La grippe aviaire est de retour
Le virus H5N1 est un des plus dangereux qui soient. Il vient de faire une victime en Chine.
C’est le premier décès de la grippe aviaire depuis 18 mois. Un homme de 39 ans, chauffeur d’autobus à Shenzen, est décédé hier du virus mortel de la grippe aviaire en Chine. Pris de fièvre le 21 décembre et transporté à l’hôpital quatre jours plus tard, le malade a été testé positif au virus H5N1 de la grippe aviaire, après un diagnostic qui le portait atteint de pneumonie grave.
« Jusqu’à présent, les 120 personnes qui ont été en contact avec cet homme récemment ne présentent aucun signe de maladie », indique le département de la Santé de Shenzen. Hong-Kong, ville voisine de Shenzen, avait relevé mardi son niveau d’alerte à la grippe aviaire et décrété un embargo sur les importations de volaille vivante après la mort mi-décembre sur le territoire de trois volatiles porteurs du virus H5N1.
Hong Kong avait été l’un des premiers pays à connaître une épidémie de grippe aviaire d’importance en 1997, avec le décès de six personnes, provoqué par une mutation à l’époque inconnue du virus. Ce dernier est mortel dans 60% des cas.
Le monde repose sur les genoux d’une fourmi
« Elle nous parlait autour du feu. C’était comme si les bulles d’émotion circulaient dans l’univers. Elle nous donnait tout cela pour que nous puissions garder plus tard la sensibilité d’être au monde, pour que nous puissions apprécier la bonté de l’univers. »
Gabriel Okoundji a été étudiant à Bordeaux. Il travaille à l’hôpital comme psychoclinicien et vit à Bègles, dans une maison où s’entassent les souvenirs ramenés d’Afrique.
Sud Ouest Dimanche - Quel regard le poète que vous êtes porte-t-il sur le monde qui l’entoure ?
Gabriel Okoundji - Le poète regarde le monde, colle son oreille au sol pour mieux capter les bruits de l’univers. Lorsque j’entends parler de crise, je me dis que ce mot m’est totalement étranger. Crise de quoi ? La crise est constitutive de l’être humain. De la civilisation, de l’univers. Tout ce que je vois autour de moi, c’est, en fait, une crise de l’humain qui échoue à vivre son humanité en harmonie avec l’environnement. Tout le reste n’est que chahut. Nous sommes comme des apprentis sorciers qui ne savent plus de quel côté ils doivent se tourner.
Quel savoir nous manque-t-il ?
Le savoir est inutile à celui qui ne possède que cela. La vie d’un être humain, ce n’est pas son cerveau, c’est son cœur. Le cœur qui bat, bat dans le langage de l’émotion.
C’est seulement en partant de l’émotion que l’on peut découvrir l’autre dans sa réalité, sa force et sa faiblesse. Il est temps de reconnaître le droit à la fragilité plutôt que de maintenir l’illusion de la toute-puissance.
Le vrai savoir, c’est ce que j’appelle l’initiation. Initier, c’est apprendre à donner le savoir dans cette dimension qui apporte à l’homme la bonté de l’univers. Être initié, c’est apprendre à recevoir le don de cette connaissance, de telle façon qu’il n’y ait pas quelqu’un au-dessus et quelqu’un au-dessous. Car aucun homme, aucun peuple, n’a le monopole du savoir.
Vous parlez très souvent d’Ampili et de Pampou, qui ont été vos initiateurs. Qui étaient-ils ?
Ampili était une conteuse. C’était aussi ma tante maternelle. Quand j’étais enfant, la télévision n’avait pas encore envahi les villages africains. La parole des anciens revêtait une grande importance. Ampili avait le don magique du verbe. Elle nous parlait autour du feu. C’était comme si les bulles d’émotion circulaient dans l’univers. Elle nous donnait tout cela pour que nous puissions garder plus tard la sensibilité d’être au monde, pour que nous puissions apprécier la bonté de l’univers. Ampili m’a ainsi appris quantité de choses.
Par exemple ?
Que le monde entier repose sur les genoux d’une fourmi. Elle m’a appris qu’un arbre sans écorce est un arbre blessé, que toute racine n’a qu’un tronc. Je n’aurai jamais assez de mots pour lui rendre hommage.
Pampou était un vieux au sens noble. J’étais allé le voir avec l’insolence de la jeunesse qui croit savoir. Dès lors que je lui ai dit « Je suis ton élève », il m’a appris que tous les chemins ne mènent pas à Rome, mais à la mort. Mais, avant la mort, il y a la vie. Il m’a appris à écouter, en l’oiseau qui pleure, les palpitations de mon cœur et à entendre du vent, le souffle de tous les bruits de la terre.
Les liens de l’homme avec la nature sont une évidence. Je parle parfois le même langage que les gens de la Dordogne ou des Landes. Avec des mots différents, on nous a appris que l’homme, l’arbre, l’animal ne sont qu’une même matière.
Sauf que l’homme doit faire l’épreuve du malheur…
Au Congo, on ne dit pas que le coq chante. Il pleure. Il pleure parce que le monde est divisé en deux parties : le visible et l’invisible. Lorsque les ténèbres s’avouent vaincues, le coq psalmodie cet instant. Il pleure la disparition du monde invisible de la nuit, qui s’évanouit sous la protection des ancêtres, et l’arrivée du monde visible, qui va livrer l’homme à la course perpétuelle dans laquelle nous sommes. Dès que nous nous levons le matin, nous sommes dans la tyrannie du temps. Il nous faut courir sans cesse après un présent qui nous échappe toujours. Intellectuellement, les gens savent que cette course est folle. Mais ils continuent.
Pourraient-ils y échapper ?
Il faut essayer de décrocher de temps en temps. En Afrique, on dit que seules la patience et la lenteur garantissent l’éternité du chemin. On ne peut pas bâtir une maison en une seule journée, éternellement être le plus fort. Ce n’est pas pour rien que nous sommes devenus de très grands consommateurs de tranquillisants ou de somnifères. Le mot « peur » a disparu de notre vocabulaire au profit du stress et de l’angoisse. Il est normal que l’on ait peur, de l’orage, de la nuit, des dieux. Cette peur naturelle est devenue une peur de ne pas réussir, de ne pas pouvoir être au top. C’est à tout cela qu’il faut essayer d’échapper, en ayant ce que j’appelle une vision poétique de la vie.
Comment réintroduire du poétique dans nos vies ?
L’homme doit manger, se soigner, etc. Mais a-t-il besoin de cette société de consommation qui, à un moment donné, nous a échappé ?
Vivre poétiquement, c’est ce que Stéphane Hessel appelle s’indigner. C’est résister, insister. Insister, c’est se dire que lorsqu’on n’a plus le choix, il reste la volonté. Pampou m’a appris que la volonté est le seul fétiche efficace de l’homme. Vivre poétiquement, c’est avoir la capacité de prendre son temps. De ne pas avoir peur du vide, du chaos. De ne pas avoir peur d’avouer sa faiblesse. De se dire que le bien-être matériel n’est pas synonyme du bien-être mental.
Vivre poétiquement, c’est aussi respecter la nature. Ce n’est pas être écolo, dire « Je vais éteindre la lumière et trier ». C’est avoir conscience que nous ne formons qu’un avec l’univers, et qu’en prenant soin de nous-même, nous prenons soin des autres et du monde qui nous entoure, ou inversement.
« EDF sous-estime le risque d’un accident nucléaire »
« Nous devons accepter que l’impossible puisse se produire et il faut pouvoir y remédier. Depuis 2003, nous mettons en garde sur les risques liés aux séismes, sans être vraiment écoutés. »
Jacques Repussard, directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, dresse le bilan des inspections qu’il a menées dans les centrales françaises.
Le Journal du Dimanche - Qu’a révélé votre audit post-Fukushima sur la sûreté des centrales françaises ?
Jacques Repussard - Celles-ci-ne prennent pas en compte des scénarios comme Fukushima avec une perte totale d’eau et d’électricité. EDF propose des moyens de secours sous vingt-quatre heures, mais on ne peut pas attendre tant de temps. Un séisme pourrait provoquer des accidents sérieux sur certains sites comme à Fessenheim et au Bugey. Les sites des vallées du Rhône et de la Loire doivent surélever leurs digues pour se protéger de fortes inondations.
La centrale de Fessenheim est pointée du doigt. La fermerez-vous ?
Depuis plusieurs années, nous disons qu’il faut renforcer son radier [dalle sous le réacteur] pour éviter une fuite en cas d’accident. Si EDF ne réalise pas ces travaux, il faudra fermer la centrale. Il n’est plus admissible que ces sujets retombent dans l’oubli. Cela nécessite des arbitrages économiques en faveur de la sûreté. Mais il ne faut pas non plus « sacraliser » la fermeture d’un réacteur. La France choisit de rester dans le nucléaire, il faudra construire de nouvelles centrales et donc arrêter les anciennes au fur et à mesure.
Estimez-vous que les centrales françaises ne sont pas sûres ?
Si, elles le sont, mais la sûreté n’est pas statique. Il faut l’améliorer en permanence. Nous voulons pousser le raisonnement sur la sûreté jusqu’au bout. Cette fois, nous verrons si EDF donne suite à nos recommandations. Il y a des vulnérabilités, il faut les traiter. Au quotidien, un certain nombre de manques existent. Parfois, des opérateurs manquent de vigilance, sur des problèmes de sous-traitance par exemple.
EDF et Areva ne semblent-il pas avoir intégré ces changements ?
Ils n’ont pas fait leur « révolution culturelle ». Fukushima a changé la donne et révélé qu’un accident grave était possible, même dans un pays considéré comme sûr. Nous devons accepter que l’impossible puisse se produire et il faut pouvoir y remédier. Depuis 2003, nous mettons en garde sur les risques liés aux séismes, sans être vraiment écoutés. J’espère que nous le serons cette fois. Sinon, ils devront s’en expliquer. Il ne faut plus laisser croire que le nucléaire est une technologie parfaite. Le gouvernement et EDF ont sous-estimé le risque d’un accident et du rejet du nucléaire par la société.
Vous n’êtes pas rassurant !
Je suis favorable à la transparence. Avant Fukushima, il y avait une « omerta » sur la sûreté pour éviter de créer de la peur. EDF et Areva craignent que la transparence ne leur nuise. Le résultat est qu’une part croissante de la population n’a pas confiance dans le nucléaire. Nous devons au contraire tout dire pour la vigilance de la société. Cacher les choses n’avance à rien. Je pense que les Français sont capables d’entendre la vérité. C’est notre travail de rappeler à l’ordre EDF quand il manque d’attention. L’homme est ainsi fait, mais c’est là que ça devient dangereux.
Quelles conclusions tirez-vous de l’intrusion de Greenpeace dans plusieurs centrales nucléaires ?
Il ne faut pas lui donner trop d’importance. Nous savons qu’une intrusion est possible en quinze minutes, c’est le délai nécessaire pour l’intervention des gendarmes. On peut rajouter des barrières pour gagner du temps ou poster des gardes armés comme dans les centrales américaines. Mais cela n’empêcherait pas les tentatives d’agression et ne dissuaderait sans doute pas les terroristes. Des informations sur les projets de Greenpeace étaient disponibles avant leur intrusion. Le gouvernement doit d’abord améliorer le renseignement et le contre-espionnage pour prévenir ces risques.
Propos recueillis par Matthieu Pechberty
Les conseillers de François Hollande sont les amis des patrons
« Les principaux conseillers dudit candidat se signalent par leur proximité avec le monde des affaires ». Revue de détail.
En choisissant comme directeur de campagne le vice-président du Cercle de l’Industrie – lobby réunissant les PDG des principaux groupes industriels français – le candidat de la gauche de droite aux prochaines élections présidentielles a envoyé un signal, on ne peut plus clair, aux marchés financiers : l’alternance ne constituera pas une menace, bien au contraire, pour les classes possédantes. Après José Sócrates, José Luis Zapatero, George Papandréou et Elio Di Rupo, François Hollande sera-t-il le prochain dirigeant socialiste à prétexter la « crise des dettes publiques » pour imposer aux travailleurs l’austérité et la régression sociale ? Au vu du pédigrée de ses responsables de campagne, il y a tout lieu de le craindre : c’est que les principaux conseillers dudit candidat se signalent par leur proximité avec le monde des affaires et leur volonté de rassurer l’Europe des marchés. A moins de quatre mois des élections, un passage en revue des troupes s’imposait.
