ». Une diminution de 5 à 10 % est encore possible en diminuant son kilométrage annuel par une utilisation plus importante des transports en commun tels qu’ils sont, en rationalisant ses déplacements, et en choisissant de ne pas utiliser sa voiture pour des trajets très courts pouvant être faits à pied ou à bicyclette. Ce ne sont que des efforts sur nous-mêmes, sans investissement ni technologie nouvelle ! Par nécessité, beaucoup d’automobilistes l’ont fait spontanément lors de la récente grève des raffineries. Mais chacun gagnerait, en particulier financièrement, à ce que cet effort soit effectivement citoyen plutôt qu’imposé par des augmentations astronomiques de prix des carburants provoquées par des pénuries.

- Par une amplification de l’effort technologique en cours chez les constructeurs : allègement des véhicules, arrêt du moteur lors des attentes (stop-start), améliorations de rendement des moteurs (downsizing, combustion homogène…), hybridation, systèmes de récupération de l’énergie de freinage, permettent déjà de diminuer de 20 % environ la consommation moyenne des véhicules ainsi conçus.

- Par le renforcement des politiques de bonus/malus en faveur des véhicules économes, et leur extension aux véhicules utilitaires et aux poids lourds dont la consommation est en fort accroissement et représente maintenant environ 30 % de la consommation totale de carburants.

Au total, ces méthodes permettent d’espérer une réduction d’environ 40 % de la consommation du parc de voitures particulières, et de 25 % de celle des véhicules utilitaires et des poids lourds dans les quinze ans à venir. Mais la plus grande partie de ces gains ne peut venir que de la coopération active des conducteurs, qu’il faut donc encourager.

Avec les économies de fuel, c’est donc d’environ un tiers qu’il est en principe possible de faire baisser la consommation de pétrole en Europe dans les quinze ans qui viennent.

Il devrait donc être ainsi possible dans les pays européens d’abaisser la consommation dans des proportions suffisantes pour faire face au déclin annoncé de la disponibilité du pétrole sur le marché international d’ici à 15 ans environ. Cela donnerait aussi à des actions qu’il est tout aussi indispensable d’entreprendre maintenant mais dont le plein aboutissement ne peut être qu’à moyen et long terme, du temps qui autrement leur manquerait cruellement : en particulier le développement d’un transport électrique (véhicules légers) utilisant une électricité décarbonée, en France l’électricité nucléaire, et une politique de la ville et des déplacements vigoureusement orientée vers un usage plus limité des transports, avec une place beaucoup plus grande pour les transports collectifs et les modes de déplacements « doux ».

Une telle mobilisation citoyenne et une telle politique iraient dans le sens d’un renforcement économique de l’Europe.

Mais il faut également espérer, pour garantir aussi bien le court que le moyen terme, que d’autres ensembles géopolitiques ponctionnant actuellement très fortement le marché pétrolier fassent en même temps tous leurs efforts pour réduire leur consommation, en premier lieu les Etats-Unis, premier consommateur mondial et les pays du Moyen-Orient, très gaspilleurs également. Quant au long terme, 40 ans et plus, il est bien incertain, tant notre approvisionnement pétrolier sera de plus en plus soumis, non seulement aux réductions des quantités disponibles, mais aussi aux aléas géopolitiques.

L’Europe prend-elle le bon chemin ?

Quelle sera en réalité la politique suivie par l’Europe ? Pour l’instant, elle paraît suicidaire, si l’on en croît les prévisions affichées par la Commission Européenne dans un récent document (11) qui est la synthèse des prévisions des Etats membres : en 2030 la consommation de pétrole serait à peine plus faible qu’en 2010, et les importations de pétrole de l’EU 27 n’auraient pas diminue !

A moins que l’Europe ne pense arriver à convaincre ses grands concurrents pour l’accès au pétrole, les Etats-Unis, la Chine et bientôt l’Inde, de lui laisser une place plus grande sur le marché international, soit par la force, soit par l’argent ?

Un frémissement vient cependant d’avoir lieu, puisque le Commissaire à l’énergie vient de déclarer (12) que la production mondiale de pétrole avait atteint son maximum possible. C’est un grand changement par rapport aux années précédentes. Est-ce le début d’une prise de conscience ?

Devant l’urgence, le besoin d’une politique énergétique beaucoup plus active et coordonnée entre les pays européens se fait sentir. Ne faudrait-t-il pas créer dans cette intention une institution uniquement en charge de cette politique, à l’image de l’ancienne Communauté Economique du Charbon et de l’Acier ?

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Notes :

1 - Agence Internationale de l’Energie, 2010 : World Energy Outlook (WEO) 2010 : http://www.iea.org/weo/docs/weo2010..., page 7.

2 – Masset, J-M., 2010 : Pétrole, pic ou plateau ? in « 10 enjeux des géosciences », BRGM, Dossier spécial pour l’Année internationale de la planète Terre.

3- Brown, J. et al., 2010 : Peak oil versus peak net exports, which should we be more concerned about ? http://www.aspousa.org/2010presenta...

4- Skrebowski, C., 2010 : PeakOilUpdate. Introducing ESOP : http://www.aspousa.org/2010presenta..., p. 26.

5- Les 20% restants sont le fait des besoins de chaleur de l’industrie (7%), de la pétrochimie (8%) et des lubrifiants et bitumes routiers (5%). L’industrie peut encore réduire ses besoins, et utilise surtout des résidus de raffinage. La pétrochimie utilise les fractions les plus légères issues du raffinage (naphta) et sera moins affectée que les transports ou le chauffage parce qu’elle bénéficiera de l’augmentation de production des liquides de gaz naturel issus des gisements de gaz. Les lubrifiants et les bitumes qui utilisent au contraire les fractions les plus lourdes, bénéficieront de l’augmentation de la production des XH.

6- L’hydrogène-carburant est souvent présenté comme la solution pour faire rouler les véhicules de l’avenir : le couple hydrogène/pile à combustibles permettant de l’utiliser pour faire tourner un moteur électrique, est assimilé au couple carburants pétroliers/ moteur à explosion qui est actuellement opérationnel. C’est oublier que l’hydrogène n’existe pas dans la nature et doit être fabriqué, soit à partir des combustibles fossiles, soit à partir de l’eau par électrolyse. S’il est produit à partir du gaz naturel comme actuellement, il est facile de démontrer qu’une voiture à hydrogène utilisant de l’hydrogène ainsi fabriqué n’est pas compétitive avec une voiture à gaz naturel. S’il est produit avec du charbon, elle n’est pas compétitive avec une voiture classique utilisant du CTL. Si l’hydrogène provient de l’électrolyse de l’eau, la voiture à hydrogène n’est pas compétitive avec une voiture électrique à batterie utilisant la même électricité, sauf en ce qui concerne l’autonomie qui est un peu plus grande. La meilleure utilisation de l’hydrogène serait sans doute de l’employer à augmenter la productivité en carburant des méthodes XTL et en particulier du BTL et d’utiliser ce carburant dans des véhicules classiques. Il deviendrait alors possible d’environ doubler la production de BTL produit à partir d’une même quantité de biomasse. Mais il faudrait évidemment que l’hydrogène soit produit par électrolyse de l’eau avec une électricité décarbonée (nucléaire, éolien, solaire) et non avec du gaz naturel ou du charbon.

7 - A partir des prévisions d’évolution de la consommation mondiale sur les bases actuelles, on estime que la production mondiale de gaz naturel devrait commencer à décliner pour des raisons géologiques d’ici vingt à trente ans, malgré le récent essor des gaz de schistes aux Etats-Unis, et celle de charbon d’ici quarante ans. La fabrication à partir d’eux de carburants, d’hydrogène-carburant ou d’électricité pour faire rouler les voitures réduirait très sensiblement ces délais. A titre d’exemple, le rendement énergétique global de la fabrication de CTL ou de GTL est de l’ordre de 40 à 50 %. Il faudrait donc, calculé en énergie contenue, de l’ordre de deux fois plus de gaz ou de charbon pour leur fabrication que de carburants remplacés. Ce rendement est un peu meilleur pour l’hydrogène-carburant fabriqué à partir du charbon et surtout du gaz.

8 - Les transports sont actuellement en France responsables d’environ 30 % du total des émissions de gaz à effet de serre. Le remplacement des carburants actuels par du CTL doublerait ces émissions. Le stockage en sous-sol du gaz carbonique éliminerait une bonne partie des quantités émises à la production, mais n’éliminerait par les émissions des véhicules eux-mêmes. Globalement, les émissions n’augmenteraient alors que d’un tiers environ au lieu de doubler. De toutes façons, il ne faut pas attendre un développement significatif de ces stockages avant plusieurs décennies.

9 - A l’heure actuelle, on ne sait pas stocker l’électricité en grandes quantités. L’amélioration des capacités massiques des systèmes de stockage est un point essentiel du développement, aussi bien des voitures électriques que des électricités d’origine éolienne et solaire. Une intensification des recherches sur ce thème est hautement souhaitable.

10 - Hirsch, R., 2010 : The impending world energy mess. Autres actes du même colloque : http://www.aspousa.org/2010presenta...

11 - Commission Européenne, 2010 : Energy Trends to 2030, update 2009. Directorate-General for energy.

12- Dépêche de l’agence Reuters du 10 Novembre 2010.

Vu de l’Ecole centrale Hervé Kempf Reporterre 2011/02/17 Hervé Kempf (17 février 2011) Vu de l’Ecole centrale. Reporterre. Tribune — fr

Vu de l’Ecole centrale

Oubliez les barbus, les éleveurs de chèvres, les babas, les décroissants, les anarchistes, les agriculteurs bio, les frugaux, les écolos, les cultivateurs de topinambours, les utopistes, les rêveurs, les jeunes, les antipubs, les pacifistes, les végétariens, les cyclistes, tous ceux dont les gens sérieux savent qu’ils ne racontent que des niaiseries, des contes à dormir debout.

Non, prenez du solide, du concret, du... centralien ! De l’Ecole centrale, une des grandes écoles d’ingénieurs de la République française. Et plutôt que de lire La Décroissance, Silence, Tim Jackson, L’Age de faire, Down to Earth, Jean Gadrey ou la chronique Ecologie écrite par une espèce d’ayatollah khmer exalté s’éclairant sans doute à la bougie, absorbez page à page Quel futur pour les métaux ? (EDP Sciences, 2010).

Qu’y racontent Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, ingénieurs centraliens, et une douzaine de leurs collègues ? Que s’il y a un pic pétrolier, il faut aussi penser au pic des métaux. C’est-à-dire que la production des divers métaux - pas seulement les terres rares, mais aussi le nickel ou le cuivre, par exemple - va bientôt atteindre un niveau au-delà duquel il ne sera plus possible de l’augmenter, et qu’il va falloir apprendre à les économiser. Qu’il faut de plus en plus d’énergie pour obtenir la même quantité de métal, tandis que la production d’énergie, elle-même moins accessible, requiert de plus en plus de matières premières. Que les énergies nouvelles, et plus généralement les technologies dites vertes, recourent à des métaux rares, dont elles accroissent la consommation, et donc la crise prochaine. Que « les pays occidentaux consomment de l’ordre des trois quarts des ressources mondiales extraites annuellement pour un cinquième de la population » et que « le gâchis actuel est tout bonnement phénoménal ».

Tableaux, graphiques, statistiques, références viennent à l’appui des propos de Marc Ventre, le président de l’Association des centraliens : « La croissance mondiale va créer dans un horizon relativement proche des situations de pénurie. (...) Il ne sera pas possible de tout résoudre par des solutions technologiques. »

Tout n’est cependant pas perdu : si l’on économise et recycle à grande échelle, on pourra s’adapter à ces ressources limitées. Mais le temps court. Il y a quelques jours, le cours du cuivre a dépassé 10 000 dollars la tonne. Un monde se ferme. L’économie doit s’occuper « des ressources à moyen terme » plutôt que « du profit à court terme ». Ministres sourds, politiciens aveugles, médiacrates muets, pour une fois, lisez un livre.

Fondation Nicolas Hulot : les députés soulignent la confusion des genres Libération Reporterre 2011/02/17 Libération (17 février 2011) Fondation Nicolas Hulot : les députés soulignent la confusion des genres. Reporterre. fr

Fondation Nicolas Hulot : les députés soulignent la confusion des genres

Un rapport parlementaire vient d’être publié sur le fonctionnement des associations écologistes. Il souligne notamment « les liens troubles » que la Fondation Nicolas Hulot entretient avec des grandes entreprises.

Lundi 14 février, dans un mail aux amis de sa fondation éponyme, Nicolas Hulot semblait préparer son changement de casquette : d’animateur vedette-patron d’ONG environnementale à... candidat écologiste à la présidentielle. « Dans l’hypothèse où je me présenterais, je peux vous assurer que toutes les précautions seraient prises pour respecter l’indépendance de la Fondation, qui est, et doit rester, totalement apolitique. Comme chaque année, tout est mis en œuvre pour assurer la poursuite et le développement des activités de la Fondation », écrivait-il.

Seulement voilà. Un rapport parlementaire, remis le 2 février, qui a passé au crible « les modes de financement et de gouvernance des associations de protection de la nature et de l’environnement », épingle, sur plusieurs points, la Fondation Nicolas Hulot (FNH). Sans épargner non plus d’autres poids lourds comme Good Planet présidée par Yann Arthus-Bertrand ou encore, pour ses frais de fonctionnement, France nature environnement (FNE).

Extraits du rapport des députés Geneviève Gaillard (PS) et Jean-Marie Sermier (UMP).

« Confusion entre intérêt général et action personnelle » ?

« Tout au long de leurs auditions, vos rapporteurs ont constaté que l’organisation des fondations environnementales soulève d’importantes interrogations, qui pèsent sur leur crédibilité dans le débat public et qui rendent leur parole sujette à caution. Des liens troubles existent avec les grandes entreprises qui les financent, voire qui siègent à leur conseil d’administration – certaines directement concernées par les politiques publiques en matière d’environnement. L’identification d’une fondation à un individu accroît le risque de confusion entre intérêt général et action personnelle : les journaux de janvier ont ainsi annoncé puis démenti la démission de Nicolas Hulot de la présidence de la fondation FNH dans la perspective d’une candidature à la prochaine élection présidentielle ».

Sous l’influence de mécènes pas si écolo-compatibles

« La composition du conseil d’administration de la fondation Nicolas Hulot pose d’autres questions. Trois entreprises y occupent un siège : TF1, EDF et L’Oréal. Ceci ne pose, en soi, aucune difficulté : le mécénat de puissantes sociétés en faveur de l’environnement doit être accueilli comme un moyen supplémentaire d’action. Néanmoins, les activités particulières de ces groupes semblent problématiques sans les dimensions environnementales. EDF est une entreprise de pointe dans le secteur nucléaire. Quant à L’Oréal, elle est classée parmi les groupes de cosmétiques dont les produits font l’objet de test sur les animaux, au grand désarroi des opposants à la vivisection. Dès lors, comment interpréter, par exemple, la position très mesurée de Nicolas Hulot sur l’énergie nucléaire ? Quel poids donner à sa parole sur les activités principales de ses deux administrateurs, dont vos rapporteurs ont appris que l’un d’eux finance la fondation à hauteur de 10 % de ses ressources ? »

Lors de l’examen du rapport par la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, Sermier enfonce le clou, ciblant Hulot mais aussi la fondation Goodplanet de Yann-Arthus Bertrand :

« Nous avons mis le doigt sur des situations assez étonnantes. Ainsi, nous avons rencontré une fondation de protection de l’environnement – celle de Nicolas Hulot – dont EDF et L’Oréal sont des administrateurs et des financeurs importants. Peut-on, dans ces conditions, tenir un discours neutre sur les choix énergétiques et sur les pratiques de vivisection dans l’industrie des cosmétiques ? Nous avons appris que Yann Arthus-Bertrand, président de la fondation Goodplanet, soutient l’organisation de la coupe du monde de football de 2022 au Qatar, gâchis énergétique plusieurs fois évoqué en ces lieux. Le Qatar a par ailleurs financé la traduction en arabe de son film Home. Est-ce une bonne politique ? »

D’importants frais de fonctionnement

« Les organismes entendus par vos rapporteurs ont subi le mouvement de professionnalisation qu’a connu le monde associatif au cours des deux dernières décennies. La multiplication des permanents, rendus nécessaires par les formalités administratives à acquitter et par la compétition pour l’accès au don, imposés aussi par les avancées permanentes de la technique en matière de protection de l’environnement, justifiées enfin par la présence obligatoire de personnels pour les opérations de sensibilisation et de pédagogie, aboutit à des frais de fonctionnement importants. La LPO a fait part de sa volonté de plafonner sa masse salariale à 45 % de son budget. Pour la fondation Nicolas Hulot, le taux est supérieur à 50 %. Quant à France Nature Environnement, les charges de personnels atteignent 1,6 million d’euros pour un budget de 2,7 millions d’euros, soit près de 60%. »

Les riches émettent davantage de CO2 que les pauvres Benjamin Dessus Reporterre 2011/02/18 Benjamin Dessus (18 février 2011) Les riches émettent davantage de CO2 que les pauvres. Reporterre. Tribune — fr

Les riches émettent davantage de CO2 que les pauvres

Les 20 % de ménages les plus riches émettent près de trois plus de CO2 que les 20 % ménages les plus pauvres, révèle une étude de l’INSEE.

Dans le domaine de l’énergie et des émissions de CO2, la solution qu’on nous propose généralement pour la France repose sur deux piliers : la croissance et les énergies décarbonées.

La croissance serait à la fois naturellement porteuse d’amélioration des conditions de vie des plus pauvres, sans pour autant gonfler significativement les émissions des plus riches. On savait en effet, grâce aux études de l’Ademe (1), que les 20 % les plus riches d’entre nous ne consacraient « que » 6 % de leurs revenus à leurs dépenses directes d’énergie (le chauffage, l’électricité domestique, le carburant automobile) contre 15 % pour les 20 % les plus pauvres. Et finalement, une consommation d’énergie « seulement » 20 % supérieure et des émissions de CO2 seulement 25 % supérieures à celles des plus pauvres celles qu’on traite curieusement de « modestes ».

C’est-à-dire qu’on devait donc s’en sortir sans trop de mal avec un effort général d’économie d’énergie, à peine plus important pour les classes les plus riches et une mobilisation nationale des énergies décarbonées, nucléaire en tête !

Un rapport récent de l’Insee vient brutalement remettre en doute ces certitudes réconfortantes. L’Insee a eu en effet la curiosité de mesurer les émissions de CO2 contenues dans les produits et les biens qu’importe la France, sans oublier bien entendu d’en soustraire celles contenues dans ses exportations. Les résultats de cette étude sont éclairants. Quand on tient compte de l’énergie « grise » que contiennent les biens et les produits que nous achetons, nos émissions (et donc nos consommations d’énergie) sont près de 35 % supérieures à ce qu’indique le bilan national…

On découvre aussi que la répartition de ces émissions en fonction des revenus des ménages est beaucoup plus contrastée que pour nos dépenses « directes » d’énergie : celles des 20 % de ménages les plus favorisés sont 2,7 fois plus importantes (et non pas 1,25 fois) que celles des 20 % les plus défavorisés. Les émissions de CO2 d’un ménage en France, à une époque déterminée, restent donc presque proportionnelles à sa richesse car la part d’énergie indirecte contenue dans les biens et les produits de consommation, souvent importés, augmente très vite en fonction des revenus.

Il faut donc à l’évidence provoquer un effort de réduction beaucoup plus considérable que supposé de la part des couches les plus aisées de la population. Et nous n’y parviendrons pas si les incitations à l’effort demandé ne sont pas modulées en fonction des niveaux réels d’émission de chacun (et finalement de son revenu).

Il faut donc, pour des raisons d’équité mais aussi d’efficacité, mettre en place des incitations fortement progressives à l’économie d’énergie ou d’émissions. Quelque chose d’analogue dans son principe à l’impôt sur le revenu, avec une exonération de taxe jusqu’à un seuil d’émission donné, puis une taxe progressive avec le niveau d’émission.

Bien entendu, la mise en place d’un tel système se heurte à de nombreuses difficultés pratiques puisqu’il n’est pas facile d’associer un contenu CO2 à chacun des biens que se procure et utilise un ménage. Il existe pourtant déjà une mesure fiscale — le malus automobile —, qui respecte cet esprit de progressivité et semble bien acceptée aujourd’hui. Savez-vous en effet qu’une automobile roulant 15 000 km/an pendant 10 ans paiera, à travers son malus initial, une taxe CO2 implicite de 63 euros/tonne si elle émet 250 g/km (comme un 4x4 par exemple) et de seulement 8,5 euros/tonne si elle n’en émet que 150 (comme une 308 ou une C4 essence) ?

On a bien là l’exemple d’une taxe très rapidement progressive qui prend compte à la fois les émissions à la construction du véhicule et celles de son usage dont on pourrait s’inspirer dans de nombreux autres cas. Mais surtout, l’étude de l’Insee montre que le modèle de consommation des classes aisées n’est tout simplement pas accessible à tous parce que beaucoup trop dispendieux en énergie et en émissions cachées. C’est donc bien le mode de vie et de consommation des classes aisées des pays occidentaux qui est en cause et qu’il est urgent de faire évoluer vers plus de sobriété.

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Note :

(1) "°11 Le poids des dépenses énergétiques dans le budget des ménages en France", avril 2008 : à consulter ici, au n°11

Retour de Dakar : un Forum social roboratif Baudoin Jurdant Reporterre 2011/02/18 Baudoin Jurdant (18 février 2011) Retour de Dakar : un Forum social roboratif. Reporterre. fr

Retour de Dakar : un Forum social roboratif

Le Forum a discuté, sans trancher, de la stratégie à suivre : viser le pouvoir, ou parier sur la diversité des luttes ?

De retour du Forum Social Mondial de Dakar, je ne peux m’empêcher d’en retracer l’immense leçon. Le foisonnement des idées dans une multitude d’ateliers parallèles, le respect mutuel, la pluralité des points de vue, le sérieux et l’humour, la diversité linguistique et les traductions improvisées et relayées parfois dans plusieurs langues, les rires et les rythmes, les annonces, les affiches, les couleurs, le soleil et la fraîcheur du soir... on revient du Forum comme on reviendrait d’un autre monde, celui-là même que d’aucuns déclarent possible et qui, en l’espace de quelques jours, se met à exister devant nous, ou plutôt, avec nous. Impossible d’échapper au possible !

Dans plusieurs des ateliers qui ont émergé des préoccupations auxquelles plus personne n’échappe (le changement climatique, l’accaparement des terres, les migrations, la puissance des grands groupes industriels et financiers, la faim, la pauvreté, la biopiraterie, la colonisation scientifique de l’ignorance, les injustices sociales, la violence d’Etat, la précarisation de la santé, la boue du profit), il a souvent été question de stratégie. Avec des questionnements très essentiels : faut-il se lancer dans l’action, partir à la conquête du pouvoir, concentrer les efforts, imposer un minimum de consensus pour qu’un front uni puisse exister et rétablir une sorte d’équilibre des forces ? Ou au contraire, parier sur la diversité en s’interdisant d’en réduire l’éparpillement ?

Faut-il agir pour renforcer les convergences et marcher courageusement vers les conflits qui peuvent en résulter ? Prendre le risque de perdre et de se retrouver digéré par les puissances colossales, d’argent et de pouvoir, que l’on se sent le devoir d’affronter ? L’héroïsme bobo contre le cynisme malfaisant des banques et des grands groupes. Le combat n’est-il pas perdu d’avance, même si j’ai souvent entendu, au cours de ce Forum, que c’est le capitalisme, avec toutes les forces qu’il mobilise pour imposer son ordre aux hommes et aux choses, qui était en train de s’effriter plus rapidement encore que prévu ?

Au fond, cette question de stratégie est peut-être mal posée. Elle nous oblige à penser l’affrontement. Or, n’est-ce pas précisément de ne pas penser dans ces termes que le Forum Social Mondial témoigne ? Lieu de démultiplication infinie de petites différences qui, en se côtoyant, se dynamisent mutuellement dans des discussions où c’est le contenu qui compte et non la forme, le Forum est un extraordinaire réservoir d’énergie. Ce sont nos habitudes de pensée, nos obsessions des objectifs qui nous invitent à concevoir des convergences alors que l’existence même du Forum, son mode de fonctionnement très chaotique, nous indique que c’est dans les divergences que réside la possibilité de cet altermonde de nos rêves. C’est à travers ces divergences que nous accédons à l’énergie.

L’énergie contre la force : il n’y a rien de plus simple et de plus sûr pour que le monde change. La force, celle du pouvoir, celle de l’argent, des alliances corrompues, des tanks et des bombes, est centrée sur la dépense de l’énergie, son gaspillage spectaculaire, sa concentration maximale. L’énergie c’est ce qui naît du côtoiement des différences, à condition que ces différences ne se traduisent pas en rapports de force dominant/dominé, supérieur/inférieur, maître/esclave.

Le Forum Social Mondial c’est une formidable source d’énergie qui peut (qui doit) envahir la terre entière. C’est la promesse d’un monde qui n’a pas peur du foisonnement des différences quand celles-ci résistent à l’alignement qui tend à les réduire.

Nous vivons encore dans un monde où ce qui pose problème au pouvoir, ce sont précisément les différences, les singularités, les subjectivités irremplaçables de chaque être humain. L’école du XIXe siècle (qui est encore la nôtre aujourd’hui), fait tout pour raboter les aspérités singulières de l’humanité : les mêmes savoirs pour tous, le formatage idéologique généralisé à travers le culte des mathématiques, le fantasme inouï d’une humanité complètement domestiquée, homogénéisée, composée d’unités remplaçables les unes par les autres. La Tunisie et l’Egypte nous donnent les exemples d’une promesse démocratique nouvelle : avec une énergie qui surgit des différences dont le peuple réussit, mieux que n’importe quel pouvoir, à s’accommoder.

Et stratégiquement parlant, il n’est peut-être pas utopique de penser que c’est l’énergie issue d’une infinité d’entrechocs entre petites différences qui peut avoir raison des grands pouvoirs qui eux, justement, disposent de moins en moins d’énergie dans la mesure où, de la Chine aux Etas-Unis en passant par les pays européens, ils se ressemblent tous. Ils sont sans imagination, sans relief, incolores, inodores et sans saveur, parce que formatés dans les mêmes écoles universelles de business où tout le monde sait les mêmes choses et où la compétition, quand elle ne détruit pas systématiquement les talents singuliers, en réduit néanmoins l’expression à ce qu’un formatage généralisé peut en retenir pour les besoins des hiérarchies fonctionnelles du pouvoir.

Telle est l’une des leçons à retenir du Forum Social Mondial. C’est une leçon d’espoir. Quand on parle des choses elles-mêmes, quand les expériences du monde se discutent indépendamment des légitimités formelles qui s’en réclament, quand les êtres humains s’écoutent attentivement pour mieux comprendre le monde, ce sont de nouvelles énergies bouleversantes qui émergent dans une atmosphère étonnante de sérénité.

Lancement de la campagne « Taxe Robin des Bois » ! Attac et Oxfam Reporterre 2011/02/18 Attac et Oxfam (18 février 2011) Lancement de la campagne « Taxe Robin des Bois » !. Reporterre. fr

Lancement de la campagne « Taxe Robin des Bois » !

Une campagne pour la taxation des transactions financières est lancées internationalement. Cette taxe de 0,05% pourrait rapporter plusieurs centaines de milliards d’euros par an, et financer les urgences sociales et environnementales.

A l’occasion de la réunion des ministres des finances du G20 organisée à Paris les 18 et 19 février, les organisations Attac, Aides membre de la Coalition Plus et Oxfam France ont lancé la campagne de mobilisation Taxe Robin des Bois en faveur d’une taxe sur les transactions financières.

« Taxer la finance pour un monde plus juste. Rejoignez le mouvement ! » est le message de Robin des Bois venu himself de la forêt de Sherwood avec sa bande à Paris pour entraîner les Français dans cette grande campagne déjà active dans plus d’une dizaine de pays à travers le monde.

Inspirée par la taxe Tobin qui proposait de taxer les transactions de change, la taxe Robin des Bois s’appliquerait à toutes les transactions financières. Fixée à seulement 0,05%, elle pourrait rapporter plusieurs centaines de milliards d’euros par an, et permettrait de lutter véritablement contre la spéculation.

La taxe Robin des Bois pourra financer les urgences sociales et environnementales mondiales, par exemple la lutte contre le sida, l’adaptation au changement climatique ou les politiques d’éducation. Mais elle financera aussi la construction sur le long terme d’un monde plus juste et plus stable, libéré de l’emprise de marchés financiers livrés à eux-mêmes.. Complément de l’aide au développement, la taxe sera décisive pour espérer atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.

En 2011, pour la première fois, les dirigeants des 20 pays les plus riches vont consacrer une partie de leur rencontre à discuter de cette taxe. La France, qui préside cette année le G20, s’est publiquement déclarée en sa faveur ; Nicolas Sarkozy doit tenir sa promesse d’une taxe à la hauteur des besoins dès cette année et éviter une taxe au rabais.

Le mouvement Taxe Robin des Bois, ce sont déjà des centaines de milliers de personnes à travers le monde et plus de 200 organisations. Des militants, des économistes, des hommes et femmes politiques, des écrivains, des sportifs, des célébrités mais surtout des citoyens et citoyennes qui veulent que la finance se mette au service de l’humanité et non l’inverse !

Le site internet de la campagne propose des photos, images, bannières et idées d’actions pour aider les citoyens à passer le mot.

Un blog, accessible depuis le site, permet également de suivre l’actualité de la campagne et de la taxe, en France et à travers le monde.

La mobilisation sera très importante sur les réseaux sociaux. Sur Facebook par exemple, les internautes peuvent mettre à jour leur statut, commenter, personnaliser leur avatar avec un chapeau, un arc ou des flèches, tagger des photos… Une page de la campagne est également mise à jour régulièrement et recensera toutes les actions de la campagne.

La campagne Taxe Robin des Bois est soutenue par les coalitions Réseau Action Climat, Action Mondiale contre la pauvreté, Action for global health et Avocats pour la santé dans le monde ; ainsi que par les organisations ATD Quart Monde, Care France, CCFD –Terre solidaire, Défi Michée, Eau Vive, Médecins du Monde, Peuples solidaires (en association avec Action Aid), Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Sidaction, Solidarité laïque et Vision du monde.

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Plastiques et phosphore polluent gravement les océans Jean-Luc Goudet (Futura Sciences) Reporterre 2011/02/21 Jean-Luc Goudet (Futura Sciences) (21 février 2011) Plastiques et phosphore polluent gravement les océans. Reporterre. fr

Plastiques et phosphore polluent gravement les océans

Le Programme des Nations unies pour l’environnement révèle que le plastique et le phosphore sont devenus des causes majeures de pollution des océans.

Débris de matières plastiques et émissions de fertilisants au phosphore représentent un vrai danger pour l’océan mondial : c’est ce que met en avant le dernier rapport du PNUE, Programme des Nations unies pour l’environnement.

C’est un plaidoyer pour une « transition vers une économie verte » qui figure dans le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, publié cette semaine et que l’on peut lire dans sa version en anglais, UNEP Yearbook 2011. L’organisme (qui dépend de l’ONU) rappelle l’influence de l’activité humaine sur les modifications du climat et les engagements pris au sommet de Cancún. Il souligne aussi les effets de la pollution sur la santé humaine et notamment sur sa contribution possible aux maladies auto-immunes comme le diabète de type 1, la sclérose en plaques et la polyarthrite rhumatoïde.

Le rapport insiste aussi sur deux maux qui affectent aujourd’hui l’océan : l’accumulation de débris de matières plastiques et le largage dans la mer des composés phosphorés servant d’engrais pour l’agriculture. Les conséquences de ces deux paramètres seraient actuellement sous-estimées.

Recyclable et renouvelable : deux mots pour moins de maux

Entre 1950 et 2008, la production de plastique a suivi une courbe exponentielle, passant par exemple de 100 millions de tonnes (pour les produits les plus courants) en 1990 à plus de 250 millions en 2008. La production a alors chuté à 230 millions de tonnes en 2009, à cause de la crise économique, explique le PNUE. Le recyclage des matières plastiques est en développement mais varie beaucoup selon les pays : en Europe, les meilleurs élèves atteignent 84 % de la production et les plus mauvais seulement 25 %.

Et ce qui n’est pas recyclé finit en général dans l’océan. Les zones de concentrations de déchets plastiques dans l’océan sont désormais célèbres, même si leur ampleur fait débat. On sait que cette accumulation de débris n’est pas le seul danger. Devenus minuscules par fragmentation, ces déchets constituent de dangereux polluants pour les organismes marins. Les « microplastiques », affectant jusqu’au plancton, s’insèrent dans la chaîne alimentaire et pourraient remonter jusqu’à l’alimentation humaine.

Le rapport s’intéresse aussi à la production de phosphore, en grande partie destinée aux engrais phosphatés, qui a crû de manière explosive ces dernières décennies. Une première conséquence est l’eutrophisation des milieux aquatiques. Une étude de 2009 citée par le rapport (Eutrophication of U.S. Freshwaters : Analysis of Potential Economic Damages, Dodds et al., 2009) estime le coût de cette pollution aux États-Unis (dans les eaux douces) à 2,2 milliards de dollars par an (1,6 milliard d’euros).

Un socialiste contre l’aéroport de Notre Dame des Landes Michel Sourouille Reporterre 2011/02/21 Michel Sourouille (21 février 2011) Un socialiste contre l’aéroport de Notre Dame des Landes. Reporterre. Tribune — fr

Un socialiste contre l’aéroport de Notre Dame des Landes

« Mes camarades n’ont pas encore compris que les raisonnements d’il y a trente ans ne sont plus des raisonnements durables. »

Je suis membre du parti socialiste depuis 2002 et de son pôle écologique depuis sa création en 2008. Anciennement membre des Verts, je pense en effet que l’écologie doit d’urgence être prise en compte par un parti de gouvernement. Car les temps qui s’annoncent vont être durs. Mais l’évolution des mentalités au sein du Parti socialiste reste limitée. Ainsi le député-maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, soutient le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Quels sont ses arguments ?

Dans un article paru dans Le Monde du 15 février 2011, notre camarade Jean-Marc Ayrault et quelques grands élus essayent de constamment disqualifier les opposants par le verbe et les procès d’intention : « Niant les questions… partisans de l’immobilisme… semblant considérer que le trafic aérien est la cause unique et majeure du réchauffement climatique… refus de toute forme de progrès… logique de régression… composantes radicales ». Ceci ne constitue pas un raisonnement, mais une excommunication. Et ce n’est pas en saupoudrant le texte de références écolo qu’on fait de l’écologie : « Nantes, capitale verte de l’Europe… Aéroport labellisé HQE… protection de l’environnement. » Cela s’appelle du greenwashing.

Mes camarades n’ont pas encore compris que les raisonnements d’il y a trente ans ne sont plus des raisonnements durables. Affirmer que « Les avions ne vont pas s’arrêter de voler demain » ne dit rien d’après-demain. Si le kérosène était taxé, la majorité des compagnies aériennes serait déjà en piteux état. Alors si le prix du baril double ou triple, seuls les plus riches pourront atterrir sur cet aéroport du Grand-Ouest. Sachant que le pic du pétrole conventionnel a été franchi en 2006, cela ne saurait tarder. Et ce n’est pas parce que les autres font des erreurs comme Oslo (transfert d’aéroport) qu’il faut faire les mêmes. Le soutien réaffirmé à l’avion et aux lignes à grande vitesse montre d’ailleurs que nos camarades ne savent pas encore que demain il faudra aller ailleurs moins vite, moins loin et moins souvent.

Pourquoi mes camarades se trompent-ils ? D’abord parce qu’ils sont encore obnubilés par la croissance économique comme source d’emploi (« Nous sommes partisans d’un modèle de croissance équilibré… Une logique de régression pénaliserait les régions où nous travaillons… l’avenir d’un bassin d’emploi… lutter contre le chômage… embauche de 200 personnes… politique créatrice d’emplois »). Or la croissance économique est manifestement destructrice d’emploi : soixante ans de croissance en France et le chômage est devenu structurel. Mais modifier ses paradigmes de référence est toujours difficile, surtout dans une société croissanciste qui vous ressemble.

Ensuite parce que mes camarades sont des élus qui pensent que leur talent de bâtisseur fera leur notoriété, donc leur ré-élection. Cet article est d’ailleurs cosigné par des présidents de différents territoires. Financer des aéroports ou des LGV, c’est de leur responsabilité, il faut bétonner, laisser une trace matérielle de sa présence. Ils ont la mentalité de leur fonction. Mais notre planète est déjà dévastée et l’énergie va devenir de plus en plus chère. Les élus locaux, en toute conscience, doivent changer et comprendre ce que signifie vraiment « maîtrise de l’énergie ». L’heure n’est plus aux grands projets, il est dorénavant impératif pour les élus locaux de penser en termes de sobriété et de relocalisation.

En Espagne, les agences de notation déférées en justice Publico Reporterre 2011/02/22 Publico (22 février 2011) En Espagne, les agences de notation déférées en justice. Reporterre. fr

En Espagne, les agences de notation déférées en justice

Les agences de notation « notent » la politique des Etats, ce qui influe fortement sur le taux auquel ces Etats peuvent emprunter. Or, leur processus est opaque, elles défendent la plus stricte idéologie néo-libérale, et leurs erreurs graves ont contribué largement à la crise financière de 2008. En Espagne, des associations les attaquent en justice.

Cette semaine, la plus haute instance pénale espagnole devrait être saisie d’un « plainte contre les oracles des marchés », titre le quotidien Público. Une dizaine d´avocats représentant deux organisations, l’Union des libertés civiles et l´Observatoire des droits économiques et sociaux, vont poursuivre devant l’Audience Nationale les trois principales agences de notation des marchés financiers. Selon eux, Moody´s, Standard and Poor’s et Fitch ont « altéré les cours des marchés » pour leur bénéfice et celui de leurs clients et ont « porté préjudice au Trésor public et aux petits investisseurs », ce qui constituerait un « conflit d´intérêts ».

Le quotidien souligne que « l’énorme bulle des subprimes et des fonds spéculatifs » à l’origine de la crise économique « n’aurait pas été possible sans les rapports qui accordaient la note maximale à ces produits », et dénonce ces agences qui consacrent maintenant leur temps « à disqualifier la solvabilité des pays qui ont été obligés de s’endetter pour éviter l’effondrement de leurs économies », conclut Público.

Pour compléter, voici la traduction d’un article du Guardian paru le 21 décembre 2010 sur Les agences de notation :

Martin Kettle

Maudites Moody’s & Co.

Sur les 46 millions d’habitants que compte l’Espagne, combien seraient capables de vous parler de l’Allemande d’âge moyen qui tient aujourd’hui entre ses mains leur souveraineté démocratique, qu’ils ont acquise de haute lutte, et leur avenir économique ?

Une femme dont les avis détermineront si des millions d’Espagnols courageux pourront garder leur emploi, s’ils pourront rembourser leurs crédits immobiliers en 2011 et au-delà ? Et dont le verdict négatif sur l’économie espagnole accoucherait non seulement d’un programme de mesures d’austérité qui ferait pâlir ceux déjà imposés à la Grèce et à l’Irlande, mais qui risquerait même de sonner le glas de la zone euro elle-même ?

Bien peu, est-on en droit de supposer, puisque cette Allemande d’âge moyen qui joue à Dieu avec l’une des plus grandes nations d’Europe n’est pas Angela Merkel. La chancelière allemande occupe une position clé dans la bataille pour défendre l’Espagne, qui se livre une fois de plus aujourd’hui à l’occasion du sommet des chefs de gouvernement de l’UE à Bruxelles. Or, ce n’est pas de Merkel que va dépendre la vie des Espagnols pendant la prochaine décennie ou plus.

La femme dont les diktats plongent l’Espagne dans l’inconnu

Cet honneur revient plutôt au personnage mystérieux qu’est Kathrin Muehlbronner, polyglotte et diplômée de l’université de Tübingen qui, est-on tenté d’ajouter, exerce sur la vie de l’Espagne une influence plus réactionnaire que toute autre femme depuis que la reine Isabelle a chassé les Maures, expulsé les juifs et placé l’Inquisition au cœur de la nation, il y a de cela plus de cinq siècles.

Comment ? Muehlbronner est vice-présidente et principale analyste des risques souverains, spécialiste de l’Espagne pour l’agence de notation Moody’s. Ce qui fait d’elle la femme dont les diktats peuvent plonger l’Espagne dans l’inconnu en déclarant simplement que la cinquième économie d’Europe ne mérite plus sa note d’Aa1.

Cette semaine, Muehlbronner a manqué tirer sur le levier susceptible de faire tomber l’Espagne par la trappe d’une salle de tortures fiscale dont Torquemada en personne n’aurait pas eu à rougir. "Moody’s pense que les risques baissiers sont tels qu’il est normal de réviser éventuellement à la baisse la note de l’Espagne", a lancé Muehlbronner, la main sur le levier — à la suite de quoi et l’euro et la bourse ont flanché. Peu après, elle relâchait son emprise. "Moody’s ne pense pas que la solvabilité de l’Espagne soit menacée," a-t-elle concédé, tandis que l’euro et les marchés se reprenaient en chancelant.

Pourquoi mettre un genou à terre devant Dame Muehlbronner ?

Moody’s pense ? Mais, dites-moi, qui a élu Moody’s ? Quels traités a signé Moody’s ? Sur quoi nous fondons-nous pour mettre genou en terre devant Dame Muehlbronner ? Je n’ai rien contre elle. En revanche, j’ai franchement quelque chose contre la prédominance et l’influence de la culture de la notation, dont elle est un porte-flambeau montant.

Car, alors que les pays de la planète se débattent pour s’extirper du krach financier mondial, Moody’s et ses deux principaux concurrents, Standard & Poor’s et Fitch, ne sont pas des acteurs neutres et objectifs qui n’auraient d’autre souci que de superviser avec intelligence les marchés.

Nous traitons les agences de notation comme s’il s’agissait d’arbitres. Elles ont même leur place dans certains des systèmes de réglementation concoctés à la hâte. Alors qu’en réalité, ce sont des acteurs, et pas seulement des acteurs, mais des spéculateurs. Ainsi, quand le crédit était en pleine expansion et bon marché dans les années 90 et 2000, quiconque émettait des obligations se voyait gratifié systématiquement de triples A.

Moody’s, a commenté le chef de la commission d’enquête fédérale sur la crise mise en place par Barack Obama, était une “usine à triples A”. Avec pour résultat que, depuis les prêts hypothécaires à risque jusqu’au marché obligataire lui-même, le système était submergé de produits financiers monstrueusement surévalués, tous garantis par ce qui était finalement des notes tout aussi dépourvues de valeur.

Le processus kafkaïen des notations personnelles

La malédiction de la culture de la notation dans l’économie personnelle n’en est encore qu’à ses débuts en Grande-Bretagne. Mais elle a gagné en puissance, continue à s’étendre et devrait être endiguée. Quiconque est familier de la culture de la notation personnelle aux Etats-Unis, qui a engendré la culture du risque souverain, sait qu’elle procède de façon kafkaïenne.

Si, aux Etats-Unis, vous faites une demande de carte de crédit sans disposer d’une bonne note d’une agence américaine, non seulement on vous refusera une carte, mais votre note en pâtira, et il vous sera donc encore plus difficile d’obtenir le crédit dont vous avez besoin. Soyez en retard de paiement pour quelque raison que ce soit, et l’agence vous considèrera comme un risque — ce qui lui vaudra d’être payée par les banques pour la peine. Comme dans toutes les activités bancaires et de prêt partout dans le monde, un système où il suffit de cocher des cases sur un ordinateur s’est substitué à l’individu.

Il en va exactement de même, mais à une tout autre échelle, dans le monde du risque souverain. Toutefois, là, les agences se prononcent sur la gestion des économies de peuples libres et souverains. Pourtant, le problème dans le monde de la dette souveraine est aussi, sous certains aspects, une version surdimensionnée du problème que connaît le monde de l’économie personnelle.

Tout comme la dette personnelle, alimentée par le crédit, est partie en vrille parce que l’on ne trouvait plus de grands banquiers qui connaissaient les gens et le coin, capables de prendre des décisions intelligentes sur des cas particuliers, le monde de la dette souveraine a aujourd’hui perdu tout sens commun et toute équité dans ses relations avec les nations. L’assaut des marchés contre les nations et les peuples

Dans la vraie vie, l’histoire est affaire d’êtres vivants. Dans le monde illusoire des agences de notation, l’histoire est une question de chiffres. Au-dessus de la ligne : bien. En dessous : pas bien.

Quand on conçoit l’histoire comme une aventure humaine, on ne peut que partager la douleur de l’Irlande humiliée par les marchés. Mais il est scandaleux d’imaginer qu’une grande nation comme l’Espagne — pour la liberté de laquelle des amis de mes parents se sont battus et sont morts — puisse être mise à genoux par le caprice d’une poignée de directeurs trop payés devant leurs écrans d’ordinateur. Comment osent-ils ?

Les agences de notation ont pris la tête d’un assaut des marchés contre les nations et les peuples. Nous devons les faire plier sans pitié si nous le pouvons. C’est ce que prévoit entre autres le nouveau plan de l’Allemagne pour la zone euro. C’est pourquoi, quels que soient ses défauts, nous devrions à chaque fois soutenir Frau Merkel contre Frau Muehlbronner.

Riches et pauvres Hervé Kempf Reporterre 2011/02/23 Hervé Kempf (23 février 2011) Riches et pauvres. Reporterre. Tribune — fr

Riches et pauvres

Le mercredi 23 février est marqué par une nouvelle grève générale en Grèce. Les citoyens hellènes y montreront leur enthousiasme pour la politique que leur applique le Fonds monétaire international, dont le directeur général, Dominique Strauss-Kahn, vient de visiter le bon pays de France.

Cela a-t-il à voir avec l’écologie ? Oh que oui ! Le choix politique du paiement de la dette aux « marchés », sans remise en cause de la légitimité de ceux-ci, se mène par la privatisation des actifs publics et par l’affaiblissement de l’Etat, donc de la politique environnementale. De surcroît, la politique menée néglige la distribution des revenus. Or l’inégalité économique a des effets environnementaux bien attestés. Par exemple, une étude de Weber et Matthews, parue dans Ecological Economics en 2008, montre que la quantité d’émissions de gaz carbonique par ménage, aux Etats-Unis, est proportionnelle aux revenus.

De même, une étude de l’Insee (voir p. 113), incluse dans son « Rapport sur les comptes de la nation 2009 », constate que « la quantité de CO2 induite par la consommation d’une catégorie de ménages est croissante avec son niveau de vie ». De leur côté, Zahia Longuar et d’autres chercheurs montrent, dans une étude publiée en décembre 2010 (p. 163) par La Revue du CGDD (Commissariat général au développement durable), que la quantité de CO2 émise dans les transports est également croissante avec le niveau de vie.

L’inégalité dans la cause du dégât environnemental se retrouve, inversée, du côté du dommage environnemental : ce sont les plus pauvres qui, proportionnellement, le subissent davantage. Bien connue au niveau international, cette « injustice environnementale » s’observe aussi au sein des pays riches. Encore peu étudiée en France, cette question commence à y être éclairée : ainsi, l’épidémiologiste Jean-François Viel a publié, fin 2010, avec d’autres chercheurs, dans la revue Health and Place, une étude sur l’habitat près des installations les plus polluantes de Franche-Comté. Il apparaît que ce sont les populations immigrées qui vivent le plus dans le voisinage de ces usines. Dans une recherche parue en 2007 dans Socio-Logos, le sociologue Eric Chauvier a montré que l’approche purement technicienne des sites dangereux oubliait l’approche sociétale, alors que ces environnements à risques regroupent les populations les plus précaires.

Que conclure de ce panorama express ? Que la question sociale est indissociable de la question écologique : il est temps que l’inégalité environnementale entre dans la discussion sur les politiques économique et écologique. Et donc, simplement, de la politique tout court.

Les ventes d’armes augmentent malgré la crise économique SIPRI Reporterre 2011/02/23 SIPRI (23 février 2011) Les ventes d’armes augmentent malgré la crise économique. Reporterre. fr

Les ventes d’armes augmentent malgré la crise économique

Les Etats-Unis et l’Europe occidentale restent de loin les principaux fournisseurs d’armes du monde.

(Stockholm, le 21 Février 2011)

Malgré la récession économique qui a marqué l’année 2009, les ventes d’armes combinées des 100 plus importantes firmes d’armement (Top 100) ont augmenté de 14,8 milliards de dollars depuis 2008, atteignant 401 milliards de dollars en 2009, soit une augmentation de 8 % en termes réels selon les nouvelles données publiées aujourd’hui par l’Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm (SIPRI).

Les ventes d’armes combinées des 100 plus importantes firmes d’armement (Top 100) sont toujours à la hausse, accusant une progression de 59% en termes réels depuis 2002.

Les ventes d’armes des 10 principales firmes d’armement (Top 10) avoisinent 228 milliards de dollars, ce qui représente 56,9% du total des ventes d’armes du Top 100 du SIPRI en 2009.

Selon le Dr Susan Jackson, spécialiste de l’industrie de l’armement au SIPRI, « les dépenses en biens et services militaires du gouvernement des États-Unis sont un facteur déterminant de l’augmentation des ventes d’armes des entreprises américaines productrices d’armes et prestataires de services militaires et des entreprises d’Europe Occidentale qui sont présentes sur le marché américain des armes et services militaires ».

Des différences régionales majeures

Sur les 100 principales entreprises d’armement, 78 sont basées aux Etats-Unis et en Europe Occidentale. Leurs ventes d’armes ont atteint 368 milliards de dollars, totalisant 91,7% du total des ventes d’armes du Top 100 du SIPRI en 2009.

En détail, la répartition régionale des entreprises du Top 100 est la suivante : - 45 firmes du Top 100 sont basées aux Etats-Unis. Leurs ventes d’armes ont quasiment atteint 247 milliards de dollars. - 33 firmes du Top 100 sont basées dans neuf pays d’Europe Occidentale (Allemagne, Espagne, Finlande, France, Italie, Norvège, Royaume-Uni, Suède et Suisse). Leurs ventes d’armes ont atteint 120 milliards de dollars, c’est-à-dire 30% des ventes d’armes du Top 100. - 26 des principales firmes d’Europe Occidentale sont basées dans quatre pays : Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni.

Dix firmes du Top 100 sont basées en Asie - à l’exclusion des entreprises chinoises - (3 en Inde, 4 au Japon, 1 à Singapour, 2 en Corée du Sud), et 5 au Moyen-Orient (3 en Israël, 1 au Koweït, 1 en Turquie). Les ventes d’armes combinées des firmes du Top 100 issues de ces deux régions s ́élèvent à 24 milliards de dollars, ce qui représente 6% du total des ventes d’armes du Top 100 pour 2009.

Aucune firme du Top 100 de 2009 n’est basée en Amérique Latine ou en Afrique.

En Europe, la surface cultivée en OGM continue de reculer Les Amis de la Terre Reporterre 2011/02/23 Les Amis de la Terre (23 février 2011) En Europe, la surface cultivée en OGM continue de reculer. Reporterre. fr

En Europe, la surface cultivée en OGM continue de reculer

Alors que l’industrie s’apprête à publier ses chiffres annuels, un nouveau rapport de la Fédération Internationale des Amis de la Terre révèle que la culture des plantes GM continue de baisser en Europe : le nombre d’interdictions augmente et la surface cultivée en OGM continue de diminuer.

Le rapport intitulé Qui tire profit des plantes GM ? montre que moins de 0,06 % des champs européens sont plantés d’OGM, soit une baisse de 23 % par rapport à 2008. Sept Etats membres maintiennent une interdiction contre le maïs GM de Monsanto, en s’appuyant sur les preuves toujours plus nombreuses de ses conséquences négatives pour l’environnement. Trois pays ont interdit la pomme de terre GM de BASF, immédiatement après son autorisation au printemps 2010, en invoquant des inquiétudes sanitaires et, pour la première fois, cinq Etats membres ont poursuivi la Commission européenne pour avoir autorisé une plante GM (2). L’opposition des citoyens aux OGM a augmenté pour atteindre 61 % dans l’ensemble de l’Union européenne.

Pour Mute Schimpf chargée de la campagne Alimentation des Amis de la Terre / Friends of the Earth Europe : « L’opposition aux plantes et aliments GM est très répandue et ne cesse de s’amplifier en Europe. Les agriculteurs et les citoyens ne voient dans les plantes GM aucun avantage, mais plus de risques pour leur santé et l’environnement. De plus, les OGM sont un obstacle pour le défi que nous devons relever : nourrir la population mondiale avec une nourriture saine et sûre. » Nos recherches montrent aussi qu’au niveau mondial, même les gouvernements très pro-OGM de l’Amérique du Sud sont obligés de prendre des mesures pour atténuer les conséquences des OGM sur leurs agriculteurs, leurs concitoyens et l’environnement.

Le gouvernement brésilien vient de lancer un programme de soja sans OGM, afin d’aider les agriculteurs à avoir accès à des semences non-OGM. En Argentine, de nouvelles études ont montré que le glyphosate, l’herbicide utilisé sur la majorité des OGM dans le monde, pouvait avoir de graves conséquences sur la santé humaine. Les épandages d’herbicide près des habitations ont été interdits. En Uruguay, certains districts se sont déclarés « zones sans OGM ». Pour Martin Drago, coordinateur du programme Souveraineté alimentaire de la Fédération internationale des Amis de la Terre : « Les agriculteurs et les citoyens de l’Amérique du Sud doivent supporter le fardeau de 10 années de culture GM avec leur cortège de catastrophes sanitaires et des coûts qui ne cessent de grimper. Les promesses sur lesquelles l’industrie des biotechnologies s’est bâtie, sont en train de s’écrouler. »

Notre rapport dévoile aussi que :

• Une nouvelle génération de plantes GM conçues pour favoriser l’utilisation de pesticides dangereux comme le Dicamba et le 2,4D, est prête pour la commercialisation aux Etats-Unis. Les compagnies de biotechnologies font la promotion de ces OGM comme solution pour remplacer les OGM existants qui ont échoué à contrôler les mauvaises herbes et à réduire l’usage des pesticides.

• Les compagnies de biotechnologies avec l’aide du gouvernement états-unien cherchent maintenant de nouveaux marchés en Afrique pour tenter de sauver leurs activités. La Fondation Gates qui finance des projets agricoles en Afrique pour des milliards de dollars a acheté des actions de Monsanto et a donc un intérêt direct à maximiser les profits des compagnies de biotechnologies, plutôt que de protéger les intérêts des petits paysans africains.

Pour Christian Berdot référent OGM des Amis de la Terre France : « Les faits sont là : les OGM sont un échec sur toute la ligne. Leur coût est énorme : les petites communautés rurales perdent leurs terres et sont empoisonnées par les herbicides, l’environnement est sacrifié. Soutenir encore les plantes GM aujourd’hui, c’est faire passer les intérêts de quelques grandes firmes internationales avant l’intérêt de ses concitoyens, des agricultures nationales et de l’environnement. »

Et voici les membres du Siècle qui se sont retrouvés le 27 janvier 2010 Collectif Finies les Concessions-Branche Armée de... Patience // Hicham Hamza Reporterre 2011/02/24 Collectif Finies les Concessions-Branche Armée de... Patience // Hicham Hamza (24 février 2011) Et voici les membres du Siècle qui se sont retrouvés le 27 janvier 2010. Reporterre. fr

Et voici les membres du Siècle qui se sont retrouvés le 27 janvier 2010

Communiqué du Collectif Finies les Concessions-Branche Armée de... Patience :

On nous a signalé que la liste des invités du Dîner du Siècle de janvier 2010 avait fuité sur le Net, sur le site Cryptome.org (http://cryptome.org).

Cette liste, qui provient directement d’une source interne au Siècle, contient le CV des participants ainsi que leurs coordonnées professionnelles. C’est donc un document de première main, même s’il a été expurgé de toutes les coordonnées personnelles.

Nous avons appris que d’autres listes du même type devraient bientôt suivre, et nous félicitons de cette initiative.

L’analyse plus détaillée de Hicham Hamza

l’ère numérique, le secret absolu n’est plus possible. C’est ce que vont comprendre, à leur détriment, les participants d’un rituel mondain et ultra-select, dénommé le « dîner du Siècle ». Une fois par mois, à Paris, place de la Concorde, l’élite française se réunit en toute discrétion. Depuis hier, cette précaution est devenue inepte : Cryptome.org -un site américain spécialisé, à l’instar de Wikileaks, dans la publication de documents sensibles- a mis en ligne la liste complète des participants au dîner du « Siècle » qui s’est tenu le 27 janvier 2010. Une controverse, liée à l’opacité et au but exact de ces réunions, subsiste depuis l’automne : suite à l’appel du réalisateur Pierre Carles, des rassemblements de protestation se tiennent chaque mois face à l’établissement dans lequel se réunissent les convives triés sur le volet. Au regard des nombreux témoignages rapportés par des anciens membres, une chose paraît certaine : fondé en 1944, le « Siècle » n’est ni une loge maçonnique complotant dans l’ombre ni un simple rassemblement huppé et sans conséquences. Le défaut de transparence, la mise en place d’un circuit parallèle de pouvoir échappant à tout examen démocratique et la connivence cultivée entre gens influents sont les principaux griefs adressés à cette association. Fin octobre, Oumma avait déjà publié un reportage consacré à la première manifestation hostile à ce club VIP et confidentiel.

Quatre mois plus tard, le militantisme anti-élitaire s’est émoussé. Le diner du Siècle qui s’est déroulé hier, mercredi 23 février, n’a pas connu l’opposition affichée lors des mois précédents. Outre le temps pluvieux, sans doute faut-il y voir la conséquence de la féroce répression policière déployée à l’occasion des rassemblements de janvier et de novembre. De nombreux manifestants avaient rapidement été interpellés et embarqués par les forces de sécurité.

Une nouvelle aristocratie

Le site Cryptome a dévoilé mercredi son précieux document, au jour même où se tenait, sans véritable contestation populaire, la dernière réunion du Siècle. Ce pdf de 98 pages, compressé pour téléchargement en fichier zip, est le bottin mondain par excellence : les noms des dizaines de personnalités ayant participé au dîner de janvier 2010, ainsi que leurs coordonnées professionnelles, y figurent. Les adresses privées de domicile ont été par contre gommées. But invoqué, en préambule du texte, par la mystérieuse source anonyme ? Donner la possibilité aux citoyens hostiles à cette pratique d’interpeller directement, par téléphone ou email, ses adeptes. La démarche se présente ici comme une contre-attaque : « La publication de la liste facilitera les protestations à l’encontre des dirigeants et de ceux qui contribuent à détruire l’héritage de la Résistance : notre sécurité sociale, notre système de pensions, nos services publics ».Si le document semble authentique, il confirme d’ores et déjà ce que l’on devinait à propos du « Siècle » : la société civile, les partis politiques radicaux et les « minorités visibles » n’y sont quasiment pas représentés. Une caste à part, secrètement affairiste et déconnectée de ce qui constitue pourtant la diversité –politique, économique et culturelle- de la société française.

***Liste non exhaustive des noms figurant dans la liste du dîner du 27 janvier 2010 et dans celle, également affichée, des anciens membres du conseil d’administration du Siècle :

En politique : Nicole Notat (nouvelle présidente du Siècle), Jérôme Monod (ex-conseiller à l’Élysée), Martine Aubry (PS), Anne-Marie Idrac (ex-secrétaire d’Etat au commerce), Pascal Lamy (OMC), Hubert Védrine (PS), François Baroin (porte-parole du gouvernement et ministre du Budget), Jean-Michel Berard (préfet), Marguerite Berard-Andrieu (conseillère technique à l’Élysée ), Xavier Bertrand (ministre de l’Emploi), Jean-Marie Cavada (eurodéputé), Olivier Dassault (député UMP), Rachida Dati (eurodéputé), Tony Dreyfus (député PS), Jean-Paul Faugère (directeur de cabinet du Premier ministre), Jean-Pierre Fourcade (sénateur UMP), Philippe Galli (préfet), Michel Gaudin (préfet de police de Paris), Hervé Gaymard (député UMP), Elisabeth Guigou (député PS), Hubert Haenel (sénateur UMP) , Christian Jacob (pdt du groupe parlementaire UMP), Pierre Joxe (PS, membre du Conseil Constitutionnel), Anne-Marie Lizin (sénatrice belge), Hervé Mariton (député UMP), Pierre Méhaignerie (député UMP), Catherine Nay (conseillère à l’Élysée), Françoise de Panafieu (député UMP), Pierre Steinmetz (membre du Conseil Constitutionnel), Henri Weber (PS, eurodéputé), Eric Woerth (alors ministre du Budget).

Dans le domaine médiatique et culturel : Marie-Louise Antoni (Le Monde), Olivier Nora (Grasset), Louis Schweitzer (Le Monde), Nicolas Baverez (Le Point, Le Monde), Jacques Attali, Véronique Cayla (Arte), Michèle Cotta (ex-France 2), Richard Descoings (Sciences Po), Denis Jeambar (éditions du Seuil, Marianne, IPJ), Alain Minc, Denis Olivennes (Europe 1, alors au Nouvel Obs), Alexandre Adler, Blandine Kriegel (philosophe), Pierre Assouline, Christopher Baldelli (RTL), Alexandre Bompard (Fnac, alors à Europe 1), Stéphane Boujnah (membre fondateur de SOS Racisme, dirigeant à la Deutsche Bank et à la Deutsche Securities Algeria), Takis Cadilis (Lagardère Entertainment), Monique Canto-Sperber (Ecole Normale Supérieure), Emmanuel Chain (producteur Tv), Teresa Cremisi (Flammarion), Axel Duroux (ex-TF1 et RTL), Bernard Fixot (éditions XO), Alain Genestar (Polka Magazine, ex-Paris Match) Antoine Herouard (secrétaire général de la Conférence des évêques de France) Emmanuel Hoog (INA), Serge July (ex-Libération), Julien Kouchner (CAPA), Pierre Louette (AFP), Rémy Pflimlin (France Télévisions), Sylvie Pierre-Brossolette (Le Point), Henri Pigeat (CFJ), PPDA, David Pujadas, Jean-Marie Rouart (Paris Match), Laurent Solly (TF1), Didier Quillot (Lagardère, Canal+), Nicolas de Tavernost (M6), Thomas Valentin (M6), Gérard Unger (LICRA), Lionel Zinsou (Libération /Rothschild Group).

En vrac : Jean Veil (avocat de Jacques Chirac), Denis Kessler (ex-vice-pdt du MEDEF), Jean-Pierre Jouyet (AMF), Marie-Hélène Berard (trésorière de la chambre de commerce France- Israël et de la Fondation Chirac), l’Allemand Joachim Bitterlich (Veolia Environnement), Christian de Boissieu (conseiller économique auprès de Matignon), Jean-Paul Costa (pdt de la Cour européenne des droits de l’homme), Anne-Marie Couderc (Lagardère Active), Denis Delmas (pdt de TNS Sofres), Jérôme Jaffré (CECOP), Philippe Delmas (ex-vice-pdt Airbus), Frank Esser (pdg SFR), Louis Gallois(pdt exécutif EADS), Benoît Genuini (médiateur national de Pôle emploi), Philippe Ingall-Montagnier (procureur général près la cour d’appel de Versailles), Georges Kiejman (avocat), Bruno Laserre (pdt de l’Autorité de la concurrence), Jean-Bernard Lévy (pdt de Vivendi), Thierry de Montbrial (IFRI), Christian Noyer (gouverneur de la Banque de France), Michel Prada (ex-AMF).

Prix de l’électricité : à la hausse, et le privé va empocher la rente nucléaire ! Hervé Nathan (Marianne) Reporterre 2011/02/24 Hervé Nathan (Marianne) (24 février 2011) Prix de l’électricité : à la hausse, et le privé va empocher la rente nucléaire !. Reporterre. fr

Prix de l’électricité : à la hausse, et le privé va empocher la rente nucléaire !

Sous prétexte de concurrence libre et à travers la loi NOME, les capitalistes s’apprêtent à empocher les profits collectifs réalisés grâce à l’électricité nucléaire.

C’est une bataille au couteau dont le vainqueur empochera quelques centaines voire quelques milliards d’euros. Elle oppose les deux poids lourds de l’énergie français, EDF et GDF-Suez. Jérôme Mestrallet et Henri Proglio. Les deux se disputent pour savoir à quel prix ils pourront vendre l’électricité produite par les centrales nucléaires.

Une loi dite Nome prétend instaurer la concurrence sur le marché de l’électricité. C’est très difficile parce qu’il n’y a qu’un réseau, et que l’électricité c’est typiquement le secteur du « monopole naturel ». La droite, sous la pression de la Commission européenne, a décidé de créer artificiellement la concurrence en contraignant EDF a céder jusqu’à 25% de sa production nucléaire (qui représente 80% du total produit en France). Pour les concurrents, GDF-Suez, Poweo, Direct Energie… c’est pratique. Pas besoin de construire des installations coûteuses, même là où ce serait nécessaire comme en Bretagne et en Paca, région déficitaire et menacées de black out chaque hiver. Il suffira, pour fournir les clients, d’acheter la production d’EDF. Mais à quel prix ? Réponse : « au coût complet » du « nucléaire historique » dit la loi Nome. Mais encore ? GDF-Suez, principal concurrent d’EDF, avance 35 euros par mégawatt-heure. Pourquoi ? Parce que c’est actuellement le prix pratiqué par EDF à ses clients industriels dans le marché « régulé ». EDF crie au « pillage » (expression de Proglio devant les députés). Pour lui, le coût complet du nucléaire serait de 42 euros par mégawatt-heure. Edf a même un temps avancé le prix de 45 euros. Une mission confiée à Paul Champsaur, haut fonctionnaire et président de l’Autorité de la statistique publique, qui devrait rendre très rapidement un rapport. Selon des indiscrétions Champsaur aurai tranché pour un prix moyen de 39 euros. « Ce n’est pas Champsaur, c’est Salomon », aurait dit un haut fonctionnaire.

Mais au fait quel est l’enjeu ? Tout simplement l’accaparement de la rente nucléaire. En fait le « coût complet » serait de 31 euros. C’est le chiffre calculé en 2007 par la Commission de régulation de l’électricité (CRE) et publié dans un avis officiel, rappelé hier par l’UFC-Que Choisir. Mais à ce prix, évidemment, pas de juteux profit possible, ni pour EDF ni pour les concurrents. Alors on cherche un niveau plus acceptable. Philippe de Ladoucette, président très libéral de la CRE (c’est un ami de Gérard Longuet), a déjà renié l’avis de sa propre institution en réévaluant le mégawatt-heure dans une « fourchette de 37,5 euros à 38,8 euros ».

Tiens on se rapproche ! Par quel miracle ? C’est que le calcul du coût complet a été élargi au coût des capitaux utilisés. Une sorte d’hérésie comptable : les centrales sont déjà presque toutes amorties ! Mais qu’importe. L’important est de justifier un tarif politiquement acceptable. Les différences de prix ont des effets considérables. Devant les députés, Henri Proglio affirme : « l’effort fait pour passer de 46 à 45 euros puis à 42 euros pendant les 4 ans de transition, coûtera à EDF 10 milliards d’euros ». Si on suit son raisonnement, chaque euro de plus ou de moins sur le mégawatt-heure déplace environ 3 milliards d’euros, soit vers les caisses d’EDF, soit vers celles de ses concurrents. Donc entre 31 euros et 39 euros, l’enjeu serait de 21 milliards d’euros sur 4 ans ! Entre 31 et 42, c’est 33 milliards. Gigantesque !

Qui va payer ? Mais les clients bien sûr. Selon les calculs de l’UFC-Que Choisir, le cours de 39 euros amènera les tarifs régulés de l’électricité à augmenter les factures de tout un chacun de 5% par an pendant quatre ans. Certains vieux clients noteront que, entre 1974 et 1990, ils ont déjà payé le coût de la construction du parc de 58 réacteurs nucléaires avec des factures qui étaient à l’époque souvent plus élevées en France qu’ailleurs en Europe… La rente nucléaire devrait logiquement leur revenir. A moins que la Nation toute entière ben profite. C’est l’opinion défendue par Marcel Boiteux, ex-PDG d’EDF. Le père du programme électronucléaire français explique dans un article publié par la revue Commentaires que la rente nucléaire, plutôt que d’être captée par des intérêts privés, ou par EDF elle-même (qui est maintenant un acteur mondial, et plus le simple fournisseur des Français) assez illégitimes, devrait être utilisée à rembourser la dette publique, ou à investir pour l’avenir. Pas bête, l’ancien !

La politique internationale de l’oligarchie mondiale Andrew Gavin Marshall Reporterre 2011/02/24 Andrew Gavin Marshall (24 février 2011) La politique internationale de l’oligarchie mondiale. Reporterre. Tribune — fr

La politique internationale de l’oligarchie mondiale

Ce texte long mais il décrit de façon très intéressante la nouvelle politique internationale à l’ère de « l’éveil politique » des peuples du Sud.

Une transformation unique dans l’histoire de l’humanité a lieu dans le monde entier. Il s’agit d’un changement d’une portée et d’une ampleur sans précédent, représentant également la menace la plus importante à laquelle font face toutes les structures de pouvoir mondiales : « l’éveil politique mondial ». Le terme, forgé par Zbigniew Brzezinski, fait référence, comme il l’écrit, au fait suivant :

"Pour la première fois dans l’histoire, presque toute l’humanité est politiquement active, politiquement consciente, et politiquement interactive. L’activisme mondial génère une montée de la quête du respect culturel et de l’opportunité économique dans un monde marqué par les souvenirs de la domination coloniale ou impériale." [1]

C’est essentiellement ce puissant éveil politique mondial qui présente le défi le plus sérieux et le plus important pour les pouvoirs organisés de la mondialisation et l’économie politique mondiale, soit les États-nations, les compagnies multinationales, les banques, les banques centrales, les organisations internationales, l’armée, les services du renseignement, les médias et les institutions académiques. La classe capitaliste transnationale (CCT), ou « super-classe », comme l’appelle David Rothkopf, sont plus que jamais mondialisée. Pour la première fois de l’histoire, nous avons une élite véritablement mondiale et fortement intégrée. Puisque les élites ont mondialisé leur pouvoir, en cherchant à construire un « nouvel ordre mondial » de gouvernance planétaire et en dernier lieu de gouvernement mondial, elles ont simultanément mondialisé les populations.

La « révolution technologique » (ou « technétronique » comme la qualifiait Brzezinski dans les années 1970) implique deux développements géopolitiques majeurs. Le premier étant qu’avec l’évolution technologique, les systèmes de communication de masse se développent rapidement et les peuples du monde sont en mesure de communiquer entre eux instantanément et d’avoir accès à des informations provenant du monde entier. Au cœur de ce développement se trouve le potentiel et, à la limite, la principale source d’un important éveil politique mondial. Simultanément, la révolution technologique a permis aux élites de rediriger et de contrôler la société par des moyens jamais imaginés, pour culminer en une dictature scientifique mondiale, comme bon nombre l’ont annoncé depuis les premières décennies du 20e siècle. Au moment où la science déchaîne la puissance de la génétique, de la biométrie et de la surveillance, ainsi que de nouvelles formes modernes d’eugénisme implantées par une élite scientifique équipée de systèmes de contrôles psycho-sociaux (l’usage de la psychologie dans le contrôle des foules), le potentiel de contrôle des masses n’a jamais été aussi grand.

Qu’est-ce que l’« éveil politique mondial » ?

Afin de répondre à cette question, il est préférable de laisser Zbigniew Brzezinski parler pour lui-même, puisqu’il s’agit de son propre terme. En 2009, basé sur un discours qu’il avait livré à Chatham House à Londres, M. Brzezinski a publié un article dans leur revue académique International Affairs. Chatham House, appelé autrefois Royal Institute of International Relations, est la contrepartie du Council on Foreign Relations, situé aux États-Unis, deux « institutions sœurs » fondées en 1921 afin de coordonner la politique étrangère anglo-américaine. Son article, « Major foreign policy challenges for the next US President » (Les grands défis de la politique étrangère pour le prochain président étasunien) analyse pertinemment les grands défis géopolitiques de l’administration Obama dans la gestion de l’État hégémonique mondial à cette époque critique. M. Brzezinski fait référence à l’« éveil politique mondial » comme un « événement véritablement transformateur sur la scène planétaire », car :

"Pour la première fois dans l’histoire, presque toute l’humanité est active, consciente, et interactive sur le plan politique. Seules quelques parcelles d’humanité dans les coins les plus reculés du monde ne sont pas alertes sur politiquement et engagées dans l’effervescence et l’agitation politique si répandues aujourd’hui à travers le monde. L’activisme politique mondial qui en résulte génère une montée de la quête de la dignité personnelle, du respect culturel et de l’opportunité économique dans un monde douloureusement marqué par les souvenirs de plusieurs siècles de domination étrangère, coloniale ou impériale." [2]

Brzezinski suggère que l’« éveil politique mondial » représente l’un des développements géopolitiques les plus dramatiques et significatifs, et qu’il « apparaît sous des formes radicalement différentes, de l’Irak à l’Indonésie, de la Bolivie au Tibet ». Comme l’explique l’économiste, « bien que les États-Unis aient mis l’accent sur leur notion des désirs des peuples (la démocratie et la richesse créée par le libre-échange et les marchés libres), M. Brzezinski pointe dans une autre direction : Il s’agit de dignité ». En outre, M. Brzezinski fait valoir que « l’aspiration mondiale à la dignité humaine est le défi central inhérent au phénomène de l’« éveil politique mondial » [3].

En 2005, Brzezinski a écrit un essai pour The American Interest intitulé « The Dilemma of the Last Sovereign » (Le dilemme du dernier souverain), dans lequel il explique le paysage géopolitique dans lequel se trouvent les États-Unis et le reste du monde. Il écrit que « [p]our la plupart des États, la souveraineté frôle la fiction légale » et il critique les objectifs de la politique étrangère et la rhétorique de l’administration Bush. Brzezinski a été un critique féroce de la « guerre au terrorisme » et de la rhétorique inhérente à celle-ci, à savoir, la diabolisation de l’Islam et des musulmans, lesquels constituent la religion et l’une des populations ayant la plus forte croissance au monde. M. Brzezinski craint l’ensemble des conséquences négatives que cela pourrait avoir sur la politique étrangère étasunienne et sur les objectifs et les aspirations du pouvoir mondial. Il écrit :

"Les États-Unis doivent affronter directement une nouvelle réalité mondiale d’importance capitale : la population mondiale vit un éveil politique d’une ampleur et d’une intensité sans précédent, entraînant la transformation des politiques populistes en politiques de pouvoir. La nécessité de réagir face à ce puissant phénomène pose un dilemme historique aux États-Unis, pays d’une souveraineté exceptionnelle : quelle devrait être la définition fondamentale du rôle mondial des États-Unis [4] ?"

Brzezinski explique que la conception d’une politique étrangère fondée sur un seul événement, les attaques du 11 septembre 2001, a légitimé à la fois des mesures illégales (la torture, la suspension de l’habeas corpus, etc.), lancé une « guerre mondiale au terrorisme » et pacifié les citoyens afin qu’ils acceptent cette guerre sans fin. La rhétorique et les émotions inhérentes à cette politique étrangère ont créé une vague de patriotisme et un sentiment de rédemption et de vengeance. Ainsi, M. Brzezinski explique :

"Il n’était pas nécessaire de préciser davantage qui étaient réellement les terroristes, d’où ils venaient, quels motifs historiques, quelles passions religieuses, ou quelles doléances politiques avaient axé leur haine sur les États-Unis. Le terrorisme a par conséquent remplacé les armes nucléaires soviétiques comme principale menace et les terroristes (potentiellement omniprésents et généralement identifiés comme étant musulmans) ont remplacé les communistes en tant que menace ubiquiste [5]."

Brzezinski fait comprendre que cette politique étrangère ayant embrasé l’anti-américanisme dans le monde, spécifiquement dans le monde musulman, la principale population ciblée par la rhétorique « terroriste », a en fait attisé davantage l’« éveil politique mondial ». Il écrit :

Ce n’est pas le terrorisme mondial qui pose le principal défi de notre temps, mais plutôt l’intensification de l’agitation causée par l’éveil politique mondial. Cet éveil est socialement imposant et se radicalise politiquement [6].

Bien que son ampleur soit unique actuellement, cet « éveil politique mondial », écrit Brzezinski, provient des idées et des actions de la Révolution française, laquelle était au cœur de la « transformation de la politique moderne par l’émergence d’une conscience nationale socialement puissante ». Brzezinski explique l’évolution de l’« éveil » :

Durant les 216 années subséquentes, l’éveil politique s’est propagé comme une tache d’encre, graduellement, mais inexorablement. L’Europe de 1848, et de manière plus générale les mouvements nationalistes de la fin du 19e et du début du 20e siècle, ont reflété les nouvelles politiques des passions populistes et un engagement progressif des masses. À certains endroits, cette combinaison embrassait le manichéisme utopique pour lequel la Révolution bolchévique de 1917, la prise de pouvoir des fascistes en Italie en 1922 et celle des Nazis en Allemagne en 1933 ont été des tremplins. L’éveil politique a également balayé la Chine, précipitant ainsi plusieurs décennies de conflits. Les sentiments anticoloniaux ont galvanisé l’Inde, où la tactique de résistance passive a efficacement désarmé la domination impériale et, après la Seconde Guerre mondiale, l’agitation politique anticoloniale a mis fin aux empires européens subsistants. Dans l’hémisphère occidental, dès les années 1860, le Mexique a vécu une première bribe d’activisme politique, ayant finalement mené à la Révolution Mexicaine du début du 20e siècle [7].

Au bout du compte, en dépit des résultats des éveils précédents, cela signifie que c’est la population qui est au cœur du concept d’« éveil politique », le peuple, assumant une conscience politique et sociale et prenant part subséquemment à une importante action politique et sociale visant à provoquer un virage et un changement majeurs ou une révolution dans les domaines politique, social et économique. Par conséquent, aucune transformation sociale ne présente un défi aussi grand et aussi direct aux structures de pouvoir centralisées et établies, qu’elles soient de nature politique, sociale ou économique. Brzezinski explique par ailleurs l’évolution de l’« éveil politique mondial » des temps modernes :

Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’aujourd’hui au 21e siècle, la plupart des populations des pays développés sont politiquement agitées et effervescentes à de nombreux endroits. Il s’agit d’une population excessivement consciente de l’injustice sociale, comme jamais auparavant, et souvent pleine de ressentiment face à la perception qu’elle a de son manque de dignité. L’accès quasi universel à la radio, à la télévision et, de plus en plus, à Internet crée une communauté partageant des perceptions et de l’envie pouvant être galvanisées et dirigées par des passions démagogiques, politiques, ou religieuses. Ces énergies transcendent les frontières souveraines et représentent une menace à la fois pour les États existants et pour la hiérarchie mondiale existante, au sommet de laquelle sont perchés les États-Unis [8].

Brzezinski fait comprendre que plusieurs zones de l’« éveil politique mondial », telles que la Chine, l’Inde, l’Égypte, la Bolivie, les pays musulmans du Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud-est, de plus en plus l’Europe et les territoires amérindiens en Amérique latine « définissent toujours plus ce qu’ils désirent en réaction à ce qu’ils perçoivent comme un impact hostile du monde extérieur sur eux. Ils n’aiment pas le statu quo de différentes manières et à divers degrés d’intensité, et bon nombre d’entre eux sont susceptibles d’être mobilisés contre le pouvoir extérieur qu’ils envient et perçoivent également comme préoccupé, par intérêt personnel, par ce statu quo ». Brzezinski élabore sur le groupe le plus affecté par cet éveil :

La jeunesse du Tiers-monde est particulièrement agitée et rancunière. La révolution démographique qu’ils incarnent constitue dès lors elle aussi une bombe à retardement politique. À l’exception de l’Europe, du Japon et des États-Unis, l’expansion rapide du gonflement démographique dans la tranche d’âge des 25 ans et moins crée une masse énorme de jeunes gens impatients. Leurs esprits ont été agités par des sons et des images émanant de loin et qui intensifient leur mécontentement face à leurs préoccupations. Leur fer de lance révolutionnaire potentiel émergera probablement de la tonne de millions d’étudiants concentrée dans les institutions d’enseignement de « niveau supérieur » des pays en développement, d’une intellectualité souvent douteuse. Dépendamment de la définition de l’enseignement de niveau supérieur, il existe actuellement entre 80 et 130 millions d’« étudiants » sur la planète. Provenant généralement de la classe moyenne inférieure, socialement dépourvue d’assurance, et embrasés par un sens d’indignation sociale, ces millions d’étudiants sont des révolutionnaires en devenir, déjà partiellement mobilisés en grandes congrégations, connectés par Internet et pré-positionnés pour une reprise de ce qui a eu lieu des années auparavant à Mexico ou sur la place Tiananmen. Leur énergie physique et leur frustration émotionnelle n’attendent qu’une cause, une foi ou une haine pour se déclencher [9].

Brzezinski affirme donc qu’afin d’aborder ce nouvel « affrontement » planétaire visant les pouvoirs établis, particulièrement les États-nations qui ne peuvent se mesurer convenablement à des populations inflexibles et à des demandes populistes, il est nécessaire « d’accroître la coopération supranationale promue activement par les États-Unis ». En d’autres termes, Brzezinski favorise une internationalisation accrue et étendue, ce qui n’est pas surprenant si l’on considère qu’il a jeté les bases intellectuelles de la Commission trilatérale. Il explique qu’« en soi, la démocratie n’est pas une solution durable », car elle pourrait être rattrapée par un « populisme radicalement rancunier ». Il s’agit véritablement d’une nouvelle réalité universelle.

Une humanité politiquement éveillée a soif d’une dignité politique pouvant être renforcée par la démocratie. Toutefois, la dignité politique englobe également l’autodétermination nationale ou ethnique, la définition de soi sur le pan religieux, ainsi que les droits humains et sociaux, tout ça dans un monde désormais excessivement conscient des iniquités raciales, ethniques et économiques. La quête de dignité politique, surtout par l’autodétermination nationale et la transformation sociale, fait partie de l’impulsion d’affirmation de soi des défavorisés du monde [10].

En conséquence, écrit Brzezinski, « une réaction efficace ne peut que venir des États-Unis, un pays confiant et véritablement consacré à une nouvelle vision de la solidarité mondiale ». Cette idée veut que pour faire face aux revendications engendrées par la mondialisation et les structures mondiales de pouvoir, les États-Unis et le reste du monde doivent étendre et institutionnaliser le processus de mondialisation, non seulement dans la sphère économique, mais aussi dans les sphères sociale et politique. Il s’agit d’une logique pour le moins défaillante, si la solution à ce problème est d’accroître et de renforcer les problèmes systémiques. On n’éteint pas un feu en y ajoutant du carburant.

Brzezinski a même écrit : « Qu’on se le dise maintenant : la supranationalité ne devrait pas être confondue avec le gouvernement mondial. Même si cela était souhaitable, l’humanité est loin d’être prête pour un gouvernement mondial et le peuple étasunien n’en veut certainement pas. » Les États-Unis doivent plutôt être au centre de la construction d’un système de gouvernance mondiale, fait valoir Brzezinski, « au cœur de la formation d’un monde moins défini par la fiction que constitue la souveraineté étatique et davantage par la réalité d’une interdépendance élargie et politiquement réglementée [11] ». Autrement dit, il ne s’agit pas de « gouvernement mondial », mais de « gouvernance mondiale », — simple astuce rhétorique — puisque la gouvernance mondiale, peu importe à quel point elle paraît chevauchante, sporadique et décousue, représente en fait une étape clé et une transition nécessaire dans la démarche vers un réel gouvernement mondial.

Ainsi, en pratique, plutôt que d’aborder le problème et de l’affronter, la rhétorique et la réalité d’une « guerre mondiale au terrorisme » attise encore plus l’« éveil politique mondial ». En 2007, Brzezinski a dit au Sénat étasunien que la « guerre au terrorisme » était un récit mythique et historique [12] » ou autrement dit, une pure fiction.

Du pouvoir et des peuples

Afin de comprendre correctement l’« éveil politique mondial », il est impératif de comprendre et d’analyser les structures de pouvoir qu’il menace le plus sérieusement. Pourquoi Brzezinski traite-t-il de ce sujet avec tant de véhémence ? De quel point de vue aborde-t-il ce problème ?

Les structures de pouvoir mondiales sont représentées la plupart du temps par des États-nations. On en compte plus de 200 dans le monde et la vaste majorité d’entre eux dominent des populations de plus en plus éveillées politiquement et davantage modelées par les communications et les réalités transnationales (comme la pauvreté, les iniquités, la guerre, l’empire, etc.) que par des questions nationales. Parmi les États-nations, les pouvoirs occidentaux sont les plus dominants, particulièrement les États-Unis, siégeant au sommet de la hiérarchie planétaire des nations à titre d’hégémonie mondiale (empire). La politique étrangère étasunienne a été dotée de l’élan impérial par un réseau allié de laboratoires d’idées réunissant les personnalités de haut rang des domaines politique, bancaire, industriel, académique, médiatique, militaire et du renseignement afin de formuler des politiques coordonnées.

Les plus notables de ces institutions socialisant les élites au-delà des frontières nationales et fournissant la logique et l’élan de l’empire forment un réseau associé de cercles de réflexions internationaux. En 1921, les élites académiques anglaises et étasuniennes ont rencontré d’importants groupes bancaires internationaux pour fonder deux « institutions jumelles » : le Royal Institute of International Affairs (RIIA), à Londres, connu aujourd’hui sous le nom de Chatham House, et le Council on Foreign Relations aux États-Unis. Des groupes d’analystes affiliés ont été créés ultérieurement au Canada, comme l’Institut canadien des affaires internationales (ICAI) connu de nos jours comme le Conseil International du Canada, et d’autres en Afrique du Sud, en Inde, en Australie et plus récemment au sein de l’Union Européenne avec la création du Conseil européen des relations étrangères [13].

Après la Première Guerre mondiale, ces forces ont cherché à remodeler l’ordre du monde selon leurs conceptions. Woodrow Wilson a proclamé le droit à « l’autodétermination nationale », entraînant ainsi la formation d’États-nations a travers le Moyen-Orient, dominé avant la guerre par l’Empire ottoman. Par conséquent, la proclamation du droit à « l’autodétermination » pour tous les peuples est devenue en réalité un moyen de construire des structures de pouvoir sous la forme d’États-nations que les nations occidentales ont non seulement contribué à construire, mais sur lesquelles elles ont aussi exercé leur hégémonie. Afin de contrôler les peuples, il faut construire des institutions de contrôle. Des pays comme l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Liban, la Syrie, le Koweït, etc., n’existaient pas avant la Première Guerre mondiale.

Les élites ont toujours cherché à contrôler les populations et les individus pour satisfaire leurs propres désirs de pouvoir. Il importe peu que le système politique soit fasciste, communiste, socialiste ou démocratique. Les élites cherchent le pouvoir et le contrôle et sont inhérentes à chaque système de gouvernance. En 1928, Edward Bernays, le neveu du père de la psychanalyse Sigmund Freud, a écrit une de ses œuvres les pus influentes, Propaganda, ainsi que le livre Public Relations. Il est connu comme le « père des relations publiques » et, en dehors de ce domaine, rares sont ceux qui le connaissent. Toutefois, son impact sur les élites et le contrôle social a été très profond et d’une grande envergure.

Bernays a mené le travail de propagande derrière le coup de la CIA au Guatemala en 1954, en le formulant comme une « libération du communisme », alors qu’il s’agissait en réalité de l’imposition de dictatures qui allaient durer des décennies et visaient à protéger les intérêts de la compagnie United Fruit, qui avait engagé Bernays pour gérer la campagne médiatique contre le gouvernement social-démocrate du Guatemala. Bernays a également trouvé un fan et un étudiant chez le ministre de la Propagande d’Hitler, Josef Goebbels, lequel a puisé bon nombre de ses idées dans les écrits de Bernays. Parmi les projets tristement célèbres de ce dernier on trouve la popularisation du tabagisme chez les étasuniennes : il a engagé de jolies femmes pour qu’elles marchent le long de l’avenue Madison en fumant des cigarettes, donnant aux femmes l’impression que fumer était synonyme de beauté.

Dans son livre de 1928 Propaganda, Bernays a écrit : « [S]i l’on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu’elles s’en rendent compte ? » Il écrit en outre :

La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays […] [D]ans la vie quotidienne, que l’on pense à la politique ou aux affaires, à notre comportement social ou à nos valeurs morales, de fait nous sommes dominés par ce nombre relativement restreint de gens […]en mesure de comprendre les processus mentaux et les modèles sociaux des masses. Ce sont eux qui tirent les ficelles : ils contrôlent l’opinion publique [14] […]

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus la toute-puissance mondiale, à laquelle le concept stratégique d’« endiguement », visant à refouler l’expansion du communisme, a donné son élan impérial. Ainsi, les aventures impériales étasuniennes en Corée, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud en sont venues à se définir par le désir de « repousser » l’influence de l’Union Soviétique et du communisme. L’idée d’« endiguement » comme principale caractéristique de la politique étrangère est venue, sans surprise, du Council on Foreign Relations [15].

Toujours à la même époque, on a également donné aux États-Unis la responsabilité de superviser et de gérer le système monétaire international et l’économie politique mondiale par la création d’institutions et d’accords tels que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l’OTAN, les Nations Unies, le GATT (l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce qui deviendra plus tard l’Organisation mondiale du commerce – OMC). Le groupe Bilderberg, boîte de réflexion internationale fondée en 1954, a été pour sa part l’une des principales institutions de pouvoir à jouer un rôle significatif dans l’établissement d’un consensus parmi les élites occidentales et à offrir un forum destiné à étendre l’hégémonie occidentale sur la planète [16].

Zbigniew Brzezinski, un universitaire prometteur s’est joint au Council on Foreign Relations au début des années 1960. En 1970, Brzezinski, qui avait assisté à quelques rencontres du Bilderberg, a écrit un livre intitulé Between Two Ages : America’s Role in the Technetronic Era (La Révolution technétronique), dans lequel il analyse l’impact de la « révolution technologique et électronique », donc de « l’ère technétronique ». Il définit la « société technétronique » comme « une société dont la forme est déterminée sur le plan culturel, psychologique, social et économique par l’influence de la technologie et de l’électronique – tout particulièrement dans le domaine des ordinateurs et des communications. Le processus industriel n’est plus désormais le principal facteur des changements sociaux, de la modification des mœurs, des structures sociales et des valeurs de la société [17] ».

En expliquant plus en détail les notions de contrôle social semblables à celles propagées par Edward Bernays, Brzezinski écrit : « Certains affirment que ce comportement de l’homme peut être prédéterminé et soumis à un contrôle délibéré. » Il cite ensuite un « savant spécialisé dans le contrôle de l’intelligence » déclarant : « Je prévois l’époque où nous disposerons des moyens – et où nous serons donc inévitablement tentés de le faire – qui nous permettrons de manipuler le comportement et le fonctionnement intellectuel de tous les hommes, en intervenant dans leur environnement et en manipulant leur cerveau grâce à la biochimie [18].

Dans un exposé révélateur de son pouvoir d’observation et de son habileté à identifier les grandes tendances mondiales, Brzezinski écrit que « nous assistons à la naissance d’élites transnationales […] composées désormais d’hommes d’affaires, de savants, de spécialistes et de hauts fonctionnaires. Les liens qui unissent entre eux les membres de cette nouvelles élite traversent les frontières et ces personnes ont des points de vue qui ne sont pas limités par les traditions nationales et des intérêts qui dépendent plus de la fonction qu’ils occupent que du pays dont ils sont originaires. Il poursuit en affirmant qu’« avant longtemps, les élites sociales de la plupart des pays les plus avancés auront un esprit et une allure extrêmement internationalistes et mondialistes ». Brzezinski prévient que cette internationalisation accrue des élites « risque cependant d’ouvrir une large brèche entre ces élites et les masses politisées, dont l’“indigénisme” — exploité par les dirigeants politiques les plus nationalistes – pourrait s’opposer aux élites “cosmopolites” » [19]. L’auteur mentionne également « l’apparition graduelle d’une société plus strictement contrôlée et dirigée [au sein de la] révolution technétronique ». Il explique :

Une telle société serait placée sous la domination d’une élite dont la prétention à diriger les affaires reposerait sur un savoir-faire scientifique prétendument supérieur. Cette élite, qui ne s’encombrerait pas des réserves imposées par les valeurs libérales traditionnelles, n’hésiterait pas, pour réaliser ses objectifs politiques, à utiliser les techniques les plus modernes qui permettent d’agir sur le comportement du public et à placer la société sous une surveillance et un contrôle de tous les instants. Dans de telles circonstances, l’élan scientifique et technologique du pays ne serait pas rompu, mais se nourrirait d’une situation qu’il exploiterait [20].

Il ajoute enfin : « Une crise sociale persistante, l’apparition d’une personnalité charismatique et l’exploitation des moyens d’information des masses en vue d’obtenir la confiance du public seraient alors les étapes d’une transformation progressive des États-Unis en une société étroitement contrôlée[…] La société étasunienne, traditionnellement démocratique, pourrait se transformer, en raison de la fascination qu’exerce sur elle l’efficacité technique, en une société étroitement contrôlée et ses qualités humaines et humanistes disparaîtraient alors [21].

Dans son livre, Brzezinski réclame la coordination et l’intégration d’une « Communauté des pays développés » constituée de l’Europe de l’Ouest, de l’Amérique du Nord et du Japon, dans le but de façonner un « nouvel ordre mondial » basé sur les idées de gouvernance mondiale et dirigé par des élites de ces régions. En 1972, Brzezinski et son ami David Rockefeller ont présenté l’idée aux réunions annuelles de Bilderberg. À l’époque, M. Rockefeller était président du Council on Foreign Relations et PDG de la Chase Manhattan Bank. En 1973, Brzezinski et Rockefeller ont créé la Commission trilatérale – une sorte d’institution jumelle du groupe Bilderberg comptant sensiblement les mêmes membres – intégrant ainsi le Japon dans la sphère économique et politique occidentale. [22]

En 1975, la Commission trilatérale a publié le rapport d’un groupe de travail ayant pour titre The Crisis of Democracy (La Crise de la démocratie), dont l’un des principaux auteurs était le politologue Samuel Huntington, proche associé et ami de Zbigniew Brzezinski. Dans ce rapport, Huntington affirme que dans les années 1960, on a assisté à une escalade de la démocratie aux États-Unis, avec une flambée de la participation citoyenne, souvent « sous la forme de marches, de manifestations, de mouvements de protestation et d’organisations défendant une “cause”[23] » De plus, « les années 1960 ont donné lieu à la réaffirmation de la primauté du principe d’égalité en tant que but de la vie sociale, politique et économique [24]. Les statistiques démontraient par ailleurs que durant les années 1960 et au début des années 1970, un pourcentage fortement accru de gens croyaient que les dépenses des États-Unis dans le domaine de la défense étaient trop élevées (une hausse de 18 % en 1960 à 52 % en 1969, due en grande partie à la Guerre du Vietnam) [25]. Pour Huntington, cette hausse dramatique relevait de l’« escalade démocratique ». Autrement dit, les gens devenaient politiquement sensibilisés à l’empire et à l’exploitation.

Huntington écrit que l’« essentiel de l’escalade démocratique des années 1960 était une contestation générale des systèmes d’autorité existants, publics et privés, » et que « [l]es gens ne se sentaient plus contraints comme avant à obéir à ceux qu’ils considéraient autrefois supérieurs en termes d’âge, de rang, de statut, d’expertise, de réputation ou de talent ». L’auteur explique que dans les années 1960, « la hiérarchie, l’expertise et la richesse [ont été] en butte à de fortes critiques [26] ». Il déclare que trois questions clés étaient au centre de la participation politique accrue à cette époque :

Les questions sociales telles que la consommation de drogues, les libertés civiles et le rôle des femmes ; les questions raciales concernant l’intégration, le ramassage scolaire, l’aide gouvernementale aux groupes minoritaires et les émeutes urbaines ; les questions militaires concernant principalement, bien sûr, la guerre au Vietnam, mais aussi la conscription, les dépenses militaires, les programmes d’aide militaire et de manière plus générale le rôle du complexe militaro-industriel [27].

Huntington, présente essentiellement ces questions, comme composantes de la « crise de la démocratie », car elles ont accentué la défiance envers le gouvernement et l’autorité, elles ont mené à une polarisation idéologique et sociale, ainsi qu’à un « déclin de l’autorité, du statut, de l’influence et de l’efficacité de la présidence [28] ».

Huntington conclu que bien des problèmes de gouvernance aux États-Unis proviennent d’un « excès de démocratie » et que « le fonctionnement efficace d’un système politique démocratique requiert habituellement une certaine apathie et la non-intervention de certains groupes et individus ». Huntington explique que la société a toujours comporté des « groupes marginaux » ne participant pas à la vie politique. Tout en admettant que l’existence de « certains groupes marginaux est intrinsèquement non démocratique », il admet qu’elle a « permis à la démocratie de fonctionner efficacement ». Huntington considère « les Noirs » comme un de ces groupe devenu actif sur le plan politique et présentant le « danger de surcharger le système politique de revendications [29] ».

En conclusion, Huntington affirme que la vulnérabilité de la démocratie, essentiellement la « crise de la démocratie », découle d’une « société très instruite, mobilisée et participative » et qu’un « équilibre supérieur » est nécessaire, dans lequel on trouve des « limites souhaitables à l’expansion indéfinie de la démocratie politique [30] ». En résumé, le rapport du groupe de travail de la Commission trilatérale explique fondamentalement que la « crise de la démocratie » résulte d’un excès de démocratie et que pour « résoudre » cette « crise » il doit y avoir moins de démocratie et davantage d’« autorité ».

Le nouvel ordre mondial

Après la chute de l’Union Soviétique en 1991, les idéologues étasuniens, politiciens et universitaires, ont commencé à discuter de l’émergence d’un « nouvel ordre mondial », idée selon laquelle tout le pouvoir du monde est centralisé en une seule puissance, les États-Unis. Ils ont ainsi entamé l’expansion d’une idéologie élitiste relative à la notion de « mondialisation » : le pouvoir ainsi que ses structures doivent être mondialisés. Bref, « le nouvel ordre mondial » devait être un ordre planétaire avec une gouvernance mondiale. Il devait être mené à court terme par les États-Unis, lesquels doivent être le principal acteur dans l’établissement d’un nouvel ordre mondial et finalement, d’un gouvernement mondial [31].

Anne-Marie Slaughter, actuelle directrice de la planification des politiques pour le département d’État des États-Unis, est une universitaire de renom au sein de l’élite étasunienne établie, ayant occupé divers postes au département d’État, dans des universités d’élite, et au conseil du Council on Foreign Relations. En 1997, Mme Slaughter a rédigé un article pour la revue de ce groupe, Foreign Affairs, dans lequel elle aborde les fondements théoriques du « nouvel ordre mondial ». Elle y écrit : « L’État n’est pas en train de disparaître, il se désagrège en différentes parties fonctionnellement distinctes, comme les tribunaux, les organismes de réglementation, les exécutifs et même les législatures. Ces parties développent des réseaux avec leurs contreparties à l’étranger, créant ainsi un tissu serré de relations formant un ordre nouveau et transétatique […] Le transgouvernementalisme devient rapidement le type de gouvernance international le plus répandu et le plus efficace [32]. »

Bien avant l’analyse du « nouvel ordre mondial » par Slaughter, Richard N. Gardner a publié dans Foreign Affairs un article intitulé « The Hard Road to World Order » (La difficile route vers un ordre mondial). Ancien ambassadeur étasunien et membre de la Commission trilatérale, Gardner écrit : « La quête d’une structure mondiale assurant la paix, faisant avancer les droits humains et offrant les conditions propices au progrès économique, ce que l’on appelle généralement l’ordre mondial, n’a jamais semblé à la fois si frustrante et si étrangement prometteuse [33]. »

« Si un gouvernement mondial immédiat, une révision de la Charte (de l’ONU) ainsi qu’un Tribunal international bien plus puissant n’offrent pas les réponses, quel espoir de progrès y a-t-il ? La réponse ne satisfera pas ceux qui cherchent des solutions simples aux problèmes complexes, mais elle se résume essentiellement à ceci : dans un avenir rapproché, l’espoir ne se situe pas dans la fondation de quelques institutions centrales ambitieuses à adhésion universelle et de juridiction de droit commun, tel qu’envisagé à la fin de la dernière guerre. Il se trouve plutôt dans un processus davantage décentralisé, désordonné et pragmatique, visant à inventer ou adapter des institutions de juridiction spécifique et limitée, avec des membres sélectionnés s’occupant de problèmes particuliers, au cas pas cas, si les pays concernés considèrent qu’une coopération est nécessaire [34]. »

Il ajoute : « Bref, la "maison de l’ordre mondial" devra être construite de bas en haut plutôt que de haut en bas. Elle aura l’air d’une « grande confusion de sensations », pour utiliser la fameuse description de la réalité de William James, mais en contournant la souveraineté nationale, en l’émiettant pièce par pièce, on pourra accomplir bien plus qu’avec un assaut frontal suranné [35]. »

En 1992, Strobe Talbott a écrit un article pour Time Magazine, « The Birth of the Global Nation », (La naissance de la nation mondiale). Talbott a travaillé comme journaliste pour Time pendant 21 ans, il est membre de la Yale Corporation, administrateur d’Hotchkiss School, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, du Council on Foreign Relations, du Comité exécutif nord-américain de la Commission trilatérale et de l’American Association of Rhodes Scholars, ainsi que participant du Forum économique mondial. Talbott a été sous-secrétaire d’État de 1994 à 2001 sous le gouvernement Clinton et est actuellement président de la Brookings Institution, un des principaux cercles de réflexion étasuniens. Dans son article de 1992, Talbott écrit : « [A]u cours des cent prochaines années, le statut de nation tel qu’on le connaît sera obsolète : tous les États reconnaitront une seule autorité mondiale. Il explique :

Tous les pays sont au fond des arrangements sociaux, des adaptations à des circonstances variables. Peu importe à quel point ils semblent permanents, voire sacrés à une époque donnée, en réalité, ils sont tous artificiels et temporaires. À travers les époques, il y a eu une tendance générale de groupes plus grands revendiquant leur souveraineté et, paradoxalement, une diminution graduelle du degré de souveraineté détenue par chaque pays [36].

Il ajoute que « les événements de notre propre siècle, à la fois superbe et terrible, ont été nécessaires à la victoire de la cause du gouvernement mondial. Avec l’avènement de l’électricité, de la radio et de l’aviation, la planète est devenue plus petite que jamais, sa vie commerciale plus libre, ses pays plus interdépendants et ses conflits plus sanglants qu’autrefois » [37].

David Rothkopf, un érudit de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, ancien sous-secrétaire du Commerce affecté au commerce international dans l’administration Clinton, ancien administrateur délégué de Kissinger Associates et membre du Council on Foreign Relations, a récemment écrit le livre Superclass : The Global Power Elite and the World They are Making (La superclasse : l’élite du pouvoir mondial et le monde qu’elle fabrique). En tant que membre de cette « superclasse », ses écrits devraient offrir un aperçu indispensable de la construction de ce « nouvel ordre mondial ». Il affirme que « [d]ans un monde de migrations internationales et où les menaces ne présentent pas leur passeport aux frontières nationales, il n’est plus possible pour un État-nation agissant seul de remplir ses engagements prévus dans le contrat social ». Il ajoute qu’il y aura toujours du progrès », mais cela constituera un défi car, « il fait concurrence à de nombreuses structures de pouvoir locales et nationales ainsi qu’à des concepts culturels profondément ancrés dans le berceau de la civilisation humaine, à savoir, la notion de souveraineté. Il complète en déclarant que « les mécanismes de gouvernance mondiale peuvent davantage s’accomplir dans l’environnement actuel » et que ces mécanismes « sont souvent créatifs et offrent des solutions temporaires à des problèmes urgents qui ne peuvent attendre que le monde adopte une idée plus grande et plus controversée comme celle d’un vrai gouvernement mondial » [38].

En décembre 2008 le Financial Times publiait l’article « And Now for A World Government » (Et maintenant, place au gouvernement mondial) dans lequel l’auteur, Gideon Rachman, autrefois participant aux réunions de Bilderberg, écrit : « [P]our la première fois de ma vie, je crois que la formation d’un certain type de gouvernement mondial est plausible […] Un “gouvernement mondial” impliquerait bien plus qu’une coopération entre pays. Il s’agirait d’une entité possédant des caractéristiques semblables à celles d’un État, soutenue par un corps de loi. L’Union européenne a déjà mis en place un gouvernement continental pour 27 pays qui pourrait représenter un modèle. L’UE a une cour suprême, une devise, des milliers de pages de loi, une vaste fonction publique et la capacité de déployer une force militaire » [39].

Rachman affirme par ailleurs qu’« il est de plus en plus évident que les problèmes les plus difficiles auxquels font face les gouvernements nationaux sont de nature internationale : il y a un réchauffement planétaire, une crise financière mondiale et une “guerre mondiale au terrorisme” ». Selon lui, le modèle européen pourrait « se mondialiser » et un gouvernement mondial « pourrait être formé », puisque « la crise financière et le changement climatique poussent les gouvernements nationaux vers des solutions mondiales, même dans des pays comme la Chine et les États-Unis, qui sont traditionnellement des gardiens acharnés de la souveraineté nationale ». Il cite un conseiller du président Sarkozy : « "Gouvernance mondiale" n’est qu’un euphémisme pour "gouvernement mondial" […] La principale cause de la crise financière internationale est que nous avons des marchés financiers internationaux, mais pas de règle de droit internationale. » Rachman soutient toutefois que toute poussée vers un gouvernement mondial « sera un processus long et pénible ». Il ajoute qu’un des principaux problèmes de cette poussée peut s’expliquer à l’aide d’un exemple de l’UE, laquelle « a subit une série de défaites humiliantes lors de référendums, lorsque des plans pour une "union sans cesse plus étroite" ont été référés aux électeurs. La gouvernance mondiale a tendance à être efficace seulement lorsqu’elle est antidémocratique » [40].

L’éveil politique et la crise économique mondiale

Face à la crise économique internationale, le processus ayant mené à l’éveil politique mondial évolue rapidement puisque les inégalités et les disparités sociales, politiques et économiques qui lui ont donné naissance sont toutes exacerbées et en expansion. Par conséquent, cet éveil entre en soi dans une période où il subira une transformation rapide, expansionniste et mondiale.

Cet « éveil politique mondial », que Brzezinski voit comme un des principaux défis géopolitiques actuels, a été illustré, jusqu’à tout récemment, par les « pays émergents » ou les pays du « tiers-monde » au Moyen-Orient, en Asie centrale et du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine. L’évolution des dernières décennies au Venezuela, en Bolivie et en Iran démontre que cet éveil, qui a lieu dans un monde allant progressivement de plus en plus vers une gouvernance et des institutions mondiales, s’oriente surtout vers le nationalisme.

En 1998, Hugo Chavez est devenu président du Venezuela en appuyant sa campagne sur des promesses d’aide à la majorité pauvre du pays. En 2002, une tentative de coup d’État a eu lieu au Venezuela, mais Chavez a conservé le pouvoir. La tentative de coup lui a donné davantage de courage et il a obtenu une forte vague de soutien dans la population. Il a entrepris un processus qu’il qualifie de « socialisme bolivarien » et a pris une position anti-étasunienne catégorique et farouche en Amérique latine, laquelle fut longtemps considérée comme « l’arrière-cour » des États-Unis. Il y a soudainement une rhétorique virulente et du mépris envers les États-Unis et son influence dans la région, elle-même soutenue par l’énorme richesse pétrolière du Venezuela.

En 2005, Evo Morales a été élu président de la Bolivie, un des pays les plus pauvres d’Amérique latine. Il était également le premier dirigeant autochtone de ce pays à occuper ce poste de pouvoir, longtemps dominé par l’oligarchie terrienne des descendants espagnols. Evo Morales a été porté au pouvoir par une vague de divers mouvements sociaux en Bolivie, dont l’un des plus important, celui de la « guerre de l’eau », est né en 2000 à Cochabamba, troisième ville en importance en Bolivie. La guerre de l’eau a débuté après que la Banque mondiale ait forcé la Bolivie à privatiser son eau afin que des compagnies étasuniennes et européennes puissent en acheter les droits. Cela signifiait que la population de l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud ne pourrait même pas boire de l’eau de pluie sans payer ces compagnies pour avoir le « droit » de l’utiliser. Dès lors, la révolte s’est déclenché et a favorisé l’ascension d’Evo Morales. Aujourd’hui, Morales et Chavez représentent la « nouvelle gauche » en Amérique latine et celle-ci s’accompagne d’une antipathie grandissante envers l’impérialisme étasunien.

Pays défini davantage par le nationalisme que par les polarités ethniques, l’Iran est devenu pour sa part la principale cible de l’ordre mondial hégémonique occidental, puisqu’il se situe sur d’énormes réserves de pétrole et de gaz, qu’il est âprement anti-étasunien et fermement opposé à l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient. Toutefois, en raison de la rhétorique accrue contre l’Iran, son régime et ses élites politiques bénéficient encore plus d’encouragement et de renfort politique au sein de sa population, majoritairement pauvre.

Les conditions économiques et sociopolitiques mondiale sont directement liées à l’émergence et à l’expansion de l’« éveil politique mondial ». Depuis 1998, « trois milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour et 1,3 milliards de personnes avec moins d’un dollar. Soixante-dix pour cent de ces dernières sont des femmes [41] ». En 2003, un rapport de la Banque mondiale révélait qu’« une minorité de la population mondiale (17 %) consomme la plupart des ressources de la planète (80 %), ce qui laisse les 20 % restants à quelque 5 milliards d’êtres humains. En conséquence, des milliards de personnes sont dépourvues des besoins les plus fondamentaux : nourriture, eau, logement, installations sanitaires [42] ».

En ce qui a trait aux statistiques sur la pauvreté et la faim, « plus de 840 millions de personnes dans le monde souffrent de malnutrition et 799 millions d’entre elles vivent dans les pays en développement. Malheureusement, plus de 153 millions d’entre elles (soit la moitié de la population des États-Unis) ont moins de 5 ans ». En outre « chaque jour, 34 000 enfants de moins de 5 ans meurent de faim ou d’autre maladies liées à la malnutrition, ce qui entraîne six millions de décès annuellement ». C’est l’équivalent d’un « holocauste de la faim » qui a lieu chaque année. « Sur les 6,2 milliards de personnes vivant aujourd’hui, 1,2 milliards le font avec moins d’un dollar par jour depuis 2003 et près de 3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour [43]. »

En 2006, un rapport innovant et détaillé publié par l’Institut mondial de recherche sur l’économie du développement des Nations Unies (UNU-WIDER) révélait que « 2 % des adultes les plus riches de la planète possèdent plus de la moitié de la richesse des ménages dans le monde. L’une des statistiques incroyablement saisissante était la suivante :

[E]n l’an 2000, 1 % pour cent des adultes les plus riches possédaient à eux seuls 40 % de tous les actifs du monde et 10 % des adultes les plus fortunés en détenaient 85 %. Par comparaison, la moitié des personnes les plus démunies au monde possédaient 1 % de la richesse mondiale [44].

Cela mérite d’être répété : 1 % des plus riches détiennent 40 % des actifs mondiaux ; 10 % des plus riches en possèdent 85 % ; et 50 % des plus démunis en détiennent 1 %. Des chiffres qui portent à réfléchir, en effet. Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

En 2009, le rapport des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) révélait que cette année là « entre 55 et 90 millions de personnes de plus que ce que l’on avait anticipé avant la crise vivraient dans l’extrême pauvreté ». En outre, « la tendance encourageante d’éradication de la famine depuis le début des années 1990 s’était renversée en 2008, surtout en raison de la hausse du prix de la nourriture ». Dans les régions en développement, la famine s’est accrue de 17 % en 2008 et « les plus touchés sont les enfants [45] ».

En avril 2009, Oxfam, une organisation caritative internationale, rapportait que quelques billions de dollars donnés aux banques pour les renflouer auraient pu suffire « à mettre un terme à l’extrême pauvreté pendant 50 ans [46] ». En septembre 2009, l’organisme révélait que « chaque minute » la crise économique « condamnait 100 personne à la pauvreté ». Oxfam affirmait que « partout dans le monde les pays en développement luttent pour faire face à la récession qui continue à réduire considérablement les revenus, à détruire des emplois et a contribué à accroître à un milliard le nombre de personnes souffrant de la faim sur la planète [47] ».

La crise financière a frappé le monde « en développement » bien plus durement que les pays développés de l’Occident. L’ONU rapportait en mars 2009 que « [l]a réduction de la croissance en 2009 coûtera environ 18 milliards de dollars ou 46 $ par personne aux 390 millions d’individus vivant dans l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne. Cette perte prévue représente 20 % des revenus par habitant chez les Africains démunis – un chiffre qui minimise les pertes subies dans le monde développé [48] ».

La majorité des habitants de la planète vivent donc dans la pauvreté absolue et les perturbations sociales. Il s’agit de la conséquence directe d’un ordre planétaire mondialisé toujours en construction. À l’heure actuelle, alors que l’on continue à se baser sur la même infrastructure et à l’institutionnaliser davantage, les gens sont plus que jamais poussés à l’« éveil ». Leur pauvreté même les force à s’éveiller. Il existe une conception apparemment oubliée selon laquelle on juge une société par la façon dont elle traite les plus faibles de ses membres, les démunis. La pauvreté oblige les gens à voir le monde différemment, car ils voient les dures contraintes imposées par la société sur l’esprit humain. La vie ne peut pas se résumer à lutter pour effectuer des paiements chaque semaine, à se procurer de l’eau, un abri et de la nourriture, à vivre selon les dictats de l’argent et du pouvoir.

À l’aune de l’histoire, on peut voir que des sociétés les plus oppressives naît la plus grande humanité. La Russie, un pays qui de toute son histoire n’a jamais connu de véritable liberté politique, a produit certaines des plus grandes œuvres musicales, artistiques, expressives et littéraires en guise de cri vibrant d’humanité, émanant d’une société accablée par le besoin de contrôler. Puisqu’ils peuvent surgir de ce genre de tyrannie, de tels triomphes de l’esprit humain sont un exemple éclairant du grand mystère que constitue l’être humain. Pourquoi gaspiller notre espèce en la soumettant à la pauvreté ? Pensez à la différence que l’on pourrait faire si l’on permettait à tous de prospérer individuellement et collectivement, pensez à tout l’art et l’intellect, à toute la beauté, l’expression, toutes les idées des sans voix dont nous sommes privés.

Tant que nous n’abordons pas cette question fondamentale, toute notion d’humanité basée sur la « civilité » n’est qu’une farce cynique. Si l’on entend par là « civilisation humaine », nous n’avons pas encore compris de quoi il s’agit. Nous n’avons pas encore de définition adéquate pour « civilisé » et nous devons en trouver une qui soit « humaine ».

L’Occident et l’éveil

Les classes moyennes occidentales subissent en ce moment une transition dramatique, exacerbée dans la foulée de la crise économique. Au cours des dernières décennies, la classe moyenne est devenue un rang social fondé sur l’endettement, sur lequel elle basait presque entièrement sa consommation. Son pouvoir d’achat et sa capacité à servir d’assise au système capitaliste n’est donc que pure fiction. La classe moyenne n’a jamais été si en péril, notamment les jeunes diplômés arrivant sur un marché du travail des plus difficiles des dernières décennies [49].

La crise mondiale de la dette qui a débuté en Grèce et se propage à travers les économies de la zone euro, soit en Espagne, au Portugal, en Irlande et, en dernier lieu, partout dans l’Union européenne, consumera le Royaume Uni, le Japon et se rendra jusqu’en Amérique [50]. Il s’agira d’une véritable crise mondiale de la dette. Les mesures gouvernementales visant à s’attaquer à ce problème sont centrées sur l’implantation de « mesures d’austérité budgétaire » afin de réduire le fardeau de la dette et de payer des intérêts sur celle-ci.

L’« austérité budgétaire » est un terme vague faisant en réalité référence à des réductions dans les dépenses relatives aux programmes sociaux et à des hausses d’impôts. Cela a pour effet de dévaster le secteur public puisque tous les actifs sont privatisés, les travailleurs de ce secteur font l’objet de mises à pied massives, le chômage devient endémique, les soins de santé et l’éducation disparaissent, les impôts grimpent de manière draconienne et les devises sont dévaluées afin que les entreprises internationales et les banques puissent acheter les actifs à moindre coût, ce qui provoque de l’inflation au niveau national, entrainant par la suite une montée en flèche des coûts du pétrole et de la nourriture. Bref, l’austérité budgétaire implique la destruction sociale car on dépossède les pays et les peuples de leurs fondements sociaux. Les États deviennent alors despotiques et oppriment les peuples, lesquels se révoltent naturellement contre l’« austérité », soit la stérilisation de la société.

En réaction à la crise de la dette des années 1980 qui a anéanti l’Amérique latine, l’Afrique et certaines zones asiatiques, l’« austérité budgétaire » a balayé les pays en développement dans les années 1980 et 1990. Les mesures d’austérité budgétaire imposées aux pays concernés par la Banque mondiale et le FMI ont entrainé le démantèlement social de nouvelles sociétés et leur asservissement ultérieur aux créanciers internationaux que sont le FMI, la Banque mondiale, les entreprises occidentales et les banques. C’était une époque d’impérialisme économique et le FMI était un outil fondamental de ce projet impérial.

Alors que la crise de la dette à laquelle nous assistons aujourd’hui balaye le monde entier, le FMI intervient à nouveau pour imposer l’« austérité budgétaire » à des pays en retour de prêts à court terme destinés à payer les intérêts sur leur dette exorbitante et due en grande partie à de grandes banques européennes et étasuniennes. Les pays occidentaux se sont entendus sur l’imposition de mesures d’austérité budgétaire [51], qui ne feront en réalité qu’intensifier la crise, aggraver la dépression et détruire les fondements sociaux de l’Occident pour ne nous laisser que l’appareil autoritaire du pouvoir étatique, à savoir la police, l’armée et l’appareil de « sécurité » nationale, utilisé contre les peuples pour protéger les puissances du moment.

Le FMI est également arrivé dans cette période de crise économique mondiale avec un nouveau programme : offrir des prêts dans sa propre devise synthétique, les droits de tirage spéciaux (DTS), un panier de monnaies de réserve internationales. En avril 2009, le G20 a autorisé le FMI à progressivement mettre en place l’émission de DTS et à devenir en fait une banque centrale mondiale émettant une devise internationale [52]. Donc, en raison de cette crise mondiale de la dette, les DTS seront déboursés partout dans le monde, efficacement et abondamment, puisque les pays auront besoin d’un afflux massif de capitaux et de prêts pour le paiement d’intérêts ou en cas de défaillance. Cela se produira à un rythme effréné qui, si ce n’était de la crise économique, serait inconcevable. La même chose s’est produite durant les années 1980 : on ne pouvait pas évaluer convenablement les conséquences néfastes des programmes d’ajustement structurel (PAS) sur les conditions économiques, ni leurs effets somme toute destructeurs sur la société, car les pays avaient besoin d’argent rapidement (comme la crise de la dette se propageait dans les pays en développement) et n’étaient pas en mesure de négocier. De nos jours, la crise de la dette des années 1980 se « mondialisera » à une échelle plus vaste et entraînera des effets plus dévastateurs que la précédente, et la réaction sera elle aussi planétaire et dévastatrice : on poursuivra l’instauration de la « gouvernance mondiale ».

Lorsque l’austérité frappera l’Occident, la classe moyenne disparaîtra dans l’ombre, puisqu’elle sera absorbée par la classe ouvrière inférieure [53]. La jeunesse issue de la classe moyenne occidentale, dont la majorité est éduquée, fera face à la « désillusion » : elle a grandi dans un monde où on lui promettait tout et où on lui a tout confisqué si rapidement. Dans ce contexte, les manifestations, les émeutes et les éventuelles rébellions sont aussi inévitables que le lever du soleil [54].

L’émergence du mouvement Tea Party aux États-Unis représente, de manière considérable, une insatisfaction grandissante à l’égard du gouvernement et de l’économie. Naturellement, comme tout groupe, il contient des éléments radicaux et marginaux, lesquels ont tendance à attirer abondamment l’attention des médias, qui veulent façonner l’opinion publique. Toutefois, la notion d’insatisfaction populaire envers le gouvernement constitue le noyau du mouvement et son élément moteur. Peu importe que l’on considère de telles protestations légitimes ou non, les gens ne sont pas ravis et descendent dans la rue. Et ça commence ainsi.

Même les intellectuels de gauche se sont exprimés publiquement en avertissant la population qu’il ne fallait pas tout simplement écarter le mouvement Tea Party en le considérant comme marginal ou radical. L’un d’eux, Noam Chomsky, a prévenu lors d’un discours en avril 2010 qu’il sentait que le fascisme arrivait aux États-Unis et a expliqué que le fait de « ridiculiser les frivolités du Tea Party constitue une grave erreur [car leur] attitude est compréhensible. Pendant plus de 30 ans, les revenus réels ont stagné ou décliné. Cela est dû en grande partie à la décision de financiariser l’économie prise dans les années 1970 ». Cela constitue une « aversion des classes » puisque « les banquiers, les premiers responsables de la crise, célèbrent des bonus records alors que le taux de chômage général avoisine les 10 % et atteint des niveaux semblables à ceux de la grande dépression dans le secteur manufacturier ». Cette même industrie de la finance est directement liée à Obama, lequel appuie leurs intérêts, et la population le remarque [55].

Une autre intellectuelle notoire de la gauche, la féministe Naomi Wolf, a soulevé l’émergence du fascisme dans un livre qu’elle a écrit durant l’administration Bush et son message est repris par le mouvement Tea Party. Les gens de la droite qui l’ont écoutée et étaient d’accord avec elle à cette époque (une minorité considérable) ont par la suite donné au mouvement l’élan nécessaire à son émergence, ainsi que bon nombre de ses idées principales ou de sa philosophie d’origine. Lors d’une entrevue en mars 2010, Wolf expliquait que ses idées sont encore plus pertinentes sous Obama que sous Bush : « Bush a légalisé la torture, mais Obama a légalisé l’impunité. Il a promis de revenir en arrière, mais il a institutionnalisé ces façons de faire à jamais. C’est terrifiant et la gauche ne semble pas le reconnaître. » Elle a fait comprendre comment la gauche, active sous Bush, a été tranquillisée sous Obama et qu’il est possible pour les véritables intellectuels et surtout pour les gens en général d’entrer en contact les uns avec les autres sans égard aux allégeances politiques.

L’été dernier des partisans de Ron Paul m’ont invitée à leur rassemblement à Washington et j’ai adoré l’expérience. J’ai rencontré beaucoup de personnes que je respectais, beaucoup de gens « ordinaires », c’est-à-dire non privilégiés. Ils prenaient leurs responsabilités, alors que mes compatriotes habituels, libéraux et privilégiés, traînaient en se plaignant. Les libertariens ont pris conscience du fait qu’il existe une progressiste se sentant elle aussi extrêmement concernée par les questions qui les préoccupent. Leur vision des libéraux est aussi déformée que celle que nous avons des conservateurs [56].

Voici ce que Naomi Wolf avait à dire à propos du mouvement Tea Party : « Le Tea Party n’est pas monolithique. Il y a une lutte entre ceux qui se soucient de la liberté et de la Constitution, et l’Institution républicaine qui tente de s’approprier le mouvement et de le rediriger pour ses propres objectifs. » Concernant certaines questions, elle affirme que le Tea Party est « avant-gardiste ». « Je croyais que les “abolitionnistes de la Fed” étaient fous. Les médias les dépeignent comme des dérangés, mais il s’est avéré que nous avions de bonnes raisons d’instaurer davantage de surveillance [57] ».

Avec le temps, d’autres se joindront au Tea Party et à de nouveaux groupes d’activistes et le mouvement antiguerre devra se revitaliser sinon il s’éteindra. Depuis qu’Obama est devenu président, l’influence, la voix et la dignité de ce mouvement ont presque disparues. Ses adeptes ont été pacifiés et leur silence est complice. Le mouvement antiguerre doit par conséquent se raviver et se revigorer ou il se décomposera. La méfiance de la « gauche » envers les entreprises et celle de la « droite » envers le gouvernement doivent être combinées afin de créer une confiance envers le « peuple ». Bientôt les étudiants se joindront aux manifestations et les questions qui préoccupent le Tea Party et d’autres mouvements semblables pourront être élaborées et précisées.

Lorsque les classes moyennes occidentales seront plongées dans la pauvreté, elles seront obligées d’ouvrir les yeux, car lorsqu’on n’a rien, on n’a rien à perdre. Les pouvoirs établis à travers le monde ont été en mesure d’étendre leur autorité et de la conserver uniquement en raison du consentement aveugle des populations occidentales. Les questions de guerre, d’empire, d’économie et de terreur forment l’opinion publique et permettent aux planificateurs sociaux de rediriger et reconstituer la société. Les populations de l’Occident ont consenti à être dirigées de la sorte et ont permis à nos dirigeants d’être impitoyables en notre nom. Les gens ont été aveuglés par le consumérisme et le divertissement : des iPods, des BlackBerry et des ordinateurs, des images de célébrités, de sports professionnels, d’Hollywood consument les esprits, particulièrement ceux des jeunes occidentaux. Nos sociétés ont pu être gouvernées avec autant d’inconscience parce que la classe moyenne s’illusionnait sur son rôle de classe consommatrice. Tant et aussi longtemps que nous aurons nos télés et nos PC, nous ne prêterons attention à rien d’autre !

Une fois dépossédés de leur capacité de consommation, les gens entreront dans une période de grand éveil. Cela donnera naissance à d’importants mouvements politiques, bon nombre d’entre eux seront progressifs, mais quelques-uns seront régressifs, d’autres seront violents et tyranniques, mais ils seront entièrement nouveaux et, à la fin, planétaires. C’est à ce moment-là que les Occidentaux réaliseront la détresse des autres. C’est à cette époque que les gens commenceront à comprendre ce qu’il y a de profondément vrai dans les mots du Dr. Martin Luther King : « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. » Par conséquent, la lutte des Africains deviendra celle des Étasuniens : la liberté doit être pour tous ou pour personne.

Voilà la principale réalité géopolitique et la menace planétaire éminente pour les structures de pouvoir mondiales. De toute l’histoire de l’humanité¸ aucune évolution n’a constitué un défi aussi monumental au statu quo. Tout comme les structures de pouvoir planétaires n’ont jamais été aussi menaçantes pour l’humanité, celle-ci n’a jamais été aussi redoutable pour les pouvoirs institutionnalisés. Pour chaque action, il existe une réaction opposée équivalente. Même si les élites croient vraiment diriger le monde, la nature humaine a une façon de révéler les erreurs de cette présomption. La nature humaine n’est pas faite pour être « contrôlée », mais plutôt pour être nourrie.

Vue d’en haut

Il est à nouveau important de se tourner vers la description que donne Brzezinski de cette nouvelle réalité géopolitique, car elle offre un bon aperçu, non seulement de la définition de l’« éveil politique mondial », mais surtout de la façon dont celui-ci est perçu par ceux qui détiennent le pouvoir. En 2004, Brzezinski fait un discours au Conseil Carnegie sur l’Éthique et les Affaires internationales sur son livre « Le Vrai Choix ». Il s’adresse à ceux qui sont potentiellement affectés négativement par un tel éveil, puisque le Conseil Carnegie est un cercle de réflexion élitaire situé aux États-Unis. L’orateur affirme lors de ce discours que la politique étrangère des États-Unis dans la foulée du 11 septembre, « la guerre au terrorisme », représente un grand défi pour l’hégémonie étasunienne, puisqu’elle isole de plus en plus les États-Unis, nuit à leur crédibilité et camoufle les problèmes dans une rhétorique virulente, laquelle ne fait qu’aggraver davantage le réel défi : l’éveil politique mondial. Il déclare :

Le mauvais diagnostic [de la politique étrangère] porte sur une définition relativement vague, excessivement abstraite, fortement émotive et semi-théologique de la principale menace à laquelle nous sommes actuellement confrontés sur la planète et sur l’indifférence considérable face à ce que je vois comme le défi mondial sans précédent issu du phénomène unique que constitue un éveil politique d’une ampleur colossale dans l’humanité. Nous vivons à une époque où la conscience et la motivation politique de l’humanité dans son ensemble atteint des degrés inégalés et c’est cette condition qui est à l’origine d’une bonne part de la tourmente internationale.

Toutefois, nous ne nous concentrons pas sur ce phénomène, mais surtout sur un mot, élevé au rang de spectre, défini comme une entité, présenté en quelque sorte comme un tout, sans néanmoins être lié à un événement ou à un endroit spécifique. Ce mot est « terrorisme ». Aujourd’hui, le principal défi mondial sur la base duquel nous avons tendance à fonctionner politiquement est le terrorisme international.

Je ne nie pas que le terrorisme soit une réalité, une menace pour nous, un affreux danger et une manifestation brutale. Mais il s’agit d’un symptôme de quelque chose de plus grand et de plus complexe lié à l’agitation présente dans de nombreuses régions du monde et qui se manifeste sous des formes diverses.

Cette tourmente est le produit de l’éveil politique, du fait qu’actuellement les grandes masses de la planète ne sont pas politiquement neutres comme elles l’ont été à travers l’histoire : elles ont une conscience politique. Celle-ci pointe sans doute dans différentes directions, elle est peut-être indéfinie, primitive, intolérante et haineuse, mais elle constitue une forme d’activisme politique [58].

Brzezinski explique que l’alphabétisation a accru la conscience politique, alors que la télévision a instantanément fait connaître les disparités mondiales et qu’Internet a donné accès aux communications instantanées. Il ajoute : « Cela est stimulé en grande partie par l’impact des États-Unis sur le monde » ou, autrement dit, par l’impérialisme économique, politique et culturel étasunien. « Cela est par ailleurs exacerbé largement par la mondialisation mise de l’avant, favorisée et projetée par les États-Unis, dont la société est portée vers l’extérieur. » En outre, Brzezinski fait une mise en garde : « Cela contribue toutefois également à l’instabilité et déclenche quelque chose de tout à fait original, à savoir une sorte de nouveau défi idéologique ou doctrinal qui pourrait combler le vide créé par la disparition du communisme. » Il affirme qu’au siècle dernier, le communisme a émergé comme alternative, mais qu’aujourd’hui cependant, « il est totalement discrédité et de nos jours nous sommes en présence d’un vide pragmatique dans le monde en ce qui a trait aux doctrines. Pourtant, je vois dans les écrits et l’agitation la naissance d’une doctrine combinant l’antiaméricanisme à l’antimondialisation, une union qui pourrait devenir une force imposante dans un monde turbulent et très inégal [59] ».

Après son discours, on a demandé à M. Brzezinski d’extrapoler sur la façon d’aborder ce concept d’« éveil politique mondial » et d’y faire face. Il a répondu : « Nous faisons face au monde tel qu’il est et nous sommes ce que nous sommes. Si nous devons utiliser notre pouvoir intelligemment et aller dans la bonne direction, nous n’avons d’autre choix que de le faire progressivement [60]. » En d’autres termes, Brzezinski a expliqué en détail la solution qu’il envisageait pour faire face aux problèmes planétaires : créer les conditions pour une gouvernance mondiale et le faire « progressivement », puisque c’est de cette manière que l’on « utilise [son] pouvoir intelligemment ». Vue d’en haut, la solution à l’« éveil politique mondial » consiste à poursuivre la création d’un appareil gouvernemental mondial oppressif.

Le 23 avril 2010, Zbigniew Brzezinski a fait un discours au Conseil des relations internationales de Montréal lors d’un événement organisé conjointement avec le Conseil International du Canada, l’équivalent du Council on Foreign Relations des États-Unis et de Chatham House au Royaume-Uni, et qui regroupe de nombreuses personnalités de l’élite sociale, politique et économique du Canada. Dans ce discours, Brzezinski a fait l’analyse des réalités géopolitiques modernes :

Laissez-moi commencer en esquissant une définition du contexte géopolitique dans lequel nous nous trouvons tous, y compris les États-Unis. Selon moi, ce contexte géopolitique est défini également par de nouvelles – par deux nouvelles réalités mondiales. La première étant que le leadership politique mondial, c’est-à-dire le rôle de certaines puissances dominantes sur la planète, est devenu davantage diversifié, contrairement à ce qu’il était jusqu’à une époque relativement récente. Il y a relativement peu de temps encore, le monde était dominé par les pays atlantiques, comme ce fut le cas pendant bien des siècles. Ce n’est plus le cas. De nos jours, la montée de l’Extrême-Orient a donné lieu à un nouveau leadership mondial, davantage différencié, impliquant, en bref, un danger difficilement maitrisable, soit une liste arbitraire de joueurs de premier plan sur la scène mondiale : les États-Unis, évidemment ; à leurs côtés possiblement, mais je dis bien possiblement, l’Union européenne – je dis possiblement puisqu’il ne s’agit pas encore d’une entité politique ; certainement, visiblement et de plus en plus, la Chine ; la Russie, seulement parce qu’elle est une puissance nucléaire égale aux États-Unis, mais qui sinon affiche des carences au niveau des principaux critères définissant une puissance mondiale ; derrière la Russie, peut-être individuellement, mais dans une bien moindre mesure, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et certainement le Japon, bien qu’il ne possède pas de position politique assertive ; l’Inde grandit et à l’arrière-plan il y a la nouvelle entité, le G20, formant un leadership mondial davantage diversifié, dépourvu de cohésion interne et dont bien des membres ont des antagonismes bilatéraux . Cela complexifie énormément le contexte.

Autre changement majeur dans les affaires internationales : pour la première fois de son histoire, l’humanité est politiquement éveillée. Il s’agit d’une réalité totalement nouvelle - totalement nouvelle. Ce ne fut jamais le cas avant les cent dernières années. Au cours des ces années, le monde entier s’est éveillé sur le plan politique. Peu importe où vous allez, la politique est une question d’engagement social et la plupart des gens savent ce qui se passe en général, ce qui se passe en général sur la planète et ils sont conscient des iniquités mondiales, du manque de respect, de l’exploitation. L’humanité est désormais sensibilisée politiquement et elle se déchaîne. La combinaison de ces deux phénomènes, le leadership mondial diversifié et les masses politiquement sensibilisées, rend le contexte plus difficile pour toute grande puissance, y compris pour l’actuelle puissance mondiale dominante, les États-Unis [61]

Conclusion

La révolution technologique a donc mené à une réalité géopolitique antagonique et conflictuelle où deux phénomènes sont diamétralement opposés : jamais auparavant les humains n’ont été si sensibilisés aux questions de pouvoir, d’exploitation, d’impérialisme et de domination. Au même moment, les élites n’ont jamais été à ce point transnationalisées et axées sur la mondialisation, tout en possédant la capacité d’imposer un tel système de despotisme scientifique et d’oppression politique bel et bien mondial. Voilà les deux principales réalités géopolitiques d’aujourd’hui. Réfléchissez-y. Jamais de son histoire l’humanité n’a été aussi en mesure de parvenir à un réel éveil planétaire politique et psychosocial, ni aussi menacée d’être soumise à un réel totalitarisme scientifique mondial, possiblement plus oppressif qu’aucun autre système connu à ce jour et sans aucun doute technologiquement plus à même d’imposer un despotisme permanent à l’humanité. Nous sommes donc pleins d’espoir, mais conditionnés par l’urgence. Jamais dans l’histoire de l’humanité le potentiel et les répercussions des idées et des actions humaines n’ont été aussi monumentaux.

Soudainement, les élites du monde sont confrontées à la réalité suivante : les populations qu’elles cherchent à dominer deviennent de plus en plus conscientes d’elles-mêmes et développent une conscience mondiale. Par conséquent, une population soumise à la domination en Afrique est apte à prendre connaissance d’une population subissant les mêmes types de domination au Moyen-Orient, en Amérique du Sud ou en Asie. Elles peuvent également reconnaître qu’elles sont toutes dominées par les mêmes structures de pouvoir mondiales et cela est crucial : il n’y a pas que la portée de l’éveil qui soit planétaire, sa nature l’est aussi. Il forge une conscience de la condition mondiale chez l’individu. Il s’agit donc d’un « éveil mondial » à la fois sur le plan de l’environnement externe et sur celui de la psychologie individuelle.

Cette nouvelle réalité planétaire, combinée au fait que la population mondiale n’a jamais été si vaste, représente un défi pour les élites cherchant à dominer les peuples dans le monde entier, lesquels sont informés et conscients des inégalités sociales, de la guerre, de la pauvreté, de l’exploitation, du manque de respect de l’impérialisme et de la domination. Cela implique d’emblée que ces population seront significativement plus difficiles à contrôler sur les plans économique, politique, social, psychologique et spirituel. Ainsi, du point de vue de l’oligarchie mondiale, la seule façon d’imposer l’ordre et le contrôle à cette condition humaine unique et historique est par le biais du chaos organisé des crises économiques, de la guerre et l’expansion rapide ainsi que l’institutionnalisation d’une dictature scientifique mondiale. Notre espoir est leur crainte. Et notre plus grande crainte est leur seul espoir.

Comme l’a écrit un jour Charles Dickens « C’était la meilleure des époques, et la pire » Cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui.

Cet article était la première partie d’une trilogie : « La révolution technologique et l’avenir de la liberté. »

La deuxième partie (disponible uniquement en anglais)examine la nature de l’éveil mondial en « Occident », particulièrement aux États-Unis, le potentiel révolutionnaire que renferme cet éveil, ainsi que les systèmes étatiques de contrôle et d’oppression développés pour y faire face, notamment la création d’un État de sécurité nationale.

La dernière partie (disponible uniquement en anglais) aborde l’évolution de l’idée d’une dictature scientifique et sa réalité, l’impact de la révolution technologique sur le pouvoir et l’émergence de nouveaux systèmes de contrôle social fondés sur l’application moderne de l’eugénisme.

Article original en anglais, The Global Political Awakening and the New World Order, The Technological Revolution and the Future of Freedom, Part 1, publié le 24 juin 2010.

Traduction par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

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Notes :

[1] Zbigniew Brzezinski, The Global Political Awakening. The New York Times : December 16, 2008 : http://www.nytimes.com/2008/12/16/opinion/16iht-YEbrzezinski.1.18730411.html

[2] Zbigniew Brzezinski, “Major Foreign Policy Challenges for the Next US President,” International Affairs, 85 : 1, (2009), page 53 (emphasis added)

[3] AFP, A new brain for Barack Obama. The Economist : March 14, 2007 : http://www.economist.com/blogs/democracyinamerica/2007/03/a_new_brain_for_barack_obama

[4] Zbigniew Brzezinski, The Dilemma of the Last Sovereign. The American Interest Magazine, Autumn 2005 : http://www.the-american-interest.com/article.cfm?piece=56

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Michael Collins, Brzezinski : On The Path To War With Iran. Global Research : February 25, 2007 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=4920

[13] Andrew Gavin Marshall, Origins of the American Empire : Revolution, World Wars and World Order. Global Research : July 28, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14552 ; see sections, “World War Restructures World Order,” and “Empire, War and the Rise of the New Global Hegemon,” for a look at this interlocking network of think tanks.

[14] John Stauber and Sheldon Rampton, The Father of Spin : Edward L. Bernays & The Birth of PR. PR Watch, Second Quarter 1999, Volume 6, No. 2 : http://www.prwatch.org/prwissues/1999Q2/bernays.html

[15] Andrew Gavin Marshall, Origins of the American Empire : Revolution, World Wars and World Order. Global Research : July 28, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14552 ; Andrew Gavin Marshall, Controlling the Global Economy : Bilderberg, the Trilateral Commission and the Federal Reserve. Global Research : August 3, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14614

[16] Andrew Gavin Marshall, Controlling the Global Economy : Bilderberg, the Trilateral Commission and the Federal Reserve. Global Research : August 3, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14614

[17] Zbigniew Brzezinski, Between Two Ages : America’s Role in the Technetronic Era. (Viking Press, New York, 1970), page 1 Andrew Gavin Marshall est chercheur au Centre de recherche sur la mondialisation.

[18] Op.cit., p. 12

[19] Op.cit. p.29

[20] Op.cit. p. 97

[21] Ibid.

[22] Andrew Gavin Marshall, Controlling the Global Economy : Bilderberg, the Trilateral Commission and the Federal Reserve. Global Research : August 3, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14614

[23] Michel J. Crozier, Samuel P. Huntington and Joji Watanuki, The Crisis of Democracy. (Report on the Governability of Democracies to the Trilateral Commission, New York University Press, 1975), page 6

[24] Op.cit. p. 62

[25] Op.cit. p. 71 [26] Op.cit. p. 74-75 [27] Op. cit. p. 77 [28] Op.cit. p. 93 [29] Op.cit. p. 113-114 [30] Op.cit. p.115. [31] Andrew Gavin Marshall, Forging a “New World Order” Under a One World Government. Global Research : August 13, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14712 [32] Anne-Marie Slaughter, The Real New World Order. Foreign Affairs : September/October, 1997 : pages 184-185 [33] Richard N. Gardner, The Hard Road to World Order. Foreign Affairs : April, 1974 : page 556 [34] Op.cit. p. 558. [35] Ibid. [36] Strobe Talbott, America Abroad. Time Magazine : July 20, 1992 : http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,976015,00.html [37] Ibid. [38] David Rothkopf, Superclass : The Global Power Elite and the World They are Making. (Toronto : Penguin Books, 2008), pages 315-316 [39] Gideon Rachman, And now for a world government. The Financial Times : December 8, 2008 : http://www.ft.com/cms/s/0/7a03e5b6-c541-11dd-b516-000077b07658.html [40] Ibid. [41] Jeff Gates, Statistics on Poverty and Inequality. Global Policy Forum : May 1999 : http://www.globalpolicy.org/component/content/article/218/46377.html [42] Social & Economic Injustice, World Centric, 2004 : http://worldcentric.org/conscious-living/social-and-economic-injustice [43] Ibid. [44] GPF, Press Release : Pioneering Study Shows Richest Own Half World Wealth. Global Policy Forum : December 5, 2006 : http://www.globalpolicy.org/component/content/article/218/46555.html [45] UN, The Millennium Development Goals Report 2009. United Nations, New York, 2009 : page 4 [46] G20 Summit : Bank bailout would end global poverty, says Oxfam. The Telegraph : April 1, 2009 : http://www.telegraph.co.uk/finance/financetopics/g20-summit/5087404/G20-Summit-Bank-bailout-would-end-global-poverty-says-Oxfam.html [47] Press Release, 100 people every minute pushed into poverty by economic crisis. Oxfam International : September 24, 2009 : http://www.oxfam.org/en/pressroom/pressrelease/2009-09-24/100-people-every-minute-pushed-poverty-economic-crisis [48] Press Release, Financial crisis to deepen extreme poverty, increase child mortality rates – UN report. UN News Center : March 3, 2009 : http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=30070 [49] Andrew Gavin Marshall, Western Civilization and the Economic Crisis : The Impoverishment of the Middle Class. Global Research : March 30, 2010 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=18386 [50] Andrew Gavin Marshall, Debt Dynamite Dominoes : The Coming Financial Catastrophe. Global Research : February 22, 2010 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=17736 [51] Reuters, G20 communique after meeting in South Korea. G20 Communiqué : June 5, 2010 : http://www.reuters.com/article/idUSTRE6540VN20100605 [52] Andrew Gavin Marshall, Forging a “New World Order” Under a One World Government. Global Research : August 13, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14712 ; or for a more succinct analysis, Andrew Gavin Marshall, The Financial New World Order : Towards a Global Currency and World Government. Global Research : April 6, 2009 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=13070 [53] Andrew Gavin Marshall, Western Civilization and the Economic Crisis : The Impoverishment of the Middle Class. Global Research : March 30, 2010 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=18386 [54] Andrew Gavin Marshall, The Global Economic Crisis : Riots, Rebellion and Revolution. Global Research : April 7, 2010 : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=18529 [55] Matthew Rothschild, Chomsky Warns of Risk of Fascism in America. The Progressive : April 12, 2010 : http://www.progressive.org/wx041210.html [56] Justine Sharrock, Naomi Wolf Thinks the Tea Parties Help Fight Fascism — Is She Onto Something or in Fantasy Land ? Alternet : March 30, 2010 : http://www.alternet.org/news/146184/naomi_wolf_thinks_the_tea_parties_help_fight_fascism_--_is_she_on_to_something_or_in_fantasy_land__ [57] Ibid. [58] Zbigniew Brzezinski, The Choice : Global Domination or Global Leadership. Speech at the Carnegie Council : March 25, 2004 : http://www.cceia.org/resources/transcripts/4424.html [59] Ibid. [60] Ibid. [61] Zbigniew Brzezinski, America’s Geopolitical Dilemmas. Speech at the Canadian International Council and Montreal Council on Foreign Relations : April 23, 2010 : http://www.onlinecic.org/resourcece/multimedia/americasgeopoliticaldilemmas

Le lobby semencier représentera les paysans aux négociations sur les semences ! Confédération paysanne Reporterre 2011/02/25 Confédération paysanne (25 février 2011) Le lobby semencier représentera les paysans aux négociations sur les semences !. Reporterre. fr

Le lobby semencier représentera les paysans aux négociations sur les semences !

Le gouvernement a désigné le GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences) pour représenter la France lors de la réunion du Traité international sur les semences, en mars. C’est-à-dire ceux-là mêmes qui combattent le droit des paysans à protéger leurs propres semences.

Le gouvernement missionne le représentant du lobby semencier pour supprimer les droits des agriculteurs sur leurs semences

C’est avec stupéfaction que la Confédération Paysanne a découvert que le gouvernement a désigné le représentant du GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences) pour défendre la position française sur les droits des agriculteurs lors de la prochaine réunion du Traité international sur les semences.

Un point important de l’ordre du jour de la quatrième session de l’Organe Directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture qui se tiendra en Indonésie du 14 au 18 Mars prochain est l’application des droits des agriculteurs sur leurs semences, définis aux articles 6 et 9 du Traité. Pour défendre la position française sur cette question précise des droits des agriculteurs, le gouvernement français a osé désigner... le directeur des relations extérieures du GNIS :

- qui réclame à corps et à cris le paiement par les agriculteurs qui réutilisent leurs semences de ferme d’une Contribution Volontaire Obligatoire reversée directement, pour 85% de son montant, à l’industrie semencière,

- qui poursuit en justice les agriculteurs qui reproduisent des semences de ferme des dernières variétés protégées par une loi française qui les interdisait, mais n’est presque plus utilisée depuis l’adoption en 1994 d’un règlement européen qui les autorise,

- et qui envoie ses contrôleurs à la poursuite des agriculteurs qui conservent, utilisent, échangent ou vendent leurs semences de ferme.

Les industriels des semences ne supportent pas que les agriculteurs puissent bénéficier, tout comme eux et en toute légalité, du « privilège du sélectionneur » d’utiliser les variétés disponibles sur le marché pour sélectionner leurs propres variétés et d’échanger leurs semences dans le but de les sélectionner et de les conserver.

La reproduction, la sélection et la gestion dynamique des semences à la ferme sont pourtant aujourd’hui les compléments indispensables à la production de semences par la filière industrielle. En effet, seule l’adaptation locale des variétés cultivées permet de diminuer significativement ou d’abandonner l’usage des engrais et pesticides chimiques qui empoisonnent la santé et l’environnement et de rendre aux plantes la plasticité indispensable à leur adaptation aux changements climatiques de plus en plus importants et imprévisibles. La filière semencière industrielle ne peut pas et ne pourra jamais amortir la sélection et la multiplication de petits lots de semences adaptés à chaque terroir, seuls les paysans peuvent faire ce travail par multiplications successives dans leurs champs. Mais ils ne peuvent pas le faire si on leur interdit de ressemer et d’échanger leurs semences et si on les oblige de devenir totalement dépendant d’une poignée de multinationales productrices d’OGM.

Les droits des agriculteurs de conserver, d’utiliser, d’échanger et de vendre leurs semences de ferme sont l’indispensable pilier de toute politique agricole durable préservant la santé, l’environnement et la souveraineté alimentaire. C’est pourquoi la Confédération Paysanne demande au gouvernement français d’engager une concertation avec les agriculteurs qui renouvellent et conservent la biodiversité cultivée avant de désigner, pour défendre sa position sur les droits des agriculteurs, un représentant des intérêts de l’ensemble de la population et non le représentant d’un lobby industriel qui milite pour leur suppression.

En Egypte et en Tunisie, le défi des questions écologiques reste entier Hervé Kempf Reporterre 2011/02/25 Hervé Kempf (25 février 2011) En Egypte et en Tunisie, le défi des questions écologiques reste entier. Reporterre. fr

En Egypte et en Tunisie, le défi des questions écologiques reste entier

Alors que la situation politique reste incertaine en Egypte et en Tunisie, les questions que vont devoir résoudre les prochains gouvernements émergent peu à peu. Parmi celles-ci figure le problème crucial de la situation écologique.

L’Egypte, entre forte densité démographique, intense tension hydrique et pollution importante, semble cumuler les pires handicaps de la région, recensés dans le rapport sur l’« Etat de l’environnement et du développement en Méditerranée », publié en 2009 par le Plan bleu, un observatoire international de l’environnement en Méditerranée.

La pollution du Nil, artère vitale, est intense. Selon le Plan bleu, les eaux usées de l’équivalent de 20 millions d’habitants y sont déversées sans traitement. La pollution atmosphérique est importante au-dessus de toutes les grandes villes, en raison d’une circulation automobile intense : « Chaque automne, témoigne Hoda Kamel, correspondante au Caire du magazine écologiste libanais Bada’el, un nuage noir de pollution atmosphérique se forme au-dessus du Caire et du delta du Nil. »

La gestion des déchets au Caire est chaotique, tandis que l’urbanisation se développe de manière incontrôlée alors que la superficie des terres arables est très limitée. Enfin, le changement climatique est une préoccupation majeure, tant en ce qui concerne la possibilité de sécheresses accrues que de l’élévation du niveau de la mer.

Tous ces problèmes sont bien étudiés par les universitaires et les experts. Mais le régime de M. Moubarak a échoué à les résoudre. « Le problème des déchets, dont la quantité augmente d’année en année, empire du fait d’une bureaucratie confuse, avec de nombreuses administrations impliquées, sans qu’aucune ait vraiment la responsabilité », dit Rami El-Sherbiny, professeur à l’université du Caire.

La confusion institutionnelle se retrouve dans le domaine de l’eau, qui relève d’une dizaine d’administrations. Mais l’impéritie de l’ex-gouvernement découlait surtout de la corruption : « Par exemple, dit Hoda Kamel, il y a cinq ans, un rapport parlementaire a identifié précisément 21 sources de grave pollution au bord du Nil. Mais rien n’a été fait. Les propriétaires d’usine préfèrent corrompre les autorités plutôt que d’installer des équipements antipollution. C’est contre la corruption qu’on a fait la révolution. Il faut que les têtes changent : pour l’instant, les ministres et les directeurs sont les mêmes. L’armée faisait partie du régime, elle est très impliquée dans la corruption. »

Revanche sur la dictature

En Tunisie, les problèmes semblent comparables, même si la gestion de l’eau, des déchets et des réserves naturelles était mieux suivie par une administration installée dès l’époque du président Habib Bourguiba (de 1957 à 1987).

Mais les efforts ne doivent pas se relâcher : « La question de l’eau est critique, dit Rafik Missaoui, un consultant énergie et environnement basé à Tunis. Nous sommes en situation de stress hydrique, avec 500 m3 d’eau par habitant et par an. Les nappes sont exploitées à 108 % de leur capacité. Par ailleurs, la Tunisie perd 1 % de ses terres cultivables chaque année, avec la désertification, l’érosion marine et l’urbanisation. Enfin, le changement climatique entraîne une élévation du niveau de la mer déjà observable. »

Dans les dernières années du régime Ben Ali, les responsables des administrations ont souvent été nommés pour leur diligence à satisfaire les souhaits de la famille du dictateur - par exemple, en fermant les yeux sur la construction d’immeubles de rapport dans des zones protégées.

Pendant la révolution, des interdictions antérieures ont été transgressées, comme dans les parcs nationaux de Bouhedma et de Chaambi, dont les clôtures ont été détruites pour y introduire des animaux domestiques, comme une revanche sur la dictature. « Ces parcs dataient d’avant Ben Ali, regrette un responsable qui requiert l’anonymat. Nous y avions réintroduit des animaux sauvages, des oryx, des addax, des gazelles, des autruches. »

Selon Rafik Missaoui, « on peut craindre que la question environnementale soit oubliée, et que la démocratie favorise un libre accès aux ressources naturelles, comme de creuser des puits partout. Durant cette phase de transition, l’Etat est très faible, et sur les questions d’environnement, la société civile est atrophiée. Mais on peut se remettre rapidement, parce qu’on a une administration valable. »

Les questions d’écologie sont donc très politiques. La Tunisie et l’Egypte montrent-elles la voie aux autres Etats de la côte sud de la Méditerranée ? La forte pression démographique est en tout cas une incitation à agir sur les leviers environnementaux : « D’ici à, 2030, on attend 75 millions d’habitants supplémentaires dans les pays riverains de la Méditerranée dont les deux tiers au sud et à l’est », note Henri-Luc Thibault, directeur du Plan bleu.

Les ondes électromagnétiques du satellite Ka-Sat sont-elles inoffensives ? Eric Jenaer Reporterre 2011/02/25 Eric Jenaer (25 février 2011) Les ondes électromagnétiques du satellite Ka-Sat sont-elles inoffensives ?. Reporterre. Tribune — fr

Les ondes électromagnétiques du satellite Ka-Sat sont-elles inoffensives ?

Avant d’exposer en permanence 1 milliard d’Européens et Africains, les responsables du projet Ka-Sat sont sans doute partis du principe que les rayonnements de 30 ghz n’auraient pas d’influence sur les êtres vivants, vu la distance (grande) et la puissance (petite). Cependant, avec 30 ghz, une nouvelle étape de l’exposition du grand public aux champs électriques est franchie. A 30 ghz, les photons ont 30 fois plus d’énergie que ceux du GSM.

Il faut savoir que l’énergie d’un photon ne varie absolument pas avec la distance ou avec la puissance de l’émetteur ; qu’arrivés à la surface terrestre, ils ont encore toujours la même énergie, et sont éparpillés de telle manière que les êtres humains ne puissent pas une seule seconde ne pas en être bombardés, à moins d’être protégés par une cage de Faraday.

La longueur d’onde reste également identique, donc la distance entre le +Vmax et le -Vmax de l’onde, qui est de 5 mm. L’électrisation de la peau et ses conséquences sont donc beaucoup plus importantes avec une onde Ka-Sat que GSM ou Wi-Fi. Avec Ka-Sat, ce sont toutes les zones blanches d’Europe et d’Afrique du Nord qui disparaissent d’un seul coup. Il est communément admis que 5 % de la population sont électrosensibles, consciemment ou non. Ces personnes n’ont à présent plus aucun espace extérieur pour vivre sans souffrir.

Avec mes respects, Monsieur le Premier Ministre, même si dans les faits, par votre laisser-faire et vos encouragements, vous n’en avez aucun pour moi, me laissant souffrir dans ma chair.

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M. Jenaer réagit à la nouvelle suivante, diffusée le ministère de l’Industrie le 30 décembre 2010 :

Le satellite KA-SAT, qui améliorera la couverture haut débit en France, esten orbite

Lancement réussi pour le satellite KA-SAT le 26 décembre. Cette réussite, soulignée par Eric Besson, va permettre de généraliser l’accès internet haut débit et conforte la place de la France dans le domaine de l’industrie du satellite.

Source : communiqué du ministère chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique

Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, s’est félicité du lancement réussi du nouveau satellite KA-SAT de la société Eutelsat. « Ce lancement est un événement important pour notre pays à plusieurs titres : il va tout d’abord permettre de généraliser l’accès à internet haut-débit dans des zones d’Europe et du bassin méditerranéen qui en sont aujourd’hui dépourvues, il constitue ensuite une évolution technologique importante, et il conforte enfin la place occupée par la France dans l’industrie du satellite ».

Ce lancement contribue à améliorer significativement la couverture en haut débit de la France, de l’Europe et du bassin méditerranéen, notamment en faveur des foyers n’ayant pas d’accès à internet ou bénéficiant d’un mauvais débit car vivant dans des lieux reculés ou très peu peuplés.

En France, KA-SAT pourra desservir jusqu’à 300 000 foyers et permettra à ces derniers d’accéder à internet avec des niveaux de débits montants compris entre 6 et 10 Mbit/s. Ces niveaux sont nettement supérieurs à ceux offerts jusqu’ici par la technologie satellitaire. L’’ouverture des services commerciaux est prévue pour la fin du mois de mai 2011.

L’accès à internet est devenu une condition essentielle à l’accès à l’information, la culture ou encore l’éducation. Deux milliards d’individus dans le monde sont connectés à internet dont 40 millions en France. En termes d’éligibilité, 98,5 % des lignes téléphoniques permettent déjà d’accéder à internet à haut débit par ADSL. Ce nouveau satellite va améliorer la qualité de service disponible pour les 1,5 % de foyers qui ne bénéficient pas du haut débit par ADSL.

Afin de garantir cet accès universel à internet haut-débit, le Gouvernement a lancé en décembre 2009 le label « haut débit pour tous ». Ce label permet d’identifier facilement des offres d’accès à internet haut débit, disponibles sur l’ensemble du territoire à moins de 35 euros par mois et dans des conditions techniques satisfaisantes. A ce jour, 4 offres ont été labellisées (présentées sur le site www.hautdebitpourtous.telecom.gouv.fr). Au cours de l’année 2011, le Gouvernement consacrera par ailleurs 250 millions d’euros du grand emprunt pour augmenter les débits dans les zones les plus isolées et fournir un service de haut débit de qualité sur l’ensemble du territoire.

Le lancement de KA-SAT constitue aussi une innovation technologique marquante, il est le premier satellite en Europe de la génération des grands satellites multifaisceaux. Ce satellite de conception révolutionnaire est très puissant : sa charge utile exploitera en orbite 82 faisceaux étroits qui seront associés à un réseau de dix stations au sol. Cette architecture permettra de réutiliser vingt fois une même bande de fréquences sur des régions distinctes, permettant de porter à 70 gigabit/s la capacité totale de KA-SAT.

Ce lancement illustre enfin le dynamisme de l’industrie française du satellite. Notre pays détient, avec Astrium qui a construit KA-SAT et Thales Alenia Space, près de 40 % du marché mondial de la construction de satellites de télécommunications et assure, avec ArianeSpace, environ 70 % des lancements mondiaux de satellites commerciaux. Demain, le dernier tir de l’année du lanceur Ariane 5 aura d’ailleurs lieu, depuis le site français de Kourou, qui mettra sur orbite deux satellites de télécommunications, dont un satellite sud-coréen construit par Thales Alenia Space.

Plus de dix mille manifestants contre le gaz de schiste Hugo Di Zazzo (AFP) Reporterre 2011/02/26 Hugo Di Zazzo (AFP) (26 février 2011) Plus de dix mille manifestants contre le gaz de schiste. Reporterre. fr

Plus de dix mille manifestants contre le gaz de schiste

Samedi 26 février, plus de dix mille personnes se sont retrouvées à Villeneuve-sur-Berg, en Ardèche, pour refuser la recherche de gaz de schiste.

VILLENEUVE-DE-BERG (Ardèche) — Plusieurs milliers de personnes, dont José Bové, ont convergé samedi en Ardèche pour le premier rassemblement national contre l’exploitation du gaz de schiste, malgré l’annonce par la ministre de l’Environnement de la suspension des travaux.

Derrière le slogan « No gazaran », entre 10.000 (selon la préfecture) et 20.000 personnes (d’après les organisateurs) ont fait, le temps d’un après-midi, du petit bourg de Villeneuve-sur-Berg l’épicentre de l’opposition croissante à l’exploitation de ce gaz emprisonné à 3.000 mètres sous terre. A pied, à vélo, en poussette, en voiture ou en autocar, une foule bigarrée et bon enfant, venue de tout l’Hexagone, s’est rassemblée sur une aire de repos au bord de la route nationale, interdite à la circulation, pour dire « Stop au gaz de schiste ».

En contrebas, la plaine de Mirabel, des fermes, des vignes, des cultures, un camping. Au loin, les montagnes si chères à Jean Ferrat. Ici, « ils risquent de forer deux puits » et d’ériger une torchère, pour brûler les gaz, explique Guillaume Vermorel, spéléologue et l’un des initiateurs du rassemblement. « Ils » ? Les industriels Schuepbach Energy et GDF-Suez qui ont obtenu un permis pour explorer 930 km2 autour de Villeneuve. Deux autres permis, dits de Nant (Aveyron) et Montélimar (Drôme), ont été accordés en mars 2010 par les services de l’ancien ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo.

Devant la fronde grandissante des élus locaux et régionaux, des riverains et des écologistes, Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé début février la suspension des travaux d’exploration dans l’attente des conclusions d’une mission d’évaluation des enjeux environnementaux, en juin. Principales inquiétudes des opposants : la pollution des nappes phréatiques et les dégâts sur les activités rurales et touristiques.

Pour extraire ce gaz, il faut effectivement forer des puits tous les 200 mètres et y injecter des millions de m3 d’eau additionnée de sable et de produits chimiques afin de libérer les particules gazeuses. Même « la collectivité n’a rien à y gagner, sauf qu’elle devra entretenir les routes abîmées par les camions », insiste M. Vermorel.

Pour José Bové, député européen Europe Ecologie, fer de lance de la contestation et présent au rassemblement, l’exploitation de ces gisements pose la question du « gaspillage énergétique ». « Il est temps de se demander comment on rend l’énergie plus efficace, renouvelable et non destructrice de l’environnement », plaide l’ancien du Larzac.

A ses yeux, il n’y a qu’une issue à la mobilisation, née en quelques semaines seulement « du mépris des citoyens et des élus » par le gouvernement et des entreprises qui « jouent aux apprentis sorciers » : l’abrogation des permis.

Pour appuyer leur combat, les différents collectifs départementaux se sont par ailleurs constitués samedi matin à Valence en coordination nationale.

Dans la foule, barbe blanche et cheveux longs, Alain Gibert, maire écologiste de Rocles, estime qu’« il se passe la même chose qu’avec les OGM : les populations ne sont pas consultées ». Et les maires non plus. Alors, dans sa commune ardéchoise de 240 habitants, il a pris, comme contre les OGM, un arrêté pour interdire l’exploitation de ce gaz.

A ce jour, la préfecture ne l’a toujours pas contesté. Et la culture des OGM est interdite en France.

Max Havelaar, le porte-drapeau du commerce équitable, est en crise Christian Jacquiau Reporterre 2011/02/26 Christian Jacquiau (26 février 2011) Max Havelaar, le porte-drapeau du commerce équitable, est en crise. Reporterre. fr

Max Havelaar, le porte-drapeau du commerce équitable, est en crise

En pactisant avec l’oligopole de la grande distribution, Max Havelaar conduit le commerce équitable à sa perte.

Privée des grasses subventions étatiques accordées jusqu’alors par ses amis politiques, laminée par les réseaux de la grande distribution qui n’ont pas hésité à surfer sur la vague de l’équité pour mieux se l’approprier en termes de marché, l’association de commerce équitable Max Havelaar France traverse aujourd’hui une zone de fortes turbulences.

Joaquin Muñoz, son directeur général, vient d’ailleurs d’être discrètement remercié. La sentence aurait du être annoncée laconiquement à la presse la semaine prochaine mais une indiscrétion publiée sur Internet risque bien de précipiter les événements.

On lui reprocherait sa mauvaise gestion de la crise que traverse Max Havelaar depuis plusieurs mois. C’est que derrière les discours rassurants vantant une croissance exponentielle du marché du commerce de l’équitable se cache une toute autre réalité : chute des ventes, baisse des redevances liées à l’exploitation de la marque Max Havelaar, pression de la grande distribution sur les prix à la production, multiplication des marques de garantie écolo-socialement responsables, crise de confiance des consomm’acteurs de plus en plus perturbés par le choix des partenaires de la marque...

Avec un angélisme d’une naïveté affligeante, de jeunes cadres dynamiques, tout frais émoulus d’HEC pour bon nombre d’entre eux, avaient cru pouvoir changer le monde de la grande distribution en empruntant les discours entendus à Porto Allègre pour mieux vendre leurs petits paquets de café fleurant bon la solidarité.

« J’ai voulu qu’Alter Eco soit créatrice de lien social à travers une fonction banale et quotidienne : l’achat. Pour tous ceux qui veulent changer le monde avec leur caddie, sans pour autant faire la révolution ! Alter Eco fait le pont entre des petits producteurs parmi les plus défavorisés et les géants de la grande distribution et ça marche ! », expliquait Tristan Lecomte, le PDG d’Alter Eco, à son ami Michel-Edouard Leclerc le 5 avril 2006.

Quelques jours plus tard, dans une interview accordée au magazine L’Entreprise, un représentant des hypermarchés Leclerc lâchait froidement : « Actuellement, nous sommes dans une phase de promotion et de soutien du commerce équitable, qui ne constitue qu’un marché émergent. Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leurs coûts de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges ».

La messe était dite.

Débarqué pour cause de rentabilité insuffisante par les fonds de pension éthiques (!) qu’il avait lui-même introduits dans sa bergerie, le représentant le plus médiatique des concessionnaires de Max Havelaar est parti discrètement planter du riz en Thaïlande, comme d’autres vont planter leurs choux, l’heure de la retraite sonnée.

Depuis, le nouveau responsable commercial d’Alter Eco a reconnu publiquement sur le blog d’un grand quotidien ce qu’avait toujours nié son médiatique président : l’exigence de confortables marges arrières de la part des centrales d’achat de la grande distribution pour qu’elles acceptent de distribuer les produits équitables.

Derrière ce langage abscons se cache une bien curieuse réalité : la reconnaissance implicite de pratiques discriminatoires à l’égard des autres revendeurs, les plus petits notamment, qui ne bénéficiant pas du même avantage se trouvent contraints de vendre plus cher que leurs concurrents pour s’en sortir.

L’équité serait-elle à ce prix ?

En transformant une démarche en produit, en pactisant avec l’oligopole de la grande distribution, les dirigeants de Max Havelaar et de ses concessionnaires pouvaient-ils ignorer qu’ils conduisaient le mouvement à sa perte ?

Bien au-delà de l’image du pont inéquitable de cette rivière Kwaï tombé entre les mains de l’oligopole des super et hypermarchés, les difficultés que rencontrent aujourd’hui la majeure partie de ceux qui ont fait le choix de distribuer leurs produits équitables en grandes surfaces constituent incontestablement une magnifique victoire de la grande distribution sur ceux qui prétendaient en changer les pratiques.

Les consommateurs ont privilégié les produits du commerce équitable distribué en grande surface sans trop se demander ce que recouvraient véritablement ces mots magiques « commerce équitable » accolés l’un à l’autre, apposés sur les paquets de café multicolores qui ont fleuri, çà et là, dans les super et hypermarchés.

En délaissant les boutiques spécialisées (Artisans du Monde, Minga, Andines...) au profit de produits au contenu équitable largement édulcoré, les consomm’acteurs et autres alter-consommateurs ont largement contribué à la neutralisation de cette alternative à la grande distribution qu’il aurait pu constituer. Effet domino, les réseaux alternatifs connaissent eux aussi de graves difficultés.

Les petits producteurs qui se plaignent de plus en plus ouvertement du peu de retour du système, leurs salariés, les travailleurs journaliers, saisonniers, en un mot les sans terre et tous les autres précaires qui s’échinent tout au long des filières subissent de plein fouet les conséquences des errements de ces jeunes gens ambitieux qui ont confondu carrière personnelle, parts de marché, business... et équité.

Pour autant, et au-delà de la compassion, jamais les relations économiques et commerciales n’ont eu autant besoin de se voir insuffler cette dose d’humanité qui leur fait tant défaut.

De dérives en récupérations, de partenariats improbables en dérapages dévastateurs, l’heure du bilan a sonné pour le commerce équitable aussi.

Ses acteurs le comprendront ou alors la démarche restera irrémédiablement confinée au rang anecdotique de marché de niche pour consommateurs-consensuels...

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Nota de Christian Jacquiau : Sollicité, Max Havelaar n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Les projets de centrales nucléaires sous-marines sont irresponsables Yves Lenoir et Eric Delhaye Reporterre 2011/02/26 Yves Lenoir et Eric Delhaye (26 février 2011) Les projets de centrales nucléaires sous-marines sont irresponsables. Reporterre. Tribune — fr

Les projets de centrales nucléaires sous-marines sont irresponsables

Alors qu’une vaste campagne de communication vient d’être lancée par la DSCN sur son projet de centrales nucléaires immergées au large des côtes, Flexblue, CAP21, mouvement humaniste et écologiste, tient à exprimer ses plus vives inquiétudes sur la possibilité de développement de tels projets dans les mers du globe.

- En premier lieu, ce type de projet est pensé en l’absence d’accident grave. Qu’adviendrait il du réacteur en cas d’accident ? Nous aurions affaire alors à un déchet nucléaire sur lequel il serait très difficile d’intervenir alors que l’immersion des déchets nucléaires est interdite par traité international.

- La vulnérabilité est importante pour deux raisons au moins :

• la fragilité de ligne de transport du courant. Si la ligne venait à être coupée, la sûreté de l’installation dépendrait entièrement des ressources internes durant la phase critique, celle de la mise à l’arrêt, à chaud puis à froid.

• Les difficultés d’intervention en fonds marins depuis l’extérieur (amenée des équipes de maintenance en cas de tempête par exemple)

- l’écosystème marin côtier autour de la centrale subira de profondes perturbations en raison du rejet de grandes quantités de chaleur à une profondeur où l’eau est très froide et de gaz radioactifs en routine (C14, tritium, iode)

- Les risques d’actes malveillants, terroriste ou d’une puissance étrangère ne sont pas à exclure et difficiles à contrôler

- Les petites centrales entrainent évidemment une multiplication des réacteurs nucléaires et donc un risque élevé de dissémination de combustibles fossiles surtout si 200 unités sont commercialisées comme l’envisagent les prévisions les plus optimistes.

Ces réacteurs low cost visent des pays qui n’ont pas besoin de nucléaire puisque la plupart possède de conditions climatiques privilégiées où l’électricité solaire a toute sa place et où un mixte éolien offshore/solaire réduirait à peu de chose les besoins de stockage de l’électricité ou les problèmes de défaut de production.

Les techniques alternatives sont prêtes et le développement n’a pas besoin d’attendre une dizaine d’années que ces coûteux et dangereux gadgets soient au point.

LGV pour Toulouse : les écologistes veulent utiliser les voies existantes Europe Ecologie–Les Verts au Conseil régional Midi-Pyrénées Reporterre 2011/02/28 Europe Ecologie–Les Verts au Conseil régional Midi-Pyrénées (28 février 2011) LGV pour Toulouse : les écologistes veulent utiliser les voies existantes. Reporterre. fr

LGV pour Toulouse : les écologistes veulent utiliser les voies existantes

Lundi 28 Février, en Assemblée Plénière les Conseillers régionaux devront voter la convention de financement de la LGV Tours-Bordeaux, première étape annoncée pour la concrétisation de la LGV Bordeaux-Toulouse, Toulouse-Barcelone.

Conformément à nos positions, nous voterons contre cette convention de financement car la seule solution pour que le TGV arrive plus rapidement à Toulouse est le réaménagement des lignes existantes.

Ecologiquement irresponsable, trop couteuse, mal financée l’option LGV est irréaliste.

Le choix d’un gouffre financier au dépens des compétences propres aux régions

A l’heure où l’Etat met à mal les ressources des collectivités par la réforme fiscale, les régions ne peuvent se permettre de prendre en charge des infrastructures nationales. A ce jour le projet de LGV Bordeaux-Toulouse est estimé au minimum à 5.2 Milliards d’euros alors que l’aménagement défendu par Europe Écologie représente au plus un milliard avec un différentiel temps sur le trajet Pairs- Toulouse de trente minutes. Il est inacceptable pour un gain de temps aussi infime de dépouiller notre collectivité au dépens de ses propres compétences (aménagement du territoire, transports régionaux...). D’autant plus lorsqu’il s’agit de financer un projet qui ne verra jamais le jour au vu de son coût pharaonique et de la réticence de collectivités de plus en plus nombreuses.

La supercherie du partenariat public privé (PPP)

Avec une participation de Vinci de seulement 29% au lieu de 50%, le PPP est une supercherie . Il s’agit là d’une privatisation rampante. La Région devra financer les travaux de la LGV puis aura l’obligation de verser un droit de passage à RFF pour faire circuler ses TER sur cette ligne ! La collectivité devrait donc payer à deux reprises alors que Vinci, grâce aux garanties de l’État ne participera au final qu’à hauteur de 5% et touchera des royalties pendant 50 ans.

Un choix écologiquement irresponsable

Au delà des raisons financières, nous ne pouvons approuver la LGV au regard des dégâts écologiques que celle-ci génère.

Sur le plan de la biodiversité, les tracés choisis par RFF sont destructeurs d’espaces naturels remarquables et sensibles. Par ailleurs, les mesures compensatoires proposées ne sauraient dédommager les dégâts causés à la nature. Bien au contraire, cette démarche initie une nouvelle marchandisation, celle de la biodiversité.

Sur le plan énergétique, là encore les nouvelles lignes sont problématiques. Au delà de 250 km/h les consommations d’énergie et les nuisances sonores sont considérables.

Voilà pourquoi nous sommes contre les gaz de schiste Hervé Ozil Reporterre 2011/02/28 Hervé Ozil (28 février 2011) Voilà pourquoi nous sommes contre les gaz de schiste. Reporterre. Tribune — fr

Voilà pourquoi nous sommes contre les gaz de schiste

Bonsoir à tous,

Je n’interviendrais pas sur les aspects techniques des forages de gaz de schiste, que ce soit dans la phase prospection ou dans la phase production, l’exposé de Guillaume Vermorel a été clair et précis et nous a apporté beaucoup d’informations sur le sujet. Dans les deux cas, prospection comme production, nul doute que nous aurons de toute façon des difficultés pour obtenir des informations détaillées et objectives provenant de nos gouvernants ou des industriels.

J’ai d’ailleurs entendu samedi à la radio, M. de Margerie, PDG de Total, qui tenait des propos rassurants parlant de nos différences de mentalité avec les Américains qui eux n’avaient pas d’à priori sur les puits de forage proches de leur habitation, et qu’avec un peu de pédagogie nous Français pourrions finalement nous accommoder de cette proximité. Je pense sincèrement qu’en vous voyant si nombreux ce soir, le PDG de Total est loin du compte et que, même s’il devait déployer toute une stratégie de communication, il n’arriverait pas à gagner notre confiance ; il est vrai que l’opacité qui jusqu’à présent a été la règle de la gouvernance de ce projet n’est pas faite pour apaiser nos légitimes inquiétudes.

J’ai utilisé à bon escient le terme de gouvernance, vous savez c’est un terme médiatico-politique pour légitimer une pseudo éthique de démocratie locale qui se veut respectueuse des citoyens. En ce qui concerne les permis de prospection de gaz de schiste, on peut bien parler de gouvernance zéro ! Le respect des citoyens serait-il sacrifié sur l’autel des profits à venir ?

Nous citoyens de l’Ardèche méridionale ne sommes-nous pas majeurs pour avoir le droit à l’information ? Sommes-nous donc quantité négligeable pour être ignorés et tenus à l’écart des décisions qui nous concernent au premier chef ! Quand on pense qu’il faut une enquête publique pour déplacer un chemin communal, il faudrait faire l’impasse d’une procédure d’information et de concertation pour une telle effraction sur notre territoire ? Nous n’avons même pas droit au débat contradictoire, n’avons-nous qu’à subir le discours suffisant de l’industrie pétrolière qui, partout dans le monde, ne se distingue pas par sa transparence, son souci du bien-être des habitants, son engagement en faveur de la protection de l’environnement ?

Madame la ministre de l’Ecologie a déclenché un pare-feu en demandant à son administration de mener une mission sur les enjeux environnementaux de l’exploitation des gaz de schiste. Mais pourquoi cette enquête n’a-t-elle pas précédé les autorisations de permis de prospection ? Si ce n’est pour tenter de reprendre la main, de donner du temps au temps, de botter en touche le temps nécessaire à calmer les esprits !

Je crois que personne n’est dupe. Comment la Ministre de l’environnement, même si effectivement ce n’est pas elle qui est à l’origine de la signature des permis, peut-elle d’un seul coup se rendre compte de l’énorme contradiction entre la philosophie de son ministère qui dit clairement « qu’il faut repenser nos usages, nos modes de consommation de l’énergie et modifier nos comportements » et la façon dont son prédécesseur s’est jeté dans les bras des industriels du pétrole ?

Et quel cynisme quand on rapporte qu’au Ministère, on se rassure par le fait que GDF s’est associé à l’industriel texan Schuepbach : « S’il y a un problème, ils sont juste là », déclareraient les techniciens de la direction générale de l’énergie et du climat, « en pointant la tour du gazier français depuis leur bureau de l’Arche de La Défense ». Sauf que les forages ne sont pas prévus sous l’Arche de la Défense mais bien sur notre territoire.

Ce territoire, chacun de nous le portons dans des valeurs qui nous lient à cet environnement exceptionnel, chacun de nous à sa façon est sensible à nos paysages, à notre qualité de vie ; bien sûr tout n’est pas facile tous les jours, ce n’est pas l’Eden, mais nous vibrons tous à l’intensité de cette nature qui nous entoure.

Cela ne date pas d’aujourd’hui, Cro-magnon a découvert tout cela bien avant nous.

Nous avons un attachement particulier à cette terre d’Ardèche méridionale, un lien fort nous unit à elle. Rappelle-toi Pierre [Pierre Rabhi] de notre discussion d’il y a quelques années, tu me disais que même si cela peut sembler étrange bien évidemment du fait de tes origines, nulle part ailleurs que chez toi à Lablachère tu ne ressentais une telle harmonie avec la nature, comme si tes racines étaient ici ! Moi qui ai quelques générations qui m’ont précédé sur cette terre d’Ardèche, j’en ai été flatté, ce n’est donc pas seulement le fait d’être né ici qui induit notre lien à cette terre, mais c’est bien le rapport tout à fait intime que chaque habitant entretient avec elle.

Là est peut être la clef de notre révolte, les permis de prospection ne s’arrêtent pas aux seuls limites de notre sud Ardèche et vont bien au-delà, mais c’est bien ici que se manifeste la plus vive indignation, la plus forte mobilisation. Cette terre est la nôtre, et nous n’avons pas envie qu’on nous la dérobe, qu’on lui porte atteinte.

Quelle est donc cette conception médiévale de la place de l’homme dans la société, réduit à la servilité et aux bons vouloirs des princes qui nous gouvernent !

Nous nous insurgeons contre cela, et cette insurrection est celle de nos consciences, et appelle à la résistance. Bien sûr cela rejoint le combat de Pierre Rabhi dans sa portée universelle, nous sommes solidaires en cela avec son message.

Cette insurrection des consciences est la preuve de votre fidélité à notre terre d’Ardèche, merci de votre présence, merci de votre indignation, merci de votre engagement.

Les métamorphoses de la gondole Yves Jaffrennou Reporterre 2011/03/01 Yves Jaffrennou (1er mars 2011 à 07h41,) Les métamorphoses de la gondole. Reporterre. Tribune — fr

Les métamorphoses de la gondole

Voici un étonnant bateau ! Chacun d’entre nous en connaît les formes, personne, en Europe du moins, n’en ignore l’usage : pour tous la gondole est inséparable des clichés que Venise diffuse à travers les affiches et dépliants touristiques du monde entier. Chez nous, depuis l’époque Romantique et les amours orageuses de Musset et de George Sand, la promenade en gondole fait partie de ces attractions touristiques traditionnelles sans lesquelles un séjour vénitien serait incomplet, impensable même et pour tout dire raté. Voguer ainsi aux alentours du Rialto ou du Pont des Soupirs est devenu de fait ce genre de quasi obligation que, pendant la lune de miel, tout jeune marié qui sait les usages du monde se doit de faire connaître à sa jeune épousée.

Est-ce le rythme berceur d’une barcarolle que le gondolier chante à ses clients rêveurs ou bien le lent glissement sur le canal, imprimé par le mouvement de la rame ? Quoi qu’il en soit, « être mené en bateau » et plus précisément « en gondole » fait preuve d’un manque de vigilance et de perspicacité puisqu’on se laisse alors endormir par quelques belles paroles ou par le chant des Sirènes. Il faut dire aussi qu’il est difficile d’être insensible aux courbes voluptueuses de la gondole.

Et pourtant, vers le milieu du XIXe siècle, on voit apparaître l’adjectif gondolé et le verbe se gondoler. Victime de leur célébrité, sans doute, les formes de la barque vénitienne se métaphorisent pour décrire le piteux état des matières qui, sous l’effet de l’humidité ou d’autres agents extérieurs, perdent leur forme première et se courbent, se gonflent, se tordent et se gauchissent avant, un jour, d’éclater et de se transformer en lambeaux ou de tomber en poussière. Mais une trentaine d’années plus tard, vers 1880, dans le même élan métaphorique, un nouveau sens enrichit le premier : c’est alors qu’on commence à se gondoler, c’est-à-dire à se tordre de rire, jusqu’à se plier en quatre, parce que l’on trouve comiques et mêmes tordantes certaines situations au théâtre ou dans la rue.

Dernier avatar de la gondole – du moins pour l’instant –, elle a fait depuis quelques décennies, son entrée dans le monde du commerce et s’est développée au rythme des magasins en libre-service. C’est par flottilles entières que les gondoles sont devenues les cargos, les pétroliers et les porte-conteneurs de nos grandes et super et hyper surfaces, de nos océans consuméristes. Les ornements et figures de proue d’autrefois se nomment maintenant têtes de gondole : la séduction d’une Sirène ou d’une déesse de la mer s’est métamorphosée en séduction d’un produit en promotion, d’une affaire à ne pas manquer. Du rêve de grands espaces inconnus ou d’amours idylliques sur un canal entre des palais vénitiens, la gondole s’adresse désormais à l’état plus ou moins plat des porte-monnaie et à l’angoisse des fins de mois. Les gondoliers et gondolières fiers et debout à l’arrière des bateaux ne chantent plus, ils et elles s’affairent en blouse-uniforme à remplir les gondoles d’emballages formatés tandis qu’une musique industrielle débitée au mètre emplit l’espace sonore à longueur de journée dans la merveilleuse harmonie des produits en plastique et la profondeur philosophique des annonces publicitaires.

Les ampoules basse consommation ne sont pas inoffensives France Info Reporterre 2011/03/01 France Info (1er mars 2011 à 11h37,) Les ampoules basse consommation ne sont pas inoffensives. Reporterre. fr

Les ampoules basse consommation ne sont pas inoffensives

Ondes électromagnétiques et mercure : les ampoules économiques présentent certains risques.

La Commission de sécurité des consommateurs vient de rendre un avis sur les dangers des ampoules fluo-compactes. Dans son numéro de mars, Que Choisir publie un test sur ces ampoules, qui progressivement remplacent nos anciennes ampoules à incandescence.

Les ampoules fluo-compactes présentes des dangers de deux ordres : - la présence de mercure à l’intérieur de ces ampoules, qu’on appelle aussi lampes basse consommation ou à économie d’énergie. - l’émission de champs électromagnétiques.

Ces deux dangers sont réels mais minimes et ce n’est qu’un rappel, car le débat existe depuis 2009, dès les premiers retraits du marché des ampoules classiques. C’est le rôle de la Commission de sécurité des consommateurs de les pointer, explique Jean-Paul Geai, de Que Choisir.

Pour les vapeurs de mercure, il n’y a aucun risque tant que l’ampoule n’est pas cassée. C’est un peu comme avec les anciens thermomètres médicaux au mercure. Ce n’est qu’en cas de bris de l’ampoule que le risque existe. Dans ce cas, il faut aérer la pièce pendant une vingtaine de minutes pour éviter de respirer les effets toxiques des vapeurs de mercure. Puis il faut ramasser les débris de verre avec un balai, ou encore un tissu humide ou du papier collant avant de les mettre à la poubelle. Surtout ne pas les aspirer avec un aspirateur, ça ne ferait que disperser les vapeurs dans la pièce.

D’où ce conseil : si une ampoule fluo-compacte ne fonctionne plus, surtout ne pas la jeter à la poubelle, mais bien la déposer dans les différents réceptacles que l’on trouve dans les magasins qui les vendent. C’est très important pour éviter toute pollution.

Les mesures faites par l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, comme celles faites lors des tests de Que Choisir, montrent que les émissions électromagnétiques sont perceptibles quand on est situé à moins de 30 cm de l’ampoule. Au-delà, on ne mesure pratiquement plus rien.

Donc, il n’y a apparemment pas de danger pour les ampoules qui équipent un plafonnier ou les lampes ou appliques d’une pièce. Par précaution en revanche, il vaut mieux ne pas en équiper les lampes de bureau ou de chevet ou encore les liseuses, toutes ces lampes auprès desquelles on peut rester un long moment, la tête à moins de 30 cm de l’ampoule. Ou alors équiper ces lampes d’ampoules protégées pas des globes en verre qui, eux, seront protecteurs.

La solution face à ces problèmes pourrait être les LED. Mais elles coûtent cher, comptez 40 à 90 € l’ampoule. L’investissement n’est pour l’heure pas très rentable. Pour en équiper son domicile, il faudra attendre que les prix baissent sérieusement.

L’autre handicap est plus grave : il s’agit des risques pour la vue. Ils ont été identifiés par l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Le rapport que l’ANSES a publié l’automne dernier est plutôt inquiétant. Les LED sont dangereuses pour les yeux, en particulier ceux des enfants. La lumière bleue nécessaire pour obtenir des LED blanches conduit à « un stress toxique pour la rétine », notamment pour les jeunes enfants, « car leur cristallin reste en développement et ne peut assumer son rôle efficace de filtre de la lumière ».

La Chine asphyxiée par la pollution de l’industrie textile Audrey Garric (lemonde.fr) Reporterre 2011/03/01 Audrey Garric (lemonde.fr) (1er mars 2011 à 07h53,) La Chine asphyxiée par la pollution de l’industrie textile. Reporterre. Chine fr

La Chine asphyxiée par la pollution de l’industrie textile

La production de vêtements pour le monde entier se traduit en Chine par une pollution massive, analysée par un rapport de Greenpeace.

Made in China. Ces étiquettes, nous les voyons sur une majorité de nos vêtements. Si nous savons que la Chine domine les exportations de textile et que cette production se fait dans des conditions sociales dégradées, nous connaissons moins la pollution environnementale qu’entraîne cette industrie. Dans un rapport récent, Greenpeace révèle des taux de pollution élevés et la présence de cinq métaux lourds dans les eaux de deux villes de la province de Guangdong, au sud-est du pays : Xintang, la “capitale du monde des jeans”, et Gurao, une ville industrielle où 80% de l’économie tourne autour de la confection de sous-vêtements. Pour l’ONG, les pollutions auxquelles sont confrontées ces deux villes sont emblématiques de l’industrie textile chinoise dans son ensemble, qui devrait revoir ses pratiques et sa réglementation.

Avec une population de 215 000 habitants, 500 000 travailleurs migrants, 4 000 entreprises et une production annuelle chiffrée à 28 milliards de yuans (3 milliards d’euros), Xintang est connue comme la “capitale du monde des jeans”. En 2008, elle a produit plus de 260 millions de paires de jeans - soit 60% de la production totale de la Chine et 40% des jeans vendus aux Etats-Unis chaque année. 40% de ses jeans sont exportés en Amérique, en Europe ou encore en Russie.

Petites et grandes usines, ainsi que des myriades d’ateliers familiaux, essaiment dans les rues de la ville. Adultes, mais aussi enfants et vieilles personnes, fabriquent à longueur de journée des jeans pour améliorer les revenus de leur famille. Le garçon sur la photo, dans le village de Dadun, à Xintang, gagne 0,15 yuan (1,5 centime) pour couper les fils qui dépassent d’un blue jeans. En une journée, près de 200 paires passent entre ses mains.

Les villageois se plaignent des usines, qui effectuent l‘impression et la teinture des jeans, dont les eaux usées sont rejetées dans la rivière de Xintang. “Tout le monde dit que les gens qui travaillent dans la teinture et délavage ont des problèmes de reproduction et de fertilité. Mon cousin a déjà travaillé dans une usine de teinture. Il est mort d’une pleurésie“, témoigne Lin Zhixin, un travailleur migrant du Sichuan.

L’ONG a prouvé la présence de cinq métaux lourds - cadmium, chrome, mercure, plomb et cuivre - dans des quantités bien supérieures aux normes autorisées dans le pays. “Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volumes d‘eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques“, explique Mariah Zhao, chargée de campagne produits toxiques pour Greenpeace.

A Gurao, surnommée “capitale du sexy”, les panneaux publicitaires de lingerie foisonnent. La ville représente, elle, 150 000 habitants, 140 000 travailleurs migrants, 3 000 entreprises et une production de près de 4 milliards de yuans (440 millions d’euros). Les rues sont remplies d’ateliers familiaux, d’usines et de marchés consacrés à la fabrication et à la vente de sous-vêtements.

Ces enfants vont à l’école pendant la journée et travaillent de nuit et le week-end dans un atelier de tissu. Ils obtiennent 0,3 yuan chacun pour cent bretelles qu’ils attachent à un accessoire de machine à coudre, qui sera utilisé à l’étape suivante du processus d’assemblage des soutien-gorges. En une journée, ils peuvent gagner de 20 à 30 yuans (2 à 3 euros).

En 2009, Gurao a produit plus de 200 millions de soutien-gorges. La rivière locale, le Xi Xiao, en a souffert. Les villageois estiment que cette rivière, “sale et puante”, n’est plus apte à la consommation ou à la lessive. Elle ne contient plus de poissons. Et quand elle déborde, les maisons et jardins de la population locale sont inondés par les eaux usées.

“L’eau est évacuée par les usines de teinture. Parfois, cela sent vraiment horrible. Et chaque fois, la couleur de l’eau est différente ; j’ai vu toutes les couleurs inimaginables“, raconte Ren Shan, un travailleur migrant du Guizhou.

“Xintang et Gurao sont emblématiques de la vaste problématique de la fabrication polluante de textiles. La responsabilité de la réglementation des eaux usées et de l’élimination des substances chimiques dangereuses dans les textiles doivent revenir non seulement aux gouvernements de Xintang et Gurao mais aussi à toute la Chine“, conclut Mariah Zhao.

Que la montagne est belle Hervé Kempf Reporterre 2011/03/02 Hervé Kempf (2 mars 2011) Que la montagne est belle. Reporterre. Tribune — fr

Que la montagne est belle

« Encore le gaz de schiste ? Oui, encore. »

Il fait peu de doute que Jean Ferrat serait venu, depuis sa maison d’Antraigues-sur-Volane, ce samedi 26 février. A 30 kilomètres de chez lui, dans un bourg de 3 000 habitants, à Villeneuve-de-Berg, en Ardèche, il aurait rejoint plus de 10 000 personnes. Une foule impressionnante réunie dans une de ces campagnes oubliées des décideurs des grandes villes, pour refuser la prospection de gaz de schiste dans la région.

Encore le gaz de schiste ? Oui, encore. Parce que cette jacquerie dans le sud-est de la France est hautement significative, et importante tout autant.

« Cette terre est la nôtre, et nous n’avons pas envie qu’on nous la dérobe, qu’on lui porte atteinte. Quelle est donc cette conception médiévale de la place de l’homme dans la société, réduit à la servilité et au bon vouloir des princes qui nous gouvernent ? Nous nous insurgeons contre cela, et cette insurrection est celle de nos consciences, et appelle à la résistance. » Voilà ce que disait le 8 février, dans une réunion publique, le maire de Lagorce, Henri Ozil. C’est une révolte démocratique qui s’est levée : ne décidez pas sans nous !

Mais elle pointe aussi avec acuité l’opposition entre le « bien vivre » et le « toujours plus ». Car au fond, de quoi s’agit-il ? De refuser un surcroît d’énergie obtenu au prix d’une destruction accrue de l’environnement. Cela ne concerne pas que le gaz de schiste. Le monde recèle encore de grandes réserves d’énergie fossile : en Arctique, sous le fond des mers, dans les sables bitumineux d’Alberta, les pétroles extra-lourds de l’Orénoque, les schistes bitumineux du Colorado... Mais pour l’obtenir, à un coût d’ailleurs toujours plus élevé, il faudra encore dégrader l’environnement, alors que sa consommation accroît continûment l’effet de serre.

Ce que nous disent les rebelles d’Ardèche et d’ailleurs, c’est que ce jeu n’en vaut plus la chandelle. Il faut l’arrêter avant l’épuisement des ressources - et de la biosphère. Cela signifie adopter une politique de réduction de la consommation d’énergie et de développement des énergies renouvelables. Notez que l’expertise technique existe. L’Agence internationale de l’énergie a publié en 2008 un « Scénario 450 » permettant de limiter les gaz à effet de serre dans l’atmosphère à 450 parties par million d’équivalent CO2. Le 8 mars, la Commission européenne va publier un document sur l’efficacité énergétique montrant que celle-ci pourrait économiser 1 000 euros par ménage européen. Et le groupe d’énergéticiens négaWatt prépare pour l’été un nouveau scénario d’économies d’énergie. On sait faire. Ce qui manque, maintenant, c’est la volonté politique.

L’abus de neige artificielle fait souffrir l’écosystème alpin Cepra / Frapna / Mountain Wilderness Reporterre 2011/03/02 Cepra / Frapna / Mountain Wilderness (2 mars 2011) L’abus de neige artificielle fait souffrir l’écosystème alpin. Reporterre. fr

L’abus de neige artificielle fait souffrir l’écosystème alpin

Du fait de la sécheresse dans le nord des Alpes, les stations de ski ont massivement recours à la neige artificielle. Cela conduit à une importante consommation d’eau, alors que lacs et rivières sont à un bon niveau. D’où de graves conséquences écologiques.

Le 22 février 2011,

A l’attention de : Monsieur le Préfet Coordonnateur du Massif des Alpes Préfecture de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et des Bouches-du-Rhône, Marseille.

Monsieur le Préfet,

La sécheresse sévit actuellement sur une large moitié Nord des Alpes. Cette anomalie liée à des précipitations très faibles depuis deux mois, s’est amplifiée par des périodes de douceur printanière, entrecoupées de périodes de froid saisonnier.

La situation est très délicate pour l’activité économique liée au ski, notamment en ce mois de février particulièrement crucial pour les stations. Afin de pallier ces aléas climatiques, celles-ci ont massivement recours à l’usage de neige artificielle. La presse locale se fait d’ailleurs l’écho des gestionnaires de stations qui se félicitent de produire d’énormes quantités de neige artificielle (420.000 m3 à Villard-de-Lans en Isère par exemple) et assurent que, grâce aux canons à neige, il est possible de skier normalement.

Mais cet optimisme ne doit pas cacher certains problèmes. En effet, la production de neige artificielle exige de grandes quantité d’eau (55 % de cette eau provient des retenues d’altitude, 30 % des cours d’eau, et 15% du réseau d’eau potable). Or, nous avons été alertés du niveau très bas de ces retenues dans les massifs des Alpes du Nord. Nous savons également que pour sauver la saison de ski, les stations continueront à produire sans relâche de la neige. Il faudra donc bientôt remplir ces retenues... C’est le cas, par exemple, de La Clusaz en Haute-Savoie qui ne possède que 8000 m3 d’eau dans ses retenues sur les 200 000 m3 prélevés au total. Le directeur des remontées mécaniques avoue avoir dépassé les objectifs de production et avoir eu recours à un remplissage en janvier, en accord avec la préfecture…

Si la situation semble difficile pour les domaines skiables, elle l’est encore plus pour la faune et la flore de montagne. L’hiver correspond à la période de l’année où le débit d’un cours d’eau atteint son point le plus bas. Et c’est à ce moment critique que d’importantes quantités d’eau sont prélevées dans le milieu naturel au risque de provoquer une prise en glace des cours d’eau, malgré l’obligation réglementaire de respecter un débit minimum, dit débit réservé. En effet, l’hiver en montagne, ces seuils, censés garantir la survie des espèces, peuvent ne pas être suffisants pour empêcher le gel complet du cours d’eau, gel catastrophique pour la vie.

Les inquiétudes soulevées dans ce courrier ne sont pas nouvelles. Depuis de nombreuses années, nos associations tirent le signal d’alarme pour dénoncer l’utilisation démesurée de la neige artificielle. Apparue dans les années 80, cette technique qui devait être une solution de secours, est devenue aujourd’hui un argument commercial. Les investissements dans la production de neige sont en croissance continue depuis plus de 5 ans. L’utilisation de neige artificielle s’accompagne de travaux de terrassements des pistes ayant un impact lourd sur le paysage. La consommation énergétique n’est pas négligeable non plus puisque chaque hectare enneigé correspond à l’émission de 8 tonnes de CO2.

L’impact sur la ressource en eau est plus difficile à appréhender. On sait que près de 20 millions de m3 d’eau sont consommés tous les ans et ce volume s’accroit au rythme de 1 million de m3 supplémentaire chaque hiver.

Mais ces chiffres ne sont qu’estimations basses : les experts reconnaissent que le suivi et le contrôle des volumes prélevés sont déficients, et les volumes fournis par les réseaux d’eau potable inconnus. Il faut encore ajouter les pertes par évaporation et suintement, parfois estimées entre 10 et 30 %. Ces prélèvements d’eau ne se font que sur quelques mois de l’année, justement quand la montagne en manque… La création de grandes retenues d’altitude captant en partie les eaux abondantes de printemps pour en reporter l’utilisation l’hiver pourraient apparaître comme une solution… mais ce serait oublier leur impact très important sur le milieu naturel, leur création amenant bien souvent la destruction de milieux naturels remarquables et d’ailleurs protégés comme les zones humides.

Le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD), qui a rendu un rapport sur la neige artificielle en juin 2009, souligne clairement le manque de transparence dans l’utilisation de l’eau dans la neige artificielle. Ce rapport qui analyse les impacts environnementaux de la neige artificielle, précise les enjeux socio-économiques du tourisme de montagne qui en constituent le contexte et adresse quinze recommandations à l’attention des pouvoirs publics et des exploitants. Ces recommandations portent notamment sur l’amélioration de la collecte de données sur les prélèvements d’eau, sur la sécurité des retenues d’altitude, sur la mise en cohérence de l’application des réglementations, sur la réalisation d’un guide d’expertise technique et économique de la neige artificielle et sur la mise en place, avec le Conseil national de la montagne, d’une réflexion stratégique sur la place de la neige artificielle dans l’avenir d’un tourisme de montagne réellement durable.

Confortant les critiques faites de longue date par nos associations, les auteurs mettent en exerguele manque de données fiables sur les impacts environnementaux des équipements existants,notamment en ce qui concerne les prélèvements d’eau : « Ni les services de police de l’eau, ni les agences de l’eau ne disposent d’informations suffisantes sur les prélèvements dans la ressource alimentant les enneigeurs ou sur les volumes fournis par les réseaux de distribution d’eau potable. » Les seules données portent sur l’aval - l’eau transformée en neige - et non l’amont – les prélèvements sur la ressource ou la fourniture des réseaux d’eau potable. La mission souligne que « les prélèvements peuvent modifier fortement le bilan ressource/usages en eau et devenir très sensibles localement et en période de pointe hivernale. » Voici exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce mois de février 2011. Le rapport demande aussi, ce qui constitue une autre de nos revendications, une instruction unique des dossiers et la prise en compte du volet « neige artificielle » dans l’évaluation environnementale des dossiers de demande d’autorisation d’Unités touristiques nouvelles (UTN).

Enfin, les commissaires du CGEDD estiment qu’il est l’heure de faire le bilan, et de re-dynamiser collectivement les travaux en cours sur la mutation indispensable du modèle actuel. Nous pensons également qu’une autre logique de développement est à trouver, en réponse au changement climatique annoncé y compris dans les Alpes (En 50 ans Météo France enregistre une augmentation de la température de +2°C et une bais se de l’enneigement de 40%).

Les hivers doux ne sont malheureusement plus exceptionnels, et l’utilisation de neige artificielle de plus en plus systématique. Cela impose un contrôle strict des prélèvements, tout particulièrement dans des périodes de tension sur l’alimentation en eau qui sont propices aux abus.

Aussi, nous vous demandons de vérifier que des contrôles sont bien effectués par des agents dument commissionnés et assermentés et le cas échéant de diligenter les contrôles requis. Nous attirons votre attention sur le fait que, en matière de respect des débits réservés, le respect des prescriptions concernant les ouvrages existants conditionne l’attitude des tiers face à toutes nouvelles pressions sur le milieu naturel, surtout lorsqu’il s’agit d’équipement de loisirs voire de simple confort. Nous vous demandons ainsi la mise en place d’un outil de gestion et de contrôle rigoureux de la ressource en eau sur les domaines skiables afin que les activités économiques et touristiques soient compatibles avec le respect des écosystèmes.

Enfin nous pensons que, sauf à y mobiliser des moyens disproportionnés ou même simplement incompatibles avec le niveau actuel de nos finances publiques, l’État ne peut espérer faire respecter les lois qu’en montrant sa détermination sur des exemples dont la sécheresse actuelle pourrait donner l’occasion.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’accepter, Monsieur le Préfet, notre respectueuse considération.

La production d’uranium n’enrichit pas les pays africains SOMO et WISE Reporterre 2011/03/03 SOMO et WISE (3 mars 2011) La production d’uranium n’enrichit pas les pays africains. Reporterre. fr

La production d’uranium n’enrichit pas les pays africains

« L’extraction de l’uranium reste une source incertaine de revenus étant donné l’instabilité de son prix et sa dépendance aux profits des sociétés. »

Pour les pays Africains, les revenus liés à l’extraction de l’uranium par les entreprises multinationales sont - malgré le prix élevé de cette matière première - incertains et fluctuants. La raison principale de cette situation défavorable aux pays africains est liée à la nature des accords, sur les profits financiers, que ces pays passent avec les producteurs d’uranium. Ces contrats sont souvent le résultat de négociations confidentielles. C’est la conclusion du rapport Revenus Radioactifs : Flux financiers entre les Entreprises de l’extraction de l’uranium et les gouvernements Africains publié aujourd’hui par SOMO et WISE à la veille de la cinquième Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) conférence mondiale qui aura lieu à Paris.

Le rapport Revenus Radioactifs analyse les aspects financiers de l’extraction de l’uranium dans les principaux pays producteurs en Afrique – la Namibie, le Niger, le Malawi et l’Afrique du Sud – et il examine les activités des quatre plus grandes multinationales de l’extraction de l’uranium en Afrique : le groupe Français AREVA, l’Anglais-Australien Rio Tinto, l’Australien Paladin Energy et AngloGold Ashanti basée en Afrique du Sud.

Actuellement, un cinquième de l’uranium extrait dans le monde l’est en Afrique et la production devrait doubler au cours des deux années à venir. Néanmoins l’extraction de l’uranium reste une source incertaine de revenus pour les pays africains étant donné l’instabilité de son prix et sa dépendance aux profits des sociétés. Les principales sources de revenus liées à l’extraction de l’uranium pour les pays africains sont les impôts sur les bénéfices des sociétés et les redevances (un pourcentage sur les ventes de l’uranium).

Cependant, les accords financiers entre les entreprises multinationales et les gouvernements africains varient d’un pays à l’autre. Par exemple, le Niger a acquis le droit de vendre une partie de l’uranium qu’il produit plutôt que de dépendre d’AREVA pour le faire. De plus, le taux de redevance pour l’uranium dans ce pays est plus élevé que celui de la Namibie. Autre exemple : en Afrique du Sud les multinationales Paladin Energy et AngloGold Ashanti payent moins de taxes par kilogramme d’uranium vendu que Rio Tinto en Namibie et Aréva au Niger. Les sociétés multinationales ont aussi le droit d’amortir les investissements à court terme, ce qui réduit encore le montant des revenus et leur stabilité pour les états d’accueil. Au cours des cinq dernières années, la totalité des revenus perçus par les états d’accueil s’est élevée à seulement 17% de la valeur de l’uranium vendu.

Un manque de transparence

Les accords sur les investissements entre les gouvernements et les multinationales sont rarement rendus public. Les chercheurs de cette étude ont constaté que des quatre sociétés citées, la plus opaque sur ses paiements était Paladin Energy au Malawi et en Namibie ; elle est aussi la seule à ne pas participer à la ITIE et à avoir refusé de participer à cette étude. De plus les chercheurs de Somo ont découvert, qu’au Malawi par exemple, Paladin a négocié avec le gouvernement pour que celui-ci n’édite aucune loi intérieure qui soit défavorable à leurs investissements pour les dix ans à venir. Des quatre pays étudiés, seul le Niger participe réellement à la ITIE.

Joseph Wilde Ramsing, chercheur Senior à SOMO pense qu’« étant donné la nature incertaine et fluctuante des revenus et les risques importants que l’extraction de l’uranium génère pour la santé, la sécurité et l’environnement, les pays africains auraient intérêt à investir dans des alternatives durables comme l’énergie renouvelable ». Il ajoute : « Dans les pays où l’extraction de l’uranium est autorisée , les gouvernements et les sociétés doivent s’assurer que les recettes bénéficient aux populations et aux travailleurs touchés par cette activité ».

Il faut socialiser le groupe Servier ATTAC Reporterre 2011/03/03 ATTAC (3 mars 2011) Il faut socialiser le groupe Servier. Reporterre. Tribune — fr

Il faut socialiser le groupe Servier

L’affaire du médicament "illustre l’absence de scrupules de certains industriels de la pharmacie. Attac demande que la propriété du groupe Servier soit confisquée et transférée en totalité à la collectivité publique, sous la forme d’une entreprise sociale."

L’accident cardiaque survenu le 26 février à une victime du Mediator, contrainte à des examens éprouvants par le « délire procédurier » (1) du Laboratoire Servier, illustre jusqu’à la caricature des dérives inacceptables.

La justice devra bientôt se prononcer sur le caractère délictueux des manœuvres de retardement de ce laboratoire. Tout usage de médicaments comporte un risque, mais Servier a mené une action concertée en vue d’occulter l’existence de ce risque, au lieu de suspendre la commercialisation d’un médicament connu comme dangereux.

Cette affaire illustre tristement l’absence de scrupules de certains industriels de la pharmacie, qui devraient au contraire travailler au service de la santé publique et du bien commun. Attac demande que la propriété du groupe Servier soit confisquée et transférée en totalité à la collectivité publique, sous la forme d’une entreprise sociale.

Ce transfert serait l’amorce de la création d’un pôle public de production et d’échange des produits de santé, pièce essentielle d’une politique de santé progressiste. Deux raisons plaident pour ce choix fondamental :

1- Pour préserver la santé publique, la collectivité a besoin d’entreprises de production et de distribution de médicaments qui ne soient pas d’abord des machines à cash pour leurs actionnaires. Servier cesserait de produire les médicaments dont le rapport bénéfice/risque serait mauvais pour la santé et continuerait à produire (partiellement ou complètement) et à distribuer les médicaments princeps utiles et les médicaments génériques essentiels (2) grâce à sa filiale Biogaran. Échappant à l’impératif du profit, le prix de vente des médicaments génériques essentiels pourrait être voisin du prix de revient.

2- Pour développer des innovations utiles socialement, résultant d’une délibération démocratique, la direction de cette entreprise sociale serait assurée par les principales parties intéressées à une politique de santé publique juste et efficace : les pouvoirs publics, les professionnels de santé, les représentants des salariés, les associations de malades. Le statut de société coopérative d’intérêt collectif pourrait par exemple être mobilisé.

Véritable laboratoire social et économique, cette entreprise pourrait envisager des partenariats avec des entreprises coopératives de production, de distribution et d’achats actives en France, dans l’UE, dans les pays du Tiers Monde, voire en Amérique du Nord ou au Japon.

Cette entreprise pourrait aussi envisager :

- Des partenariats avec les laboratoires publics pour participer à l’innovation des produits de santé (3). Il s’agirait évidemment d’innovations évaluables par rapport à la santé et pas seulement des produits nouveaux destinés à gagner des parts de marché.

- Des partenariats avec l’Agence Générale des Équipements et Produits de Santé (AGEPS) et des structures comparables impliquées dans la gestion des médicaments orphelins, des médicaments destinés aux maladies négligées et des médicaments très onéreux, mais indispensables pour certains malades.

Après une période transitoire cette entreprise transformerait son portefeuille de brevets en licences libres ou équivalentes.

Face à un complexe médico-financier qui paralyse, et paralysera encore plus dans l’avenir, toutes les initiatives pour adapter le système de santé aux besoins évolutifs de la société, il faut oser. Servier a failli : une autre industrie pharmaceutique est possible, au service du bien commun.

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Notes :

1. L’expression est du Dr Irène Frachon, pionnière dans la dénonciation du Mediator. 2. Tous les médicaments génériques ne sont pas essentiels et ils n’ont pas tous un rapport bénéfice/risque favorable pour la santé. 3. « Les droits exclusifs sur les inventions ont probablement un fort effet incitatif pour innover dans quelques domaines, mais pas dans d’autres. Par exemple un monopole n’a aucun effet stimulant dans les sciences de base ou pour des projets au stade pré-commercial ou pour développer d’autres usages à des médicaments déjà utilisés pour une indication donnée. Les monopoles ne sont pas non plus incitatifs pour la recherche des effets indésirables d’un médicament » (James Love, directeur de Knowledge Ecology International)

Décret du 25 février 2011 relatif à la conservation et à la communication des données permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne Journal Officiel Reporterre 2011/03/05 Journal Officiel (5 mars 2011) Décret du 25 février 2011 relatif à la conservation et à la communication des données permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne. Reporterre. fr

Décret du 25 février 2011 relatif à la conservation et à la communication des données permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne

JORF n°0050 du 1 mars 2011 page 3643 texte n° 32

DECRET Décret n° 2011-219 du 25 février 2011 relatif à la conservation et à la communication des données permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne

NOR : JUSD0805748D

Le Premier ministre,

Sur le rapport du garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration et de la ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, Vu le code pénal ; Vu le code de procédure pénale ; Vu le code des postes et des communications électroniques ; Vu la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés ; Vu la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 modifiée pour la confiance dans l’économie numérique, et notamment ses articles 6, 57 et 58 ; Vu la loi n° 2006-64 du 23 janvier 2006 relative à la lutte contre le terrorisme et portant dispositions diverses relatives à la sécurité et aux contrôles frontaliers, notamment son article 33 ; Vu l’avis de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité en date du 22 novembre 2007 ; Vu l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés en date du 20 décembre 2007 ; Vu l’avis de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes du 13 mars 2008 ; Le Conseil d’Etat (section de l’intérieur) entendu,

Décrète :

CHAPITRE IER : DISPOSITIONS RELATIVES AUX REQUISITIONS JUDICIAIRES PREVUES PAR LE II DE L’ARTICLE 6 DE LA LOI N° 2004 575 DU 21 JUIN 2004

Article 1

Les données mentionnées au II de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 susvisée, que les personnes sont tenues de conserver en vertu de cette disposition, sont les suivantes : 1° Pour les personnes mentionnées au 1 du I du même article et pour chaque connexion de leurs abonnés : a) L’identifiant de la connexion ; b) L’identifiant attribué par ces personnes à l’abonné ; c) L’identifiant du terminal utilisé pour la connexion lorsqu’elles y ont accès ; d) Les dates et heure de début et de fin de la connexion ; e) Les caractéristiques de la ligne de l’abonné ; 2° Pour les personnes mentionnées au 2 du I du même article et pour chaque opération de création : a) L’identifiant de la connexion à l’origine de la communication ; b) L’identifiant attribué par le système d’information au contenu, objet de l’opération ; c) Les types de protocoles utilisés pour la connexion au service et pour le transfert des contenus ; d) La nature de l’opération ; e) Les date et heure de l’opération ; f) L’identifiant utilisé par l’auteur de l’opération lorsque celui-ci l’a fourni ; 3° Pour les personnes mentionnées aux 1 et 2 du I du même article, les informations fournies lors de la souscription d’un contrat par un utilisateur ou lors de la création d’un compte : a) Au moment de la création du compte, l’identifiant de cette connexion ; b) Les nom et prénom ou la raison sociale ; c) Les adresses postales associées ; d) Les pseudonymes utilisés ; e) Les adresses de courrier électronique ou de compte associées ; f) Les numéros de téléphone ; g) Le mot de passe ainsi que les données permettant de le vérifier ou de le modifier, dans leur dernière version mise à jour ; 4° Pour les personnes mentionnées aux 1 et 2 du I du même article, lorsque la souscription du contrat ou du compte est payante, les informations suivantes relatives au paiement, pour chaque opération de paiement : a) Le type de paiement utilisé ; b) La référence du paiement ; c) Le montant ; d) La date et l’heure de la transaction. Les données mentionnées aux 3° et 4° ne doivent être conservées que dans la mesure où les personnes les collectent habituellement.

Article 2

La contribution à une création de contenu comprend les opérations portant sur : a) Des créations initiales de contenus ; b) Des modifications des contenus et de données liées aux contenus ; c) Des suppressions de contenus.

Article 3

La durée de conservation des données mentionnées à l’article 1er est d’un an : a) S’agissant des données mentionnées aux 1° et 2°, à compter du jour de la création des contenus, pour chaque opération contribuant à la création d’un contenu telle que définie à l’article 2 ; b) S’agissant des données mentionnées au 3°, à compter du jour de la résiliation du contrat ou de la fermeture du compte ; c) S’agissant des données mentionnées au 4°, à compter de la date d’émission de la facture ou de l’opération de paiement, pour chaque facture ou opération de paiement.

Article 4

La conservation des données mentionnées à l’article 1er est soumise aux prescriptions de la loi du 6 janvier 1978 susvisée, notamment les prescriptions prévues à l’article 34, relatives à la sécurité des informations. Les conditions de la conservation doivent permettre une extraction dans les meilleurs délais pour répondre à une demande des autorités judiciaires.

CHAPITRE II : DISPOSITIONS RELATIVES AUX DEMANDES ADMINISTRATIVES PREVUES PAR LE II BIS DE L’ARTICLE 6 DE LA LOI N° 2004 575 DU 21 JUIN 2004

Article 5

Les agents mentionnés au premier alinéa du II bis de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 susvisée sont désignés par les chefs des services de police et de gendarmerie nationales chargés des missions de prévention des actes de terrorisme, dont la liste est fixée par l’arrêté prévu à l’article 33 de la loi du 23 janvier 2006 susvisée. Ils sont habilités par le directeur général ou central dont ils relèvent.

Article 6

Les demandes de communication de données d’identification, conservées et traitées en application du II bis de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 susvisée, comportent les informations suivantes : a) Le nom, le prénom et la qualité du demandeur, ainsi que son service d’affectation et l’adresse de celui-ci ; b) La nature des données dont la communication est demandée et, le cas échéant, la période intéressée ; c) La motivation de la demande.

Article 7

Les demandes sont transmises à la personnalité qualifiée instituée à l’article L. 34-1-1 du code des postes et des communications électroniques. Ces demandes ainsi que les décisions de la personnalité qualifiée sont enregistrées et conservées pendant une durée maximale d’un an dans un traitement automatisé mis en œuvre par le ministère de l’intérieur.

Article 8

Les demandes approuvées par la personnalité qualifiée sont adressées, sans les éléments mentionnés aux a et c de l’article 6, par un agent désigné dans les conditions prévues à l’article 5 aux personnes mentionnées aux 1 et 2 du I de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 susvisée, lesquelles transmettent sans délai les données demandées à l’auteur de la demande. Les transmissions prévues à l’alinéa précédent sont effectuées selon des modalités assurant leur sécurité, leur intégrité et leur suivi, définies par une convention conclue avec le prestataire concerné ou, à défaut, par un arrêté conjoint du ministre de l’intérieur et du ministre chargé de l’industrie. Les données fournies par les personnes mentionnées aux 1 et 2 du I de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 susvisée sont enregistrées et conservées pendant une durée maximale de trois ans dans des traitements automatisés mis en œuvre par le ministère de l’intérieur et le ministère de la défense.

Article 9

Une copie de chaque demande est transmise, dans un délai de sept jours à compter de l’approbation de la personnalité qualifiée, à la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Un arrêté du ministre de l’intérieur, pris après avis de celle-ci, définit les modalités de cette transmission. La commission peut, en outre, à tout moment, avoir accès aux données enregistrées dans les traitements automatisés mentionnés aux articles 7 et 8. Elle peut également demander des éclaircissements sur la motivation des demandes approuvées par la personnalité qualifiée.

Article 10

Les surcoûts identifiables et spécifiques supportés par les personnes mentionnées aux 1 et 2 du I de l’article 6 de la loi du 21 juin 2004 susvisée pour la fourniture des données prévue par l’article II bis du même article font l’objet d’un remboursement par l’Etat par référence aux tarifs et selon des modalités fixés par un arrêté conjoint du ministre de l’intérieur et du ministre chargé du budget.

CHAPITRE III : DISPOSITIONS DIVERSES

Article 11

A l’article R. 10-19 du code des postes et des communications électroniques, les mots : « sans leur motivation » sont remplacés par les mots : « sans les éléments mentionnés aux a et c de l’article R. 10-17 ».

Article 12

Les dispositions du présent décret sont applicables sur tout le territoire de la République à l’exception des dispositions des articles 1er à 4, 10 et 11 qui ne sont pas applicables dans les Terres australes et antarctiques françaises.

Article 13

Le garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration, la ministre de l’économie, des finances et de l’industrie et le ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, porte-parole du Gouvernement, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 25 février 2011.

François Fillon

Par le Premier ministre :

Le garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, Michel Mercier

Le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration, Brice Hortefeux

La ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, Christine Lagarde

Le ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, porte-parole du Gouvernement,

En Egypte, les paysans aussi sont dans la révolution Raphaël Kempf (Le Monde Diplomatique) Reporterre 2011/03/05 Raphaël Kempf (Le Monde Diplomatique) (5 mars 2011) En Egypte, les paysans aussi sont dans la révolution. Reporterre. fr

En Egypte, les paysans aussi sont dans la révolution

Les paysans égyptiens sont aussi engagés dans la révolution, pour se libérer de l’appropriation féodale des terres

Imaria (envoyé spécial)

La pièce est petite, sale et mal éclairée. Un antique poste de télévision trône sur un meuble décharné. Par la fenêtre se dévoilent les champs travaillés, découpés et cultivés par les fellahs égyptiens. Aujourd’hui, l’arrivée de l’ingénieur cairote attire beaucoup de monde dans la maison d’Ahmed Ahmed el-Komwaldy. Viennent uniquement des hommes en galabiyyehs et à l’accent difficile. On raconte les événements de la veille, une bataille rangée, apprendrons-nous, entre des voyous stipendiés par un général de l’ancien régime et les paysans du village. Mais, pour le moment, c’est de la révolution que nous parlons.

« Avant la révolution, il n’y avait pas de démocratie, c’était un régime policier, dit un paysan. Aujourd’hui, c’est mieux. » Quand on lui demande s’il a pris part à cette révolution, il répond que non. « Il y a Internet et Facebook qui relient entre eux les intellectuels (1). » Ici, rien de tel ; seule la télévision. Mais ils sont pourtant au courant, et la carence du pouvoir dans les campagnes pendant quelques semaines a permis aux paysans de récupérer des terres qui leur avaient été spoliées avant la révolution par de grands propriétaires terriens ou des officiels de l’ancien régime, avec la complicité des autorités de l’Etat.

Les paysans égyptiens sont confrontés à un pouvoir que Bachir Sakr, ingénieur agricole et membre du Comité de solidarité avec les paysans, qualifie de « féodal » (2). En effet, « depuis une dizaine d’années, écrit François Ireton, (...) sont intervenus un certain nombre d’événements liés à des revendications foncières, en général totalement dénuées de fondement légal. D’anciens grands propriétaires, ou leurs héritiers, saisissent l’occasion de la mise en œuvre de la loi de 1992 [qui a libéralisé le marché de la location des terres agricoles], soit pour tenter de récupérer des terres ayant autrefois appartenu à leur famille et qui furent confisquées et redistribuées en petites propriétés lors de la réforme agraire de 1952, soit tout simplement pour mettre la main sur des terres qu’ils convoitent (3) ».

Dans le village d’Imaria, situé entre la ville de Damanhour et Alexandrie, dans le nord-est du Delta du Nil, les paysans affrontent un général de la sécurité de l’Etat, Tarek Heikal. Ils l’accusent de leur voler des terres en falsifiant des documents avec la complicité des fonctionnaires de l’Organisation de la réforme agraire, qui gère les terres redistribuées aux paysans après la réforme agraire du président Gamal Abdel Nasser. Selon eux, il leur a ainsi volé, en juin 2010, 5 feddans (4) qu’ils cultivaient. Ils avaient alors tenté, sans succès, de résister.

Puis vint la révolution. Les paysans ont alors décidé de cultiver ces terres, en profitant de l’absence du général. Celui-ci a riposté en envoyant ses hommes de mains. Des heurts violents ont eu lieu le 14 février ; un jeune du village a été blessé, disent-ils le lendemain. Et la villa du général, qui y venait en villégiature, a été détruite.

Dans le village voisin de Barnougui, c’est l’héritier d’une grande famille de propriétaires terriens, M. Saleh Nawwâr, que l’on accuse d’avoir volé 400 feddans aux paysans. Pendant la révolution de 2011, ce sont 50 feddans que les paysans ont mis d’eux-mêmes en culture. Pour M. Beshir Sakr, ingénieur agricole et membre du Comité de solidarité avec les paysans, ces prises de terre constituent « le second acte de la révolution. Les ouvriers font grève et revendiquent ; les paysans, eux, reprennent d’eux-mêmes leur outil de production : la terre. La révolution est pour eux une chance. »

Mais c’est à la seule condition que les féodaux ne récupèrent pas ces terres que la révolution égyptienne sera réellement réussie. Karam Saber Ibrahim, directeur du Centre de la Terre pour les droits de l’homme, y insiste. « Il n’est pas possible d’appeler cela une révolution s’il n’y a pas de changement pour les ouvriers, les paysans et les nécessiteux. Dans plus de cinquante villages aujourd’hui, les paysans réclament leurs terres, et, grâce à la révolution, de nombreux feddans sont en train d’être repris des mains des corrompus et des hommes d’affaires. Nous en sommes au début [de la révolution] ; il faut reprendre aux corrompus et faire une caisse pour les citoyens. Il y a des milliards qui doivent être redistribués. » La demande d’égalité et de justice sociale est forte aujourd’hui en Egypte. Elle ne passera pas uniquement par des réformes démocratiques et constitutionnelles. « Les gens ne mangent ni une constitution, ni l’Assemblée du peuple », conclut amèrement Karam Saber Ibrahim.

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Notes :

(1) Le terme arabe mouthaqaf a une acception plus large que le mot intellectuel en français. Il sert à désigner de façon générale toute personne cultivée.

(2) Lire Beshir Sakr et Phanjof Tarcir, « La lutte toujours recommencée des paysans égyptiens », Le Monde diplomatique, octobre 2007.

(3) François Ireton, « La petite paysannerie dans la tourmente néolibérale », Chroniques égyptiennes 2006, Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ), Le Caire, juillet 2007, p. 38.

(4) Acre égyptienne et soudanaise (approximativement 40,0083 ares).

Manifeste de l’Association pour une Constituante André Bellon Reporterre 2011/03/05 André Bellon (5 mars 2011) Manifeste de l’Association pour une Constituante. Reporterre. Tribune — fr

Manifeste de l’Association pour une Constituante

RÉTABLIR LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE

Depuis des décennies, le pays est plongé dans un marasme dont les cercles dirigeants des institutions politiques portent la responsabilité. Le chômage de masse détruit progressivement, depuis 1983, tous les rouages de la société. Les partis qui se sont succédé au pouvoir ont choisi de s’affranchir des principes de la démocratie républicaine pour accentuer les dérives qui nous conduisent à la catastrophe. La dernière illustration de cette pratique dictatoriale est l’adoption du traité constitutionnel européen qui, rejeté par le peuple, lui est imposé par les parlementaires, sous le nom de traité de Lisbonne. Ce véritable coup d’État montre que c’est bien sur le plan constitutionnel que les problèmes se posent et que le peuple doit les résoudre. Il est temps qu’une Assemblée constituante élue au suffrage universel se réunisse pour sortir le pays de la crise. L’Association pour une Assemblée Constituante se propose de promouvoir un mouvement qui popularise cet objectif.

Les constitutions naissent dans les crises. Le pays en vit une. En 2005, les classes dominantes ont ouvert une crise institutionnelle qui se surajoute à la crise sociale, morale et politique. Elles ont voulu donner le nom de Constitution à un traité de dictature internationale. Il appartient au peuple et à lui seul de trouver les moyens de sortir de la crise, en élisant ses représentants pour établir la Constitution qui manque à la Nation.

REVENIR À LA DÉMOCRATIE RÉPUBLICAINE

La vie politique en France est aujourd’hui pervertie. Des institutions nationales et internationales agissent au mépris des règles de la démocratie et mettent en œuvre une mondialisation qui broie les nations et les peuples. Leur droit à disposer d’eux-mêmes disparaît, comme le prouve le déni du vote du 29 mai 2005. Les acquis de la cohésion sociale sont laminés. Les dirigeants d’un bipartisme de plus en plus illégitime, unis sur le fond, s’accordent pour modifier sans cesse et sans contrôle les institutions nationales autant que les règles européennes qui, désormais, régentent la vie sociale et politique.

Il est urgent de mettre un terme à ce jeu pervers, de dépasser les cadres moribonds d’une pratique politique qui n’a d’autre perspective que d’aggraver la situation du plus grand nombre. Il devient indispensable de rappeler que la seule source de légitimité d’un pouvoir démocratique est la volonté populaire. Face aux atteintes à la démocratie et aux principes républicains, l’Association pour une Constituante se donne pour but d’agir et de mobiliser les citoyens pour que soit convoquée une Assemblée Constituante élue au suffrage universel direct. Elle se propose de populariser ce combat afin qu’une compétition artificielle entre politiciens ne prive plus les citoyens de la maîtrise de leur destin.

En aucun cas l’Association ne se fixe pour tâche d’élaborer tout ou partie de la Constitution à venir. Elle a la volonté de mettre en lumière la situation qui conduit à cette nécessité et les raisons d’agir, mais ne prétend pas que ses analyses soient les seules qui puissent motiver la convocation de l’Assemblée Constituante. Elle ne prétend pas que sa façon de dénoncer les dérives des pouvoirs actuels présuppose quelque orientation que ce soit pour l’avenir. Elle prétend seulement démontrer que tout doit être soumis à la critique et qu’aucune des règles qui ont cours aujourd’hui ne peut être considérée comme sacro-sainte.

Une Constituante est le résultat d’un mouvement démocratique de rassemblement. Dans un tel mouvement, le peuple se réapproprie la vie politique, en particulier en remettant à plat les règles d’un jeu institutionnel devenu incompréhensible, de moins en moins légitime et porteur de dangers politiques et sociaux. Il s’agit de réactiver une vie politique désormais confisquée par une élite cooptée qui empêche la représentation réelle de toutes les couches de la société et de la diversité politique du pays, en prétextant des contraintes, notamment économiques – qu’elle met elle-même en œuvre.

Avec ce mouvement pour la convocation d’une Constituante, l’Association veut recréer un espace public national aujourd’hui démantelé au profit d’intérêts parcellaires. Son objectif est d’ouvrir des perspectives concrètes de la transformation sociale et politique. Le cadre d’un tel mouvement est celui de la Nation, en tant que communauté politique de citoyens assumant un destin commun, qu’ils entendent construire démocratiquement. Il s’agit de la nation au sens où s’affirme l’intérêt public dans tous les domaines de l’activité économique et sociale. Ce terme ne se confond pas avec celui de nationalisme, que les classes dirigeantes veulent lui amalgamer pour le discréditer. Le cadre national, qui ne recoupe aucune définition ethnique ou confessionnelle, est celui qui permet l’égalité des droits des citoyens sur tout le territoire, en opposition à des droits différents d’une province à l’autre qui prévalaient dans l’Ancien Régime et que les dérives de la décentralisation font redouter aujourd’hui. La construction d’institutions européennes et internationales doit s’inscrire dans le respect de la volonté des peuples, exprimée selon les procédures qu’ils ont choisies eux-mêmes.

Les principes énoncés dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ont conservé leur pleine actualité et doivent être à la base d’un retour à la démocratie républicaine. En particulier, il devient nécessaire de rétablir la règle selon laquelle nulle fraction de la Nation, nul individu ne peut exercer d’autorité, s’il n’en émane expressément. Or le pays est aujourd’hui confronté à une oligarchie qui exerce tous les pouvoirs et qui enfonce la nation dans une crise économique et sociale d’une gravité exceptionnelle. Elle rassemble, en une véritable caste, les dirigeants des très grandes entreprises de la finance et de l’industrie, y compris les médias, une partie grandissante de l’Université et les cercles dirigeants des partis institutionnels qui ont fait la campagne pour le oui au référendum de 2005. Pour marquer la domination de cette oligarchie, une majorité d’élus du Sénat et de « représentants » à l’Assemblée nationale ont accompli le véritable coup d’État par lequel le non exprimé par le peuple le 29 mai 2005 a été effacé par l’approbation officielle du traité de Lisbonne. La nouvelle aristocratie prétend régenter l’activité économique, sociale et politique du pays au nom d’intérêts étrangers à la volonté populaire. Les parlementaires qui en font partie ne se veulent pas les représentants du peuple. Au contraire, ils veulent représenter les hautes sphères qu’ils fréquentent auprès du peuple qu’ils se donnent pour mission de guider.

Les résultats de ce mépris de la volonté populaire, taxée de populisme pour les besoins de la cause, sont connus, au moins par ceux qui les subissent, si ce n’est par ceux qui les organisent ou les laissent se développer : depuis des décennies, les difficultés sociales, en particulier le chômage de masse, ont progressivement ravagé la cohésion sociale, transformé des cités en ghettos, réduit au désespoir une large partie de la jeunesse, aggravé la précarité, les conditions de vie, de travail et de rémunération de la majorité de la population.

En opposition à cette pratique antidémocratique, l’Association veut donc agir pour que le peuple désigne ses représentants afin d’élaborer un projet de constitution et, qu’ensuite, un référendum constitutionnel soit organisé pour approuver – ou pour rejeter – ce projet. Les membres de l’association sont attachés au progrès social comme à la liberté. Selon eux, la question politique n’est pas le simple résultat des conditions économiques et sociales ; bien au contraire, la dégradation de la démocratie depuis des décennies a permis la remise en cause de tout ce qui assure la cohésion sociale et a ravalé la notion même d’intérêt général en idée creuse. Le rétablissement de l’exercice de l’initiative et de la responsabilité politique permet seul de donner aux conditions économiques toute leur place, mais rien que leur place. L’Association œuvre à permettre que la volonté populaire s’exprime et s’exerce, sur ces questions comme sur toutes celles qui conditionnent la vie réelle du peuple. Elle considère qu’aucune des idées qui naîtront dans le mouvement n’est à écarter a priori. À l’image des cahiers de doléance de 1789, les exigences ne peuvent être définies par personne d’autre que par les intéressés eux-mêmes. Il revient aux représentants élus dans le seul but de rédiger la Constitution de réaliser la synthèse et de fondre dans un seul et même mouvement les aspirations, parfois contradictoires en apparence, qui auront vu le jour. L’Association considère qu’il est temps de faire enfin confiance au peuple et aux représentants que de nouvelles institutions démocratiques lui permettront de choisir pour faire émerger les mesures vigoureuses qu’appelle la situation.

L’Association, sans préjuger de la Constitution nouvelle pour quoi elle milite, considère que les conditions de la séparation des pouvoirs devront être redéfinies, alors qu’aujourd’hui, dans la pratique, l’omnipotence de l’exécutif, liée à l’effacement progressif du Parlement, permet l’avènement d’une néfaste judiciarisation de la société.

La Constituante devra assurer la représentation du peuple dans son ensemble, c’est-à-dire dans sa diversité géographique et sociale. Le mode d’élection sera déterminant pour atteindre ce but et devra être l’objet de débats approfondis et de décisions claires. Il n’est pas concevable qu’une région ou qu’une ville accapare, par un moyen ou un autre, une majorité de la représentation nationale ou en soit exclue. De même, une quelconque oligarchie n’a pas vocation à monopoliser le pouvoir, eût-elle à sa disposition la majorité des moyens financiers et des relais d’opinion que ces moyens assurent dans les médias nationaux.

Parmi les principes fondateurs de la République, l’Association considère que la laïcité revêt une importance capitale. Alors que les services publics ont été construits pour assurer la cohésion sociale de la Nation en permettant à tous, riches ou pauvres, d’y accéder, leur déchéance, organisée par les gouvernements successifs, a jeté dans le besoin et dans l’angoisse les couches les plus fragiles de la population. Elle a ouvert la voie à des clergés qui, grâce à leurs prolongements associatifs, favorisent l’éclatement social en communautarismes. La Constituante devra examiner les conditions dans lesquelles la séparation des Églises et de l’État sera assurée de manière pérenne et comment l’École publique, l’ensemble des services publics, doivent être restaurés dans leurs prérogatives et leurs moyens d’action, pour assurer l’égalité de tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances religieuses ou leur absence de croyance sur ce point. Dans un domaine proche, l’Assemblée Constituante devra formuler les cadres généraux des lois qui permettront d’assurer l’effectivité des services publics dus aux citoyens pour que leur égalité de droit ne reste pas un vain mot.

L’Association n’est pas un parti. Elle ne s’oppose pas à l’existence et à l’émergence de partis politiques. Au contraire, elle considère qu’ils sont l’expression de la volonté populaire, chacun selon les suffrages qu’il recueille et l’action qu’il conduit. Ils sont nécessaires à l’élaboration de pensées politiques qui doivent retrouver leur indépendance vis-à-vis des intérêts étroits qui déterminent aujourd’hui le bipartisme officiel. L’Association constate que les partis qui exercent le pouvoir depuis plusieurs décennies ont pris des positions communes sur de nombreux sujets institutionnels, politiques, économiques et sociaux. Sur le plan institutionnel, ils ont participé à la mise au point des traités de Maastricht et de Nice, puis au traité constitutionnel, enfin au traité de Lisbonne. L’Association voit dans le processus constituant un moyen de revigorer l’expression des aspirations de toutes les couches sociales du pays aujourd’hui privées de représentation politique. Elle considère que, par le suffrage universel, tous les citoyens, membres ou non de partis politiques, ont leur rôle à jouer dans ce mouvement.

Il est temps de rétablir l’égalité de droit des citoyens, dans tous les domaines. La crise que traverse le pays, économique, sociale, morale, ne doit pas faire oublier que sa dimension politique est la plus cruciale. C’est sur le plan politique que les solutions peuvent être apportées, à condition que soit exprimée et accomplie la volonté du peuple, seul fondement de la légitimité des pouvoirs publics. C’est pour retrouver cette légitimité disparue que doit enfin se réunir une Assemblée Constituante.

L’association entre athlétisme et nucléaire est contestée Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/03/05 Réseau Sortir du nucléaire (5 mars 2011) L’association entre athlétisme et nucléaire est contestée. Reporterre. fr

L’association entre athlétisme et nucléaire est contestée

Le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce le financement de l’athlétisme français par l’entreprise Areva. Action en cours au Palais omnisports de Paris Bercy.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » organise actuellement une action de protestation contre le sponsoring par AREVA de l’athlétisme français. Une immense banderole "Le nucléaire tue l’avenir" vient d’être déployée sur les pentes du Palais omnisports de Paris Bercy. Cette action est la première d’une longue série, si la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) ne met pas fin à ce partenariat scandaleux.

Alors qu’Areva matraque intensivement la France depuis un mois avec son tout nouveau spot publicitaire, l’industriel continue son offensive médiatique. L’entreprise parraine en effet les Championnats d’Europe d’Athlétisme en salle organisés à Paris Bercy du 4 au 6 mars 2011, pour la troisième année consécutive et aux frais du contribuables (*). Le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce le financement de l’athlétisme français par AREVA, et le partenariat qui lie la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) et l’industriel, grand champion de la pollution radioactive.

Un message tronqué et mensonger

Areva justifie ce financement en se targuant de valeurs communes entre l’athlétisme et l’industrie nucléaire : « progrès continu, excellence, (…), enthousiasme, énergie ». Une éthique que le leader du nucléaire s’approprie un peu vite. Areva déclare en outre s’attacher à ne financer que des sports non émetteurs de gaz à effet de serre, tels la voile ou l’athlétisme. Areva en grand champion de la lutte contre le changement climatique ? On n’ose y croire.

En agissant de la sorte, l’industriel profite honteusement de l’image positive du sport : il faut rappeler qu’Areva est responsable de contaminations irréversibles de l’homme et de son environnement, contaminations soigneusement passées sous silence. Plus soucieux de sa rentabilité que de santé publique, Areva cherche à exporter à tout prix (**) son EPR, alors même que les experts soulignent les différents défauts de sûreté et de sécurité. Et contrairement à ce qu’Areva se plaît à clamer, l’industrie nucléaire génère une grande quantité de CO2 et est bien loin de son image « propre ». L’entreprise exploite des mines d’uranium au Niger, au mépris des populations locales et dans des conditions sanitaires insupportables. Il est donc bien difficile de trouver des valeurs similaires entre les activités d’AREVA et l’athlétisme.

Un sponsoring aux frais des Français

L’Etat français étant actionnaire à 93% de l’entreprise, les contribuables français financent donc directement cette campagne massive de désinformation : 20 millions d’euros rien que pour le budget du spot publicitaire !

Le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce cette gigantesque opération de désinformation aux frais du contribuable qui entache fortement l’image de l’athlétisme, et presse les dirigeants de la FFA à rompre tout lien avec AREVA.

Une action de protestation est en cours à Paris Bercy : « Nous sensibilisons au fait qu’AREVA sponsorise l’athlétisme car en cas d’accident nucléaire, il ne nous reste plus qu’à prendre nos jambes à notre cou ! », conclut le porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », Daniel Roussée.

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Notes :

* brève d’Areva

** EDF a confirmé en juillet un retard de deux ans dans la construction du réacteur nucléaire EPR de Flamanville. L’entrée en service commercial de ce réacteur n’aura pas lieu avant 2014. Ce retard s’accompagne d’un surcoût d’au moins 2 milliards d’euros. L’EPR français coûtera donc au bas mot 5 milliards, au lieu des 3,3 milliards annoncés initialement. Par ailleurs, l’EPR en construction en Finlande accuse plus de 44 mois de retard pour un surcoût de 3 milliards, soit un doublement du coût prévu au départ. Au total, ce sont donc déjà 5 milliards d’euros de surcoût qui seront à la charge des contribuables français.

OGM : l’industrie présente au conseil d’administration de l’EFSA AFP et lemonde.fr Reporterre 2011/03/07 AFP et lemonde.fr (7 mars 2011) OGM : l’industrie présente au conseil d’administration de l’EFSA. Reporterre. fr

OGM : l’industrie présente au conseil d’administration de l’EFSA

Des représentants de l’industrie agro-alimentaire siègent au conseil d’administration de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA).

L’Observatoire de l’Europe industrielle (CEO) a dénoncé, vendredi 4 mars, un nouveau problème de conflit d’intérêts au sein du conseil d’administration de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire, chargée des avis scientifiques sur les OGM et sur la sécurité des aliments (EFSA).

Le CEO, un groupe de réflexion qui milite pour la transparence au sein des institutions européennes, a adressé une lettre à la directrice de l’EFSA, Catherine Geslain-Lanéelle, et au commissaire européen chargé de la santé et des consommateurs, John Dalli, pour dénoncer les liens de quatre membres du conseil d’administration de l’Autorité avec l’industrie agroalimentaire, ce qu’elle estime être un conflit d’interêts nuisible à la crédibilité des avis de cette agence de l’UE.

Elle vise l’Allemand Matthias Horst, également directeur général du lobby de l’industrie agroalimentaire allemand BVE ; le Tchèque Jiri Ruprich, également membre de la Fondation Danone ; le Belge Piet Vanthemsche, membre du COPA, le lobby européen des agriculteurs, et le Slovaque Milan Kovac, dirigeant de l’International Life Science Institute Europe, une organisation regroupant la plupart des groupes agrochimiques actifs dans les OGM.

« LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DOIT REPRÉSENTER TOUTE LA CHAÎNE ALIMENTAIRE »

« La présence de représentants de l’industrie au sein du conseil d’administration de l’EFSA est normale, car elle est prévue dans les statuts. Le conseil d’administration doit représenter toute la chaîne alimentaire », a expliqué à l’AFP la Commission européenne.

Le CEO ne se satisfait pas de ces explications et estime que les groupes de pression de l’industrie agroalimentaire ne devraient pas siéger au sein du conseil d’administration de l’EFSA. La présidente du conseil d’administration de l’EFSA, la Hongroise Diana Banati, avait été contrainte de renoncer l’année dernière à toutes ses activités au sein de l’ILSI pour faire taire les critiques contre sa nomination.

L’EFSA a été créée en 2002 et a été chargée de donner des avis scientifiques à la Commission européenne sur tous les dossiers touchant à la chaîne alimentaire, dont les OGM, sujet devenu très sensible en Europe.

Elle est depuis plusieurs mois la cible de critiques. Le groupe des Verts au Parlement européen dénonce son noyautage par les groupes de pression. Une enquête menée par l’office statistique de l’UE a en effet montré que 47 % seulement des citoyens européens pensent que les avis scientifiques de l’EFSA sont indépendants des intérêts politiques ou commerciaux. Mais aucun gouvernement de l’Union européenne n’ose parler de réformer son mode de fonctionnement, sa composition et son manque de moyen. Les autorités françaises déplorent pourtant que ses avis soient uniquement fondés sur des études présentées par l’industrie, car elle n’a pas les moyens de réaliser des études indépendantes.

L’étalement urbain résulte de l’individualisme Eric Muscat Reporterre 2011/03/07 Eric Muscat (7 mars 2011) L’étalement urbain résulte de l’individualisme. Reporterre. Tribune — Habitat et urbanisme fr

L’étalement urbain résulte de l’individualisme

L’étalement urbain n’est pas du à l’augmentation de la population, mais à l’individualisation croissante du mode d’habitat.

Les espaces urbanisés ne cessent de gagner du terrain sur la nature et les terres agricoles en France. Pour quelles raisons ? Est-ce le résultat pur et simple d’une augmentation de la population ?

Une petite étude de chiffres de l’INSEE nous permet de tirer quelques leçons. Nous nous en tiendrons aux chiffres du logement, bien que l’urbanisation soit également due à d’autres constructions telles que les routes et espaces publics ou les équipements industriels et tertiaires.

L’INSEE nous dit qu’entre 1978 et 2010, la population a augmenté de 19 %, de manière à peu près linéaire. Il nous informe également que, durant cette période de 32 ans, le nombre de personnes par logement a diminué de 21 % en passant de 2,8 personnes à 2,2. Enfin, nous apprenons que la surface moyenne des logements principaux a augmenté de 20 % en passant de 77 m2 à 92 m2.

A partir de ces chiffres, nous déduisons que durant cette période : - le nombre de logements a augmenté de 50% - la surface moyenne par personne a augmenté de 52 % - et enfin que la surface totale des logements a augmenté de 80 %.

En ce qui concerne l’accroissement du nombre de logements, il est possible de distinguer 3 périodes : - Entre 1978 et 1991 le nombre de logements s’accroît au rythme de 1 à 1,5 % par an. - A partir de 1992 et jusqu’au début des années 2000, un ralentissement s’observe, avec un rythme de croissance inférieur à 1% par an. - Mais depuis 2004 cette indicateur se porte comme un charme à des taux oscillant autour de 1,75 %.

1 à 1,5 % par an d’augmentation de quelque chose pendant 32 ans, cela fait bien une augmentation de 50 % à l’arrivée. Telle est la magie de la croissance.

Actuellement, le taux d’accroissement de la population est d’environ 0,5 % par an, tandis que le taux de diminution du nombre de personnes par logement est depuis 2002 autour de 1,1% par an.

Par conséquent on peut dire qu’aujourd’hui l’augmentation du nombre de logements provient à 30 % de l’augmentation de la population et à 70 % de la diminution du nombre de personnes par logement. Au cours de la période 1978 - 2010, l’influence de l’augmentation de la population dans l’augmentation du nombre de logement a fluctué entre 55 et 30 %, en décroissance régulière. Elle est actuellement au plus bas.

Jamais l’augmentation de la population n’avait eu aussi peu d’importance qu’aujourd’hui dans l’accroissement du nombre de logements. Jamais l’atomisation de la population en cellules de vie de plus en plus petites n’avait autant pesé.

Notre modèle de société engendre l’individualisme et l’isolement, qui entretient le BTP - même vert- au détriment des espaces naturels. La construction des éco-quartiers relève d’une politique d’accompagnement de ce modèle, qui ne chercherait qu’à en limiter les effets négatifs sans agir sur ses causes. Un renversement de tendance dans l’évolution du nombre de personnes par logement marquera plus surement le début d’une véritable transition vers un modèle de société écologique que n’importe quel niveau de performance énergétique. Cela nécessite l’arrêt des mécanismes destructifs à l’oeuvre actuellement. Voilà à quoi devraient s’atteler de véritables politiques écologiques et sociales.

Le pétrole de mer du nord massacre les rouge-gorges Robin des Bois Reporterre 2011/03/08 Robin des Bois (8 mars 2011) Le pétrole de mer du nord massacre les rouge-gorges. Reporterre. fr

Le pétrole de mer du nord massacre les rouge-gorges

La lumière des plate-formes pétrolières désoriente le vol des oiseaux migrateurs

50 millions d’oiseaux migrateurs franchissent deux fois par an la Mer du Nord. La navigation astronomique d’au moins sept espèces est sévèrement perturbée par les flux de lumière artificielle émis par les plates-formes off-shore. Le dérangement est maximal quand le ciel nocturne est couvert de nuages ; il aboutit à la désorientation des oiseaux qui dans ces circonstances se mettent à tourner pendant plusieurs heures autour de cette fausse constellation que constitue une plate-forme off-shore la nuit.

D’après le rapport présenté par les Pays-Bas aux autres Etats-membres de la convention OSPAR pour la protection de l’Atlantique du Nord-Est, une seule plate-forme pourrait être responsable de la mort par collision de 60.000 oiseaux par an.

Parmi les espèces-cibles figurent les merles, les grives musiciennes, les grives mauvis, les litornes, les alouettes des champs, les rouge-gorges et les eiders communs.

Ces projections statistiques s’appuient sur les observations de terrain. Sur une plate-forme allemande, 442 oiseaux de 21 espèces différentes ont été retrouvés morts sur les caillebotis et dans les coursives entre octobre 2003 et décembre 2004. Mais il est admis dans ce rapport que le nombre d’oiseaux morts après des collisions avec les parties aériennes des installations ou d’épuisement est beaucoup plus important. Ils sont perdus en mer.

L’influence fatale pour les oiseaux des rayonnements lumineux artificiels est connue depuis 1895 et elle s’est propagée à partir de 1950 avec l’illumination des tours verticales des aéroports et des raffineries de pétrole. Entre 1957 et 1995, 120.000 cadavres d’oiseaux ont été dénombrés au pied d’une tour de communication TV. Les principales séries, plus de 1.000 oiseaux, se sont concentrées sur 24 nuits où une forte couverture nuageuse était associée à de la pluie.

Cela pourrait être une surprise que l’exploitation du pétrole en Mer du Nord décime les rouge-gorges ; ce serait oublier que ces passereaux familiers dont les populations sont en régression volent en septembre et en octobre depuis des pays scandinaves jusqu’en Europe du Sud et survolent à cet effet la Mer du Nord sur 500 km. Il en est de même pour les grives et les alouettes qui à la même saison descendent de Norvège pour rejoindre le Royaume-Uni et l’Irlande. Loin, trop loin des oiseaux de mer englués dans les marées noires de l’Erika ou du Torrey Canyon, les passereaux de passage en Mer du Nord qui succombent au supplice des plates-formes off-shore ont une mort anonyme, insignifiante et rapide ; leurs carcasses sont rapidement ingurgitées par les prédateurs.

Le problème sera abordé lors de la réunion du Comité Off-shore de la Convention OSPAR à Barcelone du 7 au 11 mars. La protection de la biodiversité aviaire n’est pas à cette occasion une priorité pour le gouvernement français. Considérant les projets de Total et d’autres compagnies en Arctique et les projets d’éoliennes off-shore sur la façade atlantique, Robin des Bois estime au contraire que cet enjeu est prioritaire et qu’une recommandation OSPAR en faveur de la réduction de l’intensité lumineuse des plates-formes off-shore doit être adoptée sans tarder. La France recommande seulement de poursuivre les études, oubliant l’immortel poème de Jacques Prévert : « Des oiseaux par milliers volent vers les feux<br)Par milliers ils tombent, par milliers ils se cognent Par milliers aveuglés, par milliers assommés Par milliers ils meurent. » (Le Gardien du phare aime trop les oiseaux).

Un Contre-Grenelle le 2 avril : pour l’écologie, contre le capitalisme vert Paul Ariès Reporterre 2011/03/08 Paul Ariès (8 mars 2011) Un Contre-Grenelle le 2 avril : pour l’écologie, contre le capitalisme vert. Reporterre. Tribune — fr

Un Contre-Grenelle le 2 avril : pour l’écologie, contre le capitalisme vert

« Le troisième contre-Grenelle du 2 avril haussera encore le ton, puisque nous avons maintenant assez de recul pour être certains que nous allons vraiment dans le mur. »

Un troisième contre-Grenelle est organisé le 2 avril 2011 à Vaulx-en-Velin (69) sur le thème de « décroissance ou barbarie ». Le choix de la ville la plus pauvre du département est un enjeu politique : parler d’écologie et de décroissance aux plus pauvres car ce seront aussi les premières victimes de l’effondrement environnemental, mais aussi parce que c’est auprès des plus pauvres que peuvent émerger des formes de résistance, et mieux encore la construction d’un autre monde comme l’attestent ces lieux de vie que sont les communautés Emmaus en France, le mouvement du « buen vivir » en Equateur.

Le choix de ce thème s’inscrit aussi dans un contexte doublement singulier. D’un côté, les bonnes âmes vont ânonant que croissance et décroissance ne seraient pas antagonistes…Faisons décroître ce qui est mauvais et laissons croître ce qui est bon… Les Objecteurs de croissance ont l’esprit têtu : oui, la décroissance doit être équitable et sélective, mais nous devons avoir le courage politique d’ajouter que cette décroissance équitable et sélective doit se faire pour les riches dans un contexte global de décroissance. Ce n’est pas affaire de credo mais de réalisme et de joie de vivre.

D’un autre côté, le système a choisi l’adaptation aux conséquences de l’effondrement environnemental, plutôt que de tout faire pour combattre le réchauffement lui-même. C’est pourquoi nous n’avons de cesse de dénoncer la Ministresse NKM, grande prêtresse de cette mutation en France et sa caution scientifique l’irradiant Jean Jouzel…

Le pouvoir entend faire de l’année 2011 celle de l’adoption du Plan national d’adaptation aux conséquences du réchauffement, véritable appel d’air à la technoscience. Il est assez cocasse de constater que ce type d’appels (celui de NKM comme celui de Valérie Pécresse ) « pour que la nation se rassemble derrière les scientifiques » soit justifié par les défis que sont « le vieillissement de la population, le réchauffement climatique, les menaces sur la biodiversité ou les risques de grandes pollutions »…soit un ensemble de faits qui sont tous la conséquence de l’activité des scientifiques (voir Jacques Testart, Agnes Sinaï, Catherine Bourgain, Labo planète).

Le premier Contre-Grenelle organisé en Octobre 2007 alors que tout le monde applaudissait à l’initiative Tsarkozyste… avait montré que cette OPA inamicale de la droite et des milieux d’affaires sur l’écologie était une mascarade destinée à préparer le terrain au passage à un capitalisme vert (terme inauguré à cette occasion) dévastateur.

Les faits nous ont donné raison… le Grenelle n’a satisfait que les productivistes. Le deuxième contre-Grenelle organisé en 2009 était un appel lancé à la mouvance « écolo » alors que nous voyions les premiers signes du basculement vers une écologie libérale. Son slogan : « il faut sauver l’écologie politique », était une mise en garde prémonitoire contre l’écologie libérale symbolisée notamment par les frères Cohn-Bendit. Les faits nous ont aussi donné raison.

La métamorphose des Verts est bien une mutation politique : pas plus que le banquier du FMI ne peut être un symbole de la gauche, « l’hélicologiste » salarié de TF1 et ami de Chirac ne peut être un symbole de l’antiproductivisme.

Le troisième contre-Grenelle du 2 avril prochain haussera encore le ton puisque nous avons maintenant assez de recul pour être certains que nous allons vraiment dans le mur. Nous avons longtemps utilisé une formule pour dire que nous étions déjà dans ce mur, mais que ce mur était mou c’est-à-dire que nous ne percevions pas toute la gravité de la situation et qu’en outre certains aspects de cet effondrement étaient inattendus…

Cette barbarie qui vient a maintenant un visage ou plus exactement plusieurs visages. Cette hydre est d’autant plus redoutable qu’elle dévore à la fois la Terre et l’humain. Osons le dire : la question n’est plus seulement de savoir quelle Terre nous léguerons à nos enfants, mais aussi quels enfants nous laisserons sur cette planète ravagée.

Il n’y a pas en effet un effondrement unique (énergétique ou environnemental), mais une pluralité d’effondrements (social, culturel, psychique, politique, etc) qui instaure un véritable chaos… dont on peut penser qu’il est d’ores et déjà souhaité par certains. Nous sommes véritablement sur le point de dépasser une série de seuils irréversibles en matière environnementale, sociale, politique, culturelle, psychique…

Trois exemples : l’effondrement culturel est remarquable à la fois dans la généralisation d’une « basse culture » produit des systèmes éducatifs et de la TV-écrans-Lobotomisation. L’effondrement psychique est le fait d’enfants auxquels ce monde n’offre plus la possibilité de se structurer, de grandir compte tenu de sa vitesse, de la place de la marchandise, de la machine technoscientiste, de la casse des institutions et du symbolique, sans que d’autres institutions et symboles ne semblent encore émerger. L’effondrement est aussi politique avec la crise de la démocratie dont témoignent la montée de l’abstentionnisme, et pire encore de l’indifférence mais aussi l’inanité des projets politiques et leur décalage total par rapport à l’urgence de la situation. Hervé Kempf a raison comme tant d’autres de dénoncer le péril oligarchique à droite mais aussi dans une certaine écologie, celle qui a justement aujourd’hui le vent en poupe, celle de Nicolas Hulot et de Dominique Bourg notamment.

Personne ne peut plus aujourd’hui sérieusement nier l’ampleur de la crise systémique. L’humanité va connaître le plus important changement global de toute son histoire et ceci en quelques décennies. Le choix de la stratégie du chaos est ouvertement assumé par les puissances de l’argent. Elles y voient la condition pour imposer l’adaptation de la terre et de l’humanité elle-même aux besoins du productivisme et aux nécessités du capitalisme triomphant. Le capitalisme vert veut adapter la planète aux besoins du productivisme avec notamment la géo-ingéniérie. Le capitalisme vert veut aussi adapter l’humanité aux besoins du productivisme.

Première façon d’adapter l’humanité aux plaies du système : habituer les gens à croire que le problème serait démographique, que nous n’avons donc pas à avoir de fausse pudeur à sacrifier l’Afrique avec nos agrocarburants, avec nos activités trop gourmandes en eau, avec nos émissions de CO2.

Deuxième façon d’adapter l’humanité aux fantasmes du système productiviste : la biométrie, la radio-identification (RFID), le diagnostic préimplantatoire (DPI), l’Assistance médicale à la procréation.

Troisième façon : le transhumanisme qui fait des adeptes à droite (Alain Madelin) comme à gauche (Jacques Attali) avec le passage de l’homo-sapiens au « robot sapiens » (le cyborg avec ses prothèses intelligentes ou pas), au « soma sapiens » ou « homme pharmaceutique », grand consommateur de médicaments et de substances d’amplification cognitive... afin d’agir sur la composition biochimique du cerveau et de créer sensations et croyances à volonté.

Face à ces délires mais aussi à ces possibilités, nous disons de façon solennelle : « Pas touche à la Planète ! » « Pas touche à l’humanité ! » Sachez que face à vos visées meurtrières, nous combattrons pour défendre une « Terre-pour-l’humanité ». Oui, Gaia peut se passer de nous, mais Gaia sans nous ne nous intéresse pas. Oui, le système pourrait sans doute faire vivre quelques centaines de millions de surhommes dans un univers déprécié, mais notre rêve n’est pas celui de Mad Max. Nous assumons notre humanité comme nous assumons la fragilité de la Terre.

Mauvaise neige Hervé Kempf Reporterre 2011/03/09 Hervé Kempf (9 mars 2011) Mauvaise neige. Reporterre. Tribune — Eau, rivières, océans fr

Mauvaise neige

Il me souvient que la quinzaine passée, la fatigue du travail, l’occasion, le ciel radieux et je pense quelque diable aussi me poussant, j’allai passer une journée de ski au Lioran, dans le Cantal. Le soleil était badin, la journée plaisante, la neige aussi fraîche qu’un pré d’herbe tendre. En devisant avec l’échoppier qui baillait les souliers et les planches, j’appris que, faute de neige tombée du firmament, il avait fallu recourir à des flocons artificiels. Des canons, dans la brise du matin, avaient transformé l’eau en un tapis blanc sur lequel nous nous égayâmes en nombreuses glissades.

Néfaste insouciance ! Quelques jours après cette récréation, on m’avertit d’une lettre écrite par trois groupements écologistes au représentant de la République. La Commission internationale pour la protection des Alpes, la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature et Mountain Wilderness y informaient le préfet coordonnateur du Massif des Alpes que l’hiver avait été sec dans les Alpes ; que de ce fait, les stations de ski avaient massivement recours à la neige artificielle ; que ce moyen requiert de grandes quantités d’eau ; d’où il s’ensuivait que les retenues devenaient insuffisantes et qu’il faudrait pomper dans les cours d’eau, en la période où leur débit était au plus bas ; qu’ainsi, la neige artificielle pouvait affecter la faune et la flore des milieux asséchés.

On demandait au préfet de faire respecter la loi sur les « débits réservés », c’est-à-dire le volume minimal d’eau qu’il convient de conserver dans un ruisseau. Dix jours plus tard, nul n’avait entendu parler d’une réponse du préfet ni d’une quelconque action.

Les stations de ski, face au changement climatique qui se traduit par une réduction progressive de l’enneigement, recourent de plus en plus massivement à la neige artificielle, qui absorbe plusieurs dizaines de millions de mètres cubes d’eau chaque année. On estime que chaque hectare enneigé correspond à l’émission de 8 tonnes de CO2. De surcroît, l’utilisation de cette neige s’accompagne de travaux de terrassements des pistes qui favorisent l’érosion.

En 2009, le conseil général de l’environnement a réalisé une étude sur la « neige de culture ». Il concluait que la question de savoir si ce moyen pouvait « assurer à long terme la pérennité du ’capital nature’ ne trouvait pas de réponse convaincante ». Il recommandait une « diversification efficace et rapide » pour sortir de cette économie de ski écologiquement insoutenable. Mais chaque année, on compte plus de canons à neige, plus de retenues, la fuite en avant continue. Que faire ? Cela ne suffira pas, mais sans doute arrêter de skier...

L’Eglise d’Angleterre propose le carême sans carbone Taca Reporterre 2011/03/09 Taca (9 mars 2011) L’Eglise d’Angleterre propose le carême sans carbone. Reporterre. fr

L’Eglise d’Angleterre propose le carême sans carbone

Dans la religion chrétienne, le carême - qui commence cette année le 9 mars - est une période de jeûne et de recueillement de quarante jours préparant la fête de Pâques. L’Eglise d’Angleterre en propose une version écologique.

La paroisse de Bègles vous propose pour le carême 2011 d’essayer le carême sans carbone organisé par l’Eglise d’Angleterre. Ceci est la traduction fidèle du texte original (en particulier le tutoiement), complétée de quelques ‘customisations’ locales par l’association girondine Taca.

Pour le Carême de cette année, l’Eglise d’Angleterre incite ses fidèles à réduire leur consommation de carbone, plutôt que de chocolat. C’est pour protéger les populations les plus pauvres de certains pays du tiers monde qui souffrent déjà du réchauffement climatique qu’il est urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, disent ensemble les évêques. A chaque jour suffit sa peine mais il n’est pas interdit de cumuler chaque jour l’effort demandé à celui de la veille, et même de continuer au-delà des 40 jours :

9 mars : Mercredi des Cendres : Enlève une ampoule électrique dans un lieu important de ton logement pour toute la durée du Carême, ce sera un aide mémoire quotidien de ce carême carbone.

10 mars : Vérifie avec des rubans ou des plumes les courants d’air dans la maison. Si la plume flotte, bouche le trou (par exemple avec la mousse d’isolation thermique qu’on trouve en quincaillerie et qui se pose autour des portes et des fenêtres).

11 mars : Vas y mollo avec l’essence de ta voiture. Il faut trouver une façon de réduire tes émissions de CO2 quand tu te déplaces aujourd’hui. Essaie à la place la marche, le vélo, le tram, le bus, le train ou le covoiturage.

12 mars : Baisse ton thermostat d’1°C.

Dimanche 13 mars : Peux tu parler de ton jeûne Carbone aujourd’hui à la messe ? Encourage d’autres à se joindre à toi.

14 mars : Et si on prenait l’habitude de ne plus manger de viande un jour dans la semaine ? Limiter notre consommation de viande, en particulier la viande rouge, est un moyen très efficace pour protéger notre Climat.

15 mars : Dis bye bye aux veilleuses. Vérifie que tous les appareils électriques sont éteints quand ils ne servent pas. Rien que pour la télé tu vas économiser ainsi 5,5 kg de carbone par an.

16 mars : Utilise les rideaux et les volets pour garder la chaleur à l’intérieur.

17 mars : Le réchauffement climatique affecte déjà des pauvres dans le monde. Prie pour les bénévoles qui les aident à faire face.

18 mars : Donne un jour de congé à ton lave-vaisselle, ou remplace-le par un appareil certifié basse consommation.

19 mars : Utilise les commerces de proximité ou les marchés au lieu d’aller en voiture dans la grande surface de périphérie. Ils vont te remercier et les grandes surfaces ne vont même pas remarquer ton absence.

Dimanche 20 mars : Va visiter le site internet de TACA et fais ton bilan carbone personnel. Il faut préparer tes factures de gaz et d’électricité de 2010 et avoir son kilométrage en voiture. Cela prend moins de 20 minutes et si tu n’as pas internet, demande à le faire chez des amis.

21 mars : Dis aux hommes politiques qu’il faut agir maintenant.

22 mars : Prends une douche au lieu d’un bain, ça chauffe moins d’eau.

23 mars : Snobe les poches en plastique. Prend un sac à dos si tu vas au supermarché, ou alors n’hésite pas à faire rétro avec un caddy. Dans le supermarché, demande à ce qu’on t’enlève les emballages inutiles.

24 mars : Eteins les lumières quand tu quittes une pièce

25 mars : Ne remplis la bouilloire qu’avec la quantité d’eau nécessaire.

26 mars : Au tour du transport aérien : n’achète rien qui a été importé par avion !

Dimanche 27 mars : Grace Maglasey et son mari Andrew ont du mal à faire pousser leur nourriture parce que leur village au Malawi subit une succession d’inondations et de sécheresses. Prie avec Grace aujourd‘hui : « Nous prions pour que les paysans puissent récolter suffisamment de nourriture et que nous n’ayons pas faim cette année. Au nom de Jésus Christ, amen ».

28 mars : Composte ! Mets tes déchets alimentaires dans un compost, pas dans une décharge qui va émettre du méthane.

29 mars : Ne lance la machine à laver le linge que lorsqu’elle est vraiment pleine.

30 mars : Trouve aujourd’hui un moyen d’économiser du papier ; réutilise une vieille enveloppe, imprime recto verso.

31 mars : Ferme bien les robinets. En un jour, un robinet qui goutte peut remplir tout un bain d’eau chaude

1 avril : Va voir ta municipalité. Remercie-les pour les conteneurs de tri sélectif. Demande-leur s’ils ne pourraient pas faire plus.

2 avril : Qui bosse le plus à la maison ? Papa ? Maman ? Eh non, c’est le frigo, 24h sur 24, 7 jours sur 7 ! Un bon dégivrage va lui permettre de faire des économies d’énergie.

Dimanche 3 avril : « L’amour ne fait aucun mal à ses voisins » (Romains, 13 :10). Mais alors que notre mode de vie nous fait consommer de plus en plus d’énergie, cela fait souffrir de plus en plus les pauvres du monde. Réfléchis aux moyens d’aimer tes voisins tout en vivant dans ce monde de plus en plus interconnecté.

4 avril : Recycles-tu tout ce que tu peux ? Regarde-s-y donc de plus près aujourd’hui.

5 avril : Fais un test de l’efficacité énergétique de ta maison en allant sur le site de l’Ademe. On peut économiser ainsi plus de 300 € par an.

6 avril : Règle la machine à laver sur 30°C plutôt que 40°C, cela consomme 40 % d’électricité en moins !

7 avril : Découvre toi-même un fait nouveau à propos des effets du changement climatique, et parles-en à tes amis pour les étonner.

8 avril : Voici les vacances de Pâques :évite de prendre l’avion pour aller passer quelques jours à l’autre bout du monde, profites-en pour redynamiser nos campagnes désertes en allant y faire un tour en vélo.

9 avril : As-tu un vieux fer à repasser ? S’il est sur la fin, remplace-le par un fer basse consommation, tu dois pouvoir économiser ainsi un tiers d’électricité.

Dimanche 10 avril : Accorde-toi un dimanche de contemplation du silence. Eteins tout. Pas de télé, pas de radio, pas de Hi fi, pas de voiture. C’est bon pour l’âme.

11 avril : Va de nouveau visiter le site internet de taca. Suggère-leur une action à organiser dans ton quartier.

12 avril : Mets une protection isolante sur ton réservoir d’eau chaude. Si tous les Français le faisaient, on pourrait gonfler 150 000 montgolfières avec le CO2 ainsi économisé.

13 avril : Réutilise un objet que d’habitude tu aurais jeté, comme un pot de confiture, une enveloppe ou un bac de crème glacée

14 avril : N’oublie pas le couvercle sur la casserole, et utilise une bouilloire pour chauffer l’eau.

15 avril : Débranche ton chargeur de portable. Il consomme même lorsqu’il ne charge pas.

16 avril : L’église pourrait-elle être plus verte ? Parle-s-en à ton prêtre.

17 avril - Dimanche des Rameaux. Remplace l’ampoule manquante par une ampoule basse consommation. Pendant sa durée de fonctionnement, tu vas économiser 17 kg de carbone et jusqu’à 70€ d’électricité. Prends un engagement personnel de fraternité avec les autres en continuant cet effort pour avoir un mode de vie plus soutenable.

Le 3 avril, action pour l’interdiction de l’avion Parti de la Résistance Reporterre 2011/03/10 Parti de la Résistance (10 mars 2011) Le 3 avril, action pour l’interdiction de l’avion. Reporterre. fr

Le 3 avril, action pour l’interdiction de l’avion

Le dimanche 3 avril, une action nationale aura lieu dans plusieurs aéroports de France et à Bruxelles afin d’exiger l’interdiction immédiate de l’avion en raison de son rôle dans le changement climatique.

Le Parti de la Résistance focalise ses efforts sur la question du climat, dont les impacts sur les pays pauvres, si nous restons sur la trajectoire actuelle, seront rien moins que génocidaires.

Actuellement, les études scientifiques les plus récentes prévoient d’ici 2100 une augmentation du niveau des océans entre 80 cm et 2 m (1). Or, pour ne prendre qu’un exemple, à plus de 60 cm d’élévation, 80 % de la riziculture du Vietnam sera détruite (2). Réussir à ne pas parler de génocide, dans ces conditions, est risible (3).

L’une des machines les plus efficaces pour détruire le climat de la planète est l’avion. A part faire dans la pyromanie, rien ne permet à un être humain de polluer le climat de la planète avec plus de 1000 kg de CO2 en quelques heures (4). C’est pourquoi, depuis plusieurs mois, nous distribuons chaque semaine des tracts pour l’interdiction de cette machine génocidaire, à l’intérieur de l’aéroport Charles-de-Gaulle.

Le dimanche 3 avril, nous organisons avec d’autres groupes de militants, une action nationale, simultanément, dans plusieurs aéroports de France et à Bruxelles, afin d’exiger l’interdiction immédiate de cette machine. Pour l’instant, nous devrions être en mesure de couvrir les Centres de destruction du climat (CDC) suivants : Biarritz, Bordeaux, Bruxelles, Lyon, Marignane, Paris (CDG et Orly), Strasbourg et Toulouse. Et nous espérons ajouter à cette liste d’autres CDCs.

La destruction du climat de la planète n’est pas un bête "problème environnemental", c’est un génocide. Ne pas le voir en 2011, avec le luxe d’informations dont nous disposons, est impardonnable.

Nous souhaitons savoir si vous êtes intéressés à participer à cette action nationale non-violente, folle au regard de la société française en 2011, et qui paraîtra de simple bon sens dans 10 ans. Joignez-nous : contact@parti-de-la-resistance.fr

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Notes :

(1) "Kinematic Constraints on Glacier Contributions to 21st-Century Sea-Level Rise", Pfeffer et al., Science, 5.9.2008.

(2) « [La riziculture du Vietnam] est extrêmement menacée, ce qui inquiète le gouvernement, évidemment, en particulier du fait du réchauffement climatique (…). Si le niveau de la mer (…) monte de plus de 60 cm, 80 % de ses surfaces seront sous l’eau de mer (…). » Jean-Charles Maillard, Directeur régional Asie du Sud-Est continentale du Centre international de recherche agronomique pour le développement (Cirad), dans l’émission "Courir les champs du monde", Culturesmonde, France Culture, 21.02.11.

(3) Parfaitement, il s’agit d’un génocide : http://parti-de-la-resistance.fr/?p=414 Et il ne s’agit pas d’un "suicide collectif" : http://parti-de-la-resistance.fr/?p=388

(4) http://parti-de-la-resistance.fr/?p=363

Des révolutions arabes à l’oligarchie occidentale Simon Charbonneau Reporterre 2011/03/10 Simon Charbonneau (10 mars 2011) Des révolutions arabes à l’oligarchie occidentale. Reporterre. Tribune — fr

Des révolutions arabes à l’oligarchie occidentale

« De plus en plus de citoyens ont l’impression que leurs intérêts et leurs aspirations ne sont plus représentés par l’élite du pouvoir, issue ou non d’élections. »

Les évènements politiques du Moyen-Orient devaient aussi être l’occasion en Europe de nous faire réfléchir sur l’avenir de nos régimes dits démocratiques. Certes, des gouvernants possédant ou non une légitimité populaire et accaparant plus ou moins de pouvoir au détriment des libertés civiles et des intérêts de leurs populations ont toujours existé. De ce côté, on peut dire que les régimes politiques du Moyen-Orient, actuellement menacés par des révoltes populaires, appartiennent à une catégorie historique archaïque de nature autocratique où règne une caste au pouvoir impose son pouvoir sur tout un pays.

Complètement coupée du reste de la population, cette caste échappe non seulement à tout processus électoral mais également aux règles fondamentales de l’Etat de Droit face à des populations soumises à une pression démographique croissante et à un chômage endémique.

Mais ce qu’il y a de nouveau au regard des traditions autoritaires de jadis, c’est l’enrichissement éhonté de ces nouvelles élites du pouvoir qui siphonnent une partie de la richesse de leur pays. Il y a seulement une cinquantaine d’année, des dictateurs comme Franco ou Pinochet à droite, Tito ou Castro à gauche exerçaient leur pouvoir d’une main de fer mais ne s’enrichissaient pas de cette manière. Or aujourd’hui, les dictatures modernes concentrent entre leurs mains non seulement le pouvoir politique classique mais également les ressources nouvelles qui leur sont fournies par la mondialisation financière et l’innovation technologique, autrement dit par la croissance économique. Il en résulte un sentiment de toute puissance et son corollaire qui est celui d’un isolement croissant vis-à-vis de leur population délaissée. Mais en même temps, les nouvelles technologies de communication permettent aux catégories sociales les plus éduquées d’accéder à une information source de déstabilisation des pouvoirs en place.

Quoique les révolutions en cours au Moyen Orient correspondent plutôt à celles de notre XIXe siècle avec leur désir d’instaurer un régime parlementaire et un Etat de Droit fondé sur des élections, l’enfermement oligarchique qui les caractérise n’est pas sans nous concerner également. Car nos régimes de démocratie représentative ne sont en fait que des systèmes oligarchiques libéraux fondés sur une légitimité électorale de plus en plus contestée au sein de la société civile.

En sont les signes révélateurs, l’abstentionnisme croissant des électeurs, surtout parmi les plus modestes, mais également les diverses formes de contre pouvoirs plus ou moins organisés qui naissent à l’occasion de conflits portant sur des dossiers de nature fondamentalement politique et tendent à se multiplier. De plus en plus de citoyens ont l’impression que leurs intérêts et leurs aspirations ne sont plus représentés par l’élite du pouvoir, issue ou non d’élections.

On assiste aujourd’hui au sein de la société à la naissance d’une conscience politique croissante relative à l’existence d’une oligarchie concentrant à la fois entre ses mains d’énormes pouvoirs et en même temps incapable de faire face aux effets ravageurs de la crise à la fois économique, sociale et écologique. Cette oligarchie, constituée par une classe politique en osmose permanente avec les élites du monde économique et médiatique, vit de plus en plus coupée du reste de la population qui n’en perçoit que la représentation médiatique, mais en subit les décisions parfois douloureuses. Jamais l’autisme de nos catégories dirigeantes n’a été aussi prononcé alors qu’elles pilotent un bateau ivre ! Le symbole en est constitué par ces limousines aux vitres fumées et par ces résidences de haut standing, protégées par des systèmes de sécurité auxquels il ne manque plus que des clôtures électriques. Comme si elles n’avaient plus besoin du reste de la population !

Il résulte de cette situation qui peut faire penser à celle d’avant 1789, une fermentation croissante au sein du reste de la population par accumulation de sujets de mécontentement, de conflits non résolus accompagnés de répression qui peut être à l’origine de révoltes sans pour autant de vraies perspectives révolutionnaires.

Au Nord comme au Sud, les bouleversements actuels sont d’abord source de chaos si une nouvelle « voie », comme dirait Edgar Morin, n’est pas envisagée et construite par et pour l’humanité. Car nous vivons aujourd’hui une crise majeure du modèle économique et social d’après guerre fondé sur la croissance de la production et de la consommation hors de la quelle il n’y aurait pas de salut collectif. Or notre oligarchie continue à cultiver ce prêt à penser, faute d’envisager un avenir autre que celui de la course à la puissance et à la richesse comme cela s’est fait jusqu’à présent.

Il nous faut pourtant renoncer à envisager l’avenir en ayant l’œil fixé dans le rétroviseur des trente glorieuses ! En ce début du XXIe siècle, nous avons surtout besoin de nouvelles ressources qui ne soient pas seulement matérielles mais relèvent aussi de l’imagination, de l’intelligence et de la morale. La liberté, la solidarité et la justice sont toujours présentes dans le cœur des hommes quelles que soient leurs croyances et elles seules peuvent donner un sens à notre avenir.

Les antilopes du désert menacées par le pétrole Thomas Rabeil (Reporterre) Reporterre 2011/03/10 Thomas Rabeil (Reporterre) (10 mars 2011) Les antilopes du désert menacées par le pétrole. Reporterre. fr

Les antilopes du désert menacées par le pétrole

Au Niger vivent les dernières antilopes sauvages du Sahara, les magnifiques addax. Mais l’exploration pétrolière rend leur vie de plus en plus précaire.

Peu de gens se soucient des addax pour la simple et bonne raison qu’ils n’en ont jamais vu et pis encore probablement jamais entendu parler. Il est vrai que pour voir un addax, il faut être sacrément motivé : il n’en reste qu’une petite poignée et ils se trouvent dans un des endroits les plus isolés de la Planète.

L’addax est probablement l’une des plus belles antilopes qu’il m’ait été donné de voir, imposante avec ses 100 kg, sa robe blanche éclatante et ses longues cornes annelées légèrement spiralées qui lui conférent une morphologie unique en son genre. Mais le plus remarquable chez cette antilope réside dans le fait qu’elle vit en plein milieu du désert du Sahara et peut se passer de boire une vie entière s’il le faut. L’addax a l’étonnante capacité de se contenter de l’humidité contenue dans les plantes remarquablement adaptées à la sécheresse. Celles-ci peuvent rester en sommeil des années dans le sol et se réveiller lorsque le ciel daigne leur accorder quelques gouttes de pluie.

Bien que la beauté de l’addax et ses caractéristiques physiologiques en fassent une espèce méritant la plus grande attention, elle est en passe de s’éteindre à l’état sauvage. L’addax a véritablement joué de malchance au cours des cinquante dernières années. Chassée depuis toujours par les peuples du désert sahariens pour la qualité de sa viande et de son cuir, l’espèce s’est vue exterminée avec l’avènement des véhicules 4x4 et la prolifération d’armes automatiques. Dans cette partie du monde, no man’s land rime avec contrebande, se combinant avec des rébellions et autres facteurs d’instabilité qui incitent les hommes du Sahara à s’armer toujours davantage.

L’addax a cependant réussi à trouver refuge dans le désert du Tin Toumma, à l’est du Niger. La centaine d’individus qui y demeurent est suivie depuis 2006 par l’équipe du projet Antilopes Sahélo-Sahariennes. Ce projet a pu voir le jour grâce à l’énergie des scientifiques regroupés autour Sahara Conservation Fund. Cette ONG a su convaincre la Convention sur les espèces migratrices et le gouvernement du Niger de mobiliser des financements auprès du Fonds Français pour l’Environnement Mondial et de l’Union Européenne en démontrant que cet endroit était de toute évidence le dernier haut lieu de la biodiversité sahélo-saharienne.

Depuis plus de quatre ans, l’équipe du projet étudie la dernière population d’addax vivant à l’état sauvage et tente de convaincre les populations locales d’œuvrer à leur côté pour conserver ce patrimoine naturel unique au monde. Seulement, cet espace auparavant vide de toute présence humaine a récemment suscité l’intérêt d’un grand groupe pétrolier chinois en raison des richesses de son sous-sol. L’addax s’est alors retrouvé face à une nouvelle pression, qui l’a contraint à se déplacer encore et encore, lorsqu’il en a la force. Ce désert, et la faune et la flore qui y ont trouvé refuge, était naguère intact ; il est aujourd’hui meurtri par les passages incessants et désordonnés des véhicules lourds des pétroliers et des militaires qui les accompagnent pour assurer leur sécurité.

Le résultat est affligeant : la population d’addax pourtant stable depuis 3 ans a cette année éclaté en plusieurs groupes partant vers le nord ou vers l’est à la recherche de pâturages et surtout de quiétude, les deux éléments nécessaires à la survie de cette espèce.

Tout ça aurait pu être évité si seulement le dialogue avait été instauré, mais les enjeux de la biodiversité font pâle figure lorsqu’ils sont confrontés à ceux des matières premières.

Il n’est peut-être pas trop tard, car cette population continue de se reproduire même si elle tend à diminuer vu les pertes encourues l’année passée. Mais sans une mobilisation nouvelle, les addax risquent de disparaître prochainement.

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Crédit photos : Rabeil/Sahara Conservation Fund.

34 réacteurs nucléaires français souffrent d’un grave problème de sûreté Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/03/11 Réseau Sortir du nucléaire (11 mars 2011) 34 réacteurs nucléaires français souffrent d’un grave problème de sûreté. Reporterre. fr

34 réacteurs nucléaires français souffrent d’un grave problème de sûreté

Une note récente de l’Autorité de sûreté nucléaire révèle que les 34 réacteurs nucléaires français de 900 MWe présentent une anomalie importante.

La nouvelle est restée discrètement enfouie au fond du site de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) : suite à de récentes études, EDF vient de « découvrir » une inquiétante « anomalie » de série sur 34 de ses réacteurs. Sur tous les réacteurs de 900 MW, en cas de fuite importante du circuit primaire, le circuit d’injection d’eau de sécurité pourrait s’avérer incapable d’empêcher la fusion du coeur.

L’ Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) avertit ainsi : « En situation accidentelle, pour certaines tailles de brèche du circuit primaire principal, l’injection de sécurité à haute pression pourrait ne pas permettre de refroidir suffisamment le cœur du réacteur ».

Le système d’injection d’eau de sécurité est le seul dispositif qui permette de retarder une fusion du coeur nucléaire lors d’une fuite importante d’eau du circuit primaire. Son rôle est d’injecter massivement de l’eau borée (1) dans ce circuit pour étouffer la réaction nucléaire et refroidir le coeur. Or EDF découvre, alors que les premiers réacteurs 900 MW tournent depuis plus de 30 ans (2), qu’elle est incapable de mesurer si l’eau injectée par ce système se répartit uniformément dans les trois boucles du circuit primaire de ces réacteurs ; de l’aveu de l’ASN, cela « pourrait ne pas permettre de refroidir suffisamment le cœur du réacteur » (3).

EDF a donc laissé tourner 34 réacteurs nucléaires pendant un quart de siècle avant de s’assurer de l’efficacité du système principal de prévention de fusion du coeur nucléaire. Pourquoi cette découverte survient-elle si tardivement ? Il est extrêmement inquiétant qu’un problème d’une telle ampleur soit resté si longtemps ignoré par EDF...

Les centrales concernées sont les suivantes : Blayais (Gironde), Bugey (Ain), Chinon (Indre-et-Loire), Cruas (Ardèche), Dampierre (Loiret), Fessenheim (Haut-Rhin), Gravelines (Nord), Saint-Laurent des Eaux (Loir-et-Cher), Tricastin (Drôme). Soit l’ensemble des 34 réacteurs nucléaires 900 MW, dont certains atteignent déjà les 30 ans de fonctionnement. EDF a ainsi mis tous ses oeufs dans le même panier, multipliant les risques au passage...

En vertu du principe de précaution, le Réseau « Sortir du nucléaire » demande la fermeture des réacteurs concernés

Un accident provoqué par ces « anomalies » aurait des conséquences catastrophiques. Dans un contexte où les problèmes de sûreté se multiplient depuis quelques années (4), cette éventualité doit impérativement être prise en compte. D’autant plus que 21 des réacteurs concernés fonctionnent au MOX, un combustible à base de plutonium.

Plus que jamais, la découverte de ces défaillances fait apparaître de manière criante la nécessité d’une décision politique de transition énergétique la plus rapide possible, pour sortir enfin du risque nucléaire imposé aux Français depuis des décennies.

Au vu de ces défauts de sûreté, le Réseau « Sortir du nucléaire » demande à l’ASN de jouer son rôle, et d’exiger d’EDF, en vertu du principe de précaution (5), la fermeture sans délai des 34 réacteurs concernés.

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Notes :

1. L’eau borée a pour fonction de modérer les réactions nucléaires dans le coeur.

2. Le tout premier des réacteurs de 900 MW a été connecté au réseau électrique en avril 1977, à la centrale de Fessenheim (Alsace). Le dernier des 34 réacteurs 900 MW a été connecté au réseau électrique en novembre 1987 à la centrale de Chinon (Indre-et-Loire).

3. Rapport Le point de vue de l’IRSN sur la sûreté et la radioprotection du parc électronucléaire français en 2009.

4. Le principe de précaution a valeur constitutionnelle depuis l’intégration de la Charte de l’Environnement dans la Constitution en 2005.

Nucléaire : attention, les travailleurs sont fatigués et démotivés Vincent de Gaulejac, Salvador Juan, Danièle Linhart, Anne Salmon et Annie Thébaud Mony Reporterre 2011/03/12 Vincent de Gaulejac, Salvador Juan, Danièle Linhart, Anne Salmon et Annie Thébaud Mony (12 mars 2011) Nucléaire : attention, les travailleurs sont fatigués et démotivés. Reporterre. Tribune — fr

Nucléaire : attention, les travailleurs sont fatigués et démotivés

Privatisation, flexibilisation, nouvelles méthodes de management : ces logiques déstabilisent les communautés de travail et créent un nouveau risque industriel.

L’opinion publique devient sensible à l’idée que l’organisation du travail et les nouvelles formes de management peuvent être la cause d’un malaise profond au sein des entreprises. Cette souffrance débouche sur une violence contre soi-même (les suicides en entreprise en sont la manifestation extrême) et contre les autres (harcèlement et formes graves d’agression physique). Des mesures urgentes sont à prendre. Un autre aspect du problème est plus souvent ignoré : les logiques managériales gangrènent aussi la qualité du travail. Elles sont en ce sens le vecteur d’un accroissement significatif des risques industriels

Ces logiques ont été introduites au sein d’EDF. Elles sont désormais bien établies dans un contexte marqué par le vieillissement du parc nucléaire. Les interrogations des physiciens et des chimistes sur le comportement du matériel en situation de vieillissement se multiplient. Des recherches sont d’ailleurs engagées. Ces questions entrent en résonance avec celles des sociologues et des psychologues du travail sur l’usure des salariés dont les compétences et la capacité de faire correctement leur travail se trouvent ébranlées par les modes d’organisation et les conditions de mobilisation managériales. Ces risques se précisent au fil des enquêtes de terrain. Il est de notre responsabilité de chercheurs de les porter au débat public.

Les directions ont parfois conscience du malaise qui frappe l’entreprise. Mais il n’est pas certain que les séances de massage proposées aux salariés stressés du nucléaire soient une réponse à la hauteur des enjeux et des risques de cette activité. Les « challenges » commerciaux conduisant les agents à venir travailler déguisés en cow-boys ou l’incitation à choisir un animal familier pour égayer la vie d’un service, ne sont pas non plus des mobiles suffisants pour des salariés en perte de professionnalité. Deux croyances font écran pour appréhender les nouvelles menaces liées au travail.

D’une part, le progrès technique pourrait compenser l’imperfection de l’opérateur : la machine serait infaillible. D’autre part, l’amélioration des modes de contrôle et de traçabilité limiterait les erreurs. Ces arguments sont toutefois fragiles. Car pour se conformer aux impératifs de rentabilité financière, les agents sont parfois conduits à ruser avec les normes et les contrôles. On l’a vu dans un autre contexte avec l’affaire Kerviel : ni la technique, ni le contrôle n’ont été en mesure de prévenir les opérations de camouflage qui ont coûté prés de cinq milliards d’euros à la Société générale.

A EDF, les conséquences ne seraient pas seulement financières. Elles engagent la santé publique et la préservation de l’environnement.

L’usure psychologique et sociale des salariés d’EDF n’épargne aucune catégorie du personnel. On la repère maintenant chez les cadres. Elle ne s’explique pas uniquement par le déclin des finalités de service public au profit des buts de performance financière. Le changement est aussi structurel. L’entreprise de service public s’est d’abord séparée de GDF. Devenue société anonyme, elle s’est fractionnée en plusieurs filiales distinctes. Les réseaux professionnels qu’avaient tissés les agents se sont disloqués. Toute une part de la coopération construite sur le long terme se trouve anéantie. La compréhension fine des rouages de l’entreprise sur laquelle reposaient en partie l’efficacité et la réactivité des agents vient d’être détruite.

Les restructurations touchent en fait le cœur de l’activité des salariés. Les agents parlent d’une frénésie de changements. Celle-ci déstabilise perpétuellement le travail des équipes. Tout est à réinventer en permanence : les savoirs adaptés, les réseaux nécessaires à l’accomplissement du travail. L’individualisation de la gestion des agents ne facilite pas ces adaptations collectives.

Les nouveaux risques dans la sphère du travail

Le brouillage des repères crée des formes de désapprentissage dans un contexte de pression du court terme. La transmission des savoirs est devenue problématique. Soucieuse de s’émanciper de la culture de service public largement véhiculée par les anciens agents, l’entreprise ne leur permet plus de former les jeunes recrutés par la pratique du travail en binôme. L’acculturation fait son chemin sur le plan des valeurs, mais aussi sur le plan des métiers.

L’externalisation du travail et le recours à la sous-traitance sont massifs à EDF. Dans les centrales nucléaires par exemple, les arrêts de tranche, période essentielle de maintenance, sont marqués par l’arrivée d’une multitude d’entreprises sous-traitantes elles-mêmes constituées de salariés précarisés et tournants. Le rôle des agents se réduit souvent à la surveillance et au contrôle des prestataires en charge des opérations. La compétence technique échappe douloureusement à ces professionnels, tandis que l’expérience des travailleurs sous-traitants se disperse au fil des déplacements entre les centrales.

Voilà quelques éléments sur lesquels il est urgent de réfléchir pour éviter des catastrophes dont les conséquences humaines et environnementales seraient irréversibles. Les implications de l’angoisse au travail ne s’arrêtent pas aux frontières de l’entreprise. Comme le nuage de Tchernobyl se jouant des limites du pays, elles les transgressent. La concentration de la puissance industrielle et financière, l’emprise de l’organisation immédiatement rentable au détriment de l’institution porteuse de cohésion sont telles aujourd’hui que les nouveaux risques dans la sphère du travail, sont fondamentalement devenus des risques globaux et donc un enjeu de société.

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Les auteurs :

- Vincent de Gaulejac, sociologue clinicien, directeur du Laboratoire de changement social à l’université Paris-Diderot ;

- Salvador Juan, sociologue des risques et de l’environnement, professeur à l’Université de Caen ;

- Danièle Linhart, sociologue du travail, directrice de recherche au CNRS ;

- Anne Salmon, sociologue du travail, professeure à l’université Paul Verlaine (Metz) ;

- Annie Thébaud Mony, sociologue du travail et de la santé, directrice de recherche à l’Inserm.

Séisme : « aucun doute », le nombre de morts devrait dépasser les 10 000 Par Julien villalard Reporterre 2011/03/12 Par Julien villalard (12 mars 2011) Séisme : « aucun doute », le nombre de morts devrait dépasser les 10 000. Reporterre. fr

Séisme : « aucun doute », le nombre de morts devrait dépasser les 10 000

Le bilan du séisme au Japon pourrait atteindre les 10 000 morts, dimanche 13 mars, 09 h 20.

Source : AFP et REUTERS

Plus de dix mille personnes pourraient avoir été tuées lors du séisme puis du tsunami qui a dévasté la préfecture de Miyagi, la plus proche de l’épicentre, a annoncé dimanche le chef de la police locale, cité par la télévision publique NHK.

Naoto Takeuchi a expliqué qu’il n’y avait « aucun doute » sur le fait que le nombre de morts allait dépasser les 10 000. Samedi, NHK avait rapporté que 10 000 des 17 000 habitants de la ville portuaire de Minamisanriku étaient portés manquants dans cette préfecture.

Pour l’heure, selon l’agence de presse Kyodo, ce bilan serait encore de 1 800 morts et disparus.

Séisme au Japon : 1700 morts, crainte d’accident nucléaire, vendredi 11 mars, 19 h 45.

Le bilan du tsunami est dramatique : 1700 personnes sont mortes alors que des milliers sont portées disparues. L’inquiétude est toujours très forte autour de la centrale de Fukushima, frappée par une explosion.

Le très violent séisme de magnitude 8,8 à 8,9 et le tsunami qui ont touché le Japon vendredi 11 mars ont causé d’importants dégâts

Ce qu’il faut retenir samedi après-midi :

- Bilan humain. Un bilan des médias fait état de 1700 morts au moins et de 10.000 disparus.

- Alerte nucléaire. Un accident nucléaire est possible dans la centrale de Fukushima. Une explosion a eu lieu dans le batiment du réacteur. Des pastilles d’iode sont distribuées à une population appelée à se calfeutrer.

- Tsunami. L’alerte est levée partout sauf pour les côtes nippones, toujours secouées par d’importantes répliques

- Dommages. Les dégâts semblent considérables. Des pluies toxiques ont lieu près d’une raffinerie en feu.

- Secours. Ils progressent en direction des zones touchées. Des équipes internationales arrivent au Japon.

Le séisme et le tsunami, qui ont dévasté le nord-est du Japon vendredi 11 mars, ont semé la dévastation dans l’archipel. L’épicentre de séisme de 8,9 sur l’échelle de Richter était situé à 24 km des côtes, déclenchant immédiatement un tsunami de 10 mètres de hauteur.

Selon Jiji, une agence de presse japonaise, le bilan humain dépasserait désormais les 1700 morts. La préfecture de Fukushima est la plus touchée, ainsi que la ville de Sendaï, une métropole de 1 million d’habitants. Il y a également des centaines, voire des milliers de disparus. Quatre trains de passagers sont portés manquants tandis que plusieur navires n’ont pas donné signe de vie. Un barrage a cédé dans le nord-est, selon l’agence Kyodo, emportant des maisons sur son passage. Samedi midi, 300 à 400 corps ont été retrouvés dans près de Sendaï, faisant craindre un bilan bien plus lourd. 10.000 habitants d’une ville portuaire manquent à l’appel.

La situation dans plusieurs centrales nucléaires qui fait l’objet de très vives inquiétudes. Un problème de refroidissement du réacteur, immédiatement après le séisme, dans la centrale de Fukushima Daiishi, concentre toutes les inquiétudes. Une explosion a eu lieu ce samedi matin à proximité du réacteur n°2. Des fuites nucléaires sont officiellement envisagée alors que plus de 10.000 personnes ont été évacuées, dans un rayon de 20 km. La télévision japonaise demande aux habitants à proximité de se calfeutrer dans leurs maisons et d’attendre les instructions du gouvernement. Des pastilles d’iode vont être distribuées. La situation reste très confuse.

L’alerte au tsunami a été levée dans l’ensemble du bassin pacifique. Seul le Japon est encore concerné, à cause des risques de répliques. Les secousses les plus importantes se sont d’ailleurs décalées vers l’est, c’est à dire plus loin des côtes nippones. Les vagues, qui ont touché la plupart des côtes du Pacifique, n’ont pas fait de dégâts majeurs ailleurs qu’au Japon.

Les transports restent très désorganisés. L’aéroport international de Narita, situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Tokyo, a rouvert après une interruption de trafic de plusieurs heures. Le trafic y est néanmoins très perturbé, comme dans tout l’archipel. Les trains express Shinkansen ont été stoppés dans tout le nord-est et les autoroutes de la région de Tokyo fermées quelques minutes après le tremblement de terre. Le métro et les trains de banlieues sont à l’arrêt.

Les secours tentent de venir en aide aux victimes dans des conditions délicates. Des milliers de secouristes sont à l’oeuvre dans le nord-est. L’Onu et de nombreux pays, dont la Chine et la France, proposent leur aide. Les Etats-Unis, qui disposent de forces au Japon, participent à plusieurs opérations, dont une vers la centrale de Fukushima. L’Australie, la Suisse et le Royaume-Uni envoient des équipes spécialisées.

Une obession des dirigeants français, vendre du nucléaire Fabrice Nicolino Reporterre 2011/03/13 Fabrice Nicolino (13 mars 2011) Une obession des dirigeants français, vendre du nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Une obession des dirigeants français, vendre du nucléaire

M. Fillon est censé visiter le Japon en avril prochain. Objet de la visite : les installations nucléaires de Rokkasho. C’était avant l’accident de Fukushima.

J’écris alors que je ne sais si la tragédie s’invite une fois de plus à notre table commune. Peut-être le tremblement de terre qui vient de frapper le Japon restera-t-il un avertissement de plus, vite oublié. Peut-être a-t-il infligé de graves dommages à l’industrie nucléaire de ce pays si proche et si lointain. On ne sait donc encore rien, si ce n’est qu’une partie des réacteurs est à l’arrêt. Par mesure de précaution, disent ces autorités que plus personne ne croit. On verra donc, car il n’y a rien à faire. C’est-à-dire rien. Le nucléaire est notre fatum. Le destin qui nous a été imposé. Des fous que nous soutenons pourtant, et pour qui nous votons pourtant, ont laissé se développer une industrie qui n’a pas le moindre droit à l’erreur, et qui, partant, est antihumaine. Définitivement.

Notre Premier ministre François Fillon sera en visite au Japon, si l’archipel est encore là, du 10 au 13 avril prochain. J’extrais ceci de son agenda :

Samedi 12 avril

7h15 (h15) : Départ de l’Hôtel

8h40 (1h40) : Décollage de l’aéroport de Tokyo Haneda

10h (3h) : Atterrissage à l’aéroport de Misawa

10h45 (3h45) : Arrivée sur le site nucléaire de Rokkasho Mura

11h05 (4h05) : Accueil par M. Akira AMARI, ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie

11h10 (4h10) : Visite du centre d’entreposage des déchets vitrifiés et de l’usine de retraitement, suivie d’une rencontre avec les ingénieurs d’AREVA

12h15 (5h15) : Intervention du Premier ministre

12h30 (5h30) : Point de presse

13h05 (6h05) : Départ du site de Rokkasho Mura pour l’aéroport de Misawa, après un bref arrêt sur le futur site ITER de Rokkasho

13h50 (6h50) : Décollage de l’aéroport de Misawa.

Voyez comme nos affaires nucléaires avancent, à pas de géant. Je rappelle qu’au moment même où la « Bande des Quatre » - WWF, Greenpeace, Fondation Hulot, France Nature Environnement - commençait, sur fond d’embrassades, la pantomime du Grenelle de l’Environnement, Sarkozy finalisait le projet de vente d’une centrale nucléaire française au boucher de Tripoli, Mouammar Kadhafi. Nous étions à la fin de l’été 2007, et rien n’était trop beau pour le dictateur libyen. Et pour tous les autres. Je cite Sarkozy, proclamant du haut de la tribune des Nations unies, le 25 septembre 2007 : « Il n’y a pas une énergie de l’avenir pour les pays occidentaux et des pays d’Orient qui n’auraient pas le droit d’y avoir accès (…) La France est prête à aider tout pays qui veut se doter de l’énergie nucléaire civile ».

Il y avait donc, il y aurait donc, il y aura peut-être du nucléaire pour tous les satrapes de la terre. Sans que nul, car c’est impossible, puisse garantir que le nucléaire civil ne servira pas à obtenir du nucléaire militaire. On hésite devant le qualificatif que mérite notre président. Et si j’hésite, ce n’est pas pour la raison que j’aurais peur d’insulter un chef d’État. J’hésite car je ne dispose pas des mots qu’il faut. Mais bien entendu, Sarkozy n’est qu’un symptôme d’une maladie plus répandue et beaucoup plus redoutable encore. Celui qui sera peut-être son challenger à la prochaine élection présidentielle, Dominique Strauss-Kahn, est comme on sait le directeur du Fonds monétaire international, ce FMI chargé d’étrangler les peuples.

Le 9 février 2011, il y a donc un peu plus d’un mois, le FMI rendait les conclusions d’un rapport de terrain mené en Libye, chez notre ancien grand ami. Et ce texte, je le précise, a été revu par Strauss-Kahn soi-même. On ne le peut trouver qu’en anglais, croyez que je le regrette (c’est ici). En voici les dernières lignes : « Directors encouraged the authorities to further advance structural reforms to support private sector development. They commended the authorities for their ambitious reform agenda, and looked forward to the effective implementation of the many important laws passed in the last year, complemented by policies aimed at adapting the labor force to the economic transformation. Directors encouraged the authorities to continue to improve economic and financial statistics ».

La traduction que je propose est celle-ci : « Les directeurs ont encouragé les autorités à faire progresser les réformes structurelles de manière à soutenir le développement du secteur privé. Ils félicitent les autorités pour leur ambitieux programme de réformes ambitieux, et attend impatiemment la mise en œuvre effective des très importantes lois votées l’an passé, qui doivent être complétées par des politiques visant à adapter la main-d’œuvre à la transformation économique. Les directeurs ont encouragé les autorités à continuer d’améliorer les statistiques économiques et financières ». Le texte est certes épouvantable dans sa forme, mais il est évidemment odieux sur le fond. Qui a été décidé par ce grand socialiste de Strauss-Kahn.

Lequel, et cela nous permettra de refermer la boucle, a été un lobbyiste officiel, et donc rétribué, de l’industrie nucléaire. Quand la gauche fut envoyée au tapis électoral, en 1993, monsieur DSK n’a pas souhaité perdre la main, et il a présidé entre 1993 et 1997 un lobby appelé le Cercle de l’Industrie, regroupant une sorte de gotha des (grandes) affaires. Dans le noble but de favoriser ses clients auprès de la Commission européenne, à Bruxelles. En 1994, après avoir signé un contrat avec EDF, il s’est rendu à de nombreuses reprises en Allemagne - il parle la langue du pays - pour tenter de convaincre ses amis du SPD. De quoi ? De la nécessité pour l’Allemand Siemens de rejoindre le Français Framatome et EDF dans le vaste chantier de l’EPR, le nouveau réacteur nucléaire français (1). On applaudit debout.

Ensuite, en 1997, comme la gauche revenait au pouvoir, monsieur Strauss-Kahn se retrouva sans transition ministre de l’Économie et des Finances, chargé donc de la politique française dans ce domaine essentiel qu’est le nucléaire, qui dispose de deux acteurs publics majeurs, EDF et Areva. Inutile de chercher la moindre morale dans cette histoire. Je serais très étonné, pour ma part, qu’il y en eût une.

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Note de Reporterre :

(1) Cet épisode est raconté dans le livre de Vincent Giret et Véronique Le Billon, Les vies cachées de DSK, Seuil, 2000, p. 138 et 146. Et cité dans L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Seuil, 2011, p. 59.

Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot demandent un référendum sur le nucléaire Gabriel Vedrenne (Europe 1) Reporterre 2011/03/14 Gabriel Vedrenne (Europe 1) (14 mars 2011) Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot demandent un référendum sur le nucléaire. Reporterre. fr

Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot demandent un référendum sur le nucléaire

« Il faut se poser la question de la nécessité de l’énergie nucléaire civile. N’est-il pas temps de tirer la sonnette d’alarme et de concevoir une sortie du nucléaire ? », s’est interrogé Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe Les Verts au Parlement européen, lundi matin sur Europe 1.

« Il ne faut pas léguer aux générations futures un monde où on dépend du nucléaire civil parce que le nucléaire n’est pas à 100% maîtrisable », a poursuivi l’un des chefs de file d’Europe Ecologie - Les Verts. « Le problème est que l’être humain, l’Homme, vous, moi, les générations futures... Jamais nous ne maîtriserons à 100% la nature », a-t-il estimé, alors que le Japon fait face à l’une des pires catastrophes nucléaires de son histoire.

Daniel Cohn-Bendit propose donc, après un long débat présentant chaque point de vue, « un référendum où les citoyens, en toute connaissance de cause, et reprenant aussi les débats qui ont lieu hors de l’Hexagone, peuvent se décider ».

« La gauche devrait mettre à son programme un référendum », a-t-il prôné.

Cécile Duflot a aussi réclamé, lundi matin sur France 2, un référendum sur l’énergie nucléaire en France. « Il faut sortir du nucléaire bien sûr, décider tout de suite c’est possible », a-t-elle affirmé, rappelant que « ça fait des années que les écologistes demandent deux choses : un vrai débat public sur l’énergie » et ensuite « la possibilité de décider par référendum notamment d’engager la sortie du nucléaire ». Les évènements au Japon « renforcent notre détermination », a-t-elle dit.

Invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 quelques minutes plus tard, la ministre de l’Ecologie a estimé de son côté qu’un tel débat n’était pas la priorité. « Le débat nucléaire en France, ce n’est pas le moment », a tranché Nathalie Kosciusko-Morizet. « On a une catastrophe nationale au Japon, un accident nucléaire grave et c’est ça la priorité », a-t-elle poursuivi.

Un désastre prévisible Jean-Marie Matagne Reporterre 2011/03/14 Jean-Marie Matagne (14 mars 2011) Un désastre prévisible. Reporterre. Tribune — fr

Un désastre prévisible

« Ce que la technologie donne d’une main, elle le reprend de l’autre : elle a fourni au Japon, avec les centrales nucléaires, le moyen de transformer le désastre naturel en une possible catastrophe mondiale. »

Certaines catastrophes sont prévisibles, même si leur date ne l’est pas.

On sait par exemple qu’un séisme majeur peut à tout moment frapper San Francisco et la Californie, sur la faille de San Andréas. De même, il était prévisible - et prévu- que l’archipel japonais subirait de nouveaux séismes de forte magnitude. Celui de magnitude 8,9 qui a frappé le 11 mars 2011 la côte nord-est de l’île de Honshû, à environ 250 km au nord de la capitale Tokyo, est le plus fort jamais enregistré au Japon. Il a été suivi d’un tsunami et de nombreuses répliques.

Prévoyant, riche, à la pointe du progrès, le Japon a su prendre dans la construction de ses bâtiments et la formation de ses citoyens les mesures préventives aptes à limiter au maximum les pertes humaines en cas de tremblement de terre. De fait, si les victimes du séisme survenu le 11 mars se comptent par dizaines et celles du tsunami probablement par milliers, elles n’atteindront pas les centaines de milliers de morts, comme l’an dernier en Haïti, où la misère et le sous-développement ont décuplé l’effet de la violence sismique.

Mais ce que la technologie donne d’une main, elle le reprend de l’autre, et même bien au-delà : elle a fourni au Japon, avec les centrales nucléaires, le moyen de transformer le désastre naturel en une possible catastrophe mondiale. Il y a en effet les victimes directes, immédiates, locales, que l’on peut comptabiliser, et les victimes indirectes, différées, nationales et internationales, indénombrables et virtuellement innombrables. Comme après Tchernobyl.

Ce que les dirigeants japonais pouvaient parfaitement prévoir depuis des décennies, mais qu’ils ont préféré ignorer sous l’influence des industriels de l’atome, se produit sous nos yeux : le séisme et le tsunami du 11 mars ont provoqué des dégâts gravissimes dans au moins deux réacteurs nucléaires : le réacteur n°1, âgé de 40 ans, dans la centrale de Fukushima Daiichi qui en compte six, et le réacteur n°3 dans la centrale voisine de Fukushima-Daini. Du fait que, pour refroidir le cœur de ses réacteurs, toute centrale nucléaire a besoin d’une importante quantité d’eau qu’elle puise soit dans un fleuve, soit dans la mer, ces centrales ont été construites sur la côte du Pacifique, à la merci d’un ras de marée. C’est le cas de nombreuses centrales dans le monde, y compris en France.

Il est encore trop tôt pour savoir avec précision et certitude ce qui s’est passé et continue de se passer près de Fukushima. Les informations qui filtrent du Japon se suivent et se contredisent, alternant les nouvelles rassurantes et inquiétantes. Comme l’a fait remarquer Richard Black, le correspondant environnemental de la BBC, ’’L’industrie nucléaire japonaise ne s’est pas particulièrement distinguée par son ouverture et sa transparence. L’opérateur Tepco lui-même a été impliqué dans une série de camouflages dans les années passées. En 2002, son président et quatre autres dirigeants accusés d’avoir falsifié des rapports relatifs à la sécurité de plusieurs centrales de Tepco ont dû démissionner. De nouveaux cas de falsification ont été constatés en 2006 et 2007.”

On peut en dire autant de l’AIEA, qui a produit le 12 mars un communiqué fondé sur des « assurances » japonaises et manifestement fait pour minimiser les risques, mais aussi du gouvernement français, qui nous assurait le 13 mars que nos compatriotes vivant à Wallis et Futuna ou en Nouvelle Calédonie n’ont pas été atteints par une hypothétique vague de retombées radioactives ; a fortiori, les Français de métropole peuvent en conclure qu’ils n’ont rien à craindre pour leurs poumons ou leur thyroïde. Rien à craindre non plus, sans doute, des 58 réacteurs nucléaires installés à leur porte, dont une bonne partie en zone sismique et d’autres, ou les mêmes, en bord de mer.

Pour autant qu’on sache à ce stade de la désinformation, le séisme du 11 mars aurait provoqué l’arrêt automatique des réacteurs en fonctionnement. Mais il aurait aussi privé les centrales de leur propre électricité, et, semble-t-il, provoqué dans le réacteur Daiichi n° 1, et probablement aussi dans le réacteur Daini n° 3, la rupture de tuyaux d’alimentation en eau du circuit primaire de refroidissement, encore indispensable pour faire baisser la chaleur résiduelle du cœur de réacteur.

La vague du tsunami qui peu après a inondé les installations aurait mis hors service les générateurs d’électricité et les pompes de secours de refroidissement. Elévation de la température et de la pression au sein du réacteur, dégagement d’hydrogène, évacuation partielle, par l’opérateur Tepco, des gaz depuis l’enceinte de confinement vers l’intérieur du bâtiment, puis explosion soufflant les murs du bâtiment, n’en laissant plus subsister que la structure métallique, et libérant les gaz radioactifs dans l’atmosphère. Les tentatives de refroidir le cœur avec de l’eau de mer additionnée de bore semblent avoir échoué : les crayons d’uranium seraient en majeure partie à l’air libre.

Le 13 mars, alors que des centaines de milliers d’habitants fuient la région de Tsushima dans un exode massif en partie organisé, en partie spontané, le gouvernement et l’agence de sûreté nucléaire japonais admettent le relâchement d’effluents radioactifs, et un probable début de fusion du cœur des deux réacteurs incriminés. D’autres sources affirment que la situation ne serait plus sous contrôle non seulement dans ces deux réacteurs, mais encore en passe de l’être pour plusieurs autres.

Faut-il s’étonner de pareils événements ? Des incidents survenus à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa lors du séisme de magnitude 6,8 survenu à Chūetsu-oki en 2007 laissaient prévoir la fragilité des systèmes de sécurité nucléaire.

Mais, sans incriminer aucun tremblement de terre, nous avons connu une situation semblable en France, lors de la tempête qui a traversé le pays le 27 décembre 1999. Les vents violents ont fait monter le niveau de la Gironde, et plus de 100 000 mètres cube d’eau ont envahi l’intérieur des bâtiments de la centrale du Blayais, provoquant des courts-circuits et mettant hors service les pompes de refroidissement de secours. Quand on lit l’interview du directeur de la centrale parue quelques mois plus tard dans un hebdomadaire de la région, on comprend qu’il s’en est fallu de peu pour que la France connaisse son Tchernoblaye ; mais cela, bien sûr, la plupart des Français n’en ont jamais rien su.

A partir d’aujourd’hui, après Tsushima, et même si la situation finit par y être maîtrisée, comme il faut ardemment l’espérer, on ne pourra plus jamais dire : le nucléaire est sûr, Tchernobyl, c’est l’exception qui confirme la règle ; Tchernobyl, c’est bon pour les pays à la technologie vacillante, comme l’Union Soviétique en 1986, Tchernobyl, ça n’atteint pas la France, les nuages s’arrêtent aux frontières ; Tchernobyl, ça ne peut pas se produire chez nous.

On ne pourra plus dire : "Français, votez pour moi, je vendrai des centrales - et des armes - à la Libye, pays moderne et démocratique. Je coudrai une bordure nucléaire à la Méditerranée. Je vendrai un sous-marin nucléaire et des armes au Brésil. Histoire d’améliorer notre balance commerciale et le bien-être des Français, j’exporterai des EPR et des armes partout dans le monde."

Le 22 février dernier, un séisme a fait 200 morts ou disparus à Christchurch : plus qu’à Tsushima et dans tout le Japon ce 11 mars. Mais la catastrophe s’est arrêtée là : la Nouvelle Zélande a fait le choix de n’héberger aucune centrale nucléaire ni aucune arme atomique. C’est un exemple qui mérite réflexion, particulièrement en France, où les élites politiques dominantes ont fait le choix d’écouter les marchands d’armes et les marchands d’atome.

Les Français sont-il d’accord pour finir comme viande à rems ? Il va falloir les consulter.

En France, la centrale de Gravelines est très vulnérable Virage Energie Reporterre 2011/03/14 Virage Energie (14 mars 2011) En France, la centrale de Gravelines est très vulnérable. Reporterre. fr

En France, la centrale de Gravelines est très vulnérable

La centrale de Gravelines est très vulnérable en raison de sa situation en bordure de mer (risque d’invasion marine) et au cœur de zone pétrochimique et urbaine.

Les accidents nucléaires survenus au Japon ce vendredi 11 mars sur les deux centrales de Fukushima et d’Onagawa, montrent combien ces installations industrielles sont vulnérables et menacent la santé des populations et l’équilibre du pays. Il montre aussi que la sécurité absolue en matière nucléaire est un mythe.

Ce risque d’accident est-il envisageable pour la centrale nucléaire située à Gravelines qui vient de franchir ses trente années de fonctionnement ?

L’association Virage-énergie Nord-Pas de Calais a décidé de faire le point et organise deux conférences sur cette question et ouvertes à tous publics les 7 & 11 avril 2011 à 19h00 au Nouveau Siècle à Lille. Même si le risque sismique est plus faible en Nord-Pas de Calais qu’au Japon, il n’en demeure pas moins que les réacteurs français sont insuffisamment protégés.

La centrale de Gravelines, quant à elle, souffre d’une extrême vulnérabilité de par sa situation en bordure de mer (risque d’invasion marine) et en cœur de zone pétrochimique et urbaine. Cette centrale, de plus, présente une usure prématurée des groupes électrogènes censés prendre le relais en cas de problème du système électrique principal et, comme sur 13 autres réacteurs de 900 MW, une anomalie générique, non résolue à ce jour, du système de refroidissement d’urgence à actionner en cas d’accident.

La centrale de Gravelines doit aussi faire face aujourd’hui à son âge trentenaire, d’autant plus que ses six réacteurs étaient initialement prévus pour un fonctionnement de trente ans. Il va sans dire que les moyens de production d énergies renouvelables (et encore plus les économies d’énergies) présentent des risques d’accidents sans commune mesure (voire nuls) avec ceux, gravissimes, que fait courir la technologie nucléaire.

Afin que les responsables politiques s’engagent dans des politiques énergétiques au service du bien-être des populations actuelles et futures, il s’avère indispensable d’informer d’une manière indépendante les citoyens et d’intensifier le débat démocratique sur cette question.

Virage-énergie organise donc, avec le soutien de quinze associations régionales et nationales., les 7 et 11 avril prochains au Nouveau Siècle à Lille deux conférences,

La conférence du 7 avril fera le point sur les risques liées à son vieillissement. Interviendront Jean Sename, président de l’ADELFA (Assemblée de défense de l’environnement Littoral Flandres Artois) et membre de la Commission Locale d’Information de la centrale nucléaire de Gravelines, et Yves Marignac, expert indépendant en installations nucléaires, Directeur de Wise-Paris

La conférence du 11 avril se focalisera sur les alternatives énergétiques possibles avec présentation par les acteurs concernés du plan de sortie du nucléaire en Allemagne, d’une société coopérative de production électrique renouvelable en Belgique et du scénario régional Virage-énergie.

Une pierre noire tombée par hasard sur le chemin du progrès ? Non ! Hervé Kempf Reporterre 2011/03/15 Hervé Kempf (15 mars 2011) Une pierre noire tombée par hasard sur le chemin du progrès ? Non !. Reporterre. Tribune — fr

Une pierre noire tombée par hasard sur le chemin du progrès ? Non !

« Il est étonnant qu’un procédé technique qui hypothèque autant l’avenir des prochaines générations soit présentée comme l’ »énergie du futur« . Il n’y a pas guère de meilleur symptôme de l’irresponsabilité morale de l’oligarchie présente. » (texte de 2009)

Étrange époque. On n’a jamais autant parlé de l’énergie nucléaire. Mais ce flot de paroles se déverse comme si elle était à l’abri de tout accident grave, comme si Tchernobyl avait été un simple chaos de l’histoire, une pierre noire étincelante mais météorique tombée par hasard sur le chemin du progrès.

Je frémis quand j’imagine qu’un des cinquante réacteurs que compte mon pays pourrait faillir et rendre inhabitable pour des décennies plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres carrés. Car malgré le mutisme coupable des dirigeants, les accidents sont possibles. A plusieurs reprises dans les années récentes, des réacteurs sont passés à un doigt d’un pépin vraiment grave : le 27 décembre 1999, la centrale française du Blayais a subi une grave inondation qui a mis hors service des pompes essentielles à sa sécurité. Le 25 juillet 2006, le fonctionnement de la centrale suédoise de Forsmark était stoppé en urgence – « c’est une pure chance si le cœur n’a pas fondu, commentait Lars-Olov Höglund, un ancien responsable de la centrale, »cela aurait pu être une catastrophe". Le 16 juillet 2007, la centrale japonaise de Kashiwazaki-Kariwa subissait le contrecoup d’un violent séisme ; la principale conséquence était la fuite d’eau radioactive ; un an plus tard, la centrale restait à l’arrêt.

Ces événements se sont produits dans trois pays réputés pour la qualité de leur sûreté nucléaire.

La possibilité qu’un accident grave advienne est enfin officiellement envisagée : la France a constitué en 2007 un « Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d’un accident nucléaire ou d’une situation d’urgence radiologique » (Codirpa). Celui-ci a commencé à réfléchir aux « questions qui nécessitent une anticipation », telles que celle-ci : « Dans le cas où les pouvoirs publics retiendraient un éloignement des populations, du fait des doses susceptibles d’être reçues, le statut des territoires concernés devra être précisé : - l’éloignement des populations a-t-il le statut de simple recommandation ou entraîne-t-il une interdiction absolue de séjour ? – dans l’hypothèse où l’éloignement est impératif, comment s’assurer du respect de l’interdiction de séjour sur les territoires concernés ? ». Comme l’observe un membre du Codirpa, « il est dur d’appréhender le sacrifice d’un territoire pour plusieurs siècles, voire des millénaires ».

Il est étonnant qu’un procédé technique qui hypothèque autant l’avenir des prochaines générations soit présentée comme l’« énergie du futur ». Il n’y a pas guère de meilleur symptôme de l’irresponsabilité morale de l’oligarchie présente.

Japon : comment le discours du gouvernement français a évolué Alexandre Piquard (lemonde.fr) Reporterre 2011/03/15 Alexandre Piquard (lemonde.fr) (15 mars 2011) Japon : comment le discours du gouvernement français a évolué. Reporterre. fr

Japon : comment le discours du gouvernement français a évolué

Eric Besson, le ministre chargé notamment de l’énergie, a finalement jugé, lundi 14 mars, que la situation dans les centrales japonaises est « préoccupante » et convient que l’hypothèse d’une « catastrophe nucléaire » n’est plus à exclure.

A chaud, au lendemain du séisme de vendredi, le ministre avait dénoncé ceux qui voulaient sonner le « tocsin » et tenaient un discours jugé catastrophiste. Sa sortie avait été immédiatement dénoncée, notamment par les écologistes et le Parti socialiste. En trois jours, le ton du ministre a changé au gré des événements.

- SAMEDI : « PAS UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE »

« Ça n’a rien à voir avec Tchernobyl », lance Eric Besson au lendemain du tremblement de terre suivi d’un tsunami qui a frappé le Japon et mis à mal la sécurité des installations nucléaires nippones, avec une première explosion signalée à la centrale de Fukushima Dai-Ichi. Il précise qu’à « ce stade et selon les informations dont on dispose, [on est en présence] d’un accident grave mais pas une catastrophe nucléaire ».

Plus tard, lors d’une conférence de presse à laquelle assistent des dirigeants d’Areva et d’EDF, ainsi que la secrétaire d’Etat à l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, il appelle « à ne pas sonner un tocsin qui n’existe pas à l’heure où l’on parle », dans une allusion aux écologistes. « La question nucléaire n’est qu’une petite partie, certainement pas la plus importante de ce drame qui a frappé le Japon », ajoute Eric Besson.

Il insiste aussi sur la sûreté du nucléaire français : « Toutes les centrales françaises ont été conçues en intégrant le risque sismique et le risque inondation », dit-il. Excluant un risque pour les populations des territoires d’outre-mer, Nathalie Kosciusko-Morizet estime que la France va s’efforcer de « comprendre, évaluer ce qui est en train de se passer au Japon ».

Les premières sorties d’Eric Besson déclenchent une salve de riposte chez les écologistes et les socialistes. « Oser dire que les accidents nucléaires ont été pensés, intégrés dans la construction de nos centrales nucléaires françaises est scandaleux, c’est insultant », lance Eva Joly dimanche, soulignant le fait que le personnel japonais est « hautement qualifié ». « Dénoncer, comme vient de le faire, le ’catastrophisme’ de ceux qui s’inquiètent des conséquences des accidents nucléaires au Japon n’est pas responsable de la part d’un ministre », juge le PS.

- DIMANCHE : « POUR L’INSTANT, LE RISQUE MAJEUR (...) EST MAÎTRISÉ »

« Le risque majeur, [c’est celui d’] une explosion du cœur du réacteur, et là ce serait une catastrophe nucléaire ; pour l’instant, ce risque n’existe pas ou plus exactement il est maîtrisé par les autorités japonaises et par l’opérateur japonais », explique Eric Besson sur Europe 1, dimanche. « Pour l’heure, il faut rester prudent, le cœur du réacteur et son enveloppe n’ont pas cédé », ajoute-t-il. Sur BFM-TV, il regrette de n’avoir que des « informations fragmentaires ».

Eric Besson évoque les dégazages faits par les Japonais, précisant : « Ils acceptent de laisser partir dans l’atmosphère (...) de la vapeur faiblement radioactive pour protéger ce qui est le plus sensible, le cœur du réacteur. » Déjà, le ministre doit répondre de ses propos jugés trop rassurants la veille : il affirme qu’il n’est « pas là pour atténuer quoi que ce soit ». « Si c’était très inquiétant, je le dirais de la même façon, assure-t-il. Si aujourd’hui se produisait la catastrophe nucléaire que tout le monde redoute, il faudrait le dire ». Il martèle cependant à l’attention de ses détracteurs : « Je ne suis pas pour sonner le tocsin avant que quelque chose de très important se soit produit. »

Plus tôt dimanche, le premier ministre, François Fillon, est intervenu pour faire savoir que la France allait « tirer les enseignements utiles des événements japonais ». Tout en précisant que la France avait toujours « privilégié le maximum de sécurité pour ses centrales ». Nathalie Kosciusko-Morizet affirme, elle, dans un débat sur BFM TV, que « l’électricité nucléaire bien maîtrisée reste une bonne énergie ».

- LUNDI : « LA SITUATION EST PRÉOCCUPANTE »

Après deux explosions dans des réacteurs au Japon, le ministre estime que le scénario d’une « catastrophe » n’est pas inenvisageable : « On ne peut pas l’écarter, absolument. » Le fond du propos reste proche de celui de la veille mais le ton semble moins rassurant : « La situation est préoccupante », dit notamment le ministre.

Selon M. Besson, les responsables japonais ont procédé à des dégazages « relativement importants », avec des risques de contamination pour les populations à proximité des sites, dans le but de faire chuter la pression et protéger l’enceinte de béton qui recouvre le réacteur. « Tant qu’elle tient, cette enceinte de béton, on est dans un accident nucléaire grave puisqu’il y a eu des fuites radioactives mais on n’est pas dans une catastrophe ». « La catastrophe, ce serait la fusion du réacteur et surtout la rupture de cette enveloppe qui enserre le réacteur », précise-t-il. Sur le plan politique, Eric Besson estime que le débat, que les écologistes veulent rouvrir, est « permanent » mais aussi « légitime ». Un ton qui apparaît moins polémique que celui des jours précédents.

En fin de journée, Nathalie Kosciusko-Morizet participe à une réunion des ministres européens de l’environnement. Son intervention confirme que désormais, au sein du gouvernement, on semble accepter la nécessité d’envisager le pire : « Le risque de très grande catastrophe ne peut être écarté », déclare-t-elle depuis Bruxelles.

Nucléaire au Japon : les écolos sont-ils « indécents » ? Daniel Schneidermann Reporterre 2011/03/15 Daniel Schneidermann (15 mars 2011) Nucléaire au Japon : les écolos sont-ils « indécents » ?. Reporterre. Tribune — fr

Nucléaire au Japon : les écolos sont-ils « indécents » ?

Par solidarité avec les Japonais qui souffrent, il est donc « indécent » de soulever la question nucléaire. L’argument, d’abord émis par NKM et Besson, était repris au vol par Allègre lundi soir sur France 2, et par Royal, au même moment, dans un meeting.

Un débat ? Oui, un jour. Demain. Après-demain. Quand les choses se seront calmées au Japon. Mais pour l’instant, c’est « indécent ». Pensez donc aux Japonais, si dignes, et qui nous regardent ! Etrange irruption du critère de « décence » dans l’agenda politique.

A la vérité, ce débat, les nucléocrates n’en ont jamais voulu et n’en veulent pas. Il a toujours été « indécent ». Et cela remonte aux années 70. Un beau jour, dans les derniers mois du septennat interrompu de Pompidou, l’Etat a fait le choix du tout nucléaire.

Le patron d’EDF a eu quelques heures, un samedi matin, pour proposer au gouvernement le nombre des centrales qu’il pouvait construire. Et dans l’urgence, personne n’a même songé à organiser un débat à l’Assemblée.

Tout ceci est raconté dans un documentaire que nous avions diffusé, dans Arrêt Sur Images, en 1999, et qui prend aujourd’hui, alors que se fissurent les certitudes des nucléocrates à la même vitesse que les enceintes de confinement de Fukushima. Une résonance singulière.

Indécence, disait-on. Oui. Peut-être. Autant que d’évoquer une énième loi sur les multirécidivistes, après le meurtre d’une joggeuse, et avant même l’enterrement ? Autant que de menacer de déchéance de la nationalité les meurtriers de policiers, en sachant parfaitement que la mesure ne sera jamais appliquée ?

Autant que cette dépêche, tombée lundi, sur les valeurs du luxe « malmenées » par le tremblement de terre japonais, dépêche qui se concluait par cette note rassurante : « Toutefois, les zones touchées (à ce stade) par le séisme ne semblent pas être des zones où les enseignes semblent être très présentes » ? Autant que d’inviter sur le plateau de la principale chaîne d’Etat, pour traiter du nucléaire, le faussaire Allègre ?

Qu’est-ce qui définit l’indécence ? Simplement l’exploitation d’un contexte d’affolement, pour faire progresser ses arguments dans l’opinion, à la faveur de cet affolement ? Alors, oui, les antinucléaires sont à égalité « d’indécence » avec Sarkozy, et sa collection de lois de circonstance.

Mais, chers pourfendeurs de « l’indécence » des écolos, évitez d’appeler en renfort l’exigence de solidarité avec les Japonais qui souffrent. C’est cet argument-là, qui est indécent.

Les kamikazes du nucléaire sacrifient leur vie Le Figaro Reporterre 2011/03/15 Le Figaro (15 mars 2011) Les kamikazes du nucléaire sacrifient leur vie. Reporterre. fr

Les kamikazes du nucléaire sacrifient leur vie

Ce sont des héros. Ils jouent le tout pour le tout. Alors que le monde est actuellement confronté à la plus grande catastrophe nucléaire depuis celle de Tchernobyl en 1986, les salariés de la centrale de Fukushima, à 250 km au nord-est de Tokyo, seraient une cinquantaine à se battre. En temps normal, ils sont 800 à travailler sur le site. Mais une partie a été évacuée. La nuit dernière, ils ont bataillé sous la neige. Leur objectif : éviter à tout prix, et ce au péril de leur vie, la fusion du cœur des réacteurs, synonyme d’émanations radioactives importantes et dangereuses pour les populations avoisinantes.

Munis de combinaisons protectrices, ces hommes, qui sont de véritables sacrifiés, ont notamment pour tâche d’injecter de l’eau de mer dans le réacteur pour en refroidir le cœur. Mardi, le patron de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) leur a rendu hommage. Ces personnels sont « exposés à des conditions folles », a-t-il confié. « Affreuses », disait même Thierry Charles, le directeur de la sûreté des installations de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). À Tchernobyl, plusieurs dizaines de « liquidateurs » comme on les avait appelés, étaient morts, pour certains un mois après. Les plus irradiés étant ceux qui étaient intervenus les premiers jours et qui avaient survolé en hélicoptère le réacteur en feu.

À Fukushima, la situation est très préoccupante. La radioactivité a atteint des niveaux extrêmement élevés. Mardi, dans la salle de contrôle du réacteur 4, les doses étaient tellement fortes que les ingénieurs ne pouvaient quasiment plus travailler. Dans la nuit de lundi à mardi, un incendie s’est déclenché dans ce bâtiment contenant un bassin de rétention. Ce dernier abrite du combustible usagé, mais qui, faute de refroidissement, s’est mis à chauffer. Les salariés de Tepco, le géant de l’électricité qui exploite la centrale, ont dû effectuer des rotations dans la salle de contrôle pour limiter l’exposition à la radioactivité. Tepco a d’ailleurs annoncé mardi que quinze de ses « kamikazes » du nucléaire avaient été blessés. « Les doses peuvent même remettre en cause le fait de maintenir des travailleurs sur place, a expliqué Agnès Buzyn, la présidente de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français. On est inquiet pour leur capacité à tenir car la radioactivité a atteint des niveaux toxiques. »

Un choix volontaire

Si un accident de ce type se produisait en France, des « intervenants en situation d’urgence radiologique » seraient prêts à intervenir. Plusieurs catégories de personnels sont concernées, en tout des centaines peuvent être mobilisables. Il s’agit d’abord des pouvoirs publics (les pompiers des cellules formées pour les risques radiologiques, Samu), des salariés des exploitants des centrales nucléaires (comme EDF), et enfin, des agents du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), de l’IRSN ou des fabricants comme Areva. « Ces personnels font l’objet d’un suivi médical spécifique avec un examen complet chaque année », rapporte Julien Collet, directeur de l’environnement et des situations d’urgence de l’ASN. « Ce ne sont pas des superhéros hollywoodiens, insiste-t-on chez EDF. Quand on travaille dans une centrale nucléaire, le travail en équipe fait partie du quotidien. L’entraide n’est pas un vain mot. » Dans chacun des 19 sites nucléaires français, des volontaires s’inscrivent pour être appelés en cas d’accident.

C’est devant le médecin du travail que les salariés d’EDF doivent dire s’ils se portent ou non volontaires pour les situations d’urgence. « C’est du volontariat, il n’y a aucune pression », assure-t-on chez EDF, où le terme de « liquidateurs » fait sursauter. Car « la loi encadre les choses, et dire que ce sont des liquidateurs signifie que ce personnel est sacrifié ». En théorie, les interventions sont limitées dans le temps et les doses maximales sont clairement définies pour ces volontaires du nucléaire. À Fukushima, face à la réalité d’une telle catastrophe, rien ne permet de dire si de telles procédures ont été respectées.

La solitude des travailleurs de Fukushima Claire Ané (lemonde.fr) Reporterre 2011/03/16 Claire Ané (lemonde.fr) (16 mars 2011) La solitude des travailleurs de Fukushima. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

La solitude des travailleurs de Fukushima

Combien sont-ils ? « Les cinquante de Fukushima », comme les a baptisés la presse anglaise après des déclarations du gouvernement japonais ? Soixante-dix, comme le suppose le Guardian, ou encore cent soixante-dix, comme l’a enfin déclaré Tepco, l’exploitant de cette centrale nucléaire japonaise où la multiplication des accidents depuis le séisme de vendredi 11 mars fait craindre une catastrophe majeure.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la solitude de ces hommes. Ce n’est que mercredi qu’un hélicoptère de l’armée a été mobilisé, sans succès, pour tenter de refroidir un des réacteurs, et qu’il a été envisagé d’utiliser les canons à eau de la police. La plupart des huit cents salariés de la centrale ayant été évacués mardi quand la radioactivité a augmenté, le sort du pays est dépend largement d’un faible nombre d’employés et de sous-traitants, ce que le premier ministre a reproché à l’entreprise, tout en rendant hommage à ces personnels. Les soldats sont de plus en plus nombreux sur le site, selon le New York Times.

Quel est leur rôle ? Les systèmes de refroidissement des réacteurs ayant été détruits par le tsunami, il s’agit de pomper l’eau de mer, de la transporter dans des camions-citernes et de l’injecter dans les réacteurs. Il faut aussi actionner manuellement les vannes pour faire baisser la pression. Impossible donc pour les personnels de rester dans des bâtiments confinés. Ils ont probablement des combinaisons et des bonbonnes d’oxygène pour éviter toute inhalation et contact avec les poussières radioactives.

« DES DOSES POTENTIELLEMENT MORTELLES »

« Mais, comme au moins un des réacteurs a le ventre à l’air et crache des particules radioactives, ils n’échappent pas aux radiations », souligne le président de la Commission de recherche indépendante sur la radioactivité Roland Desbordes, cité par Le Parisien. Compte tenu du risque d’irradiation, « l’exploitant fait sans doute tourner les équipes au cœur de la centrale et leur ordonne d’agir le plus vite possible à chaque intervention », selon Julien Collet, directeur des situations d’urgence à l’Agence de sûreté nucléaire (ASN). Même la salle de contrôle centrale de Fukushima-1 n’offrait plus un abri suffisant mardi et les ingénieurs ont dû s’en éloigner.

Deux brèves évacuations du site ont eu lieu mardi et mercredi alors que des débits atteignant 400 mSv/h ont été signalés. « Un opérateur restant une heure à l’endroit concerné subirait donc plus que la dose maximale désormais autorisée », souligne Le Monde de mercredi. « Les doses peuvent même remettre en question le fait de maintenir des travailleurs sur place, a expliqué Agnès Buzyn, la présidente de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN). On est inquiets pour leur capacité à tenir car la radioactivité a atteint des niveaux toxiques. »

La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) dénonce « des doses potentiellement mortelles ».

Mais nulle information n’a filtré sur l’ampleur des radiations subies par les personnels. L’AIEA a fait état de contrôles sur cent cinquante personnes vivant près de la centrale, qui ont donné lieu à vingt-trois décontaminations, sans préciser si les employés du site étaient concernés.

Même le décompte des victimes parmi les employés est difficile. Selon Tepco, cité par le New York Times, cinq salariés ou sous-traitants sont morts, deux sont portés disparus et vingt-deux ont été blessés, mais les communiqués de l’entreprise en anglais en recensent beaucoup moins : un grutier tué dans le séisme ainsi que quatre blessés, dont deux sous-traitants, dans l’explosion du réacteur numéro 1 de Fukushima-1, puis six blessés, dont deux sous-traitants, dans l’explosion du réacteur numéro 3, lundi.

« L’oncle de [mon épouse] travaille à la centrale. Il nous a envoyé un email qui était plutôt un au revoir », a témoigné sur France Info un Français vivant au Japon.

La catastrophe avait été prévue... en 2007 Michel de Pracontal (Mediapart) Reporterre 2011/03/16 Michel de Pracontal (Mediapart) (16 mars 2011) La catastrophe avait été prévue... en 2007. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

La catastrophe avait été prévue... en 2007

« A moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » Cet avertissement est tiré d’un article paru le 11 août 2007 dans le quotidien International Herald Tribune/Asahi Shimbun . Son auteur est le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l’université de Kobe.

Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d’experts chargé d’établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité. Il estimait que les recommandations fixées par le comité étaient beaucoup trop laxistes. En d’autres termes, le professeur Katsuhiko avait prévu ce qui est en train de se produire à la centrale de Fukushima. Il avait prévenu les autorités de son pays que les centrales japonaises souffraient d’une « vulnérabilité fondamentale » aux séismes. Mais ses avertissements ont été ignorés tant par le gouvernement que par Tepco (Tokyo Electric Power Company), premier producteur privé mondial d’électricité, qui exploite un tiers des centrales nucléaires japonaises, dont celle de Fukushima.

Katsuhiko a lancé son alerte en 2006, année où les normes de sécurité anti-sismiques japonaises ont été renforcées. Selon le sismologue, ce renforcement était encore très insuffisant. Les faits lui ont donné raison dès l’année suivante. Le 16 juillet 2007, un séisme de magnitude 6,8 a provoqué des incidents sérieux à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus importante unité de production d’électricité nucléaire au monde. Cette centrale se trouve sur l’île de Honshu, la principale île du Japon, comme presque toutes les centrales nucléaires japonaises, qui encerclent les trois plus grandes villes du pays, Tokyo, Nagoya et Osaka.

Avant le séisme de juillet 2007, un autre s’était produit en août 2005, affectant la centrale d’Onagawa, au nord de Fukushima ; encore un autre en mars 2007, dont l’épicentre était à 16 kilomètres de la centrale de Shika. Et cela s’est répété l’année suivante, avec une secousse de magnitude 6,8 à l’est de Honshu, près d’Onagawa et de Fukushima. Même s’il n’y a pas eu de dégâts importants, Tepco a signalé alors trois fuites de liquide radioactif à Fukushima Daini.

Ainsi, l’accident qui vient de se produire à Fukushima ne peut être considéré comme une véritable surprise, même s’il a pris de court les opérateurs de la centrale comme les autorités. Cet accident est la reproduction, en beaucoup plus grave, d’événements qui se sont répétés au moins depuis 2005.

Ishibashi Katsuhiko avait analysé le risque, expliquant que, dans les différents cas, « le mouvement sismique à la surface du sol causé par le tremblement de terre était plus important que le maximum prévu dans la conception de la centrale ». Lors du séisme qui a affecté la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, le pic d’accélération sismique était plus du double de la valeur que la centrale était censée supporter. « Ce qui s’est passé à Kashiwara-Kariwa ne devrait pas être qualifié d’inattendu », écrivait le sismologue.

Les manquements de la société Tepco

C’est malheureusement encore plus vrai du drame actuel, dont Katsuhiko avait anticipé la possibilité : « Si l’épicentre du séisme avait été un peu plus proche du site de la centrale et si la magnitude avait atteint 7,5 [...] , il aurait pu se produire un "genpatsu-shinsai", un événement catastrophique associant tremblement de terre et fusion partielle ou complète du cœur d’un ou plusieurs réacteurs. »

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, et le séisme est encore plus puissant que ce qu’avait imaginé Katsuhiko. En 2007, il estimait que les centrales devaient être conçues pour résister à un mouvement de surface du sol d’une vitesse de l’ordre de 1000 gal, alors que les normes de 2006 ne prévoyaient que 450 gal (le gal est une unité utilisée pour mesurer l’accélération du sol et correspond à 1 centimètre par seconde carrée).

L’une des raisons pour lesquelles les centrales japonaises sont vulnérables aux séismes est qu’elles ont été construites pendant une période où il s’est trouvé que l’activité sismique était relativement faible - du moins pour le Japon. On s’est basé sur cette activité pour définir la résistance anti-sismique des installations nucléaires, et on en a construit 55, ce qui fait du Japon le troisième producteur mondial d’électricité nucléaire.

Or, à partir de 1995 et du grand tremblement de terre qui a dévasté la ville de Kobe, il y a eu un regain d’activité sismique sur l’archipel. Il aurait été donc nécessaire de revoir à la hausse la protection anti-sismique des centrales. Pour Katsuhiko, les centrales qui ne pouvaient pas être suffisamment sécurisées devaient être fermées. Cela n’a pas été fait. Et Tepco n’a pas pris en compte les failles sismiques sous-marines, notamment dans la zone de Kashiwazaki-Kariwa. Le risque lié aux tremblements de terre a été systématiquement sous-estimé, aussi bien par les experts nationaux de la sûreté nucléaire que par l’industriel.

Au demeurant, Tepco n’en est pas à son premier manquement en matière de sécurité. En 2002, l’entreprise a été au centre d’un scandale après avoir falsifié des documents d’inspection pour dissimuler des problèmes survenus sur certains de ses réacteurs. Le PDG, le vice-président et le président du conseil d’administration durent démissionner en chœur. La falsification concernait au moins trois incidents qui affectaient déjà les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa...

L’énergie est politique Hervé Kempf Reporterre 2011/03/16 Hervé Kempf (16 mars 2011) L’énergie est politique. Reporterre. Tribune — fr

L’énergie est politique

« La succession de ces faillites, de ces accidents, de ces craquements atteste que la logique qui préside à leur survenue est malade : on ne peut plus raisonner avec le pétrole sans penser au pic pétrolier et au changement climatique ; on ne peut plus observer le système financier sans constater qu’il vampirise les économies ; on ne peut plus croire aux récits lénifiants sur l’innocuité de l’énergie nucléaire. »

A l’heure où cet article est écrit [lundi 14 mars après midi], on ne sait pas encore si l’accident nucléaire de Fukushima est arrivé à son terme. Mais il est déjà évident qu’il est le plus important depuis Tchernobyl, en 1986. Et si ses conséquences ne peuvent être encore exactement mesurées, on ne voit pas comment il n’ébranlerait pas la politique énergétique mondiale. Il est certes trop tôt pour affirmer que la « renaissance du nucléaire » en sera avortée - notamment parce que c’est largement à la Chine de donner la réponse.

On peut aussi observer que, de la même manière que la marée noire du golfe du Mexique, en 2010, n’a pas infléchi la course avide au pétrole, de la même manière que la crise financière de 2008 n’a pas conduit à une refonte du système financier, l’accident de Fukushima pourrait ne pas obstruer durablement le cours d’une augmentation constante de la consommation énergétique.

Mais la succession de ces faillites, de ces accidents, de ces craquements atteste que la logique qui préside à leur survenue est malade : on ne peut plus raisonner avec le pétrole sans penser au pic pétrolier et au changement climatique ; on ne peut plus observer le système financier sans constater qu’il vampirise les économies ; on ne peut plus croire aux récits lénifiants sur l’innocuité de l’énergie nucléaire.

Ce que nous dit l’accident de Fukushima, c’est que l’énergie doit revenir en politique : derrière les choix énergétiques se joue le mode de vie d’une société. Ils déterminent une façon d’être, qui doit être démocratiquement délibérée. Démocratiquement, c’est-à-dire de façon telle que les deux plateaux de la balance soient réellement présentés aux citoyens. Celui qui décrit le confort d’une société où l’énergie est abondante, certes. Où la myriade des objets technologiques qu’invente la société productiviste semble pouvoir couler dans la vie quotidienne comme s’ils tombaient du ciel. Le discours dominant et la publicité s’emploient jour après jour à le vanter. Mais il faudrait aussi qu’avec la même attention soit présentée la fragilité d’une culture énergétique qui oublie la radioactivité, l’épuisement des ressources, le changement climatique. Qui oublie, aussi, le prix humain nécessaire pour obtenir l’énergie si vitale au système économique qu’elle est devenue comme une drogue dont on ne peut plus réduire les doses sans un profond malaise.

Il n’est plus temps, pour les politiques, de se défausser des choix techniques sur des ingénieurs. Comme il n’est plus temps pour les citoyens de considérer l’énergie comme une donnée extérieure, en quelque sorte, à leurs soucis et à leurs souhaits.

Areva a fourni le combustible dangereux de Fukushima Andréa Fradin (Owni) Reporterre 2011/03/16 Andréa Fradin (Owni) (16 mars 2011) Areva a fourni le combustible dangereux de Fukushima. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Areva a fourni le combustible dangereux de Fukushima

« L’utilisation du combustible MOX a réduit les marges de sécurité et a rendu la situation beaucoup plus difficile à gérer, tout en augmentant les émanations radioactives. »

Dès le mois de mai 2001, Greenpeace préconisait de renoncer à utiliser du MOX, un combustible nucléaire, dans les réacteurs de Fukushima, dans le cadre d’une procédure conduite aux États-Unis. Comme le montrent des courriers adressés à l’Autorité de sûreté nucléaire américaine. En cause : la nature des installations de Fukushima (de type “BRW”, réacteur à eau bouillante), la complexité de l’élaboration du produit et l’exigence attenante d’un contrôle méticuleux du processus de fabrication. Greenpeace écrivait alors :

"La sécurité des réacteurs nucléaires alimentés par le MOX est sérieusement compromise par deux éléments importants : les problèmes liés à sa conception et le contrôle qualité des pastilles de MOX, ainsi que les différences de comportement entre le plutonium et l’uranium au sein du réacteur."

L’ONG s’appuyait sur une étude1 réalisée en 1999 par E. S. Lyman. Le chercheur analysait l’incidence du MOX sur le déclenchement d’accidents nucléaires au Japon. Et l’organisation de conclure sur l’accroissement du “risque d’un accident de fusion du cœur de réacteur” par le seul usage de ce combustible, dont “les propriétés physiques, qui sont différentes d’un réacteur ordinaire, alimenté en dioxyde d’uranium, affectent les performances thermiques et mécaniques des assemblages combustibles.“ (p.35)

En particulier, le MOX est extrêmement réactif : il entre en fusion beaucoup plus rapidement que l’uranium enrichi. “Son point de fusion est plus faible“, précise à OWNI Lauri Myllyvirta, en charge de l’énergie à Greenpeace International. Son rôle dans l’accident nucléaire actuel, en revanche, reste difficile à déterminer, poursuit la militante :

"L’état du combustible, l’étendue des dégâts, au sein du réacteur 3 restent peu clairs, en conséquence, définir s’il s’agit ou non d’un facteur de l’accident reste une question ouverte. Mais l’utilisation du combustible MOX a réduit les marges de sécurité et a rendu la situation beaucoup plus difficile à gérer pour les opérateurs, tout en augmentant quelque part les émanations radioactives."

Dans la ligne de mire de Greenpeace, Areva, principal fournisseur de la centrale de Fukushima – et dont la filiale, Melox, détient 95% du marché du MOX. Areva approvisionne la centrale en uranium-235, comme le montre l’une des licences d’exportation attribuée par la Nuclear Regulatory Commission (NRC), chargée de la supervision des activités nucléaires. Mais elle l’alimente aussi en MOX depuis septembre 2010..

Pour Nathalie Bonnefoy, responsable de la communication de Melox, “le type de combustible utilisé n’est pas lié à la situation actuelle” de Fukushima. “En exploitation normale, avance-t-elle, les réacteurs au MOX ou à l’uranium enrichi ont les mêmes performances”. Quid de l’utilisation du MOX dans le cas d’une situation exceptionnelle comme celle du réacteur 3 de Fukushima ? “À ce stade, il n’y a aucun lien.”

Une absence de lien toute relative pour Shaun Burnie, l’un des auteurs du rapport de Greenpeace de 2000, qui s’est confié à OWNI. Selon lui :

Le MOX est la matière la plus dangereuse de la planète, toutes substances confondues, bien plus que l’uranium. Les enjeux financiers autour du MOX priment sur la connaissances de ses effets sur la santé publique.

“Dans la demi-heure qui a suivi le tremblement de terre, toutes les personnes qui connaissent les affaires de Fukushima pouvaient se douter de ce qui allait arriver, c’était prévisible”, affirme encore l’expert anglais, qui dénonce ces risques depuis plus de dix ans.

En marge de la complexité du combustible, Greenpeace pointait également du doigt la faiblesse des normes qualité de Belgonucléaire, en charge, à la fin des années 1990, de l’assemblage du MOX, avant le recentrage de la production sur la filiale d’Areva.

Ce que montrent les preuves, c’est que Belgonucléaire n’a pas produit les assurances suffisantes que le combustible nucléaire MOX Fukushima-1-3 a été produit selon les plus hauts critères de qualité, et que dans l’éventualité d’un incident il resterait intact.

En outre, on sait depuis 2002 que Tepco (Tokyo Electric Power Company), la compagnie électrique qui exploite la centrale de Fukushima, a falsifié les résultats des contrôles qualité menés sur certains de ses réacteurs. Deux ans plus tôt dans son rapport, Greenpeace suspectait aussi fortement Belgonucléaire de falsification. À l’époque, un scandale similaire éclatait, impliquant l’un des concurrents du fournisseur belge, la British Nuclear Fuels Limited (BNFL), et “forçant, écrivait alors Greenpeace, à repousser tous les projets MOX au Japon” (p.7). Et d’ajouter : “des preuves ont indiqué que les problèmes qui ont mené à la falsification des données du contrôle qualité du combustible MOX à la BNFL pouvaient avoir été rencontrés à Belgonucléaire.” (p.7)

Un rapport du Département à l’Énergie américain, daté de 2003, revient par ailleurs sur l’existence de falsifications, expliquant que “des fissures dans les structures qui maintiennent le combustible nucléaire en place dans le cœur des réacteurs des centrales Tepco” avaient été dissimulées."

Cette révélation a entraîné la démission de nombreux cadres de Tepco, ainsi que la fermeture, pendant une année, de la centrale de Fukushima. Elle explique aussi la suspension de la livraison de MOX à Fukushima, entre 1999 et 2010. À l’époque du rapport de Greenpeace, près de 32 assemblages de combustible MOX réalisés par Belgonucléaire, étaient restés en attente de livraison. Ce n’est que le 18 septembre dernier que ces livraisons ont repris ; le réacteur 3 fonctionne à l’aide de ce combustible depuis octobre. Contacté par OWNI, le porte-parole d’Areva confirme l’implication de l’entreprise dans la centrale de Fukushima, indiquant que “le réacteur 3 fonctionnait avec 30% de MOX”.

Instabilité des réacteurs en présence de MOX, labilité des procédés de fabrication et falsifications de données : ces différents points étaient ainsi déjà répertoriés, dans des documents publics, dès le début des années 2000. À ces différentes alertes, il faut ajouter celle de l’Agence pour l’Énergie Atomique (AIEA), qui fait suite à un tremblement de terre survenu au Japon le 16 juillet 2007, qui a notamment affecté la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située à 250 kilomètres au nord de Tokyo et également gérée par Tepco.

Dans un rapport sur la résistance des centrales japonaises au risques sismiques, l’AIEA préconisait alors, “pour toutes les centrales nucléaires”, de faire preuve de “diligence dans l’architecture, la construction et les phases opérationnelles”, afin que les problèmes liés aux séismes “soient minimisés”.

De son côté, la présidente d’Areva Anne Lauvergeon déclarait lundi soir sur France 2 que les multiples accidents survenus dans la centrale de Fukushima ne constituaient pas “une catastrophe nucléaire” :"Je crois qu’on va éviter la catastrophe nucléaire. Nous sommes un petit peu entre les deux."

Selon Greenpeace, le groupe français s’apprêtait à envoyer une nouvelle fournée de MOX au Japon. Une “traversée préparée dans le secret”, initialement fixée dans la semaine du 4 avril et dont le report n’a pas encore été arrêté.

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Enquête réalisée avec Guillaume Dasquié.

Nucléaire : nous voulons avoir le choix ! Par Julien villalard Reporterre 2011/03/17 Par Julien villalard (17 mars 2011) Nucléaire : nous voulons avoir le choix !. Reporterre. Tribune — fr

Nucléaire : nous voulons avoir le choix !

Appel solennel au gouvernement français suite à la catastrophe nucléaire au Japon

Rassemblement unitaire le dimanche 20 mars à 15 h à Paris devant l’Assemblée nationale

Le peuple japonais affronte actuellement une tragédie sans précédent. Une catastrophe naturelle, avec des conséquences humaines, sanitaires et économiques. Et une catastrophe nucléaire majeure.

A ce jour, quatre réacteurs nucléaires ont subi une série d’explosions, et connaissent actuellement de graves difficultés de refroidissement du coeur de chacun de ces réacteurs, partiellement en fusion. Une fusion totale des coeurs, voire une explosion avec une grande quantité de rejets radioactifs, n’est pas à exclure. Malgré une communication d’informations parcellaires ou contradictoires, nous pressentons que nous sommes face à une situation d’une gravité sans précédent.

La situation au Japon est d’ores et déjà alarmante et s’aggrave d’heure en heure. Des centaines de travailleurs japonais sacrifient actuellement leur vie pour tenter d’éviter que le pire ne se produise.

Alors même que la catastrophe est en cours, des quantités massives de substances radioactives ont été libérées dans l’atmosphère et l’océan. Des taux de radioactivité plusieurs centaines de fois supérieurs à la normale sont déjà mesurés à plus de 100 km de la centrale de Fukushima. C’est une vaste région du Japon qui subit à l’heure actuelle une contamination radioactive qui pourrait se propager à tout le pays, voire au-delà.

Nous, associations, syndicats et partis politiques, exprimons toute notre solidarité au peuple japonais et en premier lieu aux travailleurs du nucléaire qui tentent d’éviter le pire au péril de leur vie.

Cette situation alarmante nous rappelle que le nucléaire est une énergie qui n’est ni propre, ni sûre, ni à même de répondre au défi majeur du changement climatique, et qu’il soumet les populations et les travailleurs à des risques insensés, d’un bout à l’autre de la filière. Plus encore lorsque les centrales sont vieillissantes : au Japon, le réacteur n°1 de Fukushima Daiichi devait être arrêté définitivement le mois dernier, mais la prolongation de son fonctionnement pendant 10 ans venait d’être décidée... Quel choix tragique !

Ce nouvel accident nucléaire majeur met à nouveau à jour les risques inhérents à toute installation nucléaire et met à mal de façon définitive et indéniable le mythe de la sûreté et de la sécurité du nucléaire.

L’impuissance dramatique de l’homme face à l’emballement des réacteurs au Japon a provoqué la remise en question immédiate du nucléaire dans plusieurs pays (Allemagne, Suisse, Inde, États-Unis...)

En France, la politique énergétique a toujours échappé au débat démocratique, et plus particulièrement le développement de la filière électronucléaire. Les décisions sont prises au plus haut niveau de l’État, sans que les citoyens ne soient jamais consultés, alors que cette question concerne pourtant l’avenir de la population tout entière.

Sera-t-il nécessaire d’attendre un nouvel accident nucléaire pour que les autorités françaises organisent enfin un réel débat sur le modèle énergétique français en toute indépendance de l’industrie nucléaire et de son lobby ?

Pour faire face à la pénurie croissante des ressources fossiles, aux risques inacceptables du nucléaire, et à la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, les solutions alternatives existent, aujourd’hui. Elles s’appuient sur la réduction de nos consommations, par la sobriété et l’efficacité énergétique, et sur le développement des énergies renouvelables. Cette transition énergétique est inéluctable, ses modalités et sa planification nécessitent la tenue d’un grand débat démocratique et citoyen.

Le Président Sarkozy a annoncé que la France devait tirer les conséquences de l’accident japonais. Nous prenons aujourd’hui sa déclaration au mot.

Nucléaire : nous voulons avoir le choix !

Nous, associations, syndicats et partis politiques, adressons solennellement ces demandes communes au gouvernement français :

Nous voulons :

- L’arrêt de tous les projets électronucléaires en cours (EPR de Flamanville, ligne THT Cotentin-Maine, EPR de Penly, ITER, Bure et projets de centres de stockage des déchets nucléaires issus de la filière électronucléaire) tant que les citoyens n’auront pas été en mesure de se prononcer démocratiquement sur notre politique énergétique et sur le recours à l’énergie nucléaire, y compris si nécessaire par un référendum

- Le renoncement à la prolongation de l’exploitation des réacteurs ayant atteint ou dépassé les 30 ans de fonctionnement

- L’arrêt complet de tous les projets portés à l’étranger par l’industrie nucléaire française

Parce que la situation au Japon exige de ne pas se taire sur le drame que ce pays subit et sur la menace permanente que l’industrie nucléaire fait peser sur les peuples, au Japon comme en France :

Nous appelons tou-te-s les citoyen-nes à manifester leur solidarité avec le peuple japonais et à se réapproprier la question du recours au nucléaire et de la politique énergétique, en organisant des rassemblements dans toutes les villes de France ce dimanche 20 mars 2011 à 15h.

Nous appelons également tous les citoyen-nes, associations, partis politiques, syndicats, artistes et personnalités à rejoindre un GRAND RASSEMBLEMENT à Paris ce même jour, dimanche 20 mars 2011, à 15 h devant l’Assemblée Nationale*. * Métro Assemblée nationale - Ligne 12.

Liste des signataires au 17 mars :

Agir pour l’environnement, Alliance Écologiste Indépendante, Association pour le contrat mondil de l’eau, Attac France, CAP 21, Confédération paysanne, Ecologie et Démocratie, Ecologistas en Accion, Europe Écologie Les Verts, Europe solidaire sans frontières, Fédération Sud Étudiant, Fédération Sud Rail, France Libertés, Fraternité Citoyenne, Gauche Unitaire, Les Alternatifs, Les Amis de la Terre, Nouveau Parti Anticapitaliste -NPA, Mouvement Citerrien, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti Pour La Décroissance, Réseau Action Climat, Réseau Sortir du nucléaire, Union syndicale Solidaires, Utopia, Votre Santé.

Je suis en colère... Michel Bernard Reporterre 2011/03/17 Michel Bernard (17 mars 2011) Je suis en colère.... Reporterre. Tribune — fr

Je suis en colère...

... alors j’agis.

Je suis en colère parce que l’accident de Tchernobyl n’a pas servi de leçon. Et que l’on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.

Je suis en colère quand j’entend à la radio, un haut responsable du nucléaire français nous dire qu’on ne peut remettre en cause le nucléaire : « personne n’a envie de revenir à la bougie ». Que je sache, dans les pays européens qui n’ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal…), y-en-t-il où l’on s’éclaire à la bougie ? Il n’y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon)… dans seulement 31 pays, tous les autres pays s’en passent.

Je suis en colère quand en 1979, après l’accident nucléaire de Three-Mile Island, on nous a dit que c’était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l’accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins foirt que nous… et que je lis aujourd’hui que les Japonais sont moins forts que nous… De qui se moque-t-on ?

Je suis en colère quand on me dit que l’on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que « plus il est vieux, mieux on connait un réacteur ». Ce n’est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu’elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d’exploser avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonctionner pour dix ans en février 2011 !).

Je suis en colère quand on nous dit que l’on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C’est oublier que l’électricité n’est pas la principale source d’énergie (c’est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l’on voulait s’arrêter, on pourrait s’appuyer sur une solidarité au niveau de l’Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l’électricité et seulement 9 % de l’énergie ! Il suffirait donc d’économiser 9 % pour s’en passer !

Je suis en colère parce qu’au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d’énergies, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours aux énergies renouvelables. Or l’énergie la plus propre reste celle que l’on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d’années.

Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu’arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l’argent gaspillé… mais les 1000 milliards d’euros déjà dépensé en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c’est loin d’être terminé), ce n’est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d’euros, c’est sensiblement le coût qu’il a fallut dépenser pour construire l’ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.

Je suis en colère parce que je sais que l’on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu’il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu’on veut bien consentir).

Je suis en colère quand j’entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu’il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée suite aux récentes décisions du gouvernement.

Je suis en colère quand mon fils, 20 ans, me dit : « à quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer » (et il ne pense pas qu’au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides…).

Alors j’agis, je me suis investi depuis une trentaine d’années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j’incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps d’eux aussi chercher où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l’importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur internet nous montrent les réacteurs en flamme ?

Alors j’agis et je m’engage dans l’une des 875 associations qui animent le Réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l’énergie. (http://www.sortirdunucleaire.org)

Alors j’agis au niveau local en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare. (http://www.transitionfrance.fr)

Alors j’agis car aujourd’hui si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c’est parce que nous ne nous indignons pas assez !

Les députés s’inquiètent enfin du nucléaire Hervé Nathan (Marianne) Reporterre 2011/03/17 Hervé Nathan (Marianne) (17 mars 2011) Les députés s’inquiètent enfin du nucléaire. Reporterre. fr

Les députés s’inquiètent enfin du nucléaire

Le 16 mars, des parlementaires ont écouté ministres et spécialistes leur parler de la catastrophe de Fukushima. L’IRSN indique que le nuage radioactif fait plusieurs dizaines de kilomètres. Le groupe socialiste demande l’étude des scénarios alternatifs au nucléaire.

L’Assemblée nationale est souvent le lieu des faux semblants. Fausse colère, fausse joie émaillent quotidiennement des débats convenus. Et puis il y a des instants de vérité. C’était le cas cet après-midi dans la salle Lamartine, au sous-sol de l’affreux bâtiment qu’occupe l’Assemblée, rue de l’Université à Paris. Les députés et les sénateurs réunis (en fait les commissions de économiques et de l’environnement des deux assemblées) étaient venus écouter les ministres Nathalie Kosciusko Morizet (environnement) et Eric Besson (Industrie), ainsi que les responsables de la filière nucléaire française. Anne Lauvergeon (Areva), Henri Proglio (EDF), Jacques Repussard (IRSN), Bernard Bigot (CEA), Jean-Jacques Niel (ASN).

Le moins qu’on puisse dire c’est que la représentation nationale n’en menait pas large à l’écoute du récit et des précisions apportées par les intervenants.

NKM avait pris un ton du chirurgien au moment de l’amputation pour annoncer l’étendu des dégâts à la centrale de Fukushima, après le passage du tsunami : « les cœurs des réacteurs 1,2 et 3 sont partiellement en fusion. L’enceinte du réacteur 2 est endommagé, et probablement aussi celle du numéro 3. Des rejets radioactifs s’ajoutent aux rejets volontaires ». « La cinquantaine de salariés de Tepco (l’opérateur) qui restent sur place pour combattre le sinistre prennent des risques pour leur santé et pour leur vie ». Le silence s’alourdit encore lorsqu’elle conclut : « la situation très grave peut s’aggraver encore ». Les parlementaires s’alarment. Jean-Claude Lenoir (UMP), très proche des milieux nucléaires, avoue son désarroi : « nous avions visité les centrales japonaises et avions été très impressionnés par le sérieux des ingénieurs. Nous ne pouvions imaginer un tel accident si proche de Tokyo… » Il questionne : « quelles sont les retombées exactes. Jusqu’où ? L’an dernier les cendres d’un volcan islandais ont fait le tour de la terre. » Réponse de NKS : « si on va au bout des scénarios catastrophes, il peut y avoir des retombées faibles à Saint-Pierre et Miquelon et aussi en Métropole… » Frisson dans la salle où chacun cherche à calculer combien de milliers de kilomètres séparent le Japon de la France…

Les précisions apportées par les « techniciens » sont presque plus terribles. Jean-Jacques Niel (ASN) révèle que le ministre de la santé japonais vient de relever le seuil de radiation admissible, pour les 50 travailleurs demeurant à leurs postes dans la centrale, de 100 millisieverts à …250 millisievert. Et de préciser « il faut qu’il soit volontaires ». Cette barbarie (et ce courage) ne sont pas l’apanage des Japonais, puisque Repussard apporte cette précision : « en France les textes prévoient que dans le même cas, le ministre de la santé peut relever le seuil à 300 millisieverts ».

Anne Lauvergeon décrit le spectacle terrible de Fukushima : « il faut imaginer qu’entre la centrale et la mer, il ya désormais une mangrove. C’est un océan de boue qui rend l’accès très difficile. L’urgence absolue est de trouver tous les moyens pratiques d’apporter de l’eau pour refroidir les réacteurs et les piscines. Il faut 100 mètres cube d’eau par heure et par site. On a pensé aux Canadairs (contre les incendies de forêts), mais il leur faudrait 94 heures de vols pour être sur place. Trop long. Les américains tentent d’envoyer des camions de pompiers utilisés sur les aéroports. » La patronne d’Areva ne manque pas de tâcler Henri Proglio, assis à côté d’elle : « Certains jugeaient le réacteur EPR trop sûr. Sureté et sécurité ne se négocient pas . Il faudra rebâtir la confiance dans nos industries. » Proglio plonge dans ses notes…

Selon le directeur de l’IRSN, Jacques Repussard : « Le nuage radioactif fait plusieurs dizaines de kilomètres. Dans quelques jours il fera plusieurs centaines de kilomètres. Nous allons examiner les avions, les équipages et la passagers d’Air France en provenance du Japon. » Pas de panique pour autant : « la radioactivité » sera inférieure à celle constatée après les essais nucléaires dans la Pacifique… »

Le débat politique est assez convenu, sans doute anesthésié par la force des informations révélées. Jean-Marc Ayrault (PS) se veut néanmoins offensif. Son groupe vient de décider de demander l’étude « loyale » des scénarios alternatifs au nucléaire, brisant un tabou chez les socialistes. Il exige un audit complet des centrales, et il faudra dit-il « avoir le courage d’en fermer certaines si nécessaire ». On sent que la présidentielle de 2012 approche. Le Vert Yves Cochet, qui ne relève pas qu’il est moins seul que d’habitude, demande de soumettre à referendum la sortie du nucléaire « en 25 ans », et l’association de la société civile, en fait les groupes de scientifiques (GSIEN, Crirad) anti-nucléaires à l’audit, le tout sous les huées d’une droite à qui la menace d’un nuage atomique n’a pas retiré ses vieux reflexes pavloviens…

Il y eût aussi l’apparition d’un Maxime Gremetz ivre faisant scandale à cause de voitures en stationnement dans la rue de l’Université. C’était tellement minable qu’on n’en racontera pas davantage.

Un débat sur le nucléaire est nécessaire Hubert Reeves Reporterre 2011/03/18 Hubert Reeves (18 mars 2011) Un débat sur le nucléaire est nécessaire. Reporterre. Tribune — fr

Un débat sur le nucléaire est nécessaire

« En France, le large débat promis en 2007 est à mettre au programme. On ne peut en prédire l’issue. »

En 2007, le président de la République a refusé d’inclure le nucléaire dans les débats du Grenelle de l’environnement. L’association que je préside, la Ligue Roc, soucieuse de la préservation de la biodiversité a accepté ce préalable car, d’une part les problèmes énergétiques ne sont pas les seuls problèmes qui se posent, et d’autre part un débat ultérieur était promis aux associations alors davantage impliquées dans cette thématique.

Poursuivant son évolution, notre association défend le vivant malmené dans beaucoup d’activités humaines. Les humains ont tout à gagner à défendre la biodiversité dont ils font partie et dépendent. Nous avons produit un manifeste dans lequel les deux mots Humanité et Biodiversité ne cessent d’être associés. Le drame de Fukushima montre que les deux mots Humanité et Energie sont aussi indissociables surtout dans les sociétés à haute technologie dont les besoins énergétiques sont immenses, et le demeureront même en réduisant le gaspillage parfois intense et coûteux.

L’énergie permet le développement des sociétés humaines. Mais cette médaille a son revers, exemple : l’électricité supprime l’alternance du jour et de la nuit dans une débauche d’éclairage nuisant aux humains et à bon nombre d’espèces...

Devant leur malheur, les Japonais sont exemplaires de sang-froid, ils forcent notre respect. L’urgence actuelle, pour nous, est de nous interroger sur les aides à leur apporter pour adoucir leurs souffrances.

Après viendra le temps de tirer les leçons de cet épisode, le débat sur les choix énergétiques. Toutes les sources ’énergie ont de graves inconvénients : charbon, pétrole, hydraulique, et maintenant gaz de schiste. Sans oublier l’énergie nucléaire dont l’énorme puissance se révéla à travers les bombes sur Hiroshima et Nagasaki et dont les déchets ont une vie millénaire. Plus que les autres, elle fait peur. Cette peur s’était cependant largement assoupie. Les événements actuels la réveillent et font se dresser deux camps l’un contre l’autre.

Pour surmonter l’épisode de conflit interne, les opinions publiques doivent être éclairées sur les avantages et les risques de chacune des sources d’énergie disponibles. Et les meilleures anticipations peuvent se montrer dérisoires face à l’imprévisible. En France, le large débat promis en 2007 est à mettre au programme. On ne peut en prédire l’issue.

Mais les nuages radioactifs n’ont pas de frontières. Des débats s’imposent dans tous les pays possesseurs de centrales ou projetant d’en construire. A l’exemple de l’aviation civile, l’application universelle des conclusions de ces débats est la seule solution réaliste.

France 2 présente Jean-Marc Jancovici comme un expert nucléaire neutre Arrêt sur Images Reporterre 2011/03/18 Arrêt sur Images (18 mars 2011) France 2 présente Jean-Marc Jancovici comme un expert nucléaire neutre. Reporterre. fr

France 2 présente Jean-Marc Jancovici comme un expert nucléaire neutre

M. Jancovici a bien des qualités, ce qui ne l’empêche pas d’être totalement nucléariste. Ce qui a échappé à France 2 - ou pas, d’ailleurs... Quant à David Pujadas - membre du Club Le Siècle -, son sens critique est aussi émoussé que d’habitude.

Sortir la France du nucléaire ? Vous n’y pensez pas ! Il faudrait soit annexer toute l’Europe pour y installer des panneaux solaires, soit construire près de 87 000 éoliennes (et pas une de moins) dans l’hexagone. Autrement dit, à moins de faire la guerre à nos partenaires européens ou transformer la France en gigantesque ventilo, la mission est impossible.

Cette démonstration éloquente ne vient pas d’un argumentaire d’Areva, pour qui tout est bon dans le neutron, mais d’un sujet du 20 heures de France 2 diffusé le 16 mars. Pendant près de 4 minutes, le journaliste présente le débat du nucléaire comme une évidence : non seulement ce mode de production d’électricité est incontournable mais les alternatives au nucléaire seraient peu crédibles.

Du vent à la Une

Et il faut croire France 2 sur parole puisque sur le plateau, un expert proche de Nicolas Hulot confirme cet état des lieux après la diffusion du sujet. Ce spécialiste s’appelle Jean-Marc Jancovici et il est présenté par David Pujadas comme un expert neutre : « ni un pro, ni un anti-nucléaire ». Ah oui ? Et comment appelle-t-on quelqu’un qui déclarait en 2007 : « si tout ce que je laisse à mes enfants ce sont des déchets radioactifs, cela me va très bien » ? Visiblement, une petite décontamination du JT de France 2 s’impose.

Si vous n’avez pas d’avis sur la pertinence de l’énergie nucléaire en France, il fallait regarder le JT de David Pujadas mercredi soir pour se convaincre que la France n’a pas le choix. Pour nous irradier, France 2 s’y est pris en deux temps.

Etape 1 : Décrédibiliser les alternatives au nucléaire

D’entrée de jeu, le commentaire explique que pour remplacer le nucléaire (75% de l’électricité produite en France), il faudrait recourir à des mesures radicales : installer 87 000 éoliennes sur le territoire, ou recouvrir de panneaux solaires une surface équivalente à l’Europe. Si vous ne visualisez pas bien le problème, France 2 a tout prévu avec quelques cartes vraiment parlantes.

Avec beaucoup d’à propos, le journaliste estime que ce scénario est « impossible » et qu’il « faudrait de toute façon du temps pour remettre en cause un choix fait il y a soixante ans ». S’ensuivent des images d’archives pour vous expliquer que vous baignez dans le nucléaire depuis que vous êtes tout petit. D’ailleurs, aujourd’hui, l’industrie nucléaire représente 200 000 emplois et 10 à 15 milliards d’euros de ventes ! Vous ne voudriez tout de même pas mettre tout ce petit monde au chômage ! Derniers arguments de France 2 : sans le nucléaire, le prix de l’électricité augmenterait de 55%, et l’énergie a l’avantage d’émettre peu de Co2.

Aucun doute sur l’issue du débat, le nucléaire s’impose/

Certes, après deux minutes de matraquage nucléaire, le journaliste précise par la suite que cette énergie a quelques inconvénients (des déchets et des risques) et donne la parole au président de Negawatt, un groupe d’experts qui propose une alternative à coup d’éoliennes et de panneaux solaires. Mais comme vous n’êtes pas naïfs et que vous avez les belles cartes du début en tête, vous savez que c’est impossible.

Et si vous êtes encore indécis malgré ce long sujet, France 2 a tout prévu : une interview d’un expert venu expliquer que le nucléaire, ce n’est pas si mal.

Etape 2 : Inviter un pro-nucléaire en le faisant passer pour un expert impartial

Jancovici est présenté comme l’un des concepteurs « du bilan carbone » qui serait « ni pour, ni contre le nucléaire ». Pendant plus de quatre minutes, cet expert reprend une grande partie de l’argumentaire déployé dans le reportage : la transition avec l’éolien n’est pas tenable, le prix de l’électricité augmenterait très fortement, etc.

Greenpeace qui se bat contre le nucléaire n’a droit qu’à 30 sec sur plus de 4 min d’interview.

Qui est Jean-Marc Jancovici ? C’est un ingénieur spécialisé sur les questions de climat et d’énergie. Membre du comité stratégique de la Fondation Nicolas Hulot, il a participé à la rédaction du pacte écologique en 2007. Et contrairement à ce que dit Pujadas, c’est un pro-nucléaire assumé. Il fait partie de ceux qui considèrent que l’énergie nucléaire est un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique : « Je sais que ma position est iconoclaste pour de nombreux écologistes, expliquait-il en 2007 dans une interview au Nouvel Observateur. Mais si tout ce que je laisse à mes enfants ce sont des déchets radioactifs, cela me va très bien. En France, on chiffre aujourd’hui ces déchets à 2 ou 3 grammes par habitant et par an. 500 fois moins que les phytosanitaires (pesticides), qui sont d’une toxicité aiguë à peu près équivalente pour certains. Je ne nie pas évidemment le risque d’accident nucléaire. Mais, et pardonnez moi de parler crûment, les dommages d’un accident sont moindres que ceux que nous font courir la bombe climatique ».

Pour être tout à fait complet, nous avions tenté de joindre notre « expert indépendant » pour notre enquête sur le gaz de schiste… en vain. On s’était demandé pourquoi ce spécialiste des hydrocarbures n’avait pas alerté son ami Nicolas Hulot de l’affaire des gaz de schiste en France. Selon nos informations, il serait passé complètement à côté du sujet notamment parce qu’une éventuelle exploitation massive des gaz de schiste remettrait en cause en partie (même s’il s’en défend) sa théorie de l’urgence énergétique : Jancovici a bâti toutes ses théories sur la baisse des hydrocarbures et la nécessité de diminuer la consommation d’énergie. Les gaz de schiste, qui pourraient repousser l’échéance, ne rentraient pas dans ses raisonnements, ce qui pourrait expliquer sa réaction tardive et celle d’Hulot. Mais, pour cause de « semaines très chargées », Jancovici n’avait pu se libérer pour répondre à nos questions.

En tout cas, sur le nucléaire, Jancovici n’a rien d’un expert neutre. Il l’est d’autant moins qu’il a fait de la lutte contre le CO2 (et donc indirectement de la défense du nucléaire) un business : il a créé « un cabinet de conseil en stratégie carbone » qui « regroupe une vingtaine de consultants » et réalise des bilans carbone pour les entreprises.

A la décharge de France 2, ce ne sont pas les seuls à présenter Jancovici comme un expert neutre pour argumenter contre les anti-nucléaires. 20minutes.fr a fait la même chose dans une interview mise en ligne le 16 mars : Jancovici dézingue un par un les arguments des anti-nucléaires avec le label trompeur « d’expert indépendant ». En réalité, s’il est indépendant vis-à-vis de l’industrie nucléaire, il n’est pas neutre sur le plan idéologique puisqu’il défend cette énergie.

Anti-CO2 contre anti-nucléaire : l’autre débat

Le cas de Jancovici reflète le débat entre écolos qui oppose les anti-nucléaires aux anti-CO2. Le nucléaire n’étant guère émetteur de CO2 (mais un peu tout de même, en prenant en compte tous les éléments de la chaîne de production), certains écologistes estiment qu’il est une énergie utile et indispensable. C’est le cas de Jancovici. Contacté par @si, Thierry Salomon, président de Negawatt (partisan de la sortie du nucléaire) explique pourquoi le débat est si difficile et par avance biaisé : « En France, il y a beaucoup de confusion. Le débat sur l’énergie se résume à l’électricité. Du coup, on a du mal à sortir du débat éolien contre nucléaire. Or, à partir du moment où on a une énergie dominante avec un faux consensus [il n’y a jamais eu de débat sur le nucléaire], il y a beaucoup de tabou sur ce sujet. On passe vite pour des écolos caricaturaux » explique-t-il, avant d’ajouter qu’on « a une vision trop carbonisée des choses, ce qui aboutit à un glissement sémantique présentant le nucléaire comme une énergie propre. Certains parlent même d’énergie décarbonée »... comme NKM ou Sarkozy.

Le scénario du groupe d’experts de Negawatt, détaillé dans Le Monde, tente de dépasser cette opposition CO2/nucléaire. « On est sur un scénario global de transition énergétique, nous explique Salomon. Le CO2, ce n’est qu’une partie des choses. Nous, on fait une analyse multicritère de la production d’énergie : Est-ce sûr ? En harmonie avec le territoire ? Est-ce fondé sur du stock (gaz) ou des flux (vent) ? Est-ce créateur d’emploi ? Et ensuite on choisit les énergies les plus compatibles avec le développement soutenable, c’est-à-dire que la terre peut soutenir ». C’est à l’issue de ce travail, explique Salomon que « l’on s’aperçoit qu’on n’a pas besoin du nucléaire, la sortie du nucléaire est donc une conséquence. Notre démarche n’est pas de créer une alternative, front contre front ».

Ce scénario s’appuie sur trois volets : la fin du gaspillage énergétique (réduction des éclairages inutiles, dissuasion des surconsommations), l’optimisation énergétique (fin du chauffage électrique, renouvellement des appareils les plus énergivores, récupération de la chaleur perdue par les centrales de production d’électricité) et développement des énergies renouvelables qui ne se résument pas au solaire et à l’éolien et comprend également l’énergie hydraulique et surtout la biomasse (bois, biogaz des décharges, résidus organiques de plusieurs industries)

On est donc loin des écolos qui veulent mettre des éoliennes ou des panneaux solaires partout comme l’explique le sujet de France 2. Et il faut croire que ce n’était pas si difficile de résumer en quelques minutes la théorie de Negawatt sans la caricaturer puisque France 3 a bien réussi à le faire...

Eva Joly : « Nous ne devons plus être inféodés à l’oligarchie nucléaire » Lyon Mag Reporterre 2011/03/18 Lyon Mag (18 mars 2011) Eva Joly : « Nous ne devons plus être inféodés à l’oligarchie nucléaire ». Reporterre. fr

Eva Joly : « Nous ne devons plus être inféodés à l’oligarchie nucléaire »

La député européenne écologiste Eva Joly, à Lyon et Villeurbanne mercredi 16 mars pour soutenir les candidats aux cantonales, est revenue sur la question des centrales en France. Si sa position se fait moins tranchée que celle de certains de ses coreligionnaires verts, elle se montre particulièrement offensive à l’encontre des grands groupes spécialisés dans l’énergie nucléaire.

« Nous ne pouvons pas dire : "Nous arrêtons les centrales." C’est excessif. » La position d’Eva Joly n’est pourtant pas évidente pour l’ensemble des Verts. Trois des membres rhodaniens du mouvement, Yves Durieux, Dominique Hitz et Sylviane Goy - candidats aux Cantonales pour les deux premiers - demandaient dès mardi soir, par voie de communiqué, « la fermeture immédiate des quatre réacteurs de la centrale du Bugey. »

Selon Jean-Claude Ray, candidat du canton nord de Villeurbanne, il faudrait « 20 ans » pour lisser la dépendance énergétique au nucléaire. Un échéancier qui doit pousser au développement des énergies alternatives. Cette « montée en puissance », appelée de tous ses voeux par l’ancienne magistrate, veut trouver son écho au Département.. La rénovation thermique des bâtiment, défendue par les Verts pour les Cantonales, recoupe l’enjeu. « 40 % des gaz à effet de serre sont dus au chauffage » justifie ainsi Béatrice Vessiller.

Si Eva Joly ne veut pas hic et nunc mettre hors service les 58 réacteurs que compte le territoire français, elle compte bien « sortir du nucléaire » rapidement. « Nous ne devons plus être inféodés au réseau de l’oligarchie nucléaire en France » échange-t-elle sur un bout de trottoir avec une Villeurbannaise de même sensibilité. Dans le viseur, des groupe comme EDF ou Areva, qui prospèrent grâce à la politique énergétique de la France, majoritairement tournée vers le nucléaire. « Ce qui favorise l’élimination des PME sur les territoires » continue Vessiller, prenant l’exemple des 95 licenciements chez Photowatt, spécialisé dans l’énergie solaire, à Bourgoin-Jallieu.

La candidate pressentie d’Europe écologie-Les Verts pour la Présidentielle de 2012 veut également développer les outils d’information à destination de tous ceux qui travaillent dans le nucléaire, ainsi qu’au grand public. Le Premier ministre François Fillon a fait un pas en annonçant que les résultats de l’inspection des centrales nucléaires françaises seraient rendus « intégralement publics. » « Avec ce qu’il se passe au Japon, les infos devront sortir », termine sévère l’ex-magistrate. « De gré ou de force » promet-elle.

En Italie, le nucléaire est porté par la corruption Presseurop Reporterre 2011/03/18 Presseurop (18 mars 2011) En Italie, le nucléaire est porté par la corruption. Reporterre. fr

En Italie, le nucléaire est porté par la corruption

Des documents publiés par Wikileaks montrent l’influence des pots-de-vin pour orienter la relance du nucléaire en Italie.

Au moment où, suite à l’émotion suscitée par l’accident nucléaire de Fukushima, le gouvernement italien semble hésiter sur le retour annoncé vers le nucléaire (abandonné par référendum en 1987), L’Espresso publie une série de câbles diplomatiques américains révélant « un scénario où les pots-de-vin ont décidé de l’avenir énergétique du pays ».

Obtenus par WikiLeaks, ces documents attesteraient qu’entre 2005 et 2009, les Etats-Unis comptaient pousser l’Italie vers le nucléaire afin de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et de l’influence du partenariat entre le groupe italien ENI et le russe Gazprom. Pour cela, Washington aurait engagé un long bras de fer avec les concurrents français EDF-Areva, avantagés par les rapports privilégiés avec de nombreuses entreprises italiennes. A la fin, écrit L’Espresso, les lobbyistes américains sont parvenus à convaincre Rome à abandonner les critères de sécurité fixés par l’UE pour les nouvelles centrales en faveur de ceux, plus souples, de l’OCDE. Une victoire pour leurs entreprises, « obtenue au détriment de la sécurité des Italiens ».

Le prix de la nucléariste Anne Lauvergeon : 919 000 euros. Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/03/19 Réseau Sortir du nucléaire (19 mars 2011) Le prix de la nucléariste Anne Lauvergeon : 919 000 euros.. Reporterre. fr

Le prix de la nucléariste Anne Lauvergeon : 919 000 euros.

Mme Lauvergeon, présidente d’Areva, la multinationale nucléaire, s’alloue un salaire de 919 000 euros.

Alors que de nombreux citoyens connaissent de graves difficultés financières, le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce l’augmentation de 33% de salaire obtenue par Mme Lauvergeon (présidente du directoire d’Areva), dont la rémunération est portée à 919.000 euros. Sans même aborder la question de fond sur l’industrie nucléaire, qu’il est légitime de considérer comme une grave nuisance, force est de constater que l’entreprise Areva, détenue par l’Etat, est au bord de la faillite.

De fait, non seulement Mme Lauvergeon ne doit pas être augmentée, mais son salaire devrait être considérablement réduit. A la bourse de Paris, la cotation d’Areva est passée de 820 euros en juin dernier à 325 à ce jour : -60% ! Pour la seule année 2008, la cotation d’Areva est passée de 785 à 350 euros, soit - 55%. C’est la décote qu’il convient donc d’appliquer au salaire de Mme Lauvergeon, au vu de ses déconvenues.

Ainsi, le chantier EPR d’Areva en Finlande, lancé en février 2005, tourne au désastre : déjà 38 mois de retard et 2,4 milliards d’euros de pénalité demandés par les Finlandais aux Français. Vendu 3 milliards d’euros, ce réacteur coûte donc en réalité 5,4 milliards… en attendant de nouveaux surcoûts.

De plus, le départ de Siemens, annoncé en janvier dernier, a pris au dépourvu Mme Lauvergeon qui doit trouver 2 milliards d’euros de plus pour racheter parts détenues par son ancien allié. Areva a déjà annulé, le 25 novembre 2008, son projet d’exploitation de la mine d’uranium Midwest au Canada. Autre déconvenue majeure pour Areva qui attendait beaucoup de ce marché : le 5 décembre, l’Afrique du Sud a annulé les 12 réacteurs qu’elle prétendait faire construire.

Par ailleurs, lors des nombreux déplacements à l’étranger de M Sarkozy, malgré des effets d’annonce tonitruants sur de supposées « ventes » d’EPR, seuls ont été signés des « accords de coopération » qui n’engagent à rien : les clients potentiels d’Areva ont noté l’incapacité d’EDF et d’Areva à construire l’EPR, dont l’avenir commercial est obéré.

Autre marché visé par Areva et qui tourne à la déconfiture : les USA. Le plan de relance de M. Obama a attribué zéro dollar au secteur nucléaire... qui espérait 50 milliards. De même, en Grande-Bretagne, Areva est tributaire d’éventuelles commandes d’EDF qui a racheté British energy au prix fort (juste avant la crise mondiale !). Du coup, EDF est lourdement endettée et à aussi perdu près de 60% en bourse...

Areva étant détenue par l’Etat, ce sont les citoyens de France qui paieront la note le moment venu. Il est encore temps de mettre un coup d’arrêt à cette folie, et d’empêcher M Sarkozy d’utiliser l’argent public pour renflouer Areva. Suivant l’exemple de M Obama aux USA, c’est dans les économies d’énergie et dans les énergies renouvelables qu’il faut investir... et non dans le salaire de Mme Lauvergeon.

Le Venezuela gèle son projet de centrale nucléaire AFP Reporterre 2011/03/19 AFP (19 mars 2011) Le Venezuela gèle son projet de centrale nucléaire. Reporterre. fr

Le Venezuela gèle son projet de centrale nucléaire

Le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé mardi 15 mars la suspension du programme de construction d’une centrale nucléaire dans son pays après les graves problèmes affectant la centrale de Fukushima 1 consécutifs au séisme et au tsunami qui ont ravagé le nord-est du Japon.

« J’ai ordonné au ministre (de l’Energie Rafael) Ramirez de geler les plans entrepris, les études préliminaires du programme nucléaire pacifique vénézuélien », a affirmé M. Chavez au cours d’une cérémonie retranmise par la télévision.

Le Venezuela avait signé en 2010 un accord avec la Russie portant sur la construction d’une centrale nucléaire, un projet qui avait provoqué l’inquiétude des Etats-Unis.

La vie est tout ce que nous avons. Débranchons-nous Pièces et main d’œuvre Reporterre 2011/03/19 Pièces et main d’œuvre (19 mars 2011) La vie est tout ce que nous avons. Débranchons-nous. Reporterre. Tribune — fr

La vie est tout ce que nous avons. Débranchons-nous

« Vous l’avez choisi. Vous l’avez mérité. Pas de jérémiades le jour où vous devrez bondir avec toute votre famille dans votre voiture pour fuir une zone irradiée et bouclée par l’armée. »

« L’apocalypse » en cours au Japon est tout sauf inattendue et imprévue. On peut en dire comme de bien d’autres malheurs : vous en savez déjà suffisamment, nous aussi. Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut, ce qui nous manque, c’est le courage d’admettre ce qui nous arrive et d’en tirer enfin les conséquences. Voici cinquante ans que nous vous mettons en garde, nous, prophètes de malheur, oiseaux de mauvais augure, cassandres, obscurantistes, rabat-joie, écolos rétrogrades, punitifs, intégristes, ayatollah verts, anarchistes irresponsables, baba cool… Cinquante ans que vous nous invitez à retourner vivre dans une caverne d’Ardèche, vêtus de peaux de bêtes, éclairés à la bougie et nourris de lait de chèvre.

Vous n’avez jamais eu le temps ni l’envie de vous opposer au nucléaire. Vous n’avez jamais manifesté, pas même contre SuperPhénix à Malville en 1977. À Grenoble, vous vous êtes accommodés des années durant de la présence de trois réacteurs nucléaires en zone urbaine (Siloë, Siloette, Institut Laue Langevin). Votre mode de vie n’est pas négociable. Vous vous éclairez au nucléaire, à en tuer l’obscurité nocturne dans les villes ; vous vous chauffez au nucléaire ; vous produisez et consommez au nucléaire ; vous vous connectez au nucléaire ; vous vous déplacez au nucléaire (TGV, voitures électriques) ; vous travaillez pour le nucléaire et vos emplois valent plus que vos vies. Vous votez pour le nucléaire, vous élisez maire de Grenoble Hubert Dubedout, Michel Destot, ingénieurs du Commissariat à l’énergie atomique, et bien d’autres de leurs semblables dans la cuvette. Vous vivez par le nucléaire, il n’est que trop normal que vous mourriez par le nucléaire ; lentement à coup de cancers disséminés dans l’environnement ; brutalement quand « l’accident qu’on ne pouvait pas prévoir » fait enfin sauter Bugey, Cruas, le Tricastin ou l’une des 58 centrales qui vérolent le pays le plus nucléarisé du monde. Jamais vous ne vous y êtes opposés. Le nucléaire paie la taxe professionnelle, vos piscines municipales, vos salles polyvalentes, vos courts de tennis. Vous l’avez choisi. Vous l’avez mérité. Pas de jérémiades le jour où vous devrez bondir avec toute votre famille dans votre voiture pour fuir une zone irradiée et bouclée par l’armée. Ne nous parlez pas de vos enfants, des générations futures, de leur avenir, de « développement durable » et « d’énergies alternatives ». Toute votre existence prouve assez que vous vous moquez de ces mots creux. Que si ces lignes vous scandalisent, joignez le geste à la parole et prouvez enfin par vos actes que vous n’êtes pas complices du sort qu’on vous fait. Mais comment le croire.

Vous en savez suffisamment, nous aussi. Mais qu’à cela ne tienne, on va faire semblant encore une fois. On va encore une fois faire comme s’il vous manquait les informations et les idées pour vous faire une opinion et agir en conséquence. Et vous pourrez toujours nous renvoyer dans nos cavernes d’Ardèche.

Tandis que fondent les réacteurs nucléaires à Fukushima, experts et décideurs s’empoignent sur les avantages comparatifs entre désastre nucléaire, climatique (pétrole, charbon, gaz de schiste) et alternatif (photovoltaïque, éolien). Et chacun de nier l’évidence : il n’y a pas de survie à long terme pour les goinfres. La course à la croissance nous condamne, et ceux qui placent l’économie, l’emploi et l’argent avant la vie sont coupables. Les victimes de Tchernobyl, de Fukushima et des prochaines catastrophes sont victimes de la voracité, que les technocrates dissimulent sous l’impératif de l’innovation. C’est un ingénieur nucléaire qui le dit : "A travers elle (NDR : l’innovation) apparaît le développement des activités économiques qui génère lui-même des emplois pour l’ensemble de nos concitoyens. Il y a là une véritable mine d’or, prenons-en conscience." Ainsi parle Michel Destot, maire CEA-PS de Grenoble, toujours prompt à louer la dernière « révolution technologique majeure porteuse de nombreuses promesses pour notre santé, notre qualité de vie, l’avenir environnemental de la planète » , et qui n’a pas trouvé le temps, cinq jours après le début de la catastrophe nucléaire japonaise, de commenter cette expérience scientifique à ciel ouvert. Mercredi 16 mars 2011, son blog titre en une sur la « 9e édition des Trophées des sports ».

En janvier 2007, Pièces et main d’œuvre publiait « Minatec survolté, énergie engouffrée », texte qui soulignait l’un des innombrables mensonges des nécrotechnologies. L’industrie high-tech n’est pas plus propre ou « économe » que la métallurgie ou la pétrochimie. L’ouverture de Minatec fait bondir la consommation électrique de Grenoble de 17,6 %. Pour répondre aux besoins énergétiques des labos de nanotechnologies (vous savez, ces technologies qui nous sauveront de la catastrophe écologique), Gaz et Electricité de Grenoble a créé un nouveau poste d’alimentation délivrant « une puissance exceptionnelle de 70 mégawatts » (GEG Infos, 2006). Du côté de la « Silicon Valley grenobloise », à Crolles, l’Alliance STMicroelectronics/IBM et son usine à puces électroniques engloutissaient 370 millions de kWh en 2008, contre 320 en 2004, soit une augmentation de 16 % en quatre ans. François Brottes, député-maire de Crolles, à propos de la rénovation d’un poste de transformation électrique 225 000 volts dans le Grésivaudan : « C’est vital sur notre territoire, où beaucoup d’emplois dépendent d’un approvisionnement en énergie sûr et continu. Si le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics a choisi de s’implanter à Crolles, c’est parce que nous avons pu lui apporter des garanties sur la fourniture d’électricité. » Comme pour l’eau, faut-il le rappeler.

La « révolution industrielle » des nanotechnologies exige toujours plus d’énergie, pour faire tourner les « fab » de nanomatériaux et de puces électroniques. Pire, elle crée un monde encore plus vorace en électricité. Comment croyez-vous que fonctionnent les gadgets que vous accumulez sur injonction publicitaire, par peur de rater la dernière vague du progrès ? Votre portable, votre ordinateur, votre lecteur DVD, votre écran plat, votre box Internet, votre lecteur MP3, votre tablette numérique, votre machin à lire des « livres électroniques », à quoi tournent-ils ? Cette quincaillerie moderne et tellement pratique nous précipite dans l’abîme – carbonique ou nucléaire. Écoutez cet expert de la Direction régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE Rhône-Alpes) : "On ne pourra jamais répondre aux besoins actuels avec ces énergies alternatives".

La vie numérique et connectée que nous vendent Minatec, Minalogic et les boîtes pour lesquelles travaillent les ingénieurs grenoblois contient, parmi ses multiples promesses, celle des futures catastrophes nucléaires.

Voyez plutôt : - chaque recherche sur Google brûle autant qu’une ampoule basse consommation pendant une heure. - les technologies de l’information et de la communication (TIC) gaspillent 13,5 % de la consommation électrique française (soit 58,5 TWh) ; les téléviseurs à écran plat et leurs périphériques (décodeurs, équipement TNT) constituent le coût le plus important. Avec un taux de croissance moyen de 10 %, les TIC pèseront pour 20 % de la consommation d’électricité française dès 2012 - soient 9 centrales nucléaires. - la consommation d’électricité dans le secteur résidentiel de l’Union européenne a crû ces dernières années à un rythme comparable à celui du PIB global (10,8 %). Cette demande croissante est due à l’usage généralisé d’appareils comme le lave-vaisselle, le sèche-linge, le climatiseur, l’ordinateur personnel, et à l’essor de l’électronique grand public et des équipements informatiques et de communication - décodeurs, lecteurs de DVD, équipements à haut débit et téléphones sans fil (source : Reuters). - en 2006 les « datacenters » (qui hébergent des serveurs informatiques et équipements de télécommunications) aux Etats-Unis ont consommé 61 milliards de kWh - l’équivalent de la consommation du Royaume-Uni en deux mois – soit deux fois plus que cinq ans plus tôt . - selon un chercheur de l’université de Dresde, Internet consommera dans 25 ans autant d’électricité que l’humanité en 2008 (source : http://www.dotgreen.fr).

Les technologies numériques tuent ces jours-ci au Japon. Ceux qui vous disent qu’on peut à l’infini augmenter la production et la consommation, le pillage des ressources naturelles, la pollution du milieu naturel, sont des criminels qui vous mentent et nient la réalité. Les limites de la Terre s’imposent à nous et nous imposent des choix. Ce n’est pas grave. Nous n’avons pas besoin d’objets « intelligents ». Nous avons besoin d’être intelligents, de déchirer le voile de la propagande techno-scientiste, de refuser la consommation meurtrière et abrutissante, de jouir de notre existence de Terriens.

La vie est tout ce que nous avons. Ce n’est pas parce qu’EDF, Areva et le CEA nous détruisent que nous devons être leurs complices. Débranchons-nous.

Ni débat, ni référendum : il faut sortir du nucléaire Observatoire du nucléaire Reporterre 2011/03/19 Observatoire du nucléaire (19 mars 2011) Ni débat, ni référendum : il faut sortir du nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Ni débat, ni référendum : il faut sortir du nucléaire

« Il n’y a pas eu de référendum pour imposer le nucléaire en France, pourquoi en faudrait-il un pour prendre acte de la catastrophe en cours au Japon et décider de sortir du nucléaire ? »

Nucléaire : les écologistes qui demandent « un débat » ou « un référendum » n’ont RIEN COMPRIS.

La seule chose à revendiquer est la fermeture la plus rapide possible des réacteurs nucléaires

Le gouvernement français n’est pas le seul à ne pas prendre la mesure de l’ampleur du drame nucléaire en cours au Japon : c’est la pire catastrophe nucléaire de tous les temps, au delà même de celle de Tchernobyl, du fait du nombre de réacteurs en perdition.

En effet, de curieux écologistes, tout en reconnaissant la dangerosité extrême du nucléaire, se laissent aller à des revendications d’une incroyable mollesse, en demandant « des débats », ou « un référendum », ou « une sortie du nucléaire en 30 ans ».

La palme est une fois de plus obtenue par Nicolas Hulot, dont la fondation est largement subventionnée par EDF. Cet « écologiste » promu par TF1 se contente de demander... un « grand débat sur le nucléaire ». C’est risible.

De la même manière, des représentants de l’écologie politique demandent une sortie du nucléaire... en 20 ans, 25 ans, ou même 30 ans. Il s’agit d’une véritable forme de négation de la réalité du risque nucléaire puisque cette revendication revient à accepter ce risque pendant encore des décennies.

Par ailleurs, la revendication d’un référendum revient à laisser la main aux pronucléaires qui disposent de moyens gigantesques pour modeler l’opinion publique en agitant le spectre de la pénurie.

Il n’y a pas eu de référendum pour imposer le nucléaire en France, pourquoi en faudrait-il un pour prendre acte de la catastrophe en cours au Japon et décider de sortir du nucléaire ?

Pourtant, les réacteurs nucléaires français arrivent à 30 ans d’âge, la durée de vie prévue à l’origine. EDF se prépare à investir 35 milliards d’euros pour rénover ces réacteurs : il faut d’urgence stopper ce processus et reverser ces sommes dans les programmes alternatifs.