Pierre Moscovici (directeur de campagne)
Ex-ministre en charge des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin, Pierre Moscovici est vice-président du Cercle de l’Industrie. Ce lobby, représentant les intérêts des trusts français à l’échelle européenne, a été créé en 1993 par Raymond Lévy, alors président de Renault, et Dominique Strauss-Kahn, qui venait tout juste de quitter le ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur. Partenaire du MEDEF, de l’Institut de l’Entreprise et de la Table ronde des Industriels européens, le Cercle de l’Industrie s’est doté du conseil d’administration bipartisan suivant :
- Denis Ranque (président) Administrateur de CMA-CGM, de Saint-Gobain et du Fonds Stratégique d’Investissement français ; ex-PDG de Thalès
- Pierre Moscovici (vice-président) Membre du Parti socialiste, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1997-2002)
- Alain Lamassoure (vice-président) Membre de l’UMP, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1993-95)
- Jean-Yves Naouri (trésorier) Directeur des opérations du groupe Publicis. Son frère, Jean-Charles Naouri, a été directeur de cabinet de Bérégovoy à Bercy et associé-gérant de Rothschild & Cie Banque, avant de prendre le contrôle du groupe de distribution Casino, et de devenir l’une des plus importantes fortunes de France estimée, en 2011, à 883 millions d’euros par le magazine écofi Challenges. Jean-Charles Naouri est aussi conseiller de la Banque de France, administrateur de Rothschild & Cie Banque et de Fimalac. Cette dernière holding, chapeautant l’agence de notation Fitch Ratings, appartient à un proche de Laurent Fabius : Marc Ladreit de Lacharrière.
- Benoît Potier (administrateur) PDG d’Air Liquide, administrateur de Danone et de Michelin, vice-président de la Table ronde des Industriels européens
- Louis Gallois (administrateur) PDG d’EADS, administrateur de Michelin, ex-directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement au ministère de la Défense
- Pierre-André de Chalendar (administrateur) PDG de Saint-Gobain, administrateur de Veolia Environnement
- Pierre Gadonneix (administrateur) Président d’honneur d’EDF, ex-administrateur de France Télécom, Elf-Erap, Usinor, Renault
- Bertrand Collomb (administrateur) Administrateur des sociétés Total, DuPont et Reuters Founders Share Company, conseiller de la Banque de France, président d’honneur de Lafarge et ex-vice-président d’Unilever
Michel Sapin (responsable du projet présidentiel)
Ancien ministre délégué à la Justice (1991-92), ministre de l’Économie et des Finances (1992-93), et ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État (2000-02), Michel Sapin pourra, en cas de victoire à la Présidentielle, s’appuyer sur ses ex-conseillers : - Thierry Aulagnon (directeur de cabinet à Bercy), est membre du comité de direction de la Société générale ; - Eric Lombard (conseiller technique à Bercy), est président de BNP Paribas Cardif et du Groupement français des Bancassureurs ; - quant à Godefroy Beauvallet (conseiller e-Government au ministère de la Fonction publique), il dirige actuellement le Fonds Axa pour la Recherche.
Les conseillers économiques de François Hollande
- Elie Cohen Directeur de recherche au CNRS et à Sciences Po, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier Ministre, administrateur des firmes EDF Energies Nouvelles, Steria et PagesJaunes, ex-administrateur d’Orange et Vigeo.
- Jean-Hervé Lorenzi Professeur à l’Université Paris-Dauphine, président du Cercle des économistes, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier Ministre, ex-conseiller du président du groupe Havas et du Premier ministre socialiste Edith Cresson, actuel administrateur de BNP Paribas Assurances, de la Cie financière Edmond de Rothschild, et membre du conseil d’orientation de l’Institut Montaigne, think tank créé par Claude Bébéar (Axa).
- Jean-Paul Fitoussi Président de l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, ex-coordonnateur de la « Commission sur la performance économique et le progrès social » – lancée à l’initiative du Président Sarkozy – et président de la sous-commission de la « Commission des Nations-Unies sur la Réforme du système monétaire et financier international », ce chroniqueur du Monde et de La Republicca est aussi administrateur du trust financier italien Sanpaolo IMI, de Telecom Italia et de Banca Sella Holding.
- Emmanuel Macron Ancien membre de la « Commission Attali pour la libération de la croissance » – installée par le Président Sarkozy – et actuel associé-gérant chez Rothschild & Cie Banque.
- Stéphane Boujnah Ex-membre de la « Commission Attali pour la libération de la croissance » et conseiller de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, il est aujourd’hui le patron de la branche française du groupe financier espagnol Santander.
Forts de leurs positions dans le monde des mass-médias (Libération, Le Nouvel Observateur, Le Monde), les jeunes loups du capitalisme à la française sont désormais en mesure de faire coup double : dénoncer, à longueur de chroniques ampoulées, les « excès » des marchés financiers, tout en bénéficiant des profits symboliques et, plus encore, matériels associés à leur statut de dirigeants de la haute banque et de la grande industrie. Un économiste tel que Daniel Cohen – membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry – a pu ainsi prêcher la bonne parole « régulationniste » dans l’émission de France Télévisions « Fric, Krach et gueule de bois », à l’appui de poncifs sur les traders fous, l’aveuglement libéral et la droite de Reagan et Thatcher, sans que Pierre Arditi, animateur de la soirée, ne juge bon de préciser que cet éditorialiste au Monde siégeait, au même moment, à la banque d’affaires Lazard, au conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et au think tank « A Gauche, en Europe », une boîte à idées social-libérale créée par Rocard, Strauss-Kahn et Moscovici. La boucle est bouclée.
Nucléaire : du risque majeur à la société autoritaire
Roger Belbéoch, physicien, était un tenace opposant au nucléaire. Il est décédé le 27 décembre 2011. En hommage, Reporterre reproduit une de ses analyses, toujours pertinentes, sur le lien entre le nucléaire, les accidents, et la démocratie.
La catastrophe de Tchernobyl a ébranlé les consciences. Mais elle n’a pas suffi à provoquer le vaste débat qu’exige l’émergence de la « société nucléaire ». Parce que les dangers sont énormes, que l’avenir est hypothéqué comme il ne l’a jamais été par aucune civilisation industrielle, un nouveau risque se dessine : celui de la mise en place d’un ordre musclé pour mieux « gérer » le nucléaire.
L’industrie nucléaire représente certainement, du moins pour le moment, l’aspect le plus important et le plus pur de l’impact social de la science (et des scientifiques bien sûr). C’est la raison pour laquelle les analyses relatives à l’ingérence de la science dans notre société ne s’y intéressent guère.
Les accidents ont toujours fait partie de la production industrielle. Le risque est reconnu comme une composante de notre société. Mieux, le droit à produire impunément du risque devrait être reconnu comme moteur essentiel du développement technique. Les discours sur le risque se multiplient. On y mêle en vrac les explosions de conduite de gaz dans les immeubles, le tabac, le vagabondage de fûts de produits toxiques, l’accident nucléaire, les chemins de fer, les erreurs de pilotage d’avion, l’ozone, etc.
L’accident nucléaire est très rarement mentionné pour sa spécificité. Pourtant, avec le nucléaire, l’accident industriel devient majeur. Il passe du stade de production artisanale à un niveau véritablement moderne. D’abord sous-produit à consommation locale il atteint désormais la consommation de masse. En quelques jours l’espace concerné par la catastrophe atteint une dimension jamais envisagée pour les autres types d’industrie. Ses effets peuvent affecter la santé de populations considérables et de leurs descendants pendant des siècles. Si, en 1976, après l’accident de Sévéso, certains responsables italiens de la Santé se sont interrogés pour savoir s’il fallait évacuer Milan, dix ans plus tard à Tchernobyl, c’est 135 000 personnes qui furent déménagées d’une région de 300 000 hectares sans espoir de retour. La décision des Soviétiques fut prise en moins de quarante-huit heures et ce délai doit être considéré comme trop long compte tenu des dangers. Les évacuations initiales furent d’ailleurs insuffisantes car il fallut les poursuivre par la suite. Si les décideurs n’avaient pris en compte que des critères de protection sanitaire de la population, ce sont de gigantesques territoires qu’ils auraient dû neutraliser (1).
Une catastrophe nucléaire nécessite l’intervention très rapide de centaines de travailleurs pour limiter l’ampleur du désastre. A Tchernobyl, l’ignorance des dangers du rayonnement et l’existence d’un pouvoir autoritaire ont permis de trouver sans trop de difficultés suffisamment de « volontaires ». La connaissance des dangers risque fort, pour les prochains accidents, de gêner considérablement le recrutement de volontaires, surtout si l’on veut rester en démocratie libérale (2). L’ignorance massive est nécessaire pour une gestion « douce » des crises nucléaires. Comme les responsables sociaux ne peuvent pas être sûrs de maintenir cette ignorance pendant longtemps ils doivent, et devront de plus en plus, mettre en place des structures d’encadrement incompatibles avec les concepts fondamentaux de la démocratie.
Pour les responsables, l’accident majeur se définit davantage par son impact médiatique que par ses conséquences objectives sur la population. Cela est d’autant plus vrai que, pour le rayonnement, en dehors des doses aiguës conduisant à un nombre restreint de morts spectaculaires, les conséquences lourdes du bilan réel sont différées : plusieurs décennies pour les cancers mortels, générations futures pour les effets génétiques. Les moyens de gestion de ces effets objectifs sont finalement fort limités et surtout très coûteux (évacuations massives et neutralisation de vastes territoires). Par contre, les moyens médiatiques paraissent particulièrement adaptés aux crises : « Dans ce contexte de haute turbulence, la mise en relation - la communication - devient un facteur stratégique de première importance. Communications internes aux organismes concernés, communications entre organisations, communications vers le public à travers les médias (ou par voie directe dans les cas d’urgence extrême) : l’expérience montre la nécessité de maîtriser ces multiples lignes d’information » (3). Ainsi la maitrise du risque majeur passe par la maitrise des médias.
Contrôle de l’information
L’information ou plutôt le contrôle de l’information, ce qu’on appelle le plus souvent « communication » est la clé de la gestion d’une crise majeure. Il est important que les décisions prises par les autorités pour la protection des populations soient acceptées par tous, indépendamment de leur efficacité réelle. Il y va de la stabilité du corps social.
La peur est très redoutée en cas de crise. « L’expérience du risque est inséparable, pour un sujet humain, de celle de la peur. Il s’agit alors d’affronter l’objet de sa peur. Le problème réside dans le fait que la peur, comme l’angoisse, sont le plus souvent des états intransitifs, sans objet. Le passage à l’acte d’affronter une peur peut avoir pour effet de supprimer la peur et par conséquent d’anéantir le risque lui-même » (4). Il ne s’agit pas pour l’auteur de ce texte des petites peurs de la vie quotidienne puisqu’il intervenait dans un colloque consacré à la société face au risque majeur.
Le désastre de Tchernobyl a donné naissance au concept de radiophobie pour expliquer les troubles de santé dont souffrait la population. Il permettait aux dirigeants politiques, se référant aux experts scientifiques, de ne pas avouer qu’il était impossible économiquement de protéger efficacement les habitants en les évacuant et que les maux dont ils souffraient ou qu’ils devront subir plus tard (cancers) faisaient partie du coût social de l’énergie nucléaire. En fait, ce concept de radiophobie n’a pas été bien accepté et quelques troubles sociaux n’ont pu être évités (5). La pénurie en nourriture est venue à point pour calmer la revendication des gens afin d’obtenir des aliments non contaminés.
Ainsi, quel que soit le pays, les organismes officiellement chargés de la protection de la population (ministères de la santé et de l’environnement, autorités de sûreté, institut de protection nucléaire, etc.) voient leurs fonctions réduites à une meilleure insertion sociale du risque majeur dont le prototype est le risque nucléaire.
Le contrôle de la communication étant une nécessité pour l’Etat, il se fera, soit par consentement tacite des médias, soit par censure autoritaire. Dans les deux cas le contenu démocratique de la société en sera certainement affecté.
L’accident nucléaire fait partie des préoccupations des gestionnaires de la société. Ainsi M. Rosen, le directeur de la sûreté nucléaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a affirmé à la conférence de Vienne d’août 1986 à propos du désastre de Tchernobyl : « Même s’il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerai le nucléaire comme une source d’énergie intéressante » (6). Et M. Pierre Tanguy, inspecteur général pour la sûreté nucléaire à EDF, a déclaré au cours d’un colloque : « Nous faisons tout ce que nous pouvons pour prévenir l’accident grave, nous espérons ne pas en avoir, mais nous ne pouvons pas garantir qu’il ne se produira pas. On ne peut exclure que dans les dix ans ou vingt ans à venir un accident nucléaire civil grave se produise dans l’une de nos installations » (7).
La médecine de catastrophe envisage la gestion des secours pendant la phase d’urgence pour un grand nombre de personnes. « Le triage fait partie de la médecine de catastrophe. Il permet une utilisation optimale des moyens disponibles (de soins sur place, d’évacuation, d’hospitalisation) en fonction de l’état des victimes » (8). On n’est pas loin avec ce concept, de l’euthanasie considérée comme une nécessité économique.