Chacun doit comprendre que tout a changé sur la question du nucléaire : il n’est plus temps de polémiquer sur le prix de l’électricité nucléaire ou sur la supposée indépendance énergétique. Il n’est plus temps de se demander s’il est possible de sortir du nucléaire : c’est possible mais surtout c’est indispensable... et en toute urgence.

C’est à la population de signifier aux dirigeants français, aveugles et sourds, et aux ridicules « écologistes cathodiques » (Hulot, Arthus-Bertrand) qu’ils doivent cesser leurs manoeuvres dilatoires : il faut décider immédiatement de s’engager dans la sortie du nucléaire, fermer dans les jours qui viennent les réacteurs les plus vieux , et programmer la fermeture rapide des autres, par exemple losrqu’ils arrivent à 30 ans d’âge, c’est à dire leur durée de vie prévue à l’origine.

Peut-on sortir du nucléaire ? Hervé Kempf Reporterre 2011/03/20 Hervé Kempf (20 mars 2011) Peut-on sortir du nucléaire ?. Reporterre. Tribune — fr

Peut-on sortir du nucléaire ?

Thierry Salomon est affirmatif : « Oui, on peut sortir du nucléaire. » M. Salomon n’est pourtant pas un militant antinucléaire, mais le président de Negawatt, une association d’ingénieurs. Se retrouvant notamment lors d’universités annuelles, les membres de Negawatt travaillent depuis 2003 à l’élaboration d’un scénario de sortie de la France du nucléaire tout en respectant l’impératif d’une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre. Révisé en 2006, leur scénario est depuis plusieurs mois refondu pour intégrer les progrès méthodologiques enregistrés depuis 2003. Il devrait être finalisé d’ici l’été 2011 et nourrir le débat politique.

Le scénario de l’association Negawatt

Les milieux énergétiques français ont jusqu’ici négligé d’étudier sérieusement l’hypothèse d’une sortie du nucléaire. La prévision énergétique officielle jusqu’en 2020 reste exprimée dans la Programmation pluriannuelle des investissements énergétiques (PPI), publiée par arrêté au Journal officiel le 15 décembre 2009.

La PPI intègre les options décidées lors du Grenelle de l’environnement et des Conseils européens : baisse de 20 % en 2020 des émissions de gaz à effet de serre, réduction de 20 % de la consommation énergétique et part des énergies renouvelables atteignant 20 % de la consommation d’énergie. Par ailleurs, dans un rapport publié en 2008 sur les « Perspectives énergétiques de la France à l’horizon 2020-2050 », le Centre d’analyse stratégique n’avait pas étudié l’hypothèse d’une sortie du nucléaire.

Toutefois, le ministère de l’industrie et de l’énergie réunit depuis juillet 2010 un « Groupe de travail énergie-climat », intégrant des associations, pour réfléchir à l’horizon 2030.

Pour amorcer la discussion sur l’hypothèse d’une France sans nucléaire, c’est cependant le scénario de Negawatt qui constitue la réflexion la plus aboutie. « Il ne s’agit pas de revenir à la bougie, ironise Thierry Salomon. Elle émet du CO2 et présente une mauvaise efficacité énergétique. »

Trois volets

Comment Negawatt envisage-t-il l’avenir ? En trois parties portant sur la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Premier point, une très forte volonté de sobriété énergétique. Celle-ci suppose une réflexion sur les usages de l’énergie, et la dissuasion des surconsommations inutiles, comme les écrans publicitaires vidéo dans le métro parisien (qui consomment chacun autant d’électricité que six Français). La réduction de consommation permise par cette sobriété est estimée à environ 15 %.

Deuxième volet, qui compte pour une réduction de plus de 30 %, un développement fort de l’efficacité énergétique. Celle-ci vise à améliorer le rendement des divers équipements, en s’intéressant non seulement à leur consommation énergétique, mais aussi à la façon dont ils sont produits. Des gains importants sont aussi possibles en récupérant la chaleur perdue par les centrales de production d’électricité (qu’elles soient nucléaires ou pas) : on prévoit ici de développer la cogénération, qui utilise cette chaleur.

Le troisième volet, qui boucle le bilan énergétique, est le développement des énergies renouvelables. Si le scénario prévoit une place accrue à l’éolien et au photovoltaïque, il accorde une grande place à la biomasse, souvent oubliée des discussions : bois, biogaz des décharges, résidus organiques de plusieurs industries, etc. Et le gaz jouera un rôle important dans la transition vers la sortie du nucléaire.

Si l’on suit ce scénario, la consommation énergétique globale de la France passerait de 2 800 TWh (terawatt/heure) en 2005 à 1 200 en 2050. « La stratégie nous amène à la sortie du nucléaire vers 2040, le gaz commençant à décliner à partir de cette date », dit M. Salomon.

Réflexion à l’échelon européen

Il a le mérite d’être sur la table. « Nous n’avons pas de problème de principe avec le scénario Negawatt, dit Pierre-Franck Chevet, directeur général de l’énergie et du climat au ministère de l’industrie. Cependant, la prospective d’ici à 2050 est incertaine, notamment en raison des inconnues sur l’état et le coût des technologies, par exemple en ce qui concerne le stockage de l’électricité. » Le Groupe de travail énergie-climat raisonne pour 2030 sur une stabilité du parc nucléaire. Des scénarios de réduction et d’augmentation de ce parc pourraient être étudiés.

Une autre étude sur la sortie du nucléaire a été menée dans le cadre d’une prospective européenne par le Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale (Lepii) du CNRS. « Nous avons intégré l’hypothèse d’un accident nucléaire grave en 2015 entraînant la recherche d’une sortie du nucléaire », dit Patrick Criqui, directeur du Lepii (qui s’est scindé en deux laboratoires début 2011). Une condition du scénario est de rester dans l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de façon à ne pas dépasser un réchauffement global de 2o C en 2050.

« Dans notre modèle, on intègre plus d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelable, poursuit M. Criqui. Mais s’il y a une sortie du nucléaire au niveau européen, il faut continuer à utiliser le charbon pour produire de l’électricité. Le gaz carbonique produit par la combustion du charbon pourrait être limité par sa séquestration en sous-sol. Mais cela entraînerait une augmentation du coût des politiques énergétiques. »

Une large part du débat portera sur le coût comparatif de l’électricité produite par le nucléaire, par d’autres moyens ou... économisée. Jusqu’à aujourd’hui, en France, le prix de l’électricité nucléaire est réputé bas. En fait, l’inconnue relative au coût du démantèlement des centrales nucléaires fait que cette assertion est discutée par de nombreux experts. Et la catastrophe de Fukushima va certainement changer les règles de sûreté de l’énergie atomique, donc son coût.

Il est temps de réfléchir à l’énergie solaire Daniel Lincot Reporterre 2011/03/20 Daniel Lincot (20 mars 2011) Il est temps de réfléchir à l’énergie solaire. Reporterre. Tribune — fr

Il est temps de réfléchir à l’énergie solaire

France 2 a présenté l’énergie photovoltaïque de manière incroyablement fausse et biaisée. Il est plus que temps de s’intéresser vraiment à l’énergie solaire.

La situation épouvantable dans laquelle se trouve le Japon, à en pleurer, s’accompagne en France d’une campagne inimaginable sur la question de l’énergie avec un dénigrement systématique du potentiel des énergies renouvelables.

Je suis profondément bouleversé par un tel aveuglement. Un exemple, parmi tant d’autre, mais sans doute le plus symbolique : le 16 mars soir dans le journal de 20h sur France 2 un nouveau seuil dans la gravité a été franchi avec la communication de données SCIENTIFIQUEMENT FAUSSES sur la question des énergies renouvelables lors d’un sujet préparé par la rédaction elle même et donc théoriquement validé scientifiquement. La video du journal en question peut être consultée sur le site d’antenne 2. Il y est question de comparer l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables, éolien et solaire photovoltaïque. Il est indiqué que 75% de l’énergie électrique est produite par le nucléaire. C’est exact. Puis, et c’est là que les choses commencent à déraper, que pour fournir cette énergie « il faudrait 87 000 éoliennes » sans plus d’explications sur la puissance de ces éoliennes....

Le mensonge devient avéré c’est lorsque le reportage aborde l’énergie photovoltaïque. Il est indiqué « qu’il faudrait recouvrir de panneaux solaires un territoire aussi étendu que celui de l’Union européenne », commentaire qui est illustré par une carte d’Europe recouverte de panneaux ! Le commentaire conclut « Un scénario impossible ». Pour un spectateur non averti, le message est clair et net, l’énergie solaire photovoltaïque n’est pas une alternative énergétique crédible. Et c’est ce qui va lui rester. Or, les données du reportage sont FAUSSES scientiquement. Le spectateur, le citoyen plutôt, aura donc été abusé, purement et simplement, et c’est très grave.

Venons-en à la démonstration, la production électrique française s’élève annuellement à environ 550 TWh (teraWatt heures, c’est à dire 10 puissance douze Wh. L’énergie solaire qui arrive en moyenne par metre carré et par an en France est de 1 à 1,3 MWh (mega soit 10 puissance 6 Wh). La production électrique annuelle correspond donc à ce que reçoit en France une surface d’environ 500 km2 soit un carré de 25 km de coté.

Rappelons que la surface de la France est d’environ 550 000 km2...l’énergie solaire correspondant à la production électrique est donc reçue sur environ un millième de la surface du territoire français. Maintenant, si l’on considère des sytèmes photovoltaïques présentant un rendement de conversion énergétique de 10%, ce qui est ce qui se fait couramment actuellement, la surface qui doit être mobilisée pour produire la même quantité d’électricité est de 5000 km2 soit un peu moins de 1% de la surface du territoire !

ON est loin, très loin, de la surface de l’Union européenne, qui doit faire plusiers millions de km2. Une telle erreur est inadmissible, en premier lieu de la part d’un service public.

Sur les bases scientiques rigoureuses, la conclusion aurait dû être contraire, et indiquer qu’il était parfaitement possible de considérer les énergies renouvelables et en particulier l’énergie solaire photovoltaïque comme un scenario POSSIBLE. Certains argueront encore que 5000 km2, c’est toujours trop... Pourtant sait-on que la surface couverte d’infrastructures en France (toitures, routes...) correspond à environ 30 000 km2, soit à peu près 5 fois plus que la surface nécessaire ?

Nous avons, avec une partie de nos toits, nos routes... l’équivalent en production potentielle du parc nucléaire. Les choses ne se feront pas en un jour, mais il est clair qu’une politique résolue de développement de l’énergie solaire photovoltaïque est une vraie alternative énergétique. Il faut non seulement en favoriser l’émergence plutôt que chercher à l’étouffer en permanence au nom d’un aveuglement coupable, mais aussi aller vers l’accélération de son déploiement !

C’est sur ce chemin que s’était engagée la France avec le Grenelle de l’environnement, rejoignant enfin l’Allemagne et le Japon sur ce terrain. C’est ce chemin qu’elle menaçait de quitter il y a quelques semaines au nom de la contribution financière jugée « insupportable » demandée aux Français. C’était avant l’accident nucléaire au Japon. Il faut espérer qu’il servira à ce que nos yeux se rouvrent sur la réalité des enjeux liés aux énergies renouvelables et sur l’exigence de rigueur dans les débats énergétiques à venir, que nous impose moralement la terrible souffrance endurée par le peuple Japonais.

La contamination des aliments mesurés au Japon atteint des niveaux préoccupants Crii-Rad Reporterre 2011/03/20 Crii-Rad (20 mars 2011) La contamination des aliments mesurés au Japon atteint des niveaux préoccupants. Reporterre. fr

La contamination des aliments mesurés au Japon atteint des niveaux préoccupants

Des niveaux de contamination très élevés – et non pas des traces de radioactivité – ont été mesurés dans des épinards.

Ce dimanche matin 20 mars, plusieurs médias français se sont fait l’écho d’informations selon lesquelles « des traces de radioactivité ont été mesurées dans certains produits alimentaires provenant de villes proches de la centrale de Fukushima Daiichi ». Les niveaux de contaminations seraient sans danger.

Ces informations sont erronées.

Des résultats d’analyses sur les denrées alimentaires sont enfin disponibles (les denrées type épinards ou salades reçoivent des dépôts radioactifs depuis plus d’une semaine). Bien qu’ils restent très (trop !) parcellaires, ils attestent toutefois de l’importance des dépôts radioactifs.

- Des niveaux de contamination très élevés – et non pas des traces de radioactivité – ont été mesurés dans des épinards : de 6 100 Bq/kg à 15 020 Bq/kg pour l’iode 131, avec une moyenne de 10 450 Bq/kg.

- Les lieux de prélèvements ne sont pas situés dans des villes proches de la centrale de FUKUSHIMA DAIICHI : il s’agit de 7 villes de la Préfecture d’IBARAKI (voir la carte de localisation des prélèvements) situées à 100 km environ au sud de la centrale.

- Il suffit qu’un enfant de 5 ans ingère 10 000 Bq d’iode 131 pour qu’il atteigne la limite annuelle maximale admissible de 1 mSv. Pour les enfants de moins de 2 ans, la limite de dose est atteinte avec l’ingestion d’environ 5 500 Bq (soit une activité nettement inférieure à celle contenue dans les épinards de la préfecture d’Ibaraki).

- Les aliments contaminés (produits à risque comme les légumes à feuille, le lait et les fromages frais) doivent être retirés de la consommation. Ils ne sont pas "sans danger". Bien sûr, il ne s’agit pas de fortes doses de rayonnements et de risque immédiat. Rien à voir avec les niveaux d’exposition des équipes qui interviennent sur la centrale de Fukushima. Il n’en demeure pas moins que des mesures de protection sont indispensables : la contamination du fait de l’ingestion d’aliments contaminés s’ajoute à l’inhalation de gaz et d’aérosols radioactifs et à l’irradiation par les panaches radioactifs et par les dépôts au sol.

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Courriel complémentaire, dimanche 20 mars à 20 h 24 :

Complément à notre information de ce matin :

De nouvelles analyses d’épinards révèlent des contaminations encore plus élevées : jusqu’à 54 100 Bq/kg . Prélèvements du 18 mars dans des villes de la préfecture d’Ibaraki (100 km au sud de la centrale)

Avec un tel niveau de contamination, la limite de dose ANNUELLE de 1 mSv est atteinte par la consommation de : - 30 grammes d’épinards si le consommateur est un enfant de 2 ans ou moins ; - 60 grammes d’épinards si le consommateur est un enfant de 2 à 7 ans ; - 120 grammes d’épinards si le consommateur est un enfant de 8 à 12 ans ; - 280 grammes d’épinards si le consommateur est un adulte.

Pétition médecines naturelles : attention... Thierry Thévenin Reporterre 2011/03/20 Thierry Thévenin (20 mars 2011) Pétition médecines naturelles : attention.... Reporterre. fr

Pétition médecines naturelles : attention...

Une pétition circule en ce moment sur Internet à propos des médecines naturelles. La plus grande circonspection est de mise à son propos.

A nouveau, un appel à pétition circule depuis quelques jours sur la toile, appel qui annonce l’avènement de la victoire de l’industrie pharmaceutique en Europe et la fin de l’accès aux plantes médicinales et des médecines traditionnelles (chinoise, ayurvédique) en Europe.

Il semble émaner de la même organisation et relever du même discours que l’appel de l’automne dernier pour lequel j’avais posté le 18 octobre un commentaire

Dans ce nouveal appel, je suis cité en référence tout comme d’autres, Michèle Rivasi, Kokopelli, Eric Pétiot (et même Stéphane Hessel “en filigrane” par un “Indignez vous” ostensible et certainement assez peu fortuit…).

Pour ma part, je ne suis aucunement partie prenante dans cet appel, je l’ai découvert hier soir à la suite une avalanche de courriels me demandant si j’en étais à l’origine ou bien si je soutenais cette action.

Je ne vais pas redonner ici mon analyse qui est restée la même que celle de mon commentaire du 18 octobre dernier et qu’il est possible de relire via le lien précité, ainsi que les commentaires intéressants qui ont été postés. Je n’ai pas signé en octobre, je ne signerai pas non plus pour cet appel où j’ai été « invité » à mon insu.

Cet appel présente toutefois le mérite de soulever et de porter au débat public la question du développement inquiétant (voire terrifiant) de l’arsenal des normes, des experts, des homologations qui aboutit au verrouillage et au contrôle du secteur des plantes médicinales, des médecines complémentaires et de l’herboristerie, comme d’ailleurs celui de presque tous les autres secteurs de notre civilisation.

Au passage, je dénonce le titre d’ « expert » qui m’a été octroyé dans cette bande son qui est elle-même pourtant sensée dénoncer le pouvoir des experts…

La question des savoirs populaires, de leur diffusion, de leur transmission et de leur pratique est cruciale pour une certaine conservation de notre autonomie et de nos libertés ; revendiquons la, cultivons la.

Ces savoirs populaires sont peut-être le meilleur rempart contre une dérive sécuritaire et totalitaire qui est l’un des risques majeurs qui se profilent derrière l’avancée actuelle du système des « experts » et des homologations.

L’éducation du public et de la formation de professionnels à l’herboristerie me semblent être des enjeux prioritaires pour une pratique profitable, durable, saine et éthique de ce qu’on appelle les « médecines naturelles ». C’est pourquoi je participe activement à un groupe de travail réunissant producteurs-herboristes, pharmaciens, enseignants, médecins, universitaires et élus politiques qui élabore un programme de formation professionnelle. Par ailleurs, je suis attentivement les auditions menées par le groupe de travail au Sénat, présidé par M. Jean-Luc Fichet, sénateur du Finistère, visant à soumettre prochainement une proposition de loi pour la réhabilitation du métier d’herboriste en France.

Nous devons reprendre l’initiative citoyenne sur la question de la santé et des plantes médicinales, nous ne pouvons pas déléguer impunément des questions qui concernent des millions de gens à une seule petite poignée de spécialistes - homologués eux aussi - ; sans que ces spécialistes se retrouvent fatalement prisonniers de pressions incessantes de la part de lobbys gigantesques (et sans doute d’une « auto-pression » morale extraordinaire) et qu’ils ne puissent, un jour ou l’autre, être les acteurs - conscients ou non - de dysfonctionnements graves dont les conséquences font et feront les « scandales » des chroniques médicales.

Appel aux militants socialistes Utopia Reporterre 2011/03/21 Utopia (21 mars 2011) Appel aux militants socialistes. Reporterre. Tribune — fr

Appel aux militants socialistes

Utopia propose aux adhérent du Parti Socialiste de signer une pétition pour demander que se tienne une convention sur le modèle énergétique. A partir de 5 000 signataires membres du PS, les statuts prévoient que la direction de ce parti doit tenir une Convention Nationale sur le sujet.

Appel aux militants socialistes :

Signez la pétition pour que le Parti Socialiste prenne (enfin !) position sur le nucléaire et plus largement sur le modèle énergétique

Utopia propose aux adhérent du Parti Socialiste de signer la pétition ci-dessous pour demander au PS l’organisation d’une convention sur le modèle énergétique (doit-on programmer une sortie du nucléaire ? Quels moyens pour réduire le recours aux énergies fossiles ?)

A partir de 5 000 signataires membres du PS, les statuts prévoient que la Direction du Parti Socialiste doit tenir obligatoirement une Convention Nationale sur le sujet.

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Le PS doit proposer un autre modèle énergétique !

Alors qu’une catastrophe nucléaire est en cours au Japon, catastrophe dont personne ne connaît aujourd’hui encore l’ampleur ;

Alors qu’une mobilisation sans précédent se produit sur notre territoire, de la Picardie à Midi-Pyrénées en passant par Rhône-Alpes ou Ile-de-France, pour s’opposer à l’exploitation du gaz et de l’huile de schiste ;

Alors qu’un projet d’exploitation d’hydrocarbures en eau profonde au large des côtes française se précise ;

il est plus que jamais nécessaire de changer notre modèle énergétique, dont les conséquences pour les hommes et la nature sont de plus en plus néfastes. La course folle de notre mode de production, notre aliénation à la croissance et à la consommation, la prééminence des profits des grands groupes énergétiques dans les choix publics entraînent le développement de techniques de production de plus en plus dangereuses.

La dangerosité du nucléaire est aujourd’hui connue de tous, et la catastrophe japonaise vient nous rappeler l’urgence d’une sortie de cette filière énergétique.

Les projets d’exploitation des gaz et huile de schiste menacent gravement les ressources en eau des territoires concernés : la technique de fracturation hydraulique utilisée réussissant l’exploit d’utiliser énormément d’eau tout en menaçant de pollution grave la ressource restante. Elle augmente également les risques de pollution de l’air, le trafic routier et l’utilisation de terres, agricoles ou non, tout en entravant les activités locales.

L’exploitation du pétrole en haute mer, qui pourrait se développer au large de la Guyane par un projet porté par Hardman, Shell et Total, repose sur le modèle « deepwater » qui a fait ses preuves en entraînant une marée noire dramatique dans le Golf du Mexique il y a moins d’un an !

Tous ces projets sont liés à une même cause : notre incapacité à penser un modèle de société délivré de la dépendance énergétique. Des solutions existent pourtant, comme le montre notamment le groupe d’experts Négawatts, pour sortir tout à la fois du nucléaire et de notre dépendance aux énergies fossiles.

C’est pourquoi nous, militants socialistes, demandons à notre parti de se prononcer clairement pour un autre modèle énergétique, sans énergie nucléaire et prévoyant une réduction drastique du recours aux autres énergies non renouvelables, tels que les combustibles fossiles. La sobriété, l’efficacité énergétique, la lutte contre le gaspillage et l’obsolescence, la relocalisation, le développement des énergies renouvelables à l’échelle des besoins locaux, sont des solutions crédibles qui sont déjà mises en œuvre avec succès dans un certain nombre de pays. Ces solutions permettrait de programmer une sortie concrète du nucléaire et rendrait possible cette forte réduction du recours aux énergies fossiles.

Dès aujourd’hui, le PS doit affirmer clairement le rejet des perspectives d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels (gaz et huile de schiste, offshore profond, etc…) ; proposer un scénario de sortie du nucléaire, passant d’abord par un référendum sur la question, un moratoire sur tous les projets électronucléaires et la fermeture immédiate de tous les réacteurs ayant atteint ou dépassé les 30 ans de fonctionnement ; de constituer un pôle public de l’énergie.

Pour avancer dans ce sens, nous demandons la mise en place d’une convention nationale sur le modèle énergétique de la France, permettant un débat et un vote des militants sur le sujet.

Repenser l’ensemble de notre modèle énergétique est donc possible et réalisable, c’est aussi repenser notre modèle de société. Ce doit être l’ambition du Parti Socialiste !

NKM n’exclut pas de refuser l’allongement de la durée des réacteurs français Nathalie Kosciusko-Morizet (Journal du Dimanche) Reporterre 2011/03/21 Nathalie Kosciusko-Morizet (Journal du Dimanche) (21 mars 2011) NKM n’exclut pas de refuser l’allongement de la durée des réacteurs français. Reporterre. fr

NKM n’exclut pas de refuser l’allongement de la durée des réacteurs français

« L’efficacité énergétique doit revenir au cœur du débat. »

Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie et du Développement durable.

Comment évaluez-vous la situation dans la centrale nucléaire de Fukushima ?

Chaque jour qui passe sans un nouvel accident majeur est vraiment une victoire. Depuis deux jours, la relance de moyens techniques pour refroidir les réacteurs redonne un peu d’espoir. L’alimentation électrique pourrait commencer à être rétablie ce week-end. Mais la situation reste fragile, surtout sur la piscine du réacteur 3. Certains experts craignent que l’injection d’eau de mer dans les réacteurs provoque des réactions chimiques dangereuses. De nouvelles secousses menacent. Pour le moment, l’accident est très grave mais nous n’avons pas basculé dans une catastrophe.

De l’iode a été découvert dans l’eau à Tokyo. Jusqu’où se propage la radioactivité ?

Les habitants de la capitale nipponne pourraient avoir été légèrement exposés mais sans risques pour la santé. Le vent soufflera vers Tokyo demain, mais les doses seraient de toute façon faibles. Aux abords de Fukushima, la situation est radicalement différente. L’environnement local va être touché et c’est extrêmement grave. La contamination est déjà très importante aux alentours du site. L’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) recommanderait une zone d’exclusion d’au moins 50 km plutôt que de 30 km, comme c’est le cas aujourd’hui.

Qu’en est-il des Français présents au Japon ?

Un membre de l’IRSN est à l’ambassade de France à Tokyo pour nos expatriés. Il réalise aussi ses propres mesures de la radioactivité. En France, nous avons détecté quelques cas légèrement contaminés, notamment des journalistes, qui reviennent du Japon. Mais sans incidence sur leur santé. Nous suivons ces personnes.

La France doit-elle démanteler ses centrales nucléaires ?

Il ne faut pas prendre de décision radicale en pleine crise. La question la plus urgente est la sûreté de nos centrales. Attendons d’avoir le retour des inspections de chaque centrale pour tirer toutes les conclusions. Nous serons transparents. Si les résultats l’exigent, nous pourrons imaginer de ne pas allonger la durée de vie de certaines centrales, par exemple. Pour ma part, je reste persuadée que l’efficacité énergétique doit revenir au cœur du débat.

Doit-on passer par un référendum comme le demandent les Verts ?

Je suis très ouverte sur le débat qui a déjà commencé. Sur un sujet aussi majeur que le nucléaire, il faut un véritable consensus de la classe politique et des Français. Mais le référendum n’est pas adapté. Le mix énergétique et la consommation d’énergie font partie du débat, mais seraient éludés dans le cadre d’un référendum. À un an de l’élection présidentielle, il serait forcément instrumentalisé à des fins politiques. Et là, ce n’est pas utile puisque le nucléaire sera de toute façon un enjeu de 2012.

Disparition des espèces, le rythme s’accélère Thierry Oberdorff Reporterre 2011/03/21 Thierry Oberdorff (21 mars 2011) Disparition des espèces, le rythme s’accélère. Reporterre. fr

Disparition des espèces, le rythme s’accélère

Tous les modèles scientifiques convergent pour prédire une accélération des extinctions d’espèces. Pour limiter celle-ci, les recommandations relèvent du bon sens : éviter la sur-exploitation des ressources et limiter la fragmentation des milieux.

Un groupe d’experts internationaux soutenus par le programme Diversitas (1) vient de livrer ses prévisions pour la biodiversité au cours du XXIe siècle. L’un des chercheurs de l’IRD, Thierry Oderboff, qui a contribué à l’exercice, revient sur ses enjeux et ses limites.

Sciences au Sud : Quels étaient les objectifs de cette expertise sur la biodiversité ?

Thierry Oberdorff : En passant cette commande à Diversitas, la Convention sur la Diversité Biologique (2) attendait des experts une synthèse des résultats de recherche les plus récents sur l’évolution de la biodiversité. Il nous était également demandé d’interpréter les scénarios pour l’avenir et d’en définir les tendances. Ces éléments font l’objet d’un Cahier technique (3) consacré au sujet : « Scénarios de biodiversité : projections des changements de la biodiversité et des services écosystémiques pour le XXIe siècle ». Le même groupe d’experts a réalisé en parallèle une analyse des modèles utilisés pour ces projections dont les résultats ont été publiés dans Science (4).

SAS : À quels résultats principaux a-t-elle abouti ?

T. O. : Les modèles d’extinction de biodiversité actuellement développés comportent de grosses incertitudes mais tous convergent pour prédire une accélération des extinctions quels que soient les modèles et les scénarios économiques proposés par l’Intergovernmental Panel on Climate Change. Notre publication suggère des voies d’amélioration de ces outils de prédiction.

SAS : Quelles sont, selon vous, les limites des scenarii proposés ?

T. O. : La plupart des modèles se fonde sur une des rares « lois » en écologie : « La richesse biologique augmente en fonction de la superficie d’habitat selon une relation linéaire lorsque les valeurs sont exprimées en logarithmes. » Pour calculer la perte de biodiversité, les scientifiques travaillent donc sur la disparition et la fragmentation des milieux de vie des différentes espèces. Ces modèles fournissent un pourcentage d’espèces condamnées à disparaître mais sont incapables de dire celles qui sont concernées ni en quel laps de temps leur extinction surviendra.

SAS : En conséquence, quelles recommandations préconisez-vous ?

T. O. : Les recommandations sont celles du simple bon sens : éviter la sur-exploitation des ressources et limiter la fragmentation des milieux. L’analyse dans Science pointe la tendance des modèles à exagérer les probabilités d’extinction. Les chercheurs s’attellent donc, entre autres, à leur amélioration dans le but de fournir des taux d’extinction des communautés d’espèces par unité de temps. La connaissance du facteur temps permettra d’agir plus efficacement sur la protection des espèces. Enfin, nous recommandons de ne pas s’attacher uniquement à la notion d’extinction mais de prendre en compte les modifications d’abondance et de répartition des populations engendrées par les changements climatiques attendus. La Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité vient d’ailleurs d’initier un programme national d’envergure afin de modéliser et de scénariser les dynamiques de la biodiversité.

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Notes :

1. Programme international de recherche en biodiversité. 2. Traité adopté pendant le Sommet de la Terre à Rio en 1992. 3. http://www.fondationbiodiversite.fr/ 4. « Scenarios for Global Biodiversity in the 21st Century », Pereira et al, Science, 26 October 2010.

Sortir du nucléaire en Europe : pas si simple Gian Paolo Accardo Reporterre 2011/03/21 Gian Paolo Accardo (21 mars 2011) Sortir du nucléaire en Europe : pas si simple. Reporterre. Tribune — fr

Sortir du nucléaire en Europe : pas si simple

« Si les prévisions sur la consommation d’énergie ne changent pas et si l’Europe veut atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée en matière de réduction des émissions de CO2, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions que le nucléaire »

En Europe, le nucléaire, c’est comme les immigrés : tout le monde en a besoin, mais personne n’en veut chez soi. Et dans les deux cas, les conséquences sont là pour longtemps. C’est parce que l’immigration et l’énergie nucléaire sont des phénomènes de longue durée, qu’il convient de ne pas les aborder sous le coup de l’émotion et dans une perspective qui ne dépasserait pas la durée d’un mandat, voire d’une campagne électorale.

Les dirigeants européens semblent pourtant incapables de résister à la tentation d’exploiter — quand ils ne les encouragent pas — les craintes de leurs concitoyens lorsqu’ils se penchent sur ce sujet. Voyons le nucléaire, par exemple. A la suite de l’incident à la centrale japonaise de Fukushima, un peu partout en Europe — avec peut-être l’exception notable de la France — les gouvernements ont évoqué des pauses de réflexion, des moratoires ou des référendums sur le nucléaire, dans une course à qui dénoncera le premier et le plus fort les risques de l’atome et à proposer d’en sortir. La palme revient pour l’heure à Angela Merkel.

Ce qu’ils omettent de dire, c’est qu’une partie de l’électricité consommée dans leurs pays est importée, et qu’une partie de cette dernière est d’origine nucléaire. Par exemple, 10% de l’électricité consommée en Italie est produite dans des centrales atomiques françaises. Les nuisances sont ainsi délocalisées et on peut clamer fièrement qu’il n’est nul besoin de réacteurs. En matière d’énergie comme pour l’immigration et la politique étrangère, les Etats membres appliquent le chacun pour soi, et vive la souveraineté nationale.

Le problème, c’est que l’énergie nucléaire représente aujourd’hui près de 30% de l’électricité produite dans l’UE, et que, si les prévisions sur la consommation d’énergie ne changent pas et si l’Europe veut atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée en matière de réduction des émissions de CO2, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions. Ce n’est, peut-être, qu’une solution temporaire, le temps de développer davantage les énergies renouvelables (pour l’heure, elles ne constituent que 7,8% de la consommation énergétique de l’UE). La sortie du nucléaire ne peut se faire donc que graduellement, ce qui suppose une vision sur le long terme et concertée.

Tepco avait maquillé ses documents de sécurité Enviro2B Reporterre 2011/03/21 Enviro2B (21 mars 2011) Tepco avait maquillé ses documents de sécurité. Reporterre. fr

Tepco avait maquillé ses documents de sécurité

Une dizaine de jours avant le séisme qui a secoué le Japon et le tsunami qui a suivi, Tokyo Electric Power, plus communément appelé Tepco, opérateur de la centrale endommagée de Fukushima, avait reconnu avoir maquillé des rapports de contrôle de ses installations. Une révélation peu rassurante en cette période très délicate.

Tepco, exploitant de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima-Daiichi est considéré comme le plus grand producteur privé d’électricité dans le monde. Or, depuis plusieurs années, le groupe se retrouve au coeur de vives polémiques au sujet de la sécurité de ses centrales. Aujourd’hui au coeur du « séisme » suite aux accidents qui s’enchainent à Fukushima, Tepco reconnait avoir maquillé des rapports de contrôle de ses installations juste avant le séisme qui a secoué le Japon.

Ainsi, une dizaine de jours avant le séisme du 11 mars, Tepco reconnait avoir remis aux autorités japonaises un document dans lequel les données concernant les registres de contrôles des centrales auraient été falsifiées. Tepco avoue notamment qu’une carte d’alimentation d’une valve de contrôle de température de réacteur n’avait pas été inspectée depuis onze ans ! Des éléments relatifs au système de refroidissement et au groupe électrogène de secours n’auraient pas non plus été bien contrôlés. Or, ce sont ces deux parties, touchées par le séisme puis le tsunami, qui sont à l’origine de la situation catastrophique à Fukushima.

Quelles répercussions sur la catastrophe d’aujourd’hui ?

Suite à ces révélations, le gendarme nucléaire japonais avait alors enjoint Tepco de revoir sa conduite et dresser un nouveau plan de maintenance de ses installation d’ici au 2 juin prochain, mais c’était sans compter sur la catastrophe que connait actuellement le pays. Pour l’Agence de sûreté nucléaire japonaise, « il n’est pas possible de dire dans quelle mesure les manquements constatés concernant l’entretien et le contrôle des installations ont influencé ou non la cascade de problèmes découlant du séisme ».

L’enquête sera menée ultérieurement, l’urgence pour l’heure étant de contenir la catastrophe.

Paix ou guerre Hervé Kempf Reporterre 2011/03/22 Hervé Kempf (22 mars 2011) Paix ou guerre. Reporterre. Tribune — fr

Paix ou guerre

Le 1 mars, des avions occidentaux ont tué neuf enfants en Afghanistan. Le 14 mars, des avions occidentaux ont tué deux enfants en Afghanistan. Le 14 mars, les forces de sécurité de Bahrein – avec le soutien muet de soldats saoudiens – ont réprimé la rébellion populaire. Le 18 mars, le dictateur du Yemen a fait tirer sur son peuple révolté, tuant 52 personnes.

Aucun avion occidental n’intervient pour protéger les civils au Yemen et à Bahrein.

Par quel étrange mystère les chancelleries occidentales n’ont-elles pas vu en 2007 que M. Kadhafi était un dictateur ? Il venait parader à Paris et signait avec M. Sarkozy un « accord-cadre de partenariat global ». Certes, on savait qu’en Libye, « le traitement réservé aux migrants est particulièrement rude », comme l’a noté un rapport parlementaire du 16 décembre 2009 ; il n’en a paru que plus utile de « développer une coopération en matière de sécurité » avec la Libye comprenant, parmi dix autres exemples, « la constitution d’une unité de même type que le RAID ».

La « protection des populations civiles » de Libye, qui justifie l’entrée en guerre de la France, sans débat au Parlement, a bon dos. L’Occident ne dit rien de ce qui concerne la zone d’influence de l’Arabie saoudite, parce que l’Arabie saoudite détient les clés du pétrole. Et l’Occident prépare le renversement de M. Kadhafi, parce qu’on le juge assez fragile pour que le pétrole libyen passe en des mains plus compréhensives – qui n’auront pas l’idée, par exemple, de contracter avec des compagnies chinoises ou indiennes plutôt qu’européennes.

Je lis le « Memorandum d’entente sur la coopération dans le domaine des applications pacifiques de l’énergie nucléaire entre la France et la Grande Jamahiriya libyenne populaire socialiste » signé le 25 juillet 2007 (1). On y prévoit d’ « œuvrer conjointement en vue de la réalisation de projets de production d’énergie nucléaire et de dessalement de l’eau ».

Nous sommes donc dirigés par des gens prêts à vendre des réacteurs nucléaires à des gouvernements que, quatre ans plus tard, ils découvriront insupportables. Qui clament urbi et orbi qu’un accident nucléaire grave est impossible. Qui font comme si le pétrole coulera toujours de source.

Ne voient-ils pas les signes de l’avenir ? Oh, sans doute, si, autant que nous. Mais ce que nous apprennent, intervenant la même semaine, Fukushima et la Libye, le drame nucléaire et la guerre pétrolière, c’est que plutôt que d’affronter le changement de l’écologie et de la justice, les capitalistes préfèrent la catastrophe et la guerre.

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Note :

(1) Le mémorandum signé avec la Libye :

Cantonales : le Front national a recueilli moins de voix qu’en 2004, les écologistes davantage ! Samuel Laurent Reporterre 2011/03/22 Samuel Laurent (22 mars 2011) Cantonales : le Front national a recueilli moins de voix qu’en 2004, les écologistes davantage !. Reporterre. fr

Cantonales : le Front national a recueilli moins de voix qu’en 2004, les écologistes davantage !

L’absention, les pourcentages, c’est très bien. Mais il est parfois utile de regarder les chiffres absolus : en nombre de voix, le Front national ne progresse pas par rapport aux élections cantonales précédentes, à l’inverse des écologistes.

Difficile de décrypter les dynamiques électorales à l’issue du premier tour des élections cantonales du dimanche 20 mars : elles ne portent pas sur l’ensemble du territoire mais sur la moitié des cantons. Sans compter la confusion entretenue autour des étiquettes des candidats. Tous les sympathisants UMP n’ont ainsi pas choisi d’arborer l’intitulé de leur parti, certains lui préférant « majorité présidentielle », voire « divers droite ».

Si elle n’est que théorique, les cantonales étant des élections locales, et si elle ne correspond pas à la lecture politique, qui se fait en nombre de départements gagnés ou perdus, regarder attentivement les dynamiques nationales des partis politiques apporte cependant plusieurs éclairages.

UNE ABSTENTION RECORD

L’abstention, on le sait, est largement plus élevée en 2011 (55,68 %) qu’en 2004 (36,09 %) ou en 2008 (35,12 %). Selon les derniers chiffres nationaux donnés par le ministère dans la nuit de dimanche à lundi, on comptait, en 2011, 9 364 451 votants.

C’est moins de votants que lors de l’élection de 2004, où l’on en avait recensé 12,81 millions, mais aussi par rapport aux cantonales 2008, qui concernaient 13,8 millions de votants. Ce plus faible nombre de votants doit être pris en compte dans les dynamiques électorales.

A qui profite cette abstention ? Au vu des scores des uns et des autres, il semble bien que ce soit l’électorat de droite républicaine (UMP, majorité présidentielle, divers droite) qui soit le plus représenté parmi ceux qui ont choisi de ne pas aller voter. C’est d’ailleurs là que l’UMP place ses espoirs d’enrayer au second tour une dynamique bien mal engagée.

LE PS STAGNE

Les scores des partis, eux, sont parfois trompeurs. Prenons le cas du PS : il se flatte d’avoir réuni, en 2011, 24,94 % des bulletins, ce qui représente 2,284 millions de voix. C’est en fait un léger recul par rapport à 2004, où il totalisait 26,25 % des bulletins et surtout 3,226 millions de voix, un million de plus.

De même en 2008, où le PS faisait 26,74 %, soit 3,56 millions de voix. L’abstention explique une bonne partie de ce million de voix en moins, mais pas seulement.

Comme l’a noté dimanche Martine Aubry, il faut tenir compte d’une part des radicaux de gauche, alliés traditionnels du PS, qui ont obtenu 135 958 voix, soit 1,48 %, mais aussi d’une autre catégorie, les « divers gauche », qui sont le plus souvent alliés au PS. Ceux-ci représentent en 2011 5,41 % des voix, soit 495 809 bulletins.

Là encore, c’est un recul par rapport à 2004, où les « divers gauche représentaient 6,03 %, soit 740 521 voix. En 2008, les »divers gauche" avait recueilli 4,19 % des voix, soit moins en pourcentage qu’en 2011, mais plus en nombre : 897 157 bulletins.

Le bon résultat du PS au premier tour de 2011 cache en fait une relative stagnation du parti, qui ne parvient pas à capitaliser sur la perte de crédibilité de l’UMP, et ne génère pas de dynamique électorale, celle-ci allant plutôt à ses alliés écologistes.

LES VERTS EN PLEINE DYNAMIQUE

Un parti voit ses chiffres progresser nettement par rapport à 2004 : Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

En 2004, il obtenait 4,09 %, soit 502 142 voix. En 2008, le nombre de voix restait sensiblement le même (558 612), mais le plus faible taux d’abstention n’offrait aux Verts qu’un score de 4,18 % au premier tour.

A la lueur de cet historique, le score 2011 d’EELV marque une réelle progression : avec 753 097 voix, soit 8,22 %, les écologistes progressent d’environ un tiers, en voix, sur trois ans. Un taux d’autant plus fort que l’abstention est élevée. En pourcentage, les écologistes doublent leur score par rapport aux précédents scrutins. (12,5 % dans les cantons avec des candidats écolos sortants)

LE FRONT DE GAUCHE SE MAINTIENT

Né de l’alliance entre Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et Parti communiste, le Front de gauche a obtenu en 2011 8,92 % des suffrages au total, soit 917 303 voix. C’est plus qu’en 2004, où n’existait que le PCF (957 223 voix), mais moins qu’en 2008 (1,175 million de voix). En pourcentage, le Front de gauche est plus haut que le PC de 2004 (8,92 % contre 7,79 %), mais reste proche de son score de 2008, où le PC était à 8,82 %.

Il est cependant notable que la dynamique du Front de gauche enraye la tendance structurelle du PC à la baisse et permet un relatif maintien, d’autant plus fort que l’abstention atteint des records en 2011.

LE BLOC DE GAUCHE PROGRESSE

En additionnant les scores des Verts, du PS, du PRG, des divers gauche et du PCF ou Front de gauche, on a une idée de la progression de la « gauche plurielle » susceptible de se coaliser pour la présidentielle de 2012. En 2004, ces forces réunies représentaient 45,43 %. En 2008, elles étaient au même niveau : 45,28 %. En 2011, elles atteignent 48,97 %. Le « bloc de gauche » est donc plus haut aujourd’hui.

LA DROITE REPUBLICAINE S’EFFRITE

Pour l’UMP, la dynamique est la suivante : en 2004, le parti avait réuni sous son nom 20,95 % des voix, soit 2,5 millions. En 2008, il obtenait 2,5 points de plus, soit 23,57 %, pour 3,14 millions de bulletins.

En 2011, le parti réunit sous son nom 16,97 %, soit 1,55 million de voix seulement. Toutefois, si l’on ajoute le score des candidats ayant choisi l’intitulé « majorité présidentielle » – soit 5,46 % et 500 031 voix – on obtient 2,04 millions. Moins qu’en 2004 ou en 2008.

Le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, a joué avec les chiffres pour masquer le revers électoral de son parti, choisissant d’agréger l’intégralité de la catégorie « divers droite » aux résultats de l’UMP et de la « majorité présidentielle ». Calcul trompeur : la catégorie « divers droite » ne regroupe pas que des candidats soutenus par l’UMP.

Mais même en y ajoutant l’ensemble de cette catégorie, la droite « républicaine » obtient donc, en 2011, 2,908 millions de voix et un score de 31,75 %. En 2004, l’addition de l’UMP, de l’UDF (depuis fusionnée avec l’UMP) et des « divers droite » réunissait 37 % des suffrages, soit 4,55 millions de voix. En 2008, le même calcul « droite républicaine » donnait 5,15 millions de voix, soit 38,68 %. Le recul est donc net, même en comptant qu’une partie de l’UDF est allée au MoDem.

LE FN, UNE PROGRESSION RELATIVE

En 2004, le FN, présent dans 1 850 cantons sur 2 035 renouvelables, obtenait 12,13 % des suffrages exprimés avec 1,49 million de voix. En 2008, le parti avait investi nettement moins de candidats et obtenu seulement 644 239 bulletins, soit 4,83 %.

A la lumière de ces deux précédents, le score du parti de Marine Le Pen en 2011 est un succès : présent dans 1 440 cantons, il obtient 1,38 million de voix et 15,06 % des bulletins. Il améliore donc nettement son score par rapport à 2008, mais il fait en revanche moins de voix qu’en 2004, ce que l’abstention et le moindre nombre de candidats investis expliquent en grande partie.

Il n’en reste pas moins que le FN réalise un score historique sur un scrutin qui ne lui est traditionnellement pas favorable. Lorsqu’on compte de manière relative, le Front national obtient trois points de plus qu’en 2004, plus si l’on s’ent tient aux cantons où il présentait un candidat : il aurait fait en moyenne 19,2% selon OpinionWay, soit 5,4 points de plus qu’en 2004 où il obtenait autour de 15% là où il était présent, selon cet institut. Des voix dont on peut extrapoler qu’elles proviennent en grande partie de la droite républicaine.

Surtout, ces points lui permettent de se maintenir dans un grand nombre de cantons (394), où il vole souvent la place aux candidats de l’UMP. On aura ainsi 204 seconds tours entre un candidat socialiste et un candidat FN.

Cantonales : les résultats des Décroissants Parti de la Décroissance Reporterre 2011/03/22 Parti de la Décroissance (22 mars 2011) Cantonales : les résultats des Décroissants. Reporterre. fr

Cantonales : les résultats des Décroissants

Les élections cantonales s’achèvent pour les objecteurs de croissance : en effet, aucun candidat ne participera au second tour. Néanmoins, nous sommes satisfaits des résultats obtenus et surtout de la campagne qui a été menée avec très peu de moyens : elle constitue une expérience riche en enseignements, aussi bien politiquement qu’au niveau interne de notre organisation.

Plusieurs stratégies ont été expérimentées, donnant des résultats variables, sachant que le résultat chiffré n’est peut-être pas directement significatif de la notoriété de l’Objection de Croissance, ni de l’impact militant et local du mouvement.

Ces stratégies ont divergé sur les points suivants : - le financement du matériel de campagne : impression de tout ou rien ou partie ; téléchargement des bulletins de vote par internet ou pas. - la personnification en réalisant une affiche avec le visage des candidats et suppléants. Le parrainage par des notoriétés de l’écologie. - l’étiquette « Décroissance », « Objection de Croissance » ou divers gauche « anticapitaliste / antiproductiviste » lorsqu’un accord local a été choisi.

Merci à toutes et tous, d’avoir participé à la campagne, ou d’avoir glissé un escargot dans l’urne.

Voici les résultats ci-dessous :

YVELINES (78) – Canton de CONFLANS-SAINTE-HONORINE 7 candidatures présentées Christophe ONDET – Anne-Isabelle Veillot Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 0.07 % soit 6 voix.

SEINE MARITIME (76) – Canton de LE HAVRE-4 8 candidatures présentées Thomas AVENEL remplaçante Armelle COUDRAIN Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 1.10% soit 35 voix.

SEINE MARITIME (76) – Canton de LE HAVRE-9 8 candidatures présentées Nathalie PERRET remplaçant Stéphane MADELAINE Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 0,42% soit 15 voix.

SEINE MARITIME (76) – Canton de SAINT-ETIENNE-DU-ROUVRAY 7 candidatures présentées Philippe Renoult (Oissel) Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 0,32% soit 21 voix.

SEINE MARITIME (76) – Canton de ROUEN-7 7 candidats présentées M. MANNIG Gérard Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 27 voix, soit 0,92% des suffrages exprimés.

SEINE MARITIME (76) – Canton de ROUEN-6 7 candidatures présentées Mme. PLOUCHARD Isabelle Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 26 voix, soit 0,59% des suffrages exprimés.

VAL DE MARNE (94) – Canton de ALFORTVILLE-SUD 8 candidatures présentées M. Benoît GERAUD (EXG) Je n’ai pas vu ses affiches – téléchargement des bulletins de vote Pb technique

SAVOIE (73) – Canton de LE CHÂTELARD 6 candidatures présentées M. Sylvain ROCHEX suppléante Carine Serpollet Décroissance – téléchargement des bulletins de vote 1,55% soit 32 voix.

DOUBS (25) – Canton de BESANÇON-NORD-OUEST 6 candidatures présentées Hervé Drouot (Doubs) Objecteur de Croissance – Décroissance – Impression des bulletins 3,39 %.

JURA (39) – Canton de LONS-LE-SAUNIER-NORD 7 candidatures présentées Julien Da Rocha Objecteur de Croissance – Décroissance – Impression des bulletins 212 voix soit 4,36 %.

ARIEGE (09) – Canton de LE-MAS-D’AZIL 4 candidatures présentées Ramon BORDALLO EELV-PG- NPA – PPLD – P Occitant – - Impression des bulletins 285 voix soit 14,6%.

VENDEE (85) – Canton de MAILLEZAIS 5 candidatures présentées Objecteur de Croissance – Parti de Gauche – - Impression des bulletins Michel Mengneau 5 candidats 3,1%.

Le réacteur n°3 est-il à l’air ? Dominque Leglu Reporterre 2011/03/23 Dominque Leglu (23 mars 2011) Le réacteur n°3 est-il à l’air ?. Reporterre. fr

Le réacteur n°3 est-il à l’air ?

La possibilité d’une « mise à l’air » du coeur du réacteur, avec relargage directement dans l’air des produits de fission, est une hypothèse très vraisemblable.

Sur cette photo de la centrale de FUKUSHIMA, on peut voir le bâtiment de l’unité n°1 qui a totalement perdu son toit (lors de la première explosion du samedi 12 mars), à comparer au bâtiment n°2 à sa droite quasiment intact.

Mais l’important dans cette photo, c’est l’unité n°3 surmontée de deux panaches, après avoir subi une explosion de beaucoup plus grande ampleur (lundi 14 mars). Ces deux panaches correspondent à de la fumée s’échappant de la PISCINE et du REACTEUR. Cette photo conforte les hypothèses émises ci-dessous et qui indiquent la possibilité d’une "mise à l’air" du coeur du réacteur, avec relargage directement dans l’air des produits de fission.

Lundi 21 mars. 18H. Nous voulons ici poser solennellement la question : où en est vraiment le cœur du réacteur n°3 de la centrale de Fukushima chargé de combustible MOX (mélange uranium-plutonium) ? Serait-il, si ce n’est « à nu » [autrement dit sorti de sa cuve – celle-ci s’étant largement fissurée, par exemple] du moins en contact direct avec l’air ? Nous mentirait-on depuis plusieurs jours en affirmant que l’enceinte du réacteur « semble » toujours étanche. Et qu’au contraire, les fumées que l’on n’a cessé de voir se dégager puis disparaître, puis revenir au-dessus de ce réacteur, sont en train de relarguer quasi en continu dans l’atmosphère des produits de fission – dont du plutonium, issus d’un cœur largement dégradé (peut-être à 100%) ? Ou encore, pour le dire autrement, qu’à Fukushima a déjà eu lieu ce qu’on peut appeler l’accident majeur, au même niveau 7 (voire plus) de l’échelle INES que Tchernobyl ? Mais que personne n’ose le dire ! C’est une accusation grave, il y aurait donc eu relâchement dans l’atmosphère d’éléments radioactifs très dangereux en bien plus grande quantité et à un tout autre niveau que tout ce que les annonces de ces derniers jours laissent à penser. Et cela expliquerait aussi pourquoi, aujourd’hui, il a fallu évacuer la centrale pour cause de radiations bien trop fortes pour les travailleurs !

Voici pourquoi nous posons la question : souvenons-nous, le lundi 14 mars a lieu une explosion (à 11h01 heure japonaise) que nous avons tous pu voir sur nos écrans télé. Explosion bien différente de la première, sur le réacteur n°1, où de gros nuages blancs partis en tous sens traduisaient la simple destruction violente du toit du bâtiment réacteur. L’explosion du 14 mars sur l’unité n°3 s’est faite violemment et verticalement, emportant manifestement toutes sortes de débris – d’où sa couleur gris-noir. On a compris depuis que sa puissance avait été telle qu’une dalle anti-missile, située à la verticale de la cuve, avait été soulevée (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français l’évoque dans son point d’hier matin (1)). On a évoqué, bien sûr, une explosion hydrogène (voir blogs précédents (2)). Mais nous nous posons d’autres questions aujourd’hui, pour essayer de mieux cerner le niveau de dangerosité de ce réacteur n°3, en ce moment même.

Pour comprendre ce questionnement, force est de regarder attentivement le schéma en coupe du réacteur BWR, que chacun peut trouver sur le site de l’AIEA (agence internationale pour l’énergie atomique) (3). Il faut se pencher sur cette image et essayer d’en décoder les méandres. Un exercice utile pour comprendre pourquoi le cœur pourrait finalement être « à l’air »… et donc extrêmement dangereux. Car, comme il a été estimé, notamment par l’IRSN, sur une photo visible sur Internet (4), « la protection biologique au-dessus de l’enceinte [a] disparu » - ce qui signifie, en clair, que tout relâchement se fait sans aucune espèce de filtre.

Hypothèse « optimiste » malheureusement peu probable. Regardez ce qui ressemble à une sorte de casque fin jaune, baptisé « steel containment vessel » ou enceinte de confinement en acier, juste au dessus de la cuve du réacteur (reactor vessel) qui a l’air d’un gros suppositoire noir. On peut imaginer que de l’hydrogène aurait pu s’accumuler entre ce « casque » d’acier (fixé à l’intérieur de l’enceinte par des gros boulons sur des sortes de surplombs) et l’enceinte de confinement en béton au-dessus. A noter : sur ce béton, on voit d’ailleurs dessiné un demi-cercle, sorte de « bouchon » qui peut sauter en cas de besoin. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé.

Deux remarques nous conduisent à abandonner cette hypothèse : d’abord on ne comprend pas comment l’hydrogène aurait pu s’infiltrer là-dedans, alors qu’il n’y a aucun tuyau ou espace qui y conduit. Ensuite, y aurait-il eu assez d’hydrogène accumulé pour faire sauter la fameuse « dalle anti-missile » ? Et comment aurait-il fait pour exploser là, alors qu’il a besoin d’oxygène ou d’une étincelle pour démarrer l’ignition et l’explosion. Nous aimerions savoir quelle doit être la puissance d’une explosion qui fait sauter une dalle anti-missile. Un expert pourrait certainement le préciser !

Hypothèse « pessimiste » qui est peut-être bien la bonne. L’hydrogène s’est accumulé ailleurs, dans l’enceinte de confinement baptisée « concrete shell dry-well » sur le graphique. Il aurait trouvé facilement « un point chaud » poussant à son explosion vers le bas de l’enceinte. Alors, dans cette enceinte en forme de « poire », plus renflée vers le bas, un flux ayant pris, en quelque sorte son élan pour remonter extrêmement violemment vers le haut (dans un goulet moins large qu’en bas) aurait brisé le confinement d’acier, puis le bouchon de béton du dessus. Il aurait emporté dans cette remontée des morceaux de béton mais aussi des bouts de métal… Des experts ne pourraient-ils analyser attentivement les images de cette explosion pour s’assurer qu’aucun morceau de métal ne peut y être distingué – [par exemple le « casque » jaune évoqué ci-dessus] ?

On ne peut imaginer que lors de cette explosion des problèmes collatéraux ne se soient pas développés. Par exemple des tuyaux ébranlés… Il doit exister des systèmes de valves qui, en principe, doivent fermer ces tuyaux s’ils venaient à être brisés ou ébranlés. Question : l’injection d’eau de mer et la cristallisation du sel n’aurait-elle pas empêché que ces systèmes de sécurité fonctionnent ?

On peut même se demander si ce n’est pas le bouchon de la cuve lui-même qui aurait pu sauter ? Et qu’il faudrait chercher sur les images. En clair, nous nous interrogeons : dans quel état est actuellement la cuve dans laquelle se trouve le combustible ? Fissurée, légèrement ouverte au niveau de certains tuyaux brisés, totalement ouverte ? Et donc en contact avec l’extérieur ?

Une fois cette hypothèse examinée, on voit que toute une série de questions se posent alors. Les relargages de radioactivité, visibles de façon comme « pulsées » sur les graphiques présentés par l’IRSN (5) ont-ils été volontaires ? Ces rejets étant, quand on regarde bien le graphique en échelle logarithmique, plus de 1000 fois plus intenses que ceux du réacteur n°1. Ou bien ont-ils correspondu, par exemple, aux dégagements de vapeur lorsque de l’eau a été envoyée sur l’unité, pour refroidir le réacteur MAIS AUSSI sa piscine qui pose toujours un problème majeur. Celle-ci, nous l’avons déjà dit (voir blog d’hier dimanche), ne doit pas perdre son eau sinon les relargages de radioactivité par les assemblages de combustible usé seront très forts. Le problème est celui de son étanchéité (peut-être dès après le séisme, et certainement depuis l’explosion dans le bâtiment).

A l’heure où de la radioactivité violente localement rayonne dans la centrale (évacuation rendue nécessaire ce lundi), nous apprécierions que les autorités françaises compétentes et connaisseuses du domaine – ASN, IRSN, AREVA, EDF… - répondent à nos questions. Car les réponses permettront de mieux comprendre quel air (et demain l’eau, les plantes, les animaux…) les Japonais respirent aujourd’hui et respireront demain. A Fukushima mais aussi à Ibaraki, Tokyo ou ailleurs…

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Notes :

1) http://www.irsn.fr/FR/Actualites_pr...

2) Ce gaz hautement explosif est issu des réactions entre des gaines de combustible (oxyde de zirconium) en train de fondre et la vapeur d’eau (H20), réaction très exothermique et productrice d’hydrogène.

3) http://www.iaea.org/newscenter/imag... : Image destinée à illustrer un propos ayant trait à la piscine du réacteur d’où la mise en avant du mot « spent fuel pool » (piscine de combustible usé)

4) http://www.irsn.fr/FR/Actualites_pr...

5) http://www.irsn.fr/FR/Actualites_pr...

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Radioactivité : les autorités publiques cachent les chiffres Crii-Rad Reporterre 2011/03/24 Crii-Rad (24 mars 2011) Radioactivité : les autorités publiques cachent les chiffres. Reporterre. fr

Radioactivité : les autorités publiques cachent les chiffres

Le réseau de mesures du traité international sur les essais nucléaires dispose de données précises sur la contamination radioactive des masses d’air. Mais les différents pays refusent de les communiquer aux citoyens.

La publication des données du réseau du CTBTO (Traité d’interdiction des essais nucléaires) (1) ainsi que des installations nucléaires nord-américaines nous aurait renseigné précisément sur les niveaux de contamination de l’air et nous aurait permis d’évaluer de façon fiable les niveaux de risque bien avant que les masses d’air contaminé n’arrivent sur l’Europe.

La CRIIRAD lance un appel international, invitant citoyens, associations, scientifiques, élus… de tous pays à se mobiliser à ses côtés afin d’exiger que les résultats relatifs à la contamination radioactive de l’air, obtenus grâce à l’argent public, soient mis à disposition du public ET SERVENT A SA PROTECTION.

Pas de données interprétables pour l’Amérique du nord !

Plus de 10 jours après le début des rejets radioactifs, les masses d’air contaminé ont traversé des pays aussi étendus que les Etats-Unis et le Canada, des pays qui disposent d’équipements performants, leur permettant d’évaluer précisément l’activité volumique (2) de chacun des radionucléides présents, en tout cas des plus problématiques d’un point de vue sanitaire. Or, en dépit des recherches conduites depuis plusieurs jours, la CRIIRAD n’a trouvé aucun chiffre sur la contamination de l’air. Ne sont accessibles que des résultats sur les débits de dose ou les taux d’émissions de rayonnements bêta et gamma, qui ne permettent pas d’évaluer le niveau de risque. Ils ne permettent d’ailleurs même pas d’établir une relation certaine entre l’élévation des valeurs et le passage des masses d’air contaminé.

La CRIIRAD va adresser, aux ambassades de ces deux pays, des demandes officielles pour que soient publiés dans les meilleurs délais les résultats que détiennent forcément les exploitants d’installations nucléaires, qu’elles soient civiles ou militaires.

Précisons à cet égard que les balises de l’IRSN implantées à Saint-Pierre et Miquelon, en Martinique et en Guadeloupe ne mesurent que le niveau de rayonnement (les débits de dose exprimés en μSv/h - micro-Sievert par heure). Ces résultats ne permettent pas d’évaluer les risques.

Black-out international

A la recherche de stations de mesures intermédiaires entre le Japon et la France, le laboratoire de la CRIIRAD s’est tourné vers le réseau mis en place par l’Organisation du Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (OTICE). Il s’agit de stations de mesure réparties sur l’ensemble de la planète et qui enregistrent divers paramètres afin de contrôler qu’aucun essai nucléaire souterrain n’est effectué en violation des dispositions du traité (cf. Corée du Nord). Elles mesurent plusieurs paramètres : données sismiques, hydroacoustiques, infrasoniques et radionucléides. Une soixantaine de stations sont équipées de laboratoires d’analyses radiologiques. Elles sont capables de mesurer de très faibles niveaux de contamination dans l’air car l’une de leurs missions est de mesurer la contamination consécutive aux essais nucléaires atmosphériques.

Ces laboratoires disposent de systèmes de détection de la radioactivité parfaitement adaptés à l’identification et à la quantification des produits radioactifs présents dans les masses d’air contaminé par les rejets radioactifs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Le samedi 19 mars, la CRIIRAD adressait donc une demande de communication de résultats à Mme THUNBORG, responsable de l’information publique à l’OTICE. Elle nous répondait le lendemain soir qu’elle transmettait notre demande à la division en charge de la sécurité des données (3). Le lundi, faute de réponse, la CRIIRAD réitérait sa demande en insistant sur l’urgence de la situation et en précisant que faute de réponse rapide, elle dénoncerait publiquement la situation. Mme THUNBORG nous conseillait par retour de nous adresser aux autorités françaises et, soucieuse de nous aider, nous orientait vers des articles où des institutions autrichiennes, suédoises ou allemandes qui ont accès aux données avaient laissé filtrer quelques résultats. Nous obtenions ainsi quelques données mais trop parcellaires et impossible à corréler dans l’espace et dans le temps.

Deux heures plus tard, un courriel de M. SCOTTI (4) nous indiquait que « Les données collectées par le réseau des stations du STP ne peuvent être communiquées qu’aux correspondants (centres de données nationaux) désignés par les Etats Signataires du TICE. Pour la France, l’organisme destinataire de ces données est le Commissariat à l’Energie Atomique ».

Le responsable du laboratoire de la CRIIRAD s’adressait le jour même au CEA : « Je vous serais reconnaissant de m’indiquer comment la CRIIRAD peut avoir accès, dans les meilleurs délais, aux données collectées par les stations de surveillance du réseau de l’OTICE, en particulier en ce qui concerne les radionucléides (notamment Cs137 et I131, Sr 90, gaz rares, tritium, transuraniens). Il s’agit pour nous d’affiner les prévisions concernant l’impact des rejets du site de Fukushima et de répondre aux inquiétudes du public français. »

La réponse nous parvenait le lendemain en milieu de journée : aucune donnée ne nous sera communiquée. Le réseau international de mesure obéit à des règles de confidentialité définies strictement par les Etats membres du traité d’Interdiction Complète des Essais. « Les données sont donc uniquement transmises à des points de contact nationaux nommés par les Etats qui en font une analyse dans l’objectif du Traité, à savoir détecter tout essai nucléaire qui aurait été mené en contradiction avec l’engagement des États ayant ratifié le TICE. » Pour la France, il s’agit du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), organisme en charge du développement des activités nucléaires militaires et civiles.

La réponse indiquait en outre que : « Suite à l’accident de Fukushima, à la demande des États signataires du TICE, les données sur l’activité des radionucléides sont transmises à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les équipes de ces deux organisations en charge des aspects sûreté et radioprotection peuvent ainsi les utiliser en complément de l’ensemble des données fournies par les États, pour établir les évaluations nécessaires à la protection des personnes susceptibles d’être concernées par les retombées de l’accident. » Or, ni l’AIEA, ni l’OMS n’ont rendu publics ces résultats.

Il faut dire que l’AIEA a en charge la promotion des activités nucléaires civiles (5) et que l’OMS qui est normalement en charge de la santé publique a signé avec l’AIEA, dès 1959, un accord qui dispose que les deux agences « agiront en coopération étroite et se consulteront régulièrement ».

BILAN : depuis plus de 10 jours, la centrale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI rejette des produits radioactifs dans l’atmosphère : ces rejets ne sont ni maîtrisés ni quantifiés. Dans le même temps des stations de mesures réparties sur l’ensemble de notre planète enregistrent les niveaux de radioactivité de l’air et suivent pas à pas l’évolution de la radioactivité dans l’espace et dans le temps… mais veillent jalousement à ce que ces données restent secrètes.

Cette situation est choquante en temps normal, totalement inacceptable en situation d’urgence radiologique. Et d’autant plus inacceptable que ce réseau de mesure est financé par l’argent public !

Les Etats cotisent en effet à hauteur de 55 700 000 € pour faire fonctionner les stations de mesure. Les citoyens américains respirent depuis le 17 mars dernier les particules radioactives rejetées par les réacteurs nucléaires et les piscines de stockage de combustible irradié de la centrale de FUKUSHIMA DAIICHI. Premiers contributeurs au budget du réseau, ils apprécieront de n’avoir strictement aucune donnée en contrepartie de leurs 12 millions d’euros. Un sacré marché de dupes. A noter qu’avec un versement de 3 600 000 €, les Français ne sont pas mieux lotis.

La CRIIRAD reçoit des centaines d’appels de personnes inquiètes de la contamination de l’air qu’elles respirent, inquiètes pour elles-mêmes et surtout pour leurs enfants. Elle aimerait informer correctement, et si possible rassurer, mais sur des bases solides, tous ses correspondants, qu’ils habitent le Finistère, la Martinique ou la Corée du Sud. Elle invite chaque citoyen, chaque association, chaque scientifique, chaque élus… à se mobiliser pour obtenir la levée du secret sur les niveaux de contamination de l’air. Une pétition sera prochainement mise en ligne pour collecter des signatures sur la France mais chacun peut d’ores-et déjà relayer la mobilisation à l’étranger et intervenir auprès des autorités de son pays pour dénoncer la situation.

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Notes :

(1) Le CTBTO –Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organisation – est une organisation mise en place dans le cadre du traité d’interdiction totale des essais nucléaires (TICE en français), accord multilatéral ouvert à la signature le 24 septembre 1996 : http://www.ctbto.org

(2) L’activité volumique s’exprime en becquerels par mètre cube d’air (notée Bq/m3). Elle renseigne sur le nombre de désintégrations qui se produisent par unité de temps et de volume. Une valeur de 15 Bq/m3 signifie que dans un mètre cube d’air, à chaque seconde, 15 noyaux d’atomes radioactifs se désintègrent en émettant des rayonnements ionisants. Cette valeur décroît en fonction de la période radioactive du radionucléide considéré. La période correspond au temps au bout duquel l’activité est divisée par 2 : 8 jours pour l’iode 131 ; 30 ans pour le césium 137 ; 2 ans pour le césium 134.

(3) “I have forwarded your request to the Division responsible for the Secure data. They will get back to you in regards to your inquiry. Best regards”, Annika THUNBORG, Spokesperson and Chief of Public Information, Preparatory Commission for the Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organization (CTBTO), UN, Vienna, Austria.

(4) M. Lucien SCOTTI, Conseiller, Représentation Permanente de la France auprès des Nations Unies et des Organisations Internationales à Vienne.

(5) Article 2 des statuts de l’AIEA : « L’Agence s’efforce de hâter et d’accroître la contribution de l’énergie atomique à la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier. Elle s’assure, dans la mesure de ses moyens, que l’aide fournie par elle-même ou à sa demande ou sous sa direction ou sous son contrôle n’est pas utilisée de manière à servir à des fins militaires. »

Japon, Alerte verte et rouge Marc Humbert Reporterre 2011/03/24 Marc Humbert (24 mars 2011) Japon, Alerte verte et rouge. Reporterre. Tribune — fr

Japon, Alerte verte et rouge

Il nous faut limiter la taille des outils, de tout ce qui nous sert à construire notre monde commun, afin que ces outils restent au service du bien commun.

Arrivé ce week-end pour quelques jours en France, je reprends un texte écrit au Japon pour essayer de prendre la pleine mesure de cet événement survenu le 11 mars. La vie en dehors de zones sinistrées, c’est-à-dire pour plus de 90 % du Japon et des Japonais, est aujourd’hui quasi-normale et tout le monde pense que dans quelques jours la menace de pollution atmosphérique radioactive aura cessé. Les Français, en pointe dans les mesures de précaution, ont annoncé la réouverture du lycée le 4 avril. Tout redeviendra comme avant ou presque. Mais il ne faudrait pas oublier cette formidable double alerte, alerte verte et alerte rouge, comme il semble qu’a été oubliée l’alerte du « Lehman Shock » de 2008.

Le cataclysme du 11 mars est d’abord une alerte verte. La nature a rappelé à tous sa formidable toute puissance que l’humanité ne peut prétendre maîtriser. Au Japon il n’y a pas de parti vert significatif. L’explication de cette absence nécessiterait certainement de prendre en considération de nombreux éléments dans une combinaison complexe. Repérons parmi ceux-ci la présence d’un sentiment, ou plutôt une connaissance intuitive forgée par l’expérience, que la nature est la puissance la plus forte et que l’homme n’est que poussière.

Les tremblements de terre et les raz-de-marée, les typhons à l’occasion, obligent à composer avec une nature que l’on apprécie, mais aussi que l’on craint. On sait ici que l’humanité peut être rayée de la carte. Des débats récents suggèrent, certes qu’elle peut par elle-même contribuer à sa propre destruction, et même donne l’impression désagréable qu’elle s’y emploie. On a ici conscience qu’en outre, après une éventuelle disparition de l’humanité, cet épisode laisserait la nature continuer d’écrire une suite qui se poursuivrait sans cette humanité, absence dont elle s’était accommodée des milliards d’années durant avant de subir les frasques de sa récente survenue.

Prendre le parti de la nature ne va pas de soi pour l’humanité. Que la nature incite l’humanité, par un événement, au respect parce qu’elle est superpuissante, c’est une alerte verte ; même si le réchauffement climatique vient des activités humaines, la nature pourrait aussi conduire, à l’avenir, une glaciation. Respecter la nature parce que nous en avons besoin et qu’elle est notre source de vie, c’est une toute autre affaire, certes loin d’être anodine pour nous, et c’est surtout sur celle-là que se focalisent les partis verts qui n’ont pas au Japon un grand représentant.

La menace de pollution atmosphérique radioactive née le 11 mars constitue aussi une alerte rouge. Elle est en effet une expression d’une sorte de terrorisme productiviste comme le 11 septembre 2001 fut l’expression d’un terrorisme politique. Elle peut être mise aussi en parallèle avec le choc de 2008 : on a souligné le rôle de ces banques trop grandes pour faire faillite (too big to fail), fruits, comme les entreprises géantes, de cette course à la croissance sans limite, à la spéculation sans limite, à l’enrichissement sans limites. En 2008, ce slogan a servi d’excuse à des gouvernements libéraux sans justification idéologique pour les renflouer ; il n’y avait pas d’argent dans les caisses de l’Etat pour des mesures sociales, mais on en a trouvé pour les grandes banques qui ont renoué ensuite avec des profits faramineux et leurs dirigeants sont remerciés par des salaires époustouflants. Une telle banque too big to fail ne devrait pas exister, disait André Orléan, de telles entreprises géantes, de telles centrales parce que nucléaires et trop grandes et trop dangereuses pour faillir, ne devraient pas exister : alerte rouge.

Cette manière de voir est tout en fait en accord avec l’idée d’Illich (1973) que les outils devenus trop gros ne sont plus conviviaux : au lieu de nous servir ils nous rendent esclaves. Il s’agit de terrorisme, parce que nulle part, pas plus en France qu’au Japon, on n’a mis en débat le choix du nucléaire. L’argument de l’efficacité pour la croissance a réuni l’oligarchie des élites des idéologies libérales et socialistes, le capitalisme et le socialisme. Au nom de leur moindre effet contre l’environnement en situation de bon fonctionnement, nombre de notables bardés de vert comme Nicolas Hulot, supportaient eux aussi ces centrales. Le 11 mars est une alerte rouge qui dénonce cette collusion.

Que faire ? Comprendre d’abord le sens de cette double alerte. L’ouvrage De la convivialité aide à percevoir cette nécessité de limiter la taille des outils, de tout ce qui nous sert à construire notre monde commun, de telle sorte que ces outils restent au service de ce bien commun qui est notre but, restent capables de nous permettre de pratiquer la convivialité. Une pratique de vie qui se situe dans un autre registre que les « –ismes » des idéologies qui conduisent à la destruction de l’humanité au lieu de la servir. Ensuite il faut conduire la transition vers cette autre manière de vivre ensemble en comprenant qu’il n’y a pas d’autre valeur que la vie. Alors la double alerte verte et rouge du Japon du 11 mars aura servi à quelque chose.

Chronologie de la catastrophe Silence Reporterre 2011/03/24 Silence (24 mars 2011) Chronologie de la catastrophe. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Chronologie de la catastrophe

Du vendredi 11 mars au mardi 22 mars. Fukushima, de « l’incident » à la catastrophe.

Le séisme d’une intensité de 8,9 qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 et ses multiples répliques ont provoqué l’arrêt d’urgence de 11 réacteurs situés entre 50 et 350 km au nord de Tokyo. En l’absence de courant électrique et de pannes des groupes électrogènes (certains n’ont pu être alimentés en carburant), les pertes de contrôle de ces réacteurs ont entraîné une surchauffe progressive de leurs cœurs. Malgré les tentatives désespérés des ingénieurs qui ont essayé de faire baisser la pression en ouvrant des soupapes, ou en noyant les bâtiments sous l’eau de mer, la catastrophe n’a pas pu être évitée. Les informations diffusées ont été extrêmement confuses… Le Réseau Sortir du nucléaire a rappelé que TEPCO, l’EDF local, a été condamné 27 fois par la justice japonaise pour avoir diffusé de fausses informations lors d’accidents précédents.

Les heures sont données à l’heure française, en décalage de six heures sur l’heure japonaise : quand il est 12 h 00 à Paris, il est 18 h 00 à Tokyo.

Vendredi 11 mars

* 22h47, l’alerte est atteinte au réacteur n°1 de Fukushima-Daiichi (6 réacteurs, 3 à l’arrêt au moment du tremblement de terre). Ce réacteur de 439 MWe, mis en route en 1970, présente alors une radioactivité à l’extérieur de l’enceinte mille fois supérieure à la normale.

Samedi 12 mars

* 7h36, l’enceinte du bâtiment réacteur n°1 explose. La télévision japonaise filme en direct : on voit des flammes gigantesques sortir du bâtiment et un immense nuage de poussières s’élever à plusieurs centaines de mètres. Les autorités ont déjà évacué la population à 10km à la ronde et étendent la mesure à 20 km (50 000 personnes). Elles demandent aux personnes habitant dans un rayon de 50 km de s’enfermer chez elles. Le vent souffle de sud-est emmenant le nuage radioactif au large… et vers l’Alaska et le Canada. A noter que les réacteurs japonais sont plus résistants aux séismes que les réacteurs français (5 enceintes au lieu de 3). Officiellement, c’est une bulle d’hydrogène qui a fait sauter le bâtiment. Le cœur est alor s en fusion… à l’air libre ! (détection de césium dans le nuage). De l’eau de mer enrichie en bore est injectée pour essayer de noyer le cœur. La radioactivité sur le site est alors mesurée à 10 000 fois la normale. L’utilisation de l’eau de mer provoque une corrosion qui condamne définitivement le réacteur. * 13h30, l’alerte est donné sur le site de Fukushima-Daini (4 réacteurs), 12 km plus au sud et une évacuation des populations commence dans un rayon de 20 km (50 000 personnes de plus). A la même heure, en France, l’Autorité de Sûreté nucléaire promet la transparence. * 16h, début de la distribution de pastille d’iode dans un rayon de 50 km autour des deux sites nucléaires. L’iode protège du cancer de la thyroïde mais pas des autres cancers : le césium et le strontium attaquent la moelle osseuse, le plutonium les poumons, le carbone va partout. L’accident est d’abord estimé de niveau 4 (par comparaison : Three Mile Island a été classé au niveau 5, Tchernobyl au niveau 7, le plus haut niveau). Il passera à 6 le 14 mars. * 16h10 : le gouvernement allemand invite ses ressortissants habitants Tokyo ou plus au nord à partir vers le sud du pays. * 21h50, l’AIEA annonce que 140 000 personnes au total ont déjà été évacuées.

Dimanche 13 mars

* 0h, le gouvernement japonais annonce que sur onze réacteurs arrêtés en urgence un seul s’est arrêté selon une procédure correcte. Il annonce également que des délestages électrique (3h par jour à tour de rôle au moins jusqu’à fin avril, sauf dans le centre de Tokyo) vont être effectués sur l’ensemble du pays. Il lance un appel à la Russie pour que celle-ci fournisse plus de gaz. * 7h47, la radioactivité dans la ville de Miyagi, à 80 km du site de Fukushima-Daiichi, est annoncée par TEPCO comme étant 400 fois supérieure à la normale. * 9h, l’ambassade de France à Tokyo incite les résidents français (environ 9000) à quitter la capitale pour aller plus au sud. * 10h, Greenpeace s’interroge sur l’usage de l’eau de mer, une solution « catastrophe » car le sel va non seulement corroder les métaux, mais en se déposant risque de bloquer des conduites assez rapidement. * 15h, l’état d’urgence est déclaré à la centrale d’Onagawa, plus au nord que l’autre, suite à une hausse de la radioactivité (700 fois la normale). Il pourrait s’agir du nuage radioactif du réacteur n°1 de Fukushima-Daiichi * 15h50, six journalistes japonais ont réussi à rejoindre une commune à 2km de Fukushima-Daiichi. Ils se sont arrêtés quand les compteurs de mesure se sont bloqués à plus de 1000 mSV/heure (cela veut dire qu’en une heure on reçoit 1000 fois la limite annuelle autorisée pour le public). Ils dénoncent le fait qu’ils n’ont vu aucun panneau sur la route, ni aucun barrage policier pour les empêcher de passer. * 18h, manifestation de 3 à 500 personnes à Paris, place du Trocadéro, à l’appel du Réseau Sortir du nucléaire. Présence de Dominique Voynet, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon. * 20h, au JT de France 2, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie dénonce l’opportunisme des antinucléaires français et se félicite du « retour d’expériences qui va permettre d’améliorer la sûreté des centrales en France ». Henri Guaino, conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, déclare lui : « L’accident nucléaire au Japon pourrait favoriser l’industrie française dont la sécurité est une marque de fabrique ». Jean-François Coppé : « En aucun cas, ces accidents ne doivent remettre en cause les choix stratégiques du pays en matière d’énergie ». Eric Besson : « Cet accident n’a rien à voir avec Tchernobyl ». * 21h, l’autorité de sûreté nucléaire du Japon annonce que 6 réacteurs au moins sont en difficulté : les réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima Daiichi, les réacteurs 1, 2 et 3 de Fukushima Daini (à 12 km du premier site) où des soupapes ont été ouvertes pour éviter l’explosion des bâtiments, libérant autant de nuages radioactifs. * 21h, Nicolas Hulot et Daniel Cohn-Bendit demandent un référendum sur la question du nucléaire. * 23h30, explosion du réacteur n°3 de Fukushima Daiichi (760 MW). Celui-ci fonctionne depuis le 22 septembre 2010, avec un combustible mixte uranium-plutonium (MOX) fourni par Areva, beaucoup plus toxique que le premier réacteur. 7 personnes travaillant sur la centrale sont portées disparues. Le système de refroidissement est détruit. Au moins 90 personnes intervenant dans la zone évacuée ont été irradiées.

Lundi 14 mars

* 4h, la radioactivité monte au nord de Tokyo : le nuage parti de Fukushima 1 revient du large à la suite du changement de sens du vent. Il semble aussi que le nuage qui sort de Fukushima 3, plus radioactif que l’autre, soit plus conséquent. * 5h, le gouvernement des Etats-Unis annonce que son porte-avion Ronald Reagan placé en secours au large du Japon pour l’alimentation des hélicoptères, a traversé un nuage radioactif important et que son équipage a reçu une dose équivalente au maximum autorisé en un mois. * 14h, le gouvernement japonais annonce que 180 000 personnes sont déplacées autour des différents sites nucléaires et au moins 187 personnes contaminées. * 16h, le réacteur n°2 de Fukushima semble maintenant en péril. L’exploitant annonce son intention de relâcher des gaz pour éviter une explosion plus grave. * 18h, Angela Merckel annonce la suspension des autorisations de prolongement des réacteurs nucléaires allemands… pour trois mois. Concrètement, deux centrales devraient donc être arrêtées. Des manifestations pour l’arrêt du nucléaire se déroulent spontanément dans 450 villes réunissant plus de 100 000 personnes. * 20h, les associations qui ont participé au Grenelle de l’Environnement ont rencontré Nicolas Sarkozy lors d’une réunion prévue de longue date. Elles ont demandé l’ouverture d’un débat sur la question du nucléaire et de l’énergie en général (pétrole, gaz de schistes, renouvelables, économies d’énergie…). En réponse, Sarkozy a répondu « Pas question de sortir du nucléaire ». Sarkozy s’est même vanté devant des parlementaires UMP : « Si on a perdu des marchés et des appels d’offres, c’est parce qu’on est les plus chers. Et si on est les plus chers, c’est parce qu’on est les plus sûrs ! » Et le plus gros mensonge : « L’EPR, je connais bien le chantier, j’y suis allé plusieurs fois. Je suis désolé de dire ça, mais on a la double coque ! Le principe de la double coque, c’est que si un Boeing 747 s’écrase sur une centrale, le réacteur n’est pas touché ». Rappelons que le Réseau Sortir du nucléaire a été poursuivi en justice (mais a bénéficié d’un non-lieu) pour avoir rendu public en 2003 un document « confidentiel défense » qui dit exactement le contraire. * 20h, le gouvernement Suisse annonce la suspension des projets de nouveaux réacteurs dans le pays et une étude sur la poursuite des cinq réacteurs actuellement en fonctionnement. Le gouvernement indien annonce une inspection générale de ses installations (20 petits réacteurs pour 4780 MW au total) * 20h, la plupart des grandes entreprises françaises, Areva en tête, ont fait évacuer leurs salariés vers la Corée du Sud, Hong-Kong ou la France. Air-France annonce que ses vols sont saturés. * 21h45, la fusion des cœurs des réacteurs 1 et 3 de Fukushima-Daiichi est officielle. Comme ces réacteurs sont à l’air libre, cela signifie que le nuage qui en sort est de plus en plus radioactif.

Mardi 15 mars

* 0h03, explosion du réacteur n°2 de Fukushima-Daiichi. Le personnel avait été en partie évacué. Selon Tepco, il reste 50 personnes sur le site de Fukushima-Daiichi. 800 ont quitté leur poste. C’est la confusion totale, plus rien n’est sous contrôle. L’armée américaine est appelée en renfort. La radioactivité au niveau de la centrale est 10 000 fois supérieure à la limite autorisée. * 0h30 : le vent tourne et le nuage radioactif se dirige vers Tokyo. Le gouvernement lance un appel : les femmes et les enfants sont encouragés à partir vers le sud de l’archipel ou à l’étranger. * 1h30 : les journalistes sont interdits à moins de 30 km de la centrale. 200 000 personnes vivant entre 20 et 30 km du site sont en cours d’évacuation. Le survol des lieux est interdit dans un rayon de 30 km. * 2h : nouvelle explosion sur le réacteur n°2 avec brutale hausse de la radioactivité. La radioactivité au niveau de la centrale est 70 000 fois supérieure à la limite autorisée. Une telle exposition pendant douze heures est considérée comme mortelle. Le cœur du réacteur n°2 pourrait être à l’air libre. * 7h : le site du Spiegel en Allemagne publie une première carte de la dispersion du nuage radioactif et des entretiens avec des spécialistes allemands : ceux-ci pensent qu’il ne peut s’agir d’une explosion d’hydrogène, mais bien d’une explosion nucléaire, et ceci pour les trois réacteurs. * 8h50, le Monde annonce que les habitants de la côte ouest des Etats-Unis se jettent sur les pastilles d’iode. * 9h44, alors que les réacteurs 4 à 6 de Fukushima-Daiichi sont à l’arrêt, des déchets du réacteur n°4 stockés dans une piscine proche du n°3 se retrouvent à l’air libre, l’eau s’évaporant, l’agence de presse Kyodo annonce que des déchets se sont enflammés. Or ces déchets sont très radioactifs. Les réacteurs 5 et 6 présentent aussi une chaleur anormale. * 10h15, Le niveau de radioactivité relevé dans la préfecture de Chiba, située juste à l’est de Tokyo, est plus de dix fois supérieur à la normale, rapporte l’agence de presse Kyodo. A Kanagawa, 10 fois plus que la normale. A Ibaragi, 100 fois la normale. La pluie commence à tomber précipitant les particules radioactives au sol. * 10h25, Deux brèches de huit mètres de large sont apparues dans l’enceinte extérieure du réacteur n°4 de la centrale Fukushima-Daiichi, réacteur à l’arrêt mais soumis à une chaleur extrême. * 10h49, selon l’AFP, Dominique de Villepin a interpellé le gouvernement en l’accusant d’être dans le déni. * 12h, Le gouvernement allemand a décidé d’arrêter provisoirement sept réacteurs nucléaires construits avant 1980 (il en resterait donc 10 en activité). * 12h, « On s’achemine vers une catastrophe nucléaire » déclare à la presse Nathalie Kosciusko-Morizet. * 13h, des rassemblements silencieux se tiennent dans une trentaine de villes en France (200 personnes à Marseille, Lyon, Bordeaux, Mulhouse, 100 à Paris, Grenoble…) * 17h, Le titre Areva a perdu 18 % à la bourse en deux jours. C’est Areva qui avait fournit le MOX pour le réacteur n°3 de Fukushima-Daiichi. Celui de TEPCO a perdu 42 %. * 17h15, Radio-France donne l’ordre à ses sept journalistes présents au Japon de quitter le pays. France-Télévision fait de même à 22h30. RTL, Europe 1, i-télé annonce le repli de leurs équipes à Osaka. Alors que France 24 donne l’ordre à ses journalistes d’essayer d’aller plus au nord ! * 22h45, début d’incendie visible sur le toit du réacteur n°4 de Fukushima-Daiichi. Des techniciens collectent des données à partir d’un abri situé à l’extérieur des réacteurs et en allant sur place quelques minutes seulement.

mercredi 16 mars

0h20, l’incendie sur le réacteur n°4 semble éteint. 2h, le vent tourne et le nuage épargne maintenant Tokyo. La radioactivité y est toutefois encore de 300 fois plus haute que la normale. Dans les gares, les trains partent bondés vers le sud. 3h30, après une baisse de la radioactivité locale, 700 personnes sont mobilisées et se relaient par groupe de 70 pour injecter de l’eau sur les réacteurs 1 et 3. Ces « liquidateurs » sont médicalement condamnés. 4h56, nouveau séisme de niveau 6 dont l’épicentre est au sud-ouest de Tokyo. 7h45, la Chine bloque les mots « fuite » et « nucléaire » sur son réseau internet. 8h45, TEPCO annonce que la température des piscines de stockage des déchets des réacteurs 5 et 6 est en hausse. 9h45, La direction d’urgence du département Fukushima annonce que dans l’eau potable à la ville de Fukushima (environs 60 km du site), on mesure déjà de l’Iode (177 Becquerel/kg) et du césium (58 Becquerel/kg). 12h, déclaration de Nicolas Sarkozy : « La France a fait le choix de l’énergie nucléaire, qui constitue un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre ». Cocorico ! Le Réseau Sortir du nucléaire réagit imméditement : « le Président Sarkozy privilégie la santé de l’industrie nucléaire à celle des Français ». Réaction de Jean-Luc Mélanchon : « Une autruche dirige notre pays ». 13h15, Tepco annonce que les ouvriers se relaient à l’intiérieur des réacteurs, mais que la radioactivité est telle qu’ils ne restent chacun qu’une minute à l’intérieur ! 13h02, la députée de Moselle et secrétaire nationale du PS à l’Energie, Aurélie Filippetti, déplore une « vision dépassée » de son parti sur « le risque nucléaire », appelant les socialistes à « une prise de conscience » et à « enfin changer de doctrine ». « Montrons aux Français que la gauche socialiste et écologiste sait travailler main dans la main sur des sujets aussi majeurs à l’heure d’une crise inédite ». Le Bureau national du PS, le 15 mars, a refusé l’idée d’un moratoire sur l’EPR et de fixer une limite d’âge pour les réacteurs, proposition faite par Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et amateur d’aéroport. Martine Aubry l’engueule publiquement dans les heures qui suivent et affirment que le nucléaire mérite un débat ou une commission… il est surtout urgent de ne se pas se mouiller ! 15h30,Public Sénat, télévision officielle du Sénat retransmet une réunion d’urgence entre parlementaires, gouvernement et représentant du nucléaire en France. En parallèle, il demande pendant l’émission aux auditeurs de répondre à un sondage sur internet : faut-il fermer les vieux réacteurs nucléaires ? Résultat : oui à 84 %. 16h, la radioactivité dans la ville de Namie, à 8km au nord des réacteurs, ville totalement évacuée, est de 6600 fois la normale. A Ibaraki, à 130 km au sud, alors que la population n’y est même pas confinée, elle est de 300 fois la normale. 19h10, la CRII-Rad publie un communiqué indiquant que les travailleurs sur le site sont soumis à des radiations 4 millions de fois supérieur au niveau naturel… et qu’ils sont donc sacrifiés. 19h54, niveau de radiations extrêmement élevé au niveau du réacteur n°4, du fait de l’absence d’eau dans les piscines de stockage. 21h, aux Etats-Unis, un responsable du MIT, Massachusset institut of technology, dit à la télévision : « c’est un cauchemar au ralenti ». 21h16, l’armée française envoie des comprimés d’iode à Saint-Pierre-et-Miquelon, donc à l’Est du Canada, ce qui signifie que le nuage pourrait être encore dangereux malgré déjà une distance de l’ordre de 10 000 km. 23h, commentaire sur le site du Réseau Sortir du nucléaire, en-dessous d’une liste d’incidents du même genre que ceux qui ont entraîné la catastrophe japonaise : quand un dinosaure n’évolue pas assez vite, il doit disparaître.

Jeudi 17 mars

12h, Enercoop, coopérative qui, en France, ne vend que de l’électricité provenant d’énergies renouvelables annonce une multiplication par trois du nombre de nouveaux souscripteurs chaque jour. 16h, l’AFP, sans doute bien informée, déménage ses bureaux de Tokyo à Osaka. L’Ambassade des Etats-Unis, sans doute bien informée, invite ses ressortissants à quitter l’île principale de l’archipel. L’Ambassade de France distribue des pastilles d’iode aux 3000 Français (sur 7000) qui résident encore à Tokyo. Beaucoup de Français ne partent pas parce que leur belle-famille japonaise ne peut ou ne veut pas partir. L’ambassade d’Allemagne déménage à Osaka. 16h30, la préfecture de Fukushima met en place des bus pour toutes les personnes qui veulent quitter les lieux, au-delà des 20 km déjà évacués. 17h30, à la demande de Tepco, Areva envoie cinq tonnes de matériels (gants, combinaisons, masque à gaz, sel de bore… 20h, France 2, François Fillion : « S’il apparaissait qu’une centrale française présente le moindre risque à l’issue des tests, elle serait fermée ». Réponse du Réseau : si vous dites vrai, alors vous pouvez fermer toutes les centrales, elles présentent toutes des risques ! 22h44, sur France-Info, Martine Aubry déclare « nous avons demandé dès le départ un moratoire, qu’il n’y ait plus de capacité nucléaire qui soit développée et même de réduire la part du nucléaire dans notre production énergétique ».

vendredi 18 mars

0h30, CNN annonce que plusieurs avions atterrissant aux Etats-Unis et ayant survolé le Pacifique présente un taux de radioactivité extérieur important, mais qu’aucune passager n’a été contaminé. 11h25, des ingénieurs du nucléaire évoquent sur France-Info que la seule solution est peut-être d’enterrer le site sous du sable et du béton. A 14h, l’AFP reprend l’information en faisant une faute d’ortographe incroyable : ils parlent de « sarkophage » ! 12h, point presse de l’ASN, autorité française de Sûreté nucléaire, Philippe Jamet : « La plupart des réacteurs nucléaires au monde seraient en grande difficulté s’ils avaient été confrontés aux mêmes catastrophes naturelles qu’a subies la centrale japonaise de Fukushima la semaine dernière ». « Très franchement, beaucoup de spécialistes, sinon tous, ont été très surpris de voir qu’on pouvait perdre en même temps l’électricité et la source froide [système de refroidissement], c’est cataclysmique » Selon Jean-Marie Brom, physicien nucléaire, proche du Réseau, de multiples scénarios peuvent conduire à une perte de refroidissement tels que ce qui se passe au Japon. Il n’y a besoin pour cela ni de séisme, ni de tsunami. 13h, Nicolas Sarkozy a téléphoné au premier ministre japonais pour lui présenter ses condoléances, lui assurer le soutien de la France… et lui proposer de l’aide pour la reconstruction du pays (avec quelques réacteurs EPR au passage ?) 18h, le nuage radioactif est détecté pour la première fois en Californie (7500 km de Tokyo) et dans la région centrale de Russie, à Kamchatka (1600 km de Tokyo)

samedi 19 mars

10h, interview de Svetlana Alexievitch, auteure de La supplication, par l’agence Reuters : « Les gens que j’ai rencontrés au Japon m’ont dit que chez eux un Tchernobyl bis serait impossible. En France, en Allemagne et aux Etats-Unis, j’ai entendu la même chose : leurs centrales sont les plus sûres au monde. Mais l’académicien soviétique Anatoli Alexandrov me disait la même chose il y a 25 ans : les centrales soviétiques sont tellement sûres qu’on peut en construire une sur la place Rouge ».

dimanche 20 mars

7h, des parlementaires allemands rendent public un rapport secret portant sur des tests de résistance menés dans l’ensemble des 17 réacteurs du pays : le rapport conclut qu’aucun réacteur n’est à la hauteur des normes exigées. 8h, le CNIC, Centre citoyen d’information du nucléaire, sorte de CRII-Rad japonais, demande l’évacuation des personnes confinées entre 20 et 30 km de la centrale mais également l’évacuation au-delà des 30 km en commençant par les femmes enceintes. 8h07, relachement volontaire de gaz radioactif au réacteur n°3 pour faire baisser la pression : les apports d’eau de mer ne suffisent pas à faire baisser la température. Le personnel est évacué le temps que la radioactivité s’éloigne. 9h, Taïwan cesse ses importations de nourriture depuis le Japon après la découverte de fèves contaminées. 15h, Des rassemblements se tiennent dans 130 villes de France. A Paris, un millier de personnes se retrouvent devant l’Assemblée nationale. Près de 10 000 ont manifesté près de Fessenheim… avec une majorité d’Allemands. Il y avait 300 personnes à Nantes, 200 à Caen, à Bayonne, à Lille… Au total, environ 20 000 manifestants. 19h, Les Echos publient un bilan des cotations en bourse depuis une semaine : les compagnies minières d’uranium reculent de 26 à 41 %. Toutes les compagnies électriques qui ont des réacteurs nucléaires sont en baisse. Tepco est évidemment en tête avec 57 %.

Lundi 21 mars

5h, vent du nord et pluie : le taux de radioactivité sur Tokyo est en forte hausse. Le gouvernement japonais est dans le déni complet et continue à dire que tout va bien ! 5h, TEPCO annonce que les six réacteurs ne pourront plus jamais refonctionné et qu’il faudra une dizaine d’années pour démantelier la centrale en raison de la radioactivité. C’est n’importe quoi : même un réacteur arrêté sans accident nécessite plus de temps que cela ! 10h, la CRII-Rad publie les premières analyses sur des aliments provenant de la région agricole au nord de Tokyo, à 100 km de la centrale : alors que la limite pour la consommation est de 600 bq/kg, des épinards, ceuillis le dimanche, ont été mesurés avec des taux de 6000 à 15 000 bq/kg pour le seul iode131. 14h30 : un journaliste japonais transmet au Réseau Sortir du nucléaire des photos du centre de mesure de la radioactivité de la région nord du Japon. Les bâtiments, construits à côté du site d’Onagowa, plus au nord que Fukushima Daiichi, ont été totalement détruits par le tsunami, ce qui explique en partie les difficultés des Japonais à faire un suivi de l’évolution du nuage radioactif. Intelligemment, le centre a été construit à 2 m au-dessus du niveau de la mer. 15h30, les dernières mesures communiquées par Tepco montre une augmentation de la radioactivité en Césium 134 et 137, deux éléments qui ne peuvent provenir que du cœur des réacteurs. 17h30, Michèle Rivasi, députée EELV, fondatrice de la CRII-Rad, dénonce l’annonce faites par les ministres européens de l’énergie d’un test de résistance dans l’ensemble des réacteurs européens. Pour elle, il ne s’agit que d’une opération de communication. Pour le groupe des Verts au Parlement, la priorité est de fermer les réacteurs les plus dangereux. 19h : Europe-Ecologie Les Verts rendent public un sondage commandé à l’IFOP et réalisé entre le 15 et le 18 mars auprès de 1008 personnes : 30 % sont pour continuer le programme nucléaire et construire de nouveaux réacteurs ; 51 % sont pour un arrêt du programme progressif sur 25 à 30 ans, 19 % sont pour un arrêt rapide. Dans le détail, on constate qu’il y a quand même 10 % des l’électorat écolo pour la poursuite du nucléaire (26 % chez celui du PS, 27 % chez celui du FN, 55 % pour l’UMP), 32 % de l’électorat écolo est pour sortir rapidement (20 % pour le Fn, 18 % pour le PS, 6 % à l’UMP). Il y a une énorme différence entre les hommes et les femmes : 43 % des hommes veulent encore du nucléaire… contre seulement 18 % des femmes ! Il y aussi une différence avec les âges, les plus pro-nucléaires sont les plus de 65 ans (47 %). Différence selon la région : ce sont les Parisiens les plus pro-nucléaires (35 %). Donc, le plus souvent, le pro-nucléaire est aujourd’hui un Parisien à la retraite. 19h30, dans le « Grand journal » de Canal+, Martine Aubry annonce « Dans un premier temps, il faut faire un audit des 58 réacteurs, regarder Fessenheim, qui s’en occupe, (...) regarder celles qui sont sur les zones innondables (...) Il faut un moratoire (...). Il faut baisser le nucléaire. Je crois qu’il faut sortir du nucléaire, soyons sérieux, il faut aller vers une sortie en 20 ou 30 ans. La France est tributaire à plus de 75% du nucléaire. (...) Pendant ce temps, il faut accroitre la part des énergies renouvelables (...) Je vais même plus loin, il y a en France une filière nucléaire avec des compétences, il faut faire un transfert de ces compétences vers la gestion des déchets, les énergies renouvelables (…). Nous devons immédiatement rentrer dans une transition énergétique. Ce sera dans le programme électoral du PS en 2012 ». 20h, le nuage a atteint les Antilles françaises, mais le niveau de radioactivité y est tout juste mesurable. Aucune mesure n’a été mise en place. Selon les autorités, on est en-dessous du millième du nuage au-dessus de la France en 1986. 22h : plusieurs collectivités allemandes comme le district de Fribourg ont engagé une démarche pour demander au gouvernement français de fermer les réacteurs de Fessenheim (Alsace). 23h20, des médias révèlent que TEPCO avait arrêté d’assurer le site de Fukushima en aiût 2010, le prix étant jugé trop élevé. D’après la loi, TEPCO est responsable des dommages jusqu’à hauteur de 120 milliards de yens (environ 1 milliard d’euros). Après c’est l’Etat qui prend le relais. Areva devrait également être inquiété puisqu’ayant fournit le Mox pour le réacteur n°3.

mardi 22 mars

8h, dans 20 Minutes, un article « Peut-on évacuer 35 millions de Tokyoites ? ». Bonne question. 10h, Sud-Energie demande dans un communiqué un débat sur l’énergie et l’engagement de l’Etat en cas de réorientation, de donner les moyens aux salariés actuels du nucléaire de se reconvertir dans les autres filières. 12h, la radioactivité dans les rues de Tokyo est en hausse : alors qu’à l’intérieur du CNIC, un organisme d’Etat, on mesure 0,07-0,08 mircosivert, à l’extérieur, entre 11h et 18h, le taux est passé de 0,21 à 0,29 (+38 %).

En résumé, trois fusions partielles de cœurs, deux incendies de combustible usé et cinq explosions d’hydrogène sont survenues dans la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, qui depuis le séisme et le tsunami du 11 mars 2011.

Le Front national n’a pas de programme économique Slovar Reporterre 2011/03/25 Slovar (25 mars 2011) Le Front national n’a pas de programme économique. Reporterre. fr

Le Front national n’a pas de programme économique

Front national : quel programme sur l’emploi et l’économie ? Le discours de Marine Le Pen séduit une partie des victimes de la mondialisation et de son lot de précarité ou de chômage. Mais que propose t-elle comme solutions en termes d’économie et d’emploi ? Nous sommes allés lire le programme du FN sur son site Web sur ces sujets.

En décembre 2010, Louis Aliot, compagnon et boîte à idées de Marine Le Pen, déclarait : « (...) Il faut faire comprendre au plus grand nombre que nous avons un programme économique et social alternatif à la gauche et à la droite. Et nous devons montrer que nous ne sommes pas seulement une force de contestation, mais aussi une force de propositions (...) » - MSN

C’est un peu en évoquant ce « programme économique et social alternatif » et beaucoup la question ... de l’immigration, que le Front National a fait campagne, pour les cantonales, avec le résultat qu’on connaît.

Bien qu’il reste plusieurs mois à Marine Le Pen et son équipe pour peaufiner son programme présidentiel, on peut déjà en découvrir l’essentiel, disponible, sur le site du mouvement. Nous nous sommes tout particulièrement intéressés aux rubriques : « Acteurs économiques et emploi » ainsi que « Economie et budget »

Et qu’y trouve t-on ?

Les réponses, dans l’immédiat se résument au même message laconique : « Cette partie du programme du Front National est en cours de réactualisation. Merci de revenir dans quelques jours »

Certes, on peut trouver sur le site du Front National un document sur un projet économique. Seulement il s’agit d’une critique... de celui de l’UMP !

Qu’y lit-on ?

Extrait : « (...) Les experts du Front National ont donc évalué les conséquences prévisibles du projet économique et social de l’UMP, en se fondant sur des hypothèses réalistes, et en tirant le bilan du passé ; leurs conclusions sont sans appel : les conséquences du projet économique et social de l’UMP constituent dans tous les domaines une aggravation importante des difficultés déjà rencontrées par les Français. L’objectif de ce document n’est pas de comparer les projets de l’UMP et du FN, mais d’expertiser objectivement le projet de ceux qui ne cessent de se présenter comme les « professionnels » de la politique, les « experts » économiques, sans avoir l’humilité de regarder leur bilan. Le FN continue par ailleurs de développer son propre projet économique et social, n’en déplaise aux bonimenteurs de l’UMP, comme le prouvent nos fréquentes publications et interventions médiatiques (...) »

Pour avoir, toutefois, quelques éléments, il faut donc se tourner vers le magazine Challenges qui nous donnait quelques pistes, le 23 mars : ce serait Jean-Richard Sulzer, professeur de finance à Dauphine qui plancherait sur le programme économique et social.

Selon lui : « (...) Alors que son père était ultralibéral, par réaction au communisme, Marine Le Pen est dirigiste, dans le sens colbertiste du terme. C’est-à-dire qu’elle n’est pas contre un État fort (...) Le Front présentera ce mois-ci (mars 2011) une dizaine de grandes options économiques consécutives à ce réajustement idéologique. Elles auront pour base la liberté du commerce et de l’industrie à l’intérieur du pays, garantie par un État gendarme, qui lui-même sera plus protecteur vis-à-vis de l’extérieur (...) »

Pour en savoir plus, il faudra attendre que le Front national veuille bien effectuer : la réactualisation des programmes : « Acteurs économiques et emploi » ainsi que « Économie et budget ». Ce qui ne devrait, selon toute vraisemblance, pas être fait avant... dimanche, deuxième tour des élections cantonales.

Il faut poursuivre les agences de notation en justice Bernard Léon Reporterre 2011/03/25 Bernard Léon (25 mars 2011) Il faut poursuivre les agences de notation en justice. Reporterre. Tribune — fr

Il faut poursuivre les agences de notation en justice

« Pourquoi des entreprises privées peuvent-elles imposer leur loi à des états souverains ? »

L’économiste américain James K. Galbraith a plusieurs fois affirmé que si le système judiciaire ne faisait pas son travail en n’ouvrant pas le procès des agences de notation, du système financier, et des responsables publics complices, le système de marché ne pourrait pas être rétabli.

Rappelant, lors du forum des associations qui s’est tenu fin janvier, à la Cité Universitaire, les paroles qu’il avait formulées dans une réunion de l’Association des Economistes Atterrés, j’ai été étonné de la réaction favorable de l’assemblée.

Je pense donc nécessaire de lancer un appel pour que ce procès soit ouvert. Pour commencer par un débat public, puis ensuite, si possible, continuer dans une enceinte judiciaire.

Commençons par les agences de notation.

Les agences de notation sont des entreprises privées, chargées de donner une opinion, en principe indépendante, appelée notation financière, sur la solvabilité des entreprises et des collectivités, notamment les Etats, en tant qu’emprunteurs.

Elles sont peu nombreuses. Trois d’entre elles dominent ce marché : Fitch, Moody’s, et Standard & Poor’s.

Le problème est qu’elles ne sont pas à l’abri des fraudes et des erreurs. Dans son livre Les agences de notation, publié à La Découverte, Norbert Gaillard, consultant pour la Banque mondiale, note dès son introduction : « Depuis la fin des années 1990, les agences de notation sont au cœur de plusieurs controverses. La crise asiatique de 1997/1998, le scandale Enron en 2001, et plus récemment, la débâcle des subprimes de 2007/2008. »

Puis il souligne trois critiques qu’on peut leur faire. Une première, sur l’opacité de leurs méthodes de notation, une deuxième, sur la forte concentration du secteur de la notation, une troisième, qui concerne les conflits d’intérêts apparus en leur sein du fait que leurs revenus proviennent essentiellement des émetteurs de dettes quelles notent.

Rappelons pour l’histoire, qu’à la veille de faire faillite, la société Enron bénéficiait, de la part des agences, d’une excellente notation, et que la crise de 2007/2008 est due, en grande partie, au défaut de produits structurés bénéficiant de notes élevées, malgré la complexité qui les caractérisait, rendant difficile d’établir des diagnostics corrects.

Dès lors, on peut se poser très sérieusement la question. Pourquoi des Etats souverains, des États européens, acceptent-t-il d’être jugés, d’être condamnés, d’être déstabilisés, par trois entreprises privées ? Pourquoi des entreprises privées peuvent-elles imposer leur loi à des états souverains ? La réponse viendra un peu plus loin.

Continuons par les banques. Même le plus ignorant sait aujourd’hui à quel point leur incapacité à se gérer elles mêmes, (à s’autoréguler, comme on dit), a pu peser dans la crise des années 2007/2008.

Concentrons nous sur l’une des plus connues d’entre elles, la banque Goldmann Sachs.

Pour commencer, reprenons une information d’avril 2010. On apprenait que cette banque était, comme nous le disait Rue 89, « dans ses petits souliers ». Parce que le gendarme de la bourse aux Etats-Unis, la SEC, avait décidé d’ouvrir des poursuites contre elle, pour fraude. Ses dirigeants étaient accusés de s’être enrichis au détriment de leurs clients. Comment ? En ayant spéculé sur l’effondrement des produits de type subprimes que la banque vendait à ses clients. Elle leur avait, par exemple fait acheter des produits contenant des subprimes d’un de ses riches clients : John Paulson

On retrouvera ce même comportement de Goldman Sachs un peu plus tard vis à vis de la Grèce. Après avoir aidé la Grèce à camoufler sa dette, contre rémunération bien sur, elle continue à lui apporter ses conseils, mais en même temps, conseille à ses clients d’acheter des produits spéculant sur sa défaillance. C’était, objectivement, une spéculation contre l’Euro, et l’Europe aurait du réagir.

D’autant plus qu’un ancien Chef Economiste de la Banque Centrale Européenne, Otmar Issing, signait un article contre la Grèce dans l’influent Financial Times, comme ancien de la BCE, alors qu’il était, à l’instant même, conseiller de Goldman Sachs.

Et finissons par l’oligarchie.

Pourquoi, donc, rien ne se passe-t-il ? Pourquoi ni les Etats, ni l’Europe ne bougent-ils pas ?

La réponse nous est donnée par les analystes de la vie économique et politique du monde contemporain qui montrent que la cupidité est devenue la règle qui régit la banque et la finance, que cette cupidité détruit chaque jour les institutions de la démocratie, qu’elle instaure, chaque jour à sa place, ce que Hervé Kempf décrit dans son dernier livre, une ‘’oligarchie’’, c’est-à-dire le pouvoir de quelques-uns sur tous. Une oligarchie de la richesse, une oligarchie au service de la richesse.

Et c’est bien pourquoi l’indignation monte de toutes parts, l’esprit de résistance gagne de toutes parts. Car il vient un temps où trop c’est trop ! En Tunisie comme en France.

Et c’est bien pourquoi, il nous faut de toute urgence livrer le combat du droit, le combat de la démocratie, le combat de l’éthique et de la vertu, pour réguler les comportements de cette oligarchie qui comprend quasiment la majorité de la finance internationale, des banques, des entreprises transnationales, et des hommes politiques qui les soutiennent.

Et c’est bien pourquoi, il nous faut suivre les conseils de J. K. Galbraith, et demander à notre système judiciaire, tant qu’il est encore libre, d’ouvrir le procès des membres de cette oligarchie, nationale et internationale.

Et c’est bien pourquoi, pour reprendre les paroles mêmes de Galbraith, « il faut un nettoyage ouvert et radical du secteur financier, incluant les responsables publics qui se sont montrés indignes de la confiance de la population. Il faut faire sentir aux responsables du secteur financier les rigueurs de la loi jusqu’à glacé leur cœur, à fin que toute ambiguïté disparaisse aux yeux du public qui respecte la loi. »

Jupe et string obligatoires Alain Gresh Reporterre 2011/03/25 Alain Gresh (25 mars 2011) Jupe et string obligatoires. Reporterre. fr

Jupe et string obligatoires

Une jupe longue serait un signe religieux...

Il fut un temps, pas si lointain, où les jeunes filles de notre douce France fréquentaient des lycées (non mixtes) en jupe, les pantalons leur étant strictement interdits. Les temps ont bien changé. Aucune tenue ne choque plus personne.

Pourtant, la tenue des jeunes filles semble redevenir un enjeu majeur : à partir de quelle longueur de robe celles-ci sont-elles vraiment « libérées » ? Faut-il montrer ses genoux pour faire la preuve que l’on est « libérée » ? Ou bien la mini-jupe serait-elle le seul signe de « libération » ? Ces angoissantes questions hantent l’administration d’un lycée de la région parisienne.

Comme le rapporte un communique du Collectif contre l’islamophobie en France (« Des lycéennes convoquées pour... port de robe longue unie ! ») :

« Après les propos nauséabonds de Marine le Pen sur les prières musulmanes, après l’ingérence de l’Etat dans les affaires religieuses avec le débat sur l’Islam, après la sortie scandaleuse du ministre de l’Education Nationale sur les mères musulmanes accompagnant les sorties scolaire, c’est au tour du Lycée Auguste Blanqui, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) d’être le théâtre d’un nouveau scandale islamophobe. Depuis quelques jours, plusieurs lycéennes sont convoquées, l’une après l’autre, par la proviseure adjointe et la CPE, parce qu’elles portent…une robe longue unie ! »

Le site Soutien Palestine (« Musulmanes, ôtez cette robe longue qui nous insupporte », 15 mars) rapporte le témoignage de ces jeunes filles :

« Ce mardi matin, une élève de seconde est venue à la rencontre d’une autre jeune fille scolarisée pour sa part en classe de terminale, afin de lui faire part de ce qu’elle avait péniblement vécu vendredi dernier au sein de l’établissement. Celle-ci lui a rapporté avoir été convoquée par la proviseure adjointe du lycée ! L’objet de cette convocation était la ferme condamnation du vêtement portée par cette élève, à savoir une longue robe unie ! La proviseure adjointe lui a signifié qu’au nom du règlement intérieur de l’établissement qui applique le principe de laïcité en vigueur en France, elle ne pouvait pas arriver ainsi vêtue au sein de son établissement scolaire ! Explication de la proviseure : “Cette jupe longue ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste” !!! » (...)

Plus tard, dans la matinée, une jeune fille de terminale a été convoquée alors qu’elle était en cours de philosophie. « Première convocation durant toute sa scolarité au bureau d’un proviseur ! Sont présentes dans le bureau, la proviseure adjointe et la CPE. Motifs avancés ? Les mêmes que ceux présentés la semaine dernière pour la jeune fille de seconde. Le déroulé de cette rencontre : “Si je te convoque, c’est à cause de ton vêtement. Voilà, je te lis le passage du règlement intérieur sur la laïcité.” Mme la proviseure adjointe faisant remarquer que la robe longue de la jeune fille faisait référence à une religion, qu’il permettait de déterminer de quelle religion elle était, et que elle, Mme la proviseure, savait très bien pourquoi elles, toutes ces jeunes filles, portaient ce type de vêtements etc. etc. Et la jeune fille de répondre que non, il ne s’agit pas d’un vêtement religieux. Et la CPE, assez silencieuse pendant tout l’entretien, de reprendre : “Oh que si !” »

« Au cours de cette séance qu’elle a qualifiée de “violente moralement”, la jeune fille a remarqué qu’il y avait devant la proviseure une feuille sur laquelle était écrit une liste de noms de filles, dont le sien, censées subir ce même entretien. La jeune fille a demandé à la proviseure à partir de quels critères cette liste de noms de filles musulmanes avait-elle été constituée ; on lui a répondu que cela ne la regardait pas. La réalité que les jeunes filles nous ont expliquée aujourd’hui est que l’administration surveille de très près les élèves qui portent le voile à l’extérieur de l’établissement et qui sont obligées de l’enlever à l’entrée du lycée ! Similitude frappante et déconcertante avec la surveillance engagée envers les personnes que l’on soupçonnait d’être juives à une certaine époque dans notre pays. » (...)

(...) « Un certain nombre de jeunes filles qui ont eu vent de cette affaire ont refusé d’aller en cours disant que l’urgence était de débattre de ces faits qui ont provoqué chez elles une très grande indignation. Elles se sont rendues en salle de permanence afin de pouvoir en débattre entre elles. Peu de temps après, sont arrivées les trois CPE de l’établissement, la proviseure et la proviseure adjointe. Message envoyé à toutes les rebelles : toutes celles qui étaient en retard à leurs cours ou celles qui avaient décidé de ne pas s’y rendre devaient les suivre ! »

« Les jeunes filles sont donc conduites dans une des salles du lycée ; ce n’est pas un débat qui aura lieu mais bien un “monologue”, selon elles, durant lequel les cheffes auront tout le pouvoir de faire savoir à celles qu’elles qualifient “d’insolentes”, “d’immatures”, ce qu’elles pensent de ces vêtements qualifiés de religieux. “Que signifie donc cette rébellion ?”, “Comment peuvent-elles oser ?” “Ces vêtements sont interdit un point c’est tout ; c’est la laïcité, c’est le règlement… Et être habillées de la sorte est ostentatoire”, a déclaré religieusement Mme la proviseure, nouvelle ambassadrice de la religion laïque au sein de cet établissement. Que “décidément ce n’est pas un style que d’être vêtues de la sorte”. Que “regardez-moi avec ma veste et mon jean”, ça c’est un style !” “Ah bon vous êtes styliste ?”, rétorque, agacée, une des jeunes filles présentes. Silence de la proviseure. Et plus le temps passe, plus les cheffes à cours d’arguments commencent à s’enliser. “Comment ça se passe quand c’est la mode des jupes longues ?” demandent les élèves. “Elles ont droit ou pas le droit, les filles, de les porter ?” “Vous savez bien que ce n’est pas la même chose ! En haut elle porte un petit chemiser, un petit tee-shirt avec des bretelles ; ce n’est pas la même chose !” “C’est ce vêtement tout noir.” “Ah bon ! C’est la couleur maintenant qui vous pose problème ?!”... »

Le lendemain s’est déroulée une autre réunion, avec les parents des élèves, tout aussi hallucinante (« Dis-moi ton prénom, et je te dirai si ta robe longue est ostentatoire ! », 16 mars), d’où il ressort que les jeunes filles concernées seront confinées au CDI, en attendant que la hiérarchie tranche... Exclure, exclure, exclure. Au nom de la laïcité, en plus...

Ce qui indigne l’animatrice du site féministe décapant Les Entrailles de Mademoiselle, qui, dans un billet intitulé « Sois blanche et tais-toi ! » (17 mars), écrit :

« Ne pourrait-on pas demander à ces jeunes femmes de changer de prénom, afin de s’appeler Caroline, “comme tout le monde” ? Ne pourrait-on pas demander à ces jeunes femmes d’arborer un épiderme bien blanc, “comme tout le monde” ? »

« Parce que, comme le dit Môssieur Guéant, “Les Français (...) ne sont pas xénophobes. Ils veulent que la France reste la France.” (Le Monde du 15 mars 2011). »

« Ah, la France éternelle, son pâté, son camembert, ses colonies... »

« Mademoiselle pense donc qu’il faudrait de toute urgence légiférer de manière à rendre obligatoire le port de signes ostensible de francitude. Ainsi, tout(e) lycéen(ne) désireux(se) de montrer son amour de la Patrie et de la Laïcité devrait désormais venir au lycée en arborant :

Un jambon beurre et sa serviette à carreaux »

Dans le climat nauséabond du débat sur l’islam, les mesures de ce type se multiplient et contribuent à créer les conditions d’une progression de Marine Le Pen. N’est-ce pas le ministre de l’éducation Luc Chatel, qui a pris une décision héroïque et a interdit aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires – décision qui sera sans doute contestée devant le Conseil d’Etat (lire Stéphanie Le Bars, « Luc Chatel ne veut pas de mères voilées pour accompagner les sorties scolaires », LeMonde.fr, 3 mars). Cette décision aura au moins un effet positif : renvoyer dans leurs foyers ces femmes qui cherchent à s’intégrer aux activités scolaires, un pas décisif dans la voie de leur émancipation.

Quant à l’égalité hommes-femmes, elle pourra toujours attendre dans un pays où 85% des députés sont des hommes, où l’inégalité des salaires est flagrante, où la violence contre les femmes persiste.

Des Bretons refusent le gaspillage énergétique Gaspare Reporterre 2011/03/25 Gaspare (25 mars 2011) Des Bretons refusent le gaspillage énergétique. Reporterre. fr

Des Bretons refusent le gaspillage énergétique

Trois fois plus de projets de centrales au gaz en Bretagne que dans le programme voté au Parlement.

La semaine passée, un collectif regroupant des associations de l’Est, du Nord et de Bretagne, opposées à la construction de centrales électriques à gaz, a été reçu au ministère de l’écologie. Face à la profusion de ces projets, trois fois plus nombreux que ceux prévus au programme voté par le Parlement, un moratoire a été demandé sur le développement de ces centrales. La trentaine de projets en cours fait peser des risques majeurs sur la sécurité de l’approvisionnement en gaz, comme l’a mis en évidence GRT Gaz (gestionnaire du réseau de transport de gaz). Au surplus, les énormes surcoûts induits aggraveraient la précarité énergétique des foyers, cependant qu’on tournerait le dos à la lutte contre les dérèglements climatiques.

Le collectif finistérien GASPARE et le CURC22, après avoir remis une vidéo témoignant de la mobilisation grandissante de ces derniers mois, ont insisté sur le fait que la Bretagne avait les capacités énergétiques de ses besoins : un formidable gisement inexploité d’énergies renouvelables, dans un territoire bordé par la mer, contenant une biomasse importante et un potentiel intéressant d’énergie hydraulique diffuse.

L’expérience entreprise dans le Pays du Mené pour développer un réseau autonome, à base d’énergies renouvelables, dessine le chemin à suivre pour s’affranchir progressivement de la dépendance aux énergies fossiles et digérer le non-renouvellement des centrales nucléaires.

Ces réseaux, construits au plus près des consommateurs, pourront s’adapter aux besoins. Par un travail de fond sur les économies d’énergie et par l’organisation de l’effacement à la pointe des consommations, ils permettront une diminution des moyens de production.

Nous avons compris que notre combativité, intacte depuis la bataille de Plogoff, pouvait faire reculer des décisions archaïques et promouvoir une nouvelle économie bretonne.

Fukushima : premières traces de radioactivité en France, « aucun danger » AFP Reporterre 2011/03/26 AFP (26 mars 2011) Fukushima : premières traces de radioactivité en France, « aucun danger ». Reporterre. Pollutions fr

Fukushima : premières traces de radioactivité en France, « aucun danger »

Les premières traces du panache émis par la centrale japonaise de Fukushima ont été relevées en France, mais le niveau de radiaoctivité mesuré est sans danger pour l’environnement et la santé, a indiqué samedi 26 mars l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

« Des traces d’iode 131 (0,012 mBq/m3 en moyenne sur la période de prélèvement) ont été mesurées dans l’air prélevé entre le 21 et le 24 mars par la station de l’IRSN installée au sommet du Puy de Dôme », indique le communiqué. L’institut estime que l’arrivée de la « masse d’air faiblement contaminée » a « probablement » eu lieu au cours de la journée du 24 mars.

Ce résultat est « cohérent avec les prévisions » et correspond à « un niveau de trace dans l’atmosphère » ne présentant « aucun danger environnemental ou sanitaire », ajoute l’IRSN.

Les autres radionucléides présents dans les rejets de l’accident de Fukushima, notamment le césium 137, n’ont pas été détectés dans le prélèvement d’air du Puy de Dôme, « car leur concentration dans l’air reste encore inférieure aux limites de détection ». Tous les résultats de mesure des prélèvements d’air sur les autres stations de l’IRSN sont « inférieurs aux limites de détection », précise l’institut.

Par ailleurs, un échantillon de salade prélevé le 22 mars présente des traces de césium 137, « à un niveau souvent observé pour ce type de produit » en raison de la persistance dans les sols et les végétaux de cet élément suite aux essais nucléaires dans l’atmosphère et à l’accident de Tchernobyl.

Fukushima : le niveau de radioactivité en France serait sous-estimé Corinne Castanier (Crii-Rad) Reporterre 2011/03/26 Corinne Castanier (Crii-Rad) (26 mars 2011) Fukushima : le niveau de radioactivité en France serait sous-estimé. Reporterre. Pollutions fr

Fukushima : le niveau de radioactivité en France serait sous-estimé

Le résultat publié par l’IRSN – et peut‐être par d’autres laboratoires européens – sous‐évalue très probablement le niveau réel de la contamination. En effet, d’après les informations recueillies par la CRIIRAD, l’air a été échantillonné à partir d’un FILTRE A AEROSOLS qui ne permet pas de piéger l’iode présent dans l’air SOUS FORME GAZEUSE. La CRIIRAD considère que l’iode gazeux pourrait constituer une part importante, probablement majoritaire, de l’iode radioactif présent dans les masses d’air contaminé par les rejets de la centrale nucléaire de FUKUSHIMA DAIICHI.

Concernant l’Europe, l’incidence de cette question sur l’évaluation des risques est très limitée. Au Japon en revanche les conséquences pourraient être graves. Dans tous les cas, il est indispensable que les laboratoires documentent leur méthodologie de prélèvement afin que chacun puisse apprécier la portée des résultats qui sont diffusés.

Depuis hier, un certain nombre de communiqués font état de l’arrivée des masses d’air contaminé sur l’Europe. Les résultats concernent le plus souvent l’activité volumique de l’air en iode 131.

Ce samedi 26 mars, L’IRSN vient d’annoncer qu’une « première mesure positive vient d’être obtenue par le laboratoire spécialisé de l’institut sur un prélèvement d’air effectué du 21 au 24 mars au sommet du Puy de Dôme (63). La concentration d’iode 131 ainsi mesurée correspond à un niveau de trace dans l’atmosphère, et ne représente aucun danger environnemental ou sanitaire. »

Le résultat de l’analyse figure dans le bulletin d’information n°3 du 26 mars 2011. Extrait ci‐dessous : Moyennée sur 3 jours : du 21 mars au 24 mars, l’activité en iode 131 de l’air sur le Puy‐de‐Dôme serait de 12 μBq/m3. L’IRSN estime que cela correspond à une activité d’environ 40 μBq/m3 pour la journée du 24 mars.

Aucune précision n’étant apportée sur le type de dispositif de filtration utilisé pour échantillonner l’air, la CRIIRAD a recherché les caractéristiques de la station de prélèvement. La station de mesure du Puy‐de-Dôme fait partie du réseau de surveillance de la radioactivité des aérosols (micro ou nano‐poussières) atmosphériques. Une pompe de 10 m3/h aspire l’air et le force à travers un filtre fixe. L’IRSN indique utiliser pour le prélèvement des aérosols des filtres en cellulose pure. Les filtres sont ensuite envoyés à l’IRSN pour analyse en laboratoire.

CONCLUSION :

1/ la présentation des résultats d’analyse est incorrecte : il est indispensable de préciser que la mesure n’a porté que sur l’activité de iode 131 particulaire.

2/ les résultats publiés sous‐évaluent très probablement l’activité réelle de l’air en iode 131. Pour savoir si le chiffre réel est 2 fois, 3 fois, 4 fois, 5 fois, 10 fois plus élevé, il faut disposer de résultats d’analyse portant sur des filtres spécifiques (le laboratoire de la CRIIRAD utilise par exemple des cartouches à charbon actif) qui piègent les formes gazeuses de l’iode.

3/ l’iode est l’un des radionucléides les plus importants du point de vue de la radioprotection. Pour ne pas sous‐évaluer les risques, il est indispensable de tenir compte des spécificités de son comportement. C’est d’autant plus important pour un organisme qui est l’expert de l’Etat et qui donne aux autorités les éléments sur lesquels s’appuyer pour la protection radiologique des personnes. Dans la situation présente, l’incidence est minime mais en cas de contamination élevée, les conséquences peuvent être graves.

RAPPEL

Dans son communiqué du 17 mars sur la contamination préoccupante de l’air à Tokyo, la CRIIRAD posait déjà la question de la méthodologie de prélèvement. Elle avait en effet utilisé les analyses du Tokyo Metropolitan Industrial Technology Research Institute, analyses effectuées sur les poussières atmosphériques.

Les résultats révélaient un rapport de 4 à 5 entre l’iode 131 et le césium 137.

Résultats moyennées sur les 42 heures de suivi :

‐ Iode 131 : 14,9 Bq/m3 ‐ Césium 137 : 3,2 Bq/m3

Résultats concernant le maximum enregistré à Tokyo, le 15 mars, sur les poussières prélevées à 11h :

‐ Iode 131 : 241 Bq/m3 ‐ Césium 137 : 60 Bq/m3

La CRIIRAD avait conduit des calculs de dose à partir de ces chiffres mais en soulignant qu’ils sous-évaluaient probablement et peut‐être fortement la réalité des risques. Pour rappel : « Il faut cependant souligner que les chiffres utilisés pour les calculs sous‐évaluent très probablement l’activité réelle de l’air. L’air a, en effet, été échantillonné à partir de filtres à poussières. Pour obtenir un bilan complet, il faudrait disposer de résultats sur des filtres à charbon actif capables de piéger les gaz, et notamment les formes moléculaires et organiques de l’iode. Elles peuvent représenter une part importante, voire majoritaire, de l’iode présent. Cette information doit être obtenue d’urgence. »

Le laboratoire de la CRIIRAD poursuit ses analyses.

Manifestations antinucléaires à Tokyo et à Nagoya AFP Reporterre 2011/03/27 AFP (27 mars 2011) Manifestations antinucléaires à Tokyo et à Nagoya. Reporterre. fr

Manifestations antinucléaires à Tokyo et à Nagoya

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche 27 mars à Tokyo et Nagoya pour exiger l’abandon des centrales nucléaires, après l’accident survenu à Fukushima. Dans un pays où traditionnellement les antinucléaires sont rares et ont peu d’audience, quelque 300 personnes s’étaient rassemblées à Nagoya à l’appel de lycéens inquiets de la situation à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi située dans le nord-est de l’archipel.

« Nous ne voulons pas d’un autre Fukushima », ont scandé les manifestants en demandant l’arrêt de la centrale d’Hamaoka, située à environ 120 km de Nagoya sur la côte sud de l’île de Honshu. Ce site, au-dessus d’une zone de subduction, est menacé d’être frappé un jour par un séisme majeur.

Portant des ballons en forme de coeur, les protestataires, parmi lesquels des parents avec leurs enfants, ont marché dans le calme jusqu’au bureau de la compagnie d’électricité Chubu, l’opérateur d’Hamaoka.

A Tokyo, environ 300 personnes ont défilé dans le quartier chic de Ginza en scandant des slogans comme « Nous n’avons pas besoin du nucléaire ».

Le gouvernement a prévenu que le danger d’une catastrophe était loin d’être écarté à Fukushima, où des fuites beaucoup plus radioactives que la veille ont été relevées.

Nucléaire : la routine et l’enfer Guillaume Malaurie Reporterre 2011/03/27 Guillaume Malaurie (27 mars 2011) Nucléaire : la routine et l’enfer. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

Nucléaire : la routine et l’enfer

« Il est en grand temps que la démocratie vienne demander des comptes à la technocratie de l’atome. »

Ce que l’on apprend au compte goutte sur l’état des réacteurs de Fukushima avant le tsunami est atterrant et devrait amener à un examen de conscience approfondi de tous les partisans de bonne foi de l’atome civil.

Explication.

Alors que le risque sanitaire du nucléaire est infini, inchiffrable, impensable en douleurs et en tragédies pour les individus exposés par les poussières radioactives, mais aussi pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants, on constate effaré que la banalisation de cette technique et la routine de la gestion et des contrôles, avait conduit au Japon à un invraisemblable laxisme.

Manifestement, la sécurité était devenue une variable d’ajustement des business plan de l’industrie atomique. En tout cas, au Japon, c’est maintenant de notoriété publique. Un « détail » d’abord : Tepco, la société japonaise exploitante de Fukushima n’assurait plus depuis sept mois les six réacteurs de la centrale. Raison invoquée selon l’Afp : « les tarifs étaient trop élevés ». On se pince ou on hurle, mais ce n’est là qu’une broutille.

Le plus ancien des réacteurs de la centrale, le n°1, venait d’obtenir une prolongation de dix années supplémentaires, soit au-delà de quarante ans, et avait fait l’objet, comme c’est obligatoire, d’une inspection pour obtenir le feu vert de l’autorité de contrôle nippone. Des craquelures avaient été officiellement constatées sur le groupe électrogène de sûreté et des travaux devaient y mettre bon ordre.

Mais ça, c’était pour la version officielle. En fait, Tepco avait reconnu, dix jours avant la catastrophe, qu’il avait faussé les données transmises aux autorités de contrôle ! La vérification d’une trentaine de pièces supposées avoir été réalisée ne l’avait pas été. Pareil pour une valve de contrôle de température du réacteur qui n’avait pas été testée , tenez-vous bien, depuis onze ans.

L’ancien préfet de Fukushima, Eisaku Sato, avait déjà dénoncé l’inefficacité de l’agence des contrôles notamment s’agissant des craquelures cette fois-ci sur l’enceinte même du réacteur. « Un ingénieur cité par le New-York Times, qui a contribué à la fabrication des réacteurs de la centrale Fukushima Dai-Ichi, rappelle Antoine Bouthier dans le monde.fr, avait même déclaré : "Il était grand temps de remplacer le réacteur. Certes, le tsunami l’aurait endommagé de toute façon. Mais les tuyaux, la mécanique, l’informatique et même l’ensemble du réacteur étaient vétustes, cela n’a fait qu’aggraver le risque."

Saura-t-on jamais si ces négligences de routine ont été ou non pour partie responsable du blocage des systémes de secours et de l’incapacité dans laquelle étaient les responsables du site de connaître la température du cœur du réacteurs au début du sinistre ? Au vu de l’état du matériel aujourd’hui, sans doute jamais.

Une question plus générale demeure. Pourquoi aujourd’hui, tous les exploitants, à commencer par les français, envisagent-ils de prolonger les réacteurs de "deux fois dix ans" comme Edf, voire de trente ans, c’est-à-dire jusqu’à soixante ans ? Réponse officielle, : parce qu’ils tournent comme des horloges suisses. Et d’ailleurs les autorités de sûreté nationales sont tenues de valider cette sécurité maximale.

On a vu ce que valait cette assurance au Japon. On laissera le lecteur imaginer ce que ces mêmes garanties peuvent valoir en Chine ou en Russie où l’indépendance des autorités de sûreté doit être à peu prés comparable à celle de la presse

Pour comprendre le contexte, on ne peut pas ne pas souligner ce truisme : ne pas fermer une centrale qui pourrait ou devrait l’être permet d’économiser la construction d’une nouvelle centrale. Une simple décision administrative, un simple paraphe, vaut le prix d’un réacteur neuf. En France, les prochaines visites décennales intéressent 34 réacteurs trentenaires. L’exploitant envisage de les prolonger tous.

De surcroît, une telle décision permet de remettre à plus tard un autre coût : le démantèlement du réacteur qu’on devrait détruire. Or un démantèlement est estimé aujourd’hui au prix d’une centrale neuve. Et ce n’est qu’une estimation, car aucune centrale n’a encore été démantelée en France. Mieux, l’évaluation produite par Edf est contestée par la Cour des Comptes, et est très en-dessous de celle produite en Grande Bretagne. Mieux encore , Edf qui devait provisionner les sommes nécessaires est trés en retard sur le plan de route et vient d’être autorisée par décret à réaliser un tour de passe passe, indescriptible est le mot, lui permettant de se défausser de la garantie des provisions. Voir aussi ici l’analyse de Corinne Lepage.

Pour faire vite : en prolongeant de dix ans une seule centrale âgée de trente ans , ce qui est le cas pour Tricastin et devrait ou aurait dû être le cas pour Fessenheim, on économise le prix de deux. C’est tentant.

Car cette opération, il faut le savoir, structure le bilan financier d’Edf bien plus précaire qu’il n’y parait mais aussi de GDF Suez qui vient d’obtenir les premières autorisations de prolongement pour ses centrales belges. La santé de ces entreprises, le niveau de confiance sur les marchés financiers est donc gagé sur le pari du vieillissement sans pépin.

Une bonne nouvelle cependant. Une très bonne nouvelle. La décision de Bruxelles de confier la tutelle des « stress tests » sur les 143 réacteurs aux experts nucléaires de la Commission européenne et à l’ENSRG, un groupe indépendant de régulateurs européens créé en 2007. Même si c’est l’ASN qui réalise en France les tests, ceux-çi seront soumis pour validation aux experts européens.

Manifestement, le Commissaire à l’énergie Günther Oettinger estime que des réacteurs ne passeront pas l’épreuve des « stress tests ». Il l’a dit explicitement à plusieurs reprises : "Je pense que le test de résistance que nous voulons mener sur tous les réacteurs nucléaires montrera qu’ils ne satisfont pas tous aux plus hautes normes de sécurité", a-t-il déclaré sur Arte. "En Allemagne, a rappelé Oettinger, les autorités viennent de décider d’arrêter pour un trimestre sept réacteurs, Les tests de résistance montreront que l’un ou l’autre des 143 réacteurs (de l’UE) aura du mal à satisfaire les plus hautes normes".

A quel pays pense-t-il ? A la Slovaquie ? Aux plus vieux réacteurs allemands du Bade Wurtemberg ? A certains réacteurs anglais ? Au réacteur de Fessenheim ? En tout cas, c’est une manière polie de dire que certains Autorités de Sûreté Nationales nous baladent. Ecoutez le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker : "Il ne faut pas que les experts qui mènent les tests soient liés au lobby nucléaire".

Il est en tous cas grand temps que la démocratie vienne demander des comptes à la technocratie de l’atome. Le temps des gros secrets et des petits arrangements entre nucléocrates du même monde, du même pays, des mêmes écoles et des mêmes cénacles doit s’achever.

Il faut aussi que nos sociétés sortent du "déni" selon le mot très juste du sociologue Frédérick Lemarchand. Des sociétés qui constatent après Tchernobyl et pendant la fusion en direct des réacteurs de Fukushima l’ampleur des risques pris pour eux-mêmes et pour leurs enfants et qui ne savent plus si l’on peut s’affranchir ou non de cette dépendance. Qui se sentent un peu responsables et pas vraiment coupables. Qui infusent un sentiment de lâcheté qui ronge. La plupart des techniciens leur disent en effet depuis un demi siècle que vivre sans nucléaire c’est inconcevable. Cette irréversibilité qui consacre l’impuissance politique au nom des lois technologiques est devenu l’un des cancers de notre vie démocratique.

Et puis supportera-t-on encore longtemps les scénes de ménage pathétiques d’Henri Proglio (Edf) et de Anne Lauverjeon (Areva) qui se faisaient ostensiblement la gueule lors de leur audition le 16 Mars dernier à l’Assemblée Nationale ? Comme si leur compétition d’intérêt sur les marchés et la guerre de leurs EPR respectifs devait encore une fois être mis en avant alors que nous attendons d’eux en ces moments tragiques de mettre la sécurité tout en haut de la pile. Fukushima pose des questions métaphysiques à nos sociétés. Et pas seulement des questions de cours sur les avantages comparés du charbon et de l’atome.

Oui, il est temps de sortir du jargon des ingénieurs des mines qui aiment à parler de "Sûreté nucléaire". Sauf qu’on ne sait jamais bien si ce terme renvoie à la pérennité de la filière ou à la sécurité sanitaire des populations. Levez le doute !

Car une des leçons de Fukushima, c’est que la démocratisation "aval" des radiations à l’Iode et au Césium est bien à l’oeuvre dans l’eau, dans l’air, dans la mer, dans la végétation, les cultures agricoles.... Il est temps que cette démocratisation irradie de ses lumières "l’amont" (1) de la filière industrielle.

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Note :

(1) Amont et Aval sont des mots utilisés courament dans le langage des exploitants de centrale en France. "Aval" concerne par exemple le traitement des déchets et le démantèlement.

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Martine Aubry pas claire sur la sortie du nucléaire AFP // Marianne2 Reporterre 2011/03/28 AFP // Marianne2 (28 mars 2011) Martine Aubry pas claire sur la sortie du nucléaire. Reporterre. fr

Martine Aubry pas claire sur la sortie du nucléaire

La position de la première secrétaire du Parti socialiste sur la sortie du nucléaire semble varier d’un média à l’autre.

M. Aubry : le nucléaire est "dangereux", il faut préparer "l’après-Fukushima"

AFP

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a déclaré lundi 28 mars que le "nucléaire est une énergie dangereuse" s’interrogeant sur une sortie de la France du tout-nucléaire pour préparer "l’après-Fukushima", alors que cette question est un atome de discorde entre le PS et Verts.

"Je pense qu’il y aura un avant et après Fukushima", a déclaré Mme Aubry en réponse à un auditeur de France Inter habitant près de la centrale de Fessenheim. "Je fais partie de ceux qui sont les plus allants pour préparer cet après-Fukushima".

"Je pense que le nucléaire est une énergie dangereuse et qu’il faut le prendre en compte", a ajouté Mme Aubry, rappelant que le PS avait demandé un audit des centrales après la catastrophe nucléaire au Japon.

"A quelle rythme doit-on sortir ? Doit-on sortir ?", s’est-elle interrogée à voix haute, alors que la question du nucléaire divise les deux partenaires de gauche, le PS, traditionnellement pro-nucléaire, et les Verts, qui veulent en sortir en 25 ans.

"Même les Verts allemands disent qu’il faut 30 ou 35 ans pour sortir du nucléaire", a-t-elle dit, rappelant qu’il s’agit de "l’énergie la moins ennuyeuse" pour le réchauffement climatique.

"Je ne crois pas vraiment que nous pourrons remplacer l’énergie nucléaire par le solaire dans cinq ou dix ans, même s’il y a un énorme effort à faire", a-t-elle dit, s’interrogeant : "Comment démanteler les centrales ? Enfouir les déchets ?"

"Contrairement à ce que dit le président de la République, la France doit très vite passer à un autre "mixte énergétique", c’est-à-dire ne pas garder ce tout-nucléaire qui produit 70% de notre électricité, mais faire monter rapidement les énergies renouvelables et notamment le photovoltaïques que le gouvernement a abandonné", a-t-elle ajouté.

"Nous devons encore encore en débattre au sein du PS", selon elle.

Sur Canal Plus, mardi 21 mars, Martine Aubry dit : « Je crois qu’il faut sortir du nucléaire ».

Hervé Nathan (Marianne 2)

C’est une petite phrase jetée comme par négligence sur le plateau du Grand Journal, mardi 21 mars. Face à Jean-Michel Aphatie, Martine Aubry prononce les mots suivants : « Je crois qu’il faut sortir du nucléaire », et de préciser très vite : sur une période de 25 ans à trente ans. Aphatie ne relance pas, c’est dommage, car il vient de passer au travers d’une annonce politique de la plus grande importance.

Sortir du nucléaire sur une période de plusieurs dizaines d’années, ce n’est pas un programme anodin : c’est presque au mot près la position des Verts. Le mot, en moins, c’est le référendum ! Car c’est bien la première fois qu’un (une) premier (première) secrétaire du Parti socialiste énonce une telle orientation sur la question. C’est quasi historique. Jusqu’à présent le PS c’était le troisième pilier (après le RPR-UMP, et le PCF) de l’industrie nucléaire en France. Pour dire simple : le nucléaire, jusqu’à présent faisait consensus chez les socialistes, sauf quelques écolos égarés comme Aurélie Filipetti. Beaucoup d’élus ont des centrales EDF ou des usines Areva dans leur circonscription. Et l’énergie nucléaire a toujours été analysée au PS comme une branche majeure de l’industrie tricolore. Last but not least, c’est une proche de François Mitterrand qui préside Areva, et l’avant dernier président d’EDF était un ami de Lionel Jospin.

Dans le PS, la position de Martine Aubry est bien ressentie comme une rupture. Juste après le désastre de Fukushima, le groupe socialiste à l’Assemblée avait déjà fait un effort considérable en demandant un « débat loyal » sur la sortie par étapes du nucléaires en France, et un audit « pluraliste » des centrales françaises. Ouvrir un débat - certes quasi interdit en France jusqu’à présent -, cela ne mange pas de pain. Un audit non plus. Il y a deux ans, le PS était encore plus éloigné : il posait simplement des « conditions » au nucléaire en France, comme par exemple la renationalisation totale d’EDF et de ses 58 réacteurs.

On voit bien que le chemin que Martine Aubry diverge, si on ose le terme. Alors quelle mouche a piqué la première secrétaire ?

D’abord, ce n’est pas une lubie. Renseignement pris auprès de l’entourage de Martine Aubry, la phrase a bien été prononcée sciemment, et on s’étonne qu’aucun journaliste (sauf à Marianne…) s’y soit intéressé jusqu’à présent.

Ensuite, « Fukushima, cela change tout » explique Laurence Rossignol à Marianne. La secrétaire nationale à l’environnement est assez étonnée elle-même de la position d’Aubry. Mais elle assure que le PS est mûr pour une transition écolo. « La catastrophe japonaise a levé le mythe de l’infaillibilité du nucléaire, et montré aussi notre trop grande dépendance au nucléaire », explique-t-elle. Interrogé à son tour, le député François Brottes, qui a toujours soutenu le nucléaire, tente de minimiser : « On ne sort pas du nucléaire comme cela. On ne peut pas laisser cette filière s’éteindre à petit feu. Le sujet c’est de consommer moins d’énergie ».

Une personnalité se réjouit, c’est Yves Cochet : « Elle a vraiment dit ça ! C’est énorme ! », s’exclame le député vert. En fait, les écologistes se préparaient à négocier avec les socialistes un « contrat de législature », comprenant une « loi de sortie du nucléaire en 25 ans ». Yves Cochet précise : « Cet engagement pour nous est bien plus important que la tenue d’un référendum. » Le voici donc comblé par la première secrétaire avant même toute discussion… Laurence Rossignol trouve le référendum inutile : « Il aura lieu en 2012, lors du scrutin présidentiel. Les Français auront à choisir entre deux programmes très clairs : celui de la droite pour le tout nucléaire, puisque c’est la position réaffirmée de Nicolas Sarkozy, et celle de la gauche, pour une sortie progressive et programmée. » Et chez les socialistes, on a bien remarqué un sondage IFOP pour les Verts, réalisé le 14 et 15 mars, selon lequel 51% des Français sont pour une sortie en 25 ans, et 19 % pour une sortie plus rapide….

Deux députés demandent l’abandon des projets d’exploitation de gaz de schiste en France Pascal Terrasse et Pierre Morel A l’Huissier Reporterre 2011/03/28 Pascal Terrasse et Pierre Morel A l’Huissier (28 mars 2011) Deux députés demandent l’abandon des projets d’exploitation de gaz de schiste en France. Reporterre. fr

Deux députés demandent l’abandon des projets d’exploitation de gaz de schiste en France

Nous, Pascal Terrasse, Député de l’Ardèche, Président du Conseil général, et Pierre Morel A l’Huissier, Député de la Lozère, demandons au gouvernement par l’intermédiaire de ses représentants, Madame Nathalie Kosciusko-Morizet Ministre de l’écologie et du développement durable et Monsieur Eric Besson Ministre de l’industrie et de l’Energie, l’abandon du projet d’exploitation de gaz de schiste en Ardèche, en Lozère, et en France tant que la technologie proposée pour ce faire ne sera pas une technologie durable – une technologie qui ne laisse aucune empreinte sur l’environnement – et tant que les citoyens et leurs représentants n’auront pas toutes les garanties quant à la non mise en danger de leur santé, par cette activité.

Les sociétés d’autoroutes engraissent et veulent continuer à bétonner Sophie Chapelle (Basta) Reporterre 2011/03/28 Sophie Chapelle (Basta) (28 mars 2011) Les sociétés d’autoroutes engraissent et veulent continuer à bétonner. Reporterre. Autoroutes fr

Les sociétés d’autoroutes engraissent et veulent continuer à bétonner

« Les trois grandes sociétés d’autoroutes françaises ont réalisé en 2009 un bénéfice cumulé de 1,29 milliard d’euros. »

Malgré les promesses du Grenelle de l’environnement, près de 1.000 kilomètres d’autoroutes supplémentaires vont être construits. Et plus de 8 milliards d’euros investis par l’État pour ces futurs projets. Une bonne nouvelle pour les géants du BTP et sociétés d’autoroutes, qui cultivent secrets tarifaires et bénéfices juteux. Enquête sur un jackpot qui profite à quelques entreprises.

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« Vous vous rendez compte ? Un kilomètre d’autoroute, ce sont 10 hectares de terre sacrifiés. Avec le projet de l’A45 entre Lyon et Saint-Étienne, 400 hectares de zones fruitières, maraîchères, viticoles ou naturelles protégées vont être amputées. » Noël Collomb est en colère contre un projet autoroutier, doublon d’une autoroute existante – l’A47 – et longée par une liaison ferroviaire. Co-président de l’association Sauvegarde des Coteaux du Lyonnais, Noël a fait de la lutte contre l’autoroute son cheval de bataille quotidien. À l’entrée de son village, Taluyers, aux portes des monts du Lyonnais, un panneau municipal donne le ton : « Bienvenue dans notre commune, opposée à l’A45 et au contournement autoroutier de Lyon ». 109 autres communes de l’Ouest lyonnais favorables à une alternative aux contournements autoroutiers de Lyon arborent, elles aussi, ce panneau.

« Le projet de l’A45 relève de choix politiques à court terme d’une incohérence totale », critique l’ancien élu local. L’avant-projet de Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) rendu public le 27 janvier 2011 par Nathalie Koszciusko-Morizet, la nouvelle ministre de l’Écologie, n’a pas de quoi le rassurer. Ce document prospectif prévoit 732 kilomètres d’autoroutes supplémentaires en France, qui viendront s’ajouter aux quelque 10.000 km existants. 287 km déclarés d’utilité publique restent également à construire. Soit au total une augmentation de près de 10%, alors que la France possède déjà le plus grand réseau autoroutier d’Europe. Au cœur des 200 pages du rapport du SNIT, on retrouve la mention de l’A45 « dont la réalisation s’inscrit dans la nécessaire continuité de l’État ». Et l’esprit du Grenelle dans tout ça ?

Vive le Grenelle... des autoroutes !

« Le changement de paradigme » prôné par le Grenelle de l’environnement, les opposants à l’A45 n’y croyaient pas vraiment. « Le Grenelle propose une rupture (...) La priorité ne sera plus au rattrapage routier mais au rattrapage des autres modes de transports », affirmait Nicolas Sarkozy en 2007. On se souvient aussi de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, déclarant : « On n’augmentera plus la capacité routière (…) sauf intérêt local, enjeux de congestion ou de sécurité. » Quatre ans plus tard, grâce à cette série d’exceptions, on a plutôt l’impression de vivre un Grenelle des autoroutes. Augmentation de 10% de la pieuvre autoroutière, report d’une taxe poids lourds censée financer les infrastructures ferroviaires, autorisation donnée aux méga camions de 44 tonnes de circuler sur les routes françaises... Chez les lobbys du BTP et des transports routiers, c’est Noël tous les jours !

À compter du 1er février 2011, les prix aux péages vont augmenter de 2,24% en moyenne. Dans un entretien au Figaro, Jean-François Roverato, président de l’Association professionnelle des autoroutes et ouvrages routiers , dénonce un « prélèvement sur la route au profit du rail ». L’Etat finance les lignes déficitaires de la SNCF par une taxe aux péages des autoroutes, contrepartie négociée lors de la privatisation en 2005. Cette taxe représente seulement 0,32% sur les 2,24% d’augmentation annoncés, soit 35 millions d’euros. Et les 1,92% restants ? Des centaines de millions d’euros qui iront directement dans les poches des sociétés d’autoroutes. Un montant que Jean-François Roverato, également numéro un du groupe Eiffage, qui gère en concession les Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), s’abstient de préciser.

Des profits illimités

Comprendre la logique des tarifs pratiqués par les concessionnaires d’autoroutes relève du parcours du combattant. L’ancien premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, s’y est essayé. En 2009, dans un croustillant rapport, il critique les pratiques consistant à concentrer les hausses de tarifs sur les tronçons ou trajets les plus fréquentés. « Un surplus de recettes de 1% [qui] représente, à titre indicatif, quelque 60 millions d’euros par an pour les six sociétés » selon le rapport. Des pratiques contestables dans un contexte où il n’existe pas de critères de limitation des profits des sociétés d’autoroutes.

Résultat ? Les 6 sociétés d’autoroutes françaises – APRR, ASF, Cofiroute, Escota, Sanef, SAPN – se portent plutôt (très !) bien avec un chiffre d’affaires en 2010 dépassant les 8 milliards d’euros. La part des recettes de péages dans ce chiffre d’affaires est conséquente. Si l’on se réfère au rapport financier 2009 de la société APRR, les recettes des péages représentent 82% du chiffre d’affaires. Les revenus annuels du directeur général délégué d’APRR ne sont pas en reste : 430.000 euros en 2009. Même constat à Cofiroute, dont les recettes de péages ont progressé de 5% entre 2008 et 2009. Résultat ? Les actionnaires ont empoché plus de 42 millions d’euros de dividendes en avril 2010.

Les trois grandes sociétés d’autoroutes françaises (Cofiroute, Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, Autoroutes du Sud de la France) ont réalisé en 2009 un bénéfice cumulé de 1,29 milliard d’euros. Cofiroute, filiale du groupe Vinci, au chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros, réalise un taux de profit de 24% [1] ! Avec une hausse des tarifs des péages entre 9,7% et 18 % de 2004 à 2010, ces résultats ne sont pas étonnants. « Nous sommes des collecteurs d’impôt à notre corps défendant », s’indigne pourtant Jean-François Roverato. En 2005, les autoroutes ont surtout été privatisées (et bradées à 14 milliards d’euros au lieu de 24 milliards, selon la Cour des comptes) au moment où elles devenaient des « vaches à lait », selon les termes du Canard enchaîné. Avec un paradoxe : « Plus elles sont amorties, plus elles coûtent cher ! »

Un cadeau de 2 milliards

Quand Philippe Séguin a tenté de procéder à une analyse détaillée et par société de l’origine des augmentations de recettes, il raconte s’être heurté à « des difficultés dans le cadre de son contrôle, notamment au moment de la contradiction et en particulier avec le ministère chargé des Transports ». Autrement dit, Jean-Louis Borloo. C’est ce même ministre qui, début 2010, offre un an supplémentaire de concession à ASF, Cofiroute et Escota, toutes trois filiales du groupe Vinci. En prolongeant la concession aux environs de 2030, « ces entreprises n’auront plus un sou de dette et tout ira donc dans la poche des actionnaires », note l’hebdomadaire Marianne.

Comment Jean-Louis Borloo justifie t-il ce cadeau estimé à 2 milliards ? Au nom de l’écologie ! Plus d’un milliard de travaux seront réalisés en contrepartie par les sociétés d’autoroutes pour protéger, préserver, sauvegarder, assure son ministère. Au programme : « l’éco-rénovation des aires de repos », « des parkings de co-voiturage »... mais surtout, un investissement massif dans des péages automatiques. Sur les 420 millions d’euros engagés par exemple par ASF dans ce programme, 84 vont à la mise en place de télépéage sans arrêt et 17 à la protection de la biodiversité... L’argument ? En s’arrêtant moins, on crée moins de bouchons et on réduit les émissions de CO2... Et du même coup les effectifs. En sacrifiant les emplois sur l’autel de pseudo « engagements verts », la tentative de tour de passe-passe de Borloo atteint ses limites.

Doubler le trafic à tout prix

À Taluyers, les militants opposés à l’A45 n’ont aucune envie de se laisser berner. Pour eux, l’enveloppe dédiée aux nouvelles autoroutes, 8,4 milliards d’euros pour 732 km – soit 11,5 millions d’euros par kilomètre - est sous-évaluée. « En comparaison, le projet A45 a été chiffré à hauteur de 34 millions d’euros par kilomètre, par le gouvernement Raffarin en 2003. » La conclusion de Noël Collomb est sans appel : ces 8 milliards d’euros sont « des subventions d’équilibre destinées à aider les sociétés autoroutières à financer ces projets, et ce sont les collectivités territoriales qui vont être ponctionnées ».

Des largesses qui, en période de pénurie budgétaire, ne laissent pas d’étonner. Sans compter que l’équilibre financier de chaque nouvelle autoroute est souvent atteint au prix d’une surévaluation de trafic qui peut atteindre 50% du trafic réel. A’Lienor, par exemple, concessionnaire de l’autoroute Pau-Langon, estime que cette section ne sera rentable que si le trafic atteint 14.000 véhicules par jour en 2020, contre 7.500 véhicules/jour actuellement. Même synopsis farfelu pour le projet de l’A45 : le dossier d’enquête préalable table sur l’hypothèse qu’avec la construction de cette nouvelle autoroute, 40% des voyageurs en train reprendraient leur voiture. Miser sur le report du trafic ferroviaire vers la route, ce n’est pas vraiment Grenello-compatible !

« L’autoroute, ça déménage un territoire »

« Les membres du gouvernement affirment que pour redonner du pouvoir d’achat aux Français, il faut les soustraire à leur dépendance au pétrole et développer les transports en commun », rappelle Noël Collomb. Au bout du compte, la déclaration d’utilité publique de l’A45 a été signée par Jean-Louis Borloo en juillet 2008. Les promesses du Grenelle, elles, se sont envolées. Face à une concertation qualifiée de « cosmétique », le réseau Stop-Autoroutes a été lancé en octobre 2010. Les associations membres assurent qu’elles « s’opposeront avec pugnacité aux inaugurations de nouvelles autoroutes prévues et participeront avec ténacité aux débats publics locaux ».

À Taluyers, on ne se résigne pas, loin de là. « Pour nous, la priorité doit être donnée à une politique d’aménagement du territoire qui rapproche le domicile du lieu de travail, explique Noël Collomb. L’autoroute, ça n’aménage pas un territoire, ça le déménage ». À table, les militants réunis discutent du besoin de développer l’agriculture et le commerce local, de promouvoir les moyens de transports collectifs ou bien encore d’encourager le ferroutage sur les longues distances. Et si certains les accusent de vouloir protéger leur jardin et leurs beaux monts du Lyonnais, alors ils se verront répondre que leur jardin, c’est aussi la planète : « De nouvelles autoroutes, ni ici ni ailleurs ».

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Notes :

[1] Source : Rue 89. « APRR dégage un résultat net de 349 millions d’euros, ASF s’en sort encore mieux avec un résultat net de 629 millions d’euros, Cofiroute (groupe Vinci) parvient à un résultat net de 310 millions d’euros »

Pour un état de la démocratie dans le monde Françoise Breault Reporterre 2011/03/28 Françoise Breault (28 mars 2011) Pour un état de la démocratie dans le monde. Reporterre. Tribune — fr

Pour un état de la démocratie dans le monde

"La publication de l’État de la démocratie dans le monde aiderait à contrer le discours dominant qui laisse entendre qu’il suffit qu’un pays ait des élections pour qu’il soit démocratique.“

L’état de la démocratie dans le monde

Démocratie : y a-t-il un mot plus galvaudé dans nos sociétés ? Chaque année, les Éditions La Découverte publie L’état du monde. Si une série semblable s’intitulait : L’état de la démocratie dans le monde, cela contribuerait à une prise de conscience sur la réelle signification de ce mot et à l’amélioration de la santé de nos démocraties. En outre,cela serait gênant pour les pays qui se classeraient dans les derniers rangs. Le désir que son pays se classe premier serait bien la compétition la plus utile et la plus saine au monde.

Déjà le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) publie l’indice de développement humain (IDH). L’État de la démocratie dans le monde, avec l’Indice démocratique, serait un complément à l’IDH et irait plus loin dans la concrétisation d’un outil au service des peuples du monde.

Une équipe de chercheurs de par le monde, complètement indépendants de tous intérêts financiers, contribuerait à l’élaboration de cet indice en choisissant des critères précis. Des mesures déjà existantes comme ceux de GINI ou Theil portant sur les inégalités pourraient y être intégrées. Plusieurs associations, - Amnistie internationale, Fédération internationale de la Ligue des droits de l’homme, etc – ont déjà une grande expertise sur certains facteurs et pourraient être mises à contribution. Chacun des facteurs serait pondéré en regard de son importance pour le mieux-être collectif, ce qui est par définition l’essence de toute démocratie. Cet indice démocratique servirait à évaluer la santé démocratique des pays. Même si, pour débuter, cet indice comprenait uniquement dix facteurs importants, ce serait déjà un grand accomplissement

L’ONU serait vraisemblablement l’organisme qui aurait les ressources nécessaires pour chapeauter le tout et publier cela à intervalle d’un an ou trois ans...

Voici quelques exemples de critères qui permettrait d’évaluer l’état démocratique d’un pays.

• une constitution définissant clairement le mandat des gouvernants à savoir garant du bien commun, le juste équilibre des pouvoirs, les droits des citoyens • les élections • le financement des partis politiques • le mode de scrutin • le juste équilibre des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire • le respect des droits humains • l’accueil et l’intégration des immigrants • des médias diversifiés et indépendants les uns des autres • la liberté des journalistes pour enquêter et informer des vrais enjeux • les inégalités • le système fiscal • les mesures contre l’évasion fiscale • la coopération avec les autres pays pour l’abolition des paradis fiscaux • l’espérance de vie des citoyens • l’accessibilité aux soins de santé par les citoyens • l’accessibilité aux médicaments • l’accessibilité aux études • l’accessibilité à un logement décent • les mesures favorisant la souveraineté alimentaire • le % du revenu que doivent consacrer les gens à la nourriture • le contrôle des ressources naturelles au bénéfice des citoyens par les pouvoirs publics • le respect de l’environnement dans les différents secteurs d’activités économiques. • la réglementation du système bancaire • la capacité pour les citoyens de se prononcer par référendum sur des lois importantes • l’obligation de faire un référendum avant toute privatisation, même partielle, d’un bien ou service public • La capacité pour les citoyens de révoquer un gouvernement qui ne respecte pas son mandat de gardien du bien commun. • Etc.

Des critères bien définis, bien expliqués, bien pondérés, permettraient aux électeurs d’être mieux informés des caractéristiques d’une saine démocratie. Tout comme en réunissant les morceaux d’un casse-tête on voit apparaître l’ensemble du tableau, en regroupant ensemble ces caractéristiques sous l’État de la démocratie, cela dresserait un portrait concret, dessinerait le visage réel de la démocratie. Le mot démocratie prendrait alors toute sa signification et toute sa force.

En outre, ce livre pourrait en quelque sorte servir de guide aidant à mieux discerner si les choix proposés par un parti favorisent le bien commun.

La publication de l’État de la démocratie dans le monde aiderait à contrer le discours dominant qui laisse sous-entendre qu’il suffit qu’un pays ait des élections pour qu’il soit démocratique. L’oligarchie et les médias à leur service ont tout intérêt à renforcer cette croyance, évitant ainsi la remise en question de leur pouvoir démesuré et abusif. Exemple : quels journaux, notamment aux États-Unis, remettent en question le mode de financement des partis, mettent en relief le lien directement proportionnel entre inégalités et démocratie, entre injustice fiscale et démocratie ?

Évidement il faut s’attendre à ce que les forces dans nos sociétés dont les intérêts vont à l’encontre de l’intérêt général, mettent leurs pouvoirs et leurs milliards (et ils en ont beaucoup) pour contrecarrer tout projet en ce sens. Pas ouvertement bien sûr. Ils vont trouver toutes sortes d’arguments fallacieux. Le premier en liste serait : c’est utopique.

A première vue, cela peut paraître utopique. Pourtant combien de temps et d’argent sont mis pour évaluer toutes sortes de choses complexes et souvent futiles dans notre société qui sont pas mal moins cruciales que la démocratie. Est-ce que la santé de notre démocratie serait moins importante ?

Le plus grand danger que courent riches et puissants est bien que les citoyens de plusieurs pays du monde réalisent que pendant leur sommeil ils se sont fait voler la démocratie. S’il fallait que ce réveil arrive au Québec, au Canada, aux États-Unis, le risque d’imiter le courage des peuples du Moyen-Orient pourrait devenir sérieux.

Le nucléaire va faire monter le prix de l’électricité France Nature Environnement (FNE) Reporterre 2011/03/28 France Nature Environnement (FNE) (28 mars 2011) Le nucléaire va faire monter le prix de l’électricité. Reporterre. Tribune — fr

Le nucléaire va faire monter le prix de l’électricité

« Le mythe de l’électricité nucléaire pas chère s’écroule et illustre la vulnérabilité de notre système énergétique. La question qui se pose désormais est : quel est le coût réel du nucléaire ? »

Hausse du prix de l’électricité : la face cachée du nucléaire

EDF demande à l’Etat d’augmenter le prix de l’électricité de 30% en 5 ans. Principale raison de cette nouvelle hausse : EDF doit investir dans un parc nucléaire vieillissant, les chantiers du futur EPR et le centre de stockage de déchets à Bure s’avèrent beaucoup plus onéreux que prévu. Alors que le géant de l’électricité française reconnait lui-même que les prix de l’électricité en France sont sous-estimés, France Nature Environnement analyse les coûts réels de l’énergie nucléaire. Enquête.

Pour Bruno Genty, président de France Nature Environnement : « La terrible catastrophe de Fukushima a un impact très important dans le monde entier. Plus rien ne sera jamais comme avant pour l’industrie nucléaire qui est désormais obligée d’admettre qu’elle se trouve dans une impasse. On ne peut plus prendre un tel risque et assumer un coût économique et humain pharaonique pour satisfaire 2,5% de la consommation mondiale d’énergie. »

Avec sa demande de forte augmentation des tarifs d’électricité en France, EDF admet implicitement que les prix actuels de l’électricité sont en-dessous de ses coûts réels. C’est une première. Le mythe de l’électricité nucléaire pas chère s’écroule et illustre la vulnérabilité de notre système énergétique. La question qui se pose désormais est : quel est le coût réel du nucléaire ?

Prendre en compte tous les coûts liés au nucléaire

Contrairement aux idées reçues l’énergie nucléaire coûte cher et pour calculer son vrai prix il faut prendre en compte tous ses coûts : recherche et développement, extraction et importation d’uranium, exploitation, entretien, transport par des lignes THT, déchets, sécurité, risques, le démantèlement, l’assurance… Tout cela avec des effets limités sur le marché de l’emploi.

Nucléaire, combien ça coûte ?

• Dès 1999, le rapport de Jean-Michel Charpin, Benjamin Dessus et René Pellat chiffrait le coût pour la recherche et le développement ainsi que pour l’exploitation des centrales françaises entre 418 et 446 milliards d’euros.

• Le coût de construction d’une centrale est aussi démesuré que difficile à estimer. La preuve avec les chantiers EPR en Finlande et à Flamanville qui accusent tous les deux de 2 à 3 ans de retard, avec un prix qui est passé de 3,3 milliards à plus de 5 milliards d’euros pour la centrale de Flamanville. En tout (pour Flamanville et la Finlande), Areva a provisionné 2,6 milliards d’euros à cause des retards. Immobilisations qui s’ajoutent aux 423 millions de pertes d’Areva en 2010.

• Il faut ajouter à cela un coût de démantèlement chiffré à 63 milliards d’euros par la Cour des Comptes (rapport de 2005) qui s’inquiète du manque de provisions financières d’EDF et d’Areva pour couvrir ces dépenses.

• Le combustible, uranium importé essentiellement du Niger – ce qui n’assure ni l’indépendance énergétique, ni la durabilité – coûte également cher. Son coût global a tendance à augmenter – le coût de l’uranium du Niger a doublé en 2008 - à cause de sa raréfaction et des conditions difficiles d’exploitation aggravées par la menace terroriste et les enlèvements des salariés d’Areva.

• A cela s’ajoute le coût de l’entretien qui augmente avec le vieillissement des centrales et qui fait augmenter le coût de l’assurance. C’est la raison pour laquelle la centrale de Fukushima au Japon n’était plus assurée depuis août 2010. Son exploitant, Tepco, ayant jugé le tarif proposé par l’assureur « trop excessif ». Les assureurs rechignent à prendre ce risque seuls et sont obligés de se regrouper pour tenter de le couvrir.

• Le coût du transport par des lignes THT de l’électricité produite par les centrales et les pertes d’énergie pouvant aller de 10 à 20% des capacités énergétiques lors du transport longue distance alourdissent également la facture.

• Le stockage des déchets devra être assuré pendant toute la durée de leur radioactivité (100 000 ans). Aucune solution n’existe actuellement et les tentatives sont extrêmement coûteuses : le prix du centre de stockage profond à Bure est passé de 15 milliards à plus de 35 milliards d’euros en quelques années.

• Restent encore à estimer les coûts des indirects ou externalités négatives : radioactivité, pollutions des sols et de l’eau, risques pour la santé… couverts par l’argent du contribuable. Sans oublier que la facture explose en cas d’accident !

• Pour comparaison : la catastrophe d’AZF a coûté 2 milliards d’euros, le coût purement économique de la catastrophe de Tchernobyl s’élève lui à plus de 500 milliards d’euros … alors que EDF est assuré pour tout accident seulement à hauteur de 91 millions d’euros.

• A ce coût économique s’ajoute un coût social qui tend vers l’infini.

Changer de modèle énergétique pour créer plus d’emplois

D’après nos estimations, en prenant en compte uniquement les coûts de recherche et développement, construction, exploitation, réparation, transport de l’électricité et démantèlement, le coût d’un Mwh produit par le nucléaire serait égal à celui de l’éolien terrestre, mais plus cher que la biomasse, l’hydraulique ou les énergies fossiles.

En ce qui concerne le marché de l’emploi, l’énergie nucléaire représenterait 100.000 emplois directs et indirects en France. Pour comparaison : le photovoltaïque seul, c’est 25.000 emplois en France, alors qu’en Allemagne l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse représentaient 340.000 emplois en 2009. L’avance prise par l’Allemagne en termes de création d’emplois verts s’explique d’ailleurs en partie par le programme de sortie progressive du nucléaire qui a réorienté les investissements vers les solutions alternatives. Contrairement à cela, en France, l’énergie nucléaire concentre une grande partie des investissements, notamment publics, ce qui siphonne le potentiel des énergies renouvelables.

Pour sortir de l’impasse nucléaire, France Nature Environnement propose un programme sur une quarantaine d’années. Il faut commencer par sortir de l’absurde comme le chauffage électrique, peu efficace et coûteux pour les ménages, puis lancer un plan massif de rénovation des bâtiments et réduire la consommation des appareils électriques. Par ailleurs il faut investir massivement dans les transports collectifs, mais aussi réduire drastiquement la consommation des moteurs des véhicules. Objectif : diminuer la consommation de l’énergie de 62% en 40 ans. D’après le scénario de Négawatt, ce sont des pistes crédibles et réalisables. Pour atteindre les 23% d’énergies renouvelables d’ici 2020, comme la France s’y est engagée, il est nécessaire de réorienter les investissements vers les énergies renouvelables, toutes les énergies renouvelables : solaire thermique et photovoltaïque, éolien terrestre et off shore, énergies marines, hydraulique, biomasse, et géothermie.

Pour Bruno Genty, « il est plus que temps de changer notre modèle énergétique, pour le rendre plus durable, plus robuste, moins cher et créateur d’emplois non-délocalisables. Comme avec le modèle décrit par Nicholas Stern pour le changement climatique, il faut aujourd’hui investir dans la sortie du nucléaire et l’anticipation pour éviter d’avoir demain à payer une facture économique et humaine exhorbitante. »

En Allemagne, 200 000 manifestants contre le nucléaire AFP Reporterre 2011/03/28 AFP (28 mars 2011) En Allemagne, 200 000 manifestants contre le nucléaire. Reporterre. fr

En Allemagne, 200 000 manifestants contre le nucléaire

BERLIN - Plus de deux cent mille manifestants à travers l’Allemagne ont réclamé samedi 26 mars la fermeture des centrales nucléaires, à la veille d’une élection régionale qui fait figure de plébiscite sur la politique énergétique d’Angela Merkel.

L’un des organisateurs, l’association « Ausgestrahlt », a annoncé que 250 000 personnes avaient défilé dans quatre grandes villes d’Allemagne pour réclamer la fin immédiate de l’exploitation des 17 réacteurs nucléaires du pays.

Selon cette association, 120 000 étaient présentes à la manifestation berlinoise, la police de la capitale allemande, interrogée par l’AFP, estimant pour sa part qu’elles étaient « plus de 100.000 ».

À Munich, sous la pluie, la police évoquait « plus de 30 000 personnes » et les organisateurs 40 000, tandis qu’à Hambourg et à Cologne, les organisateurs en ont compté respectivement 50 000 et 40 000 qui se sont ralliées au mot d’ordre : « Fukushima nous exhorte à éteindre tous les réacteurs ».

Dans une opinion publique de longue date majoritairement hostile au nucléaire, la catastrophe à la centrale japonaise a servi de « piqûre de rappel », a expliqué à l’AFP Curd Knüpfer, un étudiant berlinois de 26 ans.

« Il faut tirer les leçons du Japon : rien n’est impossible », pouvait-on par exemple lire à Berlin sur une pancarte, tandis qu’un char de carnaval construit par les Verts représentait un réacteur nucléaire basculant « dans la poubelle de l’histoire ».

« Je suis venue demander l’arrêt des centrales nucléaires parce que j’ai la ferme intention de mourir de vieillesse, et pas à cause des radiations », a déclaré Monika Flemming, 53 ans, vendeuse en pré-retraite, originaire du Brandebourg (est).

Opposante de longue date au nucléaire, elle manifeste pourtant pour la première fois. « Cela n’a jamais été aussi urgent que maintenant. J’ai le sentiment que c’est le moment de faire bouger les choses ».

À Hambourg, sous un soleil rayonnant, la foule des antinucléaires, venue en famille, en couple, entre amis, s’étendait sur plus de 2 km, agitant des petits ballons verts gonflés à l’hélium et des panneaux bricolés clamant « Tout ce dont on est sûr, c’est du risque ! » ou « L’énergie atomique, c’est la mort ! »

« Il faut maintenant clairement prendre parti et dire tout haut ce que veut une très très large partie de la population », a déclaré Timo Fischer, un père de famille de 37 ans.

Un peu plus loin, devant la mairie de Hambourg, où règne presque une atmosphère de kermesse, Yannik Meyer, 20 ans, blouson floqué d’autocollants « Le nucléaire ? Non merci ! », juge que « l’énergie atomique n’est pas une façon responsable de produire de l’énergie ».

Angela Merkel avait annoncé, peu après la catastrophe de Fukushima, la fermeture temporaire des réacteurs les plus anciens et un audit de trois mois sur tout le parc nucléaire allemand.

Mais cette réaction, cinq mois après avoir prolongé la durée de vie des 17 réacteurs nucléaires de 12 ans en moyenne, a été considérée comme une manoeuvre politicienne par une majorité d’Allemands, selon les sondages.

Le coût de l’arrogance Hervé Kempf Reporterre 2011/03/29 Hervé Kempf (29 mars 2011) Le coût de l’arrogance. Reporterre. Tribune — fr

Le coût de l’arrogance

« Ce que nous apprend le drame japonais, c’est que l’opacité, dans une société technologique, est intrinsèquement dangereuse. »

Jour après jour, la catastrophe de Fukushima se fond dans la normalité : l’inacceptable est devenu quotidien. La radioactivité fuit, et va continuer à fuir. Comme l’indique le 28 mars l’Autorité française de sûreté nucléaire, qui maîtrise l’art subtil de la litote, « le pronostic d’évaluation des réacteurs n° 1 à n° 3 devrait rester très incertain pendant les prochaines semaines ». Ce qui est certain, c’est l’insidieux empoisonnement des eaux et des terres alentour. Tentons un premier bilan, en partant du postulat optimiste que les ingénieurs et travailleurs japonais parviendront à refermer la terrible boîte de gaz et particules cancérigènes.

Le Japon a perdu quatre voire six réacteurs nucléaires, soit une valeur de 20 à 30 milliards d’euros, démantèlement non compris. Plus d’un millier de kilomètres carrés alentour sont contaminés à des degrés divers, rendant durablement impossible une vie normale. La centrale de Fukushima elle-même deviendra un cimetière nucléaire, à surveiller pendant des centaines d’années. La stratégie énergétique du pays va être bouleversée. Une contestation de la responsabilité politique devrait aussi se développer.

En matière nucléaire, le Japon est le jumeau de la France : même politique, mêmes techniques, même opacité, même arrogance des « nucléaristes », même passivité des politiques. Fukushima aura des conséquences chez nous.

Nul ne peut plus accepter l’hypothèse de voir Nogent-sur-Seine, à 100 kilomètres de Paris, ou de Saint-Alban, à 50 kilomètres de Lyon, connaître une situation comparable, même de loin, à celle de Fukushima. Les exigences de sûreté nucléaire vont considérablement s’accroître - et donc le coût de l’électricité. L’attention va aussi se porter sur la question des déchets nucléaires et du démantèlement des installations atomiques, qui n’a pas de vraie réponse.

Indépendamment même du débat sur la sortie du nucléaire, on va remettre en cause la logique de privatisation qui préside à la politique nucléaire depuis une dizaine d’années. EDF doit-il être renationalisé ? GDF Suez doit-il construire des réacteurs en France ? L’EPR de Penly est-il utile ? La libéralisation du marché de l’électricité est-elle une bonne chose ? La loin NOME - qui oblige EDF à céder à bas coût son courant à des concurrents - est-elle acceptable, alors qu’elle diminue les ressources nécessaires pour la sûreté nucléaire ?

Dans ces discussions, c’est en fait le fonctionnement de l’appareil nucléariste qui doit être soumis à l’investigation. Ce que nous apprend le drame japonais, c’est que l’opacité, dans une société technologique, est intrinsèquement dangereuse.

Un bétonnage extravagant prévu par Auchan dans le Val d’Oise Collectif pour le Triangle de Gonesse Reporterre 2011/03/31 Collectif pour le Triangle de Gonesse (31 mars 2011) Un bétonnage extravagant prévu par Auchan dans le Val d’Oise. Reporterre. fr

Un bétonnage extravagant prévu par Auchan dans le Val d’Oise

Quarante hectares de bonne terre seraient dévorés par un centre commercialo-touristique promu par le groupe Auchan.

Onze associations environnementales et citoyennes du Val d’Oise et de Seine-Saint-Denis regroupées au sein du Collectif pour le triangle de Gonesse, contestent le projet d’aménagement commercial démesuré de la municipalité de Gonesse et du groupe AUCHAN.

Europa City, projet d’Immochan, la filiale promotion-investissement du groupe Auchan, est un très grand complexe avant tout commercial sur 80 ha de La patte d’oie, soutenu par le maire socialiste de Gonesse, les collectivités locales du Grand Roissy, l’EPA plaine de France et le président de la République !

« Vitrine des cultures européennes », en fait, un vaste supermarché sur 40 hectares (ha), des attractions et des loisirs payants sur 28 ha, de la culture et des bâtiments administratifs sur les 12 ha restant. 1,5 à 2 milliards d’euros d’investissement privé pour à terme une fréquentation imaginaire comprise entre de 25 et 40 millions de visites par an, contre 15 millions pour Disneyland Paris et 40 millions pour le Forum des Halles à Paris !

Les expériences d’aménagement passées nous invitent à nous mobiliser contre ce projet chimérique. Gonesse compte déjà six zones d’activités saturées de zones de logistique, dont certaines en friches : Fosses, Marly‐la‐ville, Survilliers, Louvres, Vémars, Goussainville, la plateforme de Roissy, Paris Nord 2 et Garonor. L’est du Val d’Oise et de la Seine-Saint-Denis (Ô Parinor) sont suréquipés en centres commerciaux.

Ces équipements ne sont pas créateurs d’emplois : quand on implante 100 emplois sur le pôle de Roissy, 15 profitent au territoire local et 85 génèrent des flux dans toute l’Ile-de-France et la moitié de la Picardie !

Pire, ils détruisent des emplois : pour un emploi créé dans la grande distribution, 4 emplois seront détruits dans d’autres secteurs de l’économie selon la chambre de commerce et d’industrie de Paris !

Quoi qu’en dise le groupe AUCHAN, déjà présent dans le projet de centre commercial AEROVILLE sur la plate-forme de Roissy, le projet EUROPA CITY n’est qu’un centre commercial de plus, un centre commercial de trop.

Des centaines d’hectares d’espaces agricoles ont été perdus à tout jamais sur notre territoire pour des projets qui excluent ses habitants. Il y a toujours autant de chômage à Gonesse et dans les communes voisines.

Stop à l’hémorragie des terres arables

Le 23 mars 2011, les associations mentionnées ci-dessous ont créée le « Collectif du Triangle de Gonesse » pour porter leurs exigences sur l’avenir du Triangle de Gonesse :

- NON au bétonnage du Triangle de Gonesse par « Europa City », NON à la prolifération de centres commerciaux, NON à la création d’une gare imposée par Auchan

- OUI à la création d’emplois de proximité, OUI à un Triangle de Gonesse dédié à un usage agricole, OUI à une agriculture vivrière en Ile de France.

Associations signataires : Amis de la Terre Val d’Oise, Environnement 93, Val d’Oise Environnement, Association de Défense des Habitants de l’Est du Val d’Oise, Association Ecouen Environnement, Aulnay Environnement, Bien Vivre au Thillay, Bien Vivre à Vémars, Association Haut Val d’Oise Ecologie Persan, Association Toulemondeilestbio Arnouville, La Vigie d’Ecouen .

Non, le TGV n’est pas le train des riches Jean Sivardière Reporterre 2011/03/31 Jean Sivardière (31 mars 2011) Non, le TGV n’est pas le train des riches. Reporterre. Tribune — fr

Non, le TGV n’est pas le train des riches

Le débat continue sur Reporterre : les TGV (ou LGV) profitent-ils surtout à la partie la plus prospère de la population ? Sont-ils vraiment un instrument de la transition écologique ?

Analysant les résultats de la dernière Enquête Nationale Transport et Déplacement, Julien Milanesi constate que « l’usage du TGV est socialement marqué en faveur des ménages les plus riches, dont la personne de référence est cadre ou exerce une profession intermédiaire » et en conclut que « l’investissement public dans de nouvelles LGV n’est donc pas socialement neutre ». Autrement dit, l’extension du réseau des lignes à grande vitesse, soutenue (mais avec modération et au cas par cas) par la FNAUT, est injuste. La réalité est plus complexe.

Dès sa mise en service en 1981, le TGV a été perçu comme un train de luxe : ses performances et son design le faisaient assimiler à l’avion, très coûteux à l’époque. Cette image lui colle à la peau et s’est maintenue, en particulier chez ceux qui ne l’utilisent pas, bien qu’entre temps la libéralisation du transport aérien ait entraîné une baisse du prix de l’avion, devenu dans certains cas plus avantageux que celui du train.

Avant d’en venir, un peu vite, à la conclusion que le TGV est le train des riches, il faut établir une distinction, essentielle, entre les différents types de déplacements : - les déplacements domicile-travail ou études des « navetteurs » ; - les déplacements professionnels (dont ceux des « hommes d’affaires ») ; - les déplacements personnels (familiaux ou de loisirs).

Suite aux évolutions du marché du travail, une part croissante des déplacements ferroviaires à longue distance (par définition supérieure à 80 km) est constituée de déplacements pendulaires effectués par des trains Transilien, TER ou Intercités (Corail) dans lesquels les ouvriers et employés sont majoritaires puisque les cadres sont minoritaires au sein de la population active et utilisent plus volontiers la voiture. Cependant il serait réducteur de faire de ces trains des trains de pauvres : selon une enquête de la SNCF, la part des cadres supérieurs dans la clientèle du TER a doublé de 1996 à 2006, pour atteindre 13%. Seuls 10 000 actifs environ, essentiellement des cadres, utilisent quotidiennement le TGV sur des distances en moyenne deux fois plus longues, entre Paris et Lille, Reims, Tours ou Le Mans.

Les déplacements professionnels à longue distance sont surtout ceux de cadres qui, si le TGV n’existait pas, prendraient l’avion, à un coût plus élevé pour les entreprises ou les administrations et à un coût énergétique, environnemental et climatique dix fois supérieur comme du temps d’Air Inter, ou la voiture sur les distances plus modestes (Paris-Nancy, Paris-Lille), avec des risques d’accidents et du temps perdu pour le travail.

Il n’est donc ni surprenant ni choquant que le TGV soit plus utilisé par les cadres que les autres trains. La question de l’équité ne se pose que pour les déplacements personnels (on trouve aujourd’hui dans les TGV en moyenne 30 % de voyageurs pour un motif professionnel et 70 % de voyageurs pour un motif personnel, dont la moitié seulement pour un motif loisirs).

Plus on est riche, plus on peut profiter de toutes les offres de consommation et, en particulier, plus on voyage à longue distance : c’est vrai pour le train comme pour l’avion ou la voiture. Les plus riches continuent à prendre l’avion pour affirmer leur statut social ou si les performances du TGV sont peu attractives (c’est le cas sur l’axe Paris-Pau ; cependant, sur Paris-Nice, la clientèle, plus âgée en moyenne, apprécie le TGV). Les plus pauvres se déplacent rarement.

On s’attend donc à ce que la clientèle pour motif personnel du TGV soit plutôt aisée. Mais, en pratique, cette clientèle est loin d’être homogène et appartient majoritairement à la classe moyenne, de loin la plus nombreuse en France. En effet, par le jeu de la tarification sociale (cartes Famille nombreuse et Enfant-famille) ou commerciale (cartes Escapade, Jeunes ou Seniors, Prem’s, idTGV), la SNCF capte un public diversifié malgré ses tarifs de base plus élevés que ceux des trains Corail. Il suffit d’observer les quais TGV des grandes gares pour s’en convaincre, on n’y voit pas que des « costard-cravate ».

Sur Paris-Lille, le tarif TGV jeune - 15 euros - est équivalent au prix du seul péage autoroutier pour le même trajet en voiture (auquel il faut ajouter au moins 25 euros pour le carburant et l’entretien du véhicule, sans parler de son amortissement). Le journal La Provence a récemment enquêté dans une voiture de 2e classe d’un TGV Marseille-Paris de 6h28 : le prix du billet variait de 19 euros (tarif Prem’s) à 88 (achat de dernière minute) ; seuls les professionnels ayant des rendez-vous ou séminaires à Paris (environ 60% des voyageurs dans ce TGV matinal) avaient payé entre 80 et 88 euros. La variété de la clientèle est particulièrement marquée sur les TGV « intersecteurs », diamétraux (Strasbourg-Nantes) ou transversaux (Metz-Marseille), sur lesquels la clientèle professionnelle est moins importante.

C’est d’ailleurs parce que le TGV attire la classe moyenne (qui a le choix entre voiture, TGV et avion à bas coût) qu’il connaît le succès commercial, les « hommes d’affaires » et « riches oisifs » ne suffiraient pas à le faire vivre. Si le TGV n’était qu’un train de luxe, un « Concorde du rail » ou un nouvel Orient-Express, on voit mal comment la SNCF pourrait offrir des milliers de places par jour entre Paris et les grandes villes de province et maintenir 9 allers-retours par jour entre Grenoble et Paris, et même 21 entre Nantes et Paris.

Que la clientèle du TGV soit plutôt aisée est indéniable, mais peut-on sérieusement en faire un argument contre le développement du réseau des LGV ? Sans le TGV, qui a provoqué la disparition de nombreuses liaisons aériennes intérieures et limité le trafic sur les autres, cette clientèle voyagerait tout autant, mais en avion ou en (grosse) voiture. Toute la population, en particulier les « populations survolées » d’Ile-de-France, bénéficierait de nuisances supplémentaires, les pauvres comme les riches. Et les défenseurs de l’environnement se battraient aujourd’hui contre des projets de nouveaux aéroports dans le bassin parisien, près de Toulouse ou dans le Var, et contre des projets autoroutiers encore plus nombreux que ceux qui sont inscrits au Schéma National des Infrastructures de Transport (SNIT).

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Si la politique de tout TGV n’a plus de sens, celle du « zéro TGV » n’a pas de sens non plus. Il y a encore des LGV à construire, les transferts modaux qu’elles provoqueront en justifient le coût (ce n’est pas le cas de tous les projets inscrits au SNIT). Ce n’est pas l’outil ou l’infrastructure qu’il faut remettre en cause, comme le font les détracteurs du TGV et des LGV, mais plutôt, comme le fait la FNAUT :

- la politique de la SNCF, qui rabat systématiquement les voyageurs sur le TGV en délaissant les relations classiques transversales (Lyon-Nantes, Nantes-Bordeaux) ou radiales (Paris-Mulhouse, Clermont-Nîmes), en supprimant tous les trains Corail sur les axes desservis par le TGV et en réservant la carte Enfant-famille aux utilisateurs du TGV ;

- la sous-tarification des modes concurrents du train, qui ne paient qu’une faible part de leurs coûts environnementaux et de sécurité, ce qui prive artificiellement le rail d’une partie de sa clientèle naturelle, oblige la SNCF à pratiquer une tarification du TGV complexe et trop élevée pour les déplacements de dernière minute ou familiaux, contribue à l’attrait de l’autocar et au développement du covoiturage sur des distances importantes, et limite même la mobilité des ménages les plus modestes ;

- la politique de l’Etat qui, en refusant d’apurer la dette de RFF, en poussant (avec les départements) les investissements routiers et en refusant de taxer la route et l’avion, entrave la modernisation et le développement simultané de toutes les composantes du réseau ferré.

Une amélioration des dessertes classiques doit concrétiser la fin du tout TGV mais pas du TGV. La FNAUT propose ainsi que la SNCF rétablisse des trains Corail sur les lignes classiques qui ont été doublées par des LGV. Ces trains « low cost » ne devraient mordre que marginalement sur la clientèle TGV. Leur tarification resterait modérée car les lignes concernées existent et ne sont pas saturées. Ils desserviraient des villes moyennes délaissées par le TGV et attireraient les « laissés pour compte » de la grande vitesse, qu’on ramènerait ainsi au train. Leur rétablissement éviterait la création de services de cars express intercités.

L’ASN n’exclut pas un moratoire du chantier de l’EPR à Flamanville Thibaut Madelin (Les Echos) Reporterre 2011/03/31 Thibaut Madelin (Les Echos) (31 mars 2011) L’ASN n’exclut pas un moratoire du chantier de l’EPR à Flamanville. Reporterre. fr

L’ASN n’exclut pas un moratoire du chantier de l’EPR à Flamanville

Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva, a peut-être parlé un peu vite le 16 mars, au pic de la catastrophe de Fukushima, en estimant qu’avec l’EPR « il n’y aurait pas de fuites possibles dans l’environnement, quelle que soit la situation ». Le réacteur de troisième génération conçu par le groupe nucléaire français aurait sans doute mieux résisté au séisme et au tsunami que celui de General Electric opéré par Tepco et datant de 1971. Mais aurait-il été infaillible ? Cela ne semble pas être l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui n’exclut pas un moratoire du chantier de Flamanville.

Interrogé hier [30 mars] par les représentants de Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) sur l’éventualité d’un moratoire pour le futur réacteur de Penly, André-Claude Lacoste, le président de l’ASN, a répondu que, « si cette question se pose, et nous nous la poserons, ce serait sur le chantier de Flamanville 3 ». Quant à l’EPR de Penly, qui n’est pas encore acté, il a tout simplement mis en doute sa réalisation...

Un pavé dans la mare, qui risque d’alourdir une nouvelle fois la facture du chantier d’EDF. Initialement prévu pour un budget de 3,3 milliards d’euros et une durée de cinq ans, le projet a été réévalué cet été par l’électricien à 5 milliards et sa durée à sept ans.

« Tests de résistance »

Depuis le début de la crise de Fukushima, les débats en France se concentraient sur les réacteurs existants du parc nucléaire français. Sans annoncer de manière certaine un moratoire à Flamanville, la déclaration du gendarme du nucléaire apporte un nouvel éclairage. L’ASN s’apprête à mener un audit du parc nucléaire français, à la lumière de la catastrophe de Fukushima, comme lui a demandé le Premier ministre, François Fillon. Parallèlement, le gendarme du nucléaire va réaliser des « tests de résistance » en coordination avec ses pairs européens.

Ces deux exercices conduiront inévitablement à des modifications des centrales en service. Mais aussi de celle en construction. « Il ne serait pas idiot qu’EDF anticipe ces modifications sur l’EPR », indique une source proche du régulateur. En d’autres termes, plutôt que de devoir corriger le tir a posteriori, l’électricien serait bien inspiré de geler certains travaux le temps d’avoir de la visibilité sur le nouveau cahier des charges. Il anticipe déjà des mesures sur le parc.

Il est trop tôt pour dire quels éléments pourraient lui être imposés sur l’EPR. Une question vient à l’esprit. Elle concerne les piscines de combustibles usés, qui causent de grosses inquiétudes au Japon. Sur l’EPR, elles sont protégées par une enceinte, contrairement aux réacteurs de Fukushima, mais pas par une double enceinte, reconnaît une porte-parole d’Areva. Un renforcement du béton de cette enceinte pourrait être exigé afin de limiter les rejets dans l’environnement en cas de catastrophe du type de Fuku-shima.

Areva, qui est à la fois concepteur et constructeur de l’EPR en Finlande, risque d’être directement confronté au même problème sur son chantier d’Olkiluoto. Mi-mars, le ministère de l’Economie a demandé à l’autorité de sûreté (STUK) de revoir la sécurité du parc nucléaire. « L’enjeu porte sur les réacteurs en exploitation, en construction et en projet, explique Petteri Tiippana, directeur de la sûreté des réacteurs à la STUK. Nous répondrons au ministère mi-mai. » Le rapport porte notamment sur les moyens d’alimentation électrique. L’EPR possède quatre systèmes de secours indépendants, ce qui est beaucoup. Mais ils peuvent aussi faillir.

"Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident nucléaire en France », dit l’ASN Fabrice Nodé-Langlois et Yves Miserey (Le Figaro) Reporterre 2011/03/31 Fabrice Nodé-Langlois et Yves Miserey (Le Figaro) (31 mars 2011) "Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident nucléaire en France », dit l’ASN. Reporterre. fr

"Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident nucléaire en France », dit l’ASN

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) épingle les centrales EDF de Saint-Alban, Chinon, Chooz et Nogent.

La catastrophe de Fukushima a conféré un relief inédit, mercredi à l’Assemblée nationale, au rituel qu’est devenu la présentation au Parlement du rapport annuel sur la sûreté nucléaire en France. L’édition 2010 épingle les centrales EDF de Saint-Alban, Chinon, Chooz et Nogent dont la sûreté est jugée en recul. En revanche, cinq sites se détachent favorablement du reste du parc en matière de sûreté nucléaire : Bugey, Penly, Tricastin, Civaux et Golfech. La sûreté en France passe par une meilleure anticipation de la maintenance des installations et du remplacement des composants des réacteurs, souligne l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à destination d’EDF.

Les trois incidents de niveau 2 (sur l’échelle internationale Ines qui en compte 7) recensés en 2010 par l’ASN sont passés au second plan. Le premier s’est produit à la centrale de Chinon où un ouvrier a saisi un objet irradié, le deuxième à l’usine Areva de la Hague où un gant manipulant du plutonium a été percé, le troisième où trois travailleurs ont été faiblement contaminés.

L’attention des députés et sénateurs qui interrogeaient André-Claude Lacoste, le président de l’ASN, au cours d’une audition ouverte à la presse et retransmise sur Internet, s’est naturellement focalisée sur les leçons à tirer de l’accident du Japon pour les centrales d’EDF.

D’autres sujets sensibles ont été abordés, comme la gestion des déchets radioactifs à vie longue. Claude Birraux, le président (UMP) de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a fustigé « les débats vains sur le coût de la sûreté, ou sur le trop de sûreté ». Il visait EDF qui, a rappelé André-Claude Lacoste, « a proposé un projet alternatif » de stockage souterrain des déchets « très antagoniste » à celui de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Le dialogue entre EDF (le payeur, au même titre qu’Areva et le CEA) et l’Andra (le concepteur) est si tendu que les parties se sont entendues pour nommer un médiateur, Laurent Stricker, ancien dirigeant d’EDF. Une procédure « hors la loi », s’est emporté Claude Birraux.

« Pas de certitudes tranquilles »

Geneviève Fioraso, députée PS membre du conseil d’administration de l’Andra, a reproché à l’ASN de « botter en touche » sur ce dossier sensible. EDF se refusait mercredi à tout commentaire. L’ASN « sera in fine le juge de paix » sur la sûreté du futur site de stockage, lui a répondu André-Claude Lacoste. À la lumière des événements du Japon, toute manœuvre qui s’apparente à une recherche d’économie au détriment de la sécurité devient soudainement plus inconvenante, y compris pour des déchets voués à être enfouis sous terre.

Seule voix écologiste intervenue dans le débat de mercredi, Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord, a attiré l’attention sur les donneurs d’alerte - tel le Dr Irène Frachon dans l’affaire du Mediator - insuffisamment pris en compte dans le nucléaire. Elle évoquait ainsi les 20.000 sous-traitants qui interviennent périodiquement dans les centrales françaises à côté des 20.000 employés d’EDF. « Nous sommes prêts à étudier tous les renseignements, même de source anonyme » pour « réduire les zones d’ombre », lui a répondu André-Claude Lacoste qui a évoqué le rôle joué jadis dans les mines de charbon par les délégués mineurs. Un propos difficilement imaginable de la part de l’inamovible gendarme de l’atome, il y a encore quelques années.

Signe qu’il y a déjà un après-Fukushima dans l’Hexagone, André-Claude Lacoste a déclaré : « Nous ne sommes pas nourris de certitudes tranquilles. » Et de rappeler une « position constante de l’ASN » désormais plus audible même parmi les parlementaires les moins antinucléaires : « personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident nucléaire en France ».

Les travailleurs de Fukushima aux limites de la résistance humaine AFP Reporterre 2011/03/31 AFP (31 mars 2011) Les travailleurs de Fukushima aux limites de la résistance humaine. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Les travailleurs de Fukushima aux limites de la résistance humaine

Depuis que la centrale de Fukushima Daiichi (Fukushima 1) a subi le tremblement de terre de magnitude 9 et un tsunami allant jusqu’à 14 mètres de haut, des techniciens, des « super pompiers » et des soldats se tuent à la tâche dans un environnement radioactif.

Ils tirent des câbles pour rétablir l’électricité, dégagent les débris encombrant les sites, aspergent les réacteurs privés de systèmes de refroidissement et tentent de relancer le fonctionnement d’équipements.

Portant une combinaison, des gants doublés et un masque de protection, et équipés de lampes de poche pour s’éclairer dans des lieux souvent plongés dans la pénombre, les équipes se succèdent 24 heures sur 24 avant de goûter un court repos.

Les travailleurs du risque dorment dans un bâtiment situé dans l’enceinte même de la centrale, prévu pour résister en partie aux radiations, qui atteignent toutefois un taux supérieur à la normale dans cet espace confiné.

Ils dorment dans des conditions précaires, avec en guise de matelas une natte en plomb censée faire barrage aux rayonnements et réduire le danger.

« Les employés dorment en groupe dans des salles de réunion, les couloirs ou près des salles de bain. Tout le monde dort à même le sol », explique Kazuma Yokota, un surveillant de la centrale.

« Nous mangeons deux fois par jour. Au petit-déjeuner, des biscuits énergétiques, au dîner du riz instantané et des aliments en conserve », explique-t-il à une équipe de télévision nippone, des poches sous les yeux.

Dans les premiers jours de la crise, chaque intervenant ne recevait qu’un litre et demi d’eau en bouteille, a-t-il regretté, précisant que certains s’étaient plaints de ne pouvoir changer leurs sous-vêtements pendant deux semaines.

« Nous voulons éviter autant que possible de rester trop longtemps (sur le site de la centrale), car nous sommes exposés en permanence aux radiations », souligne M. Yokota.

Les difficultés rencontrées par les 500 personnes, employés de la compagnie d’électricité gérant le site, Tokyo Electric Power (Tepco), ou des sous-traitants pour stabiliser la situation risquent toutefois de prolonger la durée des travaux.

Le porte-parole du gouvernement a reconnu pour sa part que la rotation des travailleurs n’était « pas suffisante ».

« Il est difficile de trouver des remplaçants ayant des compétences pointues », capables d’aider à la relance cruciale du système de refroidissement des réacteurs, a souligné un responsable de l’entreprise Hitachi, qui a envoyé 170 personnes à Fukushima Daiichi.

Deux ouvriers ont été irradiés la semaine dernière, après avoir marché, équipés de simples bottines, dans de l’eau ayant fui dans une salle des machines.

« Les conditions de travail étant de plus en plus dangereuses, je ne pense pas pouvoir trouver d’autres salariés qui accepteraient d’y aller », a confié un sous-traitant au journal Asahi.

La limite légale de radiations autorisées pour le personnel du nucléaire en temps de crise a été relevée à 250 millisieverts par an depuis l’accident de Fukushima, contre 100 auparavant.

Une exposition annuelle à plus de 100 millisieverts augmente les risques ultérieurs de cancer, d’autant que la radioactivité « absorbée » est quasiment acquise pour toute la vie et se cumule avec les expositions futures.

En conséquence, les employés se voient demander de ne pas rester trop longtemps en action et de multiplier les temps de pause, afin d’éviter que leur taux de radioactivité personnel ne monte à 250 millisieverts, ce qui leur interdirait de continuer le travail.

La justice française voudrait refermer le dossier du nuage de Tchernobyl Michèle Rivasi et Corinne Lepage Reporterre 2011/03/31 Michèle Rivasi et Corinne Lepage (31 mars 2011) La justice française voudrait refermer le dossier du nuage de Tchernobyl. Reporterre. fr

La justice française voudrait refermer le dossier du nuage de Tchernobyl

Impact de Tchernobyl en France ? Le ministère public requiert un non lieu.

Omerta, double-peine et impunité totale : le scandale français de Tchernobyl continue 25 ans après

Les risques et la transparence entourant les conséquences environnementales et sanitaires de la contamination radioactive ravivent le débat sur la menace que représente le nucléaire civil. Alors que les autorités japonaises sont fortement suspectées de cacher des informations cruciales dans le but de minimiser les conséquences des retombées radioactives, la France semble résolue à enterrer définitivement le scandale de Tchernobyl.

L’omerta française persiste, puisque les autorités judiciaires s’apprêtent aujourd’hui à blanchir définitivement le professeur Pellerin (1) pour le mensonge entourant l’impact de Tchernobyl en France. Alors que celui-ci a demandé un non-lieu, le ministère public soutient sa demande et requiert un non-lieu général et une clôture de l’enquête, considérant que les analyses scientifiques ne démontrent aucune conséquence sanitaire et aucun lien avéré entre la contamination radioactive et la recrudescence des cancers de la thyroïde à l’époque.

Les députées européennes Michèle RIVASI et Corinne LEPAGE s’indignent et s’insurgent contre un tel processus :

"Alors même qu’André-Claude Lacoste - directeur de l’Autorité de Sureté Nucléaire française - reconnaît que les scénarii de risques ont été mal étudiés et que les niveaux de contamination de Tchernobyl servent à justifier l’innocuité des doses actuelles mesurées au Japon, on ne peut qu’être révolté par l’idée d’un non-lieu dans cet affaire d’Etat.

Il y a dans le cas présent une véritable carence de l’Etat dans la protection des gens, que ce soit le droit légitime à l’information en cas de risque sanitaire majeur mais aussi concernant la nécessité d’un véritable suivi épidémiologique afin que l’on puisse tirer les leçons sanitaires d’un tel accident. Refuser de reconnaître les conséquences sanitaires de Tchernobyl, c’est fermer la porte à une investigation qui pourrait sauver des vies à l’avenir.

Il n’y a donc aucune considération pour les victimes dans un tel jugement : c’est une véritable double-peine qu’on leur inflige. En plus d’être affectées durablement par un cancer de la thyroïde, ces victimes n’ont même pas le droit à la reconnaissance du préjudice subi. C’est une honte que l’Etat s’auto-blanchisse au détriment des droits légitimes des citoyens. Après les nombreux et récurrents scandales politico-financiers, après le scandale du Médiator, on se retrouve dans un nouveau scandale politico-sanitaire qui démontre une fois de plus l’impunité totale dont peuvent bénéficier les protégés de l’Etat.

Nous invitons vivement la CRIIRAD et l’Association Française des Malades de la Thyroïde à faire appel de ce jugement s’opposant à la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui garantit le droit à l’information et la protection de la santé des citoyens. Ils peuvent et doivent saisir les autorités européennes compétentes en la matière."

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Note :

(1) pour rappel, le professeur Pierre Pellerin fut responsable de la communication officielle des autorités françaises lors du drame de Tchernobyl, puisqu’il était alors directeur du Service Central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI).

La Chine révise prudemment sa politique nucléaire Radio Chine Internationale Reporterre 2011/04/01 Radio Chine Internationale (1er avril 2011 à 10h13,) La Chine révise prudemment sa politique nucléaire. Reporterre. Chine fr

La Chine révise prudemment sa politique nucléaire

Face à la crise nucléaire japonaise inattendue, la Chine a ralenti le rythme du développement de son énergie nucléaire. D’une part, elle a suspendu temporairement la ratification de projets concernés, d’autre part, elle procède à un contrôle total des centrales nucléaires en construction.

La crise nucléaire provoquée par l’accident nucléaire de Fukushima est loin d’être résolue. Face à la crise nucléaire japonaise inattendue, la Chine a ralenti le rythme du développement de son énergie nucléaire. D’une part, elle a suspendu temporairement la ratification de projets concernés, d’autre part, elle procède à un contrôle total des centrales nucléaires en construction. M. Feng Yi, vice-secrétaire général de l’association du secteur d’énergie nucléaire et expert du comité de coordination de prévention d’urgence nucléaire nationale a fait savoir que le principe en matière du développement de l’énergie nucléaire chinoise à long et moyen terme restait immuable, et que le ralentissement temporaire avait pour but de consolider la base de sécurité.

Ces dernières années, l’énergie nucléaire chinoise a connu un essor rapide.

A présent, 13 groupes générateurs des six centrales nucléaires que compte la Chine fonctionnent avec une capacité de 10,80 millions de kw. Et la capacité des centrales nucléaires en construction atteindra 30 millions de kw, représentant 40% des groupes générateurs en construction dans le monde. Des spécialistes estiment qu’au vu de la double pression provoquée par une grande consommation d’énergie et un besoin de réduction des émissions carbone, l’énergie nucléaire est incontournable pour la Chine. M. Feng Yi a indiqué :

« Le principe d’un développement de l’énergie nucléaire à long et moyen terme reste inchangé, il est déterminé par la stratégie énergétique de notre pays, l’analyse de l’offre et la demande, ainsi que par la réalité du développement du secteur de l’énergie nucléaire. Du fait qu’une crise nucléaire d’une telle importance est survenue dans le monde, nous devons accentuer nos efforts en terme de sécurité en vue de jeter une bonne base au développement futur. »

Selon M. Feng Yi, la Chine a commencé le développement de son énergie nucléaire il y a un peu plus de vingt ans, et n’a jamais relâché sa vigilance en matière de sécurité. Il a continué :

« Conformément aux normes de production définies par l’association mondiale du fonctionnement de générateurs nucléaires, nous avons atteint globalement le niveau moyen et un peu supérieur, et un niveau d’avant-garde concernant 8 normes. La pratique de ces vingt dernières années a prouvé que notre système de sécurité est sûr, à en juger d’après les rejets radioactifs, dont le traitement et l’évacuation sont de mieux en mieux maîtrisés. La qualité, le rythme, le risque et la gestion sécuritaire sont à un niveau contrôlable et en phase avec l’offre et la demande."

Malgré cela, suivant l’accident nucléaire de Fukushima, la Chine a réagi pour évaluer à nouveau la situation de la sécurité nucléaire du pays. Le 14 mars, le groupe d’énergie nucléaire du Guangdong a tenu une réunion d’urgence pour évaluer la sécurité des centrales nucléaires en fonctionnement et en construction dans la province. Le 16 mars, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a présidé une réunion au cours de laquelle il a souligné qu’il fallait accorder une importance particulière à la sécurité dans le développement de l’énergie nucléaire et a décidé de suspendre la ratification de nouveaux projets en la matière. M. Feng a continué :

« Le secteur de l’énergie évolue en fonction des expériences. Ces vingt dernières années, le milieu de l’énergie nucléaire globale a toujours élaboré des plans d’action d’amélioration appropriés suite aux accidents. La Chine tout comme le nucléaire mondial devra s’attaquer d’arrache pied à établir les causes de l’accident nucléaire de Fukushima. Il s’agit d’une option rationnelle de ralentir le développement du secteur tout en intégrant la leçon d’autrui dans la gestion et le fonctionnement des centrales nucléaires en fonctionnement et en construction afin d’assurer la sécurité des centrales. »

M. Feng Yi a souligné que la sécurité constituait la ligne vitale pour le secteur de l’énergie nucléaire. La Chine a besoin de consolider davantage les fondements de la gestion sécuritaire en vue de promouvoir un développement hautement efficace et sécuritaire de l’énergie nucléaire.

Le Sénégal renonce à une centrale atomique flottante Agence de presse sénégalaise Reporterre 2011/04/01 Agence de presse sénégalaise (1er avril 2011 à 14h10,) Le Sénégal renonce à une centrale atomique flottante. Reporterre. fr

Le Sénégal renonce à une centrale atomique flottante

Dakar, 1er avr (APS) - Le Sénégal a décidé de renoncer à la construction d’une centrale atomique flottante déjà commandée auprès de la Russie, au regard des conséquences de la dernière catastrophe nucléaire dont le Japon a été victime, a appris l’APS de source officielle.

« Au regard des risques liés à la catastrophe nucléaire au Japon, le chef de l’Etat a indiqué que le Sénégal renonce à l’option de construction d’une centrale atomique flottante, déjà commandée auprès de la Russie », rapporte le communiqué du dernier conseil des ministres tenu jeudi à Dakar.

Le président Wade a par ailleurs les membres du gouvernement de « sa décision de porter auprès de l’Union Africaine une résolution visant à faire de l’Afrique une zone exempte de centrales nucléaires et engageant le continent à opter résolument pour les énergies renouvelables, notamment le solaire ».

A la suite du chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, le ministre d’Etat chargé de l’Environnement Djibo Leyti Kâ, évoquant les risques de catastrophes nucléaires et leurs conséquence à l’échelle planétaire, « a suggéré la mise en place d’un Comité de réflexion pour la détection de la radioactivité, qui sera logé à la Primature ».

Un séisme de magnitude 9.0 suivi d’un tsunami dévastateur a frappé le Japon le 11 mars dernier. La catastrophe a fait des milliers de victimes et endommagé les centrales nucléaires de Fukushima entraînant ainsi une sérieuse menace radioactive.

Flash-mob contre l’indécent VRP du nucléaire Agir pour l’environnement et Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/04/01 Agir pour l’environnement et Réseau Sortir du nucléaire (1er avril 2011 à 10h19,) Flash-mob contre l’indécent VRP du nucléaire. Reporterre. fr

Flash-mob contre l’indécent VRP du nucléaire

Des militants d’Agir pour l’Environnement et du Réseau Sortir du Nucléaire organisent une flash-mob devant le palais de l’Elysée, vendredi 1er avril 2011 de 14h30 à 14h40 en brandissant plusieurs affiches réclamant au chef de l’Etat de mettre un terme à l’indécente promotion du nucléaire qu’il a osé faire à l’occasion de ses visites d’Etat en Chine et au Japon.

Des militants d’Agir pour l’Environnement et du Réseau Sortir du Nucléaire organisent une flash-mob devant le palais de l’Elysée, vendredi 1er avril 2011 de 14h30 à 14h40 en brandissant plusieurs affiches réclamant au chef de l’Etat de mettre un terme à l’indécente promotion du nucléaire qu’il a osé faire à l’occasion de ses visites d’Etat en Chine et au Japon.

Durant cette flash-mob, Agir pour l’Environnement et le Réseau Sortir du Nucléaire appellent les militants à participer à une minute de bruit afin de couvrir de leurs sifflements les propos honteux du chef de l’Etat, censé représenter les intérêts de la France et des Français et qui ne défend finalement que les intérêts bien compris du lobby nucléaire.

A l’heure où un minimum de retenue est exigé afin de compatir à la douleur des Japonais, au coeur de l’une des pires catastrophes nucléaires que le monde ait connu, Nicolas Sarkozy ose aller vanter les mérites du nucléaire à ceux même qui en sont aujourd’hui les principales victimes.

Pour Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, « quatre ans n’auront donc pas suffi à installer Nicolas Sarkozy dans sa fonction de président de la République. A chaque occasion qui lui est donné, il reprend son vrai métier, celui de VRP du lobby nucléaire et ce, quel qu’en soit les circonstances. » Pour le militant écologiste, cette attitude est scandaleuse et inepte.

Cette inaptitude à mesurer la souffrance et la douleur d’un peuple, l’absence totale d’empathie à l’égard du peuple japonais, confine à l’autisme énergétique de la part du président de la République.

Cette attitude du chef de l’Etat est non seulement une insulte aux peuples japonais mais ridiculise une fois encore les Français sur la scène internationale.

Pour un tribunal Russel sur les crimes nucléaires Paul Ariès et René Balme Reporterre 2011/04/01 Paul Ariès et René Balme (1er avril 2011 à 08h18,) Pour un tribunal Russel sur les crimes nucléaires. Reporterre. Tribune — fr

Pour un tribunal Russel sur les crimes nucléaires

En 1966, le Tribunal Russell-Sartre jugea les crimes de guerre contre l’humanité notamment commis par les Etats-Unis au Viêt-Nam. On y condamna aussi le nucléaire militaire.

En 2012, un nouveau Tribunal d’opinion doit juger les crimes du nucléaire civil.

Les Tchernobyl et les Fukushima passent mais le nucléaire ne trépasse pas. Le gouvernement japonais lui-même ne cesse de se plaindre de l’opacité que pratique la société gestionnaire donc responsable de la catastrophe humaine et écologique.

Ce nouveau Tribunal Russell est indispensable pour que la vérité succède aux mensonges. Ce nouveau Tribunal Russell est indispensable pour que la politique succède à la peur. La parole doit revenir d’abord aux citoyens et à leurs élus et non aux experts mercenaires. Nous ne pouvons pas rester sans agir dans l’attente d’une nouvelle catastrophe (Etats-Unis 1979, URSS 1986, Japon 2011) alors que nous sommes le principal pays nucléocrate.

Nous entendons faire entendre notre voix d’ici 2012 et bien sûr au-delà. Nous, citoyens, élus, intellectuels appelons donc l’ensemble de la population à signer cet appel le plus massivement possible et à le faire connaître par tous les moyens.

Premiers signataires :

* Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire * Nicolas Sersiron, vice-président CADTM * Bernard Legros, économiste, Belgique * Maurice Charrier, maire honoraire de Vaulx en Velin, Vice Président du grand Lyon * Gilles Sainati, juriste * Christian Terras, directeur de la revue Golias * Jacques Testart, biologiste * Alain Refalo, enseignant, collectif des enseignants désobéisseurs * Guy FISCHER, Sénateur du Rhône, Vice-Président du Sénat * Michel Weber, philosophe, Belgique * Geneviève Azam, économiste, conseil scientifique ATTAC * François Vaillant, Action non violente * Miguel Benasayag, psychanalyste * Christine Bergé, anthropologue * Jean-Claude Besson-Girard, directeur revue Entropia * Gabriel Amard, maire honoraire de Viry Chatillon ,président (pg) de l’agglomération les lacs de l’Essonne. * Philippe Corcuff, politiste * Jacques Cossart, économiste, conseil scientifique ATTAC-France * Florence Curt, éditrice * Joseph Rossignol, conseiller général du Val de Marne, maire de Limeil Brevannes et président de l’association d’élus (PG) La gauche par l’exemple * Yann Fiévet, co-fondateur d’Action Consommation * Jean Gadrey, économiste, conseil scientifique ATTAC-France * Jean-Marie Harribey, économiste, ancien Président d’ATTAC-France * Christian Jacquiau, économiste * Raoul Jennar, politologue * Alain Jugnon, philosophe, dramaturge * Serge Latouche, économiste * Jean Cornil, ex député et ex-sénateur socialiste, Belgique * Philippe Pignarre, éditeur * Jean-Luc Pujo, président des clubs « penser la France » * Yvon Quiniou, philosophe * Patrick Silberstein, éditeur * Les éditions Agones

Tepco recrute des liquidateurs Ouest France Reporterre 2011/04/03 Ouest France (3 avril 2011) Tepco recrute des liquidateurs. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Tepco recrute des liquidateurs

« Nous sommes les kamikazes des temps modernes. Nous n’avons pas l’intention de mourir mais de sauver le Japon. »

Tepco (Tokyo Electric Power Company), l’opérateur de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, recrute des « liquidateurs ». Le terme, utilisé en ex-URSS, pendant la catastrophe de Tchernobyl, désigne les personnels civils et militaires intervenant après un accident nucléaire.

Plus de trois semaines après le séisme et le tsunami, qui ont causé l’arrêt des circuits de refroidissement de la centrale, le risque d’une catastrophe nucléaire majeure n’est toujours pas écarté à Fukushima. Les rejets radioactifs continuent et au moins 19 travailleurs ont été blessés par irradiation.

Il faudra des années, voire des décennies, pour nettoyer le site.

« On m’a proposé 1 750 € par jour : j’ai refusé… »

Tepco proposerait jusqu’à 3 500 € la vacation. Mission du liquidateur : se rendre dans les zones les plus exposées à la radioactivité, afin de procéder à des réparations.

« Ma société m’a offert 200 000 yens (1 750 €) par jour, confie un employé d’une compagnie de sous-traitance d’une trentaine d’années à l’hebdomadaire japonais Weekly Post. En temps normal, j’aurais pris ça pour un boulot de rêve, mais ma femme a fondu en larmes et m’a dissuadé, alors j’ai refusé… »

Il y a pourtant des travailleurs prêts à accomplir cette périlleuse mission à Fukushima : c’est le cas d’Hiroyuki Kohno, 44 ans, contrôleur de radioactivité. Trois semaines après avoir vu le tsunami dévaster la centrale de Fukushima où il travaillait, il vient d’accepter d’y retourner.

« Pour être franc, personne ne veut y aller, déclare-t-il. Les niveaux des rayonnements dans la centrale sont très élevés, incroyablement élevés comparé aux conditions normales. Je sais qu’en y allant cette fois, je reviendrai avec un corps qui ne sera plus capable de travailler dans une centrale nucléaire. »

Célibataire et sans enfant

Cela fait une dizaine d’années que M. Kohno travaille à la centrale Fukushima Daiichi (N° 1). Quand le 11 mars, le séisme de magnitude 9 suivi d’un puissant tsunami a mis hors service les installations, il a quitté les lieux et a trouvé refuge dans un centre d’hébergement d’urgence à Kazo, au nord de Tokyo.

Quinze jours après, il a reçu un e-mail de son employeur, une filiale de la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), gestionnaire de Fukushima. « Nous souhaiterions que vous veniez travailler à la centrale, disait le message. Le pouvez-vous ? »

Célibataire et sans enfant, Hiroyuki Kohno a senti qu’il était de son devoir d’accepter la mission.

Exposés à d’énormes doses de rayonnements ionisants, dont le plafond a même été relevé par les autorités nippones étant donné le contexte d’urgence, les personnels intervenant à Fukushima doivent être régulièrement remplacés.

« La rotation des équipes devient de plus en plus difficile et mes amis ont des familles à revoir », explique le technicien.

Aîné d’une fratrie, Hiroyuki Kohno a dû annoncer à ses parents qu’il se préparait à partir pour Fukushima. Il l’a fait en minimisant à dessein les risques qu’il allait courir. Mais il n’a réussi à tromper personne. Son père, qui a aussi travaillé de longues années à Fukushima, lui a dit de n’écouter que son cœur, tandis que sa mère lui a simplement lancé : « Reviens aussi vite que tu pourras ! »

« Nous n’avons pas l’intention de mourir, mais de sauver le Japon »

M. Kohno s’attend à travailler dans l’unité de contrôle de la centrale, où il devrait recevoir, chaque heure, la dose de rayonnements qu’une personne reçoit en moyenne en une année ! Mais il confie penser d’abord à soulager ses collègues sur place : « Il existe une expression en japonais : Nous mangeons tous dans le même bol. Ce sont des amis avec qui j’ai partagé mes peines et mes joies. C’est pour cela que j’y vais. »

« Nous nous disons que le Japon a été profondément ravagé lors de la deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui le Japon est à nouveau brûlé dans sa chair. Même si le terrain de lutte est différent, nous sommes les kamikazes des temps modernes, affirme M. Kohno. Nous n’avons pas l’intention de mourir mais de sauver le Japon. »

Ecolos : le choix du candidat en juin Europe1.fr Reporterre 2011/04/03 Europe1.fr (3 avril 2011) Ecolos : le choix du candidat en juin. Reporterre. fr

Ecolos : le choix du candidat en juin

Europe Ecologie-Les Verts choisira en juin son candidat à l’élection présidentielle. Un choix qui déplaît à Nicolas Hulot, qui aurait voulu plus de temps, et qui satisfait Eva Joly.

Cette fois, c’est sûr. Le candidat écologiste pour la présidentielle de 2010 sera désigné en juin par correspondance et sur internet pour des résultats le 24 juin ou le 9 juillet, en cas de 2e tour. Ainsi en a décidé dimanche le parlement d’Europe-Ecologie-Les-Verts, après plusieurs semaines d’un flou artistique sur le sujet. En janvier, les délégués EELV avaient en effet déjà voté pour un scrutin en juin après avoir validé dans un premier temps une date en septembre. Le corps électoral a été ramené aux seuls adhérents et « coopérateurs » (sympathisants non adhérents) et à ceux qui le deviendront d’ici là, moyennant une cotisation de 20 euros.

Ce choix de l’été fait d’ores et déjà grincer des dents. Celle des proches de Nicolas Hulot, probable candidat, et qui aurait préféré une désignation en septembre pour une campagne plus courte. L’entourage d’Eva Joly privilégiait le mois de juin pour être prêt avant le Parti socialiste et s’installer dans le paysage politique. Cette deuxième option a été choisie. « Ç’aurait été mieux sans doute qu’on fasse un peu plus large », regrette au micro d’Europe 1 le député Yves Cochet. « Là ça a été refusé, c’est un peu dommage. Mais ce n’est pas un vote fermé. On a encore quelques mois pour que les gens deviennent par exemple coopérateur. Ça ne laisse pas beaucoup de temps, c’est pour ça que j’étais plutôt favorable à septembre. »

Christophe Rossignol qui défendait lui aussi la date de septembre et la candidature Hulot, a jugé « totalement irresponsable » le choix du Conseil fédéral, soulignant que « tout va se mélanger » en juin entre la primaire et le congrès (3-5 juin) à La Rochelle. « On ne peut pas avoir fait tout ça depuis des années pour arriver à un parti qui se referme sur lui-même et se regarde le nombril », a réagi de son côté l’eurodéputé Jean-Paul Besset, proche de Nicolas Hulot, visiblement très énervé à l’issue du vote. L’élu a affirmé que son camp souhaitait « réfléchir » avant de « tirer des conséquences ».

Dans l’autre camp, on tente de calmer le jeu. Jean-Vincent Placé, membre de la direction EELV qui soutient Eva Joly, a dit qu’il allait lancer « un message à Nicolas Hulot » : « il faut qu’il participe à ce débat », ce vote n’est « pas de la défiance contre lui », a-t-il affirmé. Le principal intéressé devrait lui faire part de ses intentions le 11 avril prochain.

Lettre ouverte au Président d’EDF UFICT - CGT Reporterre 2011/04/03 UFICT - CGT (3 avril 2011) Lettre ouverte au Président d’EDF. Reporterre. Tribune — fr

Lettre ouverte au Président d’EDF

« La cotation en bourse de l’entreprise avec le fonctionnement actuel des marchés financiers et des agences de notation est en soi incompatible avec la priorité accordée à la sûreté. »

Le Japon vit une catastrophe humaine sans précédent de par son ampleur et le cumul des événements. Parmi eux, l’endommagement de la centrale nucléaire de Fukushima dont nous ne connaissons pas encore les conséquences sur la santé des salariés, des populations et sur l’environnement suscite légitimement une émotion mondiale.

La dispersion des produits radioactifs ne connaissant pas de frontières, les populations du monde expriment une crainte pour leur sécurité qui dépasse la solidarité envers les dizaines de milliers de victimes du tsunami.

Cela confirme à l’évidence que le choix de la filière nucléaire civile productrice d’électricité doit être le résultat d’un vrai débat de société. La démocratie, la transparence des informations et la confrontation des points de vue scientifiques et sociaux doivent être au coeur du débat.

La France dispose du deuxième parc mondial de centrales nucléaires avec 58 réacteurs en fonctionnement, un en construction à Flamanville et un en projet à Penly. EDF est le premier électricien et exploitant mondial ce qui confère à l’entreprise une place et une responsabilité particulières.

Filière industrielle de première importance dans notre pays, la filière nucléaire civile est avant tout le résultat d’une construction et d’une aventure humaines qui associent chercheurs, ingénieurs, ouvriers, techniciens, cadres et employés de tous métiers, salariés d’EDF, mais aussi ceux du CEA, de l’IRSN, de l’Andra, de l’ASN… des multiples entreprises dites sous-traitantes qui assurent la maintenance des centrales.

Ils sont tous légitimes à avoir et à donner un point de vue sur tout ce qui concourt à placer la sûreté nucléaire comme priorité absolue dans les choix de l’entreprise conceptrice et exploitante qu’est EDF.

Votre adresse aux salariés du 15 mars dernier, avec ses déclinaisons sous forme « d’éléments de langage » dans diverses unités de l’entreprise nous choque profondément. Elle exhorte les salariés à se transformer en VRP de la bonne parole vis-à-vis de l’extérieur. Nous devrions tous nous convaincre qu’EDF étant une entreprise responsable, il ne peut donc rien arriver.

L’encadrement est le premier visé par cette injonction managériale. Cette posture est aux antipodes de ce que la situation du Japon nous enseigne. La seule réponse à apporter dans l’entreprise pour garantir la sûreté vis-à-vis d’un risque nucléaire majeur est de permettre que s’exercent à tous les niveaux de responsabilité l’esprit critique, la contradiction, la confrontation des points de vue, le droit de refuser un ordre qui paraît compromettre la sûreté. Et cela sans crainte d’être mis sur la touche professionnellement, sanctionné ou licencié. C’est la raison d’être du statut des personnels des IEG, conçu pour protéger les agents du licenciement arbitraire.

Une protection que les salariés de la sous-traitance revendiquent car ils n’acceptent plus des conditions sociales à deux vitesses dans cette industrie à risque pour la santé des salariés.

Le sens de votre lettre traduit une dérive managériale que nous contestons depuis plusieurs années dans l’entreprise et singulièrement dans la production nucléaire.

Certes, l’exploitation d’une centrale nucléaire nécessite le respect de règles professionnelles strictes. Mais ce n’est pas contradictoire avec la liberté d’expression de l’encadrement dans l’entreprise, bien au contraire ! L’autonomie dans le travail et la liberté de parole doivent permettre de disputer – en amont - les choix techniques, budgétaires, managériaux et d’organisation du travail. C’est cela qui confère aux règles à respecter leur robustesse et qui apporte aux salariés la confiance et la sérénité de travail nécessaires à ce type d’industrie.

Depuis plusieurs années, la prédominance des résultats financiers de l’entreprise, des gages donnés aux actionnaires et aux marchés financiers sur la bonne marche de l’entreprise s’accompagnent d’une politique managériale et d’organisation privilégiant la disponibilité des centrales. Des interrogations existent quant à la priorité donnée à la sûreté, qui ne repose pas que sur la conception technique des centrales.

La Direction de l’entreprise a manifestement analysé les limites de ses choix et a récemment annoncé vouloir remettre la technique au centre du processus de travail ; c’est du moins l’affichage qu’elle souhaite promouvoir. Il est à craindre cependant que votre empressement à vouloir imposer un comportement aux salariés de l’entreprise ne soit uniquement dicté par des considérations économiques et financières.

Au Japon, des voix s’élèvent pour mettre en cause le caractère privé de la société Tepco et les critères de gestion qui l’ont conduite à cacher par le passé des dysfonctionnements et peut-être à tarder, pour des considérations financières, à prendre la décision de noyer les réacteurs de Fukushima d’eau de mer pour les refroidir - cette procédure condamnant définitivement tout redémarrage.

Il est salutaire que le débat qui s’ouvre à la suite du drame japonais remette en perspective le statut et la maîtrise 100 % publics d’EDF. La cotation en bourse de l’entreprise avec le fonctionnement actuel des marchés financiers et des agences de notation est en soi incompatible avec la priorité accordée à la sûreté.

Vous aurez compris que nous attendons une autre réponse de l’entreprise à la crise de confiance qui s’annonce à l’égard de la filière nucléaire civile : une réponse en rupture avec les pratiques et orientations actuelles en matière de politique managériale, d’anticipation des embauches, de critères de reconnaissance des salariés, de prise en compte de leurs conditions de travail, de droit d’expression de l’encadrement, de statut du personnel de la sous-traitance et de dialogue social.

Un référendum européen sur le nucléaire ! Belga Reporterre 2011/04/04 Belga (4 avril 2011) Un référendum européen sur le nucléaire !. Reporterre. fr

Un référendum européen sur le nucléaire !

Les sociaux-démocrates allemands (SPD), dans l’opposition, et autrichiens (SPÖ), au pouvoir, se sont mis d’accord pour promouvoir un référendum dans l’Union européenne sur l’abandon du nucléaire après la catastrophe de la centrale atomique de Fukushuma, au Japon.

A l’issue d’un dîner de travail dimanche soir à Vienne avec le président du SPD, Sigmar Gabriel, le chancelier social-démocrate autrichien Werner Faymann a indiqué que les deux partis voulaient également gagner les écologistes et des organisations non-gouvernementales (ONG) à l’idée d’un référendum : « Ce qui est important c’est l’objectif de sortie du nucléaire et c’est pourquoi il est important de trouver des alliés, les organisations non-gouvernementales devant jouer un rôle important », a-il déclaré au quotidien Österreich à paraître lundi.

Parmi les ONG qui pourraient être contactées figurent notamment Greenpeace et Global-2000, indique-t-on de source proche du SPÖ.

A l’initiative des deux partis de gauche, l’initiative citoyenne pour un référendum dans l’Union européenne sur le nucléaire pourrait démarrer en 2012.

Ce type d’initiative citoyenne en vue d’un référendum est possible depuis le Traité de Lisbonne, signé en 2009 : des citoyens de l’UE peuvent ainsi saisir directement la Commission européenne, s’ils arrivent à réunir un million de signatures dans au moins neuf des 27 pays de l’Union européenne.

Parmi les autres sujets de discussion au menu du dîner des deux dirigeants sociaux-démocrates figuraient aussi le « Pacte pour l’euro », adopté au dernier sommet de l’UE, et la création d’une taxe sur les transactions financières.

L’inquiétante analyse d’un expert nucléaire japonais Hirose Takashi Reporterre 2011/04/04 Hirose Takashi (4 avril 2011) L’inquiétante analyse d’un expert nucléaire japonais. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

L’inquiétante analyse d’un expert nucléaire japonais

« Il faudrait faire ce que l’Union Soviétique a fait quand le réacteur de Tchernobyl a explosé, enterrer le tout dans du béton fourni par toutes les entreprises du Japon. »

Interview de Hirose Takashi.

Hirose Takashi est un spécialiste de l’énergie nucléaire et du complexe militaro-industriel. Son livre-phare prémonitoire Nuclear Power Plants for Tokyo fait qu’actuellement il enchaîne les interviews. Il y interpelait les industriels du nucléaire en ces termes :

« ... si vous êtes sûrs que vos centrales sont sans danger, pourquoi ne les implantez-vous pas dans les centres villes plutôt qu’à des centaines de kilomètres, ce qui génère par la distance une forte déperdition d’énergie électrique dans les lignes THT »

Il préconise d’enfouir la centrale de Fukushima sous un sarcophage

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"Accepter la solution du sarcophage serait admettre qu’ils ne contrôlent plus rien donc la défaite du nucléaire qu’ils tiennent en dévotion.. et la perte de ces six (ou dix) réacteurs ainsi qu’à terme la fermeture de tous les autres ! La catastrophe sanitaire inégalée qui se profile est aussi financière ! Tandis que s’ils arrivent à refroidir, ils pourront dire le nucléaire finalement, ce n’est pas si dangereux (ndlr même si on eu chaud aux fesses). Fukushima est un drame pour le monde entier qui peut non seulement mettre fin à l’industrie nucléaire... mais aussi à celle du monde.

Pulvériser en l’air de l’eau sur les réacteurs ne sert à rien. Il faut la faire circuler à l’intérieur et évacuer la chaleur à l’extérieur par un circuit, donc remettre en état l’électricité pour réparer les systèmes de refroidissement sinon c’est comme verser de l’eau sur la lave d’un volcan. Il faut pouvoir redémarrer le système. L’accident vient du fait que le tsunami a inondé les générateurs de secours et emporté leurs réservoirs de carburant. Si nous n’arrivons pas à les remettre en route, il n’y a aucun moyen de récupérer cet accident.

Tepco [Tokyo Electric Power Company, le propriétaire/exploitant privé] dit qu’ils s’attendent à mettre sous tension les lignes ce soir ; cependant, ce qui est inquiétant c’est que les réacteurs nucléaires ne ressemblent pas aux photos qu’on nous présente, c’est un immense entrelacs, une forêt de commutations, galeries, fils et tuyaux... des labyrinthes qui donnent le vertige.

De plus, depuis une semaine, c’est de l’eau salée qu’ils y déversent. Or, si vous versez de l’eau salée sur un four chaud, vous obtenez du sel qui se dépose partout et finit par bloquer toutes les vannes qu’il sera ensuite impossible de faire fonctionner. Donc je ne peux croire que l’eau va recommencer à circuler. Peut-être ont-ils une idée ? je ne comprends pas.

Il faudra plus de 1300 tonnes d’eau pour remplir les piscines qui contiennent les barres de combustible irradiées dans les réacteurs 3 et 4 et ce matin nous en sommes à 30. Les forces d’autodéfense avec leurs 5 camions-pompes ont peut-être réussi à en déverser 30, mais où ? On est donc loin du compte.. Et même quand un réacteur est en fonctionnement normal il nécessite un contrôle constant de maintien de la température. Maintenant, c’est un désordre complet qui règne à l’intérieur des installations et quand je pense aux 50 personnes qui y travaillent, j’en ai les larmes aux yeux. Je suppose qu’ils sont exposés à de très fortes doses de rayonnements et qu’ils ont accepté. Combien de temps peuvent-ils tenir ? Je ne veux le dire. Voilà la situation ce jour.

C’est honteux de voir au même moment des gens qui essayent de rassurer le public pour éviter la panique. Car ce qu’il nous faut maintenant, c’est une prise de conscience parce que la situation est arrivée au point où le danger est réel.

Une seule solution : le sarcophage

Il faudrait faire ce que l’Union Soviétique a fait quand le réacteur de Tchernobyl a explosé, enterrer le tout dans du béton fourni par toutes les entreprises du Japon. On a ici la pire des situations car dans la centrale de Fukushima il y a aussi l’usine de Daiichi avec six réacteurs et l’usine de Daini avec quatre, ce qui fait un total de dix. Si un seul d’entre eux développe le pire des cas [ndlr : fusion incontrôlée ou atteinte de criticité], alors les travailleurs n’y pourront plus rien, il faudra évacuer le site en attendant l’effondrement. Si par exemple un seul des réacteurs de Daiichi s’enfonce, pour les cinq autres cela ne sera qu’une question de temps. Nous ne pouvons pas savoir dans quel ordre cela risque de se produire mais ils suivront tous le même chemin. Et si cela arrive, Daini n’est pas si loin, donc probablement ses réacteurs eux aussi s’enfonceront-ils. Aucun travailleur ne sera en mesure de rester. C’est la pire des hypothèses mais la probabilité n’est pas faible.

C’est le danger que le monde regarde et qui menace l’humanité, caché au Japon.

Sur les six réacteurs de Daiichi, quatre sont très endommagés donc même si la circulation de l’eau était rétablie pour trois d’entre eux, la crise ne serait pas finie ; pour sauver le peuple, nous devons réfléchir à un moyen de réduire les fuites de rayonnements non par pulvérisation d’eau par des tuyaux mais par la solution radicale de sarcophage et de refroidissement souterrain immédiat.

Avec une vitesse de vent de 2 m/sc, il ne faut que quelques jours pour que l’ensemble du Japon soit couvert par des radiations. Cela signifie que Tokyo (230 km, 35 millions d’habitants) ; Osaka (500 km, 11,32 millions d’habitants) etc. seront inévitablement touchées. Tout dépend de la météo. Le vent ne soufflera pas toujours vers la mer. Il y a deux jours, il soufflait vers Tokyo.

Chaque jour, les autorités gouvernementales locales effectuent des mesures et les stations de télévision affirment que toutes les radiations sont à la hausse mais pas encore assez hautes pour représenter un danger pour la santé (!) les comparant à une radiographie aux rayons X, conseillant seulement de porter un appareil dosimétrique ! Hier autour de Fukushima la station de Daiichi a mesuré 400 millisieverts par heure. Là, tout de même, le chef du cabinet de la préfecture a admis pour la première fois qu’il y avait un danger pour la santé sans explication. Tous les médias d’information sont en faute en raison des stupidités qu’ils profèrent : nous sommes exposés à des rayonnements tout le temps dans notre vie, aux rayons cosmiques etc. Oui mais c’est un millisievert par an tandis que là, multipliez 365 par 24 et vous obtenez 8760 puis multipliez par les 400 millisieverts, vous avez 3.500.000 la dose actuelle annuelle dans cette zone (ndlr, le maximum de dose acceptable en sus de l’irradiation naturelle est de 1msv/an !) Or aucun média n’a signalé ces valeurs d’irradiation. Ils les comparent à un scanner !

Les particules, nœud du problème

Et surtout, la radioactivité qui ne peut être mesurée est celle des particules, les plus dangereuses car ce sont elles qui, pénétrant dans le corps, amènent la source de radioactivité directement au contact des organes, de l’intérieur. Des chercheurs viennent à la télé dire que si vous vous éloignez de la source, le rayonnement est réduit en raison inverse du carré de la distance. Oui, mais si vous vous en rapprochez, il augmente dans les mêmes proportions. Si par exemple une particule radioactive est à 1 m de vous et que vous l’inhalez dans vos poumons...

... la distance de la source radioactive = zéro (elle colle à vos organes) et le rayonnement étant inversement proportionnel au carré de la distance avec la source radioactive, en ce cas, comme il n’y a plus de distance, le facteur d’irradiation même s’il est faible et surtout variable en fonction du type de particules radioactives (radio nucléides), s’en trouve augmentée d’un trillion 10 ¹² soit 1 000 milliard ou 1 000 000 000 000 fois ! Pas un seul mot dans les médias sur l’irradiation interne issue de particules ingérées.

En conséquence, L’inhalation de la plus infime particule radioactive est un danger. « Inhaling even the tiniest particle, that’s the danger ».

Il ne faut donc ni les respirer ni les ingérer : quand elles pénètrent le corps, on ne sait pas où elles vont migrer et se fixer. Le plus grand danger est celui que courent les femmes enceintes, les bébés et les petits enfants. On parle à présent d’iode et de césium mais ce n’est qu’une partie des contaminants radioactifs... En plus, la plupart du temps les firmes nucléaires ne possèdent pas les instruments de détection appropriés des particules (ndlr impensable !). Ce qu’ils appellent leurs « moyens de surveillance des mesures de la valeur des rayonnements dans l’air » (balises) ne les détectent pas. Ce qu’ils mesurent n’a aucun lien avec la quantité de matières radioactives dans l’air . . .

Les dommages causés par les rayons et ceux causés par les particules de matières radioactives sont incomparables. Il est vrai que les rayonnements ne proviennent pas tous de Fukushima mais les particules radioactives transportées, si. Lorsque le noyau d’un réacteur commence à fondre, des éléments radioactifs de l’intérieur s’échappent par les ouvertures, ce qui est actuellement le cas ; et avec la chaleur, elles montent vers le haut dans l’atmosphère et migrent (ndlr partout)...

Pour les détecter, même à présent, TEPCO n’est pas encore équipé d’un collecteur qui puisse faire un suivi régulier. C’est grâce au centre de contrôle d’état Edano qu’ils prennent occasionnellement des mesures de valeurs de densité alors qu’il faudrait en permanence surveiller et évaluer les fuites. Cela nécessite des instruments de mesure très sophistiqués... qu’ils ne possèdent pas (ndlr, impensable) ! Mesurer un niveau de rayonnement dans l’air, qu’il soit faible ou élevé, n’est absolument pas suffisant car ce n’est pas la donnée la plus fondamentale pour la santé. Nous devons savoir quel type de matières en particules s’échappe et où elles vont pour les suivre et donner l’alerte mais ils n’ont pas de système en place pour le faire maintenant.*" (Ndlr : quand le feront-ils ? Quand tout sera fini, d’une manière ou d’une autre ?)

Douglas Lummis qui a recueilli ces propos dont j’ai ici tiré l’essentiel est un scientifique et politologue vivant à Okinawa, auteur de Radical democracy. L’interview in extenso se trouve sur le blog (voir lien).

Des capitalistes s’inquiètent de la « bulle sociale » Xavier Bruckert Reporterre 2011/04/04 Xavier Bruckert (4 avril 2011) Des capitalistes s’inquiètent de la « bulle sociale ». Reporterre. Tribune — fr

Des capitalistes s’inquiètent de la « bulle sociale »

Il y a de quoi rire : un conseiller financier s’inquiète de la possible révolte des classes moyennes européennes, si elles refusaient de payer la dette bancaire. Car, suggère l’article, si la « bulle sociale » explose, nos investissements vont perdre de la valeur !

Et si la prochaine bulle était sociale ?

La semaine dernière, l’Europe a tenté d’imposer au Portugal une potion d’austérité amère pour condition de son soutien financier. Il s’agit d’éviter, nous dit-on, une possible faillite généralisée du système bancaire et un éclatement de l’euro. Le Portugal a refusé ces conditions et son parlement a renvoyé le premier ministre, M José Socratès. L’événement politique est assez important pour être relevé.

Les Grecs et les Irlandais avaient avalé l’amère potion en protestant. Avaler toutefois ne veut pas dire digérer. Même les Britanniques, si paisibles et civiques, se mettent à protester. Il n’est pas certain que leur estomac puisse en supporter beaucoup plus.

La question que doit se poser l’investisseur est la suivante : sommes-nous devant une grogne sociale qui passera ou assistons-nous aux prémices d’un véritable tremblement de terre ? Il n’est pas certain, en effet, que les contribuables et les chômeurs, présents et futurs, de ces pays soient d’accord et que les imprudents prêteurs puissent éternellement compter sur leurs efforts. Que feront les Espagnols quand sonnera l’heure ? Et les Français ? Signe des temps, bon nombre de financiers pensent, avec réalisme qu’il leur faudra accepter ce qu’ils appellent un « haircut »(1) sur la dette de certains Etats européens.

L’Europe est en apparence un paisible continent qui repose sur une plaque tectonique jusque-là stable : celle des classes moyennes. C’est elle qui risque de se mettre en mouvement. Le printemps arabe, dont il ne faut pas occulter la dimension sociale, nous rappelle que cette tectonique-là nous réserve des secousses aussi brutales qu’irrésistibles.

Nous verrons alors si nos édifices sociaux et financiers sont capables de résister.

L’eau radioactive rejetée en mer, quels effets écologiques ? Pauline Fréour (lefigaro.fr) Reporterre 2011/04/05 Pauline Fréour (lefigaro.fr) (5 avril 2011) L’eau radioactive rejetée en mer, quels effets écologiques ?. Reporterre. fr

L’eau radioactive rejetée en mer, quels effets écologiques ?

Tepco a commencé à rejeter dans l’océan des milliers de tonnes d’eau contaminée accumulées dans la centrale de Fukushima. Les autorités japonaises estiment que les conséquences sanitaires seront faibles.

L’opération est présentée par l’opérateur de la centrale de Fukushima comme étant sans danger, mais elle a de quoi impressionner. Ce lundi 4 avril, Tepco a commencé à rejeter 11.500 tonnes d’eau « faiblement radioactive » dans l’océan Pacifique.

Dix mille tonnes proviennent de réservoirs que la société souhaite vider pour y reverser un autre volume d’eau, hautement radioactive celle-ci, qui a été utilisée pour refroidir les barres de combustible des réacteurs endommagés par le séisme. Accumulée dans les salles des machines, en particulier dans celle du réacteur 2, cette dernière empêche pour l’instant les ouvriers de réparer le réseau électrique et les circuits de refroidissement de la centrale.

Les 1500 tonnes restantes proviennent des réacteurs 5 et 6 de la centrale. Elles seront déversées dans l’océan sur cinq jours, à raison de 300 tonnes quotidiennes.

Les larmes d’un porte-parole de Tepco

Tepco a affirmé que les rejets en mer n’auront pas de conséquence sur la santé. « Un adulte qui consommerait chaque jour des algues et des produits de la mer de cette région peut être exposé à une radioactivité d’environ 0,6 millisievert sur un an. Dans l’environnement naturel, les gens sont exposés à des radiations de 2,4 millisieverts par an », a affirmé un représentant de la société. Mais un peu plus tard, un porte-parole de l’opérateur de la centrale, ému aux larmes et la voix brisée par les sanglots, s’excusait à la télévision pour cette pollution. « Nous avons déjà causé tellement de souffrances et de torts aux habitants locaux. Nous ne pouvons exprimer combien nous sommes désolés d’avoir à imposer ce nouveau fardeau », a-t-il déclaré.

« Nous n’avons pas d’autre choix que de rejeter cette eau contaminée dans l’océan comme mesure de sécurité », a déclaré pour sa part le porte-parole du gouvernement japonais, Yukio Edano, à la télévision.

La mer est déjà fortement contaminée

Didier Champion, directeur de l’environnement et de l’intervention à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, ne disposait pas lundi de données précises sur la concentration en particules radioactives de l’eau rejetée dans le Pacifique par Tepco. Mais il estime qu’il peut effectivement s’agir d’eau faiblement radioactive. « Toutes les centrales nucléaires ont des stations de traitement des eaux, où la radioactivité est abaissée avant le rejet en mer. On peut donc s’attendre à Fukushima à ce que ce soit ce type d’effluents qui soient relâchés », explique-t-il au Figaro.fr. Selon l’agence Associated Press, l’eau rejetée dans l’océan présenterait un taux de radioactivité 500 fois supérieur aux limites légales.

Dans tous les cas, rappelle Didier Champion, l’eau polluée va être versée dans une mer déjà « fortement contaminée ». La centrale est en effet fissurée et de l’eau hautement radioactive s’écoule depuis plusieurs jours directement dans le Pacifique, dont le rivage n’est distant que de quelques dizaines de mètres. Une brèche de 20 cm a été découverte ce week-end dans le béton d’une fosse de maintenance. Elle a été remplie de béton puis d’un polymère spécial, mais sans succès.

Les populations ne seront pas directement menacées par ce déversement, contrairement à un rejet atmosphérique. « Une partie des particules radioactives va se fixer dans les sédiments près du littoral, tandis que d’autres vont se disperser au large, explique Didier Champion. Nous ne nous attendons pas à un impact sévère loin de la côte. Le principal risque pour la population réside dans la consommation de poissons, crustacés ou algues contaminés. Je recommanderais d’interdire la pêche dans cette zone ». Quant aux embruns, ils peuvent disperser dans l’air une partie de la contamination, mais ces particules n’atteindront qu’un littoral déjà fortement pollué.

L’incertitude règne aussi concernant l’impact de la radioactivité sur les écosystèmes. « Pour commencer, on ne sait pas encore dans quelle mesure le tsunami a lui-même endommagé les écosystèmes », relativise Didier Champion. A imaginer que ceux-ci n’ont pas été détruits par la catastrophe naturelle, la radioactivité entraînera avant tout un problème de ressources pour les hommes, qui ne pourront plus consommer les produits de la mer. En revanche, « au regard de précédentes études d’écotoxicologie, on ne s’attend pas à un grand bouleversement à l’échelle de l’écosystème littoral », estime l’expert de l’IRSN.

En France aussi, les travailleurs du nucléaire en bavent Elsa Fayner Reporterre 2011/04/05 Elsa Fayner (5 avril 2011) En France aussi, les travailleurs du nucléaire en bavent. Reporterre. fr

En France aussi, les travailleurs du nucléaire en bavent

Au Japon, comme en France, les tâches dangereuses du nucléaire sont confiées à des sous-traitants. Qui sont ces nomades du nucléaire, qui interviennent de centrale en centrale ? Quels sont les risques de la sous-traitance pour leur santé, et pour la sûreté du pays ?

Au Japon, environ 80% des travailleurs du nucléaire sont des sous-traitants, recrutés parmi les couches les plus paupérisées de la population japonaise, raconte Mathieu Gaulène sur lexpress.fr. Ces travailleurs pauvres et non qualifiés effectuent pour quelques jours, parfois quelques semaines, les tâches les plus dangereuses au coeur des centrales nucléaires. Parce qu’ils se déplacent de centrale en centrale, on les appelle au Japon les « gitans du nucléaire » (genpatsu jipushi), du nom d’un livre de Kunio Horie publié en 1984.

30 000 nomades du nucléaire en France

En France, ils se surnomment eux-mêmes les « bêtes à doses » ou « bêtes à rems » (le rem est une ancienne unité de mesure de dose de radiation absorbée par un organisme vivant, remplacé de nos jours par le sievert), comme le raconte sur ce blog Philippe Billard, salarié sous-traitant du nucléaire, militant CGT. « Les agents EDF sont devenus les gendarmes du nucléaire : ils ne font que contrôler les sous-traitants. Ils ne pénètrent jamais dans certaines zones, celles où tu prends le quart de ta dose annuelle en deux minutes ».

Ces 30 000 travailleurs extérieurs, la plupart intérimaires, qui travaillent pour des entreprises prestataires assurent aujourd’hui 80 % des activités de maintenance des centrales, contre 50% au début des années 90.

Des doses « acceptables » ?

« Sur ces 30 000 travailleurs extérieurs, il y en a entre 300 et 400 qui marchent à 10, 12, 15, 20 millisieverts par an », constate sur ce blog Michel Lallier, représentant de la CGT au Haut Comité à la transparence et à l’information sur la sécurité nucléaire. « Ils ont 3% de risques supplémentaires de développer des cancers dans les 30-40 ans : des poumons, de l’appareil digestif, de la thyroïde ».

Ce « risque supplémentaire » vient s’ajouter au risque moyen encouru par la population française. C’est la probabilité en plus que ces OS de l’atome soient atteints d’un cancer.

Toutefois, ce calcul fait débat. S’il y a consensus scientifique sur les doses supérieures à 100 millisieverts par an -alors le risque d’apparition d’un cancer est directement proportionnel à la dose reçue-, la division règne concernant ce qu’on appelle les « faibles doses ».

« L’absence d’effets décelables lors d’études épidémiologiques menées jusqu’à présent ne permet pas d’exclure l’existence de risques pour les êtres vivants. De plus amples recherches sont indispensables », avance prudemment l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. « Actuellement, la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) recommande que la population générale ne soit pas exposée à plus de 1 mSv par an ajouté à l’exposition naturelle. Pour les travailleurs, le seuil maximal recommandé est de 20 mSv par an. Ces seuils ont été fixés pour gérer les risques de manière optimale à un coût acceptable. »

Quel est le coût acceptable en la matière ? Autrement dit accepte-t-on un « volume acceptable » de malades et de morts du fait de l’exposition professionnelle ? Rappelons que la loi contraint les employeurs à une obligation de résultat en terme de santé : elle interdit que le travail porte atteinte à la santé.

Or, des études récentes ont d’ailleurs établi une connexion entre les maladies cardiovasculaires et une exposition à des rayonnements à des niveaux de dose comparables à ceux auxquels sont exposés les travailleurs du secteur nucléaire.

« Les effets sont retardés, comme ceux de l’amiante », explique Michel Lallier. « Car la cible principale du rayonnement radioactif est l’ADN : le rayonnement provoque des lésions qui peuvent conduire à l’apparition de mutations responsables d’un cancer. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de registre des cancers dans les départements. Et les salariés ne les déclarent pas toujours comme maladies professionnelles : seuls les cancers des poumons et de la thyroïde entrent dans les maladies reconnues dans ces cas-là. Pour les autres cancers, il faut passer de commission en commission, ce que les agents EDF peuvent faire, pas les intérimaires ».

S’ajoute, en effet, à l’exposition la difficulté à suivre médicalement des travailleurs nomades, qui changent régulièrement d’employeur et de région.

Un tour de France qui s’accélère

Autre cause de risque : depuis les années 90, la durée de leurs interventions été réduites par deux, pour effectuer toujours les mêmes tâches. Car ils interviennent pendant que les machines ne tournent pas et, pour des raisons de coûts, mieux vaut réduire le nombre de ces journées d’interruption. Résultat : les nomades passent de plus en plus vite de centrale en centrale. Ce qui n’est pas sans danger.

« Je me souviens d’un salarié qui arrivait d’une autre centrale, en renfort », raconte Philippe Billard. « On ne lui a pas laissé le temps de se reposer, de prendre connaissance des lieux. Il a foncé. Il s’est trompé de tranche : au lieu d’intervenir sur des machines au repos, il s’est attaqué à une machine en activité. Il s’est pris un organe de la pompe en pleine figure, il a perdu un oeil. »

Et pour la sûreté de l’installation ? « Parfois, nous n’avons pas le temps de finir notre intervention qu’on reçoit un nouvel ordre de mission de notre employeur – la société de sous-traitance- pour partir sur une autre centrale », poursuit le président de l’association Santé et Sous-traitance. « Une fois, des gars ont même oublié un échafaudage à l’intérieur d’un condensateur. »

Pour éviter ce type d’incident, les nomades du nucléaire se refilent les tuyaux. « On sait très bien qu’il y a des tranches qui pètent plus que d’autres », explique Philippe Billard. « Je pense à une tranche, dans une centrale que je connais bien, où les ruptures de gaines sont fréquentes, et où les intervenants prennent des doses. On en discute, sur un coin de table, dans un bar, entre deux centrales, pour savoir comment limiter les dégâts ».

Des ingénieurs inquiets

Mais les travailleurs ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Les ingénieurs de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire aussi, au moins en off. L’épouse de l’un d’entre eux a réagi sur ce blog pour raconter les discussions lors de « soirées amicales d’ingénieurs de l’IRSN et leurs épouses » qui travaillaient dans un centre de recherche du Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA).

« Ils évoquaient régulièrement les maladresses des sous-traitants, avec angoisse », raconte cette internaute. « Je me souviens surtout de la vanne qui alimentait un circuit de refroidissement et l’intervenant l’ignorait. C’est parce qu’un technicien s’en est avisé sans être mandaté d’une responsabilité de vérification que la vanne a été tournée du bon côté. Je me souviens aussi d’incidents commentés au fil des conversations et j’ai vu combien cette sous-traitance à bas coûts les inquiétait ».

Conserver le savoir-faire

L’autorité de sûreté nucléaire vient d’annoncer qu’elle allait se pencher sur la question de la sous-traitance. L’ASN entend vérifier notamment que l’entreprise « garde en interne un volume de compétences suffisant pour conserver la maîtrise (de la sûreté nucléaire) et assurer la responsabilité de l’ensemble de la sûreté », a expliqué à l’AFP Olivier Gupta, directeur général adjoint de l’ASN.

Parallèlement, depuis quelques temps,, EDF annonce la ré-internalisation des travailleurs extérieurs, raconte Michel Lallier. « Pas pour préserver leur santé, mais parce qu’EDF s’aperçoit que ce sont eux qui conservent le savoir-faire. Les agents d’EDF partent en retraite vers 55-57 ans, alors que les intérimaires partent plus tard. Aujourd’hui, ce sont eux qui ont les connaissances des machines ».

Sarkozy fustige le « terrorisme » environnemental Yann Le Guernigou (Reuters) Reporterre 2011/04/05 Yann Le Guernigou (Reuters) (5 avril 2011) Sarkozy fustige le « terrorisme » environnemental. Reporterre. fr

Sarkozy fustige le « terrorisme » environnemental

NESLE, Somme, 5 avril (Reuters) - Nicolas Sarkozy a fustigé mardi le « terrorisme » de ceux qui, au nom de la protection de l’environnement, bloquent des grands projets de développement.

En déplacement dans la Somme, le chef de l’Etat a en outre exclu de nouveau l’arrêt du parc nucléaire français, qui fournit près de 80% de l’électricité du pays, à la lumière de la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima.

« Je me battrai pour défendre le nucléaire, parce qu’il n’y pas d’énergie alternative en l’état actuel des choses, sauf à dire aux Français qu’ils vont maintenant se chauffer et s’éclairer à la bougie », a-t-il dit lors d’une table ronde consacrée au transport fluvial.

« Il faut garder son sang-froid, le vrai débat n’est pas ’pour ou contre le nucléaire’, il faut des énergies renouvelables et l’énergie nucléaire. Le vrai débat, c’est celui de la sûreté nucléaire », a-t-il ajouté.

« Le vrai débat, c’est de faire que nos centrales soient sûres et qu’on arrête avec ce terrorisme qui consiste à dire que tout développement, que toute croissance ou que toute création de richesse est en soi un mal », a-t-il poursuivi.

Nicolas Sarkozy a stigmatisé plus particulièrement les Verts pour avoir obtenu du gouvernement socialiste de Lionel Jospin, en 1997, l’arrêt du projet de grand canal Rhin-Rhône en raison de son impact environnemental.

« Il ne s’agit pas de faire de la France une espèce de réserve où les seuls élus responsables sont ceux qui font des squares et des jardins publics (...) Je m’opposerai à tous ceux qui, au nom de la bataille pour l’environnement, une bataille juste, voudraient nous expliquer qu’il ne faut pas de développement », a-t-il encore dit.

BORLOO MUET SUR SES INTENTIONS

Le chef de l’Etat était venu annoncer le lancement de la phase de « dialogue compétitif » pour la construction du canal à grand gabarit Seine-Nord Europe, un projet de 4,2 milliards d’euros monté en partenariat public-privé.

Cette phase sera menée avec les deux candidats retenus, Vinci associé à Eiffage d’une part, Bouygues de l’autre, le groupe sélectionné au final devant en assurer la moitié du financement.

Le lancement du « dialogue compétitif » signifie que son choix se fera « dans le courant de l’année prochaine » et que la mise en service du canal pourra intervenir en 2016 ou 2017, a précisé Nicolas Sarkozy.

Long de 106 km, cet ouvrage, dont la construction a été décidée dans le cadre du Grenelle de l’environnement, reliera le bassin de la Seine et le réseau fluvial de l’Europe du Nord.

Accessible à des unités de 4.400 tonnes, il doit permettre le transport de l’ordre de 14 millions de tonnes de marchandises par an à l’horizon 2020, ce qui permettra de retirer l’équivalent de 500.000 poids lourds des routes.

Le chantier permettra de créer 4.500 emplois. A terme, ce nouveau canal devrait générer 25.000 emplois, essentiellement dans la logistique.

Nicolas Sarkozy avait entamé son déplacement par la visite du chantier des travaux d’abaissement de l’autoroute A29, en prélude à la construction d’un pont-canal pour la future liaison fluviale Seine-Nord.

Son ancien ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo était présent pour l’accueillir en tant qu’architecte du Grenelle de l’Environnement, qui a donné son feu vert au projet.

A 48 heures d’une intervention télévisée au cours de laquelle il doit annoncer s’il prend ou non ses distances de l’UMP, le président du Parti radical s’est refusé à dévoiler ses intentions.

A la question de savoir s’il était content de retrouver celui dont il a pensé un temps faire son Premier ministre avant le remaniement de novembre dernier, Nicolas Sarkozy a répondu : « Je n’ai pas besoin de le retrouver, je ne l’ai jamais perdu ! ».

La société météorologique japonaise recommande à ses membres la prudence Asahi Shimbun Reporterre 2011/04/05 Asahi Shimbun (5 avril 2011) La société météorologique japonaise recommande à ses membres la prudence. Reporterre. fr

La société météorologique japonaise recommande à ses membres la prudence

La Société météorologique du Japon a demandé le 18 mars à ses membres de s’abstenir de toute publication - sans vérification - de prévision de propagation des nuages radioactifs dans l’atmosphère afin de ne pas provoquer de panique dans la population.

Cette demande est justifiée en ces termes : « les bases de la gestion des catastrophes doivent être un acte unique d’information responsable. Prévoir (prédire) la propagation d’un nuage de matières radioactives peut engendrer des remous dans la population ».

Le météorologue Toshio Yamagata a « un sentiment effrayant » concernant ce document.

Koyama Makoto, professeur à l’université de Shizuoka a déclaré : « cet ordre d’en haut du contrôle de l’information est égal à une déclaration de suicide de la société ».

L’atome dans le vide Hervé Kempf Reporterre 2011/04/06 Hervé Kempf (6 avril 2011) L’atome dans le vide. Reporterre. Tribune — fr

L’atome dans le vide

La façon dont les nucléaristes réagissent à la catastrophe de Fukushima fait penser à ces personnages de dessins animés qui continuent à courir dans le vide alors qu’ils ont dépassé depuis longtemps le bord de la falaise. Le rire surgit quand le personnage - le chat Tom, de Tom et Jerry, est un spécialiste du genre - regarde en bas, se rend compte qu’il est en l’air et chute sans rémission. Pour l’instant, nos personnages continuent de courir. On voit ainsi M. Sarkozy, l’homme qui voulait vendre un réacteur nucléaire à Mouammar Kadhafi, se rendre au Japon pour, de manière indécente, vanter devant ses hôtes la sûreté du réacteur EPR.

L’actuel président de la République ignore apparemment que, le 2 novembre 2009, les Autorités de sûreté française, britannique et finlandaise ont « chacune soulevé des questions techniques concernant le système de contrôle-commande de l’EPR », comme l’indique leur communiqué commun. A ce jour, la réponse d’EDF reste en examen. Le président semble aussi ne pas avoir entendu M. Lacoste, directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire, évoquer, le 30 mars, un moratoire sur l’EPR en construction à Flamanville (Manche).

Les Tom de la galaxie nucléaire craignent de comprendre que, puisque les exigences de sûreté vont se durcir, le coût de l’électricité atomique va fortement augmenter. Les citoyens vont alors se demander s’il ne vaudrait pas mieux placer des ressources limitées dans d’autres paniers que celui qui peut exploser. « Les améliorations en termes d’efficacité énergétique, réalisables pour beaucoup au moyen de solutions peu coûteuses, offrent les plus grandes possibilités de réduire les émissions de CO2. Ce devrait donc être la priorité à court terme. » Qui écrit cela ? L’Agence internationale de l’énergie dans son rapport « Perspectives des technologies de l’énergie 2010 », paru à l’automne 2010. Dans le scénario de l’Agence permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre en 2050, les économies d’énergie représentent 38 % de l’effort, le nucléaire 6 %. Est-il impossible d’imaginer porter les économies d’énergie à 44 % ?

Mais plus encore que la discussion rationnelle, les Tom nucléaristes abhorrent la démocratie. Or oyez : les partis sociaux-démocrates allemand et autrichien ont annoncé, lundi 4 avril, qu’ils comptaient lancer un référendum européen sur la sortie du nucléaire, selon les modalités prévues par le traité de Lisbonne. Bonne idée ! Discutons vraiment du nucléaire entre Européens plutôt qu’entre Français : après tout, un accident dans un pays aurait des répercussions chez ses voisins. Le nucléaire ne peut plus relever de la seule souveraineté nationale.

Dans l’Allier, un projet de golf veut dévorer 300 hectares de terres agricoles Gérard Martichard Reporterre 2011/04/06 Gérard Martichard (6 avril 2011) Dans l’Allier, un projet de golf veut dévorer 300 hectares de terres agricoles. Reporterre. fr

Dans l’Allier, un projet de golf veut dévorer 300 hectares de terres agricoles

La semaine du développement durable commence bien mal avec l’ouverture de cette enquête publique ; sur 304 ha à Montcombroux les Mines (Allier), un golf avec un parcours de 27 trous et une vaste opération immobilière : 275 villas et 136 appts, de haut standing, un hôtel de 96 chambres (4500 m2) +resto, club house, piscine couverte…. Et prévisions d’extension

Les promoteurs agitent l’argument de l’emploi, 60 permanents + saisonniers, d’ailleurs d’après ce que j’ai pu voir au dossier cet AM, le futur responsable de l’entretien du golf et jardins est déjà recruté, en précisant qu’il s’agissait d’un Bourbonnais !

Les arrosages fréquents des terrains de golf nécessitent d’importantes quantités d’eau : le bassin versant de la Besbre et le sous-bassin du Roudon étant déficitaire, 6 forages ont été effectués jusqu’à 100 m pour aller pomper les eaux souterraines.

Utilisation des phytosanitaires : moindre que dans le cadre des pratiques agricoles mais prévision d’utilisation de fongicides, d’insecticides dont l’écotoxicité est plus importante !

Les terres agricoles : représente 75% du site, ensuite 20% bois, 5% habitations ; la SAFER n’exercera pas son droit de préemption au moment de la vente des terrains, confirmant la désaffection des jeunes pour les métiers de l’agriculture ; c’est scandaleux de lire ça, le rôle des SAFER n’est-il pas aussi de faciliter l’installation des jeunes . Je vais contacter TERRE de LIENS et voir avec eux si on peut trouver des pistes

Déjà avec ce que nous avons comme info, il est possible d’intervenir pour s’opposer à ce projet.

Mercredi 13 avril à 20h , réunion publique

Salle des fêtes de Montcombroux.

Ce projet pharaonique, énergivore, anti-écologique, concerne tout le département, merci de faire suivre dans vos réseaux, d’en parler autour de vous, d’intervenir dans le cadre de l’EP.

EPR : la Grande-Bretagne choisit d’attendre Le Moniteur Reporterre 2011/04/06 Le Moniteur (6 avril 2011) EPR : la Grande-Bretagne choisit d’attendre. Reporterre. fr

EPR : la Grande-Bretagne choisit d’attendre

Les autorités britanniques du nucléaire ont annoncé mardi 5 avril un report de leur décision sur une autorisation de principe de la technologie EPR proposée par les groupes français Areva et EDF, afin de s’assurer que les « leçons ont été tirées des événements du Japon ».

Cette autorisation de principe, qui concerne également le réacteur AP1000 de l’américain Westinghouse (groupe Toshiba), était attendue en juin. Elle ne pourra plus intervenir qu’après la remise, en septembre, d’un rapport commandé par le gouvernement à un responsable du superviseur britannique du nucléaire, Mike Weightman, ont expliqué dans un communiqué conjoint les deux agences chargées du dossier.

Le rapport de M. Weightman doit « tirer les leçons » de l’accident de Fukushima sur la relance du nucléaire britannique. Les deux agences concernées, la Direction de la santé et de la sécurité (HSE) et l’Agence de l’environnement, ont expliqué qu’elles avaient en conséquence « besoin de temps supplémentaire » pour se prononcer sur l’EPR et l’AP1000 et finaliser leurs recommandations.

Le report permettra de « s’assurer que les modèles des réacteurs proposés prennent en compte toutes les leçons devant être tirées des événements au Japon », ont-elles ajouté.

Le groupe français EDF, qui a déjà arrêté son choix sur l’EPR et s’est allié avec le groupe local Centrica, est sur les rangs pour construire au moins deux nouvelles centrales au Royaume-Uni. Le premier réacteur doit entrer en service en 2018.

Ce qui s’est passé au Contre-Grenelle le 2 avril Super No Reporterre 2011/04/07 Super No (7 avril 2011) Ce qui s’est passé au Contre-Grenelle le 2 avril. Reporterre. fr

Ce qui s’est passé au Contre-Grenelle le 2 avril

Il y avait du monde ce samedi 2 avril à la salle Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin, banlieue « défavorisée » (doux euphémisme) de Lyon. Les 900 places n’étaient certes pas toutes occupées, mais il devait bien y avoir 600 ou 700 personnes pour ce qui est devenu, pardonnez-moi l’expression, la « grand-messe » de la décroissance. Ce Contre-Grenelle, troisième du nom, et sous-titré « Décroissance ou Barbarie » était (bien) organisée par l’équipe du journal La Décroissance .

Une observation attentive de cette assistance a donné la conclusion suivante : les décroissants ne sont pas fondamentalement différents du reste de la population. Seule différence, mais de taille, avec la population « normale », et particulièrement avec celle de la ville de Vaulx en Velin qui accueillait l’événement, une assistance à peu près totalement blanche et « de souche ». Observation identique à celle faite il y a deux ans à la même occasion… Il y a peut-être un peu plus de barbus à queue de cheval qu’ailleurs, mais l’âge moyen est tout à fait normal, il y a même un nombre important (et fort encourageant) de jeunes.

C’est normal, car si les plus vieux d’entre nous disparaîtront sans être rentrés dans le dur de l’ère post-croissanciste, un étudiant d’aujourd’hui y sera inévitablement confronté…

La « grand-messe » de la décroissance, donc. Et si je voulais poursuivre dans l’allégorie religieuse, je dirais même que les fidèles qui s’y réunissent ont un peu le sentiment d’être des puristes, pour ne pas dire les intégristes de la cause, à ne surtout pas confondre avec ces millions d’écologistes béats, ceux qui dans le sillage des hélicologistes sponsorisés Hulot ou Arthus-Bertrand, pour lesquels on résout tous les problèmes à coup d’éoliennes, de panneaux solaires, et de fermeture du robinet en se brossant les dents. Une écologie de marché, où l’on célèbre la « croissance verte », et où l’on évite par dessus tout de changer l’ordre des choses, de s’attaquer aux racines du mal, et notamment à la domination totale de l’économie capitaliste, libérale et croissanciste sur les humains et leur environnement. Sinon, on perd ses sponsors, alors…

Si la presse locale (Le Progrès de Lyon) a consacré un article à la manifestation, celle-ci s’est tenue dans l’indifférence totale des médias nationaux, plus préoccupés par l’annonce probable de la candidature de Nicolas Bertrand Hulot à l’investiture « écologiste ».

C’est le maire de Vaulx-en-Velin, Bernard Genin, communiste, qui a ouvert les débats. Il m’a paru moins décalé en ces lieux que son prédécesseur Maurice Charrier, qui, invité il y a 2 ans, semblait un peu se demander ce qu’il foutait là…

Le ton de la manifestation fut donné par Paul Ariès, le « Grand Gourou » de la manifestation et des décroissants en général. Cette année, sa cible n’était pas Daniel Cohn-Bendit (qui avait été pilonné à l’artillerie lourde par la plupart des intervenants en 2009), mais plutôt le duo Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean Jouzel, respectivement ministre de l’Environnement et président du GIEC. Ils symbolisent à ses yeux le renoncement majeur qu’il appelle « l’adaptation ». On préfère trouver des palliatifs au mal plutôt que de l’éviter. Une illustration parfaite est donnée par l’attitude face au réchauffement climatique. Une fois le diagnostic posé, il y avait une solution : diminuer rapidement et fortement les émissions de gaz à effet de serre. Mais cela supposait évidemment une remise en cause totale du dogme de la croissance. Après avoir « fait mine de » pendant quelques années, après avoir même posé des objectifs chiffrés à Kyoto, rien ou presque n’a évidemment été fait pour les tenir. Et le récent échec du sommet de Copenhague est un cinglant constat, et la preuve s’il en fallait une que rien ne fera jamais changer le capitalisme libéral et son dogme de la croissance infinie. Désormais, puisqu’on ne fera donc rien pour l’endiguer, on se « résigne » donc à devoir subir ce réchauffement climatique et à s’y « adapter ». Bonne chance à tous, et particulièrement aux Africains, aux pauvres… etc

Ce Contre-Grenelle, comme le précédent, a été une longue suite d’interventions, volontairement limitées à 10 minutes chacune, sur des sujets cohérents et liés au problème (si j’étais pédant et inculte, je placerais volontiers ici le mot « problématique »...) de la décroissance (Si l’on veut mon avis, je changerais volontiers la formule, en entrecoupant les interventions de débats. Cela suppose évidemment de diminuer le nombre d’intervenants, ou de planifier l’événement sur 2 jours. Car cette succession d’interventions, sans interruption ou presque, est assez difficile à digérer).

Parmi les orateurs, des connus et des inconnus, des bons et des moins bons, des qui lisent leur texte et d’autres qui parlent sans notes, des philosophes et des terre à terre, des scientifiques et des littéraires : une brochette de haut niveau de toute façon. Et tout le monde logé à la même enseigne : 10 minutes et pas une de plus.

Outre les organisateurs Paul Ariès et Vincent Cheynet, les seuls noms un peu connus (et encore, pas du grand public) étaient Geneviève Azam, membre du conseil scientifique d’ATTAC et conférencière chevronnée, ainsi que François Ruffin, fondateur (et vendeur à la criée !) de l’excellentissime journal Fakir, et chroniqueur chez Mermet sur France Inter.

Pour être exact, on a beaucoup plus parlé de croissance que de décroissance. Car le fil rouge des interventions était « l’effondrement ». Nous sommes entrés dans une période où tout s’effondre sous les coups de boutoir de la « croissance ». Et pas seulement l’enceinte des réacteurs de Fuck-u-shima.

Effondrements énergétique, environnemental, alimentaire, social, sanitaire, médiatique, culturel, psychique, de la paix civile et des libertés, politique ; tyrannie de la technologie, tels furent les grands sujets développés par les intervenants.

Ce fil rouge s’explique aisément : la décroissance ne va pas de soi. Elle s’oppose même à tout ce qu’on nous raconte depuis notre naissance. Et face aux spécimens les plus atteints de notre société, elle nous fait immédiatement passer pour un taré. Même si les tarés ne sont pas ceux auxquels on pense, et que les choses changent tout doucement (des témoignages concordants montrent qu’un nombre certes encore faible mais croissant (sic) de nos concitoyens connait le concept et le comprend plus ou moins), il est nécessaire d’expliquer, d’argumenter, encore et encore.

Et la meilleure façon de faire comprendre l’impérieuse nécessité de la décroissance, c’est justement d’énumérer les dégâts de la croissance, qui crèvent les yeux, et qui mis bout à bout comme ce fut le cas ce samedi, esquissent clairement l’image d’une catastrophe gigantesque, d’un ratage total. Une démonstration par l’absurde en quelque sorte.

Pause bienvenue entre les interventions, le show de « Nicolas Bertrand ». Pour ceux qui n’auraient jamais lu le journal La Décroissance (prière de vous rendre d’urgence dans le premier kiosque venu !), Nicolas Bertrand est leur tête de turc, un écervelé à cheveux longs et moustache, une espèce de compil’ improbable entre Nicolas Hulot et Yann Arthus Bertrand, dont il reprend les principales caractéristiques : la naïveté, l’hélicoptère, les sponsors, la tartufferie, l’écologie de supermarché, et l’absence la plus totale de conscience sociale.

Dans un duo hilarant avec le comédien autochtone Pascal Coulan, Nicolas Bertrand énumère les perles de ses deux pères spirituels. Citations sorties de leur contexte, certes, mais rigoureusement exactes, et qui provoquent instantanément le rire tant elles sont grotesques.

Variante Nicolas (dont Vincent Cheynet notait qu’il gagne environ 100 000 euros par mois en travaillant 4 mois par an !) :

« Le développement durable, c’est pas moins de croissance, c’est plus de croissance ! » « L’énergie nucléaire est donc pour le moment le moindre mal » (circonstance aggravante, c’est une citation post-Fuck-U-shima !) « En Bretagne, le mois dernier, je kitais avec mon ami Jérémie Eloy. Nous nous sommes éloignés de la côte et le vent est tombé brutalement, de manière imprévisible. Impossible de rentrer. On a dérivé une heure et demie dans l’eau à 6 degrés avant que notre guetteur, sur la plage, envoie un bateau de la SNSM, les sauveteurs en mer, pour nous chercher. Sans une combinaison étanche et une bonne paire de gants, nous aurions eu du mal à tenir. »

Variante Bertrand :

« Posséder un 4x4, pourquoi pas. A condition de sacrifier de temps en temps au co-voiturage » « Notre plus grand défi consiste à concilier la croissance et les ressources limitées de la planète » « On ne peut pas s’en passer du nucléaire et le problème des déchets n’est pas si grave »

Quelle bande de cons ! Et quel gâchis ! Avec la notoriété de ces deux zozos, qui ont un accès privilégié à tous les médias, il serait tellement plus facile de faire passer de VRAIES IDÉES ÉCOLOGISTES à la télé, où Paul Ariès ne passe que rarement et après 22 heures 30, histoire de ne pas choquer les bonnes âmes…

J’arrête là ce premier billet sur le sujet. Une prochaine fois, je détaillerai une ou plusieurs interventions.

Enquête pour corruption contre des salariés de la filiale allemande d’Areva AFP Reporterre 2011/04/07 AFP (7 avril 2011) Enquête pour corruption contre des salariés de la filiale allemande d’Areva. Reporterre. fr

Enquête pour corruption contre des salariés de la filiale allemande d’Areva

BERLIN - Une enquête a été ouverte contre des salariés de la filiale allemande du groupe nucléaire français Areva, Areva NP, soupçonnés de corruption, a-t-on appris mercredi de sources officielles.

Cinq salariés, anciens ou encore en poste, sont soupçonnés d’avoir versé des pots de vins de plusieurs dizaines de millions d’euros entre 2002 et 2005 pour obtenir des contrats à l’étranger, a indiqué le parquet de Nuremberg (sud), dans un communiqué.

« Cette enquête concerne plusieurs personnes dont 5 salariés d’Areva NP, anciens ou en poste, mais elle n’est pas dirigée contre l’entreprise elle-même », a déclaré Areva NP, dans un communiqué.

« L’entreprise coopère avec les enquêteurs et souhaite un éclaircissement rapide de cette affaire », a-t-elle ajouté.

Trois autres personnes, travaillant comme consultants, sont également soupçonnés d’avoir apporté leur soutien aux salariés d’Areva NP dans cette affaire, écrit le parquet de Nuremberg.

Mardi, des perquisitions ont eu lieu en Bavière —le siège d’Areva NP est à Erlangen, dans cet Etat régional allemand— et en République tchèque, a précisé le parquet de Nuremberg.

Areva NP est une filiale du français Areva et de l’allemand Siemens.

(©AFP / 06 avril 2011 22h44)

Soja : faut-il ou non discuter avec le diable ? Jean-Stéphane Devisse (WWF) Reporterre 2011/04/07 Jean-Stéphane Devisse (WWF) (7 avril 2011) Soja : faut-il ou non discuter avec le diable ?. Reporterre. Tribune — fr

Soja : faut-il ou non discuter avec le diable ?

Au Brésil, la culture du soja transgénique s’étend inexorablement au détriment de la forêt amazonienne ou du Pantanal. Parmi les ONG qui dénoncent ce désastre, le WWF a choisi de discuter avec les agro-industries. Compromission ou tâche indispensable ? Le WWF se défend.

Depuis peu, le WWF est l’objet de critiques quant au soutien qu’il serait soupçonné d’apporter aux responsables de la production de soja en Amérique du Sud, et donc « aux pires pratiques de l’agrobusiness ».

C’est totalement mensonger, ces insinuations reflétant au mieux une méconnaissance profonde du dossier, au pire une volonté d’affaiblir le WWF et les ONG qui s’efforcent d’intervenir dans des situations complexes.

Cela fait plus de 20 ans que le WWF, aux côtés de nombreux acteurs régionaux, alerte l’opinion mondiale et les décideurs sur le bouleversement que connaît l’Amérique du Sud.

Principalement médiatisée par la déforestation du bassin amazonien, cette catastrophe écologique et humaine se retrouve dans l’ensemble du « Cône Sud », conséquence d’une généralisation de l’agriculture intensive et notamment de la production du soja.

Depuis, une partie substantielle du continent s’est transformée en monoculture, au prix d’une brutalité inouïe, mélange de spoliation des populations, recours à une main d’œuvre quasi réduite à l’esclavage, destruction à grande échelle des milieux naturels, pollution des cours d’eau, émissions considérables de gaz à effet de serre, etc.

Plus récemment ont été introduites les semences OGM, au point désormais de concerner 60% du soja brésilien et presque 100% en Argentine et au Paraguay, au point même que des acteurs européens de la grande distribution rencontrent des difficultés croissantes à se fournir en soja non OGM. Au point que cette filière d’approvisionnement non OGM est à présent menacée, tandis que sa disparition bannirait toute distinction entre soja OGM et soja non OGM…

Ce soja, il va sans dire, est exporté en masse à destination du bétail et des volailles en Amérique du Nord, Europe, Chine, etc.

Telle est la situation, qu’on le veuille ou non.

Alors face à ce constat, plusieurs postures sont possibles.

On peut protester, ici ou là, au gré des forum de discussion du web, et s’en contenter. Ça permet peut-être de se donner bonne conscience, mais comme efficacité c’est plutôt limité.

On peut diffuser des documents consacrés au problème, occasionnellement déployer des banderoles sur les navires importateurs de soja dans les ports européens, lobbyer les autorités françaises et européennes, proposer un durcissement des réglementations (ici en Europe) : de nombreuses ONG européennes s’y emploient pour tout ou partie, le WWF comme les autres. On nous rétorque en général qu’ici on n’y peut pas grand-chose, ou du moins l’efficacité de ces actions s’en trouvera toujours limitée par le fait assez facile à comprendre que ceux qui réduisent le Sertao ou la Pampa en immense champ de soja le font avec l’assentiment réel ou tacite des autorités des pays concernés…

On peut aussi appeler au boycott des produits, mais on n’a si peu de probabilité d’être massivement suivi qu’on peut aussi militer pour diminuer la part carnée dans l’alimentation des pays riches (mais désormais aussi en Chine et là, on n’a pas beaucoup de prise…), encourager une production de protéines végétales en Europe (de la luzerne et du pois au lieu du soja d’importation), etc. Ça aussi, on le fait, le WWF le fait, beaucoup le font et il faut continuer. Mais cela n’empêche nullement qu’à cette seconde précise, de gros engins sont en train de détruire de grands lambeaux d’exploitations paysannes, de milieux naturels, des kilomètres de rivières… C’est donc insuffisant.

On peut aussi lever des fonds ici, c’est-à-dire dans les pays riches, qui permettront aux ONG sud-américaines d’agir, car il leur faut bien financer des postes, des études, des bureaux, des déplacements, etc. Ça coûte cher, et il faut continuer sans se poser de questions. De nombreuses ONG le font, dont le WWF qui est un des principaux contributeurs, et c’est normal vu que c’est une des ONG environnementales qui parvient à lever le plus de fonds. Ces actions locales consistent à informer sans relâche, à « réseauter », à dénoncer les salopards, à plaider pour « qu’un autre monde soit possible », au prix parfois de grands risques. Est-ce efficace ? Certainement, mais pas assez vu que trop souvent nos interlocuteurs se font rentrer dedans, et que le désastre continue.

On peut aussi construire des labels très exigeants qui permettent de valoriser les quelques bons élèves, Non OGM, bio, etc. Le WWF l’a aussi fait avec les critères de Bâle. Cependant les plantations certifiées représentent une part quasi inexistante de la production, très peu de producteurs de bétails européens utilisent ce soja. Les principaux acteurs ne sont pas impliqués et le soja continue à faire des ravages, vite, très vite.

Et puis enfin, on peut interpeller directement les semenciers et autres multinationales acteurs de la filière et coresponsables du désastre, qu’ils soient Sud-Américains ou autres. Ceux dont les sièges sociaux sont basés en Suisse ou ailleurs en Europe, aux USA, dans les paradis fiscaux, en fait un peu partout dans le monde globalisé et même au Brésil ou en Argentine. Pour tenter de les convaincre, et avec eux les autorités politiques des régions cultivées, de limiter les dégâts, d’adopter des critères de production « plus responsable », plus « propre », plus « développement durable ».

A force de les interpeller des années durant, une « table-ronde du soja responsable » (RTRS) a fini par être mise en place. Elle regroupe les acteurs majeurs de la filière qui au départ n’en voulaient pas. Qui maintenant ont compris qu’ils n’avaient guère le choix, en fait. Parmi eux : Monsanto. Le diable en personne. Egalement, siègent dans le conseil d’administration de la RTRS plusieurs organisations dont le WWF, logiquement représenté par le WWF-Brésil.

Observateur interne, en quelque sorte. Car si on laisse entre eux les industriels, on n’ira pas loin.

Qu’est-ce qu’on y fabrique, autour de cette RTRS ? On discute de critères de production. De la protection des populations. Du droit des syndicalistes. De la protection des forêts à haute valeur de conservation et des rivières. Des engrais et des pesticides. De la nécessité de séparer les filières OGM des non OGM .

Ça discute sec, autour de la RTRS. On s’y engueule. On frappe du poing sur la table. On résiste au cynisme, au refus d’aborder certains sujets, au mépris des mâles dominants qui forment le corporate de la plupart des firmes d’agro-business. Ce n’est pas gagné, et on ne sait évidemment pas ce qu’il en sortira. Mais nous ne sommes pas naïfs. Si l’on n’en connaît pas l’efficacité, on sait seulement que si l’on n’y siège pas, ou si cette RTRS n’existait pas, on perd la possibilité de la discussion avec les principaux responsables. Au WWF-France, nous faisons totalement confiance aux capacités tactiques de nos collègues Brésiliens pour faire évoluer la filière.

Voilà l’histoire. Alors non, le WWF ne soutient pas Monsanto et son Soja round up ready OGM. Ça, c’est du gros mensonge. Non, le WWF ne soutient pas les pires pratiques de l’agrobusiness, puisque précisément il les combat. Avec beaucoup d’autres. Sur plusieurs fronts, dont pas un est inutile, même le front du dialogue.

Bien sûr les puristes hurlent et protestent. Pas de dialogue avec le Diable ! Ils disaient la même chose lorsque, avec d’autres, le WWF s’est mis à discuter avec les exploitants forestiers d’Afrique Centrale, par exemple. Pour une certification FSC des exploitations forestières qui, aujourd’hui, montrent qu’on peut diminuer fortement les impacts à défaut de les supprimer, le temps que les consommateurs de bois tropicaux que nous sommes, nous les pays riches, apprenions à choisir avec davantage de discernement les biens et matériaux que nous utilisons.

Voilà, tout est dit. Que ceux qui refusent l’idée même du dialogue s’interrogent sur la portée de leurs actions réelles, et qu’ils concentrent leur feu sur les premiers responsables du désastre.

La fabrication de neige artificielle nourrit le changement climatique Vincent Neirinck (Mountain Wilderness) Reporterre 2011/04/07 Vincent Neirinck (Mountain Wilderness) (7 avril 2011) La fabrication de neige artificielle nourrit le changement climatique. Reporterre. fr

La fabrication de neige artificielle nourrit le changement climatique

Chaque hectare enneigé correspond à l’émission de 3 à 8 tonnes de CO2. Voici l’explication technique.

La consommation électrique de la fabrication de la neige artificielle est de l’ordre de 25.000 kilowatt-heure (kWh) par hectare, soit 25 megawatt-heure (MWh), selon le rapport de l’ODIT, Neige de culture. Etat des lieux et impacts environnementaux. Note socio-économique, p. 83.

Or, la production d’un MWh électrique se traduit en Europe par l’émission de 346 kg de CO2, ce chiffre étant le facteur carbone européen 2009

Ainsi :

25 MWh x 0.346 de CO2 = 8,65 tonnes de CO2

Si on veut raisonner à l’échelle franco-française, mais ce n’est pas juste, vu que nos systèmes de distribution sont reliés :

Selon l’Ademe, on émet en France en moyenne 95 kg de CO2 par MWh électrique, soit 2,375 tonnes.

Un commentaire de quelqu’un que j’ai interrogé pour confirmation :

Pour revenir à des émissions de CO2 il y a deux façons de procéder :

- le raisonnement en moyenne qui consiste à examiner quel est le niveau d’émission par kWh au moment de la consommation. Si on prend l’hypothèse que 10 % (ce qui est plutôt peu en hiver) des kWh produits le sont avec des moyens thermiques à 1 kg/ kWh (ce qui est beaucoup), on aura approximativement :

25.000 KWh * 100 g = 2.500 kg de CO2 soit moins que les 8 tonnes avancées

- le raisonnement marginaliste qui consiste à attribuer toute consommation supplémentaire aux émissions du dernier moyen thermique appelé sur le réseau.dans ce cas : 25.000 x 1.000 g (centrale au charbon) = 25.000 kg de CO2 soit 25 tonnes.

La réalité se situe probablement entre les deux : donc 8 tonnes ne semble pas exagéré.

Comment l’Islande a fait face à la crise Ludovic Lamant (Mediapart) Reporterre 2011/04/08 Ludovic Lamant (Mediapart) (8 avril 2011) Comment l’Islande a fait face à la crise. Reporterre. fr

Comment l’Islande a fait face à la crise

Impossible de le rater dans les rues de Reykjavik, tant le chantier est énorme, et détonne dans une capitale à l’architecture basse : une cathédrale de béton noir et de verre, recouverte d’alvéoles réfléchissantes, est en cours d’assemblage face à la mer. Le Harpa, imaginé par l’artiste vedette danois Olafur Eliasson, servira tout à la fois de salle d’opéra et de palais des congrès pour l’Islande. Malgré des craintes annonçant l’arrêt des opérations, le bâtiment sera finalement bien inauguré, le 4 mai prochain.

Après l’effondrement bancaire de l’île, en octobre 2008, le groupe Portus, l’investisseur privé qui portait ce projet estimé à l’origine à 12 milliards de couronnes (74 millions d’euros), a dû appeler le gouvernement et la mairie de Reykjavik à l’aide pour que le chantier se poursuive. L’exécutif n’a pas bronché et ce fleuron architectural va donc voir le jour. Mais où est donc passée la crise islandaise ?

L’Islande, encore sonnée par sa quasi-faillite, ne s’est pas lancée dans une austérité à tout crin. A rebours des tendances à l’œuvre sur le continent, l’île a choisi de prendre un peu plus de temps que d’autres pour réaliser son "ajustement budgétaire". Si bien que des projets ici et là continuent d’avancer.

Ses mesures d’économies portent sur 10% du Produit intérieur brut (PIB) en trois ans. Rien à voir avec une autre île à laquelle elle est souvent comparée, elle aussi durement frappée par la crise : l’Irlande prévoit, elle, de ramener son déficit de 32% à 9% au cours de la seule année 2011. Aujourd’hui, Reykjavik dit avoir renoué avec la croissance – attendue aux alentours de 3% cette année, et réduit sa dette sans trop forcer.

Trois recettes pour remonter la pente

Comment cette minuscule économie (320 000 habitants) s’y est-elle prise, pour se sortir la tête de l’eau en deux ans ? Les économistes avancent trois explications :

La dévaluation de la couronne islandaise. La devise a dégringolé de 40% fin 2008, et les exportations d’aluminium et de poissons ont repris dans la foulée.

Le principe du "too big to save" (trop gros pour être sauvé). C’est l’exact inverse du "too big to fail" (trop gros pour faire faillite), qui a prévalu aux Etats-Unis comme en Europe jusqu’à présent, obligeant les Etats à sauver les banques les plus importantes de leur système bancaire, pour éviter les faillites en chaîne. En Islande, les actifs des trois grandes banques de l’île étaient bien trop grands (jusqu’à dix fois le PIB en 2007...) pour être sauvés intégralement, et l’Etat s’est contenté de racheter les actifs « internes », c’est-à-dire les prêts des particuliers et des entreprises en Islande. Les actionnaires ont dû assumer les pertes sur les actifs étrangers, les plus nombreux.

Une austérité moins sévère qu’ailleurs, décidée en accord avec les partenaires sociaux. Un pacte de "stabilité sociale" a été signé en 2009, censé éviter les coupes dans le secteur social.

Si la reprise se profile, tirée par les exportations de cette économie très ouverte, les ménages endettés, eux, sont loin d’avoir repris leur souffle. La consommation patine, 20% en deçà de ses niveaux antérieurs. Le taux de chômage est retombé aux environs de 7%, après avoir grimpé jusqu’à 9,7%. Rien à voir avec l’Irlande, toutefois, dont le taux de chômage dépasse les 14%.

Fossé entre classe politique et population

Sigridur Gudmunsdottir fait partie de ces milliers d’Islandais victimes d’une crise qu’ils n’ont pas provoquée. Elle avait autrefois un "2007 job",– un travail confortable et bien rémunéré, du temps de l’euphorie des années 2000. "On entend dire que l’on a trop fait la fête, que l’on a trop consommé, trop emprunté. Mais c’est faux : il n’y a qu’une infime partie d’Islandais qui en ont vraiment profité", s’énerve-t-elle.

Licenciée au plus fort de la récession, Sigridur a depuis repris, à 50 ans, des études à l’université. "Cela me permet de toucher des aides d’étudiant, qui sont plus élevées que les indemnités chômage", explique-t-elle. Elle a contracté en 2006 un prêt immobilier de onze millions de couronnes (68.000 euros), pour s’acheter une maison. En partie indexé sur l’inflation, le prêt qu’elle a contracté a explosé après la crise, à 14 millions de couronnes (86.000 euros). Elle s’est trouvée prise en tenailles au fil des mois : d’un côté, le volume de son emprunt augmentait, tandis que de l’autre, la valeur réelle de sa maison s’effondrait.

Aujourd’hui, Sigridur ne sait pas encore très bien comment elle va réussir à rembourser ses dettes, mais ne se plaint pas : "Certains Islandais connaissent des situations bien pires. Tous ceux qui avaient contracté des prêts en devises étrangères sont vraiment mal." En Islande, on ne râle pas. Après tout, la vie sur les îles a toujours été rude. S’exiler comme tant d’autres ? "C’est impossible, je suis trop attaché à mes racines islandaises." La reprise islandaise ? "Demandez dans la rue, personne n’y croit, à la reprise..."

A écouter les conversations dans Reykjavik, le fossé est immense, entre une classe politique convaincue que la page de la crise est tournée, et des citoyens piégés par la quasi-faillite de l’île, et qui peinent à se relancer. Dans l’Islande d’après le krach, on continue de parler PIB et déficit public, et d’en faire les seuls indicateurs pertinents des politiques en cours. Ici comme ailleurs en Europe. Mais après avoir obligé certaines banques à la faillite, et adopté une austérité "adoucie", il va bien falloir que l’île se décide à adopter des instruments de mesure alternatifs du bien-être de sa population.

Pourquoi les centrales nucléaires ne sont-elles pas assurées ? Marco Morosini Reporterre 2011/04/08 Marco Morosini (8 avril 2011) Pourquoi les centrales nucléaires ne sont-elles pas assurées ?. Reporterre. Tribune — fr

Pourquoi les centrales nucléaires ne sont-elles pas assurées ?

« Normalement le prix pour couvrir un risque est basé sur la multiplication du montant maximum de dégâts par la probabilité qu’il se produise. Mais là où le dommage est irréparable et incalculable, le fait que sa probabilité supposée soit d’un millionième ou bien d’un milliardième ne change rien. »

Le Japon est peut-être le seul pays capable de transformer – bien malgré lui – une catastrophe industrielle en un boomerang revenant dans le figure des prophètes des mégatechnologies. Il n’est donc pas improbable que le tragique tremblement de terre japonais – comme celui de Lisbonne en 1755 – ébranle la foi de ceux qui pensent vivre dans le meilleur des mondes (technologiques) possibles.

Celui qui se retrouve au bord de la catastrophe nucléaire, ce n’est pas un pays dysfonctionnel et approximatif mais un pays qui a envahi le monde avec des produits technologiques parfaits (les inventeurs du « zero défaut ») et des voitures qui ont la plus faible proportion de pannes, le pays avec la plus grande connaissance des tremblements de terre et de tsunamis et avec la plus haute compétence antisismique, le pays avec le nombre le plus élevé de réacteurs nucléaires par habitant (après la France) et la plus ample expérience dans les dommages nucléaires. Donc, beaucoup de gens se demandent : si les meilleurs techniciens du monde ne savent pas contrôler leurs réacteurs, pourquoi devrions-nous croire à ceux qui nous promettent que d’autres seraient capable de le faire ?

Avec le bon sens dont certains experts semblent pouvoir se passer, certaines catastrophes technologiques et économiques semblent faciles à comprendre par la suite. Prenons par exemple le Concorde, l’avion passager supersonique qui est maintenant dans un musée. Dans l’an 2000 il aurait dû être l’avion le plus vendu au monde, disaient les fabricants. Aujourd’hui, il semble bizarre que tant de techniciens aient cru que dans un monde où les coûts et les effets climatiques du pétrole sont de plus en plus grands, on aurait pu vendre des centaines d’avions supersoniques qui consomment et polluent le triple des autres. Ou prenons les « tours jumelles ». Selon leur concepteur elles auraient dû résister à l’impact mécanique d’un jumbo-jet ; en fait, le 11-Septembre ce n’est pas l’impact qui les a fait effondrer mais plutôt le stress thermique du kérosène incendié – que le concepteur n’avait pas calculé.

A Fukushima peut-être que cela a été pareil : les ingénieurs avaient pensé à de nombreuses hypothèses – mais pas à toutes. Les experts du risque le confirmeraient : avec les mégatechnologies la possibilité de l’événement le plus adverse est bien réelle, mais sa probabilité est si faible que certains d’entre eux disent au grand public qu’elle est « pratiquement » nulle, que les centrales atomiques « sont sûres ». Or si c’était vraiment le cas, les compagnies d’assurance se battraient pour pouvoir assurer un risque, où il y aurait seulement à gagner et « certainement » rien à perdre. La réalité est bien différente.

En Suisse par exemple chaque centrale est assurée pour un maximum de 1 milliard de francs, contre une perte possible de 100 milliards, estimés par l’Office fédéral de la protection civile. Un projet de loi du « vert libéral » Martin Baeumle vise à introduire une assurance obligatoire pour dégâts de 500 milliards, ce qui conduirait à des augmentations de 5 à 50 centimes par kWh (ce denier coûte maintenant 20 centimes). En Allemagne, le maximum de dommages couvert est de 2,5 milliards d’euros par centrale, par rapport à un maximum de dégâts de 5 500 milliards estimé par des études fédérales. D’autres estimations parviennent à 11 000 milliards d’euros. C’est pourquoi un groupe d’organisations collecte des signatures en Allemagne pour introduire une vraie assurance obligatoire.

UN SIGNAL FORT DU MARCHÉ DE L’ASSURANCE

Selon ces chiffres, les centrales nucléaires, contrairement à la moindre mobylette, fonctionnent presque sans assurance. Il est intéressant de noter que si pour certaines élites, « le marché doit tout diriger », lorsqu’il s’agit des risques atomiques les mêmes ignorent le signal fort et clair du marché de l’assurance – qui généralement est en mesure de mettre un prix sur tout.

Constatons aussi que dans le cas des risques atomiques, les réponses des assureurs et du philosophe sont similaires. Le fait n’est pas que les assureurs calculent une prime trop élevée pour les centrales atomiques. Le fait est tout simplement qu’ils n’assument pas ce risque. Et ce à aucun prix. Normalement le prix pour couvrir un risque est basé sur la multiplication du montant maximum de dégâts par la probabilité qu’il se produise. Mais là où le dommage est irréparable et incalculable, le fait que sa probabilité supposée soit d’un millionième ou bien d’un milliardième ne change rien.

Lorsque le risque est la perte totale, il ne peut tout simplement pas être pris en charge. Dans l’âge des mégarisques il est donc sage de s’orienter vers la « heuristique de la peur », qui donne la préférence à considérer l’hypothèse la plus défavorables, quelle que soit sa probabilité, quand elle se réfère à une perte inacceptable. C’est bien là le message central du philosophe Hans Jonas, dans son ouvrage classique Le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique (Flammarion, 1979), trop souvent caricaturé en France en mettant à toutes les sauces le principe de précaution, depuis son entrée dans la Constitution.

« To-cheap-to-meter » (trop-bon-marché-pour-être-mesurée) disaient il y a quarante ans les prophètes de l’électricité atomique, en promettant la disparition des compteurs électriques de nos maisons. « Trop chère payée » semble être le message qui vient du Japon.Nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes (technologiques)

Fukushima n’aurait subi que des vagues de 3 à 4 mètres Cécile Dumas (Sciences et Avenir) Reporterre 2011/04/08 Cécile Dumas (Sciences et Avenir) (8 avril 2011) Fukushima n’aurait subi que des vagues de 3 à 4 mètres. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Fukushima n’aurait subi que des vagues de 3 à 4 mètres

L’analyse des photos satellites révèle que le tsunami du 11 mars n’a entraîné que des vagues de trois à quatre mètres de hauteur sur la centrale de Fukushima.

Une cartographie précise des ravages causés par le tsunami du 11 mars sur l’île d’Honshu a été établie à Strasbourg. 900 endroits apparaissent très durement touchés. Quant au site de la centrale de Fukushima-Daiichi et à ses alentours, ils n’ont pas subi d’incursion de la vague.

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Le 11 mars 2011, ce sont 400 kilomètres de côtes de l’île d’Honshu qui ont été touchées par le tsunami déclenché par le séisme d’une magnitude de 9,1 au large de Sendai. En fonction de la hauteur des vagues, des reliefs et de la forme du littoral, les dégâts provoqués par cette succession de vagues -déferlant sur l’océan à plusieurs centaines de kilomètres par heure- sont variables.

Les cartes réalisées par le Service régional de traitement d’image et de télédétection (SERTIT) basé à Strasbourg, montrent très nettement les incursions du tsunami à l’intérieur des terres. Les destructions sont très importantes dans la région de Sendai, et pour cause : près des villes d’Ishinomaki ou de Natori l’eau est entrée sur plusieurs kilomètres. Des quartiers, des pans entiers de villes sont détruits.

« Nous avons identifié 900 endroits, marqués par des carrés rouges, où les dégâts sont majeurs, explique Bernard Allenbach, du SERTIT, ce qui laisse craindre un terrible bilan humain, sachant que les premières vagues sont arrivées environ 10 minutes après le séisme. Combien ont pu fuir ? »

Une vague de 3 ou 4 m à Fukushima-Daiichi

Les dégâts sont moins importants sur la partie sud de la côte cartographiée. Ainsi la région où est installée la centrale de Fukushima-Daiichi n’a pas subi d’incursion du tsunami. Pour cette zone, la hauteur de la vague est estimée à 3 ou 4 mètres, précise Bernard Allenbach. Un peu plus au sud, la région de la centrale jumelle de Fukushima-Daiini est plus touchée.

C’est pourtant Daiichi qui a subi le plus de dégâts. Les bâtiments des réacteurs semblent être légèrement en hauteur par rapport à la mer, contrairement aux pompes qui sont devant et probablement plus exposées aux vagues. C’est aussi la centrale la plus ancienne, où les unités ont été construites entre 1971 et 1979, alors qu’à Fukushima-Daiini elles ont été construites entre 1982 et 1987.

Estimer le bilan humain

Les deux cartes, comptant 200 km de côtes chacune, ont été établies par le SERTIT à partir de 8 images fournies par le satellite SPOT 5 du CNES (France). C’est le centre national d’études spatiales qui a financé le travail de cartographie dans le cadre de la Charte internationale « espace et catastrophes majeures ».

« La première carte a été fournie 45 heures après le séisme, la seconde dès le lundi », précise Bernard Allenbach, et l’ensemble a été immédiatement transmis au Japon. A partir des 900 points rouges, il ne semble pas difficile pour les autorités japonaises, qui possèdent les données démographiques, d’estimer le nombre potentiel de victimes.

Toutes les cartes post-tsunami sont en ligne sur le site du SERTIT en haute résolution : la carte de la partie nord et de la partie sud des 400 km de côte cartographiés, ainsi que plusieurs gros plans.

Des objecteurs de croissance se préparent à l’élection présidentielle Par Julien villalard Reporterre 2011/04/08 Par Julien villalard (8 avril 2011) Des objecteurs de croissance se préparent à l’élection présidentielle. Reporterre. fr

Des objecteurs de croissance se préparent à l’élection présidentielle

Deux stratégies : converger avec la gauche antiproductiviste et colporter l’idée de la décroissance par un éventuel candidat.

Consensus pour les présidentielles de 2012 :

Communiquer clairement sur le fait qu’il y a deux stratégies complémentaires pour les présidentielles : - 1. Convergence de la gauche anti-productiviste et anti-nucléaire et de l’écologie radicale : stratégie menée par le MOC. - 2. Participer aux présidentielles afin de colporter la Décroissance, faire se rencontrer des OC localement et préparer les législatives (Stratégie menée par le PPLD, le POC et d’autres OC).

Ces deux démarches s’engagent à ne s’exprimer qu’en leur propre nom, à se respecter et à se retrouver pour discuter en cas d’évolution de la situation : - Convergence possible avec le NPA autour d’une candidature Paul Ariès. - Convergence impossible.

Candidature Décroissance (Décision par consensus n’engageant pas le MOC) : - Faire campagne pour la Décroissance autours d’un collectif de porte-parole qui pourrait être constitué, entre autres, de Paul Ariès et de Clément Wittman. - On se donne quelques mois pour définir comment désigner le candidat et désigner l-a-e candidat-e.

- La campagne démarre le vendredi 13 mai (donc sans doute avant la désignation du candidat) à Milly Lamartine – Saone et Loire- , par le départ du tour de France à vélo de Clément Wittmann. - La recherche des 500 signatures est possible pour celles et ceux qui le souhaitent mais n’est pas un objectif en soi. Par contre elle représente une opportunité pour faire campagne.

Concernant les législatives :

Participer aux législatives afin de colporter la Décroissance et de faire se rencontrer des OC localement.

- 1. Autonomie locale. - 2. Toutes démarches et rencontres à un niveau national avec d’autres partis politiques ne pourra se faire qu’au nom du groupe des OC qui s’y engagent et dans le respect de l’autonomie des groupes locaux. - 3. Pas de concurrence sur une même circonscription.

Réflexion sur la possibilité d’atteindre les objectifs permettant de bénéficier du financement des partis politiques (80 candidat-e-s dans au moins 30 départements avec 50 circonscriptions avec au moins 1% des votes).

Lancer un appel à candidatures pour les législatives.

Concernant le projet pour 2012, nos thèmes centraux sont : - Dotation inconditionnelle d’autonomie. - Revenu Maximum autorisé. - Défense des sphères de la gratuité. - Relocalisation ouverte. - Monnaies locales. - Anti-nucléaire. - Mise en place d’une assemblée constituante.

Contacts :

- AdOC : http://actu.adoc-france.org - PPLD : http://www.partipourladecroissance.net - POC : http://www.objecteursdecroissance.fr - MOC : http://www.les-oc.info

Gaz de schiste : la « grande réserve » de NKM AFP Reporterre 2011/04/08 AFP (8 avril 2011) Gaz de schiste : la « grande réserve » de NKM. Reporterre. fr

Gaz de schiste : la « grande réserve » de NKM

« Sur la base de ce qui se passe aux Etats-Unis, les choses sont claires, l’exploitation telle qu’elle est proposée n’est pas possible », a dit la ministre de l’Ecologie. Une proposition de loi interdisant le gaz de schiste pourrait être examinée le 10 mai.

PARIS — La ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciuko-Morizet a rappelé vendredi 8 avril sa « grande réserve » sur les projets d’exploration de gaz et d’huile (pétrole) de shiste en France, dont l’interdiction est demandée par plusieurs propositions de loi parlementaires. « On a une très forte mobilisation des parlementaires, je n’ai pas caché depuis le début ma grande réserve sur ces projets », a-t-elle déclaré sur France Inter. « Sur la base de ce qui se passe aux Etats-Unis, les choses sont claires, l’exploitation telle qu’elle est proposée n’est pas possible », a-t-elle dit.

La ministre a néanmoins souligné le « risque juridique », si une interdiction était décidée en France, « d’avoir à indemniser » les industriels qui obtenu les permis d’exploration de gaz et d’huile de schiste.

Trois propositions de loi ont été déposées à l’Assemblée pour interdire la recherche et de l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels, par le groupe PS, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, et par l’ancien ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo. La proposition socialiste doit être examinée le 12 mai.

Selon Les Echos, le gouvernement a décidé de déclencher l’urgence sur celle de M. Jacob, qui serait donc examinée plus tôt. La décision de déclarer l’urgence sur une proposition de loi (ou sur un projet) appartient au Premier ministre. Si cette décision est prise, elle sera annoncée en conférence des présidents, mardi matin, à l’Assemblée, par Bernard Accoyer. La proposition pourrait alors être discutée en séance, lors de la prochaine « niche » parlementaire de l’UMP, le 10 mai.

Des permis d’exploration ont été accordés pour le gaz de schiste au printemps 2010 dans le sud de la France et pour l’huile (pétrole) de schiste en 2008 et 2009 dans le bassin parisien.

A la suite de la forte opposition d’élus et de plusieurs manifestations, les travaux sont suspendus pour le gaz de schiste dans l’attente des conclusions de la mission d’évaluation sur les enjeux environnementaux, début juin.

Pour l’huile de schiste, seuls des forages conventionnels sont autorisés à partir du 15 avril, mais sans fracturation hydraulique, technique de forage cristallisant l’opposition des défenseurs de l’environnement qui dénoncent les conséquences sur les nappes phréatiques.

Un jeûne illimité pour la sortie du nucléaire Jean-Pierre Frick Reporterre 2011/04/10 Jean-Pierre Frick (10 avril 2011) Un jeûne illimité pour la sortie du nucléaire. Reporterre. fr

Un jeûne illimité pour la sortie du nucléaire

Ce jeûne se déroulera à Colmar à partir du 18 avril.

Cette initiative exprime une solidarité avec les victimes présentes et à venir de la catastrophe nucléaire en cours au Japon, de la catastrophe nucléaire toujours en cours à Tchernobyl, mais aussi avec toutes les victimes de l’extraction de l’uranium (d’ailleurs épuisé dans 40 ans), en particulier au Niger, source principale de l’uranium consommé en France. Solidarité surtout avec les générations futures, qui hériteront pour des milliers d’années des déchets nucléaires mortifères et de tous les matériaux radioactifs contaminés, que nous ne savons pas gérer.

Le nucléaire n’a pas d’avenir et pourrit notre avenir.

Ce Jeûne illimité, engagement puissant et non violent, s’adresse directement au gouvernement Français, afin qu’il promulgue une loi de sortie du nucléaire en 10 ans. Et en gage de respect vis-à-vis des citoyens français, la doyenne des centrales 900 MW, celle de Fessenheim, implantée en zone sismique, doit être arrêtée IMMEDIATEMENT, et un chantier-école de démantèlement mis en route.

Rappelons-nous les trois tremblements de terre en Alsace en 2005, dont un à 5,4 sur l’échelle de Richter, et la destruction de Bâle en 1356. De plus la centrale de Fessenheim est située en contre bas du grand canal d’Alsace. Si la digue se rompt, nul besoin de tsunami pour arriver au pire.

Cette initiative de Jeûne illimité ne se réfère à aucune confession, aucun parti et aucun syndicat en particulier. Parce que chaque être humain est doté de conscience et de bon sens, tout(e) citoyen(ne) de la Terre peut rejoindre et renforcer cette initiative. Nous sommes au pays d’Albert Schweitzer, qui lança son appel à la « La renonciation aux expériences nucléaires » en 1958.

Ce jeûne se déroulera à Colmar (bonne accessibilité en train). L’endroit sera défini en fonction du nombre de participants. Ce sera une intense période d’information sur les nuisances de la filière nucléaire mortifère et les alternatives pour la production et l’économie de l’électricité. Il débutera le lundi 18 avril, un peu plus d’une semaine avant le 26 avril, commémoration du début de la catastrophe de Tchernobyl, il y a 25 ans.

4.000 manifestants pour l’arrêt de Fessenheim Reuters Reporterre 2011/04/10 Reuters (10 avril 2011) 4.000 manifestants pour l’arrêt de Fessenheim. Reporterre. fr

4.000 manifestants pour l’arrêt de Fessenheim

4.000 manifestants dans le Haut-Rhin, dimanche 10 avril, pour demander l’arrêt de la centrale de Fessenheim, la plus vieille de France.

PARIS (Reuters) - Près de 4.000 personnes ont manifesté dimanche dans le Haut-Rhin pour demander la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, la plus ancienne de France, a-t-on appris auprès de la gendarmerie.

La manifestation s’est déroulée dans une ambiance « très bon enfant » sur une île proche de la centrale, a-t-on ajouté, en précisant que la majorité des manifestants venait d’Allemagne.

Les militants antinucléaires français et ceux venus d’Allemagne toute proche redoublent de critiques envers la centrale depuis l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon.

Près de 10.000 personnes avait manifesté fin mars pour demander sa fermeture.

En réaction à l’accident survenu au Japon après un séisme et un tsunami le 11 mars, l’Allemagne a mis à l’arrêt ses sept réacteurs construits avant 1980.

Mise en service en 1977, la centrale de Fessenheim, qui possède deux réacteurs de 900 mégawatts chacun, a été bâtie sur une zone sismique.

Un tremblement de terre d’une intensité évaluée à 6,2 sur l’échelle de Richter avait détruit la ville suisse de Bâle, située à 40 kilomètres, le 13 octobre 1356.

La centrale de Fessenheim a été conçue pour résister à un séisme d’une énergie cinq fois supérieure - soit 6,7 - avec un épicentre situé au plus près.

Comme toutes les centrales françaises, elle doit faire l’objet d’un audit décidé après l’accident de Fukushima.

Ses réacteurs font également actuellement l’objet de leur troisième visite décennale qui doit déterminer s’ils peuvent fonctionner dix ans de plus. Le verdict doit être rendu avant juin pour le premier réacteur et en 2012 pour le second.

Un collectif d’associations et de collectivités locales suisses, allemandes et françaises qui demandait la fermeture de la centrale a été débouté le mois dernier par la justice.

La sortie du capitalisme commence à Hendaye le 15 avril Txetx Etcheverry Reporterre 2011/04/10 Txetx Etcheverry (10 avril 2011) La sortie du capitalisme commence à Hendaye le 15 avril. Reporterre. fr

La sortie du capitalisme commence à Hendaye le 15 avril

« Il n’y a qu’une voie possible : il faut massivement réduire notre consommation d’énergie actuelle, et pour cela diminuer considérablement la production matérielle. » Comment on fait ? C’est ce qui sera discuté au Forum « Capitalisme, c’est où la sortie ? », au Pays basque, à partir du 15 avril.

Nous vivons une époque décisive. Chaque jour qui passe est porteur d’une actualité nous avertissant de manière claire et nette que notre modèle économique actuel nous amène droit au gouffre : catastrophe nucléaire du Japon, marée noire du Golfe du Mexique, émeutes de la faim, accélération de la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique, pic du pétrole etc...

Ce modèle, la croissance capitaliste, repose sur de gigantesques besoins en énergie. Mais il s’est violemment heurté contre un mur - celui des limites de la planète - et les conséquences en sont multiples : premiers enchaînements des conséquences sociales et économiques de la fin du pétrole pas cher, guerres du pétrole, risques accrus pris pour son exploitation (plateformes pétrolières en mer profonde, marées noires...), dégâts environnementaux colossaux pour certaines modes d’extraction telles que celui des sables bitumineux au Canada et d’une manière générale tentation d’un recours plus important au charbon malgré les conséquences climatiques catastrophiques d’une telle pratique...

Car la poursuite de l’exploitation massive des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) provoque d’ores et déjà changements climatiques et multiplication des évènements climatiques extrêmes (326 catastrophes climatiques ont été enregistrées en moyenne chaque année entre 2000 et 2004, près de trois fois plus qu’entre 1980 et 1984). Elle nous fait foncer vers les seuils d’emballement -incontrôlable et irréversible- du climat. Pour éviter ce pire là, nous devons réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, d’au moins 50 % à l’échelle mondiale en 2050 par rapport à 1990.

Le mythe de la croissance verte

Certains prônent dès lors la fameuse « croissance verte ». Grâce aux progrès technologiques, nous allons pouvoir continuer à produire plus en polluant moins. Hélas, les chiffres sont têtus et nous montrent le contraire. Depuis les années 70, ces avancées technologiques ont permis le résultat d’une baisse de l’intensité carbone - proportion d’émissions de gaz à effet de serre par unité de P.I.B.- égale à 40 % ! C’est remarquable ! Mais dans la même période, le P.I.B. mondial à triplé (en volume). Les émissions de gaz à effet de serre ont donc été multiplié par 1,9, rendant la situation climatique plus qu’inquiétante. La crise de la bio-diversité, l’acidification des océans etc. accompagnent dramatiquement le mouvement. Il n’y a pas de croissance verte !

Le recours au nucléaire ou aux agro-carburants

D’autres invoquent des solutions miracles pour tout continuer comme si de rien n’était : on fera rouler le même nombre de voitures aux agro-carburants ou à l’électricité, grâce au nucléaire, énergies plus propres en gaz à effet de serre. Les agro-carburants combinés aux effets du réchauffement climatique vont alors participer à la raréfaction et au renchérissement des denrées alimentaires de base, faisant basculer des dizaines ou centaines de millions de personnes supplémentaires au dessous du seuil de pauvreté.

Le nucléaire ne constitue que 5% environ de l’énergie primaire consommée par les hommes. De l’avis même d’un partisan de cette énergie, Jean-Marc Jancovici, il faudrait construire 8.000 réacteurs (contre 400 aujourd’hui) pour que l’atome remplace le pétrole et le charbon. C’est infaisable en 20 ou 30 ans, échéance que nous avons pour réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre, cela rendrait ridicules les réserves prouvées d’uranium (il y a en a pour un siècle environ avec le parc actuel !) et l’on voit déjà, de Tchernobyl en Fukushima, le problème que nous pose ce parc actuel, sans parler de la question des déchets radioactifs et du risque de prolifération de l’armement nucléaire que cela induirait.

La transition énergétique

Nous allons devoir - à moins d’assumer le pire pour la génération de nos enfants actuels - effectuer une transition radicale et massive vers un modèle plus économe et efficace en énergie, et vers un système de production d’énergies entièrement renouvelables et propres. Mais du coup, il nous faudra consommer de l’énergie pour réaliser les reconversions (aménagement du territoire, transports, industrie, agro-alimentaire), les aménagements (isolation des logements...), et produire les dispositifs qui vont permettre de générer ces énergies renouvelables et propres.

Le défi de la transition va donc exiger une importante consommation d’énergie, et dans le même temps, on peut prévoir que l’adaptation aux premières conséquences du réchauffement climatique va également en exiger de plus en plus. Or, dans l’immédiat, cette énergie sera majoritairement d’origine fossile, et nous savons que nous devons impérativement diminuer nettement sa consommation - dès 2015/2020 - pour limiter le changement climatique et éviter les seuils d’emballement à ce niveau.

Vers le bien-vivre soutenable

Alors, comment faire ? Comment boucler la quadrature du cercle ? Il n’y a qu’une voie possible : il faut massivement réduire notre consommation d’énergie actuelle, et pour cela diminuer considérablement la production matérielle, la consommation, la transformation et le transport de matières.

Cela va à l’encontre de toutes les politiques actuellement menées et prônées, qui consistent à « aller chercher la croissance avec les dents », à faire travailler plus (et donc produire, transformer et transporter plus)... Et pourtant, c’est la seule alternative rationnelle et lucide.

Loin de signifier une baisse de la qualité et du niveau de vie de la majorité des gens, elle est au contraire la base du bien-vivre soutenable du plus grand nombre.

Les chemins qui y mènent existent, ils peuvent commencer ici et maintenant, et doivent structurer nos luttes et revendications d’aujourd’hui. Ils passent par la suppression des productions inutiles ou nuisibles, la fin de l’obsolescence programmée des produits, la réduction du temps du travail, la relocalisation de la production, le ralentissement de nos rythmes de vie et de déplacement, la reconversion d’une partie de l’industrie et des services, un réaménagement radical du territoire, la fin de l’agriculture industrielle, la réduction drastique des inégalités sociales, la démarchandisation d’un certain nombre d’activités...

Ces chemins seront évoqués en long et en large tout au long du Forum « Capitalisme : c’est par où la sortie ? » qui aura lieu d’Hendaye à Mauléon en passant par Bayonne, Espelette et Hasparren du 15 avril au 1er mai. Commençons sans plus tarder à les découvrir et à les emprunter !

Les Islandais refusent de rembourser les banques france2.fr Reporterre 2011/04/11 france2.fr (11 avril 2011) Les Islandais refusent de rembourser les banques. Reporterre. fr

Les Islandais refusent de rembourser les banques

Par référendum, les Islandais ont rejeté samedi 9 avril le remboursement des dettes contractées par la banque Icesave.

Les Islandais ont rejeté samedi 9 avril l’accord sur le remboursement de 3,9 milliards d’euros réclamés par Londres et La Haye après la faillite d’Icesave en 2008, embarrassant le gouvernement de Reykjavik.

Cette faillite a spolié près de 340.000 épargnants britanniques et néerlandais. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont dû indemniser les victimes.

« Le résultat du référendum n’affectera pas le début des versements par la société Landsbanki islands hf (qui opérait Icesave, NDLR) aux créanciers prioritaires -y compris les autorités britanniques et néerlandaises », assure le communiqué du gouvernement islandais qui se veut rassurant, évoquant des indemnisations au-delà de 90% des fonds déposés.

Il précise que des versements partiels seront effectués plus tard dans l’année et qu’ils devraient couvrir « près du tiers des fonds des créanciers prioritaires ».

Plus tôt dimanche, Londres et La Haye, déçus du référendum islandais sur les suites de la faillite bancaire, évoquaient un recours.

« Nous avons essayé d’obtenir un règlement négocié avec l’Islande » et « cet accord est maintenant rejeté ». « C’est décevant », a déclaré le numéro deux du Trésor britannique sur la BBC. Et Danny Alexander d’ajouter : « Nous allons discuter avec nos partenaires internationaux, à commencer par les Pays-Bas », qui réclament également aux Islandais le remboursement de 3,9 milliards d’euros.

« Mais il semble que cette affaire va maintenant finir devant la justice ». « Il y a déjà une procédure judiciaire en cours dans le cadre de l’Espace économique européen » et « nous allons voir comment nous y associer », a-t-il conclu.

Les Pays-Bas, également très déçus par le rejet islandais, s’attendent à la reprise de la procédure judiciaire devant l’Autorité de surveillance de l’Association européenne de libre-échange, a indiqué dimanche le ministère néerlandais des Finances. « Le stade des négociations est révolu », a déclaré Niels Redeker, porte-parole du ministère.

M.Redeker a rappelé que la procédure judiciaire devant l’Autorité de surveillance de l’AELE avait été « interrompue pendant les négociations avec le gouvernement islandais » (qui avaient conduit à une nouvelle mouture de l’accord Icesave), ainsi que dans l’attente du référendum de samedi sur cet accord.

L’Islande n’a « aucun problème » pour honorer ses dettes, a vivement réagi à ces déclarations, le ministre islandais des Finances, Steingrimur Sigfusson. Selon lui, « les réserves (de l’Islande) sont plus que suffisantes pour couvrir tous les paiements dans les prochaines années ».

Samedi, près de 60% des Islandais ont voté « non » à ce plan qui s’étalait jusqu’en 2046, refusant de payer l’ardoise de la banque. En mars 2010, les Islandais avaient déjà massivement rejeté, à 93%, une première version d’un accord, moins favorable pour l’Islande.

Et si l’on arrêtait ITER ? Alain Dray et J.-P. Childiac Reporterre 2011/04/11 Alain Dray et J.-P. Childiac (11 avril 2011) Et si l’on arrêtait ITER ?. Reporterre. Tribune — fr

Et si l’on arrêtait ITER ?

Plutôt que dépasser des milliards dans le mirage de la fusion thermonucléaire, il serait plus utile d’affecter cette somme à la transition énergétique.

L’urgence climatique fait désormais l’objet d’un large consensus. Toutefois, dans les réponses à apporter, il existe un vrai clivage entre les tenants d’un techno-productivisme éculé mais tenace et les partisans d’une écologie qui prône des solutions qui impliqueraient des changements majeurs de nos modes de vie. Dans la panoplie des solutions qu’ils proposent, les partisans du techno-productivisme, à droite comme dans la plus grande partie de la gauche, mettent en avant le fait que le progrès technique, à lui seul, sera en mesure de résoudre les problèmes que nous connaissons.

La France, à l’instar de nombreux pays développés, est confrontée à un défi : faire face à la nécessité de diminuer nos émissions de gaz à effets de serre tout en répondant aux besoins en énergie qui doubleront d’ici à 2050. Comment nos élus pensent-ils résoudre cette délicate équation ? En produisant toujours et davantage sans remise en cause majeure de nos manières de consommer. Le nouveau mirage après lequel ils courent est la fusion nucléaire. L’objectif d’ITER, réacteur d’essais qui ne produira pas d’électricité, est la maîtrise de cette technologie. A l’inverse de la fission qui produit de l’énergie en cassant des atomes, la fusion en dégage en faisant fusionner deux isotopes de l’hydrogène, le deutérium et le tritium. La réaction forme un plasma dont la température atteint près de 150 millions de degrés et qui est confiné à l’aide d’aimants supra-conducteurs (le tokamak).

Deux principaux arguments sont présentés pour défendre ITER. Le premier est qu’il est une technologie propre et qui répondra à nos besoins en énergie tout en résolvant le problème des déchets. Le second est qu’il permet de lutter contre le réchauffement climatique. Pourtant, la liste des difficultés techniques sont nombreuses et montrent l’inanité des arguments employés en faveur de ce projet. En outre, en trois ans, les coûts ont triplé passant de 5 à 15 milliards d’euros. Enfin, l’exploitation de la fusion nucléaire, n’interviendrait qu’entre 2070-80.

En ce qui concerne les difficultés techniques, la première est celle concernant l’approvisionnement en tritium. En effet, cet isotope de l’hydrogène indispensable à la fusion, n’est pas présent naturellement sur terre et il est prévu d’en produire au sein du tokamak. Pour cela, une série de réactions en chaîne devra être maîtrisée. La faisabilité de cette opération complexe n’est pas démontrée.

La seconde difficulté est celle posée par la fusion qui provoquerait une température atteignant 150 millions de degrés. Deux problèmes se posent. D’une part, il faudrait des matériaux capables de résister à une telle chaleur. Or, pour le moment, ils n’existent pas. En outre, elle provoquerait une irradiation permanente de particules de haute énergie, ce qui rendrait les matériaux ordinaires friables et radioactifs. D’autre part, la fusion provoquerait un plasma qu’il faudrait contrôler 24 heures sur 24 durant 90% du temps de l’exploitation d’un réacteur à fusion sur quelques décennies. Or, à présent, on ne parvient à contrôler le plasma que durant quelques secondes.

Enfin, faut-il rappeler que ce projet est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique  ? Il paraît utile de rappeler l’opposition de trois lauréats du prix Nobel de physique. Pierre Gilles de Gennes avait le premier déclaré : « Quoique grand défenseur des grosses machines communautaires, il y a trente ans, je n’y crois malheureusement plus […] on se lance dans quelque chose qui, du point de vue de l’ingénieur est une hérésie. » Pour Masatochi Koshiba, Iter ne présente pas un certain nombre de conditions, à savoir la sûreté et les coûts économiques. Malgré son adhésion à la recherche sur le nucléaire, Georges Charpak dénonçait récemment un projet « hors de prix et inutilisable. » Selon lui, le coût du financement se fera au détriment d’autres programmes de recherche et les faits lui donnent raison.

En effet, pour combler le besoin de financement supplémentaire de 1,4 milliard d’euros, les budgets européens non exécutés ont été ponctionnés. La Commission européenne a proposé de transférer 400 millions d’euros du budget agricole et 460 millions du budget recherche à ITER. Les Etats membres, dont le soutien à ce projet pharaonique ne faiblit pas, ne veulent pourtant pas augmenter leurs contributions. Pour les 560 millions restants aucune solution n’a pour le moment été trouvée. Les paysans, dont une part importante vit des minimas sociaux, subissent de plein fouet une crise agricole européenne, notamment dans le secteur laitier. De fait, c’est à eux qu’il est demandé de faire l’effort pour faire face à la dérive financière du projet ITER. Le budget de la PAC devrait plutôt être employé à soutenir leurs revenus, à développer des exploitations durables et à réguler certains marchés déprimés. De la même manière, le redéploiement des crédits de recherche pour financer les surcoûts d’ITER se fait au détriment de nombreux projets européens de recherche.

Les collectivités locales de PACA financent le projet à hauteur de 467 millions d’euros. A eux seuls, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône et la Région participent aux deux tiers en apportant 152 millions d’euros chacun. Pour le premier, la somme représente 30% du projet quinquennal d’investissement ! Quant à la seconde, son président a renoncé à abaisser les tarifs du TER. Que nos élus locaux s’inspirent de l’exemple donné par les députés européens ! En effet, pour 2011, ceux qui participent à la Commission budget ont décidé de diminuer de 47 millions d’euros (soit de 10 %) les fonds alloués à ITER.

Qu’ils prennent conscience qu’une autre politique énergétique est possible. Au lieu de chercher à toujours produire davantage, commençons par économiser et diminuer notre consommation d’énergie. Le «  scénario Negawatt  » a démontré qu’il est possible de répondre à nos besoins par la sobriété et l’efficacité énergétique ainsi qu’en ayant recours aux énergies renouvelables. Ceci suppose une approche différente de notre mobilité en adaptant nos modes de transport, en relocalisant nos activités économiques et en produisant autrement. Réaliser des économies d’énergie, réduire la pauvreté énergétique, créer des emplois. Tout ceci est possible en lançant des actions d’envergure dans le cadre d’une vaste transition économique, sociale et écologique. Les chantiers sont vastes  : l’aménagement équilibré des territoires, rénovation des logements, développement et baisse des tarifs des transports collectifs urbains.

A Tours, des CRS pour abattre des arbres CODAT (Collectif pour la défense des arbres de Touraine) Reporterre 2011/04/12 CODAT (Collectif pour la défense des arbres de Touraine) (12 avril 2011) A Tours, des CRS pour abattre des arbres. Reporterre. fr

A Tours, des CRS pour abattre des arbres

Le mail Jean Royer est occupé depuis mercredi 6 avril par un nombre croissant d’individus opposés à l’opération catastrophique pour l’environnement et la vie collective du quartier Sanitas, consistant à abattre 180 arbres pour faire passer un tramway qui aurait très bien pu passer ailleurs. Le massacre a, en effet, commencé ce jour-là, créant la mobilisation dans le quartier. Soutenus par de nombreux habitants qui les ravitaillent, les occupants ont installé un petit campement de tentes, de hamacs et dorment sur place pour empêcher les tronçonneurs de commettre leur sinistre besogne. Aucune tentative de dialogue n’a à ce jour n’est venue de la mairie.

Ce matin 12 avril, dès 6h30, les CRS et la police municipale ont procédé à l’expulsion par la force des militants et des habitants venus les soutenir. Plusieurs personnes ont été blessées dans l’opération. Dans la foulée, une soixantaine d’arbres ont été abattus, sous la protection de la police et devant les pleurs de certains habitants du Sanitas qui voient ainsi partir un lieu de vie important pour le quartier.

Nous avons l’intention de continuer à nous opposer à la suite de la destruction du mail du Sanitas, et nous dormirons encore ce soir sur place.

Murmures de Fukushima Marie-Paule Nougaret Reporterre 2011/04/12 Marie-Paule Nougaret (12 avril 2011) Murmures de Fukushima. Reporterre. Tribune — Catastrophes nucléaires fr

Murmures de Fukushima

Vous lisez cet article sur un ordinateur, il est mis en ligne sur un ordinateur, il a été écrit sur un ordinateur. Nous consommons de l’électricité. « Fukushima nous le murmure : la dématérialisation, c’est du vent. »

Le bruit nous vient très atténué de la réalisation des pires pronostics à 14 000 km. Beaucoup qui l’avaient vue venir ne bougent plus, de peur de déranger le fragile équilibre des chances, du hasard, que les autorités accusent de la catastrophe. Écrasés d’impuissance. Plongés dans la méditation du proverbe (juif dit–on), que mieux vaut avoir vaguement tort que complètement raison.

Seuls les antinucléaires professionnels, qui passent leur vie de travail sur ce dossier, savent exactement quelle question poser, quelle information apporter. Le site Internet de la Criirad , de Valence, dans la Drôme, jamais autant consulté, publie entre autres des relevés de ses balises de surveillance de l’air.

1 becquerel (Bq) = 1 désintégration par seconde. Et selon ces mesures, 1 m3 d’air en Provence, émet quelques milliBq, soit mille fois moins.

La Criirad analyse aussi les pluies, qui accélèrent les retombées, ce qui lui a permis de calculer, le 29 mars, un taux de cumul au sol d’iode 131, de 8,5 Bq par m2 [en France]. Pour qu’il y ait danger, précise son président, Roland Desbordes, il faut des centaines de Bq au m2. Aucun risque pour l’instant. On devait atteindre la dizaines de Bq à la mi avril, toujours selon l’association.

Pour vérifier ce point, affiner le propos, par téléphone, il faut allumer la box, brancher l’adsl et dépenser de l’électricité. Pour un simple coup de fil qui demandait auparavant 6 volts. Vingt ans que les écologistes ont changé toutes leurs ampoules et pourtant la consommation augmente sans arrêt. Pensez aux guitares électriques, ces beautés. Comme il semble loin le temps où Greenpeace organisait du rock and roll dehors avec des photopiles : le moindre village veut sa montagne d’amplis, le moindre concert un stade de sport.

Pour taper cet article, malgré les deux ou trois machines à écrire, dont une énorme, de rédaction, que je conserve par précaution ; pour rédiger seulement, il faut de l’électricité : faire chauffer un ordinateur à jour, aux normes Internet, sans quoi pas de publication.

On appelait cela : dématérialisation de l’économie, du support de l’information, fin de la presse papier. C’était censé sauver le climat en épargnant des arbres. Fukushima nous le murmure : la dématérialisation, c’est du vent.

Rien de plus matériel que l’électricité, elle génère les déchets les plus lourds du monde. Les centraux d’Internet, sur le réseau, dévorent tant de courant que tels des petites centrales, ils exigent un refroidissement (par eau). Les portables contiennent des minéraux mortels comme le coltan, qui tue au Congo. Les ordinateurs désuets deviennent des déchets toxiques bien concrets.

Ce qui se dématérialise en fait, c’est le contenu, pas le contenant, la connaissance publique, l’information publiée, conservable, lisible à tout moment, à risque juridique donc vérifiée. Sa fiabilité, sa crédibilité.

Après le vote électronique, s’il s’impose, la numérisation des archives judiciaires, en cours, et celle, achevée, des statistiques officielles sur les rejets toxiques (autorisés) de l’industrie dans l’air et l’eau, ne resteraient que des données en ligne, susceptibles de disparition. Pire, falsifiables à souhait, du moins le semble-t-il. Le contenu de l’information devient suspect.

14.000 km et comme toujours, en matière de pollution, la topographie joue à fond. Le vent de Fukushima traverse les Etats-Unis 6 à 8 jours avant l’Europe, du fait de la rotation de la Terre. La météo s’en mêle aussi. Du temps de Tchernobyl, l’anticyclone de Sibérie rabattait l’air dans le sens des aiguilles d’une montre, de la Corse en Provence et vers le nord. Un autre exerce en France sa force centrifuge en ce moment.

Pour mémoire, selon la Criirad, Tchernobyl dans ce pays c’étaient 1.000 à 200.000 Bq et davantage d’iode 131 par m2 de sol, selon les régions. De Fukushima n’arrivent ici que des murmures, mais insistants.

L’iode 131 prend huit jours pour perdre la moitié de sa radioactivité. Le Césium 137, d’une demi vie de 30 ans, reste en dessous du niveau de quantification dans les retombées de Fukushima analysées par la Criirad, pour l’instant. Les gaz et particules continuent d’arriver. Vers le milieu du mois d’avril, la Criirad s’attend à mesurer en France une infime radioactivité des légumes « à large surface de captage : blettes et épinards », cultivés en plein champs ou arrosés avec de l’eau ayant reçu les retombées . Et quelques jours plus tard, du lait des animaux ayant mangé l’herbe du printemps (beaucoup restent au régime d’hiver). Elle recommande d’éviter aux enfants dès lors les légumes feuille, de passer au lait longue conservation et ne pas abuser de fromages, chèvre et brebis surtout. Inutile et toxique de prendre de l’iode : manger des aliments iodés suffit à saturer la thyroïde et protéger.

Mais le bruit circulait déjà, le buzz - bourdonnement - sur Internet, et les mères de famille ont bougé : on ne trouve plus guère d’algues dans les magasin bio.

La Criirad recommande encore d’arroser les plantes au pied, plutôt que sur le feuillage. Au sol, système ouvert, ou dans les mares et les fossés, les particules se dispersent, digérées par les vers, les insectes, les oiseaux etc. On peut compter sur une large diffusion, avec des points de concentration. On ne peut pas se protéger des rayonnements. On pourrait en revanche éviter l’erreur de rassembler les particules rayonnantes dans des systèmes fermés, comme les puits à ciel ouvert, en liaison directe avec la nappe, les piscines, les abreuvoirs, qu’il vaudrait mieux couvrir.

La protection civile suisse enseigne ce geste : bâcher les puits et potagers, mais elle n’a pas lancé d’alerte à ce jour (12 avril). On sait par les études des pollution, que des végétaux absorbent des corpuscules (et les gaz liquéfiés par temps froid) dans le film d’eau présent sur leur feuillage. Certains comme les choux possèdent une cuticule crieuse qui retient les hydrocarbures, tel les suies grasses de diésel. D’autres comme la sauge présentent une surface rugueuse, accidentée qui emprisonne les particules. L’herbe en forme de brosse capture la poussière de façon efficace et le Ray Grass sert à la surveillance de l’air. Le thym en fleur du mois de mai a piégé en Provence les retombées de Tchernobyl, sur les gouttes d’huile essentielles à la surface de ses feuilles, comme la Criirad l’a découvert en 1986.

Les secrétions huileuses augmentent pour la floraison des aromates qui a commencé avec le romarin et culmine fin juin, au solstice d’été. Couvrir ces plantes de plastique, ou laisser la récolte 2011 grainer sur pied. Pourvu que ces précautions se révèlent exagérée, qu’on n’en ait pas besoin. Mais il ne sert à rien d’en prendre après.

Avec un peu de chance, l’hiver venu, l’iode 131 ne sera qu’un mauvais souvenir. La Criirad a annoncé que radioactivité de l’air semblait diminuer aux Etats-Unis, ô très peu, le 7 avril. Mieux vaut de toutes façons se garder de la menthe, du persil, du basilic, et autres merveilles parfumées cultivées en ville, dans les gaz d‘échappement, les bris de systèmes de freins, les fragments de pneus au cadmium, et le fer des rails et vélos.

Jusqu’à 1,9 millions de becquerels à 40 km de Fukushima ACRO Reporterre 2011/04/12 ACRO (12 avril 2011) Jusqu’à 1,9 millions de becquerels à 40 km de Fukushima. Reporterre. Pollutions fr

Jusqu’à 1,9 millions de becquerels à 40 km de Fukushima

Des localités situées à 40 km de la centrale de Fukushima sont plus contaminées que des villages situés près de Tchernobyl.

Iitate-mura : un village fortement contaminé à 40 km de la centrale de Fukushima

Communiqué du 11 avril 2011

La situation des quatre réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima est loin d’être sous contrôle et des rejets dans l’atmosphère et dans la mer se poursuivent. Mais, un mois après le début des quatre catastrophes nucléaires, les conséquences sont déjà dramatiques bien au-delà de la zone d’évacuation des 30 km.

A la demande de citoyens japonais, l’ACRO, laboratoire associatif d’analyse de la radioactivité créé il y a 25 ans, juste après la catastrophe de Tchernobyl, a analysé gracieusement des échantillons de terre et d’eau en provenance des municipalités de Iitate, de Kawamata et de Fukushima, situées entre 40 km et 50 km au Nord Ouest de la centrale accidentée.

Les résultats des analyses effectuées par l’ACRO, dont le laboratoire est agréé, démontrent une situation alarmante : le sol des fermes et des champs de riz est fortement contaminé en tous les points où des prélèvements ont été faits. De l’iode 131, des césiums 134, 136 et 137… et de nombreux autres radioéléments ont été détectés. Les résultats complets sont sur notre site Internet.

La contamination par l’iode 131 est prépondérante. Les niveaux sont tels qu’il serait prudent d’évacuer le village d’Iitate : au lieu dit Maeda, nous avons détecté 1,9 millions de becquerels par mètre carré.

Malheureusement, cette situation alarmante va perdurer, à l’instar de ce que l’on a observé dans les territoires contaminés de la région de Tchernobyl. Car si l’iode et la plupart des autres radioéléments détectés vont disparaître rapidement par décroissance radioactive quand les rejets auront cessé, ce n’est pas le cas du césium 137 qui a une période radioactive de 30 ans, c’est-à-dire qu’il diminue de moitié tous les 30 ans.

Le sol des fermes et des champs de riz est aussi fortement contaminé en césium 137 partout où des prélèvements ont été faits. A titre de comparaison, le gouvernement japonais vient de fixer à 5 000 becquerels de césium 137 par kilogramme de terre la limite au-dessus de laquelle il ne sera pas possible de cultiver le riz. Tous les sols de Iitate mesurés par l’ACRO sont au-dessus de cette limite. Seul le champ de riz d’Iisaka dans la commune de Kawamata est en dessous. C’est le lieu dit Maeda situé dans la commune d’Iitate qui est plus contaminé avec 39 600 becquerels par kilogramme de terre.

A titre de comparaison avec la situation en Biélorussie, où un droit à la migration avait été instauré à partir d’une contamination radioactive de 185 000 becquerels par mètre carré et un droit au relogement à partir de 555 000 becquerels par mètre carré, nous avons aussi exprimés nos résultats dans cette unité. Presque toutes les zones contrôlées par l’ACRO sont au-dessus de ces limites.

Une cartographie précise des retombées des rejets aériens est impérative. Cette contamination provient des dépôts secs et des pluies, comme en témoignent les niveaux relevés dans de l’eau de pluie prélevée dans une bassine.

Dès le 12 mars, l’ACRO a mis en ligne un suivi en continu des évènements au Japon. Quand il est devenu évident qu’il s’agissait d’une catastrophe de grande ampleur, nous avons lancé un appel à souscription pour venir en aide aux populations japonaises confrontées à la pollution radioactive. Nous sommes plus que jamais convaincus de la nécessité d’aider au développement au Japon d’une expertise citoyenne similaire à celles exercées par l’ACRO en France et par les habitants des zones polluées en Biélorussie. Nous continuons donc à faire appel à la générosité pour favoriser son émergence.

Enfin, dès l’annonce de l’arrivée des particules radioactives en France métropolitaine, nous avons mis en place une surveillance de tout le territoire national à l’aide de notre réseau de préleveurs volontaires. Les résultats sont aussi en ligne sur notre site Internet.

Rejoignez nous le mardi 12 avril 2011 à 20h pour une conférence-débat sur la catastrophe nucléaire qui se déroule dans la centrale de Fukushima dai-ichi, au Japon : Maison des associations de Caen, 7 bis rue Neuve Bourg l’Abbé, 14000, Caen.

Le gouvernement japonais aurait minoré le niveau de gravité à cause des élections Antoine Bouthier (lemonde.fr) Reporterre 2011/04/13 Antoine Bouthier (lemonde.fr) (13 avril 2011) Le gouvernement japonais aurait minoré le niveau de gravité à cause des élections. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Le gouvernement japonais aurait minoré le niveau de gravité à cause des élections

« Le Parti démocrate a certainement retardé l’annonce du reclassement du niveau de gravité pour attendre la fin les élections, qu’il a d’ailleurs perdus. Je réclame plus de transparence. » Ce message, envoyé sur Twitter par @pukuma, un habitant de la préfecture de Shimane, dans le sud du Japon, n’est pas un cas isolé. Depuis mardi matin, des accusations du même type déferlent sur le réseau social, très utilisé dans l’archipel.

De nombreux Japonais en veulent aux autorités d’avoir attendu la fin des élections locales de dimanche pour reclasser subitement l’accident nucléaire de Fukushima au même niveau que celui de Tchernobyl.

Alors que la situation semblait stable depuis quelques jours, ce n’est que mardi que l’Agence japonaise de sûreté nucléaire a élevé l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Dai-Ichi au niveau maximum de 7 sur l’échelle des événements nucléaires et radiologiques. Déjà, lundi, la décision d’élargir la zone d’exclusion à trente kilomètres au lieu de vingt autour de la centrale endommagée avait suscité l’étonnement.

Au Japon, la crise nucléaire est désormais un enjeu politique national. Ce qu’a pu ressentir la majorité démocrate, lourdement sanctionnée pour sa gestion hasardeuse de la crise, en particulier dans la préfecture de Tokyo. Dans la capitale, le sujet du nucléaire a dominé la campagne électorale, éclipsant les enjeux plus locaux.

Le sulfureux Shintaro Ishihara, porté par le parti libéral d’opposition, y a été réélu gouverneur haut la main. Lors de la campagne, il a pris des mesures fortes comme celles de mesurer le niveau de contamination de l’eau de Tokyo, avant d’en siroter devant les caméras, directement à l’usine de traitement des eaux.

Il a également promis de renforcer la protection de la capitale contre les catastrophes naturelles, et a effectué une visite symbolique dans la préfecture de Miyagi, touchée par l’accident nucléaire de Fukushima. A ses dépends, le premier ministre, Naoto Kan, s’est souvent vu comparé à M. Ishihara dans les médias. Si l’annonce de rehausser le niveau de gravité avait été faite avant dimanche, la déroute du parti démocrate en aurait certainement été aggravée.

Près de Fukushima, lundi, la recommandation d’évacuer le village d’Iitate a provoqué une grande confusion, rapporte l’agence AP. Les autorités locales avaient encore assuré, la semaine dernière, que les 6 200 habitants n’étaient pas en danger. « Ils n’ont pas voulu donner l’ordre formel de partir parce qu’ils ne veulent pas payer de compensation. (...) Je pense que c’est une question d’argent, pas de sécurité », dénonce Kayoko Iga, qui habite dans la zone d’exclusion.

Egalement cité par l’agence, Hideo Hayashi, un sous-traitant de Tepco, soupire : « J’ai travaillé à la centrale. Contrairement à la plupart des gens du coin, je m’y connais en radioactivité (...). Je pense que le gouvernement a été bien trop optimiste pour éviter la panique. »

Mais sur Twitter, la communication du gouvernement semble avoir provoqué l’effet inverse : « Il est évident que le gouvernement a retardé cette annonce à cause des élections. Les déclarations sur la sûreté étaient démagogiques... une démagogie de la rumeur. J’ai peur que l’esprit pacifique des Japonais n’en soit altéré », s’inquiète le Tokyoïte @IKE_SYO.

Des travailleurs de Casino et Moulinex à l’assaut du pouvoir de la finance Fakir Reporterre 2011/04/13 Fakir (13 avril 2011) Des travailleurs de Casino et Moulinex à l’assaut du pouvoir de la finance. Reporterre. fr

Des travailleurs de Casino et Moulinex à l’assaut du pouvoir de la finance

Le patron de Casino est Jean-Charles Naouri, l’homme qui a organisé la dérégulation bancaire en France, donnant ainsi un pouvoir démesuré à la finance. Des travailleurs de Moulinex et de Casino lui demandent de reconnaître et réparer ses torts.

Ne fuyez plus, Monsieur Naouri !

Tous munis d’une action, des anciens salariés de Moulinex (via leur association, l’ApicMx), des gérants de Petit Casino (soutenus par la CGT Gérants Casino) et les amis du journal Fakir (à qui la multinationale réclame 75 000 €) interviendront lors de l’Assemblée générale du groupe Casino, ce jeudi 14 avril. Ils tiendront un point presse à l’entrée, à 9 h 30 devant la salle Wagram (39 avenue de Wagram, à Paris). Ils formuleront notamment trois exigences à Jean-Charles Naouri. Voici leur déclaration commune :

Nous, anciens salariés de Moulinex, gérants de Petits Casinos, amis du journal Fakir, journalistes, citoyens, nous sommes venus l’an dernier à l’Assemblée générale du groupe Casino. Nous n’avons obtenu aucune réponse de son PDG, Monsieur Jean-Charles Naouri – qui avait préféré la fuite. Nous revenons donc en deuxième saison, avec des exigences simples sur trois points :

1 – Entre 1984 et 1986, Monsieur Jean-Charles Naouri exerçait comme directeur de cabinet au ministère de l’Economie. C’est lui qui a opéré le « big-bang de la finance ». De son propre aveu, il a mis en œuvre cette « révolution », non pas dans la transparence, mais de façon cachée. Nous le citons : « On ne voulait pas donner l’idée qu’il y avait un grand mouvement, parce qu’on aurait fait peur, explique ainsi Jean-Charles Naouri. Au contraire, on a fait cela très éparpillé, très morcelé, pour qu’il ne se constitue pas une opposition unie contre nous. » (Source : la biographie Pierre Bérégovoy, de Christine Rambaud.)

Vingt-cinq ans plus tard, la Finance a resserré son emprise sur l’économie, et donc sur nos vies. Nous subissons toujours les conséquences de cette « profonde réforme ». Pourtant, jamais Monsieur Jean-Charles Naouri n’a accepté de débattre, publiquement, de cette orientation. Nous lui demandons aujourd’hui de s’expliquer, en toute transparence cette fois, devant des députés, des journalistes, des citoyens, des caméras.

2 - En 1994, à la tête de son fonds d’investissement, Euris, Monsieur Jean-Charles Naouri a acquis 33 % de Moulinex. Et il a recruté son ami Pierre Blayau, à la réputation de « corporate killer » pour diriger l’entreprise. Ce nouveau directeur annonce alors 2 600 suppressions d’emploi (sur 11 000). Aussitôt, le titre Moulinex gagne 21 % en Bourse. Monsieur Jean-Charles Naouri se retire, alors que le cours de l’action culmine. Il en soustrait une plus-value – que lui évalue à 25 millions d’euros. Le double, d’après les députés et les syndicats, aux alentours de 50 millions d’euros. Qu’importe : il y a gagné beaucoup.

Pendant que les anciens salariés de Moulinex, eux, ont tout perdu : leur emploi, d’abord, leurs revenus – et nombreux sont ceux, comme Nadine, à se rendre au Secours Populaire pour nourrir leur fille, ou qui portent un manteau à 5 € estampillé Croix-Rouge. Ils ont perdu leur santé, aussi, dépressions qui se suivent et se ressemblent. Ils ont perdu leur vie, parfois : dix d’entre eux se sont suicidés.

Nous demandons donc à Monsieur Jean-Charles Naouri une chose très simple : qu’il rende aux anciens salariés de Moulinex les 25 millions d’€ de bénéfices (sa propre estimation) qu’il a retirés de cette débâcle. Seuls les rapaces se nourrissent sur le dos des cadavres.

3 – Lors de cette Assemblée générale, dans sa « présentation des résultats financiers », Monsieur Jean-Charles Naouri ne dira pas un mot de Jacqueline Geissbuhler, de Joël Anres, de Christophe Léger, de Monsieur et Madame Louis, et de centaines d’autres, tous gérants de Petits Casino, tous au bord de la déprime. D’après L’Express, « au moins 5 % des ex-gérants de Petit Casino sont en procès avec le groupe » (16 juin 2010). Les litiges sont si nombreux que les avocats se répartissent les dossiers par région – ainsi de Maître Jorquera à Grenoble : « J’en ai un nombre certain. En général, les gens que je reçois sont dévastés. Ils ont travaillé six jours sur sept, voire sept jours sur sept, pour même pas le SMIC. Et à l’arrivée, ils sont virés de leur emploi, de leur logement, pour de soi-disants déficits de gestion. Je suis atterré par ces méthodes. Aujourd’hui même, d’ailleurs, pour un client, on vient d’obtenir des dommages et intérêts. » Même constat pour Maître Bouyer-Fromentin, à Neuilly : « Je rencontre des gens brisés. Qui n’ont pas pris de congé depuis deux ou trois ans. Qui n’ont plus, parfois, des réflexes de défense : c’est l’entourage qui me demande alors d’intervenir. Cette pression sur les gérants s’est renforcée, très nettement, depuis que ce sont des financiers qui ont pris les rênes du groupe Casino. »

Monsieur Leclercq, qui officiait en 2007 à Meurchain, témoigne : « Là, on est descendus à 600 € pour mon épouse et moi à 500 €. Donc un SMIC pour deux. Casino m’a promis monts et merveilles, et j’ai cru aux belles paroles. En fin de compte, c’est de l’arnaque, le miroir aux alouettes. Et si vous ne gagnez pas assez, ils vous incitent à travailler plus. Ils vous poussent à ouvrir sept jours sur sept, et non-stop. J’ai tout perdu : ma santé, 50 000 €, des années de joie de vivre. Pour tenir, on carbure au Tranxène. »

Nous demandons donc à Monsieur Jean-Charles Naouri de requalifier tous les « gérants non-salariés » et autres « franchisés » qui le souhaitent en « contrats de travail salarié », avec 35 heures hebdomadaires et au-delà, des heures supplémentaires majorées. Dans plusieurs cas, la Cour de cassation leur a d’ores et déjà donné raison.

Nous étions déjà présents l’an dernier.

Nous sommes de retour cette année.

Et nous serons encore là l’an prochain, toujours plus nombreux.

Avec ce rendez-vous, à travers Jean-Charles Naouri, l’homme qui a libéré la Finance, c’est le pouvoir de tous ses frères financiers que nous combattons – eux qui leur pression sur les Petits Casino, mais aussi sur France Télécom, sur Renault, sur Airbus, sur Goodyear, sur Continental, etc.

Et à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

Nicolas Hulot : « J’ai décidé d’être candidat » Nicolas Hulot Reporterre 2011/04/13 Nicolas Hulot (13 avril 2011) Nicolas Hulot : « J’ai décidé d’être candidat ». Reporterre. fr

Nicolas Hulot : « J’ai décidé d’être candidat »

Déclaration de candidature à l’élection présidentielle : le texte de son discours prononcé le 13 avril 2011 à Sevran.

Changeons de cap

Depuis 35 ans, je parcours le monde et je l’ai vu changer. J’ai exploré ses beautés, j’ai partagé ses bonheurs. En même temps, j’ai mesuré l’aggravation simultanée des inégalités et des destructions de la nature. L’humanité est devenue la proie d’une épidémie de crises qui accable le plus grand nombre. Les équilibres sociaux chancellent, ceux du climat et du vivant s’effondrent. Les hommes et les femmes de ce temps sont désemparés. Ils craignent pour leur emploi, leur sécurité, leur environnement, leur santé et l’avenir de leurs enfants. La marche triomphante du progrès prend les allures d’un immense malentendu. En France aussi les conditions de vie se dégradent. Les difficultés s’accumulent. La précarité devient un sentiment prégnant. C’est, pour beaucoup de nos compatriotes, la peur quotidienne du chômage, du déclassement, de l’exclusion, c’est l’angoisse des factures et des fins de mois difficiles, le piège de l’endettement, le stress de la compétition, le mal être récurrent, la perte des repères, la dissolution du lien collectif et des solidarités.

L’urgence et le devoir nous obligent à changer de cap.

Un autre monde est non seulement possible, il est nécessaire. La créativité humaine ne fait pas défaut. Fixons lui des priorités sans confondre progrès et performance. L’économie, la technologie, l’argent lui même, ne sont pas des fins mais des moyens. Leur donner du sens, c’est la seule expression de la modernité. La volonté, les compétences, la citoyenneté, la générosité, l’envie d’agir et le désir de changer sont partout. Je le sais, j’y puise mon énergie. Le changement est déjà en marche dans la société civile. Il faut l’encourager, le légitimer, l’accompagner par la cohérence de l’action publique en fixant ensemble de nouvelles priorités qui rompent avec le capitalisme sauvage.

Ouvrons maintenant la porte de l’avenir en engageant la transformation écologique et sociale de la société.

J’ai pour ma part franchi un cap. Jusqu’ici je crois que mon mode d’engagement a été utile. En conscience, j’estime qu’il doit passer maintenant à une autre étape. J’ai donc décidé d’être candidat à l’élection présidentielle et de mettre au service du changement le capital de confiance que j’ai pu accumuler auprès des Françaises et des Français. Dans ce moment de gravité et de complexité que traverse notre pays, je n’ai pas d’autre ambition que de contribuer à ouvrir la voie d’une société nouvelle, écologique et sociale. Je le ferai avec modestie mais détermination, sans arrogance mais avec toute ma volonté et mon énergie.

L’heure est maintenant au changement de cap pour refonder l’espoir. Changer de cap, c’est d’abord s’appuyer sur le meilleur de l’humanité : la solidarité, le partage, la justice, la démocratie, la tolérance, la modération, la sobriété, la diversité, le juste échange. Changer de cap, c’est libérer la société et les esprits des diktats d’un mode production et de consommation contaminé par l’illusion de la croissance quantitative, s’émanciper d’un monde happé par la frénésie du toujours plus et par la compétition agressive, s’affranchir du profit et du marché sans limite, réhabiliter l’esprit public.

Changer de cap, c’est engager dès maintenant une transition vers la société nouvelle, écologique et sociale, à travers un train de mesures clés et concrètes que je développerai au cours de ma campagne. Je proposerai au débat, pour que chacun s’en empare et en devienne l’acteur, une transformation progressive des activités et des comportements. Les solutions existent pour améliorer l’emploi, mieux redistribuer les richesses, installer une croissance qualitative et sélective. Des leviers existent pour engager d’autres manières de produire, de s’alimenter, de se loger, de se déplacer, pour encourager les innovations et les investissements, économiser l’énergie et les ressources naturelles, déployer la fiscalité plus équitablement et plus efficacement. Des moyens existent pour faire décroître l’empreinte écologique, protéger la santé, soustraire les biens communs à la spéculation, remettre la finance à sa place, tisser les solidarités ici et avec les pays du Sud, fortifier la démocratie.

Changer de cap, c’est enfin concourir à l’apaisement de la société en rassemblant les énergies plutôt qu’en encourageant les affrontements. Les postures de division chronique sont désormais un luxe indécent face à l’urgence et à la complexité des enjeux. La société est fatiguée des idéologies creuses. J’invite chacun à prendre sa part dans la mutation en veillant évidemment à une répartition juste et équitable des efforts. Aux peurs et aux pulsions identitaires qui désagrègent les liens du vivre ensemble, il faut opposer un projet de société constructif et partagé. Le meilleur atout pour réussir le changement, c’est la diversité.

Dans ce défi majeur, je sais que la France ne détient qu’une partie des solutions. Mais je sais aussi qu’elle a les moyens de se montrer novatrice et audacieuse, notamment dans l’espace européen qui est devenu notre biotope commun. La France et l’Europe peuvent devenir le centre d’émergence d’un nouveau modèle de développement et retrouver ainsi un éclat de référence et de fierté dans le monde.

L’élection présidentielle va mettre nos concitoyens et nos concitoyennes en situation de responsabilité. Dans un an, il s’agira de choisir : prolonger le statu quo d’un système périmé en s’entêtant dans un modèle de développement qui n’est plus la solution mais le problème ou engager la dynamique du changement vers une société nouvelle, écologique et sociale.

Soyons clairs : je le dis sans dogmatisme ni agressivité, le projet d’un nouveau modèle de développement est de mon point de vue incompatible avec les politiques que le pouvoir en place et sa majorité développent en France. Ma candidature s’inscrit dans le sens de l’intérêt général. Elle se situe donc à l’opposé des choix qui privilégient inégalités et exacerbation des peurs et qui sacrifient les priorités écologiques et sociales.

Cela ne vaut pas pour autant blanc-seing pour ceux qui, à gauche ou au centre, se proposent de diriger le pays. Dans mon esprit, il n’y aura aucun soutien automatique à qui que ce soit. L’exigence écologique et sociale ne peut plus s’accommoder de quelques corrections à la marge ou de compromis politiciens, elle suppose de la part des partenaires la prise en compte sincère des nouveaux paramètres et un niveau de réponse approprié. Seule compte à mes yeux une volonté indéfectible de partager l’immense chantier écologique et social. C’est à cette unique condition de cohérence politique que nous pourrons engager avec d’autres le contrat de la métamorphose.

Répondre aux crises et aux angoisses, c’est proposer un modèle de développement qui bâtisse l’avenir et retrouve l’espoir. Pour le porter, je sollicite le soutien de l’ensemble des écologistes et notamment de mes amis d’Europe Ecologie-Les Verts, mais aussi plus largement de toutes celles et de tous ceux qui ne se résignent pas au déclin conjoint de l’humanité et de la nature. J’en appelle à celles et ceux qui savent qu’on ne peut plus s’exonérer de toute limite, notamment des limites physiques de la planète. J’en appelle à celles et à ceux qui refusent de s’abandonner à la fuite en avant productiviste et aux délires ultra libéraux, de consentir aux inégalités et à la régression sociale, de subir un endettement massif, d’exacerber les tensions entre les peuples, les cultures et les religions.

J’en appelle aux citoyens et aux citoyennes pour qu’ils se rassemblent et se mobilisent afin de transformer une volonté individuelle en énergie collective.

Au service d’un mouvement tourné vers l’avenir, je souhaite que ma candidature devienne un levier pour agréger les énergies autour d’un nouveau modèle de développement dont les impératifs écologiques et sociaux soient le moteur. Je souhaite ainsi favoriser l’émergence d’une nouvelle majorité politique pour mettre en œuvre ce changement de cap et cette refondation de l’espoir.

Ensemble, décidons du monde que nous voulons dans les champs du possible. Ensemble, construisons l’alternative qui ne soit pas seulement une alternance de pouvoir. Ensemble, bâtissons l’avenir.

Une pétition pour soutenir l’ouvrier de Continental qui refuse le fichage ADN Par Julien villalard Reporterre 2011/04/13 Par Julien villalard (13 avril 2011) Une pétition pour soutenir l’ouvrier de Continental qui refuse le fichage ADN. Reporterre. fr

Une pétition pour soutenir l’ouvrier de Continental qui refuse le fichage ADN

Le 3 mai 2011, Xavier Mathieu, un porte-parole des travailleurs de Continental Clairoix en lutte contre leurs licenciements, est convoqué devant le tribunal. Il a refusé de se soumettre au relevé de son empreinte ADN.

A l’attention de Monsieur le Président du tribunal correctionnel de Compiègne.

Le 3 mai 2011, une nouvelle fois Xavier Mathieu, un des porte-parole des travailleurs de Continental Clairoix en lutte contre leurs licenciements, est convoqué devant le tribunal correctionnel de Compiègne. Cette fois c’est pour avoir refusé de se soumettre au relevé de son empreinte ADN, après la condamnation de la cour d’appel d’Amiens, aux côtés de cinq autres camarades, à une simple amende, suite à la manifestation à la sous-préfecture de Compiègne en Avril 2009.

Cette demande de soumettre à un tel test, dans un fichier qui à l’origine ne devait concerner que les délinquants sexuels les plus graves (pédophiles, violeurs), est en soi une humiliation et une atteinte à la dignité de tous les militants à qui cela est demandé.

Si cette affaire de test ADN qui avait été classée il y a un an, au moment des fortes mobilisations, est ressortie aujourd’hui à l’initiative du parquet, sous le contrôle du gouvernement, c’est que le pouvoir veut s’acharner sur les travailleurs de Continental, et en quelque sorte les punir d’avoir tenu tête jusqu’au bout à la coalition implicite entre ce géant de l’industrie et le gouvernement. Et au-delà il s’agit de considérer comme des délinquants méritant un fichage systématique les travailleurs qui refusent de baisser la tête et entendent se battre pour leurs droits.

Aussi les soussignés demandent qu’on mette fin à ces discriminations insupportables, à cet acharnement indigne, que le parquet arrête ses poursuites, et qu’au moins le tribunal prononce la relaxe et qu’on arrête de vouloir transformer en délinquants qui doivent être fichés ceux qui ont le courage de se battre pour leurs droits et leur dignité.

Le parti croissanciste Hervé Kempf Reporterre 2011/04/13 Hervé Kempf (13 avril 2011) Le parti croissanciste. Reporterre. Tribune — fr

Le parti croissanciste

Expérience simple : vous prenez le texte du « Projet socialiste 2012 » dans sa version PDF, et vous cherchez des mots intéressants. Par exemple, celui de « croissance ». On en retrouve 26 occurrences dans le texte, une des fréquences les plus importantes. « Justice » le dépasse, avec 28 occurrences. Mais « inégalité » n’apparaît que 13 fois. Et « écologie », « écologiste » ou « écologique » seulement 12.

Que cela signifie-t-il sur la vision du monde du Parti socialiste ? Qu’il reste animé par l’idéal de la justice sociale, mais compte beaucoup plus sur la croissance que sur la lutte contre les inégalités pour s’en approcher, l’écologie n’étant qu’une préoccupation de second rang. Voilà qui est ennuyeux, d’autant plus que ledit parti fixe son objectif de « croissance durable » à 2,5 % par an.

Pourquoi est-ce ennuyeux ? Pour une raison de fond, qui est que la croissance du produit intérieur brut n’est pas compatible avec le maintien de l’équilibre écologique. Et d’autant moins si l’on rêve, comme Jean-Marc Ayrault, député socialiste de Loire-Atlantique et maire de Nantes, de bétonner les terres agricoles pour construire un aéroport, ou comme le président socialiste de la région Aquitaine, Alain Rousset, de construire de nouvelles lignes à grande vitesse après avoir inauguré une autoroute désastreuse entre Pau et Langon.

C’est aussi ennuyeux si l’on considère qu’historiquement la croissance en France tend à se ralentir inexorablement : elle était en moyenne annuelle de 5,4 % dans la décennie 1960, de 4,15 % dans la décennie 1970, de 2,3 % dans la décennie 1980, de 1,85 % dans la décennie 1990 et de 1,45 % dans la décennie 2000.

Ce ralentissement a une raison assez simple, qui est que les besoins d’équipement du pays sont bien moindres qu’ils n’étaient. Enfin, le retournement qui s’est produit depuis le début des années 2000 sur le prix de l’énergie signifie que ce paramètre essentiel de l’activité économique va exercer une influence dépressive, sauf à entreprendre une vraie politique d’économies d’énergie.

On regrette que le Parti socialiste ne parvienne pas davantage que ses comparses de la droite ou du centre à se libérer intellectuellement de l’oukase de la croissance. Car il se prépare aux mêmes désillusions que ceux qui prétendaient « aller la chercher avec les dents ». Mieux vaudrait ne pas reculer l’instant de vérité : celui où l’on dit aux classes moyennes qu’il faut diminuer franchement la consommation d’énergie. Mais, pour pouvoir le dire, il faudrait avoir une vraie politique de partage. De « justice » !

Eva Joly bat le rappel Eva Joly Reporterre 2011/04/14 Eva Joly (14 avril 2011) Eva Joly bat le rappel. Reporterre. fr

Eva Joly bat le rappel

« Je souhaite une campagne collective, joyeuse et imaginative. »

Chers-e-s ami-es

Je souhaite que ces primaires permettent un débat de qualité, qu’elles puissent être un premier pas dans le dialogue que nous devons engager avec nos concitoyens autour de notre projet de transformation écologique de la société.

L’abandon en rase campagne des projets issus du Grenelle de l’environnement et de la taxe carbone, l’acharnement à défendre le tout nucléaire et sa dissémination dans le monde entier, les tentatives d’imposer l’exploitation du gaz de schiste, le soutien à une agriculture toujours plus intensive au détriment de l’agriculture biologique, le bradage des services de fret par rail au profit du routier… sont le vrai bilan des années Sarkozy/ Borloo/ NKM. La politique de la haine et de la stigmatisation est insupportable.

L’écologie politique, c’est l’alternative à une société où tout s’achète et où tout se jette, où notre environnement est soumis aux pillages et à l’exploitation, où la mise en concurrence détruit notre vivre ensemble.

L’écologie politique, c’est un choix de civilisation, qui marie responsabilité, autonomie, et solidarité.

Je souhaite une campagne collective, joyeuse et imaginative. Je compte la mener avec vous. Je vous adresse un premier outil pour commencer à l’organiser : il s’agit d’un appel de soutien, à signer et à faire signer, que vous pouvez trouver sur le site http://evajoly.fr. Ce site est un outil, vous pouvez y suivre la campagne, y participer et l’animer.

Cordialement,

Nier le réchauffement climatique est criminel Florence Leray Reporterre 2011/04/14 Florence Leray (14 avril 2011) Nier le réchauffement climatique est criminel. Reporterre. Tribune — fr

Nier le réchauffement climatique est criminel

D’ici à 2100, nous nous dirigeons très probablement vers une hausse globale des températures de +3°C, voire +4°C à la surface de la terre. A cette température, notre survie n’est plus assurée. Il s’agirait d’un véritable génocide : celui de l’espèce humaine. C’est pourquoi nier aujourd’hui le réchauffement climatique est criminel. C’est du négationnisme. La communauté scientifique internationale ne cesse pourtant de le clamer sur tous les tons : il y a bien un réchauffement climatique, et ce réchauffement est lié aux activés industrielles des sociétés humaines. Pour limiter la hausse des températures à +2°C – au-delà c’est l’emballement climatique assuré – nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre d’au moins 85% d’ici à 2050.

Le défi à relever est immense. Il nous invite à un véritable changement civilisationnel. Il est urgent de sortir de sortir du mythe de la croissance. Mais certains préfèrent nier ce que nous savons tous aujourd’hui : pourquoi ? Tout d’abord parce que cela sert les intérêts des lobbyistes : ceux à la solde du « Carbon Club » (le pétrole, le charbon et l’automobile) et de l’idéologie ultra-libérale. Mais aussi parce qu’il est plus confortable de nier une réalité jugée comme trop angoissante plutôt que ses croyances : les psychanalystes appellent cela le déni ou encore la « dissonance cognitive ». Nous y sommes tous confrontés à des degrés divers. Ce n’est pourtant qu’en ayant le courage de voir le réel tel qu’il s’annonce à nous que nous pourrons dessiner ensemble les contours d’un avenir viable et plus humain.

Pour un tandem Eva Joly - Nicolas Hulot en 2012 Michèle Rivasi Reporterre 2011/04/14 Michèle Rivasi (14 avril 2011) Pour un tandem Eva Joly - Nicolas Hulot en 2012. Reporterre. Tribune — fr

Pour un tandem Eva Joly - Nicolas Hulot en 2012

UN TANDEM EVA JOLY – NICOLAS HULOT EN 2012 : SORTONS DE LA PRÉSIDENTIALISATION À OUTRANCE ET DE LA BATAILLE D’ÉGO !

La séquence politique nationale qui s’ouvre (présidentielle – législatives) doit permettre à l’écologie politique de s’ancrer durablement dans le champ politique français en offrant une troisième voie nouvelle face aux deux forces traditionnelles dominantes (PS et UMP) répondant à la fois aux urgences sociales, environnementales et démocratiques.

L’objectif est d’avoir un groupe parlementaire écologiste autonome dans la future Assemblée nationale et de tisser un partenariat avec les forces politiques souhaitant créer une alternative au gouvernement actuel du Président Nicolas Sarkozy.

Europe écologie Les Verts a décidé de désigner un candidat pour porter les couleurs et la voix de l’écologie politique lors de la campagne présidentielle. Des primaires doivent être organisées d’ici le mois de juillet.

Je considère que ce processus de désignation citoyenne, s’il est défendable démocratiquement, doit être évité car il ne correspond pas aux valeurs et à ce qui a fait Europe écologie depuis plus de 2 ans. Europe écologie s’est fondé sur l’objectif fondamental de rassemblement du « peuple de l’écologie » dans une logique coopérative. Les primaires et leur dose de compétition et de mise en concurrence de candidats rompent avec cet objectif initial.

Les primaires participent aussi à la logique de personnalisation et de présidentialisation à outrance de la vie politique alors qu’EELV souhaitent justement en sortir en défendant l’émergence d’une 6e République rééquilibrant les pouvoirs législatif et exécutif, limitant le cumul de mandat et inventant des formes démocratiques plus participatives.

Nous défendons donc l’idée d’un tandem Eva Joly – Nicolas Hulot pour conduire autour d’une équipe (comme lors des européennes) la campagne des présidentielles. Il sera toujours temps le moment venu d’inscrire un candidat officiel.

Ce tandem de deux personnalités nouvelles dans le champ politique et venant d’horizons très différents serait une richesse pour porter le projet de l’écologie sans tomber dans la bataille d’ego et la personnalisation à l’excès.

Ce duo a le mérite d’agréger des profils complémentaires : Eva Joly amène de la crédibilité aux écologistes sur les versants économiques et sociaux (lutte contre la corruption, l’endettement, fiscalité verte, rééquilibrage des rapports Nord Sud…) et éthique (nouvelle gouvernance, exemplarité des élus à la l’heure de la crise démocratique). Nicolas Hulot est un converti à l’écologie qui a cru à la société du « toujours plus » et de la vitesse et qui a progressivement compris l’impasse du libéral – productivisme. Il porte le message environnementaliste et analyse la crise systémique que nous traversons de façon très pédagogique. Il fait le choix de présenter des solutions et que l’écologie est un véritable choix de civilisation en ce sens.

Séismes : le climat peut entraîner des mouvements tectoniques AFP Reporterre 2011/04/14 AFP (14 avril 2011) Séismes : le climat peut entraîner des mouvements tectoniques. Reporterre. fr

Séismes : le climat peut entraîner des mouvements tectoniques

Notez bien : le phénomène pourrait se produire sur des millions d’années...

SYDNEY (AFP) - Des scientifiques d’une équipe australienne ont pour la première fois démontré un lien entre des événements climatiques et des mouvements tectoniques, ce qui pourrait aider à mieux comprendre pourquoi de puissants séismes se produisent.

Une équipe scientifique australienne, comprenant également des chercheurs français et allemand, a indiqué mercredi avoir découvert que l’intensification de la mousson en Inde avait accéléré de 20% le mouvement de la plaque indienne au cours des dix derniers millions d’années.

Selon Giampiero Iaffaldano, qui dirige cette équipe, si les scientifiques savaient depuis longtemps que les mouvements tectoniques influent sur le climat en donnant naissance à de nouvelles montagnes ou à des fosses marines, cette étude montre pour la première fois que l’inverse est également valable.

« La fermeture ou l’ouverture de bassins océaniques, ou l’émergence de hautes montagnes comme les Andes ou le Tibet, constituent des processus géologiques qui affectent le climat », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Nous montrons de notre côté pour la première fois que l’inverse est vrai, que l’évolution du climat peut affecter, en retour, le mouvement des plaques tectoniques », a-t-il ajouté.

Il ne faut cependant pas en conclure que le réchauffement climatique va entraîner une plus grande fréquence de puissants séismes, comme le récent séisme au Japon, ces évolutions se mesurant sur des « millions d’années ».

M. Iaffaldano a collaboré avec Laurent Husson, de l’université française de géosciences de Rennes (ouest), et avec Hans-Peter Bunge, de l’université LMU de Munich (Allemagne). Leur étude a été récemment publiée dans la revue Earth and Planetary Science Letters.

L’équipe veut désormais tenter d’établir si le climat a eu des effets sur la tectonique des plaques dans d’autres régions du globe que l’Inde.

« Par exemple, on peut imaginer qu’il puisse y avoir une influence du climat dans les Andes ou dans les Rocheuses », a ajouté M. Iaffaldano.

« J’aimerais bien être l’écotartuffe du mois » Jean Gadrey Reporterre 2011/04/15 Jean Gadrey (15 avril 2011) « J’aimerais bien être l’écotartuffe du mois ». Reporterre. Tribune — fr

« J’aimerais bien être l’écotartuffe du mois »

J’aimerais bien être « l’écotartufe du mois », comme Patrick Viveret.

Je viens de recevoir le journal La Décroissance du mois d’avril. Cela fait plusieurs années que je suis abonné à ce mensuel. J’y trouve souvent des analyses qui décoiffent, au bon sens du terme, à côté de polémiques qui ne m’emballent guère, d’autant que ce sont toujours les mêmes têtes de Turc, essentiellement Nicolas Hulot, Cohn Bendit et presque tous les autres politiques verts, exception faite d’Yves Cochet.

À l’intérieur, un bulletin de réabonnement. J’étais en train de le remplir quand je me suis dit que j’allais parcourir ce numéro. Je suis alors tombé sur un article attribuant le titre envié d’écotartufe du mois à mon ami Patrick Viveret qui avait déjà eu droit à ce genre de décoration dans le passé (mais de façon moins voyante) parce qu’il avait mis les pieds au Grenelle de l’environnement.

Après avoir lu cet article, signé de Vincent Cheynet, j’ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement. Cela ne fera ni chaud ni froid aux responsables du mensuel, mais moi ça me fait du bien de manifester mon désaccord avec le sectarisme d’une partie très minoritaire des « objecteurs de croissance », une galaxie à laquelle on me rattache, ce qui me convient.

Patrick Viveret a, il est vrai, commis de très graves délits : co-animer notamment les « dialogues en humanité » à Lyon, ville de Gérard Collomb, accepter des invitations de la Fondation Nicolas Hulot, refuser d’employer le terme de décroissance, et surtout préférer, en cas de désaccord, commencer par le dialogue et non par l’opposition frontale, ce qui « nuit à son intelligence » (sic).

Or je ne cesse de commettre ce genre de délits. Je mérite amplement de recevoir dès que possible une médaille d’écotartufe du mois. Pour grossir le dossier à charge me concernant et décrocher le titre, je livre aux animateurs du mensuel certains de mes méfaits les plus noirs (liste non exhaustive) :

J’ai accepté au cours des deux dernières années d’intervenir à l’invitation de la Fondation Nicolas Hulot, du PS, du PC, du Parti de gauche, des Verts, de Cap 21, de la CGT, de la CFDT… autant d’organisations truffées d’écotartufes.

J’ai été régulièrement invité aux dialogues en humanité et je m’y serais rendu si j’avais été disponible.

J’ai participé à la « commission Stiglitz » nommée par Nicolas Sarkozy. Franchement, à côté de ce délit majeur, Patrick Viveret fait figure de petit délinquant.

Je me refuse à utiliser le terme de décroissance.

J’ai horreur du sectarisme, dont je constate que, sauf exception, il est réservé à des cercles masculins. Dans le dernier numéro de La Décroissance, j’ai relevé les prénoms des auteurs d’articles et de tribunes : tous des hommes.

Il ne me viendrait pas à l’esprit de traiter Vincent Cheynet d’écotartufe au motif qu’il a accepté d’intervenir (à mes côtés) à une assemblée de rentrée du PS « productiviste » dans le Nord, ni de reprocher à Yves Cochet ou à Paul Ariès d’être allés parler de la décroissance au MEDEF. Débattre avec des convaincus c’est bien. Avec des non convaincus c’est au moins aussi indispensable, mais c’est plus difficile.

Tout cela ne m’empêche pas de souhaiter une belle croissance aux objecteurs de croissance non sectaires. Ni de me préparer à accueillir avec plaisir Paul Ariès à Lille le samedi 14 mai pour une après-midi de théâtre et de débat qui se présente très bien et que je co-organise avec mes amis d’Attac et d’autres associations pas du tout sectaires mais probablement dignes d’êtres distinguées par Vincent Cheynet pour écotartuferie galopante.

Une campagne est lancée pour reprendre le contrôle des banques Attac et Les Amis de la terre Reporterre 2011/04/15 Attac et Les Amis de la terre (15 avril 2011) Une campagne est lancée pour reprendre le contrôle des banques. Reporterre. fr

Une campagne est lancée pour reprendre le contrôle des banques

« Les sommets passent et, en dépit des promesses, on attend toujours la mise en place de mesures significatives réellement contraignantes pour les milieux bancaires et financiers. »

Les ministres des Finances et gouverneurs de Banque centrale des pays du G20 se sont réunis le 14 avril à Washington, pour la deuxième fois depuis le début de la présidence française du G20. Alors que les 20 ont renoncé à lutter contre la spéculation et à contrôler sévèrement l’activité de la finance, les Amis de la Terre France et ATTAC France appellent à la mobilisation autour d’une campagne commune : "A nous les banques". S’ouvre ainsi un mois d’évaluation citoyenne des banques, à l’aide d’un questionnaire envoyé par les associations et les citoyens aux directions générales des principaux groupes bancaires opérant en France. Une vingtaine de questions est posée pour faire la transparence sur les conséquences sociales et écologiques de leurs pratiques. Nous attendons leurs réponses dans un délai d’un mois, au terme duquel nous les publierons avec nos commentaires.

Les sommets passent et, en dépit des promesses, on attend toujours la mise en place de mesures significatives réellement contraignantes pour les milieux bancaires et financiers.

Alors que les peuples subissent les conséquences écologiques et sociales de la crise, la responsabilité des acteurs financiers, en particulier celle des banques privées, n’a toujours pas été reconnue par les gouvernements. En plaçant la rentabilité financière au centre de leur politique d’investissement, au détriment des critères sociaux et environnementaux, les banques financent des entreprises et projets controversés, qui polluent l’environnement, accaparent des terres et violent les droits des communautés locales. Cette loi du profit à tout prix conduit également les banques à risquer les dépôts des particuliers sur les marchés financiers ; les actionnaires gagnent à tous les coups, la collectivité et les usagers étant mis à profit pour payer en cas de perte. Enfin en s’implantant dans les paradis fiscaux et en facilitant l’évasion fiscale, elles privent les États d’importantes recettes fiscales, alors que l’impôt reste le principal instrument de redistribution des richesses et de financement des services publics.

Spéculation et prises de risques, politique vis-à-vis des clients, relation avec les salariés, impact écologique et social des financements, démocratie dans le fonctionnement, autant d’aspects sur lesquels les banques sont interpellées dans un questionnaire élaboré par ces associations et mis à la disposition du grand public. Les usagers sont invités dans le mois qui vient à se saisir de ce questionnaire pour interpeller leur banque sur ses pratiques.

Au terme de ce mois les réponses reçues seront rendues publiques, afin que chacun puisse juger par lui-même du fonctionnement de sa banque. Dans le cadre de cette campagne commune, ATTAC et Les Amis de la Terre proposent également un certain nombre d’alternatives concrètes, indispensables : l’établissement d’une taxe sur les transactions financières, l’encadrement strict des produits dérivés, l’encadrement des activités et le plafonnement les rémunérations des traders et des dirigeants des banques.

Thomas Coutrot, coprésident d’Attac France, commente : « Nous voulons donner aux citoyens des outils pour exiger du système bancaire un comportement responsable. L’opacité et la rapacité des banques ne sont plus supportables. Salariés des banques, usagers, associations, travaillons ensemble à montrer qu’une autre banque est possible ».

Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre complète : "Il est grand temps d’aller demander des comptes à nos banques. Face aux dérives du secteur bancaire, il est plus que jamais nécessaire d’instaurer un contrôle citoyen, qui permettra de s’assurer que l’argent déposé dans les banques est réutilisé dans l’intérêt public, sans danger ni pour les peuples, ni pour la planète".

Face à l’importance du lobby bancaire et financier, qui bloque toute tentative de régulation, Les Amis de la Terre et ATTAC appellent les usagers, les salariés et les associations à s’unir pour exercer une vraie pression sur les banques et les pouvoirs publics : "A nous les banques !"

Appel pour un camp autogéré au Havre contre le G8 Par Julien villalard Reporterre 2011/04/15 Par Julien villalard (15 avril 2011) Appel pour un camp autogéré au Havre contre le G8. Reporterre. fr

Appel pour un camp autogéré au Havre contre le G8

Les 21 et 22 mai, Le Havre rassemblera la famille anti-capitaliste et altermondialiste pour une grande manifestation internationale et des forums. Du 20 au 29 mai, un camp autogéré prendra également place dans la forêt de Montgeon. Les organisateurs lancent l’appel ci-dessous.

Le « Directoire mondial » autoproclamé s’apprête, encore une fois, à rassembler les dirigeants du G8 autour d’un énième sommet, afin d’élaborer leurs stratégies politiques, économiques et sociales qui leur permettront d’assurer et d’augmenter leur pouvoir sur une population dont ils savent pertinemment qu’elle a mille et maintes raisons de se révolter.

Ce prochain G8, présidé par Nicolas Sarkozy, se tiendra en France, à Deauville en Normandie, les 26 et 27 mai 2011. Les dirigeants du G8, conscients de l’illégitimité de ce sommet, font appel à des forces armées contre un peuple qui réclame et revendique la possibilité d’un monde meilleur. Deauville est d’ores et déjà une ville sous haute surveillance et cette ville sera, évidement, complètement inaccessible pendant la tenue du G8.

Cependant, la contestation peut et doit aussi s’affirmer autrement que par la confrontation directe avec les forces armées. C’est donc dans cet objectif que nous lançons un appel à la mobilisation pour un camp autogéré qui se tiendra pendant une semaine, du 20 au 29 Mai 2011 au Havre, à proximité de Deauville (40 km), en sachant dès à présent que la date du 21 mai a été retenue pour une manifestation que nous souhaitons de grande ampleur et qui aura lieu au Havre.

Ce camp qui sera un lieu d’accueil, d’échanges et de lien social, existera et vivra seulement et uniquement sur le mode autogestionnaire. Car nous ne voulons pas nous contenter de critiquer le G8 et le système capitaliste qui lui a donné naissance et qui lui permet d’étendre son pouvoir à l’ensemble de la planète. Nous voulons également proposer des alternatives et les expérimenter directement, et nous voulons aussi mettre en œuvre des actions directes sur la place publique. C’est pourquoi nous voulons que ce camp puisse servir deux objectifs : celui de protester contre le G8 et son système capitaliste et celui de créer un espace alternatif autogestionnaire.

L’autogestion implique le partage des biens et des savoirs ainsi que la solidarité des unEs envers les autres. Dans cette perspective, chaque personne est utile et indispensable. Le succès de cette stratégie ne dépend que de notre capacité à se mobiliser pour agir ensemble. Depuis quelques semaines déjà, des personnes se rencontrent pour mettre en œuvre ce projet. Nous avons déjà un lieu d’accueil : le camping de la forêt de Montgeon.

Le travail en amont est immense, nous avons besoin de renforts dès maintenant ! Toutes nos richesses, dans leur diversité, sont utiles pour s’opposer au pouvoir de l’argent. Rejoignez-nous à la prochaine réunion de préparation du village, les 23 et 24 avril à Rouen.

Nous avons besoin d’être nombreux à unir nos forces et à organiser nos luttes. Nous avons aussi besoin de matériel (barnum, tuyauterie, tables, etc.) ainsi que de toutes les compétences : en communication, en électricité et bricolage, en cuisine, en soins médicaux, en droit juridique, en langues étrangères, en art, en audiovisuel ou encore en journalisme...

Rendez-vous au Havre :

- Du 20 au 29 mai, village alternatif dans la forêt de Montgeon.

- Samedi 21 mai, à 15h, à la gare, départ d’une manifestation internationale suivie d’un meeting où s’exprimeront des personnes venant du Japon, de Tunisie, de Tchernobyl, d’Europe de l’Ouest… et d’un concert (programme en cours).

- Dimanche 22 mai, sur le champ de foire et à l’université, forums sur le thème G8 raisons de me révolter (austérité, services publics, énergies, agriculture, guerres, rapports nord-sud…).

- 26 mai, manifestation « au plus près » de Deauville sachant que le pont de Normandie sera bouclé…

La prochaine réunion de préparation du Village se tiendra les 23 et 24 avril à Rouen dans la Maison des Associations et de la Solidarité, 22 rue Dumont-d’Urville.

Un appel est également lancé en direction des Havrais-es qui pourraient héberger des manifestant-e-s.

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- Site internet : http://altermob.org

- D’autres initiatives sont en préparation en France. Une réunion est notamment prévue sur Lyon du 23 au 25 avril

- Lire sur Le Post : G8 dégage !

- Pourquoi les Objecteurs de Croissance participent à l’organisation du contre G8 et manifesteront le 21-22 mai.

Casino : les capitalistes évacuent les actionnaires rebelles Sophie Labit (Regards) Reporterre 2011/04/16 Sophie Labit (Regards) (16 avril 2011) Casino : les capitalistes évacuent les actionnaires rebelles. Reporterre. fr

Casino : les capitalistes évacuent les actionnaires rebelles

Jeudi matin 14 avril, le groupe Casino rassemblait ses actionnaires en assemblée générale. Mais les journalistes de Fakir, bimestriel d’enquête sociale, ainsi que des gérants de Petits Casino et des anciens de Moulinex étaient de la partie.

Jeudi 14 avril, salle Wagram à Paris, assemblée générale de Casino. L’ennui. Le petit groupe des amis de Fakir et de l’émission de Daniel Mermet Là bas si j’y suis rassemblé autour du journaliste François Ruffin, est au bord de l’apoplexie. Depuis plus de deux heures, Jean-Charles Naouri, droit comme un I dans son costume de PDG, vante les réussites de son groupe, chiffres et graphiques à l’appui, devant un parterre de petits actionnaires – moyenne d’âge 70 ans - absolument ravis ou totalement assoupis, c’est selon. Deux heures interminables, durant lesquelles le géant de la superette se félicite de ses bons résultats 2010, de son implantation grandissante à l’international, de son programme de lutte pour la préservation de l’environnement, et de ses bonnes actions en faveur des riziculteurs vietnamiens – programme happy rice - ou contre la malnutrition des enfants colombiens. Le tout à grand renfort de slogans type « Casino, nourrir la diversité » ou mieux « Casino, la proximité est dans notre ADN ».

Installé dans un petit coin de la salle, l’équipe réunie autour de Ruffin, composée de journalistes, mais aussi de gérants de Petits Casino et d’anciens salariés de Moulinex, dont Naouri a été un actionnaire, attend patiemment le moment des question-réponses. Comme l’an passé, ils sont venus munis d’une action Casino, pour demander à Jean-Charles Naouri de répondre à un certain nombre de leur revendications. A savoir la requalification des gérants non salariés en contrats salariés, avec une majoration des heures supplémentaires. Du côté des anciens de Moulinex, la restitution aux salariés licenciés des 25 millions de bénéfice empochés par Naouri grâce à la vente de ses stocks options. Quant aux journalistes de Fakir et de France Inter, ils souhaitent débattre de son implication dans la libéralisation de la finance au début des années 80, alors qu’il était directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy, ministre de l’économie.

"On a bien fait de vous virer"

L’action est ambitieuse, d’autant que le service d’ordre mobilisé pour l’occasion est réellement impressionnant. Répartis sur deux étages, munis d’oreillettes, de caméras et d’appareils photos, des mastodontes aux crânes rasés et aux costumes sombres, les tiennent sous haute surveillance. L’heure des échanges arrive enfin, mais les hôtesses, très certainement briefées, refusent de leur fournir un micro. Bien décidée à se faire entendre, l’équipe se lève et stationne dans l’allée centrale. « Vous avez des questions ? » hurle François Ruffin. « Oui ! » répond en chœur le reste de la troupe. Ne pouvant plus ignorer ses détracteurs, Naouri, accepte de leur donner la parole. Sylvain, gérant d’un petit Casino, s’y colle le premier. Impressionné, il bafouille un peu. Du haut de sa tribune, Naouri l’ignore et répond « aux questions de M. Ruffin » qu’il accuse d’entretenir une polémique personnelle à son égard. Quant aux gérants des petits Casino en contentieux avec le groupe, « ces dossiers reposent sur ce qu’on appelle une insuffisance de caisse », déclare le PDG. Et, s’adressant aux actionnaires : « Casino ne peut pas négliger la défense de vos intérêts. » Il a trouvé les mots, conquise, la salle applaudit. Vient le tour, de Maguy, une ancienne de Moulinex. D’emblée, le président général lui oppose une fin de non recevoir : « Moulinex ne figure pas à l’ordre du jour » La salle applaudit de nouveau et siffle les militants. La tension est palpable. Une actionnaire lance à Maguy. « On a bien fait de vous virer de Moulinex. On a perdu plein de fric à cause de vous parce que vous ne foutiez rien. »

Une évacuation musclée

C’est au tour de Pierre Souchon, journaliste à Fakir, de réclamer la parole. Après moult tentatives, il finit par l’obtenir et se lance, mais très vite on coupe son micro. « Vous n’en n’avez pas besoin, on vous entend très bien » lui rétorque M. Naouri. C’est l’impasse. Alors, histoire de sauver l’honneur, les militants entament sur l’air de l’Internationale un refrain, écrit spécialement pour l’occasion. « Debout les petits actionnaires, debout les gérants d’magazins…c’est la luuuutte à Jean-Charles… » Mais là, pour Jean-Charles justement, c’en est trop, il clôt les débats et donne l’ordre d’évacuer les militants. Aussitôt dit, aussitôt fait, les costauds aux oreillettes se précipitent dans l’allée centrale et procèdent à une évacuation du genre musclée. Fin de l’action. Une fois dehors, chacun commente ce qui vient de se passer. « C’est une défaite », lâche, amer, Pierre Souchon. « C’est une belle défaite si on aime les causes perdues... » Soit. Mais gageons qu’il n’est jamais inutile de se battre pour des causes perdues. Elles ne le seront pas toujours.

Le nucléaire n’est pas adapté à la démocratie Rcoutouly Reporterre 2011/04/16 Rcoutouly (16 avril 2011) Le nucléaire n’est pas adapté à la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Le nucléaire n’est pas adapté à la démocratie

Dans le flot continu de l’information, cette depêche est passée pratiquement inaperçue : le 24 mars, le porte-parole du gouvernement japonais admettait que la rotation des travailleurs "pompiers" sur le site de la centrale de Fukushima n’est « pas suffisante ». Difficile en effet pour Tepco et ses sous-traitants de trouver des volontaires pour remplacer ces ouvriers qui risquent leur vie. Dans certains villages, on aurait proposé 800 à 1500 euros à des volontaires pour participer aux opérations.

Dans le Japon démocratique du début du XXIéme siècle, on aurait donc du mal à trouver suffisamment de personnels pour se sacrifier : quel paradoxe au pays des Kamikazes !

1-L’armée des liquidateurs soviétiques

Il y aurait environ 500 personnes qui participerait aux opérations de sauvetage du site sur la centrale de Fukushima. Il est intéressant de comparer ce chiffre avec l’envoi dans les semaines qui ont suivi l’explosion de Tchernobyl de dizaines de milliers de "liquidateurs".

En U.R.S.S., en 1986, ces personnes n’ont pas hésité à affronter des doses très élevées, restant quelques secondes ou quelques minutes sur les lieux de l’opération, se relayant à des cadences très rapides. On estime que le nombre de ces liquidateurs, intervenant sur le site ukrainien, entre 1986 et 1992, a oscillé entre 600 000 et un million !

On pourra comparer avec l’organisation nippone. On pourra noter, par exemple, que, après l’accident dans lequel deux opérateurs japonais ont été gravement irradiés, les opérations humaines ont été immédiatement interrompues. Les Soviétiques n’avaient pas ce genre de scrupules et n’hésitaient pas à sacrifier leur personnel, si cela leur semblait nécessaire.

On peut se poser la question : si, depuis le 11 mars, Tepco n’a pas réussi à régler le problème, n’est-ce pas par manque de personnels ? Pour des craintes - légitimes - de ne pas trop exposer la vie de ses personnels ? Par "principe de précaution" comme nous disons en Europe ? D’évidence, le prix de la vie humaine n’est pas le même.

2-Les risques nucléaires sont-ils compatibles avec les sociétés démocratiques ?

Les Japonais de 2011 font-ils davantage preuve de compassion que les Soviétiques de 1986 ? Je ne le pense pas. Alors où se situe la différence ? Probablement dans le progrès de l’esprit de responsabilité au sein de la société japonaise d’aujourd’hui.

Ne soyons pas naïfs. Ce sens des responsabilités caractérise les sociétés démocratiques car il faudra payer quand les responsables des catastrophes auront été identifiés, il faudra que la Nation, l’Etat assument sa part financière dans le "règlement" des dégâts.

On ne peut que se féliciter de cette avancée que l’on cherchera en vain dans les sociétés autocratiques. Mais il faut être conscient des conséquences de ce progrès social : un accident grave, une situation échappant au contrôle, un risque inconsidéré, une décision malheureuse ; chaque erreur va se payer, chaque décision sera a posteriori étudiée par les juges, chaque responsabilité devra être assumée.

Or, en matière d’accident nucléaire : la facture, morale et financière, sera lourde, très lourde.

Si Tchernobyl s’est traduit par des milliers de kilomètres carrés stériles et des cancers en quantité difficiles à chiffrer, la reconnaissance des responsabilités, les dédommagements se font attendre. Il en sera tout autrement à Fukushima.

Il faudra probablement, dans la décennie à venir, payer des indemnités aux propriétaires délogés de la région, offrir des contreparties aux pêcheurs lésés, rembourser les irradiés, examiner toutes les responsabilités dans les cancers des personnes exposées, payer de lourdes indemnités aux "liquidateurs" et à leurs familles, sans parler de la dépollution du site au coût faramineux.

La Nation japonaise n’a pas fini de payer Fukushima.

3-Le coût invisible du nucléaire pour les sociétés démocratiques

Le philosophe Jean-Jacques Delfour, écrit dans Le Monde daté du 11 avril "Du fait que l’Etat a toujours placé la centrale nucléaire hors du droit commun, le principe libéral de la privatisation des bénéfices et de la publicisation des pertes revient à se condamner à l’inaction : en cas d’accident nucléaire, les citoyens se débrouillent. Ou bien ils se tournent vers un Etat qui, dans les ’démocraties’ n’a pas du tout les moyens civils ou militaires de sa politique industrielle".

On est ici au coeur du problème : qui payera en cas d’accident grave ? C’est la nation toute entière. On m’objectera qu’elle a profité pleinement des "bienfaits" du nucléaire pendant des décennies. Mais, dans une société endettée, nous n’avons pas financé ce risque, nos factures d’électricités n’en tiennent pas compte. Les choix politiques et technocratiques qui ont validé le nucléaire ont été pris sur le dos des futures victimes qui vont payer deux fois : subir l’accident nucléaire puis payer les dégâts.

On peut comparer avec la société américaine : après Three Mile Island, en 1979, les sociétés d’assurances ont refusé de prendre en charge le risque. L’Etat fédéral refusant de l’assumer à son tour, la construction de centrales nucléaires s’est arrêté d’elle-même !

On atteint ici la limite de la démocratie à la française : la responsabilité des nuclérophiles s’arrête quand il s’agit de financer préventivement le risque nucléaire.

Conclusion : quand le nucléaire va bien, les apparences sont sauves et nous avons l’impression trompeuse que notre monde démocratique peut vivre avec lui. Mais quand la catastrophe survient, la vérité apparaît dans sa cruelle réalité : le monstre nucléaire devient incontrôlable à moins de lui opposer la machine totalitaire. La démocratie est trop fragile et subtile pour pouvoir mater le dragon radioactif. L’hydre soviétique a su vaincre Tchernobyl. Mais la princesse nippone pourra-t-elle stopper le dragon de Fukushima ?