Des plans d’urgence (Orsec-Rad) envisagent la gestion des crises nucléaires, confinement des gens et du bétail, évacuation. Une partie seulement de ces plans est rendue publique, l’essentiel est assimilé à la sécurité militaire. Des simulations d’accidents nucléaires sont effectuées. Elles ne sortent pas des ordinateurs et la population n’est pas appelée à y participer. Ce ne sont finalement que des simulacres.
En ce qui concerne les critères de décision pour la gestion à court et moyen terme, il semble bien que les responsables ne désirent pas être liés par des contraintes règlementaires strictes fondées sur l’unique souci de protection sanitaire des individus. Des normes trop sévères pour les aliments pourraient faire disparaitre toute possibilité d’activité agricole. Elles mettraient le pays en situation de pénurie alimentaire que le budget gouvernemental ne pourrait combler. Pourrait-on supprimer l’alimentation en eau potable de toute une région par suite de normes trop contraignantes ?
Comment pourrait-on déterminer rationnellement dans notre société démocratique les critères de gestion d’un désastre nucléaire ?
- les intervenants rapprochés sont nécessaires pour gérer le réacteur en détresse si l’on veut limiter l’ampleur des dégâts. Ils sont voués à recevoir des doses de rayonnement importantes. Les doses létales à court terme peuvent ne concerner qu’un petit nombre d’individus. Par contre, plusieurs centaines peuvent recevoir des doses qui, à moyen terme, risquent d’affecter leur santé par affaiblissement de leur système immunitaire et à plus long terme accroître considérablement leur risque de mortalité par leucémie et autres cancers. Comment s’assurer de la disponibilité de telles équipes dans un cadre démocratique ? L’impossibilité de les recruter pourrait aggraver la situation sur de vastes territoires. Il y a manifestement une incompatibilité entre le droit des travailleurs à se protéger et la protection de la société dans son ensemble.
- les effets cancérigènes du rayonnement ne comportant pas de seuil de dose en dessous duquel l’effet est nul (9), la fixation de limites de doses en deçà desquelles il n’y a pas « d’intervention » implique l’acceptation pour la population concernée d’un certain détriment, en l’occurrence un certain nombre de morts par cancers.
Ainsi lorsque les responsables fixent des limites pour les niveaux « acceptables » de rayonnement, cela implique pour ceux qui les établissent ou les recommandent l’acceptation d’un certain nombre de morts. Mais cela n’est jamais explicité et les populations sont tenues dans l’ignorance des risques réels. Ceci concerne les limites de dose pour le confinement et les évacuations, les limites de contamination des sols sur lesquels la vie sera considérée à long terme comme normale et ne nécessitant pas d’évacuation, les limites de contamination des aliments. De plus l’effet cancérigène dépendant de nombreux facteurs (l’âge, l’état de santé etc.) faudra-t-il établir des normes différentielles pour tenir compte des individus à risque ou se fonder sur un individu standard ?
La protection stricte des individus n’est pas forcément compatible avec une protection de la société dans son ensemble. Comment en démocratie tous ces niveaux d’acceptabilité pourraient-ils être fixés ? Qui oserait se désigner démocratiquement comme le porte-parole des générations futures pour définir les niveaux d’acceptabilité des effets génétiques ? Il est bien évident que tout ceci est totalement en dehors du champ démocratique. Les décisions ne peuvent venir que d’un groupe de décideurs dont le souci principal sera la stabilité sociale et l’intérêt national dont ils se considèrent a priori les garants.
L’existence de la menace de catastrophes nucléaires, que seules de réelles catastrophes peuvent rendre crédible, est la condition nécessaire pour affirmer le pouvoir de ce groupe de décideurs, pour assurer dans le calme le passage d’une société démocratique à une société technocratique de type autoritaire (10). Un certain rituel démocratique est encore possible dans la gestion d’une société fortement nucléarisée. La prise de conscience des nécessités pour gérer socialement les crises nucléaires pourrait faire que ce rituel lui même soit une gêne et doive être abandonné sans que l’on ait demandé démocratiquement à la population de renoncer à la démocratie.
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Notes :
(1) La Gazette Nucléaire, numéros 96/97, 100, 109/110, éditée par le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), 2 rue François Villon, 91400, Orsay.
(2) Pour la direction d’EDF, « tous [les travailleurs sous rayonnement] sont a priori volontaires pour participer éventuellement à une intervention impliquant une exposition d’urgence ». Document EDF publié par Le Canard enchaîné, 19 juillet 1989.
(3) Patrick Lagadec, « Stratégie de communication en situation de crise », exposé présenté au colloque international de recherche « Evaluer et maîtriser les risques, la société face au risque majeur », 20 au 22 janvier 1985, Chantilly.
(4) Denis Duclos, « Risque et sciences sociales », ibid.
(5) Bella et Roger Belbéoch, « Tchernobyl, une catastrophe ; quelques éléments pour un bilan », L’Intranquille, n° 1, Paris 1992 (BP 75, 76960 Notre-Dame-de-Bondeville). [Complété et publié en 1993 : Tchernobyl, une catastrophe, aux éditions Allia, Paris].
(6) Le Monde, 28 août 1986
(7) Pierre Tanguy, « La maîtrise des risques nucléaires », Actes du colloque « Nucléaire-Santé-Sécurité », Montauban 21, 22, 23 janvier 1988, conseil général de Tarn-et-Garonne, BP 783, 82013 Montauban Cedex.
(8) Pierre Huguenard (faculté de Créteil-Paris XII), « Médecine de catastrophe et risque technologique majeur », Annales des Mines, oct-nov. 1986.
(9) La Commission internationale de protection radiologique (CIPR), dans ses recommandations de novembre 1990, explicite l’absence de seuil pour les effets cancérigènes dus aux radiations, en particulier dans les articles 21, 51, 60 et 65. Lire Roger Belbéoch, « Les effets biologiques du rayonnement », Stratégies énergétiques, biosphère et société (SEBES), n° 2, novembre 1990, Ed. Médecine et hygiène, case postale 456, CH-1211 Genève 4.
(10) Roger Belbéoch, « Société nucléaire », Encyclopédie philosophique universelle, les Notions philosophiques, tome II, Presses universitaires de France, Paris, août 1990.
Le gisement miracle du pétrole kazakh se révèle plus que décevant
Total est partenaire de l’exploitation de l’un des ultimes champs de pétrole géants de la planète... dont le développement s’annonce tellement difficile que le projet pourrait ne jamais être ni rentable, ni (donc) viable !
Le champ kazakh de Kachagan, dans la mer Caspienne, est présenté comme le projet pétrolier le plus prometteur de ces trois ou quatre dernières décennies. Ses réserves, estimées entre 9 à 16 milliards de barils, constituent l’équivalent de 3 à 6 mois de consommation mondiale environ.
Une enquête de l’agence Bloomberg montre à quel point les promesses de Kachagan apparaissent aujourd’hui décevantes. Après 11 ans et 39 milliards de dollars d’investissements (dont 8 années de retard, et un dépassement du budget initial estimé 15 milliards) Total, Exxon, Shell et l’italien ENI, principaux partenaires du gouvernement du Kazakhstan, ont de quoi se faire du tracas.
Un analyste réputé, Julian Lee, du Center for global energy studies de Londres, indique à Bloomberg : « Le plus gros souci, c’est de savoir si le projet est capable de devenir un jour rentable, compte tenu de l’énorme augmentation de son coût et du retard pris par son lancement. » Il pourrait s’avérer « impossible pour les investisseurs d’obtenir un quelconque retour sur investissement sur la seconde phase du projet, avant que leur contrat sur le champ n’expire », en... 2041.
Sans cette seconde phase, pour l’instant théorique, du développement de Kachagan, le million de barils par jour de production qui en est attendu fera cruellement défaut pour compenser le déclin rapide des zones d’extraction existantes. Les premiers barils, fournis par la première phase de développement toujours en cours, ne sortiront pas avant 2014.
Kachagan est l’un des rares points du globe où une augmentation importante de la production de brut peut se produire dans les prochaines années, avec la relance de la production de l’Irak et le développement des sables bitumineux au Canada.
Le coût de la seconde phase de Kachagan, ardemment réclamée par le gouvernement autocratique du Kazakhstan, promettent d’être astronomiques. Les investissements, encore hypothétiques, se chiffrent en centaines de milliards. Des déclarations récentes des patrons de Total et de Shell laissent entendre que ces groupes ne sont pas pressés de délier leurs bourses. Est-ce parce que financièrement, le jeu n’en vaut tout compte fait pas la chandelle ?
Les réserves mondiales de brut sont comme un vaste arbre fruitier. On commence par cueillir les fruits bien mûrs et à portée de main, avant de finir par se résoudre à monter chercher les fruits pourris tout en haut de l’arbre. On en est là, alors que depuis un quart de siècle, l’humanité consomme chaque année plus de pétrole qu’elle n’en découvre.
Difficile d’imaginer des conditions d’exploitation plus extrêmes qu’à Kachagan (à part peut-être au pôle Nord ?). Les hydrocarbures y sont piégés à 4200 mètres sous le plancher de la mer, à très haute pression. A la surface, les températures varient de - 35 °C en hiver à 40 °C l’été, mettant les matériaux à très rude épreuve. A la place des classiques plateformes offshore, six îles artificielles, situées à quelque 70 kilomètres de la côte, ont dû être construites pour exploiter le champ.
Ces « îles » sont truffées de capteurs afin de repérer les fuites de gaz inflammables, des gaz qui à Kachagan contiennent une proportion particulièrement élevée de sulfure d’hydrogène. Ce gaz, toxique à haute dose, a une odeur caractéristique d’oeuf pourri bien connue sur certaines plages du nord de la Bretagne. Il résulte de la décomposition de matière organique. Dans la plus grande des îles artificielles, sur laquelle vivent 5500 employés, des exercices d’urgence sont conduits chaque semaine, rapporte Bloomberg.
La structure des îles est capable de les protéger des glaces hivernales. Elle est censée isoler les puits afin d’éviter de polluer les eaux de la Caspienne, qui abritent notamment des phoques et les précieux esturgeons.
Si le pétrole tue aujourd’hui au Kazakhstan, ce n’est toutefois pas à cause de fuites d’hydrocarbures. Entre 14 et 70 personnes ont trouvé la mort en décembre au cours de manifestations d’ouvriers de la cité pétrolière d’Aktau, au bord de la Caspienne. Des manifestations réprimées dans un silence médiatique presque total par le potentat kazakh ami des puissances occidentales, Nursultan Nazarbayev.
Un « facteur d’instabilité » (comme on dit dans les chancelleries) qui a peu de chances d’accélérer développement du pétrole de la Caspienne, indispensable à l’avenir de l’industrie de l’or noir.
L’ASN impose au nucléaire français une très coûteuse cure de sûreté
L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a tiré les leçons de Fukushima. Elle impose à EDF un ensemble de mesures de renforcement de sécurité. Ces coûts supplémentaires affaibliront le bilan économique du nucléaire.
L’ASN rend public son rapport sur les évaluations complémentaires de sûreté (ECS) menées à la suite de l’accident de Fukushima.
André-Claude Lacoste, président de l’ASN, l’a remis mardi 3 janvier au Premier ministre.
A l’issue des évaluations complémentaires de sûreté des installations nucléaires prioritaires, l’ASN considère que les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant pour qu’elle ne demande l’arrêt immédiat d’aucune d’entre elles. Dans le même temps, l’ASN considère que la poursuite de leur exploitation nécessite d’augmenter dans les meilleurs délais, au-delà des marges de sûreté dont elles disposent déjà, leur robustesse face à des situations extrêmes.
Lire l’avis n° 2012-AV-0139 du 3 janvier 2012 de l’Autorité de sûreté nucléaire
L’ASN va donc imposer aux exploitants un ensemble de dispositions et renforcer les exigences de sûreté relatives à la prévention des risques naturels (séisme et inondation), à la prévention des risques liés aux autres activités industrielles, à la surveillance des sous-traitants et au traitement des non-conformités.
Ainsi :
L’ASN va imposer la mise en place d’un « noyau dur » de dispositions matérielles et organisationnelles permettant de maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté dans des situations extrêmes, pour toutes les installations concernées par le rapport ECS. Les exploitants devront proposer à l’ASN avant le 30 juin 2012 le contenu et les spécifications du « noyau dur » propre à chaque installation.
L’ASN va imposer la mise en place progressive, à partir de cette année, de la « force d’action rapide nucléaire (FARN) » proposée par EDF, dispositif national d’urgence rassemblant des équipes spécialisées et des équipements permettant d’intervenir en moins de 24 heures sur un site accidenté. L’ASN va imposer la mise en place de dispositions renforcées visant à réduire les risques de « dénoyage » du combustible dans les piscines d’entreposage des différentes installations.
L’ASN va imposer la réalisation d’études de faisabilité de dispositifs supplémentaires de protection des eauxsouterraines et superficielles en cas d’accident grave dans les centrales nucléaires ou les installations de La Hague.
L’ASN considère que les facteurs sociaux, organisationnels et humains sont un élément essentiel de la sûreté. L’ASN restera donc attentive au renouvellement des effectifs et des compétences des exploitants. En particulier, l’ASN considère que la surveillance des sous-traitants intervenant dans les installations nucléaires ne doit pas être déléguée par l’exploitant quand elle concerne des interventions importantes pour la sûreté.
En outre, l’ASN a préparé, en relation avec les ministères chargés de la sûreté nucléaire, un projet d’arrêté fixant les règles générales relatives aux installations nucléaires de base qui apportera une contribution importante à l’amélioration de la sûreté. L’ASN recommande que cet arrêté soit signé au plus vite.
Enfin, sur la base du retour d’expérience approfondi de l’accident de Fukushima, l’ASN renforcera les référentiels de sûreté des installations nucléaires, en particulier sur les aspects « séisme », « inondation » et « risques liés aux autres activités industrielles ».
Au cours de cette conférence de presse, André-Claude Lacoste a particulièrement insisté sur les points suivants :
« l’accident de Fukushima marque l’histoire du nucléaire comme ceux de Three Mile Island et Tchernobyl : il y aura un avant et un après Fukushima. Notre approche de la sûreté évolue pour renforcer la robustesse des installations face à des situations extrêmes. Les ECS sont le début de ce processus » ;
« nous sommes sur des temps longs : le retour d’expérience complet de l’accident de Fukushima peut prendre jusqu’à 10 ans et il est possible qu’il nous amène à réviser notre compréhension actuelle de l’accident » ;
« nous devons nous garder de la tentation commode de réduire la sûreté nucléaire à l’accumulation de dispositifs techniques : la sûreté nucléaire repose fondamentalement sur les hommes. Le renouvellement des effectifs et des compétences des exploitants est essentiel pour la sûreté » ;
« l’ASN va édicter prochainement un certain nombre de prescriptions dont la mise en œuvre commencera immédiatement et s’étendra sur plusieurs années. L’ASN s’assurera de la mise en place des modifications qu’elle a prescrites dans les délais prévus » ;
« en s’appuyant sur ses stress tests, l’Europe doit être un moteur pour faire progresser la sûreté nucléaire partout dans le monde ».
La suite du processus
Le rapport de l’ASN sera transmis par le Premier ministre au Président de la Commission européenne comme rapport de la France sur les tests de résistance décidés par le Conseil européen des 24 et 25 mars 2011. Les rapports des différents États européens seront soumis à un processus de revues croisées (« peer review »), dont le déroulement est prévu de janvier à juin 2012.
L’ASN veillera à tirer toutes les conséquences des résultats de ce processus. Elle continuera à participer activement à l’ensemble des analyses entreprises dans le monde pour mieux comprendre l’accident de Fukushima et en tirer les enseignements.
L’ASN attachera une vigilance particulière au suivi de la mise en œuvre de l’ensemble des prescriptions qu’elle aura édictées, ainsi qu’à la prise en compte des nouveaux référentiels qu’elle aura approuvés. A partir de l’été 2012, elle présentera périodiquement l’avancement de l’ensemble de ces actions.
Annexe au communiqué de presse du 3 janvier sur les ECS
A la suite de l’accident de Fukushima, l’ASN a lancé une démarche d’évaluation complémentaire de la sûreté (ECS) des installations nucléaires civiles françaises répondant aux demandes exprimées par le Premier ministre le 23 mars 2011 et le Conseil européen les 24 et 25 mars 2011.
Les ECS portent sur la robustesse des installations face à des situations extrêmes du type de celles qui ont conduit à l’accident de Fukushima. En France, la totalité des installations (environ 150) est concernée par ces examens approfondis de sûreté, y compris les installations de recherche et de traitement du combustible ; la sous-traitance est également prise en compte.
79 installations ont été jugées prioritaires et ont fait l’objet d’ECS en 2011 (dont les 58 réacteurs nucléaires exploités par EDF et le réacteur EPR en cours de construction).
Les étapes clés du processus sont les suivantes :
3 mai 2011 : avis favorable du HCTISN sur le projet de cahier des charges des ECS.
5 mai 2011 : 12 décisions du Collège de l’ASN prescrivent aux différents exploitants d’installations nucléaires la réalisation d’un rapport dit « d’évaluation complémentaire de sûreté » (ECS) répondant à un cahier des charges précis.
1er juin 2011 : chaque exploitant remet à l’ASN une note présentant la méthodologie retenue pour mener l’évaluation complémentaire de sûreté de ses installations ainsi que l’organisation mise en place pour respecter les échéances fixées.
19 juillet 2011 : l’ASN prend position sur les notes méthodologiques présentées par les exploitants.
15 septembre 2011 : pour les installations prioritaires, les exploitants transmettent à l’ASN leurs rapports d’évaluation complémentaire de sûreté.
4 novembre 2011 : l’IRSN remet à l’ASN son analyse relative aux rapports d’évaluation complémentaire de sûreté transmis par les exploitants.
8 au 10 novembre 2011 : réunion des groupes permanents d’experts puis remise à l’ASN de leur avis sur les rapports des exploitants.
3 janvier 2012 : l’ASN remet son rapport sur les ECS au Premier ministre, qui le transmettra à la Commission européenne.
25 avril 2012 : examen et approbation par l’ENSREG du rapport des conclusions des revues croisées (peer review) européennes.
28-29 juin 2012 : présentation par la Commission européenne de son rapport sur les tests de résistance au Conseil européen.
15 septembre 2012 : date limite pour la remise des rapports des exploitants pour les installations moins prioritaires.
Pourquoi prêter gratos aux banques ?
La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %. Et la BCE a prêté 500 milliards d’euros aux banques européennes à 1 %.
La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.
Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d’euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d’être transparente sur l’aide qu’elle avait apportée elle-même au système bancaire.
Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.
Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d’austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n’acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d’intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d’intérêt, les gouvernements sont « obligés » de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.
Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? « Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé », affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l’écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l’espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort.
Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ? Nous n’avons pas la possibilité ici de développer les dix ou quinze réformes concrètes qui rendraient possible cette métamorphose. Nous voulons seulement montrer qu’il est possible de donner tort à Paul Krugman quand il explique que l’Europe s’enferme dans une « spirale de la mort ». Comment donner de l’oxygène à nos finances publiques ? Comment agir sans modifier les traités, ce qui demandera des mois de travail et deviendra impossible si l’Europe est de plus en plus détestée par les peuples ?
Angela Merkel a raison de dire que rien ne doit encourager les gouvernements à continuer la fuite en avant. Mais l’essentiel des sommes que nos Etats empruntent sur les marchés financiers concerne des dettes anciennes. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d’impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser.
Faire payer des taux d’intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu’il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu’il n’y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs...
Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu’a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la « vieille dette » de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.
Il n’est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s’endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.
Rien n’empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l’Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l’équilibre si l’Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l’Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.
Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession « plus grave que celle de 1930 », d’après le gouverneur de la Banque d’Angleterre ?
Si l’on s’en tient aux traités, rien n’interdit à la BCE d’agir avec force pour faire baisser le prix de la dette. Non seulement rien ne lui interdit d’agir, mais tout l’incite à le faire. Si la BCE est fidèle aux traités, elle doit tout faire pour que diminue le prix de la dette publique. De l’avis général, c’est l’inflation la plus inquiétante !
En 1989, après la chute du Mur, il a suffi d’un mois à Helmut Kohl, François Mitterrand et aux autres chefs d’Etat européens pour décider de créer la monnaie unique. Après quatre ans de crise, qu’attendent encore nos dirigeants pour donner de l’oxygène à nos finances publiques ? Le mécanisme que nous proposons pourrait s’appliquer immédiatement, aussi bien pour diminuer le coût de la dette ancienne que pour financer des investissements fondamentaux pour notre avenir, comme un plan européen d’économie d’énergie.
Ceux qui demandent la négociation d’un nouveau traité européen ont raison : avec les pays qui le veulent, il faut construire une Europe politique, capable d’agir sur la mondialisation ; une Europe vraiment démocratique comme le proposaient déjà Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994 ou Joschka Fischer en 2000. Il faut un traité de convergence sociale et une vraie gouvernance économique.
Tout cela est indispensable. Mais aucun nouveau traité ne pourra être adopté si notre continent s’enfonce dans une « spirale de la mort » et que les citoyens en viennent à détester tout ce qui vient de Bruxelles. L’urgence est d’envoyer aux peuples un signal très clair : l’Europe n’est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.
Bruxelles a profité des fêtes pour autoriser de nouveaux OGM
4 OGM autorisés pour l’alimentation par la Commission européenne le 22 décembre. Malgré des études toxicologiques très insuffisantes.
Le 22 décembre 2011, la Commission européenne a autorisé la commercialisation de quatre Plantes Génétiquement Modifiées (PGM) transgéniques : les maïs Mir604*Ga21, Bt11*Mir604 et Bt11*Mir604*Ga21, tous trois de Syngenta, et le coton 281-24-236*3006-210-23 de Dow AgroSciences [1]. Ces quatre PGM produisent des insecticides et sont à la fois résistantes à des herbicides [2].
Les autorisations données concernent l’alimentation humaine et animale ainsi que, pour les trois maïs, l’importation et la transformation, mais pas la culture. Ces quatre décisions de la Commission européenne font suite à l’absence de majorité qualifiée au Conseil des ministres de l’Agriculture qui s’était tenu une semaine plus tôt, le 15 décembre 2011. Lors de ce conseil, la France s’était abstenue sur les quatre propositions d’autorisation présentée par la Commission européenne, comme nous l’a indiqué le ministère de l’Agriculture.
Précisons que pour ces dossiers, c’est l’ancienne procédure de comitologie qui s’applique. Ainsi en février 2011, aucune décision n’ayant été prise lors du Comité Permanent de la Chaîne Alimentaire et la Santé Animale (CP CASA), les ministres avaient été sollicités sur ces quatre demandes. La nouvelle procédure [3], entrée en application le 1er mars 2011 et concernant toutes les demandes d’autorisation commerciale déposées depuis, n’implique plus de passage devant le Conseil des ministres.
Concernant le coton, en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait été saisie de cette demande, contrairement au Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). Le HCB n’a pas été saisi sur ces dossiers car il était en cours de création à cette époque précise le ministère, qui ajoute que depuis, tous les dossiers lui sont systématiquement adressés pour opinion. Le HCB aurait pourtant eu le temps d’être saisi puisque de son côté, l’Anses rendait un avis final (globalement positif) début 2011 (après un premier avis en 2005).
L’Anses soulignait cependant dans son avis que Dow AgroSciences n’avait pas conduit d’étude de toxicologie sub-chronique chez un rongeur ! Une situation similaire pour les trois maïs puisque aucun n’a été l’objet d’une telle étude. En effet, les experts européens et français ont considéré que l’addition des études de toxicologie faites sur les maïs à un seul événement (Bt11, Mir604 et Ga21) suffisait.
Un paradoxe surgit néanmoins concernant le maïs Bt11 puisque ce dernier n’a été l’objet d’aucune étude de toxicologie par le pétitionnaire. Seulement trois articles publiés dans la littérature scientifique par des chercheurs permettent aux experts français de l’Anses de conclure à l’absence d’impact toxicologique. On notera qu’aucun de ces papiers ne concerne une étude sur rongeur mais sur poulets, bouvillons, vaches, contrairement aux lignes directrices de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA) ! [4].
Côté Commission européenne, le choix d’autoriser ces quatre plantes a donc été fait malgré une actualité OGM chargée, notamment avec les débats en cours sur le miel contenant du pollen d’origine transgénique et la proposition de la Commission européenne faite aux Etats membres de pouvoir interdire nationalement la culture de PGM pour des raisons autres que sanitaires et environnementales. Après avoir délivré cinq autorisations au milieu de l’été 2010 et trois autorisations à l’entrée de l’été 2011, c’est donc pendant une nouvelle période de congés que la Commission européenne a autorisé ces quatre PGM : deux jours avant les fêtes de fin d’année !
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Notes :
[1] Communiqué de presse de la Commission européenne du 22 décembre 2011
[2] Voir le détail des dossiers sur Les dossiers d’autorisation d’OGM déposés dans l’UE
[3] « OGM - Nouvelle comitologie à l’UE : on cherche le « plus » démocratique », P. Verrière, Inf’OGM n°109, avril 2011, http://www.infogm.org/spip.php?arti...