La pollution chimique, un autre problème dans la région de Fukushima Pierre-Ch. Chappuis (La Tribune de Genève) Reporterre 2011/04/16 Pierre-Ch. Chappuis (La Tribune de Genève) (16 avril 2011) La pollution chimique, un autre problème dans la région de Fukushima. Reporterre. Pollutions fr

La pollution chimique, un autre problème dans la région de Fukushima

Le terrible Tsunami du 11 mars 2011 a provoqué non seulement la mort d’environ 30’000 personnes, la mise hors service de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, la destruction de nombreux villages côtiers et d’infrastructures vitales, mais il a également endommagé de nombreuses installations pétrochimiques et chimiques.

Dans la seule région d’Iwaki (préfecture de Fukushima) sont présents de grands complexes chimiques en bord de mer.

Par exemple, le groupe Kureha Chemical y dispose d’usines produisant, via la fabrication in situ de chlore liquéfié, des produits organiques chlorés divers comme le chlorure de benzyle, le monochlorobenzene, o-dichlorobenzene, le perchlorethylene ou le chloral. Bien d’autres composés y sont synthétisés comme des polymères (PVC ou des résines du type polyvinylidene).

La destruction de certains sites de fabrication et stockage de réactifs ou d’intermédiaires aura évidemment des conséquences environnementales à plus ou moins long terme sur les sols, les nappes phréatiques, les écosystèmes et finalement la santé humaine.

Pour l’heure, peu d’informations précises circulent quant au risque chimique dans la région du nord-est du Japon, d’autant plus que l’attention se porte actuellement sur le risque radiologique. A juste titre peut-être. Personne n’est vraiment en mesure de le dire... L’augmentation des cas de cancer sera probablement difficile à interpréter dans la zone 20-60 km.

Merci d’avance pour vos éventuelles infos concernant ce dossier précis.

Près de Tchernobyl, la contamination reste importante Les Enfants de Tchernobyl Reporterre 2011/04/18 Les Enfants de Tchernobyl (18 avril 2011) Près de Tchernobyl, la contamination reste importante. Reporterre. fr

Près de Tchernobyl, la contamination reste importante

Une mission à Novozybkov, ville russe située à 200 km de Tchernobyl, y a constaté des taux de radioactivité encore très élevés.

Une délégation de responsables français et ukrainiens de l’association humanitaire alsacienne « LES ENFANTS DE TCHERNOBYL » vient de rentrer d’une mission dans les régions du sud-ouest de la Russie fortement contaminées par les retombées radioactives de Tchernobyl.

Les 15 participants de la mission « Tchernobyl, 25 années de catastrophe » avaient un double objectif humanitaire et scientifique : évaluer la situation sur le terrain plus de 25 années après l’explosion du réacteur ukrainien le 26 avril 1986.

Quatre journalistes français et deux belges ont suivi la délégation durant ce séjour en Russie des « Enfants de Tchernobyl ». André Paris, scientifique, auteur de l’ouvrage de référence « Contaminations radioactives France et Europe » accompagnait l’équipe franco-belgo-russo-belarusso-ukrainienne muni d’un spectromètre gamma très performant pour évaluer la contamination en césium 137 de la couche superficielle des sols.

Si l’association française a également sillonné la « Zone d’exclusion de Tchernobyl » en Ukraine, elle s’est essentiellement attardée à Novozybkov, une ville russe située à 200 km de la centrale nucléaire accidentée où vivent près de 45 000 habitants. En partenariat avec les autorités municipales de cette ville, l’équipe française s’est chargée de faire durant 5 jours des mesures de radioactivité des sols dans une cinquantaine d’endroits : en ville, dans les potagers, au parc municipal, près des usines, dans les espaces verts des écoles, dans les bois proches, aux abords des habitations individuelles et collectives,...

Et les mesures sont sans appel. Partout, les chiffres s’affolent sur le compteur. Rares sont les zones décontaminées. La moyenne, avec des pics à 3 millions de becquerels par mètre carré (Bq/m2) là où se déversent les gouttières, donne environ 250 000 Bq/m² de césium 137...soit autant que dans la zone interdite de Tchernobyl située à près de 200 km de Novozybkov !

L’essentiel de la contamination de la population se fait par les aliments. Qu’elle provienne du jardin, du marché ou d’une nature généreuse, la nourriture (légumes, lait, champignons, baies, gibier et poissons) est contaminée par le césium 137 radioactif qui s’est déposé en surface dans les jardins, les bois et sur les pâturages. Les habitants consomment les légumes du potager, on donne le lait des vaches aux enfants, on cueille les baies et les champignons dans une forêt qui accuse des contaminations en césium de l’ordre de 500 000 à 1 million de Bq/m². Les radionucléides stockés dans le sol contaminent les aliments par le biais de la chaîne alimentaire.

Les populations prennent du bois contaminé par la radioactivité dans les forêts. Ce bois chauffe la maison et alimente le poêle de la cuisine. La pièce la plus chargée en radioactivité est donc souvent la cuisine. Les cendres servent d’engrais, ce qui entretient et amplifie la contamination du potager.

En juillet et en août 2010, tous les enfants ukrainiens et russes invités à séjourner en France par l’association « Les Enfants de Tchernobyl » étaient contaminés par du césium 137 dans leur organisme, mis en évidence par les mesures réalisées (aux frais de l’ONG) par l’Académie des Sciences d’Ukraine à Kiev. Certains des enfants mesurés, qui n’étaient pas nés en 1986 au moment de l’explosion du réacteur de Tchernobyl, avaient dans leur corps l’été dernier autant de césium 137 radioactif que leurs parents 24 ans plus tôt. Des mesures faites avant leur départ d’Ukraine, il ressort que la majorité des enfants avaient plusieurs centaines de becquerels (Bq) dans leur organisme, 11 d’entre eux plus de 2 000 Bq, 3 plus de 10 000 Bq et une des jeunes Ukrainiennes 19 645 Bq de césium 137.

A l’hôpital de Novozybkov, en ce printemps 2011, les pathologies et maladies sont multiples. Depuis 1986, des milliers d’études ont mis en évidence dans les pays touchés une augmentation sensible de tous les types de cancer, ainsi que des maladies des voies respiratoires, des affections cardiovasculaires, gastro-intestinales, génito-urinaires, endocriniennes, immunitaires, des atteintes des systèmes lymphatiques et nerveux, de la mortalité prénatale, périnatale et infantile, des avortements spontanés, des malformations et anomalies génétiques, des perturbations ou des retards du développement mental, des maladies neuropsychologiques et des cas de cécité.

Il y a peu de temps, l’« Académie des sciences de New York » a publié le recueil le plus complet de données scientifiques concernant la nature et l’étendue des dommages infligés aux êtres humains et à l’environnement à la suite de l’accident de Tchernobyl. Cet ouvrage met à la disposition du lecteur une grande quantité d’études collectées dans les pays les plus touchés : le Bélarus, la Russie et l’Ukraine. Les auteurs estiment que les émissions radioactives du réacteur en feu ont atteint dix milliards de curies, soit deux cents fois les retombées des bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki ; que le nombre de décès à travers le monde attribuables aux retombées de l’accident, entre 1986 et 2004, est de 985 000, un chiffre qui a encore augmenté depuis cette date. Des 830 000 « liquidateurs » intervenus sur le site après les faits, 112 000 à 125 000 sont morts.

Si les conséquences sanitaires et environnementales laissent les technocrates de marbre, la facture économique finale, elle, devrait les émouvoir. Pour les vingt premières années, les dépenses directes provoquées par la catastrophe pour les trois pays les plus touchés dépassent 500 milliards de dollars, ce qui, rapporté au coût de la vie dans l’Union européenne, représente plus de 2 000 milliards d’euros.

En dissimulant aux populations les conséquences sanitaires et écologiques de l’accident de Tchernobyl, les dirigeants des grandes puissances participent à la désinformation cinquantenaire dont bénéficie l’industrie nucléaire, aussi bien civile que militaire. Cette stratégie, car c’en est une, est coordonnée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), porte-parole de l’establishment nucléaire, grâce à la promotion d’une pseudo science sur les effets des contaminations radioactives. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) en est, hélas, partie prenante, du fait de l’accord signé en 1959 entre les deux agences. Ce document interdit à l’OMS d’informer les populations sur les effets des rayonnements ionisants pour les humains sans l’aval de l’AIEA.

Cette attitude coupable conduit à la disparition des mesures et des comportements de radioprotection et engendrent de fait des situations sanitaires dramatiques pour les populations de Novozybkov. Alors que la radioactivité des sols baisse naturellement lentement, la charge corporelle en composés radioactifs de l’organisme des habitants augmente.

La gestion du dossier de Tchernobyl est devenue un enjeu majeur, scientifique, social, médical, technologique, financier mais aussi d’information et de communication. Vingt-cinq ans après l’explosion du 26 avril 1986, les promoteurs du nucléaire auraient volontiers tourné la page de Tchernobyl, mais les évènements de Fukushima sont venus douloureusement leur rappeler qu’on ne peut se voiler la face.

L’association « Les Enfants de Tchernobyl » apporte les preuves que la catastrophe de Tchernobyl se déroule aujourd’hui en 2011 !

Les mesures des sols réalisées par les bénévoles français sous les regards des autorités locales et des journalistes français, belges et russes mettent en évidence un indiscutable et important risque sanitaire encouru par les populations russes qui continuent de vivre sur des territoires contaminés par les retombées radioactives, en particulier le césium 137 qui reste très présent.

Les témoignages, les mesures scientifiques et les documents rapportés de leur mission par les responsables de l’association « Les Enfants de Tchernobyl » prouvent que, plus de 25 années après l’explosion du réacteur N°4 de Tchernobyl, une mobilisation réelle, sincère et efficace de la communauté internationale s’avère urgente et indispensable pour protéger et aider les victimes de Tchernobyl. Ce n’est pas un choix, mais une nécessité !

Pour sa part, l’association « Les Enfants de Tchernobyl » dont le siège se situe à Pulversheim (Haut-Rhin) continuera d’apporter une aide aux populations russes de Novozybkov tout en poursuivant son soutien aux « Enfants de Tchernobyl » qui vivent au nord de l’Ukraine et au Bélarus, les deux autres principales républiques victimes de cette catastrophe qui se poursuit.

Dur dur d’être écolo Johan Schloemann (Suddeutsche Zeitung) Reporterre 2011/04/18 Johan Schloemann (Suddeutsche Zeitung) (18 avril 2011) Dur dur d’être écolo. Reporterre. Tribune — fr

Dur dur d’être écolo

Peut-on concilier un style de vie occidental tout en respectant l’environnement ? Pas vraiment. Et voter pour des partis écologistes ne suffit pas à résoudre une contradiction avec laquelle vit un nombre croissant d’Européens, comme le démontre la poussée des Verts en Allemagne.

Bien sûr, on peut porter son verre usagé aux containers de tri sélectif en Porsche Cayenne. Même si ce 4x4 de 290 chevaux est une plaie pour l’environnement. C’est une véritable aberration. Mais une aberration qui assure un emploi stable et à temps complet à près de 7 500 personnes au siège du constructeur automobile, à Stuttgart.

Le nouveau ministre-président du Bade-Wurtemberg [le Vert Winfried Kretschmann], qui avait appelé de ses vœux l’émergence d’une industrie automobile « plus éco-responsable » lors de sa campagne électorale, va-t-il fermer les usines Porsche du jour au lendemain ? Ce serait cohérent.

Si les Verts se sont implantés dans un bastion traditionnel de la bourgeoisie allemande de centre-droit, s’ils décrochent 20% des suffrages dans les petites villes et grimpent à 40% dans les grandes et dans les centres universitaires, c’est que le vert est en passe de s’imposer comme l’expression contemporaine des contradictions qui frappent aujourd’hui l’Occidental un tant soit peu éclairé. Pour le dire autrement : l’heure est à l’hypocrisie.

Le malaise existentiel des pollueurs

Le mode de vie urbain se trouve fondamentalement remis en question par l’écologie : la mobilité, les allers-retours entre la maison et le travail, les voyages en avion, l’offre pléthorique de produits de consommation, le chauffage central, l’eau chaude. Tout cela devrait être largement revu à la baisse si la société faisait effectivement le choix radical de la durabilité.

Tous les gens qui ont entamé cette prise de conscience votent pour les Verts, tout en n’étant pas encore prêts à abandonner totalement le mode de vie moderne qu’offre le monde occidental. Ce chamboulement historique du paysage politique n’est pas seulement lié à la lutte contre un projet de gare marginal [à Stuttgart] ou à l’arrogance des Chrétiens-démocrates, ni même à la question du nucléaire.

Il relèverait plutôt d’une hypocrisie structurelle qui consiste, au sein même du modèle social existant, à vendre le « verdissement » de notre mode de vie comme un tournant majeur vers un changement global : quand les nantis, les éduqués, les libéraux s’efforcent dans leur petit coin de faire tout un peu « mieux », un peu plus propre, et dans le même temps se soulagent la conscience en déléguant les grands problèmes d’ordre structurel au parti écologiste. Les Verts ne sont plus les marginaux désorganisés d’autrefois. Nous sommes tous des Verts aujourd’hui.

Monsieur pollue, Madame recycle

Dans le Bade-Wurtemberg, le dilemme apparaît plus distinctement que jamais. Beaucoup souhaitent, pour des motifs respectables, que les Verts freinent la dangereuse spirale dans laquelle s’est engagé le monde moderne. Ces gens-là tiennent compte des limites de la croissance au quotidien mais éprouvent dans le même temps un énorme soulagement quand ils voient l’économie repartir après la crise.

Le Bade-Wurtemberg doit sa remarquable prospérité à son industrie. À elle seule, l’industrie chimique – qui ne se soucie guère d’écologie – emploie près de 100 000 personnes dans le Bade-Wurtemberg et réalise un chiffre d’affaires annuel de 28 milliards d’euros.

Voici à quoi ressemblera notre mode de vie si les Verts devenaient le parti majoritaire : Monsieur travaillera chez Bosch où il exercera une quelconque activité polluante – Bosch est par exemple le premier fabricant mondial de machines d’emballage pour les biens de consommation – tandis que Madame, opposante au projet Stuttgart 21, fera ses courses au supermarché bio où elle achètera de délicieux fromages bios produits dans la région et un petit vin des Pouilles bien charpenté, tout en évitant les emballages au maximum.

Il n’est que de se rendre dans n’importe quel marché bio du monde occidental pour voir à quel point l’approche plus intelligente, plus durable, de notre mode de vie repose sur le gain de liberté que nous procure la prospérité environnante.

Une vertu à horizon limité

Mais c’est particulièrement flagrant dans le quartier Vauban de Fribourg-en-Brisgau. Si le quartier porte le nom d’un Maréchal de France, c’est parce qu’il s’agit d’un ancien casernement français, transformé après le départ des militaires en sorte de quartier modèle pour éco-citadins.

A Vauban, les Verts ont obtenu 72,2% des voix aux élections du parlement régional de dimanche. Ses habitants sont tous des gens très charmants, à l’abri du besoin et des intempéries grâce à leur veste Jack Wolfskin [marque allemande de vêtements techniques d’extérieur]. Quiconque a traversé une fois dans sa vie le quartier Vauban sait quelle allure prend aujourd’hui le doux terrorisme de la vertu.

Certes, on pourrait se demander s’il ne serait tout de même pas positif que tout le monde suive l’exemple de Vauban. Mais cela n’arrivera pas, même si les Verts obtenaient la majorité absolue. Car le mode de vie éco-responsable remplit vis-à-vis de la société la même fonction que les expériences de journalistes du type « j’ai vécu six mois en respectant le climat » ou les actions du style « on éteint tous la lumière pendant une heure » – et on la rallume après.

Naturellement, on peut aussi voir les choses sous l’angle de la bienveillance : la démocratie appelle des compromis et les Verts, aussi incohérents soient-ils, pourraient tout de même représenter une façon de corriger l’empreinte du capitalisme.

Et puis, le fait que nous soyons pétris de contradictions est un signe de notre temps, après tout. Possible – à cet égard, la poussée du parti Vert correspond même parfaitement à l’époque. Mais que personne ne vienne dire que l’émergence d’une nouvelle « droite verte » est la victoire d’une nouvelle honnêteté intellectuelle.

Les sous-traitants du nucléaire se réunissent pour se faire entendre Laure Zénon (lexpress.fr) Reporterre 2011/04/18 Laure Zénon (lexpress.fr) (18 avril 2011) Les sous-traitants du nucléaire se réunissent pour se faire entendre. Reporterre. fr

Les sous-traitants du nucléaire se réunissent pour se faire entendre

Des « invisibles » du nucléaire se réunissent lundi 18 avril à Bollène (Vaucluse), près de la centrale du Tricastin, pour réclamer, entre autres, la retraite à 55 ans.

« Sous-traitants, oui ! Esclaves, non ! » Le slogan, affiché sur la page d’accueil du site Ma zone contrôlée va mal, résume le combat engagé par les « invisibles » du nucléaire. Ils sont soudeurs, mécaniciens, chaudronniers et triment dans l’ombre des centrales, chargés d’assurer la maintenance des 58 réacteurs français. Dès que l’un de ces mastodontes s’arrête, tous les douze ou dix-huit mois, les travailleurs enfilent scaphandres et lunettes avant d’empoigner leurs « chiffonnettes » pour s’attaquer à la poussière radioactive. Cette mission, EDF la confie à des centaines d’entreprises sous-traitantes qui font travailler 20 000 salariés dont 17% sont des d’intérimaires et des employés en CDD, selon le quotidien La Croix.

Les sous-traitants du nucléaire français continuent le combat

Depuis la crise nucléaire japonaise, le débat sur la sûreté des conditions de travail a été relancé par les sous-traitants français. Le 29 mars dernier, des militants CGT, CFDT et FO ont distribué des tracts devant les centrales. Ce lundi, 18 avril, ils comptent passer à la vitesse supérieure. Une réunion est organisée à Bollène (Vaucluse) dans la commune qui accueille le plus grand site nucléaire français, Tricastin. Un lieu symbolique pour les représentants du personnel, membres des comités d’entreprises et du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) réunis par les militants syndicaux. (CGT, CFDT et FO) Au total, une quinzaine d’hommes au coeur du métier, prêts à établir un « cahier blanc des sous-traitants ». Autrement dit à énoncer des mesures afin que « leur statut soit considéré », explique Gilles Reynaud, spécialiste en logistique et sous-traitant pour le groupe Areva.

Une action « sites morts »

Leurs revendications ? Obtenir la retraite à 55 ans, bénéficier d’un suivi médical à vie, et voir la dose maximale d’exposition abaissée à 10 millisieverts (mSv) à l’année. Il s’agirait d’une réduction de moitié, la dose maximale autorisée aux rayons ionisants étant de 20 millisieverts à ce jour. Prochaines étapes des petites mains du nucléaire : expliquer aux salariés qu’ils ne doivent pas avoir peur de témoigner. Organiser une journée « sites morts » avec des débrayages. Et aller « taper à la porte des candidats à la présidentielle » afin que leur bataille devienne un enjeu politique. « La rentabilité ne doit pas se faire au détriment de l’humain », conclut Gilles Reynaud.

De Hiroshima à Fukushima Makoto KATSUMATA Reporterre 2011/04/18 Makoto KATSUMATA (18 avril 2011) De Hiroshima à Fukushima. Reporterre. Tribune — fr

De Hiroshima à Fukushima

« Rendez-nous la terre, la mer et l’homme »

Il m’est arrivé par une belle journée ensoleillée de remonter en Shinkansen (le TGV japonais) toute la côte du Pacifique, de Hiroshima à Tokyo. Je regardais par la fenêtre les paysages qui défilaient : les rizières bien cultivées ou abandonnées, les forêts tantôt bien entretenues, tantôt presque sauvages, les maisons aux toits couverts de diverses sortes de tuiles, le tout encadré dans un décor de montagnes dont les pentes descendent jusqu’au littoral. Je me suis alors demandé, pourquoi et comment, nous, les Japonais, avons-nous entrainé ce beau pays dans une guerre avec d’autres pays d’Asie, une guerre dont la phase finale reste mondialement connue sous le nom de Hiroshima ?

Et le 11 mars 2011. Le nom de Fukushima est devenu à son tour mondialement connu en raison du grand malheur survenu dans notre pays. Je me suis à nouveau demandé pourquoi et comment nous, les Japonais, avons-nous à nouveau mis un si beau pays dans un tel état ?

Fuksuhima s’écrit avec deux caractères chinois qui signifient “une île heureuse”. (福島) C’est nous-mêmes qui avons rendu cette île malheureuse parce que nous avons cru dans les normes de sécurité de la production de l’énergie nucléaire et parce que nous nous sommes habitués à un mode de vie toujours plus aisée matériellement.

Fukushima nous oblige à interroger la scientificité de la sécurité de l’énergie nucléaire pour la survie de l’humanité. Comme Hiroshima nous a fait interroger les scientifiques sur le sens des armes nucléaires. Nous avons cru à la sécurité annoncée par les experts. Mais croire pour quelle raison ? Croire est un acte qui donne du sens au monde. Il ne peut en aucun cas être réservé aux seuls scientifiques. C’est du ressort de l’homme même, seul animal qui vit du sens qu’il donne au monde.

Il y a 60 ans, un « hibakusha », comme nous appelons les victimes survivantes de la bombe atomique d’Hiroshima, Sankichi Toge, a crié dans ses poèmes : ”Rendez-nous l’homme ! ” (にんげんをかえせ). Aujourd’hui, nous devons crier face à l’évènement de Fukushima : “Rendez-nous la terre, la mer et l’homme ! ”(だいちとうみとにんげんをかえせ)

Tchernobyl, plus de 16 000 morts Hervé Kempf Reporterre 2011/04/18 Hervé Kempf (18 avril 2011) Tchernobyl, plus de 16 000 morts. Reporterre. fr

Tchernobyl, plus de 16 000 morts

Parue en 2006, cette enquête sur le bilan sanitaire de Tchernobyl reste pour l’essentiel valable. Notamment parce que peu d’études ont été menées depuis cette date, les financements s’étant asséchés.

Combien de morts ? Vingt ans après la catastrophe qui a frappé la centrale nucléaire de Tchernobyl, l’évaluation des dommages humains qu’elle a provoqués suscite une très vive polémique scientifique. En avril 2006, plusieurs études importantes mais contradictoires ont été publiées : rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rapport TORCH ( The Other Report on Cherno byl), rapport de Greenpeace, études du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). A quoi s’ajoutent d’autres études de chercheurs, des colloques à Berlin, Kiev et Minsk, et des analyses de groupes antinucléaires et pronucléaires.

Cette cacophonie pourrait laisser penser que le bilan est impossible. En fait, on peut discerner le coût humain de la catastrophe, à condition de comprendre les enjeux politiques de l’atome qui ont gêné la recherche scientifique, mais aussi les difficultés de méthode qu’elle rencontre.

1. LE POIDS DES LOBBYS

Dès les premières semaines suivant l’accident, son interprétation a été prise en charge par l’AIEA (Agence internationale pour l’énergie atomique). Créée en 1956, l’Agence a pour mission, selon l’article 2 de ses statuts, de promouvoir l’énergie atomique. En août 1986, elle organisa une conférence à Vienne pour tirer les premières leçons de l’accident. La délégation soviétique présenta un rapport concluant que la radioactivité due à la catastrophe occasionnerait 44 000 morts supplémentaires par cancer parmi les 75 millions d’habitants des régions concernées. Une estimation critiquée par les experts occidentaux, comme le raconta le journal Science du 12 septembre 1986. La conférence conclut à une estimation près de dix fois inférieure. Par la suite, le rapport soviétique disparut de la circulation officielle.

De son côté, l’OMS est restée silencieuse « Nous n’intervenons qu’à la demande des gouvernements », souligne Gregory Hartl, porte-parole de l’OMS. Moscou, qui souhaitait tourner la page au plus vite, préférait traiter avec l’AIEA, très conciliante : « Même s’il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une source d’énergie intéressante », déclara ainsi Morris Rosen, un responsable de l’AIEA (Le Monde du 28 août 1986).

Les Etats concernés ne sont pas plus enclins que l’Agence à faire la lumière. En URSS, toutes les informations sur la catastrophe restèrent, pendant des années, un secret d’Etat. Il fallut attendre 1989 pour qu’elles soient déclassifiées. Pendant deux ou trois ans, les scientifiques purent alors débattre librement de ses conséquences.

Puis l’effondrement de l’URSS enterra la discussion. D’autant qu’une des structures les plus solides de l’Etat russe en déliquescence, le ministère des affaires atomiques, n’avait guère intérêt à ce débat.

Quant à la Biélorussie, Etat le plus touché, le régime autoritaire de Loukachenko y limita à partir de 1994 les discussions sur le sujet. « L’Etat, qui cherche à diminuer les dépenses, est tout content d’entendre dire par les médecins du ministère de la santé que tout va bien », explique le physicien biélorusse Vassili Nesterenko.

2. LES DIFFICULTÉS MÉTHODOLOGIQUES

Mais le souci politique de minorer l’impact de la catastrophe n’explique pas seul la difficulté de l’analyse. Le problème scientifique est de distinguer la mortalité due à la radioactivité des autres causes. Les spécialistes de la radioprotection raisonnent selon le principe que toute dose +supplémentaire de radioactivité est nuisible, même si cette dose est très faible. A partir de là, la manière la plus simple de procéder est d’examiner les populations exposées et de les comparer à d’autres, non exposées.

Mais en raison de l’effondrement de l’Union soviétique, le système de santé s’est beaucoup dégradé dans les pays concernés : on ne dispose plus de registres de mortalité et de morbidité très fiables, et on a perdu la trace de beaucoup des personnes les plus exposées, les liquidateurs (ces hommes envoyés de toute l’URSS pour nettoyer le périmètre irradié). Premier débat : de nombreux scientifiques de Russie, d’Ukraine ou de Biélorussie estiment aujourd’hui que, malgré ces difficultés, plusieurs registres de santé sont valables et permettent d’émettre des hypothèses.

Diverses études de ces pays conduisent ainsi Greenpeace à dresser un bilan atteignant 93 000 morts par cancer. Les chercheurs occidentaux contestent toutefois la fiabilité de ces analyses. La même question se pose sur la fiabilité de l’enregistrement des doses radioactives ayant touché les individus.

En outre, la crise de l’ex-Union soviétique a entraîné une dégradation très forte de l’état de santé général, dans lequel l’effet Tchernobyl pourrait être « noyé ». Certains affirment que les conséquences de Tchernobyl sont négligeables par rapport à ce désastre général.

Pour contourner ces faiblesses des études directes, les spécialistes recourent à des extrapolations en se référant à ce que l’on sait des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki. « Comme on manque d’information sur Tchernobyl, on mène les calculs à partir d’autres populations », indique Elisabeth Cardis, du CIRC. On va ainsi estimer la radioactivité générale diffusée par Tchernobyl, et évaluer l’excès de cancers qu’elle peut provoquer. Mais, à Hiroshima, les personnes ont subi une exposition externe forte et courte, alors que, dans le cas de Tchernobyl, beaucoup ont reçu une exposition faible mais durable, et de surcroît en bonne partie interne, par le biais de l’alimentation. Or, explique Alexeï Okeanov, de l’Université internationale de Minsk, « nous connaissons très peu les effets des doses internes d’irradiation, parce que c’est la première fois que cela arrive à l’humanité ». Les extrapolations à partir d’Hiroshima pourraient ainsi sous-estimer la réalité.

3. LE FORUM TCHERNOBYL

En septembre 2005, un aréopage d’institutions des Nations unies appelé Forum Tchernobyl publiait sous l’égide de l’AIEA un communiqué titré « Tchernobyl : la vraie échelle de l’accident », affirmant qu’ « une réponse définitive » était apportée par le rapport publié par le Forum. Le bilan était réduit pour l’essentiel à 4 000 cancers de la thyroïde et 4 000 cancers mortels, tandis que l’impact sur la santé mentale des victimes de Tchernobyl était « le plus grave problème de santé publique créé par l’accident ». Le résumé de 50 pages du rapport donnait la même impression lénifiante (Le Monde du 7 septembre 2005). Cette présentation déclencha l’indignation de nombreuses associations environnementales, mais aussi de scientifiques, y compris au sein de la communauté nucléaire.

En fait, la présentation du Forum Tchernobyl en septembre 2005 est (il n’y pas d’autre mot) mensongère. Le communiqué a été rédigé par une agence de relations publiques américaine, Marshall Hoffman, sans que les agences de l’ONU autres que l’AIEA aient pu le contrôler, notamment l’OMS, indique celle-ci. Le résumé a également été rédigé par l’AIEA, comme nous l’a indiqué un fonctionnaire de cette agence. Si on compare attentivement le communiqué et le résumé avec le rapport sur la santé diffusé en septembre, et réalisé par l’OMS, on observe de nombreuses différences : autant le rapport est nuancé et pointe les incertitudes, autant communiqué et résumé sont affirmatifs. Quant au chiffre des 4 000 morts par cancer, « c’est la reprise de l’estimation que nous avions faite il y a dix ans », dit Mme Cardis.

L’OMS a publié ce rapport, légèrement remanié, en avril, en soulignant une information que l’AIEA avait dissimulée : « L’OMS estime qu’il peut y avoir jusqu’à 9 000 cancers mortels dus à Tchernobyl parmi les liquidateurs, les personnes évacuées et celles résidant dans les zones contaminées de Biélorussie, Ukraine et Russie. »

4. LE BILAN

Malgré tous les efforts pour obscurcir le tableau, celui-ci commence à se dégager. Outre les quelque 50 pompiers et techniciens tués dans les premières semaines de l’accident, une chose est certaine : l’accident a causé des cancers de la thyroïde parmi les populations exposées. Au moins 4 000, peut-être jusqu’à 15 000, puisqu’ils ne sont pas tous encore apparus. Un excès de cancers du sein est aussi probable, mais celui des malformations à la naissance est discuté.

Autre accord des experts : la catastrophe a occasionné des cancers mortels supplémentaires dans les populations concernées, mais aussi en Europe et dans le monde. Selon l’analyse du rapport TORCH, 53 % de la radioactivité ont été reçus par les pays européens autres que les trois plus touchés. La prise en compte des retombées sur l’Europe entière amène deux équipes de chercheurs conduites par Elisabeth Cardis, du CIRC, (« Estimates of the cancer burden in Europe from radioactive fallout from the Chernobyl accident »), à estimer à 16 000 d’ici à 2065 le nombre de morts par cancers attribuables à Tchernobyl. Le rapport TORCH, quant à lui, estime que le chiffre pour le monde entier se situera entre 30 000 et 60 000.

Cette analyse doit être complétée par le fait que d’autres pathologies sont induites par l’accident, notamment cataractes et maladies cardio-vasculaires. Le rapport de l’OMS suggère que les décès cardio-vasculaires induits par les radiations chez les liquidateurs pourraient être presque aussi nombreux que ceux liés aux cancers. L’analyse précise de ce problème changera sans doute le bilan total de Tchernobyl.

Au total, outre les maladies qu’elle a entraînées et la stérilisation d’un territoire important, la catastrophe de Tchernobyl provoquera plusieurs dizaines de milliers de morts. Pour être plus précis, il faut, comme disent classiquement les chercheurs, continuer les études. Sans pressions, si possible

Beaucoup trop d’optimisme sur l’avenir de Fukushima Yves Heuillard Reporterre 2011/04/19 Yves Heuillard (19 avril 2011) Beaucoup trop d’optimisme sur l’avenir de Fukushima. Reporterre. Tribune — Catastrophes nucléaires fr

Beaucoup trop d’optimisme sur l’avenir de Fukushima

Fin du problème de Fukushima dans les trois mois ? La comparaison avec ce qui s’est passé après l’accident de Three Miles Island montre qu’il faudra beaucoup plus de temps...

La direction de Tepco, pressée par le gouvernement japonais de préciser son plan pour sortir de la situation catastrophique qui perdure à la centrale nucléaire de Fukushima, a annoncé un plan assez flou indiquant la maîtrise des fuites radioactives en 3 à 6 mois. Ce qui a été traduit par nombre de médias comme une résolution du problème en quelques mois. La réalité est probablement très différente.

TF1 avait publié, hier, un article réaliste sur le sujet titré « Vingt-cinq ans après Tchernobyl, le Japon vit l’impensable » mais il a toutefois été retiré du site de TF1 dans les minutes qui ont suivi sa publication. Son auteur rappelait que les autorités japonaises avaient considéré qu’un accident nucléaire grave, de même niveau que celui de Tchernobyl était impensable. « Tout au plus » écrit—il, « aujourd’hui Tepco espère limiter les rejets radioactifs ».

« Désolé cette page n’existe plus ». Nous ne lirons de l’article publié dimanche matin par TF1 que l’introduction reprise in extremis avant sa disparition. Dommage parce que l’article commençait bien avec une photo de la centrale nucléaire de Tchernobyl et cette légende « Faut-il craindre une catastrophe comme celle de Tchernobyl ? ». Notre article ci-après ne le remplacera pas, mais son intention vise aussi à décoder les propos de l’exploitant de la centrale japonaise ruinée et à analyser la véritable ampleur de la catastrophe.

En substance le plan annoncé de Tepco se réduit à ceci : « D’ici trois mois nous réduirons le niveau de rejet de radioactivité dans l’environnement et d’ici trois à six mois, le rejet d’éléments radioactifs sera sous contrôle [..] D’ici 9 mois nous aurons recouvert les réacteurs 1, 3 et 4 avec une couverture spéciale qui empêchera toute diffusion de matériau radioactif dans l’atmosphérique ».

Et après ? Le plan japonais signifie que dans le meilleur des cas les fuites radioactives vont durer encore trois à six mois. L’ampleur de ces fuites, la nature et les volumes des éléments rejetés, principalement à la mer, ne sont pas précisés. L’analyse des photographies dont nous disposons, et la comparaison avec l’accident du réacteur 2 de Three Mile Island aux Etats-Unis (1978) permet de faire quelques conjectures et de montrer que l’optimisme n’est pas de mise.

Des photos qui en disent long

Pour les photographies, nous invitons nos lecteurs à consulter notre article « Un hélicoptère télécommandé observe les réacteurs » ou à consulter directement le site Cryptone où des images spectaculaires de haute définition, prises le 24 mars dernier par Air Photo Service Japan, peuvent être consultées et même téléchargées avec une définition encore meilleure. Elles montrent en particulier que la piscine de stockage du combustible usé du réacteur 3 (le plus endommagé) située dans la partie supérieure du réacteur est, dans le meilleur des cas, si elle est intacte, à l’air libre sous les décombres. Pour voir où se situe (se situait ?) la piscine de stockage, il suffit d’observer le réacteur voisin, le réacteur 4, où l’on voit très bien une pompe injecter de l’eau par le dessus du réacteur. En tout état de cause il est difficile de croire que la piscine est intacte, et si elle l’est, qu’on peut la refroidir sans risque de lessiver les produits qu’elle contient.

Pour donner une idée des difficultés auxquelles font face les Japonais, un technicien qui se tiendrait à proximité de la piscine asséchée mourrait en 16 secondes (selon David Lochbaum, physicien nucléaire de l’association Union of Concerned Scientists, et ancien instructeur de la Commission de sécurité nucléaire américaine).

Un agenda optimiste

En ce qui concerne l’agenda annoncé par Tepco, et à défaut d’informations précises, nous proposons une analyse rapide de la chronologie des événements de l’accident du réacteur N° 2 Three Mile Island en 1978 ; histoire de mettre les choses en perspective, même si la gravité de l’accident de Three Mile Island est bien moindre. Les source sont citées en fin d’article.

28 mars 1979. Accident avec fonte partielle du coeur.

Juillet 1980, un an et demi plus tard. Les travailleurs pénètrent pour la première fois dans l’enceinte du réacteur avec des équipements spéciaux.

12 mars 1982, à peu près 3 ans après l’accident. Le traitement des eaux contaminées (25 000 m3) est terminée. 150 m3 ont été rejetés à la rivière au grand dam des populations. À Fukushima le volume d’eau contaminée pourrait être une centaine de fois plus élevé, mais la mer est proche...

Octobre 1983. 4 ans après l’accident. Une vidéo peut être réalisée dans le coeur du réacteur montrant les dégâts effectivement subis.

28 juin 1984. Pour la première fois les travailleurs peuvent entrer dans l’enceinte du réacteur sans respirateur.

20 février 1985. Une inspection vidéo montre qu’une partie du réacteur a bien fondu et s’est solidifiée dans le bas de la cuve. On s’aperçoit alors seulement, presque 6 ans après l’accident, que 45 % du coeur a fondu.

3 octobre 1985, plus de six ans après l’accident, des parties du coeur endommagé ont pu être levées et placées dans la piscine destinée au combustible usé.

Septembre 1987. Huit ans et demi après l’accident, plus de la moitié des débris provoqués par l’accident ont été extraits du coeur du réacteur.

28 octobre 1988, le président de l’exploitant de la centrale nucléaire de Three Mile Island annonce un coût de nettoyage de près d’un milliard de dollars (plus du double en dollars 2011).

Avril 1990, onze an après l’accident, le réacteur est déclaré « vide de combustible nucléaire ».

Comparaison rapide avec Fukushima

3 réacteurs à Fukushima + 4 piscines, contre un réacteur à Three Mile Island.

Le réacteur 2 de Three Mile island est à eau pressurisée, une technologie qui isole les eaux de refroidissement du réacteur des circuits de vapeur qui font tourner les turbines. Ce n’est pas le cas de Fukushima et des eaux très contaminées, en provenance des réacteurs se sont déversées dans le bâtiment des turbines.

L’accident du réacteur de Three Mile Island, de niveau 5 (contre 7 pour Fukushima, le niveau de Chernobyl) n’a pas endommagé la structure du bâtiment et vu de l’extérieur il n’y a pas de dégâts visibles.

Le réacteur de Three Mile Island venait d’être mis en service, et donc sa piscine de combustible usé était vide. Les 6 piscines de Fukusima, ou ce qu’il en reste, contiennent de l’ordre de 800 tonnes de combustible usé. Une septième piscine, en dehors des réacteurs, contient 1000 autres tonnes.

La photo ci-contre (source Wikimedia Commons) montre les hommes du ménage atomique de Three Mile Island. Elle exprime bien la différence de gravité entre les deux accidents. À Fukushima les travailleurs, appelés liquidateurs en référence aux liquidateurs de Tchernobyl, travaillent dans un univers de destruction apocalyptique.

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Sources des informations

. The cleanup of Three Mile Island Unit 2 : A technical history, 1979—1990. . L’accident de Three Mile Island et ses enseignements pour la sûreté des centrales nucléaires en France - IRSN 2009.

. Union of concerned Scientist

Les amis de la Terre Herve Kempf Reporterre 2011/04/21 Herve Kempf (21 avril 2011) Les amis de la Terre. Reporterre. Tribune — fr

Les amis de la Terre

La phrase ressemble à un bibelot empoussiéré dans un salon bourgeois : « La nature, aujourd’hui encore, demeure notre principale ennemie. » Ces mots n’ont cependant pas été écrits par un vaillant scientiste du XIXe siècle, mais par Luc Ferry dans Le Figaro du 31 mars. Au sein du système oligarchique, Luc Ferry assure, avec d’autres, la fonction de donner un vernis intellectuel à l’impératif de maintien de l’ordre social actuel. On l’a ainsi vu valider le climato-scepticisme de son ami Claude Allègre ou déclarer qu’il préférait Marine Le Pen à Olivier Besancenot.

Donc, à propos de Fukushima, « la nature demeure notre principale ennemie ». L’assertion oublie qu’il est étrange de bâtir des centrales nucléaires dans des zones sismiques, néglige que la compagnie Tepco a falsifié des informations importantes depuis 2002, ignore que les leçons de l’accident sismique sur la centrale de Kashiwazaki en 2007 n’ont pas été tirées. Bref, il n’y a pas de dommage causé par la « nature » indépendamment des actions humaines qui le préparent. C’est même un lieu commun depuis une dizaine d’années de caractériser le risque « naturel » comme une combinaison entre un aléa et la vulnérabilité.

Mais le plus intéressant dans cette conception de la nature comme ennemie est qu’elle exprime le clivage fondamental entre les conservateurs et la pensée écologiste. Pour celle-ci, le dualisme occidental entre nature et culture a perdu sa pertinence pour décrire le monde, en raison de la puissance de l’action humaine. Ce constat a d’abord été formulé par Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité paru en 1979 : l’agir humain peut maintenant transformer la nature, qui, de ce fait, perd son autonomie ancestrale. Sous un angle différent, James Lovelock, avec sa théorie de Gaïa - également publiée en 1979 -, estime que l’humanité, en interagissant avec la biosphère, modifie le comportement de celle-ci. La capacité transformatrice de l’humanité développée par la révolution industrielle a été ensuite traduite sous le terme d’« anthropocène » : des scientifiques jugent que nous sommes entrés dans cette nouvelle ère, où l’humanité est elle-même devenue un agent géologique.

Selon les écologistes, l’humain a remporté la guerre qu’il a cru mener contre la nature, et sa victoire le met maintenant lui-même en péril : il a trop affaibli celle-là même dont dépend sa survie. Il nous faut rétablir avec la biosphère une relation pacifiée et symbiotique. Ceux qui se croient en guerre avec la nature accroissent le danger. L’avenir appartient aux amis de la Terre.

Le sport met la nature à sac Marc Perelman Reporterre 2011/04/24 Marc Perelman (24 avril 2011) Le sport met la nature à sac. Reporterre. Tribune — fr

Le sport met la nature à sac

« Tous ces lieux du sport-spectacle puisent sans vergogne dans les ressources naturelles (eau, air, terre), martyrisent le milieu organisé par les hommes (jardin paysager, rive aménagée), et pis, captent ou détruisent une nature désormais gênante. »

Le vote de la Fédération française de tennis [le 12 février 2011] a mis fin au faux suspens d’une décision dont on connaissait par avance le résultat sans pour autant en apprécier toutes les conséquences. La volonté farouche de construire un nouveau stade de 5.000 places, à l’endroit même où se dressent plusieurs serres d’Auteuil, doit se comprendre dans le cadre d’une politique générale menée par les instances sportives et politiques dont la seule préoccupation est le prestige des compétitions de haut niveau.

Mais ce sont également : le stupéfiant stade de 42.000 places sur le bord même du lac d’Annecy, un projet satisfaisant le délire de gigantisme de la ville- candidate et du CIO pour les JO de 2018 ; l’emprise territoriale et marchande de l’« OL Land » ; le Qatar organisant la Coupe du monde de football en 2022 et promettant des stades climatisés (25° à l’intérieur pour 50° à l’extérieur !) ; le 1,7 milliard dépensé pour la rénovation et de la construction d’une douzaine de stades (Euro 2016). Tous ces lieux du sport-spectacle puisent sans vergogne dans les ressources naturelles (eau, air, terre), martyrisent le milieu organisé par les hommes (jardin paysager, rive aménagée), et pis, captent ou détruisent une nature désormais gênante.

La mise à sac de la nature est induite par la logique même de la compétition sportive. Son besoin irrésistible de conquête de terrain se traduit par le bétonnage irréversible de sites fragiles. Par exemple la montagne connaît une dégradation rapide du fait d’installations mécaniques et d’habitations de plus en plus denses, un réseau serré de transports, et aussi la destruction de la couverture végétale naturelle (bombardée par les canons à neige), la compression des sols, l’augmentation des risques de glissement de terrain, d’érosion et d’avalanches. La préparation des JO de Sotchi pour 2014 déboise des forêts entières protégées par l’Unesco. A Paris est projetée la destruction pure et simple d’une partie d’un patrimoine bâti et botanique unique, les serres d’Auteuil, préservé depuis des années par un personnel qualifié, vigilant et dévoué, et vis-à-vis duquel la FFT et Bertrand Delanoë voudraient substituer un nouveau stade et agrandir un « village » pour les mondanités et l’exhibition médiatique des people.

A quel titre considérer Roland-Garros comme un patrimoine culturel et architectural ? Roland-Garros fut, au début des années 40, un camp d’internement pour 600 « étrangers indésirables », c’est-à-dire les Allemands, Autrichiens, Espagnols expulsés de leur pays… Les 4 mousquetaires, dont on nous rebat les oreilles, comptaient parmi eux Jean Borotra, dirigeant du commissariat général à l’Education et aux Sports du 7 août 1940 au 18 avril 1942. Le 13 septembre 1941, il écrivit à Xavier Vallat, commissaire général aux questions Juives : « […] il n’entre nullement dans ma pensée de soustraire les organismes dont j’ai la charge aux mesures d’ordre général qui ont été prises pour éliminer les Juifs de tout poste ou emploi impliquant l’exercice d’une fonction de direction sur l’une des branches de l’activité française. […] L’agrément ministériel, condition de leur existence, ne pourra donc être accordé qu’aux associations dont le comité ne comprendra aucun Juif. Pour les mêmes raisons, je m’abstiendrai de désigner des Juifs dans les postes que je serai appelé à pourvoir, soit au Comité national des sports, soit aux fédérations sportives : le caractère d’intérêt général de ces organismes me paraît justifier suffisamment une telle décision […]. »

Une « place des Mousquetaires » comme patrimoine tennistique ? Où est le caractère de culture et d’histoire patrimoniales d’un stade lorsqu’il s’agit d’un bloc de béton aveugle, tournant le dos à la subtile beauté plastique d’un parc, réceptacle vide onze mois sur douze et dont l’ombre portée cachera les serres et une grande partie du parc ? Le nouveau stade sera une tache indélébile au cœur d’un magnifique parc peuplé d’arbres d’essence rare et de milliers de plantes tropicales parfois uniques.

La « sportivisation » de la ville et de la montagne a pour conséquence la régression des espaces naturels et leur chosification : pelouse synthétique, neige produite en tant qu’artefact, terre battue circonscrite par des lignes blanches, air climatisé… Tout stade, s’il intègre nombre d’individus, n’est intégration qu’au seul spectacle du sport. Le stade et le sport ne sont jamais intégrateurs d’aucune culture et n’en ont jamais créé d’originale. Un revers lifté vaut-il un Kandinsky ? Un stade tient-il la comparaison avec un parc arboré ? Le stade est désintégrateur du lieu où il s’impose. A Auteuil, ce sera pour subir la pollution des allers et venues dévastateurs de spectateurs piétinant un jardin sensible. Paris et le « Grand Paris », si tant est que ce concept corresponde à une réalité, méritent mieux qu’un tournoi de tennis. Et il en est de même de régions entières et de pays touchés par le fléau du sport de compétition.

Le téléphone portable menace la santé des voyageurs du TGV Robin des Toits Reporterre 2011/04/24 Robin des Toits (24 avril 2011) Le téléphone portable menace la santé des voyageurs du TGV. Reporterre. fr

Le téléphone portable menace la santé des voyageurs du TGV

La SNCF voudrait installer des relais GSM le long des voies de TGV pour faciliter l’usage du portable. Mias cela soumettrait les voyageurs à des ondes électromagnétiques à un niveau dangereux.

A l’attention de Monsieur Jean-Luc ARGUEDAS Président Société SYNERAIL Construction 280 rue du 8 Mai 1945 78360 MONTESSON

Copie à : Monsieur Hubert DU MESNIL, Président de RFF Monsieur Guillaume PEPY, Président de la SNCF

Monsieur le Président,

En réponse à l’inquiétude soulevée par des usagers de la SNCF, et depuis le lien mis en ligne sur le site Synerail, l’association nationale Robin des Toits a pris connaissance de votre projet de faisceau GSM le long des voies TGV.

Contrairement aux affirmations d’innocuité sanitaire présentées dans la plaquette de Réseau Ferré de France (RFF), nous nous permettons de lancer l’alerte sur le danger auquel ce projet expose le public. Si louable soit-elle, l’intention d’équiper les trains de réseau GSM nous semble particulièrement sujette à questionnements.

Les valeurs auxquelles vous proposez d’exposer le public (1V/m en moyenne, jusqu’à près de 3V/m), correspondent au même risque que si vous soumettiez leur corps entier au rayonnement maximal d’un iphone en communication, lequel a un effet thermique au-delà de 6 minutes d’exposition, mais sur 3H de trajet, à une vitesse de 300km/h, par pointes considérables lorsqu’on se rapproche de l’antenne. De plus, vous ignorez le champ auquel le public s’expose naturellement dans les transports en commun à cause des rayonnements des téléphones : parfois plus de 10V/m dans un métro en sous-sol et en mouvement ! (Mesures Robin des Toits). De plus, AUCUNE étude n’a été effectuée sur l’impact sur l’effet Doppler des micro-ondes, qui sans nul doute résultera en exposition en un cocktail d’interférences aux conséquences imprévisibles tant sur la santé que sur les technologies.

Vous allez immanquablement perturber durablement l’environnement CEM autour des antennes : maisons, hôpitaux, appareils de précision - les vôtres compris (GPS, radios, onduleurs, appareils de sécurité, thyristors et autres équipements électrotechniques à bord du train notamment) ; de tels seuils d’émissions mettent en danger la santé et la sécurité de tous ceux qui vont vivre ou passer près de ces antennes.

Quant à l’impact sur la santé, nombre de gens rapportent être atteints de syndromes qui les rendent sensibles à des niveaux d’ondes pulsées comprises entre 600MHz et 6GHz, qui comprennent donc les ondes de la téléphonie mobile, dès deux minutes d’exposition à un niveau supérieur à 0,6V/m. Vous êtes-vous préparé à l’éventualité d’avoir à faire face à leur mécontentement, quand ceux-ci se seront rendus compte que de tels niveaux d’exposition leur interdisent purement et simplement de prendre le train ?

Nier l’impact évident de la prolifération d’une nouvelle pollution mal comprise et mal maîtrisée ne vous permettra pas de gagner la confiance du public, encore moins en vous appuyant sur la très contestée expertise de l’AFFSET et du Ministère de la Santé , dont les scandales auxquels ils sont liés dans l’affaire, entre autres, du Mediator, démontrent leur attachement à la protection de l’industrie et prouvent qu’ils ne s’engagent pas clairement en faveur d’une nécessaire protection du public.

Demandez-vous si vous servez les intérêts du public ou ceux des vendeurs de matériel téléphonique, dont les intérêts sont financiers, et de très court terme, qui vont vous encourager à installer leur matériel, quitte à ce que vous ne puissiez pas vous en servir par la suite.

Loppsi 2 s’applique : une yourte condamnée Ya Basta Reporterre 2011/04/25 Ya Basta (25 avril 2011) Loppsi 2 s’applique : une yourte condamnée. Reporterre. fr

Loppsi 2 s’applique : une yourte condamnée

Le tribunal de Digne a ordonné la démolition d’une yourte dans les six mois.

Y’a pas d’arrangements au bal des faux culs de la magistrature du tribunal correctionnel de Digne. Le jugement est tombé contre Boï le Rom artiste, dresseur de chevaux et auto-constructeur criminel d’une belle structure en bois paille chaux ; il est condamné à sa démolition dans les six mois. On avait espéré, sottement, à l’audition du très modéré réquisitoire d’un procureur presque chaleureux, à l’ambiance sereine de l’audience, une Justice sachant identifier le juste pour les individus et la société. Raté, nous avons eu droit comme trop souvent à la machine judiciaire avec ses petits pions zélés, serviteurs serviles d’ordonnances pré calibrées applicables à tous, et surtout aux plus faibles socialement. Tapez deux, casse toi pauvre pion ! Aucune corrosion observable au tribunal de Digne de l’air frais et vivifiant de la rue contestataire où l’on a pu voir des hermines ces derniers temps. Les petits juges en bois brut y officient avec diligence, gare au gorille !

La « yourte » de Boï est donc illégale, comme devait l’être l’étal de fruits du marchant ambulant (encore un nomade !) Mohammed Bouazizi en Tunisie, qui en s’immolant par le feu le 18 décembre dernier a généré les bouleversements que vous savez. L’ami Boï, très affecté par cette décision bête et méchante, ne va pas s’immoler, ni faire appel, mais a décidé de brûler sa yourte, à la mode des Roms qui au décès de l’un d’eux brûlent sa roulotte. Et pas dans six mois mais le dimanche de pâques, 24 avril.

Nicolas Hulot favorable à la sortie du nucléaire Associated Press Reporterre 2011/04/25 Associated Press (25 avril 2011) Nicolas Hulot favorable à la sortie du nucléaire. Reporterre. fr

Nicolas Hulot favorable à la sortie du nucléaire

STRASBOURG (AP) — Le candidat écologiste à la présidentielle Nicolas Hulot s’est prononcé clairement lundi 25 avril pour la sortie du nucléaire. « Cet objectif, on doit maintenant l’acter », a-t-il déclaré à la presse alors qu’il se rendait aux manifestations franco-allemandes organisées le long du Rhin.

« L’objectif de sortir du nucléaire doit être un objectif clairement affiché », a estimé Nicolas Hulot. « On ne peut plus s’accommoder d’un risque dont on voit maintenant, dans une démonstration tragique, les conséquences ».

L’animateur de télévision a annoncé à la mi-avril qu’il se portait candidat à l’Elysée. Il n’a toutefois pas précisé s’il participerait à la primaire organisée par Europe Ecologie-Les Verts, dont il s’est dit « le plus proche ». Il a été très critiqué pour son absence de position claire sur le nucléaire.

Se défendant d’affûter ses convictions « à l’aune de ce que les militants écologistes ont envie d’entendre », Nicolas Hulot a expliqué : « les événements de Fukushima ont achevé de me convaincre qu’effectivement le nucléaire ne pouvait en aucun cas être la solution aux besoins énergétiques de la planète ».

Il s’est dit « convaincu que d’autres scénarios énergétiques sont possibles et on va tranquillement les envisager ensemble. Et cessons de nous dire qu’on ne peut pas faire autrement ! »

Plusieurs manifestations en France pour commémorer Tchernobyl AFP - Le Parisien Reporterre 2011/04/26 AFP - Le Parisien (26 avril 2011) Plusieurs manifestations en France pour commémorer Tchernobyl. Reporterre. fr

Plusieurs manifestations en France pour commémorer Tchernobyl

Des manifestations ont eu lieu lundi 25 avril à Strasbourg, Cattenom, Le Blayais et Brennilis pour signifier le refus de l’énergie nucléaire.

En milieu de journée, lundi 25 avril, entre 6 000 à 9 000 manifestants français et allemands - selon les organisateurs, mais 700 seulement selon la police - se sont rassemblés sur le pont de l’Europe enjambant le Rhin et reliant Strasbourg à Kehl. Au son des sirènes, les protestataires, qui arboraient des drapeaux japonais ou ukrainiens, se sont couchés sur l’asphalte pour former un « die in ». Ensuite, ils ont jeté des fleurs dans le Rhin pour rendre hommage aux victimes de ces deux accidents nucléaires majeurs.

Nicolas Hulot présent, mais discret

Le candidat écologiste à la présidentielle Nicolas Hulot a participé à cette manifestation, mais il n’a pas pris la parole publiquement. Beaucoup n’ont pas caché leur méfiance et ont ironisé sur le caractère très récent de la « conversion » antinucléaire de l’ancien animateur de l’émission télévisée Ushuaïa. En aparté, ce dernier a expliqué à des journalistes que la sortie du nucléaire était désormais « un objectif prioritaire », soulignant que la catastrophe de Fukushima avait achevé de le convaincre sur ce point.

Tous réclamaient la fermeture de la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim, la plus ancienne en exploitation en France. Les organisateurs ont également ironisé sur le fait que, à en croire des spécialistes officiels français de l’époque, le nuage radioactif de Tchernobyl se serait arrêté en 1986 à la frontière allemande.

Alors que le gouvernement français a ordonné un audit de toutes les installations nucléaires du pays, cinq autres manifestations antinucléaires ont eu lieu en même temps sur d’autres ponts sur le Rhin, entre Bâle (Suisse) et Strasbourg. Ainsi sur le pont entre Marckolsheim et Sasbach, 3500 manifestants selon les organisateurs (1 500 selon la police allemande) à s’être déplacés, les trois-quarts venant d’Allemagne, indique le site du quotidien « l’Alsace »

Rassemblement à Cattenom

Français, Luxembourgeois et Allemands : au moins 3 000 personnes, selon les organisateurs (2 000 selon la préfecture), ont manifesté près de la centrale de Cattenom, en Moselle. Cette centrale dispose de quatre réacteurs de 1 300 mégawatts chacun, mis en service entre 1986 et 1992, il s’agit de la septième centrale au monde en puissance installée, et de la deuxième en France pour sa production d’électricité. Elle est voisine du Luxembourg et de l’Allemagne.

Pique-nique à la centrale du Blayais

En Aquitaine, de 600 à 1 000 personnes, selon la gendarmerie et les organisateurs, ont pique-niqué face à la centrale nucléaire du Blayais, au nord de Bordeaux. Les manifestants ont demandé la fermeture de cette centrale, qui aura 30 ans en juin, et de « tous les réacteurs de plus de trente ans ». Le président de l’association Tchernoblaye affirme qu’elle est « l’une des plus dangereuses de France » car « elle est inondable, ainsi que sa route d’accès, comme l’a montré la (tempête) de décembre 1999 ».

Manifestation à Brennilis

En Bretagne, quelque 800 personnes, selon les organisateurs, se sont rendues en cortège dans une ambiance bon enfant devant la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère). Réacteur expérimental à eau lourde construit dans les années 1960, Brennilis a cessé de fonctionner en 1985 mais son démantèlement, qui s’est révélé beaucoup plus complexe que prévu, n’est toujours pas achevé 25 ans plus tard.

OGM : la justice européenne rejette le recours des départements français Anthony Favalli (Euractiv) Reporterre 2011/04/26 Anthony Favalli (Euractiv) (26 avril 2011) OGM : la justice européenne rejette le recours des départements français. Reporterre. fr

OGM : la justice européenne rejette le recours des départements français

La Cour de Justice de l’UE a débouté le Gers de son recours visant à interdire la commercialisation de six variétés de maïs transgéniques.

Le Gers a perdu une bataille contre les OGM. Le tribunal de première instance de l’UE (CJUE) a jugé le recours de ce département français irrecevable, le 11 avril. Rejoint par 14 autres régions et départements français, il s’opposait à l’autorisation de mise sur le marché de six variétés de maïs génétiquement modifiés, par la Commission européenne, en juillet 2010.

Le conseil général avait engagé un recours en annulation en octobre, faisant valoir que la commercialisation de ces variétés de maïs pénaliserait les efforts du département pour promouvoir, sur son territoire, une agriculture biologique et de qualité.

Pourtant, le tribunal a jugé que les conditions nécessaires n’étaient pas réunies pour présenter un tel recours. Pour ce faire, les collectivités locales doivent être « directement et individuellement » concernées par la décision de la Commission. La Cour de justice n’aura donc pas eu à étudier le fond de l’affaire.

Suite de l’article

Une rébellion en Europe est possible Eric Toussaint Reporterre 2011/04/26 Eric Toussaint (26 avril 2011) Une rébellion en Europe est possible. Reporterre. Tribune — Luttes fr

Une rébellion en Europe est possible

« Si les peuples se sont opposés en Afrique du Nord à des gouvernements absolutistes et violents, pourquoi ne pas s’opposer à des gouvernements comme ceux de l’Europe qui ne respectent pas la volonté populaire ? »

Interview réalisée le 19 avril 2011 par David Muratore |1| à Rosario (Argentine).

La crise économique et financière mondiale va durer entre 10 et 15 ans de plus dans les pays industrialisés annonce Eric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) dans une discussion avec l’équipe de Communication de la CTA de Rosario et avec le journaliste Alvaro Torriglia du quotidien La Capital. Il explique que la situation est différente pour les pays du Sud « qui bénéficient d’une conjoncture favorable grâce au prix élevé des matières premières et de la situation de la Chine comme locomotive de l’économie mondiale ». Un autre facteur – actuellement - favorable pour les pays du Sud est le faible taux d’intérêt dans les pays du premier monde « qui permet aux pays émergents de rembourser leurs dettes sans que cela n’affecte trop fortement leurs économies car ils paient un taux relativement bas, un taux soutenable. »

Ceci dit, il donne le premier avertissement : « cette situation favorable résulte de deux facteurs qui sont étrangers à l’Amérique latine, à l’Afrique et à une grande partie de l’Asie. Premier facteur : les décisions des banques centrales du Nord de maintenir des taux d’intérêt faibles. Deuxième facteur : le boom économique chinois ». Mais cela ne change pas la situation qui a provoqué la crise internationale. « Les faibles taux d’intérêt appliqués aux Etats-Unis depuis 2008 et en Europe depuis 2009 ont permis aux entreprises qui étaient au bord de la faillite ainsi qu’aux entreprises qui détenaient des actifs toxiques de se refinancer ; cela a diminué l’impact de la crise mais avec l’injection massive de dollars et d’euros dans le secteur financier nous avons une énorme quantité de liquidités dont une grande partie va à des activités spéculatives liées aux matières premières, aliments et titres de la dette publique de pays européens comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Irlande. Les Banques centrales devraient logiquement augmenter leurs taux, ce qui diminuerait la formation de nouvelles bulles mais qui en même temps ferait éclater les bulles existantes, ce qui entraînerait de nouvelles faillites. De plus, une fois que le taux d’intérêt augmente, le coût du remboursement de la dette publique augmente et c’est en train de se produire puisqu’il y a quelques jours, la Banque centrale européenne a augmenté son taux, passant de 1% à 1,25%. Si la hausse des taux d’intérêt se confirme et prend des proportions importantes, cela va avoir une incidence négative importante sur les économies du Sud. »

L’alternative du non paiement de la dette pour les pays de la périphérie de l’Europe

Eric Toussaint envisage la possibilité d’une entrée en défaut de plusieurs pays européens. Il assure que « l’exemple argentin |2| est en discussion en Europe ». « La suspension du paiement de la dette publique est une possibilité certaine des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande ou même l’Espagne ». Pour que cela ne soit pas considéré comme une exagération, il souligne que « c’est une discussion qui va de soi étant donné la difficulté de la situation et cette question apparaît dans le quotidien financier de référence qu’est le Financial Times et on la retrouve également dans le dernier numéro de The Economist. Face à cette situation, les mouvements sociaux comme le nôtre, le CADTM soutenons la perspective du défaut ».

Eric Toussaint propose la suspension de paiements, la réalisation d’audits – « à la différence de ce qui s’est passé en Argentine » –pour détecter la partie illégitime et forcer les détenteurs de bons à accepter des annulations ou des restructurations avec une réduction du stock de la dette.

La poursuite des vieilles recettes néolibérales

En dépit de cette discussion sur la sortie de crise par plusieurs pays européens à travers la cessation de paiements, les politiques mises en œuvre par les gouvernements sont les mêmes recettes néolibérales de toujours explique Eric Toussaint. Il en donne comme exemple « Ia poursuite des privatisations comme en Grèce, un petit pays où ils cherchent à imposer des privatisations pour plus de 50 milliards d’euros mais où les mobilisations sociales demeurent importantes ».

Il se rapproche ainsi de l’idée qu’« on ne peut écarter qu’il puisse y avoir un virage à un moment donné, virage résultant de l’augmentation de ces protestations ». Mais encore : « Je dirais que nous sommes face à une situation du type du gouvernement De la Rúa, Domingo Cavallo en Europe, mais en Argentine il s’est passé ce que l’on sait en décembre 2001. » Le gouvernement de centre gauche de Fernando de la Rua et son ministre de l’économie Domingo Cavallo (ex ministre de la dictature argentine) ont appliqué de fortes mesures néolibérales dans un contexte où l’Argentine était en récession depuis plus de deux ans. Cela a provoqué une très forte rébellion sociale en décembre 2001. Cela a entraîné la chute du gouvernement (le président s’est « enfui » du palais présidentiel en hélicoptère) et a amené le nouveau président (Rodriguez Saa) à décréter, fin décembre 2001, la suspension du remboursement de la dette et à faire d’importantes concessions au mouvement social dont les mobilisations ont été très fortes en 2002-2003.

Eric Toussaint voit ce type de « virage » comme une possibilité dans certains pays comme l’Irlande, le Portugal ou la Grèce. Mais il précise ensuite : « Cela peut également durer des années parce qu’il est clair que les gauches traditionnelles européennes poursuivent, lorsqu’elles parviennent au pouvoir, les recettes néolibérales, il en résulte donc la nécessité d’une crise dans ce type d’orientation, la crise des partis traditionnels de la gauche européenne pour qu’un changement se produise. Nous le voyons avec les gouvernements socialistes du Portugal et de Grèce. En Europe, il peut y avoir une rébellion populaire de la dimension du soulèvement argentin ou de ceux contre les dictatures d’Afrique du Nord. »

A la question de savoir si il voit des conditions objectives pour les soulèvements populaires dans les pays de la périphérie de l’Europe (Grèce, Irlande ou Portugal), Toussaint a répondu de manière affirmative « Oui tout à fait ! » Jusqu’alors, les protestations ont suivi leur voie traditionnelle « grèves générales sans débordements sauf en Islande où il y a eu une rébellion dans les rues ». En dépit du fait que l’Islande est un pays d’à peine 350.000 habitants, les protestations contre les responsables de la crise ont marqué l’histoire de ce pays « et les Islandais ont au cours de deux référendum rejeté le paiement de la dette externe de l’Islande » |3|.

Eric Toussaint continue par l’allusion aux soulèvements en Afrique du Nord qui pourrait également avoir des répercussions sur certains pays d’Europe les plus affectés par la crise. La proximité avec la zone méditerranéenne de l’Europe en particulier en ce qui concerne la Grèce et l’Espagne et l’existence dans ces pays de travailleurs originaires de ces pays africains vient en appui de cette possibilité.

Sans aller jusqu’à dire que ces travailleurs seraient le sujet de la rébellion européenne, il explique que dans une partie de l’opinion publique européenne surgit l’idée selon laquelle « si les peuples se sont opposés en Afrique du Nord à des gouvernements absolutistes et violents, pourquoi ne pas s’opposer à des gouvernements comme ceux de l’Europe qui ne respectent pas la volonté populaire. » Eric Toussaint voit dans le vote en Europe un ras-le-bol qui se reflète dans la recherche d’alternatives y compris d’extrême droite. Il s’agit d’une démonstration supplémentaire du ras-le-bol de la politique économique menée par les partis traditionnels européens, tant de centre gauche que de centre droit. Evidemment là ou l’électorat vire à droite la rébellion semble s’éloigner. La Hongrie et la Finlande sont l’exemple de ce virage à droite.

Vers la fin de l’Euro ? Le Centre et la Périphérie européenne

« L’Euro est en crise et dans différents pays plusieurs secteurs de l’opinion proposent la sortie de cette monnaie, c’est en tout cas une discussion qui est ouverte » affirme Eric Toussaint.

Il propose ensuite un agenda avec les thèmes les plus importants : le thème principal étant celui de la dette et des audits de la dette, la décision de poursuivre ou non les paiements et le second thème étant la sortie ou non de l’Euro de la part de pays comme la Grèce, le Portugal et l’Irlande. Il explique que dans les pays de la périphérie de l’Europe, l’Union Européenne jouissait d’un grand crédit à fin des années 1970 et au début des années 1980 car elle symbolisait l’éloignement des expériences totalitaires de l’Espagne, du Portugal et de Grèce. Aujourd’hui ce contexte n’existe plus. Il y avait également un transfert de capitaux de l’Allemagne, la France et le Benelux vers ces pays, qui n’existe plus non plus aujourd’hui. « Nous avons plutôt maintenant une relation Centre/Périphérie au sein de l’Union Européenne, relation défavorable à la périphérie. »

« Qui sont les détenteurs des titres de la dette grecque » se demande t-il avant de répondre : « les banquiers allemands et français à hauteur de 50%, ensuite des banquiers belges, hollandais et britanniques ; il en est de même avec les dettes de l’Espagne, du Portugal et de l’Irlande », ce qui a pour conséquence que les pays les plus pauvres d’Europe effectuent un transfert de ressources vers les pays du Centre de l’Europe. Cela génère un sentiment de mécontentement dans ces pays périphériques. Dans les médias allemands, et même européens en général, on essaie de présenter l’Allemagne comme venant en aide aux pays de la périphérie de l’Europe alors que ça n’est pas le cas, cette « aide » allemande revient au secteur privé financier allemand.

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Notes :

|1| David Muratore est le secrétaire de la communication de la section argentine de la Centrale des travailleurs argentins (CTA) qui est le syndicat alternatif au syndicat historique CGT.

|2| De 2001 à 2005, l’Argentine a suspendu le remboursement de sa dette publique externe sous forme de titres pour un montant avoisinant 100 milliards de dollars. Grâce à cette décision, l’Argentine a pu entrer dans une phase de récupération économique et sociale.

|3| Voir « Islande : NON et encore NON ! » par Yvette Krolikowski, Mike Krolikowski, Damien Millet

L’Arabie Saoudite a réduit sa production de pétrole en mars Matthieu Auzanneau Reporterre 2011/04/27 Matthieu Auzanneau (27 avril 2011) L’Arabie Saoudite a réduit sa production de pétrole en mars. Reporterre. fr

L’Arabie Saoudite a réduit sa production de pétrole en mars

Cette réduction de 700 000 barils de pétrole par jour alimente l’idée que l’Arabie saoudite approche de son pic de production.

L’Arabie Saoudite a réduit brutalement et contre toute attente ses extractions en mars, et fait savoir qu’elle veut accroître de presque 30 % le nombre de ses puits de forage : deux surprises qui viennent relancer les suspicions autour des capacités réelles de production de “la banque centrale du pétrole”.

Riyad a pris de court le monde du pétrole en annonçant le 17 avril que sa production au mois de mars a été inférieure d’au moins 700 000 barils par jour à toutes les estimations, y compris celle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Le Wall Street Journal s’indigne : « Cette révélation met en lumière un problème dans lequel les marchés s’embourbent ces temps-ci : une disette d’informations solides concernant le vrai état de la production et de l’offre. » L’annonce faite par le ministre du pétrole saoudien, Ali al-Naimi, a « crée la surprise à Washington, pour dire le moins », relève Javier Blas dans le Financial Times.

Que s’est-il passé au juste ? L’Arabie Saoudite avait initialement annoncé une augmentation de sa production de 500 000 barils par jour, destinée à calmer la hausse des prix du brut, et à compenser en partie l’arrêt presque total des exportations libyennes, qui a réduit de plus d’un million de barils par jour (Mb/j) l’offre mondiale. D’où l’étonnement d’apprendre que Riyad a ramené en mars sa production de 9,11 Mb/j à 8,29 Mb/j, alors que les affrontements en Libye se poursuivent.

Le marché pétrolier est « suralimenté », a justifié Ali al-Naimi. Une affirmation tout aussi déconcertante. Certes, le tremblement de terre au Japon a pu réduire provisoirement la demande mondiale. Toutefois, l’Agence internationale de l’énergie a revu une nouvelle fois à la hausse en avril son estimation de la demande pour 2011. De plus, les prix du baril n’ont jamais été aussi hauts depuis les records atteints en 2008. Mais d’après le ministre du pétrole saoudien, la hausse des cours est due à la spéculation : pour M. al-Naimi, le marché est « inondé » de pétrole.

Une déclaration du secrétaire général de l’Opep, rapportée par l’agence Platts, selon laquelle les raffineurs n’ont pas voulu des 2 Mb/j de « mélange spécial » proposé par les Saoudiens afin de compenser la perte du pétrole de haute qualité libyen, n’a fait qu’ajouter à la confusion.

L’Arabie Saoudite dispose officiellement d’une capacité de production totale de 12,5 Mb/j, « ce qui permet d’avoir un matelas d’environ 3,5 Mb/j au-dessus du niveau actuel de production, lequel est ajusté en fonction des conditions du marché », a redit le ministre du pétrole saoudien. Dans les années à venir, Riyad devra maintenir sa production au-dessus de 9 Mb/j, et envisage d’accroître ses capacités d’extraction pour faire face à la hausse de la demande mondiale, d’après Petroleum Intelligence Weekly.

Seulement depuis plusieurs années, le niveau réel des capacités de production saoudiennes est régulièrement mis en question. Des soupçons qui prospèrent sur le secret absolu entourant cette donnée fondamentale pour l’avenir de l’économie mondiale.

Les sceptiques viennent d’être confortés par une dépêche de l’agence Reuters, qui révèle que l’Arabie Saoudite a décidé d’augmenter de près de 30 % le nombre de ses forages en cours. L’information provient de Simmons & Co, une banque d’affaires réputée de Houston, spécialisée dans l’énergie, dont le fondateur, Matthew Simmons, mort en août, accusait l’Arabie Saoudite de surestimer ses réserves et capacités de production officielles.

D’après la banque Simmons & Co, des dirigeants de l’Aramco (la compagnie pétrolière nationale saoudienne) ont rencontré des représentants d’Halliburton et d’autres géants des services pétroliers au cours du dernier week-end de mars, pour leur présenter un plan qui vise à faire passer le nombre de tours de forage de 92 environ aujourd’hui à 118 dès l’an prochain.

Deux représentants officiels de l’Aramco ont confirmé à Reuters que ces quelque 26 puits supplémentaires serviront uniquement à maintenir la capacité de production à son niveau actuel, et non à l’augmenter. En clair, l’Arabie Saoudite doit creuser de plus en plus de puits, uniquement pour compenser le déclin des extractions de ses puits plus anciens.

Plus que jamais, l’Arabie Saoudite demeure “la banque centrale du pétrole”. Les 3,5 Mb/j de capacités de production non-utilisées dont elle dispose officiellement font d’elle le seul pays producteur capable de compenser d’importantes chutes de production ailleurs dans le monde (comme c’est censé être aujourd’hui le cas avec la Libye), pour monter jusqu’à un maximum théorique de 12,5 Mb/j.

Des câbles diplomatiques américains mis au jour par Wikileaks ont pourtant confirmé qu’il serait difficile pour l’Arabie Saoudite de maintenir longtemps une production réelle de 12 Mb/j.

L’Agence internationale de l’énergie table toutefois dans son dernier rapport annuel sur une production saoudienne future de 14,6 Mb/j, un niveau jugé indispensable pour compenser le déclin en cours ou attendu de nombreux autres grands producteurs historiques.

Le livre réquisitoire contre l’Aramco publié par Matthew Simmons en 2005 est la source décisive de deux rapports récents du Pentagone envisageant des pénuries de pétrole « sévères » à partir de 2012 et jusqu’en 2015 au moins, ai-je appris auprès du département de la défense américain.

Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite a annoncé en juillet avoir « ordonné d’interrompre toute exploration pétrolière, afin qu’une part de cette richesse soit préservée pour nos fils et nos successeurs, si Dieu le veut".

Le travail est devenu violent Vincent de Gaulejac Reporterre 2011/04/27 Vincent de Gaulejac (27 avril 2011) Le travail est devenu violent. Reporterre. Tribune — Emploi et travail fr

Le travail est devenu violent

« La frénésie modernisatrice, la culture du résultat et l’obsession de l’évaluation des performances créent un monde pathologique et paradoxal. »

Stress, burn-out, dépressions, perte de sens, suicides… Dans le secteur privé comme dans le public, les salariés vivent un mal-être profond. Dans son dernier livre Travail, les raisons de la colère, Vincent de Gaulejac, directeur du Laboratoire de changement social de l’Université de Paris 7-Diderot, repense l’organisation du travail et le rôle du management.

Novethic : Dans votre livre, vous vous montrez critique sur l’utilisation généralisée du terme « risques psychosociaux ». Pourquoi ?

V. de Gaulejac : Au cours de la précédente décennie, les notions de stress, de violence et de souffrance étaient prédominantes. Aujourd’hui, c’est celle de « risques psychosociaux » qui s’est imposée. Mais de quoi s’agit-il ? Que recouvre cette notion ? S’agit-il de risques pour l’employeur ou pour l’employé ? Dans le champ des sciences humaines, le « psycho » et le « social » recouvrent une multiplicité de situations ! Alors que le mot « violence » désigne clairement la responsabilité de l’organisation et de son fonctionnement, le terme de « risque » est plus neutre. En fait, ce terme politiquement correct ne froisse personne et permet de neutraliser les enjeux de pouvoir et les conflits. C’est une façon de montrer que l’on se préoccupe du problème, sans pour autant s’engager à s’attaquer à ses sources. Or, parler de « risques », c’est risquer d’occulter la violence, de ne pas reconnaître la souffrance, de nier les sources du malaise…

Quels sont les symptômes du mal-être dans les organisations aujourd’hui ?

De plus en plus de salariés témoignent d’un mal-être profond lié aux transformations des organisations du travail et des pratiques de management. Tout est parti du secteur privé. Dans L’emprise de l’organisation, une étude sur IBM réalisée avec Max Pagès, nous avons montré que les nouvelles formes de management conduisaient à une intériorisation des conflits liés au travail : ces derniers étant passés du registre social au registre psychologique. Cela signifie que les salariés sont devenus « divisés de l’intérieur » : une partie d’eux-mêmes adhérant à l’organisation et à ses objectifs, l’autre partie prenant ses distances pour échapper à cette pression du travail. Le symptôme majeur de ce mal-être est lié au sentiment d’être pris dans des injonctions paradoxales. La frénésie modernisatrice, la culture du résultat et l’obsession de l’évaluation des performances créent en effet un monde pathologique et paradoxal. Ce malaise profond se répand dans tous les secteurs, y compris dans le public : à l’hôpital, dans la police, la justice, l’université... Par ailleurs, le management par projets, la compétition généralisée…tout cela aiguise les rivalités entre les gens et produit un délitement du collectif.

Quelles en sont les conséquences psychologiques ?

Chacun vit une sorte d’infantilisation et d’instrumentalisation où on lui demande d’être à la fois autonome et de se conformer au système. Ce type d’injonction paradoxale rend fou ! Cela se répercute sur les relations de travail : l’individu se retrouve seul, ne pouvant plus partager avec les autres son mal-être. Les salariés semblent n’avoir pas d’autre choix que celui de se révolter … ou de se détruire. Les suicides de salariés au cours des dernières années me font penser à ce que faisaient les Bonzes au moment de la guerre du Vietnam : ils s’immolaient par feu pour dénoncer la violence de la guerre. De la même façon, ces salariés ont voulu que leur acte serve d’exemple ; c’est une façon de dénoncer le système, pour ne pas que d’autres salariés vivent la même chose.

L’obligation de sécurité de résultat se renforce pour les employeurs. Qu’en pensez-vous ?

Les commissions sur le mal-être au travail fleurissent à l’initiative des acteurs politiques. La menace de procès pèse de plus en plus sur les employeurs. Mais quid du « mode d’emploi » pour agir ! On constate une sorte de « prescriptofrénie » envers les entreprises. On leur prescrit un idéal, une norme, des objectifs : zéro défaut, zéro délais, zéro mal être… Cet idéal au travail est inatteignable ! Cette tendance à sanctionner les entreprises en les touchant au porte-monnaie repose sur un malentendu. Le fait de devoir respecter la loi n’est pas une panacée. Pour preuve, la loi sur le harcèlement moral de 2002 n’a produit aucun effet : ce n’est pas parce que l’on punit de temps en temps un harceleur que l’on va éradiquer le harcèlement. Ce phénomène est plus complexe : il est lié au fait que dans les organisations actuelles, chacun est mis sous pression et peut tour à tour devenir harcelé et harceleur. Dans les entreprises, il faut donc questionner l’organisation du travail qui favorise ce type de scénario.

Dans ce contexte de mal-être au travail, quelle est la responsabilité des managers ?

Dans les entreprises, la tendance aujourd’hui est de faire systématiquement appel à des experts extérieurs. Il vaudrait mieux s’employer à redonner au management sa fonction première qui n’est pas de pousser le système vers l’excellence et la performance, mais de produire une organisation qui n’empêche pas les gens de travailler ! Cela signifie qu’il faut parvenir à une médiation des contradictions. Il s’agit de trouver un équilibre entre les tensions permanentes qui existent entre la logique financière, les ressources humaines et la production. Cela peut prendre différentes formes : la mise en place d’outils, une nouvelle fonction en interne... En tous cas, les managers devraient pouvoir mettre en place des espaces de réflexion collective. Car leur responsabilité devrait être de veiller au « bien travailler » et non de produire du mal être au travail. Or, aujourd’hui, non seulement ils produisent du mal être mais ils en sont les premières victimes.

Comment ce débat s’inscrit-il dans le cadre de la RSE (responsabilité sociale des entreprises ?

Dans mon livre, je formule l’hypothèse selon laquelle le capitalisme a toujours fonctionné selon le principe de Schumpeter lié à la « destruction créatrice » : le capitalisme détruisant des produits pour en créer de nouveaux plus performants. Or, aujourd’hui, on observe un renversement de cette logique au profit de la « création destructrice ». L’avenir de la planète, les conséquences sociales du développement économique, les risques psychosociaux sont les trois symptômes de destruction qui risquent de tout faire basculer de façon dramatique. La responsabilité sociale de l’entreprise ne fait sens qu’à condition de ne pas uniquement se préoccuper des conséquences sociales du développement économique. A une économie qui se développe contre la société, il faut opposer l’idée d’un modèle économique au service du développement de la société, c’est là le sens de l’histoire.

Propos recueillis par Marie-José Gava

Nationaliser EDF ! Hervé Kempf Reporterre 2011/04/27 Hervé Kempf (27 avril 2011) Nationaliser EDF !. Reporterre. Tribune — fr

Nationaliser EDF !

La loi du 30 octobre 1968 publiée au Journal officiel de la République française est fort instructive. On y lit : « Le montant maximum de la responsabilité de l’exploitant nucléaire est fixé à 50 millions de francs pour un même accident. Au-delà du montant de la responsabilité de l’exploitant, les victimes sont indemnisées par l’Etat. » Ce chiffre de 50 millions de francs a été relevé depuis 1968 et atteint aujourd’hui 91 millions d’euros. Cela signifie qu’en cas d’accident nucléaire en France, l’exploitant ne devrait rembourser les dommages que jusqu’à 91 millions d’euros.

Combien coûte un accident nucléaire grave ? Pour s’en tenir aux seules dépenses engagées par la Biélorussie à la suite de l’accident de Tchernobyl, Céline Bataille, du Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire, estimait, en 2007, que leur montant atteindrait un montant de l’ordre de 235 milliards de dollars (161 milliards d’euros) entre 1986 et 2015, un chiffre qui « ne reflète certainement pas l’ensemble des coûts ».

En ce qui concerne Fukushima, le Japan Times du 22 avril annonçait que les compensations à verser par la compagnie Tepco pourraient être de l’ordre de 8,4 milliards d’euros - une somme qui n’est qu’une fraction du coût total de l’accident, qui devra intégrer la stérilisation, pour des dizaines d’années, d’une zone de quelques milliers de kilomètres carrés, la gestion durable de la région maritime empoisonnée, la neutralisation des réacteurs accidentés, etc.

La disproportion est énorme entre 91 millions et 8,4 milliards ou 161 milliards. Car la France - tout comme les autres pays nucléarisés - tolère que les risques de l’électricité nucléaire soient pris en charge par la collectivité. Il s’agit d’une subvention cachée extrêmement importante en faveur de cette énergie.

Première conclusion : l’analyse économique du nucléaire devrait intégrer explicitement le prix de ces dommages. Deuxième conclusion : les compagnies exploitant l’énergie nucléaire devraient, soit assumer le coût du risque, soit être nationalisées. En effet, les sociétés privées recherchent le profit, quitte à abaisser les normes de sécurité, en sachant qu’elles ne subiront qu’une responsabilité limitée en cas de catastrophe. Un peu comme des banques qui précipiteraient le système financier dans l’abîme sans en subir les conséquences...

C’est magnifique le capitalisme : profit privé, risque public. Compte tenu de la gravité du risque encouru, il importe de sortir de cette logique dangereuse, et de renationaliser, chez nous, EDF et Areva. C’est l’inverse de la politique suivie en France et en Europe ? On ne peut rien vous cacher.

Un faucheur volontaire au tribunal pour refus de prélèvement d’ADN Comité de soutien aux faucheurs de Pithiviers Reporterre 2011/04/27 Comité de soutien aux faucheurs de Pithiviers (27 avril 2011) Un faucheur volontaire au tribunal pour refus de prélèvement d’ADN. Reporterre. fr

Un faucheur volontaire au tribunal pour refus de prélèvement d’ADN

Thierry Eraud, faucheur volontaire d’OGM, a refusé de se voir prélever son ADN. Procès vendredi 29 avril à 13 h.

REFUS DE PRELEVEMENT ADN

PROCES EN PREMIERE INSTANCE DE THIERRY ERAUD

à BOBIGNY LE VENDREDI 29 AVRIL 2011, 13h

En 2006, Thierry Eraud a été condamné avec 48 autres faucheurs volontaires à une amende de 1270 € et 2 mois de prison avec sursis pour la neutralisation d’une parcelle de maïs GM à Gréneville en Beauce (45). Suite à cette condamnation,il a été convoqué pour un prélèvement ADN, qu’il a refusé.

Il comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Bobigny le 29 avril pour ce refus, considéré comme un délit.

Le comité de soutien aux faucheurs de Pithiviers appelle toutes les organisations et les citoyens qui refusent la généralisation du fichage de la population à venir le soutenir

LE VENDREDI 29 AVRIL 2011.

à partir de 12.30

au tribunal de Bobigny

173 avenue Paul Vaillant Couturier - 93000 Bobigny

En Alsace, les enfants libérés de la télévision pendant dix jours Serge Hygen (ECO Conseil) Reporterre 2011/04/28 Serge Hygen (ECO Conseil) (28 avril 2011) En Alsace, les enfants libérés de la télévision pendant dix jours. Reporterre. fr

En Alsace, les enfants libérés de la télévision pendant dix jours

“Ce défi constitue, pour les enfants qui vont le relever, un réel exploit quand on sait qu’un enfant passe, en moyenne, plus de 20 heures par semaine devant les écrans.“

ECO-Conseil accompagne, pour la 3e année, des écoles de Strasbourg dans la mise en œuvre d’un « Défi : 10 jours sans écran ».

Ce défi vise à amener les enfants des écoles à essayer, pendant 10 jours (fixés du 10 au 19 mai 2011), de ne plus – ou de moins – passer de temps devant la télévision, l’ordinateur et les jeux vidéos, l’objectif étant que pendant ce temps "libéré" les enfants, et leurs parents, (re)découvrent des activités sportives, culturelles, récréatives ou, tout simplement, le plaisir d’être ensemble et de se parler...

Ce projet, qui rencontre un réel intérêt de la part de l’ensemble des acteurs du quartier (associations et autres structures de proximité qui soutiennent, en proposant des activités, pendant ce défi) devrait être aussi l’occasion de recréer du lien social autour d’un projet collectif et de prendre un peu de recul par rapport à une "surconsommation" notamment télévisuelle...

Ce défi constitue, pour les enfants qui vont le relever, un réel exploit quand on sait qu’un enfant passe, en moyenne, plus de 20 heures par semaine devant les écrans.

Nous souhaitons que les enfants réussissent à relever ce défi et nous recherchons tous les moyens susceptibles de les y encourager. Nous pensons qu’un soutien, sous forme de courriers aux enfants, serait très bénéfique et c’est à ce titre que nous vous sollicitons.

Nous aimerions, si vous en êtes d’accord, que vous adressiez une lettre ou une carte postale manuscrite, un dessin ou tout signe d’encouragement et de soutien aux enfants, ces envois seront présentés dans les classes, soit pendant la phase de préparation soit pendant les 10 jours du défi.

Ces « courriers » de soutien sont à adresser à l’adresse suivante :

Élèves des écoles Fischart et Karine

Défi 10 jours sans écran

BP 40476 PRO - 67010 STRASBOURG Cedex

Merci d’indiquer votre nom et votre adresse dans votre courrier, les enfants vous répondront

Restant à votre disposition pour tout complément d’information et en vous remerciant par avance pour la suite que vous souhaiterez donner à cette demande,

Sincères salutations.

Serge HYGEN

Charte de la sortie du nucléaire Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2011/04/28 Réseau Sortir du nucléaire (28 avril 2011) Charte de la sortie du nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Charte de la sortie du nucléaire

Considérant :

- les risques croissants d’accidents majeurs dus au vieillissement des installations nucléaires, - les dangers que l’accumulation des déchets radioactifs fait courir aux générations présentes et futures, - les risques pour la santé, liés à la pollution radioactive due à toute installation nucléaire, - que le nucléaire civil favorise directement ou indirectement la prolifération et l’usage de l’arme nucléaire, - le coût prohibitif de la filière nucléaire (construction et démantèlement des installations, gestion des déchets radioactifs), - les dangers que représente le lobby nucléaire pour la démocratie, que la France est le dernier pays en Europe à tout miser sur le nucléaire,

A cette période charnière où se pose le problème du renouvellement du parc nucléaire français, nous, citoyens, scientifiques, élus, associations, entreprises... voulons une décision immédiate de sortie du nucléaire.

Nous voulons :

- l’arrêt des projets d’enfouissement des déchets radioactifs, - l’arrêt du retraitement du combustible usé à la Hague et de l’utilisation du plutonium à des fins énergétiques (combustible MOX), - l’arrêt des exportations d’électricité et de toute technologie nucléaire, - le non renouvellement du parc nucléaire, - la fermeture des réacteurs en fonctionnement. - l’abolition et l’élimination de toutes les armes nucléaires ou radioactives.

C’est possible avec :

- le développement des économies d’énergie, - la mise en place d’une autre politique énergétique basée sur les énergies renouvelables (éolien, solaire, bois...) fortement créatrices d’emplois, - le recours, en phase transitoire, à des techniques de production énergétique les moins néfastes possible pour l’environnement (centrales au gaz, cogénération ...).

Le nucléaire a lui aussi passé son pic Sophie Verney-Caillat |Rue89) Reporterre 2011/04/29 Sophie Verney-Caillat |Rue89) (29 avril 2011) Le nucléaire a lui aussi passé son pic. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

Le nucléaire a lui aussi passé son pic

Fukushima devrait sonner le glas de la « renaissance » de l’énergie nucléaire. Selon le spécialiste Mycle Schneider, le pic du nombre de réacteurs en activité - 444 en 2002 - ne sera plus atteint.

Depuis Tchernobyl, jamais autant de centrales nucléaires n’ont été mises en chantier à travers le monde qu’en 2010. C’est le paradoxe souligné par Mycle Schneider, expert indépendant dans un rapport rédigé pour le WorldWatch Institute, et que Rue89 dévoile.

La catastrophe de Fukushima y changera-t-elle quelque chose ? « L’industrie nucléaire dans un monde post-Fukushima » est le titre (en français) de cet état des lieux annuel qui vient d’être publié à l’occasion des vingt-cinq ans de Tchernobyl par cette ONG américaine spécialisée dans le développement durable.

Aujourd’hui, il y a officiellement 64 réacteurs nucléaires en construction à travers le monde, la Chine totalisant à elle seule plus de 40% des projets. Une douzaine de chantiers sont listés depuis plus de vingt ans, deux depuis douze ans, beaucoup d’autres enregistrent d’importants retards.

L’industrie avait pris l’habitude de parler de la décennie 2000 comme celle de la « renaissance » du nucléaire. Mais Fukushima va-t-il définitivement inverser la tendance ?

Le « fiasco financier » des réacteurs EPR

Trois pays sont déjà sortis du nucléaire après Tchernobyl (l’Italie, le Kazakhstan et la Lituanie). Chez les trente nations qui y sont encore, certaines comme l’Allemagne, bougent plus vite que d’autres.

On le sait peu, mais les six pays les plus nucléarisés (France, Allemagne, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon et Russie), ont déjà réduit la part de cette énergie, nous apprend le rapport.

Et les chantiers des réacteurs de troisième génération, les fameux EPR, virent au « fiasco financier », souligne le rapport : quatre ans de retard pour le chantier finlandais et au moins 90% de dépassement de budget.

« L’accident le plus sérieux pour la crédibilité du nucléaire »

Les trois auteurs du rapport ont compilé toutes les sources de l’industrie et des décideurs impliqués, ce qui donne des analyses intéressantes. Comme celle de la banque suisse UBS, qui note : « Nous pensons que l’accident de Fukushima est le plus sérieux pour la crédibilité de l’énergie nucléaire. »

En effet, comme le montre ce spectaculaire graphique issu du rapport, les valeurs boursières de l’indice nucléaire de l’agence de notation Standard & Poors se sont effritées après Fukushima alors que l’indice « énergies propres » s’est envolé.

Nouveaux comme vieux pays nucléaires sont aussi traumatisés les uns que les autres, mais différemment – l’Asie est aux premières loges. Mycle Schneider note : « La déclaration politique du gouvernement chinois de geler tous les projets en cours, seul pays qui a massivement engagé la construction de réacteurs avec 27 sur 64 chantiers dans le monde, est spectaculaire. »

Il semble évident pour les auteurs que le Japon ne construira plus jamais de centrale nucléaire. Schneider connait bien l’archipel pour l’avoir visité plus d’une vingtaine de fois. Il y a quelques années, il a été auditionné par la préfecture de Fukushima et conseillé son gouverneur de l’époque.

En Thaïlande, 83% des gens consultés dans un sondage post-Fukushima se sont prononcés contre la construction de réacteurs dans le pays.

« De la gériatrie technologique, pas une renaissance »

Quel avenir les décideurs-ils donneront à l’atome ? Mycle Schneider estime que « c’est sans doute la fin du développement du nucléaire » : « Notre rapport montre clairement que le maximum historique de réacteurs en exploitation dans le monde – 444 en 2002 contre 437 aujourd’hui – ne pourra être atteint que si l’on généralise le prolongement de vie des centrales. Et cette probabilité est fortement réduite depuis le début du désastre au Japon. »

L’Allemagne n’est que l’exemple le plus spectaculaire. « L’arrêt de sept réacteurs les plus âgés quelques jours après le 11 mars – tous plus vieux que trente ans – n’est politiquement plus réversible. »

Le retard sur le renouvelable, « probablement irrattrapable »

En 2010, pour la première fois, la capacité mondiale en éolien, solaire et biomasse dépasse la puissance de toutes les centrales nucléaires. Même s’il faudra attendre quelques années avant que la production des renouvelables (hors grands barrages) dépasse celle du nucléaire, le secteur vert rattrape vite.

L’expert note que le débat s’est pour la première fois ouvert parmi les partis politiques en France, où le consensus pro-nucléaire était de mise jusque là chez tous, hormis les Verts.

Mycle Schneider, qui avait le premier averti qu’il y aurait un avant et un après 11 mars, n’a pas l’impression que le gouvernement français soit prêt à évoluer et n’ait compris l’étendue du désastre : « La France est à la traîne quant au développement technique de filières d’énergies renouvelables et des éléments indispensables d’une politique intelligente basée sur l’efficacité énergétique. On manque d’urbanistes, d’architectes, d’auditeurs hauts de gamme, d’artisans spécialisés et une distribution de masse de matériaux de haute performance. »

Il insiste sur un point qui sera sans doute un grand thème de la campagne présidentielle de 2012 : « L’économie française et surtout son parc immobilier est énergétiquement incroyablement inefficace. A coté, Allemands, Chinois, Italiens, ont boosté les énergies renouvelables, creusant le fossé avec la France de façon probablement irrattrapable. »

Que faire d’EDF ?

Pour Mycle Schneider, la France a du mal à comprendre que la logique centralisée du nucléaire est en « bout de course » : « Le système électrique du futur sera complètement transformé. La notion de producteur et de consommateur ne sera plus la même. Il y aura des centaines de milliers de producteurs-consommateur-stockeurs d’électricité qui seront reliés par des réseaux intelligents.

« On se demande quel sera le rôle d’une entreprise comme EDF dans ce type de schéma. Quel sera sa raison d’être si ménages, entreprises et services occupent une partie importante de son terrain historique de production-distribution ?

« Il est temps de donner un coup de main aux Proglio et Lauvergeon de ce monde afin de retrouver une orientation qui a de l’avenir. Après tout, ce sont des entreprises publiques qui appartiennent aux contribuables.

Le président Obama n’a-t-il pas déclaré lors de son discours sur l’Etat de l’Unionen février 2010 : “Le pays qui maîtrisera les énergies propres et renouvelables sera le leader du XXIe siècle” ? »

Mobilisation pour la « fête des précaires et des pissenlits » Par Julien villalard Reporterre 2011/04/29 Par Julien villalard (29 avril 2011) Mobilisation pour la « fête des précaires et des pissenlits ». Reporterre. fr

Mobilisation pour la « fête des précaires et des pissenlits »

Le 30 avril, Fête des Précaires et du Pissenlit (pour ne pas le manger par la racine).

Samedi 30 avril 2011, 15h, Paris : Fête des Précaires et du Pissenlit A Paris, du 35 rue de Lisbonne jusqu’à la Place de l’Europe.

A l’appel de 6 jeunes précaires parisiens, 17 villes se mobilisent partout en France pour lancer la « Fête des Précaires et du Pissenlit » la veille du 1er Mai, Fête du Travail et du Muguet :

« A défaut de se payer notre brin de muguet du 1er mai, célébrons le pissenlit pour ne pas le manger par la racine. Avant la fête des travailleurs, retrouvons-nous pour la journée du Pissenlit, fête des précaires. Ce jour là, rendons nos galères visibles. » (appel complet ci-dessous)

En écho aux mobilisations portugaises, espagnoles, italiennes et européennes de ces dernières semaines contre la précarité, à Paris aura lieu ce samedi 30 avril une marche festive, entre la rue de Lisbonne et la place de l’Europe.

Mouvement intergénérationnel, multiculturel, la Fête des précaires et du pissenlit résulte des injustices et inégalités grandissantes de notre pays. Elle fait émerger une nouvelle force collective citoyenne combative qui se rassemble non seulement pour protester mais aussi pour partager ses convictions et sa volonté de combattre le système et la politique qui créént la précarité !

Suite à la diffusion de l’appel des précaires sur internet, des sollicitations sont venues des quatre coins de l’hexagone pour organiser des rendez-vous décentralisés. Des Fêtes des Précaires et du Pissenlit sont aujourd’hui prévues à Bayonne, Bordeaux, Chateaubriand, Clermont-Ferrand, Lyon, Libourne, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nîmes, Toulon, Toulouse, Saint-Aman,d Montrond, et Paris.

RDV le Samedi 30 avril 2011 à 15h, à Paris du 35 rue de Lisbonne à la Place de l’Europe, pour la

Fête des Précaires et du Pissenlit

(pour ne pas le manger par la racine)

...................................

Le samedi 30 avril 2011, comme chaque fin de mois, ça fera déjà dix jours que nous serons à découvert.

Nous sommes salarié-e-s au SMIC, en CDD, en Interim, à temps partiel, en Contrat Unique d’Insertion, stagiaires de longue durée à 30% du SMIC, bac + 5 en Service Civique à 540€ par mois, auto-entrepreneurs, pigistes, intermittents, chômeurs en interim, travailleuses au black au RSA, travailleurs au black, jeunes n’ayant pas droit au RSA, saisonniers, étudiants-salariés...

Nous galérons pour trouver un emploi et un logement, pour payer le loyer. Nous galérons pour remplir le caddie chez ED.

Nous voulons vivre, pas survivre. Nous voulons payer des impôts. Nous voulons payer nos restos, aller au ciné, partir en vacances, arrêter de taxer nos parents, avoir le temps et la place pour élever des enfants, nous doucher avec du gel douche bio, manger du filet de bœuf plutôt que des surgelés, aller chez le dentiste pour retrouver le sourire.

Notre précarité est une insulte au passé, alors que nos parents et nos grands-parents ont travaillé pour notre accès à l’éducation, à la sécurité sociale, pour le droit du travail, et pour notre liberté. Privés de stabilité et soumis à la flexibilité, notre avenir est hypothéqué. “C’était mieux Avant”, on finit par le croire.

Parce que nous refusons cette fatalité, nous ne nous laissons pas abattre par ce manque de perspective. Nous sommes des millions ! On se croise tous les jours dans la rue, dans le métro, au boulot, dans les facs, à Pôle Emploi ou à la CAF, ou à l’heure de l’apéro.

Nous sommes éparpillé-e-s et isolé-e-s.

Le samedi 30 avril, rassemblons-nous. A défaut de se payer notre brin de muguet du 1er mai, célébrons le pissenlit pour ne pas le manger par la racine. Avant la fête des travailleurs, retrouvons-nous pour la journée du Pissenlit, fête des précaires. Ce jour là, rendons nos galères visibles.

Quelles que soient vos convictions, vos revendications, votre situation, rejoignez nous. En écho à l’énorme mobilisation des précaires portugais le 12 mars, nous vous donnons rendez-vous à Paris tout au long de la rue de Lisbonne, pour un défilé festif, pacifique et non-partidaire contre la précarité. Fabriquez pour l’occasion vos propres panneaux, pancartes, banderoles, et inscrivez-y vos coups de gueules et vos messages.

Rendez-vous le samedi 30 avril pour un défilé festif, pacifique et non-partidaire !

Carole, 28 ans, salariée depuis 10 ans, au SMIC, encore dépendante de ses parents. Xavier, 36 ans, chômeur, auto-entrepreneur. Lily, 25 ans, bac+5, en Service Civique prolongé à 540 euros par mois. Dimitri, 24 ans, serveur, travaille 50 heures par semaine dont 30 heures non déclarées. David, 26 ans, chômeur en reconversion professionnelle dans le secteur social. Nikos, 27 ans, vacataire dans la fonction publique.

FUKUSHIMA : le fil des événements depuis le 11 mars 2011 Reporterre Reporterre 2011/04/29 Reporterre (29 avril 2011) FUKUSHIMA : le fil des événements depuis le 11 mars 2011. Reporterre. Enquête — Catastrophes nucléaires fr

FUKUSHIMA : le fil des événements depuis le 11 mars 2011

« Je ne peux m’empêcher de penser que le gouvernement ne prend que des mesures provisoires et retarde ainsi la résolution de cette crise nucléaire », a déclaré Toshiso Kosako. LE FIL DES PRINCIPALES INFORMATIONS DEPUIS LE DEBUT DE L’ACCIDENT DE FUKUSHIMA

Démission d’un conseiller scientifique du Premier ministre

Romandie News, vendredi 29 avril à 13 h 57.

Un conseiller scientifique du Premier ministre japonais Naoto Kan a annoncé sa démission vendredi en raison de désaccords sur la gestion de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (nord-est).

Toshiso Kosako, professeur à l’université de Tokyo, expert en sécurité nucléaire, a expliqué que le gouvernement n’avait pas été rigoureux dans l’application des lois et réglementations et avait ignoré ses conseils depuis sa nomination en tant que conseiller spécial du Premier ministre le 16 mars.

"Cela n’a aucun sens que je reste à mon poste", a-t-il déclaré, en larmes, au cours d’une conférence de presse, indiquant avoir remis sa lettre de démission.

"Je ne peux m’empêcher de penser que (le gouvernement) ne prend que des mesures provisoires (...) et retarde ainsi la résolution de cette crise nucléaire", a-t-il ajouté.

Le nord-est du Japon a été frappé le 11 mars par un tremblement de terre de magnitude 9 suivi d’un tsunami qui ont fait près de 26.000 morts et disparus.

Le tsunami a provoqué une panne des circuits de refroidissement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (N°1), située à environ 250 km au nord-est de Tokyo, entraînant des explosions d’hydrogène et d’importantes fuites radioactives.

Depuis, les équipes de l’opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco), tentent de mettre en marche des systèmes fiables de refroidissement.

Tepco estime qu’il faudra trois mois pour que le niveau de radiations commence à baisser et encore trois à six mois supplémentaires pour réduire les fuites radioactives à un niveau très bas.

DES RÉACTEURS MOINS ABIMÉS QU’ESTIMÉ ?

Sylvestre Huet, mercredi 27 avril.

Les cœurs des réacteurs accidentés de Fukushima seraient moins endommagés qu’estimé jusqu’à présent. C’est une des analyses tirées des observations plus précises réalisées par les robots qui sont intervenus dans les bâtiments des réacteurs 1, 2 et 3 ces derniers jours.

Jusqu’à présent, l’estimation de l’opérateur - la TEPCO - était d’un taux d’endommagement des combustibles des réacteurs de 70% pour le premier, 40% et 35% pour les second et troisième. Les mesures récentes ont conduit les physiciens à réviser ces chiffres, en les abaisssant à 55% pour le réacteur N°1, 35% pour le N°2 et 30% pour le N°3.

Paradoxalement, le réacteur N°1 est également celui dont la cuve semble avoir le moins souffert, puisqu’elle affiche toujours une pression nettement supérieure à la pression atmosphérique, signe qu’elle est encore étanche. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que les ingénieurs de la TEPCO ont décidé d’y commencer une injection d’eau plus forte, afin d’essayer d’élever le niveau d’eau dans la cuve et ainsi de noyer une partie plus importante du combustible nucléaire. Aujourd’hui, l’injection d’eau a donc été accélérée, à 10 tonnes par heure contre 6 tonnes.

L’intention des ingénieurs était d’aller jusqu’à 14 tonnes, mais de "instabilités" - la Tepco ne précise pas lesquelles - les ont convaincus de s’en tenir à 10. Puis, une inspection par robot du batiment où se trouve le bas du réacteur et la chambre de supression (voir schéma à droite) sera réalisée afin de vérifier si l’augmentation de l’injection d’eau ne se traduit pas par une quelconque fuite.

Les inspections par robot ont permis de vérifier que le combustible fondu - le corium - était toujours confiné dans les cuves, même pour celles qui ne sont plus étanches des réacteurs N°2 et N°3. En outre, les températures enregistrées à la base des cuves ne sont pas vraiment compatibles - elle sont trop basses : 111°C par exemple pour le réacteur N°1- avec un dépot important de corium au fond des cuves. Le combustible fondu a donc dû, pour l’essentiel, rester au niveau du cœur lui même. Les scénarios d’agravation de l’accident imaginés dès le début, avec percement des cuves et chute du corium, ne se sont donc pas réalisés. Ces inspections ont également montré que, contrairement à ce qui pouvait être imaginé, il n’y a pas d’eau accumulée dans les bâtiments réacteurs.

En parallèle, le pompage de l’eau très contaminée - environ 70.000 tonnes - qui s’est accumulée dans les parties basses des salles des machines se poursuit. Elle doit être stockée dans des conteneurs acheminés sur le site, dans un dispositif de stockage d’eau contaminée qui a été vidé et, peut-être, dans une vaste barge métallique ancrée devant la centrale. Ensuite, cette eau sera traitée par un système proposé par Areva et utilisé en France (à Marcoule et La Hague) qui permet d’extraire par des procédés chimiques les atomes radioactifs de l’eau afin de la décontaminer. Elle pourra alors être réutilisée pour refroidir les réacteurs ou les piscines à combustibles usés.

Par ailleurs, le succès de l’aspersion de résine sur le sol pour y fixer les radio-éléments a conduit la Tepco a en prévoir l’extension sur l’ensemble du site. Des opérations de récupération de gros débris très radioactifs sont en cours. Enfin, l’alimentation électrique de la centrale a été renforcée afin de la rendre résistante à de nouveaux chocs sismiques.

La surveillance de la radioactivité en dehors de la zone des 30 kilomètres autour de la centrale montre une diminution régulière. Les valeurs enregistrées en débit de dose par heure sont désormais de 1,7 microsievert par heure dans la ville de Fukushima (au 23 avril). Plus près de la centrale, mais à plus de 30 kilomètres la valeur la plus élevée enregistrée le 20 avril était de 24 microsieverts par heure. A droite une carte des mesures du 24 avril (le chiffre du dessus est le numéro du poste de surveillance, le chiffre du dessous la valeur en microsievert par heure). De nombreuses mesures de restriction de consommation de légumes et de lait ont été levées, en revanche la culture du riz sera interdite en 2011 dans les zones actuellement évacuées. Ces évolutions sont attendues, mais les zones qui ont été le plus contaminées le restent et donc justifient les décisions d’évacuations supplémentaires, localisées de manière précise à l’aide de la carte dressée par l’IRSN et visible sur cette note.

Pour la surveillance de la radioactivité due à Fukushima en France, l’IRSN a décidé de ne plus éditer de bulletin d’information régulier après le dernier, qui date du 22 avril. Explication : « Compte-tenu des très faibles niveaux observés et d’une tendance à la baisse, et en l’absence d’aggravation nouvelle des rejets des réacteurs de Fukushima, l’IRSN poursuit cette surveillance mais en réduisant le nombre et la fréquence des prélèvements, et en augmentant les durées de mesure pour atteindre des limites de détection plus basses. Dans ces conditions, et sous réserve d’évolution particulière, le présent bulletin est le dernier dans la série de ceux établis depuis le 24 mars. Un bilan global de la surveillance initiée depuis cette date sera présenté dans le courant du mois de mai 2011. »

Le gouvernement japonais a publié la carte des radiations

Radio Chine Internationale, mercredi 27 avril à 10 h 38.

Le gouvernement japonais et Tokyo Electric Power ont publié mardi 26 avril pour la première fois une carte des niveaux de radiation dressée par la centrale Fukushima Daiichi.

Selon la carte, la quantité de radiations autour de la centrale nucléaire de Fukushima varie largement selon la direction. Par exemple, dans la zone nord-ouest de la centrale nucléaire, la quantité de radiation est en train d’augmenter, alors que celle de la zone sud-ouest est relativement basse.

Touchée par le terrible séisme du 11 mars survenu au Japon, la centrale nucléaire de Fukushima a perdu 4 groupes électrogènes. Le gouvernement japonais a actuellement évacué au delà de la zone des 20 km. Les autorités japonaises interdisent désormais formellement aux habitants qui vivaient dans un rayon de 20 à 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire de Fukushima de rentrer chez eux, étant donné le risque de radioactivité.

Tepco met les salaires de ses cadres et employés à contribution

Les Echos, mardi 26 avril à 07 h 00.

Après les excuses publiques, Tepco a décidé de mettre à contribution tous ses employés pour couvrir - une partie -des dommages liés à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Les salaires annuels du président honoraire, du PDG - très critiqué pour sa passivité au début du drame -et d’autres hauts responsables vont être réduits de 50 %. Pour les cadres intermédiaires, la ponction sera de 25 %. Tous les autres salariés devront faire une croix sur 20 % de leurs fiches de paye.

« Nous appliquerons ces retenues de rémunération en raison de l’impact sur nos comptes des montants à payer en vertu de la loi sur l’indemnisation pour dommages nucléaires aux personnes qui en ont été victimes et du fait de l’augmentation des frais pour reconstruire les installations électriques », a expliqué l’électricien japonais, qui attend de ces décisions une économie annuelle de 54 milliards de yens, soit 455 millions d’euros. Un plan de recrutement, qui portait sur 1.100 embauches pour s’étendre en dehors de l’Archipel, a par ailleurs été annulé.

Les six réacteurs de la centrale de Fukushima sont arrêtés depuis le 11 mars. La catastrophe a poussé les autorités à décréter une zone interdite d’un rayon de 20 kilomètres obligeant 80.000 Japonais à trouver refuge ailleurs. Pour aider le groupe qui fait face à de très lourdes réparations financières, Tokyo envisage la création d’un fonds spécial (« Les Echos » du 22 avril).

Sur le terrain, Tepco projette de construire des murs souterrains pour éviter que l’eau contaminée ne se répande dans la nature, selon la télévision TV Asahi. En attendant, l’opérateur pourrait remettre en service un réacteur d’une autre centrale, à l’arrêt depuis 2007, pour pouvoir approvisionner Tokyo et les régions alentours en énergie.

Augmentation du niveau de l’eau radioactive dans les réacteurs 3 et 4 de la centrale de Fukushima

Au fait Maroc, mardi 26 avril à 04 h 54.

L’opérateur de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (nord-est du Japon) a annoncé, mardi 26 avril, que le niveau de l’eau radioactive a augmenté dans les réacteurs 3 et 4.

Le niveau d’eau radioactive entassée dans les tunnels des réacteurs 3 et 4 a augmenté de 99 centimètres et de 10 centimètres respectivement, a précisé la société exploitant la centrale, Tokyo Electric Power Company (Tepco).

Tepco, qui ?uvre pour transférer de l’eau hautement radioactive du réacteur 2 vers une installation temporaire de stockage, a souligné que les niveaux d’eau radioactive dans la centrale nucléaire entravent les efforts visant à restaurer les systèmes de refroidissement.

La société a également indiqué que le taux de césium-134 et 137 a augmenté d’environ 250 fois, alors que le taux de l’iode-131 a augmenté d’environ 12 fois par rapport au mois dernier.

La centrale de Fukushima, située au bord de l’océan Pacifique, a été secoué le 11 mars dernier par un violent séisme et un tsunami dévastateur, déclenchant une série d’explosions et d’incendies dans la centrale.

Fukushima et Tchernobyl sont "de nature différente", insiste Tokyo

AFP, mardi 26 avril à 09 h 30.

TOKYO — Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima sont "de nature différente", a souligné une nouvelle fois le gouvernement japonais, mardi à l’occasion du 25e anniversaire de la catastrophe en Ukraine.

"Il est clair que les deux cas sont de nature différente", a déclaré Yukio Edano, porte-parole du gouvernement, au cours d’un point de presse. "La quantité de radioactivité relâchée (à Fukushima) a été d’environ un dixième" de celle relâchée à Tchernobyl, a-t-il insisté.

A plusieurs reprises, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) a souligné que l’accident de Fukushima était "très différent" de celui de Tchernobyl, en particulier au regard du niveau des émissions radioactives.

Le monde commémore mardi les 25 ans de Tchernobyl. Les présidents ukrainien Viktor Ianoukovitch et russe Dmitri Medvedev doivent se retrouver symboliquement sur les lieux du drame.

Le bilan de Tchernobyl suscite toujours la controverse. Le comité scientifique des Nations unies sur les effets des rayonnements ne reconnaît que 31 morts d’opérateurs et de pompiers directement imputables aux effets de la radiation, alors que Greenpeace parle d’au moins 100.000 morts des suites de la contamination radioactive.

Aucun décès lié à l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi (N°1) n’a été recensé à ce jour au Japon.

Nucléaire : des manifestations organisées à Tokyo

Maxisciences, lundi 25 avril à 15 h 00.

A Tokyo, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche 24 avril pour demander au gouvernement japonais d’entamer une sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables.

Depuis le séisme et tsunami du 11 mars dernier, et l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, les Japonais souhaitent qu’un processus de "changement d’énergie" soit mis en place par le gouvernement, indique l’AFP.

Des milliers de manifestants ont défilé dans le centre de Tokyo hier, en brandissant des pancartes "Adieu le nucléaire". Pour certains, il s’agit du deuxième défilé dans la capitale nippone. Beaucoup de participants expliquent qu’avant l’accident de la centrale, ils ne se sentaient pas concernés. Maintenant, ils estiment nécessaire de se mobiliser. "Il faut le faire pour nos enfants", explique à l’agence de presse Hiroshi Iino, venu participer au rassemblement avec sa famille.

La manifestation a été organisée par Greenpeace Japon qui estime que si aujourd’hui la mobilisation reste faible, cela n’est imputable qu’à la catastrophe du séisme et au tsunami qui s’en est ensuivi. En effet, le bilan est colossal et totalise 28.000 personnes mortes ou disparues. Junichi Sato, directeur exécutif de l’organisation écologique sur place explique que "jusqu’ici, la priorité a été de se concentrer sur les victimes. A l’étranger, la problématique était différente, ils se sont emparés directement de la question énergétique". Il reste convaincu que très prochainement la question de l’énergie au Japon va prendre de l’ampleur.

Pour le moment, le gouvernement japonais a fait savoir par Katsuya Okada, le numéro deux du parti au pouvoir, que si le Japon ne pouvait "pas se passer de l’énergie nucléaire, [il devait] réfléchir aux plans et au calendrier de construction de [ses] centrales".

Jusqu’à l’arrêt d’une douzaine de réacteurs le 11 mars, l’énergie nucléaire fournissait 30% de l’électricité consommée sur l’archipel nippon, rappelle Sciences et Avenir.

Le Japon envisage de construire des murs souterrains pour contenir les eaux radioactives

Radio Chine Internationale, samedi 23 avril à 18 h 34.

Pour empêcher la fuite des eaux radioactives dans la nappe phréatique, le gouvernement japonais et la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) envisagent de construire des murs souterrains pour contenir les eaux autour de la centrale Fukushima Daiichi (n°1). C’est ce qu’a annoncé le 22 avril Mabuchi Sumio, conseiller spécial du Premier ministre japonais. C’est la première fois que le Japon met au point une mesure concrète pour prévenir la fuite des matières radioactives.

Selon Sumio, ces murs souterrains seront construits de la surface du sol jusqu’aux couches impénétrables à l’eau. Ces murs vont « envelopper » l’ensemble de la centrale, interdisant ainsi aux eaux radioactives de fuir. Pour ce faire,Tepco commence par mettre en oeuvre les travaux pour envelopper la construction abritant les réacteurs et creuser ensuite les murs souterrains.

Le même jour, le Ministère japonais de l’Education, de la Culture, du Sport, de la Science et des Technologies et la commission de la sécurité nucléaire ont conjointement publié un "Programme sur le renforcement de la surveillance de l’environnement", décidant de dresser un tableau indiquant le volume radioactif et la prolifération des matières radioactives aux alentours de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi.

Les techniciens de la centrale nucléaire de Fukushima sont à bout de forces

Associated Press, vendredi 22 avril à 18 h 30.

FUKUSHIMA-SHI, Japan — Les techniciens qui se battent sans relâche depuis le tsunami du 11 mars pour tenter de reprendre le contrôle de la centrale nucléaire de Fukushima ne sont pas seulement confrontés aux dangers liés à la forte radioactivité. Ils souffrent également d’insomnie, montrent des signes de déshydratation, d’hypertension, et risquent à terme des problèmes cardiaques ou la dépression, selon un médecin japonais qui les a rencontrés.

Depuis la catastrophe, 245 techniciens et sous-traitants, selon les chiffres de l’exploitant de la centrale Tokyo Electric Power (TEPCO), se relaient sur le site de Fukushima Dai-ichi, dans le nord-est du Japon. Des soldats, pompiers et policiers ont également été mobilisés.

Un médecin épidémiologiste, Takeshi Tanigawa, s’est entretenu avec 80 des techniciens intervenant à Fukushima. Le médecin, directeur du département de santé publique de l’Université d’Ehime (sud-ouest), a expliqué dans une interview par téléphone à l’Associated Press qu’il s’était particulièrement attardé aux conséquences des conditions de travail dans la centrale qu’aux effets de la radioactivité.

En premier lieu, a noté le médecin, les techniciens ne peuvent pas se reposer correctement. Durant leur temps de repos, ils dorment souvent à même le sol d’un gymnase, « sans intimité » ni possibilité de s’isoler.

Avec cette promiscuité, « les ronflements constituent un gros problème. En temps normal, cela peut sembler amusant mais dans le cas présent, cela prive les gens de sommeil et peut amener à une mauvaise performance dans le travail », dit-il.

En conséquence, ces techniciens âgés d’une quarantaine à une cinquantaine d’années souffrent d’insomnie. Ils ne bénéficient pas d’une alimentation variée et riche en produits frais. Juste « de la nourriture pour le four à micro-ondes ». Les conditions d’hygiène sont par ailleurs adéquates. Les travailleurs présentent des signes de déshydratation et d’hypertension, une conséquence possible du stress intense auquel ils sont soumis.

« Faire en sorte qu’ils puissent prendre une douche ou un bain, dormir dans un endroit approprié » ne constituerait pas un luxe, mais plus pragmatiquement un moyen d’obtenir un travail performant, souligne le médecin. La peur de la radioactivité, l’inquiétude des proches et parfois la perte d’être chers ou de biens lors de la catastrophe ajoutent à leur angoisse, dit-il.

TEPCO, dont la gestion de la crise et la communication ont fait l’objet de nombreuses critiques au Japon, affirme faire son possible.

« Nous pensons avoir travaillé à améliorer la nourriture, les heures de sommeil et les jours de repos, de sorte que les conditions de travail s’améliorent. Nous souhaitons oeuvrer à des progrès supplémentaires, tenant compte des avis du Dr Tanigawa », dit l’exploitant dans un communiqué.

La situation urgente à la centrale, où les systèmes de refroidissement sont tombés en panne à la suite du tsunami, justifiait le surcroît de travail, convient Takeshi Tanigawa. Mais cette surcharge devient « chronique » et les techniciens atteignent la limite de leur résistance physique et mentale, prévient-il.

« Ils se battent depuis plus d’un mois. Mais ils n’ont pas eu de répit. TEPCO et le gouvernement ne pensent pas à eux. Les techniciens doivent faire du bon travail, mais ils ne sont pas soutenus », selon le médecin.

Pourtant, aucun ne songe à abandonner, constate-t-il. « Ils éprouvent un profond sens de leur responsabilité. J’ai demandé à beaucoup d’entre eux s’ils voulaient arrêter, mais ils ont répondu : "Si je ne le faisais pas, qui le ferait ?". »

À Fukushima, la zone d’évacuation devient zone interdite

Reuters, jeudi 21 avril à 07h 17

La zone d’évacuation de 20 km autour de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi devient une zone interdite, dont l’accès va être strictement surveillé par les autorités, a annoncé jeudi le gouvernement japonais.

Des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter ce périmètre en raison des rejets radioactifs de la centrale endommagée par le séisme et le tsunami du 11 mars.

Depuis, certains habitants sont revenus chez eux pour récupérer leurs effets personnels.

À partir de jeudi minuit (heure locale), ils ne pourront le faire qu’avec l’aval du gouvernement, a annoncé le secrétaire général du gouvernement, Yukio Edano.

"La mise en place d’une zone interdite et les ordres d’évacuation (du mois dernier) visent à assurer la sécurité de la population", a dit Edano.

"Nous adopterons de strictes mesures juridiques contre ceux qui tenteront d’entrer dans la zone", a-t-il menacé sans préciser davantage.

"En ce qui concerne les habitants, je ne peux que leur demander d’être compréhensifs afin qu’aucune poursuite judiciaire ne soit engagée contre eux", a ajouté Edano lors d’une conférence de presse.

Le Premier ministre Naoto Kan, à qui l’opposition et certains dans son propre parti reprochent sa gestion de la crise, s’est rendu jeudi à Fukushima.

Plus de 13.000 personnes sont mortes dans la catastrophe du 11 mars et des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur maison. En début de semaine, ils étaient encore 130.000 à vivre dans des abris de fortune selon les chiffres officiels.

L’opérateur de Fukushima-Daiichi, Tokyo Electric Power (Tepco), estime que la reprise en main de la centrale ne se fera pas avant la fin de l’année, au mieux.

Tepco espère que les six réacteurs seront mis à l’"arrêt à froid" dans six à neuf mois, un calendrier jugé ambitieux par les spécialistes du nucléaire.

Cette semaine, ses ingénieurs ont commencé à pomper de l’eau partiellement radioactive pour l’évacuer d’un des réacteurs. Cette étape est indispensable pour ensuite réparer le système de refroidissement qui régule la température des barres de combustible nucléaire.

Mais la quantité d’eau contaminée dans les réacteurs ne semble pas baisser pour le moment.

Areva va aider les Japonais à décontaminer la centrale en installant une station d’épuration qui permettra de réduire significativement le niveau de radioactivité des eaux traitées.

La présidente du directoire du groupe nucléaire français, Anne Lauvergeon, a dit cette semaine que Tepco espérait entamer ces opérations avant la fin du mois de mai.

Pompage de l’eau radioactive à Fukushima

Radio Canada, mardi 19 avril à 09 h 33.

L’opérateur de la centrale nucléaire Fukushima au Japon a commencé à pomper l’eau radioactive qui se trouve dans ses installations endommagées par le tsunami du 11 mars.

Il s’agit d’une étape cruciale avant que les employés puissent remettre en service les systèmes de refroidissement des réacteurs.

Plus de 60 000 tonnes d’eau radioactive sont présentes sur le site de la centrale en raison des masses d’eau injectées pour contrôler la température du combustible dans les réacteurs.

L’opérateur Tepco espère pomper 20 000 tonnes d’eau au cours des 20 prochains jours et transférer le liquide radioactif dans une installation de traitement des déchets. L’ensemble du processus pourrait prendre plusieurs mois.

Le groupe français Areva fournira un système pour décontaminer l’eau radioactive sur le site.

« Il s’agit d’un procédé pour traiter la contamination : nous allons injecter des produits chimiques dans l’eau contaminée et cette technologie doit permettre aux substances radioactives de se déposer au fond », a expliqué la présidente du groupe Anne Lauvergeon.

La présidente d’Areva a laissé entendre que ces opérations allaient débuter incessamment.

Le pompage de l’eau contaminée est la première étape du plan dévoilé dimanche par Tepco, qui prévoit un refroidissement des réacteurs d’ici neuf mois.

L’arrêt à froid des réacteurs de Fukushima sera possible d’ici neuf mois

RadioCanada, dimanche 17 avril à 08 h 11.

La mise à l’arrêt des réacteurs nucléaires endommagés de Fukushima-Daiichi devrait pouvoir se faire d’ici neuf mois, a annoncé dimanche 17 avril en conférence de presse le président de TEPCO, l’opérateur de la centrale.

Il estime qu’il faudra trois mois avant d’assister à une baisse sensible de la radioactivité autour du site et entre six à neuf mois pour réduire les fuites radioactives à un niveau très bas, en vue de « l’arrêt à froid » des réacteurs.

Dans l’immédiat, a expliqué Tsunehisa Katsumata, il s’agira d’empêcher de nouvelles explosions d’hydrogène dans les réacteurs 1,2 et 3.

Le séisme de magnitude 9 et le tsunami géant du 11 mars dernier ont causé l’arrêt des circuits de refroidissement des réacteurs et des générateurs de secours.

Cette situation, en plus de causer des fuites radioactives, a entraîné une accumulation d’hydrogène dans les installations. L’injection d’azote permettra de maintenir au plus bas le rapport entre l’hydrogène et l’oxygène et d’éviter de nouvelles explosions.

L’autre priorité est de mettre fin aux fuites d’eau radioactive. L’injection et le déversement massif d’eau dans la centrale pour contrôler la température du combustible dans les réacteurs et les bassins de stockage, pour pallier la panne des systèmes de refroidissement, ont entraîné des fuites d’eau très radioactives aux abords de la centrale, dont une partie s’est écoulée dans le Pacifique.

TEPCO veut cesser ces injections d’eau en relançant les circuits de refroidissements existants ou en installant un circuit parallèle à l’extérieur des réacteurs.

Les autorités japonaises ont porté cette semaine la gravité de l’accident nucléaire à 7, soit le niveau maximal et le même que l’accident de Tchernobyl en 1986. Elles pressaient TEPCO depuis des jours pour qu’il rende public un calendrier précis des opérations.

Au terme de ces opérations, une partie des milliers d’habitants de la région évacuée dans la foulée de la catastrophe nucléaire pourrait rentrer chez elle, mais l’incertitude plane encore.

Nouvelle augmentation du niveau de l’eau radioactive dans le réacteur 2

Au fait Maroc, samedi 16 avril à 10 h 41.

Pékin, 16 avr. (MAP) - L’opérateur de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (nord-est du Japon) a annoncé, samedi, que le niveau de l’eau radioactive dans un tunnel du réacteur 2 a de nouveau augmenté.

L’eau radioactive s’est entassée dans les tunnels du réacteur 2, ce qui empêche toute activité humaine et gêne les efforts visant à restaurer les systèmes de refroidissement, a expliqué Tokyo Electric Power Company (Tepco).

Au début de la semaine, Tepco avait réussi à baisser de 8 cm le niveau d’eau contaminée dans le tunnel après le transfert de quelque 660 tonnes de l’eau radioactive vers le condenseur d’une turbine.

Cependant, les techniciens ont découvert samedi matin que le niveau a de nouveau augmenté, dépassant de 2,5 cm celui précédemment enregistré.

Selon Tepco, les travaux opérés par la société afin de colmater les fuites d’eau hautement radioactive dans l’océan pourraient être à l’origine de cette nouvelle augmentation du niveau de l’eau radioactive dans le tunnel du réacteur.

La centrale de Fukushima, située au bord de l’océan Pacifique, a été secoué le 11 mars par un violent séisme et un tsunami dévastateur, déclenchant une série d’explosions et d’incendies.

Stocker le sang des ouvriers à Fukushima

Par Martine Perez

Le Figaro, vendredi 15 avril à 21 h 06.

Cinq cancérologues japonais plaident pour que leurs cellules souches soient conservées, en prévision d’un traitement.

Des centaines d’ouvriers ont travaillé et restent à pied d’œuvre depuis le 11 mars dernier sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, pour fermer les réacteurs, canaliser les fuites de radioactivité et gérer les tonnes d’eau contaminées qui ont servi à refroidir les réacteurs. Ces équipes travaillent dans des conditions extrêmement dangereuses pour la santé. Malgré des tenues de protection, ils peuvent être exposés à des doses élevées d’irradiation, en cas d’accident, à un risque accru d’aplasie médullaire (chute de la production par la moelle osseuse des cellules de la lignée sanguine, globules rouges, blancs…). Certains cancers à long terme peuvent aussi être observés en cas d’exposition à des doses élevées de radioactivité.

Un groupe de cancérologues japonais a lancé vendredi un appel, dans la revue médicale britannique The Lancet, pour que soient stockées les cellules souches du sang des ouvriers travaillant dans la centrale, par mesure de précaution, en cas d’exposition à des niveaux élevés de radiation. Les spécialistes du cancer de quatre hôpitaux japonais estiment dans cette lettre que si une greffe de cellules souches de la lignée sanguine est nécessaire, il vaut mieux utiliser des cellules du malade lui-même, pour éviter les risques de rejet.

Une guérison bien plus rapide

Cela permet de ne pas avoir recours aux médicaments immunosuppresseurs. Ils estiment que ces cellules permettent une guérison bien plus rapide, en cas d’aplasie, que les facteurs de croissance utilisés habituellement en l’absence d’autoprélèvement. Enfin, ces cellules sont faciles à stoker par cryoconservation. La technique utilisée consiste, à partir d’une prise de sang, à isoler et stocker les cellules souches de la lignée sanguine. Celles-ci peuvent ensuite être transplantées en cas d’aplasie, ou après certains traitements agressifs de cancers qui détruisent parfois les cellules de la moelle osseuse, qu’il faut alors remplacer. « La fermeture complète de ces réacteurs va prendre des années. Le risque d’une exposition accidentelle aux radiations s’accroît ainsi pour les ouvriers et le stockage des cellules de leur sang sera d’autant plus important », expliquent les médecins Japonais.

La lettre est signée par une équipe de cinq médecins dirigée par Tetsuya Tanimoto, de l’Institut du cancer à la Fondation japonaise pour la recherche sur le cancer, et Shuichi Taniguchi, de l’hôpital Toranomon, tous deux à Tokyo. Les médecins se sont plaints de la résistance opposée par les responsables du secteur nucléaire au Japon au prélèvement des cellules des ouvriers qui craindraient pour leur « réputation ».

Tepco devrait verser 600 millions de dollars aux victimes

Reuters, jeudi 15 avril à 10 h 59

Tepco, l’opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, a annoncé ce vendredi que les premiers dédommagements versés aux familles évacuées de la zone d’exclusion décrétée autour du site représenteraient une somme de 50 milliards de yens (600 millions de dollars). Mais il ne s’agit que d’une estimation provisoire, a précisé le président de l’entreprise, Masataka Shimizu, ajoutant qu’il était dans l’incapacité de dire quelle somme au final Tokyo Electric Power devrait verser.

L’opérateur va parallèlement engager une réduction de ses coûts, qui passera par une réduction de ses effectifs. Cette première estimation des dédommagements concerne 50.000 ménages qui vivaient dans la zone interdite, dans un rayon de 20 km autour des réacteurs de Fukushima-Daiichi, ou dans le périmètre de sécurité établi entre 20 et 30 km de la centrale, où les habitants ont pour consigne de rester calfeutrés chez eux.

Poursuite du pompage des eaux radioactives infiltrées dans les installations

Xinhua, jeudi 14 avril à 19 h 40.

La compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), l’exploitant de la centrale de Fukushima Daiichi (n°1), a continué jeudi à pomper l’eau hautement radioactive infiltrée dans les installations, tandis que le niveau des eaux contaminées dans la fosse souterraine a de nouveau tendance à grimper. Ces deux derniers jours, Tepco a évacué 660 tonnes d’eau hautement radioactive de l’une des fosses vers un "condenseur" situé à l’intérieur du bâtiment abritant les turbines du réacteur n°2. Ce condenseur est capable de contenir 3 000 tonnes de liquide.

Cependant, l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle du Japon a déclaré que le niveau d’eau dans la partie verticale de la fosse était 3,5 centimètres plus élevé jeudi à 07h00 (heure locale) que le niveau enregistré mercredi à 06h00 (heure locale), selon l’agence de presse Kyodo.

La poursuite des opérations d’injection d’eau dans le réacteur n°2 est vraisemblablement à l’origine de cette élévation du niveau des eaux, a-t-il précisé.

De l’eau radioactive a été découverte dans les parties basses des bâtiments abritant les turbines des réacteurs n°1 et n°3 et dans les fosses reliées à ces réacteurs. La quantité totale d’eau serait de l’ordre de 60 000 tonnes.

L’évacuation des eaux vers des réservoirs proches et vers d’autres endroits de stockage est considérée comme vitale pour rétablir les fonctions des systèmes de refroidissement dans les réacteurs.

Les "liquidateurs" ont un sérieux problème

TF1 avec agences, jeudi 14 avril à 07 h 11.

Après avoir longtemps classé l’accident de Fukushima Daiichi au niveau 5 sur l’échelle internationale des événements nucléaires (INES), soit deux crans en-dessous de la catastrophe de Tchernobyl, les autorités japonaises ont accepté mardi 12 avril de le relever au niveau maximum, c’est-à-dire au niveau 7, reconnaissant implicitement que le cas de la centrale japonaise figure parmi les plus graves jamais enregistrés. Cela signifie surtout qu’un "rejet majeur de matières radioactives" s’est produit avec "des effets considérables sur la santé et l’environnement".

Parmi ces rejets, il faut compter l’eau utilisée pour refroidir les réacteurs en surchauffe, qui s’est en partie accumulée dans le sol, et qui a en partie ruisselé jusqu’au Pacifique tout proche. Dans les premiers jours suivant le séisme et le tsunami, lorsque les techniciens ont été confrontés au problème d’un circuit de refroidissement devenu inutilisable et de barres de combustible en surchauffe, avec même un début de fusion, faisant craindre des fuites massives de matériaux fortement irradiés hors de l’enceinte de confinement du réacteur, la stratégie initiale a consisté à déverser de l’eau sur les réacteurs endommagés. Résultat : quelque 60.000 tonnes d’eau radioactive saturent aujourd’hui le site, compliquant l’accès aux réacteurs et posant la question de leur vidange.

Secousses à répétition

Cette eau devenue radioactive lors de ces tentatives de refroidissement est depuis devenue un problème à part entière. Les autorités japonaises ont ainsi reconnu jeudi 14 avril qu’il pourrait être nécessaire de trouver d’autres moyens de refroidir le réacteur numéro 2 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. "Il pourrait être difficile de vidanger entièrement l’eau contaminée et par conséquent d’autoriser la poursuite du travail. Nous pourrions avoir à réfléchir à d’autres options", a déclaré Hidehiko Nishiyama, directeur général adjoint de l’Agence nationale de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa). Mais rien n’a été dit jusqu’à présent sur ces "autres options".

Compliquant un peu plus le travail des techniciens, les secousses n’ont pas cessé depuis le séisme du 11 mars. Aucune jusqu’à présent n’a sérieusement aggravé la situation de la centrale de Fukushima Daiichi. Mais plus de 400 répliques de magnitude 5 et plus ont été enregistrées depuis le 11 mars. La dernière en date s’est produite tôt jeudi matin 14 avril au large des côtes du nord-est du Japon, et elle a atteint la magnitude de 6,1, selon l’institut de géophysique américain. Ce nouveau séisme a été enregistré à 5h57, heure locale, à une profondeur de seulement 11,2 kilomètres, à 190 kilomètres à l’est de Morioka, sur l’île de Honshu. Or selon les experts, les bâtiments de la centrale, déjà fragilisés, pourraient subir de nouveaux dégâts en cas de fortes secousses répétées.

Suicide d’un centenaire près de Fukushima

Un Japonais de 102 ans, qui craignait de devoir abandonner sa maison située dans un village à 40 km de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi, s’est suicidé, a annoncé jeudi sa famille à l’agence de presse Jiji. L’homme, qui a mis fin à ses jours mardi, était le doyen du village d’Iitate. En raison des risques liés aux radiations, la population a été évacuée dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale sinistrée à la suite du séisme et du tsunami du 11 mars. Lundi dernier, le gouvernement japonais a annoncé qu’il serait peut-être nécessaire d’étendre cette zone dans les semaines qui viennent et a demandé aux 5000 habitants d’Iitate de se préparer à partir.

Nouvelle réplique sismique dans le nord-est du Japon

lemonde.fr avec Reuters, mercredi 13 avril à 07 h 42.

Un nouveau tremblement de terre, de magnitude 5,8, a secoué, mercredi 13 avril, le nord-est du Japon et fait trembler des bâtiments à Tokyo. Selon l’Agence japonaise de météorologie, son épicentre était situé dans la préfecture de Fukushima, durement touchée par le catastrophique tremblement de terre du 11 mars.

Des centaines de secousses ont été enregistrées au Japon depuis ce séisme de magnitude 9, suivi d’un tsunami qui a dévasté la côte nord-est du Japon, faisant vingt-huit mille morts et disparus et provoquant un accident nucléaire à la centrale de Fukushima Dai-Ichi. Tepco, l’opérateur de la centrale, a indiqué que cette nouvelle réplique n’avait pas entraîné l’évacuation de ses équipes ni interrompu leur travail pour tenter de reprendre la maîtrise de la situation.

UN COÛT ÉCONOMIQUE DE PLUS EN PLUS LOURD

La direction de Tepco n’a pas encore déterminé la facture de l’accident en cours à la centrale de Fukushima. Mais selon une estimation diffusée fin mars par Bank of America-Merrill Lynch, Tepco pourrait faire face à plus de 130 milliards de dollars de demandes d’indemnisation. La responsabilité financière de l’opérateur de la centrale pourrait être plafonnée et les autres acteurs du secteur nucléaire mis à contribution, rapportait mercredi le quotidien Yomiuri, citant un plan actuellement à l’étude, dans lequel la responsabilité de Tepco serait plafonnée entre 2 000 et 3 800 milliards de yens (entre 24 et 45 milliards de dollars).

Le plan en appellerait parallèlement à la solidarité des autres entreprises du secteur de l’électricité atomique, qui participeraient à un fonds d’aide mutuelle. Ce fonds serait doté de 2 700 milliards de yens (32 milliards de dollars) et abondé par les entreprises du secteur en proportion de leur nombre de réacteurs nucléaires.

Japon : l’accident de Fukushima classé au niveau 7

Maxiscience, mardi 12 avril à 09 h 00.

Ce matin 12 avril, l’Agence japonaise de sûreté nucléaire a annoncé qu’elle classait désormais au niveau maximum l’accident nucléaire survenu à la centrale de Fukushima suite au séisme du 11 mars dernier.

Près d’un mois après que le désastreux séisme ait frappé l’archipel du Japon, les autorités japonaises ont décidé de relever le niveau de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima. Aujourd’hui, la situation a donc atteint le niveau 7 soit le niveau maximum sur l’échelle des évènements nucléaires et radiologiques (INES), élevant ainsi la catastrophe japonaise au même degré de gravité que celle de Tchernobyl en 1986.

Les mesures sur la radioactivité échappée de la centrale de Fukushima "montrent des niveaux équivalents au niveau 7" a indiqué un responsable de l’Agence. Et c’est en particulier "sur la base des mesures d’iode et de césium relevés dans l’environnement" que les autorités ont décidé de rehausser le niveau de l’accident. Sur l’échelle, le niveau 7 correspond à des "rejets majeurs de matières radioactives" avec "des effets considérables sur la santé et l’environnement".

Pourtant, les experts ont tenu à préciser que le niveau des émissions radioactives n’équivalait pas celui produit lors de l’accident de la centrale ukrainienne. En effet, les émissions radioactives enregistrées depuis environ un mois ne représenteraient que 10% de celles émises en 1986. De plus, lors de la catastrophe de Tchernobyl, s’était produite une explosion qui avait éjecté à des kilomètres de hauteur de grandes quantités de particules radioactives ensuite dispersées par le vent sur un grand périmètre autour du site de la centrale. "Nous n’avons pas déploré les mêmes irradiations de personnes. Il y a eu des rejets à Fukushima de vapeurs et de fumées, mais pas de même ampleur ni de même nature qu’à Tchernobyl ", a précisé un porte-parole de l’Agence. Si les autorités continuent de surveiller la situation, elles ont néanmoins indiqué que le niveau 7 était pour l’instant provisoire et que la décision définitive reviendrait à un comité d’experts internationaux.

Deux nouvelles secousses

Cette nuit [de lundi 11 à mardi 12, heure européenne], deux nouvelles répliques de magnitude 6,4 et 6,3 ont secoué le Japon, a annoncé l’Agence de météorologie japonaise. La première survenue à 8H08 heure locale s’est déclenchée au large de Chiba, à l’est de Tokyo mais n’a conduit à aucune alerte au tsunami. La deuxième s’est produite à 14h07 heure locale dans la préfecture de Fukushima déjà frappée hier par une secousse. Si les autorités n’ont fait état d’aucun dégât supplémentaire dans la centrale, les employés ont été évacués ce matin par précaution.

Le gouvernement japonais demande l’évacuation de cinq nouvelles villes

Associated Press, lundi 11 avril à 17 h 00.

TOKYO — Un mois après le séisme et le tsunami qui ont dévasté le nord-est du pays, le gouvernement japonais a demandé aux habitants de cinq nouvelles villes d’évacuer la région de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi. Le long de la côte, des hommages ont été rendus aux victimes de la double catastrophe, alors qu’une nouvelle réplique de magnitude 7 était enregistrée.

Une alerte au tsunami pouvant atteindre un mètre a été émise. Elle a été levée environ une heure plus tard. La dernière réplique a fait trembler les bâtiments et a contraint l’aéroport international de Tokyo à brièvement fermer ses pistes. Son épicentre a été enregistré à environ 160 kilomètres au nord de Tokyo, selon l’agence météorologique japonaise. L’US Geological Survey a fait état d’une magnitude 6,6.

Une zone d’évacuation a déjà été établie dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale. Les autorités avaient également recommandé aux habitants dans un rayon de 30 kilomètres de partir ou de rester confinés.

Le secrétaire général du gouvernement Yukio Edano a précisé lundi que les habitants de cinq autres villes, dont certaines sont à plus de 30 kilomètres de la centrale, avaient été exhortés à quitter leur habitation d’ici un mois.

Il a expliqué que ce n’était pas une urgence, mais que d’importants niveaux de radioactivité avaient été enregistrés à certains endroits. Le gouvernement s’inquiète des risques à long terme pour la santé de cette exposition.

Le séisme et le tsunami ont probablement tué jusqu’à 25 000 personnes, mais de nombreux corps ont été emportés par les eaux, tandis que d’autres sont encore ensevelis sous les décombres, un mois tout juste après le drame.

Des sirènes ont retenti lors des cérémonies organisées à 14h46, à l’heure où le séisme, de magnitude 9, avait été enregistré le 11 mars dernier. Dans la ville côtière de Natori, dévastée par le tsunami, une trentaine de pompiers et soldats ont joint leurs mains au sommet d’une colline transformée en mémorial pour les victimes. Plus tôt, quatre moines avaient fait sonner une cloche en priant pour les défunts.

Le séisme et le tsunami ont rayé de la carte de nombreuses localités le long des côtes du nord-est du Japon, entraînant 310 milliards $ US de dégâts, selon les estimations du gouvernement. Plus de 158 000 personnes sont toujours privées de courant, et 210 000 n’ont pas l’eau courante. Dans certains cas, depuis la réplique de magnitude 7,1 de la semaine dernière.

« Nous présentons nos plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu leurs proches », a déclaré lundi Yukio Edano lors d’un bref point-presse, affirmant que le gouvernement ferait tout son possible pour aider les survivants et mettre fin à la crise nucléaire.

La centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi a en effet été fortement endommagée par le tsunami. Entre 70 000 et 80 000 personnes ont reçu l’ordre d’évacuer la zone.

« Nous n’avons aucun projet pour l’avenir. Nous ne pouvons même pas commencer à y réfléchir parce que nous ne savons pas combien de temps cela va durer, ni combien de temps nous devrons rester dans ces refuges », confie Atsushi Yanai, un ouvrier du bâtiment âgé de 55 ans. Le tsunami a épargné sa maison, mais il doit vivre dans un refuge à cause de la zone d’exclusion autour de la centrale.

Un responsable de la sûreté nucléaire, Hidehiko Nishiyama, a présenté ses excuses pour les problèmes causés par les fuites de radioactivité à la centrale, où les systèmes de refroidissement n’ont toujours pas été rétablis. Des éléments radioactifs fuient dans l’océan et les terres, suscitant des inquiétudes sur la comestibilité des aliments, notamment les poissons, les légumes et le lait.

« Il est difficile de donner un calendrier concernant la résolution du problème », a reconnu M. Nishiyama lundi. « Nous sommes vraiment désolés pour les évacués » qui attendent que ce soit réglé.

Alors que les employés de Fukushima Dai-ichi tentent de retirer l’eau contaminée qui les empêche de rétablir les systèmes de refroidissement, les recherches se poursuivent le long des côtes pour tenter de retrouver des corps. Plus de 14 000 personnes sont toujours portées disparues. Dimanche, les troupes japonaises et américaines sont parvenues à retrouver 103 corps. Treize mille décès ont pour l’heure été confirmés.

Le gouvernement japonais a marqué ce premier mois lundi en publiant dans les journaux étrangers une lettre du premier ministre Naoto Kan remerciant les populations du monde entier pour leur soutien après le tsunami. Il a qualifié ce soutien de « kizuna », le lien de l’amitié.

Le Japon envisage d’élargir la zone d’exclusion à Fukushima

(Reuters) via lexpress.fr, lundi 11 avril à 07 h43.

Les autorités japonaises envisagent d’élargir la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima en raison de niveaux élevés de radioactivité, écrivent lundi des journaux nippons, un mois jour pour jour après le séisme et le tsunami ayant endommagé le site.

Les ingénieurs qui s’emploient à éviter une catastrophe de grande ampleur ont déclaré dimanche 10 avril qu’ils n’avaient pas progressé dans leurs tentatives de remise en état de marche des systèmes de refroidissement de la centrale, une étape indispensable pour la maîtrise des six réacteurs. Ils espèrent cesser lundi, avec plusieurs jours de retard, de reverser dans l’océan Pacifique l’eau de mer utilisée pour refroidir les réacteurs et désormais contaminée.

Critiqué aussi bien par sa propre population que par des pays étrangers, notamment la Chine et la Corée du Sud, le gouvernement japonais se prépare à élargir la zone d’exclusion autour de la centrale, actuellement d’un rayon de 20 km, écrit le journal Asahi. Le gouvernement a jusqu’à présent résisté aux appels en ce sens de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), alors que des pays comme les Etats-Unis et l’Australie ont invité leurs ressortissants à ne pas s’approcher à moins de 80 km du site.

D’après le journal Asahi, le rayon de la zone d’exclusion va être porté à 30 km en certains endroits, en fonction de la direction des vents, et les habitants vont avoir une semaine pour se préparer à partir.

Le Japan Times affirme que les autorités vont bientôt complètement boucler la zone d’exclusion pour empêcher les habitants de venir rechercher des éléments personnels à leur domicile.

Le gouverneur de Fukushima, Yuhei Sato, a critiqué cette politique d’évacuation. Il a rappelé que les riverains habitant à une distance comprise entre 20 et 30 km avaient initialement reçu pour consigne de rester cloîtrés chez eux avant d’être incités à partir sur une base volontaire. "Les habitants de la zone située entre 20 et 30 km ont été complètement perdus sur ce qu’il fallait faire", a-t-il dit dimanche à la télévision NHK. D’après les médias japonais, Yuhei Sato refusera de rencontrer le président de Tokyo Electric Power (Tepco), l’exploitant de la centrale, lorsque ce dernier se rendra dans la région lundi.

Tepco peine à reprendre le contrôle du site de Fukushima. Elle injecte de l’azote dans les réacteurs, dont certains ont subi une fusion partielle, pour éviter une trop forte concentration d’hydrogène susceptible de provoquer des explosions qui libéreraient des particules radioactives.

Le déversement d’eau dans les réacteurs a en outre entravé les efforts visant à remettre en état de fonctionnement le système de refroidissement de la centrale, pourtant indispensable. "Nous ne pouvons pas dire quelle sera la prochaine étape", a admis dimanche Hidehiko Nishiyama, directeur général adjoint de l’agence japonaise de sûreté nucléaire (Nisa).

Japon : les zones contaminées à Fukushima cartographiées

Par Yves Miserey

lefigaro.fr, vendredi 8 avril à 21 h 18

Aux abords immédiats de la centrale, une personne reçoit en 10 heures la limite annuelle de radiations autorisée en France

Aux abords immédiats de la centrale, une personne reçoit en 10 heures la limite annuelle de radiations autorisée en France. Cette carte ne permet pas encore de définir les zones qui seront interdites à l’avenir.

La première cartographie des zones contaminées par l’accident de la centrale de Fukushima donne une image des dépôts radioactifs au sol pour la période comprise entre le 30 mars et le 3 avril. « Pour la première fois, on a une vision globale. C’est un document exceptionnel », assure Bruno Cessac, responsable du groupe chargé d’analyser les conséquences radiologiques de Fukushima au sein de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire).

Sans surprise, la zone la plus contaminée est celle qui se trouve autour de la centrale. La radioactivité y est supérieure à 12,5 millirems par heure (12,5 mR/h), le rem étant l’unité de dose radioactive utilisée aux États-Unis. Cela équivaut à 125 microsieverts par heure (125 µSv/h). « Les personnes stationnant dix heures dans cette zone reçoivent la dose limite à laquelle le public peut être exposé en une année en France », poursuit Bruno Cessac.

Dans la zone en vert, le niveau de radioactivité est moins élevé (2,5 µSv/h) mais pas négligeable. « Les personnes vivant dans cette zone reçoivent la dose limite annuelle de radioactivité en seulement 16,5 jours », souligne Jean-Christophe Gariel, de l’IRSN. Seule la zone en bleu peut être considérée comme faiblement contaminée. Le panache orangé et vert est orienté au nord-ouest. Ce marquage très prononcé est dû aux pluies et à la neige qui sont tombées sur cette région au moment où les rejets radioactifs provenant des réacteurs accidentés étaient les plus importants.

Des premiers éléments pour gérer l’après-catastrophe

La carte donne les premiers éléments qui permettront de gérer la phase post-accidentelle. Mais elle ne permet pas d’affirmer déjà quelle zone sera interdite à la population. « Il faut calculer la décroissance radioactive des dépôts mais, pour cela, il faut connaître précisément les radionucléides concernés (iode, césium…) », explique Jean-Christophe Gariel. Le zonage s’effectue en prenant en compte plusieurs autres paramètres, comme les habitudes de vie des populations.

Ce sont le département américain de l’Énergie (DOE) et l’Administration américaine de la sécurité nucléaire (NNSA) qui ont dressé cette carte. Ils s’appuient sur des mesures de radioactivité effectuées sur le terrain et par des hélicoptères équipés d’appareils de spectrogammamétrie comme ceux du système Helinuc, dont est dotée la France. « Le DOE doit avoir un contrat avec l’Agence japonaise de sûreté nucléaire (Nisa) », suppute Bruno Cessac. L’armée américaine coopère avec les Japonais et des experts américains ont été missionnés sur place.

Le séisme de magnitude 7,1 qui s’est produit jeudi soir dans le nord-est du Japon n’a heureusement causé aucun dégât sur les centrales de Fukushima et d’Onagawa.

Inquiétude à la centrale nucléaire d’Oganawa

france2.fr, vendredi 8 avril à 08 h 51.

Le nord-est du Japon a été de nouveau été frappé jeudi soir 7 avril par un séisme de magnitude 7,1, qui a tué 4 personnes. La réplique, la plus forte depuis le dramatique séisme et le tsunami qui ont fait plus de 27.000 morts le 11 mars, a été ressentie jusqu’à Tokyo.

A la centrale nucléaire d’Onagawa, de l’eau s’échappe notamment des piscines de refroidissement des barres de combustible usagé dans les réacteurs 1 et 2 de la centrale. La baisse du niveau d’eau dans ces piscines de refroidissement inquiètent dans la mesure où si elles ne sont pas suffisamment immergées, les barres de combustible usagé provoquent des rejets radioactifs dans l’atmosphère.

De l’eau a aussi été découverte sur le sol à plusieurs étages des bâtiments des autres unités, mais à chaque fois en très petite quantité. La radioactivité de cette eau est dans tous les cas très basse comparée à la limite légale, affirme l’opérateur Tohoku Electric Power. La centrale d’Onagawa est arrêtée depuis le 11 mars. Toutefois, le combustible qu’elle contient doit être en permanence refroidi.

Située une bonne centaine de kilomètres au sud d’Onagawa , la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, fortement endommagée le 11 mars, n’a pas subi de nouveaux dégâts du fait de la réplique de jeudi, selon l’Agence japonaise de sûreté nucléaire et la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco). L’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA) a confirmé que les niveaux de radioactivité n’avaient pas changé sur le site de Fukushima après cette nouvelle réplique.

En revanche, plus de trois millions de foyers du nord étaient encore privés d’électricité vendredi matin, notamment en raison de l’arrêt de centrales thermiques qui devraient être remises en exploitation dans la journée de vendredi. Les autorités nippones ont mis en place une zone d’exclusion dans un rayon de 20 km autour de cette centrale et plus de 70.000 personnes ont dû être évacuées.

Césium radioactif détecté dans 17 régions de la partie continentale de Chine

Le Quotidien du peuple, jeudi 7 avril à 07 h 52.

Des traces d’isotope césium radioactif 137 et 134 ont été détectées mardi dans l’air de 17 des 31 régions de niveau provincial de la partie continentale de Chine. De faibles niveaux de césium avaient été relevés lundi dans seulement 13 régions.

Le césium 137 et 134 a été détecté mardi 5 avril à Beijing, Shanghai, Tianjin, Chongqing, au Hebei, Shanxi, en Mongolie intérieure, au Jilin, Jiangsu, Zhejiang, dans l’Anhui, au Jiangxi, Shandong, Henan, Hubei, Hunan et au Ningxia.

Un "extrêmement faible niveau" d’iode 131 radioactif a été détecté dans l’air de toutes les régions de niveau provincial, excepté le Guangxi et le Guizhou.

Le niveau de césium 137 et 134 est inférieur à celui d’iode 131.

Ces faibles niveaux ne menacent pas la santé publique ni l’environnement, a fait savoir un communiqué officiel, basé sur un relevé quotidien publié mardi par le Comité national de la coordination d’urgence nucléaire de Chine.

Les aliments et l’eau potable ont été testés pour la contamination et ont été déclarés sans danger, a-t-on appris du communiqué.

Les particules se sont probablement propagées dans l’air depuis la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi au Japon, endommagée par le séisme.

Selon le communiqué, il n’est pas nécessaire de prendre des mesures de protection.

Ces conclusions sont basées sur les résultats de surveillance et les analyses du Centre météorologique régional affilié à l’Organisation météorologique mondiale, à l’Agence internationale de l’énergie atomique, à l’Administration d’Etat de l’Océan, au ministère de la Protection de l’environnement et au ministère de la Santé.

De faibles niveaux d’iode 131 ont été détectés pour la première fois le 26 mars dans la province du Heilongjiang (nord-est).

Fukushima : de l’azote pour éviter une explosion

france2.fr, jeudi 7 avril à 08 h 41.

Les techniciens japonais ont commencé à injecter de l’azote dans le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Fukushima. Ils tentent d’éviter une explosion d’hydrogène et prévenir une aggravation de la catastrophe nucléaire en cours. L’opération a été lancée mercredi soir plusieurs heures après le colmatage d’une fuite d’eau radioactive qui s’échappait du réacteur 2 voisin.

"Les travailleurs ont commencé à injecter de l’azote gazeux à 01h31 (16h31 GMT mercredi). Depuis, le niveau de la pression a augmenté et ils ont confirmé que le gaz avait bien pénétré dans le réacteur", a indiqué un porte-parole de Tepco, le propriétaire et exploitant de la centrale japonaise.

Les deux premières explosions survenues les 12 et 14 mars dans les réacteurs 1 et 3 avaient été provoquées par le contact de l’oxygène avec de l’hydrogène accumulé en grande quantité.

Selon Tepco, l’enveloppe extérieure de la cuve du réacteur 1 pourrait avoir été endommagée. "Si nous continuons à refroidir les réacteurs avec de l’eau, la fuite d’hydrogène en provenance de la cuve du réacteur pourrait s’accumuler et atteindre un niveau proche de l’explosion", a-t-il ajouté.

La fuite d’eau radioactive colmatée

La fuite radioactive du réacteur 2 a été colmatée mais Tepco est obligé de déverser dans l’océan Pacifique une partie de l’eau radioactive qui sert à refroidir le coeur des réacteurs, aggravant le risque d’une pollution de la chaîne alimentaire marine.

L’Autorité française de sureté nucléaire affirme ne pas avoir d’informations sur l’eau contaminée de la centrale. "Comment récupérer cette eau contaminée, nous n’avons pas de visibilité là-dessus", a indiqué un responsable de l’ASN.

Un volume important d’eau très contaminée, provenant du réacteur 2, s’échappait jour et nuit de cette fosse, à un rythme estimé à sept tonnes par heure. Cette fuite était à l’origine d’une élévation importante du taux d’iode radioactif 131 dans les prélèvements d’eau de mer, à proximité de la centrale.

Le risque de contamination de l’environnement marin n’est pas pour autant écarté, soulignent les experts. Ils craignent que la chaîne alimentaire marine ne soit contaminée en amont, à travers le plancton qui est consommé par les poissons.

Les opérations de rejet en mer de 11.500 tonnes d’eau faiblement radioactive, selon Tepco, se sont poursuivies mercredi, pour la troisième journée consécutive, en face de la centrale et à 250 kilomètres seulement de la mégapole de Tokyo et de ses 35 millions d’habitants. L’évacuation de cette eau dans l’océan, où les radioéléments sont censés se diluer, est nécessaire afin de libérer des cuves de stockage destinées à être remplies d’eau hautement radioactive qui s’est accumulée dans les installations et les galeries techniques des réacteurs 2 et 3.

Un bon Dossier sur la catastrophe de Fukushima sur la Radio suisse romande, consulté jeudi 7 avril à 11 h 00.

Et beaucoup de cartes et d’images intéressantes sur Cartoradiations, consulté jeudi 7 avril à 10 h 30.

Une vidéo étonnante

Reçu mercredi 6 avril à 17 h 00.

Cette vidéo diffusée sur les télés japonaises explique aux enfants de l’archipel que l’accident nucléaire est comparable à un problème de "caca". Durée : 4’34"

Plus de fuite radioactive à la centrale de Fukushima, dit Tepco

Reuters, mercredi 6 avril à 07 h 35.

L’eau contaminée qui s’échappait du réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Fukushima, endommagée par le séisme du 11 mars, ne s’écoule plus, a annoncé mercredi Tokyo Electric Power Co (Tepco).

"Les fuites ont diminué hier lorsque nous avons injecté un mélange de verre liquide et de durcissant et elles ont désormais cessé", a déclaré un porte-parole de la compagnie qui exploite centrale, interrogé par Reuters. Faute de place, Tepco reste toutefois dans l’obligation de déverser dans l’océan Pacifique une partie de l’eau radioactive utilisée pour refroidir le coeur des réacteurs et empêcher une aggravation de la situation.

Un premier "délestage" de 11.500 tonnes sur les 60.000 stockées sur le site est en cours et l’opération devrait se poursuivre jusqu’à vendredi. Elle n’aura pas de conséquences sanitaires pour les populations, a assuré Hidehiko Nishiyama, directeur adjoint de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle.

Le gouvernement envisage néanmoins de contrôler plus étroitement la vente des produits de la pêche après la découverte de poissons contaminés.

L’Inde est par ailleurs devenue le premier pays à interdire totalement l’importation de produits alimentaires en provenance du Japon. Tepco a par ailleurs commencé à verser des dédommagements à des municipalités pour venir en aide aux personnes évacuées ou qui ont été touchées par des émissions radioactives.

L’opérateur doit faire face à une immense facture pour réparer les dégâts créés par ses réacteurs endommagés par le tremblement de terre et le tsunami qui ont ravagé le nord-est du Japon le 11 mars dernier. "Nous continuons à négocier les montants que nous assumerons et dans quelle proportion nous aurons l’assistance du gouvernement", a déclaré le vice-président de Tepco Takashi Fujimotohe lors d’une conférence de presse. Selon lui, la société nippone a offert 20 millions de yen (167.000 euros) de dédommagement à chaque ville située dans les environs de la centrale.

Un autre dirigeant de Tepco a indiqué que l’opérateur avait offert cette somme à dix villes mais que l’une d’entre elles l’avait refusée. L’action de l’entreprise a perdu plus de 80% de sa valeur depuis le début de la crise.

La catastrophe, qui a plongé le Japon dans une crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, a fait 28.000 morts et disparus.

Fukushima : aide demandée à la Russie

Reuters, mardi 5 avril à 06 h 45.

Le Japon a demandé à la Russie l’envoi d’une usine flottante utilisée pour le démantèlement des sous-marins nucléaires qui permettrait de solidifier l’eau contaminée provenant de la centrale de Fukushima-Daiichi, endommagé par le séisme du 11 mars, rapporte mardi l’agence de presse Interfax.

Tepco, l’exploitant de la centrale, a été contraint de rejeter une partie de cette eau dans l’océan Pacifique et s’emploie toujours à colmater une fuite radioactive par tous les moyens, même les plus dérisoires.

Selon un conseiller du premier ministre Naoto Kan, plusieurs mois pourraient être nécessaires pour y parvenir et peut-être encore davantage pour reprendre le contrôle du site.

Après avoir sollicité l’aide de la France et des Etats-Unis, Tokyo s’est donc résolu à demander à Moscou de dépêcher la plate-forme "Sourouzane", l’une des usines de retraitement de déchets radioactifs liquides les plus importantes au monde.

Actuellement en service près de Vladivostok, elle permet de solidifier 35 m3 de liquide contaminé par jour.

L’exploitant de Fukushima a par ailleurs l’intention de déployer un vaste filet dans l’océan pour empêcher la vase contaminée de dériver vers le large, mais cette manoeuvre pourrait prendre plusieurs jours.

Fukushima : les tentatives de colmatage se poursuivent

Le Télégramme, lundi 4 avril à 10 h 00.

9H30. L’opérateur de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, Tepco, va rejeter dans la mer 11.500 tonnes d’eau radioactive qui s’est accumulée dans les installations accidentées, a annoncé lundi l’agence de presse Jiji. Lire à ce propos : L’eau radioactive rejetée en mer, quels effets écologiques ?

7H00. Des partis allemands et autrichiens réclament un référendum européen Les sociaux-démocrates allemands (SPD), dans l’opposition, et autrichiens (SPÖ), au pouvoir, se sont mis d’accord soir à Vienne pour promouvoir un référendum dans l’Union européenne sur l’abandon du nucléaire. Lire les précisions : Un référendum européen sur le nucléaire !

DIMANCHE 3 AVRIL

Près de trois semaines après le tsunami géant qui a ravagé le nord-est du Japon, l’opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima, Tepco, tentait, hier, de colmater une brèche de 20 cm découverte dans une fosse reliée au réacteur n°2, pour mettre fin à l’écoulement, dans l’océan Pacifique, d’eau radioactive. Après l’échec d’une première tentative de colmatage à l’aide de ciment, des ouvriers ont utilisé, hier, un mélange de polymères, de papier journal et de sciure pour boucher une canalisation par laquelle s’infiltre l’eau contaminée venant du réacteur. « Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’indication claire que le volume d’eau s’échappant dans l’océan ait diminué », a toutefois déclaré, hier soir, le porte-parole de l’Agence japonaise de sûreté nucléaire, Hidehiko Nishiyama.

Deux barges américaines attendues

Une plateforme flottante en acier de 136 mètres de long et 46mètres de large devrait arriver dans les prochains jours en face du site de Fukushima. Ses réservoirs d’une capacité de 10.000 tonnes pourraient servir à évacuer l’eau contaminée de la centrale. Deux barges de la marine américaine ont également acheminé de l’eau douce, qui est en cours de transvasement dans des cuves utilisées pour le refroidissement des réacteurs et des piscines de combustible usé.

Par ailleurs, les employés de Tepco doivent à tout prix rétablir l’alimentation électrique afin de faire fonctionner les circuits de refroidissement des quatre réacteurs endommagés sur les six que comporte le site. Mais les progrès sont lents, car d’énormes quantités d’eau utilisées pour le « lessivage » des barres de combustible les jours suivant la catastrophe ont inondé les salles des turbines et les galeries souterraines, empêchant toute intervention humaine.

Fuite à Fukushima : nouvelle tentative de colmatage

lefigaro.fr, dimanche 3 avril à 18 h 42.

Les ouvriers à la centrale nucléaire accidentée de Fukushima tentaient toujours dimanche de colmater une fuite d’eau contaminée dans l’océan Pacifique. En cause : une brèche de 20 cm découverte dans une fosse reliée au réacteur 2. Il faudra sans doute encore « plusieurs mois » pour parvenir à stabiliser la situation, a avoué dimanche Tokyo Electric Power (Tepco), l’opérateur de la centrale. « Nous serons confrontés à un tournant crucial dans les prochains mois, mais ce ne sera pas fini », a ajouté un porte-parole de l’entreprise. Cet accident, le plus grave depuis la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, « va être une longue bataille », a confirmé Goshi Hosono, un conseiller spécial du premier ministre Naoto Kan, lors d’une interview à la télévision Fuji TV.

Parallèlement, les ingénieurs ont essayé une nouvelle technique de colmatage de la cuve de maintenance, après avoir échoué samedi à boucher avec du béton la fuite d’eau fortement radioactive de la centrale en train de s’écouler dans le Pacifique.

Ils ont donc injecté dimanche un mélange de sciure, de papier journal et d’un polymère spécial dans une tuyauterie reliant la cuve au reste du système, espérant colmater la fuite grâce à ce matériau susceptible d’une expansion importante et capable d’absorber d’importantes quantités d’eau. On ne savait pas encore dimanche si la manoeuvre avait réussi.

Une plateforme flottante en acier de 136 mètres de long et 46 mètres de large devrait également arriver dans les prochains jours en face de Fukushima Daiichi. Ses réservoirs d’une capacité de 10.000 tonnes pourraient servir à évacuer l’eau contaminée de la centrale. Deux barges de la marine américaine ont aussi acheminé de l’eau douce, qui est en cours de transvasement dans des cuves utilisées pour le refroidissement des réacteurs et des piscines de combustible usé. Selon le journal Yomiuri Shimbun, 550 tonnes d’eau sont injectées chaque jour dans les réacteurs.

Deux employés de Tepco décédés

L’opérateur a par ailleurs confirmé dimanche la mort de deux jeunes employés de la centrale le jour de la catastrophe. Ces deux salariés, âgés de 21 et 24 ans, étaient portés disparus depuis le séisme. Ils avaient été vus pour la dernière fois dans une des salles de contrôle et seraient partis mener une inspection dans le complexe. Depuis, les radiations, débris et explosions successives dans la centrale avaient ralenti les recherches. Les cadavres n’ont été découverts que mercredi, après le drainage d’une importante quantité d’eau radioactive dans le secteur où l’on pensait qu’ils se trouvaient, et on dû être décontaminés, a précisé un autre porte-parole de TEPCO. L’annonce n’a été faite que dimanche, le temps d’avertir les familles.

Les opérations de recherches, en cours depuis la catastrophe du 11 mars, s’arrêtent officiellement ce dimanche, même si des opérations limitées pourraient se poursuivre. 50 cadavres ont pu être récupérés ces deux derniers jours. En tout 12.000 décès sont confirmés, alors que 15.400 personnes sont toujours portées disparues. Dans le nord-est du pays, des dizaines de milliers de personnes sont sans abri, 200.000 foyers n’ont plus d’eau potable et 170.000 plus de courant.

Fissure sur le réacteur n°2 de Fukushima

FTV, samedi 2 avril à 10 h 45.

La fissure signalée par l’opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi (Tokyo Electric Power (Tepco) pourrait être à l’origine des récentes radioactivités mesurées au large de la côte nord-est du Japon où se trouve la centrale accidentée.

On ignore en revanche si l’eau contaminée provient du réacteur lui-même. De même, l’importance de la fuite - et donc la quantité d’eau radioactive rejetée en mer - reste à déterminer. L’Agence de sûreté nucléaire et industrielle du Japon (Nisa) a indiqué de son côté que l’opérateur de la centrale s’apprêtait à injecter du béton pour colmater la fuite.

La situation dans la centrale de Fukuhima "reste très grave", a estimé vendredi l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les autorités japonaise peinent à écarter le risque d’une catastrophe nucléaire, alors que se poursuivent des rejets radioactifs. Lesquels font craindre une pollution durable et étendue de l’environnement.

La visite du premier ministre japonais

Naoto Kan s’est rendu samedi pour la première fois samedi dans la région du nord-est du Japon, successivement ravagée depuis le 11 mars par un très violence séisme, un tsunami puis une catastrophe nucléaire. Le bilan officiel provisoire de la catastrophe du 11 mars est de plus de 27.000 morts et disparus, dont 2.300 pour le seul petit port de pêche de Rikuzentakata (préfecture d’Iwate), où M. Kan s’est déplacé samedi par hélicoptère depuis Tokyo.

Cette ville de quelque 24.500 habitants, avant le désastre, et connue pour sa forêt pittoresque et ses belles plages a été quasiment rayée de la carte. Seuls quelques immeubles de béton sont restés debout. A Rikuzentakata, le chef du gouvernement a rencontré des pompiers volontaires et des sinistrés qu’il a promis d’"aider jusqu’au bout". Il est aussi passé par une école maternelle accueillant des rescapés.

M. Kan a annoncé que le gouvernement envisageait de soutenir l’industrie aquacole touchée de plein fouet par le tsunami géant, comme les éleveurs de coquilles Saint-Jacques ou les fermes ostréicoles.

Il s’est ensuite rendu sur un vaste complexe footballistique, situé à une vingtaine de kilomètres de la centrale nucléaire accidentée Fukushima Daiichi (Fukushima 1) et réquisitionné par les autorités pour servir de base arrière pour les opérations sur la centrale nucléaire. Il y a rencontré des employés de Tepco, des pompiers et des soldats qui luttent pour refroidir quatre des six réacteurs et empêcher une catastrophe nucléaire. "Je vous remercie pour votre travail formidable. Nous devons à tout prix contenir (toute propagation) et tenir bon jusqu’à ce que nous puissions montrer que notre pays a surmonté le séisme et le tsunami", leur a déclaré le chef du gouvernement, cité par l’agence de presse Jiji.

Le 12 mars, Naoto Kan, déjà très bas dans les sondages avant la catastrophe, avait survolé en hélicoptère la centrale accidentée pour se rendre compte des dommages. Il avait été critiqué par des parlementaires : selon eux, ce survol aurait retardé des opérations d’urgence cruciales. Mardi, Naoto Kan avait défendu l’importance de son voyage en affirmant qu’il n’avait fait prendre aucun retard aux secours.

Après son survol en hélicoptère, le Premier ministre avait annulé une première visite sur place à cause du mauvais temps.

La radioactivité s’étend

Futura Sciences, vendredi 1 avril à 08 h 30

L’eau radioactive s’écoule dans le sol et vers la mer, tandis des radionucléides s’échappent dans l’atmosphère. Les travaux dans la centrale sont toujours aussi complexes, ainsi que la recherche des corps aux alentours dans la zone évacuée. Quant au panache, il se promène et essaime – un peu – d’iode 131 au-dessus de l’Europe...

Dans la centrale de Fukushima, les opérations de refroidissement sont toujours en cours et la situation des réacteurs ne semble pas avoir évolué défavorablement ces derniers jours d’après les informations fournies par l’opérateur Tepco. En revanche, c’est la diffusion de la radioactivité qui commence à inquiéter et à soulever de difficiles problèmes. L’eau abondamment déversée se diffuse dans le sol malgré les pompages effectués, lesquels génèrent des masses liquides à stocker alors qu’on ne sait pas trop où les mettre. Sans doute utilisera-t-on, comme il est envisagé actuellement, un tanker mouillé à proximité de la centrale.

Tout autour des installations, dans la zone déjà évacuée et qui a aussi été dévastée par le tsunami, la radioactivité gêne toujours la recherche des corps. Selon un fonctionnaire de la préfecture de Fukushima, cité par l’agence AP, 18 corps ont été retrouvés mercredi dans cette zone où patrouillent des hommes en combinaison de protection au milieu des décombres radioactifs. Les autorités déconseillent désormais la crémation des victimes, pour éviter d’expédier des éléments radioactifs dans l’atmosphère…

L’eau de la centrale s’écoule aussi vers la mer, comme on l’a vu ces derniers jours, avec une radioactivité évoluant irrégulièrement, apparemment essentiellement due à l’iode 131, dont la demi-vie n’est que de 8 jours, comme le souligne avec insistance Tepco. Les communiqués égrènent les pics successifs, exprimés en quantités d’iode par rapport à la normale : 1.250 fois plus samedi, 1.850 fois dimanche, 3.355 fois mercredi, 4.385 hier soir, à 330 mètres du rivage…

Surveillance obligatoire, même en France

Dans l’atmosphère, cette radioactivité s’étend à l’échelle de l’hémisphère nord et son augmentation est mesurable aux États-Unis et en Europe. En France, le laboratoire de la Criirad (organisme indépendant) a mesuré dans un dépôt d’eau de Valence (Drôme) une activité très faible venue de l’eau de pluie et due là aussi à l’iode 131, et estimée entre 0,3 et 1,1 becquerel/litre (Bq/l). L’échantillon, précise la Criirad, correspond à la pluie tombée tout près de Valence entre le dimanche 27 mars à 10 h 30 et le lundi 28 à 8 h 00. De son côté, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) avait détecté 1,73 Bq/l au Vésinet, près de Paris. Selon la Criirad, on peut estimer qu’avec la quantité cumulée dans les 15 jours à venir, les retombées d’iode 131 « pourraient atteindre plusieurs centaines de Bq/m2 [de sol], voire quelques milliers de Bq/m2 en cas de conditions météorologiques très défavorables ou d’augmentation plus importante que prévue de l’activité de l’air ».

Ces valeurs sont loin de constituer un danger sanitaire mais montrent qu’il est important d’en suivre l’évolution… « Les produits alimentaires sensibles, notamment les légumes à larges surfaces de captage – type épinards, salades, blettes… – devraient présenter des niveaux de contamination très faibles mais mesurables et qui vont progressivement augmenter » conclut la Criirad.

Des centaines de cadavres toujours pas ramassés autour de Fukushima

Le Point.fr, vendredi 1 avril à 06 h 47.

Les autorités craignent une pollution aérienne radioactive lors de la crémation de ces corps exposés à de forts rayonnements post mortem.

Jusqu’à un millier de corps de personnes tuées par le séisme et le tsunami du 11 mars au Japon n’ont pas été ramassés car ils se trouvent dans la zone d’exclusion autour de la centrale de Fukushima, où le niveau des rayonnements ionisants est élevé, a rapporté vendredi la presse. Les autorités avaient dans un premier temps prévu de récupérer et transporter ces cadavres en dehors de cette zone de 20 km de rayon d’où les rescapés ont été évacués. Mais elles ont reconsidéré ce projet, a précisé l’agence Kyodo en citant des sources policières.

Les cadavres ont en effet été "exposés à de forts niveaux de rayonnements post mortem", a indiqué l’une de ces sources, non identifiée. La police locale a donc décidé de ne pas procéder à la collecte des cadavres. Décontaminer ces corps sur place rendrait encore plus difficile leur identification ultérieure. Et les rendre tels quels aux familles causerait des dangers de pollutions aériennes radioactives lors de leur crémation, a précisé Kyodo. Les autorités nippones n’ont pour l’instant fait évacuer qu’un rayon de 20 km autour de la centrale d’où s’échappent des rejets atomiques, conseillant aux habitants situés entre 20 et 30 km de rester cloîtrés chez eux ou de partir.

Une très forte radioactivité détectée sous la centrale de Fukushima

TF1, jeudi 31 mars à 21 h 41.

Les jours passent et les nouvelles en provenance de Fukushima sont toujours aussi alarmantes. De l’iode radioactif 131 a été découvert dans une nappe d’eau située à 15 mètres sous la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, a déclaré tôt vendredi matin (heure japonaise) l’opérateur du site, Tokyo Electric Power (Tepco).

Un échantillon d’eau prélevé mercredi sous le réacteur 1 de la centrale a révélé un taux de 430 becquerels par cm3, a précisé un porte-parole de la société. Il a ajouté que ce niveau était "10.000 fois supérieur" à la norme légale. "Il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’un chiffre élevé", a-t-il souligné, en n’écartant pas toutefois la possibilité que ce taux soit révisé dans la journée de vendredi. De l’iode 131 a également été découvert en grande quantité dans l’eau de mer, à proximité de la centrale Fukushima Daiichi (N°1). Tepco a mesuré jeudi une concentration en iode radioactif 4.385 fois supérieure à la norme légale.

Il s’agit du niveau le plus important depuis le début de l’accident à la centrale de Fukushima, déclenché par un séisme de magnitude 9 et un tsunami qui ont provoqué une défaillance des systèmes de refroidissement des réacteurs. Afin de maintenir le combustible à une température inférieure au point de fusion, des centaines d’ouvriers, pompiers et soldats déversent jour et nuit des milliers de tonnes d’eau sur les réacteurs. Conséquence de ce "lessivage" : d’énormes quantités d’eau contaminée se sont infiltrées dans les galeries souterraines et ont ruisselé jusque dans l’océan Pacifique tout proche.

Sol radioactif à 40 kilomètres de la centrale

Pour autant ce genre de mesures extrêmes n’est pas du genre à inquiéter les autorités. Le gouvernement japonais a exclu jeudi d’élargir dans l’immédiat la zone d’évacuation autour de la centrale accidentée de Fukushima, qui devra être démantelée une fois le danger de catastrophe majeure écarté, a estimé le Premier ministre Naoto Kan. Mercredi, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a prévenu qu’elle avait mesuré des niveaux de radiations "justifiant une évacuation" à 40 km au nord-ouest de la centrale Fukushima Daiichi (N°1). "Je ne pense pas que ce soit quelque chose de nature à exiger une telle action", a répondu jeudi le porte-parole du gouvernement japonais, Yukio Edano.

Le taux mesuré dans le sol par l’AIEA dans le village d’Iitate atteignait 2 mégabecquerels par mètre carré, soit le double du niveau à partir duquel l’agence onusienne recommande l’évacuation. Mais l’Agence japonaise de sûreté nucléaire, un organisme officiel, a aussi affirmé que le niveau de radioactivité à Iitate n’imposait pas l’évacuation de milliers de personnes. Les résidents "peuvent être sereins", a déclaré un responsable de l’Agence.

Les autorités nippones n’ont pour l’instant fait évacuer qu’un rayon de 20 km autour de la centrale située dans le nord-est du Japon, conseillant aux habitants situés entre 20 et 30 km de rester cloîtrés chez eux ou de partir.

La centrale de Fukushima sera démantelée

Le Télégramme, jeudi 31 mars à 09 h 23

Alerte maximum à la centrale de Fukushima, où les taux d’iode en mer ne cessent d’augmenter atteignant ce matin un taux 4385 fois supérieur à la norme. Elle sera démantelée, affirme ce matin le Premier ministre japonais. Hier, la Criirad a décelé de l’iode 131 dans les eaux de pluie en France. Mardi 29 mars, la découverte de plutonium dans le sol du site nucléaire avait déjà relancé la crainte d’une catastrophe écologique. Les experts d’Areva arrivés hier au Japon témoignent de la volonté du groupe français d’augmenter encore son soutien technique. A 120 km de Fukushima, une autre centrale atomique inquiète désormais ses riverains...

9H23. Areva prêt à amplifier son soutien à l’opérateur Tepco Le groupe d’énergie nucléaire français Areva prévoit d’augmenter son soutien technique à la compagnie japonaise Tokyo Electric Power (Tepco), pour stopper la pollution radioactive émanant de la centrale accidentée de Fukushima.

9H20. Le plan en cas d’accident à Fukushima était totalement inadapté Un téléphone satellitaire et un seul brancard : seuls des accidents de petite ampleur avaient été envisagés à Fukushima selon The Wall Street Journal.

9H03. Nicolas Sarkozy est arrivé à Tokyo En provenance de Nankin (est de la Chine) où il a ouvert un séminaire du G20 sur la réforme du système économique et monétaire, M. Sarkozy doit rencontrer à l’ambassade de France la communauté française installée au Japon puis s’entretenir avec le Premier ministre japonais, Naoto Kan.

7H30. La centrale de Fukushima sera démantelée Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, affirme ce matin, lors d’un entretien avec le chef du Parti communiste nippon, que la centrale nucléaire accidentée de Fukushima devait être démantelée.

7H07. Radioactivité : presque toute la Chine touchée,« sans gravité » Presque tout le vaste territoire chinois enregistre des niveaux de radioactivité « extrêmement faibles » et ne présentant pas de risques sanitaires.

5H34. Fukushima : l’iode radioactif en mer en hausse, 4.385 fois supérieur à la norme Un taux d’iode radioactif en hausse, 4.385 fois supérieur à la norme légale, a été mesuré dans l’eau de mer prélevée à 300 mètres au sud de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (nord-est du Japon). Ce taux d’iode radioactif était 1.250 fois supérieur à la norme samedi, 1.850 fois supérieur dimanche, puis avait chuté en début de semaine avant de nettement rebondir mercredi, à 3.355 fois la norme légale.

5H15. Tokyo n’envisage pas d’élargir dans l’immédiat la zone d’évacuation Les autorités japonaises ne prévoient pas dans l’immédiat d’élargir le périmètre d’évacuation de 20 km autour de la centrale accidentée de Fukushima.

2H11. « Minuscules » traces d’iode radioactive dans du lait aux Etats-Unis L’analyse par l’Agence fédérale des médicaments et des produits alimentaires (FDA) et l’Agence de protection de l’environnement (EPA) d’un échantillon de lait prélevé le 25 mars à Spokane dans l’Etat de Washington (nord-ouest) montre de « minuscules » traces d’une radioactivité d’iode 131 plus de 5.000 fois inférieure au niveau qui déclencherait une intervention de la FDA.

MERCREDI 30 MARS

17 h. L’Unsa Education demande à Juppé de suspendre la réouverture du lycée de Tokyo Inquiète pour ses personnels du lycée franco-japonais de Tokyo, l’Unsa Education a demandé à Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, de « surseoir » à la décision de réouverture de l’établissement, prévue le 4 avril. Car « la situation à Fukushima s’oriente chaque jour un peu plus vers une catastrophe nucléaire majeure, dont les répercussions sur l’environnement et la santé humaine sont porteuses de risques difficilement mesurables aujourd’hui ».

15 h 45. De l’iode 131 dans les eaux de pluie en France « La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a détecté un faible taux d’iode 131 dans l’eau de pluie, dans le sud-est de la France. Un taux, faut-il le préciser, bien en-dessous de celui relevé une semaine après l’accident de Tchernobyl dans notre pays. Toutefois, l’inquiétude demeure quant à l’accumulation de ces doses de radioactivité sur le sol, dans l’eau et dans la chaîne alimentaire ». Plus de détails

14 h. Fukushima : la zone d’évacuation insuffisante selon Greenpeace « La zone d’évacuation de la population autour de la centrale accidentée de Fukushima devrait être rallongée d’au moins 10 km en raison de la radioactivité », a estimé Greenpeace, qui s’attend à une hausse des cancers dans cette région.

13 h 45. Le nucléaire français n’a pas pris en compte le « cumul » des risques naturels La sécurité des installations nucléaires françaises n’a, jusqu’à présent, pas pris en compte le risque d’un « cumul » de catastrophes naturelles, comme le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon, vient d’indiquer l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « A l’évidence, il va falloir qu’on se demande quels retours d’expérience il y a à tirer de ce qui s’est passé au Japon », a indiqué André-Claude Lacoste, président, après avoir présenté au Parlement un rapport sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2010. « Nous ne sommes pas nourris de certitudes tranquilles, d’ailleurs qui peut l’être après ce qui vient de se passer ? ».

13 h 30. Un court-circuit sans conséquence à la deuxième centrale de Fukushima Aujourd’hui, un court-circuit s’est produit dans la salle des machines d’un réacteur de la deuxième centrale de Fukushima, mais sans causer de dégâts, a déclaré l’opérateur du site.

12 h. La radioactivité des bateaux inquiète les ports européens Un bateau en provenance de Tokyo a été refoulé de Chine, le 21 mars, car il présentait un taux de radioactivité supérieur aux normes. Un exemple qui inquiète les ports européens. Certains, comme celui de Hambourg, exigent que des mesures de précaution soient prises concernant les bâtiments ayant navigué dans les eaux japonaises.

11 h. A 120 km de Fukushima, une autre centrale inquiète A 120 kilomètres au nord des installations nucléaires en péril de Fukushima, une autre centrale atomique, également frappée par le séisme et le tsunami du 11 mars, inquiète désormais ses riverains, certains envisageant même d’abandonner les lieux. La centrale d’Onagawa, située dans une baie de la péninsule d’Ojika (nord-est du Japon), ne fonctionne plus depuis la double catastrophe, dont elle est sortie avec des dégâts limités et un début d’incendie vite éteint. La société qui l’exploite, Tohoku Electric Power, assure que ses trois réacteurs ne sont pas dangereux. La température du combustible est sous contrôle, insiste-t-elle, et le niveau des rayonnements est « relativement bas ».

10 h 20. Nathalie Kosciusko-Morizet au Japon avec le président Sarkozy La ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, qui accompagne le président de la République en Asie, restera au Japon de jeudi à samedi pour « recueillir auprès des Japonais leurs besoins ».

9 h 30. Le gouvernement ordonne un contrôle de tous les réacteurs nucléaires Le gouvernement japonais a ordonné ce mercredi un contrôle urgent de tous les réacteurs nucléaires du pays, afin de s’assurer qu’ils ne rencontrent pas un jour les mêmes avaries que celles endurées par la centrale de Fukushima endommagée par le séisme du 11 mars.

8 h 04. Fukushima à la recherche de solutions inédites pour écarter le danger Pour réduire les émissions radioactives et évacuer des tonnes d’eau contaminée en recouvrant les réacteurs d’une bâche spéciale ou en utilisant les réservoirs d’un tanker, Tepco batit plusieurs scénarios. Des experts d’Areva sont en route pour Tokyo. Des robots résistant aux radiations et capables de recueillir des informations sur les réacteurs dans des endroits où la radioactivité est trop élevée sont également arrivés des Etats-Unis.

5 h 40. Le P-DG de Tepco hospitalisé Masataka Shimizu, a été hospitalisé hier soir. Il souffre d’une tension artérielle trop élevée. Critiqué par les médias pour son absence depuis de la début de la crise, M. Shimizu est apparu pour la dernière fois en public le 13 mars.

4 h 18. Fukushima : de l’iode radioactif 3.355 fois supérieur à la norme en mer Un taux d’iode radioactif 3.355 fois supérieur à la norme légale a été mesuré dans l’eau de mer prélevée à 300 mètres au sud de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima.

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20 Minutes, mardi 29 mars à 18 h 16

18h20 : Les travailleurs de la centrale de Fukushima exercent dans des conditions très difficiles : ils ne font que deux repas - légers - par jour et dorment à même le sol, apprend-on. Et leur approvisionnement en eau est limité.

18h00 La présidente d’Areva Anne Lauvergeon ainsi que cinq experts du groupe nucléaire public vont se rendre au Japon pour porter assistance à Tepco, l’exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima, en proie à une catastrophe majeure, a annoncé une porte-parole d’Areva mardi

16h40 : Une trace infime du panache radioactif émis par la centrale de Fukushima a été relevée pour la première fois en Rhône-Alpes, en Ardèche, mais « pas de quoi affoler les gens », a annoncé mardi la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité). « L’échantillon analysé correspond à la pluie tombée à Toulaud, en Ardèche, à 5 km à l’ouest/sud-ouest de Valence, du dimanche 27 mars-10h30 au lundi 28 mars-8h00 » dans un collecteur, a indiqué le laboratoire dans un communiqué.

15h47 : Des traces d’iode radioactif dans l’Extrême-Orient russe Des traces d’iode radioactif en provenance de la centrale japonaise de Fukushima-Daiichi ont été détectées dans l’Extrême-Orient russe mais ne pose aucun risque pour la santé, ont annoncé les autorités locales. Ces traces d’iode 131 ont été découvertes lors de mesures effectuées dans l’atmosphère entre samedi et ce mardi. Boris Boulaï, qui dirige les services météorologiques régionaux, précise que « leur concentration est 100 fois inférieure au niveau tolérable et ne présente donc aucun risque pour la santé de la population ». Vladivostok, capitale régionale de l’Extrême-Orient russe, se trouve à 800 km au nord-ouest de Fukushima.

14h36 : La République tchèque poursuivra son développement du nucléaire Le Premier ministre tchèque, Petr NeÄ as, a affirmé, au cours d’un congrès sur l’énergie à Prague, que la République tchèque remplissait toutes les normes standard de sécurité en matière nucléaire et que l’accident de Fukushima n’empêcherait pas le pays de poursuivre l’agrandissement de la centrale de Temelín. Pour Dana Drábová, directrice de l’Agence tchèque pour la sécurité nucléaire, Fukushima est la deuxième plus importante catastrophe nucléaire de l’histoire, après Tchernobyl, si l’on prend en compte l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Selon elle, le secteur nucléaire doit tirer les leçons de la catastrophe japonaise et renforcer la sécurité qui entoure ce type d’énergie.

14h26 : Tepco savait qu’un tsunami pouvait sinistrer la centrale de Fukushima, mais n’a pas pris en compte ce risque lors de sa conception. Les concepteurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi avaient envisagé qu’un tsunami excède les capacités de résistance du centre de production nucléaire mais Tokyo Power Electric (Tepco) n’a pas retenu ces conclusions soulignées dans un rapport datant de 2007. Les ingénieurs chargés de la sécurité des installations estimaient notamment à 10% la probabilité qu’une vague sismique dépassant les 6 mètres, limite maximale retenue pour la sécurité du site, frappe la centrale sur une période de cinquante ans, précise l’étude qui va accentuer les interrogations sur le comportement de l’opérateur de Fukushima-Daiichi. Sakae Muto, le vice-président de Tepco, a assuré que la prudence avait présidé à la conception de la centrale et ajouté que cette analyse du risque au tsunami ne faisait pas consensus parmi les experts.

13h33 : Fuites hautement probables à Fukushima, selon l’agence nippone de sûreté nucléaire Les barres de combustible dans les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima-Daiichi sont endommagées et des fuites sont hautement probables à travers les enceintes de confinement, a déclaré mardi l’agence japonaise de sûreté nucléaire.

13h20 : Les traces de plutonium à Fukushima « du même ordre de grandeur » qu’avant l’accident Les traces de plutonium relevées sur le site de la centrale japonaise de Fukushima "restent du même ordre de grandeur que les concentrations observées avant l’accident", a estimé l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

11h18 : Les habitants des environs de la centrale de Fukushima pourront-ils rentrer chez eux un jour ? Les dizaines de milliers de pêcheurs et d’agriculteurs qui vivaient près de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi commencent à réaliser qu’ils pourraient bien ne jamais rentrer chez eux. Près de trois semaines après le séisme et le tsunami à l’origine de la plus grande catastrophe nucléaire depuis celle de Tchernobyl, la perspective d’un règlement rapide de la crise semble s’éloigner chaque jour un peu plus. Les autorités japonaises ont fait savoir que les sols autour de la centrale avaient été contaminés au plutonium. Une radioactivité anormale avait auparavant été décelée dans les eaux qui baignent la côte de Fukushima, dans les légumes de la région et même brièvement dans l’eau courante distribuée à Tokyo. Chacune de ces nouvelles a relancé l’angoisse des Japonais, mais c’est au plus près de la centrale, parmi ses 200.000 riverains, que la crainte, teintée d’incrédulité, est la plus vive. « Ces terres leur venaient de leurs ancêtres et leur attachement pour elles est énorme. La première étape est de dire vraiment à ces sinistrés qu’ils ne peuvent pas rentrer, mais les gens n’arrivent pas encore à se rendre à la raison », explique Tomo Honda, membre du conseil municipal de Fukushima, impliqué depuis le premier jour dans les opérations humanitaires. Outre les 28.000 morts et disparus, la catastrophe a entraîné l’évacuation des 70.000 personnes qui vivaient dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Les 130.000 autres établis entre 20 et 30 km ont été invités à quitter les lieux où à ne pas sortir de chez eux. Tokyo s’est jusqu’ici refusé à étendre l’ordre d’évacuation à cette deuxième zone, mais les pressions en ce sens sont de plus en plus intenses et les experts jugent la mesure inévitable.

10h31 : Deux experts nucléaires français envoyés au Japon Deux spécialistes du nucléaire, l’un d’Areva et l’autre du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), ont été envoyés au Japon pour apporter leur expertise concernant la centrale atomique de Fukushima-Daiichi, a déclaré la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet. « Nous avons envoyé deux experts, l’un du CEA et l’autre d’Areva, pour commencer, pour pouvoir partager cette expérience sur le pompage et le traitement de l’eau radioactive à Fukushima », a-t-elle précisé. « A ce stade, les deux personnes qui sont parties sont parties pour produire de l’expertise », a ajouté la ministre.

9h53 : Nicolas Sarkozy va se rendre jeudi au Japon où il rencontrera le Premier ministre Naoto Kan « Le président de la République se rendra jeudi 31 mars 2011 au Japon afin d’exprimer la solidarité de la France, à titre national et en tant que présidente du G20 et du G8, avec le peuple japonais dans les épreuves qu’il traverse depuis les événements dramatiques du 11 mars », déclare l’Elysée dans un communiqué. Le président français rencontrera à cette occasion le Premier ministre japonais Naoto Kan et des représentants de la communauté française dans l’archipel. Nicolas Sarkozy doit participer jeudi à un séminaire sur la réforme du système monétaire international à Nankin, en Chine.

Tepco demande de l’aide pour maîtriser la centrale de Fukushima

Reuters, lundi 28 mars à 21 h13

TOKYO (Reuters) - L’opérateur de la centrale de Fukushima-Daiichi, Tokyo Electric Power (Tepco), a alimenté les doutes sur sa capacité à reprendre le contrôle de la situation en appelant à l’aide les spécialistes français du nucléaire.

De l’eau hautement radioactive s’échappait lundi du réacteur n°2, du plutonium a été trouvé dans le sol de la centrale et Greenpeace dit avoir mesuré un taux de radioactivité inquiétant à 40 km de la centrale endommagée le 11 mars par un séisme et un tsunami dévastateurs.

Selon le dernier bilan en date, la catastrophe a fait 10.804 morts confirmés et 16.244 disparus. Deux cent cinquante mille personnes vivent toujours dans des centres d’hébergement. Les dégâts pourraient s’élever à 300 milliards de dollars, ce qui en fait la catastrophe naturelle la plus coûteuse au monde.

Les autorités japonaises semblent se résigner à un long combat pour contenir le plus dangereux accident nucléaire depuis Tchernobyl, en 1986.

En attendant, Tepco a sollicité une aide française. Le ministre français de l’Industrie, Eric Besson, a confirmé que l’opérateur privé nippon avait demandé durant le week-end l’aide d’EDF, d’Areva et du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). "La situation est extrêmement critique, extrêmement sérieuse. Je vois bien que l’opérateur Tepco n’a pas réussi depuis huit jours à stabiliser la situation", a dit Eric Besson sur RTL.

EAU RADIOACTIVE

Les incendies, les explosions et les fuites radioactives obligent les techniciens de Fukushima-Daiichi à interrompre régulièrement leur travail.

Une forte hausse de la radioactivité a été décelée dans le réacteur n°2 dimanche. Le secrétaire général du gouvernement, Yukio Edano, l’a expliquée par une fusion partielle des barres de combustibles.

Les dernières mesures montraient une radioactivité 100.000 fois supérieure à la normale dans l’eau accumulée au réacteur n°2.

Une radioactivité de plus de 1.000 millisieverts par heure a été mesurée à la surface de l’eau dans des tunnels sortant du réacteur. Selon l’Agence américaine pour la protection de l’environnement, une telle dose peut provoquer une hémorragie.

Tepco assure que les tunnels ne déversent pas leur contenu dans la mer mais n’exclut pas que cette eau radioactive se répande dans les sols. Selon le gouvernement, l’eau contaminée provient de la condensation de vapeur et non pas d’une fissure dans le réacteur.

Pour l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN), « ces analyses, associées aux valeurs de pression mesurées dans les cuves, semblent permettre de conclure à la perte d’étanchéité des cuves 2 et 3 ou de leurs circuits de connexion ».

DU PLUTONIUM DANS LE SOL DE LA CENTRALE

Tepco a également annoncé avoir trouvé du plutonium 238, 239 et 240 dans le sol de la centrale, dans des échantillons prélevés la semaine dernière.

Lors d’une conférence de presse organisée lundi vers minuit, le vice-président de Tepco, Sakae Muto, a assuré que ce plutonium, dont la concentration était similaire à ce que l’on peut trouver dans l’environnement naturel, ne présentait pas de danger pour la santé humaine.

Tepco a dit n’avoir pu déterminer l’origine de ce plutonium, bien qu’il semble que deux des cinq échantillons résultent de l’accident à la centrale et non de dépôts provenant de l’atmosphère.

Seul le réacteur n°3 fonctionne avec un combustible nucléaire à base de plutonium et d’uranium appauvri, le Mox. Le plutonium est fortement radioactif et toxique.

L’Agence japonaise de sûreté nucléaire s’est déclarée préoccupée par ces échantillons dont l’activité variait de 0,18 à 0,54 becquerels par kilo.

« Bien que ce niveau ne soit pas dangereux pour la santé humaine, je ne suis pas optimiste. Cela veut dire que le mécanisme de confinement est rompu, de sorte que je pense que la situation est inquiétante », a déclaré Hideko Nishiyama, de l’Agence de sûreté nucléaire, cité par l’agence Jiji.

DES SEMAINES, DES MOIS OU DES ANNÉES

Les experts de Greenpeace disent par ailleurs avoir décelé une radioactivité supérieure à 10 microsieverts par heure dans le village d’Iitate, à 40 km au nord-ouest de la centrale. L’organisation environnementale a demandé l’extension de la zone d’évacuation de 20 km autour de Fukushima-Daiichi.

L’Agence japonaise de sûreté nucléaire a estimé que les mesures de Greenpeace ne pouvaient être considérées comme fiables.

Elle a également pu annoncer une bonne nouvelle : le niveau de radioactivité dans la mer au large de la centrale, qui était 1.850 fois supérieur à la normale dimanche, a fortement baissé.

La situation est considérée comme stabilisée dans deux des six réacteurs de Fukushima-Daiichi, mais elle demeure instable dans les quatre autres, d’où se dégage parfois de la vapeur ou de la fumée.

« Je pense que peut-être, la situation est nettement plus grave que nous ne le pensions », a déclaré un expert, Najmedin Meshkati, de l’université de Californie du Sud. Il faudra sans doute, selon lui, des semaines pour stabiliser la situation, et il sera peut-être nécessaire que l’Onu soit de la partie.

« Cela va bien au-delà de ce qu’un pays peut gérer - cela doit être évoqué par le Conseil de sécurité de l’Onu. À mon humble avis, c’est plus important que la zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye », a-t-il estimé.

Sakae Muto a parlé lundi d’une opération incertaine et longue pour empêcher une surchauffe des barres de combustible et leur fonte.

« C’est regrettable, mais nous n’avons pas de calendrier concret nous permettant, actuellement, de dire dans combien de mois ou d’années » la crise sera terminée, a-t-il dit.

Fukushima : Greenpeace classe l’accident au niveau 7, comme Tchernobyl

Louis Morice – Nouvelobs.com, lundi 28 mars à 18 h 53.

Dans son rapport rédigé pour le bureau allemand de l’association Greenpeace, le professeur Helmut Hirsch a classé lundi 28 mars l’accident nucléaire de Fukushima au niveau 7 de l’échelle INES (International nuclear event scale), comme celui de la centrale de Tchernobyl en 1986. S’appuyant sur les données de l’IRSN et de l’institut de météorologie et de géodynamique autrichien (ZAMG) Helmut Hirsch estime que les quantités d’iode et de césium qui se sont échappées de la centrale depuis le 11 mars place la catastrophe au niveau le plus élevé de l’échelle INES, le niveau 7 désignant un « accident majeur ».

En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) se refuse à toute nouvelle déclaration sur le classement de l’accident de Fukushima. Selon elle, Greenpeace n’est pas fondée à établir ce diagnostic qui appartient à l’autorité de sûreté japonaise « une fois l’accident terminé ». Le service de communication précise que l’accident n’est pas terminé et que la situation reste évolutive. L’ASN avait pourtant relevé son estimation au niveau 6 (accident grave) le 15 mars dernier, plaçant la situation à Fukushima entre Three Mile Island et Tchernobyl.

Pour l’ASN, le débat sur le classement n’est pas une priorité. En contact régulier avec l’autorité de sûreté japonaise, elle reconnaît pourtant que l’information en provenance du Japon reste parcellaire et incomplète, notamment celle de Tepco, l’exploitant de Fukushima. L’Autorité française s’empresse pourtant de préciser que dans la situation actuelle « délicate », la communication n’est pas la priorité de l’Autorité de sûreté japonaise.

L’ASN se concentre sur l’impact sanitaire des suites de l’accident de Fukushima sur la population française et doit rendre public mardi matin les dernières mesures effectuées sur les territoires français.

L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi

ASN, lundi 28 mars à 10 h 30.

La sûreté des réacteurs demeurera fortement altérée pendant les prochaines semaines, malgré des progrès techniques récents.

- 1. Situation de la centrale de Fukushima

La situation reste précaire. De nouvelles défaillances de matériels ne sont pas à exclure et les mesures publiées au cours du week-end des 26 et 27 mars confirment un état très fortement dégradé des réacteurs 2 et 3, avec un endommagement des trois barrières de confinement :

- l’eau présente dans le hall des turbines a fait l’objet d’une analyse qui montre une très forte contamination, conduisant à un débit d’équivalent de dose de 1000 mSv par heure pour le réacteur n°2 et 750mSv par heure pour le réacteur n°3. Pour rappel, la limite annuelle de dose pour les travailleurs en situation d’accident nucléaire au Japon a été relevée à 250mSv par an. Ces niveaux de dose rendent très difficile toute intervention humaine dans cette partie du bâtiment. Des opérations de pompage de l’eau fortement contaminée seraient en cours ;

- ces analyses, associées aux valeurs de pression mesurées dans les cuves semblent permettre de conclure à la perte d’étanchéité des cuves 2 et 3 ou de leurs circuits de connexion ;

- les relevés de pression au sein des enceintes semblent permettre de conclure, pour les réacteurs 2 et 3, à une perte d’étanchéité de l’enceinte métallique ;

- les combustibles contenus dans la cuve ont été endommagés à la suite des fortes montées en températures consécutive au séisme et aux accidents successifs.

Les données actuellement disponibles ne permettent pas de confirmer l’intégrité des cuve et enceinte du réacteur n°1, dont le combustible a été fortement dégradé.

Les progrès techniques constatés ces derniers jours sont :

- l’ensemble des 6 bâtiments réacteurs sont connectés au réseau et les vérifications des matériels préalables à leur raccordement se poursuivent ;

- les 6 piscines dans lesquelles est entreposé du combustible sont désormais refroidies et ne présentent pas de risque immédiat d’ébullition ;

- les cuves des réacteurs 1, 2 et 3 sont refroidies par injection d’eau douce. Le fait de ne plus recourir à de l’eau de mer pour le refroidissement permet de réduire sans le supprimer le risque de dépôt de sel en fond de cuve. L’eau douce a été apportée par une barge depuis la région de Tokyo ;

- les réacteurs 5 et 6 continuent à être refroidis normalement.

Le pronostic d’évolution des réacteurs n°1 à 3 devrait rester très incertain pendant les prochaines semaines.

- 2. Conséquences radiologiques de l’accident

a. conditions de travail sur le site et situation aux alentours de la centrale

Les débits d’équivalent de doses relevées sur le site de la centrale restent élevés mais montrent une grande variabilité. Les conditions de travail des travailleurs sur le site restent très difficiles. Deux travailleurs ont dû être pris en charge à la suite de lésions cutanées aux jambes après un contact avec de l’eau contaminée dans le hall des turbines du réacteur n°2.

Des nouvelles mesures réalisées en mer indiquent que la contamination du milieu marin est importante et en augmentation. Le 26 mars, la radioactivité de l’eau prélevée à 300 mètres au large de la centrale de Fukushima était environ 1850 fois supérieure à la valeur relevée en temps normal.

Au Japon, les rejets provenant de la centrale de Fukushima Daiichi ont entraîné des dépôts de radioactivité au sol et sur les végétaux, y compris au-delà de la zone d’évacuation (20 km) et de mise à l’abri (30 km). Ces dépôts conduisent à dépasser dans certains cas les valeurs admissibles pour les denrées alimentaires définies par la réglementation japonaise.

b. Situation dans la région de Tokyo

Les mesures disponibles dans la région de Tokyo réalisées par les autorités japonaises et par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ne montrent pas d’évolution significative et demeurent faibles. Des valeurs de contamination surfacique, relevées dans un quartier de Tokyo, ont sensiblement augmenté du fait de la pluie le 22 mars et restent à présent stables.

3. Les conséquences en France

a. Les masses d’air en France

La radioactivité émise par la centrale de Fukushima au Japon s’est répandue et s’est diluée dans la plus grande partie de l’hémisphère Nord. L’appui technique de l’ASN, l’IRSN, procède à l’analyse de prélèvements dans l’environnement en France métropolitaine (notamment dans des eaux de pluie, de l’herbe, différents types de laits).

Conformément aux prévisions, des résultats publiés par l’Institut montrent la présence d’iode radioactive à des niveaux très faibles. Ces valeurs sont sans impact sanitaire pour les populations ou l’environnement.

Comme anticipé, la radioactivité des masses d’air est actuellement trop faible pour être détectée par les balises radiamétriques Téléray, tant en métropole qu’outre-mer. Des analyses complémentaires sont réalisées pour quantifier la présence de substances radioactives dans l’atmosphère sous forme gazeuse ou particulaire.

Les résultats des mesures dans les pays étrangers confirment que ces masses d’air sont sans aucune conséquence sur la santé des personnes. Aucune mesure de précaution particulière n’est à prendre pour le public ou les personnes fragiles tant en France métropolitaine que dans les départements et territoires d’outre mer.

Afin de répondre aux questions du public sur les enjeux sanitaires et la circulation des masses d’air, l’ASN a ouvert une rubrique Questions fréquentes sur son site. Elle a également mis en place un centre d’information accessible de 8 h - 22 h au 08 05 33 34 35 (appel non surtaxé depuis une ligne fixe).

b. Qualité radiologique des denrées en provenance du Japon

Denrées alimentaires Les importations de denrées alimentaires en provenance du Japon sont d’ordinaire très limitées. Certains systèmes de production autour de la zone de Fukushima ont été détruits par le séisme et le tsunami. Les flux d’importation de denrées animales et végétales (fruits, légumes) sont interrompus.

Un règlement européen a été publié au Journal officiel des communautés européennes le 26 mars 2011 pour imposer des conditions particulières pour l’importation de produits alimentaires et pour l’alimentation animale en provenance du Japon, en prévoyant des contrôles systématiques au départ pour vérifier le respect des normes admissibles en césium 134 et 137 et de l’iode 131 et un contrôle par échantillonnage à l’arrivée.

En France, les services des douanes et les services en charge du contrôle de la qualité des denrées se préparent à la mise en application de ce règlement et ont mis en place un système de contrôle aux frontières. Les césiums et l’iode-131 seront systématiquement recherchés.

Importations non-alimentaires

En l’état actuel des connaissances, le niveau de contamination des produits non alimentaires en provenance du Japon devrait être nul ou très limité. Des démarches sont entreprises pour que les contrôles de contamination puissent être réalisés sur les marchandises au départ du Japon.

Dans l’attente de mesures harmonisées à l’échelle européenne, les autorités françaises ont demandé aux compagnies aériennes desservant la France depuis le Japon de contrôler la radioactivité du fret entrant en France par voie aérienne. Des mesures du même type sont à l’étude pour le fret maritime.

Les contrôles complémentaires sur le contenu des colis relèvent de la responsabilité des destinataires de ces colis.

4. La réponse de l’ASN au courrier adressé par le Premier Ministre

Le Premier Ministre avait demandé à l’ASN de réaliser une étude complémentaire de la sûreté des installations nucléaires françaises au regard de l’accident de la centrale japonaise de Fukushima. L’ASN, par courrier du 25 mars 2011, a confirmé son accord pour prendre en charge cette démarche qui trouve sa place dans le cadre plus global du retour d’expérience que l’ASN va organiser à la suite de l’accident de Fukushima.

Poursuite des opérations de pompage...

Metro, lundi 28 mars à 10 h 00

09h30 La Tepco, opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, a indiqué qu’elle poursuivait les opérations de pompage de l’eau dans les turbines des réacteurs 1 à 4, à commencer par les unités n°1 et 2. Il est nécessaire d’évacuer cette eau fortement toxique afin que les employés puissent accéder aux bâtiments sans risque et intervenir afin de refroidir les combustibles du coeur des réacteurs qui sont semble-t-il partiellement entrés en fusion. 19 employés ont d’ores et déjà été exposés à des radiations supérieures à 100 millisieverts par an, ce qui est généralement le maximum autorisé dans une centrale en période de crise. Ce niveau a été relevé à 250 mSv par l’Agence de sûreté nucléaire japonaise la semaine dernière.

Dimanche, de l’eau prélevée à 1,5 km au nord de la centrale contenait un taux de concentration d’iode 131 radioactive 1.150 fois supérieur à la norme maximum autorisée.

09h00 Le ministère japonais de la Santé a demandé aux usines de distribution d’eau sur tout le territoire de cesser de recueillir l’eau de pluie, afin d’éviter d’éventuelles contaminations par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima.

Le ministère a par ailleurs ordonné durant le week-end aux distributeurs d’eau et aux stations d’épuration de recouvrir leurs réservoirs d’une bâche afin de les isoler de possibles retombées de radioéléments. Ils doivent par ailleurs cesser de puiser l’eau des rivières juste après des précipitations.

07h00 Le tremblement de terre de magnitude 6,5 sur l’échelle de Richter qui a ébranlé lundi le nord du Japon a conduit les autorités à lancer une alerte au tsunami. Cette alerte a été levée. On ne signalait pas de dégâts lors de cette secousse.

La chaîne publique nippone NHK avait indiqué que le séisme de 6,5 enregistré lundi risquait d’être suivi d’un raz-de-marée avec des vagues de 50 centimètres de hauteur, sur le littoral de la préfecture de Miyagi, durement touchée par la catastrophe le 11 mars.

06h30 Un taux d’iode radioactif 1.150 fois supérieur à la norme légale a été mesuré dans l’eau de mer prélevée à trente mètres seulement des réacteurs 5 et 6 de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima (nord-est du Japon), a annoncé lundi l’Agence de sûreté nucléaire.

01h15 A 7h23 heure locale (22h23 heure française), un nouveau tremblement de terre a secoué le Japon, au niveau de la préfecture Miyagi. D’une force de 6,5 sur l’échelle de Richter, ce séisme a été enregistré en pleine mer, à 109km à l’est de Sendai et à 368 km de Tokyo. Il s’est produit à une profondeur très réduite, puisque de seulement 5,9 km.

En répercussion de ce tremblement de terre, une alerte au tsunami avait été lancée par l’Etat japonais. La population de plusieurs préfectures ont été priées de s’éloigner des côtes à une distance de 2 km. Ce dernier s’est révélé très limité, puisque d’une taille de 50 cm et visible uniquement dans certaines zones de la côte. Il semblerait que ni le séisme ni le mini tsunami n’aient fait de victimes ni de dégâts majeurs, selon les premières informations.

00h30 De l’eau fortement radioactive a été détectée dans trois salles des turbines. Cette information pourrait bien ralentir les efforts des équipes sur place pour refroidir les réacteurs en état de surchauffe à Fukushima Daiichi. Parallèlement, la Tepco, l’opérateur de la centrale nucléaire, a demandé à un organisme externe de mener une enquête pour déterminer le niveau de concentration du plutonium dans les fuites constatées. Le plutonium est un métal lourd présent dans le coeurs des réacteurs nucléaires. Extrêmement radioactif et toxique, s’il était trouvé de manière importante dans l’eau, cela signifierait que les coeurs des réacteurs sont très endommagés.

La situation prendra "des semaines, peut-être des mois"

France Info, dimanche 27 mars à 18 h 00.

14h46 : Les responsables de TEPCO affirment s’être trompés en annonçant que l’eau contaminée dans le système de refroidissement du réacteur n 2 de la centrale étaient 10 millions de fois supérieures à la normale, "ce chiffre n’est pas crédible".

12h45 : Thierry Charles, directeur de la sureté des installations à l’IRSN, juge sur France Info la situation “très incertaine, elle s’inscrit dans la durée...il est clair qu’on parle maintenant en semaine, peut-être en mois...”

11h26 : plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Tokyo et Nagoya pour exiger l’abandon des centrales nucléaires. Un événement dans un pays où traditionnellement les antinucléaires sont rares et ont peu d’audience.

10h50 : selon Olivier Isnard, expert de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire, “ce niveau de radioactivité (de 1.000 millisieverts) est juste une preuve directe que le coeur du réacteur a fondu”

6h37 : dans une interview téléphonique au New York Times, le directeur général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique ( Yukiya Amano estime que le Japon est “encore loin d’avoir surmonté l’accident” nucléaire qui a touché la centrale de Fukushima.

6h12 : selon Tepco cité par l’agence JIJI, la radioactivité dans l’eau au réacteur 2 est dix millions de fois supérieure au niveau habituel.

6h11 : l’agence japonaise JIJI annonce qu’une très forte radioactivité a été mesurée au réacteur 2 de Fukushima et le personnel évacué.

4h24 : le niveau d’iode radioactif relevé dans l’eau de mer au large de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, dans le nord du Japon, est 1.850 fois supérieur à la normale, annonce l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle nippone.

Fukushima : refroidissement à l’eau douce

AFP, samedi 26 mars à 18 h 25.

Les sauveteurs japonais utilisent désormais de l’eau douce pour refroidir les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale en péril de Fukushima, l’eau de mer jusque là utilisée accélérant la corrosion et pouvant présenter des dangers, a indiqué samedi l’AIEA.

"L’Agence internationale pour l’énergie atomique a été informée par les autorités japonaises que de l’eau douce est utilisée à la place de l’eau de mer pour refroidir le coeur des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima", précise un communiqué de l’agence dont le siège est à Vienne.

L’AIEA justifie ce changement notamment par la corrosion exercée sur les éléments de la centrale par l’eau de mer. Deux semaines après le séisme et le tsunami dévastateur du 11 mars qui a gravement endommagé la centrale située dans le nord-est du Japon, les secours tentent toujours d’empêcher un accident nucléaire majeur. Des niveaux importants de radioactivité ont été détectés en mer, laissant craindre qu’un ou plusieurs réacteurs aient perdu leur étanchéité.

Des taux d’iode 1250 fois supérieurs à la norme ont été relevés en mer près de la centrale de Fukushima

TSR, samedi 26 mars à 09 h 04.

Le Japon a annoncé samedi avoir mesuré des niveaux d’iode radioactif 1250 fois supérieurs à la norme légale en mer près de la centrale de Fukushima. Une rupture d’étanchéité d’un ou plusieurs réacteurs est toujours plus redoutée. "Si vous buvez 50 centilitres d’eau courante, vous atteignez d’un coup la limite annuelle que vous pouvez absorber" ,selon l’Agence de sûreté nucléaire. La concentration d’iode diminue de moitié tous les 8 jours, a précisé la même agence. Une concentration de césium 137 presque 80 fois supérieure à la norme légale a aussi été mesurée, selon Tepco, la société gérant le site de Fukushima.

Pour éviter une détérioration catastrophique de la situation à Fukushima, les techniciens, pompiers et militaires déployés sur place jour et nuit doivent absolument parvenir à faire baisser la température des réacteurs. Mais les opérations sont souvent entravées par des pics de radioactivité et des difficultés techniques. Tepco a en outre indiqué samedi avoir découvert une flaque d’eau fortement radioactive dans la centrale, faisant craindre un délai supplémentaire.

Interrogation autour des radiations du réacteur n°3 de Fukushima

Reuters, par lefigaro.fr, vendredi 25 mars à 10 h 15.

L’Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle a déclaré vendredi que rien n’attestait d’une rupture dans l’enceinte de confinement des combustibles du réacteur n°3 de la centrale de Fukushima-Daiichi. Mais les causes du fort dégagement de radioactivité qui a perturbé dans la nuit les opérations de secours restent à éclaircir.

Trois ouvriers travaillant sur le site ont été irradiés jeudi après avoir été exposés à des doses 10.000 fois supérieures à la normale au contact d’eau contaminée.

Cet incident a accru les craintes relatives à une possible rupture au niveau du réacteur n°3 de la centrale, considéré comme le plus risqué parce qu’il est le seul à fonctionner au MOX, mélange instable de plutonium et d’uranium. Mais l’Agence japonaise de sûreté nucléaire s’est voulue rassurante, notant que rien ne démontrait qu’une rupture s’était produite.

"Cela pourrait provenir d’opérations de purge, des fuites d’eau ont pu se produire depuis des tuyaux ou des valves, mais rien ne suggère une rupture", a dit un haut responsable de l’agence. L’opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco), a souligné de son côté qu’il était difficile de déterminer la source de la radiation. Sakae Muto, le vice-président de l’électricien, a ajouté que la direction envisageait par mesure de précaution de purger l’eau qui a été déversée depuis le début de la crise sur les réacteurs pour suppléer l’arrêt des circuits de refroidissement.

Les trois techniciens irradiés ont reçu une dose de 170 à 180 millisieverts, a précisé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La dose moyenne encaissée par un employé de centrale nucléaire est de 50 millisieverts en cinq ans. Tokyo Electric Power (Tepco) a relevé cette limite à 100 millisieverts par heure pour les travaux d’urgence. Tepco a expliqué que les employés étaient équipés de compteurs Geiger mais qu’ils avaient ignoré une alarme qui a sonné. Deux des ouvriers irradiés ont été hospitalisés pour des brûlures, de l’eau radioactive ayant pénétré à l’intérieur de leurs bottes. "Les doses de radioactivité de l’eau contaminée était 10.000 fois supérieures aux doses détectées dans l’eau qui circule dans un réacteur opérant normalement", a déclaré Hidehiko Nishiyama, un haut responsable de l’Agence de sûreté nucléaire.

"Il est possible que le réacteur soit endommagé", avait-il ajouté, s’exprimant avant que l’agence ne juge improbable l’éventualité d’une rupture.

Plus de 700 techniciens travaillent par roulement 24 heures sur 24 depuis deux semaines pour prévenir une surchauffe des six réacteurs de Fukushima-Daiichi lourdement endommagés par le séisme et le tsunami du 11 mars, dont le dernier bilan dépasse désormais les 10.000 morts, auxquels s’ajoutent 17.000 disparus.

L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et sur la situation des masses d’air en France.

Communiqué de presse n°19, jeudi 24 mars à 10 h 00.

- I. Situation des masses d’air en France

La radioactivité émise par la centrale de Fukushima au Japon s’est répandue et s’est diluée dans la plus grande partie de l’hémisphère Nord. Les modélisations ont estimé leur arrivée en France métropolitaine à la date du 23 mars. Comme anticipé, les balises radiamétriques Téléray n’ont pas détecté de hausse de la radioactivité par rapport à la normale, tant en métropole qu’outre-mer. En complément des mesures de débit de dose réalisées par les balises Téléray, des analyses plus précises, réalisées en laboratoire sur les poussières présentes dans l’atmosphère, sont en cours. Les résultats, qui seront disponibles dans quelques jours, seront rendus publics sur les sites précités. Toutes les analyses menées dans le monde, notamment au Etats-Unis, concernés quelques jours avant la France, permettent de confirmer, ainsi que l’annonçaient les autorités, les experts mais aussi plusieurs associations, que ces masses d’air sont sans aucune conséquence sur la santé des personnes. Aucune mesure de précaution particulière n’est à prendre pour le public ou les personnes fragiles tant en France métropolitaine que dans les départements et territoires d’outre mer. Le système de surveillance Téléray géré par l’IRSN permettant de détecter instantanément l’augmentation de la radioactivité dans l’air est consultable sur le site internet de l’IRSN. Afin de compléter ces informations et de répondre aux questions relatives à la masse d’air, à l’exposition globale ou encore aux exportations, l’ASN a ouvert une rubrique Questions fréquentes sur son site http://www.asn.fr. L’ASN ouvre également un centre d’information du public joignable par téléphone au 08.05.33.34.35 (appel non surtaxé depuis une ligne fixe).

Des explications sur la mesure de la radioactivité dans l’environnement sont également disponibles sur le site mis en place par l’ASN et de l’IRSN http://www.mesure-radioactivite.fr.

- II. Conséquences radiologiques de l’accident au Japon

Au Japon, les rejets provenant de la centrale de Fukushima Daiichi ont entraîné des dépôts de radioactivité au sol et sur les végétaux dans la région. Les premières mesures réalisées par les autorités japonaises indiquent une contamination en Iode 131 et en Césium 137 de l’eau, des végétaux et des aliments, conduisant à dépasser dans certains cas les valeurs admissibles pour les denrées alimentaires définies par la réglementation japonaise. Les valeurs les plus élevées sont relevées dans les légumes à feuilles comme les épinards. La radioactivité ambiante a légèrement augmenté dans la région de Tokyo mais elle reste faible. Des valeurs de contamination surfacique, relevées dans un quartier de Tokyo, ont sensiblement augmenté du fait de la pluie le 22 mars et restent à présent stables. Par ailleurs, des mesures dans l’eau de consommation de la ville de Tokyo ayant mis en évidence une concentration en iode supérieure aux normes maximales admissibles pour les nourrissons, le gouvernement japonais avait restreint l’usage de cette eau pour les jeunes enfants le 23 mars. Les dernières informations communiquées par l’Ambassade de France au Japon indiquent une baisse de ces valeurs de contamination, ce qui a conduit les autorités japonaises à lever ces mesures de précaution. Des prélèvements d’eau de mer supplémentaires sont prévus dans les prochains jours.

- III. Situation de la centrale de Fukushima

Les débits de dose dans les enceintes de confinement des réacteurs n° 1 à 3 restent très élevés, ce qui ralentit les travaux électriques.

Appel de Fukushima Par Julien villalard Reporterre 2011/05/01 Par Julien villalard (1er mai 2011 à 09h53,) Appel de Fukushima. Reporterre. Tribune — fr

Appel de Fukushima

Fukushima : mettre la catastrophe sous contrôle citoyen.

Nous, citoyens du monde,

Sommes extrêmement préoccupés par la gestion lamentable de la catastrophe de Fukushima par la firme TEPCO.

La firme a-t-elle voulu privilégier ses intérêts en visant une hypothétique remise en route de la centrale ? En tout cas, elle a agi dans le secret et n’a réuni qu’une partie des moyens pour préserver les riverains, le peuple japonais, l’ensemble des peuples et les écosystèmes de notre planète. Elle n’a pas appliqué le principe de précaution pour la prévention maximale du feu nucléaire et de la contamination de l’environnement.

En dépit de quelques protestations l’État japonais n’a fait que relayer les informations données par la firme, qui conduit ses actions de manière opaque. Des experts de divers pays ont été associés, sans prise sur les décisions. Les demandes des ONG présentes sur place, notamment Greenpeace et la CRIIRAD, pour une meilleure protection des populations et transparence dans les données, n’ont pas été plus entendues que celles des citoyens japonais.

Nous pensons qu’il y a urgence à ce que l’action de TEPCO soit placée sous contrôle international citoyen pour faire prévaloir les droits des humains et de l’environnement, de l’océan notamment.

Nous appelons les organisations citoyennes, les scientifiques, les États, les organismes inter-gouvernementaux, à un sursaut général pour exiger une prise en main internationale et civique de la réponse à la catastrophe de Fukushima et au delà, des établissements à risque majeur partout dans le monde.

Les États ont trop partie liée avec l’industrie nucléaire pour en être des freins efficaces. Les techniciens locaux ne peuvent plus être laissés seuls face aux difficultés, et sans instance de référence externe face aux incidents qui se multiplient et restent occultés.

La terre dans son ensemble est notre souci commun, elle constitue le socle de l’intérêt général qui doit prévaloir sur des logiques d’entreprise et les logiques étatiques de puissance. Il est temps que les citoyens puissent s’ingérer au niveau international dans les procédures d’expertises techniques qui président à la mise en place d’équipements qui compromettent son caractère habitable.

Les Nations Unies doivent aujourd’hui réorganiser la gouvernance de la catastrophe de Fukushima et prendre en compte toutes les coopérations techniques et politiques nécessaires, y compris non-gouvernementales. Ainsi pourra être préfigurée la mise en place de nouveaux dispositifs unissant scientifiques, techniciens et citoyens dans la prévention des risques majeurs et dans les choix industriels et énergétiques.

Le modèle japonais Hervé Kempf Reporterre 2011/05/04 Hervé Kempf (4 mai 2011) Le modèle japonais. Reporterre. Tribune — fr

Le modèle japonais

Pendant trente ans, le Japon a été le premier des dragons : animé d’une énergie inépuisable, il battait les records mondiaux de croissance, répandait ses voitures à travers la planète, inventait le walkman, bousculait les Etats-Unis. Et puis, le géant a vacillé, une bulle spéculative y a éclaté en 1989, et depuis, le taux de croissance de l’économie japonaise trottine autour d’une moyenne de 1 % par an. Les économistes se désolent d’une performance si médiocre, soulignent l’ampleur du déficit public, s’inquiètent d’un chômage en hausse, dessinent un pays en déshérence.

En fait, nombre d’éléments corrigent le tableau : une épargne domestique très importante, un matelas respectable de devises, une solide capacité exportatrice. Certes, les amis japonais ne cachent pas les faiblesses de leur société : les jeunes peinent à trouver du travail dans une société âgée, la classe politique manque de vision, le système de retraite et d’aide à la maternité est très médiocre. Mais le pays reste solide, comme le montre la façon dont il encaisse le double drame du tsunami et de l’accident nucléaire de Fukushima.

En fait, ce que le Japon nous apprend, c’est qu’une économie peut connaître durablement une croissance très faible, voire nulle, sans pour autant s’effondrer. D’ailleurs, quel sens aurait, pour une société parvenue à un niveau de richesse très élevé, enserrée dans une île étroite et sans guère de matières premières, très densément peuplée, quel sens, donc, aurait une augmentation continue de l’accumulation matérielle ? Il y a quelques mois, on apprit que la puissance économique de la Chine avait dépassé celle du Japon. A Tokyo, la vieille garde déplora cet apparent recul. Mais nombre d’observateurs y virent le signe que le Japon s’habituait à un nouveau monde. Un universitaire, Norihiro Kato, observait ainsi, dans le New York Times du 21 août 2010 : « Les jeunes Japonais, qui sont nés après l’éclatement de la bulle (en 1989) n’ont jamais connu un Japon à l’économie florissante. Ils se sont habitués à la frugalité. (...) Dans un monde dont les limites sont de plus en plus apparentes, le Japon et sa jeunesse pourraient bien révéler ce que cela signifie de sortir de la croissance. »

La difficulté majeure, en fait, est que la classe politique - intimement imbriquée aux grandes entreprises - s’oppose à la tendance historique.

Elle pourrait, au contraire, chercher à adapter le pays à une économie qui viserait à diminuer son empreinte écologique. Il n’empêche : le pays du Soleil-Levant explore difficilement un chemin novateur. Il y a bien des raisons de s’intéresser au Japon, et à son nouveau modèle.

La France doit se préparer à des accidents nucléaires « inimaginables » Reporterre avec AFP Reporterre 2011/05/06 Reporterre avec AFP (6 mai 2011) La France doit se préparer à des accidents nucléaires « inimaginables ». Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

La France doit se préparer à des accidents nucléaires « inimaginables »

« Si un accident se produit, le moins invraisemblable est que ce soit un accident absolument extraordinaire », a déclaré le 5 mai lors d’une audition parlementaire le responsable de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

« Il faut accepter de se préparer à des situations complètement inimaginables parce que ce qui nous menace le plus, ce n’est pas un accident ’standard’ », a déclaré Jacques Repussard, le responsable de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), lors d’une audition parlementaire jeudi 5 mai.

En France, avec EDF, « nous avons un des opérateurs nucléaires parmi les plus compétents au monde, il est donc d’autant moins vraisemblable que nous soyons confrontés à un accident standard », a estimé M. Repussard.

« Si un accident se produit, le moins invraisemblable est que ce soit un accident absolument extraordinaire, lié par exemple à des effets dominos avec d’autres installations voisines, des aléas naturels ou des actes de malveillance. Il faut se préparer à ce type de scénarios », a averti le responsable de l’IRSN.

A la lueur de l’accident survenu dans la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, le gouvernement français a décidé de lancer un audit sur la sûreté des installations nucléaires de l’Hexagone prenant en compte des cas de figure extrêmes, jusqu’alors écartés par les opérateurs ou les experts chargés de la sûreté.

« Pour les Japonais, ce n’était pas réaliste ce tsunami de 15 mètres de haut » alors que la digue protégeant la centrale de Fukushima n’avait été rehaussée que de 5,7 mètres, a relevé Jacques Repussard.

« Il faut faire des scénarios réalistes dans un contexte qui n’est pas réaliste pour notre imagination, c’est ce qui s’est produit au Japon », a-t-il conclu.

Le directeur de l’IRSN s’exprimait dans le cadre d’une audition de la mission parlementaire sur la sûreté des installations nucléaires, créée après la catastrophe de Fukushima et confiée à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST).

« Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident nucléaire en France », a répété le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), André-Claude Lacoste, auditionné lui aussi.

Il revient « aux exploitants, aux autorités de contrôle, au gouvernement, de faire ce qu’il faut pour réduire cette probabilité. A nous tous de faire ce qu’il faut pour en réduire les conséquences, mais à l’évidence il faut que nous soyons capables de les gérer », a-t-il insisté.

L’audition parlementaire ouvrait un séminaire international consacré à la gestion post-accidentelle des crises nucléaires, organisé par l’ASN jusqu’à vendredi dans les locaux de l’Assemblée nationale.

Des paysans japonais viennent temoigner de Fukushima Pekea Reporterre 2011/05/07 Pekea (7 mai 2011) Des paysans japonais viennent temoigner de Fukushima. Reporterre. Agriculture fr

Des paysans japonais viennent temoigner de Fukushima

« Le peuple jouit quotidiennement du confort offert par l’électricité. Qui pensait à son origine nucléaire et aux centrales construites à l’abri de nos regards ? »

L’accident de la centrale de Fukushima nous a dévoilé les risques encourus par une société moderne de consommation excessive. La quête incessante d’un plus grand bien être matériel ne pouvait qu’aboutir, tôt ou tard, à un tel accomplissement tragique. Le Japon poursuivait la croissance économique tout comme les Etats-Unis et la France, mais un pays qui a connu les conséquences de l’explosion des bombes atomiques à Hiroshima et à Nagasaki aurait dû percevoir suffisamment les dangers et ne pas s’adonner à cultiver l’énergie nucléaire pour nourrir sa productivité industrielle.

Le peuple jouissait et jouit quotidiennement du confort offert par l’électricité. Qui pensait, en en bénéficiant, à son origine nucléaire et aux centrales construites à l’abri de nos regards ? Depuis le Traité de San Francisco en 1952, le Japon avait classé dans un coin de sa mémoire les leçons de l’histoire pour se lancer dans la croissance sans limite grâce à « l’utilisation à des fins pacifiques de l’énergie atomique ».

Or, la catastrophe du 11 mars nous a brusquement réveillés. Le peuple s’est enfin rendu compte de la folie d’avoir construit 54 centrales sur le sol d’un pays si souvent secoué par des séismes. Les vieux réacteurs de Fukushima ont explosé l’un après l’autre faute de vigilance. Fukushima n’est pas une catastrophe naturelle mais une catastrophe humaine. L’accident nous a mis devant le fait qu’une catastrophe nucléaire pouvait anéantir du jour au lendemain tout ce qui nous était cher.

Depuis Fukushima, le peuple Japonais est en deuil, replié sur lui-même. L’inquiétude le ronge avec un profond regret pour son impuissance face à une catastrophe nucléaire si désastreuse.

Fukushima a enlevé le droit de vivre, le droit de vivre des habitants des alentours ainsi que celui de tous les vivants sur la terre. L’erreur du Japon est universelle. L’énergie atomique n’est pas compatible avec notre vie humaine. Aucun pays, aucune vie sur la planète n’est à l’abri des menaces que fait peser sur chacune la manipulation humaine de la radioactivité.

Le drame du Japon l’a emmené dans une impasse. Deux mois après le début de la catastrophe, des milliers de personnes sont encore dans des centres de refuge. Ils ne savent pas où aller ni comment vivre à l’avenir. Pire est la situation objective de ceux qui sont restés dans leurs villages hautement radioactifs. Pire encore la situation des paysans qui travaillent dans les champs contaminés. Bien extrêmement pire la situation de jeunes écoliers, collégiens dont les établissements se trouvent dans la zone hautement radioactive.

Le gouvernement laisse les habitants de Fukushima dans leurs souffrances pour éviter que l’ampleur du désastre soit révélée et prenne une envergure incontrôlable. Les informations complètes sur les taux de radioactivité des zones touchées n’ont pas été publiées jusqu’à ces derniers jours et la firme Tepco exerce encore son emprise sur bien des pouvoirs et des médias dont la survie dépend de l’énergie nucléaire.

Ecoutons les témoignages de Toshihide KAMEDA et de Shinpei MURAKAMI. Ce sont tous les deux des fermiers installés sur des terres qui sont dans une zone déclarée zone d’évacuation. Ils ont décidé de venir en France à l’initiative de Hiroko AMEMIYA qui leur a proposé de rencontrer des agriculteurs, en particulier en Bretagne. C’est le premier lieu d’accueil hors du Japon pour un projet* de soutien aux paysans sinistrés qu’elle a monté en mars. Le projet prévoit la création de nouvelles communautés d’échanges aussi bien au Japon dans les régions non sinistrées qu’en Bretagne. Les paysans qui doivent se délocaliser pourront ainsi reconstruire leur vie entourés de fermiers et de citoyens sans frontières. Ces communautés ou ces fermes d’échange au Japon et une en Bretagne promouvront une agriculture saine et des relations humaines qui permettront de projeter ensemble un avenir convivial et durable de notre planète.

Toshihide KAMEDA et de Shinpei MURAKAMI ont dû quitter leurs fermes à cause des centrales de Fukushima. Ce sont des personnes clés qui peuvent convaincre les autres paysans de Fukushima de quitter leur territoire et venir se joindre au projet de construire ensemble, par leur action et par des coopérations de nouvelles communautés. Le projet de Hiroko a rencontré au démarrage cette difficulté pour les paysans sinistrés de prendre conscience des caractéristiques de la radioactivité subie sans signe apparent et sans douleur ressentie. Ils savent qu’ils risquent leur vie et celle de leur famille pour les années qui viennent mais il y a un blocage psychologique et émotif qui empêche d’écouter la voix de la raison. Un projet d’une ferme d’échanges en Bretagne a donc un rôle plus psychologique que seulement celui d’un lieu d’accueil des paysans sinistrés. C’est une ouverture qui permet de s’arracher au quotidien et c’est une sensation d’appel d’amitié de voir qu’un soutien puisse venir de si loin et de façon si solidaire. C’est urgent avant que le blocage ne pousse certains au suicide, ce que certains paysans ont déjà commis.

Les paysans sans terre ne peuvent pas survivre, mais en cultivant de la terre contaminée que peuvent-ils en tirer ? Pourvu que d’autres terres soient accueillantes, au Japon et ailleurs, en Bretagne en particulier pour les paysans sinistrés de Fukushima.

Toshihide KAMEDA, 63 ans, père de trois enfants, était installé à Minami Soma et a du quitter sa ferme. Il est depuis 2004 président de la confédération des paysans de Fukushima (Nôminren, affiliée à Via campesina) qu’il a cofondé il y a 20 ans. La famille de sa petite sœur a été sinistrée par le tsunami. Avec eux, ils sont onze à devoir reconstruire leur vie dans un nouveau lieu.

Shinpei MURAKAMI, 52 ans, père de trois enfants, était installé à Iitaté depuis 9 ans. Iitaté est connu pour ses initiatives écologiques. Il a déjà évacué avec sa famille dans le "sud" du Japon grâce à la coopérative Ainô, (dont il avait été l’élève du Lycée agricole) il est un pratiquant de la méthode de d’agriculture naturelle et l’a diffusée pendant plusieurs années en Thaïlande où il était coopérant.

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Pekea vous invite à une rencontre témoignage à Rennes, le mardi 17 mai à 18 heures, à la Maison du Ronceray (salle de quartier) :

Comment vivre après Fukushima : témoignage de deux paysans japonais sinistrés.

Avec Toshihide KAMEDA, Shinpei MURAKAMI et Hiroko AMEMIYA

Modérateur : Marc HUMBERT.

La rencontre sera modérée par Marc Humbert, Vice-président de Pekea.

Hiroko Amemiya a dirigé l’ouvrage : Du teikei aux Amap – le renouveau de la vente directe de produits locaux, PUR, Rennes, 2011.

Marc Humbert est co-auteur de l’ouvrage : De la convivialité – dialogues sur la société conviviale à venir, La Découverte, Paris, 2011.

Ils vivent au Japon depuis 2008 et travaillent à l’Institut français de recherche sur le Japon contemporain (UMIFRE CNRS MAEE n°19) de Tokyo (Maison franco japonaise).

- Le travail de long terme de Hiroko Amemiya s’inscrit dans le projet PEKEA et a le soutien du CRCJR (Centre de recherche de la culture japonaise de Rennes) qui a programmé la visite en France des deux paysans japonais avant la mise en place du projet actuel. La rencontre est organisée grâce à PEKEA.

Gaz de schiste : la mobilisation continue Par Julien villalard Reporterre 2011/05/07 Par Julien villalard (7 mai 2011) Gaz de schiste : la mobilisation continue. Reporterre. fr

Gaz de schiste : la mobilisation continue

L UMP et le PS deposent une proposition de loi commune laissant ouverte la porte a l exploitation du gaz de schiste. Les ecologistes se mobilisent le 10 mai pour contrer cette tentative.

l - Des collectifs citoyens, réunis au sein des coordinations nationale et européenne, des associations, des personnalités et des élus comme José Bové et Danielle Mitterrand appellent à un rassemblement à l’occasion de l’examen de la « proposition de loi visant à abroger les permis exclusifs de recherches d’hydrocarbures non conventionnels et à interdire leur exploration et leur exploitation sur le territoire national » par l’Assemblée Nationale.

Le mardi 10 mai 11h place Herriot (derrière l’Assemblée Nationale, a Paris)

Un an à peine après la signature par Jean-Louis Borloo, en plein Grenelle de l’environnement, des permis d’exploration des gaz et huiles de schiste octroyés sans aucune consultation, une forte mobilisation citoyenne a réussi à imposer cette question dans le débat public, alertant sur les forts risques environnementaux et sociaux posés par ces activités et demandant l’abrogation de tous les permis. Plusieurs propositions de lois, réunies ensuite en un texte unique, ont ainsi été déposées pour réglementer ou interdire ces catastrophes annoncées (entre autres, contamination de l’eau, de l’air et des sols, consommation excessive d’eau et d’énergie).

La question de l’exploration et de l’exploitation des gaz et huiles de schistes ne se résume pas à une question de technique d’extraction. La crise climatique ne nous permet tout simplement pas d’aller extraire ces ressources. Rappelons en effet que les émissions de gaz à effet de serre provenant de la production des hydrocarbures non conventionnels sont nettement supérieures à celles des ressources fossiles traditionnelles.

La baisse des réserves conventionnelles en gaz et en pétrole devrait inciter le Gouvernement à se tourner vers la sobriété énergétique et les énergies renouvelables. Lorgner du côté des ressources non conventionnelles ne fera au contraire qu’alimenter notre dépendance aux énergies fossiles, au mépris des engagements pris par la France sur la scène internationale et européenne ainsi qu’au plan national, à travers le Grenelle de l’environnement. Loin d’assurer notre indépendance énergétique, l’exploitation de ces ressources ne fera que retarder la nécessaire transition énergétique de la France.

Pour maintenir la pression sur les députés pour qu’ils adoptent un projet de loi visant à abroger les permis d’exploration de gaz et huiles de schistes déjà octroyés et à interdire la délivrance de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation, les collectifs et associations organisent un rassemblement festif suivi d’un happening « eau » en couleur. Des « feuilles d’eau » contre les gaz de schiste seront offertes aux députés au cours de cette manifestation.

Les collectifs citoyens restent mobilisés : le rapport provisoire de mission d’étude du CGIET et du CGEDD remis à Madame la Ministre Nathalie Kosciusko Morizet constitue en effet un véritable plaidoyer pour les gaz et huiles de schiste, en affirmant notamment que la France doit continuer l’exploration, sous forme de « puits expérimentaux », afin de pouvoir envisager l’exploitation d’ici « deux ou trois ans », et ce malgré la proposition de loi actuelle.

Ce document provisoire estime qu’il faudra « clarifier les obligations des opérateurs gaziers et pétroliers sur les incidences de leurs travaux sur les ressources en eau » sans exprimer aucune modalité, ni même aucune possible contrainte. Un aveu clair que toute exploration et exploitation de ces gaz et huiles de schiste auront immanquablement un impact sur l’environnement sans que, pour autant, aucun engagement à créer des obligations et des sanctions face à cette exploitation ne semblent envisagés.

Les citoyens n’ont pour l’instant aucune assurance que les permis accordés seront réellement retirés, d’autant que le rapport final n’a pas encore fourni ses conclusions définitives. Il est donc essentiel de continuer la mobilisation pour obtenir le retrait des permis d’exploration sans aucune compensation et l’interdiction ferme et définitive de l’exploration (y compris « expérimentale ») et de l’exploitation des gaz et huiles de schiste, aussi bien en France qu’à l’étranger par les filiales d’entreprises françaises.

Nous invitons donc l’ensemble des forces citoyennes à prendre part à ce rassemblement afin d’interpeler nos députés sur ce problème grave et de montrer que la mobilisation reste et restera active. Quel qu’en soit le résultat, cette mobilisation ne constituera qu’une étape de notre lutte pour une société écologiquement soutenable fondée sur une justice sociale et environnementale.

Ni ici, ni ailleurs, ni aujourd’hui, ni demain !

Signataires : Coordination nationale des collectifs anti gaz et huile de schiste, Le Collectif citoyen Ile-de-France Non aux gaz et pétroles de schiste, France Libertés, Les Amis de la Terre, Réseau Une seule planète, RAC (Réseau Action Climat), AITEC, ATTAC, Greenpeace.

Il n’y a pas d’autre solution que d’apprendre à vivre avec moins de pétrole Kjell Aleklett Reporterre 2011/05/07 Kjell Aleklett (7 mai 2011) Il n’y a pas d’autre solution que d’apprendre à vivre avec moins de pétrole. Reporterre. Tribune — fr

Il n’y a pas d’autre solution que d’apprendre à vivre avec moins de pétrole

A l’occasion de la neuvième conférence mondiale de l’ASPO (Association d’étude des pics de production de pétrole et de gaz naturel), à Bruxelles, Actu-Environnement a demandé au président de l’ASPO, Kjell Aleklett, une mise au point sur l’évolution des ressources de brut à moyen terme.

Actu Environnement : Comment a été identifié le pic pétrolier ?

Kjell Aleklett : En 1998, les géologues Jean Laherrère, ancien expert chez Total, et Colin Campbell, fondateur de l’ASPO, ont réalisé une étude inédite sur le pic pétrolier, à partir des données de Petroconsultants, première base de données indépendante sur les ressources pétrolières. Fondée à Genève dans les années soixante par l’expert américain Harry Wassall, Petroconsultants a constitué un réseau international de géologues et de retraités expérimentés de l’industrie pétrolière, qui ont alimenté cette base de statistiques pendant une trentaine d’années. Les compagnies pétrolières elles-mêmes fournissaient des chiffres, pour savoir indirectement ce que leurs concurrentes déclaraient comme estimations de ressources. Censurée par ses commanditaires, l’étude de Jean Laherrère et Colin Campbell est finalement parue dans la revue Scientific American en mars 1998, sous le titre « La fin du pétrole bon marché ». Cette étude annonçait le pic pétrolier pour 2004. Finalement, le pétrole conventionnel a atteint son pic en 2006, ainsi que l’a confirmé l’Agence internationale de l’énergie dans le World Energy Outlook de 2010.

AE : C’est dans ce contexte qu’a été créée l’ASPO ?

KA : C’est effectivement en 2002 que j’ai organisé en Suède la première conférence de l’ASPO. A l’époque, nous avions diffusé un communiqué de presse annonçant qu’il y aurait autour de 2010 un pic de tous les pétroles, pas seulement du brut conventionnel, mais aussi des pétroles lourds et des sables bitumineux, et que la production totale annuelle atteindrait alors 30 milliards de barils. Les faits nous ont donné raison : la production totale a été chiffrée à 30,1 milliards de barils en 2010. La question est de savoir maintenant quelle sera la production de pétrole en 2011, 2012, 2013, ... Dans mon université à Uppsala (Suède), nous avons établi quatre scénarios, un scénario optimiste, un scénario pessimiste et deux scénarios intermédiaires. Dans le meilleur des cas, nous évaluons la production à 93 millions de barils par jour, mais cette hypothèse optimiste n’est pas validée, du fait que les gisements géants en Irak n’ont toujours pas été mis en production. Ce qui va se passer dans les prochaines années est très lié à l’évolution des investissements pétroliers en Irak, acteur clé de l’approvisionnement futur en pétrole conventionnel. Ce pays est en mesure de produire 4 à 5 millions de barils additionnels par jour. Alors que le reste des gisements du monde est en déclin. Le pétrole extrait de la Mer du Nord est en baisse : la production des plates-formes y est passée de 6 millions de baril/jour à 3 millions aujourd’hui. Les forages à grande profondeur, comme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique, déclinent aussi. Les forages offshore d’Afrique de l’Ouest tournent à pleine capacité. Les autres grands gisements sont aujourd’hui en déplétion : Sumatra en Indonésie, Cantarell au Mexique, Gippsland en Australie, Daqing en Chine. En résumé, tous les gisements, en dehors du Moyen-Orient, ont passé leur pic.

AE : Qu’en est-il de la production de l’Arabie Saoudite ? Le gisement de Ghawar reste-t-il le plus grand champ du monde ?

KA : Les champs pétroliers d’Arabie Saoudite sont effectivement énormes. Prenez, par exemple, le champ pétrolier d’Abqaiq, le plus ancien d’Arabie Saoudite. Mis en production en 1946 , il a été exploité pendant une cinquantaine d’années et ne s’est éteint que récemment. Des champs de cette taille, seule l’Arabie Saoudite en recèle. Estimer les réserves précises de ce pays est plus compliqué que calculer ce qui reste dans les puits de la Mer du Nord, car les données sont plus nombreuses pour cette zone géographique. Quoiqu’il en soit, du pétrole, il en reste beaucoup en Arabie. Reste que, si les Saoudiens ne décident pas de mettre de nouveaux puits en exploitation, leurs gisements vont décroître de 6% par an. En Arabie Saoudite, l’enjeu est d’investir pour mettre en exploitation de nouveaux puits.

AE : Le pic pétrolier n’est donc pas seulement un problème géologique, c’est aussi une affaire d’investissements et de coût de l’extraction ?

KA : Exactement. On peut dire que les gisements de la Mer du Nord ont atteint leur point de bascule géologique. L’Arabie Saoudite peut produire durablement entre 10 et 12 millions de barils par jour, mais ne pourra pas doubler sa production, pour des raisons à la fois géologiques, techniques et d’investissements. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour le reste du monde. Nous consommons aujourd’hui, chaque jour sur la planète, quelque 70 millions de barils de brut. Si le monde ne réduit pas sa consommation, il va manquer l’équivalent de trois Mers du Nord pour compenser la déplétion des champs principaux. Il n’y a pas d’autre solution que d’apprendre à vivre avec moins de pétrole.

Propos recueillis et traduits par Agnès Sinaï.

Le meurtre de Ben Laden : une défaite de la civilisation Mouvement pour une alternative non violente Reporterre 2011/05/07 Mouvement pour une alternative non violente (7 mai 2011) Le meurtre de Ben Laden : une défaite de la civilisation. Reporterre. Tribune — fr

Le meurtre de Ben Laden : une défaite de la civilisation

Ben Laden est mort ! Il semblerait qu’il faille se réjouir du meurtre de cet homme, qui avait sur ses mains beaucoup de sang. Mais pouvons-nous décemment prendre part à ces réjouissances funèbres sans renier nos valeurs les plus fondamentales ?

C’est le vendredi 29 avril 2011 que le leader spirituel de l’organisation Al Qaida a été tué par un commando spécial de l’armée des USA, dans la résidence où il se cachait au Pakistan. La mort de Ben Laden signifie qu’il ne rendra jamais compte de ses actes devant la justice. Ben Laden n’a pas été capturé, il a été tué. Il n’a pas été jugé, il a été exécuté. Son meurtre est un acte de violence, il n’est pas un acte de justice. La justice des hommes civilisés est un acte d’humanité et non de violence. Ce n’est pas ainsi que nous luttons contre le terrorisme.

Certes Ben Laden est responsable du meurtre de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents. Mais en quoi le meurtre de Ben Laden rend-il justice aux victimes et à leurs familles ? Ce meurtre ne satisfait que la justice archaïque de la loi du talion. Si nous souhaitons voir la barbarie reculer sur la planète et la logique de la non-violence avancer, il nous est impossible de nous réjouir de la mort d’un homme, fut-il notre ennemi. La seule attitude civilisée dans ces circonstances est de porter le deuil de notre adversaire.

Il a fallu plusieurs siècle de civilisation pour sortir de cette logique de la vengeance, et aller petit à petit vers la mise en œuvre d’espace tiers de justice et d’humanité. Ce crime est bien une défaite de la civilisation. Le célébrer nous ferait plonger dans la barbarie.

Perdre le nord Hervé Kempf Reporterre 2011/05/08 Hervé Kempf (8 mai 2011) Perdre le nord. Reporterre. Tribune — fr

Perdre le nord

Le « plan nord » envisagé au Québec conduit à une conclusion : les pays développés n’ont plus besoin de se développer.

Quand arrête-t-on de se développer ? La réponse habituelle à cette question est : vous ne pouvez pas refuser aux pays du Sud d’échapper à la pauvreté et de rejoindre, tant bien que mal, le niveau de confort des pays du Nord. Certes. Que donc se développent les pays du Sud.

Mais quand les pays du Nord doivent-ils, eux, arrêter ? Cette question s’y pose très concrètement quand se présentent les projets d’autoroute, zone industrielle, grande surface, lotissement, parking, etc. La raison devrait, dans la quasi-totalité des cas, conduire à en refuser la réalisation. La logique des intérêts économiques, qui camoufle sous les promesses de création d’emplois l’appétit du lucre, impose le plus généralement la coulée du béton. Le résultat de cette logique est l’aggravation constante de la crise écologique dans laquelle nous sommes engagés.

Ce mouvement général est presque insensible du fait qu’il résulte d’une myriade de décisions locales. Le Québec pose aujourd’hui le dilemme de manière très visible. Son premier ministre, Jean Charest, représentant des milieux d’affaires, a annoncé le 10 mars dernier [2009] devant l’Assemblée nationale de la Belle Province un « plan Nord » destiné à exploiter la région du Québec située au nord du 49e parallèle - un territoire grand comme le double de la France.

Le plan consiste à créer des grands barrages hydroélectriques et de vastes exploitations minières. De nouvelles routes seraient ouvertes. On peut supposer que l’industrie forestière demanderait à participer à la fête. Le Québec augmenterait ainsi ses exportations vers les Etats-Unis. Il va sans dire, comme l’a souligné le premier ministre, que « c’est un projet dont nous ferons un exemple de développement durable ».

Il va en le disant que ce projet générera indubitablement une pluie de dollars, mais incontestablement un torrent d’émissions de gaz à effet de serre, des pollutions de lacs et autres forêts, un appauvrissement de la faune lié au désenclavement de ces zones jusqu’à présent oubliées des hommes. Un ou plusieurs parcs nationaux seront certainement installés pour faire accroire à des citoyens volontiers crédules qu’au fond, le développement du Nord est une mesure de protection de l’environnement.

Ramenons le problème à sa brutale simplicité : s’il est vrai que le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution chimique sont des problèmes majeurs, il ne faut pas développer le Nord. Le Québec en a-t-il besoin ? D’après l’Institut statistique de cette province, le revenu disponible personnel par habitant y est sensiblement égal à celui de la France ou du Japon. On peut considérer que, comme dans ces pays, cela est suffisant et qu’il n’y a pas nécessité d’enrichissement. A la société québécoise de décider si, en l’occupant, elle veut perdre le nord. Mais la situation suggère une évidence valable pour tous les pays riches : les pays développés n’ont plus besoin de se développer.

On est tous des Holsteins Philippe Laborde Reporterre 2011/05/09 Philippe Laborde (9 mai 2011) On est tous des Holsteins. Reporterre. Tribune — fr

On est tous des Holsteins

Hier, dans le bocage et les alpages, montbéliardes, tarines,vosgiennes ou normandes pâturaient librement à la recherche de fleurs et graminées. A chacune sa spécialité pour dénicher ce qui ferait l’arôme et la richesse du comté de Marguerite, de la tomme de Câline, du munster d’ Harmonie ou di livarot de Princesse.

Puis vint le jour où leur costume comme leur morphologie devirent le frein au progrès. On décréta dorénavant que la norme serait le costume officiel, blanc et noir avec matricule poinçonné sur la boucle d’ oreille plastifiée, que la surcharge pondérale était un obstacle à l’ amélioration de leur performance.

Les experts décidèrent que seule la HOLSTEIN répondait au critère de productivité : moitié moins lourde que ses cousines , prisonnière de son unité de production, sélectionnée pour sa docilité et sa vitesse de traite, chargée à la farine animale , elle pissait du lait et du lait et encore du lait…. au moindre signe de baisse de production sur sa courbe informatisée son destin était scellé…..direction Hamburger.

Et l’ homme dans tout cela ? Il travaillait dans son village, son canton ou son département pour un salaire que vint bientôt lui disputer un producteur contraint de produire moitié moins cher, lui-même remplacé par un autre producteur cette fois optimisé , plus petit ,moins gourmand, captif de son unité de production…..

Une seule fois, il exista un producteur, moins coûteux, sans revendication ni espérance qui s’ interrogea sans trouver la réponse au slogan qu’ on lui imposait : le travail rend libre – arbeit macht frei.

He oui, pour certains, l’homme n’est pas plus qu’une Holstein, mais il n’est pas politiquement correct de le dire, on ne peut que le penser : on est tous des Holsteins.

REPORTERRE AU RALENTI jusqu’au 12 MAI Par Julien villalard Reporterre 2011/05/10 Par Julien villalard (10 mai 2011) REPORTERRE AU RALENTI jusqu’au 12 MAI. Reporterre. fr

REPORTERRE AU RALENTI jusqu’au 12 MAI

On va loin, et l’ordinateur ne sera pas toujours sous la main.

A bientôt.

Le ministre Pierre Arcand s’en prend à Hervé Kempf - qui lui répond Par Julien villalard Reporterre 2011/05/11 Par Julien villalard (11 mai 2011) Le ministre Pierre Arcand s’en prend à Hervé Kempf - qui lui répond. Reporterre. fr

Le ministre Pierre Arcand s’en prend à Hervé Kempf - qui lui répond

Le ministre québecois de l’environnement ne répond pas aux critiques portées sur la politique de l’’environnement de la province.

Le ministre Arcand s’en prend au Monde

Tommy Chouinard

La Presse

(QUÉBEC) Le ministre Pierre Arcand n’a pas digéré un article du quotidien Le Monde sur « l’obstination maniaque à détruire l’environnement » dont fait preuve le Québec.

Dans un texte publié au lendemain du dévoilement du Plan Nord et intitulé « Alerte au Québec », le journaliste et écrivain Hervé Kempf écrit : « Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l’environnement. Mais on ne connaît pas d’autres lieux où elle soit aussi concentrée qu’au Québec - dans une ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d’intérêts et de financement du parti au pouvoir. (...) Le Québec est assailli par un capitalisme bien décidé à ne pas laisser une seule parcelle de ressource minérale à l’abri de la recherche du profit. »

À l’entrée d’une réunion des députés libéraux, hier, le ministre de l’Environnement a dit ne prêter aucune crédibilité à cette critique. « C’est un article d’un monsieur qui s’appelle Hervé Kempf qui met en doute l’existence de ben Laden. Vous comprenez que j’ai du mal à prendre ça au sérieux », a lancé Pierre Arcand.

Le 2 mai, l’animatrice de Radio-Canada Christiane Charette avait demandé à M. Kempf, de passage à Montréal, de commenter la mort d’Oussama ben Laden, survenue la veille. « Je me demandais si ben Laden existait. Donc on va considérer que ben Laden existe et que, donc, il a été » tué, avait-il répondu.

« Vous commenciez à en douter ? a répliqué Christiane Charette.

- Non, c’était une sorte de fantasme. Il y a beaucoup d’histoires autour de ben Laden, et j’espère qu’à l’avenir, les historiens sauront nous raconter la vérité autour du 11 septembre, d’Al-Qaïda et de ben Laden. »

M. Kempf faisait la promotion de son nouveau livre L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie. Il est également l’auteur de Comment les riches détruisent la planète.

Au cours de son bref point de presse, Pierre Arcand a fait des reproches au quotidien Le Monde. « Quand j’étais ministre des Relations internationales, à chaque visite de M. Charest à Paris, il y avait toujours un article du Monde qui dénonçait le Québec », en particulier au sujet de sa politique environnementale. « Je ne sais pas qui a intérêt à faire ça. (...) Est-ce que ce sont des groupes ? Est-ce que ce sont des gens ? Je n’ai jamais pu savoir à l’époque », a-t-il souligné.

M. Arcand a été titulaire des Relations internationales de décembre 2008 à août 2010.

La réponse de Hervé Kempf

Lettre reprise par Le Devoir

Courriel envoyé au ministre le 11 mai.

Mercredi 11 mai 20011

Monsieur le ministre,

J’apprends aujourd’hui que vous affirmez que "Hervé Kempf met en doute l’existence de ben Laden".

Votre présentation des faits est inexacte et malveillante. Interrogé, en tant qu’auteur de L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, par Madame Christiane Charette sur Radio Canada le 2 mai, j’ai déclaré précisément ceci :

« Je me demandais si ben Laden existait. Donc on va considérer que ben Laden existe et que, donc, il a été tué.

- Vous commenciez à en douter ?, a demandé Christiane Charette.

- Non. C’était une sorte de fantasme. Il y a beaucoup d’histoires autour de ben Laden, et j’espère qu’à l’avenir, les historiens sauront nous raconter la vérité autour du 11 septembre, autour d’Al-Qaïda, autour de ben Laden. »

Cela me paraît clair, et les auditeurs ne s’y sont pas trompés. Permettez-moi de répéter que le travail d’historiens libres serait indispensable pour nous éclairer sur les dernières années de M. ben Laden et les conditions de son décès, sur le terrorisme dans les deux décennies qui viennent de s’écouler, et sur les événements qui se sont produits le 11 septembre 2001.

Comme je l’ai indiqué dans la suite de l’entrevue, le thème du terrorisme a été utilisé de façon à "tétaniser les populations notamment aux Etats-Unis". Et j’ai ensuite souligné l’importance des révolutions menées en Tunisie et en Egypte au nom de la démocratie et qui démentent la propagande selon laquelle les dictatures seraient un rempart contre un terrorisme.

Mais tout cela ne concerne pas les responsabilités dont vous avez la charge. Et, plutôt que de chercher à discréditer ceux qui s’interrogent sur les différents projets que poursuit le gouvernement auquel vous appartenez et qui ont des conséquences graves sur l’environnement, vous devriez avoir à cœur de leur répondre précisément.

Ayant la joie de venir assez régulièrement au Québec, j’y ai passé à nouveau une semaine intensive durant laquelle j’ai rencontré de nombreux citoyens, militants de l’environnement et spécialistes, tous très préoccupés. J’ai été frappé de constater que, comme dans de nombreux autres pays du monde, y compris la France, on continuait à détruire l’environnement en s’abritant sous le drapeau du "développement durable". Et que, là aussi comme en France et dans bien d’autres pays, l’intérêt des entreprises privées, les conflits d’intérêt, voire la corruption, prenaient le pas sur l’intérêt général.

En espérant que nous aurons l’occasion d’un dialogue plus raisonnable, je vous prie d’agréer, Monsieur le ministre de l’Environnement, mes meilleures salutations.

Alerte au Québec Hervé Kempf Reporterre 2011/05/11 Hervé Kempf (11 mai 2011) Alerte au Québec. Reporterre. Tribune — fr

Alerte au Québec

Amiante, uranium, gaz de schiste, pétrole en mer, centrale nucléaire, mines, nouvelles routes : un seul de ces dossiers suffirait à déclencher l’inquiétude des écologistes. Le Québec les affronte tous à la fois, assailli par un capitalisme bien décidé à ne pas laisser une seule parcelle de ressource minérale à l’abri de la recherche du profit.

La bataille principale concerne l’exploration des gaz de schiste : elle est engagée depuis plus d’un an, et s’est épanouie en une forte mobilisation. Cela a conduit à un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement recommandant la plus grande prudence. Mais le moratoire n’est pas encore acquis. Dans le golfe du Saint-Laurent, par ailleurs, l’inquiétude grandit à mesure que se multiplient les projets d’exploration de pétrole sous-marin.

La marée noire du golfe du Mexique, début 2010, a rappelé le désastre que peut provoquer le pétrole, d’autant plus préoccupant dans le Saint-Laurent que les eaux y sont froides, et que la décomposition des hydrocarbures s’y ferait très lentement. La Coalition Saint-Laurent s’est formée pour empêcher que le moratoire sur l’exploitation pétrolière, décidé en 1998, soit levé en 2012.

On a aussi appris, le 13 avril, que le gouvernement dirigé par Jean Charest soutenait la réouverture de la mine d’amiante situé dans la ville d’Asbestos. La fibre mortelle serait exportée en Inde. Les projets d’ouverture de mines d’uranium s’esquissent par ailleurs, certains avec la compagnie Areva. Le gouvernement veut de plus prolonger l’exploitation du réacteur nucléaire Gentilly II, qui applique la technologie Candu, particulièrement dangereuse. Le 9 mai, Jean Charest devait aussi annoncer une nouvelle mouture de son « Plan Nord », visant à développer l’exploitation minière, les barrages et les routes dans le nord de la province.

Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l’environnement. Mais on ne connaît pas d’autres lieux où elle soit aussi concentrée qu’au Québec - dans une ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d’intérêts et de financement du parti au pouvoir. Et pourtant, répètent ici écologistes et chercheurs, des alternatives existent, dans la sobriété, l’efficacité énergétique et un fort potentiel d’énergies nouvelles.

En fait, comme l’écrivent les activistes qui commenceront, le 15 mai à Rimouski, une marche de protestation à destination de Montréal, « un combat est engagé entre les énergies du passé et celles de l’avenir. Entre les fossiles et les vivants. Osons le dire : entre la vie et la mort ».

Chili : des barrages vont défigurer la Patagonie, un des derniers territoires vierges de la planète Miguel Sanchez (AFP) Reporterre 2011/05/11 Miguel Sanchez (AFP) (11 mai 2011) Chili : des barrages vont défigurer la Patagonie, un des derniers territoires vierges de la planète. Reporterre. fr

Chili : des barrages vont défigurer la Patagonie, un des derniers territoires vierges de la planète

Le projet de construction de cinq barrages hydro-électriques au sud du Chili vient d’être approuvé par une commission d’évaluation environnementale.

SANTIAGO — Le projet de construction de cinq barrages hydro-électriques en Patagonie chilienne, approuvé lundi 9 mai 2011 par une commission d’évaluation environnementale, va défigurer l’une des derniers territoires vierges de la planète, dénoncent les écologistes.

Au terme de trois ans de procédure, l’organisme a donné son feu vert administratif à ce projet d’un coût de 3,2 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros), sur les fleuves Baker et Pascua de la région d’Aisen (ou Aysen), dans deux vallées sauvages du sud du pays sud-américain.

Mais les écologistes prévoient de multiplier les recours devant un conseil ad hoc de ministres ou en justice pour empêcher le début des travaux, prévu en 2014.

Chaque année, des amoureux de nature viennent en Patagonie chilienne admirer ses glaciers spectaculaires, ses montagnes à couper le souffle et ses lacs aux eaux cristallines. L’écotourisme y a rapporté 72 millions de dollars (50 millions d’euros) en 2007, selon le service national du tourisme.

Les dégâts pour la Patagonie chilienne seront « irréversibles, car elle va être utilisée pendant 40 à 60 ans et ensuite abandonnée, laissée à l’état de friche écologique », affirme le directeur de Greenpeace Chili, Matias Asun, interrogé par l’AFP.

Le projet Hydroaysen prévoit d’inonder 5.900 hectares à 1.800 km au sud de Santiago, ce qui aura un impact sur « le cours des fleuves » et l’ensemble de l’écosystème, selon lui. « Les études d’impact sur la flore et la faune réalisées pour ce projet sont sous-estimées au niveau microscopique (insectes, micro-organismes, ndlr) mais aussi des mammifères, comme le cerf chilien et les oiseaux endémiques qui bénéficient du statut d’espèces protégées », ajoute Matias Asun.

Le Pascua et le Baker, qui prennent leur source dans des glaciers millénaires, sont les fleuves à plus haut débit du Chili.

Les défenseurs du projet soulignent que le pays émergent, qui importe déjà l’essentiel de ses hydrocarbures, doit augmenter sa production d’électricité pour nourrir sa forte croissance annuelle, 6% prévu dans les prochaines années. Or le pays est passé près de rationnements d’électricité début 2011.

Par ailleurs, les besoins énergétiques du secteur minier du Chili, premier producteur mondial de cuivre, ne cessent de croître, parallèlement à la forte hausse des prix du métal rouge sur les marchés.

Les écologistes déplorent à ce titre que le sud préservé du pays soit « sacrifié » pour nourrir cet appétit, estimant que le Chili pourrait recourir à d’autres sources (solaire, éolien), même si elles sont plus chères.

Le projet du consortium hispano-chilien Endesa-Colbun, destiné à produire 2.750 mégawatts pour augmenter de 20% la capacité électrique du Chili (14.000 Mw), prévoit aussi la construction d’un réseau monstre de 2.000 km de lignes, câbles, pylônes, pour acheminer le courant vers le nord. Le trajet n’est pas encore défini et devra passer par le même long processus d’évaluation.

Selon le directeur exécutif de Hidroaysen, Daniel Fernandez, la ligne sera en partie sous-marine pour contourner des parcs nationaux et des paysages spectaculaires, mais elle traversera quand même des « zones forestières protégées et des forêts primaires ».

Le président du Parti écologiste, Alejandro San Martin, redoute aussi l’impact de la venue des plus de 5.000 travailleurs nécessaires à la construction de ce chantier d’une durée de plus de dix ans. « La localité la plus proche, Cochrane, va voir sa population (4.000 habitants) doubler et il sera quasiment impossible de limiter l’impact sur le tourisme de la région », a-t-il déclaré à l’AFP.

Fukushima : où en est-on, deux mois après l’accident ? Audrey Garric (lemonde.fr) Reporterre 2011/05/12 Audrey Garric (lemonde.fr) (12 mai 2011) Fukushima : où en est-on, deux mois après l’accident ?. Reporterre. Monde fr

Fukushima : où en est-on, deux mois après l’accident ?

L’objectif reste toujours de refroidir les réacteurs. La radioactivité est moins forte. Il y aura au moins vingt ans de travail. 80 000 personnes ont été évacuées sans espoir de retour à court terme.

L’importance de l’annonce est à la mesure de l’ampleur de la crise : Naoto Kan, a déclaré, mardi 10 mai, qu’il renonçait à son salaire de premier ministre du Japon tant que la catastrophe nucléaire n’aurait pas pris fin à la centrale de Fukushima-Daiichi.

Deux mois après le séisme de magnitude 9 et le tsunami géant du 11 mars, la situation est loin d’être revenue à la normale dans la région de Sendai. Si Tepco, l’opérateur électrique chargé du site, pense ramener les réacteurs à l’état d’« arrêt à froid » d’ici janvier 2012, les spécialistes français du nucléaire estiment que les opérations de refroidissement des combustibles prendront plus de temps.

« Il faudra au moins une année pour reprendre le contrôle de la centrale et garantir une absence de rejets radioactifs dans l’environnement, estime Thierry Charles, directeur de la sûreté à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Le personnel va continuer à découvrir des dégâts au fur et à mesure de sa progression dans les installations. »

Pérenniser le refroidissement

Dans l’immédiat, la priorité de l’opérateur est la même qu’il y a deux mois : le refroidissement du combustible des quatre premiers réacteurs. « Actuellement, ce sont des pompes de fortune et des camions-citernes qui envoient de l’eau douce dans les cuves des cœurs et dans les piscines, à raison de 6 à 10 m3/h, afin d’abaisser leur température, explique Thierry Charles. L’objectif est de les remplacer par un système de refroidissement fonctionnant en circuit fermé, qui permettra de refroidir l’eau qui sort du réacteur pour la réinjecter directement dans le cœur. L’opérateur évitera ainsi les fuites d’eau contaminée à l’extérieur des réacteurs. »

Car aujourd’hui, une partie de l’eau injectée dans les cuves est perdue à cause de fuites dans les installations, tandis qu’une autre s’évapore. Conséquence : près de 90 000 tonnes d’eau fortement radioactive stagnent à divers endroits du site et doivent sans cesse être pompées. Un travail titanesque et surtout intenable à long terme.

Dimanche 8 mai, une dizaine de techniciens ont réussi à entrer dans le bâtiment du réacteur n° 1 de la centrale pour préparer la mise en place du nouveau système de refroidissement. L’opérateur espère achever ce travail d’ici trois semaines à un mois, selon les médias locaux.

Eviter un risque d’explosion

En parallèle, Tepco tente de parer une autre menace : une éventuelle explosion de l’un des cœurs de réacteur. Les enceintes de confinement n’étant plus étanches depuis le 11 mars, l’air peut entrer dans le réacteur. Or, celui-ci contient aussi de l’hydrogène, produit par la dégradation des combustibles. Deux éléments susceptibles de déclencher une explosion s’ils interagissent dans des situations de confinement.

« Tepco s’emploie à constamment injecter de l’azote gazeux dans les réacteurs pour saturer leur atmosphère et empêcher l’air de pénétrer par les fuites », rapporte Thierry Charles.

Stopper les rejets radioactifs

Si les opérations se sont accélérées depuis quelques semaines, c’est qu’elles sont facilitées par une radioactivité qui décroît tous les jours davantage sur et aux abords du site. Le 15 mars, au plus fort des rejets dans l’atmosphère, les doses de radiations atteignaient ainsi une centaine de millisieverts par heure, alors qu’elles oscillent aujourd’hui autour d’une centaine de microsieverts, soit des doses mille fois plus faibles.

Première explication : l’essentiel des rejets radioactifs a eu lieu entre le 15 et le 21 mars, lorsque se sont produites les explosions dans les réacteurs. « Depuis début avril, les rejets sont quasiment maîtrisés. Il n’y pas de nouvelle source d’émission car le combustible refroidit », explique Bruno Comby, ingénieur en génie nucléaire et professeur à l’Ecole supérieure de techniques avancées de Paris.

La radioactivité présente sur le site est donc le fait de rejets émis il y a deux mois. Or, pour l’essentiel, les radioéléments émis étaient de l’iode 131, dont la demi-période – c’est-à-dire la durée qu’il lui faut pour voir sa radioactivité décroître de moitié – est de 8 jours. « Aujourd’hui, l’iode a presque disparu. Il reste essentiellement du césium 137, dont la demi-période est de 30 ans, mais dont l’activité est beaucoup plus faible », poursuit le scientifique.

Les opérations de décontamination ont par ailleurs permis d’abaisser la radioactivité du site. Entre 200 et 300 personnes travaillent ainsi à poser une résine sur le sol pour fixer les éléments radioactifs. « Ils enlèvent aussi méthodiquement les gravats et débris fortement irradiants disséminés autour des réacteurs, ajoute Thierry Charles. Ils ont par ailleurs colmaté les brèches et stoppé les fuites d’eau radioactives vers l’extérieur du site. » Afin de protéger les opérations en cours, les salariés sont aussi en train de construire une digue de deux mètres de haut, comme rempart à un nouveau tsunami.

« Les opérations s’étendront sur vingt ans »

« On sort petit à petit de la phase critique mais la situation reste délicate », tempère Bruno Comby. L’ampleur des opérations à mener est en effet considérable. Une fois le nouveau système de refroidissement opérant, Tepco devra s’atteler au démantèlement des combustibles. Or, le site de Fukushima-Daiichi compte près de 25 cœurs de réacteurs, soit 2 500 tonnes d’uranium et de plutonium, réparties entre les cuves et les piscines. « Aux Etats-Unis, lors de l’accident de Three Mile Island, il a fallu douze ans pour enlever le combustible dégradé d’un réacteur. A Fukushima, avec au moins quatre réacteurs endommagés, les opérations s’étendront sur vingt ans minimum », estime Thierry Charles.

Autant de temps où les régions autour de la centrale pourront rester polluées. « Les taux de radioactivité ont beau s’être stabilisés, les sols, nappes phréatiques et aliments sont toujours fortement contaminés, même à une centaine de kilomètres du site », assure Corinne Castanier, directrice de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité).

Contrairement à ce qui avait été fait à Tchernobyl en 1986, le Japon a évacué près de 80 000 personnes avant les premiers rejets radioactifs. Mais pour l’association, le périmètre de la zone interdite (20 km) reste insuffisant. « Dans les années à venir, déclare Corinne Castanier, nous craignons des conséquences pour la santé bien plus importantes que ce qu’affirme le gouvernement nippon. »

Eteindre la télévision pour retrouver le réel Jean Cornil Reporterre 2011/05/12 Jean Cornil (12 mai 2011) Eteindre la télévision pour retrouver le réel. Reporterre. Tribune — fr

Eteindre la télévision pour retrouver le réel

« A la question sur le premier acte concret à poser pour sortir de l’infernale logique d’une production et d’une consommation sans fin, intellectuels comme citoyens répondent : ’Eteignez votre téléviseur ! ’ »

Je suis un animal d’une ambivalence épouvantable. Je me flatte d’avoir vécu une adolescence sans la servitude télévisée. A peine un zeste de jardin extraordinaire chez mon arrière grand-mère et un parfum de Colombo chez un copain. Cela m’a permis l’aventure exploratrice de la bibliothèque familiale et un amour inconditionnel pour le livre. Et de choisir de déchiffrer, très laborieusement, une sonate de Beethoven plutôt que d’être hypnotisé par les Brigades du Tigre ou Schulmeister, l’espion de l’Empereur. Une mémoire quasi vierge du petit écran. A peine un vague souvenir du débat Mitterrand-Giscard au printemps 1974.

Avec l’entrée dans « la vie » professionnelle, tout aussi laborieuse, premier salaire, petit appartement, l’amour de ma vie, et la vieille télévision en noir et blanc. Puis la couleur. La télédistribution. La vidéo. Le lecteur DVD. L’écran plasma. Le portable. En route pour la gloire cathodique et les loisirs scotchés à l’écran. Le défilé de tous les JT du soir. Une série qui captive. Un zapping entre « Le dessous des cartes », un invité chez Ruquier ou Giesbert, « La grande librairie » et un reportage passionnant de « Questions à la une ». Je ne regarde le tube ni pour m’endormir, selon la formule de Régis Debray, ni pour me divertir d’une journée sans excitation et sans ivresse, selon celle de Jean Baudrillard.

La télévision me stimule. Elle fait naître des envies de lectures, de musiques, de voyages, d’explications plus développées, d’analyses en profondeur. Ambivalence, disais-je. Mais le temps est compté. Je dois arbitrer en permanence en moi-même entre mes piles de romans et d’essais, une soirée amicale ou familiale, une nouvelle partition ou couper la machine. Il faut toujours aller trop loin mais mon temps de cerveau disponible- aux merveilles du monde, pas à l’indigence des pubs et des monotones commentaires, contrairement à l’ambition du PDG de TF1- est implacablement limité par la brièveté même de l’existence.

Et puis, progressivement, ces tiraillements intérieurs devant mon avidité de savoirs, m’ont conduit à des interrogations puis à des choix mieux assumés face à la fée du logis ou au troisième parent, selon les métaphores en cours. Plongée dans les critiques de Guy Debord, de Pierre Bourdieu et de Bernard Stiegler. Et plus récemment dans celles d’Alexandre Lacroix et d’Hervé Kempf. Ajoutez-y l’amusante étude sociologique de Bertrand Bergier sur les 2% de Français qui ne possèdent pas de téléviseur. Mon engagement dans le mouvement des objecteurs de croissance a encore renforcé ma tendance à refuser la normalisation mentale et politique de l’artifice télévisuel qui « nous soulage de la pesanteur du réel ». De plus en plus souvent, lors de débats et de rencontres, à la question sur le premier acte concret à poser pour sortir de l’infernale logique d’une production et d’une consommation sans fin, intellectuels comme citoyens répondent : « éteignez votre téléviseur ! ».

L’espace rédactionnel ne permet pas ici de rendre compte des nuances et de la richesse des débats à propos de la télévision, qui migre vers le net, et de la guerre géopolitique des contenus culturels que Frédéric Martel a décodés dans Mainstream, une enquête sur la culture qui plait à tout le monde. Ces quelques modestes lignes visent seulement à suggérer d’ouvrir des ouvrages stimulants et parfois provocateurs qui élargissent la perspective du ronron convenu de la prose télévisuelle.

Car la télévision prend une place de plus en plus déterminante, en particulier chez les enfants et les adolescents, dans la construction des imaginaires, les attitudes commerciales et l’occupation de son temps de loisir. Elle est le vecteur culturel cardinal de la modernité. Et entre la course à l’audience et les impératifs économiques, son caractère éducatif s’appauvrit dangereusement en façonnant un troupeau égo-grégaire de citoyens dociles et passifs, à l’esprit critique atrophié et la compréhension du monde réduite à l’unanimité compassionnelle ou à la compilation de lieux communs. Un autre monde existe, loin des écrans qui hypnotisent, dégagé de la juxtaposition des séquences et des shows de la téléréalité. Une société sans spectacle permanent. Une alternative où l’on retrouve du temps, du silence, de la convivialité, de la simplicité, de la lenteur, de la flânerie. Soit exactement l’inverse des valeurs dominantes qui colonisent nos esprits. A chacun de tourner ou non le bouton.

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Mes nourritures intellectuelles sur la télévision :

- Alexandre Lacroix, le Téléviathan, Flammarion, 2010. - Bertrand Bergier, Pas très cathodique, Enquête au pays des « sans-télé », Editions Erès, 2010. - Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Seuil, 2011. - Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie, Flammarion, 2006. - Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber Editions, 1996. - Frédéric Martel, Mainstream, Enquête sur cette culture qui plait à tout le monde, Flammarion, 2010.

Le gouvernement veut encore durcir la justice des mineurs Association Française des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille / Syndicat de la magistrature Reporterre 2011/05/13 Association Française des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille / Syndicat de la magistrature (13 mai 2011) Le gouvernement veut encore durcir la justice des mineurs. Reporterre. fr

Le gouvernement veut encore durcir la justice des mineurs

L’Ordonnance sur la délinquance des mineurs a été réformée 34 fois en 63 ans dont 12 fois les dix dernières années. Une nouvelle réforme sera discutée au Sénat le 17 mai.

Depuis quatre ans, les ministres de la Justice qui se sont succédés, ont rappelé qu’aux yeux du gouvernement, l’Ordonnance du 2 février 1945 qui régit le sort de l’enfance délinquante était devenue illisible et qu’il était indispensable qu’un code pénal applicable aux mineurs soit réfléchi dans son ensemble.

L’Ordonnance du 2 février 1945 a été réformée 34 fois en 63 ans dont 12 fois les dix dernières années.

Contre toute attente, va être soumis au Parlement selon la procédure d’urgence et dans l’indifférence générale, un projet de loi qui va introduire de nouvelles modifications substantielles à l’ordonnance du 2 février 1945.

L’ensemble de ce projet de loi applicable à la justice des mineurs va modifier intégralement la philosophie de l’ordonnance du 2 février 1945 qui vise à la réinsertion des enfants délinquants et s’écarte définitivement des principes fondamentaux posés par le Conseil Constitutionnel et les Textes internationaux.

Abandonné le projet de code pénal régissant la justice pénale applicable à la jeunesse.

Confisqué le débat de société indispensable sur un sujet qui engage le sort, sur plusieurs décennies, de ces jeunes en difficultés.

La plupart des pays d’Europe (l’Allemagne, l’Espagne, etc…) et récemment la Suisse, ont adopté des systèmes de justice pénale applicable aux mineurs s’inspirant des principes de l’ordonnance du 2 février 1945 :

* priorité à l’éducatif,

* professionnels spécialisés autour du jeune,

* traitement prudent et très personnalisé du suivi du jeune,

* recours exceptionnel et limité à la détention.

Ce projet de loi s’éloigne définitivement de ces principes .

Il y a urgence, puisque ce projet de loi est examiné en une seule lecture au Sénat le 17 mai prochain.

Le rôle extravagant des agences de notation Fondation Res Publica Reporterre 2011/05/13 Fondation Res Publica (13 mai 2011) Le rôle extravagant des agences de notation. Reporterre. Tribune — fr

Le rôle extravagant des agences de notation

Les notations financières sont éminemment subjectives et les agences de notation sont soumises à de multiples conflits d’intérêts.

Les agences de notation prennent des décisions spectaculaires qui sont éminemment subjectives et contestables. Au lieu de tenter d’encadrer l’activité des agences par des « régulations comportementales », les banquiers centraux et les régulateurs bancaires devraient arrêter d’y soumettre leur politique monétaire ou prudentielle.

La mise sous surveillance négative des 15 000 milliards de dollars de dette fédérale des Etats-Unis par l’agence de notation Standard & Poor’s le 18 avril 2011, a très peu de chance d’être suivie d’une dégradation effective. Cette décision a néanmoins suscité une émotion à la hauteur de l’influence des agences de notation. Les banquiers centraux mondiaux se sont empressés de clamer leur confiance dans l’Etat fédéral.

La motivation de la mise sous surveillance du AAA américain repose sur l’incertitude d’un accord politique entre le Congrès et la Maison Blanche sur un plan de redressement budgétaire dont le déficit atteint 10,8 % du PIB, le niveau de l’Irlande, tandis que le niveau de la dette totale devrait atteindre le seuil de 100 % de PIB en 2012.

On observera que l’explosion du déficit américain est surtout le résultat des plans de sauvetage consécutifs à la crise financière provoquée par toute une série d’opérations (subprimes, CDO, LBO…) qui avaient bénéficié des meilleures notations des agences de notation. En bref, l’agence sanctionne les conséquences de ses propres erreurs !

L’agence de notation se donne aussi la posture d’un juge impartial de la dette américaine alors que, ce faisant, elle restreint artificiellement le champ des incertitudes au débat politique présent et minimise l’importance structurelle des déséquilibres financiers américains. La prédominance des agences américaines prend ici tout son sens.

A l’opposé, une agence de notation a été créée en Chine en 2010, Dagong Credit Rating. Elle avait octroyé aux Etats-Unis un AA en juillet et l’avait dégradé à A+ en novembre 2010. L’agence chinoise prend en compte la capacité de remboursement de la dette et non celle de renouveler la dette par de nouvelles émissions de bons de Trésor ou d’obligations.

La dégradation de novembre dernier était justifiée par le « très fort recul de l’intention de l’Etat fédéral de s’acquitter de sa dette » mais aussi par le nouveau programme de 600 milliards de dollars de rachat de bons du Trésor par la Fed. La conclusion était que « la dépréciation du dollar choisie par l’Etat américain indique que la solvabilité de celui-ci est au bord du gouffre et qu’il souhaite par conséquent diminuer sa dette par une dévaluation conformément à la volonté nationale ». Ce commentaire justifierait d’octroyer aux Etats-Unis une notation de valeur spéculative, c’est-à-dire BB+ au mieux, ce que s’abstient de faire Dagong.

Les notations sont donc éminemment subjectives et les agences de notation sont soumises à de multiples conflits d’intérêts, la survie de leurs clients n’étant pas le moindre. On se rappelle à l’automne 2001, des interventions, heureusement vaines, de Dick Cheney, alors Vice-Président des Etats-Unis, pour faire différer la dégradation d’Enron à quelques jours de la révélation du plus grand scandale comptable de l’histoire.

Les décisions des agences sont toujours discutables, soit prématurées, soit trop tardives. Pour éluder les aspects systémiques des déséquilibres financiers, on y répond par des « régulations comportementales » : limitation des situations de conflit d’intérêts, obligation de documentation des méthodes, enregistrement et supervision par des autorités administratives. En réalité, l’anomalie vient du poids exorbitant de leurs décisions de notation.

Les agences de notation ont vocation à faire des analyses de risques pour le compte des investisseurs. Ceux-ci contraignent de facto les émetteurs à soumettre leurs dettes aux agences mais la notation garde, à ce stade, un statut conventionnel, de nature privée. Le système dérape lorsque les autorités publiques s’y réfèrent pour mener leurs politiques.

Pour les opérations de refinancement du système bancaire, les banques centrales n’effectuent plus d’analyse de risques en propre mais se réfèrent à la notation des actifs refinancés (quitte à assouplir les notations de référence, comme la BCE dans le cas des pays périphériques). Les normes prudentielles applicables aux banques (dites « Bâle II ou III ») déterminent aussi le montant des fonds propres ou des contraintes de liquidité en fonction des niveaux de notation, même si les plus grandes banques se réfèrent aussi à leurs notations internes.

Ainsi, c’est non seulement le canal des financements de marché que les agences de notation influencent mais aussi le canal du crédit bancaire, ce qui donne une importance systémique à leurs décisions. L’extension de leur rôle est le résultat d’une décision complètement discrétionnaire des banques centrales et des régulateurs. Les agences de notation sont des agents privés et un agent privé ne peut assumer de politiques publiques. Fatalement, le poids que leur donnent les banques centrales ou les régulateurs bancaires vient polluer les décisions de notation et leur donne une teinte politique insupportable pour les Etats, les citoyens et les agences elles-mêmes.

La priorité pour assainir la situation et pour restaurer l’intégrité des politiques publiques serait de distinguer les instruments des politiques monétaires ou prudentielles des instruments conventionnels utilisés par les investisseurs privés. En bref, que les banques centrales ou les régulateurs bancaires soient autonomes et rompent leur dépendance aux agences de notation.

Le Vatican prend position sur le climat Taca / Académie pontificale des sciences Reporterre 2011/05/13 Taca / Académie pontificale des sciences (13 mai 2011) Le Vatican prend position sur le climat. Reporterre. fr

Le Vatican prend position sur le climat

Oui, le changement climatique est un grave problème, oui, nous sommes entrés dans l’anthropocène : le jugement sans ambiguïté de l’Académie pontificale des sciences.

Le Vatican vient de publier un appel à l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique : « C’est le devoir des individus et des nations d’agir maintenant ». Le document (ici, ni en français, ni en latin, mais en anglais) expose très clairement le point de vue de la science et montre des images éloquentes de retrait des glaciers.

Québec : Guilbeault critique Kempf, qui lui répond Par Julien villalard Reporterre 2011/05/13 Par Julien villalard (13 mai 2011) Québec : Guilbeault critique Kempf, qui lui répond. Reporterre. fr

Québec : Guilbeault critique Kempf, qui lui répond

La description d’un Québec assailli par les compagnies pétrolières et minières agace... un écologiste, Steven Guilbeault. A tort, selon Hervé Kempf.

Réplique à Hervé Kempf - Le Québec serait-il le « plus pire pays du monde » ?

Steven Guilbeault - Coordonnateur général adjoint d’Équiterre

Le Devoir, vendredi 13 mai.

C’est ce que semble affirmer Hervé Kempf, journaliste pour Le Monde et auteur des livres Ces riches qui détruisent la planète, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie et plusieurs autres du même genre.

Dans un article publié cette semaine dans Le Devoir et sur le site Internet du Monde, M. Kempf affirme : « Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l’environnement. Mais on ne connaît pas d’autres lieux où elle soit aussi concentrée qu’au Québec — dans une ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d’intérêts et de financement du parti au pouvoir. »

Que nous ayons nos défis, nos enjeux et même nos contradictions — la protection de l’estuaire du Saint-Laurent à l’exploitation pétrolière, mais pas celle du golfe ; l’exploitation des gaz de schiste ou le développement de notre territoire qui favorise sans cesse l’utilisation de l’automobile — je veux bien, mais de là à dire que nous sommes le pire lieu au monde (ne pas confondre avec Le Monde) c’est gros, c’est même très gros.

Les émissions de GES par personne au Québec sont de 11 tonnes par année. C’est plus que ce que l’on trouve en France, où elles sont de 6,3 tonnes, mais beaucoup moins que la moyenne canadienne, qui est de 22 tonnes, celle des Américains, de 22, et celle de l’Alberta, 67.

Nous avons été le premier État en Amérique du Nord à mettre en place une taxe sur le carbone, ce que la France s’est refusée à faire, le seul à chercher à atteindre les objectifs de Kyoto, et nous avons pris un engagement de réduction de nos GES tout aussi ambitieux que celui de l’Union européenne.

Notre bilan énergétique se compare avantageusement à celui de la France, car 50 % de notre énergie est renouvelable, contre seulement 6 % en France.

Une fois que nous avons dit tout cela, est-ce que le Québec est l’endroit où « l’obstination maniaque à détruire l’environnement » est la plus « concentrée » ? Poser la question, c’est y répondre. Vous êtes allé faire un tour du côté de l’Alberta, Hervé ?

Finalement, en ce qui concerne l’« ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d’intérêts et de financement du parti au pouvoir », nous avons sans nul doute des problèmes, mais je crois comprendre que la France a connu, elle aussi, des hauts et des bas.

Réponse à Steven Guilbeault

Hervé Kempf

Reporterre, vendredi 13 mai. Cet article a été publié par Le Devoir le 16 mai.

Steven Guilbeault me reproche mon article « Alerte au Québec ». Il semble l’avoir compris comme une attaque contre le Québec, qu’il prétend défendre en repoussant la critique. Son texte appelle deux remarques.

D’une part, je ne mets pas en cause le Québec en tant que nation ou en tant que peuple, mais le capitalisme qui se déchaine en lançant une offensive tous azimuts pour exploiter les ressources pétrolières, gazières et minérales qui s’y trouvent. Eh oui, je crois que cette offensive sur tant de fronts à la fois est si concentrée que je ne connais pas d’autre pays qui la subisse en ce moment avec une telle simultanéité.

D’autre part, M. Guilbeault se lance dans une comparaison avec la France qui n’a pas lieu d’être. Car dans les nombreux articles que j’écris en France, je ne ménage pas les dirigeants politiques et économiques de mon pays qui, ici comme presque partout, poussent à une croissance économique continue au détriment de l’environnement. L’étalement urbain s’y poursuit contre toute raison, entraînant un gaspillage d’espace et une érosion de la biodiversité inquiétants. Le gouvernement prépare la construction de près de mille kilomètres d’autoroutes alors que le pays est déjà largement équipé. Il est quasiment impossible d’avoir un débat serein sur les centrales nucléaires qui parsèment le pays, et qui ont été imposées par l’oligarchie. L’agriculture biologique reste cantonnée à un niveau désespérément bas. La politique d’économies d’énergie est anémique, le développement des énergies nouvelles est freiné. Quant à ce qui concerne la morale publique, Transparence Internationale a placé la France au vingt cinquième rang de son classement sur la perception de la corruption, publié en octobre dernier, ce qui n’est pas glorieux. J’aimerais que mon pays soit exemplaire en matière d’écologie – hélas, il en est très loin.

Le problème de fond ne porte pas sur tel ou tel pays : il est qu’un mouvement général pousse les classes dirigeantes, sur toute la planète, à détruire l’environnement au nom d’une conception dépassée de l’économie. En tant qu’écologistes, nous devrions « penser globalement, agir localement », c’est-à-dire reconnaitre la logique mondiale qui est à l’œuvre pour mieux la combattre, ensemble, dans chacun des lieux où nous agissons.

Un dernier mot : bien sûr je connais les sables bitumineux. Je crois avoir été un des premiers journalistes français à avoir fait un reportage en Alberta, c’était en 2007. M. Guilbeault pourra le trouver dans « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » (Seuil) - un livre dont j’ose penser qu’il lui serait utile s’il avait le temps de le lire. Et c’est bien parce que j’ai vu le drame écologique qui se déroule dans l’ouest canadien que je me permets de tirer l’alarme. A mon sens, le Québec ne doit pas imiter un Alberta qui va à contre-courant de l’histoire.

La bulle DSK a explosé. Tant mieux ! Jean-Pierre Lefebvre Reporterre 2011/05/15 Jean-Pierre Lefebvre (15 mai 2011) La bulle DSK a explosé. Tant mieux !. Reporterre. Tribune — fr

La bulle DSK a explosé. Tant mieux !

« Enfin une bonne nouvelle, dans ce foutoir électoral, pour les smicards, les chômeurs, les Grecs, les Portugais et toutes les victimes du FMI ».

DSK piégé, la leçon c’est il faut en finir avec la monarchie élective manipulée par le CAC 40 ! Les milieux bien informés connaissaient la fragilité extrême de DSK. Cela n’a pas empêché - peut-être cela a-t-il même encouragé - sondages et grands médias de gonfler la bulle qui vient de leur péter à la gueule. Ce système empêche tout contrôle démocratique réel. C’est enfin une bonne nouvelle, dans ce foutoir électoral, pour les smicards, les chômeurs, les Grecs, les Portugais et toutes les victimes du FMI ! J’ai un peu mal à ma France devant cette pantalonnade sociale libérale !

Mais 2012 devient plus que jamais la chance d’une nouvelle révolution démocratique. Les citoyens, comme au Maghreb au Machrek, doivent prendre leurs affaires en main, décider eux-mêmes, créer une nouvelle démocratie basiste, fondée sur l’acivité des citoyens dans les quartiers, dans les entreprises où une nouvelle constitution leur donnerait le droit de décider de leur sort collectif en ne laissant ni aux patrons, ni aux mandarins municipaux le soin de décider à leur place : cela s’appelle l’autogestion et le dépérissement de l’Etat. Urgent que la vraie gauche s’en empare, la popularise, en fasse l’enjeu central des Présidentielles pour en finir avec les caricatures, les baudruches comme DSK ou Hollande, les épouvantails souriants et carnassiers comme Marine le pen qui amène le pire. Mélenchon, ton heure sonne ! Seras-tu à la hauteur ? En attendant : solidarité avec DSK : envoyons du viagra et des oranges au PS !

Gaz de schiste : la loi votée le 14 mai n’est pas satisfaisante Coordination nationale des collectifs Non au Gaz et Huile de Schiste Reporterre 2011/05/15 Coordination nationale des collectifs Non au Gaz et Huile de Schiste (15 mai 2011) Gaz de schiste : la loi votée le 14 mai n’est pas satisfaisante. Reporterre. fr

Gaz de schiste : la loi votée le 14 mai n’est pas satisfaisante

La Coordination nationale des collectifs « Non au gaz et huile de schiste » s’est réunie le 14 mai 2011 après l’adoption d’une petite loi par l’Assemblée nationale le 11 mai dernier.

La Coordination nationale CONSTATE :

- que cette loi n’abroge pas les permis exclusifs de recherches délivrés ;

- que l’Assemblée nationale autorise la technique de la fracturation hydraulique pour l’expérimentation.

La Coordination DEPLORE :

- que la représentation nationale n’ait pas eu accès aux dossiers de demandes de permis de recherche ;

- qu’une majorité de députés s’en est remise aux déclarations des industriels et au Ministère de l’industrie et de l’énergie pour l’instruction de l’abrogation des permis de recherche ;

- que l’Etat refuse d’abroger les permis en dépit des déclarations du 1er Ministre, du Ministre de l’Industrie et du Ministre de l’Ecologie.

La Coordination Nationale EXIGE :

- que le Ministre de l’Industrie et de l’Energie représente le Gouvernement lors de l’examen de la proposition de Loi devant le Sénat ;

- que l’Etat rende public le processus de délivrance des permis de recherche ; et, qu’au nom des principes d’information et de participation du public, il lève le secret industriel sur toutes les techniques et produits de recherche et d’exploitation ;

- que l’Etat abroge les permis de recherche délivrés.

La coordination APPELLE à la poursuite et à l’amplification de la mobilisation des citoyens et des élus locaux.

Fuite nucléaire en Arctique sur un brise-glace Jean-Marie Collin Reporterre 2011/05/15 Jean-Marie Collin (15 mai 2011) Fuite nucléaire en Arctique sur un brise-glace. Reporterre. fr

Fuite nucléaire en Arctique sur un brise-glace

Une « légère fuite radioactive à bord d’un brise-glace russe » s’est produite début mai dans l’Arctique.

L’incident serait survenu le 3 mai, au moment où le bateau quittait le golfe de l’Ienisseï (côte nord de l’ouest de la Sibérie), dans la mer de Sara ou il ouvrait la voie maritime à des navires de commerce en route pour le port de Dudinka. La communication officielle de Rosatomflot, datée du 5 mai, indique « Une faible augmentation de la radioactivité a été constatée dans le système de ventilation du réacteur, l’équipage a renforcé le contrôle technologique de la première enceinte du réacteur ». Le bâtiment va revenir à son port d’attache de Mourmansk, situé dans la mer de Barents. Le chemin du retour de 2 000 Km devrait prendre cinq jours, au moins, dans des conditions de navigation qui restent celle d’un océan recouvert de glace…

La transparence semble claire, pourtant cette fuite a été découverte le 3 mai et les premières communications officielles, par Rosatomflot (Agence fédérale de la flotte nucléaire, branche de Rosatom) ont été faites deux jours plus tard, le 5 mai. Cette fuite de liquide de refroidissement serait évaluée à au moins 20 à 30 litres par jours ; une information non relayée par cette agence, mais par des employés du navire ! L’incident serait peu important, néanmoins, il faut noter qu’un second brise-glace le Rossiya a été dépêché pour guider et aider le Taymir, dont la puissance du réacteur nucléaire a été diminuée. D’après l’organisation norvégienne Bellona, toujours très bien renseignée, l’état général de ce brise-glace ne serait pas « formidable ». Au contraire, il existerait de nombreuses traces de corrosion sur différentes parties de la coque comme des enceintes du réacteur. Enfin dernier élément peu rassurant, des incidents similaires ont eu lieu sur trois autres bâtiments de même classe !

La Russie est le seul pays au monde à posséder une flotte de navires civils à propulsion nucléaire. Au total, six brise-glaces assurent des capacités de navigation pour les navires commerciaux. Mis en service en 1988, le Taymir d’une longueur de 151,8 mètres et d’une largeur de 29,2 mètres peut briser une banquise d’une épaisseur de 1,77 mètre. La propulsion est assurée par un réacteur nucléaire de type KTL-40 constitué de 274 assemblages de combustibles qui font tourner deux turbines d’une puissance de 52 000 chevaux. Il devrait être retiré du service vers 2015/2016.Cette flotte est vitale pour la Russie, car elle est la manifestation flagrante de sa présence continue dans les eaux de l’Arctique.

A une période ou l’avenir de ce territoire et de ses ressources restent incertaine, ou les acteurs de l’arctique (principalement les canadiens) sont en recherche d’affirmation de souveraineté, ces navires constituent une arme importante dans cette bataille pour les revendications territoriales russes. En être privé serait un coup très rude aux ambitions russes. Histoire : Alors que les américains (un projet soutenu par l’amiral Rickover) étaient en avance avec leur premier sous-marin à propulsion nucléaire, le Nautilus (première mission en 1955). Les soviétiques eux optèrent, avant de se lancer dans l’aventure atomique sous-marine, de réaliser une première expérience sur un navire. Ainsi, le premier brise-glace à propulsion nucléaire, le Lénine, fut construit à partir de 1953, équipé de trois réacteurs pouvant générer une puissance de 5MW. Les tests concluants, la construction du premier sous-marin à propulsion nucléaire, le K-3 Leninsky, fut lancée le 24 septembre 1955. Le Lénine lui fut désarmé en 1989…

L’infini désir de marchandises Marcela Iacub Reporterre 2011/05/16 Marcela Iacub (16 mai 2011) L’infini désir de marchandises. Reporterre. Tribune — fr

L’infini désir de marchandises

A propos du livre Involvables ! Lettre d’espoir au monde que j’ai quitté.

Le capitalisme mondialisé ne suscite pas que du malheur sur la planète. Il fait naître aussi un nombre incalculable de textes voués à le dénoncer. Peu d’entre eux ont la puissance envoûtante d’Insolvables ! Lettre d’espoir au monde que j’ai quitté. Ce livre est beau comme une chanson triste, comme s’il était le tango de la mondialisation. Son auteur, anonyme, part de sa propre histoire de consommateur compulsif de marchandises. Il raconte la déchéance à laquelle l’a contraint son surendettement, et sa fuite hors de France, pour analyser les conditions psychiques qui rendent possible l’hégémonie mondiale des oligarchies économiques. Il essaie de montrer que nos habitudes, nos désirs, notre vulgarité sont la « mangeoire », le « Botox », le « Viagra » de ceux qui nous dominent. Il avance que la mondialisation capitaliste n’est pas seulement une appréhension spécifique du temps et de l’espace mais aussi une nouvelle ère du désir. Car si les victimes de ce système économique sont prêtes à supporter tant de choses, c’est moins pour survivre ou pour le plaisir d’obéir que pour satisfaire leurs appétits de marchandises. Ces désirs qui sont, selon cet auteur, purement abstraits et coupés de la vie, qui visent à satisfaire une illusion de puissance et de suprématie, les poussent à sacrifier leurs existences concrètes, à se rendre esclaves, à s’endetter, à rembourser, à mourir.

Aux yeux de l’auteur d’Insolvables !, le désir de marchandises des dominés est de la même nature que la volonté de puissance des oligarchies régnantes. Ces dernières privilégient aussi l’abstrait sur le concret, en s’attachant à cumuler des richesses que ni elles ni leurs descendants ne pourront jamais dépenser. Comme si la consommation et la domination économique avaient pour origine les mêmes illusions, le même mépris de la vie. C’est pourquoi, selon l’auteur, devenir austère comme un moine est la première manière de résister. Car, pour nous libérer des oligarchies de l’argent, il faut commencer par ne plus leur ressembler.

Ce petit livre est si bien écrit et si bien construit que l’on a du mal à croire que son auteur ne soit pas un romancier ou un essayiste expérimenté, et donc qu’il n’ait pas inventé de toutes pièces l’histoire qu’il nous raconte. Ainsi peut-on douter du fait qu’il se cache, comme il le prétend, dans un village, au bord du Mékong, spécialisé dans la production des crevettes industrielles, où l’on meurt à 46 ans. Que c’est de cet enfer dans lequel les enfants travaillent 15 heures par jour et se font des illusions devant leur bol de riz gluant qu’il nous écrit cette « lettre » remplie de craintes et d’espoirs.

Mais, au fond, qu’importe ? Même si ce livre n’avait rien d’un témoignage autobiographique, même s’il l’avait composé dans un luxueux appartement parisien payé au comptant, il serait toujours merveilleux. Car l’auteur d’Insolvables ! a réussi quelque chose de rare : il a fait d’un pamphlet politique une espèce d’oeuvre d’art.

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Inavouables ! Lettre d’espoir au monde que j’ai quitté", éd. Flammarion, 64 pages, 4 euros.

Indonésie : les feux de forêt ont repris à grande échelle AFP Reporterre 2011/05/16 AFP (16 mai 2011) Indonésie : les feux de forêt ont repris à grande échelle. Reporterre. Forêts tropicales fr

Indonésie : les feux de forêt ont repris à grande échelle

La qualité de l’air s’est dégradé en Malaisie en raison des fumées provoquées par les feux de forêt sur l’île indonésienne de Sumatra. Ceux-ci préparent la culture de palmiers à huile.

JAKARTA - La qualité de l’air a atteint ces derniers jours des niveaux malsains en Malaisie en raison des fumées provoquées par les feux de brûlis sur l’île indonésienne de Sumatra, un problème récurrent à chaque saison sèche, ont indiqué vendredi 13 mai les autorités.

L’indice de pollution atmosphérique s’est élevé jeudi à 104, un niveau considéré comme néfaste pour la santé, dans certaines régions côtières de Malaisie proches du détroit de Malacca qui sépare les deux pays.

L’Indonésie a dépêché 120 pompiers avec des équipements spéciaux pour combattre les incendies, probablement allumés, comme à chaque saison sèche, par des paysans et des exploitants forestiers qui défrichent et préparent ainsi des terrains pour les cultures.

Les fumées (de cette semaine) proviennent de régions de tourbières défrichées pour des plantations de palmiers à huile, a indiqué un responsable du ministère indonésien de la Forêt, Deni Haryanto. Le feu peut être éteint à la surface mais il continue sous terre et réapparaît, a-t-il ajouté.

Cette pratique des brûlis, interdite par la loi, provoque régulièrement des nuages de fumée qui, en raison des vents, affectent surtout Singapour et la Malaisie.

Les autorités de ces deux pays appellent régulièrement l’Indonésie à agir plus fermement contre les incendiaires.

En 1997 et 1998, des incendies similaires avaient échappé à tout contrôle et obscurci le ciel d’une partie de l’Asie du Sud-Est pendant des mois, provoquant de nombreuses perturbations, notamment de la santé publique et du trafic aérien, et causant des pertes économiques estimées à 9,3 milliards de dollars.

Derrière Strauss Kahn, le FMI CADTM Reporterre 2011/05/17 CADTM (17 mai 2011) Derrière Strauss Kahn, le FMI. Reporterre. Tribune — fr

Derrière Strauss Kahn, le FMI

« Le FMI en tant qu’institution doit aussi être poursuivi en justice pour les violations multiples des droits humains fondamentaux qu’il a commis et qu’il continue de commettre dans de nombreux pays. »

Depuis quelques heures, tous les médias internationaux relatent l’information d’une possible agression sexuelle par Dominique Strauss Kahn à New York et la photo du directeur général du FMI menotté a fait le tour du monde. Sans nous prononcer sur son éventuelle culpabilité dans cette affaire, le CADTM veut dénoncer un autre scandale : celui de l’action même du FMI.

Le FMI n’est pas l’institution qui aide les pays en crise, c’est au contraire celle qui impose des programmes draconiens d’austérité et qui défend un modèle économique structurellement générateur de pauvreté. C’est l’action même du FMI et de ceux qui soutiennent la mondialisation néolibérale qui a fait porter le fardeau de la crise aux populations qui en sont les premières victimes. Profondément antidémocratique, puisque les pays les plus riches disposent de plus de la moitié des voix au sein du conseil d’administration, le FMI est en fait un instrument des grandes puissances pour veiller au maintien du système capitaliste et aux intérêts des grandes sociétés transnationales.

Très actif depuis plusieurs décennies en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est, il a profité de la crise qui a éclaté en 2007-2008 pour reprendre solidement pied en Europe occidentale et imposer aux peuples des pays les plus industrialisés les remèdes frelatés qui ont mené dans une impasse tragique ceux des pays du Sud qui les ont appliqués.

Partout, le FMI prétend que l’initiative et les intérêts privés doivent être soutenus par les politiques des pouvoirs publics au détriment des politiques sociales. Partout, il donne raison aux banquiers contre les intérêts des peuples. Partout, il favorise le creusement spectaculaire des inégalités, le développement de la corruption, le maintien des peuples dans la soumission au néolibéralisme.

Si les faits concernant DSK sont avérés, il ne peut y avoir d’immunité pour un fonctionnaire du FMI et tous ceux qui travaillent pour une institution internationale doivent rendre des comptes en justice à propos de leur action. Le FMI en tant qu’institution doit aussi être poursuivi en justice pour les violations multiples des droits humains fondamentaux qu’il a commis et qu’il continue de commettre dans de nombreux pays. Le remplacement du FMI délégitimé par un organisme démocratique mondial chargé de la stabilité des monnaies et de la lutte contre la spéculation financière constitue une urgence.

Au-delà, le CADTM tient à rappeler que le système international en place aujourd’hui est non seulement capitaliste, mais aussi patriarcal et machiste. Seuls des hommes président jusqu’ici des institutions telles que le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce. Le CADTM dénonce fermement le machisme et le caractère patriarcal qui vont de pair automatiquement avec des comportements de harcèlement ou de violence sexuelle.

Indépendamment de la responsabilité réelle ou non de DSK dans l’affaire actuellement médiatisée, le CADTM dénonce également la banalisation de tels comportements et lutte depuis vingt ans pour sortir à la fois du capitalisme et du système patriarcal.

Le Conseil de l’Europe reconnait la nocivité de la téléphonie mobile Robin des Toits Reporterre 2011/05/17 Robin des Toits (17 mai 2011) Le Conseil de l’Europe reconnait la nocivité de la téléphonie mobile. Reporterre. fr

Le Conseil de l’Europe reconnait la nocivité de la téléphonie mobile

L’institution basée à Strasbourg recommande une baisse des valeurs limites d’exposition aux ondes électromagnétiques.

Le Conseil de l’Europe publie le 06 Mai 2011 une Résolution de son Assemblée Parlementaire

Le texte donne lieu à plusieurs observations :

1- Par les termes employés la Résolution reconnaît pleinement, implicitement et explicitement, une attaque générale de la Santé Publique par les émissions du groupe technologique de la téléphonie mobile. Ce qui indique que, contrairement à ce qui se passe pour d’autres organismes, la littérature scientifique est ici non seulement lue mais comprise.

2- La Résolution rejoint l’avis des scientifiques dont la compétence est notoire sur le fait que les travaux de l’ICNIRP, seule référence des officiels, sont dénués de toute validité scientifique. Notamment par leur totale ignorance d’une branche entière de la Science, le BioElectroMagnétisme.

3- La Résolution reconnaît l’existence médicale spécifique de l’ElectroHyperSensibilité – E.H.S.– ce qui renvoie au registre de l’affabulation exotique la version officielle de perturbations psychologiques. La Résolution préconise l’organisation de zones dites blanches pour la protection des victimes des émissions pulsées.

4- La Résolution rappelle que les technologies filaires ne sont pas toxiques. On peut y ajouter qu’elles sont nettement supérieures sur le plan technique.

5- La Résolution affirme la nécessité d’une réglementation fixant une Valeur Limite d’Exposition (VLE). Dans l’immédiat à 0,6 V/m. Puis à terme à 0,2 V/m.

6- La Résolution préconise une information réelle et générale de la population. En coordination avec les Associations.

7- La Résolution préconise une généralisation de relevés permanents de mesures. Ce qui peut se réaliser par des sondes dites en continu avec gestion coordonnée entre autorités locales et associations.

8- La Résolution préconise un financement indépendant pour la Recherche Scientifique. Et des dispositifs de protection pour les lanceurs d’alerte.

9- La Résolution préconise une amélioration de transparence des groupes financiers.

Conclusion :

Les destinataires sont les Gouvernements des Pays membres du Conseil de l’Europe. Ils sont devant deux possibilités :

- suivre le Conseil de l’Europe dans la prise d’autonomie vis-à-vis de ce qu’on appelle des intérêts économiques.

- poursuivre dans l’état de dépendance et d’autoaveuglement au détriment de la Santé Publique dont ils sont censés être responsables.

Suivons tous avec attention les décisions et absences de décisions.

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Résumé des articles de la Résolution

Résolution du 06/05/2011 - Conseil de l’Europe

Dans un projet de résolution voté à l’unanimité le 11 Avril 2011 et publié le 06 Mai 2011 sous la référence Doc12608, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe recommande aux Etats membres de prendre plusieurs décisions.

8-1-1 – Réduire l’exposition aux émissions de la téléphonie mobile. Surtout pour les enfants, en raison du risque plus élevé de tumeurs cancéreuses de la tête.

8-1-2 – Revoir les fondements scientifiques des définitions de normes fixées par l’ICNIRP, en raison de leurs graves faiblesses.

8-1-3 – Organiser une information réelle de la population sur la réalité des attaques de la Santé.

8-1-4 – Reconnaître l’existence des victimes de l’ElectroHyperSensibilité - E.H.S.- et participer à leur protection par l’organisation de zones blanches.

8-1-5 – Dans le double but d’économie de coût et d’énergie d’une part, de protection de l’environnement et de la Santé d’autre part, développer d’autres technologies, aussi efficaces et non nocives.

8-2 – Rappel de l’existence d’un groupe d’émissions dont le lien familial est la structure physique, qui est d’une part composite par le regroupement de trois ensembles de bandes de fréquences, et d’autre part pulsée, c’est-à-dire diffusée de façon non continue par microsaccades – En multipulsation chaotique.

8-2-1 – Fixer une Valeur Limite d’Exposition (VLE) à 0,6 V/m et le faire redescendre à moyen terme à 0,2 V/m.

8-2-2 et 8-2-3 – Inscrire sur les appareils des informations sur les dangers. Concerne bien sûr en premier lieu les portables – téléphones et ordinateurs – Et correspond aux réglementations actuelles sur le tabac. Rappeler que seuls les appareils filaires ne sont pas nocifs.

8-3-1 – Organiser une information globale de la jeunesse, des parents et des éducateurs.

8-3-2 – Interdire tous portables dans tous les établissements scolaires.

8-4-1 – Etablir une réglementation sur les distances de sécurité vis-à- vis de tous émetteurs électromagnétiques.

8-4-2 – Etablir des normes de Sécurité strictes pour les logements.

8-4-3 – Organiser des systèmes de relevé de mesures en continu pour tous les émetteurs. Ce qui suppose des mesures totalement indépendantes des opérateurs. Et donc des appareils de mesures nommés sondes en continu. A gérer par les autorités locales. Il existe une expérience communale de pleine efficacité dans la Ville de LEGANES en Espagne.

8-4-4 – Revoir toutes les implantations en coordination avec les associations de citoyens, locales et nationales.

8-5-1 – Inclure la prévention dans l’information.

8-5-2 – Etablir une échelle des niveaux de risques. Avec référence aux conditions de la vie réelle.

8-5-3 – Organiser la diffusion des travaux des scientifiques indépendants. C’est-à-dire dont l’absence de conflits d’intérêts est vérifiable. Et organiser la protection des lanceurs d’alerte contre les divers types d’agressions dont les lobbies sont coutumiers.

8-5-4 – Donner des précisions détaillées sur les applications concrètes du Principe de Précaution.

8-5-5 et 8-5-6 – Innover par la mise au point d’un financement simultanément public et indépendant dont les décisions publiques soient contrôlées par les associations de citoyens.

8-5-7 – Diffuser une information complète sur les structures financières et les participations des divers groupes financiers intervenant dans l’ensemble technologique concerné.

8-5-8 – Organiser des réunions d’information pleinement publiques et enregistrées, à trois parties,, pouvoirs publics, complexe finances industrie, associations.

Hubris lubrique Hervé Kempf Reporterre 2011/05/18 Hervé Kempf (18 mai 2011) Hubris lubrique. Reporterre. Tribune — fr

Hubris lubrique

« Il était inimaginable qu’un des pays les plus avertis en matière technologique connaisse une catastrophe nucléaire. Il était inimaginable que le directeur d’une institution clé de l’ordre capitaliste et candidat putatif à la présidence d’un des premiers pays du globe chute dans une incertaine affaire de moeurs. Mais c’est arrivé. Y a-t-il une relation entre ces deux événements inimaginables ? Oui, car ... »

Ainsi des événements « complètement inimaginables » (selon l’expression de Jacques Repussard, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, le 5 mai) surgissent du néant de l’impossible. Il était inimaginable qu’un des pays les plus avertis en matière technologique connaisse une catastrophe nucléaire. Il était inimaginable que le directeur d’une institution clé de l’ordre capitaliste et candidat putatif à la présidence d’un des premiers pays du globe chute dans une incertaine affaire de moeurs.

Mais c’est arrivé.

Y a-t-il une relation entre ces deux événements inimaginables ? Oui, car ils participent d’une même logique, celle de la « démesure », ou hubris, selon un concept grec antique. L’hubris désignait l’orgueil qui pousse l’être à dépasser la mesure, à vouloir au-delà de ce que le destin lui a assigné. Cette idée résonne de nouveau fortement dans notre culture : car celle-ci fait preuve d’une avidité inextinguible alors même que la biosphère atteint sa limite d’absorption sans dommage des effets de l’activité humaine.

Cette avidité s’observe par l’ampleur de la consommation de matières premières, des émissions de gaz à effet de serre, de la disparition des espèces, de l’artificialisation des sols,... Elle se nourrit de la croyance que la technologie pourra compenser ou éviter le dommage. Jusqu’à ce que l’accident survienne, entraînant des conséquences pires que le mal qu’elle devait éviter.

Mais cela n’est qu’une partie de l’histoire. Derrière la prédation frénétique, il y a le désir humain. Dans le capitalisme finissant, ce désir s’est affranchi des ressorts métaphysiques grâce auxquels la majorité des cultures le bornaient. En généralisant la marchandisation, il a même établi un trafic sexuel sans précédent historique, et qui réduit l’homme ou la femme au rang d’objet. L’oligarchie, au sommet d’une société humaine profondément inégale, est la plus soumise à cette avidité insatiable, tout en prétendant en faire le standard enviable d’une vie réussie. Les Grecs associaient à l’hubris son châtiment, la nemesis, ou destruction : l’excès du désir de pouvoir, d’argent, de sexe, conduit à la catastrophe pour celui qui en est le jouet.

La réflexion écologique n’a qu’à peine examiné les racines psychologiques de la destruction. Mais l’inimaginable nous enseigne déjà quelques austères leçons. Il nous faut réapprendre les limites, et tenter de découvrir, derrière l’indispensable sobriété, ce que signifie le mot vertu. Et puisque le pouvoir est en cause, exiger de ceux qui se veulent nos mandataires le sens du devoir qu’appelle la responsabilité à laquelle ils aspirent.

Les requins disparaissent de la Méditerranée Océana Reporterre 2011/05/18 Océana (18 mai 2011) Les requins disparaissent de la Méditerranée. Reporterre. fr

Les requins disparaissent de la Méditerranée

« La Méditerranée est la région où les requins et les raies sont les plus à risque dans le monde puisqu’on considère que 41% des espèces sont menacées, par rapport à 17% à l’échelle mondiale. »

Au cours du XXe siècle, le déclin des populations de requins comme le requin taupe et le requin taupe bleu a atteint jusqu’à 99% en Méditerranée

41% des requins et des raies étant menacées, la Méditerranée est la mer la plus dangereuse pour ces espèces

Lors de la réunion de la convention de Barcelone qui a débuté le 17 mai à Marseille, Oceana, l’organisation internationale pour la conservation des océans, encourage fortement les nations de la Méditerranée à renforcer la protection des requins et des raies menacés et en danger. La réunion de cette semaine est cruciale pour déterminer le destin de dix espèces en Méditerranée. Elles sont toutes menacées par la surpêche même si elles font partie de la liste des espèces dont la capture est réglementée pour des raisons de conservation, et dans certains cas leur population a déjà décliné et atteint les niveaux relevés au milieu du XXe siècle.

« La situation des requins et des raies de Méditerranée est désespérée », a déclaré Ricardo Aguilar, directeur de la recherche d’Oceana en Europe. « La reconnaissance officielle de ces espèces comme étant menacées ou en danger en les incluant à l’annexe II de la convention de Barcelone est cruciale pour lancer le processus visant à augmenter le niveau de protection permettant d’assurer leur conservation. L’Union européenne et les 21 pays signataires de la convention de Barcelone ont à présent la possibilité, et la sérieuse responsabilité, de décider du futur de ces espèces en Méditerranée ».

La Méditerranée est la région où les requins et les raies sont les plus à risque dans le monde puisqu’on considère que 41% des espèces sont menacées, par rapport à 17% à l’échelle mondiale. Sur les dix espèces prises en compte lors de la réunion de cette semaine, certaines ont dû faire face à de graves déclins dans leur population y compris les requins taupes, les requins taupe bleu et les requins marteaux dont la chute de la population en Méditerranée a atteint jusqu’à 99% au cours du XXe siècle. Quant à d’autres espèces comme la raie ronde, la raie de Malte et la guitare de mer, elles ont disparu dans certaines parties de la Méditerranée où elles étaient auparavant couramment observées. Ces déclins et disparitions dramatiques sont principalement les conséquences de la surpêche (intentionnelle et accidentelle comme avec les captures accessoires) et de la dégradation de leur habitat.

« La situation hautement menacée de ces espèces et le fait qu’elles continuent à être pêchées indiquent de toute évidence que les mesures actuelles de conservation et de gestion des pêcheries sont insuffisantes » a ajouté Allison Perry, docteur et scientifique de la faune marine d’Oceana en Europe. « Des niveaux de protection supérieurs sont requis de toute urgence et une annexe II dans le cadre de la convention de Barcelone responsabiliserait les pays de la Méditerranée quant à la mise en place de garanties visant à protéger au maximum et à récupérer ces requins et ces raies menacés ».

Les requins jouent un rôle déterminant dans les réseaux alimentaires marins et agissent souvent comme des superprédateurs, participant à la régulation de l’équilibre des écosystèmes marins. L’élimination des requins peut par conséquent avoir un impact sur cet équilibre, entraînant des changements imprévisibles dans la quantité et la diversité des autres espèces.

Lettre ouverte à Vincent Cheynet et au journal La Décroissance Paul Ariès, Geneviève Azam, Jean-Claude Besson-Girard, Agnès Sinaï, Jacques Testart, Jean Gadrey, Serge latouche, Bertrand Méheust Reporterre 2011/05/19 Paul Ariès, Geneviève Azam, Jean-Claude Besson-Girard, Agnès Sinaï, Jacques Testart, Jean Gadrey, Serge latouche, Bertrand Méheust (19 mai 2011) Lettre ouverte à Vincent Cheynet et au journal La Décroissance. Reporterre. Tribune — fr

Lettre ouverte à Vincent Cheynet et au journal La Décroissance

« Nous pouvons avoir des différends politiques, mais les anathèmes entre objecteurs de croissance nous desservent collectivement. »

Un journal appartient aussi à ses lecteurs et à ses auteurs. Surtout lorsque le titre a choisi de porter le porter le nom générique d’un mouvement d’idées ambitieux. Nous pouvons avoir des différends politiques entre nous et avec des représentants d’autres sensibilités proches, mais les anathèmes entre objecteurs de croissance nous desservent collectivement. Cette forme de violence n’appartient pas à la culture de la décroissance.

Nous nous déclarons donc solidaires des compagnons de route de la décroissance qualifiés d’écotartuffes. Non, Patrick Viveret et Fabrice Nicolino ne sont pas des écotartuffes. Ces deux dernières affaires ne sont pas isolées.

Combien reste-t-il des fondateurs initiaux de La Décroissance ? Le mensuel La Décroissance, qui peut apporter encore beaucoup, ne doit plus confondre la nécessité de faire dissensus avec le capitalisme et le productivisme, ou la nécessité de critiquer, comme il sait le faire, les adorateurs de la croissance, et la pratique du sectarisme. Il doit accepter le débat avec et entre toutes les sensibilités de l’objection de croissance et de l’écologie anti-productiviste.

Nous sommes convaincus que ce n’est qu’au prix de cette mutation que le journal La Décroissance pourra regagner de l’influence, ce que nous souhaitons.

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Liste des signataires :

Paul Ariès Geneviève Azam Jean-Claude Besson-Girard Agnès Sinaï Jacques Testart Jean Gadrey Serge latouche Bertrand Méheust

DSK, un économiste très conservateur Jean Gadrey Reporterre 2011/05/19 Jean Gadrey (19 mai 2011) DSK, un économiste très conservateur. Reporterre. fr

DSK, un économiste très conservateur

Les faits divers ont du bon. Le candidat auquel échappera la gauche est un économiste totalement néo-capitaliste, comme le montre Jean Gadrey.

Parmi les personnalités susceptibles d’accéder à la Présidence de la République, l’un est économiste et financier de profession. D’abord professeur d’économie, ensuite Président de la commission des finances en 1988, puis Ministre de l’industrie en 1991, avocat d’affaires en 1993, Ministre de l’économie et des finances en 1997, et enfin Directeur général depuis 2007 de la plus grande institution financière internationale. Il est donc particulièrement légitime de s’intéresser à ses options économiques, sur la base de sources publiques fiables et de ses écrits et déclarations, dont son livre de 2002 « la flamme et la cendre » (Grasset) sur lequel je m’appuierai en priorité.

Je suis contraint dans cet exercice particulier de m’en tenir à des sources qui datent un peu. DSK n’a pas publié de livre depuis 2002. Dans le prochain, qui ne devrait guère tarder (?), il sera temps de repérer des évolutions…

LES CONCEPTS FONDAMENTAUX EN ÉCONOMIE

Je me limiterai à quelques rubriques : les sources de la richesse, la croissance et l’écologie, la redistribution et la fiscalité, les marchés financiers, les privatisations, les retraites et les fonds de pension. Mais je commencerai – pour situer les références théoriques de DSK - par le support écrit de son cours sur les « concepts fondamentaux de l’analyse économique » à Sciences Po en 2002-2003, fichier pdf téléchargeable via ce lien. Le plan détaillé figure sur un autre site.

Ce document de 128 pages est une longue collection de citations non commentées de grands économistes du passé, mais accompagnée de multiples transparents et graphiques du cours proprement dit. Ce sont pratiquement TOUS des illustrations, pour chaque chapitre, de l’analyse néoclassique traditionnelle : l’offre, la demande, l’élasticité, les courbes d’indifférence, l’arbitrage entre travail et loisir, le revenu permanent, les fonctions de coûts, la maximisation du profit, le monopole maximisant son profit, les inconvénients du monopole et les avantages de la libre concurrence, etc. Autant de choses que reconnaîtront aisément ceux qui ont fait une ou deux années de fac d’économie, et que tous les autres assimileront à juste titre au fameux « autisme » dénoncé depuis longtemps par les étudiants.

On trouve un à deux pourcents du total consacrés à Keynes (à la sauce néoclassique), rien sur Marx, aucune référence aux écoles hétérodoxes contemporaines. C’est de l’orthodoxie plein pot, de la pensée unique. Tous ceux qui sont attachés au pluralisme des « concepts fondamentaux en économie » trouveront là matière à réflexion.

LA RICHESSE, C’EST D’ABORD L’INDUSTRIE

DSK écrivait en 1998 dans Le Monde : « la gauche s’enracine dans une tradition qui est celle de la production. Notre effort doit se porter d’abord sur la production et, notamment, la production industrielle, sur la création de vrais emplois qui sont des emplois directement productifs… ».

DSK s’inscrit dans une longue tradition industrialiste initiée par Adam Smith, qui considérait que les services sont improductifs. Le secteur tertiaire (75 % du PIB aujourd’hui) est, dans cette conception, un secteur plus ou moins parasitaire ou, dans le meilleur des cas, un « mal nécessaire » dont la progression expliquerait en grande partie les ralentissements économiques et les crises contemporaines.

Cette préférence pour l’industrie se retrouve notamment dans le fait (source Wikipedia) que DSK a cofondé le « Cercle de l’Industrie », lobby patronal créé en 1994 avec Raymond Lévy, alors PDG de Renault. Il s’agit d’un cercle spécialisé dans la défense de l’industrie française à Bruxelles, dont il devient le vice-président et où il côtoie notamment des industriels comme Louis Schweitzer, futur PDG de Renault, Vincent Bolloré, Alain Lamassoure (ancien député UDF passé à l’UMP), Benoît Potier (PDG d’Air Liquide) et Maurice Lévy (PDG de Publicis). Vingt-cinq dirigeants de grandes entreprises françaises sont membres du Cercle de l’industrie, qui existe toujours aujourd’hui.

CROISSANCE ET ÉCOLOGIE

La principale obsession (économique) de DSK c’est la croissance. Dans sa conférence de presse en tant que patron annoncé du FMI, le 1° octobre 2007, il faisait même de la « promotion de la croissance » la première priorité du FMI.

Dans son livre, les seules réflexions qu’il consacre à l’écologie, limitée au réchauffement climatique, figurent dans un plaidoyer (p. 111- 124) en faveur des marchés de droits d’émissions (contre les taxes). Soucieux du sort des pays pauvres, il proposait que le FMI leur attribue des « droits de polluer spéciaux » (p. 116-117) dont une partie « pourrait être revendue à des entreprises des pays riches, ce qui fournirait aux pays concernés une ressource de croissance supplémentaire »… Cela permettrait d’ailleurs aussi aux entreprises du Nord de polluer plus grâce au rachat de ces indulgences spéciales venues du FMI via le Sud.

Son vibrant plaidoyer pour le nucléaire (« une des rares solutions viables au problème des gaz à effet de serre ») mérite assurément de figurer dans une plaquette publicitaire d’Areva (membre du cercle de l’industrie). Son éloge (p. 120) des vertus du Mox, ce mélange (oxyde d’uranium et oxyde de plutonium retraités) qui a fait des ravages à Fukushima (voir ce lien) vaut son pesant de combustible irradié. Tout comme cette idée (p. 123) : il faut « concentrer l’utilisation du nucléaire dans les économies les plus capables de la maîtriser de façon à réserver aux autres les sources d’énergie plus traditionnelles et plus polluantes ».

LA REDISTRIBUTION EST DEPASSEE

Une partie de son livre est consacrée à montrer que la redistribution publique des richesses est « une impasse » (p. 27) et qu’il faut désormais s’intéresser à un « socialisme de la production » dont le contenu reste aussi flou qu’énigmatique, ce qui peut expliquer l’abandon ultérieur de cette innovation sémantique sans contenu. Il y écrit « il a été démontré [par qui ?] que bien peu de choses étaient, en définitive, redistribuées entre les riches et les pauvres ».

Cet argument n’est pas sérieux. En dépit de son affaiblissement, la redistribution conduit, entre autres, à ce résultat remarquable cité dans un rapport du Sénat : « les effets combinés des impôts et transferts sociaux permettent de faire sortir de la pauvreté plus de la moitié de la population à risque, en moyenne dans l’OCDE. Cet effet varie d’environ un quart de la population située sous le seuil de pauvreté avant impôts et transferts (États-Unis) à plus des deux tiers de cette population (Danemark, France). Cet effet a toutefois décliné au cours de la seconde moitié des années 1990 dans la plupart des pays de l’OCDE ».

Il me semble que DSK confond la régression effective, depuis le début de la période néolibérale, du rôle de l’État comme garant de l’égalité des droits essentiels, du fait notamment d’une fiscalité de moins en moins progressive (mouvement dont il a été l’un des artisans, nous le verrons), et une prétendue impasse historique de la redistribution. Ce genre d’argument me rappelle celui qu’emploient les libéraux qui, après avoir étranglé les services publics, nous expliquent que, puisque leur qualité se dégrade, il faut les privatiser.

VIVE LES BAISSES D’IMPOTS

Cette rubrique n’est pas étrangère à la précédente. Si la redistribution est dépassée, on n’a pas besoin de tant d’impôts et de « charges ». DSK s’en explique dans son livre pages 276 et suivantes. Après avoir dit qu’il n’est pas « un fétichiste de la baisse d’impôts et de charges », il explique ceci, en référence à la période Jospin : « Il m’est donc revenu d’expliquer que la baisse des impôts était un instrument autant qu’un objectif : instrument au service de la croissance, de l’innovation et de la prise de risque ; objectif au service de la justice sociale – les baisses d’impôts pouvant tout aussi bien y contribuer que les hausses de dépenses ». C’est d’ailleurs à ce titre qu’il défend ensuite la réduction des droits sur les donations, alors qu’en fait elle avantage bien plus les riches que les pauvres.

On sait pourtant - mais on le savait avant - ce que ces baisses ont produit : cadeaux aux riches, inégalités en hausse, impuissance publique, creusement de la dette, contribution aux crises financières…

Comment DSK justifie-t-il l’aspect « social » supposé de ces cadeaux fiscaux ? Ce sera pour le prochain billet, où nous parlerons aussi stock options, privatisations, retraites et fonds de pension.

La sécheresse se poursuit et s’aggrave en Chine Christophe Magdelaine (Notre planète info) Reporterre 2011/05/19 Christophe Magdelaine (Notre planète info) (19 mai 2011) La sécheresse se poursuit et s’aggrave en Chine. Reporterre. Chine fr

La sécheresse se poursuit et s’aggrave en Chine

La sécheresse en Chine pèsera sur la production agricole et pèse sur la fourniture d’électricité.

Selon le Centre d’Information Internet de Chine, la sécheresse frappe les provinces traversées par le fleuve Yangtsé, le plus long du pays. En effet, de janvier à avril, le bassin du fleuve Yangtsé a reçu 40% de précipitations en moins par rapport à la moyenne calculée sur les 50 dernières années.

Par conséquent, les cultures souffrent de plus en plus, ne se développent pas et les rivières atteignent des niveaux inquiétants. Par exemple, sur la section du fleuve Yangtsé entre Yichang dans la province du Hubei et Jiujiang dans la province du Jiangxi (est), les niveaux étaient de 2,5 à 5,6 mètres inférieurs aux moyennes, a révélé dimanche 15 mai 2011 le bureau provincial de contrôle des inondations et de lutte contre la sécheresse du Hubei.

Actuellement, la sécheresse en Chine affecte environ 1,35 million d’hectares de culture, principalement dans les provinces du Hubei, du Hunan et du Gansu. De plus, le Bureau de contrôle des innondations et le quartier général de lutte contre la sécheresse estiment que plus de 1 400 000 personnes sont touchés par les difficultés d’approvisionnement en eau potable dans le pays.

Cette sécheresse prolongée affecte durement la province du Hubei, l’un des principaux producteurs de coton et de céréales du pays. En effet, dans la plupart des régions qui composent la province, les précipitations sont également inférieures de 50 % aux normales. Par conséquent, le Hubei, situé au centre-est du pays, devrait enregistrer une chute de la production de blé ainsi qu’une perturbation de la croissance des pousses de riz. Le centre d’observation du climat régional de Wuhan du bureau météorologique de la province du Hubei, qualifie cette sécheresse de « conditions climatiques extrêmes ».

Plusieurs régions dont Xiaogan, Tianmen, Suizhou et Xiangyang ont lancé une action d’urgence de lutte contre la sécheresse. La sécheresse qui règne dans 69 districts et villes provinciales couvre environ 670 000 hectares de champs. Le gouvernement local a pris des mesures d’urgence en ouvrant 438 réservoirs et en creusant des canaux pour l’irrigation. Au total, quelque 826 000 personnes sont engagées dans la lutte contre la sécheresse.

Malheureusement, les prévisions météorologiques ne sont pas optimistes pour le mois de mai et les précipitations dans la plupart des régions du Hubei devraient se maintenir à un niveau très bas et la température pourrait grimper.

La sècheresse printanière a également touché l’approvisionnement en eau potable de plus de 300 000 personnes dans la province du Fujian. Les autorités expliquent que les chutes de pluies sont en recul de 60% par rapport à l’an dernier et que le volume d’eau dans les rivières s’est réduit de 40%.

Le barrage des Trois-Gorges relâche la pression

Depuis le 15 mai 2011, le niveau d’eau du réservoir du barrage des Trois Gorges, le plus grand barrage du monde, est tombé à 154,8 mètres, en dessous de 156 mètres, le niveau requis pour une production électrique à pleine puissance, selon les dernières statistiques révélées par le Bureau des ressources en eau du Hubei.

Pour atténuer la sécheresse sévère qui frappe les régions de la moyenne vallée du fleuve Yangtsé, de lundi à mercredi 18 mai, les autorités ont décidé d’augmenter le débit du barrage à 9 500 mètres cubes par seconde, soit environ 2 900 mètres cubes de plus que la vitesse normale du flux, selon Zhao Yunfa, un ingénieur du barrage.

M. Zhao a indiqué que le débit actuel de l’eau sur la section moyenne du fleuve Yangtsé, le plus long du pays, a atteint un niveau proche du plus bas niveau enregistré il y a 16 ans avec seulement 6 600 m3 par seconde. En cause : la faiblesse des précipitations durant l’hiver.

Le barrage des Trois-Gorges, très controversé, a considérablement modifié le débit et le cours du Yangtsé, notamment en diminuant de près d’un tiers l’apport en sédiments, qui jouent pourtant un rôle d’engrais naturel. Si le barrage peut réguler le débit du fleuve en cas de crues en amont, son réservoir de 39,3 milliards de mètre cube diminue aussi significativement le débit en aval et celui de ses affluents et exacerbe donc la sécheresse.

La sécheresse aggrave la crise énergétique

La pénurie d’électricité qui affecte de nombreuses régions du pays ces derniers mois pourrait amorcer la pire crise énergétique que la Chine ait connue depuis de nombreuses années.

Les coupures d’électricité et les pannes de courant enregistrées depuis mars, dues au contrôle des prix, à la hausse de la demande et à la chute de la production hydroélectrique provoquée par la sécheresse ont affecté les entreprises des zones littorales et de certaines provinces intérieures. En effet, les barrages hydroélectriques produisent moins d’électricité puisque les débits des cours d’eau sont plus faibles. Ainsi, les statistiques de la Commission nationale de réforme et de développement ont montré que la production d’électricité de la plupart des grandes stations hydroélectriques du Hubei a fortement diminué en avril.

Depuis mars, des mesures de limitation de l’approvisionnement en électricité, notamment des coupures, ont été mise en œuvre dans les provinces du Zhejiang, Jiangsu, Hebei, Hubei, Jiangxi et Guangdong afin de soulager la pression.

La pénurie est également due aux efforts entrepris pour transformer le modèle de développement économique en encourageant l’investissement dans les industries émergentes, comme l’industrie des énergies nouvelles, a déclaré l’agence Xinhua. « L’électricité d’origine thermique représentait auparavant 75 % de la capacité électrique installée totale de la Chine et 82 % des capacités de production du pays. Mais les investissements dans le secteur ont chuté à 130 milliards de yuan (20 milliards de dollars) l’année dernière alors qu’ils atteignaient 200 milliards de yuans il y a encore cinq ans », a expliqué Yu Yanshan, directeur adjoint du bureau de la Commission d’État de régulation de l’électricité.

Ainsi, Xue Jing, directeur du département des statistiques du conseil a observé que la chute récente des investissements dans l’électricité thermique avait fait baisser la quantité d’électricité disponible. En outre, les centrales électriques fonctionnant au charbon sont réticentes à augmenter la production en raison de l’augmentation du prix de leur matière première.

« La crise d’approvisionnement en électricité s’explique en partie par la résurgence d’industries gourmandes en énergie, les gouvernements locaux ignorant la décision de Beijing de fermer les unités de production obsolètes pour tenir leur objectif de croissance », a affirmé lundi Yang Jianhua, responsable de recherche à l’Académie des sciences sociales du Zhejiang.

L’électricité hydroélectrique est la deuxième plus grande source d’électricité en Chine, avec plus de 45 000 centrales en activité en 2010, produisant plus de 662 milliards de kWh par an, selon un rapport sur le développement de l’hydroélectricité en Chine publié par China Huadian Corporation. Han Xiaoping, directeur général de China Energy Net, un important fournisseur d’information du secteur de l’énergie a déclaré mardi 17 mai que la Chine devrait accélérer le rythme de construction des centrales hydroélectriques dans les zones pluvieuses du sud-ouest afin d’éviter les pénuries saisonnières.

Des dizaines de milliers d’Espagnols manifestent contre le système Kim (Ma Cabane) Reporterre 2011/05/19 Kim (Ma Cabane) (19 mai 2011) Des dizaines de milliers d’Espagnols manifestent contre le système. Reporterre. fr

Des dizaines de milliers d’Espagnols manifestent contre le système

« Les grands semblent grands parce que nous sommes à genoux » Camille Desmoulins

Il y a plus de 20 ans, le mur de Berlin tombait et les pays de l’Europe de l’est délogeaient les despotes au pouvoir, sans besoin de prendre les armes.

Ces premiers mois de 2011 ont vu des peuples arabes et africains se révolter et à leur tour réclamer et imposer des conditions de vie plus justes et correctes.

Après de nombreuses années de l’anesthésie totale, depuis 4 jours, dans plus de 60 villes en Espagne, certainement au moins 130.000 personnes ont manifesté et campent 24h/24 dans la rue en signe d’indignation.

Certains disent qu’ils vont rester concentrés "indéfiniment" jusqu’à ce que le système change de cap.

’Spanish Revolution’ est déjà dans les pages principales de la presse étrangère. Les médias du monde entier se font l’écho du mouvement que l’Espagne traverse ces derniers jours, réclamant un changement politique et social pour surmonter "La Crise".

Certains médias, tels que l’édition en ligne de la chaîne BBC, a même comparé le camp dans le centre de la Puerta del Sol de Madrid aux protestations en Egypte en février. Car cette manifestation pacifique rappelle la manifestation pour la démocratie qui a révolutionné l’Egypte.

Pancarte à droite : "Les politiciens pissent sur nous, la presse dit qu’il pleut !!!"

Texte de la pancarte à droite : "Les politiciens pissent sur nous, la presse dit qu’il pleut !!!".

Ce n’est pas seulement une manifestation organisée par les jeunes, ce sont des citoyens indignés qui n’appartiennent pas à un parti ou un syndicat.

La classe politique commence à craindre l’impact potentiel de ces mobilisations.

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SIte en six langues et pas en français : http://democraciarealya.es

Le manifeste des indignés espagnols Par Julien villalard Reporterre 2011/05/20 Par Julien villalard (20 mai 2011) Le manifeste des indignés espagnols. Reporterre. Tribune — fr

Le manifeste des indignés espagnols

Depuis plusieurs jours, des Espagnols jeunes et moins jeunes manifestent dans plusieurs grandes villes. Voici deux texte exprimant le cri des « indignados », dont le Manifeste de ’Democracia Real Ya !’

Manifeste de ’Democracia Real Ya !’

Nous sommes des personnes normales et ordinaires. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour travailler ou pour chercher du travail, des personnes qui ont une famille et des amis. Nous travaillons dur tous les jours pour vivre et donner un futur meilleur à ceux qui nous entourent. Certains d’entre nous se considèrent progressistes, d’autres plus conservateurs. Croyants ou non, avec des idéologies bien définies, ou apolitiques. Cependant nous sommes tous préoccupés et indignés par le contexte politique, économique et social qui nous entoure, par la corruption des politiciens, des chefs d’entreprises, des banquiers… par le manque de défense du citoyen. Cette situation nuisible au quotidien, peut être changée si nous nous unissons. Il est temps de se mettre en marche, de construire ensemble une société meilleure. Pour cela nous soutenons fermement ce qui suit :

- Les priorités de toute société avancée doivent être l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, l’épanouissement, le bien-être du citoyen.

- Il existe des droits fondamentaux qui devraient être couverts dans ces sociétés tels que le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie politique, au libre développement personnel ainsi que le droit à la consommation des biens nécessaires pour mener une vie saine et heureuse.

- L’actuel fonctionnement de notre système économique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et représente un obstacle pour le progrès de l’humanité.

- La démocratie part du peuple (dêmos=peuple ; kratos=le pouvoir) et dans cette optique le gouvernement doit naitre du peuple. Toutefois, dans ce pays, la majorité de la classe politique ne nous écoute pas. Alors que ses fonctions devraient être celles de porte- paroles de nos revendications auprès des institutions, en permettant la participation politique des citoyens au moyen de voies directes procurant ainsi un meilleur bénéfice pour l’ensemble de la société, nous assistons à un enrichissement et à leur prospérité à nos dépens.

- Le besoin irrépressible de pouvoir de certains d’entre eux provoque une inégalité, de la crispation et de l’injustice, ce qui conduit à la violence que nous rejetons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel bloque la machine sociale et la convertit en une spirale qui se consume en enrichissant quelques-uns et en plongeant dans la pauvreté et la pénurie les autres. Jusqu’à l’effondrement.

- La volonté et la finalité du système est l’accumulation d’argent, la plaçant au-dessus de l’efficacité et le bien-être de la société. En gaspillant des ressources, détruisant la planète, produisant du chômage et des consommateurs malheureux.

- Les citoyens font partie de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir une minorité qui ignore tout de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous, rien de ceci n’existerait parce que nous faisons bouger le monde.

- Si comme société nous apprenons à ne pas confier notre futur à une rentabilité économique abstraite qui n’est jamais favorable à la majorité, nous pourrons éliminer les abus et les manques dont nous souffrons tous.

Une Révolution Morale est nécessaire. Nous avons mis l’argent au-dessus de l’Être Humain alors que nous devrions le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, non des produits du Marché. Je ne suis pas seulement ce que j’achète, pourquoi et à qui je l’achète.

Pour tout ce qui précède, je suis indigné.

Je crois que je peux le changer.

Je crois que je peux aider.

Je sais qu’unis nous pouvons.

Sors avec nous. C’est ton droit.

Un autre texte

Qui sommes nous ?

Nous sommes des personnes qui sommes venues de manière libre et volontaire, et après la manifestation avons décidé de nous réunir pour revendiquer la dignité et la conscience politique et sociale.

Nous ne représentons aucun parti ni aucune association.

Une vocation de changement nous unit.

Nous sommes ici par dignité et solidarité avec ceux qui ne peuvent pas l´être.

Pourquoi sommes nous ici ?

Nous sommes ici car nous voulons une société nouvelle qui donne la priorité à la vie au-delà des intérêts économiques et politiques.

Nous plaidons pour un changement dans la société et la conscience sociale.

Démontrer que la société ne s´est pas endormie et que nous continuerons à lutter, pour ce que nous méritons, à travers la voie pacifique.

Nous soutenons nos compagnons arrêtés après la manifestation et nous demandons leur mise en liberté sans charge.

Nous voulons tout, nous le voulons maintenant, si tu es d´accord avec nous : UNIS-TOI !

“C’est mieux de risquer et de perdre que de perdre sans avoir risqué”

Rencontre de résistance à Nancy le 27 mai Réseau citoyens résistants Reporterre 2011/05/20 Réseau citoyens résistants (20 mai 2011) Rencontre de résistance à Nancy le 27 mai. Reporterre. fr

Rencontre de résistance à Nancy le 27 mai

Citoyens Résistants de 1944... et d’aujourd’hui ! Rencontre organisée le 27 mai 2011 à la faculté des lettres de Nancy.

Le 27 mai 1943, Jean Moulin organise à Paris la première réunion du Conseil de la Résistance (qui ne deviendra Conseil National de la Résistance (CNR) que quelques mois plus tard). Ce conseil réunit des représentants des mouvements de résistance, des syndicats, des partis politiques, des hommes de toute appartenance politique sauf de la droite traditionnelle qui s’est gravement compromise dans la collaboration. Le 15 mars 1944, au terme de nombreuses discussions, le CNR adopte un programme qui sera plus tard diffusé sous le titre "Les jours heureux par le CNR". Ce programme est un programme de combat pour des jours meilleurs. La première partie de ce texte porte sur l’organisation de la résistance et des combats en vue de la libération. La seconde partie propose un programme de réformes politiques, économiques et sociales pour l’après libération.

Parmi ces réformes proposées, on compte "l’indépendance de la presse à l’égard de l’Etat et des puissances d’argent", "l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie", "une organisation [...] de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général", la nationalisation de secteurs économiques essentiels comme le secteur énergétique ou bancaire, le développement des coopératives, la mise en place d’un système de retraite et de protection sociale, la revalorisation des salaires et des conditions de travail, le soutien d’un syndicalisme indépendant et puissant, l’accès pour tous à la culture et à l’éducation...

Si ces réformes ont été majoritairement mises en oeuvre dans les années qui ont suivi la libération, des reculs importants ont suivi dès les années 80 et nous assistons aujourd’hui à une casse systématique de toutes les réformes issues du programme du CNR. Denis Kessler, vice-président du MEDEF déclarait en 2007 : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. [...] Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ».

Le 8 mars 2004, un groupe de « vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre », appela "les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle". Inquiets de la "remise en cause du socle des conquêtes sociales de la Libération", ils nous invitaient à commémorer le programme du CNR, à dépasser les luttes partisanes pour "définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle" et à lutter contre les médias de masse qui ne prônent que "la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous".

Bien sûr, nous ne sommes pas en 1944 ! La résistance à laquelle nous sommes appelés aujourd’hui ne met pas en péril notre vie comme pour nos aînés. Néanmoins, l’appel de ces résistants de la seconde guerre mondiale, porté par Stéphane Hessel dans son livre Indignez-vous !, doit être entendu. Il nous faut unir les forces des citoyens militants des différentes associations, des différents partis ou syndicats.

Citoyens résistants de 1944... et d’aujourd’hui !

Aujourd’hui donc, nous vous invitons à répondre à cet appel en participant à une rencontre organisée le 27 mai 2011 à la faculté des lettres (amphi A042), 23 Boulevard Albert 1er à Nancy. Venez écouter et débattre avec des sociologues, des magistrats, des syndicalistes, des militants dans l’éducation, la protection sociale, les services publics, l’écologie, la presse indépendante... Au delà des luttes partisanes, cette soirée rassemblera des hommes et des femmes de sensibilités politiques variées, engagés dans différents partis, syndicats et associations.

Programme de la rencontre du 27 mai :

17h00 : Les jours heureux : le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent ! (Introduction sur le programme du CNR) par Pascal Bridey (Magistrat à Nancy, Forum Progressiste 54)

17h30 : L’économie par Jean-Michel Masson (Réseau Citoyens Résistants 54)

18h00 : Les médias par Olivier Poche (Action Critique Médias (Acrimed))

18h30 : La justice des mineurs par Pascal Bridey (Magistrat à Nancy, Forum Progressiste)

19h00 : Dans l’école par Patrick Baranger (ancien directeur de l’IUFM de Lorraine)

19h30 : Intermède musical : Stratégie de paix, groupe de rap militant http://www.myspace.com/strategiedepaix

20h00 : Services publics, travail, protection sociale : table ronde avec Noël Barroyer (syndicaliste, fondateur de Sud-Solidaires 54), Nicolas Castel (docteur en sociologie, IDHE) à confirmer, Wilfrid Roux-Marchand (sociologue et ingénieur en retraite, syndicaliste)

21h00 : Conclusion et perspectives par Eric Goujot (Économie distributive, rédacteur du Colibri Solidaire et Distributif)

Animation assurée par Denys Crolotte (Mouvement pour une Alternative Non violente MAN), intermèdes musicaux.

Appel franco-japonais pour la sortie du nucléaire Echo-Echanges France-Japon Reporterre 2011/05/20 Echo-Echanges France-Japon (20 mai 2011) Appel franco-japonais pour la sortie du nucléaire. Reporterre. fr

Appel franco-japonais pour la sortie du nucléaire

« Appel aux citoyens du monde : rejoignez-nous pour la journée internationale d’action 2011 pour sortir du nucléaire ! »

Depuis le 11 mars, les conséquences de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima ne sont toujours pas maîtrisées et les réacteurs endommagés continuent à rejeter dans l’environnement une quantité massive de produits radioactifs. Le cœur du combustible dans trois des réacteurs a entièrement fondu. Une zone d’exclusion de plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale sera durablement créée.

Il existe actuellement au Japon 54 réacteurs pour lesquels on redoute les risques d’un séisme de grande ampleur dans les années à venir. Et si le Japon devait subir un nouvel accident nucléaire majeur, le risque se trouverait accru de voir la contamination radioactive s’étendre non seulement à tout le pays mais encore à la planète entière.

Il y a maintenant 25 ans que la catastrophe de Tchernobyl a produit dans le monde une contamination radioactive d’une extrême gravité. Pourtant, nous n’avons pas su tirer les leçons de cette expérience. L’utilisation de l’énergie atomique engendre massivement des produits radioactifs que l’homme ne maîtrise pas, et dont les méfaits se mesurent en siècles pour notre planète.

Voulons-nous continuer à courir le risque d’un tel danger après cette nouvelle catastrophe à Fukushima ?

C‘est le 11 juin prochain au Japon, trois mois après le début de l’accident, que sera organisée une action commune de grande ampleur pour exprimer partout dans le pays la volonté de sortir du nucléaire. Nous lançons cet appel pour nous associer à cette journée de protestation internationale.

Chacun le constate, l’industrie nucléaire n’a de cesse, en dépit de nombreux incidents ou accidents, de proclamer ses certitudes d’un « nucléaire sûr » : largement globalisée, elle dispose de nombreux relais à travers les organismes internationaux, entretenant des relations de connivence avec les gouvernements des pays les plus puissants ainsi qu’avec leur intérêt militaire.

Nous ne voulons plus de ce monde nucléarisé. C’est la raison pour laquelle, solidaires avec tout courant, tout mouvement, toute organisation qui aspire à sortir du nucléaire, et afin de réfléchir ensemble à la construction d’une autre société fondée sur une nouvelle politique énergétique et une vision solidaire, nous appelons chaque citoyen dans le monde à participer à la journée internationale du 11 juin 2011.

Feux de forêt en Sibérie Novosti Reporterre 2011/05/23 Novosti (23 mai 2011) Feux de forêt en Sibérie. Reporterre. fr

Feux de forêt en Sibérie

La superficie des incendies de forêts en Sibérie s’est accrue, au cours des derniers 24 heures, de 950 ha pour se chiffrer à 1.935 ha, a annoncé dimanche 22 mai l’antenne régionale du ministère des Situations d’urgence (MSU) dans un communiqué.

« Actuellement, 92 foyers d’incendies naturels sont enregistrés en Sibérie sur une superficie totale de 1.935,6 ha, dont 38 sont circonscrits sur une superficie de 641 ha », lit-on dans le communiqué.

« La principale cause des incendies est l’activité de la population locale », ajoute le document.

L’accès aux forêts est limité, les spécialistes procèdent au suivi de la situation.

L’été et l’automne derniers, les feux de forêt et de tourbières provoqués par une canicule sans précédent se sont propagés sur des millions d’hectares en Russie, faisant 62 morts et des milliers de sans-abri. 199 localités de 19 régions et républiques de la Fédération de Russie ont été touchées, 3.200 maisons ont brûlé. Le montant du préjudice causé par ces incendies s’élève à plus de 12 milliards de roubles (295 millions d’euros).

Téléphonie : un expert de l’OMS en plein conflit d’intérêt Priartem et Agir pour l’environnement Reporterre 2011/05/23 Priartem et Agir pour l’environnement (23 mai 2011) Téléphonie : un expert de l’OMS en plein conflit d’intérêt. Reporterre. fr

Téléphonie : un expert de l’OMS en plein conflit d’intérêt

Le CIRC, laboratoire de recherche de l’OMS, installé à Lyon, a décidé, ce matin lundi 23 mai d’exclure Anders Albhom de son comité d’experts chargé d’une évaluation des risques de cancérogénicité pour l’homme des radiofréquences de la téléphonie mobile alors même qu’ une importante session de travail de ce groupe doit se tenir, à Lyon du 24 au 31 mai.

Pourquoi cette exclusion ? Parce qu’un conflit d’intérêt majeur concernant ce scientifique allait être révélé à la presse par nos associations, en France, par d’autres associations nationales dans d’autres pays, grâce au travail d’investigation d’une journaliste suédoise.

Celle-ci a fourni à Priartem des documents attestant une implication directe de celui qui était jusqu’à ce matin Président du groupe d’experts « épidémiologie » du CIRC dans une activité de conseil auprès des entreprises de télécommunications.

Celui-ci, le professeur Anders Ahlbom, du prestigieux Institut Karolinska, Suède, bien connu des associations tant nationales qu’internationales pour ses positions de soutien sans nuance aux thèses des opérateurs, créait, au moment même où il remplissait une déclaration publique d’intérêt vierge de tout lien commercial avec les opérateurs, une société de conseil dont l’objet se définit comme suit dans le document administratif officiel de création : « La société mènera une activité de consultation dans les domaines suivants : affaires européennes, en particulier réglementation, spécifiquement dans les télécommunications, l’informatique, la réglementation environnementale et de l’énergie ainsi que dans les techniques médicales. »

Cette situation est totalement contraire aux règles exprimées par le CIRC, il y a quelques mois, pour motiver l’exclusion d’un scientifique allemand, Alexandre Lerchl : « une monographie du CIRC est un travail d’expertise qui requiert une complète indépendance vis à vis de tout intérêt commercial aussi bien que de toute posture partisane qui pourrait être perçue comme une position a priori » (lettre de Robert Baan et Vincent Cogliano, responsables respectivement de ce programme au CIRC et de la section « monographies » du CIRC)

Les associations Priartem et Agir pour l’environnement se félicitent de cette décision qui montre une volonté de l’OMS, après des scandales qui ont affaibli ses avis, de mettre en œuvre des procédures d’expertise plus vertueuses et du même coup moins contestables.

Elles constatent, cependant, à la lecture de la composition de ce groupe d’experts, que, même si on note un effort d’ouverture et de pluralisme nouveau et louable, une fois de plus apparaissent les mêmes personnes qui, toutes férocement attachées à la thèse du déni de risque, comme l’était le Professeur Ahlbom, empêchent, par leur présence systématique au sein des différents groupes nationaux ou internationaux, le débat contradictoire de se réaliser. D’ailleurs, dans ce groupe d’experts figurent des personnalités françaises mises en cause pour leurs positions partisanes.

Elles soulignent qu’il est plus urgent que jamais que l’Organisation publie systématiquement toutes les déclarations d’intérêt et veille tout particulièrement à assurer le renouvellement des experts et la pluralité des approches.

Elles rappellent que Priartem est partie prenante de l’appel qui vient d’être lancé par la Fédération internationale des ONG spécialisées sur la question des radiofréquences et de la santé (IEMFA) pour une publication urgente de la seconde partie des résultats d’Interphone qui portent sur les neurinomes de l’acoustique et les tumeurs de la glande parotide et pour une présence des ONG comme observateurs du travail d’expertise.

Les indignés campent aussi à Bayonne ! AG des premiers citoyens indignés de Bayonne Reporterre 2011/05/23 AG des premiers citoyens indignés de Bayonne (23 mai 2011) Les indignés campent aussi à Bayonne !. Reporterre. fr

Les indignés campent aussi à Bayonne !

Rassemblement ce mercredi 25 mai, jour de l’ouverture du G8 à Deauville, à 18h devant la mairie de Bayonne. Ce rassemblement sera le point de départ d’un campement de résistance qui sera la mise en pratique des indignations.

Nous appelons à un rassemblement ce mercredi 25 mai, jour de l’ouverture du G8 à Deauville, à 18h devant la mairie de Bayonne.

Ce rassemblement sera le point de départ d’un campement de résistance qui sera la mise en pratique de ces indignations par l’autogestion, l’AG (Assemblée Générale) citoyenne et le consensus. Matériel de camping et pique-nique de rigueur !

« Le motif de base de la résistance c’est l’indignation », Stéphane Hessel

Les vagues de révoltes dans les pays arabes ont réveillé un esprit de contestation en Europe. La population de l’État espagnol est mobilisée dans plus de 60 villes depuis le 15 mai pour exprimer son indignation face au système, qui a lui-même créé la crise (Voir vidéos : http://fr.euronews.net/2011/05/21/e... et http://www.dailymotion.com/video/xi....

Ce mouvement est en train de se propager partout en Europe, et est même en train de traverser les continents.

Citoyens du Pays Basque, mais avant tout citoyens du monde, nous subissons aussi de plein fouet les vicissitudes de ce système.

Manifeste de ’Democracia Real Ya !’

Nous sommes des personnes normales et ordinaires. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour travailler ou pour chercher du travail, des personnes qui ont une famille et des amis. Nous travaillons dur tous les jours pour vivre et donner un futur meilleur à ceux qui nous entourent. Certains d’entre nous se considèrent progressistes, d’autres plus conservateurs. Croyants ou non, avec des idéologies bien définies, ou apolitiques. Cependant nous sommes tous préoccupés et indignés par le contexte politique, économique et social qui nous entoure, par la corruption des politiciens, des chefs d’entreprises, des banquiers… par le manque de défense du citoyen. Cette situation nuisible au quotidien, peut être changée si nous nous unissons. Il est temps de se mettre en marche, de construire ensemble une société meilleure. Pour cela nous soutenons fermement ce qui suit :

- Les priorités de toute société avancée doivent être l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, l’épanouissement, le bien-être du citoyen.

- Il existe des droits fondamentaux qui devraient être couverts dans ces sociétés tels que le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie politique, au libre développement personnel ainsi que le droit à la consommation des biens nécessaires pour mener une vie saine et heureuse.

- L’actuel fonctionnement de notre système économique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et représente un obstacle pour le progrès de l’humanité.

- La démocratie part du peuple (dêmos=peuple ; kratos=le pouvoir) et dans cette optique le gouvernement doit naitre du peuple. Toutefois, dans ce pays, la majorité de la classe politique ne nous écoute pas. Alors que ses fonctions devraient être celles de porte- paroles de nos revendications auprès des institutions, en permettant la participation politique des citoyens au moyen de voies directes procurant ainsi un meilleur bénéfice pour l’ensemble de la société, nous assistons à un enrichissement et à leur prospérité à nos dépens.

- Le besoin irrépressible de pouvoir de certains d’entre eux provoque une inégalité, de la crispation et de l’injustice, ce qui conduit à la violence que nous rejetons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel bloque la machine sociale et la convertit en une spirale qui se consume en enrichissant quelques-uns et en plongeant dans la pauvreté et la pénurie les autres. Jusqu’à l’effondrement.

- La volonté et la finalité du système est l’accumulation d’argent, la plaçant au-dessus de l’efficacité et le bien-être de la société. En gaspillant des ressources, détruisant la planète, produisant du chômage et des consommateurs malheureux.

- Les citoyens font partie de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir une minorité qui ignore tout de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous, rien de ceci n’existerait parce que nous faisons bouger le monde.

- Si comme société nous apprenons à ne pas confier notre futur à une rentabilité économique abstraite qui n’est jamais favorable à la majorité, nous pourrons éliminer les abus et les manques dont nous souffrons tous.

Une Révolution Morale est nécessaire. Nous avons mis l’argent au-dessus de l’Être Humain alors que nous devrions le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, non des produits du Marché. Je ne suis pas seulement ce que j’achète, pourquoi et à qui je l’achète.

Pour tout ce qui précède, je suis indigné.

Je crois que je peux le changer.

Je crois que je peux aider.

Je sais qu’unis nous pouvons.

Sors avec nous. C’est ton droit.

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L’AG des premiers citoyens indignés de Bayonne.

Des faucheurs volontaires contre les arbres transgéniques Le Collectif des Faucheurs Volontaires d’OGM Reporterre 2011/05/23 Le Collectif des Faucheurs Volontaires d’OGM (23 mai 2011) Des faucheurs volontaires contre les arbres transgéniques. Reporterre. fr

Des faucheurs volontaires contre les arbres transgéniques

Des faucheurs volontaires ont investi lundi matin le centre de recherche INRA à Angers. Ils protestent contre la production d’un arbre transgénique sans discussion ni concertation.

Pour une recherche au service de la société civile !

Aujourd’hui lundi 23 mai, nous, faucheurs et faucheuses volontaires d’OGM venons d’investir les locaux de l’Inra d’Angers à Beaucouzé pour une inspection citoyenne.

Nous réagissons à la publication par Végépolys en janvier 2011 annonçant la production de poirier transgénique en vue de l’obtention de clones résistants au feu bactérien.

Sans aucune autre forme de dialogue, nous voilà une nouvelle fois devant le fait accompli.

Nous faisons partie de la majorité des citoyens qui refusent les OGM dans leur assiette, et nous nous inquiétons de l’utilisation des fonds publics à l’encontre de nos aspirations.

C’est pourquoi nous venons interpeller publiquement l’Inra qui doit respecter son mandat public.

A ce titre, nous lui rappelons que la concertation avec la société civile autour de la recherche scientifique et la transparence qui lui est due doivent être au centre du fonctionnement de l’institut.

C’est ce que nous sommes venus dire et revendiquer aujourd’hui, en commençant par le dépôt d’une série de questions, pour laquelle nous diffuserons publiquement les réponses au cours d’une autre conférence de presse d’ici un mois.

Enfin, rappelons que nous ne sommes pas « a priori » opposés aux OGM en milieu confiné s’ils servent l’acquisition de connaissances d’un point de vue fondamental, mais bien exaspérés face à ceux qui prennent nos champs et notre assiette pour des paillasses de laboratoires.

Complément d’info

Des faucheurs volontaires d’OGM investissent l’Inra d’Angers

TF1, lundi 23 mai à 12 h 41.

Une soixantaine de faucheurs volontaires d’OGM, réunis dans le Maine-et-Loire, ont investi pacifiquement les locaux de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) lundi matin et ils étaient toujours sur place en fin de matinée. Venus pour une "inspection citoyenne" ils ont expliqué s’inquiéter d’une publication par Végépolys (pôle de compétitivité autour du végétal qui finance des programmes de recherche) en janvier, annonçant une "production de poirier transgénique en vue de l’obtention de clones résistants au feu bactérien". "Nous faisons partie des citoyens qui refusent les OGM dans leur assiette, et nous nous inquiétons de l’utilisation des fonds publics à l’encontre de nos aspirations", ont-ils expliqué dans un communiqué. Ils ont rencontré le responsable de l’Inra et pu visiter les locaux y compris le site où sont menés les travaux de recherche sur le poirier transgénique. Ils ont annoncé qu’ils reviendraient "d’ici un mois" chercher les réponses à une liste de questions qu’ils ont déposée lundi.

Un village autogéré s’établit jusqu’au 29 mai dans la forêt de Montgeon Camp No G8 2011 Le Havre Reporterre 2011/05/23 Camp No G8 2011 Le Havre (23 mai 2011) Un village autogéré s’établit jusqu’au 29 mai dans la forêt de Montgeon. Reporterre. fr

Un village autogéré s’établit jusqu’au 29 mai dans la forêt de Montgeon

Dans la continuité de la manifestation contre le G8 qui a eu lieu le samedi 21 mai au Havre, nous organisons un village autogéré du 20 au 29 mai dans la forêt de Montgeon.

Au Maghreb et dans les autres pays arabes, des peuples s’unissent et parviennent à renverser un ordre qui leur paraissait immuable. En Grèce, en Espagne, au Mexique et au Portugal, aussi des peuples se soulèvent contre l’ordre établi.

Nous proposons de faire de cette contestation une dynamique durable de transformation sociale en expérimentant ici et maintenant des pratiques et des modes de vie autogérés, anticapitalistes et écologiques. C’est ainsi que nous construirons des alternatives au système hiérarchique et au mode de vie que représente le G8.

L’autogestion, c’est la prise de décision collective au consensus, une organisation horizontale pour éviter les prises de pouvoir, la participation de tout(e)s à la vie du camp dans le but d’éviter la spécialisation et de transmettre les savoirs, ainsi que des expérimentations concrètes en tant qu’alternatives au capitalisme : des assemblées générales décisionnelles ; une alimentation végétarienne, locale et biologique ou issue de la récupération, à prix libre ; des toilettes sèches ; l’auto-média ; des actions directes de désobéissance ; des ateliers-débats autour des questions de la précarité, de l’immigration, de la décroissance. Tandis que les crises écologiques, économiques et sociales nous démontrent chaque jour que le système est entrain de s’autodétruire, nous appelons à venir construire d’autres modèles.

Chronique d’un délégué du personnel objecteur de croissance Franck Barske Reporterre 2011/05/23 Franck Barske (23 mai 2011) Chronique d’un délégué du personnel objecteur de croissance. Reporterre. Tribune — fr

Chronique d’un délégué du personnel objecteur de croissance

« Le principe du système pyramidal pourrait devenir acceptable si le sommet était la marionnette de la base et non l’inverse comme aujourd’hui. »

Le mois d’avril m’a collé une gifle méritée. En quelques semaines, je me suis éloigné de la profession de foi du mois de novembre 2010. Je souhaitais aider les salariéEs de l’agence du Havre pour les rendre indépendants des revendications traditionnelles et leur donner envie d’un autre mode de vie et d’une autre façon de produire.

Mais voilà, j’ai une fois encore été manipulé par le système productiviste que je souhaite tant voir disparaître. J’ai accepté d’être délégué du personnel pensant de bonne foi gagner du temps et de la force dans ma démarche. Seulement maintenant, comme une vingtaine de collégues, je suis délégué du personnel et CHSCT pour 7 agences (Argentan, Cherbourg, Caen, Le Havre, Rouen Nord, Rouen Sud, Evreux). Cela représente une semaine par mois dédiée à ces fonctions : les réunions de préparation, les réunions et les formations pour tenir ces responsabilités. C’est payé par mon employeur, c’est la partie sympathique de l’affaire, mais en même temps, cela m’éloigne de mon agence et depuis le début de l’année, je n’ai fait aucune action qui aille dans le sens de ma profession de foi.

Les négociations annuelles obligatoires ont eu lieu au mois d’avril, c’est à ce moment que la gifle arrive. Qu’en est-il ressorti ? Rien. Le boss propose 0% d’augmentation et du boulot en plus. Et comment les délégués syndicaux, tous acronymes confondus, réagissent-ils ? Aucune réaction, si ce n’est un petit tract menaçant d’un éventuel arrêt de travail de quelques heures dans quelques semaines. Croyez-vous que je maudisse ces délégués syndicaux ? Et bien non, la seule personne que je maudisse c’est moi. Je pense sincèrement avoir acquis quelques connaissances en autogestion et actions directes non violentes que j’aurais dû partager depuis longtemps avec les salariéEs de mon agence. Nous avons à notre disposition des outils pour nous organiser (section syndicale, liste de discussion, distribution de tracts, etc.) qui sont actuellement en état d’abandon. Mais au lieu de remettre en état ces outils, je suis en balade aux quatre coins de la Normandie : bien joué patron !! Je suis démuni, je me sens impuissant. Il serait facile de rejeter la faute sur un bouc émissaire syndical mais je suis bien responsable. Je le sais : les armes que nous offre l’adversaire sont forcément chargées de balles à blanc. Je suis convaincu qu’il faut inventer de nouvelles façons de s’organiser et de se battre, qu’il faut sortir du syndicalisme traditionnel.

J’ai un ami qui me rappelait récemment que le principe du système pyramidal pourrait devenir acceptable si le sommet était la marionnette de la base et non l’inverse comme aujourd’hui. Mais pour que cela fonctionne, il faudrait que nous reprenions tous conscience que la politique comme le droit de grève sont des éléments essentiels pour qu’existe une vraie démocratie. Et dans le cadre de l’entreprise, c’est donc bien à nous salariéEs, de mettre la pression sur nos délégués pour qu’ils agissent et non l’inverse.

Pour finir la petite histoire romancée du mois : J’étais en réunion entre copains de même étiquette syndicale. Je remettais en cause le vote électronique qui avait été mis en place avec l’accord des syndicats lors des dernières élections de l’entreprise. Mon argumentation vient essentiellement de ce livre : Vote électronique : les boîtes noires de la démocratie, Perline et Thierry Noisette et j’entends cette phrase : « Toi l’écolo, comment peux-tu être contre le vote électronique, car grâce à lui, on économise des hectares de forêts ? » et ma réponse fut : « C’est la grande différence entre l’écologie et la Décroissance : notre priorité c’est l’humanité et une vraie démocratie, pas les petits oiseaux. Notre projet n’est pas de sacrifier notre liberté pour quelques hectares de forêts. » J’ai été applaudi et le débat s’est arrêté là.

Le FMI versera une retraite à vie à M. Strauss-Kahn E. Au (Libération) Reporterre 2011/05/24 E. Au (Libération) (24 mai 2011) Le FMI versera une retraite à vie à M. Strauss-Kahn. Reporterre. fr

Le FMI versera une retraite à vie à M. Strauss-Kahn

En 2007, DSK a signé pour un mandat de cinq ans au Fonds monétaire international. Il en a démissionné jeudi, pour les raisons que l’on connaît. Mais les termes de l’accord stipulent que l’ex-patron du FMI a le droit à une « separation allowance », même si c’est lui qui a décidé de partir.

« Bien que vous ayez signé pour cinq ans, vous ou le conseil d’administration êtes libres de mettre un terme à votre connexion avec le Fonds à n’importe quel moment », lit-on dans ce document, publié sur le site du FMI.

« Si vous démissionnez après avoir servi [le FMI] pendant au moins deux ans, il vous sera versé une Separation Allowance », poursuit le contrat. Or, DSK dirige le FMI depuis novembre 2007, soit un peu plus de trois ans.

Ce qui lui donne droit, selon le mode de calcul détaillé dans le contrat, à une allocation dont le montant est égal à 60% de son dernier salaire annuel, qui est de 441.980 dollars (310.000 euros) selon le rapport annuel 2010 de l’institution (voir page 64). Soit au minimum 265.188 dollars.

La chaîne américaine ABCfait des calculs à la hausse, qui semblent exagérés : selon elle, le salaire de DSK serait plus proche des 530.000 dollars. Soit un « parachute doré » d’au moins 318.000 euros.

Contacté par Libération.fr, le FMI souligne aussi que les montants de la pension de retraite annuelle évoqués par certains médias sont « grossièrement exagérés ». (250.000 dollars par an, selon la chaîne CNBC). DSK a en effet des droits à la retraite, selon le même contrat.

Contrat qui, pour l’indemnité de départ comme pour la pension de retraite, ne prévoit aucun cas de confiscation ou de suspension. Ni pour une condamnation, ni pour une inculpation.

« YES WE CAMP » : en France aussi les jeunes en ont ras-le-bol ! Génération Précaire Reporterre 2011/05/24 Génération Précaire (24 mai 2011) « YES WE CAMP » : en France aussi les jeunes en ont ras-le-bol !. Reporterre. fr

« YES WE CAMP » : en France aussi les jeunes en ont ras-le-bol !

« Pour un rassemblement devant les marches de l’Opéra Bastille, à Paris, tous les soirs à 19 heures afin de faire entendre nos voix et rassembler de plus en plus d’ici dimanche 14H30. »

Le collectif Génération Précaire soutient la jeunesse espagnole rassemblée en plein cœur de Madrid à la Puerta del Sol. La jeunesse espagnole subit comme dans beaucoup de pays européens des mesures austères et inefficaces. L’ensemble de l’Europe peine à donner des chiffres rassurants : en Espagne, 45 % des jeunes sont au chômage, en France 25 %. Et encore, il faut y ôter les auto-entrepreneurs, les services civiques, les emplois à temps partiel imposé et les stagiaires, non moins précaires que ceux qui entrent dans les calculs statistiques.

Après avoir touché la Tunisie puis l’Égypte, un air de jasmin souffle petit à petit sur l’Europe. En Grèce d’abord en décembre dernier, puis au Portugal à la mi-mars, voilà que la jeunesse espagnole elle aussi suit le mouvement.

Premiers touchés par la crise, les jeunes se révèlent une véritable variable d’ajustement et revendiquent un droit au travail qu’on leur refuse sous prétexte de crise économique mondiale.

Génération Précaire soutient les mouvements de protestations spontanés de cette jeunesse européenne et appelle à la mobilisation pour que l’on cesse de brader la jeunesse tout en consolidant un système qui a été sauvé sans contrepartie sociale.

En France, l’Etat, dans son actuelle incapacité à régler la situation sociale, affirme sa volonté d’être plus ferme vis-à-vis des plus fragiles : chômeurs au RSA, jeunes sans travail ou stagiaires surexploités, élèves, malades... L’Etat refuse d’encadrer les très hauts salaires, montre du doigt les populations les plus précaires qu’il qualifie d’assistées, tout en refusant de limiter l’augmentation des loyers ou les prix des produits de base.

Génération Précaire relaie l’appel lancé par le mouvement http://www.reelledemocratie.com/ pour un rassemblement devant les marches de l’opéra Bastille tous les soirs à 19 heures afin de faire entendre nos voix et rassembler de plus en plus d’ici dimanche 14H30. Nous sommes des millions. Le mouvement est suivi dans toute l’Europe avec des manifestations en Grande-Bretagne ou encore en Grèce sous le slogan « People of Europe Rise Up » (Peuples d’Europe, soulevez-vous !).

Solidaires de ces jeunes Espagnols qui ont eu le courage de se lever pour dire « stop », nous sommes à leurs côtés, et nous refusons le bizutage social actuel, tout en revendiquant une société ouverte à son avenir.

Les travailleurs sans papiers payent leurs impôts Droits devant !! Reporterre 2011/05/24 Droits devant !! (24 mai 2011) Les travailleurs sans papiers payent leurs impôts. Reporterre. fr

Les travailleurs sans papiers payent leurs impôts

Conformément à l’article XIII de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 qui stipule que « pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés », les travailleurs sans papiers s’apprêtent cette année encore à déclarer leurs revenus à l’administration fiscale.

En déclarant leurs revenus, les travailleurs sans papiers remplissent un devoir citoyen, ils en acceptent les obligations et ils exigent en retour que leur participation active à l’économie française et à la vie sociale soit reconnue.

Bien conscients de commettre un délit de solidarité, des militants des organisations membres de la campagne « Non au racket sur les cotisations sociales, non à l’injustice fiscale » (Union SNUI-SUD Trésor Solidaires, Droits Devant !!, SUD Travail, Solidaires, CSP 17e…) tiendront des permanences fiscales militantes à Paris les 25 et 26 mai 2011 afin d’aider les sans-papiers à remplir leurs obligations déclaratives. Délit pour les uns, obligations pour les autres… seule la régularisation peut mettre fin à l’hypocrisie !

Un rassemblement devant le ministère du Budget et des Comptes publics aura lieu le 30 mai, dernier jour pour déposer sa déclaration d’impôts, à 14h. Une audience sera demandée.

*CONFERENCE DE PRESSE MERCREDI 25 MAI 2011 A 11H * au foyer St Just (rue St Just, Paris 17e, métro porte de Clichy) organisée par les organisations de la campagne « Non au racket sur les sans papiers, non à l’injustice fiscale » avec le témoignage de travailleurs sans papiers

Les thèmes suivants seront développés : - Le ministère du Budget et la direction générale des Finances publiques reconnaissent, en acceptant leurs déclarations de revenus et leurs impôts, les travailleurs sans papiers, mais le gouvernement ne les régularise pas ; - Les injustices fiscales subies par les travailleurs sans papiers ; - Pourquoi de plus en plus de consulats rechignent à autoriser la France à expulser des travailleurs sans papiers ; - Les travailleurs sans papiers, une main d’œuvre utile et nécessaire mais surexploitée, une illégalité orchestrée par les lois depuis 1972.

Un dossier sera remis à chaque journaliste présent.

*Signataires* A.S.I.A.D.– Association des Militants pour l’Intégration Totale des Immigrés (AMITI) Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) Association des Marocains en France (AMF) Association des Travailleurs Maghrébins en France (ATMF) Association des Tunisiens en France (ATF) Association Malienne des Expulsés (AME) ATTAC France Autremonde CAPJPO CGT Caisse des Dépôts Collectif CGT sans-papiers Cannes Collectif d’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) Confédération Paysanne Convergence des Causes Coordination 75 des sans-papiers Coordination 93 pour la lutte des sans-papiers Coordination Femmes Egalité COPAF CSP 17e Saint Just CSP Montreuil CTSP Vitry D.A.L. Droits devant !! Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés (FASTI) Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) Gauche Alternative GISTI Les Alternatifs Les Verts M.R.A.P. Marches européennes contre le chômage Mouvement des Quartiers pour la Justice Sociale (MQJS) Nouveau Parti Anti-capitaliste (NPA) Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) Parti Communiste Français R.E.S.F. RESOCI SNU TEF-FSU Stop Précarité SURVIE Union Syndicale SOLIDAIRES (SUD Travail, Union SNUI-SUD Trésor Solidaires)

Ils prennent l’argent, prenons la rue ! Démocratie réelle, maintenant ! Reporterre 2011/05/24 Démocratie réelle, maintenant ! (24 mai 2011) Ils prennent l’argent, prenons la rue !. Reporterre. Tribune — fr

Ils prennent l’argent, prenons la rue !

"Face à cette oligarchie politique qui détient tous les pouvoirs, revendiquons la convocation d’une Assemblée Constituante pour rappeler à nos gouvernants que le seul souverain, c’est le peuple ! Face à la poignée d’ultra riches qui parasitent notre société, exigeons une nouvelle répartition des richesses ! Nous appelons donc partout en France à l’organisation de rassemblements et d’occupations pacifiques des places publiques."

Depuis le début de la crise financière en 2008, nos gouvernants ont décidé de mettre à genoux les peuples au lieu de faire payer les banques. Les démocraties européennes ont été séquestrées par les marchés financiers internationaux. Nous sommes pris à la gorge par les plans d’austérité qui se multiplient partout en Europe. Le chômage a explosé et plonge dans la précarité et la misère des millions de personnes. La crise touche tout le monde. En France, alors que les profits du CAC 40 ont doublé, le chômage des jeunes atteint 25 %. En Espagne, c’est 40 % des moins de 35 ans qui sont sans emploi.

Face à cela, le peuple espagnol s’est soulevé. Depuis le 15 Mai, ce sont des dizaines de milliers d’espagnols qui occupent les places jour et nuit. Le mouvement Democracia Real Ya ! (Une démocratie réelle maintenant !) s’organise autour de deux axes de revendications : régénération démocratique du système politique et défense d’une politique sociale. Il s’agit d’une véritable mobilisation citoyenne totalement indépendante et autogérée.

Suite aux rassemblement de solidarité organisés par les Espagnols résidant en France, nous citoyens nous reconnaissons dans les aspirations du peuple Espagnol. Nous appelons chacun à devenir acteur de cette dynamique de changement. La révolte des pays arabes a traversé la Méditerranée. Le réveil du peuple espagnol envoie un message clair à tous les européens, à nous de saisir cette opportunité.

Face à cette oligarchie politique qui détient tous les pouvoirs, revendiquons la convocation d’une Assemblée Constituante pour rappeler à nos gouvernants que le seul souverain, c’est le peuple !

Face à la poignée d’ultra riches qui parasitent notre société, exigeons une nouvelle répartition des richesses !

Nous appelons donc partout en France à l’organisation de rassemblements et d’occupations pacifiques des places publiques. C’est en nous réappropriant l’espace public que nous déciderons ensemble des revendications et des moyens d’action (culturels, artistiques, politiques et citoyens).

La seule limite à l’exploitation, c’est la résistance à l’exploitation !

Voté à l’unanimité par l’Assemblée Générale de Paris, Place de la Bastille, Dimanche 22 Mai 2010

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MARDI 24 MAI :

TOULOUSE : Campement permanent Place du Capitole PERPIGNAN : Campement permanent Place République LYON : Campement permanent Place Bellecour LILLE : 12h, Place de la République STRASBOURG : 19h Place de la République + Campement ! PARIS : 19h à la Bastille GRENOBLE : 20h, Place Victor Hugo MONTPELLIER : 18h à l’esplanade NANCY : 19h, Place de la République. AG à 20h.

MERCREDI 25 MAI :

TOULOUSE : Campement permanent Place du Capitole PERPIGNAN : Campement permanent Place République LILLE : 12h, Place de la République TOURS : 19H place Jaures LYON : Campement permanent Place Bellecour STRASBOURG : Campement permanent Place République BAYONNE : 18h, Place de la Mairie + campement CLERMONT-FERRAND : 14h, Place de Jaude GRENOBLE : 20h, Place Victor Hugo

SAMEDI 28 MAI :

AMIENS : 15h, Campement devant l’académie LILLE : 12h, Place de la République MARSEILLE : 15h, Vieux Port, Campement !

DIMANCHE 29 MAI :

PARIS : 14h, Place de la Bastille grand rassemblement populaire on prend la Bastille. MARSEILLE : 15h, Vieux Port, Campement !

En Espagne, 340.000 personnes aiment « democracia real, ya ! » En France, déjà 2.200 et 1.600 pour celui de Paris En Italie, 17.000 En Grèce, 2.200 En Allemagne, 1.200 et 5.600 pour celui de Berlin En Grance-Bretagne, 100 mais 2.900 pour celui de Londres Et ça monte, et ça monte...

Chaque jour en Europe, 125 hectares sont mangés par l’asphalte Commission européenne Reporterre 2011/05/25 Commission européenne (25 mai 2011) Chaque jour en Europe, 125 hectares sont mangés par l’asphalte. Reporterre. fr

Chaque jour en Europe, 125 hectares sont mangés par l’asphalte

L’imperméabilisation des sols entraîne la perte de leurs fonctions biologiques. Comme l’eau ne peut ni s’infiltrer ni s’évaporer, le ruissellement s’accentue et peut entraîner des inondations catastrophiques. Les paysages se fragmentent. Le potentiel de production alimentaire des terres est perdu à jamais : quatre millions de tonnes de blé sont perdues chaque année du fait de l’imperméabilisation des sols.

Chaque année, en Europe, des sols représentant une superficie plus vaste que la ville de Berlin sont perdus en raison de l’expansion urbaine et de la construction d’infrastructures de transport. Cette évolution contraire aux principes du développement durable met en péril la disponibilité de sols fertiles et de nappes aquifères pour les générations futures. Un nouveau rapport publié le 23 mai par la Commission européenne recommande une approche en trois volets axée essentiellement sur la limitation de la progression de l’imperméabilisation des sols, l’atténuation de ses effets et la compensation des pertes de sols de grande valeur par l’adoption de mesures dans d’autres zones.

S’exprimant sur le sujet, M. Janez Potočnik, membre de la Commission européenne chargé de l’environnement, a déclaré : « Certains des services fondamentaux liés aux écosystèmes sont tributaires de la qualité des sols, et sans ces derniers, la vie sur notre planète serait menacée d’extinction. Nous ne pouvons pas laisser l’imperméabilisation des sols se poursuivre. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille mettre un terme au développement économique ou cesser de moderniser nos infrastructures, mais la démarche adoptée doit être plus durable. »

L’asphalte gagne du terrain

Un sol est imperméabilisé lorsqu’il est recouvert d’un matériau imperméable tel que l’asphalte ou le béton. Entre 1990 et 2000, 275 hectares au moins de sols ont été perdus chaque jour dans l’UE, soit 1 000 km2 par an. La moitié de ces sols sont recouverts de manière permanente par des couches imperméables de bâtiments, de routes et de parcs de stationnement.

D’après le rapport, cette tendance s’est ralentie et a été ramenée à 252 hectares par jour au cours de ces dernières années, mais le rythme de consommation des terres demeure préoccupant. Entre 2000 et 2006, l’augmentation moyenne des surfaces artificielles a été de 3 % dans l’UE. C’est en Irlande, à Chypre et en Espagne que cette augmentation a été la plus marquée (respectivement 14 %, 14 % et 15 %).

Recommandations

Pour faire face au problème de l’imperméabilisation des sols, le rapport propose une approche en trois volets :

- limitation de la progression de l’imperméabilisation des sols par une amélioration de l’aménagement du territoire ou le réexamen des subventions « négatives » qui encouragent indirectement l’imperméabilisation des sols ;

- mise en œuvre de mesures d’atténuation afin de limiter les dommages lorsque l’imperméabilisation des sols ne peut être évitée. Il s’agit par exemple de recourir à des revêtements perméables au lieu de l’asphalte ou du ciment classiques, ou de prévoir des toitures végétales ;

- mise en place de mesures permettant de compenser partiellement les pertes de sols dans une zone par d’autres mesures réalisées ailleurs. Ces mesures peuvent se présenter sous la forme de paiements, comme dans la République tchèque et en Slovaquie, ou d’actions de remise en état de sols déjà imperméabilisés. Des exemples de bonnes pratiques ont notamment été observés à Dresde et à Vienne.

Les résultats de ce rapport seront intégrés dans un document technique sur l’imperméabilisation des sols que la Commission élabore actuellement en collaboration avec des experts nationaux. Ce document, qui devrait être achevé début 2012, formulera, à l’intention des autorités nationales, régionales et locales, des orientations concernant les meilleures pratiques à mettre en œuvre pour limiter l’imperméabilisation des sols et en atténuer les effets.

Contexte

L’imperméabilisation des sols entraîne la perte irréversible des fonctions biologiques des sols. Étant donné que l’eau ne peut ni s’infiltrer, ni s’évaporer, le ruissellement s’accentue, avec parfois pour conséquence des inondations catastrophiques. Les paysages se fragmentent et les habitats deviennent trop exigus ou trop isolés pour abriter certaines espèces. En outre, le potentiel de production alimentaire des terres est perdu à jamais. Le Centre commun de recherche de la Commission estime que quatre millions de tonnes de blé sont perdues chaque année du fait de l’imperméabilisation des sols.

De nombreuses régions d’Europe sont touchées par l’imperméabilisation croissante des sols, dont la moitié des régions des Pays-Bas, huit provinces italiennes (Vercelli, Lodi, Verona, Piacenza, Parma, Campobasso, Matera, Catanzaro), trois départements français (Vendée, Tarn-et-Garonne, Corrèze), la région de Poznan en Pologne, la Styrie occidentale en Autriche, la région estonienne de Põhja-Eesti, ainsi que la région de Jugovzhodna en Slovénie.

La Commission, dans sa stratégie thématique en faveur de la protection des sols, a reconnu que la dégradation des sols, et notamment leur imperméabilisation, pose un grave problème au niveau de l’UE. Afin de protéger les sols de l’Union européenne, la Commission a présenté en 2006, avec le soutien du Parlement européen, une proposition de directive-cadre sur les sols. La proposition est toutefois bloquée au Conseil en raison de l’opposition de certains États membres.

Plus d’informations :

- Stratégie thématique en faveur de la protection des sols, en anglais.

- MEMO/06/341 sur la protection des sols, en anglais.

La LGV Paris-Toulouse, un choix néfaste pour les régions Jean Bachèlerie Reporterre 2011/05/25 Jean Bachèlerie (25 mai 2011) La LGV Paris-Toulouse, un choix néfaste pour les régions. Reporterre. Tribune — fr

La LGV Paris-Toulouse, un choix néfaste pour les régions

Moderniser la ligne Paris-Orléans-Toulouse serait plus utile pour les régions traversées et moins nuisible sur le plan écologique.

La France moderne s’est développée autour des axes ferroviaires, le rôle des infrastructures en particuliers ferroviaires dans l’aménagement du territoire est essentiel.

Comment se fait-il que les socialistes piétinent allègrement, au nom d’un égoïsme local, eux qui devraient être les défenseurs naturels de la solidarité, du développement durable, ce principe ?

Il existe une ligne de chemin de fer Paris Orléans Toulouse (POLT), qui fut la première où le train à grande vitesse, le Capitole, fut mis en service dans les années 1960. Au nom de quelle vision de l’avenir de cette ligne, qui traverse des régions toutes dirigées par le PS, la région Limousin dirigée par Jean-Paul Denanot privilégie-t-elle un projet lancé par Madame Chirac au début des années 2000 : le barreau Poitiers-Limoges à une voie, en créant de toutes pièces une nouvelle voie Poitiers Limoges ?

Les seuls bénéficiaires de cette idée seront les habitants de Limoges. Les grands perdants toutes les villes entre Orléans et Toulouse et le département de la Creuse.

Le POLT contribue à desservir 32 départements, 7 métropoles régionales, et plus de 3 millions d’habitants. On peut souligner que moderniser le POLT est une exigence d’intérêt national et de survie pour des villes comme Vierzon, Châteauroux, La Souterraine, Argenton sur Creuse, Limoges , Brive Cahors Montauban.

Le POLT est une ligne pour les trains de voyageurs et de fret, sa modernisation est indispensable. Par ailleurs elle comporte 8 carrefours ferroviaires et 4 transversales. Elle est donc essentielle au développement du territoire et au maillage ferroviaire de ces régions.

Malgré tout cela, Jean-Paul Denanot, François Hollande et la majorité PS du conseil régional favorisent la LGV, caprice d’un maire qui oublie le rôle du fret dans la vie économique de Limoges. A noter toutefois l’opposition du député maire de Brive : Philippe Nauche. Les écologistes emmenés par Yvan Tricart et l’association Air de nos campagnes et l’association Urgence POLT dirigée par Jean-Claude Sandrier, député du Cher, soutenue par Michel Vernier, député de la Creuse, Jean Launay, député du lot, les régions Midi Pyrénées et Centre, les conseils généraux du Cher, de la Creuse, de l’Indre, du Lot et de la Corrèze.

Un projet concurrent voit le jour, la ligne Paris-Clermont-Ferrand-Lyon. Cette ligne serait un doublement de Paris-Lyon, et si elle passe par Vierzon, rendrait le projet LGV caduc.

A souligner que Ségolène Royal, présidente du conseil régional Poitou-Charentes, s’oppose vigoureusement à la LGV Poitiers-Limoges et refuse toute participation financière.

Au vu de tous ces faits, souhaitons que la modernisation du POLT, solution qui a la préférence discrète de la SNCF, l’emporte. Le transport ferroviaire est le moins cher et le moins polluant, il est indispensable au développement du Centre, du Limousin et de Midi-Pyrénées. Une ligne LGV venant bouleverser des paysages, la nature entre Poitiers et Limoges n’a pas de sens économique, elle ne concerne que les voyageurs, est anti écologique et industriellement, une voie TGV à voie unique est un non sens. Il serait bon que François Hollande et le Parti socialiste le fassent comprendre au président de la région Limousin Jean-Paul Denanot. Même la politique politicienne n’a pas le droit de jouer avec l’avenir de nos régions et de la nature.

Le PS ne peut avoir deux discours en matière industrielle et écologique, un discours proche de l’écologie et une pratique de gaspillage des ressources naturelles, portant atteinte à la nécessaire solidarité entre les régions et le développement des régions.

Affaire DSK : la police enquête au Siècle Collectif des Démocrates déchaînés Reporterre 2011/05/25 Collectif des Démocrates déchaînés (25 mai 2011) Affaire DSK : la police enquête au Siècle. Reporterre. fr

Affaire DSK : la police enquête au Siècle

Le scénario a déraillé, en raison d’une massive présence policière.

Paris, place de la Concorde, mercredi 25 mai, à 19h45. Des agents de la police new-yorkaise se sont présentés avec Dominique Strauss-Khan à l’entrée du Siècle afin que l’ex-directeur du FMI y dénonce ses complices. Des militants du Collectif des Démocrates Déchaînés (CDD) ont distribué des oranges aux futurs inculpés à leur arrivée au dîner du Siècle. C’est ici, dans le bâtiment de l’Automobile club de France, place de la Concorde, à Paris, que se réunit l’oligarchie hexagonale, chaque quatrième mercredi du mois, depuis 1945.

DSK n’est pas seulement Grand Officier de l’Ordre de la République de Ben Ali, il est aussi un des membres les plus éminents du Siècle (avec Anne Sinclair). Au nombre de ses complices également membres de l’oligarchie des affameurs de peuples, et donc du Siècle, on compte : François Hollande, Martine Aubry, Laurent Fabius, Lionel Jospin... ou encore la présidente du Siècle, Nicole Notat, ancienne dirigeante de la CFDT... Sans oublier, bien sûr, les grands patrons du CAC 40. L’ancien ministre des finances de la Gauche plurielle, qui fit mieux en matière de privatisations que tous les gouvernements de droite réunis, était au Siècle comme un poisson dans l’eau !

Seront probablement épargnés par les dénonciations de DSK : les journalistes et sondologues membres du Siècle. DSK les a remercié chaleureusement pour la campagne de propagande dont il bénéficia, en tandem médiatique avec la chef du FN, Marine Le Pen, avant la campagne présidentielle. Et depuis, le rappel en boucle de la présomption d’innocence, plus forte pour l’ancien président du FMI que pour Julien Coupat, a permis de nier l’éventuelle souffrance de son éventuelle victime, et surtout de passer aux oubliettes la politique brutale de DSK à la tête du FMI, qui, à coup de gel carabiné des salaires, de hausses de la TVA, de coupes drastiques dans les budgets sociaux et autres privatisations généralisées, continue de faire payer la crise financière à ses victimes plutôt qu’à ses responsables...

Partout dans le monde, les peuples résistent. Tout près de nous : en Grèce, en Irlande, au Portugal, et même en France, à Bayonne, Lyon, Toulouse et Paris, on campe sur les grandes places pour dire non aux plans d’austérité du FMI et de l’Union Européenne, et non aussi aux dictats du G8. Tandis qu’au soir tombant sur l’ex-place de la Révolution, sous les lambris d’or et les lustres de cristal, les membres du Siècle devisent, le Collectif des Démocrates Déchaînés propose que partout soit repris le slogan de la jeunesse espagnole : « Nous voulons une vraie démocratie, maintenant ! »

Le CRIIGEN dépose plainte pour faux et usage de faux Crii-Gen Reporterre 2011/05/25 Crii-Gen (25 mai 2011) Le CRIIGEN dépose plainte pour faux et usage de faux. Reporterre. fr

Le CRIIGEN dépose plainte pour faux et usage de faux

Les partisans des OGM, qui attaquaient Gilles-Eric Séralini, ont utilisé en justice un faux document.

Le CRIIGEN et le Professeur Gilles-Eric SERALINI ont saisi, ce 20 mai 2011, Monsieur le Procureur de la République de Paris d’une plainte pour faux et usage de faux visant un document produit en justice par le Professeur Marc FELLOUS et l’AFBV (Association Française des Biotechnologies Végétales), à l’occasion du procès au terme duquel Marc FELLOUS a été, le 18 janvier 2011, déclaré coupable de diffamation envers Gilles-Eric SERALINI. Les plaignants sont choqués par de telles pratiques, d’autant que la communication et les lettres diffamatoires de l’AFBV prétendaient vouloir réagir à la diffusion de « fausses informations » et aux entorses faites à « la neutralité scientifique ».

De plus, au cours du procès gagné pour diffamation par le Pr. Séralini, le lien a été fait entre l’AFBV et les entreprises de biotechnologies. Le CRIIGEN et le Professeur Séralini remercient chaleureusement les plus de 1100 scientifiques de 35 pays qui ont manifesté leur soutien et environ 12.000 citoyens, ainsi que la Fondation Sciences Citoyennes, le réseau de chercheurs européens ENSSER et les nombreuses associations, Fondations et organismes. Ces personnes ont signé une pétition en sa faveur pour un débat sain et contradictoire, au-delà des mensonges, des bassesses et des intérêts partisans qui piétinent les études de risques sur la santé et l’environnement, notamment en ce qui concerne les OGM agricoles et les pesticides.

Notre Dame des Landes : rendu de la décision sur l’entartage d’un élu Karine Plantier Reporterre 2011/05/25 Karine Plantier (25 mai 2011) Notre Dame des Landes : rendu de la décision sur l’entartage d’un élu. Reporterre. fr

Notre Dame des Landes : rendu de la décision sur l’entartage d’un élu

Nous vous invitons ce mercredi 25 Mai 2011 à 14h – Palais de Justice à Nantes pour assister au rendu du procès du mercredi 06 Avril 2011

via l’entartage de Mr Claude Bricaud du 01 Octobre 2008

Le procureur a requis des amendes allant de 100 à 200€.

Charge retenue « Violences volontaires sur Claude Bricaud , (ex-vice président du conseil général, déléguée à l’action foncière), ; sur personne dépositaire de l’autorité publique ; sans incapacité de travail (ITT).

Rappel des faîts : l’Entartage fait suite à la première réunion d’étude préalable à l’aménagement foncier, c’est-à-dire à une procédure de remembrement agricole liée au projet d’aéroport de NDDL.

Elle s’est déroulée le mercredi 1 Octobre 2008 à la mairie de Notre Dame des Landes Etaient présents : 9 maires concernés par le projet, des entreprises missionnées par le Conseil Général (géomètres et experts). Cette réunion était présidée par Claude Bricaud.

Nous étions 200 militants à s’être mobilisés pour dire NON à l’aéroport de Notre Dame des Landes. Projet destructeur et énergivore qui est contraire aux orientations qu’ils prétendent adopter face aux enjeux du XXI siècle : Lutter contre le Réchauffement Climatique.

Claude Bricaud a pris la parole avant d’entrer dans la salle de réunion, Osant nous dire que cette réunion ne portait en aucun cas, sur le projet d’aéroport. Et se lavant les mains en disant que « c’est une décision d’Etat » ! Foutaise ! La foutaise s’est confirmée ! Dès le début de la présentation du diaporama , toutes les explications étaient en rapport direct avec le projet de l’aéroport.

Face à un tel mépris du pouvoir étatique et du conseil général vis à vis de la population, devant de tels mensonges : nous avons décidé la mise en déroute de cette réunion grotesque, spontanément par un Entartage : 5 tartes à la crème chantilly pour le vice-président du Conseil Général déléguée à l’action foncière

Toutes les décisions ayant été déjà prises au préalable et n’oublions pas que le Conseil Général est l’un des fanatiques promoteurs du projet.

Au delà de tartes à la crème, c’est bien le dessein de la destruction de 4700 hectares qui plane au dessus de nos têtes. Et comme le dit Patrick Mareschal avec clairvoyance, dans un département où disparaît 1500 hectares/an sous l’urbanisation : « Un tel rythme n’est pas tenable ».

Nous conserverons notre Terre Nourricière !!

Voici pourquoi nous occupons l’agence de notation Standard & Poor’s ! No G8 Reporterre 2011/05/26 No G8 (26 mai 2011) Voici pourquoi nous occupons l’agence de notation Standard & Poor’s !. Reporterre. Tribune — fr

Voici pourquoi nous occupons l’agence de notation Standard & Poor’s !

26 mai 2011, 11h. Occupation en cours de Standard&Poor’s, 40 rue de Courcelles, 75008 Paris

Alors qu’une crise financière vient de voir l’Europe éviter de près la banqueroute, rien n’a changé. La logique reste la même : à une crise financière privée, on propose comme remède une politique d’austérité publique ! On fait en sorte que le coût de l’irresponsabilité des marchés soit assumé par la majorité de la population, notamment par les plus vulnérables. Mondialiser l’austérité pour les peuples, étendre le terrain de jeu des multinationales. Ainsi pourrait être résumé le projet du G8 et du G20. En réponse à ces logiques et au moment même ou les puissances du G8 se réunissent à Deauville, nous avons décidé d’occuper Standard & Poor’s.

Pour nous, cette occupation constitue un moyen de pointer du doigt ce à quoi nous nous opposons quotidiennement : un système économique et politique qui favorise les multinationales, les banques et les institutions financières au détriment des peuples, mondialisant l’austérité et les guerres, provoquant la destruction de l’environnement et générant l’individualisme et la destruction des liens sociaux.

Pourquoi ciblons-nous les agences de notation ?

- Les agences de notation participent à une logique ultra-libérale : Lorsqu’un Etat, une entreprise ou une collectivité territoriale emprunte de l’argent sur les marchés financiers, les agences de notations leur attribuent une note qui préjuge de la capacité de ces acteurs à rembourser cet emprunt. Cette note permet aux emprunteurs d’accéder aux marchés de capitaux. Sous couvert d’évaluer leur solvabilité, les agences contribuent à étendre les seules politiques favorables aux marchés par des mesures d’austérité.

- Une connivence avec les acteurs du marché financier : Standard & Poor’s a quasiment les mêmes actionnaires que les autres agences de notations (Barclays, Fonds d’investissements et sociétés d’investissements américains). Les agences de notations ont été accusées à plusieurs reprises de donner de trop bonnes notes aux produits financiers “pourris”, notamment ceux contenant des subprimes en 2008. En 2001, Standard & Poor’s et Moody’s notent la société Enron en catégorie “investissement” (la catégorie la meilleure). Peu après, la société est déclarée en faillite. En 2008, la banque d’investissement Lehman Brothers obtient la meilleure note à la veille de son effondrement. En juin 2010, la commission d’enquête du congrès américain sur la crise financière (FCIC) a révélé que chez Moody’s les salariés subissaient des pressions pour attribuer des notes favorables à des produits financiers risqués, afin d’assurer la signature de contrats. Les agences de notations ne sont pas des “évaluateurs” neutres, mais sont en connivence avec des acteurs des marchés financiers et contribuent activement à favoriser une logique économique néolibérale.

- Les agences de notations spéculent sur les dettes publiques des pays en difficulté : Elles déclenchent des vagues spéculatives lorsqu’elles attribuent une mauvaise note à la dette d’un pays. A cause de mauvaises notations, la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande ou l’Islande sont placées dans des situations désastreuses. Pour ces pays, un cercle vicieux s’est alors enclenché : emprunter pour payer sa dette, réduire ses déficits pour emprunter, tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits. Conséquences : Coupes budgétaires, gel de salaires, augmentation du temps de travail, recul de l’âge de la retraite, démantèlement des services publics (éducation, santé…), privatisation des biens communs… et répression des mouvements de protestation, comme en Grèce par exemple. Les agences de notations sont ainsi directement responsables des politiques répressives à l’égard des populations, nécessaires pour endiguer toute révolte face au système qui les nourrit.

- Une ingérence dans les politiques des États : Les agences de notations n’hésitent pas à formuler des recommandations aux Etats qu’elles notent, débutant ainsi un chantage pour imposer des politiques régressives. Le Japon s’est ainsi vu baisser sa note suite au séisme et au désastre nucléaire de Fukushima. Des “mesures d’ajustements budgétaires” lui ont été recommandées pour pouvoir remédier à cette mauvaise évaluation ! Cela se situe aux antipodes de tout esprit de solidarité. La Belgique, elle aussi, a été sommée par Standard & Poor’s de revoir son système de retraites et de diminuer sa dette pour pallier au vieillissement croissant de sa population. Les agences de notations n’hésitent pas à placer les pays sous pression en imposant une ligne politique. Le 17 aout 2010, Moodys a menacé quatre États dont la France et l’Allemagne dans un communiqué lapidaire : “Des défis liés aux ajustement budgétaires impliquent que le chemin à parcourir avant un abaissement de la note s’est encore réduit”. S’en est suivi une mise en oeuvre des “recommandations” habituelles des agences de notation et des marchés : réformes des retraites cet automne, non remplacement des fonctionnaires, suppressions de postes dans l’éducation nationale, destruction du système de santé et de la sécurité sociale, etc. Si la France a su conserver une excellente note, c’est uniquement parce que ses dirigeant-e-s acceptent de satisfaire aux recommandations et ultimatums des agences de notations.

Règlementer ou changer de système ?

Nous ne croyons pas à un capitalisme éthique ou plus « humain ». Depuis la crise financière, les agences de notations ont été réprimandées par l’Union Européenne et les trois dirigeants des principales agences (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) ont du s’expliquer devant le sénat américain en juin 2010… mais rien n’a changé. Quand bien même leur responsabilité dans les crises financières de certains pays ont été pointées du doigt, leur existence même n’a pas été remise en question.

D’ailleurs nous ne demandons pas la disparition ou la mise-au-pas des agences de notations. Même si leurs notes étaient basées sur des informations fiables et pouvaient être remises en cause, elles joueraient encore un rôle déterminant dans le système économique et financier que nous réprouvons. Au même titre que le FMI, l’OMC, la Banque Mondiale, le G20 ou le G8, elles sont un rouage du système des marchés et leur suppression ne changera rien au régime économique absurde auquel nous sommes soumis-e-s.

Nous ne voyons pas d’intérêt à la fermeture des agences de notations si elle ne s’inscrit pas dans une abolition du système économique capitaliste dans lequel elles agissent. Nous voulons sortir de ce système profondément inhumain et inégalitaire par essence.

Cette action se situe dans un cadre européen d’actions décentralisées.

Actuellement, 33 villes dans 6 pays ont déjà annoncées publiquement leurs actions : la carte (Action map)et le site (Action blog) sont en cours de mise a jour.

La question de 2012 Hervé Kempf Reporterre 2011/05/26 Hervé Kempf (26 mai 2011) La question de 2012. Reporterre. Tribune — fr

La question de 2012

« Une question politique a surgi, dont tout donne à penser qu’elle va constituer une ligne de fracture de la campagne présidentielle : faut-il sortir du nucléaire ? »

Qu’est-ce qu’une question politique essentielle ? C’est un problème qui engage le destin de la communauté politique, un problème qui ne connaît pas de solution simple, et enfin à propos duquel la divergence est perceptible. Pour que la divergence soit visible, il est nécessaire que l’énoncé du problème soit clair, et que des forces importantes soient rangées de part et d’autre, ce qui empêche la machine médiatique d’enterrer la question.

De ce point de vue, il est assez peu de questions politiques essentielles. Et la vie politique est souvent réduite à une querelle de personnes, à la description des stratégies de prise de pouvoir, au commentaire de sondages d’opinion. Des accidents, cependant, peuvent bousculer les scénarios établis par ceux qui voudraient réduire le conflit politique à un choc de « géants » - des géants si haut dans le ciel que les citoyens, trop éloignés de leur suprême intelligence, n’auraient rien d’autre à faire que dire « celui-ci » ou « celui-là ».

Deux accidents ont rouvert le champ de la délibération en France : Fukushima et un fait divers new-yorkais. Une question politique a surgi, dont tout donne à penser qu’elle va constituer une ligne de fracture de la campagne présidentielle : faut-il sortir du nucléaire ?

Elle engage le sort du pays. Nous sommes, comme l’observe le consultant en énergie Pierre Radanne, à la fin d’un cycle énergétique : les réacteurs vieillissent, et il va falloir les remplacer, soit par d’autres réacteurs, soit par une autre politique énergétique. Cette décision engagera l’avenir pour un demi-siècle. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy, avec l’assentiment tacite du Parti socialiste, préparait le renouvellement du parc nucléaire. Mais l’accident de Fukushima est arrivé, qui a chamboulé ce scénario rodé. La catastrophe a incontestablement ébranlé la confiance que l’on pouvait avoir dans cette technologie. De la droite de Nicolas Sarkozy à l’extrême droite de Marine Le Pen, le cap du nucléaire est maintenu.

Mais le clivage émerge enfin nettement : Nicolas Hulot est sorti de l’indécision, et promeut « une décision immédiate de sortie du nucléaire ». Et au sein du PS, les deux challengers ont pris des options différentes : pour François Hollande, « la sortie du nucléaire n’est pas aujourd’hui la réponse ». Pour Martine Aubry, « il faut sortir du nucléaire », même si ce ne peut pas être immédiatement. La primaire socialiste aura une vraie question politique à trancher. On peut souhaiter - pour la démocratie - qu’ils fassent en sorte que cette question soit maintenue à l’échéance de 2012 : les Français doivent pouvoir réfléchir enfin librement à leur avenir énergétique.

Bayonne : Campement permanent d’« indignés » Les Indignés de Bayonne Reporterre 2011/05/26 Les Indignés de Bayonne (26 mai 2011) Bayonne : Campement permanent d’« indignés ». Reporterre. fr

Bayonne : Campement permanent d’« indignés »

200 personnes ont participé mercredi 25 mai à un premier rassemblement des « Indignés » à Bayonne, répondant à des appels lancés sur les réseaux Facebook et Twitter pour reprendre le mouvement qui a secoué l’Etat espagnol, suite à la vague de révoltes dans les pays arabes, et contre les plans d’austérité voulant faire payer aux peuples et aux plus pauvres -sans aucune place pour le moindre débat démocratique- les faillites des banquiers et du système financier.

Le rassemblement, organisé en centre-ville sur la place de la Liberté, devant la mairie de Bayonne, a été suivi de l’établissement d’un « campement de résistance » sur le terrain du mail Pelletier-Chaho en bordure de la Nive, juste en face de l’antenne Bayonnaise du Conseil Général.

Des banderoles ont été déployées avec des appels à la population : « Indignez-vous ! », « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous », « l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie » [en basque : « Oligarkia aski da ! Gora demokrazia ! »] - slogans accompagnés de leur traduction en langue basque.

Une jeune porte-parole du mouvement a lu un texte émanant des « premiers citoyens indignés de Bayonne ». « Nous sommes là pour dénoncer un système et, comme l’ont rappelé les populations arabes et la mobilisation de l’Etat espagnol, dire que quand le peuple s’unit il se fait entendre », proclame ce texte.

Anne, une participante de 52 ans, sans emploi, déclare qu’il s’agit d’une « occasion de manifester notre désaccord avec ce qui se passe en ce moment, la mondialisation, les injustices sociales, et de lutter pour un monde plus équitable ».

Les participant(e)s ont tenu une « assemblée générale » dans la soirée de mercredi, dans le campement établi, pour définir la suite des évènements. Une Assemblée générale sur le fonctionnement du Camp Permanent aura lieu ce jeudi à 10H00 et une autre assemblée aura lieu à 19H00 pour aborder le débat de fond et les revendications du Camp.

Les économistes de Hulot chiffrent le coût de la transition écologique Béatrice Mathieu (lexpress.fr) Reporterre 2011/05/26 Béatrice Mathieu (lexpress.fr) (26 mai 2011) Les économistes de Hulot chiffrent le coût de la transition écologique. Reporterre. fr

Les économistes de Hulot chiffrent le coût de la transition écologique

Coût estimé de la transition écologique : 600 milliards sur 10 ans.

La Fondation pour la Nature et l’Homme, ex-Fondation Nicolas Hulot, plaide pour le lancement d’un grand emprunt auprès de la Banque centrale européenne pour financer la transition écologique de notre économie. Coût estimé : 600 milliards sur 10 ans.

3% du produit intérieur brut par an, soit quasiment 600 milliards d’euros sur une décennie : voilà ce que devrait dépenser l’Etat français pour basculer vers un modèle économique durable et soutenable, d’après la Fondation pour la Nature et l’Homme, l’ex Fondation Nicolat Hulot (FNH). Une dizaine d’économistes réunis au sein du comité de veille écologique, sorte de Think Tank de la FNH, vient de publier un rapport qui détaille les moyens à mettre en oeuvre pour assurer la transition écologique de notre modèle économique et permettre la baisse radicale de notre dépendance à l’énergie.

Au coeur du dispositif : une sorte de grand emprunt auprès de la banque centrale Européenne. L’argent serait géré par une banque d’investissement sur le modèle de la Caisse des Dépôts et les projets pilotés par une agence publique d’investissement. Les dépenses seraient ainsi affectées uniquement aux investissements permettant de réaliser des économies d’énergies. Exemple : le lancement d’un vaste plan de rénovation et d’isolation des logements anciens.

« Il y a urgence à changer de modèle », plaide l’économiste Alain Grandjean qui a piloté ce projet aux côtés de Gaël Giraud, professeur à l’Ecole d’Economie de Paris. « L’Union Européenne s’apprête à mettre en place de nouvelles mesures d’austérité qui ne feront qu’aggraver une situation économique déjà très difficile. Les conséquences sociales et politiques seront lourdes », avertit ce proche de Nicolas Hulot. Pour ne pas se soumettre à la dictature des marchés financiers, les Etats Européens doivent avoir la possibilité de s’endetter auprès de la BCE.

« Pour cela, nous devons modifier le traité européen. Après tout la BCE a déjà fait une entorse à son règlement à remonétisant des titres de dettes pour sauver les banques. Elle peut le refaire pour sauver la planète et les générations futures ». Pour ne pas dégrader les comptes publics, ces investissements ne seraient pas comptabilisés dans les calculs du déficit public. Les économistes de la FNH envisagent également d’orienter arbitrairement une partie de l’épargne des ménages vers ces titres de dettes de façon à se détacher de la tyrannie des investisseurs étrangers et des grands fonds de pensions étrangers.

Après cette série de propositions sur le financement de la transition écologique, la FNH devrait s’attaquer aux questions de régulations et de juste échange. Sans doute les bases du programme économique d’un certain Nicolas Hulot.

Les pêcheurs sénégalais dénoncent les avantages des chalutiers étrangers RFI Reporterre 2011/05/26 RFI (26 mai 2011) Les pêcheurs sénégalais dénoncent les avantages des chalutiers étrangers. Reporterre. Pêche fr

Les pêcheurs sénégalais dénoncent les avantages des chalutiers étrangers

Au Sénégal, les pêcheurs artisanaux sont de nouveau montés au créneau. Ils dénoncent des autorisations de pêche accordées par le gouvernement à 14 chalutiers étrangers. Le 21 avril 2011, ils avaient d’ailleurs organisé une journée sans poisson, en signe de désaccord. Pour eux, ces bateaux menacent le secteur et épuisent davantage la ressource halieutique. Les pêcheurs artisanaux sont venus en masse, des principaux quais de pêche (de Kayar, Saint Louis et de Mbour) pour exprimer une fois de plus leur frustration par rapport aux autorisations accordées par le gouvernement à des chalutiers étrangers. Selon eux, ces autorisations présentent un danger pour la pêche artisanale, qui vit essentiellement de la sardinelle.

« Le gouvernement a décidé de donner des licences à des navires étrangers parce qu’ils ne pêchent que des pélagiques, explique Abdoulaye Guèye Diop, le président du Collectif national des pêcheurs artisanaux du Sénégal. Or les Sénégalais vivent de cela ! Si on permet à ces bateaux de prendre des pélagiques, mais alors de quoi vivrons-nous ? », s’indigne-t-il.

Soutenu par le Groupement des armateurs et des industriels de la pêche, ce collectif de pêcheurs, qui revendique 6.000 membres, dénonce le fait que 14 navires étrangers puissent pêcher des pélagiques moyennant 35 dollars la tonne. C’est bien trop peu, selon ces pêcheurs.

Le gouvernement lui, relativise. Car cette mesure permettrait d’écouler des ressources qui jusque là n’ont jamais intéressé le Sénégal. Les pélagiques présentes dans les eaux sénégalaises –seul espèce concernée par ces autorisations- correspondent à une espèce migratoire.

« Sur ce type de ressources (les pélagiques, ndlr), aucun navire, de bateau de pêche industrielle et artisanale, ne cible ces espères là, indique Ousmane Ndiaye, le directeur des Pêches. Depuis vingt ans, souligne-t-il, ces ressources sont pêchées par les chalutiers étrangers. L’Etat a décidé de donner des autorisations moyennant le paiement d’une sorte de redevance à 35 dollars la tonne. En Mauritanie c’est donné à 37 dollars. Ailleurs, nous sommes dans la même fourchette de prix », assure ce responsable.

Ces arguments n’ont pourtant pas convaincus les pêcheurs artisanaux, qui promettent de durcir le ton si ces autorisations ne sont pas révisées.

Notre Dame des Landes : condamnation symbolique pour les entarteurs Karine Plantier Reporterre 2011/05/26 Karine Plantier (26 mai 2011) Notre Dame des Landes : condamnation symbolique pour les entarteurs. Reporterre. fr

Notre Dame des Landes : condamnation symbolique pour les entarteurs

Les 5 entarteurs étaient jugés pour les charges suivantes : Violences volontaires sur Claude Bricaud (ex-vice président du conseil général, déléguée à l’action foncière) ; sur personne dépositaire de l’autorité publique ; sans incapacité de travail (ITT). Idem, pour la personne qui est poursuivie pour Happy salping (diffusion sur internet).

Le procureur a requis le mercredi 6 avril des amendes allant de 100à 200 €.

Aujourd’hui, le tribunal a donné son rendu : les 6 personnes sont condamnés à :

· 150 € d’amendes avec sursis .

· 1 € de dommage et intérêt à Claude Bricaud (qui donnera lieu a une action symbolique où moment du versement des 1€)

· 600 € de frais via l’article 475-1 du code de procédure pénale)

En effet, il manque un des entarteurs qui n’avait pas reçu sa convocation dans les règles, donc même son avocat le jour de l’audience (06.04) ne pouvait le défendre. Actuellement, il n’a reçu aucune autre convocation, et donc plus que vraisemblable qu’il ne soit pas poursuivi.

Pour ma part, l’analyse de ce rendu est le reflet de l’audience, c’est-à-dire que ni la juge, ni le procureur n’ont véritablement cherché a comprendre nos motivations dans la désobéissance civile / Action non violente. Et l’intérêt de sensibiliser la société civile. Or, nous avons besoin de la justice pour faire bouger certaines lignes, et une fois de plus la justice ne rempli pas toutes ces obligations.

Nicolas Hulot s’est cassé le bras en faisant du vélo Gilbert Laval (Libération) Reporterre 2011/05/26 Gilbert Laval (Libération) (26 mai 2011) Nicolas Hulot s’est cassé le bras en faisant du vélo. Reporterre. fr

Nicolas Hulot s’est cassé le bras en faisant du vélo

Dans six semaines, Nicolas Hulot sera fixé sur l’état du poignet et l’avant-bras qu’il s’est cassés en tombant de vélo. Il saura aussi à cette date s’il a été choisi comme candidat à la présidentielle par les militants écologistes.

En attendant cette primaire verte, l’animateur bronzé d’Ushuaïa est en campagne. Avant de tenir meeting ce mercredi 25 mai à la salle Barcelone à Toulouse, il rencontre des militants et des élus d’Europe Écologie-Les Verts dans un café de la rue des Lois.

« Je dois établir un dialogue de confiance avec les militants », dit-il. Pour établir une relation fondée sur « des vérités et non pas des fantasmes ». Le petit-fils du Monsieur Hulot qui a inspiré le cinéaste Jacques Tati a certes une grosse notoriété dans le public en général. Mais le public militant des écologistes le suspecte encore de n’être pas tout à fait des leurs :

Il admet de ne pas avoir « la même histoire qu’eux », mais le simple contact devrait suffire à les ramener à lui. Ils ne sauraient par exemple pas « tout ce que (sa) fondation a fait pour l’écologie ». Il n’est pas « dans la justification permanente », assure-t-il. Mais enfin il a préparé quelques anecdotes qui susceptibles de le présenter comme un vrai grand ami de la planète.

Le candidat à la candidature verte sera de retour à Toulouse le 6 juin pour le premier débat face aux quatre autres candidats, Eva Joly et encore trois écologistes.

« Le temps de l’écologie est arrivé », lance-t-il, appelant à une réelle « alternative » en ce sens. Ce qui ferme, selon lui, toute perspective d’alliance au second tour avec l’UMP qui « n’écoute rien » de son discours. Reste à attendre une « véritable conversion » du PS pour lequel l’écologie ne serait qu’une « option et non pas une condition ».

Primaire emportée ou pas, conclut Nicolas Hulot, il ira passer ses vacances dans les Pyrénées.

Deux spectacles sur le nucléaire sautent à cause de Fukushima Elodie Calas (Rue 89) Reporterre 2011/05/27 Elodie Calas (Rue 89) (27 mai 2011) Deux spectacles sur le nucléaire sautent à cause de Fukushima. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Deux spectacles sur le nucléaire sautent à cause de Fukushima

Programmés les 3 et 4 juin à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) dans le cadre d’un festival local, deux spectacles de la compagnie Asa NIsi MAsa ont été annulés. La raison invoquée par le maire de la commune : leur sujet commun, le nucléaire, est devenu aujourd’hui « trop sensible ».

Frédéric Sonntag avait tout prévu. La directeur de la troupe Asa NIsi MAsa s’était rendu à Saint Michel-sur-Orge pour étudier les lieux choisis pour la présentation de ses deux spectacles : « Atomic Alert » et « Je ne sais quoi te dire, on devrait s’en sortir… »

Le théâtre de Brétigny, organisateur du Festival Dedans-Dehors avait confirmé les dates du 3 et 4 juin. Personne ne soupçonnait qu’une catastrophe naturelle à l’autre bout de la planète allait venir chambouler ces plans.

Le 21 mars, dix jours après le séisme du Japon, c’est un e-mail de la directrice générale adjointe aux actions solidaires et culturelles de Saint-Michel-sur-Orge qui prévient le théâtre de Brétigny de l’annulation des deux spectacles. Avec pour simple explication, ces quelques phrases : « La programmation du Festival Dedans-Dehors prévoyait initialement la diffusion à Saint-Michel-sur-Orge d’un spectacle faisant référence à une alerte atomique. En raison de l’actualité, nous voyons tous que le sujet est aujourd’hui trop sensible. »

Prévenu par l’organisateur, Frédéric Sonntag regrette de ne pas avoir été consulté avant la prise de décision. Il échange plusieurs e-mails avec la municipalité pour comprendre ce choix soudain.

Mais deux mois après, il ne comprend toujours pas les motivations du maire UMP de la ville, Bernard Zunino. « Quand un sujet pose problème, dit M. Sonntag, il faut en parler, il faut s’y confronter. La mairie a fait ça au nom du bien mais c’est la technique de l’autruche ! Pourquoi cette crainte ? C’est pourtant important qu’un geste artistique s’empare de l’actualité. »

Pour l’artiste, en prenant cette décision les élus de la commune ont empêché toute ouverture de dialogue sur le sujet sensible du nucléaire. « Choisir de déprogrammer des spectacles, alors qu’aucune personne de la municipalité ne les a vus, ne relève ni d’un très grand professionnalisme, ni d’une très grande honnêteté intellectuelle. Et c’est bel et bien une forme de manque de respect à l’égard que des victimes de penser qu’il ne faudrait en aucun cas aborder ces questions ! »

« De droite, mais pas bloqués sur le nucléaire ! »

De son côté, le cabinet du maire reste convaincu d’avoir pris la bonne décision. « Il ne s’agit pas de remettre en cause la démarche culturelle de l’artiste. Mais de respecter une réalité dans la culturelle japonaise : celle de la pudeur ! Et devant la catastrophe du 11 mars, programmer un spectacle lié à la vie des victimes paraissait au-delà de la pudeur. »

La mairie UMP refuse que l’on justifie cette déprogrammation par ses orientations politiques. « Un spectacle traitant du nucléaire joué sous le coup de l’émotion, n’aurait pas aider au débat. On va débattre sur le nucléaire pendant trente ans ! Une réflexion est importante, ce n’est pas parce que nous sommes de droite que nous restons bloqués sur le sujet ! Il faut juste attendre un climat plus serein pour avoir cette discussion : le respect des victimes ne dure pas deux semaines. »

Médiateur de cette histoire, le théâtre de Brétigny et sa directrice Catherine Goudal s’étaient étonnés d’une telle réaction. « Ce n’était pas un spectacle d’opportunité, répondant à la catastrophe japonaise. Il a était créé, il y trois ans et n’a donc aucun lien direct avec l’actualité. Parler de cette question aujourd’hui ne relève pas du superflu. Je suis convaincue que c’était le moment opportun. »

« On n’est plus habitué à ce type de censure ! »

Elle avoue avoir été un peu choquée de cette détermination à déprogrammer ces spectacles, pourtant objet d’un contrat moral. « On n’est plus habitué à voir ce type de censure. Les élus ne se sont pas rendus compte que leur décision avait des conséquences réelles pour la compagnie de théâtre, et que l’on ne rompait pas un accord moral aussi facilement. »

Le théâtre de Brétigny a dans un premier temps, tenté de reprogrammer la troupe dans un autre lieu. Mais pour Catherine Goudal la nouvelle est arrivée trop tard. « Le programme du Festival était bouclé, il commençait à être imprimé. Nous avons dû proposer une solution alternative à Frédéric Sonntag : intégrer ses deux spectacles à la semaine du théâtre d’octobre 2011. L’agglomération du Val-d’Orge a soutenu cette proposition. »

Une bonne nouvelle pour la troupe qui n’a pas vu toutes ses prestations annulées et jouera les 27 et 28 mai ces deux spectacles, aux Lilas. Pour la première fois depuis la catastrophe nucléaire au Japon.

Fukushima : l’IRSN dément les affirmations de la Criirad sur les mesures de radioactivité en France IRSN // Criirad Reporterre 2011/05/27 IRSN // Criirad (27 mai 2011) Fukushima : l’IRSN dément les affirmations de la Criirad sur les mesures de radioactivité en France. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Fukushima : l’IRSN dément les affirmations de la Criirad sur les mesures de radioactivité en France

Réponse de l’IRSN au communiqué de la Criirad du 25 mai relatif à la contamination des masses d’air sur le territoire national après l’accident de Fukushima

IRSN, vendredi 27 mai.

Dans son communiqué du 25 mai 2011, la CRIIRAD indique que l’IRSN aurait omis sciemment de diffuser des résultats prouvant une contamination d’une grande partie du territoire à partir du 22 mars 2011. De plus, ces résultats seraient supposés être 20 fois supérieurs à ceux initialement communiqués par l’IRSN. L’Institut réfute ces allégations qui proviennent à son avis d’une erreur d’exploitation par la CRIIRAD des résultats de surveillance disponibles sur les différents sites internet.

1/ Renforcement de la surveillance du territoire et communication des résultats au public

L’IRSN a mis en place en France dès le 12 mars 2011 un plan de surveillance renforcée pour suivre l’évolution de la contamination du territoire français par les rejets de l’accident de Fukushima. Ce dispositif, décrit dans la note d’information IRSN du 29 mars 2011, présente notamment les différents appareils de prélèvement d’aérosols atmosphériques déployés en France. Les durées de prélèvement de ces appareils varient de 1 à 10 jours. A chaque prélèvement sont donc associées une date de début et une date de fin de collecte. Ainsi, dans le tableau ci-après, sont présentées les données d’un prélèvement effectué sur l’aéroport de Biarritz-Anglet-Bayonne entre le 22 et le 31 mars 2011.

Toutes les données acquises par l’IRSN depuis le début de cet événement ont été diffusées par l’intermédiaire de bulletins d’information (14 bulletins ont été publiés entre le 24 mars et le 22 avril) ainsi que sur le site internet cartographique (CRITER) mis en ligne spécifiquement par l’IRSN pour restituer les résultats liés à l’événement de Fukushima.

2/ Le site internet du Réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement (RNM)

Par ailleurs, ces résultats ont ensuite été transmis et intégrés à la base de données du RNM comme l’IRSN le fait régulièrement depuis la mise en place de ce réseau en février 2009. Le site internet du RNM est un portail rassemblant les résultats transmis par la majorité des acteurs (autorités, associatifs, experts, exploitants) de la mesure de la radioactivité dans l’environnement en France.

Il est important de rappeler que le Réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement met à la disposition du public des résultats de mesures avec une mise à jour généralement mensuelle. Ce réseau n’est pas conçu pour restituer des informations en temps réel comme précisé sur la page d’accueil de son site internet.

Concernant le cas particulier du prélèvement d’Anglet (64), les résultats sont consultables sous la forme d’un tableau dans lequel seule la date du 22 mars 2011 apparaît.

Dans le cadre du développement de ce site internet, le choix fait par les acteurs du RNM a conduit, par souci de lisibilité pour le grand public, à ne retenir qu’une seule date, celle du début de prélèvement. Les internautes ont facilement la possibilité de vérifier l’origine de cette date en utilisant l’onglet « téléchargement » où ils peuvent rapatrier puis visualiser toutes ces données directement sous un format type tableau. Il est alors précisé qu’il s’agit de la date correspondant au début du prélèvement.

L’IRSN précise que la CRIIRAD a été sollicitée par l’ASN pour contribuer au développement du RNM et de ses outils de restitution des résultats au public dès sa mise en place en 2004. Jusqu’à présent, la CRIIRAD a toujours décliné cette proposition tout comme elle a refusé de transmettre ses données au RNM.

3/ Confirmation de la première détection par l’IRSN d’iode 131 sur le territoire français et restitution des données sur le site « CRITER Japon ».

Certaines analyses ont été réalisées sur des prélèvements d’air de 24 heures, à partir du 11 mars jusqu’au 25 mars, sur 7 stations à basse altitude sélectionnées sur l’ensemble du territoire. Aucune contamination atmosphérique en iode 131 supérieure aux limites de détection de ces équipements utilisés (de l’ordre de 0,05 mBq/m3) n’a été détectée sur cette période.

L’IRSN réaffirme que la première détection d’iode 131 sur le territoire français n’a pu être réalisée qu’à partir d’une station de prélèvement à très gros débit d’aspiration (700 m3/h) et située en altitude. Dans son bulletin n°3 du 26 mars, on peut lire : « Des traces d’iode 131 (0,012 mBq/m3 en moyenne sur la période de prélèvement de 4 jours) ont été mesurées dans l’air prélevé entre le 21 et 24 mars au sommet du Puy de Dôme. Elles révèlent pour la première fois la présence en France d’éléments radioactifs rejetés lors de l’accident de la centrale de Fukushima. »

Afin de ne pas minimiser les concentrations mesurées, l’IRSN a retenu l’hypothèse que « L’arrivée de la masse d’air faiblement contaminé a probablement eu lieu au cours de la journée du 24 mars, comme le prévoit la modélisation de la dispersion atmosphérique à l’échelle mondiale réalisée par Météo France. Dans ce cas, la concentration pour la journée du 24 mars pourrait être de l’ordre de 0,04 mBq/m3. »

Ce parti-pris d’afficher comme seule date celle de fin de prélèvement a été adopté par l’IRSN pour restituer ses données au public. Dans notre exemple relatif à la mesure réalisée à la station d’Anglet, le résultat est consultable sur le site internet CRITER avec comme date retenue celle de fin de prélèvement.

En conclusion

L’IRSN regrette l’interprétation de la CRIIRAD sur les données disponibles. Comme tout citoyen, la CRIIRAD avait la possibilité de prendre contact directement avec l’IRSN. Un simple échange aurait permis de lever toute ambigüité concernant l’interprétation des résultats mis à disposition du public, comme l’a fait l’Institut en lui signalant par téléphone les erreurs publiées dans la note CRIIRAD du 5 avril 2011.

La CRIIRAD publie ce jour la carte qui prouve que la France a été contaminée dès le 22 mars 2011 :

Criirad, mercredi 25 mai.

1 - les masses d’air contaminé par les rejets radioactifs de la centrale nucléaire de fukushima daiichi sont arrivées 2 jours avant la date indiquée par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ;

2 - elles ont affecté les trois quarts de la France (et non pas le seul sommet du Puy-de-Dôme) ;

3 - l’activité de l’iode 131 particulaire était plus de 20 fois supérieure à celle annoncée pour le 24 mars.

Ni l’IRSN, ni les grands exploitants du nucléaire, ne pouvaient l’ignorer. Omission involontaire (mais invraisemblable) ou délibérée… mais dans quel but ?

La CRIIRAD a saisi ce jour, le Premier ministre et le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire d’une demande d’enquête sur la chronologie des faits et les différents niveaux de responsabilités.

Plus d’information ici

Une espèce d’oiseau nicheur sur quatre menacée de disparition LPO Reporterre 2011/05/27 LPO (27 mai 2011) Une espèce d’oiseau nicheur sur quatre menacée de disparition. Reporterre. fr

Une espèce d’oiseau nicheur sur quatre menacée de disparition

26 % des 568 espèces d’oiseaux nicheurs recensées en France continentale sont menacées. Cette proportion est beaucoup plus élevée qu’au niveau mondial.

Situation très préoccupante pour les oiseaux de France métropolitaine

Dans le cadre de la Liste rouge nationale des espèces menacées, le risque de disparition des 568 espèces d’oiseaux recensées en métropole a été évalué : 26% des espèces d’oiseaux nicheurs sont menacées, ainsi que plusieurs espèces migratrices pour lesquelles la France a une responsabilité particulière. Cet état des lieux inédit a été établi par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle, en partenariat avec la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), la SEOF (Société d’études ornithologiques de France) et l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage).

Un oiseau nicheur sur quatre menacé

L’évaluation des 277 espèces d’oiseaux nicheurs en métropole révèle que 73 d’entre elles sont actuellement menacées, soit plus d’une espèce sur quatre (26%). Cette proportion est beaucoup plus élevée qu’au niveau mondial, où 12% des espèces d’oiseaux sont menacées d’extinction.

Les principales pressions responsables de leur déclin sont l’intensification des pratiques agricoles, l’urbanisation et le drainage des zones humides, entraînant notamment la régression des bocages et des prairies naturelles. Ainsi, le râle des genêts souffre de la disparition des prairies alluviales. Classé “En danger”, il a subi une diminution de 50 % de ses effectifs en 10 ans. La pie-grièche à poitrine rose est un autre exemple d’espèce extrêmement rare qui risque de disparaître de France. Classée “En danger critique”, elle ne compte plus aujourd’hui que 30 à 40 couples sur notre territoire.

Les pollutions dues aux hydrocarbures et la réduction des ressources alimentaires liée au changement climatique affectent les oiseaux marins, comme le pingouin torda et le macareux moine. Les tirs au fusil et l’empoisonnement par des appâts toxiques menacent les rapaces, pourtant protégés, comme le milan royal.

Au moins 15 espèces migratrices en danger ou vulnérable

L’hexagone accueille également des populations importantes d’oiseaux migrateurs (hivernants ou de passage), parmi lesquelles au moins 15 sont menacées.

Parmi ces espèces, on peut citer le phragmite aquatique, petit migrateur classé “Vulnérable”, victime de la dégradation des milieux humides qui affecte ses haltes migratoires. Le changement climatique entraine également le glissement vers le Nord des aires d’hivernage de certaines espèces, non menacées à l’échelle mondiale, mais qui ne sont désormais plus observées en métropole qu’en très faibles effectifs. C’est le cas de la macreuse brune et du cygne de Bewick, tous deux classés “En danger”.

Des efforts de conservation encourageants

En dépit de cette situation préoccupante, différents exemples montrent que les efforts de conservation peuvent porter leurs fruits. La protection des rapaces, des hérons et des oiseaux coloniaux a permis des reconquêtes encore inespérées il y a 40 ans. Les actions de protection des zones humides engagées depuis trois décennies ont contribué à améliorer la situation de certaines espèces d’oiseaux d’eau. Et les plans nationaux d’action, mis en place récemment, devront permettre d’accentuer les efforts déployés pour les espèces les plus menacées.

Toutefois, la réduction des pressions et le renforcement des actions sont essentiels si l’on souhaite éviter de voir disparaître à l’avenir des espèces de notre avifaune, ou que d’autres ne deviennent menacées à leur tour. En effet, 26 espèces nicheuses et 10 espèces hivernantes et de passage ont été identifiées comme “Quasi menacées” sur notre territoire.

Espagne : la police évacue la place de Barcelone occupée par les « acampadores » François Diaz Maurin // AFP Reporterre 2011/05/27 François Diaz Maurin // AFP (27 mai 2011) Espagne : la police évacue la place de Barcelone occupée par les « acampadores ». Reporterre. fr

Espagne : la police évacue la place de Barcelone occupée par les « acampadores »

Les video montrent les policiers frappant les campeurs assis et non-violents. Il s’agit de laisser la place aux supporteurs de football...

Malheureusement, les politiciens ont décidé de mettre fin à ce mouvement de réflexion démocratique et inter-classes unique en son genre. La police occupe en effet depuis ce matin vendredi 27 mai la plaça Catalunya de Barcelone et, via les agents de propreté, a déjà commencé à détruire certains des panneaux utilisés par les gens lors des commissions de réflexion et de débats, ce qui représente déjà une « violence » en soi.

Voir : Los Mossos cercan la plaza de Catalunya et http://www.vilaweb.cat/noticia/3891...

D’après mes ami(e)s et collègues qui sont actuellement sur place, la police a également commencé à faire acte d’intimidations et de violences directes envers les personnes. Je ne suis pas ne nature militante mais je soutiens fortement ce mouvement et j’espère qu’aujourd’hui les gens résisteront le plus possible à ce « démentellement forcé » tout en ne jouant pas le jeu de la violence policière.

Je tiens à préciser que depuis le 15 mai que ce mouvement a commencé, il n’y a eu aucun débordement et aucune violence de la part des personnes prenant part au mouvement. Bien au contraire, les gens ont fait preuve d’un civisme et d’une auto-organisation exemplaires. Il y avait des groupes qui organisaient les assemblées, d’autres en charge du netoyage quotidien de la place ou encore de la préparation des repas. Tout ceci dans la bonne humeur et dans le respect depuis presque deux semaines que les « acampadores » occupent la place de Catalunya nuit et jour.

Ce point se doit d’être souligné car l’intervention policère d’aujourd’hui ne peut donc pas être justifiée par d’éventuels débordements ou abus de la part des « acampadores ». Ainsi, si malheureusement aujourd’hui nous sommes témoins de heurts avec la police, ils ne seront que le fruit de l’incompréhension qu’ont encore aujourd’hui les hommes politiques au pouvoir de ce que représente ce mouvement populaire revendiquant rien de plus que la démocratie.

En tout état de cause, si la place de Catalunya est évacuée aujourd’hui ce ne sera que partie remise. Aucune répression ne pourra empêcher les gens de réflechir aux véritables alternatives de demain qui sont de toute évidence inévitables.

La police disperse des manifestants à Barcelone, 43 blessés légers

AFP, vendredi 27 mai vers 09 h 30.

Quarante-trois personnes ont été « légèrement blessées » vendredi matin à Barcelone quand la police antiémeutes a dispersé par la force un petit groupe de manifestants sur la place de Catalogne, ont annoncé les services d’urgence.

Les incidents ont éclaté au moment où les services municipaux avaient commencé à nettoyer la Place de Catalogne pour faire place nette en vue des célébrations de la Ligue des champions samedi sur cette même place.

Des policiers casqués ont fait usage de matraques et de balles en caoutchouc contre quelques dizaines de manifestants qui bloquaient une des entrées de la place, empêchant le passage des camions de nettoyage. Les manifestants se sont dispersés en quelques minutes.

« 43 personnes ont été légèrement blessées, dont un policier. Cinq ont été hospitalisées surtout pour des contusions multiples », a déclaré une porte-parole du service des urgences médicales, précisant qu’il ne s’agissait pas d’un bilan « définitif ».

Les agents de nettoyage ont ensuite continué à démonter le campement, sous surveillance de plusieurs cordons de policiers qui avaient pris position tout autour de la place.

Le nettoyage de la Place de Catalogne, en plein centre de Barcelone, occupée depuis une dizaine de jours par le mouvement des jeunes « indignés », a été décidé pour faire place nette en vue des célébrations de la Ligue des champions samedi.

« Une fois le nettoyage terminé, ils pourront revenir, mais sans les tentes, les couteaux et les objets potentiellement dangereux », avait indiqué auparavant une porte-parole de la police.

Elle a précisé que cette opération avait été décidée pour assurer la sécurité en vue de célébrations samedi soir, en cas de victoire, après la finale de la Ligue des champions à Londres entre le FC Barcelone et Manchester United.

Faisons confiance au mouvement espagnol Fabrice Nicolino Reporterre 2011/05/27 Fabrice Nicolino (27 mai 2011) Faisons confiance au mouvement espagnol. Reporterre. Tribune — fr

Faisons confiance au mouvement espagnol

« L’immobilité d’une société est sa mort. Le mouvement est sa chance. »

Propuestas de los indignados (España en marcha)

Je souhaite ajouter mon grain de sel au débat naissant sur Planète sans visa. Certains semblent penser - déjà - du mal du mouvement de Los indignados. Mon Dieu ! Tout de même ! Certes, et je l’ai dit, je déplore la place ridicule laissée à la crise écologique - la seule qui vaille, in fine - par les révoltés espagnols. Mais ce serait commettre une erreur de taille que de juger une entreprise de cette nature à ses toutes premières apparences. À ce compte-là, disons franchement que le mouvement naissant du printemps 1968 était ridicule.

À Nanterre, en mars de cette année magnifique, on réclamait la mixité des résidences universitaires. On, c’est-à-dire les futurs barricadiers. Bonjour la folle audace, hein ? Et comment oublier que la jeunesse de ce temps se leva - pour partie - au nom d’épouvantables despotes comme Mao ou Joseph Staline ? Comment oublier que les gazettes de ce temps englouti étaient emplis d’articles à la gloire d’une jeunesse sans autre idéal que de voir Johnny Halliday casser sa guitare au Golf Drouot ?

Si l’on ose le rapprochement, il ne fait aucun doute à mes yeux que el movimiento español de los indignados est d’ores et déjà mille fois plus intéressant. Mon sentiment est donc limpide : faisons confiance. Attendons, comme disent les Castillans, c’est-à-dire espérons. L’immobilité d’une société est sa mort. Le mouvement est sa chance. Esperamos, y también eso, de Rafael Gabriel Juan Múgica Celaya Leceta Cendoya : « ¡ A la calle ! que ya es hora de pasearnos a cuerpo y mostrar que, pues vivimos, anunciamos algo nuevo ». ["Dans la rue ! Il est temps de se mettre en marche et de montrer que nous annonçons quelque chose de nouveau.]"

Le Plan Nord du Québec : au service des affairistes Jos Public Reporterre 2011/05/28 Jos Public (28 mai 2011) Le Plan Nord du Québec : au service des affairistes. Reporterre. Tribune — fr

Le Plan Nord du Québec : au service des affairistes

Le Plan Nord annoncé début mai par le premier ministre du Québec vise à servir les compagnies minières et énergétiques privées.

Les lumières de l’auditorium s’éteignent. L’homme s’avance sur la scène au son d’une musique imposante. Les écrans multifonctionnels en arrière scène effacent la stature de l’orateur. Pourtant on sent qu’il tente de se grandir, il veut en imposer. La « rock star » en lui, mine de rien, le pousse à confier à son auditoire « C’est la plus belle journée de ma vie de politicien. C’est pour ça que j’ai voulu faire de la politique ».

Nous sommes le 9 mai 2011 et Jean John-James Charest de Westmount, originaire de Sherbrooke, pour le moment premier ministre « conservateur » du Québec et chef du Parti Libéral du Québec, présente un plan à une centaine d’invités triés sur le volet.

Tous sont suspendus à ses lèvres… après une quinzaine de minutes l’un des invités lance presqu’un peu trop fort une exclamation qui fera tache d’huile dans l’histoire moderne du Québec… : « Ben woyons batêche ! C’est le même Plan Nord de 1998 ! »

L’orateur poursuit son discours et la salle se demande : « Est-ce que le premier ministre et sa joyeuse bande de drilles ont découvert comme Christophe-Colomb un nouveau territoire à l’intérieur de la géographie existante du Québec ? »

Il existe 17 régions administratives au Québec plus le territoire de la Baie-James, alors de quoi parle le Premier ministre ? D’un nouveau découpage des régions ? De prélever du territoire aux uns pour en créer un nouveau ?

Non, il a inventé un agrandissement par en dedans.

Le Plan Nord, et sa société de gestion « Société du Plan Nord », se superposeront aux territoires des régions administratives existantes : Nord-du-Québec, Côte-Nord, Baie-James et une partie du Saguenay/Lac-Saint-Jean. Un nouveau fouillis administratif, une région au statut incertain qui fait deux fois la superficie de la France, soit environ 72% de la superficie du Québec.

On peut facilement imaginer des centaines de fonctionnaires et de gestionnaires privés sillonner le ciel auroreboréalé du nord du Québec. Voilà une bonne affaire pour les petites firmes d’aviation qui transporteront non seulement les fervents du sac à dos, mais aussi ceux de la mallette.

Par contre, comme le premier ministre l’a dit, pas de nouvel argent, il faudra respecter le cadre budgétaire existant ; donc il s’agit de convaincre ou de faire en sorte qu’il y ait consensus entre les élites ou les compagnies de ces régions afin de se partager collectivement les ressources gouvernementales qui leur sont déjà allouées. Pas besoin d’être devin pour comprendre qu’ils verront d’un mauvais œil le partage de leur courtepointe régionale.

Déjà les représentants des commissions scolaires d’Abitibi exclues du plan se préparent à batailler pour éviter la coupure budgétaire annoncée par Line Beauchamp et son ministère de l’Éducation.

Pas facile de voir disparaître 6,9 millions de dollars de la région pour aller éduquer des jeunes autochtones du Nord parmi les 120 000 habitants couverts par le Plan Nord.

Surtout que des mauvaises langues objectent cyniquement que ce n’est pas pour sortir les jeunes autochtones du trou, mais plutôt pour les faire entrer dans celui des mines.

Pour bien comprendre la situation créée par ce plan dit révolutionnaire, un effort s’impose pour rassembler toutes les informations éparpillées, diffusées à répétition jusqu’à la nausée par les médias de Messieurs Péladeau et Desmarais.

Rembobinons la cassette. La veille de l’annonce du « Plan Nord », que se passait-il sur ces territoires ?

Énergie électrique

Les Cris ont élaboré un gigantesque parc éolien avec une entreprise européenne. Ils attendent un contrat d’achat de leur production d’électricité par Hydro-Québec.

Hydro-Québec a déjà identifié 10 cours d’eau pour de futurs projets incluant un développement faiblard de l’éolien et de la géothermie.

Sur la Côte-Nord, le projet de la Romaine se concrétise.

Dans le territoire des Cris, le complexe de la Baie-James se complète avec le détournement de la rivière Rupert vers les réservoirs de La Grande.

Soutien social

Le projet de construction de 840 maisons pour les Inuits, en partenariat avec le fédéral, a aussi débuté.

Mines

Onze projets miniers sont déjà en voie de réalisation. Ils représentent des investissements de 8,24 milliards $ d’ici cinq ans, 11 000 emplois durant leur déploiement et 4 000 emplois par an par la suite.

Il s’agit d’un mini-boom minier dont les raisons sont simples : des minerais à profusion, une forte demande mondiale, et des règles fiscales québécoises parmi les plus avantageuses au monde. Autant pour atteindre le minerai, l’extraire, le transporter hors du Québec pour une transformation payante pour d’autres personnes que nous.

Présentement il y a une mine de nickel au Nunavut, une usine de transformation du cuivre et de recyclage des métaux précieux des ordinateurs à Rouyn-Noranda, les diamants aux Monts Othis, l’or en Abitibi, le fer de la Côte-Nord. Les Mines Opinaca, une filiale de la minière Goldcorp, souhaite exploiter une mine d’or près de la baie James. Et les promoteurs des mines d’uranium sont toujours à l’affût des filons laurentiens et de la Côte-Nord.

En décembre 2010, le gouvernement par l’entremise d’Investissement Québec a acheté 37% de la mine Stornoway.

Il obtiendra une royauté de 2 % de la valeur de la production minière du projet Renard, un important gisement de diamants non exploité et situé à environ 350 km au nord de Chibougamau, dans la région de la Baie-James.

En mai 2010, le potentiel de production du projet était estimé à environ 30 millions de carats de diamants sur une durée d’exploitation minière de 25 ans. La compagnie demande un allègement supplémentaire de la réglementation fiscale minière et que soit construit pour elle un accès routier de 250 km et une ligne de transport électrique.

Jean Charest a donné sa bénédiction au projet.

Alors lorsque le Plan Nord annonce qu’à l’avenir le gouvernement pourrait prendre des participations dans des entreprises, c’est déjà fait.

La Canadian Century Iron Ore Corporation et la Canadian Gulf Railway Corporation souhaitent toutes deux construire un long chemin de fer dans le nord du Québec, etc.

Forêt

Suite au film de Richard Desjardins et Robert Monderie, qui a donné naissance à la Commission Coulombe, un nouveau régime forestier se déploie jusqu’en 2013. Après avoir vécu l’exploitation éhontée de la forêt boréale par des coupes à blanc, avec la complicité du gouvernement provincial, une grande partie du bois sera mise aux enchères régionalement.

Deux modèles de transformation du bois font actuellement école : le complexe coopératif de Boisaco à Sacré-Cœur, près de Tadoussac, et Chantiers Chibougamau avec son bois d’ingénierie en remplacement des poutres d’acier.

Tourisme

Le tourisme au Nord du Québec est une destination pour riches seulement. Les opérateurs locaux, guides et autres bénéficiant de cette manne surtout européenne veulent en garder le caractère artisanal et ça fonctionne déjà très bien. Pas question d’un motel avec vue sur la mine comme à Val d’Or.

Alors le Plan Nord, de qué çé ?

C’est une mise en scène par les spécialistes de la propagande du Parti Libéral du Québec pour s’enorgueillir lors des prochaines élections et éviter d’être rejeté par la population.

Ce plan n’est pas vide, il contient tout ce qui est énuméré ci-haut ; il s’agit simplement d’une récupération de ce qui se fait déjà pour s’en approprier les mérites. Regardons de plus près quelques extraits des 172 pages du plan

Science

De page en page, le plan d’action du Plan Nord insiste sur la nécessité absolue d’accroître nos connaissances sur la faune, la flore, la géologie de cet immense territoire très différent à de multiples égards du sud de la Province. Un énorme défi d’acquisition des connaissances… et rien pour le financer !

La charrue devant les boeufs : cela suppose que les recherches débuteront une fois les minières et autres installés, alors qu’ils déclareront des profits dont une infime partie ira au Fonds du Plan Nord. Nous savons tous que ce sont les actionnaires qui seront les principaux bénéficiaires des profits.

Tout le problème est justement le financement.

Afin d’assurer ce plan d’affaires, le gouvernement compte sur un fonds dédié ou à fin déterminée. Comprendre ici le double jeu : le gouvernement planifie pour 5 ans, mais s’accorde le droit de modifier les sommes tous les ans ; le financement est basé sur 25 ans, mais le mandat électoral du gouvernement ne dépasse pas 5 ans !

Avant même de recevoir une cenne des contributeurs au plan, la bande à Charest planifie des interventions totales de 1 625 millions de dollars sur 5 ans pour construire des routes, aéroports et autres infrastructures. Il devra certainement prendre l’argent du Sud pour le faire.

Qui contribuera au fonds entre 2011 et 2016 ?

Premièrement, le Parti Libéral prévoit que les compagnies en liste devront défrayer une tranche du coût pour la construction d’une route qui ne servira qu’à eux seuls.

Le reste de la tarte des coûts nous incombera, à nous citoyens.nes.

Deuxièmement, il mise sur une partie des revenus fiscaux découlant des projets de développement économique, comme les projets miniers et hydroélectriques. Par expérience on sait qu’une compagnie minière, malgré toutes les échappatoires fiscales tant provinciales que fédérales et avec une comptabilité moyennement créative, ne déclare aucun profit avant plusieurs années.

Belle contribution à prévoir !

Quant à l’hydroélectricité : seront mis à contribution les profits générés par Hydro-Québec et par les barrages privés que le gouvernement permettra encore de privatiser au détriment de la société d’Etat. Comme leur plan ne mentionne pas les projets éoliens, il semblent qu’ils soient exemptés parce que non hydrauliques.

Troisièmement, les retombées fiscales directes et indirectes liées aux projets d’infrastructures publiques seront aussi appelées à financer le Plan Nord. Qu’est-ce à dire ? …tu construis une route de 10 millions, tu transfères dans le Fonds l’impôt provenant du salaire des employés.es, l’impôt sur les profits des compagnies, les impôts chez les vendeurs de goudron et tu couvres le 10 millions de dollars. Ben woyons ! Qui paie le reste de la facture ?

Quatrièmement, Hydro-Québec cotisera annuellement au Fonds du Plan Nord. Tiens voyez-vous ça ? Lors de la dernière audition devant la régie de l’Énergie, HQ s’est vu refuser une hausse de tarif et s’est même fait ordonner de baisser les tarifs existants. Voilà maintenant une occasion en or de les augmenter avec une nouvelle dépense de 10 millions de dollars par année qu’elle devra obligatoirement investir dans des projets sociaux. Après les arts, les fêtes de quartier et l’environnement, voilà qu’HQ fera dans le social !

Ceux qui croient que ce sont les autochtones qui en bénéficieront le plus se trompent, car cet argent servira à construire des baraquements pour loger les travailleurs venant du Sud. Il faudra bien aussi augmenter le nombre de policiers, former des pompiers et surtout donner des primes à tous ces gens de la Santé qui n’iront pas s’isoler au frette pour les beaux yeux de Charest. Vous avez compris que ce montant de nouvelles dépenses sociales se reflétera sur votre facture d’électricité. Une tarification qui encore une fois pénalisera la classe moyenne basse.

Du côté de la protection de l’environnement

Prenons le cas de la protection de l’eau : la Politique nationale de l’eau vivote et ne sert qu’à financer les comités de bassin versant déclarés prioritaires dans le Sud du Québec.

La loi de l’eau adoptée en juin 2009 n’est pas encore complètement décrétée et des industries en sont toujours exclues.

Au moment où vous lisez ces lignes, le gouvernement discute du projet de loi 89 qui assouplirait les montants et la façon d’appliquer les amendes décernées aux pollueurs. Côté développement durable, la loi adoptée le 19 avril 2006 ne s’applique qu’aux ministères et organismes gouvernementaux ; elle piétine depuis son adoption.

Encore une fois le premier ministre insiste pour que ce soit le développement qui soit durable et non l’environnement des humains, la flore et la faune. En exemple analysez bien ces deux titres qui apparaissent dans le plan. En bon français, c’est clair comme l’eau de roche : « CAP SUR UN DÉVELOPPEMENT NORDIQUE DURABLE ORIENTATIONS LIÉES AU DÉVELOPPEMENT DURABLE DU PLAN NORD »

Ce plan est tellement vicieux que le seul groupe environnemental prêt à se montrer publiquement avec Jean Charest est une filiale du Pew Environment Group, un organisme environnemental étatsunien financé par des pétrolières et des multinationales.

L’homme de scène qu’est Jean Charest s’est entouré de bénis-oui-oui pour gérer ce Plan Nord inutile.

On ne décèle aucune envergure chez les Pierre Arcand, Serge Simard et Pierre Corbeil, peinant à exprimer des idées claires, difficultés à identifier un conflit d’intérêts et qui ont comme tous les ministres, du Parti Libéral du Québec, eut leur poste de ministre grâce aux 100 000 $ qu’ils doivent collecter annuellement pour financer le Parti.

Ce manque de jugement et de diplomatie politique nous l’avons constaté chez Nathalie Normandeau (ministre des Ressources naturelles et de la faune) avec sa gestion pitoyable du dossier des gaz de schiste. Nous les avons vus cautionner la mine Osisko qui a déménagé une partie de la ville de Malartic avant même que ne soit remis le rapport du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Ils souffrent d’un manque d’intégrité et n’ont aucune sensibilité à l’environnement, pas de respect pour les citoyens et citoyennes qui ne sont pas de leur classe sociale de parvenus.

Imaginez l’avenir avec eux à la barre du navire, c’est un naufrage que je ne souhaite pas voir et auquel je désire encore moins participer.

Vite des élections.

Le peuple Surayaku et l’Etat d’Equateur devant la Cour des droits de l’homme Frontière de vie Reporterre 2011/05/28 Frontière de vie (28 mai 2011) Le peuple Surayaku et l’Etat d’Equateur devant la Cour des droits de l’homme. Reporterre. fr

Le peuple Surayaku et l’Etat d’Equateur devant la Cour des droits de l’homme

Le peuple Kichwa de Sarayaku résiste à l’invasion de son territoire par plusieurs compagnies pétrolières. Sa cause sera entendue fin juin par la Cour interaméricaine des droits de l’homme.

APPEL URGENT DE SARAYAKU- pour la défense de la forêt amazonienne-à la Cour Interaméricaine des Droits de l’homme -au Costa Rica du 27 juin au 9 juillet 2011

En mai 2010, nous lancions une pétition dans le but de soutenir le combat du Peuple Kichwa de Sarayaku face à l’invasion de son territoire par plusieurs compagnies pétrolières, certains d’entre vous l’ont d’ailleurs appuyée.

Leur prochaine bataille se déroulera au Costa Rica, entre le 27 juin et le 9 juillet, devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. En effet, l’Etat équatorien devra y répondre de la violation de plusieurs articles de droit international relatifs aux droits humains et aux droits collectifs des peuples autochtones.

Il est primordial qu’une délégation du Peuple de Sarayaku y défende ses droits, munie d’un dossier solide comprenant des preuves tangibles et attestant de son long combat pacifique depuis 1996.

Vous pouvez agir ! - Soit en versant un don : Si chacun des 3000 signataires de la pétition versait 5 euros, cela permettrait de couvrir les frais difficilement supportables par la communauté indigène, tels que les frais de défense juridique, l’achat de billets d’avion ou encore l’obtention de passeports et de visas pour les membres de la délégation. - Soit en vous rendant au Costa Rica : Pour ceux qui en auraient la possibilité, votre présence sur place serait bien entendu un renfort précieux devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme.

Affaire DSK : la police empêchée d’interroger les complices du Siècle Hervé Kempf Reporterre 2011/05/28 Hervé Kempf (28 mai 2011) Affaire DSK : la police empêchée d’interroger les complices du Siècle. Reporterre. fr

Affaire DSK : la police empêchée d’interroger les complices du Siècle

Le Siècle rassemble la crème de l’oligarchie en France : affairistes, politiques, et journalistes aux ordres. Le 25 mai, ses membres se sont de nouveau réunis. Le Collectif des démocrates déchaînés voulait leur présenter leur camarade DSK. Mais la police déployée pour protéger le sanctuaire des puissants l’en a empêché.

Une délégation comme composée d’agents du FBI s’est rendue à la réunion mensuelle du club Le Siècle, mercredi 25 mai. Elle devait y présenter Dominique Strauss-Kahn, membre de ce club, et d’interroger ses associés. Telle était du moins l’intention du Collectif des démocrates déchaînés, qui a préparé cette action spectaculaire. Mais la police présente aux abords du Siècle l’en a empêché. Elle était venue prévenir une autre manifestation, un « pique-nique social » organisé contre le Siècle par des mouvements d’extrême-droite.

Le Siècle est un club existant depuis 1945, et qui regroupe le gratin des affaires, de la politique et des médias. Il réunit le dernier mercredi de chaque mois pour un dîner ses huit cents membres, recrutés par cooptation, dans les salons de l’Automobile club de France, place de la Concorde à Paris. Il suscite une animosité grandissante : nombreux sont ceux qui voient dans ces réunions élitistes – où des journalistes se mêlent aux patrons et aux banquiers, où des personnalités « de gauche » cotoient sans gêne des élus de droite – la caractérisation du système oligarchique : un régime où un petit nombre de gens décide pour tout le monde.

Après qu’en octobre et en novembre derniers, plusieurs centaines de personnes se soient rassemblées face au Siècle pour accueillir ses membres par des quolibets et quelques légumes, la police est intervenue massivement lors de la réunion de janvier, ce qui a dissuadé les activistes de revenir. La contestation allait-elle s’éteindre ? Non, car le Collectif des démocrates déchaînés préparait une action discrète.

Ils se sont retrouvés à 18 h 30 au centre de Paris. Une dizaine de personnes et quelques journalistes, à l’instigation de Jean-Pierre Anselme, animateur des Mercredis de la démocratie et journaliste blogueur à Mediapart, ainsi que de Xavier Renou, animateur des Désobéissants. Celui-ci a expliqué le but de l’action : « Des policiers américains vont conduire Dominique Strauss-Kahn au dîner du Siècle, dont il est membre, ainsi que son épouse, Anne Sinclair, afin qu’il y désigne ses complices du club de l’oligarchie, ceux qui affament les peuples et ailleurs. Il s’agit de relier notre action à la dynamique des indignés qui se développe en Europe. »

Le tract expliquant l’action a été préparé, ainsi que les accessoires indispensables : des menottes, une combinaison blanche et un masque de DSK pour le prisonnier, des badges marqués FBI et des cravates pour les quatre agents de la police américaine. On donnera aussi aux futurs inculpés du Siècle des oranges, qui adouciront leur séjour en prison.

Les rôles sont répartis, on enfile les cravates, et en route, par le métro, pour la place de la Concorde.

Las ! Sous le soleil encore chaud de ce début de soirée, les trottoirs longeant le bâtiment de l’Automobile club de France grouillent de CRS et de policiers en civil. Il y a aussi beaucoup de passants, de touristes, mais l’action va être difficile à mener. Les démocrates déchaînés ont pris soin d’entourer la préparation de leur action d’une discrétion sans faiille. Alors, pourquoi tant de police ? On va finir par apprendre qu’une radio politique de droite, Radio Courtoisie, a appelé venir protester contre le Siècle, par la voix d’un de ses animateurs, Emmanuel Ratier.

Les CRS contrôlent systématiquement les identités. Des policiers en civil demandent au démocrate déchaîné qui doit jouer DSK ce qu’il y a dans son grand sac en plastique. La pancarte « FMI, Affameur des peuples » les hérisse, ils commencent à l’emmener. Mais pourquoi ? « C’est une manifestation non déclarée – Mais la pancarte est dans le sac, elle n’a pas été sortie ! – Allez. » Des CRS l’embarquent, il se laisse tomber mollement, les hommes en noir se mettent à quatre pour le porter.

Il est 20 h 00, les membres du Siècle commencent à arriver dans leurs berlines noires. Dans la radio d’un CRS, on entend : « Un groupe d’individus monterait la rue Royale en direction de la place de la Concorde ». « Allez, dit un gradé, on se forme en groupe, on y va. »

Toute action est impossible. Les démocrates déchaînés et pas mal de pique-niqueurs sont embarqués pour contrôle d’identité et passeront plusieurs heures dans une fourgonnette de police puis au commissariat. Pendant ce temps, les journalistes attendent en face du Siècle, entre les passants qui attendent le bus et les touristes dont certains demandent en anglais, « mais qu’est-ce qui se passe, ici ? » On leur répond : "Ce sont des super-riches qui dînent entre eux". Un invité arrive, sort de sa voiture noire, et glisse un billet dans la main du groom qui lui tient la porte. Celui-ci sourit et touche sa casquette. Passent des Mercedes GLK 320 CDI, des Velstatis, des Citroen C6 aux vitres fumées. Un CRS alsacien – il parle en dialecte à son collègue – se fait bonhomme : « On est contents d’être ici, les gens qu’on contrôle sont corrects. C’est pas comme dans les cités, là-bas, on prend des cailloux, il y a plein d’éclats sur les camions ».

Un commissaire n’est pas aimable. Pourquoi toutes ces personnes embarquées, lui demande-t-on ? « Tentative de manifestation non déclarée ». Et si l’on pose d’autres questions : « Je n’ai aucune information à vous donner. Je vous ai répondu avec toute la courtoisie dont je suis capable ». Il semble que la capacité semble limitée.

Des berlines se garent le long du trottoir alors que le stationnement est interdit. On le fait remarquer au commissaire : « Pourquoi ne verbalisez-vous pas ? Elles ne devraient pas être là, regardez le panneau d’interdiction ». Là, je sens qu’il va commencer à s’énerver...

On discute avec les rescapés des contrôles policiers. Telle Françoise X., une dame d’une soixantaine d’années, bien habillée, qui est venue par Radio Courtoisie. « On pourrait dire que je fais partie de l’oligarchie. En tout cas, je n’appartiens pas à la classe misérable. Mais je suis venue protester contre ces gens très haut placés, qui prennent des décisions entre eux qui ne correspondent pas à la politique dont on a besoin. »

Tiens, voici Guillaume Pepy, le président de la SNCF. En fait, c’est diffcile de reconnaître les invités, ce sont surtout des patrons, aux visages peu connus. Ils arrivent un par un, déposés en voiture ou à pied, venant du métro dont le couloir donne sur le parking souterrain. Pas de politiques, semble-t-il, cela commence à sentir le roussi de venir ici. Oh, en voilà qu’on connaît : Christine Ockrent, Bernard Kouchner, et Arlette Chabot. Celle-ci s’attarde pour discuter à l’entrée avec un bourgeois à cheveux blancs. Les policiers se sont essaimés, l’espace est libre, je traverse la chaussée pour aller l’interroger. « Mme Chabot, est-ce un problème pour les journalistes de participer... » Mais elle n’a pas écouté les premiers mots de la question que, fine mouche, elle tourne casaque et s’engouffre dans le couloir de l’Automobile club en s’exclamant, « Ah non ! Pas ça ! ».

Retour sur le terre-plein, de l’autre côté de la chaussée. Constantin Dupressec, un juriste, qui est aussi venu par Radio Courtoisie, et qui est membre de l’UMP. Mais il est « gaulliste social, donc antisarkozyste ». « Je suis ici pour voir, pour faire nombre, éventuellement. Ce dîner réunit le gouvernement de la France, au sens le plus large. »

Et voici Emmanuelle Warlop. Elle vit en Seine Saint Denis, est commerciale en cosmétique bio, et depuis plusieurs années vient régulièrement observer les dîners du Siècle. « On se retrouve avec des amis, certains sont régulièrement arrêtés. On vient pour soutenir ceux qui protestent, pour arrêter ce rassemblement des riches qui décident pour les autres. Il faut que la presse soit là, qu’elle le dise. Je vais à d’autres manifs, sur le nucléaire, le G8. Habituellement, on va dîner après être restés ici un moment. Ce soir, on va aller à la Bastille, où il y a le rassemblement des indignés. »

http://www.reporterre.net/sons/Warl...

Oh, jackpot : voilà qu’arrive au Siècle, à 21 H 15, David Pujadas, l’admirable journaliste de la chaîne télévisée de « service public ».

Il est temps de partir. Sur le chemin du retour, mon vélo passe place de la Bastille, où plusieurs centaines de personnes sont rassemblées devant l’Opéra : bien plus nombreuses qu’hier. Le grand panneau à la devanture de l’Opéra annonce « Le crépuscule des dieux ». Va-t-on bientôt jouer le crépuscule des oligarques ?

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Post-scriptum : J’apprend que l’opéra "Le Crépuscule des dieux" s’achève sur "l’écroulement du sordide empire des oligarchies auquel succède une nouvel ère, celle de l’entente entre les hommes" (Kobbé, Tout l’Opéra, ed. Robert Laffont, p.1001).

A Barcelone, les indignés réoccupent la place de Catalogne François Diaz Maurin Reporterre 2011/05/28 François Diaz Maurin (28 mai 2011) A Barcelone, les indignés réoccupent la place de Catalogne. Reporterre. fr

A Barcelone, les indignés réoccupent la place de Catalogne

« Quelle plus grande menace pour le pouvoir en place qu’un peuple qui réfléchit ? »

Pour info, enfin, je vous fais passer les photos de la honte. Vous y verrez des citoyens pacifiques se faire violenter impunément, qu’ils soient jeunes, vieux, homme, femme et même handicapé ! A faire circuler pour dénoncer ces agissements anti-démocratiques.

Comme vous l’aurez peut-être vu sur une des images, quelqu’un avait écrit ironiquement sur son carnet en Catalan : « quina feina i ben feta ! » ce qui signifie « quel travail bien fait ! ». Pour rappel, le prétexte officiel de cette descente de police de ce matin était de « nettoyer » la place de Catalunya en vue de la possible victoire du Barça demain à l’occasion de la finale de la Ligue des champions de foot. Pourtant, la ville est bien évidemment assez grande pour accueillir les possibles fêtards en d’autres endroits sans perturber les manifestations en cours.

Ceci n’est donc qu’un prétexte à une intervention policière qui visait tout simplement à « tuer » ce mouvement populaire qui dérange. Les plus dignes ont été les manifestants qui sont restés pacifiques malgré la rage qu’ils devaient resentir. La peur sans doute les aura aidé à résister dignement.

Desormais, c’est la joie dans tout le pays parmi ceux qui soutiennent ce mouvement puisque la place de Catalunya est de nouveau aux mains des manifestants qui sont de plus en plus nombreux et commencent déjà à se ré-organiser pour continuer leurs processus de réflexion. Sur place, il y a beaucoup de gens compétents dans beaucoup de domaines. De très bonnes idées peuvent en ressortir et c’est ce qui fait évidemment peur aux puissants qui répondent donc par la violence, ce que n’a pas fait le peuple beaucoup plus digne et intelligent que ces politiques corrompus intellectuellement. Car quelle plus grande menace pour le pouvoir en place qu’un peuple qui réfléchit ?

Pour finir, permettez-moi de dénoncer haut et fort l’intervention policière violente de ce matin [vendredi 27 mai]. Elle a véritablement bafoué les principes de base de la démocratie. Et je suis indigné par l’étroitesse intellectuelle des politiciens à refuser d’admettre leur incompétence à gérer une crise globale dont ils sont responsables et qui pourrait pourtant donner naissance à d’autres possibles. Les policiers de ce matin aussi brutaux furent-ils ne sont finalement que des pions répondant aux ordres.

Ainsi, la volonté de faire évacuer la place de Catalunya aura sans nul doute des répercutions. Ici, déjà plus de 10.000 personnes en quelques heures (30.000 maintenant !) réclament la destitution de Felip Puig, ministre de l’Intérieur de la Generalidad de Catalunia (le gouvernement Catalan) : Miles de personas piden la dimisión fulminante de Felip Puig en internet

Nous vivons véritablement dans un monde qui se barbarise de plus en plus (répressions, manipulations d’informations, etc.). Pourtant c’est justement cette barbarisation qu’il faut éviter pour que les changements socio-économiques à venir affectent le moins grand nombre. Une chose reste certaine, nous sommes arrivés au bout d’un système qui ne représente plus que ceux qui le conçoivent. Une page est en train de se tourner en Europe...

Avec les indignés de la Bastille, dimanche 30 mai Jean-Pierre Anselme Reporterre 2011/05/30 Jean-Pierre Anselme (30 mai 2011) Avec les indignés de la Bastille, dimanche 30 mai. Reporterre. fr

Avec les indignés de la Bastille, dimanche 30 mai

Ils sont plusieurs centaines (des jeunes majoritairement mais aussi d’autres citoyens de tous âges), ce dimanche 29 mai après midi, rassemblés sous un soleil brulant, devant l’opéra de la Bastille, pour proclamer leur soutien au mouvement social lancé par la jeunesse espagnole.

Revenant de Madrid, Céline explique au micro à une foule captivée que les Indignados madrilène n’ont pas l’intention de quitter la Puerta del Sol, occupée depuis le 15 mai. Elle affirme que le mouvement veut maintenant « irriguer » les quartiers de la ville, sous le mot d’ordre : « Toma los varrios ! » (Prend les quartiers !). « Des AG, qui rassemblent les jeunes mais aussi la population, se sont tenus dans plus de cent comités de quartier, chacun réunissait au moins mille personnes. »

Le rassemblement de ce dimanche, à Paris, a lieu à l’initiative du Collectif des Indignés. Tous les soirs, ils sont plusieurs centaines à se retrouver, devant l’opéra Bastille, pour informer de la situation espagnole dans l’espoir d’impulser un mouvement comparable dans la capitale. Il en de même dans près de trente villes de province.

Mardi 24 mai, plusieurs milliers de Grecs, dont énormément de jeunes, ont envahi la place Syntagma au centre d’Athènes, à l’appel du collectif les Indignés, qui proteste, sur le modèle espagnol, via les réseaux sociaux contre les mesures de guerre sociale du FMI et de l’UE. D’autres manifestations comparables ont eu lieu également dans d’autres villes grecques. « Voleurs ! », criaient les manifestants à l’adresse de l’oligarchie.

En France, le mouvement entamé peut-il s’étendre comme en Espagne ? « On nous dit que la situation ici n’est pas la même, la jeunesse serait moins mal, alors que la précarité nous frappe de plein fouet et que nous n’avons aucune perspective de vie », explique Solène, 27 ans. Arthur, 25 ans, va de petits boulots en petit boulot et n’a pas les moyens de se payer un logement, « Je vis encore chez mes parents, c’est pas vivable ! » Mélanie, 23 ans, qui « doit vivre avec bien moins que le RMI », estime qu’ici, comme partout en Europe, « aucun parti politique ne répond aux besoins des gens, UMP-FN et PS c’est le même tonneau ! Et je ne voterai pas à l’élection présidentielle, ce qu’il faut c’est revoir de fond en comble cette pseudo démocratie confisquée par quelques uns. »

Il est 16H, arrivent des cordons de gardes mobiles qui bloquent la foule pour l’empêcher d’envahir la place.

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À 21h30, les forces de police ont évacué la place de la Bastille en faisant usage des lacrymogènes. Selon un journaliste de l’AFP et le Parisien.fr, sous les huées des manifestants, elles ont démonté les tentes qui y avaient été installées. La police tentait également d’encercler les groupes de protestataires et de les évacuer de la place. Selon le blog de Monsieur Jo, quinze personnes auraient été arrêtées puis embarquées.

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Le site de Démocracia Real Ya !

La démocratie, l’oligarchie, l’écologie Hervé Kempf Reporterre 2011/05/30 Hervé Kempf (30 mai 2011) La démocratie, l’oligarchie, l’écologie. Reporterre. Tribune — Politique fr

La démocratie, l’oligarchie, l’écologie

La question écologique, avec le changement climatique, est devenue la question politique essentielle du début du XXIe siècle, la première question réellement planétaire de l’histoire. Comment allons-nous répartir les ressources et l’ « espace écologique » entre des humains qui n’ont jamais été si nombreux, sachant que la poursuite du développement économique tel qu’il est conçu conduit à une crise écologique insupportable ?

Le philosophe allemand Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, publié en 1979 en Allemagne, a le premier posé le débat en ces termes. Afin de prévenir la réalisation de la catastrophe, il préconise « de renoncer à la prospérité au bénéfice d’autres parties du monde » et d’adopter la « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité ». En termes concrets, et avec d’autres mots, cela signifie réduire la consommation matérielle et la consommation d’énergie.

Comment, en démocratie, majoritairement, décider de cette transformation radicale de la culture de consommation ? La démocratie est-elle à la hauteur du défi historique que pose la crise de la biosphère ?

Pour répondre à ces questions, il faut revenir à ce qu’est la démocratie. En simplifiant, elle est un triptyque :

- un temps de délibération collective informée par des médias indépendants des différents pouvoirs ; - une décision, la loi, prise par la majorité au terme de cette délibération ; - un respect du droit de la minorité qui permet de relancer la délibération sur les conséquences de la décision ou sur d’autres décisions à prendre.

Mais aujourd’hui, le capitalisme ne considère plus la démocratie comme indispensable à son existence, il la rejette même de plus en plus nettement puisqu’elle conduit logiquement à la remise en cause des pouvoirs en place.

Les conditions d’un bon exercice de la démocratie sont largement altérées. La délibération libre est viciée par le fait que les médias sont massivement contrôlés par l’oligarchie. Le choix majoritaire est tronqué par le poids des lobbies voire, parfois, par le déni pur et simple du choix populaire, comme lors du référendum de 2005 sur l’Europe.

Le respect des droits de l’homme et des libertés publiques est bafoué au nom des politiques anti-migratoires. Le pouvoir politique est subordonné aux puissances financières.

En fait, les classes dirigeantes nous font entrer dans un régime oligarchique, où un groupe de personnes contrôlant les pouvoirs politique, économique et médiatique, délibèrent entre eux puis imposent leurs choix à la société.

Or l’oligarchie actuelle cherche avant tout à maintenir sa position privilégiée. A cette fin, elle maintient obstinément le système de valeurs organisé autour de la croissance matérielle et de la surconsommation – un système qui accélère notre entrée dans la crise écologique.

Mais si l’on veut décider les politiques adaptées à l’enjeu écologique, il faut revitaliser la vie et l’esprit démocratiques. Par exemple, un vrai débat démocratique est nécessaire pour exposer comment une baisse de la consommation matérielle suppose une réduction forte des inégalités et l’épanouissement d’autres activités sociales.

Plus largement, il faut rétablir la prééminence du politique sur « les marchés », la séparation entre l’intérêt général et les intérêts privés, l’indépendance des médias.

Pourrons-nous orienter l’être ensemble non-violent et coopératif – ce qu’est au fond la démocratie – vers le projet non pas d’avoir plus, mais d’éviter le pire, et aller vers un mieux-vivre en décalage complet avec la société de consommation dans laquelle nous baignons depuis notre enfance ? Ce n’est pas certain.

Mais ce qui est sûr, c’est que rester dans le système politique actuel, qui affaiblit de jour en jour l’idéal démocratique tout en maintenant l’illusion d’une croissance éternelle, nous en empêchera.

L’Allemagne décide de sortir du nucléaire d’ici à 2022 Reuters // AFP Reporterre 2011/05/30 Reuters // AFP (30 mai 2011) L’Allemagne décide de sortir du nucléaire d’ici à 2022. Reporterre. fr

L’Allemagne décide de sortir du nucléaire d’ici à 2022

L’Allemagne fermera toutes ses centrales nucléaires d’ici 2022, a décidé la coalition gouvernementale lors d’une réunion qui s’est achevée aux premières heures de la journée de lundi 30 mai.

L’Allemagne décide de sortir du nucléaire d’ici 2022

Reuters

BERLIN, 30 mai - L’Allemagne fermera toutes ses centrales nucléaires d’ici 2022, a décidé la coalition gouvernementale lors d’une réunion qui s’est achevée aux premières heures de la journée de lundi.

Cette décision, prise à la suite de l’accident de Fukushima en mars au Japon, marque un revirement complet de la part du gouvernement d’Angela Merkel, qui avait décidé à la fin de l’année dernière de prolonger la durée de vie des plus anciennes centrales du pays malgré l’hostilité d’une grande partie de la population à l’énergie nucléaire.

Lors d’une réunion dimanche soir entre l’Union chrétienne démocrate (CDU) de la chancelière, son alliée bavaroise de la CSU et les libéraux du FDP, la coalition gouvernementale a décidé la fermeture définitive des huit plus vieux réacteurs d’Allemagne, qui en compte 17 au total.

Sept de ces réacteurs avaient été provisoirement mis à l’arrêt après l’accident nucléaire au Japon dû à un séisme et à un tsunami survenus le 11 mars. Le huitième était arrêté depuis plus longtemps.

Six autres réacteurs vont cesser de fonctionner d’ici 2021, a annoncé le ministre de l’Environnement, Norbert Röttgen, à l’issue de ces discussions à la chancellerie entre dirigeants conservateurs et libéraux.

Les trois derniers réacteurs, les plus récents, resteront en état de marche une année de plus au maximum, soit jusqu’en 2022, afin d’éviter toute pénurie d’électricité durant la période de transition, a-t-il ajouté.

« C’est définitif : la date limite pour les trois derniers réacteurs nucléaires a été fixée à 2022 », a dit Norbert Röttgen. « Il n’y aura pas de clause de réexamen. »

CONSENSUS

Certains responsables souhaitaient inclure une clause permettant de réexaminer la question à l’avenir. Le FDP était défavorable à la définition d’une date fixe.

La coalition gouvernementale a décidé de maintenir l’un des huit plus vieux réacteurs en état de veille jusqu’en 2013 au cas où les énergies renouvelables ne permettent pas d’ici là de répondre à la demande en hiver et que les combustibles fossiles ne permettent pas de combler cet éventuel déficit.

Des responsables de l’opposition, sociaux-démocrates et Verts, ont participé à cette réunion afin de dégager le consensus le plus large.

La décision prise dimanche soir doit être validée par le parlement. Elle risque d’être vivement contestée par les compagnies RWE , E.ON, Vattenfall et EnBW, qui exploitent les 17 centrales d’Allemagne, notamment en raison du maintien envisagé d’une taxe sur le combustible nucléaire.

Cette taxe, qui devait rapporter 2,3 milliards d’euros par an dès cette année, n’a pas encore été prélevée. Avec l’arrêt immédiat de huit centrales, elle devrait rapporter moins que prévu.

De source politique, on déclare que le gouvernement pourrait renoncer à cette taxe si les quatre exploitants acceptent cette sortie prématurée du nucléaire et renoncent à toute poursuite contre l’Etat en raison de ce revirement inattendu.

Avant la fermeture provisoire des centrales les plus anciennes en mars, le nucléaire fournissait à l’Allemagne 23% de son électricité.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le nucléaire ce week-end à travers le pays.

Le groupe RWE a annoncé peu après l’annonce du gouvernement qu’une sortie du nucléaire en 2022 ne correspondait pas à ce qu’il espérait.

RWE prévoit en outre d’évoquer ses perspectives 2011 à la publication de ses résultats du premier semestre et des objectifs à moyen terme lors de celle des résultats 2011.

E.ON et RWE reculaient lundi de plus de 2% à Francfort, une dizaine de minutes après l’ouverture de la Bourse.

L’Allemagne renonce au nucléaire, le quart de sa production d’électricité

AFP, lundi 30 mai.

BERLIN - Le nucléaire, appelé à disparaître d’ici 2022 en Allemagne, représente un peu moins qu’un quart de la production d’électricité de la première économie européenne, le charbon se taillant toujours la part du lion tandis que les énergies renouvelables occupent une place croissante.

- NUCLEAIRE

Les 17 réacteurs théoriquement encore en activité représentent 22% de la production d’électricité brute de l’Allemagne, qui est d’environ 620 terrawatt-heures (TWh), selon les derniers chiffres disponibles. Huit d’entre eux, qui ont produit l’an dernier un total de 42 TWh, soit 6,8% du total, sont actuellement à l’arrêt et ne redémarreront pas, en réponse aux craintes massives de l’opinion à l’égard de cette énergie.

- CHARBON

Les centrales au charbon assurent 43% de la production brute, 24% pour le lignite et 19% pour la houille. Les producteurs allemands travaillent en permanence à l’amélioration de cette technologie, pour minimiser les émissions de dioxyde de carbone. Ils prévoient tous la construction de nouvelles centrales dans les années à venir, mais un recours accru au charbon compliquera la tâche pour atteindre les objectifs ambitieux de réduction d’émission de gaz à effet de serre. En outre, la résistance de la population à la construction de nouvelles centrales est forte localement.

Signe qu’il continue à miser sur le charbon, le gouvernement a adopté récemment un projet de loi sur le stockage de carbone.

- ENERGIES RENOUVELABLES

L’Allemagne a beaucoup subventionné les renouvelables, qui représentent maintenant 18% de la production électrique. L’éolien domine (6%), suivi par la biomasse (4,6%) et l’eau (4,2%). Le pays mise dorénavant beaucoup sur l’éolien offshore. Une dépendance accrue aux renouvelables, dont la production est très décentralisée, implique d’étoffer le réseau électrique pour acheminer le courant, ce qui a un coût élevé et se heurte dans beaucoup d’endroits à l’opposition des riverains.

- GAZ NATUREL

Sa part dans la production est de 14%. L’Allemagne ne produit pas de gaz naturel et doit donc l’importer. Cela la met à la merci d’une part de fluctuations importantes du prix, d’autre part de conflits géopolitiques qui perturbent les livraisons.

En Amérique latine, le printemps des peuples Jean Cornil Reporterre 2011/05/30 Jean Cornil (30 mai 2011) En Amérique latine, le printemps des peuples. Reporterre. Tribune — fr

En Amérique latine, le printemps des peuples

Le mouvement de libération en Amérique latine est un phare pour la gauche mondiale.

« Je reviendrai et nous serons des millions » Túpac Katari

Avril 2011. Je suis assis dans un grand immeuble de La Paz, la capitale politique de la République de Bolivie. Séminaire sur la lutte contre les discriminations, dans un pays qui compte plus de 60% de sa population d’origine indienne. A mes côtés la représentante des Nations Unies pour les droits de l’homme et la Ministre de la Justice, Nilda Copa.

Nilda Copa est jeune, indienne, habillée selon les traditions vestimentaires de l’indianité. Jupe de couleurs vives et haut chapeau noir arrondi. Ses deux gsm n’arrêtent pas de grésiller. Ses conseillers, en costume-cravate, virevoltent autour de leur Ministre. Au premier rang, un blanc moustachu, général des forces armées de la Bolivie. A ses côtés, un des hauts responsables de la Marine, dans ce pays qui a perdu son accès à la mer.

La symbolique me frappe. Les militaires qui écoutent avec attention la ministre du Président Evo Morales. Quel renversement ! Il y a encore quelques décennies, l’Amérique latine illustrait les peuples écrasés sous la botte des juntes armées. Pinochet et Vileda qui avaient anéanti les espérances de l’unité populaire de Salvador Allende et les processus égalitaires à Buenos-Aires. Aujourd’hui, à La Paz, tout en haut de la Cordillère, dans ce pays où a été assassiné le Che et capturé Klaus Barbie, dans ce pays où, pour la première fois, un Président est d’origine indienne, les traditionnels représentants de l’ordre, de la sécurité, souvent de l’oppression et de la torture, attendent sagement et respectueusement la fin du discours de la Ministre, issue de l’indianité. Sommes-nous toujours dans la même Amérique latine ?

Quelques jours auparavant, je traversais le Pérou, de Cusco au lac Titicaca, en pleine campagne présidentielle. Le candidat de la gauche, Ollanta Humala, est arrivé en tête du premier tour. Suivi par la fille de Fujimori, l’ancien chef de l’Etat, corrompu et traduit devant les tribunaux. Rien n’indique qu’Ollanta l’emportera tant les forces conservatrices, les médias, l’oligarchie foncière, les intérêts multinationaux, sont puissants. Verdict le 5 juin. Mais imaginez un peu la victoire d’un indien à Lima. Après la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela. Après la victoire des forces de la solidarité à Montevideo, à Brasilia, à Buenos-Aires, au-delà des différences politiques et des spécificités nationales. A quelques malheureuses exceptions près, de Bogota à Santiago, ce serait tout un continent qui basculerait dans les espoirs de solidarité et de fraternité. Vu l’état de la gauche en Europe et ailleurs dans le monde, voilà une formidable bouffée d’air pour le droit des peuples et la dignité des damnés de la terre.

La veille, au soir d’une rencontre très émouvante avec la communauté afro-bolivienne de La Paz, des citoyens encore plus discriminés que les indiens par l’arrogance métis et créole de la bourgeoisie locale, nous avons assisté au spectacle « les veines ouvertes de l’Amérique latine » d’après le superbe récit d’Eduardo Galeano, paru en 1971. Une saisissante reconstitution de toutes les dominations, des Espagnols aux Français, des Anglais aux Américains, et de tous les esclavages qui ont décimé hommes, femmes et enfants pendant des siècles. Pour le sucre, le café, le caoutchouc, l’or, l’argent, le gaz, le pétrole, la coca. Et toutes les résistances qui se sont levées, de Bolivar à Sandino, de Lula à Correa, pour refuser l’ordre dominant du capitalisme occidental. Des civilisations se sont effondrées, des Mayas aux Incas. Des peuples exterminés, par la variole et la dictature. Des militants martyrisés, de Victor Jara à tous ces anonymes disparus et dont les mères, inlassablement, réclament justice. Aujourd’hui, après tant de souffrances et de tragédies, les peuples de tout un continent dressent le poing.

Ce poing dressé, cette revanche des peuples tant massacrés, torturés, niés dans leurs identités, dominés et exploités par l’Europe puis par les successives administrations de Washington, s’illustrent magnifiquement par l’arrivée au pouvoir de Morales et de Chavez, de Kirchner et de Dilma Rousseff, de Correa et peut-être de Ollanta…. Chacun, à son rythme et selon les circonstances nationales, veut rompre avec le néo-libéralisme, plus ou moins encadré par des régimes militaires, qui a prévalu pendant des décennies. Les politiques sociales, la défense de l’environnement, la réappropriation par l’Etat de son rôle moteur dans l’économie, la nationalisation, plus ou moins avancée, des ressources naturelles, malgré l’opposition, parfois violente, des aristocraties et des propriétaires fermiers, toutes ces politiques courageuses, bien éloignées des atermoiements de la sociale-démocratie du vieux continent, représentent aujourd’hui un phare pour la gauche mondiale.

Ce qui me frappe, c’est souvent l’exceptionnelle désinformation en Europe sur ces processus de transformation sociale et culturelle. Quelle erreur. Quel contresens. De Caracas à La Paz, la presse, totalement libre, tire à boulets continus, via les chaînes de télévisions privées, contre les gouvernements démocratiquement élus. Dans la capitale du Venezuela, j’ai arpenté les sentiers des bidonvilles, perchés sur les hauteurs : des centres de santé, des coopératives alimentaires, des créations culturelles. Dans celle de la Bolivie, Sucre, jusqu’il y a peu, les femmes ne pouvaient pas accéder aux places publiques en costume traditionnel. Une insupportable discrimination à laquelle le gouvernement Morales a mis fin.

Ce printemps des peuples en Amérique latine lève les enthousiasmes et les résistances. Mais ces métamorphoses restent fragiles tant les ennemis de la plèbe sont vigoureux et déterminés, de la critique des armes aux armes de la critique. Une des plus grandes figures intellectuelles de notre temps, Alvaro Garcia Linera, intellectuel engagé aux côtés du « Nelson Mandela de l’Amérique latine », Vice-Président d’Evo Morales, inspiré par Antonio Gramsci et Pierre Bourdieu, évoque dans certaines textes ce point de bifurcation d’un Etat, d’une révolution, d’un processus radical de changement social et culturel. Ce point de bifurcation, ce moment de confrontation des forces, est proche, pense-t-il, pour son pays. Il l’est pour tout un continent. C’est historique. C’est aussi le moment de ne pas trop hésiter pour une gauche européenne, parfois trop sensible aux sirènes du compromis et d’une propagande qui veut étouffer, sous le nom de populisme, l’émancipation des peuples. El pueblo, unido, jamás,….

50 slogans du printemps espagnol et français André Martin Reporterre 2011/05/31 André Martin (31 mai 2011) 50 slogans du printemps espagnol et français. Reporterre. Tribune — fr

50 slogans du printemps espagnol et français

« Nous ne sommes pas sur Facebook, nous sommes dans la rue »

Slogans du printemps espagnol

Démocratie en travaux

La rue ne se taira pas

Pour une vraie démocratie, maintenant !

Que les banquiers paient la crise

Stoppons le nouvel ordre mondial

Résistance à la dictature économique

Ils ne le savent pas encore, mais on va les dégager

Nous n’avons pas de maison, nous restons sur la place

Vous prenez l’argent, nous prenons la rue

Vous sauvez les banques, vous volez les pauvres

Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes

Jamais la voix du peuple ne sera illégale

Ici c’est le peuple qui commande et le gouvernement qui obéit

Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir

Ce que nous vivons, ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie !

Nous sommes réveillés ! Quelle heure est-il ? L’heure qu’ils s’en aillent

Nous ne sommes pas sur Facebook, nous sommes dans la rue

Ce n’est pas un indice de bonne santé que d’être bien adapté à une société malade

We’re not against the system. The system is against us

Yes we camp !

la libertad no es el extremo de nada ( ? )

Voir les Affiches du mouvement espagnol

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Slogans de révolte brandis en France

Ne nous regardez pas, rejoignez-nous !

L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie !

Regarde bien ta Rolex, c’est l’heure de la révolte

Le marché qui oppresse les peuples ne connais pas de frontières. Notre colère non plus !

MEDIAS partout… INFO nulle part !

Le pays des droits de l’homme (barré) du riche !

Travail, famine, pâtes riz

Oui au dépistage précoce et systématique des délinquants politiques !

Le marché qui oppresse les peuples ne connais pas de frontières. Notre colère non plus !

Moins d’essence, plus de sens !

En grève jusqu’à la retraite

Eteignez vos télés, rejoignez les piquets !

Enrichir les financiers, c’est ça la pénibilité !

L’insécurité c’est le Medef à l’Elysée !

Elle est pas bientôt finie cette nuit du Fouquet’s ?

La guerre sociale est déclarée, les jeunes on va la gagner !

La guerre sociale est déclarée, avec internet on va la gagner !

Non aux 140 milliards d’exonérations sociales et fiscales !

De l’argent il y en a, dans les poches du patronat !

Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère !

Plumons les BETES EN COUR

Travailler TOUS pour gagner PLUS

Une seule solution : partager le temps de travail !

Pas besoin de travailler PLUS, exigeons de travailler TOUS !

Dis papy, c’était quoi la retraite ?

Concurrence libre et non faussée entre les jeunes et les vieux !

Papy m’a pris mon travail !

Papa, si tu rentrais plus tôt je trouverais peut-être du boulot !

Métro, boulot, caveau ?

Fonds de pension, piège à cons !

Pôle Emploi t’as de beaux vieux, tu sais …

Baisses d’impôts pour les riches : 100 milliards par an !

Pour la France d’en haut, des couilles en or ! Pour la France d’en bas, des nouilles encore !

Assez de cadeaux, pour la France d’en haut ! Assez de coups bas, pour la France d’en bas !

UMP = Union des Mafieux et Profiteurs

UMP = Union Magouilles et Pognon

Emission record de CO2 en 2010 Jérôme Albert (developpement-durable-entreprise.fr) Reporterre 2011/05/31 Jérôme Albert (developpement-durable-entreprise.fr) (31 mai 2011) Emission record de CO2 en 2010. Reporterre. fr

Emission record de CO2 en 2010

30,6 gigatonnes de CO2 ont été émis dans l’atmosphère, c’est 5% de plus qu’en 2008… année du précédent record.

Les émissions de [gaz carbonique] ont bondi de 5% en 2010 selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ce très mauvais résultat remet en cause l’objectif fixé par les dirigeants internationaux de limiter l’augmentation de la température globale à moins de 2°C d’ici à l’année 2100, annonce l’Agence internationale de l’Energie (AIE) sur son site internet.

En 2010, 30,6 gigatonnes de CO2 ont été émis dans l’atmosphère, c’est 5% de plus qu’en 2008…année déjà tristement référencée pour être celle du précédent record !

Rappelons que le CO2 (ou dioxyde de carbone), gaz présent naturellement dans l’atmosphère en très petite quantité (0,03%), est aussi un gaz à effet de serre créé par les activités humaines et connu pour ses propriétés absorbantes qui bloquent la réémission vers l’espace de l’énergie thermique créée au sol par le rayonnement solaire, ce qui le rendrait responsable du réchauffement climatique observé sur notre planète depuis la fin du XXe siècle.

Au rythme où vont les choses, « rester sous la barre d’une augmentation de 2°C va devenir un défi extrêmement difficile à tenir » prédit l’économiste en chef de l’AIE, Fatih Birol au journal The Guardian, et d’ajouter que « selon les prévisions du GIEC, il y a 50% de risques que l’augmentation de la température dépasse les 4°C vers 2100 ».

Pour ne pas en arriver là, il faudrait, selon l’AIE, que « les rejets de CO2 ne dépassent pas les 32 gigatonnes en 2020. Or si les quantités d’émissions suivent la même tendance, ce seuil sera franchi dès l’an prochain ».

Avec la crise économique, les CO2 avaient diminué en 2009, mais le volume de leurs rejets a repris très fort en 2010, notamment dans les pays émergents qui ont mieux résisté à la dépression que les pays occidentaux.

Chanson des Indignés de Bayonne Les Indignés de Bayonne Reporterre 2011/05/31 Les Indignés de Bayonne (31 mai 2011) Chanson des Indignés de Bayonne. Reporterre. fr

Chanson des Indignés de Bayonne

Les indignés sont arrivés

De Valencia à Baiona De Tokyo jusqu’à Oslo On ne veut plus de ce système là On ne veut plus faire partie du troupeau

Alors citoyens, RÉVEILLEZ VOUS !!

Réveillez vous car du G8 à l’Élysée ’Sont pas tellement nombreux a vouloir se bouger Alors c’est à nous tous ici réunis De faire en sorte qu’on nous entende alors faites du bruit

Say HO HO HO, say HE HE HE, say HI HI, say HO HO !!!

Familles travailleurs retraités chômeurs Quel que soit ton drapeau quelle que soit ton attache Quel que soit ton âge quelle que soit ta couleur Attrape un duvet et rejoins nous sur la place Que la démocratie remette l’homme au premier plan Qu’elle débloque son accès au travail, au logement A la culture, l’éducation, à la santé Que reprenne du sens l’action d’aller voter Alors citoyens, RÉVEILLEZ VOUS !!

Y’EN A MARRE qu’on chasse les paysans de leur terre Pour y semer des graines qui donneront le cancer Y’EN A MARRE du partage inégal des richesses Pourquoi certains se gavent pendant que d’autres serrent les fesses Y’EN A MARRE de cette démocratie falsifiée Qui te donne juste assez pour que tu puisses la boucler Y’EN A MARRE de rester chacun dans son coin A se regarder le nombril tu sais ça ne sert à rien

Alors citoyens, RÉVEILLEZ VOUS !! C’est qui les Indignés ? C’est nous c’est nous !!!

Consommer autrement selon les possibilités De la planète, ses ressources sont limitées Arrêtons la course aux besoins inutiles Laissons à nos enfants un peu de chlorophylle Parce qu’un jour la Terre en aura plein la croûte Elle ne nous laissera pas le bénéfice du doute Et quand viendra le moment de payer l’addition T’auras pas l’air malin avec tous tes millions

Alors citoyens, RÉVEILLEZ VOUS !!

Les Indignés de Barcelone veulent réfléchir plus intensément François Diaz Maurin Reporterre 2011/06/01 François Diaz Maurin (1er juin 2011 à 07h43,) Les Indignés de Barcelone veulent réfléchir plus intensément. Reporterre. fr

Les Indignés de Barcelone veulent réfléchir plus intensément

« Après trois semaines de débats, il faut aller dans plus de détails et ne plus seulement annoncer ’il faut proteger l’environnement’ ou encore ’la croissance infinie dans un monde fini est impossible’. »

D’après ce que l’on peut ressentir ici par rapport a la mediatisation du mouvement du 15-M, c’est qu’elle evolue assez vite. Donc une fois encore, c’est interessant de regarder la dynamique des evenements.

Vendredi, El Pais (tendance gauche) montrait bien clairement que la violence policiere venait de la police. Les photos y etaient particulierement explicites. Quant a La Vanguardia (journal le plus lu en Catalogne et a tendance de droite meme si plus modere ces derniers temps), elle essayait de balancer le discours par rapport aux charges violentes du matin meme. En gros, les policiers auraient ete violents parce qu’ils se seraient sentis menaces. La Vanguardia rappelait que les policiers n’etaient que 350 pour leur operation « nettoyage » alors que les alentours de la place dont ils bloquaient l’acces se retrouvaient subitement remplis de monde.

Le meme discours pouvait se retrouver dans El Periodico du lendemain qui insistait sur les erreurs d’organisation de cette « operation » et non sur le fait que la violence est un probleme recurrent et tres clair dans ce cas.

Pourtant, la tendance s’est un peu inversee dans la nuit de samedi a dimanche lorsque des « hooligans » fetant la victoire du Barca proche de l’acampada de Barcelone ont clairement depasses les bornes (comme souvent dans ce genre d’evenements). Le contraste etait en effet saisissant entre les hooligans (ou peut-etre de simple supporters un peu trop saouls) et les acampados qui essayaient de les calmer alors que eux sont restes sobres et detendus. Ce contraste a alors permis de credibiliser encore un peu plus ce mouvement qui montre une maturite impressionnante. Ceci s’est reflete dans les medias dont La Vanguardia dans leurs analyses suivant cette nuit.

Tout ceci pour montrer l’exemplarite de ce mouvement et de sa volonte et de son serieux. On voit bien que les acampados ne sont pas descendus dans la rue juste pour occuper une place. Non. Ils montrent et demontrent qu’une autre forme de mobilisation est possible et s’y tiennent.

Juste un petit mot au sujet de l’evolution des debats. Il semble qu’ici les debats evoluent tres bien meme si tres lentement. Les gens sont de plus en plus prêts à des revendications structurelles et semblent donc aller au-dela des simples reformes. Mais, d’apres ce qu’on me rapporte, les assemblees en grand nombre ne permettent pas d’avancer a fond dans les debats car, a l’oral, les reflexions ne sont pas developpees tres en profondeur. Le mouvement est donc en train de reflechir a changer le format des sous-assemblees / AG par des forums de discussions via le net sur lesquels se baseront ensuite les assemblees. C’est apparemment la seule facon de pouvoir apporter des elements developpe qu’en 2 min a l’oral. Car apres trois semaines de debats, il faut aller dans plus de details et ne plus seulement annoncer « il faut proteger l’environnement » ou encore « la croissance infinie dans un monde fini est impossible ».

Le mouvement est donc ici vraiment en train de passer dans une phase 2.0 comme on pourrait dire. Car non seulement il a obtenu sa legitimite vendredi matin et samedi soir en demontrant sa non-violence, desormais il est en train de veritablement construire les bases de sa revolution pacifique. Les gens sont prêts à aller plus loin dans la reflexion ce qui est impressionnant. Ce qui est rassurant c’est qu’il y a du potentiel puisque de nombreuses personnes competentes sont presentes dans ce mouvement et donc capables d’apporter la theorie necessaire a tout mouvement sur le long terme.

La loi sur le gaz de schiste prépare les forages Maxime Combes Reporterre 2011/06/01 Maxime Combes (1er juin 2011 à 06h43,) La loi sur le gaz de schiste prépare les forages. Reporterre. fr

La loi sur le gaz de schiste prépare les forages

Sous couvert de permettre des « études scientifiques », le Sénat ouvre la porte à l’exploitation du gaz de schiste.

Suite à l’incroyable mobilisation citoyenne demandant la suppression des permis d’exploration de gaz et huiles de schiste, le gouvernement s’était engagé à faire voter une « loi d’interdiction d’exploitation des gaz de schiste ». Pour François Fillon, il fallait « tout remettre à plat » et « annuler les autorisations déjà données ». Lorsque Christian Jacob, chef des députés UMP s’était prononcé pour « un moratoire ad vitam aeternam », Nicolas Sarkozy l’avait appuyé contre Bernard Accoyer. Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, il n’était « pas question d’avoir recours à des procédés d’extraction ayant une incidence écologique désastreuse ». Emballé, vendu. Le temps de détricoter en catimini la proposition de loi initiale...

En effet, le texte qui sera présenté aux sénateurs ce mercredi 1er juin n’a pas grand chose à voir avec le texte initial. Les députés l’avaient déjà profondément remanié. L’article 2 prévoyait l’abrogation pure et simple des permis délivrés jusqu’ici. Il a été remplacé par une procédure donnant la part belle aux industriels, et la décision finale au ministère de l’Industrie, favorable à l’exploitation des gaz et huiles de schiste. La brèche était ouverte. Elle est aujourd’hui béante.

En commission, le sénateur Claude Biwer (Meuse) a fait adopter plusieurs amendements qui autorisent le recours à la fracturation hydraulique « dans le cadre de projets réalisés à des fins scientifiques pour évaluer [cette] technique » (article 1). Un article additionnel prévoit la création d’une « commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux », qui aura notamment pour objectif « d’évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique » tout en proposant « les projets scientifiques d’expérimentations de forages employant [cette] technique ».

En décodé ? Sous couvert d’une exploration scientifique officiellement encadrée par une commission aux contours obscurs, les industriels pourront entamer ou poursuivre tranquillement leurs forages. Il existe aujourd’hui de très nombreuses enquêtes et documents d’études nord-américains et européens sur les conséquences néfastes sur l’environnement, la santé et les territoires engendrées par les techniques de fracturation hydraulique. Pourquoi forer et fracturer de nouveaux puits si ce n’est pour mettre tout le monde devant le fait accompli ? Une fois qu’il y aura eu multiplication des puits « à des fins scientifiques », pourquoi ne pas généraliser l’exploitation ? La science est ici instrumentalisée pour essayer de masquer les pressions des lobbies industriels, comme au Québec.

Ces amendements masquent pourtant l’essentiel. En donnant mandat à cette commission « d’évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique », les sénateurs réduisent les problèmes liés à l’exploitation des gaz et huiles de schiste à des considérations de nature technique. Qu’il suffit de « progrès technologiques » pour « accéder à de nouvelles ressources énergétiques » pour reprendre les termes de François Fillon. Pourtant, loin de se limiter à discuter des choix technologiques, les collectifs citoyens mobilisés depuis 5 mois affirment que c’est la pertinence globale de la filière des gaz et huiles de schiste qui n’est pas démontrée.

Dévastation des territoires, dérèglements climatiques, nécessaire transition énergétique, tout indique qu’il n’y a aucune raison d’entamer une exploitation des gaz et huiles de schiste en Europe. Seuls les intérêts des industriels font vent contraire et influencent aujourd’hui les parlementaires et le gouvernement. Pour contenir les dérèglements climatiques et rester en-deçà de 2°C d’augmentation des températures d’ici la fin du siècle, et alors que les émissions de CO2 ont atteint un niveau record en 2010, moins d’un quart des réserves prouvées en fossiles (pétrole, gaz et charbon) peuvent être utilisées d’ici à 2050 selon le Potsdam Institute for Climate Impact Research. Il n’y a pas pénurie d’énergies fossiles. Elles sont en excès. Dès lors, il ne faut pas se demander comment exploiter les gaz de schiste, mais pourquoi il faudrait le faire. A défaut, la loi fera pschiste...et laissera place à de nouvelles mobilisations.

Anthropocène Hervé Kempf Reporterre 2011/06/01 Hervé Kempf (1er juin 2011 à 06h57,) Anthropocène. Reporterre. Tribune — Nature fr

Anthropocène

« Welcome to the anthropocene », bienvenue dans l’anthropocène. Anthropocène ? Cette ère géologique ouverte voici deux cents ans et durant laquelle l’homme - anthropos - est devenu une force géologique. Le concept n’est pas né de la dernière pluie : forgé par le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen en 2000, on note sa première mention en France, en 2004, dans Le Monde, sous la signature de Christiane Galus. Mais voilà que le terme fait la couverture de The Economist, le plus intelligent des journaux néocapitalistes.

Pourquoi ce concept est-il important ? Parce qu’il clôt la période philosophique ouverte par le cartésianisme, et qui a inspiré la grande aventure occidentale de la révolution industrielle : selon l’approche synthétisée par Descartes et Bacon, l’homme est séparé de la nature, il doit la maîtriser, en devenir « maître et possesseur ». Ce pari philosophique a si bien réussi que les conditions mêmes sur lesquelles il se fondait ont été transformées : voilà que l’homme s’est fondu dans la nature au point d’en être devenu l’une des forces les plus puissantes. On ne sait plus distinguer le naturel de l’artificiel : le destin de la biosphère ne peut plus être dissocié de celui d’Homo sapiens.

Cela peut conduire à plusieurs conclusions. L’une est de reconnaître que cette puissance nouvelle de l’action humaine a conduit à une dégradation telle de son terrain d’application qu’elle menace sinon son existence, du moins la possibilité de sa poursuite dans des conditions pacifiques et prospères. Une autre, à l’inverse, serait qu’il faut poursuivre et élargir la logique de domination, par exemple en comptant sur la géo-ingénierie pour répondre au changement climatique.

Il est, cependant, une manière moins convenue de réfléchir à ce que signifie l’entrée dans l’ère de l’anthropocène : c’est d’interroger le sens de l’aventure humaine. D’analyser non seulement le système qui a accompagné cette expansion de la puissance d’Homo sapiens, le capitalisme, mais aussi l’attitude philosophique qui l’a inspiré, le matérialisme. Et donc, de rechercher dans la métaphysique une réponse aux questions de l’époque.

Le terrain se dégage : l’Académie pontificale des sciences, au Vatican, a endossé sans ambiguïté, en avril, la réalité du changement climatique, dans un document au titre provocateur : « Le sort des glaciers de montagne à l’ère de l’anthropocène ». Et deux rendez-vous ouvriront prochainement la réflexion : en juillet, lors d’une conférence sur « Ecologie et spiritualité », à Monestier (Dordogne), et en novembre, lors des Assises chrétiennes de l’écologie, à Saint-Etienne (Loire).

Le promoteur de la poubelle de Bure vit grassement aux frais de la République Yvan Stefanovitch (France Soir) Reporterre 2011/06/01 Yvan Stefanovitch (France Soir) (1er juin 2011 à 06h24,) Le promoteur de la poubelle de Bure vit grassement aux frais de la République. Reporterre. fr

Le promoteur de la poubelle de Bure vit grassement aux frais de la République

Le président du conseil général de la Haute-Marne, Bruno Sido, défend ardemment l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure. Et par ailleurs, il vit somptueusement, dans un des départements les plus pauvres de France.

Il est 10 h 17, le jeudi 31 mars 2011, dans l’hémicycle du conseil général de la Haute-Marne, à Chaumont. Le sénateur UMP Bruno Sido, 60 ans, vient d’être réélu pour la cinquième fois président du conseil général de Haute-Marne. Patron depuis douze ans de l’un des départements les plus pauvres de France, ce nabab est aussi l’un des plus riches parlementaires agriculteurs de l’Hexagone. Sa ferme la Bergerie, dans le bourg de Manois, à 25 kilomètres de Chaumont, a reçu 133.700 € en 2009 au titre de la politique agricole commune pour 400 hectares de céréales. Rien à redire à cette réussite personnelle… Par contre ses 15.700 € d’indemnités mensuelles en tant qu’élu cumulard ne lui suffisent pas. En effet, Bruno Sido mène illégalement grand train de vie au préjudice du contribuable haut-marnais.

Dès sa réélection, le « roi Sido », surnommé ainsi pour son côté hautain, se glisse dans la peau d’un Bourvil bonhomme et invite ses 31 collègues conseillers généraux à fêter ça, dans la somptueuse salle Niederberger… qui a coûté aux contribuables la bagatelle de 3 millions d’euros, soit le triple d’une salle de réception classique. Un repas gastronomique avec pouilly-fumé et champagne y a été préparé, toujours aux frais du contribuable haut-marnais, par l’un des meilleurs chefs locaux. Puis, les 32 élus retournent dans l’hémicycle, où le sénateur préside les débats, la pipe ou le cigare allumé aux lèvres. Seule, sa « modeste personne » (comme il aime à se définir) a le droit de fumer dans ce lieu public.

Le « monarque qui s’en fout »

Surnommé le « monarque qui s’en fout », par les membres de sa propre majorité, cet homme politique se fiche complètement et ostensiblement du qu’en-dira-t-on et de la loi. Cela ne l’empêche pas d’être très attentif « aux difficultés des Hauts-Marnais dans cette période crise », comme il l’a affirmé dans son discours d’investiture. Or tous les voyants de la Haute-Marne sont au rouge. En 2008, il était déjà le neuvième département le plus pauvre de l’Hexagone avec un revenu imposable annuel par habitant de 10.690 € pour une moyenne nationale de 12.733 €. Le taux de chômage y flirtait, en 2009, avec les 10 %, contre 7,8 % au plan national. Au hit-parade des meilleures maisons de retraite publié en mars 2011 par France Info, la Haute-Marne se classe 92e sur 94 départements répertoriés qui financent en majeure partie ces établissements.

Image de ce déclin économique : en tant que président du conseil général, Bruno Sido est aujourd’hui le premier employeur de son département avec un peu plus d’un millier de fonctionnaires territoriaux employés salariés du conseil général. Explication : la Haute-Marne (194.828 habitants en 2009) se dépeuple et a perdu pratiquement toutes ses industries métallurgiques du bassin de Saint-Dizier. Le département n’a plus que deux ressources. Le tourisme, avec notamment le mémorial de Colombey-les-Deux-Eglises (qui a coûté 26 millions d’euros et n’emploie que six salariés) et la manne des 30 millions d’euros versés chaque année par Areva, EDF et le Commissariat à l’énergie atomique, en échange du fonctionnement du laboratoire sur les déchets nucléaires installé à Bures, à 500 mètres de profondeur.

Malgré cette situation, le roi Bruno Sido ne donne pas l’exemple de la lutte contre le gaspillage et du respect de la loi à ses administrés. Notre enquête nous a permis de découvrir trois affaires où le président du conseil général s’est mis pénalement en infraction avec la loi. L’a-t-il fait en connaissance de cause ou sans le savoir ? Nous l’ignorons. En effet, nous lui avons adressé un long questionnaire sur le sujet, mais il n’a pas jugé utile de répondre jusqu’à ce lundi, plus d’une semaine après avoir reçu notre e-mail…

Une voiture et un manoir aux frais de la princesse

La première affaire. Chaque semaine, Bruno Sido se rend au Sénat. Il y arrive en général le lundi soir et repart mercredi ou jeudi matin. Le roi Bruno Sido utilise sa C6 de fonction du conseil général (immatriculée 9532 NP 52) pour se rendre au Parlement. Ce qui constitue en droit français un abus de confiance caractérisé au préjudice de la Haute-Marne, réprimé par une amende, une peine de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité. En effet, cette voiture est toujours conduite par « monsieur Alain », son chauffeur du conseil général resté exclusivement à son service depuis son élection comme sénateur en 2001. De plus, le département de Haute-Marne paye l’essence de la voiture, les péages et les deux ou trois nuits d’hôtel à Paris pour le chauffeur salarié par le département.

La deuxième affaire. Contrairement à son prédécesseur à la tête du département (qui habitait pourtant à plus de 50 kilomètres de Chaumont), Bruno Sido vit la semaine, avec sa femme et deux de ses enfants, à la villa Médicis, un hôtel particulier de deux étages, appartenant au conseil général, et installé au beau milieu de son enceinte. Rien d’anormal, sauf qu’en 2007, il a fait rénover complètement l’intérieur et l’extérieur de ce pavillon, remeublé et décoré à neuf… et que le prix de ces travaux n’a pas été rendu public. Que dit la loi ? Un conseil général peut parfaitement attribuer un logement de fonction à son président, mais cette décision doit faire l’objet d’une délibération de cette assemblée. Or, selon notre enquête auprès de plusieurs conseillers généraux, cette délibération ne semble pas avoir eu lieu.

Deux femmes de services et deux jardiniers

La troisième affaire. Bruno Sido utilise à 90 % du temps pour son usage personnel, à la villa « Médicis », deux « personnels de maison » du conseil général, à savoir Elda et Sylvie. De plus, deux jardiniers du conseil général, Jean-François et François, sont également affectés au jardin de cette assemblée, tout en entretenant le potager et la serre personnels du président. Aucune délibération ne semble autoriser ces emplois de personnel départemental à des fins plus ou moins privatives. Cela relève de la qualification pénale d’ingérence ou de prise illégale d’intérêts. Pour ces mêmes faits, le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, avait vu sa condamnation confirmer par la cour de cassation le 7 mai 1998. Soit quinze mois d’emprisonnement avec sursis, 200.000 F d’amendes et deux ans d’inéligibilité.

Pourquoi la chambre régionales des comptes de Champagne-Ardenne ne s’est-elle jamais penchée sur le cas Bruno Sido ? Seul organisme compétent en matière de contrôle de la légalité de la gestion des collectivités, elle ne dispose que de huit juges pour examiner le bon usage des deniers publics dans quatre départements (Ardennes, Marne, Aube et Haute-Marne). Soit les comptes de 1.017 comptes de collectivités et établissements locaux à vérifier ! Elle n’est pas saisie par les citoyens, mais de sa propre initiative ou suite à « un article 40 », par le préfet ou un fonctionnaire témoin des faits délictueux commis par un élu.

Gastronome aux frais du contribuable

C’était un vrai protocole à la Versailles, le 7 janvier dernier, lors des vœux du Jour de l’an du président du conseil général. Comme le raconte un journaliste du quotidien local Le Journal de la Haute-Marne, il fallait faire la queue pendant 90 minutes au minimum pour faire le baisemain obligatoire à madame la présidente et saluer son mari « le maître » des lieux, le couple étant posté à l’unique entrée de la salle Niederberger. Les centaines d’invités avaient le droit ensuite de déguster des apéritifs aux frais du contribuable haut-marnais. Toujours aux frais de la princesse, le président Sido offre ainsi un repas gastronomique, chaque mois, à ses sept vice-présidents (aujourd’hui ils sont neuf) et, cinq fois par an, aux 31 conseillers généraux réunis en séance plénière. Au grand agacement de ces derniers, la présidente Marie-Cécile participe à toutes ces agapes, à la table d’honneur au côté de son mari.

Près de 200 « indignés » à Montpellier AFP Reporterre 2011/06/01 AFP (1er juin 2011 à 08h45,) Près de 200 « indignés » à Montpellier. Reporterre. fr

Près de 200 « indignés » à Montpellier

Entre 150 et 200 personnes ont assisté mardi soir 31 mai à Montpellier à une « assemblée générale » des « indignés », un mouvement qui s’inspire de celui de la Puerta del Sol à Madrid et qui « prend de l’ampleur » dans la capitale languedocienne, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Nous sommes des personnes indignées et révoltées ayant décidé librement et spontanément d’occuper la place de la Comédie », la place en plein coeur de Montpellier, a lancé une jeune femme au micro d’un porte-voix.

« Ce mouvement s’inscrit dans la lignée de ce qui se passe en Espagne, en Grèce (...) dans les pays arabes », et « nous sommes ici pour construire un changement », a-t-elle ajouté.

« Nous nous reconnaissons, a expliqué à l’AFP une autre participante à l’Assemblée générale, dans la révolte des Espagnols » qui se relaient nuit et jour depuis deux semaines dans un campement, place de la Puerta del Sol à Madrid, devenue le coeur d’un mouvement de contestation dénonçant les conséquences de la crise.

A Montpellier, le mouvement, qui a démarré la semaine dernière, « prend de l’ampleur jour après jour », s’est réjoui un homme prenant spontanément la parole au micro. « On est de plus en plus nombreux, a-t-il salué. Le mouvement, né en Tunisie, arrivé à Madrid, c’est pour dire +on n’en peut plus », a-t-il ajouté, un autre listant « précarité, misère, chômage des jeunes » notamment.

Une jeune femme a de son côté déploré une intervention policière mardi matin, alors que quelques dizaines de personnes avaient installé un campement sur l’esplanade de Montpellier, à quelques pas de la place de la Comédie.

L’utilisation du téléphone portable : un risque cancérigène, selon l’OMS Associated Press Reporterre 2011/06/01 Associated Press (1er juin 2011 à 07h12,) L’utilisation du téléphone portable : un risque cancérigène, selon l’OMS. Reporterre. fr

L’utilisation du téléphone portable : un risque cancérigène, selon l’OMS

L’agence de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que l’utilisation de téléphones portables et d’autres appareils sans fil pourrait faire augmenter les risques de tumeur au cerveau, mais précise que d’autres études sont nécessaires pour en avoir la certitude.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a tenté de déterminer si l’exposition à des champs électromagnétiques de fréquences radio, émis par des appareils sans fil, pouvait causer le cancer.

L’organisation a classé les champs électromagnétiques de fréquences radio comme étant potentiellement cancérigènes pour les humains, compte tenu d’un risque plus important de développer un gliome, un cancer du cerveau de type malin.

D’autres substances, comme les pesticides DDT et les émanations des moteurs à essence, sont classées dans la même catégorie.

Ces résultats, basés sur des données récoltées lors de plusieurs études menées dans divers pays, ont été publiés mardi 31 mai à Lyon, après une réunion d’experts dans le domaine. Les experts ont étudié les possibles liens entre le cancer et certains types de rayonnements électromagnétiques que l’on retrouve dans les cellulaires, les fours à micro-ondes et les radars.

L’an dernier, une importante étude avait conclu à l’absence de lien tangible entre les téléphones cellulaires et le cancer. Certains groupes de sensibilisation avaient cependant soulevé des inquiétudes au sujet de cette étude.

L’étude était controversée puisqu’elle avait débuté avec des gens souffrant déjà du cancer, à qui l’on demandait de se rappeler leur fréquence d’utilisation du cellulaire plus d’une décennie auparavant.

Le CIRC estime qu’environ cinq milliards de personnes utilisent un téléphone cellulaire sur la planète.

Le CIRC a publié plus de 100 études depuis 1970 sur les propriétés cancérigènes de l’amiante, des rayons X et du virus du papillome humain, entre autres.

Je soutiens Nicolas Hulot Jean-François Noblet Reporterre 2011/06/02 Jean-François Noblet (2 juin 2011) Je soutiens Nicolas Hulot. Reporterre. Tribune — fr

Je soutiens Nicolas Hulot

« Il faut vraiment que je leur dise d’urgence tout cela. La vie est belle et un immense espoir repose sur les épaules d’un type formidable : Nicolas Hulot. »

Autant le dire d’entrée : Il est vrai que je ne partageais pas le goût de Nicolas pour les sports motorisés dans ses premières émissions télévisées. Puis j’ai été séduit par son amour de la nature et son évolution constante et régulière pour la cause de l’écologie. C’est pour cela que j’ai soutenu sa campagne pour le Pacte écologique des élections présidentielles précédentes.

J’ai rencontré l’homme et j’ai été séduit par son charisme et son sens des relations humaines.

Fondateur du comité de soutien grenoblois à la candidature de René Dumont en 74 j’ai toujours voté pour l’écologie mais il me semblait pour les futures élections présidentielles qu’il était impératif et prioritaire d’éjecter Sarkozy dès le premier tour en votant socialiste. J’ai changé d’avis.

Hier soir 18 mai 2011 j’ai assisté à Grenoble à une rencontre entre les militants des Verts et d’Europe Ecologie avec Nicolas Hulot, candidat aux primaires d’Europe Ecologie.

J’étais séduit et je suis maintenant emballé, enthousiaste. Tout d’abord j’ai bien aimé sa simplicité et son comportement : accessible, respectueux de ses détracteurs, honnête, affecté par les attaques personnelles et touchant par la sincérité de ses propos. Indéniablement il démontre de grandes qualités humaines et c’est vraiment rare chez les personnalités surmédiatisées.

Ensuite j’ai vraiment été bluffé par la qualité de son discours dans une grande diversité de sujets. On le savait devenu compétent dans les domaines de l’environnement pur. Il en a été très peu question hier dans le dialogue avec les écologistes isérois qui l’ont interrogé sur la démocratie, l’immigration, la fiscalité, le nucléaire, l’économie, la culture, l’éducation.

Et bien Nicolas Hulot m’a heureusement surpris par une réflexion approfondie et passionnante sur tous ces sujets, démontrant qu’il était un humaniste de gauche capable de défendre un nouveau modèle de société. Très rares sont les candidats écolos aussi complets et convainquant dans leurs analyses et propositions. Nicolas Hulot a cette capacité à synthétiser les idées de l’écologie en présentant la manière de les mettre en pratique. On sort du discours théorique et on commence à construire la société sobre, solidaire, respectueuse dont nous rêvons tous. En cela il a un avantage certain pour convaincre une grande part de l’électorat en recherche de solutions concrètes.

Alors hier soir je suis rentré avec un fol espoir de voir enfin éclore la société écologique dont je rêve depuis toujours.

En cette belle soirée de printemps je marchais sous les tilleuls en fleur d’un trottoir grenoblois. Je respirais un grand coup, à pleins poumons la brise douce et parfumée et je pensais très fort à mes enfants, mes amis, ma compagne. Il faut vraiment que je leur dise d’urgence tout cela. La vie est belle et un immense espoir repose sur les épaules d’un type formidable : Nicolas Hulot.

Il faut que Nicolas Hulot soit élu candidat officiel d’Europe écologie aux élections primaires organisées . Pour pouvoir voter il faut, soit être adhérent d’Europe Ecologie, soit être coopérateur. Pour être coopérateur il faut payer 10€. avant le 10juin. Renseignements. Je compte sur vous.

« 35 heures » : les Allemands travaillent moins que les Français... AFP Reporterre 2011/06/04 AFP (4 juin 2011) « 35 heures » : les Allemands travaillent moins que les Français.... Reporterre. fr

« 35 heures » : les Allemands travaillent moins que les Français...

... qui travaillent moins que les Grecs ou les Italiens, selon l’économiste Patrick Artus.

PARIS — Les Européens du sud travaillent beaucoup plus et parfois plus longtemps que les Allemands, selon une étude qui, statistiques à l’appui, bat en brèche de récents propos d’Angela Merkel fustigeant en pleine crise de la dette un laxisme social de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal.

« Les Allemands travaillent beaucoup moins (sur l’année, sur leur vie) que les Européens du sud. Ils ne travaillent pas non plus plus intensément », écrit Patrick Artus, chef économiste de la banque française Natixis et rédacteur de cette étude qui s’appuie notamment sur des chiffres de l’OCDE et d’Eurostat.

La durée annuelle moyenne du travail d’un Allemand (1.390 heures) est ainsi beaucoup plus faible que celle d’un Grec (2.119 heures), d’un Italien (1.773 heures), d’un Portugais (1.719 heures), d’un Espagnol (1.654 heures) ou d’un Français (1.554 heures), attestent les chiffres publiés en 2010 par l’OCDE.

« La performance de productivité par tête de l’Allemagne est dans la moyenne des pays du sud, celle de la productivité horaire est au-dessus de la moyenne mais pas meilleure que celle de la France ou de la Grèce », précise également Natixis.

Si l’âge légal de départ à la retraite est plus tardif outre-Rhin (65 ans actuellement, 67 ans dans le futur), les Portugais et les Espagnols travaillent de facto plus longtemps, avec un âge effectif moyen de départ en retraite de 62,6 et 62,3 ans, contre 62,2 ans pour les Allemands.

Les Grecs ne sont pas loin derrière (61,5 ans) et la réforme des retraites adoptée au printemps 2010 par Athènes, qui a porté l’âge légal de départ de 60 à 65 ans, vise à faire passer l’âge moyen à 63,5 ans d’ici 2015.

Seuls les Français (60 ans) et les Italiens (60,1 ans) partent actuellement en retraite deux ans plus tôt en moyenne que les Allemands, souligne encore l’étude, datée du 30 mai.

Mi-mai, la chancelière allemande Angela Merkel a fustigé les vacances et les systèmes de retraite des pays d’Europe du Sud, qu’elle juge bien trop généreux.

« Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu’en Allemagne, que tous fassent un peu les mêmes efforts, c’est important », avait dit Mme Merkel.

« Angela Merkel ne montre pas les vrais problèmes des pays du sud de la zone euro », estime le chef économiste de Natixis.

La performance économique de l’Allemagne est due, selon M. Artus, à son effort d’innovation et de spécialisation dans l’industrie haut de gamme, à l’épargne élevée de son secteur privé et à sa main d’oeuvre très qualifiée par rapport à ses voisins du sud.

Berlin dépense par exemple plus que l’Espagne et le Portugal réunis dans la recherche : 2,82% de son produit intérieur brut (PIB), contre 1,38% à Madrid et 1,38% à Lisbonne. Les résultats ne se font d’ailleurs pas attendre : l’Allemagne dépose 70 fois plus de brevets que l’Espagne, le Portugal et la Grèce réunis.

Les entreprises et les ménages allemands épargnent en outre plus que ceux des pays du sud de la zone euro, ce qui explique les excédents extérieurs de Berlin, relève également l’enquête de Natixis.

En Grèce, les Indignés se rassemblent par milliers Marie-Laure Veilhan Reporterre 2011/06/05 Marie-Laure Veilhan (5 juin 2011) En Grèce, les Indignés se rassemblent par milliers. Reporterre. fr

En Grèce, les Indignés se rassemblent par milliers

« Les médias font quasiment l’impasse sur ce qui se passe ici, partout : assemblées populaires, selon les modalités les plus démocratiques qu’on puisse assurer, et pour l’instant en tout cas, ça fonctionne, non sans désaccord (heureusement....) mais sans aucun incident violent. »

Chers tous,

Je vous envoie quelques nouvelles d’Aighion, et de ce que je sais de ce qui se passe ailleurs, à Athènes et dans toutes les villes, petites ou grandes, de Grèce. Je suppose que votre information est surtout basée sur ce que vous fournissent les médias, et vu le barrage incroyable de censure qu’opposent TOUS les médias grecs, ça ne m’étonnerait pas que vous soyez peu, mal ou dés- informés.

Depuis plus d’une semaine, des dizaines de milliers d’’indignés« se rassemblent tous les soirs à la place Syntagma, devant le Parlement. De plus en plus organisés, certains ont monté un campement, bien équipé (médecins, équipes de propreté, équipes de »’propagande« ...). Il y a deux jours, alors que 60.000 personnes au moins se rassemblaient à Syntagma, un groupe d »intellectuels", regroupés autour de la figure phare de Mikis Théodorakis (compositeur, résistant pendant ladictature, d’extrême gauche, puis de gauche, puis centriste, puis... de droite) ont appelé à un rassemblement en un autre point d’Athènes, aux Propylées (pas très loin de Syntagma).

Ils ont rassemblé moins de monde, mais plusieurs milliers quand même, sur des thèmes plus « conciliants » que le pur et simple « non à la dette, oui à l’audit » de l’immense majorité, puisqu’ils discutent davantage des modalités que du fond du problème de la dette et de ce que cela engage : politique sociale, mesures d’austérité que le terme « draconienne » ne suffit déjà plus à qualifier tellement ça promet d’être encore plus dur avec le dernier train, officiellement annoncé, et bien sûr souveraineté nationale ; dans l’accord de prêt, il est stipulé noir sur blanc que la Grèce ne peut faire valoir sa souveraineté pour refuser de mettre en oeuvre des mesures imposées par le « Trio » (Banque Centrale Européenne, Comm. Euro et FMI), pour lequel aucun des citoyens vivant en Grèce n’a jamais voté, pour la bonne raison qu’ils ne sont pas soumis au vote !

Les médias font quasiment l’impasse sur ce qui se passe ici, partout : assemblées populaires, selon les modalités les plus démocratiques qu’on puisse assurer, et pour l’instant en tout cas, ça fonctionne, non sans désaccord (heureusement....) mais sans aucun incident violent.

Parmi les photos que je vous envoie (toutes d’Athènes, suivront d’autres, d’Aighion et Patra), il y en a deux qui montrent le moment où des hommes et des femmes (que personne, pour une fois, ne soupçonnera d’être de dangereux anars encagoulés) empêchent les députés de quitter le Parlement, à coups d’insultes, oui, et de « moutzes » (l’équivalent, assez usité ici, mais lourd de sens, du bras d’honneur français : paume et doigts écartés sont projetés à la face de l’autre), mais sans aucune pierre, aucun cocktail molotov, ni même une allumette jetée par terre.

A Aighion, nous avons commencé, après une semaine d’absence totale d’organisation (du coup, on était peu nombreux), les assemblées avec rendez-vous, et vote à main levée. Nous nous retrouverons pour la troisième fois sur la place Faneromeni (avant-hier, 150, hier, 400...). Et ils sont de plus en plus nombreux à se joindre aux indignés déjà déclarés. On est enthousiastes, inquiets, curieux, effrayés (beaucoup de rumeurs circulent sur l’éventualité d’un coup d’état, maintenant que les députés de gauche et d’extrême droite ont annoncé leur intention de quitter le Parlement). Fiers, aussi. Comme ça va durer, il nous faudra avoir du souffle, on a aussi besoin de votre soutien, moral, ne fût-ce que de votre présence intéressée.

Les axes d’une politique de transformation énergétique François Brottes, Pierre Radanne et Laurence Tubiana Reporterre 2011/06/05 François Brottes, Pierre Radanne et Laurence Tubiana (5 juin 2011) Les axes d’une politique de transformation énergétique. Reporterre. Tribune — fr

Les axes d’une politique de transformation énergétique

« La société de l’abondance énergétique et du gaspillage pénalise les populations les plus vulnérables et menace l’équilibre social. »

L’annonce par Angela Merkel, la chancelière allemande, de l’arrêt total du nucléaire d’ici à 2022 ouvre un chantier colossal, celui des énergies de substitution qui permettront de satisfaire les besoins. Et si on ajoute à cette nouvelle donne le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources fossiles, on perçoit qu’une transformation radicale de nos modes de production énergétique doit être engagée. Il faudra néanmoins ne prendre en otages ni la planète ni les citoyens les plus vulnérables. Nous devrons donc concevoir un ensemble de politiques indissociables les unes des autres, en y associant largement les citoyens, afin d’assurer collectivement la transition vers une société de progrès écologique et social qui responsabilise chacun sans en exclure personne.

Le premier écueil est d’attendre une révolution du seul développement des énergies vertes, comme si l’énoncé de l’expression symbolique « énergie renouvelable » possédait un pouvoir magique. Car certaines de ces énergies parmi les plus emblématiques nécessitent, en raison de leur production intermittente, le recours à des centrales thermiques polluantes pour assurer l’équilibre permanent du réseau. La capture et le stockage de CO2, tout comme le stockage de l’électricité représentent des solutions qui nous permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Or, dans ces deux secteurs, nous accusons des retards importants. Il nous faut donc conforter la recherche de toute urgence.

La puissance publique doit rester soucieuse de la distribution des subventions. Il lui faudra donc mieux réguler les implantations en fonction des ressources (vent, ensoleillement, nappes d’eau chaude…), pour optimiser les filières. Elle devra rapprocher les lieux de production des zones de consommation afin de limiter les pertes en ligne et les surcoûts financiers qu’elles provoquent. La puissance publique devra enfin puissamment inciter à l’autoconsommation des productions d’énergie renouvelable. D’abord, parce qu’une telle stimulation ouvrirait la possibilité d’alléger les effets de la politique des tarifs d’achat assumée par l’ensemble des consommateurs (via la contribution au service public de l’électricité) et de mieux rémunérer les excédents. En second lieu, parce qu’elle favoriserait la maîtrise des consommations tout en permettant le développement des structures à énergie « positive ».

Le deuxième écueil est de continuer à jouer « petit bras » en matière de réduction de nos consommations d’énergie. La société de l’abondance énergétique et du gaspillage pénalise les populations les plus vulnérables et menace l’équilibre social. Pourquoi ? Parce que le pillage des ressources naturelles des pays en voie de développement et des puissances émergentes provoquent des tensions géopolitiques qui entretiennent la flambée des prix des carburants ou des matières premières agricoles. Il est devenu vital de maîtriser notre demande d’énergie, pour préserver l’environnement bien sûr, mais aussi pour nous-mêmes.

Le champ d’action est vaste, les investissements sont importants mais négligeables comparés au coût environnemental, économique, sanitaire et social du statu quo. L’investissement massif dans la rénovation thermique du bâti existant, les meilleurs usages de l’électricité, la formation professionnelle, l’éducation et l’ingénierie publique sont indispensables. Modifier nos usages et nos modes de consommation et de déplacement ne l’est pas moins.

Le dernier écueil consisterait à vouloir conduire la transition vers une économie plus sobre en énergie et en carbone à marche forcée, sans prendre en compte les difficultés de nombre de nos concitoyens, aggravées par la crise.

Au-delà des dispositifs de solidarité envers les personnes en situation de précarité, la mise en place d’un tarif de base pour l’énergie nécessaire aux besoins vitaux (se chauffer, se laver, s’éclairer) permettra d’éradiquer les situations d’exclusion en fournissant à chacun un droit d’accès à un volume fixé en fonction du nombre de personnes composant le foyer. Pour inciter les usagers à réduire leur consommation ou à investir dans de l’autoconsommation, le prix des consommations « au-delà de l’essentiel » agira comme un signal intégrant le coût du CO2.

Déjà proposé par les députés socialistes lors de la loi « Grenelle de l’environnement », ce dispositif innovant, complété notamment d’une contribution énergie-climat sur les énergies fossiles, et d’un « Pass mobilité intermodal » abordable incluant le carburant lorsqu’il n’existe pas de solution alternative de transport en commun, permettra de responsabiliser chacun en n’excluant personne. Trois curseurs sont essentiels : la consommation, l’efficacité énergétique et le mélange énergétique.

Loin d’une négociation réduite aux symboles, l’ensemble de la gauche doit travailler sur les scénarios de simulation, afin de proposer un échéancier pour ce nouveau mélange énergétique. Un débat national sur la transition énergétique s’imposera dès 2012, associant largement les acteurs socio-économiques. Les décisions lourdes qui en résulteront engageront notre avenir commun pour plusieurs décennies.

Rassemblements des Indignés le 5 juin dans les villes de France Réelle Démocratie Reporterre 2011/06/05 Réelle Démocratie (5 juin 2011) Rassemblements des Indignés le 5 juin dans les villes de France. Reporterre. fr

Rassemblements des Indignés le 5 juin dans les villes de France

La liste des heures et des lieux : d’Aix-en-Provence à Valence

RASSEMBLEMENT DES INDIGNES DU 5 JUIN 2011 PARTOUT EN FRANCE ET DOM TOM

5 juin 11 - Aix-en-Provence - 14:00 - Place de la Rotonde 5 juin 11 - Angers - 18:00 - Boulevard du Maréchal Joffre 5 juin 11 - Angoulème - 18:00 - Place du Champ de Mars 5 juin 11 - Avignon - 18:00 - Place Pie 5 juin 11 - Bastille - Assemblées générales - 17:00 - Place Beaubourg 5 juin 11 - Bayonne - Campement permanent - Place Chaho-Pelletier 5 juin 11 - Besançon - Campement permanent - Square Granvelle 5 juin 11 - Bordeaux - 19:00 - Place de la Victoire 5 juin 11 - Brest - 19:00 - Place de la Liberté 5 juin 11 - Chambéry - 18:30 - Place des Elephants 5 juin 11 - Clermont-Ferrand - 16:00 - Place de la Victoire 5 juin 11 - Grenoble - 19:00 - Place Victor Hugo 5 juin 11 - La Roche sur Yon - 18:00 - Place Napoléon 5 juin 11 - Lannion - 16:00 - Parvis des Droits de l’Homme 5 juin 11 - Le Havre - 15:00 - Préfecture 5 juin 11 - Lille - Campement permanent - Place Richebé 5 juin 11 - Lyon - 19:00 - Place Bellecour 5 juin 11 - Marseille - 15:00 - Parc du Prado 5 juin 11 - Marseille - 18:00 - Place Thiars 5 juin 11 - Metz - 19:00 - Place Saint-Louis 5 juin 11 - Nancy - 14:00 - Place Maginot 5 juin 11 - Nantes - 18:00 - Place Royale 5 juin 11 - Nice - 19:00 - Place Garibaldi 5 juin 11 - Nîmes - 19:00 - Maison Carrée 5 juin 11 - Orléans - 14:00 - Place du Martroi 5 juin 11 - Paris - 17:00 - Place Beaubourg 5 juin 11 - Pau - 14:00 - Place Clémenceau 5 juin 11 - Perpignan - 19:00 - Place République 5 juin 11 - Poitiers - 19:00 - Marché Notre-Dame 5 juin 11 - Poitiers - Campement permanent - Place de la Liberté 5 juin 11 - Rennes - 16:00 - Place de la Mairie 5 juin 11 - Saint-Leu - Ile de la Réunion - 14:00 - Saint-Leu 5 juin 11 - Strasbourg - 19:00 - Place de la République 5 juin 11 - Toulouse - 19:00 - Place du Capitole 5 juin 11 - Tours - 19:00 - Place Anatole France 5 juin 11 - Valence - 19:00 - Place de la Liberté

L’écologie est-elle de droite ? J. Grau Reporterre 2011/06/07 J. Grau (7 juin 2011) L’écologie est-elle de droite ?. Reporterre. Tribune — fr

L’écologie est-elle de droite ?

« Si l’écologie cesse d’être une rêverie pour devenir un facteur de transformation sociale et politique, alors elle doit nécessairement s’attaquer aux inégalités économiques »

Les écologistes, c’est le moins qu’on puisse dire, ne sont pas aimés par tout le monde. Beaucoup les considèrent avec méfiance, sinon avec répulsion. C’est notamment le cas à gauche, où d’aucuns leur reprochent d’être des bobos bien-pensants, qui négligent la question sociale au profit des pandas, culpabilisent ceux qui n’ont pas les moyens de manger bio et rêvent d’écraser les pauvres avec une bonne petite taxe carbone. Les écolos se disent souvent de gauche, et c’est de préférence vers les partis de gauche qu’ils se tournent pour nouer des alliances électorales. Mais ne sont-ils pas, de par leur idéologie, leur appartenance sociale et leur pratique politique, profondément ancrés à droite ?

Cette question, apparemment simple, contient en fait deux problèmes. Il y a d’abord un problème de fait : est-il exact que les écologistes actuels soient plutôt orientés à droite ? Et puis il y a un problème plus abstrait, plus philosophique : l’écologie est-elle par définition de droite ? On me permettra de traiter d’abord le second problème. Car comment pourrait-on attribuer aux écologistes des étiquettes politiques si on ignore le sens précis des mots « écologie », « gauche » et « droite » ?

Quelques définitions

Tâchons d’abord de définir le premier de ces trois termes. L’écologie politique – à distinguer de l’écologie scientifique – est un courant multiforme qui veut transformer la manière de produire et de consommer au nom de la préservation des écosystèmes. Les écologistes, je viens d’y faire allusion, ne forment pas un mouvement homogène. Leurs motivations ne sont pas forcément les mêmes. Certains ont d’abord des préoccupations humanistes : ils veulent préserver des écosystèmes rendant possible la perpétuation d’une vie humaine saine. D’autres, davantage sensibles à la dimension esthétique du problème, militeront contre l’enlaidissement des paysages. D’autres enfin sont mus par un amour de la nature dans son ensemble, et ne pensent pas qu’il faille privilégier l’espèce humaine par rapport aux autres.

Les écologistes peuvent également différer quant à leurs stratégies. Pour certains, il faut se préparer le plus tôt possible à la décroissance, laquelle finira tôt ou tard par arriver à cause de l’épuisement des ressources naturelles. D’autres, plus modérés, espèrent pouvoir concilier croissance et écologie grâce à une mystérieuse « croissance verte » ou à un paradoxal « développement durable ». En tous les cas, les écologistes s’accordent tous – au moins dans leurs discours – pour dénoncer le gaspillage, la pollution, l’appauvrissement de la biodiversité et la destruction des écosystèmes induits par les excès de la civilisation industrielle.

Qu’en est-il maintenant de la différence entre « gauche » et « droite » ? Il est évidemment difficile de définir ces notions, qui varient considérablement suivant les époques et les sociétés. Il me semble pourtant que ces deux tendances politiques se distinguent sur la question des inégalités. La droite, à une certaine époque, s’appelait le « parti de l’ordre ». Depuis, elle préfère s’attribuer des épithètes plus sympathiques, comme « moderne » ou « populaire » (Union pour un Mouvement Populaire, Partido Popular, etc.), mais le fond idéologique n’a pas changé : il s’agit toujours de préserver l’ordre établi, voire d’accroître le fossé entre les faibles et les puissants. La gauche, au contraire, a toujours promu une réduction ou une disparition de certaines inégalités.

Naturellement, toutes les inégalités ne sont pas de même nature, et c’est pourquoi il y a plusieurs manières d’être de gauche, comme il y a plusieurs manières d’être de droite. On peut combattre les inégalités entre hommes libres et esclaves, entre hommes et femmes, entre blancs et non-blancs, entre hétérosexuels et homosexuels, etc. Mais c’est généralement aux écarts de richesse que l’on pense lorsqu’on emploie les mots de « gauche » et d’« inégalités ». Cet usage semble bien fondé dans une civilisation comme la nôtre, où la puissance de l’argent a fini par dominer toutes les autres. Les inégalités de richesse occupent une place centrale, et c’est d’abord en s’y attaquant qu’on pourra réduire efficacement les autres formes d’inégalités. On sait, par exemple, que les personnes appartenant aux minorités ethniques ou raciales sont souvent, avec les femmes, les premières touchées par la pauvreté et par la précarité. Il est donc dérisoire de s’attaquer aux discriminations dont elles sont victimes sans exiger une nouvelle répartition des richesses et du temps de travail.

L’écologie : une idéologie réactionnaire…

Il est assez facile, au vu de ces définitions, de voir en quoi l’écologie peut apparaître comme une idéologie droitière. Même s’ils ne sont pas systématiquement hostiles aux innovations technologiques, les écologistes estiment que la civilisation industrielle est allée beaucoup trop loin dans la transformation de la nature et des sociétés humaines, et qu’il faudrait revenir en arrière dans de nombreux domaines. De ce point de vue, l’écologie politique a un côté réactionnaire, au sens le plus général du terme. Il n’est donc pas étonnant qu’on trouve parmi les écologistes des gens de droite, voire d’extrême droite, des nostalgiques d’un ordre préindustriel, où la paysannerie constituait la force vive du peuple et où chaque catégorie sociale savait rester à sa place.

On pourra même, dans une perspective marxiste, considérer que l’écologie est nécessairement réactionnaire sur les plans social et politique. Les marxistes, en effet, ont souvent le même optimisme que la droite libérale à l’égard du progrès technique. Pour eux, c’est ce progrès qui rendra possible l’avènement d’une société d’abondance, où les masses ne seront plus contraintes de vendre leur force de travail pour subsister. Toute remise en question du progrès technique, toute condamnation du gaspillage et de la pollution leur paraît donc suspectes. Quant aux écologistes modernistes, ceux qui misent tout sur de nouvelles technologies (énergie solaire, éoliennes, habitations autonomes sur le plan énergétique, etc.), ils n’en sont pas moins dignes de méfiance : ne sont-ils pas les promoteurs d’un « capitalisme vert », c’est-à-dire d’une nouvelle forme d’exploitation ?

Les raisons ne manquent pas, on le voit, de classer l’écologie à droite, voire à l’extrême droite. Pourtant, je suis persuadé qu’il y a un lien logique entre écologie et gauche. Tout écologiste conséquent doit lutter contre les puissances de l’argent – multinationales, banques, spéculateurs, sociétés financières – car même si elles investissent dans un « capitalisme vert », leur recherche d’une accumulation indéfinie de richesses est en contradiction avec la finitude des ressources naturelles. Inversement, tout homme de gauche devrait logiquement être écologiste, car seule une société écologique pourrait être égalitaire. Voyons cela plus précisément.

Les écologistes conséquents sont de gauche

Comme on l’a vu plus haut, il est tout à fait possible d’être à la fois écologiste et nostalgique d’un ordre social inégalitaire. Mais si l’écologie cesse d’être une rêverie pour devenir un facteur de transformation sociale et politique, alors elle doit nécessairement s’attaquer aux inégalités économiques. Car les principaux désastres écologiques sont dus à une minorité de super riches qui, pour accroître encore leurs profits, massacrent les forêts, polluent les mers, les sols et l’air, et poussent les masses à toujours consommer davantage. Un écologiste qui ne s’attaque pas à la puissance des multinationales et au système financier actuel est un naïf ou un hypocrite. Qu’il en ait ou non conscience, c’est un homme de droite. Inversement, un écologiste conséquent, qui s’en prend clairement aux puissances de l’argent, a une action de gauche, même s’il est par ailleurs nostalgique de la société préindustrielle.

On pourrait m’objecter qu’un écologiste peut avoir une stratégie de gauche tout en ayant à plus ou moins long terme des objectifs de droite. Supposons en effet que les puissances de l’argent soient mises au pas grâce à une coalition menée par des écologistes. Cette révolution accoucherait-elle d’une société égalitaire ? Rien n’est moins sûr. Il pourrait bien se faire que des écologistes mettent en place une dictature afin de contraindre les entreprises et les individus à produire et consommer selon des normes très strictes. Il y aurait donc une forte inégalité politique entre la base et le sommet de la société, ce qui n’est pas spécialement conforme aux idéologies de gauche. De plus, on sait par expérience que les inégalités politiques s’accompagnent généralement d’inégalités économiques. On l’a bien vu en Union soviétique, où la Nomenklatura s’accordait à elle-même quelques privilèges non négligeables. Les dirigeants de la dictature verte feraient à coup sûr la même chose. Ils se donneraient le droit de gaspiller, de polluer et de consommer davantage que leurs sujets.

Cependant une telle dictature pourrait-elle subsister longtemps ? C’est peu vraisemblable. D’abord, on voit mal comment des dictateurs pourraient suffisamment contrôler leur soif de richesses et de pouvoir pour garder durablement une ligne politique écologique. Dans leur désir d’accroître leurs ressources matérielles, ils auraient en effet deux possibilités : la guerre ou la croissance économique – deux solutions qui, à court ou à long terme, sont désastreuses sur le plan écologique. D’autre part, les masses finiraient par se révolter, incapables de se serrer la ceinture plus longtemps tandis qu’une poignée de privilégiés vivrait dans le luxe. Les dictateurs seraient finalement contraints de partir, ou d’assouplir le carcan économique et écologique qu’ils auraient imposé au peuple. Ainsi, on en reviendrait peu à peu à une société productiviste et consumériste, hautement pollueuse et gaspilleuse.

À ce sujet, on pourra lire avec profit Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil). Pour ce journaliste du Monde, il n’y a pas à séparer l’écologie politique du combat pour la justice sociale. S’inspirant de l’économiste et sociologue Thorstein Veblen, Kempf explique que les pays riches et les classes supérieures sont en grande partie responsables du désastre écologique actuel. Leur mode de vie, en effet, sert de modèle au reste du monde. Les pays pauvres copient les pays riches, les classes moyennes copient les classes supérieures et les classes populaires copient les classes moyennes. Or, les plus riches, c’est un fait, consomment énormément de matières premières et d’énergie. Ce n’est pas qu’ils en aient forcément besoin. Seulement, il leur faut montrer au reste du monde, et d’abord à leurs pairs, qu’ils font partie du gratin.

C’est ce que Veblen appelait la consommation ostentatoire. Les plus riches font donc une sorte de compétition pour savoir qui aura le plus gros yacht, le jet le plus rapide, etc. Et cette compétition, à une échelle chaque fois plus modeste, se répercute à travers toutes les couches de la société, jusqu’aux jeunes des banlieues qui veulent porter des fringues de marque. Ainsi, les classes supérieures sont les moteurs du consumérisme et du productivisme. Pour rendre acceptable l’idée d’un mode de vie économe et modeste, il faut donc d’abord s’attaquer aux plus riches et réduire considérablement les inégalités économiques. Tant qu’on n’aura pas fait cette révolution-là, l’écologie apparaîtra toujours aux pays pauvres ou aux classes populaires comme un prêchi-prêcha bobo destiné à les maintenir dans la pauvreté.

A la démonstration d’Hervé Kempf, j’ajouterais qu’un plus juste partage des richesses permettrait de concilier un enrichissement des plus pauvres avec un arrêt du productivisme. Aujourd’hui, il est encore très difficile de mettre en question le dogme de la croissance économique. Même à gauche, on admet généralement qu’elle est positive parce qu’elle permet aux classes populaires de s’enrichir. Le problème, c’est que la croissance n’est ni tenable à long terme – à cause de l’épuisement des ressources naturelles – ni efficace sur le plan de la justice sociale. S’il y a eu une diminution des inégalités durant les trente glorieuses, c’est sans doute moins dû à la croissance fabuleuse de cette époque qu’à une forte mobilisation sociale. Les plus riches ont accepté un compromis historique pour éviter une révolution. Depuis, malgré la faiblesse de la croissance, la quantité de richesses produites a considérablement augmenté. Pourtant, même avant la crise de 2008, il y a eu une multiplication de travailleurs pauvres, de SDF, de gens mal nourris. On voit bien ici que la croissance n’est pas le principal facteur de justice sociale. Ce qu’il faut, ce n’est pas plus de croissance, c’est une mobilisation sociale qui impose un juste partage des richesses produites.

En toute logique, les gens de gauche devraient être écologistes

J’ai tenté de démontrer que l’écologie implique logiquement un certain égalitarisme. Il me semble que la réciproque est tout aussi vrai : une gauche conséquente se doit d’être écologiste. Je vois à cela trois raisons. La première, c’est que ce sont les plus pauvres qui souffrent le plus des désastres écologiques. Ce sont eux qui n’ont pas les moyens de manger bio, eux qui manipulent des produits toxiques dans les usines, etc. Ensuite, il est probable que la pollution et le gaspillage vont accroître les inégalités entre pays, entre classes sociales et entre individus. Face à la pénurie grandissante des ressources naturelles, les plus puissants ne vont certainement pas avoir le réflexe d’organiser un partage plus équitable. Ils vont bien plutôt accaparer ces ressources afin de maintenir leur train de vie extravagant, quitte à accroître encore le fossé qui les sépare des gueux.

Enfin, je pense qu’il est assez logique de la part d’un homme ou d’une femme de gauche de s’intéresser aux générations futures. Ce genre de souci existe sans doute chez des gens de droite, mais il devrait être encore plus présent à gauche. Être de gauche, comme je l’ai dit plus haut, consiste à vouloir réduire ou supprimer les inégalités. Or, s’il est une inégalité particulièrement frappante, c’est celle qui existe entre les adultes et les enfants. Il ne s’agit évidemment pas de la supprimer entièrement. Seulement, nous devons considérer que les enfants sont appelés à devenir nos égaux, et que nous n’avons pas à leur imposer autoritairement un avenir qu’ils ne souhaitent pas. Comme le disait Bakounine : « L’enfant n’appartient ni à l’État ni à sa famille, mais à sa future liberté ».

Pourquoi les écologistes sont-ils de droite ?

Il apparaît donc que l’écologie politique, loin d’être par essence de droite, tend logiquement à l’égalitarisme. Réciproquement, il semble bien qu’une gauche conséquente devrait être écologiste. Mais alors, comment se fait-il qu’il y ait si peu d’écologistes vraiment à gauche et si peu de gens de gauche qui soient vraiment écologistes ? Il y a sans doute plusieurs facteurs expliquant cette situation, mais il en est particulièrement décisif : c’est que nous vivons dans une époque marquée à droite, une époque qui a vu le triomphe des puissances de l’argent et de l’idéologie néolibérale qui justifie leur hégémonie. Si les écologistes (en tout cas les plus médiatiques et les plus influents) sont si peu à gauche, c’est tout simplement parce que le monde politique dans son ensemble a viré à droite. La gauche elle-même n’est plus de gauche. Il fut un temps où l’extrême grauche reprochait à la social-démocratie d’être réformiste et anti-révolutionnaire. Aujourd’hui, la social-démocratie n’est même plus réformiste : elle s’accommode très bien de la montée des inégalités, quand elle n’est pas elle-même à leur origine : en France, c’est sous Mitterrand et Bérégovoy que la dérégulation financière a commencé ; en Allemagne, c’est sous Schröder qu’a été votée la tristement célèbre loi Hartz IV.

Cette dérive droitière pourrait expliquer aussi pourquoi les partis de gauche sont généralement peu écologiques. Pour l’être vraiment, ils devraient s’attaquer aux multinationales et à la finance internationale. Autrement dit, il faudrait que la gauche devienne – comme disait Bourdieu – une « gauche de gauche ». Tant qu’elle n’aura pas décidé de combattre à nouveau les inégalités économiques, il ne lui restera qu’à promouvoir la croissance, censée permettre l’enrichissement des pauvres, ce qui revient à accepter le productivisme avec son cortège de pollutions et de gaspillage.

Les Indignés parisiens votent un campement permanent AFP Reporterre 2011/06/07 AFP (7 juin 2011) Les Indignés parisiens votent un campement permanent. Reporterre. fr

Les Indignés parisiens votent un campement permanent

Environ 500 personnes ont participé dimanche 5 juin sur le parvis du centre Georges Pompidou à Beaubourg (Paris) à une assemblée générale des « indignés » parisiens, au cours de laquelle a été décidé la mise en place vendredi d’un campement.

Peu avant 20h l’assemblée a adopté par consensus « la mise en place d’un campement citoyen et écologique », dont l’emplacement n’a pas été précisé. Son installation est prévue vendredi, ont précisé plusieurs manifestants, qui s’inspirent du mouvement éponyme espagnol.

L’assemblée générale a également décidé la création « de groupes de travail pour sortir des propositions sur la séparation des pouvoirs, la démocratie et l’indépendance des médias », a déclaré l’un des participants, Stelios Haratsis.

Le « parlement du peuple »

Les « indignés » parisiens ont « décidé de prendre (cette) place publique, d’en faire le parlement du peuple, une sorte d’agora de la Grèce antique », a expliqué Guillaume Beaulande, un enseignant.

« On ne peut pas les chasser tant qu’ils ne gênent pas notre public, qu’ils respectent la tranquillité de nos visiteurs », a dit Louis Corno, le responsable de la sécurité du centre George Pompidou, après une brève concertation avec les leaders du mouvement et la police.

Ce mouvement initié au début par des jeunes attire de plus en plus des gens plus âgés, des chômeurs, des précaires, mais aussi des salariés et des seniors.

Plutôt dans la journée, une trentaine d’entre eux s’étaient livrés à une « casserolade » spectaculaire Place de la République et avaient distribué des tracts aux passants.

Des mouvements similaires étaient organisés dans plusieurs villes de France pour défendre la « démocratie réelle maintenant ».

Convoi néerlandais de déchets nucléaires bloqué : 33 écologistes arrêtés AFP Reporterre 2011/06/07 AFP (7 juin 2011) Convoi néerlandais de déchets nucléaires bloqué : 33 écologistes arrêtés. Reporterre. fr

Convoi néerlandais de déchets nucléaires bloqué : 33 écologistes arrêtés

« Il s’agit du premier des dix convois de déchets nucléaires qui doivent quitter les Pays-Bas à destination de la France au cours des deux prochaines années. »

LA HAYE - Trente-trois militants de l’organisation écologiste Greenpeace ont été interpellés mardi 7 juin aux Pays-Bas pour avoir tenté d’empêcher, en s’enchaînant aux rails d’une voie de chemin de fer, le départ vers la France d’un convoi de déchets nucléaires, a annoncé la police locale.

Trente-trois d’entre eux ont été interpellés, a indiqué à l’AFP Esther Boot, une porte-parole de la police locale, selon laquelle les militants, conduits au poste de police, ont été relâchés après le départ du train.

Le convoi composé de trois wagons à destination de l’usine de retraitement de déchets nucléaires de La Hague (nord-ouest de la France), via la Belgique, a quitté vers 11H00 (09H00 GMT) la centrale nucléaire de Borssele (sud-ouest), avec trois heures de retard, selon la même source.

Les militants écologistes interpellés, qui ont été délogés par la police des cinq endroits où ils s’étaient postés sur la voie de chemin de fer, feront l’objet de citations à comparaître, a expliqué Mme Boot.

Le train a franchi la frontière belge avec les Pays-Bas à la mi-journée, à Essen, a indiqué une porte-parole de Greenpeace Belgique, Elisabeth Loos, jointe par téléphone.

Il n’a pas été retardé par l’action menée par une trentaine de militants de Greenpeace qui avaient pris position sur les voies à Essen, selon Mme Loos qui a souligné : il y avait beaucoup de policiers, nous n’avons pas pu rester très longtemps.

Selon Greenpeace, le convoi représente un danger pour la population qui habite le long de l’itinéraire qu’il doit emprunter jusqu’à La Hague. Il s’agit du premier des dix convois de déchets nucléaires qui doivent quitter les Pays-Bas à destination de la France au cours des deux prochaines années.

S’il y a un accident, ce sera la catastrophe !, a assuré à l’AFP Ike Teuling, une porte-parole de Greenpeace : les déchets nucléaires pourraient sortir des wagons et la population serait exposée à une radioactivité semblable à celle enregistrée près de Tchernobyl ou de Fukushima.

Selon Greenpeace, la partie des déchets nucléaires qui ne pourra pas être recyclée à La Hague et sera renvoyée aux Pays-Bas pour y être stockée, restera radioactive pendant 240.000 ans.

Le train devait traverser la Belgique en passant par Gand (nord-ouest), malgré l’action en justice du maire de la ville pour en empêcher son passage, rejetée lundi soir, puis par Mouscron (ouest), près de la frontière française.

Attac veut diriger le FMI Attac Reporterre 2011/06/07 Attac (7 juin 2011) Attac veut diriger le FMI. Reporterre. fr

Attac veut diriger le FMI

La coprésidente d’Attac, Aurélie Trouvé, est officiellement candidate à la direction générale du Fonds monétaire international. Elle propose une réorientation fondamentale de cette institution, selon le principe que la stabilité financière mondiale est un bien public qui doit être démocratiquement géré.

Le FMI joue un rôle décisif dans la régulation – ou plutôt l’absence de régulation – de la finance internationale. C’est pourquoi l’association Attac a décidé de proposer une candidature pour succéder à Dominique Strauss-Kahn.

Aurélie Trouvé, 31 ans, est maître de conférences en sciences économiques et coprésidente d’Attac depuis quatre ans. Elle est spécialiste des marchés agricoles, actuellement l’un des domaines de prédilection de la spéculation financière internationale. Elle bénéficie du soutien technique et politique du Conseil scientifique d’Attac, qui comporte de nombreux économistes spécialistes des questions financières. Si elle ne bénéficie pas encore du soutien officiel d’États, sa candidature suscitera l’intérêt de tous ceux, gouvernants ou citoyens, qui désirent remettre l’industrie financière à sa place, celle de soutien aux initiatives de l’économie réelle.

Depuis l’éclatement de la crise financière en 2008, ni le G20, ni le FMI, pas plus que le comité de Bâle ou les autorités nationales de régulation financière, n’ont pris de mesures pour réduire significativement l’instabilité des marchés financiers internationaux. La spéculation fait aujourd’hui rage sur les matières premières et les titres des dettes publiques.

Avec Dominique Strauss-Kahn, la politique du FMI a consisté, comme par le passé, à défendre inconditionnellement les intérêts des créanciers des États endettés, en imposant à ces derniers des plans d’austérité brutaux : Hongrie, Ukraine et Lettonie en 2008, Islande en 2009, Grèce, Espagne, Portugal, Irlande en 2010… Les banques et les fonds d’investissement sont les principaux bénéficiaires de politiques qui détruisent les solidarités sociales et mènent l’Union européenne au bord du gouffre.

Tout indique que Christine Lagarde fera encore pire que Dominique Strauss-Kahn. Christine Lagarde a été à la tête d’une technostructure du Ministère de l’Economie (Direction Générale du Trésor et Direction du Budget), composée de fonctionnaires ultralibéraux acquis aux intérêts financiers. C’est ainsi que la France a refusé en 2010 de soutenir l’Allemagne sur la question de l’interdiction de la spéculation sur les CDS (vente à nu à découvert). Les représentants de la France à Bruxelles ont toujours freiné les maigres initiatives de la Commission sur la régulation financière. Sur la question de la taxation des transactions financières, malgré le discours apparemment offensif de Nicolas Sarkozy, le ministère de Christine Lagarde s’est toujours refusé à produire des notes et études préparant une décision, et la France ne s’est jamais engagée réellement auprès de ses partenaires de l’Union européenne ou de l’Eurogroupe.

Aurélie Trouvé propose une réorientation fondamentale du FMI, partant du principe que la stabilité financière mondiale est un bien public qui doit être démocratiquement géré par la communauté internationale dans son ensemble. Son programme pour le FMI comporte donc : - l’arrêt des plans d’austérité, et la mise en place d’une taxe sur les transactions financières et d’une stricte régulation des transactions sur les produits dérivés ; - la coordination des politiques économiques au plan international, amenant les pays présentant des déséquilibres excessifs (Chine, Allemagne, Japon du côté des pays excédentaires, États-Unis du côté des pays déficitaires) à se rééquilibrer de façon coordonnée par des ajustements des taux de change ainsi que des politiques budgétaires et salariales actives ; - le développement d’une monnaie internationale basée sur un panier des principales devises, comme alternative au dollar ; - l’émission de Droits de tirage spéciaux pour aider les pays en difficulté durant la période de réduction des déséquilibres internationaux ou face à des chocs conjoncturels imprévus ; - la démocratisation du FMI, par l’élargissement de son Conseil d’administration à tous les pays de la planète et l’intégration du FMI dans le système onusien, avec une voix pour chacun des 187 pays membres du Fonds : il s’agit d’en finir avec le pouvoir exclusif des grandes puissances.

C’est sur cette base qu’Attac a envoyé hier 1er juin 2011 au FMI la candidature officielle de Mme Aurélie Trouvé, 31 ans, économiste. Toute candidature doit être présentée par un des gouverneurs et administrateurs du FMI. L’association Attac compte sur le fair play de Christine Lagarde, actuel gouverneur du FMI pour la France.

Quand le fisc détruit Hervé Kempf Reporterre 2011/06/08 Hervé Kempf (8 juin 2011) Quand le fisc détruit. Reporterre. Tribune — fr

Quand le fisc détruit

« La TVA récupérable représente un montant de 19,6% du hors taxe, soit 16,4% du TTC. Et les 18% de réduction d’impôt sur la valeur hors taxes du logement correspondent à 15% de sa valeur TTC. Cumulés, ces deux avantages fiscaux représentent donc bien 31,4% de la valeur TTC du logement, ce qui est loin d’être négligeable ! Les investissements Censi Bouvard offrent par ailleurs une tranquillité de gestion élevée puisque les loyers sont garantis pendant toute la durée du bail par l’exploitant de la résidence. Alors n’hésitez plus à investir dans une résidence de tourisme ! » Ainsi parle le site internet Loi Bouvard, le site du contribuable informé.

Quid ? Pour comprendre, allons en Seine-et-Marne (on pourrait aussi aller en Isère et en Sologne, où une semblable aventure se déroule, mais limitons aujourd’hui les déplacements). Dans le département où siège Disneyland Paris se déroule ces jours-ci un « débat public » qui vise à faire semblant de démocratiser participativement quand il s’agit d’imposer une décision déjà prise.

Quelle décision ? L’implantation d’un « Villages nature », ensemble de 2300 « unités d’hébergement » où l’on vivra « une expérience de détente et d’harmonie entre l’homme et la nature » : sur 250 hectares jouxtant l’autoroute, on louera pour quelques jours une résidence au contact avec la nature et divers équipements de loisir.

Comme de coutume, les élus UMP et PS votèrent mains jointes le projet, soutenu par les pouvoirs publics qui accordent un prix du foncier avantageux et diverses infrastructures gratuites à l’opération menée par deux sociétés privées, Euro Disney et Pierre et Vacances. Les écologistes dénoncent l’urbanisation des forêts et des champs concernés, la consommation d’eau, l’atteinte à la biodiversité – balbuzard pêcheur, batraciens, rupture du corridor écologique, etc. Au diable l’écologie ! Vive le durable !

Ce qui guide le projet, c’est que les dispositifs fiscaux précités – exonération de TVA pour les résidences de tourisme et déduction fiscale pour l’investissement dans ces résidences, par la grâce de l’amendement Censi-Bouvard de 2009 -, rend ce mode d’urbanisation très profitable aux opérateurs. En clair, l’Etat se prive de plusieurs centaines de millions d’euros de recettes fiscales pour favoriser cet « aménagement ».

Une question est posée par une association « de cadres supérieurs et chefs d’entreprise industrielles », Pôle Sud Paris : cet argent public ne serait-il pas mieux utilisé à soutenir la recherche et les activités technologique du département, qui créent plus d’emplois et bien plus qualifiés ?

Le premier train solaire roule en Belgique AFP Reporterre 2011/06/08 AFP (8 juin 2011) Le premier train solaire roule en Belgique. Reporterre. fr

Le premier train solaire roule en Belgique

A bord, rien ne le distingue d’un autre convoi. Mais à l’extérieur, ce sont des wagons d’un genre nouveau, seulement alimentés par les rayons du soleil et non à l’électricité issue des centrales nucléaires ou au gaz. Pour la première fois, lundi 6 juin, ce « train vert » a roulé en Europe, sur 25 km, près d’Anvers, dans le nord de la Belgique. La raison de cet exploit : 16 000 panneaux photovoltaïques installés sur le toit du tunnel ferroviaire, de 3,4 km de long, de la ligne à grande vitesse qui relie Anvers à Amsterdam. Depuis, tous les trains effectuant la traversée d’Anvers circulent grâce à l’électricité produite localement.

Au départ, le tunnel, construit dans une réserve naturelle, avait un tout autre objectif écologique : éviter d’abattre des arbres protégés dont la chute aurait pu interrompre le trafic. Plus tard, ces dalles sont apparues idéales pour accueillir des panneaux solaires. D’une surface de 50 000 mètres carrés, soit environ 8 terrains de football, elles peuvent produire 3 300 MWh.

Cette production, qui représente la consommation annuelle moyenne d’électricité de près de 1 000 familles, va permettre chaque année à 4000 trains, conventionnels ou à grande vitesse, de circuler à l’énergie solaire mais aussi d’injecter de l’électricité dans l’infrastructure ferroviaire comme pour l’éclairage et le chauffage dans les gares belges ou le fonctionnement des panneaux de signalisation, explique l’agence Belga.

« En utilisant une électricité produite sur place, on élimine les pertes d’énergie et les coûts de transport », souligne Steven De Tollenaere, patron de la société belge Enfinity, concepteur de ce projet dont la réalisation a coûté 15,7 millions d’euros. Et d’ajouter que si l’on ajoute le soutien financier des pouvoirs publics, l’électricité produite devient rentable et peut être revendue aux sociétés de transport comme la SNCB (chemins de fer belges) ou Thalys.

« Pour les entreprises ferroviaires, les panneaux solaires sont le meilleur moyen pour réduire l’empreinte carbone des trains. Vous pouvez par ailleurs utiliser des espaces qui n’ont pas d’autre valeur économique et les projets peuvent être livrés en moins d’un an dans la mesure où l’énergie solaire est moins critiquée que l’éolien », déclare dans les colonnes du Guardian Bart Van Renterghem, un autre responsable d’Enfinity. Selon l’entreprise, ce projet devait éviter le rejet de 47,3 millions de kilos de CO2 dans l’atmosphère sur une période de 20 ans, soit 2400 tonnes par an.

L’électricité produite par le « tunnel du soleil » en un an ne correspondra toutefois qu’à celle consommée par l’ensemble des trains belges en un jour. Mais pour les concepteurs du projet, davantage de surfaces, comme les toits de gares ou de hangars et les nombreux terrains vagues qui jouxtent les voies, pourraient être utilisées afin d’installer des panneaux.

La beauté, pour résister Jean-Claude Besson-Girard Reporterre 2011/06/09 Jean-Claude Besson-Girard (9 juin 2011) La beauté, pour résister. Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

La beauté, pour résister

Décroître pour embellir

« Il n’y a pas une place pour la beauté, toute la place est pour la beauté » René Char

A priori, il peut sembler étrange de considérer une notion aussi vague et subjective que la beauté comme un outil permettant de résister politiquement au modèle dominant.

L’esthétique, qui est, dans son sens premier, « la faculté de sentir », ne porte-t-elle pas un lourd héritage politique ?

Comment dépasser l’esthétisation du politique propre au fascisme et la politisation de l’esthétique qui a sévi sous le stalinisme ?

« L’esprit de décroissance » permet ce dépassement dans la mesure où on a compris qu’il « décolonise notre imaginaire ». Non seulement dans le domaine de l’économie, mais également dans tous les registres qualitatifs de notre présence au monde. Comment ?

Lorsque l’on tend, par exemple et sans dogmatisme, à refuser dans sa propre vie quotidienne les objets, les attitudes et les actes qui nous encombrent dans notre relation à nous-mêmes, aux autres, au monde et à la nature, on peut se rendre compte que ce nettoyage de l’inutile ou du superflu oriente notre être vers une subtile sensation d’harmonie qu’il est nécessaire d’approfondir. Cette sensation n’est pas sans relation avec ce qui, en fin de compte, définirait l’être humain comme « être pour la joie ».

Mais l’esprit de décroissance offre également, à celle ou celui qui s’y engage, une grille de lecture nettoyée des a priori d’interprétation et des conditionnements qui faussent une libre appréciation de la réalité. En particulier pour juger de la valeur esthétique de ce qui nous entoure, de ce que nous choisissons ou refusons. Mais cet esprit de décroissance doit pouvoir se déconnecter de la valeur monétaire que la société du moment attribue à tel ou tel objet, bien, service ou catégorie particulière de liens avec le réel.

À la valeur d’usage et d’échange, il permet de rajouter un troisième terme que j’appellerais volontiers « valeur d’émancipation » ou « valeur de partage » accueillant le champ esthétique dans toutes ses dimensions.

Avant l’extension mondiale de la civilisation industrielle, tous les objets et les outils servant aux « peuples premiers » comme aux sociétés préindustrielles, qu’ils soient strictement d’usage matériel (sans êtres utilitaristes) ou immatériels (symboliques) sont beaux. Pourquoi ? Parce qu’ils sont chargés d’un potentiel de relations multiples que la modernité progressiste a égaré en chemin au profit d’une efficacité niveleuse de toutes les singularités, y compris les plus ténues. Ce qui fait, qu’inconsciemment, l’on peut sentir que l’on est davantage relié à un objet artisanal singulier, imparfait, mais que l’on peut s’approprier, plutôt qu’à un objet industriel de consommation dont la finalité se réduit au profit escompté par sa reproduction à l’identique et illimitée.

On objectera que la sensation de beauté peut être ressenti dans des objets fabriqués industriellement. Certes, le Concorde fut un « bel avion ». Sa forme à la fois fonctionnelle et largement empruntée au monde vivant (l’oiseau et le squale) fut une « réussite », mais une réussite « schizophrénique », c’est-à-dire séparée, divisée et divisant. Un « en soi » esthétique et technique qui ne tenait pas compte d’une série de facteurs de relations qui ont précipité son abandon. La beauté « en soi » n’a pas de sens.

Retour à quelques définitions de base pour y voir plus clair

Nous sommes des êtres de relations : relations à nous-mêmes, aux autres, au monde et à la nature. Par commodité de classement, on peut considérer que les relations, aux autres et au monde, relèvent de la sphère politique, tandis que les relations à nous-mêmes et à la nature appartiennent au domaine poétique de la subjectivité créative. Mais, en réalité, ces deux domaines ne sont pas séparés. Ils interagissent l’un avec l’autre et l’un sur l’autre et il n’est pas facile d’en démêler les fils d’interactions multiples. Ainsi, par exemple, n’importe quel débat politique public est autant déterminé par la qualité esthétique du lieu où il se déroule que par le contenu et la forme des discours entendus et prononcés.

À la base de tout il y a ce que j’appelle les relations à nous-mêmes : la perception, la sensation et l’émotion, dans cet ordre croissant d’importance. Le champ émotionnel de l’affect peut, par exemple, totalement parasiter notre perception et en fausser le libre déploiement. Les relations à nous-mêmes sont déterminées par des constantes et des variables.

Les constantes appartiennent à l’anthropologie physique et les variables à l’anthropologie culturelle. C’est du moins ce que permet une classification grossière. En réalité, c’est beaucoup moins simple que cela.

Dans le registre des sensations comme le chaud et le froid, ou comme la douleur et le bien-être, chaque être humain est doté d’un outil d’évaluation propre qui le différentie et le singularise. On pourrait dire, par exemple, que la perception du froid peut être largement partagé ; que la sensation de froid l’est beaucoup moins et dépend du degré de frilosité des individus ; quant à l’émotion, comprise comme un mouvement affectant un individu et provoquant un trouble psychique ou physiologique, quoi de plus intime, du moins a priori.

A priori en effet, car l’émotion collective existe aussi. C’est, par exemple, l’émeute (même étymologie qu’émotion), précédée généralement d’une indignation collective dont la portée politique est évidente, pour autant que la collectivité concernée ne soit pas anesthésiée et qu’elle possède encore la faculté de sentir. Faculté de sentir qui est le sens premier du mot esthétique. La beauté est l’objet d’étude de l’esthétique, comprise comme faculté de sentir. La boucle est bouclée. Nous pouvons désormais envisager la beauté comme un outil de résistance politique au modèle dominant.

Des pistes pour agir en beauté

On vient de le voir, la première des pistes pour agir revient à lutter efficacement contre le processus d’anesthésie qui précède et accompagne la soumission au modèle dominant. Je n’insiste pas sur ce modèle déterminé par « le funeste credo de croître », selon l’éclairante définition d’Alain Gras. S’il n’existe pas de canon unique et univoque de la beauté, à moins de déchoir dans un des totalitarismes évoqués plus haut, on peut affirmer, par contre, l’existence d’une définition universelle de la laideur dans laquelle l’esthétique rejoint l’éthique : c’est tout ce qui nivelle, dégrade, mutile ou interdit la faculté humaine d’élévation en humanité.

Cette notion « d’élévation en humanité » ne va pas de soi. Elle suppose une réflexion esthétique non séparée d’une réflexion politique. Comme la notion de décroissance, dès lors que l’esthétique devient une fin en soi et non pas outil pour grandir en humanité, c’est-à-dire en partage, elle peut contenir et entraîner les pires aberrations.

La possession de beaux objets, et leur contemplation, y compris sincère, ne sert à rien si elle ne nous met pas en relation avec leur origine et avec celles et ceux qui les ont façonnés dans l’intimité de leur nécessité symbolique. Ne pas construire cette relation effective entre les vivants et les morts, à travers les œuvres qu’ils nous ont léguées, c’est nier la dimension historique et existentielle de leur apparition.

C’est nier le politique et reléguer l’esthétique au rang d’une distraction hédoniste. Qui peut oublier cette scène terrible de Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, où, extrait d’un document d’époque filmé par les nazis, on voit et l’on entend un orchestre de déportés juifs, accueillir avec des Arias de Mozart, sur le quai de la gare de Birkenau d’autres déportés promis à la chambre à gaz ? S’interroger sur l’espace existant entre la plus haute culture et la barbarie la plus rationnelle revient à éprouver le malaise vertigineux provenant de l’observation à la loupe d’objets antagonistes mais trop rapprochés.

La culture, et l’esthétique en particulier, qui ne sert pas à tenter de rendre le monde où nous vivons moins inhumain ne sont que privilèges de nantis et obstacles à notre accomplissement commun. Il ne sert à rien de s’extasier devant telle ou telle offrande de la nature, ou en écoutant « L’offrande musicale » de Bach si cela ne change pas immédiatement notre façon concrète d’être au monde.

Je suis frappé, par exemple, par le clonage récurrent qui affecte, dans le mobilier, les objets d’usage, le décor, la disposition des lieux et des fonctions, la plupart des « intérieurs » de mes contemporains. Ceci est particulièrement vrai dans le milieu enseignant, volontairement « guidé » par l’incontournable catalogue de la CAMIF et par la médiocrité moutonnière de la « classe moyenne » à laquelle il revendique d’appartenir.

Si l’on commence par prendre conscience du pourquoi on dit qu’une personne, une attitude, une situation ou une chose sont belles ou laides, au lieu de répéter comme un disque rayé le stupide adage qui renvoie le jugement esthétique dans le « no man’s land » du « à chacun son goût et ses couleurs », on fait un premier pas « politique » vers une compréhension capitale.

Cette compréhension demande du temps et un apprentissage. C’est une progressive libération d’invisibles entraves à notre humanisation. Je recommanderais volontiers, quant à moi, de commencer par un inventaire du laid. Le laid menace le beau. Le beau ne menace rien. Mais Il peut nous troubler, nous déstabiliser. On connaît le fameux syndrome, dit de Stendhal, qui peut se manifester dans le cas d’une relation contemplative mais excessive en nombre et en durée avec des chef-d’œuvres de l’art, tel que lui-même l’éprouva au cours de sa première visite dans les grands musées d’Italie.

Si le laid menace le beau, résistons individuellement et collectivement contre lui. Cette résistance commence en nous-mêmes, mais elle peut rejoindre les autres et des actions communes dès lors que nous lui attribuons une valeur de transformation politique. Lutter contre la laideur et contre l’enlaidissement du monde sont des actes de justice sociale. C’est faire un pas décisif vers une décroissance harmonique. Je dis bien « harmonique » et non pas « harmonieuse ». Il n’y a d’harmonie que conflictuelle.

Quand les députés européens détournaient l’argent public Euractiv Reporterre 2011/06/14 Euractiv (14 juin 2011) Quand les députés européens détournaient l’argent public. Reporterre. fr

Quand les députés européens détournaient l’argent public

Un rapport de 2008 dénonce les fraudes commises par des députés européens dans l’utilisation des salaires des assistants. La Cour de justice de l’UE veut forcer le Parlement à le rendre public. EurActiv.fr publie le texte.

Avant les élections de 2009, les règles encadrant la gestion des 15.222 euros mensuels de l’époque mis à disposition de chaque parlementaire européen (732) pour payer leurs assistants étaient très larges et souvent considérées comme trop laxistes.

Au point que le député européen Robert Galvin a été chargé, entre 2006 et 2008, de rédiger un rapport sur les possibles abus. Un audit interne couvrant la période 2004-2005 et l’utilisation de ces fonds publics a servi de base d’étude.

167 dossiers contractuels ont été examinés. Mais les parlementaires européens ont décidé de ne pas rendre le rapport public. Ses conclusions sont pourtant accablantes pour l’institution et ses membres.

La Cour de justice de l’Union européenne vient toutefois de juger ce refus contraire au droit et demande sa publication avec celle de l’audit. Le Parlement européen peut encore faire appel de cette décision.

Le rapport a déjà discrètement filtré. Il est disponible sur le site wikileaks. 92 pages détaillent les faits révélés par l’audit et proposent des pistes de réformes.

Le texte révèle par exemple qu’un député versait l’intégralité des 15.222 euros à une société prestataire de services censée rémunérer ses assistants (service provider firm), alors que le parlementaire n’en avait déclaré aucun. Dans un autre cas, l’argent allait à une entreprise qui n’avait aucune activité en 2004, avant que l’audit commence. Le rapport ne précise pas ce qu’est devenu l’argent.

Soyez gentils, répondez Béatrice Turpin Reporterre 2011/06/14 Béatrice Turpin (14 juin 2011) Soyez gentils, répondez. Reporterre. Tribune — fr

Soyez gentils, répondez

« Je me demande comment on peut changer le monde quand on ne peut même pas assez respecter les gens pour leur répondre. »

Apparemment, il est devenu acceptable chez certains (et surtout chez des gens dans ou proche de la trentaine) de ne pas répondre à leurs mails ou messages. Je ne suis pas la seule à avoir remarqué ce nouveau phénomène très irritant (Je viens de parler à une amie qui, elle aussi a été victime de la non-réponse trop souvent récemment et qui a aussi remarqué que ça arrivait de plus en plus). Voilà que des jeunes (et moins jeunes) se soulèvent dans l’espoir de changer le monde. Mais je me demande comment on peut changer le monde quand on ne peut même pas assez respecter les gens pour leur répondre.

Changer le monde, ça commence par bien se comporter entre nous. Combien de gens soi-disant de gauche j’ai rencontré dans ma vie qui se comportent comme les pires malfrats ? La non-réponse ne fait pas partie des outils de la politesse et de la gentillesse même si elle est devenue socialement acceptable chez certains. Il y a plein de choses qui sont devenues socialement acceptables dans ce système néolibéral, comme la tricherie et le mensonge, mais qui sont toutefois insupportables si on est attaché aux respect et à l’honnêteté. Et TOUT commence par le respect. Alors aujourd’hui je vais m’indigner contre la non-réponse : ce silence agressif et insupportable qui nous attaque quand on attend une réponse de l’autre pour avancer.

Je ne juge pas ceux qui pratiquent ce nouveau comportement et ceci n’est pas un message personnel. Je dis juste que le monde ne changera jamais si on ne peut pas être gentil et respectueux entre nous. Et ignorer les gens en ne leur répondant pas, ce n’est ni gentil, ni respectueux !

Les Indignés de Toulouse se retrouvent tous les soirs au Capitole Par Julien villalard Reporterre 2011/06/14 Par Julien villalard (14 juin 2011) Les Indignés de Toulouse se retrouvent tous les soirs au Capitole. Reporterre. fr

Les Indignés de Toulouse se retrouvent tous les soirs au Capitole

Parce que nous n’attendons plus rien de la classe politique, parce que la plus grande des richesses c’est chacun de nous, reprenons nos vies en main...

PRENONS LA PLACE !

Nous aspirons tous à vivre dignement, des générations ont travaillé et continuent de travailler pour nous offrir une vie meilleure que la leur. Aujourd’hui nous produisons des richesses en surabondance et pourtant de plus en plus d’entre nous n’y ont pas accès. Nous n’avons jamais produit autant de richesses et on voudrait nous faire croire qu’il n’y en a plus assez pour l’éducation, la santé, la culture, les retraites....mais qu’il en reste toujours assez pour renflouer les banques, faire la guerre, construire une société sécuritaire au détriment de nos libertés et de nos droits sociaux.

INDIGNONS-NOUS !

Partout dans le monde, le même constat : nous voulons la Justice et la Liberté !

Place de la Kasbah (Tunis), Place Tahrir (Caire), Place Syntagma (Athènes), Place Catalunya (Barcelone), à travers tous les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Libye...), d’Afrique noire (Côte d’Ivoire...), du Proche Orient (Yémen, Syrie,...), des Amériques (Mexique, Etat du Wisconsin) d’Europe, des femmes, des hommes et des enfants se rassemblent, partagent la parole, échangent ensemble leurs indignations et leurs aspirations pour construire une société plus juste et équitable, malgré la répression qui n’entamera pas notre détermination ni notre solidarité.

Pour le peuple, ceci est un appel aux travailleurs, chômeurs, retraités, libres penseurs...à TOUS, quel que soit leur âge, leur origine ou leur statut.

Le futur se conjugue au présent ! Prenons la place ! Chaque voix compte et porte l’expression de notre liberté !

Venez tous les soirs à 19H au Capitole pour un débat libre et sans limites et à 17h pour connaître l’information du mouvement et participer aux groupes de discussions.

Ramenez de quoi vous faire entendre (casseroles, cuillères, sifflets...)

Rendez-vous chaque Jeudi au Capitole à 19h00 pour amener l’assemblée populaire dans un quartier de Toulouse.

Pour recevoir, échanger des informations et proposer de nouvelles actions : Le Wiki des Ateliers #frenchrevolution : http://prends-ta-place.fr

Tract validé par l’assemblée populaire de Toulouse le 12 juin 2011

En Grèce, les indignés maintiennent la protestation Marie-Laure Veilhan Reporterre 2011/06/14 Marie-Laure Veilhan (14 juin 2011) En Grèce, les indignés maintiennent la protestation. Reporterre. fr

En Grèce, les indignés maintiennent la protestation

Aighion, samedi 10 juin -

Je n’ai franchement pas la prétention d’être ni exhaustive, ni particulièrement objective -là n’est pas ma fonction, ni mon but... Mais vu le barrage auquel on doit faire face ici, et probablement aussi en France, il vaut mieux ça que pas d’info du tout. Je comptais vous écrire avant-hier 8 juin, mais ces derniers jours, nous avons régulièrement des pannes, soit sur Skype uniquement (on l’utilise énormément pour communiquer), soit sur la connexion internet, et il est difficile, même sans être paranoïaque dans l’âme, de ne pas céder aux sirènes qui désignent ces pannes répétées comme un signe d’une censure qui ne dit pas son nom.

Pour ce qui est des événements : ces deux-trois derniers jours [7 au 10 juin], les rassemblements sont moins fournis que les précédents, à Athènes comme ailleurs, sauf à Salonique, 2e ville de Grèce, où Mikis Théodorakis, notre « compositeur national », comme le nomment tous les médias dominants, a appelé à un rassemblement massif. La mairie ayant refusé de lui céder la place centrale (Aristotelous), l’idole de 80 années et des poussières s’est campé sur sa chaise : « on ne bougera pas tant qu’ils (les responsables de cette situation : gouvernement, Troïka...) ne partiront pas ». Je n’ai pas encore les chiffres officiels, mais on parle encore de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

A Athènes, les rassemblements sont sensiblement moins importants les jours de semaine, mais il demeure place Syntagma un noyau dur, très bien organisé, qui poursuit les assemblées générales, soumet des propositions et prépare les rassemblements plus importants des dimanches (surtout) et mercredis (dans une moindre mesure).

Le fonctionnement dans la durée des campements (dans les villes principales : Athènes, Salonique, Patras...) et des assemblées générales ouvertes a fait apparaître des problèmes pratiques (souvent réglés sans trop de difficultés) et des problématiques plus profondes, touchant principalement au caractère du mouvement, à ses perspectives dans l’avenir et aux risques liés aux tentatives (savamment orchestrées, parfois) de certains groupes de chapeauter, récupérer, dénaturer ou étouffer le mouvement des citoyens.

En première ligne, l’Eglise : à Aighion même (25.000 habitants, beaucoup de petits villages tout autour, et comme partout ailleurs en Grèce une communauté structurée par l’autorité de l’église et des notables locaux), c’est, avec la présence de militants d’extrême droite (en particulier le « Front Patriotique » et « Chrysi Avgi » -« Aube d’Or ») notre principal problème. Initialement, les premiers rassemblements se faisaient sur la place Fanéroméni (en fait, le parvis de l’église centrale). L’éventualité d’un changement de lieu de rassemblement avait été évoquée et discutée lors de la première assemblée ouverte, et j’avoue que le consensus s’était vite fait contre tout déménagement des indignés.

Une semaine plus tard, après que l’évêque du coin, Ambrosios avait pris position en faveur des indignés (fin stratège...), nous avons plié bagage et sommes allés rejoindre une autre place, dont nous avons réalisé après coup qu’elle constituait un lieu de rassemblement idéal. Bref, l’enthousiasme et l’indignation ne sont pas forcément une garantie de jugement éclairé...

Ce soir, nous nous retrouvons encore, mais il nous faut faire face à la défection d’un certain nombre (épuisement, découragement), et aux tendances « bureaucratiques » de certains qui voudraient faire du soulèvement populaire une machine bien huilée pour casser le gouvernement, et pas forcément dans l’intérêt de ceux qui sont le plus (et le plus injustement) affectés par les mesures liées au mémorandum. Je cite une remarque lancée hier par l’une des « pionnières » à un compagnon indigné : « si tu ne peux pas assurer à ton poste, alors il faut désigner un remplaçant » !!!!

Autre problème épineux : éviter le noyautage par des groupes d’extrême droite particulièrement actifs à Aighion, et plus généralement dans les villes de province. On ne pourra sans doute pas éviter d’aborder la question, (im)posée de façon récurrente, de la responsabilité des migrants (toujours ’clandestins" dans ladite rhétorique) dans la situation actuelle, pour ouvrir le dialogue sur les principes plus généraux qui nous lient, au-delà de notre indignation...

Le peuple italien rejette l’énergie nucléaire Reuters Reporterre 2011/06/14 Reuters (14 juin 2011) Le peuple italien rejette l’énergie nucléaire. Reporterre. fr

Le peuple italien rejette l’énergie nucléaire

Avec un taux de participation de 57%, bien supérieur au quorum nécessaire (50%), le référendum a tourné à la démonstration de force contre le nucléaire puisque près de 95% des votants ont marqué leur opposition à l’atome.

Influencés par la catastrophe de Fukushima et animés d’une volonté de sanctionner Silvio Berlusconi, les Italiens se sont prononcés lundi 14 juin à une majorité écrasante contre la relance du programme nucléaire civil.

Avec un taux de participation de 57%, bien supérieur au quorum nécessaire (50%), le référendum a tourné à la démonstration de force contre le nucléaire puisque près de 95% des votants ont marqué leur opposition à l’atome.

Ce référendum populaire abroge une loi adoptée l’an dernier par le gouvernement de Silvio Berlusconi pour relancer le programme nucléaire italien, suspendu par un précédent référendum en 1987, un an après la catastrophe de Tchernobyl.

Le gouvernement, conscient de l’impact de l’accident nucléaire en cours à Fukushima depuis le séisme et le tsunami du 11 mars, avait pris l’initiative de suspendre la reprise du programme nucléaire. L’issue du référendum de lundi condamne toute perspective de relance dans un avenir prévisible.

Elle accentue aussi la pression sur le nucléaire civil alors que l’Allemagne, qui a ordonné la fermeture de ses centrales les plus anciennes, a déjà annoncé son intention de sortir du nucléaire d’ici 2022.

En Suisse, le Conseil fédéral a décidé fin mai d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire avec fermeture de la dernière centrale envisagée en 2034.

Au Japon, un sondage publié mardi par le quotidien Asahi révèle que 74% des personnes interrogées se prononcent en faveur d’une sortie progressive du nucléaire.

En France, le réseau Sortir du nucléaire a salué le « message fort envoyé par le peuple italien ». « Alors que la Suisse, l’Allemagne et l’Italie tournent le dos au nucléaire, il est plus que temps pour la France aussi de changer d’ère et de sortir de l’atome au plus vite », écrit le réseau associatif dans un communiqué publié lundi soir.

« Les résultats de ce référendum sonnent le glas de l’accord entre le français EDF et l’italien Enel impulsé en avril 2010 par MM. Sarkozy et Berlusconi », ajoute le réseau.

EDF et Enel devaient fournir au moins 4 réacteurs nucléaires en Italie et avaient retenu le groupe français Areva. Un autre groupe français, GDF Suez, observait avec intérêt le marché italien.

Au printemps 2010, le gouvernement de Silvio Berlusconi disait vouloir tirer de l’atome 25% de la demande italienne d’électricité. Le projet de relance était défendu comme crucial pour la sécurité énergétique du pays. Mais Fukushima, conjugué au contexte politique et à la campagne menée par la gauche italienne pour que la consultation tourne au plébiscite contre Berlusconi, a eu raison de cet objectif.

« Nous devrons probablement dire adieu à la possibilité de centrales nucléaires et nous devrons nous engager fermement sur la voie de l’énergie renouvelable », a déclaré le président du Conseil italien avant même que les résultats du référendum ne soient connus. A la Bourse de Milan, le cours des actions des entreprises du secteur des énergies renouvelables a aussitôt progressé.

Les autres référendums portaient sur la privatisation de l’eau et sur « l’empêchement légitime » qui permet aux ministres et à Berlusconi de ne pas comparaître devant la justice. Là encore les Italiens ont voté contre Berlusconi.

Le vote électronique de la primaire de l’écologie est contesté Ecolo Citoyen Reporterre 2011/06/15 Ecolo Citoyen (15 juin 2011) Le vote électronique de la primaire de l’écologie est contesté. Reporterre. fr

Le vote électronique de la primaire de l’écologie est contesté

La primaire de l’écologie, qui doit désigner le candidat à la présidentielle d’EELV, se déroulera partiellement sur internet du 15 au 23 juin 2011. C’est la première primaire ouverte en France.

Or, plus de mille personnes, principalement militants d’EELV, viennent de signer la pétition ecolocitoyen.org, en ligne depuis quelques jours, qui déplore le discrédit jeté par ce « scrutin électronique intrinsèquement opaque et invérifiable ».

Un système opaque géré par une entreprise contestée

L’initiateur [1] de la pétition, Hervé Suaudeau, un adhérent actif d’EELV, dénonce l’opacité du, système : « Non seulement on me confisque mon droit de contrôle de l’élection en la dématérialisant, mais le plus absurde est qu’on m’interdit aussi de me rendre à la cérémonie de mise sous scellé du serveur, cérémonie qui ne sert à rien sauf à tenter de rassurer les électeurs. Ce que les adhérents doivent surtout savoir, c’est qu’en votant par internet, ils confieront leur vote à une entreprise choisie par le gouvernement pour servir de bras armé de l’autorité HADOPI et qui a été accusée d’une très mauvaise maîtrise des questions de sécurité informatique ».

Plus qu’un manque de prudence et de discernement : Une atteinte déontologique et éthique majeure

L’entreprise retenue par EELV pour sa primaire coûtant un quart de million d’Euros est Extelia, une filiale de La Poste. C’est la même société qui a été choisie par le ministère de la Culture pour identifier, pour le compte de l’autorité HADOPI, les internautes qui téléchargent illégalement des œuvres [2]. Or Hadopi est une autorité très contestée en matière de libertés publiques par certains candidats à la primaire de l’écologie.

L’initiateur de la pétition rajoute ainsi « Le vote doit être sous le contrôle des électeurs et non d’un tiers qui peut potentiellement avoir des intérêts à ce qu’un candidat perde. Qui trouverait normal de demander à AREVA de servir de tiers de confiance pour départager les candidats qui se seraient prononcés sur le nucléaire ? »

Cette entreprise, en charge de la sécurité de la primaire, est devenue en 2009 la cible préférée des hackers anti-HADOPI qui ont révélé des graves problèmes de sécurité et de confidentialité dans les sites qu’elle a installé pour ses clients [3]. Il était même à craindre que les serveurs d’Extelia, puisse être sous le feu d’attaques incessantes. Comment la sécurité et la confidentialité du vote sont-elles désormais garantie ? Quels sont les éléments de contrôle que possède la direction d’EELV pour savoir si une fraude a été opérée ?

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Notes :

[1] Qui a lancé la pétition ecolocitoyen.org ? http://www.ecolocitoyen.org/linitia...

[2] : “Hadopi : le gouvernement choisit Extelia pour identifier les pirates” (Les Echos du 21 Juillet 2009, page 18) http://archives.lesechos.fr/archive.... Extelia identifie les internautes à partir des adresses IP que lui fournissent les ayants-droits, envoie les mises en demeure, et lance les procédures aidant l’inscription des internautes au répertoire national des personnes dont l’accès a été suspendu.

[3] La société Extelia victime des anti Hadopi http://www.infos-du-net.com/actuali.... Hadopi 2 : le site d’Extelia est encore plus bavard http://www.pcinpact.com/actu/news/5.... Carrefour, client d’Extelia, victime collatérale de l’Hadopi : http://www.numerama.com/magazine/13.... , Extelia et ses clients, promis à un bel avenir :http://korben.info/extelia-hadopi.html

La Cour des comptes prépare son enquête sur les coûts de la filière nucléaire Cour des Comptes Reporterre 2011/06/15 Cour des Comptes (15 juin 2011) La Cour des comptes prépare son enquête sur les coûts de la filière nucléaire. Reporterre. fr

La Cour des comptes prépare son enquête sur les coûts de la filière nucléaire

Par une lettre datée du 17 mai 2011, le Premier ministre a demandé à la Cour des Comptes de réaliser une enquête sur les coûts de la filière nucléaire, en application de l’article 47-2 de la Constitution. Comme cela avait été fait en 2009 à propos des concours publics aux établissements de crédit, et en 2010 sur les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne, le Premier président de la Cour des comptes a décidé d’inscrire ce travail au programme de la juridiction et a arrêté les dispositions d’organisation interne propres à en assurer la réalisation.

Une formation réunissant les représentants de toutes les chambres concernées de la Cour est mise en place sous la présidence de M. Gilles-Pierre Levy, président de la 2e chambre. La rapporteure générale de l’enquête est Mme Michèle Pappalardo, M. Jacques Dupuy en est le contre-rapporteur. Comme pour tous les rapports publics, la Cour appliquera ses procédures habituelles, en particulier la collégialité et la contradiction, ainsi que l’adoption du rapport en chambre du conseil. Il sera procédé aux auditions les plus larges et la Cour s’appuiera enfin sur un comité consultatif d’experts.

Ces travaux, qui seront achevés le 31 janvier 2012, donneront lieu à la publication d’un rapport.

Dans son rapport sur les coûts de la filière nucléaire, la Cour des comptes examinera pour l’exercice 2010 cinq thématiques principales :

- la structure et la mesure des coûts de production d’électricité d’origine nucléaire sur le territoire national appréciés aux conditions économiques 2010 ; - l’évaluation des charges futures liées au démantèlement des centrales actuellement en activité ; - l’évaluation des charges futures de la gestion durable des déchets nucléaires ; - l’estimation du coût global de prolongation de la durée de fonctionnement des réacteurs au-delà de quarante ans ; - les dépenses actuelles de recherche et de développement conduites par les opérateurs publics.

Outre les coûts directs de production, seront également prises en compte les dépenses imputables au contrôle de la sécurité et de la sûreté du fonctionnement du parc électronucléaire ainsi que la problématique de l’assurance du risque d’accident.

Le frelon à pattes jaunes envahit l’Europe Muséum d’histoire naturelle Reporterre 2011/06/16 Muséum d’histoire naturelle (16 juin 2011) Le frelon à pattes jaunes envahit l’Europe. Reporterre. fr

Le frelon à pattes jaunes envahit l’Europe

Introduit en France avant 2004, le frelon à pattes jaunes, Vespa velutina nigrithorax, s’est répandu depuis dans 39 départements français. Sa présence a été également signalée en Corée avant 2006 et en Espagne en 2010. Les données de présence de la variété nigrithorax dans sa zone d’origine (du Cachemire à la Chine) et dans sa zone d’invasion (France et Corée), ont servi de base à un travail de modélisation écologique.

Réalisée par trois équipes impliquant notamment le Muséum et le CNRS, sous la direction de Claire Villemant, cette étude a permis de déterminer les zones d’acclimatation potentielle de ce frelon invasif. Les résultats montrent que son acclimatation dans le sud-ouest de la France pouvait être prédite à partir des données de l’aire d’origine, tandis que les données combinées des aires d’origine et d’invasion fournissent une meilleure prédiction de ses potentialités d’acclimatation à travers le monde. Les résultats de cette étude sont publiés cette semaine dans le journal Biological Conservation. L’arrivée de ce prédateur d’abeilles est une menace supplémentaire pour l’apiculture européenne qui souffre déjà d’une multitude de facteurs adverses.

La plupart des pays d’Europe ont un risque non négligeable de voir le Frelon à pattes jaunes s’y acclimater, avec une probabilité plus forte le long des côtes atlantique et du nord de la Méditerranée. D’autres régions d’Europe comme la Péninsule des Balkans et la Turquie pourraient, dans le futur, être également envahies. Enfin, plusieurs régions du monde (Afrique du sud, Australie, Nouvelle Zélande, Sud-ouest de l’Amérique du nord et du sud) sont aussi potentiellement menacées, dans la mesure où le scénario d’importation de ces frelons via le commerce international peut facilement se répéter.

La comparaison des niches climatiques entre l’aire origine de Vespa velutina nigrithorax et la zone actuellement envahie montre que la niche réalisée se caractérise par une pluviométrie du mois le plus sec plus forte que dans l’aire d’origine. Il est intéressant de constater par ailleurs que l’aire de distribution potentielle de Vespa velutina nigrithorax se rapproche beaucoup de celle de la guêpe invasive européenne Vespula germanica, qui a colonisé de vastes territoires notamment dans l’hémisphère sud.

Ce travail a pu être réalisé grâce à l’active collaboration des chercheurs de trois équipes : l’unité « Origine, structure et évolution de la biodiversité » (MNHN/CNRS), l’unité « Conservation des espèces, restauration et suivi des populations (MNHN/CNRS/UPMC) et le Service du patrimoine naturel du Muséum national d’Histoire naturelle. Il a également bénéficié de la contribution de toutes les personnes et organisations qui ont envoyé des signalements de nids via le site de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel.

Les données sur la distribution de Vespa velutina nigrithorax dans son aire d’origine ont été obtenues à partir de l’examen des spécimens des collections d’Hyménoptères du Muséum (dont Claire Villemant est la responsable), de celles du British Museum (données fournies par le curator Gavin Broad) et de l’université du Zhejiang (Hangzhou, Chine) grâce à l’aide du Pr Chen Xue-xin et de Mme Tan Jiang-li. Ces derniers ont en outre contribué à la bonne réalisation de la mission de collecte de frelons en Chine en 2010 (mission financée par l’ATM Formes du Muséum).

L’Inventaire National du Patrimoine Naturel

Depuis 2006, tous les signalements de nids de Vespa velutina nigrithorax envoyés au Muséum sont enregistrés sur la base de données de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel.

Le recueil des signalements peut être fait en ligne ou par le biais d’une fiche téléchargeable sur ce site. La page consacrée à Vespa velutina nigrithorax a été mise à jour en 2010 et une version en espagnol a été ajoutée récemment (le frelon a en effet été signalé pour la première fois en Espagne fin 2010). Cette page fournit des informations générales sur l’espèce, les confusions à éviter, les recommandations pour la lutte, la carte de l’invasion en France et une carte des pourcentages de similarité écologique.

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Référence :

Claire Villemant, Morgane Barbet-Massin, Adrien Perrard, Franck Muller, Olivier Gargominy, Frédéric Jiguet et Quentin Rome. "Predicting the invasion risk by the alien bee-hawking Yellow-legged hornet Vespa velutina nigrithorax across Europe and other continents with niche models", Biological Conservation, DOI : 10.1016/j.biocon.2011.04.009. Juin 2011

Les écrans publicitaires gaspilleurs d’énergie se multiplient dans le métro parisien Collectif des Déboulonneurs de Paris Reporterre 2011/06/17 Collectif des Déboulonneurs de Paris (17 juin 2011) Les écrans publicitaires gaspilleurs d’énergie se multiplient dans le métro parisien. Reporterre. fr

Les écrans publicitaires gaspilleurs d’énergie se multiplient dans le métro parisien

Les écrans publicitaires video se multiplient dans le métro parisien. Les sociétés publicitaires préparent leur généralisation à la surface. Chacun de ces écrans consomme autant d’électricité qu’une famille. Les Déboulonneurs et les Désobéissants préparent une action de protestation.

Malgré la protestation constante des associations et des collectifs citoyens depuis la pose des quatre premiers écrans publicitaires espions en novembre 2008, leur expansion ne faiblit pas. Il semble que les 400 prévus à l’origine soient largement dépassés, nous avons pu en dénombrer plus d’une quarantaine rien que pour certaines gares parisiennes qui sont devenues de véritables galeries pour la publicité. Le transport de personnes ne semble plus être qu’une fonctionnalité secondaire, dans le même temps, nous savons que les recettes récupérées par la RATP ou la SNCF sont dérisoires. Alors à qui profite le crime ? Qui mène vraiment le jeu ?

Le décret sur l’affichage issu du Grenelle de l’environnement enregistre recul sur recul. Les modifications de dernières minutes dictées par JC Decaux à la ministre de l’Ecologie condamne encore d’avantage le citoyen à toujours plus de publicité dans son espace public. Le dialogue est rompu, la ministre de l’Ecologie n’a même pas daigné nous recevoir.

Les écrans pubs espions sont des sources de lumières qui attirent l’oeil du passant de façon systématique. Alors même que le message -souvent sans intérêt voire nocif- n’est pas sollicité, il nous est présenté sans que nous puissions le refuser tel un pourriel dans notre boite de réception. Le flux d’images coupe mécaniquement toute capacité de réflexion chez l’individu et peut occasionner l’arrêt d’une conversation.

L’écran publicitaire est muni d’une caméra espion chargé de mesurer l’audience. Ce capteur est capable d’enregistrer et distinguer nos silhouettes, expressions faciales et donc potentiellement de tracer nos trajets. Bien que les fabricants assurent de son inactivité, ils entretiennent l’opacité technologique en refusant le droit de vérification à la société civile. De plus les indications légales devant mentionner toute présence de vidéosurveillance, sous la forme d’un pictogramme notamment, ne sont même pas signalées livrant ainsi le citoyen à la merci d’expérimentation marketing malgré la sollicitation de la CNIL (1).

Alors même que la catastrophe de Fukushima n’est toujours pas maîtrisée, à l’heure où la question du virage énergétique fait débat, la RATP assume sans problème la pose de ces nouveaux écrans pubs dont chacun consomme l’équivalent électrique moyen de trois foyers français de quatre personnes. La RATP renvoie toujours la balle à Métrobus (filiale de Decaux et Publicis), qui n’a pourtant aucun droit sur sa politique. Selon les statuts de la RATP l’instance qui a le pouvoir est le STIF (syndicat des transports d’Île de France), dirigé par la région, qui manque cruellement de volonté politique et laisse libre les publicitaires d’aménager notre cadre de vie.

La présence des écrans pubs dans le métro n’est plus un mystère, mais leur expansion dans les villes de France est également une réalité que ce soit à Paris ou dans de nombreuses autres villes de France. L’entreprise JC Decaux ne cache pas ses intentions de remplacer au bout du processus l’ensemble des panneaux actuels au mépris de l’environnement et de la tranquillité des citoyens.

En réponse à cette agression, nous entamerons une marche citoyenne contre le système publicitaire depuis la place de la Bastille jusqu’à un lieu à forte densité humaine où des activistes barbouilleront des écrans vidéos espions fraîchement posés.

Nous demandons la réduction de la taille de la publicité à 50x70 cm ainsi que la suppression de l’ensemble des écrans publicitaires afin de défendre la liberté de réception des citoyens.

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Note :

(1) La CNIL avait rendu un avis partiel se refusant de commenter la légitimité des caméras espions et le consentement des personnes : http://antipub.org/spip.php?article141.

Le Plan ESSE pour l’économie sociale et solidaire Alain Duez Reporterre 2011/06/17 Alain Duez (17 juin 2011) Le Plan ESSE pour l’économie sociale et solidaire. Reporterre. Tribune — fr

Le Plan ESSE pour l’économie sociale et solidaire

Sous la férule de Claude Alphandéry, depuis plus d’un an, les forces vives de l’économie sociale et solidaire (ESS) préparent l’ouverture d’états généraux. L’événement aura lieu les 17, 18 et 19 juin prochain, au palais Brongniart [anciennement la Bourse] à Paris. Au-delà de la réflexion en cours sur ce qu’il faut faire pour élargir le champ de l’ESS, considérée par beaucoup comme une alternative crédible au modèle dominant, l’objectif est bien sûr d’attirer l’attention du grand public et de médiatiser.

Convaincu de longue date qu’il n’y a pas d’issue durable aux crises écologique, sociale et humanitaire sans remise en question radicale des paradigmes du capitalisme néolibéral, L’âge de faire est bien sûr partie prenante. Autre conviction que nous souhaitons faire partager, c’est que pour être réalisable, cette mutation économique tant souhaitée doit être l’affaire de tous et plus particulièrement des associations dans leur diversité, environnementales, citoyenne, humanitaire, caritative… Il faudrait qu’elles soient présentes au Palais Brongniart et clairement associées à la démarche. Les journalistes nature environnement y ont leur place.

Il reste à imaginer comment pourraient s’organiser toutes ces forces pour gagner du terrain de manière significative sur le modèle dominant. C’est l’objet du Plan ESSE que L’âge de faire propose après l’avoir longuement mûri. Vous pouvez en prendre connaissance sur un court descriptif en cliquant sur ce lien. Son comité de parrainage et la notoriété des premiers soutiens associatifs témoignent d’une bonne réception.

Le chantier est ouvert et les besoins en compétences sont très divers et importants. Vos contributions seront toujours bienvenues, notamment pour le nouveau journal dont le numéro zéro est sur le grill.

Nous tiendrons un stand le samedi 18 et le dimanche 19 sur le parvis de l’ancienne Bourse, Le N° 53 de l’âge de faire (mois de mai) y sera diffusé, il contient un cahier de 8 pages A4 présentant en détail le Plan ESSE.

A bientôt peut-être ?

Appel de Fukushima Par Julien villalard Reporterre 2011/06/18 Par Julien villalard (18 juin 2011) Appel de Fukushima. Reporterre. Tribune — Catastrophes nucléaires fr

Appel de Fukushima

« Nous, peuples de la Terre, nous adressons à l’ONU, à l’OMS, ainsi qu’à toutes les organisations internationales et à nos gouvernements. Nous demandons... »

PETITION MONDIALE « APPEL DE FUKUSHIMA »

Considérant la Déclaration universelle des droits de l’homme, selon laquelle :

« Article premier : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

« Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. »

Considérant la situation actuelle de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui met en danger de mort la population japonaise et le reste du monde,

Et considérant l’incapacité de la compagnie Tepco et du gouvernement japonais à gérer la situation,

Nous, peuples de la Terre, nous adressons à l’ONU, à l’OMS, ainsi qu’à toutes les organisations internationales et à nos gouvernements. Nous demandons :

1. La mise en place d’une équipe internationale et interdisciplinaire ayant autorité pour prendre en charge la gestion de la centrale de Fukushima Daiichi et de ses conséquences, placée sous mandat de l’ONU.

2. La création d’une cellule de crise au sein de l’ONU, chargée de mettre en place toutes les mesures nécessaires pour protéger la population japonaise, à quelque prix que ce soit.

Nous sommes des êtres humains, nés libres et égaux. Avec raison et conscience, nous agissons dans un esprit de fraternité. Nous nous inquiétons pour la vie, la liberté et la sureté de nos frères japonais et de nos enfants.

Contre les Center Parcs Parti pour la décroissance Reporterre 2011/06/21 Parti pour la décroissance (21 juin 2011) Contre les Center Parcs. Reporterre. Tribune — fr

Contre les Center Parcs

Artificialisation de l’espace, pollutions multiples, vacances sous le signe de la consommation, les Center Parcs sont anti-écologiques.

Après la Normandie, la Sologne, l’Aisne et la Moselle, un cinquième Center Parcs doit voir le jour dans l’Isère, au cœur de la forêt de Chambaran, qui abrite un parc naturel clos de 300 ha.

Sollicité par le mouvement d’opposition à son installation, le Parti Pour La Décroissance (PPLD) tient à apporter son soutien aux opposants. Nous invitons tous les Objecteurs de Croissance (OC) d’Isère à combattre l’implantation d’un énième centre de loisirs géant.

Même si ce combat peut paraître moins important que la lutte contre le nucléaire ou le soutien aux indignés, il faut bien saisir que l’implantation d’un Center Parc est la suite logique de la domination capitaliste et, que s’opposer aux Center Parcs, c’est bien refuser ce modèle de développement qui méprise la nature et les humains.

Qu’est ce qu’un Center Parcs ?

C’est un centre de villégiature clos, généralement isolé, offrant tous les services marchands indispensables pour passer des « vacances réussies ». C’est surtout un hymne à des vacances standardisées dans un cadre moderne, dont la nature est sauvagement artificialisée.

C’est surtout une source de pollution dramatique. D’abord, car le Center Parcs s’implante dans une zone naturelle (la forêt de Chambaran) à disposition de tous et gratuite pour devenir une zone bétonnée, close et payante. Ensuite, parce que la construction et le fonctionnement d’un Center Parcs nécessitent une quantité d’énergie et de matières premières redoutables (il faut chauffer les jacuzzis, piscines, cottages, macadamiser le sol, amener le béton …). Un Center Parcs, c’est donc une participation au pillage de la planète, des pollutions mais aussi une perte de territoire, de biotope à jamais détruit par l’activité de l’homme.

Afin de permettre l’accès de milliers d’automobilistes, des routes seront construites spécialement, augmentant la surface de sol pollué. Ce type de centre de loisirs à la chaîne dans des temples modernes de consommation symbolise l’absurdité d’une civilisation qui ne conçoit le temps de loisirs que comme un temps de dépenses économiques, quelles que soient les conséquences pour l’environnement vital.

En outre, la société Pierre et Vacances, propriétaire des Center Parcs, se pare du déguisement du développement durable pour attirer le touriste. Cette nouvelle mode du blanchiment écologique est un argument que le PPLD se doit de dénoncer. Cet argu-mensonge de polluer mieux doit aussi devenir notre combat, surtout quand notre énergie est nucléaire.

Afin de s’imposer aux pouvoirs publics et aux populations locales, l’implantation d’un Center Parcs est présentée comme une aubaine sociale, une « chance » de pouvoir créer des emplois précaires et à mi-temps, qui provoqueront encore davantage de mal-être chez les populations employées. En outre, c’est bien nos impôts qui vont financer en partie la construction de cette usine à parquer du touriste. Ce chantage à l’emploi et à la croissance fonctionne bien auprès des exécutifs des collectivités, toujours prompts à se lancer dans de grands travaux.

Le Center Parcs comme progrès voire sauveur de nos régions est donc un leurre bien mis en scène et, malheureusement, accepté par les décideurs totalement aveuglés par les lumières croissancistes.

Nous ne sommes bien sûr pas opposés au repos et aux vacances ! Il existe heureusement des modes de tourisme qui préservent l’environnement et permettent de rencontrer les habitants des lieux que l’on visite, pour un réel enrichissement de part et d’autre, dans la convivialité. En tant qu’objecteurs de croissance, nous devons nous élever contre ce genre de projet, symbole d’un système énergivore qui confisque le bien commun et dont l’objectif n’est pas de mieux vivre mais de faire du chiffre !

C’est pour ces raisons que le PPLD soutient cette lutte et demande l’annulation du projet de ce Center Parcs afin que la forêt de Chambaran reste un espace sauvage préservé, gratuit et ouvert à tous.

Pour en savoir plus et continuer la lutte :

http://pcscp.org

http://www.nuisancestouristiques.com

http://chambarans.unblog.fr

La finance a déclaré la guerre aux peuples européens Attac Reporterre 2011/06/21 Attac (21 juin 2011) La finance a déclaré la guerre aux peuples européens. Reporterre. Tribune — Économie fr

La finance a déclaré la guerre aux peuples européens

Dans ce qui est imposé à la Grèce, « il s’agit d’une véritable guerre déclarée par la finance à l’État social en Europe, où la Grèce est le premier maillon de la chaîne ».

Dette grecque : l’Union européenne et le FMI veulent écraser la résistance des peuples indignés

L’Union européenne et le FMI ont mis le couteau sous la gorge du Parlement grec : il doit voter en urgence le troisième plan d’austérité et de privatisations en un an, plus draconien encore que les précédents. Faute de quoi on coupera les vivres à la Grèce qui ne pourra plus payer ses fonctionnaires.

Le message est clair : la finance européenne n’a aucune intention de céder face aux mouvements sociaux qui se développent en Europe du Sud, à l’origine de manifestations spectaculaires ce week-end en Espagne et en Grèce. Les gouvernements grec, espagnol ou portugais sont enjoints d’écraser sous une austérité implacable leurs peuples qui s’indignent. Il faut faire un exemple en Grèce, pour dissuader les autres peuples de lever la tête.

Chacun sait pourtant que la dette publique de la Grèce est insoutenable : tous les observateurs, et même les économistes des banques, le reconnaissent. Les politiques d’austérité enfoncent la Grèce – mais aussi l’Espagne, l’Irlande, le Portugal... – dans une crise sociale dramatique sans offrir aucune perspective de stabilisation économique. Les coupes budgétaires à répétition ne permettent pas de réduire le déficit, car plus les dépenses publiques baissent, plus les recettes baissent elles aussi à cause de l’aggravation de la récession.

C’est pourquoi les « élites » européennes sont divisées. Le gouvernement allemand est pressé par une opinion publique qui ne comprend pas pourquoi seuls les contribuables européens sont sollicités. Il demande que les créanciers privés de la Grèce – en majorité des banques européennes – prennent une partie du fardeau. Un tel rééchelonnement partiel de la dette ne viserait pas à épargner le peuple grec ; mais plutôt à rendre « durable » la cure d’austérité qui lui est imposée, en évitant un effondrement à court terme.

Mais, sous l’injonction de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, et de John Lipsky, le directeur-général adjoint du FMI, l’Union européenne a mis son veto à ce modeste coup de pouce proposé par Berlin. Lipsky a sermonné les dirigeants allemands, en traitant « d’enfantillages improductifs » les discussions autour d’une contribution du secteur privé. Nicolas Sarkozy a soutenu sans conditions la ligne dure de la BCE et du FMI qui consiste à aller tout de suite à l’épreuve de force avec les mouvements de résistance. Ce choix, s’il était confirmé, pousserait la Grèce au défaut, et rendrait inévitable une crise bancaire et financière majeure à court terme. Aveuglement dogmatique ou bluff cynique ? Il s’agit plutôt d’une véritable guerre déclarée par la finance à l’État social en Europe, où la Grèce est le premier maillon de la chaîne.

Face à cette déclaration de guerre, les mouvements sociaux européens doivent décréter une mobilisation générale en soutien au peuple grec. Au-delà de la solidarité internationale, il s’agit d’une cause immédiatement commune : la défaite du peuple grec rendrait plus difficile la résistance espagnole et ouvrirait la voie à la généralisation des plans d’hyper-austérité que veut imposer le pacte pour l’Euro, dont les principaux instruments seront votés jeudi au Parlement européen.

Attac France, avec le réseau des Attac d’Europe qui s’est réuni en Grèce les 18 et 19 juin, exprime son soutien et sa solidarité avec les mouvements sociaux et les citoyens indignés d’Europe. Avec eux, Attac exige la mise en place d’un audit citoyen des dettes publiques, qui montrera le caractère illégitime d’une large partie de ces dettes et ouvrira la voie à leur dénonciation. Les peuples n’ont pas à payer la faillite de la finance. Attac organise ce jeudi à Paris une réunion publique avec des représentants des partis politiques de gauche présents au Parlement européen, pour dénoncer le pacte pour l’Euro et débattre des alternatives à l’hyper-austérité et à la dictature de la finance.

L’état écologique des océans est dramatique Vincent Vey (lefigaro.fr) Reporterre 2011/06/21 Vincent Vey (lefigaro.fr) (21 juin 2011) L’état écologique des océans est dramatique. Reporterre. fr

L’état écologique des océans est dramatique

Les conditions physiques sont réunies pour une extinction massive des espèces marines, selon un rapport sciientifique publié en Grande-Bretagne.

Les océans vont mal. Très mal. Réunis mi-mai en congrès à l’université d’Oxford, 27 des plus grands spécialistes de la biodiversité marine de six pays ont même été choqués par l’accumulation de signaux alarmants. En mettant bout à bout leurs observations et leurs analyses, une vérité effrayante a émergé : la vie marine est en péril. Leurs conclusions et recommandations font l’objet d’un rapport de synthèse publié lundi 20 juin.

L’examen des couches sédimentaires montre tout d’abord que les cinq dernières grandes phases d’extinction sur Terre ont toutes coïncidé avec une acidification des océans, un réchauffement de la température des eaux et un appauvrissement des milieux marins en oxygène (hypoxie). Autant de symptômes d’une perturbation du cycle du carbone que l’on observe une nouvelle fois aujourd’hui avec le réchauffement climatique. Les niveaux de carbone absorbé par les océans « sont déjà bien plus élevés aujourd’hui qu’à l’époque de la dernière extinction de masse d’espèces marines, il y a environ 55 millions d’années, lorsque près de 50% de certains groupes d’animaux d’eau profonde furent exterminés », écrivent ainsi les rapporteurs.

Des résultats « choquants »

A cet inquiétant constat, les chercheurs ont mis en regard leurs observations. « Les résultats sont choquants », résume Alex Rogers, directeur scientifique du Programme international sur l’Etat des Océans (Ipso) qui organisait le congrès. « En considérant l’effet cumulatif de ce que l’humanité fait subir aux océans, nous nous sommes aperçus que les conséquences sont bien plus graves que ce dont chacun de nous s’était rendu compte de son côté », poursuit-il.

Tous les indicateurs se dégradent en effet suivant les pires des scénarios envisagés. La fonte des glaces polaires s’accélère, le niveau des mers continue de monter, les dégagements de méthane piégés dans les sols s’accentuent. Ces facteurs ont une influence complexe et néfaste sur la répartition des espèces marines et leurs abondances respectives. Les algues nocives se multiplient, les disparitions massives de poissons à longue durée de vie (comme le thon) bouleversent l’équilibre des chaînes alimentaires, les espèces invasives (comme certaines méduses) détruisent des écosystèmes entiers.

Une prise de conscience mondiale est nécessaire

Certaines activités humaines viennent encore noircir le tableau : la surpêche, la destruction d’habitats entiers ou encore la pollution durable des eaux par des substances chimiques toxiques et des milliards de micro-déchets en plastique. Pris dans leurs ensembles, ces facteurs de stress s’amplifient les uns les autres au lieu de se compenser.

Peut-on encore changer les choses ? Les experts ne veulent pas baisser les bras. La réduction des émissions de gaz à effet de serre, la lutte contre la surpêche et la protection des habitats menacés peuvent encore limiter les dégâts. Les scientifiques appellent également à « l’adoption en urgence d’un meilleur système de gouvernance des eaux internationales, encore très peu protégées mais qui représentent la majeure partie des océans du monde entier ». Et de rappeler que toute action politique coordonnée nécessite une prise de conscience mondiale. Il semblerait que nous en soyons encore là

Nouvelle menace de bétonnage d’un site vierge de montagne Frapna Reporterre 2011/06/22 Frapna (22 juin 2011) Nouvelle menace de bétonnage d’un site vierge de montagne. Reporterre. fr

Nouvelle menace de bétonnage d’un site vierge de montagne

La pression pour installer une station de ski au Collet d’Allevard, en Isère, s’accentue.

Au cœur d’une des rares zones naturelles encore vierge de tout impact anthropique à proximité de Grenoble, la vallée de Saint-Hugon, au sein de laquelle se sont installés les moines bouddhistes du Karma-Ling, pourrait bientôt faire l’objet d’une dégradation irrémédiable !

Les communes d’Allevard et de La Chapelle du Bard prévoient une extension du domaine skiable et l’installation d’une nouvelle remontée mécanique sur le secteur du Clapier, espace tranquille et isolé, relictuel dans ce secteur des Alpes. L’impact de ce projet engendrera sans nul doute la dégradation voire la destruction de ce milieu naturel fragile et patrimonial dans lequel faune et flore trouvent un refuge.

Aussi la FRAPNA, dont l’objet est la lutte contre toute forme d’atteinte à l’environnement, a-t-elle donné un avis très défavorable sur le projet, dans le cadre de l’enquête publique. L’association a déposé un recours contentieux au Tribunal administratif de Grenoble à l’encontre de l’autorisation d’exécution des travaux et s’apprête à déposer un référé destiné à empêcher le démarrage des travaux.

Elle s’appuie sur des données scientifiques complémentaires qu’elle a recueillie lors des 24 heures naturalistes, rendez-vous emblématique annuel des spécialistes de la faune et de la flore iséroise qui ont analysé finement ce secteur les 28 et 29 mai dernier. Afin d’améliorer la connaissance des sites naturels de Rhône-Alpes, la section isère de la FRAPNA et son réseau d’associations fédérées ou partenaires (LPO, Gentiana, AVENIR …), ont ainsi concentré leurs efforts de prospection sur ce site emblématique situé dans le massif de Belledonne à une quarantaine de kilomètres de Grenoble.

Offrant un spectacle rare de nature sauvage, les deux jours d’exploration ont confirmé la présence d’espèces emblématiques (cerfs, chevreuils, chamois, sangliers, renards, tétras-lyre). Ils ont aussi et surtout, permis d’établir avec certitude la présence d’une source et d’un ruisseau formant une zone humide sur laquelle les deux communes projettent précisément de réaliser une extension du domaine skiable. L’impact de l’installation d’une nouvelle remontée mécanique sur cet espace augure la destruction irréversible de ce milieu naturel fragile aux fonctions essentielles à la fois pour la faune et la flore mais aussi pour la ressource en eau.

La situation du Collet d’Allevard est emblématique d’un clivage social et idéologique entre une nécessité reconnue et proclamée de protéger les espaces et de maintenir la biodiversité et des intérêts économiques qui poussent les autorités locales à aménager de nouveaux territoires pour en dégager des subsides financiers.

C’est pourquoi l’association attire l’attention sur ce cas hautement emblématique des pressions contradictoires entre un des objectifs essentiels du Grenelle de l’environnement, « Stopper le recul de la biodiversité », et une fuite en avant qui se traduit par des comportements de prédation foncière. Cet exemple de gestion locale des espaces est caractéristique de choix faits en dépit des changements climatiques observés et du manque prévisible de neige à ces altitudes dans les années à venir.

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Vive Nileva Jhulot Hervé Kempf Reporterre 2011/06/22 Hervé Kempf (22 juin 2011) Vive Nileva Jhulot. Reporterre. Tribune — fr

Vive Nileva Jhulot

Primaires d’Europe Ecologie Les Verts : Nicolas Hulot ou Eva Joly ?

Je me suis rendu à Lille pour écouter les candidats à l’investiture d’Europe Ecologie-Les Verts pour la présidentielle de 2012. Citoyen candide, je n’ai pas vécu la même chose que les journalistes politiques, mais peu importe. Incidemment, la jeunesse de l’assistance m’a frappé : une moyenne d’âge en dessous de 35 ans, voire 30. Qui a dit que les jeunes ne s’intéressaient pas à la politique ?

Si l’on observe les positions plutôt que les énervements naturels dans une situation concurrentielle, que retenir de ce débat du 15 juin ? Que les deux principaux postulants, Nicolas Hulot et Eva Joly, ne manifestent pas de divergence politique fondamentale. Le premier est indéniablement plus à l’aise sur l’écologie : « Qui dans cette campagne osera parler des changements climatiques ? D’une politique énergétique radicalement différente, et socialement acceptable ? Remettre en cause le modèle agricole ? Parler d’une refonte complète de la fiscalité et pas simplement avec la taxe carbone ? », dit-il. Et il « osera ».

Encore faut-il identifier les forces qui s’opposent à la transformation écologique et, de ce point de vue, Eva Joly est plus lucide : « Si l’on n’est pas capable de s’attaquer à l’économie parallèle des paradis fiscaux et des multinationales qui ne paient pas d’impôt, rien de ce dont nous parlons ne pourra se réaliser, parce que la réalité du pouvoir est là. »

Nicolas Hulot assure que « la pierre angulaire de notre programme est la justice sociale », tandis qu’Eva Joly annonce que « la transformation écologique ne sera pas indolore ». Voilà deux approches pertinentes.

Eh bien, que le vote choisisse. Mais l’essentiel est ailleurs. Ce dont témoignent ces primaires, c’est que l’écologie politique s’est élargie depuis quelques années et qu’en même temps, elle sait dorénavant articuler analyse environnementale et critique sociale.

Alors, madame, monsieur, voilà ce que l’on pourrait vous demander, en prolongeant ce qu’a dit Cécile Duflot en entrée du débat de Lille : les écologistes contestent une politique focalisée sur l’ego d’individus supposés supérieurs, telle que la met en scène l’élection présidentielle française. Nous avons besoin de coopération, de non-violence, d’une démocratie renouvelée. Alors, quel que soit le lauréat de cette primaire, la condition du succès final sera dans la capacité des deux ex-compétiteurs à unir leurs talents complémentaires pour emporter la vraie victoire : devancer le Front national, puisque tel est le défi politique. Madame, monsieur, soyez différents des autres, fixez des limites à votre ego, travaillez ensemble.

Le soutien au projet Yasuni s’étend en France Laëtitia Moreau Reporterre 2011/06/22 Laëtitia Moreau (22 juin 2011) Le soutien au projet Yasuni s’étend en France. Reporterre. fr

Le soutien au projet Yasuni s’étend en France

L’association Viva Yasuni, qui vise à soutenir le projet équatorien de non exploitation du pétrole dans la réserve de Yasuni, est créée.

L’association VIVA YASUNI verra le jour mercredi 22 juin à 18h à l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine 28 rue Saint Guillaume, à Paris, en présence d’Yvonne Baki, déléguée du président de la République d’Equateur, venue spécialement de Quito, et de Mathieu Klein, vice-président de la Meurthe-et-Moselle.

VIVA YASUNI est née d’un élan suscité par le documentaire "Une Idée Simple et Révolutionnaire" de Laëtitia Moreau qui retrace deux ans de combat du gouvernement équatorien et de la société civile pour faire aboutir l’initiative Yasuni-Itt. C’est au cours de projections suivies de débats que l’idée est née de créer cette association.

Elle regroupe des responsables associatifs et des collectivités territoriales notamment le département de la Meurthe et Moselle et de la région Rhône-Alpes qui ont joué un rôle moteur. Ces deux collectivités ont d’ailleurs décidé de contribuer financièrement à cette initiative. Beaucoup d’autres collectivités sont sur le point de les imiter ou ont déjà voté une contribution.

VIVA YASUNI a pour objet général la promotion, l’appui et l’accompagnement sur le territoire national français, de l’initiative « Yasuni-ITT » portée par le gouvernement de l’Equateur. Elle poursuivra dans ce but, trois grands objectifs :

- 1. promouvoir le projet Yasuni ITT par tous les moyens sur le territoire national français. L’accent sera particulièrement mis sur les concepts politiques, économiques et écologiques qui le guident.

- 2. mobiliser le maximum de soutiens financiers au fonds fiduciaire mis en place et géré par le PNUD en faveur du projet Yasuni ITT et selon les termes définis en accord avec le PNUD.

- 3. reprendre et transposer les objectifs de Yasuni ITT dans les projets portés en France par les membres de l’association, afin, dans un principe de réciprocité, de faire vivre ici les objectifs de développement durable et de participation citoyenne prônés plus largement par le projet équatorien et notamment son ambition basée sur un changement de maîtrise énergétique et un nouveau modèle de développement participatif apte à construire une économie post-pétrolière.

Pour la première fois en France, des collectivités territoriales s’organisent en association pour soutenir une initiative destinée à lutter contre le changement climatique prise dans un pays étranger. Pourquoi ?

Parce que la sauvegarde de l’Amazonie est un enjeu majeur

Parce que nous devons construire le monde post-pétrole, post-énergie fossile

Parce qu’à l’échelle locale nous pouvons reprendre la main et nous inspirer de l’expérience équatorienne.

Par cette initiative collective, ces nombreuses collectivités territoriales de France souhaitent par ailleurs encourager le gouvernement français à prendre, comme d’autres pays, une décision positive quant à une contribution nationale française en faveur du fonds fiduciaire Yasuni.

Aux Etats-Unis, 48 réacteurs nucléaires laissent fuir du tritium Agnès Rousseaux (Basta) Reporterre 2011/06/22 Agnès Rousseaux (Basta) (22 juin 2011) Aux Etats-Unis, 48 réacteurs nucléaires laissent fuir du tritium. Reporterre. fr

Aux Etats-Unis, 48 réacteurs nucléaires laissent fuir du tritium

Les fuites de tritium atteignent des concentrations excédant largement les normes d’eaux potables.

Les trois quarts des centrales nucléaires aux États-Unis sont concernées par des fuites de tritium radioactif, une forme radioactive d’hydrogène, qui se retrouve dans les eaux souterraines du fait de canalisations enterrées et rouillées. C’est ce que dévoile une enquête d’Associated Press (en anglais).

Ces fuites concernent au moins 48 des 65 centrales nucléaires existantes, selon les dossiers de la Nuclear Regulatory Commission, l’agence indépendante de contrôle, examinés dans le cadre de cette enquête. Et sur au moins 37 sites, les fuites de tritium contiennent des concentrations excédant largement les normes d’eaux potables. Selon l’enquête, la plupart de ces fuites ont été détectées à l’intérieur du périmètre des centrales. Ont-elle atteint des réserves d’eau potable ? Pour le moment, rien n’a été constaté. Dans l’Illinois et le Minesota, des puits près d’habitations ont été contaminés, mais à des doses inférieures aux normes sanitaires. Selon l’enquête, le nombre et la gravité de ces fuites auraient augmenté.

Les autorités publiques ont déclaré qu’il n’y avait pour le moment aucun risque sanitaire à craindre. Pour la Nuclear Regulatory Commission (NRC) et les industriels, ces fuites sont avant tout un problème de communication et non une menace pour la santé publique : « De l’eau contenant du tritium et d’autres substances radioactives est normalement rejetée des centrales nucléaires, dans des conditions contrôlées, surveillées par la NRC, pour protéger la santé et la sécurité publiques. »

Mais ces fuites de tritium peuvent suggérer la présence de substances plus radioactives. D’autant qu’Associated Press avait noté auparavant une baisse des normes de sécurité des centrales. Pour les observateurs indépendants, ces fuites de tritium posent également des doutes sur la fiabilité des systèmes d’urgence des réacteurs nucléaires. Certains tuyaux qui fuient sont en effet destinés à amener l’eau pour refroidir les réacteurs en cas d’arrêt d’urgence.

A Paluel, le réacteur n°3 accumule les pépins Jade Lingaard et Michel de Pracontal (Mediapart) Reporterre 2011/06/23 Jade Lingaard et Michel de Pracontal (Mediapart) (23 juin 2011) A Paluel, le réacteur n°3 accumule les pépins. Reporterre. fr

A Paluel, le réacteur n°3 accumule les pépins

« Il est avéré qu’au moins un assemblage du cœur de la tranche 3 contient un ou plusieurs crayons défectueux »

Fuites à répétition, rejets de gaz radioactif, déclenchements de balises d’alertes, contaminations de travailleurs : depuis plus d’un mois, l’une des plus grosses centrales nucléaires françaises, le site de Paluel, en Haute-Normandie, connaît des dysfonctionnements en série. La multiplication des incidents crée un vent de panique chez les agents qui y travaillent, selon des témoignages et des documents exclusifs recueillis par Mediapart. La centrale de Paluel produit, à elle seule, environ 7% de l’électricité nationale.

L’inquiétude collective commence à se manifester sur Internet : « Centrale de Paluel : EDF sur les traces de Tepco ? » Cette formule provocatrice, qui compare l’électricien français à l’exploitant de la centrale de Fukushima, n’émane pas d’un groupe antinucléaire. Elle figure en tête d’un communiqué de la CGT de la région dieppoise, où se trouve la centrale de Paluel.

Avec quatre réacteurs de 1300 mégawatts (MW), ce site qui emploie 1250 salariés d’EDF est l’une des trois plus importantes centrales nucléaires françaises (avec celles de Gravelines et de Cattenom). Mis en service entre décembre 1985 et juin 1986, le site de Paluel n’a pas posé de problème particulier pendant les deux premières décennies de son fonctionnement.

Mais depuis quelque temps, divers problèmes techniques se sont accumulés sur le réacteur n°3, que l’un de nos interlocuteurs qualifie de « tranche la plus poissarde du site » : une fuite d’huile sur l’alternateur, une fuite d’eau du circuit primaire, une fuite de gaz radioactif dans le bâtiment réacteur, ainsi qu’une fuite dans une ou plusieurs gaines de combustible.

Jusqu’ici occultés, ces dysfonctionnements ne sont pas contestés par la direction de la centrale. Mais l’interprétation de leur gravité diverge radicalement d’une source à l’autre. Tous s’accordent cependant à décrire une inquiétude grandissante chez les agents et, pour certains, de l’angoisse et de la panique. L’un de nos interlocuteurs parle même de « terreur étouffée » !

Il raconte qu’un bâtiment proche du réacteur a dû être évacué plusieurs fois à cause du déclenchement de l’alarme mesurant la présence de gaz nocifs dans l’air. Des salariés « ont forcé des coffrets contenant des pastilles d’iode » pour se prémunir contre une éventuelle contamination. Cette réaction révèle un niveau élevé de stress chez des personnels pourtant formés à travailler dans le contexte particulier des installations nucléaires. Inquiétude nourrie par le fait que « l’alarme se déclenchait tout le temps », selon une autre source. Si bien que les seuils de détection de ces rejets gazeux ont fini par être relevés pour obtenir le silence.

« Le xénon, c’est comme une cigarette »

Pour remédier à certaines des fuites, le réacteur n°3 de Paluel a fait l’objet d’un arrêt lors du week-end de la Pentecôte. Un « arrêt à chaud » dans lequel le réacteur tourne au ralenti sans être complètement arrêté. Seize agents EDF et sous-traitants ont accidentellement inhalé du xénon, un gaz radioactif, lors de cette intervention. Ils ont été contaminés : des traces de ce gaz rare ont été trouvées à l’intérieur de leur organisme.

L’un d’entre eux explique à Mediapart avoir travaillé sans porter la cagoule et la bouteille d’oxygène permettant de ne pas respirer l’air environnant. « La réserve de l’appareil respiratoire individuel est trop limitée par rapport au temps d’intervention, cela nous aurait obligé à entrer et sortir plusieurs fois du bâtiment, ce qui aurait prolongé le temps d’intervention », ajoute-t-il, sous le sceau de l’anonymat.

Faux, conteste Claire Delebarre, chargée en communication de la centrale de Paluel : « Ils n’ont pas porté leur appareil respiratoire car ils n’en avaient pas besoin. » Et d’ajouter : « Il ne s’agit pas de contaminations internes car le xénon ne se fixe pas dans l’organisme, il est rejeté au bout de quelques expirations, c’est comme une cigarette. »

La quantité de gaz inhalé par ces agents est minime et sans danger, assure un militant CGT de la centrale qui a étudié le cas de ces personnes. « C’est en dessous des seuils acceptables reconnus par l’Autorité de sûreté du nucléaire », confirme le salarié contaminé. Mais « seize personnes contaminées, c’est énorme ! » commente un autre agent. Et cela prouve, d’après lui, la présence d’une grande quantité de gaz radioactif dans la salle où ont travaillé les volontaires de la Pentecôte. L’un des travailleurs pressentis aurait refusé de participer à l’intervention, jugeant les conditions trop peu sûres.

Le 21 juin, l’incident de la Pentecôte n’avait pas été signalé par l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) sur son site internet. Au demeurant, il ne lui a même pas été notifié. « C’est normal, ce n’est pas un événement, on est dans le ressenti », répond le service communication de la centrale. « Les faits sont dissimulés », veut croire un agent de Paluel. Au local d’un syndicat de la centrale, contacté par téléphone, la première réaction est lapidaire : « Seize contaminations ? Mais c’est un roman que vous écrivez ! »

Il ne s’agit pas d’une fiction, mais bien de la réalité. Qui plus est, l’intervention de la Pentecôte n’a résolu qu’une partie du problème : la fuite gazeuse est aujourd’hui réparée, mais l’eau du circuit primaire, elle, s’échappe toujours. La réparation est reportée. Les ennuis de l’alternateur avaient été traités précédemment. Mais il reste la fuite qui affecte une ou plusieurs gaines de combustible. Là, pas de réparation possible : il faut arrêter le réacteur et remplacer les éléments de combustible défaillants. Or, cela ne se fera qu’au prochain arrêt de tranche programmé, dans environ un an.

De toutes les difficultés qui affectent Paluel, la plus inquiétante est la défectuosité de certaines gaines de combustible, estime l’une de nos sources. Pourquoi ? Parce que ces gaines en alliage métallique constituent la première des barrières qui isolent la matière radioactive de l’environnement extérieur. Elles ont la forme de longs cylindres dans lesquels sont empilées de petites pastilles d’uranium radioactif. Ces « crayons » sont réunis en « assemblages » qui forment le cœur du réacteur.

« C’est comme du vin, parfois, il est bouchonné »

Le réacteur est une sorte de chaudière : les réactions nucléaires qui se produisent dans le combustible radioactif font chauffer l’eau du circuit primaire, qui à son tour transfère sa chaleur au circuit secondaire ; l’eau du circuit secondaire est vaporisée et la vapeur fait tourner la turbine qui produit l’électricité.

Le combustible radioactif, contrairement au charbon d’une chaudière classique, ne doit jamais être en contact avec l’environnement extérieur. A cette fin, les autorités nucléaires françaises ont élaboré une « doctrine de la sûreté » dont un principe de base consiste à enfermer la matière radioactive derrière trois « barrières » : d’abord la gaine du combustible ; ensuite la cuve et le circuit primaire ; enfin, l’enceinte de confinement du réacteur.

Or, à la centrale de Paluel, il est avéré, par les témoignages que nous avons recueillis et les documents que nous avons pu consulter, qu’au moins un assemblage du cœur de la tranche 3 contient un ou plusieurs crayons défectueux. Autrement dit, dont la gaine est fissurée. Comme il y a toujours une fuite dans le circuit primaire, cela signifie que deux des trois fameuses barrières ne sont plus étanches. Le ou les assemblages en cause sont neufs et ont été placés dans le cœur lors du dernier rechargement, survenu en mars 2011. D’après la direction de la centrale, les éléments concernés ont été fabriqués par Westinghouse.

« On est en train de pourrir tout le bâtiment réacteur ! » s’inquiète un agent, qui considère que la fuite actuelle de combustible à Paluel « peut basculer sur des phénomènes incontrôlables ». Or EDF a pour l’instant décidé de laisser tourner le réacteur en l’état, potentiellement jusqu’à la fin du cycle (autrement dit le prochain arrêt pour rechargement du combustible), dans un an environ. « Je ne comprends pas qu’on ne décide pas d’arrêter », insiste l’une de nos sources.

« Ce sont des micro-fuites, elles n’ont pas de conséquences directes sur le personnel : elles sont mesurées, analysées, contrôlées, maîtrisées », explique un militant de la CGT de Paluel. « Nos investigations indiquent qu’il y a un défaut de gainage, mais ce n’est pas une rupture, c’est légèrement poreux, et cela ne concerne qu’un seul assemblage », assure Claire Delebarre, la chargée de la communication de la centrale de Paluel. Rappelons qu’un assemblage contient 264 crayons, soit 264 possibles sources de fuite. Mais « fonctionner avec une légère fuite, ce n’est pas grave en soi. C’est comme du vin, parfois, il est bouchonné ! » assure la communicante du site de Paluel.

La radioactivité occasionnée par la fuite est estimée à 30.000 MBq/t (mégabecquerels par tonne d’eau), sachant qu’à partir de 100.000 Mbq/t par jour pendant sept jours consécutifs, un réacteur doit impérativement être mis à l’arrêt. Les problèmes techniques de Paluel révèlent ainsi le secret le mieux caché au grand public mais le plus connu du monde du nucléaire : en contradiction flagrante avec la doctrine de sûreté martelée par l’autorité de sûreté, des centrales fuient, et en toute légalité !

« Des fuites, il y en a, c’est normal, ce sont des incidents d’exploitation tout à fait classiques », poursuit Claire Delebarre. Sollicitée par Mediapart, l’ASN ne nous a pas répondu à l’heure où nous mettons en ligne cet article.

« Les fuites, c’est normal »

« Les fuites, c’est normal, il y en a toujours eu dans le nucléaire », explique un spécialiste de la radioprotection. C’est si vrai que Mediapart a pu reconstituer un long historique des fuites de gaines de combustibles dans les centrales françaises. Une chronologie qui ne date pas d’hier puisqu’elle remonte à... il y a douze ans.

Le premier événement date d’octobre 1999 : à la centrale de Cattenom, en Lorraine, on détecte un taux élevé de radioactivité sur le circuit primaire et la présence de xénon 133. En août 2000, des mesures révèlent la dissémination de combustible dans le circuit primaire, et en septembre, de l’activité alpha qui témoigne d’une rupture de gaine sérieuse. Le 15 mars 2001, EDF découvre 28 assemblages de combustibles présentant des défauts d’étanchéité. L’incident est classé au niveau 1.

Après Cattenom, des pertes d’étanchéité de crayons de combustible ont affecté la centrale de Nogent-sur-Seine, à 50 km de Troyes. Cette fois, le problème était lié à un élément nouveau : les crayons défectueux étaient fabriqués dans un nouvel alliage au zirconium appelé « M5 », différent du zircaloy 4 utilisé habituellement. L’alliage M5, produit par Areva, a été introduit par EDF afin d’améliorer la rentabilité du combustible : il s’agit d’augmenter le « taux de combustion », ce qui permet de réduire le nombre d’arrêts pour rechargement du cœur.

Mais ce M5 entraîne une complication imprévue : le taux de défaillances des crayons est, d’après une étude de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), « quatre à cinq fois supérieur à celui des crayons à gainage en zircaloy 4 ». En 2002, le premier cycle réalisé avec une recharge complète de M5 dans un réacteur, la tranche 2 de Nogent, « a dû être arrêté suite à une contamination du circuit primaire après un record de 39 ruptures de gaines sur 23 assemblages », d’après une étude du cabinet indépendant Global Chance (Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008).

Exemples de fissures de gaines observées à Cattenom (Photo DSIN). Au total, entre 2001 et 2008, une trentaine de fuites d’assemblages de combustible en alliage M5 ont été détectées, d’après l’IRSN. En 2006, l’ASN a estimé qu’il était nécessaire « d’adopter une démarche prudente » quant à l’introduction du M5. EDF a fait des efforts pour améliorer la fabrication des assemblages et éliminer les défauts, mais ils n’ont pas disparu.

En 2008, selon l’IRSN, « du combustible à gainage en alliage M5 (était) présent dans 17 des réacteurs de 900 MW, trois réacteurs de 1300 MW et les quatre réacteurs de 1450 MW », ce qui représente environ la moitié du parc. Depuis, le déploiement de l’alliage M5 s’est poursuivi et en particulier, il est présent dans les nouveaux assemblages de Paluel.

« Les liquidateurs de tous les jours »

En fait, dès 2006, les gaines de combustibles ont connu des défaillances à Paluel. Cette année-là, un arrêt de tranche se prépare sur le réacteur n°4. Les agents sont prévenus qu’il risque d’être « dosant », c’est-à-dire de les exposer à de fortes doses de rayonnements ionisants. « L’indice de radioactivité de la tranche était 50 fois supérieur à celui de la tranche d’à côté », se souvient Philippe Billard, alors décontaminateur du site, et militant CGT.

Ce haut niveau d’activité l’inquiète. Il dépose un droit d’alerte et s’affronte au staff EDF de la radioprotection qui lui reproche d’exagérer. L’intervention est maintenue. Lors d’une opération de décontamination du matériel, des salariés de Framatome – l’ancien nom d’Areva – expertisent l’état du combustible à l’aide d’une caméra placée sous l’eau : « J’ai vu les films, j’ai vu les gaines de combustible : sur 15 cm, il y avait plus rien, raconte Philippe Billard. La gaine était ouverte, il y avait une fente, et derrière, il n’y avait plus rien. Les pastilles de combustible avaient dégagé. Elles étaient passées dans le circuit primaire. »

Au cours de cet arrêt de tranche de 30 jours, certains agents reçoivent la moitié de la dose annuelle autorisée de radioactivité. Parmi eux, un agent de conduite EDF a fait examiner ses selles. Mediapart a eu accès au résultat de son examen médical : son organisme recèle des traces de césium, d’uranium et de plutonium. Tous cancérigènes à partir d’une certaine dose.

« Il avait avalé des poussières radioactives », explique Philippe Billard. Des microdoses, chaque fois en dessous des normes, qui ne s’en accumulent pas moins dans l’organisme. Le syndicaliste adresse alors un courrier à la direction de la centrale (voir ci-dessous) pour l’alerter sur la présence de rayonnement alpha, très dangereux pour la santé, sur la tranche n°4. L’homme contaminé a depuis quitté le nucléaire.

Philippe Billard, lui, a fondé une association, « Santé-sous-traitance ». Pour défendre la santé des sous-traitants qui représentent aujourd’hui environ la moitié des travailleurs du nucléaire. « La peur aujourd’hui de la population dans un accident nucléaire, c’est d’être contaminé et d’attraper un cancer. Eh bien nous, nous sommes contaminés régulièrement dans les centrales. Et on attrape des cancers. L’accident est déjà arrivé chez nous. Nous sommes les liquidateurs de tous les jours. »

Des liquidateurs en France ? Ne nous a-t-on pas dit et répété que la catastrophe, c’était pour les autres, ceux qui n’appliquent pas nos principes de sûreté, qui n’ont pas la chance de posséder notre organisation d’expertise et notre autorité nucléaire « indépendante » ?

Ni franchement catastrophique ni vraiment rassurante, la situation de Paluel illustre au quotidien le fait que le système est vulnérable. Qu’il fonctionne avec des défaillances permanentes techniques et humaines, qui alimentent un climat général de méfiance, sinon de paranoïa. Que les grands principes de la sûreté ne sont pas respectés dans la dure réalité. Que la course à la productivité tend à prendre le pas sur l’exigence de sécurité. Et que la multiplication des contraintes à respecter pour que ce système continue à fonctionner le rend de plus en plus inhumain.

La LGV Paris-Bordeaux, une aberration financière Simon Charbonneau Reporterre 2011/06/23 Simon Charbonneau (23 juin 2011) La LGV Paris-Bordeaux, une aberration financière. Reporterre. Tribune — fr

La LGV Paris-Bordeaux, une aberration financière

Le projet de LGV Paris-Bordeaux contribuera à nous conduire dans une situation comparable à celle de la Grèce.

Dans un ouvrage datant du début des années 1970 intitulé L’espérance oubliée, Jacques Ellul caractérisait notre temps comme celui de la déréliction, c’est-à-dire de la perte des repères spirituels, de l’abandon de toute référence morale et politique autant dans le domaine privé que public. Mais aujourd’hui, il semble même que le principe de réalité et le bon sens soient aussi victimes de cet effacement des repères qui donnent un sens à toute vie humaine. Comme l’avaient souligné, dans leur œuvre commune, ces représentants de ce qu’un auteur canadien appelle « le personnalisme gascon » que sont Jacques Ellul et son ami Bernard Charbonneau, le développement technologique finit par acquérir sa finalité propre, en dehors de toute autre considération.

La signature du contrat de concession entre Réseau Ferré de France et l’entreprise privée Vinci pour la réalisation d’une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Paris et Bordeaux et destinée à gagner 1 heure entre ces deux villes par rapport au temps de parcours actuel pour un montant provisoire de près de huit milliards d’euros, soit 200 millions d’euros par minute gagnée, illustre de manière caricaturale la crise anthropologique majeure dans laquelle se retrouve aujourd’hui l’humanité.

Ce projet qui repose sur le postulat des bienfaits qu’il engendrera sur la vie économique de notre région, s’inscrit dans l’idéologie encore dominante qui est celle de la croissance économique ignorante de l’explosion actuelle des multiples coûts tant financiers qu’écologiques qui l’accompagne.

Malgré le contexte international de crise économique majeure que nous subissons, l’entreprise Vinci chargée de la réalisation du projet nous promet une rentabilité de son investissement de 15 % sur rien moins que cinquante ans. Et ceci alors que le montant des péages subis par la SNCF pour l’utilisation des voies nouvelles conduira à des prix de billets décourageant les usagers en situation économique difficile et les incitant à renoncer à ce type de transport réservé en fait à des privilégiés.

Et même de ce point de vue, la concurrence avec l’avion surtout « low cost » risque d’être un échec ! L’économiste américain Nouriel Roubini, dans une interview récente prévoyant l’effondrement prochain de l’économie chinoise, citait justement le cas des trains à grande vitesse vides de tout passager comme une des causes de l’endettement caché de ce pays. Et ici en Europe où nous connaissons une crise majeure d’endettement héritée du glorieux passé des années de croissance, nous nous lançons dans des projets pharaoniques équivalents dont le financement ne pourra en fait être assuré que par de l’argent virtuel ! Mais que faire lorsque des élus ne raisonnent qu’en termes de prestige technologique et lorsqu’une entreprise doit impérativement ouvrir de nouveaux chantiers pour amortir son énorme parc machines ? Une économie du court terme comme la nôtre ne peut conduire qu’au pilotage à vue et donc à des catastrophes !

L’alternative défendue par les opposants qui est celle de la rénovation des voies existantes pour un investissement raisonnable devrait être pourtant la solution de sagesse et malgré cela des élus de nos collectivités territoriales d’Aquitaine toutes tendances confondues, à l’exception des Verts, ont voté un projet qui contribuera avec d’autres à nous retrouver prochainement dans la situation de la Grèce ! Et ceci alors même que l’intégralité du contrat de concession ne leur a pas été communiquée par les exécutifs ! Cette gravissime inconscience est à vrai dire significative d’une perte complète du sens de l’intérêt public chez nos politiques.

Comme cela se manifeste partout en Europe avec l’éclosion des associations en charge d’une fonction de contrepouvoir, une telle situation ne peut que contribuer à approfondir un peu plus la crise actuelle de notre démocratie représentative.

Une nouvelle économie fondée sur le triptyque coopération-Etat-marché Jean-Michel Masson Reporterre 2011/06/24 Jean-Michel Masson (24 juin 2011) Une nouvelle économie fondée sur le triptyque coopération-Etat-marché. Reporterre. Tribune — fr

Une nouvelle économie fondée sur le triptyque coopération-Etat-marché

« Faire cohabiter Adam Smith, Marx et Proudhon »

L’idée de Triptyque Economique, pour la résumer, est de faire cohabiter trois systèmes économiques , le système libéral, le secteur public et un vaste secteur authentiquement coopératif, à hauteur d’un tiers chacun en termes de PIB (mais ce n’est pas la meilleure référence) ou mieux, en termes de personnes employées dans chaque secteur. Le tout calqué sur notre triptyque républicain : Liberté, Égalité, Fraternité.

Il est intéressant de comparer cette proposition avec le programme du CNR (Conseil national de la résistance). Dans ses quelques phrases renvoyant au système économique, on peut lire, je cite :

"Sur le plan économique :

- permettre l’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires et assurer la participation des travailleurs à la direction de l’économie."

0r le but des Citoyens Résistants d’hier et d’Aujourd’hui est précisément de lutter contre la démolition méthodique de ce programme.

Ce que j’appelle le libéral-totalitarisme s’applique à tout « marchandiser ». Le défaut du programme du CNR était peut-être de n’avoir pas envisagé de mettre de limites à l’expansion de l’ogre libéral. C’est tellement plus facile de faire croître le marché... en dépossédant les citoyens de leur bien commun et de partager le cadeau entre actionnaires insatiables.

C’est la dérive oligarchique qui a d’abord lentement, puis de plus en plus vite détricoté ce que le programme du CNR avait proposé et qui avait été partiellement réalisé. Chaque crise provoquant un choc, ces chocs sont utilisés pour enfoncer toujours plus loin le coin dit libéral, au profit surtout de très grandes entreprises qui échappent au contrôle citoyen. C’est ce que décrit minutieusement Naomi Klein, dans La Stratégie du Choc.

J’ai, depuis quelque temps, travaillé sur les crises environnementales, en particulier la crise climatique. La multitude d’ouvrages que j’ai lus sur ce sujet, contient un mot souvent répété comme un leitmotiv : il faut coopérer pour juguler cette crise annoncée et majeure et cesser de rivaliser. Il faut moins de compétition et plus de coopération. J’ai noté ce mot des dizaines de fois. Mais personne n’indique comment il faut coopérer.

C’est ce qui m’ a conduit à rechercher les alternatives au système économique dominant. Il y a l’étatisme, comme dans les anciens pays de l’est. Il nous en reste certains pans en voie de démolition comme les services publics. On peut donc réenvisager de nationaliser certains secteurs. Certains proposent de le faire pour EDF. J’ai lu récemment un billet d’ Hervé Kempf, où il justifie cela en raison du coût éventuel d’un accident nucléaire. EDF ne semble pas être bien assuré dans ce domaine. Cela serait aussi une autre raison pour réorienter notre production d’énergie vers le maximum de local renouvelable. D’autres pensent aux banques.

En revanche, un pays comme Cuba recrée un secteur privé.

La Chine est devenue une vaste entreprise... privée...

D’autres veulent moraliser le capitalisme. En dehors des voeux pieux... il conserve ses vieilles habitudes de brutalité économique. Le capitalisme « vert », qui semble pour l’instant encore bien modeste par rapport au capitalisme très polluant, reste du capitalisme avec des gagnants et des perdants et implique une croissance perpétuelle.

J’ai recensé les expériences coopératives qui existent. De la banque NEF (Nouvelle Économie Fraternelle) en passant par diverses SCOP, SCIC, GAEC, AMAP, elles ne sont pas rares.

Sur le site de l’Alliance Coopérative Internationale, on trouve une multitude de structures, parfois énormes,comme certaines immenses coopératives agricoles ou quelques grosses banques « mutualistes ». En tout pas loin de 10 pour cent de notre économie relève de ce qu’on appelle l’ ESS (Economie sociale et solidaire). M. Alphandéry (voir Le Laboratoire de l’économie sociale et solidaire) essaie de la redynamiser. Ceci-dit, ce secteur ne rémunère pas le capital, mais parfois son fonctionnement ressemble un peu trop au secteur marchand productiviste. Je préfère les vraies coopératives, sur le principe un être humain/une voix On pourrait imaginer des cahiers des charges sociales et environnementales par secteur. Pour le secteur coopératif on pourrait imaginer des rémunérations à éch elle très réduite.

Je verrais très bien ce secteur démarrer par des coopératives locales de production d’énergie alternative renouvelable.

D’ailleurs cela existe. Le réseau électrique aurait pour but d’équilibrer. Cela implique aussi une évolution sur le modèle Négawatt... pour arriver à mettre en oeuvre une décroissance des besoins en énergie. Je verrais également bien des coopératives de maraîchage péri-urbain... combinées avec des Amap-bio. Toutes ces propositions visent à préciser et mettre à jour le programme du CNR. En effet, la dimension environnementale n’était pas la préoccupation majeure de cette époque-là et la mise à jour du programme du CNR doit comprendre les problèmes environnementaux et les limites de la production. En fait, il s’agit de s’appuyer sur l’existant alternatif, de le faire connaître et d’en donner envie. Il y a des structures qui représentent déjà cette économie : les CRES.

Une politique qui consisterait à éduquer les jeunes pour qu’ils coopèrent dans ce secteur est à mettre en oeuvre. En cas de changement souhaitable de paradigme politique, les grands médias et les pouvoirs publics doivent favoriser l’émergence de ce secteur.

En cas de réussite, ces coopératives ne doivent pas trop grandir, mais plutôt essaimer... et coopérer entre elles. Le but, dans ce cas, est de vivre dignement, en accord avec la nature et non pas de gagner toujours plus en faisant travailler toujours plus des gens qu’on rémunère toujours moins.

Alors, me dira-t-on, pourquoi garder un secteur d’Etat ? Il est à 28 % de part de PIB, à ma connaissance. Parce que certaines activités relèvent de l’Etat, comme la défense, l’enseignement ou devraient en relever, comme l’eau. On peut bien sûr combiner des structures coopératives avec des structures d’Etat, dans le secteur de l’éducation, par exemple.

(Ivan Illich rêvait de faire disparaître l’école, qu’il accusait de tous les maux. Plus âgé, il avait un peu modifié son avis sur cette question.)

L’étatisation complète n’est pas une réussite car elle peut déresponsabiliser. La gestion authentiquement coopérative supprime la notion d’employeur/employé et elle me semble aller vers davantage de dignité et permettrait de relocaliser beaucoup d’activités. Ceci ne veut pas dire qu’il faut se fermer au reste du monde ou devenir chauvin, au contraire. Il s’agit simplement, au niveau macro-économique, de réduire les déplacements inutiles et sources de pollution.

Rien n’exclurait la coopération entre différentes contrées. Une dérive de tout étant toujours possible, la dérive « identitaire » chauvine en est une.

Alors pourquoi, une fois ces précautions prises, maintenir un secteur "privé" ? Parce que, dans ce secteur, l’innovation, le besoin d’entreprendre sont de puissants moteurs. Il ne faut pas priver l’humanité des bons côtés de ce système. Il faut faire cesser ses dérives actuelles qui nuisent gravement à la planète et qui font souffrir tant de nos concitoyens. Le mythe de la main invisible , qui finit par épuiser la nature et les humains doit cesser. Cette idée ne plaira pas aux énormes multinationales, qui sont les féodalités des temps modernes, et qui essaient de faire croire que les modestes avantages acquis des uns ou des autres sont les féodalités à abattre. Cela ne plaira pas non plus à leurs relais divers et variés da ns certains partis politiques ou dans la presse privée. Mais qui sont les premières victimes des multinationales sinon les petits entrepreneurs qu’elles épuisent ou rachètent en cas de succès dans ce système ? Les petits artisans et entrepreneurs auraient alors le choix entre le secteur privé ou la transformation en coopérative authentique. Une SCOP peut avoir des employés. Je préfère la coopérative intégrale.

Après ce qui s’est passé au cours des dernières décennies, où des systèmes totalitaires ont imposé un système qui s’est effondrer pour ensuite verser dans ce que j’appelle le libéraltotalitarisme, il y a peut-être une place pour cette idée de Triptyque Economique, qui ne fait que préciser ce qui est écrit dans les extraits du programme du CNR que j’ai rappelés au début de mon exposé.

Du point de vue philosophique, cela revient à faire cohabiter Adam Smith, Marx et Proudhon. Est-ce impossible ? Non, puisque c’est ce qui s’est passé à la mise en oeuvre du programme du CNR, après-guerre.

La formule républicaine Liberté-Egalité-Fraternité est à elle seule une invitation à l’application du Triptyque Economique et du programme du CNR. Les contraires peuvent cohabiter, comme le yin et le yang dans un système binaire ; un système ternaire augmente la polychromie, le métissage économique.

Je préfère le polychrome au monochrome !

J’utilise la formule « libéral-totalitarisme » en raison des soutiens de certains ultra-libéraux à des régimes totalitaires, comme au Chili sous Pinochet. Il ne restait alors dans ce pays qu’une liberté : celle de faire des affaires, surtout pour les soutiens américains de ce régime. Je suis pour toutes les autres libertés souvent maltraitées, dans le respect des droits des êtres humains et de la terre. Je crois que l’école de Chicago et son mentor, Milton Friedman sont à la source de beaucoup des dérives actuelles.

J’ai aussi l’impression que la remise en oeuvre du programme du CNR, un peu renforcé, peut-être avec cette idée de Triptyque Economique, est finalement une vision extrêmement... modérée. Les extrémistes sont plutôt ceux qui imposent un système économique malfaisant et parfois quasi-mafieux.

La lecture de Merchants of Doubt, de Naomi Oreskes, montre que les lobbies de certaines grosses entreprises peuvent utiliser des méthodes lamentables pour que rien ne soit fait pour contrer les changements climatiques. La lecture de Notre Poison Quotidien de Marie-Monique Robin montre la même chose à propos des pesticides et autres désastres chimiques. Comment faire confiance à un système aussi absurde que celui décrit dans un des Voyages de Gulliver, « A Voyage to Laputa » par Jonathan Swift il y a plusieurs siècles ?

A cette époque , dans cet ouvrage, ce qui était visé était la science moderne mise en oeuvre hâtivement. A l’heure actuelle, tout cela est exacerbé par la finance qui cherche à asservir la science pour le plus grand bonheur des actionnaires.

Il faut agir vite et changer de paradigme, comme on le dit maintenant. Il faut s’orienter vers une « métamorphose sociétale », comme le dit Edgar Morin dans le cadre du Respect de l’Autre et de l’ Evolution Démocratique ainsi qu’en tenant compte des limites matérielles d’une terre qui se dégrade vite à l’époque qu’on appelle l’anthropocène.

Ce serait tout de même un comble que l’anthropocène se termine par la disparition de l’espèce humaine... sous la forme d’un suicide collectif dont l’arme aurait été fabriquée par les humains eux-mêmes : cette arme est le productivisme exacerbé, son cadre actuel le libéral-totalitarisme avec des colporteurs divers et variés.

Un vaste secteur fondé sur ce qui relève du bien commun, les « commons » des Anglais, un autre vaste secteur authentiquement coopératif, modifieront aussi les sentiments d’appartenance orwelliens qu’inculque parfois un certain esprit d’entreprise. Les vraies valeurs de la Common Decency, qu’ Orwell a décrit dans Le Quai de Wigan sont incompatibles avec celles du CAC 40.

Conclusion provisoire : il y a deux améliorations à apporter, dans le domaine économique au programme du CNR : rééquilibrer les trois secteurs économiques repris dans l’idée de Triptyque Economique et prendre en compte les problèmes environnementaux, y compris ceux qui impliquent des formes de décroissance, comme les rejets de GES et l’abus dangereux de chimie toxique dans l’agriculture.

En Amazonie, les tueurs assassinent des écologistes luttant contre la déforestation AFP Reporterre 2011/06/24 AFP (24 juin 2011) En Amazonie, les tueurs assassinent des écologistes luttant contre la déforestation. Reporterre. fr

En Amazonie, les tueurs assassinent des écologistes luttant contre la déforestation

Maria do Espirito Santo et José Claudio Ribeiro, qui dénonçaient les bûcherons clandestins, ont été tués le 24 mai dans l’Etat de Para, au Brésil.

MARABA (Brésil) - « Je sais que je vais mourir », avait confié Maria do Espirito Santo à sa soeur Laisa quelques jours avant d’être assassinée avec son mari dans une embuscade fin mai en Amazonie : le couple se savait condamné pour sa lutte contre les déboisements illégaux qui ravagent la plus grande forêt du monde.

Ce double meurtre a été suivi d’une vague d’assassinats de paysans écologistes, six au total, et tous étaient restés impunis un mois plus tard.

Comme d’autres, Laisa Santos a dû tout quitter pour fuir les tueurs. Avec son mari et ses quatre enfants, cette enseignante de 45 ans vit depuis trois semaines dans une cachette à Maraba, dans le sud de l’Etat amazonien du Para. Cette ville de 15.000 habitants est la plus proche de la réserve forestière de Nova Ipixuna où le couple a été exécuté par balles.

« Bienvenue dans ma cachette », lance Laisa à ses visiteurs. Mais elle explique, amère : « j’ai dû abandonner ma maison après l’assassinat de ma soeur et de mon beau-frère. Je ne pouvais pas rester, je n’étais pas en sécurité ».

Maria do Espirito Santo, 51 ans, et José Claudio Ribeiro, 52 ans, qui dénonçaient les bûcherons clandestins, ont été tués le 24 mai à l’aube sur la route qui relie Praia Alta Piranheira à Nova Ipixuna, après avoir reçu pendant des mois des menaces de mort.

« La dernière fois qu’on l’avait menacée, je me rappelle qu’elle m’avait appelée désespérée et m’avait dit : ’Laisa, je sais que je vais mourir !’. C’était une mort annoncée. Moi aussi, je savais que ça allait arrive », dit-elle.

Les pistoleiros (tueurs à gage), le visage masqué par des cagoules noires, ont surgi d’un bosquet au moment où José Claudio et sa femme, arrivaient à moto et ont ralenti pour traverser un pont improvisé, d’après les rares informations diffusées par la police.

José Claudio et Maria ont été atteints par les balles du côté gauche et leurs organes vitaux perforés, a précisé à l’AFP le commissaire de Maraba, José Humberto de Melo, en charge de l’enquête.

Laisa raconte comment elle a retrouvé sa soeur ce mardi-là : « J’ai pensé qu’elle pourrait être encore en vie mais, en arrivant, j’ai vu une mare de sang et, à quelques mètres, un pied. C’était elle », poursuit-elle en séchant ses larmes.

Au lendemain de cet assassinat, la présidente Dilma Rousseff a ordonné une enquête rigoureuse mais personne n’a encore été inquiété.

La présidente a dépêché sur place des troupes de la Force Nationale de sécurité pour protéger d’autres paysans désignés pour mourir.

Le week-end dernier, trente militaires ont mis à l’abri, dans un endroit non révélé, dix personnes menacées de mort de la région de Nova Ipixuna.

Tous ont très peur, a dit à l’AFP une source proche des militaires.

Claudia Elisa a tout quitté comme eux. Cette professeur en écologie a peur car elle est la soeur de l’écologiste assassiné et se cache maintenant à Maraba, comme Laisa et les siens.

Dans la maison des époux Ribeiro, il ne reste plus que Hulk, un chien galeux qui erre sur la véranda au milieu des bottes de ses maîtres.

« Le pauvre, il ne veut aller avec personne ; il va mourir aussi », dit Laisa.

Depuis la mort du couple, trois autres petits paysans ont été assassinés dans l’Etat du Para, mais les autorités locales, contrairement aux écologistes, affirment que ces morts ne sont pas liées au conflit agraire.

L’une est liée à la drogue et l’autre est un règlement de comptes. « Toutes les morts dans la région ne sont pas dues aux conflits agraires », affirme le commissaire Humberto qui dénombre cinq assassinats dus à des disputes de terre depuis le début de l’année.

La Commission pastorale de la terre, une organisation liée à l’Eglise, calcule que 800 personnes ont été assassinées dans ce contexte au cours des quarante dernières années et que 125 paysans sont aujourd’hui menacés.

Après plusieurs années de baisse, la déforestation a connu une hausse spectaculaire en mars et avril : 600 km2 sont partis en fumée, une superficie six fois supérieure à la même période de 2010, sous la pression des bûcherons, des éleveurs et des producteurs de soja avides de nouvelles terres.

Le gouvernement a alors mis sur pied un cabinet de crise pour tenter de respecter l’engagement du Brésil de réduire de 80 % d’ici à 2020 ses émissions de gaz à effet de serre, essentiellement dûes à la déforestation.

Bouygues a dissimulé des accidents du travail sur le chantier EPR de Flamanville AFP Reporterre 2011/06/24 AFP (24 juin 2011) Bouygues a dissimulé des accidents du travail sur le chantier EPR de Flamanville. Reporterre. fr

Bouygues a dissimulé des accidents du travail sur le chantier EPR de Flamanville

L’Autorité de sûreté nucléaire pointe 38 accidents non déclarés sur les 112 qu’a connus le chantier de Flamanville en 2010, révèle L’Humanité. Deux ouvriers sont décédés par accident du travail le 24 janvier et le 11 juin. Le Parquet a ouvert une enquête.

Le procureur de la République de Cherbourg a confirmé vendredi 24 juin l’existence du PV émanant de l’Autorité de Sûreté nucléaire (ASN), qui dénonçe une « démarche intentionnelle » de non-déclaration d’accidents du travail sur le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche). « J’ai effectivement eu ce procès-verbal, je vous le confirme », a déclaré à l’AFP le procureur Eric Bouillard.

Dans ce PV daté du 6 juin, révélé par L’Humanité, le gendarme du nucléaire recense 112 accidents de travail survenus en 2010 sur le chantier de l’EPR, dont 38 accidents « à déclarer n’ayant pas fait l’objet d’une déclaration ». Le procureur de Cherbourg également précisé « avoir été saisi il y a quelques jours » par l’ASN de ce problème de sous-déclaration des accidents de travail sur l’EPR. « L’enquête est en cours à ce sujet », a-t-il dit, indiquant espérer pouvoir faire très prochainement une communication à ce sujet.

En avril, l’ASN avait indiqué enquêter sur une sous-déclaration des accidents du travail sur le chantier, qui pourrait être de l’ordre d’un accident sur quatre.

« Démarche intentionnelle et répétée »

L’ASN met en avant la responsabilité des employeurs, dont Bouygues qui pilote le génie civil sur le chantier et Elco Construct. « Dans plusieurs cas (au moins 11 exemples pour le groupe Bouygues et huit pour Elco), ces employeurs étaient informés de l’accident. Ceux-ci avaient par ailleurs connaissance de l’obligation réglementaire de déclarer tout accident du travail », écrit l’ASN.

« Le fait que cette démarche ait été intentionnelle et se soit répétée, alors même que ces sociétés avaient pleinement connaissance de l’obligation de déclarer tout accident démontre l’intention d’éluder l’information de l’inspecteur du travail et donc de détourner la surveillance » de celui-ci, poursuit l’ASN qui relève de nombreuses infractions.

Les peines encourues sont 42 amendes de quatrième classe, soit 31.500 euros, et un an d’emprisonnement et 3.750 euros d’amende pour le délit d’obstacle aux missions de l’inspecteur du travail.

Deux morts sur le chantier

En avril, Bouygues s’était défendu en affirmant que les non-déclarations d’accident « n’(étaient) pas le fait de l’entreprise mais (relèvaient) d’initiatives personnelles ».

Un salarié de 32 ans est décédé le 11 juin sur le chantier de l’EPR. Après la mort, le 24 janvier, d’un autre salarié de 37 ans, une enquête de flagrance pour « homicide involontaire » avait été ouverte par le procureur de Cherbourg.

Le réacteur nucléaire de troisième génération EPR de Flamanville est l’un des tout premiers en construction dans le monde et fait figure de vitrine pour un réacteur que la France veut exporter, mais le chantier accuse un retard d’au moins deux ans.

Réhabiliter la solidarité Dominique Méda et Bernard Gomel Reporterre 2011/06/25 Dominique Méda et Bernard Gomel (25 juin 2011) Réhabiliter la solidarité. Reporterre. Tribune — fr

Réhabiliter la solidarité

« une étape nouvelle a été franchie dans la remise en cause de la conception française de la solidarité »

Il faudrait donc aujourd’hui, au nom de la trop grande proximité entre le montant des revenus touchés par les allocataires de minima sociaux et les salariés au smic, exiger de la part des premiers l’exercice d’un travail gratuit de cinq heures par semaine, c’est-à-dire leur demander une « contrepartie » pour cette aide que la société leur consent Proposition de Laurent Wauquiez le 8 mai dernier.

Cette proposition, évoquée à plusieurs reprises en France ces vingt dernières années mais jamais mise en oeuvre, est le signal qu’une étape nouvelle, très importante, a été franchie dans la remise en cause de la conception française de la solidarité. Rappelons que celle-ci s’enracine notamment dans la loi de 1905 qui a institué et mis à la charge de l’Etat une obligation d’assistance, puis dans la Constitution de 1946.

Rappelons aussi que, dans le cas du revenu minimum d’insertion (RMI), le contrat d’insertion que les allocataires devaient signer ne constituait pas une « contrepartie » de l’allocation versée, mais bien au contraire une obligation faite à la société d’aider la personne en difficulté : « L’insertion sociale et professionnelle des personnes en difficulté constitue un impératif national », indiquait ainsi l’article 1 de la loi instituant le RMI.

Nous voilà aujourd’hui dans une tout autre configuration : ce n’est plus à la collectivité d’assister les personnes en difficulté, en les aidant notamment à se réinsérer, socialement et professionnellement, c’est à chacun des allocataires, ayant déjà bénéficié des « largesses » publiques, d’offrir une certaine quantité de travail gratuit. Une double punition en quelque sorte.

Si cette remise en cause de notre conception de la solidarité est grave, c’est parce qu’elle risque de démultiplier les situations d’isolement, de désespérance et d’exclusion qui ont été si scrupuleusement enregistrées et dénoncées par Jean-Paul Delevoye, le Médiateur de la République, alors même que toutes ces personnes en décrochage auraient avant tout besoin d’institutions bienveillantes, capables de les aider à accéder à leurs droits, à se reconstruire, à se réintégrer dans la communauté nationale.

Ce qui est grave, c’est ce mépris terrible dans lequel est désormais tenue l’assistance, comme si le fait d’apporter une aide aux personnes constituait désormais un péché social. Ce qui est grave, c’est cette confusion générale qui laisse croire que la solidarité s’inscrit dans le paradigme du « donnant-donnant ».

Ce qui est grave, c’est la manière dont on entretient (dont on fabrique de toutes pièces ?) un ensemble de préjugés que la classe politique s’honorerait pourtant de combattre : l’idée que la société française serait lasse de la compassion, fatiguée de la solidarité, en fait partie, de même qu’elle voit dans les allocataires du RMI ou du revenu de solidarité active (RSA) des gens qui ne voudraient pas travailler.

Quiconque a fréquenté les lieux dans lesquels nos concitoyens viennent demander le RSA, raconter leur détresse, se faire évaluer, se faire lire leurs droits et obligations, se faire convoquer aux entretiens, voir leur allocation suspendue en cas de non-respect des obligations, se rendre aux stages, aux forums emploi, à Pôle emploi, sait que la quasi-totalité de ces personnes veut travailler. Mais que l’emploi est rare, voire inexistant pour elles, du moins l’emploi normal, l’emploi décent, celui qui procure un revenu au moins égal au smic, et même les miettes d’emploi, désormais monnaie courante.

Ce qui est grave, c’est que le RSA, aujourd’hui tant critiqué par le président du club Droite sociale [Laurent Wauquiez], était déjà le produit de ces mêmes préjugés. La commission présidée par Martin Hirsch et à laquelle participait le ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez, qui en 2005 proposa ce qui allait devenir la mesure miracle adoptée sans délai par tous les candidats à la présidentielle de 2007, le RSA, avait déjà fait sienne cette doxa : si les RMistes ne travaillent pas, c’est parce qu’ils ne gagnent pas assez lorsqu’ils reprennent un emploi, ces calculateurs rationnels !

S’il faut supprimer le honni RMI, c’est parce que la société n’en peut plus de la solidarité et parce que les travailleurs au smic n’en peuvent plus de ceux qui sont si proches d’eux, et ne font rien (ce que la commission appelle pudiquement l’incompréhension sociale). Si les RMistes ne retournent pas à l’emploi, c’est parce qu’ils n’ont pas compris que l’emploi, aujourd’hui, ce n’est plus un emploi à plein-temps mais un mi-temps, voire un quart-temps, bientôt une heure.

Il faut relire le deuxième chapitre du rapport de la commission, spectaculairement consensuel (sans doute parce que d’autres chapitres invitaient à adopter des mesures susceptibles de faire contrepoids, comme les mesures de lutte contre le temps partiel - qui ne furent jamais prises...), pour comprendre à quel point le RSA a constitué le point de départ et le principal adjuvant de la remise en cause désolante à laquelle on arrive aujourd’hui.

La deuxième résolution de la commission le disait : le RSA résoudra tout. Il permettra de supprimer les effets de seuil, de simplifier la gestion, il sera ultra-simple pour les allocataires. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les travailleurs pauvres ne veulent pas aller chercher le RSA activité aux guichets ; les minima sociaux, avec lesquels il est impossible de vivre dignement, n’ont pas augmenté et la population accueillie est de plus en plus abîmée ; la bureaucratie générée par le dispositif est indescriptible ; la prestation est tellement complexe qu’aucun allocataire ne sait ce qu’il va gagner.

La réalité du marché du travail est tellement plus dégradée que ce qu’imaginait la commission en 2005 qu’elle conduit à des allers et retours incessants des allocataires entre des CDD ou intérims très courts qui sont à l’origine d’insupportables ruptures de droits. L’amélioration des moyens mis en oeuvre pour accompagner les personnes et de la prime pour l’emploi aurait constitué une mesure certes moins clinquante mais sans doute bien plus efficace pour réformer le RMI.

Alors que la conception française de la solidarité est détricotée, le versement d’un revenu versé sans conditions apparaît - même pour les plus hostiles au revenu minimum d’existence, dont nous faisions partie il y a peu encore - comme la solution la plus favorable au maintien d’un minimum de dignité pour les allocataires - mais aussi à l’avenir du salariat.

Goldman Sachs prend la direction de la Banque centrale européenne Attac France Reporterre 2011/06/25 Attac France (25 juin 2011) Goldman Sachs prend la direction de la Banque centrale européenne. Reporterre. Économie fr

Goldman Sachs prend la direction de la Banque centrale européenne

Mario Draghi prend ce 24 juin la présidence de la Banque centrale européenne. Il présidait Goldman Sachs Europe quand, dans les années 2000, cette banque aidait la Grèce à maquiller ses comptes publics

Mario Draghi, ancien Président de Goldman Sachs Europe, prend ce 24 juin la présidence de la Banque centrale européenne (BCE). Il présidait la banque d’affaires américaine au moment où celle-ci, dans les années 2000, aidait la Grèce à maquiller ses comptes publics. Son rôle va être de préserver les intérêts des banques dans l’actuelle crise européenne.

On pouvait jusqu’ici s’interroger sur les raisons qui poussaient la BCE et Jean-Claude Trichet à s’opposer de façon virulente – y compris face à la chancelière allemande – à toute idée d’une quelconque restructuration de la dette grecque.

Cette attitude semblait incompréhensible puisque tous les analystes, y compris les économistes des banques, s’accordent à considérer que la Grèce ne pourra pas assurer le service de sa dette dans les actuelles conditions contractuelles. Un rééchelonnement, voire une annulation partielle semblent de l’avis général inévitable. Vouloir retarder l’échéance ne fait qu’aggraver les dégâts économiques et sociaux provoqués par les plans d’austérité brutaux et impopulaires imposés aux Grecs.

Le nomination de M. Draghi clarifie donc les choses. La BCE défend non pas l’intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l’intérêt des banques. Une étude britannique citée le 23 juin par Les Echos a le mérite de quantifier clairement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au « mécanisme européen de stabilité » mis en place par la BCE, le FMI et l’Union, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l’exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd’hui à 1.450 euros ».

Le « sauvetage » de la Grèce est donc en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s’agit de transférer l’essentiel de la dette grecque – mais aussi espagnole et irlandaise – des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l’inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

Comme le disent les Indignés espagnols, « ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie ! ». Le Parlement européen a voté le 23 juin le « paquet gouvernance » qui réforme le pacte de stabilité en renforçant les contraintes sur les budgets nationaux et les sanctions contre les pays en infraction. Le Conseil européen réuni aujourd’hui et demain va parachever le travail. Et ce n’est pas la prochaine nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI qui réduira l’emprise des banques sur les institutions financières internationales, bien au contraire.

Heureusement les résistances sociales et citoyennes vont croissant dans toute l’Europe. Gouverner pour les peuples ou pour la finance ? La réponse est aujourd’hui claire : il va falloir que les peuples européens reprennent la main, pour construire ensemble une autre Europe. Les Attac de toute l’Europe organisent du 9 au 13 août une Université européenne des mouvements sociaux à Fribourg, en Allemagne. Ce sera cet été l’un des lieux majeurs de coordination des résistances et de constructions des alternatives européennes.

Les Indignés de Paris ont gagné la place de Notre Dame Hervé Kempf Reporterre 2011/06/25 Hervé Kempf (25 juin 2011) Les Indignés de Paris ont gagné la place de Notre Dame. Reporterre. fr

Les Indignés de Paris ont gagné la place de Notre Dame

« Vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir ». A Paris, le 19 juin, les Indignés sont parvenus à occuper plusieurs heures la place de Notre Dame.

Le rendez-vous était dimanche à 13 h sur la place de l’Hôtel de ville, à Paris, pour un grand pique-nique. On est venus avec les copains et quelques enfants. Las. La place était encombrée de travaux et de barrières, et sur les côtés, des barrières occupées par les policiers canalisaient les gens vers l’avenue Victoria, une petite artère reliant la place de l’Hôtel de ville à la place du Châtelet et longeant un bâtiment de la préfecture de police. Une nasse, un trou, un endroit sinistre coupé du monde et de la vie. Il y avait là, quoi, cent ou cent cinquante personnes, coincés entre les gris édifices et les gendarmes en noir-bleu. Bonjour le soulèvement populaire !

On apprenait par une copine sur le portable que la marche des Indignés arrivait en renfort et se trouvait sur la rue Beaubourg. Ouf ! Mais malgré quelques guitares et des échanges amicaux, l’ambiance n’était pas vraiment bucolique. Pour faire rêver d’un autre monde aux gamins, bonjour. Et on ne pouvait pas prendre le risque, certes faible, de les voir pris dans un mouvement policier ou de gaz lacyrmogènes.

On abandonne donc les Indignés pour aller pique-niquer sur l’herbe dans le jardin de la Tour Saint Jacques. A l’entrée, des gendarmes ! Et à l’intérieur, sur les bancs, endormis, somnolents ou résignés, des SDF... Mais on a pique-niqué agréablement, il faut le dire. Une copine vient nous prévenir que puisque tout est bloqué à l’Hôtel de ville, on va aller par petits groupes tenir l’assemblée générale des Indignés sur la place Notre Dame, à deux pas de là, sur l’espace ouvert qui se trouve au pied de la cathédrale Notre Dame de Paris, le coeur historique et spirituel de la ville.

On s’y retrouve vers 15 h, et l’atmosphère est plus plaisante. L’air est vaste, les tours de la cathédrale tirent vers le ciel, les milliers de touristes créent une rumeur curieuse et indolente, et c’est dans la bonne humeur que les Indignés s’installent au milieu de la place, s’asseyant et commençant à discuter, pendant que quelques banderoles se déploient : « Nos rêves ne tiennent pas vos urnes », « Vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir », « Le pouvoir au peuple, la dette n’est pas la nôtre », « Révolution énegétique écologique ».

La police n’est pas encore là, sauf quelques policiers en civil comme ceux-ci , qui photographient discrètement tous ceux qu’ils peuvent.

Mais, alors que les prises de parole s’organisent à l’aide d’un petit mégaphone, les gendarmes mobiles commencent à apparaître, encerclant les quelques trois cents indignés qui sont sur la place et les isolant des touristes qui regardent de loin sur les côtés. Devant la cathédrale, la file de ceux qui veulent entrer pour la visiter s’allonge sur le pont. Les cris jaillissent, comme

« C’est celle-ci notre démocratie » : http://www.reporterre.net/sons/Indi...

Ou : « Oligarchie, ça suffit » : http://www.reporterre.net/sons/Indi...

Au mégaphone, le dénommé Jean-Baptiste donne quelques nouvelles et lit le manifeste du mouvement des indignés, « la démocratie réelle – Global revolution » :

http://www.reporterre.net/sons/Indi... (notez que cet enregistrement dure environ quinze minutes)

Nous sommes les indignés, les anonymes, les sans-voix. Nous étions silencieux, à l’ecoute. Nous observions. Non pas ceux d’en-haut, ceux qui tiennent les rênes, mais un peu partout, là où nous sommes toutes et tous à l’attente du moment pour nous unir. Les partis, associations ou syndicats ne nous représentent pas. Ce n’est d’ailleurs pas ce que nous souhaitons, car tout un chacun est son propre représentant. Nous voulons réfléchir tous ensemble à un monde où individus et nature priment sur les intérêts économiques. Nous voulons concevoir et construire le meilleur des mondes possible. Ensemble nous le pouvons et nous le ferons. Sans peur. Les premières étincelles se sont embrasées dans les pays arabes, où des centaines de milliers de personnes ont occupé les places et les rues afin de rappeler à leurs gouvernements que le peuple détient le véritable pouvoir. Peu après les Islandais se sont emparés des rues pour s´exprimer et décider de leur avenir ; le peuple espagnol n´a pas tardé à emplir les places des quartiers, des villages et des autres villes. Actuellement, la flamme de la contestation s’est propagée rapidement à d’autres pays comme la France, la Grèce, le Portugal, l’Italie et la Turquie. Entre temps des échos surgissent en Amérique, en Asie et de nouveaux foyers de contestation apparaissent un peu partout. Les problèmes sont globaux et la révolution sera globale également, sans quoi notre appel ne saurait subsister. Le moment est venu de récupérer nos espaces publics pour discuter et construire tous ensemble l’avenir. Le 19 juin nous faisons un appel à la #Globalrevolution. Nous vous invitons à agir pacifiquement sur les places publiques, nous vous invitons à la création d’espaces de rencontre, de débat et de réflexion. Il est de notre devoir de récupérer l’espace public et de décider ensemble du monde que nous voulons. Empare-toi de la place ! Empare-toi des rues !! Peuple du monde, levez-vous !!

Mais, alors que l’assemblée générale se poursuit, la présence policière se fait pesante. Au micro, une jeune femme rappelle les principes du mouvement : Pacifique, mais pas passif, non violent, ni parti, syndicat ou association, mais « juste des êtres humains qui se réunissent ». Interrompu un moment par un homme agité qui affirme qu’il ne faut pas reculer devant la violence – il est rabroué par l’assemblée - elle explique les principes de la discussion en groupe : « on vote en agitant les mains en l’air, pour le non, c’est les mains croisées au-dessus de la tête, pour monter le son, on lève les paumes vers le ciel, pour manifester un désaccord, la main fend l’air verticalement, pour dire que l’orateur parle trop longtemps, ce que je suis en train de faire... »

A ce moment, un policier à calot arrive, lui prend le micro, et explique que le rassemblement n’est pas autorisé, et qu’il va falloir partir. La fille reprend la parole, constate que la commission juridique est coincée, là-bas, derrière un cordon de gendarmes, une autre fille prend la parole, envoie un message d’Espagne où, à Madrid, 15.000 personnes ont manifesté – « Ah non, intervient une autre, 50.000 selon les médias, 100.000 selon les organisateurs », on applaudit.

Un gars de la Commission France parle à son tour, et dit ce qui se passe aux quatre coins de France, « ... à Bordeaux, ils ont établi un vrai campement avec un canapé et un potager, à Lyon, ils ont été éjectés hier par les CRS, à Montpellier, ils sont très bien organisés, les cabanes sont dans les arbres, à Perpignan, le mouvement a repris avec l’appel du 19 juin, à Toulouse, ils sont rentrés dans des banques pour nettoyer l’argent sale, à Bayonne, ils font aujourd’hui une manifestation à vélo... ».

Mais il est difficile de discuter, le policier à calot revient prendre la parole pour dire que « la manifestation n’a pas été déclarée. Vous vous exposez à des poursuites ». On essaye de renouer le fil de la discussion, mais voilà qu’il reprend la parole avec son propre mégaphone, plus puissant, « Vous pouvez vous disperser individuellement ». Ce garçon manque d’urbanité, il veut parler beaucoup plus que les autres. L’assemblée générale s’effiloche, les gendarmes, équipés de l’uniforme Star Wars standard, s’approchent et commencent à extirper les Indignés, qui se tiennent serrés par les bras et par les jambes, pendant que l’ensemble crie vigoureusement :

« Liberté d’expression » http://www.reporterre.net/sons/Indi...

ou : « Pueblo unido, jamas sera vincido » (uni, le peuple ne sera jamais vaincu) : http://www.reporterre.net/sons/Indi...

et, le plus fort, finalement : « Liberté, égalité, fraternité » http://www.reporterre.net/sons/Indi...

Tout cela est assez confus, parce que la non-violence des Indignés surprend les gendarmes, qui d’ailleurs, n’usent pas de force inconsidérée. Ca n’est quand même pas une partie de plaisir :

Ce qui dérange l’ordonnancement de l’intervention policière est que la place est très grande, et qu’il y a beaucoup de touristes. Les gendarmes ont fait un cordon du côté de la cathédrale, sur le parvis, mais ils ne peuvent pas empêcher les touristes de circuler.

Sur le terre-plein, les Indignés sont extirpés un à un, mais avec peine. A un moment, tout le monde se relève, et l’on se décide d’aller tous vers les cars où la police entasse les interpellés, afin d’être tous embarqués. « On fera l’AG au commissariat ! ».

Du coup, les gendarmes reculent, et se retrouvent obligés d’empêcher les Indignés de monter dans les bus. Ca crie, ça s’engueule, ça se secoue, un car s’en va, il reste à nouveau plusieurs dizaines d’indignés sur la place, assis, entourés de gendarmes. Mais voilà que là-bas, on entend des cris : au coin de la rue d’Arcole et de la cathédrale, d’autres Indignés se sont massés près du parvis ! Ils empêchent le car d’avancer ! Un groupe de gendarmes se précipite, essaye de remettre de l’ordre, tiens, ce sont des CRS, ici, le car peut passer, mais il règne dans ce coin un joyeux désordre, car il y a plein de touristes. Les CRS essayent de poser un cordon en travers de la rue d’Arcole, mais voilà qu’ils se trouvent en sandwich, avec des gens desdeux côtés !

On rit, on les houspille, une pancarte « FMI dégage » flotte au-dessus du désordre, des touristes se demandent ce qu’il se passe. J’explique à des Américains : « C’est la France de Sarkozy, il y a des policiers partout, on ne peut pas se réunir pour discuter, c’est un régime pré-fasciste. – Comme avec Bush ? – Exactement. » La brigade des clowns est là, rajoutant du fantasque au désordre ironique qui règne.

Les CRS sont débordés, ils reculent, les Indignés se gaussent : « Dispersion messieurs les flics. Le rassemblement n’a pas été autorisé. Veuillez vous disperser. Circulez s’il vous plait ». Une camionnette de pompiers sort de l’hôpital, la foule s’écarte pour lui laisser passage, « Les pompiers, avec nous ! ». Pendant ce temps, la place a été dégagée, les gendarmes reviennent rue d’Arcole, et ouvrent le passage rue du Cloître Notre Dame pour faire passer les cars qui emmènent les interpellés sous les regards des touristes inquiets ou éberlués.

Une dame essaye de traverser la rue, « Je veux aller à la messe ». Les policiers finissent par disparaître. Parmi les quelques dizaines d’Indignés qui restent au milieu de la foule estivale de cette fin d’après-midi, la joie resplendit : la police a perdu, le terrain est gagné !

Il y a trois semaines, le 29 mai, les Indignés avaient été chassés de la Bastille par la police, l’élan semblait avoir été brisé en cette soirée d’amertume. Mais voilà : les Indignés sont toujours là. Ils veulent continuer à rêver...

5.000 manifestants demandent la fermeture de Fessenhheim France Television et AFP Reporterre 2011/06/26 France Television et AFP (26 juin 2011) 5.000 manifestants demandent la fermeture de Fessenhheim. Reporterre. fr

5.000 manifestants demandent la fermeture de Fessenhheim

Des milliers de militants antinucléaires ont formé une chaîne humaine dimanche 26 juin autour de la centrale de Fessenheim. Ils étaient entre 5.000 et 10.000 à réclamer la fermeture immédiate de la doyenne des installations nucléaires françaises.

Les manifestants, venus de France, mais également de Suisse et d’Allemagne, ont formé une chaîne d’environ 5 km, autour de cette centrale ouverte en 1977, et qui cristallise la colère des écologistes en raison de son ancienneté.

Les militants se sont brièvement couchés sur la route lors d’un « die-in » et ont bruyamment tapé sur des bidons métalliques, en criant « Abschalten ! » (« débranchez » en allemand). Certains arboraient des pancartes proclamant « Aujourd’hui le Japon. Demain Fessenheim ».

Fessenheim est actuellement dans l’attente d’une décision des autorités, qui doivent dire si EDF peut être autorisé à l’exploiter dix années supplémentaires.

Cette semaine, le quotidien Le Figaro, qui n’a pas cité ses sources, a affirmé que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’apprêtait à rendre « dans les prochains jours » une décision de prolongation.

De son côté, la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a affirmé vendredi 24 juin qu’« aucune décision n’est prise » et qu’en tout état de cause, le gouvernement attendrait, pour déterminer sa position, les résultats de l’audit des installations nucléaires qu’il a ordonné après la catastrophe de Fukushima. Ces résultats seront connus « mi-novembre », a-t-elle précisé.

Pour Rémi Verdet, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, la décision du gouvernement sera de toute façon « politique, et pas directement liée à des considérations de sécurité ».

Une solution : un revenu maximum pour tous de 6.000 euros par foyer Cyril Gravey Reporterre 2011/06/26 Cyril Gravey (26 juin 2011) Une solution : un revenu maximum pour tous de 6.000 euros par foyer. Reporterre. Tribune — fr

Une solution : un revenu maximum pour tous de 6.000 euros par foyer

"Vivre simplement pour que d’autres simplement puissent vivre" ( Gandhi)

Notre système fonctionne comme une gigantesque pompe à eau ! L’aspiration de départ est l’avidité de quelques uns qui leur fait alimenter la pompe ; nous en sommes le moteur : en travaillant et en consommant nous la faisons tourner, mais la majeure partie de « l’eau » ne se répand pas, puisqu’elle retourne vers ceux qui ont alimenté la pompe ; elle fonctionne en circuit fermé !

La solution consisterait donc à rompre le circuit fermé. Pour cela nous disposons d’un moyen très simple : instaurer au niveau mondial un REVENU MAXIMUM de 6000€/mois ( tous revenus confondus) par foyer. Personne ne devant pouvoir gagner plus ( est-il nécessaire de gagner plus ?)

Du coup, tout bascule !

Pourquoi piller et empoisonner la planète sans vergogne si il n’y a pas de butin ? Pourquoi dominer et opprimer les peuples si il n’y a rien à défendre ? Pourquoi faire la guerre si il n’y a rien à gagner ?

L’eau pourrait alors couler librement et les « efforts » consentis par le moteur (nous) se répandre naturellement dans le respect de notre planète pour le bien commun, le social, l’éducation, la santé, un revenu minimum de subsistance, l’autonomie des logements, etc...

Si cela nous parait logique, nous qui sommes plus de 90% sur la planète à gagner moins, les financiers et les nantis ne le feront jamais d’eux-mêmes. Les politiques censés nous représenter ne font qu’entretenir la machine. Lequel montrera l’exemple ?

Imaginez l’énergie colossale dépensée en ce moment dans toutes les luttes, humanitaires, sociales, environnementales... et qui serait utilisée différemment !

L’utopie d’aujourd’hui est la vérité de demain et les graines portent en elles les futurs fruits...

Il est possible de changer notre manière de fonctionner ( il est irréaliste de croire au toujours plus sur une planète finie.)

"Il y a assez sur Terre pour répondre aux besoins de tous, ... mais pas assez pour satisfaire l’avidité de chacun" Gandhi

L’agenda estival des Objecteurs de croissance Parti de la décroissance Reporterre 2011/06/27 Parti de la décroissance (27 juin 2011) L’agenda estival des Objecteurs de croissance. Reporterre. fr

L’agenda estival des Objecteurs de croissance

Du vélo partout à la transition énergétique dans les Cévennes en passant par Notre Dame des Landes, voici le programme de l’été...

- Vélorution Universelle - La masse critique : 1, 2 et 3 juillet 2011, pour remettre le couvert...

http://velorutionuniverselle.org/ar...

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- L’Alter-Tour : 2 juillet au 7 aout

http://www.altertour.net

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- Notre-Dame-des-Landes : 3 jours (et plus) de résistance vendredi 8, 9 et 10 juillet

http://ete-2011-resistance-ndl.blog...

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- Marche pour la Décroissance 2011 (6 ans après) du 18 juillet au 14 aout.

http://www.partipourladecroissance....

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- Un tour de France à vélo pour récolter 500 signatures afin d’améliorer la visibilité des Objecteurs de Croissance.

http://clementwittmann2012.fr Clément Wittmann soutient l’appel « notre candidatE est la Décroissance ». Soutenez Clément Wittman... ou faites comme lui... ou autrement.

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- Festival décroissant à la ferme de Vevy Wéron près de Namur. 12, 13 et 14 août 2011

http://www.objecteursdecroissance.b...

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- (F)estives de Moissac : 19-20-21 aout

http://www.les-oc.info/2011/05/mois...

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- Convergence dans les Cévennes : 26-27 & 28 août 2011

http://www.nonaugazdeschiste.com/?p=311

Une fuite à la centrale de Penly - qui a attendu une réparation pendant des semaines... Jade Lindgaard (Mediapart) Reporterre 2011/06/27 Jade Lindgaard (Mediapart) (27 juin 2011) Une fuite à la centrale de Penly - qui a attendu une réparation pendant des semaines.... Reporterre. fr

Une fuite à la centrale de Penly - qui a attendu une réparation pendant des semaines...

Avec des photos exclusives et rares.

Décidément, les fuites dans les centrales nucléaires ne sont pas aussi rares que la doctrine de la sûreté nous l’avait jusqu’ici enseigné. A la suite de nos révélations sur des incidents en série à la centrale de Paluel, Mediapart a reçu des photos d’une autre fuite, vieille d’un an et réparée celle-là, chez sa voisine, la centrale de Penly : on y voit la tuyauterie du circuit primaire du réacteur n°2 de cette centrale crachant des jets de vapeur d’eau.

Ces images sont inhabituelles. Les installations nucléaires françaises ne sont pas avares en clichés d’elles-mêmes – il suffit pour s’en rendre compte de se reporter à leurs sites internet, par exemple celui de Penly ici. Mais elles s’y montrent sous un tout autre visage : celui de cathédrales contemporaines, dotées de cheminées triomphantes rappelant les tours de nos châteaux forts les plus majestueux, bâties selon de grandes lignes géométriques impeccables et équipées de piscines au bleu scintillant.

Les photos que nous publions aujourd’hui ont été prises par des agents lors d’une de leurs interventions. Elles documentent la fuite du robinet d’une vanne du circuit primaire.

Nous sommes ici au cœur de la centrale nucléaire : le circuit primaire est un circuit fermé – en théorie parfaitement étanche – qui contient de l’eau sous pression. Ce liquide s’échauffe dans la cuve du réacteur au contact du combustible, et, par l’intermédiaire des générateurs de vapeur, cède sa chaleur à l’eau du circuit secondaire dont la vapeur fait tourner la turbine qui produit l’électricité. Sur nos photos, le circuit primaire est soumis à une très forte pression, environ 155 bars, et à une chaleur intense, entre 200 et 300°.

Ces images offrent une rare occasion de jeter un œil à l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur d’une centrale nucléaire. On y découvre ses tuyaux soumis à rude épreuve par la très forte température. La mousse blanche autour de la vanne est du bore, qui sert à contrôler la réactivité du réacteur. Des chaînes, des grillages et des boulons : c’est aussi une scène d’usine à l’ancienne.

« Comme devoir revenir chez le garagiste après la révision de sa voiture »

C’est à la toute fin du mois de décembre 2009 que des travailleurs de la centrale de Penly se sont rendu compte de l’existence de cette fuite. Elle ressemble à celle qui est toujours en cours sur la tranche n°3 de la centrale de Paluel, à la notable différence qu’à Paluel, elle se double de la présence de gaines de combustibles défectueuses. A Penly, le débit de la fuite était compris entre 60 et 80 litres par heure, précise aujourd’hui Simon Huffeteau, chef de la division régionale de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à Caen. C’est moins que la fuite du circuit primaire du réacteur n°3 de Paluel, estimée à environ 100 litres par heure par l’ASN. Doté de deux réacteurs de 1300 MW, le site de Penly est deux fois moins puissant que celui de Paluel. Il fut mis en service au début des années 1990.

La fuite de décembre 2009 à Penly fut réparée en janvier 2010. Elle fut signalée à l’ASN, qui dans ses échanges avec la centrale de Penly fait référence à plusieurs reprises à une autre fuite sur le circuit primaire, cette fois-ci sur le réacteur n°1 du site. La fuite primaire « n’a pas conduit à des rejets dans l’environnement », précise Simon Huffeteau.

L’autre point de comparaison entre le problème de circuit primaire à Penly et Paluel, c’est le délai entre la découverte de la fuite et sa réparation. Le syndicat Sud Energie s’en était alors inquiété. « Au départ, la direction de la centrale nous a dit que cela ne serait pas raisonnable de laisser le réacteur fuir plus d’une semaine », rapporte un militant de Sud Energie. Mais il a finalement fallu attendre la fin du mois de janvier pour qu’elle soit réparée.

Dans un tract de janvier 2010, le syndicat, très minoritaire dans les centrales nucléaires, interroge : « Faut-il plusieurs semaines pour constituer une équipe d’intervenants, préparer l’intervention et la réaliser ? Un tel délai de réparation est-il acceptable ? » La tranche venait tout juste d’être remise en marche après un arrêt. Dans le journal Les Informations dieppoises, le responsable de la communication de Penly explique alors : « Lorsque l’on remet la centrale en route à l’issue d’un arrêt de tranche après l’arrêt de l’unité de production, on procède à des examens complets. » Mais « c’est un peu comme si après avoir fait réviser votre voiture chez le garagiste on trouvait ça normal de la lui rapporter pour la faire de nouveau réparer », réagit un militant syndical.

Sur l’état général de la centrale de Penly, l’ASN concluait, fin 2010, qu’elle n’y décelait pas « de difficulté particulière », mais que « le domaine de la surveillance des équipements sous pression a fait l’objet d’une attention particulière ».

Le gouvernement veut privatiser une route nationale Agir pour l’environnement Reporterre 2011/06/28 Agir pour l’environnement (28 juin 2011) Le gouvernement veut privatiser une route nationale. Reporterre. fr

Le gouvernement veut privatiser une route nationale

Selon une information parue le 28 juin dans le Journal de Saône-et-Loire, la ministre de l’écologie s’apprêterait à publier un décret autorisant la privatisation de la route nationale dite Route Centre Europe Atlantique (RCEA) située entre Mâcon et Moulins [Note de Reporterre : Décision publiée le 28 juin au Journal Officiel].

A l’issue d’un débat public durant lequel les acteurs locaux ont manifesté leur opposition à ce projet de privatisation d’une route nationale, la ministre semble tentée de passer en force. Cette décision, si elle était confirmée, représenterait un triple scandale : démocratique, social et écologique.

A l’instar du Grenelle de l’environnement, le débat public semble se réduire à un exercice de style, un passage obligé en vue d’imposer une décision contestable et contestée. Une fois encore, bien que des solutions alternatives à la privatisation aient été présentées et défendues durant le débat public, il apparaît désormais évident que le ministère de l’Ecologie souhaite passer en force.

Or, la privatisation d’une route nationale sans que les usagers aient la possibilité d’emprunter d’autres routes va engendrer une rupture d’égalité entre les citoyens. Après avoir engagé une privatisation larvée de l’éducation, du secteur de l’énergie, des postes et télécommunications et de la santé, c’est donc au tour du réseau routier de subir les assauts des privatiseurs.

Au lieu d’organiser la nécessaire transition écologique en améliorant et renforçant une offre de mobilité alternative et écologique, au lieu d’étudier sérieusement les possibles mesures de sécurisation de cette route accidentogène et ce à moindre coût, l’Etat préfère vendre les bijoux de famille et dépecer les acquis de la Nation française.

Cette décision de la ministre de l’Ecologie est également un contresens écologique scandaleux. En privatisant cette route nationale, l’Etat se prive des recettes de la taxe Poids Lourds puisque les camions sont exemptés du paiement de cette taxe sur les voies autoroutières. Or, les recettes de cette taxe ont vocation à alimenter un fond finançant le développement du fret ferroviaire. Pire, au lieu d’étudier précisément les moyens de réduire l’accidentologie de la RCEA en l’aménageant, la privatisation envisagée va engendrer un report de trafic sur les routes connexes, étalant l’insécurité routière au lieu de la supprimer.

La solution envisagée par la ministre revient objectivement à créer un route pour « riches », sécurisée, et une route pour « pauvres », dangereuse. L’association Agir pour l’Environnement va étudier toutes les voies de recours judiciaires afin de casser cette décision inique. L’association appelle dès à présent à participer massivement au référendum local qui sera organisé par le conseil général de Saône-et-Loire en septembre.

Estimé à environ un milliard d’euros, ce projet de privatisation d’une route nationale va, de plus, induire une augmentation significative des émissions de gaz à effet de serre. Depuis octobre 2007 et la tenue du Grenelle de l’environnement, le ministre de l’écologie a engagé une vaste relance du programme autoroutier. Une trentaine de projets autoroutiers sont actuellement inscrits au Schéma nationale des infrastructures de transport pour une longueur totale avoisinant les 1200 kilomètres (soit une extension du réseau autoroutier d’environ 10%) pour un coût dépassant les 15 milliards d’euros.

L’aviation n’est pas écologique et ne peut pas l’être ! Paul Peeters Reporterre 2011/06/28 Paul Peeters (28 juin 2011) L’aviation n’est pas écologique et ne peut pas l’être !. Reporterre. Tribune — fr

L’aviation n’est pas écologique et ne peut pas l’être !

« Vers le milieu du siècle, l’aviation sera responsable de 100 % des émissions de gaz à effet de serre que l’humanité peut se permettre » Un entretien décapant avec un scientifique qui analyse l’impact écologique de l’aviation et ses perspectives.

Paul Peeters est Professeur associé au Centre du tourisme et des transports durable du NHTV, Université de Breda de sciences appliquées, aux Pays-Bas. Il a régulièrement publié sur la contribution du tourisme au changement climatique et sur les moyens de limiter cette contribution. Il est impliqué dans la recherche et la formation sur ces questions au niveau international. Il a commencé sa carrière comme ingénieur aéronautique, dans l’ancienne usine d’avions de Fokker à Amsterdam, et a travaillé avec plusieurs cabinets de conseil sur les impacts environnementaux des transports.

Pourriez-vous rappeler les principaux effets de l’aviation sur le changement climatique ?

Paul Peeters - La contribution de l’aviation comporte trois éléments : l’impact direct du CO2 émis par la combustion du kérosène, l’impact des autres émissions du moteur comme les traînées de condensation, et l’impact indirect de ces traînées de condensation sur la formation de nuages cirrus. L’effet direct sur les émissions de CO2 était de 700 millions de tonnes en 2004, soit 2,7% des émissions d’origine anthropique. Pour comprendre les autres impacts nous devons parler en terme de « forçage radiatif ». Ce forçage radiatif représente l’impact des émissions sur la balance énergétique de l’atmosphère et est plus directement relié à la température. En terme de forçage radiatif la contribution de l’aviation est de 3,5% (sans la formation de cirrus) et 4,9% (une fois les cirrus inclus) du forçage induit par les activités humaines. Mais les incertitudes restent importantes, avec des valeurs allant de 2% à 14%.

On pourrait penser que ces parts sont faibles : pourquoi alors ennuyer l’aviation si les autres secteurs contribuent plus ? Il y a trois raisons de s’inquiéter. Premièrement l’aviation se développe très rapidement et le marché n’est pas prêt d’être saturé, du moins avant la fin du siècle. Deuxièmement il n’y a pas de technologie disponible à un coût acceptable pour voler sans émissions, alors que ces technologies existent pour l’habitat, l’industrie, l’agriculture et même le transport terrestre. Troisièmement la part des émissions de l’ « élite » des grands voyageurs va de 10 à 50-60%. Tout ceci combiné explique que vers le milieu du 21e siècle l’aviation sera responsable de 100% des émissions de gaz à effet de serre que l’humanité peut se permettre, si nous voulons empêcher le climat de se réchauffer de plus de 2°C au-dessus de la période pré-industrielle, un niveau considéré comme empêchant un changement climatique ‘dangereux’.

Quelles sont les perspectives technologiques pour réduire les émissions… et leurs limites ?

L’industrie - l’OACI, l’IATA – annonce que l’efficacité dans la consommation de carburant va progresser de 1,5% à 2% par an. Le problème de la technologie aérienne est que c’est une technologie mature. Ce qui signifie que les coûts d’amélioration deviennent de plus en plus prohibitifs, alors que les gains tendent à diminuer. Actuellement, l’hypothèse d’un pourcentage de gain fixe chaque année n’est pas un bon modèle de développement technologique : ce pourcentage va être au contraire de plus en plus faible. Sur la base de recherches que j’ai réalisées il y a quelques années pour le laboratoire hollandais de l’aviation et de l’espace (NLR), nous avons trouvé une autre courbe qui représente beaucoup mieux les tendances historiques d’amélioration de l’efficacité énergétique. Ce modèle montre que les améliorations vont s’arrêter au milieu du siècle. Du fait d’une perspective de croissance du trafic de 3 à 5% par an, il est évident que la technologie seule ne permettra pas de réduire les émissions.

Des exemples récents de nouveaux avions entrant sur le marché montrent clairement que cet objectif de 1,5% à 2% par an est irréaliste. Airbus a récemment annoncé l’A320 Neo. La société annonce une réduction de consommation de 15%. Cela peut paraître impressionnant, mais puisque le premier A320 a fait son vol inaugural en 1987, cela nous conduit seulement à 0,62% par an. Le problème est le même avec le nouveau B747-8 (premier vol en 2010), dont on attend une amélioration de 16% comparé au long courrier actuel, le B747-400, premier vol en 1988, et donc une amélioration de 0,79% par an. Ces deux là améliorent un avion existant. Que se passe-t-il avec un nouveau design ? Les 20% d’amélioration annoncés par Boeing pour le B787 se traduisent par un 1,2%-1,3% annuel. Pour les court-courriers, KLM a annoncé que l’Embraer 190 améliore l’efficacité énergétique du Fokker100 de 9%, soit 0,66% par an d’efficacité. Le nouveau modèle d’efficacité énergétique constate en fait une amélioration annuelle d’environ 1% dans la décennie passée. Le futur amènera moins.

Quelle est votre perception du niveau de prise de conscience des acteurs (compagnies aériennes, industrie aéronautique), leur évolution et leur envie d’agir ? En considérant par exemple des projets comme Astrium, ou ZEHST, juste annoncés par EADS ?

J’ai des sentiments mêlés quant à la perception des enjeux par les principaux acteurs. Au premier coup d’œil vous voyez un développement rapide vers du reporting environnemental, qui accorde toujours une grande importance au changement climatique et aux solutions possibles. L’engagement officiel à résoudre le problème climatique est aussi très partagé. D’un autre côté je vois beaucoup de lobbying politique, avec pour objectif d’empêcher l’insertion de l’aviation dans le système européen des permis négociables. L’objectif ne semble pas d’aider les gouvernements à limiter la croissance des émissions, mais juste à les pousser à abandonner cette idée.

Un autre point dérangeant est qu’à la fois les industries américaines et européennes sortent des projets incapables de résoudre les principaux problèmes environnementaux (changement climatique, biodiversité, énergie et autres ressources). Par exemple le projet Astrium (avion spatial) d’EADS est un produit qui emmène des gens dans l’espace pour leur donner l’expérience de l’apesanteur. Un tel véhicule va utiliser des quantités énormes d’énergie pour quelques minutes de plaisir de quelques-uns. Plus fondamentalement fausse et donc pire encore est l’idée d’un avion supersonique (Mach 3,8) annoncé par EADS (ZEHST). Le site web annonce fièrement Paris-Tokyo en 2 heures et demie. Cette simple idée est un scénario cauchemardesque pour quiconque essaie de limiter le changement climatique et résoudre le problème énergétique, puisque cette énorme croissance de la vitesse conduira à une autre explosion de mobilité, en permettant aux gens de passer une soirée à l’autre bout du monde, mais avec une consommation d’énergie 10 000 fois plus élevée qu’une sortie en train ou même en voiture. Si le secteur était réellement conscient du challenge presque insurmontable qui consiste à réduire la consommation d’énergie et les émissions de carbone de 80% à la fin du siècle, il utiliserait ses ressources et ses efforts à améliorer l’efficacité énergétique et à trouver des business models permettant de rentabiliser le « voyager moins » préparant en cela un futur à bas carbone pour le secteur.

Une question bonus concernant Solar Impulse : pourriez-vous calculer la surface de panneaux solaires nécessaires (avec un rendement théorique de 100%), pour faire voler un A320, son équipage et ses passagers ?

Ce que Piccard a réalisé avec son avion solaire est d’un point de vue technique merveilleux ! Dans mon mémoire de fin d’étude d’ingénieur aéronautique , j’ai dessiné un avion solaire sans pilote, avec pour objectif d’être utilisé comme observatoire scientifique, capable de voler des semaines sans arrêt. A l’époque ce n’aurait été possible qu’avec des améliorations technologiques (c’était la fin des années 1970). Il est d’autant plus passionnant que Piccard ait réalisé un avion avec pilote. Pourtant, nous devons rester prudent pour ne pas tirer de fausses leçons de ce projet. Solar Impulse est un gadget et ne prouve en aucune manière qu’il y aura un jour un avion solaire commercial. La simple raison pour cela est le très faible contenu énergétique par mètre carré du soleil, et le très fort contenu énergétique requis pour voler à 900 km/h jouer et nuit, par beau et par mauvais temps. Un avion à réaction moyen demande en vitesse de croisière environ 450 kW par siège. Le soleil donne au maximum 1 kW, vous avez donc besoin de 450 m² de superficie d’aile par siège avec des cellules d’un rendement de 100% (ce qui ne sera jamais atteint). Un avion moderne comme l’A320 a environ 0,7 m² par siège disponible, une superficie qu’il faudrait multiplier par 600. Avec l’efficacité actuelle des cellules solaires utilisées par Piccard qui est de 12%, ce facteur serait de 5.000 (un demi-hectare par passager !), une différence d’ordre de grandeur de 3 ou 4. Et c’est à midi avec un grand soleil. Pratiquement, cela signifie que moins d’un pour mille de l’énergie nécessaire serait prise directement du soleil. Il n’y aura jamais de technologie permettant d’en faire une part significative : en tant qu’industrie je ne dépenserais en conséquence pas un seul centime dessus.

Des écologistes soutiennent Serge Orru, le directeur contesté du WWF France Yves Leers // Rue 89 Reporterre 2011/06/28 Yves Leers // Rue 89 (28 juin 2011) Des écologistes soutiennent Serge Orru, le directeur contesté du WWF France. Reporterre. fr

Des écologistes soutiennent Serge Orru, le directeur contesté du WWF France

Serge Orru, directeur du WWF France depuis 2006, est stigmatisé par une lettre anonyme, qui émanerait d’une partie des salariés de cette organisation, qui demandent sa démission. Des écologistes lui apportent leur soutien.

Haro sur Serge Orru !

Par Yves Leers

Serge Orru dérange. Ce qu’on ne lui pardonne pas, c’est d’avoir dynamisé et renforcé considérablement l’influence et le rôle du WWF [Fonds mondial pour la nature - World Wildlife Fund] en France au service de ses missions que sont la protection de l’environnement et de la nature. Depuis 2006, le nombre de salariés est passé de 60 à 100 et le budget de fonctionnement de 10 à 19 millions d’euros !

Curieux de préférer l’attaque anonyme et publique au dialogue. Curieux d’attaquer ainsi Serge Orru et à travers lui le WWF France, donc de se tirer une balle dans le pied. Curieuses, ces attaques de salariés anonymes contre leur directeur général, juste au moment où il vient d’obtenir de l’Etat un audit de la Cour des comptes sur le coût exact de la filière électronucléaire, une première en France. Curieuses, ces attaques sur de soi-disant dérives du directeur général alors que le conseil d’administration, les commissaires aux comptes du WWF, les récents contrôles fiscal et URSSAF, l’audition parlementaire, n’ont relevé aucun manquement.

S’il y avait une dérive éloignée des objectifs du WWF, pourquoi n’avoir pas évoqué directement d’éventuels problèmes avec la présidente, Isabelle Autissier, son Conseil d’administration, le WWF international, arbitre naturel des conflits au sein des bureaux nationaux ? Or Jim Leape, le patron du WWF International vient justement d’apporter un soutien total à Serge Orru. Ainsi, en rendant publiques ces allégations diffamatoires, la volonté de nuire à un homme apparait évidente.

Ce qui dérange, ce sont les méthodes directes de Serge : un fonceur dans un monde feutré. Les temps changent : la mission d’un responsable d’une ONG comme le WWF est devenu politique, son rôle est de faire entendre sa voix, tant auprès de la majorité que de l’opposition, ce qu’il a assumé pleinement à travers dans des prises de parole, des interviewes, éditos, interventions de toutes sortes. Le WWF n’est pas une organisation statique mais une ONG en mouvement qui entretient des rapports avec la société, les entreprises qu’il faut faire évoluer, les décideurs politiques et les citoyens dont les comportements doivent changer.

Que s‘est-il passé au WWF-France depuis l’arrivée de Serge Orru, le 1er juillet 2006 ?

- Le WWF France est passé de la 14e à la 8e position parmi la centaine de bureaux dans le monde ;

- Les liens avec le WWF international ont été renforcés et intensifiés ;

- Le budget annuel est passé de 10 à 19 millions d’euros, avec un souci de transparence renforcée ;

- Le nombre de donateurs est passé de 130 000 à 180 000 ;

- Le nombre de salariés est passé de 60 à 100 ; parallèlement, les niveaux d’embauche, de formation et de promotion sont très respectables. La convention collective évolue ainsi que les niveaux salariaux. Le turnover ? « Il faut que les Pandas pollinisent la société », comme le dit son ancien président, Daniel Richard.

- Le WWF France a été un des principaux acteurs de l’Alliance pour la planète et du Grenelle de l’Environnement, Serge Orru étant bien un des seuls à tenir tête au président de la République (certains d’entre nous en avons été les témoins) ;

- Et parmi les nombreuses actions réalisées ou lancées : le premier réseau social environnement et nature Planète attitude, l’Université d’été du WWF, un Institut de formation, l’opération « Oui à ma cantine bio » en direction des élus, l’Observatoire indépendant de la publicité ou encore la participation au lancement du Réseau Santé-Environnement, actions contre les gaz de schiste ou les OGM, sur la protection des forêts et de la biodiversité, et bien sûr de multiples évènements (le Pandathlon, la Marche du Panda, les 1600 Pandas), colloques, ateliers, publications et études multiples, rapports partenariats entreprises etc. Cette liste n’est pas exhaustive …

- Enfin, un voilier ambassadeur, le WWF Columbus, dont la première mission est de mener des recherches scientifiques (« Cap cétacés ») mais aussi de sensibiliser le public à la protection de l’environnement et de la nature.

Curieux d’attaquer un écologiste qui sert si bien la cause environnementale et qui aime à rapprocher les parties opposées. Curieux enfin d’attaquer un honnête homme qui respecte les autres et qui a sûrement ses défauts mais ne mérite certainement pas la calomnie.

L’article de Yves Leers que nous publions ci-dessus intervient en réaction aux critiques acerbes portées par une lettre anonyme stigmatisant le directeur du WWF France, Serge Orru. La lettre est présentée comme signé par des salariés du WWF ; mais elle n’est pas signée, ce qui rend questionnable cette origine. Voici le récit de l’affaire, publié sur Rue 89.

Les salariés du WWF demandent la tête de leur patron Serge Orru

Par Sophie Verney-Caillat (Rue89)

La démarche est assez inhabituelle pour mériter attention. La crise chez « Panda », comme est surnommé le WWF, ça fait des mois qu’on en parle dans le petit milieu des ONG environnementales, où l’on pointe de plus en plus de partenariats avec les entreprises, une complaisance avec le gouvernement depuis le Grenelle, des départs nombreux…

Mais cette fois, par un courrier signé « 57 salariés du WWF France » (sur 93 en tout, mais 60 approchés) et envoyé le 17 juin d’une boite mail anonyme, il est demandé au conseil d’administration « la démission de M. Orru ».

Peu de chance qu’ils obtiennent satisfaction. Jointe par Rue89, Isabelle Autissier, la navigatrice qui préside l’association WWF France depuis 2009, se dit « profondément choquée » : « Ce n’est pas aux salariés de décider de la démission du directeur général mais au conseil d’administration qui l’a nommé. J’essaie de faire le tri entre les amalgames, les sentiments, les stratégies personnelles et ce qui cloche vraiment. »

Isabelle Autissier a prévu une réunion de crise le 5 juillet, mais déjà, par une lettre adressée à tous les salariés, elle met en garde :« Je considérerai la communication sur ces questions à la presse comme une faute grave. »

Autant dire qu’au siège de l’association au Bois de Boulogne, l’ambiance est délétère. Un salarié témoigne : « C’est le cauchemar. L’immense majorité des salariés sollicités ont signé, mais les proches de Serge Orru font circuler des lettres de soutien. Le bruit court que tous les signataires seront virés et poursuivis pour diffamation. »

Serge Orru, « en déplacement en province » selon son assistante, ne répond pas sur son portable, pas plus que son directeur de la communication, Jacques-Olivier Barthes, qui est « en trek » et « a coupé le mobile pour être tranquille ». Tous deux ont préféré laisser la présidente de l’ONG s’expliquer.

Il est difficile de faire la part des choses, parmi les nombreuses accusations contenues dans les annexes du courrier des salariés – que nous avons choisi de ne pas reproduire, certains passages pouvant être diffamatoires.

On y trouve la détestation personnelle qu’inspire la personne de Serge Orru, médiatique et ambitieux, mais aussi des accusations de fautes potentiellement graves – mais qui doivent êtres vérifiées.

1- La gestion de Serge Orru est contestée

Un « turn over » de plus de 25% par an, voilà le symptôme, selon les salariés, d’un malaise réel. Dans un questionnaire interne réalisé en 2011, seule une minorité de salariés (12%) juge « bonnes » les relations entre les différents services (51% les jugent moyennes, 33% mauvaises).

Isabelle Autissier a une autre analyse : « Le WWF a grandi très vite, sous la direction de Serge Orru [depuis 2006, ndlr]. Des salariés ont du mal à passer de la petite association à la grande structure. A eux de s’aligner ou de chercher d’autres méthodes pour s’exprimer. Le turn over a toujours été important et il est normal. On a un comité d’entreprise, on a eu un contrôlé fiscal, une audition parlementaire… si quelque chose n’était pas conforme, ça se saurait. »

Quand on lit les annexes à la lettre, on comprend mieux que le caractère méditerranéen de Serge Orru puisse avoir des aspects pas toujours sympathique : des salariés auraient été insultés, parfois devant témoin.

Les cadres, « recrutés de manière non transparente, ne sont pas toujours au niveau, mais prennent fait et cause pour lui », dénoncent encore les signataires. Un copinage classique mais qui peut être mal digéré car il contrevient aux procédures internes.

Enfin, outre le salaire de Serge Orru, qui fait beaucoup parler (109 000 euros bruts hors frais), « l’absence récurrente de justificatifs sur ses frais de représentation et de transport » fait tiquer.

2 - Les valeurs du WWF seraient bafouées

« Ce qui nous a motivés, c’est surtout de dire que les valeurs qu’on défend sont totalement bafouées », explique un salarié.

Il est logique que le développement des partenariats avec les entreprises, décrits comme des « liaisons dangereuses » dans une enquête de L’Express ne conviennent pas à tous. Une logique « décomplexée » qu’a observé leur collègue Sylvain Angerand, des Amis de la Terre : « Leur manière de travailler a radicalement changé : c’est le marketing qui ficelle tout, pas les chargés de campagne. Le WWF n’a plus aucun moyen de pression pour peser ni sur les entreprises ni sur les politiques publiques ».

Le journaliste Fabrice Nicolino rappelait dans une interview sur son livre Qui a tué l’écologie ?, que le WWF était la caution de nombreux « labels industriels soutenables, sur le soja, les biocarburants ou encore l’huile de palme ».

3 - Des ambitions politiques qui dérangent

A plusieurs reprises, Serge Orru a été pris en difficulté, soit parce qu’il ne parle pas anglais, soit parce qu’il n’a pas lu les fiches techniques qui lui ont été préparées. Mais surtout, il « utilise l’ONG comme marche-pied d’une carrière politique », accusent les salariés. L’un d’entre eux précise : « Il se voit en député Europe Ecologie- Les Verts en 2012, et a promis son poste au directeur de la communication, Jacques-Olivier Barthes. »

Ce dernier, dont les « pratiques managériales peuvent s’apparenter à du harcèlement », selon les annexes, est lui aussi dans la mire. « C’est lui qui a mis le bordel en interne », dit un observateur extérieur.

Que Serge Orru mobilise des moyens du WWF pour alimenter sa fiche Wikipédia ou son blog, est-ce normal ou choquant ? Isabelle Autissier est persuadée que ces outils de com font partie de son travail, « et ne pas en avoir serait une faute professionnelle ».

Relaxe complète pour les huit faucheurs volontaires à Poitiers Christophe Noisette (Info’GM) Reporterre 2011/06/28 Christophe Noisette (Info’GM) (28 juin 2011) Relaxe complète pour les huit faucheurs volontaires à Poitiers. Reporterre. fr

Relaxe complète pour les huit faucheurs volontaires à Poitiers

En 2008, José Bové, François Dufour et six autres faucheurs volontaires avaient détruit des parcelles de maïs transgéniques. Le 28 juin, le tribunal de Poitiers les a relaxés.

Le tribunal de Poitiers, dans son délibéré rendu aujourd’hui, mardi 28 juin 2011, a décidé de relaxer les huit inculpés (dont José Bové et François Dufour, pourtant récidivistes) et a débouté entièrement Monsanto de ses demandes financières. Les Faucheurs, hormis leurs frais d’avocat, n’auront rien à débourser. La décision de relaxe est basée sur du « droit pur » et non sur des questions de fond. Ce n’est pas l’état de nécessité qui a été reconnu, comme lors des procès de Chartres et d’Orléans. Le procès avait eu lieu le 14 juin 2011.

Interrogé par Inf’OGM au téléphone, François Dufour, conseiller régional EELV en Basse Normandie, se félicite bien entendu de la relaxe. Il nous précise : « Je ne m’attendais pas à une relaxe. Je pensais que le tribunal allait trouver un espèce de compromis bidouillé. Je ne m’y attendais pas mais [...] étant donné les aspects juridiques sur le fond et les fautes qu’ils avaient pu faire, je ne voyais pas du tout comment ils pourraient nous appliquer une peine. Mon sentiment est donc que la Justice a été à la hauteur de l’enjeu ». C’est le dernier procès des Faucheurs pour des essais en plein champ de maïs mon810. François Dufour se réjouit que ces dizaines d’années d’action se terminent par une relaxe et par un arrêt de ces cultures. « Mais, il faudra rester vigilant », prévient-il.

Nicolas Gallon, avocat des Faucheurs, interrogé par Inf’OGM au téléphone, nous précise le contexte de cette décision importante pour le dossier OGM : « Dans sa convocation, le tribunal a cité les faucheurs pour une destruction de parcelle d’OGM destinée à la culture commerciale. Or, il s’agissait d’un essai en champ à titre expérimental (Mon810xNk603). Et la loi française sur les OGM adoptée en 2008 différenciait précisément les deux types de destruction et donc deux délits ». Les avocats ont alors plaidé la relaxe sur la base de cette impossibilité de requalifier l’infraction à l’audience, sans l’accord des Faucheurs volontaires, qui ont refusé en déclarant : « Nous sommes convoqués pour une destruction de parcelle commerciale, or il s’agit d’un essai. Donc on n’a pas commis l’infraction qu’on nous reproche ». Et le tribunal a suivi ce raisonnement en relaxant les huit inculpés.

Me Gallon juge que cette décision est « un juste retour des choses », car le texte qui instaure un délit spécifique pour le fauchage a été négocié par les partisans des OGM contre le droit à la transparence en matière de localisation des parcelles d’OGM. Avant la loi, que ce soit une parcelle d’essai ou commerciale, les Faucheurs étaient jugés pour destruction de biens en réunion. La loi de 2008 en spécifiant un délit de fauchage, créait une sorte de délit d’opinion, considèrent les Faucheurs. Et, tel l’arroseur arrosé, le Parquet et Monsanto se sont donc pris les pieds dans la procédure qu’ils ont eux-mêmes instaurée.

Interrogé sur la possibilité pour le Parquet ou la partie civile, à savoir Monsanto, de faire appel, Me Gallon nous précise qu’ils n’ont pas intérêt : « l’appel se fait nécessairement sur la même base juridique que le procès en première instance », donc sur une base juridique fausse. Ce que peut faire le Parquet ou Monsanto, « c’est de reconvoquer les Faucheurs sur la bonne base du texte adéquat », c’est-à-dire pour la destruction d’une parcelle expérimentale. Monsanto a une autre possibilité : la citation directe. Reste à savoir si cette possibilité offerte sera jugée opportune par le Parquet et Monsanto. Me Gallon rappelle que lors de l’action contre l’un des sites de production à Carcassone, le tribunal avait relaxé les inculpés pour des questions de procédures et il n’y avait pas eu d’appel. Sur les suites de ce procès, François Dufour nous précise qu’il craint que le Parquet et Monsanto cherchent à tout prix à relancer la procédure, mais, ajoute-t-il, « s’il faut encore avoir un procès sur le fond, on l’aura »... Et de conclure que désormais « il y a une prise de conscience sociétale. Aujourd’hui, la grande majorité des gens a compris qu’on était dans du bricolage à marche forcée contre l’environnement, la biodiversité et contre la société ».

L’affichage publicitaire sera réduit à Paris TF1 news Reporterre 2011/06/28 TF1 news (28 juin 2011) L’affichage publicitaire sera réduit à Paris. Reporterre. fr

L’affichage publicitaire sera réduit à Paris

Le Conseil de Paris a voté mardi 21 juiin le nouveau Règlement local de publicité (RLP) qui globalement va réduire de 30% l’affichage dans la capitale.

Danièle Pourtaud, adjointe au maire chargée du patrimoine, a présenté ce nouveau règlement, en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une « disposition anti-pub, mais qu’il fallait préserver le paysage et le cadre de vie des Parisiens ». Ce RLP, a-t-elle ajouté, « propose des règles simples pour qu’elles soient mieux appliquées ».

Par exemple, le nouveau RLP interdit les grands formats d’affichage publicitaire (les panneaux 4x3 m), limite à 16 m2 les pubs sur les bus et cars de tourisme, et à 2 m2 sur les voitures de tourisme ou encore limite aux toits terrasses les publicités lumineuses (il n’y en aura plus sur les toits traditionnels).

Il ne devrait plus y avoir de pub à moins de 50 m des écoles, des églises, des cimetières, ni dans les espaces verts et jardins partagés, ni sur le périphérique intérieur.

Deux zones de Paris - Montmartre et les berges de la Seine - restent interdites à la publicité, sauf sur les mats (les panneaux qui généralement annoncent les événements culturels).

Paul Ariès fera campagne pour la décroissance mais sans candidat Paul Ariès Reporterre 2011/06/28 Paul Ariès (28 juin 2011) Paul Ariès fera campagne pour la décroissance mais sans candidat. Reporterre. fr

Paul Ariès fera campagne pour la décroissance mais sans candidat

« Nous ferons campagne sans candidat en reconnaissant à chacun le droit de voter pour son champion préféré ou celui du moindre mal, en reconnaissant aussi la légitimité de refuser de voter. »

La décroissance n’est pas un dogme à prendre ou à rejeter en bloc. Elle est du côté du questionnement. Elle rime avec la dé-croyance.

Nous disons simplement que la solution à la crise n’est pas dans la croissance, dans le « toujours plus » (de production et de consommation). Nous savons bien que le capitalisme repose sur l’accumulation et le profit. Nous ne croyons pas dans un capitalisme vert et sans croissance. Nous savons que le bilan des socialismes réels fut aussi effroyable. Il est cependant possible de penser un socialisme sans croissance.

Nous sommes des empêcheurs de développer mais aussi de voter en rond. Nous ne croyons pas plus dans ce système politique qu’économique. De la même façon que nous boycottons l’économie de croissance, nous ne présenterons pas un candidat providentiel de la décroissance. Nous ne tromperons pas nos proches en laissant croire que cette stratégie est possible.

Nous ne diviserons pas nos proches qui se reconnaissent dans d’autres mouvances antiproductivistes des gauches. Nous savons cependant que le combat contre le productivisme et le consumérisme n’est pas gagné. Nous savons que les petits pas faits à gauche et dans l’écologie sont encore fragiles.

Nous ferons donc campagne durant les présidentielles avec notre escargot. Nous ferons campagne avec la décroissance pour peser sur les débats d’ici 2012 et au-delà.

Nous ferons campagne pour dire que la décroissance est obligatoirement anticapitaliste, immanquablement des gauches mais d’une autre gauche. Nous ferons campagne pour dire « Non au capitalisme vert » et « Oui au Bien Vivre », oui au projet d’inventer un socialisme autogestionnaire de la décroissance.

Nous ferons campagne pour dire que ce n’est pas en culpabilisant les gens qu’on changera la société, mais en suscitant le désir, le grand désir de vivre. Nous ferons campagne pour dire que l’urgence sociale épouse l’urgence environnementale pour rendre nécessaire et possible, dès maintenant, l’adoption d’un revenu garanti. Nous lançons au débat l’idée d’une dotation inconditionnelle d’autonomie voisine du SMIC qui permette d’avancer vers la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage mais aussi de développer la « démonétarisation », la « déséconomisation » de nos modes de vie.

Nous ferons campagne pour la gratuite de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et de logement social, des services funéraires. Nous ferons campagne pour une décroissance qui ne soit pas celle du « ni gauche ni droite », qui ne prône pas le « tous pourris », « tous pareils », nous ferons campagne pour une décroissance non sectaire, qui cherche la convergence entre tous ceux qui résistent, entre tous ceux qui créent. Nous ferons campagne sans candidat en reconnaissant à chacun le droit de voter pour son champion préféré ou celui du moindre mal, en reconnaissant aussi la légitimité de refuser de voter.

Nous ferons campagne sans candidat parce que nous savons que si nous sommes parvenus à imposer nombre de nos thèmes dans le débat public comme la relocalisation contre le mondialisme, le ralentissement contre la culte de la vitesse, la coopération contre l’esprit de concurrence, la gratuité contre la marchandisation, le choix d’une vie simple contre le mythe de l’abondance, une planification autogestionnaire contre le libre marché, etc., la décroissance n’est pas la petite grenouille qui aurait vocation à devenir aussi grosse que le boeuf. Je salue donc cette initiative comme je soutiendrai toutes celles qui permettront de faire converger les antiproductivsites des gauches et les écologistes antilibéraux.

La décroissance ira divisée en 2012. J’ai choisi mon camp. Celui d’un socialisme autogestionnaire de la décroissance. Pas celui d’une décroissance du « ni gauche ni droite », jamais celui d’une droite décroissante honteuse. A l’heure de la droitisation de la société (écologie et gauche souvent comprises), j’appelle les Objecteurs de croissance à participer à notre campagne, à le faire, là où ils sont, comme ils le souhaitent, c’est à dire y compris en pesant sur les autres campagnes, en obligeant leur candidat à bouger encore.

Joly 49 %, Hulot 40 % Europe Ecologie Les Verts Reporterre 2011/06/29 Europe Ecologie Les Verts (29 juin 2011) Joly 49 %, Hulot 40 %. Reporterre. fr

Joly 49 %, Hulot 40 %

Eva Joly passe en tête le premier tour des Primaires de l’écologie.

A l’issue du dépouillement [achevé mercredi 29 juin], voici les résultats du premier tour de la Primaire de l’écologie :

- Eva Joly : 12571 votes, soit 49,75 %

- Nicolas Hulot : 10163 votes, soit 40,22 %

- Henri Stoll : 1269 votes, soit 5,02 %

- Stéphane Lhomme : 1172 votes, soit 4,44 %

- bulletins blancs : 94 votes, soit 0,37 %

au total 25269 votes ont été exprimés, soit 77,33 % de participation.

Le 2e tour de la Primaire de l’écologie entre Eva Joly et Nicolas Hulot débutera à l’issue du débat du second tour, qui aura lieu demain 30 juin 2011 à Grenoble à 19h et sera retransmis en direct en vidéo sur primairedelecologie.fr et sur LCP.

Crime en sous-sol Hervé Kempf Reporterre 2011/06/29 Hervé Kempf (29 juin 2011) Crime en sous-sol. Reporterre. Tribune — fr

Crime en sous-sol

Alors que la touffeur estivale rend assez pénibles les trajets en métro, la fréquentation de ce moyen de locomotion qui fait de Paris une des capitales les mieux desservies en transports collectifs peut générer un sentiment d’horreur : l’ogre télévisuel a envahi ce bizarre espace public-privé. On marche dans la foule pour attraper sa correspondance ou gagner la sortie et, sans que le cerveau conscient s’en puisse défendre, l’esprit est attiré par une image animée vantant tel ou tel produit.

Sans doute s’est-on déjà habitué à la gesticulation des quelque 400 écrans déployés par Métrobus, la filiale de la RATP. Et de même s’habitue-t-on à la multiplication des téléviseurs dans les cafés, les centres commerciaux, les divers espaces publics, au tohu-bohu permanent de sons et d’images qui vise à enfermer la société dans les cloisons de l’individu consommateur, étranger aux autres, rivé à l’écran.

Le collectif Les Déboulonneurs a organisé une action de protestation, vendredi 24 juin, à la Bastille, non loin de l’endroit où les « indignés » se réunissent avec ténacité tous les soirs. Utile rappel. Les écrans numériques n’intègrent-ils pas des « capteurs optiques » capables d’analyser le nombre et le comportement des personnes regardant les écrans ? « On les a retirés », assure Métrobus. Ce qui témoigne de l’utilité du travail depuis trois ans des Déboulonneurs et autres antipublicitaires, sans les enquêtes desquels l’oeil serait dans le sous-sol et regarderait le citoyen.

Mais même sans capteur les écrans sont toujours là et s’apprêtent à conquérir les aéroports, les gares, les centres commerciaux, les rues... Ils représentent une consommation d’énergie tout sauf négligeable : chaque dispositif publicitaire tel que ceux présents dans le métro, mesurant 1,75 m en diagonale, consomme plus de 4 mégawatts heure par an, soit à peu près autant qu’un foyer français de quatre personnes. Un gaspillage stupéfiant alors que l’heure est censée être aux économies d’énergie.

Cette évolution est-elle inéluctable ? Non. On pourrait libérer la ville, non seulement de ces boîtiers électroniques antiécologiques, mais de l’affichage urbain lui-même. Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil, y est parvenue. La bataille a été rude, la municipalité a affronté les menaces et le chantage du lobby publicitaire, mais, finalement, la loi interdisant l’affichage est passée et a été reconnue constitutionnelle. Il y a fallu une ferme volonté politique. Oyez, élus du peuple : la volonté mise au service des citoyens est payante. Le maire de Sao Paulo, Gilberto Kassab, a été réélu en 2008.

Notre Dame des Landes : les élus se mobilisent François de Rugy Reporterre 2011/07/01 François de Rugy (1er juillet 2011 à 14h59,) Notre Dame des Landes : les élus se mobilisent. Reporterre. fr

Notre Dame des Landes : les élus se mobilisent

... pour préparer le rassemblement sur le terrain le 9 juillet, contre le projet d’aéroport.

Depuis de nombreuses années, la mobilisation s’amplifie devant le projet de construction d’un nouvel aéroport à Nantes.

· Parce qu’une répartition plus cohérente et optimisée des différents types de trafics entre les aéroports du Grand Ouest existants -Nantes, Rennes, Angers, Saint-Nazaire- permettrait d’assurer un développement économique du territoire sans qu’il soit besoin de construire un nouvel équipement,

· Parce que les conséquences environnementales de la construction d’un nouvel aéroport ne pourraient jamais être compensées,

· Parce que le montage financier retenu pour l’opération est opaque et qu’il conduit à faire porter sur les seules collectivités et l’Etat le risque financier, le concessionnaire Vinci se voyant réservés les bénéfices,

· Parce que les populations concernées – riveraines de l’équipement projeté, mais également contribuables régionaux – n’ont jamais été démocratiquement consultés sur le projet,

des élu-e-s de toutes sensibilités se mobilisent au sein du CEDPA -Collectif des Elu-e-s qui Doutent de la Pertinence de l’Aéroport- pour faire échec à un projet absurde du point de vue écologique, inutile au regard des besoins des populations du Grand Ouest, contestable économiquement, et budgétairement insupportable.

Aujourd’hui, ce sont plus de 1.000 élus qui ont appelé à une remise à plat totale de ce dossier, et à l’arrêt du projet.

Le projet de Notre-Dame-des-Landes n’est pas de simple portée locale : il symbolise une vision du développement dépassée, et un mode de prise de décision totalement obsolète.

S’y opposent aujourd’hui EELV, le Parti de Gauche, le NPA, le MODEM. Certains socialistes ont également exprimé leurs doutes.

A l’invitation de François de Rugy, député écologiste de Loire-Atlantique, le CEDPA a convié des responsables politiques et associatifs nationaux qui témoigneront de leur opposition ou de leurs doutes au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes lors d’une conférence de presse qui se déroulera

mercredi 6 juillet, à 10 heures 30.

Cette rencontre, à laquelle assisteront également des représentants d’associations locales engagées dans le combat contre NDDL permettra en outre de faire le point sur l’opération de mobilisation massive prévue le 9 juillet sur le site de l’équipement projeté.

Le Siècle tremble devant quatre citoyens... et envoie des dizaines de CRS ! Pepito Reporterre 2011/07/02 Pepito (2 juillet 2011) Le Siècle tremble devant quatre citoyens... et envoie des dizaines de CRS !. Reporterre. fr

Le Siècle tremble devant quatre citoyens... et envoie des dizaines de CRS !

Le Siècle se réunit le quatrième mercredi de chaque mois, et non le dernier mercredi... Si bien que seuls quatre courageux citoyens sont venus affirmer le 22 juin que : « L’oligarchie, ça suffit ». La police est intervenue en force...

(...)

Nous étions donc face à l’Automobile Club de France avec quatre de mes amis. Il n’y avait pas plus de monde, que ce soit en terme de manifestants qu’en terme d’effectifs policiers. En effet, il faut préciser que d’habitude, la Préfecture de Police mobilise à peu près un fourgon de Gardes Républicains par manifestant, le tout bien évidemment aux frais du contribuable, afin d’encadrer et « sécuriser » une réunion privée d’un club secret. Par définition, cet événement privé n’a donc absolument aucun caractère officiel justifiant de tels déploiements de moyens, ni de telles dépenses du denier public.

Une absence totale de mobilisation

Quatre manifestants au total, nous, et aucun policier, ou presque. Nous nous sommes posés beaucoup de questions en arrivant, nous nous sommes demandés si la réunion de ce mois-ci n’avait pas été annulée ou déplacée aux vues de l’absence totale d’un dispositif de sécurité tel que nous avions l’habitude de le voir. Nous nous sommes vite rendus compte qu’il n’en était rien, dès lors que nous avons vu les premiers convives arriver sur les lieux. Alors pourquoi une telle absence ? Simple ! Il est colporté partout sur la toile que le Club du Siècle se retrouver chaque « dernier » mercredi de chaque mois. Or, en réalité, il s’agit de chaque quatrième mercredi de chaque mois. Le mois de Juin en comporte cinq.

Après vérification, il s’avère que des événements étaient prévus pour la réunion du Siècle en Juin. Des rassemblements étaient bien planifiés, mais le 29, soit le dernier mercredi du mois de Juin, et non le quatrième, le 22, ce jour fatidique ou le destin a frappé, et c’est le cas de le dire ! Ceci explique aussi pourquoi aucune force policière n’était présente, aucune manifestation n’étant ouvertement programmée sur Internet. A ce sujet, je tiens à rappeler à tous ceux qui se mobilisent contre le Siècle, vous qui comme nous militez pour une information juste et entière, je tiens à vous rappeler à tous, si l’on tiens à être en accord avec son propre combat, qu’il est important de se renseigner correctement, de confronter, vérifier, et valider les informations collectées…

Une réaction démesurée

Postés à proximité de l’Automobile Club, juste à côté de l’entrée, nous avons vu un homme téléphoner en nous regardant. 10 minutes plus tard, deux policiers en civil sont apparus, continuant à nous regarder talkie-walkie à la main. Cinq minutes après, un bus de CRS « spécial manifestants » est arrivé. Nous l’avons contemplé passer pour aller se garer à l’écart de la Place de la Concorde. Ce sont ensuite cinq fourgons remplis de Gardes Républicains qui sont arrivées pour se stationner dans la rue Royale à proximité de notre lieu de « rassemblement ».

Nous avons décidé de bouger pour nous poster en face. L’un d’entre nous est parti se mettre un peu à l’écart pour filmer les convives qui commençaient à arriver à pieds, en taxi ou en métro. Nous n’étions plus que trois, deux amis, un homme et une femme, et moi-même. Nous les appellerons par des pseudonymes afin de respecter leur anonymat : Carla et Nicolas. Nicolas a décidé de sortir une pancarte faite maison, un bout de carton sur lequel était inscrit au marqueur : « L’oligarchie, ça suffit ! ». Il a brandi son panneau face aux invités du diner qui arrivaient en masse, à l’homme qui téléphonait en nous regardant, ainsi qu’aux deux policiers en civil qui venaient de le rejoindre. Cela a eu pour effet d’attirer l’attention des passants qui regardaient d’un oeil intrigué « cet original » brandissant son panneau. Les deux policiers en civil se sont immédiatement dirigés vers nous pour nous demander poliment de nous disperser, tout en nous rappelant la loi sur les rassemblements. Au delà de deux personnes, c’est un rassemblement illicite aux yeux de la loi. Bien évidemment, rassurez-vous, vous avez (encore) le droit de circuler en famille sans être inquiété… C’est la pancarte en carton a aggravé notre cas.

Nous avons discuté un moment avec les policiers, très charmants, à qui nous expliquions que nous comprenions, que nous respections leur travail, mais que nous étions ici car nous protestions contre cette réunion dangereuse pour l’intérêt général de citoyens comme nous. Une vieille dame est arrivée, qui savait pourquoi nous étions ici. Elle avait connaissance de l’existence du Club du Siècle, et elle a soutenu notre action auprès des gardiens de la paix. Face à leur insistance, nous pressant de ne plus rester sur le trottoir que nous « occupions » face au bâtiment, nous avons dit aux policiers que nous partions. Nicolas a alors demandé « si je vais seul sur le trottoir en face, seul sans ma pancarte, ça va alors ? » et il s’est écarté après leur réponse positive.

Nous nous sommes donc dispersés, Carla et moi-même sur le trottoir interdit, nous étions restés discuter avec la vieille dame, et Nicolas à l’écart, qui expliquait ce qu’était « l’oligarchie » aux passants curieux qui se demandaient ce qu’il se passait.

A trois c’est un rassemblement illicite, à moins, non

Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est la loi. Nous sommes restés avec Carla discuter avec la petite dame deux à trois minutes, c’est alors que nous avons vu un groupe d’une quinzaine de CRS arriver sur nous nous sommant de nous disperser. Nous leur avons dit qu’on ne faisait rien de mal, que nous discutions présentement avec la dame tranquillement sur le trottoir, et que nous partions. Sans nous laisser le temps d’avancer de nous-même, ils se sont mis en demi cercle autour de nous et se sont mis à avancer tout en nous poussant. Nous avancions donc (pas d’autre choix) et obtempérions.

« Allez-allez ! Je vais vous faire mal ! »

C’est alors que Carla a reçu un coup de matraque sur l’épaule. Elle s’est mise à crier sur le responsable du coup : « Hey, pourquoi vous me tapez ? Il m’a fait mal là ! », ce à quoi l’homme a répondu « Allé allé ! Je vais vous faire mal, vous allez voir, je vais vous faire mal ! ». L’un de ses collègues m’a demandé de la tenir et de l’écarter ce que j’ai fait. Enfin disons que j’ai essayé. Ils continuaient d’avancer et de nous pousser, mais plus devant nous, sur le côté. Nous nous sommes ainsi retrouvé collés à des barrières de travaux pour finir totalement encerclé et bloqués. A ce moment là Carla n’a pu contenir sa colère et son énervement. Elle a craché sur l’épaule de l’homme qui la menaçait de lui faire mal, tandis que j’essayais de la retenir.

« C’est bon, on enlève »

Je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qu’il nous arrivait dès lors que j’ai entendu cette phrase prononcée par un agent de l’Etat derrière moi. Le CRS qui me faisait face m’a envoyé son poing en plein visage, poing dont je garde encore une trace à l’heure ou j’écris ce témoignage. Non suffisant, peut-être ai-je l’air dangereusement vif, fort et musclé, j’ai aussi eu droit à un grand coup de genou dans les parties. Tandis que les agents placés derrière moi me tiraient violemment par le sac à dos, ceux de devant m’ont poussé pour me retrouver ainsi plaqué à terre. Je ne me suis à aucun moment débattu. Ils m’ont « maitrisé » et relevé. J’ai alors vu Carla à terre avec trois ou quatre gardiens de la paix la maintenant à terre de tous leurs poids. Ils avaient posé leurs genoux sur elle pour la maintenir au sol le temps de lui passer les menottes. Elle hurlait de douleur, de rage et de peur.

Ils nous ont amené à l’écart, à l’entrée du parc qui fait face à l’ambassade des Etats-Unis, à proximité du lieu de notre interpellation. Après une fouille rapide, un fourgon est arrivée. Je pensais qu’elle allait nous conduire au poste, il n’en a rien été. Le véhicule s’est contenté de bloquer la circulation de l’avenue Gabriel Peri le temps qu’un bus arrive. Oui, un bus, ce même bus que nous avions vu arriver auparavant. Un véhicule immense pouvant contenir plusieurs dizaines de personnes, pour nous, rien que pour nous, Carla et moi. Nous avons été installés à l’intérieur et conduits au commissariat du 8e arrondissement.

« Vous savez ce que vous êtes dans la société ? »

« Vous n’êtes rien ! Qu’est ce que vous nous faites chier petites merdes, va ! ». Voici ce à quoi nous avons eu droit pendant le trajet. Fouille, suppression des supports vidéos et photo de mon téléphone mobile, et monologue agressif à notre encontre. Ce même homme qui tout à l’heure avait menacé de faire mal à Carla pendant l’interpellation nous tenait un discours des plus aberrants selon nous, en tout cas agressif. Nous comprenions son énervement, nous comprenions que le fait de mobiliser des forces de l’ordre pour un rassemblement illicite puisse énerver, mais nous ne comprenions pas une telle agressivité. Voilà pourquoi nous avons préféré finir par nous taire durant tout ce long trajet, à écouter le bras armé du gouvernement nous rappeler ce que nous étions aux yeux de la société et du pouvoir… Rien, des moins que rien, « des merdes » selon lui. Nous le savions bien, c’est justement ce pourquoi nous étions là

Au SAIP du 210 rue du Faubourg Saint-Honoré

Nous avons été reçu dans ce commissariat du 8e par des gardiens de la paix fort sympathiques, et surtout, visiblement très courageux. En effet, non contents de passer leurs journées ces temps-ci à auditionner de plus en plus de manifestants comme nous, ils doivent exercer leur fonction difficile dans des locaux délabrés, inadaptés, et équipés d’un mobilier et de matériel datant des années 70, usés et abimés.

Des ordres passés en direct

Pendant mon audition, l’agent des forces de l’ordre qui s’occupait de moi, quand je lui ai demandé si il ne trouvait pas tout ça disproportionné, m’a expliqué pourquoi une telle démonstration de force pour deux personnes. Il faut dissuader les passants de se mobiliser pour venir en aide aux personnes interpelées, et ceci dans le but d’éviter tout débordement. Lorsque je lui ai demandé si une telle violence était justifiée, cette même personne m’a expliqué que les CRS avaient deux modes d’action : « encadrement, protection » et « dispersion ». Ce soir là, ils étaient en mode « dispersion », tels que l’ordre leur en avait été donné en direct. Oui, en direct, et pour cause. L’homme dont je vous parlait en début d’article était visiblement un commissaire de Police, présent à l’Automobile Club ce soir là. D’après ce que l’on m’a dit au commissariat, ce serait l’homme au téléphone, dont je parlais au début de ce témoignage, qui aurait appelé les forces de Sécurité Républicaine et qui aurait leur aurait donné l’ordre de nous « disperser ».

Une audition aux parties « très indiscrètes »

Lors de l’audition, après les questions relatives à mon état civil, l’agent de police m’a indiqué qu’il allait passer maintenant aux « questions indiscrètes ». Les renseignements demandés étaient étrangement détaillés (de l’état civil à la situation familiale, passant par l’adresse, position exacte de l’appartement, montant du loyer, nom du propriétaire, jusqu’à l’emploi, avec le nom de l’employeur, l’adresse, le montant du salaire, etc etc). Comme au sujet des conditions de notre interpellation, j’ai demandé si tout cela n’était pas un peu disproportionné : d’accord avec moi, le gardien de la paix m’a indiqué que « c’est pour constituer une base de données, et calculer directement l’amende au plus juste et en direct en cas de condamnation ».

Je suis sorti du poste aux alentours de 23H, Carla est restée en garde à vue pour 24 heures du fait de « l’agression » qu’elle aurait commise à l’encontre du CRS qui l’avait brusquée pendant l’interpellation.

Outrage et agression envers un agent des forces de l’ordre

C’est le motif pour laquelle elle a été gardée. Mise en geôle après mon départ du poste, elle a été visitée par un avocat commis d’office à 4H du matin, puis conduite à sa demande à l’hôpital Dieu sur l’Île de la Cité afin de vérifier son état de santé et de constater ses blessures. Elle a été relâchée le lendemain, jeudi 23 juin 2011 aux alentours de 17H30, après une nuit blanche dans une cellule sale et sans confort, même minimum. A l’heure ou je vous écris, elle est convoquée ce jour pour une confrontation avec le garde républicain responsable du coup de matraque, et à l’origine de la plainte, l’inculpation, et la garde à vue pour outrage et agression. L’entretien devrait je pense normalement se passer et ne pas donner de suite ni de condamnation. En effet, quand bien même la parole de cet homme vaudrait plus que celle de Carla, nous avons ici toutes les preuves de sa bonne foi. Par ailleurs, elle n’a pas porté plainte pour les coups reçus et l’arrestation abusive dont nous avons été victime. Selon nous, les forces de l’ordre, quelles que soient leurs vocations, leurs motivations, leur état d’esprit lors d’interventions, ces femmes et ces hommes restent avant tout des gens comme vous et moi qui ne font que suivre les ordre qu’on leur donne, et que leur fonction oblige à suivre sans discuter.

Je n’ai pas pensé à le demander lors de la signature. Je n’y ai songé qu’après être sorti, je me suis dit qu’une copie du procès verbal aurait été intéressante à produire en annexe de ce témoignage. J’ai donc téléphoné hier au poste qui m’avait accueilli la veille, afin de leur demander si il m’était possible de récupérer une copie de ma déclaration. On m’a répondu « impossible, on ne peut rien sortir du dossier ». J’en ai profité aussi pour prendre des nouvelles de Carla. En effet, autant je n’avais été gardé que quelques heures, pour m’entendre au sujet de mon interpellation pour « réunion illicite sur la voie publique », Carla, elle, a été gardée là bas en pour 24 heures de garde à vue. Carla est finalement sortie du poste de police le lendemain vers 18H après une nuit blanche, exténuée et désabusée.

Vendredi 24 juin 2011, 17h30

17H30, Carla est juste sortie de la confrontation avec le Garde Républicain qui avait porté plainte pour « outrage et agression » à laquelle elle était convoquée ce jour là. Pendant une heure, elle a été reçue au poste ou elle avait effectué sa garde à vue, et elle a été entendue par la commissaire en charge du dossier. Quatre des CRS qui nous avaient arrêtés étaient présents. Ils ont tous portés plainte contre elle.

Le Garde Républicain agressé par son crachat a soutenu ne pas avoir utilisé de matraque, mais un « tonfa ». La personne en charge de l’audition a demandé de ne pas jouer sur les mot. Les trois autres représentants de la République ont soutenu la victime, et donc déposé eux aussi une plainte pour avoir reçu des résidus de l’arme ayant servi à l’agression : des postillons issus du dangereux projectile. Lorsque Carla tentait de prendre la parole pour se défendre, et malgré le fait qu’elle reconnaisse devant l’auditoire qu’elle avait effectivement insulté, « agressé » avec un crachat, mais ayant agi sous le coup de la colère et de l’énervement, elle se heurtait à la partie adverse qui soit minimisait, soit grossissait, en tout cas, niait en bloc. Pourtant, vous avez vu les images de notre interpellation comme nous. Eux, non. Lorsqu’il a été porté à leur connaissance que ces images existaient, l’ambiance a soudainement changé. A la question « avez-vous quelque chose à ajouter ? » plus personne n’a répondu. Fin de l’entretien, Carla sera prochainement convoquée devant un juge qui statuera sur cette effroyable affaire.

Conclusion

Pour conclure sur cette histoire, je ferais court. Outre le fait que notre groupe de quatre dangereux manifestants ait pu enfreindre le cadre légal sur les rassemblements, outre le fait que le respect d’un membre des Forces de l’Ordre ait pu être bafoué par une réaction impulsive de la part d’une personne poussée dans ses retranchements, il n’empêche que nos droits les plus fondamentaux ont été malmenés pour arriver à une tel résultat : Une situation totalement absurde et absolument démesurée. Mobiliser des inspecteurs de Police, un procureur, un avocat, des médecins, une commissaire pour mener l’entretien de Vendredi, prochainement un tribunal et un juge, personnellement, c’est tout simplement disproportionné, et surréaliste. Des moyens démesurés, des bleus partout sur le corps et une immense perte de temps, je pensais que mes impôts étaient utilisés à bon escient, et non pour casser ainsi des bien déjà vaines initiatives individuelles. Je tiens pour finir à rappeler que je ne fais pas ici le procès des Forces de l’Ordre et des Gardiens de la Paix. Nous avons croisés après l’interpellation et durant la garde à vue de Carla des personnes aussi atterrées que nous de cette affaire, mais pourtant obligées de faire leur travail. Ce que je dénonce ici, ce sont les conditions incroyables dans lesquelles se sont passées ces événements, ainsi que les abus de pouvoir dont nous avons été, et sommes encore à cet heure les victimes. Jusqu’à ce que Carla reçoive sa convocation au tribunal et que le jugement final soit délivré, cette histoire reste en suspend.

Article 13 des droits de l’homme et du citoyen 1789, préambule de notre Constitution : La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

La Démocratie n’existe plus en France que sur du papier. Il s’agit de ce petit papier qui nous donne la sensation tous les cinq ans de faire entendre notre voix au sujet de l’avenir de notre pays et de l’intérêt général, on appelle ça un « bulletin de vote ». Mais il y a bien longtemps que les décisions vitales ne se prennent plus dans les sphères démocratiques du pouvoir. Ces sphères ne servent plus qu’à légaliser ce qui est décidé en amont, hors de notre champ de vision et de compréhension. Ce pouvoir par le peuple pour le peuple n’existe plus que dans nos livres d’histoire. J’en vois certains sourire, pourtant c’est la triste réalité.

Bienvenue chez nous, bienvenue à tous en Oligarchie.

Les PME paient beaucoup plus d’impôt que les grandes entreprises Véronique Le Baillon (Les Echos) Reporterre 2011/07/02 Véronique Le Baillon (Les Echos) (2 juillet 2011) Les PME paient beaucoup plus d’impôt que les grandes entreprises. Reporterre. fr

Les PME paient beaucoup plus d’impôt que les grandes entreprises

C’est une étude de huit pages qui ne va pas manquer de faire réagir le patronat et les partis politiques. Publiée hier soir par la Direction du Trésor, elle s’intitule sobrement « Le taux de taxation implicite des bénéfices en France ». Mais ses conclusions sont explosives : « Au titre de 2007, le taux implicite varie de 39 % pour les PME (de 10 à 249 salariés) à 19 % pour les grandes entreprises (de 5.000 salariés et plus) », indique l’étude. « Le taux implicite d’imposition des microentreprises (de moins de 10 salariés) s’établit à 37 % et celui des entreprises de taille intermédiaire (ETI) se situe, lui, dans la moyenne, à 28 %. »

Le taux implicite est un indicateur macroéconomique, rappelle le Trésor : c’est le ratio entre les recettes d’impôt sur les sociétés perçues par l’Etat et « son assiette économique mesurée par l’excédent net d’exploitation » (valeur ajoutée dont sont déduits les rémunérations, les impôts sur la production et l’amortissement du capital physique) de l’ensemble des entreprises (non financières).

Les écarts entre grands groupes et PME s’expliquent par deux types de facteurs : les règles d’assiette et la démographie des entreprises. Au titre du premier facteur, « la déductibilité des intérêts d’emprunt joue un rôle primordial dans les écarts observés », note le Trésor. TPE et PME pâtissent en revanche de leur « risque de disparition plus élevé ». Autrement dit, en disparaissant avant d’avoir pu faire jouer les mécanismes de report des déficits sur les bénéfices futurs, elles affichent un taux implicite supérieur à celui des grands groupes, plus stables.

L’étude nuance toutefois ces résultats par le ratio des prélèvements obligatoires rapportés à la valeur ajoutée. Les écarts sont alors resserrés : 32 % pour les PME, 29 % pour les grands groupes.

Si le taux implicite mérite donc d’être complété, il « est conforme aux choix retenus dans les comparaisons internationales », indique l’étude, qui se souvient des critiques contre le conseil des prélèvements obligatoires, quand celui-ci avait déjà pointé, sur la base de cette méthode, le fait que la pression fiscale pesant sur les grandes entreprises était beaucoup plus faible.

Flamanville est « un exemple d’esclavage moderne » Députés socialistes européens Reporterre 2011/07/02 Députés socialistes européens (2 juillet 2011) Flamanville est « un exemple d’esclavage moderne ». Reporterre. fr

Flamanville est « un exemple d’esclavage moderne »

Des députés européens ont visité le chantier du réacteur EPR, piloté par EDF à Flamanville (Manche). EDF a confié le chantier à Bouygues, qui a utilisé une agence de travail temporaire Atlanco basée en Irlande, qui aurait recouru à une filiale à Chypre pour recruter des travailleurs polonais...

Des eurodéputés influents du groupe des socialistes et démocrates ont dénoncé le vendredi 1 juillet les conditions d’exploitation de plusieurs centaines d’ouvriers du chantier de l’EPR sur le site d’EDF de Flamanville, première étape d’une mobilisation des instances européennes.

Une délégation d’eurodéputés socialistes et démocrates, emmenée par la présidente de la commission de l’Emploi du Parlement européen, la française Pervenche Berès et Estelle Grelier, députée de l’euro circonscription, a rencontré des représentants d’EDF, maître d’ouvrage et d’œuvre, et des syndicats, le 1er juillet sur le site de Flamanville.

« Nous sommes d’ardents partisans des grands chantiers européens. Mais ils doivent être socialement exemplaires. Il est inadmissible que des entreprises peu scrupuleuses contournent les lois sociales européennes et nationales pour exploiter des travailleurs », déclare Estelle Grelier, la socialiste française élue de la circonscription.

« De telles sociétés ne devraient pas être autorisées à opérer en Europe. Elles devraient être mises sur liste noire », estime la présidente de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales, Pervenche Berès. « Le sort des ouvriers européens de Flamanville est un cas typique de contournement des règles européennes sur le détachement des travailleurs. C’est un exemple d’esclavage moderne », souligne t-elle.

« Nous allons nous servir de ce cas pour exiger une nouvelle fois de la Commission Barroso une révision des règles sur les travailleurs détachés au sein de l’Union européenne afin de lutter contre le dumping social. Nous ouvrirons le débat dès la rentrée de septembre avec la Commission européenne », a annoncé Mme Berès. « Nous allons en outre exiger dans le cadre des marchés publics, des mesures pour clarifier les responsabilités sociales dans la chaîne des sous-traitants du maître d’ouvrage ».

« Dans le cas présent, le responsable du génie civil a fait appel à une société d’intérim pour recruter de la main d’œuvre. D’après nos informations, des Polonais ont été engagés. Ils ont payé des impôts et des cotisations sociales prélevés directement sur leur fiche de paie dont ils n’ont pas la trace. Dès que ces problèmes ont été rendus publics, les travailleurs ont été renvoyés chez eux du jour au lendemain sans autre forme de procès », expliquent Mme Berès et Mme Grelier.

« Je ne doute pas de l’intérêt de la Pologne, qui prend aujourd’hui la présidence semestrielle de l’Union européenne, pour ce dossier » ajoute l’eurodéputée.

« Il existe malheureusement trop d’exemples comme Flamanville en Europe », déplore l’eurodéputée allemande Jutta Steinruck. « Nous avons réalisé le grand marché, créé l’euro mais nous devons encore construire une Europe sociale qui garantisse l’égalité de traitement. Nous voulons l’application du principe ’à travail égal salaire égal’ sur le même lieu de travail », souligne Mme Steinruck.

« Ceux qui sont appelés à travailler dans autre Etat membre doivent avoir accès au droit syndical, à la sécurité sociale, à un salaire décent et à cotiser pour leurs droits à la retraite », estime l’eurodéputée allemande Jutta Steinruck.

Note pour la presse

La compagnie d’électricité française EDF construit un réacteur nucléaire de nouvelle génération représentant 5 milliards d’euros d’investissement. Elle a confié la réalisation effective du projet au géant de la construction, Bouygues. Quelque 3.300 personnes ont été engagées dont un millier d’intérimaires. Plus de la moitié des travailleurs sont d’origines polonaise, portugaise, roumaine et hongroise. Les soupçons portent sur l’agence de travail temporaire Atlanco dont le siège est en Irlande. Elle aurait fait appel à sa filiale basée à Chypre pour engager notamment plusieurs centaines de travailleurs polonais.

Ces ouvriers ont travaillé sur le chantier sans aucune couverture sociale alors que des cotisations ont été prélevées tous les mois par l’agence. De même, ils ont payé des impôts en France. L’agence n’aurait jamais indiqué ce qu’elle avait fait de cet argent.

« Le système politique français n’est plus exactement démocratique. Il est oligarchique. » Laurent Joffrin (Le Nouvel Observateur) Reporterre 2011/07/02 Laurent Joffrin (Le Nouvel Observateur) (2 juillet 2011) « Le système politique français n’est plus exactement démocratique. Il est oligarchique. ». Reporterre. Tribune — fr

« Le système politique français n’est plus exactement démocratique. Il est oligarchique. »

My God ! Laurent Joffrin reconnait la nature oligarchique du système politique actuel. Et il ne fréquente plus « Le Siècle » ! Mieux vaut tard que jamais.

Confession d’un ancien enfant du Siècle : pendant quelques années nous avons fréquenté ce club fermé de la classe dirigeante qui se réunit chaque mois place de la Concorde dans les salons de l’Automobile Club. Le rituel est immuable depuis la IVe République : un verre de champagne dans la grande salle qui donne sur l’Obélisque, un dîner médiocre autour de tables rondes servies dans un vaste salon désuet pour 200 personnes. Un « chef de table » anime la conversation. Certaines sont assommantes et font un cours de Sciences-Po ; d’autres sont plus libres et pimentent l’ordre du jour de rumeurs sulfureuses ou d’indiscrétions. Peu de femmes, presque pas de membres des « minorités visibles », une troupe aimable et diserte d’hommes blancs le plus souvent chauves et replets, qui tiennent entre leurs mains le devenir de la société française. L’extrême-gauche y voit l’antre mystérieux d’un complot contre le peuple, le quartier général du libéralisme à la française. En fait, il ne s’y passe rien de précis sinon une chose : la reconnaissance mutuelle des puissants, la légitimation d’un pouvoir, la discrète consécration d’une influence générale sur la direction du pays. Friand de tous les lieux discrets, le journaliste y glane des infos. Les puissants et les excellents y agitent les affaires courantes au fil d’échanges informels, membres d’une société de célébration élégante bien plus que d’un état-major de la guerre de classe. Tout le monde se sépare à 23 heures, avec sous le bras la liste des invités agrémentée de leur numéro de téléphone direct, sésame pour se constituer un réseau, ce qui est la vraie fonction pratique du Siècle.

Fondé naguère sous des auspices francs-maçons et tolérants, le club le plus prisé de l’establishment est devenu un symbole de fermeture, le symbole d’une classe dirigeante qui a perdu, progressivement, le sens des réalités. L’inégalité en France s’est tellement accentuée depuis vingt ans, entre les très riches et les autres, que les puissants, désormais, dînent sur un volcan. La fine fleur de la bourgeoisie méritante, qui conduisait traditionnellement la modernisation du pays, a rejoint aujourd’hui la superclasse née de la mondialisation. Ses revenus, souvent extravagants, son mode de vie, luxueux, ses valeurs, libérales et financières, l’ont changée en une nouvelle aristocratie. Par contrecoup, loin de la Concorde, dans les villes et les villages d’apparence paisible, un nouveau tiers état ronge son frein, classes moyennes entraînées par le « descenseur social », classes populaires engluées dans la crise, cadres de second rang tenus hors les murs. Nous sommes en 1788.

Point de révolution violente en vue, certes, de têtes au bout des piques, d’hymnes vengeurs ou d’émeutes sanglantes. Mais une vaste désaffection civique, une défiance universelle à l’égard des dirigeants et une élection présidentielle de 2012 où les partis de gouvernement risquent de connaître une déconvenue majeure, où le parti de l’intolérance – qui est aussi, hélas, celui des ouvriers – pourrait bien réaliser un score historique. Le système politique français, en effet, n’est plus exactement démocratique. Il est oligarchique. Il est concentré entre les mains de quelques-uns, les happy few, les nobles sans particule. Un exemple ? Depuis la crise financière, chacun reconnaît la nécessité de réformer le système bancaire et de limiter les revenus des traders et des dirigeants de la finance. L’opinion le pense, les experts le préconisent, les élus le veulent. Rien n’a été fait. Le lobbying bancaire, relayé par tout ce que l’oligarchie compte d’hommes influents, a fait échec à toutes les tentatives. Les exemples de cette nature abondent.

Il ne s’agit pas de contester la nécessité d’une élite, de nier que la compétence ou l’esprit entreprise méritent récompense, encore moins de donner un grand coup de faux égalitaire. Aussi bien cette dérive n’a pas entamé les libertés publiques ni privé le peuple du choix de ses représentants. Tous les partis ont voix au chapitre, même les plus hostiles à l’ordre établi : les approximations enflammées des théoriciens extrêmes n’ont pas de réalité.

Mais il faut bien constater, comme le montre l’enquête de Serge Raffy et l’ensemble de notre dossier, que vingt ans de libéralisation et d’adaptation à la mondialisation ont consacré la domination d’une mince couche dirigeante, dont les principes éthiques ont été minés par la morale du gain individuel. A l’élite d’entrepreneurs et de hauts fonctionnaires modernisateurs de l’après-guerre, dont les revenus étaient très confortables mais raisonnables, dont les comportements étaient plus discrets et les ambitions, sinon altruistes, du moins plus collectives, a succédé une bourgeoisie avide et tape-à-l’œil, issue de l’héritage ou du pantouflage, qui pense spontanément que ce qui est bon pour elle est bon pour le pays. Symétriquement, l’égalité des chances, qui est le grand principe de légitimité de la République, est contredite chaque année davantage. Géographiquement protégée, attentive à assurer la réussite scolaire de sa progéniture, prolongée par des réseaux sociaux bien organisés, la nouvelle aristocratie se reproduit d’une génération à l’autre, tournant le dos à la logique méritocratique qui rendait l’inégalité acceptable. Les statistiques le montrent : les chances des enfants de classes populaires d’accéder au sommet se réduisent ; la logique de l’héritage, culturel et patrimonial, s’impose avec toujours plus de force. Sous les atours d’une modernité chatoyante, un nouvel Ancien Régime chemine subrepticement. Arrêter cette marche insidieuse et dangereuse ou bien restaurer une forme de morale républicaine : c’est l’enjeu majeur de la politique française.

Hulot : si je ne suis pas désigné, « cela profitera à Jean-Louis Borloo et aux socialistes » Nicolas Hulot (Le Journal du dimanche) Reporterre 2011/07/03 Nicolas Hulot (Le Journal du dimanche) (3 juillet 2011) Hulot : si je ne suis pas désigné, « cela profitera à Jean-Louis Borloo et aux socialistes ». Reporterre. fr

Hulot : si je ne suis pas désigné, « cela profitera à Jean-Louis Borloo et aux socialistes »

Nicolas Hulot a reçu le Journal de Dimanche samedi dans sa maison de Saint-Lunaire. Le candidat à la présidentielle est heureux car on vient de lui enlever son plâtre. « Enfin une bonne nouvelle », plaisante-t-il, pressé de reprendre le sport.

Le Journal du Dimanche - Avez-vous été surpris par le résultat du premier tour ? Nicolas Hulot - Bien sûr. Je pensais que je ne gagnerai pas au premier tour. Mais je ne pensais pas que le score serait celui-là.

Avez-vous compris ? Le premier message est assez clair mais j’attends le deuxième tour pour tout analyser. Je veux voir si c’est la fin du bizutage.

Pensez-vous gagner le second tour ? Je pense que rien n’est joué et surtout je le souhaite pour l’écologie. Au-delà d’être le candidat d’Europe Écologie-Les Verts, je veux être le candidat de l’écologie. Les Français me jugent sur vingt ans d’engagement écolo et pour eux, je ne suis pas suspect. Leur confiance existe, ils étaient prêts à aller plus loin. Vingt ans de travail, vingt ans d’engagement, ça vaut certificat et c’est dommage que les convertis ne veuillent pas le voir. Et c’est dommage de ne pouvoir transformer cette confiance en adhésion. Mes états d’âme n’ont aucune importance mais mes ambitions écologistes restent très grandes.

Avez-vous commis des erreurs ? Non et si c’était le cas, je le dirais. Je n’ai aucun regret. Mon équipe et moi n’avons cédé à aucune facilité, ni de langage ni de méthode. Je gagnerai ou je perdrai avec dignité. On ne peut pas forcer les gens, on peut forcer le destin. La seule chose que je n’ai pas dite assez fortement, car il n’est pas dans ma nature de mettre mes trophées en avant, est que je suis écologiste depuis vingt ans. J’ai été un efficace brise-glace dans la société. L’espace que j’ai ouvert a profité à EELV. L’écologie est devenue un enjeu central et j’y ai une bonne part de responsabilité. J’ai eu des succès, comme l’entrée du principe de précaution dans la Constitution. Le pacte écologique a permis le Grenelle de l’environnement et la prise de conscience de la société. Cela a propulsé l’émergence d’EELV à laquelle ont contribué mes amis Pascal Durand et Jean-Paul Besset. Tout cela procède d’une même dynamique que je crois avoir initiée. Je dois le rappeler au moins une fois. Par moments, la modestie ne paye pas.

N’êtes-vous pas parti trop tard en campagne ? Je n’étais pas prêt avant. Et si le score est confirmé, un mois de plus n’aurait rien changé. L’histoire des Verts est faite de rebondissements, ils n’obéissent pas aux logiques habituelles. Dans cette campagne, j’ai montré que je savais traverser des épreuves, que je savais aussi peser mes mots et mes réactions. Quand surviennent des affaires comme celle de DSK, je ne cède pas à la réactivité ambiante. Je ne juge qu’aux regards des faits et en l’occurrence, encore aujourd’hui je ne les connais pas. Mais il y a un fait dont on est sûr, c’est la réaction de Bernard Debré et je l’ai trouvée ignoble. Il y a des moments où le silence est d’or. Dans un registre identique d’autres ont assimilé Jacques Chirac à Pinochet, ces formules juste pour plaire aux militants ne seront jamais dans mon arsenal.

Regrettez-vous d’avoir évoqué le tandem que vous aviez envisagé avec Jean-Louis Borloo ? J’aurais juste préféré dire cette phrase deux jours plus tard pour ne pas gêner Cécile Duflot au moment du congrès. J’assume ce que j’ai dit, pas l’interprétation qui en a été faite pendant que je dormais. Ce dialogue, je l’ai eu. Et j’assume de souhaiter la bienvenue à celles et ceux qui demain partageront nos valeurs et nos objectifs. EELV n’est pas un club privé. Je veux être le candidat des écologistes et de tous ceux qui sont prêts à remettre en cause le libéralisme et le productivisme, qui sont la cause des crises que l’on traverse. Je veux porter l’écologie au pouvoir et pour ça, soit on se flatte entre convertis, soit on s’ouvre aux autres.

N’êtes-vous pas trop « gentil » pour faire de la politique ? Je ne sais pas faire autrement avec des gens avec lesquels je partage un combat. Je ne vais pas me renier, l’agressivité en politique n’est pas la meilleure manière de convaincre. Peut-être que ça fonctionne dans certains cercles, mais je ne suis pas comme ça. Si je ne suis pas choisi, je continuerai d’être écologiste. Ce chemin-là, je l’emprunterai ad vitam æternam.

Avez-vous été victime d’un délit de sale gueule ? Je ne découvre pas la nature humaine, mais j’observe avec un certain étonnement une forme de perversité de ceux qui me pressaient d’y aller et qui n’ont eu de cesse après de me brocarder. Ça m’attriste, ça m’étonne, mais je ne somatise pas.

Avez-vous vraiment voulu tout arrêter au soir du premier tour ? Non, j’ai écouté et autour de moi, certains étaient accablés. Mais j’ai pensé que tout n’était pas perdu. Et dans un scrutin à deux tours, on va jusqu’au bout par respect pour les électeurs et les électrices. J’encaisse les choses, mais je rebondis très vite. Je ne joue pas ma vie ou une carrière personnelle. Il n’y aura pas de blessure narcissique, mais une tristesse car on va peut-être manquer l’Histoire..

Vous ne jouez pas votre carrière mais vous avez fait des sacrifices pour vous lancer en politique, vous avez arrêté Ushuaïa, quitté votre fondation ? Oui, j’ai sacrifié tout ce que j’avais, j’ai clarifié la situation à tous points de vue. Mais ma vie et mon engagement ne s’arrêtent pas là.

Mais il y a des codes en politique… Certains arrivés récemment en politique les ont épousés très vite. Je ne veux pas souscrire à certaines modalités. La fin ne justifie pas tous les moyens.

Que pouvez-vous faire pour inverser la tendance et gagner la primaire ? Parler comme je le fais avec vous, demander à chacun et chacune de se projeter dans trois ou quatre mois. Bien rappeler que mon idée n’est pas de me dissoudre dans le PS, mais de porter l’autonomie de l’écologie. Et si le choix se confirme, les écolos resteront entre eux et cela profitera à Jean-Louis Borloo et aux socialistes, pas aux écologistes. Je veux répéter ce que j’avais dit à Lyon en novembre sans être entendu : « Il faut cesser de mijoter nos préjugés comme si nous avions l’éternité devant nous. »

Si vous êtes désigné, quelle place aura Eva Joly ? La place dont nous conviendrons ensemble dès lors qu’on sera dans la loyauté, la confiance. Dès lors que désormais les mots auront un sens. Car les mots précèdent les actes et parfois les postures frôlent l’imposture. À Lille, le spectacle que nous avons donné fut affligeant et dévastateur pour l’écologie. Quand on a cédé à tout ça, qu’on n’est pas capable d’avoir un peu de nerfs, quand on met en avant nos divisions, ça fait 3%.

Et si Eva Joly est désignée, quelle sera votre place ? Ce qui vaut pour moi vaut pour Eva. Si elle est candidate j’aurai une discussion en tête à tête avec elle comme j’en ai eu avant de me lancer et on fera le point sur les engagements qu’on avait pris. En même temps, je peux bien comprendre qu’Eva n’ait pas envie d’avoir à ses côtés un ex-animateur de télé et un représentant des multinationales.

Vous arrêterez la politique ? Je ne ferai rien qui contrarie les écologistes, je ne rejoindrai pas un autre candidat et je ne me présenterai pas seul. J’ai une parole et je m’y tiens.

Incendie à la centrale du Tricastin : y-a-t-il eu dégagement de dioxine ? Collectif antinucléaire Vaucluse (CAN 84) Reporterre 2011/07/04 Collectif antinucléaire Vaucluse (CAN 84) (4 juillet 2011) Incendie à la centrale du Tricastin : y-a-t-il eu dégagement de dioxine ?. Reporterre. fr

Incendie à la centrale du Tricastin : y-a-t-il eu dégagement de dioxine ?

Le transformateur électrique de la centrale nucléaire du Tricastin (côté Saint-Paul-Trois-Châteaux - Drôme), qui a explosé samedi 2 juillet 2011 vers 15h30 et entraîné l’arrêt provisoire de la centrale peut-il avoir dégagé de la dioxine car contenant encore du pyralène ? EDF aurait-il pu ne pas avoir encore procédé au remplacement des transformateurs au pyralène pourtant interdits depuis des années ?

Le vent assez fort venant du nord (mistral) a entraîné le panache de fumée au long du Rhône et était visible de très loin et notamment de l’autoroute A7 située en vue à moins de 300 m juste de l’autre côté du canal du Rhône de Donzère Mondragon.

Si EDF affirme que le réacteur était à l’arrêt lors de l’explosion et de l’incendie du transformateur, cet arrêt fait suite à un arrêt récent en juillet et août 2010 pour maintenance et rechargement du combustible. Or le réacteur N°1 à eau pressurisée (REP) de 900 MW, construit en 1974 et mis en activité en 1980 à vue son exploitation prolongée pour 10 ans par l’ASN après sa troisième visite décennale. Mais dans le même temps l’ASN a publié une liste impressionnante de travaux de mise en conformité (32) a effectuer.

Il est donc paradoxal qu’un transformateur principal non alimenté servant, selon EDF : « à l’évacuation de la production d’électricité vers le réseau électrique national » puisse exploser !

Avec des transfos au pyralène : EDF est-il encore hors la loi depuis des années ?

Tous les transformateurs antérieurs aux années 1985 installés sur le site nucléaire d’EDF ou d’AREVA du Tricastin sont chargés en fluide caloriporteur inflammable PolyChloroBiphényle (PCB), encore appelé pyralène. A partir de 1985 le pyralène a été interdit lorsqu’il est apparu qu’il présentait un danger pour l’homme et l’environnement (1).

AREVA et COGEMA, qui possèdent plusieurs centaines de transformateurs chargés au pyralène, dont une majorité sur le site de l’usine George Besse du Tricastin, ont prévu un plan d’élimination de manière contrôlée par des entreprises agréés de tous les transformateurs, en principe avec un achèvement prévu fin 2010. EDF gestionnaire des 4 réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin a délégué cette opération à ETDE (filiale de Bouygues Construction) en 2008. Bouygues accédant ainsi pour la première fois par le biais de cette sous-traitance à un marché jusqu’à présent réservé aux majors de l’électricité.

Les remplacements des transformateurs au pyralène par des transformateurs secs de la centrale nucléaire du Tricastin doivent se réaliser lors d’arrêts de tranche et nécessitent huit à dix jours d’arrêts ce qui oblige, selon les termes mêmes de l’opérateur « ...de connaître parfaitement les contraintes techniques et les exigences d’EDF en matière de sécurité, sûreté, qualité et environnement ».

Le Collectif antinucléaire 84 posent une séries de questions précises

Compte-tenu du fait que les précédents ne manquent pas où EDF a occulté ou minimisé de possibles contaminations soit par dioxine ou fumées toxiques, le Collectif antinucléaire de Vaucluse (CAN84) posent une série de question à EDF et à l’ASN :

- Quelle est l’origine exacte de l’arrêt du réacteur n°1 ? - Quelle est l’origine de l’explosion du transformateur non alimenté, puisque l’alternateur était à l’arrêt ? Le transformateur qui a explosé, puis brûlé, était-il le nouveau chargé en huile minérale ou végétale ou bien celui d’origine chargé en pyralène ? - L’explosion et l’incendie sont-elles dues suite aux travaux d’ETDE de démantèlement du transformateur ?

Les réponses à ces questions sont essentielles car elles vont conditionner la suite des événements, à savoir : dans le nuage de fumée et les suies d’un transformateur en feu chargé au pyralène, il peut y avoir la présence de dioxine. En conséquence il est fondamental de savoir si nous sommes en présence d’une pollution environnementale à la dioxine (majeure ?) dans le couloir rhodanien.

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Note :

(1) Le plan national de décontamination et d’élimination des appareils contenant des PCB a été approuvé par l’Arrêté du 26 février 2003 (document approuvé le 18 décembre 2002 par la commission PCB, Avis favorable du Conseil Supérieur des Installations classées en date du 23 janvier 2003).

Le sort imposé à la Grèce menace la démocratie Amartya Sen Reporterre 2011/07/04 Amartya Sen (4 juillet 2011) Le sort imposé à la Grèce menace la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Le sort imposé à la Grèce menace la démocratie

« Il est temps de se poser de graves questions quant au risque que représente, pour la gestion démocratique de l’Europe, le rôle monstrueusement boursouflé des institutions financières et des agences de notation, qui font désormais la loi en toute impunité sur des pans entiers de la vie politique européenne. »

Dans la pratique de la démocratie, l’Europe a été le phare du monde. Il est par conséquent inquiétant de constater que les dangers qui menacent la forme démocratique de gouvernement, se faufilant par la petite porte des priorités financières, ne suscitent pas l’attention qu’ils méritent. Il est temps de se poser de graves questions quant au risque que représente, pour la gestion démocratique de l’Europe, le rôle monstrueusement boursouflé des institutions financières et des agences de notation, qui font désormais la loi en toute impunité sur des pans entiers de la vie politique européenne. Il faut prendre en compte deux problèmes distincts.

Le premier a trait à l’importance des priorités démocratiques, y compris ce que Walter Bagehot et John Stuart Mill [deux économistes britanniques] considéraient comme la nécessité de "gouverner par le débat". Admettons par exemple que les grands patrons de la finance aient une vision réaliste de ce qu’il faut faire. Cela nous inciterait à les écouter dans le cadre d’un dialogue démocratique. Ce qui n’a rien à voir avec le fait de confier aux institutions financières internationales et aux agences de notation le pouvoir unilatéral de commander à des gouvernements démocratiquement élus.

De plus, on voit mal comment les sacrifices que les grands capitaines de la finance exigent de pays en situation de précarité permettraient de garantir la viabilité à terme de ces derniers ou la continuation de l’euro sans infléchir la tendance à l’intégration financière ni modifier la composition du club de la monnaie unique. Les diagnostics qu’émettent les agences de notation sur les problèmes économiques n’incarnent pas la voix de la vérité, contrairement à ce qu’elles prétendent. Rappelons, à toutes fins utiles, que leurs accomplissements, quant il s’est agi de noter des institutions financières et commerciales avant la crise économique de 2008, ont été si désastreux que le Congrès américain a un temps envisagé sérieusement de les poursuivre en justice.

Puisqu’une grande partie de l’Europe s’efforce aujourd’hui activement de juguler la dette extérieure en réduisant impitoyablement les dépenses publiques, il est essentiel d’étudier avec réalisme l’impact probable que pourraient avoir ces mesures, tant sur les gens que sur la production de revenus publics par le biais de la croissance économique.

Certes, les grands discours qui parlent de "sacrifice" ont un effet enivrant. C’est la philosophie du "bon" corset : "Si Madame s’y sent à l’aise, alors, c’est qu’il lui en faut un plus petit". Toutefois, si l’on lie trop étroitement les appels à la pertinence financière à des coupes budgétaires brutales, on risque fort de tuer la poule qui pond les œufs d’or de la croissance.

Cette inquiétude vaut pour plusieurs pays, de la Grande-Bretagne à la Grèce. Le caractère universel d’une stratégie de réduction des déficits qui promet "du sang, de la sueur et des larmes" confère un certain degré de plausibilité à ce que l’on impose à des pays plus fragiles comme la Grèce ou le Portugal. Mais il est du même coup plus difficile à l’Europe de s’exprimer d’une voix politique unie face à la panique déclenchée sur les marchés financiers.

En dehors d’une vision politique plus ambitieuse, c’est une réflexion économique plus limpide qui est nécessaire. La tendance à ignorer l’importance de la croissance économique dans la création de revenus publics devrait être auscultée de plus près. On a observé un lien puissant entre la croissance et les revenus publics dans de nombreux pays, de la Chine et de l’Inde aux Etats-Unis et au Brésil.