[4] Avis de l’Afssa du 10 juin 2008 sur le maïs Bt11*Mir604, p5
Merci Nicolas Hulot
Pour avoir vu le 29 décembre « Ushuaïa nature » sur TF1, on ne peut que regretter que Nicolas Hulot ne soit pas le représentant de l’écologie à l’occasion de l’élection présidentielle. Ses commentaires qui accompagnent son exploration des oasis du Tchad sont d’une grande intelligence et témoignent d’une vraie connaissance des cycles de la nature. Il donne la parole à cette occasion à une remarquable équipe d’archéologues, d’ethnologues et de naturalistes. Après avoir analysé le phénomène du nomadisme qui persiste dans ces régions et son très faible impact sur l’environnement, il nous fait découvrir les espèces reliques d’un Sahara qui fut fertile. On y rencontre des crocodiles frères de ceux du Nil et des troupeaux de dromadaires qui vivent en étroite association avec les humains nomades. Tous se trouvent menacés par le réchauffement climatique qui a déjà des effets dans ces régions sensibles. Mais il évoque l’hypothèse inattendue d’une mousson qui pourrait en résulter et reverdir le Sahara.
Il nous montre la splendeur de ces paysages désertiques où les points d’eau apparaissent comme des îles dans un océan de sable. Une dessinatrice de grand talent qui l’accompagne fixe notre attention sur des insectes, des détails du relief, des visages de femmes et les prodigieux pétroglyphes qui témoignent de gestes esthétiques d’il y a sept mille ans. Il évoque ses rencontres avec un des sages de l’écologie Théodore Monod le saharien.
Une conversation avec l’archéologue Michel Brunet permet d’évoquer longuement notre ancêtre homininé Toumaï dont les ossements attestent la capacité à pratiquer la bipédie il y a sept millions d’années. Trois cent cinquante mille générations nous unissent à lui. Beaucoup de chemin parcouru pour le bipède qui s’est baptisé sapiens sans le devenir vraiment. Ce qui permet à Hulot de répéter une de ses formules préférées, qu’il a déjà prononcée dans son film Le syndrome duTitanic : « Devenir humain est une tâche beaucoup plus difficile que prévu. »
Quatre millions de Français ont entendu ce message.
On peut dire que l’absence de Nicolas Hulot de la campagne présidentielle est dramatique parce que l’écologie sera absente de cette campagne.
La consommation électrique a baissé en France en 2011
Selon une estimation provisoire, la consommation électrique française a baissé de 6,6 % en France en 2011. Elle a atteint 479 terawattheures, le chiffre le plus bas depuis 2004.
Selon une estimation effectuée par l’association Agir pour l’Environnement à partir des données disponibles quotidiennement sur le site du Réseau de Transport de l’Electricité, il apparaît que la consommation électrique française a baissé de 6,6% entre 2010 et 2011 pour atteindre 478,9 TWh, soit la plus faible consommation hexagonale depuis 2004.
D’une année sur l’autre, la France a réduit sa consommation de plus de 33 TWh, soit la production annuelle de 5 à 6 réacteurs électronucléaires. A l’aune de ces premières estimations, il est possible d’affirmer que le double choix fait par la France de capacités de production essentiellement nucléaires allié au chauffage électrique amène notre pays à être très fortement dépendant des variations climatiques saisonnières.
En fonction de la clémence du temps ou de la rigueur de l’hiver, la consommation de notre pays peut varier de plusieurs dizaines de TWh. Le choix du chauffage électrique induit une fragilité extrême de notre système électrique. En période de grands froids, la France est obligée d’importer massivement une électricité rare et chère ; en période de relative douceur, un grand nombre de réacteurs deviennent tout bonnement inutiles.
De fait, en solidarisant les courbes de température à celles de la consommation électrique, la France s’oblige à se doter de surcapacité de production et d’un réseau de lignes à très haute tension totalement surdimensionné. Au regard des effets du dérèglement climatique, le choix fait par la France est un non sens économique, que le climat soit clément ou rigoureux. Lorsque les températures sont anormalement élevées, certaines centrales sont inutiles. Lorsque l’hiver est froid, les pointes de consommation principalement issues du chauffage électrique nous obligent à importer de l’électricité et à construire des lignes THT afin de renforcer nos connexions européennes.
L’association Agir pour l’Environnement s’interroge par ailleurs sur le chiffre d’affaire d’EDF, qui, selon toute vraisemblance, devrait fortement chuter d’une année sur l’autre à une époque où cette société est appelée à investir massivement dans la maintenance de ses réacteurs vieillissants tout en se soumettant aux prescriptions de l’ASN en matière de sécurité.
Le monolithisme énergétique de la France apparaît donc pour ce qu’il est : un géant aux pieds d’argile qui vacille à chaque variation du climat. A contrario, un système électrique reposant sur l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables apparaît plus flexible et apte à s’adapter aux aléas climatiques. La transition énergétique n’est pas seulement une nécessité écologique mais également une nécessité économique.
Des objecteurs de croissance critiquent le journal « La Décroissance »
« La manière dont le mensuel véhicule l’image de l’objection de croissance est datée. Elle paraît désormais contre-productive. »
Qui aurait cru que le Parti Pour La Décroissance allait se fendre d’un communiqué affirmant son indépendance avec le mensuel La Décroissance ? Eh bien voilà, en ce début d’année 2012, c’est fait !
Et pourtant, l’histoire commençait bien. Quelle bouffée d’oxygène que ce premier numéro de mars 2004 (n° 20 des Casseurs de pub). Facilement disponible dans les kiosques, nous découvrions un nouveau périodique mettant en cohérence toutes les ... incohérences de notre société. Le soulagement ! Grâce à son format accessible à tous, La Décroissance devenait la référence en matière de critique de la société consumériste, productiviste et capitaliste : démontage en règle de ses instruments (la pub, le crédit, l’obsolescence, etc.), décorticage de ses conséquences sur l’environnement et le bien-vivre, dénonciation de l’amplification croissante des inégalités sociales. Enfin ! Nous comprenions le monde... pour mieux le changer. Le « journal de la joie de vivre » était devenu, en France, le porte-drapeau du mouvement naissant de la Décroissance.
Aujourd’hui, la situation a bien changé. Un grand nombre d’Objecteurs de Croissance (OC) affichés ne partagent plus ses positions et ses méthodes. Cette réalité n’est pas très visible (1), et pour cause. Contrairement à ce qu’il stipule dans sa propre charte (2), le mensuel a tendance à user de son nom générique pour amener à croire qu’il fait consensus au sein de l’Objection de Croissance. Certes, le mensuel a sa liberté d’expression. Mais, par le biais de certains artifices, cette liberté masque une prise de pouvoir, un penchant à s’exprimer… au nom des autres. Nombreux sont les OC qui apprécient peu de se faire prêter certaines prises de positions, et encore plus d’avoir à y répondre. En effet, on leur demande souvent de se justifier par rapport à des idées énoncées dans La Décroissance, idées qu’on leur reproche alors qu’ils n’en sont en rien responsables.
Cette tentation d’occuper le devant de la scène et de minimiser la multiplicité des points de vue dans l’objection de croissance, s’inscrit dans une posture autoritaire globale du journal. En ce qui concerne le fond des idées proposées, ce qui saute aux yeux, c’est cette attitude dogmatique qui consiste à systématiquement rejeter en bloc tout ce qui n’est pas dans la ligne. La plupart des OC ne se retrouvent pas dans cette posture. Pour autant, ils ne sont pas moins intègres et radicaux sur le fond, mais ils privilégient plutôt l’ouverture et le dialogue, avec la préoccupation d’atteindre un jour la masse critique qui fera pencher la balance du bon côté (3).
De plus, la ligne du journal n’est pas proposée mais imposée au moyen de techniques de communication relevant davantage de la manipulation que du vrai débat démocratique. Les OC qui ne s’inscrivent pas dans la ligne défendue en prennent pour leur grade. Le mensuel n’a aucun scrupule à leur tendre des pièges, puis à déformer, caricaturer, détourner ou fractionner leurs propos. Quand il fait mine de leur donner la parole, c’est dans le but de donner du crédit à sa propre opinion. Au final, il fait lui-même du « Roland Frinjo » (4). C’est ainsi que la bande dessinée « Stef le décroissant » se retrouve truffée de sous-entendus visant à donner des leçons à tous ces OC qui n’auraient rien compris à la Décroissance.
Le journal exacerbe des conflits à l’intérieur du milieu de la Décroissance, ce qui contraste avec un titre au singulier faisant ressortir une homogénéité du mouvement. Il en résulte pour le néophyte un certain flou… renforcé par la malhonnêteté de l’affichage politique. Après avoir créé le Parti Pour La Décroissance (PPLD) en 2005, qui lui a échappé en 2008, Vincent Cheynet, directeur de la publication et rédacteur en chef, fonde le Parti des Objecteurs de Croissance (POC) en 2010 (association loi 1901). Rien de condamnable en soi. Si ce n’est qu’il affiche dans son journal une neutralité et une position d’observateur, alors qu’il est totalement partie prenante, en tant que membre fondateur du POC. Ceci implique des prises de positions marquées.
Ainsi, il est contre le revenu universel et toutes les propositions construites autour de l’extension de la sphère de la gratuité (9). Il croit à une prise républicaine du pouvoir préalable au changement. Il préfère soutenir les initiatives électorales individuelles, plutôt que les démarches de constructions collectives de longue haleine, qui respectent la diversité de l’objection de croissance. C’est son droit, sauf qu’il a la fâcheuse habitude de mettre sa casquette de journaliste pour donner une image « collective » à des décisions qu’il a prises unilatéralement. Il profite de cette casquette pour publier des articles à charge contre les mouvements d’Objecteurs de Croissance dont il ne partage ni le but ni la méthode (5 - 7). Vincent Cheynet ne fait même plus l’effort d’aller à la rencontre des OC qui ne partagent pas ses idées. Pour lui, ce sont des irresponsables qui mettent en danger la Décroissance.
Ce n’était peut-être pas la peine d’en rajouter, en affichant notre opposition ? La question s’est posée. Mais la manière dont le mensuel véhicule l’image de l’Objection de Croissance est datée. Elle paraît désormais contre-productive. Le mot « Décroissance » joue son rôle de mot obus ; il est nécessaire de ne pas en rajouter dans la forme. Par son attitude, décourageante envers les OC, et repoussoir envers le grand public, le mensuel nous condamne à rester une minorité à « avoir raison entre-soi contre tous les autres ». Et finalement il freine l’émancipation d’un mouvement qui serait capable d’essaimer dans toute la société (6 - 8). Le PPLD ne veut plus avoir à assumer les responsabilités d’un mensuel dont il ne partage plus certaines positions essentielles. Il ne veut plus souffrir de l’amalgame entre PPLD et La Décroissance.
De là à dire que « La décroissance » est « la saloperie qu’on nous n’achèterons pas ce mois-ci » (*) ...
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Notes :
(*) « La saloperie que nous n’achèterons pas » est le nom d’une rubrique phare du mensuel.
(1) “Les marmites de la Décroissance en ébullition” http://www.partipourladecroissance.net/?p=6383
(2) http://www.ladecroissance.net/?chemin=charte
(3) “Plate-forme de convergence proposée par l’AdOC” http://www.partipourladecroissance.net/?page_id=4708
(4) http://www.ladecroissance.net/index.php?chemin=textes/frinjo
(5) L’appel Décroissance” 2012 decroissance2012.fr/ ?page_id=82
(6) “La décroissance sera-t-elle autoritaire ?” http://www.partipourladecroissance.net/?p=5008
(7) “Soutien de Paul Ariès à la campagne Décroissance” 2012 : http://www.decroissance2012.fr/?p=189
(8) “Les Objecteurs de Croissance se dotent d’un outil commun de financement” http://www.partipourladecroissance.net/?p=6693
(9) “La révolution par la gratuité (Paul Ariès)” http://www.partipourladecroissance.net/?p=6622
L’incroyable histoire de l’accident secret du transport de missile nucléaire
L’enquête judiciaire sur un accident tenu secret sur la base aérienne 125 d’Istres révèle des défaillances et des dérives graves dans le transport routier de munitions stratégiques.
Un semi-remorque de munitions stratégiques qui se renverse dans une base aérienne. L’accident donne froid dans le dos. Sa révélation un an et demi plus tard stupéfie. Autant que les conclusions accablantes de l’enquête judiciaire qui dévoile une succession de négligences et de dérives graves, facilitées par une carence de contrôle du commandement militaire.
Tout démontre qu’une routine, un effarant relâchement des personnels insuffisamment formés et fortement sollicités ont pris le pas sur le respect absolu des protocoles de sécurité encadrant la logistique des munitions nucléaires convoyées par la route à un rythme soutenu en 2010.
Trois militaires blessés
A l’origine de ces constats inquiétants, un accident tenu secret, survenu le 9 juin 2010 sur la base aérienne 125 d’Istres, avec un vrai bilan humain : trois militaires blessés dont un très grièvement. Leur ensemble routier qui était parti en fin de nuit de la base aérienne 702 d’Avord (Cher) ne transportait à ce moment-là pas d’ogive nucléaire.
L’événement nous est révélé furtivement avec la comparution prochaine du chauffeur devant le tribunal correctionnel de Marseille. Ce caporal-chef de 28 ans sera jugé le 16 janvier prochain en chambre militaire pour « blessures involontaires », « mise hors service d’un matériel à l’usage des forces armées » et « violation de consignes ».