Là encore, nous devrions tirer les leçons de l’histoire. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les formidables déficits publics de bien des Etats avaient été la source d’une grande inquiétude, mais ce fardeau s’était rapidement allégé grâce à une croissance économique rapide. De même, l’impressionnante dette publique à laquelle le président Clinton a été confronté quand il a pris ses fonctions en 1992 s’est évaporée durant son mandat, en grande partie grâce à une vigoureuse croissance économique.

En Grande-Bretagne, bien sûr, il n’y a pas de raison de craindre que la démocratie soit menacée, puisque cette politique a été choisie par un gouvernement porté au pouvoir par les urnes. Même si la mise en place d’une stratégie qui n’avait pas été dévoilée avant l’échéance électorale peut être sujette à caution, c’est le genre de liberté dont jouit le vainqueur élu dans un système démocratique. Mais il n’en est pas moins nécessaire d’avoir recours à un plus large débat public, même en Grande-Bretagne. Tout comme il faut reconnaître que la politique restrictive décidée par Londres semble conférer de la plausibilité aux politiques encore plus rigoureuses imposées à la Grèce.

Comment certains pays de la zone euro en sont-ils arrivés là ? Le lancement d’une monnaie unique sans davantage d’intégration politique ou économique, idée des plus saugrenues, a certainement joué un rôle, au-delà même des transgressions financières incontestablement commises par des pays comme la Grèce et le Portugal (et même si Mario Monti a eu tout à fait raison de rappeler qu’une culture de “déférence excessive” dans l’UE a donné libre cours à ces transgressions).

Le gouvernement grec — et en particulier son Premier ministre, George Papandréou — met tout en œuvre pour sortir de la crise, malgré les résistances politiques, mais la bonne volonté d’Athènes ne dispense pas l’Europe de vérifier le bien-fondé des exigences — et du calendrier — imposées à la Grèce.

C’est une piètre consolation de me rappeler que j’étais fermement opposé à l’euro, tout en étant très favorable à l’unité européenne. Mon inquiétude à propos de l’euro était liée pour une bonne part au fait que chaque pays allait perdre la marge de manœuvre laissée par la politique monétaire et les ajustements des taux d’intérêts, ce qui par le passé avait été d’un grand secours à certains pays en difficulté. Au lieu de quoi aujourd’hui il faut déployer des efforts désespérés pour stabiliser les marchés financiers, au détriment du niveau de vie des citoyens.

L’Europe pourrait se passer de la liberté monétaire si par ailleurs elle était intégrée sur le plan politique et budgétaire (comme c’est le cas des Etats des Etats-Unis), mais en optant pour ce compromis qu’est la zone euro, l’UE est allée droit la catastrophe. Le formidable projet politique d’une Europe unie et démocratique s’est vu adjoindre une intégration financière incohérente.

Aujourd’hui, repenser la zone euro poserait de nombreux problèmes, mais ceux-ci doivent être débattus intelligemment : il ne faut pas laisser l’Europe dériver au gré des vents de la finance, prisonnière d’une pensée étriquée, au bilan catastrophique. Avant tout, il faut commencer par limiter la capacité des agences de notation à imposer leurs diktats. Ces agences sont difficiles à discipliner, malgré leurs résultats peu reluisants, mais les gouvernements peuvent peser dans la balance s’ils font entendre leur voix tout en recherchant des solutions, en particulier avec l’appui des institutions financières internationales. Il faut de tout urgence mettre fin à la marginalisation de la tradition démocratique de l’Europe. La démocratie européenne revêt une grande importance pour l’Europe — et aussi pour le reste du monde.

Quand Strauss-Kahn faisait du lobbying pour EDF Hervé Kempf Reporterre 2011/07/04 Hervé Kempf (4 juillet 2011) Quand Strauss-Kahn faisait du lobbying pour EDF. Reporterre. fr

Quand Strauss-Kahn faisait du lobbying pour EDF

Un des pionniers modernes du trafic d’influence est Dominique Strauss-Kahn, directeur en 2010 du Fonds monétaire international. Il était en 1991-1992 ministre français de l’industrie. Revenu à la vie civile, il se transforme en consultant offrant ses services bien rémunérés aux grandes entreprises dont il était précédemment le ministre de tutelle. Il mène ainsi, entre autres, une efficace action de lobbying contre le projet de taxe sur l’énergie discutée en 1993 à Bruxelles pour lutter contre le changement climatique.

La confusion des genres atteint son summum avec son contrat pour Électricité de France (EDF). Celle-ci voulait développer un nouveau type de réacteur dit EPR, avec l’Allemagne, mais s’inquiétait de la position du SPD, le Parti social-démocrate, dans un pays où les écologistes étaient influents. Strauss-Kahn mena donc plusieurs missions en Allemagne, afin de convaincre ses collègues du SPD des bienfaits du nucléaire. Mais il se présentait sous sa casquette de membre du Parti socialiste, sans indiquer qu’il travaillait en fait pour EDF (1).

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Note :

(1) Giret, Vincent, & Le Billon, Véronique, Les vies cachées de DSK, Seuil, 2000, p. 138 et p. 146 sq.

Énergie : décadrer le débat, d’urgence, un pas de côté ! Corinne Morel Darleux Reporterre 2011/07/05 Corinne Morel Darleux (5 juillet 2011) Énergie : décadrer le débat, d’urgence, un pas de côté !. Reporterre. Tribune — fr

Énergie : décadrer le débat, d’urgence, un pas de côté !

Dérèglement climatique, pic de pétrole, épuisement des ressources, extraction des gaz de schiste, dangers du nucléaire : la transition énergétique n’est plus un "défi" mais une absolue nécessité. Pour y répondre, il faut sortir du discours dominant et d’urgence faire un pas de côté... Et un pas en avant.

Un pas de côté : dans nos débats sur l’énergie, il est trop souvent question de trouver la « meilleure » source d’énergie, question qui nous mène au mieux droit dans le débat d’experts, au pire dans l’échange de noms d’oiseaux. Or la vraie question porte non sur la production, mais sur la demande : tant qu’on persistera dans le système productif actuel, la demande continuera à croître, et la machine infernale à polluer, à détruire, à aller forer la dernière goutte d’hydrocarbure, la dernière bulle de gaz, toujours plus profond, plus dangereux et plus autoritaire. Cette machine à faire des profits sur le dos des peuples et de la nature trouvera de nouvelles aberrations pour faire des profits. Hydroaisen au Chili, Schuepbach en Ardèche, BP en Louisiane, Tepco au Japon... Les exemples ne manquent hélas pas de la cupidité prenant le pas sur le plus élémentaire souci de préservation de l’humanité.

Or la seule source d’énergie réellement propre, et les plus grosses réserves aujourd’hui inexploitées, c’est l’énergie qu’on ne consomme pas ! Trop souvent on s’empresse dans les sphères politiques et économiques, de vanter les mérites du développement des énergies renouvelables, sans poser la question de nos consommations. Et pour cause : voilà un nouveau marché juteux, qui permet au capitalisme vert de faire de nouveaux profits sans remettre en cause le système. Touchez à la demande, en revanche, et ce sont tous les rouages productivistes qui sont menacés.

Les énergies renouvelables doivent être développées, certes. Mais via des unités de production décentralisées, pilotées dans un cadre national garantissant l’égalité d’accès, et uniquement pour satisfaire les besoins restant une fois actionnés au maximum les deux leviers de réduction de nos consommations : la sobriété et l’efficacité énergétiques. C’est, après le pas de côté, le pas en avant. Ce que nous appelons au PG la planification écologique. Pas une planification de retour aux soviets, évidemment, mais une planification démocratique et décentralisée, qui englobe la question de l’énergie dans un plan de rupture plus vaste. Car on ne peut pas parler sérieusement de transition énergétique sans poser la question de ce qu’on consomme, de ce qu’on produit et de comment on le produit. En couplant systématiquement les trois critères qui devraient guider toute politique de gauche aujourd’hui : utilité sociale, impact environnemental et démocratie réelle.

La planification écologique que propose le Parti de gauche est un processus permettant de planifier, sur le long terme et en dehors des logiques marchandes, cette transition. En matière énergétique, cela passe par un pôle public de l’énergie avec EDF, GDF, Areva et Total à 100% publics. Mais le retour au public ne suffit pas. Un déchet nucléaire, même public, reste radioactif. Une pollution de la nappe phréatique, même causée par un opérateur public, reste inacceptable. Il faut donc que ce pôle public soit placé sous contrôle citoyen. Comme l’a démontré Elinor Ostrom, prix Nobel d’Economie, l’implication des usagers dans la gestion des biens communs est non seulement gage de démocratie, mais également d’efficacité économique, bien plus que les intérêts capitalistes qui ont largement démontré leur incapacité à gérer les ressources et infrastructures, que ce soit dans le domaine de l’eau, de l’électricité ou du rail.

Ce pôle public de l’énergie doit être mandaté pour engager des mesures de rupture fortes. Le scénario Negawatt démontre qu’il est possible sur une trentaine d’années de sortir du nucléaire (avec pour le PG une décision immédiate d’arrêt de tous les projets de type EPR et la fermeture des centrales arrivées en fin de vie), et de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre. Et c’est possible sans perdre en qualité de vie, bien au contraire. Cela passe pour nous par une politique volontariste de rénovation thermique, par la suppression des mésusages tels que les écrans de publicité lumineux, par le ferroutage, par le développement de l’agroécologie (permettant également de réduire la dépendance au pétrole), par la réindustrialisation sous des formes coopératives, ou encore par la recherche dans le rendement énergétique. Toutes ces mesures permettront à la fois de créer des emplois, de combattre la mondialisation libérale, et de changer de modèle pour aller vers une société du buen vivir.

C’est possible, si cela s’accompagne de ruptures quasi civilisationnelles : réduction drastique de la publicité, ce moteur du consumérisme, lutte contre l’obsolescence programmée, adoption de nouveaux indicateurs au delà du PIB, mise à bas du sacro-saint diptyque croissance-redistribution, mesures de protectionnisme social et écologique, extension de la gratuité et fiscalité plus progressive, et enfin par une politique courageuse face à une classe de mégariches afin de remettre l’argent là où il n’aurait jamais du cesser d’être : au service du peuple.

Il faut enfin faire preuve de cohérence et dire clairement que toutes ces mesures ne seront possibles qu’en acceptant de rentrer en résistance face aux directives européennes lorsqu’elles sont contraires à l’intérêt général : privatisation du rail et de l’énergie, interdiction des mesures de relocalisation et des barrières douanières... alors que cette institution ne bénéficie d’aucune légitimité populaire et dépend d’un traité de fonctionnement qui nous a été imposé malgré le non au référendum de 2005 ! Elles impliquent enfin également de s’affranchir des carcans de la « concurrence libre et non faussée » et des politiques libérales de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale. La transition sera internationaliste et solidaire ou ne sera pas. L’écologie sera radicale et sociale et vaincra.

Center Parcs défait dans l’Isère Stéphane Peron Reporterre 2011/07/05 Stéphane Peron (5 juillet 2011) Center Parcs défait dans l’Isère. Reporterre. Center Parcs et Roybon fr

Center Parcs défait dans l’Isère

Le projet de Center Parcs dans les Chambaran vient de subir une défaite judiciaire. Mais la bataille n’est pas finie.

23 juin 2011 : Suite à nos recours, le tribunal administratif de Grenoble annule : - la révision simplifiée du PLU de Roybon autorisant la construction d’un Center parcs, - le permis de construire relatif à ce projet.

Je rappelle que ce projet aqua-ludique, bâti sur un montage financier juteux (ventes cottages à des particuliers jusqu’à 5.000€ le m2 grâce aux niches fiscales LMNP et assimilées), prévoit d’implanter 1.000 maisons (qui consommeront l’équivalent d’une ville de 7.500 habitants en eau) en pleine forêt au sommet de 2 bassins versants et notamment sur les sources de L’herbasse en amont de zones ZNIEFF et Natura 2000.

Nous nous réjouissons d’avoir gagné même si ce n’est pas le fond qu’ont retenus les juges, à savoir l’intérêt général, puisque c’est évidemment le fond du dossier qui nous motive pour combattre ce projet à savoir : Ce projet n’est pas bon pour la collectivité.

Avec le même argent que les collectivités sont prêtes à donner pour ce projet (30 millions d’euros), on peut créer 4 fois plus d’emplois durables à temps plein et qualifiés, dans des secteurs en demande, et en moins d’un an... au lieu des emplois précaires prévus et des ravages sur l’environnement et en particulier, sur l’eau. Rappelons que le sud-est de la France est appelé à manquer de précipitations dans les années à venir. Aujourd’hui la nappe du Bas Dauphiné est déjà à son niveau historiquement le plus bas ( http://www.brgm.fr/brgm/includes/ac...

Une énergie sale Hervé Kempf Reporterre 2011/07/07 Hervé Kempf (7 juillet 2011) Une énergie sale. Reporterre. Tribune — fr

Une énergie sale

Un des heureux moments de ma vie professionnelle intervint lorsque j’eus l’honneur d’animer la rubrique Nature du Journal de Mickey. Il s’agissait souvent d’expliquer simplement des choses compliquées. Un exemple de question infantile, donc absolument pertinente, est celle-ci : l’énergie nucléaire est-elle une énergie « propre » ou une énergie « sale » ?

Cher ami lecteur, certaines grandes personnes disent que l’énergie nucléaire est « propre » parce que pour la produire, il n’y a pas besoin d’émettre de gaz carbonique. Or le gaz carbonique est un gaz à effet de serre : il empêche une partie des rayonnements infrarouges émis par la terre de partir vers l’espace. Quand ces rayons sont emprisonnés par le gaz carbonique dans l’atmosphère, celle-ci se réchauffe. Et le réchauffement de l’atmosphère, s’il se continue, aura des conséquences très néfastes sur la vie des humains. Il faut donc limiter les émissions de gaz carbonique.

Cependant, l’énergie nucléaire n’est pas totalement exempte de gaz carbonique. En effet, pour la produire, il faut chercher de l’uranium dans les mines, transformer l’uranium, et construire les réacteurs dans lesquels l’uranium produit l’électricité. Tout cela entraîne des émissions de gaz carbonique - mais beaucoup moins que quand on fait de l’électricité en brûlant du charbon.

Surtout, le gaz carbonique n’est malheureusement pas la seule « saleté » du monde de l’énergie. Quand on produit de l’électricité avec de l’uranium, celui-ci dégage une forte radioactivité. La radioactivité est un phénomène dans lequel les atomes de certaines matières relâchent de petites particules. Si ces particules vont frapper un être vivant, elles peuvent provoquer chez lui des maladies, notamment le cancer. Il faut donc se protéger au maximum de la radioactivité.

Or les centrales nucléaires contiennent une quantité énorme de radioactivité. Parfois, elles explosent, comme en 1986 à Tchernobyl et en 2011 à Fukushima. Cela entraîne une dissémination de la radioactivité, si bien que les alentours deviennent dangereux : sur des milliers de kilomètres carrés, les habitants doivent s’en aller vivre ailleurs.

Il y a aussi énormément de radioactivité dans l’uranium, une fois qu’il a brûlé dans le réacteur. Comme cette radioactivité peut durer jusqu’à des milliers d’années, il faut enfermer très soigneusement l’uranium brûlé (un déchet très dangereux). A vrai dire, on ne sait pas quoi en faire.

Donc tu vois, cher ami lecteur, l’énergie nucléaire est elle aussi « sale ». Si quelqu’un te dit qu’elle est propre, c’est qu’il est ignorant ou malhonnête.

Vinci, bétonneur mondial, est partout StopVinci Reporterre 2011/07/07 StopVinci (7 juillet 2011) Vinci, bétonneur mondial, est partout. Reporterre. fr

Vinci, bétonneur mondial, est partout

« Vinci est partout. Si certaines de ses tentacules sont rendues visibles par quelques projets, les autres oeuvrent dans l’ombre en s’appuyant sur l’acceptation et l’isolement des individus. ». Une campagne contre ce trust est nécessaire

Malgré la crise apparente, le capitalisme reste en expansion et cherche toujours à conquérir du pouvoir sur nos vies. Les débrouilles quotidiennes, la moindre bribe d’autonomie, le petit savoir-faire, la dernière pratique collective sont intégrés au marché ou rendus illégaux. Il s’adapte à tous les contextes politiques et peut se montrer ultra-violent et prédateur ou consultatif et éco-responsable selon les besoins, pour maintenir le cap du profit de quelques uns.

Parmi les outils à sa disposition, figure en bonne place la maîtrise de l’espace. Le déracinement des populations est depuis longtemps une manière de les rendre dépendantes de la société de consommation et soumises au marché du travail. Dans le même temps, le territoire qui permettait leur subsistance est réorienté et rentabilisé dans une logique de profit. Chaque espace doit avoir son orientation économique, de la zone industrielle à la plaine céréalière centralisée , en passant par la région montagneuse, sa détente pour riches et son énergie bois. Quand chaque région devient spécialisée, un schéma global de transport à grande vitesse s’impose. Le quadrillage des voies de communication garantit la cohérence de l’ensemble. Alors pullulent les grands projets qui relient les pôles entre eux : lignes Très Haute Tension, Lignes Grande Vitesse, autoroutes, ceintures périphériques, métros, tramways, boulevards, tunnels, aéroports, qui alimentent ou permettent d’autres grands projets tels que complexes nucléaires, barrages hydrauliques, terminaux pétroliers, parcs éoliens, zones commerciales, grands stades et urbanisation des campagnes.

Pour de telles réalisations, la recette est toute trouvée : les partenariats public-privé (PPP) Ils permettent d’allier la légitimité démocratique, la maîtrise de l’ensemble géographique, la finance publique et les forces de l’ordre de l’Etat ou des collectivités locales aux savoir-faire, réseaux et réalisme commercial et sans scrupule de grands groupes privés omnipotents. Ceux-ci proposent de prendre en charge l’ensemble des projets, de la construction à la gestion commerciale. Des entreprises comme Eiffage, Bouygues ou Vinci se partagent un gâteau monumental et sans cesse renouvelé. Les grands projets phares y sont des vitrines pour leur image de marques, des actionnaires confiants et du profit boursier. Mais la multitude de leurs interventions sur l’espace (aménagements urbains, rénovations de quartiers, ronds-points, zones commerciales, vidéo-surveillance…) est leur business quotidien. Sous prétexte de progrès et de services rendus à la communauté, ces partenaires vont toujours plus loin dans la colonisation de nos vies. Tout est fait pour que rien ne leur échappe et que chaque geste du quotidien soit rentable et contrôlable. Décomplexés, ils l’affirment haut et fort : « Eurovia aménage votre cadre de vie » !

En 2000, Vinci devient le « premier groupe mondial de construction-concession », après avoir été vendu par Vivendi à des actionnaires. En 2009, il participe à 240.000 chantiers dans plus d’une centaine de pays ; Avec 5% de croissance en 2010, son chiffre d’affaire atteint 33,4 milliards d’euros et son carnet de commande augmente de 15%.

Il est un des collaborateurs favoris des pouvoirs publics mais il sait aussi se mettre au service du privé. Le projet ITER de fusion nucléaire est implanté à titre d’expérimentation internationale sur le site de Cadarache (Bouches-dui-Rhône). Avec Areva – son partenaire jusque dans les mines d’uranium au Niger ou ailleurs – et malgré les nombreuses voix qui s’opposent à cette nouvelle absurdité mégalomaniaque, Vinci construit le désastre…

La Ligne Grande Vitesse Sud Europe Atlantique est un projet très contesté dans les régions concernées. Plusieurs collectifs et associations organisent des manifestations pour dire stop aux grands projets destructeurs et coordonner des actions en Europe.

A Notre-Dame des Landes (Loire-Atlantique), depuis 40 ans, un projet d’aéroport international s’inscrit dans une expansion de la métropole Nantes/Saint-Nazaire. Aujourd’hui, Vinci s’est emparé de ce chantier pionnier : un aéroport éco-labellisé. Le groupe et ses alliés publics entendent mener les travaux à terme, tout en prétendant respecter une démarche démocratique : par exemple, une enquête publique encadrée par une multitude de gendarmes et de gardes mobiles. Face à cette hypochrisie, les terrains concernés par le projet sont occupés et le combat s’intensifie.

L’autoroute que construit Vinci entre Moscou et Saint-Pétersbourg saccage entre autres, à Khimki, la dernière forêt moscovite. Noyé dans la corruption, ce projet d’expansion urbanistique s’impose aux habitants et n’avance qu’à coups de violences policières contre les opposants. Le campement de résistance installé dans la forêt a également été la cible d’attaques par des milices fascistes. Le tabassage, les tortures, les menaces, les inculpations pénales et les assassinats sont certains des moyens de répression mis en oeuvre par le capital afin de défendre ses propres intérêts sous prétexte de travaux publics.

Une campagne contre Vinci ?

Parce que la machine qui nous domine est diffuse et omniprésente, il paraît difficile d’imaginer comment s’en émanciper. Une des stratégies possibles est de faire converger des forces en ciblant un de ses rouages pour ébranler l’ensemble. En tant que grand acteur de ce monde, Vinci est partout. Si certaines de ses tentacules sont rendues visibles par quelques projets, les autres oeuvrent dans l’ombre en s’appuyant sur l’acceptation et l’isolement des individus.

Créer des solidarités entre les personnes aux prises avec Vinci (salariés, populations bétonnées, déplacées, irradiées, opposants réprimés…) pourrait permettre de dépasser des enjeux locaux pour identifier Vinci comme un ennemi public et affiner des stratégies concrètes et à long terme.

Collages, tractages, banderoles, tags, discussions, manifestations, projections, actions, péages ou parkings gratuits, blocages, occupations, ralentissements, sabotages sur les chantiers… sont autant de pratiques qui peuvent participer à renverser le rapport de force existant.

De multiples actions fleurissent déjà contre Vinci, organisons-nous localement pour intensifier cette campagne de façon déterminée et endurante.

Parce que c’est sur notre résignation qu’ils construisent leur business, partageons nos colères pour passer à l’offensive et se donner de la force.

Le WWF mis en cause par un documentaire accablant Sophie Chapelle (Basta) Reporterre 2011/07/07 Sophie Chapelle (Basta) (7 juillet 2011) Le WWF mis en cause par un documentaire accablant. Reporterre. fr

Le WWF mis en cause par un documentaire accablant

Dans un reportage diffusé le 22 juin sur la télévision publique allemande (ARD), le réalisateur Wilfried Huismann enquête sur les pratiques et les dessous du WWF. Sur la trace des 500 millions d’euros de dons annuels versés à la plus grande organisation mondiale de protection de l’environnement, le journaliste d’investigation se rend à Bornéo, en Indonésie, où le WWF prétend défendre l’orang-outan, une espèce menacée. Sur place, l’équipe découvre une réserve de 80 hectares où vivent deux orangs-outans, au cœur de 14.000 hectares de plantations de palmiers à huile auxquels l’ONG a décerné le label « production durable ».

Le documentaire revient également sur « le projet Tigre » mené par le WWF depuis 1974, en partenariat avec le gouvernement indien, pour la préservation du tigre du Bengale. Pour répondre aux exigences du WWF qui demandait une augmentation de 8% des zones protégées, le gouvernement indien a procédé, dès 2002, à l’expulsion de 100.000 autochtones. Un nombre qui pourrait atteindre un million de personnes dans les prochaines années, dénonce le documentaire.

Wilfried Huismann s’attache aussi à comprendre la participation du WWF à des « tables rondes » avec des entreprises de génie génétique comme le géant Monsanto, et avec la multinationale Wilmar, et la caution « éthique » décernée par le WWF à ces entreprises en assurant qu’elles produisent du soja et de l’huile de palme « durables ». Disponible uniquement en allemand pour le moment, le documentaire a d’ores et déjà généré de nombreuses polémiques outre-Rhin. En France, l’ONG présidée par la navigatrice Isabelle Autissier connaît une crise interne sans précédent.

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Voir le film Der Pakt mit dem Panda :

- Partie 1 - Partie 2

Fukushima, la faillite des élites japonaises Régis Soubrouillard (Marianne) Reporterre 2011/07/08 Régis Soubrouillard (Marianne) (8 juillet 2011) Fukushima, la faillite des élites japonaises. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Fukushima, la faillite des élites japonaises

« Fukushima : emblématique de la faillite des élites ». Le Mainichi Daily News annonce la couleur. L’un des quotidiens les plus vendus du pays (près de 6 millions d’exemplaires chaque jour, excusez du peu…) a décidé de mettre les pieds dans le plat pointant la faillite des dirigeants d’un pays, la désorganisation de l’empire nucléaire et les liens qui unissent les milieux politiques à ceux du nucléaire.

L’exploitant Tepco a longuement hésité à divulguer l’information sur les failles de la centrale de Fukushima, préférant diffuser un discours à la guimauve, par crainte de voir les résidents locaux réagir.

Pourtant d’après le Wall Street Journal des ingénieurs de haut niveau appartenant à la firme Tepco savaient depuis des années que « cinq des réacteurs de la centrale avait un défaut de conception qui pouvait se révéler potentiellement dangereux. La société n’a jamais corrigé ces défauts, entraînant la catastrophe que l’on connaît au moment du tremblement de terre ».

La préfecture de Fukushima « accueille » 10 réacteurs. Tepco a utilisé deux solutions différentes pour sécuriser ces réacteurs. Quand le séisme dévastateur a frappé le 11 mars dernier, les cinq réacteurs disposant de la nouvelle conception ont résisté au tsunami, sans que leur système de refroidissement ne soit affaibli.

Sur quatre réacteurs disposant de l’ancienne conception, le système s’est révélé défaillant. Certains ingénieurs expliquent que Tepco aurait eu plusieurs fois l’occasion de rénover ces réacteurs. La compagnie a toujours préféré l’option de la réduction des coûts à celle de la sécurité.

Longtemps considérée comme une entreprise bien gérée, au dessus de tout soupçon, Tepco est aujourd’hui au bord du gouffre au point que l’Etat envisage son démantèlement. Son cours en bourse a chuté de 85% depuis l’accident et la dernière assemblée générale de ses actionnaires a été particulièrement agitée.

Une résolution présentée par quatre cents actionnaires appelait la compagnie à « cesser immédiatement l’exploitation de l’énergie nucléaire qui est entourée de mensonges, laisse un mauvais héritage à nos enfants et impose un fardeau aux communautés locales ». Une majorité d’actionnaires a rejeté cette motion réclamant l’abandon de l’énergie nucléaire.

La direction du groupe s’est excusée à de nombreuses reprises pendant la réunion, s’inclinant profondément devant l’assemblée, d’où des cris ont fusé selon le correspondant de l’AFP.

Autre symbole de la faillite des élites : du côté des les politiques. Le Mainichi Daily News pointe les manquements du premier Ministre, rapidement dépassé par les événements et dont les décisions n’auraient fait qu’ajouter de la confusion à la confusion : « les instructions données par le premier Ministre ont favorisé le sentiment de panique au sein de l’entreprise » tranche le journal. C’est pourtant Naoto Kan qui, pour la première fois, dans l’histoire du Japon a déclaré l’état d’urgence nucléaire.

Spécialiste du Japon, Jean-François Sabouret estime pour sa part, que la virulence des attaques contre le premier Ministre s’explique par la puissance de l’industrie nucléaire. A travers lobbys et médias, c’est tout un système qui oeuvre pour le départ d’un premier Ministre lequel, au contraire, a rapidement pointé les failles de l’industrie nucléaire et déclaré que le Japon donnerait la priorité aux énergies renouvelables. Une déclaration de guerre anti-nucléaire et pourquoi pas à plus long terme une révolution en terme de production d’énergie…

Le gouvernement de Naoto Kan se tenait prêt à mettre en oeuvre un plan de nationalisation des activités nucléaires de Tepco, restreignant les activités de l’entreprise à la production d’énergies thermiques et hydro-électriques. Autant dire que c’en était fini du monopole régional de Tepco et de ses pratiques féodales que le gouvernement se disait prêt à faire cesser. Dans ce projet, Tepco aurait été contraint de payer une taxe en vue d’indemniser les victimes de Fukushima.

Considérablement affabli, Naoto Kan ne pourra probablement jamais mettre ce plan en oeuvre. CQFD. Et le premier Ministre n’est pas aidé par ses plus proches ministres : le fraichement nommé Ministre de la reconstruction japonais Ryu Matsumoto s’est vu contraint de démissionner une semaine à peine après sa nomination. Lors d’une visite dans les préfectures dévastées d’Iwate et de Miyagi, où la catastrophe a fait 23.000 morts et disparus, l’intéressé a déclaré que le gouvernement allait « aider les municipalités qui amènent des idées, mais pas les autres » et que l’Etat « ne ferait rien » à moins que les autorités locales ne s’entendent sur la manière de remettre en état les pêcheries détruites par la vague géante. Ryu Matsumoto arrivait en aux conférences de presse, lunettes de soleil posées sur le nez... Ses déclarations scandaleuses n’ont cessé de circuler sur les réseaux sociaux.

Pour seul justificatif sérieux de sa légèreté, il a expliqué : « Je suis du groupe sanguin B ce qui signifie que je peux être irritable et impétueux ». Tel un boulet qu’on traîne, c’est ainsi le quatrième ministre à démissionner sur fond de scandales et de maladresses depuis que Naoto Kan est arrivé au pouvoir, en juin 2010.

« La politique japonaise est en pleine décomposition », a commenté Tetsuro Kato, professeur à l’université Waseda. « Naoto Kan est responsable de la nomination de la personne la moins adaptée au poste actuellement le plus important au Japon », a-t-il dit. « C’est le Premier ministre lui-même qui devrait avoir démissionné. Ce dernier incident est une erreur politique majeure pour un gouvernement en phase terminale ».

Un avis loin d’être complètement partagé par Jean-François Sabouret. Ce dernier estime que la bataille nucléaire se mène « sur fond de luttes politiques très profondes, parce que cette politique nucléaire qui a mené au désastre est celle du parti libéral dans les années 60-70. Ils ne sont plus au gouvernement depuis 18 mois. Pourtant, ce sont eux qui accusent l’actuel parti au pouvoir de ne pas faire ce qu’il faudrait faire, de ne pas agir suffisamment vite » déclarait-il récemment sur RFI.

Sous la pression de l’opposition, mais aussi de sa majorité et du gouvernement, l’actuel Premier ministre qui souhaite conserver son poste jusqu’au mois d’août négocie son départ. Avant de démissionner, Naoto Kan pose trois conditions : le vote d’une rallonge budgétaire de 17 milliards d’euros pour la reconstruction, une loi sur les énergies renouvelables, et le principe d’une émission de dette pour financer le budget.

Naoto Kan sera resté en poste un peu plus d’un an. Dans la moyenne de ces premiers ministres japonais qui tombent imparablement comme des dominos.

La grande menace de la finance de l’ombre Marc Roche (Le Monde) Reporterre 2011/07/08 Marc Roche (Le Monde) (8 juillet 2011) La grande menace de la finance de l’ombre. Reporterre. Tribune — fr

La grande menace de la finance de l’ombre

« De nos jours, le »shadow banking« joue à armes égales, voire est plus fort que le secteur financier réglementé. En franchissant trop souvent la ligne jaune de la morale, en »flirtant« parfois avec la ligne rouge de l’illégalité, ce pouvoir occulte tient les Etats, les entreprises, le consommateur en otage. »

La nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, est assise sur un véritable baril de poudre : le « shadow banking » ou la banque de l’ombre. La crise de la dette, le renforcement des fonds propres des banques et la mise en place d’une régulation digne de ce nom ont occulté l’engin infernal qui constitue une grave menace de création de nouvelle bulle financière. Même le lobby bancaire traditionnel s’émeut de l’expansion sans entraves d’une nébuleuse qui avance masquée.

Quand Christine Lagarde était ministre de l’économie et des finances, la France a fait du thème l’une des grandes priorités de sa présidence actuelle du G20. Mais jusqu’à présent, les représentants des principales puissances de la planète se sont montrés indifférents face à un problème qui présente pourtant un réel danger pour une économie mondiale qui demeure fragile.

De quoi s’agit-il ? Aujourd’hui, la finance peut être illustrée par deux cercles à la fois séparés et imbriqués l’un dans l’autre. Le premier représente le coeur du système bancaire, essentiellement la banque de dépôt et une partie de la banque d’affaires, soumis à un certain nombre de ratios prudentiels comme de contrôles. Ce pôle est mieux régulé ou en passe de l’être.

Le second est le « shadow banking », la finance de l’ombre qui accueille des flux financiers à l’abri des regards par le truchement de l’optimisation fiscale, des places offshore, du hors-bilan, des conflits d’intérêt et des connivences politiques. Par son intermédiaire, des risques qui se trouvaient dans le système « en clair » sont en train d’émigrer à l’insu de tous à la périphérie « obscure ».

Dans cette sphère qui se joue des interdits figurent les constructions de style SPV (Special Purpose Vehicules), la titrisation sauvage, les marchés dérivés et les fonds de matières premières. Certains ajoutent à cette liste noire les hedge funds, les fonds d’investissement qui animent la spéculation internationale ou le secteur du capital-investissement qui collecte l’argent auprès des investisseurs institutionnels pour prendre part au capital des entreprises.

D’autres incluent les activités spéculatives des banques d’affaires ou la gestion de fortune la plus sophistiquée. En résumé, ce label couvre toutes les institutions financières qui ne sont pas des banques de dépôt mais font du crédit ou ont recours à l’endettement.

De nos jours, le « shadow banking » joue à armes égales, voire est plus fort que le secteur financier réglementé. En franchissant trop souvent la ligne jaune de la morale, en « flirtant » parfois avec la ligne rouge de l’illégalité, ce pouvoir occulte tient les Etats, les entreprises, le consommateur en otage.

La crise grecque, le raid du géant du luxe français LVMH sur son rival Hermès et la flambée des prix alimentaires démontrent l’actualité et la capacité de nuisance de ce phénomène. En quoi la faillite d’un hedge fund peut-elle provoquer un séisme similaire à ce qui s’est passé en 2008 et en 2009 avec les banques ? Après tout, ces entreprises à vocation spéculatrice sont régulées.

Si les investisseurs y laissent leur chemise c’est leur problème. Reste qu’en raison de l’effet de levier (endettement) toujours excessif, de l’interconnexion des marchés et du comportement moutonnier des opérateurs, si ces acteurs font défaut en grand nombre au même moment, c’est l’ensemble du système qui est menacé.

Pris isolément, les hedge funds ne constituent pas un péril. Mais « en groupe, en ligue, en procession », comme disait Jean Ferrat, par des contreparties diverses et variées, l’effet domino peut se répandre aux banques prêteuses. La mondialisation et l’innovation technologique informatique accroissent le danger.

Il en est de même du capital-investissement. Pour payer le moins d’impôts sur leurs opérations, ces entités créent des sociétés spéciales immatriculées dans des « trous noirs » incontrôlables que sont les paradis fiscaux tels les îles Caïmans, les îles Vierges britanniques, Hongkong ou Singapour.

Monté par une armée de complices - avocats, comptables, bureaux-conseils et communicants -, le dispositif permet de court-circuiter les contre-pouvoirs que sont les actionnaires minoritaires, les syndicats, les pouvoirs publics.

Avec le recours massif aux procédés comptables du hors-bilan, l’opacité sur la réalité des risques s’accroît. Les paquets de titrisation de crédits à risques subprime faits par les banques américaines avant la crise financière, c’était du hors-bilan. Tout comme les scandales Worldcom, Tyco ou Enron...

C’est aussi toute la question de l’évasion fiscale au niveau mondial qui est posée. En recourant au « shadow banking », les multinationales et les grosses fortunes paient en toute légalité un minimum d’impôts. Au même moment, les Etats sont financièrement exsangues, les classes moyennes sont surtaxées et les classes populaires sont les premières victimes des politiques d’austérité et des coupes sombres dans les dépenses publiques.

Malgré une série de dysfonctionnements, en particulier l’application délicate et incertaine d’une réglementation trop complexe, le capitalisme « de la lumière » reste le meilleur régime économique qui soit, à l’image de la démocratie en politique.

Ce système ouvert est globalement efficace pour l’enrichissement collectif. Il y a urgence, en revanche, à en réglementer la face cachée en raison de l’importance des risques encourus et de la nécessité de protection du public contre un nouveau crash.

Au tennis, il vaut toujours mieux servir que de recevoir la première balle.

Sécheresse grave en Somalie, dix millions de personnes menacées par la famine Lyes Menacer (La Tribune) Reporterre 2011/07/08 Lyes Menacer (La Tribune) (8 juillet 2011) Sécheresse grave en Somalie, dix millions de personnes menacées par la famine. Reporterre. fr

Sécheresse grave en Somalie, dix millions de personnes menacées par la famine

Plus de dix millions de personnes sont menacées par la famine en raison d’une grave sécheresse, la pire jamais enregistrée depuis 60 ans en Somalie et dans les pays voisins (le Kenya, l’Ethiopie, Djibouti, l’Erythrée et l’Ouganda). Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU qui parle de « tragédie humaine inimaginable » a tiré la sonnette d’alarme mardi soir en déclarant que « les violences incessantes associées à une sécheresse dévastatrice ont forcé plus de 135 000 Somaliens à fuir cette année ». Rien que pour le mois de juin écoulé, ils étaient plus de 54 000 à quitter la Somalie pour le Kenya et l’Ethiopie, soit trois fois plus qu’en mai, a indiqué le porte-parole du HCR, Melissa Fleming, citée par la presse.

Le nombre total des réfugiés somaliens au Kenya, au Yémen et en Ethiopie a dépassé la barre des 750 000, et ce chiffre risque d’être revu à la hausse si rien n’est fait d’ici quelques mois en faveur des populations qui subissent la guerre d’un côté et la famine de l’autre côte.

« Cette sécheresse, combinée avec une violence rampante dans le sud et le centre du pays, est en train de transformer une des pires crises humanitaires de la planète en une tragédie humaine d’une proportion inimaginable », a insisté Mme Fleming.

Désormais, « un quart de la population somalienne de 7,5 millions de personnes soit est déplacé (à l’intérieur du pays), soit vit à l’extérieur du pays en tant que réfugié », a-t-elle expliqué.

Les chiffres de la famine, des prix des produits alimentaires et du taux de mortalité chez la population de l’Afrique orientale présagent les pires situations. Un enfant sur trois en fait est menacé par la sous-nutrition.

Trois organisations humanitaires britanniques (Save the Children, Oxfam et la Croix-Rouge) ont déjà lancé un appel aux dons pour aider les enfants somaliens et ceux des pays voisins.

Ces trois organisations estiment les besoins d’aide aux enfants affectés à plus de 150 millions de dollars, une somme qui sera difficile à collecter, soulignent certains médias, en raison de la lassitude des donateurs habituels, ont rapporté les médias occidentaux.

Au Kenya où les Somaliens affluent en masse, les céréales coûtent entre 30 et 80% plus cher sur les cinq dernières années. Malgré l’aide de la Grande-Bretagne qui s’élève à presque 60 millions de dollars, l’Organisation des Nations unies n’arrivent pas à lutter contre la propagation de la famine dans cette région en proie aussi à des conflits interethniques autour du contrôle de points d’eau et de pâturage.

Mais la région a besoin de plus que cela. Rien que pour la Somalie, l’aide dont l’ONU a besoin s’élève à 529 millions de dollars, mais à peine la moitié a déjà été collectée, alors qu’au Kenya 55% des appels aux dons ont pu difficilement être satisfaits.

La chasse organisée par les islamistes Shebab, en guerre depuis 20 ans contre le pouvoir central somalien, a aggravé davantage la situation, mais ces derniers semblent avoir pris conscience en lançant hier un appel à l’aide humanitaire internationale pour porter secours aux milliers de déplacés dans la région de la Corne de l’Afrique.

A noter enfin que 1,2 million de Somaliens sont déplacés à l’intérieur même de la Somalie, et l’accès à leurs camps est souvent difficile en raison de la présence des groupes islamistes rebelles au niveau des principales voies de circulation et d’acheminement de l’aide humanitaire.

Enfin, l’ère postnucléaire Ulrich Beck Reporterre 2011/07/11 Ulrich Beck (11 juillet 2011) Enfin, l’ère postnucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Enfin, l’ère postnucléaire

« L’énergie solaire est démocratique. L’énergie nucléaire est par nature antidémocratique. Celui qui tire son énergie d’une centrale nucléaire se fait couper le courant s’il ne paie pas sa facture. Cela ne peut pas arriver à celui dont l’énergie provient de capteurs solaires installés sur sa maison. L’énergie solaire rend les gens indépendants. »

« Vous, les Allemands, vous êtes tout seuls », dit le militant écologiste américain Stewart Brand, à propos des plans de sortie de l’énergie atomique ébauchés par l’Allemagne. Et il ajoute : « L’Allemagne agit de manière irresponsable. Pour des raisons économiques, et compte tenu de la menace que font peser les gaz à effet de serre, nous ne pouvons pas renoncer à l’énergie nucléaire. »

« J’avais des doutes, mais Fukushima m’a convaincu de la valeur de l’énergie nucléaire, renchérit l’éditorialiste du journal britannique The Guardian, George Monbiot. L’accident n’a fait à ce jour aucun mort, et ce bien que les réacteurs nucléaires aient subi au Japon le test le plus rigoureux que l’on puisse imaginer : l’un des pires tremblements de terre jamais survenus, et le tsunami qu’il a déclenché. Voilà pourquoi j’aime l’énergie nucléaire. »

Ce serait toutefois commettre une lourde erreur que de supposer qu’en faisant le choix politique du tournant énergétique, l’Allemagne rompt avec le concept européen de la modernité et se tourne vers les racines obscures et forestières supposées de l’histoire intellectuelle allemande.

Ce qui est en train de prendre le pouvoir, ce n’est pas cette légendaire irrationalité allemande, mais la foi dans la capacité d’apprentissage et dans la créativité de la modernité face aux risques qu’elle a elle-même engendrés.

Pour étayer leur verdict, les partisans de l’énergie nucléaire font appel à une notion du risque imperméable à l’expérience et comparent de manière irréfléchie l’ère de la première industrialisation à l’ère nucléaire. La rationalité du risque part du principe que la pire des hypothèses peut devenir réalité et que les précautions que nous devons prendre doivent être choisies dans cette perspective. Lorsque la charpente d’une maison brûle, les pompiers arrivent, l’assurance rembourse, on prodigue les soins médicaux nécessaires, etc.

Appliqué aux risques de l’énergie nucléaire, ce schéma impliquerait que, même dans le pire des cas, notre uranium n’irradierait que quelques heures, et non des milliers d’années, et qu’il ne serait pas nécessaire d’évacuer la population d’une grande ville voisine. C’est bien entendu absurde. Continuer, après Tchernobyl et Fukushima, à affirmer que les centrales nucléaires françaises, britanniques, américaines, chinoises, etc., sont sûres, c’est refuser de voir que, d’un point de vue empirique, c’est la conclusion inverse qui s’impose : s’il y a une certitude, c’est celle du prochain accident nucléaire majeur.

Affirmer qu’il ne peut pas y avoir de risque zéro dans les grandes installations techniques de production d’énergie (ce qui est exact) et en tirer la conclusion que les risques courus dans le cadre d’une utilisation propre du charbon, de la biomasse, de l’énergie hydraulique, du vent et du soleil, ainsi que de l’énergie nucléaire, sont certes différents, mais comparables, c’est nier le fait que nous savons ce qui se produit lorsqu’un coeur nucléaire entre en fusion.

Nous savons combien de temps persiste le rayonnement radioactif, quelles lésions le césium et l’iode infligent aux hommes et à l’environnement, et combien de générations auront à souffrir si jamais le pire arrivait. Et nous savons que les énergies alternatives ou renouvelables ne font courir aucun de ces risques dont les conséquences ne s’arrêtent à aucune limite temporelle, géographique ou sociale. Prendre comme aune du risque le nombre de décès relevés, comme le fait M. Monbiot, revient à masquer cette réalité.

Et la question de l’assurance ? Etrangement, dans l’empire de l’économie de marché, l’énergie nucléaire a été la première industrie socialiste d’Etat, au moins pour ce qui concerne le coût à payer pour les erreurs. Les profits vont dans des poches privées, mais les risques sont socialisés, c’est-à-dire assumés par les générations futures et les contribuables. Si les entreprises de l’énergie nucléaire étaient contraintes de contracter une assurance spécifique à l’atome, la fable de l’électricité nucléaire à bon marché ne serait plus qu’un souvenir.

Appliquée à l’énergie nucléaire au début du XXIe siècle, la notion de risque que l’on pouvait utiliser au XIXe siècle est une catégorie morte-vivante qui nous rend aveugles à la réalité dans laquelle nous vivons. Ce qui est irrationnel, ce n’est pas de sortir de l’énergie nucléaire, mais de continuer à la défendre après Fukushima : cette attitude se fonde sur une notion périmée du risque, qui refuse de tirer les leçons de l’expérience historique.

Aucune autre nation industrielle n’a connu une ascension aussi rapide que l’Allemagne. Alors, ce tournant n’est-il pas le fruit d’un mouvement de panique injustifié ? A la longue, l’énergie nucléaire deviendra plus chère, l’énergie renouvelable meilleur marché. Mais l’essentiel est que celui qui continuera à laisser toutes les options ouvertes n’investira pas. Dans ce cas, l’Allemagne ne réussira pas à négocier le virage énergétique. En d’autres termes : l’angoisse qui anime les Allemands n’est pas dépourvue de ruse.

Ils flairent les opportunités économiques qui s’attachent aux marchés liés à l’avenir. En Allemagne, le tournant énergétique se résume à un mot en quatre lettres : « jobs ». Un cynique dirait : laissez donc les autres continuer à ne pas avoir peur - cela leur vaudra une stagnation économique et des erreurs d’investissements. Les partisans de l’énergie nucléaire se barrent eux-mêmes le chemin des marchés du futur parce qu’ils n’investissent pas dans la voie alternative que constituent les matériaux économisant l’énergie et les énergies renouvelables.

La situation au début du XXIe siècle est comparable à d’autres ruptures historiques dans l’approvisionnement énergétique. Que l’on s’imagine ce qui se serait passé si les hommes, voici deux siècles et demi, au début de la première révolution industrielle, avaient envoyé au diable ceux qui leur conseillaient d’investir dans le charbon et l’acier, les machines à vapeur, les métiers à tisser et, plus tard, les chemins de fer. Ou bien, il y a cinquante ans, s’ils avaient rejeté en parlant d’« angoisse américaine » l’idée que les Américains puissent investir dans les microprocesseurs, les ordinateurs, Internet.

Nous sommes face à un moment historique du même ordre. Celui qui exploitera ne serait-ce qu’une partie du désert pour y produire de l’énergie solaire pourrait couvrir les besoins énergétiques de toute la civilisation. Nul ne peut être propriétaire de la lumière du soleil, nul ne peut le privatiser ou le nationaliser. Chacun peut exploiter cette source d’énergie pour son propre compte et en profiter. Quelques-uns des pays les plus pauvres du monde disposent de cette « richesse solaire ».

L’énergie solaire est démocratique. L’énergie nucléaire est par nature antidémocratique. Celui qui tire son énergie d’une centrale nucléaire se fait couper le courant s’il ne paie pas sa facture. Cela ne peut pas arriver à celui dont l’énergie provient de capteurs solaires installés sur sa maison. L’énergie solaire rend les gens indépendants.

Bien entendu, ce potentiel de liberté qui s’attache à l’énergie solaire remet en question le monopole de l’énergie nucléaire. Pourquoi les Américains, les Britanniques et les Français, eux qui accordent une telle valeur à la liberté, sont-ils incapables de voir quelles conséquences émancipatrices pourrait avoir le tournant énergétique ?

On proclame partout la fin de la politique, et on la déplore. Paradoxalement, la perception culturelle du risque peut provoquer l’effet contraire, c’est-à-dire la fin de la fin de la politique. Pour le comprendre, on peut revenir à la vision qu’exposait le philosophe américain John Dewey, dès 1927, dans Le Public et ses problèmes (Gallimard, 2010). Selon lui, une opinion publique internationale et assez forte pour créer une communauté ne naît pas de décisions politiques, mais des conséquences de décisions qui posent des problèmes vitaux à la perception culturelle des citoyens.

Un risque perçu impose ainsi la communication entre des personnes qui, sans cela, pourraient ne rien avoir à faire les unes avec les autres. Il impose des obligations et des frais à ceux qui cherchent à le faire disparaître. Ce que beaucoup croient devoir dénoncer comme une hyperréaction hystérique au « risque » de l’énergie nucléaire est au contraire une démarche vitale offrant l’opportunité d’un virage énergétique allant de pair avec un virage démocratique.

Les stratégies d’action qu’autorise le potentiel de catastrophe lié à l’énergie nucléaire, perçu sous l’angle de la civilisation, mettent à bas l’ordre qu’a produit l’alliance néolibérale entre le capital et l’Etat. Face à la catastrophe nucléaire, les Etats et les mouvements de la société civile acquièrent de nouveaux pouvoirs, dès lors qu’ils font apparaître de nouvelles sources de légitimité. L’industrie nucléaire perd les siens dès lors que les conséquences de décisions liées aux investissements ont mis la vie de tous en péril. A l’inverse, une coalition d’un nouveau genre entre les mouvements de la société civile et l’Etat, telle que nous pouvons l’observer en Allemagne, constitue sa chance historique.

Du point de vue politique aussi, ce changement de trajectoire a un sens. Seul un gouvernement conservateur et proche des milieux économiques peut négocier un tel virage énergétique, dès lors que les plus bruyants adversaires de cette mutation sont issus de ses propres rangs. Celui qui critique la décision allemande de sortir de l’économie nucléaire pourrait être victime de l’erreur de la chenille, qui, sortant de la chrysalide, en déplore la disparition, sans se douter encore qu’elle deviendra le papillon des énergies renouvelables.

La préfecture de Paris menace d’interdire le 14 juillet des Indignés. Démocratie Réelle Reporterre 2011/07/11 Démocratie Réelle (11 juillet 2011) La préfecture de Paris menace d’interdire le 14 juillet des Indignés.. Reporterre. fr

La préfecture de Paris menace d’interdire le 14 juillet des Indignés.

Manifester, se rassembler sont des droits fondamentaux garantis par la Constitution française (article 11 de la Déclaration des droits de l’homme) et par la Convention européenne des droits de l’homme (article 9).

A ce jour, le mouvement Démocratie réelle Paris a rempli toutes les formalités nécessaires pour obtenir l’autorisation de manifester le 14 juillet et de nous rassembler du 14 au 17 juillet à la place de la Bastille. Il s’agit pour nous d’organiser une rencontre nationale des Indignés à l’appel d’indignés d’autres villes en France.

La préfecture de Paris refuse explicitement de nous recevoir car elle entend imposer préalablement ses conditions dénaturant notre projet. Elle fait planer la menace d’un refus, en refusant de nous donner rendez-vous, alors que s’approche la date limite du lundi 11 juillet 13h (la demande devant être faite 72h avant la manifestation).

Cela s’ajoute à de multiples intimidations et pratiques policières abusives, en particulier l’interpellation ILLÉGALE de 150 indignés pour le simple fait de s’être rassemblés, sans trouble à l’ordre public, sur le parvis de Notre Dame, le 19 juin 2011.

Ces entraves illégales à nos libertés montre la crainte du pouvoir face au possible développement du mouvement en France alors que le la révolte s’étend et s’approfondit en Europe.

Nous demandons au Préfet de Paris de cesser ces pratiques, de respecter la législation, et de nous recevoir afin de pouvoir poursuivre le procédure nécessaire à l’organisation de la rencontre nationale des Indignés les 14-17 juillet.

L’étalement urbain favorisé par la spéculation sur les centres villes Julien Sartre (Ville, rail et transport) Reporterre 2011/07/12 Julien Sartre (Ville, rail et transport) (12 juillet 2011) L’étalement urbain favorisé par la spéculation sur les centres villes. Reporterre. fr

L’étalement urbain favorisé par la spéculation sur les centres villes

Quand un habitant de la périphérie déménage pour le centre, son trajet moyen quotidien passe de 9 à 6 km. Sa consommation de carburant baisse de 38 % et ses émissions de gaz à effet de serre de 40 %. Voilà les principaux enseignements d’une étude réalisée pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut).

Quand un habitant de la périphérie déménage pour le centre, son trajet moyen quotidien passe de 9 à 6 km. Sa consommation de carburant baisse de 38 % et ses émissions de gaz à effet de serre de 40 %. Voilà les principaux enseignements d’une étude réalisée pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut). Les deux structures se sont associées afin de lutter contre « l’étalement urbain diffus », c’est-à-dire les zones résidentielles accessibles uniquement en voiture. Pour cela, cette étude a été menée sur deux ans dans la ville de Tours, en se basant sur le comportement de dix-neuf ménages ayant migré vers le centre. Elle montre également que si le nombre de déplacements ne baisse pas, ces derniers sont plus courts et moins subis. « Les personnes passent moins de temps à accompagner leurs enfants, et n’ont plus la sensation de faire le taxi », synthétise Jean-Marie Beauvais, auteur de l’étude.

« Il y a urgence ! Le prix du pétrole peut doubler en trois ans, et les villes ne cessent de s’étendre en tache d’huile », s’alarme Jean Sivardière, président de la Fnaut. L’association d’usagers et l’Ademe ont donc émis une série de propositions visant à éviter que toujours plus de monde prennent sa voiture pour aller chercher le pain ou le journal. Il s’agit autant de faire revenir les habitants dans des zones densément peuplées que d’inciter à utiliser les transports en commun.

La Fnaut recommande notamment de taxer les logements inoccupés en centre-ville. « Il y a 100.000 logements libres à Paris, 6.000 à Grenoble, et ce ne sont que des exemples parmi d’autres, détaille Jean Sivardière. Il faut taxer fortement les bailleurs pour les forcer à rendre les cœurs de villes accessibles. » L’Ademe soutient aussi l’autopartage, « une excellente façon de rendre les villes vivables et de convaincre les personnes habitant en périphérie de se déplacer autrement qu’avec leur véhicule individuel polluant ». A cela, on peut ajouter l’encouragement du commerce de proximité et le péage à l’entrée des centres urbains. Autant de mesures qui risquent de se heurter frontalement au grand mouvement qui pousse les ménages à habiter dans des maisons plus grandes et moins chères à l’écart des centres-villes.

Regarder vraiment un arbre Jiddu Krishnamurti Reporterre 2011/07/12 Jiddu Krishnamurti (12 juillet 2011) Regarder vraiment un arbre. Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

Regarder vraiment un arbre

« Nous n’aimons pas la terre, nous nous contentons de l’utiliser »

Quelle relation avez-vous avec la nature ? (par nature il faut entendre les rivières, les arbres, les oiseaux au vol rapide, les poissons dans l’eau, les minéraux sous la terre, les cascades et les toutes petites mares) . Quelle relation avez-vous avec tout cela ?

La plupart d’entre nous ne sont pas conscients de cette relation. Jamais nous ne regardons un arbre vraiment ou si nous le faisons, c’est pour l’utiliser, nous asseoir sous son ombrage ou l’abattre pour en faire du bois de construction. En d’autres termes, nous regardons les arbres dans un but utilitaire. Nous ne regardons jamais un arbre sans nous projeter sur lui ou l’utiliser à notre convenance. Nous traitons la terre et ses ressources de la même façon. Nous n’aimons pas la terre, nous nous contentons de l’utiliser.

Si nous l’aimions vraiment, nous utiliserions ses ressources avec frugalité. Si nous voulons comprendre notre relation avec la terre, nous devons puiser dans ses ressources avec plus d’égards. Comprendre notre relation avec la nature est aussi difficile que comprendre notre voisin, notre femme et nos enfants. Mais nous n’y avons jamais vraiment pensé, nous ne nous sommes jamais assis pour regarder les étoiles, la lune ou les arbres. Nous sommes trop accaparés par nos activités sociales ou politiques. Bien évidemment, ces activités sont une fuite de nous-mêmes mais adorer la nature est encore la même fuite. Nous utilisons toujours la nature comme échappatoire ou à des fins utilitaires. Nous ne prenons jamais vraiment le temps de nous arrêter pour aimer la terre ou les produits de la terre. » (…)

Ainsi nous avons perdu notre relation avec la nature. Si, pour une fois, nous comprenions cette relation et sa véritable signification, nous ne diviserions plus la terre en « ma » propriété et « votre » propriété. Bien que l’on puisse posséder un morceau de terre et y construire une maison, ce ne devrait pas être « ma » maison ou « votre » maison, dans un esprit d’exclusivité, mais plutôt une façon d’avoir un abri. Nous sommes insensibles à la beauté d’une cascade, nous avons perdu contact avec la vie, nous ne savons pas ce que c’est que de s‘asseoir, le dos contre un arbre, parce que nous n’aimons pas la terre ni les produits de la terre et que nous nous contentons de les utiliser. Et comme nous n’aimons pas la nature, nous ne savons pas comment aimer les hommes et les animaux. Allez voir au bout de la rue comment on traite les bœufs (…). Vous pouvez hocher la tête et dire « C’est bien triste ! » mais, en fait, nous avons perdu le sens de la tendresse, cette sensibilité, cette faculté de réagir devant la beauté et ce n’est qu’en retrouvant cette sensibilité que nous pourrons comprendre ce qu’est la relation véritable. » (…)

La terre est là pour qu’on l’aime et qu’on en prenne soin, pas pour qu’on la divise en « ma » propriété et « votre » propriété. C’est idiot de planter un arbre et de l’appeler « mon » arbre. Ce n’est que lorsqu’on est libéré de l’esprit d’exclusivité qu’il est possible d’être sensible, non seulement à la nature, mais aussi aux êtres humains et aux défis incessants de la vie.

Le gouvernement veut financer une centrale dans une zone sismique en Inde Les Amis de la Terre Reporterre 2011/07/12 Les Amis de la Terre (12 juillet 2011) Le gouvernement veut financer une centrale dans une zone sismique en Inde. Reporterre. fr

Le gouvernement veut financer une centrale dans une zone sismique en Inde

Le gouvernement français s’apprête à accorder une garantie de la Coface à Areva pour la construction de réacteurs en Inde. Ceux-ci, situés sur une faille sismique, suscitent une vive opposition locale.

Dans une lettre au Président Sarkozy, une centaine d’associations du monde entier demandent officiellement aujourd’hui à la France de ne pas financer le projet de centrale nucléaire en Inde à Jaitapur. Cette future installation atomique présente des risques majeurs pour la population indienne et mondiale.

« Alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima est toujours en cours, l’État français apporte son soutien financier à la construction d’une centrale nucléaire sur une faille sismique dans une région peuplée d’Inde, explique Sophia Majnoni, chargée de campagne nucléaire pour Greenpeace. Le gouvernement s’entête dans son choix archaïque du nucléaire à tout prix, quitte à faire prendre de gros risques aux populations. Cette attitude rétrograde doit cesser. La France doit non seulement changer son propre modèle énergétique pour sortir du nucléaire et entrer dans l’ère moderne des économies d’énergies et des renouvelables, mais elle doit aussi permettre aux puissances émergentes de se développer sereinement en leur apportant son aide pour développer des énergies propres qui ne datent pas des années 1950. »

Jaitapur, un projet fou...

Areva souhaite bâtir en Inde deux réacteurs nucléaires EPR dans une région et un pays qui ne satisfont pas du tout les conditions de sécurité de ce type d’installation. Non seulement Jaitapur est située dans une zone où le risque sismique est élevé, mais l’autorité de sûreté nucléaire indienne n’est pas indépendante à ce jour, et de nombreuses failles de sécurité ont été relevées ces dernières années en Inde sur les centrales actuelles. Ce pays est aussi l’un des rares au monde à avoir refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire.

Par ailleurs, la population locale est fortement mobilisée contre ce projet, et la répression contre les manifestations ne cesse de se durcir, allant jusqu’à la mort d’un opposant en avril 2011.

« Avant même d’avoir commencé, ce projet a déjà conduit à de graves atteintes aux Droits humains, ajoute Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre. Il a violé les réglementations indiennes et internationales en niant l’accès de la société civile à l’Étude d’impact environnemental et en procédant à des acquisitions forcées de terrains, sans même consulter les populations affectées. Le gouvernement français se retrouve face à un choix crucial : continuer à promouvoir ses exportations nucléaires coûte que coûte, ou privilégier la sécurité des populations, et éviter de lourds impacts sociaux et environnementaux en renonçant à soutenir ce projet nucléaire dangereux ».

... soutenu par des fonds publics français

Le nucléaire français s’exportant difficilement, la France a pris l’habitude depuis quelques années de délivrer systématiquement, à travers la Coface, organisme délivrant les garanties publiques françaises, une assurance publique sur les projets de construction d’EPR à l’étranger (Olkiluoto, Taishan et maintenant Jaitapur). C’est pourquoi une lettre vient d’être envoyée au président français Nicolas Sarkozy, demandant à ce que la France ne finance pas ce projet. Originaires de près de trente pays différents répartis sur les cinq continents, une centaine d’organisations de la société civile, dont Les Amis de la Terre France et Greenpeace France, se sont unies pour écrire cette lettre.

Le Sommet de la Terre de Rio en 2012 se prépare Véronique Smée (Novethic) Reporterre 2011/07/12 Véronique Smée (Novethic) (12 juillet 2011) Le Sommet de la Terre de Rio en 2012 se prépare. Reporterre. fr

Le Sommet de la Terre de Rio en 2012 se prépare

Vingt ans après le Sommet de la terre à Rio en 1992, dix ans après le Sommet mondial du développement durable à Johannesburg en 2002, les Nations unies organisent la conférence internationale Rio + 20, qui se tiendra à Rio au Brésil du 4 au 6 juin 2012.

En 1992, le Sommet de la Terre de Rio aboutissait à l’adoption du programme Action 21, soit environ 2 500 recommandations et trois grandes conventions - la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CLD). 20 ans plus tard, force est de constater que ces différents engagements n’ont été que partiellement appliqués.

S’agissant de l’érosion de la biodiversité notamment, les objectifs sont loin d’être atteints. 2010, qui a été l’année internationale de la biodiversité, s’est en effet achevée sur un constat d’échec ; l’objectif visant à stopper la régression de la biodiversité d’ici 2010 n’ayant pu être atteint. D’autre part, les négociations climatiques qui se sont déroulées dans le cadre de la CCNUCC se sont soldées par le « non accord » de Copenhague et laissent sceptiques aujourd’hui sur l’avenir du Protocole de Kyoto, dont la première période d’engagement expire fin 2012 sans qu’une « suite » ne se dessine. Rappelons que le protocole est à ce jour l’unique instrument juridique imposant des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à 37 pays développés. Enfin, les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sont encore très loin d’être atteints. Environ 1,4 milliard de personnes vivent toujours dans des conditions de pauvreté extrême.

Qu’attendre de Rio + 20 ?

Cette conférence, qui rassemblera acteurs publics, privés et société civile, pourra-t-elle relancer la dynamique internationale sur les questions de développement durable ? Plusieurs crises ont surgi ou se sont accélérées au cours de la décennie écoulée : climat, biodiversité, énergie, denrées alimentaires, eau, crise financière internationale... Les préoccupations ont donc changé depuis 20 ans. La prise de conscience, l’expertise et les solutions « vertes » aujourd’hui identifiées peuvent faire de Rio un sommet de transition vers une économie plus soutenable… à condition que les décisions politiques suivent.

Pour l’heure, les Nations unies, qui attendent entre 35.000 et 50.000 participants et 100 à 120 chefs d’Etat à Rio, ont fixé pour objectifs d’assurer le renouvellement des engagements internationaux envers le développement durable et d’évaluer les progrès réalisés au cours des vingt dernières années - un rapport, publié en mai 2010, fournit déjà une évaluation des progrès et des lacunes dans la mise en œuvre du Sommet de Rio depuis 1992. Deux grands sujets seront abordés : l’économie verte dans le contexte du développement durable et l’éradication de la pauvreté, la gouvernance et le cadre institutionnel pour le développement durable.

Le rapport du PNUE publié en février dernier intitulé « Pour une économie verte » a évalué les investissements nécessaires au plan mondial entre 1,05 et 2,59 billions (mille milliards) de dollars, soit moins d’un dixième du total de l’investissement mondial annuel. Ce scénario vert serait donc possible avec l’équivalent de 2% du PIB (1.300 milliards de dollars par an) investis dans dix secteurs clés entre 2010 et 2050. Reste que les Etats décideront ou non de faire ces choix et de lancer les financements innovants pour les pays en développement.

L’Europe prône la réglementation et le marché

Au niveau européen, la Commission a présenté le 20 juin dernier sa feuille de route pour Rio + 20, qui expose les conditions et les moyens nécessaires à la transition vers une économie verte. Elle plaide pour « la mise en place, à l’échelle de la planète, des conditions de marché et de l’environnement réglementaire adéquats ». La Commission propose également des écotaxes, la suppression des subventions nuisant à la protection de l’environnement et, plus classiquement, la mobilisation de financements publics et privés. Coïncidence : c’est le Danemark qui présidera l’UE au moment de Rio, comme ce fut le cas pour le sommet de Copenhague...

En France, deux comités s’organisent : d’une part le comité « officiel » Rio +20 qui réunit les différentes parties prenantes sous la tutelle des ministères de l’Ecologie et des Affaires étrangères, et d’autre part le « collectif Rio +20 », qui rassemble les ONG sous la houlette de Pierre Radanne (ancien négociateur lors du Sommet de Copenhague). Comme pour les autres Etats, les travaux sont à peine lancés, explique Brice Lalonde, ex-ministre de l’environnement et coordinateur exécutif du sommet Rio+20. « L’ONU attend des propositions, des initiatives, le processus est très participatif, a –t-il assuré lors d’une conférence du Comité 21. Il n’y aura pas, cette fois, de texte de 300 pages décidé à l’avance et que tout le monde fait semblant de découvrir... Nous laisserons le processus de négociations ouvert ». Un « document politique » devrait, quoi qu’il en soit, être adopté à l’issue du sommet. « Ne pensez surtout pas que des tas d’initiatives sont en train d’être lancées par les gouvernements pour préparer l’événement, c’est faux. Ils n’ont pas avancé sur le sujet », a également fait savoir Brice Lalonde, appelant à la mobilisation de la société civile et rappelant que 2012 serait également l’année des élections présidentielles aux Etats-Unis et en France, ce qui ne simplifiera pas le contexte.

Péages au paradis Hervé Kempf Reporterre 2011/07/13 Hervé Kempf (13 juillet 2011) Péages au paradis. Reporterre. Édito — Autoroutes fr

Péages au paradis

Des vacances ? Elles comporteront probablement un passage sur autoroute. L’occasion de se remémorer la privatisation de 2005, quand le gouvernement Villepin a vendu pour un prix minime des autoroutes qui rapportaient 1 milliard d’euros par an à l’Etat. Cette dilapidation est d’autant plus critiquable que l’on promeut depuis une relance autoroutière qui n’a pas d’intérêt public évident.

Un exemple en est l’A 65, entre Pau (Pyrénées-Atlantiques) et Langon (Landes), qui a déchiré le milieu naturel et entraîné un nouvel appauvrissement de la biodiversité. Pour rien : en mai, la Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (Sepanso) a mesuré le trafic journalier : 4 000 véhicules par jour, deux fois moins que ce qui était prévu. L’entreprise concédante, Alienor (du groupe Eiffage), n’en souffrira pas : par contrat, les collectivités locales prendront en charge les déficits futurs.

Mais rien n’y fait, la privatisation continue : le 24 juin, la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a décidé de mettre en concession autoroutière un projet d’élargissement à deux fois deux voies de la route nationale entre Mâcon (Saône-et-Loire) et Montmarault (Allier). De quoi s’agit-il ? Cette route à deux voies supporte un très fort trafic, et il s’y produit de nombreux accidents mortels. L’élargissement est nécessaire. Mais il coûte cher et l’Etat ne peut payer. Un débat public s’est déroulé à ce propos entre novembre 2010 et février. Très suivi localement, il a permis de faire émerger une solution, portée par le député Gérard Voisin (UMP) et le député (PS) et président du conseil général de Sâone-et-Loire Arnaud Montebourg : financer les travaux par l’écotaxe sur les poids lourds, qui va être mise en place d’ici à 2013.

Mais elle a été écartée par la ministre, ce qui suscite la colère des habitants : concession autoroutière signifie péage, alors qu’il n’y a pas d’itinéraire alternatif. Ce serait la première fois qu’une route nationale est, en France, confiée au secteur privé.

Il y a de quoi s’indigner. Car les profits des péages peuvent s’échapper vers les paradis fiscaux : la Société d’autoroutes de Paris-Rhin-Rhône (APRR), qui pourrait recevoir la concession de la nationale, est contrôlée par la société Eiffarie, elle-même possédée à 50 % par Eiffage et à 50 % par quatre fonds australiens appelés Macquarie, dont trois sont localisés aux Bermudes et à Guernesey (p. 7 du document).

Que faire ? Renationaliser ce patrimoine public, comme le propose M. Montebourg, afin que l’argent des péages finance l’entretien des routes et les moyens de transport alternatifs à la voiture.

Gaz de schiste : les pétroliers parlent aux pétroliers Marie-Paule Nougaret Reporterre 2011/07/13 Marie-Paule Nougaret (13 juillet 2011) Gaz de schiste : les pétroliers parlent aux pétroliers. Reporterre. Tribune — fr

Gaz de schiste : les pétroliers parlent aux pétroliers

A chaque catastrophe industrielle sa leçon : Seveso, Sandoz, Deep Horizon... Qu’il serait utile de tirer à propos des gaz de schiste.

En matière de pollution on progresse par les accidents dans les pays riches dits du nord : le classement Seveso 1 et 2 des industries dangereuses ne fut que la première d’une série de dispositions nées d’un désastre, en l’occurrence l’explosion de l’usine Icmesa de Seveso en Italie, le 10 juillet 1976, entraînant la dispersion de 1 à 5 kg de dioxines et la mort des 3.300 animaux non évacués.

L’incendie de l’usine Sandoz à Bâle, le 1er novembre 1986, avec déversement de 1.200 t de pesticides dans le Rhin, nous vaut l’obligation de prévoir des bassins de rétention de l’eau de lutte contre les feux chimiques. La désintégration de l’usine AZF à Toulouse, le 21 septembre 2001 – trente morts - nous a donné les CLIS : commissions locales d’information et de surveillance, dans lesqsuelles les associations voisines d’installations à risques obtiennent des autorités une certaine information. Enfin la marée noire causée par BP, dans le Golfe du Mexique, du 20 avril au 15 juillet 2010, inspire largement "les hydrocarbures de roche mère en France", rapport provisoire officiel d’avril 2011, lisible sur Internet, mais qui ne s’adresse en fait pas à la population.

Le monde entier a pris un cours accéléré sur les forages pétroliers avec la lettre adressée à Tony Hayward, PDG de BP, par le sous-comité des vérifications et des investigations de Chambre des Représentants des Etats-Unis le 14 juin 2010. Il s’agit d’une convocation à s’expliquer sur cinq erreurs graves lors de l’achèvement du puits Macondo à partir de la plate forme Deep Water Horizon, si mal engagé qu’on l’appelait « le puits du cauchemar » à la veille de sa destruction.

Le matin même du 20 avril 2010, une équipe de Schlumberger venue effectuer pour l’ultime coulée de ciment un test acoustique dans la conduite, 3.000 m sous le niveau de la mer, s’est vue décommander son travail - il y avait déjà 43 jours de retard, et le loyer de la plate-forme coûtait cher.. Ces hommes ont repris l’hélicoptère à temps : avant le surgissement des profondeurs d’un gaz très détonant (11 morts, 17 blessés). L’écoulement de brut rougeâtre allait plonger les riverains du Golfe durant des mois dans les effluves de benzène, cause de leucémie, qui s’élève du pétrole très naturellement.

Ce n’est pas chez nous que cela se passerait ainsi, pouvait-on penser discrètement en France ; ici la sécurité vient d’abord. Et c’est bien cette chanson que reprend le rapport sur les gaz de schistes, alias "de roche mère", un bien joli nom : si on s’en donne les moyens, on peut installer des conduits propres et étanches dans les réserves d’eau pure pour aller chercher du pétrole ou du gaz en dessous. Quand on veut, on peut. La réglementation française « a démontré son efficacité : sur 2000 puits pétroliers forés dans le bassin parisien, un seul puits foré dans les années 1990 s’est révélé légèrement fuyard bien que fermé et a conduit à une légère contamination de la nappe phréatique ».

Au reste « si l’on souhaite aller plus loin » et les auteurs du rapport le préconisent, il suffit d’ « exiger l’installation de piézomètres dans les nappes phréatiques traversées par les forages ». Un piézomètre mesure la pression de l’eau dans le sol, et permet d’en extraire à des fins d’analyse. Passons sur la contradiction « on ne pollue pas, mais on mesure cette pollution », qui montre un doute de bon aloi. Hélas le problème ne se résume pas à une question de forage ou de génie civil.

On sait mal nettoyer l’eau salie par les hydrocarbures. Un système naturel s’en charge : les zones humides. Des bactéries capables de digérer les dérivés de pétrole y agissent en symbiose avec les plantes, actionnées par le soleil, comme chacun sait. Mais les ingénieurs finissent par l’oublier. Le sentiment grandit dans la population de notre dépendance radicale à l’égard de la végétation et de l’eau de source. A l’heure où le déboisement avance onze fois plus vite que le reboisement chaque année. A l’heure très sèche où le Midi boit l’eau du Rhône, quand les poissons du même fleuve restent interdits à la consommation, pour cause de PCB* archi-cancérigènes, bannis très lentement de 1979 à 1987, grâce à l’entêtement insupportable des écolos.

Certes le monde vivant commence à pénétrer dans les calculs. En 1988, un ingénieur des ponts, chargé de concevoir les projets sur la Loire, pouvait demander à une journaliste, votre serviteur : « en quoi ça dérange les loutres que je bétonne les rives de l’Allier ? ». EDF aujourd’hui compte les poissons dans ses barrages. Mais la conscience de l’interdépendance n’oriente pas encore la réflexion ni l’action des autorités.

Le laboratoire de toxicologie industrielle des Arts et Métiers a fermé : on ne trouve pas de partenaire privé pour le financer ; on y étudiait par exemple les effets de l’ingestion de nano particules. Quant à la toxicochimie qui explique comment le benzène génère la leucémie, elle se porte encore plus mal. Les auteurs du rapport sur les hydrocarbures de roche mère montrent une certaine naïveté quand ils proposent de n’employer, dans l’eau injectée pour remonter les gaz, que des produits chimiques sans danger : à haute température dans le sous-sol et sous pression, se formera un réacteur chimique explique le professeur André Picot : on saura ce qu’on injecte, pas trop ce qui va sortir (voir son rapport).

Ensuite de toutes façons, il faut essayer de traiter l’eau utilisée, ce qui passe par une phase de décantation et là, bien sûr, on aura droit au benzène. Alors même si on en respire tous les jours, avec le super 98, dans les stations services, si on se gorge de pétrole sans vouloir savoir d’où il vient, si on peut faire tout mieux que les Américains y compris intéresser les populations locales financièrement, si ce n’est pas très rationnel ; l’opposition aux gaz de schistes ne peut que grandir, à cause du sentiment, quasi religieux désormais, de la fragilité de nos conditions de vie. En matière de pollutions on sait qu’on n’obtient rien facilement.

Anne Lauvergeon présidera Libération Observatoire du nucléaire Reporterre 2011/07/13 Observatoire du nucléaire (13 juillet 2011) Anne Lauvergeon présidera Libération. Reporterre. fr

Anne Lauvergeon présidera Libération

Stéphane Lhomme appelle au boycott de Libération contre la nomination d’Anne Lauvergeon au conseil de surveillance

Cette nomination compromet la liberté de la rédaction sur le nucléaire

En décidant de nommer Anne Lauvergeon à la présidence du Conseil de surveillance de Libération, les actionnaires majoritaires du journal (Edouard de Rothschild, Jacaranda Caracciolo et Bruno Ledoux) commettent une faute majeure.

Malgré la lente dérive de Libération depuis des années, ce journal gardait encore un peu de crédit dans l’inconscient collectif des femmes et des hommes de la gauche et de l’écologie, en particulier grâce aux journalistes du quotidien.

Grande prêtresse de l’industrie atomique, responsable de pollutions et contaminations majeures, coupable de négationnisme concernant les conséquences des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, Anne Lauvergeon n’est ni de gauche, ni écologiste, bien au contraire.

Il n’est pas difficile de comprendre que, si Mme Lauvergeon est réellement présidente du Conseil de surveillance, la rédaction de Libération aura encore moins de latitude pour traiter de la question du nucléaire.

Et ce n’est pas le rédacteur en chef Nicolas Demorand, qui a déroulé à plusieurs reprises le tapis rouge pour Mme Lauvergeon quand il animait la matinale de France inter, qui pourra apporter la moindre garantie d’indépendance face au lobby nucléaire.

De fait, Stéphane Lhomme appelle le peuple de la gauche et de l’écologie à boycotter Libération afin de contester la nomination d’Anne Lauvergeon à la présidence du Conseil de surveillance du quotidien.

En Allemagne, la sortie du nucléaire ne se fera pas aisément Karl de Meyer (Les Echos) Reporterre 2011/07/13 Karl de Meyer (Les Echos) (13 juillet 2011) En Allemagne, la sortie du nucléaire ne se fera pas aisément. Reporterre. fr

En Allemagne, la sortie du nucléaire ne se fera pas aisément

Le développement des énergies renouvelables implique des lignes à haute tension et des éoliennes géantes dommageables pour l’environnement. Et des centrales à charbon sont en construction outre-Rhin.

Il faut déjà naviguer une vingtaine de milles marins à partir de Norddeich, petit port au charme batave, à un jet de pierre des Pays-Bas, avant d’apercevoir, à l’horizon, les douze éoliennes du parc offshore Alpha Ventus. On soupçonne alors leur gigantisme. Mais ce n’est qu’au moment où le « Wind Force I » se positionne précisément sous l’une d’elles qu’on en prend la pleine mesure. Les pales de 60 mètres de long, qui tournent autour de leur axe, à 90 mètres au-dessus de l’eau, « nanifient » le bateau et ses passagers. « Et ce n’est que la partie visible, insiste Claus Burkhardt, le patron du projet pilote, dans lequel sont associés les géants E.ON, Vattenfall et le producteur régional EWE. Il faut encore ajouter les 30 mètres d’eau sous le bateau et les fondations, fixées à 40 mètres sous le plancher sous-marin. Au total, chaque construction mesure 220 mètres. »

Le ballet synchrone et étonnamment silencieux des douze géants évoque un film de science-fiction. Et, de fait, Alpha Ventus, c’est l’avenir. Celui du bouquet énergétique allemand. Dans le plan de sortie de l’atome, que le Parlement doit finir, cette semaine, de valider, l’éolien offshore joue un rôle primordial. Il bénéficie d’aides au financement de la banque publique KfW. Et d’une augmentation des tarifs garantis par la nouvelle loi sur les renouvelables, qui fixe un objectif de 35 % d’énergie verte dans la production d’électricité en 2020 (17 % en 2010).

On comprend facilement cette préférence : en pleine mer, le vent souffle plus fort, plus souvent. Les turbines peuvent y fonctionner à pleine capacité quelque 4.000 heures par an, contre 2.000 à terre. Fort de ses 60 mégawatts de capacité installée, Alpha Ventus produit chaque année de quoi approvisionner 50.000 ménages de trois personnes. L’offshore évite en outre, sur le continent, l’extension du phénomène de Verspargelung, un terme utilisé outre-Rhin pour dénoncer l’invasion des éoliennes, ces « asperges » géantes...

Des techniciens au pied marin

Mais ce n’est pas la voie de la facilité, loin de là. Claus Burkhardt expose un long catalogue des difficultés propres à la technologie : « Plus vous allez loin, plus la mer est profonde, plus l’installation est complexe et coûte cher. On est à 60 kilomètres des côtes, car il a fallu tenir compte du parc naturel et des lignes de transit des navires commerciaux. Pour rentabiliser des investissements aussi importants, 250 millions d’euros ici, les éoliennes doivent tourner le plus souvent possible, donc vous devez prévoir des systèmes redondants, pour qu’une panne à un endroit n’entraîne pas automatiquement un arrêt. Les personnels doivent non seulement avoir des compétences en électrotechnique, mais aussi être des marins . » Sans compter que le parc n’est pas toujours accessible, à cause de la météo, et que l’exploitation en haute mer implique une forte corrosion par le sel et de fortes contraintes mécaniques sur les structures.

Le gouvernement aimerait voir essaimer 5.000 éoliennes en mer du Nord et en mer Baltique d’ici à 2025-2030, ce qui assurerait une capacité d’au moins 25.000 mégawatts. Mais, même si cet objectif est atteint, la conversion énergétique du pays n’en sera pas pour autant acquise, loin de là. Une fois le courant produit au nord, encore faut-il le transporter jusqu’au sud industrieux du pays, là où il est consommé.

Or, dans les régions de transit, ça bloque. Petra Enders est une des opposantes les plus résolues aux nouvelles autoroutes de l’électricité prévues par Berlin - on parle de 4.500 kilomètres d’ici à 2020. Maire (gauche radicale) de Grossbreitenbach (2.800 habitants), elle conteste par tous les moyens juridiques la ligne à haute tension que planifie l’opérateur 50Hertz à travers la forêt de Thuringe, « coeur vert de l’Allemagne ». Pas vraiment une « eco-warrior » postcommuniste : elle reçoit à la mairie en petite robe noire, le visage souriant encadré d’anglaises. Mais, l’étude d’un universitaire sous le bras, elle assène un argumentaire visiblement rodé : « Cette nouvelle ligne n’est pas nécessaire. Il y a de nouvelles techniques qui permettraient de faire passer plus de courant dans les câbles existants. » Elle insiste sur les dangers pour la santé des riverains et le tourisme local.

Après avoir passé des vêtements plus sportifs, elle invite à une balade jusqu’au sommet de la colline de la Haube (811 mètres) pour constater les déjà nombreux outrages que la nature a dû subir dans la région. « La ligne à haute tension existante, la carrière de pierre, le tunnel que la Deutsche Bahn creuse pour ses trains rapides et les deux décharges où les roches seront entreposées. Cette nouvelle ligne haute tension, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Ce ne sont pas les indemnisations de 40.000 euros par kilomètre du gouvernement qui nous rendront nos arbres. » Petra Enders remet en question la globalité du nouveau concept énergétique : « Il reste dans l’ancienne logique d’une production centralisée, qu’il faut ensuite transporter vers les lieux de consommation. Alors qu’il nous faut un grand nombre d’unités de production décentralisées. » Sur le modèle de Feldheim : un petit village du Brandebourg qui, après quinze ans d’expérimentation, est désormais autosuffisant et qui s’est débranché du réseau. Un parc d’éoliennes sur ce plateau venteux et une unité de biogaz alimentée par la coopérative agricole permettent l’autarcie et des factures allégées.

On comprend bien, toutefois, que le concept ne peut être généralisé à toute l’Allemagne, première puissance industrielle d’Europe. Matthias Kurth, président de l’agence fédérale chargée des réseaux, se montre tout aussi combatif que Petra Enders : « Je vous l’assure, ces nouvelles lignes haute tension sont absolument nécessaires, compte tenu des quantités de courant dont nous avons maintenant besoin. La nouvelle loi va simplifier et unifier les procédures d’autorisation des tracés. Ce qui réduira les possibilités de recours. Ce qu’il nous faut faire, bien sûr, c’est augmenter l’acceptation de la population à ces nouveaux projets d’infrastructures. Donc associer les citoyens dès le début des projets. »

Centrale au charbon et réservoir géant

Ce n’est pas E.ON qui prétendra le contraire. Parce que les renouvelables ne pourront pas compenser immédiatement les capacités du nucléaire et que de vieilles centrales conventionnelles sont progressivement arrêtées, il faudra bien de nouvelles centrales au gaz et au charbon. E.ON a commencé en 2007 la construction d’une centrale au charbon, à Datteln, au coeur de la Ruhr, région industrielle très densément peuplée, hérissée de cheminées. Datteln 4 est une centrale de 1.050 mégawatts, au rendement de 45 %, plus « propre » que les trois anciennes unités voisines qu’elle doit remplacer. Elle devait démarrer cette année, mais la justice, saisie par des riverains et l’ONG BUND, a gelé une partie du chantier en 2009.

Aujourd’hui, sur le site, Andreas Willeke, le patron du projet, est visiblement fier de faire visiter le coeur de l’usine et la tour de refroidissement (180 mètres). « En fait, tout est prêt à 90 %. Les turbines Alstom sont là. Pour éviter qu’elles ne s’oxydent, on a dû acheter des machines pour assécher l’air à l’intérieur. » Les affaires d’E.ON, qui a déjà investi 1 milliard d’euros, semblent s’arranger. Un nouveau plan d’aménagement - juridiquement béton -est en cours de préparation par les autorités locales. Mais Dirk Jansen, qui suit le dossier pour BUND, n’abandonnera pas si facilement : « La Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui affiche des objectifs très ambitieux en matière d’émissions de CO2, est pour l’instant lanterne rouge en Allemagne pour les renouvelables. Et que fait-on ? On investit dans des monstres comme Datteln 4. Désolé, ce n’est pas cohérent. »

Le syndrome Nimby (« not in my backyard ») touche aussi les infrastructures de stockage de l’énergie. Parce que l’électricité éolienne et solaire est par définition volatile, moins prévisible, il faut pouvoir la stocker quand on en produit trop, faute de quoi on déstabilise les réseaux. Les chercheurs travaillent à la mise au point d’un stockage sous forme gazeuse, mais, d’ici là, le procédé le plus éprouvé consiste à pomper de l’eau avec le courant excédentaire vers des réservoirs en altitude. En période de forte consommation, on relâche l’eau pour obtenir de l’électricité hydraulique. Las, le projet de réservoir géant d’Atdorf, dans la Forêt-Noire, se heurte, lui aussi, à de vives résistances, notamment, encore une fois, de la part de la puissante BUND, qui craint pour les espèces animales, végétales et les eaux souterraines. Du coup, l’Allemagne envisage désormais de stocker de l’énergie en Norvège, via de nouveaux câbles sous-marins. Les Norvégiens ont plus de place et savent qu’ils ne pourront vivre éternellement de leur rente dans les hydrocarbures.

Un défi citoyen

Le tournant énergétique allemand représente donc non seulement un immense défi technologique, logistique, organisationnel, mais, presque surtout, citoyen. Angela Merkel appelle d’ailleurs régulièrement à un engagement de chacun. Le fait que l’opposition (Verts et SPD) ait soutenu le paquet énergie, au Bundestag, va dans le sens d’un consensus national. Mais les Allemands vont-ils suivre ? Vont-ils surmonter leurs contradictions ? Une étude de la fondation Bertelsmann, début juin, concluait à une grande méfiance des citoyens à l’égard de leurs représentants. Près de 80 % des sondés souhaitent être plus impliqués, via des référendums locaux ou des initiatives populaires, particulièrement sur les projets d’infrastructures. Il faudra donc, aussi, beaucoup de pédagogie pour réussir la sortie de l’atome en dix ans. On peut penser que le pays, qui a mené à bien sa réunification en moins de vingt ans, saura se mobiliser. L’institut DIW, en mai, a publié une étude optimiste sur le formidable potentiel qu’offre la conversion du modèle énergétique, en termes de recherche, d’emplois et d’exportations futures. On entend d’ailleurs peu d’industriels se lamenter sur les nouveaux plans du gouvernement. En juin, Siemens a annoncé qu’il avait remporté son premier contrat en Chine : 21 éoliennes pour un parc offshore au large du Jiangsu. Et Nordex va, lui, équiper deux champs dans la région du Ningxia. La Chine est, de loin, le premier marché mondial pour l’éolien.

Le train est par nature socialiste Jean Cornil Reporterre 2011/07/14 Jean Cornil (14 juillet 2011) Le train est par nature socialiste. Reporterre. Tribune — fr

Le train est par nature socialiste

”Le train c’est la grande fraternité, le véhicule collectif des émotions aventureuses. Imagine-t-on partir faire la révolution en automobile ?"

Ne conduisant pas, j’ai par la force des choses une certaine expérience des transports en commun qui devraient être, face à l’évidence climatique, gratuits. Quasi pas une semaine sans un quai de gare et un parcours en train pour une rencontre citoyenne, un débat ou une réunion, parfois dans des recoins méconnus de la Wallonie. L’esprit vagabond, toujours prêt pour un éternel départ, les odeurs des wagons, le crissement des machines, les rails qui se perdent, la démarche du contrôleur, les annonces faites aux haut-parleurs, la transhumance des voyageurs, le kaléidoscope des villes et des campagnes, le froid de l’attente, les râleries du retard, toute la mythologie si simple et si commune du nomade en chemin de fer se concentre à chaque trajet.

Plus encore. Le train c’est l’internationale. Ce qui relie les hommes et les idées, des reliefs comme des plaines. C’est la communication et l’assemblage, l’incessant va et vient de toutes et de tous qui se côtoient, se bousculent, s’interpellent, s’engueulent ou dialoguent. Le train c’est la grande fraternité, le véhicule collectif des émotions aventureuses. Imagine-t-on partir faire la révolution en automobile ?

La résistance des cheminots face à l’occupant. La flèche rouge entre Moscou et Saint-Petersbourg, vodka et accueil personnalisé à la docteur Jivago. La précision mathématique des horaires du train de nuit entre Pékin et Xian, les parcours du bourlingueur adolescent où je dormais avec mon sac de couchage sur le plancher du couloir de l’express qui filait vers Rome ou Thessalonique. Emile Zola et Jean Gabin. Toute une fantasmagorie de sons et d’images, de visages noircis, de vapeur et de fumées noires, de vécu et de rêves, qui ressurgissent même quand je monte dans le propret Thalys ou dans un vieux wagon en bois à Dinant.

Décidément le train est par nature socialiste.

Les Indignés à la Bastille le 14 juillet Réelle Démocratie Maintenant des Indignés de Paris Reporterre 2011/07/14 Réelle Démocratie Maintenant des Indignés de Paris (14 juillet 2011) Les Indignés à la Bastille le 14 juillet. Reporterre. fr

Les Indignés à la Bastille le 14 juillet

Rendez-vous le 14 juillet, malgré une situation juridique ambigüe.

Mercredi 13 juillet, 21 h 17, selon Faiscequilteplait LeMai

SUR LE 14 JUILLET DES INDIGNÉS : NOUS N’AVONS PAS ENCORE L’AUTORISATION DE QUOI QUE CE SOIT.

CONFERENCE DE PRESSE DE LA REELLE DEMOCRATIE DES INDIGNES DE PARIS : Le 14 juillet à 16 heures, sur le terre-plein de la Place de la Bastille à Paris délimité par le boulevard Bourdon (75004), la Rue de Lyon (75012) et le Port de l’Arsenal.

Suite au non-lieu prononcé par le juge des référés du Tribunal Administratif sur le recours contre le préfet de police de Paris, la requérante, des membres des commissions juridique et communication de la Réelle Démocratie des Indignés de Paris témoigneront des manœuvres de la Préfecture.

Depuis le 4 juillet dernier, cette administration tente de limiter et de contrôler notre rassemblement du 14 au 17 juillet prochain place de la Bastille.

Si la Préfecture estime que notre manifestation est de nature à troubler l’ordre public de façon excessive, qu’elle l’interdise par un arrêté préfectoral comme l’exige la loi.

A défaut, elle doit l’autoriser et nous le signifier tel que prévu par la loi.

A quelques heures de notre rassemblement national, nous sommes toujours sans réponse de la Préfecture et dans l’expectative.

Le droit fondamental de la liberté d’expression ne peut être limité, ni contrôlé sans motifs strictement encadrés par la loi. Il est essentiel et urgent qu’il soit défendu, maintenu par et pour nous tous.

Mercredi 13 juillet, vers 17 h 00, selon Aurélien Huyna

Pour info je viens d’avoir la réponse du Tribunal Administratif.

La manifestation à partir du jeudi 14 juillet 19h jusqu’au dimanche 17 juillet 19h est ACCEPTEE « sur le terre plein » de la place de la Bastille.

L’établissement d’un campement d’environ une centaine de personnes a été validé même si la préfecture a attiré l’attention sur les éventuels problèmes que cela pourrait causer.

Donc personne ne peut nous déloger entre jeudi soir et dimanche soir si nous respectons ces conditions.

Autogestion !

250 éoliennes de 140 m de haut menacent les paysages de Lozère Les Robins des Bois de la Margeride Reporterre 2011/07/14 Les Robins des Bois de la Margeride (14 juillet 2011) 250 éoliennes de 140 m de haut menacent les paysages de Lozère. Reporterre. fr

250 éoliennes de 140 m de haut menacent les paysages de Lozère

Eolien : une journée portes-ouvertes pas appréciée par tous.

Il est bien curieux l’article paru le 8 juillet dans Lozère Nouvelle ; un article où l’on fait l’apologie des promoteurs de l’éolien, des « études formidables » réalisées sur l’incidence d’un tel projet sur la faune, la flore, l’acoustique, « l’impact paysager, sans doute le plus spectaculaire, présenté par des montages photos permettant de visualiser l’intégration des machines dans le paysage ». Avec « un buffet copieusement garni et servi avec beaucoup de sympathie » pour faire avaler la pilule à quelques uns déjà convaincus.

Ce projet de 9 éoliennes est surtout intégré dans un projet global de 250 éoliennes prévues de Langogne à St-Chély, sur les crêtes de la Margeride. Comment peut-on dire que des éoliennes de 140m de haut qui se verront de l’Ardèche, de la Haute Loire, de l’Aubrac, seront « intégrées dans le paysage » ! Que dire « des panneaux explicatifs, détaillés et très bien illustrés » qui nous expliquent que l’on va installer des éoliennes en Margeride parce qu’il y a peu d’habitants, ce qui signifie donc qu’il y a un réel impact sur les populations, impact préjudiciable seulement à un nombre limité d’habitants ! Les promoteurs n’ont donc aucune considération pour ceux qui vivent encore en Margeride, et les élus de la Villedieu donnent leur approbation avec enthousiasme !

Pourquoi fait-on abstraction dans cet article du 08 juillet de l’opposition des Robins des Bois de la Margeride qui ont pique-niqué sur le macadam parce que Monsieur le maire leur refusait l’installation d’une simple table, la banderole ayant été mise contre son gré, abstraction également de tous ces opposants venus de Grandrieu, d’Arzenc, du Born, de Ribennes, de Mende et même de l’Ardèche.

Pourquoi n’a-t-on pas vu les élus des communes voisines, que le maire avait invités ? Que signifie l’absence du conseiller général, du député ? De la désapprobation ? Du manque d’intérêt pour de tels projets qui vont défigurer notre territoire ? Pour 15.000 € de recettes annuelles on va pourrir la vie des habitants dont la majorité ne réalise pas ce qui les attend, alors que Monsieur le maire de la Villedieu réside à Mende et le promoteur intéressé à Toulouse ?

Police des mots : la « nakba » disparait de l’histoire Sébastien Ledoux et Samuel Ghiles Meilhac (Rue 89) Reporterre 2011/07/14 Sébastien Ledoux et Samuel Ghiles Meilhac (Rue 89) (14 juillet 2011) Police des mots : la « nakba » disparait de l’histoire. Reporterre. fr

Police des mots : la « nakba » disparait de l’histoire

Dans 1984, Orwell décrivait un monde où la police de la pensée réécrivait les livres pour changer l’histoire. Sous la pression du lobby sioniste, la nakba - « catastrophe », en arabe, désignant l’expulsion des Palestiniens de leurs terres en 1948 -, doit disparaître des manuels d’histoire français.

Il aura suffi d’un mot, d’une phrase pour qu’une question d’histoire se retrouve censurée dans un manuel scolaire. Dans le cadre d’un chapitre consacré à « L’ONU et la question palestinienne, 1947-1948 », le nouveau manuel Hachette de première utilisait une photographie de Palestiniens chargeant des bagages dans une camionnette avec pour légende : « La Nakba. Les conquêtes de l’armée israélienne ont entraîné l’exode de près de 700 000 Palestiniens » (p. 139).

Dans la partie vocabulaire de ce chapitre, le terme Nakba est défini ainsi :

« Nakba : (“catastrophe” en arabe) expulsion de populations palestiniennes pendant la guerre israélo-arabe de 1948. »

Cette précision reflèterait-elle une dérive dangereuse pour la liberté de l’enseignement de l’histoire ? C’est ce que semble penser depuis quelques jours plusieurs associations juives de France qui dénoncent une « idéologisation » selon Richard Prasquier, président du Crif, et même une « révision de l’histoire » selon l’association Europe-Israël.

Un texte conforme aux avancées de l’historiographie israélienne

Ces associations ont fait pression sur l’éditeur du manuel concerné. Hachette a été prompt à réagir puisqu’il vient d’indiquer dans un communiqué du 4 juillet qu’il allait modifier son contenu, car « après relecture, il est apparu que certains passages contestables devaient être modifiés. A l’occasion de l’impression, ils seront changés ».

Contestés oui, « contestables », rien n’est moins sûr.

En effet, le document et le texte incriminés correspondent tout à fait aux avancées de l’historiographie israélienne elle-même. Les positions des « nouveaux historiens » israéliens qui avaient, voici une vingtaine d’années, mis en cause le discours officiel autour de la création d’Israël, en mettant entre autres en avant les conséquences de la guerre de 1948 sur les populations civiles palestiniennes, sont maintenant intégrées dans les milieux académiques israéliens.

Il serait assez paradoxal que nous puissions en France rester dans un récit scolaire qui refuserait de transposer des savoirs universitaires stabilisés au nom d’une lutte contre l’« idéologisation » et le « révisionnisme ».

Le contrôle des manuels ne peut dépendre de l’Etat

En 1982, Serge Klarsfeld, président de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France, se battait, à juste titre, pour demander aux éditeurs des manuels de terminale d’intégrer la réalité du génocide juif et la complicité de Vichy dans ce crime. Son action était légitimée par les avancées historiographiques récentes sur le sujet, grâce notamment aux travaux de Paxton, Wellers, Marrus, Rajfus et de Klarsfeld lui-même.

Il ne s’agit pas ici de comparer les deux faits historiques, ce qui serait une pure abjection et constituerait pour le coup un négationnisme de l’extermination nazie. Cependant, la transposition de savoirs scientifiques doit pouvoir s’appliquer aussi à cet épisode de 1948 qui a eu des conséquences immenses et durables sur la vie de populations civiles palestiniennes.

Les manuels scolaires, quant à eux, sont perçus depuis longtemps comme des objets de légitimation de l’histoire. A ce titre, ils sont régulièrement soumis aux critiques, revendications et attentions les plus aigus.

De leur côté, les maisons d’éditions de ces manuels répondent à des logiques didactiques mais également commerciales, la vente pour les publics scolaires représentant pour les éditeurs une part non négligeable de leur chiffre de ventes.

En revanche, n’en déplaise aux diverses associations juives ou pro-palestiniennes aujourd’hui, le contrôle des manuels ne peut dépendre de l’Etat. Leur écriture est le fait d’universitaires et/ou d’enseignants du secondaire indépendants des pouvoirs publics.

Une logique politique qui suit les courants politiques israéliens

La récente intervention sur le manuel Hachette répond par ailleurs à des logiques d’actions propres à certaines associations juives de France, mises en place depuis plusieurs années. Depuis le déclenchement de la seconde Intifada en effet (2000), la défense d’Israël dépasse largement l’expression d’une solidarité et d’un attachement à l’Etat hébreu. Elle s’inscrit dans une logique politique qui vise à suivre certains courants politiques israéliens.

La tentation est récurrente, en Israël, de faire table rase des apports de l’historiographie sur la guerre de 1948. La récente loi votée à la Knesset en mars dernier, visant à limiter voire sanctionner les célébrations, dans les villes et villages palestiniens d’Israël, de la Nakba, semble ici directement inspirer les institutions juives françaises.

Ces dernières, en particulier le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), militent depuis plusieurs mois, à l’unisson du gouvernement israélien, pour que l’Autorité palestinienne reconnaisse Israël comme « Etat juif », alors même que cette stratégie fait débat en Israël. Ce mimétisme politique s’arrête là où commence la vitalité démocratique israélienne. En effet, le leadership juif français ne souhaite pas en reproduire la pluralité.

Israël semble rester une éternelle victime

Intervenir pour obtenir le retrait du mot Nakba revient à laisser Israël en dehors de l’écriture de l’histoire. Ses décisions, passées et présentes, sa politique en tant qu’Etat souverain, sa part de responsabilité dans la situation politique moyen-orientale ne peuvent faire l’objet d’aucune réflexion. Elles sont automatiquement évacuées.

Les institutions juives, tout en critiquant une société française (ses journalistes, ses universitaires, ici son discours scolaire) qui réserverait toutes ses critiques à Israël, reproduisent ces travers en refusant par principe qu’Israël puisse commettre des erreurs tactiques ou des fautes morales, comme si le changement fondamental qu’implique l’existence d’Israël n’était pas intégré.

Israël semble rester, aux yeux des dirigeants juifs de la diaspora, une éternelle victime dont la faiblesse nécessiterait un soutien permanent des juifs à travers le monde. Dans ce schéma, Israël reste un objet politique et historique à part, qui ne saurait commettre des fautes ou des crimes. La révolution du sionisme signifiait pourtant une entrée dans l’histoire.

Des conflits d’intérêts entre groupes de pression en France

Ces terrains d’action deviennent des enjeux de pouvoir pour des organisations, comme le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme), qui a lui aussi interpelé l’éditeur Hachette, cherchant à doubler le Crif en multipliant les initiatives visant à obtenir des diffuseurs d’informations, ou de savoir, des modifications dans leurs discours.

Les logiques d’action militante liées au conflit actuel israélo-palestinien ne peuvent ainsi prendre en otage le travail de retraduction scolaire de faits historiques établis par le discours scientifique. S’il s’agit bien d’une question brûlante qui mêle des conflits d’intérêts de différents groupes de pression en France, la réaction de l’éditeur ne peut aller dans le sens d’un refroidissement d’un fait qui doit être enseigné dans un souci d’historisation, mais sans occultation.

L’action actuelle des associations juives concernées contrevient à l’analyse historique telle qu’elle s’est élaborée au gré des travaux scientifiques. Elle relève ainsi d’une position de principe, conforme à leurs intérêts, mais éloignée de l’horizon de vérité scientifique auquel prétend légitimement l’enseignement de l’histoire.

Le premier ministre japonais d’accord pour sortir du nucléaire Karyn Poupée (AFP) Reporterre 2011/07/14 Karyn Poupée (AFP) (14 juillet 2011) Le premier ministre japonais d’accord pour sortir du nucléaire. Reporterre. fr

Le premier ministre japonais d’accord pour sortir du nucléaire

« Nous devons concevoir une société qui puisse se passer du nucléaire », a déclaré le premier ministre japonais Naoto Kan.

TOKYO — Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, s’est prononcé mercredi 13 juillet en faveur d’une sortie progressive du nucléaire, sans donner de calendrier, quatre mois après l’accident de la centrale de Fukushima.

Compte tenu de la gravité de l’accident de Fukushima, « on ne peut plus soutenir que la politique menée jusqu’à présent garantisse la sécurité de l’exploitation de l’énergie nucléaire. Nous devons concevoir une société qui puisse s’en passer », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.

Le chef du gouvernement juge nécessaire de revoir de fond en comble la politique énergétique du pays, qui prévoyait avant la crise de Fukushima une augmentation de la part de l’électricité nucléaire dans la production totale à plus de 50% d’ici à 2030, contre quelque 30% en 2010.

La catastrophe, la plus grave depuis celle de Tchernobyl en 1986, a forcé plus de 80.000 personnes à évacuer les environs de la centrale.

M. Kan plaide pour une « réduction progressive » de la part de l’électricité nucléaire au profit des énergies renouvelables (solaire, éolienne, biomasse, etc.) avec pour objectif de s’en affranchir totalement.

Le Premier ministre n’a toutefois pas présenté de calendrier de sortie du nucléaire.

L’archipel compte actuellement 54 réacteurs, mais 35 sont stoppés, à cause de séismes ou pour maintenance. M. Kan a ordonné des tests de résistance qui décideront ou non de leur redémarrage.

Pour faire face à la chute de la capacité de production, le gouvernement a imposé aux grandes entreprises et aux administrations de la région de Tokyo et du Tohoku (nord-est) de réduire leur consommation de 5 % à 15 % durant l’été, période où les climatiseurs tournent à plein régime. Il a aussi demandé aux particuliers de diminuer l’usage des appareils électriques.

« Grâce à ces efforts il sera possible de fournir l’électricité nécessaire cet été et cet hiver », a assuré le chef du gouvernement de centre-gauche.

« Il est de la responsabilité de l’Etat de garantir l’approvisionnement », a-t-il insisté.

M. Kan, 64 ans, nommé il y a à peine 13 mois, est extrêmement impopulaire et critiqué pour la gestion des conséquences du séisme et du tsunami dans le Tohoku le 11 mars, et de l’accident nucléaire de la centrale Fukushima Daiichi.

Il a récemment indiqué qu’il quitterait le pouvoir une fois adoptées au Parlement trois lois qu’il juge prioritaires : une deuxième rallonge budgétaire pour la reconstruction, une loi autorisant l’émission d’obligations d’Etat et un texte sur les énergies renouvelables.

Les débats sur ce dernier projet de loi doivent commencer jeudi au Parlement, a précisé M. Kan.

Des gouverneurs d’importantes préfectures s’activent actuellement pour favoriser l’installation de systèmes solaires et plaident pour un assouplissement de la réglementation afin de faciliter la production alternative d’énergie.

La plus grande fédération patronale nippone, le Keidanren, juge pour sa part que la troisième puissance économique mondiale ne peut se passer de l’énergie nucléaire, sauf à risquer des délocalisations et une désindustrialisation du pays.

A court terme, le Japon doit réactiver des centrales thermiques au gaz, au pétrole ou au charbon, ce qui va augmenter les émissions de gaz à effet de serre et pourrait rendre caduque la promesse d’une réduction de 25 % de ces rejets en 2020, par rapport au niveau de 1990.

Depuis l’accident de Fukushima, quelques pays, comme l’Allemagne, l’Italie et la Suisse, ont décidé de renoncer progressivement à l’atome civil. D’autres, comme la France, les Etats-Unis ou plusieurs nations d’Europe de l’Est, ont au contraire réaffirmé leur attachement à cette énergie.

REPORTERRE SE MET AU VERT Par Julien villalard Reporterre 2011/07/15 Par Julien villalard (15 juillet 2011) REPORTERRE SE MET AU VERT. Reporterre. fr

REPORTERRE SE MET AU VERT

Bon ben voilà, on part en vacances... Si bien que ce modeste site va se trouver au repos. Bon été à toutes et à tous, à bientôt.

Vous n’avez pas la chance de dormir tard le matin, de lire des livres sans enjeu, de marcher au long des chemins, de parler tard le soir en refaisant le monde avec les amis, de regarder les nuages... Désolé, on pense bien à vous.

Et puisque vous êtes encore dans les affaires sérieuses - merci de prendre le quart pour veiller sur le pont -, n’hésitez pas à explorer Reporterre.

Le fonctionnement est assez simple. Il faut cliquer sur le mot « lire » ou « écouter » en rouge ou sur les titres des articles pour voir apparaître ceux-ci.

Et pour consulter la liste de tous les articles, - soit cliquer sur les mots « Ecologie », « Société » ou « Libertés » en haut à droite de la page d’accueil ; - soit cliquer sur les phrases « Ecouter toutes les ’Une minute, une question’ », « Lire toutes les infos », « Lire toutes les tribunes », « Visitez les archives du site » en bas à droite.

Parler avec les arbres Hervé Kempf Reporterre 2011/07/15 Hervé Kempf (15 juillet 2011) Parler avec les arbres. Reporterre. Tribune — fr

Parler avec les arbres

Marcher. Marcher parmi les bois et les rochers. Marcher l’oreille au vent, saisir l’odeur de la menthe sauvage, éprouver la fatigue de l’ascension et du soleil, suivre les moutons qui clochent et qui bêlent, parler avec les compagnons de route et de joie - et soudain, dans le ciel limpide, apercevoir un circaète jean-le-blanc, trait serein sur fond d’azur, planer, flotter, avant qu’il glisse et se fonde derrière la colline, comme le témoin souverain d’un autre monde que celui des hommes.

Rien de plus banal que de cheminer dans la campagne et dans la montagne, d’inscrire ses pas dans les sentiers séculaires qu’ont parcourus paysans et bergers dans leur lutte quotidienne, tenace et pénible mais souvent émerveillée, pour tirer de la terre leur pitance et leur avenir. Rien de plus extraordinaire, pourtant, dans ce monde où vrombissent les moteurs, où se multiplient les constructions, où se manufacturent les objets de l’infini désir, ce monde ivre de son propre vacarme.

L’écologie s’assèche. Elle oublie la beauté et le sentiment d’être, parce qu’engagée sans relâche dans les combats nécessaires autour des gaz à effet de serre, des statistiques de disparitions d’espèces, des procédures contre les destructions absurdes, dans la machinerie toujours plus complexe où elle oppose le souci du bien commun à la frénétique libido possidendi, au désir de posséder, qui est le moteur de l’époque.

Mais ce qui anime l’écologie depuis l’origine, et qui se dissipe dans les batailles urbaines, c’est le souci de l’art perdu de la conversation entre les hommes et les êtres de fleur et de poil par lequel on se liait au cosmos. Dans une « Ode à nos amis les arbres », Jacques Lacarrière, grand marcheur et ami de la Grèce éternelle, écrit : « Les bruissements, frémissements, frissonnements de vos feuillages, c’est votre façon à vous de parler, ce sont vos voix d’air et de souffles, vos rumeurs de ramures, vos chuchotis de cimes ou même, jadis, la voix des esprits ou des dieux qui vous avaient choisi pour demeure. (...) Oui, il fut un temps où vous parliez, avec la terre, avec le ciel, avec ceux qui savaient vous entendre et surtout vous comprendre. (...) J’aurais tant de choses à vous dire. Mais il faudrait, pour les dire avec toute la précision et toute la poésie souhaitables, que je réapprenne à bruisser, comme chêne sous le vent, à grelotter comme feuille de tremble, à frissonner comme cyprès sous la brise » (Questions de, « Vers une écologie spirituelle », n° 127, avril 2002, Albin Michel).

L’écologie ? C’est aussi retrouver la langue des chênes et des scarabées, des bruyères et des genêts, des papillons et des brebis, de la glaise et des étoiles.

Dans la torpeur de l’été, le gouvernement fusille les associations Corinne Lepage Reporterre 2011/07/20 Corinne Lepage (20 juillet 2011) Dans la torpeur de l’été, le gouvernement fusille les associations. Reporterre. fr

Dans la torpeur de l’été, le gouvernement fusille les associations

Un décret discret écarte les associations dérangeantes des débats officiels sur l’environnement.

Les mauvais coups se font généralement le 14 juillet ou le 15 août. C’est encore plus tentant en période de crise majeure, comme actuellement. C’est sans doute pour cette raison que le Journal officiel du 13 juillet publie un nouveau décret concernant les associations.

Celui-ci fixe les modalités d’application au niveau national de la condition prévue au premier point de l’article R.141-21 du code de l’environnement, concernant les associations et fondations souhaitant participer au débat sur l’environnement dans le cadre de certaines instances.

Pour pouvoir participer, une association devra désormais compter au moins 2.000 adhérents. Quant aux associations d’utilité publique, elles devraient exercer leur action sur la moitié des régions au moins, et disposer d’un minimum de 5.000 donateurs, pour pouvoir se faire entendre.

Les seuls organismes ayant le droit de le faire entendre leur voix sur les politiques environnementales sont des organismes publics au sein desquels seules ces grandes associations ont le droit d’être représentées. De plus, l’Etat s’octroie le droit de vérifier les conditions de financement des associations pour s’assurer « de leur indépendance ».

Les assos les plus gênantes pour les lobbies handicapées

Ce texte est liberticide au regard de la liberté d’association ou plus précisément du droit des associations à se faire entendre. Il exclut en particulier toutes les associations d’experts qui ont fait l’essentiel du travail en termes d’alerte au cours des dernières années.

Mouvement des générations futures, Criirad, Criigen, Réseau santé environnement, Inf’OGM, pour n’en citer que quelques-uns, n’auront aux termes de ce texte plus le droit de participer, voire plus le droit d’être agréés puisque c’est l’agrément au titre de l’environnement lui-même qui est touché par ce décret scélérat.

Autrement dit, non seulement aucun texte de protection des lanceurs d’alerte n’a jamais été pris par ce gouvernement, du temps de monsieur Borloo comme a fortiori du temps de madame Kosciusko-Morizet, mais plus encore, c’est la capacité des associations les plus dérangeantes pour les lobbies défendus par le gouvernement qui est ici mise en cause. En effet, sans agrément, la capacité de porter plainte avec constitution de partie civile reste très réduite. Dans ces conditions, les procès mettant en cause ces lobbies deviennent beaucoup plus difficiles.

De la même manière, le fait que les agréments soient conditionnés par le nombre de personnes rendra très difficile la tâche des associations locales, constituées contre tel ou tel projet, telle ou telle infrastructure. Les préfets pourront toujours soutenir qu’elles ne remplissent pas les conditions.

Ainsi le gouvernement s’est-il attaqué avec efficacité, une fois encore, aux modestes contre-pouvoirs que notre pays compte encore.

► Référence du décret 12 juillet 2011

Russie : le pergélisol devrait fondre en partie dans les trente prochaines années Astrid Kergrohen (Bio Addict) Reporterre 2011/07/29 Astrid Kergrohen (Bio Addict) (29 juillet 2011) Russie : le pergélisol devrait fondre en partie dans les trente prochaines années. Reporterre. fr

Russie : le pergélisol devrait fondre en partie dans les trente prochaines années

Le ministère russe des Situations d’urgence a rendu le vendredi 29 juillet un rapport alarmant sur l’évolution du climat russe dans les prochaines années. Cette étude porte notamment sur le pergélisol, et l’effet du changement climatique sur ces terres gelées.

Lors de la publication du rapport, Vladislov Bolov, chef du centre de lutte contre les catastrophes naturelles au ministère des Situations d’urgence de Russie, a ainsi annoncé que « dans les 25-30 prochaines années, la superficie du pergélisol risque de diminuer de 10 à 18%. Dans quarante ans, cette valeur pourra augmenter de 15 à 30% ».

Or, il faut savoir que le pergélisol retient à lui seul des tonnes de méthane, un gaz à effet de serre considérablement (22 fois) plus puissant que le CO2. Recouvrant près de 10,7 millions de km2, soit 63% de la superficie du pays, la fonte de ces terres gelées aura des conséquences importantes sur le climat, mais aussi sur les infrastructures russes. Voies de chemin de fer, routes, gazoducs et oléoducs risquent d’être abîmés ou détruits à mesure que le sol, d’ordinaire solidifié par le gel, devient mouvant avec la fonte.

Vladislav Bolov explique que « la frontière du pergélisol remontera vers le nord-est de 150-200 kilomètres », entraînant par la suite des modifications profondes du paysage. La formation de lacs thermokarstiques, véritables puits de méthane, est là aussi à craindre.

Bien entendu, la situation n’est pas dramatique pour tout le monde. Sous ces terres gelées qui occupent 73 % du territoire, se trouvent d’énormes gisements de pétrole, de gaz naturel et de charbon. En effet, plus de 80% des réserves de pétrole et environ 70% des gisements de gaz de Russie y sont concentrés. Inutile de préciser que les industriels de l’énergie s’en frottent les mains d’avance.

Les citoyens islandais ont écrit le projet d’une nouvelle Constitution Perrine Mouterde (France 24) Reporterre 2011/07/29 Perrine Mouterde (France 24) (29 juillet 2011) Les citoyens islandais ont écrit le projet d’une nouvelle Constitution. Reporterre. fr

Les citoyens islandais ont écrit le projet d’une nouvelle Constitution

Après trois mois et demi de travail, un comité de 25 citoyens islandais a transmis fin juillet 2011 un projet de Constitution participative à leur Parlement. Rédigé en partie via les médias sociaux, le texte doit être examiné par les députés le 1er octobre.

Un comité de citoyens islandais a remis ce vendredi 29 juillet à la présidente du Parlement un projet de Constitution qui vise à remplacer l’actuelle. Une première dans un pays où les querelles politiques ont toujours empêché un réexamen général de la Loi fondamentale largement inspirée de celle du Danemark, l’ancien pays de tutelle. Depuis l’indépendance de l’île, en 1944, seuls quelques ajustements ont été apportés au texte.

Composé de 25 Islandais élus, parmi lesquels des paysans, des professeurs, des étudiants, des membres du clergé, des avocats, etc., le comité a supervisé pendant trois mois et demi l’écriture de la nouvelle Constitution à laquelle ont contribué les citoyens via les médias sociaux.

Tout est parti de l’indignation des Islandais

C’est après la désastreuse crise financière de 2008 que l’Islande se lance dans cet ambitieux et innovant processus de révision constitutionnelle. L’effondrement du système bancaire et son impact sur de nombreux secteurs économiques conduisent le pays à remettre en cause les fondements même de son fonctionnement. Indignée, la population réclame une meilleure séparation des pouvoirs exécutif et législatif, davantage de démocratie participative, des garanties pour mieux contrôler les responsables du pouvoir...

Le 6 novembre 2009, un millier de personnes participent à un « forum national » durant lequel ils expriment leurs opinions sur les valeurs centrales que doit refléter cette nouvelle Constitution. Le 6 avril 2011, un Conseil constitutionnel, créé quelques mois plus tôt, entame ses travaux de révision, à partir des résultats du forum. Des travaux auxquels les quelque 320 000 citoyens islandais sont invités à participer par le biais d’Internet.

Chaque jour, le Conseil publie sur son site les comptes-rendus de ses discussions. Chacun est invité à commenter ces propositions, à poser des questions, faire des propositions... Même chose sur la page Facebook et le compte Twitter des Sages. Chaque jeudi, les réunions de travail sont ouvertes au public et diffusées en direct sur la chaîne YouTube du comité. « Je crois que c’est la première fois qu’une Constitution est pratiquement écrite sur Internet, a commenté Thorvaldur Gylfason, l’un des membres du Conseil cité par le journal britannique The Guardian. Le public voit la Constitution prendre forme sous ses yeux. »

Bière gratuite ou enseignement obligatoire du langage des signes ?

Alors que certains plaisantins proposent d’instaurer la gratuité des glaces ou de la bière, d’autres, plus sérieux, s’inquiètent de la durée des mandats électifs ou proposent de faire de la langue des signes un enseignement obligatoire à l’école. Si toutes les remarques n’ont bien sûr pas été retenues, et si des experts juridiques ont encadré les travaux, les membres du conseil assurent que ces contributions ont eu un impact très positif sur le projet.

Fruit de cette collaboration, un projet de Constitution de 114 articles, bien sûr disponible sur Internet, qui ouvre la voie à des changements considérables comme le rôle du président de la République, l’équilibre des pouvoirs, la révision du système électoral ou encore la façon dont les ressources naturelles sont utilisées.

L’avocat Gísli Tryggvason est l’un des 25 membres du comité. Interrogé par France24.com, il se félicite du travail accompli durant ces trois mois et demi : « Je suis très fier car certains pensaient que l’on n’y arriverait pas. Des milliers de personnes ont participé à la rédaction du texte, ce n’était pas évident à compiler. Et même si, au final, seuls 1 à 2 % du corps électoral ont contribué au projet, j’estime que c’est une réussite. » Bien qu’il ne soit pas « le mieux placé pour répondre », Gísli Tryggvason estime que l’adoption de cette Constitution participative serait « bon » pour son pays.

Reste que le texte doit être examiné par une commission de députés. Début des travaux : le 1er octobre. Une perspective qui est loin d’enchanter l’avocat. « Pendant 30 ans, les parlementaires n’ont pas été capables d’amorcer un quelconque processus. Ma grande peur est que ce projet ne soit jeté aux oubliettes », estime Gísli Tryggvason, bien décidé à « maintenir la pression » pour que le projet soit accepté. Et d’ajouter, plus radical : « Nous devrions soumettre le texte aux Islandais par référendum avant même que le Parlement ne s’en saisisse. »

“Il y a une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe” Bernard Laponche Reporterre 2011/08/06 Bernard Laponche (6 août 2011) “Il y a une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe”. Reporterre. Tribune — Nucléaire fr

“Il y a une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe”

Il est des leurs. Enfin, il était des leurs. Polytechnicien, physicien nucléaire, Bernard Laponche a participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l’énergie atomique, à l’élaboration des premières centrales françaises. La découverte des conditions de travail des salariés de la Hague sera pour lui un choc : il prend conscience du danger de l’atome, qu’il juge moralement inacceptable. Dès les années 1980, Bernard Laponche, désormais militant au sein de la CFDT, prône la maîtrise de la consommation énergétique et le développement des énergies renouvelables. Les décennies suivantes lui ont donné raison. Mais la France, seul pays au monde à avoir choisi l’option du tout-nucléaire, s’obstine dans l’erreur, déplore-t-il, et s’aveugle : énergie du passé, sans innovation possible, le nucléaire ne représente pas seulement une menace terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il condamne notre pays à rater le train de l’indispensable révolution énergétique.

Télérama - On présente toujours l’énergie nucléaire comme une technologie très sophistiquée. Vous dites qu’il s’agit juste du « moyen le plus dangereux de faire bouillir de l’eau chaude ». C’est provocateur, non ?

Bernard Laponche - Pas vraiment... Un réacteur nucléaire n’est qu’une chaudière : il produit de la chaleur. Mais au lieu que la chaleur, comme dans les centrales thermiques, provienne de la combustion du charbon ou du gaz, elle est le résultat de la fission de l’uranium. Cette chaleur, sous forme de vapeur d’eau, entraîne une turbine qui produit de l’électricité. L’énergie nucléaire n’est donc pas ce truc miraculeux qui verrait l’électricité « sortir » du réacteur, comme s’il y avait une production presque spontanée...

Pourquoi cette image s’est-elle imposée ?

Les promoteurs du nucléaire ne tiennent pas à mettre en avant la matière première, l’uranium. C’est lié au fait qu’à l’origine le nucléaire était militaire, donc stratégique. Et puis en laissant penser que l’électricité est produite directement, ils lui donnent un côté magique, ainsi qu’une puissance trois fois plus élevée, car c’est la chaleur produite que l’on évalue, pas l’électricité. Or les deux tiers de la chaleur sont perdus, ils réchauffent l’eau des fleuves ou de la mer qui sert à refroidir les réacteurs.

Parlons donc du combustible...

Ce sont des crayons d’uranium, de l’uranium légèrement enrichi en isotope 235, pour les réacteurs français. La fission est une découverte récente (1938) : un neutron tape un noyau d’uranium qui explose, produit des fragments, donc de l’énergie, et des neutrons, qui vont taper d’autres noyaux – c’est la réaction en chaîne. La multiplication des fissions produit de la chaleur. Or les fragments de la fission sont de nouveaux produits radioactifs, qui émettent des rayons alpha, bêta, gamma... A l’intérieur des réacteurs, vous produisez donc de la chaleur, c’est le côté positif, mais aussi des produits radioactifs, notamment du plutonium, le corps le plus dangereux qu’on puisse imaginer, qui n’existe qu’à l’état de trace dans la nature. On aurait dû s’interroger dès l’origine : ce moyen de produire de l’eau chaude est-il acceptable ?

Cette réaction en chaîne, on peut tout de même l’arrêter à chaque instant, non ?

Dans un fonctionnement normal, on abaisse les barres de contrôle dans le cœur du réacteur : elles sont constituées de matériaux qui absorbent les neutrons, ce qui arrête la réaction en chaîne. Mais il faut continuer de refroidir les réacteurs une fois arrêtés, car les produits radioactifs continuent de produire de la chaleur. La nature même de la technique est donc source de risques multiples : s’il y a une panne dans les barres de contrôle, il y a un emballement de la réaction en chaîne, ce qui peut provoquer une explosion nucléaire ; s’il y a une fissure dans le circuit d’eau, il y a perte de refroidissement, la chaleur extrême détruit les gaines du combustible, certains produits radioactifs s’échappent, on assiste à la formation d’hydrogène, cet hydrogène entraîne des matières radioactives et peut exploser.

Mais on multiplie les systèmes de protection...

Vous avez beau les multiplier, il y a toujours des situations dans lesquelles ces protections ne tiennent pas. A Tchernobyl, on a invoqué, à juste titre, un défaut du réacteur et une erreur d’expérimentation ; à Fukushima, l’inondation causée par le tsunami. Au Blayais, en Gironde, où la centrale a été inondée et où on a frôlé un accident majeur, on n’avait pas prévu la tempête de 1999. Mais on a vu des accidents sans tsunami ni inondation, comme à Three Mile Island, aux Etats-Unis, en 1979. On peut aussi imaginer, dans de nombreux pays, un conflit armé, un sabotage... Puisque le point de départ, c’est la création de produits radioactifs en grande quantité, la catastrophe est intrinsèque à la technique. Le réacteur fabrique les moyens de sa propre destruction.

Y a-t-il eu des innovations en matière nucléaire ?

Aucun progrès technologique majeur dans le nucléaire depuis sa naissance, dans les années 1940 et 1950. Les réacteurs actuels en France sont les moteurs des sous-marins atomiques américains des années 1950. En plus gros. Les réacteurs, l’enrichissement de l’uranium et le retraitement, sont des technologies héritées de la Seconde Guerre mondiale. On a juste augmenté la puissance et ajouté des protections. Mais parce que le système est de plus en plus compliqué, on s’aperçoit que ces protections ne renforcent pas toujours la sûreté.

On a du mal à croire qu’il n’y ait eu aucune innovation majeure...

Si, le surgénérateur ! Avec Superphénix, on changeait de modèle de réacteur. Et heureusement qu’on l’a arrêté en 1998, car il était basé sur l’utilisation du plutonium. Le plutonium est un million de fois plus radioactif que l’uranium. Comment a-t-on pu imaginer faire d’un matériau aussi dangereux le combustible d’une filière de réacteurs exportable dans le monde entier ?

Nicolas Sarkozy affirme que si l’on refuse le nucléaire, on doit accepter de s’éclairer à la bougie. Qu’en pensez-vous ?

Il est lassant d’entendre des dirigeants qui n’y connaissent rien continuer à dire n’importe quoi. Nicolas Sarkozy ne croit pas si bien dire ; un jour, et pourquoi pas dès cet été, les Français s’éclaireront à la bougie : comme nous sommes le seul pays au monde à avoir choisi de produire 80 % de notre électricité avec une seule source, le nucléaire, et une seule technique, le réacteur à eau pressurisée, si nous sommes contraints d’arrêter nos réacteurs, nous retournerons à la bougie ! Pas besoin d’une catastrophe, juste un gros pépin générique, ou une sécheresse et une canicule exceptionnelles. Car on ne peut pas faire bouillir l’eau des rivières. En revanche, si l’on décidait de sortir du nucléaire en vingt ans, on pourrait démultiplier notre inventivité énergétique pour justement éviter la bougie.

Les défenseurs du nucléaire disent qu’en France, avec notre nouveau réacteur, l’EPR, que l’on construit à Flamanville, on arrive à un risque quasi nul...

Chaque pays assure que ses réacteurs sont mieux que les autres. Avant Fukushima, le discours des Japonais était le même que celui des Français. On en est déjà à cinq réacteurs détruits (Three Mile Island, Tchernobyl, et trois réacteurs à Fukushima) sur quatre cent cinquante réacteurs dans le monde, des centaines de kilomètres carrés inhabitables. La probabilité théorique, selon les experts de la sûreté nucléaire, devait être de un pour cent mille « années-réacteur » [une année-réacteur, c’est un réacteur fonctionnant pendant un an, NDLR], voire un million d’années-réacteur pour un accident majeur, type Tchernobyl ! La réalité de ce qui a été constaté est trois cents fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe.

Une innovation majeure pourrait-elle vous conduire à revoir votre jugement ?

Je ne vois pas de solution dans l’état actuel, non pas de l’ingénierie, mais de la connaissance scientifique. Je ne dis pas qu’un jour un savant ne trouvera pas un moyen d’utiliser l’énergie de liaison des noyaux de façon astucieuse, qui ne crée pas ces montagnes de produits radioactifs. Mais pour le moment, il n’y a pas !

Pourquoi vous opposez-vous à Iter, expérience sur la fusion menée à Cadarache, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ?

La fusion, c’est l’inverse de la fission. On soude deux petits noyaux, deux isotopes de l’hydrogène, le deutérium (un proton et un neutron) et le tritium (un proton et deux neutrons), et cette soudure dégage de l’énergie. Mais il faut arriver à les souder, ces noyaux ! Dans le Soleil, ils se soudent du fait de la gravitation. Sur Terre, on peut utiliser une bombe atomique, ça marche très bien. L’explosion provoque la fusion des deux noyaux, qui provoque une seconde explosion beaucoup plus forte : c’est la bombe à hydrogène, la bombe H. Pour une fusion sans bombe, il faut créer des champs magnétiques colossaux afin d’atteindre des températures de cent millions de degrés. Iter, à l’origine un projet soviétique, est une expérience de laboratoire à une échelle pharaonique, des neutrons extrêmement puissants bombardent les parois en acier du réacteur, ces matériaux deviennent radioactifs et doivent d’ailleurs être remplacés très souvent. Je ne suis pas spécialiste de la fusion, mais je me souviens que nos deux derniers Prix Nobel français de physique, Pierre-Gilles de Gennes et Georges Charpak, avaient dit qu’Iter n’était pas une bonne idée. Ils prônaient les recherches fondamentales avant de construire cet énorme bazar. Personne n’a tenu compte de leur avis, et nos politiques se sont précipités, sur des arguments de pure communication – on refait l’énergie du Soleil – pour qu’Iter se fasse en France.

Pourquoi ?

Parce que les Français veulent être les champions du nucléaire dans le monde. Les Japonais voulaient Iter, mais leur Prix Nobel de physique Masatoshi Koshiba a dit « pas question », à cause du risque sismique. Je pense que ce projet va s’arrêter parce que son prix augmente de façon exponentielle. Et personne ne s’est posé la question : si jamais ça marchait ? Que serait un réacteur à fusion ? Comme disent les gens de l’association négaWatt, pourquoi vouloir recréer sur Terre l’énergie du Soleil puisqu’elle nous arrive en grande quantité ?

Que répondez-vous à ceux qui pensent que l’impératif du réchauffement climatique, donc la nécessaire réduction des émissions de CO2, nous impose d’en passer par le nucléaire ?

Tout d’abord, on ne peut pas faire des émissions de CO2 le seul critère de choix entre les techniques de production d’électricité. Faut-il accepter qu’au nom du climat, tous les cinq ou dix ans, un accident de type Fukushima se produise quelque part dans le monde ? Ensuite, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a montré que si l’on voulait tenir nos objectifs de réduction des émissions de CO2, la moitié de l’effort devait porter sur les économies d’énergie. Pour l’autre moitié, le recours aux énergies renouvelables est essentiel, la part du nucléaire n’en représentant que 6 %. Il faut donc relativiser l’avantage du nucléaire.

Vous avez commencé votre carrière au CEA et avez été un artisan de cette énergie. Que s’est-il passé ?

J’ai même fait une thèse sur le plutonium, et je ne me posais aucune question. Tout est très compartimenté au CEA, je faisais mes calculs sur la centrale EDF 3 de Chinon, n’avais aucune idée des risques d’accident ni du problème des déchets. Je travaillais avec des gens brillants. Et puis j’ai commencé à militer à la CFDT, après 68, et on s’est intéressé aux conditions de travail des travailleurs de la Hague. Je me suis aperçu que, moi, ingénieur dans mon bureau, je ne connaissais rien de leurs conditions de travail, et que les gens de la Hague ne savaient pas ce qu’était un réacteur nucléaire. On a donc écrit, en 1975, un bouquin collectif qui a été un best-seller, L’Electronucléaire en France. Le patron du CEA de l’époque a d’ailleurs reconnu la qualité de ce travail. Pour cela, j’ai travaillé pendant six mois à partir de documents américains, parce qu’en France il n’y avait rien. La CFDT a alors pris position contre le programme nucléaire. J’ai commencé à travailler sur les alternatives au nucléaire et, en 1982, je suis entré à l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie.

Cela fait trente ans... Que prôniez-vous à l’époque ?

Mais la même chose qu’aujourd’hui : économies d’énergie et énergies renouvelables ! Les principes de l’électricité photovoltaïque, donc des panneaux solaires, étaient déjà connus. Aujourd’hui, on ne parle que de l’électricité, mais ce qu’il faudrait d’abord installer partout, c’est des chauffe-eau solaires ! Rien de plus simple : un fluide caloporteur circule dans un tube sous un panneau vitré, et permet d’obtenir de l’eau à 60 degrés. L’Allemagne, pays moins ensoleillé que la France, a dix fois plus de chauffe-eau solaires. Dans le Midi, il n’y en a pas, ou si peu !

Cela ne demande pas beaucoup d’innovation...

L’innovation permet avant tout de réduire les coûts. L’éolien, sa compétitivité face au nucléaire est acquise. En ce qui concerne le photovoltaïque, les Allemands anticipent des coûts en baisse de 5 % chaque année. Il y a beaucoup de recherches à faire sur les énergies marines, les courants, l’énergie des vagues, la chaleur de la terre avec la géothermie. Les énergies renouvelables, sous un mot collectif, sont très différentes, et peuvent couvrir à peu près tous les besoins énergétiques. Les Allemands estiment qu’elles couvriront 80 % des leurs d’ici à 2050. C’est plus que crédible, à condition de toujours rechercher les économies d’énergie.

Le fait qu’on ait produit de l’électricité à partir du nucléaire à un coût modique, ne prenant pas en compte les coûts du démantèlement et de la gestion à long terme des déchets radioactifs, a-t-il pénalisé les énergies renouvelables ?

Oui, et comme on a fait trop de centrales nucléaires, il y a toujours eu pression pour la consommation d’électricité, et en particulier pour son usage le plus imbécile, le chauffage électrique, pour lequel la France est championne d’Europe. On construit des logements médiocres, l’installation de convecteurs ne coûte rien, cela crée du coup un problème de puissance électrique globale : en Europe, la différence entre la consommation moyenne et la pointe hivernale est due pour moitié à la France ! Résultat, l’hiver, nous devons acheter de l’électricité à l’Allemagne, qui produit cette électricité avec du charbon… Hors chauffage, les Français consomment encore 25 % de plus d’électricité par habitant que les Allemands. Qui n’ont pas seulement des maisons mieux isolées, mais aussi des appareils électroménagers plus efficaces, et qui font plus attention, car l’électricité est un peu plus chère chez eux.

Quelles sont les grandes innovations à venir en matière d’énergie ?

Les « smart grids », les réseaux intelligents ! Grâce à l’informatique, on peut optimiser la production et la distribution d’électricité. A l’échelle d’un village, d’une ville ou d’un département, vous pilotez la consommation, vous pouvez faire en sorte, par exemple, que tous les réfrigérateurs ne démarrent pas en même temps. Les défenseurs du nucléaire mettent toujours en avant le fait que les énergies renouvelables sont fluctuantes – le vent ne souffle pas toujours, il n’y a pas toujours du soleil – pour asséner que si l’on supprime le nucléaire, il faudra tant de millions d’éoliennes... Mais tout change si l’on raisonne en termes de combinaisons ! Les Allemands étudient des réseaux qui combinent biomasse, hydraulique, éolien, photovoltaïque. Et ils travaillent sur la demande : la demande la nuit est plus faible, donc avec l’éolien, la nuit, on pompe l’eau qui va réalimenter un barrage qui fonctionnera pour la pointe de jour... C’est cela, la grande innovation de la transition énergétique, et elle est totalement opposée à un gros système centralisé comme le nucléaire. Le système du futur ? Un territoire, avec des compteurs intelligents, qui font la jonction parfaite entre consommation et production locale. Small is beautiful. Les Allemands réussissent en ce moment cette transition énergétique. Parce qu’ils l’ont décidée. C’est cela, le principal : il faut prendre la décision. Cela suppose une vraie prise de conscience.

Comment expliquez-vous l’inconscience française ?

Par l’arrogance du Corps des ingénieurs des Mines, d’une part, et la servilité des politiques, de l’autre. Une petite caste techno-bureaucratique a gouverné les questions énergétiques depuis toujours, puisque ce sont eux qui tenaient les Charbonnages, puis le pétrole, et ensuite le nucléaire. Ils ont toujours poussé jusqu’à l’extrême, et imposé aux politiques, la manie mono-énergétique.

Cela vient de notre pouvoir centralisé ?

Complètement ! Dans les années 1970, un chercheur suédois a écrit une étude sur le fait que le nucléaire marche dans certains pays et pas dans d’autres. Et il en a conclu qu’une structure politico-administrative autoritaire et centralisée avait permis qu’il se développe dans deux pays : l’URSS et la France. Pour de fausses raisons – indépendance énergétique, puissance de la France –, on maintient le lien entre le nucléaire civil et militaire – le CEA a une branche applications militaires, Areva fournit du plutonium à l’armée. Ce complexe militaro-étatico-industriel fait qu’ici on considère madame Merkel comme une folle. Au lieu de se dire que si les Allemands font autrement, on pourrait peut-être regarder… Non, on décide que les Allemands sont des cons. Nos responsables claironnent qu’on a les réacteurs les plus sûrs, que le nucléaire c’est l’avenir, et qu’on va en vendre partout. C’est l’argument qu’on utilise depuis toujours, et on a vendu péniblement neuf réacteurs en cinquante ans, plus les deux qui sont en construction en Chine. Ce n’est pas ce qui était prévu… En dix ans, les Allemands, eux, ont créé près de 400 000 emplois dans les énergies renouvelables.

En dehors des écologistes, personne, y compris à gauche, ne remet en cause le nucléaire...

Les choses évoluent vite. Fukushima ébranle les pro-nucléaire honnêtes. Je pense que la décision allemande aura une influence, pas sur nos dirigeants actuels, mais sur nos industriels et aussi sur les financiers. Ils doivent se dire : vais-je continuer à mettre mes billes dans un truc comme ça ? Il y avait jadis l’alliance Areva-Siemens pour proposer des réacteurs EPR, mais Siemens en est sorti depuis des années. On peut toujours se rassurer en pensant que les Allemands se trompent, mais on peut difficilement soutenir qu’ils aient fait ces dernières décennies de mauvais choix et que leur industrie soit faiblarde...

Les écologistes peuvent-ils peser sur les socialistes ?

Bien sûr. Déjà, en 2000, tout était prêt pour l’EPR, mais Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, a dit à Lionel Jospin : « Si tu fais l’EPR, je démissionne. » C’est la seule fois où elle a mis sa démission dans la balance et l’EPR ne s’est pas fait à l’époque. Je travaillais auprès d’elle comme conseiller sur ces questions, j’ai pondu trois cent cinquante notes. Il y avait une bagarre quotidienne entre le ministère de l’Environnement et le ministère de l’Industrie, qui se moquait complètement de la sécurité. Malheureusement, l’EPR est reparti avec Chirac en 2002. Et il va nous coûter très cher. En un demi-siècle, on a gaspillé l’énergie, on a fait n’importe quoi. Il est urgent de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie.

Propos recueillis par Vincent Remy

Chili : le peuple se révolte Nanette Liberona Reporterre 2011/08/06 Nanette Liberona (6 août 2011) Chili : le peuple se révolte. Reporterre. fr

Chili : le peuple se révolte

Les dizaines de milliers de manifestants qui sont sortis dans la rue au mois de mai 2011, dans différentes villes du Chili (90.000 à Santiago le 28 mai), ne sont pas que des manifestants « écolos ». Ils refusent la façon dont le projet HidroAysén — un projet de grands barrages en Patagonie porté par l’entreprise privée Endesa, filiale du groupe énergétique italien Enel — a été approuvé ;{} l’influence exercée par les entreprises sur le gouvernement, les conflits d’intérêts de certains membres de la COREMA (Commission Régionale de l’Environnement) de Aysén — désignés par les ministres de Sebastian Piñera, l’actuel président chilien [1] — et la façon dont l’avis de la population a été méprisé.

Ras-le-bol généralisé

Un autre élément qui a motivé les manifestations, les semaines qui ont suivi cette approbation, a été la position intransigeante du gouvernement qui n’a pas arrêté de dire que « le Chili a besoin d’HidroAysén », alors que plusieurs études scientifiques affirment le contraire. Roberto Román, académicien du département d’ingénierie mécanique de la Faculté de sciences physiques et mathématiques de l’Université du Chili assure que depuis l’an 2000, la demande d’énergie a tendance à décroître et que les projets énergétiques déjà approuvés au Chili dépassent largement la demande.

Qui sont ces dizaines de milliers de manifestants ? Nous observons des pancartes contre les Centrales hydroélectriques et thermoélectriques à charbon, contre les exploitations minières, contre la salmoniculture, contre la privatisation des semences et l’introduction des OGM, etc. Ceci répond plutôt à un ras-le-bol généralisé du modèle de développement imposé depuis la dictature de Pinochet et ratifié par les gouvernements civils qui lui ont succédé. Un modèle basé sur l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles, pour le seul profit de quelques-uns. On nous dit : « il faut générer de l’énergie pour atteindre un certain niveau de croissance, pour devenir un pays développé ».

Rivages privatisés

Mais les manifestants disent que ce n’est pas cela que l’on veut. Pourquoi ? Qu’est-ce que ce modèle de développement a provoqué ? Nous trouvons par exemple qu’aussi bien à Aysén, à San Antonio qu’à Iquique, les pêcheurs artisanaux et leurs familles sont appauvris et connaissent des problèmes psycho-bio-sociaux, à cause de l’essor de la pêche industrielle qui — avec les bateaux-usines — s’emparent de toutes les ressources de la mer, détruisant en même temps les fonds marins.

Des « laissés pour compte » qui n’ont pas de sécurité sociale, souvent pas d’hôpital à proximité, des écoles sans ressources et des jeunes attrapés par la drogue et la délinquance. À San Antonio, le chômage s’élève à 14,2% depuis que le port a été donné par l’État à l’Entreprise portuaire de San Antonio, privatisant tout le bord côtier de la commune. Une installation de conteneurs d’acide sulfurique, ainsi que des conteneurs de 15 mètres d’une usine de Graneles de Chile S.A., filiale d’Agrosuper, ont poussé à quelques mètres de maisons, qui ont perdu 5 heures de soleil. Au Sud du pays, d’autres « oubliés du Chili centralisé » ont été dupés par l’industrie du saumon. Avec des capitaux norvégiens, espagnols, hollandais et chiliens, cette industrie a dévasté les écosystèmes marins, polluant de vastes superficies et faisant faillite définitivement en 2008.

Multinationales contre Mapuches

De nombreux abus envers les travailleurs ont été constatés, ainsi que des accidents de travail qui ont laissé plusieurs morts. Ce qui a provoqué le plus d’impact a été le chômage lorsque cette industrie est partie. En revanche, elle a bénéficié des prêts qui n’ont pas été payés par les entreprises, étant alors assumés par les banques qui sont devenues propriétaires de « barrios salmoneros », c’est-à dire d’immenses extensions de mer. C’est ce qu’on a appelé la « privatisation de la mer », signée sous le mandat de Michelle Bachelet (présidente sociale-démocrate de 2006 à 2010), qui a reformé la Loi de pêche et aquiculture le 10 mars 2010.

La privatisation de l’eau s’est faite plus tôt, sous le mandat de Aylwin (président démocrate-chrétien de 1990 à 1994) qui a permis à ENDESA de devenir propriétaire de 80% des droits d’eau de tout le pays. Cette multinationale espagnole et italienne a construit des barrages sur le fleuve Biobio inondant un cimetière mapuche et des milliers d’hectares de forêt. Depuis quelques années, elle a un autre projet de barrage qui interviendrait sur la rivière San Pedro dans la commune de Panguipulli où d’autres communautés, aussi bien chiliennes que mapuches, s’opposent à sa construction. ENDESA est aussi propriétaire de plusieurs centrales thermoélectriques. Colbún appartient au groupe Matte qui a tiré ses richesses principalement de l’entreprise forestière, connue par l’exploitation des terres mapuches à Arauco, provoquant l’intervention la plus violente et militarisée du Chili depuis la fin de la dictature. Ce qu’on connaît moins bien ce sont les conséquences de cette industrie qui a endommagé et asséché les terres, mettant en péril le bassin versant de Valdivia.

Des villages sous la menace de déchets toxiques

La contamination et la déviation des cours d’eau est une constante dans l’exploitation minière. Dans le nord et le centre du pays, il est possible d’observer les effets de cette industrie : de nombreuses villes et villages ne peuvent plus utiliser les affluents pour leurs activités agricoles, ce qui a généré chômage, pauvreté et migration. La population est atteinte de maladies provoquées par l’ingestion et l’inhalation de métaux lourds et autres déchets toxiques. Les « tranques de relaves » (réservoirs à ciel ouvert contenant les eaux usées de l’industrie minière, et retenus par une simple digue) en sont les principaux responsables : bassins de déchets chimiques des mines, peu contrôlés par les autorités sanitaires et de sécurité, ils ont déjà provoqué des accidents sérieux.

En 1965, lors du tremblement de terre, 400 habitants de El Melón ont été ensevelis par des milliers de tonnes de matériel toxique. Le « tranque El Mauro » est aujourd’hui le plus dangereux du Chili, situé à quelques dizaines de kilomètres de la communauté rurale de Caimanes (au nord de Santiago). Ce bassin, qui sert à la mine Los Pelambres du groupe Luksic, est le troisième plus grand au monde et le premier en Amérique latine. Mais il a atteint sa capacité et au prochain tremblement de terre, il peut provoquer une catastrophe humaine et environnementale.

Le projet Pascua Lama (mine d’or et d’argent à ciel ouvert située à 4.800 m d’altitude dans les Andes, qui envisageait de détruire des glaciers) nous donne une idée du pouvoir de l’industrie minière. Il a permis la signature d’un accord bilatéral avec l’Argentine (Tratado Minero de 1997-2001), qui a mis entre les mains des multinationales minières une surface de 100 km de largeur tout le long de la frontière. C’est un véritable attentat à la souveraineté nationale autorisant la déviation et la pollution des cours d’eau depuis leur source. On se rend bien compte que le développement du pays ne concerne pas sa population, elle peut mourir de cancer à cause de la consommation d’eau polluée, ainsi que par l’inhalation des déchets toxiques qui trainent dans l’air.

Des quartiers ensevelis sous les cendres des centrales à charbon

Des maladies respiratoires, digestives, de la vision, du système nerveux, des cancers de la peau, des inflammations... On en a entendu parler par les communautés qui vivent à proximité des centrales thermoélectriques à charbon. C’est le cas de Tocopilla, Ventanas, Puchuncavi, mais aussi de Coronel et Lota qui, aujourd’hui, se trouvent menacées par de nouveaux projets. Dans ces deux dernières villes, le chômage atteint 19%, c’est le plus élevé du pays, et la population doit supporter la pollution auditive des centrales, ainsi que les émanations de gaz dangereuses. Les cendres font des dégâts dans les maisons modestes des « pobladores », cassant les toitures et brisant les murs dans certains cas. La mer et sa biodiversité meurent à cause de la réintroduction de l’eau une fois utilisée avec 6 degrés de plus. Toutes ces raisons ont poussé les gens à se mobiliser contre les nouveaux projets, dans des affrontements violents avec la police, qui a perquisitionné des maisons, arrivant à casser les portes et prendre des détenus de l’intérieur.

Sous le dernier gouvernement, qui a pourtant promu dans son agenda la « participation citoyenne », une vingtaine de centrales thermoélectriques à charbon ont été approuvées, malgré le refus de la population. L’actuel gouvernement s’est vu obligé d’intervenir en dernier ressort contre l’approbation de Barrancones à Punta de Choros, projet de la franco-belge Suer Energie, mais les centrales Castilla, Patache et Pacifico ont été autorisées au cours de l’année 2011, malgré les nombreuses et importantes mobilisations de la société civile.

Tous ces conflits ont une même origine : la privatisation de l’eau (réforme du Code des eaux en 1981) et de la mer, pour l’extraction et l’exploitation massive des ressources. Ils sont liés par la façon dont les autorités ont agi : la manipulation de l’évaluation d’impact environnemental et l’absence d’évaluation d’impact social, le mépris envers les populations laissées à la dérive, la répression pour faire taire la société civile. Et aussi par la façon dont les entreprises se comportent : division de la population, dons aux personnes et aux institutions, propagande.

Oligarchie politique et financière : Basta !

Les intérêts des uns et des autres convergent : les autorités sont bénéficiaires des « aides » des entreprises. La Concertation (coalition des partis au pouvoir de 1990 à 2010) a, par exemple fait toutes ses campagnes grâce au soutien du groupe Luksic. En contrepartie, sous les mandats de la Concertation, les principales fortunes chiliennes ont augmenté. En 2003, Luksic a gagné 3.000 millions de pesos chiliens par jour (6 millions de dollars) dans le secteur minier et de la banque, Matte 2.800 millions de pesos par jour (5,9 millions de dollars) dans le secteur forestier, et Angelini 2.200 millions de pesos par jour (environ 4,6 millions de dollars) dans l’industrie de la pêche et forestière. En 2007, à la mort de Anacleto Angelini, sa fortune personnelle atteignait 6 milliards de dollars, la plus grande fortune du Chili. En 2011, Luksic a acheté la chaîne de télévision commerciale Canal 13 qui appartenait à l’Église Catholique, ce qui transforme le groupe en une holding parmi les plus grands et les plus puissants. Le rôle des médias est connu dans la manipulation de l’information et la domination de la population. Ce n’est pas pour rien que Piñera était propriétaire d’une chaîne commerciale avant d’être président… Avec sa façon de faire de la politique, sans détours et sans scrupules, il a poussé aujourd’hui une grande partie de la population chilienne à dire : Basta !

Pour beaucoup, c’est la destruction de la Patagonie qui les motive à sortir dans la rue, car il s’agit d’une réserve naturelle d’eau douce pour la planète. Mais HidroAysén n’est pas seulement la construction de cinq barrages, ce projet dépend aussi de l’approbation d’un deuxième projet pour transporter l’énergie produite, ce qui signifie la construction d’une ligne de transmission avec des tours de haute tension qui traverseraient 9 régions du pays. Alors les Chiliens se demandent : a-t-on besoin de toute cette énergie ? Et la réponse est simple : non, on ne veut plus offrir les biens communs de tous les Chiliens aux riches du monde, ni que la population assume les coûts de ce qu’ils appellent « le progrès ». Il faut investir dans des énergies renouvelables, mais il faut surtout changer ce modèle dévastateur.

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Note

[1] Et 488e fortune mondiale.

Voici pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas Bruce E. Levin Reporterre 2011/08/10 Bruce E. Levin (10 août 2011) Voici pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas. Reporterre. Tribune — Monde fr

Voici pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas

Ce sont les jeunes qui ont toujours dynamisé les mouvements démocratiques. et donc, c’est un sacré exploit qu’ont réalisé les classes dirigeantes en créant des structures sociétales qui ont assujetti les jeunes en Amérique et brisé leur esprit de résistance à la domination.

Les jeunes aux Etats-Unis –plus encore que les autres générations - semblent avoir intégré l’idée que la « corporatocratie » peut les arnaquer complètement et qu’ils sont impuissants à réagir face à cela. Un sondage Gallup réalisé en 2010 demandait : "pensez-vous que le système de Sécurité Sociale pourra vous verser une pension quand vous partirez à la retraite ? Parmi les 18-34 ans, 76 % ont répondu non. Pourtant, bien qu’ils pensent qu’ils n’auront pas accès à la Sécurité Sociale, peu d’entre eux ont manifesté pour que cette institution soit renflouée en imposant les riches plus équitablement ; la plupart semblent résignés à se voir prélever davantage de cotisations sociales, même s’ils pensent qu’ils n’en bénéficieront pas.

Comment donc la société a-t-elle réduit la jeunesse américaine au silence ?

1. Les remboursements des prêts étudiants

Un énorme endettement – et l’angoisse qu’il engendre – est un « facteur de paix ». Il n’y avait pas de frais de scolarité à payer à l’Université publique de New York quand je faisais mes études dans les années 1970, une époque où les frais de scolarité étaient si abordables dans de nombreuses universités publiques américaines qu’il était facile d’obtenir une licence, et même des grades universitaires plus élevés, sans avoir à accumuler les dettes pour rembourser des prêts-étudiants. Alors que cette époque est révolue aux Etats-Unis, les universités publiques sont toujours gratuites dans le monde arabe, et sont soit gratuites, soit demandent une participation minime dans de nombreux pays du monde entier.

Les millions de jeunes Iraniens qui risquaient de se faire tirer dessus en manifestant contre les résultats des élections présidentielles de 2009, les millions de jeunes Égyptiens qui risquaient leur vie pour exiger le départ de Moubarak, et les millions de jeunes Américains qui manifestaient contre la guerre du Vietnam ont tous en commun qu’ils n’avaient pas à rembourser de prêt étudiant.

Actuellement, aux Etats-Unis, deux tiers des étudiants en dernière année de licence (quatrième année, NDT) ont un crédit à rembourser. Alors que l’endettement des étudiants s’élève à près de 25000 dollars en moyenne, de plus en plus d’étudiants licenciés me disent qui auront à rembourser près de 100.000 dollars.

A une époque de la vie où il serait plus facile de contester l’autorité parce qu’on n’a pas de charge de famille, beaucoup de jeunes gens ne s’inquiètent que du coût que représenterait le fait de s’en prendre au pouvoir, de perdre son emploi et de se retrouver dans l’incapacité de rembourser une dette en constante augmentation.

2. Traiter la rébellion comme une psychopathologie

En 1955, Erich Fromm, psychanalyste de gauche très respecté à l’époque, et qui militait contre l’autoritarisme, écrivait : « Aujourd’hui, la fonction de la psychiatrie, de la psychologie et de la psychanalyse menace de devenir l’instrument de la manipulation des êtres humains ».

Fromm est mort en 1980, l’année même où une Amérique de plus en plus autoritaire élisait Ronald Reagan à la tête de l’Etat, et où une « Association Américaine de Psychiatrie » de plus en plus autoritaire ajoutait à sa bible de classifications des diagnostics (appelée alors le DSM-III) les troubles graves du comportement chez l’enfant et l’adolescent, comme le « trouble oppositionnel avec provocation » de plus en plus en vogue.

Parmi les symptômes officiels du « trouble oppositionnel avec provocation » on trouve : « souvent contestataire ou refuse d’obéir aux ordres ou aux règles donnés par des adultes », « souvent en conflit avec les adultes » et « agit souvent dans l’intention d’exaspérer les autres ».

De nombreux contestataires connus en Amérique, parmi lesquels Saul Alinsky (1909–1972), l’« organizer » légendaire , auteur de « Reveille for Radicals » et « Rules for Radicals », seraient sans aucun doute diagnostiqués comme étant atteints de trouble oppositionnel avec provocation et d’autres troubles du comportement.

Evoquant son enfance, Alinsky raconte : « Il ne m’était jamais venu à l’idée de marcher sur une pelouse, jusqu’à ce qu’un jour, je tombe sur un panneau : ’pelouse interdite’. Par la suite, quand j’en voyais un, je piétinais la pelouse de long en large ».

Des puissants neuroleptiques (comme le Zyprexa et le Risperdal) sont actuellement les médicaments qui réalisent le plus de bénéfices aux Etats-Unis (16 milliards de dollars en 2010). Une des raisons principales, selon le « Journal of the American Medical Association » en 2010, c’est que beaucoup d’enfants qui prennent ces neuroleptiques ne souffrent pas de trouble oppositionnel avec provocation ou d’autres troubles du comportement (ce qui est particulièrement vrai pour les patients en pédiatrie assurés par Medicaid).

3. Des écoles qui apprennent l’obéissance, pas la démocratie

Lors de la remise du prix du Professeur de l’Année décerné par la ville de New York le 31 janvier 1990, John Taylor Gatto choquait une grande partie de l’assistance en déclarant : « La vérité, c’est que les écoles n’enseignent pas grand chose en réalité, si ce n’est à obéir aux ordres. C’est un grand mystère pour moi parce que des milliers de personnes dévouées et attentionnées travaillent dans les écoles en tant qu’enseignants, assistants et administrateurs mais la logique abstraite de l’institution neutralise leurs contributions individuelles ».

Il y a une génération de ça, la question de l’éducation obligatoire en tant qu’instrument servant à créer une société autoritaire faisait l’objet de nombreux débats, mais, alors que la situation est bien pire aujourd’hui, on n’en entend pratiquement plus jamais parler.

La nature de la plupart des classes, quelle que soit la discipline enseignée, prépare les élèves à être passifs et à être dirigés par d’autres, à obéir aux ordres, à prendre au sérieux les récompenses et les sanctions données par les autorités, à faire semblant de s’intéresser à des sujets qui ne les intéressent pas, et à se convaincre qu’ils sont impuissants à changer cet état de fait.

Un professeur peut faire un cours sur la démocratie, mais les écoles sont essentiellement des lieux antidémocratiques, et donc, ce n’est pas la démocratie qui est enseignée aux élèves.

Jonathan Kozol, dans ’The Night Is Dark and I Am Far from Home", parle de la façon dont l’école nous retient de nous livrer à des actions courageuses. Kozol explique comment les écoles nous enseignent une sorte de « sollicitude inerte » où le fait de se sentir concerné – en soi et de soi-même, et sans risquer les conséquences d’une véritable action – est considéré comme « éthique ». L’école nous apprend que nous sommes « moraux et mûrs » si nous affirmons nos préoccupations poliment, mais la nature de l’école – son exigence d’obéissance – nous apprend à ne pas chercher à provoquer des frictions.

4 – Les réformes éducatives « No child left behind » et « Race to the Top »

La corporatocratie a imaginé un moyen de rendre nos écoles déjà autoritaires encore plus autoritaires. Les politiques à la fois des Démocrates et des Républicains ont engendré les guerres en Afghanistan et en Irak, l’ALENA, le PATRIOT Act, la guerre contre la drogue, le sauvetage de Wall Street, et les actions éducatives comme les programmes « No child left behind » (« aucun enfant laissé pour compte » – gouv. Bush, NDT) et « Race to the Top » (la course au sommet – gouv. Obama, NDT).

Ces politiques consistent essentiellement à soumettre les élèves à la tyrannie de tests normalisés, générateurs de crainte, ce qui est, pour une société démocratique, antinomique avec l’éducation.

L’angoisse pousse les élèves et les professeurs à ne plus travailler que pour répondre aux exigences de ceux qui élaborent les sujets des tests. Elle annihile la curiosité, l’esprit critique, la remise en cause de l’autorité et la contestation et la résistance à l’autorité illégitime.

Dans une société plus démocratique et moins autoritaire, on mesurerait l’efficacité d’un enseignant non pas à des résultats de tests imposés par la corporatocracy, mais en demandant aux élèves, aux parents et à toute la communauté si le professeur incite les élèves à être plus curieux, à lire davantage, à se cultiver indépendamment de l’école, à chercher à former son esprit critique, à remettre en cause les autorités, et à contester l’autorité illégitime.

5. Montrer du doigt les jeunes qui prennent au sérieux l’éducation – mais pas les études

Une enquête réalisée en 2006 aux Etats-Unis montre que 40% des enfants entre le CP et le CE2 lisent tous les jours, mais quand ils arrivent en CM1, ce pourcentage tombe à 29 %. Malgré l’effet anti-éducatif de l’école, les parents et les enfants sont de plus incités par la propagande à croire que ne pas aimer l’école, c’est ne pas aimer apprendre.

Cela n’a pas toujours été le cas aux Etats-Unis. On se souvient de la réflexion de Mark Twain : « je ne permets pas à mes études de nuire à mon éducation ». Vers la fin de la vie de Twain, en 1900, seulement 6 % des Américains avaient un diplôme de fin d’études secondaires.

Actuellement, environ 85 % des Américains ont un diplôme de fin d’études secondaires, mais ce n’est encore pas assez pour Barack Obama qui a déclaré en 2009 : « Et abandonner le lycée avant la fin des études n’est plus possible. Ce n’est pas seulement faillir à soi-même, c’est faillir à son pays ».

Mais, plus les Américains font d’études, moins ils sont conscients de la lutte des classes qui a lieu actuellement, et plus ils sont incapables de contester la classe dirigeante.

Dans les années 1880 et 1890, les agriculteurs américains qui avaient fait peu ou pas du tout d’études avaient créé un mouvement populiste qui avait mis en place la plus importante coopérative de travailleurs en Amérique, avaient formé le Parti Populaire qui avait recueilli 8 % des voix aux élections présidentielles de 1892, conçu un projet de « sous-trésorerie » (qui, s’il avait été appliqué aurait permis aux agriculteurs de bénéficier de meilleurs crédits et aurait cassé le pouvoir des grandes banques), envoyé 40.000 conférenciers dans toute l’Amérique pour l’expliquer, et avaient développé toutes sortes d’idées politiques, de stratégies élaborées, que la population instruite d’aujourd’hui est incapable de concevoir.

Aujourd’hui, les Américains sans diplômes universitaires sont constamment montrés du doigt et qualifiés de ’losers".

Pourtant, Gore Vidal et George Carlin, deux des détracteurs les plus intelligents et cohérents de la corporatocratie en Amérique, ne sont jamais allés à l’université, et Carlin a abandonné les études en classe de 3e.

6. La banalisation de la surveillance

La crainte d’être surveillée rend la population plus facile à maîtriser. On a beaucoup entendu parler de la National Security Agency (NSA) qui a intercepté les mails et écouté les conversations téléphoniques de citoyens américains, et alors que les dispositifs de contrôle sont de plus en plus fréquents en entreprise, les jeunes acceptent de plus en plus d’être surveillés par la corporatocratie parce que, y ayant été habitués dès l’enfance, la surveillance est, pour eux, une pratique normale.

Leurs parents consultent systématiquement Internet pour connaître les notes des tests de leurs enfants et savoir quelles tâches ont été accomplies, et, tout comme les patrons, ils surveillent les ordinateurs de leurs enfants et leurs pages Facebook. Certains parents utilisent le GPS des téléphones portables de leurs enfants pour les localiser et d’autres parents ont installé des caméras de surveillance chez eux. Je rencontre de plus en plus de jeunes gens qui n’osent pas organiser une fête quand leurs parents sont partis et, donc, comment pourraient-ils oser se lancer dans l’organisation d’un mouvement démocratique sous l’œil des autorités ?

7. La télévision

En 2009, la Nielsen Company disait qu’il n’y a jamais eu autant d’Américains devant un écran qu’actuellement, si on compte les trois écrans" : le poste de télé, l’écran de l’ordinateur et celui du téléphone. Les enfants sont en moyenne huit heures par jour devant un écran, que ce soit pour la télévision, les jeux vidéo, les films, Internet, les téléphones portables, les iPods, et d’autres appareils (en dehors de l’usage qu’il en est fait pour l’école).

De nombreux progressistes s’inquiètent de l’énorme contrôle sur le contenu exercé par les medias de masse, mais le simple fait de regarder la TV— quel que soit le programme – est le facteur de paix fondamental (les prisons privées ont reconnu que fournir des postes de télévisions aux prisonniers peut être une méthode plus économique pour les faire tenir tranquilles que d’embaucher davantage de gardiens).

Pour une société autoritaire, la télévision est le rêve devenu réalité : les gros capitalistes possèdent pratiquement tout ce que les gens regardent. Les programmes-télé qui suscitent l’angoisse rendent les gens plus craintifs et plus méfiants vis-à-vis des autres, ce qui est parfait pour une classe dirigeante dont la méthode se résume à « diviser pour régner ». La télévision isole les gens de façon à ce qu’ils ne se rassemblent pas pour organiser la résistance contre les autorités ; et quels que soient les programmes, les ondes cérébrales des téléspectateurs sont au ralenti, ce qui les met dans un état proche de l’hypnose, et qui n’est pas propice au développement d’un esprit critique.

Même si les jeux vidéo ne réduisent pas autant leurs adeptes à l’état de zombies que la télévision, ces jeux sont devenus pour beaucoup de garçons et de jeunes hommes leur seule expérience de la puissance, or cette « puissance virtuelle » ne constitue pas une menace pour la classe dirigeante.

8. La religion fondamentaliste et le consumérisme fondamentaliste

La société américaine offre à la jeunesse le « choix » entre la religion fondamentaliste et le consumérisme fondamentaliste. Toutes les formes de fondamentalisme réduisent notre vision et inhibent notre esprit critique. Alors que certains progressistes se plaisent à appeler la religion fondamentaliste l’« opium du peuple », ils oublient trop souvent la nature lénifiante de l’autre fondamentalisme majeur aux Etats-Unis.

Le consumérisme fondamentaliste annihile l’autonomie en formant des individus qui se sentent complètement dépendants des autres et qui sont ainsi plus enclins à remettre le pouvoir de décision aux autorités, exactement ce qui ravit les classes dirigeantes.

Un système de consumérisme fondamentaliste légitime la publicité, la propagande et toutes sortes de manipulations, y compris les mensonges ; et quand une société légitime les mensonges et le pouvoir de manipuler, elle détruit la capacité de la population à se faire confiance mutuellement et à organiser des mouvements démocratiques. Le consumérisme fondamentaliste favorise l’égocentrisme, qui empêche la solidarité nécessaire pour organiser des mouvements démocratiques.

Ces aspects ne sont pas les seuls de notre société à désarmer la jeunesse américaine et anéantir leur résistance à la domination. Le complexe industriel agroalimentaire a contribué à créer une épidémie d’obésité infantile, de dépressions, et de passivité.

Le complexe industriel carcéral se charge de discipliner ceux qui sont réfractaires à l’autorité (et, en plus, maintenant à cause de la crainte de se retrouver devant des juges comme les deux de Pennsylvanie qui avaient touché 2,6 millions de dollars de la part des prisons privées pour qu’ils veillent à ce que les mineurs soient condamnés à des peines de prison). Comme l’a dit Ralph Waldo Emerson : « Tout ce qui est en place est à la fois bon et mauvais. Le mal s’attaque à toutes nos institutions de la même façon ».

Lalonde : « Il n’est pas exclu que l’on demande aux riches de moins consommer » AFP Reporterre 2011/08/18 AFP (18 août 2011) Lalonde : « Il n’est pas exclu que l’on demande aux riches de moins consommer ». Reporterre. fr

Lalonde : « Il n’est pas exclu que l’on demande aux riches de moins consommer »

Le Sommet de Rio en 2012 pourrait « s’adresser pour la première fois aux riches pour les inciter par exemple à moins consommer », selon Brice Lalonde

RIO DE JANEIRO - Rio+20, la Conférence de l’ONU sur le développement durable, sera un énorme rendez-vous planétaire pour se demander quel avenir nous voulons, a déclaré jeudi à Rio le Coordinateur des Nations unies pour le développement durable et Rio+20, Brice Lalonde.

Au lieu de dépeindre l’avenir sous une vision d’apocalypse, cette conférence sera l’occasion de se demander quel avenir nous voulons et ce que l’on doit faire, a déclaré à l’AFP M. Lalonde, en visite au Brésil pour rencontrer des représentants des autorités gouvernementales, de la société civile et de l’ONU.

Prévue du 4 au 6 juin 2012, Rio+20, organisée vingt ans après le sommet de la Terre de Rio, devrait être l’occasion d’un ambitieux et vaste bilan de l’état de la planète : croissance, sécurité alimentaire, accès à l’eau, mode de vie, énergie, biodiversité, climat.

En 1992 à Rio, 180 pays s’étaient engagés solennellement sur la voie du développement durable. Rio a aussi donné naissance à une série d’accords multilatéraux sur l’environnement et posé les bases des négociations internationales sur la lutte contre le changement climatique.

Quand on sait qu’en 2050, il y aura dix milliards d’habitants sur la planète et que la majorité aura moins de 30 ans, il ne suffit pas seulement de mobiliser les 193 pays qui se bousculent pour défendre leurs intérêts (...) mais tous les peuples et notamment les jeunes, a souligné l’écologiste français.

C’est leur monde qui se prépare maintenant et c’est à eux de se mobiliser, a-t-il ajouté.

Selon lui il va falloir qu’on invente de nouvelles politiques avec plus de solidarité et d’intérêts communs qui nous permettent de sortir de cette difficulté où l’économie ne croît que si elle détruit.

Il n’est pas exclu que l’on s’adresse pour la première fois aux riches pour les inciter par exemple à moins consommer, a souligné M. Lalonde.

Il a souhaité que le Brésil ait un rôle déterminant à la conférence.

Nous avons besoin d’un plus grand leadership du Brésil parce que le leadership traditionnel a disparu, a estimé le Coordinateur exécutif de Rio+20.

(©AFP / 18 août 2011 22h24)

Les indignés espagnols freinés par la police de Bayonne Marche pacifique des indignés vers Bruxelles Reporterre 2011/08/19 Marche pacifique des indignés vers Bruxelles (19 août 2011) Les indignés espagnols freinés par la police de Bayonne. Reporterre. fr

Les indignés espagnols freinés par la police de Bayonne

Ce mercredi matin la délégation des citoyens indignés espagnols en partance pour Bruxelles est arrivée en France. Symbolique et important, ce franchissement plein d’engouement augure une union des peuples qui surpasse les délimitations géographiques.

Sur le pont piéton d’Irun, les espagnols, trépignant de leur côté, portaient de leur bras levés et de leur voix, les slogans de la démocratie en marche. Les français de l’autre côté, en joie de les accueillir, se tenaient banderoles et sourires aux lèvres. Notion de partage improvisée, les français soutenaient tantôt les slogans espagnols, tantôt leurs offraient une traduction française qui trouvait écho dans l’instant.

A 8h15, les indignés espagnols ont traversé le pont dans la liesse, et une grande accolade franco espagnole sous les voix criant « abrazo colectivo ! » « (accolade collective) a eu lieu. Beaucoup d’émotion et de force se sont échangés, et sans perdre de temps dans une joie renouvelée la marche a foulé les premiers mètres français à Hendaye.

Leur rythme soutenu les fait arriver à St Jean de Luz à 11h30, puis à Biarritz à 15h pour un casse-croûte au Rocher de la Vierge, où malheureusement devra se tenir une AG exceptionnelle !

En effet, la première étape française, Bayonne, a choisi son camp ! À 12h30 les trois voitures, et 6 espagnols de la marche venus décharger une vingtaine de caissettes de nourriture près du mail en vue d’un pique nique citoyen se sont vu nez à nez avec un cortège de policiers croissant. A 13h, 5 voitures, 2 camions de la police nationale, une douzaines d’agents, un tracto-pelle, deux poids lourds se trouvaient autour du mail Chao Pelletier. Les premiers exerçant une pression douteuse sur des citoyens venus se sustenter, les seconds barrant tous types d’accès au mail à grand renfort de blocs de béton.

« Nous nous demandons si leur agissement est légal sans arrêté municipal. Il doivent avoir eu la crainte que les citoyens s’emparent de nouveau de la place publique, et sans doute que, recourir encore à la menace, comme la première fois que nous l’avions occupé, est une possibilité qui les met mal à l’aise, malheureusement pour eux, nous voulions juste nous asseoir et discuter ensemble… »

Il semblerait que l’application du droit démocratique a chaque jour un peu plus de chemin à faire dans notre pays où nous n’avons plus d’argent pour la santé et l’éducation, mais où nous pouvons mobiliser de façon démesurée des moyens d’oppressions contre la population.

Une AG citoyenne se tiendra ce soir et demain à 19h sur la mail Chao Pelletier à Bayonne.

Car nous savons que remettre en cause le système, c’est remettre en cause les acquis individuels, c’est avec cette peur que flirte les gouvernements en place : "cette démocratie falsifiée qui te donne juste assez pour que tu puisses la boucler" comme le dit le chant des indignés.

Nous lançons un appel à tous les grévistes qui se sont dressés, mais de façon éparse et ponctuelle (Airbus, SNCF, France Télécom, Renault, Pole Emploi….), aux grutiers, magistrats, pécheurs, agriculteurs, aux policiers qui voient leur travail se compliquer chaque jour à cause des injustices croissantes, aux employés du système de santé qui voient l’hôpital devenir une entreprise, aux relais de l’éducation nationale qui se battent pour une éducation digne de nos enfants, aux étudiants qui ne se projettent plus, aux fonctionnaires encore au service du peuple malgré les pressions politiques, aux précaires des retraites ou de la vie, aux victimes des haines montantes dues à la division instrumentalisée des classes sociales, aux parents et enfants que nous sommes, garants de nos avenirs… « Ils ont le chiffre, nous avons le nombre ».

La discussion démocratique est ouverte sur le sol bayonnais, mail Chao Pelletier dès 19H ce même mercredi 17 août. Indignons-nous ! Ensemble !

Une ruée minière mondiale William Sacher (Mouvements) Reporterre 2011/08/22 William Sacher (Mouvements) (22 août 2011) Une ruée minière mondiale. Reporterre. fr

Une ruée minière mondiale

La production de nombreux minéraux a explosé au cours des dix dernières années, tandis que les dépenses d’exploration dans l’industrie minière atteignent des sommets. Les conséquences environnementales et humaines sont désastreuses.

En 2008, les éditions Ecosociété publiaient Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique d’Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, révélant les agissements hautement critiquables des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique. Les multinationales minières canadiennes Barrick Gold (premier producteur d’or mondial) et Banro poursuivent la maison d’édition ainsi que les trois auteurs pour diffamation en leur réclamant un total de 11 millions de $ canadiens, dans ce qu’il y a lieu de qualifier de poursuites-bâillon (appelées SLAPP en anglais). Le procès est prévu pour cet automne. Derrière ce procès, ce sont la liberté d’expression, le droit à l’information, le droit à la participation au débat public sans intimidation et la possibilité de publier des travaux de recherches de qualité et sans complaisance, qui sont remis en cause.

Afin de soutenir les auteurs et la maison d’édition, et pour contribuer à lever le voile sur les agissements des entreprises minières sur la planète, Mouvements publie une interview de William Sacher, réalisée par Maxime Combes dans le cadre du projet Echo des Alternatives qui explique comment le Canada est devenu un véritable "paradis judiciaire et réglementaire" pour les entreprises minières. Il contribue ainsi à une "nouvelle ruée minière" visant à satisfaire les besoins croissants en matières premières de nos modèles de consommation, sans tenir compte des conséquences environnementales, sociales et démocratiques sur les populations directement impactées par l’extraction. Là où, au contraire, un "changement de paradigme civilisationnel" serait nécessaire.

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Mouvements : À l’échelle internationale, on observe une véritable ruée minière, que ce soit pour l’or, l’argent, le cuivre ou des métaux plus rares et spécifiques, dont les prix ne cessent d’ailleurs de s’accroître sur les marchés internationaux. Comment l’expliquer ? Y a-t-il des régions particulièrement concernées ? Lesquelles ?

William Sacher : Nous sommes en effet dans une nouvelle ère minière. La production de nombreux minéraux a explosé au cours des dix dernières années, tandis que les dépenses d’exploration dans l’industrie atteignent des sommets [1].

Il est possible d’isoler une série de facteurs explicatifs. Tout d’abord, il y a la croissance soutenue des pays dits « émergents » (tels que l’lnde, la Chine). L’augmentation de la demande de biens de consommation, l’explosion immobilière et les grands travaux nécessaires à l’industrialisation galopante que connaissent ces pays exercent une forte pression sur la demande mondiale en minéraux de tous types [2].

Un autre facteur important concerne le commerce des métaux précieux, et tout particulièrement le recours à l’or comme valeur-refuge. La Chine veut se constituer un stock d’or [3] afin de soutenir sa monnaie, se positionner face à la menace d’éventuelles crises ultérieures et de dévaluation de ses réserves de change. Les États, les grandes institutions financières, les fonds d’investissements, ou encore les particuliers se tournent aussi vers le métal précieux. À ceci s’ajoute la possibilité de retours sur investissements conséquents, ce qui a déclenché une vague spéculative sur le métal jaune, et l’inévitable prolifération de produits financiers dérivés. Résultat : les cours de l’or explosent. Nombreuses sont les sociétés d’exploration (dénommées juniors) qui surfent sur cette vague, en promettant des gains records à leurs éventuels investisseurs [4].

On peut également citer l’augmentation vertigineuse de la demande liée à l’avènement des ordinateurs et téléphones portables personnels, des consoles de jeux vidéos, etc., ou encore l’accroissement continu des dépenses militaires mondiales [5]. Les équipements de défense high-tech requièrent des alliages spéciaux à base de métaux rares comme le titane ou les métaux du groupe platine, auxquels il faut bien entendu ajouter l’uranium. L’avenir de ce dernier fait d’ailleurs l’objet de grandes spéculations. Dans ses applications civiles, en particulier comme source alternative d’énergie aux énergie fossiles, le métal radioactif n’a sans doute pas dit son dernier mot, bien qu’il n’ait pas particulièrement le vent en poupe ces derniers temps. Il faudra voir si le souvenir de Fukushima pourrait s’estomper aussi rapidement que celui de Tchernobyl.

Enfin, d’une manière générale, les grands pays consommateurs sont soucieux d’assurer leurs approvisionnements ou de parer à d’éventuelles pénuries, et s’emploient à sécuriser leur accès à des minéraux économiquement et stratégiquement sensibles qu’ils ne peuvent substituer, et dont les gisements se situent en grande majorité hors de leurs frontières [6]...

Cette nouvelle fièvre minière se déploie sur tous les continents. Certes, les veines s’épuisent dans les régions minières traditionnelles. Néanmoins, les nouvelles techniques et les prix élevés permettent encore d’extraire de façon rentable les gisements de faible concentration. C’est la raison pour laquelle il y a un regain de projets d’exploitation dans des pays comme le Canada ou l’Australie. Cela dit, l’Amérique Latine, l’Afrique ou encore l’Indonésie se trouvent particulièrement exposées à cette nouvelle avancée de la frontière d’exploitation, vers des territoires encore vierges d’exploitation industrielle, et souvent écologiquement et culturellement sensibles. Dans nombre de pays constituant ces parties du monde, les réformes néolibérales impulsées par la Banque Mondiale au cours des deux dernières décennies ont créé des cadres d’investissement très favorables aux transnationales minières (en termes légaux, de fiscalité et de soutien gouvernemental), et ont institutionnalisé leurs droits. S’en est suivi une invasion massive d’entreprise minières étrangères dans les pays de ces régions.

Arrêtons-nous sur la volonté des pays les plus puissants, Etats-Unis, Europe et Chine en tête, de "sécuriser l’accès aux ressources". Pouvez-vous nous en dire plus sur les stratégies qu’ils développent et par quels moyens ils parviennent à leur fin ?

La Chine aurait investi 9,2 milliards $ dans 33 opérations minières à l’étranger en 2009-2010 [7], notamment en Afrique et en Amérique Latine. Les Chinois sont d’autant plus en position de force que leur pays est un gros producteur de minerais et dispose à la fois d’énormes liquidités pour développer les projets miniers, et des capacités techniques faisant défaut dans de nombreux pays du Sud, où ils octroient des prêts à taux réduits en échange de contrats miniers signés avec ses entreprises minières d’État.

Une autre stratégie consiste à acquérir des entreprises minières étrangères. Des sociétés juniors de Toronto ou de Londres sont déjà tombées entre les mains des Chinois. Des offres hostiles ont même récemment été faites sur des sociétés majors canadiennes (Equinoxe et Lundin mining).

Une troisième voie suivie par la Chine privilégie les alliances stratégiques avec des sociétés occidentales, dans le cadre de projets d’exploitation mixtes. Les entreprises chinoises étant moins frileuses que les institutions financières occidentales pour financer les projets miniers, notamment suite à la récente crise et la relative chute des cours, les juniors de Toronto y voient un moyen de se développer quand toutes les autres portes se ferment.

Quant à l’Europe et aux États-Unis, ils s’appuient sur les cadres imposés dans les pays géologiquement riches par les institutions financières internationales ou d’autres formes d’organisation commerciale (OMC, traités de libre-échange, …) et même de coopération ou d’aide au développement. Pour optimiser ces politiques de flexibilisation, l’Union Européenne s’est dotée en 2008 d’une stratégie dénommée l’Initiative sur les Matières Premières, dont l’objectif est notamment de veiller à s’approvisionner à bon marché en minéraux dans les pays du Sud Global [8]. Par ailleurs, des capitaux étatsuniens contrôlent la majorité des grandes sociétés minières de Toronto, et d’autres à Londres ou à Sydney, l’exploitation minière étant largement sous domination anglo-saxonne, et leur garantie d’accès à de nouveaux gisements repose largement sur la capacité de déploiement des sociétés juniors, authentique version moderne des conquistadores de l’époque coloniale hispanique. Mais, comme nous l’avons mentionné, cette hégémonie est de plus en plus contestée par les appétits chinois.

L’ingérence militaire permet aussi aux États-Unis de maintenir un contrôle serré sur nombre de ressources minérales, tandis que l’Europe n’écarte pas cette solution si la conjoncture l’exige [9]. On invoque souvent le pétrole, mais la présence militaire de l’OTAN et des États-Unis en Afghanistan et au Pakistan est sans doute à interpréter aussi dans ce sens. On peut enfin citer la République Démocratique du Congo, dont la déstabilisation à la fin des années 90 serait, selon de nombreux analystes, l’œuvre de l’intelligence et l’armée américaine et aurait eu pour dessein l’accaparement des immenses gisements congolais.

Quelles sont les conséquences de cette ruée minière ? Pourquoi voit-on aujourd’hui tant de mines à ciel ouvert au détriment des mines souterraines traditionnelles ? Quelles sont les conséquences environnementales d’une telle exploitation ? Quelles réactions suscitent-elles auprès des populations locales ?

Cette soif accrue pour les minéraux se traduit par la généralisation d’un nouveau modèle d’extraction, bien loin de l’image d’Épinal du chercheur d’or et de son tamis : celui de la méga-exploitation minière. Ce type d’exploitation concerne les gisements où les minéraux « utiles » se trouvent en très faibles concentrations. Dans ce contexte, les mines souterraines continuent de représenter une alternative rentable dans certains cas, mais la tendance actuelle est le recours aux mines à ciel ouvert, plus rentables, et aux dimensions inouïes : des cratères de plusieurs km de diamètre et de plusieurs centaines de mètres de profondeur.

Les techniques d’extraction se sont perfectionnées (avec, par exemple, le recours quasi-systématique au cyanure dans les mines d’or) et, même si, à l’image des sables bitumineux dans l’industrie pétrolière, les besoins énergétiques et en eau liés à ce type d’exploitation sont colossaux, les prix des minéraux en hausse constante permettent d’exploiter avec de telles méthodes. Les déchets générés, souvent toxiques, s’en trouvent démultipliés au point d’atteindre des proportions inimaginables. Une seule mine, OK Tedi en Papouasie Nouvelle-Guinée, génère chaque jour 200 000 tonnes de déchets, soit plus de que toutes les villes du Japon, de l’Australie et du Canada réunies [10]. Pour les métaux courants moins d’1% de la roche est traitée, les 99% restant se convertissant en déchets. Dans le cas de l’or, le ratio frise l’absurde, puisqu’on exploite actuellement des gisements contenant moins de 0.5 grammes d’or par tonnes de roches traitées.

Les risques sont énormes en termes de pollution chronique et accidentelle des eaux et des sols, par drainage minier acide, métaux lourds, et autres substances toxiques, ou encore par le bruit et la poussière, et les conséquences généralement dramatiques tant pour les écosystèmes environnants qu’en terme de santé publique [11]. Le gigantisme de ce modèle d’exploitation pose un problème pour la science : celui de son incapacité à diagnostiquer et à prévoir avec précision tous ses effets en terme d’extension spatiale et temporelle, due à la complexité des systèmes naturels ainsi physiquement et chimiquement perturbés (les phénomènes à représenter sont multilinéaires et souvent chaotiques). Ceci pose un vrai problème en terme d’héritage laissé aux générations futures.

Quant aux impacts socio-économiques, ils sont tout aussi difficiles à caractériser, bien qu’on sache que l’activité minière (et les infrastructures d’énergie et de transport qu’elle requiert), s’accompagne souvent d’une série de conséquences psycho-socio-economico-culturelles irréversibles pour les communautés affectées. Elle détruit les économies locales et les bases matérielles des cultures autochtones, tout en implantant de nouveaux imaginaires de consommation. Elle marginalise les femmes, les agriculteurs et les populations autochtones, ces dernières étant particulièrement menacées : nombre de gisements encore inexploités sont situés sur leurs territoires. Il convient également de mentionner les impacts en terme de santé publique dus aux pollutions engendrées (auxquels il faut ajouter l’alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution, et la forte prévalence des MST).

Enfin, les pays su Sud qui décident d’opter pour un modèle économique d’extraction-exportation s’exposent à une certaine condamnation au « sous-développement » et à la pérennisation de leur statut d’enclave coloniale, malgré l’illusion de « développement » que peut représenter l’industrie minière. Se développe plutôt une économie nationale rentière aux mains de l’oligarchie locale autour d’un secteur extractif hypertrophié, tandis que les autres secteurs de l’économie ne profitent pas de la manne. À cela il faut ajouter la fragilisation systématique des conditions d’exercice de la démocratie, la prévalence de la corruption, ou encore l’aboutissement à des conflits armés, une série de tares que l’universitaire américain Terry Karl qualifie de « paradoxe de l’abondance » [12].

Face à cette nouvelle phase « d’accumulation par dépossession » du capital minier, pour reprendre les termes de David Harvey [13], basée sur la marchandisation, la prédation et la destruction de l’environnement, et perpétuant la domination des grands centres économiques de la planète sur leurs périphéries, des centaines de communautés se trouvent en résistance de par le monde. Elles dénoncent la fuite en avant de ce modèle en s’appuyant le plus souvent sur l’écologie politique, l’économie sociale et les cosmovisions autochtones.

Vous qualifiez le Canada de "paradis judiciaire et réglementaire" pour les entreprises minières. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? En quoi cette situation concernet-t-elle l’ensemble des citoyens de la planète et pas les seuls citoyens canadiens ?

C’est un concept que nous développons avec mon collègue Alain Deneault pour tenter d’expliquer les raisons pour lesquelles le Canada se trouve aujourd’hui en position de leader mondial de l’industrie minière.

Au cours des dernières décennies, le Canada s’est progressivement mué en un havre privilégié pour l’industrie minière à l’échelle mondiale, une sorte de Suisse du domaine extractif. Pas moins de 75 % des sociétés minières de la planète sont canadiennes, bien que leurs capitaux soient australiens, belges, israéliens, suédois, étatsuniens, etc. Nous avons identifié 6 caractéristiques principales qui font la particularité de cette législation de complaisance :

1. La possibilité de spéculer sans entraves sur les ressources minières, grâce à la Bourse de Toronto et sa réglementation permissive, historiquement taillée sur mesure ;

2. L’investissement massif de fonds publics via des agences gouvernementales et l’incitation soutenue par le gouvernement auprès des particulier à investir dans le secteur minier via de multiples congés fiscaux ;

3. La couverture politique et judiciaire systématique des sociétés minières au point d’offrir une impunité de fait face aux multiples externalités générées. Malgré les nombreuses allégations d’abus qui pèsent sur les sociétés de Toronto de par le monde en matière de violations de droits humains, de criminalité financière, de pollution massive ou encore d’association avec des chefs de factions armées accusés de crimes de guerre, les sociétés du secteur ne sont jamais inquiétées par les tribunaux canadiens ;

4. Rendre justiciable uniquement les acteurs critiques. C’est une conséquence de la préséance du droit à la réputation sur celui de la liberté d’expression. Au Canada, cette dernière est largement menacée par l’instrumentalisation des tribunaux de la part des sociétés minières. Chercheurs universitaires, journalistes, auteurs ou encore militants se voient poursuivis en diffamation, même s’ils ne font que citer des sources publiques crédibles ;

5. Développer une propagande intérieure, en particulier au sein de l’éducation. Les universités se trouvent noyautées et potentiellement bâillonnées par l’omniprésence des financements de la recherche provenant largement de l’industrie minière ;

6. Assurer une diplomatie de complaisance dans les pays où les sociétés minières canadienne sont présentes, ce qui se révèle dans les pays du Sud un lobby minier officieux.

C’est cet État que nous proposons de le qualifier de "paradis judiciaire et réglementaire" de l’industrie extractive mondiale, par analogie avec le concept de paradis fiscal.

Les affres de la législation canadienne ont des répercussions partout sur la planète. Les sociétés inscrites dans ce havre minier sévissent en Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Europe de l’Est et même dans les DOM-TOM français (voir le cas du projet aurifère à Kaw en Guyane). Le Canada leur offre sa couverture et son soutien, et constitue la plateforme idéale à partir de laquelle des projets miniers sont pilotés à travers le monde. Mais l’Europe n’est pas en reste. Nombre de projets miniers financés par la Banque Européenne d’investissement, ou encore des agences de financement nationale telle que l’AFD et sa filiale Proparco, ont été à l’origine développés par des juniors canadiennes. Les économies européennes, et celle de la France en particulier, sont hautement dépendantes de cette exploitation de minerais à grande échelle, utilisés dans tous les secteurs de l’économie : agriculture, construction, transports, électronique.

Vous êtes extrêmement critique de l’industrie minière. Pourtant, n’est-il pas possible de réguler ce secteur et développer des mines socialement et écologiquement responsables ?

Les stratégies discursives de l’industrie minière et des gouvernements qui la soutiennent sont efficaces pour convaincre le grand public d’une telle possibilité. Le secteur minier soigne son image. La sémantique est luisante comme les couvertures de papier glacé des rapports annuels : on parle de « responsabilité sociale », « développement durable », « codes d’éthiques volontaires », etc.

Cependant, l’histoire récente de l’exploitation minière parle d’elle-même. Au Canada, pays qui se targue souvent de pratiquer les meilleurs standards en la matière, 10.000 mines abandonnées menacent les réseaux hydrographiques de pollutions aux métaux lourds, et il n’existe aucune mine ayant été fermée avec les décontaminations qui s’imposent.

Malgré toutes les précautions qu’on pourrait prendre, les inévitables impacts sociaux et environnementaux du modèle d’exploitation à l’œuvre sont à l’image de son gigantisme. Comme je l’ai mentionné, dans de nombreux cas, ils sont même incommensurables. Dans ce domaine, il est urgent de se démarquer de tout dogme techno-scientifique ou autre mythe du progrès, auxquels s’accrochent les sociétés minières. Prétendre qu’il est possible de « restaurer » un site d’extraction minière est une véritable gageure, puisqu’on ne sait pas exactement ce qu’on détruit. Quant aux conditions de travail, redevances et autres impôts, ce sont sans doute les domaines où il serait le plus aisé d’améliorer la situation (en général, l’industrie minière paie très peu d’impôts).

Cependant, considérer les conséquences environnementales, même si elles étaient contrôlables, ou la question fiscale, de façon isolées est insuffisant pour répondre à votre question. Pour tenter d’être complet, il est nécessaire d’examiner les conditions économiques, politiques, légales, et sociologiques globales de l’avènement de l’actuel modèle d’exploitation minière. Pour de nombreux pays du Sud, l’implémentation (ou la pérennisation) d’un modèle « extractivo-exportateur » se fait dans un contexte de domination économique de la part des pays importateurs. D’une manière générale, l’exploitation minière est le fait d’une oligarchie transnationale qui dispose, avec les paradis fiscaux et bancaires, d’outils pour se soustraire aux obligations imposées par les États de droits, même les plus fortement institutionnalisés. Quant aux gouvernements de ces derniers, leur marge de manœuvre est souvent réduite tant ils sont assujettis aux intérêts de puissantes sociétés transnationales. Enfin, l’existence d’un paradis judiciaire comme le Canada permet aux sociétés minières de répondre aux exigences de rentabilité de leurs actionnaires en se livrant à une gestion environnementale et sociale exécrable, sans jamais être inquiétées par la justice.

Quelles sont vos préconisations ?

Une première voie à explorer serait celle du recyclage intensif des minéraux déjà extraits, une grande partie se trouvant d’ailleurs dans nos déchets. Cela dit, le recyclage est lui-même coûteux en énergie et éventuellement polluant.

Ainsi, la remise en question de notre mode de développement et d’exploitation des ressources naturelles est incontournable. Mais cette remise en question va bien au-delà d’une réduction de la consommation. Bien entendu, on peut se cantonner au carcan libéral et exiger l’abolition des paradis fiscaux et bancaires, l’information libre et transparente des agents économiques, ou encore le contrôle des marchés. Mais la crise systémique aux multiples dimension à laquelle nous sommes confrontés (alimentaire, écologique, économique, énergétique, migratoire, etc.), nous montre qu’il apparaît urgent de remettre en question la modernité et son bagage techno-scientifique, de définir un nouveau rapport à la nature, de prendre en compte les générations futures et de leur droit à disposer d’un environnement sain, bref changer de paradigme « civilisationnel », tant s’accumulent ses limites à travers les preuves de sa capacité de destruction de multiples formes de richesses mettant en péril les conditions de de la continuité de la vie humaine à moyen terme.

Propos recueillis par Maxime Combes

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Notes :

[1] 13 milliards de dollars en 2008, soit près de 7 fois plus qu’en 2002, cf. "La montée en puissance des acteurs miniers des pays émergents, Secteur privé et développement", La revue de PROPARCO, numéro 8, janvier 2011.

[2] La Chine, par exemple, doit importer 75% de ses besoins en cuivre et 50% de son fer et 30% de son plomb et de son zinc, cf. « Comment la Chine Profite de la Crise », HEC Eurasia Institute, mars 2009.

[3] La Chine a augmenté son stock d’or de 75% depuis 2003, portant ses actifs à plus de 1.000 tonnes (ce qui est peu comparé aux États-Unis (8.000 tonnes), ou d’autres pays fortement industrialisés comme la France, l’Allemagne ou l’Italie, qui possèdent chacun entre 2.000 et 3.500 tonnes), « China admits to building up stockpile of gold », Financial Post, Toronto, 24 avril 2009.

[4] L’or représente à lui seul 40% des dépenses totales d’exploration de l’industrie minière, cf Rapport sur la situation de l’industrie minière canadienne faits et chiffres, Association Minière du Canada, 200, p. 29.

[5] Plus de 1.500 milliards de $ en 2009, une augmentation de 49% par rapport à 2000, cf. « 2009, année record pour les dépenses militaires mondiales », Le Monde, 2 juin 2010.

[6] À titre d’exemple, l’est de la République Démocratique du Congo, pays en proie à une guerre civile depuis près de 15 ans, détient près de 60% des réserves mondiales de cobalt.

[7] « Influence croissante de l’Asie dans la production minière mondiale », Deloitte et Touche, Montréal, 2010.

[8] Ressources naturelles : mettre l’Union européenne et sa politique commerciale sur les matières premières hors d’état de nuire, AITEC, Oxfam Deutschland, WEED, Traidcraft Exchange (UK), Comhlámh (Irelande), février 2011.

[9] cf. intervention d’Elmar Brook, Commission des affaires étrangères au parlement européen,

[10] "Scrapping Mining Dependence", Payal Sampat, State of the World 2003, The WorldWatch Institute.

[11] 0n se souvient par exemple de Baia Mara en Roumanie en 2000.

[12] The paradox of plenty : Oil booms and petro-states, Terry Karl, California University Press.

[13] « The ’New’ Imperialism : Accumulation by Dispossession », David Harvey, Socialist Register, Vol. 40.

Appel européen contre la dictature financière Lectrices et lecteurs de Mediapart Reporterre 2011/08/23 Lectrices et lecteurs de Mediapart (23 août 2011) Appel européen contre la dictature financière. Reporterre. Tribune — fr

Appel européen contre la dictature financière

Une crise sans précédent aggrave les inégalités sociales et la pauvreté et entraîne l’Europe vers une catastrophe imminente

Nous, citoyennes et citoyens d’Europe, affirmons que cette crise n’est pas fatale comme on voudrait nous le faire croire : des solutions existent et elles doivent aujourd’hui être imposées par les peuples. Devant l’irresponsabilité de nombreux gouvernements qui font payer aux citoyens la folie des vrais responsables de la crise de la dette, à savoir les Marchés financiers, nous appelons à refuser la dictature de la spéculation financière et ses terribles conséquences sur nos vies.

Les politiques actuelles conduisent à une impasse économique Prétextant la crise de la dette, les gouvernements imposent partout des plans de réduction des dépenses publiques qui détruisent des institutions vitales pour le bien commun : École, Hôpital, Justice, Recherche, Sécurité sociale...

Après la crise de 2008, nos dirigeants nationaux et européens s’étaient fermement engagés à limiter les effets dévastateurs de la spéculation financière : ces engagements n’ont pas été tenus ! Pire : la spéculation la plus débridée se déchaîne impunément et mine toute chance de relance économique et de réduction du chômage.

Nous refusons que la finance soit une arme qui broie les peuples au profit des plus riches Les organismes financiers doivent être au service de la vie sociale et de l’économie, et non l’inverse. Aussi, nous affirmons qu’il faut aujourd’hui changer de politique et de modèle économique.

Nous appelons les citoyennes et citoyens des pays européens à user de tous les moyens démocratiques et pacifiques dont ils disposent pour imposer les cinq premières mesures suivantes à leurs gouvernements et aux institutions européennes : – l’annulation des plans d’austérité ; – l’interdiction de toute spéculation financière aux banques de dépôts ; – une taxe substantielle sur les transactions financières harmonisée à l’échelle européenne ; – l’audit indépendant des dettes publiques en vue de leur résorption ou de leur annulation ; – des réformes fiscales visant à redistribuer équitablement les richesses.

Nous nous déclarons solidaires de tous les Indignés et nous appelons à soutenir, développer et fédérer au niveau européen tous les mouvements de protestation.

À cette fin, nous appelons à occuper chaque dimanche, massivement et pacifiquement, les places publiques des grandes villes. Ces rassemblements hebdomadaires se répéteront aussi longtemps que la volonté des peuples n’aura pas été entendue et respectée. Ils ont vocation à se transformer en véritables forums citoyens pour la reconquête de la souveraineté des peuples. Reprenons en main nos destins pour lutter de façon unie et solidaire contre la dictature financière !

Mille rassemblements populaires pour une Europe des ci toyens ! Mille f orums citoyens contre la dictature financière !

Signer la pétition à cette adresse

La Terre compte neuf millions d’espèces Radio Canada Reporterre 2011/08/24 Radio Canada (24 août 2011) La Terre compte neuf millions d’espèces. Reporterre. fr

La Terre compte neuf millions d’espèces

8,8 millions d’espèces, selon une nouvelle étude scientifique.

Une nouvelle étude avance que la Terre compte près de 8,8 millions d’espèces, mais que seulement le quart d’entre elles a été découvert jusqu’à présent.

Jusqu’à présent, 1,9 million d’espèces ont été recensées. Parmi les découvertes les plus récentes se trouvent des créatures petites et parfois bizarres, comme une grenouille-poisson psychédélique, un lézard de la taille d’une pièce de dix cents et un minuscule homard aveugle et poilu trouvé dans le fond de l’océan.

Pour parvenir à leurs conclusions, Worm et Camilo Mora, de l’Université d’Hawaii, ont recouru à des modèles mathématiques complexes et analysé la cadence des découvertes d’espèces, mais aussi de celles dans d’autres catégories de la taxinomie, comme la famille.

Leur étude, publiée mardi dans la revue électronique PLoS Biology, une publication de l’organisation Public Library of Science, évalue le nombre d’espèces vivant sur la Terre à près de 8,8 millions.

Parmi toutes ces créatures, 6,5 millions seraient des espèces vivant sur la terre ferme et 2,2 millions vivraient dans l’océan, domaine d’étude prioritaire pour Worm et Camilo Mora, car ils participent au Recensement de la vie marine, une initiative regroupant des scientifiques de partout dans le monde et visant à répertorier la vie dans l’océan.

Sept milliards d’étoiles Hervé Kempf Reporterre 2011/08/24 Hervé Kempf (24 août 2011) Sept milliards d’étoiles. Reporterre. Tribune — fr

Sept milliards d’étoiles

Nuits d’août, nuits d’étoiles. Si les vacances ne devaient avoir qu’un seul but, cela pourrait être celui-là : contempler l’infini du ciel et méditer sur l’étrange destin de la planète bleue. Chauffée par le soleil, parmi plus de cent milliards d’étoiles , elle abrite la vie sous forme d’une biosphère resplendissante qui inclut l’espèce que l’on appelle humaine.

En août, l’Institut national d’études démographiques nous a appris qu’en octobre, la Terre logera sept milliards d’humains . Un chiffre impressionnant au regard de l’histoire de l’espèce : les deux cents dernières années auront suffi aux hommes, dans leur long chemin d’un million d’années jusqu’à aujourd’hui, pour multiplier par sept leur population.

Et pourtant, l’humanité n’a jamais été aussi riche : elle génère un produit mondial brut de 63.000 milliards de dollars (44 milliards d’euros). Elle n’a aussi jamais été aussi injuste : le revenu moyen d’un Etatsunien est, par exemple, quatre-vingt fois celui d’un Tchadien. Et, même si aucun indicateur synthétique ne permet d’en rendre compte, elle n’a jamais aussi été destructrice de son environnement naturel, cette biosphère miraculeuse.

Or, tandis que l’on songeait, l’ébranlement du système financier mondial, commencé en 2007, a repris durant l’été avec vigueur, comme la réplique d’un séisme inachevé. La dette est immense, elle doit être purgée, entend-on. Mais pas dans l’austérité, disent les uns, sans toucher aux riches, disent les autres, presque tout le monde étant d’accord sur l’idée que la baisse du revenu moyen des pays touchés est inenvisageable, et que la reprise de la croissance est indispensable.

L’équation est insoluble parce qu’elle oublie une tendance historique majeure : ces sept milliards d’humains – bientôt neuf – ne voient plus pourquoi les uns auraient beaucoup, et les autres très peu. L’humanité s’oriente maintenant vers une convergence des niveaux de vie. Or, il n’est écologiquement pas envisageable qu’elle s’opère au niveau de vie matériel d’un Occidental moyen. Celui-ci doit donc commencer à baisser. Pour le dire crûment : l’appauvrissement matériel des Occidentaux est devenu écologiquement une nécessité.

Ceci n’est cependant pas synonyme d’une moindre qualité de vie. D’abord, parce que l’inégalité au sein des sociétés s’est grandement accrû depuis trois décennies. L’enjeu prioritaire est donc d’opérer une redistribution des richesses. Ensuite, parce que l’enrichissement matériel s’est opéré au détriment des biens sociaux et communs, alors qu’ils sont aussi essentiels à la qualité de la vie et qu’ils présentent un impact écologique moindre. Moins de matière, mieux de biens communs, voilà l’issue.

Le biogaz se développe au détriment des cultures alimentaires Carlo Petrini (La Repubblica) Reporterre 2011/08/25 Carlo Petrini (La Repubblica) (25 août 2011) Le biogaz se développe au détriment des cultures alimentaires. Reporterre. Tribune — fr

Le biogaz se développe au détriment des cultures alimentaires

Frappés par la crise, les agriculteurs italiens se convertissent à la culture intensive du maïs pour produire du biogaz, plus rémunérateur. Mais ils se mettent ainsi à la merci des spéculateurs et menacent la biodiversité, dénonce le fondateur du mouvement Slow Food, Carlo Petrini.

Agriculture industrielle. Méditons sur cet oxymore. En son nom, l’homme a pensé pouvoir produire de la nourriture sans paysans et a fini par évincer ces derniers des campagnes. Nous en sommes même aujourd’hui à l’idée qu’il puisse y avoir des champs cultivés sans que des aliments y soient produits : une agriculture sans nourriture. Une agriculture, qui, dès lors qu’elle se base uniquement sur le profit et sur les spéculations, parvient à rendre mauvais tout ce qui peut être bon : la nourriture, les terrains fertiles (qui le sont de moins en moins), mais aussi l’énergie propre et renouvelable. Comme le photovoltaïque, comme le biogaz.

On a déjà parlé de la façon dont l’énergie photovoltaïque peut devenir une machine dévoreuse de terrains et de ressources alimentaires. Aujourd’hui l’heure est aux centrales au biogaz qui exploitent les biomasses, c’est à dire les déchets de l’élevage, l’herbe de fenaison et autres végétaux. Ces installations seraient idéales pour se débarrasser des déjections, problème récurrent des éleveurs, et autres déchets biologiques, en améliorant leur revenu grâce à une production d’énergie qui peut-être utilisée pour l’exploitation agricole, ou vendue.

Mais si l’affairisme s’en mêle, si des investisseurs qui se fichent complètement que l’agriculture produise de la nourriture et qu’elle le fasse le mieux possible, flairent la bonne affaire et accourent, alors le biogaz peut devenir une malédiction. C’est ce qui est en train d’arriver dans de nombreuses régions de la plaine du Pô, surtout là où il y a de fortes concentrations d’élevages intensifs.

On cesse de produire de la nourriture pour produire de l’énergie Que se passe-t-il ? De nombreux agriculteurs, aux abois en raison de la crise généralisée du secteur, se transforment en producteurs d’énergie et cessent de produire des aliments. En fait, ils se contentent de cultiver du maïs de manière intensive pour remplir des « digesteurs », générateurs de biogaz. Des investisseurs les aident et parfois les exploitent. Il y a des fermes d’élevage où les agriculteurs sont payés par ceux qui ont construit les installations pour la culture du maïs : ils sont devenus des ouvriers du secteur énergétique, ce ne sont plus des paysans.

Tout a commencé en 2008, lorsqu’a été introduit un nouveau certificat vert « agricole » pour la production d’énergie électrique avec des installations de production de biogaz à partir de biomasses. De « petites » installations d’une puissance électrique ne dépassant pas 1 Mw [megawatt]. Mais 1 Mw, c’est beaucoup : ça a stimulé le business, parce qu’un tarif de 28 centimes/kWh a été accordé à ceux qui produisent, soit trois fois le prix qu’il leur faut payer pour l’énergie produite « normalement ».

C’est ainsi que le système des subventions, auquel s’ajoutent celles de l’Union européenne pour la production de maïs, a rendu la construction d’installations importantes et coûteuses (jusqu’4 millions d’euros) très rentables, d’autant plus que leur coût peut être amorti en quelques années. Rien que dans la région de Crémone [Nord], il y avait en 2007 cinq installations autorisées, il y en a aujourd’hui 130. On estime que le maïs destiné au biogaz occupe 25% des terres actuellement cultivées. D’ici à 2013 il devrait y avoir 500 installations sur l’ensemble de la Lombardie.

L’environnement et l’agriculture elle-même sont donc menacés. Quelques constatations (et lapalissades). Primo : on cesse de produire de la nourriture pour produire de l’énergie. Secundo : la monoculture intensive du maïs est délétère pour les terrains parce qu’elle fait appel à de grandes quantités d’engrais chimiques et consomme énormément d’eau, prélevée dans des nappes phréatiques de plus en plus pauvres et polluées. Sans rotation des parcelles, leur fertilité est compromise et la diffusion de parasites est facilitée – et elle est éliminée ensuite par un ajout de produits antiparasitaires.

Un marché noir des déchets biologiques

Tertio : ceux qui produisent de l’énergie en cultivant du maïs peuvent se permettre de payer des loyers beaucoup plus élevés pour les terrains, jusqu’à 1.500 euros l’hectare, ce qui crée une concurrence déloyale envers ceux qui en ont besoin pour l’élevage. C’est le même phénomène que celui qui s’est créé avec les parcs photovoltaïques, on répète donc la même erreur. Quarto : les installations elles-mêmes, celles d’1 Mw, sont des structures de grandes dimensions et pour les construire du terrain agricole est définitivement sacrifié.

Quinto : on entend déjà des rumeurs sur la naissance d’un marché noir des déchets biologiques, comme les déchets de boucherie, vendus illégalement pour fabriquer du biogaz. Ils ne devraient jamais être utilisés comme biomasse, parce que ce qui reste de la « digestion » est ensuite répandu dans les champs pour les fertiliser, et ce type de déchet pourrait non seulement polluer, mais aussi propager des maladies.

C’est un problème d’échelle. En soi, le biogaz issu des biomasses n’aurait aucun défaut. Mais s’il est produit à des fins spéculatives et est surdimensionné, s’il intensifie la production de maïs dans le seul but de nourrir l’installation, s’il fait monter les prix du terrain, l’épuise et le pollue, alors il faut dire non. Fort et clair.

Il est certain ces problèmes doivent être mis sur la table et débattus lors des discussions sur la nouvelle Politique agricole commune (PAC) qui a débuté récemment à Bruxelles. Tôt ou tard, les subventions finiront. Les biogaz avec de grosses installations sont un cautère sur la jambe de bois de notre agriculture malade, et ce pourrait bien être le coup de grâce. Il sera en effet très difficile de revenir en arrière : les terrains fertiles ne sont pas récupérables, les nappes sont polluées, la salubrité disparaît, ceux qui s’efforcent de faire une bonne agriculture sont contraints d’arrêter face à une concurrence impitoyable et insoutenable. Agriculture industrielle, quel oxymore !

Si ! Marie-Monique Robin a fait un bon livre Jean-Yves Proulx Reporterre 2011/08/28 Jean-Yves Proulx (28 août 2011) Si ! Marie-Monique Robin a fait un bon livre. Reporterre. Tribune — fr

Si ! Marie-Monique Robin a fait un bon livre

« Notre poison quotidien » est une enquête approfondie et utile

Vous êtes-vous déjà demandé d’où pouvait provenir cette prolifération de cas de cancer que nous semblons connaître depuis quelques décennies ? Serait-ce la conséquence directe du fait que nous vivons plus longtemps ? Peut être qu’autrefois autant de gens en mouraient, mais nous étions alors incapables d’identifier la cause de leur décès ?

« Pas du tout ! » nous répond Marie-Monique Robin. Cela n’a rien à voir avec l’allongement de l’espérance de vie. La preuve ? Le cancer ne fait pas dans l’âgisme, il frappe n’importe qui, peu importe l’âge ! Et le cancer est une maladie connue depuis l’Antiquité : « la plus ancienne description écrite d’un cancer date approximativement de 1600 avant Jésus-Christ » peut-on trouver sur le site de la Société américaine du cancer. Le mot « cancer » a d’ailleurs été inventé par Hippocrate (460-370 av. J.-C.) Mais alors ?

Si le livre et le film Le monde selon Monsanto, signés Marie-Monique Robin vous ont fait sursauter, il vous faut lire ce nouveau rapport de recherche : Notre poison quotidien, La responsabilité de l’industrie chimique dans l’épidémie des maladies chroniques. L’auteur n’affirme rien. Elle donne plutôt la parole aux responsables des plus grands centres de recherche en santé de la Norvège au Chili, en passant par les grandes capitales européennes et américaines. Elle donne la parole aux décideurs gouvernementaux en matière d’approbation (ou de désapprobation) des produits de l’industrie chimique que nous ingurgitons quotidiennement, le plus souvent à notre insu. Elle donne la parole aux victimes démunies des multinationales de la chimie.

Voici, dans les lignes qui suivent quelques citations qui devraient vous inciter à lire Notre poison quotidien.

Des faits ?

- En 1996, on estimait que 2,5 millions de tonnes de pesticides sont appliquées chaque année sur les cultures de la planète. Moins de 0,1 % des pesticides appliqués atteignent leur cible. Plus de 99,9 % des pesticides utilisés migrent dans l’environnement, où ils affectent la santé publique et les biotopes bénéfiques, en contaminant les sols, l’eau et l’atmosphère de l’écosystème.

- En 2009, dans le quatrième rapport mis en ligne par le Center for Disease Control d’Atlanta, l’organisme chargé de la veille sanitaire aux États-Unis, on apprend que les 212 molécules chimiques recherchées avaient toutes été retrouvées chez la quasi-totalité des 2400 volontaires testés dans leur urine ou dans leur sang : le bisphénol A figurait largement en tête, devant le polybromodiphényléther, un retardateur de flammes, le PFOA (revêtement des poêles antiadhésives) et bon nombre de pesticides, comme le Lasso, l’atrazine, le chlorpyriphos, mais aussi les insecticides organochlorés comme le DDT, toujours bien présents malgré leur interdiction.

- Deux spécialistes français de la santé reproductive et fondateurs des CECOS décidèrent d’analyser et de comparer les éjaculats des 1750 donateurs de sperme parisiens entre 1973 et 1992. En deux décennies, la quantité de spermatozoïdes avait chuté d’un quart, soit une baisse de la concentration d’environ 2% par an. De plus, la chute quantitative s’accompagnait d’une baisse de la qualité des spermatozoïdes, qui présentaient une mobilité réduite et des anomalies de forme, entraînant une réduction de la fertilité. Shanna Swan, une épidémiologiste américaine, entreprit en 2000 une étude semblable. Elle constata une baisse annuelle moyenne de la densité spermatique de 1,5 % aux États-Unis et de 3 % en Europe et en Australie sur la période 1934-1996.

- Plusieurs études concernent les migrants japonais qui se sont installés à Hawaï. Elles montrent qu’en une ou deux générations les immigrés « adoptent » le profil des cancers des États-Unis dont l’incidence est nettement plus faible au Japon : « ce n’est pas leur patrimoine génétique qui change, mais leur environnement ». - ...

Des explications ?

- L’aromatisation d’une tonne de crème glacée avec de la vanille naturelle coûte 780 euros, mais seulement 4 euros avec l’éthyl-vanilline, un arôme chimique artificiel, on devine la suite...

- Prenons le cas de l’aspartame... Sur 166 études, 74 avaient été financées par l’industrie (Searle, Ajinomoto ou l’ILSI) et 92, par des organismes de recherche indépendants (des universités ou la Food and Drug Administration). Cent pour cent des études financées par l’industrie concluaient que l’aspartame était sans danger. Sur les 92 études indépendantes, 85 concluaient que l’édulcorant posait un ou plusieurs problèmes sanitaires. Et vous pouvez toujours trouver l’aspartame dans votre gomme à mâcher, dans votre boisson gazeuse diète...

- Notez en passant que si la saccharine, suspectée d’induire des cancers, est interdite au Canada depuis 1977, elle est toujours utilisée en Europe.

- ...

Des solutions ?

- 2003, une étude a été conduite par des chercheurs des universités de Washington et de Seattle qui ont analysé l’urine de dix-huit enfants de deux à cinq ans nourris exclusivement avec des aliments issus de l’agriculture biologique, et de vingt et un enfants du même âge dont les parents s’approvisionnent dans des supermarchés conventionnels. Les scientifiques ont recherché la présence de cinq pesticides organophosphorés et ont constaté que les enfants du second groupe présentaient un niveau moyen de résidus six fois plus élevé que ceux du premier. Dans une autre étude publiée trois ans plus tard, on a mis vingt-trois enfants d’une école primaire au régime bio pendant cinq jours. Résultat : leur taux de résidus de pesticides organophosphorés, dont le malathion et le chlorpyriphos, était descendu à un niveau qui n’était pratiquement plus détectable au bout de dix jours.

- Certains végétaux contiennent des molécules qui pharmacologiquement ont le même effet que certains médicaments de chimiothérapie grâce à leurs composants phytochimiques...

- …

En guise de conclusion

Notre poison quotidien est une excellente illustration de ce que dénonce L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie d’Hervé Kempf. Parce que des sommes colossales sont en jeu, même les organismes gouvernementaux, sensés nous protéger, peuvent être manipulés. D’où l’importance de la vigilance citoyenne. D’où l’importance de lire les deux ouvrages précités...

Comment l’Allemagne compte sortir du nucléaire Rachel Knaebel (Basta) Reporterre 2011/08/28 Rachel Knaebel (Basta) (28 août 2011) Comment l’Allemagne compte sortir du nucléaire. Reporterre. fr

Comment l’Allemagne compte sortir du nucléaire

Le gouvernement allemand a présenté le 6 juin dernier son projet de loi pour sortir de l’énergie nucléaire en 2022. Après un recul l’automne dernier, la chancelière Angela Merkel veut finalement avancer la transition énergétique du pays. Combien coûtera cette transition ? Rendra-t-elle l’Allemagne dépendante du charbon ou des importations d’électricité ? Combien d’emplois l’essor des énergies renouvelables va-t-il créer ?

Avec sa décision d’une sortie du nucléaire en 2022, la chancelière allemande revient au calendrier adopté il y a dix ans par le gouvernement SPD-Verts de Gerhard Schröder. Angela Merkel avait fait machine arrière à l’automne 2010 et choisi de prolonger la durée d’exploitation des centrales du pays de 12 ans en moyenne (8 ans pour les plus anciennes, 14 pour les plus récentes), ce qui repoussait la fin de l’énergie atomique en Allemagne à 2036. Mais Fukushima a radicalement changé la donne.

De graves défauts de sécurité

Le nouveau projet de loi, présenté le 6 juin, est passé devant le Bundestag le 8 juillet. Le texte s’appuie sur le rapport de la commission éthique installée en mars [1]. La première étape du plan est immédiate : le pays ne va pas relancer les 8 réacteurs mis à l’arrêt en mars suite à la catastrophe japonaise. L’un d’entre eux pourrait toutefois être maintenu en veille jusqu’en 2013, pour faire face à de possibles pics de consommation, particulièrement dans le sud du pays.

L’Allemagne possède aujourd’hui 17 réacteurs nucléaires, dont 11 à eau pressurisée, 6 à eau bouillante. Le plus ancien, Biblis A, en Hesse, est entré en fonction en 1975. Le plus récent en 1989, en Bade. Tous se trouvent dans l’Ouest du pays. Les quelques réacteurs est-allemands ont fermé juste après la Réunification, dans l’effroi de Tchernobyl. Mais l’état des centrales ouest-allemandes laisse aussi à désirer. Certaines sont d’ailleurs au repos forcé depuis plusieurs années déjà, comme les deux réacteurs de Biblis. L’ONG environnementale BUND a encore pointé dans une étude publié en mars les failles de deux réacteurs anciens de Bade-Wurtemberg, Neckarwestheim 1 et Philippsburg 1

Les énergies renouvelables déjà au-delà du nucléaire

La filière nucléaire allemande a produit un peu plus de 22 % de l’électricité du pays en 2010. Loin, très loin, des plus de 80 % de l’électricité française. 43 % de l’électricité allemande provient encore du charbon (de la lignite, énergie locale, et de la houille, importée aux trois quarts). Et 13 % vient du gaz naturel. Une fois retirée la contribution des huit réacteurs arrêtés depuis mars, soit 8,5 gigawatts (GW), sur les 20 GW fournis par l’atome, la part de l’électricité nucléaire tombe déjà sous celle des énergies renouvelables. 17 % de l’électricité allemande provient aujourd’hui des énergies vertes (environ 6 % de l’éolien, 3 % de l’hydraulique, 5,5 % de la biomasse, 2 % du photovoltaïque [2].

La filière renouvelable, qui représentait seulement 6 % en 2000, est en pleine croissance. Elle emploie plus de 300.000 personnes, quatre fois plus qu’en 1998. Angela Merkel prévoit d’augmenter la part des renouvelables à 35 % en 2020, 80 % en 2050. Et sans importations d’énergie française. A l’heure actuelle, l’Allemagne exporte plus vers la France que le contraire [3].

Outre le développement des énergies renouvelables, le plan allemand s’appuie sur la maîtrise de la consommation d’électricité. La chancelière prévoit une baisse de 10 % d’ici 2020. Autre pilier de la transition énergétique : des réseaux électriques plus performants et de meilleures capacités de stockage de l’énergie.

La fin du charbon d’ici 2040

Pour de nombreux experts, le gaz naturel doit également jouer un rôle clé. « Le gaz se combine facilement avec les énergies renouvelables, explique Claudia Kemfert, directrice du département énergie et environnement à l’Institut d’étude économique DIW. Les centrales à gaz sont beaucoup plus flexibles que les nucléaires. On peut les mettre en marche ou à l’arrêt rapidement selon les besoins. » « Et elles peuvent se construire en seulement deux ans », souligne Lutz Mez, du centre de recherche sur l’environnement de l’Université libre de Berlin.

Tous ces éléments pourraient même permettre à l’Allemagne de sortir du nucléaire bien avant 2022. En 2017, affirment les Verts. Ou 2014 selon le parti de gauche Die Linke, et 2015 d’après un plan de Greenpeace. L’ONG préconise de construire 16 centrales à gaz, d’ajouter 5.000 éoliennes aux 21.000 existantes, dont 1.200 offshore, et d’installer 600.000 nouveaux panneaux solaires. Pour Greenpeace, il est possible d’aller encore plus loin : sortir du charbon en Allemagne dès 2040. Pour cela, plus de 4.000 nouvelles éoliennes, un demi-million de panneaux solaires et plusieurs centaines d’installations géothermiques seront nécessaires. Et le pays pourrait même, une fois la transition vers les renouvelables effectuée, se passer du gaz naturel à l’horizon 2050. A cette date, la filière des énergies renouvelables emploierait un million de personnes.

Coût de la sortie du nucléaire : 25 euros par an par foyer

La transition représente une véritable chance économique. « Une sortie avancée du nucléaire pousserait les groupes énergétiques à construire plus vite des centrales plus performantes, notamment pour le gaz, explique Sascha Samadi, co-auteur d’une étude sur le prix de la transition énergétique réalisée en mai par l’institut Wuppertal [4]. La transition favoriserait aussi la concurrence sur le marché de l’énergie, alors qu’aujourd’hui quatre grands groupes [E.on, RWE, Vattenfall et EnBW] concentrent 80 % de la production d’électricité. Compte tenu de ces facteurs, on peut penser qu’une sortie rapide du nucléaire facilitera la stabilisation, voire, sur le long terme, la baisse des prix de l’électricité. »

Selon les chercheurs de l’Institut Wuppertal, une sortie rapide du nucléaire aura un effet limité sur l’augmentation des prix de l’électricité. Elle entraînerait une hausse maximum de 25 euros par foyer, sur la facture annuelle. « Les prix devraient de toute façon augmenter, sous l’effet, par exemple, de l’amélioration des réseaux électriques, indispensable, et de la hausse attendue des prix du charbon, du gaz et des certificats d’émission de CO2, poursuit Sascha Samadi. Mais l’effet de la seule sortie du nucléaire pourrait être déjà amorti quelques années seulement après l’arrêt de la dernière centrale. »

Car l’énergie atomique coûte plus cher qu’il n’y paraît. Selon une étude du Fös (Forum pour une économie de marché écologique et sociale) publiée en avril, la filière nucléaire allemande a reçu 186 milliards d’euros de subventions depuis 1970, contre seulement 28 milliards pour les énergies renouvelables. Ce qui équivaut à plus de 4 centimes par KWh pour le nucléaire, contre 2,2 centimes aux énergies vertes. Et ce calcul ne prend pas en compte les frais de stockage des déchets radioactifs. L’Allemagne est d’ailleurs encore à la recherche d’un site approprié. Celui de Gorleben, en Basse-Saxe, est toujours provisoire. Le gouvernement envisage aujourd’hui d’autres lieux d’enfouissement. En première ligne : la jolie Bavière.

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Notes :

[1] présidée par Klaus Töpfler, ancien ministre (CDU) de l’environnement

[2] Source : Erneubaren Energien in Zahlen 2010, mars 2011

[3] 16 Terawattheures (TWh) livrés en 2010 de Berlin vers Paris, contre 9 TWh dans le sens inverse, selon le bilan de RTE

[4] Institut Wuppertal de recherche sur le climat et l’énergie, étude menée pour le gouvernement de Rhénanie du Nord-Westphalie

La marche difficile des Indignés vers Paris Michel Gauthier Reporterre 2011/08/29 Michel Gauthier (29 août 2011) La marche difficile des Indignés vers Paris. Reporterre. fr

La marche difficile des Indignés vers Paris

Objet : Assemblée générale RDM Paris ce jour

Informations sur les marches d’Indignés qui convergent vers Paris le 17 sept et le 8 oct à Bruxelles.

Cher amis,

1) Marche depuis Toulouse Leur blog : http://roadtobrussels.blogspot.com

Ils sont partis le 24 juillet de Toulouse.Ils en sont à leur 27e journée de marche et une journée de repos soit environ 550 km parcourus. Ils sont une dizaine de marcheurs.

Ils ont eu en général de très bons accueils sur la route et lors des étapes jusqu’à hier soir [samedi 27 août] à Argenton-sur-Creuse. Plus ils progressent vers le nord, moins la sympathie est présente.

Ils seront quand même bien reçus à Reuilly et Châteauroux ou ils sont attendus.

Ils devraient converger avec la marche Madrid >> Pays Basque>> Paris >> Bruxelles vers Tours et vers le 03 sept. Cela reste à confirmer.

2) Marche depuis Madrid >> Pays-Basque

Site des Indignés de Bayonne : http://acampadabaiona.com

Environ 80 marcheurs ont franchi la frontière à Irun le 17 août vers 8/.9h. Ils ont été reçus à bras ouvert par les indignés de Bayonne. Puis la première étape en France vers Bayonne démarrait. A l’arrivée, le comité d’accueil était là, des bataillons de CRS ! !

"Ce mercredi matin, la délégation des citoyens indignés espagnols en partance pour Bruxelles est arrivée en France. Symbolique et important, ce franchissement plein d’engouement augure une union des peuples qui surpasse les délimitations géographiques.

« Nous nous demandons si leur agissement est légal sans arrêté municipal. Il doivent avoir eu la crainte que les citoyens s’emparent de nouveau de la place publique, et sans doute que, recourir encore à la menace, comme la première fois que nous l’avions occupée est une possibilité qui les met mal à l’aise, malheureusement pour eux, nous voulions juste nous asseoir et discuter ensemble… ».

Comme nous à Bastille, interdiction de planter les tentes. Nuit à la belle étoile.

Messages que j’ai reçu sur Face-book depuis Bayonne :

· 17 août 2011 à 16h50 « J’appelle à tous les Indigné-e-s de France. Les marcheurs qui viennent d’ Espagne manquent de voiture et de monde aujourd’hui à l’arrivée en France la police nous a interdit de dormir pour deux jours ! contactez moi en pv pour des réponses positives !!! »

· 17 août 2011 à 22h30 ( ?? ) : "La situation est pénible à Bayonne, une provocation continue, et la répression est démoralisante....On savait que la France ne voulait pas d’indignés, mais pas à ce point. Plusieurs voitures de CRS + voitures de police nationale + voitures banalisées. Ils suivent les ordres de la préfecture. Les Indigné-e-s de la marche sont fatigué-e-s et hallucinent avec la répression. Il faut que l’on se rend compte que l’on vit aujourd’hui quelque chose qui ressemble de très près à une dictature (en fait, c’est une dictature constitutionnelle)."

· 18 août 2011 à 00h26 « La situation est pénible à Bayonne, une provocation continue, et la répression est démoralisante.... ».

· 18 août 2011 vers 10h00 du matin : « En fait, on s’est renseignés, et il faut un arrêté préfectoral pour pouvoir interdire le campement, donc on a demandé à la police s’il en avait un, et il paraît que c’est une décision préfectorale alors on attend un chef de la police qui arrive pour nous dire ce qui se passe.. ».

· Info de Bayonne le 12h15 par téléphone (ma pomme) : « Après avoir attendu un document officiel de la Préfecture et l’avoir réclamé plusieurs fois à l’officier de police, ce dernier a avoué que ce ne serait pas un arrêté, mais une DÉCISION de la Préfecture, ce qui me semble tout à fait illégal. De plus il y aurait un truc régional sur l’Aquitaine pour empêcher les marcheurs de planter la tente. J’ai parlé à la copine de l’expérience de Paris Bastille au 14 juillet. Je pense et je leur ai proposé de faire un référé au tribunal administratif. Mais je ne suis pas un spécialiste du droit...Ils sont actuellement en AG »

A partir de cet instant s’est formé un groupe informel sur FB entre Lille Paris ma pomme, Bayonne et Espagne des infos ont circulé…. Règlementations…coordonnées d’avocats…. Soutiens divers et toute la nuit de mercredi à jeudi. Je reviendrais sur celle-ci…

Ils ont passé la journée à Bayonne après avoir dormi à nouveau…. à la belle étoile…. Et sous la pluie….19 août au matin : « Les marcheurs ont quitté Bayonne ce matin après une nuit difficile car les forces de l’ordre étaient contre toute installation de tente malgré les fortes pluies ».

Le 19 au soir, étape à St. Vincent de Tyrosse. Le 20 au soir, étape à Dax… Ils n’ont eu aucun souci depuis le départ de Bayonne, ils ont avec eux les compagnons de Bayonne et de Pau. Depuis, pas de nouvelles, donc tout semble aller….

Itinéraire prévu :

· Domingo 21/08 : Dax – Lévignacq (35km)

· Lunes 22/08 : Lévignacq – Ponteaux les Forges (28km)

· Martes 23/08 : Ponteaux les Forges – Sillac (30km)

· Miércoles 24/08 : Sillac – Le Barp (28km)

· Jueves 25/08 : Le Barp – Léognan (18km)

· Viernes 25/08 : Léognan – Bordeaux (15km)

· Saintes (un groupe est en place) quand ¿

3) Marche depuis Barcelone >> Catalogne

Environ 30 marcheurs ont franchi la frontière au Perthus le 17 août vers 8/.9h.

« Les marcheurs venant de Barcelone sont arrivés à Perthus.

(Site de la ville du Perthus : http://www.le-perthus.com. Vous pouvez en page contact remercier M. Le Maire et la municipalité pour leur accueil) » https://www.facebook.com/notes/15m-... (en espagnol).

Le 18 août, étape Perthus - Le Boulou :

« Nous sommes arrivées au Boulou à 11h30 où nous avons été accueillis par les autorités locales et la population.

La marche a été courte mais gratifiante quand on a été accueilli par les sifflets et les voitures qui nous ont reconnus. La mairie du Boulou nous offre l’hospitalité et nous approvisionnant en nourriture au centre sportif avec toutes les facilités sanitaires. Elle nous donne toutes les autorisations pour le mouvement et un endroit pour l’assemblée populaire pour les citoyens (ennes) du lieu. La police locale nous aide dans les problèmes logistiques que nous pouvons rencontrer ».

https://www.facebook.com/notes/15m-...

Le 19 août, étape vers Perpignan :

12h27 : « Nous sommes partis de LE Boulou pour nous diriger vers Perpignan, nous arriverons à 14h. Le point de rencontre sera le Château Rouge (le Castillet) , lieu emblématique de la ville. Nous mangerons et camperons dans un lieu public occupé depuis 20 jours par les indigné(e)s d’ici qui est une ancienne école primaire, aujourd’hui abandonnée par la mairie. Une infrastructure publique revendiquée par le mouvement local des indignad@s car pas d’endroit pour se rassembler ; maintenant c’est un espace local syndical de la CNT 66. L ’Assemblée Générale sera dans le Château Rouge (le Castillet) à 20h. Après la manif publique devant la mairie et autres entités officielles. »

Arrivée triomphale à Perpignan !

Avec entres autres :

· Un compagnon qui est parti d’Avignon en TGV les rejoindre, il est encore dans la marche. · Un jeune homme qui a pris sa voiture de Marseille pour arriver après 320 km de route à l’AG. Il a fait voiture de soutien jusqu’à samedi, puis a dû retourner à Marseille. · Et sûrement d’autres.

« La marche des indignés d’Espagne passe par Perpignan le vendredi 19 août. Une assemblée générale citoyenne est prévue le même soir à 19 h, devant le Castillet. Un pique-nique solidaire est prévu après l’AG avec les Indigné-e-s espagnol-e-s.

Un forum et un campement européen seront organisés sur place. »

Compte-rendu de l’agora citoyenne du 19 août

Site de Perpignan : http://democracia-real-ya-perpignan...

« Il y avait plus de 120 personnes sur la place de la Victoire. L’assemblée générale était bilingue. Nous avons fait un tour de paroles. Ordre du jour : Présentation des 3 marches des indignés espagnols : Celle qui est passée par Bayonne, une autre par Irùn et celle de ce soir. Elles devraient toutes arriver à Paris le 17 septembre, journée d’action contre les banques ( 35 Km par jour en moyenne). Les Indigné-e-s américain-e-s organisent aussi plusieurs marches pour arriver le même jour à Wall-Street.

Il faut que les Indigné-e-s de Perpignan prennent exemple sur l’AG de ce soir pour que le mouvement fonctionne mieux. Les Indigné-e-s ont monté un campement pour la nuit, sur la place de la Victoire , devant le Castillet."

23h30 ma pomme : « J’ai eu Perpignan au bout du fil. Je vous assure que j’avais du mal à entendre au téléphone avec le bruit de fond de l’assemblée. Il y a de l’ambiance et ça doit être chaleureux grave de grave. Ils sont en contact avec les copains de Narbonne pour préparer l’itinéraire de leurs prochaines étapes. Ils préfèrent suivre les grands axes, quitte à respirer du gas-oil. Ils souhaitent se montrer, papoter, tracter le long de la route. D’où ce choix. »

20 août 2011 ma pomme « Ils suivent la route vers Narbonne. Les copains de Durban-Corbières (qui se trouvent plus à l’ouest) vont organiser un co-voiturage depuis cette route jusqu’à leur village, enfin de raccourcir leur étape et de les accueillir comme il se doit. Bravo à eux !

Une anecdote, des marcheurs de Valencia sont heureux de passer à Valence dans la Drôme et d’y rencontrer les Indigné locaux. Il s’agirait d’un nouveau "derby" Barcelone- Valence..... mais dans la Drôme ».

20 août 2011 Etape à Durban-Corbières

https://www.facebook.com/notes/15m-...

« Nous avons campé à Durban-Corbières, un village situé à une bonne trotte depuis Perpignan. Il se distingue par une hospitalité qui ne peut se mesurer par année lumière au carré. Cet après-midi à 18h30 ou à 19h00, assemblée populaire dans le centre d’activités ...

- A long terme, la boule de cristal est en panne de batterie et nous ne savons pas encore ce que nous aurons besoin après-demain ».

Itinéraire prévu :

· 19-8-2011 : Perpignan

· 20-8-2011 : Durban

· 21-8-2011 : Narbonne

· 22-8-2011 : Béziers

· 23-8-2011 : Villeveyrac

· 24-8-2011 : Montpellier

· 25-8-2011 : Lunel

· 26-8-2011 : Nîmes

4) Besoins pour les marches

« Le plus nécessaire à court terme : équipement informatique (pardessus tout une imprimante et modems 3G pour le peu d’ordinateurs qu’il y a), des bons d’essence pour le véhicule de soutien. A moyen terme : les chaussures ne vont pas tenir très... longtemps, les gens qui dorment à la fraîche auront besoin de tentes, il n’y a jamais assez de vêtements pour se couvrir, etc...

Ne nous regardez pas, rejoignez nous !!! »

Comment organiser un « pont aérien »vers les marches depuis Paris et les alentours ?

Comment organiser la collecte ?

5) Mise en place d’une Coordination sur Facebook

Face aux difficultés à Bayonne, une première coordination s’est mise en place sur facebook. Puis Ben Mendes Borges (Coordination européenne et de Bruxelles) nous ont convié à une audio sur skype le 19 au soir.

Avec Bernat , nous nous sommes mis d’accord :

« La page "Groupe d’organisation pour la marches des indignés" est le Forum et lieu de débat, où chacun peut poster des questions, des informations, ou autre SUR LES MARCHES !

La page "La marche vers Paris 17S - March to Brussels" est une page facebook fermée ou vos informations seront publiées par les administrateurs de cette page. Il n’y aura donc que des informations que tout à chacun pourront découvrir et consulter sur http://www.facebook.com/marcheparis » Nous proposons à chaque groupe d’indigné-e-s où les marches feront ETAPE de proposer qu’un de leur membre soit aussi administrateur de la page "La marche vers Paris 17S - March to Brussels ». Bernat a crée un groupe courriel avec des correspondants de chaque ville étape.

D’autre contacts, surtout sur la marche Barcelone >> Méditerranée >> Vallée du Rhône >> etc, se sont joints à nous. Nous avons beaucoup débattu sur le trajet Nîmes >> St Etienne/ Lyon, puis fait des propositions aux marcheurs.

Il en est sorti que :

· Les compagnons de Narbonne sont prêts pour recevoir les marcheurs. BIG UP ! !

· Les compagnons de Montpellier seraient en train aussi de préparer l’étape. J’ai peu d’info. BIG UP ! !

· Les compagnons de Nîmes sont très actifs. Ils travaillent et sur l’itinéraires, et sur l’étape. BIG UP ! !

· A côté de Montélimar, un projet est en train de se monter. J’attends plus d’info de leur part. BIG UP ! !

· Les ReDeMe de Valence, St Etienne et Lyon se sont coordonnés pour organiser les étapes et l’itinéraire. BIG UP

· Le groupe de Lille s’organise aussi BIG UP ! !

6) Radio Planète Union

Tous les soirs la web-radio "Radio Planète Union" http://www.wix.com/collectif/radio-... diffuse un bulletin d’information à 21h sur les marches (pas celles de l’Opéra Bastille à Paris, il s’entend). J’indique à sa chroniqueuse sur FM où se trouvent les infos et elle prépare son audio pour le soir. Vous pouvez lui communiquer aussi vos informations PUBLIQUES, elle et la rédaction de cette radio ne demandent que ça ! !

Elle espère bientôt diffuser via skype des émissions en direct live ! Attention, j’ai essayé, les clefs 3G ne sont pas assez puissantes, il me semble, pour faire du direct depuis la Place.. .

Ils ont aussi une excellente programmation musicale.

Merci et BIG UP à eux.

7) Points généraux en suspens

Pour la marche Barcelone >> Méditerranée >> Vallée du Rhône >> etc. c’est le flou le plus complet pour trouver des groupes de compagnons Indignés ou sympathisants pour les étapes entre St Etienne et Melun. Il devrait faire 35 km par jour pour arriver le 17 septembre à Paris, ce n’est pas gagné ! De plus, elle semble la moins préparée (ce n’est pas péjoratif, loin de là). Nous y travaillons….

8) Points spécifiques en I.D.F

Laissons les compagnons de Paris s’occuper des arrivées le 17 septembre. Ils maîtrisent le terrain et les administrations. BIG UP ! !

Pour les marches Toulouse >> Paris >> etc et Madrid >> Pays Basque>> Paris >> etc

· A quatre voir à deux les ReDeme de Chartres se proposent de préparer les étapes d’Orléans jusqu’à l’entrée des Yvelines. Et nous pourrons avec une grosse berlingo faire la logistique et le miam miam durant les étapes. Mais si des personnes du cru veulent nous aider, ils seront les bienvenus.

· Nous n’avons aucune nouvelle du groupe d’Orléans.

· Le groupe de Choisel dans les Yvelines et proche de l’Essonne proposent d’organiser une étape à St Quentin en Yvelines. Ils y travaillent.

Pour les marches Barcelone >> Vallée du Rhône>> Paris >> etc

· Je recherche un contact sur Melun avec l’idée qu’ils pourraient organiser la dernière étape de cette marche avant Paris ? Par avance, merci. Ensuite il faudra coordonner les arrivées vers Paris…

9) Points juridiques

La commission juridique pourrait-elle m’aider sur une réglementation particulière en direct live ou via téléphone ou skype. C’est pressé, je pense " YES WE CAMP AND YES WE WALK ".

Chili : la protestation écologique a lancé le mouvement social Patricio Arenas Reporterre 2011/08/29 Patricio Arenas (29 août 2011) Chili : la protestation écologique a lancé le mouvement social. Reporterre. Tribune — fr

Chili : la protestation écologique a lancé le mouvement social

L’articulation des événements qui viennent d’avoir lieu au Chili ne peut pas s’expliquer sans saisir l’importance de la dynamique démontrée par le mouvement citoyen organisé, de manière partielle, autour des revendications écologiques.

De façon organisée et porteur de revendications diverses, le mouvement populaire chilien vient de s’exprimer comme un large mouvement de citoyens qui a pris en charge l’ensemble des revendications sans attendre les appareils des partis politiques, qui essayent désespérément de récupérer ce mouvement qui leur échappe.

En effet, dès le début de cette année, les différentes organisations sociales mènent des luttes sectorielles qui, dans leur éparpillement, n’arrivaient pas à atteindre les buts visés : les Mapuche en grève de la faim, les revendications du mouvement citoyen de Magellan, le collectif contre le projet Hidroaysén qui, faible mais actif, essaie de réaliser sa dynamique de front, les étudiants et les revendications sur l’éducation publique, le cuivre, etc.

Le mouvement citoyen de Magellan avait déjà signifié un triomphe sectoriel, tout en faisant reculer les mesures anti populaires du gouvernement, mais aucune de ces organisations n’avait réussi à articuler un mouvement national d’envergure pour relancer une dynamique populaire qui puisse prendre en charge l’ensemble des difficultés auxquelles le peuple chilien se voit confronté depuis l’arrivée au pouvoir de la Concertation, qui n’a fait qu’approfondir le modèle néolibéral pinochetiste et renforcer la constitution antidémocratique de la dictature.

C’est le mouvement contre le projet Hidroaysén qui a fait la différence. Celui-ci, articulé autour d’un collectif assez dynamique, a su s’allier avec le mouvement des citoyens et, en même temps, parvenir à une large coalition qui avait pour but de rassembler, dans la différence, tous les mouvements qui cherchent à se défaire des attaches antidémocratiques hérités de la dictature, lesquels ont été renforcés par la gestion de la Concertation.

Cette dynamique intelligente rassemble tout le mouvement citoyen autour de revendications diverses, sans fragiliser la dynamique populaire, avec de nouveaux contenus et formes d’organisation. Le gouvernement montre d’énormes difficultés à faire face à ce mouvement organisé.

Par la suite, les revendications citoyennes vont s’articuler avec l’ensemble de ces revendications pour renforcer l’unité dans la réflexion et l’action du mouvement citoyen. C’est le moment d’organiser la lutte politique autour du mouvement des étudiants. C’est dans cette mobilisation articulée nationalement (à partir des manifestations contre Hidroaysén) qu’on a réussi à organiser l’une des plus fortes mobilisations de rue qui ait eu lieu pendant cette transition interminable : 700 000 citoyens dans la rue sur toute l’étendue du pays dont 350 000 à Santiago.

Le mouvement en est sorti renforcé et a, en plus, la grande vertu de s’être développé sans l’intervention des appareils des partis politiques. Le mouvement continue à s’articuler et jusqu’ici il n’y a aucun parti politique qui puisse, comme par le passé, s’approprier ce mouvement à partir d’intérêts égoïstes et de calculs politiques. C’est un mouvement autonome, politique, social et écologique, qui avec sa nouvelle proposition de travail (l’unité dans la différence) pourrait bien créer de nouveaux référents dans la société civile et dans le mouvement citoyen, ce qui serait alors la base de grandes réussites démocratiques pour le peuple chilien, qui en a tant besoin.

Socialistes écologistes ? Hervé Kempf Reporterre 2011/08/31 Hervé Kempf (31 août 2011) Socialistes écologistes ?. Reporterre. Tribune — fr

Socialistes écologistes ?

Un écologiste présent lors de l’université d’été du Parti socialiste, les 26 et 27 août, ne pouvait manquer d’être perplexe. D’un côté, il relevait dans les discours les mots « environnement », « crise écologique », « nouveau modèle de développement », à une fréquence reléguant le discours d’Eva Joly, entendu la semaine précédente aux journées d’été d’Europe Ecologie-Les Verts, au rang de bluette sous-écologiste.

De l’autre, il entendait une ode à la croissance dont François Hollande s’est fait le chantre le plus enthousiaste. Certes, glissa celui-ci lors de la session intitulée « Croissance durable, croissance partagée », « nul ne tombe amoureux d’un taux de croissance », mais enfin, « s’il n’y a pas de croissance, il n’y a pas de création d’emplois, pas de création de richesses, pas de perspective écologique ».

Et d’enfoncer dans la tête de ses auditeurs enthousiastes, à grand renfort d’effets de manche, que sans croissance, rien n’était possible.

L’obsession du PS pour la croissance ne laisse pas d’être préoccupante. Car se focaliser sur un objectif que l’on ne pourra pas atteindre prépare les pires déceptions. Et raisonner avec un concept du passé ne permet pas de penser le monde de demain. Nombre de hiérarques du PS semblent continuer à rêver de l’âge d’or des « trente glorieuses » qui, comme tous les âges d’or, a pour première caractéristique d’être derrière nous. Ils semblent aussi se référer à la séquence de 1997-2002 quand, M. Jospin étant premier ministre, la croissance atteignit 2,5 % par an. Mais, rappelle Pierre Larrouturou dans Pour éviter le krach ultime (Nova Editions, 256 p., 15 euros), ce niveau élevé reposait sur deux facteurs durablement disparus : un prix bas de l’énergie et la faiblesse de l’euro par rapport au dollar.

Quant à l’environnement, l’emploi répété du mot correspondait-il à un engagement réel ? Un orateur invité, Guillaume Duval, d’Alternatives économiques, a parlé juste en disant : « Avec le Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy peut encore légitimement apparaître comme celui qui a entamé la mutation écologique. Il faudra convaincre que les socialistes ont compris la gravité des enjeux. Vous avez encore vos preuves à faire. »

Et si l’on a entendu Arnaud Montebourg défendre les paysans face à l’agrobusiness mondial, Guillaume Bachelay appeler à une vaste politique d’économies d’énergie « pouvant créer 300 000 emplois », Gérard Collomb vanter une réforme du foncier pour stopper l’étalement urbain, l’obsession de la croissance et la promesse de grands travaux (l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ?) faisaient penser que la prise en compte de l’enjeu vital du XXIe siècle n’a pas encore réellement modifié le logiciel du PS.

Des Lozériens se rebiffent contre l’invasion des éoliennes Collectif Patrimoine Lozérien Reporterre 2011/08/31 Collectif Patrimoine Lozérien (31 août 2011) Des Lozériens se rebiffent contre l’invasion des éoliennes. Reporterre. fr

Des Lozériens se rebiffent contre l’invasion des éoliennes

Onze associations se sont regroupées en Lozère pour « empêcher les installations industrielles d’éoliennes qui étouffent nos espaces naturels et détruisent l’identité culturelle et l’intégrité sociale et économique de nos espaces de vie ».

Portées par un profond respect du patrimoine lozérien, en particulier des somptueux espaces naturels qui font la réputation de ce département d’exception et dont certains ont été récemment distingués par l’UNESCO,

Consternées par l’erreur que constitue la politique nationale de développement de l’éolien industriel et par l’arbitraire des schémas éoliens régionaux et départementaux,

Décidées à empêcher les installations industrielles d’éoliennes qui étouffent nos espaces naturels et détruisent l’identité culturelle et l’intégrité sociale et économique de nos espaces de vie,

Convaincues que ces installations n’ont d’autre objectif que d’accroître les gains des actionnaires des entreprises qui les multiplient sans aucun bénéfice avéré pour l’environnement et aux dépens des finances publiques,

Déterminées à mettre l’administration et les pouvoirs publics face à l’absurdité et l’iniquité de cette industrie qui entraîne la perte d’identité et la paupérisation des territoires ruraux sur lesquels elle jette son dévolu,

11 associations pour la protection et la mise en valeur de l’environnement et du patrimoine se sont constituées vendredi 29 juillet à Arzenc d’Apcher (Hautes terres de Lozère) en un collectif destiné à parler d’une même voix dans les principales instances administratives et politiques du département et de la région. Le « Collectif Patrimoine Lozérien » a également vocation à intervenir dans les département limitrophes, notamment dans le Cantal au sein desquels se prolongent les superbes espaces naturels que sont l’Aubrac et la Margeride.

Par ses initiatives, le « Collectif Patrimoine Lozérien » a l’intention de faire entendre raison à ceux qui ne savent plus quoi penser d’une industrie qui n’a rien de vert ni de renouvelable. Pour marquer la création du collectif, plusieurs représentants des associations qui le constituent ont participé vendredi 29 juillet à une réunion organisée dans la mairie de Chauchailles par le promoteur « Poweo Energies Renouvelables » concernant un projet sur les communes de Chauchailles, Noalhac et Saint-Laurent de Veyrès, dans la partie septentrionale du plateau d’Aubrac. Une assemblée majoritairement opposée à l’éolien a permis de démonter un par un les arguments fallacieux des promoteurs.

Membres du collectif :

- Association des Riverains du Bès - Association Haut Gévaudan - Association La Chan - Association Les Robins des Bois de la Margeride - Association Margeride Environnement - Association Margeride Environnement Sud - Association de Préservation des Paysages et des Ressources du Sauveterre - Association pour la Promotion Economique et le Développement Durable du Plateau de l’Aubrac - Association pour la Protection des Bassins du Bès et de la Truyère - Collectif Terre de Peyre - Urgence Nature

Pour sauver les mammifères marins, protéger 4 % des océans suffit Jean-Emmanuel Rattinacannou (Futura-Sciences) Reporterre 2011/09/02 Jean-Emmanuel Rattinacannou (Futura-Sciences) (2 septembre 2011) Pour sauver les mammifères marins, protéger 4 % des océans suffit. Reporterre. fr

Pour sauver les mammifères marins, protéger 4 % des océans suffit

Une équipe de biologistes marins vient d’identifier 20 zones d’importance capitale pour la biodiversité. La protection de 9 d’entre elles, soit à peine 4 % de la superficie des océans, pourrait permettre de sauver la majorité des mammifères marins.

De la loutre à la baleine bleue en passant par l’ours polaire, un quart des 129 espèces de mammifères marins sont menacées d’extinction. Or ces animaux sont pour la plupart de grands prédateurs, en bout de chaîne alimentaire, qui ont un rôle régulateur sur tout l’écosystème. Une protection efficace au niveau mondial passe forcément par un repérage des lieux de vie les plus importants pour chaque espèce.

C’est le travail qu’ont réalisé des biologistes marins de l’université de Standford et de l’Universidad Nacional Autónoma de México (Unam). En compilant les données accumulées sur ces animaux, ils ont réalisé une carte indiquant la richesse spécifique en mammifères marins, c’est-à-dire le nombre d’espèces différentes que comptent les eaux de la planète.

L’étude publiée dans les Pnas (Proceedings of the National Academy of Science) fait apparaître 20 zones essentielles :

- neuf à très haute richesse spécifique, situées principalement dans les eaux tempérées, rassemblent à elles seules 84 % de la diversité. L’étude recense ainsi les côtes de Baja California au Mexique, de l’est du Canada, du Pérou, de l’Argentine, mais également le nord-ouest de l’Afrique, l’Afrique du Sud, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ;

- onze autres sont qualifiées d’irremplaçables, car elles possèdent les habitats permettant à certaines espèces endémiques de prospérer. Les animaux qu’on y trouve ne sont présents nulle part ailleurs. Cinq d’entre elles, dont les Galápagos, sont en milieu marin et six autres sont en eau douce.

Les chercheurs notent que 70 % de ces zones sont gravement menacées par les activités humaines. Une telle carte est donc un outil précieux pour diriger les politiques d’aménagement du territoire dans le sens de la protection de l’environnement.

La théorie des points chauds de biodiversité a le vent en poupe

Encore une fois, l’idée qu’il faut concentrer les actions de conservation sur les quelques zones les plus importantes semble faire son chemin. Les études appelant à une organisation globale de la protection de l’environnement afin de rationaliser les dépenses et d’adapter les efforts à la réalité du terrain se multiplient. Un gros effort de compilation de données fait par les chercheurs produit de nouvelles cartes globales des zones à protéger en priorité.

C’est peut-être par là en effet, en suivant la théorie de Norman Myers sur les points chauds de biodiversité, que les efforts de protection de l’environnement arriveront à enrayer la sixième extinction de masse, celle provoquée par l’Homme.

Attention toutefois à ne pas émettre un faux message : pas question de s’autoriser à faire n’importe quoi hors des zones protégées puisque ces oasis existent. La Terre n’est pas un ordinateur ; il n’est pas possible de faire une sauvegarde et de relancer le système si les choses tournent mal...

Des nanotechnologies dans le cerveau : bientôt à Grenoble... Pièces et main d’oeuvre Reporterre 2011/09/05 Pièces et main d’oeuvre (5 septembre 2011) Des nanotechnologies dans le cerveau : bientôt à Grenoble.... Reporterre. fr

Des nanotechnologies dans le cerveau : bientôt à Grenoble...

Le laboratoire Clinatec, qui travaille à l’interface cerveau-machine, va s’ouvrir en septembre.

En septembre 2011, à une date inconnue pour prévenir toute manifestation hostile, le techno-gratin grenoblois - député-maire, patron du CEA-Minatec, neurotechnologues, neuro-industriels -, va inaugurer le bâtiment du laboratoire Clinatec, issu d’une entreprise commune au CEA-Minatec et au CHU de Grenoble.

Le but revendiqué, officiel, de Clinatec, est de « nous mettre des nanos dans la tête ». En clair, des implants cérébraux. Pour être encore plus clair, le programme Clinatec travaille depuis 2006 dans une quasi clandestinité à l’interface cerveau-machine, à l’intrusion du pouvoir médical et politique dans notre for intérieur (espionnage, détection des intentions, décryptage des sentiments, reconnaissance de la « pensée »). L’interface primate-machine et, déjà, homme-machine, ouvre la porte, elle, au pilotage des rats, des macaques, des hommes – bref, à la production de robots humains, de « cyborgs » si vous voulez, « d’organismes cybernétiques ».

Faut-il souligner les avantages de cette nouvelle catégorie de population pour les entreprises, les gouvernements, les armées ? Demandez donc à la direction d’Orange qui doit faire face à une vague de suicides parmi ses employés humains, d’un modèle périmé.

Naturellement, Clinatec n’est pas le seul laboratoire de neurotechnologies dans le monde à oeuvrer à la société de contrainte. Naturellement, les neurotechnologies ne sont pas les seules à oeuvrer à la société de contrainte. Elles complètent par un pilotage fin, individualisé, le pilotage de masse effectué par le système informatique et les puces RFID.

Nous voudrions toutefois souligner deux curiosités à propos de Clinatec.

La réunion initiale du projet eut lieu le 2 juin 2006, dans les locaux du CEA, le lendemain de la manifestation contre l’inauguration de Minatec. Réunion secrète, avec Jean Therme, le patron du CEA-Minatec, Alim-Louis Benabid, le maniaque des électrodes cérébrales, et deux administrateurs du CEA. On voit que le millier de manifestants qui subirent gaz et charges policières à cette occasion, ont eu raison de se déplacer et avaient saisi l’enjeu historique de cette protestation.

L’autre curiosité, c’est la filiation scientifique de Alim-Louis Benabid, qui se présente toujours comme un bienfaiteur de l’humanité avide de soulager les souffrances des malades de Parkinson et des paralysés à l’aide de ses implants. Nous révélons ici qu’il n’est en réalité qu’un épigone de José Delgado, l’apôtre de la « société psychocivilisée », le premier neurotechnologue à avoir piloté des rats, des singes, un taureau, des humains, à l’aide d’implants cérébraux et à avoir exposé au gouvernement américain tous les bénéfices politiques et sociaux à retirer de son « innovation ».

Nos lecteurs savent que nous n’avons pas coutume de les inonder à tout bout de champs d’innombrables missives. Nous nous permettons d’attirer l’attention sur cette étude qui est, d’après nous, l’une des plus importantes que nous ayons produites. D’avantage encore que d’ordinaire, nous vous pressons et prions de la lire (ici), de la faire circuler, d’en débattre avec vos proches, amis et camarades.

Nous viendrons quant à nous chaque fois que vous l’estimerez utile, animer des réunions-débats contre la société de contrainte.

Luc Ferry, un modèle de manipulation intellectuelle Hervé Kempf Reporterre 2011/09/05 Hervé Kempf (5 septembre 2011) Luc Ferry, un modèle de manipulation intellectuelle. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

Luc Ferry, un modèle de manipulation intellectuelle

L’analyse que voici du livre de Luc Ferry, Le Nouvel ordre écologique, est le chapitre 7 du livre La Baleine qui cache la forêt, Enquête sur les lieux communs de l’écologie, écrit par Hervé Kempf, et publié aux éditions de La Découverte en 1994.

Pour des raisons techniques, nous n’avons pas indiqué toutes les références précises, qui figurent dans l’édition papier de La Baleine qui cache la forêt, livre aujourd’hui épuisé. Nous pouvons les fournir sur demande adressée à planete (at) reporterre.net

Titre du chapitre : « SOUS L’ECOLOGIE, LE FASCISME »

La société française aime se faire peur. Après que la Terre ait failli disparaître en 1989, une autre catastrophe a manqué ensevelir la démocratie au pays des Droits de l’homme. Des guetteurs à l’oeil de lynx se sont avisés que l’écologie n’était qu’un masque dissimulant pétainisme, fascisme et stalinisme. Les principaux thèmes de l’alerte furent lancés par Marcel Gauchet dans un article au titre lapidaire : « Sous l’amour de la nature, la haine des hommes ». Diverses publications répandaient aux quatre vents la grande peur des bien-pensants - sans cependant signaler les auteurs de la droite extrême qui la déclinaient à la sauce ultra-libérale , ni s’apesantir sur les livres qui réfléchissaient avec rigueur - , jusqu’à ce qu’elle atteigne une resplendissante expression avec un individu politically correct dénommé Luc Ferry, auteur du Nouvel ordre écologique.

A tout seigneur tout honneur : l’ouvrage mérite une lecture attentive. Car il constitue le meilleur témoin de l’attitude de la société française, qui, par une « inversion du risque » explicitée par le sociologue Philippe Roqueplo dans un autre contexte, confond le messager avec la bataille : mieux vaut incriminer le porteur de mauvaise nouvelle qu’accepter de s’adapter à celle-ci.

Staline + Hitler = ?

Au début, Luc Ferry, professeur de philosophie à l’université de Caen, était heureux : enfin, les idéologies déclinaient. Hélas, s’attrista-t-il : une autre a surgi, et du genre qui n’y va pas avec le dos de la petite cuiller : « L’écologisme radical formule les critiques les plus négatives qui aient jamais été prononcées contre l’univers moderne : le nazisme lui-même, pour ne rien dire du stalinisme, conservait encore une attitude ambigüe face à une technoscience qu’il dénonçait d’un côté, mais ne manquait pas de développer de l’autre, dans le contexte belliciste d’une « mobilisation totale » des forces de la nation » (Le Nouvel..., p. 35). Marcel Gauchet, on le voit, a trouvé son maître.

« L’écologie profonde, continue Luc Ferry, peut allier dans un même mouvement des thèmes traditionnels de l’extrême droite comme des motifs futuristes de l’extrême gauche. L’essentiel, ce qui fournit sa cohérence à l’ensemble, c’est le coeur du diagnostic : la modernité anthropocentriste est un total désastre » (p. 37).

Et comment se présente le dangereux bébé ? Par la bande : les écologistes « profonds » introduiraient l’idée que l’animal a un droit spécifique. Dire que la crotte de chien est un puissant signifiant de la nouvelle idéologie dépasse certainement les intentions du professeur, mais enfin, il constate que la zoophilie est un phénomène de masse.

« L’animalité s’avère être ainsi au coeur des débats contemporains sur les relations de l’homme avec la nature. » (p. 39). Or des différences essentielles séparent l’animal de l’être humain ; de celui-ci, écrit Luc Ferry interprétant Jean-Jacques Rousseau, on peut dire que « son humanitas réside dans sa liberté, dans le fait qu’il n’a pas de définition, que sa nature est de ne pas avoir de nature, mais de posséder la capacité de s’arracher à tout code où l’on prétendrait l’emprisonner. Ou encore : son essence est de ne pas avoir d’essence. » (p. 46). « Ce qu’affirme Rousseau, c’est la possibilité pour l’homme en tant que tel, pour cet homme ‘abstrait’ dont toute la pensée contrerévolutionnaire contestera l’existence, de s’arracher aux déterminations biologiques » (p. 47).

Ainsi, nous dit-on, la civilisation « trouve son essor véritable avec cet arrachement à l’univers naturel par lequel se constitue progressivement un ‘monde de l’esprit’ »(p. 52). Donc, « s’agissant de la liberté, hommes et animaux paraissent séparés par un abîme. Il porte même un nom : l’histoire, qu’il s’agisse de celle de l’individu (l’éducation), ou de celle de l’espèce (politique) » (p. 104).

Autour de cette conception se forme une opposition radicale, affirme l’auteur : le romantisme contre les Lumières. « Au romantique qui tient que l’homme abstrait n’est plus un homme, l’Aufklärer [l’homme des Lumières] répond que c’est au contraire l’individu enraciné, de part en part déterminé par sa situation, qui retourne à la nature et perd ainsi sa qualité d’humain » (p. 54). En effet, il n’est alors plus libre. La culture traditionnelle apparaît dans cette conception comme une seconde nature, le fait de s’en arracher définirait l’être humain.

En ce qui concerne l’animal, continue le professeur, le spiritualisme cartésiano-chrétien - pour lequel il ne serait qu’une machine - est responsable du mépris dans lequel on tient les bêtes (p. 77). Il a été critiqué par l’humanisme matérialiste, qui voit une différence de degré, non de nature entre l’homme et l’animal, et a produit la loi Grammont de 1850 interdisant les mauvais traitements en public sur les animaux domestiques. Les animaux n’en deviennent cependant pas sujets de droit : si on les protège, c’est parce qu’en les faisant souffrir, nous perdons notre humanité. On reste ainsi dans le cadre anthropocentrique.

En revanche, dit Ferry, une autre critique se forme à partir de l’utilitarisme de Bentham. Elle pose que le principal critère moral signifiant est la capacité d’éprouver du plaisir ou de la peine. Ainsi oppose-t-elle le bonheur à la liberté de la « tradition républicaine et humaniste » (p. 83). Un représentant éminent de cette théorie, Singer, considère « l’animal comme respectable en et pour lui-même. Il le tient pour une ‘personne morale’, pourvue d’une dignité intrinsèque » (souligné par L.F., p. 87). Le prémisse de sa théorie, c’est que l’intérêt fonde le droit.

Quel est le rapport avec « l’écologisme » ? C’est qu’avec ce mouvement de la libération animale, « nous sommes renvoyés à un simple fait de nature » (p. 101). On y retrouverait le même antihumanisme dont témoignerait « l’écologie profonde ». Ainsi peut-on formuler, selon Ferry, la problématique écologique : « S’agit-il seulement de veiller à nos lieux de vie parce que leur détérioration risquerait de nous atteindre, ou au contraire, de protéger la nature comme telle ? » (p. 132). Le clivage est profond : « La première [approche] peut conserver sans dommage l’héritage de l’humanisme moderne (c’est en vertu des fins de l’homme qu’il s’agit de respecter la terre), tandis que la seconde implique sa remise en question la plus radicale » (p. 133). Cette dernière, en posant des obligations morales envers beaucoup d’êtres, « pourrait devenir une puissance moralisatrice de première grandeur pour peu qu’une dose, même relativement faible, de contrôle social, lui assure un réel pouvoir sur les individus ! » (p. 138). C.Q.F.D. Il y a de quoi s’inquiéter, nous dit Ferry, car la critique de la modernité peut recevoir le soutien des religions, et aussi des néo-fascistes et des ex-staliniens, « dont les convictions antilibérales passées ou présentes, refoulées par nécessité plus que par raison, ne demandent qu’à s’investir dans une nouvelle aventure de la politique scientifique » (p. 27). Or, on trouve dans l’attitude du nazisme à l’égard de la nature des positions proches de l’écologie profonde : « Les thèses philosophiques qui sous-tendent les législations nazies recoupent souvent celles que développera la deep ecology et ce, pour une raison qu’on ne saurait sous-estimer : dans les deux cas, c’est à une même représentation romantique et / ou sentimentale des rapports de la nature et de la culture que nous avons affaire, liée à une commune revalorisation de l’état sauvage contre celui de (prétendue) civilisation » (p. 185).

En effet, les législations nazies reprennent un thème « central, de la lutte du sentimentalisme romantique contre le classicisme des Lumières : la vraie nature, qu’il faut à tout prix protéger contre les méfaits de la culture, n’est pas celle qui a été transformée par l’art, et par là même humanisée, mais la nature vierge et brute qui témoigne encore de l’origine des temps » (p. 186).

De cette idée romantique de nature vierge et sauvage, on passerait logiquement à celle de la pureté et à l’éloge de la différence face au mouvement « d’indifférenciation (‘d’américanisation’) qui forme la dynamique centrale du Capitalisme mondial » (p. 200). « L’éloge de la différence, omniprésent dans les législations nazies, se retrouve presque mot pour mot dans les versions les plus ‘avancées’ de l’écologie profonde. Soyons clairs : il ne s’agit pas, par un tel rapprochement, de suggérer que le gauchisme [sic] et le fascisme sont des idéologies similaires. » Non, non, pas du tout. « Il n’en demeure pas moins que le projet, en soi légitime, de préserver certaines identités communautaires s’accompagne parfois de dérapages d’autant plus inquiétants qu’ils n’ont rien d’accidentel, inscrits qu’ils sont au coeur d’une philosophie de la différence. » (p. 211)

Ivan le Lénine ou Vladimir Oulianov Illich ?

La thèse est exposée dans un rapport avec les sources et les faits, que semble illustrer, un moment, cet aveu : « Commençons par ne pas écarter tous les faits » (p. 69).

Il faut insister sur la méthode de Luc Ferry : un débat intellectuel sérieux ne peut s’abstenir de la rigueur et de la précision. Et particulièrement en cette peu ténébreuse affaire, où l’un des protagonistes se revendique de l’humanisme. Historiquement, l’humanisme s’est manifesté et constitué dans l’Europe de la Renaissance par un retour aux textes anciens, pour retrouver, dans un travail d’érudition minutieux, face aux dogmes et sous la gangue des commentaires accumulés, la vérité de l’original. Puisqu’il est ici beaucoup question d’humanisme, la moindre des choses serait d’écouter attentivement les mots des uns et des autres.

On relève dans le livre nombre d’inattentions ou d’erreurs : Ivan Illich est orthographié « Illitch » (p. 134), Carlos Castaneda se trouve bizarrement affublé d’une particule (p.148), Arne Naess gagne quant à lui un « e » (p. 145), Brice Lalonde « ne fut jamais vraiment lui-même un ‘soixante-huitard’ » (p. 266), alors qu’il était président du syndicat étudiant UNEF-Sorbonne en 1968 , etc.

Plus important, parce qu’on touche au coeur de l’argumentation, les études éthologiques nuancent fortement - pour ne pas dire démentent - l’affirmation suivante : « Jusqu’à preuve du contraire, les animaux n’ont pas de culture, mais seulement des moeurs ou des modes de vie et le signe le plus sûr de cette absence est qu’ils ne se transmettent à cet égard aucun patrimoine nouveau de génération en génération » (p. 104). L’éthologie moderne dit à peu près l’inverse, en constatant l’acquisition de nouveaux comportements et de nouvelles techniques qui se transmettent efficacement d’un individu au groupe et d’une génération aux suivantes.

Plus généralement, les primatologues tendent à parler de culture à propos des chimpanzés. En effet, les études permettent de reconnaître dans les comportements de ces primates les critères qui définissent opérationnellement la culture (innovation, dissémination de l’invention, standardisation de celle-ci, pérennité de l’invention, diffusion à d’autres groupes sociaux, transmission entre générations). On ne peut pas écarter brutalement l’idée de culture animale, sauf à définir précisément ce qu’on entend par la culture. Quant au critère donné par l’auteur, il est démenti par l’observation scientifique.

Pourquoi tant de haine ?

Mais c’est dans l’usage des citations que Luc Ferry révèle toute sa mesure. Un des principes de la discussion consiste à écouter son interlocuteur, sans quoi il n’y a pas de débat possible. Dans l’ordre de l’écrit, cette écoute se traduit en fondant les arguments critiques sur les écrits de l’adversaire, qui constituent les témoignages de sa pensée.

Or Ferry emploie le mot « haine », attribuant ce sentiment à ceux qu’il attaque, à une cadence industrielle ; les écologistes profonds et leurs comparses haïraient : toute forme de culture humanistique (p. 38), l’héritage des Lumières (p. 38), les artifices (p. 39), l’humain comme tel (p. 39), le cosmopolitisme, le déracinement moderne, l’universalisme, les droits de l’homme (p. 179), la modernité (p. 180), la civilisation occidentale (p. 236).

On s’attendrait à quelque aliment qui nous convainque de cette haine inextinguible. Eh bien, non ! Il nous faut croire sur parole l’auteur, puisque dans aucun des textes qu’il cite on ne retrouve un mot de la famille : haine, haïr, haïssable, haineux, etc. Cette question dépasse l’anecdote ou l’effet de style.

Soit les auteurs attaqués « haïssent » : dans ce cas, il serait aisé d’en trouver des preuves manifestes. Soit le dissentiment ou la critique qu’ils expriment sont assimilables à la haine : mais le langage est assez riche pour que l’on trouve d’autres mots pour caractériser plus précisément l’attitude de ces auteurs. Soit cette imputation répétée obsessionnellement a pour seul but, en l’absence de preuve, de convaincre le lecteur de la malignité des adversaires.

Un exemple plus développé montre comment raisonne Luc Ferry. Commentant le texte d’un auteur (qu’il orthographie Rowe - p. 141 - ou Stowe - p. 143), il nous apprend que « l’écologie profonde fera désormais du holisme et de l’antihumanisme des slogans manifestes du combat contre la modernité (les termes eux-mêmes, considérés comme positifs, sont, je le répète, omniprésents dans cette littérature) » (p. 143).

Il souligne les termes, pourtant absents des citations qu’il donne. Où cette affirmation trouve-t-elle alors sa source ? Il ne devrait pas être difficile d’en trouver, puisque « la littérature consacrée à ce mouvement [la deep ecology] est très considérable, mais aussi, il faut l’avouer, très répétitive » (p. 134). Tout ce qu’il parvient à exhumer, c’est la mention par George Sessions de : « inhumaniste » (p. 149), d’ailleurs isolée de tout contexte.

Pour autant que les mots aient un sens, cela signifierait « différent de l’humaniste », alors qu’une dénégation de la valeur de l’humanisme s’exprimerait par « antihumaniste ».

Mais ces rappels à la rigueur sont naïves. Car l’amalgame et l’insinuation mènent en réalité le bal. Qui est censé nous emmener dans les années trente, vous savez, quand un certain Adolf...

Luc Ferry réfléchit sur les « deux penchants pervers de l’écologisme contemporain, l’un et l’autre animés d’un même mépris de la social-démocratie formelle, l’un et l’autre adossés à une solide tradition dont l’apogée se situa sans doute à la fin des années 30 » (p. 28). « Chacun sait ou finira par savoir que l’écologie, ou du moins l’écologisme, possède des racines douteuses et que les relents pétainistes du terroir n’y sont pas toujours absents » (p. 121). Pour les « nouveaux intégristes » (p. 237), répète-t-il, « l’affaire est d’en finir avec cet univers démocratico-libéral » (p. 242).

Qu’elle hésite entre le romantisme conservateur et la révolution anticapitaliste, l’écologie profonde, pour ceux qui n’auraient pas compris, a « la même hantise d’en finir avec l’humanisme qui s’affirme de façon parfois névrotique, au point que l’on peut dire de l’écologie profonde qu’elle plonge certaines de ses racines dans le nazisme et pousse ses branches jusque dans les sphères les plus extrêmes du gauchisme culturel » (p. 180). Cette logorrhée s’achève dans l’injure : « Jonas, que certains considèrent comme un authentique philosophe » (p. 157).

La ligne jaune est enfin franchie quand Luc Ferry se met à manipuler les textes. S’il utilise des textes non référencés (J. Baird Callicott p. 176) ou non publiés (p. 212), donc non vérifiables, ou les tronque de manière discutable (Michel Serres p. 151, Antoine Waechter p. 213), c’est contre Hans Jonas qu’il se montre le plus virulent. L’affaire mérite un temps d’arrêt : car le travail du philosophe allemand, qu’on y adhère ou non, est une des plus stimulantes de la réflexion écologique.

La politique du renoncement

Ferry, pour disqualifier Jonas, va tenter de le faire passer pour un stalinien. « La tâche [de maîtriser la technique] semble impossible, du moins irréalisable, selon Jonas, dans le cadre d’une société démocratique. Il faudrait recourir à la force (...), à la contrainte étatique, dont Jonas ne peut s’empêcher d’admirer et d’encourager l’exercice dans les pays de l’Est et l’Union soviétique... » (p. 160). Jonas, insiste Ferry, émet des « professions de foi en faveur des régimes communistes » (p. 165). On ne peut qualifier cette présentation autrement que par le terme de mensonge.

Reprenons la pensée de Jonas. Son raisonnement dépend explicitement du postulat « que nous vivons dans une situation apocalyptique » (Le Principe responsabilité). Cette situation découle des « dimensions excessives de la civilisation scientifique-technique-industrielle ». Le diagnostic fonde le raisonnement qui va suivre, qui ne se situe pas dans une abstraction universelle, mais dans un contexte historique. On peut critiquer et refuser le postulat. Mais il n’est pas sérieux de discuter le raisonnement sans se définir par rapport à son point de départ.

Donc, poursuit Jonas, on maîtrisera cette perspective apocalyptique « par un niveau supplémentaire de pouvoir et non par un renoncement quiétiste au pouvoir ». De quel pouvoir s’agit-il ? Pas le pouvoir « qui visait directement une nature qui semblait être inépuisable » et qui échappe au contrôle de l’usager, mais le pouvoir sur le pouvoir technique « qui n’est déjà plus celui de l’homme ». « Et puisque l’économie ‘libre’ des sociétés industrielles occidentales est précisément le foyer de la dynamique qui dérive vers le danger mortel, le regard se tourne naturellement vers l’alternative du communisme. Peut-il nous apporter le secours dont nous avons besoin ? Est-il équipé pour cela ? C’est uniquement de ce point de vue que nous voulons examiner l’éthique marxiste - donc du point de vue qui sauve du malheur, non de celui de l’exaucement d’un rêve de l’humanité. »

Ecrit avant 1979, à une époque où l’on regardait naturellement vers le marxisme, le texte se confronte au Principe espérance du marxiste Ernst Bloch. Il va donc, dans une discussion contre la prétention utopique du marxisme, examiner ses capacités de réponse à la situation décrite.

Car selon Jonas, pour éviter la perspective apocalyptique, il faudra faire des sacrifices, et « renoncer à la prospérité au bénéfice d’autres parties du monde ». Jonas note d’ailleurs que les « deux titans communistes » (la Chine et l’URSS) n’ont pas encore prouvé qu’ils étaient prêts à le faire.

Cette idée du renoncement, cette « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité », est la deuxième articulation de son raisonnement. Il est légitime de discuter cette issue du renoncement et d’en proposer une autre. Mais la logique du raisonnement qui suit découle de ce choix.

Troisième articulation : les sacrifices ne sont possibles que dans une vision à long terme. Or, selon Jonas, la société capitaliste n’en est pas capable, puisqu’elle ne répond qu’à l’intérêt du court terme. Quel autre modèle non religieux (Jonas refuse de raisonner en recourant à la solution de facilité que serait, sur le plan réthorique, la religion) existe-t-il qui ait une vision de long terme ? Le marxisme.

Donc, on l’examine du point de vue de sa capacité à faciliter le renoncement. Mais le marxisme se situe lui-même dans la modernité, puisqu’il « intègre l’idéal naïvement baconien [de Francis Bacon, scientifique anglais contemporain de Descartes] de la domination sur la nature et celui de la transformation de la société » , « il se comprend lui-même comme son exécuteur testamentaire prédestiné, meilleur (c’est-à-dire plus efficace) que ne le fut le capitalisme ».

Ainsi, « la surabondance matérielle de la technique moderne est un facteur essentiel dans l’idéal socialiste moderne. Accélérer l’industrialisation est, ainsi, partout où jusqu’à présent, le socialisme a pris le pouvoir, la signature de sa politique effective et résolument décidée ». Autrement dit, le socialisme marxiste ne fait pas mieux que le capitalisme du point de vue qui occupe Jonas.

Le marxisme peut-il cependant atteindre le but ici fixé ? « Seulement à condition de réinterpréter son rôle, de celui qui apporte le salut en celui qui empêche le malheur, donc en renonçant à son souffle vital, l’utopie. Ce serait là un ‘marxisme’ très différent, devenu presque méconnaissable, jusque dans le principe de son organisation externe. »

Au total, la question n’est pas de « comparer les avantages intrinsèques des systèmes de vie eux-mêmes, mais simplement leur aptitude à remplir une fin qui leur est étrangère à l’un comme à l’autre, à savoir l’empêchement d’une catastrophe de l’humanité sous la domination de la poussée technologique, dans laquelle personne ne cède quelque chose à l’autre ». Le problème, c’est qu’il faut prendre « des mesures que l’intérêt individuel des sujets concernés ne se serait jamais imposées spontanément, qui donc, dès lors qu’elles atteignent la majorité, peuvent difficilement faire l’objet d’une décision dans le processus démocratique ».

Pas impossible, difficile : qui le nierait ? A moins, suggère Jonas, qu’existe « un nouveau mouvement religieux de masse, pour rompre de plein gré avec l’hédonisme de la vie en abondance, dans lequel on a été élevé (c’est-à-dire avant que l’amère nécessité ne nous y contraigne) ».

Jonas lui-même, quoi qu’il n’aime pas évoluer dans la « zone de pénombre du politique », pense que seule « une élite peut éthiquement et intellectuellement assumer la responsabilité pour l’avenir que nous avons indiquée », même s’il « serait préférable (...) qu’on puisse confier la cause de l’humanité à une ‘conscience authentique’ qui se propagerait avec un idéalisme public correspondant. (...) Compte tenu du caractère insondable du mystère ‘homme’, cela n’est pas à exclure. »

Jonas ne tranche pas. La question qu’il pose à qui veut l’entendre, c’est de savoir si la démocratie est apte à prendre en charge l’avenir. Si l’on admet les postulats successifs - il y a crise écologique, elle appelle des renoncements -, il faut répondre à cette question.

Jonas conclut d’ailleurs : « Peut-être l’austère vérité peut-elle exalter elle aussi et pas seulement le petit nombre, mais finalement aussi le grand nombre. C’est là le meilleur espoir dans les temps sombres ». La pensée de Hans Jonas n’est certes pas animée du plus franc optimisme. Mais la présenter comme une sorte d’apologie du stalinisme est indigne, et fait reculer le débat.

Les Belges sont-ils nazis ?

Un débat d’ailleurs obscurci par la théorie difficile à saisir de Luc Ferry, voltigeur de la pensée moderne. L’écologie s’appuierait en permanence sur les sciences positives (p. 26), tout en dénonçant la technoscience (p. 35). « L’écologie profonde pose de vraies questions » (p. 237), mais « l’écologie est une affaire trop sérieuse pour eux [les écologistes profonds] » (p. 238).

S’agissant de la liberté, les animaux et les hommes paraissent séparés par un abîme (p. 104), liberté dont on perçoit cependant « la trace dans la souffrance du vivant » (p. 260).

Un des pôles essentiels de la culture et de l’éthique moderne est « la valorisation du choix de fins universelles, par opposition à celles, égoïstes, qui ne valent que pour soi » (p. 61) ; cependant, la « sensibilité écologique ‘moyenne’ », qui « n’a rien d’extrémiste, ni même d’antidémocratique », relève de cette « éthique de l’authenticité, de ce souci de soi au nom desquels on revendique volontiers - et pourquoi pas ? - une certaine ‘qualité de la vie’ » (p. 28).

La loi belge sur les animaux de 1929 est comparable et antérieure à la loi allemande de 1933 (p. 195), sans que l’on nous explique pourquoi cela ne précipite pas la Belgique de l’époque dans l’opprobre nazie. D’ailleurs, cette loi allemande – « texte qui pourrait être signé des deux mains par nos deep ecologists » (p. 197) - ne considère pas les animaux comme une personne juridique de même rang que le citoyen allemand (p. 196). On pensait avoir compris que les « écologistes profonds » accordaient une personnalité égale aux animaux, ce qui les conduisait au nazisme...

Mais le clou du spectacle vient quand, après deux cent pages qui nous ont convaincu que : les « écologistes profonds » - qui certes ne sont pas toute l’écologie, mais enfin bon... - accordent à la nature une personnalité juridique, et tout découle de là, c’est très dangereux parce que les nazis faisaient pareil, et d’ailleurs, il y a plein d’anciens gauchistes qui s’investissent dans l’écologie profonde afin de pouvoir critiquer haineusement le monde moderne ; quand donc, la lumière s’est faite en nous... Voilà ce qu’on nous assène : « Nous ne pouvons tout à fait nous départir de l’impression que la nature possède une certaine valeur en elle-même, qu’elle est parfois susceptible de nous étonner, voire de nous émerveiller hors de toute considération de maîtrise ou d’utilité » (p. 239). On nous apprend même que la nature témoigne d’une finalité (p. 262).

Misère de misère ! Luc Ferry serait-il un agent double, habilement téléguidé par la coalition nazo-stalino-religieuse ? Eh bien , « ce sont les idées évoquées par la nature qui lui donnent tout son prix. Sans elles, nous n’accorderions pas la moindre valeur au monde objectif » (p. 259). Ah, bon... Mais, pour que tout soit parfaitement clair, « c’est bien la nature elle-même qui fait signe vers des idées qui nous sont chères » (id.). Sans commentaires.

Vous avez dit « moderne » ?

Il convient de préciser certains points. Rappeler en premier lieu qu’il n’y a pas de relation obligée entre écologie et zoophilie, et que la critique écologiste, notamment en Europe, est d’abord un discours sur la technique : que l’on prenne Ivan Illich, Jacques Ellul, André Gorz, ou Hans Jonas - pour citer des auteurs qui ont eu une réelle influence en France -, on retrouvera toujours ce point de départ. Interpréter l’amour des animaux comme un symptôme de la conscience écologiste vaut peut-être pour la société dans son ensemble, mais c’est, pour le mouvement écologique lui-même un raccourci que dément son histoire. A tort ou à raison, il s’incarne dans la lutte antinucléaire plus que dans Brigitte Bardot.

La question de la technique pose cependant celle du rapport de l’homme à la nature. Il n’y a donc pas de raison de refuser de débattre sur le terrain où se place Ferry. Il y aurait, selon lui, une frontière infranchissable entre l’homme et la nature.

Les écologistes disent qu’il faut réinterroger cette frontière, en partant d’un point de vue pratique : puisqu’elle légitime une transformation de la nature qui porte atteinte à l’humanité, le meilleur moyen de freiner cette transformation est de discuter le « droit de détruire » que s’accorde l’homme.

Les écologistes ne prétendent pas nier la spécificité humaine, ils n’accordent pas une « préférence éthique au règne de l’anti-nature sur celui de la nature » (p. 105). Ils cherchent un monde où ce choix ne se pose pas, où l’on ne soit pas obligé de choisir entre nature et culture, parce que les deux seraient associées harmonieusement.

Où, si l’on accepte le point de vue selon lequel la nature n’existe plus hors de la culture (voir le ch. 3 de La Baleine qui cache la forêt), la culture se coule dans les flux naturels au lieu de les contraindre. Ce n’est pas être contre l’humanisme que de dire que les nouvelles conditions historiques qu’a suscitées son succès nécessitent de le réécrire sous peine de n’en plus vivre qu’une parodie.

Quant aux « écologistes profonds », on peut se reporter à la citation que Ferry donne lui-même du texte d’Arne Naess, dont il estime qu’il « vaut comme l’un des manifestes les plus fiables du mouvement » (p. 144) : « 1- le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine ET non humaine sur la terre sont des valeurs en soi [souligné par HK ; il ne s’agit pas d’exclure l’homme, il s’agit de l’associer] ; (...) 3 - les humains n’ont aucun droit à réduire cette richesse et cette diversité, SI CE N’EST pour satisfaire des besoins vitaux » [souligné par HK] ; il ne s’agit pas d’interdire, mais de ramener l’action de l’homme à son besoin ; c’est-à-dire, dans le fil d’une longue tradition écologique, de redéfinir ces besoins. Il n’y a pas là d’antihumanisme, mais l’appel à une autre conception de l’action de l’homme dans la nature.

Par ailleurs, selon une antienne qui commence pourtant à dater - les écologistes veulent revenir à la bougie -, le système technique présent porterait la « modernité », et les critiques à son égard seraient régressives.

Mais le modernisme n’est pas un absolu figé : c’est la capacité de répondre à une époque donnée aux problèmes de cette époque avec les outils de l’époque. Il en va de même de la situation actuelle : l’évolution du pouvoir de l’humanité sur la biosphère et la constitution d’une culture mondiale posent évidemment le problème de sa liberté d’une autre manière qu’en 1755, quand Jean-Jacques Rousseau faisait paraître le Discours sur l’origine de l’inégalité.

Et si ce qu’on appelle la « modernité » conduit à une transformation de la nature dommageable à l’homme, il faut bien accepter de la remettre en cause. Au total, il y a inversion de sens : ceux qui prétendent parler au nom de la « modernité » défendent une vision du monde qui est devenue archaïque. Sur le fond, la différence porte sur le diagnostic : les écologistes estiment que la situation est radicalement nouvelle, les conservateurs, comme il est logique, estiment que non...

Comment les conservateurs voient le monde

Le livre de Ferry est exemplaire : son succès atteste qu’une large partie de la société française y a retrouvé sa vision du monde. Et des entreprises comme Electricité de France, Thomson ou Petit-Bateau ne se sont pas trompées sur la portée idéologique de la charge du professeur de Caen, puisqu’elles rétribuent ses prestations 5 000 ou 10 000 F.

Ainsi, il ne faut pas lire Ferry comme une critique de l’écologie, mais comme l’expression positive du système dominant : dans le repli des phrases, dans le choix des mots, dans l’ombre des dénonciations « humanistes », il nous donne les repères du monde qu’il défend.

La nature : « On pourrait tenter de définir ce qui dans la nature elle-même doit être respecté et ce qui, en revanche, doit être combattu au nom d’un interventionnisme bien compris (...) Il est évident que tout, en elle, ne mérite pas également d’être protégé » (p. 260). La nature des conservateurs est une suite d’éléments modulaires, dans laquelle on peut choisir ce qui nous arrange.

Mais la connaissance scientifique a dépassé ce point de vue ; elle forme l’image d’un jeu de relations dont toute modification entraîne la recomposition de l’ensemble. Selon le chercheur Yves Gillon, « les écologues perçoivent de mieux en mieux les interdépendances entre espèces. Ils ne voient plus dans les écosystèmes des juxtapositions aléatoires de taxons, mais constatent d’incessantes rétroactions au sein de sous-ensembles biocénotiques : lieux privilégiés de phénomènes coévolutifs, spécifiques ou diffus ».

La science : elle va résoudre les problèmes. « Que ce soit par un surcroît de science et de technique que nous parvenions un jour à résoudre les questions qu’aborde l’éthique de l’environnement est plus que probable », écrit Ferry (237). Cependant - comme elle n’est qu’un outil idéologique -, on n’en tient pas compte si elle dit quelque chose qui ne convient pas. Par exemple : « La science ne nous enseigne-t-elle pas, du reste, qu’il existe une continuité secrète entre les êtres vivants ? C’est dès lors en son nom prestigieux qu’il conviendrait d’accorder un égal respect à toutes les manifestations de la vie universelle. Projet sympathique, au sens propre, mais peut-être incompatible avec les termes dans lesquels s’est défini l’humanisme laïque issu de la Révolution française » (p. 44). Implicitement, on nous dit de maintenir une philosophie quand bien même la connaissance scientifique en contredirait les fondements.

L’écologie : réformiste, elle vise une « qualité de vie » moins stressée, aime les plages désertes et les mers non polluées, mais n’imagine pas renoncer aux progrès de la médecine ou aux nécessités de la voiture individuelle et des trajets en avion (p. 38-39). La crise écologique proprement dite - la tension sur les écosystèmes - est ignorée, comme la situation de nombre de peuples du Tiers Monde.

Surtout, pas de conflit, pas de politique : si l’écologie « accepte de se dire réformiste, elle devra reconnaître qu’elle est un groupe de pression exprimant une sensibilité qui, pour être partagée par l’immense majorité, n’a pas à elle seule vocation au pouvoir. Politique, l’écologie ne sera pas démocratique ; démocratique, il lui faudra renoncer aux mirages de la grande politique » (p. 267).

De toute façon, tout est bien dans le meilleur des mondes : « Réconciliée avec l’Etat, qui lui donne des ministres, avec la démocratie, qui offre la possibilité de changements sans violence, l’écologie s’intègre enfin au marché, qui s’adapte tout naturellement aux nouvelles exigences des consommateurs » (p. 267). Le marché... bon sang, mais c’est bien sûr !

Le sens de la vie : dans les « Etats libéraux », les individus sont « livrés à eux-mêmes » (p.239). Tout tourne autour de l’individu : la question du sens de l’existence s’est déplacée vers les sphères de l’éthique et de la culture, « entendues comme épanouissement de la personnalité individuelle » (p. 253). Les individus n’ont plus que des petits desseins : « A l’intérieur de ces petits desseins, qui sont comme autant de bulles closes sur elles-mêmes, nos actions prennent un sens. Mais la question du sens de ces projets, ou, si l’on veut, la question du sens du sens, ne peut plus être posée collectivement au sein d’un univers laïc » (p. 252). D’ailleurs, la pensée individualiste est « plus soucieuse de l’existence privée que du sort de l’espèce » (p. 65).

L’euthanasie : l’individu a tout intérêt à éviter de vieillir. En effet, « la faculté d’arrachement à l’ordre de la naturalité est le signe du proprement humain » (p. 65). Or, « la vieillesse, inéluctable, rétablira peu à peu les droits de la nature sur ceux de la liberté » (p. 64). Ramené à la nature en vieillissant, l’être humain perd la liberté, donc l’humanité. « Il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’il nous faille respecter l’humanité, même en ceux qui n’en manifestent plus que les signes résiduels » (p. 105). Voilà un enthousiasme rassurant.

L’Occident : « A l’évidence, c’est dans nos sociétés libérales-sociales-démocrates que le souci de l’environnement est le plus marqué » (p. 34). « Le souci de l’environnement » est « infiniment plus développé » en Europe et aux Etats-Unis que dans le Tiers Monde (p. 143). Tout est bien chez les meilleurs du monde. A propos, que faut-il penser des pygmées, des Penans, des Yanomamis ? Hors jeu : ils n’appartiennent pas à la modernité. Ne forment-ils pas des « communautés viscéralement closes sur elles-mêmes », donc « incapables de dépasser leurs singularités ataviques pour entrer en communication avec autrui » (p. 217) ? Quant au colonialisme passé et aux rapports de force présents, qui jouent peut-être un rôle dans l’affaire, on les ignore.

Le monde présent : « Pour la première fois sans doute dans l’histoire de l’humanité, nous vivons le temps où cette critique [interne de l’espace démocratique], que les Aufklärer du XVIII° siècle appelaient déjà de leurs voeux, atteint le seuil minimal de la maturité. Le réformisme (...) constitue l’unique attitude correspondant à la sortie du monde de l’enfance » (p. 254). Avant, on ne savait pas grand-chose : « On discutait de la démocratisation de l’enseignement, des nationalisations, de la croissance zéro ou du rôle respectif de l’URSS et des USA dans l’ignorance complète des données les plus élémentaires » (p. 255).

Une telle représentation du monde laisse pantois, et rend les commentaires inutiles. On doit remercier Luc Ferry de nous donner un tableau qui semble exact de l’univers mental actuel des conservateurs. Mais l’on espère qu’ils accepteront de poursuivre plus loyalement qu’il ne l’a fait la discussion qui leur est proposée. Parce que les enjeux sont exigeants et difficiles, elle requiert, des deux côtés, rigueur et respect de l’autre.

Obama cède aux pollueurs Joan Tilouine (lemonde.fr) Reporterre 2011/09/05 Joan Tilouine (lemonde.fr) (5 septembre 2011) Obama cède aux pollueurs. Reporterre. fr

Obama cède aux pollueurs

Le président des Etats-Unis, qui s’était présenté comme meilleur défenseur de l’environnement durant sa campagne, cède aux industries polluantes.

A l’aube de la campagne pour sa réélection en 2012, Barack Obama a-t-il perdu sa base électorale écologiste ? Le gotha écologiste commence à lâcher le président américain. A commencer par l’acteur Robert Redford, qui vient de publier une tribune militante sur le Huffington Post où il s’interroge sur la priorité de l’administration Obama : « Les profits des entreprises ou la santé publique ? » Les raisons de cette colère : une série de mesures jugées anti-écologistes qui ont été adoptées au cours du mois d’août.

La dernière date de ce vendredi 2 septembre. Barack Obama a retiré un projet de réglementation prévoyant des normes de qualité de l’air plus strictes, arguant que la mesure aurait pesé trop lourd sur l’industrie dans une période de forte incertitude économique. Le président a toutefois tenu à renouveler son engagement envers la défense de l’environnement.

Mais pour les écologistes, cette décision marque un virage. « L’administration Obama cède face aux gros pollueurs au détriment de la protection de l’air que nous respirons », a déclaré Gene Karpinski, président de la League of Conservation Voters, un lobby environnementaliste.

Dans sa tribune, Robert Redford ne cache pas non plus son amertume : « Une raison pour laquelle j’ai soutenu le président Obama, c’est parce qu’il disait que nous devons protéger l’air pur, l’eau et les terres. »

Mais c’est surtout le projet d’oléoduc Keystone XL de l’entreprise TransCanada qui cristallise la défiance des écologistes envers Obama. Ce projet porte sur le transport, vers des raffineries au Texas, du pétrole brut produit à partir des sables bitumineux de l’Alberta au Canada. D’une longueur de plus de 2 700 km, il serait parmi les plus longs oléoducs au monde, après ceux de Chine et de Russie.

Le département d’Etat a donné son aval fin août pour la réalisation de ce projet de 7 milliards de dollars. Ce qui a provoqué l’îre des associations écologistes, qui accusent Obama de « céder aux lobbyistes de l’industrie pétrolière ». Le président américain a 90 jours pour approuver ce projet. Des centaines de militants écologistes campent depuis le 20 août devant la Maison Blanche pour protester contre cet oléoduc. Et près de 275 ont été arrêtés par la police au cours de cette « campagne de désobéissance civile » de deux semaines.

Parmi les interpellés, une image a fait le tour des médias : celle de l’actrice hollywoodienne engagée Daryl Hannah, menottée et souriante, qualifiant le projet Keystone XL « d’épouvantable farce écologique ». La journaliste et militante canadienne Naomi Klein a également été interpellée, de même que des dizaines de jeunes leaders bénévoles de la campagne Obama 2008.

Dans son édition du 21 août, le New York Times a consacré un éditorial à Keystone XL et a clairement pris position contre ce projet. « Nous avons deux principales inquiétudes : le risque de marée noire autour de l’oléoduc qui traverserait des zones hautement sensibles. Et le fait que l’extraction du pétrole des sables bitumineux produise plus d’émissions de gaz à effet de serre que la production conventionnelle ».

Dans une lettre adressée mercredi 24 août au président Obama, les leaders des principales associations écologistes, telles que Greenpeace et Sierra Club, avaient qualifié ce projet d’oléoduc comme le « plus important test sur le changement climatique d’ici les élections ». Ajoutant : « Si vous bloquez ce projet, vous allez déclencher une vague d’enthousiasme de la base écologiste qui vous a fortement soutenu lors de la dernière élection ».

Autre figure de ce mouvement de contestation : l’écologiste influent Bill McKibben. Pour cet expert et militant, « le dernier mot revient à Barack Obama, qui a déclaré le soir de sa nomination au Parti démocrate en juin 2008 que sa victoire marquerait ’le moment où la hausse du niveau des océans commencerait à ralentir et où notre planète commencerait à guérir’. Il a désormais la chance de le prouver », écrit-il dans une tribune publiée par le Washington Post.

D’autant que, selon une enquête menée par l’université de Yale, 91 % des Américains, toutes tendance politiques confondues, pensent que le développement d’énergies propres devrait être une priorité. Et 71 % perçoivent le réchauffement climatique comme un dossier prioritaire pour la Maison Blanche et le Congrès.

Pour Nicholas Dungan, conseiller spécial à l’Institut des relations internationales et stratégiques, le réflexe écologique aux Etats-Unis « s’affaisse et s’efface » notamment à cause de la crise économique et financière. « Il y a un profond désenchantement du côté des supporters d’Obama, y compris des écologistes, ce qui renforce l’opposition farouche des républicains à Washington. Obama va devoir y faire face », observe cet expert.

Le déclin de l’empire américain Roger Kemp Reporterre 2011/09/05 Roger Kemp (5 septembre 2011) Le déclin de l’empire américain. Reporterre. Tribune — fr

Le déclin de l’empire américain

Une grande proportion de la population du Québec et d’ailleurs s’enorgueillit du modèle américain. On s’y réfère toujours pour juger de la valeur d’une pièce de théâtre, d’un film, d’une chanson, d’entrepreneuriat etc. Combien de fois avons-nous été confrontés dans une discussion à ce phénomène de comparaison ? Sachez qu’une rose ne sera jamais une tulipe, pas plus qu’elle ne sera un pissenlit. Une rose est une rose, un point c’est tout. Chacun a son identité propre. Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi cet engouement pour un modèle qui est entrain de s’écrouler. Pourquoi vouloir toujours imiter autrui ? Ce que moi je retiens de ce modèle américain, c’est qu’il vit au-dessus de ses moyens et qu’un jour ou l’autre, il faudra soit rembourser soit déclarer faillite. Le déclin de l’empire américain est commencé.

J’ai lu sur le site de vigile.net un commentaire intéressant de Richard Le Hir sur le sujet. « La crise actuelle, écrivait-il, c’est aussi la fin du modèle américain, et la fin de la possibilité de l’utiliser en guise d’exemple pour détourner les Québécois de toute velléité de prendre en main leurs propres affaires et devenir indépendants. Tout compte fait, cette crise pourrait même avoir du bon pour le Québec dans sa quête de l’indépendance politique. (…)

En effet, dans la conjoncture qui s’annonce, la seule façon de s’en tirer va être de rebâtir le tissu social que quarante ans d’individualisme et de laissez-faire économique ont mis à mal. La reconstruction de ce tissu social repose sur la reconstitution d’une classe moyenne forte en s’appuyant sur les moyens dont seul un État dispose. Ce n’est pas tout-à-fait le langage que nous tiennent ces gens-là. »

« Les AMARICAINS, c’est BIG » pour parodier une citation dans un film québécois, oui ils sont « big » en voici la preuve. Plus grosse dette mondiale, plus haut taux d’obésité, plus haut taux de dépenses militaires, etc. Et c’est cela le modèle que l’on adule comme des aveugles. Il est temps de se prendre en main tant du point de vue humain que politique. Arrêtons de vouloir ressembler à un monstre.

Les atomes très crochus des socialistes et du nucléaire René Hamm Reporterre 2011/09/06 René Hamm (6 septembre 2011) Les atomes très crochus des socialistes et du nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Les atomes très crochus des socialistes et du nucléaire

Le parti socialiste a toujours eu des relations intimes avec l’énergie nucléaire. De fait, les socialistes ont largement contribué à son développement en France.

L’amorce d’une sortie résolue du nucléaire n’étant, malheureusement, point imminente sous nos latitudes, il ne me semble nullement superfétatoire de remémorer brièvement les circonstances dans lesquelles les irresponsables au sommet de l’exécutif engoncèrent la France dans cette voie aussi dangereuse qu’onéreuse.

Si la genèse du nucléaire hexagonal reposa sur un usage militaire, son histoire irrigue, de manière fort édifiante, celle de « la gauche » (lorsque j’emploie ce vocable dans un contexte politique, je l’entoure systématiquement de guillemets).

Le 4 mai 1939, le physicien Frédéric Joliot, membre du Parti communiste, déposa via la Caisse nationale de la recherche scientifique (Paris) à l’Office national de la propriété industrielle, en compagnie de ses collègues du Collège de France, Hans von Halban et Lew Kowarski, le brevet « Cas N° 3 », intitulé « Perfectionnement aux charges explosives », le mode d’emploi de la bombe A. Sous son égide, la France acquit l’intégralité de l’eau lourde norvégienne et s’assura de l’approvisionnement en uranium dans le Haut-Katanga (Congo) ; elle devint la première importatrice de ce minerai.

Le co-lauréat, avec son épouse Irène, du Prix Nobel de chimie, en 1935, dirigea, dès sa création, le 18 octobre 1945 par le général Charles de Gaulle, le Commissariat à l’énergie atomique. Il en fut évincé après qu’il eut lancé, le 19 mars 1950, l’Appel de Stockholm afférent à l’interdiction absolue de l’arme de destruction massive dont il apparut, avec les physiciens d’obédience socialiste, Francis Perrin et Yves Rocard, comme un des géniteurs. Taraudé par ce que je qualifierais de « syndrome Frankenstein/Einstein », le concepteur de la pile Zoé au fort de Châtillon (à cinq kilomètres au sud de la capitale) réalisa avec effroi l’incommensurable nocivité de son « œuvre ». Le décret du 26 octobre 1954, signé par Pierre Mendès-France, président du Conseil, matérialisa noir sur blanc la détermination de construire le terrifiant engin de mort. Guy Mollet, qui cornaqua, sous la bannière de la Section française de l’Internationale ouvrière, le gouvernement entre le 1er février 1956 et le 13 juin 1957, acquiesça au plan quinquennal incluant la force de frappe, alors qu’il avait longtemps prôné une position « pacifiste », majoritaire dans sa formation.

Pas d’un iota

Au printemps 1976, Charles Hernu, qui ne se doutait pas encore qu’il deviendrait, cinq ans plus tard, le chouchou des galonnés, Robert Pontillon, Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane et Lionel Jospin achevèrent, au fil de motions internes aux tournures plutôt floues, de convertir le PS au nucléaire militaire. L’adhésion au volet civil suivrait incessamment. Au préalable, à l’aube d’un scrutin que beaucoup considérèrent comme crucial, il convenait de se démarquer du giscardisme. Le projet socialiste, édité au 1er trimestre 1980, insista sur « l’organisation d’un débat démocratique, non biaisé », impliquant « une opinion informée disposant d’un esprit critique… ». La nouvelle majorité voterait dès son accession aux leviers de l’État une loi garantissant « les modalités de contrôle des citoyens et des élus sur le processus de décision », tant nationalement que régionalement, y compris dans le domaine de la sûreté nucléaire. Ces points figurèrent également dans les fameuses « 110 propositions », dont les auteurs promirent de veiller à une diversification du panel, de pair avec une vaste palette d’économies d’énergie…

Au lieu de cela, les gouvernants propagèrent le chauffage électrique, une de ces aberrations d’envergure qui germent régulièrement dans le cerveau déjanté de bureaucrates patentés et de leurs hommes-liges. Si aujourd’hui la France végète, à l’échelle de la « vieille Europe », en queue de peloton quant à la promotion des sources renouvelables, nous le devons essentiellement à celles et ceux qui jurèrent, avec des accents rimbaldiens, de « changer la vie » et qui muèrent la France en « fille aînée de l’atome » (1) !...

François Mitterrand abandonna simplement le projet de Plogoff (2), à la pointe du Raz (Finistère) de même que l’extension du camp dévolu aux jeux guerriers sur le plateau du Larzac. Assumant pleinement « l’héritage » de ses prédécesseurs (3), le « Florentin », maître ès-esquive et manipulation, s’empressa non seulement d’enterrer le moratoire, comme l’idée d’une consultation du Parlement et a fortiori des citoyen(-ne)s, mais il accéléra les constructions en cours, en commanda d’autres, tout en ne modifiant pas d’un iota l’option de la dissuasion. Je rappelle qu’Anne Lauvergeon, récemment blackboulée par Nicolas Sarkozy des rênes d’AREVA, fut une sherpa et une groupie du « sphinx ».

Nous avons loupé le coche du nécessaire tournant à l’été 1981, lorsque l’électricité d’origine nucléaire représentait 38% du « mix ». Au terme de la première (et unique) législature socialo-communiste sous la cinquième République, le chiffre avoisina les 60%. Après la cohabitation du 20 mars 1986 au 10 mai 1988, avec Jacques Chirac à Matignon, le retour du PS aux affaires (jusqu’au 29 mars 1993) coïncida avec le quasi-bouclage du parc des centrales.

Depuis, la proportion du courant généré par la fission ne variera plus guère : entre 75 et 78%, peu ou prou le double de « l’état des lieux » initial. La nomination de deux Verts au sein du cabinet de Lionel Jospin en qualité de Ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dominique Voynet (4 juin 1997 – 9 juillet 2001), puis Yves Cochet (10 juillet 2001 – 5 mai 2002), n’impulsa aucune esquisse d’alternative. L’actuelle maire de Montreuil signa une dizaine de décrets concernant cette occurrence, par exemple l’introduction du combustible MOX dans les installations de Chinon (Indre-et-Loire) et l’érection de deux tranches à Civaux (Vienne) ou encore l’autorisation d’un chantier en vue de l’enfouissement éventuel de déchets radioactifs à Bure (Meuse)… Elle avalisa par ailleurs la culture de maïs et d’un soja transgéniques…

Addictions

Édith Cresson dont les diverses malversations (corruption, favoritisme, népotisme…) ne pesèrent pas pour peu dans la chute, le 16 mars 1999, de la Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Jacques Santer, se singularisa de manière éhontée par ses partis pris en faveur des géants atomique et pétrolier. Alors qu’elle avait notamment en charge à Bruxelles le programme JOULE, miss « rien à cirer » sabra sciemment, avec le concours de collaborateurs zélés, 655 millions de francs budgétés pour les énergies renouvelables. Des hauts fonctionnaires tripatouillèrent des études portant sur 936 projets, solaires ou éoliens, en provenance de toute l’Europe. Grâce soit rendue à l’Irlandaise Nuala Ahern et aux Allemands Hiltrud Breyer et Wilfried Telkämper (4), élu(-e)s de la fraction verte au Parlement strasbourgeois, qui dévoilèrent ces ignobles turpitudes demeurées impunies.

Dans leur essai, Les vies cachées de DSK (Le Seuil, mars 2000, 249 pages, 18,30 €), Véronique Le Billon et Vincent Giret, journalistes au mensuel L’Expansion, consacrent le chapitre « Ministre privé » à certaines prestations « intellectuelles » exécutées par Dominique Strauss-Kahn. On y apprend ses accointances, aussi vénales qu’idéologiques, avec le lobby nucléaire. Après sa défaite aux législatives de mars 1993, le recalé de l’ÉNA créa DSK Consultants.

Entre 1994 et 1996, EDF lui versa environ 1,5 million de francs, en particulier pour avoir favorisé la coopération franco-allemande sur l’EPR (Siemens/Framatome). Il se ficha comme d’une guigne que la Cour des comptes l’épinglât pour le montant de ses émoluments. De la Cogéma, le natif de Neuilly-sur-Seine palpa quelque 600 000 francs pour des interventions auprès de députés sociaux-démocrates qu’il s’agissait de convaincre quant à l’opération susvisée. Il « pigea » aussi pour l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Au total, il perçut jusqu’en 1997 en moyenne 200 000 francs par mois pour quelques rapports, courriers, entretiens de visu et coups de fil… Alors que son… addiction à…l’atome lui avait rapporté gros, quelques-un(-e)s de ses affidé(-e)s prétendent que l’ex-ponte du FMI envisageait un désengagement de ce mode de production énergétique.

Bien avant les événements survenus, le 14 mai dernier, dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan, celui qui avait trop longtemps entretenu la fiction quant à son pouvoir de « séducteur » quasi irrésistible avait déclaré qu’il « n’est pas souhaitable que l’humanité y renonce… » (5). Pas au harcèlement sexuel, au nucléaire !

Après l’accident survenu à Fukushima, suite au séisme et au tsunami du 11 mars dernier, irritée par la résurgence de la polémique autour d’une technologie de toute évidence guère maîtrisable en cas d’emballement et potentiellement à très haut risque, Ségolène Royal avait reproché aux écologistes de ne pas respecter un « délai de décence ». Benoît Hamon demande un « inventaire précis ». Je l’affranchis ? La France compte cinquante-huit réacteurs d’une puissance globale de 63.260 mégawatts (quarante-quatre sur les berges d’un cours d’eau, quatorze en bord de mer) répartis sur dix-neuf sites. Seuls les States la devancent : cent quatre. Jack- « Il n’y a pas mort d’homme » -Lang ne craint pas d’être foudroyé par le ridicule en pérorant sur une « énergie pacifique, non-polluante ».

François Hollande estime qu’abandonner une industrie « où on est sans doute les meilleurs » (sic) serait « ni économiquement sérieux, ni écologiquement protecteur, ni socialement rassurant ». On concédera au moins au président du Conseil général de Corrèze une franchise qui tranche avec les louvoiements chafouins d’autres hiérarques siégeant au 10 rue de Solférino.

Aurélie Filippetti, députée de la Moselle, a pris sans ambiguïté ses distances avec la position du bureau national, une « vision dépassée » (6). Elle a exhorté ses « amis socialistes à une prise de conscience ». Mouais ! Martine Aubry a sonné les cloches à la franc-tireuse, non sans indiquer qu’elle adhère à la « logique des Verts en la matière ». Une sortie au mieux d’ici vingt ans, donc ! Eu égard à l’urgence d’un revirement et d’une reconversion, une telle échéance, que la fille de Jacques Delors aurait néanmoins du mal à vendre à ses ouailles, équivaut aux calendes grecques…

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Notes :

(1) Citation de Louis Puiseux dans Crépuscule des atomes, (Hachette, novembre 1986, 284 pages, 98 F lors de sa sortie, 9,49 € sur le site de Livrenpoche.

(2) Le 16 mars 1980, 50 000 personnes manifestèrent à l’occasion de la clôture de l’enquête d’utilité publique. Le week-end des 24 et 25 mai, près de 150 000 opposant(-e)s se rassemblèrent face à la Baie des trépassés, quelque 60 000 restèrent pour un fest-noz. Je signale le documentaire en 16 mm de Nicole et Félix Le Garrec, Plogoff : des pierres contre des fusils (112 minutes), sorti le 19 novembre 1980, qui avait attiré 250 000 intéressé(-e)s dans les salles obscures, ainsi que l’ouvrage de Gérard Borvon, Plogoff, un combat pour demain, paru le 15 juin 2004 aux Éditions Cloître à Saint-Thonan (Finistère), 224 pages, 19 euros chez l’auteur, animateur de l’association S-Eau-S : 20 rue des frères Mazéas 29800 Landerneau.

(3) Le 5 mars 1974, le premier ministre Pierre Messmer, disposant des pleins pouvoirs en raison de la maladie du Président Georges Pompidou (qui s’éteignit le 2 avril suivant), lança la construction de la première ligne de TGV reliant Paris à Lyon et un gigantesque programme prévoyant six réacteurs par an pendant une décennie. Valéry Giscard d’Estaing en appliqua une partie.

(4) Le 16 juin 2007, il a adhéré au parti Die Linke (La Gauche). Depuis le 1er juillet 2010, il préside aux destinées du Centre pour le dialogue international et la coopération, une entité de la Fondation Rosa Luxemburg, à Berlin.

(5) La flamme et la cendre, Grasset, janvier 2002, 395 pages, 20 €. Dans cet assemblage de deux vocables que le thuriféraire de l’économie de marché avait récupérés dans un discours de Jean Jaurès, je perçois aujourd’hui, sans persiflage excessif, une métaphore de sa trajectoire, tant politique que privée…

(6) Le Monde du 16 mars 2011. Le 8 avril, celle qui évitait de se retrouver seule avec DSK dans un endroit fermé avait signé, avec Christophe Caresche, Jean-Paul Chanteguet, et Géraud Guibert, dans le quotidien vespéral une tribune titrée « Sortons du nucléaire ».

Evo Morales s’oppose à des Indiens sur la construction d’une route en Amazonie Aline Timbert (Actu Latino) Reporterre 2011/09/07 Aline Timbert (Actu Latino) (7 septembre 2011) Evo Morales s’oppose à des Indiens sur la construction d’une route en Amazonie. Reporterre. fr

Evo Morales s’oppose à des Indiens sur la construction d’une route en Amazonie

En Bolivie, le président Morales voudrait ouvrir une route financée par le Brésil et permettre la recherche de pétrole dans un parc naturel. Des tribus indiennes s’y opposent.

Le président de la République bolivien, Evo Morales, a rejeté le 22 août lors d’une conférence de presse, les points de doléance fondamentaux qui opposent le gouvernement aux manifestants indigènes du TIPNIS (Territoire Indigène du Parc National Isiboro Sécure).

Le chef de l’État socialiste a affirmé qu’il ne négocierait pas sur deux points clés, tout d’abord sur la construction de la route reliant Villa Tunari (à Cochabamba) à San Ignacio de Moxos (au Beni) et qui doit passer par la réserve naturelle TIPNIS, mais aussi sur l’exploitation des hydrocarbures dans la région prolifère de Tarija.

En effet, la Confédération indigène de l’Oriente bolivien(Cidob ou Confederación de Pueblos Indígenas de Bolivia ) demande l’annulation pure et simple de la construction de la route Tunari (Cochabamba) – San Ignacio de Moxos (Beni) et réclame également que soient suspendues toutes les activités liées à l’exploitation des hydrocarbures dans le parc national Aguaragüe situé dans le département de Tarija. Parmi les 16 autres revendications, les protestataires réclament d’être consultés avant la construction du tronçon routier San Borja – Rurrenabaque et celui qui doit relier San Buenaventura – Ixiamas.

Toutes ces réclamations « ne feront pas l’objet de négociations » a affirmé le président d’origine aymara en ajoutant : « ce qu’ils nous demandent c’est de paralyser totalement les activités de prospection d’hydrocarbures. Ce qui revient à ne plus exporter de gaz ou extraire de pétrole. Ce n’est pas négociable ».

« Ils nous disent de retirer les machines, le campement et de renvoyer le personnel. Nous ne négocierons pas sur ce point car cela signifie mettre des gens au chômage. Ils nous demandent d’abroger des lois et des décrets qui permettent la construction de routes. Qui va négocier sur ce point ? Accepter une telle chose reviendrait à se mettre à dos tout le peuple bolivien », a déclaré Evo Morales. Il a cependant ajouté que si le carnet des charges contenait des revendications d’ordre social, les ministres de son gouvernement étaient disposés à en débattre.

Il a tenu à souligner que parmi les 64 communautés natives évoluant dans le parc du TIPNIS, seules 20 communautés s’opposent au projet de construction de la route et ont entrepris une marche protestataire depuis le 15 août entre Villa Tunari, située dans le département de Cochabamba, jusqu’au centre politique et siège du gouvernement, la ville de La Paz. « Cette participation minoritaire à la marche prouve bien que la grande majorité des communautés autochtones soutienne ce projet de route », a souligné le président en place. Il a ajouté que dans le département de Cochabamba, 10 communautés natives étaient favorables à la construction routière.

Les manifestants ne souhaitent pas dialoguer avec les ministres, mais directement avec le président Morales sur ce projet de construction de route financée principalement par le Brésil, à hauteur de 420 millions de dollars et dont le tracé nécessite de traverser une réserve écologique où évoluent plusieurs communautés autochtones.

Pour le gouvernement, cette opposition est le fruit d’une manipulation politique contre les décisions prises sous la gestion du président parmi lesquelles l’augmentation ratée du prix des carburants et une inédite élection des juges. Des indigènes, par centaines, ont pris la décision de marcher 600 km afin de rejoindre La Paz et exprimer ainsi leur mécontentement. Approximativement 1.500 indigènes ont entrepris une marche contre la construction de la route Villa Tunari – San Ignacio de Moxos qui menace l’écosystème parc naturel TIPNIS

« La marche a pris plus d’ampleur parce qu’un ministre a dit que les portes du Palais du gouvernement étaient ouvertes et a demandé qu’une commission soit accueillie, mais les manifestants ont répondu ‘ si les portes sont grandes ouvertes nous irons tous et pas seulement une commission’ », a déclaré le leader indigène Lázaro Tacó depuis le village San Ignacio, situé à 90 km de Trinidad, capitale du département oriental du Beni où a débuté la marche.

Les indigènes d’Amazonie défendent leur territoire avec ardeur, une réserve de plus d’un million d’hectares située dans le centre du pays dans lequel doit passer un tronçon routier de 170 km environ. La route qui reliera les départements de Cochabamba au Beni se divise en trois tronçons, le premier et le troisième bénéficient d’ores et déjà d’une autorisation environnementale tandis que le second est en stand-by en raison de l’opposition des Indiens du TIPNIS à donner leur aval à ce projet d’urbanisation qui traverse leurs terres.

Le gouvernement défend le projet corps et âme en affirmant qu’il s’agit d’un mécanisme de développement et d’intégration considérable dans l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, la Bolivie tirant ses recettes en grande partie de ses exportations de gaz naturel vers le Brésil et l’Argentine qui, lors du premier semestre de 2011, ont atteint 1.651 millions de dollars.

Par ailleurs, le président de Bolivie a accusé des diplomates nord-américains via l’ambassade des États-Unis à La Paz, et certaines entreprises d’exploitation forestière, d’être de connivence avec les manifestants indigènes dans le processus de protestation engagée depuis plusieurs jours maintenant. Le président a dévoilé à la télévision nationale des documents (des relevés téléphoniques) selon lesquels l’ambassade des Etats-Unis aurait été en contact direct avec des leaders indigènes parmi lesquels Rafael Quispe de la Conamaq (Consejo Nacional de Ayllus y Marcas del Qullasuyu), ou encore le député Pedro Nuni, par téléphone, et ce plusieurs fois par jour accusant le diplomate de fomenter la grogne sociale.

« Le responsable de la confédération des peuples indigènes de Bolivie (CIDOB) a appelé plusieurs fois Eliseo Abelo [chargé des affaires indigènes à l’ambassade] à l’ambassade des États-Unis », a-t-il déclaré lors d’une allocution télévisée.

Le président a convoqué le 25 août le responsable de l’ambassade des États-Unis à La Paz, John Creamer, Chargé d’Affaires (plus haute autorité des Etats-Unis en Bolivie à l’heure actuelle depuis le départ de l’ambassadeur), afin qu’il rende des comptes sur le présumé soutien donné aux dirigeants indigènes dans l’actuel conflit social. Morales a clairement laissé entendre que certaines O.N.G.étrangères et représentants de la diplomatie américaine faisaient montre d’ingérence en appuyant les indigènes dans ce conflit visant selon lui à déstabiliser le gouvernement.

« C’est une stratégie de l’impérialisme et des États-Unis qui visent à empêcher l’intégration nationale et provoquer par la même occasion un affrontement entre les peuples natifs », a affirmé le chef de l’État le chef.

Les indigènes amazoniens, de leur côté, craignent que cette construction ait un impact négatif sur l’environnement dans cette réserve naturelle qui est habitée par environ 7.000 individus, dispersés sur 53 communautés indigènes et qui abrite en son sein 714 espèces animales et plus de 400 espèces de fleurs. Les scientifiques estiment également que près de 3.000 espèces de plantes n’ont pas encore été répertoriées à ce jour. Outre le danger sur l’environnement lié à la déforestation (et l’impact sur la faune et la flore), beaucoup des opposants pensent que la route pourrait favoriser le narcotrafic.

Les tensions entre le président et les diplomates nord-américains surviennent alors que le gouvernement a annoncé qu’il signera dans les prochains jours un accord avec Washington pour relancer les relations diplomatiques bilatérales rompues en 2008 suites à une ingérence présumée des États-Unis dans la gestion interne du pays.

Le dirigeant de la Confédération des peuples indigènes de l’Oriente (Cidob), Ernesto Sánchez, a déclaré que les dénonciations calomnieuses du président ne cherchaient qu’à déprécier la marche contestataire, en précisant que celle-ci se poursuivrait jusqu’à La Paz, et qu’il restait encore aux protestataires 400 km à effectuer à pied pour atteindre leur objectif. Il a tenu à souligner qu’un jeune garçon indigène résidant dans le parc et qui soutenait la marche était mort dans la ville de Trinidad, après avoir été blessé en tombant d’un camion qui apportait des vivres aux indigènes. Selon les leaders, l’adolescent de 13 ans, Pedro Moyenosa n’a pu survivre malgré deux opérations chirurgicales subies dans la ville même de Trinidad.

Les États-Unis ont nié dès lundi 23 août toute forme d’implication dans le mouvement protestataire mené par certaines communautés. « Nous souhaitons souligner que ni l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie ni toute autre instance du gouvernement nord-américain n’a apporté un quelconque soutien à la protestation indigène », a déclaré le secrétariat des États-Unis à La Paz via un communiqué de presse qui stipulait également : « L’ambassade des Etats-Unis comme n’importe quelle délégation diplomatique en Bolivie, maintient le dialogue avec les différents secteurs de la société bolivienne. Ce dialogue est le travail quotidien des diplomates, c’est quelque chose de courant et d’approprié." L’ambassade ne nie donc pas avoir eu des contacts mais réfute toute idée d’une manipulation politique.

Morales est convaincu que les indigènes reçoivent le soutien financier de l’Agence de coopération nord-américaine (Usaid) pour mener à bien leur mouvement.

La construction de la route suscite des dissensions internes, certains cultivateurs de coca (la Federación de de Cocaleros Yungas Chapare), et plusieurs communautés indigènes ont prévu de prouver leur soutien au projet du gouvernement en manifestant le 25 août dans la région de Ichoa (département de Cochabamba). L’annonce a été faite par le secrétaire général de la Fédération du Tropique, Mario Castillo qui souhaite que les « bienfaits » liés à la construction de cette route soient mis en avant à cette occasion.

Olà, Rio + 20 Hervé Kempf Reporterre 2011/09/07 Hervé Kempf (7 septembre 2011) Olà, Rio + 20. Reporterre. Tribune — fr

Olà, Rio + 20

L’événement de 2012 ? Rio + 20, alias conférence des Nations unies pour le développement durable, qui se tiendra à Rio de Janeiro en juin 2012. Une méga conférence de plus - et alors ?

Alors ? Depuis quarante ans, les Sommets de la Terre ont servi de révélateurs de la conscience collective mondiale. Si les résultats en paraissent décevants, ils n’en sont pas moins réels, en fournissant à toutes les nations un langage commun et, souvent, des logiques communes d’action.

D’abord, il y eut Stockholm, en 1972 : pour la première fois à cette échelle était lancée l’alerte sur la dégradation rapide de l’écologie mondiale. Mais l’environnement allait-il faire oublier le développement ? Le rapport Brundtland, en 1987, répondait efficacement, en popularisant les concepts de « développement soutenable » et du droit des générations futures. Et, en 1992, le Sommet de la Terre de Rio connaissait un éclat retentissant. L’époque était à l’optimisme, la chute du mur de Berlin permettant d’envisager un monde libéré de la course aux armements. Deux traités importants, sur le climat et sur la biodiversité, étaient signés : l’énergie et l’alimentation entraient dans le champ de la politique internationale.

Mais à Johannesburg, en 2002, on déchanta. Les pays du Nord n’avaient pas assumé leurs responsabilités en n’orientant pas les ressources libérées par la lutte contre l’Union soviétique vers les pays en développement. On se trouvait aussi à l’apogée de l’idéologie néolibérale : l’idée dominante était que, plutôt que les Etats, les entreprises et le marché résoudraient les problèmes.

2012 : les vagues promesses de Johannesburg se sont évanouies. Entreprises, banques et marché ne sont pas les solutions, mais plutôt le problème. L’heure est au retour des Etats, de la régulation, de l’action publique. Et alors que la crise écologique est toujours plus prononcée, la responsabilité s’est élargie : on ne peut plus mettre toute la charge sur le dos des pays riches. Le poids de la Chine ne lui permet plus de s’abstraire du jeu.

Deux thèmes dominent la préparation de Rio + 20 : l’« économie verte » et la réforme des institutions internationales. Les débats sont vifs : l’économie verte est-elle le nouvel habit du capitalisme, n’oublie-t-on pas en chemin le développement durable, l’ONU est-elle l’enceinte adéquate ?

Et de nouveaux thèmes sont discutés, comme la lutte contre les inégalités - et pas seulement contre la pauvreté -, la réforme de l’indicateur du produit intérieur brut (PIB), les taxes sur le carbone, la correction du libre-échange pour tenir compte de l’environnement. Oui, Rio + 20 sera important.

Si, maintenir l’euro est un bon choix pour l’Europe Immanuel Wallerstein Reporterre 2011/09/08 Immanuel Wallerstein (8 septembre 2011) Si, maintenir l’euro est un bon choix pour l’Europe. Reporterre. Tribune — fr

Si, maintenir l’euro est un bon choix pour l’Europe

« Un effondrement de la zone euro aurait signé la disparation de l’Europe occidentale en tant qu’acteur majeur du système interétatique. Et il aurait renforcé le dollar à un moment où celui-ci a besoin de toute l’aide qu’il peut recevoir. »

La ligne officielle consiste presque partout à dire que l’économie-monde va bientôt reprendre des couleurs pourvu que l’on fasse ceci ou cela. La réalité, c’est que personne, ni les gouvernements, ni les mégabanques, ni même les économistes bornés, n’y croit vraiment.

Le monde se trouve dans une dépression, sur le point de basculer dans un krach majeur. Personne, nulle part, n’en sortira indemne, même si quelques chanceux arriveront encore à en tirer financièrement profit. La préoccupation première de chaque gouvernement n’est pas de savoir comment s’en sortir bien mais de savoir comment s’en sortir moins mal que les autres.

La presse du monde entier a focalisé son attention sur les débats très publics qui ont eu lieu aux Etats-Unis, dans la zone euro, mais aussi, oui, en Chine. Cela ne signifie pas que d’autres pays, grands ou petits, apparemment en croissance ou manifestement stagnants, ne soient pas tout aussi concernés, tout en disposant de moins de marges de manœuvre que les principaux acteurs.

En juillet, dans une atmosphère dramatique, la zone euro a semblé adopter une sorte de compromis politique bricolé. Permettra-t-il à l’Union européenne (UE) de s’en sortir « moins mal » que ses nombreux concurrents compétiteurs ? A mon avis, ce pourrait être le cas. Mais, pour comprendre ce qui s’est réellement passé, il faut aller au-delà des décisions économiques compliquées qui ont été prises. Personne ne semble du même avis sur ce qui a réellement été adopté et encore moins sur le fait de savoir si cet accord produira un effet bénéfique pour la résolution des dilemmes économiques qu’affrontent les pays de la zone euro.

Le compromis adopté lors du Sommet extraordinaire de la zone euro du 21 juillet fut politique, pas économique. Ses principales conséquences seront politiques. Ce que les pays de la zone euro ont réussi à faire, c’est sauver l’euro en tant que monnaie unique. Certains trouvent cela merveilleux, d’autres pensent qu’il s’agit d’une catastrophe. Mais le fait est qu’ils l’ont sauvé. Dans le contexte des luttes géopolitiques en cours dans le monde, cela permettra à l’Europe de rester un acteur majeur.

Carsten Volkery, dans Der Spiegel, a résumé ces décisions de la façon suivante : « Les dirigeants européens ont réussi à faire passer [le 21 juillet] un deuxième plan de sauvetage pour renflouer une Grèce endettée qui inclut un niveau de participation du secteur privé étonnamment élevé. Le « pare-balles » de la zone euro a, en outre, été doté de nouveaux pouvoirs qui lui donnent l’air suspect d’un FMI européen ».

Le débat économique préalable sur la dette grecque (et celle d’autres pays de la zone euro) comportait tous les ingrédients habituels. A une extrémité se trouvaient ceux qui prêchaient une foi intégrale dans le « marché », quelles qu’en fussent les conséquences. Les plus extrémistes voulaient expulser la Grèce de la zone euro (ce qui, juridiquement, semble quasi impossible). A l’autre extrémité se trouvaient ceux qui prêchaient une solidarité de type néo-keynésienne qui allait permettre de (re)créer une demande effective. Autrement dit, ceux qui proposaient un « mini plan Marshall ».

Le problème politique sous-jacent renvoyait à la politique intérieure de différents pays. Une solution keynésienne était extrêmement impopulaire en Allemagne et Mme Merkel avait quelques raisons de craindre une débâcle électorale si jamais elle se lançait dans cette aventure. Une solution néolibérale risquait de provoquer une sérieuse agitation sociale en Grèce, en Espagne et, au total, dans de nombreux autres pays. Le grand conciliateur ne fut autre que le président français Nicolas Sarkozy qui batailla en faveur de nouvelles prérogatives pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et célébra ensuite publiquement les débuts de ce qu’il a qualifié de Fonds monétaire européen. Mme Merkel a convenu que la comparaison n’était pas totalement sans fondement.

Mme Merkel a obtenu la concession qu’elle désirait : l’implication des investisseurs privés. Et la Banque centrale européenne (BCE) a finalement aussi accepté de lui donner sa bénédiction. Le FESF pourra émettre ses propres obligations : celles-ci pourront être obtenues en échange d’obligations grecques pour ceux qui en détiennent, et leurs taux seront vraisemblablement plus faibles. Par la voix de sa nouvelle directrice générale Christine Lagarde, le FMI a admis que l’effet de tout ceci serait positif pour tout le monde. Ce nouvel accord, naturellement, permet au FMI d’être moins impliqué à un moment où ses propres ressources sont mises à rude épreuve. Même la Grande-Bretagne, pourtant en-dehors de la zone euro, a salué ce compromis.

Est-ce là le coup de baguette magique qui va « sauver » l’Europe ? Pas du tout. Premièrement, il y a toujours des acteurs dont l’objectif est de détruire ce compromis. Et on ignore quelles seront ses conséquences électorales.

Pourquoi Nicolas Sarkozy, l’héritier post-gaulliste de De Gaulle, est-il devenu l’architecte d’un compromis qui a rapproché l’Europe d’une structure de gouvernance commune ? Pour deux vraies raisons. D’un côté, après une série de revers politiques, une réussite en politique étrangère est toujours bonne à prendre pour son image en vue des prochaines élections. Les sondages français indiquent que sa popularité a remonté.

La seconde raison, quant à elle, s’inscrit dans un registre de type gaulliste. De Gaulle s’opposait à plus de fédéralisme en Europe car il estimait que cela servait les intérêts américains au détriment des intérêts de la France. Mais aujourd’hui, plus de « fédéralisme » en Europe sert les intérêts de l’Europe (et de la France) au détriment des intérêts américains. Un effondrement de la zone euro aurait signé la disparation de l’Europe occidentale en tant qu’acteur majeur du système interétatique. Et il aurait renforcé le dollar à un moment où celui-ci a besoin de toute l’aide qu’il peut recevoir.

Des voix situées à la gauche de la gauche ne cessent de se plaindre que la zone euro est une institution fondamentalement néolibérale qui protège les banques et lèse les « petits ». C’est en grande partie vrai. Ce que je n’ai jamais compris, en revanche, c’est pourquoi l’on s’imagine que la gauche ferait mieux avec une collection d’Etats séparés. Il me semble que si l’Union européenne venait à disparaître, les forces néolibérales en seraient d’autant plus puissantes.

La conclusion est que l’UE et sa zone euro s’en tireront « moins mal » lors de l’effondrement qui s’annonce. Ce n’est peut-être pas glorieux mais, dans le sauve-qui-peut général, l’Europe est au moins assurée d’avoir un canot de sauvetage.

Un acteur du commerce équitable interpellé par l’Etat israélien Andines Reporterre 2011/09/08 Andines (8 septembre 2011) Un acteur du commerce équitable interpellé par l’Etat israélien. Reporterre. fr

Un acteur du commerce équitable interpellé par l’Etat israélien

Michel Besson travaille à développer les échanges de produits équitables entre la Palestine et la France. Il a été arrêté à sa descente d’avion à Tel Aviv sans motif connu.

Michel Besson, coopérateur et responsable de la filière économique avec la Palestine au sein de la coopérative Andines a été arrêté par la police israélienne à sa descente d’avion lundi 5 septembre à Tel Aviv. Depuis, il est enfermé au centre de rétention de l’aéroport - sans aucune raison valable qui pourrait lui être opposée. Comme tous les ans depuis près de 10 ans, il se rendait en Palestine pour visiter l’ensemble de nos partenaires économiques pour renforcer nos relations et finaliser les commandes d’huile d’olive, de savons, d’artisanat... toujours selon les engagements d’Andines depuis 25 ans dans des démarches de solidarité et d’équité économique.

La décision de l’Etat d’Israël ne vise qu’à intimider l’ensemble des partenaires travaillant avec les Palestiniens, que ce soit au niveau social, culturel ou économique et à isoler de plus en plus la population palestinienne de la société internationale. Ce n’est certainement pas par cette attitude qu’une paix juste et durable pourra se construire. Nous demandons au gouvernement français que Michel Besson soit libéré immédiatement pour se rendre auprès de l’ensemble de nos partenaires pour faire son travail normalement.

Nous remercions vivement chacune des personnes qui, depuis lundi matin, sont à nos côtés pour protester contre cette nouvelle atteinte aux droits fondamentaux des peuples et en particulier du peuple palestinien. Soyons de plus en plus nombreux à nous exprimer dans ce sens auprès du ministère des affaires étrangères.

Le terminal méthanier de Dunkerque : une bombe écologique à retardement Nathanaël Rouny (Basta) Reporterre 2011/09/09 Nathanaël Rouny (Basta) (9 septembre 2011) Le terminal méthanier de Dunkerque : une bombe écologique à retardement. Reporterre. fr

Le terminal méthanier de Dunkerque : une bombe écologique à retardement

Le chantier du terminal méthanier de Dunkerque, voulu par Nicolas Sarkozy, coûtera 1,5 milliard d’euros pour une cinquantaine d’emplois directs créés. Une bombe écologique, sur un site industriel déjà à hauts risques, à proximité de la centrale nucléaire de Gravelines. L’utilité du terminal ? Dérisoire, estiment des syndicalistes.

« C’est une folie de PDG ! Pierre Gadonneix, qui était à l’origine du projet en 2006, puis Henri Proglio, son successeur à la tête d’EDF depuis 2009, se sont engagés à construire un terminal méthanier qui ne sert à rien. Il permettra uniquement à EDF de faire du business au niveau européen sur le dos des contribuables français qui vont supporter une grande partie de l’investissement. » Laurent Langlard, porte-parole de la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME-CGT) est très remonté contre le projet du futur terminal méthanier de Dunkerque. Son coût : 1,5 milliard d’euros, selon EDF. « Le gaz arrivera dans ce terminal, via des méthaniers de 350 m de long – les plus grands au monde. Il ne sera pas destiné à la France puisqu’il ne sera pas odorisé, contrairement à ce qu’exige la loi française sur le transport du gaz (l’odorisation du gaz permet de détecter d’éventuelles fuites grâce à l’odeur, ndlr). Il sera donc vendu dans tout le reste de l’Europe, et notamment en Belgique, dans le but unique de faire fonctionner le marché », explique le responsable syndical.

La construction du futur terminal sur 50 hectares du grand port maritime de Dunkerque a été annoncée en grande pompe par Nicolas Sarkozy le 3 mai, lors de sa visite à la centrale nucléaire voisine de Gravelines. Selon EDF, il augmentera d’environ 20% les capacités d’importation du gaz naturel sur le territoire national, . Ce projet permettra au groupe français de diversifier ses approvisionnements pour alimenter ses centrales électriques actuelles et futures. EDF a l’intention d’ouvrir, d’ici à 2012, trois centrales à cycle combiné gaz (CCG) [1] de 1.360 MW en France et une autre centrale CCG de 1.300 MW au Royaume-Uni.

Un chantier pharaonique

Le montage du projet a été laborieux. Son financement est finalement bouclé en juin 2011. EDF, qui « se réserve la possibilité d’accueillir ultérieurement d’autres partenaires financiers ou commerciaux », sera actionnaire à 65% de la société en charge de l’installation industrielle, Dunkerque-LNG, aux côtés du gestionnaire du réseau belge de transport de gaz Fluxys (25%) et du pétrolier Total (10%). « À l’heure où EDF doit investir massivement dans la sûreté de ses réacteurs nucléaires – près de 400 millions d’euros par centrale –, il a sûrement mieux à faire de son argent… », commente Laurent Langlard.

Le chantier du terminal démarrera début 2012. Les travaux préparatoires (accès routier, parking, poste de contrôle) ont déjà commencé. Un tunnel de 3 km reliera la centrale nucléaire de Gravelines et le terminal gazier. Réalisé par le consortium Bessac-Razel-Solétanche, il doit permettre d’utiliser les eaux chaudes produites par la centrale. Bouygues touchera aussi sa part du gâteau en participant à la construction des trois réservoirs de stockage du gaz naturel liquéfié (GNL). D’une capacité de 190.000 m3 chacun, chaque réservoir aura une hauteur de 50 m pour un diamètre de 80 m.

1,5 milliards d’euros pour 50 emplois directs créés

Dix-sept terminaux méthaniers sont actuellement en service en Europe, dont trois en France : Fos-Tonkin et Fos-Cavaou à Fos-sur-Mer, près de Marseille, et à Montoir-de-Bretagne, dans la périphérie de Saint-Nazaire. Avec le terminal méthanier de Dunkerque, EDF se lance pour la première fois dans l’exploitation d’une installation gazière. D’après la Commission de régulation de l’énergie (CRE), deux autres terminaux sont en projet dans l’Hexagone : Antifer, dans le port du Havre, et Fos-Faster, à Fos-sur-Mer.

S’il est d’ores et déjà sur les rails, le projet voulu par l’État et EDF laisse néanmoins quelques questions en suspens. La première : combien d’emplois directs créera le futur terminal de Dunkerque, dans une zone socialement sinistrée par la désindustrialisation, avec notamment le projet de fermeture de la raffinerie des Flandres de Total ? Réponse : « On parle d’une cinquantaine, alors que la raffinerie employait près de 600 personnes », répond Jean Sename, président de l’Assemblée pour la défense de l’environnement du littoral Flandre-Artois (Adelfa). « C’est un investissement industriel qui n’est absolument pas porteur en termes d’emplois. Les dockers n’y travailleront même pas. »

Une partie des salariés de la raffinerie de Total sera reconvertie au sein du terminal méthanier. Mais « faire des pétroliers des gaziers, cela ne va pas de soi, rétorque Jean Sename. Il n’y pas vraiment d’enthousiasme de la part des raffineurs pour aller travailler sur une technologie qu’ils ne connaissent pas. Et le chantier de construction, pour lequel 1.850 ouvriers et sous-traitants seront mobilisés durant trois ans, ne résoudra pas le problème de façon pérenne. »

Le terminal méthanier sera le 14e site classé Seveso de Dunkerque. La proximité de la centrale nucléaire de Gravelines, l’une des plus puissantes d’Europe avec ses six réacteurs, pose également bon nombre d’interrogations. Qu’adviendra-t-il en cas d’incident voire d’accident nucléaire ? « À Fukushima, toute activité a cessé sur au moins 20 kilomètres à la ronde », rappelle le président de l’Adelfa. Par ailleurs, les concepteurs du projet ont émis le souhait d’utiliser les eaux chaudes rejetées par la centrale pour regazéifier le GNL qui arrivera par méthaniers à une température de –162°C. Un tunnel de trois kilomètres de long est envisagé entre les deux sites. « Sur le papier, l’idée est bonne, fait savoir Jean Sename. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’a toujours pas donné son feu vert. Des garanties en termes de sécurité doivent encore être apportées, notamment car le sous-sol de l’avant-port Ouest est composé d’argiles particulièrement instables. De plus, EDF n’est pas forcément favorable à ce qu’un tunnelier débouche dans ses installations »

Le futur terminal méthanier ne disposera en outre que d’un seul accès routier, via l’écluse des Dunes. « Même si la voie sera doublée, cette situation n’est pas acceptable, car elle est contraire à la législation qui prévoit deux accès distincts pour un site classé Seveso seuil haut ! », affirme le président de l’Adelfa. Autre point sensible pour l’association écologiste : les opérations de dragage, qui permettront d’atteindre le tirant d’eau suffisant, seront effectuées au large dans une zone Natura 2000. Entre 3,5 et 5 millions de mètres cubes de sable et de vase seront déplacés. « Le risque de submersion marine n’est pas non plus à exclure », glisse Jean Sename.

Le manque de concertation des politiques énergétiques

Les élus ont désormais rejoint les associations écologistes et la population locale pour critiquer le projet. Car la suppression de la taxe professionnelle ne leur permettra pas de bénéficier des retombées financières de l’installation. Encouragée par le précédent du terminal de Fos-Cavaou, dont le projet a été gelé durant six mois, l’Adelfa a posé un recours en annulation devant le tribunal administratif contre la décision d’autorisation préfectorale.

« Si les besoins d’approvisionnement de la France étaient avérés, le développement des terminaux de GDF à Montoir-de-Bretagne et à Fos-Cavaou pourraient largement y répondre par la seule construction d’un réservoir et quelques aménagements, doublant ainsi leur capacité », écrit la FNME-CGT dans un communiqué. « Ce projet est la démonstration qu’il n’y a pas de politique énergétique concertée au niveau national. C’est pourquoi, nous souhaitons vivement un pôle public de l’énergie où tous les acteurs concernés seraient en mesure de décider, au niveau national, des investissements à réaliser », suggère Laurent Langlard. Et le syndicaliste de conclure : « Avec de tels projets, il ne faut pas s’étonner que le prix du gaz augmente. Et ça ne va pas s’arrêter ! »

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Note

[1] Les centrales à cycle combiné utilisent le gaz naturel comme combustible dans un système de production d’électricité.

Malades des objets, objets malades Fabrice Nicolino Reporterre 2011/09/09 Fabrice Nicolino (9 septembre 2011) Malades des objets, objets malades. Reporterre. Tribune — fr

Malades des objets, objets malades

« Pourquoi le mouvement écologiste ne s’en prend-il pas aux objets eux-mêmes ? ». Auparavant, on réparait. Et aujourd’hui, on pourrait concevoir les objets pour qu’il ne soit pas nécessaire de les jeter quand un de leurs composants tombe en panne.

Lorsque j’étais un mioche, quand j’avais onze ans, un poste de télévision trônait chez moi, sur un meuble kitsch, qui nous regardait du matin au soir. Antédiluvien. Reptilien et tentateur. J’ai alors mangé tellement d’émissions que j’ai dépassé la dose tolérable, et que je me suis définitivement débranché. Mais tel n’est pas le sujet du jour.

Ce poste antique était doté d’entrailles intéressantes. On enlevait le capot fatigué, et l’on regardait briller les lampes et le tube cathodique. Mais parfois, l’image sautillait avant que de s’enfuir chez le voisin, et le drame pointait son mufle. Car déjà, la télé tenait la maison, et ce qui m’a servi de famille. Sans elle, l’angoisse n’était jamais bien loin. Il fallait donc appeler le réparateur.

Quel merveilleux homme ! Il arrivait avec une mallette plus grosse que celle du médecin, allumait le monstre malade, ouvrait bien sûr le capot, et là, je n’aurais cédé ma place à personne. Non, n’insistez pas : à personne. J’étais derrière le maître, lui-même posté à mains nues contre le dos de l’animal souffrant, et nous observions ensemble la bête.

Tout brillait pourtant, à première vue en tout cas. C’est-à-dire que je n’y comprenais rien. La petite lumière fragile cachée dans chaque lampe me semblait y être, partout. Heureusement, le réparateur connaissait la litanie des pannes, et avait tôt fait de débusquer l’absente, la défunte. Une seule lampe manquait à l’appel de la lumière, et le monde en était dépeuplé. L’homme ouvrait sa mallette, y piochait une lampe neuve, faisait l’échange en une grosse seconde, et la télé recommençait à cracher du Pierre Sabbagh (vous les petits jeunes qui ne connaissez pas ce dernier, inutile de tempêter, cela n’en vaut pas la peine, juré).

Aussi étrange que cela paraisse, ce souvenir des temps enfuis a un rapport de taille avec la crise écologique. Car il me permet de comprendre un peu mieux le moment stupéfiant que nous vivons. Quand j’étais un gosse, on réparait, amis de ce blog. Je passais des heures à traquer les bouteilles en verre vide dans les rues, de manière à les rapporter à la mère Noël - notre épicière - qui me donnait un franc pour chaque. Car ces bouteilles étaient consignées. Elles valaient. Et un type faisait la tournée de la ville pour charger dans son petit camion les montagnes de caisses remplies de bouteilles. Le verre n’était pas détruit, il servirait à de nouvelles beuveries.

On voit bien la marche du progrès. De nos jours, nous jetons rigoureusement tout, de plus en plus vite. De plus en plus radicalement. L’univers de l’industrie, je ne vous apprends rien, est celui de l’obsolescence organisée. Il faut tuer l’objet pour qu’il renaisse encore plus beau, plus jeune, plus fun. Essayez donc - je suppose que vous avez essayé - de sauver une machine à laver mal en point. Trois fois sur quatre, telle est en tout cas mon expérience, l’homme de l’art que vous aurez osé déranger aura un rictus. Non seulement vous paierez son déplacement en carrosse, et les menus frais afférents à l’équipage, mais vous devrez acheter un nouvel engin.

Je vais vous confier un secret affolant : cela pourrait se passer autrement. Oui, on pourrait aisément organiser la production d’objets d’une manière toute différente. Prenons l’exemple de la bagnole. Je pense que ce mode de transport, sous sa forme individuelle, est condamné. N’importe : pour l’heure, cette saloperie existe. Or rien n’empêche, techniquement, de concevoir une auto sous la forme de modules. De boîtes ultrasimplifiées contenant l’essentiel de la machine. Disons 15 pour le seul moteur. Chacune dotée d’une prise minuscule dans laquelle nous glisserions un vérificateur coûtant par exemple un euro.

Il nous renseignerait sur l’état du module et nous permettrait aisément de changer ce qui doit l’être, tout comme faisait le réparateur télé de mon enfance. Des magasins installés dans les quartiers permettraient de s’approvisionner à bas prix et de conserver une voiture disons cinquante ans. Ce ne serait certes pas la révolution, seulement une modification sérieuse du niveau de gaspillage voulu et même ordonné.

On pourrait faire de même avec la totalité des objets usuels, ce qui nous rendrait fatalement plus maîtres de nos vies, plus économes, plus malins, et sûrement pas plus malheureux. Sûrement pas. Les marchands n’auraient plus cette liberté infâme de rendre les ordinateurs obsolètes au bout de quelques mois d’usage, et les Chinois n’auraient plus l’obligation inouïe (ici, un petit film) de patauger dans nos déchets électroniques.

Ma petite question du jour, la voici : pourquoi le mouvement écologiste ne s’en prend-il pas aux objets eux-mêmes ? À cette manière qu’a l’industrie de les concevoir, de les emballer, de les détruire à peine mis sur le marché ? Pourquoi le mouvement des consommateurs est-il à ce point incapable de poser les bonnes questions ? Pourquoi cette acceptation sans condition de la publicité, reine-mère du mensonge social ? Pourquoi le téléphone portable est-il devenu en quinze ans ce si rutilant objet du désir commun ? Pourquoi sommes-nous à ce point inertes ?

Peut-être aurez-vous une réponse à l’une au moins de ces questions ? Dans ce cas, n’hésitez pas à éclairer ma toute modeste lanterne. Et si, comme je le crains, vous n’en savez pas beaucoup plus que moi, eh bien, allons derechef nous allonger dans le hamac. C’est encore l’été, il me semble.

La lutte contre les Grands projets inutiles s’organise en Europe Acipa Reporterre 2011/09/10 Acipa (10 septembre 2011) La lutte contre les Grands projets inutiles s’organise en Europe. Reporterre. fr

La lutte contre les Grands projets inutiles s’organise en Europe

Partout en Europe, des grands projets inutiles et coûteux sont imposés aux citoyens. Une réunion en Italie a réuni les associations opposées à dix grands projets d’infrastructures en France, en Italie, en Irlande, en Espagne et en Allemagne.

Devant la prolifération de grands projets d’infrastructures en Europe, le mouvement italien No Tav (en lutte contre un projet de LGV entre Lyon et Turin) a organisé en Italie le premier forum contre les Grands Projets Inutiles (Venaus-Busseleno, Val de Susa) du 26 au 30 août 2011. Une délégation de l’ACIPA a été invitée à y intervenir.

300 participants venus d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, de France ou d’Irlande ont débattu de 10 grands projets européens, qui sont à l’origine d’importants mouvements d’opposition (Val de Susa, Pays basque, Frioul, Abruzzes, Marches, Ombrie, Stuttgart, Nantes-Notre-Dame-des-Landes, Barcelone, Florence, Asti, Turin, Mayo (Irlande) et Gênes).

Les participants ont constaté que dans tous ces pays, des projets de LGV, d’infrastructures ferroviaires, d’autoroutes, d’aéroports, de plateformes pétrolières et de gazoducs sont planifiés sans réelle concertation avec la population. Ces projets servent en premier lieu les intérêts de quelques banques et grandes entreprises privées ainsi que de politiciens. Ce faisant, des milliards d’euros sont gaspillés au détriment d’investissements utiles pour la population. Souvent l’environnement est irrévocablement saccagé, le patrimoine détruit.

Partout, les citoyens ont la volonté de s’engager, de proposer des solutions alternatives, mais on ne leur reconnaît pas ce droit démocratique. Leurs manifestations et leurs actions de résistance sont souvent criminalisées (gaz lacrymogène et violence contre les opposants, arrestations, procès en série, etc...) pour les intimider et les discréditer aux yeux de l’opinion. Mais cela n’affaiblit pas pour autant leur détermination et leur mobilisation.

A l’issue de cette rencontre, les participants ont pris une série de décisions pour se doter d’outils et de moyens communs (site internet et vidéos) pour la convergence de leurs actions, dont la reconduction annuelle de ce Forum dans la perspective d’une participation au Forum Social Mondial de Tunis en 2013 par exemple. Les bases d’une organisation de la 2e journée européenne contre les Grands Projets Inutiles ont été posées (manifestations et actions simultanées dans différents pays et régions). Des actions de solidarité seront entreprises...

Ainsi, la participation de soutien à la manifestation à Paris (prévue en novembre 2011) avec les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Nantes) a été annoncée.

L’art contemporain est-il une arme de l’oligarchie ? Sylvain Loisant Reporterre 2011/09/11 Sylvain Loisant (11 septembre 2011) L’art contemporain est-il une arme de l’oligarchie ?. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

L’art contemporain est-il une arme de l’oligarchie ?

Aux mains des hyper-riches, l’art contemporain et élitiste vise à éteindre la force créative de tout un chacun.

Il existe un enjeu considérable dans le contrôle de l’art : priver l’art et les artistes d’une énergie qui génère une subversion naturelle.

L’art est l’espace de la puissance individuelle, ce contrôle est donc une attaque directe contre la force créative de tous les humains

Contrôler mais Pourquoi ?

Parce que l’homme qui illumine sa vie grâce à la pratique d’un art accède à une certaine autonomie. Non pas de cet art de fabrication d’objets (aussi beaux soient-ils), non pas de cet art référencé « officiellement » par l’idéologie du moment, non pas de cet art publicitaire et commercial, mais de l’art qui implique une mise en mouvement de la sensibilité, de l’observation, et de la quête d’un équilibre en toute chose dans notre environnement extérieur et intérieur. La démarche artistique est avant toute chose un art de vivre qui fait naître une civilisation équilibrée et naturellement intégrée.

La pratique artistique est le moyen d’incarner cet art de vivre dans des œuvres de l’esprit, mais avec un corps : l’oeuvre. Les oeuvres que nous réalisons sont importantes comme témoin de cet art de vivre.

L’art procure à l’individu une réappropriation complète ou partielle de son corps. Il met en mouvement des facultés mentales et spirituelles individuelles. Il donne un regard particulier à ceux qui, sans lui, ne vivraient que dans des routines ou la pensée unique.

L’art permet le partage de cet art de vivre grâce à l’interface que représentent les œuvres. Celles-ci sont des portes qui ouvrent sur une relation humaine merveilleuse faite de connaissance, de contemplation, de plaisir esthétique, d’apprentissage, d’exemplarité…..

L’art peut procurer l’autonomie dans un premier temps et …….. la liberté dans un deuxième temps : c’est évidemment ce dont ne veut pas l’oligarchie.

Comment l’oligarchie contrôle-t-elle et endigue-t-elle la puissance artistique naturelle de l’humanité ?

En créant un artifice complexe : l’art contemporain.

La puissante et dangereuse attaque de l’art contemporain a pour but :

- 1-La destruction de l’art et du métier d’artiste :

Le métier d’artiste : les qualités communément reconnues à l’artiste (sensibilité sens de l’observation, spontanéité etc.) ont toujours eu besoin pour s’exprimer d’un savoir-faire. Ce savoir-faire implique un apprentissage, une pratique, une présentation directe au public.

Ce savoir-faire est articulé sur une accumulation de connaissances et de matériaux qui ont traversé les siècles. L’artiste créateur idéalisé aujourd’hui est une sorte de demi-dieu séparé du monde et des humains authentiques. Au cours des siècles « l’artiste artisan » était au contraire immergé dans la société dans laquelle il jouait un rôle d’harmonisation.

Lentement mais sûrement, au cours des siècles, l’art a progressivement quitté l’artisanat. Après un dernier baroud d’honneur à la fin du XIXe siècle avec le formidable mouvement de l’Art nouveau, les politiques, les financiers ont profité de la première guerre mondiale pour user le dernier lien qui existait entre les productions d’objets et l’art en invoquant la modernité : dorénavant, le monde ne sera plus un organisme vivant (dans lequel la beauté, l’art ; l’équilibre jouent un rôle central), il sera une machine rationalisée à l’extrême. Ce travail sera achevé par la deuxième guerre mondiale.

- 2-La destruction de l’œuvre par une valorisation arbitraire :

La financiarisation des œuvres : en amenant jusqu’à la folie la spéculation dans l’art, les riches ajoutent un paramètre très perturbant dans les consciences : la dimension sensible, le rôle relationnel de l’art est ringardisé par la disproportion de la « valeur ». Il y a les œuvres à 1000 euros et celles du monde des dieux à plusieurs millions. Jeff Kons avec un homard en plastique à 16 000 000 d’euros crée un séisme dans l’esprit d’un brave gars qui gagne le SMIC. Un peu comme lorsque celui-ci voit une personne qui lui ressemble gagner 118 millions d’euros à l’euro million. Nous sommes dans la stratégie du choc décrite par Naomie Klein. L’art perd son rôle de boussole culturelle, il perd son rôle nutritif, et la population affamée tourne en rond désemparée, désorientée. La Pub va pouvoir enfin remplacer ces vieux trucs et montrer la voie du bonheur et du monde nouveau.

- 3-La constitution de héros-artistes contemporains :

Il ne suffit pas de démolir un processus sain, il faut aussi le remplacer par quelque chose qui sert les intérêts de l’oligarchie.

Les créateurs dits contemporains définissent officiellement leurs actions comme « la négation de ce qui est, et la lutte contre ce qui est ». Ils tentent de donner l’image de la liberté, l’image de la modernité (qu’ils appellent même « avant-garde »), en fait, l’image d’une spiritualité égotique qui rappelle les dieux de l’Olympe, sans préciser qu’elle est totalement matérialiste. Mais cela marche : de peur d’être ringardisés la plupart des gens se sont détournés de l’art. Cerné par les écrans, par le divertissement sans art, par des objets sans art, par un temps sans art (privé de contemplation), l’homme sans art ne sait même plus ce qu’est une vie riche, créative. Ce processus terrible se passe dans une inconscience généralisée

C’est donc une rupture totale avec ce qui fonde nos civilisations, nos savoir-faire. Cette abstraction désincarnée, en prise directe avec la fascination symbolique de la célébrité et de l’argent engendre une destruction radicale de la conscience humaine. Tout en faisant croire que l’art existe toujours, l’oligarchie tente (et y arrive souvent) de priver progressivement l’humanité du sens du beau, de l’unité, de l’envie d’apprendre, de transmettre, et de la joie de partager. L’œuvre ce mot convient-il ? Disparaît derrière un système de représentations codifiées appelées : « création ».

Ils ont fait une image fantôme de l’art qui ne nourrit pas plus les esprits humains que la photo d’une pizza ne nourrit les corps. Il remplit les estomacs d’une fausse nourriture sans aucun élément nutritif. Pire, la vraie nourriture saine devient inaccessible, et les classes pauvres ne sauront même plus qu’elle existe. Voilà le véritable enjeu ! La population est enfin prête en profondeur à aimer la servitude volontaire par émasculation et vampirisation de son énergie vitale.

Cela représente le graal de l’oligarchie, qui croit que lorsqu’elle aura coupé les ailes créatives des hommes et empêché tout lien par la sensibilité entre eux, elle pourra garder éternellement son terrain de jeu (la terre et ses richesses) à disposition.

Le plus drôle, c’est que l’oligarchie se délecte dans cet art dont elle prive les populations.

Que pouvons-nous faire pour résister à cette attaque ?

- Inciter nos contemporains à pratiquer les arts et la culture (heureusement, il y a encore des millions de personnes qui jouent de la musique, peignent, dansent, jardinent, cuisinent…..) . Une culture sans pratique n’est qu’une poubelle d’information. Le spectacle de l’art n’a de sens que s’il complète la pratique. Car l’art n’est pas un objet de consommation

- Dénoncer l’imposture de l’histoire de l’art qui est une sorte de cadre sclérosant (toujours écrit par ceux qui tirent les ficelles). Les maîtres de l’histoire de l’art se présentent comme une autorité devant laquelle la plupart des gens se soumettent.

- Refuser la classification hiérarchique indiquée par la valeur économique.

- Agir avec notre sensibilité et notre savoir et envie de faire (quel que soit notre niveau) pour rendre notre environnement plus équilibré, plus beau.

- Partager notre passion avec les autres et surtout l’enseigner.

La révolution sera artistique. Par le regard artistique, les activités les plus techniques et apparemment rébarbatives peuvent devenir fluides et vivantes.

La pratique artistique ne coûte pas cher c’est là son principal défaut. Nul besoin d’être Paco de Lucia pour être heureux avec une guitare, Nul besoin d’être Léonard pour peindre (même mal) avec une joie immense : un désuet paysage, un portrait « un peu ressemblant ».

Et si comme maître Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, nous étions bien plus artiste que nous le croyons (ou plutôt que l’on a voulu nous faire croire) ?

Me revient en mémoire le regard attentif et joyeux d’une vieille dame qui dosait les ingrédients d’une soupe de légumes, après avoir lentement caressé ces mêmes légumes. Cela a représenté un moment théâtral, pictural, odorant, musical d’exception.

A mes visiteurs et à mes élèves, j’aime dire : Sans doute plus peintre que vous, je ne suis pas plus artiste que vous. En faisant le premier pas sur le chemin de la pratique de l’art (de vivre), vous commencez à rendre le monde meilleur et libre, quelles que soient vos oeuvres.

La perte des valeurs portées par les pratiques artistiques naturelles, représente une menace majeure pour l’humanité. Ce processus de privatisation de l’organisation de l’art et de la culture est aussi grave que la privatisation de la monnaie par la FED et la BCE. C’est pour l’oligarchie une approche de domination supplémentaire.

Il est urgent de démondialiser l’économie Aquino Morelle Reporterre 2011/09/12 Aquino Morelle (12 septembre 2011) Il est urgent de démondialiser l’économie. Reporterre. Tribune — fr

Il est urgent de démondialiser l’économie

« Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples cèderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. »

La « démondialisation » est au cœur des primaires de la gauche et sera au centre de la prochaine élection présidentielle. La convergence et la virulence des attaques dont ce projet politique fait l’objet, en particulier les points de vue critiques publiés récemment par Zaki Laïdi, Pascal Lamy et Pierre Lellouche, est un indice de l’inquiétude qu’il suscite chez les tenants du libéralisme.

Leur thèse est connue : la mondialisation serait un phénomène inéluctable, parce que provoqué par des mutations technologiques irréversibles – « le porte-conteneurs et Internet », pour reprendre les mots de Pascal Lamy. De surcroît, l’économie mondiale aurait atteint un tel degré d’intrication que les notions d’exportation et d’importations en seraient devenues caduques. Considérée comme l’horizon indépassable de l’Humanité, la mondialisation impliquerait « l’adaptation » des économies et des sociétés nationales. Seule la « régulation » permettrait de « maîtriser » ses « excès ».

Quant aux millions de femmes et d’hommes que la mondialisation désespère – chômeurs au Nord, esclaves au Sud et à l’Est - ils n’auraient qu’à prendre leur mal en patience, ses bienfaits supposés devant nécessairement se faire sentir « à long terme ». Sacralisée à l’instar d’une loi de la Nature, la mondialisation s’imposerait donc aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une « absurdité » (Zaki Laïdi), une « illusion démagogique », « une fable » (Pierre Lellouche), un « concept réactionnaire » (Pascal Lamy).

Bref, un véritable péché de l’esprit car, pour ses zélateurs, la mondialisation est une visée à la fois téléologique et théologique. Alors rappelons à ces esprits religieux que la loi de la gravitation n’a pas empêché les hommes de construire des avions ni les avions de voler. Les seules lois qui s’imposent à l’homme sont celles de sa raison et de sa volonté. Ce qui a été fait par des hommes peut être corrigé -et pourquoi pas défait ?- par d’autres hommes.

Surtout, si elle tire effectivement une part de sa force de données techniques, la mondialisation est avant tout un projet idéologique pensé, voulu et mis en œuvre avec opiniâtreté par des intellectuels et des responsables politiques, de gauche qui plus est. Le rôle central d’une certaine élite de la gauche française, incarnée par Jacques Delors, Pascal Lamy et Michel Camdessus, dans la conception et la promotion de la mondialisation, a été décortiqué par Rawi Abdelal, professeur à la Harvard Business School, dans Capital Rules : The Construction of Global Finance, (Harvard University Press, 2007). Un livre qu’il serait de salubrité publique de traduire enfin en français et de faire lire au plus grand nombre.

Pénétrés de la supériorité du libre-échange, ces hommes se sont toujours considérés comme des progressistes en lutte conte les conservateurs du « vieux socialisme » dirigiste ; ils persistent dans cette vision des choses : c’est ce qui donne son sens au mot « réactionnaire » dans la bouche de Pascal Lamy. Pour eux, en 1983, le choc de la « contrainte extérieure » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel, l’occasion de faire valoir leurs conceptions en jouant du traumatisme politique qu’a représenté sur le moment cette « fin des illusions ».

Ils ont alors convaincu François Mitterrand de libéraliser la finance. L’année 1983 n’a pas été l’année de la capitulation de la gauche française devant la finance, mais celle de son ralliement à celle-ci ! Un ralliement dont les mots d’ordre auront été « maîtrise » et « régulation ». A partir de 1985, ayant pris la tête de la Commission européenne (Delors et Lamy) et du FMI (Camdessus), ils ont diffusé cette politique de libéralisation financière à l’ensemble de la planète. Par leur habileté politique et leur persévérance, ces « socialistes » français ont réussi à établir ce qu’il est convenu d’appeler le « consensus de Paris ».

C’est ce consensus et non celui de Washington, si souvent décrié, qui a donné l’impulsion à la libéralisation mondiale des mouvements de capitaux. Ces hommes de gauche français ont ainsi créé un nouveau Moloch libéral, qui a dévoré toute la gauche européenne et ouvert à Tony Blair le chemin de sa « Troisième voie ». Voilà ce que nous confirme l’historien américain dans son travail édifiant - quand la recherche universitaire conforte l’analyse politique.

La mondialisation a d’abord été financière : en 1983, Internet n’existait pas et les porte-conteneurs n’encombraient pas les océans. Elle le reste encore aujourd’hui que les flux financiers commandent l’économie. Voir les financiers et leurs complices invoquer le bonheur des peuples du Sud et de l’Est – c’est le rôle du mythe de « l’énorme classe moyenne chinoise » - pour justifier un système qui sert avant tout à les enrichir est un des spectacles les plus obscènes auxquels il nous a été donné d’assister. C’est « le triomphe de la cupidité » dénoncé par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Un triomphe rendu possible non par la démission des hommes politiques de gauche, comme on le croit encore trop souvent, mais par leur consentement !

Financière, la mondialisation, au gré des accords successifs de libre-échange imposés aux peuples à leur insu par cette élite agissante de la gauche libérale, est devenue aussi la mise en concurrence des économies, des salaires, des fiscalités, des protections sociales, des peuples, des hommes, de leurs vies. Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! « Les idées, la connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages : ce sont là des choses qui, par nature, doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible ». Ce sont cette raison et ce sens des réalités humaines soulignés par Keynes que les partisans de la mondialisation ont voulu nous faire perdre. C’est le retour à cette sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation.

Pour ses promoteurs, la mondialisation a toujours été un projet idéologique, le rêve d’un monde enfin débarrassé de la politique, où l’homo oeconomicus aurait définitivement supplanté l’homo sapiens, ce que Jürgen Habermas a résumé par la formule : « La mondialisation, c’est l’effondrement du pouvoir d’achat des bulletins de vote ». Quant à la « mondialisation heureuse », rarement une mystification aussi cynique aura été tentée.

Ce projet a été démasqué et cette mystification dissipée. Les peuples ont compris la véritable nature de la mondialisation et ils retirent leur confiance aux gouvernements –droite et gauche confondues- qui leur ont imposé chômage et austérité en leur promettant des jours meilleurs.

Cette défiance s’exprime dans les taux record d’abstention, dans la poussée de l’extrême droite, dans la colère des paysans brésiliens sans terre ou celle des ouvriers de Continental Clairoix, licenciés pour motif économique et qui ont reçu en 2010 une proposition de reclassement à Bizerte, en Tunisie, pour un salaire mensuel de 260 dinars, soit 137 euros. Les peuples refusent dorénavant d’attendre le « long terme » pour profiter des prétendus bienfaits de la mondialisation, parce qu’ils savent avec Keynes qu’« à long terme, nous serons tous morts ».

Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples cèderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. La démondialisation s’oppose ainsi autant au délire de l’ouverture infinie des marchés détruisant les protections sociales, les industries et les modes de vie, qu’au repli nationaliste et haineux de Marine Le Pen.

Démondialiser, ce n’est pas se retirer du monde, au contraire ; c’est vouloir l’habiter dans la solidarité et l’harmonie. La démondialisation est un projet de modération d’un système financier et économique mondial devenu extrémiste. La démondialisation, c’est la définanciarisation, la démarchandisation et la réorganisation du monde. C’est le projet de construire, avec les pays du Sud et de l’Est, un nouveau système de Bretton-Woods. C’est le keynésianisme du XXIe siècle. Voilà pourquoi la démondialisation est un projet né au Sud et que le mot même a été forgé par le sociologue philippin Walden Bello.

C’est de France que sont nés et partis le tsunami financier et la vague de mondialisation libérale ; et c’est donc de France que le coup d’arrêt devra leur être donné. Pour la gauche, le temps de la confrontation avec la finance, frappée d’hubris, est venu. L’heure de rendre la République plus forte que l’économie a sonné. La démondialisation est une remise à l’endroit de la gauche, cul par-dessus tête depuis la victoire des idées libérales en 1983.

Face à la crise de la mondialisation, le socialisme redistributif, arc-bouté sur l’Etat-providence, est une impasse ; le socialisme de l’accompagnement, infirmier de l’économie libérale, est une imposture ; le socialisme de la transformation, celui qui veut changer les règles de la finance et de l’économie, est désormais un impératif.

« Tout au long des années 2000, les profits de l’économie réelle ont été confisqués par le système financier qui s’est mis à travailler pour son propre compte et celui de ses dirigeants, dans des conditions extravagantes (...) Il va falloir revenir à un concept de mondialisation plus sain et plus réfléchi. La mondialisation des transports, des communications, de l’information est légitime. Mais le risque financier doit rester contrôlé. Il faut en avoir conscience : si l’on ne fait rien, il y aura d’autres crises, sans doute plus graves (…) Le retour au protectionnisme, ce ne sera pas pour cette fois, mais lors de la prochaine crise. D’un seul coup, la logique de la mondialisation apparaîtra alors comme inadaptée. » De qui sont ces propos sans appel ? D’Emmanuel Todd ? D’Arnaud Montebourg ? Non, de Valéry Giscard d’Estaing.

La gauche a le choix : continuer à ânonner le même bréviaire libéral et libre-échangiste –la mondialisation - et alors l’histoire la balaiera ; comprendre ce qui s’est joué à partir de 1983 et faire face à la réalité du monde : elle serait alors fidèle à sa vocation historique et l’avenir pourrait lui sourire à nouveau.

Voiture et maison individuelle sont les mamelles de l’étalement urbain Cécile Cassier (Univers Nature) Reporterre 2011/09/12 Cécile Cassier (Univers Nature) (12 septembre 2011) Voiture et maison individuelle sont les mamelles de l’étalement urbain. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Voiture et maison individuelle sont les mamelles de l’étalement urbain

« La France est la championne des infrastructures routières en Europe. De même, les dispositifs d’aides au financement du logement (de type Scellier, PTZ + etc.) favorisent la construction en milieu diffus. »

Symbole d’accession à la propriété, la maison individuelle est très prisée par les ménages français. Cet engouement a généré un développement périurbain, ou « étalement urbain », à l’origine de l’accaparement d’espaces naturels ou agricoles et de la multiplication des déplacements. De fait, selon un récent rapport de Réseau Action Climat (RAC), l’envolée des prix du foncier est moins responsable de l’étalement spatial des agglomérations que le développement de l’automobile et la prédilection pour l’habitat individuel.

En terme d’impacts environnementaux, les émissions liées à la mobilité locale ont progressé de 17 % entre 1994 et 2008, soit près de trois fois plus que l’augmentation de la population. L’artificialisation des sols (1), et plus particulièrement la disparition des prairies permanentes, réduit également les capacités de stockage du carbone dans les sols. En fragmentant les habitats naturels et en isolant les populations, elle fragilise également la biodiversité. Dès lors, les écosystèmes en sont affectés et se montrent moins résistants face aux bouleversements climatiques.

L’étalement urbain contribue notamment à augmenter le risque d’inondation. D’une part, l’imperméabilisation des sols amplifie le ruissellement des eaux de pluies, augmentant le niveau des crues. D’autre part, la course à la construction gagne les zones inondables. Entre 1999 et 2006, l’augmentation du nombre de logements en zone inondable atteignait 8 %, soit autant qu’en dehors de ces zones à risques. Le littoral est, lui aussi, soumis à une forte pression, en particulier sur les côtes atlantiques et méditerranéennes. Entre 2000 et 2006, le taux d’artificialisation des communes littorales était ainsi le double de celui de la moyenne hexagonale.

Le secteur agricole est, lui aussi, fortement affecté par le phénomène d’étalement urbain. En France, entre 1960 et 2009, la surface agricole utile (SAU) a diminué d’environ 15 %, passant de 34 à 29 millions d’hectares. Selon l’enquête TerutiLucas (2008), l’artificialisation s’impose comme le deuxième facteur de réduction des surfaces agricoles, derrière le boisement lié à la déprise agricole. En outre, les meilleures terres agricoles sont souvent celles mobilisées en raison de leur localisation à proximité des zones les plus peuplées.

L’Etat a sa part de responsabilité dans l’apparition de ce phénomène. Visant à fluidifier le trafic, la reprise des projets autoroutiers élargit la zone d’influence de l’agglomération, alimentant insidieusement l’étalement urbain. La France est ainsi la championne des infrastructures routières en Europe. De même, les dispositifs d’aides au financement du logement (de type Scellier, PTZ + etc.) favorisent la construction en milieu diffus. Bien qu’inscrite dans les lois Grenelle, la lutte contre l’étalement urbain pâtit d’un manque de cohérence. L’aménagement durable des territoires nécessite tout à la fois des mesures réglementaires et fiscales, un effort de planification ainsi qu’un renforcement des compétences locales en la matière. A l’aide de ces leviers, le RAC appelle à un rééquilibrage des territoires, afin de donner « un nouvel essor aux petites et moyennes agglomérations au sein de bassins de vie organisés de manière cohérente ».

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Note :

1- Communément, la notion d’artificialisation des sols concerne l’occupation bâtie (habitations, locaux commerciaux, etc.) ou revêtue (voies de circulation, parkings…), les activités d’extraction et de stockage des déchets ainsi que la transformation d’espaces naturels ou agricoles en espaces verts (pelouses, jardins…).

Les 737 maîtres du monde sont identifiés Ivan du Roy (Basta) Reporterre 2011/09/12 Ivan du Roy (Basta) (12 septembre 2011) Les 737 maîtres du monde sont identifiés. Reporterre. fr

Les 737 maîtres du monde sont identifiés

Une étude publiée en Suisse révèle les interconnexions entre les multinationales mondiales. Un petit groupe de sociétés financières domine le capital de dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde.

Trois jeunes chercheurs de l’Institut fédéral de technologie de Zurich [1] ont scruté les interactions financières entre multinationales du monde entier. Leur travail – The network of global corporate control (le réseau de domination globale des multinationales) – porte sur un panel de 43.000 groupes (« transnational corporations ») sélectionnés dans la liste de l’OCDE. Ils ont mis en lumière les interconnexions financières complexes entre ces « entités » économiques : part du capital détenu, y compris dans les filiales ou les holdings, prise de participation croisée, participation indirecte au capital…

Résultat : 80 % de la valeur de l’ensemble des 43.000 multinationales étudiées est contrôlé par 737 « entités » : des banques, des compagnies d’assurances ou des grands groupes industriels. Le monopole de la possession du capital ne s’arrête pas là. « Par un réseau complexe de prises de participation », 147 multinationales, tout en se contrôlant elles-mêmes entre elles, possèdent 40 % de la valeur économique et financière de toutes les multinationales du monde entier.

Une super entité de 50 grands détenteurs de capitaux

Enfin, au sein de ce groupe de 147 multinationales, 50 grands détenteurs de capital forment ce que les auteurs appellent une « super entité ». On y retrouve principalement des banques : la britannique Barclays en tête, ainsi que les « stars » de Wall Street (JP Morgan, Merrill Lynch, Goldman Sachs, Morgan Stanley…). Mais aussi des assureurs et ds groupes bancaires français : Axa, Natixis, Société générale, le groupe Banque populaire-Caisse d’épargne ou BNP-Paribas. Les principaux clients des hedge fund et autres portefeuilles de placements gérés par ces institutions sont donc, mécaniquement, les maîtres du monde.

Cette concentration pose de sérieuses questions. Pour les auteurs, « un réseau financier densément connecté devient très sensible au risque systémique ». Quelques-uns flanchent parmi cette « super entité », et c’est le monde qui tremble, comme la crise des subprimes l’a prouvé.

D’autre part, les auteurs soulèvent le problème des graves conséquences sociales que pose une telle concentration. Qu’une poignée de fonds d’investissement et de détenteurs de capital, situés au cœur de ces interconnexions, décident, via les assemblées générales d’actionnaires ou leur présence au sein des conseils d’administration, d’imposer des restructurations dans les entreprises qu’ils contrôlent… et les effets pourraient être dévastateurs. Enfin, quelle influence pourraient-ils exercer sur les États et les politiques publiques s’ils adoptent une stratégie commune ? La réponse se trouve probablement dans la brûlante actualité des plans d’austérité.

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Le blog de Paul Jorion propose une traduction en français de la présentation détaillée de l’étude.

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Note :

[1] L’Italien Stefano Battiston, qui est passé par le laboratoire de physique statistique de l’École normale supérieure, le Suisse James B. Glattfelder, spécialiste en réseaux complexes, et l’économiste italienne Stefania Vitali.

Marcoule : les causes et les conséquences de l’accident Morgane Bertrand (Le Nouvel Observateur) Reporterre 2011/09/12 Morgane Bertrand (Le Nouvel Observateur) (12 septembre 2011) Marcoule : les causes et les conséquences de l’accident. Reporterre. fr

Marcoule : les causes et les conséquences de l’accident

Le site nucléaire de Marcoule a été créé en 1956 et s’étend sur les communes de Chusclan et Codolet, près de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard. Les quatre réacteurs du site ont définitivement cessé de fonctionner.

Ce qu’il s’est passé

Une explosion a eu lieu lundi 12 septembre dans l’usine Socodei, filiale d’EDF qui exploite le Centraco (Centre de traitement et de conditionnement des déchets radioactifs). Elle s’est produite dans un four qui fond des pièces métalliques faiblement radioactives pour les recycler ensuite sur d’autres sites nucléaires. Selon EDF, les métaux traités sont issus « de la maintenance et de la déconstruction des installations nucléaires des hôpitaux et des laboratoires de recherche ».

« 63.000 becquerels pour 4 tonnes de métaux dans le four, c’est très peu », confirme Thierry Charles, directeur de la sûreté des installations nucléaires à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Il ne s’agit donc pas, selon lui, d’un accident nucléaire mais « d’un effet mécanique et thermique dont les conséquences touchent d’abord les opérateurs présents sur place ». On compte pour l’instant un mort, un brûlé grave transféré à l’hôpital de Montpellier et trois blessés légers.

Pas de rejets radioactifs à ce jour

Zéro rejets radioactifs et chimiques dans l’environnement, assure-t-on chez EDF, sur la base des mesures réalisées au niveau des cheminées. Autre signe rassurant : si les portes du local qui contenaient le four ont été soufflées, le bâtiment en béton armé n’a pas été dégradé. Ni le système de ventilation et de traitement des gaz avant rejet, précise Thierry Charles.

Un Plan d’urgence interne a toutefois été déclenché, le personnel reste confiné, et l’IRSN a envoyé une équipe sur place pour vérifier les dires de l’exploitant. Résultats attendus dans la soirée ou demain matin.

Pourquoi le four a-t-il explosé ?

Les causes n’ont pas encore été clairement identifiées. Le four, cylindre dans lequel on place les métaux, tourne à l’électricité et est branché à un circuit d’eau de refroidissement. Pour qu’il explose, deux hypothèses : « Soit la présence dans les métaux à fondre d’un matériau incompatible, indique Thierry Charles, soit une réaction entre le métal fondu et l’eau en cas de fuite dans le circuit de refroidissement ». Un accident « bien connu des aciéristes traditionnels ».

Question : un tel accident aurait-il pu se produire avec des déchets fortement radioactifs ? « Ces déchets ne sont pas traités en incinération, explique Thierry Charles. Ils sont mis en décroissance, c’est-à-dire entreposés pour qu’ils perdent de leur activité avant d’être traités ». Notons que le traitement thermique des métaux ne neutralise pas leur radioactivité mais permet d’améliorer leur conditionnement en les réduisant à l’état de lingots.

La Chine et les Latinos Hervé Kempf Reporterre 2011/09/15 Hervé Kempf (15 septembre 2011) La Chine et les Latinos. Reporterre. Tribune — fr

La Chine et les Latinos

Evo Morales, le président bolivien, a rendu leur dignité aux peuples indigènes d’Amérique latine en accédant au pouvoir en 2006, en leur nom et porté par eux. Il a depuis mené une politique louable en redonnant à la Bolivie le contrôle des ressources naturelles du pays et en en utilisant les profits pour faire reculer la pauvreté. Il s’est aussi positionné comme le chantre d’une nouvelle écologie en proclamant les droits de Pachamama, la Terre-Mère, et en stigmatisant le capitalisme comme le responsable de la destruction de la biosphère.

Mais qu’arrive-t-il à M. Morales ? Depuis le 15 août, 1 700 indigènes marchent vers La Paz, où ils espèrent arriver cette semaine, pour protester contre un projet de route soutenu par le gouvernement bolivien. Le trait d’asphalte de 300 km relierait Villa Tunari (département de Cochabamba), à San Ignacio de Moxos (département de Beni). Or 177 km de cette route financée par le Brésil traverseraient le parc naturel d’Isiboro Secure, où vivent une cinquantaine de communautés indigènes et qui abrite une flore et une faune exceptionnelles.

La route n’aurait pas seulement un impact écologique important, disent les marcheurs, elle ouvrirait le territoire aux planteurs de coca et autres cultivateurs. Nombre d’associations écologistes boliviennes soutiennent la marche des indigènes, observant que la Bolivie a un des plus forts taux de déforestation du monde, et que d’autres routes à travers l’Amazonie sont en chantier ou en projet.

M. Morales souhaite à juste titre améliorer le niveau de vie de ses concitoyens, qui comptent parmi les plus pauvres du continent. Mais il recourt à la vieille recette d’un développement mené au prix de la destruction de la nature, une méthode d’autant plus critiquable qu’elle est accompagnée d’invocations à Pachamama et à l’esprit sacré de la nature.

L’affaire met aussi au jour un des mouvements géostratégiques les plus importants de l’époque : la liaison de dépendance entre l’Amérique latine et l’Asie. Car cette route a notamment pour but de faciliter le commerce entre le Brésil et la Chine. Et de la même manière que des écologistes boliviens parlent du « sous-impérialisme brésilien en Amérique latine », celle-ci devient dépendante vis-à-vis de la Chine, qui aspire goulûment ses ressources naturelles. Cuivre chilien, viande paraguayenne, soja argentin et brésilien, bois, pétrole, gaz, minerais... sont exploités à un prix écologique énorme, sans qu’en profitent toujours les populations. L’Amérique latine se développe-t-elle, ou laisse-t-elle de nouveau piller ses richesses, par ses veines toujours ouvertes ?

Les banques investissent le marché de la déforestation DD Magazine Reporterre 2011/09/16 DD Magazine (16 septembre 2011) Les banques investissent le marché de la déforestation. Reporterre. Économie fr

Les banques investissent le marché de la déforestation

La « finance carbone » se prépare à investir le marché des crédits d’émission liés aux forêts tropicales. Un rapport des Amis de Terre dénonce cette logique qui , selon eux, n’est pas animée par un souci écologique, mais par la recherche de nouveaux profits.

Selon Les Amis de la Terre, en préparation des négociations sur le climat qui auront lieu en fin d’année à Durban (Afrique du Sud), et en pleine tourmente financière, "le secteur banquier, avec en tête BNP Paribas [1], lance une offensive pour réclamer l’intégration des forêts dans le marché du carbone". L’association de défense de l’environnement s’oppose fermement à cette dérive qui ne repose sur aucune base scientifique et place l’avenir des forêts du monde, et des communautés qui en dépendent, dans les mains d’entreprises irresponsables.

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et le secteur bancaire publient aujourd’hui un nouveau rapport [2], avec une série de recommandations, pour que les négociations sur la lutte contre la déforestation et le réchauffement climatique « s’ouvre efficacement aux flux de la finance privée [3] ». Au centre des débats, les banques espèrent pouvoir accéder à un marché potentiel de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an [4] avec la création de crédits-carbone forestiers REDD [5] qui pourraient être achetés par les entreprises et les États ne respectant pas leurs obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La compensation carbone, une imposture

Comme l’explique Sylvain Angerand, chargé de campagne pour les Amis de la Terre et ingénieur forestier, la compensation carbone est une imposture scientifique : « Il n’est pas possible de compenser la libération de carbone d’origine fossile (pétrole, charbon...), qui s’est formé pendant plusieurs millions d’années, par un stockage très temporaire dans les forêts. Les grands incendies en Amazonie, en Russie ou en Asie du Sud-Est, qui se multiplient chaque année, nous le rappellent de façon évidente ».

En réalité, l’enjeu, explique Yann Louvel, référent de la campagne Responsabilité des acteurs financiers pour les Amis de la Terre pour le secteur privé, n’est pas tant de participer à la lutte contre les changements climatiques que de transformer la crise écologique en opportunité économique : « Si BNP Paribas, et les autres banques qui ont co-signé ce rapport, voulaient vraiment s’engager pour le climat, elles arrêteraient de financer d’une part des secteurs qui contribuent à la déforestation comme les monocultures de palmiers à huile ou de soja [6] et d’autre part des projets extrêmement controversés de centrales à charbon ou d’extraction de pétrole à partir de sables bitumineux [7]. »

Financiariser les ressources naturelles

Toujours selon Les Amis de la Terre, alors que le secteur financier s’écroule, les banques sont à la recherche de nouveaux placements présentés comme beaucoup plus sûrs et plus rentables : c’est ce qui explique la tendance croissante à la financiarisation des ressources naturelles et des biens communs comme l’atmosphère. Après la conférence de Durban en décembre, c’est le Sommet de Rio en juin qui est en ligne de mire des banques : « Les offensives du secteur financier pour mettre la main sur l’atmosphère et la biosphère se multiplient et il est urgent de s’y opposer car les conséquences écologiques et sociales sont désastreuses » explique Sylvain Angerand qui poursuit : « Nous observons de très près les projets pilotes et nous constatons de graves dérives : restriction d’accès, expulsion de communautés pour planter des arbres transgéniques à croissance rapide, ou encore, embauche de milices privées pour protéger les investissements de ces entreprises [8] ».

Les Amis de la Terre appellent donc les banques privées, et en particulier BNP Paribas, "à faire face à leurs responsabilités en arrêtant de financer des projets qui contribuent à la déforestation et au dérèglement du climat plutôt que de vouloir en tirer doublement profit en jouant au pompier-pyromane".

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Notes :

[1] Christian del Valle, Directeur des Marchés de l’Environnement pour BNP Paribas, est l’un des deux intervenants du secteur bancaire pour la conférence de sortie du rapport ci-dessous.

[2] REDDy-Set-Grow : Part II - Recommendations for International Climate Change Negotiators. Voir ici : http://www.unepfi.org/events/2011/f...

[3] Communiqué de presse de UNEP-Finance Initiative du 13 septembre 2011. « United Nations-convened coalition of financiers warns of huge costs of failure to protect forests beyond Kyoto »

[4] Voir le rapport Stern : http://webarchive.nationalarchives....

[5] REDD est l’acronyme de Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts. Pour en savoir plus, voir : http://www.amisdelaterre.org/-Les-f...

[6] Voir le rapport des Amis de la Terre Europe « European financing of agrofuel production in Latin America » http://www.foeeurope.org/agrofuels/...

[7] http://www.amisdelaterre.org/Nouvea...

[8] Voir par exemple le reportage de France 5 sur l’impact des projets de compensation carbone sur les communautés en Ouganda : http://www.amisdelaterre.org/Le-pie...

Grèce : naissance d’une dictature économique Ioannis Andreadis, Chryssanthi Avlami et Charalampos Orfanos Reporterre 2011/09/17 Ioannis Andreadis, Chryssanthi Avlami et Charalampos Orfanos (17 septembre 2011) Grèce : naissance d’une dictature économique. Reporterre. Tribune — fr

Grèce : naissance d’une dictature économique

Ce texte date de juillet dernier, à propos de l’imposition au peuple grec du plan d’austérité. Il exprime cependant des réflexions toujours actuelles.

Le mercredi 29 juin 2011, il était environ 12h30 quand les gaz lacrymogènes des forces spéciales ont envahi la place de la Constitution, à Athènes, provoquant ainsi des spasmes de suffocation dans une foule qui était majoritairement pacifique. Quelques minutes plus tard, le sinistre nuage couvrait tout le centre de la capitale. A ce moment précis, les déclarations faites deux jours plus tôt par le ministre d’Etat, Theodoros Pangalos, ont pris un sens plus concret et plus noir. En effet, le chef adjoint du gouvernement avait déclaré que si le nouveau plan d’austérité n’était pas adopté par le Parlement grec et que, par voie de conséquence, le pays était alors considéré en défaut de paiement, il faudrait faire intervenir les blindés pour protéger les banques.

Comme le mot « blindés » réveille toujours dans la mémoire collective grecque le cauchemar de la torture et des bagnes du temps des colonels, la dictature militaire de 1967, plusieurs de ses camarades députés du Pasok [Mouvement socialiste panhéllénique, au gouvernement] ont protesté - plutôt timidement, il est vrai - contre la faute de goût que constituerait cette formule choc.

LE MÉTRO TRANSFORMÉ EN CHAMBRE À GAZ

Or, les événements qu’Athènes a connus ce mercredi ne peuvent être envisagés en termes de goût ou de style. En marge de la manifestation, il y a eu, incontestablement, quelques individus excités et violents, mais aussi de nombreux provocateurs qui, d’après le directeur du très sérieux magazine Epikaira, ont été filmés en train de descendre de cars de la police. Les forces de répression placées sous l’autorité d’un ministère cyniquement chargé de la « Protection du Citoyen » ont envahi des cafés et des halls d’immeubles et ont copieusement tabassé tous ceux qui s’y trouvaient. Les substances répandues par la police ont transformé la station de métro en chambre à gaz, malgré la présence, dans le hall, d’un centre de secours improvisé accueillant des centaines de manifestants blessés.

Qui plus est, les gaz lacrymogènes se sont propagés dans les tunnels du métro sur plusieurs kilomètres, jusqu’à des endroits qui ne méritaient nullement d’être gazés au nom de la protection du bâtiment de l’Assemblée nationale, sis place de la Constitution. Après la dissolution de la manifestation, le lieu ressemblait à un décor de film catastrophe hollywoodien.

UN PLAN INHUMAIN, INAPPLICABLE ET INEFFICACE

Pourquoi tout cela arriva-t-il ? La réponse est qu’il était absolument nécessaire d’imposer à la Grèce des conditions de remboursement de sa dette moralement et techniquement intenables et, pour ce faire, il fallait que le pays perde une partie substantielle de son indépendance. Comme le « mémorandum » du 8 mai 2010, qui a déjà abouti à un fiasco, les mesures prévues par le nouveau plan d’austérité, voté le 29 juin par le Parlement, sont non seulement inhumaines mais aussi, comme le constatent des analystes sérieux et une partie de la presse internationale, inapplicables et inefficaces, puisqu’elles ne font que retarder une faillite qui aura été rendue encore plus douloureuse par ces manœuvres dilatoires. Pour imposer ces mesures à une société qui résiste fermement, il fallait sans doute ce glissement continu vers une sorte de « dictature économique ».

L’ABROGATION DU DROIT DE SE RÉUNIR

Ce changement de régime est visible non seulement dans l’action des forces de l’ordre, mais aussi dans la marginalisation systématique de l’Assemblée nationale, transformée en chambre d’enregistrement, et dans le contrôle total de la quasi-totalité des médias, transformés en moyens de diffusion d’une propagande abjecte. Ce qui est arrivé mercredi 29 juin n’est rien de moins que l’abrogation du droit constitutionnel de se réunir - tous les totalitarismes en font leur première cible - et était absolument nécessaire pour faire passer ce plan d’austérité.

D’ailleurs, même si ce n’est pas le cas, même si le gouvernement est poussé au désastre contre son gré par des agents locaux ou étrangers qui, de plus en plus clairement, gouvernent à sa place, le résultat est le même : il s’agit de la naissance de la première dictature économique en Europe, un régime qui, étant donné l’évolution socio-économique du continent, risque d’y être souvent copié.

DES PRATIQUES DE DÉMOCRATIE DIRECTE QUI SUSCITENT L’ESPOIR

Mais pourquoi cette rage contre les citoyens rassemblés place de la Constitution ? Ces groupes de manifestants affirmant haut et fort leur détermination, mais aussi leur attachement à la non-violence, ainsi que leur conviction qu’une assemblée du peuple, une ecclesia, est possible au XXIe siècle, étaient-ils si dangereux ? La réponse est que le gouvernement comme une grande partie de l’opposition fonctionnent en circuit fermé et sont porteurs d’idées, de valeurs et de pratiques du passé, incapables de répondre aux besoins réels des citoyens.

Les pratiques délibératives en cours sur la place de la Constitution depuis une quarantaine de jours font écho à des expériences européennes de démocratie directe et à des pratiques de solidarité connues en Amérique latine et constituent, malgré tous leurs défauts, un exemple pour tous ceux qui, avec ou sans étiquette, essaient de répondre réellement au désastre qui frappe la Grèce. Pour beaucoup - à commencer par les gouvernants - la place de la Constitution et l’état d’esprit que celle-ci représente risquent de prendre l’ampleur d’une épidémie menaçant l’ensemble du système politique actuel. Et cette épidémie faite d’insoumission, de responsabilité et d’autonomie fait peur parce qu’elle suscite l’espoir.

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Lettre ouverte à Heineken France Olivier Deroche Reporterre 2011/09/17 Olivier Deroche (17 septembre 2011) Lettre ouverte à Heineken France. Reporterre. fr

Lettre ouverte à Heineken France

Au Mexique, le producteur de bière participe à la destruction d’un parc naturel. En France, le même producteur proclame son souci de préserver l’environnement.

Lettre ouverte au président d’Heineken-France , M. Marc Busain.

Cher Monsieur Busain,

Peut-être que les nouvelles venant du nord du Mexique ne vous arrivent pas, je me permets alors de vous faire un bref résumé.

Il y a deux ans, la ville de Guadalupe, dans la zone métropolitaine de Monterrey, Nuevo León, Mexique, a donné un terrain à l’entreprise FEMSA, grand distributeur de boissons gazeuses et de bières, afin qu’elle y construise un nouveau stade de football pour l’équipe locale, les Rayados. Il faut dire que cette équipe vient de remporter deux fois de suite le championat national. Les attentes sont donc évidemment énormes.

Le seul problème est que ce terrain se trouve être la forêt de la Pastora, lieu public et dernier poumon vert de l’étouffante zone urbaine de Monterrey. La Pastora est un parc naturel dans lequel coule une jolie rivière, la Silla. Beaucoup d’espèces y sont endémiques comme par exemple l’acocil regio, Procambarus regiomontanus, petite écrevisse aujourd’hui fortement menacée par la déforestation et la destruction de son environnment naturel. C’est aussi le cas de nombreux oiseaux ainsi que de reptiles.

Depuis l’annonce de la construction du stade, un collectif citoyen s’est organisé et a depuis ce jour lutté contre les intêrets de FEMSA et pour la préservation de la Pastora. Pour Sí al estadio pero en otro lado (Oui au stade, mais ailleurs), la ligne de conduite est la même depuis le début : plusieurs endroits pourraient être utilisés pour la construction d’un nouveau stade, pourquoi le faire à la Pastora ? Pourquoi massacrer des centaines d’arbres, des centaines de vies animales ? A cela, FEMSA ne rétorque rien, mais continue dans sa logique destructrice, voulant à tout prix sacrifier tout un écosystème, une rivière et un bien public pour quelques hectolitres vendus dans une enceinte sportive.

De plus, une étude réalisée par une ONG hollandaise, SOMO, a clairement montré les risques encourus par la zone métropolitaine de Monterrey si la Pastora venait à être détruite. Je vous laisse ici le soin de regarder par vous-même ledit rapport.

Malgré cela, les pelles mécaniques ont commencé hier [le 16 septembre] les premiers abattements d’arbres, et pour la première fois depuis deux ans, l’écocide devient une réalité.

Tout cela pourrait vous inspirer une certaine empathie si l’entreprise FEMSA n’avait pas été rachetée à 90% par le groupe Heineken et que vous n’ayez par conséquent quelques responsabilités dans ce drame. Vous devriez être doublement touché au vu de vos déclarations sur le site de Heineken-France où vous déclarez : « Pouvons-nous chercher la performance sans se préoccuper de l’impact de nos activités sur notre environnement ? », puis éditez un pacte de Développement Durable où le premier point est d’oeuvrer pour l’environnement.

Il me semblerait cohérent que vous preniez du recul par rapport à cet événement afin d’adopter une posture à l’encontre de l’écocide perpétré par l’entreprise dont vous êtes le représentant sur le territoire français.

Au cas où ce fait-divers vous serait inconnu, je vous propose d’aller faire un tour sur le site du collectif citoyen de résistance http://www.sialestadioperoenotrolado.org afin de juger du comportement infâme de vos pairs à l’égard d’une population entière ainsi que des idées de cette même population qu’il faut savoir écouter pour grandir. Entreprises inclues.

Cordialement,

Comment des sondages arrangés font de Hollande le supposé favori des Français Jean-Luc Mélenchon Reporterre 2011/09/17 Jean-Luc Mélenchon (17 septembre 2011) Comment des sondages arrangés font de Hollande le supposé favori des Français. Reporterre. fr

Comment des sondages arrangés font de Hollande le supposé favori des Français

Plutôt que l’encombrant Sarkozy, l’oligarchie préparait Strauss-Kahn. Las ! Le démon de la lubricité a déjoué le plan. Hollande fera le remplaçant. Et l’on arrange les sondages pour convaincre ces braves électeurs qu’il est leur favori. Démonstration

Voici un sujet plus drôle : le feuilleton des sondages. Il s’agit de François Hollande. J’avais posé une question. Comment se faisait-il que dès la disparition de DSK, en cinq jours, alors que Martine Aubry était le numéro deux des sondages, François Hollande soit passé en tête ? Quel acte avait-il posé pendant ces cinq jours qui l’avait signalé au grand public en le propulsant si haut, si vite, si fort ? Aucun acte, aucun discours en particulier. Rien. Donc c’était un pur miracle. Le doigt de Dieu surgissant des nuages pour se poser sur son front aussitôt rayonnant.

Un observateur attentif a cependant tôt fait de repérer les ficelles qui agitent les marionnettes. Là aussi. Voyons cela. Le champignon sondagier a éclos dans un journal dirigé par un de ses partisans les plus fidèle, Laurent Joffrin, au Nouvel Observateur. C’est un sondage TNS-SOFRES. Pile poil efficace pour créer la prophétie auto réalisatrice et le panurgisme médiatique habituel après un moment de sidération et en profitant du vide. Ce qui s’est produit. Cela s’appelle du conditionnement. Mais peut-être que la photo était bonne ce jour-là, pour parler avec le vocabulaire parapluie des amis des sondages. Une « honnête-enquête-un-thermomètre-a-un-moment-donné » bla bla. Peut-être une autre fois. Mais pas celle-là. Et ce n’est pas moi qui le dit.

Voici en effet la mise au point publiée par la Commission des sondages que l’on aimerait trouver plus souvent aussi vigilante. Lisez et méditez par quels moyens nait une réputation. Voici le texte de la mise en garde de la Commission des sondages : « Dans son édition du 25 mai 2011, Le Nouvel Observateur a publié un sondage relatif aux premier et deuxième tours de l’élection présidentielle de 2012 réalisé par l’institut TNS-Sofres ». « Les choix retenus par l’institut pour établir, à partir des redressements effectués, les intentions de vote relatives aux hypothèses de premier comme de second tour sont caractérisés par un défaut de cohérence interne au regard de l’objet d’un sondage qui, dépourvu de toute valeur prédictive, doit se borner à refléter l’état de l’opinion au moment de sa réalisation. »

Défaut de cohérence ! Mazette ! Voici la suite qui n’arrange rien. « En conséquence, et en l’absence de toute manœuvre imputable à l’institut, la commission exprime des réserves sur le caractère significatif des intentions de vote publiées qui ne reflètent pas les résultats de l’enquête après application aux réponses des personnes interrogées des méthodes de redressement habituellement admises. »

Ah ! Ah ! « Les intentions de vote ne correspondent pas aux réponses des personnes interrogées ». Bigre c’est grave ! Surtout que la Commission ne parle pas des résultats bruts. Elle parle des résultats une fois « redressés », ce qui est déjà bien aimable. Mais, dans ce cas, la Commission met en cause un usage du « redressement » qui ne correspond pas aux « règles habituellement admises » !

A cette occasion donc ont été appliquées des règles spéciales. Lesquelles ? En quoi ont-elles permis le miracle dont a bénéficié François Hollande ? Voilà ce que chacun doit pouvoir imaginer. Bien sûr, cette fois là encore, les rédacteurs qui ont commenté cette puissante « enquête » ont avalé tout rond le résultat. Ils ont glosé dessus sans autre forme de scrupule. Sans doute devait-il leur convenir assez pour qu’ils se sentent dispensés du devoir professionnel de vérification des sources.

S’ils l’avaient fait peut-être se seraient-ils rendu compte, comme la Commission l’a fait, que des « règles » qui ne sont pas « habituellement admises » avaient été appliquées ? Mais peut-être qu’un autre résultat ne les intéressaient pas. Oublions les amis bien placés de François Hollande. Ils font leur travail. Ce qui est drôle c’est de voir comment ses concurrents sont naïfs et peu aguerris au combat. Ils méritent de perdre ! Car face à Sarkozy et à l’extrême droite il faut des coriaces qui ne se laissent pas intimider par un « institut de sondage » ! Mais ça ne veut pas dire que si Hollande sait comment avoir de bons sondages il soit capable de les transformer en vote. La suite au prochain numéro.

L’invasion des océans par les microplastiques proviendrait des machines à laver Yves Miserey (Le Figaro) Reporterre 2011/09/19 Yves Miserey (Le Figaro) (19 septembre 2011) L’invasion des océans par les microplastiques proviendrait des machines à laver. Reporterre. fr

L’invasion des océans par les microplastiques proviendrait des machines à laver

Une étude menée par des chercheurs anglais montre que les machines à laver le linge larguent dans les eaux de grandes quantités de micro-fibres.

Plus de 240 millions de tonnes de plastiques sont produites chaque année dans le monde. Une petite partie se retrouve dans les océans sous forme de minuscules débris dont la taille ne dépasse pas 1 mm. Ils flottent à la surface de l’eau ou sont piégés dans les sédiments. Cette pollution est apparue à partir des années 1960 et, depuis, elle s’amplifie. L’an dernier, une équipe de scientifiques européens estimait qu’il y avait environ 500 tonnes de plastiques en Méditerranée parmi lesquelles beaucoup de microparticules. L’ONU et plusieurs laboratoires dans le monde se sont saisis du dossier.

Une équipe pilotée par Richard Thompson, de l’université de Plymouth (Angleterre), vient de faire une découverte inattendue : près de 80 % des particules piégées dans les sédiments sont des morceaux de fibres synthétiques issus de l’industrie textile. Dans les échantillons prélevés sur 18 sites côtiers dans les six continents, ils ont trouvé du polyester (56 %), de l’acrylique (23 %), du polypropylène (7 %), du polyéthylène (6 %) et des fibres polyamides (3 %). Autrement dit, c’est en lavant leur linge que les humains salissent les océans. Leurs travaux sont publiés en ligne dans la revue américaine Environmental Science & Technology.

Le petit coup de génie des chercheurs anglo-saxons est d’avoir voulu savoir ce qui se passe avec une machine à laver. En lavant un seul vêtement et en filtrant l’eau, ils ont récolté en moyenne 1.900 microparticules. Selon leur calcul, 100 fibres par litre sont relarguées dans les eaux de lavage. Vu la population mondiale, on imagine les quantités que cela peut représenter. Les stations d’épuration ne piégeant pas ces particules ultralégères, elles descendent les cours d’eau pour finir en mer.

« Il y a sûrement d’autres sources que les textiles synthétiques, reconnaît Mark Anthony Browne, le premier auteur de l’étude, comme la fragmentation des sacs ou les particules plastiques présentes dans les produits de nettoyage. Des recherches doivent encore être menées mais les industriels du textile et de l’électroménager ainsi que les spécialistes des stations d’épuration doivent s’atteler au problème ». Le consommateur pourrait, lui, préférer les matières naturelles comme le coton.

Les microparticules de plastiques peuvent, selon lui, présenter un risque pour la faune marine qui les absorbe. Elles sont soupçonnées, en effet, d’attirer et de charrier des substances toxiques comme les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) ou les PCB (polychlorobiphényles). La dérive des particules plastiques modifie aussi le milieu marin car elles transportent certains planctons qui restent normalement attachés à des supports fixes, ajoute François Galgani, de la station Ifremer de Bastia.

Sauver les banques, mais les transformer en banques coopératives Attac France Reporterre 2011/09/19 Attac France (19 septembre 2011) Sauver les banques, mais les transformer en banques coopératives. Reporterre. Tribune — fr

Sauver les banques, mais les transformer en banques coopératives

« L’intervention des États et de la Banque centrale européenne pour sauver les banques apparaît inéluctable. Mais cette fois-ci, les citoyens n’accepteront pas de payer la facture sans rien changer au fonctionnement du système bancaire. »

L’effondrement de la valeur boursière des banques françaises et européennes ouvre une deuxième crise bancaire majeure après celle de 2007-2008. L’intervention prochaine des États et de la Banque centrale européenne pour sauver les banques apparaît inéluctable. Mais cette fois-ci, les citoyens n’accepteront pas de payer la facture sans rien changer au fonctionnement du système bancaire. La monnaie est un bien commun et ne peut être laissée dans les mains d’actionnaires privés. Il faut socialiser le système bancaire. Attac propose la transformation des établissements sous perfusion en banques coopératives d’intérêt collectif.

Une crise prévisible

La crise de 2007-2008 avait été provoquée par les dérives d’une finance irresponsable et d’un modèle économique et social inégalitaire et prédateur. Le sauvetage des banques et surtout la récession ont déstabilisé les finances publiques. L’actuelle « crise de la dette » en Europe n’est rien d’autre que la réplique de ce premier séisme sur le château de cartes des traités européens. Car ceux-ci avaient créé une monnaie unique entre des pays hétérogènes sans budget commun, sans politique de convergence sociale et sans protection contre la spéculation financière mondiale. Le choc de 2008 a ébranlé la zone euro, et les premiers maillons faibles – Grèce, Irlande, Portugal... - sont en train de céder. Les irresponsables politiques européens n’ont rien vu venir de ce qui était pourtant annoncé depuis longtemps par nous et bien d’autres. Ils continuent à courir de sommet en réunion d’urgence comme des rats affolés dans une cage soumis par la finance à des chocs électriques auxquels il ne comprennent rien. Leur tentative désespérée d’imposer une hyper-austérité destructrice sous prétexte de réduire la dette publique ne peut déboucher que sur une catastrophe.

Réinventer les banques

L’Union européenne prétend maintenant adopter la taxe Tobin que nous proposons depuis plus de 10 ans. C’est très bien, mais c’est trop peu, trop tard ! Il faut bien sûr prendre des mesures drastiques contre la spéculation et repenser la construction européenne ; mais on ne peut plus éviter de repenser complètement les finalités mêmes et les modes de gouvernement des banques. Leur rôle doit être de financer l’économie, pas de construire des châteaux de cartes pour les investisseurs financiers et des machines à cash pour leurs actionnaires. Le cours des actions des banques européennes est en train de tomber à un niveau où il va devenir possible pour les États d’acheter l’essentiel à bon compte. Il faut saisir cette occasion pour entreprendre de socialiser non pas les pertes mais le système bancaire lui-même. Socialiser, ce n’est pas nationaliser pour redresser et revendre. Ce n’est pas non plus étatiser pour s’en remettre à une gestion technocratique, parfois pire que la gestion privée. Socialiser, c’est placer les banques sous le contrôle de la société, pour qu’elles financent des activités utiles socialement et écologiquement, choisies démocratiquement, créatrices d’emplois, de revenus, de cohésion sociale.

Pour des banques coopératives d’intérêt collectif

Nous proposons de sauver les banques à la condition qu’elles soient transformées en banques coopératives d’intérêt collectif. SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) en France, « entreprise sociale » dans d’autres pays, on pourrait créer un tel statut au niveau de l’Union. Dans ces banques – de portée régionale, nationale ou européenne - les pouvoirs publics (Régions, États ou autorités publiques européennes) auraient la majorité des voix au Conseil de surveillance ; mais seraient aussi représentés, dotés de minorités de blocage, les salariés du système bancaire (via des représentants élus), les PME, les collectivités locales (pour tenir compte de la diversité territoriale) et la société civile, en particulier les syndicats, les usagers et les associations écologistes.

Ces banques ne spéculeraient pas sur les marchés et n’auraient pas de liens avec les paradis fiscaux. L’équilibre des pouvoirs y garantirait une gestion conforme aux intérêts de la société. Dans le cadre de politiques macroéconomiques durables, définies par les pouvoirs publics élus aux plans national et européen, ces coopératives bancaires pourraient pratiquer des taux d’intérêt modulés en fonction de l’utilité sociale et écologique des projets. Une Banque centrale européenne profondément réformée aurait pour tâche de surveiller ce système, d’en assurer l’équilibre de façon à prioriser l’emploi, la cohésion sociale, la préservation de l’environnement, tout en contenant les dérapages inflationnistes.

Alors que la France et l’’Europe, vont probablement être touchées dans les mois et années à venir par une nouvelle hausse du chômage, il y a urgence à développer des investissements massifs, publics et privés, dans des programmes coordonnés d’innovation et de développement concernant les économies d’énergie (en particulier dans le bâtiment et les transports), les énergies renouvelables, l’agriculture paysanne et biologique, les services publics et de proximité...

La création d’un secteur bancaire socialisé et démocratisé est seule de nature à réorienter l’économie européenne vers un sentier de développement durable. Alors que les propriétaires du capital et leurs représentants politiques tentent de faire payer leurs dettes et leur crise aux citoyens européens, ceux-ci doivent imposer que la démocratie prenne les commandes. Attac portera cette exigence le 15 octobre prochain dans une journée d’action européenne à l’appel des Indignés espagnols, notamment par des rassemblements unitaires et des actions symboliques et ludiques devant les agences bancaires partout en France. Au contre-G20 qui se tiendra à Nice du 1er au 3 novembre, nous tiendrons le Tribunal de la finance, qui jugera les banques prédatrices actuelles et permettra d’entrevoir le système bancaire de demain.

Au Venezuela, l’interdiction de la pêche industrielle a fait revenir le poisson Sébastien Brulez (Demain le monde) Reporterre 2011/09/20 Sébastien Brulez (Demain le monde) (20 septembre 2011) Au Venezuela, l’interdiction de la pêche industrielle a fait revenir le poisson. Reporterre. Monde fr

Au Venezuela, l’interdiction de la pêche industrielle a fait revenir le poisson

Au Venezuela, la pêche industrielle au chalut a été interdite en 2009. Deux ans plus tard, la mesure porte ses fruits : la pêche artisanale vit un nouvel essor. Mais le manque de vision globale et à long terme du gouvernement pourrait freiner cette réussite.

La péninsule d’Araya, dans le département de Sucre, est connue depuis la colonisation pour ses salines. Ici, rien ne pousse, ou presque. La côte est aride et le sol poussiéreux. L’agriculture (principalement des plantations de bananiers) ne se développe que dans les zones plus humides, à flanc de montagne. Les ruines du vieux fort témoignent de l’importance stratégique d’Araya à l’époque coloniale, pour l’approvisionnement en sel de la métropole espagnole.

A Caimancito, petit village situé sur la péninsule, on vit de la pêche de père en fils. Car les côtes du département, aujourd’hui, sont aussi et surtout la réserve poissonnière du Venezuela : plus de 60% du poisson pêché dans le pays en provient.

« Moi, je pêche depuis l’âge de 8 ans. Mon père est mort jeune et j’étais le seul garçon de la famille. J’ai dû arrêter l’école et sortir en mer pour ramener de quoi manger à la maison », explique Persiliano Rodríguez, membre d’une coopérative familiale de distribution de poisson. A Caimancito, on savoure l’interdiction de la pêche industrielle au chalut [1] comme une victoire.

Pêche industrielle néfaste

« Les chalutiers pêchaient la langoustine et le corocoro (Haemulon Plumieri), ils décimaient le petit poisson et faisaient fuir le reste », raconte un pêcheur sur la plage. Persiliano précise : « Ils pêchaient en zone interdite, trop près des côtes, et sans aucun respect. Ils cassaient fréquemment les filets tendus par les petits pêcheurs et payaient rarement pour les dommages occasionnés ». D’après les témoignages, les propriétaires de chalutiers soudoyaient la Garde nationale (gendarmerie) pour échapper aux contrôles le long des côtes. La langoustine se vend cher sur le marché, quelques caisses offertes à la Guardia suffisaient pour s’assurer une sortie en mer sans réprimande.

Les pêcheurs du coin n’avaient alors d’autre choix que d’aller chercher le poisson ailleurs. Leurs petits peñeros (bateaux à moteur) les emmenaient jusqu’à l’île de Margarita, située à environ 40km en face de la péninsule. Certains faisaient l’aller-retour durant des journées et des nuits interminables. D’autres préféraient passer jusqu’à deux semaines complètes sur l’île ; ils rentraient ensuite quelques jours à la maison et repartaient à nouveau.

« Aujourd’hui, on sort quatre à cinq heures par jour et on ramène beaucoup plus de poisson. On a commencé à voir la différence à peine quelques mois après l’interdiction de la pêche industrielle », continue Persiliano qui aime raconter ses anecdotes. Il faut dire qu’il n’est pas seulement pêcheur, mais aussi un agitateur qui reconnaît « ne pas s’être fait que des amis » par ses actions et ses apparitions dans la presse pour dénoncer les abus des chalutiers et la connivence des autorités. « Une nuit, nous avons organisé une expédition punitive. Nous sommes sortis en mer avec un petit groupe pour aller foutre le feu aux chalutiers qui nous pourrissaient la vie. Mais les équipages ont eu vent de notre plan et ils ne sont pas sortis », se souvient-il avec un petit sourire au coin des lèvres.

Cette lutte contre les chalutiers affectait aussi les relations entre villages voisins. Non loin de là, à Taguapire, la majorité des hommes travaillaient sur les chalutiers. « A l’époque, je n’étais pas vraiment le bienvenu à Taguapire. Parce qu’ils disaient que si on interdisait la pêche au chalut ils allaient perdre leur travail. Mais je pense qu’ils ont pris conscience de l’opportunité que cela représente pour tout le monde », ajoute Persiliano.

Récupérer le fruit de son travail

Taguapire aujourd’hui, ce sont 48 bateaux pour près de 280 pêcheurs. Carlos Salazar est un de ceux-ci. Reconverti à la pêche artisanale, il salue lui aussi la mesure. « J’ai travaillé pendant 28 ans sur les chalutiers. A l’époque, on pêchait la langoustine mais on ne la mangeait pas, c’était trop cher pour nous. Et puis on était obligés de vendre le produit de notre pêche au propriétaire du bateau. Il gardait 75% de la vente et les pêcheurs devaient se répartir les 25% restants », commente-t-il. D’après les chiffres de l’Institut socialiste de la pêche et l’aquiculture (Insopesca), la crevette était le principal produit de la pêche des chalutiers industriels et 98% étaient destinés à l’exportation.

Aujourd’hui, les hommes du village se sont eux aussi reconvertis à la pêche artisanale, même si celle à la langoustine inclut toujours l’utilisation de plus petits chaluts. « C’est différent, on n’est plus dans la pêche intensive industrielle », estime Persiliano. « Et puis c’est le type de pêche qu’ils manient, on ne peut pas leur interdire du jour au lendemain, ces hommes ont leurs familles à nourrir. Au moins, maintenant, cet argent reste dans le village ». La loi prévoit en effet une période de transition pour ce type de pêche (voir encadré).

Organiser les pêcheurs

Dans la foulée de la réforme, des crédits ont été accordés par le gouvernement pour la reconversion. L’Insopesca a voulu également organiser les pêcheurs de la zone en « conseils de pêcheurs et aquiculteurs ». L’idée s’inspire des conseils communaux, organes de démocratie locale participative dans les villes et les campagnes. Officiellement, ces conseils doivent permettre aux pêcheurs de participer directement à la planification, gestion, direction, exécution, contrôle et évaluation des politiques nationales en matière de pêche.

Persiliano fut, à une époque, président de l’association des pêcheurs de Caimancito. Il a son opinion sur ces conseils : « Le problème c’est qu’ils ont été instrumentalisés dès le départ. Le gouverneur, le maire et même un député de la région ont chacun créé ‘leur’ conseil de pêcheurs, avec un groupe de personnes qui les soutient. Donc, à la tête de ces conseils, on trouve des gens qui n’y connaissent pas grand-chose et qui ne revendiquent pas beaucoup ; ils sont cooptés ». Pour Persiliano, ce qu’il manque aujourd’hui c’est une organisation effective de la pêche entre tous les villages de la zone.

Besoin d’une vision à long terme

Sur le marché de Carúpano, à deux heures de route de Caimancito, le poisson frais s’étale tous les jours sur les échoppes. On y vend au gros pour le distribuer ensuite vers Caracas et les autres villes du pays, mais aussi au détail pour les habitants du coin. « Les défenseurs de la pêche industrielle disaient que les pêcheurs artisanaux n’allaient pas pouvoir alimenter le marché national. En à peine six mois après l’application de la loi, le marché était déjà amplement alimenté », explique Persiliano.

Alors que les vieux chalutiers sont coulés le long des côtes comme récifs artificiels pour attirer le poisson, le gouvernement a commencé les travaux pour construire un chantier naval sur la route entre Caimancito et Taguapire. Mais cette nouvelle initiative est vue d’un mauvais œil par Persiliano et les siens : « C’est contradictoire de construire ça ici, cela va inévitablement entraîner une pollution. Nous ne sommes pas une zone industrielle, nous vivons de la pêche artisanale. Cela démontre vraiment un manque de vision à long terme de la part du gouvernement ». Il existe d’ailleurs déjà un chantier plus loin sur la côte, près de la ville de Cumaná ; et d’après les pêcheurs, les coquillages pêchés dans cette zone ont un goût de gasoil.

Cofinancé par le Brésil et le Venezuela, le nouveau chantier devrait être amené à produire des supertankers de près de 300 000 tonnes, afin de fournir le marché asiatique en pétrole vénézuélien. Par ailleurs, la nouvelle flotte industrielle de l’ALBA [2], Pescalba, a été créée en 2009 entre Caracas et La Havane comme « alternative » à la pêche au chalut. Certains membres des équipages de chalutiers ont été reconvertis et formés pour travailler sur les bateaux de Pescalba. Le gouvernement vénézuélien ne cache pas son ambition de convertir le pays en « puissance poissonnière » de la région en développant sa propre flotte industrielle. Les pêcheurs artisanaux de la péninsule d’Araya espèrent que cela se fera dans le respect de leur habitat et de leurs traditions de pêche.

Quid des eaux usées ?

Finalement, si la nouvelle législation favorise l’écosystème marin et les pêcheurs locaux, elle n’est pour l’instant pas intégrée à une politique générale de protection de l’environnement et des ressources naturelles. Les eaux usées, par exemple, sont très rarement traitées et les rivières chargées de reflux industriels, agricoles ou encore ménagers finissent leur parcours directement dans les eaux turquoise de la mer des Caraïbes. Le cas du Guaire (cours d’eau qui traverse la capitale Caracas) est emblématique : Il ressemble plus à un égoût à ciel ouvert qu’à une rivière. Selon la biologiste Evelyn Pallotta, des stations d’épuration existent mais très peu fonctionnent réellement. « Le poisson ne diminue pas seulement à cause de la surexploitation de la pêche, il est aussi affecté par la pollution » [3].

Sur la route entre Caimancito et Carúpano, les déchets ménagers des villages environnants sont entassés dans une décharge à ciel ouvert, l’épaisse fumée et l’odeur qui s’en dégagent laissent présumer qu’ils sont fréquemment brûlés en plein air, à quelques centaines de mètres du front de mer. Sur le bord de la route, un panneau gouvernemental annonce la construction d’un futur (hypothétique ?) compacteur de déchets...

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Notes :

[1] Le chalut est le filet traîné par le chalutier. Il fonctionne comme un entonnoir au fond clos, dans lequel le poisson est capturé. Il permet une pêche intensive (les plus grands chaluts peuvent être tirés par deux bateaux à la fois) et est un des principaux responsables de la surexploitation des ressources marines.

[2] L’ALBA, ou l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, est une organisation politique, sociale et économique de coopération entre des pays de gouvernements progressistes d’Amérique latine et des Caraïbes. Elle est née en 2005 à l’initiative de Cuba et du Venezuela, comme alternative à l’ALCA (ZLEA en français, Zone de libre-échange des Amériques, alors impulsée par Washington).

[3] Humberto Márquez, "El calor sube y la pesca disminuye en el Caribe venezolano", IPS Noticias, octobre 2010, www.ipsnoticias.net

Nous consommons 9 tonnes de matière par habitant et par an PNUE Reporterre 2011/09/20 PNUE (20 septembre 2011) Nous consommons 9 tonnes de matière par habitant et par an. Reporterre. fr

Nous consommons 9 tonnes de matière par habitant et par an

La consommation par habitant et par an de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse s’élève à près de 9 tonnes.

Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) a publié le 12 mai 2011 un rapport intitulé “Decoupling natural resource use and environmental impacts from economic growth” [Découpler l’utilisation des ressources naturelles et leur impact sur l’environnement de la croissance économique].

New York, Nairobi – Le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement lance une mise en garde sur le fait que, si rien n’est fait pour « découpler » le taux de croissance économique du taux de consommation des ressources naturelles, le volume de minéraux, minerais, combustibles fossiles et biomasse consommés chaque année par l’humanité pourrait atteindre, d’après les estimations, 140 milliards de tonnes (soit trois fois les niveaux actuels) d’ici 2050.

Dans les pays développés, la consommation de ces quatre ressources clés s’élève en moyenne à 16 tonnes par habitant (et dépasse parfois les 40 tonnes). À titre de comparaison, un Indien consomme en moyenne aujourd’hui quatre tonnes par an.

D’après ce rapport, rédigé par le Panel international des ressources du PNUE, l’éventualité d’une hausse significative des niveaux de consommation, sous l’effet conjugué de la croissance démographique et économique, notamment dans les pays en développement, « va sans doute bien au-delà des niveaux supportables ».

Les gisements bon marché et de bonne qualité de certaines ressources essentielles telles que le pétrole, le cuivre et l’or, commencent déjà à s’épuiser, avec pour conséquence, une hausse des volumes de combustibles et d’eau douce nécessaires à leur extraction.

Faire en sorte que le taux de productivité des ressources (« faire plus avec moins ») dépasse celui de la croissance économique est le principe fondamental de la notion de « découplage », souligne le panel. Cet objectif implique néanmoins de repenser d’urgence les liens entre l’utilisation des ressources et la prospérité économique et de soutenir les innovations technologiques, économiques et sociales par des investissements massifs, pour parvenir au moins au gel de la consommation par habitant dans les pays riches, tout en aidant les pays en développement à adopter un mode de croissance plus durable.

Le phénomène d’urbanisation peut constituer selon les experts un atout à ce titre, dans la mesure où les villes permettent des économies d’échelle et une fourniture de services plus efficace. La consommation par habitant dans les zones densément peuplées est inférieure à celle des régions faiblement peuplées du fait des économies réalisées aux niveaux de la distribution d’eau, du logement, de la gestion des déchets et du recyclage, de la consommation d’énergie et des transports, indiquent les experts.

(...)

Si le rapport ne propose pas d’options stratégiques et technologiques détaillées (qui feront l’objet de prochains rapports), il souligne que les technologies qui ont permis à l’homme d’extraire des quantités toujours plus importantes de ressources naturelles doivent être désormais mises au service d’une utilisation plus efficace des ressources.

La consommation de ressources moyenne par habitant et par an, à l’échelle mondiale, s’élevait, en 2000, entre 8 et 10 tonnes, soit environ le double de l’année 1900. Dans les pays industrialisés (qui représentent un cinquième de la population mondiale), ce taux moyen était pour la même année près de deux fois supérieur à la moyenne mondiale et de quatre à cinq fois supérieur à celui des pays en développement les plus pauvres.

La consommation par habitant à l’échelle mondiale (ou nationale) est calculée en divisant le total des extractions mondiales (ou nationales) de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse par les chiffres de la population mondiale (ou nationale).

La croissance rapide du commerce international brouille néanmoins les responsabilités en matière de consommation des ressources et de leur incidence sur l’environnement, indiquent les auteurs.

Au cours du siècle dernier, les mesures de lutte contre la pollution et d’autres dispositifs ont permis de réduire l’impact environnemental de la croissance économique. Sous l’effet conjugué des innovations en matière de technologies, de conception de produits, d’utilisation de l’énergie et de l’essor des populations urbaines adoptant un style de vie plus durable, l’économie mondiale a connu une croissance plus rapide que la consommation des ressources.

Il convient cependant de relativiser ces progrès. La croissance démographique, le maintien de la consommation à des niveaux élevés dans les pays industrialisés et la demande croissante de biens matériels, notamment en Chine, en Inde, au Brésil et dans d’autres économies émergentes ont multiplié par huit la consommation de ressources qui, en valeur absolue, est passée de 6 milliards de tonnes en 1900 à 49 milliards en 2000.

Selon les estimations, elle s’élèverait aujourd’hui à 59 milliards de tonnes. Le découplage est bel et bien à l’oeuvre mais « à un rythme qui ne suffit pas pour satisfaire les besoins d’un société équitable et durable », préviennent les auteurs du rapport. Entre 1980 et 2002, les ressources nécessaires pour produire une valeur économique de 1 000 dollars US ont chuté de 2,1 à 1,6 tonne.

Quatre pays ont des politiques de découplage

Le rapport fait état des progrès accomplis dans quatre pays dont les gouvernements ont adopté des politiques appuyant ce découplage. C’est le cas de l’Allemagne et du Japon, qui ont démontré le potentiel de cette approche.

- L’Allemagne a fixé des objectifs en matière de productivité des énergies et des ressources et entend multiplier celle-ci par deux d’ici 2020. Le pays affiche également des objectifs ambitieux pour 2020, comme de satisfaire certains besoins énergétiques, notamment en chauffage et en électricité, avec des sources d’énergies renouvelables ou de réduire de 30 % les émissions de CO2.

- Le Japon s’est engagé à devenir une « société durable », faible productrice d’émissions de carbone, axée sur la réduction, la réutilisation et le recyclage de matériaux et l’harmonie avec la nature. Les flux de matières font l’objet d’un suivi rigoureux. Les mesures mises en place par le Japon « sont probablement les exemples les plus aboutis d’amélioration de la productivité des ressources et de limitation des impacts environnementaux dans la pratique, » indique le rapport.

- La Constitution de l’Afrique du Sud prévoit « un développement et une utilisation des ressources écologiquement durables ». Les politiques mises en oeuvre par le pays exigent explicitement un « découplage des ressources et de l’impact » et des réductions des émissions de 30 à 40 % d’ici 2050. Les progrès se heurtent cependant à une dépendance de plus en plus forte vis-à-vis des exportations de charbon et de minéraux. Son intensité carbone est la plus élevée au monde et ses émissions par habitant représentent le double de la moyenne mondiale.

* La Chine s’est fixé pour objectif de bâtir une « civilisation écologique » où les préoccupations liées aux ressources et à l’environnement arriveraient en tête des priorités. Le pays a élaboré des indicateurs de découplage, fixé des objectifs obligatoires, comme de réduire de 20 % l’intensité énergétique et lancé des programmes d’économie de l’énergie et de réduction de la pollution à l’échelle nationale. Son plan d’action national sur les changements climatiques vise une baisse de 40 à 45 % de l’intensité des émissions de CO2 d’ici 2020. Selon les auteurs du rapport, la Chine constitue un test de référence à l’échelle mondiale, « parce qu’elle souhaite poursuivre sa croissance économique rapide tout en faisant un usage plus rationnel des ressources. » « Les mesures que la Chine instaure pour concilier ces objectifs auront une importance capitale pour les autres pays en développement qui partagent les mêmes intentions politiques. »

Le rapport souligne que la réduction du taux de consommation de ressources, et ses conséquences, sont théoriquement possibles si le développement économique du pays n’est pas simplement conçu en termes de croissance matérielle.

« L’heure est venue de reconnaître que les ressources naturelles nécessaires au développement et à la croissance économique sont limitées, » avertissent les auteurs. Le découplage « impliquera de modifier considérablement les politiques des gouvernements, le comportement des entreprises et les modes de consommation du grand public… ce changement passera par des innovations, voire des transformations radicales. »

Trois scénarios de convergence d’ici 2050

Le rapport propose trois scénarios de consommation équitable des ressources par les pays développés et en voie de développement : « Convergence d’ici 2050 »

- Scénario 1 : maintien du statu quo dans les pays développés, convergence des autres pays.

La consommation de ressources par habitant demeure stable dans les pays industrialisés, comme ce fut le cas au cours des trois dernières décennies, et le reste du monde poursuit la tendance actuelle de rattrapage. Ce scénario conduit à une consommation annuelle totale de 140 milliards de tonnes de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse, soit 16 tonnes par habitant pour une population mondiale de 9 milliards de personnes d’ici 2050. D’après le rapport, il s’agit d’un « scénario insoutenable du point de vue de l’utilisation des ressources et des niveaux d’émissions, qui dépasse probablement toutes les mesures envisageables en matière de ressources disponibles et d’évaluation des limites en matière de capacité à absorber les impacts. »

- Scénario 2 : légère contraction de la consommation dans les pays développés, convergence des autres pays.

Les pays industrialisés diminuent de moitié leur consommation par habitant (8 tonnes), tandis que les autres pays rejoignent ce niveau. La consommation totale à l’échelle mondiale s’élèverait par conséquent à 70 milliards de tonnes d’ici 2050. « Ce scénario suppose d’importants changements structurels, qui conduiraient à de nouveaux modes de production industrielle et de consommation, différant sensiblement du modèle industriel occidental traditionnel, gros consommateur de ressources. » (...) Rares sont les pays où l’on a observé des réductions drastiques de la consommation, à des niveaux bien inférieurs à ceux envisagés dans le scénario 2 et, dans certains cas, la baisse de la consommation par habitant n’a été obtenue que par l’importation de ressources de l’étranger.

- Scénario 3 : forte contraction de la consommation dans les pays développés, qui convergent avec les autres pays.

Les pays industrialisés réduisent de deux tiers leur consommation par habitant et les autres nations demeurent à leurs niveaux actuels, avec pour résultats un taux de consommation mondial annuel par habitant de six tonnes et une consommation totale mondiale de près de 50 milliards de tonnes, qui équivaut à celle de l’année 2000. Ce scénario comporterait tant de restrictions et rebuterait tellement les décideurs politiques qu’il « peut difficilement être envisagé comme un objectif stratégique potentiel », reconnaissent les auteurs. Et pourtant, des mesures aussi strictes que celles-ci maintiendraient la consommation mondiale à des niveaux que les scientifiques estiment encore insoutenables.

« Ces scénarios remettent en cause notre vision et nos postulats actuels en matière de développement, » poursuivent les auteurs du rapport. « Si les investissements qui sont faits aujourd’hui dans les pays en développement et développés enferment l’humanité dans le maintien du statu quo et un modèle de croissance basé sur une utilisation un peu moins intensive des ressources, le risque de nous retrouver confrontés à des contraintes écologiques et à des difficultés d’approvisionnement ne fera qu’empirer. »

« Ces conclusions ont conduit le Panel international des ressources à mettre l’accent, dans ses prochains rapports, sur les mesures à prendre pour améliorer la productivité des ressources et proposer des alternatives valables aux décideurs. »

Il reste des difficultés à surmonter

- Les décideurs et le grand public ne sont pas encore convaincus qu’il existe des limites matérielles absolues à la quantité de ressources exploitables par l’homme. - Les écarts importants en matière de consommation par habitant impliquent de mettre en place différents niveaux d’action. Les pays les plus pauvres, qui seront sans doute les premiers à subir les effets des pénuries de ressources, doivent avoir la possibilité d’améliorer leur niveau de vie. S’ils souhaitent cependant s’engager à leur tour dans un schéma de croissance excessif, ils courent le risque d’exposer leurs économies à des difficultés d’approvisionnement et d’exercer une pression encore plus insoutenable sur le stock de ressources de la planète. - Les meilleurs gisements de minéraux, de minerais et de combustibles fossiles et les plus facilement accessibles sont en train de s’épuiser. Les nouveaux gisements sont généralement plus difficiles d’accès et de qualité moindre. La prospection et l’extraction consomment de plus en en plus d’énergie, aggravant l’impact sur l’environnement. Il faut dégager à présent trois fois plus de matières pour extraire un minerai donné qu’il y a un siècle, avec la dégradation des sols, de la qualité de l’eau et la consommation d’énergie que cela entraîne. - L’extraction de ressources s’effectue de plus en plus dans des pays qui disposent de normes juridiques et environnementales moins strictes, de sorte que « l’impact environnemental par unité de matière extraite est de plus en plus lourd. » - À mesure que les échanges se développent, il devient plus difficile de déterminer les responsabilités en matière de consommation des ressources. Il s’agit pourtant d’un facteur capital si l’on veut imposer à chaque pays des restrictions en matière de consommation par habitant. La réduction de l’exploitation minière et de ses conséquences relève-t-elle de la responsabilité du pays où s’effectue l’extraction, de celui qui transforme ce minerai en produit fini ou de celui qui consomme ce produit ? - Une consommation plus rationnelle de l’énergie et des produits manufacturés comporte souvent un effet boomerang dans la mesure où les économies réalisées permettent aux consommateurs d’acheter d’autres biens ou de les utiliser plus souvent, comme c’est par exemple le cas pour les voitures économes en carburant, qui incitent à faire plus de kilomètres.

Et des raisons de garder espoir

- D’après le rapport, la certitude que des pénuries de ressources écarteront en fin de compte la possibilité de maintenir le statu quo signifie que les pays qui ont pris de l’avance en investissant dans les innovations « récolteront forcément les fruits de leurs efforts lorsque d’autres seront confrontés à la nécessité d’évoluer rapidement. » - Les pays en développement, qui ne sont pas freinés par les technologies existantes, pourront sauter les étapes qui mènent à des modes de croissance et de production moins consommateurs de ressources, à l’instar d’une grande partie du continent africain, qui a adopté directement la téléphonie sans fil sans passer par un réseau téléphonique fixe. - La hausse des prix de nombreuses ressources engendre la nécessité économique de diminuer notre consommation même si des prix plus élevés risquent également de financer l’exploitation de gisements plus dispendieux et dangereux pour l’environnement comme c’est le cas pour le pétrole en Arctique. - L’urbanisation peut réduire le taux de consommation d’une population donnée en améliorant la qualité de la fourniture des services et en « concentrant le savoir-faire ainsi que les ressources financières, sociales et institutionnelles nécessaires à la mise en place d’innovations durables. » Néanmoins, les chiffres de la consommation des villes sont parfois réduits artificiellement si la zone urbaine dépend de l’énergie et des ressources de la campagne environnante. En outre, le niveau de consommation des citadins augmente parallèlement à la croissance économique. « C’est tout le dilemme auquel sont confrontées les villes en matière de durabilité, » soulignent les auteurs du rapport. « Elles jouent un rôle moteur dans l’utilisation non durable des ressources au niveau mondial mais ce sont elles qui présentent le plus grand potentiel en matière d’innovations durables. » - Des écarts importants de taux de consommation de ressources existent encore aujourd’hui d’un pays à l’autre et ce, y compris entre des pays qui affichent des PIB par habitant équivalents. C’est la preuve que l’amélioration de la productivité des ressources et la croissance économique au niveau national ne sont pas incompatibles.

Mélenchon, un couillon de plus ou un écologiste ? Fabrice Nicolino / Corinne Morel-Darleux Reporterre 2011/09/20 Fabrice Nicolino / Corinne Morel-Darleux (20 septembre 2011) Mélenchon, un couillon de plus ou un écologiste ?. Reporterre. Tribune — fr

Mélenchon, un couillon de plus ou un écologiste ?

Nicolino : "la pauvreté est l’horizon indépassable de notre avenir commun, et Mélenchon n’est rien qu’un couillon de plus“. Morel-Darleux : "On ne changera pas les modes de production et de consommation en culpabilisant et en taxant les pauvres".

...........................Le texte de Fabrice Nicolino

Mélenchon et madame Morel-Darleux (triste)

C’est bien triste, mais c’est comme cela. Mélenchon, qui a passé la bagatelle de 31 ans au parti socialiste, qui a été formé à l’école épouvantable de l’Organisation Communiste Internationaliste (OCI) auparavant, est un homme du passé. Ce n’est pas agréable à accepter, et c’est pourquoi, contre l’évidence, Mélenchon se prétend l’homme de l’avenir désirable, désirable entre tous.

C’est pathétique, mais qu’y puis-je ? Rien. Je dois juste vous signaler l’une de ses dernières hallucinations, qui consiste à réclamer 1700 euros de smic. Mélenchon feint, pour des raisons tactiques évidentes - on ne peut même exclure certaine sincérité - que le Sud n’existe pas. Que la crise écologique planétaire n’existe pas. Que la fabrication d’objets inutiles et nuisibles, sur quoi repose l’économie, n’existe pas. C’est son intérêt bien compris.

Ce l’est, mais ça n’est pas le nôtre ! Je ne suis pas, ni se serai jamais pour la misère, qui humilie et détruit jusqu’à l’âme. Mais la pauvreté est l’horizon indépassable de notre avenir commun, et Mélenchon n’est rien qu’un couillon de plus dans une distribution qui n’en manque pourtant pas. Son héros s’appelle Chávez. Le mien n’a pas de nom. Car il est la multitude, qui nous renvoie au néant de la politique française. Avis à Corinne Morel-Darleux, qui se pique d’être mélenchoniste - elle est secrétaire nationale du fameux Parti de gauche - et écologiste. Il faut choisir, madame.

...........................La réponse de Corinne Morel-Darleux

"Mélenchon et Mme Morel Darleux" : Réponse à Fabrice Nicolino

Fabrice Nicolino intitule son dernier billet de blog « Mélenchon et mme Morel Darleux (triste) » .

Fabrice Nicolino est un militant et auteur écologiste que je respecte depuis longtemps pour les idées qu’il porte. Son blog est d’ailleurs référencé sur « les petits pois sont rouges » [le site de Corinne Morel-Darleux] depuis longtemps, et ce malgré ses attaques férocement (et parfois à la limite de l’honnêteté intellectuelle, disons le ;) anti Mélenchon. Parce que j’ai toujours mis les idées au dessus des rivalités de personnes, et qu’il me semblait qu’on pouvait partager un certain nombre de combats. Ça a d’ailleurs été le cas sur les gaz de schiste, contre lesquels Fabrice Nicolino s’est engagé début 2011 aux côtés de José Bové, et ce malgré sa répugnance habituellement affichée pour les politiques...

Mais là je ne comprends pas. S’appuyant sur la proposition de hausse du SMIC à 1.700 euros contenue dans le programme partagé du FDG [Front de gauche] (dont il n’y a pas un mot curieusement dans ce billet), Fabrice Nicolino en profite pour rappeler le parcours politique de Jean Luc Mélenchon (quel rapport ?), pour fustiger la hausse du SMIC qualifiée d’ « hallucination » (pourquoi ?) et continue sur un amalgame confus avec la crise écologique et le pillage des pays du Sud. Me sommant pour finir de choisir entre « être Mélenchoniste » et écologiste.

Alors d’abord je ne suis pas "Mélenchoniste", je suis Secrétaire nationale à l’écologie du PG [Parti de gauche], comme c’est rappelé d’ailleurs dans le billet de Fabrice Nicolino. Faire cet amalgame, c’est nier la réalité de milliers de camarades qui constituent le PG, dont beaucoup d’écologistes de longue date, d’autres plus récemment convaincus par les débats sérieux et argumentés que nous avons en permanence au sein du parti et avec des associatifs, syndicalistes et citoyens comme encore ce week end sur la Fête de l’Huma. Des militant-e-s du PG qui tou-te-s présentent la particularité d’avoir un petit « plus » par rapport à d’autres militants écolos : une certaine vision de la lutte des classes au 21e siècle. Et qui partagent le même combat anticapitaliste. Oui, nous sommes au PG fermement convaincus que les deux vont ensemble, et que justement il n’y a pas à choisir entre le social et l’écologie. C’est nouveau comme discours politique, bien loin de l’environnementalisme béat, peut-être est-ce ce qui bouscule Fabrice Nicolino ?

On ne fera pas la révolution écologique sans un vaste mouvement populaire et sans justice sociale, c’est ce constat qui nous a conduits à mener la réflexion et adopter comme mesure principale le Revenu Maximum Autorisé et à discuter avec Hervé Kempf (Comment les riches détruisent la planète ), ou encore explorer le champ de l’extension de la gratuité avec Paul Ariès.

On ne changera pas les modes de production et de consommation en culpabilisant et en taxant les pauvres. Ce n’est pas le peuple qui est responsable de la crise, pas plus de la crise écologique que de celle de la dette ! Mais visiblement la revalorisation des salaires ne trouve pas grâce aux yeux de Fabrice Nicolino. Et c’est bien dommage. Car la hausse du SMIC est une mesure élémentaire de justice sociale. Couplée au RMA et à un écart maximum des salaires de 1 à 20, comme c’est écrit dans le programme du méchant Mélenchon, elle n’a rien d’une logique productiviste ou croissanciste, elle veut juste dire que ce sont les mega riches qui nous polluent, qu’aujourd’hui dans ce pays on ne peut plus accepter que des gens qui bossent dorment dans leur voiture et ne puissent plus se soigner. Parce que oui, il n’y a pas que dans les pays du Sud qu’il y a de la misère. Ici aussi, dans ce pays riche qu’est la France, il y a aussi du « Sud », des gens peinent à survivre.

Alors quoi, on se présente au élections en leur disant qu’on va les laisser travailler pour un salaire de misère parce que « le Sud existe » ? Mais où Fabrice Nicolino voit-il une contradiction ? Notre programme du Front de Gauche prône également la relocalisation industrielle, justement pour des raisons sociales et écologiques ! Fabrice Nicolino oublie de le mentionner. C’est pourtant important, non ? Un peu de pensée systémique est nécessaire quand on se pique de réfléchir à un programme. Quand on se pique de le critiquer aussi...

Car défendre les peuples du Sud, c’est aussi ça : mettre en place des barrières douanières et relocaliser la production pour éviter que des objets nuisibles et inutiles soient fabriqués dans des conditions de travail indignes à l’autre bout du monde. Lutter contre les politiques libérales de l’OMC, du FMI, de l’Union européenne qui tuent l’agriculture des pays du Sud et leurs services publics. Et repenser l’industrialisation de la France. L’écologie n’est pas l’ennemie de l’industrie ! On aura toujours besoin de chaises et de tables ou d’ordinateurs, et franchement je préfère qu’ils soient produits ici, en créant des emplois, en socialisant les moyens de production (eh oui, ça aussi on le dit).

Une production déterminée par l’utilité sociale de la production, l’impact environnemental et la manière dont sont prises les décisions dans l’entreprise (au passage, notre programme fait également la part belle aux reprises d’entreprises par les salariés sous forme coopérative, une paille...). En outre, le programme du Front de Gauche prône l’annulation de la dette des pays pauvres, la fin de la politique néo-coloniale de l’État français (cf la Françafrique), la mise en place d’un fonds international de coopération solidaire... Et j’en passe !

Tout ça, qui d’autre le dit ? Qui d’autre l’écrit ? Qui d’autre le fait, au Parlement européen, dans les Régions, sur le terrain ?

Voici l’entretien de JL Mélenchon sur le productivisme publié dans le dernier numéro du Sarkophage, et un autre sur Bastamag où il est question de planification écologique et de révolution citoyenne, qui ont peut être échappé à la vigilance de Fabrice Nicolino. Lisez-les, et jugez sur pièces...

Quant à moi, non, Monsieur Nicolino, je n’ai pas à choisir : entre Mélenchon et l’écologie, mon choix est fait. Je garde les deux.

Le grand forum des désobéissants aura lieu le 8 octobre Les désobéissants Reporterre 2011/09/21 Les désobéissants (21 septembre 2011) Le grand forum des désobéissants aura lieu le 8 octobre. Reporterre. fr

Le grand forum des désobéissants aura lieu le 8 octobre

8 octobre. Grigny (près de Lyon). "DÉSOBÉISSANCE INDIVIDUELLE, PROFESSIONNELLE, INSTITUTIONNELLE".

Forum national co-organisé par la ville de Grigny (Rhône) et le journal Le Sarkophage.

Face aux atteintes portées à la démocratie par une oligarchie toujours plus agressive, Face aux remises en cause du pacte social et notamment des services publics, Face à la nécessité de renforcer le répertoire d’action des citoyens, des salariés, des chômeurs, des consommateurs, de tous les sans (logement, papier etc.),

La question de la désobéissance est posée par des acteurs sociaux les plus divers et toujours plus nombreux. Ces actes de désobéissance ne sont en rien un retour au vieil illégalisme. Ils en appellent à la désobéissance au nom d’une conception plus haute du droit.

Désobéissance individuelle pour échapper à l’idéologie du système et à ses engrenages : réseaux anti-pub, collectifs d’accueil des étrangers en situation irrégulière, RESF, faucheurs volontaires, bilinguisme régional, semences paysannes, lanceurs d’alerte, refus de la télévision, des JO, réquisition de locaux (DAL, Jeudi Noir), etc.

Désobéissance professionnelle pour échapper à la casse des services publics, aux logiques de privatisation du vivant, avec les enseignants désobéisseurs, les médecins solidaires, les postiers qui refusent d’être transformés en VRP, les électriciens qui rétablissent le courant, les travailleurs sociaux qui refusent de devenir des auxiliaires de police, l’appel des cinéastes à désobéir, les mouvements pour défendre les services publics (EGSP), le droit à l’avortement, le refus du travail dominical et des nocturnes commerciaux, etc.

Désobéissance institutionnelle avec des collectivités territoriales qui refusent les expulsions, qui contournent les interdits en matière de services publics gratuits, qui se proclament territoires sans OGM, villes hors AGCS, qui pratiquent des semis désobéissants, admettent de l’habitat léger, refusent l’implantation de grandes surfaces, revendiquent la désobéissance européenne, etc.

PROGRAMME

- 9h, Ouvertures croisées :

René Balme, maire de Grigny Paul Ariès, directeur de la rédaction du Sarkophage

Animation des débats par Simon Lecomte Intermèdes musicaux par Hervé Magnin

Principes généraux de la désobéissance

Approche philosophique : Jean-Marie Muller (MAN)

Actualité : réseaux citoyens-résistants, Didier Magnin

- Désobéissance individuelle/collective

Objectif : échapper aux lois illégitimes, échapper à l’idéologie du système.

1) Faucheurs volontaires, Christian Foilleret ; semences paysannes, Raoul Jacquin (sous réserve) 2) Mouvement anti-pub, Yvan Gradis 3) Mouvement anti-ADN, François Vaillant 4) Accueil des étrangers en situation irrégulière, Marc Fromentin, GISTI 5) Planning familial, Marie Pierre Martinet 6) Bilinguisme régional, association Démocratie pour le pays basque ; Txetx Etcheverry, Fondation Manu Robles-Arangiz 7) Réquisition de logements, Manuel Domergue, collectif Jeudi Noir 8) Mouvement anti-TV, Michel Desmurget, directeur recherche INSERM 9) Emmaüs Pau, Germain Sahry

- 12h-14h déjeuner sur place pour celles et ceux qui ont réservé Bar et librairie pour les autres

- Approche juridique : cadre juridique, Gilles Sainati, magistrat ; le procès comme instrument politique, Nicolas Galon, avocat

- Désobéissance professionnelle

Objectif : refuser des ordres contraires au bien commun 1) Collectifs des enseignants désobéisseurs, Alain Refalo 2) Collectif des médecins solidaires, Didier Poupardin 3) Collectif Sciences citoyennes, Jacques Testart 4) Désobéissance salariale, Elisabeth Weissman

- Désobéissance institutionnelle

Villes contre expulsion, Semis désobéissants, Villes anti-AGCS , etc. Didier Paillard, maire de Saint-Denis ; Bernard Genin, maire de Vaulx en Velin ; René Balme, maire de Grigny (Rhône) ; Alain Beaud, président de la communauté de communes Autour d’Anduze

- Peut-on former à la désobéissance ? Xavier Renou, Collectif des désobéissants

- Conclusions Paul Ariès et René Balme

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Entrée libre ; Centre Edouard Brenot (rue Waldeck Rousseau) à Grigny (Rhône)

Fête à la Salamane, pour fêter la première victoire Collectif de la Salamane Reporterre 2011/09/21 Collectif de la Salamane (21 septembre 2011) Fête à la Salamane, pour fêter la première victoire. Reporterre. fr

Fête à la Salamane, pour fêter la première victoire

A Clermont L’Hérault, dans le Languedoc, une base logistique de Système U voudrait bétonner des dizaines d’hectares de vignes. Les opposants ont remporté un premier recours juridique contre cette agression. Ils fêtent cela le 24 septembre !

Samedi 24 septembre 2011- à partir de 14h --- jusque tard dans la nuit Sur les terres de la Salamane sortie d’autoroute A75, Clermont L’Hérault

Deux ans de lutte pour sauver les meilleures terres agricoles de l’Hérault et empêcher l’installation d’une plateforme logistique classée Seveso qui privilégie la grande distribution au détriment de l’intérêt général. Le premier recours a été gagné, venez faire la fête pour nous aider à financer et continuer le combat

Programme

- 14h / 16h Ateliers autour de la terre

Jardinage agro-écologique par Robert Morez, agronome Terre et Humanisme Oenologie et senteurs par Serge Azaïs, viticulteur coopérateur Jeux de cirque pour enfants par Barthélémy, artiste de cirque Initiation à la sculpture sur bois par Gérard Saëz, Estabel’Arts

- 16h / 19h Carrefour des luttes – débats

- Avec La coalition contre Agrexco, Lous Bourgnous, L’association le mas Dieu, les gardiens de la gardiole, Le collectif contre les gaz de schistes, Gardarem la Terre et le Ciel, Hinterland, No Palm et l’association la Salamane : Pourquoi lutter contre cette implantation, où en sommes nous, les prochaines étapes...

Débats avec l’ensemble des intervenants

- Présence de Pierre Rabhi en soirée

Repas de produits bio et locaux (7€)

Buvette associative

Concerts Chorale des sans, Little Big Steelband...

Réservation souhaitée, campement possible

Rencontres festives de la SALAMANE : Le pouvoir de dire NON

Crise de la dette ? La réponse des objecteurs de croissance Parti pour la décroissance Reporterre 2011/09/21 Parti pour la décroissance (21 septembre 2011) Crise de la dette ? La réponse des objecteurs de croissance. Reporterre. Tribune — fr

Crise de la dette ? La réponse des objecteurs de croissance

« Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la deuxième phase de cette crise nous guette. Un plan B est possible avec la Décroissance comme nouveau paradigme. »

Depuis quelques années, nous vivons au rythme des « crises de la dette ». Récemment, La Grèce a fait vaciller la zone euro tandis que la situation des finances publiques espagnoles, italiennes ou irlandaises sont précaires aux yeux des économistes les plus éclairés. Même les Etats-Unis ont dû relever leur seuil d’endettement sous peine de se retrouver en faillite, à l’issue d’un scénario digne des plus grands films hollywoodiens. L’obligation de sauver le modèle économique moins triomphant qu’auparavant a permis d’éviter une panique généralisée et de préserver l’ordre des choses, avec son oligarchie.

La pression médiatique est forte également pour nous inciter à accepter les explications des risques de cette situation et nous imposer des solutions austères mais présentées comme nécessaires. Politiques de gauche et de droite, économistes, chroniqueurs médiatiques nous rabâchent qu’il n’y a pas de plan B. Il faut appliquer toujours plus de plans d’austérité et prier pour retrouver une forte croissance et ainsi espérer sortir du marasme, surtout, pour préserver le système économique et financier actuel, nouvelle religion des temps modernes.

Et pour ce faire, les plans d’austérité apparaissent comme la voie privilégiée pour espérer le retour, certes voulu via l’incantation de nos dirigeants, d’une forte croissance. Pendant ce temps, les risques d’explosions sociales s’accroissent et sont même palpables.

Prenons le temps de réfléchir pour comprendre que :

1) Ce modèle économique est toxico-dépendant de la croissance. 2) Une croissance infinie dans un monde fini est impossible. 3) Des crises prévisibles et annoncées sont les signes de la fin d’un modèle. 4) Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la deuxième phase de cette crise nous guette. 5) Un plan B est possible avec la Décroissance comme nouveau paradigme.

Un modèle économique toxico-dépendant de la croissance

Notre modèle économique se développe grâce aux endettements privés et publics. Il est toxico-dépendant de la croissance économique. En effet, lorsqu’une banque, centrale ou privée, prête de l’argent, elle le fait avec l’espérance que cet investissement sera fructueux et que cet argent sera remboursé, qui plus est, avec des intérêts. Et on recommence, on prête de nouveau, de plus en plus et en prenant toujours davantage de risques. Durant ces dernières décennies, nous avons assisté à la financiarisation de l’économie, c’est-à-dire un décrochage entre l’économie réelle (les biens réels qui sont échangés) et les échanges financiers (bourses, produits financiers). Nous avons ainsi observé l’émergence de bulles financières comme celles des subprimes mais aussi l’explosion à la fois des endettements privés (crédits à la consommation, immobiliers) et publics tout en accroissant les inégalités et en permettant l’émergence et le maintien d’une oligarchie toujours plus puissante.

Cette fuite en avant, facilitée par l’absence de contrôle et de garde-fou, mais aussi par le statut privé ou indépendant des banques centrales, a repoussé l’effondrement du système. Ainsi avec les subprimes et les crédits à la consommation au début des années 2000, on a pu relancer de manière artificielle la consommation, donc la croissance. Les conditions pour continuer à vivre, comme si nous nous trouvions dans un espace où une croissance infinie était possible, ont été maintenues. Malheureusement, notre planète n’offre ni des ressources illimités, ni un espace que l’on peut sacrifier indéfiniment.

Une croissance infinie dans un monde fini est impossible

Cela paraît une évidence, sauf peut-être pour les économistes orthodoxes. Les limites de la croissance, l’insoutenabilité de ce modèle économique croissanciste ont été démontrées dès la fin des années 60 et dans les années 70 notamment avec les travaux de l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen ou ceux du club de Rome. De même, c’est à cette période que les premières études sur la finitude du pétrole ont abouti à l’émergence de la théorie du pic de production.

Cette théorie du pic de pétrole se confirme. Surtout, elle peut être étendue à toutes ressources finies (énergies fossiles, minerais, métaux …). Au début de l’exploitation des gisements pétrolifères, les industriels se sont concentrés sur des champs de pétrole liquide, concentré en énergie, facilement exploitables et très rentables : il suffisait de faire un trou, de raccorder à des tuyaux pour commencer l’extraction, piller la terre mais engranger des bénéfices. Quand la source de bénéfice se tarit, il faut en trouver une autre et recommencer pour nourrir la mégamachine. Une fois ces gisements sur-exploités, l’extraction de l’or noir devient plus difficile et il faut s’atteler à l’exploitation de gisements qui sont moins rentables en termes énergétiques, avec un pétrole abondant mais plus difficilement exploitable (il faut utiliser toujours plus d’énergie pour sortir toujours moins de pétrole). L’épisode des huiles et gaz de schiste n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres (la guerre en Lybie aussi d’ailleurs).

Or, depuis les années 70, nous n’avons plus fait de grandes découvertes de puits pétrolifères. Et, le pic de production dans de nombreux pays a été atteint. Le pic mondial, quant à lui, aurait ou est en voie d’être atteint : c’est-à-dire que le maximum de production plafonne avant de décliner inexorablement.

Notre modèle économique est fondé sur la croissance, elle-même dépendante de la consommation, donc de la production. Pour produire, il faut des ressources, notamment de l’énergie, donc du pétrole. Et quand on atteint les limites de production, les prix explosent, souvent aidés par la spéculation.

Des crises prévisibles et annoncées, signes de la fin d’un modèle

En juillet 2008, le prix du baril de pétrole dépassait les 140$ alors qu’il avoisinait encore 20-30$ au début des années 2000. Les peakistes, qui étudient le pic de pétrole et ses conséquences pensent que nous sommes passés très près du pic de production en 2006, d’où l’augmentation du prix du baril avec ses effets sur l’économie. Cela a entraîné une récession et l’explosion de bulles spéculatives, devenues par ailleurs insoutenables, c’était la crise des subprimes. Ce repli économique s’est manifesté par une baisse de la consommation, une baisse de la demande de pétrole et donc de sa production.

Le système a été sauvé à coup de centaines de milliards de dollars injectés dans les banques afin de retrouver la sacro-sainte croissance, pourtant responsable du pic de production !

Ainsi, avec le pic mondial de production (et quel que soit la production considérée), nous devons nous préparer à des phases de récessions, avec un soutien massif aux marchés financiers, suivies de timides relances économiques en espérant un hypothétique retour à une forte croissance, toujours seule capable de nous emmener vers un avenir radieux. Dans ce cadre, ces plans de relance risquent de provoquer une augmentation des besoins et du prix des matières premières, engendrant – une nouvelle fois – des récessions toujours plus dévastatrices en forme de tôle ondulée. Nous voyons bien que le système épuisé s’imposera des « pauses » (qu’il subit) au prix social et humain catastrophique pour rebondir toujours moins haut.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la deuxième phase de cette crise nous guette

Depuis le début de l’année, à nouveau, le prix du pétrole commence à monter pour atteindre 120$. Il en est de même pour un grand nombre de matières premières comme le cuivre.

Cette fois, ce sont les endettements publics qui sont touchés : la Grèce, puis l’Espagne, le Portugal, et l’Italie. En fait, c’est toute la zone Euro qui est menacée. Cet été, les États-Unis, première puissance économique mondiale, ont failli se retrouver en rupture de paiement. Un accord a finalement été trouvé pour repousser le plafond d’endettement sous condition. Ce n’est que reculer pour espérer mieux sauter.

L’automne s’annonce instable avec les plans d’austérité comme réalité et la croyance au retour de la croissance comme horizon. Les plans d’austérité entraînent une dégradation et une instabilité sociale forte car ils touchent les plus défavorisés. L’objectif de l’austérité est de retrouver la croissance économique qui, une fois de retour, provoquera une crise encore plus dévastatrice. Le capitalisme tourne en rond en laissant à ses marges de plus en plus de populations s’appauvrir.

On nous répète, comme avec la dette du tiers-monde, utilisée comme outil d’ingérence économique permettant d’imposer privatisations, plans économiques au profit des puissances du nord, qu’il n’y a pas de plan B : il faut toujours plus d’austérité. Il faut que l’on se serre la ceinture. Refuser serait irresponsable… Toutes oppositions et résistances, que ce soient en Grèce, en Espagne ou en France par exemple, sont ainsi balayées.

En effet que faire ? Depuis plusieurs années, les objecteurs de croissance évoquent cet effondrement économique et anticipent sa sortie. Sans parler des crises sociales et politiques qu’il engendre et sans oublier la crise environnementale. Nous sommes donc bien dans une crise anthropologique en atteignant les limites physiques mais aussi culturelles et humaines d’un système en quête de croissance pour la croissance, et de toujours plus de consommation pour espérer sauver le sacro-saint capitalisme.

Oui, il y a un plan B :

la Décroissance : nous proposons une réappropriation de la politique, donc de l’économie afin de promouvoir un projet de transition :

Courage politique : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie : suspension des dettes illégitimes et report du remboursement des dettes publiques, qui de toutes manières ne seront jamais remboursées, et forte taxation des plus riches.

L’urgence première est la réappropriation démocratique et politique de la création monétaire et des banques centrales. Il faut sortir de la religion de l’économie et de l’argent, il faut remettre le nouveau clergé, les banques, les agences de notation, à leur place. L’économie, l’argent sont des outils qui doivent servir à mener des projets politiques et non le contraire. Il faut ainsi remettre en question le remboursement de ces dettes, le repousser voir le refuser, sous condition.

Nous sommes aujourd’hui à un tournant historique de notre histoire, plus que jamais nous avons besoin d’une réappropriation de la politique et de nos choix de vie afin d’initier une transition vers de nouveaux modèles économiques.

Cela demande du courage politique, mais aussi plus de participation. Défendre l’ordre établi, refuser de penser à un plan B, c’est protéger ce système inégalitaire. C’est donc protéger les gagnants de ce système : l’oligarchie !

Les économistes néo-libéraux nous expliquent que l’économie, l’argent, est un jeu. Il faut investir, prendre des risques. Des fois on gagne, des fois on perd. Jusqu’à présent seuls les plus pauvres, les plus démunis, au Sud mais aussi au Nord perdent. L’oligarchie s’en sort toujours comme après la crise de 2008 et le renflouement des banques à coût de milliers de milliards de dollars.

Cette fois, l’oligarchie financière a beaucoup joué, elle a tout misé sur le rêve d’une croissance infinie… et elle a perdu mais sans l’avouer !

Nous proposons donc :

- De ne pas rembourser la part de la dette qui est illégitime. - De stopper la création monétaire privée et la rendre publique en conférant ce pouvoir aux banques publiques (nationales et locales) et de promouvoir la mise en place de monnaies alternatives fondantes associées à des projets de transition comme la relocalisation de l’économie, par exemple. - D’instaurer un revenu maximal autorisé, plafond au delà duquel l’état prélève l’excédent en tant qu’impôts. - De mettre en place une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), outil politique, économique et social de transition et d’émancipation capable d’initier une repolitisation de la société. Cette dotation pourra être d’abord versée sous forme de revenu d’existence, puis ensuite déclinée sous forme de droit d’accès (santé, éducation), de tirage (eau, énergie) et de monnaies alternatives fondantes (produits de première nécessité locaux et bio, services).

Remarque : Les Objecteurs et Objectrices de Croissance se rapprochent des propositions keynésiennes, notamment d’un point de vue d’un rôle plus fort joué par les institutions publiques à travers la réappropriation de la création monétaire, mais avec d’autres objectifs : non pas relancer l’économie en espérant retrouver la sacro-sainte Croissance économique, mais au contraire construire de nouveau modèles économiques à la fois soutenables (décroissance de l’empreinte écologique mais croissance de la résilience, des productions locales soutenables) et aussi souhaitables (décroissance des inégalités et croissance de la culture, de la solidarité et de la convivialité).

Ces propositions seront prochainement développées. A suivre donc…

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Notes :

Voir, entre autres, Prospérité sans croissance de Tim Jackson et la deuxième partie sur « l’impératif de la croissance ».

Hommage à Nicholas Georgescu Roegen, film documentaire

Une récession temporaire… ou la fin de la croissance ?, Richard Heinberg

Dernières vacances avant la récession, Yves Cochet

Une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie pour tous : http://www.partipourladecroissance....

La police française a violemment agressé les Indignés en marche vers Bruxelles Un indigné présent sur les lieux Reporterre 2011/09/21 Un indigné présent sur les lieux (21 septembre 2011) La police française a violemment agressé les Indignés en marche vers Bruxelles. Reporterre. fr

La police française a violemment agressé les Indignés en marche vers Bruxelles

Sans sommation et en abusant de gaz lacrymogène, les policiers français ont encerclé et embarqués les quatre-vingt indignés de plusieurs nationalités qui marchaient à Paris lundi 19 septembre.

Lundi soir [19 septembre] la marche des indignés se dirigeant vers Bruxelles, passait son troisième jour à Paris et empruntait le boulevard Saint-Germain, quand vers 21 heures sont ar…rivés plusieurs fourgons de la police nationale.

Rappelons puisque ceci n’est plus une évidence que la police est censée servir le peuple et le protéger.

Or, sans aucun avertissement préalable et sans aucune raison, ils ont gazé avec des lacrymogènes les marcheurs qui évoluaient sur le trottoir et les ont dirigé vers le boulevard Saint-Germain, dans lequel ils les ont encerclé.

Sous le prétexte d’un contrôle d’identité, ils les ont gazés une seconde fois et ont utilisé la violence (coups de poings, de pieds et insultes) sur les citoyens des différents pays présents (Français, Espagnols, Grecs, Allemands, Anglais).

Pour toute réponse sur la raison de cette interpellation violente de citoyens pacifiques dans leurs droits, « ce sont les ordres que nous avons reçus ». Rappelons qu’un policier a le devoir de ne pas exécuter un ordre allant contre les lois françaises et européennes et de surcroît de dénoncer la personne donnant cet ordre et les agents qui l’exécutent. Les citoyens utilisaient ici leur droit à la liberté d’expression et d’opinion et ne troublaient en aucun cas l’ordre public, puisqu’ils empruntaient les espaces réservés aux piétons.

Une personne a été gravement blessée, inconsciente lors de son départ avec les pompiers et deux autres personnes plus légèrement (l’une d’entre elle a eu une épaule déboitée), ils sont actuellement hospitalisés.

Plusieurs personnes se sont opposées à l’interpellation en se plaçant devant les bus de CRS amenant les 80 indignés au commissariat de police pour le contrôle de leur identité. Ils ont également été violentés, mais cette fois-ci, de manière plus particulière. Maitrisés par la force, certains d’entre eux ont été éloignés de la vue des gens, derrière les fourgons de police, ils ont été insultés et ont reçu des gifles et des coups de pied de la part des CRS, les policiers ont rempli leurs gants de gaz lacrymogène et leur ont passé sur le visage, leur mettant au passage des doigts dans les yeux, pour enfin les embarquer dans un fourgon, qu’ils avaient au préalable également rempli de gaz lacrymogène.

Finalement les trois quarts des personnes ont été relâchées, puisque aucun chef d’inculpation concret n’existait, les autres devant rester en garde à vue jusqu’au lendemain, les policiers n’ayant pas eu le temps de contrôler toutes les identités des 80 personnes dans les 4 heures de détention autorisée pour un simple contrôle d’identité.

Cette interpellation est symbolique de la dictature dans laquelle nous vivons et est très grave. C’est la manière que le gouvernement français utilise pour accueillir ses confrères européens et pour répondre à leur aspiration d’une démocratie participative et horizontale.

Chaque jour nous vivons l’oppression et la répression de cette société oligarchique. C’est une urgence de se soulever pour reprendre nos droits. C’est même un devoir. Nous voulons reconstruire ce monde que nos dirigeant détruisent jour après jour. Mais nous ne pourrons le faire qu’avec vous et votre parole. Un peuple uni va de l’avant.

Un Indigné présent sur les lieux.

Les Indignés en marche vers Bruxelles ont tenu leur assemblée générale place de la Bourse, à Paris Groupe « DRParis Commission Communication » Reporterre 2011/09/22 Groupe « DRParis Commission Communication » (22 septembre 2011) Les Indignés en marche vers Bruxelles ont tenu leur assemblée générale place de la Bourse, à Paris. Reporterre. fr

Les Indignés en marche vers Bruxelles ont tenu leur assemblée générale place de la Bourse, à Paris

18h [mercredi 21 septembre], Marcha Bruselas qui regroupe différentes marches depuis lEspagne et la France est partie de Bercy en file indienne, sur le trottoir et dans le respect du code de la route en direction de Notre Dame. Il ne s´agit pas d´une manifestation, juste d´un déplacement de la marche vers un autre lieu. Marche, qui a déjà parcouru des milliers de kilomètres en France sans aucun souci.

Pendant ce temps à Notre Dame, 3 camions de police et un autobus attendaient les indignés.

La marche se déroula dans un parfait silence sous les regards surpris des passants. Pas de police, tout se passe dans le calme. Au passage devant le Ministère des Finances, les gardes ferment les portes d´entrées avec entrain.

Nous avions fait un appel à la presse à Notre Dame, mais au vu des circonstances d´accueil plus que probable à Notre Dame, et ayant toujours à l´esprit les faits du 19 septembre derniers, les marcheurs décidèrent de célébrer l´assemblée Place de La Bourse.

Les Indignés se sont assis par terre devant l´édifice de France Press juste à côté de la Bourse. Très vite des gendarmes sont arrivés sur place, les ont encerclés. Les Indignés ont commencé leur assemblée, sans faire attention au large dispositif policier disposé autour d’eux. De plus en plus de policiers ont continué à arriver, mais aussi des citoyens et des caméras. Un streaming a été mis en place par nos camarades pour pouvoir suivre ce qui se passait en direct.

D’abord nous avons eu droit à un arrêté pour contrôle d´identité, le motif qui lui a été donné par l’agent : manifestation illégale. Les Indignés sur place se sont mis à résister pacifiquement demandant la libération du cammarade. Par la suite, les gendarmes sont passés à arrêter tous les gens encerclés. Les premiers groupes ont été emmenés par camion, 30 personnes sont restées assises sur la place pendant que les forces de l’ordre préparaient l’autobus.

Très rapidement toutes les personnes encerclées ont été arrêtées, parfois avec violence comme nous avons pu constater via le streaming en live et emmenées vers une destination inconnue.

Une fois l’autobus rempli, les forces de l´ordre quittent la place de la Bourse, il reste beaucoup de monde et les Indignés se réorganisent pour décider des actions futures.

Au même moment, au Média Center Paris on s´informe. Il résulte que :

Les indignés se sont fait arrêter par une brigade spéciale apparemment celle qui s´occupe de la sécurité du territoire.

Nous rappelons que les Indignés, nous sommes un mouvement pacifiste qui depuis mai a organisé nombre de manifestations et assemblées populaires à Paris sans qu’il n’y ait de dégâts ni de vandalisme, ni violence de notre part.

D’aprés nos sources, on nous reproche de ne pas avoir respecté 2 lois : la loi du port du voile, et une nouvelle loi d´il y a 3 jours qui interdit aux gens de s´assoir pour prier dans les lieux publics.

Les masque de déguisement utilisés par certains indignés ne sont nullement représentatif d’aucune religion, il s´agit de déguisement ! Les Indignés ne prient pas, ils s´assoient sur les places pour parler et échanger des idées.

Les personnes arrêtées ont été emmenées aux commissariats du 18 et 19e arrondissement. Il s´agit d’une centaine de personnes.

Nous remercions tous les Officiers de Police Judiciaire du Sud de Paris qui se sont manifestés contre ces mesures disproportionnées face à des personnes et citoyens pacifistes.

La Ministère des affaires étrangères d´Espagne est intervenu aujourd´hui pour demander des explications sur le traitement réservé à ses citoyens en France.

227 millions d’hectares de terres du Sud accaparés par des investisseurs Oxfam Reporterre 2011/09/22 Oxfam (22 septembre 2011) 227 millions d’hectares de terres du Sud accaparés par des investisseurs. Reporterre. fr

227 millions d’hectares de terres du Sud accaparés par des investisseurs

Un rapport d’Oxfam estime à 227 millions d’hectares, soit la surface de l’Allemagne, la superficie des terres dans les pays du Sud achetés ou loués par des investisseurs des pays du nord. Ces achats s’accroissent continuement, au détriment des populations locales.

Dans son nouveau rapport « Terres et pouvoirs » rendu public jeudi 22 septembre, Oxfam affirme que depuis 2001, 227 millions d’hectares ont été vendus, loués ou concédés dans le cadre de transactions foncières à grande échelle et, dans la majorité des cas, par des investisseurs internationaux.

Malgré le manque de transparence entourant ces transactions foncières, des recoupements ont, à ce jour, permis d’établir que 1.100 transactions portent sur un total de 67 millions d’hectares, dont la moitié en Afrique, pour une superficie quasi équivalente à celle de l’Allemagne [1].

Une partie non négligeable de ces transactions sont en fait des accaparements de terres qui bafouent les droits et besoins des populations locales concernées. Sans consultation préalable, dédommagement ni voie de recours, ces dernières se voient ainsi privées de logement et de terre où cultiver de quoi se nourrir et gagner leur vie.

L’ONG souligne que cette situation risque de se détériorer sous la pression combinée de la demande croissante de denrées alimentaires, de l’accélération du changement climatique, de la raréfaction des ressources en eau, du développement des cultures non alimentaires, telles que les agrocarburants, ou de la spéculation sur le foncier. Près de trois milliards de personnes vivent déjà actuellement dans des régions où la demande en eau dépasse l’offre.

« Malgré les signaux d’alerte envoyés depuis des année, le rythme des transactions foncières est aujourd’hui sans précédent. L’intensification de la concurrence pour les terres agricoles aggravent le sort de nombreuses populations pauvres dans le monde. Cette main basse sur les terres a des conséquences catastrophiques pour les populations locales, et compromet tout développement », souligne Jean-Cyril Dagorn d’Oxfam France.

Le rapport pointe notamment des cas d’accaparements de terres dans cinq pays : en Ouganda, au Sud-Soudan, en Indonésie, au Honduras et au Guatemala. En Ouganda, au moins 22 500 personnes ont ainsi perdu leur toit et leurs terres pour faire place à une compagnie forestière britannique, la New Forests Company [2]. Nombre d’expulsés ont confié à Oxfam avoir été délogés de force et s’être retrouvés sans assez de nourriture ni d’argent pour envoyer leurs enfants à l’école.

« L’arrêt des accaparements de terres doit être une priorité pour les gouvernements, les organisations internationales et les investisseurs. Les réglementations actuelles doivent garantir la consultation et le traitement équitable des populations locales, le respect des normes internationales applicables dans le cadre des négociations foncières des investisseurs », poursuit Jean-Cyril Dagorn.

Les gouvernements ne doivent plus se plier aux volontés des investisseurs et accorder la priorité aux droits existants en matière d’utilisation des sols, sans se limiter à la détention de titres fonciers légaux ou de droits de propriété officiels. Ils doivent en partculier reconnaître l’égalité des droits fonciers des femmes et veiller à ce que tous les investissements agricoles bénéficient aux communautés locales dont la survie dépend de la terre.

Oxfam souligne la nécessité pour la communauté internationale d’adopter au plus vite des standards internationaux contraignants sur la gestion des ressources naturelles. A cette fin, la réunion du Comité de la sécurité alimentaire (CSA) de l’ONU, le mois prochain, à Rome, devra permettre de franchir un premier pas important dans cette direction.

Parmi les recommandations du rapport, Oxfam demande également l’abandon des objectifs de production et de consommation d’agrocarburants, notamment l’objectif de l’Union européenne de parvenir à 10 % d’énergies renouvelables dans le secteur du transport d’ici à 2020.

Pour l’ONG, les ministres du Développement et des Finances du G20, qui se réunissent à Washington le 23 septembre pour discuter notamment de l’investissement agricole, doivent condamner les accaparements de terres, décréter un moratoire sur les investissements à grande échelle dans le foncier pour stopper l’hémorragie, rejeter les trop faibles « principes pour un Investissement Responsable en Agriculture », initiés par le banque mondiale, et soutenir le travail mené au CSA.

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Notes :

[1] Les données sont compilées par le Land Matrix Partnership, une coalition d’universités, instituts de recherche et ONG. Le chiffre de 227 millions se fonde sur des informations relatives aux transactions foncières de plus de 200 hectares provenant de sources très diverses, notamment des rapports officiels, des recherches universitaires, des sites web d’entreprises, des médias et des rares contrats accessibles. La coalition s’attache actuellement à vérifier les données concernant les transactions foncières qu’elle a identifiées. Elle incite les entreprises et les gouvernements à faire preuve de davantage de transparence pour que l’on puisse prendre la véritable mesure du problème.

Le Land Matrix Partnership est constitué de l’International Land Coalition, des universités de Berne et de Hambourg, du CIRAD, de l’agence allemande de coopération technique, de GIZ et d’Oxfam.

[2] Malgré des ordonnances citant la société en justice, des salariés de celle-ci auraient, selon des témoins occulaires, participé à certaines expulsions. La New Forests Company dément toute implication dans ces expulsions. Les expulsions ont eu lieu entre 2006 et 2010. Le 24 août 2009, une Haute Cour de justice a rendu une ordonnance expirée le 18 mars 2010. L’autre ordonnance, en date du 19 juin 2009, demeurait en vigueur jusqu’au 2 octobre 2009. Toutes deux enjoignaient à la société de ne procéder à aucune expulsion.

La New Forests Company a déclaré que la majorité des habitants n’avaient aucun droit légal sur les terrains, qu’ils avaient quitté les lieux dans le calme et que la procédure relevait de la seule compétence de l’administration nationale des forêts de l’Ouganda. Elle a fait valoir à Oxfam qu’elle a créé de l’emploi et aménagé des équipements pour les communautés locales et que ses activités avaient reçu l’agrément du Forestry Stewardship Council et de la Société financière internationale.

La bière qui mentait Hervé Kempf Reporterre 2011/09/22 Hervé Kempf (22 septembre 2011) La bière qui mentait. Reporterre. Tribune — fr

La bière qui mentait

Presque surréalistes, ces mots de l’ex-probable candidat et acteur d’un fait divers new-yorkais. Interrogé au « 20 heures » de TF1 le 18 septembre à propos de la crise de l’euro, M. Strauss-Kahn répond : « Avec le défi écologique, le défi que nous rencontrons dans cette crise est le plus sérieux. » Ah ? « Avec le défi écologique » ?

Ex-lobbyiste des grandes entreprises au sein du Cercle de l’industrie, ex-ministre de l’économie, ex-directeur du Fonds monétaire international, M. Strauss-Kahn n’a cessé depuis vingt ans de mettre en oeuvre le programme néolibéral et de prôner la croissance maximale - des instruments très efficaces pour détruire l’environnement mondial. Quatre mois d’abstinence des lieux de pouvoir l’ont conduit à placer le défi écologique au premier rang des priorités... Comme il est dommage que les grands de ce monde ne découvrent l’écologie que quand ils sont rangés des affaires.

Comme il est regrettable, décidément, que les discours soient si loin des actes. Ainsi, M. Busain, PDG du brasseur Heineken France, déclare noblement sur le site de son entreprise : « Pouvons-nous chercher la performance sans se préoccuper de l’impact de nos activités sur notre environnement ? » Oui, le pouvons-nous ? Hélas, oui, nous le pouvons - comme dirait le président Barack Obama, qui vient de renoncer, le 2 septembre, à durcir les normes sur la pollution atmosphérique.

Car, dans le nord du Mexique, une filiale d’Heineken, la Femsa, a commencé à construire le 16 septembre un stade de 55 000 places sur 26 hectares d’un parc public de Monterrey. Celle-ci est considérée comme la ville la plus polluée du pays et le jardin visé, La Pastora, en est le plus grand espace vert, un lieu de respiration indispensable dans une métropole où la température peut atteindre, en été, 45 oC. Le stade implique de raser la forêt sur le site.

Depuis deux ans, les associations écologistes locales se battent contre ce désastre, en soulignant que la construction aurait été possible dans un lieu moins sensible. Mais la Femsa - qui indique elle aussi sur son site son souhait d’« aider à préserver la planète pour les générations futures » - n’en démord pas. Elle possède le club de football qui logera dans ledit stade, où elle aura l’exclusivité de la vente de bière, Heineken, bien sûr. Interrogée en Europe, Heineken a répondu que légalement elle n’était responsable de rien (1).

Jamais responsable, jamais coupable. Les puissants ne sont responsables de rien. La main sur le coeur, ils veulent relever le « défi écologique », « préserver la planète ». La destruction continue. Et l’on peut seulement, dérisoire vengeance, mieux choisir les marques de bière que nous buvons.

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Note :

(1) Heineken. Overview of controversial business practices in 2010, p. 7

Coût de la sortie du nucléaire : halte à l’intoxication du Figaro ! Denis Baupin Reporterre 2011/09/23 Denis Baupin (23 septembre 2011) Coût de la sortie du nucléaire : halte à l’intoxication du Figaro !. Reporterre. Tribune — fr

Coût de la sortie du nucléaire : halte à l’intoxication du Figaro !

Sans doute soucieux de détourner l’attention du quidam des affres des affaires Bazire - Balladur - Sarkozy, un grand quotidien national [Le Figaro] publie jeudi 22 septembre en Une la soi-disant information tonitruante suivante : « la facture exorbitante d’un arrêt du nucléaire » surmonté du chiffre « plus de 750 milliards d’euros ».

Et le journal de s’appuyer sur une interview du patron du CEA (A comme « atomique ») présenté d’ailleurs comme un « sage » et non un « fanatique de l’atome » (il y en aurait donc, dixit Le Figaro. On attend la liste : Lauvergeon ? Besson ? Sarkozy himself ?).

En Une toujours, on nous dit que le patron du CEA « estime que l’arrêt du nucléaire en France couterait plus de 3 fois le chiffrage de 250 milliards d’euros effectué par les Allemands ». On cherchera pourtant en vain dans l’interview la moindre phrase qui étaye cette « information ». Bien au contraire, Bernard Bigot reconnaît honnêtement « Pour ce qui est de la France (...) je crois qu’à ce stade aucun chiffre ne peut raisonnablement être avancé » !

On ne saurait mieux dire. Mais d’où sort donc l’information suffisamment crédible pour que Le Figaro la mette ainsi précipitamment en Une. D’une simple règle de trois expliquée dans l’article joint à l’interview : les Allemands auraient chiffré la sortie à 250 milliards ; la France a un parc trois fois plus important que celui de l’Allemagne ; donc le coût de la sortie serait de 750 milliards en France !!!!!

Mais de qui se moque-t-on ? A qui croît-on qu’on puisse faire avaler comme des démonstrations ayant un minimum de crédibilité économique de tels calculs de coin de table ?

Indéniablement toute politique énergétique a un coût. La transition énergétique aura un coût, mais le maintien dans le nucléaire en aurait aussi, et particulièrement douloureux si on y inclut la mise à niveau de sécurité des installations suite à Fukushima, les surcoûts en croissance exponentielle des EPR, la gestion des déchets, une évaluation enfin sérieuse des coûts de démantèlement, et bien sûr, si on veut être sérieux, la prise en compte du coût de l’accident majeur ! Demandez aux Japonais quel est le coût du nucléaire ! Pas sûr que leur réponse soit la même qu’avant le 11 mars dernier.

L’association Agir pour l’Environnement a d’ailleurs évalué - sur la base de calculs bien plus sérieux que les règles de trois du Figaro - que le maintien dans le nucléaire aurait un coût - hors accident majeur - de 746 milliards d’euros.

Choisir une stratégie énergétique, évaluer son coût, sont des questions sérieuses, sur lesquelles travaillent des experts depuis de nombreuses années. L’action comme l’inaction ont un coût. Mais les 250 milliards d’euros chiffrés par exemple par les experts allemands sont loin de ne comprendre que des coûts publics. De même les scénarios sur lesquels travaillent les écologistes depuis de nombreuses années - et dont le plus célèbre, le scénario Négawatt, sera rendu public dans une semaine - permettront de définir quels seront demain les coûts et les mécanismes économiques à mettre en place pour une sortie progressive du nucléaire.

Tenter de préempter le débat en affichant des chiffres sortis de nulle part n’est en rien digne d’un média qui se prétend d’information. Il confirme malgré tout que le nucléaire ne fait décidément pas bon ménage avec l’objectivité et la transparence. Gageons qu’il soit aussi le signe d’une certaine fébrilité de ses thuriféraires face à un débat d’enjeu national enfin libéré du tabou qui pesait depuis des décennies.

La forêt de Brocéliande menacée par des déchets Artac Reporterre 2011/09/23 Artac (23 septembre 2011) La forêt de Brocéliande menacée par des déchets. Reporterre. Forêts fr

La forêt de Brocéliande menacée par des déchets

Depuis 2004, date de la proclamation de l’Appel de Paris, un appel international qui comme vous le savez a été renouvelé et conforté lors du deuxième colloque de l’Unesco de 2006 et plus récemment celui d’avril 2011, plusieurs centaines d’affaires mettant en cause la dégradation de notre environnement et les problèmes de santé qui en relèvent nous sont parvenus demandant l’aide du Professeur Dominique Belpomme ou celui de l’ARTAC pour combattre des procédés économiques et financiers jugés indignes de la République.

Il est évident que l’ARTAC et que son président en sa qualité de médecin ne peuvent rester indifférents. Or l’une des dernières affaires en cours est celle du centre d’enfouissement des ordures situé au coeur de la forêt de Brocéliande, une décharge ordurière qu’on voudrait aujourd’hui agrandir, et assortir d’une usine de TMB (fabrication des composts à partir d’ordures ménagères) pour en faire le plus grand centre d’enfouissement de Bretagne pour les 30 ans à venir !

Sur invitation du Maire de Concoret, Mr J.Y. Bourien, Le Professeur Dominique Belpomme avait, il y a quatre ans mis en garde les promoteurs d’un tel projet, visant à démanteler un peu plus la forêt de Brocéliande et donc à supprimer définitivement la légende, le mythe et pour tout dire la culture Bretonne et avait alors fait une intervention TV sur FR3 Bretagne pour condamner un tel projet.

Aujourd’hui, c’est le Maire de Gaël, une commune située en proximité de Concoret, et qui contre son gré accueille ce centre d’enfouissement, qui appelle au secours.

Mais le crime culturel en cours de perpétuation est encore plus grave qu’on pouvait le prévoir puisqu’il se solde maintenant par des problèmes de santé touchant gravement la population proche de l’actuel centre d’enfouissement, qui bien que fermé en 2000, n’en continue pas pour autant à ne pas diffuser ses sévices sanitaires, la raison en étant notamment sa situation en pleine zone humide et en tête de bassin versant de l’Oust qui alimente entre autres l’étang aux Ducs situé à Ploërmel dans le Morbihan.

Ainsi dans le rapport que nous a fourni le Maire de Gaël, intitulé « Signalement de cas groupés de cancers autour d’un centre de stockage et déchets ménagers - Site de Point- Clos, Gaël », un rapport établi à la fois par les communes de Gaël (Ile et Vilaine) et de Concoret (Morbihan), il ne fait aucun doute que nous sommes en présence d’un « amas de cas de cancers » - un cluster comme l’appellent les anglophones - et qu’un lien de cause à effet ne peut être écarté, compte tenu des données de la littérature scientifique internationale ayant prouvé l’existence d’un taux de cancer (et de malformations congénitales) élevé à proximité des centres de décharge.

Ainsi le rapport de novembre 2006 de la Cellule Inter Régionale d’Epidémiologie (CIRE) ouest est-il faussement rassurant, non seulement parce qu’il méprise les données scientifiques internationales, mais aussi parce qu’il est entaché d’approximations et d’erreurs grossières au plan méthodologique…..

C’est la raison de cette Newsletter N° 36 de l’Appel de Paris. Nous ne pouvons en effet que nous opposer fermement à un tel projet. Aujourd’hui, en voulant agrandir le centre d’enfouissement des ordures en plein coeur de ce qu’il nous reste de la forêt de Brocéliande, c’est non seulement la légende de l’enchanteur merlin et de la fée Viviane qu’on tue, - donc le coeur de la Bretagne et sa culture qu’on fait disparaitre, mais c’est aussi la santé de ses habitants et de ses enfants qu’on brade.

Souvenons-nous qu’en septembre 1990, un énorme incendie avait déjà ravagé une partie de la forêt de Brocéliande et plus particulièrement le site légendaire du « Val sans retour ».

Avec l’artiste François Davin et l’Arbre d’Or qu’il a créé pour rappeler la nécessité de la forêt des légendes, mobilisons nous ! C’est ce que fait aujourd’hui au sein du comité de soutien de l’Appel de Paris, le Pr Belpomme, Breton de coeur et d’origine par sa grand-mère Rivoual.

Bretagne lève toi !

Les détails du projet gigantesque d’enfouissement des déchets nucléaires Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires Reporterre 2011/09/24 Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires (24 septembre 2011) Les détails du projet gigantesque d’enfouissement des déchets nucléaires. Reporterre. Déchets nucléaires fr

Les détails du projet gigantesque d’enfouissement des déchets nucléaires

L’ANDRA dévoile peu à peu les détails du projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, en Haute-Marne. On est passé d’un « laboratoire » à un immense site industriel de 1.500 hectares en sous-sol.

L’Agence nationale des déchets nucléaires (Andra) organise ce samedi 24 septembre ses ’portes ouvertes’ annuelles. Volonté de transparence ou ’’opération séduction’’ ? La question se pose, tant la gestion des différents sites de l’Andra cause de virulentes polémiques et que le projet de Bure prend des dimensions singulières.

C’est nouveau, le secteur de Bure (Lorraine/Champagne) va devoir s’habituer à un barbarisme supplémentaire : CIGÉO. Traduit par ’iCIGÉOnte’ pour les plus perspicaces, l’Andra, son promoteur, en fait un ’’centre industriel de stockage géologique’’. Industriel ! Le mot est lâché, pour la première fois.

Pour les déchets nucléaires de moyenne et haute radioactivité (et à vie très, très longue), on en était resté aux affirmations lénifiantes de Areva, Edf, Andra et autres élus : ils ne représentent que 20 g par an et par habitant, et seulement 4% du volume total des déchets nucléaires. Madame Lauvergeon-Areva affirmait même que le tout tiendrait dans une malheureuse piscine olympique. Vraiment ? Aujourd’hui, après des décennies de mythe du nucléaire propre, le voile se lève sur l’ampleur du problème, symbolisé par ce monstre CIGÉO qui cumulerait :

- Un immense dépotoir nucléaire souterrain, de plus de 1.500 ha (à comparer à la ’piscine olympique’). Près de 100.000 m3 à enfouir (1). Plus de 300 km de galeries, entre les tunnels de circulation et ceux de stockage.

Quelles seraient les conséquences, la nature ayant horreur du vide et les Vosges sismiques étant toutes proches ?

- Un site d’une emprise de 200 ha (1,4 km de côté) à l’aplomb du dépotoir, dont 130 ha (!) pour stocker les déblais du creusement.

- Un site d’une emprise de 100 ha (dont 30 ha pour là aussi des déblais de creusement), à quelques km du précédent, destiné au départ d’un tunnel qui alimentera le dépotoir (5 km de descente, pour une pente à 10%) et SURTOUT à l’installation d’une INB (Installation nucléaire de base). Un site nucléaire qui préparerait les fûts avant descente et qui en stockerait d’autres durant les décennies nécessaires à ce qu’ils perdent un peu de leur très forte température.

- Ce monstrueux projet c’est aussi des milliers de transports (240.000 containeurs se sont accumulés sur 40 ans de production nucléaire), mais aussi des besoins énormes en électricité ainsi qu’en eau (à quelles fins ?), cette eau à présent si rare et recherchée (cf le scandaleux contrat passé par l’Andra avec la commune de Thonnance-lès-Joinville [entre autres ?] afin de puiser dans sa nappe phréatique).

Mais, ce projet c’est aussi une discrète demande de ’ventilation’’ de la part de l’Andra car, oui, l’Andra rejettera des gaz radioactifs, non pas dans des milliers d’années dixit l’Andra lorsque l’enfouissement sera défectueux mais bien dès que les premiers fût arriveront sur place, sur cette INB !

Enfin, ce monstrueux projet c’est l’engloutissement de sommes faramineuses, si nécessaires ailleurs : 15 milliards d’euros annoncés hier, 25 milliards aujourd’hui (1), et demain ?

Ainsi donc, le projet BURE présenté depuis 18 années comme un ’’laboratoire’’, non seulement cachait bien une méga poubelle radioactive souterraine mais en plus il cumulerait les tares d’un stockage en surface (cf Soulaines, La Hague.). L’éventuelle confiance accordée au promoteur Andra, notamment par les élus qui soutiennent ce projet fou, ou laissent faire, se trouve là bien trahie.

Quant à la justification d’un enfouissement, et donc du projet CIGÉO, la voici radicalement remise en cause. Alors que par le débat public de fin 2005/début 2006, les populations exigeaient un stockage en surface afin de pouvoir surveiller les containeurs, les pouvoirs publics refusaient sous prétexte que les risques étaient trop élevés : chute d’avions, sismicité, terrorisme. Et bien CIGÉO c’est la peste et le choléra : enfouissement ET stockage en surface, pour des décennies..

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Note :

(1) Audition de MC.Dupuis, directrice de l’Andra, devant l’Assemblée nationale le 19 janvier dernier

Je serai envoyé en prison Pierre-Emmanuel Neurohr Reporterre 2011/09/25 Pierre-Emmanuel Neurohr (25 septembre 2011) Je serai envoyé en prison. Reporterre. Tribune — Luttes fr

Je serai envoyé en prison

Prendre l’avion contribue au changement clmatique. Celui-ci devrait à terme entraîner la baisse de la production agricole, donc une multiplication des famines, que l’auteur qualifie de génocide annoncé. Il lui parait donc criminel de prendre l’avion.

Où il est question d’une action non-violente menant inéluctablement à la prison... à la fin du texte !

Pour toute personne observant le monde de manière lucide, il apparaît clairement que les indicateurs environnementaux pointent vers une destruction quasi-complète de la nature à brève échéance. Pour ne prendre qu’un exemple, le NCAR, l’un des principaux centres scientifiques de recherche sur le climat au monde, a réalisé une méta-analyse (une analyse des analyses disponibles) sur le thème de la sécheresse. Il en ressort qu’à partir de 2030, dans à peine 19 ans, tout le pourtour méditerranéen sera ravagé par des sécheresses à répétition.

Le Parti de la Résistance (PR) a été créé pour combattre la principale conséquence de cette destruction. Il ne s’agit pas de la perte de la huppe à jabot à poix, ou de celle du papillon mordoré à antennes rétractables, sujets qui semblent passionner beaucoup de gens... alors que la principale conséquence sera la mise à mort - par famine - de dizaines de millions d’êtres humains. Sujet quasiment jamais abordé, sans parler de la responsabilité des pays riches qui préparent ce génocide.

Si vous pensez comme moi que l’une des pires atrocités jamais commise fut celle consistant à mettre à mort plus de 5 millions d’êtres humains dans des chambres à gaz, ce qui se passe sous votre nez devrait vous faire réagir. La destruction du climat, qui entraînera mécaniquement la mort par famine de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes, n’est pas le fait de petits hommes verts débarqués de Mars, ce n’est pas Dame Nature qui fait un caprice, etc. Ce sont des gens dans les pays riches qui, individuellement et collectivement, choisissent un mode de vie qui prépare méthodiquement le génocide par famine de millions d’êtres humains vivant dans d’autres pays.

De manière surprenante au début, l’argumentaire du PR passe facilement. Les personnes qui le refusent ne répondent pas sur le fond, mais tentent de faire diversion en ayant recours à l’insulte, entre autres tactiques idiotes. Et comment pourraient-ils répondre sur le fond ? Un cambodgien émet dans les 300 kg de CO2 par an, un Français environ 20 fois plus, mais ils sont tous les deux responsables de la destruction du climat ? L’ensemble des études scientifiques sur les sécheresses à venir sont un vaste complot ? Les 80 millions de Vietnamiens ne connaîtront pas la famine lorsque plus de 80 % de leur riziculture aura été détruite par la montée des océans, et ce avant la fin du siècle ?

Et 2 + 2 = 3 ?

Le seul argument auquel se raccrochent alors les personnes refusant l’argumentaire du PR, c’est celui de la responsabilité. « Ah, mais en prenant l’avion, je ne veux pas assassiner des petits nenfants ». Il est pitoyable d’avoir recours à un tel argument pour satisfaire son instinct grégaire et continuer à faire comme tout-le-monde... en France, puisque ce mode de vie est ultra-minoritaire au niveau de la planète.

En effet, tout acte s’évalue de par ses conséquences. Un homme prend une mitraillette, vise, appuie sur la détente, et troue une cible en carton. L’acte peut être jugé comme étant anodin. Un homme prend une mitraillette, vise, appuie sur la détente, et fait exploser la tête d’un enfant. Il s’agit alors d’un crime. On voit bien que l’acte lui-même est secondaire, c’est sa conséquence prévisible qui détermine s’il s’agit d’un acte anodin ou d’un crime. C’est ainsi que, moralement et même instinctivement, nous jugeons le monde autour de nous, quand on veut bien y réfléchir deux secondes.

Autre exemple, qui se rapproche de la situation actuelle. Un homme prend un crayon, réalise des calculs, et en déduit la quantité de bois de charpente nécessaire pour la construction d’un toit. L’acte peut être jugé comme étant anodin. Un homme prend un crayon, réalise des calculs, et en déduit la quantité de trains nécessaires à l’acheminement d’êtres humains à Auschwitz. Il s’agit alors de la participation active à un génocide.

Ce qui est très drôle, si l’on peut dire, dans les discussions sur le climat, c’est que les gens à qui on explique qu’il n’y a tout simplement pas de machine plus destructrice du climat que l’avion, s’appuient sur le fait que prendre l’avion est quelque chose de banal, qui ne peut être assimilé à un crime. Comme on le voit avec l’exemple bien connu du Schreibtischtäter du nazisme, c’est la simple utilisation d’un crayon - métaphoriquement parlant - qui a envoyé Eichmann à la potence. D’après Raul Hilberg, l’un des grands historiens de la Shoah, Eichmann n’a jamais assassiné un seul Juif de ses propres mains (le seul acte « directement » violent rapporté est celui lors duquel il gifla un vieillard juif à Vienne), et pourtant Eichmann est un génocidaire. Simplement parce que la conséquence prévisible de l’utilisation du crayon était l’assassinat en masse, également appelé génocide, sauf par les beaux esprits qui préfèrent ergoter, une tasse de thé à la main, le petit doigt bien levé... pendant que se prépare ledit génocide.

En 2011, la conséquence prévisible du fait de prendre une machine démesurément pollueuse du climat telle que l’avion, c’est un génocide.

Pour resituer brièvement le contexte dans lequel nous nous trouvons, un cambodgien émet environ 300 kg de CO2 par an, la plupart des scientifiques s’accordent pour dire qu’il ne faut pas dépasser 1,5 t par an pour ne pas détruire le climat, et un seul Paris-Montréal dégueule dans la fine couche d’atmosphère de la Terre 2,5 t par personne en quelques heures... Le fait que prendre l’avion soit banalisé ne dit rien sur le fait de savoir si oui ou non, lorsque vous prenez l’avion en 2011, vous participez activement à la préparation d’un génocide. Ce qui compte, c’est la conséquence prévisible de votre acte. Or cette conséquence est on ne peut plus claire. L’argument de la responsabilité individuelle utilisé par le PR est donc rationnel.

Cela fait plus d’un an que nous distribuons cette information, y compris par des tracts à l’intérieur de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Et on se rend compte qu’il y a une manière très efficace, après tout, de répondre à l’argumentaire du PR : l’ignorer, et continuer tranquillement à détruire le climat, et donc à préparer la destruction de dizaines de millions d’êtres humains.

Le blabla ayant fait la preuve de son inefficacité, dans le cas du PR comme dans celui de l’ensemble des efforts environnementaux, il faut donc ne plus se limiter au blabla, et s’opposer physiquement à la destruction de la planète - de manière non-violente bien entendu.

Jusqu’à présent, le système idéologique qui amène à la destruction du climat n’a pas besoin de mettre en prison ses « opposants » pour des périodes longues, et en grand nombre. Cela pose question : y a-t-il vraiment des opposants qui dérangent quand un système n’a pas besoin de les mettre en prison ? La situation actuelle ressemble bien plus à une pièce de théâtre, dans laquelle les rôles sont bien déterminés, et les textes fixés à l’avance, comme il se doit. Les méchantes multinationales déclament leur texte, les braves écologistes disent le leur avec plus ou moins de talent, avec plus ou moins de conviction, et la pièce se termine sans qu’elle ait le moindre impact sur la trajectoire nihiliste des sociétés d’hyper-consommation.

Etant donné que je sais, textes scientifiques à l’appui, que la société dont je suis issu prépare un génocide, j’estime que je n’ai pas le choix : je dois m’y opposer physiquement - dans le plus strict respect du principe de non-violence. Or, dès lors que l’on cesse de jouer la pièce de théâtre habituelle, et que l’on empêche physiquement le système de détruire le climat, ce dernier ne peut que vous envoyer en prison. Le système peut accepter une ribambelle d’actions théâtrales, par contre, ni lui ni les citoyens qui le soutiennent dans les faits ne peuvent accepter un blocage physique permanent de son fonctionnement.

Parce qu’il faut qu’il soit bien clair qu’une telle action ne sera pas conçue pour reproduire le schéma écologiste habituel. Il ne s’agit pas de continuer à mentir et de dire que c’est tout la faute aux méchantes multinationales. C’est aussi stupide que de mettre un requin dans une piscine publique et ensuite de trouver que ledit requin est vraiment très méchant de manger les nageurs. Il ne fait que remplir sa fonction. Si vous prenez l’avion, vous ne pouvez pas vous plaindre qu’il y ait des multinationales qui forent pour trouver du pétrole. Elles ne font que remplir leur fonction.

Pour ma part, j’ai décidé de m’opposer physiquement à la destruction du climat de la planète, et je sais d’ores et déjà, pour m’être renseigné auprès d’un avocat, que je serai envoyé en prison. Je le ferai de toute manière, mais je souhaite savoir s’il y en a parmi vous qui veulent également se battre - non pas de manière théâtrale, mais pour de vrai. En sachant qu’au bout, il y a la prison.

Il va de soi que si vous répondez par l’affirmative, il faut soit que je vous connaisse directement, soit que vous puissiez vous faire recommander par d’autres écologistes.

Merci de faire circuler ce message afin d’augmenter les chances d’être plusieurs à se battre.

......................

Petit calcul extrêêêêmement compliqué : sachant qu’il y a en Chine 30 voitures pour 1.000 habitants, et qu’en France, il y en a 500 pour 1.000, calculer les chances de faire baisser les gaz à effet de serre si les Chinois nous « rattrapent », ne serait-ce qu’un peu, dans la démence automobile. Si vous n’êtes pas pour l’interdiction de la voiture, vous pensez sérieusement que son utilisation par 7 milliards d’êtres humains est possible sans détruire la planète. Si vous pensez cela, je suis le neveu du ministre angolais du pétrole, j’ai le numéro secret d’un de ses comptes en banque en Suisse, mais ne pouvant me déplacer, je suis prêt à vous le vendre pour une somme modique...

Les lobbyistes veulent faire accepter le gaz de schiste au Québec Alexandre Shields (Le Devoir) Reporterre 2011/09/25 Alexandre Shields (Le Devoir) (25 septembre 2011) Les lobbyistes veulent faire accepter le gaz de schiste au Québec. Reporterre. fr

Les lobbyistes veulent faire accepter le gaz de schiste au Québec

« Le secteur des lobbyistes est très développé au Québec et promis à une forte croissance. »

Les entreprises pétrolières et gazières actives au Québec ont actuellement au moins 55 lobbyistes à leur service pour « représenter » leurs intérêts auprès du gouvernement Charest, a dénombré Le Devoir [quotidien de Montréal]. Ceux-ci doivent notamment faire valoir le point de vue de leurs clients en ce qui a trait au régime de redevances et à la loi sur les hydrocarbures qui sera éventuellement mise en place pour encadrer l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste et du pétrole.

Une simple consultation du Registre des lobbyistes du Québec permet en effet de constater que, à elle seule, l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a inscrit 35 personnes au registre. Ce regroupement a en fait maintenu plus d’une trentaine de lobbyistes sur sa liste depuis juin 2009. À cette époque, à peu près personne au Québec ne soupçonnait l’existence de réserves importantes de gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent. La plus longue liste, inscrite en avril 2010, comptait 38 noms.

On y retrouve bien sûr son président, Lucien Bouchard, mais aussi André Caillé et plusieurs personnes issues des différentes entreprises actives dans l’exploration gazière. C’est ainsi que la liste de l’APGQ comprend Jean-Yves Lavoie, chef de la direction de Junex et ancien ingénieur pétrolier de la Société québécoise d’initiatives pétrolières, une société d’État aujourd’hui dissoute. Pierre Boivin, président du club de hockey Canadien et membre du conseil d’administration de Questerre Energy, fait aussi partie de la liste. Déjà en avril 2009, il avait un mandat de « lobbyiste-conseil » pour l’APGQ. Le président de Questerre, Michael Binnion, est aussi inscrit, tout comme le président de Gastem, l’ancien ministre libéral Raymond Savoie.

Leur mandat se lit ainsi : « Représenter les intérêts des membres de l’Association pétrolière et gazière du Québec auprès des différents titulaires de charge publique relativement à la législation, à la réglementation, aux orientations et aux dispositions fiscales reliées aux hydrocarbures, dont notamment la Loi sur les mines, les règlements et le régime de redevances y afférents, ainsi qu’à l’égard de l’intention du gouvernement du Québec de mettre en place une nouvelle loi sur les hydrocarbures afin d’élaborer un régime encadrant la recherche et l’exploitation des hydrocarbures au Québec. » Fait à noter, ce mandat couvre une période allant de mars 2009 à décembre 2011. Mais les noms inscrits dans la dernière mise à jour ne figurent pas tous sur la liste depuis le début.

Anciens libéraux

L’APGQ a en outre requis les services de Martin Daraîche, ex-conseiller au sein du gouvernement de Jean Charest. En échange d’une rémunération « de 10 000 $ à 50 000 $ », ce dernier a eu pour mandat de représenter l’association auprès du ministère des Finances avant que ne soit présenté le récent budget Bachand. L’objectif ? Démontrer la pertinence de « mettre en place des dispositions fiscales » pour que « le Québec soit reconnu comme une juridiction capable d’accueillir une industrie structurante en matière de shales gazéifières ».

Certaines entreprises sont également inscrites sous leur propre nom au Registre des lobbyistes. C’est le cas de Pétrolia, qui a inscrit huit personnes en lien avec l’élaboration de la future loi sur les hydrocarbures. On y compte notamment deux anciens employés de la défunte division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec. L’entreprise basée à Rimouski — mais dont le principal actionnaire est suisse — souhaiterait notamment exploiter le pétrole contenu dans le sous-sol de l’île d’Anticosti. Elle a acquis des permis d’Hydro-Québec pour cette île en 2008 pour un montant non divulgué.

L’albertaine Talisman Energy a huit lobbyistes à son service. Elle peut de plus compter sur le travail de Daniel Bernier, qui a été chef de cabinet dans le gouvernement Charest de 2003 à 2005. La multinationale, très active dans le secteur gazier aux États-Unis, a également recruté Daniel Gagnier, chef de cabinet du premier ministre de 2007 à octobre 2009. Ce dernier siège à un « conseil consultatif » mis sur pied par l’entreprise pour soutenir ses activités au Québec.

Questerre Energy a elle aussi recruté chez les anciens libéraux en la personne de Marie-Claude Johnson, ancienne attachée politique de Raymond Bachand, mais aussi de Monique Jérôme-Forget. Celle-ci doit faire des représentations auprès du ministère des Finances et du ministère des Ressources naturelles dans le but de « s’assurer que le niveau de redevance actuellement en développement permette la viabilité économique » d’un projet « d’exploration et d’exploitation gazière sur la rive sud ». Le projet en question n’est pas précisé.

Au total, on peut compter au moins 55 lobbyistes actuellement au service de l’industrie pétrolière et gazière au Québec. Aucune production commerciale n’est actuellement en cours et l’industrie répète que le potentiel du shale de l’Utica n’est pas encore prouvé. Ce chiffre s’apparenterait au nombre d’inscriptions au registre liées à l’industrie minière classique, un secteur qui est très développé au Québec et qui est promis à une forte croissance au cours des prochaines années. Même la Fédération des chambres de commerce du Québec a inscrit un mandat lié au gaz de schiste.

D’autres entreprises gazières n’ont pas de lobbyistes inscrits directement en leur nom, dont Molopo, qui détient des permis couvrant 9000 km2 au Québec. Même chose pour Corridor Resources, qui a mis la main sur les permis du gisement Old Harry. Une porte-parole du bureau du commissaire au lobbyisme a toutefois indiqué au Devoir que, depuis deux ans, on cible davantage les entreprises du secteur gazier afin de savoir si elles sont susceptibles de mener des activités de lobbyisme. Dans ce cas, on leur demande de s’inscrire au registre. En 2010, 26 sociétés ont été approchées et trois se sont inscrites.

Par ailleurs, Gaz Métro a inscrit plusieurs lobbyistes en lien avec ses activités de distribution de gaz naturel. Parmi leurs mandats, on retrouve la volonté de « sensibiliser, présenter et promouvoir auprès des instances gouvernementales et municipales le développement de nouvelles sources d’approvisionnement gazier », mais aussi de « positionner auprès des divers interlocuteurs gouvernementaux le gaz naturel comme une des solutions à la réduction des gaz à effet de serre ».

Bolivie : la police intervient contre les indigènes AFP Reporterre 2011/09/26 AFP (26 septembre 2011) Bolivie : la police intervient contre les indigènes. Reporterre. fr

Bolivie : la police intervient contre les indigènes

La police a dispersé dimanche 25 septembre un millier d’indigènes en marche vers La Paz. Ils protestent contre un projet de route à travers un parc naturel en forêt amazonienne.

YUCUMO (Bolivie) - La police bolivienne a dispersé dimanche 25 septembre par la force un millier d’Indiens amazoniens, qui réalisaient depuis un mois une marche de protestation vers La Paz, une intervention qui a fait quelques blessés, a constaté l’AFP à Yucumo, dans le nord-est de la Bolivie.

La police, intervenue en fin d’après-midi, a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les marcheurs qui campaient aux abords du village de Yucumo, où existait un risque d’affrontement avec des contre-manifestants, partisans du gouvernement, qui avaient érigé un barrage pour bloquer la marche.

La police est aussi intervenue pour lever ce barrage routier, situé à quelques centaines de mètres des marcheurs.

Un bilan de l’intervention contre les marcheurs n’était pas disponible dans un premier temps, mais des médias locaux ont évoqué plusieurs blessés légers.

L’AFP a vu quelques indigènes, souffrant de blessures apparemment superficielles au visage, embarqués par la police à bord d’autocars qui devaient les conduire à San Borja, à 55 km.

Selon des médias boliviens, plusieurs dirigeants des marcheurs ont été arrêtés lors de l’intervention.

Les marcheurs indiens amazoniens étaient partis mi-août de Trinidad, dans le nord du pays, pour une marche de 600 km vers la capitale La Paz. Ils protestent contre un projet de route à travers un parc naturel, le Tipnis, qui est la terre ancestrale de 50.000 indiens de trois ethnies amazoniennes.

Ils étaient parvenus samedi à Yucumo, à mi-chemin environ de leur périple, au terme d’une journée de tensions qui les a vus forcer un barrage de police, et retenir pendant plusieurs heures le ministre des Affaires étrangères, venu en médiateur, le forçant à cheminer avec eux pendant sept km.

Dans une tentative de désamorcer le face-à-face tendu à Yucumo, le président socialiste Evo Morales avait transmis dimanche une invitation aux marcheurs, pour que leurs représentants soient acheminés dans la soirée à La Paz pour une réunion avec lui à la présidence.

Mais le chef de l’Etat, qui affirme que la route à travers le Tipnis n’est rejetée que par une minorité, a aussi annoncé un référendum dans les provinces de Beni et Cochabamba, que doit relier l’axe routier, pour qu’ils disent oui ou non au projet.

Au-delà de la controverse elle-même, la marche devenait un embarras croissant pour le gouvernement, d’une part par le risque d’affrontements, d’autre part car elle commençait à cristalliser le soutien d’opposants divers ou d’anciens alliés critiques du gouvernement.

La principale centrale syndicale de Bolivie, la COB, a ainsi appelé vendredi à une grève générale mercredi en soutien des marcheurs.

Une explosion nucléaire... de milliards ! Benjamin Dessus Reporterre 2011/09/27 Benjamin Dessus (27 septembre 2011) Une explosion nucléaire... de milliards !. Reporterre. Tribune — fr

Une explosion nucléaire... de milliards !

« Les investissements à réaliser d’ici 2031 dans un scénario de sortie du nucléaire se situent autour de 410 milliards d’euros contre 470 dans un scénario de remplacement des centrales nucléaires. »

Le 3 mai dernier, Nicolas Sarkozy déclarait aux travailleurs de la centrale nucléaire de Gravelines : « Ceux qui veulent qu’on sorte du nucléaire, est-ce qu’ils sont prêts à trouver les 45 milliards d’euros pour compenser ? C’est irresponsable. » Le 22 septembre, Le Figaro fait sa Une sur une phrase choc : « Plus de 750 milliards d’euros, la facture exorbitante d’un arrêt du nucléaire ». Suit une interview de Bernard Bigot, haut commissaire au CEA. Il déclare, sur la base du chiffre de 250 milliards d’euros avancé par le journaliste pour la « sortie » allemande, sans d’ailleurs qu’on sache par qui et sur quelles bases ce chiffre a été établi, que, puisque le parc nucléaire français est trois fois plus important que l’allemand, « l’impact risque d’être encore plus lourd que la simple application d’une règle de trois ». Le tour est joué et le journal affiche « Sortir de l’atome coûterait au bas mot 750 milliards à la France ». Impressionnant !

On peut raisonnablement s’étonner d’une telle inflation en si peu de temps. Mais, au fait, d’où vient le chiffre allemand ? Il semble bien que ce soit le chiffre annoncé à la presse par la banque KfW qui donnait une première évaluation des besoins de financement de la transition énergétique allemande sur une dizaine d’années, transition qui concerne l’ensemble du système énergétique, et pas seulement la sortie du nucléaire, au point que dans son communiqué, KfW ne mentionne même pas la sortie du nucléaire : 17 milliards d’euros pour des investissements d’économie d’électricité de 72 TWh (la moitié de la production nucléaire allemande), 145 milliards d’euros pour l’électricité renouvelable (dont la moitié justifiée par le remplacement de l’autre moitié de la production nucléaire allemande), 10 à 20 milliards d’euros pour les réseaux électriques et le stockage, 5 milliards d’euros pour les centrales à gaz. Au total, de l’ordre de 100 milliards d’euros au maximum d’investissements qu’on peut imputer à la volonté de sortie du nucléaire.

Par contre, on ne nous dit rien des coûts d’investissement qui auraient été indispensables sans la décision de sortir du nucléaire pour renouveler ou réhabiliter le parc nucléaire et rénover le réseau électrique, ce qui diminuerait d’autant le coût de la sortie. C’est évidemment cette différence qui doit être calculée et prise en compte.

On comprend donc mal comment Bernard Bigot a pu laisser passer sans réagir le moins du monde une évaluation aussi manifestement fantaisiste et tronquée.

Pour la France, si l’on veut faire preuve d’un peu de sérieux, il faut comparer les investissements nécessaires à un scénario « business as usual » de poursuite du nucléaire tel qu’il existe dans les cartons du ministère de l’industrie et d’un scénario de sortie du nucléaire « à l’allemande » vers 2030, avec arrêt des réacteurs quand ils atteignent une durée de vie de l’ordre de 33 ans et une politique sérieuse d’économie d’électricité, comme le font les Allemands.

Cet exercice a été fait par l’association Global Chance : il montre que le cumul des investissements concernant l’électricité (consommation et production) à réaliser d’ici 2031 dans un scénario de sortie du nucléaire en 2031 se situe autour de 410 milliards d’euros contre 470 dans un scénario « business as usual » fondé sur le remplacement des centrales nucléaires. Un investissement non pas supérieur, mais plutôt inférieur à celui du scénario « business as usual », qui s’explique en bonne partie par le faible coût d’investissement des économies d’électricité. Sans même compter que la facture électrique globale annuelle du scénario « sortie du nucléaire en 2030 » est 25% moins lourde que celle du scénario de poursuite du nucléaire...

Cette évaluation, bien qu’encore perfectible, montre bien que l’annonce du Figaro n’est manifestement pas fondée sur des données sérieuses. Le débat sur la sortie ou non du nucléaire mérite mieux que des caricatures d’évaluation économique.

EPR de Penly : l’enquête publique attendra Robin des Bois Reporterre 2011/09/27 Robin des Bois (27 septembre 2011) EPR de Penly : l’enquête publique attendra. Reporterre. fr

EPR de Penly : l’enquête publique attendra

Malgré Fukushima, le gouvernement voudrait lancer rapidement l’enquête publique sur un projet de réacteur EPR à Penly. Le le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire lui suggère d’attendre.

Suite à la saisine de Robin des Bois, le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) met en garde le gouvernement sur le lancement anticipé de l’enquête publique sur le projet EPR de Penly en Haute Normandie. Robin des Bois est membre du Haut Comité. L’avis est disponible sur le site Internet du Haut Comité, après que tous les ministres concernés en aient été informés.

L’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire), l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) et le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) ont approuvé cet avis et considèrent que le lancement dès le mois d’octobre de l’enquête publique tel qu’il est souhaité par EDF, le ministre de l’Industrie et le préfet de Haute Normandie ne serait pas compatible avec le calendrier des Evaluations Complémentaires de Sûreté dîtes « stress-tests ».

Ces évaluations ont été déclenchées après l’évènement de Fukushima à la demande du Premier Ministre et le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire y est étroitement associé. Les conclusions de ces travaux ne seront pas rendues avant la fin de l’année.

Les émissions mondiales de CO2 ont bondi de 5,8 % en 2010 Philippe Collet (Actu Environnement) Reporterre 2011/09/27 Philippe Collet (Actu Environnement) (27 septembre 2011) Les émissions mondiales de CO2 ont bondi de 5,8 % en 2010. Reporterre. fr

Les émissions mondiales de CO2 ont bondi de 5,8 % en 2010

Mercredi 21 septembre 2011, le Centre de recherche conjoint (JRC, selon l’acronyme anglais) de la Commission européenne a publié un rapport sur la tendance de long terme des émissions de CO2. En 2010, les émissions mondiales de CO2 ont bondi de 5,8 % par rapport à 2009 pour atteindre un nouveau record à 33 milliards de tonnes.

« Une croissance économique continue des pays en développement et l’amélioration de la situation économique des pays industrialisés sont les principales raisons », expliquent les chercheurs, précisant que « la plupart des économies majeures ont contribué à la hausse, et notamment la Chine, les Etats-Unis, l’Inde et l’Union européenne ». Seul bémol, les émissions européennes restent inférieures au niveau d’avant crise : 4 milliards de tonnes en 2010, contre 4,7 milliards en 2007.

Globalement, « ’amélioration de l’efficacité énergétique, le recours au nucléaire et la contribution croissante des énergies renouvelables ne compensent pas la croissance mondiale de la demande énergétique et en matière de transport qui est la plus forte dans les pays en développement », explique le JRC.

Selon le rapport, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 45 % entre 1990 et 2010. S’agissant du protocole de Kyoto, le JRC estime que, bien qu’il y ait des évolutions différentes selon les pays industrialisés considérés, l’objectif global de réduction de 5,2 % d’ici 2012 des émissions des pays soumis au protocole sera atteint.

L’humanité a mangé au 27 septembre son revenu écologique de l’année AFP Reporterre 2011/09/28 AFP (28 septembre 2011) L’humanité a mangé au 27 septembre son revenu écologique de l’année. Reporterre. fr

L’humanité a mangé au 27 septembre son revenu écologique de l’année

En neuf mois, les Terriens ont épuisé ce que la planète peut leur fournir en un an. La date symbolique du 27 septembre a été fixée par le think tank Global Footprint Network.

Pour finir l’année, l’humanité en est donc réduite à vivre écologiquement à « découvert » et à puiser dans des « stocks » chaque année plus maigres. C’est-à-dire à pratiquer une pêche qui va entretenir la baisse des stocks de poissons dans les océans, à détruire plus d’arbres qu’elle n’en replante ou à rejeter plus de CO2 que ce que la planète ne peut absorber.

« C’est comme avoir dépensé son salaire annuel trois mois avant la fin de l’année, et grignoter ses économies année après année », explique dans un communiqué le président de Global Footprint Network, Mathis Wackernagel.

Une vie « à découvert » que les bientôt 7 milliards de Terriens – le cap devrait être franchi fin octobre selon les prévisions onusiennes – débutent chaque année un peu plus tôt : fin septembre, donc, en 2011, contre début novembre en 2000, en appliquant les calculs utilisés cette année.

Le « think tank » basé à Oakland (Californie) s’est fait une spécialité de calculer l’ « empreinte écologique » de l’humanité et la comparer avec ce que la Terre est en capacité de générer comme ressources renouvelables – sans toucher aux stocks – et d’absorber comme déchets. Seuil critique franchi dans les années 70

Bilan de l’équation posée par l’organisation : si la Terre a été pendant très longtemps à même de répondre aux besoins des hommes sans s’épuiser, on a franchi un seuil « critique » au cours des années 70. Et depuis plus de 30 ans, l’humanité vit au-dessus de ses moyens et il faudrait en fait 1,2 à 1,5 Terre pour assumer aujourd’hui les besoins d’une population toujours croissante.

En 2010, un rapport du WWF avait mis en exergue les fortes disparités entre habitants de la Terre, qui consomment en fait 4,5 planètes et demie s’ils vivent aux Etats-Unis ou aux Emirats arabes unis mais moins d’une moitié s’ils vivent en Inde.

En arrêtant chaque année une date symbolique où l’humanité commence à puiser dans les ressources, le Global Footprint Network entend d’abord permettre de prendre conscience de cet écart grandissant.

« Mais il n’est pas possible, bien sûr, de déterminer avec une précision absolue le moment exact où nous dépassons notre budget. Ce jour où nous dépassons la capacité de la Terre est plus une date estimée qu’une date exacte », précise le think tank.

Même si l’application cette année de nouvelles méthodologies de calcul ne permet pas une comparaison directe avec les années précédentes, la tendance reste la même avec un épuisement croissant des ressources en dépit de la crise économique mondiale, selon l’organisation.

« Alors que nous cherchons à reconstruire nos économies, c’est le moment de se présenter avec des solutions qui resteront opérationnelles et pertinentes dans le futur », estime Mathis Wackernagel. « Une reconstruction à long terme ne peut réussir que si elle est conduite avec une réduction systématique à notre dépendance aux ressources. »

La science a honte Hervé Kempf Reporterre 2011/09/28 Hervé Kempf (28 septembre 2011) La science a honte. Reporterre. Tribune — fr

La science a honte

Les analystes qui observent la dérive oligarchique de la démocratie démontrent aisément l’hybridation entre responsables politiques, dirigeants économiques et opérateurs des médias. Ce phénomène conduit à ce qu’un langage convenu appelle la « désaffection à l’égard des élites ». Mais leur vue est trop courte : ils oublient que la science - austère instrument de la connaissance, impavide aventurière des mystères du cosmos, temple sacré de la vérité - peut elle aussi être mobilisée par les cercles du pouvoir.

Or nous apprenons l’affligeante nouvelle que voilà : l’honorable Institut de France, fondé en 1795, regroupant notamment l’Académie des sciences et l’Académie française, a accepté d’abriter une fondation créée par un scientifique retraité qui a multiplié mensonges, manipulations de graphes et fausses citations - injuriant de surcroît ses collègues climatologues, désignés naguère comme constituant une « mafia ». Lesdits mensonges, manipulations et erreurs sont parfaitement documentés, et ont suscité plusieurs démentis indignés des scientifiques abusivement cités. Rien n’y fit.

Claude Allègre garde plateau ouvert dans les médias et la confiance inaltérée de ses amis. Et voilà qu’il lance, sous le prestigieux label de l’Institut de France, la Fondation Ecologie d’avenir. Il s’agit de « développer une écologie positive », une « écologie qui peut être le moteur d’une nouvelle croissance », en associant « des hommes et des femmes appartenant aussi bien au monde académique qu’à celui de l’entreprise ». Pour que les choses soient claires, Claude Allègre précise sur le site du nouvel organisme que « cette symbiose avec le monde académique est au coeur même de la fondation ».

On retrouve ainsi, dans le conseil d’orientation de la nouvelle Fondation, des représentants des entreprises Limagrain, PSA Peugeot ou Schlumberger. On y rencontre aussi des personnalités de tendance conservatrice comme Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire, Jean-Marie Colombani, ancien directeur du Monde ou Luc Ferry, ex-professeur absentéiste. Entendons-nous bien : que des intellectuels s’associent à des entreprises pour promouvoir leur idéologie sous le couvert de la science ne relève que d’un classique jeu de lobby.

Mais que le très respectable Institut de France, qui devrait avoir à coeur de défendre l’intégrité scientifique parraine cette démarche est en revanche proprement scandaleux.

La Suisse va sortir progressivement du nucléaire AFP Reporterre 2011/09/28 AFP (28 septembre 2011) La Suisse va sortir progressivement du nucléaire. Reporterre. fr

La Suisse va sortir progressivement du nucléaire

Le pays, qui dispose de cinq réacteurs atomiques, fixe la date de sortie à 2034

La Suisse va sortir progressivement du nucléaire, à la suite du feu vert donné mercredi 28 septembre par le Conseil des Etats (chambre haute du Parlement), à l’arrêt de la construction de nouvelles centrales nucléaires. Le Conseil National (chambre basse) avait déjà voté dans le même sens, le 8 juin dernier.

Outre des mesures encourageant l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique, le texte voté mercredi par la Chambre haute exige la poursuite de la recherche dans le nucléaire.

Le 8 juin dernier, les députés de la Chambre basse avaient approuvé les plans présentés par le gouvernement helvétique pour sortir progressivement du nucléaire d’ici 2034, ouvrant la voie à un long processus politique.

Parmi les motions votées, la plus importante a été celle du député centriste Roberto Schmidt, qui a proposé qu’aucune autorisation ne soit plus accordée pour la construction de centrales nucléaires. Ce texte a été adopté par 101 voix, alors 54 députés ont voté contre et 36 se sont abstenus.

La fédération des entreprises suisses, Economiesuisse, avait « regretté » cette décision, ajoutant toutefois qu’il s’agissait d’« une première décision parlementaire dans un long processus politique ».

La Confédération dispose de cinq réacteurs nucléaires, tous situés dans l’est du pays. Selon les recommandations émises fin mai par le gouvernement, le réacteur de Beznau I devra être découplé du réseau en 2019, ceux de Beznau II et Mühleberg en 2022, celui de Gösgen en 2029 et celui de Leibstadt en 2034.

Les Français commencent à en avoir assez de la publicité Catherine Heurtebise (emarketing) Reporterre 2011/09/29 Catherine Heurtebise (emarketing) (29 septembre 2011) Les Français commencent à en avoir assez de la publicité. Reporterre. fr

Les Français commencent à en avoir assez de la publicité

« Pour la première fois depuis 2007, les opposants au modèle consommatoire sont les plus nombreux. »

La huitième édition de l’étude Australie/TNS Sofres sur le thème de la publicité et la société (1) n’est pas tendre, que ce soit avec le monde politique et économique ou avec celui du marketing. L’étude met en exergue un pessimisme grandissant de la part des Français et dénote quatre grands décrochages. Décrochage général, tout d’abord : 88 % des Français se déclarent pessimistes pour leur pays (+8 points par rapport à l’année dernière) et 76 % pour eux-mêmes (+18 points). Décrochage sur le pouvoir d’achat : l’envie d’acheter progresse (53 % ont « souvent envie » d’acheter, contre 47 % en 2010) mais pas les moyens, d’où une frustration. 56 % de nos concitoyens estiment qu’ils devraient gagner plus pour vivre bien. Et près de 40 % disent vivre difficilement avec leurs revenus actuels. Et comme le fait remarquer Emmanuel Rivière, directeur du département stratégie d’opinion de TNS Sofres, « ce sentiment de se priver existe dans toutes les couches de la population ». Parallèlement, une partie des Français décroche sur le plan économique et le vit mal.

Troisième décrochage : politique. La vie politique ennuie 42 % des Français (41 % en 2010). Leur opinion sur les hommes politiques s’est dégradée en trois ans, les Français qui vivent difficilement se sentant davantage hors jeu et encore moins considérés. Quant à la bouffée d’optimisme qui pourrait survenir en 2012, à l’instar de celle qui s’était produite en 2008, les résultats de l’étude laissent peu de chance : les optimistes sont seulement 23 % pour leur niveau personnel (-18 points en un an) et 12 % pour la situation du pays (-8 points). « Ils n’ont pas été suffisamment respectés, ils n’ont plus confiance et la méfiance sera difficile à rétablir », résume, lucide, Vincent Leclabart, président d’Australie.

Quatrième décrochage : le marketing. Pour la première fois depuis 2007, les opposants au modèle consommatoire sont les plus nombreux. L’étude identifie (par système de scoring vis-à-vis de l’appétence par rapport aux marques, au shopping, à la pub...) quatre types de Français : les opposants (33 %), désormais les plus nombreux (un Français sur trois !), les indifférents (30 %), les lucides (26 %) et les accros de la consommation (12 %). Certes, la note moyenne vis-à-vis des grandes marques est stable, mais leur image s’effrite. Seulement 67 % déclarent qu’elles leur donnent envie d’acheter (contre 71 % en 2007), 68 % qu’elles sont innovantes (contre 73 %), 58 % rassurantes (contre 65 %)... Et la relation entre les marques et le consommateur s’est beaucoup dégradée en trois ans. Accélération des items négatifs, baisse des items positifs... La publicité n’échappe pas à cette crise de confiance.

L’attention portée à la publicité en général est stable (la moitié y prête attention) mais la note se dégrade légèrement par rapport à 2010, elle passe de 4,2 sur 10 à 4, mais elle était de 4,7 en 2004. « Un fossé énorme, note Vincent Leclabart. 81 % des Français estiment la publicité envahissante (contre 77 % en 2010), 66 % banale, 57 % agressive et 53 % dangereuse) ». Les publiphobes (37 %) seront bientôt trois fois plus nombreux que les publiphiles (13 %).

Comment expliquer cette publiphobie ? « Plus que par la difficulté de vivre, par l’absence d’envie », répond Vincent Leclabart. En croisant les items, l’étude dénombre quatre profils : les motivés (35 %), les frustrés (25 %), les désabusés (25 %) et les désabonnés (14 %), ces derniers étant plus jeunes (45-59 ans) et ayant des revenus moindres que les désabusés. Ces deux groupes n’ont en commun que leur distance à la publicité et aux marques. « Les marques, poursuit Vincent Leclabart, perdent le contact avec les consommateurs, soit parce qu’elles ne leur correspondent plus en termes économiques, soit parce qu’elles n’arrivent plus à les séduire par leurs actions marketing ».

La considération reste le mot d’ordre. A une époque où, théoriquement, chacun a les moyens de s’exprimer, c’est le contraire qui est souvent ressenti. Les professionnels du marketing et de la publicité doivent se poser des questions. Car « si en politique, cela paraît difficile, rien n’est perdu et il demeure possible de recréer une relation de compréhension et de respect entre les marques et les consommateurs, car l’envie est encore là », conclut Vincent Leclabart. Et en publicité, cette envie a un nom, l’humour. Seulement 46 % des Français jugent la publicité distrayante (contre 50 % en 2010).

..........................

Note :

(1) 1 026 individus de 15 ans et plus, interviewés par téléphone par TNS Sofres sur système Cati du 25 août au 1er septembre (questionnaire de 21 minutes).

Contre un EPR à Penly Collectif des irradiés Reporterre 2011/09/29 Collectif des irradiés (29 septembre 2011) Contre un EPR à Penly. Reporterre. Tribune — fr

Contre un EPR à Penly

« Votre région en bord de Manche à l’opportunité de devenir un exemple en matière de transition énergétique (éolien, éolien offshore, hydrolien...). La construction d’un nouveau réacteur retardera d’autant plus la transition vers un système énergétique sobre et propre et entraînera la production de nouveaux déchets, pour lesquels il n’existe aucune solution. »

A l’attention de Alain Le Vern président de la Région Haute-Normandie A Monsieur le président de la région Haute Normandie,

En tant que citoyens, nous venons vous faire part de notre refus quant à la construction de l’EPR dans la commune de Penly, Seine Maritime.

L’EPR est une technologie extrêmement dangereuse. Il comporte des défauts connus de longue date (source : « Les défauts techniques sur la sûreté du réacteur européen à eau pressurisée (EPR) », Henrik Paulitz, IPPNW, 2003), et les autorités de sûreté nucléaire finlandaises, britanniques et françaises ont déjà émis de sévères réserves sur sa sûreté.

En outre, lors du « débat » sur le premier EPR de Flamanville dans la Manche (2005), EDF s’était engagé à ne construire aucun autre réacteur EPR tant qu’elle n’aurait pas une « expérience d’exploitation » du premier. Celui-ci n’est toujours pas en service, accumulant retards et surcoûts financiers. EDF ne respecte donc aucunement ces engagements. Pour quelles raisons ?? (source).

Par ailleurs, à l’instar de l’ EPR de Flamanville, celui de Penly ne répondra à aucun besoin en électricité : (source).

Nous nous opposons à l’investissement de l’argent public dans un tel projet.

Nous rappelons les coûts énormes de ce réacteur, d’autant plus qu’à investissement égal, les économies d’énergies et les renouvelables créeraient quinze fois plus d’emplois, pérennes et répartis sur tout le territoire et permettraient de lutter de manière vraiment efficace contre le changement climatique. (source : « Courant Alternatif pour le Grand Ouest, les 7 Vents du Cotentin », 2006).

Votre région en bord de Manche à l’opportunité de devenir un exemple en matière de transition énergétique (éolien, éolien offshore, hydrolien...).La construction d’un nouveau réacteur retardera d’autant plus la transition vers un système énergétique sobre et propre et entraînera la production de nouveaux déchets, pour lesquels il n’existe aucune solution.

A la lumière de ces arguments, nous vous demandons aujourd’hui en tant que président de région, de prendre en considération l’avis de vos concitoyens et de mettre un terme à ce projet.

Nous vous prions, d’agréer, Monsieur le Président, nos salutations citoyennes.

Les bulldozers ravagent un site exceptionnel en Isère Frapna Reporterre 2011/09/30 Frapna (30 septembre 2011) Les bulldozers ravagent un site exceptionnel en Isère. Reporterre. fr

Les bulldozers ravagent un site exceptionnel en Isère

Nous vous alertions au printemps déjà ! Au cœur d’une des rares zones naturelles encore vierge de tout impact anthropique à proximité de Grenoble, la vallée de Saint-Hugon a vu arriver les engins de travaux à partir du col de l’Occiput depuis plusieurs jours et fait déjà l’objet d’une dégradation irrémédiable ! Cela indépendamment des recommandations faites quant à la présence de zones humides et d’espèces protégées.

Pour mémoire, les communes d’Allevard et de La Chapelle du Bard prévoient une extension du domaine skiable et l’installation d’une nouvelle remontée mécanique sur le secteur du Clapier, versant tranquille et isolé, relictuel dans ce secteur des Alpes. L’impact de ce projet engendrera la destruction de ce milieu naturel fragile et patrimonial, pourvu de zones humides, dans lequel faune et flore trouvent un refuge.

Aussi la FRAPNA, dont l’objet est la lutte contre toute forme d’atteinte à l’environnement, a-t-elle donné un avis très défavorable sur le projet, dans le cadre de l’enquête publique en 2010. L’association a déposé un recours contentieux au Tribunal administratif de Grenoble à l’encontre de l’autorisation d’exécution des travaux et a alerté sur la présence de zones humides non prises en compte dans les études préalables et les demandes d’autorisation de travaux.

Sans attendre le jugement de notre recours, les bulldozers ont commencé des travaux de terrassement et détruisant ce site vierge.

Les photos sont éloquentes du désastre qui est engagé.

Plusieurs documents afférents à ce dossier sur :

- Dossier Collet d’Allevard

- Avis enquête publique et communiqué de presse 2010 - Et http://www.frapna-38.org/images/ise..., ainsi que le communiqué de presse de juin 2011

Il faut arrêter les programmes d’agrocarburants Les Amis de la Terre Reporterre 2011/09/30 Les Amis de la Terre (30 septembre 2011) Il faut arrêter les programmes d’agrocarburants. Reporterre. Tribune — fr

Il faut arrêter les programmes d’agrocarburants

Le gouvernement lance un « observatoire des agrocarburants ». Mais les études scientifiques abondent, qui montrent les effets négatifs de cette culture.

Alors que les agrocarburants s’avèrent être une véritable usine... à gaz - à effet de serre - le Gouvernement en propose une autre : un observatoire des agrocarburants. Pourtant, nombreuses sont les études qui ont déjà « observé » les agrocarburants. Ces rapports émanent d’organismes comme l’OCDE, la Banque Mondiale et même de scientifiques travaillant pour la Commission européenne (1). Le verdict est sans appel : leurs conséquences sociales, financières, climatiques, humanitaires et écologiques, sont catastrophiques. Les agrocarburants de première, deuxième ou xième génération ne sont que des alibis industriels.

Si l’objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre était réellement pris au sérieux au niveau européen et national, ne serait-il pas plus efficace de fixer comme objectif à l’horizon 2020, une... diminution de 10 % des transports et de leurs émissions ?

On ne le fait pas, car les agrocarburants ont été lancés au niveau européen, par un groupe d’industriels, avec une forte représentation de l’automobile et du pétrole (2). En France, le programme éthanol a été lancé, alors que les cours de la betterave et du maïs étaient au plus bas. L’agrodiesel (Diester) a été introduit en France, il y a une quinzaine d’années, pour permettre aux agriculteurs de cultiver sur les terres en jachère. D’un côté, il s’agit de ne surtout pas fixer des normes trop exigeantes aux constructeurs automobiles ou aux pétroliers, de l’autre, il s’agit de faire de gros cadeaux financiers à des filières agricoles.

Pour Christian Berdot, référent sur les agrocarburants aux Amis de la Terre France : « Les agrocarburants ont assez été « observés ». Aujourd’hui, il faut agir et procéder à l’arrêt immédiat de ces programmes néfastes. Le Gouvernement tente de gagner du temps, car les agrocarburants augmentent ses entrées fiscales (3) et en plus, offrent à d’influents lobbies agricoles, d’importants cadeaux financiers, payés par les citoyens à la pompe ».

On peut « observer » quotidiennement les conséquences : augmentation des cours des prix alimentaires mondiaux et de la famine, accaparement des terres agricoles, destructions d’écosystèmes et finalement, augmentation globale des émissions de gaz à effet de serre.

Toujours selon Christian Berdot : « L’agrodiesel absorbe plus de graines oléagineuses que ce que produit notre agriculture. La France est déficitaire en huiles alimentaires et doit en importer massivement, essentiellement de l’huile de palme. En Indonésie, des millions d’hectares de forêts primaires sont détruits pour compenser notre production de Diester. En détruisant ses forêts, l’Indonésie est devenue le troisième pays émetteur de gaz à effet de serre au monde. »

L’éthanol de maïs donne moins d’énergie que ce qu’il faut pour le produire. D’autre part, la quantité d’eau nécessaire pour faire pousser le maïs destiné à la seule usine Abengoa à Lacq, représente la consommation annuelle d’un million de ménages !

Il conclut : « Combien de temps encore, nos gouvernants vont -ils favoriser les pratiques de quelques groupes industriels comme Sofiprotéol, Tereos et Abengoa, aux dépens des consommateurs français, ainsi qu’aux dépens des pauvres, des forêts et des climats de la planète ? »

................................

Notes :

(1) Dernière étude parue, celle du Comité scientifique de l’Agence européenne de l’environnement du 15 septembre 2011

(2) Voir la traduction du dossier très complet du Corporate European Observer

(3) Voir l’article de Bastamag, « Quand l’agriculture sert à nourrir les machines aux dépens des humains », et plus précisément les deux paragraphes « Des agrocarburants financés par le contribuable » et « Le Diester une arnaque écologique au bilan catastrophique » :

(4) http://www.bastamag.net/article1536.html

La vie quotidienne en Grèce : c’est devenu la galère, la vraie Günter Tews Reporterre 2011/09/30 Günter Tews (30 septembre 2011) La vie quotidienne en Grèce : c’est devenu la galère, la vraie. Reporterre. fr

La vie quotidienne en Grèce : c’est devenu la galère, la vraie

Le témoignage d’un Autrichien vivant souvent en Grèce : l’austérité brutale ravage la société.

On ne peut rester sans réagir aux diverses déclarations des plus hauts responsables de toute l’Europe, certaines frisant l’imbécillité, au sujet de ces « fainéants » de Grecs qui « refusent d’économiser ».

Depuis 16 mois, je dispose d’une résidence secondaire à Athènes, et j’ai vécu cette situation dramatique sur place. On se plaint que les plans d’économie ne fonctionnent pas parce que les revenus fiscaux chutent. On remet en question la volonté des Grecs d’économiser. Quelle surprise ! Voici quelques faits :

- Réductions des salaires et des retraites jusqu’à 30%.

- Baisse du salaire minimum à 600 euros.

- Hausse des prix dramatique (fioul domestique + 100% ; essence + 100, électricité, chauffage, gaz, transports publics + 50 %) au cours des 15 derniers mois.

Le renflouement de l’UE repart à 97% vers l’Union

- Un tiers des 165 000 entreprises commerciales ont fermé leurs portes, un tiers n’est plus en mesure de payer les salaires. Partout à Athènes, on peut voir ces panneaux jaunes avec le mot « Enoikiazetai » en lettres rouges – « A louer ».

- Dans cette atmosphère de misère, la consommation (l’économie grecque a toujours été fortement axée sur la consommation) a plongée de manière catastrophique. Les couples à double salaire (dont le revenu familial représentait jusqu’alors 4.000 euros) n’ont soudain plus que deux fois 400 euros d’allocations chômage, qui ne commencent à être versées qu’avec des mois de retard.

- Les employés de l’Etat ou d’entreprises proches de l’Etat, comme Olympic Airlines ou les hôpitaux, ne sont plus payés depuis des mois et le versement de leur traitement est repoussé à octobre ou à « l’année prochaine ». C’est le ministère de la Culture qui détient le record. De nombreux employés qui travaillaient sur l’Acropole ne sont plus payés depuis 22 mois. Quand ils ont occupé l’Acropole pour manifestation (pacifiquement !), ils en ont rapidement eu pour leur argent, à coups de gaz lacrymogène.

- Tout le monde s’accorde à dire que les milliards des tranches du renflouement de l’UE repartent à 97% directement vers l’Union, vers les banques, pour éponger la dette et les nouveaux taux d’intérêt. Ainsi le problème est-il discrètement rejeté sur les contribuables européens. Jusqu’au crash, les banques encaissent encore des intérêts copieux, et les créances sont à la charge des contribuables. Il n’y a donc pas (encore ?) d’argent pour les réformes structurelles.

- Des milliers et des milliers d’auto-entrepreneurs, chauffeurs de taxis et de poids lourds, ont dû débourser des milliers d’euros pour leur licence, et ont pris des crédits à cet effet, mais ils se voient aujourd’hui confrontés à une libéralisation qui fait que les nouveaux venus sur le marché n’ont presque rien à payer, tandis que ceux qui sont présents depuis plus longtemps sont grevés par leurs énormes crédits, qu’ils doivent néanmoins rembourser.

- On invente de nouvelles charges. Ainsi, pour déposer une plainte à la police, il faut payer sur le champ 150 euros. La victime doit sortir son porte-monnaie si elle veut que sa plainte soit prise en compte. Dans le même temps, les policiers sont obligés de se cotiser pour faire le plein de leurs voitures de patrouille.

- Un nouvel impôt foncier, associé à la facture d’électricité, a été créé. S’il n’est pas payé, l’électricité du foyer est coupée.

- Cela fait plusieurs mois que les écoles publiques ne reçoivent plus de manuel scolaire. L’Etat ayant accumulé d’énormes dettes auprès des maisons d’édition, les livraisons ne sont plus effectuées. Les élèves reçoivent désormais des CD et leurs parents doivent acheter des ordinateurs pour leur permettre de suivre les cours. On ignore complètement comment les écoles – surtout celles du Nord – vont régler leurs dépenses de chauffage.

Où est passé l’argent des dernières décennies ?

- Toutes les universités sont de fait paralysées jusqu’à la fin de l’année. Bon nombre d’étudiants ne peuvent ni déposer leurs mémoires ni passer leurs examens.

- Le pays se prépare à une vague d’émigration massive et l’on voit apparaître des cabinets de conseil sur la question. Les jeunes ne se voient plus aucun avenir en Grèce. Le taux de chômage atteint 40% chez les jeunes diplômés et 30 % chez les jeunes en général. Ceux qui travaillent le font pour un salaire de misère et en partie au noir (sans sécurité sociale) : 35 euros pour dix heures de travail par jour dans la restauration. Les heures supplémentaires s’accumulent sans être payées. Résultat : il ne reste plus rien pour les investissements d’avenir comme l’éducation. Le gouvernement grec ne reçoit plus un sou d’impôt.

- Les réductions massives d’effectif dans la fonction publique sont faites de manière antisociale. On s’est essentiellement débarrassé de personnes quelques mois avant qu’elles n’atteignent leur quota pour la retraite, afin de ne leur verser que 60 % d’une pension normale.

La question est sur toutes les lèvres : où est passé l’argent des dernières décennies ? De toute évidence, pas dans les poches des citoyens. Les Grecs n’ont rien contre l’épargne, ils n’en peuvent tout simplement plus. Ceux qui travaillent se tuent à la tâche (cumul de deux, trois, quatre emplois).

Tous les acquis sociaux des dernières décennies sur la protection des travailleurs ont été pulvérisés. L’exploitation a désormais le champ libre ; dans les petites entreprises, c’est généralement une question de survie.

Quand on sait que les responsables grecs ont dîné avec les représentants de la troïka [Commission européenne, BCE et FMI] pour 300 euros par personne, on ne peut que se demander quand la situation finira par exploser.

La situation en Grèce devrait alerter la vieille Europe. Aucun parti prônant une raisonnable orthodoxie budgétaire n’aurait été en mesure d’appliquer son programme : il n’aurait jamais été élu. Il faut s’attaquer à la dette tant qu’elle est encore relativement sous contrôle et avant qu’elle ne s’apparente à un génocide financier.

Quatre raisons pour abolir les dettes publiques A contre-courant Reporterre 2011/10/01 A contre-courant (1er octobre 2011 à 14h28,) Quatre raisons pour abolir les dettes publiques. Reporterre. Tribune — fr

Quatre raisons pour abolir les dettes publiques

Raison 1

La dette publique est la conséquence d’une fiscalité injuste. Abolir la dette publique, ce n’est jamais que faire payer en bloc aux « gros » contribuables leur arriéré d’impôts.

En effet, pourquoi les Etats sont-ils de plus en plus endettés ?

Non pas parce qu’ils dépensent trop : en France, par exemple, la part des dépenses publiques par rapport au PIB est restée à peu près fixe depuis 1980 - celle des recettes a baissé -,

Mais parce qu’ils ne prélèvent pas assez d’impôts, en taxant à la hauteur de leurs capacités contributives les entreprises et les ménages titulaires de hauts revenus et d’un gros patrimoine : les baisses des seuls impôts consenties depuis 2000 sont responsables de 400 milliards d’euros de dette publique, soit près du quart de cette dette, équivalent à 20 % du PIB (Produit Intérieur Brut) !

Raison 2

La dette publique et la prétendue nécessité de la rembourser sont directement responsables de l’aggravation des inégalités de revenus et de fortunes.

En effet, la dette publique est un mécanisme qui permet tout à la fois :

- d’enrichir doublement les plus riches. D’une part, en tant que contribuables, elle leur évite d’avoir à payer les impôts et les cotisations sociales qu’ils sont en capacité et en devoir de payer. D’autre part, en tant que créanciers de l’Etat et des organismes de protection sociale, ils touchent des intérêts sur l’argent qu’ils ont prêté et qu’on aurait dû leur prélever.

- d’appauvrir doublement les plus pauvres. D’une part, comme contribuables, parce qu’ils voient leur impôts et cotisations sociales augmenter pour rembourser la dette publique. D’autre part, comme usagers des équipements collectifs et des services publics et comme ayants-droits des prestations sociales, parce qu’ils sont victimes de la diminution des dépenses publiques destinée à limiter les déficits publics.

La dette publique est une redistribution à l’envers.

Raison 3

La dette publique aggrave l’instabilité économique que la domination du capital financier fait régner aujourd’hui sur le monde entier.

Les titres des dettes publiques sont détenus par les organes du capital financier (grandes banques, compagnies d’assurance, fonds de placement, fonds de pension, etc.) qui centralisent l’épargne des entreprises et des ménages riches pour la prêter aux Etats. Ces titres constituent aujourd’hui près de la moitié de l’ensemble des actifs (possessions) du capital financier au niveau mondial.

Ces titres des dettes publiques sont particulièrement sûrs. Car un Etat est plus rarement en situation de défaut de paiement qu’un particulier (entreprise ou ménage) et ne fait jamais faillite. La possession massive de tels titres incite donc le capital financier à se lancer dans toutes sortes d’opérations spéculatives à haut risque dont l’échec éventuel est payé… par les contribuables sous forme de plans de sauvetage. Cela a été le cas lors de la crise dite des subprimes il y a trois ans, contribuant ainsi à alourdir les dettes publiques !

Raison 4

La dette publique, aliénation de la souveraineté des Etats et surtout de la souveraineté des peuples.

Les dettes publiques constituent un moyen de pression et de chantage sur les gouvernements de la part du capital financier qui leur dicte leurs politiques d’austérité budgétaire et de régression sociale. Ces gouvernements perdent ainsi toute autonomie et ne sont plus que des marionnettes entre les mains de leurs créanciers.

Ce qui se trouve ainsi bafoué, ce n’est pas seulement la souveraineté des Etats. C’est encore et surtout la souveraineté des peuples dont la volonté, telle qu’elle s’exprime dans les Constitutions et par les élections, est ouvertement ignorée avec le plus grand mépris.

La dette publique institue une véritable dictature qui transforme nos gouvernants en pantins et ruine la souveraineté populaire. Elle crée ainsi une situation contre laquelle l’insurrection devient non seulement un droit mais un devoir :

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » - Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, article 35

Le mensuel « La Décroissance » appelle à voter pour Arnaud Montebourg La Décroissance Reporterre 2011/10/01 La Décroissance (1er octobre 2011 à 20h15,) Le mensuel « La Décroissance » appelle à voter pour Arnaud Montebourg. Reporterre. fr

Le mensuel « La Décroissance » appelle à voter pour Arnaud Montebourg

« La démondialisation, ce n’est pas encore, loin s’en faut, la décroissance, mais elle rejoint une de nos idées-forces : la relocalisation des activités. »

Après avoir soutenu la “candidature contre Nicolas Hulot” de Stéphane Lhomme aux primaires d’Europe Écologie-Les Verts, le mensuel La Décroissance appelle à voter pour Arnaud Montebourg, le candidat de la démondialisation au Parti socialiste.

La démondialisation, ce n’est pas encore, loin s’en faut, la décroissance – Arnaud Montebourg est par exemple pro nucléaire ou pour le “capitalisme coopératif” (sic) – mais elle en prend le chemin ; elle rejoint une de nos idées-forces : la relocalisation des activités. Comme la décroissance, la démondialisation est universaliste et internationaliste, car elle refuse l’uniformisation du monde et sa marchandisation.

Pour preuve du bien-fondé de cette thématique, “l’enfant chéri des médias” (revue Médias 2008), Daniel Cohn-Bendit, est parti en mission contre cette idée. Pour le VRP du capitalisme vert, la mondialisation “a permis, au niveau européen, d’exporter. Si vous démondialisez, aujourd’hui l’espace national n’est pas un espace économique viable (...) démondialiser c’est un peu dire n’importe quoi. Montebourg ne sera pas président, c’est pas grave pour l’instant“ (AFP).

Pétition : l’argent de la Grèce ne doit pas profiter aux banques Avaaz Reporterre 2011/10/02 Avaaz (2 octobre 2011) Pétition : l’argent de la Grèce ne doit pas profiter aux banques. Reporterre. Tribune — fr

Pétition : l’argent de la Grèce ne doit pas profiter aux banques

« Nous, citoyens préoccupés par la crise économique et les mesures d’austérité, vous exhortons à transformer en profondeur le plan de sauvetage financier pour la Grèce. »

C’est incroyable, ils sont en train de recommencer. Nos gouvernements offrent gratuitement encore plus d’argent des contribuables aux banques !

Il est absolument nécessaire de renflouer la Grèce afin de sauver la Grèce, sauver l’Europe et sauver l’euro. Mais l’actuel plan de sauvetage financier prévoie que nous, les contribuables, renflouions les banques à hauteur de 90% de leurs placements hasardeux. Les Grecs ne reçoivent pas un centime, et nous donnons d’énormes montants aux riches banquiers. Pire encore, près de 30% de notre argent ira aux spéculateurs qui vont faire d’énormes profits en spéculant sur le sauvetage financier !

Comment nos gouvernements ont-ils pu rédiger un plan de sauvetage qui renfloue les banques et les spéculateurs, sans rien donner à la Grèce ? Réponse : ils ont en fait demandé aux banquiers de rédiger cet accord. Nos ministres des finances se réunissent dans 3 jours pour se prononcer sur ce plan, envoyons-leur ainsi qu’à nos parlements un immense appel pour qu’ils revoient leur copie et renflouent la Grèce et non pas les banques. Signez maintenant à droite et faites suivre cette campagne à tous !

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Texte de la pétition :

Aux dirigeants européens :

Nous, citoyens préoccupés par la crise économique et les mesures d’austérité, vous exhortons à transformer en profondeur le plan de sauvetage financier pour la Grèce. Cet accord de sauvetage doit être réécrit afin de s’assurer que l’argent public ne récompense pas les banques qui ont provoqué la crise. Au contraire, les gouvernements doivent acheter des parts des banques à l’aide de prêts et investissements. Protégez l’intérêt des citoyens et notre avenir.

Lancement d’un site contre les violences policières en France Copwath Reporterre 2011/10/03 Copwath (3 octobre 2011) Lancement d’un site contre les violences policières en France. Reporterre. fr

Lancement d’un site contre les violences policières en France

« Ce site veut anticiper les futures violences de flics confortés par un pouvoir toujours plus fascisant »

Nous avions promis, nous avons tenu parole...

En décembre 2010, une polémique digne d’une comédie est née suite à la diffusion d’une dizaine de photos de policiers en civil parisiens. Le syndicat Alliance, à la pointe de la contestation policière, par l’intermédiaire de son secrétaire général, Jean Claude Delage, s’en est allé pleurnicher auprès du ministre de l’intérieur de l’époque, Brice Hortefeux, qui a immédiatement porté plainte. Comme de bien entendu, une enquête judiciaire a été ouverte à l’encontre de la pratique du copwatching.

Cette technique de lutte qui consiste à observer, répertorier et empêcher les violences policières a été rapidement criminalisée et réduite par les médias à une vulgaire réaction « antiflic ». En France, filmer les violences et dérives de la police est aussitôt pour eux devenu un délit.

Aujourd’hui, après des mois d’élaboration et parce qu’il était nécessaire de le faire, le premier site dédié au copwatching en France est né. Regroupant les données collectées dans un premier temps sur trois agglomérations du Nord de la France, Paris, Lille et Calais, ce site est consacré à la diffusion de renseignements précis sur l’ensemble des forces de l’ordre par le biais d’articles, d’images (photos et vidéos), mais aussi et surtout de trois larges bases de données sur la police.

Ces bases de données, accessibles par tous, permettront à toute personne victime d’abus, d’humiliations ou de violences de la part des flics, d’identifier le ou les policiers auteurs de ces actes. Désormais, il ne sera plus question de quelques photos publiées de façon hasardeuse sur des sites dispersés, mais une mise en commun de dizaines de témoignages et d’images permettant d’avoir une vue d’ensemble des pratiques policières.

Un accent tout particulier sera mis sur la surveillance des policiers en civil qui, sous couvert d’anonymat, ont tendance à se comporter comme une milice politique digne de certains régimes autrement plus totalitaires. De Tunis à Millau, en passant par Téhéran, Paris et Athènes, les milices en civil ont retrouvé leur place dans les rangs de la répression d’État. Face à la montée du racisme et dans la prévision d’une nouvelle victoire idéologique de l’extrême-droite, ce site veut anticiper les futures violences de flics confortés par un pouvoir toujours plus fascisant. Par expérience, nous savons que le Front National et ses rejetons identitaires constituent un vivier pour beaucoup de flics, qui n’attendent que le moment où le pouvoir, qu’il soit sarkozyste ou lepeniste, leur lâchera la bride...

La recrudescence des actes violents commis par les forces de l’ordre, en toute impunité le plus souvent, ne nous a guère laissé d’autre possibilité. Toute compassion ou toute empathie pour les flics est exclue de ce site : nous considérons que les policiers ou les militaires, si tant est qu’ils ont un cerveau pour penser, savent dans quoi ils sont engagés et le font en toute conscience. Et la pénibilité de leur tâche n’excuse en rien leurs dérives autoritaires et violentes. Ces derniers temps, des vidéos montrant les dérives de la Police Aux Frontières (PAF) de Coquelles (Calais) envers les migrants a atteint le comble de l’ignominie et a considérablement renforcé notre volonté de combattre cette machine répressive et l’idéologie nauséabonde qui l’accompagne.

Après avoir infiltré des forums glorifiant la police nationale et des groupes facebook policiers, nous avons pu voir à quel point la xénophobie, les liens intimes avec les milieux néo-nazis et la diffamation atteignent des sommets, il nous est apparu indispensable de pointer du doigt ces attitudes malsaines et infantiles dans la police. Il nous a semblé crucial de démontrer que cette tendance est directement responsable des abus qui se multiplient, et qui peuvent amener des personnes à êtres mutilées ou assassinées par des tirs de flashball ou de taser, intimidées, humiliées, harcelées sexuellement ou frappées en garde-à-vue, par des policiers toujours plus confortés dans leur sentiment d’impunité.

Nous n’hésiterons pas à user de termes sévères à l’égard de la Police et de la Gendarmerie, car nous considérons ces institutions comme la fosse commune de l’humanité, le charnier de l’évolution, la mise à mort quotidienne de la déontologie et de l’éthique. Nous serons sans équivoque.

Ce site est véritablement à la disposition de toute personne ayant été témoin ou ayant subi la répression policière. Les informations qui nous seront communiquées seront vérifiées scrupuleusement et confrontées à d’autres témoignages si nécessaire, avant d’être diffusées.

La police n’a pas été créée pour protéger la population, mais pour la mettre au pas. Elle est un outil au service du Pouvoir, pour empêcher toute velléité de révolte et la tuer dans l’œuf, pour imposer un ordre social protégeant les élites et le système qui les engraisse.

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Manifestations au Portugal et en Grande-Bretagne contre l’austérité Jean-Pierre Anselme, avec AFP Reporterre 2011/10/03 Jean-Pierre Anselme, avec AFP (3 octobre 2011) Manifestations au Portugal et en Grande-Bretagne contre l’austérité. Reporterre. fr

Manifestations au Portugal et en Grande-Bretagne contre l’austérité

Contre les plans d’austérité infligés par leurs gouvernements, l’UE et le FMI, 160.000 personnes ont manifesté samedi 1 octobre 2011, à Lisbonne et à Porto, et dimanche 2 ocotbre, ils étaient 35.000 à Manchester pour accueillir le congrès du parti conservateur au pouvoir.

Portugal : « Il faut un projet politique alternatif »

À l’appel de la CGTP, la principale confédération syndicale, 130.000 manifestants à Lisbonne et 30.000 manifestants à Porto, fonctionnaires et salariés du privé, ont défilé samedi après-midi pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho, issu des élections de juin dernier.

« Il est temps de changer de cap (…). La démocratie est aujourd’hui fortement affectée (...). Il faut un projet politique alternatif », a lancé Manuel Carvalho da Silva, le secrétaire général de la CGTP, lors d’un discours prononcé à la fin du défilé à Lisbonne. Il a par ailleurs annoncé une semaine d’action pour poursuivre la lutte contre « l’appauvrissement et les injustices », conformément aux mots d’ordre des manifestations de samedi, avec plusieurs grèves du 20 au 27 octobre prochain.

« Assez de Troïka » et « Non à l’ingérence du FMI », proclamait une banderole en lettres rouges portée par les manifestants à Lisbonne arborant des autocollants portant l’inscription : « Nous disons non à ce programme d’agression. »

Le peuple Portugais est confronté à une série de mesures d’austérité dictées par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) : taxe extraordinaire sur les revenus, diverses hausses d’impôts, baisse des prestations sociales, privatisations, maintien du gel des salaires et des embauches des fonctionnaires.

Mercredi 28 septembre, à Lisbonne, plusieurs centaines de policiers et gendarmes qui avaient pour ordre de briser la contestation sociale ont fini par la rejoindre. Les policiers exigent de meilleures conditions de travail et le respect d’un accord salarial convenu en 2010. Revendications rejetées par le gouvernement.

Grande Bretagne : « Le moment est venu de se battre »

Au cri de « conservateurs pourris, dehors ! », 35.000 personnes ont défilé à Manchester dimanche, au premier jour du congrès du Parti conservateur britannique au pouvoir (Tories, à l’appel de la confédération des syndicats britanniques, le Trades Union Congress (TUC), qui a intitulé le défilé : « L’alternative - emplois, croissance, justice ».

Les pancartes dans la foule affirmaient : « Les coupes ne sont pas le remède », « Manchester, une ville unie contre les coupes » ou encore, à l’adresse du Premier ministre conservateur David Cameron : « Il doit partir ».

Le gouvernement britannique, auquel participent les conservateurs et les libéraux-démocrates, a lancé l’an dernier un plan d’austérité drastique, considéré comme l’un des plus sévères des grands pays développés, afin de venir à bout d’ici 2015 d’un déficit colossal. Ce plan se traduit notamment par une réforme des retraites du secteur public et la suppression de plus de 300.000 postes d’ici quatre ans dans le public.

Fin juin 2011, une grève de 24 heures avait été organisée contre la réforme des retraites, le plus grand conflit social depuis l’arrivée au pouvoir de M. Cameron en mai 2010. Des milliers d’écoles étaient restées fermées et l’activité de nombreux tribunaux et centres pour l’emploi avait été perturbée.

Les syndicats comptent organiser le 30 novembre une autre grève sur le même sujet. « On est sur le point d’avoir la plus grande grève depuis 80 ans en Grande-Bretagne », a lancé dimanche Mark Serwotka, à la tête du Public and Commercial Services Union (PCS), premier syndicat de la fonction publique d’État).

« Si après le 30 novembre, ils ne font pas marche arrière, s’ils continuent avec les coupes, continuent à nous voler nos retraites, et bien on fera encore grève jusqu’à ce qu’on gagne, a-t-il ajouté. Le moment est venu de se battre, le moment est venu de faire échouer le gouvernement. »

Mme Badinter, nouveau soutien de Marine le Pen Jean Baubérot Reporterre 2011/10/03 Jean Baubérot (3 octobre 2011) Mme Badinter, nouveau soutien de Marine le Pen. Reporterre. Tribune — fr

Mme Badinter, nouveau soutien de Marine le Pen

Elle fustigeait les femmes écologistes, la voilà du côté de Mme Le Pen. Faillite d’une intellectuelle donneuse de leçons - et copropriétaire de Publicis.

Le Monde.fr a publié, jeudi 29 septembre 2011, de larges extraits d’une interview d’Elisabeth Badinter au Monde des religions. J’ai dû les relire deux fois pour être sûr qu’il n’y avait pas maldonne. Malgré tout ce qu’elle avait déjà dit et écrit, je ne pouvais penser que cette philosophe soit tombée aussi bas. Elle affirme en effet : « En dehors de Marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité ». Non seulement elle cautionne ainsi les propos de la leader d’extrême droite, mais elle en fait la championne par excellence de la laïcité. Selon elle, la gauche aurait « complètement abandonné ce combat », Manuels Valls (qui ne sera sans doute pas ravi de se retrouver en si mauvaise compagnie) étant, selon ses dires, l’exception qui confirme la règle.

On croit être en plein cauchemar, vu l’influence de la philosophe. Mais malheureusement, il ne s’agit nullement d’un dérapage, encore moins d’une citation tronquée. Elisabeth Badinter donne elle-même l’explication logique de cette incroyable connivence. « Croire en Dieu, déclare-t-elle, doit rester une affaire intime. » On retrouve, en effet, une vision de la liberté de conscience analogue à celle que proclame Marine Le Pen. Cette dernière déclarait, en effet, à propos des prières de rue : « Ceux qui n’ont pas de place dans la mosquée n’ont qu’à prier chez eux » (Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, 19 décembre 2010).

A partir de cette réduction de la religion à l’intimité, Elisabeth Badinter s’en prend aux manifestations extérieures de la religion... Enfin, pas de toutes les religions, car, dans les extraits publiés en tout cas, pas un seul mot ne critique le catholicisme. En revanche, le manger casher et la kippa des juifs, le manger hallal et les tenues trop vêtues des musulmanes, sont l’objet de sa vindicte, ainsi d’ailleurs que les protestants évangéliques, qui n’ont ni nourritures ni tenues spécifiques, mais qui « nous viennent des Etats-Unis » (ce qui, historiquement, est faux) au lieu d’être bien de chez nous.

Madame Badinter a parfaitement le droit de détester les religions, leurs œuvres et leurs pompes. Elle peut les critiquer publiquement et de plusieurs manières tant qu’elle le veut. Mais elle a absolument tort de faire coïncider la laïcité avec sa position personnelle... et on voit jusqu’où cette très grave dérive la conduit.

Le ver est dans le fruit dès que l’on veut réduire, au nom de la laïcité, la religion à la sphère privée, entendue comme étant la sphère « intime ». Cette position est absolument contraire à la loi de 1905 qui affirme dans son Article 1 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées [dans la loi elle-même] dans l’intérêt de l’ordre public ».

Pour la loi de 1905, la liberté de conscience doit si peu « rester une affaire intime » que l’Article II, qui met fin aux « cultes reconnus » (semi officiels avant 1905) et énonce le principe du non-subventionnement des religions, émet immédiatement une exception. Cet Article permet d’inscrire dans les dépenses publiques les « services d’aumônerie destinés à assurer le libre-exercice du culte dans les établissements publics, tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ». L’armée ne tardera pas à être ajoutée à cette liste.

Lors des débats parlementaires sur cette loi de séparation des Eglises et de l’Etat, les députés refusèrent massivement un amendement voulant interdire le port du vêtement ecclésiastique dans l’espace public. La soutane était visée car certains la considérait comme une tenue « provocante », contraire à la « liberté et à la dignité humaine », un costume prosélyte qui rendait le prêtre « prisonnier, esclave » et le séparait des autres hommes. On avait parfaitement le droit de considérer ainsi la soutane, mais pas celui d’embarquer la laïcité dans sa vision des choses. Et Aristide Briand récusa toute législation sur ce point en déclarant : « La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres ». On est dans la démarche exactement inverse à celle de Madame Badinter. Celle-ci croit que les choses ont changé à la fin du XXe siècle, elle veut oublier les députés, comme l’abbé Pierre ou le chanoine Kir, qui se rendaient à l’Assemblée en soutane.

Autre exemple : au départ, la proposition de loi de séparation maintenait les limitations du régime concordataire pour ce qui concernait les manifestations de la religion. Mais un député déclara : « Le respect de la liberté de conscience conduit au respect mutuel des croyances et non à la prohibition des manifestations extérieures du culte sur la voie publique ». Il déposa un amendement qui instaurait une liberté de manifestation religieuse dans l’espace public plus large que précédemment. L’amendement fut adopté. La laïcité a signifié une extension de la liberté.

Je pourrais ainsi multiplier les exemples. La laïcité que prône Marine Le Pen est, en tout point, contraire à la laïcité historique. Elle est contraire à la laïcité de Jules Ferry, qui a obligé l’école publique laïque à s’arrêter un jour par semaine pour faciliter la tenue du catéchisme, à la laïcité de Briand et de Jaurès, qui a donné la loi de 1905. Madame Badinter reproche à la gauche d’émettre « l’équation suivante : défense de la laïcité égale racisme » ; mais promouvoir cette laïcité-là, dévoyée, falsifiée, c’est effectivement du racisme ou du moins de la xénophobie : quand les JMJ se sont tenues à Paris, ou lors de la venue de Benoît XVI, avec une grande messe sur le champ de Mars où assistaient maints ministres, l’extrême-droite a-t-elle crié à l’atteinte à la laïcité ? Non, et elle ne le ferait pas plus aujourd’hui qu’hier car elle tente de récupérer le catholicisme comme élément identitaire, comme racine culturelle de la Frrrance. Elle n’est pas la seule d’ailleurs : c’est une vieille idée nationaliste depuis Maurras.

En fait, en prétendant que la laïcité consiste à réduire la religion (ou, dans les faits, certaines religions) à n’être qu’une « affaire intime », Madame Badinter part d’une ambiguïté que comporte le slogan : « La religion, affaire privée ». Ce slogan est-il laïque ? Oui et non. Oui, quand on veut dire par là que la religion n’est pas affaire d’Etat, de la puissance publique.

L’appartenance à une religion relève d’un choix privé, c’est-à-dire du choix personnel de chacun. En conséquence, la religion ne doit pas être une institution publique. C’est le sens de la loi de 1905 qui abolit tout caractère officiel de la religion. Mais non, absolument non, si on signifie ainsi, et tel est le propos d’Elisabeth Badinter, que la religion doit être réduite à une réalité confinée dans la sphère intime, ne pouvant pas s’exprimer dans l’espace public. Or, aujourd’hui, certains tentent, pas seulement à l’extrême droite mais également à l’UMP, voire chez des personnes qui se veulent de gauche, de réprimer des expressions de la religion dans l’espace public. Il faut savoir que même les périodes de répression de la religion, telle la révocation de l’Edit de Nantes, ont prétendu sauvegarder la liberté de conscience dans la sphère intime, la devotio privata comme on le disait à l’époque.

Cette clarification est essentielle pour que personne ne soit dupé par une falsification de la laïcité qui, aujourd’hui, va malheureusement de Marine Le Pen à Elisabeth Badinter. Encore une fois, cette dernière peut avoir toutes les opinions qu’elle veut, à condition de ne pas faire dire aux lois laïques le contraire de ce qu’elles disent. Car alors, elle fait exactement ce qu’elle prétend dénoncer : avoir « un mépris de la loi collective et démocratique ». Et le « combat » mené est frontalement aussi contre la Déclaration Universelle des droits de l’Homme (de l’Etre humain) qui affirme explicitement que : « Toute personne a droit (...) de manifester sa religion, individuellement ou collectivement, en public ou en privé ».

Déclarer : « En dehors de Marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité », aucune personnalité connue ne l’avait jamais fait jusqu’alors. On peut donc s’indigner à bon droit. Comme citoyen je suis effectivement scandalisé. Comme historien et comme sociologue, je cherche l’explication de propos aussi aberrants. Il me semble la trouver dans l’affirmation, à la sincérité naïve, de la philosophe : « Je ne comprends pas ce besoin actuel d’exhiber une identité religieuse ».

On peut facilement lui rétorquer que « ce besoin » est plus permanent qu’actuel. Mais peut-être effectivement, aujourd’hui, est-il plus fort qu’il y a cinquante ans, quand les politiques nous projetaient dans l’avenir au lieu de nous tenir de sempiternels discours sur nos « racines ». Quand, également, il était plus facile de croire au progrès... Les raisons ne sont pas bien difficiles à trouver... et à comprendre. Mais il faut savoir alors prendre quelque distance par rapport à ses propres déterminations sociales. Car, parmi les raisons qui induisent le « besoin » d’une identité religieuse et/ou convictionnelle forte, se trouve la volonté, au moins implicite, de lutter contre le fait d’avoir son cerveau totalement disponible pour le harcèlement publicitaire et son effacement complet du sens. Un sens, parfois durci et figé, fait face à un dévoiement marchand du sens, parfois jusqu’à être son frère ennemi.

Mais il faut croire que sans doute cela s’avère bien difficile à « comprendre » quand on est engagée jusqu’au cou dans Publicis. On se situe alors tellement au cœur du système dominant, on a tellement intériorisé son fonctionnement et ses aliénations, qu’on n’est même plus capable de percevoir intellectuellement la nécessité pour les dominés d’aller chercher ailleurs.

De cette faillite intellectuelle, de cette incapacité complète à comprendre la société dans laquelle vous vivez, je vous plains, Elisabeth Badinter. Et je nous plains aussi, car cela cause énormément de dégâts.

Ségolène Royal veut un moratoire sur Notre Dame des Landes Le Télégramme Reporterre 2011/10/03 Le Télégramme (3 octobre 2011) Ségolène Royal veut un moratoire sur Notre Dame des Landes. Reporterre. fr

Ségolène Royal veut un moratoire sur Notre Dame des Landes

La candidate aux primaires socialistes a demandé samedi 1 octobre un moratoire sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes.

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste, a jeté ce samedi 1 octobre 2011 un véritable pavé dans la mare de François Hollande, ou plutôt de l’un de ses soutiens, le maire socialiste de Nantes Jean-Marc Ayrault en demandant un « moratoire » et la réouverture de l’enquête publique sur le projet contesté de futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, entre Rennes et Nantes.

« Oui, je vous dis très clairement : je prendrai la décision de réouvrir l’enquête publique sur cet aéroport » en cas d’élection à l’Elysée, a déclaré Ségolène Royal, lors d’un débat Terra Nova/AFP/Nouvel Observateur/Dailymotion, organisé ce samedi à Nantes.

La candidate à la primaire socialiste a indiqué qu’elle souhaitait un « moratoire » sur la concession du projet par l’Etat au groupe BTP Vinci, signée fin 2010, sous les applaudissements des 200 à 300 personnes présentes, pour la plupart des soutiens de la candidate à la présidentielle de 2007.

Des élus qui ne « veulent pas perdre la face »

« Je sais bien quel est l’engagement du maire de Nantes et du président de région », a-t-elle ajouté en référence à Jean-Marc Ayrault, soutien de François Hollande, et Jacques Auxiette, qui appuient le projet. « Tout se passe comme si chacun ne voulait pas bouger pour ne pas perdre la face », a ajouté la présidente de la région voisine du Poitou-Charentes, rapporte PresseOcéan.fr.

Ségolène Royal a invité « les partenaires à se mettre autour de la table, pour voir si la conception de cet équipement, son lieu d’implantation, son impact, son coût corespondent à vraiment à l’intérêt économique du territoire ».

« Des débats maintes fois tranchés » selon Jean-Marc Ayrault

« Ségolène Royal tente de rouvrir, au coeur de la primaire, des débats qui ont été maintes fois tranchés », ont commenté dans un communiqué commun Jean-Marc Ayrault et Jacques Auxiette.

De leur côté, les écologistes d’EELV ont pris « connaissance avec un vif intérêt » de sa position, saluant ses arguments sur le « coût financier » et « l’impact écologique ».

Voici pourquoi nous avons coupé les vignes transgéniques de l’INRA Faucheurs volontaires de Colmar Reporterre 2011/10/04 Faucheurs volontaires de Colmar (4 octobre 2011) Voici pourquoi nous avons coupé les vignes transgéniques de l’INRA. Reporterre. Tribune — fr

Voici pourquoi nous avons coupé les vignes transgéniques de l’INRA

Le 15 Aout 2010, 60 faucheuses et faucheurs volontaires, venus de toute la France, ont procédé à l’arrachage de 70 pieds de vigne OGM à l’INRA de Colmar. Cet essai de vigne OGM pratiqué en plein air avait pour but de tester une variété prétendument résistante au court-noué.

Nous avons posé et revendiqué cet acte en conscience. Il s’inscrit dans la continuité de notre lutte contre les OGM dans l’environnement, les champs et les assiettes.

Nous sommes convoqués au tribunal de Colmar les 28, 29, 30 septembre 2011. Ce procès est pour nous celui des dérives de l’INRA, aux ordres de tutelles (ministères,...) sous la constante pression de firmes dont l’unique objectif est le profit.

Quels devraient être les buts d’un institut public, financé par nos deniers, sinon de répondre aux aspirations grandissantes des citoyens vers une agriculture et une alimentation saines ? Ainsi, la recherche agronomique devrait porter ses eff orts vers une recherche alternative, pour le développement d’une agriculture biologique, sans intrant chimique, sans OGM. Or la part du budget qui lui est allouée reste symbolique

Nous dénonçons cet essai de vignes OGM car :

• La mutation génétique contient un gène du virus de la mosaïque du chou-fleur, 2 portions de gènes du virus du court-noué, un gène de bactérie (agrobactéruim tuméfaciens) et 1 gène d’Echérichia Coli résistant à un antibiotique, la Kanamycine.

• Cet essai préalablement stoppé en Champagne à la demande de vignerons locaux, puis proposé et refusé dans l’Hérault, a finalement été imposé aux alsaciens, au coeur d’un vignoble où le court-noué ne pose pas de problème.

• Cet essai effectué en plein air disposait d’une bâche enfouie pour éviter la contamination du sol, « bâche qui risque certes d’être abîmée au cours du temps... » selon les dires du HCB, organisme gouvernemental qui a précisément donné un avis favorable au renouvellement de l’essai !!!

• Le premier essai a eu un coût exorbitant : après un million d’euros investis, les conclusions de l’INRA stipulaient que cette vigne OGM ne résistait pas au court-noué. Malgré cela, un second essai a été mis en place avec de nouveaux budgets démesurés et cela dans un contexte de surproduction viticole et de primes à l’arrachage !

• L’INRA de Montpellier a mis au point un porte-greff e (Némadex) obtenu par sélection classique et ayant une bonne résistance au court-noué.

Quelle utilité pour cet essai OGM de Colmar ?

Nous affirmons que cet essai délibérément réalisé en milieu non confiné était en réalité un test sociologique visant à faire accepter les OGM par les français, un vrai simulacre de démocratie avec la constitution d’un comité local de suivi et la caution des autorités gouvernementales obsédées par la compétitivité en matière de biotechnologies. Nous invitons donc l’INRA et ses organismes de tutelle à remettre en question les orientations de la recherche, à révolutionner ses pratiques, à mettre en place des recherches pour une agronomie tournée vers une agriculture enfin pérenne, non polluante, et donc respectueuse de l’environnement.

Quant à nous, Faucheurs Volontaires, nous continuerons à exercer une vigilance citoyenne sur la recherche publique, à nous opposer à la propagation des OGM en plein champ (transgénèse, mutagénèse, etc...). Lorsque tous les moyens légaux pour nous faire entendre auront été mis en oeuvre, nous n’hésiterons pas à entrer à nouveau en désobéissance civile non-violente.

Rompre avec le culte de la performance Dominique Méda Reporterre 2011/10/05 Dominique Méda (5 octobre 2011) Rompre avec le culte de la performance. Reporterre. Tribune — fr

Rompre avec le culte de la performance

« Est-il légitime de considérer que les nations les plus performantes sont celles qui produisent le plus, alors même que nous savons de façon certaine que la croissance s’accompagne de dégâts environnementaux, et sans doute sociaux ? »

Michel Godet livre une tribune (Le Monde du 22 septembre) qui constitue un remarquable condensé de la pensée mortifère qui est en train de détruire l’Europe sinon de préparer des guerres que nous croyions désormais impossibles.

Michel Godet lance d’abord un décret d’excommunication contre les Grecs. Ils ne sont pas capables de rester dans le bateau ? Jetons-les donc par-dessus bord ! Ils ne méritent pas de rester dans la zone euro, ni même dans l’Europe. L’excommunication ne s’arrête pas là : il nous faut désormais faire le nettoyage dans l’Euroland et en Europe, suggère M. Godet, de manière à en exclure ceux qui ne sont pas capables de respecter les critères et de faire comme notre nouveau modèle : l’Allemagne. Pourquoi l’Allemagne ?

Les Allemands travaillent dur et beaucoup, ils se sont serré la ceinture, ont accepté des années de modération salariale et de réformes de leur protection sociale, tous ceux qui ne sont pas capables de faire comme eux doivent quitter le navire. La ligne de démarcation que Michel Godet propose est claire : il y a d’un côté les pays du Sud, dont il n’a pas même besoin de préciser qu’ils sont paresseux et profiteurs, et qui ne méritent pas de rester en Europe, et de l’autre ceux du Nord, travailleurs, économes, rigoureux. Faudrait-il donc couper l’Europe en deux et ne conserver que les pays du Nord ?

Et que penser d’une réflexion qui ne fait que généraliser les oukases et les expressions de haine qui traversent les nations elles-mêmes, qu’il s’agisse des Belges ou des Italiens ? Le nouveau critère de triage serait donc devenu le travail et la capacité à travailler dur et à se lever tôt pour gagner la bataille économique dans laquelle on nous somme de nous maintenir depuis plus de trente ans. Cette vision appelle deux remarques.

La première concerne ce fameux critère qui devrait nous permettre de séparer le bon grain de l’ivraie, les bons Européens capables de travailler dur et de se lever tôt - les nordistes - des jouisseurs, profiteurs et paresseux - les sudistes. Faut-il rappeler à Michel Godet que le nombre d’heures travaillées est un bien piètre indicateur des performances économiques ?

Que ceux qui travaillent le plus en Europe sont ceux dont le PIB par habitant est le moins élevé et que la durée de travail hebdomadaire des Allemands et des Néerlandais, mais aussi des Suédois et des Danois - le coeur des pays du Nord... - est moins élevée que celle de la France, que M. Godet semble considérer comme presque sudiste, notamment depuis l’entrée en vigueur de la réduction du temps de travail, qu’il a toujours considérée comme le début du déclin français. Comment s’explique cela ?

D’une part, dans le calcul de la durée hebdomadaire de travail, on doit se garder de ne considérer que les emplois à temps complet mais on doit aussi prendre en considération les temps partiels, ce qui fait chuter la moyenne (car dans les pays du Nord, il y a beaucoup de travail à temps partiel, contrairement aux pays du Sud où les femmes travaillent moins). D’autre part, ce qui compte pour la performance économique n’est bien sûr pas le nombre d’heures travaillées mais la productivité horaire et c’est donc sur la base de la productivité horaire ou du PIB par habitant qu’il faudrait comparer les pays européens et fonder le palmarès.

Mais, au-delà de ce constat, est-ce une bonne chose de continuer à conserver comme indicateur prioritaire de réussite ce type d’indicateur ? Au-delà de la productivité horaire, est-il légitime de considérer que les nations les plus performantes sont celles qui produisent le plus, alors même que nous savons de façon certaine que la croissance s’accompagne de dégâts environnementaux (et sans doute sociaux) et qu’il est désormais urgent de prendre les mesures nécessaires pour éviter une dégradation irrémédiable des conditions qui rendent notre planète habitable.

Le critère privilégié de performance devrait être la capacité à produire les biens et services nécessaires pour permettre aux nations de s’inscrire dans la durée, c’est-à-dire à produire en mettant à la disposition de la population les biens et services dont celle-ci a besoin tout en réduisant au maximum les atteintes à la biodiversité. Ce n’est ni le « travailler plus pour gagner plus », ni le « travailler plus pour produire plus » qui devrait donc guider l’évaluation de Michel Godet, mais d’autres critères, bien différents : ou bien le rapport Stiglitz commandé par le président de la République n’aurait-il été que poudre aux yeux ?

La seconde remarque est d’un autre ordre. Elle concerne la responsabilité des « intellectuels » ou « savants » dans le processus de crise que connaît l’Europe. Godet promeut une philosophie du séparatisme, qui vise à distinguer les bons des mauvais et dont on ne voit pas du tout où elle devrait s’arrêter. Il faudrait chasser les plus faibles, les plus pauvres, parce qu’ils n’auraient pas fait ce qu’il fallait, parce qu’ils seraient paresseux, parce qu’ils ne voudraient pas travailler. Il faudrait chasser ou réduire à rien non seulement les Roms mais aussi les allocataires du revenu de solidarité active (RSA), au moins ceux qui n’ont pas retrouvé de travail, puisque c’est de leur faute s’il en est ainsi. C’est de leur faute s’il n’y a plus d’emploi accessible et s’ils ne veulent pas prendre les miettes d’emploi que la mise en oeuvre du RSA avait pour objectif de rendre plus supportables (donc de légitimer).

Mais où nous arrêterons-nous ? Demain, les voisins de Michel Godet, travaillant moins que lui, ou de façon différente, ou produisant une portion de PIB plus petite, devront-ils être mis à l’index ? Avec qui voulons-nous vivre ? Qui nous dira les critères d’une bonne société ? Le devoir des intellectuels n’est-il pas, plutôt que de séparer, de tenter de rassembler, et ne devrions-nous pas mettre tous nos efforts en commun pour définir ce que pourraient être des Etats-Unis démocratiques d’Europe, au sein desquels une vraie solidarité serait organisée ?

Un projet bien plus exaltant, bien plus enthousiasmant, bien plus prudent aussi que le séparatisme. Un projet fondé sur la préservation de notre patrimoine naturel et de notre cohésion sociale. Un projet dont le premier bienfait serait de tenir écartée la menace du retour de la guerre au sein de l’Europe, un projet qui contribuerait à la réalisation de cette paix perpétuelle que Kant appelait de ses voeux.

Les petits trafics intellectuels de Pascal Bruckner Hervé Kempf Reporterre 2011/10/05 Hervé Kempf (5 octobre 2011) Les petits trafics intellectuels de Pascal Bruckner. Reporterre. Culture et idées fr

Les petits trafics intellectuels de Pascal Bruckner

Les écolos ? Pétainistes, fascistes, maurrassiens, selon M. Bruckner, qui se place sur le marché encombré du pamphlet anti-vert. Mais en trafiquant les textes qu’il cite...

Dans son nouveau livre, Le fanatisme de l’Apocalypse (Grasset, 286 p., 20 €), Pascal Bruckner défend la thèse rabâchée des réactionnaires depuis que Luc Ferry a ouvert le marché : les écologistes sont des écofascistes, des pétainistes, ils veulent nous imposer la pénitence, ils prêchent l’Apocalypse pour nous châtier, etc.

Thèse au succès garanti dans les médias, et de France Inter à L’Express en passant par Le Journal du Dimanche, les micros se tendent pour recueillir la divine parole. Tous ne sont pas dupes, heureusement, tels Daniel Schneidermann ou Les Inrockuptibles

Ce livre présente assez peu d’intérêt et l’on n’a pas le temps de l’analyser ici. Cependant, il recourt comme Luc Ferry à des procédés indignes du débat intellectuel, injures (José Bové est un « maurassien d’extrême-gauche », par exemple), mais aussi citations tronquées et détournées du sens que leur donne le contexte.

Hans Jonas (philosophe auteur du Principe responsabilité) et Naomi Klein (auteure de La stratégie du choc), notamment, sont présentés de manière caricaturale et faussée.

De même, Hervé Kempf, à propos duquel M. Bruckner écrit : « Le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010 ? C’est aussi de notre faute puisque nous avons colonisé cette île au XIXe siècle, explique un journaliste. Comment l’ancienne puissance coloniale qui a quitté Haïti en 1825, non sans exiger un tribut inique, c’est vrai, a-t-elle pu provoquer un terrible séisme 185 ans après, mystère ! »

On jugera d’après l’original du texte « Haïti, Sichuan, demain... » que le journaliste en question dit tout autre chose que la bêtise que lui attribue M. Bruckner.

De même, sortant de son contexte ce passage - « Américains et Européens doivent réduire leur consommation matérielle. S’appauvrir, pour parler clair. C’est ce qu’ils commencent à faire, nolens volens, du fait de la crise économique, qui est née de leur oubli de l’environnement par une surconsommation qu’a entretenue un endettement démesuré » -, M. Bruckner affirme que les écologistes s’allient avec les capitalistes pour imposer des politiques d’austérité aux pauvres.

Voici le texte original, qui dit à peu près le contraire, et dont son auteur ne retire pas une virgule : « Le noeud de la crise ».

L’Union européenne encourage le pillage des océans Greenpeace Reporterre 2011/10/06 Greenpeace (6 octobre 2011) L’Union européenne encourage le pillage des océans. Reporterre. Nature fr

L’Union européenne encourage le pillage des océans

« Depuis 2004, les subventions européennes augmentent la puissance des bateaux et donc leur capacité à pêcher. La flotte européenne est aujourd’hui en mesure de pêcher deux à trois fois le niveau qui serait durable pour préserver les ressources. »

Dans un dossier d’investigation intitulé « Immersion », Greenpeace dénonce les dysfonctionnements qui rongent la Politique commune des pêches (PCP) ainsi que le silence de l’Espagne, poids-lourd européen de la pêche, face aux activités de pêche illicites auxquelles sa flotte se livre depuis des années aux quatre coins du globe. Greenpeace décortique notamment le réseau et les agissements de la famille Vidal, originaire de Galice.

« Les spécialistes estiment que, dans le monde, jusqu’à 49 % des captures de poisson sont illégales, non réglementées ou non déclarées (1) : cela explique en partie le déclin rapide de nos pêcheries », explique François Chartier, chargé de campagne Océans pour Greenpeace France. « En Europe, la mise à sac des océans est financée par l’argent du contribuable. Entre 2002 et 2009, par exemple, les différentes entreprises qui gravitent dans la nébuleuse Vidal ont reçu plus de 16 millions d’Euros de subventions européennes… pour financer leurs activités illégales. La PCP est rongée par la gangrène. »

L’Espagne finance les activités de la famille Vidal avec l’argent public européen

Depuis plusieurs dizaines d’années, les nombreux navires du réseau Vidal collectionnent les condamnations pour pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Ils ont été poursuivis en justice aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans le Pacifique. Le gouvernement espagnol s’est engagé, à plusieurs reprises, à enquêter sur ces infractions et à y mettre un terme. Mais Madrid continue de verser des subventions aux entreprises Vidal. L’argent du contribuable européen sert donc à financer des activités illicites et le pillage des océans. La plus grande flotte de pêche européenne, l’armada espagnole, est maintenue à flot grâce à l’aide communautaire. Si l’Espagne et l’Europe continuent de persévérer dans leur laxisme, moins de 10 % de nos stocks de poisson conserveraient un niveau durable d’ici à 2022, d’après les prévisions de l’Union Européenne elle-même.

L’Europe a financé deux à trois fois trop de bateaux pour la santé des océans

Au-delà des activités illégales, les subventions européennes servent notamment à financer la mise à l’eau de nouveaux bateaux, contre tout bon sens. La France est elle aussi parmi les plus grands pays pêcheurs d’Europe, et a reçu de nombreux fonds publics pour développer sa flotte de pêche, bien trop grande et bien trop puissante par rapport à ce que les océans peuvent fournir. Depuis 2004, les subventions européennes sont utilisées pour accroître la puissance des bateaux et donc leur capacité à pêcher. La flotte européenne est aujourd’hui en mesure de pêcher deux à trois fois le niveau qui serait durable pour préserver les ressources en poissons !

Greenpeace a mené l’enquête, l’Europe doit prendre ses responsabilités

Greenpeace a demandé l’ouverture d’une enquête européenne exhaustive sur les subventions accordées au secteur espagnol de la pêche industrielle, et exige qu’à l’avenir, l’aide communautaire serve exclusivement à financer des activités de pêche légales, transparentes et durables. Les subventions doivent être un moyen de lutter contre la surpêche et non de la maintenir le plus longtemps possible.

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Note :

(1) Agnew DJ, Pearce J, Pramod G, Peatman T, Watson R, et al., 2009. Estimating the Worldwide Extent of Illegal Fishing.

Avion PS, le crash ? Hervé Kempf Reporterre 2011/10/06 Hervé Kempf (6 octobre 2011) Avion PS, le crash ?. Reporterre. Tribune — fr

Avion PS, le crash ?

« Il serait dommage qu’une éventuelle présidence socialiste s’ouvre par le spectacle de CRS évacuant des paysans et des écologistes pour faire couler le béton. »

La nouvelle est passée inaperçue, comme si ce qu’elle annonçait relevait d’un mouvement si naturel, si continu, si habituel, qu’il ne mérite plus même le soupçon de l’esquisse d’une manifestation d’intérêt : les premiers résultats du recensement agricole 2010, publiés en septembre, signalent un recul important du nombre d’emplois dans l’agriculture. Celle-ci n’occupe plus que 751 000 personnes équivalent temps plein, en baisse de 22 % par rapport à l’an 2000. La lente agonie de la paysannerie se poursuit, avec trois conséquences : la perte d’un potentiel majeur d’emploi ; l’agrandissement des exploitations existantes, stimulant une agriculture industrielle très polluante ; et l’étalement urbain, qui fragmente le territoire et multiplie les transports donc la pollution.

Cela ne relève d’aucune fatalité, mais de choix politiques exercés, soit au niveau national par des mesures entérinant l’extension des grandes exploitations et la difficulté pour les jeunes de s’installer, soit au niveau local par des décisions d’aménagement au détriment de l’agriculture. Dans presque tous les territoires ruraux, le fatalisme le dispute à l’accablement. Sauf ici et là, dans des villages gaulois qui résistent à la folie du rouleau compresseur. A Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, paysans, écologistes, citoyens, élus, résistent ainsi depuis des années au projet d’un aéroport géant qui transformerait 1 600 hectares de terres agricoles en piste d’envol et bâtiments bétonnés.

L’obstination paye : les responsables politiques commencent enfin à sortir du bois et à prendre position sur ce sujet, qui n’est plus local. François Bayrou s’était nettement prononcé contre le projet. Ségolène Royal, samedi 1er octobre, a pris parti, appelant à un « moratoire ». De même, Arnaud Montebourg, le 3 octobre, écrit qu’« il faut tout reprendre par le début » en rouvrant le débat. Jusqu’à présent, François Hollande et Martine Aubry ont exprimé une position plutôt favorable à l’aéroport, mais ambiguë, Mme Aubry indiquant qu’« il faut continuer ce débat ». On attend plus de franchise de leur part.

Ce qu’il adviendra de Notre-Dame-des-Landes illustrera le type de société que l’on veut pour la France dans les prochaines décennies. Et, compte tenu de la mobilisation locale, il serait dommage qu’une éventuelle présidence socialiste s’ouvre par le spectacle de CRS évacuant des paysans et des écologistes pour faire couler le béton.

Le procès de Christian Jacquiau contre Max Havelaar aura lieu le 19 octobre Comité de soutien à Christian Jacquiau Reporterre 2011/10/07 Comité de soutien à Christian Jacquiau (7 octobre 2011) Le procès de Christian Jacquiau contre Max Havelaar aura lieu le 19 octobre. Reporterre. fr

Le procès de Christian Jacquiau contre Max Havelaar aura lieu le 19 octobre

Dans Les coulisses du commerce équitable, Christian Jacquiau a critiqué l’association Max Havelaar. Celle-ci l’a poursuivi pour des propos publiés dans L’Echo des savanes, des propos falsifiés par un auteur qui se qualifie lui-même d’imposteur professionnel. Christian Jacquiau a fait appel du jugement qui l’a condamné.

Le 19 octobre prochain se déroulera au Palais de justice de Paris un procès en appel mettant en cause la liberté d’informer.

Procès en appel de Christian Jacquiau dans "l’affaire Max Havelaar" : le mercredi 19 octobre, à 13h30.

Dans son livre Les coulisses du commerce équitable (2006), Christian Jacquiau se montre très critique à l’égard de l’association Max Havelaar. Celle-ci ne l’a pas poursuivi, car ses critiques y sont toutes fondées sur des faits documentés et incontestables, mais elle l’a poursuivi - et il fut condamné ! - pour des propos publiés dans un article paru dans L’Echo des savanes en 2008, des propos complètement déformés et falsifiés écrits par un auteur qui se qualifie lui-même d’imposteur professionnel. Christian Jacquiau a naturellement fait appel du jugement qui l’a condamné.

L’histoire est racontée dans le détail sur son site.

Cette affaire se déroule dans un contexte général inquiétant. Ces dernières années, plusieurs journalistes ont été poursuivis suite à leurs travaux d’investigation : l’emblématique affaire Clearstream soulevée par Denis Robert, l’interrogatoire par la DST puis la mise en examen pour « compromission du secret de la défense » de Guillaume Dasquié, la mise en examen de Jean-Michel Gouin pour « recel de violation du secret de l’instruction », le procès de Leclerc contre Bertrand Gobin, celui de Casino contre François Ruffin (du mensuel Fakir) ou encore la cascade de procès pour Mediapart suite à leurs révélations sur les affaires Caisse d’Epargne et Woerth-Bettencourt.

A chaque fois, les accusateurs n’apportent aucun contre-argument, se contentant d’attaquer en justice. Cette procédure n’est autre qu’une méthode d’intimidation envers les journalistes un peu trop curieux. Ils se retrouvent en plus à devoir engager des frais considérables pour justifier leur travail. C’est la méthode qu’a choisi Max Havelaar France à l’encontre de Christian Jacquiau.

Le « Comité de soutien à Christian Jacquiau » s’est créé fin 2010 dans un élan de révolte suscité par sa condamnation en diffamation. Une pétition a été lancée pour demander à Max Havelaar France d’abandonner ses poursuites. Elle est signée à ce jour par plus de 3.500 personnes. Il a été également proposé aux signataires d’apporter un soutien financier pour aider Christian Jacquiau à couvrir les dépenses juridiques, considérables, qu’il a dû engager pour se défendre.

Le soutien moral et financier obtenu a été très important et particulièrement précieux. Il a pu constater à quel point il est entouré et soutenu dans le combat qu’il mène pour le droit à la critique, pour le droit d’informer, et contre la censure des puissants et du pouvoir de l’argent.

L’audience de plaidoirie se tiendra le 19 octobre prochain à 13h30 devant la Cour d’Appel de Paris, Pôle 2 - chambre 7, sise 10 boulevard du Palais, dans l’île de la Cité (métro Cité, Saint-Michel ou Châtelet).

Le « Comité de soutien à Christian Jacquiau » invite les journalistes et toute personne intéressée à venir assister au procès en appel. Merci de confirmer votre présence par e-mail, à comitedesoutien.ch.jacquiau@gmail.com.

Attention : pour accéder au Palais de Justice, il faut présenter une carte d’identité, se soumettre aux contrôles de sécurité et surtout... s’armer de patience, autrement dit arriver en avance. Il faut en effet compter au moins une demi-heure pour accéder à l’intérieur du Palais.

Appel aux évêques pour l’écologie Des chrétiens Reporterre 2011/10/08 Des chrétiens (8 octobre 2011) Appel aux évêques pour l’écologie. Reporterre. Tribune — fr

Appel aux évêques pour l’écologie

"Nous, Chrétiens, nous sentons particulièrement préoccupés par les questions écologiques - effet de serre, désertification, artificialisation croissante de la nature et de la vie, dangers liés aux technologies du vivant ou du nucléaire“

Ce texte est issu de la rencontre de chrétiens réunis lors de la Fête de la Nature le 21 mai 2011

Nous, Chrétiens, nous sentons particulièrement préoccupés par les questions écologiques - effet de serre, désertification, artificialisation croissante de la nature et de la vie, dangers liés aux technologies du vivant ou du nucléaire.

Les problèmes générés par les modèles de vie et les systèmes techniques et économiques ont des conséquences sur la biodiversité, sur nos personnes, nos frères et sœurs proches ou lointains, né(e)s ou à venir et suscitent notre mobilisation. Migrations massives, développement de maladies liées à l’environnement, stress hydrique et pollution des eaux, perte de souveraineté alimentaire, mal vivre en sont autant de conséquences, dont souffrent au premier chef les plus pauvres, devant lesquels nous sommes en devoir de nous engager en pensant aux paroles énoncées par le cardinal Villot en 1971 : « Toute atteinte à la Création est un affront au Créateur. »

À ce titre, nous devons donc toutes et tous nous engager dans nos vies, dans la société ou dans nos milieux ecclésiaux et notre mobilisation est indispensable.

Nous connaissons les nombreuses prises de position des papes, allant des mots de Paul VI lors de l’ouverture de la Convention des Nations Unies de 1972 au passage sur l’écologie humaine dans l’encyclique Caritas in veritate de Benoit XVI de juillet 2009, ainsi que la déclaration « Respect de la Création » de la Commission sociale des évêques de France en 2000 qui nous a rappelé que loin d’être le maître absolu de la Création, l’homme doit en être son intendant et son gérant responsable.

Mais ces informations ne sont pas encore assez diffusées et connues. Nous observons que de nombreuses initiatives locales en France ou à l’étranger se développent, preuve que les Chrétiens sont en demande.

Nous estimons toutefois qu’en France la parole de l’Église est encore peu visible et insuffisante à la fois dans le débat de société et à l’intérieur de nos communautés.

Entendre que « Sauvegarder la Création, c’est participer au Salut. »* cela est encore trop rare dans les homélies. C’est pourquoi nous en appelons à la Conférence des Évêques dont la parole commune en novembre prochain saura apporter l’impulsion indispensable sur une série de sujets. Une prise en compte sérieuse des questions écologiques dont la gravité et l’urgence nécessitent de dépasser les simples bonnes volontés, est en effet cruciale.

Veuillez trouver ici les 15 propositions sur lesquelles nous espérons votre appui afin que les diocèses, paroisses et mouvements d’Église puissent se mettre en marche :

Célébrer avec la Terre

1. Commencer par le plus saint, c’est-à-dire des hosties et du vin de messe issus de l’agriculture biologique est un premier pas essentiel. Le corps et le sang du Christ qui apportent la vie ne peuvent plus contenir des substances dont nous savons à présent qu’elles sont susceptibles de la détruire. Soutenir par un accompagnement la conversion des communautés qui s’engageront dans cette voie est nécessaire ;

2. Inviter à célébrer La Fête Œcuménique de la Création entre le 1er septembre et le 4 octobre de chaque année, fête de saint François d’Assise, patron des écologistes. Cette fête est une proposition du Réseau chrétien européen pour l’environnement. Elle pourra donner lieu à un temps de prière, d’échange et pourra aussi être l’occasion de réactiver la tradition des « rogations », bénédiction des fruits de la Terre avec les paysans qui le souhaitent afin de donner une vision cosmique de la Création, néanmoins sans tomber dans la magie du sacré.

3. Mettre en évidence la dimension cosmologique dans la liturgie et valoriser une dimension solidaire et écologique des sacrements. Chaque eucharistie réitère un mystère dont la portée dépasse infiniment celle de l’Église pour s’étendre au cosmos car, comme le rappelle Benoît XVI dans Caritas in Veritate : « La nature est destinée à être “récapitulée”dans le Christ à la fin des temps ». L’humanité ne se sauve pas seule : souligner cette solidarité de l’Homme avec toutes les créatures dans le plan de Dieu apporterait un motif spirituel fondamental pour encourager les Chrétiens à des changements d’attitudes concrets favorisant la préservation des écosystèmes ;

Une église, un jardin

4. Encourager le développement d’espaces de jardinage partagés, grâce à la culture de « simples », plantes ornementales ou par des jardins solidaires et écologiques de production potagère et les mettre à la disposition des fidèles et des voisins du quartier. Cette pratique associative connaît un grand développement depuis une décennie en France et les terrains gérés par les paroisses pourraient y participer activement ;

5. Témoigner davantage de notre espérance en faisant de nos cimetières des espaces naturels préservés où pourra s’épanouir la vie des plantes afin de permettre un retour paisible à la Terre. Le cimetière-jardin de Reims est un bon exemple ;

Paroisses et rassemblements responsables

6. Mieux gérer les lieux ecclésiaux en tenant compte de l’effet de serre. Adapter à la taille de l’assistance l’espace consacré aux célébrations, comme c’est le cas dans la cathédrale de Saint-Étienne où, selon les besoins, les fidèles se rassemblent dans une chapelle plus petite. Adapter et diffuser le travail du groupe suisse Oeku** pour l’efficacité énergétique des églises permettrait une meilleure cohérence et de substantielles économies ;

7. Favoriser la prise en compte de pratiques écologiques lors des nombreux rassemblements en tirant parti de ce qui a été mis en oeuvre par la Communauté Vie Chrétienne lors de son congrès de Nevers en 2010 (co-voiturage, vaisselle durable, limitation des déchets, produits locaux) ou par les Scouts et guides de France lors du jamboree de juillet 2010 en Gironde (limitation de la consommation d’eau...). Une mutualisation et une professionnalisation des expériences permettraient la mise en place de labels ou de conditionnalités des soutiens. Une charte des rencontres chrétiennes pourrait être élaborée et servir d’exemple ;

8. Veiller à ce que les célébrations soient accessibles et accueillantes à tous dans leur diversité et notamment aux personnes porteuses de tout type de handicap ;

9. Promouvoir dans les lieux collectifs d’Église (maisons diocésaines, séminaires, lieux de formation de retraite spirituelle, enseignement catholique) des repas issus de l’agriculture biologique et/ou locale ;

Des outils pour réussir

10. Favoriser l’émergence de lieux chrétiens de formation spirituelle et d’initiation à l’écologie pratique ;

11. Programmer dans les Centres de formation diocésains et Facultés de théologie, des sessions de formation à l’écologie théorique (philosophie/sociologie/théologie) et d’autre part dans les centres spirituels des sessions spirituelles axées sur la théologie de la Création afin que des éléments de cette théologie puissent être repris dans le catéchisme dispensé à nos enfants, aux jeunes et aux adultes ;

12. Faciliter la mise en place d’un lieu de représentation des Chrétiens sur l’écologie ;

13. Encourager l’engagement des Chrétiens en faveur de l’environnement en appuyant des outils dédiés (par exemple site internet « Vie simple », réseaux de personnes engagées à l’exemple des « familles zero carbone », bilans carbone) ;

14. Réaliser des audits fonciers à l’échelle diocésaine en vue de proposer des terrains en AMAP (Association de Maintien de l’Agriculture Paysanne) ou en jardins solidaires d’insertion ;

15. Mettre en place des outils de découverte de la Création et de sa préservation dans les écoles.

Quant au nucléaire, malgré les difficultés et la longueur du chemin qui mènera au non-nucléaire, nous demandons que l’Église de France, devant l’absence de maîtrise des installations et du devenir des déchets à l’échelle de centaines de milliers d’années, propose une réflexion éthique susceptible d’entraîner la société vers des solutions plus saines, telle la moindre consommation d’énergie.

Nous sommes bien entendu à votre disposition pour approfondir au cours d’un entretien le contenu de l’appel ci-dessus.

Il est entendu que les signataires s’engagent à titre personnel.

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(1) Adolfe Gesché, Dieu pour penser, Ch. IV Le Cosmos (Éditions Le Cerf, 1994).

(2) Le guide Paroisses vertes - Guide écologique à l’attention des Églises, conçu par Oeku. Celle-ci est une association oecuménique reconnue par la conférence épiscopale suisse et composée de 600 paroisses. Le guide est notamment destiné à améliorer et rénover les modes de chauffage des paroisses, afin de réduire leur contribution à l’effet de serre. En effet, le chauffage représente souvent et de loin le premier poste en termes d’émissions de gaz à effet de serre et en termes de dépenses. Paroisses vertes, Guide écologique à l’attention des Églises, Kurt Aufderreggen et Oeku, (Edition Labor et fides, 29 €). Infos

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Signataires de cet appel :

Dominique Ballonet Serge Baquesano, conseiller d’entreprise - Annie Barbay, membre des réseaux Parvis, Seine maritime. - Damien de Blic, maître de conférence à l’Université Paris VIII - Colette Brillant - Anne Camelot, membre d’une fraternité franciscaine et responsable du groupe Pax Christi environnement à Belfort - Claire Castellini, documentaliste, animatrice de club Unesco en collège (Monaco) - Marie Françoise Colomb - Catherine Delestre - Martine Delwaste, Développement personnel - Alain Demairé, membre des semaines sociales de Toulouse, instructeur régional stagiaire de la Fédération de plongée, signataire de la charte de protection de l ́environnement - Annie Elain - Maurice Elain - Cécile Entremont, co-Présidente de Parvis - François Euvé s.j. - Père Gianni Fazzini, directeur du bureau des styles de vie au Patriacat de Venise et coordinateur national des Bilans de justice (Venise) - Xavier de Fontgalland, consultant - Damien Gangloff, fondateur de la Christian Organisation for Ecology (CORE) - Philippe Gastine, compositeur (Marseille) - Anne Gastine, pianiste (Marseille) - Michel Giraudeau, Ile d’Olonne - Michel Hamon, Chrétiens sans Frontières 61 (CSF 61) militant EELV - Florence Grall, photographe - Patrick Hubert (Les Teppes - 71) - Dominique Jonglez, enseignante - Monique Konté, bénévole du Ccfd-Terre Solidaire (membre de l’Équipe d’Animation Diocésaine de Paris) - Christine Kristof, journaliste et animatrice du Réseau des écosites sacrés (Marseille) - Régis Laithier - Gilbert Landais, participant d’un groupe de réflexion sur les « Biens communs » au diocèse de Rennes (Servon- sur-Vilaine -35) - Gérard Lasserre - Annie-Lou Lecuyer, Fraternité Franciscaine Séculière (Réseau Franciscain Gubbio) - Geneviève Planté-Longchamp, orthophoniste - Philippe Morand, chercheur retraité - Fabrice Morando, auteur compositeur interprète (Paris 20e) - Laura Morosini, initiatrice du Plan climat de Paris et responsable « Église et écologie » au comité de rédaction de l’Ami du 20e (Paris) - Marco Morosini, docteur en analyse environnementale, école polytechnique de Zurich (Zurich) - Sylvie-Nuria Noguer, consultante et médiatrice en développement durable (Montréal) - Annie Pech, animatrice du Réseau des écosites sacrés (Paris) - Christine Pasquier, retraitée (Les Billanges) - Sabine Petit -

Jean-Marie Pelt Diégo Pollet, avocat à la Cour (Paris) - Gabrielle Pollet, juriste en environnement - Janine Prost (Paris) - Jean-Pierre Raffin, co-fondateur et ancien responsable du DESS Espace & Milieux de l’Université Paris 7-Denis Diderot, ancien membre du Parlement européen, président d’honneur de France Nature Environnement - Bertrand Rollin, membre de l’association culturelle Boquen (membre du réseau Parvis) (Rennes) - Axelle Rotella, naturaliste - Éric Sapin, animateur socio-culturel, permanent dans une coordination nationale d’associations engagées dans le domaine du service civil/service civique et des volontariats (Évry) - Philippe Vachette, économiste, ancien chargé de mission DD à la Ville de Chambéry - Gérard Valette, Pax Christi (Colmar) - Monique Valteau, moniale

La télévision suscite la violence, le gouvernement ne fait rien Enfance-télé : Danger ? Reporterre 2011/10/08 Enfance-télé : Danger ? (8 octobre 2011) La télévision suscite la violence, le gouvernement ne fait rien. Reporterre. fr

La télévision suscite la violence, le gouvernement ne fait rien

Dans une lettre au Premier ministre François Fillon, l’association Enfance-Télé : Danger ? constate que rien n’est fait pour limiter l’exposition des enfants à la télévision, où les scènes de violence se multiplient.

"Enfance-Télé : Danger ?" tient à vous remercier ainsi que les nombreux Ministres qui ont répondu à nos courriers, mais un constat s’impose : Nos 10 REMEDES A LA MALTRAITANCE AUDIOVISUELLE et notre excellent bilan des 10 JOURS SANS ECRAN n’enclenchent aucune mise en action. Nous sommes déçus.

La télé-violence croissante qui imprègne l’esprit des enfants, de nous tous, induit une société toujours plus violente !

La situation présente convient-elle ? Pour faire écho à l’interrogation du Conseil Français des Associations des Droits de l’Enfant, les responsables politiques n’aiment-ils pas les enfants ? La Protection de l’Enfance est-elle abandonnée ?

Monsieur Fréderic Mitterrand [ministre de la Culture], questionné par ses pairs, brandit la loi du 9 septembre 1986 : « La communication est libre », loi qui a écrasé la protection de l’enfance à la télévision.

Le CSA, dont un seul sage sur neuf est responsable de la Protection de l’Enfance, rappelle ses bonnes intentions et les vertus d’une signalétique expliquée une fois par an et qui autorise de nombreuses dérives… impunies. « Nous ne voulons pas d’une télévision aseptisée », déclarait Agnès Vincent-Deray en novembre 2009, après avoir fait le constat pour La Croix d’une « augmentation substantielle et alarmante des violences à la TV » notamment Canal+, NRJ12, TMC et Virgin 17 (chaînes primées par les jeunes).

87%, soit une majorité écrasante des Français a conscience d’un « déchaînement et d’une montée en puissance de violences sur et par les enfants ». Les actualités quotidiennes sont la réplique des images révoltantes, omniprésentes sur nos écrans. (Ex : Dimanche 24 juillet, un jeune homme de 20 ans, battu à mort, est retrouvé nu à Aix-en-Provence.) Les violences télévisuelles et sur autres écrans constituent une imprégnation fusionnelle permanente, suppléant toute forme d’éducation, engendrant des « individus pas ou mal socialisés qui ne savent pas ce qui est mal ou indécent ».

Tandis que les chaînes se multiplient, s’enrichissent par le biais des images violentes, la société se désintègre : Combien en une seule année d’enfants assassinés, torturés, mutilés ? De femmes violées ? De violences physiques intra-familiales (1 million) ? D’enseignants brisés ? De suicides de policiers (600) ? De pompiers et soignants attaqués ? L’augmentation de la violence gratuite chez les filles (65%) est effrayante !

A quand une prise en compte sérieuse de nos propositions constructives et leur déclinaison en action ? La société civile réclame une réponse rapide et visible.

Un Etat de Droit peut-il supporter que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant soit ainsi piétinée par des médias surpuissants, oubliant son premier devoir : la Protection de l’Enfance ?

Nous demandons à d’autres associations de signer cet APPEL SOLENNEL, la situation l’exige !

Comment le Parti socialiste a intégré l’écologie Timothée Duverger Reporterre 2011/10/09 Timothée Duverger (9 octobre 2011) Comment le Parti socialiste a intégré l’écologie. Reporterre. Tribune — fr

Comment le Parti socialiste a intégré l’écologie

Comment - depuis l’émergence du thème écologique dans les années 1970 - le Parti socialiste s’est-il emparé de cette question, devenue un enjeu politique de premier ordre ?

Le Parti socialiste n’est pas un parti figé. Le fonds productiviste, justifié par la critique sociale qui constitue sa matrice, semble aujourd’hui en cours de transformation. Quatre motivations apparaissent à ce changement.

D’abord, la loi du champ politique : les résultats électoraux des écologistes venus mordre sur l’électorat socialiste tout en élargissant potentiellement sa base ont aiguillonné le Parti socialiste. Ainsi, par à-coups, la récupération de la question écologique s’est accentuée, notamment lors des élections, comme en 1980-1981, lorsque François Mitterrand adopte le verbe écologiste et multiplie les propositions à destination de l’électorat vert.

Malgré un léger vacillement [dans les années 1070] lors du débat sur la croissance zéro, la conversion du Parti socialiste à l’écologie n’est pas alors au rendez-vous. Il faut attendre l’émergence d’un nouveau paradigme suffisamment proche pour favoriser le glissement. Le « développement durable » joue ce rôle en 1989-1992. Ce modèle, sans remettre en question la croissance économique, implique la promotion conjointe de l’équité sociale et du respect des systèmes naturels. Après le premier mandat mitterrandien, le Parti socialiste entame sa mutation à l’aide de ce concept de développement durable, qui intègre les textes officiels du Parti socialiste dès 1991. Peu à peu, un renversement s’opère et la croissance devient même la condition de la protection de l’environnement considérée uniquement comme un coût.

Les crises sont également des catalyseurs : Tchernobyl influe sur l’imaginaire collectif et oblige à s’interroger, même si les réponses apportées ne changent guère. La crise systémique, dès 2007, exige, elle, de penser une nouvelle voie. C’est tout le sens de la convention nationale « Pour un nouveau modèle de développement » qui, tout en se conformant à la ligne du développement durable, glisse vers la notion de développement humain. L’accident de Fukushima, en 2011, conduit à revoir la position socialiste sur le nucléaire et à promettre l’organisation d’un grand débat national sur l’énergie.

Enfin, dernier aiguillon : le jeu des courants. Le courant fabiusien a, depuis 1989, un rôle déterminant dans l’évolution du discours écologique du Parti socialiste. Depuis 1990, il a occupé le secrétariat national à l’Environnement pendant quatorze ans (de 1990 à 1993, de 1997 à 2005, de 2008 à 2011) et a fourni un important effort de théorisation du développement durable à travers des concepts comme l’écodéveloppement en 1990 ou la social-écologie en 2003. C’est d’ailleurs un proche de Laurent Fabius, Géraud Guibert – qui est aussi le plus long titulaire du secrétariat national à l’Environnement (1997-2005) –, qui est, avec d’autres, à l’origine de la création du Pôle écologique, courant venu renforcer l’action d’Utopia pour penser l’alternative et donner des outils conceptuels au Parti socialiste.

Il apparaît que le Parti socialiste répond partiellement aux cinq paradigmes de l’écologie politique identifiés par Pierre Alphandéry, Pierre Bitoun et Yves Dupont dans L’Equivoque écologique (La Découverte, 1991) :

- le paradigme du développement durable est une culture globale ; - le renouveau microsocial est marqué par l’attention croissante portée à l’économie sociale et solidaire et aux PME, tandis que la revitalisation de la démocratie représentative a été engagée dès 1982 par la décentralisation ; - avec le principe de précaution, la démesure prométhéenne du progrès est abandonnée, celui-ci n’est plus considéré aveuglément ; - enfin, la notion de croissance sélective vient modérer le culte du développement illimité des forces productives. L’idée socialiste continue donc de faire son chemin, articulant toujours davantage la critique écologique à sa critique sociale originelle.

Chaque Français émet 9 t de CO2 par an, et non pas 6,7 tonnes Commissariat général au developpement durable Reporterre 2011/10/09 Commissariat général au developpement durable (9 octobre 2011) Chaque Français émet 9 t de CO2 par an, et non pas 6,7 tonnes. Reporterre. Climat fr

Chaque Français émet 9 t de CO2 par an, et non pas 6,7 tonnes

Compte tenu des produits importés par la France, et qui ont nécessité pour leur production des émissions de gaz carbonique, les émissions françaises sont plus importantes que celles seulement liées à la production sur le territoire métropolitain.

9 août 2010 - L’empreinte carbone de la demande finale française est supérieure de 33% à la quantité de CO2 émise en France, une fois pris en compte le solde des émissions liées respectivement aux importations et aux exportations.

La quantité de CO2 émise en France résulte pour 70% des activités de production ; 30% sont directement générés par les ménages (voiture et chauffage). Au cours de la période 1990-2007, le progrès technique réalisé en France a entraîné une baisse du niveau d’émissions unitaires de CO2 de la production et de la consommation.

Cependant, l’augmentation du niveau de la production et de la consommation a de façon générale compensé les effets de cette baisse. Les émissions de l’ensemble de l’industrie ont toutefois baissé de 10 % au cours de cette période.

(...)

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Extrait du document (p. 8) :

Compte tenu de la mondialisation de l’économie, il apparait nécessaire de compléter le suivi des émissions de CO2 (et plus généralement des gaz à effet de serre) tel qu’il est actuellement effectué à l’échelle des territoires nationaux, par un suivi des émissions associées à la consommation des populations concernées, pour des raisons à la fois d’efficacité et d’équité des politiques publiques de lutte contre les changements climatiques. Cela suppose alors d’estimer les émissions associées aux biens et services importés et exportés.

Les premières estimations réalisées pour l’année 2005 montrent que l’ensemble des importations de la France serait directement et indirectement responsable de l’émission de plus de 340 millions de tonnes (Mt) de CO2.

Une partie de ces émissions, environ 110 Mt, qui est associée à la production d’exportations francaises (importations ré-exportées) n’est pas imputable à la demande francaise.

Pour leur part, l’ensemble des exportations francaises serait à l’origine de 205 Mt de CO2, dont 95 Mt émises sur le territoire et 110 Mt émises à l’étranger (importations ré-exportées).

Le solde des émissions de CO2 des échanges extérieurs de la France qui en résulte est de 135 Mt ; ajoutées aux 410 Mt émises sur le territoire national (hors CO2 issu de la biomasse énergétique), on obtient un total de 545 Mt de CO2.

On passe alors de 6,7 tonnes de CO2 par personne par an sur la base des émissions en France à environ 9 tonnes de CO2 par personne sur le périmètre de la consommation francaise. Soit un accroissement de 33 % environ.

Les échanges extérieurs de la France se faisant très majoritairement avec les pays européens, en 2005, environ 70 % des CO2 attribués aux biens et services importés par la France auraient été générés dans d’autres pays européens. Environ 15 % l’auraient été en Asie (y compris le Moyen-Orient), 7 % en Amérique du Nord, 6 % en Afrique, 2 % en Amérique du Sud et moins de 1 % en Océanie. Les émissions de GES associées aux exportations de la France présentent une répartition géographique entre les pays destinataires relativement similaire.

Les Etats-Unis s’appauvrissent - euh... comptent de plus en plus de pauvres Jean Gadrey Reporterre 2011/10/10 Jean Gadrey (10 octobre 2011) Les Etats-Unis s’appauvrissent - euh... comptent de plus en plus de pauvres. Reporterre. fr

Les Etats-Unis s’appauvrissent - euh... comptent de plus en plus de pauvres

« Les Etats-Unis, dont le PIB a crû de 22% entre 2000 et 2010, a augmenté pendant cette période le nombre de pauvres de 14,6 millions, soit une hausse de 46 %. »

Les chiffres de la pauvreté en Amérique sont divers et terribles. Plus terribles encore que chez nous où ça empire depuis que notre président nouvellement élu avait promis, la main gauche sur le cœur de Martin Hirsch et la main droite signant de gros chèques pour les riches, qu’il allait réduire de 30 % le nombre de pauvres au cours de son quinquennat.

Il est toutefois un domaine où les Américains (je devrais dire « Étatsuniens ») font nettement mieux que nous en matière de pauvreté : ils sont capables de publier à la fin de l’été 2011 les chiffres de 2010. Chapeau, car chez nous il faudra attendre… l’été 2012 ! Donc après l’élection présidentielle.

Je ne vais pas faire de procès à l’Insee. J’admets que la définition de la pauvreté en France, en termes relatifs, exige plus de temps de traitement d’enquêtes que ce qu’exige la définition US. Il n’empêche : c’est d’abord une question de moyens, donc de choix politiques des gouvernants et de la direction de l’Insee nommée par ces derniers. Fin de la parenthèse et des râleries.

Venons-en aux chiffres pour les Etats-Unis. Les premiers figurent dans un rapport de septembre 2011 du Census Bureau. Pour obtenir la version courte, copiez-collez « Income, Poverty, and Health Insurance Coverage : 2010 » sur votre moteur de recherche. Pour le rapport complet, c’est ici.

Le taux de pauvreté, qui avait nettement diminué pendant les « Trente Glorieuses », connaît ensuite une alternance de hausses et de baisses. Depuis 2000, c’est la hausse, MÊME AVANT LA CRISE : 11,3 % en 2000, 12,5 % en 2007, avant la crise, 13,2 % en 2008, 14,3 % en 2009 et 15,1 % en 2010.

Comment situer le taux de 15,1 % par rapport à notre taux national de 13,5 % en 2009, vu que les définitions de la pauvreté sont différentes ?

Si l’on utilisait la définition française et européenne (le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian), quel serait le taux de pauvreté américain ? Je n’ai vu aucune étude récente permettant de le savoir pour les années 2000. On a en revanche une référence, pour les années 1980 et 1990, grâce à une remarquable étude de l’OCDE (2005) réalisée par Michael Forster et Marco Mira d’Ercole. Copiez-collez « Income Distribution and Poverty in OECD Countries in the Second Half of the 1990s » et vous la trouverez via votre moteur de recherche.

UN TAUX À 17,1 %, OU À 24 % ?

À l’époque de cette étude, on utilisait encore prioritairement le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian, et non pas le seuil à 60 % devenu quasiment officiel en Europe au cours des dernières années. Si l’on met de côté le Mexique, les Etats-Unis sont si l’on peut dire « en tête » avec un taux de pauvreté à 17,1 % en 2000. La France, dans cette étude, est à 7 %.

On trouve toutefois en annexe de la même étude des données comparatives de l’OCDE sur le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian pour 2000. La France était à 13 % et les Etats-Unis à 24 %.

UN TAUX ACTUEL À 30 % ?

Je n’ai pas trouvé de chiffres récents sur le taux de pauvreté « à 60 % », mais deux indices font penser qu’il est de l’ordre de 30 %. D’abord, selon une étude fondée sur la Luxemburg Income Study de 2004 (working paper n° 555), le taux de pauvreté « à 60 % » des enfants était alors de 32 %. Il est probablement plus élevé aujourd’hui. Ensuite, et bien que la méthode soit différente, le tableau des tranches de « déciles » de revenu des ménages pour 2008 montre que les 30 % les plus pauvres gagnaient moins de 29.680 dollars alors que le revenu médian des ménages était de 50.000 dollars. Le premier chiffre représente 60 % du second (en fait 59,4 %). Il y a donc (en 2008, mais ça n’a pas dû s’arranger depuis) un peu plus de 30 % des ménages sous les 60 % du revenu médian des ménages.

LA PROPORTION DE GENS SANS ASSURANCE-MALADIE

Dernier graphique, issu du même rapport que le premier. Il concerne la proportion d’Américains sans aucune assurance-maladie et son évolution depuis 1987. En dehors des années Clinton où ce taux diminue, il progresse presque tout le temps. D’autant que la rupture de série en 1999, liée à l’introduction d’une question supplémentaire faisant baisser le chiffre d’environ deux points, masque la hausse sur 23 ans. Si vous « raccordez » les séries, ce que les statisticiens évitent à juste titre mais que je vous engage quand même à faire, vous obtenez en 2010 autour de 18 % d’Américains dépourvus d’assurance-maladie, contre 12,9 % en 1987. La population américaine étant de 308 millions en 2010, cela fait 55,4 millions d’exclus selon la définition d’avant 1999, et 50,2 millions avec la définition actuelle.

Certains chiffres constituent des réquisitoires plus sévères que tous les discours. Ce pays, dont le PIB réel a augmenté de 22% de 2000 à 2010 (2% par an en moyenne), a « ajouté » pendant cette période +14,6 millions de pauvres (+ 46 %) au sens restrictif de la pauvreté, et +13,4 millions de personnes sans assurance-maladie (+ 37 %) !

Ajout, quelques heures après la mise en ligne, à la suite d’une question de Guillaume Duval : qu’en est-il en Europe, l’UE 27 fait-elle vraiment mieux que les États-Unis ? Réponse : OUI, et nettement mieux, mais il n’est pas difficile de faire mieux que le pire. Eurostat publie annuellement les taux de pauvreté (à 60 % du revenu médian) et pour 2009 on obtient que : - 1) l’UE27 a un taux de pauvreté de 16,3 % là où les USA flirtent avec les 30 %. La zone euro est à 15,9 % ; - 2) Le pays plus touché par la pauvreté est à 25,7 % (Lettonie), il y en a trois entre 20 et 25 % (Bulgarie, Roumanie et Lituanie) ; - 3) La France est en neuvième position (par ordre de taux de pauvreté croissants) sur 27 avec 12,9 % selon Eurostat ; - 4) Grèce, Espagne et Italie ont de très mauvais taux, de l’ordre de 18 à 20 %. Est-ce un hasard s’ils ont de lourdes dettes publiques ?

Pour la source, tapez ” Eurostat Taux de risque de pauvreté après transferts sociaux “.

La Hague toujours aussi exposée à un attentat terroriste Geoffrey Le Guilcher (Les Inrocks) Reporterre 2011/10/10 Geoffrey Le Guilcher (Les Inrocks) (10 octobre 2011) La Hague toujours aussi exposée à un attentat terroriste. Reporterre. fr

La Hague toujours aussi exposée à un attentat terroriste

A l’usine nucléaire de La Hague, un simple toit de tôle abrite dix mille tonnes de combustibles radioactifs. Une attaque terroriste pourrait provoquer un accident équivalant à six Tchernobyl. Où l’on apprend aussi que l’usine a caché pendant trente ans au gouvernement les causes du plus grave incident de son histoire.

C’est officiel depuis le 15 septembre 2011, le ministre de l’Industrie Eric Besson l’assure avec aplomb : « Le niveau de sûreté des centrales nucléaires du pays est élevé. » Après Fukushima, l’Europe a imposé à chaque pays européen de soumettre ses installations nucléaires à des « stress tests ». Areva a remis, il y a quinze jours, ses évaluations de sûreté dites « post-Fukushima » pour l’usine nucléaire de La Hague. Trois cents pages pour imaginer les « événements redoutés » ou les « agressions externes » d’origine accidentelle ou naturelle. Grand absent : le scénario terroriste.

Ce risque d’attentat, la Commission européenne voulait pourtant, en mars dernier, qu’il soit inclus dans les tests imposés aux installations nucléaires européennes. La France et l’Angleterre s’y sont opposées. La raison ? Un stress test de nos centrales sur la menace terroriste aurait mis au jour une grave vulnérabilité dont l’Etat français ne veut pas entendre parler : à côté des réacteurs nucléaires, les piscines d’eau réfrigérée dans lesquelles on entrepose le combustible nucléaire usé avant son retraitement ne bénéficient d’aucune protection solide contre les chutes d’avions ou une attaque terroriste.

Une enquête des Inrocks avait déjà pointé cette faille dans la sécurité de chaque centrale française. Preuve de ce talon d’Achille, dans les futurs réacteurs EPR, que Nicolas Sarkozy est en train de vendre en Asie, en Europe ou en Afrique, les piscines seront désormais intégrées sous une coque de béton antiaérienne.

Pour comprendre, il faut se rendre en pays normand et obtenir l’autorisation de visiter l’usine nucléaire de La Hague, dans le Cotentin. De l’extérieur, elle ressemble à un complexe pétrochimique, avec de hautes cheminées et des bâtiments couleur métal, ocre ou bleu ciel. A l’intérieur, c’est plutôt le vaisseau du capitaine Picard dans Star Trek. Une multitude d’horloges en plastique orange, de gros téléphones gris, des haut-parleurs grésillant des ordres et, partout, des dessins de consignes de sécurité semblables à de vieilles publicités éducatives.

La Hague n’est pas une centrale nucléaire. C’est une usine qui récupère le combustible usé des centrales pour en séparer les éléments radioactifs, tels le plutonium et l’uranium. Au fil du temps, se sont accumulées en son sein différentes casseroles radioactives : soixante tonnes d’oxyde de plutonium - l’élément le plus dangereux de la planète - enfouies dans le sol, divers produits de fission et surtout l’équivalent de cent huit coeurs de réacteurs nucléaires faisant trempette dans ses quatre piscines.

Du haut d’un perchoir en verre, vêtu d’une combinaison blanche intégrale et d’un masque à gaz porté à la ceinture au cas où, on domine l’immense piscine D, sorte de double bassin olympique d’un bleu fluo avec ses neuf mètres de fond, abritant, dans de multiples paniers, l’équivalent de deux mille tonnes de combustibles irradiés en train de refroidir. Cette piscine est la même que celle qui a été partiellement détruite à Fukushima, celle sur laquelle on a vu s’affairer des hélicoptères et des lances de pompiers pour empêcher qu’elle ne se vide. En vain. La piscine accolée au réacteur numéro 4 s’est mise à bouillir, son eau s’est évaporée, de l’hydrogène s’est formé, le toit a explosé et des éléments radioactifs ont commencé à se répandre. A La Hague, les combustibles entreposés sont moins « chauds » qu’à Fukushima car ils ont entre six et neuf ans, mais la plupart des éléments radioactifs qu’ils contiennent mettant des dizaines et pour certains des milliers d’années à disparaître, ils sont tout aussi dangereux en cas d’accident.

Autre différence avec les piscines nippones : dans l’eau des quatre piscines de La Hague bâties côte à côte, on compte dix mille tonnes de combustibles irradiés, soit la plus grande concentration de matière fissile au monde, le double de ce que contiennent les cinquante-huit centrales nucléaires de l’Hexagone.

Que se passerait-il si un avion se crashait sur l’une de ces piscines ? Si un terroriste posté à l’extérieur armait un lance-roquettes et tirait sur ces piscines ? Leur toit est fait de la même tôle qui protège les légumes dans des hangars. Roland Jacquet, directeur adjoint de l’usine nucléaire, nous répond qu’un tir de missile ou une chute d’avion « est hautement improbable et même impossible. - Impossible, mais pourquoi ? - Parce que les bâtiments des piscines sont entourés de bâtiments de même taille, on ne les atteint pas comme ça. » Nous reposons donc notre question au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), l’organisme d’Etat dépendant du Premier ministre responsable de la sécurité de La Hague.

« Nous ne souhaitons pas répondre à cette question, nous dit son porte-parole. - Pourquoi ? - Parce que nous ne voulons pas donner d’idées aux terroristes. »

La question terroriste est donc bel et bien envisageable pour les piscines de La Hague. Il y a dix ans, des experts ont voulu s’attaquer à l’hypothèse d’un attentat. Le 11 septembre 2001 au matin, quatre avions détournés par Al-Qaeda s’écrasent dans les tours du World Trade Center, sur l’immeuble du Pentagone et dans une forêt de Pennsylvanie. Devant leur télé, Mycle Schneider et Yves Marignac, experts dans le nucléaire pour l’organisation Wise-Paris (service mondial d’information sur l’énergie et l’environnement), pensent instantanément... aux piscines de La Hague.

Missionnés par le bureau d’aide aux choix techniques et scientifiques (STOA) du Parlement européen, ils ont rédigé un rapport sur les rejets des usines nucléaires de La Hague et de Sellafield (Grande-Bretagne). Au lendemain de l’attentat du 11 Septembre, « peut-être par réflexe d’expertise citoyenne », dit aujourd’hui Yves Marignac, ils transgressent leur clause de confidentialité et rendent publique l’une des annexes de ce rapport. Une note qui tente justement d’évaluer les conséquences d’une chute d’avion de ligne sur l’une des quatre piscines de La Hague. Verdict : 66,7 fois Tchernobyl. La plus grande catastrophe nucléaire civile de tous les temps.

Tollé au gouvernement et dans le milieu nucléaire contre Wise-Paris. Anne Lauvergeon, qui dirige alors Areva, met en doute dans Paris Match le sérieux du rapport. « Wise, organisation antinucléaire notoire, a fait un calcul de coin de table. » Les chercheurs de l’Institut de recherche et de sûreté du nucléaire (IRSN) - appui technique de l’Etat - sont mobilisés par le gouvernement pour démonter le rapport. Les experts établissent dans une note réservée à un cabinet ministériel que Wise s’est planté en dressant l’hypothèse qu’en cas de chute d’avion il serait libéré 100 % du césium 137, l’un des éléments radioactifs causant le plus de dégâts.

Selon eux, le relâchement ne dépasserait « probablement pas 10 % ». Traduction, ce type d’accident n’excéderait que six à sept fois Tchernobyl... Si le gouvernement fait tout pour discréditer Wise-Paris, en coulisse la menace est prise au sérieux. Certains ministres en ont même des sueurs froides. A cette époque, le Vert Yves Cochet est ministre de l’Environnement. Il n’a toujours pas oublié l’épisode.

« Si un avion tombe sur les piscines de La Hague, avec les vents d’ouest qui ramènent toujours tout sur l’Ile-de-France, vous comme moi nous ne serons plus là pour en parler ! De plus, à l’époque, il faut se souvenir que dix jours après les attentats américains il y a eu l’explosion de l’usine AZF dont on ne savait pas, on ne sait toujours pas d’ailleurs, l’origine exacte. Même si nous ne sommes pas militaristes, on était un peu paranos », confesse aujourd’hui le député.

Quelques semaines après le 11 Septembre, un radar et des missiles Crotale antiaériens sont donc installés aux abords de l’usine nucléaire. Six mois plus tard, les coûteux missiles sont retirés. La direction de La Hague l’assure : « Il s’agissait d’une mesure d’urgence. Désormais, un dispositif pour le long terme a été mis en place. » Lequel ? « Vous posez les bonnes questions, mais tout ce qui entoure La Hague est confidentiel, se contente de répondre le porte-parole du SGDSN. Si l’on vous répond, le niveau de sécurité pourrait en être affecté. »

« Ce n’est pourtant pas compliqué, il faut construire une cathédrale de béton autour des piscines de La Hague. Ça fait plus de vingt ans que je le dis. » L’homme qui propose cette solution a travaillé quinze ans dans ces piscines, il en a même dirigé la radioprotection. Ghislain Quetel n’a jamais compris comment un simple toit en tôle pouvait protéger l’équivalent de ce qu’il appelle « cent huit coeurs de réacteurs dormants ». Ses alertes auprès de la direction ou des élus locaux ne lui ont valu que des reproches.

Mais depuis les images de Fukushima, une personnalité de poids s’est rajoutée dans le débat. Après avoir passé cinq jours le ventre noué devant son poste de télé, Jean-Paul Martin, ancien directeur adjoint de l’usine de La Hague et membre d’une association pronucléaire, le reconnaît : Fukushima l’a « personnellement ébranlé dans ses convictions ». L’ingénieur, retraité du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), prend alors sa plume pour s’adresser au directeur de l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) et à Nicolas Sarkozy.

Selon Martin, la priorité est de déconcentrer les dix mille tonnes de combustibles entreposées dans les quatre piscines de La Hague. Le 20 mai dernier, le chef de cabinet du président de la République lui a diplomatiquement répondu être « sensible à sa démarche ».

« Ce que je crains dans un avion, ce sont les moteurs lancés à 400 km/h car ce n’est pas le bardage métallique des piscines qui va l’arrêter, poursuit l’ingénieur, qui a participé au cours de sa carrière à la conception de sept réacteurs nucléaires différents. Là, ce serait vraiment un véritable accident. De mon avis, ce serait un petit Fukushima et alors, on ne pourra pas envoyer les gens pour intervenir parce que ça va cracher (de la radioactivité) fort ! »

Sous le toit métallique de la piscine D, qui en ce vendredi 9 septembre a le mérite de nous protéger de l’épaisse brume du dehors, le directeur de la communication de l’usine tourne les talons. Avant de quitter la zone verte, couleur indiquant qu’on ne peut circuler sans nos chaussures blanches de cuisiniers et nos combinaisons, on passe un check-point. Pas de sortie définitive sans un contrôle de la radioactivité des anneaux métalliques du carnet de notes et de notre appareil photo. On passe nos mains et nos chaussures dans des machines marron beige du capitaine Picard, et c’est le retour à l’air libre.

Avant de venir ici, nous avions fait un petit tour sur le net. Sur un site antinucléaire, une phrase curieuse avait attiré notre attention. « Un accident majeur a épargné l’Europe, uniquement par hasard [à La Hague en 1980 était-il précisé]. » Son auteur, un certain Paul-Louis, affirmait l’avoir appris d’ingénieurs d’Areva devenus loquaces au cours d’une soirée bretonne un peu trop arrosée au calva. Après enquête, nous avons pu reconstituer le récit de cet incident. Et découvrir qu’à l’époque tout a été mis en oeuvre - avec succès - pour en dissimuler la cause réelle.

15 avril 1980, 8 h 35. « Tout d’un coup, toutes les lumières s’éteignent, relate Marc*, ouvrier à l’usine à cette époque. L’usine se retrouve plongée dans le noir et on voit en direct, juste en face de nous, le poste électrique qui commence à brûler. » Branle-bas de combat. Le poste de moyenne tension s’enflamme et avec lui les générateurs de secours. Plus d’électricité sur l’ensemble de l’usine. C’est « une petite panique » et l’évacuation générale. Deux ans auparavant, lors d’une réunion du Comité d’hygiène et de sécurité (CHS), le directeur de l’usine avait reconnu qu’une situation de ce type correspondait à l’accident dit « de référence ». Comprendre : le pire.

Il faut absolument trouver des générateurs de secours. Première urgence : les produits de fission très radioactifs, conservés dans des cuves. Dans quatre heures, ils commenceront à bouillir. Sans électricité, on ne les mélange plus, on ne les refroidit plus et on n’évacue plus l’hydrogène qu’ils fabriquent. C’est le risque d’explosion, puis la dispersion d’éléments hautement radioactifs, comme à Kychtym en 1957, troisième plus importante catastrophe nucléaire de l’histoire dissimulée alors par l’URSS.

Coup de chance : appelé en catastrophe, l’arsenal des sous-marins nucléaires de Cherbourg a un générateur de secours qu’il fait acheminer en une heure chrono. Cela ne suffit pas. En urgence, une entreprise métallurgique de Caen est mise à contribution. Nous ne sommes pas en période de grand froid comme en connaît souvent la presqu’île du Cotentin. Les routes ne sont pas enneigées, les générateurs arrivent avant l’heure critique.

Deux ans plus tard, la Cogema rend un rapport interne. Le document signale quelques contaminations sans importance et précise modestement : « Il a été impossible de trouver une explication complètement cohérente des causes de l’incendie. » Par hasard, nous avons pu consulter trois originaux différents de ce rapport et constater que dans chaque exemplaire, les deux mêmes pages, 19 et 20, sont manquantes. Des employés de l’usine, situés alors à différents échelons de la hiérarchie, ont accepté, sous couvert d’anonymat, de nous révéler ce qui n’a pas été écrit dans le rapport officiel de l’incident destiné à l’Etat et à ses inspecteurs de l’époque.

Le jour de l’incident, le transformateur principal était en réparation. Une fois la maintenance achevée, l’un des trois employés présents ne respecte pas la procédure de sécurité. Il rétablit le courant de l’extérieur (90.000 volts) alors que le disjoncteur n’est pas en place et que ne sont pas retirées les « pieuvres », ces gros câbles de cuivre qu’on relie à la terre quand des personnels travaillent dans l’installation. L’électricité est rétablie mais débite alors vers la terre, toujours plus, « jusqu’à créer un jet de flammes », mime un ingénieur avec ses mains, pour montrer un diamètre de la taille d’un CD. « C’est un miracle que le type ne soit pas mort sur le coup. » Tout brûle, l’usine ne maîtrise plus rien, c’est EDF qui coupe le courant vingt kilomètres en amont.

« A l’époque, c’était un secret de polichinelle dans l’usine mais rien n’a été inscrit dans le rapport d’incident. On a volontairement dissimulé une grosse connerie », s’étrangle encore un ancien employé très au fait de l’incident. Selon lui, on ne voulait pas révéler « l’obsolescence du poste électrique alimenté par des lignes haute tension montées sur des pylônes en bois, c’est pour dire... »

Mais pourquoi donc avoir couvert ainsi l’erreur d’un simple employé ? « Mais, mon bon monsieur, s’exclame un autre ancien de La Hague, le fait que l’erreur d’un seul homme puisse foutre en l’air toute l’électricité, y compris de secours, d’une installation nucléaire n’est même pas envisageable. C’est toute la hiérarchie qui saute instantanément ! L’erreur humaine n’est donc jamais apparue clairement dans aucun document. » En douce, certains responsables de l’incendie ont tout de même été mis en retraite anticipée ou blâmés. Un ancien haut cadre de l’usine suggère même que l’éviction du directeur, un an plus tard, n’est pas tout à fait étrangère à cette histoire.

« C’est fou. Ça, c’est sûr que ce n’est pas dans les rapports de nos archives. C’est énorme. » Dorothée Conte, inspectrice pour l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), est étonnée par le mensonge de ce rapport officiel que nous lui révélons. Elle dirige l’un des deux services de l’ASN qui pilotent les inspections de La Hague. Théoriquement, la Cogema, l’exploitant de l’usine de La Hague, aurait dû informer l’ASN (ou plutôt son ancêtre de l’époque, le Service central de sûreté des installations nucléaires, SCSIN) de la gravité de l’erreur humaine qui a provoqué l’incendie. Car les retours d’expériences détaillés permettent à la sûreté nucléaire de tirer les enseignements qui évitent de répéter les incidents.

« En même temps, poursuit l’inspectrice, ce n’est pas si étonnant que cette dissimulation ait été possible. A l’époque, les inspecteurs n’étaient qu’une poignée, fondue dans un gros ministère pronucléaire. Ce qui dominait, alors, c’était le secret. »

L’ASN nous assure que cet incident aurait été classé aujourd’hui « au minimum » au niveau 3 sur l’échelle internationale des événements nucléaires (l’Ines, qui compte sept niveaux et n’existait pas en 1980), soit « incident grave ». Dernière marche avant l’accident nucléaire. Au bout du compte, l’exploitant de l’usine a tiré tout seul les leçons de l’incident. Tout a été repensé. Les lignes électriques de l’alimentation principale et de secours ont été mieux séparées ; de petits générateurs électriques de secours ont été ajoutés sur chaque installation. Et on a renforcé la formation du personnel du nouveau service de distribution électrique (appelé DI/PE).

En 2010, un choix industriel vient mettre à mal une partie de cet effort. La direction de La Hague annonce la privatisation de tout le secteur DI/PE, « l’externalisation, à la rigueur on peut dire la sous-traitance », corrige Roland Jacquet, le directeur adjoint de l’usine. Les employés de La Hague distribuant l’énergie vont devoir former les employés de la société Dalkia destinés à les remplacer. Cette soixantaine d’hommes de la distribution électrique, formés sur les cendres de l’incident de 1980, sont considérés par beaucoup d’employés comme le premier rempart contre les incidents, « le sang de l’usine », métaphorisent certains.

« Quand le dimanche soir on a les mains dans le Pu (plutonium), raconte un ouvrier actuel de l’usine, un coup d’orage et toute l’usine est dans le black-out. Ça m’est déjà arrivé. Il n’y a pas que la lumière qui saute : il y a aussi la ventilation, les appareils qui contrôlent l’atmosphère et te disent si oui ou non tu peux respirer... Tout s’arrête. Toi, t’es dans le noir en scaphandre. Je peux te dire que là, ton sang quitte ton corps. Mais tu sais que, derrière, les mecs du DI/PE ils connaissent leur taf, et que dans les minutes qui viennent tu vas revoir apparaître les néons, les trucs vont se remettre en route, et ça n’a pas de prix, ça ! »

Fait rare à La Hague, des ouvriers rédigent une pétition contre la privatisation. Elle recueille 1.500 signatures (sur 3.100 employés que compte le site, en plus de quelque 2.500 sous-traitants). Les syndicats FO et CGT ouvrent une procédure et font condamner le 5 juillet 2011 la direction de La Hague devant le tribunal de grande instance de Paris. Prouvés par deux expertises différentes, « les risques psychosociaux » d’un tel changement sur une grande partie du personnel ont été jugés trop importants. La direction, qui fait appel, ne veut pas commenter une affaire en cours.

Comme le disait à la fin des années 90 Jean Syrota, pdg de la Cogema de 1988 à 1999, « le temps des pionniers est révolu ; le temps des gestionnaires est arrivé ». Symboliquement, en novembre 2010, quand Jean-Louis Borloo quitte le ministère de l’Ecologie, les compétences nucléaires de son ministère sont transférées vers Bercy, qui assure désormais l’ensemble de la tutelle. Pour diminuer les charges, pour économiser encore, Areva privatise. Cela entraînera-t-il un moindre savoir-faire ? Le 2 août, des inspecteurs de l’ASN se sont offert une visite inopinée sur un chantier de l’usine de La Hague. Leur rapport d’inspection critique « la surveillance insuffisante de la part d’Areva (...) vis-à-vis du groupement momentané d’entreprises à qui le chantier a été confié ».

Ce qu’un actuel ouvrier de l’usine nous traduit, en son langage de vieux de la vieille : « Avant, en sûreté à l’usine, on faisait ceinture et bretelles. Maintenant, on ne fait plus que ceinture. »

Les Cévennes, patrimoine de l’humanité envahi par les éoliennes Vent de Colère Reporterre 2011/10/11 Vent de Colère (11 octobre 2011) Les Cévennes, patrimoine de l’humanité envahi par les éoliennes. Reporterre. Tribune — fr

Les Cévennes, patrimoine de l’humanité envahi par les éoliennes

« ’On nous impose soudain un basculement de la civilisation sans équivalent dans notre histoire. Voici que des paysages immenses sont menacés par la domination d’éoliennes gigantesques, des engins de plus en plus haut et se voyant de plus en plus loin, de jour comme de nuit. »

Monsieur le Président de la République,

Au nom de toutes les Associations de sauvegarde du Patrimoine ainsi que des Associations affiliées à notre Fédération (771 à ce jour), nous voulons vous exprimer le bonheur et l’espoir que suscite l’inscription du Pays Causses-Cévennes au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette victoire considérable, dont Monsieur le Ministre Jean Puech a été un des principaux acteurs, dossier poursuivi par Madame Rama Yade, sous votre haute autorité, a obtenu ce succès considérable pour la transmission aux générations futures d’un patrimoine immémorial qui aurait fini par disparaître sans cette protection.

Depuis des millénaires, la présence humaine se manifestait dans nos paysages par des temples élevés aux divinités puis par la spiritualité des clochers et par une architecture en harmonie avec la nature. Or, voici qu’on nous impose soudain un basculement de la civilisation sans équivalent dans toute notre histoire. Voici que des paysages immenses sont menacés par la domination d’éoliennes gigantesques, des engins de plus en plus haut et se voyant de plus en plus loin, de jour comme de nuit.

L’indignation des habitants des quatre départements concernés, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère et du Tarn proche, est à son comble. Pour ceux-ci, la vie à côté de machines déjà installées est devenue un cauchemar. Ils connaissent mieux que quiconque la sensibilité des zones considérées comme des espaces de transition, indispensables aux équilibres des différents paysages dont la qualité indéniable et la valeur exceptionnelle ont été confirmées par ce récent classement.

Ce patrimoine est en effet menacé plus que jamais par les tentatives d’industrialisation et d’appropriation par des opérateurs et des spéculateurs sans scrupule. Leurs machines bouleversent l’avifaune et les équilibres naturels, outragent les paysages dont ils dépareillent toutes les échelles et repères.

Nous souhaitons vous alerter face à la gravité des menaces constituées par des dizaines de projets éoliens, accordés ou à l’instruction, qui pèsent aujourd’hui sur ce Pays Causses-Cévennes, dans les abords immédiats et en covisibilité.

Face à une telle catastrophe annoncée, nous vous demandons d’exercer toute votre autorité sur les ministres concernés afin qu’ils inversent les consignes aux Préfets et que cesse la dévastation de notre Pays. Nous pensons qu’ainsi sera évitée une atteinte irrémédiable à des lieux formant une part essentielle de notre Patrimoine national auxquels 74 millions de touristes du monde entier, chaque année, sont attachés.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Alain Bruguier, Au Nom de toutes les Associations

Un train de déchets nucléaires traverse la France dans le secret Réseau Sortir du Nucléaire Reporterre 2011/10/11 Réseau Sortir du Nucléaire (11 octobre 2011) Un train de déchets nucléaires traverse la France dans le secret. Reporterre. fr

Un train de déchets nucléaires traverse la France dans le secret

Un convoi de déchets nucléaires hautement radioactifs sillonnera la France et la Belgique entre le 11 et le 13 octobre, et ce dans le plus grand secret.

Entre le mardi 11 et le jeudi 13 octobre 2011, un train transportant du combustible usé néerlandais hautement radioactif devrait quitter Borssele, aux Pays-Bas. Il rejoindra le terminal ferroviaire de Valognes, dans la Manche. Il traversera une partie des Pays-Bas et de la ensuite la frontière franco-belge à Mouscron le 11 au soir, aux alentours de 23h. En France, entre le 12 et le 13 octobre, il traversera 11 départements (1) et empruntera les voies du RER grande couronne en région parisienne. Une fois arrivés au terminal de Valognes, ces déchets seront acheminés par la route à l’usine AREVA de La Hague pour y être - selon le terme employé par l’industrie - « retraités ».

Un transport à hauts risques

Hautement radioactif, le combustible usé, composé d’uranium, de plutonium et de produits de fission dégage énormément de radioactivité et de chaleur. Comme tout transport de matières radioactives, ce convoi comporte des risques en termes de sûreté et de sécurité, risques accrus par la forte radioactivité émise par le combustible usé. Que se passerait-il en cas d’accident ou de détournement ? Surtout que le trajet emprunté ne permet pas d’éviter les zones fortement urbanisées.

Le réseau belge « Nucléaire, STOP ! », le Réseau « Sortir du nucléaire » et le syndicat SUD-Rail tiennent à rappeler qu’il est vivement conseillé aux agents SNCF et au public de se tenir éloignés d’un convoi hautement radioactif stoppé en gare. Le Réseau « Sortir du nucléaire » et SUD-Rail incitent les cheminots français à exercer leur droit de retrait s’ils devaient intervenir sur ces convois. En effet, outre le risque d’accident, il existe un risque d’irradiation : les conteneurs « CASTOR » émettent des rayonnements radioactifs « Gamma » qui se propagent à plusieurs dizaines de mètres du wagon, mettant ainsi en danger les riverains, les cheminots et les forces de l’ordre qui encadrent le convoi (2).

Un transport tenu secret

Malgré ces risques, les autorités françaises ne fournissent aucune information sur ce type de transports, et taisent leur dangerosité. Il est inadmissible que certains services de l’État et les collectivités et élus locaux, qui devraient être formés et avertis de ces convois pour pouvoir réagir et mettre en œuvre un plan d’urgence en cas de problème, soient maintenus dans l’ignorance la plus totale.

En Belgique, les autorités communales sont averties qu’un transport de déchets radioactifs passera ou stationnera en gare dans leur commune ; les riverains, eux, n’ont aucune information. Ils ne sont ni au courant du passage de ces déchets, ni de l’attitude à adopter en cas d’accident.

Un transport inutile

L’industrie nucléaire produit chaque année des tonnes de déchets dont on ne sait que faire (3). Certains pays étrangers, dont les Pays-Bas, envoient le combustible usé issu de leurs centrales à l’usine AREVA de La Hague pour qu’il y soit « retraité » : l’Hexagone est ainsi régulièrement traversé par ces convois de déchets. Pourtant, loin d’être une solution, le « retraitement » des déchets engendre des risques et des transports supplémentaires. Il contamine de manière irréversible l’environnement en rejetant des effluents chimiques et radioactifs dans l’eau et l’atmosphère.

Il est de surcroît inutile : le traitement à l’usine de La Hague ne diminue pas la radioactivité des déchets, mais il augmente au contraire leur volume. Ainsi, pour une tonne de matière retraitée, environ 65 m3 de déchets sont produits. L’industrie nucléaire prévoit ensuite d’enterrer ces déchets dans des centres d’enfouissement à 500 mètres de profondeur, comme celui que l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) prévoit d’implanter dans la Meuse, ou comme celui pressenti par l’ONDRAF (Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies) dans la région de Mol en Belgique. Pourtant, ni le retraitement ni l’enfouissement ne sont des solutions ; la France et la Belgique ne peuvent plus continuer à s’enferrer dans cette impasse et à soumettre leur population à des risques insensés. Une seule solution, arrêter de produire des déchets et sortir au plus vite du nucléaire.

Le réseau belge « Nucléaire, STOP ! », le Réseau « Sortir du nucléaire » et le syndicat SUD-Rail se mobilisent pour obtenir l’arrêt de ces transports et appellent à des rassemblements tout au long du trajet.

Voici les horaires de ce transport

Pour en savoir plus

...............................

Notes :

(1) Le Nord, l’Aisne, l’Oise, la Seine-et-Marne, la Seine St Denis, le Val d’Oise, les Yvelines, l’Eure, la Seine Maritime, le Calvados et la Manche.

(2) En 1998, le laboratoire de la CRIIRAD a mesuré, à 50 mètres d’un wagon transportant du combustible irradié, un flux de radiation gamma nettement supérieur à la normale. Le débit de dose gamma neutrons était plus de 500 fois supérieur au niveau naturel, à 1 mètre du wagon. Comme l’a régulièrement rappelé la Criirad, la réglementation autorise ainsi la circulation, en des lieux accessibles au public, de wagons dont le niveau de radiation au contact peut être si importante, qu’en seulement 30 minutes de présence, un individu peut recevoir la dose maximale annuelle admissible pour le public. Voir la note CRIIRAD N°11-20 Risques liés au transport des combustibles irradiés, Valence, 8 février 2011

(3) 1 200 tonnes par an, uniquement pour la France.

Hollande, Aubry, Montebourg et le nucléaire - c’est le grand flou Greenpeace Reporterre 2011/10/11 Greenpeace (11 octobre 2011) Hollande, Aubry, Montebourg et le nucléaire - c’est le grand flou. Reporterre. Tribune — fr

Hollande, Aubry, Montebourg et le nucléaire - c’est le grand flou

Au lendemain du 1e tour de la primaire du Parti socialiste, Greenpeace revient sur les engagements des deux candidats toujours en lice, leur vision de la transition énergétique et plus spécifiquement de l’avenir du nucléaire en France, ligne de fracture entre Martine Aubry et François Hollande.

« Le premier débat télévisé a montré que la sortie du nucléaire est un sujet de désaccord dur entre les deux vainqueurs du premier tour de la primaire. Elle sera au cœur de la campagne électorale. L’opinion des français a évolué depuis l’accident de Fukushima : une majorité se prononce pour une sortie du nucléaire » rappelle Karine Gavand, chargée des questions politiques pour Greenpeace France.

François Hollande : l’attentisme ou le choix du non-choix

François Hollande entretient le flou sur son scénario de transition énergétique, tout en prétendant à force de chiffres et de pourcentages être le plus précis. Le candidat socialiste veut que la France fasse les mêmes efforts que son voisin allemand en réduisant la part du nucléaire français de 75% à 50% du mix électrique d’ici à 2025. Mais un pourcentage sans dénominateur ne veut rien dire. Personne ne peut dire à quoi correspondrait cet effort, notamment combien de réacteurs devraient être fermés.

« L’objectif de 50% et l’échéance de 2025 sont des slogans imprécis qui masquent un manque de vision et de volonté de changement pour le secteur énergétique français » explique Karine Gavand.

Dans l’hypothèse d’une consommation stable, un tel scénario impliquerait la prolongation de la durée de vie de 15 réacteurs, ou la construction de 10 nouveaux EPR. Ce sont jusqu’à 100 milliards d’euros de moins pour développer l’efficacité énergétique, les renouvelables et autant de risques nucléaires qui pourraient être évités. Il est à noter que ce scénario du candidat François Hollande est également à l’étude dans la Commission Energies 2050 du Ministre UMP de l’industrie Eric Besson.

« Il est temps d’engager un pays, ses industries, sa recherche, sur une trajectoire claire. La transition énergétique, et donc la sortie du nucléaire, doivent être amorcées dès 2012. La vieillesse de nos centrales, l’épuisement des ressources en pétrole, la crise climatique nous placent à la croisée des chemins » poursuit Karine Gavand.

Martine Aubry : engagée pour une sortie indéterminée

Martine Aubry, engagée sur le principe d’une sortie du nucléaire, devient de plus en plus énigmatique sur la date de cette sortie. Si elle avait affirmé en mars dernier qu’il était possible de sortir du nucléaire en 20 à 30 ans, il n’en est plus rien aujourd’hui.

« Martine Aubry dit vouloir voir naître la génération de l’après-nucléaire. Une ambition aussi floue pourrait nous amener à une sortie du nucléaire dans 70 ans ! », rajoute Karine Gavand Ce rétropédalage de la candidate socialiste s’explique certainement par son refus de se positionner clairement sur l’avenir du chantier de Flamanville.

« Martine Aubry doit choisir. Soit elle veut sortir du nucléaire, soit elle veut mettre en service l’EPR de Flamanville »

Arnaud Montebourg : le flou artistique

Arnaud Montebourg, le potentiel « faiseur de roi », est celui qui défend le concept le plus flou sur le nucléaire, une énergie "dépassable" selon lui. S’il évoque la nécessité de nous défaire de notre toxicomanie énergétique, il ne parle que d’une réduction de la part du nucléaire entre 2012 et 2017, sans fixer aucun objectif chiffré, ni proposer aucune vision au-delà de 2017.

Les candidats encore en lice devraient avant tout écouter les sympathisants du PS, à 86% favorables à une sortie du nucléaire (sondage Ifop pour le JDD, juin 2011).

La réalité des positions et engagements sur le nucléaire, notre dépendance au pétrole et les alternatives, le stress test des candidats : http://greenpeace.fr/2012

Toulouse s’attaque à ses dernières fermes péri-urbaines Fabienne Lauffer-Neff et Annie Weidknnet Reporterre 2011/10/11 Fabienne Lauffer-Neff et Annie Weidknnet (11 octobre 2011) Toulouse s’attaque à ses dernières fermes péri-urbaines. Reporterre. fr

Toulouse s’attaque à ses dernières fermes péri-urbaines

Sous prétexte de lutter contre le mitage urbain, Toulouse veut faire disparaître une ferme bio en AMAP !

Pétition mise en ligne le 20/09/2011

Elle sera envoyée à : Monsieur le Président de la Communauté urbaine du Grand Toulouse, 6 rue René Leduc BP 358821 31505 Toulouse Cedex 5. Elle prendra fin le : 31/12/2011

Pour sauvegarder les dernières fermes maraichères périurbaines de Toulouse, en particulier à Saint Jory (31) où le projet de révision du Plan Local d’Urbanisme place en zone urbanisable et industrielle et commerciale les parcelles agricoles d’une ferme en AMAP et en pleine activité nourricière.

L’encre des bonnes résolutions en matière de sauvegarde des terres agricoles du Grand Toulouse n’est pas sèche, que nous apprenons que le le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de St-Jory en cours de révision prévoit de classer désormais pour moitié en urbanisable et pour moitié en industriel et commercial, les parcelles d’une des rares fermes en AMAP de la communauté urbaine et la plus proche de ceux qu’elle nourrit... avec deux AMAP à Tournefeuille, une à Toulouse, une à Saint Jory, une ferme avec quatre emplois annuels plein temps dont deux créés depuis le passage en AMAP.

Et cela au prétexte de la lutte contre le « mitage » du territoire, dont on savait jusque là qu’était responsable l’urbanisation et non la survivance de quelques fermes ! renversement « renversant » !

La zone urbanisable projetée sera de l’habitat diffus, en contradiction avec les engagements de limiter la consommation de sols agricoles. La partie zone d’activité ne répond à aucune nécessité, alors que la commune a acheté dix hectares de sols de remblais en continuité des zones industrielles d’Euronor, reliées à l’autoroute et dont elle ne fait rien. Sans compter les friches industrielles qui parsèment la zone..

Et qu’on ne nous dise pas que ce sont les paysans qui demandent le passage de leurs terres en zone urbanisable, en prévision de la scandaleuse maigreur de leurs retraites.

Tout faux, ils s’accrochent les bougres, pour rester en zone agricole. Ils s’obstinent à vouloir transmettre à leurs enfants (ou à d’autres) une exploitation pérenne, et les terres fertiles amoureusement bonifiées par des générations de leurs ancêtres. Ils luttent pour nourrir leurs concitoyens, pour que les paysans nourriciers ne soient pas contraints de fuir sur des terres de moindre qualité, loin des mangeurs. Les ingrats, dire que leur est offerte là l’opportunité d’un métier plus moderne, conduire des camions de légumes d’Espagne par exemple. Et la possibilité d’un jackpot financier en réalisant la plus-value engendrée par la conversion des terres agricoles en terrains à construire. Vraiment pas de leur temps, ces paysans, on vous le dit...

Tout faux aussi, car ils nourrissent 300 familles, 300 familles qui veulent que les générations qui vont les suivre, leurs enfants et ceux des autres puissent manger des produits locaux de qualité à leur tour. Et qui ont le soutien de beaucoup d’autres.

Et cette ferme qui pratique une agriculture agro-écologique, sans produits chimiques de synthèse, est un havre de biodiversité cultivée, un lieu de rencontre, de solidarité et de convivialité. Bref, un élément emblématique (comme les fermes en AMAP) de ce Développement Durable et de cette Économie Solidaire dont on nous parle sans cesse. Cette ferme devrait au contraire devenir un élément autour duquel se reconstitue une zone maraichère exemplaire, au service de la population, au plus près de ceux qui en ont besoin.

Alors, Mesdames et Messieurs NOS élus, un peu de cohérence et arrêtons le massacre.

Arrêtons de considérer les paysans en zone péri-urbaine comme une nuisance, surtout quand on y maintient des usines SEVESO.

Ne nous contentons pas de zones agricoles préservées ou protégées plus ou moins limitées aux zones inondables, ce qui ne mange pas de pain mais ne trompe personne. Commençons par garder précieusement les quelques dernières fermes de la zone nourricière de Toulouse, pour nous nourrir aujourd’hui. Elles sont des conservatoires de connaissances agronomiques, de semences, elles préservent ces inestimables sols fertiles non renouvelables, et surtout sont indispensables pour reconstruire, d’urgence, au moins un peu de la sécurité alimentaire que la crise climatique et énergétique en cours exigent de façon urgente.

Le dernier recensement agricole, relève encore une perte de 20% d’exploitations agricoles dans notre région en 10 ans, et de 10.000 emplois. Quand les derniers des mohicans auront disparu, il ne servira alors plus à rien de le déplorer, de dire je ne savais pas.

Martine Aubry répond aux 4 questions d’Attac pour 2012 Attac France Reporterre 2011/10/12 Attac France (12 octobre 2011) Martine Aubry répond aux 4 questions d’Attac pour 2012. Reporterre. fr

Martine Aubry répond aux 4 questions d’Attac pour 2012

« Nous accueillons favorablement les propositions de séparation des activités bancaires de dépôt et d’investissement, l’interdiction du secret bancaire et des produits financiers les plus dangereux. »

Attac a envoyé le 21 septembre dernier une liste de quatre questions aux candidats actuellement déclarés à l’élection présidentielle.

Au moment où des marchés financiers livrés à eux-mêmes menacent les fondements de la construction européenne et de nos sociétés, ces questions revêtent une importance décisive pour nos concitoyens. Elles concernent la régulation financière, le financement des urgences sociales et écologiques, les banques et la dette publique.

Les réponses de Martine Aubry sont les premières à nous parvenir, et nous les publions aujourd’hui conformément à l’engagement que nous avons pris en les sollicitant de les publier dès réception.

Les réponses de Martine Aubry appellent de notre part les commentaires suivants.

1. Régulation financière

Martine Aubry propose une taxe européenne sur les transactions financières de 0,05% pour financer deux priorités : « le financement de l’aide au pays en développement et leur adaptation au réchauffement climatique, la réduction des déficits des Etats membres ». Nous rappelons que la demande ancienne d’Attac est d’une taxe au taux de 0,1% (repris par la Commission européenne dans son projet de directive) pour le financement des biens publics mondiaux, parmi lesquels l’accès aux droits de base pour tous et la lutte contre le réchauffement climatique.

Par ailleurs, nous accueillons favorablement les propositions de séparation des activités bancaires de dépôt et d’investissement, l’interdiction du secret bancaire et des produits financiers les plus dangereux.

Nous regrettons cependant que Mme Aubry ne reprenne pas nos propositions sur les contrôles de la circulation des capitaux et le retrait de l’agrément aux banques qui spéculent dans les paradis fiscaux.

2. Financement des urgences sociales et écologiques

Martine Aubry propose la création d’une agence européenne de la dette. Nous remarquons avec satisfaction que cette agence emprunterait directement auprès des ménages européens, mais nous souhaiterions confirmation du fait qu’elle ne solliciterait pas les marchés financiers (banques et autres investisseurs institutionnels). Il nous semble en effet vital d’en finir avec la dépendance des États européens vis-à-vis de ces acteurs financiers.

Nous nous félicitons de la proposition d’un changement de statut de la BCE, qui « aurait la possibilité de financer directement les États » et verrait ses objectifs élargis à « la croissance, l’emploi et la conversion écologique de notre modèle productif », même si nous avons des doutes sur la compatibilité durable entre croissance et conversion écologique. Nous rappelons que ces mesures supposent une réforme fondamentale du traité de Lisbonne.

3. Les banques

Martine Aubry propose, en cas de besoin (qui nous semble inévitable), une stratégie de recapitalisation des banques « conditionnée à l’inscription des actifs toxiques à leur valeur de marché dans les bilans », de façon à limiter le coût de l’intervention. L’entrée de l’État au capital doit selon elle « servir à contrôler effectivement la stratégie des banques », ce qui est positif, mais elle ne se prononce pas sur notre proposition de nationalisation intégrale du capital, ni sur la durée de l’intervention publique, laissant ainsi la porte ouverte à de futures reprivatisations. Elle ne reprend pas notre proposition d’instaurer un contrôle démocratique sur les banques par l’entrée dans leurs conseils d’administration de représentants des salariés, usagers, collectivités locales et associations.

4. La dette

Martine Aubry déclare vouloir mettre en œuvre un grand audit des finances publiques, « auquel les experts indépendants et membres de la société civile seront associés ». Elle ne répond pas à la question sur le sort que les services de l’État réserveront aux demandes de la société civile concernant les origines de la dette publique et la répartition actuelle des titres entre catégories d’acteurs économiques. Elle ne reprend pas notre proposition de s’appuyer sur un audit de la dette publique pour examiner les modalités d’une restructuration.

Protectionnisme Hervé Kempf Reporterre 2011/10/12 Hervé Kempf (12 octobre 2011) Protectionnisme. Reporterre. Tribune — fr

Protectionnisme

« Un protectionnisme écologique est souhaitable. Mais il doit être clair que l’effet bénéfique en emplois locaux aura pour contrepartie une moindre disposition des produits manufacturés à bas coûts, donc une baisse de la consommation matérielle collective. »

Dans les années 1960, quand Rachel Carson ou Jean Dorst attirèrent les premiers l’attention sur la destruction accélérée de l’environnement, on commença à parler de « protection de la nature ». Les écologistes sont effectivement des protecteurs de la nature, c’est-à-dire d’un état de la biosphère qui permette à l’humanité une vie digne et pacifique.

Ces temps-ci, le protectionnisme économique revient en force, comme en témoigne le succès d’Arnaud Montebourg et de sa « démondialisation » à la primaire socialiste, ou le nouveau livre de François Ruffin, Leur grande trouille (Les liens qui libèrent, 240 p., 18 euros), qui plaide avec force pour des taxes aux frontières. Si ce sont des raisons sociales qui animent ce courant d’idées, il trouve de fortes résonances du côté de l’écologie politique, qui promeut depuis des années la « relocalisation » des activités et critique les effets néfastes sur l’environnement du développement du commerce mondial.

Le point de jonction entre les deux approches se trouve dans les normes environnementales. La légitimité de freiner l’importation de produits dont la fabrication génère un impact environnemental trop élevé est peu contestable. Mais les rapports de forces entre grands blocs économiques, d’une part, et l’idéologie libre-échangiste, d’autre part, empêchent le progrès concret du protectionnisme environnemental. On peut penser que l’évolution politique de l’Europe fera avancer le débat. D’autant que l’Union européenne peut arguer de sa modération relative en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de ses efforts pour « verdir » son économie. Le projet d’une taxe énergie européenne aux frontières pourrait ainsi être un élément de la présidentielle française.

Cependant, comme le commerce, l’idée doit être analysée dans les deux sens. Si les Européens émettent relativement peu de gaz à effet de serre, c’est parce qu’ils ont délocalisé une partie de leur industrie. Par exemple, chaque Français n’émet pas 6,7 tonnes de gaz carbonique, comme le dit la statistique officielle, mais 9 tonnes, comme l’a calculé l’Insee en tenant compte des produits importés. Un protectionnisme écologique est souhaitable. Mais il doit être clair que l’effet bénéfique en emplois locaux aura pour contrepartie une moindre disposition des produits manufacturés à bas coûts, donc une baisse de la consommation matérielle collective.

Naomi Klein aux indignés de Wall Street Naomi Klein Reporterre 2011/10/13 Naomi Klein (13 octobre 2011) Naomi Klein aux indignés de Wall Street. Reporterre. Tribune — fr

Naomi Klein aux indignés de Wall Street

« Cette fois, nous devons réussir. Et je ne parle pas de réguler les banques et d’augmenter les taxes pour les riches, même si c’est important. Je parle de changer les valeurs sous-jacentes qui régissent notre société. Il est difficile de résumer cela en une seule revendication, compréhensible par les médias. Et il est difficile également de déterminer comment le faire. Mais le fait que ce soit difficile ne le rend pas moins urgent. »

Naomi Klein, journaliste canadienne et auteur de La Stratégie du choc, était invitée à s’exprimer par le mouvement Occupy Wall Street, à New York.

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J’ai été honorée d’être invitée à parler [le 29 septembre] devant les manifestants d’Occupons Wall Street. La sonorisation ayant été (honteusement) interdite, tout ce que je disais devait être répété par des centaines de personnes, pour que tous entendent (un système de « microphone humain »). Ce que j’ai dit sur la place de la Liberté a donc été très court. Voici la version longue de ce discours [publiée initialement en anglais dans Occupy Wall Street Journal].

Je vous aime.

Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.

Hier, un des orateurs du rassemblement syndical a déclaré : « Nous nous sommes trouvés. » Ce sentiment saisit bien la beauté de ce qui se crée ici. Un espace largement ouvert – et une idée si grande qu’elle ne peut être contenue dans aucun endroit – pour tous ceux qui veulent un monde meilleur. Nous en sommes tellement reconnaissants.

S’il y a une chose que je sais, c’est que les 1 % [les plus riches] aiment les crises. Quand les gens sont paniqués et désespérés, que personne ne semble savoir ce qu’il faut faire, c’est le moment idéal pour eux pour faire passer leur liste de vœux, avec leurs politiques pro-entreprises : privatiser l’éducation et la Sécurité sociale, mettre en pièces les services publics, se débarrasser des dernières mesures contraignantes pour les entreprises. Au cœur de la crise, c’est ce qui se passe partout dans le monde.

Et une seule chose peut bloquer cette stratégie. Une grande chose heureusement : les 99 %. Ces 99 % qui descendent dans les rues, de Madison à Madrid, en disant : « Non, nous ne paierons pas pour votre crise. »

Ce slogan est né en Italie en 2008. Il a ricoché en Grèce, en France, en Irlande, pour finalement faire son chemin jusqu’à l’endroit même où la crise a commencé.

« Pourquoi protestent-ils ? » demandent à la télévision les experts déroutés. Pendant ce temps, le reste du monde demande : « Pourquoi avez-vous mis autant de temps ? », « On se demandait quand vous alliez vous manifester ». Et la plupart disent : « Bienvenus ! »

Beaucoup de gens ont établi un parallèle entre Occupy Wall Street et les manifestations « antimondialisation » qui avaient attiré l’attention à Seattle en 1999. C’était la dernière fois qu’un mouvement mondial, dirigé par des jeunes, décentralisé, menait une action visant directement le pouvoir des entreprises. Et je suis fière d’avoir participé à ce que nous appelions alors « le mouvement des mouvements ».

Mais il y a aussi de grandes différences. Nous avions notamment choisi pour cibles des sommets internationaux : l’Organisation mondiale du commerce, le FMI, le G8. Ces sommets sont par nature éphémères, ils ne durent qu’une semaine. Ce qui nous rendait nous aussi éphémères. On apparaissait, on faisait la une des journaux, et puis on disparaissait. Et dans la frénésie d’hyperpatriotisme et de militarisme qui a suivi l’attaque du 11 Septembre, il a été facile de nous balayer complètement, au moins en Amérique du Nord.

Occupy Wall Street, au contraire, s’est choisi une cible fixe. Vous n’avez fixé aucune date limite à votre présence ici. Cela est sage. C’est seulement en restant sur place que des racines peuvent pousser. C’est crucial. C’est un fait de l’ère de l’information : beaucoup trop de mouvements apparaissent comme de belles fleurs et meurent rapidement. Parce qu’ils n’ont pas de racines. Et qu’ils n’ont pas de plan à long terme sur comment se maintenir. Quand les tempêtes arrivent, ils sont emportés.

Être un mouvement horizontal et profondément démocratique est formidable. Et ces principes sont compatibles avec le dur labeur de construction de structures et d’institutions suffisamment robustes pour traverser les tempêtes à venir. Je crois vraiment que c’est ce qui va se passer ici.

Autre chose que ce mouvement fait bien : vous vous êtes engagés à être non-violents. Vous avez refusé de donner aux médias ces images de fenêtres cassées ou de batailles de rue qu’ils attendent si désespérément. Et cette prodigieuse discipline de votre côté implique que c’est la brutalité scandaleuse et injustifiée de la police que l’histoire retiendra. Une brutalité que nous n’avons pas constatée la nuit dernière seulement. Pendant ce temps, le soutien au mouvement grandit de plus en plus. Plus de sagesse.

Mais la principale différence, c’est qu’en 1999 nous prenions le capitalisme au sommet d’un boom économique frénétique. Le chômage était bas, les portefeuilles d’actions enflaient. Les médias étaient fascinés par l’argent facile. À l’époque, on parlait de start-up, pas de fermetures d’entreprises.

Nous avons montré que la dérégulation derrière ce délire a eu un coût. Elle a été préjudiciable aux normes du travail. Elle a été préjudiciable aux normes environnementales. Les entreprises devenaient plus puissantes que les gouvernements, ce qui a été dommageable pour nos démocraties. Mais, pour être honnête avec vous, pendant ces temps de prospérité, attaquer un système économique fondé sur la cupidité a été difficile à faire admettre, au moins dans les pays riches.

Dix ans plus tard, il semble qu’il n’y ait plus de pays riches. Juste un tas de gens riches. Des gens qui se sont enrichis en pillant les biens publics et en épuisant les ressources naturelles dans le monde.

Le fait est qu’aujourd’hui chacun peut voir que le système est profondément injuste et hors de contrôle. La cupidité effrénée a saccagé l’économie mondiale. Et elle saccage aussi la Terre. Nous pillons nos océans, polluons notre eau avec la fracturation hydraulique et le forage en eaux profondes, nous nous tournons vers les sources d’énergie les plus sales de la planète, comme les sables bitumineux en Alberta. Et l’atmosphère ne peut absorber la quantité de carbone que nous émettons, créant un dangereux réchauffement. La nouvelle norme, ce sont les catastrophes en série. Économiques et écologiques.

Tels sont les faits sur le terrain. Ils sont si flagrants, si évidents, qu’il est beaucoup plus facile qu’en 1999 de toucher les gens, et de construire un mouvement rapidement.

Nous savons tous, ou du moins nous sentons, que le monde est à l’envers : nous agissons comme s’il n’y avait pas de limites à ce qui, en réalité, n’est pas renouvelable – les combustibles fossiles et l’espace atmosphérique pour absorber leurs émissions. Et nous agissons comme s’il y avait des limites strictes et inflexibles à ce qui, en réalité, est abondant – les ressources financières pour construire la société dont nous avons besoin.

La tâche de notre époque est de renverser cette situation et de contester cette pénurie artificielle. D’insister sur le fait que nous pouvons nous permettre de construire une société décente et ouverte, tout en respectant les limites réelles de la Terre.

Le changement climatique signifie que nous devons le faire avant une date butoir. Cette fois, notre mouvement ne peut se laisser distraire, diviser, épuiser ou emporter par les événements. Cette fois, nous devons réussir. Et je ne parle pas de réguler les banques et d’augmenter les taxes pour les riches, même si c’est important.

Je parle de changer les valeurs sous-jacentes qui régissent notre société. Il est difficile de résumer cela en une seule revendication, compréhensible par les médias. Et il est difficile également de déterminer comment le faire. Mais le fait que ce soit difficile ne le rend pas moins urgent.

C’est ce qui se passe sur cette place, il me semble. Dans la façon dont vous vous nourrissez ou vous réchauffez les uns les autres, partageant librement les informations et fournissant des soins de santé, des cours de méditation et des formations à « l’empowerment ». La pancarte que je préfère ici, c’est : « Je me soucie de vous ». Dans une culture qui forme les gens à éviter le regard de l’autre et à dire : « Laissez-les mourir », c’est une déclaration profondément radicale.

Quelques réflexions finales. Dans cette grande lutte, voici quelques choses qui ne comptent pas :

Comment nous nous habillons, Que nous serrions nos poings ou faisions des signes de paix, Que l’on puisse faire tenir nos rêves d’un monde meilleur dans une phrase-choc pour les médias.

Et voici quelques petites choses qui comptent vraiment : Notre courage, Notre sens moral, Comment nous nous traitons les uns les autres.

Nous avons mené un combat contre les forces économiques et politiques les plus puissantes de la planète. C’est effrayant. Et tandis que ce mouvement grandit sans cesse, cela deviendra plus effrayant encore. Soyez toujours conscients qu’il y a aura la tentation de se tourner vers des cibles plus petites – comme, disons, la personne assise à côté de vous pendant ce rassemblement. Après tout, c’est une bataille qui est plus facile à gagner.

Ne cédons pas à la tentation. Je ne dis pas de ne pas vous faire mutuellement des reproches. Mais cette fois, traitons-nous les uns les autres comme si on prévoyait de travailler ensemble, côte à côte dans les batailles, pour de nombreuses années à venir. Parce que la tâche qui nous attend n’en demandera pas moins.

Considérons ce beau mouvement comme s’il était la chose la plus importante au monde. Parce qu’il l’est. Vraiment.

En Nouvelle-Zélande, une marée de conteneurs Robin des bois Reporterre 2011/10/13 Robin des bois (13 octobre 2011) En Nouvelle-Zélande, une marée de conteneurs. Reporterre. fr

En Nouvelle-Zélande, une marée de conteneurs

L’accident maritime en Nouvelle-Zélande révèle un nouveau type de pollution hors de contrôle : les « marées de conteneurs ».

L’échouement du Rena le 5 octobre et l’incapacité de l’armateur et des services maritimes néo-zélandais à dégager le navire, à colmater les fuites de fuel et à éviter les pertes de conteneurs préfigurent la grande catastrophe à venir dans le trafic maritime de marchandises conteneurisées.

En 1980, les plus gros porte-conteneurs transportaient 2.000 conteneurs ; en 1991 le record était de 4.400 ; en 2003 de 8.800 ; en 2007 de 14.500 conteneurs.

A partir de 2013, des porte-conteneurs de la compagnie danoise Maersk pourront transporter 18.000 conteneurs. Ils seront servis par un équipage « normal » de 19 marins pouvant être réduit à 13. Ils mesureront 400 mètres de long, 59 mètres de large et les piles de conteneurs culmineront à 73 mètres de hauteur. Ils emporteront 15.000 à 20.000 tonnes de fuel de soute. Le chiffre exact reste confidentiel. Les assureurs, les sauveteurs, les acteurs portuaires, les experts maritimes et des ONG environnementales s’inquiètent de la course sans fin au gigantisme des porte-conteneurs.

Déjà, le petit monde des porte-conteneurs s’est signalé par plusieurs accidents majeurs :

En novembre 1997, le MSC Carla s’est brisé en deux au large des Açores ; en novembre 1997 encore, le MSC Rosa M a été sauvé d’extrême justesse dans le port de Cherbourg après une avarie en baie de Seine. En 2006, le Rokia Delmas s’échoue sur la côte sud de l’île de Ré. En janvier 2007 c’est au tour du MSC Napoli d’être en grande difficulté dans la Manche avant d’être échoué dans la baie de Lyme en Grande-Bretagne.

Les incendies qui se propagent de conteneur en conteneur et dégagent pendant plusieurs jours des fumées et des suies toxiques sont très difficiles à maîtriser même avec des aides extérieures. Les cas du Hanjin Pennsylvania dans l’océan Indien en novembre 2002, du Hyundai Fortune dans le Golfe d’Aden en mars 2006 et du Charlotte Maersk dans le détroit de Malacca en juillet 2010 en témoignent.

Les pertes de conteneurs sont fréquentes pendant les tempêtes : le Perintis perd en mars 1989 des conteneurs d’insecticides dans la Manche, le Sherbro perd 88 conteneurs en décembre 1993 au large de Cherbourg, le Lykes Liberator perd 60 conteneurs en février 2002 au large de la Bretagne. En février 2006, le CMA-CGM Verdi perd 85 conteneurs au large du Cap Finisterre, le Nedlloyd Mondriaan 58 conteneurs en mer du Nord et l’Otello 48 conteneurs dans le Golfe de Gascogne.

A l’échelle des plus grands, l’échouage du Rena sur les récifs de l’Astrolabe (1) avec ses 1.351 conteneurs déclarés par l’armateur et ses 1.700 tonnes de fuel est un amuse-gueule. Il n’empêche qu’ajoutées aux dommages de la marée noire, la dérive et la dislocation des conteneurs perdus vont poser des problèmes pour la sécurité de la navigation et disperser en mer des milliers de déchets nuisibles pour la faune marine. L’extraction des conteneurs dans les cales du navire, le démantèlement et le bilan final des pollutions et des nuisances vont prendre des années. En Australie, à l’approche du port de Cairns, le porte-conteneurs Bunga Teratai Segu s’est échoué sur un récif corallien en novembre 2000 ; tous les polluants ont été pris en compte y compris les particules de peintures au tributylétain qui ont été arrachées pendant l’échouement. Un suivi environnemental de 10 ans a été prescrit par le gouvernement australien.

Il est urgent que l’Organisation Maritime Internationale et toutes les autres parties prenantes imposent de nouvelles règles et de nouvelles précautions aux constructeurs, aux armateurs et aux équipages des porte-conteneurs.

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Note :

(1) Les récifs de l’Astrolabe ont été ainsi baptisés après que le navire de Dumont d’Urville, découvreur français de l’Antarctique, ait failli s’y échouer en 1827.

Sources : CEDRE et archives Robin des Bois.

Lettre des Indignés au Parlement européen Par Julien villalard Reporterre 2011/10/15 Par Julien villalard (15 octobre 2011) Lettre des Indignés au Parlement européen. Reporterre. Tribune — fr

Lettre des Indignés au Parlement européen

Nous sommes venus ici pour communiquer les raisons pour lesquelles, dans l’immédiat, nous rejetons votre invitation à débattre nos propositions devant les parlementaires.

Nous pensons que notre débat n’a pas sa place dans ce parlement.

Nous croyons qu’il faut amener le débat sur toutes les places, où les gens puissent venir et participer de manière horizontale en appliquant la méthodologie assembléaire.

Nous nous référons à cette nouvelle philosophie qui se propage à travers les espaces publics des villes du Monde. Nous sommes en train de faciliter et de perfectionner le débat. Nous voulons le porter dans toute l’’Europe, pour la construire ensemble, avec clairement l’objectif qu’elle puisse appartenir aux personnes.

La société tout entière doit être capable de participer à un nouveau processus de dialogue politique entre les citoyens et ceux qui prennent les décisions pour elle.

Tout au long des marches vers Madrid en juillet et vers Bruxelles depuis Août, nous les indignés avons recueilli les plaintes et les propositions dans les villages et les villes par lesquels nous sommes passés.

Les voix auparavant oublíées ont trouvé un écho dans nos assemblées. Mais le voyage ne fait que commencer. Ensemble nous devons réfléchir au système politique actuel, qui ne défend pas les individus mais les corporations.

Nous vous remercions pour votre offre, mais si vous souhaitez nous connaître et débattre avec nous de nos propositions, vous êtes invités au même titre que n’importe quel citoyen, à participer aux assemblées et activités qui vont se dérouler.

Pour commencer nous vous invitons à vous joindre à l’assemblée qui a lieu en ce moment aux portes du Parlement, dans le cadre de l’Agora Bruxelles 2011.

Tous ensembles, nous pouvons travailler à une Europe plus unie et construire un nouveau monde, plus humain..

Le 15 octobre, journée mondiale des Indignés Démocratie réelle, maintenant ! Reporterre 2011/10/15 Démocratie réelle, maintenant ! (15 octobre 2011) Le 15 octobre, journée mondiale des Indignés. Reporterre. fr

Le 15 octobre, journée mondiale des Indignés

Le 15 octobre (« 15O ») c’est la journée mondiale de mobilisation des indignés (662 villes mobilisées, dans 79 pays). A Paris :

14h : Rassemblements et assemblées populaires locales gare de Lyon Châtelet-Halles gare d’Austerlitz gare du Nord gare Saint-Lazare Belleville

Les rassemblements décentralisés ont pour objectif de diffuser le plus largement possible notre message et la façon dont nous fonctionnons (assemblées populaires), notamment aux noeuds de communication (gares). La dispersion est voulue : non pas s’imposer par une manifestation, mais être présent-e-s dans le plus grand nombre de lieux possibles. Aussi les autres actions locales sont les bienvenues. Ces rassemblements s’inscrivent aussi dans une volonté à terme d’ancrage local du mouvement dans les quartiers.

La batucada et la fanfare accompagneront la marche de Belleville à l’Hôtel de Ville. La convergence à partir des autres lieux pourra prendre des formes différentes selon la situation et le souhait des personnes aux rendez-vous (chants et diffusion de tracts dans le métro, dans les rues...).

17h : Convergence sur le parvis de l’Hôtel de Ville pour une AG connectée aux AG de Barcelone, New York, Madrid, Bruxelles etc. Echanges sur nos réalités et comment agir ensemble du local au mondial.

20h : FAÎTES DE LA LIBERTE ! Musique, fanfare et batucadas devant l’Hôtel de Ville

La manifestation, et l’assemblée, ce sont l’oeuvre de tou-te-s, avec les contributions de chacun. A chacun de prendre la parole, de s’exprimer, d’apporter un carton, une banderole, des craies (pour écrire par terre), des bombes à peinture et des marqueurs pour les banderoles, de la peinture pour se maquiller, des brassards jaunes pour être visibles, des mégaphones, du drap, de la ficelle, des instruments de musique, des sifflet, des casseroles... A chacun de diffuser l’information, de twitter, de differ, de parler, d’amener ses collègues, ses voisins, sa grand mère...

L’attente est très forte qu’il n’y ait pas d’étiquettes ni de drapeaux, qu’il n’y ait pas de frontières entre nous. Pas de division en cortèges avec les uns devant les autres derrière, mais tous unis et rassemblé-e-s, avec chacun son message, sa singularité, sa place dans le mouvement... Privilégions au drapeau le mot original, le dessin amusant, la libre expression qui a du sens, de l’humour, de la poésie, pour accrocher les regards et gagner les coeurs.

- Site parisien : http://paris.reelledemocratie.com/n... - Site international : http://15october.net/fr/ - http://map.15octo<br>ber.net/ - Evénement facebook : http://www.facebook.com/event.php?e... - Organisons des tractages : http://paris.reelledemocratie.com/n... - https://www.facebook.com/event.php?... - tract : http://paris.reelledemocratie.com/n... - Affiches : http://paris.reelledemocratie.com/n...

- Dossier de presse des Indignés de Paris : http://paris.reelledemocratie.com/n... - Des organisations françaises soutiennent le 15O à Paris et dans le monde : https://docs.google.com/viewer?a=v&... - https://mail.google.com/mail/?ui%3D...

- Rendez-vous Démosphère : http://www.demosphere.eu/node/25462

Le candidat promu par les sondages a gagné Parti de Gauche Reporterre 2011/10/16 Parti de Gauche (16 octobre 2011) Le candidat promu par les sondages a gagné. Reporterre. Tribune — fr

Le candidat promu par les sondages a gagné

« Avec François Hollande, le PS ne déroge pas des politiques sociales-démocrates menées en Grèce ou en Espagne dont les gouvernants ont capitulé devant le chantage du système financier international »

Le Parti de Gauche prend acte du résultat de la primaire socialiste. Il constate, comme c’était prévisible, que cette formule des primaires aura au final accouché du candidat promu par les sondages depuis des mois comme le plus susceptible de battre Nicolas Sarkozy. Désormais les choses sont claires à gauche en vue des élections au suffrage universel de 2012, François Hollande ayant fait de la réduction drastique de la dette le préalable à toute mesure sociale. Avec lui, le PS ne déroge pas des politiques sociales-démocrates menées en Grèce ou en Espagne dont les gouvernants ont capitulé devant le chantage du système financier international et les agences de notation, qui lui servent de chiens de garde, des banques et du FMI.

Il appartient donc aux citoyennes et citoyens français de trancher entre les deux choix politiques à gauche : l’accompagnement social du libéralisme incarné par le candidat du PS ou la rupture avec le capitalisme financiarisé et mondialisé proposé par Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de Gauche. Face à un système qui fait courir à l’humanité le risque d’une régression historique, tout accommodement est illusoire : seul le front de gauche peut lui opposer une transformation sociale, écologique et républicaine en réponse aux aspirations légitimes des peuples qui s’indignent. Il nous reste six mois pour réussir l’alternative et agir ainsi le plus efficacement possible pour battre la droite et l’extrême droite. Place au peuple !

Le Parti de Gauche veillera à ce que cette véritable confrontation entre les projets à gauche ait, plus particulièrement dans les médias, une promotion à la hauteur de celle dont a bénéficié le débat de la primaire socialiste. Il en va du débat démocratique.

Un million d’indignés ont manifesté dans le monde Eric Toussaint (CADTM) Reporterre 2011/10/16 Eric Toussaint (CADTM) (16 octobre 2011) Un million d’indignés ont manifesté dans le monde. Reporterre. fr

Un million d’indignés ont manifesté dans le monde

« C’est la première grande manifestation réalisée en 24 heures autour de la planète contre les responsables de la crise capitaliste qui fait des dizaines de millions de victimes. »

Depuis février 2003, c’est la première fois qu’un appel à une action internationale à une date déterminée rencontre un tel écho. En Espagne, d’où l’action est partie près de 500.000 manifestants ont défilé dans les rues d’environ 80 villes différentes dont 200.000 ou plus à Madrid. Des actions se sont déroulées dans 5 continents. Plus de 80 pays et près d’un millier de villes différentes ont vu défiler des centaines de milliers de jeunes et d’adultes qui protestent contre la gestion de la crise économique internationale par des gouvernements qui courent aux secours des institutions privées responsables de la débâcle et qui en profitent pour renforcer les politiques néolibérales : licenciements massifs dans les services publics, coupes claires dans les dépenses sociales, privatisations massives, atteintes aux mécanismes de solidarité collective (systèmes publics de pension, droits aux allocations de chômage, convention collectives entre salariés et patronat,…).

Partout le remboursement de la dette publique est le prétexte utilisé pour renforcer l’austérité. Partout les manifestants dénoncent les banques.

En février 2003, il s’était agi de la plus grande mobilisation internationale pour tenter d’empêcher une guerre : l’invasion de l’Irak. Plus de 10 millions de personnes s’étaient rassemblées dans d’innombrables manifestations autour de la planète. Depuis lors, la dynamique du mouvement altermondialiste né au cours des années 1990 s’était progressivement estompée sans s’épuiser tout à fait.

Ce 15 octobre 2011, un peu moins d’un million de personnes ont manifesté mais il s’agit néanmoins d’une énorme victoire, car c’est la première grande manifestation réalisée en 24 heures autour de la planète contre les responsables de la crise capitaliste qui fait des dizaines de millions de victimes.

La crise financière et économique qui a démarré aux Etats-Unis en 2007 s’est étendue principalement en Europe à partir de 2008. La crise de la dette qui était le lot des pays en développement s’est déplacée vers les pays du Nord. Elle est interconnectée à la crise alimentaire qui frappe d’importantes régions des pays en développement depuis 2007-2008. Sans oublier la crise climatique qui affecte principalement les populations du Sud de la planète.

Cette crise systémique s’exprime également au niveau institutionnel : les dirigeants des pays membres du G8 savent qu’ils n’ont pas les moyens de gérer la crise internationale, ils ont dès lors réuni le G20. Celui-ci démontre depuis 3 ans qu’il est incapable de trouver des solutions valables.

La crise recèle une dimension de civilisation. Sont remis en cause pêle-mêle le consumérisme, la marchandisation généralisée, la non prise en compte des impacts environnementaux des activités économiques, le productivisme, la recherche de la satisfaction des intérêts privés au détriment des intérêts, des biens et des services communs, l’utilisation systématique de la violence par les grandes puissances, la négation des droits élémentaires des peuples comme celui de Palestine… Souvent c’est le capitalisme qui est au centre de la remise en question.

Aucune organisation centralisée n’a convoqué cette mobilisation. Le mouvement des Indignés est né en Espagne en mai 2011 dans la foulée des rébellions tunisienne et égyptienne des mois précédents. Il s’est étendu à la Grèce en juin 2011 et dans d’autres pays européens. Il a franchi l’Atlantique Nord depuis septembre 2011. Evidemment une série d’organisations politiques radicales et de mouvements sociaux organisés soutiennent le mouvement mais ils ne le conduisent pas. Leur influence est limitée. Il s’agit d’un mouvement largement spontané, jeune en majorité, avec un énorme potentiel de développement qui inquiète fortement les gouvernants, les dirigeants des grandes entreprises et toutes les polices de la planète. Il peut s’éteindre comme un feu de paille ou mettre le feu aux poudres. Personne ne le sait.

Le 15 octobre 2011, l’appel à la mobilisation a surtout réuni des manifestants dans les villes des pays du Nord et n’a pas épargné les centres financiers de la planète, ce qui est très prometteur. Le mouvement des Indignés a déclenché une dynamique très créative et émancipatrice. Si vous n’en faites pas encore partie, cherchez à le rejoindre ou à le lancer s’il n’existe pas encore là vous vous vivez. Interconnectons-nous pour une authentique émancipation.

La pêche en eau profonde est particulièrement ravageuse Cordis Reporterre 2011/10/16 Cordis (16 octobre 2011) La pêche en eau profonde est particulièrement ravageuse. Reporterre. Nature fr

La pêche en eau profonde est particulièrement ravageuse

Les espèces vivant en eau profonde ont un rythme de reproduction lente. Leur pêche a donc des conséquences sur leur survie encore plus grave que dans d’autres écosystèmes marins.

Selon une équipe internationale de chercheurs, la haute mer, le plus grand écosystème de la planète, serait en danger. En effet, un rapport met en évidence le besoin de stopper toute activité de pêche commerciale dans ces eaux et de se concentrer sur les eaux plus productives. Présentée dans la revue Marine Policy, une analyse complète révèle la non durabilité de la pêche en haute mer (sous le titre « Sustainability of deep-sea fisheries »)

Les chercheurs expliquent que les eaux profondes froides ne constituent pas un habitat adéquat pour les créatures marines. Les rayons du soleil responsables de la photosynthèse ne parviennent pas à ces profondeurs. De plus, les proies sont rares et les processus de vie sont beaucoup plus lents en comparaison de ceux en surface.

Les chercheurs expliquent que certains poissons peuplant ces profondeurs peuvent vivre jusqu’à 100 ans et certains coraux ont plus de 4000 ans ; cependant, les créatures de ces eaux ne peuvent se reproduire à l’échelle du temps humain. Les technologies de pêche, très efficaces, exacerbent d’autant plus le problème.

« La haute mer est le plus mauvais endroit pour pêcher du poisson », explique l’auteur principal de l’étude, le Dr Elliott Norse, responsable à l’Institut de conservation marine de Bellevue à Washington, aux États-Unis. « Les poissons vivant en haute mer sont particulièrement vulnérables car ils ne se repeuplent pas aussi rapidement après une surpêche.{} »

L’équipe, composée d’écologistes en sciences marines, de biologistes spécialisés dans la pêche, d’économistes, d’experts en politiques internationales et de mathématiciens, explique que moins de 1% des fruits de mer de notre planète provient des hautes mers. Malgré cela, le chalutage se poursuit, entraînant des dégâts considérables sur les poissons et la vie marine.

Depuis plus de 40 ans, les navires de pêche commerciale se sont introduits de plus en plus en raison de la surexploitation des pêches en côtes.

« Ces poissons ne peuvent supporter qu’une pêche normale car leur développement est lent et ils vivent très longtemps », explique le Dr Selina Heppell, une écologiste spécialisée dans les exploitations marines de l’université d’état de l’Oregon aux États-Unis. « En haute mer, il est impossible de contrôler ou même de suivre l’intensité de la pêche. Les effets sur les populations locales peuvent être destructrices. »

Parmi les poissons touchés par la pêche en haute mer figurent le requin, l’hoplostète orange, le grenadier et la lingue bleue. L’hoplostète orange, par exemple, a besoin de 30 ans pour arriver à maturité sexuelle et peut atteindre les 125 ans.

« Il y a 50 ans, personne ne mangeait d’hoplostète », fait remarquer le Dr Daniel Pauly, un biologiste spécialisé dans la pêche à l’université de la Colombie-Britannique (UBC), au Canada. « En anglais, on l’appelle également ’slimehead’ (tête visqueuse), ce qui indique bien la faible probabilité d’être mangé par l’homme. Mais, à mesure que la surpêche a affecté les espèces côtières, les habitudes de pêches ont évolué, et son nom également. »

Selon le Dr Malcolm Clark de l’Institut national de recherche sur l’atmosphère et sur l’eau en Nouvelle Zélande : « La pêche de l’hoplostète orange a démarré en Nouvelle Zélande et a connu une forte expansion entre 1980 et 1990. Toutefois, la plupart des pêches étaient surexploitées, et les prises étaient considérablement réduites ou les entreprises de pêche ont mis la clef sous la porte. Le même schéma s’est répété en Australie, en Namibie, dans le Sud-ouest de l’océan Indien, au Chili et en Irlande. Cela indique que les espèces de poissons abyssaux courent le risque de la surpêche et peuvent connaître un déclin au niveau de leurs stocks. »

Le Dr Norse commente : « La pêche en haute mer n’est durable que lorsque la population de poisson grandit rapidement et que les exploitations de pêche sont petites et n’utilisent pas d’équipement endommageant l’habitat des poissons. Pour les poissons à croissance rapide, on observe des mesures économiques visant à détruire tous les stocks et à réinvestir les fonds dans une autre entreprise pouvant générer un meilleur rendement. Détruire la vie en haute mer d’un endroit à l’autre n’est pas durable pour nos océans ou nos économies. Les aléas des exploitations de pêche les rapprochent davantage de l’industrie minière que de la pêche. »

Des experts du Canada, d’Allemagne, du Portugal, d’Espagne, de Suisse et du Royaume-Uni ont également contribué à l’étude.

Les ours des Pyrénées ne provoquent pas plus de dégâts Pays de l’ours - ADET Reporterre 2011/10/17 Pays de l’ours - ADET (17 octobre 2011) Les ours des Pyrénées ne provoquent pas plus de dégâts. Reporterre. fr

Les ours des Pyrénées ne provoquent pas plus de dégâts

« Le nombre d’ours continuant d’augmenter, nous constatons une nouvelle fois une baisse du nombre de dégâts par ours présent dans les Pyrénées. »

Comme chaque année, l’automne est l’occasion de faire le bilan de la saison d’estive et des pertes sur les troupeaux.

3 à 5 % des brebis disparaissent chaque été dans les Pyrénées, d’accidents, de maladies, de la foudre, de prédations, de vols …, ce qui représente 20.000 à 30.000 bêtes.

Cette année encore, les prédations dues à l’ours dans les Pyrénées sont pourtant restées faibles : environ 165 brebis, soit moins de 1 % des pertes globales.

Le nombre d’ours continuant d’augmenter, même faiblement, nous constatons donc une nouvelle fois une baisse du nombre de dégâts par ours présent dans les Pyrénées.

Les raisons en sont sans aucun doute la bonne adaptation des ours et la qualité biologique du massif pyrénéen, mais aussi l’augmentation et l’efficacité des mesures de protection des troupeaux (chiens de protection, regroupement nocturne …).

S’il reste des secteurs où des progrès doivent encore être accomplis dans ce domaine, l’exemple de vallées pyrénéennes ayant réussi à baisser les prédations montre que la cohabitation élevage – ours est possible, ce qui est encourageant pour l’avenir.

Le salon des techniques de répression s’ouvre à Paris Observatoire des armements Reporterre 2011/10/17 Observatoire des armements (17 octobre 2011) Le salon des techniques de répression s’ouvre à Paris. Reporterre. fr

Le salon des techniques de répression s’ouvre à Paris

Le salon Milipol (militaires police) est la vitrine des technologies sécuritaires. Il est ouvert à Paris du 18 au 21 octobre.

Milipol, le salon mondial de la « sécurité intérieure des États », se tient à Paris du 18 au 21 octobre 2011. À cette occasion, l’Observatoire des armements pointe le manque de transparence et l’absence de contrôle de l’État sur notamment toute une part des technologies de sécurité qui échappent à la réglementation et sont soumises aux seules lois de l’offre et de la demande…

« Que le “Rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France” pour l’année 2010 ne soit toujours pas rendu public ne contribue pas à nous rassurer… Sont-ce les “affaires” qui fleurissent dans les médias qui retardent sa parution ? Ou faut-il voir-là, un embarras à communiquer certaines données ? », souligne Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements.

Rassemblant gouvernements, institutions publiques et entreprises privées, Milipol, est la vitrine des technologies sécuritaires. Il couvre des domaines tels que la lutte contre le terrorisme, la police technique et scientifique, les équipements de protection des forces de l’ordre, en passant par la prévention des risques majeurs, naturels et industriels : autant de catégories où les frontières entre l’usage militaire ou l’usage civil des technologies proposées sont des plus floues, avec tous les risques que cela comporte en terme d’utilisation sans contrôle à l’encontre des populations…

De plus, ce salon offre à certains États, connus pour leur non respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, l’opportunité de gagner des parts de marché, malgré ou grâce à leurs produits testés grandeur nature sur les populations. C’est le cas par exemple d’Israël et de la Chine qui figurent dans le Top 10 des exposants avec respectivement 61 exposants israéliens (5e place) et 43 exposants chinois (7e place) !

Curieux également de voir la Commission européenne s’associer à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Versailles Val-d’Oise / Yvelines, pour proposer aux entreprises de participer à des rencontres d’affaires commerciales et technologiques dans le domaine de la sécurité intérieure des États !

Si la sécurité des États et des personnes est un droit fondamental et légitime, cette approche « militaire » et « libérale » risque d’aboutir à une prolifération incontrôlée d’outils sécuritaires, sans qu’ils soient pour autant efficaces à anticiper des menaces protéiformes, et sans avoir pris le temps d’en mesurer les effets !

Le champ des menaces couvert par ce salon est si hétérogène que l’identification des impacts et des implications éthiques des différentes technologies concernées est impossible. Cela pose la question du contrôle démocratique des technologies développées, rendu d’autant plus nécessaire du fait de leur caractère dual civil et militaire.

Or, une politique publique n’est légitime que si elle est transparente, si les responsabilités sont clairement établies et assumées et s’il existe un débat sur ses objectifs, sa mise en œuvre et ses résultats. Nous en sommes loin !

Hollande refuse de s’engager sur le nucléaire Greenpeace Reporterre 2011/10/17 Greenpeace (17 octobre 2011) Hollande refuse de s’engager sur le nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Hollande refuse de s’engager sur le nucléaire

Le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle de 2012 entretient le flou sur la transition énergétique à mener.

François Hollande sera le candidat du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de mai 2012. « Libérez-nous du pétrole et du nucléaire », pouvait-on lire sur une banderole placée par des militants de Greenpeace au-dessus du candidat tout juste désigné. Greenpeace s’inquiète des positions défendues par ce dernier sur l’énergie en général, et le nucléaire en particulier. Tout en exprimant sa volonté d’inscrire la France dans la transition énergétique, François Hollande refuse pour l’heure de s’engager réellement pour la sortie du nucléaire. Il se contente d’afficher une réduction à 50% de la part du nucléaire dans l’électricité d’ici à 2025 ; un chiffre qui ne dit rien sur le nombre de réacteurs à fermer d’ici là. Il prétend s’engager sur le même effort que nos voisins allemands sans prendre la décision politique de sortir du nucléaire.

« La position de François Hollande sur le nucléaire divise. Elle fait fi de la majorité des Français, favorable à une sortie, des pays limitrophes comme l’Italie, la Suisse ou l’Allemagne qui refusent le nucléaire, des générations futures qui devront payer le prix fort de nos choix énergétiques d’aujourd’hui. L’option « molle » du candidat socialiste est à l’opposé du « rassemblement » et du changement qu’il prétend promouvoir », constate Karine Gavand, en charge des questions politiques à Greenpeace France.

Un candidat qui n’a pas compris les enjeux de la transition énergétique

Sur l’avenir énergétique de la France, François Hollande choisit le conservatisme. Le 6 octobre en meeting à Toulouse, le candidat a expliqué que « les socialistes ne sont pas des écologistes », refusant de changer de position sur le nucléaire.

« Ce que François Hollande n’a pas compris, c’est que la sortie du nucléaire n’est pas l’apanage des écologistes. Les sondages montrent qu’elle est souhaitée par une majorité de sympathisants socialistes, ainsi que le Mouvement des jeunes socialistes, poursuit Karine Gavand, alors même que François Hollande prétend mettre la jeunesse au cœur de ses préoccupations. La sortie du nucléaire dépasse les enjeux écologique. »

Dans le projet du candidat socialiste, la sortie du nucléaire est perçue comme une contrainte, et non comme une chance pour le pays. Et le risque nucléaire n’existe pas. Son projet le distingue à peine de la ligne défendue par le gouvernement pro-nucléaire actuellement aux manettes. Elle est d’ailleurs étudiée en ce moment même par la Commission Energies 2050 d’Eric Besson, composée de personnalités pro-nucléaires.

Des positions qui manquent de sérieux et de clarté

Pour Greenpeace, la position défendue par François Hollande pose 4 problèmes :

- Elle reste coincée dans le dogme pro-nucléaire.

- Elle ne donne aucune indication sur l’avenir énergétique après 2025, et n’éclaire qu’à court terme les investisseurs, entrepreneurs, chercheurs impliqués dans le domaine.

- Nul ne sait précisément combien de réacteurs François Hollande compte fermer.

- Elle implique la mise en service de l’EPR de Flamanville, le réacteur le plus dangereux jamais construit en France, dont le chantier accumule délais et surcoûts.

Une offre politique en décalage avec l’opinion publique

Pour l’heure, les positions des candidats à la présidentielle, officiels ou présumés, sont le plus souvent en décalage avec l’opinion des Français, qui souhaitent en majorité une sortie du nucléaire. « Entre Jean-Luc Mélenchon qui propose une incertaine consultation citoyenne, François Hollande qui refuse de s’engager sur la sortie du nucléaire, Nicolas Sarkozy qui s’entête dans son obsession nucléaire ou encore François Bayou qui n’en finit pas de réfléchir… rares sont les candidats à l’écoute des Français sur la sortie du nucléaire », conclut Karine Gavand.

Comment la Chine domine le marché du solaire Audrey Garric (lemonde.fr) Reporterre 2011/10/17 Audrey Garric (lemonde.fr) (17 octobre 2011) Comment la Chine domine le marché du solaire. Reporterre. Énergie fr

Comment la Chine domine le marché du solaire

« Cette politique des bas coûts qu’elle a initiée, la Chine en paye aussi le prix. Nombre d’entreprises chinoises peinent à dégager des marges de profit, tant les prix sont tirés vers le bas et l’écoulement des stocks rendu difficile par l’âpreté de la concurrence. »

Elle est connue comme « l’usine solaire du monde ». La Chine a beau être l’une des économies les plus polluantes de la planète, engloutissant des barils de pétrole et carburant aux centrales à charbon, elle conforte aussi chaque jour davantage sa position dominante dans le secteur de l’énergie solaire.

Pékin, c’est le premier producteur mondial de panneaux photovoltaïques, avec désormais 70 % des parts de marché du secteur. Huit des douze plus gros fabricants mondiaux de cellules photovoltaïques, comme Suntech Power, JA Solar ou Yingli Green Energy, sont en effet originaires de Chine ou de Taiwan.

Une performance obtenue en moins de dix ans, grâce essentiellement à une tarification très agressive. Les prix des panneaux solaires chinois ont ainsi récemment chuté à 1,2 dollar par watt généré, contre 1,7 dollar l’an dernier, soit un coût nettement plus faible que la moyenne mondiale, qui s’élevait à environ 2 dollars en 2010. Les entreprises chinoises peuvent en effet compter sur le soutien de Pékin, en obtenant des prêts intéressants auprès des banques d’Etat. Le pays, qui vient d’inscrire les énergies renouvelables dans son nouveau plan quinquennal, a par ailleurs mis en place des subventions pour les grandes installations solaires, couvrant ainsi une partie de leurs coûts d’installation.

Le boom du photovoltaïque est tel que dans de nombreuses régions, comme dans le Qinghai, à l’ouest du pays, le bassin d’emploi local a été asséché par les développeurs de projets solaires qui se bousculent pour obtenir davantage de travailleurs. China Power Investment Corp a par exemple demandé l’aide de l’armée, employant deux mille soldats pour installer des panneaux solaires.

Conséquence : les entreprises chinoises sont parvenues à écarter un à un leurs principaux concurrents étrangers. Ces derniers mois, ce sont encore trois grosses entreprises américaines qui ont fait faillite, victimes de la guerre des prix dans le solaire : le fabricant de panneaux Solyndra – qui avait pourtant lui aussi profité d’une aide d’Etat, avec le plan de relance de l’administration Obama en 2009 -, Evergreen Solar, qui a été coté au Nasdaq, et SpectraWatt.

Mais en réalité, cette politique des bas coûts qu’elle a initiée, la Chine en paye aussi le prix. Nombre d’entreprises chinoises peinent à dégager des marges de profit, tant les prix sont tirés vers le bas et l’écoulement des stocks rendu difficile par l’âpreté de la concurrence. D’autant que Pékin est confronté à un affaiblissement de la demande, alors que l’Italie, la France ou d’autres pays européens, qui achetaient jusqu’à présent près de 80 % des panneaux solaires chinois, ont décidé de moins subventionner ces énergies renouvelables encore coûteuses à l’achat.

Pour soutenir son industrie, Pékin a alors mis en place des garanties gouvernementales aux prix d’acquisition pour les équipements électriques fonctionnant au solaire. La Chine, qui jusqu’alors exportait 95 % de la production à l’étranger, est en train de devenir un important consommateur de sa propre énergie solaire. Le marché du photovoltaïque domestique double ainsi chaque année et on estime qu’une maison sur dix est pourvue d’eau chaude solaire dans le pays. Le pays, qui compte pour l’instant une puissance installée de « seulement » 1 GW, vise 10 GW en 2020.

Par ces mesures, la Chine cherche aussi à réduire l’intense pollution qui touche ses villes ainsi que sa dépendance au charbon, pétrole et gaz, d’autant plus que, depuis l’accident nucléaire de Fukushima, elle ne souhaite plus investir massivement dans le nucléaire.

Le secteur du solaire devrait donc croître encore très rapidement dans les années à venir. Seul risque, selon les analystes : que le réseau électrique, encore peu développé, ne suive pas le rythme des raccordements, comme cela avait été le cas lors du boom de l’éolien, il y a trois ans.

Au Chili, les étudiants bousculent la société vers plus de démocratie Giorgio Jackson Reporterre 2011/10/17 Giorgio Jackson (17 octobre 2011) Au Chili, les étudiants bousculent la société vers plus de démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Au Chili, les étudiants bousculent la société vers plus de démocratie

« Depuis cinq mois, les demandes du mouvement étudiant se formulent à travers un axe central : l’inégalité qui prévaut au Chili. »

Au-delà des résultats que le mouvement étudiant obtiendra, les changements sont déjà en place et ils sont là pour rester. En quelques mois, on a fait un apprentissage rapide, nous savons maintenant où placer notre force car nous avons identifié le cœur des contradictions qui emprisonnent un gouvernement de droite qui met en avant son idéologie.

Depuis plus de cinq mois, toutes les demandes sectorielles du mouvement étudiant ont été formulées à travers un axe central : l’inégalité qui prévaut au Chili. Cette inégalité comprise comme une perpétuation de celle-ci, a été le levier qui nous a permis de mettre en évidence le mécontentement et qui a été latent dans de nombreux secteurs de la société qui ne s’exprimaient pas ouvertement, en raison d’un discours auto-complaisant des autorités du gouvernement.

Une fois que les demandes sectorielles se sont enracinées dans l’idée qu’elles sont justes parce qu’il y a une perpétuation des inégalités, le processus a commencé à s’approfondir et nous sommes allés peu à peu –avec les citoyens- dans les questions de politique publique. Au début, nous ne pouvions pas proposer le débat constitutionnel, car il ne serait pas compris, cela nécessitait un processus d’apprentissage de la société en général et de nous en particulier, ce qui est peut-être notre plus grand succès.

Depuis notre revendication et discours initials pour l’accès à l’éducation, le financement et la démocratisation, nous sommes parvenus à la formulation d’une demande citoyenne claire pour des changements constitutionnels. Dans ce parcours, les contradictions du système politique chilien ont été dévoilées au grand jour, ses limites et ses incapacités, ainsi que le potentiel de ce mouvement et des jeunes à pouvoir changer tout cela. Cela a été un processus intense et non sans problèmes, mais exceptionnellement instructive.

Cette demande est parvenue sur un sol fertile. Quand est venu la « révolution des pingouins » [NDLT : la révolution des élèves du secondaire en 2006, dont l’objectif était la modification de la loi sur l’Enseignement héritée du gouvernement militaire], il y avait un gouvernement de la Concertation [NDLT : centre-gauche]. Bien qu’il gérât le modèle en place, il présentait une apparence et un langage qui lui ont permis de neutraliser et de gérer le mouvement et le mécontentement. Maintenant, nous sommes arrivé au cœur des contradictions, car nous avons en face de nous un gouvernement qui n’a pas de syntonisation pour un dialogue avec les citoyens. C’est même un gouvernement fier de ce qu’il pense, dur dans sa position idéologique, ce qui est logique puisqu’il intègre les créateurs intellectuels du modèle actuel.

Les fautes

Sous le gouvernement de la Concertation, il était facile pour les dirigeants et les autorités de rejeter la faute sur le système politique, et sur l’obstruction de l’opposition de droite. Le gouvernement utilisait cet argument pour alléger la pression sociale, tout en cachant son manque de conviction et de courage pour promouvoir des changements en dehors du cadre de « la politique du consensus ». Aujourd’hui, le gouvernement n’a personne sur qui rejeter la faute, car il concentre tout le pouvoir. Cela permet à la pression sociale de se concentrer sur un point : l’inégalité dans le système. Cela rend le mouvement plus ambitieux, moins sectoriel et plus politique.

Les réformes que le mouvement étudiant amènent supposent, nécessairement, une meilleure démocratie. Nous l’avons vu, le 4 août, lorsque nous proposions une réforme fiscale pour obtenir les ressources afin de financer les demandes que nous formulions, et quand, entre autres choses, on a exploré l’idée d’un plébiscite pour permettre aux citoyens de participer aux décisions. La réponse du gouvernement a été la répression. Ce jour-là nous sommes parvenus au cœur de la contradiction du système. Cela nous amène à promouvoir des changements plus profonds dont on a besoin au Chili. Nous les jeunes, nous devons projeter ce mouvement dans le moyen et long terme, ce qui nous conduira à participer aux différents processus politiques qui nous attendent. Cela exige plus de démocratie et de participation.

Cette demande pour plus de démocratie est largement partagée, tant dans le mouvement étudiant que dans les autres mouvements sociaux. L’immense soutien pour les revendications des étudiants dans l’enseignement public comprend, très probablement, la demande de changement du système électoral et la fin du mode binominal [1]. Cela ouvre un large espace de convergence démocratique. Le cadre institutionnel actuel est une camisole de force, et les citoyens pensent que la classe politique ne répond plus aux intérêts du peuple, c’est pour cela que notre demande s’articule avec les citoyens.

Nous avons la volonté politique pour rassembler la force nécessaire pour ces changements. Notre orientation stratégique a mis en évidence l’effondrement des alliances politiques existantes, celui du gouvernement et celui de l’opposition politique. Cela ouvre l’espace pour réaliser notre projet.

La vitesse du temps

Si dans les années 60, la réforme de l’université a pris des années, aujourd’hui les changements profonds sont rapides, ils sont déjà en cours. La frontière du possible est en train de se briser. Et le sens commun est en mutation. L’individualisme - « Je travaille à donner un enseignement à mes enfants et je paye pour cela » - a cédé la place à des notions plus collectives ; une majorité se constitue qui cherche une éducation de qualité pour tous, où l’État et le « public », - qui en ce moment n’appartiennent à personne - reviennent à nous tous. C’est un changement majeur et il mènera nécessairement à une plus grande participation politique. Cela sera visible dans les exigences que les citoyens feront aux autorités, même locales, et aux candidats. Le tournant que nous avons vécu a réveillé la démocratie. Les gens participent.

Dans le mouvement étudiant lui-même et dans ses instances de décision, nous avons gagné en maturité, et malgré les différences et les divergences, le collectif prime sur les positions individuelles ou de groupe. Cela est une garantie pour ce que nous avons dit, fait et j’espère pour ce qui vient. On ne voit pas comment cela peut s’arrêter, même si cela prendra du temps, les changements ont déjà commencé. La position retranchée du gouvernement génère encore plus de mécontentement et d’agitation, et cela se révélera dans les conflits à venir, dans les nouvelles conjonctures politiques, et même dans le processus électoral.

Cette mobilisation face à la droite, est comparable au combat de David contre Goliath. Elle a créé l’unité dans la diversité, elle a imposé le sens collectif du mouvement et de son indépendance, cela est presque impossible de freiner.

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Note :

[1] Héritage de la dictature, le système binominal a été imposé par la constitution de 1980. C’est un scrutin majoritaire dont la particularité est de favoriser la liste arrivée en deuxième position.

Du fanatisme imaginaire à la folie carbonée Frédéric Denhez Reporterre 2011/10/18 Frédéric Denhez (18 octobre 2011) Du fanatisme imaginaire à la folie carbonée. Reporterre. Tribune — fr

Du fanatisme imaginaire à la folie carbonée

Selon Pascal Bruckner, les écolos sont des cinglés, des fanatiques, des antihumanistes, des niais. Mais qui ? Cette frange de l’écologie ne concerne plus qu’une minorité d’anciens combattants radotant sur la guerre des consciences gagnée depuis quelques années (merci le Grenelle, soit dit en passant) et qui les prive d’audience. Dans quelques années, ils auront débarrassé le plancher. Ils font peur à tout le monde, alors personne ne les écoute. Ils donnent une image effrayante de l’écologie, mais ils ne sont pas nombreux. Où M. Bruckner a-t-il pu les croiser ? Pas dans les coopératives, les conseils régionaux et généraux, les mairies, les associations, les entreprises, les fermes ! Les générations ont changé, et avec elles, les mentalités.

Aujourd’hui, la plupart des écolos aident, acculturent, contestent, contredisent, corrigent. Ils montrent que l’écologie c’est avant tout de la politique, du social, de l’économie, un projet de société. Ils sont de plus en plus nombreux, de plus en plus écoutés, les politiques ne peuvent plus faire sans eux. Bref, la transition écologique est en marche, mais Pascal Bruckner ne l’a pas vue.

Les fanatiques ne sont pas ceux que Pascal Bruckner désigne. Ce sont les économistes, les intellectuels, les journalistes qui, depuis 1983, frappent sur l’État à coup de masse pour le démanteler, afin de le moderniser. Des fanatiques ? Il faut les chercher au FMI, à la Banque mondiale, à l’OMC, à la Commission européenne, dans les banques d’affaires, les agences de notation.

Aujourd’hui que le monde est redevenu fini, nous voyons les conséquences de leur obscurantisme. Le productivisme, qu’il ait été voté au Soviet suprême ou côté en Bourse, a conduit à la crise écologique.

Le problème est qu’il ne peut pas s’arrêter de lui-même : notre technologie est de plus en plus efficace et « propre », nous consommons quatre fois moins d’énergie qu’en 1970 pour produire un point de PIB, à volume équivalent un frigo pompe deux fois moins de watts qu’il y a quinze ans et pourtant nous consommons toujours plus de ressources naturelles et d’énergie parce que nous utilisons plus, nous achetons plus, nous changeons plus souvent de produits. Parce que nous sommes de bons consommateurs. La société, elle, réinvestit tous ces gains formidables de productivité pour augmenter encore la production et améliorer ses ratios. Cet « effet rebond » tue dans l’œuf l’intérêt du progrès technique. Se reposer sur les miracles de la recherche et développement pour résoudre nos problèmes c’est se mettre le doigt dans l’œil.

L’écologie, c’est un autre système de valeurs. Dans lequel on pense large (dans l’espace) et loin (dans le temps). Où l’individu existe au sein d’une société coopérative où l’on donne, on reçoit, on rend, où la réciprocité donne le sentiment que les efforts sont justement répartis. Un monde civilisé.

Le problème est que l’écologie n’ose pas dire plus fort que son objet est de fiche par terre notre système de croyances axé sur le productivisme, qui a comme icônes la voiture individuelle, l’hypermarché, la bougeotte et le crédit. Or, en agitant en permanence la crécerelle du carbone, elle se tire une balle dans le pied en devenant l’alliée objective du système qu’elle veut a priori détruire.

Là, Pascal Bruckner a raison. L’empreinte carbone est devenue la mesure oppressante de toute chose. Au moment où elle peut combler les trous béants qui menacent l’édifice social, l’écologie est en train de se décrédibiliser. Elle nous impose un indicateur quasiment unique, technique, désincarné, autoritaire, dérangeant, abstrait, partiel. Un nouveau dogme, vert. Est-il au moins utile ?

Nous permet-il de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Le bénéfice des petits gestes est annulé par l’effet rebond, mais aussi par le « carbone gris » présent dans les importations (le carbone émis par la fabrication et le transport des produits étrangers que nous consommons), par la tertiarisation de notre économie (les serveurs et la livraison en camionnette, ça consomme une énergie folle), la désindustrialisation de notre pays.

Les petits gestes ne servent donc à rien. Si ce n’est à confirmer l’individu dans sa position de clé de voûte du système économique : ami, tu dois consommer, consommer vert en suivant les étiquettes vertes et, parce qu’on t’a culpabilisé, tu vas aussi sauver la planète en réduisant ton budget carbone. Réduire nos émissions, atteindre des objectifs de réduction, résumer sa vie à des échanges de carbone, voilà qui ne contredit pas vraiment un monde qui cherche sans cesse la performance, la réduction des coûts, l’amélioration des flux, l’efficacité. Hier la croissance, aujourd’hui la réduction de nos émissions. Changement ?

Quant à l’action globale, ami consommateur, ne t’inquiète pas, car le Protocole de Kyoto a permis aux États d’abandonner la lutte au marché, forcément efficient. Pas n’importe quel marché : un marché spécifique, entouré de marchés dérivés où l’on peut s’échanger des certificats d’économie d’énergie et des « émissions évitées » dans le cadre des mécanismes de compensation. Des édifices que très peu de gens maîtrisent tant ils sont complexes, et qui rendent toutes les fraudes possibles. Compensation et certificats d’énergie sont deux belles foutaises, car basées sur des scénarios fictifs, un absurde fantasme d’ingénieur, la « neutralité carbone ».

L’essentiel, ce n’est pas d’émettre en excès, c’est de compenser. D’un clic de souris, j’ai transféré à un village béninois la responsabilité d’entretenir la petite forêt que j’ai contribué à financer, le temps, un demi-siècle, qu’elle ait absorbé mon billet Paris — New York. En espérant qu’il n’y ait pas d’incendie entre-temps. Changement ?

En réalité, le carbone est aujourd’hui un produit financier, une monnaie. Une ligne comptable permettant d’ajuster un actif et un passif (carbone). Rien d’autre. Pour pouvoir accéder aux médias et aux cabinets de la République, les écolos l’ont placé en porte-parole de tous les problèmes d’environnement.

C’est du suicide ! Car un jour le ras-le-bol de s’entendre dire « fais un geste », « ton café vaut 20 g (de carbone) » provoquera le désintérêt, au mieux. Pire, lorsque la valeur du carbone s’effondrera sur le marché européen, quand le nombre considérable de quotas détenus par les ex-pays de l’Est sera mis en vente, avant 2013. Alors, la valeur symbolique même du carbone et donc du changement climatique, et peut-être aussi de la crise écologique qu’on a placée dans son ombre médiatique, risquera de s’annuler. Et on aura perdu trente années de combats écologiques.

Un indicateur finit toujours par contraindre la réalité. Le PIB, comme le carbone. Que le peuple le reprenne en main, qu’il ne le laisse pas aux seuls « experts », pour en faire une arme contre le système économique. C’est le moment ! Une crise existentielle est un moment idéal pour briser des symboles, pour faire basculer d’un coup une société. L’écologie peut être une nouvelle utopie si elle ne tombe pas dans le travers des idées simplistes. Elle doit être d’abord de la politique, une politique des hommes. Elle est une science sociale. Un socialisme.

Marseille déclare la guerre aux pauvres Europe Ecologie Les Verts (EELV) Reporterre 2011/10/18 Europe Ecologie Les Verts (EELV) (18 octobre 2011) Marseille déclare la guerre aux pauvres. Reporterre. fr

Marseille déclare la guerre aux pauvres

Le 17 octobre était la journée mondiale du refus de la misère. Le jour idéal pour prendre un arrêté interdisant la mendicité. Bravo, Monsieur Gaudin !

Ce lundi 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère, la municipalité de Marseille, dirigée par le maire UMP Jean-Claude Gaudin, a entériné un arrêté visant à lutter contre « les comportements portant atteinte à l’ordre public », et notamment les actes de mendicité.

Dans un très large périmètre du centre ville de la cité phocéenne, il sera désormais interdit de « se livrer à toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité du passage dans les voies et espaces publics, l’accès aux immeubles ou, de manière générale, à porter atteinte par ces comportements au bon ordre, à la tranquillité et à la sécurité publique ».

Désormais, les forces de l’ordre de Marseille pourront verbaliser les personnes se livrant à la mendicité à hauteur de 38 euros !

Après l’interdiction prise par un autre maire UMP, Jacques J. P. Martin, la semaine dernière à Nogent-sur-Marne, de fouiller dans les poubelles de sa ville, c’est décidément une véritable guerre contre les plus démunis que livrent des élus de l’actuelle majorité.

Le parti présidentiel confond sciemment lutte contre la pauvreté et lutte contre les pauvres.

Europe Écologie Les Verts s’indigne de cet arrêté municipal stigmatisant une nouvelle fois les personnes les plus fragiles, obligées de se livrer à la mendicité pour pouvoir survivre. Il est absurde de faire croire que c’est par la police, à coup de répression et de contraventions, que l’on réglera les problèmes de pauvreté .

Pour EELV, la solidarité sur le sol de la "patrie des droits de l’homme » ne doit pas rester un mot creux et à l’opposé de cette politique scandaleuse, moralement et humainement intolérable, EELV demande que les services sociaux et les associations d’aide aux plus démunis voient leur dotation budgétaire renforcée et leur rôle social, absolument essentiel, reconnu et valorisé par les pouvoirs publics.

Le démantèlement des réacteurs nucléaires : 750 milliards d’euros ! Claire Barthelemy (Owni) Reporterre 2011/10/19 Claire Barthelemy (Owni) (19 octobre 2011) Le démantèlement des réacteurs nucléaires : 750 milliards d’euros !. Reporterre. fr

Le démantèlement des réacteurs nucléaires : 750 milliards d’euros !

Selon un rapport du député Marc Goua, le coût du démantèlement des 58 réacteurs nucléaires français dépassera 750 milliards d’euros.

À l’Assemblée nationale, le 21 juin 2011, le président de la Commission des finances Jérôme Cahuzac avait demandé à un rapporteur spécial d’examiner l’état financier du nucléaire français. Mardi soir, 11 octobre, une première version de ce travail présentée à quelques députés a fait l’effet d’une bombe. En 20 pages le rapporteur spécial Marc Goua dresse un bilan accablant des méthodes et des résultats financiers d’Areva et de plusieurs acteurs du secteur.

À le lire, on découvre des responsables qui tentent par tous les moyens de dissimuler les mauvais résultats financiers et le coût exorbitant du nucléaire. Pour continuer à prétendre qu’il s’agit de l’énergie la moins onéreuse. Exemple éloquent : celui du démantèlement des centrales et des installations qui arrivent ou arriveront prochainement en fin de vie. Le parlement avait demandé que la facture soit prise en compte dans le calcul de l’électricité. Peine perdue. Le rapporteur regrette ainsi, non sans ironie, de ne pas avoir obtenu :

"...une décomposition des coûts de l’électricité qui intègre le coût du démantèlement des centrales et du traitement des déchets, le ministre de l’Écologie a fourni sur ce sujet des indications certes solides et détaillées, mais incomplètes. Il signale au demeurant d’emblée que « le nucléaire est le moyen de production électrique le plus compétitif en base ». Le Rapporteur spécial voudrait être assez optimiste pour sauter aussi vite à cette conclusion. La commission Énergie 2050, à peine installée par le ministre de l’Écologie en septembre 2011, a en effet avancé le chiffre de 750 milliards d’euros pour le démantèlement de toutes les installations nucléaires françaises, soit 58 centrales. Cette instance paraît pourtant peu susceptible d’être hostile aux intérêts de la filière nucléaire, puisque les associations militant contre cette forme d’énergie ont refusé d’y être représentées."

Comprenez, si la gestion des déchets et des centrales hors d’usage est effectivement prise en compte, le nucléaire ne constitue plus seulement une source de pollution, il représente aussi un gouffre financier.

Finie l’étiquette bonne affaire

Quant à l’examen des comptes du champion de la filière, Areva, il se révèle à ce point semé d’embûches que le rapporteur spécial soupçonne certains de dissimuler des vérités qui dérangent. Dans un chapitre consacré à l’industriel, Marc Goua croit utile de rappeler une évidence :

"Le contrôle budgétaire est une attribution ancienne de la commission des Finances. À quoi bon adopter des crédits, s’il n’était pas possible de vérifier ensuite l’emploi des fonds ?"

Et de décrire une somme de difficultés et d’obstacles bureaucratiques avant de parvenir à consulter une comptabilité complète et fiable d’Areva et d’EDF. Avant de toucher au but.

"Après diverses péripéties, les services de l’Agence des participations de l’État s’acquittent de leurs obligations envers le Rapporteur spécial en mettant à disposition dans leurs locaux de Bercy tous les renseignements et documents d’ordre financier et administratif qu’il demande. Une première visite a eu lieu le 27 septembre 2011 à 8 heures 30. L’examen approfondi des notes de suivi des entreprises a permis de réaliser des progrès dans la compréhension du bilan comptable et la politique d’acquisition d’EDF et d’Areva."

Et cette compréhension ne s’avère guère flatteuse pour le nucléaire. Ainsi, les déconvenues financières liées à la fabrication du réacteur EPR à Olkiluoto en Finlande s’apparentent à des négligences que l’on a tenté de dissimuler.

"Le retard accumulé s’élève à quatre années et demie par rapport à ce que prévoyait le contrat avec l’électricien finlandais. (…) Il apparaît tout d’abord en filigrane qu’Areva s’est engagé non seulement sur la livraison d’une installation, mais aussi, dans une certaine mesure, sur la production à venir de la centrale. L’exposition d’Areva sur le dossier finlandais est donc certainement supérieure à ce qui avait été annoncé à la représentation nationale."

Dans le domaine des acquisitions, le rapporteur spécial relève des erreurs d’appréciation vertigineuses. Telles ces mines d’uranium en Namibie, appartenant au consortium UraMin, et pour lesquelles les mêmes errements sont identifiés.

"Le suivi de l’acquisition d’UraMin présente les mêmes traits : forte dépendance vis-à-vis de l’entreprise contrôlée, distance critique et capacité d’analyse insuffisante, explosion des coûts pour le contribuable."

Le document explique que ces mines ont été achetées en mai 2007, en pleine présidentielle, dans un climat de précipitation entretenu par la direction du groupe. Vendues 1,6 milliard d’euros, elles étaient supposées renfermer pour 90.000 tonnes d’uranium. En réalité, on pourrait en extraire 50.000 tonnes tout au plus."

Monsieur Rose Hervé Kempf Reporterre 2011/10/20 Hervé Kempf (20 octobre 2011) Monsieur Rose. Reporterre. Tribune — fr

Monsieur Rose

« Le clou de la péroraison de M. Hollande était cet aphorisme alambiqué : »Sans croissance, pas de perspective écologique, parce que c’est la condition, l’écologie, pour avoir davantage de croissance.« De ce galimatias émerge une idée : la question écologique est seconde par rapport à l’augmentation du produit intérieur brut (PIB). »

On peut analyser le résultat de la primaire socialiste en constatant que ce pays est conservateur. Une fois de plus, la femme est éliminée du jeu, et le duel de 2012 devrait se présenter comme un traditionnel match de mecs, entre le dur vulgaire et l’accommodant réaliste.

La vision du monde de François Hollande ne brille pas non plus par sa nouveauté. Le candidat intronisé reste structuré par l’idéologie productiviste qui l’a formé à l’ENA dans les années 1970. Depuis, il n’a guère changé d’idées - non plus d’ailleurs que celles de son parti : durant son règne comme premier secrétaire de ce mouvement, de 1997 à 2008, il en aura endormi la capacité réflexive, se concentrant sur sa capacité à gagner des élections locales. Mais une machine électorale ne fait pas une vision du monde.

Le discours que M. Hollande a consacré à l’environnement, le 27 août, était paradoxalement consacré à la croissance. De la dégradation écologique de la planète et du pays, il ne fut pas question. Toute politique était déclinée en termes de « levier pour la croissance ». Le clou de la péroraison était cet aphorisme alambiqué : « Sans croissance, pas de perspective écologique, parce que c’est la condition, l’écologie, pour avoir davantage de croissance. » De ce galimatias émerge une idée : la question écologique est seconde par rapport à l’augmentation du produit intérieur brut (PIB).

Rappelons la contradiction dans laquelle sont englués les croissancistes. Ils postulent une corrélation entre croissance économique et emploi. Mais ladite corrélation est anéantie par le progrès constant de la productivité du travail. Ce progrès conditionne le simple maintien du niveau d’emploi à une augmentation forte de la production. Or celle-ci requiert, malgré une meilleure efficacité technique, davantage d’eau, d’énergie, de sols et de matériaux, ce qui entraîne un dégât écologique croissant. Il faut donc changer de paradigme.

Une voie pour le faire est de changer les indicateurs de santé économique. Les politiciens - dont M. Hollande - l’évoquent certes, mais sans oser détrôner le fétiche qu’est l’augmentation du PIB, un indicateur qui ne dit rien de l’emploi, du bien-être, de l’environnement ou de la justice. Rêvons, puisque M. Hollande veut nous faire rêver. Rêvons que le parti principal de la gauche ne se liera pas les mains dans une vaine course à la croissance. Rêvons qu’il se distingue de ses principaux adversaires.

Areva est en crise AFP Reporterre 2011/10/20 AFP (20 octobre 2011) Areva est en crise. Reporterre. fr

Areva est en crise

La direction d’Areva a convoqué en urgence les syndicats au niveau européen après la divulgation d’informations sur ses projets de suppressions d’emplois en Belgique et en Allemagne, où le dirigeant du groupe nucléaire français a subitement démissionné.

Ulrich Gräber, 63 ans, a annoncé à ses employés sa démission du poste de directeur de la filiale allemande d’Areva, en raison de la réorganisation attendue des activités outre-Rhin avec la sortie allemande du nucléaire.

« Je considère qu’il est exceptionnellement important que les prochaines années soient caractérisées par la continuité et la stabilité au sein du conseil de direction » de la filiale allemande d’Areva, explique-t-il dans son courriel daté de mercredi, dont l’AFP a eu copie. « J’ai maintenant 63 ans et je suis convaincu que la réalisation du plan stratégique pour la région allemande, qui continuera au-delà de 2020, doit être associée à une nouvelle direction allemande », écrit-il.

En pleine réorientation après la catastrophe de Fukushima et la fin de l’ère d’Anne Lauvergeon, le géant nucléaire français et son nouveau patron Luc Oursel vont présenter en décembre un vaste « plan d’action stratégique » destiné à remettre à plat les perspectives de l’ensemble des activités du groupe.

La chute de la demande de combustible nucléaire a déjà contraint Areva à suspendre pendant deux mois la production dans deux usines françaises de conversion d’uranium de sa filiale Comhurex, à Malvesi dans l’Aude et au Tricastin dans la Drôme.

Selon le mensuel français L’Expansion, le groupe s’apprête à supprimer 800 emplois en Allemagne dans le combustible et à fermer d’ici trois ans une usine employant 150 personnes à Dessel en Belgique.

Premier producteur mondial d’uranium, Areva est présent sur toute la chaîne de l’atome civil, de la fabrication au retraitement du combustible nucléaire ainsi que la construction et l’entretien des réacteurs.

Après Fukushima, une partie de ses espoirs de renaissance nucléaire sont remis en cause, d’autant que des investissements de l’ère Lauvergeon ne se sont pas avérés judicieux.

Selon L’Expansion, d’importants projets en Afrique et aux Etats-Unis vont être gelés ou annulés et la nouvelle filiale mines cherche à ouvrir son capital à un nouvel entrant.

Les syndicalistes interrogés par l’AFP ont exprimé leurs inquiétudes, notamment des représentants de IG Metall et de la CFE-CGC.

Un comité de groupe européen consacré à « la présentation des évolutions des activités de fabrication de combustible du groupe Areva Europe » a été convoqué par la direction pour mercredi et jeudi prochains [26 e 27 octobre]. Sur le site belge de Dessel, la direction a rencontré le personnel inquiet mercredi et une réunion d’entreprise est prévue la semaine prochaine.

En France, Areva a également été affecté par une grève jeudi [20 octobre] sur les sites de La Hague (Manche), de Marcoule (Gard) et de Pierrelatte (Drôme), en raison de la dénonciation d’accords d’entreprise par la direction. Celle-ci estimait le nombre de grévistes dans l’après-midi à environ 40% des effectifs concernés (6.000 à 7.000 personnes), un niveau comparable à un précédent mouvement le 26 septembre, tandis que la CFDT comptait elle 60 à 80% de grévistes.

Eric Besson s’ingère dans les rapports de la Ville de Paris et des opérateurs de téléphonie mobile Mairie de Paris Reporterre 2011/10/20 Mairie de Paris (20 octobre 2011) Eric Besson s’ingère dans les rapports de la Ville de Paris et des opérateurs de téléphonie mobile. Reporterre. fr

Eric Besson s’ingère dans les rapports de la Ville de Paris et des opérateurs de téléphonie mobile

Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie Numérique s’est cru mardi 18 octobre dans l’obligation de s’ingérer dans les relations entre la Ville de Paris et les opérateurs de téléphonie mobile. Bien mal informé, Eric Besson déforme la réalité.

La Ville réaffirme que les discussions- qui ont débuté dès mars 2011 avec une fin annoncée au 30 septembre 2011- s’inscrivent dans la droite ligne des préconisations de la conférence parisienne « ondes, santé, société » du 18 juin 2009, ainsi que dans la continuité du voeu adopté, à l’unanimité de tous les groupes politiques, par le Conseil de Paris du 12 juillet 2011.

Le 13 octobre, après 6 réunions, les opérateurs ont présenté des contre-propositions qui font voler en éclat les acquis de la charte de 2003, et privent ainsi les Parisiennes et les Parisiens des garanties dont ils bénéficiaient depuis 9 ans en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques de téléphonie mobile.

A la différence du ministre, la Ville, connaissant parfaitement la réglementationapplicable, n’a jamais annoncé la suspension du déploiement des réseaux à Paris.

En revanche, la Ville a indiqué qu’en l’absence de charte, elle suspendait toute nouvelle implantation d’antennes sur les bâtiments qui lui appartiennent et procédait à l’étude juridique nécessaire de l’état des antennes y étant installées, les opérateurs n’ayant aucun titre d’occupation.

La réaction intempestive d’Éric Besson est en réalité une tentative de masquer l’immobilisme du gouvernement, qui n’a pris aucune décision deux mois après les conclusions du comité opérationnel sur l’exposition aux ondes radios (COMOP) et trois ans après le Grenelle des Ondes. Les citoyens doivent se contenter d’un communiqué de presse et de la création du COPIC (Comité Opérationnel Issu du Comop).

La Ville de Paris est et entend rester une ville numérique responsable. Elle a indiqué lundi 17 octobre au Conseil de Paris, par la voix de Mao Péninou, adjoint chargé de la qualité des services publics municipaux, se tenir prête à négocier avec les opérateurs dés lors que ceux-ci feront des propositions ne remettant pas en cause les acquis en matières d’information et de transparence, d’intégration paysagère et d’abaissement du seuil d’exposition au niveau le plus bas possible, permettant de conserver une qualité de service la meilleure possible.

Les Papous font grève et tout le monde s’en fout Philippe Pataud Célérier (Le Monde Diplomatique) Reporterre 2011/10/20 Philippe Pataud Célérier (Le Monde Diplomatique) (20 octobre 2011) Les Papous font grève et tout le monde s’en fout. Reporterre. Mines et Gaz de schiste fr

Les Papous font grève et tout le monde s’en fout

« La mine d’or de Grasberg est la plus haute du monde et son exploitation — une folie technologique — est un écocide qui saccage plus de 6 % de la Papouasie, presque l’équivalent du territoire de la Belgique »

Les ressources naturelles abondent en Papouasie occidentale. Pourtant, depuis son annexion forcée en 1963, cette province indonésienne concentre les populations les plus pauvres de l’archipel (1). Nouvelle illustration de ce paradoxe ordinaire en terre papoue, le conflit qui oppose depuis la mi-septembre huit mille grévistes — 70 % des mineurs, selon les syndicats — à la société Freeport Indonesia (PT-FI), filiale à 91 % du géant minier américain Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc, basé à Phoenix, dans l’Arizona. Déjà, la répression a fait deux morts et au moins sept blessés graves parmi les grévistes.

Cette filiale de vingt-quatre mille salariés exploite depuis 1990 la plus grande mine de cuivre et d’or au monde en termes de réserves récupérables : le site minier de Grasberg, situé à quelques kilomètres du Puncak Jaya, point culminant d’Océanie et terre sacrée pour nombre de groupes ethniques. Le cuivre, dont celui de Papouasie occidentale, génère près de 80 % des revenus de Freeport-McMoRan.

A l’origine du conflit, des revendications salariales sur fond de terribles frustrations sociales : la grande majorité des mineurs sont nés sur ces terres si généreuses, dont ils ne tirent aucun profit. Ne gagnant que 1,50 dollar de l’heure (à peine plus de 1 euro), ils dénoncent la faiblesse des rémunérations payées par la multinationale, alors même que leurs conditions de travail sur ce site — entre 3 200 et 4 200 mètres d’altitude --- sont des plus éprouvantes. « N’aurions-nous droit qu’aux préjudices de cette exploitation ? », clame l’un des mineurs affiliés à la section mines du Syndicat des travailleurs de la chimie, de l’énergie et des mines de PT Freeport Indonesia. Le syndicat réclame une multiplication par huit du salaire de base.

La mine d’or de Grasberg est en effet la plus haute du monde et son exploitation — une folie technologique — est aussi un écocide qui saccage plus de 6 % de la Papouasie, presque l’équivalent du territoire de la Belgique. A raison de quelques grammes de précieux minerai extraits (0,98 gramme d’or par tonne par exemple), la mine rejette chaque jour plus de 700.000 tonnes de déchets aux dépens des autochtones, spoliés de leurs terres quand ils n’ont pas été empoisonnés par les eaux de leurs fleuves.

Mais que peuvent peser ces groupes ethniques locaux, souvent divisés, face à ce géant minier qui est le premier contribuable de l’archipel ? De 1992 à juin 2011, Freeport a versé pas moins de 13 milliards de dollars au gouvernement indonésien, propriétaire par ailleurs des 9% restants de la filiale Freeport Indonesia. La multinationale bénéficie donc d’un label d’acteur éminemment respectable, dont on entend moins vilipender les excès que protéger les actifs. L’an dernier, Freeport aurait dépensé 14 millions de dollars pour protéger son complexe industriel. Un marché de la sécurité lucratif, que se disputent factions militaires et forces spéciales policières indonésiennes. Celles-ci n’hésitent d’ailleurs pas à s’entretuer pour s’assurer les contrats les plus juteux. Les conséquences de ces rivalités meurtrières seront de toutes façon imputées à leur ennemi commun, l’OPM — Mouvement de libération papou —, pour lequel Freeport Indonesia incarne l’aliénation de l’indépendance papoue.

En attendant, ce sont encore ces forces spéciales policières qui sont responsables de la mort des deux mineurs, alors même qu’un millier d’entre eux tentaient de repousser les briseurs de grève appelés par Freeport Indonesia auprès de ses sous-traitants. Car la direction a rapidement fait son choix. Les rémunérations demandées par les grévistes sont bien trop « irréalistes », « sans rapport, dit-elle, avec le niveau des salaires en Indonésie et nettement supérieures aux salaires de mineurs d’autres pays effectuant un travail similaire ». Une augmentation de 25% était quand même proposée, mais elle a immédiatement été rejetée par les grévistes.

Depuis l’affrontement, les négociations sont au point mort. Pis, l’activité de la mine est arrêtée et ses voies d’accès sont bloquées par les grévistes. La dernière production quotidienne (230.000 tonnes d’or, 150.000 tonnes de cuivre) est en attente d’exportation. Certains pipelines ont même été sabotés, rendant impossible tout acheminement des métaux précieux vers les ports. Au grand dam de M. Darwin Zahedy Saleh, ministre indonésien chargé de l’énergie, qui fait état d’une perte quotidienne de 6,7 millions de dollars pour son gouvernement.

Mais les grévistes sont plus que jamais déterminés à faire durer le mouvement. Non seulement pour faire aboutir leurs revendications, mais aussi pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce qu’ils appellent un nouveau « meurtre Freeport ».

Responsable ou non, celle qu’on accuse de tous les maux depuis quelques décennies devra ouvrir le dialogue. Les marchés boursiers sont volatiles quand les revendications s’enflamment et font tache d’huile. Les travailleurs péruviens de la mine de cuivre de Cerro Verde, contrôlée par Freeport-McMoRan, ne viennent-ils pas à leur tour de lancer une grève illimitée pour réclamer des augmentations de salaires ? « Nous sommes parvenus à réaliser en 2010 les meilleurs résultats financiers de l’histoire de notre entreprise », annonçait récemment le géant minier à ses actionnaires (2). Ceci explique peut-être aussi cela.

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Notes :

(1) Lire « Vers la disparition des peuples papous en Indonésie ? », Le Monde diplomatique, février 2010.

(2) Rapport annuel 2010, mai 2011.

Le président de la Commission européenne : « Il faut réduire notre croissance » Sicco Mansholt (Le Nouvel observateur) Reporterre 2011/10/21 Sicco Mansholt (Le Nouvel observateur) (21 octobre 2011) Le président de la Commission européenne : « Il faut réduire notre croissance ». Reporterre. Tribune — fr

Le président de la Commission européenne : « Il faut réduire notre croissance »

C’était en 1972. Le président de la Commission européenne - un poste aujourd’hui tenu par Manuel Barroso - appelait à changer l’économie de croissance. La question alors posée par Sicco Mansholt : « Etant donné les limites qui nous sont imposées à long terme pour la production d’énergie, de nourriture, de fer, de zinc, de cuivre, d’eau, etc., est-il possible de maintenir notre taux de croissance sans modifier profondément notre société ? »

Pour des millions d’Européens, il était l’incarnation de la technocratie, un homme de chiffres et de pourcentages, le pire de l’Europe verte, plus soucieux de rendement que de problèmes humains. Puis cet ancien ministre de l’Agriculture des Pays-Bas, devenu président de la Commission du Marché commun à Bruxelles, eut sa « terrible révélation ». A soixante-trois ans, en juillet 1971, Sicco Mansholt – l’homme du plan « inhumain » de réorganisation de l’agriculture européenne – venait de découvrir la Vérité, sous la forme d’un rapport universitaire du M.I.T.

"J’AI COMPRIS, tout à coup, que c’était l’ensemble de notre système qu’il fallait radicalement changer », a-t-il dit à Josette Alia. Et il s’en est expliqué longuement : pour lui, l’Europe écologique est devenue une nécessité, quitte à stopper dès à présent la croissance de nos sociétés industrielles. L’Europe « humaine », celle de la « croissance zéro », devra abolir la notion de Produit national brut pour promouvoir celle de Bonheur national brut. Abstractions ? Divagations d’un technocrate qui s’est cru philosophe ? Cette interview – accordée une semaine avant le grand débat organisé par l’OBS et qui réunira, aux côtés de Sicco Mansholt et du philosophe Herbert Marcuse, plusieurs spécialistes des problèmes de l’environnement et de la survie – prouve qu’il s’agit, au contraire, de la plus réaliste des prises de position : il faut la comprendre ou se préparer à mourir…

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Vous étiez l’homme de l’Europe verte, le champion de la productivité technocratique, du rendement à tout prix. Comment en êtes-vous venu à défendre, presque du jour au lendemain, l’équilibre naturel et la qualité de la vie ? Est-ce à la suite d’une révélation brutale, d’un choc, ou l’aboutissement d’une décision longuement mûrie ?

Sicco Mansholt. – Les deux. Qu’il faille préserver l’équilibre naturel, j’en ai été convaincu toute ma vie. Pour une raison simple : je ne suis pas un citadin, j’ai toujours vécu à la campagne, je suis agriculteur, mon père, mon grand-père et tous mes ancêtres étaient fermiers. Naturellement, j’ai dû cesser d’exploiter ma ferme lorsque je suis entré dans la vie publique – on ne peut pas faire partie de cette commission et avoir des intérêts agricoles, c’est contraire aux statuts.

Mais, enfin, je sais ce que c’est que la terre. Et je sais, par expérience, qu’elle s’épuise vite, ou plutôt qu’on l’épuise d’une manière insensée : quand j’étais agriculteur, j’ai utilisé comme tout le monde des insecticides, des pesticides, des produits chimiques, des engrais de toute sorte. Comment faire autrement ? Tous les agriculteurs savent à quel point ces produits sont néfastes : si vous voulez vous suicider et que vous essayiez d’acheter de l’arsenic chez un pharmacien, on vous le refusera. Mais allez donc dans une coopérative agricole : là, vous pourrez acheter, par kilos, de quoi tuer tout un village. Et c’est cela qu’on utilise pour la terre !

Tenez, le mercure, que tous les paysans emploient : il est d’une telle efficacité que tout est tué, les insectes, les oiseaux… Mais d’autres insectes plus résistants apparaissent par mutation, qui obligent à employer des doses de plus en plus fortes de pesticides. En ce moment, nous en sommes à trois cent mille tonnes par an de poisons agressifs et ce chiffre ne cessera de monter. Quel paysan peut l’ignorer ? Donc, tout cela, j’en étais bien conscient. Je l’ai même dit pour la première fois à Londres, en 1968, dans un discours que j’avais fait pour le soixantième anniversaire de la Shell. Pourtant, je pensais alors qu’il était possible de résoudre le problème de la malnutrition par des mesures, disons marginales, d’adaptation. Le choc – car j’ai reçu un choc, c’est vrai – est venu lorsque j’ai lu le rapport du System Dynamic Group, du Massachusetts Institute of Technology, de Cambridge (Massachusetts) [le rapport du Club de Rome].

C’est une étude très sérieuse, effectuée en juillet 1971, qui n’a pas encore été traduite en français je crois. Elle ne révèle rien que nous ne sachions déjà mais les conclusions en sont présentées de telle manière qu’au premier coup d’œil apparaissent toutes les conséquences inéluctables de notre folle politique d’expansion (quand je dis « notre » politique, ce n’est pas seulement celle de l’Europe mais celle que mène le monde entier depuis le début de l’ère industrielle). Cela a été pour moi une révélation terrible. J’ai compris qu’il était impossible de s’en tirer par des adaptations : c’est l’ensemble de notre système qu’il faut revoir, sa philosophie qu’il faut radicalement changer.

A ce point ?…

S. M. – Oui. Les courbes dessinées par les ordinateurs sont très claires : la montée de la population, l’épuisement des ressources naturelles, la pénurie de nourriture, l’emballement de la pollution, l’effondrement de la production industrielle privée d’énergie et de matières premières conduisent inévitablement au collapsus, au désastre.

Et l’on peut même donner une date…

S. M. – La grande crise devrait commencer vers la fin du siècle : 1985-1990 – ce n’est pas si loin ! –, et culminer vers l’an 2020 si nous laissons les choses aller. Les régions sous-développées seront touchées les premières, avant l’Europe, où l’accroissement démographique est moins rapide qu’ailleurs, mais finalement tout le monde sombrera dans la même catastrophe.

Cette perspective vous a donc amené à vous ranger définitivement dans le camp des partisans d’une Europe « écologique »…

S. M. – Tout le monde – du moins les savants et certains économistes – évoquait la possibilité d’un désastre. Mais, pour la première fois, avec le rapport du MIT., on a des preuves : les limites précises de notre politique de croissance « sauvage » sont dessinées, fixées, datées. Nous savons, dès à présent, quand s’épuisera l’énergie disponible, quand s’arrêtera la production agricole, quand nous commencerons à manquer de matières premières, quand la pollution atteindra son seuil véritablement critique. La combinaison de tous ces éléments a permis aux ordinateurs de tirer leurs conclusions. Mais, à vrai dire, il n’était même pas besoin de recourir aux ordinateurs : il y a quelques semaines, un économiste néerlandais est arrivé au même résultat en un après-midi, sans ordinateur, par un simple calcul algébrique. C’est si évident que je ne comprends pas que les gouvernements n’en soient pas plus émus. Moi, en tout cas, je suis persuadé que nous devons modifier rapidement et totalement non seulement notre politique mais notre comportement – si l’on veut, tout simplement, ne pas disparaître.

Y a-t-il, selon vous, un ordre de priorité, des actions d’urgence à entreprendre ?

S. M. – Il faut cesser immédiatement de tirer des chèques en blanc sur le futur. Il est urgent de se préoccuper enfin de maintenir – parfois de rétablir – l’équilibre naturel entre l’eau, l’air, le sol, les plantes… On ne détruit pas impunément ce qui est le résultat d’un développement harmonieux de trois cents millions d’années !

Comment imaginez-vous une Europe « humaine », insérée dans un équilibre naturel ? Que faudrait-il changer ? A quoi ressemblerait-elle ?

S. M. – On ne peut pas parler seulement de l’Europe, parce que l’Europe n’est qu’une île, une petite partie du monde. Quelles en sont les limites ? La frontière avec la D.D.R.[Allemagne de l’est, qui était alors sous un régime communiste] ? En partant en voiture de ce bâtiment où nous sommes, ici, à Bruxelles, vous y êtes en moins d’une journée… Non, ce qu’il faut, c’est étendre le problème au monde entier. Il est impossible de fractionner ! Prenons, par exemple, l’accroissement démographique, qui est déterminant : nous sommes 3,7 milliards d’hommes environ. Dans trente ans, nous serons au moins 7 milliards parce que 45 % de la population mondiale a aujourd’hui moins de quinze ans. Est-ce que ce sera supportable ? A mon avis, ça ne l’est déjà plus, en 1972, en Inde, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud, partout où l’on est très pauvre. La preuve, c’est qu’on compte, chaque année, environ 40 millions de morts imputables à la malnutrition, ou simplement à la famine, dans les pays sous-développés.

J’ai fait un calcul très simple : si nous voulions que toute la population du globe jouisse d’un niveau de vie comparable à celui que nous avons en Occident, étant donné le revenu mondial global, savez-vous à quel chiffre elle devrait s’abaisser ? A un milliard d’individus. Vous voyez que nous sommes, aujourd’hui déjà, loin du compte, avec nos 3,5 milliards. Alors, dans trente ans, quand nous serons le double… ! C’est pourquoi il est à la fois égoïste et irréaliste de dire : « Ce n’est pas nous qui croissons trop vite, ce sont les autres. » C’est à peu de chose près l’attitude du gouvernement français, c’est trop facile ! En dehors de tout argument de solidarité, on peut rétorquer que chaque Occidental utilise environ vingt-cinq fois plus d’énergie et de matières premières que les habitants des pays pauvres. La différence de croissance démographique n’est-elle pas largement compensée par cette consommation inégale des ressources mondiales ? Pour être logique avec lui-même, si un pays refuse de diminuer ou de stabiliser sa population parce que c’est aux autres, plus nombreux, de le faire, il doit, au moins, en contrepartie, accepter d’abaisser sa propre consommation au niveau des « autres ». Or les pays riches, au contraire, veulent, en plus, une croissance continue…

Alors que vous êtes, vous, partisan d’une croissance ralentie. On a même dit que vous préconisiez une « croissance zéro »…

S. M. – J’ai été très mal compris sur ce point. En fait, les hommes politiques qui m’ont attaqué n’ont probablement pas lu le rapport du M.I.T. Ils ne peuvent concevoir une forme de société différente de celle que nous connaissons et qui est tout entière basée sur une croissance continue. Or la question maintenant n’est plus là. La question est : étant donné les limites qui nous sont imposées à long terme pour la production d’énergie, de nourriture, de fer, de zinc, de cuivre, d’eau, etc., est-il possible de maintenir notre taux de croissance sans modifier profondément notre société ? En étudiant lucidement le problème, on voit bien que la réponse est non. Alors, il ne s’agit même plus de croissance zéro mais d’une croissance en-dessous de zéro. Disons-le carrément : il faut réduire notre croissance économique, notre croissance purement matérielle, pour y substituer la notion d’une autre croissance – celle de la culture, du bonheur, du bien-être.

Pour vous, les deux croissances, celle de l’économie et celle du bonheur, ne sont donc pas liées…

S. M. – Non et non ! Il y a dans nos sociétés des tas de choses dont on peut se passer – dont on devra, de toute façon, se passer : ce n’est pas la peine d’avoir autant de voitures, de recouvrir de cuivre ou d’acier les petites tables de salon, de fabriquer tous ces gadgets, tous ces vêtements, tous ces appareils inutiles… On gaspille ainsi un matériel limité, donc précieux. Il faudra simplifier la vie, réduire la consommation, absolument !

Je sais qu’en disant ces choses je vais susciter des tollés. Mais j’attends encore que ceux qui ne sont pas d’accord m’expliquent comment nous pourrons faire autrement : nous savons que, dans vingt ans, les plus grands gisements de pétrole seront à sec, que, dans trente ans, nous n’aurons pratiquement plus de pétrole du tout : déjà, des pays, comme le Koweït abaissent leur production pour que leurs puits durent au-delà de vingt ans. Déjà, les Américains, en prévision de l’avenir, pensent à réinjecter à grands frais dans leurs puits vides du Texas du pétrole importé du Moyen-Orient parce qu’ils savent que la demande de pétrole, pour les vingt ans à venir, est environ le double des réserves recensées. Même si les réserves mondiales étaient le double des estimations les plus optimistes, cela nous donne seulement vingt années de plus. Et nous continuons quand même à brûler cette précieuse énergie qui est encore dans le sol pour nous chauffer, pour alimenter des voitures surabondantes et inutiles, pour des débauches d’électricité !

En vérité, la plupart de nos prétendus « progrès » techniques nous enfoncent dans le désastre, nous précipitent dans une voie sans issue. Même les pays qui se croient les plus forts, qui pensent pouvoir monopoliser toutes les ressources existantes pour leur survie ou leur confort, iront à la catastrophe. Elle sera peut-être encore plus brutale pour eux…

Notre société future ne peut pas être à l’image de la société actuelle : ce sera une société où il y aura moins d’autos, des maisons plus simples, moins de moyens de transports, plus du tout de jumbo-jets et autres avions supersoniques. Le Concorde [avion civil supersonique], par exemple, est une folie. Tout le monde le sait. Il ne peut déjà pas survoler certains pays – en particulier la Hollande et les Etats-Unis. Pourquoi ? Trop polluant. Trop d’énergie gaspillée. Le Concorde n’est pas le futur, c’est le passé.

Cette société future, vous la décrivez… Mais avez-vous un plan, des mesures concrètes à proposer pour son avènement ?

S. M. – Oui, bien sûr. J’ai déjà fait quelques propositions dans ma lettre à Malfatti mais cette lettre était, à l’origine, destinée à des collègues et non à la publication. Si j’avais su qu’elle serait publiée, je l’aurais écrite d’une manière plus précise et plus complète, alors que je n’ai fait que lancer une sorte de programme d’étude… Nous avons pourtant pu en tirer de vraies conclusions politiques, concrètes, dans un rapport encore inédit, qui a été élaboré aux Pays-Bas entre des représentants de trois partis politiques de gauche, des syndicalistes et moi-même. Evidemment, je reconnais qu’un tel programme est difficile à « vendre » politiquement ; pourtant, je crois que c’est dans ce sens qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, aller…

Les multinationales minières parviennent à interdire le livre « Noir Canada » Ecosociété Reporterre 2011/10/21 Ecosociété (21 octobre 2011) Les multinationales minières parviennent à interdire le livre « Noir Canada ». Reporterre. Libertés fr

Les multinationales minières parviennent à interdire le livre « Noir Canada »

Les poursuites judiciaires étaient trop lourdes. La maison d’édition Ecosociété a fini par retirer de la vente le livre Noir Canada. Celui-ci décrivait les agissements des compagnies minières installées dans ce pays.

Cher.ère.s signataires

Il y a bien longtemps que nous ne vous avons pas tenu.e.s informé.e.s de la suite de nos péripéties. C’est que nous étions bien occupé.e.s à défendre nos convictions loin de l’arène publique. C’est ainsi que les Éditions Écosociété et les auteures de Noir Canada annoncent aujourd’hui des développements importants.

Voici donc où en est l’Affaire Noir Canada :

Fin de la poursuite de Barrick Gold : Écosociété règle hors cour

Au terme d’une lutte judiciaire qui aura duré trois ans et demi, les Éditions Écosociété sont parvenues à une entente hors cour avec la multinationale Barrick Gold. Afin de mettre fin à la poursuite que Barrick Gold leur a intentée en avril 2008 pour un montant de 6 millions de dollars, et pour cette raison uniquement, les Éditions Écosociété cessent la publication du livre Noir Canada et versent à Barrick Gold un montant d’argent par le biais de leur assureur.

Ce retrait ne saurait en rien constituer un désaveu du travail des auteures, Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher, ou de l’éditeur. En quelques années d’existence, Noir Canada (Prix Richard-Arès 2008) aura rejoint des milliers de lecteurs. Son analyse du rôle des sociétés canadiennes en Afrique aura permis d’ouvrir un débat nécessaire sur le paradis judiciaire qu’est le Canada pour les entreprises minières mondiales et aura fait réaliser aux Canadienes que leur épargne se trouve investie dans ces activités controversées. Les Éditions Écosociété restent convaincues que l’ouvrage Noir Canada méritait d’être publié.

Noir Canada réclame une commission d’enquête indépendante qui ferait la lumière sur les nombreux cas d’abus qui auraient été commis en Afrique, selon une documentation internationale pléthorique. Écosociété et les auteures de Noir Canada continuent de réclamer la tenue d’une telle enquête.

Avec ce règlement, les Éditions Écosociété et les auteurs de Noir Canada comptent également se dégager d’un procès de 40 jours et de multiples procédures représentant en soi des coûts financiers, humains et moraux colossaux, malgré la provision pour frais de 143 000 $ que la juge Guylaine Beaugé a ordonné à Barrick Gold de leur verser le 12 août dernier. Elle concluait alors dans son jugement que la poursuite intentée présentait une apparence d’abus.

Poursuite de Banro en Ontario

Malgré ce règlement, la lutte ne prend pas fin et votre soutien demeure essentiel.

En effet, si le litige opposant les défendeurs à Barrick Gold est maintenant derrière eux, les Éditions Écosociété et les auteurs de Noir Canada font toujours face à une poursuite en diffamation de 5 millions de dollars, intentée par la multinationale Banro en Ontario. Ils sont toujours en attente d’une décision de la Cour suprême afin de rapatrier la poursuite au Québec, l’Ontario n’ayant pas encore adopté de loi contre les poursuites-bâillons.

L’engagement renouvelé d’Écosociété

Les Éditions Écosociété entendent continuer leur travail d’éditeur critique, engagé et indépendant. Elles entendent continuer, malgré les menaces qui pèsent sur le livre et la pensée, à défendre la liberté d’expression nécessaire au débat public, à la pensée critique et à la vie démocratique. Elles s’enorgueillissent également de continuer à publier l’auteur Alain Deneault, dont les écrits constituent une précieuse contribution à la pensée critique. D’ailleurs, elles annoncent d’ores et déjà la parution cet automne de son prochain ouvrage, Faire l’économie de la haine, un recueil de textes exposant les formes culturelles d’une « censure insidieuse » visant à empêcher des raisonnements critiques.

L’avenir de la liberté d’expression

L’aventure de cette publication, c’est trois années et demie de lutte pour la liberté d’expression, la liberté de publier et le droit à l’information, durant lesquelles Écosociété et les auteures de Noir Canada ont reçu le soutien de milliers de citoyennes, de centaines de professeures d’universités, de dizaines de juristes et de nombreuses organisations et personnalités publiques. Vos encouragements généreux, vos analyses judicieuses, votre indépendance d’esprit, votre soif de débattre de questions complexes, ainsi que le récit de vos propres combats nous ont inspirées pendant ces années. C’est un trésor qu’aucun puissant ne pourra nous enlever, une base solide pour nos projets les plus beaux.

Les démarches d’Écosociété, ajoutées à plusieurs autres, notamment celles de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), auront contribué à l’adoption de la Loi modifiant le Code de procédure civile pour prévenir l’utilisation abusive des tribunaux et favoriser le respect de la liberté d’expression et la participation des citoyens au débat public, seule législation du genre en vigueur au Canada. Si la liberté d’expression est toujours menacée au Canada, notamment en raison de la portée étendue accordée par nos tribunaux au droit à la réputation, cette affaire démontre la réelle volonté politique des citoyen.ne.s à la défendre.

Pour tout cela, nous vous exprimons notre profonde reconnaissance.

Plus que jamais, la défense de la liberté de parole passe aussi par un débat sur l’accès à la justice pour tous.

Les auteurs de Noir Canada n’ont sans doute rien fait de plus que le travail auquel on s’attend des penseurs et des chercheurs au sein de chaque collectivité. Derrière la poursuite dont ils sont l’objet, demeure une question fondamentale : peut-on encore être critique dans notre société ? Le pouvoir (et l’argent) doit-il toujours l’emporter sur le droit de savoir, ou du moins sur le droit de s’interroger publiquement ? Au-delà de ce que recouvre la notion d’atteinte à la réputation, c’est donc l’avenir de la pensée qui se jouera ici.

EXCLUSIF : La lettre des Académiciens contre Claude Allègre Par Julien villalard Reporterre 2011/10/24 Par Julien villalard (24 octobre 2011) EXCLUSIF : La lettre des Académiciens contre Claude Allègre. Reporterre. fr

EXCLUSIF : La lettre des Académiciens contre Claude Allègre

Fin septembre, on apprenait que Claude Allègre lançait une fondation dite « Ecologie d’avenir » avec le parrainage de l’Institut de France, qui coiffe l’Académie des sciences. Ce parrainage a suscité le courroux de nombreux académiciens, qui ont écrit à début octobre au chancelier de l’Institut pour protester contre ce parrainage. Voici leur lettre.

“Monsieur le Chancelier de l’Institut, cher Confrère

Nous sommes plusieurs à l’Académie des sciences à avoir découvert par la lecture de la presse de la semaine dernière qu’il existait désormais une Fondation "Ecologie d’Avenir" au sein de l’Institut. Certes le sujet est de grande importance et il a tout à gagner d’une véritable réflexion scientifique face à des militants souvent sectaires qui agitent aisément les peurs du public. Sur le fond donc, quand bien même nous aurions aimé que cette création soit précédée d’une réflexion au sein des Académies de l’Institut, nous ne pouvons que nous réjouir de cette création.

En revanche cette initiative nous semble plombée ab initio par le choix du Président de son conseil d’orientation. Comme vous le savez notre Confrère Claude Allègre est pour l’opinion française le porteur du climato-scepticisme, alors qu’à l’évidence le changement climatique est sans doute une des thématiques majeures nécessitant des actions immédiates pour préserver l’environnement et permettre l’adaptation des sociétés humaines.

Son agressivité vis-à-vis des climatologues lui a fait franchir fréquemment les bornes de la déontologie scientifique et quand bien même il s’abstiendrait désormais d’intervenir sur la climatologie, ses positions ne manquent pas de relais au sein même de l’Académie des sciences qui ne se sentent nullement liés par la prise de position de celle-ci explicitée dans son rapport 2010 à Madame Pécresse. Il nous semble donc que le choix de ce Président du Conseil d’Orientation est une erreur, et qu’il est nécessaire de le reconsidérer si nous voulons continuer à être entendus de nos concitoyens.

Croyez bien, Monsieur le Chancelier, que notre action n’est ici inspirée que par notre souci de préserver l’autorité morale de l’Institut.

Avec nos sentiments confraternels et dévoués

Signataires :

A.Aspect, S. Balibar, E. Bard, M.A. Bouchiat, E. Brézin, C. Cesarsky, ML Chanin, C. Cohen-Tannoudji, B.Dujon, D. Jérome, JP Kahane, P.Nozières, X. Le Pichon, H. Le Treut, C. Lorius, G. de Marsily, O. Macchi, Yves Meyer, Christine Petit, Michel Petit, A. Prochiantz, J.L. Puget.

Pour couvrir la dette, pomper les paradis fiscaux Jean Gadrey Reporterre 2011/10/24 Jean Gadrey (24 octobre 2011) Pour couvrir la dette, pomper les paradis fiscaux. Reporterre. Tribune — fr

Pour couvrir la dette, pomper les paradis fiscaux

« Entre la récupération de la création monétaire par les pouvoirs publics, la réduction des inégalités et la fermeture des paradis fiscaux, il y a largement de quoi en finir avec les dettes publiques excessives et mortifères. »

Il y a eu plusieurs textes et beaucoup de commentaires sur ce blog autour des dettes publiques, avec notamment des interventions bienvenues de A-J. Holbecq. Mais s’il est vrai que le fait d’avoir réservé aux marchés, c’est-à-dire aux grands spéculateurs du monde, la fonction de prêteurs aux Etats européens, a nettement amplifié les dettes, d’autres facteurs, souvent liés entre eux, ont joué et jouent encore. Je reviens ici sur le rôle de l’excès d’inégalités et sur celui de l’évasion dans les paradis fiscaux.

Il en a déjà été question sur ce blog, et bien d’autres économistes d’Attac ou « atterrés » ont développé cet argument : la crise financière, et celle des dettes publiques qui a pris le relais, sont pour une large part issues d’inégalités démesurées. Des inégalités dont le creusement est passé par de multiples stratégies des dominants : fiscalité injuste, niches et fraude fiscales, partage de la valeur ajoutée évoluant en faveur des profits et dividendes, privatisations de services publics… plus l’évasion fiscale, objet du second point.

Voici un indice supplémentaire du fait que les pays les plus menacés par le couple infernal (dette + marchés) sont en tendance les plus inégalitaires, ceux où les plus riches ont le plus ponctionné de revenus au détriment des plus pauvres (et au détriment des recettes publiques). Cette relation existait déjà en 2007, avant que les marchés ne viennent l’amplifier.

Si vous examinez le graphique des coefficients d’inégalité de Gini (1) des pays de l’OCDE au milieu des années 2000, vous y repérez du côté des pays plus (ou bien plus) inégalitaires que la moyenne, presque tous les pays très endettés dont on parle le plus : Grèce, Italie, Portugal, Japon, États-Unis, Espagne, Irlande…

Il existe des exceptions à cette corrélation : la Belgique (un peu plus endettée que la France et un peu moins inégalitaire), l’Espagne et la Grande-Bretagne (plus inégalitaires que la France mais un peu moins endettées). L’accumulation de dettes publiques a certes d’autres ressorts que l’inégalité, mais ce graphique va globalement dans le sens de la thèse d’une « crise des inégalités ».

DETTES PUBLIQUES ET PARADIS FISCAUX

Un jeune économiste de l’Ecole d’économie de Paris (pardon : Paris School of Economics, c’est plus classe), Gabriel Zucman, vient de recevoir un prix de l’association européenne d’économie pour une étude de qualité sur « The missing wealth of nations ». Il s’agit en l’occurrence des patrimoines financiers (actions, obligations et autres titres financiers) mis à l’abri dans les paradis fiscaux, dont la Suisse, le plus important (environ un tiers des patrimoines mondiaux cachés).

Gabriel Zucman (voir sa page) montre ceci, avec une méthode d’une ingénieuse simplicité (dans son principe) : « En 2008, environ 8% du patrimoine financier mondial des ménages était détenu “offshore”, dont 6% n’était enregistré nulle part comme actif… Selon toute vraisemblance, une grande partie des fortunes offshore appartiennent à des Européens : ces avoirs « invisibles » en comptabilité classique font passer la zone euro en positif vis-à-vis du reste du monde. À l’heure de la crise de la dette en Europe, cette information est vitale car elle nous montre que les pays européens sont dans une large mesure leurs propres créanciers (et non la Chine ou les pays du Golfe). Il ne s’agit pas de nier les problèmes de finances publiques, mais de réaliser que l’Europe possède, si elle en a la volonté politique, tous les moyens pour résorber la crise qui la frappe… » (extraits d’entretien).

La possibilité de mobiliser ces patrimoines financiers, devenus invisibles dans les comptes, pour contribuer à résoudre la crise des dettes n’est pas traitée par l’auteur. Mais certains chiffres peuvent aider à y réfléchir. Les actifs ainsi cachés seraient, en milliards de dollars ; de l’ordre de 4.500 (en 2008, année basse) à 5.000 (en 2007 et probablement du même ordre en 2010), dont 45 % détenus par des agents européens, soit environ 2.000 à 2.200 milliards de dollars courants, AUTOUR DE 1.500 MILLIARDS D’EUROS. Une mesure énergique mais juste – il s’agit de fraude - consisterait à les récupérer intégralement. Mais même une récupération partielle d’un tiers, soit 500 milliards d’euros, ferait l’affaire. On rappelle que le fonds européen de stabilisation financière dispose d’une capacité d’intervention de 440 milliards d’euros…

Décidément, entre la récupération de la création monétaire par les pouvoirs publics, la réduction des inégalités (par une fiscalité très progressive débarrassée des « mauvaises niches » et une hausse des bas et moyens revenus et salaires) et la fermeture des paradis fiscaux, IL Y A LARGEMENT DE QUOI EN FINIR TRES VITE AVEC LES DETTES PUBLIQUES EXCESSIVES ET MORTIFERES. Pour l’instant, nos dirigeants, ceux du G20, qui ont partie liée avec le monde des affaires, restent sourds, aveugles et muets sur ces mesures. Il va falloir encore pousser ensemble pour les contraindre à les prendre avant la grande implosion qui approche.

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Note :

(1) Le coefficient de Gini mesure l’inégalité des revenus dans un pays. La valeur 0 représente une égalité parfaite (tous les revenus sont identiques) et la valeur 1 une inégalité totale (une seule personne reçoit la totalité du revenu et les autres rien). Cet indicateur est dans les faits très fortement corrélé à deux autres indicateurs plus accessibles aux citoyens : le coefficient interdécile (rapport entre le plancher du dernier décile et le plafond du premier décile), et le rapport entre le revenu moyen du dernier décile et le revenu moyen du premier, un indicateur très intéressant mais peu publié.

Les forêts de plaine fragiles face au changement climatique CNRS Reporterre 2011/10/25 CNRS (25 octobre 2011) Les forêts de plaine fragiles face au changement climatique. Reporterre. Forêts fr

Les forêts de plaine fragiles face au changement climatique

Les espèces végétales des forêts de plaine seraient peu réactives face au réchauffement climatique, ce qui les rendrait particulièrement vulnérables dans les prochaines décennies. C’est ce que révèle une étude publiée le 19 octobre dans la revue Nature par des chercheurs d’AgroParisTech, de l’Inra, de l’Université d’Aarhus (Danemark), du CNRS, de l’Université de Strasbourg, et de l’Inventaire Forestier National.

L’étude, qui a bénéficié du soutien financier de l’ADEME et de la Région Lorraine, a porté sur les communautés végétales (groupes d’espèces vivant ensemble) présentes dans les forêts de la France métropolitaine. Les chercheurs ont analysé les changements progressifs d’espèces dans ces communautés entre 1965 et 2008, et les ont confrontés à l’évolution de la température au cours de la même période. L’étude s’est concentrée sur les espèces herbacées, a priori plus réactives face aux changements environnementaux que les arbres et donc plus révélatrices de l’impact du réchauffement climatique sur les forêts.

Les forêts de plaine aussi vulnérables que celles de montagne

Jusqu’à présent, les spécialistes s’étaient surtout inquiétés des espèces de montagne, considérées comme plus vulnérables au réchauffement climatique. Une étude française (réalisée par des scientifiques d’AgroParisTech, de l’Inra et du CNRS) avait déjà montré, en 2008 (1), que les plantes montagnardes avaient commencé à migrer en altitude (65 mètres en moyenne depuis les années 1980) suite à l’augmentation de la température. Une menace pour ces espèces qui voient la surface de leur habitat se réduire vers les sommets.

Cependant, en comparant les changements de composition en espèces observés dans les communautés végétales de plaine à ceux des communautés de montagne, les chercheurs ont constaté que les premières sont moins réactives face au changement climatique, ce qui les rend in fine plus vulnérables. En effet, en montagne, un remplacement progressif d’espèces adaptées au climat froid par des espèces adaptées à un climat plus chaud a permis aux communautés de « compenser » 0,54 °C sur les 1,07 °C d’augmentation moyenne de la température observée sur la période étudiée.

En revanche, pour les communautés de plaine, cette compensation n’a été que de 0,02 °C pour un réchauffement similaire (1,11 °C), ce qui révèle un déséquilibre grandissant entre la flore forestière de plaine et le climat.

Des changements d’espèces attendus en plaine

Ce manque de réactivité de la part des espèces de plaine peut s’expliquer par trois raisons principales.

D’abord, ces espèces sont plus adaptées aux températures chaudes donc plus tolérantes au réchauffement climatique.

Ensuite, elles souffrent d’une plus grande fragmentation de leur habitat par rapport aux communautés végétales forestières de montagne : routes, zones d’habitation et champs cultivés constituent autant de barrières à leur migration. Leurs modes de dispersion (par le vent ou par les animaux, principalement) ne leur permettent pas toujours de traverser ces obstacles.

La dernière raison – sans doute la plus préoccupante – est la distance à parcourir d’une génération à la suivante pour retrouver un climat favorable à leur développement. En montagne, les espèces doivent en moyenne migrer sur 1,1 km, principalement vers les sommets, pour retrouver des conditions de température identiques à celles d’avant le réchauffement climatique. En plaine, en revanche, elles doivent migrer vers le Nord sur des distances plus importantes pour compenser un réchauffement similaire (35,6 km en moyenne). Compte tenu d’une distance de dispersion excédant rarement quelques centaines de mètres par an, les espèces herbacées forestières peuvent donc difficilement compenser la hausse de température observée en plaine par une migration naturelle.

Si l’équilibre flore-climat semble se rétablir en montagne malgré la hausse brutale des températures observée depuis 1987, celui-ci semble brisé en plaine. Dans un monde où le réchauffement climatique est amené à perdurer, le retard accumulé dans la réaction des forêts de plaine ne pourra être comblé sans des changements importants dans cet écosystème, allant probablement jusqu’à la disparition de certaines espèces. Le fonctionnement des écosystèmes forestiers et la préservation de la biodiversité en seraient certainement affectés.

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Note :

(1) Lenoir J., Gégout J.-C., Marquet P. A., de Ruffray P. & Brisse H., "A significant upward shift in plant species optimum elevation during the 20th century”, Science, 320, 1768-1771 (2008)

Référence de l’étude :

Romain Bertrand et al., “Changes in plant community composition lag behind climate warming in lowland forests”, Nature, vol. 478, n° 7369 (2011).

Le son, nouvelle arme de répression Juliette Volcler (Basta !) Reporterre 2011/10/25 Juliette Volcler (Basta !) (25 octobre 2011) Le son, nouvelle arme de répression. Reporterre. fr

Le son, nouvelle arme de répression

« Cette gestion des déplacements et des comportements par le son veut que l’espace public ne soit plus un lieu de mélange, de flânerie ou de revendication, mais une zone uniforme, politiquement aseptisée, de consommation et de flux. »

Haut-parleurs de combat, projecteurs sonores, canons à son, ultrasons répulsifs, engins détonateurs… tant de bijoux technologiques créés pour faire la guerre ou maintenir l’ordre. Comment le son est-il utilisé pour disperser des manifestations, contrôler l’espace public ou torturer des prisonniers ? Juliette Volcler dans son livre Le Son comme arme a mené une enquête minutieuse sur les coulisses de la « répression acoustique ». Interview.

Basta ! - Y a-t-il une évolution récente des techniques de « répression acoustique » ?

Juliette Volcler - À la fin des années 2000, des articles ont été publiés sur le sujet : la musique employée comme moyen de torture dans les prisons de la CIA, l’emploi d’un nouveau type d’arme « non létale » dans les manifestations, le LRAD (Long Range Acoustic Device) – vite labellisé « canon à son » par les médias –, l’usage du Mosquito, un émetteur de très hautes fréquences, pour chasser les « indésirables » de certains endroits. L’usage du son pour réprimer, contrôler ou torturer n’est pas neuf, mais la conjonction tout à coup de ces trois usages – en temps de guerre, dans le maintien de l’ordre et dans l’espace public – semble montrer des transformations des pratiques policières ou militaires.

Lorsque je me suis intéressée à ce sujet, j’ai été étonnée de constater à quel point il est difficile de démêler les rumeurs, les approximations et les fantasmes des faits réels : les industriels et les militaires sont les premiers à tenir des discours assez imaginatifs sur les armes. J’ai donc voulu savoir ce qu’il en est réellement, faire le point sur ce qui a échoué et ce qui existe, les effets réels que cela peut avoir.

La musique et le son ont toujours été utilisés par l’armée ou la police. Quand sont-ils devenus des instruments de domination ou de torture ?

La diffusion de sons dans l’espace public est une pratique très ancienne. Mais les avancées technologiques de la seconde moitié du XXe siècle ont permis d’utiliser des haut-parleurs pour envoyer le son à longue distance, à fort volume, et pendant des heures voire des jours d’affilée. Et l’élaboration de la « torture psychologique » ou « torture blanche » a été conduite par un programme de la CIA, dans les années 1950 et 1960. Des expériences de privation sensorielle ont été faites sur des cobayes, volontaires ou non, avant d’être instituées dans les méthodes d’interrogatoire de l’agence et ailleurs. Elles ont permis la mise au point de tactiques de « modifications du comportement » et des « missions de harcèlement ». C’est surtout à compter de la guerre du Vietnam que le son devient en tant que tel un instrument de combat. L’épisode Noriega, en 1989, au cours duquel le général panaméen est bombardé de hard-rock par les haut-parleurs de l’armée états-unienne, achève d’instituer la pratique. Ensuite, elle intègre progressivement les missions policières.

« Les bombes sonores sont préférables aux vraies », a déclaré le gouvernement israélien. Le son est-il une arme « efficace », pour la guerre et pour le maintien de l’ordre ?

Les chercheurs et les militaires se sont beaucoup intéressés aux « effets extra-auditifs » du son : les vibrations qu’il peut produire sur d’autres parties du corps que l’oreille, ou les difficultés respiratoires et les légères nausées qu’il est susceptible d’occasionner à fort volume. En réalité, les dispositifs utilisés ont pour l’essentiel des effets auditifs : ils sont efficaces parce qu’ils sont insupportables (et dangereux) pour l’oreille. Ces armes ont également un atout considérable : le mélange de fascination et de peur qu’elles suscitent, largement alimenté par l’absence d’informations étayées sur leur fonctionnement. Et pour le pouvoir, elles offrent une option de plus dans les choix tactiques, et présentent aussi l’avantage d’être moins facilement critiquables que l’armement plus classique.

Les armes à son sont souvent présentées comme « non-létales ». Qu’en est-il vraiment ?

Des recherches ont été menées pour rendre le son mortel. Des chercheurs allemands s’y sont employés sous le IIIe Reich, sans succès. La société la plus emblématique de cette recherche aux États-Unis, Sara, a également cherché à développer une arme modulable, pouvant induire des effets allant d’une simple gêne à la mort. Mais elle n’a pas davantage réussi.

Les études indépendantes sur les armes acoustiques ne nient pas la possibilité de tuer au moyen du son, mais ce serait une méthode peu pratique et plutôt aberrante d’un point de vue militaire ou policier. Cela nécessiterait un dispositif de très grande ampleur et d’une puissance acoustique considérable. Donc difficilement maniable et irréaliste pour un usage sur le terrain. D’après l’évaluation menée par un chercheur, pour qu’un infrason maîtrisable puisse tuer, il faudrait construire une parabole de plus d’un kilomètre de diamètre, avec une puissance équivalente à celle de la fusée Saturne V au lancement ! Quant aux ultrasons, ils pourraient devenir mortels à niveau sonore considérable (180 dB), et à condition que la personne soit maintenue dans le champ ultrasonique pendant au moins 50 minutes. Pour que le niveau sonore d’une explosion devienne létal, il faut qu’il atteigne 210 dB, ce qui n’est pas le cas dans l’armement classique actuel.

Le vrai intérêt militaire du son n’est pas dans son potentiel létal : les armes acoustiques sont surtout efficaces sur le plan psychologique, et sur le plan auditif. L’usage du son (ou de son absence) comme instrument de torture et, de manière générale, les techniques de privation sensorielle permettent de parvenir à la destruction psychique d’un-e détenu-e beaucoup plus rapidement et plus radicalement. Un psychiatre a évalué que certains prisonniers de l’IRA soumis à ces techniques en 1971 étaient devenus psychotiques en quelques heures.

Lors du Sommet du G20 de Pittsburgh, en 2009, on a vu la police américaine recourir à des armes sonores contre les manifestants. Où en est la France sur ce type de pratiques ? Pourquoi n’y a-t-il pas de débat public ?

Le dernier Livre blanc de la Défense évoque à peine les technologies sonores – comme outils de détection. La France a développé un savoir-faire sur les grenades incapacitantes, mais elle n’a pas porté la recherche et le développement dans le domaine acoustique. Les dispositifs en usage proviennent pour l’essentiel des États-Unis ou d’Israël. Un journaliste, Hacène Belmessous, a néanmoins indiqué dans son livre Opération banlieues que l’armée de Terre a voulu faire tester par les gendarmes une arme israélienne déjà employée dans les Territoires occupés, le Shophar, qui émet des fréquences moyennes à fort niveau. Il précise que les gendarmes s’y sont opposés, en raison des risques pour l’audition. Et que la direction générale de l’Armement reste sceptique sur la capacité d’acceptation de ce type d’armement par le public – tout en recommandant de continuer à suivre le dossier… En France, il n’y a pas beaucoup d’informations disponibles. Les discussions sur l’introduction d’un nouveau type d’armement dans le maintien de l’ordre, ou sur l’impact auditif d’armes peu connues mais déjà employées (comme les grenades de désencerclement, DMP), n’en sont que plus difficiles.

Et puis l’usage du son ou de la musique est sans cesse minimisé : ce ne serait pas grave parce que ce ne serait « que » du son. Alors que c’est loin d’être anodin. Cela a un impact sur notre occupation de l’espace public. L’association canadienne des libertés civiles (CCLA) a porté plainte en 2010 pour empêcher l’usage de LRAD par la police de Toronto au contre-G20, affirmant que certaines personnes ne viendraient pas manifester à cause de ces dispositifs, par crainte pour leur audition ou pour celle d’enfants. Très efficace comme dispersion anticipée de la manif ! Cela n’a pas mené à une interdiction des LRAD au Canada, mais à un usage un peu plus réglementé.

Des disques de Metallica contre les prisonniers, des gadgets ludiques dignes des jeux vidéo… Pourquoi le son à la guerre apparaît-il comme un divertissement ?

Pendant la dernière guerre d’Irak, les GIs diffusaient ce qu’ils avaient dans leurs lecteurs mp3. La musique leur servait aussi bien à faire la fête ou à se relaxer qu’à harceler tout un quartier ou à torturer un détenu. Les soldats ont aussi considéré que le rap et le métal étaient les plus susceptibles de heurter la sensibilité culturelle et religieuse de détenus, combattants ou civils. D’autres musiques ou sons ont également été employés, qui ne reflétaient plus les goûts musicaux des soldats, mais qui étaient considérés comme potentiellement plus efficaces pour humilier le détenu ou le briser : l’enjeu était de trouver ce qui « allait marcher » sur les détenus, pour reprendre les termes d’un officier états-unien.

C’est symptomatique d’un mouvement de fond, beaucoup plus ancien et formalisé : il y a eu des échanges croissants, dans la seconde moitié du XXe siècle, entre l’industrie de l’armement et celle du divertissement. Cela s’est manifesté par exemple par le recyclage de matériel militaire pour équiper des studios, par des demandes d’expertise aux fabricants de produits high-tech pour développer des haut-parleurs de combat et, depuis les années 1980-1990, par des échanges de personnel ou par le développement de plateformes de simulation. Celle-ci permettent aux soldats de s’entraîner via des jeux en réseaux ou via des environnements reconstitués, en s’immergeant « en conditions réelles ». Il y a depuis peu un « environnement en immersion acoustique » à l’université scientifique et technique du Missouri, une sorte de théâtre sonore en 3D pour familiariser les soldats avec le son de la vraie guerre.

La technologie sécuritaire devient un marché juteux. Doit-on s’attendre à un usage privé – par les entreprises ou des particuliers – du son, à l’instar du « Mosquito » ou du « Beethoven », ce boîtier à ultrasons pour chasser SDF, jeunes ou autres indésirables ?

En France, il y a heureusement pour l’instant beaucoup de réticences, tant au niveau du public que de la classe politique. Un particulier en avait équipé sa maison, mais le tribunal de Saint-Brieuc a statué sur un « trouble anormal de voisinage » et une « nuisance sonore pour tous ». Dans certains pays, comme en Grande-Bretagne, le Mosquito est utilisé auprès des transports en commun, des écoles ou des commerces. Certains universitaires, spécialistes des armes « non létales », alertent sur le risque de prolifération de ces armes, dont l’usage est de plus en plus courant dans les crimes (le Taser notamment), et dans la torture. D’autant qu’il n’y a pas de réglementation spécifique ni beaucoup d’études indépendantes sur l’usage de ces dispositifs, que leurs fabricants vantent simultanément leur efficacité immédiate et leur innocuité sur le long terme, et que certains d’entre eux, comme le Mosquito, sont en vente libre.

Face aux LRAD, hauts-parleurs, grenades flash-bang, vous montrez que la fuite est souvent soit impossible, soit le seul recours. Existe-t-il un moyen de résister à l’arme sonore ?

Il en existera. La technologie est simplement trop récente dans les manifestations pour qu’on ait eu le temps de penser aux contre-attaques. Les boules Quiès ou les casques antibruit ne servent pas à grand-chose, il faut sortir de la zone d’émission du son. Mais il est nécessaire de questionner ce que ce type de dispositifs implique en termes d’organisation collective et d’occupation de l’espace public. Cette gestion des déplacements et des comportements par le son veut que l’espace public ne soit plus un lieu de mélange, de flânerie ou de revendication, mais une zone uniforme, politiquement aseptisée, de consommation et de flux.

L’espace sonore d’une manifestation, est-ce une alarme stridente et des grenades assourdissantes qui font le vide autour d’elles ? Ou bien des chants, des appels, des fanfares, des sons qui rassemblent le collectif et le rendent fort ? L’espace sonore du centre-ville, est-ce de la musique d’ambiance qui calme tout le monde et des fréquences de son qui chassent les jeunes ? Ou des performances impromptues, des discussions ouvertes, des musiciens de rue, un joyeux mélange de mille activités ? À nous de voir !

Propos recueillis par Ludo Simbille

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Note :

Juliette Volcler est notamment journaliste pour CQFD, Article XI et les radios associatives Fréquence Paris Plurielle et Radio Galère à Marseille. Elle vient de publier Le Son comme arme, éditions La Découverte, septembre 2011, 16 €.

Que font les écologistes ? Michel Cogoluègnes Reporterre 2011/10/25 Michel Cogoluègnes (25 octobre 2011) Que font les écologistes ?. Reporterre. Tribune — fr

Que font les écologistes ?

Les Robins des Bois de la Margeride partagent entièrement votre cri du cœur pour les arbres abattus à Fraissinet de Lozère et Runes, car notre association « écologiste » ou « environnementaliste », peu importe, s’était opposée en 2010 à l’abattage des arbres entre la Villedieu et Estables. Onze arbres ont été abattus sans raison et une dizaine encore restent en sursis.

Mais que dire ou que faire face à des gens qui vous menacent, vous affirment qu’il faudrait couper tous les arbres de bord de route et qui « souhaitent que votre fils se tue contre un arbre » pour vous faire changer d’avis ? Que faire quand, au nom de la bioénergie, on rase tous les bois de Margeride sans replanter ? Que faire quand on veut encore construire une nouvelle autoroute alors que le pic pétrolier est atteint ? Que faire quand on continue les courses de motos et que l’on crée des écoles de conduite de quads et motos pour formater les gamins alors que nous devrions économiser le pétrole ? Que faire face à ces élus qui veulent nous imposer 268 éoliennes en Margeride pour gagner une misère alors que le Conseil Général, la Région ou la Mairie de Mende dépensent des pages entières de publicité au nom de la communication ? Que faire face à l’ancien Sénateur Jacques Blanc qui voulait ces éoliennes sur le causse et le nouveau, Alain Bertrand, qui les imagine bien sur le Mont Lozère ? Et la liste est encore longue !

Que faire ? Ne criez pas haro sur les écologistes et, contrairement à bon nombre de citoyens qui se contentent de râler lorsque le mal est fait, engagez vous, créez une association ou adhérez à une association ou à un parti politique ; indignez- vous !