Le préjudice dont l’armée veut le rendre responsable est colossal. A la mesure du caractère exceptionnel de ce VSRE (véhicule spécial renforcé) mis hors d’usage. Les Forces aériennes stratégiques ont chiffré sa perte à 50 millions d’euros.
Un jogger surgit près du « bâtiment K »
Ce mercredi-là, après un long périple autoroutier de près de 600 km qui l’a conduit par Bourges, Lyon, Macon, Orange, l’engin dont les enquêteurs ignoraient jusqu’à l’existence de son unité secrète de rattachement - l’escadron de soutien technique spécialisé - se présente à l’entrée de la base aérienne 125 d’Istres. A son bord, trois hommes de l’ombre à l’anonymat désormais protégé : deux chauffeurs et un chef de bord et de sécurité.
Le monstre bleu de 33 tonnes et 585 CV roulait à vide, nous assure-t-on, car il venait en remplacement d’un blindé tombé en panne. Tout au long de l’année 2010, des convois soutenus se sont dirigés vers le très secret « bâtiment K » de la base, un des 4 dépôts stratégiques de munitions nucléaires de l’Hexagone. Il est même regardé comme le plus important. C’est là, dans des galeries souterraines, que sont stockés en particulier les derniers missiles ASMP-A dédiés aux Mirages 2000-N et bientôt aux Rafales F3.
Les catastrophes sont toujours un enchaînement diabolique de défaillances. Ici, le VSRE roule bien trop vite quand à 14h45 un coureur surgit sur le côté dans un virage. Oui, un coureur en short et gros Marcel qui fait même rire l’équipage. « J’ai remarqué la présence d’un jogger courant sur ma voie de circulation mais à contresens. J’ai dû me déporter sur la gauche. J’ai vu dans le rétroviseur la remorque se soulever », explique le chauffeur affecté depuis peu à la conduite de ce blindé. Il tente bien de freiner sur 67 mètres mais ripe sur 21 mètres et se renverse sur le bas-côté.
« Un manque total de contrôle »
Bien que blessés, lui et son supérieur parviennent à s’extraire par une trappe de secours. Le second chauffeur reste bloqué dans la cabine. Il sera héliporté sur l’hôpital Nord avec deux vertèbres cervicales fracturées et restera alité durant six mois. Le plan de crise est activé sur la base. Des officiers de sécurité nucléaire et du renseignement militaire bouclent aussitôt la scène et encadrent les gendarmes de la base pour que leurs investigations ne laissent rien filtrer de top-secret.
Le bavard dans l’histoire, c’est le disque tachygraphe. Le mouchard révèle que le camion roulait à 72 km/h au lieu des 30 imposés ; qu’entre Avord et Istres, le chauffeur a fait une pointe à 105km et 10 jours avant à 120km/h ! Alors même qu’un dispositif bride le moteur à 80 km/h que seul le chef de convoi peut désactiver en situation de crise. Les enquêteurs vont de surprise en surprise : « Les personnels ont connaissance d’une technique de neutralisation du limitateur de vitesse sans briser le plomb de protection », sidère le rapport qui laisse pantois sur la « conduite sportive » de ce jeune militaire parfois « indiscipliné » mais dont le « comportement irresponsable » a été facilité par « un manque total de contrôle de la part de la hiérarchie ».
Ce n’est pas fini. Leur formation est insuffisante. Pour prendre le volant du Scania blindé, un simple permis semi-lourd (!) suffit en plus d’un solide parrainage, d’une qualification TMD7 (transport de matières dangereuses radioactives) et de l’habilitation au « secret défense ».
Après l’accident, la promotion du chauffeur !
Un laxisme qui a fait bondir l’Autorité de sûreté nucléaire de défense (ASND). Car les chauffeurs n’ont pas reçu de « véritable formation adaptée à la conduite de cet ensemble routier en situation normale et dégradée », une absence qui « a induit des dérives dans le comportement de conduite des chauffeurs de l’Escadron ». En garde à vue, les chauffeurs vont parler de leurs « temps de pause ou de repos non respectés dans les manœuvres de chargement et de déchargement des colis sensibles ».
En vérité, le jeune chauffeur poursuivi est un mécanicien de l’air, simple « conducteur routier » qu’on situe au grade de caporal en juillet 2009. La Marseillaise est en mesure d’affirmer que par un singulier tour de passe-passe, quinze jours à peine après ce singulier crash à 50 millions d’euros, la direction des ressources humaines de l’Armée de l’air s’est empressée de lui décerner « par équivalence » le brevet élémentaire de technicien de « conducteur grand routier de transport de fret » avec... effet rétroactif au 1er mars 2010 ! Sa promotion signée rien que pour lui par délégation du ministre est vite glissée pour parution au 25 juin 2010 du Bulletin officiel des Armées. On découvre que le chauffeur est désormais caporal-chef. L’Armée de l’air ne manque vraiment pas d’air. Les juges apprécieront. A se demander si le semi-remorque était vraiment vide ?
« Le camion s’est bloqué à nouveau »
L’ensemble routier connaissait aux dires des mécaniciens des problèmes sur son système de frein : « La veille, j’avais fait actionner les freins à trois reprises et l’ensemble routier s’était mis en défaut d’air », affirme un chauffeur. « Nous avons failli avoir un accident à plusieurs reprises », ajoute un autre qui révèle un incident précédent lors d’un convoi à destination de Valduc, le site de construction des têtes nucléaires en Bourgogne. Il avait fallu pincer une durite qui fuyait pour accomplir les derniers mètres : « Nous avons réussi à arriver jusqu’au premier portail du centre spécial militaire de Valduc. Le camion s’est bloqué à nouveau. Nous n’arrivions plus à ouvrir les portes du tracteur. (...) Cela n’a pas empêché de faire partir une mission en ne sachant pas l’origine réelle de l’accident. » Et ce genre de convoi a traversé allègrement la France... La Dépêche du Midi a d’ailleurs publié récemment le cliché d’un convoi sur l’A61.
« Les missions passent en premier, la sécurité des personnels ensuite », accuse un mécanicien de l’air qui note que le commandant ne s’est même pas déplacé au chevet du chauffeur le plus blessé. Auditionné, le Pacha de l’escadron de transport de matériels spécialisés, un lieutenant de 37 ans, a reconnu que depuis le début de l’année 2010 « le plan de charge est devenu très difficile », « le nombre de missions a augmenté avec des déplacements à un rythme très soutenu parfois jusqu’à 3 à 4 semaines de missions à la suite (...) rythme fatiguant compte tenu des spécificités de ce transport ». « La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires », a écrit Clémenceau. S’agissant de la justice militaire, elle est confiée depuis 1982 à des magistrats civils. Mais il se pourrait bien que d’ici le 16 janvier prochain, la « grande muette » ne fasse tomber le rideau du huis clos sur ce procès.
Total injecte des déchets en sous-sol - et en est récompensé fiscalement !
Une disposition discrète de la loi de finances exonère d’impôt l’injection par Total de déchets liquides dans le sous-sol de Lacq.
Total est une entreprise qui génère des milliards de bénéfices chaque année. On sait également que, grâce au système fiscal très favorable du bénéfice mondial consolidé, cette multinationale du pétrole n’a pas versé, en 2010, un centime à l’Etat français au titre de l’impôt sur les sociétés. Un bel exemple de redistribution et de responsabilité sociétale ! Or, par un tour de passe-passe de la loi de finances 2012, Total vient d’être de nouveau exonérée d’un autre versement : la TGAP. Explications.
La loi de finances exonère de taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) les installations autorisées à injecter des effluents industriels dans la structure géologique (Crétacé 4000) de la région de Lacq (Pyrénées-Atlantiques).
En effet, depuis plusieurs dizaines d’années, des effluents et déchets chimiques sont injectés dans le sous-sol béarnais dans un ancien site gazier géré par Total. Total stocke donc en sous-sol des déchets chimiques et à ce titre, la direction des douanes qui prélève la TGAP avait demandé l’an dernier à Total le versement d’arriérés de la TGAP due au titre de ce stockage (plusieurs millions d’euros).
Bien entendu, les juristes de Total avaient fait un recours devant le TGI de Paris pour éviter ce paiement. Le tribunal, par jugement du 8 avril 2011, avait bien condamné Total à payer 4 438 692€ à l’Etat.
Bruno Genty, président de FNE : « Le gouvernement et les députés viennent d’effacer par l’article 22 de la loi de finances cette jolie dette, qui aurait pourtant abondé de façon utile le budget de l’Etat en ces temps de crise. »
Dans son « Appel des 3000 Pour un contrat environnemental », FNE propose à tous les candidats aux élections présidentielles et législatives d’élargir l’assiette de la TGAP et de supprimer progressivement tous les abattements qui concernent cette taxe. FNE est également favorable à la création d’une taxe dissuasive sur les activités très polluantes qui concernera ce type d’installations et dont l’assiette évoluera dans le temps afin de faire disparaître la pollution.
La loi sur les banques de 1973 ne découle pas d’un complot machiavélique
La loi de 1973 interdisant à l’Etat d’emprunter à la Banque de France n’est pas le résultat d’un sombre complot bancaire, mais d’une évolution lente dans un contexte tout à fait différent des décennnies suivante.
Même si la loi n°73-7 du 3 janvier 1973, interdisant à l’Etat d’emprunter à taux zéro à la Banque de France, a sa part de responsabilité dans l’explosion récente des déficits publics, il est sans doute exagéré d’y voir l’effet d’un obscur complot bancaire tendant à permettre aux banques de s’enrichir sur le dos de l’Etat, à fortiori de parler de « loi Rothschild ».
Je ne suis pas dans tous les secrets de ceux qui ont concocté ce texte mais je me souviens de ce qu’en disait André de Lattre, alors gouverneur de la Banque de France, dans son cours de politique économique à Sciences Po, le plus suivi de tous car il permettait de se tenir au courant des dernières tendances de l’actualité.
Rappelons-nous d’abord que cette loi, comme beaucoup de mauvaises lois, par exemple la loi organique sur les lois des finances, dite LOLF, du 1er août 2001, ne fut pas contestée par l’opposition. S’il n’y eut pas de débat, c’est que son contenu passait pour évident tant il était dans l’air du temps.
Il n’était pas non plus prévu qu’elle profitât aux banques puisqu’elle devait accompagner la fin des déficits publics et donc des emprunts d’Etat de quelque nature qu’ils soient. La mode était déjà à la « règle d’or » : la reconstruction étant terminée, le retour à la vertu s’imposait. Et de fait, au cours des années 70, le déficit public demeura modéré. S’il réapparut peu de temps après, en 1974, ce ne fut pas à cause de la loi, mais du premier choc pétrolier. En outre les grandes banques de dépôt étaient nationalisées ; si on y ajoute le secteur coopératif (Crédit agricole, banques populaires etc.), le secteur bancaire privé ne pesait pas alors autant qu’aujourd’hui. Dans les années 80, la dette publique enfla mais alors, c’est tout le secteur bancaire qui était nationalisé. Il n’était donc pas question d’exploiter l’Etat.
C’est seulement à partir des années 90 que le problème se posa réellement car elles virent à la fois la privatisation de tout le système bancaire et l’expansion des déficits publics.
Pourquoi la décision de 1973 a-t-elle paru évidente aux gouvernants d’alors ? Pour des raisons idéologiques. Il se répétait depuis des années dans les cours d’économie de la rue Saint-Guillaume que le système français de contrôle du crédit, fondé sur le réescompte des effets de commerce à la Banque de France, l’Etat fixant le taux d’escompte, était archaïque. Le modèle révéré par tous était l’ « open market » pratiqué aux Etats-Unis : dans ce système, la régulation monétaire se faisait par achat et vente d’effets publics aux banques. Le grand manuel d’économie de Paul Samuelson, traduit de l’anglais, n’en connaissait pas d’autre. La Federal reserve bank (« Fed ») vendait des bons du Trésor si le gouvernement voulait réduire la masse monétaire, en achetait s’il voulait la gonfler. Les années qui avaient précédé la réforme de 1973 avaient vu la progressive « modernisation » du système français, passant du taux d’escompte au taux de réserves obligatoires ( et s’il y avait surchauffe, à l’encadrement du crédit) ; la transposition complète du système américain effectuée en 1973 ne fut que l’aboutissement d’une évolution.
Le paradoxe est qu’aujourd’hui la situation est inversée : la Banque fédérale américaine prête directement au Trésor alors que cette pratique est interdite dans le traité de Maastricht, même si, en violation du traité, on s’est mis à le faire pour sauver l’euro.
Mais le vieux fantasme selon lequel ce qui se fait en Amérique est a priori plus moderne, qui inspire tant de nos réformes, jouait déjà à plein.
L’autre argument était que, pour assurer le respect de l’équilibre budgétaire, il fallait ôter à l’Etat la facilité que constituaient les avances à taux zéro de la Banque de France. S’il ne pouvait plus faire marcher la planche à billets, l’Etat deviendrait raisonnable. On sait aujourd’hui ce que vaut cet argument : le verrouillage de la planche à billets n’a pas, au cours des vingt dernières années, empêché les déficits d’exploser en France comme partout en Europe. La loi de 1973 instaurait donc une fausse sécurité.
Un dernier argument, moins explicite mais plus pernicieux sur le plan idéologique : l’Etat ne devait plus être un acteur privilégié du jeu économique mais un emprunteur comme les autres : il fallait que, comme tout le monde, s’il avait besoin d’argent, il aille voir un banquier. Le prestige de l’Etat gaulliste était encore là, on n’en était pas encore aux dérèglements actuels, marqués par une volonté systématique d’abaisser l’Etat, mais cette tendance néanmoins s’esquissait. L’Etat régalien, disait-on, devait perdre peu à peu ses privilèges d’un autre âge, y compris le droit immémorial de battre monnaie dont il avait tant abusé.
Que les conséquences de cette loi, en particulier l’accumulation des considérables déficits actuels, aient été catastrophiques, que le système bancaire ait, dans la dernière période, tiré un avantage exorbitant de cette situation, sans doute, qu’il faille abroger cette loi, certainement, mais n’imaginons pas, derrière, un sombre complot . Comme très souvent, les mauvaises décisions apparaissent, sur le moment, tellement évidentes qu’elles ne sont même pas matière à débat.
Dans la Manche, les habitants s’opposent à la destruction d’un barrage
L’effacement du barrage de la Sélune, dans la Manche, serait une première en France. Mais ce geste écologique, destinée à faciliter les migrations des poissons, est mal accepté par une partie des habitants.
Le ministère de l’Ecologie réussira-t-il à débloquer le dossier des deux barrages de la vallée de la Selune (Manche) ? Il doit ce 9 janvier rendre son chiffrage des dédommagements financiers suite à la suppression programmée de ces ouvrages. Ce projet écologique est très ambitieux, mais il bute sur l’opposition des habitants. Pour eux, c’est un coup fatal porté à cette vallée en lent déclin, à une dizaine de kilomètres de la fourmillante baie du Mont Saint-Michel où se jette le fleuve. Les 2 millions d’euros qui doivent être annoncés risquent de ne pas suffire, tant les promesses de financement publics sont vues d’un oeil suspicieux. Une première écologique
La suppression des deux ouvrages est une première écologique que l’Etat veut exemplaire. Les concessions de la centrale du Vézins, qui alimente 15.000 habitants en électricité depuis trois quarts de siècle, et de sa petite soeur en aval (la Roche-qui-Boit) sont arrivés à échéance. Dans le cadre des négociations du Grenelle sur la relance de l’hydroélectricité avec les associations écologistes, l’Etat et EDF ont accepté la suppression de ces deux barrages et de celui de Poutès (Allier). Il s’agit de restaurer la continuité écologique du saumon sauvage et d’autres espèces comme l’anguille. A terme, le nombre de frayères à saumon pourrait tripler dans la Sélune. Cette opération, qui contribuera notamment au respect de la directive eau européenne, est présentée comme un prototype très suivi par les scientifiques, car elle sera inégalée en Europe à cette échelle.
« Nous ne comprenons pas que le gouvernement tarde à annoncer la fin de la concession. Cet effacement est la seule décision positive pour la biodiversité née du Grenelle. C’est une mesure très symbolique », fait valoir Didier Moreau, chargé de mission « espèces » au WWF. Officiellement, le chantier doit démarrer l’an prochain. Le gouvernement l’a annoncé en 2009 et Nathalie Kosciusko-Morizet l’a confirmé au milieu de 2011. En parallèle, la cour d’appel de Nantes a conclu en octobre 2010 un litige qui remontait à plusieurs années : « devant l’impossibilité technique d’assurer la libre circulation des poissons imposée par la loi, l’Etat doit détruire le barrage », explique Remy Brun, à la direction départementale des territoires et de la mer.
La belle histoire écologique se heurte au front de refus des riverains et d’une majorité d’élus locaux, mobilisés au sein de l’association « Les Amis du barrage ». Son président John Kaniowsky dénonce l‘incohérence de la suppression d’une source d’énergie renouvelable mais également son impact sur la vingtaine d’employés de la base de loisirs nautiques de la Mazure, dépendante du lac de Vézins.
Des coûts à préciser
Le Comité départemental du tourisme de la Manche a évalué à 800 emplois le nombre d’emplois indirect menacés, un chiffre jugé excessif même par les défenseurs du barrage. Le projet dresse aussi deux groupes de pêcheurs l’un contre l’autre : les carnassiers d’eau stagnante et les amateurs de saumons. « Notre principale inquiétude reste environnementale. Les barrages retiennent des sédiments très pollués par des métaux lourds, des nitrates ou des phosphates qui rejoindraient la baie. Il est techniquement très difficile de dépolluer les sédiments », John Kaniowsky. La dernière vidange en 1993 avait, il est vrai largué des polluants.
Les études techniques commandées par l’Etat et l’étude économique que vient de rendre le cabinet Etheis ne balaient pas toutes les craintes. Remy Brun reconnaît que la technique et le coût de l’opération de dépollution des sédiments doivent encore être précisés cette année. « C’est un peu ’shadock’ », sourit-il. L’ancienne estimation du chantier (30 millions d’euros) sera donc dépassée, mais ce budget ne devrait pas poser de problème selon lui, il est provisionné par l’agence de l’eau Seine-Normandie.
L’impact économique serait en revanche bien plus faible qu’imaginé. Le dirigeant d’Etheis Emmanuel Renard évalue à 3 personnes les emplois liés aux barrages et nie tout impact sur l’hôtellerie. Selon lui, la base de loisir et sa vingtaine d’employés pourront adapter l’offre à l’eau vive et à des pratiques plus terrestres. En revanche, il concède que les riverains devront s’approprier leur nouveau cadre de vie, qu’il s’agit de rendre le plus attractif possible. « La vallée n’a jamais été aménagée, il faut un projet de territoire. Il existe du foncier disponible pour développer des activités nature ou des écolodges par exemple » insiste-t-il. Ce développement fera l’objet de la prochaine étude à venir. Didier Moreau convient de son côté que l’alternative proposée par l’Etat reste floue. Pour Remy Brun, la situation ne peut pourtant que s’améliorer : « Le guide vert ne mentionne même plus la vallée. » Reste un consensus : aucun projet de territoire ne pourra se faire sans ses élus.
L’OGM de Monsanto menace la production du miel
Vendredi 6 janvier, les apiculteurs de la Confédération Paysanne ont investi avec leurs ruches le site de Monsanto à Monbéqui dans le Tarn et Garonne. Plus de 150 paysans et citoyens les ont accompagnés toute la journée. Par ce premier avertissement, ils sont venus dire à Monsanto : si tu veux interdire à nos abeilles de butiner dans les champs, nos abeilles t’interdiront de trafiquer dans tes laboratoires.
En effet, tout miel contenant le moindre grain de pollen de l’OGM MON 810 est désormais interdit à la vente et doit être détruit. Le Conseil d’État a levé fin novembre le moratoire interdisant la culture de cet OGM. Le compte à rebours infernal est enclenché : en janvier, les OGM sont distribués dans les fermes pour être semés au printemps. En juillet les abeilles devront quitter tous les départements où fleurit le maïs, soit la quasi totalité du territoire français. Les apiculteurs feront faillite, les cultures et les plantes sauvages qui ont besoin d’être pollinisées par les abeilles ne se reproduiront plus. Le gouvernement ne doit pas se contenter de promulguer un moratoire qui risque d’être cassé en 15 jours.
Le gouvernement doit appliquer la loi française qui précise que « les OGM ne peuvent être cultivés, commercialisés ou utilisés que dans le respect de l’environnement et de la santé publique, des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production et commerciales qualifiées "sans OGM" ». Il peut aussi appliquer la règlementation européenne qui autorise les États à « prendre des mesures nécessaires pour éviter la présence d’OGM dans d’autres produits », y compris en « interdisant la culture d’OGM sur de vastes territoires ». La « liberté de produire des OGM » ne permet en effet pas d’interdire à ses voisins de continuer à exercer leurs activités. L’impossibilité de la coexistence a été prouvée avec la pollution du miel par un simple essai OGM en Allemagne !
Le gouvernement doit interdire immédiatement toute cession, toute vente et toute culture de MON 810, sans attendre que les sacs de semences soient dans les fermes prêts à être semés. La Confédération Paysanne ira vendredi 13 janvier au Ministère de l’Écologie, avec l’Union Nationale de l’Apiculture Française, pour vérifier que le gouvernement tient ses engagements.
Pour comprendre ce qui se passe en Hongrie
La dérive autoritaire de Victor Orban ne peut se comprendre si l’on oublie le déni de la démocratie hongroise accepté par l’Europe depuis deux décennies
Selon beaucoup d’observateurs, la Hongrie est considérée comme un laboratoire politique européen. Je propose de revenir brièvement sur l’évolution de ces deux dernières décennies, afin de mieux comprendre la situation actuelle de la Hongrie. Sans tomber dans l’ingérence, l’Europe ne peut ignorer ce qui se passe en Hongrie et devrait en tirer ses propres enseignements afin de sortir de l’impasse économique, sociale et politique dans laquelle elle se précipite.
Une question lancinante revient fréquemment dans les débats : comment le "meilleur élève" de l’ex-bloc communiste, jeune démocratie la plus prometteuse dans les années 90, peut-elle basculer aujourd’hui dans l’autoritarisme ?
Marquée par l’empreinte d’un socialisme du goulash, la Hongrie fut le premier pays de la région à ouvrir son économie à l’ouest. La population, à l’exception des opposants politiques, y vivait relativement bien : Kadar[1] s’assurait que les assiettes soient bien remplies et que les vacances au lac Balaton soient à la portée du petit peuple. En contrepartie les hongrois étaient invités à ne pas se mêler de politique. Mais, acheter la paix sociale afin d’éviter un nouveau soulèvement comme en 1956 a un coût et la Hongrie connaît sa première crise de la dette en 1982 et fait donc appel au FMI.
Ce tournant marque le début des libéralisations à tout va, et pendant près de vingt ans, « les bijoux de famille » sont bradés. Le "meilleur élève de la zone" devient un nouvel eldorado, que renforce la chute de l’URSS. Les investissements coulent à flot, ce qui permet au passage à une certaine élite politique, souvent issue de l’ancien régime, d’en profiter largement.
Par contre, la situation démocratique et politique reste instable et l’alternance s’opère, élection après élection.
Figure de la résistance anti-communiste à la fin des années 80 et fondateur de l’Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), Viktor Orban prend la tête du gouvernement entre 1998 et 2002, devenant le plus jeune premier ministre en Europe. Sous son mandat, la Hongrie intègre l’OTAN et se rapproche de l’Union Européenne (pour une adhésion effective en 2004) et les réformes économiques continuent, sous l’œil vigilant du FMI, mais sans améliorer la situation des Hongrois.
En 2002, par opportunisme politique, Viktor Orban réveille la flamme nationaliste. Il fait référence aux blessures historiques du traité de paix de Trianon [2] et distingue les vrais hongrois – qui votent pour lui – des traîtres à la nation – ceux qui ont collaboré avec les soviétiques et qui bradent à présent le pays aux occidentaux. Il perd les élections et doit laisser la place à ses ennemis de toujours, les socialistes.
En 2003, la Hongrie se prononce par référendum à plus de 80%pour son adhésion à l’Union Européenne. Seule ombre au tableau, une abstention record : 54%. Cela ne préoccupe pas les cadres européens puisque les votants ont bien voté et que la constitution hongroise avait été modifiée au préalable pour permettre de valider un référendum malgré une faible participation. La Hongrie intègre l’Union Européenne au 1er mai 2004, avec neuf autres nouveaux entrants (dont sept anciens pays communistes). L’effet de prospérité espéré à travers cette adhésion à l’Union Européenne ne joue pas, la situation économique reste difficile pour les Hongrois à qui l’on explique qu’il va encore falloir se serrer la ceinture.
La fuite en avant continue avec le vote au parlement hongrois du traité établissant une constitution pour l’Union Européenne le 20 décembre 2004 à une large majorité, seulement quelques mois avant que le texte de plus 500 pages ne soit traduit en hongrois !
De la chute de Ferenc Gyurcsany au grand retour de Viktor Orban
En avril 2006, pour la première fois dans l’histoire de la jeune démocratie hongroise, la majorité parlementaire sortante est réélue. Orban perd à nouveau face aux socialistes alliés aux Démocrates libres(SzDSz). Le premier Ministre sortant Ferenc Gyurcsany, ancien membre des jeunesses communistes devenu homme d’affaires prospère, reste aux commandes et va pouvoir s’atteler à développer une politique néolibérale orthodoxe.