Le Vietnam perd son dernier rhinocéros Reporterre 2011/10/26 (26 octobre 2011) Le Vietnam perd son dernier rhinocéros. Reporterre. Animaux fr

Le Vietnam perd son dernier rhinocéros

Le rhinocéros de Java vietnamien n’est plus. Le dernier survivant de l’espèce dans le pays est mort l’an dernier, rapporte le Fonds mondial pour la nature (WWF), mardi 25 octobre.

En cause, ces braconneurs obnubilés par les cornes de cet animal de poids – une tonne environ sur la balance – qui sont prisées par la médecine traditionnelle et qui ont été saluées comme étant un remède contre le cancer, malgré l’absence de preuves scientifiques.

L’information a été confirmée alors que des analyses génétiques d’échantillons de ses excréments dans le parc national Cat Tien de 2009 à 2010 ont montré que cet animal, retrouvé mort avec une balle dans une patte et sa corne en moins, était le dernier dans le pays.

Pour établir la disparition de l’animal, WWF a mené une enquête de terrain. Ils ont utilisé des chiens américains, souligne The Guardian, qui ont l’agréable tâche de localiser l’ensemble des déjections de rhinocéros : « Les résultats des analyses ADN effectuées sur les échantillons ont confirmé que l’ensemble des déjections recueillies dans le parc appartenait au même animal qui a été retrouvé mort peu après la fin de l’enquête. »

« Le Vietnam a perdu une partie de son héritage naturel », a déploré le responsable de WWF au Vietnam.

Le rhinocéros de Java était considéré comme une espèce disparue en Asie continentale jusqu’à ce qu’on retrouve l’un d’eux, tué par des chasseurs au Vietnam en 1988. Cette découverte avait conduit à celle d’un groupe de huit rhinocéros en 2007. Un parc national avait alors vu le jour afin de les protéger.

Après la disparition du continent asiatique du dernier rhinocéros de Java, il ne resterait plus qu’une cinquantaine de rhinocéros de Java dans un petit parc de l’archipel indonésien, d’après WWF.

Un climato-sceptique reconnait avoir eu tort Denis Delbecq Reporterre 2011/10/26 Denis Delbecq (26 octobre 2011) Un climato-sceptique reconnait avoir eu tort. Reporterre. fr

Un climato-sceptique reconnait avoir eu tort

Le physicien Richard Muller se rangeait parmi les climato-sceptiques. Mais à la différence de la plupart de ceux-ci, il a mené des études pour fonder sa critique. Sa conclusion : le réchauffement moyen de la planète, dont il doutait, est bien réel.

Le camp des climato-sceptiques a perdu l’une de ses cautions scientifiques. L’équipe de Richard Muller, à l’université californienne de Berkeley, a rendu le verdict de sa ré-analyses des données de température terrestre. La température moyenne au dessus des zones émergées de la planète a grimpé d’environ un degré depuis les années 1950 (1). Par le passé, Muller avait mis en doute la réalité de ce réchauffement, critiquant la manière dont les températures sont mesurées.

En cours de soumission dans des revues scientifiques, les résultats de Muller sont particulièrement intéressants. Car le chercheur et ses collègues (dont le fraîchement nobélisé Saul Perlmutter) ont reconstruit une gigantesque base de données, rassemblant, à partir de 15 sources de données, plus de 1,6 milliards de relevés de température effectués depuis 1800. Et là où les climatologues opèrent généralement une sélection sur les stations de mesures qu’il prennent en compte dans leur calcul, Muller a tenté de déterminer le biais qui pourrait en résulter : tout d’abord en conduisant des calculs à partir de la totalité des stations pour lesquelles des données sont disponibles. Puis en pratiquant des sélections, sur une base aléatoire, dans ces jeux de données. Et les chercheurs ont aussi tenté de voir si —comme le prétendent certaines figures climato-sceptiques— la prise en compte de stations de météo urbaines fausse les études, puisqu’on sait qu’en ville, un phénomène d’îlot de chaleur tend à se développer. Eh bien c’est l’inverse : il y a bien un écart d’environ 0,2°C sur cent ans, mais les stations urbaines conduiraient à sous-estimer le réchauffement terrestre. Mais c’est en fait tout à fait négligeable puisque les zones urbaines représentent moins de 1% de la surface de terres émergées.

Dans un communiqué publié il y a quelque jours, Richard Muller s’est avoué surpris par l’accord entre ses résultats et les précédentes études sur le sujet. Ce qui, explique le chercheur, « montre que les études précédentes ont été conduites avec soin, et que les biais potentiels identifiés par des climato-sceptiques n’affectent pas les conclusions de ces études ». Muller tient à préciser que les stations météorologiques jugées « mauvaises » par le climato-sceptique Antony Watts n’affichent pas d’autre tendance que celles qu’il avait jugées « bonnes ». « Leur température absolue est moins fiable, mais l’évolution de température relevée est la même. » Des affirmations qu’il faut encore prendre avec des pincettes, en attendant que les quatre articles soumis par l’équipe de Berkeley Earth soient publiés dans des revues à comité de lecture.

A noter, pour les candidats à l’analyse statistique, que le jeux complet de températures utilisés par Muller dans le cadre de ce projet Berkeley Earth est disponible sur internet. Son équipe va désormais se pencher sur les données concernant les océans.

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Note :

(1) 0,91°C avec une incertitude statistique de 0,042 °C, pour être précis.

Matraque durable Hervé Kempf Reporterre 2011/10/26 Hervé Kempf (26 octobre 2011) Matraque durable. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Matraque durable

« Les troubles économiques et écologiques à venir préparent l’expansion du marché du ’maintien de l’ordre’ »

La presse a eu bien raison d’accorder de l’importance au Salon Milipol sur la sécurité intérieure, qui s’est tenu à Paris du 18 au 20 octobre. Ne s’agit-il pas là du premier Salon du genre au monde, présentant un éventail complet de matériels de maintien de l’ordre, de véhicules antiémeutes, de dispositifs de surveillance et de protection ?

Une industrie, aussi, en pleine expansion, avec un taux de croissance mondiale prévu en 2011 de 7,5 % : voilà qui fera taire les rabat-joie décroissants chers à Pascal Bruckner. D’ailleurs, certains ne s’y sont pas trompés, comme Marine Le Pen, qui a arpenté le Salon le 18 octobre, en vantant les petites et moyennes entreprises, bien représentées, « parcelles du génie français ».

Ce secteur d’activité prometteur s’ouvre peu à peu au développement durable. Tecknisolar conçoit des radars portables alimentés à l’énergie solaire. Body Armor Recycler recycle les matériaux des gilets pare-balles. SAE Alsetex précise que ses gaz lacrymogènes respectent la réglementation Reach sur les produits chimiques.

Surtout, les troubles liés à la dégradation de l’environnement sont un facteur de croissance. Pascale Sourisse, de Thalès, note dans Milipol Daily News du 20 octobre que l’on est passé d’une « approche de la sécurité focalisée sur l’antiterrorisme post-11 septembre 2001 à une vision beaucoup plus large des risques et des menaces. Ce changement résulte des catastrophes récentes : Katrina, Xynthia et, plus récemment, Fukushima ». Et l’inventeur d’un nouveau type de barrière métallique, nous explique : « La dérégulation du monde, confronté aux problèmes alimentaires de certaines parties du globe, aux crises financières et aux différences socio-économiques croissantes, tout ceci génère des risques conflictuels, et les autorités sont confrontées à des démonstrations et défilés de populations qui nécessitent des moyens sophistiqués ». Ainsi, les troubles économiques et écologiques à venir préparent l’expansion du marché du « maintien de l’ordre ».

Un article paru dans Nature Climate Change le 23 octobre confirme que les perspectives sont réjouissantes. L’équipe de Manoj Joshi y explique que, faute de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre, plusieurs régions du monde se réchaufferont probablement de plus de 2 °C dès 2030. Cela devrait occasionner des troubles sociaux. Mais aussi, donc, la prospérité économique pour certains. Tout est bien.

Quel rôle Pierre Fournier a-t-il joué dans l’écologie en France ? Danielle Fournier Reporterre 2011/10/27 Danielle Fournier (27 octobre 2011) Quel rôle Pierre Fournier a-t-il joué dans l’écologie en France ?. Reporterre. Culture et idées fr

Quel rôle Pierre Fournier a-t-il joué dans l’écologie en France ?

Danielle Fournier était l’épouse de Pierre Fournier, fondateur de La Gueule ouverte, décédé en 1973.

A lire le beau et utile livre - recommandé par Reporterre - : Pierre Fournier, précurseur de l’écologie (Les Cahiers dessinés).

Un dessin de Fournier :

7 mesures pour revenir en démocratie Transparence Internationale France Reporterre 2011/10/27 Transparence Internationale France (27 octobre 2011) 7 mesures pour revenir en démocratie. Reporterre. Tribune — fr

7 mesures pour revenir en démocratie

« Notre démocratie, dans laquelle la parole publique est devenue suspecte par principe, est aujourd’hui malade. Il est urgent de réagir ! Comment ? En posant les bases d’une nouvelle culture politique. »

Nos 7 propositions aux candidats à l’élection présidentielle 2012

1. En finir avec les conflits d’intérêts !

2. Un « Super Procureur » pour une justice réellement indépendante

3. Élu corrompu = 10 ans inéligible

4. Halte au cumul des mandats

5. Garantir la transparence et l’indépendance de l’expertise

6. Pleine lumière sur le lobbying

7. Déontologie : pour un contrôle citoyen !

Pourquoi cette campagne ?

Parce que notre démocratie, dans laquelle la parole publique est devenue suspecte par principe, est aujourd’hui malade.

La crise de confiance des citoyens envers leurs institutions atteint des niveaux record qui mettent en péril les fondements mêmes de notre contrat social.

Intérêts privés primant sur l’intérêt général, coups de boutoir répétés portés à l’indépendance de la justice, cumul des mandats, opacité du lobbying, absence de réel contrôle citoyen sur l’action des élus : de trop nombreuses dérives liées au manque de transparence et d’intégrité de la vie publique et héritées d’une conception dépassée de l’exercice du pouvoir, ont largement contribué à cette crise de confiance.

Il est urgent de réagir ! Et il est urgent de le faire en sortant de cette situation par le haut.

Comment ? En jetant sans plus attendre les bases d’une nouvelle culture politique et en valorisant les pratiques et propositions de nos élus et de la société civile qui vont dans ce sens.

Cette nouvelle culture doit être fondée sur l’égalité de tous devant la loi, sur une plus grande transparence de l’action publique et sur une meilleure capacité à rendre compte de celle-ci à des citoyens qui doivent être mieux impliqués.

Quelques premières mesures fortes, simples et emblématiques peuvent être prises qui donneront le la d’une nouvelle gouvernance publique.

C’est tout le sens des propositions de Transparence International France aux candidats à la Présidentielle 2012.

Aidez-nous à les faire connaître ! Aidez-nous à faire en sorte que les candidats s’engagent à les mettre en œuvre !

1. En finir avec les conflits d’intérêts !

Notre proposition : prévenir les conflits d’intérêts dans la vie publique.

Comment ?

• En rendant publiques des déclarations d’intérêts précises. Cette déclaration concernerait le Président de la République, les ministres, les élus et les hauts fonctionnaires, ainsi que les membres de cabinets ministériels. Elle porterait sur l’ensemble des fonctions et mandats occupés, actuellement ou au cours des cinq années écoulées, sur les revenus et avantages en nature tirés de ces activités, ainsi que sur les activités des conjoints.

• En instaurant l’obligation de s’abstenir de participer à une décision publique en cas d’intérêts personnels liés à la question abordée.

Pourquoi ?

• Pour éviter le mélange des genres entre les pouvoirs politique, économique et médiatique.

• Pour garantir que seul l’intérêt général est pris en compte par les décideurs publics.

• Pour restaurer la confiance envers les institutions ou les acteurs publics.

• Pour éviter les exemples récents de situations flagrantes de conflits d’intérêts, par exemple le cumul d’un mandat de parlementaire et d’une activité d’avocat d’affaires.

2. Un « Super Procureur » pour une justice réellement indépendante

Notre proposition : mettre la justice à l’abri des interventions de l’exécutif dans les affaires politico-financières.

Comment ?

• En instituant un “Procureur Général de la Nation” (PGN), incarnant une autorité judiciaire forte et indépendante, capable de résister aux interférences du pouvoir politique. Afin qu’il soit au-dessus des logiques partisanes, le candidat proposé à ce poste par l’exécutif devra être approuvé par la majorité des 3/5es du Parlement. Autre garantie d’indépendance, il serait nommé pour une période unique et irrévocable de 6 ans. C’est à lui, et non plus au ministère de la Justice, que les procureurs rendraient désormais compte sur les affaires individuelles.

• En renforçant l’impartialité de la procédure de classification “secret défense”. Pour cela, la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) serait dotée d’un pouvoir de décision. Un recours serait possible contre ces décisions devant les juridictions de droit commun, Cour de cassation ou Conseil d’État.

Pourquoi ?

• Pour garantir l’égalité de tous devant la loi et ainsi combattre le sentiment d’une “justice à deux vitesses”.

• Pour éviter l’usage abusif du secret défense comme, par exemple, dans l’affaire des frégates de Taiwan ou Karachi.

• Pour mettre la France au niveau d’exigence des autres grandes démocraties.

3. Élu corrompu = 10 ans inéligible

Notre proposition : renforcer et appliquer les règles d’inéligibilité des élus condamnés pour corruption.

Comment ?

• En portant de 5 à 10 ans le plafond de la peine complémentaire d’inéligibilité pour les élus condamnés pour corruption.

• En encourageant les magistrats à recourir à cette peine via une circulaire de politique pénale. Cette circulaire ne remettrait pas en cause le principe constitutionnel d’individualisation de la peine.

Pourquoi ?

• Parce que, pour les élus, l’inéligibilité est la peine la plus dissuasive.

• Parce que les personnes titulaires de mandats publics ont un devoir particulier d’exemplarité.

• Parce que la sanction des élus reconnus coupables de corruption est essentielle pour restaurer la confiance dans les institutions.

• Parce que les élus interrogés sont très majoritairement d’accord.

4. Halte au cumul des mandats

Notre proposition : interdire le cumul des mandats et des fonctions.

Comment ?

• Interdire aux parlementaires et membres du gouvernement tout mandat exécutif local et toute autre fonction de gestion ou d’administration dans une entreprise publique ou privée. Les mandats exécutifs locaux concernent, entre autres, les mandats de maire et adjoint au maire, président de conseil général, président de conseil régional, président d’un établissement public de coopération intercommunale. Cette mesure pourrait être complétée par l’interdiction de toute activité professionnelle et/ou rémunérée pour les parlementaires tout au long de leur mandat, sous réserve d’une discussion sur certaines professions, notamment médicales, qui nécessitent une continuité dans la pratique. Par ailleurs, l’ouverture d’une négociation entre les partenaires sociaux pourrait viser à mieux valoriser l’expérience acquise par les élus et favoriser leur retour à l’emploi, afin d’encourager l’exercice de mandats publics de salariés issus du privé.

Pourquoi ?

• Pour éviter les conflits d’intérêts entre mandat local et mandat national.

• Pour réduire l’absentéisme parlementaire : 90 % des parlementaires cumulent au moins 2 mandats et/ou des fonctions dans des établissements publics locaux.

• Pour favoriser le renouvellement de la classe politique.

• Pour éviter le cumul des indemnités qui donne lieu à de trop nombreux excès (cf. débat récent sur l’écrêtement).

5. Garantir la transparence et l’indépendance de l’expertise

Notre proposition : créer les conditions d’une expertise réellement indépendante en étendant les règles prévues par le projet de loi sur la réforme du médicament à d’autres domaines clés de l’expertise scientifique et technique (environnement, énergie/nucléaire, industrie chimique, technologies de l’information, alimentation, finance, etc.).

Comment ?

• Rendre transparents les liens financiers entre les industriels, les experts, les agences publiques et les associations. Les experts sollicités par les Pouvoirs publics ou les agences seraient soumis à l’obligation de remplir et de publier une déclaration d’intérêts. Ces déclarations pourraient être consultées sur une base de données accessible à tous. Elles porteraient sur l’ensemble des fonctions occupées et des travaux de recherche des cinq années écoulées ainsi que sur les revenus et rétributions directs et indirects tirés de ces activités. De leur côté, les industriels devraient rendre publics tous les liens d’intérêts (en particulier financiers) avec les laboratoires, les experts, les sociétés savantes, les organes de presse spécialisés et les associations. Des sanctions suffisamment dissuasives devraient être instaurées en cas de manquement à ces règles de transparence.

• Garantir l’indépendance des organismes en charge de l’expertise en termes d’organisation, de financement et de gouvernance. Le financement des organismes en charge de l’expertise serait assuré principalement par des subventions d’État ou, comme dans le cas de l’expertise médicale et pharmaceutique, via des taxes et redevances versées par les industries concernées. Ces organismes comprendraient des experts en interne, rémunérés exclusivement sur fonds publics. Les agences et les commissions seraient ouvertes à la pluridisciplinarité et favoriseraient une expertise contradictoire.

Pourquoi ?

• Pour rétablir la confiance dans l’expertise scientifique située en amont de la décision publique.

• Pour éviter les soupçons et les risques de collusion entre les acteurs économiques, scientifiques et politiques.

• Pour responsabiliser ceux qui délivrent l’expertise et ceux qui s’appuient sur celle-ci pour prendre des décisions.

6. Pleine lumière sur le lobbying

Notre proposition : encadrer le lobbying à tous les niveaux de la décision publique et faciliter la participation des citoyens et de la société civile.

Comment ?

• En rendant publique, en temps réel, la liste des personnes et organisations rencontrées ou consultées par les décideurs publics. Cette mesure concernerait les élus (locaux et nationaux), les membres du gouvernement, les membres des cabinets ministériels et les fonctionnaires d’autorité. Elle serait complétée par la publication des positions reçues des différents acteurs ayant souhaité prendre part au débat.

• En mettant en place des procédures de consultations publiques aux niveaux local et national. Ces consultations seraient ouvertes à l’ensemble des citoyens et organisations désireux de participer au débat. Les contributions seraient publiées en temps réel, comme cela se fait déjà pour la Commission européenne. Cette proposition s’appuierait sur le dispositif proposé par le Conseil d’État dans son rapport public 2011 « Consulter autrement, participer effectivement ».

Pourquoi ?

• Pour que l’on sache quels sont les avis qui sont pris en compte dans l’élaboration des lois qui nous concernent tous.

• Pour favoriser l’équité d’accès aux décideurs publics.

• Pour permettre un meilleur fonctionnement de la démocratie et renforcer la confiance des citoyens dans les institutions et les décisions publiques.

7. Déontologie : pour un contrôle citoyen !

Notre proposition : donner la possibilité aux citoyens de saisir la future Autorité de déontologie de la vie publique.

Comment ?

• En donnant la possibilité aux citoyens de saisir ou d’alerter l’Autorité de déontologie de la vie publique pour toutes les questions relatives à la déontologie des ministres, des hauts fonctionnaires et des élus. La capacité à détecter les abus et écarts de conduite est l’une des difficultés que pourrait rencontrer l’Autorité de la déontologie de la vie publique, prévue par le projet de loi sur la prévention des conflits d’intérêts. En recevant les signalements des citoyens et en étant dotée des moyens nécessaires à leur traitement, elle augmenterait de façon significative son efficacité. On limiterait ainsi le risque que soit créée une nouvelle coquille vide, comme peut l’être aujourd’hui la commission de transparence de la vie politique, qui n’a clairement pas les moyens de sa mission. Afin de prévenir tout abus (dénonciations calomnieuses), l’Autorité ne prendrait pas en compte les saisines anonymes.

Pourquoi ?

• Parce que les effets d’annonce ne suffisent pas : il faut doter l’Autorité des moyens et prérogatives nécessaires à sa mission.

• Parce que la détection est essentielle.

• Parce que les citoyens doivent pouvoir dénoncer les abus dont ils ont connaissance.

• Parce que l’autorégulation des élus a clairement montré ses limites.

Un appel pour mettre au clair les causes de la dette Collectif pour un audit citoyen de la dette publique Reporterre 2011/10/30 Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (30 octobre 2011) Un appel pour mettre au clair les causes de la dette. Reporterre. fr

Un appel pour mettre au clair les causes de la dette

« Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux ont-ils asséché les budgets ? Cette dette a-t-elle été contractée dans l’intérêt général, ou est-elle en partie comme illégitime ? Qui détient ses titres et profite de l’austérité ? »

Aujourd’hui 26 octobre, le Collectif national pour un audit citoyen de la dette publique publie son appel constitutif. Il invite tous les citoyens à signer cet appel et à s’engager dans la démarche de l’audit citoyen pour que la dette publique fasse enfin l’objet d’un vrai débat démocratique, au plan local, national et européen. Le Collectif pour un audit citoyen est composé d’une vingtaine d’organisations syndicales et associatives, et soutenu par plusieurs formations politiques. Il tiendra une conférence de presse à Nice, le 2 novembre à 12h, lors de l’alter-forum qui précèdera et contestera le G20.

Appel pour un audit citoyen de la dette publique

Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias. Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe. Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ? Cette dette a-t-elle été tout entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ? Qui détient ses titres et profite de l’austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d’un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ?

Nous nous mobilisons dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique. Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens. Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie.

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Premiers signataires :

Marie-Laurence Bertrand (CGT), Jean-Claude Chailley (Résistance sociale), Annick Coupé (Union syndicale Solidaires), Thomas Coutrot (Attac), Pascal Franchet (CADTM), Laurent Gathier (Union SNUI-Sud Trésor Solidaires), Bernadette Groison (FSU), Pierre Khalfa (Fondation Copernic), Jean-François Largillière (Sud BPCE), Philippe Légé (Économistes atterrés), Alain Marcu (Agir contre le Chômage !), Gus Massiah (Aitec), Franck Pupunat (Utopia), Michel Rousseau (Marches européennes), Maya Surduts (Collectif national pour les droits des femmes), Pierre Tartakowsky (Ligue des droits de l’Homme), Patricia Tejas (Fédération des Finances CGT), Bernard Teper (Réseau Education Populaire), Patrick Viveret (Collectif Richesse)

et Philippe Askénazy (économiste), Geneviève Azam (économiste), Étienne Balibar (philosophe), Frédéric Boccara (économiste), Alain Caillé (sociologue), François Chesnais (économiste), Benjamin Coriat (économiste), Cédric Durand (économiste), David Flacher (économiste), Susan George (écrivain), Jean-Marie Harribey (économiste), Michel Husson (économiste), Stéphane Hessel (écrivain), Esther Jeffers (économiste), Jean-Louis Laville (sociologue), Frédéric Lordon (économiste), Marc Mangenot (économiste), Dominique Méda (sociologue), Ariane Mnouchkine (artiste), André Orléan (économiste), Dominique Plihon (économiste), Christophe Ramaux (économiste), Denis Sieffert (journaliste), Henri Sterdyniak (économiste) …

http://www.audit-citoyen.org/

La grande peur de M. Bruckner Hervé Kempf Reporterre 2011/10/30 Hervé Kempf (30 octobre 2011) La grande peur de M. Bruckner. Reporterre. Tribune — fr

La grande peur de M. Bruckner

« La grande peur de M. Bruckner, c’est qu’en changeant le monde, on reprenne aux riches ce qu’ils ont volé. »

Vous croyez que Pascal Bruckner dénonce le fanatisme des écologistes, leur goût supposé de l’apocalypse, leurs dérives catastrophistes ou leurs exagérations ? Je le croyais aussi. Mais son insistance, peut-être inconsciente, à enfoncer un certain clou, révèle que sa campagne anti-écologiste vise un autre but.

Il a d’abord dit, lors de l’émission télévisée « Ce soir ou jamais », animée par Frédéric Taddéi le 4 octobre sur France 3, que c’est mon livre (Comment les riches détruisent la planète) qui l’avait poussé à écrire le sien (1). Puis il s’est inquiété de l’idée selon laquelle l’Occident devrait accepter l’appauvrissement matériel. Plus tard, le 15 octobre, chez Alain Finkielkraut, sur France Culture, voilà qu’il s’indigne presque en m’attribuant « le slogan » que « les riches doivent s’appauvrir volontairement » (2). De nouveau, le 22 octobre, dans l’émission de Laurent Ruquier, « On n’est pas couché » sur France 2, il me prend pour cible, expliquant qu’« Hervé Kempf a écrit textuellement et il l’a redit devant moi, que nous devions nous appauvrir » (3).

Comme M. Bruckner cite peu d’autres écologistes, on peut penser que son insistance recouvre une obsession : la crainte qu’une politique écologiste conduise à une remise en cause de l’ordre social, en poussant à la réduction des inégalités très importantes qui caractérise le monde d’aujourd’hui.

En effet, ce que je dis aussi bien dans mes livres qu’en public – jusque devant les militants du Parti socialiste, réunis dans leur université d’été à La Rochelle en août 2011 (4) -, est que les pays riches doivent réduire leur consommation matérielle et leur consommation d’énergie.

Pourquoi ? Parce que la situation écologique planétaire ne permet pas que sept milliards d’humains vivent avec le même niveau de consommation matérielle que les Américains du nord ou les Européens. Comme, par ailleurs, il n’y a aucune raison qu’une partie des humains vive de manière plus dispendieuse que d’autres, le niveau de vie moyen sera dans l’avenir inférieur à celui que connaissent les Américains du nord et les Européens. Autrement dit, que si l’on veut respecter l’équilibre écologique de la planète et maintenir la paix, nous allons vers une baisse de la consommation matérielle dans les pays occidentaux, ce que l’on peut traduire comme appauvrissement matériel.

Mais il y a deux choses que j’écris et dis également avec constance, et que M. Bruckner feint de ne pas entendre.

La première est que baisser la consommation matérielle n’est pas avoir moins, mais se donner les moyens de faire mieux. C’est-à-dire qu’il s’agit d’orienter une part de notre activité collective vers des domaines à moindre impact écologique que la production matérielle, répondant mieux aux besoins sociaux, et capables de créer de nombreux emplois : l’éducation, la santé, la culture, une autre agriculture, une autre politique de l’énergie et des transports, la restauration de l’environnement, etc. S’appauvrir matériellement, mais pour s’enrichir dans les biens communs. Moins de biens, plus de liens.

La deuxième idée, indissociable de la première, est que la condition pour aller dans cette direction est de réduire drastiquement l’inégalité. D’une part, pour changer le modèle culturel de surconsommation projeté par l’oligarchie. Ensuite afin que les classes moyennes occidentales constatent que la transformation écologique se fait dans l’équité. Enfin de façon à récupérer la part de la richesse collective appropriée par l’oligarchie, pour améliorer la situation des plus pauvres – qu’il n’est bien sûr pas question d’appauvrir -, et pour financer la réorientation de notre activité collective dans un sens moins nuisible et plus créateur d’emplois. Consommer moins pour partager mieux

C’est ce point clé de l’écologie politique qui effraie tant M. Bruckner – et les Ferry et Allègre de tout poil : pour résoudre la crise écologique, il faut résoudre la question sociale. Et la question sociale, aujourd’hui, c’est une inégalité devenue insupportable, tant au sein des sociétés qu’à l’échelle du globe. Comme une large part du mouvement écologique articule maintenant clairement la question sociale et la question écologique, la tactique des défenseurs du néo-capitalisme est de faire croire que l’écologie se résume à un sentiment psychotique de la catastrophe. De nier qu’au contraire nous voulons changer le monde, et que changer le monde suppose la justice. La grande peur de M. Bruckner, c’est qu’en changeant le monde, on reprenne aux riches ce qu’ils ont volé.

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Notes :

(1) Pascal Bruckner, Hervé Kempf et Yves Paccalet chez Frédéric Taddéi sur France 3, citation à 8’40’’.

(2) Pascal Bruckner et Dominique Bourg chez Alain Finkielkraut sur France Culture, citation à 10’00’’.

(3) Pascal Bruckner chez Laurent Ruquier sur France 2, citation à 18’30".

(4) Le 27 août 2011, dans la session "Mondes en crise : les scénarios pour en sortir", repris sur LCP (à 48’25’’, après le discours d’Arnaud Montebourg).

La loi pour limiter la prolifération des grandes surfaces est en panne Emilie Zapalski (localtis.info) Reporterre 2011/10/31 Emilie Zapalski (localtis.info) (31 octobre 2011) La loi pour limiter la prolifération des grandes surfaces est en panne. Reporterre. fr

La loi pour limiter la prolifération des grandes surfaces est en panne

L’artificialisation du territoire par les centres commerciaux se poursuit. Mais la loi censée la limiter est bloquée au Parlement.

Entre 2007 et 2010, le parc des centres commerciaux a augmenté de 1,9% par an alors que la progression du commerce de centre-ville était presque nulle. La proposition de loi sur l’urbanisme commercial, censée mettre de l’ordre, a du mal à émerger et semble même mise de côté pour longtemps.

L’équilibre entre les commerces de centre-ville et les commerces périurbains est difficile à maintenir. Quant à la proposition de loi sur l’urbanisme commercial, elle ne réglera pas tous les problèmes, si tant est qu’elle arrive à son terme. C’est ce qu’estime Bertrand Marguerie, directeur général de Mall & Market, société conseil et expert en urbanisme commercial. Depuis plusieurs années en effet, l’écart se creuse entre les deux types de commerce.

Une étude, présentée en octobre par le Centre national des centres commerciaux (CNCC) en témoigne. Avec 170 milliards d’euros, le commerce périurbain représente aujourd’hui 42% du chiffre d’affaires du commerce de détail. 688.906 personnes y travaillent, soit 45% des emplois du commerce de détail. Il représente au total 49,4 millions de mètres carrés, soit 72% du parc des commerces organisés.

Mais surtout, le développement de ce commerce suit la courbe ascendante de la population en périphérie. Entre 1962 et 2006, celle-ci a augmenté de 73% (1,3% par an), quand la population en centre-ville n’a progressé que de 9% (0,2% par an) et son commerce a stagné. De leur côté, le parc des centres commerciaux et celui des « retails parks » ont crû respectivement de 1,9% et 1,5% par an entre 2007 et 2010.

Des expériences réussies, lancées par des collectivités territoriales, tentent d’améliorer l’image négative dont pâtit le commerce périurbain. C’est le cas des « retails parks », des ensembles qui proposent un cadre agréable, rassemblant de nombreux magasins, dont parfois des enseignes concurrentes. Le « Family Village » développé par la ville de Ruaudin (Sarthe) en fait partie. Il se base sur trois principes : la famille, la convivialité et la nature. Un complexe qui fait ses preuves en termes de développement commercial mais aussi en termes d’emploi, avec à la clé la création de 1.000 emplois. « Il faut être valeur d’exemple pour créer un effet d’entraînement », assurait Catherine Mulatier, directrice Développement Retail Park chez Altarea Cogedim, lors d’un colloque organisé le 6 octobre par le CNCC. Une façon de ringardiser les anciens centres commerciaux et de les pousser à évoluer.

Côté centre-ville, il faut aussi évoluer pour s’adapter aux besoins des habitants. « Pour rester attractifs, les centres-ville doivent être davantage marketing et être gérés comme des centres commerciaux avec les mêmes horaires, les mêmes capacités d’accueil », assure Bertrand Marguerie. L’expert n’est en revanche pas convaincu par la proposition de loi de Michel Piron, député du Maine-et-Loire, pour améliorer cet équilibre fragile entre commerce de proximité en centre-ville et commerce périurbain.

« La loi est morte »

Le texte entend mettre fin à l’anarchie des implantations commerciales en périphérie des villes. Il propose de soumettre l’urbanisme commercial aux règles de droit commun, permettant de supprimer le double système d’autorisation : l’autorisation commerciale d’un côté et l’autorisation d’urbanisme classique de l’autre, avec le permis de construire.

Dans cette proposition de loi, le schéma de cohérence territoriale (Scot) devient le document central. C’est lui qui fixe les grandes orientations, à travers le document d’aménagement commercial (DAC), en fonction des exigences d’aménagement du territoire en matière de revitalisation, de desserte en transports, de commerces de proximité et de diversité commerciale.

Mais le texte peine à avancer. Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale en juin 2010, il a été validé par les sénateurs en mars 2011 mais attend toujours une date pour être soumis aux députés pour une deuxième lecture. « Sur le terrain, les parlementaires disent que la loi est morte », assure Bertrand Marguerie, pour qui le système actuel prévoit déjà tous les outils mais reste sous-exploité. « Les Scot ont plus que la capacité de prévoir des choses précises autour du commerce, mais pour le moment il n’y a pas de vraies stratégies commerciales dans les Scot, souvent parce que les collectivités veulent éviter les conflits car c’est un sujet très sensible », explique-t-il.

Selon lui, il vaudrait mieux aider les collectivités à mieux l’utiliser. D’autant plus que le nouveau texte ajoute un principe de typologie qui distingue les commerces alimentaires, les commerces d’équipement de la personne, les commerces d’équipement de la maison et les commerces de loisirs et culture. « Personne ne veut de cette typologique, pas plus les élus que les professionnels », estime encore Bertrand Marguerie. Quoi qu’il en soit, la proposition de loi est bien bloquée et ne semble pas programmée avant l’élection présidentielle.

L’humanité compte sept milliards de membres AFP Reporterre 2011/10/31 AFP (31 octobre 2011) L’humanité compte sept milliards de membres. Reporterre. fr

L’humanité compte sept milliards de membres

« La population atteindra 9,3 milliards en 2050 et plus de 10 milliards d’ici la fin du siècle. Les Nations unies prévoient que d’ici 2025, l’Inde deviendra le pays le plus peuplé du monde, devant la Chine, avec près de 1,5 milliard. »

Le monde franchira lundi 31 octobre 2011 le cap des sept milliards d’habitants, selon les estimations de l’ONU, qui souligne à cette occasion les inégalités croissantes sur la planète et le nécessaire partage des richesses pour y remédier.

Le palier des 6 milliards avait été atteint en 1999. L’ONU avait alors choisi Adnan Nevic, un bébé né à Sarajevo, comme représentant du six milliardième habitant de la planète. Cette fois, l’ONU s’est gardée de désigner un « gagnant » à l’avance et plusieurs pays ont prévu d’annoncer que l’heureux élu a vu le jour chez eux.

Pour le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui marquera l’événement par une conférence de presse, le passage aux 7 milliards n’est pas à prendre à la légère.

« Ce n’est pas une simple affaire de chiffre. C’est une histoire humaine », a-t-il déclaré dans une école new-yorkaise la semaine dernière. « Sept milliards de personnes ont besoin de nourriture. D’énergie. D’offres intéressantes en matière d’emplois et d’éducation. De droits et de liberté. La liberté d’expression. La liberté de pouvoir élever ses enfants en paix et dans la sécurité. Tout ce que chacun souhaite pour soi, multiplié par 7 milliards ».

C’est ce message que le secrétaire général devrait porter devant le sommet du G20 la semaine prochaine à Cannes : face à une population qui croît dans un contexte de crise économique mondiale, les dirigeants du monde doivent s’attendre à davantage de révoltes.

Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui a publié vendredi son dernier rapport, prédit que la population va continuer à progresser pour atteindre 9,3 milliards en 2050 et plus de 10 milliards d’ici la fin du siècle.

Les Nations unies prévoient ainsi que d’ici 2025, l’Inde deviendra le pays le plus peuplé du monde, devant la Chine, avec près de 1,5 milliard d’habitants.

Dans ce rapport, les experts mettent en garde face aux défis qui attendent le monde. Pour les pays les plus pauvres, les gouvernements vont être confrontés à la difficulté de trouver un travail à l’armada de jeunes qui arrivera sur le marché. Sans compter le réchauffement climatique, la sécheresse et l’explosion incontrôlée des mégapoles.

Le Japon, comme d’autres pays riches, devra faire face au vieillissement de sa population. En Europe du Nord, le nombre des plus de 60 ans n’a cessé d’augmenter ces vingt dernières années, porté par une espérance de vie estimée à 80 ans, contre 54 ans en Afrique sub-saharienne.

Les plus de 60 ans, qui étaient 384 millions en 1980, sont aujourd’hui 893 millions et devraient être 2,4 milliards en 2050, selon l’UNFPA.

« Il s’agit là d’un succès mondial, mais le vieillissement de la population représente aussi de nouveaux défis au regard de la croissance économique, des soins médicaux et de la sécurité des personnes âgées », souligne l’ONU.

Dans les régions les plus développées, un habitant sur quatre est maintenant âgé de plus de 60 ans. D’ici 2050, la proportion passera à un sur trois. L’UNFPA signale que le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour a diminué, passant de 1,8 milliard en 1990 à 1,4 milliard en 2005. La proportion du nombre de personnes qui ont faim a également baissé depuis 1990, mais en chiffres absolus, leur nombre a grimpé de 815 millions en 1990 à 925 millions aujourd’hui.

Les disparités sociales continuent de croître. En 1960, les 20% les plus riches possédaient 70% des revenus. En 2005, ils possédaient 77% des richesses.

Pour le chef de l’ONU, le septmilliardième bébé, où qu’il soit, « naîtra dans un monde de contradictions » : « une abondance de nourriture, mais avec encore chaque soir, un milliard de personnes qui vont se coucher la faim au ventre », a-t-il dit dans une interview au magazine Time.

Pour l’anecdote, le Bureau américain du recensement estime lui que le cap des 7 milliards ne sera franchi que le 12 mars 2012.

Lurrama, salon de l’agriculture paysanne Par Julien villalard Reporterre 2011/11/01 Par Julien villalard (1er novembre 2011 à 14h39,) Lurrama, salon de l’agriculture paysanne. Reporterre. fr

Lurrama, salon de l’agriculture paysanne

LURRAMA a été conçu par l’association Euskal Herriko Laboantza Ganbara pour promouvoir l’agriculture paysanne et durable, respectueuse des hommes et de la nature.

Le salon de l’agriculture paysanne du Pays Basque s’installe au cœur du BAB (Bayonne Anglet Biarritz) avec vaches , cochons, brebis… producteurs et produits fermiers, et les nombreuses animations qui les accompagnent les 4, 5 et 6 novembre.

Grâce au travail de centaines de bénévoles, l’association Lurrama vous invite à nous retrouver dans le confort assuré de la grande Halle d’Iraty de Biarritz pour partager en famille ou entre amis un moment convivial !

La Belgique va sortir du nucléaire Reuters Reporterre 2011/11/01 Reuters (1er novembre 2011 à 09h13,) La Belgique va sortir du nucléaire. Reporterre. fr

La Belgique va sortir du nucléaire

Les partis politiques belges, qui négocient la formation d’un nouveau gouvernement, se sont mis d’accord, dimanche 30 octobre, pour fermer – sous condition – les deux centrales nucléaires encore en activité dans le pays.

Le plan, qui prévoit la fermeture d’ici 2015 des trois plus anciens réacteurs, sur les sept que compte le pays, puis une sortie complète du nucléaire d’ici 2025, reste conditionné à ce que la Belgique trouve suffisamment de sources d’énergie alternatives au nucléaire pour éviter toute pénurie. Selon le rapport 2009 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Belgique dépend à 55 % du nucléaire pour ses besoins électriques.

Le pays va maintenant négocier avec des investisseurs pour déterminer comment trouver de nouvelles capacités pour remplacer les 5.860 mégawatts (MW) appelés à disparaître si les centrales de Doel et Tihange sont bel et bien fermées. « Le gouvernement va rechercher activement de nouveaux investisseurs et de nouveaux sites encore inutilisés pour voir ce qui peut être fait », a ajouté la porte-parole du gouvernement. En 2009, la Belgique avait décidé de prolonger de dix ans la durée de vie de ses plus vieux réacteurs, mais cette mesure n’est jamais entrée en vigueur en raison de la vacance du gouvernement.

« S’il s’avère que nous ne sommes pas confrontés à des coupures et à une flambée des prix, nous avons l’intention de nous en tenir à la loi de 2003 sur une sortie du nucléaire », a déclaré une porte-parole du ministère belge de l’énergie et du climat, confirmant des informations des médias belges.

LE SCÉNARIO DU PIRE POUR GDF SUEZ

La possibilité d’une sortie du nucléaire intervient quelques mois après une décision similaire de l’Allemagne. Face à l’émoi provoqué par la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, dans le sillage du séisme du 11 mars, les autorités allemandes on fait le choix d’entamer une fermeture graduelle des centrales qui doit s’échelonner d’ici à 2022.

La perspective d’un accord similaire en Belgique pèse sur l’action GDF Suez, propriétaire des deux centrales belges par le biais de sa filiale Electrabel. Vers 11 heures, le titre reculait de 3,77 % à 20,94 euros dans des volumes étoffés. L’indice CAC 40 reculait de 1,93% à ce stade et l’indice sectoriel européen de 0,72 %.

Lundi 31 octobre, Electrabel et GDF Suez n’ont pas souhaité commenter la décision belge, affirmant n’ayant pas avoir reçu à ce jour de confirmation officielle sur le sujet. « Cet accord constitue réellement un ’worst case scenario’ [scénario du pire] pour GDF Suez en Belgique », commente Oddo Securities, qui a abaissé sa recommandation d’achat à « neutre » sur le titre à la suite de l’annonce d’un accord. Le courtier rappelle toutefois que la Belgique ne représente que 10 % de l’Ebitda de GDF Suez.

LE NUCLÉAIRE EN FRANCE « N’A PAS À SE NÉGOCIER »

A la Bourse de Paris, l’électricien EDF était en baisse de 1,64 % à 21,89 euros, tandis que le spécialiste français du nucléaire Areva perdait 2,93 % à 21,56 euros. Au-delà du débat sur le nucléaire, EDF est indirectement concerné par la décision des autorités belges, puisqu’il détient des droits de tirage, directement sur 8 % de la capacité de production des centrales belges, et indirectement via sa filiale belge SPE des droits sur 7 %. Le groupe public n’a pas souhaité faire de commentaire.

L’action EDF a chuté de plus de 5 % vendredi, des intervenants de marché ayant évoqué un article du Monde selon lequel le Parti socialiste et les écologistes seraient sur le point de sceller un accord électoral prévoyant des fermetures de centrales nucléaires.

Dimanche sur Europe 1, la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet a exclu une sortie de la France du nucléaire à moyen terme, estimant que la place de cette énergie dans l’Hexagone « n’a pas à se négocier ». La France, qui dépend de l’atome pour plus de 70 % de sa production d’électricité, a évoqué pour la première fois en juillet dernier, par la voix d’Eric Besson, l’hypothèse d’un scénario de sortie du nucléaire à l’horizon 2040-2050. Le ministre de l’énergie avait toutefois précisé que ce scénario n’était pas celui qu’il privilégiait à ce stade.

Les Verts sont-ils en train de rentrer dans le nucléaire ? Laurent Samuel Reporterre 2011/11/01 Laurent Samuel (1er novembre 2011 à 09h50,) Les Verts sont-ils en train de rentrer dans le nucléaire ?. Reporterre. Tribune — fr

Les Verts sont-ils en train de rentrer dans le nucléaire ?

Cécile Duflot, a parlé d’« ouverture de l’horizon d’une sortie du nucléaire ». Cette évolution sémantique indique-t-elle l’abandon de la sortie du nucléaire comme préalable à un accord Verts-PS ?

Dans une interview au Journal du Dimanche, la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, a parlé, non plus de sortie du nucléaire - mot d’ordre habituel de son organisation -, mais d’« ouverture de l’horizon d’une sortie du nucléaire ».

Peu remarquée sur le moment, cette évolution sémantique semble bien indiquer l’imminence de l’abandon de la sortie du nucléaire comme préalable à un accord Verts-PS. Au choix, on qualifiera ce changement de repli stratégique (au nom du réalisme et du souhait d’une victoire de François Hollande à la présidentielle) ou de capitulation en rase campagne.

De fait, si l’on en croit un article publié dans Le Monde daté du 29 octobre, le PS et Europe Ecologie-Les Verts sont déjà près de sceller un accord électoral. Un accord qui, selon le quotidien, ne prévoit pas « de ’sortie’ du nucléaire mais des fermetures de centrales ».

« Les socialistes ont dû concéder la fermeture de quelques centrales (une demi-douzaine ?) parmi les plus anciennes, comme celle de Fessenheim », affirment les auteurs de l’article, Anne-Sophie Mercier et David Revault d’Allonnes. « Le coût de son redémarrage ayant été évalué entre 1 et 2 milliards d’euros par la Cour des comptes, et sa fermeture quasiment acquise, même pour la majorité en place, cette seule concession n’a pas été jugée suffisante par EELV. Les centrales de Chinon et de Bugey sont donc sur la sellette, mais pas seulement. »

Une posture devenue radicale

Même l’abandon de l’EPR de Flamanville, bête noire des Verts, n’est pas acté. « La question de l’EPR de Flamanville n’est pas réglée : les écologistes estiment que ’la porte reste ouverte’, tandis que les socialistes se refusent à tout commentaire. »

Certes, il ne faut pas aller trop vite en besogne. Le leader Vert Denis Baupin, dans les colonnes de Sud-Ouest du 30 octobre, dément qu’un accord doit déjà « ficelé », avec cet argument surréaliste : « Nous sommes tous en vacances » (entre l’accord européen de la semaine dernière et le G20 de la semaine prochaine, est-ce bien le moment ?).

Mais tout se passe comme si la « sortie du nucléaire » était en passe de devenir, pour le parti des Verts, l’équivalent de la « sortie du capitalisme » pour une partie de la gauche : une posture radicale qui vise à dissimuler des arrangements politiciens, en l’occurrence la garantie d’obtenir un nombre conséquent de circonscriptions et peut-être quelques ministères.

Quelle place pour Eva Joly ?

Reste que ce recul atomique prévisible n’arrangera pas les affaires d’Eva Joly, dont la cote dans les sondages n’est déjà pas fabuleuse (4,5 % selon la dernière enquête IFOP pour le Journal du Dimanche), et qui centre précisément sa campagne sur le nucléaire (avec son récent voyage à Fukushima, où elle invite François Hollande à se rendre avec elle), au détriment d’autres thèmes comme le changement climatique ou la biodiversité.

La candidate verte risque ainsi de se faire doubler sur sa gauche par le NPA, qui préconise la sortie du nucléaire en 10 ans, par Jean-Luc Mélenchon qui propose un référendum, et sur son centre, par Corinne Lepage, dont le mot d’ordre est le renoncement à toute construction de nouvelles centrales. Sans compter tous ceux qui, confortés par l’accord PS-Verts, préféreront voter dès le 1er tour pour François Hollande.

Bref, entre leur aubryphilie galopante d’il y a quelques semaines et cette sortie possible de la « sortie du nucléaire », la tactique du parti vert semble de plus en plus s’inspirer de Pierre Dac : la sortie du nucléaire, on « peut le faire »... Mais en attendant ces lendemains qui chantent, on préfère des sièges à l’Assemblée !

Naissance de Global Magazine Gilles Luneau Reporterre 2011/11/01 Gilles Luneau (1er novembre 2011 à 08h29,) Naissance de Global Magazine. Reporterre. fr

Naissance de Global Magazine

« Magazine en ligne, GLOBAL ouvre un lieu de slow-info, où l’on prend le temps et la distance nécessaire pour décortiquer une situation, mettre en perspective une information, mener une enquête »

Nous avons le plaisir de vous annoncer l’agrandissement de la famille des curieuses-eux et des empêcheurs-euses de penser en rond, avec la naissance d’un nouveau magazine : GLOBAL.

Magazine en ligne, GLOBAL ouvre un lieu de slow-info, où l’on prend le temps et la distance nécessaire pour décortiquer une situation, mettre en perspective une information, mener une enquête. Le magazine est plus particulièrement axé sur la géopolitique, la société, la culture et la lutte contre la censure et le politiquement correct. Le tout sur fond d’alerte écologique planétaire (sans catastrophisme), tout en gardant la distance et l’humour qu’il sied pour continuer à (bien) vivre.

GLOBAL réunit une équipe de passionné(e)s de l’information (rédacteurs-trices, photographes, dessinateurs-trices, cartographes, documentalistes). Pour nous, la liberté d’informer est indissociable de la démocratie, les journaux d’information contribuent à former des citoyens et s’inscrivent dans le contre-pouvoir.

Nous venons d’horizons différents (presse quotidienne, magazine, télévision). Nous supportions de plus en plus difficilement d’être malmenés par la dégradation du métier. Nous étions las d’être sous l’empire de l’émotion et de l’immédiateté, sous la pression du « faire vite et court », sous l’exigence de la simplification extrême des faits, sous les compromissions et la censure du marketing économique ou politique.

Comme nous, vous êtes nombreux-ses quelque soient les supports et les rythmes de parution, à ronger votre frein … Sachez, qu’entre autres, nos pages sont là pour accueillir les infos, reportages, enquêtes que vous n’avez pu publier dans vos journaux ou traiter sur vos antennes.

Nous connaissons la frustration au retour d’un reportage, des informations, histoires, anecdotes et confidences que chacun(e) d’entre nous abandonne le cœur serré, sous la nécessité de l’angle choisi pour la parution. Aussi, GLOBAL ouvre un espace pour les carnets de routes des journalistes, photographes, dessinateurs (ou les trois à la fois !).

L’adresse pour centraliser vos propositions :

redaction (at) globalmagazine.info

Vous l’avez compris, GLOBAL est une maison ouverte aux infos, aux débats, à la confraternité et à l’amitié.

Pour garantir dans le temps l’indépendance du magazine, nous avons décidé de créer une Fondation européenne de l’information, dont GLOBAL sera une expression médiatique, indépendante de tout pouvoir économique et politique.

Le principe est simple : réunir un capital suffisant pour, sur ses rentes, placé éthiquement et en toute transparence, entretenir un outil journalistique.

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BASF voudrait qu’on mange des frites transgéniques David Naulin (Cdurable.info) Reporterre 2011/11/02 David Naulin (Cdurable.info) (2 novembre 2011) BASF voudrait qu’on mange des frites transgéniques. Reporterre. fr

BASF voudrait qu’on mange des frites transgéniques

Le groupe chimiste allemand a déposé lundi 31 octobre une demande d’autorisation d’une pomme de terre génétiquement modifiée.

A l’origine, BASF produisait des colorants dérivés du goudron. Puis il y eut le caoutchouc synthétique, l’ammoniac, les engrais chimiques, les matières plastiques... Aujourd’hui, la firme allemande est le premier groupe de chimie au monde. Et si, dans les années 80, BASF était connu pour des produits emblématiques comme les cassettes audio et vidéo, aujourd’hui, il vise... nos assiettes.

Le groupe de chimie allemand BASF a annoncé lundi 31 octobre avoir demandé l’autorisation européenne de cultiver commercialement sa pomme de terre génétiquement modifiée (OGM) Fortuna, destinée à l’alimentation humaine et animale. « L’introduction sur le marché est prévue pour 2014 ou 2015 », a précisé le groupe allemand, numéro un européen de la chimie, qui a développé ces dernières années ses activités dans les organismes génétiquement modifiés.

« La prochaine étape du processus d’autorisation consiste pour l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à en tester la sécurité pour les humains, les animaux et l’environnement », ajoute-t-il. « Cette pomme de terre est principalement destinée à l’alimentation humaine », a expliqué un porte-parole de BASF à l’AFP. Elle est dérivée des pommes de terres Fontane, l’une des variétés les plus utilisées pour la fabrication de frites.

Fortuna résiste au Mildiou, un parasite très dévastateur pour les cultures de pomme de terre qui fut notamment l’une des causes de la grande famine irlandaise au XIXe siècle. Il détruit encore jusqu’à 20% des récoltes annuelles de pommes de terre dans le monde, selon le groupe allemand. BASF explique être parvenu à utiliser deux gènes de résistance au mildiou prélevés sur une variété sauvage de pomme de terre sud-américaine.

BASF a déjà obtenu l’autorisation européenne d’une première pomme de terre OGM, Amflora, pour trois usages : industriel (amidon pour la pâte à papier et engrais pour le jus), alimentation animale (la pulpe) et présence de résidus jusqu’à 0,9% dans les produits pour l’alimentation humaine. Il a également demandé l’autorisation d’Amadea, une variante plus récente d’Amflora. Outre Amflora, le maïs MON810 de la multinationale américaine Monsanto est le seul autre OGM cultivé à des fins commerciales en Europe.

Du côté européen, on tient toutefois à relativiser la portée de l’annonce de la demande du groupe allemand. Ainsi, il s’était écoulé près de 14 ans entre la demande d’autorisation déposée par BASF pour la pomme de terre Amflora en 1996, et la réponse favorable des autorités européennes, arrivée en 2010. L’EFSA indiquait d’ailleurs lundi ne pas avoir encore reçu la demande de BASF, qui doit lui être transmise par la Commission européenne. Elle n’a ensuite « pas de délai imposé » pour rendre son avis scientifique, et « certaines demandes n’arrivent jamais à bout », des industriels cessant de répondre aux demandes de précisions scientifiques des autorités, a souligné un porte-parole de l’autorité européenne de sécurité des aliments. La décision d’autorisation revient ensuite à la Commission européenne et aux Etats-membres.

Son « homologation » serait une première, au grand dam des écologistes, dont José Bové, qui trouve la stratégie de BASF « inacceptable ». « Il ne faut pas produire de produits alimentaires de base génétiquement modifiés », a réagi lundi Stephanie Töwe, spécialiste des OGM chez Greenpeace Allemagne, pointant les risques de dissémination des modifications génétiques aux cultures traditionnelles. « Une production non-OGM durable n’est ensuite plus possible », a-t-elle ajouté.

7 milliards en avion Hervé Kempf Reporterre 2011/11/02 Hervé Kempf (2 novembre 2011) 7 milliards en avion. Reporterre. Tribune — fr

7 milliards en avion

Nous sommes donc 7 milliards. En ces jours de grève à Air France, il est intéressant de relever qu’en 2010, le Conseil international des aéroports a recensé 5 milliards de passagers aériens. Au rythme de croissance annuelle de ces deux grandeurs (+ 1,1 % pour la population mondiale, + 6,3 % pour le nombre de passagers), c’est en 2017 que l’on comptera autant d’humains que de personnes empruntant un avion à moteur, soit 7,5 milliards.

Relevons deux aspects de cette intéressante ascension. D’une part, tout le monde ne prend pas l’avion tandis que certains prennent plusieurs fois l’avion chaque année. En recoupant diverses sources, on peut estimer que 10 % de la population mondiale traverse le ciel chaque année.

D’autre part, les aéronefs sont le plus souvent propulsés par des moteurs, moteurs qui ont la désagréable caractéristique de fonctionner en consommant du carburant, carburant dont la combustion se traduit par l’émission de gaz carbonique (CO2).

Or, le CO2 contribue au changement climatique. Selon les projections de l’Organisation aérienne civile internationale (OACI), l’aviation pourrait peser jusqu’à 3,5 milliards de tonnes d’émissions de CO2 par an en 2050 (1), soit plus de 10 % du niveau actuel des émissions.

Que faire ? Laisser courir les choses, ou tenter d’infléchir cette courbe raide comme une falaise. Depuis quelques années, l’Union européenne a choisi de tenter d’infléchir la courbe : elle a décidé que les compagnies aériennes, comme les autres secteurs industriels, devront participer au marché européen des émissions de gaz à effet de serre, qui vise à plafonner ces émissions. Cela conduira à une hausse du prix des billets d’avion.

Les compagnies étrangères dont les avions atterrissent dans l’Union européenne devront respecter la règle européenne. Or, voyez comme c’est curieux : presque tout le monde se dit d’accord pour « lutter contre le changement climatique », mais toute mesure concrète suscite le courroux.

Le 2 novembre, vingt-six pays - dont les Etats-Unis, la Chine, l’Arabie saoudite et le Brésil - devraient déposer une protestation formelle contre l’Union européenne dans le cadre de l’OACI. Espérons que Bruxelles tiendra bon dans le bras de fer qui s’annonce.

En ces temps de pessimisme européen, il est bon de rappeler que, malgré ses insuffisances et ses faiblesses, la politique environnementale menée par l’Europe est la plus déterminée du monde. C’est un atout pour l’avenir.

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Note :

(1) Dans son document Aviation Outlook. ICAO environmental report 2010, ch. « Climate change outlook », l’OACI indique que l’aviation consommait 186 millions de tonnes de carburant, et que chaque kg de ce carburant produit 3,16 kg de CO2. Elle est estime que le trafic pourrait se développer à 4 % par an, ce qui conduit en 2050 à 1,05 tonnes de carburant ou 3,3 milliards tonnes de CO2.

Nous sommes tous Grecs André Bellon Reporterre 2011/11/03 André Bellon (3 novembre 2011) Nous sommes tous Grecs. Reporterre. Tribune — fr

Nous sommes tous Grecs

"Les Grecs posent la question du pouvoir politique et de sa légitimité à l’heure de la « gouvernance mondiale »"

Une Europe qui a peur de ses peuples est-elle viable ? On pouvait se poser la question après les mépris manifestés vis-à-vis des votes français, néerlandais, puis irlandais, contre le traité constitutionnel européen. L’interrogation revient, encore plus forte, au vu de la panique suscitée sur l’ensemble du continent européen par l’annonce d’un referendum en Grèce.

On pourrait pourtant penser que rien n’est plus normal que de demander au peuple concerné d’avaliser des choix politiques aux conséquences aussi considérables que celles de l’accord de « sauvetage » financier parrainé par Berlin et paris. N’appartient-il pas aux citoyens grecs de décider si leur souveraineté doit désormais être soumise à contrôle extérieur, si la réaction des marchés est plus importante que la définition de leur niveau de vie ?

Sachant que la politique qui doit être mise en œuvre n’a aucun rapport avec les engagements électoraux du parti socialiste grec, seul le peuple devrait, dans le respect des principes démocratiques, valider les mesures à prendre.

En fait, le processus qui a conduit à cet « accord européen » a tellement bafoué, étape après étape, toute idée de volonté populaire, qu’on en est arrivé à une situation impossible. Fallait-il que la Grèce soit membre du club de l’euro, c’est-à-dire in fine que son économie fonctionne à partir de critères adaptés à l’Allemagne ? Fallait-il en accepter les contraintes antisociales ? Fallait-il qu’un parti se disant socialiste les impose à rebours de la mission que lui avait confié ses électeurs ? De reniement de la démocratie en reniement de la démocratie, les dirigeants ont mis le pays au pied du mur. Il apparaît évident que la population, dans sa large majorité, ne veut plus accepter d’énormes sacrifices tout en restant dirigée par des instances, nationales autant qu’européennes, sur lesquelles elle n’a aucun contrôle réel.

Ce soudain retour de la démocratie dans le jeu européen semble étonner les commentateurs habitués à laisser gouverner des « élites » de moins en moins éclairées. Berlin et Paris auraient bien fait l’économie de ce passage par la case « souveraineté populaire ». Les deux pays ont d’ailleurs immédiatement annoncé qu’ils souhaitaient, malgré tout, appliquer l’accord le plus vite possible. Les méthodes autoritaires qui président à la zone euro rendent la sortie de crise plus difficile à chaque étape.

Les Grecs posent donc, de façon évidente, la question du pouvoir politique et de sa légitimité à l’heure de la « gouvernance mondiale ». Ce système absurde qui, au nom de la préservation de dogmes économiques, veut maintenir la domination politique d’une classe dirigeante marginale et uniquement préoccupée par ses intérêts financiers, est aujourd’hui la cible des citoyens grecs. Le gouvernement de ce pays n’avait plus de légitimité et en tire les conséquences. Il appartient évidemment aux citoyens de redéfinir, de façon démocratique, les voies de sortie d’une crise qui ne fait que s’approfondir à leurs dépens depuis des années.

Xavier Renou, des Désobéissants, jugé pour refus du fichage génétique Les Désobéissants Reporterre 2011/11/04 Les Désobéissants (4 novembre 2011) Xavier Renou, des Désobéissants, jugé pour refus du fichage génétique. Reporterre. fr

Xavier Renou, des Désobéissants, jugé pour refus du fichage génétique

Procès à Senlis le 7 novembre. Le fichage ADN sert à « pré-mâcher le travail de la dictature ».

Le procès de Xavier Renou, des Désobéissants, pour refus de prélèvement ADN, se déroule ce lundi 7 novembre près de Paris, au tribunal correctionnel de Senlis (Oise). Il apportera pour la première fois en France la preuve par la science du caractère raciste et gravement liberticide du prélèvement génétique (ADN) effectué chaque jour par les forces de l’ordre sur un millier de personnes.

Au procès de la désobéissance civile contre les prélèvements d’ADN, à Senlis, près de Paris, la généticienne Catherine Bourgain (INSERM) apportera la preuve du caractère « codant » des segments d’ADN prélevés par la police.

Des travaux de recherche récents montrent en effet que le Fichier des Empreintes Génétiques (FNAEG) permet ainsi de connaître les origines géographiques (raciales) et diverses caractéristiques intimes (comme les prédispositions à certaines maladies) de 30 000 nouveaux Français par mois. Le gouvernement avait pourtant prétendu le contraire, pour rendre plus acceptable la mise en place du fichage biologique de la population.

En novembre 2007, Xavier Renou mène une action spectaculaire et non violente contre Hubert Védrine, accusé par le Rwanda et de nombreux chercheurs de complicité dans le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994, et qui poursuit pourtant sa carrière en toute impunité. Voir la vidéo

Hubert Védrine retire sa plainte en diffamation (Xavier Renou l’accusait publiquement de complicité de génocide), pour éviter une confrontation embarrassante, mais poursuit Xavier Renou pour agression. Le fondateur des désobéissants est condamné en juin 2010 à 3 mois de prison avec sursis et une lourde amende destinée à rembourser le manteau de cachemire de l’ancien Secrétaire Général de l’Élysée.

Les gendarmes convoquent ensuite le militant pour un prélèvement ADN. Il refuse. Il est jugé au Tribunal correctionnel de Senlis ce lundi 7 novembre, à 9h00 du matin. Il risque une peine de prison et une lourde amende.

Depuis 2003, plus de 700 000 Français ont fait l’objet d’un prélèvement ADN, en garde-à-vue (donc alors qu’elles étaient encore présumées innocentes) ou après une condamnation, même bénigne ou strictement politique (de désobéissance civile). Le Ministère de l’Intérieur impose des objectifs chiffrés aux forces de l’ordre. Christian Estrosi se déclarait d’ailleurs favorable au fichage de l’ensemble de la population, à partir des nouveaux nés [Le Monde 17 janvier 2007]... Le gouvernement a-t-il en outre des arrière-pensées discriminatoires ? Sans doute, puisqu’il développe par ailleurs le fichage systématique des élèves, avec Base-élèves, et souhaitait y inclure, au milieu de considérations scolaires, le lieu de naissance et la langue parlée à la maison. Fichier appelé à suivre les individus pendant toute leur vie active, en s’intégrant au Livret National des Compétences.

Après François Vaillant, déboulonneur de publicité, Xavier Mathieu, syndicaliste des ouvriers de Continental, des Faucheurs Volontaires d’OGM et bien d’autres, Xavier Renou a refusé de donner son ADN aux gendarmes qui le lui demandaient.

D’accord avec le philosophe Giorgio Agamben, qui parle d’une politique qui revient à ’’pré-mâcher le travail d’une dictature’’, il explique : « Je considère que le fichage biologique est beaucoup trop dangereux pour être ainsi banalisé. Je n’oublie pas que c’est la République qui a commencé, dans les années Trente, à ficher ses étrangers et ses opposants, et que lorsque Pétain est arrivé au pouvoir, tout était prêt pour la machine totalitaire. Parce que l’on n’est jamais sûr de l’avenir, et que je suis inquiet de l’évolution actuelle de notre société, je refuse de donner mon ADN et encourage tous les militants de la liberté à faire de même, afin de rendre inapplicable cette loi scélérate. »

L’indigné de Vittel Plaine de vie Reporterre 2011/11/04 Plaine de vie (4 novembre 2011) L’indigné de Vittel. Reporterre. fr

L’indigné de Vittel

A Vittel, Philippe Rollot, exclu de son emploi, campe dans sa voiture devant la mairie.

Philippe Rollot, le premier indigné de Vittel

Vous pouvez voir grâce à cette photo que tout peut arriver à Vittel.

Philippe Rollot exaspéré de se sentir insidieusement glisser dans l’exclusion a décidé de marquer symboliquement sa résistance à la fatalité du chômage de longue durée. Il rappelle que Monsieur Millot, le Maire de Vittel est personnellement à l’origine de son licenciement « pour des raisons politiques ». En effet lors de la campagne électorale de 2008, il avait, selon lui, commis le crime de lèse majesté de se présenter sur une liste opposée au Maire sortant. Trois autres personnes ont subi le même sort : dehors

Il demande un emploi en échange de celui qui lui a été volé par le fait du prince. Philippe Rollot a une nouvelle maison : sa voiture. Il campe pour un temps devant la mairie pour entamer une grève de la faim. Il est certes le premier indigné de Vittel, mais il résiste spontanément sans calcul, (avec un poil de sympathique désorganisation) à ce monde bête et méchant qui est servi trop souvent par des personnes bêtes et méchantes. Il interpelle le destin pour lui et pour tous ceux qui sont désemparés et silencieux. Il ne sait pas exactement ce qu’il attend, mais il sait qu’il faut attendre, l’heure est venue.

ps : Plaine de vie suivra cet événement, ainsi que les mouvement de notre oligarchie locale qui montre son vrai visage. Cela fait des décénnies que Nestlé attend le moment de sa toute puissance à Vittel. Son arrogance, son mépris n’a pas de limite. Nous connaissons notre ennemi.

La décroissance arrive en Hongrie Vincent Liegey Reporterre 2011/11/04 Vincent Liegey (4 novembre 2011) La décroissance arrive en Hongrie. Reporterre. fr

La décroissance arrive en Hongrie

Vincent Liegey, objecteur de croissance, vit entre la Hongrie et la France depuis une dizaine d’années. Il est actuellement à Budapest avec sa femme, Rebeka Szabó, députée verte au parlement hongrois. Cet escargot expatrié se réjouit de voir que le mot « décroissance » vient tout juste d’être traduit dans son pays d’adoption. Pour les polyglottes, cela donne « nemnövekedés ». Si comme partout ailleurs, le mot fait débat, l’action semble joyeusement emboiter le pas à la critique radicale.

La décroissance, mouvement de pensée né en France au début des années 2000, s’est depuis internationalisée, en particulier dans les pays francophones comme la Belgique, la Suisse, ou le Québec, et latins, comme l’Italie et l’Espagne. Récemment, le débat s’est ouvert dans le monde anglo-saxon avec des mouvements comme Transition Town ou plus centrés vers la simplicité volontaire. C’est ce que nous avions pu observer lors de la deuxième conférence internationale sur la décroissance à Barcelone, en mars 2010. De même, dans les pays germaniques et scandinaves, plusieurs groupes locaux ont vu le jour, comme à Berne, par exemple. De plus en plus de rencontres sont organisées. Je pense notamment à celle d’Helsinski, en Finlance, en septembre 2010, avec Serge Latouche.

Cette internationalisation de la décroissance nous interpelle. En nous confrontant à de nouvelles approches et cultures, elle nous permet de nous enrichir. De plus, elle rejoint des initiatives et démarches déjà existantes, proches des idées de la décroissance sans même savoir que cette pensée politique existe. On peut assister à la même chose en Hongrie, où le mot « décroissance » vient tout juste d’être traduit en « nemnövekedés » (1). Bref, là-bas aussi, le débat est ouvert.

Serge Latouche ambassadeur

Les 23 et 24 mars derniers, la décroissance a fait ses premiers pas en Hongrie, avec un soutien financier de l’Ambassade de France en Hongrie et surtout l’enthousiasme de la traductrice, Zsuzsanna Balogh-Sárközy, du Petit traité de la Décroissance sereine de Serge Latouche. Serge Latouche était à Budapest pour la sortie du livre. Il a participé à trois rencontres qui ont connu un gros succès. Tout a commencé avec une présentation du livre à l’Institut Français de Budapest devant un amphithéâtre comble. Le lendemain, rien de tel que de se rendre dans un temple de l’économie pour mettre en débat la religion de l’économie avec un séminaire sur la décroissance, à la prestigieuse université Corvinus, anciennement dénommée Karl Marx. Enfin, le soir, un dernier débat a eu lieu avec des économistes hongrois dans l’un des hauts lieux convivial, culturel, alternatif et festif que seul Budapest sait nous proposer (Gödör Klub).

À ma grande surprise, le livre, et donc la décroissance, a reçu un accueil plutôt chaleureux et enthousiaste de la part de nos amis hongrois. Peu d’oppositions directes, peu de caricatures comme on en voit encore trop souvent en France. Nous avons plutôt constaté une écoute attentive, mais aussi une certaine déception : où sont les propositions concrètes ? En effet, beaucoup de commentaires, dans les salles de conférences ou sur Internet, aboutissaient à la même conclusion : « oui la société de croissance nous amène toujours plus vite droit dans le mur, mais concrètement qu’est ce que l’on fait pour éviter le crash ? »

Ça bouge à Budapest

Comme on peut le voir en Europe de l’Ouest, la prise de conscience à propos de l’insoutenabilité de la société de croissance et de son absurdité s’accélère en Hongrie aussi. Je suis retourné vivre à Budapest début janvier après avoir passé ces trois dernières années en France. J’ai été très agréablement surpris par le dynamisme et le nombre d’alternatives qui se sont mises en place en si peu de temps. Ainsi, outre les ONG comme Védegylet, qui critiquent de manière radicale l’impasse dans laquelle nous mène cette société de croissance, j’ai découvert plusieurs projets comme ceux des villes en transition à Wekerle, quartier de Budapest, ou encore à Kecskemét, où des jardins communautaires voient le jour un peu partout. J’ai aussi vu une association qui défend les marchés de quartier alimentés par des producteurs locaux « Szeretem a piacot » (« j’aime le marché »). Il est à noter que Budapest accueille tous les ans la plus grande masse critique (Critical Mass) au monde, avec pas moins de 80 000 vélos en avril 2006 (2). De même, les dernières élections ont vu l’émergence d’un nouveau parti écologiste, Léhet Mas a Politika (« une autre politique est possible ») (3), qui compte aujourd’hui 15 députés (7,5% aux élections nationales en 2010), parmi lesquels des décroissant-e-s.

Autre projet intéressant, A Igrici, village du nord-est du pays, région la plus pauvre, a été lancé un projet de coopérative avec la population Rom. Face à un chômage important, ces populations aidées par des associations ont décidé d’emprunter de l’argent pour acheter des terres et faire pousser des légumes. Ce projet social ne s’est pas fait sans difficultés mais rencontre un certain succès.

Pour le meilleur ou pour le pire ? (4)

Aujourd’hui, la Hongrie connait une crise économique et sociale avec à la fois des régions entières qui font face à des risques de famine, et en parallèle une montée de l’extrême droite qui envoie sa milice défiler dans les villages et menace les populations Roms.

Par ailleurs, la Hongrie interdit l’exploitation d’OGM malgré les pressions de la commission européenne. Elle bénéficie d’un moratoire revalidé par l’Union Européenne qui interdit aux investisseurs étrangers d’acheter des terres. Le prix du foncier reste donc très bon marché et les cultures sont protégées d’un développement destructeur pour les liens sociaux mais aussi pour l’environnement. De plus, une stratégie à long terme et très ambitieuse de relocalisation a été proposées par des membres du gouvernement dans le cadre du ministère de l’agriculture et du développement rural. Ce projet, qui propose la promotion d’une agriculture paysanne de proximité, la création d’emplois locaux, une transition vers une souveraineté alimentaire est actuellement débattu en Hongrie. Une consultation citoyenne a été mise en place. Par contre les lobbies risquent de s’opposer à la mise en place d’un tel projet allant à l’encontre de leurs intérêts.

Enfin, plusieurs rencontres sont prévues avec, par exemple, un colloque sur les circuits courts qui s’organise et qui pourrait être l’occasion de vraiment initier des politiques de transition vers une souveraineté alimentaire afin d’éviter le pire. Le temps n’est plus à la prise de conscience de l’absurdité de la société de croissance, mais à la mise en place d’une transition démocratique vers des sociétés de décroissance à la fois soutenables et souhaitables. La critique, bien que toujours nécessaire, n’est dorénavant plus suffisante. La Hongrie pourrait ainsi être un laboratoire du meilleur avec une transition vers des sociétés de décroissance, avec par exemple l’application du projet proposé ou du pire, avec l’exacerbation des tensions inter-ethniques sur fond de crises.

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Notes :

(1) Le site de la Décroissance en Hongrie

(2) http://www.hu-lala.org/?p=14011

(3) http://lehetmas.hu

(4) La Hongrie, pour le pire… et le meilleur

En route vers la planète radieuse Michel Tibon-Cornillot Reporterre 2011/11/04 Michel Tibon-Cornillot (4 novembre 2011) En route vers la planète radieuse. Reporterre. Tribune — Science et citoyens fr

En route vers la planète radieuse

Michel Tibon-Cornillot anime le séminaire d’Anthropologie des techniques à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, à Paris.

Le contexte est marqué par de nombreuses guerres et par des inquiétudes croissantes concernant la dégradation des différents milieux sociaux et environnementaux qui permettent la survie terrestre des sept milliards de mammifères humains. Ces analyses qui semblaient caractériser, il y a quelques années, les esprits chagrins, sont maintenant majoritaires ; elles contribuent aussi à la disparition du respect quasi religieux qui auréolait les développements scientifiques, techniques et industriels.

Malgré les apparences, la situation actuelle des sciences et des techniques est devenue problématique et les remises en question de leurs activités croissent au même rythme qu’elles se répandent sur la planète entière.

Cette situation instable est liée aux interpénétrations de plus en plus étroites entre des circulations financières complètement folles, des développements économiques et industriels toujours plus inégaux et des recherches techno-scientifiques belliqueuses et toxiques. Des populations de plus en plus nombreuses, de plus en plus étrangères à la Weltanschauung occidentale, sont directement convoquées à adopter les modes d’existence des sociétés industrielles et doivent répondre sans tarder à cette convocation. Le « forçage » actuel est d’autant plus dangereux qu’il s’inscrit dans le cadre des épisodes coloniaux et impériaux menés par les élites blanches de l’Europe occidentale, puis d’Amérique du Nord, et ce, depuis cinq siècles. Ces épisodes sont à l’origine d’immenses massacres, dans les deux Amériques, en Chine, en Inde et dans bien d’autres contrées.

Les techniques et les sciences occidentales sont au cœur du désastre que nous sommes en train de vivre.

Les techno-sciences contemporaines forment avec l’industrialisation l’un des substrats essentiels des vagues expansionnistes actuelles. Que ce soit sous la forme directe des armements vendus aux clients « sous-développés », des armements « dernier-cri » testés par les nations industrielles dans leurs guerres « démocratiques » contre les pays détenteurs de richesses énergétiques, ou bien sous la forme indirecte des impératifs économiques, financiers et symboliques, les techniques et les sciences occidentales sont au cœur du désastre que nous sommes en train de vivre.

En quarante ans, l’informatique et les ordinateurs, ces machines logico-mathématiques entièrement tributaires de l’histoire des formalismes au sein des sciences occidentales, se sont diffusés dans le monde entier et s’imposent en tant que prisme privilégié permettant d’aborder tous les aspects du « réel », de ce réel mobilisé totalement dans la vision numérisée du monde. La visibilité actuelle de cette expansion pose alors de graves problèmes aux responsables de ces milieux scientifiques et techniques qui risquent de se voir attribuer des responsabilités fatales dans les guerres néocoloniales ou dans des dysfonctionnements importants liés à des pratiques industrielles en train de déferler (nucléaire, génétique, alimentation, etc.)

Ces perspectives semblent plutôt désastreuses mais ne sont pas forcément irrémédiables. Il faut pour cela introduire des distinctions permettant de rechercher d’autres orientations plus attrayantes. C’est pourquoi on proposera aux étudiants de développer des recherches autour des liens entre les savoir-faire techniques et les savoirs scientifiques en montrant que ces domaines ne sont pas nécessairement réductibles l’un à l’autre. On développera enfin de façon critique l’une des composantes de la pensée scientifique occidentale, son rapport consubstantiel au thème de l’infini relu dans le contexte du progrès.

Fakir et ses lecteurs vont désigner le pire rapace Fakir Reporterre 2011/11/05 Fakir (5 novembre 2011) Fakir et ses lecteurs vont désigner le pire rapace. Reporterre. fr

Fakir et ses lecteurs vont désigner le pire rapace

La Nuit des rapaces aura lieu mercredi 09 novembre à Paris. Y sera remis le grand prix du « J’ai tout pris »

Chère force vive de la nation fakirienne,

Le mercredi 9 novembre, Là-bas si j’y suis et votre journal favori vous invitent à :

La Nuit des rapaces le mercredi 09 novembre 2011 à 19 h à la salle Olympe de Gouges 15, rue Merlin, Paris 11e, métro Père Lachaise

Où sera remis le grand prix du « J’ai tout pris » On compte sur vous. Même, pour amener du monde - et faire de cette soirée un moment de lutte contre la Finance.

Depuis la crise, le Programme alimentaire mondial a été divisé par deux : de 6 milliards à 3 milliards de dollars. Pendant ce temps, cent fois plus, 680 milliards de dollars ont été consacrés à sauver les banques européennes.

L’Europe a diminué de 75 % ses aides alimentaires aux plus démunis - de 480 millions à 113 millions d’euros. Pendant ce temps, la rémunération des banquiers français a bondi de 44,8% en 2010. Ils mettent des pays à genoux. Et qui devrait réduire les « déficits » ? C’est nous.

Ce mercredi soir, on ne va plus se laisser faire. Nous allons mettre des visages sur « les marchés », les sortir de leur paisible anonymat.

On a tous notre rapace préféré... Un patron, venu planter ses crocs dans la chair de Continental, Moulinex, Renault. Un financier, qui a sucé les bénefs, les carnets de commande, le savoir-faire, et s’est tiré avec la caisse. Un politique, qui a remis le destin du pays entre les mains de la Bourse. Un journaliste, qui n’a cessé de vanter les bienfaits du marché - contre des « ménages » bien rémunérés.

Nous, notre chéri, c’est Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, ancien dirigeant de Moulinex, grand libérateur de la Finance dans les années 80. Qui fuit nos questions en Assemblée générale. Mais y a de la concurrence, chez ces gens pires ! Gérard Mulliez, Marc Ladreit de Lacharrière, Bernard Arnault, Alain Minc, etc. tous peuvent prétendre au titre. Tous nos invités (Xavier Mathieu, Gérard Mordillat, Siné-Mensuel, Jean-Pierre Garnier...) viendront présenter leurs chouchous. Ils amèneront sa photo, pour qu’on imprime bien qui c’est. Et ils dresseront le CV de leurs forfaits.

Au « ouhouh-mètre », vous désignerez le pire.

Y a un autre enjeu, aussi. Plus personnel. Pour nos incursions parmi ses actionnaires, Jean-Charles Naouri nous a intenté deux procès. Un contre Fakir, l’autre contre Là-bas si j’y suis. Avec 80 000 ¤ de réclamés dans chaque affaire.

L’objectif, c’est de nous faire taire. Qu’on n’y revienne plus, dans ses AG. Qu’on ait trop peur. Mais nous n’avons pas peur, ni de lui ni des autres. Parce qu’on sait que vous êtes là, derrière nous, en masse, pour nous soutenir. L’entrée est libre et gratuite.

Rappel : Notre procès...

Contre Jean-Charles Naouri se déroulera le lundi 28 et le mercredi 30 novembre 2011, à partir de 9 heures, à la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris. Y témoigneront Frédéric Lordon, les anciens salariés de Moulinex, des gérants de Petit Casino, les trois avocats qui en France se chargent de leur dossier. On devrait y entendre des choses inédites, jamais énoncées en public, sur ce « financier froid et calculateur » (comme il se désigne lui-même). Entrée libre aussi !

Sans vous, on ne peut rien. Avec vous, on peut beaucoup. Et c’est pour ça qu’à la fin c’est nous qu’on va gagner !

Non à la LGV dans le Var Irène Tautil (Attac Var) Reporterre 2011/11/06 Irène Tautil (Attac Var) (6 novembre 2011) Non à la LGV dans le Var. Reporterre. Tribune — fr

Non à la LGV dans le Var

“Le coût du projet s’élève à 20 milliards d’euros et qui va les payer sinon nous, les contribuables, les caisses étant vides ? Non seulement la LGV ne va pas servir aux Varois mais elle va détériorer leur quotidien pendant des décennies.“

Attac-Var s’inscrit, depuis le début, dans la contestation du projet de LGV (Ligne à Grande Vitesse) que Réseau Ferré de France et les politiciens au pouvoir tentent de faire passer au plus vite sans annoncer son financement.

La LGV ne répond pas aux besoins des Varois (Toulon est déjà à moins de quatre heures de Paris) et ne règlera pas leurs problèmes de transports. Par son gigantisme elle amènera des dévastations irréversibles dans l’environnement et dans l’agriculture varoise : construction de viaducs et de tunnels, expropriations ruineront à jamais notre capital écologique qui permet l’existence d’un tourisme vert. Le coût du projet s’élève à 20 milliards d’euros et qui va les payer sinon nous, les contribuables, les caisses étant vides ? Non seulement la LGV ne va pas servir aux Varois mais elle va détériorer leur quotidien pendant des décennies.

Partout des populations s’élèvent contre les grands projets inutiles et coûteux, comme les Italiens face à la ligne Lyon Turin, les habitants de Loire Atlantique contre l’aéroport Notre Dame des Landes à Nantes. La priorité est plus que jamais au développement des trains express, des TER et au ferroutage pour permettre aux populations de se déplacer plus facilement sans être esclave de la voiture. La modernité ce sont les transports de proximité.

La « tracto-vélo » contre l’aéroport fou monte à Paris Frédéric Brenon (20minutes.fr) Reporterre 2011/11/07 Frédéric Brenon (20minutes.fr) (7 novembre 2011) La « tracto-vélo » contre l’aéroport fou monte à Paris. Reporterre. fr

La « tracto-vélo » contre l’aéroport fou monte à Paris

Cyclistes et tracteurs sont partis dimanche 6 novembre de Notre Dame des Landes.

Sept jours, quinze villes étapes, près de 500 km : voilà ce qui attend la caravane « Tracto-vélo » qui s’est élancée dimanche 6 novembre de Notre-Dame-des-Landes. Ce convoi festif organisé par le collectif des opposants au futur aéroport traverse les routes de France pour rejoindre Paris et le Sénat samedi prochain. Un déplacement qui ne passe pas inaperçu puisque ses membres sont six tracteurs escortés par 60 cyclistes !

« Ces deux modes de transport symbolisent la suppression des terres agricoles et les alternatives à la consommation de pétrole, explique Geneviève Coiffard, co-organisatrice de l’événement. Ils seront parfois renforcés en chemin par des paysans ou militants locaux. Un grand nombre d’organisations se reconnaissent dans ce combat et nous soutiennent. »

Dimanche 6 novembre, une vingtaine de tracteurs et plus d’une centaine de cyclistes ont ainsi accompagné le cortège jusqu’à Nort-sur-Erdre puis Candé. Des terres forcément très concernées par le sujet. Mais qu’en sera-t-il ces prochains jours ? « Notre démarche est justement de faire connaître largement ce débat. Mais on mesure déjà le changement par rapport à il y a quelques années : bien souvent, on n’a plus besoin d’expliquer l’enjeu de Notre-Dame-des-Landes. On ressent aussi un grand courant de sympathie. »

La crise, motif d’espoir

L’ouverture de l’aéroport est toujours fixée à 2017, le démarrage des travaux à 2014. Mais la crise économique actuelle donne des espoirs aux opposants. « Le projet paraît encore plus fou dans ce contexte ! juge Julien Durand, co-organisateur. Le premier projet avait déjà été repoussé en 1974 en raison de la crise. Nous entrons dans une période de négociation électorale entre les partis. Les politiques doivent faire preuve de courage et de responsabilité. »

Une Apocalypse au ralenti... Bruno Latour Reporterre 2011/11/07 Bruno Latour (7 novembre 2011) Une Apocalypse au ralenti.... Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

Une Apocalypse au ralenti...

« Ce qui devrait nous frapper,c’est la déconnexion entre l’ampleur des menaces avérées et le calme avec lequel on continue tranquillement à faire comme si de rien n’était. »

Qu’il faille changer de trajectoire, tout le monde le sait, et pourtant la difficulté ne fait que croître, qu’il s’agisse du cadre politique inadapté, comme à Copenhague en 2009, ou du cadre socio-technique plus inadapté encore, comme on l’a vu sur nos écrans devant les centrales nucléaires éventrées du malheureux Japon. Le problème vient de ce qu’il n’y a pas de mythe alternatif, mobilisateur et positif, qui puisse prendre la place de celui du progrès, de plus en plus associé aujourd’hui à celui d’une « fuite en avant ». La « décroissance » ne peut entraîner les énergies quasiment révolutionnaires qu’il faudrait mobiliser pour un changement aussi radical. Quant au « développement », qu’il soit durable, insoutenable ou maîtrisé, il n’est pas non plus accompagné de la gamme nécessaire de passions à la hauteur des enjeux.

La déconnexion semble totale entre l’ampleur des changements à effectuer et la pâleur ou l’inconsistance des sentiments que suscitent ces transformations – pourtant reconnues du bout des lèvres comme « absolument nécessaires ». Comme si chacun de nous se préparait à une révolution, mais immobile et dans son fauteuil... Fredric Jameson, dans son article “Future City” publié en 2003 (1), évoque l’ironie de la formule selon laquelle « il est plus facile aujourd’hui d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme » ! Une forme historique et très particulière d’organisation des marchés parait naturelle et éternelle, alors qu’on envisage froidement que la nature elle-même, en tous cas la Terre – et les humains avec elle –, puisse disparaitre.

C’est que nous sommes pris, avec les crises écologiques, dans un double excès : excès de fascination pour l’inertie des systèmes socio-techniques mis en place ; excès de fascination pour le caractère total, global et radical des changements qu’il faudrait effectuer. Le résultat est une frénétique course de lenteur. Une Apocalypse au ralenti...

Les chantres du progrès continu à l’ancienne se plaignent souvent de ce qu’ils appellent des exagérations grossières, des « peurs millénaristes », et même d’un retour religieux et fanatique. Or, ce qui devrait nous frapper, au contraire, c’est la déconnexion entre l’ampleur des menaces avérées et le calme avec lequel on continue tranquillement à faire comme si de rien n’était. Rien à voir avec l’Apocalypse de cinéma. Durant la guerre froide, remarquons-le, personne ne demandait qu’on attende des certitudes absolues pour se mettre en état de se défendre. On appliquait sans barguigner le principe de précaution. Qu’on se souvienne de l’énergie déclenchée par la menace soviétique. Pour les guerres, tout le monde sait quelles passions il faut ressentir, quelles précautions il faut prendre, quelle contre-menace il faut aussitôt monter. Mais quand il s’agit de cette menace asymétrique, à la fois immense et lointaine, certaine et contestée, multiforme et surtout non-humaine, on se sent effrayé, terrifié même, mais au fond froid et surtout impuissant. Certains disent même qu’il ne faut rien faire en attendant d’être absolument sûr.

Il y a d’ailleurs beaucoup d’injustice à parler d’Apocalypse à propos de l’écologie, car les âmes pieuses qui attendaient la fin dernière dans les siècles anciens savaient bien qu’il s’agissait moins d’une menace réelle que d’une occasion de conversion. Quand Albrecht Dürer grave sa célèbre Apocalypse en 1498, il s’attend comme beaucoup à la fin du monde pour le millénaire et demi après la naissance du Christ. N’empêche qu’il attend de son oeuvre immortelle un solide revenu et ne s’étonne pas que le monde continue à exister en 1501... Alors que nous, ce n’est pas d’une simple conversion que nous avons besoin, c’est d’une alliance avec un monde auquel il faut permettre de durer. Le changement de trajectoire est bien plus profond qu’une simple Apocalypse et plus exigeant qu’une simple révolution. Mais où sont les passions des transformations ?

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Note :

(1) Fredric Jameson est un critique littéraire et théoricien politique américain. La phrase “it is easier to imagine the end of the world than to imagine the end of capitalism” est citée par l’auteur dans l’article “Future City”, paru en 2003 dans New Left Review.

Le Pérou bannit les OGM Christophe Noisette (Info’GM) Reporterre 2011/11/08 Christophe Noisette (Info’GM) (8 novembre 2011) Le Pérou bannit les OGM. Reporterre. fr

Le Pérou bannit les OGM

Prise le 3 novembre, cette décision permettra au Pérou de protéger son importante agriculture biologique.

En juin 2011, le Parlement péruvien avait voté un moratoire de dix ans sur les OGM « à des fins de culture, d’élevage ou d’autres objectifs ». Mais cette loi n’avait jamais été ratifiée par le Président péruvien, Alan Garcia, en place jusqu’en juillet suite à sa défaite aux élections du 5 juin dernier.

Le 3 novembre 2011, ce même Parlement a donc voté un nouveau moratoire. Le nouveau président, Ollanta Humala, qui a toujours déclaré son opposition aux OGM, devrait ratifier rapidement cette loi. Toujours d’une durée de dix ans, ce moratoire interdit la culture de plantes génétiquement modifiées et l’élevage de bétail ou de poissons transgéniques.

Une exception a été accordée aux OGM utilisés pour la recherche en milieu confiné, lesquels devront être surveillés très attentivement, précise le service de presse du Parlement. De même, les produits alimentaires contenant des OGM pourront être importés au Pérou.

Le ministre de l’Agriculture a précisé que ce moratoire permettrait au Pérou de maintenir sa production biologique, très importante, qui rapporte plus de trois milliards de dollars par an, notamment du fait de l’exportation de café et de cacao. Ce sont 40.000 producteurs qui sont certifiés dans ce pays. Cependant, rappelons qu’aucun pays n’a autorisé la culture du café et du cacao génétiquement modifiés.

Climat : je n’irai pas à Durban Claude-Marie Vadrot Reporterre 2011/11/08 Claude-Marie Vadrot (8 novembre 2011) Climat : je n’irai pas à Durban. Reporterre. Tribune — fr

Climat : je n’irai pas à Durban

La négociation climatique est enlisée, et la conférence de Durban (Afrique du sud), en décembre, ne devrait pas la débloquer.

(...)

A Panama où les négociateurs se sont réunis du premier au 7 octobre, la négociation climatique a sombré dans le coma politique alors que les prescriptions non respectées du Protocole de Kyoto expirent à la fin de l’année. La négociation climatique est sous perfusion et les plénipotentiaires s’exercent sans espoir à l’acharnement thérapeutique. Plus personne ne croit possible de bousculer l’égoïsme des uns et le cynisme des autres. A la grande joie des climatosceptiques de tous les pays, l’échec est annoncé en dépit des paroles pseudo-rassurantes des uns et de tous les autres. Le réchauffement climatique est désormais accepté, avec toutes ses conséquences sur les populations, la faune et la flore, comme une fatalité que nul ne peut remettre en cause. Même pas tous les peuples qui en sont et en seront victimes comme, par exemple, les Somaliens chassés de leurs terres par une terrible sécheresse.

Les plus grands pollueurs en gaz de serre jouent désormais à qui perd gagne, chacun espérant, pour satisfaire son opinion publique, que la conférence du mois de décembre permettra de désigner quelques coupables : les autres bien sûr.

Alors, familier des couloirs de conférences depuis 1972, je n’irai pas à Durban. Parce que, cette fois, je ne crois plus à un sursaut, non pas de sagesse, mais au minimum d’instinct de survie.

C’est fini. Il nous faut nous débrouiller avec l’inéluctable désordre climatique annoncé en remerciant les scientifiques du GIEC qui auront tout fait pour nous alerter. Non pas avec des mots et des promesses mais avec des chiffres et des mesures. Comme celles qui annoncent la fin de la banquise arctique estivale pour 2016...

Le plan de rigueur de Fillon encourage la pollution Réseau Action Climat Reporterre 2011/11/09 Réseau Action Climat (9 novembre 2011) Le plan de rigueur de Fillon encourage la pollution. Reporterre. fr

Le plan de rigueur de Fillon encourage la pollution

Une fois de plus, la fiscalité écologique a été oubliée dans le plan de rigueur présenté par le premier ministre François Fillon le 8 novembre.

Le Premier Ministre vient de dévoiler le plan de rigueur du Gouvernement pour le budget 2012 et propose un nouveau coup de rabot de 20% sur le crédit d’impôt développement durable. Pour le RAC-F, la FNH, FNE, la Ligue ROC et la LPO, il aurait été beaucoup plus judicieux de supprimer les subventions à la pollution. A la clé, 5,8 milliards d’Euros à récupérer.

Plusieurs rapports récents, dont celui de la sénatrice Nicole Bricq, intitulé « Prélèvements obligatoires 2007-2012 : un quinquennat d’incohérences et d’injustices » et celui de la mission Sainteny pour le Conseil d’Analyse Stratégique sur « Les aides publiques dommageables à la biodiversité » contiennent de nombreuses propositions qui auraient l’avantage de supprimer des subventions à la pollution, tout en dégageant de nouvelles recettes.

SUPPRIMER LES SUBVENTIONS A LA POLLUTION

Le rapport Bricq souligne que les dépenses fiscales liées à la consommation d’énergies fossiles s’élèvent chaque année à 5,8 milliards d’euros. Parmi les secteurs privilégiés, on trouve l’aviation, exonérée de taxe sur la consommation intérieure (3,5 milliards d’euros) alors qu’elle représente de loin le mode de transports le plus émetteur de gaz à effet de serre ou encore les agrocarburants de première génération, largement inefficaces d’un point de vue environnemental et social, qui bénéficient également d’une défiscalisation (196 millions d’euros/an).

Ces subventions à la pollution pèsent lourdement sur le budget de l’Etat et vont à l’encontre des objectifs que la France s’est fixés lors du Grenelle de l’Environnement, en matière de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité. Elles sont aussi contraires à l’engagement du G20 de réduire et de réorienter les subventions aux énergies fossiles, au profit de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

LA FISCALITE ENVIRONNEMENTALE : GRANDE ABSENTE DU QUINQUENNAT DE NICOLAS SARKOZY

Le Premier Ministre serait bien inspiré de supprimer ces niches fiscales, au lieu de porter un coup de canif supplémentaire à l’accompagnement de modes de vie respectueux de l’environnement (rabot sur le crédit développement durable, augmentation de la TVA pour les travaux de rénovation des logements). De même, afin de réaliser des économies sur le PTZ+, il devrait non pas le centrer sur le neuf (et favoriser ainsi l’étalement urbain), mais le conserver à la fois pour le neuf et l’ancien en le conditionnant à un niveau élevé de performance énergétique.

Le RAC-F, la FNH, FNE, la Ligue ROC et la LPO regrettent donc que la fiscalité écologique soit systématiquement oubliée dans notre pays. La France qui a abandonné en 2009 le projet de Contribution Climat Energie reste l’un des plus mauvais élèves de l’UE en matière de fiscalité écologique.

L’étalement urbain n’est pas irréversible Jean Clémancey et Jeanne Suzanne (lemonde.fr) Reporterre 2011/11/09 Jean Clémancey et Jeanne Suzanne (lemonde.fr) (9 novembre 2011) L’étalement urbain n’est pas irréversible. Reporterre. Tribune — Habitat et urbanisme fr

L’étalement urbain n’est pas irréversible

L’étalement urbain est-il lié au désir d’une maison individuelle ou à de mauvaises politiques publiques ?

Jean Clémancey réagit à la chronique « Avion PS, le crash ? » (Le Monde, 5 octobre).

Dans sa chronique, Hervé Kempf déplore la diminution des fermes et de l’emploi agricole en France, mais cette évolution n’est pas propre à notre pays. Aujourd’hui, le ministère de l’Agriculture en recense encore quelque 500.000 employant près de 1.000.000 de personnes. Dans le même temps, l’Allemagne en a perdu 36%, les Pays-Bas 29 % et l’Italie 24 %. Cette diminution des exploitations agricoles est donc un phénomène général dans l’Europe occidentale, les raisons de cette diminution demanderaient plus d’explications.

Je pense comme vous que les emplois sont moins nombreux dans une agriculture qui se modernise, se mécanise et améliore sa productivité. Ceci est vrai pour toutes les activités humaines et on ne peut pas le regretter et s’y opposer.

Quant à l’étalement urbain, il n’a rien à voir avec cette modernisation. Ce phénomène est bien plus ancien et il est commandé principalement par le désir de certains urbains de trouver à la campagne un environnement plus agréable. Aujourd’hui, nombre de ces mêmes personnes reviennent à la ville parce qu’elles ont compris que la campagne offre bien moins de services que la ville et ils découvrent aussi que le temps de transport et son coût vont l’un et l’autre augmenter rapidement. À Grenoble, le retour dans la ville centre est engagé depuis longtemps et c’est très bien. L’étalement urbain fait de maisons individuelles entourées de leur jardin est effectivement une des raisons selon laquelle la France urbaine mange la France rurale. Il faut combattre ce mode d’habitation mais le mal est fait.

(...) Je souhaite que, dans votre prochaine chronique écologique, vous mettiez en garde nos concitoyens contre leur envie d’une maison individuelle dont les conséquences sont le gaspillage du terrain et l’augmentation de la circulation automobile sur de courtes distances en milieu urbain.

Jean Clémancey (Grenoble)

Jeanne Sézanne répond par un éclairage pertinent.

Alors que Jean Clémancey considère que « l’étalement urbain n’a rien à voir avec la modernisation de l’agriculture », je soutiens que l’étalement urbain et l’ évolution de l’agriculture sont deux phénomènes interdépendants, qui, associés à de nombreux autres facteurs, dégradent vite et fort le territoire français.

Quelques chiffres pour situer ce rouleau compresseur : 60.000 hectares en moyenne de terres naturelles ou agricoles disparaissent irrémédiablement chaque année en moyenne, et ce chiffre est en croissance d’une année sur l’autre (70.000 en 2009).

Sur 198.000 maisons construites en 2003, plus de 152.000 l’ont été en secteur diffus (mitage du territoire) plutôt qu’en secteur concentré. Qui n’a pas le souvenir d’un paysage, d’un lieu de son enfance, remplacé par un lotissement alignant des maisons identiques l’une à côté de l’autre, un centre commercial de périphérie, une zone d’activités ? Des touristes anglais amoureux de ce pays m’ont dit récemment que la France changeait sous l’effet envahissant de ce qu’ils appelaient le « pink fungus », « moisissure rose » des lotissements.

Cette réalité qui change l’aspect de la France année après année n’est pas due à l’accroissement de la population : les surfaces artificielles augmentent plus vite que la population. Le lecteur dit à propos de la modernisation de l’agriculture « Ceci est vrai pour toutes les activités humaines et on ne peut pas le regretter et s’y opposer ». Archifaux selon moi. Bien sûr qu’il faut s’opposer aux caractéristiques néfastes de ce que le lecteur appelle la « modernisation » et s’efforcer de ne conserver que les bienfaits de celle-ci. Oui le désir des urbains de disposer de plus d’espace, et le coût du foncier d’autant plus bas que l’on s’éloigne des centres urbains sont déterminants dans cette dégradation du visage de la France.

Mais aussi : - l’évolution de l’agriculture qui conduit au remplacement de la main-d’œuvre par les intrants chimiques et la mécanisation avec les conséquences sanitaires et environnementales que l’on connaît, mais aussi avec la concentration des activités et l’abandon des terres les moins mécanisables ou les moins productives ; - la grande difficulté des paysans de ce pays à gagner correctement leur vie et la nécessité pour eux de vendre, hectare après hectare leur terre. Un hectare constructible peut valoir en 2007 jusqu’à 300 fois le prix d’un hectare non constructible… Ce différentiel entraîne des pressions considérables sur les élus pour rendre les parcelles constructibles et les agriculteurs eux-mêmes participent à cette hausse du coût du foncier, notamment en fin de carrière pour se donner des moyens supplémentaires au cours de leur retraite. - La disparition de 200 fermes en France chaque semaine, et parfois des terres qui les accompagnent ; - l’augmentation des résidences secondaires en milieu rural qui diminue la part d’agriculteurs dans les conseils municipaux et donc la prise en compte des besoins de l’agriculture dans l’aménagement de la commune ; - la toute puissance du maire sur la destination des terres (constructible ou non) et sa propension à céder aux sirènes des promoteurs et autres aménageurs de centres commerciaux, zones d’activités, lotissements, parcs de loisir. En zone rurale et périurbaine, un maire « doit » présenter à son bilan lotissements et zones d’activités.

Surtout, contrairement à ce qu’écrit le lecteur l’étalement urbain n’est pas un phénomène inéluctable. Il est le choix de politiques qui refusent à ce jour d’encadrer efficacement l’extension de l’urbanisation : changement des règles d’urbanisme (PLU/SCOT), outils de lissage du prix de la terre quelle que soit sa nature : agricole ou bâti, maîtrise du coût du foncier et du logement dans les villes (hypercentre et périphérie). Les règles de protection des terres agricoles et naturelles, pourtant nombreuses (codes de l’urbanisme, rural, forestier, de l’environnement…) sont trop complexes, contradictoires, difficiles à appliquer…

Cette disparition des terres agricoles et naturelles sous une artificalisation incontrôlée des espaces ne résout même pas le déficit grave de logements en France. Le nombre d’hectares urbanisés augmente chaque année et le besoin de logements également. Cherchez l’erreur…

Et non, le mal n’est pas « fait ». Une partie seulement est irrémédiable, mais un changement rapide et ferme de la politique publique à cet égard permettrait de stopper ou du moins freiner fortement ce phénomène. Pas de fatalisme en ce domaine mais de l’action publique rapide. Une agriculture, une viticulture fortes, que les consommateurs accepteraient de rémunérer à la valeur réelle des services vitaux qu’elle rend (production alimentaire et énergétique, biodiversité, paysages) couplée à une révision des règles régissant l’urbanisme et la valeur du foncier sont les meilleurs outils de lutte contre la dégradation de notre territoire.

Jeanne Sézanne (Paris)

Assises chrétiennes de l’écologie Par Julien villalard Reporterre 2011/11/09 Par Julien villalard (9 novembre 2011) Assises chrétiennes de l’écologie. Reporterre. fr

Assises chrétiennes de l’écologie

Les 11, 12 et 13 novembre 2011 à Saint-Etienne

Sept conférences, trois tables rondes, une quarantaine d’ateliers. Mais aussi une randonnée nature et un espace pour s’initier à la méditation silencieuse, aux danses sacrées ou au calcul de son empreinte écologique.

Et des intervenants de renom, comme Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi. Pour ces Assises chrétiennes de l’écologie, nous avons concocté un programme d’une diversité et d’une richesse inédites. Comme lors des Assises chrétiennes du jeûne, qui ont rassemblé un millier de personnes en février 2010, partage et convivialité restent nos maîtres mots.

Notre objectif ?

Aider chacun à mieux comprendre les enjeux et défis de la crise écologique. Et permettre à tous, néophytes et militants, de se rencontrer, d’échanger, de dialoguer. Ensemble, en nous appuyant sur des témoins de qualité, et à partir de pistes concrètes d’action, nous essaierons de dessiner les contours d’une société plus respectueuse des hommes et de leur environnement. Mieux à même de ne pas léser nos enfants et petits-enfants de leur droit à vivre sur une planète encore viable.

Jean-Luc Souveton, prêtre du diocèse de Saint-Etienne Jean-Claude Noyé, journaliste à prier Elise Bancon, chargée de mission auprès des Scouts et Guides de France

Polémique : Le patron d’EDF invente des emplois nucléaires, selon Denis Baupin Henri Proglio // Denis Baupin Reporterre 2011/11/09 Henri Proglio // Denis Baupin (9 novembre 2011) Polémique : Le patron d’EDF invente des emplois nucléaires, selon Denis Baupin. Reporterre. fr

Polémique : Le patron d’EDF invente des emplois nucléaires, selon Denis Baupin

La sortie du nucléaire ferait perdre un million d’emplois en France, affirme M. Proglio, le président d’EDF. Le compte est absurde, répond l’écologiste Denis Baupin, qui estime au contraire qu’une nouvelle politique énergétique créerait de nombreux emplois.

AFP

Une sortie du nucléaire en France mettrait en péril un million d’emplois, affirme mercredi 9 novembre le PDG du groupe énergétique EDF, Henri Proglio, en plein débat sur l’avenir de l’atome à quelques mois de l’élection présidentielle.

Abandonner le nucléaire « menacerait 400.000 emplois directs et indirects de la filière nucléaire, 500.000 emplois dans les entreprises actuellement localisées en France et très gourmandes en énergie, comme l’aluminium, qui risquerait de partir à l’étranger. Il faut y ajouter 100.000 emplois futurs provenant du développement du nucléaire mondial à partir de la France », avertit M. Proglio dans le quotidien Le Parisien.

« Au total, un million d’emplois seraient mis en péril et cela coûterait entre 0,5 et 1 point de PIB » (produit intérieur brut), calcule le patron d’EDF, qui compte un parc nucléaire de 60 centrales.

Mardi, M. Proglio avait aussi affirmé qu’une réduction de la part du nucléaire dans la production de l’électricité entraînerait une hausse de 25% des émissions de gaz à effet de serre en France.

Le patronat de l’électricité a lancé une offensive depuis le début de la semaine pour alerter contre les conséquences d’une sortie du nucléaire, alors que le débat divise la gauche à quelques mois de l’élection présidentielle.

La réponse de Denis Baupin et d’Hélène Gassin

N’en déplaise à M. Proglio, la sortie progressive du nucléaire créera des emplois

La fébrilité du lobby nucléaire franchit un nouveau stade. Dernier exemple en date, l’édition du 9 novembre du Parisien donne une tribune au patron d’EDF. Jamais avare d’approximations, M. Proglio avance des chiffres sans commune mesure avec la réalité et les études existantes. Il prétend ainsi qu’un million d’emplois seraient condamnés par une sortie du nucléaire. Plus c’est gros...

Rétablissons la vérité des chiffres : le nucléaire aujourd’hui en France, c’est 100.000 emplois directs et 300.000 emplois indirects, soit 400.000 emplois, chiffre cité par le patron d’EDF. Mais en plus, M. Proglio invente 500.000 délocalisations d’emplois sorties du chapeau et qui ne sont étayées par aucune démonstration ou étude sérieuse. Pour faire bonne figure il ajoute 100.000 « futurs » emplois à l’export qui ne seraient pas créés, sans doute pour atteindre le chiffre symbolique du million.

Ce que montrent les exemples étrangers de sortie du nucléaire est strictement inverse. D’une part, les emplois directs seront préservés sur une longue période dans le cadre d’une sortie progressive du nucléaire. Il y a un avenir pour les salariés du nucléaire dans une hypothèse de sortie : il faudra gérer les centrales en fin de vie, démanteler le parc, garantir la sécurité des installations et de l’héritage radioactif que la politique énergétique française passée et actuelle lègue pour des milliers d’années et notamment traiter et stocker les déchets. Or cela nécessite non seulement de préserver les emplois, mais aussi de former de nouveaux salariés.

D’autre part, et l’exemple allemand le prouve largement, sortir du nucléaire c’est entrer dans une économie d’efficacité énergétique, et faire émerger enfin des modes de production d’énergie réellement respectueux de l’environnement. Et cela représente la bagatelle de 600.000 emplois à créer, dans la filière des énergies renouvelables et du bâtiment notamment. Donc en regardant la réalité en face, sortir du nucléaire, c’est créer de l’emploi en France, qui plus est non délocalisable !

Reconnaissons malgré tout à M. Proglio l’honnêteté d’avouer implicitement que le modèle nucléaire dépérissant un peu partout dans le monde, les hypothèses largement surévaluées de création de 100.000 emplois pour l’exportation atomique se révèlent totalement caduques. La responsabilité n’en revient pas aux seuls écologistes, mais aussi aux gouvernements et peuples du monde entier qui ont tiré les leçons de Fukushima. Il y a par contre un domaine où la France pourrait encore devenir leader mondial si elle le décidait, celui de la constitution d’une filière d’excellence dans le démantèlement.

La seule véritable démonstration de cet interview est qu’EDF n’a pas anticipé les changements mondiaux. De nombreux pays, nos plus proches voisins comme de nombreux pays dans le monde, ont décidé de sortir du nucléaire. Ils vont en connaître les bénéfices pour leur développement industriel et la dynamique de l’emploi localement. Le train du développement énergétique soutenable pour la planète a commencé à avancer sans nous, et plutôt que de chercher à le rattraper, les nucléocrates de tout bord veulent nous faire rester à quai. Il n’est pas trop tard pour nous tourner ver l’avenir

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Denis Baupin est Maire Adjoint de Paris chargé du développement durable, de l’environnement et du plan climat, et Hélène Gassin est Vice-Présidente de la Région Île de France chargée de l’environnement, de l’agriculture et de l’énergie. Ils sont tous les deux membres d’EELV.

28 % des émissions françaises de CO2 ont leur source en Russie Audrey Garric (lemonde.fr) Reporterre 2011/11/10 Audrey Garric (lemonde.fr) (10 novembre 2011) 28 % des émissions françaises de CO2 ont leur source en Russie. Reporterre. fr

28 % des émissions françaises de CO2 ont leur source en Russie

L’importation de matières et d’énergie permet de dresser un nouveau bilan des émissions par pays. Et si l’on importe beaucoup, on émet beaucoup...

A votre avis, qui a la plus grande part dans l’empreinte carbone de la France ? L’agriculture, le bâtiment, les transports ou… la Russie ? Je vous l’accorde, la question paraît de prime abord saugrenue. On voit mal ce que ces pauvres Russes ont à faire avec nos émissions de gaz à effet de serre. Et pourtant, selon une étude parue dans la revue scientifique the Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), la réponse serait bien Moscou, lorsque l’on remonte l’ensemble de la chaîne du CO2, depuis la consommation des produits et services jusqu’à l’extraction des matières premières qui ont servi à leur confection.

En réalité, tout dépend de ce qu’on entend par empreinte carbone d’un pays. Traditionnellement, il s’agit de la somme de tous les gaz à effet de serre émis sur un territoire, par la combustion d’énergies fossiles par les centrales, voitures, bâtiments ou industries. Mais selon les scientifiques de l’étude, de l’Institut américain Carnegie et du Centre international pour la recherche sur le climat et l’environnement d’Oslo, un bilan carbone exhaustif devrait aussi intégrer les émissions générées par la fabrication d’ordinateurs, t-shirts et autres lampes que les pays importent.

Les chercheurs ont alors construit un nouveau modèle, permettant de suivre à la trace les émissions de carbone de 57 secteurs industriels et 112 pays, en remontant à l’origine de chaque molécule de CO2, depuis les pays où l’on extrait du charbon, du pétrole et du gaz jusqu’à ceux où l’on utilise ces combustibles fossiles pour produire des biens et services, et ceux, enfin, où l’on consomme ces produits. Seul point faible, les chiffres, issus des données du commerce international, datent de 2004.

Le résultat reste malgré tout un outil interactif très complet, comprenant un tableur des émissions par secteur et pays, assorti de cartes regroupant tous les échanges de CO2 à travers le monde entre les fournisseurs de combustibles et les consommateurs finaux d’énergie, biens et services. On peut ainsi voir combien de charbon extrait des mines australiennes est utilisé pour soutenir les modes de vie européens, ou quelle proportion des émissions de gaz à effet de serre du Japon, liées à l’énergie et aux biens et services consommés dans le pays, est issue du pétrole du Proche-Orient.

Penchons-nous maintenant sur le cas de la France. Les chercheurs ont produit trois graphiques qui représentent les différentes émissions de CO2 liées aux énergies fossiles (en mégatonnes). En ce qui concerne les émissions directes, produites par la combustion de carburants fossiles (des transports, logements ou industries), le camembert de gauche montre l’origine du carburant brûlé, là où il a été extrait. En ce qui concerne les émissions indirectes, liées à la consommation de biens et de services, le camembert du centre montre où elles ont été rejetées lors de la production de ces biens et services, et le camembert de droite celles où a été extrait le combustible nécessaire à cette production.

En clair, les émissions liées à la fabrication des produits et services fournis à la population française ont principalement été rejetées dans l’atmosphère hexagonale, à 55,3 %. Normal, en somme. Par contre, de par sa richesse en énergies fossiles, et en particulier en gaz, la Russie endosse 26,8 % des émissions liées aux extractions de gaz, pétrole ou charbon utilisés pour fabriquer les produits et services français. La Russie fournit aussi 34,9 % du carburant que nous brûlons en France.

Quel est l’intérêt d’un tel modèle ? Aider à l’élaboration d’un accord climatique mondial, en visualisant la chaîne des responsabilités et a contrario les retombées économiques liées à l’utilisation et à la production des combustibles fossiles. Il ne s’agit évidemment pas de dire que les Etats-Unis ou l’Europe sont entièrement responsables des biens qu’ils importent de Chine, ou que la Russie est responsable d’un tiers des émissions de CO2 de la France. Non, il s’agit de nuancer la responsabilité de l’utilisation de combustibles fossiles, en se penchant à la fois sur les quantités d’émissions rejetées et sur les avantages économiques tirés du commerce de ces carburants.

Ô, dettes inutiles Hervé Kempf Reporterre 2011/11/10 Hervé Kempf (10 novembre 2011) Ô, dettes inutiles. Reporterre. Tribune — fr

Ô, dettes inutiles

Quelle excellente idée d’augmenter les charges de l’Etat ! Oui, il faut saluer le gouvernement et le Parti socialiste ; impavides, ils décident de projets démesurés, de dépenses inutiles, de dettes à payer dans une ou deux décennies.

L’envie irrépressible du chroniqueur de louer nos grands hommes découle de sa manie d’observer « indignés » et rebelles de tout poil. Car voyez : les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes traversent l’ouest de la France : se déplaçant à vélo, en tracteur et en autocar, ils arriveront à Paris vendredi 11 novembre.

Mais ils ne se contentent pas de cet effort qui procurera de belles images aux journaux télévisuels. Ils s’appuient sur des enquêtes rigoureuses. Le Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a commandé une étude économique de ce projet à un cabinet néerlandais spécialisé. D’où il ressort que les promoteurs de l’aéroport ont systématiquement embelli le tableau afin de présenter un bilan prospectif favorable. Par exemple, ils n’ont pas étudié l’effet d’une augmentation du prix du pétrole sur le nombre de passagers ni la nécessité pour les compagnies aériennes de se plier au marché européen des émissions à partir de 2012. Bref, « le coût pour la collectivité pourrait se chiffrer à 600 millions d’euros », alors que le dossier des promoteurs montrait un bénéfice global.

L’étude a-t-elle raison ? En tout cas, elle justifie que l’on discute du dossier économique de ce projet, qu’il serait irresponsable de lancer s’il s’annonçait déficitaire.

Mais ces obstinés font mieux encore. Ils ne défendent pas leur petit bout de bocage, ils pensent à la planète. Ils ne sont pas isolés, ils sont collectifs. Avec d’autres organisations à travers l’Europe, ils ont constitué le Forum contre les grands travaux inutiles. Révoltés par les lignes TGV déchirant le paysage, les installations sportives démesurées, les surfaces commerciales dévorant des terres agricoles, l’exploitation de gaz de schiste, ceux qui proposent des alternatives se retrouveront à Paris pour stigmatiser le gâchis environnemental mais aussi économique de ces « infrastructures ». Il y a urgence. Devant la menace de récession, la tentation va être grande de faire couler le béton. Mieux vaudrait étudier froidement l’économie de ces « projets ». Et examiner si l’entretien et la restauration de l’existant ne seraient pas moins dispendieux, et plus créateurs d’emplois.

L’avenir flou vu depuis 2011 Place Publique Reporterre 2011/11/10 Place Publique (10 novembre 2011) L’avenir flou vu depuis 2011. Reporterre. fr

L’avenir flou vu depuis 2011

Comme chaque année « L’État de l’Avenir » publié par le Millenium Project fournit des indications sur l’avenir des nations et de la société civile, la prévision technologique et le changement social. La dernière édition vient de paraître.

Ce document qui est devenu une référence reconnue offre un aperçu complet de notre situation mondial e, des problèmes, des solutions et des perspectives pour l’avenir. « L’ Etat de l’Avenir 2011 » rassemble une somme de contributions émanant de futurologues, de planificateurs , et d’experts du monde entier. Ils travaillent pour les gouvernements, les universités, les ONG, les entreprises, et les organisations internationales dont l’ONU, le principal contributeur.

Le Projet du Millénaire a été établi en 1996 en tant que premier think tank globalisé. Il mène indépendante recherche prospective via ses 40 correspondant (nœuds d’informations) à travers le monde qui relient les perspectives mondiales et locales. Les nœuds sont des groupes des individus et des institutions qui captent le cerveau de leur région et de la rétroaction, les résultats globaux. Il est soutenu par les organisations de l’ONU, les multinationales, les universités, les fondations et certains gouvernements de l’Azerbaïdjan,

Selon les conclusions de « l’Etat de l’avenir 2011 » qui est paru en septembre dernier, si le monde devient mieux éduqué, plus riche, plus sain – les gens vivent plus longtemps- , et s’il offre des moyens de communication améliorés, la moitié du monde est potentiellement instable. Les prix alimentaires grimpent à toute vitesse, les ressources en eau diminuent, les nappes phréatiques sont en baisse, l’environnement est menacé avec la poursuite du réchauffement climatique, la corruption et le crime organisé sont en nette augmentation. Sans compter l’énormité de la dette et l’insécurité économique que cela provoque, accentuant dangereusement l’écart entre les riches et les pauvres

D’après les études menées par le Millenium Project, le monde présente un panorama partagé entre deux mouvements extrêmes : d’une part, la mise en œuvre des moyens de progrès toujours plus nombreux, permettant d’améliorer la condition humaine ; d’autre part, la complexité croissante et l’ampleur des problèmes mondiaux à résoudre. Quelles sont les stratégies pour réduire améliorer nos perspectives ?

Le rapport de cette année présente des chapitres sur l’avenir de la révolution égyptienne, des scénarios pour l’Amérique latine, la sécurité environnementale, et les éléments de l’avenir des arts, des médias, et divertissement qui pourrait mieux porter ce qui est important pour l’avenir de la civilisation pour le public. Il comprend notamment un nouveau chapitre intitulé : « L’avenir des arts médiatiques et du divertissement »

Le Millenium Project détaille 15 défis mondiaux, permettant d’introduire aux questions clés du début du 21e siècle :

1. Comment le développement durable intègre-t-il socialement la question du changement climatique ?

2. Comment les populations peuvent-elles bénéficier de l’accès à l’eau sans que cela n’occasionne un conflit ?

3. Comment équilibrer la croissance de la population avec les ressources disponibles ?

4. Comment la démocratie peut-elle émerger de véritables régimes autoritaires ?

5. Comment développer des politiques plus sensibles aux enjeux mondiaux du long terme ?

6. Comment permettre l’accès à tous des technologies d’information et de communication afin qu’elles puissent créer des emplois nouveaux ?

7. Comment encourager les économies de marchés à être plus éthiques et ainsi contribuer à réduire le fossé entre riches et pauvres ?

8. Comment réduire la menace de nouvelles maladies et de micro-organismes ?

9. Comment favoriser de meilleures conditions de travail et favoriser le changement des institutions ?

10. Comment grâce à des valeurs partagées et des nouvelles stratégies de sécurité réduire les conflits ethniques, le terrorisme et l’utilisation d’armes de destruction massive ?

11. Comment le changement de statut des femmes peut-il contribuer à améliorer la condition humaine ?

12. Comment stopper le développement des puissants réseaux criminels organisés sur le plan international ?

13. Comment la demande croissante d’énergie peut-elle être gérée efficacement et en toute sécurité ?

14. Comment favoriser le développement scientifique et technologique de façon à améliorer la condition humaine ?

15. Comment promouvoir et valoriser la responsabilité éthique dans les décisions mondiales ?

Notre-Dame-des-Landes : 3.000 manifestants à Paris Le Télégramme Reporterre 2011/11/13 Le Télégramme (13 novembre 2011) Notre-Dame-des-Landes : 3.000 manifestants à Paris. Reporterre. Notre-Dame-des-Landes fr

Notre-Dame-des-Landes : 3.000 manifestants à Paris

La Tracto-vélo a atteint son but : les tracteurs et vélos, venus de l’Ouest, ont pu entrer, hier, dans Paris. Rejoints par des milliers de personnes, ils ont défilé, de la Porte d’Orléans au palais du Luxembourg, pour dénoncer le projet d’aéroport de Notre-Dame-des- Landes, près de Nantes.

Hier, au moins 3.000 personnes, arrivées en majorité de l’Ouest, ont pris d’assaut la capitale. Cinq tracteurs, dont l’entrée dans Paris avait été interdite par le ministère de l’Intérieur, ont déjoué les forces de l’ordre à 5h et ont pris position aux abords du Sénat. Avec les engins agricoles, 70 cyclistes avaient également parcouru les 400km qui les séparaient de Paris. Les manifestants ont remonté, sans incident, le boulevard Saint-Michel jusqu’aux jardins du Luxembourg, qui abritent le palais du Sénat, en présence d’un fort dispositif policier.

« Oui aux moutons non aux avions »

« Oui aux moutons, non aux avions » : les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont les travaux doivent commencer en 2014, n’ont eu de cesse de dénoncer un projet qu’ils jugent « inutile ». Il empiète, selon eux, sur des terres agricoles, dédiées à l’élevage et aux cultures fourragères, « pourvoyeuses d’emplois ». Certains manifestants étaient déguisés en vaches, en paysans ou en fermières, outils à la main, s’égosillant contre un projet qui ne vise, selon l’un d’eux, qu’à « faire plaisir à Vinci » - le groupe missionné pour la construction du nouvel aéroport.

José Bové en tête de cortège

Quelques animaux de la ferme, vaches, moutons, chèvres, agrémentaient le cortège, mené par José Bové, eurodéputé écologiste (EELV). « Tout au long du parcours, ceux qui sont venus à vélo ont reçu un merveilleux accueil de la population », s’est réjoui JulienDurand, de la Coordination des opposants au projet. « Ce combat est devenu une cause nationale, on n’a plus besoin d’expliquer. Tout le monde nous rejoint dans la nécessité de défendre les terres agricoles ».

L’idée, qui date maintenant de plus de 40 ans, est de remplacer l’aéroport actuel, Nantes-Atlantique à 10km au sud-ouest de la ville, par un aéroport plus étendu, quelque 25km au nord. Après l’enquête publique en 2006, la déclaration d’utilité publique en février2008, et, en décembre dernier, , l’attribution de la réalisation et de la concession pour 55 ans au groupe Vinci, l’ouverture de l’aéroport est prévue en 2017.

Produire l’électricité... mais pour quels besoins ? Benjamin Dessus Reporterre 2011/11/13 Benjamin Dessus (13 novembre 2011) Produire l’électricité... mais pour quels besoins ?. Reporterre. Tribune — fr

Produire l’électricité... mais pour quels besoins ?

La sortie du nucléaire de l’Allemagne s’accompagne de longue date d’une politique de réduction de la consommation. Tandis qu’en hiver, pour se chauffer, la France importe de l’électricité d’outre-Rhin.

La sortie du nucléaire allemand, sur fond d’élection présidentielle, suscite de nombreux commentaires dans la presse française.

Certains se sont emparés d’un rapport de Cap Gemini sur le marché européen de l’électricité pour évoquer le spectre de coupures d’électricité en France aux périodes de pointe hivernales et l’attribuer à la légèreté de nos chers voisins... En oubliant soigneusement de signaler que la pointe hivernale française, qui peut atteindre les jours de grands froids plus de 90 gigawatts, est due pour un bon tiers au caractère massif du chauffage électrique dans notre pays. C’est notre politique de Gribouille du « tout électrique, tout nucléaire » qui nous force à importer en hiver de l’électricité que nos réacteurs nucléaires seraient incapables de produire à un coût raisonnable, en réalité de l’électricité d’origine fossile et non pas nucléaire en provenance d’Allemagne avec un contenu en CO2 important. Alors, à qui la faute ?

D’autres, comme le journal Le Monde du 25 octobre dernier, dans son éditorial et dans l’article « La fin du nucléaire passe par le charbon » qui l’accompagne, s’interrogent sur les conséquences économiques, politiques et environnementales de la décision allemande de sortie du nucléaire : une facture qui s’envolerait à cause des énergies renouvelables et de l’isolation des logements, du CO2 supplémentaire avec les nouvelles centrales à charbon, une dépendance accrue vis-à-vis du gaz soviétique. De quoi méditer cet exemple, comme le titre l’éditorial.

Encore faudrait-il que cette méditation s’appuie sur des bases complètes.

Le programme de sortie du nucléaire allemand ne date pas d’hier mais de 1999. Depuis l’origine, il comporte deux volets principaux, les économies d’électricité et la promotion de l’électricité renouvelable.

Tout le monde s’intéresse au second volet, l’électricité renouvelable, en discute les qualités et les défauts, les chances de réussite, les excès et les coûts.

Des économies d’électricité, l’autre moitié du ciel (ou de l’enfer, pour certains), pas un mot, sauf pour évoquer le coût élevé des opérations d’isolation des logements, ce qui, en Allemagne n’a qu’un rapport assez lointain avec les économies d’électricité puisque nos voisins, contrairement à nous Français, ne se chauffent pas massivement à l’électricité.

Et pourtant leur programme d’économie d’électricité est ambitieux : 10% d’économies de consommation d’électricité en 2020 par rapport à 2008 (50 TWh) et 25% en 2050.

Mais plutôt que de supputer les chances de réussite de ce programme, voyons ce que nos voisins ont déjà fait depuis 10 ans dans ce domaine par rapport à nous. En 1998 par exemple, un Français et un Allemand affichaient la même consommation d’électricité domestique (950 kWh) quand on en exclut le chauffage électrique, une spécialité bien française. Dix ans plus tard, un Français consomme en moyenne 28% de plus que son voisin de cette électricité dite « spécifique », l’éclairage, l’électroménager, l’audiovisuel, l’informatique et les communications : 20 TWh d’électricité supplémentaire à produire pour ce seul secteur, l’équivalent de la production de deux EPR... Et pourtant le taux d’équipement d’appareils ménagers en Allemagne est supérieur à celui de la France.

Alors, oublier cet effort d’économie important qui repose en Allemagne sur une politique de prix de l’électricité et une politique industrielle délibérément ciblée sur la sobriété électrique des produits, c’est amputer l’équation à résoudre d’un membre important et condamner d’avance l’accusé que semble être chez nous le citoyen ou l’Etat qui se pose la question d’une sortie éventuelle du nucléaire.

Sortir du nucléaire en France en 2030 par exemple, ne présente évidemment pas du tout les mêmes contraintes selon qu’on aura besoin de 350 TWh ou de 700 TWh à cette époque (respectivement une économie ou une augmentation de consommation de 1,8% par an par rapport à la consommation de 2010).

Le débat qui s’engage aujourd’hui sur le nucléaire ne devrait pas continuer à occulter cette question majeure en continuant d’argumenter sur des pourcentages de production électrique, mais sans jamais dire à quels besoins ils s’appliqueront.

EDF n’aime pas l’EPR conçu par Areva Marie-Caroline Lopez (La Tribune) Reporterre 2011/11/14 Marie-Caroline Lopez (La Tribune) (14 novembre 2011) EDF n’aime pas l’EPR conçu par Areva. Reporterre. fr

EDF n’aime pas l’EPR conçu par Areva

’Une partie des équipes nucléaires de l’électricien juge depuis le début trop coûteux et trop sophistiqué ce réacteur, conçu sans eux"

EDF, dont une partie des équipes a toujours été hostile au réacteur EPR, développé par Areva et Siemens, propose une porte de sortie à l’affrontement entre Verts et PS sur l’EPR de Flamanville, en affichant sa volonté de laisser tomber ce modèle. Hervé Machenaud, membre du comité exécutif d’EDF, en charge de la production et de l’ingénierie, a commencé à dévoiler cette ligne lors d’une conférence de presse jeudi 10 novembre sur le chantier de Flamanville (Manche). « Un réacteur, quel qu’il soit, n’est jamais la fin d’une histoire technologique, a-t-il dit. L’EPR est le modèle dont on dispose en ce moment, que nous construisons ici et en Chine, bientôt j’espère en Grande-Bretagne, mais aussi en Pologne et en République tchèque. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille s’arrêter dans la réflexion sur le modèle suivant. »

En clair : EDF propose l’EPR tant qu’il n’aura pas un autre modèle dans ses cartons. Et l’électricien y travaille déjà. « Ce n’est pas grave. C’est comme dans l’automobile, il y a des modèles qui marchent plus ou moins », relativise-t-on chez EDF. L’électricien planche avec son partenaire, l’électricien chinois CGNPC, sur un autre réacteur, plus petit (1.000 MW contre 1.700 MW pour l’EPR). « Et celui-ci n’aura pas grand-chose à voir avec l’EPR », affirme un proche du dossier.

Chez Areva, on s’affiche persuadé du contraire. « Nous travaillons avec EDF et les Chinois au développement d’un nouveau réacteur, pour lequel l’Atmea [version de l’EPR en 1.000 MW] servira de base », affirme Claude Jaouen, directeur réacteurs et services chez Areva. « En aucun cas. L’Atmea est un réacteur dessiné par des vendeurs, pas par des exploitants », rétorque-t-on chez EDF. « On remet tout à plat avec CGNPC. La première phase de conception est en cours, le ’basic design’ devrait être terminé fin 2013 », ajoute-t-on chez l’électricien.

Ce développement franco-chinois a été décidé il y a un an par les deux présidents de la République, qui en ont confié la responsabilité aux deux électriciens EDF et CGNPC. Pour tenter d’apaiser les tensions avec Areva, l’Élysée a chargé le CEA de superviser le tout. La tâche ne s’annonce pas aisée.

La pression des Verts

En renonçant à bâtir une vaste série d’EPR, EDF ne cède pas à la pression des Verts. Une partie des équipes nucléaires de l’électricien juge depuis le début trop coûteux et trop sophistiqué ce réacteur, conçu sans eux. La conception de cet « European Power Reactor » a été lancée par Framatome (ex-Areva) et Siemens au début des années 1990 dans le cadre du rapprochement franco-allemand mené par Mitterrand et Kohl. Pragmatiquement, il s’agissait de préserver le savoir-faire des équipes d’ingénierie françaises au moment où le programme nucléaire hexagonal se terminait, et où l’Allemagne hésitait, déjà, sur le sort du sien. « L’EPR a été conçu principalement en Allemagne, sur le modèle du réacteur allemand Konvoi, deux fois plus cher que les centrales françaises », souligne un spécialiste du secteur. Tenu à l’écart, EDF ne l’a jamais digéré.

Le ressentiment a tourné à la franche animosité au début des années 2000 lorsque l’EPR, fraîchement dessiné, est venu représenter les couleurs françaises en Chine contre l’AP1000 de l’américain Westinghouse. Un casus belli sur un terrain où EDF, pionnier du programme nucléaire chinois, régnait en maître.

« En 2003, les Chinois étaient au bord d’opter pour la généralisation de la dernière génération de centrales françaises, dites N4, lorsque les Américains ont fait le forcing et surtout Anne Lauvergeon est venue s’opposer au N4 pour vendre son EPR », se souvient un ancien d’EDF en Chine. Le bilan des deux chantiers d’EPR en France et en Finlande, où délais et facture ont doublé, passant de quatre à huit ans et de 3 à 6 milliards d’euros, ont achevé de sceller le sort de l’EPR chez EDF. Accessoirement, chez l’électricien, on veut croire qu’une promesse du style - « on finit Flamanville, mais on ne construit pas d’autres EPR » - pourrait fournir un terrain d’entente entre Verts et PS, et préserver le futur du nucléaire en France.

Le transport de déchets nucléaires du 24 novembre se prépare Réseau Sortir du nucléaire et Sud Rail Reporterre 2011/11/14 Réseau Sortir du nucléaire et Sud Rail (14 novembre 2011) Le transport de déchets nucléaires du 24 novembre se prépare. Reporterre. fr

Le transport de déchets nucléaires du 24 novembre se prépare

Le Réseau « Sortir du nucléaire » publie les horaires de passage pour les différents scénarii.

Le 24 novembre prochain, un train de déchets vitrifiés allemands, très hautement radioactifs, quittera le terminal ferroviaire de Valognes dans la Manche à 14h20 pour rejoindre le centre d’entreposage de Gorleben.

En France, il traversera de nombreux départements, dont la Manche, le Calvados, l’Eure, la Seine-Maritime et la Picardie. Afin d’éviter les manifestations antinucléaires, qui ne manqueront pas de ponctuer ce trajet, différents itinéraires sont envisagés par Areva et la SNCF. A Amiens, le convoi pourrait se diriger vers le nord de la France ou descendre vers Reims. Il traversera ensuite l’est de la France où il passera la frontière franco-allemande. Là aussi, plusieurs possibilités sont prévues. Le Réseau "Sortir du nucléaire" publie donc les horaires de passage pour les différents scénarii.

Ce transport sera le douzième et dernier retour de déchets vitrifiés de la Hague vers l’Allemagne, des déchets de très haute activités, extrêmement dangereux, issus du retraitement du combustible usé à l’usine AREVA de La Hague. Onze conteneurs devraient être transportés. Ils seront d’abord acheminés par la route de l’usine AREVA de La Hague au terminal ferroviaire de Valognes, distants d’une trentaine de km. Cette acheminement devait initialement être effectué entre le 18 et le 23 novembre, mais selon certaines sources proches du transporteur, les containers seraient acheminés dès cette semaine, à partir du lundi 14 vers Valognes. La présence du Camp de Valognes y serait-elle pour quelque chose ? Les déchets quitteront ensuite La Manche par le rail, pour rejoindre le terminal ferroviaire de Dannenberg en Allemagne, un dangereux périple de près de 2000km.

L’industrie se prépare en catimini...

Alors que le mouvement antinucléaire français prévoit une mobilisation de grande ampleur, l’industrie prépare ce transport en catimini. Mercredi 9 novembre, Areva avait convoqué des élus et personnalités en secret, afin de discuter des pratiques militantes contre ces transports, « des enjeux de ces opérations et des moyens de les mener à bien dans les meilleures conditions de sureté ». Il est surprenant qu’Areva se préoccupe soudain de la sûreté de ces transports, alors même qu’y recourir, en plus d’être totalement inutile, fait courir des risques insensés aux habitants des territoires traversés et aux salariés amener à intervenir sur ces trains. Le Réseau "Sortir du nucléaire" a organisé une action de protestation devant cette réunion, pour montrer aux industriels que les citoyens eux aussi se préparent au prochain transport et pour marquer son opposition au trafic de déchets nucléaires.

… Alors qu’une mobilisation de grande ampleur est à prévoir

Le Réseau "Sortir du nucléaire" et le syndicat SUD-RAIL se mobiliseront lors de ce transport. Nous invitons les Français à organiser des rassemblements tout au long des trajets potentiels, ainsi que partout sur le territoire, afin de mettre en lumière les risques liés à ce transport et dénoncer l’impasse dans laquelle nous enferre le nucléaire. Nous leur proposons également d’interpeller les élus concernés par ce transport et de les inciter à protester contre l’opacité et le secret qui pèsent sur ces convois.

Enfin, nous informerons les agents SNCF et leur conseillerons de ne pas intervenir sur ce train en exerçant leur droit de retrait. Par ailleurs, Le Réseau "Sortir du nucléaire" et le syndicat SUD-RAIL apportent tout leur soutien au camp de Valognes qui sera organisé pour “entraver“ le départ du train. En effet, bien que ces déchets doivent retourner dans le pays qui les a produits, La Hague ne devant pas être la poubelle nucléaire de l’Europe, nous soutenons les militants qui organisent des actions afin de dénoncer le système nucléaire.

Il n’existe pas de "solution" pour la gestion des déchets radioactifs : l’unique issue de raison est de cesser au plus vite leur production en sortant du nucléaire.

- Retrouvez toutes les informations, horaires et trajets de ce transport sur notre site

- Pour suivre en direct le convoi, pendant son passage

La sortie du nucléaire est un objectif moral incontournable Nicolas Hulot Reporterre 2011/11/14 Nicolas Hulot (14 novembre 2011) La sortie du nucléaire est un objectif moral incontournable. Reporterre. Tribune — fr

La sortie du nucléaire est un objectif moral incontournable

Au-delà des aspects économiques, je considère qu’en l’état actuel de notre technologie, la sortie du nucléaire est un d’abord un objectif moral incontournable. S’accommoder des événements de Fukushima ou de Tchernobyl est incompatible avec l’idée d’une civilisation. Notre mémoire collective est désespérément courte. La situation d’effroi et de désarroi général pour ne pas dire de panique au moment de Fukushima est une démonstration suffisante en soi que nous avions dépassé toutes les limites acceptables dans la prise de risque. Personne ne peut ni ne doit effacer ces instants où la communauté scientifique et les responsables politiques étaient dans un état de quasi sidération. Ce n’est pas l’idée que je me fais du progrès. Beaucoup semblent aujourd’hui oublier le point de vue des victimes et peu importe d’ailleurs leur nombre véritable. Le propre d’un accident nucléaire, c’est d’être inestimable dans le temps et dans l’espace. Et là s’arrête le risque acceptable dès lors que l’on ne maîtrise ni ne mesure plus ses conséquences.

Dans la même veine, ignorer la durée de vie et la dangerosité à très long terme des déchets est incompatible avec la notion première du développement durable, puisque c’est une délégation de risque aux générations futures.

Un débat public digne de ce nom s’impose

Une fois cette considération posée, je me garderai bien de commenter les chiffres sur les pertes d’emploi que la sortie du nucléaire occasionnerait, tout comme je me garderai de valider sans réserve la création que le développement d’un nouveau modèle énergétique créerait. Comme citoyen profane, je ne me prononcerai pas sur le coût du démantelement mais j’observe qu’en creux cela signifie qu’il n’a probablement pas été provisionné et que nos tarifs sont en trompe-l’oeil. De la même manière, je serai curieux de connaître l’effet si l’on internalisait les conséquences des énergies non renouvelables.

En réalité je crois qu’en l’état, personne n’a la vérité des chiffres. Une expertise indépendante et un débat public digne de ce nom s’imposent. Mais la réflexion doit se faire non seulement sur la sortie du nucléaire, mais aussi sur l’après-pétrole et sans aucune concession sur nos objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre. La contrainte n’étant pas l’ennemi de la créativité au contraire, ces trois contraintes produiront à terme des sauts technologiques. A quelle échéance, évidemment impossible à dire, et la sortie du nucléaire sera le fruit d’un processus qu’il faut engager le plus tôt possible.

L’avenir est à l’irréalisé

Je suis convaincu que la France et l’Europe peuvent se réindustrialliser et développer un nouveau modèle économique sur : une, le développement massif des énergies renouvelables ; deux, l’efficacité énergétique et toutes ses filières associées (avec un bénéfice important sur notre balance commerciale à mesure que l’on s’affranchira du gaz, du pétrole et de l’uranium) et trois, je pense que toute notre industrie automobile pourrait se reconvertir sur des véhicules probablement en fibre de carbone, aux normes de consommation, de vitesse et de pollution excessivement drastiques.

Évidemment cela signifie que, dès aujourd’hui, l’on abonde la recherche dans cette voie. La prochaine vague technologique en sera issue. Au passage, les Chinois l’ont probablement compris, regardons avec quelle efficacité ils développent les énergies renouvelables. Et côté USA comme ils le disent eux-mêmes à propos de la fusion, c’est une énergie d’avenir et elle le restera. Trop conscients que les nouvelles normes de sécurité et leur coût vont changer les critères économiques.

Je rappelle aussi, puisque cela nous a visiblement échappé, que le GIEC nous a affirmé récemment que près de 80% de l’approvisionnement mondial pourrait être couverts par les energies renouvelables. A la condition que les politiques ciblent les investissements.

Sauf à faire preuve d’un entêtement cynique, il faut sans tarder dépasser le débat sur le nucléaire et partager une vision de notre futur modèle énergétique, solidaire et économique.

Objection de croissance et christianisme, à Lyon, du 18 au 20 novembre Chrétiens et pic de pétrole Reporterre 2011/11/14 Chrétiens et pic de pétrole (14 novembre 2011) Objection de croissance et christianisme, à Lyon, du 18 au 20 novembre. Reporterre. fr

Objection de croissance et christianisme, à Lyon, du 18 au 20 novembre

Le deuxième colloque organisé par Chrétiens et pic de pétrole s’ouvre à Lyon vendredi 18 novembre.

En janvier 2009, l’association Chrétiens et pic de pétrole a organisé son premier colloque. Cet événement était intitulé « Quelles ressources spirituelles pour faire face à l’épuisement des ressources naturelles ? » Au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans la crise écologique, l’actualité chaque jour plus importante de cette réflexion et l’opportunité qu’elle ouvre au christianisme pour s’interroger, se ressourcer et se régénérer, deviennent une évidence pour tous. Dans l’Eglise, le Pape et les évêques en France se sont, en particulier depuis 1982 mais également avant, prononcés avec détermination pour des modes de vie plus sobres et épanouissants face aux « modèles » promus par la société de consommation. La traduction collective de cette idée semble rester, en revanche, largement à faire.

Capitalisme, productivisme, croissance ou développement (fût-il durable) participent d’une même logique, celle du « sans limites » qui est au cœur des crises dans lesquelles s’enfonce notre société. Or, le refus du sans limites matérialiste n’est-il pas au cœur de la doctrine chrétienne ? C’est dans cette perspective que se tiendra le second colloque organisé par Chrétiens et pic de pétrole. Intitulé « Objection de croissance et christianisme, quelles convergences, quelles divergences ? », cet événement réunira, comme pour la première édition, des chercheurs et auteurs chrétiens, agnostiques ou athées. Il laissera largement place au débat entre les conférenciers et le public. Nous vous attendons pour participer tous ensemble à cette recherche.

PS et écolos : bras de fer sur le nucléaire AFP Reporterre 2011/11/14 AFP (14 novembre 2011) PS et écolos : bras de fer sur le nucléaire. Reporterre. fr

PS et écolos : bras de fer sur le nucléaire

Les négociations entre Parti Socialiste et Europe Ecologie Les Verts pour un accord dans la perspective de l’élection présidentielle se sont fortement tendues. Enjeu : l’arrêt du chantier de l’EPR à Flamanville.

A la veille d’une semaine cruciale dans les négociations pour 2012 entre le Parti socialiste et les écologistes les discussions sont au point mort, bloquant toujours sur l’avenir du chantier de la centrale nucléaire EPR de Flamanville (Manche).

La candidate écologiste, Eva Joly, qui avait averti samedi 12 novembre qu’il n’y avait pas de « plan B » à un accord avec les socialistes, est une nouvelle fois montée au créneau dimanche 13 novembre sur Canal+ : « Nous ne sommes pas prêts à brader nos idées pour quelques dizaines de circonscriptions ».

L’heure ne semblait pas être à l’optimisme dans les deux camps, même si ce type de discussions comporte toujours une part de dramatisation.

David Cormand, secrétaire national EELV aux élections, a confirmé que les négociations arrivaient à leur terme, avec l’objectif que « la proposition d’accord », s’il y en a une, « puisse être présentée mardi au bureau national du PS et le week-end prochain au conseil fédéral d’EELV ».

Il ne s’est cependant pas montré très optimiste : « Ce qui achoppe aujourd’hui, il n’y a pas de raison pour qu’on trouve une solution demain ».

« On est prêt à n’avoir aucun député si ça nous oblige à renier nos convictions les plus profondes » sur le nucléaire, prévient la secrétaire nationale d’EELV, Cécile Duflot, reconnaissant qu’il y a « une possibilité que l’accord ne se fasse pas ».

« On continue à travailler, notamment sur l’introduction d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée », confie côté PS Christophe Borgel, un des responsables de la négociation. « S’il n’y a pas d’accord, ce serait collectivement dommageable car on ne donnerait pas le signe de notre volonté de gouverner le pays ensemble », ajoute-t-il.

Les écologistes ne veulent pas entendre parler d’une éventuelle « session de rattrapage » dans quelques semaines si les deux formations ne s’entendent pas cette semaine. « L’accord sera global, à la fois électoral et sur le fond : le premier est la conséquence du second », décrypte M. Cormand.

Une fois encore, c’est le chantier de l’EPR de Flamanville, dont EELV souhaite l’arrêt quand François Hollande s’y oppose, qui cristallise les tensions entre les deux partis de gauche.

Proche de M. Hollande et probable futur directeur de campagne, Pierre Moscovici a redit dimanche que son champion « ferait Flamanville » s’il est élu président de la République.

Mais dans le même temps, a relevé le député (PS) du Doubs, le PS a fait sur ce thème « des propositions qui sont d’une ambition extraordinaire » comme de proposer de passer de 75% d’énergie électrique d’origine nucléaire aujourd’hui à 50% d’ici 2025.

« Quand on fait un accord c’est sur la base du compromis (...). Nous avons mis sur la table des propositions très fortes, il faut que les écologistes réfléchissent aussi », poursuit l’ancien strauss-kahnien.

Les écologistes estiment avoir déjà fait un pas vers le PS. « On avait dit que l’on voulait qu’apparaisse dans l’accord en toutes lettres ’sortie du nucléaire’. On ne le demande plus », souligne M. Cormand.

C’est au tour des socialistes de faire leur part du chemin, renchérit Mme Joly, rappelant le précédent de la gauche plurielle de Lionel Jospin, quand l’ancien Premier ministre socialiste avait accepté d’abandonner le canal Rhin-Rhône ou le surgénérateur nucléaire Superphénix pour parvenir à un accord avec les Verts en 1997.

« C’est la tradition de prendre en compte les exigences de ses associés ou partenaires », a rappelé l’eurodéputée. M. Hollande doit « devenir le candidat qui va battre Nicolas Sarkozy et pour ça, il a besoin de nous », assure-t-elle.

De l’iode radioactif provenant de l’étranger détecté en France IRSN Reporterre 2011/11/15 IRSN (15 novembre 2011) De l’iode radioactif provenant de l’étranger détecté en France. Reporterre. fr

De l’iode radioactif provenant de l’étranger détecté en France

Après avoir été informé de façon informelle, à travers les réseaux scientifiques dont il est membre, de la détection dans l’air d’iode 131 à l’état de traces par plusieurs pays d’Europe centrale, évènement qui a par ailleurs fait l’objet d’un communiqué de presse de l’AIEA publié le 11 novembre, l’IRSN [Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire] a réalisé rapidement des analyses par spectrométrie gamma sur des prélèvements d’aérosols et d’iode sous forme gazeuse effectués en France, pour y rechercher la présence éventuelle de ce radionucléide.

Les premiers résultats indiquent la présence de traces d’iode 131 particulaire dans l’air en France, à des niveaux de concentration proches des limites de détection des instruments de mesure. Si la présence d’iode 131 dans l’air est tout à fait inhabituelle à cette échelle du territoire national, les niveaux de concentration observés sont sans aucun risque pour la santé des populations.

L’origine et la date des rejets radioactifs ayant causé cette pollution par l’iode 131 sont inconnues à ce jour.

Une attention particulière a été portée sur l’hypothèse d’un nouveau rejet venant de la centrale de Fukushima. Plusieurs considérations permettent d’exclure cette hypothèse :

- l’iode 131 rejeté en mars lors de l’accident de Fukushima a pratiquement disparu, y compris dans les réacteurs, compte tenu de sa courte période radioactive et de l’arrêt des réactions nucléaires qui produisent ce radionucléide ;

- même si les concentrations mesurées en France sont environ 100 fois plus faibles que celles observées après l’accident de Fukushima, il aurait fallu un rejet important d’iode 131 au Japon pour atteindre un tel niveau, ce qui aurait conduit à des détections plus précoces et à des niveaux plus importants au Japon, comme ce fut le cas en mars 2011.

L’IRSN réalise actuellement des calculs de rétro-trajectoires pour tenter de localiser la provenance des masse d’air ayant transporté l’iode 131 détecté. Compte tenu de ces premiers résultats, l’IRSN continue de mener une surveillance spécifique et active de l’iode 131 dans l’air.

Télécharger la note d’information de l’IRSN « Détection en France de traces d’iode 131 dans l’air imputables à des rejets radioactifs venant d’un pays étranger »

Les Indignés de Paris relaxés par la justice Mouvement Démocratie Réelle Maintenant Reporterre 2011/11/15 Mouvement Démocratie Réelle Maintenant (15 novembre 2011) Les Indignés de Paris relaxés par la justice. Reporterre. fr

Les Indignés de Paris relaxés par la justice

Lundi 14 novembre 2011, les 11 indignés ont été relaxés par le TGI de Paris.

L’accusation portait sur le désajustement d’une vitre de fourgon de police.

Deux des personnes mises en cause n’étaient jamais entrées dans ce fourgon.

Cette comparution faisait suite à un rassemblement spontané, pacifique et paisible place de la Bourse le 21 septembre au cours duquel une centaine de personnes avait été arrêtée.

A 15 heures, l’avocat, le témoin et des relaxés ont répondu aux questions de la presse.

Les membres du mouvement continuent à occuper la place publique, à faire vivre des campements - notamment celui du Parvis de la Défense – afin de construire une réelle démocratie.

Le lobby électrique publie son scénario énergétique L’Expansion Reporterre 2011/11/15 L’Expansion (15 novembre 2011) Le lobby électrique publie son scénario énergétique. Reporterre. fr

Le lobby électrique publie son scénario énergétique

L’Union française de l’électricité a publié ses scénarii pour 2030. Une augmentation des prix est « inéluctable », même dans le scénario « nucléaire à 70 % ». Les énergies renouvelables dépasseraient le nucléaire en puissance installée, même dans le scénario « nucléaire à 70 % ». L’UFE juge enfin le scénario Négawatt irréaliste.

Réunies au sein de l’UFE (Union française de l’électricité), les grandes sociétés productrices d’électricité, dont EDF et GDF Suez, ont publié des scénarios sur l’évolution de la part du nucléaire à l’horizon 2030. Elles veulent ainsi aider les politiques à prendre des décisions « cohérentes ».

Ces « scénarios 2030″ de l’Union française de l’électricité (UFE) des électriciens viennent s’ajouter à la liste déjà longue des études prospectives.

Alors que la campagne de l’élection présidentielle a déjà commencé, les industriels de l’électricité ont voulu signifier aux candidats que le tempo « politique », qui est de quelques années, n’est pas le même que le temps « électrique » ou le temps « écologique », qui sont des temps longs. « Il faut des décennies pour modifier de manière significative un mix de production électrique ; il en faut autant, sinon plus, pour modifier un parc d’usages à l’aval dans les logements, les immeubles de bureaux, voire dans les usines », écrit l’UFE dans une étude qu’elle vient de publier (voir le document complet).

L’UFE a donc élaboré des scénarios à l’horizon 2030 qu’elle soumet aux politiques pour les aider dans leurs décisions.

Trois scénarios de production ont été définis pour 2030 :

- Le premier est un scénario « 70% nucléaire » : il prévoit notamment la prolongation du nucléaire actuel de 40 à 60 ans. Toutes les centrales sont prolongés et 3.000 MW nouveaux sont mis en service

- Le second est un scénario « 50% nucléaire » . La puissance installée en nucléaire est ramenée à 40,7 GW. Rappelons que Francois Hollande s’est fixé 50% en 2025 pour la part du nucléaire dans le mix électrique et ce scénario lui parait partticuilièrement adressé...

- Enfin, le troisième est un scénario « 20% nucléaire » dans lequel toute tranche nucléaire existante est systématiquement fermée à son 40e anniversaire.

L’UFE a limité ses projections à 2030, contrairement à la mission « Energie 2050 » coordonnée par le Pr Jacques Percebois qui travaille pour le gouvernement, estimant qu’il s’agit du moment où il faudra remplacer les centrales actuelles si elles sont prolongées de 20 ans comme prévu. La suite dépendra donc des choix retenus.

Selon l’étude de l’UFE, on peut schématiser ainsi le mix électrique dans les trois scénarios retenus :

Les énergies renouvelables, qui passent de 24% à 34% puis à 40%, sont quasiment multipliées par deux, entre le premier scénario et le troisième, tandis que la part du thermique passe, elle, de 7% à 40%, soit une multiplication par 6.

Les scénarios supposent un développement considérable des énergies renouvelables puisque, compte tenu de leur rendement plus faible, elles dépassent, en puissance installée, le nucléaire, y compris dans le scénario « Production nucléaire à 70% ». Toutefois, il est impossible de couvrir complètement la décroissance du nucléaire par des ENR. Il faut donc des moyens thermiques pour la compenser, mais aussi pour assurer le secours des ENR lorsqu’il n’y a pas de vent, de soleil, de pluie, et préserver, ainsi, la sécurité du système électrique. Les experts de L’UFE ont considéré qu’une part d’ENR de 40% dans le mix de production était un maximum au‐delà duquel la sécurisation du système ne serait plus assurée.. D’autres moyens flexibles, comme le stockage (batteries...), pourront émerger mais à un horizon plus lointain que 2030.

L’UFE a analysé plusieurs conséquences de ces trois scénarios.

- Les émissions de CO2

La France est déjà très bien placée en matière de lutte contre le changement climatique. Ses émissions de CO2, liées à la production d’électricité, sont de l’ordre de 70 à 80 g par kWh, alors qu’en Europe, la moyenne est de 350 g de CO2 par kWh.

Dans le scénario « Production nucléaire à 70 % », les émissions liées à l’électricité seraient encore divisées par deux. Dans le scénario « Production nucléaire à 50 % », elles seraient, en revanche, multipliées par 1,3 et dans le scénario « Production nucléaire à 20 % », les émissions de CO2 du parc électrique seraient multipliées par 3.

Au niveau des émissions globales de la France (au delà de la seule électricité), il y a encore une diminution dans les scénarios 1 et 2, grâce à des transferts d’usages possibles du fuel vers l’électricité. Mais dans le troisième scénario (nucléaire à 20%), les émissions de la France augmentent de 69 MT [millions de tonnes], à comparer à la baisse de 63 MT dans le premier scénario et de 36 MT dans le second.

- Coûts d’investissements

Le montant d’investissement du scénario « Production nucléaire à 70 % », est évalué à 322 Mds d’€. Celui du scénario « Production nucléaire à 50 % » atteint 382 Mds et celui du dernier scénario 434 Mds d’€.

- Prix de l’électricité

Une augmentation des prix de l’électricité est inéluctable, même dans le scénario « Production nucléaire à 70% », compte tenu des retards pris dans l’ajustement des tarifs actuels sur les coûts et des investissements à réaliser. Pour les entreprises, comme pour les ménages, l’étude évalue l’ordre de grandeur d’augmentation à 40€/MWh entre le scénario « production nucléaire à 70% » et le scénario « Production du nucléaire à 20% », et à 20€/MWh pour le scénario « Production du nucléaire à 50% ». Il faut signaler, en outre, que la sensibilité des prix de l’électricité aux cours des énergies fossiles (gaz et charbon) est évidemment plus forte dans les scénarios de moindre production nucléaire.

D’autre part, l’étude de l’UFE refute les hypothèses du scénario Negawatt, selon lesquelles la consommations d’électricité pourrait etre divisée par 2 d’ici 2050, grâce à une meilleure efficacité énergétique. « Les études réalisées par l’UFE montrent que les objectifs d’efficacité énergétique fixés par le Grenelle ne seront pas réalisables et finançables à cette échéance, en raison de leur temps de retour long et du coût public élevé. Les mesures du Grenelle nécessiteraient des instruments incitatifs et des financements importants que la situation des finances publiques rend peu probables. Or, le scénario NégaWatt a pris des hypothèses de réalisation d’économies d’énergies encore plus élevées que les objectifs du Grenelle (‐ 63% sur le bâtiment toutes énergies, par exemple). Même si l’horizon de temps n’est pas le même ‐ 2050 pour Negawatt et 2020 pour Grenelle ‐ ces mesures ne semblent pas réalistes, sur un plan économique ».

De la nervosité pathologique de l’Etat français sur le nucléaire Comité anti-CASTOR de Tarnac Reporterre 2011/11/15 Comité anti-CASTOR de Tarnac (15 novembre 2011) De la nervosité pathologique de l’Etat français sur le nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

De la nervosité pathologique de l’Etat français sur le nucléaire

« Ce qui a fini par nous sauter aux yeux, c’est ceci : l’affaire de Tarnac fut d’abord une tentative forcenée, et à ce jour réussie, pour contenir aux frontières l’extension du mouvement anti-nucléaire allemand. »

Fukushima, c’était il y a huit mois. Il n’y a pas de « retour à la normale » après une catastrophe nucléaire. Il y a un nouvel état du monde, une nouvelle géographie du ravage dont l’information régnante voudrait que l’on s’accommode, par la force des choses. Le spectacle des explosions de Fukushima offert en live streaming à la planète entière, les dépêches sans queue ni tête livrées d’heure en heure à l’avidité des peuples obéissent à la même logique qui commande aujourd’hui le plus complet silence sur les conséquences de la catastrophe.

Qui sait que le Japon a mis à l’arrêt à ce jour 44 de ses réacteurs, que seuls dix fonctionnent encore et qu’à Tokyo on préfère désormais les coupures d’électricité aux merveilles de l’atome ? Qui se soucie que 90 % des enfants naissant actuellement dans la zone contaminée autour de Tchernobyl soient frappés de tares génétiques ? La vie est assez dure comme ça pour s’épargner d’avoir, de surcroît, conscience de son horreur. Les pays les plus nucléarisés sont ceux où l’on se rebelle le moins contre le nucléaire. Les prisonniers finissent généralement par aimer leur geôlier, pour peu qu’on les résigne assez à leur sort.

Dans l’ambiance de fin du monde, d’apocalypse symbolique, d’effondrement généralisé où nous baignons présentement, le nucléaire fonctionne comme un verrou sur la situation politique. C’est un ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle sur toute idée de bouleversement. Ce qui est en jeu là, ce n’est évidemment pas la révolution, tout juste sa possibilité. D’autant plus cette société épuise le peu de crédit qu’il lui reste, d’autant plus le réseau de centrales qui enserre le territoire nous fait l’effet d’un corset, d’une camisole.

Comment un régime qui ne s’aventure plus à faire de promesse pour l’année suivante ose-t-il produire des déchets radioactifs pour encore cent mille ans ? Comment ignorer que la dépendance énergétique où l’on nous tient, et la sorte de chantage qui l’accompagne, réduisent à l’insignifiant toutes nos prétentions à la liberté ? Il y a quelque chose de morbide dans l’investissement libidinal dont l’Etat français a couvert ses centrales et ses bombes à neutrons. A mesure que gouvernements étrangers et capitalistes éclairés font savoir l’un après l’autre leur intention de renoncer au nucléaire, la France préfère se dire que si elle est de plus en plus seule dans son impasse, c’est simplement qu’elle est la meilleure. Alors que l’EPR est en bonne voie pour égaler Superphénix dans la catégorie des folies furieuses, EDF dévoile à présent son intention de relancer la surgénération. C’est un spectacle atterrant qu’un tel déni du réel, une telle imperméabilité à l’expérience, une telle façon d’exposer au monde entier ses verrues comme un titre de gloire.

Trois ans se sont écoulés depuis ce 11 novembre où la Sous-Direction Antiterroriste a trouvé bon d’investir le village de Tarnac et quelques autres domiciles en France, afin d’y arrêter une dizaine de personnes. Renseignements pris, nous avons fini par acquérir une idée assez précise de l’étonnante convergence d’intérêts qui a amené à ces arrestations. On arrive, selon le fil que l’on tire dans cette bobine, à d’obscures barbouzes grenouillant dans la « sécurité », à des services secrets agissant « informellement » à l’échelle européenne, à des conseillers du prince en veine de reconnaissance, à de vieux fachos ayant accédé aux ministères dans le sillage de Sarkozy et jugeant que l’heure était enfin venue de prendre leur revanche sur les gauchistes. On y trouve aussi les intérêts bureaucratiques bien compris d’ex-RG mis à mal par la fusion avec la DST au sein de la DCRI et les éternelles ambitions ministérielles de Michèle Alliot-Marie. Pour faire bonne mesure, on n’oubliera pas le rôle joué par l’infiltré britannique Mark Kennedy-Stone et l’effet des habituelles rivalités dont les milieux radicaux sont, au même titre que n’importe quel autre milieu, le siège détestable.

Mais si l’on s’en tient aux faits, et non à leur cause, ce qui a fini par nous sauter aux yeux, c’est ceci : l’affaire de Tarnac fut d’abord une tentative forcenée, et à ce jour réussie, pour contenir aux frontières l’extension du mouvement anti-nucléaire allemand. Toute l’opération aura consisté à travestir une action de blocage de trains revendiquée par un groupe anti-nucléaire allemand et exécutée par une méthode assez usuelle et assez sûre - les fameux « crochets » - pour avoir été employée jusqu’à une centaine de fois en une seule année de l’autre côté du Rhin sans jamais blesser quiconque, en un « acte terroriste » immotivé visant à faire dérailler des trains.

Il aura suffi pour cela, d’un côté, d’occulter la revendication allemande transmise dès le 9 novembre 2008 par Interpol, et de l’autre de faire le plus de bruit possible autour de l’arrestation d’un groupe que l’on avait depuis longtemps dans le viseur. Comme l’assassinat de Vital Michalon lors de la manifestation de Malville en 1977, comme les tendons tranchés volontairement, l’année dernière, aux militants du Groupe d’Action Non-Violent Antinucléaire (GANVA) qui s’étaient enchaînés sur la route du train de transport de déchets ultra-radioactifs CASTOR (CAsk for Storage and Transport Of Radioactive material), l’affaire de Tarnac témoigne de la nervosité pathologique qui atteint l’Etat français dès que l’on touche à la question nucléaire. Il est vrai qu’il a sur ce point des décennies de mensonge et des milliers de morts à faire oublier.

Cette année que se prépare, pour la première fois peut-être, une action de masse pour bloquer à son point de départ, le 24 novembre prochain à Valognes (Manche), le train CASTOR, nous ne pouvons décemment manquer le rendez-vous. Nous devons bien cela à l’Etat français, et à ses nucléocrates. Et il serait malséant, après Fukushima, qu’il y ait 50.000 Allemands pour le bloquer à son arrivée à Gorleben, et personne pour l’entraver en France.

Alors que huit nouveaux trains de déchets provenant de Hollande doivent bientôt traverser les gares de RER franciliennes pour rallier La Hague, nous devons donner raison au collectif Valognes Stop Castor : « La question des déchets constitue le maillon faible de l’industrie nucléaire, et l’illustration la plus frappante du scandale qu’elle est dans son ensemble ». C’est donc là qu’il faut l’attaquer. C’est là qu’il faut, à quelques milliers, lui porter un coup décisif.

Polluer, c’est toujours s’approprier. En polluant pour les cent mille ans qui viennent, l’Etat nucléaire s’approprie tout futur pensable et toute vie possible. Nous sommes le futur. Nous sommes la vie. Nous arrêterons les centrales. Tous à Valognes !

Paris se rêve en ville verte Mairie de Paris Reporterre 2011/11/15 Mairie de Paris (15 novembre 2011) Paris se rêve en ville verte. Reporterre. fr

Paris se rêve en ville verte

Paris vient d’adopter un plan pour favoriser la biodiversité sur son sol.

Le Conseil de Paris a adopté mardi 15 novembre le plan biodiversité de la capitale. Dans la continuité de sa politique menée depuis 2001 en faveur du développement durable, la Ville de Paris est aujourd’hui l’une des premières grandes métropoles européennes à se doter d’un tel outil.

Trois grands axes d’actions :

- Renforcer les trames verte et bleue dans Paris, en lien avec les grands espaces naturels de la région parisienne. Ces corridors écologiques que représentent les arbres d’alignement, les espaces verts, la Seine, les canaux ou les plans d’eau parisiens sont essentiels au maintien d’une diversité du vivant en ville. - Faire de la biodiversité un élément structurant de l’action municipale, que ce soit en matière d’urbanisme, de traitement de l’espace public, de politique des achats ou encore de gestion durable des espaces verts à Paris, de son fleuve et de ses canaux. - Sensibiliser les citadins et mobiliser les acteurs du territoire avec la mise en place de l’Observatoire Parisien de la Biodiversité.

Des objectifs concrets pour 2020 :

• Créer 7 hectares nouveaux de toitures végétalisées sur l’ensemble du territoire parisien, dont au moins 15 nouveaux jardins en terrasse. • Généraliser la présence de réserves d’évolution naturelle à l’ensemble du territoire parisien. • Créer 40 nouvelles mares ou milieux humides sur l’ensemble du territoire parisien. • Mettre fin à l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse sur l’ensemble du territoire parisien, que ce soit dans les espaces publics relevant de la Ville, ce qui est déjà largement engagé, mais également dans les espaces verts relevant d’autres propriétaires (RFF, AP HP, bailleurs, Etat, etc.). • Concourir, avec l’ensemble des acteurs du territoire concernés, à une gestion favorisant la biodiversité de la trame bleue parisienne (Seine et canaux) : réserver une plus grande place aux milieux vivants sur les berges, agir sur la qualité de l’eau. • Renforcer les corridors écologiques (trame verte) : pérenniser la place de la nature sur la Petite Ceinture ou encore végétaliser les abords de l’ensemble des équipements sportifs et des cimetières.

Feu vert pour du béton skiable dans les Pyrénées Médiaterre Reporterre 2011/11/15 Médiaterre (15 novembre 2011) Feu vert pour du béton skiable dans les Pyrénées. Reporterre. fr

Feu vert pour du béton skiable dans les Pyrénées

La Cour administrative d’appel de Marseille a été saisie par la Fédération pour les espaces naturels et l’environnement des Pyrénées orientales (ci-après la Fédération). Dans sa requête, celle-ci demandait l’annulation du jugement du 30 juin 2009 par lequel le tribunal administratif de Montpellier avait rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 13 juin 2006 du préfet de la région Midi-Pyrénées. Par cet arrêté, dont il est demandé l’annulation pour excès de pouvoir, le préfet avait autorisé la création de l’Unité Touristique Nouvelle Aménagement du domaine skiable de Font-Romeu/Pyrénées 2000 sur les communes de Bolquère et de Font-Romeu-Odeillo-Via. Selon la Fédération, cette nouvelle unité touristique risque de porter atteinte à l’environnement.

Dans son arrêt rendu le 6 octobre 2011, la Cour administrative d’appel a estimé, entre autres, que la Fédération n’était pas fondée à soutenir que la création de l’unité touristique nouvelle en litige porterait une atteinte grave et irréversible à la faune et à la flore. De plus, cette unité touristique nouvelle n’était pas susceptible de porter atteinte à l’état de conservation des sites visés par les dispositions des articles L. 414-1 et suivants du code de l’environnement, à savoir les zones de protection sensibles au vu des éléments du dossiers. Elle note aussi que « la décision litigieuse d’autorisation de créer une unité touristique nouvelle sur un domaine skiable ne constitue pas une décision administrative dans le domaine de l’eau au sens » de l’article L. 212-1 du code de l’environnement. Partant, elle reconnaît la légalité de l’arrêté du préfet et rejette tous les moyens invoqués par l’appelant

L’accord PS-Ecolos : le texte - original - complet Par Julien villalard Reporterre 2011/11/16 Par Julien villalard (16 novembre 2011) L’accord PS-Ecolos : le texte - original - complet. Reporterre. Politique fr

L’accord PS-Ecolos : le texte - original - complet

L’accord entre Parti socialiste et Europe Ecologie Les Verts a été conclu mardi 15 novembre. Il bute sur le nucléaire et Notre Dame des Landes. Il enregistre la volonté de reprendre la main sur le système bancaire. En voici le texte complet - avant modification unilatérale par le PS.

Mardi 15 novembre, le Parti socialiste et Europe Ecologie Les Verts sont parvenus à un accord sur le programme à mener en commun si la gauche l’emporte aux présidentielles de 2012. Les principaux points de l’accord n’incluent pas l’arrêt de la construction de l’EPR à Flamanville ni celui de l’aéroport de Notre Dame des Landes. L’accord doit encore être entériné par EELV le week-end prochain. En voici ci-dessous le texte complet. ......................................

ACCORD NATIONAL DE MAJORITE PS EELV

2012-2017 : socialistes et écologistes, ensemble pour combattre la crise et bâtir un autre modèle de vivre ensemble.

Introduction : nos valeurs partagées et nos priorités fondent notre contrat de mandature

I – D’abord, dominer la finance et réorienter l’Europe pour un monde plus solidaire

1) Reprendre la main sur le système bancaire

2) Doter l’Europe d’une stratégie offensive et défensive dans la mondialisation

3) Promouvoir un multilatéralisme rénové et durable

II – Imaginer un nouveau modèle de développement économique, social et écologique

1) Produire autrement

2) Travailler tous, travailler mieux

3) Rendre l’impôt plus juste, plus citoyen, plus écologique

III – Faire de la transition énergétique une urgence et une chance

1) Donner la priorité à l’efficacité énergétique

2) Rééquilibrer la production française d’électricité en faveur des énergies renouvelables

3) Réussir la révolution des transports

IV – Améliorer la vie quotidienne des Français et préparer l’avenir de notre jeunesse

1) Faire de l’éducation la priorité nationale et du savoir le levier du redressement

2) Renforcer le pouvoir d’achat

3) Permettre l’accès à la santé partout et pour toutes et tous

4) Rendre le logement accessible et durable, réinventer la ville

5) Garantir le droit à la sécurité et à la justice, lutter contre les discriminations

6) Défendre et développer les services publics

V – Bâtir une République nouvelle

1) Refaire de la séparation des pouvoirs la matrice de notre République.

2) Il faut aussi rendre notre démocratie plus vivante et à l’image de la société.

3) La République nouvelle sera décentralisée.

4) Pas de République nouvelle sans indépendance réelle pour la justice.

5) La démocratie suppose le véritable pluralisme des médias.

6) Bâtir, une République nouvelle, c’est redonner sa voix au peuple.

Conclusion : l’espoir de la France, c’est une majorité de gauche et des écologistes

................................

Introduction : nos valeurs partagées et nos priorités fondent notre contrat de mandature.

L’avenir de la planète et celui de l’humanité s’écrivent aujourd’hui. C’est maintenant que se dessinent le rôle et la place de l’Europe dans la mondialisation. En France, l’urgence est de redonner un sens à l’idée même de progrès et d’abord pour la jeunesse, les précaires, les couches populaires et les classes moyennes. Pour les Français, la législature 2012-2017 peut être la première d’un horizon nouveau : selon les priorités fixées et les décisions prises, le chemin ne sera pas le même.

Ou bien c’est la fatalité qui l’emporte et alors les mêmes choix, portés par les mêmes responsables aboutiront aux mêmes résultats, en pire : la surexploitation des ressources naturelles, l’épuisement des matières premières et l’appauvrissement de la biodiversité ; la confiscation de la richesse par une minorité ; la mise en concurrence des individus, des entreprises, des territoires, des Etats ; la financiarisation de l’économie et le démantèlement des solidarités ; l’oubli des fins humaines et l’argent devenu la mesure de toute chose. C’est l’impasse néolibérale empruntée par les droites européennes dont le sarkozysme est l’aiguillon. Pour les peuples, c’est la certitude de vivre dans la peur, les inégalités et les divisions.

Ou bien c’est l’espoir et le sursaut qui prévalent. Pour produire autrement d’autres richesses et les partager vraiment la richesse. Pour combattre les inégalités et donner à chacun les moyens de réussir sa vie. Pour rassembler les citoyens et les faire participer à la décision. Pour faire de l’Europe le moteur d’un sursaut de civilisation qui préserve la paix, le climat et l’emploi pour toutes et tous. Pour que la démocratie impose ses lois aux marchés et que le temps long de la construction collective prime sur la dictature de l’instant. C’est le chemin que nous proposons au pays pour la prochaine mandature.

Sur ce chemin de progrès, avec les Français, nous n’aurons pas à affronter un banal aléa de conjoncture, mais la faillite de la finance capitaliste et des dogmes qui l’ont établie. La période que nous traversons est en réalité une accumulation de crises.

Crise économique avec la disparition de millions d’emplois industriels avec le déchaînement d’un productivisme sans frein ni règles parmi les nouvelles puissances émergées et avec l’aggravation de tous les indicateurs français après dix ans de majorité UMP : croissance nulle et menace de récession, balance commerciale historiquement déficitaire, chute des investissements pour préparer le futur, délocalisations d’activités en cascade dont l’impact brise les travailleurs et abîme la planète.

Crise sociale, toujours plus profonde, quand 40 % des Français renoncent à se soigner faute de moyens, quand un quart des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage, quand un salarié sur quatre touche moins de 750 euros par mois, quand 150 000 postes d’agents publics ont disparu depuis 2007 au point de démanteler comme jamais nos services publics, quand plus de huit millions de nos concitoyens survivent sous le seuil de pauvreté, quand les ménages les plus modestes consacrent 15 % de leur revenu aux dépenses énergétiques, soit 2,5 fois plus que les ménages les plus fortunés. Pour nous, la préservation environnementale est inséparable de la justice sociale.

Crise écologique, sanitaire et alimentaire dont la sécheresse dans la corne de l’Afrique, qui touche 13 millions de personnes, ou les récentes inondations en Asie sont les plus tragiques manifestations. Partout sur la planète, les alertes se multiplient : un milliard et demi d’individus n’ont pas accès à l’eau potable et près d’un tiers de la population mondiale souffre de sous-nutrition. Les pays les plus riches portent la responsabilité la plus lourde dans cette crise planétaire aux conséquences écologiques et géopolitiques potentiellement dévastatrices. Qui peut croire que la France et ses voisins sont à l’abri ?

Crise énergétique, aussi, source de tant de tensions pour la paix et la sécurité du monde : alors que la demande mondiale d’énergie pourrait augmenter de moitié d’ici 20 ans, les ressources en pétrole manquent déjà. Après Tchernobyl, Fukushima a confirmé les failles dans la maîtrise de l’atome. Entre les nations, une course de vitesse est engagée pour réussir la mutation écologique et la transition énergétique. C’est une urgence et nous allons en faire une chance. La France, forte de tant d’atouts, a pris un retard inquiétant au cours de la dernière décennie, qu’il s’agisse du soutien aux énergies renouvelables ou de la baisse des consommations. Face à la droite, nous l’affirmons : ajourner les réponses à la crise écologique et énergétique, c’est retarder la résolution de la crise économique.

Crise démocratique et crise de la dette, enfin. Si à l’heure de solliciter la confiance de nos concitoyen-ne-s, nous lions les deux réalités, c’est que dans l’accumulation de leurs effets, se joue l’idée même de souveraineté. Quand, après dix ans de politique de droite, la dette de la France représente 90 % de sa richesse, que les plans d’austérité se succèdent sans perspective de réelle relance, que les efforts sont toujours réclamés aux mêmes tandis qu’en sont exonérés les privilégiés, comment s’étonner que l’abstention et l’extrême droite soient les valeurs refuges de tant jeunes relégués, de salariés déclassés, de retraités précarisés ? Pour nous, femmes et hommes de gauche et écologistes, il n’y a pas de fatalité ! Il n’y a pas qu’une seule politique possible, celle des marchés financiers dans le monde et celle du directoire conservateur Sarkozy-Merkel en Europe : en démocratie, la seule agence de notation légitime, c’est le peuple. Parce qu’il prive l’action publique des moyens de mener les politiques attendues par les citoyens, l’endettement est l’ennemi des gouvernements et des majorités progressistes. Parce que la France souffre non pas d’un, mais de plusieurs déficits – des comptes publics, d’emploi, de compétitivité, de préparation de l’avenir par l’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche, la formation, ainsi que d’un déficit de qualité des conditions d’existence et de travail à tous les âges de la vie –, il faut changer de politique, donc de majorité politique au Parlement.

Ensemble, nous voulons combattre la crise par des mesures d’effet immédiat qui amélioreront la vie quotidienne. Emploi et pouvoir d’achat, école, santé, logement, transports, sécurité, justice : dès l’entame de l’alternance, les Français constateront la réalité du changement. Avec une valeur cardinale : la défense et le développement des services publics qui sont la République laïque et sociale en actes. Mais nous voulons aussi imaginer un nouveau modèle pour l’après-crise économiquement viable, socialement équitable, écologiquement durable. Reprise en main du secteur bancaire et financier, transition énergétique, conversion écologique de l’appareil productif, approche qualitative de l’urbanisme, multilatéralisme refondé : ces avancées ne donneront leur pleine mesure qu’à l’horizon d’une législature, certaines exigeront une décennie voire une génération pour être achevées. Mais nous nous engageons, dès 2012, à décider et à engager leur mise en oeuvre en France et dans les instances européennes et internationales. C’est cette ambition d’intérêt général pour la France et pour le monde qui fonde le projet que nous présentons au pays.

La législature 2012-2017 peut être celle du redressement et du rassemblement. En France bien sûr, mais aussi en Europe où la solidarité doit prévaloir face aux dettes souveraines qui asphyxient les Etats et les peuples, où l’investissement doit être mobilisé pour préparer les projets scientifiques, industriels, technologiques, énergétiques du futur, où une plus grande cohésion doit prévaloir quand il est question des politiques fiscale, sociale, monétaire et commerciale. Seule une plus grande intégration économique et démocratique, seul une perspective fédérale, permettra à l’Europe non seulement de s’affirmer comme une puissance majeure du 21e siècle, mais de réorienter la marche du monde vers les exigences du progrès : droits sociaux, droits environnementaux, droits culturels, droits politiques. Seule une majorité de gauche et des écologistes en France en 2012, puis en Allemagne en 2013, aura la force d’entraînement pour une Europe solidaire et volontaire.

Pour relever ces défis, il faudra dire la vérité et rétablir l’équité. Mais il faudra surtout faire vivre la démocratie. N. Sarkozy n’a pas seulement été le Président du temps perdu et des promesses non tenues : il a été celui des divisions exacerbé entre les Français et du pouvoir confisqué au profit d’une minorité. L’alternance en 2012 sera d’autant plus forte que les pouvoirs seront rééquilibrés, que la justice sera indépendante, l’action publique contractualisée, la République décentralisée, que des droits égaux seront reconnus à tous et à chacune et à chacun, que les habitants seront acteurs du changement. C’est une nouvelle page de la démocratie que nous voulons écrire fondée sur la transparence, le débat et la responsabilité. Ces principes prévaudront dans l’action de la majorité parlementaire cimentée tant dans la collégialité de l’élaboration que de l’adoption du projet de loi de finances et du projet de loi portant sur le financement de la Sécurité sociale. A l’heure où chaque Française et chaque Français va décider de l’avenir de la nation, nous sommes convaincus de la force de nos solutions face à l’urgence des aspirations populaires. Ce sont elles qui ont rencontré l’adhésion et démontré leur efficacité dans les collectivités locales et d’abord dans les Régions.

Plus que jamais, le Président sortant et sa majorité en échec cherchent à diviser les catégories, à opposer les générations, à préserver les avantages de leurs clientèles. Depuis 2002, tout a été fait pour une minorité, tant a été accordé aux privilégiés ! Il est temps pour les citoyens qui aspirent au changement de se mobiliser : ouvriers, employés, salariés de la fonction publique comme du secteur privé, mais aussi artisans, commerçants, agriculteurs, entrepreneurs, créateurs, innovateurs, éco-citoyens, chercheurs, artistes, jeunes et seniors, doivent unir leurs votes, leurs énergies et leurs efforts pour vivifier et rassembler la France dans la justice. C’est avec eux que nous voulons construire. C’est pour eux que nous voulons agir.

I – D’abord, dominer la finance et réorienter l’Europe pour un monde plus solidaire

1) Reprendre la main sur le système bancaire

La finance doit être mise au service de l’économie et l’économie au service de l’humain. Citoyens, institutions, Etats : il est temps de reprendre le contrôle du système financier, d’en stopper les dérives et d’en réorienter les ressources. En France, toute intervention de la puissance publique auprès des banques se traduira par un contrôle public et des contreparties : séparation des activités de dépôt / de financement de l’économie et des activités spéculatives, limitation de la rémunération des traders, interdiction des ventes à découvert, plafonnement des frais bancaires et encadrement du crédit revolving, maintien des lignes de crédit vers les ménages et les entreprises.

En Europe, nous agirons pour qu’une taxe sur les transactions financières de 0,05 % soit mise en oeuvre dans le but de réduire les déficits des Etats membres et de soutenir l’aide aux pays en développement afin qu’ils puissent lutter contre le réchauffement climatique. Nous plaiderons pour que l’Union européenne se dote d’une agence publique de notation sous l’égide de l’Eurogroupe et pour que la zone Euro proscrive les liens de ses établissements bancaires et financiers avec les paradis fiscaux. Le secret bancaire doit être aboli dans l’ensemble européen, y compris au sein des pays qui vivent de l’évasion et de la fraude fiscales.

A l’échelle mondiale, la France et l’Union européenne mèneront une lutte acharnée pour la suppression des paradis fiscaux et l’interdiction des fonds spéculatifs (« hedge funds »), le renforcement des « ratios prudentiels » et leur extension à l’ensemble du secteur financier, le déploiement des organes de contrôle et de supervision.

2) Doter l’Europe d’une stratégie offensive et défensive dans la mondialisation

L’automne 2011 a consacré l’affaiblissement de l’Europe parmi les puissances du globe. Au sommet de Bruxelles, en pleine tourmente des dettes souveraines, elle s’est tournée vers la Chine pour abonder son Fonds de stabilité financière (FESF). Au G20 à Cannes, incapable de parler d’une même voix, c’est en présence du Président des Etats-Unis d’Amérique qu’elle s’est réunie. Nous sommes profondément pro-européens. C’est pourquoi, avec tous les progressistes du continent, nous disons que rien n’est possible sans l’Europe, mais que rien ne sera possible avec l’Europe telle qu’elle va. La prochaine législature contribuera à un nouveau souffle européen.

Face aux agressions des spéculateurs, les Européens doivent agir ensemble. Le FESF se déploie trop lentement, son plafond évolue de façon chaotique et les montants qui lui sont affectés semblent insuffisants pour dissuader durablement la spéculation – l’exemple grec l’a prouvé. Nous voulons repenser le rôle et les missions de la Banque centrale européenne (BCE) afin de l’autoriser à racheter des emprunts d’Etats et donc de monétiser les dettes, mais aussi à émettre des euro-obligations pour financer les investissements du futur (réseaux et infrastructures de transports, d’énergie, de santé...). Ainsi, assainissement des comptes publics, relance économique et transition écologique seront conciliés. L’Union européenne doit renouer avec sa promesse fondatrice : investir dans l’avenir et protéger les peuples. Face aux marchés financiers, loin de la passivité des dirigeants conservateurs, nous agirons pour relancer et réorienter l’Europe. En plaidant pour des politiques communes ambitieuses : conversion écologique génératrice d’emplois verts, Communauté européenne des énergies, politique industrielle partagée, Politique agricole rénovée. En engageant l’indispensable harmonisation fiscale, avec une assiette commune et un taux minimum d’impôt sur les sociétés, et la nécessaire convergence sociale par le haut, avec l’instauration d’un salaire minimum tenant compte de la réalité économique et sociale nationale. En dotant l’Union d’un euro stable et justement évalué : la monnaie unique doit favoriser l’industrie européenne et sa mutation écologique, non l’affaiblir face aux Etats-Unis, à la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud. C’est le sens d’une politique de change menée par la BCE sous l’impulsion d’un Eurogroupe renforcé, prélude à un véritable gouvernement économique de l’Europe. En défendant les valeurs et les intérêts des Européens dans les instances multilatérales : nous y affirmerons avec force l’exigence d’un nouveau panier des monnaies favorable au développement et décourageant la spéculation d’une part, d’autre part le principe de réciprocité commerciale dans les échanges afin que les entreprises et les pays qui souhaitent vendre leurs productions en Europe respectent les normes sanitaires, sociales et environnementales en vigueur dans l’Union. De même, nous ferons du renforcement des liens avec l’Afrique une priorité : les deux rives de la Méditerranée ont vocation à relever ensemble les défis de la sécurité alimentaire, du changement climatique, de l’accès à l’eau, de la transition énergétique, des migrations, de la défense des libertés et des droits. Tournons la page du funeste discours de Dakar prononcé par le Président sortant !

L’Europe doit se donner les moyens d’agir avec réactivité et efficacité. Nous plaidons pour l’augmentation du budget communautaire avec la création de nouvelles ressources propres : outre la taxe sur les transactions financières et l’émission d’eurobonds pour des euro-projets, la France proposera à ses partenaires l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe. Quant aux institutions, elles ne sont pas adaptées à la course de vitesse engagée entre la sphère politique et les marchés. Le sursaut pour les peuples européens passe par un renforcement du fédéralisme pour les Etats européens, c’est-à-dire une intégration budgétaire et une coopération économique accrues au sein d’un groupe pionnier d’Etats euro-volontaires. Cette évolution ne se fera pas contre la démocratie, mais par elle : les parlements nationaux devront être régulièrement consultés et les prérogatives du Parlement européen renforcées face à la Commission. Plus que jamais, l’Europe a besoin de la fraternité et de la solidarité franco-allemandes. En janvier 2013, nous célébrerons le 50e anniversaire du Traité de l’Elysée qui cimenta l’unité entre nos deux nations. Aujourd’hui, à elles deux, elles forment le troisième PIB mondial : mettons cette puissance au service d’un nouveau modèle pour sortir de la crise. 2012 en France, 2013 en Allemagne : seules les réponses de la gauche et des écologistes permettront un nouveau départ pour l’Europe.

3) Promouvoir un multilatéralisme rénové et durable

Nous voulons une France et une Europe qui s’engagent résolument pour le développement humain, une gestion durable des ressources, la résolution des conflits, la lutte contre le terrorisme par les moyens modernes respectueux du droit.

Avec l’émergence de nouveaux acteurs dans le concert des nations, les règles du jeu mondial doivent être repensées. Il est vital que les échanges économiques soient soumis aux exigences sociales et environnementales. La France plaidera pour une réforme profonde des institutions internationales visant à garantir les droits fondamentaux des citoyens de la planète et une meilleure répartition des richesses mondiales. Force d’impulsion, elle portera l’Aide Publique au Développement à 1 % du PIB d’ici à la fin de la législature. Les décisions des organismes financiers internationaux (FMI, Banque mondiale, OMC) doivent être soumises aux textes et conventions de l’ONU, de l’OIT, de l’OMS, de l’UNESCO et de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l’ONU afin qu’elle structure un ordre juridique et normatif global : siège européen, suppression du droit de véto, meilleure représentativité des pays du Sud au sein du Conseil de Sécurité, renforcement du rôle des ONG. Les débats du G8 et du G20 seront réorientés vers les enjeux financiers, monétaires et commerciaux dans le but de substituer le juste échange au libre échange. Nous agirons pour faire reconnaître et respecter le droit à la souveraineté alimentaire, ainsi que la diversité culturelle et linguistique : à cet égard, nous redonnerons à la Francophonie les égards et les moyens qu’elle mérite.

Dans un monde instable, la France doit être un acteur de la paix. Elle inscrira ses interventions dans le droit international, le respect des résolutions de l’ONU, la protection des populations civiles et de nos ressortissants à l’étranger. Nous retirerons les troupes françaises d’Afghanistan d’ici fin 2012 et notre pays contribuera à un règlement politique et régional du conflit sous l’égide de l’ONU. La République française reconnaîtra l’Etat de Palestine et défendra le droit de l’Etat d’Israël à vivre en sécurité. Avec l’Union européenne, elle mettra tout en oeuvre pour le règlement du conflit israélo-palestinien dans le cadre du droit international. Pour être écouté, il faut être exemplaire : aussi mettrons-nous fin aux pratiques de la « Françafrique ». Nous agirons, par des moyens de renseignement humains et techniques, pour la protection du territoire dans le respect du droit et nous lutterons contre les origines du terrorisme au Sahel ou dans le Golfe. Enfin, parce que l’initiative du Président Obama est une opportunité historique, sans remettre en cause la légitimité d’une dissuasion nationale indépendante tant que perdurent d’autres arsenaux, la France dira sa disponibilité pour une négociation en vue d’un désarmement nucléaire universel, graduel, négocié et contrôlé. Nous évaluerons les effets concrets de la réintégration de la France dans l’OTAN et plaiderons pour la constitution d’un pilier européen de la défense.

Dès l’entame de la mandature, la France agira pour la réussite de la Conférence mondiale des Nations Unies sur le développement durable. 20 ans après le Sommet de la Terre à Rio en 1992, le rendez-vous de juin prochain est décisif. L’honneur de l’Europe sera de faire accepter un traité international juridiquement contraignant pour l’après-Kyoto. Nous proposerons l’élaboration d’un « mémorandum européen Rio +20 » appelant, entre autres, à la création d’une Organisation mondiale de l’environnement (OME) basée sur Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et dont le siège soit établi en Afrique. La France plaidera pour l’accélération de la transition vers une économie verte et la mise en place d’un régime international plus contraignant pour les produits chimiques. A Rio, la stratégie énergétique de la nation sera solennellement précisée.

Une autre politique migratoire doit être engagée à tous les échelons. Dans la mondialisation, les migrations sont un phénomène planétaire. Dès lors, la question posée aux responsables publics est : comment les organiser pour en faire un atout du développement ? Plutôt que d’y répondre, le Président sortant et sa majorité n’ont cessé d’exploiter les peurs et de stigmatiser les étrangers : à cet égard, le discours de Grenoble et la mise en cause des Roms sont une tâche indélébile sur le sarkozysme. Nous proposons une approche républicaine, européenne, humaine des flux migratoires. Elle repose sur un devoir de vérité : la France et l’Europe ont besoin d’une immigration légale pour se construire. Les règles doivent être claires, stables, respectueuses des personnes et du droit : nous proposons qu’elles fassent l’objet d’une conférence de consensus associant l’ensemble des acteurs concernés, notamment les associations. Quant aux moyens, ils doivent être mobilisés avec nos partenaires européens et en lien avec les pays d’origine. Sur ces bases, pour en finir avec l’instrumentalisation à usage électoral de l’immigration, nous réformerons le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et nous abrogerons les lois d’exception, du délit de solidarité et des restrictions à la vie privée et familiale, nous mettrons en oeuvre un processus de régularisation notamment pour les travailleurs étrangers et les parents d’enfants scolarisés sur la base de critères transparents et fixés par le Parlement, à encourager l’accueil d’étudiants étrangers qui sont une chance pour le rayonnement de la France et de son enseignement supérieur, à favoriser l’accueil et l’intégration des migrants en explicitant les droits et les devoirs, à lutter avec détermination contre les réseaux d’immigration illégale et les « marchands de sommeil », mais aussi à mobiliser l’Union européenne pour un développement solidaire (sanctuarisation du droit d’asile, pacte solidaire avec les pays d’émigration). Le droit de vote et l’éligibilité aux élections locales seront accordés aux étrangers résidant en France depuis cinq ans et plus.

II – Imaginer un nouveau modèle économique, social et écologique

1) Produire autrement

La France ne pourra maintenir son rang ni son système de protection sociale si elle abandonne la production. Or, depuis 30 ans, deux millions d’emplois industriels ont disparu et le nombre comme les revenus des paysans se sont effondrés. Dans le même temps, de nouvelles nations émergent qui fondent leur croissance sur l’épuisement des matières premières et des ressources naturelles. Ici comme ailleurs, nous vivons l’épuisement d’un hyper-productivisme oublieux des fins humaines. Ici comme ailleurs, les femmes et les hommes aspirent à une autre logique. Elle suppose de réconcilier production et préservation, de revaloriser le travail et de créer des emplois pour tous, de soutenir les entreprises en reconversion, d’orienter les capacités de formation, de recherche, d’innovation pour inventer les nouvelles façons de fabriquer, consommer, acheminer.

La croissance, mais de quoi ? S’il s’agit de la croissance du chômage des jeunes et des seniors, de la précarité au travail ou des inégalités entre petites et très grandes entreprises, croître est le contraire de se développer. C’est pourquoi, sur la base du rapport de la Commission Stiglitz, nous établirons un nouvel indicateur de développement humain. Outre les critères économiques traditionnels d’évaluation du PIB, il mesurera la cohésion sociale (inégalités de revenus, accès au logement et à la santé, services publics), d’émancipation individuelle (accès aux études supérieures) et de préservation écologique (recyclage des déchets, qualité de l’air et de l’eau). Les conclusions pertinentes du Grenelle, édulcorées ou sabotées par les gouvernements UMP successifs, feront l’objet d’une mise en œuvre effective. La « gouvernance à 5 » sera étendue à la gestion d’organismes chargés de la protection environnementale (éco-emballages, etc.)

Soutenir notre industrie tout en accélérant sa conversion écologique est une urgence nationale. La réduction des activités polluantes et la croissance de l’emploi – en particulier dans les secteurs liés à la transition environnementale et énergétique de l’appareil productif – sont une même ambition. Le rôle de la puissance publique, et d’abord de l’Etat stratège, est de favoriser cette transformation. Dès lors, la sauvegarde et la modernisation de notre outil industriel, scientifique et technologique est impérieux : pas d’innovation sans base productive existante. Nous encouragerons les filières d’avenir – énergies nouvelles, mobilités durables, agro-ressources et éco-construction, santé et biotechnologies, contenus culturels et télécommunications, prévention des pollutions (pesticides, rejets industriels) et des risques, etc. – et nous développerons une politique de formation et de reconversion des travailleurs des secteurs concernés. Nous inciterons, par la fiscalité notamment, les relocalisations d’activité, ainsi que l’éco-conception et l’éco-labellisation des process industriels. Une Banque publique d’investissement, mutualisant l’ensemble des moyens de financement des entreprises, permettra de consolider leurs fonds propres pour qu’elles grandissent, innovent, exportent. Elle sera déclinée sous forme de fonds régionaux, en lien avec les Régions et les intercommunalités, les pôles de compétitivité, les clusters d’entreprises. Une agence des PME y sera organisée. Ses financements seront prioritairement orientés vers la transition écologique de l’économie et seront démultipliés par des dotations budgétaires annuelles, le livret Développement Durable élargi et par des emprunts à bas taux auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI). Parce que le temps n’est plus à l’expérimentation, une loi-cadre organisant le développement du tiers secteur d’économie sociale et solidaire sera votée. Au total, ces évolutions profondes favoriseront la création de 600 000 emplois verts dans l’isolation thermique, les énergies renouvelables, les infrastructures et les équipements ferroviaires, les transports en commun, l’agriculture biologique. Dans le même temps, nous agirons pour réparer les dégâts humains et territoriaux de la désindustrialisation : en faisant entrer la puissance publique au capital des entreprises viables ou sur un secteur stratégique en proie à des difficultés conjoncturelles, en instaurant un principe « délocaliseur-payeur » pour revitaliser les sites et reclasser les personnes, en conditionnant les fonds accordés (maintien et création d’emplois, réduction des émissions de CO2, plan de formation, prévention des maladies professionnelles), en facilitant l’accès de la commande publique aux PME, en favorisant la reprise d’activité par les salariés. Le temps est venu d’une nouvelle ambition pour l’agriculture et pour la pêche. La France n’est plus la première puissance agricole d’Europe et 20 000 exploitations ferment chaque année. Ce sont autant de drames humains et de pertes économiques.

Le Président sortant a affiché son renoncement lorsqu’il a lancé au Salon de l’agriculture : « l’environnement, ça commence à bien faire ». Contrairement à la droite, nous disons la vérité : l’avenir n’est pas dans le productivisme intensif et dévoreur de pesticides. Une telle voie est une impasse pour les agriculteurs eux-mêmes – pour leurs revenus comme pour leur santé – et pour les consommateurs. Bien sûr, changer la donne relève largement de la régulation internationale : inscription du droit à la souveraineté alimentaire dans la charte des Nations unies et promotion d’une agriculture familiale autonome et vivrière dans les pays en développement seront deux revendications de la France dans les discussions multilatérales. En Europe, c’est la refonte de la PAC qui imposera la mobilisation du nouveau Gouvernement français et de sa majorité : redistribution des aides plus équitables et abaissement de leur plafond, indépendance protéinique de l’Union européenne, réévaluation de l’aide aux petites fermes dans le cadre de la convergence des aides, conditionnalité de l’accès à la ressource et aux aides publiques (impact environnemental, consommation de carburant et rejet de CO2, création d’emploi, respect des conventions internationales – par exemple sur la sécurité et le statut des marins, la préservation des ressources, etc).

Mais la France ne saurait attendre les évolutions extérieures pour agir ! Nous lancerons un débat national sur l’agriculture, la pêche et l’alimentation dès 2012 en vue d’une loi d’orientation agricole débattue au Parlement en 2013. L’un des premiers actes de la législature garantira le pluralisme syndical dans les inter-professions, condition d’un large débat démocratique. Aucun enjeu ne sera occulté : réforme des soutiens publics en faveur de l’emploi et de l’environnement, aide à l’installation agricole, refonte de la gestion foncière, relocalisation de l’agriculture favorisant les productions de proximité en lien avec les collectivités locales, soutien à l’agriculture paysanne et biologique pour atteindre les 20% de la SAU en bio, lutte à la source contre les algues vertes, revalorisation de l’enseignement agricole, soutien à la pêche artisanale et nouvelles zones protégées pour les poissons en milieu marin, soutien à la conversion vers une pêche écologiquement soutenable et économiquement viable, création d’un ministère de la Mer, suppression des politiques de soutien aux agrocarburants qui empiètent sur la production alimentaire. Nous agirons pour stopper l’érosion de la biodiversité en rendant opposables les trames vertes et bleues et restaurer notre patrimoine naturel.

2) Travailler tous, travailler mieux

Depuis dix ans et pour les prochaines années, l’UMP prône la course à la baisse des coûts. C’est une triple faute qui précarise les salariés, plombe les finances publiques, dissuade les entreprises de s’orienter vers les activités d’avenir et éco-responsables. Nous proposons une autre démarche fondée sur l’innovation et la qualité, seul chemin pour un développement durable et riche en emplois.

Tout doit être engagé pour combattre le chômage des jeunes et des seniors. Nous renforcerons le rôle des Régions dans la définition et la mise en oeuvre des politiques d’emploi et de formation des jeunes. Nous encouragerons la création d’emplois d’avenir sur le modèle des emplois tremplins régionaux dans les secteurs de l’innovation sociale et environnementale. Nous revaloriserons l’enseignement professionnel et les métiers industriels ou agricoles. Nous lutterons contre le décrochage des 150 000 jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans qualification, formation ou emploi. Nous lutterons activement contre les stages abusifs. A l’autre bout des âges, moins d’un salarié âgé de 59 ans sur dix a un emploi. Il est temps de prendre à bras le corps ce gâchis économique et sociale ! De nouvelles solutions doivent être initiées : l’obligation de négocier les accords de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) tous les trois ans dans les entreprises de plus de 300 salariés, le développement du tutorat car l’expérience est un atout, l’interdiction du travail de nuit et des tâches physiques pour les travailleurs de plus de 55 ans.

L’amélioration de la qualité au travail est une condition du dynamisme économique. Contrairement à la droite, nous ne pensons pas que des salariés pressurés et mis en concurrence rendent l’entreprise plus compétitive. Au contraire, se rendre au travail la boule au ventre, être soumis à des horaires ou des cadences impossibles, voir ses droits rognés peu à peu, sont autant de facteur de dégradation du travail, donc de la performance de l’économie. Durant la prochaine législature, plusieurs décisions interviendront pour inverser la tendance : redonner toute sa force à la négociation collective et rétablir la hiérarchie des normes, permettre la présence des salariés et de leurs représentants dans les instances de décision et de rémunérations des grandes entreprises, réformer la médecine du travail et renforcer les CHSCT, soutenir les moyens de l’inspection du travail, conditionner les exonérations de cotisations sociales à des conditions de travail décentes (recours au CDI, accords salariaux, encadrement de la pratique des stages, etc.)

La bonne performance, c’est aussi prendre en compte les temps de la vie. Nous annulerons les mécanismes ayant dégradé la bonne application des 35 heures : suppression des allègements de cotisation sur les heures supplémentaires, remise en cause du repos dominical, extension du forfait jour au mépris des recommandations du comité européen des droits sociaux. Nous organiserons une conférence sociale réunissant l’Etat, le patronat et les organisations syndicales pour remettre à plat la contre-réforme Sarkozy-Fillon des retraites afin de garantir de manière durable le système par répartition : pour toutes celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui ont exercé des métiers pénibles, l’âge légal de départ à 60 ans et à taux plein sera rétabli ; la pénibilité, les carrières incomplètes et l’espérance de vie liée aux parcours professionnels seront prises en compte ; le financement sera assuré grâce notamment à la contribution des revenus du capital, ainsi que des établissements bancaires et financiers. Nous créerons une sécurité sociale professionnelle avec un compte-temps formation pour permettre à chacun de reprendre des études, prendre un temps sabbatique, rebondir après un licenciement ou progresser professionnellement. Le rééquilibrage des temps de vie, comme les rémunérations et la qualité de vie au travail, sera remis à l’agenda social avec les organisations syndicales.

L’égalité femmes-hommes est notre cause. Malgré les dispositifs juridiques et les politiques publiques sur cette question, l’accès des femmes à l’emploi, à l’égalité salariale et aux responsabilités, reste marqué par des discriminations importantes. Nous mènerons une action résolue pendant toute la mandature pour faire passer l’égalité femmes-hommes du droit à la réalité des situations.

3) Rendre l’impôt plus juste, plus citoyen, plus écologique

La dette publique est le fléau que N. Sarkozy lèguera à la France. Au terme de son quinquennat, elle sera alourdie de 700 milliards d’euros et la Sécurité sociale aura accumulé 135 milliards de déficits. Rembourser la charge de ses intérêts est devenu le premier budget du pays devant l’Education nationale, ce qui prive notre pays des marges d’action pour faire redémarrer l’économie et engager sa conversion écologique. Cette spirale est d’autant plus choquante qu’elle s’est opérée sur fond d’injustice : depuis 2002, les cadeaux aux clientèles UMP se chiffrent à 75 milliards d’euros de manque à gagner pour les finances publiques. La stratégie de redressement que nous engagerons avec l’objectif d’un retour à l’équilibre en 2017 ne se fera pas au détriment de l’activité. Elle exigera un effort qui ne sera consenti que parce qu’il sera juste. La réforme de la fiscalité sera engagée dès l’entame de la mandature et elle obéira à deux principes : chacun contribuera selon ses moyens et les revenus du capital seront soumis au même barème d’imposition que les revenus du travail.

La fiscalité sera plus équitable car plus progressive. Pour les ménages, à travers le rapprochement de l’impôt sur le revenu et de la CSG qui fera reposer l’effort sur les revenus les plus élevés. Pour les entreprises, grâce à l’allègement de l’impôt sur les sociétés pour celles qui investissent, tandis qu’un relèvement du taux pénalisera celles qui distribueront leurs profits. Pour les collectivités locales, avec une révision de la fiscalité assurant la péréquation entre et parmi les territoires. Nous reviendrons au barème de l’impôt sur la fortune d’avant 2007 et nous réformerons la fiscalité sur les grosses successions. Les niches fiscales et sociales seront remises à plat afin d’évaluer leur efficacité économique, sociale et environnementale : ainsi, elles ne seront plus un refuge pour les privilégiés désireux d’échapper à la contribution à l’intérêt général. Dans l’attente du déploiement de la réforme, les revenus extravagants seront soumis à une tranche d’impôt sur le revenu exceptionnelle.

La fiscalité sera plus lisible, donc plus citoyenne : ce sera, entre autres, l’apport du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu unifié et progressif, ainsi que de son adaptation aux évolutions de carrière et de vie.

La fiscalité sera plus écologique. Une nouvelle assiette sera créée pour les cotisations sociales qui favorise la production et l’emploi et qui dissuade la pollution et la consommation d’énergie. Nous mettrons en oeuvre une contribution climat-énergie (36 euros la tonne en 2012, 56 euros en 2020), mobiliserons l’épargne de long terme pour financer les investissements verts, examinerons les modalités d’une TVA éco-modulable dans le cadre européen.

III – Faire de la transition énergétique une urgence et une chance

Pour faire face au dérèglement climatique et à l’épuisement des ressources naturelles, nous considérons urgent d’accélérer la transition énergétique de notre pays afin de construire un modèle de développement à la fois plus sobre dans l’utilisation des ressources et plus diversifié dans ses sources de production de chaleur et d’électricité. Obligatoire, la transition énergétique n’en constitue pas moins une chance exceptionnelle pour la France : elle impose en effet de développer des filières industrielles dans des secteurs d’avenir, créatrices de richesse et d’emplois, mais également de faire émerger de nouvelles manières de produire et de consommer, et donc de nouveaux métiers, comme par exemple dans la rénovation thermique des bâtiments.

Dans le même temps, l’accident de Fukushima nous oblige à hausser encore notre niveau d’exigence en matière de sûreté du parc nucléaire. Sur ce sujet, aucun compromis n’est possible, aucune imprécision n’est tolérable. Il faudra également diversifier nos sources d’énergies et réduire la part actuellement écrasante du nucléaire (plus de 75% aujourd’hui) dans le mix électrique français.

Pour ce faire, nous organiserons un grand débat public, sur la base d’expertises représentant la diversité des opinions et des travaux sur les scénarios énergétiques et leur évaluation économique, pour associer l’ensemble des parties prenantes à la mise en œuvre des engagements pris devant les Français. Une loi-cadre sur la transition énergétique sera ensuite soumise à la discussion parlementaire avant l’été 2013.

Notre politique énergétique sera fondée sur les trois axes suivants :

1)Donner la priorité à l’efficacité énergétique

Nous établirons un plan national d’efficacité énergétique dans l’ensemble des secteurs de l’économie (industrie, résidentiel – dont appareils électroménagers -, transports, agriculture, etc.), qui permettra de rationaliser les multiples dispositifs à l’œuvre aujourd’hui et mobilisera tous les leviers (réglementation, fiscalité, formation) visant notamment à réduire la consommation d’électricité. La rénovation énergétique des bâtiments sera un pilier essentiel de ce plan national. A cet égard, nous renforcerons la dynamique engagée dans le cadre du plan bâtiment Grenelle en portant le rythme des rénovations BBC à un million de logements par an avec priorité à l’éradication de la précarité énergétique et la rénovation des immeubles les plus énergivores. Un effort massif sera fait sur les bâtiments tertiaires. Une tarification progressive de l’électricité et du gaz permettra le droit effectif de tous aux services énergétiques de base, tout en luttant contre les gaspillages. Nous traiterons efficacement de la question des « pertes d’énergie en ligne », notamment en rapprochant la production de la consommation.

2)Rééquilibrer la production française d’électricité en faveur des énergies renouvelables

Nous réduirons la part du nucléaire dans la production électrique de 75% aujourd’hui à 50% en 2025 et engagerons :

Un plan d’évolution du parc nucléaire existant prévoyant la réduction d’un tiers de la puissance nucléaire installée par la fermeture progressive de 24 réacteurs, en commençant par l’arrêt immédiat de Fessenheim et ensuite des installations les plus vulnérables, par leur situation en zone sismique ou d’inondation, leur ancienneté et le coût des travaux nécessaires pour assurer la sécurité maximale. Cette évolution intégrera les évaluations de l’ASN et de l’IRSN ainsi que le nécessaire équilibre offre-demande.

Une révision de la politique industrielle de l’Etat français concernant les réacteurs de troisième génération mettant au cœur de notre nouvelle stratégie les questions de sûreté, d’intérêt économique et énergétique. Dans ce cadre, le projet d’EPR de Penly, qui n’est pas aujourd’hui justifié tant du point de vue industriel qu’énergétique, sera abandonné. Nos formations prennent acte de leur désaccord sur l’avenir du chantier de l’EPR de Flamanville.

Aucun nouveau projet de réacteur ne sera initié.

La création d’une filière industrielle française d’excellence concernant le démantèlement des installations nucléaires. Pour ce faire, nous créerons un institut international de formation au démantèlement des installations nucléaires.

Un acte II de la politique énergétique sera organisé d’ici la fin de la mandature pour faire l’examen de la situation et des conditions de la poursuite de la réduction de la part du nucléaire.

Nous renforcerons les garanties de sûreté du parc nucléaire français et engagerons :

Une réduction progressive de la sous-traitance et une révision du recours à celle-ci dans les activités d’opérations et de maintenance des installations visant à garantir le plus haut niveau de sûreté du parc en exploitation et à veiller au respect des droits sociaux des travailleurs du nucléaire.

Une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de fabrication du MOX, et des moyens de stockage des différents types de déchets notamment le laboratoire de Bure, en centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement.

Le financement des charges futures (démantèlement et déchets) sera réformé afin d’en garantir l’effectivité. L’organisation de la sûreté nucléaire sera renforcée et revue afin d’y inclure l’expertise contradictoire et internationale. Les citoyens devront être régulièrement informés et associés à cette démarche.

Une stratégie nationale et interrégionale pour la reconversion et l’aménagement des territoires concernés par la fermeture des installations sera mise en place

Nous assurerons la montée en puissance des énergies renouvelables sans exclusive

Le régime de soutien aux énergies renouvelables sera remis à plat (régime administratif, tarifs et conditions d’achat, autres systèmes de soutiens, droit et moyen de participation citoyenne à l’investissement, etc.) pour soutenir leur développement et la R&D des technologies les plus prometteuses (éolien offshore flottant, photovoltaïque de troisième génération, agrocarburants à base d’algues, etc.) et pour inciter au déploiement des ENR, proches de la compétitivité. Nous accélèrerons la recherche sur le stockage de l’électricité.

La recherche publique (notamment l’activité du CEAEA) sera réorientée prioritairement vers l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, leur intégration dans le réseau et les moyens de stockage, ainsi que vers la maîtrise du risque nucléaire (sûreté, déchets, démantèlement).

Nous réexaminerons les conditions de gouvernance du secteur énergétique. Le secteur de l’énergie reviendra au sein du grand ministère du développement durable. Un bilan exhaustif des réformes nationales et européennes sur la libéralisation du secteur sera tiré afin d’en corriger les défauts au vu de nos objectifs de politique énergétique. Les réseaux de transport et de distribution, séparés des activités de production et commercialisation, seront gardés sous maîtrise publique. Leur évolution vers des réseaux plus intelligents sera encouragée sous tous ses aspects pour améliorer les services délivrés, maîtriser les coûts, intégrer une part croissante d’ENR et optimiser l’équilibre offre-demande aux différentes échelles. Il s’agira aussi de décentraliser en donnant un réel pouvoir aux autorités locales et territoriales et favoriser les stratégies et politiques locales de l’énergie.

La France agira enfin pour que l’Union européenne porte son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020 à 30%. Elle adaptera son plan national de lutte contre le dérèglement climatique en ce sens, et son plan national d’adaptation pour qu’il intègre l’ensemble de la mutation climatique et énergétique. Elle respectera ses engagements internationaux en matière de solidarité climatique et énergétique. L’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels (gaz et huiles de schiste) seront interdits, les permis en cours seront abrogés et les importations découragées.

3) Réussir la révolution des transports

Nous investirons massivement dans les transports collectifs avec la création de « France Infrastructures » et adopterons un plan pluriannuel de financement en ce sens, grâce à des ressources nouvelles, y compris pour les transports urbains et les TER.

Nous réviserons la « LOTI » pour donner aux pouvoirs publics un vrai rôle d’Autorité Organisatrice de la Mobilité Durable avec schémas régionaux prescriptifs et nous fixerons plusieurs objectifs : diminution de la place de la voiture en ville ; mise en place d’une politique national vélo ; développement du FRET ferroviaire et fluvial ; bonus-malus et rééquilibrage de la fiscalité des carburants pour accélérer la dépollution et réduire la puissance des véhicules ; soutien à la conversion de l’industrie automobile vers les véhicules non polluants. Nous examinerons tous les projets d’infrastructure planifiés et financés par l’Etat (aérien, ferroviaire, routier), notamment inscrits au sein du Schéma national des infrastructures de transports (SNIT) sur la base de critères de moindre impact environnemental et énergétique, de meilleure efficacité des fonds publics, du droit à la mobilité du plus grand nombre, du renforcement des proximités, lutte contre l’étalement urbain. Dans ce cadre, nous prenons acte d’un désaccord entre nos formations politiques sur l’opportunité de l’aéroport de Notre Dame des Landes.

IV – Améliorer la vie quotidienne des Français et préparer l’avenir de notre jeunesse

1) Faire de l’éducation la priorité nationale et du savoir le levier du redressement

Toutes les évaluations et les comparaisons internationales décrivent un système éducatif français déclinant, une école en panne, socialement ségrégative. 20 % d’une génération quitte l’école sans aucun diplôme de l’enseignement secondaire. 40 % des jeunes privés d’études supérieures sont au chômage trois ans après la sortie du système scolaire.

Apprentissage de la citoyenneté, transmission des connaissances, préparation à la vie professionnelle, formation à la coopération tout autant qu’à la compétition : c’est à l’école qu’un pays prépare son avenir. Elle doit redevenir le premier sujet, le premier projet, le premier budget de la République. Elle sera notre grande cause nationale.

Après une décennie d’abandon et de stigmatisation, l’école est à reconstruire. Dès 2012, sur la base d’une négociation globale avec les organisations syndicales, nous engagerons un plan pluriannuel de recrutement de professionnels – enseignants, conseillers d’éducation et d’orientation, médecins scolaires, assistants sociaux, surveillants – prioritairement destinés à ceux à ceux qui en ont le plus besoin : école primaire et zones d’éducation prioritaire. Nous revaloriserons le métier d’enseignant par une nouvelle formation pratique initiale et continue. Bâtir l’école du 21e siècle suppose de repenser son organisation et ses missions. Dix ans de politiques incohérentes, de programmes déconnectés du socle, de diminution du nombre de jours de classes dans le primaire, d’atteinte à la formation pratique des professeurs ont abîmé l’école et accru les inégalités. L’acquisition d’un socle commun de savoirs et de compétences (lire, écrire, compter, cliquer) doit redevenir la vocation première de l’Education nationale. La personnalisation des réponses éducatives avec des pédagogies différenciées et une refonte des rythmes scolaires pour alléger les journées de travail et mieux les répartir dans l’année sera notre méthode. Une nouvelle sectorisation sera nécessaire pour en finir avec les inégalités territoriales.

Favoriser la réussite scolaire et universitaire de tous les jeunes, c’est garantir leur autonomie pendant la durée des études. Convaincus que la jeunesse est la richesse de la nation et l’espoir d’un monde différent, nous déploierons, au cours de la législature, un « parcours autonomie » pour sécuriser leur entrée sur le marché du travail. Pour que jeune soit soutenu dans l’élaboration et la concrétisation de son projet de vie, nous regrouperons les aides sociales existantes (aides au logement, bourses sur critères sociaux…) dans une véritable allocation d’études. Pour qu’il n’y ait plus un seul jeune de 16 à 25 ans sans formation ni emploi, nous créerons un droit à la qualification pour tous garanti par un compte formation individuel. Nous nous appuierons sur les schémas régionaux pour combler le retard en matière de logements universitaires et nous améliorerons l’accès des étudiants au parc privé. Pour qu’aucun jeune ne soit désormais interdit d’accès aux soins, nous développerons les « chèques santé » expérimentés dans plusieurs régions et nous étendrons la gratuité de la contraception au delà de 18 ans pour les jeunes privés de couverture maladie autonomie.

Nous donnerons une nouvelle ambition à l’enseignement supérieur. La réussite en premiers cycles universitaires sera notre priorité. Un objectif de la moitié d’une classe d’âge au niveau de la licence sera fixé en début de mandature. Nous renforcerons la pluridisciplinarité, personnaliserons les parcours et améliorerons les conditions d’encadrement pédagogiques lors des trois premières années d’études supérieures. Pour rapprocher les filières et lutter contre les inégalités, nous engagerons l’intégration progressive des BTS et des classes préparatoires à l’Université que nous rapprocherons progressivement des Grandes Ecoles. Des Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche seront organisées afin de réexaminer la loi LRU et de trouver les voies pour mieux garantir l’indépendance de la recherche.

Parce que nous considérons que le savoir ne s’arrête aux portes des études, nous ferons de la culture le moteur d’un nouveau projet de société. Nous engagerons un plan pour l’éducation artistique et culturel à tous les âges fondé sur l’expérimentation territoriale. Le service public de la culture aura notamment pour mission de valoriser la diversité culturelle. Tous les artistes et les salariés du secteur culturel sans exception doivent être soutenus et valorisés : le régime Unedic des intermittents du spectacle et de l’audiovisuel sera réformé. Pour protéger la création tout en démocratisant l’accès à la culture, nous abrogerons la loi Hadopi au profit d’une approche qui assurera le financement des œuvres.

2) Renforcer le pouvoir d’achat

Combattre les injustices, lutter contre la précarité et la pauvreté, permettre à tous de vivre dignement, plus que jamais, ces impératifs sont les nôtres. Nous nous fixons comme objectif sur la mandature de renforcer le pouvoir d’achat des plus fragiles et des classes moyennes. Alors que leur part dans la valeur ajoutée n’a cessé de chuter depuis 30 ans, nous mènerons une politique visant à améliorer les salaires. Une Conférence salariale annuelle tripartite (Etat, syndicats, patronat) aura vocation à établir un cadre général d’évolution des salaires pour orienter les discussions dans les branches professionnelles et les entreprises. Nous ferons appliquer la loi sur l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes : le maintien des exonérations de cotisations sociales sera conditionné à la conclusion d’accords salariaux. Nous engagerons le rattrapage du pouvoir d’achat du Smic et des minima sociaux.

Dans le même temps, nous mènerons une politique offensive sur les prix. Il n’est plus possible que tout augmente sauf les salaires et les pensions ! Parce que l’énergie est un bien essentiel qui doit être accessible à tous pour les besoins vitaux ou contraints, un tarif progressif pour l’eau, le gaz et l’électricité, différencié selon les usages, sera mis en place. Pour baisser la facture chauffage, un plan national de rénovation thermique des logements sera lancé dès 2012. Pour casser la spéculation qui éloigne de plus en plus de Françaises et Français hors des centres-villes, nous encadrerons par la loi les loyers à la première location ou à la relocation. Pour que tous les Français puissent accéder aux biens de consommation élémentaires, nous encadrerons le prix de produits essentiels vendus dans les grandes surfaces à travers des conventions Etat-distributeurs et nous créerons un véritable « indice du coût de la vie » à partir d’un panier de biens représentatifs de la consommation des ménages pour palier les insuffisances du calcul actuel de la hausse des prix. Parallèlement, nous développerons, en lien avec les collectivités locales et les organisations agricoles, les circuits courts du producteur au consommateur local, à travers des mesures expérimentées avec succès par plusieurs régions et départements que nous dirigeons.

3) Permettre l’accès à la santé partout et pour tous

De plus en plus de Français renoncent à se soigner faute de moyens, l’hôpital public se dégrade et la désertification médicale s’aggrave. Les causes environnementales et des modes de vie de nombreuses maladies sont désormais prouvées. Il est temps de rendre plus juste, plus efficace et plus accessible notre système de soins.

Les inégalités de santé se combattent dès la petite enfance. Pour que la prévention soit au coeur de la politique de santé publique, nous consacrerons 1 % du budget des soins au terme de la mandature à la prévention primaire (éducation pour la santé, santé environnementale), à l’éducation dans l’entreprise (tâches pénibles, stress, exposition aux produits toxiques), à la promotion d’une alimentation équilibrée et à la prévention des addictions. Nous appliquerons le principe de précaution sur les champs électromagnétiques tout en rendant publics les réseaux et nous lutterons contre les OGM par leur interdiction sauf pour la recherche en espace confiné.

Pour qu’aucun Français ne soit mis en danger faute d’accès aux soins ou à un praticien près de son domicile, nous agirons contre les déserts médicaux et les déremboursements injustes. Les jeunes médecins seront incités à exercer dans une zone de santé prioritaire pendant les premières années à la sortie des études. Nous reviendrons sur les franchises médicales et le forfait à un euro. La prise en charge des soins dentaires et optiques sera améliorée.

L’hôpital public, sinistré par la droite, sera au cœur du système. Concurrence des structures privées, engorgement des urgences faute de permanences des soins en ville, manque de personnel, le risque est grand d’altérer la qualité de soins et d’accueil. L’hôpital sera mieux inscrit dans le parcours de soins, en réponse aux besoins de santé sur le territoire et articulé avec un système de soins de premier recours comme les Maisons de Santé que nous développerons. La politique aveugle de suppression d’emplois sera supprimée et le mode de financement revu pour remédier aux effets pervers de la tarification à l’acte (T2A).

Nous renforcerons l’action contre les lobbies pharmaceutiques. Nous veillerons à la prise en charge solidaire de la perte d’autonomie : à cet effet, un droit à la compensation des incapacités tout au long de la vie dans le cadre de la Sécurité sociale sera crée.

4) Rendre le logement accessible et durable, réinventer la ville

Pour nous, un toit est un droit. Dans le cadre d’une nouvelle approche de la ville, nous mènerons une politique globale de promotion de logements accessibles, diversifiés et durables.

Développer et réorienter l’offre de logement s’impose. Un objectif de construction de 500 000 logements par an dont 150 000 logements sociaux (dont 15 % à 20 % de logements très sociaux) sera fixé en début de mandature en BBC et promouvant les écomatériaux. Pour développer l’accession sociale à la propriété, nous ciblerons le prêt à taux zéro (PTZ) en direction des foyers les plus modestes. Les niches fiscales liées à l’investissement immobilier seront supprimées. La taxe sur les logements laissés vacants sera renforcée et la loi de réquisition systématiquement appliquée. Enfin, les ressources du Livret A seront réaffectées essentiellement à la construction de logements.

Pour gagner la bataille du foncier, nous renforcerons fortement les sanctions de la loi SRU et la part de logements sociaux à atteindre sera portée à 25 %. Les Etablissements publics fonciers à l’échelle régionale seront généralisés avec un suivi particulier des Plans locaux d’urbanisme. L’accès à un logement décent quelles que soient ses ressources, sur l’ensemble du territoire, est au cœur de notre combat pour une vie digne. Nous mettrons en place un plan d’urgence pour reloger les 20 000 personnes prioritaires au DALO et pour augmenter de 50 % en cinq ans le nombre de places dans des structures d’hébergement. Dans un souci de justice, nous agirons pour que soient suspendues les expulsions pour les locataires de bonne foi.

Ces mesures pour le logement sont indissociables d’une vision nouvelle de la ville et d’abord de la banlieue : nous voulons faire des quartiers un atout pour la France. Après la finalisation des opérations ANRU actuelles, un second programme donnant toute leur place aux habitants sera orienté vers la qualité urbaine et une politique de réinvestissements urbains en faveur du désenclavement par les transports en commun, de la qualité des espaces et des équipements publics, des copropriétés et du parc social dégradé. Nous créerons des autorités organisatrices de la politique du logement et nous testerons de nouveaux modes d’habitat participatif grâce notamment à l’instauration d’un statut juridique de la coopérative d’habitants.

Nous définirons ensemble une politique nationale de réhabilitation et d’adaptation des foyers pour le jeunes salariés et les migrants.

5) Garantir le droit à la sécurité et à la justice, lutter contre les discriminations

Nous proposons une politique républicaine globale de tranquillité publique. Le sarkozysme est en échec. La multiplication des textes législatifs, la stigmatisation de certaines catégories de la population, les promesses non tenues n’ont pas seulement accru l’insécurité qui touche nos concitoyens, elles ont affaibli notre pacte social et divisé les Français. Parce qu’elle génère du désordre, la politique UMP doit être stoppée.

Cela passe par un soutien au service public de la sécurité. Des zones de sécurité prioritaires seront créées pour mobiliser, le temps nécessaire, les services de police concernés par la lutte contre l’économie souterraine et les violences urbaines, en lien avec un magistrat du parquet désigné comme référent. Une police de proximité et des quartiers sera rétablie en place, présente au quotidien auprès des citoyens. Nous renforcerons la gouvernance locale des politiques de sécurité avec un rôle renforcé des élus et nous recentrerons les polices municipales sur leurs fonctions de tranquillité publique. Dans une approche républicaine, nous renforcerons également le contrôle parlementaire des services de renseignement, l’encadrement des sociétés privées de sécurité et la formation obligatoire de leurs personnels.

Parce que la chaîne pénale est un tout, la justice aura les capacités de remplir sa mission. Nous revaloriserons progressivement son budget au cours de la mandature. Dans le souci d’assurer l’égalité d’accès à la Justice sur tout le territoire, nous réviserons la carte judiciaire de proximité.

Efficacité des sanctions ne rime pas avec tout-répression. C’est pourquoi nous abrogerons les lois indignes du sarkozysme sur les peines planchers et la rétention de sûreté. Nous développerons l’application de sanctions diversifiées contre le recours systématique à l’emprisonnement qui est devenu un des principaux facteurs de récidive. Une réforme de la garde à vue sera lancée. L’humanisation des conditions de vie dans les prisons et l’accompagnement à la réinsertion seront au coeur de notre politique pénitentiaire.

La promesse républicaine, c’est l’égalité réelle des citoyens. Nous lutterons donc sans relâche contre toutes les formes de discriminations dont sont victimes trop de personnes, notamment à l’embauche et pour l’accès au logement, pour leur couleur de peau, leur sexe ou leur patronyme, pour leur handicap, pour leur orientation sexuelle ou leur choix de vie familiale. L’arsenal juridique sera complété et les sanctions renforcées. Un programme d’accompagnement et de formation des acteurs des secteurs public et privés (enseignants, policiers et magistrats, recruteurs et DRH) sera créé. Un système d’attestations remises par les policiers lors des contrôles d’identité, en lien avec les organisations professionnelles, sera expérimenté. Une loi permettra l’ouverture du mariage et de l’adoption à tous les couples, l’égalité de l’accès à l’adoption et aux techniques de procréation médicalement assistée et l’élargissement de la délégation d’autorité parentale.

6) Défendre et développer les services publics

Alors que les défis du pays appellent une intervention publique efficace et rénovée, la droite continue de tailler indistinctement dans les budgets de fonctionnement et les dépenses d’investissement. Elle s’en prend aux services publics avec les privatisations (La Poste), les suppressions de postes (RGPP et non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans l’éducation, la police, la gendarmerie, l’hôpital, à Pôle emploi, etc.), et avec les contre-réformes des cartes scolaire, judiciaire, hospitalière et militaire. Il faut rompre avec cette logique absurde qui aboutit à l’abandon de certains territoires par l’Etat sans faire aucune économie.

La RGPP aveugle sera abandonnée au profit d’une politique concertée de redéploiements et de modernisation, s’appuyant sur l’expertise des élus locaux et des services de l’État. Pour rendre la dépense publique plus performante, nous nous attaquerons en priorité aux doublons qui perdurent entre les services déconcentrés de l’Etat et les services décentralisés. Nous lancerons une « revue des missions » intégrant les politiques publiques confiées aux collectivités territoriales. La défense des services publics se joue aussi à l’échelon européen. Après des années de directives sectorielles de libéralisation dans l’énergie, les transports et la poste, nous demanderons qu’une évaluation objective de l’ouverture à la concurrence des Services d’intérêt économique général soit réalisée et permette un vrai débat sur la révision des choix politiques en la matière. La fonction publique, stigmatisée par le Président sortant et les dirigeants UMP à longueur de discours, sera revalorisée et réformée. Dès 2012, une négociation avec les organisations syndicales, les agents et les employeurs de la Fonction publique sera lancée sur tous les sujets : perspectives salariales, lutte contre la précarité, réforme des modes de nominations aux emplois supérieurs, élargissement des possibilités de promotion interne dans le déroulement des carrières, mais aussi exemplarité, neutralité, laïcité dans les services publics.

V – Bâtir une République nouvelle

Une crise de confiance existe entre les citoyens et la politique : l’abstention et le populisme en témoignent. La « République irréprochable » promise par le candidat Sarkozy n’a jamais vu le jour : pire, de Clearstream à Karachi, du Fouquet’s à Bettencourt, le pouvoir actuel a accumulé les pratiques exécrables. La tentation oligarchique s’est doublée d’une amplification du système monarchique de la Ve République : omniprésidence, ministres devenus collaborateurs du chef de l’Etat, mise au pas systématique du Parlement, asservissement de la Justice, contrôles des nominations à tous les emplois de la haute fonction publique. Notre République va mal, notre démocratie étouffe. Nous voulons la faire respirer.

Bâtir une République nouvelle, c’est refaire de la séparation des pouvoirs la matrice de notre République. Les pouvoirs excessifs du Président de la République seront réduits ou encadrés : réforme de son statut pénal pour qu’il soit responsable des actes qui ne relèvent pas de sa fonction ; suppression de son droit d’expression devant le Congrès ; limitation de son pouvoir de nominations. Le Parlement redeviendra le cœur battant de la démocratie ce qu’il n’aurait du cesser d’être : son pouvoir d’initiative et de contrôle sera renforcé ; les droits de l’opposition rehaussés ; pour plus de lisibilité de l’action publique, le Premier Ministre devra présenter l’agenda des réformes au début de chaque session parlementaire ; les choix diplomatiques et militaires y seront effectivement débattus et décidés. De même, obligation sera donnée aux ministres, à la fin de chaque session, de présenter devant le Parlement un bilan de l’application des lois votées. Le Conseil Constitutionnel, qui a vu ses missions renforcées, évoluera en véritable Cour Constitutionnelle avec davantage de moyens et de pouvoirs de contrôle. Le mode de nomination de ses membres sera revu afin qu’ils soient désignés par les 3/5es de chaque Assemblée et les membres de droits seront supprimés. Il faut aussi rendre notre démocratie plus vivante et à l’image de la société. Afin que toutes les sensibilités politiques de notre pays soient représentées au Parlement, nous réformerons le mode de scrutin aux élections législatives : X% des députés seront élus à la proportionnelle sur une liste nationale et nous défendrons le principe de la proportionnelle aux élections locales pour garantir la parité et la diversité. Pour encourager le renouvellement du personnel politique, nous interdirons le cumul d’un mandat national ou européen avec une fonction d’exécutif local, le cumul d’une fonction ministérielle avec un mandat exécutif territorial, et le cumul de deux mandats à la tête d’exécutifs locaux, et créerons un véritable statut de l’élu garantissant protection sociale et facilitant le retour à l’emploi. La parité sera renforcée grâce au durcissement des conditions de financement public des partis politiques : leur modulation sera non seulement liée au nombre de candidates présentées, mais aussi au nombre effectif d’élues et un Ministère des droits des femmes et de l’égalité sera créé. Enfin, pour une démocratie plus participative, la possibilité de recours au référendum d’initiative populaire sera élargie et un droit d’interpellation citoyen permettant d’obtenir la mise à l’ordre du jour du Parlement et de toutes les assemblées territoriales d’une question précise sera crée.

La République nouvelle sera décentralisée. La contre-réforme territoriale, la suppression non compensée de la taxe professionnelle, les injustices du Grand Paris ont considérablement affaibli les collectivités locales et les services publics de proximité. A rebours des choix qui sont ceux de l’ensemble de nos voisins, cette recentralisation fait régresser notre pays et illustre l’incapacité de la droite à porter une vision d’avenir. Nous abrogerons la « réforme » de décembre 2010 et nous supprimerons le conseiller territorial. Le mode de scrutin des conseils généraux sera modifié pour assurer une représentation équitable des territoires et des forces politiques. Pour clarifier le rôle de chacun des échelons, une « Conférence régionale des compétences », réunissant dans chaque région l’Etat et les différents niveaux de collectivités territoriales, décidera de la répartition des compétences non régaliennes, autorisera l’expérimentation de nouvelles compétences pour les pouvoirs locaux et permettra d’assurer la qualité des services publics locaux. Ces Conférences pourront également proposer des modifications institutionnelles qui seront soumises à l’approbation du Parlement. La démocratisation des intercommunalités sera engagée avec la mise en œuvre d’un scrutin assurant une représentation directe de la population en même temps que sera garantie celle des communes. L’autonomie financière et de gestion des collectivités, ainsi qu’une péréquation bénéficiant aux territoires défavorisés, seront rendues possibles par une réforme de la fiscalité locale. Un programme volontariste pour les outremers en matière de logement social et d’infrastructures de transports sera au coeur de la décentralisation, chantier majeur de la législature. Enfin, un nouveau cycle de transfert de compétences aux Régions sera ouvert concernant notamment l’emploi, la formation professionnelle, l’alternance ou l’apprentissage. La France ratifiera la charte des langues régionales et minoritaires.

Pas de République nouvelle sans indépendance réelle pour la justice. Pointé du doigt par l’Europe, relégué dans les classements internationaux, repris en main par le pouvoir, notre système judiciaire est à reconstruire. Nous engagerons une vaste réforme pour rendre aux magistrats leur indépendance : les modes de nominations des membres du Parquet et des personnalités qualifiées du Conseil Supérieur de la Magistrature seront modifiés, les instructions individuelles du Garde des Sceaux au Parquet en cours de procédure interdites, les compétences du juge des Libertés élargies.

La démocratie suppose le véritable pluralisme des médias. Les difficultés des médias ont deux causes principales : une crise économique – qui touche particulièrement la presse écrite – et une crise de défiance politique – provoquée par les interventions du pouvoir sarkozyste. Nos propositions s’attaquent à l’une et l’autre des crises. Nous mettrons fin à la nomination des présidents d’audiovisuel public par le Président de la République. Une loi limitera la concentration des médias, définira les moyens de réduire la dépendance des médias à la commande publique, instaurera des obligations accrues de transparence pour la composition du capital des groupes de presse. Une réforme du CSA sera lancée pour compléter les conditions d’attribution des fréquences afin de renforcer le pluralisme et la diversité de l’offre.

Bâtir, une République nouvelle, c’est redonner sa voix au peuple. Certaines des réformes constitutionnelles visées ci-dessus pourront être soumises au peuple à l’occasion d’un référendum.

Conclusion : l’espoir de la France, c’est une majorité de gauche et des écologistes.

Au coeur de notre engagement commun pour la France et les Français, il y a la conscience du moment historique que nous traversons et la conviction que seules les réponses de la gauche et des écologistes sont à la hauteur des défis.

Nous refusons la fatalité des libéraux et la nostalgie des déclinistes. Nous pensons que la France a un avenir, que l’Europe a un dessein, que le monde a un horizon. Encore faut-il mobiliser les atouts de la jeunesse et de la société tout entière ! Encore faut-il rassembler les volontés et les énergies au lieu d’opposer les territoires et les catégories ! Encore faut-il en appeler à ce que chaque citoyen, à ce que chaque homme et chaque femme a en lui de meilleur, de noblesse et de force, pour s’engager au service d’une cause plus grande que tous.

Cette cause, c’est la survie même de l’humanité et de son environnement, c’est le droit des générations qui viennent à construire leur vie sans hériter de nos dettes et de nos pollutions. Cette cause, c’est l’idéal de la gauche et des écologistes, c’est l’idéal républicain et européen. C’est l’idéal humain.

C’est pourquoi nous nous battons. C’est pourquoi nous proposons. C’est pourquoi nous nous préparons, ensemble, à constituer une majorité pour la France avec le souci de l’intérêt général et le sens de la justice.

Le Parti socialiste supprime en catimini l’abandon du MOX Anne-Sophie Mercier et Samuel Laurent (lemonde.fr) Reporterre 2011/11/16 Anne-Sophie Mercier et Samuel Laurent (lemonde.fr) (16 novembre 2011) Le Parti socialiste supprime en catimini l’abandon du MOX. Reporterre. fr

Le Parti socialiste supprime en catimini l’abandon du MOX

Areva est intervenu auprès du Parti socialiste pour modifier l’accord avec les écologistes après coup.

Ce ne sont que quelques lignes mais leur disparition pourrait s’avérer tout sauf fortuite : le « contrat de mandature » signé dans la douleur, mardi 15 novembre à 15h30 entre EELV et PS, comportait un point précis : « La reconversion, à emploi constant, de la filière de retraitement et de fabrication du MOX », un type de combustible nucléaire. Cette phrase figure en toutes lettres en page 16 de l’accord :

"Une réduction progressive de la sous-traitance et une révision du recours à celle-ci dans les activités d’opérations et de maintenance des installations visant à garantir le plus haut niveau de sûreté du parc en exploitation et à veiller au respect des droits sociaux des travailleurs du nucléaire.

Le financement des charges futures (démantèlement et déchets) sera réformé afin d’en garantir l’effectivité. L’organisation de la sûreté nucléaire sera renforcée et revue afin d’y inclure l’expertise contradictoire et internationale. Les citoyens devront être régulièrement informés et associés à cette démarche."

L’abandon de la filière MOX est également annoncé dans une dépêche AFP datant de 19 h 30 mardi et détaillant les principaux points d’accord entre écologistes et socialistes.

Mais cette phrase a tout bonnement disparu de la version finale de l’accord présenté à la presse après son vote par le Bureau national du PS, dont voici le fac-similé.

Le texte est en tout point identique à celui présenté plus tôt, à l’exception d’un paragraphe - « Une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de fabrication du MOX, et des moyens de stockage des différents types de déchets notamment le laboratoire de Bure, en centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement » -, tout bonnement disparu.

AREVA EST INTEVENU AUPRÈS DU PS

La disparition de la mention de ce point d’accord dans le texte distribué par le conseil national du PS est tout sauf innocente : le MOX (pour « mélange d’oxydes ») est un combustible « recyclé », fabriqué à partir d’uranium ou de plutonium déjà consommé dans des centrales, et une spécialité du géant français du nucléaire Areva, qui produit 95% du MOX dans le monde.

Il est employé dans 20 réacteurs en France, et notamment pour le fameux réacteur à eau pressurisée (EPR) de Flammanville (même si celui-ci pourrait fonctionner sans). Ce combustible est dénoncé par les écologistes, notamment parce qu’il est beaucoup plus radioactif que le combustible courant.

L’abandon d’une telle filière constituait donc un signe fort d’une volonté de réduire fortement la part du nucléaire, mais aussi un très mauvais signal pour le groupe Areva, qui a fait du Mox et de son exploitation l’un de ses paris stratégiques. Le groupe AREVA indique « être intervenu » auprès du PS au sujet de l’accord PS-EELV, pour le prévenir des « des conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil ».

CONFUSION

Selon les informations du Monde, le paragraphe sur le MOX aurait été ajouté, dans le cadre des négociations, par Michel Sapin, chargé de superviser le projet de M. Hollande.Mais c’est le candidat socialiste lui-même qui aurait tiqué en découvrant ce passage après la signature de l’accord, et aurait donc refusé qu’il figure dans le texte, et fait part de ce point de vue à Cécile Duflot. La dirigeante des Verts n’a cependant pas réagi publiquement à ce désaccord nouveau.

En fin de matinée, Pascal Durand, porte-parole d’EELV, a dit « attendre que Martine Aubry appelle Cécile Duflot » pour l’informer de la situation. « Des textes modifiés après accord, on a rarement vu ça », a-t-il ajouté. L’accord doit être ratifié samedi par le conseil fédéral des écologistes.

En fin de matinée mercredi, le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a indiqué que le paragraphe avait été « retiré provisoirement » afin de « clarifier » une « différence d’interprétation » entre socialistes et écologistes. « Ce point ne fait pas l’objet d’un désaccord » entre les deux partis, selon lui, mais « d’une différence d’interprétation ». Il a souligné que les négociateurs PS allaient « en reparler avec leurs partenaires d’EELV ». De quoi laisser planer l’impression d’une certaine confusion.

Une action de Greenpeace contre le chalutage profond Greenpeace Reporterre 2011/11/16 Greenpeace (16 novembre 2011) Une action de Greenpeace contre le chalutage profond. Reporterre. Pêche fr

Une action de Greenpeace contre le chalutage profond

Mardi 15 novembre, vers 15h, des militants de Greenpeace ont tenté de s’interposer dans une opération de chalutage profond menée au large des côtes de l’Irlande. Ils ont déployé un radeau de survie juste derrière le chalutier Roselend afin d’interférer dans l’opération de pêche. Le chalutier appartient à Dellhemmes, un des trois armements de chalutage profond en France.

Le chalutage profond est un crime écologique et un non-sens économique

La pêche profonde est le crime caché des fonds marins. Le taux de rejet en mer de cette pêche est de 30 % en moyenne : un gaspillage inacceptable.

« Selon les recherches du Conseil international d’exploration de la mer (CIEM), 100 % des espèces profondes pêchées dans l’Atlantique Nord Est sont surexploitées, explique François Chartier, chargé de campagne Océans pour Greenpeace France. Il est urgent de mettre fin à la surpêche et à la surcapacité de la flotte européenne, en commençant par stopper les activités des navires les plus destructeurs comme les chalutiers profonds. »

La pêche profonde s’est développée grâce aux subventions publiques européennes. Le bateau en question par exemple, le Roselend de Dhellemes, a reçu 651 253 euros de subventions européennes pour sa construction en 1999. « L’argent public européen, qui contribue à vider les océans, devrait au contraire être employé pour développer une pêche sélective, locale et créatrice d’emplois », poursuit François Chartier.

Pour une réforme ambitieuse de la politique des pêches européenne

L’Union européenne a entamé un processus de réforme de sa politique commune des pêches (PCP). Celui-ci n’a lieu qu’une fois tous les dix ans.

« C’est maintenant qu’il faut agir si l’on veut sauver nos océans, conclut François Chartier. L’Union européenne doit donner l’impulsion et s’orienter vers une pêche durable… ce qui passe par le respect des avis scientifiques en matière de quotas, la diminution du nombre de bateaux et, bien entendu, l’arrêt du chalutage en eau profonde. »

Greenpeace est mobilisée en mer depuis le 10 octobre et poursuivra sa campagne pendant encore quelques semaines. Vous pouvez suivre le travail de l’équipage au quotidien sur le site SOS Océans.

Le chemin du sens Hervé Kempf Reporterre 2011/11/16 Hervé Kempf (16 novembre 2011) Le chemin du sens. Reporterre. Tribune — fr

Le chemin du sens

La crise écologique révèle la crise du sens de notre existence.

Ce qui se joue ces jours-ci entre les écologistes et la gauche productiviste dépasse de beaucoup un accord électoral : il s’agit de choisir le chemin du monde dans lequel nous voulons vivre. Le dilemme n’est pas seulement politique ou économique, mais aussi spirituel.

Car l’énergie nucléaire engage bien plus que des objets pratiques. Par la nocivité plurimillénaire des résidus toxiques qu’elle génère, par l’empoisonnement durable des milliers de kilomètres carrés qu’entraînent les accidents atomiques, par les armes apocalyptiques auxquelles elle est liée, cette technologie met en jeu depuis son origine le destin de l’humanité.

Et ce que disent les écologistes aux dirigeants, c’est : « Comment pouvez-vous prendre une décision qui lègue aux générations futures des déchets dont vous ne savez que faire et une probabilité d’accidents dont vous êtes hors d’état de garantir la nullité ? »

Ainsi inclinait-on à penser au sortir des Assises chrétiennes de l’écologie, organisées du 11 au 13 novembre par le diocèse de Saint-Etienne, la revue Prier et les Scouts et guides de France. Mille cinq cents participants y ont réfléchi dans une atmosphère fraternelle - eh oui, fraternelle, comme l’étaient les premières communautés christiques ou les socialistes utopiques du XIXe siècle - à l’au-delà de la crise écologique, c’est-à-dire à la crise du sens de notre existence qu’elle révèle.

L’accord était clair sur le désordre du monde et sur son lien avec la question sociale - « Nous ne devons pas accepter qu’on ne prenne pas d’argent aux riches », a lancé Jean-Marie Pelt, sous les applaudissements. Mais aussi sur l’idée que, pour enrayer la mécanique destructrice à l’oeuvre, il faut contester la culture matérielle qui définit l’époque et combler son vide de sens.

« L’économie a hypertrophié les besoins matériels au détriment des besoins relationnels », dit Jean-Baptiste de Foucauld. « Nous ne sommes plus reliés ni en haut ni par nos racines », dit encore Jean-Marie Pelt. « La crise écologique est le fruit d’une vision dualiste, anthropocentriste et patriarcale, qui mutile l’être humain en le coupant de son intellect spirituel », dit Michel Maxime Egger.

Et l’on a redécouvert que le mot « crise », venu du grec krisis, signifie « décision » : le moment de la difficulté est aussi celui où l’on choisit. Choisir de continuer dans la destruction ou de prendre le chemin d’un nouveau mode de pensée.

La crise ! la crise ! Mais pas question de toucher aux hyper-riches Emmanuel Levy (Marianne) Reporterre 2011/11/17 Emmanuel Levy (Marianne) (17 novembre 2011) La crise ! la crise ! Mais pas question de toucher aux hyper-riches. Reporterre. fr

La crise ! la crise ! Mais pas question de toucher aux hyper-riches

L’Assemblée nationale a refusé de taxer les « retraites chapeaux » et les « parachutes dorés ». En 2010, les rémunérations des dirigeants bancaires, sur lesquels seront calculés leur retraite chapeaux comme leur golden parachute, ont progressé de 44,8 %.

La loi de finance a finalement été votée à l’Assemblée [mercredi 16 novembre]. Au terme d’une longue nuit de débat, tous les amendements de l’opposition visant à augmenter la fiscalité sur les retraites chapeaux comme les golden parachutes ont été repoussés.

"J’appelle les responsables politiques et les dirigeants des grandes entreprises, en particulier des entreprises du CAC 40, à faire exactement la même chose ». En figeant les rémunérations du Président et des membres du gouvernement, pour son Nième plan de rigueur, François Fillon en a profité pour « inviter » les patrons des grandes entreprises à en faire de même. Une semaine plus tard, c’est toujours le silence radio du coté du Medef et plus encore de l’Afep, le lobby des grandes entreprises qui regroupe une petite centaine d’entre elles.

Les députés socialistes ont donc profité de la fenêtre des amendements sur les articles dits non rattachés, permettant une rare liberté d’action, pour « aider » le premier ministre à se faire entendre. Ils ont ainsi multiplié les propositions visant à booster la fiscalité sur deux éléments de rémunération : les retraites chapeaux mais aussi et surtout les indemnités de départ. Et notamment deux amendements de Jérôme Cahuzac, le président PS de la Commission des finances.

Le premier présenté tend à « taxer de manière dissuasive les retraites chapeaux de plus de 24 000 euros par mois, soit un peu moins de 300 000 euros par an, pour tout le temps que dure la retraite ». Il s’agit de porter à 34%, contre 14% auparavant, le taux de la taxe sur les retraites chapeau pour celles qui dépassent les 288.000 euros par an. Voilà qui ne plaira pas à Pierre Richard, ex patron de Dexia et un des principaux responsable de la faillite de la banque qui a couté plusieurs milliards d’euros aux contribuable Français. Le bienheureux retraité que l’on peut croiser lors de ses paisibles promenades rive gauche carbure à 600.000 euros annuels, 4 millions de francs, rien que ca. Résultat, un vote négatif à l’Assemblée

Le second amendement cherchait lui à taper les fameux golden parachute. Car avant de profiter de la retraite chapeaux, la plupart des dirigeants ne partent pas les mains vides. Et il ne s’agit pas d’une vulgaire canne à pêche mais le plus souvent de deux voir trois années de salaire, fixe plus variable. Pas question a répondu Valérie Pecresse. La ministre du Budget s’est retranchée derrière la nouvelle contribution exceptionnelle de 3 % sur les hauts revenus, ceux qui excédent 250.000 euros, auxquels s’ajoute 1% pour ceux supérieurs à 500.000 euros. Un argument qui a du mal à convaincre jusque dans sa majorité. Et Cahuzac de citer le député UMP Gilles Carrez : « La contribution exceptionnelle, qui est un bon instrument pour la prise en compte des revenus du patrimoine, n’est cependant pas celui qui convient pour régler (le) problème (des rémunérations extravagantes) », expliquait le rapporteur général du budget, en octobre dernier. Qu’importe, là aussi l’Assemblée a rejeté l’amendement qui surtaxait de 20 % (en plus du taux normal de 40% et de la taxe exceptionnelle de 3%, soit 63%....) ces supers retraites au-delà de 250.000 euros.

Malgré les coup de menton du chef de l’état dans son discours de Toulon sur les bonus et les rémunérations des traders en général. Malgré la sortie de François Fillon qui entendait taxer « de façon confiscatoire les retraites chapeaux d’un niveau excessif », en avril 2009. Malgré les plans de rigueur qui se suivent et demandent toujours plus d’efforts. Malgré les engagements pris par le secteur de la banque et plus généralement celui des grandes entreprises à se conformer au code de bonne conduite dit code Afep-Medef. Rien n’y a fait. En 2010, les rémunérations des dirigeants bancaires, sur lesquels seront calculés leur retraite chapeaux comme leur golden parachute, ont progressé de 44,8 %....

Et si les écolos discutaient avec le Front de gauche plutôt qu’avec le PS ? Stéphane Lhomme Reporterre 2011/11/17 Stéphane Lhomme (17 novembre 2011) Et si les écolos discutaient avec le Front de gauche plutôt qu’avec le PS ?. Reporterre. Tribune — fr

Et si les écolos discutaient avec le Front de gauche plutôt qu’avec le PS ?

« Comme si la catastrophe Fukushima n’avait jamais eu lieu, le PS et son candidat François Hollande se veulent inflexibles sur le nucléaire »

Pour une alliance Europe-Ecologie - Front de Gauche

afin que les écologistes : - ne se renient pas sur le nucléaire - n’aident pas le PS à infliger l’austérité aux français

Les actuelles négociations entre Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et le Parti Socialiste (PS) font l’objet d’une forte couverture médiatique mais, curieusement, personne ne semble se demander pourquoi EELV ne négocie qu’avec le PS.

Or, il existe d’autres forces à gauche, en particulier le Front de Gauche (FdG) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Au nom de quoi l’horizon des écologistes se limiterait-il exclusivement à discuter avec le PS ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que la négociation en question semble inévitablement devoir se terminer par une défaite des émissaires d’EELV : le PS a une longue expérience des tractations avec ses « alliés » et a toujours été implacable avec eux, les rabaissant au rang de supplétifs et les amenant à se renier en échange de quelques circonscription pour les « chefs ». Le PCF [Parti communiste français] peut en témoigner de longue date.

Négocier avec le PS n’est donc pas franchement porteur d’avenir pour les écologistes d’autant que, comme si la catastrophe Fukushima n’avait jamais eu lieu, le PS et son candidat François Hollande se veulent inflexibles sur le nucléaire : il n’est pas question d’envisager le moindre plan de sortie, ni même de stopper le chantier du réacteur EPR, pourtant déjà plombé par les retards, les surcoûts, les malfaçons.

Alors, pourquoi continuer à discuter avec le PS, ou du moins exclusivement avec le PS ? Les écologistes doivent immédiatement proposer des négociations au Fdg et au NPA, dans le but de créer un grand Front de la Gauche et de l’Ecologie (ou de la Gauche et de l’écologie, ou de la Gauche écologiste, etc. Peu importe).

Il ne s’agirait pas pour autant de remettre en cause les différentes candidatures à l’élection présidentielle : bien sûr, dans l’absolu, une candidature unitaire serait le mieux, mais elle semble improbable et, après tout, rien ne s’oppose à ce que Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou fassent entendre chacun le point de vue de leurs courants respectifs.

En effet, une alliance électorale pour les législatives ne signifierait en rien une fusion générale dans un mouvement unique : des divergences évidentes existent entre ces mouvements, comme par exemple… sur le nucléaire. On y revient toujours !

Mais, autant le PS reste immuablement pro-nucléaire, autant il est possible d’avancer sur cette question avec les autres formations de gauche : le Parti de gauche (composante du Front de Gauche) et le NPA ont pris position pour la sortie du nucléaire. Seuls les dirigeants du PCF restent encore accrochés à l’atome mais il semble que ce soit de moins en moins le cas à la base. Et l’arrivée d’EELV dans un Front de gauche élargi à l’écologie ne manquerait pas de faire pencher la balance du bon côté.

Par ailleurs, la question du nucléaire n’est pas le seul enjeu majeur et les écologistes feraient bien de réfléchir à la suite des évènements : si François Hollande est élu Président de la République, il est avéré qu’il infligera à la population française les mesures les plus restrictives et antisociales, et ce afin de « rassurer les marchés » (qui ne le seront jamais et exigeront toujours plus de sacrifices).

Ce n’est pas à la population de rembourser des dettes dont elle n’est pas responsable et de se sacrifier pour rétablir les profits des banques et des multinationales. Et les écologistes n’ont pas à participer à un gouvernement anti-écologiste et antisocial.

On me rétorquera qu’il faut bien « battre Nicolas Sarkozy ». Hé bien, au second tour de la Présidentielle, les électeurs auront la possibilité de remplacer l’actuel Président par quelqu’un d’autre. Il n’y a donc manifestement aucune raison pour se renier en faisant avec le PS une alliance... contre-nature.

L’article de « La Tribune » ne plait pas à EDF : EDF retire son budget publicitaire Delphine Soulas (Stratégies) Reporterre 2011/11/17 Delphine Soulas (Stratégies) (17 novembre 2011) L’article de « La Tribune » ne plait pas à EDF : EDF retire son budget publicitaire. Reporterre. fr

L’article de « La Tribune » ne plait pas à EDF : EDF retire son budget publicitaire

Le quotidien économique avait annoncé le 14 novembre que le groupe d’électricité se préparait à abandonner l’EPR.

« On fait un papier dans @latribune qui ne plaît pas : le budget pub de la société concernée est instantanément supprimé. » L’information a été donnée mercredi 16 novembre sur Twitter par Jacques Rosselin, directeur de la rédaction de La Tribune. Selon nos informations, la société concernée est EDF, qui n’a pas apprécié l’article publié deux jours plus tôt dans le quotidien économique.

Le 14 novembre, La Tribune titrait « En pleine polémique sur Flamanville, EDF se prépare à abandonner l’EPR » (repris le jour même sur Reporterre) et annonçait que le groupe travaillait avec Areva et le chinois CGNPC à un nouveau réacteur. Conséquence, EDF, l’un des principaux annonceurs du quotidien économique, a fait savoir à la direction de La Tribune qu’elle mettait fin à sa campagne jusqu’à la fin de l’année alors que plusieurs parutions étaient prévues. Rappelons que le nucléaire est au cœur de la stratégie d’EDF, dont 78% de l’électricité produite vient de cette source d’énergie.

Ce n’est pas la première fois que La Tribune subit des pressions pour sa couverture éditoriale. Arnaud Lagardère, gérant commandité du groupe Lagardère, avait annoncé le 31 août qu’il allait déposer plainte en diffamation contre le quotidien à la suite d’un article paru le 25 juillet, intitulé « Arnaud dirige-t-il encore Lagardère ? ».

Eva Joly en désaccord avec la direction d’Europe Ecologie Les Verts Sergio Coronado (parismatch.com) Reporterre 2011/11/18 Sergio Coronado (parismatch.com) (18 novembre 2011) Eva Joly en désaccord avec la direction d’Europe Ecologie Les Verts. Reporterre. fr

Eva Joly en désaccord avec la direction d’Europe Ecologie Les Verts

Selon Sergio Coronado, directeur de campagne d’Eva Joly, la candidate EELV à la présidentielle « est très choquée et troublée par le côté vaudevillesque des négociations ».

Selon Noël Mamère, Eva Joly s’interroge sur sa candidature à l’élection présidentielle. Est-ce vrai ?

Sergio Coronado - Elle a décidé de prendre un peu de hauteur devant la confusion qui entoure la négociation des accords entre le Parti socialiste et Europe écologie-les Verts (EE-LV) afin de ne pas ajouter de la confusion à la confusion. Mais on en a fait une dramatisation excessive. Aujourd’hui, Eva Joly n’est pas dans cet état d’esprit même si elle est très choquée et troublée par le côté vaudevillesque des négociations.

Sera-t-elle présente ce week-end au conseil fédéral d’EE-LV qui doit se prononcer sur l’accord avec le Ps ?

Non, elle sera absente. Sa logique est celle d’une candidature à la présidentielle et d’un dialogue direct avec les Français. Elle se laisse donc quelques jours de silence. Elle prendra la parole le moment venu.

Justement, en tant que candidate du mouvement à la présidentielle, cet accord ne l’engage-t-il pas ?

En quoi l’engage-t-il ? Ce n’est pas un accord programmatique. C’est un accord qui concerne une majorité parlementaire. Pas une élection présidentielle. Ce sont deux logiques différentes. Eva Joly n’a pas participé aux négociations. Elle n’a pas souhaité que la logique présidentialiste qui semble être celle du Ps, s’impose à EE-LV. Elle est étrangère aux discussions entre les partis. Elle n’est ni dans cette logique, ni dans ces contraintes. Mais elle est assez choquée par le fait qu’une entreprise – Areva - se croit habilitée à dicter sa loi en politique. L’entreprise EDF a été condamnée pour avoir espionné Greenpeace et Eva Joly est très choquée par l’intervention d’Areva, inacceptable dans une démocratie. Elle fait campagne sur une certaine éthique et sur l’indépendance face aux lobbys. Eva Joly est candidate à la présidentielle. C’est Cécile Duflot, secrétaire national qui a le mandat pour négocier.

Est-ce le signe d’une dissension entre Eva Joly, candidate des écologistes et Cécile Duflot, patronne du mouvement ?

Non. C’est le signe d’une répartition des tâches. Elles ne sont pas la même logique. Mais Eva a été tenue informée des négociations par Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé.

Pourquoi Eva Joly a-t-elle annulé sa participation à l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2 ce soir ?

Elle devait affronter Jean-François Copé sur un thème précis : les conflits d’intérêt et l’éthique. Au vu de la confusion qui règne entre le parti socialiste et EE-LV, elle n’a pas souhaité que ce thème, négocié avec France 2 au départ, ne soit pas abordé et que seul l’accord soit discuté. Eva Joly ne veut pas commenter un accord qui ne la concerne pas. Elle en comprend la nécessité, mais il ne l’engage pas. Il ne liste que les points d’accord et de désaccord. Il lui donne donc une très grande liberté. Eva Joly sera la candidate de la sortie du nucléaire.

Propos recueillis par Caroline Fontaine

Le texte alambiqué de l’accord entre PS et écolos sur le Mox Parti socialiste Reporterre 2011/11/18 Parti socialiste (18 novembre 2011) Le texte alambiqué de l’accord entre PS et écolos sur le Mox. Reporterre. fr

Le texte alambiqué de l’accord entre PS et écolos sur le Mox

« Au cours de la prochaine législature, les activités dans les filières concernées de retraitement et de production de combustible [Mox] avec les emplois afférents seront maintenus dans les deux sites de production, La Hague et Marcoule. »

L’accord que nous avons négocié au nom du Parti socialiste et de Europe Ecologie Les Verts stipule que « nous renforcerons les garanties de sûreté du parc nucléaire français et engagerons une reconversion à emploi constant de la filière de retraitement de la fabrication du MOX, et des moyens de stockage des différents types de déchets, notamment du laboratoire de BURE en centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement. »

Des interprétations divergentes ont été données sur l’avenir des filières de retraitement des déchets nucléaires et de fabrication des combustibles nucléaires dont le MOX, au cours des cinq prochaines années. Il nous paraît donc nécessaire d’en rappeler le sens.

Il est prévu dans l’accord, que la part du nucléaire dans la production d’électricité en France passera à l’horizon 2025 de 75% à 50 %. En conséquence et concomitamment avec cette diminution, la quantité de combustible nécessaire à l’approvisionnement des centrales en activité sur notre territoire, ainsi que les besoins de retraitement de ces combustibles se poursuivront mais diminueront. C’est pourquoi il est prévu d’accompagner cette évolution progressive, d’un plan de reconversion permettant de maintenir le nombre d’emplois, par la mise en oeuvre de centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement.

Au cours de la prochaine législature, les activités dans les filières concernées de retraitement et de production de combustible avec les emplois afférents seront maintenus dans les deux sites de production, La Hague et Marcoule.

Tel est la lettre et l’esprit de l’accord que nous avons conclu. Toute autre interprétation ne saurait prévaloir.

Laurence Parisot couronnée « pire rapace » Fakir Reporterre 2011/11/18 Fakir (18 novembre 2011) Laurence Parisot couronnée « pire rapace ». Reporterre. fr

Laurence Parisot couronnée « pire rapace »

La Nuit des Rapaces organisée par Fakir a été un succès : mille personnes se sont retrouvées pour désigner le « pire rapace ». Face à une rude concurrence, c’est Laurence Parisot, patronne du Medef, l’organisation patronale, qui l’a emporté.

Plus de mille personnes rassemblées pour huer les parrains du capitalisme, on s’est dit : « Bon, les journaux vont en parler. » Mais non. Une semaine s’est écoulée, et rien. Pas un mini-papier. Pas une ligne nulle part. Donc, bon, il faut bien qu’on se charge de saluer notre propre triomphe...

« Ouh ! Ouh ! Ouh ! »

C’est bien difficile de les départager, nos douze Gens Pires, livrés à la vindicte populaire lors de notre Nuit des Rapaces. Plus de mille personnes (« 1 035 », très précisément, d’après le gardien, plus deux cents refoulés à l’entrée - de peur que la salle Olympe de Gouges ne devienne aussi célèbre que le stade du Heysel) huent tour à tour les Michel Pébereau, Mario Draghi, Bernard Arnault, Jeffrey Smith, Maurice Lévy, Michel Destot, Manuel Barroso, Maurice Lévy, Marc Ladreit de Lacharrière...

Jusqu’au verdict : « Pour chacun de ces personnages, nous avons mesuré le taux de mécontentement en décibels, résume Antoine Chao - l’huissier en charge du ouhouhmètre. Rassurez-vous, tous dépassent le seuil de tolérance. Mais il y en a trois qui, d’après mes chiffres, sont dans un mouchoir de poche. Il s’agit de Carlos Ghosn, de Laurence Parisot, et d’Arnaud Lagardère. Comme avec la machine il y a une marge d’erreur, je vais vous demander de revoter... »

Les rangs bondés ne demandent pas mieux : « Ouuuuuuuuuh ! » Manifestement, c’est Laurence Parisot qui est la plus haïe : pour une fois qu’une femme remporte une élection en France !

C’est Gérard Filoche qui a choisi la patronne des patrons. C’est donc lui qui monte sur le podium pour recevoir le trophée - un vautour à haut de forme et cigare dans le bec, cerné par des billets de Monopoly. L’inspecteur du travail la range dans sa valise à roulettes. « C’est de l’ironie, quand même, je lance au micro : on est poursuivis par Jean-Charles Naouri, un ancien directeur de cabinet PS, et voilà que c’est le représentant du PS, aujourd’hui, qui rafle le prix... » C’est un cadeau empoisonné, en même temps : le vainqueur vient de signer un engagement, il est condamné à aller remettre cette coupe, en mains propres, à sa rapace préférée...

Ça me rappelle la première fois qu’on l’a rencontré, Gérard Filoche. Fakir était au creux de la vague, presque au fond du trou, à l’hiver 2008. Je me coltinais un procès, encore, à titre personnel - et moins marrant que contre le PDG de Casino. Les ventes du journal reculaient. Souchon était retourné dans son Ardèche, en Bretagne, à Paris, partout dans le monde sauf en Picardie. On faisait tourner la boutique à trois, Aline, Fabian et moi, contre vents et marées, lassés, épuisés : qu’est-ce qu’on fait ? On arrête ?

On danse toujours sur ce fil, incertain, l’abandon qui guette.

En face, les capitalistes et leurs larbins sont moins taraudés par le doute : le moindre effort, dans leur camp, est aussitôt récompensé par du pognon, par des honneurs, par des passages à la télévision, par des postes à pourvoir. De quoi atténuer, effacer, les inquiétudes existentielles...

Et de l’autre côté, néanmoins, le goût de la bagarre.

Ne pas leur laisser cette joie, en plus : notre abandon. La somme de nos abandons individuels, qui font leur victoire historique - et temporaire.

Ces « ouh ouh ouh », c’est un début. Ça reste bon enfant. Bientôt, nous devrons cesser - par étapes, progressivement - d’être bon enfant. Qu’il ne s’agira plus de les conspuer de loin mais, bel et bien, de les effrayer de près. Que nous serons plus mille, mais cent mille. Un million. Et qu’ils trembleront.

À bientôt les amis...

Le Sénat vote le principe d’une taxe sur les transactions financières Attac France Reporterre 2011/11/18 Attac France (18 novembre 2011) Le Sénat vote le principe d’une taxe sur les transactions financières. Reporterre. fr

Le Sénat vote le principe d’une taxe sur les transactions financières

Cette taxe pourrait rapporter dix milliards d’euros par an. Il reste aux autres instances de décision de confirmer le vote du Sénat.

La commission des affaires étrangères du Sénat vient d’adopter à l’unanimité une taxe de solidarité internationale sur les transactions financières dans la loi de finances pour 2012. Cette taxe serait appliquée au taux maximum de 0,05%, différencié selon le type de transaction. C’est une avancée : contrairement à tous ce que peuvent dire ses opposants, la taxe Tobin est tout à fait faisable, y compris à une échelle nationale, sans provoquer de fuite massive des capitaux.

Cependant le taux proposé de 0,05% ne devrait pas être un plafond mais un taux minimum, pouvant être augmenté en cas d’emballement des marchés financiers. Seul un taux suffisamment élevé peut en effet dissuader la spéculation, premier objectif de la taxe Tobin : Attac demande depuis treize ans une taxe à 0,1% sur l’ensemble des transactions financières.

Selon le rapport des sénateurs Christian Cambon et Jean-Claude Peyronnet, un taux de 0,05% permettrait de dégager plus de dix milliards d’euros. Bercy fait pression pour que le produit de la taxe serve à réduire le déficit budgétaire de la France. Mais cet argent est aujourd’hui indispensable pour honorer les engagements français dans le cadre des « Objectifs du millénaire pour le développement » des Nations unies. Environ 400 milliards d’euros par an sont nécessaires pour combattre la pauvreté dans le monde, le réchauffement climatique et ses conséquences. C’est ce que permettrait de dégager une taxe sur les transactions financières de 0,1% au niveau mondial.

La Commission européenne a proposé cet été un projet de directive pour une taxe sur les transactions financières. Mais le Royaume-Uni ou d’autres pays récalcitrants risquent de faire capoter ce projet qui doit être voté à l’unanimité. M. Schäuble, ministre allemand des finances, a quant à lui annoncé que, quelles que soient les décisions au niveau du G20 ou de l’Union européenne, l’Allemagne adopterait une taxe sur les transactions financières en 2012. Nicolas Sarkozy, malgré son volontarisme affiché dans les G20, ne s’est jamais engagé publiquement dans une telle démarche unilatérale : il est temps qu’au-delà des discours, il emboîte le pas à M. Schäuble et maintenant au Sénat.

Longtemps considérée comme une idée utopique, infaisable voire dangereuse, la taxe sur les transactions financières pour réduire la spéculation et financer les biens publics mondiaux est à présent presque unanimement soutenue et c’est tant mieux. Mais des discours aux actes, il y a encore du chemin à parcourir. Nous maintiendrons donc la pression, dans tous les pays où nous sommes présents, pour que cette idée se concrétise : il est temps de désarmer la finance et de la mettre à contribution.

Les Indignés toujours à La Défense Démocratie réelle Reporterre 2011/11/18 Démocratie réelle (18 novembre 2011) Les Indignés toujours à La Défense. Reporterre. Tribune — fr

Les Indignés toujours à La Défense

Rassemblement à 17 h à La Défense, samedi 19 novembre. « Unis comme un seul peuple, nous reconnaissons ce fait indéniable : l’avenir de l’Humanité exige la coopération de ses membres. »

Samedi 19 Novembre 2011

La Défense et Belleville

La Défense : débat sur l’international des Indignés ainsi qu’un débat sur les Indignés en cités pour les faire adhérer au mouvement.

Belleville : une délégation ira soutenir les marocains de 15h à 17h puis emmèneront des personnes du mouvement du 20 Février à la Défense pour partager.

Rassemblement à 17 heures à la Défense.

Nous, occupants de la Défense, adressons aux peuples de France et du Monde ce message d’alerte et d’espoir.

Nous sommes réunis ici, au cœur de la finance française, afin de débattre, de réfléchir et d’agir au sein d’un espace public qui appartient à tous les citoyens.

Nous refusons de n’être que de simples pions manipulés par la mécanique d’un système opaque, sur lequel nous n’avons aucune prise. Alors qu’une grande partie de notre classe gouvernante s’est mise au service du monde financier et des grands groupes industriels, nous estimons que le système de démocratie dit « représentatif » ne nous représente plus.

Ainsi, unis comme un seul peuple, nous reconnaissons ce fait indéniable : l’avenir de l’Humanité exige la coopération de ses membres.

Nous n’aspirons pas à jouer le rôle d’un parti politique. Ce qui nous distingue, c’est que nous ne voulons pas accaparer le pouvoir, mais le rendre accessible à tous. Notre action, via internet et les assemblées populaires, va dans le sens de la démocratie directe et réelle.

Or malgré une attitude strictement non-violente, nous avons été molestés ou spoliés de nos biens par la force publique. Cette même force publique instituée selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen « pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

Nous sommes avant tout des citoyens conscients, et des êtres humains indignés par le monde qui nous entoure.

Voilà pourquoi, nous appelons tous les citoyens et citoyennes qui refusent les divisions que l’on nous impose à unir leurs talents et intelligence, à se rencontrer pour œuvrer ensemble à la création d’un nouveau projet, dont l’essence sera le respect des individus et de leur environnement.

Nous pouvons libérer et reprendre l’espace public sous toutes ses formes.

Rejoignez-nous !

De la construction à la résistance

Posté le 15 novembre 2011 à 23:16:00

Nous avons visité Occupy Amsterdam, nous leur avons raconté notre quotidien à La Défense, les violences policières tous les jours, la précarité du camp, l’interdiction de poser ne serait-ce qu’une tente... Ils n’y croyaient pas, nous demandant même si La Défense était bien en Europe. Nous avons suivi de près Occupy Wallstreet et leur expulsion ce matin, puis le revirement de situation après une décision de justice contre l’action de la Police new-yorkaise. Nous avons regardé Occupy LSX (Londres), nous avons vu Occupy Berlin... Partout des tentes, des camions, des espaces multimédias, des livestreams avec les autres lieux Occupés.

Les CRS chargent et chargent encore !

Mais aujourd’hui, en France, nous voyons des occupations stratégiques totalement précarisées, que les interventions policières cherchent à montrer désorganisées et gérées par des squatteurs. La réalité est bien différente : depuis le premier jour de Occupons la Défense, à chaque fois que l’occupation se structure, qu’une tente est montée, qu’une bâche est tendue pour se protéger de la pluie... les brigades chargent et chargent encore ! Tous les jours nous subissons des intimidations policières, nous constatons des vols de biens privés par les forces de l’ordre, nous encaissons des coups de matraque et des gaz lacrymo...

Que se passe-t-il en France ?? Dans quelle démocratie moderne sommes-nous pour que de tels ordres soient donnés par des représentants de l’État élus par les français pour les représenter. Et pour qu’ils puissent être exécutés par des êtres humains ?

Ce soir, un niveau supérieur a été franchi.

Ce soir les "Gardiens de la Paix" sont sortis déchaînés et caparaçonnés comme pour se préparer à une guerre civile. Ils ont détruit à nouveau le camp, tapé sur des citoyens non-violents, volé des couvertures et des duvets, détruit une cuisine collective. C’est ici la dignité humaine qui a été clairement visée. Le seul tort des indignés ? Sans doute celui d’avoir la pertinence de viser clairement l’oligarchie financière qui tient les rênes du pouvoir aujourd’hui partout dans le monde, et en France en particulier.

Ce sont des parents en transit vers chez eux, des retraités de passage, des consommateurs du centre commercial voisin qui sont venus apporter leur soutien physique contre les brigades d’intervention. Ce sont aussi des centaines d’inconnus qui, tous les jours, apportent un peu de riz, du sucre, du café chaud, des légumes, etc. (dommage que nous n’ayons toujours pas la possibilité d’avoir un réchaud sur place). Merci à eux.

Un message d’espoir, un cri d’alerte

Ce communiqué d’urgence est autant un message d’espoir qu’un cri d’alerte. Beaucoup de médias demandent aux indignés de la Défense et d’ailleurs de réagir sur les violences qui ont eu lieu contre Occupy Wallstreet ce matin (15 novembre). Mais combien diffusent au Journal Télévisé de 20h ou dans les premières pages de leurs journaux la réalité de ce qui se passe en bas de leur tour ?

Nous ne lâchons rien : le camp de La Defense est ruiné, mais nous y dormirons ce soir, comme à Nantes, Lyon et ailleurs.

À vous.

Sécheresses et inondations sont l’effet du changement climatique, dit le GIEC AFP Reporterre 2011/11/19 AFP (19 novembre 2011) Sécheresses et inondations sont l’effet du changement climatique, dit le GIEC. Reporterre. fr

Sécheresses et inondations sont l’effet du changement climatique, dit le GIEC

Dans son nouveau rapport, le GIEC indique que le changement climatique amplifie déjà les événements météo extrêmes.

Le changement climatique a déjà amplifié les événements extrêmes, pluies torrentielles ou vagues de chaleur, mais leur impact humain et économique dépendra à l’avenir aussi bien de leur intensité que des mesures de protection qui seront prises, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

« D’ores et déjà, nous pouvons attribuer l’augmentation du nombre de jours de chaleur au cours des dernières années à un accroissement des gaz à effet de serre », a indiqué vendredi 18 novembre Thomas Stocker, co-président du Giec, organe scientifique de référence sur le climat, en rendant public le rapport à l’issue lors d’une réunion à Kampala.

Publié dix jours avant le début des négociations de l’ONU sur le climat à Durban (Afrique du sud), le rapport spécial du Giec constitue le travail le plus complet mené à ce jour sur les épisodes météorologiques extrêmes.

« Il est quasiment certain qu’il y aura au XXIe siècle des augmentations de la fréquence et du niveau des chaleurs extrêmes, et moins de froids extrêmes », a-t-il ajouté devant la presse. « De très fortes précipitations seront plus fréquentes dans de nombreuses régions du monde ».

Le rapport a étudié les possibilités de chaleur et de pluies extrêmes selon trois scénarios, allant d’une forte réduction des émissions de CO2 à une hausse des émissions basée sur nos modes de vie actuels.

Vagues de chaleur et pics de pluie

Jusqu’en 2050, les pluies et les chaleurs augmentent de façon similaire dans les trois scénarios.

Mais vers la fin du siècle, les trois courbes divergent considérablement, avec des vagues de chaleur et des pics de pluie beaucoup plus importants et plus fréquents dans un monde saturé de gaz à effet de serre.

Ainsi, dans le scénario d’émissions hautes, les pics de températures rencontrés actuellement tous les 20 ans se produiront tous les cinq ans d’ici 2050, et tous les ans ou tous les deux ans vers la fin du siècle.

Les extrêmes de précipitations suivront la même tendance.

Fonte des glaciers

Selon Qin Dahe, également co-président du Giec, le panel est « convaincu » que le changement climatique stimulera la fonte des glaciers, un souci majeur pour les pays d’Asie et d’Amérique du sud qui en dépendent pour leur approvisionnement en eau.

Pour d’autres événements extrêmes comme les ouragans ou les cyclones, les scientifiques sont encore incapables d’établir précisément l’impact du changement climatique, du fait du manque de données et « de la variabilité du système climatique », a indiqué M. Stocker.

Certaines études suggèrent qu’une atmosphère et une surface de la mer plus chaudes, combinées avec davantage d’humidité dans l’air, devraient aggraver les orages tropicaux.

Le document en 20 pages publié vendredi résume les conclusions d’un rapport de 800 pages, qui épluche des milliers d’articles scientifiques publiés récemment dans des revues de référence. Quelque 200 chercheurs y ont travaillé pendant trois ans et il a été approuvé cette semaine lors de la réunion des 194 pays du Giec, qui rassemble des experts et des représentants des gouvernements.

« Ce rapport lance une nouvelle alarme », a souligné Connie Hedegaard, commissaire européenne pour le climat, dans un communiqué publié à Bruxelles. « Avec tout ce que l’on sait et les arguments rationnels en faveur d’une action urgente, il est frustrant de voir que quelques gouvernements ne manifestent pas de volonté d’agir ».

Luc Ferry ressasse l’anti-écologisme Élisabeth Schneiter Reporterre 2011/11/19 Élisabeth Schneiter (19 novembre 2011) Luc Ferry ressasse l’anti-écologisme. Reporterre. Tribune — fr

Luc Ferry ressasse l’anti-écologisme

”Le principal effet du Nouvel ordre a été de geler les tentatives de penser autrement, en frappant de suspicion en France toute réflexion sur la nature qui s’écarterait de son interprétation de l’humanisme"

Le dernier opus de Luc Ferry, Chroniques du temps présent (éd. Plon), réunit ses articles du Figaro entre 2009 et 2011. Polémiste partisan, il utilise toutes les ficelles de son intelligence pour défendre le camp qu’il a choisi. C’est dans le domaine de l’écologie qu’il est le plus virulent. Quelques éléments pour mieux comprendre.

La Traviata, c’est celle qui a perdu son chemin, qui s’est laissée séduire, attirée sur le mauvais chemin. Qu’un homme aussi intelligent que Luc Ferry en soit arrivé à rejoindre le camp de Claude Allègre « scientifique retraité qui a multiplié mensonges, manipulations de graphes et fausses citations » comme le décrit Hervé Kempf dans Le Monde du 27 septembre 2011, est étrange et triste.

Luc Ferry a l’esprit clair, il connaît bien l’histoire de la philosophie et sait parfaitement ce qu’il dit. Mais sur le sujet de l’écologie, il déraille depuis vingt ans, déformant les thèses qu’il veut contredire, maniant l’amalgame et utilisant des arguments d’autorité sans preuves.

Sa responsabilité est immense parce qu’il est devenu l’un des intellectuels les plus influents en France grâce au tourbillon médiatique produit par son livre Le Nouvel ordre écologique opportunément paru en 1992. À l’époque les écolos dépassaient 10% dans certaines élections et devenaient un véritable danger pour les hommes politiques traditionnels. Les sondages indiquaient que plus de 80% de la population française s’inquiétaient de l’état de l’environnement, une menace pour les pollueurs de tous bords.

La capacité de déni des humains est étonnante surtout lorsqu’elle sert leurs intérêts. La menace de paraître "réactionnaire" influence aussi et Luc Ferry en joue dans ses Chroniques.

État des lieux

Depuis le rapport du Club de Rome en 1972, les crises écologiques se sont succédées confirmant leur thèse décriée à l’époque. Le pétrole pollue les écosystèmes, les marées noires continuent en Nouvelle Zélande et en Suède, mais c’est devenu tellement banal qu’on en parle peu. Le climat se déchaîne. Tremblements de terre au Japon, inondations dramatiques en Thaïlande, incendies dévastateurs, sécheresse, tornades, coulées de boue…

Personne aujourd’hui ne nie les problèmes de surpopulation, de pollution et d’épuisement des ressources ou les dangers du nucléaire, même pas Luc Ferry, lucide par moments, qui écrivait tout de même à la fin de son livre "Personne ne fera croire à l’opinion publique que l’écologisme, si radical soit-il, est plus dangereux que les dizaines de Tchernobyl qui nous menacent."

Pourtant en France, Corinne Lepage constate, en réponse à l’une des chroniques du livre, que Luc Ferry a fait perdre 20 ans au développement de la pensée écologique qu’il accuse d’être "un délire romantique anti-libéral et anti-humaniste dissimulant pétainisme, fascisme et stalinisme".

Le principal effet du Nouvel ordre a été de geler les tentatives de penser autrement, en frappant de suspicion en France toute réflexion sur la nature qui s’écarterait de son interprétation de l’humanisme kantien. Les grands penseurs de l’écologie, Arne Naess, John Baird Callicott ou Rachel Carson, ont été ignorés et commencent tout juste à être traduits et compris en France.

Attardés et visionnaires

Les industriels du pétrole et de la chimie (agro alimentaire et pharmaceutique) veulent continuer le plus longtemps possible à faire des bénéfices quel qu’en soit le coût social et environnemental. Coïncidence, ce sont justement eux qui investissent le plus dans les lobbies du déni climatique.

Ce sont eux les attardés ! Ils payent des scientifiques et des consultants pour produire des rapports biaisés et faire des déclarations massues comme "La nature, aujourd’hui encore, demeure notre principale ennemie". Aux États Unis ils ont presque réussi à museler la presse sur la question du climat.

Les vrais visionnaires ce sont les écologistes. Lucides et courageux, ils constatent des phénomènes inquiétants et ils osent en parler.

Dans une diatribe contre Nicolas Hulot (page 28), Ferry dénonce une "écologie de la peur". Mais c’est l’inverse, les écologistes sont optimistes. Ils croient en la capacité de l’homme à s’adapter et à innover en commençant par économiser l’énergie, recycler, réutiliser… Les alternatives existent, l’automobile propre, le solaire dont le coût a baissé de 70% en trois ans, le vent…

Luc Ferry (page 52), affirme qu’il faut continuer la croissance et pour lui, il n’y en a qu’une seule. C’est lui qui veut faire peur en brandissant le spectre de la concurrence indienne ou chinoise. Pourtant contrairement à ce qu’il affirme, la Chine a déjà changé de croissance. Elle domine déjà l’industrie du solaire, comme le montre un article récent du Guardian.

Le prix du mensonge

D’après un récent rapport de Greenpeace le déni climatique aux États Unis, entre 2005 et 2009, a été financé par les pétroliers (en lobbying direct au niveau fédéral) : par ExxonMobil (87,8 millions de $), les frères Koch, magnats de la pétrochimie au CA de 100 milliards de dollars qui opèrent dans près de 60 pays (37,9 millions de dollars) et Chevron (50 millions de $). Les mêmes financent aussi, dans l’ombre, les différentes fondations et partis politiques rétrogrades américains comme le Tea party.

Tout le monde connaît ce pouvoir des lobbies. Franz Unterskeller, ministre de l’environnement du Bade Würtemberg a clairement déclaré début octobre qu’il était possible pour l’Allemagne de sortir du nucléaire "parce que nous n’avons pas ici les Koch brothers… "

En France c’est plus subtil mais le loup sort du bois puisque l’anti écologiste notoire Claude Allègre crée une Fondation …pour l’écologie avec Alstom, celui des centrales, Limagrain, le n°1 européen des semences et des organismes génétiquement modifiés, PSA Peugeot et Schlumberger… Et Luc Ferry comme caution intellectuelle. Ils s’approprient le mot "écologie" en le détournant de son sens.

Leur vision d’une "écologie d’avenir" qui "ne soit pas "un frein à la croissance économique" a simplement pour but de conforter un développement conforme à une logique industrielle dépassée.

Le véritable espoir

Déjà l’OCDE prône la croissance verte ! Les Chinois se font les champions de l’économie circulaire, celle qui recycle. L’Inde aussi a compris que la croissance verte est la seule raisonnable.

C’est aussi la seule propice à l’éclosion d’un véritable humanisme du présent pour lequel la responsabilité prime sur la liberté comme l’explique la jeune philosophe Corinne Pelluchon dans son dernier livre.

Il faudra des changements profonds dans nos modes de production et nos modes de vie ainsi qu’une grande capacité d’innovation et de créativité pour réussir cette transition et réparer la planète.

Luc Ferry prétend construire le futur sur l’innovation scientifique, les écologistes aussi. Mais il manque à l’innovation prônée par Luc Ferry l’imagination poétique et la capacité de rêve qui seule peuvent nourrir un projet véritablement humaniste.

OGM : aux Etats-Unis, les herbes résistantes se développent rapidement INRA Reporterre 2011/11/21 INRA (21 novembre 2011) OGM : aux Etats-Unis, les herbes résistantes se développent rapidement. Reporterre. OGM fr

OGM : aux Etats-Unis, les herbes résistantes se développent rapidement

Le CNRS et l’INRA ont mené une expertise collective sur la culture d’OGM aux Etats-Unis. Ils concluent que les adventices résistances se développent rapidement, entraînant une forte consommation de pesticides.

Le désherbage des cultures constitue un facteur déterminant des rendements agricoles. Depuis une quinzaine d’années, en parallèle de la recherche de nouvelles molécules herbicides s’est développée une démarche complémentaire : la sélection de variétés végétales capables de tolérer l’application d’une substance herbicide existante.

Ces variétés végétales visent d’abord à proposer aux agriculteurs une réponse technique à des difficultés de désherbage ; leur culture est également présentée comme permettant une réduction des quantités d’herbicides utilisées. Quels sont les effets à moyen et long terme de leur culture ? Quel pourrait être leur rôle dans des politiques visant à réduire l’utilisation des pesticides ? Les conclusions d’une expertise scientifique collective menée conjointement par le CNRS et l’INRA à la demande des ministères chargés de l’Agriculture et de l’Ecologie ont été rendues publiques le 16 novembre 2011.

Un des résultats montre qu’une utilisation répétée de ces variétés, sous certaines conditions, pourrait les rendre inefficaces à moyen terme. Cette expertise conduit aussi à souligner la nécessité d’une gestion des adventices ne s’appuyant pas uniquement sur ces innovations variétales, mais intégrant différentes approches complémentaires.

En France, quelques variétés tolérantes aux herbicides (VTH) de maïs, tournesol et colza, obtenues par sélection de la variabilité naturelle, ou par mutagenèse, sont cultivées ou font l’objet d’une demande d’inscription au Catalogue officiel des espèces et variétés. Dans ce contexte, les ministères chargés de l’Agriculture et de l’Ecologie ont souhaité disposer d’éléments d’analyse sur les effets réels, à moyen et long terme, de leur culture, et sur leur rôle dans les politiques à visée environnementale, notamment le plan Ecophyto 2018 de réduction d’utilisation des pesticides. Ces questionnements ont motivé la demande faite au CNRS et à l’INRA, d’une expertise scientifique collective (ESCo) portant sur les effets directs et indirects de l’utilisation du caractère de tolérance aux herbicides, en termes agronomiques, environnementaux et socio-économiques. Les impacts éventuels sur la santé humaine sont exclus du champ de cette expertise.

Une analyse de 1.400 articles scientifiques

L’analyse critique des connaissances scientifiques disponibles a été conduite par un collectif pluridisciplinaire d’experts, chercheurs d’origines institutionnelles diverses (INRA, CNRS, universités), représentant un éventail large de compétences en écologie, agronomie, chimie des herbicides, génétique, économie, droit… Le travail des experts s’est appuyé sur un corpus de 1.400 publications, constitué essentiellement d’articles scientifiques. Ils ont constaté que l’essentiel des connaissances publiées concernent des variétés transgéniques tolérantes à un herbicide total dans le contexte nord-américain. En revanche, les variétés tolérantes à un herbicide sélectif et non transgéniques qui sont actuellement présentes sur le marché européen sont peu documentées.

Le succès des VTH aux Etats-Unis lié notamment à une facilitation du travail

Les experts ont réalisé d’abord un inventaire des principales VTH commercialisées dans le monde et examiné, dans la limite de la bibliographie disponible, leur dynamique d’adoption. Sur le continent américain, des variétés tolérantes à un herbicide total, obtenues par transgenèse, sont cultivées depuis une quinzaine d’années et ont connu un essor considérable. En moins de 10 ans, ces VTH, notamment les variétés tolérantes au glyphosate (RoundUp Ready®) ont conquis 80% des surfaces pour le coton et le soja, par exemple.

L’expertise a ensuite examiné les facteurs d’adoption des VTH, sur la base d’études existantes réalisées principalement aux Etats-Unis. Plusieurs facteurs motivent le développement des VTH : un élargissement du spectre des adventices contrôlées, une simplification du travail de l’agriculteur notamment par la réduction du nombre de traitements herbicides, la souplesse d’emploi du traitement en post-levée, et la sécurisation du désherbage. Le succès des VTH est également lié au fait qu’elles facilitent le désherbage en cas d’abandon du labour, qui fait notamment l’objet d’incitations financières dans les zones sensibles à l’érosion.

Une expansion des adventices résistantes constatée à moyen terme

Trois phénomènes conduisent au développement de flores adventices mal contrôlées par l’herbicide associé à la VTH, question centrale pour l’ESCo. Il s’agit de la sélection : d’espèces moins sensibles à l’herbicide, de plantes devenues résistantes par mutation spontanée, et de plantes ayant acquis le caractère de tolérance par croisement avec la VTH. Les difficultés de désherbage qui en résultent se traduisent, aux Etats-Unis, dans la consommation d’herbicide enregistrées sur les cultures transgéniques tolérantes au glyphosate : après une baisse initiale, retour vers le niveau de consommation antérieure (coton, soja, maïs), voire un dépassement pour certaines cultures. L’ampleur et la rapidité de ces phénomènes diffèrent selon les espèces cultivées et les classes d’herbicides considérées.

Les VTH dans le contexte français

L’expertise pose la question de la transposition de l’expérience américaine des VTH au contexte français. Les implications d’une éventuelle diffusion de VTH sont en effet à raisonner en fonction des caractéristiques de ces variétés et des évolutions tendancielles des systèmes de culture.

Les variétés tolérantes à des herbicides sélectifs telles que celles qui sont utilisées en France et en Europe, peuvent apparaitre comme des outils complémentaires intéressants face à certaines situations de désherbage difficile ou dans le cadre d’une diversification des itinéraires de désherbage.

Cependant une utilisation répétée qui ne prendrait pas en compte l’évolution concomitante de la flore adventice, pourrait les rendre inefficaces à moyen terme. Le caractère pérenne de l’innovation dépendra des conditions de son déploiement et de l’accompagnement des acteurs pour favoriser la prise en compte des effets de moyen et long terme, sur la parcelle et au niveau régional.

L’adoption des VTH sur le continent américain constitue ainsi un « cas d’école », notamment pour la tolérance au glyphosate dont l’adoption s’avère massive dès sa mise sur le marché. Il invite à penser de façon dynamique le déploiement de ce type d’innovations en agriculture, en l’associant à un suivi des pratiques agricoles et de leurs effets. Cet exemple rappelle aussi la nécessité de gérer les adventices en ne s’appuyant pas sur un seul type d’innovations, mais en intégrant une large palette de leviers génétiques, agronomiques et organisationnels. La composition de la rotation est notamment un élément déterminant.

Au fait, le Mox, c’est quoi ? Bernard Laponche Reporterre 2011/11/21 Bernard Laponche (21 novembre 2011) Au fait, le Mox, c’est quoi ?. Reporterre. fr

Au fait, le Mox, c’est quoi ?

« Ce combustible est un million de fois plus radioactif que l’uranium de base. Radioactivité et température rendent sa manipulation plus complexe, sa présence dans le réacteur rend son contrôle plus délicat. »

Un réacteur nucléaire fonctionne grâce à l’uranium. En même temps est produit un élément plus lourd et plus radioactif : le plutonium. Le combustible MOX est un mélange d’uranium et de plutonium, d’où son appellation issue de l’anglais, mixed oxyde.

La fabrication du MOX comporte deux étapes. D’abord, on récupère les combustibles irradiés issus des réacteurs. Dans l’usine de retraitement de la Hague (Manche), on en extrait les quelques centièmes de plutonium qu’ils contiennent. Ce plutonium est ensuite transféré à l’usine Melox de Marcoule (Gard) pour être mélangé avec de l’uranium appauvri afin de constituer le MOX, qui contient alors environ 7% de plutonium.

La production de MOX a commencé dans les années 1960. L’objectif a d’abord été l’élaboration de la bombe atomique. Puis il a été utilisé pour le fonctionnement des réacteurs surgénérateurs, en particulier Superphénix, abandonné en 1998. Les gouvernements ont tout de même décidé de conserver la production de plutonium comme composant du MOX, utilisé actuellement dans 21 des 58 réacteurs français. Ces centrales l’utilisent environ pour un tiers de leur combustible. Mais elles peuvent tout à fait s’en passer. C’est aussi vrai pour le réacteur EPR, à Flamanville ou ailleurs.

L’argument selon lequel celui-ci n’utiliserait que du MOX est totalement faux. Il peut sans aucun problème ne fonctionner qu’à l’uranium. Les Finlandais ne prévoient d’ailleurs pas de l’utiliser pour l’EPR qu’ils construisent. Seuls 41 réacteurs dans le monde sur 450 s’en servent. Les États- Unis, qui ont le plus grand parc nucléaire au monde, n’y recourent pas. Cela prouve bien qu’on peut se passer du MOX, d’autant qu’il a de nombreux inconvénients :

- Ce combustible est un million de fois plus radioactif que l’uranium de base. Radioactivité et température rendent sa manipulation plus complexe, sa présence dans le réacteur rend son contrôle plus délicat. - Ensuite, en cas d’accident, sa présence dans le réacteur et dans les piscines aggrave les conséquences possibles. - Enfin, il n’est pas retraité et se retrouve stocké en l’état.

Au final, toute l’opération ne permet de réduire que de 15% environ la quantité de plutonium produite initialement. J’estime donc qu’il n’y a aucun intérêt à fabriquer ce combustible. Même EDF n’a pas d’avantage à utiliser du MOX. Retraiter de l’uranium lui coûte plus cher que de le stocker dans des piscines.

L’arrêt de la production du plutonium et du retraitement du combustible irradié ne signifie pas l’arrêt de l’usine de la Hague, car il y a un énorme travail sur le stockage et la gestion des déchets radioactifs ainsi que la mise au point des techniques de démantèlement des centrales et des usines nucléaires.

Pour finir, l’avenir du MOX n’a rien à voir avec le débat actuel sur la sortie du nucléaire. La France peut arrêter sa production sans réduire celle d’électricité. Le prix de celle-ci pourrait même en bénéficier ! Car encore une fois, le retraitement des combustibles irradiés est plus coûteux que son stockage.

L’accord entre écolos et PS vu par Mélenchon : ce n’est pas brillant ! Jean-Luc Mélenchon Reporterre 2011/11/21 Jean-Luc Mélenchon (21 novembre 2011) L’accord entre écolos et PS vu par Mélenchon : ce n’est pas brillant !. Reporterre. Tribune — fr

L’accord entre écolos et PS vu par Mélenchon : ce n’est pas brillant !

Le Conseil national d’Europe Ecologie Les Verts a adopté samedi 19 novembre l’accord programmatique conclu dans la semaine (et dans la douleur) avec le Parti socialiste. Voici l’analyse qu’en fait Jean-Luc Mélenchon, qui remarque notamment que « La promesse de fermer progressivement 24 réacteurs est d’autant plus facile à tenir... qu’elle est déjà au programme d’EDF. »

(...) Je suis de parti pris, je le reconnais. Je veux dire que je suis en phase avec ce que dit Cohn-Bendit. Attention, je ne parle pas de ce qui ferait de moi un agent de la droite et de l’extrême-droite si je le répétais à propos de l’autorité et de la ségolénisation du « prochain-président ». Il s’agit du référendum sur le nucléaire. C’était le cœur de ma proposition aux candidats de gauche dans un courrier /récent. Aucune réponse socialiste.

Et maintenant que Cohn-Bendit le demande ? Un petit garde-à-vous socialiste serait normal ! Je vais les aider à passer la pastille ! Avec un souvenir utile. Dans la mesure où, en toute modestie cela s’entend, le « prochain président », comme il s’est nommé à la une de Libération, se compare à François Mitterrand, il serait peut-être utile de rappeler la proposition numéro 38 des 110 propositions du programme de 1981. Ce serait l’occasion de tenir parole 30 ans après. Lisez : "L’approvisionnement énergétique du pays sera diversifié. Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum. Les crédits en faveur des énergies nouvelles ou des technologies nouvelles d’exploitation des énergies traditionnelles (charbon) seront très considérablement augmentés". Et pendant qu’on y est, on y ajoutera la proposition numéro 40 : "Une loi cadre garantira le contrôle des citoyens et des élus sur toutes les décisions, notamment les questions de sécurité touchant au nucléaire".

J’en viens à l’accord conclu entre Europe-Ecologie et le PS. Je note qu’il oblige Europe-Ecologie-Les-Verts à renoncer à plusieurs des "conditions incontournables" fixées lors de son congrès de juin dernier. Vous aviez dit « incontournables » ? Je m’abstiendrai ici de toute interprétation sur les intentions des protagonistes, pour m’en tenir à la comparaison des textes et des contenus.

La résolution de ce congrès d’EELV fixait des conditions précises pour l’élaboration d’un "pacte d’alternative" avec leurs "partenaires de gauche". Cela concerne donc aussi le Front de Gauche. On a beaucoup entendu parler du nucléaire et je vais moi-même y revenir. Mais les conditions fixées par les Verts allaient bien au-delà. Ils appelaient notamment, parmi les "conditions incontournables", à l’avènement d’une "6e République parlementaire, incluant la généralisation des modes de scrutin proportionnels". Comment comprendre alors que le texte signé avec le PS s’en tienne à la proposition de François Hollande d’une "République nouvelle" et ne mentionne pas la 6e République ? Hollande y est hostile, « Une réforme des institutions, oui. Un changement de République, non. » a-t-il déclaré dansDirect Matin en septembre dernier. Clair et net. Mais sur l’introduction de la proportionnelle dans cette réforme des institutions, c’est le grand flou. Certes, il en est question. On évoque une dose de proportionnelle, ce qui, on en conviendra, n’est pas la même chose. Mais, est-ce un effet de la gomme qui a déjà servi pour le chapitre MOX, le texte oublie malencontreusement de mentionner le pourcentage de députés qui seraient élus à la proportionnelle ! Ici les promesses ne peuvent même pas engager ceux qui y croient car on ne sait à quoi il faut croire…

Une autre "condition incontournable" fixée par les Verts était "l’abrogation de la réforme des retraites et la garantie d’un droit à la retraite à 60 ans avec un revenu décent". Or, conformément là aussi avec la position du PS, l’accord signé ne propose pas d’abroger la réforme des retraites mais de la "remettre à plat". Et l’accord limite le rétablissement du droit à la retraite à 60 ans "pour toutes celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui ont exercé des métiers pénibles". De fait, il n’y a donc plus de droit à la retraite à 60 ans pour tous dans cet accord.

Je souligne au passage que sur ces deux sujets, retraites et institutions, c’est le Front de Gauche, et pas le PS, qui remplit dans son programme « L’Humain d’abord » les conditions « incontournables » fixées par les Verts pour signer un « accord de partenariat ». Nous sommes pour la "6e République parlementaire". Nous proposons le "rétablissement de la proportionnelle à toutes les élections". Nous sommes pour l’abrogation de la réforme des retraites. Nous sommes pour le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous.

Vient la question du nucléaire.

Voici, très précisément, ce que les Verts avaient fixé comme condition incontournable à ce sujet : "Une loi de sortie du nucléaire en 25 ans, incluant la fermeture de tous les réacteurs de plus de 30 ans ou en zone « dangereuse », en commençant par Fessenheim ; l’arrêt de l’EPR, l’abandon du projet ITER et l’arrêt de la filière plutonium à La Hague".

De sortie du nucléaire, il n’en est plus question, comme on le sait. Le texte reprend la position de Hollande : "Nous réduirons la part du nucléaire dans la production électrique de 75% aujourd’hui à 50% en 2025 ». J’ai bien noté comme tout le monde que l’accord signé prévoit "la fermeture progressive de 24 réacteurs". C’est un utile rappel de ce qui est déjà prévisible aujourd’hui compte tenu de l’ancienneté des réacteurs installés. Les 24 réacteurs les plus anciens auront en effet entre 43 et 48 ans en 2025, alors qu’ils ont été conçus pour durer 30 ans. La fermeture progressive ? EDF travaille à augmenter leur durée de vie jusqu’à 40 ans mais provisionne aussi pour la suite leur démantèlement. C’est d’ailleurs parce que ces vieux réacteurs arrivent en fin de vie qu’EDF travaille sur des réacteurs de nouvelle génération. Voilà donc une promesse d’autant plus facile à tenir qu’elle est déjà au programme d’EDF.

L’accord EELV-PS me pose d’autres problèmes. Je veux parler de sa manière d’aborder l’état d’urgence économique et sociale et de la façon d’y répondre. C’est la grande question de la période. Sur la dette, n’est-il pas étonnant que le texte reprenne à son compte la proposition de François Hollande "d’un retour à l’équilibre en 2017" ? Les Verts ont-ils mesuré l’ampleur de la purge que cela représenterait en l’absence d’une taxation massive du capital que l’accord ne prévoit pas ?

Autre point crucial : J’ai bien noté dans ce texte l’absence de remise en cause de l’Europe du Traité de Lisbonne. Pourtant cela n’empêche pas le document de multiplier les propositions qui sont très contradictoires avec le dit Traité ! Les socialistes sont-ils d’accord pour la désobéissance aux injonctions européennes comme nous ? Comme "repenser le rôle et les missions de la Banque Centrale Européenne" qui sont fixées par le Traité ? A ce sujet, l’accord PS-EELV propose que la BCE puisse "racheter" des emprunts d’Etat. Racheter ou acheter ? Ce n’est pas du tout pareil. Car s’il s’agit de racheter, j’en déduis que l’option du prêt direct de la Banque Centrale Européenne aux Etats est écartée par ce texte !

Autre bizarrerie : L’audace d’un projet de taxation des transactions financières ! Cela sonne clair comme une bonne revendication de la gauche. A regarder de près. Mauvaise surprise. N’est-il pas étonnant aussi que le texte propose de fixer à "0,05 %" une "taxe sur les transactions financières" ? Les négociateurs de l’accord ne savent-ils pas que le président de la Commission européenne Barroso a déjà proposé une taxe de 0,1% ? Ainsi l’accord PS-Verts propose de taxer deux fois moins les flux de capitaux que Barroso. Sans commentaire.

Il y a un autre sujet sur lequel l’accord fait moins que ce qui se fait déjà aujourd’hui. C’est l’école.

L’accord signé par le PS et Europe-Ecologie dit que "L’acquisition d’un socle commun de savoirs et de compétences (lire, écrire, compter, cliquer) doit redevenir la vocation première de l’Education Nationale." Or l’article 9 de la loi Fillon de 2005, actuellement en vigueur, ne va-t-il pas déjà plus loin ? Le voici : "La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences. Ce socle comprend : – la maîtrise de la langue française ; – la maîtrise des principaux éléments de mathématiques ; – une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté ;- la pratique d’au moins une langue vivante étrangère ;- la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication." Mais bien sûr, « lire, écrire, compter » et surtout « cliquer », c’est tellement plus… simple à comprendre quand on n’a appris qu’à « lire, écrire, compter » et surtout « cliquer ».

Quant aux autres services publics, pourtant décisifs pour la réorientation écologique des transports et de l’énergie, l’accord ne prend pas position pour ou contre leur libéralisation et leur mise en concurrence. Il propose une "évaluation objective de l’ouverture à la concurrence". A notre avis cette évaluation est déjà faite par les luttes qui se déroulent partout. Je rappelle que pour notre part au Front de Gauche, nous proposons de "protéger les services publics de la libéralisation et de la mise en concurrence". Et de "stopper toutes les libéralisations entreprises notamment dans les secteurs du rail, du courrier et de l’énergie."

L’accord PS–Verts n’est guère avancé sur un point pourtant lourd de conséquences. C’est l’indécision discrète qui prédomine en ce qui concerne l’OTAN. Ce n’est pas un petit sujet, non ? L’accord propose d’"évaluer les effets concrets de la réintégration de la France dans l’Otan". Ah ! Vous n’êtes pas au courant déjà ? Vous n’avez pas de parlementaires aux commissions de défense des deux assemblées ? Et quand bien même ! Vous n’avez pas d’avis politique sur la question ? Non. Ils vont « évaluer ». Ce qui montre que le lobby atlantiste est plus discret mais plus efficace que celui du nucléaire pour aider à écrire les textes… Le Front de Gauche qui ne subit pas cette influence propose tout simplement que la France se retire de l’Otan.

Pour ne pas rester sur une note déprimante, je viens sur une dimension de projet lié au thème. La transition énergétique est une idée radicale. Est-elle concrète ? Je veux ici relancer le débat général sur ce point. D’après moi, il n’est pas bon de se limiter à la question du nombre d’emplois en jeu selon les scénarios pro ou anti-nucléaire. Bien sûr que cela compte. Bien sûr que c’est décisif pour convaincre dans les deux cas. Mais ce n’est pas intellectuellement satisfaisant.

Ce n’est pas le nombre d’emplois qui rend supportable un risque aussi majeur ou bien une décision aussi radicale. Sait-on faire autrement est une vraie question. Incontournable. Nous ne partons pas de rien dans ce domaine, faut-il le rappeler. L’association Négawatt met a notre disposition un formidable matériel de travail. Elle a présenté son nouveau scénario fin septembre de cette année. Cette association a été créée en 2001 comme un groupe d’expertises et de propositions sur la politique énergétique de la France. Ses travaux sont reconnus pour leur sérieux. Ils nourrissent nos réflexions de citoyens sans chercher à nous embrigader. Ses travaux comblent opportunément les faiblesses de la recherche privée mais aussi publique sur les économies d’énergie et les renouvelables

Négawatt reprend le triptyque "sobriété, efficacité énergétique, énergies renouvelables". Selon l’association, il est possible de sortir du nucléaire en 2033 et de couvrir 91% des besoins par les énergies renouvelables en 2050 sans remettre en cause l’essentiel du confort de nos sociétés modernes. Car le scénario 2011 a été construit à partir des usages et des besoins et non des ressources. C’est une grande différence avec les précédents scénarios. Cette différence permet de faire tomber la caricature facile de ceux qui accusent les partisans de la sortie du nucléaire de vouloir revenir à la bougie. Surtout, cela permet de situer les discussions et les critiques sur un terrain rationnel avec une exigence d’argumentation dans un domaine ou le péremptoire est trop souvent roi.

Le scénario présenté par Négawatt propose de donner à la France une contribution à la lutte contre le changement climatique à la hauteur de son impact dans la production de gaz à effets de serre. Le scénario de Négawatt reviendrait à diviser les émissions françaises de CO2 par deux en 2030 et par 16 en 2050, par rapport à 2010. Dès lors, les émissions de CO2 cumulées sur la période 2011- 2050 seraient cohérentes avec les objectifs pour limiter la hausse moyenne de température de 2°C en 2100. L’association propose d’accorder une priorité absolue aux économies d’énergie. Car dans cette optique, l’énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu’on ne consomme pas. Cette idée peut paraître banale. On peut penser qu’il s’agit d’un simple a côté de la bataille centrale pour de nouvelles sources d’énergie. Il n’en est rien. C’est un défi global qui inclut une révision en profondeur de l’existant.

Le scénario 2011 estime qu’on peut réduire les besoins en énergie primaire des deux tiers d’ici à 2050 par rapport à aujourd’hui. Pour cela, il faut une politique très volontariste de sobriété et d’efficacité énergétique. Là est un gisement de responsabilité pour l’implication citoyenne. Rien que dans le bâtiment, Négawatt identifie une économie possible de 600 térawatt/heure, soit une fois et demie la production nucléaire actuelle. L’association parle d’une hausse progressive du nombre de logements mis en chantier de sobriété énergétique chaque année pour atteindre un million par an à partir de 2022. Mais pour isoler des logements de manière aussi massive, il faut des artisans et des salariés formés. Il faut donc des formateurs. Et il faut aussi des matériaux. Il faut les produire, les acheminer et ainsi de suite. Tout cela doit donc s’organiser dans le temps et dans l’espace. C’est un bon exemple concret de ce que devra être la planification écologique.

Ce qui me plait aussi dans ce document, c’est le grand angle de son approche. L’association prend en compte l’impact sur l’usage des sols et l’agriculture d’une relocalisation des productions et d’un recours importants à la biomasse. Il prévoit aussi une "anticipation de la fin des "fossiles faciles" à l’approche des pics de production". Il s’agit de limiter le choc que constituera l’épuisement des ressources de pétrole notamment et de l’explosion du prix qui la précédera. C’est aussi une question d’indépendance nationale. Pour cela, le scénario propose une utilisation de ces "fossiles faciles" progressivement limitées à certains secteurs, comme la pétrochimie ou la fabrication de matières premières industrielles, ou à quelques usages spécifiques comme l’aviation.

A partir du moment où, comme le prévoit ce scénario, on a réduit nos besoins en énergie des deux tiers, une bonne partie du chemin est fait. Le scénario Négawatt estime qu’avec un recours prioritaire aux énergies renouvelables, celles-ci pourraient représenter 91% de l’énergie utilisée en 2050. C’est essentiel ! Car le programme du Front de Gauche fait de la sortie des énergies carbonées l’objectif commun fondamental de la politique de transition énergétique. Négawatt démontre que c’est possible en expliquant qu’il est possible d’obtenir "un système énergétique français presque totalement décarboné malgré un arrêt maîtrisé et cohérent de toute production d’électricité nucléaire en 2033". Plus de nucléaire en 22 ans, presque plus de CO2 en 40 ans. Il y a de quoi s’enthousiasmer. A chacun de se construire un avis motivé sur la faisabilité d’un projet qui permet de discuter sur un terrain concret.

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans ce travail, je m’en doute. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout ne m’a pas convaincu, vous le devinez. Ce document doit être discuté. Par exemple, Négawatt estimait auparavant à 684 000 créations nettes d’emplois à l’horizon 2020 les conséquences de son précédent scénario. Cette estimation est pour l’heure absente des travaux du nouveau scénario. Il en va donc de même pour la question, décisive, de la formation et de la qualification des métiers nécessaires. Voila un beau sujet de discussion qui devra évidemment associer les syndicats et les salariés. Et puis, les organisations politiques et leurs élus doivent aussi assumer leur rôle dans l’élaboration des politiques publiques.

Par contre, on peut aussi s’inquiéter du "bonus-malus" sur les équipements et de la contribution sur l’énergie proposée par l’association : qui paye ? comment font ceux qui n’ont pas les moyens de remplacer leurs appareils électroménagers par d’autres plus performants ? Et puis, sur certains sujets, il faudrait sûrement être plus volontariste que ne l’est l’association. C’est le cas du ferroutage où Négawatt ne parle que d’incitation au transfert modal alors qu’il faudra certainement en passer par la loi. Et bien sûr, il faudra aussi revenir au wagon isolé et subventionner le fret ferroviaire. Donc désobéir aux directives européennes. De cela, l’association ne parle pas.

Et la maîtrise publique de la production d’énergie et notamment d’énergie nucléaire dans la période de transition ? A mon avis, le scénario ne l’évoque pas assez clairement. C’est pourtant un élément absolument nécessaire que l’on veuille engager la sortie du nucléaire ou assurer dès maintenant au maximum la sécurité des centrales existantes. Un dernier point. Négawatt propose de grands parcs éoliens et photovoltaïques alors que nous plaidons plutôt pour une relocalisation de la production d’électricité au plus près des lieux de consommation.

Pour autant, à la lecture du document, l’impression qui ressort est claire. Puisque c’est techniquement faisable, tout est affaire de volonté politique. Et donc de mobilisation citoyenne pour imposer cet intérêt général. Pour que les citoyens se mobilisent, il faut qu’ils soient informés, qu’ils puissent débattre et décider. Le scénario Négawatt a aussi un mérite essentiel à mes yeux. Il insiste sur l’importance de l’anticipation et de l’organisation de cette transition. L’association propose "une grande loi d’orientation" conçue entre l’Etat, le Parlement, les syndicats et le patronat, les collectivités locales et des associations. Au Front de Gauche, nous retenons une méthode proche, et nous lui donnons un nom : la "planification écologique". Avantage de notre méthode, elle est ne limite pas l’action à un seul épisode. La révolution culturelle et industrielle qui est a la clef devient une révolution permanente où la planification a un contenu démocratique et participatif constant.

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Mobilisation à Valognes contre les déchets nucléaires AFP Reporterre 2011/11/22 AFP (22 novembre 2011) Mobilisation à Valognes contre les déchets nucléaires. Reporterre. fr

Mobilisation à Valognes contre les déchets nucléaires

CAEN - Les manifestations antinucléaires annoncées avant le convoi de déchets nucléaires allemands, qui doit partir mercredi de Valognes (Manche), ont provoqué un branle-bas de combat dans la cité où les collèges et le lycée seront fermés, des rues interdites alors que la SNCF va stopper ses trains.

La SNCF annonce une interruption totale des circulations ferroviaires entre Cherbourg et Lison, soit plus 70 km de la ligne Paris-Caen-Cherbourg situés dans la Manche, selon un communiqué diffusé lundi sur le site internet régional de la société.

De source proche de l’industrie nucléaire, un train de déchets nucléaires allemands retraités par Areva doit quitter mercredi Valognes, situé à une vingtaine de km de Cherbourg. Il s’agit de 12e convoi de ce type. Mais les mesures prises par la mairie et la SNCF sont très exceptionnelles.

En raison de plusieurs appels à manifestation, notamment du groupe +Sortir du nucléaire+, SNCF met en place pour ses voyageurs le mercredi 23 novembre prochain un plan de transport de substitution par autocar entre Lison et Cherbourg, précise la société de chemins de fer.

A Valognes, survolé par un hélicoptère de gendarmerie lundi, les deux collèges, l’un public et l’autre privé, ainsi que le lycée seront fermés, ont indiqué les établissements à un correspondant de l’AFP.

La mairie de Valognes a aussi pris des arrêtés, à la demande du préfet de la Manche, interdisant le stationnement et la circulation des véhicules de 06h00 à 15h00 dans plus d’une vingtaine de rues de la ville mais aussi ces mêmes interdictions de mercredi 06h00 à jeudi 15h00 pour deux routes.

La circulation des piétons sera même interdite rue des Artisans, située dans une zone d’activité, qui permet d’accéder au terminal ferroviaire, de 12h00 à 15h00 mercredi.

Quelques dizaines de militants antinucléaires d’un collectif baptisé Valognes Stop Castor ont commencé lundi à monter un camp dans un champ privé à Yvetot-Bocage, à quelques kilomètres de Valognes, a constaté une journaliste de l’AFP. Des fourgonnettes de gendarmes étaient présentes aux carrefours environnants.

Le collectif appelle à manifester mercredi à 10H00 à Valognes et à bloquer le train. Greenpeace et Europe Ecologie les Verts (EELV) appellent à un rassemblement mardi à 18H00 mais pas à bloquer le train. Sortir du nucléaire appelle à manifester mardi mais soutient les actions du collectif.

Il n’est pas question de partir dans un affrontement avec les forces de l’ordre. S’il y a des violences, elles viendront de la police, a déclaré lundi Gérard (nom d’emprunt), 40 ans, membre du collectif lors d’une conférence de presse.

Il faut arrêter de croire qu’un arrêt du nucléaire sortira des élections. On l’a vu la semaine dernière, EELV s’est complètement étalé devant le PS et le lobby nucléaire. Il faut nuire aux intérêts du lobby nucléaire, a-t-il estimé.

Le collectif espère plusieurs centaines de personnes à son camp, voire un millier de personnes mercredi matin.

Castors est le sigle qui désigne ces conteneurs en anglais : Cask for Storage and Transportation of Radioactive Material.

On ne veut plus de déchets restant radioactifs 100.000 ans Colectif Valognes Stop Castor Reporterre 2011/11/22 Colectif Valognes Stop Castor (22 novembre 2011) On ne veut plus de déchets restant radioactifs 100.000 ans. Reporterre. Tribune — fr

On ne veut plus de déchets restant radioactifs 100.000 ans

« L’énergie nucléaire, monstrueux vestige du XXe siècle, celui des grands Etats industriels centralisés, hiérarchiques et chroniquement aveugles. »

Chaque régime a sa conception particulière de ce qu’il n’est pas démocratiquement acceptable de soumettre au débat public. Tout comme en Grèce il serait manifestement scandaleux de mettre au vote les plans d’austérité de la troïka, il n’est pas admissible en France d’émettre des réserves quant au nucléaire.

Le PS, en osant souscrire à la timide perspective de fermer 24 réacteurs hors d’âge et d’abandonner la filière MOX, en a récemment fait les frais. Il aura suffi d’un coup de telephone d’Areva à Bernard Cazeneuve, porte-parole de François Hollande, pour signifier aux socialistes les bornes du bac à sable sémantique où il convient de se cantonner quand on entend « faire de la politique » de nos jours.

Il est vrai que l’abandon de MOX signifie à plus ou moins brève échéance la mise en veille de l’installation nucléaire qui, par ses rejets quotidiens, contribue le plus à la contamination radioactive de la planète : l’usine de La Hague.

L’amorce de la fin

La formidable veulerie des socialistes comme l’arrogance proprement démente du lobby nucléaire dans cet épisode ne doivent pas faire illusion : ce qui s’est joué la semaine dernière est bel et bien le retour de la question nucléaire en France, c’est-à-dire l’amorce de sa fin. Les mensonges débités en pur bluff par les nucléocrates ne seront pas oubliés, cette fois : ils ont été proférés trop haut, et se retourneront contre eux.

La grossièreté même des arguments témoigne du vent de panique qui souffle actuellement dans leurs rangs. Sur les 450 réacteurs qui étaient en projet avant Fukushima, il n’en reste plus que 80 à l’étude. Areva est en procès avec l’Etat finlandais au sujet de la construction de l’EPR d’Oikiluoto. Le Japon a mis à l’arrêt, à ce jour, plus de 80 % de ses réacteurs. L’Italie, la Suisse et l’Allemagne renoncent à l’énergie nucléaire, monstrueux vestige du XXe siècle, celui des grands Etats industriels centralisés, hiérarchiques et chroniquement aveugles.

Quelle que soit la virulence du déni, les nucléocrates le savent bien : en tant qu’industrie, le nucléaire n’a aucun avenir, hormis l’industrie de son démantèlement. S’il n’y a plus guère de réacteurs à construire dans le monde, il y en a encore 450 à démanteler. Que la CGT ne s’inquiète donc pas, il y aura autant de travail dans ce secteur quand les centrales auront été arrêtées, et même pour plusieurs décennies.

Mafia

Il y avait presque du comique, la semaine dernière, à entendre Monsieur Proglio reservir au bon peuple le couplet « énergie nucléaire, énergie peu chère » au moment même où les tarifs d’EDF atteignent des records historiques.

C’est de ce genre d’arnaques comptables qu’est faite la ritournelle sur les vertus du nucléaire. Le « il vous en coûtera cher de renoncer à nos services » est au reste le refrain en forme de menace de toutes les mafias du monde. Et toutes les odes à l’indépendance énergétique que le pays devrait à ses centrales se comprennent plutôt, sur ce fond de chantage, comme autant d’apologies de la dépendance où nous tient le lobby nucléaire.

Mais il ne suffit pas que le lobby nucléaire donne publiquement toute la mesure de l’hystérie dont il est capable, ainsi qu’il l’a fait la semaine passée. A nous aussi de donner toute la mesure de notre détermination à mettre un terme à ses activités.

Il faut se battre, là où il est exclu de débattre. C’est dans cette idée qu’a été lancée l’initiative de bloquer ce 23 novembre, en écho aux 50.000 Allemands qui le bloquent à son arrivée, le train CASTOR de déchets ultra-radioactifs à son point de départ, à Valognes, dans la Manche.

La perspective de voir confluer de partout en France un millier de personnes qui sortent de leur impuissance face à l’industrie nucléaire donne assez de sueurs froides à Areva pour qu’ils tentent maintenant la misérable manoeuvre d’avancer le départ d’un jour dans le vain espoir de nous prendre de court. Et la SNCF suit docilement, prête à laisser errer le convoi sur ses voies aussi longtemps qu’il le faudra.

Comprenez bien : ce que nous visons à Valognes n’est pas un coup d’éclat, mais le retour pratique d’un mouvement anti-nucléaire décidé, c’est-à-dire décidé à soulever l’hypothèque que le nucléaire fait peser sur tout futur possible.

Blocage

Nous sommes d’un temps qui a bu le nihilisme jusqu’à la lie, jusqu’au dégoût. Nous sommes trop attachés à la vie pour la laisser entre les mains d’Areva. Les déchets du type de ceux que transporte CASTOR sont radioactifs pour plus de 100.000 ans. A eux seuls, ils exposent l’impossibilité de « sortir du nucléaire » : ils sont là, à cracher du neutron, pour toujours.

Mais à eux seuls, ils sont un argument suffisant pour mettre un terme immédiat à leur production, et donc à la production d’électricité à partir de l’atome. Pour finir, il nous faudra faire tout cela : tenir en respect ces matières mortelles, arrêter les centrales, nous équiper partout de moyens de satisfaire nos besoins énergétiques à partir des ressources locales. Mais pour commencer, il nous faut bloquer ce train, afin d’éprouver notre puissance d’agir collective et ouvrir d’autres voies que l’apocalypse promise, pour les siècles des siècles.

Pour libérer les jeunes de la télévision Edupax Reporterre 2011/11/22 Edupax (22 novembre 2011) Pour libérer les jeunes de la télévision. Reporterre. fr

Pour libérer les jeunes de la télévision

Le Québecois Jacques Brodeur organise dans les écoles des « Défis sans écran », pour désintoxiquer les enfants de la télévision. Il sera en France au printemps prochain.

Depuis 25 ans, l’enseignant en éducation physique et fondateur d’Edupax, le Québécois Jacques Brodeur, dénonce la violence utilisée au petit écran pour attirer et attraper des jeunes. Or, avec la multiplication des nouvelles technologies, le phénomène prend de l’ampleur, d’où la création du projet éducatif connu sous le nom de DÉFI 10 JOURS SANS ÉCRANS. L’inventeur du Défi effectuera une 3e tournée en France en février-mars 2012.

Il déplore que des professionnels du marketing et du divertissement utilisent les écrans pour proposer aux enfants des habitudes de vie et des produits malsains en leur offrant des modèles tels que Eminem, Lady Gaga, Britney Spears, Grand Theft Auto, Terminator, Spiderman, Jackass, etc. « Ils veulent attirer les jeunes pour augmenter leurs revenus. L’effet pervers, c’est que les jeunes veulent les imiter. La vie de l’école s’en trouve de plus en plus empoisonnée. Je fais régulièrement des sondages auprès d’élèves de 9 à 15 ans sur les mots les plus populaires pour blesser d’autres élèves : pétasse, salope, etc. Leur utilisation est commune et fréquente », constate M. Brodeur. À cela s’ajoutent les tenues vestimentaires qu’il faut de plus en plus réglementer.

La déconnexion des jeunes de la réalité est un phénomène constaté partout en Amérique et en Europe et le prix s’appelle INCIVILITÉS. Pour lui, la solution réside dans une prise de conscience du temps (ÉNORME) passé devant l’écran et des contenus qu’on y véhicUle. Et pour ce faire, les enseignants doivent agir avec la complicité des parents. C’est ainsi qu’est née la Dizaine sans écrans. Un défi où enseignants, parents, enfants et ados sont invités à se débrancher pendant quelques jours pour mieux se « rebrancher » sur la vie réelle. Une bonne préparation est toutefois nécessaire pour éviter que les jeunes ne perçoivent l’expérience comme une punition. Les parents ont eux aussi besoin de préparation. Tout est basé sur le renforcement positif, il n’y a aucune pression, assure M. Brodeur.

Jusqu’à maintenant plus d’une centaine d’écoles québécoises ont expérimenté le concept au moins une fois. Certaines le font chaque année, comme l’école Sacré-Cœur, de La Pocatière, où la municipalité collabore en proposant une programmation spéciale dans ses installations de loisirs pour l’occasion. Le concept a franchi l’Atlantique puisque 29 écoles de France ont aussi organisé le Défi en mai-juin dernier 2011.

Jacques Brodeur ne diabolise pas la technologie. On diabolise ce qu’on ne comprend pas. Or, l’influence de la télévision, des films et des jeux vidéo violents est scientifiquement connue et solidement documentée. « Ce que je veux faire réaliser aux enfants et aux parents, c’est que c’est une chose de mettre la technologie à notre service, c’en est une autre que de nous laisser happer par les écrans et de les laisser nuire à notre santé », mentionne-t-il. Son souhait est d’exercer le jugement critique des enfants pour « qu’ils ne demeurent pas des proies de la publicité, qu’ils ne deviennent pas prisonniers des industries embusquées derrière les écrans et, imperceptiblement, des esclaves de la société de consommation. »

La 3e tournée de Jacques Brodeur en France s’étend du 12 février au 25 mars 2012. Il souhaite s’adresser à des enfants, des ados, des parents et des enseignants. Parmi les thèmes de conférence qu’il propose : Nos enfants, maîtres des écrans : pour une consommation médiatique éclairée. Les personnes intéressées à inscrire leur école, village ou quartier au calendrier de tournée peuvent le contacter par courriel : JBrodeur@edupax.org.

Il est temps d’en discuter sérieusement : comment sortir du nucléaire ? Hervé Kempf Reporterre 2011/11/22 Hervé Kempf (22 novembre 2011) Il est temps d’en discuter sérieusement : comment sortir du nucléaire ?. Reporterre. Édito — Énergie fr

Il est temps d’en discuter sérieusement : comment sortir du nucléaire ?

PEUT-ON SORTIR DU NUCLÉAIRE ? TROIS OUTILS : LA SOBRIÉTÉ L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE LES ÉNERGIES RENOUVELABLES.

Thierry Salomon est affirmatif : « Oui, on peut sortir du nucléaire. » M. Salomon n’est pourtant pas un militant antinucléaire, mais le président de Negawatt, une association d’ingénieurs. Se retrouvant notamment lors d’universités annuelles, les membres de Negawatt travaillent depuis 2003 à l’élaboration d’un scénario de sortie de la France du nucléaire tout en respectant l’impératif d’une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre. Révisé en 2006, leur scénario est depuis plusieurs mois refondu pour intégrer les progrès méthodologiques enregistrés depuis 2003. Il devrait être finalisé d’ici l’été 2011 et nourrir le débat politique.

Le scénario de l’association Negawatt

Les milieux énergétiques français ont jusqu’ici négligé d’étudier sérieusement l’hypothèse d’une sortie du nucléaire. La prévision énergétique officielle jusqu’en 2020 reste exprimée dans la Programmation pluriannuelle des investissements énergétiques (PPI), publiée par arrêté au Journal officiel le 15 décembre 2009.

La PPI intègre les options décidées lors du Grenelle de l’environnement et des Conseils européens : baisse de 20 % en 2020 des émissions de gaz à effet de serre, réduction de 20 % de la consommation énergétique et part des énergies renouvelables atteignant 20 % de la consommation d’énergie. Par ailleurs, dans un rapport publié en 2008 sur les « Perspectives énergétiques de la France à l’horizon 2020-2050 », le Centre d’analyse stratégique n’avait pas étudié l’hypothèse d’une sortie du nucléaire.

Toutefois, le ministère de l’industrie et de l’énergie réunit depuis juillet 2010 un « Groupe de travail énergie-climat », intégrant des associations, pour réfléchir à l’horizon 2030.

Pour amorcer la discussion sur l’hypothèse d’une France sans nucléaire, c’est cependant le scénario de Negawatt qui constitue la réflexion la plus aboutie. « Il ne s’agit pas de revenir à la bougie, ironise Thierry Salomon. Elle émet du CO2 et présente une mauvaise efficacité énergétique. »

Trois volets

Comment Negawatt envisage-t-il l’avenir ? En trois parties portant sur la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Premier point, une très forte volonté de sobriété énergétique. Celle-ci suppose une réflexion sur les usages de l’énergie, et la dissuasion des surconsommations inutiles, comme les écrans publicitaires vidéo dans le métro parisien (qui consomment chacun autant d’électricité que six Français). La réduction de consommation permise par cette sobriété est estimée à environ 15 %.

Deuxième volet, qui compte pour une réduction de plus de 30 %, un développement fort de l’efficacité énergétique. Celle-ci vise à améliorer le rendement des divers équipements, en s’intéressant non seulement à leur consommation énergétique, mais aussi à la façon dont ils sont produits. Des gains importants sont aussi possibles en récupérant la chaleur perdue par les centrales de production d’électricité (qu’elles soient nucléaires ou pas) : on prévoit ici de développer la cogénération, qui utilise cette chaleur.

Le troisième volet, qui boucle le bilan énergétique, est le développement des énergies renouvelables. Si le scénario prévoit une place accrue à l’éolien et au photovoltaïque, il accorde une grande place à la biomasse, souvent oubliée des discussions : bois, biogaz des décharges, résidus organiques de plusieurs industries, etc. Et le gaz jouera un rôle important dans la transition vers la sortie du nucléaire.

Si l’on suit ce scénario, la consommation énergétique globale de la France passerait de 2 800 TWh (terawatt/heure) en 2005 à 1 200 en 2050. « La stratégie nous amène à la sortie du nucléaire vers 2040, le gaz commençant à décliner à partir de cette date », dit M. Salomon.

Réflexion à l’échelon européen

Il a le mérite d’être sur la table. « Nous n’avons pas de problème de principe avec le scénario Negawatt, dit Pierre-Franck Chevet, directeur général de l’énergie et du climat au ministère de l’industrie. Cependant, la prospective d’ici à 2050 est incertaine, notamment en raison des inconnues sur l’état et le coût des technologies, par exemple en ce qui concerne le stockage de l’électricité. » Le Groupe de travail énergie-climat raisonne pour 2030 sur une stabilité du parc nucléaire. Des scénarios de réduction et d’augmentation de ce parc pourraient être étudiés.

Une autre étude sur la sortie du nucléaire a été menée dans le cadre d’une prospective européenne par le Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale (Lepii) du CNRS. « Nous avons intégré l’hypothèse d’un accident nucléaire grave en 2015 entraînant la recherche d’une sortie du nucléaire », dit Patrick Criqui, directeur du Lepii (qui s’est scindé en deux laboratoires début 2011). Une condition du scénario est de rester dans l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de façon à ne pas dépasser un réchauffement global de 2o C en 2050.

« Dans notre modèle, on intègre plus d’efficacité énergétique et d’énergie renouvelable, poursuit M. Criqui. Mais s’il y a une sortie du nucléaire au niveau européen, il faut continuer à utiliser le charbon pour produire de l’électricité. Le gaz carbonique produit par la combustion du charbon pourrait être limité par sa séquestration en sous-sol. Mais cela entraînerait une augmentation du coût des politiques énergétiques. »

Une large part du débat portera sur le coût comparatif de l’électricité produite par le nucléaire, par d’autres moyens ou... économisée. Jusqu’à aujourd’hui, en France, le prix de l’électricité nucléaire est réputé bas. En fait, l’inconnue relative au coût du démantèlement des centrales nucléaires fait que cette assertion est discutée par de nombreux experts. Et la catastrophe de Fukushima va certainement changer les règles de sûreté de l’énergie atomique, donc son coût.

Cet accord est chou Hervé Kempf Reporterre 2011/11/23 Hervé Kempf (23 novembre 2011) Cet accord est chou. Reporterre. Tribune — fr

Cet accord est chou

« Quand François Hollande dit que la part du nucléaire passera de 75 % à 50 % de la consommation électrique, le chiffre important est celui du numérateur, la consommation : 50 % de 475 térawattheures (TWh) (consommation française de 2010) et 50 % de 300 TWh sont deux réalités tout à fait différentes. Autrement dit, une politique résolue d’économies d’énergie impliquerait une baisse plus forte du parc nucléaire. »

C’est le problème des verres remplis à moitié : à moitié pleins ou à moitié vides ? Tel l’accord entre le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) en ce qui concerne la politique énergétique : il semble rester entre chèvre et chou. Mais, avant de l’examiner, il convient de s’intéresser à ce que disent du sujet énergétique l’UMP et le Front national. Le document présenté par l’UMP lors sa Convention sur le développement durable le 17 novembre invite à « développer le nucléaire »... Quant au FN, son programme juge qu’il « faut conserver le nucléaire à moyen terme ». Du côté de la droite, les choses sont donc claires. Relevons d’ailleurs que l’UMP écrit que « le nucléaire représente pour la France plus de 100 000 emplois directs ou indirects » (voir page 9 de « Notre avenir se prépare aujourd’hui »), soit dix fois moins que ce que prétend le patron d’EDF, Henri Proglio.

Mais revenons à nos chèvres et à nos choux. EELV n’obtient donc pas la formule magique « sortie du nucléaire ». Mais la « fermeture progressive de 24 réacteurs » inscrite dans l’accord correspond bien à un changement radical, puisque « aucun nouveau projet de réacteur ne sera initié ».

Certes, cette formule peut être interprétée de manière machiavélique : il pourrait s’agir de « projet de construction de réacteurs », ce qui laisserait la possibilité de concevoir un nouveau type de réacteurs. Il pourrait aussi s’agir de « projet de conception de réacteurs », ce qui n’interdirait pas de construire des réacteurs d’un type existant. Socialistes et écologistes devraient préciser ce détail, qui peut cacher un diable tourmenteur.

Un autre point essentiel est l’objectif de « réduire la consommation d’électricité ». Il nous faut ici recourir à des calculs requérant une attention presque insoutenable du lecteur. Quand François Hollande dit que la part du nucléaire passera de 75 % à 50 % de la consommation électrique, le chiffre important est celui du numérateur, la consommation : 50 % de 475 térawattheures (TWh) (consommation française de 2010) et 50 % de 300 TWh sont deux réalités tout à fait différentes. Autrement dit, une politique résolue d’économies d’énergie impliquerait une baisse plus forte du parc nucléaire.

D’où la question essentielle que doivent se poser les citoyens - et les responsables politiques qui ne sont pas aux ordres du lobby électrique : une politique forte d’économies d’énergie ne créerait-elle pas de nombreux emplois tout en diminuant les charges nucléaires et pétrolières ?

Un million de Français fichés génétiquement Ligue des Droits de l’homme / Syndicat des avocats de France / Syndicat de la magistrature Reporterre 2011/11/23 Ligue des Droits de l’homme / Syndicat des avocats de France / Syndicat de la magistrature (23 novembre 2011) Un million de Français fichés génétiquement. Reporterre. fr

Un million de Français fichés génétiquement

Le fichier des empreintes génétiques a vu son champ s’étendre continument. Avocats et magistrats sonnent l’alarme :« A l’heure d’un certain endormissement démocratique, nous ne sous-estimerons jamais l’utilisation qui pourrait être faite, dans d’autres circonstances, d’un tel fichier. »

L’histoire du Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg), créé en 1998, est, comme celle de nombreux autres fichiers, celle d’une expansion permanente qui finit par rompre gravement l’équilibre nécessaire en démocratie entre deux objectifs légitimes : la recherche des auteurs d’infractions d’une part et la protection des libertés individuelles d’autre part.

Expansion de son objet, d’abord, puisque, créé pour l’identification des auteurs de crimes et délits sexuels commis sur les mineurs de quinze ans, le Fnaeg concerne aujourd’hui presque toutes les infractions, y compris les moins graves qui, pourtant, donnent très rarement lieu à des expertises génétiques dans le cadre des enquêtes…

Expansion, surtout, du nombre de personnes inscrites dans le fichier. En moins de dix ans, six lois sont venues étendre le champ des prélèvements génétiques, si bien qu’aujourd’hui, plus de 1.700.000 profils sont recensés dans le fichier, pour des délits aussi divers que les vols, les extorsions, les dégradations ou les usages de stupéfiants… Pire, il n’est pas nécessaire d’être condamné pour être inscrit, il suffit simplement que des soupçons aient été portés sur la personne, et encore, pas par un magistrat mais le plus souvent à l’initiative de la police. A l’heure où plus d’un citoyen sur cinquante figure au Fnaeg, il est inquiétant de constater que plus d’un million n’y sont inscrits que comme simples suspects…

Cette augmentation démesurée du nombre de personnes fichées a fini par changer la nature du Fnaeg, initialement réservé aux personnes condamnées pour des crimes à caractère sexuel. L’inscription au fichier devient une peine en soi et crée une présomption de culpabilité appuyée sur un fichier de suspects permanents.

Et ce n’est pas la durée de conservation des données qui pourra apaiser les inquiétudes - 40 ans pour les condamnés, 25 pour les simples suspects - : un tel délai est manifestement disproportionné, à tel point que le Conseil constitutionnel, dans une décision du 16 septembre 2010, a dû rappeler que ces durées devaient être plus strictement limitées, notamment pour les mineurs. Sans grand effet pour l’instant…

La fébrilité du gouvernement, sur ces questions, est pourtant patente : refusant de se soumettre à un prélèvement de leur ADN, trente-quatre faucheurs d’OGM, condamnés par la justice française, se sont tournés vers la Cour européenne des droits de l’Homme pour violation de leur vie privée. Plutôt que d’attendre sereinement l’arrêt, le ministère des Affaires étrangères a entrepris de leur proposer une somme d’argent afin qu’ils se désistent de leur action. Ils ont naturellement refusé, car ils sont de ceux qui pensent que les libertés publiques n’ont pas de prix. La manœuvre, toutefois, est éloquente !

Mais le pire est peut-être à venir. Les progrès en génétique semblent bien démontrer que les marqueurs génétiques entrés dans le fichier pourraient donner des informations assez précises sur l’origine géographique ou les prédispositions pathologiques des personnes inscrites. Il s’agirait dès lors, ni plus ni moins, que de constituer un fichier de type quasi-ethnique. Tout le contraire, en somme, des exigences minimales de la législation et des assurances données par les gouvernements successifs. Le 7 novembre dernier, Xavier Renou, membre des « désobéisseurs » poursuivi pour un refus de son prélèvement ADN, a vu son procès reporté dans l’attente de réponses aux questions prioritaires de constitutionnalité soulevées par sa défense, notamment sur le caractère codant des marqueurs génétiques. Le Conseil constitutionnel aura donc, très vraisemblablement, à se prononcer sur cette question de première importance.

A l’heure d’un certain endormissement démocratique, nous ne sous-estimerons jamais l’utilisation qui pourrait être faite, dans d’autres circonstances, d’un tel fichier.

Dans ces conditions, nous nous opposons à un développement illégitime du Fnaeg et demandons :

- que ne figurent, dans ce fichier, que des personnes effectivement condamnées ; - que le nombre d’infractions motivant l’inscription soit drastiquement réduit - que les délais de conservation des profils soient mieux adaptés à la personnalité des auteurs ; - que, pour le moins, toute forme de réhabilitation judiciaire emporte retrait du fichier.

La campagne présidentielle commence et il nous paraît indispensable que les candidats se positionnent clairement sur des questions qui mettent aussi crucialement en jeu les libertés publiques.

Vers une écospiritualité Michel Maxime Egger Reporterre 2011/11/24 Michel Maxime Egger (24 novembre 2011) Vers une écospiritualité. Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

Vers une écospiritualité

« L’être humain ne peut pas être confondu et dissous dans la création ; en même temps on ne peut pas en faire un dieu qui domine et se sépare de la création. Il faut voir en lui un être–frontière, qui participe de la terre et du ciel, de la matière et de l’esprit, qui est fait de poussière, de glaise (nous allons retourner à la poussière) et en même temps il est image de Dieu. »

« L’humanité approche d’un point vertigineux où elle aura à faire un choix radical entre la métastrophe et la catastrophe » - Jean Guitton.

En effet, la planète est en péril : épuisement des ressources, réchauffement du climat, accumulation des déchets, perte de la biodiversité, crise économique font un même tout.

L’humanité est à un carrefour, elle est en crise. La crise c’est un moment où nous avons rendez-vous avec nous-mêmes. Le mot crise veut dire jugement, moment du choix. Choix que nous pouvons recevoir comme une offre de Dieu lui-même : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie, afin que vous viviez, toi et ta postérité » (Ex. 30.19).

1. Triangle de l’impuissance ou cercle de la foi ?

Les défis sont si immenses et complexes que très souvent ce qui nous gagne c’est un sentiment d’impuissance. On peut être tenté de se résigner et d’avoir un comportement de fuite en avant qui peut être représent comme un triangle avec trois pôles : impuissance - résignation - fuite en avant

A ce triangle on peut opposer le cercle : foi - lucidité - espérance

La lucidité veut qu’on essaie de faire la lumière, ce qui peut nous confronter à des choses très noires qui risquent, à nouveau, de nous plonger dans le découragement. C’est pourquoi il y a le deuxième pôle qui est l’espérance.

Qu’est-ce que l’espérance ? Elle n’est pas à confondre avec l’espoir. L’espérance c’est un accomplissement intérieur qui a à voir avec l’œuvre de l’Esprit-Saint en nous. L’espoir est extérieur, comme l’optimisme (un « ça va s’arranger » impersonnel). L’espérance est quelque chose de personnel qui vient de l’intérieur, et qui nous pousse à agir.

2. Niveaux d’action

Vu l’immensité et la complexité des défis, il est nécessaire d’agir à trois niveaux :

- 1° au plan politique ; par exemple :

- Normes en faveur du climat (Copenhague en déc.09) - Législation : loi sur le CO2 - Chartes éthiques en faveur d’un développement durable

- 2° au plan pratique ; p.ex : - Promotion des énergies vertes, renouvelables et - Tout ce qu’on peut faire au quotidien (consommation, transports, etc.)

- 3° au plan de la conscience ; p.ex : - Revoir, questionner notre vision du monde, nos paradigmes et - Opérer une profonde mutation intérieure.

C’est dans la conscience humaine que se situent les racines profondes des causes et des solutions de la crise écologique. C’est dans la descente vers les profondeurs que s’ouvre une action qui a des effets réels.

3. Racine structurelle des crises écologiques

Le paradigme qui domine actuellement le monde est une sorte de vampire structurel qui suce le sang de la planète à travers les pouvoirs économiques. Par notre mode d’être et nos comportements, nous participons à des degrés variables à ce vampirisme. Il s’agit de prendre conscience de tout ce qui, en nous, fait que nous participons à ces relations disharmonieuses avec la création.

D’où vient notre vision du monde actuel ? Nous vivons depuis quatre siècles, depuis la fin du Moyen Age, dans la modernité, marquée au départ par des figures comme Descartes, Newton, Galilée, etc. , et par les éléments suivants : le rationalisme, le dualisme, la volonté de puissance.

• Le rationalisme Avec le « je pense donc je suis » de Descartes, « être » s’est réduit à penser rationnellement. On isole la raison du cœur et du corps, et en même temps on se coupe de la nature, on la réduit à une chose, elle devient objet d’investigation. L’être humain est coupé de lui-même, coupé de la nature. La tête joue un rôle dominant.

Pourquoi les mesures urgentes pour rétablir l’équilibre sont-elles si lentes à se mettre en place ? Nous sommes aujourd’hui surinformés sur l’état de la planète. En même temps il y a un hiatus avec les mesures qui s’imposent, au plan personnel et collectif. Pourquoi ? Parce que :

Nous ne croyons pas à ce que nous savons ; notre savoir reste dans le mental, l’information n’arrive pas à descendre dans le cœur ; nous sommes tissés d’habitudes et nous nous y accrochons jusqu’à ce que les événements nous confrontent à l’obligation de changer.

• Le dualisme A la vision ternaire de l’être humain (corps, âme, esprit), le rationalisme oppose une vision binaire (corps, âme). Ainsi l’esprit, la faculté mystique disparaît, celle qui nous rend capables de percevoir le divin.

La rupture s’opère aussi entre l’homme et la nature, puisque son idéal est de s’émanciper des contraintes de la nature en la dominant.

Le remède à la crise est dans une anthropologie ternaire qui réunit corps, âme et esprit et qui nous ouvre à nouveau à la capacité de percevoir le mystère.

• L’idéal et la volonté de toute-puissance Le siècle des Lumières a produit l’avènement de la société marchande avec la révolution industrielle et la prodigieuse invention des technologies. Trois principes : argent, technologies et consommation ont pris le dessus, et sont devenus délirants.

Nous sommes des êtres de désir puisque nous sommes à l’image de Dieu (désir d’absolu, de beau, de Dieu) et nous sommes par essence des êtres de finitude, mortels. Nous essayons d’échapper à notre finitude au moyen de l’argent, des technologies et de la consommation dans le but de repousser toujours plus loin les limites.

4. Désenchantement du monde, de la création, de la nature

Nous sommes devenus otages et participants d’une gigantesque machine réductionniste :

le réel est réduit à ce qui est visible ; le visible est réduit à ce qui est matériel ; le matériel est réduit à l’économique ; l’économique est réduit au financier. La nature devient ainsi une marchandise, composée de paquets de gènes manipulables, au service du mythe de la croissance infinie. Le but premier et dernier est de nourrir la machine économique.

Et nous sommes pris au piège d’un monde désenchanté. Un monde qui ne chante plus, qui n’a plus de rythme, de jour et de nuit. Nous sommes dans le développement linéaire du « toujours plus » et qui finit par s’asphyxier lui-même et asphyxier les humains. Mais on se heurte à un moment donné aux limites.

« Voici venu le temps du monde fini » (A. Jacquard).

5. L’empreinte écologique

Si tous les habitants de la planète vivaient comme les Américains, il faudrait 6.8 planètes pour subvenir à tous les besoins (Européens : 3.4 ; Chinois : 0,55 ; Africains, 0,45 ; ces chiffres datent de 5 ans et ont donc évolué depuis).

Le mode de vie des nations riches n’est pas durable et profondément injuste : il n’est pas accessible à tous les habitants de la planète, et en plus, par notre consommation, nous hypothéquons l’avenir de nos enfants.

« Il y a assez de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais il n’y en pas assez pour répondre aux convoitises et désirs de possession de chacun », Gandhi.

6. Le mode de connaissance

Pour faire face à la crise écologique, il est essentiel de travailler à une mutation personnelle et collective.

« Aujourd’hui la bataille principale se mène sur le plan de l’Esprit » (Edgar Morin).

Il faut sortir du rationalisme et aller vers un autre mode de connaissance, plus intégral, qui va mobiliser toutes les dimensions de notre être, qui va dans le sens d’une réunification entre notre esprit, notre âme et notre corps. Il va falloir travailler à réveiller et cultiver la faculté de percevoir le divin au cœur du réel.

Ce mode de connaissance intégral est un mode intuitif, direct, immédiat, par illumination en quelque sorte. Il nous permet d’aller au-delà des apparences, retrouver l’unité et l’interdépendance du créé. La nature n’est pas mise en-dehors de nous. La nature participe de notre être. C’est le mode de connaissance qui se manifeste sur le Mont Thabor à la Transfiguration : le Christ se laisse voir dans sa réalité lumineuse. Ce n’est pas le Christ qui change d’aspect. C’est le regard des disciples qui change ; ils le voient tel qu’il est. Nous sommes tous appelés à entrer dans ce mode de connaissance, à entrer dans la perception d’une unité entre le monde visible et son origine invisible. C’est là que la prière joue un rôle. Elle nous permet d’éveiller la faculté qui permet de déboucher sur une nouvelle perception de la nature.

10. Qu’est que la nature ?

Aux racines spirituelles de la crise écologique se trouve une société qui a perdu le sens du mystère, le sens de la sacralité des choses, parce qu’elle a perdu le sens de ce qui la dépasse : sa relation à Dieu.

Quand on entre dans cette conscience des énergies divines à l’œuvre dans la création, la motivation pour laquelle on va vouloir sauvegarder la nature et lutter contre sa dégradation change : ce n’est plus d’abord par utilitarisme. On va la respecter parce qu’on y découvre quelque chose de sacré.

11. Dieu dans la création

Différentes conceptions du monde nous sont offertes :

dans la conception matérialiste athée, la nature se réduit à son côté matériel ; dans la conception panthéiste, il y a identification de la nature à Dieu. La nature c’est Dieu, l’arbre est Dieu, la fourmi est Dieu… dans la conception panenthéiste (tradition chrétienne orthodoxe), Dieu est présent dans la nature. Il est dans l’arbre, dans la fourmi, dans toute créature. Il y est présent par ses énergies divines. La création baigne dans les énergies divines qui lui donnent toute sa vie, sa pulsation de vie. Et en même temps Dieu est plus grand que la nature, il transcende la création : « Au commencement était le Verbe ». Ce Verbe est le fondement profond de toutes les choses qui existent.

La vie qui va vers la Vie est une vie qui reste en permanence reliée à ce Verbe fondateur.

La vie qui va vers la mort est une vie qui s’est coupée de ce Verbe fondateur. Nous pouvons observer la différence entre les paroles coupées du Verbe et celles qui sont habitées par le Verbe. La nature est habitée par le Verbe. Il convient, dans la théologie de l’incarnation, de retrouver la dimension cosmique du Christ, qui récapitule toute la création, tous les règnes, animal, minéral, végétal, humain. Le Christ ne s’est pas seulement fait chair humaine, mais chair cosmique. Quand il se transfigure, tout est transfiguré avec lui. La nature devient théophanique, elle exprime le divin.

L’écologie (éco = oïkos = maison), c’est l’art, la manière d’habiter la terre, qui est notre maison. Si je pense que cette terre est habitée par les énergies divines, cela fait une grande différence !

Habitons-nous la terre d’une manière qui permet que le Logos, les énergies divines se manifestent ? Est-ce que nous en faisons un lieu de communion ?

12. Une Création en devenir

La vision du monde la plus répandue est réductrice et statique. On ne perçoit pas que Dieu continue de créer le monde à chaque instant.

Mais la création est un processus. Elle a sa vie propre, son autonomie. Dieu n’est pas un envahisseur, ou un despote. Dieu a donné naissance aux choses, il leur a donné son information ; et ces choses vivent leur vie. Il y a une créativité dans la nature. Ce n’est pas un programme déterminé qui se déroule, mais une potentialité en voie d’achèvement, qui va vers sa transfiguration. Tout ce processus a un sens, une orientation. La création va vers une finalité. La vision des Pères de l’Eglise c’est que la Création va vers le divin, elle va vers son union avec le divin.

13. Le rôle de l’être humain

Dans le modèle anthropocentrique, l’homme est centre et mesure de tout. La nature devient un environnement (c’est encore une forme de dualisme : moi au centre et l’environnement autour). On aboutit à l’autodéification de l’homme.

Dans le modèle biocentrique ou cosmocentrique : c’est le cosmos qui est le centre, l’homme est au même rang que n’importe quelle autre créature, ou bien on déifie la nature.

Il faut dépasser ces deux visions pour aller vers le modèle cosmothéandrique. Il fait le lien entre Cosmos-Dieu-Homme : Vision d’une communion entre l’homme, Dieu et la nature.

14. L’être humain, un microcosme

L’être humain ne peut pas être confondu et dissous dans la création ; en même temps on ne peut pas en faire un dieu qui domine et se sépare de la création. Il faut voir en lui un être–frontière, qui participe de la terre et du ciel, de la matière et de l’esprit, qui est fait de poussière, de glaise (nous allons retourner à la poussière) et en même temps il est image de Dieu. Nous sommes donc des êtres-frontières et nous avons à unir ces pôles en nous. C’est un des points essentiels de notre cheminement spirituel : travailler à cette unification. Nous avons à être des ponts entre le ciel et la terre.

Nous faisons complètement partie du cosmos, mais ne sommes pas réductibles au cosmos, parce que nous y avons une place à part sans pourtant en être séparés. Nous sommes donc dans une relation d’unité et d’interdépendance avec ce cosmos.

Microcosmes, nous sommes dans la nature mais en même temps, toute la nature est en nous. Nous portons en nous tous les règnes, le règne animal, le règne végétal, le règne minéral. Nous sommes des créatures au même titre que toutes les autres créatures, puisque nous sommes faits de terre, nous sommes faits de poussière d’étoile. Les astrophysiciens et les physiciens ont montré que les atomes qui nous constituent sont les mêmes que ceux qui étaient au cœur des astres au moment du big bang il y a 15 milliards d’années. Donc nous sommes faits de poussière et nous sommes aussi les fruits de l’évolution, ce qui veut dire que nous portons toute la nature en nous.

Ainsi quand on parle d’interdépendance cela signifie que nous avons besoin de la nature pour vivre, pour respirer, pour nous nourrir, pour habiter. Nous en avons aussi besoin au niveau psychologique pour développer ce qui constitue notre humanité : la capacité d’aimer, d’admirer, d’habiter, de créer. Et en plus nous en avons besoin au plan spirituel car en tant que chrétiens nous sommes dans une vision de l’incarnation. Donc nous avons besoin d’un corps, même si nous sommes appelés à la transcendance, (puisque nous avons cette dimension du ciel en nous). Mais la transcendance c’est une ouverture à l’au-delà, ce n’est pas une fuite par le haut dans laquelle nous fuirions notre matérialité. Nous avons à être enracinés, incarnés.

Inversement, la nature a aussi besoin de nous, elle a besoin de l’être humain pour parvenir à sa transfiguration.

15. Notre corps comme interface entre deux mondes

Le lieu, par excellence, où nous pouvons faire l’expérience de la nature en nous et celle de nous dans la nature, c’est notre corps. Notre corps est l’interface premier et par excellence entre nous et la nature. Le corps humain est inséré dans le corps cosmique et le corps cosmique est intégré dans le corps mystique. Et le corps humain, ce n’est pas seulement ce petit corps que nous avons ! Nous avons un corps qui participe d’un corps beaucoup plus vaste. Ces trois corps s’interpénètrent et sont profondément reliés.

16. Sauvegarde de la création

On parle toujours de sauvegarder la création. Dans sauvegarde, il y a sauver et garder.

Qu’avons-nous à garder ? La terre. Nous avons à prendre soin d’elle, à la cultiver avec respect, veiller à ce qu’elle ne s’épuise pas, à ce qu’elle ne soit pas détruite, etc. Nous avons aussi à garder ce qui la sauve : le divin en elle. Nous ne sommes pas seulement les gardiens de la terre, mais aussi les gardiens de ce qui habite la terre. les gardiens du Verbe qui l’habite. Dans la tradition byzantine, salut et divinisation sont une même réalité. La divinisation et la transfiguration sont une même chose. Donc sauver, c’est diviniser. Notre vocation est de participer à la divinisation de la nature. Diviniser c’est chanter la gloire de Dieu dans la création, c’est nommer, comme Adam dans le jardin d’Eden.

Nommer c’est :

donner du sens (les astrophysiciens disent que l’homme doit être la conscience de la nature), c’est prendre soin, évidemment, car la nature souffre ; permettre que toutes les potentialités divines qu’elle a en elle puissent se manifester en plénitude ; aussi la mettre en valeur. C’est cultiver, c’est transfigurer.

On est dans une dynamique très intéressante qui ne se limite pas seulement à préserver un patrimoine (ce qui est déjà très important), mais qui est une dynamique de co-création.

Dieu continue de créer, nous sommes dans une dynamique de création permanente et nous sommes co-créateurs, co-participants de cela. Nous n’avons donc pas seulement à lutter contre les dégradations, mais aussi à nous unir à la vie de l’Esprit qui œuvre au sein de la création.

17. Ethos eucharistique symbole

L’eucharistie peut être vue comme un mode d’être, un mouvement à vivre e quatre temps :

nous rendons grâce parce que les fruits de la création nous sont donnés ; et ensuite on transforme ces fruits ; c’est là qu’on est dans une dynamique de co-création. On n’apporte pas des grains de raisin et des épis de blé mais le vin et le pain, c’est-à-dire quelque chose qui est le fruit du travail humain. Le travail c’est une participation à la transformation du monde ; et ensuite on les offre à nouveau à Dieu en action de grâce, on les offre pour le salut du monde, à tous nos frères et sœurs ; et c’est là que on les partage. C’est-à-dire qu’on entre dans une dynamique de justice.

C’est là une dynamique extraordinaire : vivre nos gestes quotidiens dans cette attitude-là, c’est déjà entrer dans une dynamique de transformation. Cela implique évidemment tout un travail d’attention et d’éveil de la conscience. Cela a à voir avec…

18. Le Bon usage de nos facultés

Nous sommes donc faits de terre et d’image de Dieu. Qu’est-ce qui correspond à la manière d’être de Dieu ? Liberté, intelligence, désir, capacité créatrice, amour. Etant à son image, ces facultés sont présentes en nous. On peut en user de différentes manières : selon les lois du marché, ou selon les lois ontologiques. Les utiliser dans le sens de « Je suis » ou dans le sens d’une inflation de notre « Ego ». Dans ce dernier cas, on entre dans une attitude de prédation, d’exploitation à l’égard de la création. Alors que dans la dynamique du « Je suis » on est dans une dimension de respect, de communion, de coopération.

Quelle utilisation faisons-nous de nos facultés ? Une des dimensions de notre responsabilité est de savoir comment nous répondons à cette question.

19. La Métanoïa

Alors on entre dans une mutation intérieure, une métanoïa cosmique, un retournement central. L’être centré sur son ego - qui veut dominer, dont la puissance de désir s’exprime à travers ses envies, dans lequel la conscience de finitude s’est transformée en toutes sortes de peurs - a besoin d’être rejoint en son centre par la spirale de l’Esprit-Saint qui l’amène à « Je suis », où ses désirs sont reconnectés à leur source et libérés de toutes les captivités.

Nos désirs sont sans arrêt pris en captivité par le marché, par la publicité. En fait nous n’avons pas à moins désirer, nous avons à mieux désirer. Il y a là un travail de réorientation à faire. Et puis il y a un travail d’acceptation de notre finitude et de nos limites qui est absolument clé pour le travail sur toutes nos peurs et la conquête de la confiance.

On rejoint alors les béatitudes (Matthieu 5) qui expriment de nouvelles manières d’être.

20. Attitudes intérieures

Cette attitude intérieure va changer nos modes de vie : simplicité, partage, coopération plutôt que compétition. La recherche de la qualité dans la rencontre va remplacer la quantité. C’est la décroissance (matérielle, spirituelle). Il n’y a pas de baguette magique pour ça. C’est un effort, une ascèse, un chemin de croix, au sens où la croix est le passage de la vie à la Vie. Car l’arbre de la Vie, l’arbre de la croix, l’arbre de la connaissance sont un seul et même arbre.

21. Vers une sagesse pratique

Le changement de paradigme et la mutation intérieure sont les soubassements d’une sagesse pratique, une écologie intégrale (et non intégriste) qui intègre l’action politique, la recherche de technologies nouvelles, le développement durable et les changements de comportement dans le domaine de la consommation.

Le patron de Casino devra attendre juin pour ennuyer un vaillant journal Fakir Reporterre 2011/11/24 Fakir (24 novembre 2011) Le patron de Casino devra attendre juin pour ennuyer un vaillant journal. Reporterre. fr

Le patron de Casino devra attendre juin pour ennuyer un vaillant journal

M. Naouri a rendu son dossier contre Fakir en retard. La justice repousse la date du procès.

Chers militants, sympathisants, espions du groupe Casino,

Malgré leurs efforts, les avocats de Jean-Charles Naouri, laborieux forçats de la procédure, ahanant comme des cyclistes privés de dopage en train de grimper un col alpestre, sont arrivés hors délais.

En raison du dépôt tardif de leurs conclusions, le juge en charge de l’affaire a décidé de reporter la date de notre procès historique.

Que ceux qui s’apprêtaient à passer quelques nuits sur les marches du palais de justice afin de s’assurer une place aux premières loges se réjouissent : les 11 et 13 juin 2012, nouvelles dates des audiences, les nuits seront plus douces !

Que ceux qui étaient pressés d’en découdre se rassurent, d’ici là, on va inventer de nouvelles aventures.

Et dans notre marathon judiciaire, si on se sent le courage, de notre côté,d’aller au bout, c’est parce qu’on se sait pas tout seuls.

À bientôt, Jean-Charles !

Choses vues lors du départ du train nucléaire Hervé Kempf Reporterre 2011/11/24 Hervé Kempf (24 novembre 2011) Choses vues lors du départ du train nucléaire. Reporterre. fr

Choses vues lors du départ du train nucléaire

Le 23 novembre, des centaines d’activistes antinucléaires ont perturbé le départ d’un convoi de onze conteneurs de déchets radioactifs vers l’Allemagne.

- Reportage, Valognes

Le matin, je finis d’écrire l’article du jour. Voilà ce qu’on peut dire de ce qui se passe pendant ce temps : Vers six heures, mercredi 23 novembre, les manifestants ont quitté le camp où ils étaient installés au sud de Valognes, pour s’approcher de la ligne de chemin de fer, à quelques kilomètres de là. Evitant les forces de l’ordre en passant par les chemins et les champs, ils se dispersent le long de la ligne sur laquelle sont postés les gendarmes mobiles. Ils tentent de monter sur la voie, mais sont repoussés par les gendarmes, qui les inondent de gaz lacrymogène. On n’y voit plus à un mètre, il faut reculer.

10h20 : « Fabrice », au téléphone : « Ce n’est pas si infranchissable que ça, on est contents ».

Sur le pont enjambant la voie de chemin de fer sur la D2, entre Le Gibet et Les Fontaines, au sud de Valognes, la circulation est bloquée avant, mais on laisse passer les journalistes. Sur le pont, des camions de gendarmes, qui observent les deux voies, à la jumelle. Un gendarme, à qui je demande comment ça se passe, ironise : « C’est le dernier convoi, on fait la fête ».

Un photographe revient, l’air épuisé. Il dit que c’est la guérilla, là-bas, qu’il y a beaucoup de gaz et de mouvements.

On peut descendre sur la voie depuis le pont, ce que je fais, puis marche environ deux kilomètres, tranquille, observant les ronces qui, de place en place, progressent vers le ballast, avant de croiser des gendarmes, en tenue de combat. De la voie, il est possible de descendre vers un champ, où se trouvent une quarantaine de manifestants, la plupart jeunes, assez tranquilles. Quelques-uns sont en combinaison blanche. Ils discutent, quelques-uns sont assis et partagent des biscuits ou du pain. A terre, un carton : « Policiers, c’est la contamination de nos vie que vous défendez ». Une banderole : « Stoppons le train, train radioactif ».

Bonnets colorés. Masques en coton pour se protéger des gaz, voire masque respiratoire avec bonbonne. L’un avec sac plastique noir autour du torse – je discute avec lui, une trentaine d’années, il est intéressé par ce que je raconte de ce que j’avais vu en Allemagne lors des transports en 2000.

Ils ne sont pas très loquaces avec les journalistes – plusieurs fois, dans la matinée, il faudra s’expliquer, dire dans quel journal on travaille, quels articles on écrit. Trois reporters télé – des femmes, pas beaucoup plus âgées que les manifestants - sont là, discutent avec une des filles assises, qui finit par accepter une ITV – elle demande à ses camarades de la corriger s’ils n’étaient pas d’accord.

Anna, 24 ans, membre d’un collectif de chômeurs – pendant qu’un hélicoptère tourne au-dessus : « On est là pour bloquer le train des Castor. Les déchets nucléaires sont intraitables, radioactifs. Le Camp est là pour manifester une opposition totale et radicale au nucléaire, et aussi à un modèle industriel qui suscite toujours plus de croissance de la consommation électrique. Comme tout le monde, je suis stressé par les CRS. Nous sommes opposés à l’Etat, donc à la police. Il s’agit de se mettre en capacité de retarder le train. Les médias en parlent. Les paysans aux alentours se posent des questions. Les gens savent que le nucléaire est dangereux, mais ils ne croient pas possible d’en sortir. Les alternatives telles que les éoliennes industrielles, on n’est pas pour, elles détruisent les (écosystèmes), poussent à la consommation ; ce qu’on veut, c’est une énergie décentralisée, et moins d’énergie. Il ne faut plus laisser les lumières inutiles allumées, poser des doubles façades sur les maisons pour les isoler, moins de merde jetable, remettre en question le système de production actuel. »

Notre groupe quitte le champ, s’éloignant des voies – on passe à côté de quelques vaches rassemblées dans la boue autour d’un abreuvoir – vers une petite route qui conduit au croisement de La Jacquotterie. On retrouve d’autres groupes, les discussions s’engagent sur ce qu’il faut faire. On consulte les photocopies de cartes d’états-major du coin, on prend les nouvelles d’autres groupes par talky-walkies ou par téléphone portable, tout le monde participe à la discussion, certains, dotés des talky-walkies, sont des relais d’information, on grignote des biscuits. Voici une jeune fille, manifestement du coin, qui est venue en vélo – qu’elle a laissé de l’autre côté de la voie. Plus loin, un habitant a sorti une grande thermos au portail de son pavillon, et distribue du café à qui veut. Un couple est allongé sur le talus.

Yannick Rousselet, de Greenpeace, au téléphone, 11h10 : « Du pont du Cochon » - enjambant la voie entre Le Ruage et la Croix des Frênes – « je vois que les affrontements continuent. Les groupes sont très organisés, flexibles. Les flics les repoussent. Il y a beaucoup de gaz. » Il me dit aussi que du ballast a été retiré, que la voie a été soulevée.

On repasse vers un autre champ, plus grand, voisin du précédent dont il est séparé par une haie – on est en pays de bocage. Une centaine de manifestants. Les gendarmes sont sur la voie, qui ici domine le champ, un taillis assez haut l’en séparant. Un gars joue de la trompette. On entend un gendarme dire qu’ « il en a marre de recevoir des caillasses » - dans un champ voisin, quelques jeunes en balancent, d’autres ne sont pas d’accord et leur disent.

Les jeunes se moquent des gendarmes. On entend une explosion, une grenade assourdissante. On discute. Près du taillis, des jeunes coupent des branches d’arbre et les lancent sur la voie. On est dispersés le long de la lisière, et sans doute, d’autres groupes interviennent ailleurs. J’aborde un anar assez âgé, lui demande de m’indiquer où on est exactement, il me donne une photocopie de carte précise. On discute, il tient un discours similaire aux autres, indique que des gens sont venus de partout, et même d’Ardèche (ce matin).

11h40. Les gendarmes balancent deux ou trois grenades lacyrmogènes. Les manifestants en renvoient une. L’un d’entre eux est parvenu à se hisser sur la voie : il crie, agite les bras d’un air victorieux, avant de redescendre prestement quand les gendarmes arrivent sur lui. Le ludique se mélange au conflit : après qu’un gendarme ait renvoyé un bâton qu’on avait lancé, une combinaison blanche balance un ballon jaune sur la voie – mais le gendarme ne le renvoie pas. Un type passe, il a confectionné une sorte de parapluie dont les morceaux de toile découpée reproduisent le symbole du danger nucléaire. Cependant, dans le champ d’à côté, les gaz lacrymogènes tombent en pluie. Bon à savoir : la bouse de vache, posée sur la grenade qui vient d’arriver au sol, est un excellent moyen de l’empêcher de diffuser son gaz.

11h50. Au téléphone, le chargé de communication de la préfecture confirme que « les manifestants ont procédé à des tentatives de déballastage ».

12h00. Une sorte d’assemblée générale se tient dans le champ. On discute de la tactique. Il semble qu’il s’agisse d’organiser des diversions en divers points, pour permettre à une équipe de parvenir à faire quelque chose sur la voie. Mais les gendarmes balancent une salve de grenades, pendant quelques minutes, l’air est irrespirable.

12h15. Jean-Luc, du Collectif pour l’arrêt immédiat du nucléaire : « De toute façon, le nucléaire va s’arrêter. La question est de savoir si l’on le fait tout de suite, ou progressivement – ce qui nous expose à la catastrophe ».

12h30. Un groupe se forme, d’une vingtaine de personnes, pour aller faire diversion dans un champ à côté. Je me joins à eux. En marchant, une jeune fille aux cheveux teints au henné me demande qui je suis. Journaliste, mais quel genre de papiers ? Comme dans La Presse de la Manche, où les manifestants seraient qualifiés d’ « anarchistes violents » (en fait, l’expression émane du Préfet de la Manche, et le journal ne fait que rapporter ses propos) ? Je raconte mon papier d’hier, dans Le Monde, sur l’idée que se manifeste ici un renouvellement du mouvement antinucléaire. Elle s’adoucit, insiste sur la démarche « non violente » de l’action.

On traverse un champ de maïs aux tiges cassées. Mais dans le champ que l’on vient de quitter, la police charge. On voit d’épais nuages de fumée et une cohorte de gendarmes en tenue de combat avancer. De notre côté, on dit « pas de cailloux », à l’adresse d’un qui en balance un vers la voie, où seuls quelques gendarmes sont postés de place en place. Un autre leur crie : « Quand on sera tous irradiés, il sera trop tard pour déserter. Désertez maintenant ! ». Mais le groupe ne voit pas d’issue de ce côté, et craint de se faire encercler entre la voie – d’où commencent à passer dans le champ quelques gendarmes -, ceux du champ voisin, et ceux qui pourraient venir du côté de la route. On retourne vers le carrefour de La Jacquotterie.

Mais là, c’est une scène d’émeute. Le coin, où quelques pavillons proprets font face à des champs, est asphyxié sous une épaisse fumée de lacrymo, tandis que deux petits barrages de pneus ont été érigés. L’un a été mis à feu et dégage une épaisse fumée noire. A droite, les manifestants, qui reculent face aux gaz. A gauche, une dizaine de gendarmes. A mesure que le gaz lacrymogène se disperse, on peut approcher. Quelques journalistes, un paysan voisin – la haie de son champ a été bien amoché par les affrontements -, quelques riverains, plus loin. Je m’assied sur le socle de pierre de la croix placée ici. Un manifestant s’avance pour mettre le feu à l’autre barrage. « Fais gaffe », lui crient ses camarades. D’autres gendarmes arrivent par un autre chemin, s’avancent : « On tient ici ». Et puis, ils reculent, et finalement, on ne les voit plus, tandis que les manifestants sont repartis de leur côté, après le Hameau Aubret.

Il reste les journalistes ; la caméraman de l’AFP demande à un jeune du coin s’il y a Internet dans sa maison, pour transmettre son reportage. Une dame arrive en voiture, elle a rendez-vous à 14 h à l’hôpital où elle travaille, elle est stressée. On lui dégage la route, en poussant quelques pneus qui ne brûlent pas.

13h15. Au téléphone, Yannick me dit que la plus grosse déformation sur la voie est réparée. Mais il y a toujours le drapeau rouge, qui indique que des travaux ou inspections sont en cours. Il a entendu parler d’un transformateur électrique dégradé.

Le maire de Flottemanville arrive, Hubert Lemonnier. Il est aussi journaliste, aujourd’hui, il avait pris sa journée. Il n’est pas content que la préfecture ne l’ait pas averti de ce qui pourrait se passer, il aurait pu prévenir ses administrés. Il a vu des gens qui n’ont pas pu aller au travail, deux petites filles terrorisées à l’arrière d’une voiture. Il y a trois blessés, à sa connaissance : un manifestant la tête blessée après un coup de matraque, un autre blessé à la jambe – il l’a accueilli à la mairie -, un gendarme. Il dit que ce matin, on ne voyait pas un mètre, tellement il y avait de gaz. « Il n’y a pas de courant antinucléaire, ici. Trois mille personnes à La Hague, et deux mille sous-traitants. A Flamanville, avec l’EPR, c’est pareil. Alors… Si on était contre les déchets, il fallait les empêcher de venir. Je ne comprends pas ceux qui les empêchent de repartir. » Il nous propose de nous déposer, avec une journaliste de l’AFP, Anna, sur le pont où nous avons laissé nos voitures.

En remontant vers la D2, on croise un important groupe de manifestants, puis un autre, moins nombreux, au croisement de la départementale. Ils empêchent le camion de pompiers d’aller éteindre les feux, qui pourraient atteindre les fils électriques du hameau. Il sort, pour aller dire aux manifestants qu’il s’est occupé de leur blessé, qu’il leur a offert du café, alors qu’il pourrait laisser passer les pompiers. Pendant ce temps-là, je sors de la voiture et tombe sur… Skippy, barbu, sac à dos, arrivé ce matin, aussi étonné que moi de nous croiser ici. Il est de Rouen, et il est de ceux qui ont permis qu’il y ait un grand chapiteau au Camp. Il n’a pas de portable, on se reverra. Sur le pont, tout est calme, la police veille…

14h00. Je repars vers le pont de Cochon, une sorte de QG des gendarmes et CRS, et où s’est retrouvé le gros des journalistes. Je discute avec un cheminot, qui m’explique ce qu’il sait, et ne craint pas d’indiquer son nom. Il confirme que deux guérites électriques ont été incendiées : comme elles contrôlent la signalisation des voies sur une trentaine de kilomètres, le train devra avancer au ralenti sur cette section. Je vais manger un morceau au resto posé au coin avant le pont, Yannick Rousselet arrive, on partage le bœuf bourguignon du jour.

15h00. L’attente. Au téléphone, le communiquant d’Areva indique que « le convoi est constitué. » On apprend qu’une camionnette de CRS – leur cantine – a été incendié. Au téléphone, Fabrice indique qu’« on a choisi le retrait des lieux d’action, on veut éviter des interpellations massives ». Il dit que le succès de l’action d’ici est bien reçu en Allemagne, où les autres groupes militants « sont agréablement surpris ». On attend. Camions de gendarmes et de CRS, beaucoup d’uniformes, les journalistes à côté, caméras braqués vers la voie d’où viendra le train. Des cheminots auscultent la voie là où elle a été déformée : l’un s’accroupit, pose sa tête sur le rail. Deux autres tiennent une grande barre, qu’ils posent entre les rails, comme s’ils voulaient les écarter.

A 16h00, on apprend que le train quitte le terminal ferroviaire de Valognes. On voit passer une draisine jaune, qui reconnait la route. Je discute avec Andree Böhling, de Greenpeace Allemagne : « L’évolution en France est surprenante.Personne n’aurait dit il y a un an que le PS serait sous pression pour discuter de la sortie du nucléaire. C’est l’effet de Fukushima. Si l’on ferme des centrales, cela stimulera les énergies renouvelables. C’est surprenant ce qui s’est passé ans en Allemagne : il y a cinq ans, les experts pensaient que les renouvelables ne produiraient que marginalement ; maintenant, l’état d’esprit a totalement changé. » Au téléphone, Philippe Guiter, de Sud Rail, m’informe que, suite au droit d’alerte sur deux gares de triage, à Somain et à Lille, la direction a décidé de changer l’itinéraire du train. « Son parcours va être chaotique ».

17h00. Les lumières jaunes du train apparaissent. Il arrive au pont, très lentement. Il s’arrêt peu après, puis repart. Deux locomotives de tête, deux wagons de voyageurs – contenant forces de l’ordre et gens d’Areva – les onze wagons portant les Castor blancs, un autre wagon de policiers, une locomotive. Peu à peu, il est absorbé par le tournant, et disparait. Fin du film.

Quand j’arrive à la gare de Caen, à 18h40, le train est déjà passé et poursuit sa route.

La discussion sur le climat va s’ouvrir à Durban Attac France Reporterre 2011/11/25 Attac France (25 novembre 2011) La discussion sur le climat va s’ouvrir à Durban. Reporterre. fr

La discussion sur le climat va s’ouvrir à Durban

La conférence des Nations Unies sur le changement climatique va s’ouvrir à Durban, en Afrique du sud, lundi 28 novembre. Mais les Etats semblent avoir abandonné toute ambition d’un traité efficace, et s’en remettent aux mécanismes de marché.

Le paysage des négociations climatiques qui s’ouvrent à Durban (28 novembre-9 décembre 2011) est sombre. Les pays industriels ne respectent pas les modestes engagements pris à Kyoto en 1997. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 6 % en 2010 par rapport à 2009, dépassant le pire des scénarios du GIEC. Les transferts financiers visant à contenir le changement climatique et à s’adapter sont toujours attendus et aucun accord n’a été trouvé pour l’organisation du Fonds vert pour le climat. Le seul traité international dont nous disposons, le protocole de Kyoto, est vidé de sa substance : aucun engagement contraignant de réductions d’émissions n’est pris pour l’après-2012. L’échéance pour un nouveau traité est repoussée au mieux à 2020, au moment où le GIEC fait le lien entre le changement climatique et les événements météorologiques extrêmes, inondations, ouragans, sécheresse, orages violents !

L’heure est à l’unilatéralisme, rebaptisé stratégie « bottom up ». D’un régime contraignant avec objectif global de réduction des émissions, on passe à l’enregistrement de déclarations d’intention unilatérales. Les pays industriels, États-Unis en tête, refusent un accord politique visant à réduire de manière contraignante les émissions de gaz à effet de serre.

À Durban, les techniciens de la finance climatique vont tenter de mettre en place le Fonds vert et attirer les capitaux privés sous le haut patronage de la Banque mondiale, avancer sur la transformation des forêts en produits financiers (programme REDD+) et sur l’inclusion des sols dans les mécanismes financiers d’attribution des droits à polluer, préserver les marchés du carbone et autres « mécanismes de flexibilité » du protocole de Kyoto. Place donc aux « experts », pour des arrangements sans traité international, sans ratification des parlements nationaux. Pour eux, le changement climatique n’est pas l’affaire des peuples !

ATTAC et AITEC seront présentes à Durban avec les mouvements sociaux africains et sud-africains, avec le mouvement pour la justice climatique, pour construire des alternatives locales et globales au modèle productiviste responsable de la crise climatique. Pour pérenniser ces résistances et les expériences locales, nous avons besoin d’un traité international, qui leur donne un cadre, qui soit discuté de manière multilatérale, qui permette un débat démocratique et rende la parole aux peuples.

Avec les mouvements sociaux présents à Durban nous disons : Occupy COP17 !

Le manifeste de Bridget Kyoto Laure Noualhat Reporterre 2011/11/25 Laure Noualhat (25 novembre 2011) Le manifeste de Bridget Kyoto. Reporterre. Tribune — fr

Le manifeste de Bridget Kyoto

A la télé, on m’a répondu : « L’écologie, on n’en veut pas, c’est trop an-xio-gène. Les annonceurs veulent du po-si-tif. Quant au public, il veut du fun. Alors laissez-le consommer tranquille, il a déjà bien assez de problèmes comme ça. La réalité écologique, les espèces, la pollution, le réchauffement, tous vos trucs, là, ça l’ennuie. Ça l’indispose, même ».

A travers mon métier de journaliste environnement à Libération, je réfléchis depuis longtemps à une manière efficace d’alerter le grand public sur la catastrophe écologique en cours.

J’écris des papiers depuis dix ans sur le sujet, j’ai collaboré à plusieurs émissions télévisées d’écologie et j’en ai proposé d’autres dans l’espoir saugrenu de toucher le plus grand nombre.

A la télé, on m’a répondu : « L’écologie, on n’en veut pas, c’est trop an-xio-gène. Les annonceurs veulent du po-si-tif. Quant au public, il veut du fun. Alors laissez-le consommer tranquille, il a déjà bien assez de problèmes comme ça. La réalité écologique, les espèces, la pollution, le réchauffement, tous vos trucs, là, ça l’ennuie. Ça l’indispose, même ».

Alors, un jour, je me suis dit que, puisque le journalisme ne suffisait pas, je passerai par la dérision. J’ai inventé Bridget Kyoto et tourné ses premières vidéos.

Bridget est comme nous, désespérée par le crasse aveuglement de notre "civilisation" mais elle est trop sérieuse pour ne pas en rire. D’elle-même et du reste. Pour ne pas pleurer.

Bridget Kyoto n’a pas froid aux yeux

Elle cultive la vie, l’autodérision, l’absurde et se moque de tout, y compris de l’écologie et de ceux qui la font ; elle plaisante depuis le pont du Titanic qui s’incline. Il n’y a pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde, de toute façon.

Mais surtout, Bridget a besoin de VOUS : Exposez-la sur vos pages, e-mailez-la, relayez-la sur Facebook, faites-la connaître, PARTAGEZ SES VIDEOS, critiquez-la, donnez-lui des frères, des sœurs, du bouche à oreille, du bouche à bouche, n’importe quoi, mais FAITES DU BRUIT, du bruit médiatique, du bruit tout court mais du bruit, pour qu’au moins, on entende un peu le chant de Bridget Kyoto, petite sirène d’alarme.

Fête dimanche dans le bâtiment occupé à Toulouse Le CREA et des membres de la campagne « zéro gosse à la rue ! ». Reporterre 2011/11/25 Le CREA et des membres de la campagne « zéro gosse à la rue ! ». (25 novembre 2011) Fête dimanche dans le bâtiment occupé à Toulouse. Reporterre. fr

Fête dimanche dans le bâtiment occupé à Toulouse

“Ce qui est criminel, ce n’est pas d’habiter ces bâtiments, c’est de laisser les gens à la rue"

Nous sommes des précaires en lutte sur Toulouse. L’immeuble du 16 allée des Demoiselles était vide depuis 4 ans. Alors, nous l’avons réquisitionné depuis le 31 octobre pour abriter 6 familles avec enfants forcées de vivre à la rue en ce début d’hiver.

Ce sont des ouvriers qui ont construit ces bâtiments qui restent vides alors que les moins privilégiés d’entre nous meurent dans les rue autour. Ce qui est criminel, ce n’est pas d’habiter ces bâtiments, c’est de laisser les gens à la rue. Elle tue. Il n’y a pas de crise, ce sont le capitalisme et l’Etat qui organisent la misère pour accumuler de l’argent et du pouvoir. Nous ne demandons donc aucune subvention et n’attendons rien de l’Etat. Nous ne coûtons d’ailleurs rien à personne. Si nous voulons être égaux, libres, heureux, dignes et émancipés, il faut s’organiser par nous-même.

Pour fêter cette réquisition, pour parler de l’évolution de la ville et du quartier, pour se rencontrer...nous organisons un repas de quartier, dimanche 27 novembre à partir de 11H à l’entrée du Jardin des Plantes (ou au 16 allée des demoiselles s’il pleut....). Apportons ce nous pouvons, nous partagerons.

Ce repas sera suivi d’une projection du documentaire « All power to the people » au centre social autogéré (70 allée des Demoiselles) à 17H.

Passez aussi nous voir au n°16 ou au centre social autogéré pour prendre un thé, discuter....Nous avons besoin d’aide de toutes sortes de matériels et de compétences. Nous voulons aussi briser l’isolement.

Tout pour tous, pouvoir au peuple !

Lettre ouverte aux peuples d’Europe Mikis Theodorakis Reporterre 2011/11/26 Mikis Theodorakis (26 novembre 2011) Lettre ouverte aux peuples d’Europe. Reporterre. Tribune — fr

Lettre ouverte aux peuples d’Europe

« La démocratie est née à Athènes, quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes. »

Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…)

Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance.

Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…)

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour.

Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.

Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.

Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.

Un vélo pour le maire de Biarritz Bizi ! Reporterre 2011/11/26 Bizi ! (26 novembre 2011) Un vélo pour le maire de Biarritz. Reporterre. fr

Un vélo pour le maire de Biarritz

Pauvre M. Borotra ! Il n’a jamais eu de vélo, et sait à peine de quoi il s’agit. Du coup, le maire de Biarritz ne rêve que d’autos dans sa bonne ville. Pour Noël, Bizi lui offre une bicyclette, et il va changer de politique, afin d’éviter le changement climatique.

Le mouvement Bizi ! a présenté jeudi 24 novembre une campagne de mobilisation originale qui se déroulera sur Biarritz à l’occasion du sommet international de Durban sur le changement climatique.

Il appelle la population à se rassembler le samedi 3 décembre à 15H00 devant la mairie de Biarritz pour offrir un vélo à M. Didier Borotra vu qu’apparemment la mairie de Biarritz semble ignorer que ce mode de transport existe également.

Le cadeau sera remis dans une ambiance festive et conviviale. N’hésitez pas à y venir en vélo !

Auparavant, et dés l’ouverture du Sommet de Durban ce lundi 28 novembre, ce vélo circulera chaque jour dans une partie précise de Biarritz, pour montrer que la bicyclette a sa place partout dans cette ville là également.

Chaque jour, il vivra donc une nouvelle aventure et soulignera ici les risques et périls pour les usagers actuels de la petite reine à Biarritz, et là les aménagements possibles et peu onéreux qui peuvent être mis en place rapidement dans cette ville.

Réduisons nos gaz à effet de serre ici et maintenant !

La situation des négociations climatiques est bloquée au niveau international alors que toutes les dernières observations scientifiques pointent le fait que nous battons des records d’émissions de gaz à effet de serre et que nous nous situons dans le pire des scénarios du GIEC, à savoir la fuite en avant vers une augmentation de plus de 5°C de la température moyenne de la surface de la terre. Les effets en seront dévastateurs pour les conditions de vie sur terre. Les seuils d’emballement climatique pourraient bien être atteints dés 2050 !

Il faut donc passer des beaux discours aux actes et commencer dès aujourd’hui à réduire nos gaz à effet de serre, ici et maintenant !

Nous pouvons actionner dés aujourd’hui des leviers importants en matière de réduction de gaz à effet de serre, chacun dans sa région, sa communauté d’agglomération, sa ville.

Le transport routier est un point clef de ces émissions de gaz à effet de serre sur Biarritz Anglet Bayonne. Sur les 1.1000.000 de tonnes de gaz à effet de serre (GES) annuellement émises sur le B.A.B., 400.000 proviennent du transport routier (Source : Plan Climat Territorial de la CABAB). Développons dés aujourd’hui toutes les alternatives au tout voiture sur le B.A.B. et débloquons ce véritable verrou qu’est Biarritz à ce niveau.

Toutes et tous devant la mairie de Biarritz samedi 3 décembre à 15H00 !

La marmite d’Eugène nourrit les indignés La marmite d’Eugène Reporterre 2011/11/27 La marmite d’Eugène (27 novembre 2011) La marmite d’Eugène nourrit les indignés. Reporterre. fr

La marmite d’Eugène nourrit les indignés

Créée en février 2009, notre association se donne pour mission de permettre l’accès à tous à une alimentation saine et abordable. La Marmite d’Eugène s’inspire de la première cantine ouvrière coopérative mise en place par Eugène Varlin en 1868. Aujourd’hui, comme du temps d’Eugène Varlin, nous subissons une crise spéculative mettant à mal les peuples et dictant les politiques des Etats. Un mouvement international, apartisan et pacifiste a vu le jour au printemps dernier faisant des émules jusqu’aux USA : le mouvement des indignés.

En France aussi, bien qu’encore marginal, ce mouvement grossit. Des citoyens occupent le parvis de la Défense pour se faire entendre, et ce depuis le 4 novembre 2011. La Marmite d’Eugène, forte de son inspiration militante s’indigne elle aussi. Pour aider et soutenir les occupants de la Défense, nous nous proposons de distribuer des soupes chaudes. Mais pour ce faire, nous avons besoin de vous !

Grâce à l’indignation de certains, nous avons des cuisinières, un véhicule et des caisses isothermes nous permettant d’assurer le transport de victuailles chaudes. Mais nous avons besoin de la matière première...

C’est vers vous, agriculteurs et citoyens, que nous nous tournons aujourd’hui. Nous avons besoin de légumes voire de fruits à prix coûtant. De même, si vous avez des surplus de production, merci de nous en faire profiter. Faites tourner ce message à vos confrères, contacts, amis ! Et vous consommateurs, amapiens, citoyens, vous voulez faire un don de légumes, ou prêter mains fortes, soyez les bienvenus !

Nucléaire : M. Sarkozy ne recule devant aucun mensonge Denis Baupin Reporterre 2011/11/27 Denis Baupin (27 novembre 2011) Nucléaire : M. Sarkozy ne recule devant aucun mensonge. Reporterre. Tribune — fr

Nucléaire : M. Sarkozy ne recule devant aucun mensonge

« Il franchit toutes les limites de la caricature en prétendant que la sortie du nucléaire conduirait à un retour au Moyen-Age ! »

Le discours de Nicolas Sarkozy du 25 novembre restera probablement dans l’histoire comme la meilleure anthologie des poncifs les plus éculés sur le nucléaire. On savait que le Président avait tenu à faire de son mandat celui d’un VRP du nucléaire – un bien mauvais VRP d’ailleurs –, allant même jusqu’à vouloir vendre une centrale à Khadafi. Mais il franchit aujourd’hui toutes les limites de la caricature en prétendant que la sortie du nucléaire conduirait à un retour au Moyen-Age ! Son amie Angela Merkel, de même que nos voisins italiens, suisses, belges, espagnols, etc., apprécieront sans nul doute le compliment !

Le poncif sur lequel Nicolas Sarkozy s’est le plus étendu est celui selon lequel le nucléaire assurerait la compétitivité. Si tel était le cas, la France étant de loin le pays le plus nucléarisé du monde, nous devrions être sans conteste le plus pays le plus compétitif du monde. Au vu des courbes de chômage, chacun peut bien constater qu’il n’en est rien et de très loin.

Certes le kWh électrique français est maintenu artificiellement bas, en faisant porter par le contribuable les dépenses de recherche, de sécurité, de gestion des déchets, de démantèlement des installations. En déduire que payer l’électricité à son juste coût entraînerait des délocalisations massives est un mensonge grossier. Si tel était le cas, comment expliquer que toutes les entreprises allemandes très consommatrices d’électricité ne se soient pas aujourd’hui délocalisées en France ? Or, à l’inverse de ce que dit le Président, en Allemagne il y a 2 fois plus d’emplois dans le papier qu’en France, 4 fois plus dans la chimie, 2 fois plus dans l’acier, 4 fois plus dans les métaux non ferrés, toutes industries électro intensives.

Autre poncif : la sortie du nucléaire supprimerait des emplois. Certes, Sarkozy se garde de reprendre le chiffre de Proglio (1 million d’emplois menacés) que même Anne Lauvergeon a contesté. Mais même son chiffre de 250.000 emplois dans l’industrie nucléaire constitue déjà un doublement des chiffres officiels (120 000). Pour autant, prétendre que ces emplois seraient directement menacés par une sortie progressive du nucléaire est une grossière approximation : non seulement il restera pendant longtemps des dizaines de milliers d’emplois dans le nucléaire (pour les installations encore en service une vingtaine d’années, pour le démantèlement, la gestion des déchets, etc.), mais surtout les alternatives au nucléaire seront bien plus créatrices. Rien que dans le domaine des renouvelables, l’Allemagne a d’ores et déjà créé 370.000 emplois, soit 50% de plus que l’évaluation présidentielle des emplois nucléaires français.

C’est bien sûr dans ce domaine des alternatives que le discours présidentiel se fait le plus discret. Difficile d’évoquer les économies d’énergie quand on présente un budget qui réduit les aides à la réhabilitation thermique des logements… alors que c’est pourtant le domaine où on pourrait le plus soulager la facture énergétique des ménages. Difficile d’évoquer les énergies renouvelables quand on démantelé les uns après les autres les dispositifs qui auraient permis l’émergence d’une filière industrielle française.

Silence encore plus assourdissant encore sur la sûreté des installations, et particulièrement sur le MOX et le retraitement, les installations qui aggravent encore l’insécurité nucléaire. On aurait pourtant aimé entendre le Président au lendemain d’un rapport de l’IRSN dont les conclusions sur l’ensemble des installations françaises font froid dans le dos, tant elles soulignent la fragilité de nos installations nucléaires… et alors même que ces audits ont purement et simplement fait l’impasse sur les risques terroristes, de chute d’avion ou encore les erreurs humaines.

Le discours du futur candidat Sarkozy aura donc été marqué par une orientation profondément idéologique : celle selon laquelle la France, arc-boutée sur son nucléaire civil et militaire – la référence à Hiroshima en prétendant un consensus politique vieux de 65 ans était de ce point de vue explicite – aurait raison contre le reste du monde. Bien au contraire, s’en tenir à cette ligne risquerait bien de faire rater à la France le grand virage énergétique et industriel que sont en train de prendre la plupart des pays du monde. Nous le regretterions longtemps. Dès 2012 engageons la sortie du nucléaire.

Des Marseillais favorables à la candidature Goldman Sachs à la présidence La choucroute de Marseille Reporterre 2011/11/27 La choucroute de Marseille (27 novembre 2011) Des Marseillais favorables à la candidature Goldman Sachs à la présidence. Reporterre. fr

Des Marseillais favorables à la candidature Goldman Sachs à la présidence

La Choucroute de Marseille a décidé d’intervenir dans la campagne présidentielle.

Pour cela, elle a l’intention d’obtenir de la banque d’affaires Goldman Sachs que Yoel Zaoui (1) soit candidat à la présidence de la République française.

Il est probable qu’une fois la candidature de Yoel Zaoui déclarée, tous les autres candidats se rallieront à la campagne de la Choucroute de Marseille.

Parce qu’ils offrent une alternative crédible face aux marchés financiers, seuls Christophe Alévêque et Jean-Luc Mélenchon maintiendront leur candidature.

Déjà 4 comités de soutien se sont spontanément constitués : Marseille 1er, Marseille 6e, Ventabren et Caillan (83)

Alors si vous souhaitez : - soutenir la candidature de Goldman Sachs, - « un gouvernement technique » pour diriger la France, comme les grecs et les italiens. - Créer ou rejoindre un comité de soutien

Retrouvons nous pour une première réunion : le mardi 13 décembre à 18h00 au Point de Bascule, 108 rue Breteuil, 3006 Marseille

(1) Yoel Zaoui est Français et depuis Londres, il dirige Goldman Sachs Europe. En mai 2011 il prend la coresponsabilité mondiale de l’activité Fusions et Acquisitions de Goldman Sachs.

Les Indignés de La Défense agressés en pleine nuit par la police Paris Démocratie réelle Reporterre 2011/11/28 Paris Démocratie réelle (28 novembre 2011) Les Indignés de La Défense agressés en pleine nuit par la police. Reporterre. fr

Les Indignés de La Défense agressés en pleine nuit par la police

Dimanche 27 novembre, 3h du matin devant l’Arche de La Défense : les forces de l’ordre en uniforme et en civil frappent sans motifs de nombreux citoyens tirés du sommeil, et saccagent une oeuvre d´art des indigné-e-s.

Bilan : un bras cassé et de nombreux campeurs contusionnés.

Pour fêter la troisième semaine d’occupation sur le parvis de la Défense, les indigné-e-s avaient organisé un lâcher de ballons avec des chèques symboliques.

La déclaration de présence pour une semaine avait été déposée en préfecture et présentée au commissaire qui ne l’a pas contestée.

Malgré l’interdiction de fait de laisser entrer quoi que ce soit qui aide au confort du campement, les indigné-e-s ont réussi à amener les pièces détachées d’une structure préparée par des artistes et étudiants comme contribution au mouvement des indigné-e-s. Le montage de ce dôme de 5 mètres de diamètre, une oeuvre d’art en carton, était effectif à 19h.

L’après-midi avait été accompagné de fanfares et fut suivi d´un concert le soir, dans la bonne humeur.Environ 200 personnes, dont des familles, se sont retrouvées sur place.

En fin de soirée, les personnes présentes sur le parvis ont souffert de provocations verbales et physiques de la police.

Vers 3h30 du matin, les forces de l’ordre composées de gendarmes mobiles et de CRS (environ une centaine d’hommes) ont chargé sans sommation le campement où 70 indigné-e-s dormaient.

Un groupe de 30 à 40 personnes de la police avaient investi le campement dans les minutes précédentes.

Les CRS ont détruit l’oeuvre d´art démontable et le lieu de cuisine.

Une chaîne humaine pacifique a alors été formée par les campeurs.

Les policiers en civil ont pris le relais des forces de l’ordre en uniforme et ont très violemment agressé la plupart des indigné-e-s sous l´approbation des premiers.

Selon des témoins, leurs visages étaient à demi-couverts.

Ils ont également volé des téléphones et appareils photographiques qui les filmaient et proféré des menaces.

Une dizaine d’indigné-e-s ont été frappés pour certains à plusieurs reprises.

Cette nuit les gardiens de la paix se sont de nouveau attaqués aux indigné-e-s pacifiques, mais de plus à une oeuvre d’art !

Face à ce nouvel abus de la part des forces de l’ordre, les indigné-e-s, qui restent avant tout des citoyens, vont déposer une nouvelle plainte collective et constituer une banque de témoignages audiovisuels sur les faits de la nuit du 26 au 27 novembre.

Nous invitons d’une part tous et toutes à témoigner en apportant les contributions écrites, photos, vidéos sur dr.paris.media@gmail.com.

Les victimes et témoins peuvent d’autre part porter plaine collectivement ou attester des faits dans l’optique d’une deuxième « plainte commune » en suivant la procédure sur : http://paris.reelledemocratie.com/n...

Le 10 décembre, nos organisons une marche de la place de Clichy (14h) jusqu’à la place Stalingrad pour des danses et une assemblée populaire.

Nous sommes intrigués de connaître l’accueil que nous réserve le Ministère de l’Intérieur pour la journée internationale des Droits de l’Homme...

Les semences paysannes en danger Confédération paysanne Reporterre 2011/11/28 Confédération paysanne (28 novembre 2011) Les semences paysannes en danger. Reporterre. fr

Les semences paysannes en danger

« Le gouvernement impose un texte très favorable aux industriels de la semence, qui bafoue un droit ancestral des paysans, entame leur autonomie et représente une entrave à la biodiversité cultivée. »

Malgré une forte contestation paysanne qui a conduit à un premier report du débat parlementaire sur la proposition de loi de taxation des semences de ferme, le gouvernement a décidé mercredi dernier d’organiser à la sauvette son vote dès lundi prochain 28 novembre à 18h.

En interpellant les députés, le collectif « Semons la biodiversité » a constaté que la plupart d’entre eux seront absents. L’Assemblée Nationale ne se réunit en effet pratiquement jamais le lundi et leur agenda ne peut pas être modifié quand ils sont prévenus à la dernière minute.

Le collectif "Semons la biodiversité" juge inadmissible cette manière d’expédier un sujet très sensible et très controversé. Le gouvernement s’assoit sur la procédure démocratique pour imposer un texte très favorable aux industriels de la semence, qui bafoue un droit ancestral des paysans, entame leur autonomie et représente une entrave à la biodiversité cultivée.

Le collectif conteste un texte qui préfigure un vrai bouleversement pour l’ensemble des agriculteurs et une remise en cause de la souveraineté alimentaire.

Avec des paysans ligotés, une procédure expédiée et une démocratie piétinée, quel message le gouvernement adresse-t-il au citoyen ?

Cette proposition de loi digne de l’Ancien Régime a fait lever un vent de fronde dans les territoires ruraux. Et il risque fort d’emporter lors des législatives de 2012 bon nombre de députés qui la voteraient. Le collectif « Semons la biodiversité » est bien déterminé à les mettre sous surveillance démocratique et à faire largement connaître le vote de chacun d’eux.

Avec l’appel au rassemblement protestataire prévu lundi 28 novembre à 16h30 devant l’Assemblée et la pétition sur internet qui a déjà recueilli près de 17.000 signatures, ce mouvement des Indignés de l’Agriculture pour la souveraineté alimentaire exprime une réelle aspiration politique plus proche des citoyens. Il espère être entendu par les élus de la Nation.

L’Allemagne voudrait exporter ses déchets nucléaires Robin des Bois Reporterre 2011/11/28 Robin des Bois (28 novembre 2011) L’Allemagne voudrait exporter ses déchets nucléaires. Reporterre. fr

L’Allemagne voudrait exporter ses déchets nucléaires

Une directive Euratom facilite l’exportation des déchets nucléaires hors de l’Union européenne, ou entre pays européens.

Baroud d’honneur pour les manifestants qui ont battu le record de ralentissement d’un train transportant des déchets nucléaires depuis l’usine de la presqu’île de La Hague en France jusqu’en Basse-Saxe en Allemagne, conformément à un accord gouvernemental bi-latéral, ou plutôt une nouvelle démonstration du syndrôme NIMBY (Not In My Back Yard - Pas dans mon jardin) ?

Plusieurs centaines de convois ferroviaires de combustibles irradiés allemands ont quitté l’Allemagne à destination de l’usine de retraitement de La Hague en France entre 1985 et 1995 sans avoir suscité d’opposition au sein de l’opinion publique allemande.

En 1996, l’Allemagne a vendu à la Hongrie pour 1 Deutsche Mark symbolique les combustibles irradiés de la centrale de Greifswald. Brièvement réutilisés dans la centrale de Paks, les déchets nucléaires allemands ont atterri en Russie.

Les efforts accomplis par l’Allemagne et d’autres pays producteurs de combustibles irradiés et de déchets radioactifs pour faciliter leur exportation hors de l’Union Européenne sont payants. La nouvelle directive Euratom de juillet 2011 permet sous certaines conditions d’exporter hors de l’Union Européenne des déchets radioactifs. Les déchets de production des centrales nucléaires allemandes tant qu’elles sont en activité et les déchets de démantèlement quand elles sont ou seront déclassées pourraient prendre la direction de tout pays considéré par l’Allemagne comme disposant des capacités administratives, techniques et réglementaires.

La même directive Euratom ouvre la porte au sein des pays membres de l’Union Européenne à « des installations partagées » de stockage des déchets radioactifs, ce qui, si la loi française sur la gestion des déchets nucléaires était modifiée, pourrait faire de la France dans les décennies à venir la terre d’accueil de déchets nucléaires produits par les consommateurs d’électricité en Allemagne.

Le changement climatique augmente les risques de famine Oxfam Reporterre 2011/11/29 Oxfam (29 novembre 2011) Le changement climatique augmente les risques de famine. Reporterre. Climat fr

Le changement climatique augmente les risques de famine

Les phénomènes météorologiques extrêmes provoqué par le changement climatique ébranlent les marchés agricoles, provoquant l’envolée du prix du blé et l’insécurité alimentaire.

Au cours de l’année écoulée, des phénomènes météorologiques extrêmes ont ébranlé les marchés mondiaux, contribuant à l’envolée du prix du blé et compromettant la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde, selon une étude publiée par Oxfam à l’ouverture des négociations sur le climat de Durban.

Cette année pourrait n’être qu’un sinistre avant-goût de ce que nous réserve l’avenir. En effet, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a dernièrement averti que la fréquence et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes risquent d’augmenter si rien n’est fait pour contrer le changement climatique.

« De la Corne de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est et jusqu’en Russie et en Afghanistan, inondations, sécheresses et canicules ont plongé des dizaines de millions de personnes dans la faim et la pauvreté cette année, déclare Kelly Dent d’Oxfam. La situation ne fera que s’aggraver avec l’accélération du changement climatique et l’accroissement des difficultés agricoles. Les États réunis à Durban doivent agir maintenant pour protéger notre approvisionnement alimentaire et éviter que des millions de personnes ne basculent dans la faim et la pauvreté. »

La note d’information d’Oxfam intitulée « Menace climatique sur la sécurité alimentaire – 2010-11 : un avant-goût amer d’un avenir marqué par la souffrance et la faim ? » montre le rôle qu’ont joué plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes dans l’insécurité alimentaire aux niveaux mondial, régional et local depuis 2010. Oxfam avertit que des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents et violents vont aggraver les effets projetés du changement climatique sur les rendements agricoles et les prix alimentaires, avec pénuries alimentaires, marchés déstabilisés et flambées des prix à la clé.

- Dans la Corne de l’Afrique et en Afrique de l’Est, une région de vulnérabilité et d’instabilité politique chroniques, une grave sécheresse a plongé plus de 13 millions de personnes en situation de crise. En juillet, le prix du sorgho a enregistré en Somalie une hausse de 393 %, tandis que le prix du maïs augmentait de 191 % en Éthiopie et de 161 % au Kenya, le tout par rapport à la moyenne des prix des cinq dernières années.

- A la suite de la canicule qui a frappé la Russie et l’Ukraine, la sécheresse et des incendies ont décimé la récolte de 2010 et provoqué une hausse de 60 à 80 % des cours mondiaux du blé en à peine trois mois. En avril 2011, le blé était 85 % plus cher sur les marchés internationaux que l’année précédente.

- En Asie du Sud-Est, les pluies torrentielles de la mousson et plusieurs typhons ont fait plus de 1 100 morts et contribué à une hausse du prix du riz d’environ 25 % en Thaïlande et 30 % au Vietnam par rapport à l’année précédente.

- En Afghanistan, une grave sécheresse a fait grimper les prix du blé et de la farine de blé de 79 % en juillet 2011 par rapport à leur niveau un an plus tôt, dans les régions touchées.

Il est difficile d’imputer au changement climatique une catastrophe liée aux conditions météorologiques donnée. Il n’en demeure pas moins que la fréquence et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes, comme ceux que nous avons connus cette année, devraient augmenter sous l’effet du changement climatique. Pour les populations les plus pauvres et les plus vulnérables qui consacrent jusqu’à 75 % de leurs revenus à l’alimentation, cette évolution pourrait avoir de terribles conséquences et acculer à des choix impossibles des familles cherchant désespérément à se nourrir.

Selon Kelly Dent, « lorsqu’un événement météorologique entraîne l’envolée des prix locaux et régionaux, les populations pauvres souffrent généralement à plus d’un titre. Elles se trouvent confrontées à un renchérissement des denrées alimentaires alors même qu’elles peuvent avoir perdu leur bétail, leur habitation ou leur ferme et tout moyen de subsistance. Cette alliance pernicieuse de prix supérieurs et d’un pouvoir d’achat réduit a plongé nombre de personnes dans des situations de crise cette année. Si nous n’agissons pas à Durban, cette tendance pourrait encore s’aggraver. »

Recommandations aux négociateurs de Durban

Oxfam appelle les négociateurs à progresser sur trois points essentiels.

1. Ils doivent en premier lieu convenir qu’un régime juridiquement contraignant de lutte contre le changement climatique s’impose. Le Protocole de Kyoto fait office d’épine dorsale des efforts internationaux de lutte contre le changement climatique. Il est donc essentiel que Durban évite toute rétrogradation du régime actuel en prolongeant Kyoto et passe à la vitesse supérieure avec un consensus sur la nécessité de conclure au plus vite un accord global et juridiquement contraignant pour l’ensemble des pays.

2. En deuxième lieu, les États doivent prendre le taureau par les cornes pour réduire l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions. Un nombre sans précédent de pays ont promis de réduire leurs émissions et, pour la première fois, les engagements des pays en développement sont plus importants que ceux des pays développés, par rapport aux projections de leurs niveaux respectifs. Ces efforts demeurent néanmoins insuffisants si l’on veut éviter un réchauffement climatique catastrophique. À Durban, les États doivent convenir d’accélérer leurs réductions d’émissions avant 2020. Après, ce sera trop tard ; il deviendra impossible de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2° C convenus à Cancún (sans parler du 1,5° C nécessaire). Tous les pays doivent prévoir de contribuer équitablement à l’effort mondial requis.

3. Enfin, les gouvernements doivent débloquer le financement à long terme qui permettra aux populations pauvres de faire face au changement climatique. Le Fonds vert pour le climat doit être opérationnel d’ici à 2013. Il convient d’adopter l’intégralité des recommandations formulées par le Comité de transition et de s’opposer aux tentatives des États-Unis ou de tout autre pays de rouvrir les négociations en la matière. Il faut aussi préserver les dispositions primordiales accordant aux pays en développement la maîtrise des dépenses au niveau national et assurant que les besoins et la parole des femmes occupent une place centrale dans le Fonds.

Le Fonds ne peut cependant pas devenir une coquille vide. Les négociations sur le climat de Durban doivent garantir que les promesses des pays développés de procurer 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 se concrétisent. Après 2012 et le terme du financement précoce (« fast start ») dans le cadre duquel les pays se sont engagés, à Copenhague, à mobiliser 30 milliards de dollars, les États devront veiller à éviter tout déficit et à progressivement accroître les recettes. Un accord sur de nouvelles sources de financement est possible à Durban ; une taxation juste des émissions de CO2 – importantes et croissantes – dans le secteur du transport maritime et aérien international permettrait de générer des recettes considérables. Les États doivent saisir cette opportunité.

« Durban ne débouchera pas sur toutes les mesures qui seraient nécessaires pour lutter efficacement contre le changement climatique », prédit avec réalisme Kelly Dent. « Mais les États doivent capitaliser sur les acquis du passé : prolonger Kyoto, prévoir un futur accord juridique visant à réduire les émissions plus radicalement avant 2020 et mobiliser les financements dont les populations pauvres ont besoin dès maintenant pour faire face au changement climatique. »

Un quart des terres de la planète « hautement dégradé », dit la FAO AFP Reporterre 2011/11/29 AFP (29 novembre 2011) Un quart des terres de la planète « hautement dégradé », dit la FAO. Reporterre. fr

Un quart des terres de la planète « hautement dégradé », dit la FAO

L’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) plaide pour une meilleure gestion des terres et de l’eau, dans un rapport publié lundi à Rome, selon lequel un quart des terres de la planète est aujourd’hui « hautement dégradé ».

Toute la planète est concernée, selon la FAO qui cite notamment les hauts plateaux d’Amérique centrale détériorés par l’érosion, les savanes d’Afrique occidentale menacées par la désertification, l’Europe occidentale et les Etats-Unis touchées par la pollution des terres et des eaux.

« Dans un monde surpeuplé où la population ne cesse d’augmenter et où les modèles de consommation évoluent, l’humanité a négligé de planifier et de gérer la mise en valeur des ressources en terres et en eau », déplore la FAO dans son premier rapport sur L’état des ressources en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde.

« Ce rapport doit réveiller le monde et faire savoir à l’humanité qu’il n’est plus possible de traiter ces ressources vitales comme si elles étaient infinies », a déclaré le directeur général sortant de la FAO, Jacques Diouf.

« L’époque du ’business as usual’ est révolue », a-t-il ajouté devant la presse au siège de la FAO.

De nombreuses zones agricoles « sont menacées par une baisse progressive de leur capacité productive, dans un contexte de pression démographique excessive et de pratiques agricoles qui détériorent l’environnement », alerte la FAO.

La surface des terres cultivées dans le monde a augmenté de 12% au cours des 50 dernières années, en grande partie grâce au doublement de la surface des terres irriguées.

Mais les rythmes de croissance de la production agricole ont ralenti et « ne sont plus que la moitié des 3% de taux de croissance annuelle observés dans les pays en développement par le passé », selon l’organisation onusienne.

Or à l’horizon 2050, l’augmentation de la population et des revenus devrait se traduire par une demande mondiale de produits alimentaires de 70% supérieure à celle de 2009, un chiffre qui pourra même atteindre 100% dans les pays en développement.

Pour que la nutrition s’améliore et que l’insécurité alimentaire et la sous-alimentation reculent, la croissance de la production agricole doit dépasser celle de la démographie.

La population mondiale est évaluée aujourd’hui à 7 milliards de personnes, dont un milliard sont sous-alimentées, et devrait atteindre 9 milliards en 2050.

D’où l’exigence d’une « gouvernance améliorée des ressources en terres et en eau et (...) un investissement plus substantiel et plus stratégique en faveur de la sécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté ».

La FAO préconise notamment « l’adoption généralisée d’approches participatives et pluralistes de la gestion de la terre et de l’eau accompagnée de processus de décentralisation », ainsi qu’« un accroissement des investissements en faveur de l’amélioration des infrastructures publiques essentielles ».

Les agrocarburants et la consommation de viande aggravent le réchauffement climatique Ouest France Reporterre 2011/11/29 Ouest France (29 novembre 2011) Les agrocarburants et la consommation de viande aggravent le réchauffement climatique. Reporterre. fr

Les agrocarburants et la consommation de viande aggravent le réchauffement climatique

Si la planète pousse les feux des agrocarburants et mange toujours plus de viande, la déforestation et le réchauffement risquent de s’amplifier, indique un nouveau modèle scientifique.

Pour Thierry Brunelle, chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), et Nicolas Vuichard, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), il n’y a guère de doute : le changement climatique est enclenché. L’atmosphère se charge en gaz à effet de serre. Ils sont émis pour les deux tiers par les transports, l’industrie et pour un tiers par l’agriculture. Les températures grimpent, les accidents météo (tempêtes, canicules, sécheresses, pluies diluviennes...) gagnent en intensité et en fréquence.

« Cette évolution dessine une nouvelle géographie mondiale des cultures et de la gestion de l’eau », a déclaré l’agronome Michel Griffon, lors des Entretiens de l’agriculture écologiquement intensive, à Angers, les 25 et 26 octobre. Les modèles prévisionnels circulant jusqu’à présent dans la sphère des climatologues se fondent exclusivement sur des paramètres météo (températures, pluies..). Ils anticipent « une évolution favorable pour l’agriculture des zones septentrionales de la planète, mais une détérioration pour le Brésil, l’Inde, l’Afrique, le bassin méditerranéen », résume l’agronome, directeur adjoint de l’Agence nationale de la recherche.

Sous l’impulsion de celle-ci, le Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), à Nogent-sur-Marne, et le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), à Gif-sur-Yvette, en région parisienne, ont construit un nouveau modèle baptisé « Autrement ».

Il dessine la carte mondiale des cultures et des écosystèmes, à l’horizon 2070. Il tient compte d’« une triple contrainte : nourrir une population croissante dans les pays émergents ; séquestrer le carbone dans les forêts pour limiter les gaz à effet de serre ; produire des énergies renouvelables pour remplacer le pétrole », énumère Thierry Brunelle, chercheur au Cired. « Nous avons voulu savoir si ces trois objectifs étaient réalisables », complète Nicolas Vuichard, du LSCE.

Les deux scientifiques se gardent d’émettre des conclusions définitives. « Nos travaux sont à prendre avec des pincettes. Mais ils mettent en évidence des tendances significatives. On sait que, si la production d’agrocarburants augmente en Europe ou aux États-Unis, que si la consommation mondiale de viande continue de progresser au même rythme, le prix du blé, maïs, soja va tripler, incitant les paysans brésiliens à déforester l’Amazonie. »

D’où une dégradation accélérée du climat. Inversement, un régime alimentaire, tout aussi calorique, mais mieux équilibré entre protéines végétales et animales, permettrait aux populations d’accéder à une alimentation moins chère et à notre planète de garder son poumon vert. « Nous sommes un peu les versions modernes de la Pythie de Delphes, sourit Thierry. On cherche à stimuler la réflexion, sans a priori. Oui, nous sommes des lanceurs d’alerte. »

OGM : le problème, c’est le manque d’indépendance de l’expertise Corinne Lepage Reporterre 2011/11/29 Corinne Lepage (29 novembre 2011) OGM : le problème, c’est le manque d’indépendance de l’expertise. Reporterre. Tribune — fr

OGM : le problème, c’est le manque d’indépendance de l’expertise

Le Conseil d’Etat a jugé le 28 novembre que le gouvernement français n’était pas fondé, en 2008, à décider du moratoire sur le maïs transgénique de Monsanto, le MON 810.

Il est inhabituel que des juges se prononcent sur le bien fondé scientifique d’une décision. En faisant cela, le Conseil d’Etat réduit encore la marge de manœuvre dont disposent les Etats membres sur les OGM. C’est d’autant plus regrettable que les décisions d’autorisation reposent en premier lieu sur une expertise européenne critiquée et entachée de conflits d’intérêt et qui elle, ne peut faire l’objet d’aucun recours !

La France a raison d’interdire la culture de maïs transgénique. Le vrai problème des OGM n’est pas procédural, c’est le manque d’indépendance et l’insuffisance de l’évaluation des risques menée au niveau européen par l’EFSA [Autorité européenne de sécurité alimentaire]. Il est illusoire de croire que la Commission et l’EFSA, qui proposent les autorisations d’OGM, se contrediraient en validant une interdiction nationale. Il faut que la législation permette aux Etats membres de prendre en compte les spécificités environnementales et agronomiques de leurs territoires.

L’arrêt du Conseil d’Etat sur l’interdiction française du maïs transgénique démontre également qu’il faut adapter la législation européenne afin de donner aux Etats membres une base juridique solide pour interdire la culture d’OGM.

Contrairement à la Commission européenne, il faut permettre aux Etats membres d’invoquer des raisons environnementales ou une insuffisance de données pour interdire un OGM. Cette approche a été soutenue par une très large majorité au Parlement lors du vote en séance plénière le 5 juillet 2011.

La Cour européenne de Justice avait rendu le 8 septembre son avis sur le recours intenté par l’AGPM [Association générale des producteurs de maïs] en Conseil d’Etat contre l’interdiction de mise en culture du maïs OGM MON810, de la compagnie Monsanto. La Cour avait estimé que le gouvernement français n’avait pas suivi la procédure correcte pour mettre en place une « clause de sauvegarde » contre le MON810. La Cour estime que la France aurait dû baser son interdiction sur le Règlement 1829/2003 (plutôt que sur la Directive 2001/18), qui prévoit qu’un gouvernement doit d’abord demander à la Commission d’agir avant de prendre des mesures nationales.

La Cour avait également restreint la portée des clauses de sauvegardes en estimant que « en vue de l’adoption de mesures d’urgence, l’article 34 du règlement no 1829/2003 impose aux États membres d’établir, outre l’urgence, l’existence d’une situation susceptible de présenter un risque important mettant en péril de façon manifeste la santé humaine, la santé animale ou l’environnement. » Cette interprétation restrictive permet au Conseil d’Etat de considérer que la clause de sauvegarde n’est pas justifiée sur le fond.

Des Français demandent la nationalité hellénique, par solidarité avec le peuple grec Je suis Grec Reporterre 2011/11/30 Je suis Grec (30 novembre 2011) Des Français demandent la nationalité hellénique, par solidarité avec le peuple grec. Reporterre. fr

Des Français demandent la nationalité hellénique, par solidarité avec le peuple grec

Parce que le peuple grec subit l’humiliation, soyons solidaires face aux riches du monde entier. Demandons tous symboliquement la nationalité grecque !

Indignés par la lâcheté et le manque de vision des gouvernements occidentaux – dont le nôtre (1) – face à la dictature des marchés financiers,

Et révoltés par l’humiliation faite en ce moment au peuple grec, honteusement accusé d’intempérance et de tricherie, désigné collectivement coupable sans pouvoir se défendre (2), condamné à l’austérité sans fin et à la contrition pénitente, dans des termes qui rappellent le langage du Maréchal Pétain en 1940 sur l’ordre moral, « l’effort » et « l’esprit de jouissance »,

Nous n’avons décidément pas oublié que ceux-là qui sacrifient aujourd’hui la Grèce à la spéculation financière, en feignant d’espérer que le « fascisme économique » se contentera de ce petit pays, et qu’il les épargnera eux-mêmes....

… sont les mêmes que ceux qui abandonnèrent la Tchécoslovaquie à Adolf Hitler, à Munich en 1938, en espérant qu’il se satisferait de cette nouvelle proie offerte, après le lâchage de l’Espagne républicaine (3).

Nous ne supportons plus que les nouveaux riches (1% triomphants du monde globalisé) ignorent la vraie dette morale que l’Humanité doit à la nation grecque (4), parce qu’elle a donné à l’Europe le premier germe d’une démocratie directe (5), basée précisément sur l’abolition des dettes et l’émancipation des citoyens réduits en esclavage pour endettement, c’était il y a 2500 ans (6),

Par tous ces motifs, nous sommes tous Grecs et Grecques. En conséquence, par un signe clair, voici venu le moment de ne plus collaborer un instant de plus par notre passivité avec la mise sous tutelle financière de la Grèce (7). Nous voulons donc nous solidariser avec la Grèce et partager, au moins symboliquement, le destin de son peuple.

Nous demandons donc aujourd’hui à bénéficier de la double nationalité grecque, nous en faisons la demande formelle à l’ambassade grecque dans notre pays, et nous rendrons publique cette démarche avec une première liste de signataires, le 24 novembre 2011, date anniversaire d’une action importante de la Résistance grecque, réalisée au viaduc du Gorgopotamos dans la nuit du 24 au 25 novembre 1942 (8).

.............................

Notes :

(1) Nous n’oublierons jamais le mépris paternaliste pour la Grèce des dirigeants de l’Allemagne et la France, attitude arrogante et vexatoire d’autant plus scandaleuse que ces deux pays sont de grands fournisseurs d’armes ruineuses à la Grèce. Nous avons honte du couple Merkel et Sarkozy, faisant la leçon doctorale à la Grèce à terre, lui assénant de force une thérapie aussi impérieuse et inepte que la médecine à base de saignée du temps de Molière, une médecine qu’ils rêvent tout haut d’administrer ensuite à leurs propres peuples. Nous n’acceptons pas que pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, une nation perdrait sa souveraineté politique pour un simple diktat de rentabilité financière des placements des 1% de privilégiés du monde entier, qui ont pu s’acheter des Bons des trésors publics. Nous ne laisserons pas calomnier le peuple grec à la place de la responsabilité de quelques profiteurs et trafiquants internationaux, et de leurs complices.

(2) Ni même s’exprimer par un référendum.

(3) Churchill avait dit cette phrase célèbre après Munich : « Entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre. » Mais on sait moins que Gandhi depuis l’Inde avait déclaré : « L’Europe a vendu son âme pour exister sur la terre huit jours de plus. La paix que l’Europe a gagnée à Munich est le triomphe de la violence, et c’est aussi sa défaite ». Nous n’oublions pas que le général Faucher chef de la mission française d’aide installée à Prague, écœuré par les accords de Munich, avait envoyé sa démission au gouvernement français pour sauver l’honneur, et avait demandé alors la nationalité tchèque. Le général Louis-Eugène Faucher (1874-1964) avait vécu vingt ans aux côtés du peuple tchèque. Revenu en France, il fut résistant pendant l’occupation nazie, puis arrêté et déporté en Allemagne, d’où il revint vivant en 1945.

(4) Parce que la Grèce a donné au monde le mythe agissant d’Antigone, insurrection invaincue de la conscience face à l’arbitraire et à la tyrannie.

(5) Parce que la Grèce a donné à l’Europe le premier germe d’une démocratie directe (non pas déléguée à une classe d’élus professionnalisés, mais exercée directement en assemblée et par le tirage au sort),

(6) Et parce que l’acte inaugural de la naissance de la démocratie athénienne, premier germe encore fragile et imparfait bien entendu, décidé par l’archonte Solon en l’an 594 avant notre ère, fut précisément l’abolition des dettes et l’émancipation générale des citoyens réduits en esclavage pour endettement personnel. Mais qui s’en souvient ? Nous n’oublions pas non plus l’éminente et héroïque Résistance grecque, participant hautement à la libération européenne du nazisme.

(7) Cette tutelle signifierait un coup d’État rampant contre la démocratie européenne et l’asphyxie programmée de la société civile grecque, avec son humiliation matérielle et morale, qui entraînerait forcément, par effet de domino, celles des autres pays voisins, dont le nôtre, avec un risque de crise pré-fasciste.

(8) Dans la nuit du 24 au 25 novembre 1942, la destruction du viaduc ferroviaire de Gorgopotamos, sur la voie stratégique entre Thessalonique et Athènes, fut une grande action conjointe de deux importants mouvements de résistance grecque, EAM-ELAS communiste et EDES-EOEA non-communiste, aidés par des agents britanniques.

(9) L’association N.e.u.f organise à Nantes (Loire & Bretagne, France) la Fête des langues et des parcours-mémoires de la Résistance antifasciste. Cette association a réclamé en 1995 la transparence automatisée des comptabilités publiques par internet, et a lancé en 1997 le « Réveillon du 1er mai » devant la Bourse de Paris, première manifestation publique du monde occidental pour la taxe Tobin sur la spéculation financière et contre les paradis fiscaux. N.e.u.f. a également été à l’initiative de « l’Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004 » (avec ATTAC), et de la Déclaration dite « Décapol, Dix nouveaux droits pour le siècle qui vient ».

http://lucky.blog.lemonde.fr/2006/1...

http://cf.groups.yahoo.com/group/Le...

http://lucky.blog.lemonde.fr/2005/0...

2011, la dixième année la plus chaude jamais enregistrée Organisation météorologique mondiale (OMM) Reporterre 2011/11/30 Organisation météorologique mondiale (OMM) (30 novembre 2011) 2011, la dixième année la plus chaude jamais enregistrée. Reporterre. fr

2011, la dixième année la plus chaude jamais enregistrée

L’année 2011 est la dixième année la plus chaude à l’échelle du globe, l’année la plus chaude en relation avec un épisode La Niña et l’année de la deuxième plus faible étendue de la banquise arctique.

Genève/Durban, 29 novembre 2011 (OMM) – En 2011, la température moyenne à la surface du globe est actuellement la dixième la plus élevée jamais relevée et est supérieure à toutes celles enregistrées lors des années précédentes correspondant à des épisodes La Niña, qui se traduisent normalement par un refroidissement relatif. De plus, les 13 années les plus chaudes font toutes partie des 15 dernières années écoulées depuis 1997. Quant à la banquise arctique, elle a présenté en 2011 la deuxième plus faible étendue et le plus faible volume jamais observés.

Sont présentés ici quelques-uns des points saillants de la version provisoire de la Déclaration annuelle de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sur l’état du climat mondial, qui donne une évaluation de la température moyenne à la surface du globe ainsi qu’un aperçu des principaux événements météorologiques et climatiques qui se sont produits dans le monde en 2011 et qui a été rendue publique aujourd’hui même à la conférence climatique internationale qui se tient à Durban, en Afrique du Sud.

« Il nous incombe de diffuser des connaissances scientifiques qui guident l’action des décideurs », a déclaré le Secrétaire général de l’OMM, M. Michel Jarraud. « Notre science est fiable et démontre sans ambiguïté que le climat mondial se réchauffe et que ce réchauffement est dû aux activités humaines. »

« Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux pics qui s’approchent très rapidement des niveaux correspondant à une élévation de 2 à 2,4 °C de la température moyenne à la surface du globe, laquelle pourrait entraîner, selon les scientifiques, des changements radicaux et irréversibles de notre planète, de la biosphère et des océans », a-t-il ajouté.

Selon déclaration provisoire de l’OMM, la température moyenne combinée de l’air à la surface de la mer et des terres émergées pour la période comprise entre janvier et octobre 2011 présente une anomalie positive estimée à 0,41 °C ± 0,11 °C par rapport à la moyenne annuelle de 14,00 °C pour la période 1961-1990. L’année 2011 se classe donc au dixième rang ex aequo des années les plus chaudes depuis le début des relevés en 1850.

La température moyenne de la décennie 2002-2011, supérieure de 0,46 °C à la moyenne à long terme, est la plus élevée jamais constatée, à égalité avec la décennie 2001-2010.

Faits marquants :

En 2011, le climat mondial a été fortement influencé par le puissant épisode La Niña qui s’est développé dans le Pacifique tropical au second semestre de 2010 et a persisté jusqu’en mai 2011. Ce phénomène, l’un des plus intenses des 60 dernières années, a été étroitement associé à des épisodes de sécheresse en Afrique de l’Est, dans les îles de la partie centrale du Pacifique équatorial et dans le sud des États-Unis d’Amérique et à des inondations en Afrique australe, dans l’est de l’Australie en en Asie du Sud.

Les années « à forte Niña » accusent en général un déficit thermique de 0,10 à 0,15 °C par rapport aux années qui les précèdent ou qui les suivent. L’année 2011 n’a pas dérogé à la règle, avec une température moyenne à la surface du globe inférieure à celle de 2010, mais néanmoins très supérieure à celle des années à Niña modérée à forte les plus récentes, à savoir 2008 (+ 0,36 °C), 2000 (+ 0,27 °C) et 1989 (+ 0,12 °C). Des conditions caractéristiques d’une anomalie La Niña peu marquée sont réapparues ces dernières semaines, mais n’ont pas encore atteint l’intensité des conditions observées fin 2010 et début 2011.

En 2011, les températures de l’air relevées à la surface des terres émergées ont été supérieures à la moyenne à long terme dans la plupart des régions du globe. C’est en Fédération de Russie que les anomalies thermiques ont été les plus marquées, notamment dans le nord du pays où les températures observées entre janvier et octobre ont été supérieures de près de 4 °C à la moyenne en certains endroits.

La banquise arctique a atteint son minimal saisonnier le 9 septembre, avec une étendue de 4,33 millions de kilomètres carrés, soit 35 % de moins que la moyenne pour la période 1979 2000. Si cette étendue reste légèrement supérieure au minimum record observé en 2007, il faut cependant noter qu’à la différence de 2007, les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est ont été par moments libres de glace pendant l’été 2011. Quant au volume de la banquise, il a atteint un nouveau minimum record estimé à 4 200 kilomètres cubes, le précédent minimum record de 4 580 kilomètres cubes datant de 2010.

Les températures supérieures à la moyenne enregistrées dans la plupart des régions polaires arctiques ont coïncidé avec le plus faible volume de la banquise et sa deuxième plus faible étendue minimale jamais observés.

Autres faits marquants :

- Grave sécheresse suivie d’inondations en Afrique de l’Est ; - Graves inondations en Asie du Sud-Est, au Pakistan, en Amérique centrale et en Amérique du Sud ; - Crue éclair la plus meurtrière jamais observée conjuguée à des coulées de boue au Brésil ; - Une année d’extrêmes aux États-Unis d’Amérique ; - Début d’année sec en Europe et en Chine orientale ; - Activité cyclonique toujours inférieure à la normale.

Note :

Les informations préliminaires pour 2011 sont fondées sur les données climatiques transmises par divers réseaux de stations météorologiques et climatologiques terrestres ainsi que par des navires et des bouées et par des satellites. Les données sont recueillies et diffusées en permanence par les Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) des 189 Membres de l’OMM et par plusieurs instituts de recherche qui collaborent avec eux. Elles permettent d’alimenter en continu trois grands centres mondiaux de collecte et d’analyse des données climatiques, qui constituent et tiennent à jour des jeux de données homogènes à l’aide de méthodes éprouvées.

L’analyse des températures mondiales effectuée par l’OMM repose donc principalement sur trois ensembles de données complémentaires. L’un de ces ensembles est le jeu de données combiné tenu à jour par le Centre Hadley du Met Office du Royaume-Uni et l’Unité de recherche sur le climat de l’Université d’East Anglia (Royaume-Uni). Le deuxième ensemble est le jeu de données tenu à jour par l’Administration américaine pour les océans et l’atmosphère (NOAA), et le troisième est fourni par le Goddard Institute for Space Studies (GISS), qui relève de la NASA. D’autres informations sont tirées de l’ensemble de données fondé sur les réanalyses ERA-Interim, qui est tenu à jour par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT).

L’OMM a publié son Bulletin annuel sur les gaz à effet de serre le 21 novembre dernier. Il peut être consulté à la page Web consacrée au Programme de la veille de l’atmosphère globale de l’OMM.

Les enjeux de Notre Dame des Landes Jean Clémancey et Geneviève Lebouteux (lemonde.fr) Reporterre 2011/11/30 Jean Clémancey et Geneviève Lebouteux (lemonde.fr) (30 novembre 2011) Les enjeux de Notre Dame des Landes. Reporterre. Tribune — Notre-Dame-des-Landes fr

Les enjeux de Notre Dame des Landes

« Un effort d’optimisation de la plate-forme serait bien plus intelligent que le projet actuel qui multipliera les kilomètres parcourus en voiture. »

Jean Clemancey réagit à la chronique « Avion PS, le crash ? » (Le Monde, 5 octobre).

(...)

Quant à la localisation de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, je ne partage pas votre opposition. Ma femme et moi allons depuis plusieurs années à Nantes pour la « folle journée » consacrée à la musique. J’ai donc eu l’occasion de lire dans la presse locale l’argumentation pour le déplacement de cet aéroport.

D’une part, je pense que les villes de Nantes, Rennes sont justifiées à se doter d’un aéroport international tout comme Lyon, Bordeaux, Lille, Toulouse, Nice, Marseille ou bien on considère que l’avion est un mode de transport anti-écologique et alors on ne se déplace qu’en train et en bateaux mais il faudrait en débattre.

D’autre part je crois savoir que l’espace libéré par les départs des deux aéroports sera utilisé à des aménagements urbains attendus. Je souhaite que, dans votre prochaine chronique écologique, vous mettiez en garde nos concitoyens contre leur envie d’une maison individuelle dont les conséquences sont le gaspillage du terrain et l’augmentation de la circulation automobile sur de courtes distances en milieu urbain.

Jean Clémancey (Grenoble)

Geneviève Lebouteux, revient sur les propos de Jean Clémancey au sujet du projet de nouvel aéroport Notre-Dame-des-Landes et précise certains points.

Nantes dispose déjà d’un aéroport international, il s’appelle Nantes Atlantique, il est situé au sud de l’agglomération, il fonctionne plutôt bien, il vient d’ailleurs de recevoir le prix du meilleur aéroport européen attribué par les compagnies aériennes régionales !

Sur cette plate-forme, le nombre de passagers a connu une croissance importante depuis 2004 avec l’ouverture aux compagnies Low cost (3 millions dans l’année aujourd’hui). Mais comme les avions sont plus gros et mieux remplis, il y a aujourd’hui moins d’avions (environ 40.000 dans l’année) qu’il y a dix ans (43.200 en 2000). Et la marge de progression de l’emport moyen (nombre de passagers par avion) reste importante. Comparativement à certains aéroports à une piste dans le monde (Genève, Gatwick, San Diego-USA…), le trafic sur Nantes Atlantique est extrêmement modeste. Il a encore des marges de progression.

En tant qu’écologiste, je ne souhaite pas bien sûr un développement important du trafic aérien : un aller-retour Paris-New York correspond à l’empreinte écologique moyenne d’un habitant de la planète sur une année. Mais je sais que tout le monde ne partage pas cette vision des choses. A ceux qui souhaitent le développement de ce trafic sur l’Ouest, je dis que celui-ci est possible avec le maintien de la plate-forme actuelle.

Non seulement il est possible mais il est beaucoup moins coûteux en argent public, en terres agricoles, en biodiversité, en dégâts sociaux. Je rappelle en outre qu’une bonne partie des émissions de CO2 du secteur aérien est émise par les voitures des passagers qui se rendent à l’aéroport. Nantes Atlantique est desservi par une voie ferrée qui le relie à la gare de Nantes… mais celle-ci ne sert que pour les marchandises ! Un effort d’optimisation de la plate-forme serait bien plus intelligent que le projet actuel qui multipliera les kilomètres parcourus en voiture. En effet, des dessertes ferroviaires sont prévues mais très incertaines car non budgétées et aucune collectivité ne se bouscule pour payer !

Dernier point, les deux plates-formes aéroportuaires actuelles de Loire-Atlantique, Nantes Atlantique et Saint-Nazaire, vont demeurer si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes se crée. En effet, leur disparition fragiliserait la société Airbus implantée sur ces deux sites. Il y aurait alors quelques bénéfices d’urbanisation autour de Nantes Atlantique mais nettement réduits. Sans parler du coût de gestion des trois plates-formes : qui paiera ?

Il est temps de redescendre sur terre : le projet de Notre-Dame-des-Landes est inutile, ruineux et destructeur. Il doit être abandonné. Le collectif des 1000 élus opposé à ce projet a rendu publics fin octobre les résultats d’une étude sur la pertinence économique du projet, réalisée par un cabinet européen indépendant. De nouveaux éléments pour nous aider collectivement à revenir à la raison.

Geneviève Lebouteux (La Chapelle-sur-Erdre, Loire-Atlantique)

Les députés adoptent une loi inique sur les semences de ferme Semons la biodiversité Reporterre 2011/11/30 Semons la biodiversité (30 novembre 2011) Les députés adoptent une loi inique sur les semences de ferme. Reporterre. fr

Les députés adoptent une loi inique sur les semences de ferme

L’Assemblée nationale a suivi l’injonction des grandes firmes semencières, afin de contrôler l’échange libre de semences.

Le 28 novembre 2011 restera un jour noir pour la souveraineté alimentaire.

(...)

À 23 h , la majorité des 30 député(e)s présents à l’Assemblée Nationale a définitivement approuvé la loi sur les Certificats d’Obtention Végétale (COV). Cette loi permettra au Ministre de l’Agriculture d’organiser par décret :

- l’interdiction faite aux paysans d’utiliser leur propres semences issues de leur récolte pour la majorité des espèces cultivées, comme les légumes ou le soja, - la taxation de tous les hectares cultivés en céréales et fourrages (il s’agit des 21 espèces pour lesquelles les semences de ferme sont autorisées) au bénéfice de l’industrie et des vendeurs de semences . Les agriculteurs n’ayant pas utilisé de variété protégée devront en amener eux-mêmes la preuve, impossible car non documentée. En inversant ainsi le droit général qui veut que ce soit le détenteur d’un titre de propriété industrielle qui amène la preuve d’une contrefaçon s’il veut faire valoir ses droits, les députés ont légalisé un racket généralisé. - la fixation du montant de cette taxe par une inter profession dominée par l’industrie des semences qui a déjà réclamé un montant dépassant les 10 euros/ha. - l’interdiction de la commercialisation de variétés traditionnelles dites « populations » qui ne correspondent pas à la définition des variétés protégées par COV, alors même que la récente loi Grenelle demandait au même Ministre de permettre leur commercialisation, - le contrôle de tous les agriculteurs sélectionneurs en vue de leur interdire de continuer à échanger leurs semences

Ce sont ainsi plus de 100 millions d’euros qui seront pris dans la poche des paysans pour rémunérer les actionnaires des sociétés détentrices de COV. En quelques années, les paysans n’auront plus qu’un seul choix : acheter toutes leurs semences à l’industrie qui ne tardera pas à ne commercialiser que des OGM.

Les droits des paysans de ressemer et d’échanger leurs propres semences sont le dernier rempart contre la confiscation de toutes les semences et du droit à la souveraineté alimentaire par une poignée de multinationales de l’agrochimie. Un pays qui n’a pas gardé sa souveraineté alimentaire a perdu sa souveraineté politique. Les électeurs s’en souviendront !

En attendant, malgré le Conseil d’État et le Parlement, nous continuerons à pratiquer et à défendre ces droits fondateurs des agriculteurs.

Signataires de la campagne Semons la biodiversité

Agir pour l’environnement, Les Amis de la Terre, Artisans du monde, la Confédération Paysanne, la Coordination nationale pour la défense des semences fermières, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, Nature et Progrès, ATTAC, Sciences Citoyennes, Les Croqueurs de carotte, Demeter, Chrétien dans le Monde Rural, ASPRO PNPP, le Mouvement d’Agriculture Biodynamique, Générations Futures, Stop OGM, Minga et le Réseau Semences Paysannes, Union Nationale de l’Apiculture Française.

Communiqué du CNDSF

Il n’y a pas eu de surprise le 28 novembre à l’assemblée nationale. Les députés convoqués à la dernière minute, étaient moins de vingt en séance, pour discuter de cette pratique essentielle aux agriculteurs : le droit de ressemer leur propre récolte.

Comme la majorité l’avait annoncé, elle n’a accepté aucune modification de la loi. Sous la pression des puissantes firmes semencières, un cadre juridique incompatible avec les pratiques agricoles visant en particulier le triage à façon a été voté. La rémunération de l’obtenteur imposée à l’autoconsommation des fourrages et céréales fourragères sera une usine à gaz inapplicable à la conduite des fermes d’élevage.

Aucune transparence n’a été acceptée dans la gestion des rémunérations et l’orientation de la recherche, la majorité refuse toujours d’ouvrir les portes de l’interprofession aux trieurs à façon et à tous les syndicats agricoles représentatifs.

L’objectif de la loi reste donc toujours le même, faire passer l’agriculteur par l’achat de semence.

Pour la CNDSF [Coordination nationale pour la défense des semences fermières] cette loi est incompatible avec la nécessaire souplesse dans la gestion des exploitations agricoles. L’obligation de rémunérer l’obtenteur ne peut se mettre en place qu’avec la contrepartie de légaliser l’échange de semence, pratique indispensable à une agriculture rémunératrice des paysans et capable d’assurer la souveraineté alimentaire.

Pour la CNDSF il était inimaginable de poursuivre en contrefaçon un agriculteur ou un trieur, mais les députés l’ont inscrit dans la loi, le 28 novembre 2011.

Les grandes banques stimulent le changement climatique Les Amis de la Terre Reporterre 2011/12/01 Les Amis de la Terre (1er décembre 2011 à 07h18,) Les grandes banques stimulent le changement climatique. Reporterre. fr

Les grandes banques stimulent le changement climatique

BNP, Crédit Agricole, Goldman Sachs et leurs petits amis encouragent le changement climatique en finançant des centrales à charbon.

Le 30 novembre, les organisations urgewald (Allemagne), groundWork et Earthlife Africa Johannesburg (Afrique du Sud), et le réseau international Banktrack - dont les Amis de la Terre France sont membres – ont lancé à Durban une nouvelle étude sur les portefeuilles des plus grandes banques mondiales : Bankrolling Climate Change (en anglais). Ce rapport établit pour la première fois un classement climat complet de ces institutions financières, sur la base de leurs financements à l’industrie du charbon (1).

« Nous avons choisi de nous centrer sur le financement du charbon car les centrales à charbon sont la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre », explique Heffa Schueking d’Urgewald. « Bien que le changement climatique ait déjà des impacts graves sur les sociétés les plus vulnérables, il y a de nombreux projets de construction de nouvelles centrales à charbon. Si les banques fournissent l’argent nécessaire à ces projets, elles vont ruiner les efforts pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C ».

L’étude identifie 20 principales « banques climaticides », dont les trois françaises BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale. Parmi le top 20, on retrouve aussi des banques des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Allemagne, de Suisse, de Chine, d’Italie et du Japon. Les trois banques alimentant le plus le changement climatique sont JP Morgan Chase (16,5 milliards d’euros), Citi (13,7 milliards d’euros) et Bank of America (12,6 milliards d’euros).

Les centrales à charbon sont chères à construire - environ 2 milliards de dollars pour une centrale de 600 mégawatts (MW) – et les producteurs d’énergie doivent donc se reposer fortement sur les banques pour trouver le capital nécessaire. « Nos chiffres montrent clairement que le financement du charbon augmente, il a presque doublé entre 2005 - année d’entrée en vigueur du protocole de Kyoto - et 2010 », remarque Tristen Taylor d’Earthlife Africa Johannesburg.

Yann Louvel, de BankTrack et des Amis de la Terre France, complète : « Presque la totalité des 20 banques climaticides ont fait des déclarations ambitieuses d’engagement pour combattre le changement climatique. Mais les chiffres montrent que leur argent n’obéit pas à leurs promesses ». Les politiques internes de ces banques, ainsi que les engagements volontaires tels que les « Principes Climat » n’ont produit aucun changement dans les portefeuilles des banques.

Bobby Peek de groundWork (Les Amis de la Terre Afrique du Sud) conclut : « Les projets de nouvelles mines et centrales à charbon rencontrent une farouche résistance partout dans le monde. Nous allons maintenant mettre cette pression sur les banques ». Depuis plus d’un an, Les Amis de la Terre font ainsi campagne contre les centrales de Medupi et Kusile en Afrique du Sud, qui ont reçu des prêts du Crédit Agricole, de BNP Paribas, de Société Générale et du CIC, ainsi que de l’État français au travers d’une garantie de la Coface et d’un prêt de la Banque Mondiale.

Les associations demandent donc aux banques de devenir des acteurs responsables face au climat et de quitter le secteur du charbon, en réorientant leur portefeuille vers l’efficacité énergétique et les énergies renouvables, et en mettant en œuvre des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO2 induites par leurs financements et investissements.

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Note :

(1) L’étude examine les portefeuilles de 93 banques leaders dans le monde, et comptabilise leur soutien aux 31 plus grandes entreprises minières du charbon (représentant 44 % de la production mondiale de charbon) et aux 40 principaux producteurs d’électricité provenant du charbon (qui détiennent plus de 50 % de la capacité mondiale de génération à partir du charbon). La valeur totale du financement du charbon fournit par ces banques depuis 2005 est de 232 milliards d’euros.

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Liste des 20 plus grands financeurs de l’industrie du charbon depuis 2005 (année d’entrée en vigueur du protocole de Kyoto) :

(en millions d’euros) :

#1 - JPMorgan Chase : 16.540 #2 - Citi : 13.751 #3 - Bank of America : 12.590 #4 - Morgan Stanley : 12.117 #5 - Barclays : 11.514 #6 - Deutsche Bank : 11.477 #7 - Royal Bank of Scotland : 10.946 #8 - BNP Paribas : 10.694 #9 - Credit Suisse : 9.495 #10 - UBS : 8.217 #11 - Goldman Sachs : 6.770 #12 - Bank of China : 6.323 #13 - Industrial and Commercial Bank of China : 6.182 #14 - Crédit Agricole / Calyon : 5.637 #15 -UniCredit / HVB : 5.231 #16 - China Construction Bank : 5.110 #17 - Mitsubishi UFJ Financial Group : 4.980 #18 - Société Générale : 4.742 #19 - Wells Fargo : 4.523 #20 - HSBC : 4.432

Après les neiges d’antan Hervé Kempf Reporterre 2011/12/01 Hervé Kempf (1er décembre 2011 à 06h53,) Après les neiges d’antan. Reporterre. Tribune — fr

Après les neiges d’antan

« Pas question ici de céder à la peur moyenâgeuse, ni de revenir à la bougie… Neige il n’y a pas ? Neige il y aura, foi de progressiste ! »

Le sommet de Durban sur le climat ? Oh, c’est loin, et puis ça concerne les îles du Pacifique, non ? D’ailleurs, les inondations, il y en a en Indonésie ou en Chine – c’est bien triste, mais enfin, ce n’est pas chez nous. De toute façon, vous ne croyez pas qu’il y a plus urgent à résoudre que le réchauffement, comme problème, avec la crise, les banques, la croissance en berne ? Alors le climat, bonjour !

On osera imaginer que de telles pensées ont parcouru le cerveau de quelques-uns des organisateurs de Jardin des neiges, une manifestation qui s’est tenue à Lyon du 23 au 26 novembre. Des mètres cubes de neige artificielle y ont été apportés à grands frais pour donner envie aux petits Lyonnais d’aller skier. Admirable idée ! Mais cette opération publicitaire a exigé de la neige artificielle, car de neige naturelle sur les montagnes, il n’y a pas plus que de cheveux sur la tête à Mathieu…

Les bulletins d’enneigement des stations de ski indiquent que la dernière neige est tombée en mars. La saison s’annonce mal – comme de plus en plus souvent. Aussi les stations fourbissent leurs armes, c’est-à-dire des canons à neige, qui vont puiser dans des réserves d’eau rares – la sécheresse a touché aussi les montagnes – tout en consommant moult énergie, provoquant l’émission de 2 à 8 tonnes de gaz carbonique par hectare. Pas question ici de céder à la peur moyenâgeuse, ni de revenir à la bougie… Neige il n’y a pas ? Neige il y aura, foi de progressiste !

En fait, ce qui se passe dans nos massifs montagneux est une première manifestation du changement climatique. Comme l’a constaté le projet de recherche Scampei sur le climat des zones de montagnes, dont Météo France a publié la conclusion, lundi 28 novembre, « les résultats s’accordent sur une diminution significative de la couverture neigeuse au-dessous de 2 000 m d’altitude dès les prochaines décennies ». De son côté, l’Observatoire savoyard du changement climatique observe que « les zones de montagne seront les premières touchées par de longues sécheresses des sols à partir de la moitié du siècle ».

Les montagnards sont notre avant-poste face au changement climatique. Leur économie s’est développée depuis quarante ans sur le tourisme de ski. Celui-ci, du fait du réchauffement, commence à se contracter. Le choix ? Continuer aveuglément, jusqu’à la dernière goutte d’eau. Ou réfléchir maintenant, et engager la transition écologique.

Les chrétiens doivent s’engager à l’objection de croissance Chrétiens et pic de pétrole Reporterre 2011/12/02 Chrétiens et pic de pétrole (2 décembre 2011) Les chrétiens doivent s’engager à l’objection de croissance. Reporterre. Tribune — fr

Les chrétiens doivent s’engager à l’objection de croissance

“Le refus du sans limites matérialiste n’est‐il pas au coeur de la doctrine chrétienne ? Les chrétiens ne peuvent donc plus se taire voire être complices de cette logique de la démesure sauf à trahir les Évangiles. Ils se doivent d’être en première ligne aux côtés de tous les objecteurs de croissance."

Du 18 au 20 novembre s’est déroulé le colloque interrogeant les convergences et les divergences entre le christianisme et l’« objection de croissance ». Au terme de ces débats, un consensus se dégage pour affirmer que toutes les études environnementales conduisent au constat de la limite des ressources de la planète. Cependant, les réponses apportées, comme le développement durable ou la « croissance verte », sont très insuffisantes pour faire face à la hauteur des enjeux auxquels est confrontée notre société. Ces approches se révèlent trop souvent des mesures d’accompagnement d’une logique qui nous mène vers l’abîme, alors que c’est cette logique elle‐même qu’il faut remettre en question : c’est d’une véritable rupture dont nous avons besoin.

En effet, nous observons que capitalisme, productivisme, croissance ou développement (fussent‐ils vert ou durable) participent d’une même logique, celle du « sans limites » qui est au coeur des crises dans lesquelles s’enfonce notre société. Or, le refus du sans limites matérialiste n’est‐il pas au coeur de la doctrine chrétienne ? Les chrétiens ne peuvent donc plus se taire voire être complices de cette logique de la démesure sauf à trahir les Évangiles. Ils se doivent d’être en première ligne aux côtés de tous les objecteurs de croissance.

Certes, des divergences existent avec toute une frange du mouvement écologiste, mais elles ne doivent pas masquer que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare. Les chrétiens ne peuvent donc pas rester sourds aux questions que porte le mouvement de la décroissance. Au contraire, l’importance de cette réflexion ouvre au christianisme dans les pays riches une opportunité pour s’interroger, se ressourcer et se régénérer.

Dans l’Église catholique, le Pape et les évêques en France se sont, en particulier depuis 1982 avec la publication par la Conférence épiscopale de France du document Pour de nouveaux modes de vie, prononcés avec détermination pour des modes de vie plus sobres et épanouissants face aux « modèles » promus par la société de consommation. Nous avons en effet l’espérance qu’une vie plus sobre sera meilleure, car la cause de nos souffrances actuelles est dans l’artificialisation de l’existence.

En conséquence, c’est dans la traduction collective de cette vie sobre que les tous les chrétiens, de toutes les Églises (les institutions comme les laïcs), doivent s’engager. Cela ne se fera pas sans remise en cause de la perte de responsabilité qu’engendrent la science, le néolibéralisme, le centralisme de l’économie ou le mythe de la croissance infinie dans un monde aux ressources limitées.

C’est hors de ces illusions qu’il est urgent de trouver des solutions concrètes au chômage, à la crise financière et économique, à la montée de la précarité ou au développement des inégalités nationales comme planétaires. Regardons les choses en face, en refusant le déni des limites physiques de notre environnement : c’est dans le cadre de la raréfaction de l’énergie et de la sortie de la croissance que nous devons, que nous le voulions ou non, trouver des réponses sociales, entrepreneuriales et environnementales, pour que chacun puisse vivre dans la dignité. Partant de cette réalité, nous sommes obligés à une réflexion morale et structurelle sur notre société dans toutes les dimensions de la vie personnelle et collective.

Autolib, une fausse bonne idée Les Amis de la Terre Reporterre 2011/12/02 Les Amis de la Terre (2 décembre 2011) Autolib, une fausse bonne idée. Reporterre. fr

Autolib, une fausse bonne idée

Le 5 décembre, la mairie de Paris lance un service de voitures électriques en libre-service appelé Autolib. Des écologistes jugent que cette nouveauté « ne répond pas à la nécessaire remise en cause des déplacements en voiture au profit des transports en commun, du vélo et de la marche. »

Les Amis de la Terre Paris dénoncent une opération « Paris plus vert que vert » qui ne favorise pas les transports collectifs et doux et compromet la nécessaire transition énergétique. Alors que Vélib’ incitait les parisiens à changer leurs modes de déplacement, Autolib’ conforte l’usage du véhicule individuel.

En ville, la mobilité se conjugue en collectif et doit s’organiser autour des transports collectifs et circulations douces. Avec, le projet Autolib’, lancé le 5 décembre 2011, la Ville de Paris va mettre en circulation 3.000 voitures supplémentaires, dans une ville à l’espace public saturé par ce moyen de transport individuel omniprésent et étouffant qu’est la voiture.

Pour les Amis de la Terre Paris, les modes de déplacements en ville doivent être analysés et arbitrés en tenant compte de tous les impacts : climat, énergie, pollutions locales, dégradations environnementales, nuisances, cadre de vie et partage de l’espace public. Dans ce cadre, Autolib’ ne répond pas à la nécessaire remise en cause des déplacements en voiture au profit des transports en commun, du vélo et de la marche.

Alors que l’ensemble des scénarios conjuguant sortie du nucléaire et réduction des émissions des gaz à effet de serre associées à l’énergie font de la réduction de la consommation énergétique un passage incontournable, le projet Autolib’ ne participe pas à cette démarche. Au contraire, il encourage et participe au déploiement et à la montée en charge d’une filière industrielle de voitures électriques. Alors qu’il est indispensable de réserver l’électricité à ses usages spécifiques (éclairage, électroménager, télécommunications, transports en commun, etc.), la consommation électrique qui en résultera compromet la nécessaire transition énergétique et la fermeture de tous les réacteurs nucléaires vieillissants et dangereux.

De plus, l’exploitation minière à grande échelle du lithium nécessaire aux batteries qui en résultera, entrainera une surconsommation de ces ressources et une dégradation environnementale irréversible. Un aspect mis en avant par les Amis de la Terre, dans le cadre des prix Pinocchio, qui dénoncent les conséquences désastreuses de l’exploitation du lithium en Amérique du Sud.

Enfin, la mairie se trompe de priorité budgétaire. En effet, pour des usages individuels ponctuels, il existe déjà de nombreuses possibilités : associations d’auto-partage, taxis, loueurs de voitures. Pourquoi la ville vient elle rajouter une offre supplémentaire ? Ceci ne recouvre aucune mission d’intérêt général ou de service public.

Pour Claude Bascompte, président des Amis de la Terre Paris, « Au lieu d’investir dans ce service, la mairie de Paris devrait s’engager sur le déploiement des vraies alternatives à la voiture individuelle. Seuls la mise en place de transports collectifs performants et l’aménagement de voiries facilitant l’utilisation des modes de déplacements doux, permettront de réduire la circulation automobile et lutter contre la pollution atmosphérique. »

Pour un référendum sur la sortie du nucléaire Corinne Morel Darleux Reporterre 2011/12/03 Corinne Morel Darleux (3 décembre 2011) Pour un référendum sur la sortie du nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Pour un référendum sur la sortie du nucléaire

« Faisons le pari de l’intelligence collective. Défendre la réappropriation citoyenne de la République, c’est donner à tous la possibilité de s’exprimer sur ce qui relève de l’intérêt général. »

Ce qu’il faut avant tout, c’est un débat sérieux sur la transition énergétique, pour économiser l’énergie et développer les renouvelables, seule voie permettant de planifier la sortie du nucléaire. Débat suivi d’un référendum, oui, pour plusieurs raisons.

D’abord, on ne peut pas condamner l’absence de débat sur le choix du nucléaire, réclamer transparence et démocratie, y voir un sujet de société qui nous engage tou-te-s... Et refuser de consulter le peuple sur cette question ! C’est exactement ce que nous dénonçons sur les gaz de schiste : que les citoyens aient été écartés de décisions prises en catimini par une oligarchie qui décide pour tous selon ses propres intérêts. Alors soyons cohérents. Pour le Front de Gauche qui appelle à une Révolution citoyenne et à la souveraineté populaire, ce référendum a un vrai sens politique.

Certains redoutent que les Français soient conditionnés par des années de lobby pro nucléaire ? Mais en 2005, alors que l’idéologie dominante menait propagande pour le « oui » avec le soutien zélé des grands médias, cela n’a pas empêché les citoyens de s’emparer du débat et de dire « non » au TCE ! Faisons le pari de l’intelligence collective. Défendre la réappropriation citoyenne de la République, c’est donner à tous la possibilité de s’exprimer sur ce qui relève de l’intérêt général. La mobilisation ne se fera pas sur des décisions venues « d’en haut ». Et la révolution énergétique ne se fera pas sans implication citoyenne. Le référendum est l’outil d’une mise en mouvement du pays – usagers, travailleurs, chercheurs – par le débat collectif et argumenté.

Autre argument pour éviter la consultation populaire : le débat de la présidentielle serait suffisant, et le vote de 2012 ferait office de choix. Mais nous savons tous à quel point le débat est faussé en période électorale ! Et il n’engage le gouvernement que sur un mandat. Or la transition ne se fera pas en 5 ans. Il nous faut des engagements sur le long terme, c’est tout le sens de la planification écologique du Front de Gauche. Avec la 6e République et une assemblée constituante, le référendum permettra également d’inscrire l’énergie comme bien commun dans la Constitution et d’en garantir l’accès pour tous.

Enfin, nous ne sommes pas les seuls au Front de Gauche à défendre cette option. L’appel d’Agir pour l’Environnement pour un référendum sur le nucléaire a recueilli 26.000 signatures, dont celles de C Lepage, D Baupin, M Rivasi ou encore P Mérieu. Et en mai dernier E Joly, D Cohn Bendit, N Hulot et J Bové écrivaient dans Le Monde : « Un référendum, c’est la légitimité d’un débat citoyen qui permet de faire descendre la discussion dans les familles, les cafés, la rue - au lieu de laisser les experts ministériels et les lobbies dans un dialogue plus ou moins médiatisé. (…) Ce référendum doit figurer en priorité dans tout accord final. (…) Sur des sujets autrement plus graves et dangereux que l’identité nationale, il serait bon pour une fois de donner voix à l’expression souveraine et directe des électeurs. »

La situation n’a jamais été aussi propice. Les preuves du dérèglement climatique sont là. Après des années de militantisme de terrain, le drame de Fukushima et le combat contre les gaz de schiste ont achevé de rendre centrale la question de l’énergie. Les sondages indiquent 50 à 70% d’opinions favorables à une sortie progressive du nucléaire. Des collectifs fleurissent partout sur le territoire.

Nous sommes en mesure d’animer ce débat, de faire de ce référendum une vaste campagne d’éducation populaire. Nous avons des arguments, des propositions alternatives comme celles de l’association Negawatt. Alors osons ! Place au peuple !

Mais si, les écolos s’intéressent aux oiseaux ! Eva Joly et le milan royal AFP Reporterre 2011/12/03 AFP (3 décembre 2011) Mais si, les écolos s’intéressent aux oiseaux ! Eva Joly et le milan royal. Reporterre. fr

Mais si, les écolos s’intéressent aux oiseaux ! Eva Joly et le milan royal

Eva Joly demande l’interdiction du poison qui tue les milans royaux.

La candidate d’Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle, Eva Joly, participe à un lâcher dune buse soignée par la LPO en Auvergne, le 2 décembre 2011 La candidate d’Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle Eva Joly, en déplacement en Auvergne vendredi 2 décembre, a participé au lâcher d’un oiseau et pris leur défense, pour son premier déplacement de la campagne sur le thème de la biodiversité.

Le volatile, une buse variable soignée par la Ligue de protection des oiseaux (LPO), a été lâché vendredi après-midi à Saint-Bonnet-près-Orcival, près de Clermont-Ferrand, dans un ciel où volaient plus de 200 milans royaux.

Dans la matinée, Eva Joly avait visité un centre de soins de la LPO à Clermont-Ferrand, aux côtés du président de la Ligue Allain Bougrain-Dubourg. Elle s’était posée en défenseur du milan royal, un rapace menacé par l’utilisation dans l’agriculture d’un anti-coagulant destiné à empoisonner les campagnols en surnombre, dont il se nourrit.

« Je suis venue ici pour exiger l’interdiction » de ce produit, a-t-elle déclaré, qualifiant son autorisation de « criminelle et irresponsable », alors qu’une vingtaine d’oiseaux ont été retrouvés morts cette semaine, selon la LPO.

« Si nous ne faisons rien, les milans royaux seront exterminés », a alerté Mme Joly, rappelant que pour l’Auvergne, qui bénéficie d’une concentration de cette espèce « unique en Europe » (5% de la population mondiale), il s’agit aussi d’une « attraction touristique et d’une ressource économique ».

La candidate EELV fera de la défense de la biodiversité « un thème fondamental » de sa campagne. « C’est un thème un peu méconnu, une urgence pas complètement perçue » alors que « notre avenir en dépend », a-t-elle expliqué.

Allain Bougrain-Dubourg, qui a noté qu’on « s’intéresse plus aux enjeux économiques, un peu moins au réchauffement climatique et au vivant », s’est réjoui qu’Eva Joly soit présente pour « porter le message de la biodiversité ».

Les Indignés délibèrent de la Déclaration des droits de l’homme Hervé Kempf (Reporterre) Reporterre 2011/12/04 Hervé Kempf (Reporterre) (4 décembre 2011) Les Indignés délibèrent de la Déclaration des droits de l’homme. Reporterre. fr

Les Indignés délibèrent de la Déclaration des droits de l’homme

- Reportage, La Défense

Samedi 3 décembre, les Indignés réunissent l’Assemblée populaire thématique sur les droits humains. Pour retrouver leur campement, il faut aller sur l’esplanade de La Défense, à l’ouest de Paris, par le métro ou par le RER. Il pleuviote, mais il ne fait pas trop froid. L’esplanade près de la Grande Arche est occupée par un vaste « marché de Noël », des rangées de cabanes en bois entre lesquels se pressent les chalands. Derrière, il y a des barrières et un grand sapin électrique, à gauche duquel se trouvent les Indignés.

Le campement est établi à gauche des barrières. Meubles et ustensiles sont rassemblés sous des bâches, et il y a quelques tables ou chaises où les occupants discutent.

Un cercle se forme un peu plus loin. Au centre, un carton sur lequel on a écrit à la craie bleue « Assemblée populaire droits de l’homme ». Des journaux gratuits permettent de s’assoir sur les dalles sans se mouiller les fesses. On est une trentaine, les gens passent, certains s’arrêtent, trois quatre policiers sont un peu plus loin, l’atmosphère est paisible, et la discussion commence.

Comme je ne connais pas les noms de chacun, je note les intervenants comme H et F (homme ou femme), ou par des surnoms. Les citations ne sont ni intégrales, ni parfaitement exactes, puisque prises à la volée et non pas enregistrées.

H1 - Il y a quelque chose d’important dans la Déclaration des droits de l’homme, c’est l’article 14, qui concerne les impôts et qui dit que « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée ». On nous a volé ce droit depuis deux cents ans.

H2 - C’est la Déclaration de 1789 ? Il faudrait la lire.

H - La déclaration de 1789, ou celle de 1793 ?

H2 - Non, celle de 1789. Elle est dans le Préambule de la Constitution actuelle.

On convient qu’il serait utile de la lire article par article, et de discuter de chacun. H2 commence, il lit le texte sur son téléphone portable.

H2 - Article premier : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

F - C’est « les hommes ». Ca exclut les femmes.

H - Utilité commune, ça veut dire quoi ?

H - Un trader, ça n’est pas utile, et pourtant ça a une place très importante.

On passe à l’article 2. Mais H2 ne parle pas très fort. « Ne pourrais-tu pas le lire de façon plus théâtrale ? », lui demande gentiment un autre, qu’on va appeler Mathias. « D’accord, dit H2, je suis fatigué, j’ai peu dormi ». Il envoie le texte de la Déclaration par courriel à un autre qui est là, et qui passe son téléphone à Mathias. Celui-ci reprend la lecture d’une voix forte.

M - Article 2 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ».

H - On peut être libre de ne pas participer au système.

H - Mais « association politique », ce n’est comme une association d’aujourd’hui, cela veut dire la société.

La discussion s’engage sur la propriété. Est-ce vraiment un droit ?

H - A l’époque, les paysans n’avaient rien, tout appartenait aux nobles. Donc pour eux, c’était un progrès.

H - Le problème n’est pas la propriété, mais l’accumulation.

F - « Résistance à l’oppression », on garde.

Tout le monde semble d’accord sur ce point.

F bonnet rouge - Dans d’autres sociétés, la notion de propriété individuelle n’existe pas.

D’autres font un geste de bas en haut avec les mains, paume vers le ciel. Elle ne comprend pas.

F bonnet rouge - C’est la première fois que je viens, je ne connais pas les codes. Qu’est-ce que vous dites ?

On lui explique : cela voulait dire qu’on lui demandait de parler plus fort. Il y a d’autres gestes, « d’accord » (mains en l’air qui s’agitent), « tu radotes » (les avants-bras qui tournent l’un autour de l’autre), le désaccord radical (bras croisés en hauteur devant la poitrine), etc. Ces gestes visent à éviter la cacophonie, les interjections qui empêcheraient la discussion de bien se poursuivre.

F bonnet rouge - Je reviens sur la propriété. Par exemple, Areva occupe au Niger les territoires touaregs qui n’appartiennent à personne.

H3 - Est-ce que le problème des frontières est abordé ? S’il est réglé, il n’y a plus de problème de qui s’installe chez qui. La frontière est la base de la propriété personnelle. Je suis pour la propriété privée et les frontières. La base, c’est le soi, le corps. Est-ce qu’on n’est pas propriétaire de sa personne ? Il faut savoir où la frontière se place.

M - Article 3 : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ».

Hway rouge - D’accord, la souveraineté des peuples.

F - Il y a un problème avec la nation.

H3 - Toute nation a des frontières.

H - La souveraineté renvoie à la nation, on a la souveraineté sur sa propre terre.

Le scribe (qui note pour faire le compte-rendu de la séance) - La nation, ça renvoie au gouvernement. Par exemple, le premier ministre ne dirige pas l’action du peuple, mais de la nation.

H1 - Remplacer « nation » par « peuple », c’est un point clé. Je reviens sur la propriété. La Constitution du Venezuela distingue cinq types de propriétés. Le problème aujourd’hui est qu’il y a une mauvaise répartition des richesses.Il faut que les richesses soient mieux partagées.

H - Aujourd’hui, la nation a une connotation différente qu’en 1789. Remplacer par peuple est plus flou, mais ça rappelle aux gens que les dirigeants ne tiennent le pouvoir que du peuple.

H3 - Pas la nation. Tout homme est légitime où qu’il se trouve.

H - D’où procède l’autorité ?

H3 - Le peuple de où ?

H sweat bleu - La démocratie se déroule dans un lieu déterminé.

H bonnet noir - La question de cet article est celle de la source de l’autorité.

M - On lit cette déclaration comme un repère. Pour le mouvement Démocratie réelle, il faut faire un texte international.

H bonnet noir - En ce moment, les organisations transnationales passent au-dessus du peuple, comme les agences de notation.

H1 - Il y a des gens qui ont le pouvoir, d’autres qui ne l’ont pas. La démocratie, c’est le pouvoir partagé par tous de manière équitable.

M - Article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ».

H - Là, chacun a son propre paquet de liberté.

H bonnet noir - Attention ! La grève peut enfreindre la liberté du patron. Cela renvoie à la question de l’inégalité : ma propre sphère de liberté individuelle est petite par rapport à d’autres.

H1 - « Par la loi ».

H - Comment détermine-t-elle ?

H - Par le Code civil, qui est régulièrement remis à jour.

F - D’où l’importance de créer la loi nous-mêmes.

H - Mais la loi actuelle de dérégulation financière se fait au nom de la loi. Par exemple, on privatise le gaz et l’électricité pour que les gens aient plus de liberté de choix.

Hbonnet noir - C’est pour ça que la loi peut encadrer la liberté.

H - Les bornes sont définies par la loi.

F - Ce qui est en question, c’est la légitimité de la loi.

H kway rouge - Vous connaissez Etienne Chouard ? Il dit qu’on n’est pas en démocratie.

H1 - Il explique que ce n’est pas aux hommes politiques de décider. Mais qu’il faut des Constituants pour définir les rôles et les contre-pouvoirs. C’est à tous les gens qui seront dirigés par la règle commune de déterminer cette régle commune.

H - Ca n’arrivera jamais.

F - Ce serait trop beau.

H - On est dans une situation où l’argent fait les lois.

F - L’argent est devenu une arme de destruction massive.

H - C’est la façon dont les gens l’utilisent qui est le problème, le problème n’est pas l’argent, mais ses règles.

F - Une autre économie est possible, l’économie solidaire.

H - Connaissez-vous le Cheikh Ihram Hossein ? [je ne garantis pas l’orthographe] . Il a une vision religieuse de tout ça.

H kway rouge - C’est hors sujet.

H - Il y a des sites internet pour partager, tel que le covoiturage. L’argent y est toujours présent, cela devient commerçant. Comme sur le site oudormir.com.

H1 - L’hospitalité est remplacée par le culte du veau d’or. On est poussé par le besoin de posséder.

M - Article 5 : « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ».

H - Cela veut dire que personne n’a le droit de faire sa propre loi.

F - Le problème est : qui crée la loi ?

F - La vraie question est qu’il faut que la loi soit légitime.

H bonnet noir - Il a les lois, ou les réglements municipaux, par exemple, ce lieu est géré par plusieurs codes. Cela pose le problème de l’échelon des lois.

H1 - C’est la question de la hiérarchie des lois. Aujourd’hui, il y a au sommet les directives européennes, puis les Traités, la Constitution, les lois, les décrets. On souhaite une transformation progressive de la société, où chacun aura le contrôle, cela passe par un balayage de l’existant. En commençant par le Traité de Lisbonne.

H - Les hommes au pouvoir ne subissent pas les lois. Il faut attendre qu’ils ne soient plus en poste pour qu’on puisse les juger.

H - Le rempart contre çà est la démocratie, avec l’alternance politique.

H - Par exemple, Sarkozy, pour pouvoir être président, il a fait passer une loi pour qu’il ne soit pas possible d’être président deux fois de suite. Cela visait Chirac.

F - Non, c’est quand il a été lui-même président qu’il a fait passer cette loi.

H1 - Lors du Serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789, les représentants avaient peur que le roi intervienne et les fasse arrêter. C’est pour ça qu’ils ont voté « l’inviolabilité » des représentants. Mais il faut ajouter à ça la nécessité de reddition des comptes.

M - Article 6 : « La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

H - Même voilé ?

H1 - Le mot « représentant » me choque.

H - Dès la première phrase, ça ne va pas.

H sweat bleu - Si, ça va.

H - Relis.

M - Article 6 : « La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

H - « Doit être » - mais ce n’est pas le cas.

H1 - « droit de concourir »

H - Quel moyen le citoyen a-t-il de concourir à la loi ? Il y a peu de moyens.

H1 - Le référendum d’initiative populaire.

H - Il est toujours refusé.

M - Article 7 : « Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout Citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l’instant : il se rend coupable par la résistance ».

H sweat bleu - Là encore il y a le problème de la légitimité.

F - Il y a la possibilité de désobéissance civile.

H - C’est dans l’article 1.

H - On en revient à la loi, c’est juste la loi qu’il faut redéfinir.

M - Article 8 : « La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ».

H - Dans une loi sur la régulation financière, il serait dommage de se priver de la possibilité de réprimer ceux qui ont fait la spéculation.

H - Il faudrait une loi sur la fraude fiscale.

H - Il y en a beaucoup. Le problème est le moyen de les faire respecter.

H - Il faut voir tous les détournements des biens admistratifs. Toutes les voitures du président.

H - Le problème est la façon dont la loi a été écrite.

H - C’est normal, c’est le président.

F - Il faudrait déjà lui enlever ses talonnettes.

H - Revenons au texte. Que veut dire « peine nécessaire » ?

M - Article 8 : « La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ».

H - Si l’on voit tous ces viols en ce moment - le problème est que la peine nécessaire n’empêche pas de récidiver. Il faudrait des peines plus lourdes.

H sweat bleu - Je pense que ce n’est pas le problème de la peine, mais le système qui fait qu’il y a récidive. Ce n’est pas la peine qui fait la récidive, mais le système.

F - La peine est-elle un châtiment ? J’ai des amis qui élèvent leurs enfants sans châtiment. Est-ce que ce n’est pas basé sur la morale ?

F - Il faut la prévention plutôt que la répression.

M - Article 9 : « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi ».

F - Oui.

H - Cet article concerne plutôt la police.

H - Dans la loi Hadopi, on est présumé coupable, on doit faire la preuve de son innocence.

H - Rien ne peut les empêcher de nous arrêter tous.

F - Heureusement qu’il n’y a plus de place en prison !

M - Article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi ». Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi ». Article 12 : « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

F - C’est de la science-fiction !

Rires.

F - On est d’accord, mais ça n’est pas respecté.

Cela fait bientôt deux heures qu’on discute, et je dois y aller. D’ailleurs, il commence à faire un peu froid au bout des orteils. Je me lève, discute un peu, je m’en vais.

Carte postale du Tenessee, Etats-Unis, où le mouvement Occupy est bien actif, comme dans de nombreuses villes aux Etats-Unis : « Sortez du capitalisme, sauvez la planète ».

La France ne progresse pas face à la corruption Transparency International Reporterre 2011/12/04 Transparency International (4 décembre 2011) La France ne progresse pas face à la corruption. Reporterre. fr

La France ne progresse pas face à la corruption

Le niveau de perception de la corruption en France est toujours médiocre, indique le rapport de Transparency International : le pays est au 25e rang, loin derrière plusieurs pays européens.

Transparency International publie le 1 décembre son Indice de perception de la Corruption (IPC) 2011, un classement évaluant 183 pays en fonction de la perception du niveau de corruption affectant leur administration publique et classe politique.

Alors que 2011 a été l’année d’un élan irrésistible contre la corruption, deux tiers des pays évalués obtiennent une note inférieure à 5, sur une échelle allant de 0 (haut niveau de corruption perçu) à 10 (haut niveau d’intégrité perçu).

Comme en 2010, la France arrive au 25e rang, juste derrière les Etats-Unis. Elle demeure ainsi derrière de nombreux Etats européens tels que la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Principaux résultats

Dans l’IPC 2011, la Nouvelle-Zélande arrive en tête, suivie de la Finlande et du Danemark. La Somalie et la Corée du Nord (incluse dans l’indice pour la première fois) arrivent au dernier rang du classement.

La plupart des pays du Printemps arabe sont classés dans la moitié inférieure de l’indice, avec un score inférieur à 4. Avant le Printemps arabe, un rapport de Transparency International consacré à cette région soulignait que le népotisme, les pots-de-vin et le clientélisme étaient si profondément ancrés dans la vie quotidienne que même les lois anti-corruption existantes n’avaient que peu d’effet.

Les pays de la zone euro atteints par la crise de la dette, qui trouve en partie son origine dans l’échec des autorités à empêcher les pots-de-vin et l’évasion fiscale, font partie des pays de l’UE ayant obtenu les notes les plus basses.

La France reste au 25e rang

La France, avec une note de 7 sur 10 (+0.2 point) se maintient au 25e rang, juste derrière les Etats-Unis. Elle reste ainsi moins bien notée que de nombreux Etats européens tels que le Danemark (2e), les Pays-Bas (7e), l’Allemagne (14e), le Royaume-Uni (16e) ou encore la Belgique (19e), où les niveaux d’intégrité et de transparence de la classe politique et des services publics sont perçus comme étant mieux assurés que dans l’hexagone.

Le procès des emplois fictifs de la ville de Paris mettant en cause l’ancien Président le la République Jacques Chirac, les conflits d’intérêts dans la vie publique notamment mis en lumière par le scandale du médiator, l’affaire Guérini ou, encore, les développements de l’affaire Karachi ont très probablement contribué à ce que les observateurs internationaux continuent à avoir une image dégradée de l’administration et de la classe politique française.

Selon Daniel Lebègue, président de TI France, « la campagne "Avec la transparence, la démocratie avance" et les propositions soumises par notre association aux candidats à l’élection présidentielle de 2012 apparaissent plus que jamais indispensables, au vu des résultats de l’IPC 2011, pour susciter, dans notre pays, un sursaut démocratique et restaurer la confiance aujourd’hui très dégradée de nos concitoyens dans leurs élus et leurs institutions. »

Greenpeace a ridiculisé EDF toute la journée Greenpeace Reporterre 2011/12/05 Greenpeace (5 décembre 2011) Greenpeace a ridiculisé EDF toute la journée. Reporterre. fr

Greenpeace a ridiculisé EDF toute la journée

Deux activistes de Greenpeace sont restés à l’intérieur du site de la centrale de Cruas toute une journée avant qu’EDF ne parvienne à les retrouver. « De simples militants, aux intentions pacifistes et disposant de peu de moyens, sont parvenus à atteindre le cœur d’une centrale nucléaire. C’est la preuve flagrante que les dispositifs de sécurité existants sont tout à fait insuffisants », selon l’organisation écologiste.

lenouvelobs / AFP, 20h54, le 5 décembre.

Le groupe EDF a déclaré lundi 5 décembre au soir avoir remis aux autorités deux militants de Greenpeace qui s’étaient introduits dans la centrale nucléaire de Cruas, dans la Drôme.

Ces deux personnes "s’étaient introduites derrière le grillage de la centrale de Cruas, mais en dehors de la zone protégée des bâtiments", a précisé une porte-parole de l’électricien.

Greenpeace avait annoncé qu’à 19h30 plusieurs de ses militants étaient "toujours paisiblement installés sur au moins une centrale nucléaire, dans le périmètre des réacteurs, et ce depuis 6h ce matin". Le ministère de l’Intérieur, lui, affirmait qu’il n’y avait eu qu’une intrusion sur un site, celui de Nogent-sur-Seine, au sud-est de Paris.

"Jeu du chat et de la souris"

Neuf militants ont pénétré lundi matin dans la centrale de Nogent-sur-Seine où ils ont réussi à parvenir en un quart d’heure au dôme de l’un des réacteurs pour y déployer une banderole lors d’une action non-violente.

Greenpeace a précisé s’être introduit au petit matin dans ces centrales "pour faire passer le message que le nucléaire sûr n’existe pas". Vers 11h, l’organisation indiquait dans un communiqué que les militants étaient cachés dans plusieurs centrales non nommées et qu’ils parvenaient "à se déplacer sur ces sites sans être repérés par les forces de sécurité et les systèmes de surveillance".

"A ce jeu du chat et de la souris entre autorité qui dispose de moyens colossaux et des citoyens non-violents utilisant des méthodes très simples, il n’y a qu’un seul vrai perdant : le citoyen, qui se pensait à l’abri avec les centrales nucléaires présentées comme les plus sûres du monde", a souligné Sophia Majnoni, chargée de la campagne nucléaire chez Greenpeace.

Besson parle de possibles "dysfonctionnements"

Le ministre français de l’Intérieur Claude Guéant a reconnu des "défaillances dans notre dispositif" de sécurité. "Il est clair que cela révèle des défaillances dans notre dispositif", a déclaré Claude Guéant à quelques journalistes en marge d’un déplacement à Paris.

Interrogé sur France Info, le ministre de l’Industrie, Eric Besson, a quant à lui évoqué de possibles "dysfonctionnements" et a avoué sa surprise. Il a réclamé dans la journée une "enquête approfondie", a-t-on appris auprès du ministère. "Eric Besson, en lien avec le ministre de l’Intérieur, a demandé à ses services une enquête approfondie sur l’intrusion intervenue ce matin sur le site de la centrale de Nogent-sur-Seine. Toutes les conclusions appropriées seront tirées", a indiqué le ministère de l’Energie.

EDF, de son côté, s’efforce de minimiser l’incident. L’entreprise a indiqué que l’équipe de Greenpeace avait été "immédiatement détectée" à Nogent-sur-Seine et que l’intrusion n’avait eu aucune conséquence sur la sécurité des installations.

Ces personnes "ont été immédiatement détectées par le dispositif de sécurité et leur cheminement a été suivi en permanence sur le site, sans qu’il soit décidé de faire usage de la force", selon EDF. En fin de matinée, tous les militants ayant pénétré sur le site de Nogent avaient été interpellés, selon le ministère de l’Intérieur.

D’autres sites nucléaires visés

Lundi matin, la gendarmerie a signalé des tentatives d’intrusion dans les sites nucléaires du Blayais (Gironde), Chinon (Indre-et-Loire) et Cadarache (Bouches-du-Rhône).

A Chinon et au Blayais, EDF a annoncé que des banderoles avaient été déployées et "immédiatement retirées", sans préciser si c’était à l’intérieur ou à l’extérieur. A Nogent-sur-Seine, "une partie des militants a réussi à grimper sur le dôme de l’un des réacteurs, où ils ont déployé une banderole : le nucléaire sûr n’existe pas", a assuré Axel Renaudin, chargé de communication de Greenpeace.

Interrogé par BFMTV-RMC, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a jugé "irresponsable" l’opération de Greenpeace. "Il va falloir en tirer des conséquences. (...) On ne peut pas permettre que n’importe qui puisse entrer aussi facilement que ça dans une centrale nucléaire. On peut imaginer ce que certains pourraient en faire", a poursuivi Henri Guaino.

"Il n’y a pas de sécurité totale dans les centrales", selon Mamère

L’intrusion de militants de Greenpeace sur des sites nucléaires leur donne "raison" en apportant la preuve qu’il n’y a pas de sécurité totale dans les centrales, a estimé de son côté le député-maire Europe Ecologie-Les Verts (EELV) de Bègles (Gironde), Noël Mamère. "Les fameux stress-tests effectués sur les centrales ne sont que des écrans de fumée puisqu’ils ont exclu tout ce qui relève des intrusions extérieures, du terrorisme et du crash d’un avion", a-t-il indiqué, contacté par l’AFP.

Championne du monde de l’atome, la France tire 75% de son électricité de son parc de 58 réacteurs.

Communiqué de 19h30, le 5 décembre

A 19h30, Greenpeace confirme que plusieurs de ses militants sont toujours paisiblement installés sur au moins une centrale nucléaire, dans le périmètre des réacteurs, et ce depuis 6h ce matin. Malgré les affirmations d’EDF qui estime avoir la situation sous contrôle après les intrusions, et occupations de plusieurs sites nucléaires à partir de ce lundi 5 décembre à 6h du matin, Greenpeace continue de démontrer que la sécurité des installations nucléaires en France n’est pas du tout assurée.

Communiqué de 10h45 le 5 décembre

Greenpeace confirme que les militants qui ont occupé ce matin le dôme d’un réacteur de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine ont été délogés par la police.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : vers 6h ce matin, au moment où ils sont entrés dans la centrale de Nogent, d’autres militants de Greenpeace se sont introduits dans d’autres installations nucléaires. Cachés depuis ce matin, ils parviennent à se déplacer sur ces sites sans être repérés par les forces de sécurité et les systèmes de surveillance.

« Cette présence non-violente au cœur même des installations nucléaires françaises prouve leur extrême vulnérabilité, analyse Sophia Majnoni d’Intignano, chargée de campagne nucléaire pour Greenpeace France. Bien qu’alertées par notre première action à la centrale de Nogent-sur-Seine de ce matin, les autorités n’ont pas repéré les militants qui ont réussi à pénétrer plusieurs sites pour délivrer pacifiquement leur message : le nucléaire sûr n’existe pas. »

Greenpeace ne donne pour l’instant pas de précision sur le nombre de militants présents sur les installations nucléaires ni les noms des sites concernés. Areva, EDF, les forces de l’ordre et les responsables politiques prétendent que les sites nucléaires français sont sécurisés et que les militants de Greenpeace ont été immédiatement repérés ? À eux de retrouver les militants !

« À ce jeu du chat et de la souris entre autorité, qui disposent de moyens colossaux, et des citoyens non-violents utilisant des méthodes très simples, il n’y a qu’un seul vrai perdant : le citoyen qui se pensait à l’abri avec les centrales nucléaires présentées comme les plus sûres du monde », reprend Sophia Majnoni.

(...)

Depuis sa création, en 1971, Greenpeace dénonce les dangers liés au nucléaire. Dans la pure tradition de la désobéissance civile, les militants respectent le principe de non-violence. Par leurs actions et leur présence physique, ils attirent l’attention du public sur des scandales écologiques, désignent les responsables et promeuvent des alternatives. En s’introduisant dans des installations nucléaires, les militants de Greenpeace souhaitent sensibiliser les Français sur la vulnérabilité des centrales et les alerter sur les risques inconsidérés que leur fait courir l’énergie nucléaire.

Communiqué de 09h34 le 5 décembre

Ce matin lundi 5 décembre, à 6h, des militants de Greenpeace se sont introduits dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), située à 95 km au sud-est de Paris pour faire passer le message que le nucléaire sûr n’existe pas.

« Avec cette action non-violente, Greenpeace démontre à quel point les installations nucléaires françaises sont vulnérables, explique Sophia Majnoni d’Intignano, chargée de campagne Nucléaire pour Greenpeace France. De simples militants, aux intentions pacifistes et disposant de peu de moyens, sont parvenus à atteindre le cœur d’une centrale nucléaire. C’est la preuve flagrante que les dispositifs de sécurité existants sont tout à fait insuffisants. Et pourtant, l’audit sur la sécurité des installations nucléaires commandité par le gouvernement suite à la catastrophe de Fukushima ne prend pas en compte le risque d’intrusion humaine. C’est très inquiétant. »

Greenpeace demande au gouvernement d’élargir le périmètre de l’audit des installations nucléaires françaises en intégrant l’ensemble des risques.

Un audit largement insuffisant

Suite à la catastrophe de Fukushima, le gouvernement français a commandité un audit pour vérifier la sûreté et la sécurité des installations nucléaires françaises. La réalisation de cet audit a été confiée aux exploitants nucléaires eux-mêmes – le CEA, Areva et EDF – et ses conclusions seront analysées par l’Autorité de sûreté nucléaire d’ici la fin de l’année. Cet audit se borne à étudier les problèmes liés à des évènements naturels (séisme, inondation, etc.). Risque terroriste, chute d’avion, virus informatique : aucun risque d’agression externe non-naturelle n’est pris en compte.

Dans un rapport commandé par Greenpeace et à paraître en janvier, Arjun Makhijani, expert indien indépendant, président de l’Institut de recherche sur l’énergie et l’environnement du Maryland (États-Unis), analyse ainsi l’audit nucléaire français :

« Du point de vue des causes et du déroulement de l’accident, il n’est pas pertinent de limiter l’analyse des évènements initiateurs aux seuls phénomènes naturels (séisme et inondation). Dans une démarche de révision globale de la sûreté, les risques d’origine humaine auraient dû être intégrés dans cette analyse. Ceci concerne, a minima, les causes accidentelles, et devrait même inclure les actes de malveillance. »

Des dispositifs de sécurité impressionnants… sur le papier !

Le gouvernement, en charge de la sécurité des sites nucléaires, se targue d’avoir des plans à toute épreuve pour sécuriser le parc atomique français : - intervention d’avions de chasse en maximum 15 min sur tous les sites nucléaires ; - présence continue d’un peloton spécial de gendarmerie sur chacun des sites ; - radar aérien de détections sur certaines installations ; - accès aux sites soumis à autorisations officielles après enquête ; - double clôture électrifiée et vidéosurveillance autour de chacun des sites ; - espace aérien interdit au dessus des sites.

« Les militants de Greenpeace démontrent aujourd’hui que, malgré un dispositif de sécurité impressionnant, les installations nucléaires françaises sont très vulnérables, insiste Sophia Majnoni. C’est d’ailleurs probablement pour ça que les risques externes non-naturels ne sont pas pris en compte dans l’audit. Si c’était le cas, aucune installation ne pourrait être déclarée sûre et la France n’aurait d’autre choix que de sortir du nucléaire ! »

Autolib rate l’économie du partage Yves Heuillard Reporterre 2011/12/06 Yves Heuillard (6 décembre 2011) Autolib rate l’économie du partage. Reporterre. Tribune — fr

Autolib rate l’économie du partage

« Autolib est aussi loin d’un système d’autopartage libre que l’Encyclopédie Larousse l’est de Wikipedia ». Dommage : la Ville de Paris aurait pu faire de Paris la capitale mondiale de l’économie du partage.

Le service de voitures partagées Autolib de la Mairie de Paris, inspiré de Vélib, a officiellement été lancé aujourd’hui. Développé et exploité par l’entreprise Bolloré, il s’écarte finalement assez peu de la location automobile classique. Je laisse à d’autres la critique de la voiture partagée au plan de sa valeur écologique. Je suis surpris du manque d’analyse économique du projet dans lequel l’argent et le bien public se mêle avec l’intérêt d’une seule entreprise.

Mais le propos de cet article est ailleurs : sommes-nous dans l’économie humaine, l’économie du partage, une économie au seul service du mieux-être humain et du développement de la société ?

Ma réponse est non. Et même si le symbole de l’individualisme forcené qu’est l’automobile se prête assez mal à l’économie collective, je veux montrer ici qu’en matière d’auto-partage une autre voie aurait été possible.

Qu’est-ce que l’autopartage ?

Dans l’autopartage une ou plusieurs voitures sont mises à la disposition d’un groupe de personnes qui établissent des règles pour en faire usage selon les besoins de chacun. L’autopartage part du constat que pendant la majeure partie de sa vie, une voiture n’est pas utilisée. Vous faites de l’autopartage si vous décidez de louer ou de prêter votre voiture plutôt que de la laisser dormir au garage. Vous faites encore de l’autopartage si vous décidez d’acquérir une voiture à plusieurs. Une ville propose un service d’autopartage dès lors qu’elle décide d’acquérir un parc de voitures pour le mettre à disposition de ses habitants. Il ne faut pas confondre l’autopartage avec le covoiturage qui consiste à emmener quelqu’un dans sa voiture.

Comment marche l’autopartage ?

Techniquement, dès lors que l’on partage un parc de voitures entre plusieurs personnes, il faut mettre en place un système de localisation et de réservation des voitures, doter les usagers d’une clé électronique, et équiper les voitures d’un dispositif d’ouverture des portes et de mise en marche que l’on peut programmer à distance, une fois la réservation faite.

En pratique c’est un peu d’électronique et pas mal de logiciels avec un accès via Internet ou via votre smartphone : vous vous connectez ; vous réservez ; la voiture est programmée pour fonctionner avec votre clé, à partir de telle date, pendant une certaine durée.

Quelle différence avec Autolib ?

D’un point de vue fonctionnel rien, ou très peu. Mais de mon point de vue, la Ville de Paris n’a pas vocation à faire des affaires, encore moins à faire des affaires avec une seule entreprise, à qui elle donnerait le monopole de la location de courte durée sur la chaussée publique. La vocation d’une collectivité locale c’est l’intérêt collectif et, entre autres choses, de permettre aux jeunes talents de trouver un contexte favorable au développement de leur esprit d’entreprise.

Dans mes rêves, la Mairie de Paris investit donc dans la conception d’un système universel d’autopartage et le met dans le domaine public. Oui, vous avez bien lu, en Licence Creative Commons (comme votre navigateur Internet Firefox ou votre traitement de texte OpenOffice). Et donc tous les constructeurs d’automobiles du monde peuvent l’intégrer dans leurs voitures, gratuitement. Mais aussi les loueurs, les gestionnaires de flottes d’entreprises, les stations touristiques, enfin tout le monde, vous, moi, et bien sûr l’entreprise Bolloré, l’exploitant d’Autolib.

Quels sont les avantages d’un système d’autopartage libre ?

Dans les heures qui suivraient la publication des spécifications techniques du système, quelqu’un créerait l’application iPhone pour localiser les voitures mises à disposition par les autres, faire la réservation, et démarrer la voiture, soit directement à partir d’un iPhone, soit à partir d’une clé standard qu’on pourrait acheter dans les bureaux de tabac.

Quelqu’un d’autre inventerait immédiatement une application Facebook pour permettre à tous ses amis de partager leur voiture. Une compagnie aérienne proposerait de son côté une application qui vous permettrait de prendre la voiture d’un passager New Yorkais à destination de Paris, alors que vous même étant parti pour New York, votre voiture est disponible à Paris. Un promoteur immobilier inventerait forcément l’immeuble clé en main avec parc de voitures partagées. Et ainsi de suite, à l’infini, sachant que toutes ses applications pourraient communiquer entre elles, se combiner, s’associer, pusique toutes utilisent le même standard. Je suis sûr que vous avez déjà une idée.

Avec le système Autolib, c’est impossible. Seul son exploitant peut décider de nouvelles applications, qui chacune demande des investissements, et doit être rentable, rentable au sens de l’entreprise, pas nécessairement de la collectivité. Et ne parlons pas du temps nécessaire à chaque décision, qui impliquera des partenaires, des contrats, des royalties. Autolib est aussi loin d’un système d’autopartage libre que l’Encyclopédie Larousse l’est de Wikipedia.

Comment un système gratuit gagne-t-il de l’argent ?

Nous avons perdu l’habitude de raisonner collectivement. Nous associons « bénéfice » à « résultat financier ». À supposer que la conception du système coûte à la Mairie de Paris, ce qui n’est pas certain, le bénéfice réside dans la diminution sensible du capital collectif investi dans l’automobile, dans les places de parking, dans l’occupation de la voirie. Le bénéfice, toujours au sens social du terme, c’est aussi la création de nouveaux services qui rendent la vie plus simple, et c’est enfin la création d’un nouveau tissu économique avec de nombreuses entreprises à la clé.

Notez que même si l’utilisation du système est gratuite, les services qui en découlent peuvent être payants. L’économie du système d’exploitation Linux des serveurs Internet ne fonctionne pas autrement. Linux est dans le domaine public, gratuit donc ; mais le service d’hébergement basé sur Linux depuis lequel vous lisez cet article coûte un peu (très peu en fait). Si Linux n’était pas gratuit, ddmagazine n’existerait sûrement pas. Google existerait peut être, eBay existerait peut être, mais ce n’est pas sûr. Toutes ces entreprises ont démarré sur un coin de table parce que les briques de logiciels nécessaires étaient à portée de main, gratuites. Et avec elles, accessible à tous, la culture de l’Internet.

Continuons à rêver. La Mairie de Paris fait la même chose en mettant gratuitement à la portée de tous, le « Lego » d’un système d’autopartage public.

Et on retrouve appliquées au secteur du déplacement individuel les vertus du développement collaboratif et décentralisé, celui qui fait l’Internet, celui qui fait la richesse des applications pour smartphones, celui qui fait Wikipedia. Et Paris devient la capitale mondiale de l’économie du collectif parce qu’elle l’a initiée, parce qu’elle y croît. De la même manière que la Silicon Valley est devenue la capitale mondiale des nouvelles technologies parce que trois illuminés ont imaginé en 1976 que tout le monde pouvait posséder un ordinateur, l’Apple 1.

Une industrie du collectif à inventer

Il existe déjà des systèmes d’autopartage de personne à personne, dont par exemple SocialCar en Espagne. Le problème majeur que l’entreprise dut surmonter concerne l’assurance : vous n’êtes pas assuré pour louer votre voiture et il a fallu convaincre un assureur de proposer le contrat ad hoc. Mais le système de SocialCar n’est pas dans le domaine public comme je le propose ici, et donc personne ne peut s’en emparer pour le développer ailleurs, le modifier, l’améliorer, l’adapter à un groupe d’amis, à une entreprise ou à un village, et en faire de facto un standard mondial au développement explosif.

Quand Bolloré crée Autolib pour la Mairie de Paris, Bolloré crée une nouvelle activité, une entreprise, c’est bien. Mais aussi parfait soit la réalisation d’un système par ailleurs criticable, Bolloré ne crée pas une nouvelle industrie. L’industrie de l’automobile, l’activité de la location automobile, ne sont pas nouvelles. Elles demandent des usines, de la main d’œuvre, des capitaux. Ce dont disposent à bon marché les Chinois et les pays émergents.

Sur ce terrain là, celui de l’ancienne économie, nous serons de moins en moins compétitifs. L’autopartage, et à terme une société avec moins de voitures, préfigure une économie du collectif, plus efficace, moins exigeante en capital, moins consommatrice en ressources, plus durable, dont il faut tout inventer : les services, les produits, une intelligence, que seules l’Europe et l’Amérique du Nord, pour le moment, seraient en mesure d’inventer et de revendre au monde entier. À une condition précisément : penser collectif.

Sarkozy, la Légion d’honneur, le milliardaire, et Total... Lise Payette Reporterre 2011/12/06 Lise Payette (6 décembre 2011) Sarkozy, la Légion d’honneur, le milliardaire, et Total.... Reporterre. Tribune — fr

Sarkozy, la Légion d’honneur, le milliardaire, et Total...

Sarkozy a décerné la légion d’honneur à la femme du milliardaire canadien, M. Desmarais, qui l’a si bien aidé à conquérir la présidence, et qui aime tant la compagnie Total.

Une amie m’a récemment offert le livre de Jean-Philippe Demont-Pierot qui a pour titre Total(e) impunité (Res publica, 2010) en me disant : « Il faut que tu lises ça. » En le feuilletant rapidement, j’ai compris qu’il s’agissait d’un livre sur la compagnie Total, cette première entreprise française, comme l’auteur l’explique dès le début du livre, avec sa capitalisation de 100 milliards d’euros et des bénéfices de 13,9 milliards d’euros en 2008, présente dans 130 pays du monde... Total fait dans le pétrole. J’ai mis le livre de côté pendant quelque temps, le temps de terminer celui que j’avais en marche à ce moment-là. Mais il n’était pas loin et quand je l’ai repris, j’ai compris ce que l’auteur a voulu faire.

Le livre commence en fait le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence française en 2007. Le tout nouveau président, ce soir-là, reçut le coup d’encensoir du peuple français en plein air, mais se hâta de quitter la foule car il avait un rendez-vous important au restaurant Le Fouquet, avenue des Champs-Élysées, où 55 des puissants fabricants de « leaders internationaux » l’attendaient pour faire la fête avec lui.

Parmi les 55 invités triés sur le volet, il y a des acteurs, des vedettes, des people et d’autres plus discrets, dont Sarkozy sait bien que sans eux il ne serait pas président de la France. Les deux plus puissants sont un Belge et un Canadien : le Belge est Albert Frère et l’autre, le seul et unique Paul Desmarais. L’auteur explique qu’ils sont amis et associés et qu’ils sont puissants, très puissants. Ils seraient au coeur des politiques financières, économiques et industrielles de nombreux pays... Ils ne décident pas, explique-t-il, ils SONT la décision. Pour la France, la Belgique, le Canada, l’Europe...

Si, comme moi, la perspective du forage dans le golfe du Saint-Laurent vous dérange, si le Plan Nord vous a déjà permis de comprendre que quelqu’un quelque part va s’en mettre plein les poches mais que le pactole n’enrichira pas les Québécois qui sont pourtant propriétaires de ce que le sol contient, si vous devinez déjà que Paul Desmarais ne risque pas de voir un puits de gaz de schiste sur son terrain privé devant sa maison, vous aurez du plaisir à lire le livre Total(e) impunité et à comprendre un peu mieux que le seul objectif des très riches, c’est de le devenir encore plus et d’acquérir par la force de leur argent des pouvoirs de contrôle sur à peu près toutes les décisions qui concernent nos sociétés et que s’empressent de prendre ces politiciens que les riches et puissants s’assurent de garder en poste aussi longtemps qu’ils servent leurs intérêts.

L’auteur affirme dans son livre, au sujet du pouvoir de Paul Desmarais, qu’« il n’existe pas un premier ministre canadien qui n’ait été désigné sans son aval. Certains disent qu’il les choisit et les met en scène, leur fabriquant un destin. Farouchement réactionnaire, il déteste les indépendantistes, les socialistes, les Québécois, le général de Gaulle ».

On sait que Nicolas Sarkozy a séjourné chez les Desmarais. Il a raconté à quel point Paul Desmarais avait été une inspiration pour lui. En remerciement, le 15 février 2008, le président de la France a remis la grand-croix de la Légion d’honneur à son grand ami canadien.

Dans La Presse du 8 novembre, le journaliste Louis-Bernard Robitaille écrivait, peut-être sans le savoir, la suite du livre Total(e) impunité. Il racontait en effet que le président Sarkozy avait remis la Légion d’honneur à Jacqueline Desmarais, « grande amie de la France et grande dame des arts qui a mis sa vie au service du beau et du bien ».

L’article nous apprend aussi que pratiquement toute la famille avait fait le voyage à Paris pour l’événement : l’honorable Paul Desmarais, C. P., C. C., président du comité exécutif de Power Corporation du Canada, ses enfants : Sophie, Paul fils O. C., et André O. C. Plusieurs petits-enfants étaient également présents. Parmi les amis du couple, dont on mentionne la présence et qui avaient fait le voyage, il y avait Lucien Bouchard (ex-premier ministre du Québec et défenseur des gaz de schiste), l’ancien ministre Serge Joyal et Luc Plamondon. Parmi les Français, l’article mentionne Martin Bouygues, le grand patron de TF1, la première chaîne de télé privée en France et un géant des travaux publics.

Si Nicolas Sarkozy dure encore un certain temps à la tête de la France, il devra sans doute remettre la Légion d’honneur aux autres membres de la famille Desmarais. Ça permettra de mesurer son attachement à la famille Desmarais.

Aucun danger que le président de la France remette la Légion d’honneur aux indignés qui se les gèlent sur les places publiques à travers le monde. On ne donne pas ça à n’importe qui. Il faut que ce soit mérité.

Note complémentaire : La compagnie de Paul Desmarais possède 3,7 % du capital de Total et Paul Desmarais (fils) est membre du conseil d’administation de Total S.A.

La sécurité nucléaire proche du « burlesque », observent deux parlementaires AFP // Marianne Reporterre 2011/12/06 AFP // Marianne (6 décembre 2011) La sécurité nucléaire proche du « burlesque », observent deux parlementaires. Reporterre. fr

La sécurité nucléaire proche du « burlesque », observent deux parlementaires

Mais où est donc la clé du panneau de commande alors que l’inondation menace ? Les surprises des parlementaires Birraux et Sido visitant les centrales nucléaires de Paluel et du Blayais.

AFP

"Burlesques". Pas tout à fait l’adjectif auquel on pense pour qualifier les centrales nucléaires françaises… Deux parlementaires ont voulu vérifier cette semaine la résistance de ces dernières à un incident nucléaire. Leurs visites inopinées ont donné lieu à des "situations parfois burlesques", raconte le député Claude Birraux, qui a relaté les faits lors d’une conférence de presse jeudi 1er décembre. Elles ont surtout révélé des défaillances dans les procédures de sécurité.

Dans la nuit du mercredi 30 novembre au jeudi 1er décembre, Claude Birraux, député UMP et président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) se rend à la centrale de Paluel, en Seine-Maritime.

A sa demande, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) simule un accident similaire à celui survenu à la centrale japonaise de Fukushima en mars 2011 : "Une perte totale des alimentations électriques" et du diesel de secours du réacteur n°1. Une panne qui nécessite le branchement du réacteur n°1 sur le réacteur n° 2 pour rétablir l’alimentation en énergie.

L’alerte fictive est lancée à 22 heures et les déconvenues s’enchaînent. A 23h30, les agents annoncent qu’une clé nécessaire pour ouvrir un panneau d’alimentation électrique est actuellement "en commande" et donc pas disponible sur le site.

A minuit, l’équipe entre dans le local électrique du réacteur n°1. Nouvelle surprise : "Les indications du document de procédure ne correspondent pas au panneau électrique". Les techniciens contournent la difficulté et décident de se raccorder au réseau du réacteur n°3.

Verdict de l’ASN, cité par l’Opecst : le guide technique d’EDF pour cette procédure comporte de "nombreuses erreurs" et "lacunes", et il n’était "à l’évidence pas opérationnel".

Claude Birraux salue tout de même la compétence des employés de la centrale : "Le personnel a su se poser de bonnes questions, n’est jamais resté bloqué devant ces situations parfois burlesques".

L’inspection menée par le sénateur Bruno Sido, vice-président de l’Opecst, à la centrale du Blayais (Gironde) a abouti au même constat.

Il a fallu une demi-heure et quatre personnes compulsant frénétiquement leurs fiches EDF décrivant les consignes à suivre en cas d’incident pour répondre à la question suivante, posée par l’ASN : "Quel est le critère conduisant à l’arrêt du pompage d’eau en cas d’inondation ?"

Les agents d’EDF cherchaient dans la rubrique "pompage" alors que la réponse se trouvait dans la rubrique "inondation", a expliqué Bruno Sido.

Ces révélations sur les procédures de sécurité qui laissent à désirer sont assez inquiétantes, malgré les conclusions publiées le 17 novembre à la suite de l’audit des installations nucléaires françaises effectué par l’ASN après la catastrophe de Fukushima. Verdict : aucune des 58 centrales françaises n’aurait besoin d’être fermée. Une formule ambiguë subsiste néanmoins : les normes de sécurité peuvent être "légitimement considérées comme sûres". Les normes, oui, mais quid des installations ?

Marianne

Il arrive que les parlementaires les plus sérieux se révèlent de sacrés farceurs. Prenez les députés et sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) : ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’organiser, dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, deux exercices d’alerte dans deux centrales nucléaires à la centrale de Paluel et dans celle du Blayais en Gironde. Et sans prévenir en plus. Une première bienvenue de la part des élus de la Nation, à l’ère post-Fukushima.

Le récit de l’ « opération opéra » par le député UMP Claude Birraux, (président de l’Opesct) et le sénateur UMP Bruno Sido (vice-président) est pour le moins édifiant.

Claude Birraux se présente à la centrale de Paluel (Seine-Maritime) vers 19 heures, en compagnie des responsables de l’autorité de sûreté nucléaire. Le directeur est sommé d’effectuer la simulation d’un incident majeur : la perte totale d’alimentation électrique du réacteur. Manque de chance, c’est le jour où le groupe électrogène alimenté au diesel est indisponible.

En fait il faudra attendre 21h50 pour que l’exercice débute. Tout se déroule pour le mieux au départ. Les équipes supplémentaires arrivent sur le site en 25 minutes chrono. Puis elles trouvent, dans les documents de procédure d’EDF, une solution : puisque les diesels ne fonctionnent plus, ils faut alimenter en électricité le réacteur 1 en panne, grâce au réacteur 2 toujours en production. Une solution qualifiée d’ « exotique » par la nomenclature de l’exploitant.

Mais au moment de passer aux actes, vers 23h30, catastrophe : la clé indispensable pour accéder au panneau d’alimentation électrique du réacteur électrique se révèle « en commande », donc indisponible.

A minuit, Claude Birraux raconte : « nous suivons l’équipe EDF sur le terrain. Nous arrivons dans un local électrique, mais les indications du document de procédure ne correspondent pas au panneau électrique du local. Il y a un doute : les clés sur le panneau sont-elles mal étiquetées, ou bien sommes-nous dans le mauvais local ? Le local non plus n’est pas numéroté, ce qui est relevé par l’ASN. Après plusieurs allers et retours, entre la tranche numéro 1 et la tranche numéro 2, l’énigme est résolue : toutes les premières instructions du document de procédure semblent en réalité inexactes. »

On passe donc dans la tranche 3, où la signalétique semble mieux respectée… Mais à une heure du matin, « à nouveau le document EDF comporte des inexactitudes qui ne facilitent pas la tâche de l’équipe (…) A nouveau les personnels sont obligés de barrer plusieurs lignes du document. »

A 1h30, « Nous mettons fin à l’exercice ». Ouf ! Conclusion : heureusement, « le personnel a su se poser les bonnes questions et n’est jamais resté bloqué dans des situations parfois burlesques ». Et heureusement aussi qu’il s’agissait d’un exercice théorique. La tranche 1 de Paluel n’a pas été mise à l’arrêt et donc les personnels ont travaillé avec de la lumière, comme en plein jour. « Imaginez la situation plongée dans le noir, obligé de travailler avec une lampe de poche dans une main, et les documents dans l’autre… », rappelle Claude Birraux. En situation réelle, le réacteur aurait vécu en situation critique pendant au moins de 3h30, refroidi à minima par l’ultime système de secours : des ailettes qui tournent avec la vapeur du réacteur, et permettent de le refroidir avec un filet d’eau...

« Impression mitigée »

Au même moment, la centrale du Blayais en Gironde a mieux résisté à l’intrusion de l’Opecst. Il s’agissait de simuler une grosse tempête qui menace les sous-sols des réacteurs d’inondation, ce qui s’était produit en décembre 1999. Le sénateur Bruno Sido a constaté que depuis lors les digues de protection ont été relevées et complétées. Un seul incident relevé : deux capteurs de la hauteur d’eau donnent des indications différentes. Laquelle choisir pour arrêter le pompage de l’eau de refroidissement ? Au bout d’une demi-heure, on s’aperçoit alors que la réponse existe bien, mais pas dans le bon dossier…

La mauvaise surprise, relative, pour les inspecteurs arrive lorsqu’ils accèdent au sous-sol. Bruno Sido en retire une « impression mitigée » : « Nous avons pu voir des fuites non identifiées non traitées, un repérage insuffisant des tuyauteries, dont certaines très corrodées, un plot en béton et des déchets divers traînant au sol… »

« On ne va jamais dans les sous-sols lors des visites habituelles, c’est dommage », commente le sénateur. L’Opesc l’assure : il y a aura d’autres opérations « Opera » à l’avenir. Puisqu’il s’agit de se mettre à l’heure du post-Fukushima, nous préconisons la simulation simultanée de la perte de l’alimentation électrique et d’une invasion par les eaux, comme au Japon. Cela pourrait se révéler « burlesque », non ?

Libérez Autolib’ ! Hervé Kempf Reporterre 2011/12/07 Hervé Kempf (7 décembre 2011) Libérez Autolib’ !. Reporterre. Tribune — fr

Libérez Autolib’ !

« L’autopartage sera coopératif ou ne sera pas. »

Ainsi donc, la capitale de la France s’encombre d’une catégorie supplémentaire de véhicules à moteur. Trois mille autos électriques seront progressivement disponibles en accès libre aux personnes abonnées au service dit Autolib’. Celles-ci pourront emprunter une voiture à une station et la déposer dans n’importe quelle autre station des quelque quarante communes voisines de Paris participant au système.

Ce nouveau dispositif a été conçu dans la foulée de Vélib’, les vélos accessibles à tous. Il permettrait aux Parisiens de ne plus posséder d’automobile tout en circulant de façon non polluante. Mais si les écologistes avaient applaudi des deux mains au lancement de Vélib’, ils critiquent vivement Autolib’. D’abord, le bilan environnemental de l’auto électrique ne semble pas positif, puisque la production de l’électricité nécessaire à la mouvoir est toujours polluante, qu’il s’agisse de fossile ou de nucléaire - sans oublier, bien sûr, la masse de métaux et de plastique que représente la voiture elle-même. En fait, soulignent les Amis de la Terre, au lieu de pousser à « la réduction de la consommation énergétique », Autolib’ « encourage le déploiement d’une filière industrielle de voitures électriques ».

Imaginons que celle-ci rencontre le succès. Le nombre d’automobiles et de camionnettes dans le monde dépasse 1,3 milliard d’engins. Qui peut croire que leur substitution par autant de véhicules électriques améliorerait vraiment l’impact écologique de ce parc ? L’enjeu réel est de faire diminuer le nombre de véhicules. De ce point de vue, Autolib’est-il si négatif ? « Nous voulons amener les Parisiens à constater que l’essentiel n’est pas la possession mais bien l’usage d’une voiture », dit Annick Lepetit, adjointe au maire de Paris. A quoi Europe Ecologie-Les Verts répond que « l’autopartage existe à Paris depuis plusieurs années » sous forme de nombreuses petites sociétés de location et associations de covoiturage. Pourquoi privilégier une firme - en l’occurrence Bolloré, maison mère d’Autolib’ ?

Car dans la mobilité partagée, autant que le véhicule compte le réseau informatique qui met en contact les usagers et les moyens de transport. Avec Autolib’, le contrôle du réseau est détenu par une compagnie, alors qu’il pourrait être géré par la communauté, à la façon de Wikipédia et des logiciels libres, comme le suggère Yves Heuillard sur le site Ddmagazine.com. L’autopartage sera coopératif ou ne sera pas.

Le traité Merkel-Sarkozy : un krach démocratique Attac France Reporterre 2011/12/07 Attac France (7 décembre 2011) Le traité Merkel-Sarkozy : un krach démocratique. Reporterre. Tribune — fr

Le traité Merkel-Sarkozy : un krach démocratique

« Il faut permettre à la BCE de prêter directement aux États-membres à des taux raisonnables, voire nuls ; réaliser une profonde réforme fiscale en rétablissant une forte progressivité des prélèvements ; initier une harmonisation sociale et fiscale vers le haut ; construire un vrai budget européen en taxant les transactions financières, les bénéfices des multinationales et les émissions de carbone »

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel viennent d’annoncer leur volonté de faire adopter un nouveau traité européen dès le mois de mars, qui imposerait des sanctions « immédiates » et « automatiques » aux États dont le déficit dépasserait 3 % du PIB. Cette règle des 3% figure déjà dans le Traité de Maastricht, repris dans celui de Lisbonne, mais le nouveau traité la durcirait considérablement.

Ce nouveau traité exclurait explicitement de nouvelles restructurations des dettes publiques, et ce malgré qu’une renégociation de la dette ne se soit déjà avérée nécessaire pour la Grèce : il ne sera plus jamais question de faire contribuer le secteur financier et les banques, qui ont pourtant pris des risques inconsidérés pour elles-mêmes et surtout pour la société.

Ce traité entrainerait tous les signataires dans une nouvelle surenchère de nouvelles politiques d’austérité, de plus en plus injustes et inefficaces. Injustes parce qu’elles font payer aux citoyens une dette provoquée par la crise financière et les cadeaux fiscaux aux privilégiés. Inefficaces parce qu’elles approfondissent la récession et donc les déficits, et empêchent toute relance des investissements écologiques et sociaux.

Un traité Merkel-Sarkozy, décidé en quelques semaines sous la pression des agences de notation, ratifié par des parlements aux ordres et sans consultation des peuples, serait un véritable krach démocratique. Loin de permettre la refondation d’une Europe solidaire, il organiserait la concurrence par l’austérité, et, en dernier lieu, la faillite de la zone Euro. Nous exigeons un référendum en France pour que le peuple puisse se prononcer.

Bien sûr, le traité de Lisbonne a conduit l’Union européenne dans l’impasse et il faut un nouveau traité. Mais pas pour rassurer les marchés : pour sortir l’Europe de leurs griffes ! Il faut permettre à la BCE de prêter directement aux États-membres à des taux raisonnables, voire nuls ; réaliser une profonde réforme fiscale en rétablissant une forte progressivité des prélèvements ; initier une harmonisation sociale et fiscale vers le haut ; construire un vrai budget européen en taxant les transactions financières, les bénéfices des multinationales et les émissions de carbone. Pour engager l’Europe dans la voie de la réduction des inégalités et de la transition écologique.

Un nouveau traité européen ne peut pas se préparer entre quelques chefs d’État mais dans le respect de la volonté des peuples européens. Ce qui est nécessaire aujourd’hui, c’est un vaste processus démocratique européen d’élaboration d’un nouveau traité, qui reflète non pas les exigences des marchés mais celles des peuples désireux de construire leurs solidarités.

Nathalie Kosciusko-Morizet festoie avec l’oligarchie du Siècle Hicham Hamza Reporterre 2011/12/07 Hicham Hamza (7 décembre 2011) Nathalie Kosciusko-Morizet festoie avec l’oligarchie du Siècle. Reporterre. fr

Nathalie Kosciusko-Morizet festoie avec l’oligarchie du Siècle

La ministre fréquente le club Le Siècle.

Il est 22h30, place de la Concorde à Paris, ce mercredi 23 novembre. Un homme s’échappe à toute allure de l’Automobile Club de France : il s’agit de Denis Olivennes, patron d’Europe 1. Je l’interpelle afin de connaître son opinion sur le Siècle, ce club huppé et discret qu’il vient à peine de quitter. « Ah non ! Sûrement pas ! », s’exclame en hâtant le pas vers sa mini noire l’ancien dirigeant de la FNAC et du Nouvel Obs. Curieux manège : un mois plus tôt, c’est le même homme qui prit congé, toujours en premier, de l’assemblée mondaine.

Contrairement à la plupart des convives, il n’est pas demeuré sur le trottoir, à ces deux reprises, afin de prolonger la conversation avec les possédants du pouvoir. En cette fraîche soirée de novembre, il avait pourtant l’embarras du choix pour tenir causette : le présentateur David Pujadas, le Pdg de France Télévisions, Rémy Pflimlin, les ministres Nathalie Kosciuzko-Morizet et Xavier Bertrand, le directeur de Sciences Po, Richard Descoings, le président de l’Institut français, Xavier Darcos, l’ex-patronne de France 24, Christine Ockrent, ou le Pdg du fonds d’investissement PAI Partners, Lionel Zinsou.

Who’s who

Ce dernier, ancien associé de Laurent Fabius et administrateur de Libération, était déjà présent, comme Denis Olivennes, au dîner précédent - celui du 26 octobre. Il faisait partie de la poignée, avec le journaliste du Figaro, Alain-Gérard Slama, et l’associé-gérant de Rothschild & Cie, Hakim El Karoui, à quitter les lieux en dernier. L’air était plus doux et ils furent nombreux alors à prendre leur temps pour se dire au revoir : Rachida Dati, l’ex-journaliste Catherine Nay et Alain Terzian, président de l’Académie des Césars, s’en allèrent ensemble dans la voiture avec chauffeur de la maire du VIIe arrondissement de Paris tandis que l’ancien ministre du Budget, Eric Woerth, semblait quelque peu délaissé par ses camarades.

Autour d’eux, c’était le défilé des powerful people : le producteur de cinéma Marin Karmitz, les journalistes Arlette Chabot et Serge Moati, l’avocat de Jacques Chirac et DSK, Jean Veil, l’ex-Pdg de Renault, Louis Schweitzer, l’éditrice Teresa Cremisi, le chroniqueur littéraire Pierre Assouline, l’ancien balladurien Hervé Gaymard, l’eurodéputé socialiste Henri Weber, le ministre et membre du Nouveau Centre, François Sauvadet, l’éditorialiste Nicolas Baverez et l’essayiste François Heisbourg, entre autres.

En octobre comme en novembre, je n’ai pas aperçu les autres illustres happy few du cénacle, notamment Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT et nouvelle présidente du Siècle, les socialistes Martine Aubry, François Hollande et Manuel Valls, le ministre des Finances, François Baroin, Jean-Christophe Le Duigou, syndicaliste de la CGT, Edouard de Rothschild, devenu copropriétaire -via une rencontre effectuée au Siècle- de Libération, François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, le Premier ministre François Fillon, le directeur du Monde Eric Izraelewicz, son confrère de Libération, Nicolas Demorand, le Pdg du groupe RMC/BFM, Alain Weill, ou même l’actuel président de la République, Nicolas Sarkozy.

Le ghetto du gotha

Il y a foule sur le trottoir qui longe l’hôtel du Crillon. Pour cause : ils sont à peu près 300 à se réunir, dix fois par an le quatrième mercredi du mois, au dîner organisé par Le Siècle, une association surnommée le « cercle des cercles » qui comprend, de manière confidentielle, environ 900 personnalités -751 membres de plein droit et 159 simples invités- toutes issues du gratin hexagonal. L’ordonnancement de la soirée répond à un protocole strict : 40 tables de 8 convives disposés à l’avance se répartissent dans la salle, des thèmes de conversation sont prédéfinis et le repas débute à 21h après un apéritif au cours duquel on papote et on badine au-delà de l’échantillon de ses partenaires de table.

C’est le lieu par excellence pour tisser des réseaux. Cartes de visites et embrassades familières s’échangent, avant et après le dîner, au gré des croisements de fortune. Pas de conspiration mais de la connivence, des affinités, des stratégies de rapprochement : fondé sur la cooptation des pairs, le Siècle est un complot à ciel ouvert. Ni loge secrète ni salon mondain. Une caste transversale de privilégiés s’y retrouve, s’observe et s’entraide au besoin, discrètement si possible. La super-classe fréquente là son école de vanité. Aucun problème si ce n’est celui de l’étanchéité des élites et le double risque du conflit d’intérêts et de la collusion, entre grands patrons et syndicalistes d’une part, journalistes et hommes politiques d’autre part.

Festin des Rois

A la fin de la seconde guerre mondiale, un groupe de jeunes gens, mené par le journaliste radical-socialiste Georges Bérard-Quélin, décide de « créer un pont entre des mondes qui s’ignorent trop en France » et de « renforcer les chances de succès des jeunes en les faisant se connaître et s’épauler » : tels sont les statuts officiels de l’association dénommée « Le Siècle » et fondée en 1944 sous la direction d’un franc-maçon lyonnais, bientôt patron de la Société générale de presse. « Aujourd’hui, on a gardé l’idée du brassage générationnel. En ce moment, on recherche plutôt des intellectuels, des scientifiques, des personnes issues de la diversité. On essaie de recruter des plus jeunes aussi, autour de la trentaine, de la quarantaine », affirme Etienne Lacour, actuel secrétaire général du Siècle et véritable maître de cérémonie de la confrérie ultra-select. Comprenez que la vaste majorité de ses membres est, pour le moment, davantage blanche, masculine et senior.

Une oligarchie , longtemps discrète et incarnée dans une assemblée vaguement hétérogène, façonne chaque mois les contours de la doxa, qualifiée ailleurs de « pensée unique ». Les extrêmes politiques y sont bannis tandis que les figures issues de la société civile ou des quartiers populaires y sont invisibles. Comme le remarquait déjà Le Monde en 2007, « très peu de femmes, de Beurs, ou d’écologistes ». Les rares Noirs ou Arabes sont, à l’image de l’ex-partisan de Ben Ali et ancien président de l’Institut des cultures d’islam, Hakim El Karoui, fils de notables plutôt qu’enfants des cités.

« Comme on va aux putes ! »

« On va aux dîners du Siècle pour le pouvoir », affirme avec une rare franchise Jean-Louis Beffa, ancien dirigeant de St-Gobain. « J’y vais comme on va aux putes ! », me rétorque, à la sortie du dîner de novembre et sous couvert d’anonymat, le dirigeant influent d’un média audiovisuel. Deux jours plus tôt, le lundi 21 novembre, j’avais longuement interrogé Denis Jeambar, autre figure médiatique et membre de longue date du Siècle.

De retour de l’Elysée où il s’était rendu à la décoration de son ami -et convive du Siècle- Claude Allègre, l’ex-patron de l’Express tient à démystifier l’aura du Siècle : « C’est juste un club de conversation, rien de plus ! Sans aucun renvoi d’ascenseur… sauf peut-être pour Alain Minc qui en a bien profité… Il y a tant de fantasmes à propos du Siècle, c’est juste ridicule ! Pour avoir fréquenté jadis un groupe bien plus secret et puissant, dans lequel j’ai mis un pied avant de vite m’en retirer, je peux vous affirmer que le Siècle n’a rien d’une conspiration ! ». A ma question portant sur l’identification de ce « groupe bien plus puissant », Denis Jeambar élude et botte en touche, se contentant de « se réjouir que nous ne sommes pas dans un pays fasciste car, si ces gens que j’ai vus dans ce groupe très restreint parvenaient aussi facilement à collaborer à des fins négatives, nous serions alors en danger. Mais, rassurez-vous, il n’en est rien ! ». Me voilà rassuré.

Géopolitique sur le trottoir

Une fleur jaune accrochée à son veston, Gilles Kepel déambule avec nonchalance le long du trottoir jouxtant l’Automobile Club de France tout en discutant avec Lionel Zinsou à propos de l‘avenir géostratégique des pétromonarchies du Golfe. Croisé à la sortie du dîner de novembre, cet éminent politologue, spécialiste du monde arabo-musulman, me confirme à sa manière les propos de Denis Jeambar : « Nous sommes ici dans un lieu de conversation, d’émulation intellectuelle. Il serait vulgaire de se demander des services. C’est fascinant par ailleurs d’écouter tel ou tel expert nous évoquer un sujet dont nous ne savions rien ». A ma remarque relative à l’absence quasi-totale de représentants des « minorités visibles » parmi les convives, il me réplique, l‘air peiné : « Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Le Siècle reflète les élites de ce pays ».

Un vent éphémère de révolte

Une nouvelle aristocratie qui a senti le peuple gronder. C’était en octobre 2010 : à l’initiative du réalisateur Pierre Carles, des activistes, portés sur la critique des médias et sympathisants -pour la plupart- de la gauche radicale, s’étaient réunis aux abords du Crillon pour huer l’arrivée des adhérents du Siècle. J’avais assisté alors au curieux spectacle de cet anti-festival de Cannes au cours duquel des célébrités pressaient le pas pour ne subir les invectives potaches d’une foule en délire. Le mois suivant, l’ambiance bon enfant avait disparu : le maillage policier avait été instauré afin de réprimer férocement les manifestants, à nouveau mobilisés. Celui qui était encore le président du club, l’ex-n°2 du Medef Denis Kessler, avait saisi cette occasion pour dénoncer, dans une tribune publiée par Le Monde, les « manoeuvres d’intimidation » exercées par des « populistes irresponsables » sévissant sur Internet.

Plus d’une trentaine de citoyens, sur près de 250 personnes présentes sur les lieux, ont été ainsi embarqués dans des fourgons grâce au zèle de Michel Gaudin, préfet de police de Paris et également membre du Siècle. Rebelote en janvier, avec deux bus acheminés vers les commissariats pour plus de 70 arrestations. Quelques mois plus tard, les opposants au Siècle, visiblement échaudés, seront moins assidus : en mai, certains d’entre eux, issus notamment du groupe des Désobéissants, seront interpellés pour « tentative de manifestation non déclarée ». Le mois suivant, deux militants d’un groupe anarchiste se feront brutalement arrêtés par la police. En juillet dernier, hormis une web-activiste et un homme facétieux avec les CRS, la place de la Concorde était quasiment vide de toute présence hostile au dîner du Siècle. Et au cours des deux derniers dîners d’octobre et novembre, j’étais le seul observateur extérieur à être sur place, à l’exception des nombreux chauffeurs de VIP et des policiers en civil -tendance jean, veste bomber et cheveux ras.

Occupy Le Siècle

Qu’est-ce que le Siècle, finalement ? Un « système de dons et contre-dons », suggère la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Le but poursuivi par ses participants ? « Augmenter son capital social sous couvert de sociabilité mondaine ». Et si le club se prétend apolitique, le curseur de ses membres penche plutôt à droite. Comme le révéla Le Monde diplomatique, près des trois quarts du gouvernement Balladur se retrouvaient à la table du Siècle.

Pour autant, le club n’est pas une machine de guerre pour l’UMP. Plutôt l’aristocratie cool et opaque du futur, parisienne et hyper-mondialisée, nichée au cœur de la République tout en surplombant celle-ci. Non pas la France d’en haut mais la France du Très-Haut, endogène et sacralisée, intouchable et bunkérisée, possédant la richesse et influant les idées. Ou la concrétisation d’un fantasme partagé par tous les « indignés » du monde : le rassemblement, en un lieu concret et un moment précis, des puissants, tous mêlés, qu’ils soient héritiers ou nouveaux riches, corrompus ou intègres. Le Siècle, cible cruellement idéale pour toute insurrection à venir.

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En bonus :

*** Le point de vue troublant sur le Siècle par l’un de ses membres, Alain Lambert, ex-ministre du gouvernement Raffarin. Pour avoir capturé et diffusé les images d’un dîner auquel il assistait, cet ancien sénateur UMP a dû faire amende honorable en retirant la vidéo de son site. Extrait d’un entretien avec Karl Zéro datant d’octobre 2008.

*** Exclusif : des images ont pu être saisies lors de la sortie du dernier dîner du Siècle, le mercredi 23 novembre 2011. En raison de la présence de nombreux policiers, la capture de la séquence vidéo a nécessité plusieurs contorsions pour manier la caméra en toute discrétion. Dans la pénombre, on peut néanmoins distinguer la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciuszko-Morizet (2’53), le directeur des Inrockuptibles David Kessler (4’17) ainsi que les journalistes David Pujadas (4’25) et Christine Ockrent (3‘18). Celle-ci s’éclipse de la soirée en adressant un au revoir de la main à l’attention de la ministre qui lui répond par un familier « Salut ». Tout naturellement.

Le projet de barrage sur le Mékong est reporté WWF Reporterre 2011/12/08 WWF (8 décembre 2011) Le projet de barrage sur le Mékong est reporté. Reporterre. fr

Le projet de barrage sur le Mékong est reporté

Les pays riverains du Mékong ont jugé nécessaire de mener des études supplémentaires sur les conséquences de la construction du barrage Xayaburi.

Siem Reap (Cambodge) - La réunion au niveau ministériel de la Commission du Mékong (MRC) a accepté de reporter la décision sur la construction du barrage Xayaburi, dans le nord du Laos, dans l’attente de nouvelles études sur les impacts de ce projet très controversé.

Alors qu’ils s’étaient réunis au sein du Comité mixte de la Commission du Fleuve Mékong (la MRC)[1] pour adopter une décision définitive sur le projet Xayaburi, les Ministres du Cambodge, du Laos, de la Thaïlande et du Vietnam ont finalement choisis par consensus de reporter à nouveau cette décision de manière à ce que des études d’impacts plus poussées puissent être menées. En avril dernier, le comité mixte de la MRC n’avait pas réussi à se mettre d’accord quant à la construction ou non du barrage Xayaburi. La décision avait donc été renvoyée devant les ministres.

« Les pays du cours inférieur du Mékong ont franchi une étape importante vers une gestion plus respectueuse de l’une des ressources les plus précieuses et les plus importantes de la région. Les pays doivent maintenant mettre à profit ce délai supplémentaire pour évaluer correctement et pleinement les impacts du projet de barrage, en se basant sur les meilleurs conseils scientifiques et en mettant en place des processus consultatifs », a déclaré le Dr Jian-Hua Meng, Spécialiste en hydroélectricité durable au WWF.

Ce projet de barrage est l’objet d’une vive contestation de la part des ONG et des populations locales en rapport aux probables impacts environnementaux sur la zone.

S’étirant sur 4800 km, le Mékong est le plus long fleuve d’Asie, son cours inférieur est l’un des derniers grands tronçons de rivière sauvage dans le monde, dont dépendent, près de 60 millions de personnes pour ses ressources en pêche et son delta, grenier à riz du Vietnam. Il abrite également plus de 700 espèces de poissons d’eau douce dont quatre des plus grandes espèces de poisson chat géant, espèce emblématique menacée.

Pour répondre aux besoins des Etats en matière de production électrique, le WWF recommande, aux pays du Mékong concernés par les projets hydroélectriques, de prioriser les barrages sur certains affluents du Mékong qui ont des impacts beaucoup plus faibles.

En ce qui concerne les barrages sur le cours inférieur du Mékong, il apparaît plus prudent d’établir un moratoire de 10 ans afin d’obtenir suffisamment d’informations pour évaluer avec le plus de précision possible les impacts sur les populations et les écosystèmes.

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Note :

[1] La MRC est une agence inter-gouvernementale composée de représentants des quatre pays du Mékong : Vietnam, Laos, Cambodge. Thaïlande.

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Valognes, nouveau départ de la lutte antinucléaire Collectif Valognes stop castor Reporterre 2011/12/08 Collectif Valognes stop castor (8 décembre 2011) Valognes, nouveau départ de la lutte antinucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Valognes, nouveau départ de la lutte antinucléaire

"Il nous faut perturber par tous les moyens les flux d’uranium et de déchets qui tissent le fonctionnement régulier et soigneusement occulté de l’industrie de l’atome aussi bien que son maillon faible. Il nous faut empêcher la construction de l’EPR de Flamanville et déboulonner les lignes THT qui doivent y aboutir, si nous ne voulons pas en reprendre pour 40 ans de plus de soumission au chantage nucléaire."

À Valognes, le 23 novembre dernier, c’est un peu de l’arrogance du lobby nucléaire qui a dû en rabattre, et c’est un peu du sentiment d’impuissance qui poisse depuis tant d’années celles et ceux qui le combattent qui s’en est allé. Alors qu’Areva se permettait la semaine précédente d’exposer aux journalistes comme il leur avait été simple de faire retirer le paragraphe sur le MOX de l’accord PS-EELV, dévoilant ainsi aux yeux de tous qui est le maître en ces matières, ils offraient à Valognes l’image du plus complet désarroi : ils hâtaient d’un jour, dans la précipitation, le départ du train CASTOR, faisaient boucler par la préfecture tout le centre de Valognes, fermer les collèges et lycée de la ville pour la journée et dénonçait ensuite ces gens « qui ont perturbé le fonctionnement de toute une région ». Tout cela parce que 500 personnes venant de toute la France s’étaient donné rendez-vous dans un camp pour bloquer un train et partager leur désir d’en finir avec la mainmise du nucléaire sur leur vie.

L’efficacité véritable de l’action collective réside rarement dans ses effets les plus perceptibles. Que nous ayons réussi par trois fois à accéder en masse aux voies, à y soulever les rails, en ôter le ballast sur plusieurs dizaines de mètres et finalement à retarder le départ du train de plusieurs heures, et ce malgré l’énormité du dispositif policier, n’est certes pas un résultat négligeable. Mais nous accordons plus d’importance à la façon dont nous sommes parvenus à un tel résultat, à l’intelligence collective qu’il faut avoir acquise pour arriver, par une marche nocturne à travers champs, à prendre de court les forces adverses et, de là, à les fixer en un point pour que d’autres trouvent les rails libres quelques centaines de mètres plus loin.

Nous nous souviendrons pour longtemps du soleil qui se lève sur une brume à l’odeur de gaz lacrymogène, des habitants et habitantes de Flottemanville qui nous offrent spontanément du café et nous encouragent, de ces maires qui nous ouvrent leur mairie, réconfortent nos blessés, nous offrent le refuge. Et nous n’oublierons pas de sitôt ces cartouches de gaz CS qui pleuvent indistinctement sur tout le village, dans ses maisons, ses poulaillers, et qui témoignent assez de tout le respect que la police éprouve à l’endroit de la population. Qui a dit, d’ailleurs, que la population du Cotentin était uniformément favorable au nucléaire qui la fait vivre ? Nous avons, nous, croisé ce ce jour-là, de nombreux soutiens actifs dans la population, tout comme auparavant des voisins, des familles, étaient venues sur le camp pour partager le repas.

Plutôt que de minorer le nombre des manifestants, de les traiter de « casseurs », de se féliciter que le train soit tout de même parti, Areva et sa préfecture feraient bien de s’inquiéter de la détermination de celles et ceux qui ont agi là, comme de la solidarité qui s’est exprimée à leur endroit, que ce soit localement ou en Allemagne. A combien de décennies remonte, en France et toute proportion gardée, la dernière grande bataille contre la pieuvre atomique ? Faut-il être aux abois pour inculper une manifestante de 65 ans pour vol, parce qu’elle a prélevé quelques canettes de soda sur un camion de livraison de repas de la gendarmerie en flammes et nier devant les journalistes tout coup de matraques quand cela fait plusieurs heures que les images de manifestants tabassés sont sur tous les écrans ?

Le feuilleton national des dernières semaines autour du nucléaire ne peut guère laisser de doute sur ce qu’il y a à attendre des gouvernements pour ce qui est d’en sortir. En la matière, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces. Si Valognes nous a renforcés et a renforcé notre cause, c’est en cela : que ce soit pour l’organisation du camp ou de l’action, pour ce qui est de prendre les décisions justes ou d’exprimer nos idées, nous n’avons attendu personne. Nous avons fait ce que nous pouvions, dans la mesure de nos moyens certes limités, mais non dérisoires. Et en dépit des manoeuvres d’Areva, de la SNCF et de leurs complices, nous avons réussi à faire ce que nous nous étions proposés de faire. La chose n’est pas si courante.

Qui plus est, nous savons que Valognes ne fut pas le seul point de blocage du CASTOR en France, et même si Areva et la SNCF tentent de taire le harcèlement dont ils font l’objet, nous sommes omniprésents et irréductibles. Les retards du CASTOR, consécutifs à l’action de blocage de la voie dans le sud-Manche et à l’usage de signaux d’alarme dans la région de Rouen en sont la preuve. Nous espérons seulement que cet exemple donnera de la force à toutes celles et tous ceux qui, ailleurs, brûlent d’en faire autant.

Nous n’avons jamais envisagé Valognes comme un coup d’éclat, mais plutôt comme un nouveau départ, un apport de vigueur, une contribution déterminée à tout ce qui, en France, veut s’affranchir de la fatalité nucléaire. Nous savons que le chemin sera long et âpre. En même temps qu’il nous faut nous arracher à la production électrique centralisée et retrouver dans notre façon de vivre comme dans ce qui nous entoure l’énergie dont nous avons besoin, il nous faut perturber par tous les moyens les flux d’uranium et de déchets qui tissent le fonctionnement régulier et soigneusement occulté de l’industrie de l’atome aussi bien que son maillon faible. Il nous faut empêcher la construction de l’EPR de Flamanville et déboulonner les ligne THT qui doivent y aboutir, si nous ne voulons pas en reprendre pour 40 ans de plus de soumission au chantage nucléaire. Il y a tout un décrochage à organiser, un décrochage technique et politique vis-à-vis de la normalité nucléarisée.

Areva juge nos méthodes « inacceptables » ; nous jugeons que c’est l’existence même d’Areva qui est, en chacun de ses détails, inacceptable. Les milliards investis dans le lifting de son image, depuis que la Cogema est devenue Areva, n’y changeront rien. Il faut que la production d’énergie à partir de l’atome devienne partout visiblement le problème qu’elle est essentiellement. Comptez sur celles et ceux de Valognes pour y travailler.

Halte au bétonnage des montagnes, demandent les écologistes Appel pour nos montagnes Reporterre 2011/12/09 Appel pour nos montagnes (9 décembre 2011) Halte au bétonnage des montagnes, demandent les écologistes. Reporterre. fr

Halte au bétonnage des montagnes, demandent les écologistes

Isabelle Autissier, Pierre Rabhi, Jean-Marie Pelt et bien d’autres sont les signataires de l’Appel lancé à Grenoble le 9 décembre pour stopper l’artificialisation des montagnes.

Qu’on y vive, qu’on en vive, qu’on s’y ressource, la montagne nous offre l’expérience de la beauté des paysages, de la nature et du partage. Cette expérience n’est possible que grâce à un équilibre entre l’homme et la montagne. Conscients de la fragilité de cet équilibre nous nous sentons le devoir de lancer un appel pour nos montagnes.

Notre société est de plus en plus dure et exigeante ! Il faut toujours plus, toujours plus vite. Plus de quoi ? Pour qui ? Pour quoi faire ? Noyés dans l’illusion de l’immédiateté et du factice, nous semblons incapables de nous raisonner, incapables d’assurer les conditions de la survie pour tous et à long terme.

L’espace montagnard n’échappe pas à la loi commune. Là aussi rapidité et uniformité s’enracinent et se propagent. Les pressions d’équipement sont tenaces, multiformes, même si l’inévitable prise de conscience a eu lieu ; les bonnes intentions sont affichées : développement durable, valorisation du patrimoine naturel, agriculture bio, lutte contre le réchauffement climatique, économie solidaire, sauvegarde des cultures... Ces nouveaux objectifs semblent consensuels.

Et pourtant… Les mécanismes du passé, fondés sur l’exploitation toujours accrue des ressources d’un territoire pourtant limité, perdurent. Pire, ils menacent nos rêves, ils continuent à figer l’avenir de nos massifs, alors même que ceux-ci et les populations qui les façonnent ont besoin de nouvelles perspectives. Les projets de développement lourds, dignes du siècle passé s’enchaînent, s’accélèrent même, comme si de rien n’était. Le béton coule à flots, perpétuelles extensions des espaces aménagés au détriment de la haute montagne vierge ou des espaces dédiés à l’agriculture, course au gigantisme des stations...

L’histoire nous l’a pourtant appris : les modèles figés ne fonctionnent pas.

Mais qui décide ?

Et surtout, qui profite réellement, financièrement et humainement, de cette fuite en avant dans l’artificialisation de nos montagnes ?

Il est temps pour tous d’élargir le champ des possibles, de redéfinir la notion d’intérêt général. Nous avons tous besoin de quelques éléments essentiels pour vivre : de l’air, de l’eau, de l’espace. Il nous faut aussi du temps, du silence, de la sérénité, de la beauté pour continuer à penser, à imaginer, à rêver. Or la montagne est l’un des espaces les plus propices pour satisfaire ces besoins vitaux. Les montagnes sont depuis toujours une formidable richesse pour l’humanité.

Montagnes refuges, montagnes creusets, montagnes laboratoires, elles recèlent un potentiel de vie et d’inventivité toujours renouvelé. Pour préparer leur avenir, celui de nos enfants, il nous faut reprendre le contrôle de leur évolution. Il nous faut construire, ensemble, une nouvelle vision pour les espaces montagnards.

Ce défi lancé pour la montagne peut être gagné ! Le projet pour la montagne que nous avons à construire sera multiple, modulaire, évolutif, solidaire. Nous devons anticiper, ménager les espaces et favoriser les initiatives. Nous devons protéger les fondements de notre bien-être : d’une part les capacités humaines locales, individuelles ou collectives, à innover, à inventer, à entreprendre, et d’autre part les patrimoines, les paysages et toutes les ressources naturelles.

Moins de capital machine, moins de spéculation financière, et plus de capital humain !

Le nucléaire représente 17 % de la consommation finale en France Ghislaine Destais Reporterre 2011/12/10 Ghislaine Destais (10 décembre 2011) Le nucléaire représente 17 % de la consommation finale en France. Reporterre. fr

Le nucléaire représente 17 % de la consommation finale en France

Petit rappel des chiffres : le nucléaire en France représente 69 % de l’électricité finale consommée et moins de 17 % de l’énergie finale consommée.

« On ne peut pas se passer du nucléaire en France puisqu’il représente 80% de la production d’électricité ». Tel est le discours politique dominant depuis quelques jours. Emportés par l’élan, certains vont même jusqu’à laisser entendre que le nucléaire constituerait 80% de l’énergie consommée en France. Allez savoir ?

Ce chiffre magique des 80% associé à notre imaginaire collectif suffit généralement à nous convaincre du caractère indispensable du nucléaire. Renoncer au nucléaire consisterait, au choix, à retourner à une dépendance inacceptable à l’égard des énergies fossiles ou à se priver de 80% de nos besoins en électricité. Sous-entendu, la technologie ne permettra jamais assez d’économies pour les limiter drastiquement et les énergies renouvelables ne peuvent y faire face de façon massive.

S’il s’agit d’étouffer tout dialogue en jouant sur l’émotion, c’est presque gagné. Mais les Français sont en droit d’attendre un vrai débat sur l’énergie, qui ferait appel à leur raison plus qu’à leurs sentiments. Dans cette perspective, il est proposé ici une contribution scientifique visant à fournir des fondements rationnels au débat en rétablissant la réalité des faits concernant la place occupée par le nucléaire dans la satisfaction des besoins énergétiques de la France, ce qu’ignorent les politiques, comme l’a montré en 2007 le débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy où l’un et l’autre se sont emmêlés dans la lecture de leurs notes à ce sujet.

D’abord, les données officielles du Commissariat général au Développement durable montrent que ce chiffre de 80% ne correspond à aucune réalité mesurée. La part de la production d’électricité nucléaire dans la production électrique brute en France n’a cessé d’augmenter de 1970 à 1990. Mais depuis 1993, année où elle atteint 78%, elle oscille entre la valeur maximale de 78,5%, en 1997, et une valeur minimale de 75,2% atteinte en 1999. La dernière donnée disponible, concernant l’année 2009, fait état d’une part de 75,6%. En termes absolus, la production nucléaire a atteint son maximum en 2005, avec 452 térawatt heures (TWh) produits contre 410 en 2009. On peut donc dire que la part du nucléaire dans la production électrique française se situe actuellement autour de 76%.

Qu’en est-il maintenant de la part du nucléaire dans la consommation d’électricité des utilisateurs ? Les données officielles ne fournissent pas directement cette information. Aussi faut-il la reconstituer en retranchant de la production brute tout ce qui n’arrive pas chez l’utilisateur final (nous indiquons les valeurs 2009) : la consommation d’électricité au sein des centrales nucléaires (20 TWh), celle affectée à l’enrichissement du combustible (près de 19 TWh), celle utilisée par les stations de pompage qui remontent de l’eau dans les barrages (7 TWh), les exportations (45 TWh), les pertes réseau (que nous avons estimées à 25 TWh, au prorata de la part du nucléaire dans l’électricité qui circule) ainsi que 3 TWh qui alimentent les raffineries. Finalement en 2009 il restait 296 TWh d’électricité nucléaire pour les consommateurs français alors que leur consommation totale d’électricité s’est élevée à 428 TWh. L’électricité d’origine nucléaire représentait donc 69% de l’électricité finale consommée en France en 2009.

En élargissant le point de vue, on peut aussi se demander quelle place occupe le nucléaire dans l’ensemble des énergies. Pour cela, il faut convertir les TWh dans l’unité commune des bilans énergétiques, le million de tonnes équivalent pétrole (Mtep), et distinguer deux niveaux : d’un côté les approvisionnements, ce qu’on appelle en termes techniques les disponibilités ou la consommation d’énergie primaire, et de l’autre la consommation d’énergie par les utilisateurs, appelée consommation d’énergie finale.

Concernant les approvisionnements, les règles de comptabilité adoptées par les économistes de l’énergie, pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer ici, consistent à compter pour le nucléaire non pas la quantité d’électricité mais la quantité de chaleur produite dans les centrales. Le rendement de transformation de cette chaleur en électricité étant de 33%, pour une unité d’électricité produite, on compte 3 unités d’énergie nucléaire. Avec cette convention, le nucléaire représentait 41% des approvisionnements énergétiques de la France en 2009. Une méthode alternative, basée sur un rendement de 55% qui est celui du mode de production le plus efficace, les turbines à gaz à cycle combiné, fournit une évaluation de 29%. On peut donc estimer la part du nucléaire dans les disponibilités en énergie de la France entre 30 et 40%.

Côté consommation finale, les 296 TWh d’électricité produits en 2009 par les centrales nucléaires et arrivant chez les utilisateurs représentent 25,4 Mtep, à comparer aux 155 Mtep de consommation énergétique totale. L’électricité nucléaire représentait donc 16,5% de l’énergie finale consommée en France en 2009. On est loin des 80% ! En effet, l’énergie dominante consommée par les utilisateurs en France (pour le résidentiel-tertiaire, les transports, l’industrie, la sidérurgie et l’agriculture) reste le pétrole, avec un poids de 42%. L’électricité et le gaz font chacune presque moitié moins (24% pour l’électricité et 22% pour le gaz), les énergies renouvelables thermiques atteignant 9% et le charbon seulement 3%.

Commençons donc par regarder la réalité comme elle est. Il serait dommage d’entamer un débat sur l’énergie en laissant croire à la population que le nucléaire assure déjà l’essentiel de ses besoins énergétiques alors qu’il ne lui en fournit qu’un sixième. A partir de ce constat, toutes les argumentations sont possibles, y compris celles visant à défendre un développement du nucléaire, mais sur des bases objectives.

Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont débattu Par Julien villalard Reporterre 2011/12/11 Par Julien villalard (11 décembre 2011) Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont débattu. Reporterre. fr

Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont débattu

Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont discuté en novembre au salon Marjolaine sur le thème « Emploi, agriculture et santé face à la crise environnementale ».

Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont discuté en novembre au salon Marjolaine sur le thème « Emploi, agriculture et santé face à la crise environnementale ». Une discussion très éclairante sur les positions de l’un et de l’autre. Une video à regarder ici : Front de gauche

Ce qui s’est décidé à Durban AFP Reporterre 2011/12/11 AFP (11 décembre 2011) Ce qui s’est décidé à Durban. Reporterre. fr

Ce qui s’est décidé à Durban

La conférence des Nations unies sur le climat s’est achevé à Durban (Afrique du sud), le 11 décembre, sur un accord décevant.

La conférence sur le climat de Durban (Afrique du Sud) a adopté dimanche 11 décembre 2011 une série de décisions sur l’avenir du protocole de Kyoto, les contours d’un futur accord impliquant tous les pays, mais aussi sur des aspects financiers et de vérification des actions menées par les pays.Les principaux points.

Un avenir post-2012 pour Kyoto

Le protocole de Kyoto, adopté en 1997 et en vigueur depuis 2005, est à ce jour le seul traité international sur le climat. Il fixe des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) à une quarantaine de pays industrialisés, à l’exception notable des Etats-Unis qui ne l’ont pas ratifié. Il ne s’applique pas non plus aux grands émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Les pays en développement exigeaient de nouveaux engagements de la part des industrialisés à l’issue de la première période d’engagements (2008-2012) au nom de leur responsabilité « historique » dans le réchauffement de la planète.

La décision de Durban prévoit une deuxième période dont la durée (5 ou 8 ans) doit encore être débattue. Mais en l’absence du Canada, de la Russie et du Japon, qui ont refusé de renouveler l’exercice, ces nouveaux engagements contraignants ne s’appliqueront qu’à environ 15% des émissions mondiales.

Un accord global en 2015

En échange d’une seconde période d’engagements sur Kyoto, l’Union européenne demandait que soit tracée à Durban une « feuille de route » vers un nouveau cadre juridique contraignant qui impliquerait tous les pays. Un accord qui serait signé en 2015 pour une entrée en vigueur à partir de 2020.

Ce cadre a été défini comme « un protocole, un autre instrument légal ou une solution concertée ayant une force légale », formulation suffisamment large pour avoir permis un consensus à Durban mais qui devra être précisée d’ici 2015.

Un fonds vert opérationnel

La décision rend opérationnel le Fonds vert, mécanisme financier acté à Cancun en 2010, pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique. Une formulation a été trouvée pour contourner les réserves émises lors de la première semaine de la conférence par les Etats-Unis, sur la « personnalité juridique » de ce mécanisme. Ce Fonds vert doit acheminer des financements à partir de 2013 pour monter en puissance jusqu’en 2020, date à partir de laquelle les pays industrialisés ont promis de verser chaque année 100 milliards de dollars.

La conférence de Durban n’a en revanche pas permis de progrès notable sur la façon d’alimenter de ce fonds pour éviter qu’il reste une « coquille vide ».

Transparence et contrôle des actions menées par les pays

L’un des enjeux de Durban était aussi de mettre en oeuvre certaines des décisions de Cancun, notamment sur le sujet de la transparence et de la vérification possible des actions de réduction des différents pays.

Pour les pays développés, le texte adopté offre des pistes pour mieux suivre les actions au fur et à mesure et pas seulement à la fin en vérifiant après coup si l’objectif fixé a été atteint.

L’accord prévoit par ailleurs la mise en place d’un travail préparatoire pour éventuellement faire entrer l’agriculture, à l’origine de 15% des émissions de GES, dans le périmètre de la convention-climat de l’ONU.

Le nucléaire est plus cher que les renouvelables Sandrine Mathy, Isabelle Autissier, Madeleine Charru, Adélaïde Colin, Bruno Genty, Stéphen Kerckhove, Sébastien Lapeyre, Serge Orru Reporterre 2011/12/11 Sandrine Mathy, Isabelle Autissier, Madeleine Charru, Adélaïde Colin, Bruno Genty, Stéphen Kerckhove, Sébastien Lapeyre, Serge Orru (11 décembre 2011) Le nucléaire est plus cher que les renouvelables. Reporterre. Tribune — fr

Le nucléaire est plus cher que les renouvelables

L’affirmation est martelée au point de passer pour une évidence : le nucléaire coûterait moins cher que les énergies renouvelables. « Corollaire » : diminuer la part du premier pour développer les secondes, comme le propose par exemple l’accord Europe Ecologie-Les Verts-PS, augmenterait le prix de l’électricité, appauvrirait les ménages et amènerait les usines à délocaliser. Pourtant, cette affirmation est déjà fausse et le sera encore plus à l’avenir.

Si l’électricité est moins chère en France que dans la plupart des autres pays européens, c’est parce que l’Etat a longtemps subventionné le développement du parc nucléaire et que le niveau actuel du tarif réglementé ne permet pas de financer le renouvellement du parc, quels que soient les choix à venir entre nucléaire, centrales thermiques et énergies renouvelables. L’évolution récente des coûts de production électrique est, à ce titre, éclairante.

Dès les années 1980, le programme nucléaire français a vu son coût augmenter, évolution qui ne fait que se prolonger avec le réacteur surpuissant EPR. Cette dérive s’observe en particulier sur les coûts d’investissement, un poste très important. Comme le montre un article publié dans la revue scientifique Energy Policy, le coût d’investissement dans les centrales nucléaires françaises a été multiplié par 3,4 en vingt-cinq ans, même en déduisant la hausse du niveau général des prix. L’EPR ne fait que poursuivre cette trajectoire puisqu’en supposant - hypothèse optimiste - que la facture finale ne dépasse pas la dernière estimation (6 milliards d’euros), on atteint 3,64 euros le watt - 4,7 fois plus qu’en 1974.

Autre problème, ces coûts ne prennent pas en compte le démantèlement des centrales en fin de vie, ceux de la gestion des déchets, du risque d’accident et les divers coûts de fonctionnement. En se développant, la plupart des techniques voient leur coût diminuer par effet d’apprentissage, et c’est le cas pour les énergies renouvelables ; mais, avec le nucléaire, l’inverse se produit : plus on le développe, plus il coûte cher.

UNE BAISSE IMPRESSIONNANTE

En comparaison, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, le coût d’investissement de l’éolien terrestre était en 2009 de 1,30 euro le watt. Même « normalisé » pour prendre en compte l’intermittence, le coût d’investissement de l’éolien est environ 15 % inférieur à celui de l’EPR, démantèlement inclus. Et, selon une analyse de Bloomberg, le coût de l’électricité d’origine éolienne, déjà divisé par 4,5 depuis les années 1980, devrait encore diminuer de 12 % dans cinq ans.

Quant à l’énergie solaire tirée des panneaux photovoltaïques, elle a connu une baisse impressionnante : début 2011, un module photovoltaïque coûtait en moyenne 1,20 euro le watt en Europe, contre 4,2 euros le watt dix ans plus tôt. Depuis quelques mois, la moyenne sur le marché allemand est même de 1 euro le watt. Même normalisé pour prendre en compte l’intermittence, le coût d’investissement dans le photovoltaïque ne dépasse plus celui de l’EPR (en incluant le démantèlement) que d’environ 25 %. De plus, les professionnels du secteur anticipent encore une baisse de 35 % à 50 % des coûts d’ici à 2020. Comme l’écrit le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, « si la tendance à la baisse continue (et elle semble s’accélérer) nous ne sommes plus qu’à quelques années du point où la production d’électricité à partir de panneaux solaires deviendra moins coûteuse que celle à partir de charbon ».

Pour simplifier, les calculs présentés ici laissent de côté les coûts de fonctionnement, mais ces derniers sont du même ordre de grandeur entre éolien et nucléaire, et plus faibles pour le photovoltaïque. De même, si un renforcement du réseau est nécessaire en cas de développement des renouvelables, c’est aussi le cas pour l’EPR (340 millions d’euros pour la ligne Cotentin-Maine nécessitée par l’EPR de Flamanville).

Nous vivons un moment historique : celui où les énergies renouvelables deviennent moins coûteuses que l’électricité d’origine nucléaire ou fossile, pour peu qu’elle soit obligée de payer pour ses externalités négatives : émissions de CO2, risques d’accidents, déchets radioactifs… La France se crispera-t-elle sur une technique dépassée, ou se tournera-t-elle vers la seule manière durable de produire de l’énergie : la mobilisation des flux d’énergie renouvelable, et celle, indissociable, des économies d’énergie ?

On applique maintenant aux pays riches les recettes du FMI qui ont ravagé les pays du sud Philippe Derruder Reporterre 2011/12/12 Philippe Derruder (12 décembre 2011) On applique maintenant aux pays riches les recettes du FMI qui ont ravagé les pays du sud. Reporterre. Tribune — fr

On applique maintenant aux pays riches les recettes du FMI qui ont ravagé les pays du sud

Les politiques que les gouvernements capitalistes veulent appliquer à l’Europe aujourd’hui sont les mêmes que celles que le FMI et la Banque mondiale ont appliqué aux pays du Sud dans les années 1980 et 1990.

Nous y voici, donc ; le duo Merkel Sarkozy s’est mis d’accord sur la stratégie supposée sauver l’Europe et l’euro : Un nouveau traité ! Mais que doit proposer ce nouveau traité ? Une constitutionnalisation de la « règle d’or » déjà formulée dès Maastricht : pas plus de 3% de déficit public et un endettement plafond de 60% du PIB, et surtout l’application de sanctions automatiques à l’égard des pays qui ne la respecteraient pas.

Nombreuses sont les personnes qui conçoivent cette décision comme nécessaire et juste. Après tout ne faut-il pas se protéger des « tricheurs » comme la Grèce ? Pourquoi devrait-on payer pour ces pays qui vivent au dessus de leurs moyens ? Un peu de discipline dans tout cela ne fera pas de mal, n’est-ce pas ?

Vous commencez à me connaître, j’aime bien regarder les choses au delà de leur apparence.

La période des années 1970 a été celle des prêts massifs octroyés aux pays qui sont alors passés de la désignation de pays pauvres à celui de pays en voie de développement. Car le prétexte fort noble s’ancrait officiellement dans le désir d’aider ces pays à se développer économiquement. La technique mise au point par les États Unis et relatée plus tard par le « repentant » John Perkins dans son livre Mémoires d’un assassin financier cachait un but moins philanthropique qui consistait en ceci : - Approcher les gouvernants d’États préalablement ciblés en raisons de leurs ressources naturelles ou d’enjeux géopolitiques et de leur proposer un programme ambitieux d’investissements censés leur permettre de jouer dans la cour des grands.(l’exécution des projets devait être confiée aux entreprises américaines de sorte que les pays bénéficiaires ne voyaient pas la couleur de l’argent emprunté, sauf une petite partie qui se retrouvait sur les comptes en Suisse des ministres et gouvernants coopératifs) : - De faire en sorte de les conduire au sur-endettement, ce qui fut assuré d’une part par des programmes trop lourds et surtout par l’explosion des taux d’intérêts dès le début des années 80 ; - De les mettre ainsi en position de ne plus pouvoir rembourser et de justifier ainsi l’intervention du FMI se traduisant par de nouvelles « aides » accordées, n’ayant que pour but de permettre le paiement au moins des intérêts contre de « justes » mesures d’ajustement structurel... Entendez par là que puisque ces États bénéficiaires des largesses des pays riches s’étaient montrés incapables d’honorer leurs engagements, il devenait salutaire pour tous qu’on leur apprenne à le faire. - Ouverture des frontières aux investisseurs étrangers, libre circulation des capitaux, réduction des dépenses publiques, suppressions des aides à l’agriculture, à l’enseignement, privatisations, orientation de leur économie à l’exportation au détriment des besoins de base devant être couverts par des importations, bradage des ressources naturelles aux multinationales étrangères, etc... etc... Bref mise totale sous tutelle au bénéfice de quelques uns au nom de la dette.

Le banc d’essai étant concluant pourquoi ne pas passer au plat de résistance ? Les pays riches. Il y a là tellement plus d’argent à se faire et de pouvoir à acquérir. Un simple copier-coller suffit : - Endetter massivement les peuples : je rappelle pour ceux qui ne le savent pas ou qui l’auraient oublié que depuis 1971 la monnaie existe EXCLUSIVEMENT sous forme de dette. Car depuis que la monnaie a été totalement dématérialisée, il faut la « créer » pour qu’il y en ait. Ceci se fait par un simple jeu d’écriture comptable au moment ou une personne, une entreprise, une collectivité locale, un État, a un besoin d’argent et emprunte. Ces doctes personnes qui aujourd’hui nous culpabilisent avec la dette ignorent-elles donc ou oublient-elles que sans dette dans notre monde il n’y a pas d’argent ? - Faire en sorte de conduire au sur-endettement : par une incitation permanente à la consommation, par l’application systématique de l’obsolescence programmée de nos produits obligeant au remplacement fréquent, par l’accès au crédit facilité et bon marché, par l’abaissement progressif des revenus du travail grâce à la mise en concurrence de la main d’œuvre sous l’effet de la mondialisation, perte de revenus compensée par le crédit ; par l’interdiction faites au États en Europe de pouvoir se financer directement et gratuitement auprès de leur Banque Centrale, par les cadeaux fiscaux faits aux plus riches ce qui provoque un déséquilibre budgétaire... etc., etc.

Nous voici parvenus à la phase 3 : constat que la plupart des États ne sont plus en position d’assumer leurs engagements et de rechercher de nouvelles aides auprès des « marchés » contre de juste ajustements structurels. Il faut rassurer les marchés ! faute de quoi les agences de notations vont dégrader notre note ce qui rendra de nouveaux emprunts, soit irréalisables soit trop couteux, chaque dégradation se traduisant par une augmentation sensible du taux d’intérêt.

Mais pourquoi faudrait-il ré emprunter direz-vous ? Parce que le niveau de dette auquel nous sommes parvenu est tel que le total remboursement en capital n’est plus possible. Le but est, comme pour les pays pauvres, de faire en sorte que l’on ait juste assez pour garantir le paiement des intérêts, autrement dit une rente éternelle.

Les prémices à la phase 4 consistent donc à préparer l’opinion publique aux sacrifices que la « légèreté des peuples » a rendu incontournable et à constitutionnaliser les règles au nom desquelles il ne deviendra plus possible de s’opposer aux nationalisations, au détricotage des filets sociaux et à l’ingérence d’autorités extérieures dans nos affaires.. Bref, une totale mise sous tutelle de la haute finance internationale. Une colonisation sans occupation, uniquement par tenue en laisse.

Pourrait-on faire autrement ? Les larmes versées par la ministre italienne à l’environnement en disent long. On y lit la résignation et la rage impuissante d’une personne, pourtant membre d’un gouvernement sensée avoir des manettes pour agir. Elle est comme la plupart d’entre nous, enfermée dans la fausse croyance que si l’on manque d’argent il faut l’emprunter à ceux qui en ont contre une juste rémunération, l’intérêt. Elle a oublié ou elle ignore comme tant d’autres que la monnaie moderne est une simple écriture sans valeur propre, créée par la seule volonté humaine. Elle ignore ou elle a oublié que ce sont les précédents traités européens qui ont ôté aux États la possibilité d’émettre leur propre monnaie sous la pression de l’Allemagne, incapable de surmonter le traumatisme de l’hyper inflation qui l’a ravagée au début des années 20. Par ignorance ou par oubli, elle consent à se soumettre et à condamner son peuple aux même sort que celui de la Grêce. A ce propos je vous invite à regarder le témoignage d’un franco grec qui nous parle de ce qui se passe dans la vie des grecs en ce moment.

Je crois qu’il est important que nous en prenions conscience, car c’est cela qui nous est promis au travers de mesures de « sauvetage » qui sont actuellement prises par nos dirigeants.(chaque fois que vous entendez le mot de sauvetage, entendez celui des intérêts des possédants au détriment des peuples qui ne voient rien de l’argent prêté).

Je suis étonné de voir combien nos concitoyens se passionnent pour les prochaines élections présidentielles, comme si nous avions quelque chose à en attendre ! Comme le dit si bien Étienne Chouard dans ses conférences, nous sommes dans un hideux travestissement de la démocratie qui utilise le suffrage universel pour tout légitimer. Si vous voulez regarder les choses de plus près vous constaterez que les deux personnalités présentées comme présidentiables ont été pré-sélectionnées, accompagnées dans leur carrière, médiatisées au point de conditionner notre esprit et que notre suffrage n’a d’autre but que de nous laisser croire que nous avons choisi notre dirigeant, alors que l’on ne fait que valider un choix fait par d’autres. Et puis, entre nous, en sommes-nous encore au stade de vouloir désigner un chef omnipotent sensé faire notre bonheur à notre place ? Est-ce comme cela que nous envisageons notre destin ?

Savez vous que l’Islande a refusé par référendum le remboursement de sa dette, a poussé le gouvernement à la démission et a élu une assemblée constituante afin de redéfinir sa constitution ? En en entendez-vous parler ? Est-ce commenté à la télé et dans les journaux ?

Vous souvenez-vous que le premier ministre grec Papaandréou s’est fait rappeler à l’ordre par la France et l’Allemagne ainsi que par le G 20 pour avoir osé proposer à son peuple un référendum sur le plan de « sauvetage » proposé à la Grêce par l’Europe et le FMI ? Allons depuis quand faut-il consulter les peuples ? On a vu ce que cela a donné avec la France en 2005

Savez-vous que : - Mario Draghi. nouveau président de la BCE a été vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs, la sulfureuse banque d’affaires américaine. Et qu’il a contribué au maquillages des comptes de la Grêce ? - Loukas Papadimos nouveau chef du gouvernement grec a été gouverneur de la Banque de Grèce : poste qu’il occupait quand la Grèce s’est « qualifiée » pour l’euro, grâce aux comptes falsifiés avec l’aide de Goldman Sachs. Qu’il a été aussi vice-président de la Banque centrale européenne (BCE) et qu’il a été nommé sur pression de l’Union européenne et du G20 ? - Mario Monti. enfin a été durant dix ans commissaire européen, qu’il est membre de la Trilatérale et du groupe de Bilderberg – selon Wikipédia – qu’il a été nommé conseiller international de Goldman Sachs en 2005 et que sa nomination est aussi le fruit de la pression exercée par l’Union européenne et le G20 ?

Voyez-vous dans tout cela une fibre démocratique quelconque animant nos politiciens, ou une obéissance aveugle à des intérêts où ils trouvent les leurs ? Ne voyez vous pas la dérive vers un totalitarisme financier de plus en plus décomplexé ?

Voilà ce qui se cache derrière ces mesures prises comme ça et présentées par tranche pour ne laisser voir qu’un bon sens apparent mais masquer aux yeux des peuples l’image finale du puzzle en construction.

Près de 50 % des cours d’eau sont artificialisés Frapna Reporterre 2011/12/12 Frapna (12 décembre 2011) Près de 50 % des cours d’eau sont artificialisés. Reporterre. fr

Près de 50 % des cours d’eau sont artificialisés

Une des principales causes du mauvais état des rivières du bassin Rhône-Méditerranée : les barrages, digues et autres aménagements.

L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée et Corse a publié le 6 décembre dernier son rapport annuel de 2010 sur la qualité des eaux. Résultat : 49 % des rivières des bassins Rhône-Méditerranée et Corse affichent un mauvais état écologique. L’une des deux principales causes affichées : les altérations physiques des rivières (modification du débit, seuils et barrages, endiguement…).

En effet, parmi les rivières en mauvais état écologique, les 2/3 ont subi de graves déformations physiques. Les seuils ou les barrages en travers des rivières bloquent la circulation des poissons et des sédiments, provoquant des dégénérescences et des disparitions de poissons. Les digues limitent les zones d’expansion des crues diminuant les possibilités de reproduction de certaines espèces. Toutes ces transformations compromettent la capacité de la vie à reprendre après une sécheresse ou une pollution.

La qualité physique d’un cours d’eau est donc primordiale pour sa bonne santé et celle de ses habitants.

Pour évoquer l’état physique des cours d’eau on parle d’hydromorphologie. Quel drôle de mot pour un décideur ! Et pourtant il est essentiel de l’énoncer dans l’objectif de bon état des eaux fixé en 2015 imposé par la Directive Cadre eau. Que seront nos cours d’eau demain et tous les services qu’ils nous rendent ? Avoir des rivières en bonne santé, c’est contribuer à l’épuration de l’eau et à la protection des nappes souterraines (véritables réserves d’eau potable). Enfin, c’est la garantie de préserver la biodiversité aquatique et ainsi un monde accueillant pour l’Homme de façon pérenne (réserves de gènes, espèces sentinelles et parapluies,…).

Il est grand temps que les décideurs s’entourent de personnes compétentes pour traiter ce vrai problème environnemental de notre société. Une rivière, ce n’est pas de l’eau dans un tuyau !

La FRAPNA milite depuis son existence pour défendre les cours d’eau vivants. Aujourd’hui, elle n’est plus seule à le dire comme le prouve cet extrait du rapport 2010 de l’Agence : « La suppression ou l’aménagement de seuils dans les rivières pour libérer la circulation de la vie aquatique, le reméandrage de cours d’eau, la renaturation des bords de cours d’eau et d’anciens bras morts sont des priorités pour que les rivières redeviennent des milieux de vie de qualité pour les poissons. » Pour la FRAPNA, les autres espèces faunistiques (batraciens, mammifères, invertébrés, oiseaux) et floristiques sont aussi à prendre en considération dans cet objectif.

La FRAPNA va s’impliquer d’avantage en 2012 pour porter à connaissance cet enjeu encore trop méconnu de nos élus, notamment à travers un guide de vulgarisation et un recueil d’expériences positives sur la gestion des cours d’eau en milieu urbain.

Durban, un sommet qui touche le fond Les Amis de la Terre Reporterre 2011/12/12 Les Amis de la Terre (12 décembre 2011) Durban, un sommet qui touche le fond. Reporterre. Tribune — fr

Durban, un sommet qui touche le fond

A Durban, on s’est mis d’accord pour continuer à discuter en vue d’un accord, en 2015, qui devrait préfigurer d’un autre accord plus ferme, qui pourrait entrer en vigueur en 2020, si on est d’accord pour fixer des objectifs contraignants, sans savoir si ces objectifs auront un quelconque effet sur les climats. C’est ce qu’on appelle « une avancée considérable ».

Le Protocole de Kyoto est entré en vigueur en 2005. Dans l’esprit de ses auteurs, le plus gros effort devait d’abord être fait par les pays qui, pendant des décennies, ont produit des gaz à effet de serre et sont historiquement responsables des changements climatiques auxquels nous assistons aujourd’hui.

Le protocole prévoyait une baisse des émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012, de 5,2 % par rapport au niveau de 1990 pour les états industrialisés. De 1990 à 2008, le Japon a augmenté ses émissions de 6,5 %, les Etats-Unis de 16 %, l’Australie et la Nouvelle Zélande de 25 %, le Canada de 28 %. La France les a diminuées de 0,8%. (A noter les résultats de l’Allemagne : -17 %) (1).

Face à l’immobilisme des grands pollueurs historiques, les pays émergents comme la Chine et l’Inde se font prier et ne veulent pas remettre en cause leur croissance industrielle. L’Union européenne joue toujours un rôle ambigu, entre des ambitions affichées et des actes souvent modestes, sans compter son soutien actif à de nombreuses fausses solutions nuisibles socialement et écologiquement comme les marchés carbone, la compensation et les agrocarburants.

Entre ces deux fronts, les pays les plus pauvres subissent déjà lourdement les changements climatiques. Pour le nigérian Nnimmo Bassey président de la Fédération Internationale des Amis de la Terre : « Ce que les pays riches doivent entendre haut et fort, c’est que l’Afrique ne veut pas payer pour leur crise. Tout autre accord qu’un accord juridiquement contraignant avec de fortes réductions des émissions pour les pays développés, dans une seconde phase d’engagements du Protocole de Kyoto, doit être appelé par son nom : ce sera un permis d’incinérer l’Afrique et ses peuples. »

L’accord de Durban prévoit qu’un Fonds Vert soit être mis en place. Les pays industrialisés se sont engagés à payer 100 milliards de dollars, mais pour l’instant le vert reste la couleur de l’espoir et pas encore celle des dollars. Pour les Amis de la Terre, ce Fonds n’est pas une aumône, mais seulement le remboursement des dettes écologiques et climatiques des pays riches envers les pays qu’ils ont pillés ou qui supportent déjà les changements climatiques.

Pour Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre France : « Ce nouveau traité est une ruse pour détourner l’attention du monde, de l’échec des pays développés à respecter les engagements existants de réduire leurs émissions. Nous n’avons pas besoin d’un nouvel accord. Il y en a un qui existe déjà. Un nouveau mandat sera une porte ouverte à la dérégulation en matière de climat, les pollueurs continueront à polluer, les spéculateurs tireront profit de la pollution et le reste du monde devra supporter le fardeau de la crise climatique ».

Les Amis de la Terre craignaient que l’agriculture et les forêts ne soient introduites dans les mécanismes de la finance carbone. Les délégués se sont mis d’accord sur le très contesté programme REDD (programme de réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts). Des financements privés et des mécanismes basés sur le marché pourront financer ces programmes. Un groupe de travail va aussi préparer l’éventuelle entrée de l’agriculture dans ces mécanismes. On livre les forêts et l’agriculture à la spéculation aux dépens des humains les plus vulnérables et des climats.

Pour Bobby Peek de groundWork (Amis de la Terre d’Afrique du Sud) : « On voit très bien ce qui conditionne l’ordre du jour des discussions. De plus en plus de pays viennent à ces négociations sur le climat avec un seul objectif en tête : défendre et promouvoir les intérêts de leurs industries polluantes et de leurs multinationales et pour s’opposer à tout effort mondial pour aboutir à un accord juste et solide qui lutte contre les changements climatiques. Beaucoup de pays profitent de ces négociations climatiques pour impulser de fausses solutions dangereuses pour les climats comme l’expansion des marchés carbone. »

Mithika Mwenda a participé à la Caravane de l’Espoir organisée par l’Alliance Pan-Africaine pour la Justice Climatique. Elle est partie du Burundi et a traversé l’Afrique jusqu’à Durban. Pour lui : « Les climats, c’est comme le Titanic. Les pays riches pensent qu’ils vont s’en sortir. C’est sûr qu’avec le peu de ressources qu’elle a pour s’adapter, l’Afrique coulera en premier, comme les passagers de troisième classe. Mais à la fin, tout le monde coulera. Personne n’y échappera, nos sorts communs sont étroitement et intimement liés. »

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Note :

(1) http://unfccc.int/files/essential_b...

Les Québecois lancent l’alarme sur le projet de traité secret entre le Canada et l’Europe Par Julien villalard Reporterre 2011/12/13 Par Julien villalard (13 décembre 2011) Les Québecois lancent l’alarme sur le projet de traité secret entre le Canada et l’Europe. Reporterre. fr

Les Québecois lancent l’alarme sur le projet de traité secret entre le Canada et l’Europe

Pétition : Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AÉCG)

Texte de la pétition

Attendu l’importance pour la population des enjeux contenus à l’intérieur de l’AÉCG ;

Attendu la portée historique de cette entente ;

Attendu que tout au long de la négociation, la population a été tenue dans l’ignorance la plus complète quant à ce que peut contenir l’AÉCG et quant au caractère irréversible des changements qui en découleront ;

Attendu l’ampleur du cynisme qui existe présentement à travers la population envers nos institutions politiques ;

Attendu l’imminence de la signature de l’AÉCG, selon les dires mêmes du négociateur pour le Québec, M. Pierre Marc Johnson ;

Nous demandons au gouvernement du Québec de tenir une série de consultations publiques sur les tenants et aboutissants de l’Accord.

Nous demandons aussi au gouvernement que la population du Québec puisse se prononcer sur cet Accord par voie de référendum.

Le Canada quitte le Protocole de Kyoto Reporterre 2011/12/13 (13 décembre 2011) Le Canada quitte le Protocole de Kyoto. Reporterre. Climat fr

Le Canada quitte le Protocole de Kyoto

Le gouvernement de droite de Steven Harper a choisi de faire quitter le Protocole de Kyoto au Canada. Tirées par l’exploitation des sables bitumineux, les émissions de gaz à effet de serre du Canada ont fortement augmenté dans la dernière décennie.

Le Canada est devenu, lundi 12 décembre, le premier Etat à se retirer du protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), affirmant que cet accord « ne fonctionnait pas » et que la « plateforme de Durban » représentait le chemin de l’avenir. De retour de la conférence sur le changement climatique en Afrique du Sud, le ministre de l’environnement canadien, Peter Kent, a justifié cette décision notamment par le fait que le Canada courait le risque de devoir verser des pénalités, de quatorze milliards de dollars, s’il restait signataire du protocole.

Le protocole de Kyoto, signé en 1997 et entré en vigueur en 2005, était le seul outil juridique contraignant limitant les émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement de la planète. Aux termes de cet accord, le Canada s’engageait à réduire en 2012 ses émissions de GES de 6 % par rapport au niveau de 1990, mais ces émissions ont au contraire fortement augmenté. Arrivé au pouvoir en 2006, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait ouvertement rejeté ses obligations et dénoncé « l’erreur » du gouvernement libéral qui l’avait signé. Il s’était en revanche engagé à diminuer les émissions de 17 % à l’horizon de 2020 par rapport à 2005, ce qui représentait un effort nettement moindre, et insuffisant selon les écologistes.

Evoquant sa présence à la conférence sur le climat de Durban, M. Kent a affirmé que la plateforme préparée par celle-ci « représentait un chemin permettant d’avancer », alors qu’aux yeux du Canada le protocole de Kyoto n’en était pas un. Kyoto « ne couvre pas les deux plus grands pays émetteurs, les Etats-Unis et la Chine, et donc ne peut pas fonctionner », a-t-il poursuivi devant la presse à Ottawa.

Le protocole « n’est pas une voie vers une solution globale au changement climatique, c’est plutôt un obstacle », a affirmé le ministre canadien. « Nous croyons qu’un nouvel accord avec des contraintes juridiques pour tous les grands émetteurs qui nous permet, en tant que pays, de créer des emplois et d’avoir une croissance économique est la voie permettant d’avancer », a encore dit M. Kent, affirmant que cette position du Canada recevait un soutien croissant de l’Union européenne, des Etats-Unis, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Japon et de la Russie, ainsi que de pays moins développés et du groupe de quarante-trois petits pays insulaires. La Chine, quant à elle, a réagi en évoquant une décision « regrettable » de la part du Canada.

Le ministre est longuement revenu sur le coût insupportable qu’aurait représenté, selon lui, le respect de Kyoto par son pays. Pour atteindre ses objectifs, a-t-il affirmé en substance, le Canada aurait dû soit bannir tous les véhicules à moteur de ses routes, soit « fermer » tout son secteur agricole et « couper le chauffage dans tous les habitations, bureaux, hôpitaux et usines » du pays. Le Canada risquait, selon lui « la perte de milliers d’emplois ou le transfert de quatorze milliards de dollars des contribuables canadiens à d’autres pays, soit 1 600 dollars par famille, sans le moindre impact sur les émissions ou l’environnement ». Son estimation du coût élevé de Kyoto pour le pays a été immédiatement critiquée par une parlementaire d’opposition, Megan Leslie (Nouveau parti démocratique, gauche), pour qui elle est « inventée ».

L’oligarchie rançonne les Etats Emmanuel Todd Reporterre 2011/12/13 Emmanuel Todd (13 décembre 2011) L’oligarchie rançonne les Etats. Reporterre. Tribune — fr

L’oligarchie rançonne les Etats

Emmanuel Todd s’entretient avec Ruth Elkrief, 2 décembre 2012 - extraits

Ruth Elkrief : vous proposez dans Le Point d’effacer la dette de la zone euro (...)

Emmanuel Todd : ce qui important, c’est la cohérence. C’est un modèle qui est présenté dans cet entretien du Point. C’est de la sociologie à chaud. (...) Le point de départ du modèle c’est d’abord de démasquer, derrière toutes sortes de termes qu’on utilise - banques, Etats, marchés, Bruxelles, Francfort - la réalité de ce qui se passe : une nouvelle caste de riches a pris le pouvoir et utilise tous ces instruments en prétendant, ou en faisant croire, qu’il y a un conflit entre le marché et l’Etat.

Alors qu’en fait il y a une complicité fondamentale entre tous les acteurs. (...)

Pour la dette publique, par exemple, il y a une sorte de jeu pervers entre les gens qui concoctent les plans d’austérité et les gens qui menacent de mettre des mauvaises notes aux Etats s’ils ne se tiennent pas bien.

Le jeu idéologique, pour le moment totalement dominant (...) c’est de dire que [pour] la dette les coupables, ce sont les emprunteurs. Les Français sont laxistes et dépensiers, les Grecs n’en parlons pas... (...)

Elkrief - Pour vous, ils n’ont aucune responsabilité dans la situation ?

Todd - Je pense que la vérité - je ne l’ai jamais formulé comme cela (...) - c’est qu’ils n’en ont aucune. On ne voit jamais le mécanisme fondamental de l’endettement. Historiquement et économiquement, c’est la volonté des prêteurs. (...)

Il y a une mécanique du système économique général qui s’est mise en place avec le libre échange, [qui] met en concurrence toutes les populations actives. On fait intervenir des populations à très bas salaire de l’ex Tiers Monde, en Chine, en Inde ou ailleurs. Donc on obtient une compression des ressources des gens ordinaires, une stagnation ou une baisse des salaires. Evidemment ces gens sont poussés à s’endetter.

Et puis, d’un autre côté, comme ce beau mécanisme fonctionne pour dégager un taux de profit à 15%, il y a une accumulation d’argent en haut de la structure sociale. Et les gens qui ont de l’argent (...) les gens riches ont leurs problèmes. Et c’est : que faire de l’argent ?

Prêter à l’Etat, c’est totalement génial. Puisque vous avez - ou croyez avoir - une sorte de garantie maximum. La réalité, c’est que cette espèce d’oligarchie dirigeante est tout à fait ravie de prêter son argent aux Etats, de les rançonner. (...)

Ce que je voudrais essayer de faire comprendre, c’est qu’on nous dit : il y a 250 milliards qui partent dans le budget de l’Etat au service de la dette, dont 50 milliards d’intérêts. C’est affreux parce qu’on a trop dépensé...

Non, il faut regarder ces sommes différemment. Il faut voir que l’impôt - puisque ces sommes seront extraites autoritairement par l’impôt étatique - cela sera de l’argent qui ira aux riches. Donc l’Etat est l’agent des riches (...) on est passé à un Etat de classe, à l’ancienne.

Elkrief - (...) Vous dites les Allemands sont plus souples qu’on ne l’imagine. Ils ne comprennent que la négociation franche et brutale...

Todd - Oui, c’est un trait culturel..

Elkrief - Dites-vous, comme Arnaud Montebourg, que finalement Angela Merkel, c’est Bismarck ?

Todd - J’approuve tout à fait Montebourg, mais comme je suis historien et anthropologue, je formule les choses différemment. Je partirais du fait qu’il y a un style culturel allemand qui est associé à une structure familiale autoritaire, qui produit un certain nombre de rigidités, qui conduit au comportement (...) obtus - non pas simplement d’Angela Merkel, mais de la classe politique allemande. Au-delà de cela, (...) il y a une préférence pour la brutalité dans les rapports. J’en ai parlé beaucoup avec des spécialistes, et la vérité c’est que si on ne dit pas clairement ce que l’on pense, on pousse les Allemands à dériver au paroxysme de leur propre système. Ils seront reconnaissants si on leur dit : bon, cela [suffit] comme cela. (...)

Il ne faut pas dramatiser. Il faut comprendre que l’on a un problème avec l’Allemagne, [qui] a fait sur le plan commercial et industriel une politique totalement déloyale vis-à-vis de ses voisins. Elle a accumulé des excédents commerciaux en faisant baisser les salaires (...) C’est à cause de cela qu’elle est en position dominante en Europe.

Finalement, les Allemands ne seraient pas allés si loin dans leur rigidité s’ils n’avaient pas été encouragés par les dirigeants de Droite européens, et spécialement les français.

Je pense qu’il faut affronter l’Allemagne, qu’il faudrait le faire clairement, et que cela leur ferait du bien...

Elkrief - En avons-nous les moyens ?

Todd - Si la France sort de l’euro, tout le monde sort de l’euro, l’Allemagne se retrouve avec le mark, [qui] à cause des excédents commerciaux allemands, monterait à toute vitesse, pire que le yen japonais. Donc ils sont étranglés.

Le jour où un gouvernement français ose dire aux Allemands : écoutez, vous allez faire telle ou telle chose ... On peut différer sur ce qu’on veut faire. Je suis partisan de négocier le protectionnisme européen avec les allemands en employant cette technique.

Le jour où on leur dit : si vous ne devenez pas raisonnable, on sort de l’euro - en l’occurrence on détruit l’euro ou on fait l’euro sans l’Allemagne - ils [auront] compris. Tout se passera bien.

Et du coup on arrêterait ce qui est la vraie menace en ce moment. L’attitude peureuse des élites françaises laisse se développer de la germanophobie. (...) Je dis qu’il faut parler clairement, et même brutalement, à l’Allemagne pour empêcher la montée de la germanophobie. (...)

Quelques images des Indignés de Madrid Reporterre Reporterre 2011/12/14 Reporterre (14 décembre 2011) Quelques images des Indignés de Madrid. Reporterre. Monde fr

Quelques images des Indignés de Madrid

« Ils ne nous représentent pas », à propos des parlementaires et autres élus. A Madrid, le mouvement des Indignés - qu’on appelle ici le « Mouvement du 15 mai », de la date de première occupation de la place de la Puerta del Sol, le 15 mai 2011 -, est toujours actif. Voici quelques affiches qui en témoignent.

Photographies prises à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Madrid

"Jeunesse sans futur Sans maison Sans boulot Sans retraite Sans peur"

« A bas le r€gime PPSOE » PP pour Parti Populaire (droite), PSOE pour Parti socialiste. En France, on dirait le « régime UMPS ».

"Ils rachètent les banques Ils ruinent les écoles.

"Reste indigné sur www.juventudsinfuturo.org"

Quelques adresses internet...

Peinture murale dans la cafétéria, peinte avant que ne commence le Mouvement du 15 Mai.

A gauche, « Exclusion sociale », à droite, « Prison ».

Peinture murale dans la cafétéria, peinte avant que ne commence le Mouvement du 15 Mai.

"Je te veux libre.

« Assemblée féministe, avril 2009 »

Le Parlement européen sauve ITER de l’extinction Parlement européen // EELV Reporterre 2011/12/14 Parlement européen // EELV (14 décembre 2011) Le Parlement européen sauve ITER de l’extinction. Reporterre. Europe fr

Le Parlement européen sauve ITER de l’extinction

Le réacteur expérimental de fusion thermonucléaire est en situation financière grave. Il vient de recevoir une rallonge du Parlement européen.

Service de presse du Parlement européen

Accord du Parlement européen : le projet ITER recevra 1,3 milliard pour 2012-2013

Le projet international de recherche sur l’énergie de fusion nucléaire ITER devrait être doté de 1,3 milliard d’euros pour 2012 et 2013, en vertu de l’accord approuvé par le Parlement européen le 12 décembre.

L’accord conclu le 1 er décembre entre les négociateurs des États membres et ceux de la commission des budgets du PE a reçu, le 6 décembre dernier, le soutien de la commission des budgets dans son ensemble.

Pour financer le projet ITER, le cadre financier pluriannuel de l’UE (le CPF) devait être révisé. Tel était l’objet du vote qui a eu lieu en séance plénière, le 12 décembre.

La dotation de 1,3 milliard d’euros se répartit comme suit : - 100 millions d’euros sont déjà prévus dans le budget 2012 ; - 840 millions d’euros seront transférés des rubriques « administration » et « agriculture » vers la rubrique « recherche-développement » (selon le mécanisme de « compensation ») ; et - 360 millions d’euros sont prévus pour 2013 et devront encore faire l’objet d’un débat dans le cadre de la procédure budgétaire 2013.

La révision du CFP a été adoptée par 581 voix pour, 102 voix contre et 16 abstentions.

ITER ne doit pas affecter le financement des autres projets

Le Parlement européen regrette vivement la déclaration faite le 12 décembre par une minorité de blocage de six États membres (DE, FR, AT, UK, NL, SE), qui est contraire à l’accord sur la source de financement des 360 millions d’euros en 2013.

« Si le Conseil adhère à cette déclaration, le Parlement ne peut garantir les 360 millions nécessaires pour 2013 », a averti le député Reimer Böge (PPE, DE) qui a coordonné la révision du CPF au sein du Parlement, tout en ajoutant que « le financement d’ITER ne doit pas affecter celui des autres projets en 2013 ».

Le projet commun de recherche ITER, auquel participent l’UE, les États-Unis, la Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, vise à établir la faisabilité scientifique et technique de la production d’énergie de fusion. Le chantier ITER, situé à Cadarache (France), a débuté et il devrait s’achever en 2018.

Au cours de la phase de démarrage, l’Union européenne finance environ 45,5 % du coût du chantier, tandis que la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, la Fédération de Russie et les États-Unis contribuent à raison de 9,1 %. Le total des dépenses estimées pour la phase de construction est de 13 milliards d’euros, dont l’Union européenne devrait couvrir 6,6 milliards.

Communiqué d’Europe Ecologie Les Verts

C’est sans réfléchir que le PE donne son accord pour un financement supplémentaire à ITER

Le Parlement européen vient d’approuver un accord entre le PE et le Conseil qui autorise un fond supplémentaire de 1,3 milliard d’euros au projet de fusion nucléaire ITER. Ce fond sera prélevé sur le budget de l’UE pour la période 2012-2013. Ce compromis a été rejeté par le Groupe des Verts/ALE qui considère qu’aucun financement public ne devrait être consacré au projet ITER.

Réagissant à l’issue du vote, Michèle RIVASI, membre de la commission de la Recherche et de l’industrie a estimé que :

"Le projet ITER fait partie de ces éléphants blancs qui font rêver les politiciens : ils refusent dès lors tout esprit critique qui remettrait en cause des technologies dont ils n’ont aucune connaissance. Pourtant, de nombreuses thèses de chercheurs spécialisés dans la fusion par confinement magnétique alertent sur les dangereux phénomènes de disruption (explosion) qui pourraient avoir lieu dans les tokamaks, depuis des décennies.

Mais personne au Parlement européen ne sait ce qu’est un tokamak ou même une disruption, et ne souhaite pour autant s’y intéresser. Pourtant ce prototype fonctionnera avec des substances radioactives dangereuses qui représentent un risque non négligeable en cas d’accident. Autre révélation troublante : ce projet international à 15 milliards ne bénéficie d’aucune assurance. Qui paiera en cas de catastrophe ? Cette irresponsabilité est grave d’autant plus que le site de Cadarache cumule les risques : qu’on arrête de répéter que les leçons de Fukushima ont été intégrées !« François ALFONSI, membre de la commission du budget a pour sa part souligné que : »Aujourd’hui, la droite et les socialistes européens ont décidé de poursuivre avec le financement du programme ITER pour 1,3 milliards euros pour 2012 et 2013 dont 360 millions qui devront être trouvés dans le budget 2013. Les programmes de recherche et de développement, notamment dans le secteur des énergies vertes, sont en grand danger pour l’année prochaine et le vote d’une résolution unilatérale par 6 Etats membres, dont la France, ne préfigure rien de bon.

L’orgueil des Etats qui s’obstinent à financer ITER est simplement inacceptable. Il empêche ces derniers, et en premier lieu Paris, de penser une autre politique énergétique en Europe après la catastrophe Fukushima.’’

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Ceux d’Areva, votez écolo Hervé Kempf Reporterre 2011/12/14 Hervé Kempf (14 décembre 2011) Ceux d’Areva, votez écolo. Reporterre. Tribune — fr

Ceux d’Areva, votez écolo

S’ils ont à coeur leur intérêt, logiquement, les salariés d’Areva devraient voter pour les écologistes aux prochaines élections. Europe Ecologie-Les Verts s’engage en effet à garantir leur emploi. Ce parti a insisté pour que, dans l’accord avec le Parti socialiste - certes fragilisé par la sensibilité des amis de François Hollande au lobby nucléariste -, la conversion de la filière du retraitement et de fabrication du Mox se fasse à « emploi constant ». Et les écologistes répètent que l’industrie nucléaire française a un avenir dans le renforcement de ses compétences en matière de démantèlement des centrales, dont le marché ne va cesser de grandir.

Ce ne sont pas seulement les résultats déplorables d’Areva, annoncés le 12 décembre, qui devraient porter les travailleurs à la réflexion, ni même le mensonge d’un gouvernement qui, il y a quelques mois, assurait qu’on ne toucherait pas aux emplois. Pas seulement l’ignorance de M. Proglio, président d’EDF, affirmant que le nucléaire représente un million d’emplois en France quand le parti présidentiel, l’UMP, en compte dix fois moins (p. 9 du document)). Non plus que les outrances de M. Sarkozy, tâchant de répandre la peur à coups de « bougies » et de « Moyen Age ».

Mais la fatuité de tous ces dirigeants, qui se trompent depuis des années en négligeant d’analyser en détail ce que font nos voisins - Allemagne, Belgique, Suisse, Italie sortent du nucléaire -, en refusant de reconnaître leurs erreurs - le coûteux EPR, qui est deux fois plus cher que prévu, ou la filière Mox, ce combustible dangereux que la France se retrouve seule à fabriquer -, en restant obstinément aveugles au problème que le nucléaire traîne comme un boulet - le coût futur et très élevé du stockage de déchets radioactifs pendant des milliers d’années.

Le problème du nucléaire en France, en fait, est qu’il a été géré de façon irrationnelle (la rationalité étant ici définie comme la capacité à agir en fonction d’une analyse lucide de la réalité) par des dirigeants persuadés d’être totalement rationnels. En passant leur temps à dénigrer leurs contradicteurs plutôt que d’accepter une discussion loyale, ils se sont enfermés dans une voie de plus en plus étroite, qui met le pays en danger face aux nouveaux défis. L’heure du bilan approche, pour le nucléaire comme pour tant d’autres domaines. Il serait étrange que les travailleurs du nucléaire votent pour un président dont la politique en la matière se lit comme une succession d’échecs.

A Toulouse, la bataille pour que des enfants ne soient pas à la rue CREA Reporterre 2011/12/15 CREA (15 décembre 2011) A Toulouse, la bataille pour que des enfants ne soient pas à la rue. Reporterre. fr

A Toulouse, la bataille pour que des enfants ne soient pas à la rue

Depuis quelques semaines, des familles avec enfants occupent à Toulouse un immeuble laissé à l’abandon par ses propriétaires. La justice doit rendre son arrêt : expulsion ou droit au logement pour les enfants et leurs parents.

Communiqué de presse du 9 décembre 2011 suite à l’audience devant le tribunal d’instance de Toulouse

Le Vendredi 9 décembre 2011, l’Association pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion, un membre de la campagne 0 Enfant à la rue et les familles ont été assignés devant le tribunal d’instance de Toulouse. Leur tort : occuper un immeuble vide depuis quatre ans appartenant à une société civile immobilière, dirigée par un homme d’affaire, également dirigeant de plus de 20 sociétés à Toulouse.

Cet immeuble a été réquisitionné le 31 octobre 2011 dans le cadre de la campagne 0 Enfant à la rue afin que des familles, forcées de vivre à la rue, aient un logement digne et qu’elles puissent reprendre leur vie et main et décider, elles-mêmes, de leur avenir.

Pour justifier la demande d’expulsion, le cynisme et le ridicule étaient au rendez-vous. Il serait urgent, selon l’avocat du propriétaire, de remettre les familles à la rue pour leur propre sécurité, l’immeuble serait impropre à l’habitation. En tout état de cause, il faut selon les propriétaires, libérer les lieux pour débuter des travaux de grande envergure : changer quelques tuiles sur le toit pour le rendre conforme au paysage urbain - le noir serait impropre à l’image panoramique du quartier, seul le rouge serait acceptable.

Mais, comme dans la plupart de ces procès, le dossier était vide du côté du propriétaire. Par contre, les assignés disposaient d’un dossier solide pour faire échec à cette procédure injuste et inhumaine. Contrairement à ce que véhiculent les préjugés sur les « squats », cette réquisition est à l’opposé de l’image fantasmagorique selon laquelle les squats sont des lieux désorganisés , insalubres, nuisibles et surtout dangereux pour les « honnêtes gens ».

Comme dans toute réquisition, dès leur arrivée sur les lieux, le Collectif pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion, les membres de la campagne 0 Enfant à la rue et les familles ont pris toutes les précautions nécessaires pour que les enfants puissent vivre dans un logement ne comportant aucun risque pour leurs vies. Contrairement à l’Etat, ces femmes et ces hommes ont le sens des responsabilités : des artisans, des chauffagistes, des plombiers...ont vérifé intégralement les infrastructures de l’immeuble (chaufferies à gaz, conduits d’eau et de gaz, réseaux électriques,...) pour s’assurer que les familles et les enfants n’encouraient aucun risque pour leur santé et leur vie.

Cette réquisition offre alors aux familles et aux enfants toutes les conditions nécessaires pour vivre dignement. Chaque famille dispose d’un logement adapté à leurs besoins, d’une cuisine et d’une salle de bains. Les enfants ont aussi, grâce à l’entraide des enfants du centre social autogéré, des voisins et des sympathisants de la campagne 0 Enfant à la rue, une salle de jeux où ils peuvent se rencontrer, jouer et s’épanouir. En outre, les familles du 16 allée des Demoiselles ont accès à toutes les activités éducatives et culturelles qui se déroulent au centre social autogéré (70, allée des Demoiselles) pour qu’elles puissent souffler et reprendre leurs vies en mains : suivre des cours d’alphabétisation, participer aux ateliers artistiques et éducatifs....

Dans l’attente de la décision du tribunal d’instance qui sera rendue le 16 décembre prochain, les juges doivent trancher entre deux façons de vivre ensemble. Soit mettre en avant la toute suprématie de la propriété exclusive des individus et de l’Etat sur nos espaces vitaux en estimant qu’un immeuble d’habitation laissé vide depuis plusieurs années soit détourné de sa fonction d’habitation, et qu’il ne soit qu’un instrument de spéculation, à savoir qu’il peut faire l’objet d’un pari, que sa valeur s’envole et que les travailleurs et précaires, qui ont pourtant construit intégralement ces bâtiments, ne puissent y avoir accès pour leur vie et celle de leurs enfants. Soit tempérer ce droit « tout puissant » en se rappelant que la solidarité et la dignité humaine sont des valeurs essentielles pour nos vies et notre société.

Ce sont en effet ces valeurs qui donnent le droit, en dehors de tout titre, à des personnes d’occuper le bien d’autrui pour sauvegarder sa vie, à des juges de reporter dans le temps une expulsion tant qu’une solution viable ne soit proposée aux occupants, à ce que l’Etat soit contraint de loger des personnes bénéficiant du droit au logement....

C’est en ce sens que le C.R.E.A., les membres de la campagne 0 enfants à la rue et les familles souhaitent que les juges orientent leurs décisions : la propriété ne peut l’emporter sur nos vies et notre dignité vaut beaucoup plus que leurs profits !

Nous exigeons donc que les familles bénéficient d’un délai en cas de décision d’expulsion et qu’en tout état de cause l’expulsion ne puisse avoir lieu qu’après que les familles aient effectivement accès à un logement digne pour elles et leurs enfants.

En tout état de cause, le CREA et les membres de la campagne ne s’arrêteront pas là et continueront de réquisitionner des logements vides tant que des enfants dormiront à la rue. En effet, à la veille des fêtes de fin d’année, plus de 20 familles ne disposent d’aucune solution d’hébergement et encore moins d’un logement et sont donc contraintes de dormir sur les trottoirs de notre ville, au bord de la Garonne (qui monte chaque jour de plus en plus) ou dans une voiture.

Pourtant le nombre de logements ne manque pas, plus de 16 000 logements vides ont été recensés sur Toulouse (INSEE 2008). Si les autorités étatiques et politiques ne savent comment ouvrir un logement, nous savons le faire et nous les ouvrirons pour que toutes et tous vivent dans la dignité, disposent des moyens de s’émanciper et de construire d’autres formes de vie et notre propre avenir.

LE PEUPLE QUI VEUT SE LIBERER DOIT S’ORGANISER PAR LUI-MEME TOUT POUR TOUS : POUVOIR AU PEUPLE

Le Collectif pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion

Les membres de la campagne 0 Enfant à la rue

Les familles creatoulouse@gmail.com http://crea-csa.overblog.com 06 79 25 13 49 07 62 36 23 31

Au Chili, un immense gisement solaire Christian Matke Reporterre 2011/12/15 Christian Matke (15 décembre 2011) Au Chili, un immense gisement solaire. Reporterre. Tribune — fr

Au Chili, un immense gisement solaire

Le potentiel solaire du désert d’Atacama, au Chili, est immense, et représente la production de plus d’une centaine de réacteurs nucléaires. La France pourrait y apporter ses compétences en technologie solaire.

Un accord franco chilien de développement de l’exceptionnel potentiel solaire du désert d’Atacama serait très souhaitable.

Français au Chili où je tente depuis des années de promouvoir les technologies thermodynamiques françaises de pointe, je souhaite présenter les quelques chiffres qui suivent :

- La ressource solaire du nord chilien avoisine les 18 TWe (terawattheures électriques). Ce potentiel d’électricité solaire dépasse donc très largement l’ensemble des besoins énergétiques de l’UNASUR [Union des nations d’Amérique du sud] des années 2050.

- Une surface de l’aride désert d’Atacama de 56,5 km de cotés (3.192 km2) présente une puissance de génération d’électricité solaire thermodynamique de l’ordre de 150 a 200 GWe (gigawattheures électriques).

- Le coût du kWh solaire thermodynamique franco chilien se pourrait rapidement d’être plus compétitif que celui du charbon et, en regard de la qualité (plus de 330 jours de ciel totalement dégagé par an) et donc de l’exceptionnel niveau de radiation solaire du désert d’Atacama (DNI [direct normal irradiance, degré d’irradiation] de 3.383 kWh/m2/an), paramètres physiques qui permettraient donc une génération 24H sur 24H grâce aux technologies de stockage par sels fondus de l’énergie thermo-solaire (Le Chili dispose de l’une des premières réserves mondiales de sels eutectiques). Ce projet d’accord franco chilien s’avérerait le plus compétitif au niveau mondial dans le cas où une coopération technologique franco chilienne sur le solaire s’inspirerait du projet de la Fondation Clinton d’installation en Inde d’un parc standardisé de centrales solaires à concentration (CSP) de 5.000 MWe (magawatt électriques) en un seul et même lieu.

- Actuellement, la puissance sud américaine de génération électrique installée est de l’ordre de 187 GWe. En 2025, la population de l’UNASUR sera de l’ordre de 450 millions d’habitants.

- Pour que chacun des Sud-Américains de 2025 puisse disposer d’une puissance de génération électrique « per capita » au moins égale à celle par exemple d’un citoyen belge de 2007, soit 1,44 kWe, la puissance sud américaine de génération électrique installée en 2025 se devrait d’être de 646 GWe.

- D’où la nécessité dans une telle optique d’installer 459 GWe de puissance de génération électrique en 16 ans ou, au pire, 136 GWe dans le cas où la UNASUR de parviendrait qu’à 0,7 kWe de puissance moyenne installée « per capita » d’ici là.

- Le Brésil et l’Argentine se trouvent être les plus importants demandeurs d’électricité avec déjà plus de 230 Millions de consommateurs pour ces deux seuls pays à portée « HVDC » [lignes à haute tension] d’un projet solaire thermodynamique franco chilien en le Désert d’Atacama.

Ces chiffres dessinent donc une équivalence de marché énergétique allant de de 85 à 282 réacteurs nucléaires de type EPR en 16 ans ou plus.

D’où l’intérêt pour la France de s’intéresser aussi à ce qui s’avère être un des principaux marchés mondial de la génération solaire thermodynamique et ce d’autant plus que cet exceptionnel marché énergétique sud américain se propose encore pour l’heure aux Entreprises françaises réunies en « Task Force » au Chili et/ou en Amérique du Sud (EDF, Véolia, Saint Gobain, Alstom, Dalkia, Lafarge, Soletanche Bachy, Vinci, Société Générale, BNP Paribas, COFACE, etc.).

Ecolos, quittez EELV pour le Front de Gauche ! Clémentine Autain et Stéphane Lavignotte Reporterre 2011/12/16 Clémentine Autain et Stéphane Lavignotte (16 décembre 2011) Ecolos, quittez EELV pour le Front de Gauche !. Reporterre. Tribune — fr

Ecolos, quittez EELV pour le Front de Gauche !

« Plus la gauche de transformation radicale, sociale et écologique, sera forte, moderne, attractive, plus EELV sera susceptible de revenir à son ancrage historique : c’est notre pari. »

Des adhérents quittent EELV. Certains disent déjà qu’ils ne renouvelleront pas leur adhésion. Et comme toute séparation, c’est triste. Un parfum de déception règne particulièrement chez celles et ceux qui sont attachés à une écologie politique articulée à la question sociale. L’impression de ne plus pouvoir peser à l’intérieur se mêle à la douleur d’envisager le départ de leur « pays politique ».

Il y a l’actualité immédiate : la signature d’un accord avec le PS malgré les divergences, au nom de la constitution d’un groupe parlementaire. Fallait-il avaler l’austérité des comptes publics comme réponse à la crise ? Fallait-il céder sur la sortie du nucléaire, la VIe République ou encore l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-Des-Landes ? Beaucoup à EELV en doutent. Et il y a une évolution de fond, durablement entamée depuis la participation au gouvernement Jospin entre 1997 et 2002 : une professionnalisation et une institutionnalisation qui ont achevé le rêve vert d’une politique autrement ; l’abandon – malgré les discours publics – d’une écologie qui se donne pas les moyens d’une remise en cause du capitalisme et du productivisme.

En 1992, Serge Moscovici, l’un des pères de l’écologie en France, s’inquiétait (déjà) de la généralisation d’une écologie vieillie prématurément, conformiste et banalisée, qu’il appelle « écologie d’intention », appelant à approfondir le sillon initial d’une « écologie d’invention ». Dès 1978, André Gorz met en garde : il faut choisir entre « leur écologie et la nôtre ». « Leur écologie », c’est celle d’un capitalisme qui intégrera les coûts écologiques sans rien changer par ailleurs : « Dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare les riches et pauvres » et gestion autoritaire des matières première et des pollutions. André Gorz, décidément visionnaire, ajoute : « On détournera la colère populaire, par des mythes compensateurs, contre des boucs-émissaires commodes (les minorités ethniques ou raciales, par exemple, les ’chevelus’, les jeunes…) » .

Et puis il y a ce que Gorz, nous, et sans doute vous, avec lui, appellons « notre écologie » : celle qui sait que ce cauchemar ne pourra être évité que si « une attaque politique, lancée à tous les niveaux, arrache (au capitalisme) la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation » . Pour André Gorz, l’écologie ne peut être qu’une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature.

Bien sûr, les dirigeants d’EELV jureront la main sur le cœur, non sans sincérité, qu’ils sont pour cette révolution écologique contre la croissance verte. Mais l’accord qu’ils ont signé avec le PS dit le contraire, et pas seulement sur le nucléaire ou Notre-Dame-Des-Landes (voir Politis du 24 novembre) : accord sur la prétendue règle d’or de l’équilibre budgétaire, Taxe Tobin rabougrie servant à éponger les déficits et non plus destinée aux pays du Sud, abandon du retour à la retraite à 60 ans, etc. Cet accord ne peut passer pour l’égarement d’un moment : l’alliance est devenue maintenant quasi-systématique avec ce Parti socialiste dont le candidat à la présidentielle a montré lors de son enthousiaste visite au salon éco-capitaliste Pollutec le 29 novembre 2011 quel était son projet pour la planète. Beaucoup ont réalisé avec les déclarations d’Eva Joly sur François Bayrou qu’elle partageait ce projet. Les militants d’EELV sincères n’ignorent pas ce dangereux glissement. On entend dans leur rang le sentiment que Les Verts sont en voie de devenir ou sont même devenus un « PRG vert ».

Depuis quelques temps, ce qui en a retenu beaucoup, ce qu’ils nous disaient, ce que nous disions, c’était : « Où veux-tu que j’aille ? ». Ce sentiment résigné qu’il n’y avait nul ailleurs où l’herbe aussi était verte. Et que donc, il fallait rester et endurer. Pourtant, à partir des années 2000, sans doute par réaction à la normalisation des Verts, l’écologie politique, l’écologie en action, a largement débordé le parti qui en avait eu jusque-là le quasi-monopole. En premier lieu, l’écologie politique est redevenue un mouvement social presque aussi fort que dans les années 1970 avec les mobilisations autour de l’agriculture paysanne et le refus des OGM, les expérimentations de la sobriété volontaire, la lutte contre les gaz de schiste, les mouvements de cyclistes contre l’automobile, l’opposition aux lignes à grandes vitesse et bien sûr la lutte anti-nucléaire qui prend aujourd’hui un tour extrêmement radical.

Parmi les organisations politiques, Les Verts ne peuvent plus revendiquer le monopole de l’écologie, même s’ils ont été moteur dans la prise de conscience et porteurs de novations idéologiques substantielles : en plus des Alternatifs, de la FASE [Fédération pour une alternative sociale et écologique] ou des objecteurs de croissance, clairement écologistes, d’autres organisations politiques évoluaient. A la LCR puis au NPA, avant de régresser dans la dernière période, on redécouvrait la pensée écosocialiste venue des marxistes d’outre-atlantique. Au PCF, les lignes bougent, vite, les préoccupations écologiques n’étant plus minorées mais de plus en plus prises au sérieux. Au Parti de Gauche, l’héritage de l’écologie politique et la nécessité d’articuler les cultures et traditions s’assument clairement. De nombreux militants écologistes - dont des anciens Verts, y compris des ex-dirigeants ou des intellectuels - ont rejoint ces organisations au fil des années. Nous comprenons que beaucoup de militants d’EELV aient du mal à croire qu’aujourd’hui on puisse faire vivre l’écologie politique (et le féminisme !) au sein du Front de gauche. C’est notre choix. Notre pari repose sur deux appréciations de la situation.

D’abord, regardons le mouvement des uns et des autres. Pense-t-on qu’EELV puisse revenir à des positions radicales d’affrontement avec le capitalisme, de modernisation des formes politiques et d’indépendance vis-à-vis du Parti socialiste ? Plus la gauche de transformation radicale, sociale et écologique, sera forte, moderne, attractive, plus EELV sera susceptible de revenir à son ancrage historique : c’est notre pari. Il nous paraît d’autant plus pertinent que la gauche de la social-démocratie s’écologise ces dernières années comme jamais auparavant, que l’idée de s’émanciper du Parti socialiste y gagne du terrain. Ce que le capitalisme donne à voir avec sa crise financière amène à renouveler les réponses dans l’autre gauche, à penser un projet qui ne s’accommode pas de la logique productiviste. Deux trajectoires se croisent : les Verts se tournent vers le centre, l’autre gauche se verdit. Faisons force à gauche, bien à gauche, en mêlant le vert et le rouge, pour emporter le plus largement l’adhésion.

Nous faisons un second pari, celui de la dynamique, du mouvement. Aucun évolution n’est écrite par avance quant à l’avenir du Front de Gauche et bien des obstacles sont encore sur ce chemin. Mais les rencontres que nous faisons dans cette campagne présidentielle bousculent déjà les étiquettes, les organisations et font espérer au-delà de la séquence électorale. « Stop ou encore » : cela dépend de chaque personne soucieuse de faire naître du nouveau à gauche, du nouveau réellement écologiste, anticapitaliste, antiraciste, démocratique et féministe. Celui qui est sûr de ne jamais se perdre, c’est celui qui ne se lance dans aucune aventure. Nous nous engageons avec un enthousiasme que nous voulons faire partager.

Nous nous adressons fraternellement et en toute sororité à nos amis - depuis parfois plus de 20 ans - qui militent à EELV pour une vraie alternative au système actuel et que nous voyons malheureux : rien ne vous oblige à continuer à vous étioler dans un écosystème partidaire qui ne vous donne plus l’air dont vous avez besoin, l’espérance qui vous donne envie de vous battre. Si vous quittez EELV, ne disparaissez pas dans la nature : l’écologie politique a toujours besoin de votre engagement. Nous pensons possible et utile de militer ensemble. Ce que nous proposons, c’est l’aventure d’une nouvelle radicalité de l’écologie en train de s’épanouir : mouvement social écolo, gauche de la gauche en verdissement, émergence d’une nouvelle terre politique où se sentir à nouveau chez soi. Nous voulons entrer en dialogue avec vous, pour en inventer la langue.

L’Assemblée nationale décide de ficher tous les Français Ligue des droits de l’homme - Syndicat des avocats de France - Syndicat de la magistrature Reporterre 2011/12/16 Ligue des droits de l’homme - Syndicat des avocats de France - Syndicat de la magistrature (16 décembre 2011) L’Assemblée nationale décide de ficher tous les Français. Reporterre. fr

L’Assemblée nationale décide de ficher tous les Français

L’Assemblée nationale a voté en faveur de la création d’un ficher centralisé des cartes d’identité avec puce électronique.

Alors que le Sénat l’avait supprimée, la majorité présidentielle de l’Assemblée nationale, toujours aux ordres du pouvoir exécutif, a, par un amendement, le 13 décembre rétabli une disposition qui autorise la création d’un fichier centralisé des nouvelles cartes d’identité dotées de puces électroniques.

A terme, l’ensemble de la population française verra donc ses données biographiques et biométriques d’identité (état civil, adresse, taille, couleur des yeux, empreintes digitales, photographie) fichées au ministère de l’Intérieur. Une disposition démesurée et dangereuse pour les libertés publiques, unique dans les pays démocratiques et qui laisse la porte ouverte à toutes les dérives.

Ce choix, sans justification raisonnable, est dans la continuité de la politique de surveillance généralisée des citoyens menée par les gouvernements de droite successifs qui, en moins de dix ans, ont fait voter pas moins de 42 lois sécuritaires et doublé le nombre de fichiers de police.

Nous ne pouvons accepter cette politique de fuite en avant irrationnelle et nous militerons pour l’abrogation de cette disposition autoritaire.

Appel pour une société interculturelle Par Julien villalard Reporterre 2011/12/16 Par Julien villalard (16 décembre 2011) Appel pour une société interculturelle. Reporterre. Tribune — fr

Appel pour une société interculturelle

Samedi 19 novembre, 400 personnes sont venues assister aux premières Assises nationales de la diversité culturelle à Paris. La journée composée de conférences et d’ateliers, organisée par Témoignage chrétien et Salamnews, s’est clos par un appel pour une société interculturelle.

Notre société a connu en un demi-siècle une mutation sociétale et économique inédite. La cohésion sociale fondée sur des siècles d’Histoire et de valeurs nationales, religieuses et identitaires collectives a été balayée par un individualisme forcené, porté par un libéralisme réduit à sa plus simple expression, la consommation. Aujourd’hui, face au désarroi de la crise économique et dans une société morcelée, la tentation est générale d’en faire porter l’échec sur l’étranger, sa religion, sa culture. Or, ces populations et leurs cultures issues d’Orient, d’Asie, d’Afrique… sont désormais partie intégrante de la société française et de son Histoire. Elles doivent être pleinement actrices de la construction du vivre-ensemble de nos sociétés du XXIe siècle.

Pourtant, au lieu d’être considérés comme une chance pour construire une société de solidarité, les femmes et les hommes porteurs des cultures du monde qui habitent depuis des décennies en France sont de plus en plus dénoncés comme des obstacles à la vie commune. L’obsession d’une identité nationale pétrifiée dans une Histoire plus mythique que réelle impose à tous un modèle d’assimilation qui nie les différences et appauvrit la démocratie.

Au lieu d’unir les citoyens pour vaincre ensemble les défis vitaux qui permettent l’accès de tous à une vie digne, de plus en plus de discours et de pratiques, en France et en Europe, alimentent les peurs et agitent le spectre d’une menace provenant de l’étranger et des personnes de cultures et de religions autres que celles qui ont dominé et dominent encore le Vieux Continent.

Les propagateurs de ces discours font des différences culturelles et religieuses des obstacles indépassables à la construction de la Cité et de la démocratie. Ils jettent la vindicte sur des boucs émissaires, notamment les musulmans ou encore les Roms, bafouent le devoir d’accueil inconditionnel de l’immigré, se servent de la détresse sociale, des difficultés du vivre-ensemble qui touche l’ensemble de la société, réduisent les personnes à leur appartenance communautaire ou religieuse, pour prôner le rejet de l’autre et laisser libre cours à la xénophobie, au racisme et à la discrimination.

Le développement de ces logiques de rejet fait courir des risques graves à la démocratie. Nous, citoyens, associations, médias, réunis dans ces Assises pour une société interculturelle, refusons de toutes nos forces ces dérives au moment où s’annoncent les élections présidentielle et législatives.

Nous nous devons de résister à la propagation de la peur et de la défiance. Nous nous appuyons pour cela sur les ressources et les initiatives développées par les citoyens, de multiples associations et des collectivités territoriales pour inventer une société interculturelle. Beaucoup font déjà l’expérience de manières fraternelles de vivre ensemble, qui répondent à la quête de justice et de dignité sans abolir les différences, sans nier les ressemblances et en augmentant les capacités d’être de chacun.

Nous ne voulons pas d’une société où chacun est sommé de nier ses multiples appartenances culturelles, ethniques, religieuses, spirituelles, pour se conformer à un moule républicain, qui, dans ce cas, nie ou réduit la singularité de chacun. Nous ne voulons pas plus d’une société qui soit l’addition de communautés repliées sur elles-mêmes, qui enferment chacun dans une partie de son identité et ne cherchent pas à construire avec d’autres un espace commun à tous les citoyens.

Nous voulons d’une laïcité qui, pleinement dans l’esprit de la loi de 1905, garantisse et permette la liberté de conscience et le libre exercice des cultes – et des cultures.

Nous croyons fermement qu’une société interculturelle est possible. En cette période de grande dépression économique et d’extrême fragilité sociale, nous croyons vivement qu’il est indispensable et vital de s’attacher dès aujourd’hui à sa construction pour éviter l’implosion de notre société et les replis communautaires destructeurs de la cohésion sociale.

Citoyens, politiques, associations, institutions, nous nous devons de construire un vivre-ensemble durable donc interculturel ! Il est temps d’apprendre à vivre « unis et divers » pour témoigner que notre commune humanité est une espérance.

Aussi, forts de nos expériences et de nos convictions, nous demandons aux responsables politiques de mettre définitivement fin dans leurs discours et leurs pratiques aux arguments désignant une religion, une communauté ethnique ou culturelle comme la cause des problèmes de la France et de l’Europe.

Nous exigeons que soient mises en place des politiques d’accueil respectueux des droits des migrants et que cessent les véritables chasses à l’homme auxquelles se livrent les forces de l’ordre pour atteindre ses objectifs d’expulsion des étrangers en situation irrégulière.

Nous demandons que cesse la mise à l’écart du travail d’une partie de la population du fait de son appartenance ethnique ou de son lieu d’habitation et que les personnes de nationalité étrangère, quel que soit leur pays d’origine, bénéficient du droit de vote aux élections locales dans les mêmes conditions que les citoyens de l’Union européenne à qui ce droit est déjà octroyé.

Enfin, nous demandons la mise en valeur, la mutualisation et l’accompagnement des expériences qui construisent un véritable vivre-ensemble interculturel, notamment dans les quartiers populaires, afin qu’elles servent de références aux politiques publiques dans ce domaine ; et nous proposons que l’école soit, dans un esprit de laïcité ouverte comme l’insuffle la loi de 1905, un lieu de connaissance des différentes cultures et religions du monde et un espace d’éducation au vivre-ensemble.

Les OGM sans danger pour la santé ? L’étude l’affirmant est biaisée Eric Meunier Reporterre 2011/12/17 Eric Meunier (17 décembre 2011) Les OGM sans danger pour la santé ? L’étude l’affirmant est biaisée. Reporterre. fr

Les OGM sans danger pour la santé ? L’étude l’affirmant est biaisée

Une étude présentée par la Fondation Allègre conclut que les OGM ne présentent pas de danger sanitaire. Mais sa méthodologie est biaisée, juge un autre scientifique.

La revue Food and Chemical Toxicology va publier les résultats d’une étude menée par une équipe de chercheurs, dont Agnès E. Ricroch de l’institut AgroParisTech [1].

S’intéressant aux travaux d’analyses toxicologiques de maïs, pomme de terre, soja, riz et triticale GM, les chercheurs ont étudié 24 articles scientifiques dont 12 portaient sur des études des effets à long terme (plus de 90 jours) et 12 consistaient en une analyse multigénérationnelle. Ces 24 études ont été sélectionnées par le biais d’une base de données contenant 32 000 références bibliographiques, mise en place par A. Ricroch notamment. La sélection a été faite à l’aide de mots clefs (55 articles scientifiques comme résultats) puis en retenant les études conduites sur des tests de plus de 90 jours ou multigénérationnels.

La conclusion des chercheurs est sans détour : « Les résultats de toutes ces 24 études ne suggèrent aucuns effets sur la santé et, en général, aucune différence statistiquement significative [entre plantes GM et plantes non-GM] n’a été observée dans les paramètres étudiés ». En clair, les OGM ne posent pas de problème sur le plan sanitaire, ce qui permet à Agnès E. Ricroch d’affirmer, un peu vite on va le voir, que « le débat sur les OGM d’un point de vue sanitaire est clos » [2].

Mais pour Marc Lavielle, membre du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB), et interrogé par Gilles van Kote du journal Le Monde, cette étude est « biaisée » et « extrêmement orientée » [3]. L’expert français, chercheur en statistiques à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), analyse la valeur scientifique de cette étude en précisant au journaliste que « ce qui est terriblement gênant, c’est qu’elle conclut à l’absence de différence [entre animaux ayant consommé des OGM et animaux n’en ayant pas consommé] sur la base d’une méthodologie ne correspondant pas aux lignes directrices publiées aussi bien par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation [ANSES] que par l’Autorité européenne de sécurité des aliments [EFSA ] », soulignant même un cas de partialité des chercheurs puisqu’« ils tiennent compte sans la critiquer d’une étude portant sur des groupes de trois animaux, un échantillon bien trop faible pour permettre de conclure quoi que ce soit ».

Une méta-analyse ne saurait se contenter de compiler des publications existantes. Il faut aussi en dégager les méthodologies et en présenter une analyse critique, comme l’avait fait l’ANSES dans son rapport sur l’évaluation du MON810. Notamment, quelles sont les hypothèses nulles testées, quelles sont les puissances statistiques, etc.

Enfin, même si des études méthodologiquement correctes existaient, et qu’elles excluent une différence entre les groupes, cela ne justifierait pas de déclarer le produit étudié « sans risque sanitaire », qui est une conclusion non scientifique puisqu’elle dépasse largement la portée des données.

Il faut rappeler également que les experts européens, réunis au sein de l’EFSA, ont justement fourni de nouvelles « règles » pour conduire ces analyses, en 2011. Il est donc surtout attendu aujourd’hui que les analyses fournies par les pétitionnaires dans les dossiers de demande d’autorisation soient construites conformément à cette règle. Ce qui n’est toujours pas le cas. Dans le cas précis du maïs MON810, Inf’OGM avait d’ailleurs interpellé le gouvernement français sur l’incapacité de la Commission européenne à certifier raisonnablement que le maïs MON810 n’est pas toxique [4].

Enfin, les impacts sur la santé ne sauraient être confinés aux seules évaluations d’impacts de toxicologie, comme le fait Agnès Ricroch. Il y a également les questions d’allergénicité par exemple. Et l’on sait aussi que le débat sur les OGM n’est pas confiné aux seules questions sanitaires : des questions environnementales et économiques se posent également, comme l’illustre le problème du pollen issu du maïs MON810 retrouvé dans le miel.

La chercheuse Agnès Ricroch, qui a travaillé sur cette métaanalyse d’études sur les impacts sanitaires de plantes transgéniques, a également effectué une présentation le 9 décembre 2011 au colloque « Ces biotechnologies végétales qui façonnent les plantes cultivées » organisé par la Fondation Écologie d’Avenir dont le Conseil d’orientation est présidé par Claude Allègre. La présentation concernait « les bénéfices économiques et environnementaux de cotonniers résistant à certains insectes » [5]. La scientifique y était présentée, de façon un peu alambiquée, comme travaillant « sur l’analyse de la façon dont le domaine de validité des connaissances scientifiques disponibles est évalué et pris en compte dans l’intervention publique mettant en jeu l’articulation ‘agriculture, la conservation de la biodiversité et la cohésion économique’ ». Sa présentation a été basée sur une autre métaanalyse d’études d’impacts économiques et environnementaux (apparition ou non de résistance chez les insectes cibles et non cibles de la protéine Bt) du coton Bt. Effectuant ce travail en utilisant une base de données de références scientifiques sur les plantes transgéniques comme pour l’étude abordée ici, il est possible que d’autres métaanalyses d’études soient publiées.

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Notes :

[1] « Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials : a literature review », Snell C. et al., 2011, Food and chemical toxicology.

[2] Europe 1 avec AFP, le 15 décembre 2011.

[3] Le Monde, 16 décembre 2011, Gilles van Kote, « Impact des OGM sur la santé animale : le débat n’est toujours pas tranché ».

[4] http://www.infogm.org/spip.php?arti...

[5] Fondation écologie d’avenir

Les éoliennes de Lozère, au mépris de paysages uniques Michel Cogoluègnes Reporterre 2011/12/17 Michel Cogoluègnes (17 décembre 2011) Les éoliennes de Lozère, au mépris de paysages uniques. Reporterre. Tribune — fr

Les éoliennes de Lozère, au mépris de paysages uniques

« L’éolien industriel en Margeride va être le coup de grâce, l’aboutissement de la banalisation définitive de notre beau pays. C’est un véritable choix de société que nous devons faire maintenant, et non nous le laisser imposer par des promoteurs avec la complicité du lourd silence des politiques. »

Lorsque les éoliennes de la Boulène et du Can de la Roche sont apparues, j’ai pensé que c’était merveilleux, la ville de Mende serait alimentée par une énergie propre, et participerait ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.

Puis j’ai appris que cette électricité n’alimentait pas Mende, mais « l’équivalent d’une ville comme Mende », et j’ai commencé à me poser des questions.

Aussi lorsque un vendredi de septembre 2008 j’ai reçu un questionnaire de la communauté de communes de Rieutort, « à remplir et à remettre au plus tard mardi », surpris et perplexe par cette précipitation, voici quelle fut ma réponse : « Dans le questionnaire vous nous demandez de « citer les lieux qui vous paraissent les plus remarquables du territoire ». Que vous posiez cette question confirme donc une nuisance visuelle certaine due à l’implantation d’éoliennes. L’ensemble de notre territoire étant magnifique et reconnu comme tel par les gens de l’extérieur, en conséquence je ne vois pas l’utilité de remplir l’ensemble du questionnaire. »

Les éoliennes sont-elles écologiques ?

La consommation d’électricité a triplé en France entre 1973 et 2008 et le chauffage représente à lui seul actuellement 30% de cette consommation (sous la poussée d’EDF afin de vendre l’excédent électronucléaire). Les aérogénérateurs fonctionnent avec un vent de 10 à 15 km/h jusqu’à 90 km/h. Au-delà, ils sont arrêtés parce que trop dangereux.

En 2009 le parc éolien français a fourni 7,8 TWh (terawattheures) à partir de 4.400 Mw de puissance installée. Sur 8.760 heures que compte une année, cela revient à 20% de sa puissance maximale. On appelle ce chiffre le facteur de capacité. Il ne veut rien dire en soi si on ne le compare pas aux autres modes de production. Le nucléaire tourne à 70%, l’hydroélectrique à 50%, l’éolien offshore à 40% et le photovoltaïque seulement à 8,6% (chiffres RTE, réseau de transport d’électricité). Ces chiffres restent à peu près les mêmes au cours des ans quel que soit le nombre de machines ou de panneaux solaires. On ne peut modifier ni le vent ni le soleil.

Si l’on prend la production électrique totale du pays, les éoliennes n’en représentent que 1,6% et, si la production d’énergie renouvelable augmente de 3% par an celle de l’électricité conventionnelle augmente plus encore. Ceci pour dire qu’au train où vont les choses nous n’aurons jamais assez d’éoliennes pour seulement compenser l’augmentation de la consommation.

Nous savons, grâce aux chiffres danois et allemands, que les émissions de C02 dans ces pays n’ont pas diminué avec les éoliennes, parce qu’il faut des centrales thermiques pour remplacer l’absence de production les jours sans vent, centrales qui, elles, produisent du CO2. Ceci a été confirmé dans un rapport du Sénat en juillet 2007 : « ...Le caractère intermittent et difficilement prévisible des productions éoliennes nécessite de disposer de moyens de production de substitution en l’absence de vent. Or, ces moyens ne peuvent être que des centrales thermiques puisque, par définition, elles n’ont vocation à fonctionner que de manière irrégulière et uniquement en période de pointe... ».

Après les chiffres parlons pollution proprement dite, sans parler des inconvénients sonores et visuels que nous avons vus dans le film Agir pour le Lévézou.

La fabrication des éléments constitutifs des éoliennes (56% fabriqués en Chine par la main d’œuvre que l’on sait) nécessite des matériaux et des traitements nocifs : polyester, vinyle, époxy, polyuréthane sous formes diverses - peinture, résine, colle - pour protéger les mâts et les pales. Dans le but d’alléger les aimants des générateurs, les constructeurs ont recours aux métaux du groupe des terres rares (dont la Chine possède le quasi monopole, les mafias chinoises devrait-on dire). Leur extraction réclame l’emploi de puissants acides qui polluent les rivières et détruisent les rizières et les exploitations piscicoles (Courrier International du 23 avril 2009). Par ailleurs une éolienne de 1,4 Mw contient plus de 4 tonnes de cuivre dont les gisements du Pérou et du Chili ont déjà chassé de leurs terres des villages entiers de paysans.

Pour remplacer tous les réacteurs nucléaires il faudrait installer 100 000 éoliennes de 2MW, soit une tous les 5 km2 (carré de 2,23 km de côté). L’énergie éolienne n’a donc rien d’écologique.

Comment cela a-t-il commencé ?

Il est besoin de rappeler que le Grenelle de l’environnement avait pour but la réduction des gaz à effet de serre, et que les énergies renouvelables étaient un moyen pour y parvenir.

Or ce moyen est devenu un prétexte pour créer une industrie éolienne. Gaz a effet de serre en France : « Les secteurs ayant contribué à la baisse entre 2007 et 2008 sont principalement les secteurs des transports et de l’industrie. En revanche, on constate une augmentation des émissions pour le secteur résidentiel/tertiaire et l’agriculture. » (Source M.I.E.S).

Plan d’action de la France en matière d’efficacité énergétique de juin 2011. Par ce plan, il est intéressant de constater la volonté de l’Etat d’aller dans la bonne direction, celle des économies d’énergie, sachant que l’on pourrait aller encore au-delà, et qu’il faut rester vigilant quant à son application.

En effet suite au Décret no 2011-831 du 12 juillet 2011 relatif à la prévention et à la limitation des nuisances lumineuses, même si cela est très récent, combien de mesures d’application ont été prises en Lozère ? Si l’on circule la nuit, sur les crêtes de la Margeride, du Col des Bouviers en direction de Grandrieu, on voit des églises illuminées dans une campagne déserte. Il n’y a pas encore de réelle prise de conscience de la nécessité de faire des économies d’énergie.

L’énergie en Lozère

Potentiel de production [en énergie renouvelable] : 210 MW (mégawatts) dont 175 MW hydraulique, 23 MW éolien, autres 12 MW. Consommation totale : 85 MW

Objectif 2020 : 23 % renouvelables soit 20 MW pour la Lozère , alors que nous sommes à 210 MW soit, rapporté à la consommation, 247 % !!! Le surplus de production part vers le Nord Est et alimente principalement Le Puy en Velay, puis St- Etienne.

« La solidarité énergétique »

Doit-on créer en Lozère une filière industrielle éolienne pour être solidaire des régions PACA ou RHONES ALPES qui ne veulent pas détruire leurs paysages et leur potentiel touristique, ou doit-on être solidaire des paysans d’Amérique Latine que l’on expulse de leur village afin d’ouvrir des carrières de cuivre pour la construction de nos éoliennes destinées à assouvir notre cupidité de surconsommateur ?

(...)

« Sortir du nucléaire » ?

Le document présenté par l’UMP lors sa Convention sur le développement durable le 17 novembre invite à "développer le nucléaire". Quant à l’accord PS EELV il prévoit une réduction d’ici 2025 de 75% à 50%, en arrêtant progressivement 24 réacteurs, qui devront de toute façon être arrêtés en raison de leur vétusté, mais en continuant la construction de l’EPR de Flamanville !

Les politiques veulent le nucléaire, l’éolien, le photovoltaïque, et le consommateur lui, ne veut surtout rien changer à son mode de vie.

(...)

Pendant 45 ans nous nous sommes seulement gargarisés avec des slogans tels que « Lozère terre d’exception »... et tant d’autres.

Qu’en sera-t-il de la Margeride et de l’Aubrac, derniers territoires vierges et sauvages que nous envient les citadins, si nous laissons planter les 250 aérogénératrices actuellement en projet, parc éolien qui couvrirait la totalité de cet espace.

L’éolien industriel en Margeride va être le coup de grâce, l’aboutissement de la banalisation définitive de notre beau pays.

C’est un véritable choix de société que nous devons faire maintenant, et non nous le laisser imposer par des promoteurs avec la complicité du lourd silence des politiques.

Que devons nous penser, nous simples citoyens, de voir l’Etat qui ne respecte pas ses propres lois, qui fait fi du rapport de la Cour des comptes de février 2011 ?

Que devons nous penser, nous simples citoyens, de voir l’Etat qui ne nous protège pas contre une industrie qui s’accapare notre territoire et dont les promoteurs vivront sous des soleils plus radieux ?

Que devons nous penser, nous simples citoyens, de voir la grande majorité de nos élus locaux manipulés, passifs ou collaborateurs ?

Nous n’accepterons pas l’implantation d’une seule éolienne supplémentaire en Lozère, et « le coup de gueule » du Président de la Fédération départementale des chasseurs qui rejoint notre position nous conforte dans notre détermination.

Maintenant que la zone propice est en voie d’être supprimée, nous devons continuer ce combat pour obtenir la classification de la totalité de la Lozère en enjeux très fort, ce qui nous libérera définitivement de la menace éolienne.

Un virus ultra dangereux a été créé en laboratoire Vivagora Reporterre 2011/12/17 Vivagora (17 décembre 2011) Un virus ultra dangereux a été créé en laboratoire. Reporterre. Santé fr

Un virus ultra dangereux a été créé en laboratoire

Des chercheurs néerlandais ont créé une souche « terrifiante » du virus H1N1.

L’équipe de Ron Fouchier, à Rotterdam, a fabriqué un virus de la grippe aviaire H5N1 qui d’après ses créateurs, serait probalement l’un des plus dangereux virus que l’on puisse faire. Fouchier a présenté ces travaux lors d’un congrès à Malte en septembre, information reprise d’abord par les magazines New Scientist et Scientific American. L’hebdomadaire Science a fait le point en posant la question de la publication de ces travaux, qui pourraient alors être reproduits par des groupes bioterroristes.

Science signale qu’une autre équipe, menée par Yoshihiro Kawaoka à l’Université du Wisconsin et à l’Université de Tokyo, a obtenu des résultats similaires. Les deux articles ont été soumis pour critiques au conseil américain de biosécutrité (U.S. National Science Advisory Board for Biosecurity, NSABB), qui devrait produire prochainement des recommandations selon Paul Keim, son directeur. Celui-ci ajoute : « Je ne vois aucun organisme pathogène qui soit aussi terrifiant que celui-ci. »

La question de la responsabilité des chercheurs ainsi reposée fait dire à certains scientifiques, tel Richard Ebright, de l’Université Rutgers à Piscataway, cité par Science, que ce type de travail n’aurait jamais dû être effectué. D’autres, comme Michael Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy à l’Université du Minnesota, jugent au contraire que ces recherches sont potentiellement bénéfiques pour la santé publique, car ils montrent que ceux qui minorent les risques d’une pandémie de grippe H5N1 devraient y regarder à deux fois, ou réveillent la nécessité de renforcer les mesures de prévention contre de tels virus émergents.

27 mesures pour économiser l’énergie Ministère de l’Ecologie Reporterre 2011/12/18 Ministère de l’Ecologie (18 décembre 2011) 27 mesures pour économiser l’énergie. Reporterre. fr

27 mesures pour économiser l’énergie

Nathalie Kosciusko-Morizet a présenté le 16 décembre une batterie de mesures pour économiser l’énergie.

Après quatre mois de concertation, plus de 200 contributions, et 120 propositions soumises à consultation du public, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement a présenté le 16 décembre la feuille de route du gouvernement issue de la table ronde nationale pour l’efficacité énergétique. Elle comprend 27 mesures concrètes pour accélérer les économies d’énergie.

L’accident de Fukushima et la hausse du prix de l’énergie ont conduit tous les pays à engager une réflexion sur leur modèle énergique. L’Espagne a ainsi annoncé un nouveau plan d’actions mi 2011, l’Allemagne et le Japon réfléchissent aux moyens d’accroître leur performance énergétique. Avec ces nouvelles mesures, la France renforce son action engagée avec le Grenelle de l’environnement et les Investissements d’avenir.

Au total, la politique nationale en faveur de l’efficacité énergétique doit permettre une diminution des consommations à l’horizon 2020 comprise entre 19,7 et 21,4 %. Cela représente l’équivalent de la consommation annuelle de 16 millions d’habitants.

« Les mesures retenues poursuivent un triple objectif : social, économique et écologique. En renforçant notre action sur la précarité énergétique, en déployant 100 M€ de prêts bonifiés pour les artisans, en soutenant les travaux d’économies d’énergies dans les communes rurales, nous veillons à ce que personne ne soit mis à l’écart de la transition énergétique. Avec le développement des énergies renouvelables et le renforcement de la sureté nucléaire, l’efficacité énergétique est une des trois priorités de la politique énergétique de la France », a déclaré la Ministre.

Parmi les mesures retenues :

■ Entreprises : comment gagner en compétitivité ?

- Créer un prêt à 2 % pour aider les entreprises de moins de 50 salariés, à financer des travaux d’économies d’énergie : 100 M€ de prêts seront déployés début 2012 et distribués par les directions régionales d’OSEO. - Limiter les gaspillages sur l’éclairage : . Extinction obligatoire des enseignes lumineuses commerciales de 1h à 6h du matin : entrée en vigueur le 1er juillet 2012 ; . Mise à l’étude d’une extinction obligatoire des éclairages extérieurs et intérieurs des bureaux ; Cette mesure permettra de réduire la pollution lumineuse et d’économiser l’équivalent de la consommation annuelle d’électricité d’un million de ménages ; - Lancer au 1er trimestre 2012 un appel à projets pour encourager la formation des entrepreneurs aux économies d’énergie ou aux diagnostics d’entreprises ; - Renforcer le rôle des fournisseurs d’énergie comme promoteurs de l’efficacité énergétique auprès de leurs clients. Une concertation sera engagée pour définir les modalités d’une nouvelle période 2014-2016 du dispositif des certificats d’économies d’énergie.

■ Ménages : comment réduire la consommation et la facture énergétique ?

- Cumuler le crédit d’impôt développement durable et l’éco-prêt à taux zéro (Eco-PTZ) pour soutenir les travaux de rénovation énergétique les plus économes ; - Etendre l’Eco-PTZ aux syndicats de copropriétés ; - Renforcer le programme « Habiter mieux » : 85 M€ des fournisseurs d’énergie permettront de renforcer le développement du programme visant à sortir les ménages modestes de la précarité énergétique et la prime complémentaire d’aide aux ménages sera relevée de 1 100 € à 1 600 € ; - Reconduire l’éco-prêt logement social.

■ Pouvoirs publics : comment renforcer leur rôle moteur et exemplaire ?

- Aider les communes de moins de 2.000 habitants à rénover leur éclairage public : 20 M€ de subventions seront déployés au titre de 2012 : cette mesure permettra de réduire de 50 % la consommation d’électricité des villes concernées et de diminuer la pointe d’électricité à la tombée de la nuit ; - Intégrer dans les contrats cadres des achats de l’Etat et de la principale centrale d’achat public les incitations pour stimuler l’achat de produits moins énergivores (chaudières, data centers, matériel bureautique, équipements pour la restauration collective…) ; - Développer de nouveaux mécanismes de financement des projets locaux d’efficacité énergétique : la Caisse des Dépôts mettra en place des outils d’investissement adaptés aux besoins des collectivités en matière de rénovation, principalement pour le patrimoine public (bâtiments municipaux, écoles, lycées, collèges, etc.).

Le Réseau Sortir du nucléaire contesté de l’intérieur Guillaume Blavette Reporterre 2011/12/18 Guillaume Blavette (18 décembre 2011) Le Réseau Sortir du nucléaire contesté de l’intérieur. Reporterre. Tribune — fr

Le Réseau Sortir du nucléaire contesté de l’intérieur

Le Réseau Sortir du nucléaire, absorbé dans une logique de professionnalisation, ne fonctionne plus démocratiquement et répond mal aux enjeux actuels, selon un membre qui en quitte le conseil d’administration.

Aujourd’hui, personne ne met en cause la nécessité d’un regroupement à l’échelle nationale des groupes et associations antinucléaires. L’arrêt du nucléaire implique de construire des mobilisations locales, régionales et nationales de grande ampleur pour contraindre les pouvoirs scientifiques, économiques et politiques à renoncer à cette technologie de mort. La sortie du nucléaire n’a en effet de sens qui si elle est portée par un large front qui dépasse les clivages politiques et intègre différentes pratiques militantes.

Pour autant cette nécessité ne doit pas amener ceux et celles qui font vivre la lutte antinucléaire à tolérer n’importe quelle organisation, n’importe quel fonctionnement. La fédération qui regroupe l’ensemble du mouvement antinucléaire doit correspondre aux attentes de chacun de façon à constituer un amplificateur de lutte, une interface qui permette la mutualisation des moyens et enfin un intellectuel collectif qui améliore la critique et les prises de paroles contre le lobby nucléaire.

Le réseau Sortir du nucléaire fondé en 1997 a essayé de réaliser cet objectif. Pendant dix années il s’est employé à rassembler l’ensemble des groupes épars et à susciter la naissance de nouveaux groupes pour assoir l’opposition au nucléaire sur une véritable dynamique contestataire.

Force est de reconnaître la réussite de cette stratégie au cours de la première décennie du siècle. Le nombre de groupes s’est largement accru alors que plusieurs dizaines de milliers de particuliers consentaient à verser régulièrement de l’argent pour soutenir les luttes anti-nucléaire.

L’organisation militante des premiers temps s’est alors métamorphosée en une structure puissante s’appuyant sur une équipe salariée et des moyens impressionnants. Une revue, de nombreuses brochures thématiques, des affiches, des autocollants, tout un matériel militant ont pu être mis à la disposition des groupes donnant à voir l’existence de ce front commun tant attendu.

Le problème est que cette dynamique d’unification a créé les conditions d’une centralisation que n’ont jamais désirée les groupes fondateurs. Progressivement, le Réseau a changé de nature. La fédération des premiers temps s’est autonomisée devenant la voix du mouvement antinucléaire voire sa principale composante.

La fonction et le rôle des groupes s’en sont trouvés profondément modifiés. Une sorte de révolution copernicienne a bouleversé le modèle des origines. La base du mouvement a perdu sa capacité d’initiative au profit d’une « tête » en capacité d’imposer des campagnes, des modes d’action et plus encore de fixer la stratégie du mouvement.

Cette situation explique la crise profonde que connaît aujourd’hui le mouvement antinucléaire. Si un grand nombre de groupes acceptent l’autorité du Réseau, ce n’est pas le cas de tous. Beaucoup parmi les groupes les plus actifs, notamment les plus anciens comme le CRILAN ou le CAN 84, n’acceptent plus l’hégémonie lyonnaise. D’autres ont tout simplement renoncé à l’action antinucléaire, dégoutés par le climat délétère qui règne au sein du mouvement.

Ce malaise au sein du mouvement antinucléaire s’approfondit au moment même où de nouvelles organisations mettent en œuvre des actions concrètes qui prouvent que le nucléaire n’est pas nécessaire. Si en 2005, les 7 vents du Cotentin diffusent leur brochure Courant alternatif pour le Grand-Ouest avec le Réseau, Négawatt publie son premier scénario en 2006, Virage énergie se développe de manière autonome en 2008, puis en 2009 le Réseau Action Climat est fondé avec l’objectif de porter un discours associatif sur la transition énergétique.

Le discours sur l’énergie évolue voire change de nature. Non seulement de nouvelles critiques s’affirment, mais surtout la manière d’aborder la question énergétique connaît une mutation profonde. Il ne s’agit plus tant de mettre en cause des risques et des impacts que de dénoncer un système qui expose les sociétés à une crise écologique globale sans assurer ni la sécurité des approvisionnements ni la justice sociale. L’énergie devient une question politique centrale qui détermine des choix techniques, industriels et économiques pour garantir un accès durable de tous à un bien commun dont personne ne met en cause l’utilité.

Il n’est pas étonnant que les partis politiques écologistes et d’autres soucieux du développement durable se soient emparés de cette nouvelle question énergétique. C’est une manière concrète d’aborder le thème de la décroissance sans choquer les plus conservateurs. C’est une problématique nouvelle qui permet de répondre concrètement aux difficultés que connaît aujourd’hui l’industrie en Europe en posant le principe d’une relocalisation de l’activité et de la décision. Mais là on se trouve dans le champ gouvernemental où il s’agit de promouvoir de nouvelles politiques plus justes et plus soutenables sans se restreindre à la contestation d’un modèle dépassé.

En revanche on peut s’étonner que le Réseau Sortir du nucléaires ait décidé de reprendre à son compte cette stratégie, d’autant plus que cela s’est fait au détriment des autres dimensions de la lutte antinucléaire : dénonciation du nucléaire militaire, mise en cause directe du modèle économique induit par le nucléaire, critique de la dimension politique et bien entendu le refus catégorique des conséquences sanitaires et environnementales.

Il n’est pas de la responsabilité du mouvement antinucléaire de décréter quelles sont les meilleures solutions énergétiques. Sa mission est de porter la grande diversité des points de vue contre le nucléaire sans en privilégier aucun.

Comment s’étonner dès lors que la crise rampante qui épuisait le Réseau éclate au grand jour à l’occasion du sommet de Copenhague sur le climat ?

C’est bien une querelle sur les moyens et les buts de la lutte antinucléaire qui déchire le Réseau à l’automne 2009 et aboutit à la rupture de 2010 toujours effective aujourd’hui. D’un côté, on trouve ceux qui tiennent à ce que le Réseau se dissolve dans un front plus large qui revendique un changement de modèle énergétique. De l’autre, ceux qui sont convaincus de la singularité de la lutte antinucléaire insoluble dans la problématique énergétique. Sans compter bien entendu une grande diversité de positions intermédiaires…

Le problème est que le fonctionnement du Réseau n’a pas permis de trouver un point d’entente entre ces tendances. Bien au contraire le pôle salarié a approfondi ce clivage en soutenant sans ambigüité la posture énergétique. Bon nombre d’antinucléaires classiques se sont dès lors trouvés exclus d’une organisation choisissant une orientation dont ils ne reconnaissent plus l’utilité et la stratégie. Et chacun connaît la suite…

Si le Réseau Sortir du nucléaire reste une organisation d’échelle nationale capable d’appeler à de grands rassemblements comme ceux qui ont eu lieu ce week-end ou de fédérer autour de lui d’autres organisations politiques syndicales et associatives comme le 17 mars dernier en proposant l’appel « nucléaire, nous voulons avoir le choix ! », son identité s’est considérablement brouillée pour ne pas dire affadie.

On ne sait plus très bien s’il est devenu une composante du mouvement pour une transition énergétique qui diffuse les thèses de Négawatt ou s’il reste une organisation spécifiquement antinucléaire. En tout cas une chose est sûre : on ne peut plus guère distinguer ses objectifs et ses méthodes des grosses ONG internationales telles le WWF ou Greenpeace qui disposeront toujours de plus de moyens et d’audience que lui.

Somme toute, une série de questions se posent aujourd’hui avec insistance alors que le nucléaire occupe tous les esprits et qu’aucune force politique ne peut plus ignorer ce problème : à quoi sert donc le Réseau Sortir du nucléaire ? Comment doit-il s’organiser ? Quels sont ses objectifs ? Quelles sont ses méthodes ?

Les réponses qu’apportent aujourd’hui la majorité du Conseil d’administration et le pôle salarié ne sont pas pleinement satisfaisantes et ont entraîné deux démissions coup sur coup, la mienne puis celle de Monique Guittenit… sans parler de la défiance de nombreux groupes.

Mais cette situation n’est pas fatale. Le mouvement antinucléaire possède la capacité de se ressaisir alors que les tâches qui lui reviennent sont immenses. Faut-il encore que le plus grand nombre comprenne l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le Réseau et, plus encore, admette la nécessité de réformer la fédération des groupes antinucléaires pour éviter un délitement de la lutte qui nous réunit tou(te)s.

Une impasse économique

Le premier problème est la nature même du Réseau. A mon sens le Réseau n’est plus une organisation militante mais plutôt une petite entreprise. Tout est déterminé en son sein par une manière de concevoir actions, discours et positions qui privilégient les aspects strictement comptables à toute autre considération.

Je ne dis pas qu’un tel fonctionnement est en soi scandaleux. Il peut en effet se comprendre compte tenu de la masse de travail que veut assumer l’équipe de la rue Dumenge. Ce qui ne va pas, c’est que cette orientation n’est pas clairement assumée. Elle est même occultée par tout un dispositif qui laisse croire que le Réseau est ou plutôt reste un organe militant.

Si on regarde bien comment est organisée l’équipe salariée, le dispositif apparaît de manière évidente. Sur 17 salariés, 10 sont destinés à ce que j’appelle la logistique (pôle comptabilité, maintenance internet et la gestion de stock). Ce groupe là travaille dans les vieux locaux partagés avec Silence rue Dumenge. Ici l’essentiel de l’espace est consacré au stockage du matériel dont nous sommes tous friands dans nos groupes locaux. Ici c’est l’Atelier, en quelque sorte là où les petites mains s’affairent pour répondre aux multiples sollicitations.

Il faut aller un peu plus loin dans de nouveaux locaux pour trouver les « salariés-politiques », c’est-à-dire ceux et celles qui se sont arrachés à l’activité matérielle pour assumer des « tâches ô combien plus prestigieuses ». C’est rue du Pavillon, dans un magnifique appartement restauré, qu’officie le « coordinateur général » et ses collaborateurs directes : son fidèle rédacteur qui a la haute main sur toutes les publications, son adjointe recrutée il y a bientôt 6 mois, la jeune attachée de presse et la juriste. C’est là aussi que les deux « campagneuses » travaillent quand leur activité ne les amène pas à sillonner la France.

Ainsi la petite salle de réunion de la rue du Pavillon ne compte-t-elle que 6 chaises. Vous imaginez bien que ce qui se passe ici ne concerne guère les manœuvres. La division du travail est poussée à son paroxysme… alors qu’on aurait pu imaginer un fonctionnement plus proche d’une SCOP ou d’une SCIC !

Mais pensez-vous… Il y a tant de travail au Réseau qu’il faut s’organiser de la manière la plus efficace et la plus rationnelle quelques soient les idées développées par les voisins de Silence. Ainsi ce qui revient sans arrêt dans la bouche des salariés, c’est la surcharge de travail, la longueur des journées et le besoin de nouvelles embauches.

On a bien affaire à un modèle fondé sur une logique de croissance. Il faut bosser pour financer la structure. Plus on bosse, plus cela crée de nouvelles tâches. Plus il y a de nouvelles tâches, plus il faut bosser. Et alors on doit embaucher pour amortir le développement de l’activité et ainsi de suite. A croire que l’équipe salariée est entrainée dans une fuite en avant continuelle qui la pousse vers le toujours plus sans jamais penser la soutenabilité effective d’une telle logique.

Aujourd’hui cette logique atteint ses limites. Les flux financiers ne couvrent plus guère la masse salariale et limitent grandement les investissements. Le réseau est perpétuellement exposé au risque économique. L’ensemble de l’activité s’en trouve impacté. Si l’argent des groupes monte au Réseau, force est de reconnaître que les flux descendants sont bien maigres… à l’exception notoire de quelques dépenses que Lyon est contraint de concéder sous peine de voir son image militante s’estomper un peu plus (aide au GANVA et la Maison de Bure, soutien financier à des événements tel Lézan ou le collectif Altermob).

Le Réseau est devenu en quelque sorte le trou noir financier du mouvement anti-nucléaire. Le budget ne cesse de gonfler sans pour autant que les liquidités augmentent. Il suffit pour s’en convaincre de regarder des éléments publics aujourd’hui, à savoir les données présentées à l’occasion de l’AG 2011. Ce n’est pas moins d’un million d’euros qui passe par Lyon. Jacques Caclin pouvait alors annoncer fièrement que les prélèvements couvraient 94% de la masse salariale. Manifestement ce taux s’est aujourd’hui effondré…

En toute logique, la priorité est aujourd’hui à la recherche effrénée de fonds. Pour cette raison le réseau a décidé de s’associer avec un organisme dont la seule qualité est de posséder une très large liste de diffusion sur le net [1]. Pour cette raison, le Réseau a décidé de s’intéresser au fameux 1% pour la planète [2]. Pour cette raison, l’urgence cet automne est de relancer les groupes et les particuliers pour qu’ils renouvellent dès maintenant leur adhésion. Preuve s’il en est que les ressources manquent !

En définitive on doit bien parler d’une faillite économique du Réseau. Même dans un contexte marqué par une catastrophe nucléaire mondiale sans précédent, de multiples incidents dans les centrales françaises et un drame à Marcoule, le Réseau ne réussit pas à accumuler des fonds pour soutenir les luttes de demain et renforcer celles d’aujourd’hui.

Il faut dire que parfois l’argent est destiné à des opérations des plus étranges. Regardons avec attention cet exemple abordé lors d’un comité de gestion du printemps dernier :

Philippe souhaite s’engager dans un processus de conseil et de diagnostic de son travail de coordinateur général de l’équipe par un consultant (XXXXX) qui débuterait par une enquête auprès des salariés et des administrateurs (Diagnostic 360 °) avant de se prononcer sur un accompagnement du développement de ses compétences opérationnelles et relationnelles.

XXXXXXX a été conseillé pour son expérience et ses qualités par XXXXXX, membre du comité XXXXXXXXX du Réseau et formateur à XXXXXXXXXXXXXX.

Le coût pour le Réseau d’un tel diagnostic serait de X XXX € TTC qui pourrait être probablement pris en charge pour une bonne part par notre fonds de formation continue.

Une convention d’intervention a été transmise au comité de gestion qui présente le contexte, la demande et les bénéfices attendus.

Aucune décision sur cette démarche n’est nécessaire dans la mesure où elle s’inscrit dans le cadre d’une démarche personnelle d’accompagnement et de formation.

Déconcertant n’est-ce pas… Une personnalité du Réseau conseille à son ami Philippe de faire appel aux services d’un homologue. Une fois encore on retrouve cette logique managériale qui donne lieu à des échanges monétaires non négligeables. Chaque mot compte dans cette délibération du comité de gestion… surtout la dernière mention qui doit être mis en regard des difficultés de certain(e)s pour se faire rembourser leurs frais…

Une impasse organisationnelle

Les administrateurs auraient pu effectuer cette mission. Une telle possibilité n’a pas été envisagée puisque au sein du Réseau règne à présent une culture qui promeut la professionnalisation de l’action publique et entend tirer un trait sur la culture militante classique considérée comme obsolète.

Le Réseau est à l’image de la société actuelle. Il a succombé et succombe encore à une lente dérive qui investit de tous les pouvoirs une oligarchie omnipotente qui vient ruiner tous les dispositifs démocratiques traditionnels. On retrouve donc dans une certaine mesure à Lyon ce qu’Hervé Kempf dénonce à l’échelle mondiale.

« Répétons-le : l’oligarchie, ce n’est pas la dictature, c’est le gouvernement par le petit nombre des puissants. Entre eux, ils discutent, réfléchissent, s’opposent, rivalisent. Ils font « démocratie », mais entre eux, sans le peuple. Et quand la décision est prise, elle s’impose, même si l’on y mettra les formes en habillant avec un art consommé la procédure électorale et la discussion publique [3]. »

Celle qu’on dénommera à présent l’oligarchie lyonnaise (OL) met ainsi en œuvre une stratégie non intentionnelle mais subjective. Une stratégie très aisée puisqu’elle dispose des structures, des moyens et des procédures nécessaires à l’exercice d’une relation de domination.

Mais si le pouvoir s’exerce, il n’en fait pas moins système. Ce qui se passe à Lyon, à la tête du Réseau, n’existerait pas sans une acceptation des groupes et des administrateurs censés les représenter.

Le souci légitime de beaucoup de préserver en dernier recours l’organisation du mouvement les a amené à accepter l’hégémonie lyonnaise. Ce fut la décision prise notamment en Haute-Normandie quand le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs décida de maintenir ses relations avec Lyon malgré les réticences de certain(e)s. En définitive, une même logique a entraîné les différents acteurs du mouvement antinucléaire sur une voie qui parait aujourd’hui sans issue.

A partir du moment où le principe de professionnalisation de l’activité militante a été accepté, un coin a été enfoncé dans le modèle originel du Réseau comme le dit si bien Michel Boccara dans sa brochure du printemps 2011 [4]. La brèche est devenue béante quand le pôle salarié s’est étoffé au point de surclasser tant sur le plan décisionnel qu’intellectuel le CA.

Le plus surprenant est que lorsque ce renversement organisationnel a commencé à produire ses effets délétères, c’est un salarié et non pas le CA qui a réagi. L’enfant chéri du Réseau, celui qui l’a sorti de la confidentialité, a explosé de rage, peinant à trouver les mots justes pour exprimer sa colère. Le conflit qui aurait du opposer administrateurs et salariés a eu lieu au sein même de l’équipe salariée aboutissant à une assemblée générale extraordinaire à tous les sens du terme.

« Si j’ai pris la décision de licencier Stéphane, c’est parce que je n’avais pas d’autre choix. C’était cela ou laisser exploser le réseau, le CA aurait du prendre cette décision mais il n’en était pas capable. » Philippe Brousse cité par Michel Bocara

Le piège de la professionnalisation s’est refermé sur des administrateurs privés des moyens de comprendre, de connaître et de décider.

Tout cela est confirmé par une célèbre tribune adressé par Didier Anger aux administrateurs, anciens administrateurs, salariés du Réseau :

« Pour des causes multiples (professionnalisme des salariés, manque de temps, hétérogénéité inévitable du CA…), le poids de Lyon s’est accru en même temps que l’esprit d’entreprise l’a emporté peu à peu sur l’esprit associatif, y compris dans l’utilisation du Droit. Entre l’association du début avec des rapports amicaux, égalitaires, entre ses membres et la grosse ONG pourvue d’un « staff » de salariés compétents sous l’autorité hiérarchique d’un DRH, il y a un monde. »

Comme le dit un peu plus loin Didier, les administrateurs se trouvent contraints par un fonctionnement rapide, trop rapide, du pôle salarié qui vient investir toutes les tâches qu’ils ne peuvent exercer immédiatement.

Ce n’est pas tant la question ô combien politique du positionnement sur le climat dans le contexte de Copenhague qui pose problème, mais bien la stratégie de l’urgence constante qui a permis d’épuiser les élus et de les contraindre à prendre des positions contradictoires avec leurs engagements locaux.

La résilience du CA a été mise à rude épreuve fin 2009 au point de détruire la résolution des plus sincères et d’abattre la figure classique de l’administrateur-représentant. On peut bel et bien parler de rupture dans l’histoire du Réseau.

La transition tant espérée par quelques salariés a pu dès lors se réaliser. Une transition qui a pris la forme d’une modification de la place, du rôle et du fonctionnement du conseil d’administration. Lyon a pu disposer à l’issue des AG de février et de juin d’une « chambre introuvable » au sein de laquelle chacun a accepté la fonction qui lui était confiée.

· La chambre introuvable est d’abord une chambre d’enregistrement soumis au rythme effréné des votes organisés par les salariés sur l’intranet : au CA on vote sur tout et surtout on vote sur rien… puisque tout ce qui est stratégique pour le Réseau est décidé exclusivement par le pôle salarié.

· La chambre introuvable est un panel qui permet aux salariés d’éprouver leurs idées et de connaître les opinions de « la base ». Les ordres du jour sont toujours tellement serrés qu’il est impossible de développer une réelle réflexion collective. Les administrateurs s’expriment, répondant aux injonctions des salariés, les commentant sans jamais pouvoir élaborer entre eux des stratégies.

· La Chambre introuvable est une cour où chacun essaie de faire valoir ses qualités auprès des salariés qui tiennent la boutique pour obtenir quelques bonnes grâces à savoir des missions et des représentations. En effet le système est suffisamment pervers pour qu’il récompense la docilité et censure la créativité.

· Enfin la Chambre introuvable est une poulinière où les maîtres viennent recruter les plus dociles pour les seconder à l’occasion de certaines actions et autre délégations. L’égo des courtisans s’en trouve flatté et les maîtres soulagés d’une partie de la charge de travail. C’est le cas en particulier du porte-parolat accordé à discrétion des véritables dirigeants…

Ainsi le CA est-il telle la Cour de Constantinople l’occasion de prétendre à des titres magnifiques mais complètement dépourvus de contenu… voire de sens. C’est le cas en particulier de la fonction de trésorier qui ne peut pas grand-chose face à un service comptable qui ne rend de compte qu’à la coordination générale. Il en va de même pour les responsables de commission dont le pouvoir direct tend vers zéro. Au mieux ils peuvent corriger les actions des salariés sans disposer d’une capacité réelle d’influence et de contrôle.

La communication échappe complètement aux administrateurs et au responsable de la commission communication. Combien de fois avons-nous vu tomber de je ne sais où des communiqués inodores et sans saveur mis au vote sur des délais infimes mais publiés avec un grand empressement. Une sorte de frénésie communicante dénuée de toute capacité critique s’est imposée fragilisant l’image du Réseau. A l’inverse quand un sujet semble important, il faut dépenser des trésors d’énergie et de temps pour convaincre des salariés de modifier un plan de communication… dont on a beaucoup de mal à saisir la subtilité.

N’est-il pas surprenant du reste que les dernières révélations sur la faillite technologique de l’EPR soient parues dans le Canard ? En d’autres temps de telles informations auraient été diffusées par le Réseau pour ensuite seulement être relayées par la presse. Cet exemple est d’autant plus désolant quand on sait qui a transmis les informations au Canard… Est-ce à dire que le Réseau n’apparaît plus comme un vecteur crédible d’informations ?

Bien des éléments amènent à penser que c’est le cas. Il suffit pour s’en convaincre de regarder qui on trouve au CA. Philippe Brousse pour maintenir l’illusion d’un fonctionnement démocratique a fait appel à ses amis pour constituer la Chambre introuvable en 2010. Il lui fallait absolument trouver quelques fidèles pour remplacer les personnalités du mouvement antinucléaire mises à l’écart en février… quitte à accepter quelques opposants maintenus bien entendu en position minoritaire.

Rien ne correspond à ce qui est présenté dans les statuts et le règlement intérieur…. Que personne en définitive ne regarde. Certes des réunions sont organisées. Certes des votes ont lieu. Certes des points de vue s’expriment. Mais rien ne se joue vraiment à ces occasions. Le CA, ne maitrisant pas les ordres du jour et ne décidant pas ce qui est mis au vote subit toujours une logique qui lui est imposée. Surtout les choses sérieuses ne se jouent jamais en présence de tous les administrateurs : seuls ceux qui participent au fameux comité de gestion et surtout les deux « administrateurs d’astreinte » ont accès à l’information. Mais ils se gardent bien de la diffuser à leurs pairs. Tout au plus pendant les plénières, ils se contentent de prononcer la formule rituelle : « C’est bon on en a discuté avec Anne-Laure et Philippe… »

Il va sans dire qu’un tel CA qui n’ose même plus se réunir à huis clos ne peut en aucun cas être considéré comme un pouvoir face au pôle salarié, ni même un contre-pouvoir. Et quand un(e) administrateur tente de développer une pensée singulière, le dispositif est suffisamment rodé pour le calmer rapidement. Les administrateurs d’astreinte interviennent rapidement pour rappeler à l’ordre le contrevenant, lui assénant la ligne. Puis c’est au tour des salariés de lancer une salve de remarques acerbes. Si cela ne suffit pas, reste la mesure la plus contraignante à savoir la rétention d’information.

S’il y a bien une chose de sûre au Réseau, c’est qu’administrateurs et militants ne sont pas tenus au courant de grand-chose. Au mieux les informations sont classés dans un des nombreux méandres de l’intranet… au pire elles sont réservés à ceux seuls qui ont reçu le niveau d’accréditation nécessaire. Il y a bien quelque chose d’orwellien dans la manière dont fonctionne le Réseau.

Propositions pour une réforme urgente

Jamais la crise n’a été aussi profonde qu’aujourd’hui à l’issue des manifestations du 15 octobre que Lyon a bien tardé à soutenir. L’organisation du Réseau comme son fonctionnement donnent à voir une carence préjudiciable au succès de cette lutte que nous menons tou(te)s dans nos diverses associations.

Une telle situation n’est pas une fatalité. Le mouvement antinucléaire possède les qualités et les capacités pour initier une authentique réforme de son organisation afin de fédérer toutes ses composantes, toucher le grand public et organiser une riposte à la hauteur des enjeux.

Quelques idées simples pourraient être mises en œuvre rapidement pour aborder les échéances de 2012 avec confiance et détermination : remettre les groupes au cœur du Réseau, investir les coordinations régionales de réelles capacités humaines et organisationnelles, restaurer les pouvoirs du conseil d’administration voire l’élargir pour garantir une plus grande représentation des différentes composantes du mouvement et surtout limiter les prérogatives d’un pôle salarié devenu trop nombreux et omnipotent. Il s’agit tout simplement de rompre avec le modèle actuel produit d’une société nucléarisée qui repose sur une division stricte du travail et du pouvoir, une culture de la soumission et du secret et le mythe d’une croissance infinie.

L’enjeu est de taille. Le mouvement antinucléaire doit se ressaisir alors que la catastrophe de Fukushima se poursuit, que la filière nucléaire française essaie par tous les moyens d’imposer l’irréversibilité de cette technologie de mort tant dans le domaine civil que militaire.

Le mouvement antinucléaire s’il veut réellement peser sur les décisions politiques est face à la nécessité de fédérer tous ceux et celles qui veulent dire « non » au lobby militaro-industriel. Cela ne peut se faire dans le cadre des structures existantes et encore moins en perpétuant la stratégie privilégiée par Lyon depuis deux ans.

La critique du nucléaire ne saurait en aucun cas se limiter aux seules questions énergétiques et climatiques. Elle touche quelque chose de beaucoup plus profond. La critique du nucléaire en effet met en cause l’organisation même de nos sociétés, la culture de la modernité construite contre la nature et plus encore des imaginaires sociaux qui n’ont pas fait complètement le deuil du totalitarisme.

Désobéir au nucléaire est une chose. Faut-il encore expliquer pourquoi cet acte est si nécessaire. Or le Réseau ne répond plus aujourd’hui à cet impératif. Si ce n’est à de rares exceptions telles les Journées d’étude organisées à Toulouse par la coordination Sud-ouest, le Réseau Sortir du nucléaire étouffe la pensée critique, limitant la réflexion sur le nucléaire à une dispute stérile sur les délais de sortie. Mais le problème n’est plus là… puisque chacun sait aujourd’hui que la sortie du nucléaire est possible : elle est déjà à l’œuvre en Allemagne… sans parler de la terrible situation que connaît le Japon.

Mais une telle réaffirmation critique du mouvement antinucléaire ne pourra se faire sans une volonté partagée de réunir l’ensemble de ses composantes écologistes, trotskystes, libertaires, autonomes, etc. et surtout des hommes et des femmes qui tout simplement refusent cette technologie de mort sans appartenir pour autant à un courant politique ou spirituel.

Le Réseau aujourd’hui bloque cette réunification et met tout en œuvre pour tenir en marge du mouvement des groupes et des personnalités dont l’engagement antinucléaire est ancien et sincère : Didier Anger, Chantal Cuisnier, Michel Guéritte, Yves Lenoir, Stéphane Lhomme, Jean-Luc Pasquinet, Pierre Péguin, Isabelle Taît et bien d’autres.

Une réelle refondation fédérale du mouvement antinucléaire ne saurait les ignorer et esquiver la nécessaire réhabilitation de tous ceux et celles qui ont été victime de la crise de 2010. C’est une question de justice. C’est aussi une question pratique puisqu’il est inconcevable de vouloir renforcer le mouvement antinucléaire en excluant bon nombre des principaux adversaires de l’industrie de l’atome en France.

Le Réseau Sortir du nucléaire a joué son rôle. Aujourd’hui il est dépassé par une situation qu’il a été incapable d’anticiper et, plus encore, il est entravé par une organisation bureaucratique qui nuit à son efficience et à sa réactivité.

Le plus grand nombre ne se reconnaît plus dans ce Réseau qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été, de ce qu’il voulait devenir. Afin de restaurer la possibilité de travailler tous ensemble en tirant un trait sur la crise humiliante de 2010, il s’agit de refonder le mouvement anti-nucléaire en France. Il est grand temps de changer de base pour que l’année 2012 soit celle de l’arrêt du nucléaire en France… voire en Europe.

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Notes :

[1] ADOME

[2] http://www.onepercentfortheplanet.org/fr

[3] Hervé Kempf, L’oligarchie ca suffit, vive la démocratie, Paris, 2011, Seuil, p35.

[4] http://leliencommun.org/sdnlot/cris...

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Fukushima : l’équivalent d’une région française devenue radioactive Agnès Rousseaux (Basta) Reporterre 2011/12/19 Agnès Rousseaux (Basta) (19 décembre 2011) Fukushima : l’équivalent d’une région française devenue radioactive. Reporterre. Enquête — Catastrophes nucléaires fr

Fukushima : l’équivalent d’une région française devenue radioactive

Les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima sur la population commencent à montrer leur étendue. Pneumonies, leucémies ou problèmes hormonaux semblent se multiplier chez les deux millions d’habitants de la région. Les enfants sont en première ligne, alors que les terres, les eaux et certains aliments sont fortement contaminés.

« La santé de nos enfants est maintenant en danger. Nous constatons des symptômes tels que thyroïdes enflées, saignements de nez, diarrhées, toux, asthme… » C’est l’appel lancé par un groupe de femmes de la région de Fukushima. Depuis mars, ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser pour alerter sur les dangers sanitaires de la radioactivité, dans la zone concernée par la catastrophe nucléaire, comme ailleurs dans le pays. Des graphiques mis en ligne par Centre de surveillance des maladies infectieuses font apparaître d’inquiétants pics pour certaines maladies au Japon, comme les pneumonies, ou les conjonctivites aiguës hémorragiques.

Des écoliers plus irradiés que les travailleurs du nucléaire

Des prélèvements d’urine effectués par un laboratoire indépendant français (l’Acro Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest, agréé par l’Autorité de sûreté du nucléaire), auprès d’une vingtaine d’enfants de la région de Fukushima ont montré que 100 % d’entre eux sont contaminés par du césium radioactif. Dans cette région, un enfant examiné sur treize aurait des problèmes hormonaux et un dysfonctionnement de la thyroïde, selon une étude japonaise. Face à l’angoisse des parents, la préfecture de Fukushima a lancé en octobre une grande étude médicale auprès de 360.000 enfants.

Les habitants de la région de Fukushima restent soumis à un important taux de radiation. En avril, le gouvernement japonais a relevé la norme de radioprotection de la préfecture de Fukushima de 1 millisievert/an à 20 millisieverts/an. Ce taux est le seuil maximal d’irradiation en France pour les travailleurs du nucléaire. Alors que la sensibilité des enfants aux radiations est plus importante que celle des adultes, le ministère de l’Éducation considère pourtant comme « sans danger » les écoles où le taux de radiation approche les 20 millisieverts/an. 20 % des écoles de la préfecture de Fukushima dépasseraient ce taux. Dans ces établissements, les activités de plein air sont limitées : les enfants ne sont pas autorisés à rester plus d’une heure dans les cours de récréation et les parcs, ni à jouer dans les bacs à sable. Parallèlement, du césium a même été détecté dans du lait en poudre destiné aux enfants.

Les autorités confirment la vente de riz contaminé

Cette situation est « extrêmement dangereuse », s’indigne le réseau Sortir du nucléaire, qui rappelle qu’« aucune dose de radioactivité n’est inoffensive » : « Les normes d’exposition ne correspondent en aucun cas à des seuils d’innocuité scientifiquement fondés ; elles définissent seulement des niveaux de “risque admissible”. » Dans la ville de Fukushima, située à 60 km de la centrale, la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) a mesuré une contamination de 370.000 Bq/kg de la terre prélevée sous les balançoires d’une école primaire. Une radioactivité énorme. « Ce sol est devenu un déchet radioactif qui devrait être stocké dans les meilleurs délais sur un site approprié », déclarait alors l’organisation.

La nourriture est aussi un vecteur de contamination radioactive. Les autorités japonaises ont étendu le 29 novembre l’interdiction de vente de riz, notamment dans la région de Date, où des milliers d’agriculteurs ont dû suspendre leurs livraisons. Les dernières mesures effectuées montraient une teneur supérieure à la limite légale provisoire, fixée par le gouvernement à 500 becquerels/kg. Neuf kg de riz « excédant les standards de sécurité internationaux » ont par ailleurs été vendus à des consommateurs, ont déclaré les autorités de la préfecture de Fukushima, qui se sont excusées pour « les désagréments causés aux personnes qui ont acheté ce riz » (sic). C’est la première fois depuis la catastrophe que les autorités confirment la vente de riz contaminé. Le présentateur de télévision Norikazu Otsuka, qui consommait en direct des produits de la région de Fukushima pour en montrer l’innocuité, a récemment été hospitalisé pour une leucémie aigüe. Ce qui n’a pas rassuré les deux millions d’habitants de la zone.

L’équivalent de la Bretagne contaminé au Césium

Autre sujet d’inquiétude : le taux de contamination en césium des rivières de la région de Fukushima. Une étude universitaire évalue le niveau de contamination à l’embouchure de l’Abukumagawa à environ 50 milliards de becquerels répandus dans la mer chaque jour. L’équivalent, au quotidien, du césium déversé dans la mer pour tout le mois d’avril, par les eaux « faiblement contaminées » relâchées par Tepco depuis les réacteurs.

Un rapport publié fin novembre par les autorités japonaises souligne que 8 % du territoire du Japon est fortement contaminé par du césium radioactif. Soit 30.000 km². L’équivalent de la superficie de la Bretagne ou de la région Paca. Le césium s’est diffusé à plus de 250 km vers l’ouest, et jusqu’à la préfecture d’Okinawa, à 1 700 km de la centrale, selon le ministère des Sciences [1]. Une zone de 20 km autour de la centrale a été évacuée en mars, et à 30 km les habitants avaient pour consigne de se calfeutrer chez eux, prêts pour une évacuation. Les dernières cartes publiées par le ministère montrent que la zone à risque est beaucoup plus étendue. 300 000 personnes vivent dans la ville de Fukushima, où la radioactivité cumulée atteignait en mai plus de 20 fois la limite légale.

À qui appartient la radioactivité ?

À Hitachinaka, à une centaine de km de la centrale, le taux de radiation est de 40.000 becquerels/m², près d’un million de fois supérieur à la radioactivité naturelle locale, avant la catastrophe [2]. Après l’accident de Tchernobyl, les zones où les niveaux de radioactivité dépassaient 37.000 becquerels/m² étaient considérées comme « contaminées », rappelle le journal Asahi, principal quotidien du Japon. Dans le quartier Shinjuku de Tokyo, le taux est toujours de 17.000 becquerels/m² [3]. Dans certaines régions montagneuses, à 180 km de Fukushima, la radioactivité se situe entre 100.000 et 300.000 becquerels/m². Une contamination qui aura des conséquences durables, car la demie-vie du césium 137 est de 30 ans.

Le gouvernement se veut pourtant rassurant. Beaucoup d’habitants n’ont de toute façon pas les moyens de quitter les zones contaminées. La plupart des 160.000 Japonais évacués après la catastrophe attendent toujours des indemnités de la part de Tepco. Le propriétaire de la centrale est de plus en plus critiqué pour sa gestion de l’après-catastrophe. Lors d’un procès concernant la décontamination d’un terrain de golf au Japon, Tepco a sidéré les avocats en se dédouanant de ses responsabilités, affirmant que « les matériaux radioactifs (comme le césium) qui ont été disséminés par le réacteur n° 1 de la centrale de Fukushima et sont retombés appartiennent aux propriétaires des terres et non plus à Tepco » !

Cynisme et manque de transparence

Un argument rejeté par le tribunal, qui a cependant décidé de confier les opérations de décontamination aux autorités locales et nationales. Tepco va jusqu’à contester la fiabilité des mesures effectuées et affirme qu’un taux de 10 millisieverts/heure n’était après tout pas un problème et ne justifiait pas de maintenir des terrains de golf fermés. Les mesures effectuées sur ces terrains mi-novembre ont pourtant détecté un taux de césium de 235.000 becquerels par kg d’herbe : à ce niveau, la zone devrait être classée comme interdite selon les standards mis en place après l’accident de Tchernobyl, souligne Tomohiro Iwata, journaliste du Asahi Shimbun.

Au cynisme de Tepco s’ajoute le manque de transparence. Le 28 novembre, l’entreprise a annoncé que Masao Yoshida, 56 ans, directeur de la centrale de Fukushima au moment de la catastrophe, a dû quitter son poste pour des raisons de santé. Il a été hospitalisé en urgence. Tepco refuse de donner davantage de précisions. Par ailleurs, un projet du gouvernement d’organiser un monitoring en temps réel des radiations dans 600 lieux publics de la préfecture de Fukushima, notamment les écoles, devait démarrer en octobre. Il a été reporté à février 2012. Argument évoqué : l’entreprise qui devait fournir les équipements n’a pas pu tenir les délais.

Le béton des réacteurs rongé par le combustible

Les experts estiment que les efforts de décontamination devraient coûter au Japon 130 milliards de dollars. À cela risquent de s’ajouter des coûts sanitaires et environnementaux encore difficiles à comptabiliser, tant le risque sanitaire semble être aujourd’hui minimisé. D’après Tepco, la situation de la centrale est aujourd’hui stabilisée [4]. La température des réacteurs 1, 2 et 3 – qui ont subi une perte totale du système de refroidissement en mars – serait maintenue en dessous de 100 degrés. Le risque sismique n’est pourtant pas écarté, qui pourrait de nouveau aggraver la situation. Dans un rapport rendu public le 30 novembre, Tepco explique que le combustible du réacteur 1 aurait entièrement fondu, percé la cuve et rongé une partie du béton de l’enceinte de confinement, sur 65 cm de profondeur. Le combustible fondu serait à 37 cm de la coque en acier. Mais ces analyses reposent sur des estimations et simulations informatiques. Impossible d’avoir des informations plus précises.

Pendant ce temps, la vie continue dans les régions contaminées. Le 13 novembre, dans la ville de Fukushima, était organisé le marathon annuel, Ekiden. Des jeunes femmes ont couru 40 km, sans aucune protection, dans une des zones les plus contaminées du Japon. Un journaliste japonais y a relevé des taux de 1,4 microsieverts/h (soit plus de 12 fois la limite d’exposition aux rayonnements autorisée pour la population civile en temps normal). L’organisateur de la course a fait signer aux participants un formulaire stipulant qu’ils ne pourraient le poursuivre en justice s’ils avaient des problèmes de santé. À Fukushima, la vie ressemble à un jeu de roulette russe où les victimes ne sont pas ceux qui appuient sur la gâchette. Eux jouissent, pour le moment, d’une impunité totale.

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Notes :

[1] La présence de césium 134, à la durée de mi-vie de 2 ans, est la preuve que la source de cette radioactivité est bien l’explosion de la centrale de Fukushima.

[2] 970.000 fois le niveau de 2009, qui était de 0,042 becquerels/m² de « densité cumulée de césium 134 et 137 », d’après The Asahi Shimbun.

[3] De grandes quantités de poussières radioactives sont tombées sur Tokyo, mais une autre étude montre une faible accumulation de césium dans le sol. L’explication ? « Tokyo a de plus petites surfaces de sol que les autres préfectures, mais les routes et les surfaces en béton ont moins tendance à fixer le dépôt de césium, qui a probablement été lessivé par le vent et la pluie », affirme un membre du ministère.

[4] 45 tonnes d’eau radioactive se sont pourtant de nouveau échappées du réacteur n°1 début décembre.

Le programme des écologistes d’EELV Europe Ecologie Les Verts (EELV) Reporterre 2011/12/20 Europe Ecologie Les Verts (EELV) (20 décembre 2011) Le programme des écologistes d’EELV. Reporterre. fr

Le programme des écologistes d’EELV

Europe Ecologie Les Verts a adopté dimanche 18 décembre son « Programme d’actions pour les temps qui viennent ».

Partout les crises sévissent. Partout tentent de s’imposer des issues qui reposent sur l’austérité, la déréglementation, le recul de la puissance publique, la reproduction sans frein de l’ancien modèle de croissance infinie.

Ces issues, conformistes et technocratiques, sont autant de contresens. Contresens sur le diagnostic, contresens sur le rôle de la politique et de ceux qui portent la responsabilité démocratique.

Que vivons-nous enfin depuis près d’un demi-siècle ? Une inversion incompréhensible de la hiérarchie entre les facteurs humains, économiques et financiers, une aggravation vertigineuse des inégalités, la fin programmée des ressources de notre planète, le désarroi et l’angoisse comme legs aux générations futures.

Il ne s’agit plus de prendre des décisions pour quelques années mais de s’interroger sur le long terme, de décider de l’avenir de notre planète en faisant des choix pour plusieurs générations : - Soit nous continuons avec les croyances du passé, à adorer les divinités flétries du gaspillage et de l’inégalité et nous préparons alors l’aggravation sévère des maux qui nous accablent : épuisement écologique et désordres climatiques, pertes de biodiversité et conséquences sur l’eau, l’air, les forêts, les milieux naturels, l’alimentation et la santé humaine, accroissement de la pauvreté, de la précarité, du toujours plus pour une minorité de la population. - Soit nous changeons de modèle, nous faisons décroître notre empreinte écologique, nous pensons “nouvelles solidarités”, maîtrise et reconstruction de notre relation à la nature, amélioration de l’environnement de toutes et tous, préservation de l’avenir de notre maison commune. Nous construisons pour cela une autre façon de vivre ensemble, nous donnons une place majeure au bien-vivre, au bien-être, à l’égalité, à la qualité, au partage démocratique de la décision. Ce projet de civilisation porte un nom : l’écologie politique.

Qu’est ce que l’écologie politique ? Une philosophie de réconciliation et de respect par l’humanité de son environnement. La volonté de replacer au centre des débats, des décisions et de l’action collective, le temps long, et la transmission pour donner un sens à l’exercice démocratique.

Un projet de transformation global portant sur l’environnement, l’économie, le contrat social. Un chemin, celui de la conversion écologique de l’économie, pour développer de nouveaux secteurs technologiques, réinvestir les territoires, créer des emplois et remettre sur le devant les valeurs de solidarité, de liens et d’innovation.

Ce projet émerge partout et retrouve le sens des combats anciens pour la liberté et pour l’émancipation. Il rejoint le mouvement irrépressible sur tous les continents – et récemment dans les pays arabes – pour plus de démocratie, de dignité, d’égalité.

De nombreuses alternatives de vie, des solutions technologiques nouvelles, des expérimentations réussies depuis des années sur tous les territoires, l’enthousiasme né de milliers d’initiatives, disent que l’avancée vers une autre société est possible, et même qu’elle est même déjà en marche. Pour peu que la politique lui donne le coup d’accélérateur indispensable, pour peu qu’elle aide à lever les obstacles qui se dressent sur son chemin, nous sommes prêts pour une société plus écologique et plus solidaire.

C’est ce que nous proposons... Depuis 2009 et la création d’Europe Écologie suivie de la fusion d’Europe Écologie et des Verts à Lyon en novembre 2010, nous n’avons cessé de porter une approche différente des enjeux d’un programme pour aujourd’hui et le futur.

Nous avons choisi d’élargir l’horizon du débat politique français hors des frontières. Nous sommes convaincus que les institutions européennes, et particulièrement le Parlement européen, doivent devenir un lieu démocratique central de débats et de décision.

Nous voulons que l’ouverture à la diversité des débats et l’ouverture au monde deviennent partie intégrante des processus de décision nationaux. C’est une condition indispensable à l’émergence d’une nouvelle audace démocratique. Ce programme d’action écologiste pour les années à venir décline en objectifs concrets de transition les valeurs du “Manifeste pour une société écologiste”. Nous entendons non seulement faire face aux urgences et réparer les conséquences des mauvaises décisions passées, mais avant tout aller aux causes, anticiper, prévoir.

Ce “programme d’action écologiste pour les années à venir” décline en objectifs concrets de transition, les valeurs du “Manifeste pour une société écologiste” adoptée par Europe Écologie Les Verts lors de son Congrès de fondation à Lyon.

Décrivant un horizon, une démarche et une méthode, il s’organise en six grandes orientations :

- 1 Un futur soutenable : réduire notre empreinte écologique, protéger les biens communs, répondre aux besoins humains fondamentaux - 2 Une économie écologique au service des populations et des territoires - 3 Le mieux vivre pour tous - 4 Une société ouverte, de droits et d’émancipation - 5 La 6e République dans une Europe fédérale - 6 Un monde de paix et de justice

Les musulmans à l’épreuve du réchauffement climatique Nabil Ennasri Reporterre 2011/12/20 Nabil Ennasri (20 décembre 2011) Les musulmans à l’épreuve du réchauffement climatique. Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

Les musulmans à l’épreuve du réchauffement climatique

« La création est en effet, pour le musulman, un don divin. La respecter est une exigence et permet au croyant de renouer avec la tradition prophétique d’un mode de vie écologiquement sain et responsable. »

Le sommet de Durban vient de prendre fin et laisse un goût amer. L’accord à minima signé est en effet bien loin de ce qu’exigeait l’urgence de la situation. Les négociateurs se sont donnés rendez-vous l’an prochain au Qatar, pays musulman qui détient le triste record de premier émetteur de gaz à effet de serre par habitant.

L’impératif écologique semble loin des préoccupations immédiates des musulmans dans le monde. Certes, le monde musulman vit une période de mutation et les soulèvements qui secouent le monde arabe peinent à ériger la question du réchauffement climatique au cœur de l’agenda politique. Cependant, ils auraient tort de reléguer cette problématique majeure au second plan. Ceux-ci se doivent de prendre sérieusement en considération la réalité d’une menace qui ne les épargnera pas. Et ce, pour trois raisons :

D’abord, l’unanimité des scientifiques ne fait guère plus de doute sur la pertinence d’un phénomène qui aura de très lourds impacts. La planète se dirige vers une augmentation de sa température de 3°C (voire plus) et il semble désormais impossible de contenir le réchauffement à 2°C, seuil qui éviterait un emballement de la machine climatique. Cet horizon est synonyme de lendemains douloureux avec une multiplication des phénomènes climatiques violents (inondations, sécheresse etc). Le monde musulman n’a donc pas le choix : pour contenir ces dérèglements, il faut s’engager dans des politiques volontaristes de réduction des gaz à effet de serre d’autant plus que les premiers touchés seront, pour beaucoup, des populations à majorité musulmane. L’exemple le plus flagrant est celui du Bangladesh : avec plus de 150 millions d’habitants, cet Etat (l’un des plus pauvres de la planète) sera l’un de ceux qui subira de plein fouet les conséquences du réchauffement.

La deuxième raison renvoie à l’éthique du musulman. Ce dernier, s’il souhaite répondre aux exhortations coraniques se doit de préserver l’environnement qui lui a été confié dans la perspective spirituelle d’al amana (le dépôt). La création est en effet, pour le musulman, un don divin. La respecter est une exigence et permet au croyant de renouer avec la tradition prophétique d’un mode de vie écologiquement sain et responsable. Ce mouvement exégétique est aujourd’hui grandement nécessaire tant le décalage est grand entre une insouciance consumériste qui dégrade et la réalité d’un souffle coranique qui érige la nature et son respect en acte d’adoration.

La troisième raison est que la crise écologique est une formidable occasion pour les musulmans d’entrer dans l’ère de la contribution. C’est le moment pour la conscience islamique de rappeler l’exigence du sens dans un monde régit par les impératifs d’un capitalisme sauvage dont le stade ultime est de mettre en péril les possibilités de la vie sur terre. Face à l’appât du gain, à la démesure et à la tendance à un mode de consommation effrénée, il est bon de rappeler et de questionner sur le bien-fondé d’un ordre mondial qui grève l’avenir des générations futures.

Il y a donc urgence à reconsidérer les termes du débat au sein du monde musulman. Alors que certains pays sont déjà victimes du réchauffement de la planète d’autres alimentent, par leur développement tous azimuts, un dérèglement climatique dont ils soupçonnent parfois l’existence. Le cas de l’Arabie Saoudite est à ce sujet frappant. Premier exportateur mondial de pétrole, le pays reste prisonnier d’une logique productiviste et a même été jusqu’à remettre en cause certains travaux scientifiques du GIEC. Alors qu’il détient le monopole de la représentation islamique, on aimerait que ce pays, en accord avec les principes fondamentaux de l’islam qu’il prétend appliquer, mette un terme à la boulimie énergétique qu’il incarne.

Ce retournement de problématique doit s’accompagner d’un mûrissement de la pensée musulmane contemporaine, aujourd’hui trop silencieuse sur ces défis. Ici, le rôle des musulmans d’Occident est primordial. A l’heure du village mondialisé, il leur appartient d’interpeller leurs coreligionnaires dans le monde sur l’importance d’une mobilisation plus affirmée dans un domaine qui mérite de conjuguer les efforts de toutes les composantes de la famille humaine. Le dérèglement du climat qui nous attend a ceci de particulier qu’il nous force à réfléchir sur la signification de faire partie d’une communauté humaine écologiquement interdépendante. Comme le soulignait Benjamin Franklin, « nous devons rester solidaires les uns des autres ou nous mourrons solitaires ». Le désir de justice n’a, il est vrai, pas d’assignation communautaire.

Naufrage d’une plate-forme pétrolière dans l’Arctique russe Par Julien villalard Reporterre 2011/12/20 Par Julien villalard (20 décembre 2011) Naufrage d’une plate-forme pétrolière dans l’Arctique russe. Reporterre. fr

Naufrage d’une plate-forme pétrolière dans l’Arctique russe

Plus de quarante morts et disparus dans le naufrage de la plate-forme Kolskaïa, en Arctique, dimanche 18 décembre ; pas de fuite de pétrole.

Une tempête a fait chavirer et couler une plateforme de forage pétrolier dimanche matin 18 décembre dans la mer d’Okhotsk, à 200 km de l’île de Sakhaline, au nord-est de la Russie. Ce lundi 19, seules 17 personnes ont été sauvées sur les 67 qui étaient présentes à bord de la plateforme Kolskaïa, selon l’antenne régionale du ministère des Situations d’urgence, et une dizaine de corps ont été repérés. Les recherches se poursuivent mais les conditions météorologiques encore difficiles, avec des températures extérieures de l’ordre de -17° et une eau proche de 0°, réduisent fortement les chances de survie des disparus.

Le naufrage de la plateforme Kolskaïa s’est produit lors de son remorquage vers l’île de Sakhaline. Le Comité d’enquête de Russie estime probable qu’il y ait eu violation des règles de sécurité et met en cause la décision de remorquer une plateforme en pleine tempête.

La plateforme était exploitée par Arktikmorneftegazrazvedka (AMNGR), filiale de la compagnie contrôlée par l’Etat, Zarubezhneft, selon l’agence de presse Ria Novosti. Les autorités citées par la presse russe estiment minimes les risques de pollution dans la mesure où la plateforme contenait peu de pétrole. Cet accident pourrait cependant relancer les polémiques autour de la volonté russe de développer l’exploitation de pétrole dans l’Arctique, région aux conditions climatiques elles aussi extrêmes et à l’écosystème fragile.

L’écologie a son musée Roger Cans Reporterre 2011/12/21 Roger Cans (21 décembre 2011) L’écologie a son musée. Reporterre. Culture et idées fr

L’écologie a son musée

Créé en 1826, l’Institut national agronomique (INA) de la rue Claude Bernard (Paris 5e) a accumulé en près de deux siècles archives, livres et documents de toutes sortes, sans jamais les montrer à l’extérieur. Depuis que l’INA est devenu AgroParis-Tech, après fusion avec l’ENGREF, l’établissement a décidé de valoriser ses archives en créant un « Musée du Vivant », « musée de l’écologie et du développement durable », qui va mettre à la disposition du public tous les trésors entassés rue Claude-Bernard, à Paris, et dans le château de Grignon (Yvelines). La direction de ce musée a été confiée à Laurent Gervereau, un homme passionné d’histoire et d’images.

En fait, le Musée du Vivant n’accueille pas directement le public, mais il met à sa disposition son site où chacun peut consulter (gratuitement) les documents entassés dans les réserves et aujourd’hui mis en ligne. Une mine d’affiches, planches d’herbiers, photos, dessins, couvertures de livres et documents divers, que l’on pourra faire apparaître facilement sur l’écran de son ordinateur.

Depuis son arrivée il y a deux ans, Laurent Gervereau a ouvert en grand les archives de l’Institut, afin d’accueillir toutes les donations liées à l’écologie. C’est ainsi que le Musée du Vivant a reçu les archives de deux ingénieurs agronomes au parcours exceptionnel : René Dumont et René Dubos. Le fonds René Dumont comprend la totalité des archives du premier candidat écologiste à l’élection présidentielle (1974), ainsi que des objets personnels comme son col roulé rouge et son chapeau de paille. Le fonds René Dubos, chargé en 1972 de rédiger la charte du sommet de Stockholm (« Act local, think global »), est resté pour l’essentiel aux Etats-Unis, où il a fait carrière. Mais ses archives « françaises » sont au Musée du Vivant.

Le musée a reçu depuis la bibliothèque personnelle de Serge Antoine, dont les documents publics ont été déposés aux Archives nationales à Fontainebleau. Il a reçu les documents personnels d’Yves Cochet, les archives des Verts, et même le vélo de Brice Lalonde, avec ses sacoches de vieille toile élimée ! Tout cela s’ajoute à une collection très vaste de livres (du XVIe siècle à nos jours), d’outils et machines agricoles, d’objets d’art fabriqués par des élèves ou offerts par d’anciens élèves, et d’une quantité d’affiches et catalogues proposant fruits et légumes, comme les publications Vilmorin. Laurent Gervereau, ami de Cabu, a reçu en donation 50 dessins du maître, qui a en outre dessiné un logo pour le musée.

C’est que le château de Grignon, et ses dépendances, offrent des surfaces d’entreposage exceptionelles. Même l’établissement de la rue Claude-Bernard, à Paris 5e, recèle une vaste et ancienne bibliothèque pleine de trésors. D’où la volonté de la nouvelle direction d’offrir gratuitement au public les échantillons de ce thesaurus trop longtemps inexploité. Le Musée du Vivant peut aussi, à la demande, monter une exposition qui pourra circuler à travers la France.

Un cadeau de Noël Hervé Kempf Reporterre 2011/12/21 Hervé Kempf (21 décembre 2011) Un cadeau de Noël. Reporterre. Tribune — fr

Un cadeau de Noël

J’ai le plaisir d’apporter un beau cadeau de Noël à la France : 24 milliards d’euros par an. Oui, 24 milliards d’euros par an. Ne me remerciez pas, c’est une joie, vraiment. Cela me fait tant de peine de vous voir vous débattre dans la dette, le déficit, les intérêts… sans jamais oser vous attaquer aux vrais problèmes : d’un côté, le pouvoir de la banque – mais ce n’est pas ici le lieu de vous indiquer la solution –, de l’autre, le gâchis matériel et énergétique. Là, on peut faire quelque chose d’assez simple, donc on le fait.

Vous ne croyez pas au Père Noël ? Retrouvez votre âme d’enfant. Et posons un petit problème de CM2. Combien la France dépense-t-elle chaque année en électricité, gaz, pétrole, charbon, bois ? Environ 120 milliards d’euros. Quelle proportion de sa consommation d’énergie vise-t-elle, avec l’Europe, à réduire en 2020 ? Un cinquième, ou 20 %. Combien représente un cinquième de 120 milliards ? 24 milliards. Bravo.

Quand on aime, on ne compte pas, mais je voulais surmonter votre scepticisme. Vous vous demandez maintenant : « Mais comment est-ce possible ? » En appliquant les mesures que la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a détaillées dans l’indifférence générale, vendredi 16 décembre. Elle a présenté le travail de la « table ronde nationale sur l’efficacité énergétique », dont les vingt-sept prescriptions vont de l’aide aux PME pour réaliser des travaux d’efficacité énergétique à l’extension des certificats d’économie d’énergie, de l’extinction des enseignes lumineuses commerciales pendant la nuit à la stimulation de la rénovation thermique des bâtiments, etc.

Certes, rien n’est envisagé contre les écrans publicitaires énergivores qui ont envahi le métro et gagnent l’espace public. Surtout, le secteur des transports n’est pas abordé, alors qu’il représente plus de 30 % de la consommation d’énergie. Mais la direction est donnée : pour la première fois, le gouvernement acte un objectif de réduction globale, alors que les scénarios usuels tablent toujours sur une augmentation inéluctable de la consommation d’énergie.

On aimerait qu’Eva Joly, Corinne Morel-Darleux, secrétaire à l’écologie du Parti de gauche, Marie-Hèlène Aubert, conseillère de François Hollande à l’environnement, analysent, louent – sait-on jamais ? –, critiquent cette série de mesures. Que l’on puisse soulager le budget de la France de 24 milliards d’euros mériterait que la politique s’y intéresse. En tout cas… joyeux Noël !

Eva Joly réplique à Marine Le Pen, « héritière d’un tortionnaire » Par Julien villalard Reporterre 2011/12/21 Par Julien villalard (21 décembre 2011) Eva Joly réplique à Marine Le Pen, « héritière d’un tortionnaire ». Reporterre. fr

Eva Joly réplique à Marine Le Pen, « héritière d’un tortionnaire »

Accusée de « francophobie » par la présidente du FN, la candidate des Verts attaque « la fille héritière d’un tortionnaire en Algérie ».

Eva Joly (EELV) s’est déclarée, mercredi 21 décembre, prête à débattre avec Marine Le Pen, même si la présidente du Front national (FN), « héritière d’un tortionnaire en Algérie », ne répond à la crise que « par la haine ». Sur Europe 1, la candidate Europe Écologie-Les Verts à la présidentielle, née en Norvège, a répondu à l’accusation de francophobie lancée la veille contre elle par la championne du FN : « J’ai choisi la France, j’y vis depuis bientôt 50 ans, je suis la seule à avoir choisi la France. »

Eva Joly s’est dite prête à « débattre avec elle quand elle voudra ». « Et nous verrons bien qui aime vraiment la France. Face à la crise, l’agressivité et la haine de Mme Le Pen ne servent à rien, elle ferait mieux de travailler ses programmes », a-t-elle dit. « Elle a jeté un gant, je le relève », a insisté l’ex-juge d’instruction. « Ce n’est pas à la fille héritière de milliardaire, héritière d’un parti, héritière d’un tortionnaire en Algérie, de décider qui est Française ou pas », a ajouté la candidate écologiste.

Eva Joly a par ailleurs réaffirmé son opposition au défilé militaire du 14 Juillet, « très suranné », un argument lancé contre elle par Marine Le Pen pour la qualifier de francophobe. Jean-Marie Le Pen a multiplié les procès contre les accusations, régulièrement lancées contre lui, d’avoir utilisé la torture pendant la guerre d’Algérie. Ainsi, en 2008, l’universitaire Jean-Didier Vincent avait été condamné pour avoir traité le président du FN, lieutenant durant cette guerre, de « salopard ».

La Chine va-t-elle s’effondrer ? Paul Krugman Reporterre 2011/12/22 Paul Krugman (22 décembre 2011) La Chine va-t-elle s’effondrer ?. Reporterre. Tribune — Chine fr

La Chine va-t-elle s’effondrer ?

Imaginons le tableau suivant : la croissance récente s’appuie sur un gigantesque boom du bâtiment entretenu par les prix de l’immobilier en forte hausse, montrant ainsi tous les signes habituels d’une bulle. Une croissance rapide en terme de crédit s’est produite - une grande partie de cette croissance ayant lieu non pas grâce au système bancaire traditionnel mais grâce à un système bancaire parallèle non réglementé, non soumis au contrôle du gouvernement ni soutenu par des garanties gouvernementales. Aujourd’hui, la bulle éclate et nous avons de sérieuses raisons de craindre une crise financière et économique.

Est-ce la description du Japon à la fin des années 1980 ? Ou bien de l’Amérique en 2007 ? Cela se pourrait. Mais aujourd’hui je parle de la Chine, qui apparaît petit à petit comme un nouveau point dangereux dans une économie mondiale qui n’a vraiment, vraiment pas besoin de ça en ce moment. J’étais réticent à donner mon avis sur la situation chinoise, en partie parce qu’il est terriblement difficile de savoir réellement ce qui se passe. Il est préférable d’envisager toutes les statistiques économiques comme une forme particulièrement ennuyeuse de science-fiction mais les chiffres de la Chine sont bien plus fictifs que la plupart des autres. Je me serais volontiers tourné vers de vrais experts de la Chine pour me guider, mais on ne trouve pas deux experts disant la même chose. Cependant, même les chiffres officiels sont déroutants et les nouvelles récentes sont suffisamment dramatiques pour tirer la sonnette d’alarme.

Le fait le plus marquant à propos de l’économie chinoise lors de ces dix dernières années c’est que la consommation des ménages, bien qu’en hausse, est restée inférieure à la croissance générale. Aujourd’hui, les dépenses à la consommation ne représentent que 35 pourcent du PIB, environ la moitié du taux aux Etats-Unis.

Qui achète donc les biens et services produits par la Chine ? Eh bien nous faisons partie de la réponse. Alors que la part du consommateur dans l’économie a décliné, la Chine s’est appuyée de plus en plus sur des excédents commerciaux pour maintenir ses entreprises à flot. Mais du point de vue de la Chine, ce sont les dépenses d’investissement qui comptent le plus, et elles ont augmenté jusqu’à représenter presque la moitié du PIB,.

La question évidente est la suivante : avec une demande des consommateurs relativement faible, qu’est-ce qui a motivé tout cet investissement ? Dans une large mesure, la réponse tient au fait qu’elle était tributaire d’une bulle immobilière en constante inflation. La part des investissements immobiliers dans le PIB a doublé depuis 2000, expliquant directement plus de la moitié de la croissance globale des investissements. Et le reste de la croissance était certainement dû aux entreprises en expansion vendant aux entreprises florissantes du bâtiment.

Savons-nous vraiment si l’immobilier a créé une bulle ? Il en montrait tous les signes : pas seulement des prix à la hausse, mais également cette sorte de fièvre spéculative qui nous semble bien familière - pensons juste à la côte de la Floride il y a quelques années.

Il y avait également un autre parallèle avec l’expérience vécue par les Etats-Unis : alors que le crédit était en plein boom, une grande part n’est pas venue des banques mais d’un système bancaire parallèle, non supervisé et non protégé. Si l’on entre dans les détails, on trouve d’importantes différences : le système bancaire parallèle à l’américaine a eu tendance à impliquer des entreprises prestigieuses de Wall Street et des instruments financiers complexes, alors que la version chinoise a tendance à se tourner vers un système bancaire clandestin, voire des prêteurs sur gages. Les conséquences sont cependant similaires : en Chine comme en Amérique il y a quelques années, le système financier pourrait être bien plus vulnérable que ce que les chiffres du système bancaire conventionnel ne révèlent.

Aujourd’hui, la bulle éclate clairement. Quels dégâts cela va-t-il causer à l’économie chinoise et mondiale ?

Certains experts disent de ne pas s’inquiéter, que la Chine est dirigée par des personnes fortes et intelligentes qui feront ce qu’il faut pour gérer une récession. On ne dit pas souvent clairement ce qui est sous-entendu ici, à savoir que la Chine peut faire ce qu’elle a à faire car elle n’a pas à se préoccuper de subtilités démocratiques.

Ces propos résonnent cependant à mes oreilles comme des dernières paroles célèbres. Après, tout, je me souviens parfaitement avoir été rassuré de la sorte par le Japon dans les années 1980, là où les brillants bureaucrates du Ministères des Finances avaient soi-disant tout sous contrôle. Et plus tard, avoir entendu les mêmes propos rassurants sur l’Amérique qui ne répèterait jamais, jamais les mêmes erreurs que celles qui avaient conduit le Japon à vivre sa décennie perdue - alors que nous sommes, en réalité, en train de faire pire que le Japon à l’époque.

Quoi qu’il en soit, les affirmations des autorités chinoises à propos de leur politique économique ne me frappent pas comme étant particulièrement empreintes de lucidité. La façon, en particulier, dont la Chine s’en est violemment prise aux étrangers – en imposant, entre autres choses un tarif douanier très sévère sur les importations américaines, elle a fabriqué des voitures qui n’aideront en rien son économie mais qui vont empoisonner les relations commerciales -, tout cela ne donne pas l’impression d’être face à un gouvernement qui sait ce qu’il fait.

Des faits anecdotiques suggèrent que tandis que le gouvernement chinois n’est pas contraint par l’Etat de droit, il est contraint par une corruption omniprésente, ce qui veut dire que ce qui se passe réellement au niveau local pourrait ne pas ressembler à ce qui est ordonné à Pékin.

J’espère être inutilement alarmiste. Mais il est impossible de ne pas être inquiet : l’histoire de la Chine ressemble trop aux effondrements que l’on a vus ailleurs. Et notre économie mondiale, qui souffre déjà de la situation chaotique en Europe n’a vraiment, vraiment pas besoin d’un nouvel épicentre de crise.

Dans les Pyrénées, victoire sur un projet de station de ski Nature Midi Pyrénées Reporterre 2011/12/22 Nature Midi Pyrénées (22 décembre 2011) Dans les Pyrénées, victoire sur un projet de station de ski. Reporterre. fr

Dans les Pyrénées, victoire sur un projet de station de ski

Le tribunal administratif de Toulouse a annulé le projet d’extension de la station de Mijanès, dans l’Ariège.

Le 1er décembre 2011, le Tribunal Administratif de Toulouse annulait le Plan Local d’Urbanisme de la commune de Mijanès et également l’autorisation de création d’une Unité Touristique nouvelle visant l’extension de la station de Mijanès, signée par le Préfet de Région C’est, nous l’espérons, un point final, à un projet d’extension déjà ancien et qui aurait été désastreux pour l’environnement exceptionnel de ce secteur, mais également pour les finances publiques.

En 1998, déjà, une extension plus imposante, irréaliste économiquement, avait été refusée par l’Etat. Le projet réapparaissait en 2006, désastreux quant à son impact sur les milieux du Pla de Monpudou et de la vallée de la Maure. Il a été autorisé le 22 Mars 2007 par le Préfet de Région. Le Comité Ecologique Ariégeois et Nature Midi-Pyrénées, devant la dévastation annoncée, ont saisi le juge administratif. Bien leur en a pris.

En effet, outre une zone d’hivernage vitale pour le Grand Tétras qui, sans l’intervention des associations, aurait disparu dès le mois d’aout 2007, suite à autorisation du ministre de l’Environnement de l’époque, Michel Barnier, les milieux visés par le projet comprennent 9 habitats d’intérêt communautaire et 5 plantes protégées au moins. Un grand nombre d’oiseaux fréquente ces espaces dont les plus prestigieux rapaces pyrénéens. Les mammifères de nos montagnes sont également particulièrement bien représentés. Ajoutons à cela, l’aspect paysager de ces lieux superbes et majestueux qui auraient pu être a jamais dégradés.

D’autre part, le juge administratif a souligné, « que les conditions de l’équilibre économique et financier du projet litigieux reposent selon le Trésorier Payeur Général de l’Ariège, sur des hypothèses peu réalistes » et « que les incertitudes quant à l’enneigement de la station (...) constituent un risque financier dont le Trésorier payeur général a considéré qu’il était trop important au regard des capacités financières de la communauté de communes du Donezan et de la régie de la station de ski ».

Ainsi, après l’annulation de l’extension de Guzet Neige, après l’annulation du projet d’hôtel restaurant d’altitude de la Hillette, une fois encore les associations de protection de la nature sont intervenues pour préserver l’intégrité de la montagne, de sa faune, de sa flore et de ses paysages, mais aussi sauvegarder les intérêts du contribuable. Les élus des zones de montagne doivent désormais réfléchir à une autre approche de la montagne dans un souci de préservation de ces milieux aux écosystèmes fragiles et dans l’intérêt général des populations qui fréquentent ces lieux. Ensemble, élargissons le champ des possibles pour une nouvelle vision des espaces montagnards.

Les puissants n’ont pas d’intérêt à changer Nicolas Bouleau Reporterre 2011/12/23 Nicolas Bouleau (23 décembre 2011) Les puissants n’ont pas d’intérêt à changer. Reporterre. Tribune — fr

Les puissants n’ont pas d’intérêt à changer

« La direction qui se dessine est que la dégradation de l’environnement naturel et social va être telle qu’elle limitera la population des pauvres par la désespérance et les fléaux de toute sorte sans que pour autant les riches voient leur avenir réellement mis en péril. (...) En situation d’intérêts divergents, c’est celui dont la prospérité dépend le moins du bilan collectif qui résiste le plus longtemps. »

2012 marquera le 20e anniversaire du Sommet de Rio et le 25e du rapport Brundtland. On est à l’heure du bilan. Il faut reconnaître qu’il est pitoyable, Copenhague, Cancun, Durban, c’est le business as usual qui s’installe. Il faut approfondir cette nouvelle situation et en premier lieu revenir sur l’idée de développement durable avec ses trois « piliers » : l’économique pour une croissance et une économie durables ; le social, pour partir des besoins humains et répondre à un objectif d’équité ; l’environnemental, pour contribuer à préserver, améliorer et valoriser l’environnement pour le long terme.

Cette idée était très ambivalente. Avoir tablé sur le découplage de l’économie et des ressources et tout misé sur le progrès technique qui aurait dématérialisé nos économies était une erreur.

On n’a pas vu clairement que pour faire contrepoids à la force naturelle de la raison économique, il fallait engager des actions à tous les niveaux, donc mobiliser beaucoup d’argent ! En vingt ans, au contraire, s’est renforcé le consensus autour de la compétition. A quoi va-t-il conduire sur le long terme ? Les capitaines de l’économie savent gagner, mais ce qui se passe pour les perdants est laissé en jachère. Les pauvres sont voués à une providence extérieure, à trouver par eux-mêmes, alors que les possédants ont su se doter de sécurités de toutes sortes. Des trois piliers du développement durable : l’économique a tenu compte des nouveaux goûts sans vraiment se modifier, l’écologique a progressé dans l’opinion et globalement régressé, et le volet social a complètement échoué.

Par rapport aux périodes de l’histoire qui étaient sous le signe du progrès et de la conquête de la nature, maintenant, les choses se figent, les territoires, les croyances, les appartenances. De sorte que ce que les uns auront, les autres ne l’auront pas. Quels que soient les coefficients et les paniers d’indices choisis comme critères, le niveau de vie dans le monde se rapproche de plus en plus en pourcentage d’une courbe de Heaviside : proche de zéro pour la plupart, proche de un pour les autres. La courbe de Heaviside - ou échelon unité - est celle qui vaut 0 à gauche d’un point et 1 à droite de ce point. Elle porte le nom de l’ingénieur Oliver Heaviside (1850-1925) inventeur du calcul opérationnel. Beaucoup de systèmes décrits en proportion ou pourcentage, déterministes ou probabilistes, approchent asymptotiquement 0 ou 1 sauf si interviennent des phénomènes de transfert ou de couplage. C’est la nouvelle dynamique à l’œuvre compte tenu de la finitude de l’espace, des ressources minérales et fossiles, et du flux d’énergie disponible.

Universalisme angélique ou simplement généralité, le discours du développement durable s’est heurté à une dure réalité : le désintérêt des humains envers « les autres » fait de la planète une fiction.

La direction qui se dessine est tout autre : c’est que la dégradation de l’environnement naturel et social va être telle qu’elle limitera la population des pauvres par la désespérance et les fléaux de toute sorte sans que pour autant les riches voient leur avenir réellement mis en péril. Il y a là une voie, elle consiste à ne dépenser des fonds pour les peuples en déclin économique que pour limiter leurs nuisances environnementales sur les riches. Le passage est étroit, demande beaucoup de ténacité et de vigilance politique mais ainsi la route du progrès économique reste ouverte !

Une des causes de l’inertie est la rigidité du credo économique libéral : la généralisation de l’analyse coûts-bénéfices qui projette la complexité du réel sur une seule échelle linéaire, le coût, quelles que soient les mutilations que cette relation d’équivalence impose à l’humain, au social et à l’environnement et à la biodiversité évidemment.

Déjà près de la moitié de la population mondiale s’agglutine dans les mégapoles et d’immenses banlieues (cf. M. Davis, Le pire des mondes possibles, de l’explosion urbaine au bidonville global, La Découverte 2006). Les statistiques des organismes internationaux ne voient pas, curieusement, la misère augmenter ou à peine. Elles ne mesurent pas bien certaines évolutions parce que leurs grilles ne voient pas les problèmes nouveaux. Beaucoup de chiffres sont fournis par des services liés aux gouvernements locaux qui n’ont pas intérêt à montrer la récession, synonyme de leur inefficacité. On sait que les catastrophes peuvent augmenter le PIB.

Mais le phénomène est bien plus profond. C’est à courte vue de penser que la « société ouverte » ne tire son imprédictible nouveauté que du progrès scientifique, une vision de nantis, la misère invente elle aussi, et en permanence, elle construit des souffrances nouvelles avec ses matériaux disparates.

Au cœur de la discussion du progrès technique, ligne de partage des positions, se trouve la question du nucléaire et plus particulièrement la technologie de la fusion. On trouve ses avantages expliqués de façon neutre dans le récent ouvrage d’André Lebeau Les horizons terrestres, réflexions sur la survie de l’humanité (Gallimard 2011). Propre, sûre, sans problèmes de ressources, cette filière, grâce au projet ITER, est à attendre dans une cinquantaine d’années. Il n’y a donc qu’à « tenir bon » durant ce temps et nous disposerons d’une énergie inépuisable, pratiquement à volonté (position voisine de celle exprimée par Valéry Giscard d’Estaing à propos des émissions de CO2 : les soucis sont passagers, le problème disparaîtra avec l’épuisement des ressources fossiles).

Il y a deux observations à faire : primo, les techniques de la fusion n’étant pas maîtrisées à ce jour, on ne peut faire le tour des avantages et inconvénients, la mise au point peut durer un siècle ou davantage, faut-il laisser les centrales à fission, sales et dangereuses, se multiplier d’ici là ? (il y a 435 réacteurs nucléaires dans le monde actuellement et aucune politique internationale sur les déchets).

Ensuite, une source d’énergie à volonté, qu’est-ce que cela veut dire ? A volonté de qui ? La course va reprendre de plus belle sur une planète où la faune et la flore n’ont jamais connu que le flux solaire. L’idée manque gravement de contours précis pour fonder en raison l’action collective internationale.

Certains pensent que l’égoïsme des riches est, à plus ou moins long terme, forcément chimérique. Que même s’ils avaient la volonté de faire sécession, ils n’y parviendraient pas. D’abord à cause de l’imbrication fractale des catégories sociales, ensuite à cause des problèmes écologiques pour protéger la biodiversité ou empêcher le changement climatique qui nous embarquent tous dans le même bateau.

Ce n’est pas évident. La déconfiture des diverses tentatives de politique fiscale pour l’environnement ne peut manquer de faire réfléchir. Transportons nous dans cinquante ans, où selon toute vraisemblance nous aurons à faire face à un état très dégradé de la planète. Est-ce qu’on dira à ce moment là : « à qui la faute, il faut que les riches rendent ce qu’ils ont pris » ? Non, il sera vain de laver son linge historique dans des querelles sans fin, on regardera l’état des lieux et on discutera des actions à mener : « Que faire ? », voilà la seule question qui sera jugée raisonnable.

Ce sera comme aujourd’hui : ceux qui ont acquis le pouvoir (en s’appropriant les ressources) exigeront le réalisme de solutions économiques négociées de façon pragmatique, tout simplement parce qu’ils seront en position de l’imposer. Les actions violentes, les guerres, n’y changeront rien, elles seront facilement disqualifiées auprès de l’opinion publique et des instances internationales : on ne peut construire le durable par le terrorisme. En situation d’intérêts divergents, c’est celui dont la prospérité dépend le moins du bilan collectif qui résiste le plus longtemps.

Faut-il aller à petits pas vers l’horrible victoire ou construire un pluralisme digne et durable ? La question est bien là. Eviter Heaviside, cela veut dire des transferts importants pour aider les pays pauvres à se réorienter en ce qui concerne les rapports de leur économie à l’énergie et en ce qui concerne les liens de leur bien être avec la natalité. Les premiers ont été chiffrés (notamment par Nicholas Stern) et constituent le plan vert qui n’a pas été abandonné à Durban, mais n’a pas non plus reçu le moindre engagement. Les seconds sont beaucoup plus considérables, le budget de l’Unesco est dérisoire en comparaison.

L’économie du Brésil est orientée vers la destruction de la forêt IRD Reporterre 2011/12/23 IRD (23 décembre 2011) L’économie du Brésil est orientée vers la destruction de la forêt. Reporterre. fr

L’économie du Brésil est orientée vers la destruction de la forêt

Le Brésil est redevenu en l’espace de quatre ans un producteur et un exportateur de produits primaires. Et la poussée agricole continue à se faire au détriment de la forêt.

Le Brésil exporte de plus en plus de matières premières agricoles. Le soja et la viande bovine en particulier, mais aussi le maïs, le riz, le sucre… représentent aujourd’hui la moitié du volume des exportations. Cette augmentation des exportations primaires constitue à la fois une fragilisation économique et une menace pour la forêt amazonienne, comme le souligne un géographe de l’IRD et ses partenaires brésiliens (1). De fait, ces produits agricoles sont responsables de la majeure partie des défrichements. 750 000 km² de forêt ont disparu à ce jour au Brésil, dont 80 % ont été transformés en pâturages destinés à l’élevage bovin. Récemment, l’expansion des monocultures notamment de soja, repoussant les troupeaux encore plus loin dans les zones de forêt, est venue accélérer le phénomène de déboisement.

Ces travaux pointent du doigt les dangers d’une croissance basée sur les exportations primaires, alléchante mais non durable.

Depuis quelques années au Brésil, le volume des exportations de matières premières agricoles ne cesse de croître. Soja, viande bovine, sucre… représentent aujourd’hui plus de 50 % des produits destinés au commerce extérieur. Depuis les années 1990 et jusqu’à récemment, la part de ces marchandises dans les exportations brésiliennes oscillait autour de 40 %. Entre 2007 et 2010, cette proportion a subitement augmenté, pour atteindre la moitié du volume total, au détriment des produits manufacturés à valeur ajoutée, tels que l’automobile ou les matériels et équipements.

Une croissance « à tout prix »

Face à la pression des fazendas, des grands domaines d’élevage, et de l’agrobusiness, la forêt brésilienne ne cesse de reculer. La crise économique mondiale de 2008, la montée du real – la monnaie brésilienne – face au dollar, ainsi que la concurrence de la Chine, ont entraîné une perte de compétitivité des produits à haute et moyenne intensité technologique sur le marché mondial. A contrario, la forte demande mondiale et les conditions naturelles avantageuses du Brésil ont contribué à renforcer ses exportations de produits primaires. Le Brésil, s’il reste un pays industrialisé, est ainsi redevenu en l’espace de quatre ans un producteur et un exportateur de produits primaires.

Une économie est dite « primarisée » lorsque la part de ses exportations de matières premières dans le volume total des exportations du pays est prédominante. Si elle est la voie la plus courte pour augmenter les revenus nationaux, la primarisation de l’économie nationale est au final limitante en termes de développement économique. De fait, elle expose le Brésil à la volatilité du cours des matières premières. Elle peut entraîner un déficit commercial sur les produits manufacturés et nuit au secteur industriel national. Enfin, elle signifie une stagnation du nombre d’emplois qualifiés et de l’intégration sociale.

L’élevage piétine la forêt

Sur un plan environnemental, ce phénomène a également un impact négatif. Comme le soulignent les travaux d’un géographe de l’IRD et de ses partenaires (1), l’augmentation des exportations primaires est inquiétante pour la préservation de la forêt amazonienne. De fait, la plus grande partie des défrichements est due aux produits agricoles. A ce jour, 750 000 km² de forêt ont disparu au Brésil – sur un peu plus de 3 millions – dont 80% ont été transformés en pâturages destinés à l’élevage bovin, grand consommateur d’espace. Le pays possède désormais le plus grand cheptel commercial de la planète et s’élève au rang de premier exportateur mondial de viande de bœuf, principalement à destination de l’Europe et de la Chine.

Les trois quarts de ces espaces agricoles sont des fazendas , de vastes domaines appartenant à de grands propriétaires terriens. Ces puissants entrepreneurs exercent de fortes pressions sur les pouvoirs publics pour obtenir toujours plus d’espace. Ils s’approprient ainsi massivement des terres publiques, sachant aussi parfois user de moyens illégaux. Le reste des déboisements est le fait d’une agriculture familiale, alimentée par une croissance démographique rurale encore forte. Des centaines de milliers de familles, parfois encouragées par l’Etat, ont d’ores et déjà obtenu des lots de forêt à défricher. La grande majorité de ces agriculteurs familiaux s’est également convertie à l’élevage extensif de bovins.

La poussée de l’agrobusiness

Plus récemment encore, en réponse à la forte demande mondiale, l’expansion de monocultures mécanisées de soja, de riz et de maïs est venue à son tour empiéter sur la forêt, par un effet domino. De fait, le soja s’étend principalement aux dépens des pâturages, repoussant les troupeaux vers les zones de forêt. Le Brésil est devenu le second exportateur mondial de soja, essentiellement destiné, comme le maïs, à la consommation animale européenne et chinoise.

Il revient moins cher de défricher la forêt pour y implanter ce type d’activités agricoles extensives que d’investir dans l’intensification des cultures. Les exploitants peuvent alors vendre les arbres abattus, le bois demeurant un marché lucratif. Si les mesures de contrôle prises au début des années 2000 par le gouvernement ont réduit les défrichements de 20 000 km² par an en moyenne à seulement 6 000 km² en 2010, l’ombre d’une reprise de la demande mondiale plane toujours.

Ces travaux pointent du doigt les dangers d’une croissance basée sur les exportations primaires : non durable, celle-ci continue de mettre en péril la forêt. Alerté, le gouvernement brésilien s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (2), qui proviennent en grande partie de la déforestation. La conscience écologique et le souci de développement économique pérenne auront-ils raison de la pression de la demande mondiale ?

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Notes :

(1) Ces travaux ont été réalisés en partenariat avec le Laboratoire de Gestion du Territoire (LAGET) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro et l’Institut National d’Etudes Spatiales (INPE) dans le cadre du Réseau thématique de recherches en modélisation environnementale en Amazonie GEOMA.

(2) Seuls l’Europe, les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Russie et l’Australie sont dans l’obligation de réduire leurs émissions, sous peine de sanctions, au titre du protocole de Kyoto.

Référence de l’étude : Lena, Philippe, "De l’économie prédatrice au post-développement en Amazonie", in F. Gaudez (Dir.), Technoscience et altérité , 2011 (sous presse), Paris, L’Harmattan.

Un cadeau de 500 milliards d’euros pour les banques Attac France Reporterre 2011/12/24 Attac France (24 décembre 2011) Un cadeau de 500 milliards d’euros pour les banques. Reporterre. fr

Un cadeau de 500 milliards d’euros pour les banques

La BCE prête 500 milliards d’euros aux banques à taux cadeau, sans aucune contrepartie.

Le 21 décembre, la Banque centrale européenne (BCE) a accordé le plus gros prêt de son histoire aux banques. Au total, 523 banques ont emprunté à la BCE près de 500 milliards d’euros pour 3 ans à un taux voisin de 1%. Il s’agit là d’un soutien exceptionnel de la BCE, qui est officiellement justifié par la nécessité d’aider les banques à faire face à leurs prochaines échéances de remboursement.

Face à la menace d’une grave crise bancaire, de l’ampleur de celle de 2008, la BCE joue a priori son rôle normal de prêteur en dernier ressort en refinançant ainsi les banques. Mais ce qui est inadmissible, est que – une fois encore – les autorités volent au secours des banques sans exiger aucune contrepartie de ces dernières ! Ainsi lorsque la BCE intervient, avec la Commission européenne et le FMI, en Grèce ou au Portugal, les contreparties sont considérables : pour « expier » un supposé laxisme dans les dépenses publiques, les gouvernements doivent mettre en œuvre de violents plans d’ajustement. Mais lorsqu’il s’agit du « sauvetage » des banques… c’est Noël avant l’heure !

Les banques avaient déjà été secourues sans contrepartie par les États et les banques centrales en 2008 – 2009, au début de la crise des subprimes. Résultat : une fois que leur situation s’est améliorée, elles ont recommencé à spéculer contre les dettes publiques (Grèce et Irlande en particulier) et à distribuer des dividendes à leurs actionnaires, et des primes exorbitantes à leurs dirigeants et traders. Le même scénario va se reproduire en 2012 : l’argent prêté aux banques va être replacé sur les marchés à des taux élevés dans une logique purement financière, et ne va pas servir à desserrer le crédit et financer le secteur productif. Ce qui serait pourtant nécessaire pour sortir de la récession et recréer des emplois.

Il est temps de remettre la finance au service de la société et d’une transition écologique et sociale. Ce qui passe nécessairement par une réforme radicale de la BCE et du système bancaire, afin que ceux-ci promeuvent l’intérêt général et ne soient plus dominés par les intérêts particuliers de la haute finance. Il faut sortir l’Europe du cercle destructeur de l’austérité généralisée, inefficace et injuste. Des propositions qui sont au cœur des campagnes menées par Attac pour un audit citoyen de la dette publique, pour un désarmement de la finance et une transformation du système bancaire.

Manifeste des chrétiens indignés Mouvement des chrétiens indignés Reporterre 2011/12/24 Mouvement des chrétiens indignés (24 décembre 2011) Manifeste des chrétiens indignés. Reporterre. Tribune — fr

Manifeste des chrétiens indignés

« Il n’y a qu’une seule et même crise : elle est à la fois financière, économique, écologique, politique, morale et spirituelle. C’est la crise d’une humanité qui a perdu son chemin et simplement compromis ses chances de survie en ayant oublié les raisons de vivre. »

Venus d’horizons différents, d’âges, de situations familiales et professionnelles très variées, nous avons en commun notre foi, notre appartenance à l’Église catholique et nos convictions sociales et politiques. Profondément interpellés par la crise qui traverse notre époque, nous nous interrogeons sur nos responsabilités et celle de notre entourage chrétien.

Notre premier acte d’engagement consiste à prendre la parole.

Nous associons notre voix à celle de tous ceux qui dénoncent depuis si longtemps le système économique néo-libéral qui régit économies et sociétés depuis près de trente ans. Disciples du Christ, nous ne craignons pas d’exprimer notre révolte contre un ordre profondément anti-évangélique dont les conséquences désastreuses ne peuvent plus être contestées.

Ainsi :

Comme catholiques nourris depuis plus d’un siècle par une doctrine sociale généreuse, ambitieuse et crédible, pouvons-nous encore défendre un système économique qui ignore, méprise ou nie les valeurs humaines essentielles : la protection des plus faibles, la solidarité, les relations désintéressées, le don gratuit, le sens du renoncement, le dévouement à la collectivité ? Toutes ces valeurs ne sont-elles pas au cœur de l’exigence évangélique ?

Destinataires d’une Création extraordinairement féconde, dont nous sommes regardés et désignés par notre Dieu comme les intendants prudents, pouvons-nous laisser se poursuivre les atteintes irréversibles dont elle fait l’objet sans protester avec indignation, et sans nous-mêmes montrer l’exemple par un comportement irréprochable ?

Héritiers d’un humanisme bimillénaire qui enracine toute notre tradition sociale et politique dans une très haute conception de la personne humaine, pouvons-nous ignorer plus longtemps que le matérialisme assumé et agressif sous le régime duquel nous vivons renvoie de notre humanité une image déformée et enlaidie ?

L’appartenance au Christ est une force totale qui ne laisse de côté aucun des aspects de la vie des hommes. Or il existe un vaste champ de transformation sociale largement ignoré des chrétiens, qui trop souvent ignorent que les actuels enjeux politiques vont bien au-delà des nécessaires questions éthiques (défense de la vie…). Oserons-nous reconnaître que le constat des injustices criantes qui affectent les populations fragiles de notre terre, et les transgressions contre l’homme et la nature dont nous sommes chaque jour les témoins, sont un appel à transformer les structures mêmes de nos sociétés, et pas simplement à en corriger les effets désastreux ? Le paradigme libéral non seulement ne marche pas, mais il est indigne de l’homme. C’est notre responsabilité de chrétiens que d’affirmer cela, et de proposer un autre modèle conforme aux exigences de l’Évangile.

Membres du groupe, nous nous regardons comme les premiers destinataires de cet appel, car le sentiment d’urgence qui nous saisit se heurte d’abord aux limites et aux contradictions de nos propres existences et à la modestie de nos moyens. Nous brûlons simplement de voir les chrétiens se mobiliser sur ces thèmes, et devenir une force généreuse de changement social.

Que pouvons-nous faire ?

1 – D’abord convertir notre regard sur le monde qui nous entoure. Il nous faut faire le constat courageux que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme nous le faisons, ni ignorer que le paradigme libéral sur lequel nos vies sont construites n’est pas durable et conduit l’humanité à sa perte. Il nous faut bien comprendre que tout se tient, et qu’il n’y a qu’une seule et même crise : elle est à la fois financière, économique, écologique, politique, morale et spirituelle. C’est la crise d’une humanité qui a perdu son chemin et simplement compromis ses chances de survie en ayant oublié les raisons de vivre.

2 – Cette conversion entamée, il nous faut changer notre style de vie quotidienne, en vivant personnellement et en promouvant autour de nous une écologie complète et pleinement humaine. Nous pensons en effet que refonder notre société passe d’abord par l’adoption d’un mode de vie simple et respectueux de notre environnement, social et naturel. Changer de vie, c’est renoncer avec fermeté aux logiques de « croissance », d’accaparement et de consommation sans discernement qui caractérisent le mode de vie occidental et choisir, au nom de l’idéal de vie chrétien, de mener une existence sobre et joyeuse centrée sur l’essentiel.

C’est ainsi que nous, membres de ce groupe, avons entamé dans notre vie personnelle et familiale ce changement nécessaire. Et c’est sans arrogance, mais déterminés à faire réfléchir et à mobiliser notre entourage, que nous vous en proposons le témoignage. Dans l’annexe à ce document, intitulée Aux côtés du Christ, en route vers une sobriété joyeuse, chacun des membres du groupe a accepté de résumer ce qu’il a changé dans sa vie, et pourquoi il l’a fait. Ces témoignages s’adressent à tous ceux qui se demandent quoi faire. En vous partageant ces facettes renouvelées de nos vies quotidiennes, nous affirmons que l’enjeu spirituel de nos existences ne peut être séparé de son enjeu social et collectif : être chrétien, c’est vivre différemment. Et au-delà des enjeux personnels et familiaux, changer nos vies maintenant, c’est déjà rendre possible la coexistence fraternelle des peuples de cette terre, tâche à laquelle nous chrétiens devons hardiment participer en luttant contre ce qui la menace et en défendant ce qui la rend possible.

3 – Enfin, à une plus large échelle, nous devons activement participer à promouvoir tout ce qui autour de nous oriente les hommes vers un avenir nouveau ! Disons-le pêle-mêle : des entreprises à taille humaine soucieuses de leur enracinement dans la société ; des échanges économiques libres mais subordonnés à des règles de solidarité impératives et débarrassés des artifices de la finance dématérialisée ; un mode de vie sobre, proche de la nature, de ses rythmes et des limites qu’elle nous impose, et qui, sans avoir peur de nous répéter, tourne définitivement le dos au modèle consumériste ; toutes les initiatives politiques qui tendent à faire vivre une conception renouvelée du bien commun, entendu dans une acception universelle, capable d’embrasser le sort des peuples proches ou lointains qui subiront directement ou indirectement les choix que nous faisons pour nous-mêmes ; etc. L’Église catholique nous adresse depuis quelques années de messages de plus en plus pressants qui sont autant d’appels à nous engager. Citons :

- La Conférence des Évêques de France, dans un document [1] écrit début 2011 : « L’économie libérale dérégulée nous offre comme seul horizon la consommation de toujours plus de biens matériels. La vacuité et la dangerosité d’un tel projet de société sont évidentes : il épuise la planète, réduit l’homme à un rôle de producteur/consommateur et mine la confiance indispensable à toute vie commune. […] Lorsque notre bonheur dépend uniquement des biens que nous possédons, alors les pauvres et les migrants deviennent des menaces et les mesures de sécurité supplantent les mesures de solidarité. »

- Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui écrivait [2] en octobre 2011 : « En libérant son imagination, l’homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d’imagination communautaire [3], de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples. »

- Benoît XVI lui-même, par exemple dans son message pour la Paix le 1er janvier 2010 : « Il est donc sage d’opérer une révision profonde et perspicace du modèle de développement […]. L’état de santé écologique de la planète l’exige ; la crise culturelle et morale de l’homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde. […] Les situations de crise qu’elle traverse actuellement […] obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d’engagement s’appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. » [4]

Ainsi nous pourrons ouvrir en grand nos fenêtres sur le monde avec confiance et générosité, entendre l’appel à la justice qui résonne avec retentissement d’un bout à l’autre de notre terre, et laisser agir en nous l’Esprit de don qui attend notre engagement pour se manifester.

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Notes :

[1] Grandir dans la crise, document de la Conférence des évêques de France – Conseil Famille et Société, Paris, Bayard Cerf Fleurus/Mame, 2011.

[2] Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle, Conseil pontifical « Justice et Paix », Cité du Vatican, 2011.

[3] En italique dans le texte.

[4] Si tu veux la paix, protège la création, Message de sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010.

Les milliardaires français se planquent en Suisse Fatarella Reporterre 2011/12/26 Fatarella (26 décembre 2011) Les milliardaires français se planquent en Suisse. Reporterre. fr

Les milliardaires français se planquent en Suisse

Le magazine suisse Bilan a dressé un inventaire non exhaustif des 300 plus riches exilés fiscaux installés en Suisse. Dont 44 Français, de plus en plus nombreux à exporter leur fortune hors de France.

Par ici la sortie ! Les grosses fortunes quittent à nouveau la France.

C’est la conclusion de l’étude que vient de publier le magazine économique de suisse romande, Bilan , sur la présence des exilés fiscaux en Suisse, et intitulée « Les 300 plus riches de Suisse ».

Le magazine, qui publie cette enquête chaque année depuis douze ans, ne mesure pas le flux d’entrants, mais affirme que sur les 300 plus grosses fortunes résidant en Suisse, comptabilisées avec un patrimoine d’au moins 100 millions de francs suisses (81,5 millions d’euros), il y a aujourd’hui 44 exilés français pour un patrimoine total de 36,5 milliards de francs suisses, soit un peu moins de 30 milliards d’euros. Il y a dix ans, on en comptait dix-sept. Et sur ces quarante-quatre, on compte treize milliardaires en francs suisses.

Secret et discrétion

Le classement du magazine n’est pas exhaustif. Sa rédaction estime qu’en réalité le nombre total de personnes, toutes nationalités confondues, disposant d’une fortune supérieure à 100 millions de francs suisses dépasse le millier, soit plus de trois fois les fortunes identifiées. Secret et discrétion restent donc la règle.

L’évaluation des fortunes, très impactée par les cours de Bourse, marque donc un recul par rapport à 2010, recul qui serait très net si l’opération de mise en Bourse de Glencore n’avait artificiellement boosté l’évaluation globale. « Alors que le montant de la fortune totale stagne autour de 544 milliards, le nombre de milliardaires progresse pour atteindre 140 familles, contre 135 en 2010, signe que les plus riches des plus riches s’en sortent globalement mieux que les autres », conclut le magazine.

Parmi ceux-ci, on compte chez les Français, la famille Wertheimer, propriétaire de Chanel, mais aussi les familles Castel (vins), Primat (héritier Schlumberger), et Benjamin de Rothschild (Compagnie financière Edmond de Rothschild), toutes quatre basées à Genève et dotées d’un patrimoine supérieures à 2 milliards de francs suisses (1,63 milliards d’euros), jusqu’à 4 à 5 milliards, estime le magazine, pour les familles Wertheimer et Castel.

Nouveaux entrants dans la famille des « 300 »

Si ces grandes familles du capitalisme français avaient quitté la France depuis longtemps, l’intérêt de l’enquête menée par le magazine Bilan réside dans l’identification de nouveaux entrants dans la liste des 300. Une entrée qui ne signifie pas nécessairement qu’ils viennent de passer la frontière, car ils peuvent être résidents suisses depuis dix ans et n’avoir été identifiés que récemment par le magazine. Ainsi en est-il de la famille de Nicolas Puech, qui a fait parler d’elle en se désolidarisant du reste de la famille Hermès lors de l’entrée par surprise de LVMH au capital de la maison de luxe, des frères Zorbibe qui ont vendu il y a longtemps Lancel au groupe Richemont, ou encore des frères Gabriel et Raphaël Harari, qui ont cédé en 2007 leur laboratoire pharmaceutique Negma à un génériqueur indien.

Ceux qui ont passé la frontière...

En revanche, d’autres sont bien arrivés récemment en Suisse, comme le Français Denis Dumont, qui a fait fortune en créant et rachetant des enseignes de produits frais de qualité à prix discount, via son enseigne Grand Frais, Serge Kampf, le fondateur du groupe de services informatiques, Cap Gemini, ou Bruno Moineville, actionnaire aux côtés de Patrick Drahi et du fonds Cinven de Numericable, et arrivé discrètement à Vaud il y a près de trois ans.

Au secours, la gauche revient !

Si le flux s’accélère nettement depuis dix-huit mois, c’est en raison de la suppression du bouclier fiscal, que l’on voit venir depuis 2010, et de la perspective de voir revenir la gauche au pouvoir lors des élections de 2012 : « Comme en 1981, la crainte de l’élection d’un président de gauche en France qui va devoir accroître la pression fiscale sur les plus riches pour satisfaire son électorat, incite nombre de Français à organiser leur sortie de France avant même l’élection », affirme, après moults entretiens avec les intéressés, le rédacteur en chef du magazine Bilan, Stéphane Benoît-Godet.

Le ministre de l’Intérieur excite la xénophobie Stéphane Maugendre Reporterre 2011/12/26 Stéphane Maugendre (26 décembre 2011) Le ministre de l’Intérieur excite la xénophobie. Reporterre. Tribune — fr

Le ministre de l’Intérieur excite la xénophobie

Claude Guéant brandit l’étendard de la « délinquance étrangère » pour flatter l’électorat de Le Pen. La réponse factuelle de Stéphane Maugendre, du GISTI.

« Je fais un constat : la délinquance étrangère (…) est supérieure à la moyenne enregistrée dans notre pays », a déclaré le ministre de l’Intérieur jeudi 22 décembre. Claude Guéant a également affirmé son souhait de prendre des « mesures spécifiques » pour lutter contre cette « délinquance étrangère », comme l’élaboration d’un texte permettant la possibilité d’accompagner d’une interdiction de séjour toute condamnation pénale pour des étrangers installés en France « depuis peu de temps » et sans « attache familiale ».

Le Nouvel Observateur a interrogé Stéphane Maugendre, président du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) et avocat spécialisé en droit des étrangers en Seine-Saint-Denis.

Claude Guéant déclarait récemment vouloir que « ceux qui viennent (en France) puissent adopter (…) ce qui fait l’art de vivre français comme (…) la politesse, la gentillesse des uns avec les autres. » Il affirme à présent que « la délinquance étrangère est supérieure à la moyenne ».

Stéphane Maugendre - Les étrangers étaient jusqu’ici fraudeurs, pas gentils, impolis... Ils sont à présent délinquants. Lors des récents propos du ministre concernant la politesse et la gentillesse, je faisais remarquer qu’il n’affirmait pas qu’ils étaient délinquants, mais qu’on y était presque. Nous y sommes. C’est scandaleux. Je précisais aussi qu’on aurait droit grosso modo chaque semaine à une phrase du ministre sur l’immigration. C’est le cas. On est dans la droite ligne de ce qui se fait depuis des semaines. A raison d’une annonce de ce type toutes les semaines ou dix jours, où en serons-nous dans un mois ? Jusqu’où ira-t-on ?

Le ministre évoque une étude de l’ONDRP qui « quantifiera bientôt » le phénomène.

Au moment où il s’exprime, le ministre n’a pas de chiffres. Il faut bien qu’il en trouve et que ceux-ci correspondent à ce qu’il dit. On connaît l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales) et ses liens avec le gouvernement. Cela prouve bien que le ministre aura les chiffres qu’il aura commandés. Ce qui m’étonne, toutefois, c’est qu’il soit à ce point à court d’idées pour annoncer des choses de façon si imprécise et sans même connaître le code pénal. C’est la preuve que tout cela n’est que de l’annonce.

Que pensez-vous de son souhait de prendre des « mesures spécifiques » et d’élaborer un nouveau texte ?

Tout d’abord, le ministre n’utilise pas les bons termes, ce qui est gênant aussi. Il parle d’interdiction de séjour alors qu’il fait sans doute référence à une interdiction du territoire français. Le fait d’accompagner d’une interdiction du territoire une condamnation pénale existe déjà et n’a rien de nouveau. Quand un tribunal reconnaît un étranger coupable d’une infraction condamnable par de la prison ferme, il peut l’assortir d’une interdiction de territoire français de un à dix ans, voire à titre définitif. Le code pénal lui offre cette possibilité depuis 1994. Une interdiction de séjour correspond quant à elle à l’interdiction faite à une personne, quelle que soit sa nationalité, d’apparaître dans tel ou tel lieu : ville, département, région. Elle est par exemple utilisée dans le cadre d’affaires de proxénétisme ou de trafic de stupéfiants.

Le ministre se défend par ailleurs de tout « retour à la double peine ».

C’est pourtant exactement ce à quoi cette interdiction de territoire fait référence. Nous luttons depuis 30 ans contre cette double peine, qui permet, en raison de sa nationalité, de prononcer une interdiction de territoire français à une personne ayant commis un acte de délinquance. Il n’est pas possible en France de condamner quelqu’un en fonction de son activité syndicale ou de sa religion, mais en fonction de sa nationalité, c’est possible. Bien que cela soit contraire aux principes fondamentaux de la Constitution, c’est inscrit dans le code pénal à l’article 131-30. N’oublions pas non plus que Nicolas Sarkozy lui-même s’est targué en 2003 d’avoir aboli la double peine.

Pourquoi le ministre précise-t-il que ne seraient concernées que les personnes en France « depuis peu de temps » et « sans attache familiale » ?

Il joue sur l’ambiguïté du terme même de double peine, qu’il considère alors comme une interdiction ne touchant que les personnes ayant de fortes attaches sur le territoire français, car c’est cette double peine que Nicolas Sarkozy s’était targué d’avoir abrogée. Or, la double peine est le fait de punir quelqu’un d’une peine qui n’existe qu’à raison de sa nationalité étrangère et ne s’applique pas aux autres. Ce qui en fait une disposition discriminatoire et contraire aux principes d’égalité de tous devant la loi pénale.

Propos recueillis par Celine Rastello.

Un immeuble vide des Jésuites occupé à Toulouse Zéro enfant à la rue Reporterre 2011/12/26 Zéro enfant à la rue (26 décembre 2011) Un immeuble vide des Jésuites occupé à Toulouse. Reporterre. fr

Un immeuble vide des Jésuites occupé à Toulouse

« Jésus, ce révolutionnaire incompris, aurait peut-être fait comme nous ». Quatre familles se sont installées dans un immeuble vide depuis six ans.

Depuis le 17 décembre 2011, des membres du Collectif pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion (CREA) et de la campagne « Zéro enfant à la rue » ont réquisitionné un immeuble situé au 13, rue des Martyrs de la Libération à Toulouse.

Ce bâtiment d‘habitation, appartenant au Centre cultuel des Jésuites de France, est vide depuis six ans et le propriétaire reconnait ne pas avoir de projet le concernant. Nous avons déjà commencé à le nettoyer et à emménager.

Des voisins du quartier nous ont immédiatement affirmé leur soutien, d’autres nous avaient indiqué le bâtiment. Nous comptons comme d’habitude sur votre aide et votre solidarité pour apporter des meubles, de l‘électroménager, des vivres...

Nous espérons que le propriétaire ne fera pas remettre ces familles et leurs enfants à la rue. Jésus, ce révolutionnaire incompris, aurait peut-être fait comme nous.

Grâce à cette nouvelle réquisition, ce sont quatre nouvelles familles vivant actuellement à la rue qui pourront bénéficier d’un logement décent cet hiver et reprendre de l’élan pour construire librement leur avenir.

JOYEUX NOEL

TOUT POUR TOUS

POUVOIR AU PEUPLE

Le saumon norvégien est un désastre écologique Sophie Verney-Caillat (Rue 89) Reporterre 2011/12/26 Sophie Verney-Caillat (Rue 89) (26 décembre 2011) Le saumon norvégien est un désastre écologique. Reporterre. Santé fr

Le saumon norvégien est un désastre écologique

L’élevage des saumons norvégiens, dont la France est un des premiers clients, a des impacts sanitaires et écologiques très importants.

Une association norvégienne a transmis à Rue89 les résultats catastrophiques de son étude sur l’impact environnemental de l’élevage, question ultra-sensible à Oslo.

Critiquer l’industrie du saumon est de très mauvais goût en Norvège. L’association Green Warriors a vu se déployer une puissante contre-attaque lorsqu’elle a publié l’an dernier son rapport sur l’impact environnemental de l’élevage du saumon.

Aujourd’hui, en livrant à Rue89 l’exclusivité de sa version française (la version anglaise vient d’être mise en ligne), ils poursuivent leur combat dans un domaine hautement sensible – la pêche y est le troisième secteur d’exportation après le pétrole et le gaz.

Et la France est le plus gros importateur de saumon norvégien, l’essentiel de ce que nous consommons (dont 30% pendant les fêtes de fin d’année) vient des fjords de ce pays. Un marché multiplié par trois en vingt ans, qui pèse 416 millions d’euros annuels.

« Le poisson gras renforce la santé mentale »

Pour les autorités norvégiennes, il est préférable que le consommateur français ne sache pas trop dans quelles conditions sont élevés ces poissons, au risque de perdre l’appétit. Le site internet des exportateurs norvégiens de saumon ne lésine pas pour nous faire rêver :

« Les médecins et scientifiques du monde entier s’accordent à dire qu’il faut manger plus de saumon et d’autres poissons gras, car ils sont bons pour le cœur, la circulation et la lutte contre certaines maladies inflammatoires, voire contre certains cancers.

De plus, le poisson gras renforce la santé mentale, les acides gras contenus dans l’huile sont essentiels pour le développement du cerveau et ont un effet bénéfique sur la dépression, la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer et certaines formes d’hyperactivité. »

En Norvège, le ministère de la Santé recommande d’ailleurs de manger du poisson gras deux à trois fois par semaine, dont par exemple 200 gr de saumon par semaine.

Plus risqué que bénéfique ?

Mais derrière les vertus connues des Oméga-3 pour la santé, une autre réalité du saumon norvégien est bien dissimulée.

Selon l’enquête de Green Warriors :

- 10 à 20% des saumons d’élevage meurent dans les cages, du fait de la surpopulation, de malformations et de maladies ; - les études vétérinaires montrent que presque la moitié des saumons souffrent d’inflammation cardiaque, neuf sur dix de dépôts graisseux supplémentaires au cœur ; - les vaccins inoculés aux saumons provoquent des effets secondaires, comme des péritonites ; - les déchets alimentaires des fermes aquacoles s’élèvent à 7% – il y a donc 70 000 tonnes de restes rejetés en mer et qui sont ensuite mangés par les poissons sauvages à proximité.

Claudette Béthune, pharmacologue qui a travaillé pour l’organisme norvégien de sécurité alimentaire (le Nifes), avant de partir aux Etats-Unis, explique :

« La présence de polluants tels que les dioxines et le PCB dans le saumon génère un risque de cancer, qui, pour les personnes jeunes, dépasse les bénéfices attendus du saumon sur la santé. »

En 2010, un reportage de France 3 alerte

Si les effets sur la santé humaine font l’objet d’une controverse scientifique, la catastrophe environnementale de l’industrie du saumon norvégien ne fait plus de doute.

Un reportage diffusé sur France 3 l’an dernier a montré que l’aquaculture norvégienne n’avait rien à envier aux élevages de porc intensifs bretons : entassement des animaux, traitements aux antibiotiques, épandages nocifs pour l’environnement...

Le ministre français de l’Agriculture Bruno Le Maire, inquiet d’apprendre l’usage du diflubenzuron dans les fermes norvégiennes, avait écrit à son homologue, Lisbeth Berg-Hansen.

Il s’étonnait que ce pesticide, ne disposant pas d’autorisation de mise sur le marché en Europe, soit utilisé pour lutter contre le pou de mer dans les élevages norvégiens.

Sur la notice de produit, il est clairement écrit qu’il est « très toxique pour les organismes aquatiques, peut entraîner des effets indésirables à long terme pour le milieu aquatique. Ne doit pas être utilisé à moins de 30 m des fossés de drainage, des ruisseaux, des barrages ou de grands plans d’eau ».

Lisbeth Berg-Hansen avait tranquillement répondu à Bruno Le Maire que ce produit était légal dans son pays pour la lutte contre le pou de mer.

La ministre norvégienne, juge et partie

La Norvège ne cesse de se justifier auprès de ses pays-clients et qui lui demandent des comptes. Ainsi, en réponse aux demandes de l’Agence européenne de sécurité sanitaire, l’Institut norvégien de recherche sur la nutrition, les poissons et crustacés vient encore de répondre qu’après examen, le niveau d’arsenic trouvé dans le poisson était bien plus bas que ce que soupçonnait l’Europe.

Le gros problème est qu’aucune expertise indépendante n’existe. Et pour cause : la ministre norvégienne de la Pêche possède elle-même des participations dans des sociétés de pêche, à hauteur de plusieurs millions d’euros et nomme les directeurs des trois organismes publics censés contrôler l’industrie de la pêche (l’Agence norvégienne pour la sécurité alimentaire, l’Institut national de recherche sur la nutrition, les poissons et crustacés, et l’Institut de la recherche marine). Comme le détaille, sous couvert d’anonymat, un journaliste de la télévision norvégienne :

« L’industrie piscicole et la politique sont très connectées, cela ne dérange pas vraiment les Norvégiens, et peu de journalistes enquêtent sur ces sujets.

Après l’embargo russe, lié aux quantités excessives de cadmium et de plomb retrouvées dans le saumon, la Norvège a déjà des difficultés à exporter en Chine et aux Etats-Unis. Elle ne veut pas se priver du marché français. »

Inquiétudes pour le saumon sauvage

Kurt Oddekalv, président de Green Warriors, est le justicier vert qui a mené l’enquête avec les moyens du bord. Grâce à son mini sous-marin équipé d’une caméra (un temps confisquée par les autorités), il a pu filmer les fonds marins et constater leur dégradation ou eutrophisation.

Une épaisse couche blanche l’a alerté : ce rejet, provenant des nutriments des fermes aquacoles, contamine les fonds marins (notamment avec du sulfure d’hydrogène) et chasse les saumons sauvages, lieux noirs et autres morues des fjords.

La contamination de tout ce qui vit dans les fjords autour des élevages est un gros sujet d’inquiétude pour les amateurs de nature en Norvège. Les nutriments donnés aux saumons des fermes s’échappent des immenses filets et terminent dans la bouche de la faune avoisinante. Pour l’un des fondateurs (qui tient à rester anonyme) de Salmon Camera, une association qui commence à compiler les études scientifiques sur le sujet, c’est le principal sujet d’inquiétude :

« Quand on pêche un poisson sauvage, on ne sait pas combien de jours se sont écoulés depuis qu’il a absorbé le diflubenzuron échappé des filets. Ce pesticide menace les crustacés, le plancton, toute la vie sauvage autour des élevages.

Pour le saumon d’élevage, il y a des contrôles, normalement les éleveurs attendent que les traces de ce pesticide disparaissent de leur organisme, mais ce n’est pas le cas pour le poisson sauvage autour. »

Avec les Green Warriors et le parti écologiste norvégien (qui n’est pas représenté au Parlement), ce pêcheur plaide pour un confinement des fermes qui éviterait qu’elles contaminent leur environnement. Tous demandent aussi des contrôles plus stricts sur la nourriture qui est donnée aux poissons.

La France officielle rêve du nucléaire pour l’Algérie Nadjia Bouzeghrane (El Watan) Reporterre 2011/12/27 Nadjia Bouzeghrane (El Watan) (27 décembre 2011) La France officielle rêve du nucléaire pour l’Algérie. Reporterre. fr

La France officielle rêve du nucléaire pour l’Algérie

« Cette option, pour l’Algérie qui possède dans l’énergie solaire une ressource énergétique inépuisable, est-elle opportune ? »

Paris. De notre correspondante

Lors du colloque organisé samedi 17 décembre par l’Association d’amitié France-Algérie à l’Assemblée nationale française et consacré à l’avenir des relations franco-algériennes, Bernard Bigot, administrateur général du Centre de l’énergie atomique français, a fait un vibrant plaidoyer sur l’énergie nucléaire, sur la technologie française de pointe et sur ses atouts. L’appel du pied était on ne peut plus évident.

Et ce alors que la catastrophe de Fukushima (tremblement de terre et tsunami majeurs du 11 mars 2011) provoque une remise en cause internationale de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité. Cet accident relance le débat sur la dangerosité de l’énergie nucléaire. Deux mois après Fukushima, le gouvernement allemand, effectuant un revirement complet, propose de fermer d’ici 2022 tous les réacteurs du pays. L’opposition était associée à cette décision, approuvée ensuite par le Parlement.

A la fin du mois de mai, le Conseil fédéral suisse décide d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire avec la fermeture de la dernière centrale envisagée en 2034. Lors d’un référendum, les Italiens se prononçaient à une écrasante majorité, avec près de 95% des voix, contre une relance du programme nucléaire civil. Fin octobre, les partis politiques belges négociant un accord de gouvernement s’entendent sur une sortie complète du nucléaire d’ici 2025, à condition de trouver des sources énergétiques de substitution pour éviter des pénuries.

En France, en revanche, le gouvernement de droite exclut tout abandon du nucléaire. François Fillon a assuré lundi que le gouvernement respecterait l’ensemble des recommandations post-Fukushima que doit formuler, en janvier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), y compris une éventuelle fermeture de centrales. L’ASN a été chargée de réaliser, après la catastrophe nucléaire de Fukushima (Japon) en mars, un audit de sûreté sur l’ensemble des centrales nucléaires françaises. En vue de l’élection présidentielle du printemps prochain, l’UMP en fait même un argument de campagne face au Parti socialiste, accusé de « brader » une filière d’excellence française et des milliers d’emplois contre un accord législatif avec les Verts.

En effet, l’accord passé entre socialistes et écologistes prévoit de réduire de 75 à 50% d’ici 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité en France.

D’où la question de l’opportunité de développement par l’Algérie de l’énergie nucléaire pour la production de l’électricité. Ne doit-elle pas plutôt fonder ses efforts sur le développement de l’énergie solaire comme énergie de substitution au pétrole ? Et auss, si coopération il doit y avoir dans le domaine de l’énergie nucléaire, ne devrait-elle pas se déployer de manière significative au Sahara pour décontaminer les sites qui ont servi de rampe de lancement aux essais nucléaires français et dont les effets néfastes se font ressentir encore aujourd’hui sur les habitants et l’environnement ?

Le revenu maximum est nécessaire pour enrayer la crise écologique Hervé Kempf Reporterre 2011/12/27 Hervé Kempf (27 décembre 2011) Le revenu maximum est nécessaire pour enrayer la crise écologique. Reporterre. Tribune — fr

Le revenu maximum est nécessaire pour enrayer la crise écologique

Le revenu maximum acceptable (RMA) est une nécessité pour retisser le lien social et engager des politiques écologiques et sociales. Une trop grande inégalité n’est pas acceptable : gagner dix ou trente fois plus que les autres est peut-être admissible, gagner trois cent ou mille fois plus n’a simplement pas de sens. Mais la réduction des inégalités – dont le RMA sera un outil puissant - est inséparable d’une politique écologique.

Pour le comprendre, rappelons que l’augmentation des inégalités depuis une trentaine d’années a caractérisé l’évolution récente du capitalisme. Par exemple, deux économistes, Carola Frydman et Raven E. Saks (1), ont montré que le rapport entre le salaire des trois principaux dirigeants des cinq cents plus grandes entreprises états-uniennes et le salaire moyen de leurs employés a fortement varié : cet indicateur de l’évolution des inégalités est resté stable des années 1940 jusqu’aux années 1970. Les patrons de ces entreprises gagnaient environ trente-cinq fois plus que leurs employés. Mais en 1980, une inflexion s’est produite, et depuis le rapport a grimpé jusqu’à atteindre plus de 300 dans les années 2000.

Ainsi, le capitalisme a connu un tournant majeur ; durant ce que l’on a appelé les « Trente Glorieuses », l’enrichissement collectif était assez équitablement distribué entre capital et travail, si bien que les rapports d’inégalité demeuraient stables. A partir des années 1980, un décrochage de plus en plus grand s’est opéré entre les détenteurs du capital et la masse des citoyens.

L’oligarchie accumule donc aujourd’hui revenus et patrimoine à un degré jamais vu depuis un siècle. Elle dépense sa richesse dans une consommation effrénée de yachts, d’avions privés, de résidences immenses, de bijoux, de montres, de voyages exotiques, d’un fatras clinquant de dilapidation somptuaire. Pourquoi ce comportement est-il un moteur puissant de la crise écologique ? Parce qu’il sert de modèle culturel sert à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. Médias, publicité, films, feuilletons, magazines « people », sont les outils de diffusion du modèle culturel dominant.

Comment alors l’oligarchie bloque-t-elle les évolutions nécessaires pour prévenir l’aggravation de la crise écologique ? Directement, bien sûr, par les puissants leviers – politiques, économiques et médiatiques - dont elle dispose et dont elle use afin de maintenir ses privilèges. Indirectement, et c’est aussi important, par ce modèle culturel de surconsommation qu’elle projette sur toute la société et qui en définit la normalité.

Or, prévenir l’aggravation de la crise écologique implique que l’humanité réduise son impact sur la biosphère. Cela signifie diminuer nos prélèvements de minerais, de bois, d’eau, d’or, de pétrole, etc., et réduire nos rejets de gaz à effet de serre, de déchets chimiques, de matières radioactives, d’emballages, etc. Autrement dit, réduire la consommation matérielle globale de nos sociétés.

Qui va réduire sa consommation matérielle ? Les 20 à 30 % de la population mondiale qui consomment près de 70 % des ressources tirées chaque année de la biosphère. C’est donc d’eux que le changement doit d’abord venir, c’est-à-dire pour l’essentiel, des peuples d’Amérique du nord, d’Europe et du Japon, ainsi que des classes riches des pays émergents.

Au sein des sociétés surdéveloppées, ce n’est pas aux pauvres et aux salariés modestes de réduire leur consommation matérielle. Mais pas seulement aux hyper-riches : ils ne sont pas assez nombreux pour que cela change suffisamment l’impact écologique collectif. Ce sont en fait les classes moyennes qui doivent réduire leur consommation matérielle.

La question de l’inégalité est ici cruciale : les classes moyennes n’accepteront pas de diminuer leur consommation matérielle si ce n’est pas une politique équitablement partagée. Recréer le sentiment de solidarité essentiel pour parvenir à cette réorientation radicale de notre culture suppose que soit entrepris un resserrement drastique des inégalités – ce qui, par ailleurs, transformerait le modèle culturel existant. Et de ce point de vue, le RMA est un outil particulièrement efficace.

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Note :

(1) Carola Frydman & Raven E. Saks, Executive Compensation : A New View from a Long-Run Perspective, 1936-2005, Finance and Economics Discussion Series 2007-35, Washington, Board of Governors of the Federal Reserve System, 2007.

Quand la Chine ralentit Hervé Kempf Reporterre 2011/12/28 Hervé Kempf (28 décembre 2011) Quand la Chine ralentit. Reporterre. Tribune — Chine fr

Quand la Chine ralentit

Depuis quelques mois, un vif débat agite nombre d’économistes : à quel rythme la croissance du produit intérieur brut de la Chine va-t-elle se ralentir ? Les « optimistes » pensent que les prévisions du 12e plan (2011-2015) se réaliseront : une croissance de 7 % l’an, à comparer aux 9 % ou 10 % connus depuis une trentaine d’années. Les « pessimistes » imaginent une rupture brutale, Nouriel Roubini annonçant ainsi un « atterrissage violent » pour 2013. Paul Krugman vient de se ranger de ce côté, en s’interrogeant le 19 décembre dans le New York Times : « La Chine va-t-elle s’effondrer ? » L’influent économiste souligne la fragilité du système financier chinois, la constitution d’une bulle immobilière, l’excès des dépenses d’investissement. En fait, la Chine a opéré en 2009 une relance vigoureuse pour éviter d’être entraînée dans la crise des Etats-Unis et de l’Europe. Mais cette relance très artificielle n’a fait que retarder un freinage inévitable.

Cependant, si les conjoncturistes craignent ce ralentissement, les écologistes l’attendent avec soulagement : le poids écologique de la Chine est devenu si grand qu’il est dangereux. Dangereux pour elle-même, comme l’a rappelé - signe parmi des milliers - l’annonce le 24 décembre par le ministre des affaires civiles, Li Liguo, que les catastrophes naturelles y avaient touché 440 millions de personnes en 2011. Dangereux pour le monde, du fait que les importations massives de matières premières pour nourrir l’industrie chinoise ont un impact violent sur l’environnement des pays fournisseurs, en Amérique latine, en Afrique ou en Indonésie.

La Chine reproduit le comportement de l’Occident pendant la révolution industrielle : l’utilisation de l’espace écologique planétaire pour alimenter son développement. Mais, dans une époque où la ressource écologique globale se réduit rapidement, les conséquences en sont devenues insupportables.

L’enjeu est de réaliser plus rapidement que ne le souhaitent les dirigeants chinois la transition vers une économie beaucoup moins consommatrice. Il n’est, au demeurant, pas spécifique à cet immense pays. Les pays occidentaux exercent eux aussi, et depuis plus longtemps, une lourde empreinte écologique. Par exemple, le rapport sur le marché automobile mondial publié le 22 décembre par le Scotiabank Group indique que la Chine a probablement dépassé en 2010 les dix millions d’automobiles achetées - mais que les Etats-Unis en sont, eux, à quinze millions...

La Chine va construire la plus grande centrale thermique d’Asie AFP Reporterre 2011/12/28 AFP (28 décembre 2011) La Chine va construire la plus grande centrale thermique d’Asie. Reporterre. Chine fr

La Chine va construire la plus grande centrale thermique d’Asie

Le groupe chinois Shenhua va construire la plus grande centrale à charbon d’Asie au cours des cinq prochaines années, a indiqué mardi l’agence de presse Chine Nouvelle. Le pays peine à satisfaire ses besoins énergétiques.

Le contrat portant sur une centrale thermique de 8 gigawatt a été signé lundi par Shenhua et des représentants de la région autonome de Guangxi Zhuang, selon l’agence et le site Internet du gouvernement local.

La centrale sera construite dans la ville portuaire de Beihai, dans le sud, afin de réduire les pénuries d’électricité causées par la sécheresse qui provoque des tensions dans la fourniture d’énergie.

Près de 70% des besoins énergétiques de la Chine reposent sur le charbon, alors que le rythme effréné de sa croissance a fait exploser ses besoins.

Des coupures de courant et la mise en place d’un rationnement ont été imposées dans 17 provinces cette année. La pénurie pourrait s’aggraver si la production de charbon n’augmente pas ou si le nord du pays connaissait un hiver particulièrement rude. Problèmes de pollution

Le projet de Shenhua intervient quelques jours après que les gouvernements locaux ont été priés de réduire leurs émissions de « polluants majeurs » de 10% d’ici à 2015, dans un contexte d’inquiétude face à la qualité de l’air.

La Chine est le plus gros émetteur de gaz à effet de serre et plusieurs de ses grandes villes baignent dans un nuage de pollution permanent, notamment en raison de l’utilisation de charbon.

Shenhua et le gouvernement de Guangxi s’assureront que les huit générateurs de la centrale soient approvisionnés en permanence par des compagnies minières en Indonésie et en Australie, grâce à la construction de 4 plateformes de chargement en eaux profondes de 100’000 tonnes chacune, selon Xinhua.

La ville de Beihai construira également un centre de stockage de charbon capable de traiter 30 millions de tonnes par an dans le port voisin de Tieshan.

Le pergélisol russe a commencé à fondre Vladimir Petrov Reporterre 2011/12/29 Vladimir Petrov (29 décembre 2011) Le pergélisol russe a commencé à fondre. Reporterre. fr

Le pergélisol russe a commencé à fondre

« Selon Sergueï Kirpotine, de l’université de Tomsk, on a déjà passé le seuil critique au-delà duquel se déclenche une réaction en chaîne ». Le pergélisol relâche de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Le gouvernement de la région autonome Yamalo-Nenets a commencé la préparation de la 10e Conférence internationale sur le pergélisol, qui se déroulera à Salekhard en juin 2012. C’est la première fois que la Russie accueille cet événement « nordique » si important, qui est organisé une fois tous les quatre ans par l’Association Internationale du Pergélisol.

Le problème du dégel des sols perpétuellement gelés est très actuel pour le Yamal, où il existe infrastructure industrielle puissante. Comme le montre le correspondant de RusBusinessNews, le rythme de l’élévation de la température constitue déjà une menace sérieuse pour la principale région gazière de Russie. Les experts, qui prévoient d’étudier les possibilités de préserver les infrastructures construites sur le sol gelé, pensent qu’il serait grand temps d’avoir une autre vision de l’économie.

L’élévation de la température mondiale présente un grand problème pour la Russie, dont 65 % des territoires sont occupés par le pergélisol. C’est à partir de ce sol gelé que sont obtenus 90% du gaz russe et 75% du pétrole, qui constituent les principales exportations du pays. Pendant les années de mise en valeur des territoires du Nord, des villes, des terminaux, des centrales électriques, et des aérodromes ont été construits sur le pergélisol, de même que des milliers de kilomètres de routes et de voies rapides. Aucun pays du monde ne possède de si puissantes infrastructures au-delà et près du Cercle polaire, c’est pourquoi la Russie peut sans problème montrer à l’humanité ce qu’il faut pour l’harmonisation de l’arrivée de l’industrie et des habitations protégés contre le gel.

Selon un rapport évaluatif de « Roshydromet » depuis ces vingt-cinq dernières années, la température du pergélisol au Nord de la Sibérie occidentale aurait augmenté d’un degré. Vers le milieu du XXIe siècle, la frontière Sud des zones multigelées devrait se déplacer de 150 à 200 kilomètres vers le Nord. Le dégel intense des fonds et des sols dans certaines régions pourrait provoquer une rupture de la couche de fonte saisonnière à partir du permafrost qui existe déjà depuis plusieurs années. Actuellement, la couche fondue augmente déjà de 2 centimètres par an.

Les experts prédisent que l’élévation de la température ne promet rien de bon. Les écosystèmes naturels n’ont pas le temps de s’adapter aux changements trop rapides, ce qui est susceptible de créer des cataclysmes climatiques et économiques. Le représentant de Greenpeace Russie, Vladimir Tchouprov, affirme que c’est notamment le paysage qui change dans la péninsule du Yamal : les sols s’affaissent et les lacs disparaissent, ce qui n’avait jamais été observé auparavant. La glace solide sur les bassins commence à se former plus tardivement dans l’année, ce qui crée des problèmes lors de la transhumante des cerfs vers les nouveaux pâturages.

Le responsable de service de l’Institut national d’hydrologie Oleg Anisimov souligne le renforcement du processus d’érosion de la ligne du littoral dans le Grand Nord : le territoire « se rétrécit en s’asséchant » chaque année de 30 kilomètres carrés. Sur la côte se trouvent des ports, des châteaux d’eau et d’autres infrastructures qui commencent progressivement à tomber en ruines. Selon l’expert, il est nécessaire d’élaborer d’urgence des nouveaux principes de construction au Cercle Polaire.

D’après le Directeur de l’Institut de la cryosphère des Terres de la branche sibérienne de l’Académie des Sciences russe, Vladimir Melnikov, de grands bassins d’eau se forment autour des conduites passant sur les zones gelées. La terre se gonfle et fait éclater les tubes. Selon le scientifique, il faut construire les routes autrement, d’autant que la correction des accidents technogènes nécessite de dépenser de grands moyens. Des problèmes apparaissent également au niveau des puits de forage où se dégage beaucoup de chaleur. Outre le dégel, les nouveaux foyers de congélation qui apparaissent sur les fonds maritimes menacent également l’infrastructure gazière et de pétrolière. Parfois dans les couches profondes se produit un rejet de gaz et d’eau douce, qui se transforme rapidement en blocs de glace. Ce processus peut conduire à un accident technogène dans les endroits de production d’hydrocarbures sur le plateau continental.

Le groupement écologique Bellona affirme que les compagnies de gaz et de pétrole devraient porter une attention particulière aux risques climatiques.

Il est difficile d’estimer le coût de l’adaptation aux changements climatiques : selon O. Anisimov, il n’existe aucun calcul dans ce domaine. Seules les bases de la méthode de calcul ont été élaborées par les scientifiques sur commande de Greenpeace-Russie. Les experts, qui ont élaboré des technologies de stabilisation des sols pour les ouvrages de Gazprom, ont estimé l’augmentation des dépenses du cycle entre 3 et 50 %. En tout, affirme V. Tchouprov, il suffirait de dépenser pour la lutte contre l’élévation de la température, environ 1 % du produit intérieur brut du pays. C’est peu, si l’on tient compte du fait que l’élimination des conséquences catastrophiques du dégel nécessite jusqu’à 20 % du PIB.

Ainsi, dans les couches profondes de la compagnie Gazprom sont conçues des exigences de solidité des structures en cas d’augmentation de la température des sols jusqu’à plus de 1 degré, ce qui devrait avoir lieu, selon les prévisions, vers 2050. Cependant les événements se déroulent avec une très grande rapidité, et les collaborateurs de la SARL Gazprom extraction Nadym (la compagnie exploite le célèbre gisement gazier de Bovanenkovo) pronostiquent que ce chiffre, dans le contexte actuel, sera déjà atteint d’ici 20 ans. De plus, il faut prendre en considération que le seuil de température après lequel la congélation perd la stabilité, est de -2 degrés.

Le Recteur-adjoint de l’Université d’Etat de Tomsk, Sergueï Kirpotine, craint que ne se soient déjà enclenchés des processus autodestructifs dans la nature et l’environnement. Il s’avère que les scientifiques sont loins de contrôler tous les rejets du méthane dans l’atmosphère. Ce gaz naturel exerce vingt fois plus d’influence sur l’effet de serre que le gaz carbonique. En Sibérie occidentale sont concentrés 40 % des écosystèmes marécageux du monde. Au sud de la région ils jouent un rôle positif en éliminant le carbone de l’atmosphère, et au nord, un rôle négatif dès lors que sont apparus une multitude de flaques rejetant dans l’atmosphère beaucoup plus de méthane que les lacs eux-mêmes. Naturellement, les scientifiques ne peuvent pas contrôler l’activité de ces millions de petits bassins. La situation s’aggrave rapidement, puisque les marais consomment 20 fois moins de carbone de l’atmosphère qu’ils ne rejettent de méthane.

Il est désormais impossible de stopper ces processus dramatiques qui affectent l’environnement. Selon S. Kirpotine, on a déjà passé le seuil critique au-delà duquel se déclenche une réaction en chaîne. Il y a de moins en moins de lichens blancs reflétant la lumière dans la toundra et, au contraire, apparaissent de plus en plus des lacs accumulant la chaleur. Ce qui se passe en Arctique constitue un problème très sérieux. C’est encore hier qu’il aurait fallu adopter la décision du changement des rejets de substances nuisibles dans l’atmosphère : désormais on ne peut que tenter de ralentir les processus de destruction. Cependant, en Russie beaucoup de sceptiques pensent encore que les scientifiques diabolisent les industriels. Les ingénieurs relient rarement la chute des pylônes et les avaries sur les conduites de gaz et de pétrole au changement climatique. Or, pour les hydrologues, le lien est évident.

D’après les experts, les dirigeants des pays ne devraient pas rivaliser les uns les autres par la quantité de leurs fusées nucléaires, mais penser à réorganiser en commun l’économie mondiale. D’après Sergueï Kirpotine, il faut s’occuper de l’économie d’énergie et des ressources naturelles. Il serait nécessaire d’avoir une gestion correcte des déchets, d’introduire des standards plus stricts, d’améliorer la qualité des moteurs et du combustible, de passer à de nouveaux principes de construction etc.

Vladimir Melnikov a raconté à RusBusinessNews que lors de la 10e Conférence internationale sur le pergélisol, les discussions concerneront un spectre plus large de problèmes, y compris des question de géopolitique et même de l’influence de l’espace sur le climat terrestre. Les scientifiques envisagent de se mettre d’accord sur les orientations prioritaires des recherches dans le Cercle Polaire, et les politiques espèrent travailler sur l’élaboration de règles communes pour la mise en valeur industrielle de l’Arctique.

En tout, on s’attend à ce que plus de 600 spécialistes prennent part à la conférence, mais également des personnalités publiques et les entrepreneurs de 35 pays. Le Gouvernement de la région autonome Yamalo-Nenets, qui constitue également l’un des organisateurs de la conférence « Ressources et menaces des régions du pergélisol dans un monde en mutation », a l’intention d’attirer au débat près de 150 étudiants et jeunes scientifiques, en leur octroyant un soutien financier. La communauté des jeunes chercheurs sur le pergélisol organisera parmi ces derniers le concours du meilleur exposé.

Les autorités de la région, en allouant des bourses aux futurs chercheurs, se rendent compte à quel point il est important de préparer à temps de jeunes spécialistes pour le travail dans les régions polaires et d’élaborer par avance des mesures de prévention contre les avaries technogènes dans les latitudes Nord.

Le méthane du Grand Nord menace le climat Murielle Court (Le Figaro) Reporterre 2011/12/29 Murielle Court (Le Figaro) (29 décembre 2011) Le méthane du Grand Nord menace le climat. Reporterre. fr

Le méthane du Grand Nord menace le climat

Les scientifiques sont plus inquiets qu’auparavant sur l’ampleur et les effets de la fonte du pergélisol dans le Grand Nord, indique une étude parue dans Nature.

La hausse rapide des températures dans le Grand Nord fait craindre le pire aux scientifiques. Le dégel du sous-sol de ces régions (appelé permafrost [ou pergélisol, en français]) risque de relarguer dans l’atmosphère des quantités de gaz à effet de serre bien supérieures à ce que prévoient les modèles actuels selon des scientifique s’exprimant dans un article publié par la revue scientique Nature]. « Le dégel du permafrost pourrait rejeter des quantités de gaz à effet de serre équivalentes à ce que produit la déforestation (entre 15 et 20% des émissions mondiales). Mais dans la mesure où ces rejets incluraient du méthane, l’effet global sur le climat pourrait être 2,5 fois plus important », précise le texte.

Ces conclusions sont le fruit d’un travail mené par une quarantaine de scientifiques de plusieurs pays réunis en réseau (Permafrost Carbon Network). « Il ne s’agit pas d’un travail scientifique classique, mais d’une sorte de supersondage mené auprès de ces spécialistes sur la base de leurs propres travaux et expertises sur le sujet », explique Gerhard Krinner, chercheur au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement du CNRS. Il fait partie des experts qui ont contribué au commentaire publié dans la revue Nature. « Nous devions répondre à trois questions : suivant différentes hypothèses de réchauffement futur, quelle superficie de permafrost dégèlera ? Combien de carbone serait potentiellement relâché dans l’atmosphère ? Quelle fraction de ces émissions se produira sous forme de carbone au lieu de dioxyde de carbone ? », poursuit le scientifique.

Les sols gelés de l’Arctique représentent 18,8 millions de km2. La quantité de biomasse renfermée dans ces terres, sous forme de restes de plantes et d’animaux accumulés au cours des millénaires, est évaluée à 1700 milliards de tonnes de carbone. « Cela représente quatre fois plus que tout le carbone émis par l’activité humaine au cours de la période industrielle et le double de ce que l’on peut trouver dans l’atmosphère aujourd’hui » rappelle le document de Nature. Ces chiffres justifient l’attention portée à ce sujet.

Plusieurs hypothèses

En basant leurs calculs sur les différents scénarios de réchauffement climatique du Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), les chercheurs aboutissent à plusieurs hypothèses. Si la température moyenne des zones arctiques augmentait de 2,5°C d’ici à 2040 (par rapport à la moyenne de la période 1985-2004), le permafrost relâcherait de 30 à 63 milliards de tonnes de carbone (CO2 et méthane confondus). Avec une augmentation de 7,5°C d’ici à 2100, on passerait à une quantité de 232 à 380 milliards de tonnes.

« Ces estimations sont de 1,7 à 5,2 fois plus importantes » que celles retenues par des études récentes. « Le sentiment des chercheurs est que les émissions futures seront beaucoup plus fortes que ce qu’indiquent les modèles. Car ces derniers, très difficiles à établir, ne représentent pas encore tous les processus liés à l’évolution du permafrost » précise Gerhard Krinner.

Un projet européen baptisé Page21 vient d’ailleurs d’être lancé pour améliorer la représentation du permafrost dans les modèles du climat. « Il s’agit par exemple de mieux prendre en compte l’interaction entre la neige, la végétation et le sol », poursuit Gerhard Krinner.

Mais la plus grande inconnue porte aujourd’hui sur la quantité de méthane qui pourra être relâchée par rapport au dioxyde de carbone. Le groupe valide l’idée selon laquelle il s’agirait très majoritairement du CO2, le méthane ne devant représenter que 2,7% des émissions, quel que soit le scénario de réchauffement. « Mais cela reste une estimation très incertaine » reconnaît Gerhard Krinner. Il serait bien de ne pas la dépasser. En effet, le méthane ayant un potentiel de réchauffement 25 fois plus puissant que le CO2, les effets seraient dramatiques et risqueraient d’emballer le cercle infernal : les gaz à effet de serre déjà dans l’atmosphère causent le réchauffement climatique qui lui-même favorise la fonte du permafrost responsable à son tour d’un relargage supplémentaire de gaz à effet de serre…

Les banques et les agences de notation sont les dictateurs de l’Occident Robert Fisk Reporterre 2011/12/29 Robert Fisk (29 décembre 2011) Les banques et les agences de notation sont les dictateurs de l’Occident. Reporterre. Tribune — fr

Les banques et les agences de notation sont les dictateurs de l’Occident

« Les élections sont aujourd’hui aussi factices – à cause de la couardise et de la collusion des gouvernements – que celles auxquelles les Arabes ont été obligés de participer décennie après décennie afin de sacrer leurs propres propriétaires nationaux. Goldman Sachs et la Royal Bank of Scotland sont désormais les Moubarak et les Ben Ali des Etats-Unis et du Royaume-Uni. »

Ecrivant depuis cette région [le Moyen-Orient] qui produit plus de clichés au centimètre carré que n’importe quelle autre, je devrais peut-être y réfléchir à deux fois avant de déclarer que je n’ai jamais lu autant de foutaises, autant de débilités absolues que ce que j’ai pu voir au sujet de la crise financière mondiale.

Et puis non, je ne m’abstiendrai pas. J’ai le sentiment que le journalisme censé traiter de l’effondrement du capitalisme a atteint de nouveaux tréfonds que même le Moyen-Orient ne peut surpasser en termes de soumission sans frein à ces institutions et à ces « spécialistes » de Harvard qui ont justement contribué à déclencher tout ce désastre criminel.

Commençons par le « printemps arabe » – en soi une distorsion verbale grotesque du formidable éveil arabo-musulman qui ébranle le Moyen-Orient – et les parallèles minables avec les mouvements de contestation sociale dans les capitales occidentales. Nous avons été abreuvés d’articles sur comment les pauvres ou les défavorisés de l’Ouest auraient « puisé » dans le manuel du printemps arabe, comment les manifestants aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en Espagne et en Grèce auraient été « inspirés » par les gigantesques manifestations qui ont fait tomber les régimes en Egypte, en Tunisie et – dans une certaine mesure – en Libye. C’est idiot.

Il va sans dire que la véritable comparaison, les journalistes se sont abstenus de la faire, eux qui sont si ardents à vanter les mérites des rébellions arabes contre leurs dictateurs, si prompts à ignorer les protestations contre les gouvernements occidentaux « démocratiques », si désespérément pressés de dénigrer ces manifestations, de laisser entendre qu’il ne s’agit que de la reproduction de la dernière tendance à la mode dans le monde arabe. La vérité est un rien différente.

Ce qui a poussé les Arabes à descendre par dizaines de milliers, puis par millions dans les rues des capitales du Moyen-Orient, c’est une dignité revendiquée, ainsi que le refus d’admettre que les dictateurs locaux et leurs familles étaient de fait les propriétaires de leurs pays. Les Moubarak, Ben Ali et autres Kadhafi, les rois et émirs du Golfe (et de Jordanie) et les Assad s’imaginaient tous qu’ils jouissaient de l’usufruit de l’ensemble de leurs nations. L’Egypte appartenait à Moubarak Inc., la Tunisie à Ben Ali & Cie (et à la famille Traboulsi), la Libye à Kadhafi & Fils, et ainsi de suite. Les martyrs arabes contre la dictature sont morts pour prouver que ces pays appartenaient à leurs peuples.

Et c’est là que réside le vrai parallèle avec l’Occident. Les mouvements de protestation visent effectivement le monde des affaires – une cause tout à fait juste – et les « gouvernements ». En revanche, ce qu’ils ont découvert, un peu tard, certes, c’est que depuis des décennies, ils ont foi dans une démocratie frauduleuse : ils votent sagement pour des partis politiques, qui confient ensuite leur mandat démocratique et le pouvoir du peuple aux banques, aux cambistes en produits dérivés et aux agences de notation, qui peuvent tous compter sur une coterie répugnante et malhonnête de « spécialistes » venus des meilleures universités et des « cabinets de consultants » des Etats-Unis, lesquels entretiennent la fiction qui veut que l’on soit confronté à une crise de la mondialisation plutôt qu’à une énorme arnaque pour flouer les électeurs.

Les banques et les agences de notation sont devenues les dictateurs de l’Ouest. Comme les Moubarak et les Ben Ali, elles croyaient – et continuent de croire – qu’elles étaient les propriétaires de leurs pays. Les élections qui leur donnent le pouvoir sont aujourd’hui aussi factices – à cause de la couardise et de la collusion des gouvernements – que celles auxquelles les Arabes ont été obligés de participer décennie après décennie afin de sacrer leurs propres propriétaires nationaux. Goldman Sachs et la Royal Bank of Scotland sont désormais les Moubarak et les Ben Ali des Etats-Unis et du Royaume-Uni, chacun engloutissant la richesse du peuple sous forme de primes et de bonus bidons offerts à leurs patrons sans pitié, animés d’une cupidité infiniment supérieure à ce que pouvaient imaginer leurs frères en dictature arabes, pourtant rapaces.

Pascal Bruckner ou le fanatisme du déni Sylvain Tesson Reporterre 2011/12/30 Sylvain Tesson (30 décembre 2011) Pascal Bruckner ou le fanatisme du déni. Reporterre. Tribune — fr

Pascal Bruckner ou le fanatisme du déni

« Refuser de considérer les mutations du monde, regretter sa jeunesse insouciante, s’inquiéter de l’émergence d’une nouvelle conscience collective et juger grotesques les préoccupations de ses contemporains, est le signe de quelque chose : c’est que l’on commence à vieillir. »

Dans le Fanatisme de l’Apocalypse, publié cette année chez Grasset, Pascal Bruckner explique que le discours écologique transpire la peur de l’avenir et la haine de soi, contredit la nature prométhéenne de l’aventure humaine, trahit une méfiance en la science et véhicule une vision médiocre de l’existence. Ses chantres sont des pères-la-morale qui se servent de l’imprécation pour masquer leur ignorance. Ils injectent dans nos esprits le poison de la mauvaise conscience. Leur dogme est l’un des visages de l’ancestrale lutte contre l’humanisme. Habituellement, dans ce genre de réquisitoire, l’avocat général prouve les connivences de l’accusé avec l’extrême droite ou le stalinisme. Sinon, la charge reste incomplète. Page 100, on respire : « Le pétainisme est à double titre précurseur d’une certaine écologie. »

Voilà donc le procès des décroissants, des penseurs de la sobriété, des chevaliers du bio et des écolos expédié en 274 pages. Tous des Khmers. Vous voulez changer les habitudes des hédonistes qui jouissent sans entraves, tirer de « la belle insouciance des Trente Glorieuses » les heureux baby-boomers, les prendre à rebours de leurs désinvoltures ? Vous êtes un fasciste vert. Vous prétendez que les dernières décennies ont pesé sur la planète un poids dont il faut désormais s’acquitter ? Vous êtes un « commissaire politique du carbone » seulement capable de lancer les « anathèmes d’un Heidegger » (chez Pascal Bruckner c’est à cela que l’on réduit la prodigieuse conférence du philosophe allemand sur la technique).

Le monde de Bruckner est merveilleux. On y dort bien, la vie y est douce et la nature, à peine touchée, n’a pas à se plaindre. Vous imaginiez à l’instar de ce pauvre professeur E. O. Wilson qu’une sixième extinction des espèces se profilait ? N’avez-vous pas vu, répond Bruckner, ces augustes matous « par un beau jour de printemps traverser une rue du Marais à Paris » ? Vous pensiez que les mégapoles urbaines de 18 millions d’habitants provoquaient sur leur environnement une pression mortifère ? Ne savez-vous pas, plaide l’essayiste, que « certains grands hôtels à Paris utilisent les services de fauconniers qui dressent buses, aigles et éperviers » ? Tout va bien. D’ailleurs, le pourfendeur de fanatiques nous livre un message d’espoir à la fin de son livre : « Il faut parier sur le génie de l’espèce humaine » qui saura bien, un jour, « improviser de nouvelles solutions ». Le monde n’est donc pas menacé. Les hommes de progrès pourront continuer longtemps à pratiquer « les sports motorisés au bord de la mer » dont les écolos veulent les priver. Le jet-ski, somptueuse conquête des gardiens de l’humanisme.

Ce livre est une stèle à la gloire de l’amalgame, un ouvrage aussi pollué par le raccourci qu’une plage de Plestin-les-Grèves par les algues vertes. Pascal Bruckner convoque au même plan la mémère à son chien et les philosophes de l’éthique animale, place à égalité le déchaînement technique et l’anthropisation des forêts par les peuples premiers et nous explique que l’incapacité des historiens à prédire l’avènement de Hitler prouve qu’on ne peut jamais rien prévoir (et surtout pas le changement climatique). L’auteur assène des interrogations aussi subtiles qu’un raisonnement de Claude Allègre (quoique mieux exprimées) : comment être contre le progrès alors que l’aspirine soigne la migraine ? Comment établir un « pacte de courtoisie » avec les éléments alors qu’il y a des tsunamis ?

Le Fanatisme de l’Apocalypse aurait constitué un brillant pamphlet s’il avait paru sur une planète en santé. L’argumentation s’apparenterait à un décryptage de la manipulation des peurs, telles que Delumeau l’analyse au Moyen Age. L’ennui est que, contrairement à l’an mille où nul danger global ne pointait, il y a péril en la demeure. La totalité des scientifiques le dit, moins quelques esprits forts qui masquent derrière la publicité du révisionnisme climatique l’indigence de leurs travaux. Pascal Bruckner s’opiniâtre pourtant à proclamer que le discours écologique relève de l’obsession, de ce besoin d’inventer une menace afin de justifier une doctrine coercitive.

Tout le monde s’accorde à ne pas trouver toujours très sexy les décroissants en pull de chanvre nourris au tapioca bio. Mais l’esthétisme ne justifie pas le déni. Refuser de considérer les mutations du monde, regretter sa jeunesse insouciante, s’inquiéter de l’émergence d’une nouvelle conscience collective et juger grotesques les préoccupations de ses contemporains, est le signe de quelque chose : c’est que l’on commence à vieillir.

Une coopérative de terres menacée par un conflit personnel Terres Communes Reporterre 2011/12/30 Terres Communes (30 décembre 2011) Une coopérative de terres menacée par un conflit personnel. Reporterre. fr

Une coopérative de terres menacée par un conflit personnel

Le monde des coopératives n’est pas toujours paradisiaque. La coopérative Terres Communes en fait l’expérience, menacée par l’agressivité d’un de ses fondateurs parti à la suite d’un désaccord.

. Bonjour à tous, voici une petite histoire pleine de rebondissements et de suspens, de déceptions et d’espoirs, et nous espérons comme à la fin des contes, qu’on en retirera quelques leçons constructives, pour les pays d’alternatives !

Notre histoire se passe donc au Maquis... Comme certains d’entre vous le savent déjà, Terres Communes (TC) est née en 2007 dans le but de contribuer à la réflexion et à la création d’outils de propriété collective de terres à vocation agricole. Elle mêle à ce jour paysans, militants, consommateurs conscients, afin de préserver des terres du marché spéculatif.

TC est actuellement propriétaire de trois fermes sur lesquelles vivent et travaillent trois collectifs paysans autogérés (la coopérative Cravirola au Maquis dans l’Hérault, Caracoles de suc en Ardèche et la FAR dans les Alpes­Maritimes). Il est bon de rappeler que TC n’est pas une solution livrée clé en main, elle est un outil politique servant à résister à la captation des terres agricoles par des intérêts privés purement financiers. Elle marque la volonté d’une ré­ appropriation citoyenne de notre paysannerie, de notre agriculture, de notre alimentation. Elle fait agir dans le même sens ceux qui travaillent la terre et ceux qui s’en nourrissent.

Mais après cinq années d’existence, cette société est aujourd’hui plus que jamais menacée. Menace d’autant plus révoltante que le péril vient d’un de ses fondateurs... Attaquée sans répit depuis plus d’un an, par celui-­là même qui l’a créée, et suite à la décision du tribunal de commerce de Béziers du 29 octobre 2011, TC se voit condamnée par une exécution provisoire à lui verser la modique somme de 327 000 €.

En tant qu’actionnaire de cette société, il exige qu’on lui rembourse immédiatement ses parts qui correspondent à la valeur de la FAR dans les Alpes Maritimes (évaluée à 320 000 € ), apportée en capital à la création de TC. En tant que propriétaire officiel de la ferme à l’époque, elles ont été apportées en son nom. Il oublie aujourd’hui que la valeur de ce bien est due au fruit du travail de nombreuses personnes et que le climat de confiance à cette époque était tel, que nous n’avons pas pris la précaution de redistribuer les parts plus équitablement...

De plus, pour l’achat des terres du Maquis d’une valeur de 1 160 000 €, TC a emprunté 600000€ aux banques et 200 000 € à un particulier. Les banques ayant besoin de garanties et ne pouvant hypothéquer le lieu du fait qu’une SARL en était propriétaire, ont mis une hypothèque sur les deux autres fermes de TC, ainsi que sur la maison de proches, tous convaincus par ce cher monsieur...

Celui­-ci s’est permis de déposer une hypothèque judiciaire sur le Maquis, qui, si la mesure exécutoire du tribunal n’est pas levée rapidement, pourrait être mis aux enchères très bientôt... privant TC de son principal revenu, émanant de la SCOP Cravirola, laquelle verse un loyer à TC afin de rembourser les banques.

Aussi, comme si tout cela n’était pas suffisant, l’ancien président de TC a pris soin, par son action en justice, de nous empêcher d’organiser le remboursement des emprunts privés dont la plus grosse part (200 000 €) arrive à échéance en janvier 2012. Pour ce faire il a informé très tôt les banques de son action en justice et de la mise sous hypothèque judiciaire du Maquis. Ces banques étaient sur le point de nous octroyer un prêt pour financer ces emprunts privés, au vue de l’honorable activité économique générée par la SCOP Cravirola. Les banques ont donc suspendu les démarches en cours, préférant attendre le résultat du jugement.

Pour mémoire, et pour ceux qui voudraient comprendre l’origine et le déroulement du conflit, il faut remonter à la crise qu’a connu la coopérative Cravirola au Maquis, en 2010. Durant cette période, la tension est montée entre ce monsieur qui était à l’époque le gestionnaire de la SCOP Cravirola et la plupart des membres du collectif. A partir du moment où il a tenté d’emmener la coopérative dans une direction qui n’était pas la sienne, et qu’il a tenté une prise de pouvoir totale, la coopérative ne pouvait que s’opposer. Fin mars 2010, il a abandonné sans prévenir la coopérative durant deux mois et demi, durant lesquels il nous a annoncé sa volonté de démission en tant que gérant de la SCOP et président de TC. Le collectif en a pris acte, mais ce n’était apparemment qu’un simple chantage...

Grâce à l’aide de quatre médiateurs, qui ne manquaient pas de ténacité pour nous aider à trouver des solutions à l’amiable, nous nous étions mis d’accord avec lui pour qu’il reste absent tout l’été et pour se retrouver en septembre afin de négocier une suite ensemble. Mais il est revenu à la fin du mois de juin sur les lieux, et a tenté de s’imposer malgré tout.

L’Assemblée Générale de TC début juillet 2010 fut mémorable. Toutes les personnes présentes (actionnaires et collectifs) ont tenté de le convaincre que c’était la meilleure solution et de le rassurer en promettant que quoiqu’il arrive, on le soutiendrait financièrement. Mais il ne voulait rien entendre. Il a préféré abandonner la collectivité à laquelle il appartenait de son propre chef, vexé, chargé de rancœur et dans un esprit de vengeance. Il a officiellement démissionné de la présidence de TC et du poste de gérant de la SCOP Cravirola en juillet 2010.

Il faut préciser qu’un compromis financier a été conclu entre la SCOP et lui grâce à l’intervention de l’URSCOP, dans cette période extrêmement tendue , privant la SCOP de sa capacité d’investissement pendant plus d’un an (35000 euros). Ce compromis « dur » correspondait déjà à l’époque à une tentative de déstabilisation assumée par son ancien gérant, fragilisant la structure de manière inédite, dans le cas du départ d’un coopérateur. Cela ne lui a pas suffi, il s’est servi en plus sur les comptes sur lesquels il avait encore accès pour obtenir au final plus de 40 000 euros en début septembre 2010. Notons que dans le cas d’une rupture à l’amiable, on aurait pu lui verser un dédommagement plus conséquent, en étalant des versements dans le temps...

Cependant et malgré tout, le bateau a été maintenu à flot à force d’abnégation et de soutiens multiples (moraux, matériels et financiers). TC a pu continuer à honorer ses dettes et la situation financière, sans être mirobolante, est restée saine.

Cette action en justice et la condamnation qui en découle en première instance menacent aujourd’hui tout l’édifice. Elle ont pour but d’amener TC à sa liquidation et de priver les collectifs de leurs outils de travail. Elles peuvent aussi avoir comme répercussion la saisie de biens privés apportés en garantie et sans lesquels nous n’aurions pu commencer l’histoire.

Cette action en justice revient à la captation par une personne du fruit du travail de dizaines et de dizaines d’autres. Elle revient à tromper toutes celles et tous ceux qui se sont engagés financièrement et solidairement pour que puisse exister cet outil de propriété collective.

Les prétentions de cet individu sont inacceptables et injustifiées, au regard de tout ce qu’il a pu prétendre et écrire au sujet de TC et à l’égard de tous ses sympathisants. Le jugement du tribunal de commerce de Béziers est étonnement sévère et ne prend pas en compte l’intégralité de notre argumentaire . Il est injuste et montre le peu de considération que peut avoir ce tribunal envers des sociétés humaines comme les nôtres.

C’est pourquoi nous ne laisserons pas faire et ferons appel de la décision du tribunal de commerce si le président du tribunal de Montpellier nous le permet, en suspendant le caractère exécutoire de la décision. Les démarches sont en cours, et l’incertitude demeure. Pour nous, ce n’est plus un conflit de personnes, mais un combat de société qui se trame.

Nous vous racontons cette petite histoire pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle mérite de passer dans les annales pour servir d’exemple d’erreurs à ne pas faire quand on se lance dans les alternatives... Ensuite, pour rétablir la vérité suite aux diffamations qui ont circulé sur internet, car beaucoup d’entre vous ont eu le plaisir de découvrir la version des faits par notre détracteur, par le biais de son site internet www.cravirola­trahison.fr. Enfin, parce que cette histoire n’est pas finie et que nous comptons sur un maximum de soutiens pour qu’elle se termine bien.

Alors si parmi vous certains souhaitent s’informer, proposer des idées, ou lutter à nos côtés, n’hésitez pas à passer nous voir au Maquis, ou bien à nous contacter à resistance@terrescommunes.net.

Signataires : Les collectifs de Terres Communes : Caracoles de Suc, la Ferme Autogérée de la Roya et le Collectif du Maquis.