En septembre 2006, la radio publique hongroise diffuse un enregistrement de Gyurcsany, fait à son insu, lors d’une réunion à huis clos. Avec un franc-parler rare en politique, celui-ci avoue avoir menti lors des dernières élections afin d’assurer sa réélection. Il admet avoir caché que l’économie hongroise était à l’agonie pour mieux faire miroiter des réformes de justice sociale, tout en sachant déjà qu’il va continuer à appliquer une politique d’austérité. Plusieurs milliers de personnes descendent dans les rues de Budapest pour demander sa démission. Les commémorations du 50e anniversaire du soulèvement de 1956 se transforment en affrontements violents.
Gyurcsany refuse de démissionner tandis que Orban exploite la situation et attise les émeutes. L’Europe ne sourcille pas sur le cas d’un pays pourtant récemment intégré. En effet, la politique économique de Gyurcsany, puis de Gordon Barnai, premier ministre « technocrate » depuis avril 2009, ont les faveurs de Bruxelles et Washington : une politique néolibérale empreinte d’austérité et de rigueur économique, « des réformes comparables à ce que Mario Monti est en train de faire en Italie » pour reprendre l’économiste Erik Berglof dans Le Figaro.
La principale victime demeure : la démocratie hongroise
L’opportunisme et le cynisme de Gyurcsany et de son équipe couplés aux plans d’austérité entraînent désillusions et déceptions envers le libéralisme économique et l’Union Européenne. L’état de la société hongroise est du pain béni pour Viktor Orban. Il s’allie avec les chrétiens démocrates (KDNP) et remporte largement les élections de 2010 sans avoir présenté de vrai programme électoral. Les faux-semblants d’Orban
Je propose ici de faire un point sur ce qui est souvent mal compris, simplifié, encensé ou diabolisé à l’étranger autour de la politique de Viktor Orban : « Il est important de préciser (...) qu’il n’est pas un fasciste. Sur le plan économique, par exemple, il suit une ligne qualifiée de "non orthodoxe" et qui se situerait entre Chevènement et de Villiers, si on la comparait à ce qui peut être proposé en France », pour reprendre l’analyse de Paul Gradvohl dans Le Monde.
Quand le pouvoir rend fou !
Lors de son premier mandat de Premier Ministre, Viktor Orban avait déjà montré des signes inquiétants relatifs à son rapport au pouvoir. Il n’avait pas hésité à jouer sur la fibre nationaliste afin de s’attirer les faveurs du vote d’extrême droite. Malgré ses défaites en 2002 puis en 2006, il a gardé le pouvoir au sein de son parti, le Fidesz, qu’il dirige d’une main de fer depuis sa fondation. Désormais, grâce à la majorité absolue dont il dispose au parlement, il continue de faire avec la Constitution et les institutions démocratiques hongroises ce qu’il a fait avec le Fidesz : s’approprier les pleins pouvoirs. Ce qui surprend, c’est qu’il n’a pas d’autre idéologie que de conserver les pleins pouvoirs pour les années à venir.
Aujourd’hui, Orban et son équipe s’enferment dans une tour d’ivoire, déconnectée de tout sens des réalités. Le système s’est extrêmement centralisée, toutes les décisions, même les plus mineures, passent par lui. Il a en fait reproduit un système pyramidal rigide qui n’a rien à envier à ce qu’il combattait en tant que jeune révolutionnaire dans les années 80, le Kadarisme.
La méthode Orban ou comment appliquer une politique économique orthodoxe avec des mesures hétérodoxes
Alors qu’aucun obstacle ne semble pourvoir l’arrêter dans le pays, Orban a décidé de se réapproprier l’économie hongroise à grands coups de déclarations et de projets spectaculaires : comme ignorer le FMI, taxer les banques et les produits financiers, taxer les multinationales qui s’enrichissent depuis le changement de régime en Hongrie, nationaliser les fonds de pension privés mis en place par les socialistes et plus récemment remettre en question l’indépendance de la banque centrale de Hongrie.
Cependant, ces mesures hétérodoxes et choquantes pour les technocrates de Bruxelles et Washington, n’ont malheureusement pas pour but de protéger les plus démunis mais plutôt de servir davantage les classes les plus hautes hongroises ainsi que les intérêts privés d’une petite oligarchie à travers des cadeaux fiscaux, tel que la mise en place d’une flat-tax ou de réformes protectionnistes ! Ses mesures servent aussi à rembourser la dette hongroise.
Orban déroute, agace, ne fait rien comme personne et devient donc la cible des donneurs de leçon occidentaux. Sa politique imprévisible en a aussi fait la cible des agences de notation, le forint subit et peut subir à tout moment des attaques spéculatives qui pourraient avoir des conséquences sociales dévastatrices.
Jusqu’à ce jour, Washington et Bruxelles se sont montrés discrets malgré les frasques et les provocations du nouveau « roi Orban ». La crise de la zone euro a fait beaucoup d’ombre à la Hongrie.
Mais l’Union Européenne peut-elle prendre le risque de laisser couler la Hongrie ? Un tel effondrement pourrait toucher et affecter de nombreux investisseurs étrangers, en particulier les banques autrichiennes, sans parler d’une population abandonnée aux frasques d’un dirigeant autoritaire ayant comme seul objectif de rester au pouvoir. Mais là n’est pas l’essentiel.
La Hongrie : un laboratoire politique ?
La Hongrie est un pays singulier du fait de histoire passée et récente, de sa situation politique, géographique mais aussi de son particularisme culturel : « la Hongrie est une île au milieu de l’Europe Centrale » avec une barrière linguistique très forte.
Plusieurs observateurs tendent à penser qu’il s’agit là d’un véritable laboratoire politique au cœur de l’Europe : il s’analyse à la lumière des déceptions politiques et vis-à-vis du système démocratique, qui émergent dans plusieurs endroits de l’Occident mais aussi du fait de l’essoufflement d’un modèle économique alignant les plans d’austérité qui plongent la population hongroise dans une situation de plus en plus précaire (1/3 des hongrois vivent en dessous du seuil de pauvreté dont un million dans des conditions d’extrême misère !).
L’émergence d’un régime autoritaire Orbanesque ainsi que la montée de l’extrême droite sont les conséquences des politiques successives menées avec le soutien du FMI et de l’UE depuis plus d’une décennie. Ces politiques n’ont cessé de remettre en question la souveraineté démocratique hongroise et de fragiliser la société tout en confortant l’élite oligarchique. Les frustrations accumulées sont d’autant plus grandes que ce modèle, démocratie représentative et économie de marché, soulevaient beaucoup d’espoirs. Désormais, l’illusion d’un bonheur incarné par la capacité à consommer toujours plus promue par la publicité, ne cesse de créer des jalousies, frustrations et de détruire les liens humains de solidarité dans une société au bord de l’explosion.
"Contre Orbán, oui ; avec l’étranger, non !"
Les accords Sarkozy-Merkel de la fin de l’année dernière vont dans la même direction et mène une Europe, toujours plus autocratique, tout droit vers les mêmes dérives dictatoriales ou extrémistes que connait aujourd’hui la Hongrie. Le philosophe hongrois Tamas Gaspar Miklos avertit très justement la tentation d’ingérence, "Contre Orbán, oui ; avec l’étranger, non !". Imposer de nouvelles politiques économiques et sociales restrictives, comme ce fut le cas par le passé et comme les mettent actuellement en place les gouvernements sponsorisés par « Goldman Sachs » ferait inévitablement le jeu de l’extrême-droite.
Il est temps de construire une alternative et surtout de nous réapproprier nos choix de vie aussi bien pour les Hongrois en Hongrie que pour le reste de l’Europe. Pour éviter le chaos, il faut que l’Europe arrive à faire son autocritique et comprenne qu’en continuant à remettre toujours plus en cause la souveraineté démocratique des peuples pour leur imposer toujours plus de plans de sauvetage de l’Euro, sommet après sommet, elle nous mène à sa propre perte.
Il faut au, contraire, commencer à construire cette Europe fédérale pour les peuples et par les peuples. Cela commence par la mise en place d’une réappropriation démocratique de la banque centrale européenne et donc de la création monétaire accompagnée de la mise en place d’audits citoyens de la dette comme les proposent Attac et le CADTM.
D’une « nouvelle résistance »... vers une démocratie réelle ?
Une « nouvelle résistance » pour reprendre la campagne lancée par le jeune parti écologiste LMP est en marche en Hongrie, mais sera-ce suffisant ? C’est au peuple hongrois de descendre dans la rue, de chasser Orban et de construire sa transition vers la soutenabilité écologique et énergique mais aussi économique et encore plus de décider et de reconstruire ses institutions démocratiques.
La députée Virag Kaufer (LMP-Une autre politique est possible) vient de démissionner du Parlement car il aurait perdu, selon elle, toute légitimité démocratique. Même si il est important de continuer à combattre au Parlement, elle dit se sentir plus utile dans la rue avec la société civile à essayer de construire des communautés solidaires plutôt qu’à exacerber les passions.
C’est aujourd’hui le défi des peuples européens de se réapproprier la démocratie et de créer de nouveaux modèles économiques soutenables, mais surtout souhaitables.
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Notes :
[1] Dirigeant historique de la Hongrie communiste, décédé en 1989.
[2] Signé le 4 juin 1920 au grand Trianon à Versailles par les belligérants de la première guerre mondiale pour régler le cas de la partie hongroise de l’Autriche-Hongrie suite à leur défaite.
Pour le désarmement nucléaire
Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas que les bombes atomiques ont disparu. L’ACDN demande d’écrire aux candidats et candidates à la présidentielle pour qu’ils s’engagent sur ce sujet.
Madame, Monsieur,
Je m’adresse à vous en tant que candidat déclaré à l’élection de 2012. Dans l’hypothèse où vous deviendriez présidente de la République, permettez-moi de vous communiquer ce qui suit.
Je vous écris moi-même en tant qu’être humain, …
A ces divers titres ou au premier d’entre eux qui suffit à nous garantir, d’après la constitution de la République Française, la liberté, l’égalité et la fraternité :
Je refuse la préparation, la menace et l’éventuelle exécution d’un crime contre l’humanité au moyen d’armes de destruction massive, nucléaires ou autres.
Je refuse que mes proches, mes voisins (français ou étrangers), mes concitoyens et moi-même en devenions un jour les victimes ou les complices.
Je refuse que notre condamnation à mort ou celle d’autres personnes et d’autres populations proches ou lointaines soient prononcées et exécutées, sans procès ni appel, par un seul homme ou une seule femme : vous-même ou vos homologues des autres Etats nucléaires.
Je refuse que notre prétendue sécurité repose sur une telle insécurité, un tel déni de justice, un tel défi à la démocratie, une telle inhumanité, et dépende de votre détermination à commettre un tel crime.
Je récuse donc toutes les armes nucléaires, celles de notre pays comme celles des autres pays.
C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous demander, si vous deveniez président de la République :
1) de proposer aussitôt, au nom de la France, aux autres Etats nucléaires, signataires ou non du Traité de Non Prolifération, d’ouvrir des négociations en vue d’éliminer toutes les armes nucléaires, sous un contrôle strict et efficace et dans le cadre d’un véritable système de sécurité internationale ;
2) de suspendre la mise en service de tout nouvel armement nucléaire pour marquer votre volonté d’éliminer ces armes et pour ne pas encourager leur prolifération ; de suspendre dès la prochaine loi de finance tous les programmes français de recherche-développement relatifs à ce type d’armes, et de transférer leurs crédits à des emplois socialement utiles ;
3) de consulter dans les plus brefs délais le peuple français par référendum sur la question suivante : « Approuvez-vous que la France participe avec les autres Etats concernés à l’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? »
4) si la réponse du peuple français à cette question est positive et si les négociations en vue d’abolir les armes nucléaires ne s’ouvraient pas ou n’aboutissaient pas à une convention d’abolition dans les 18 mois suivant leur ouverture, de procéder à un nouveau référendum proposant que la France démantèle ses armes nucléaires pour rejoindre les 184 Etats membres de l’ONU qui n’en possèdent pas ;
5) de vous engager vous-même à ne jamais utiliser d’arme nucléaire contre quelque peuple que ce soit.
Je vous prie de me faire savoir si ces engagements font partie ou non de votre projet présidentiel.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
Un excès de leucémies est constaté près des centrales nucléaires
Une étude scientifique constate une augmentation des leucémies chez les enfants vivant à proximité des centrales nucléaires françaises.
L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO) souhaite attirer l’attention du public sur une nouvelle étude qui met en évidence une augmentation significative du nombre de leucémies chez les enfants vivant dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires françaises.
L’étude vient d’être acceptée dans un journal scientifique avec comité de lecture : International journal of cancer
La mission principale de l’ACRO est d’informer nos concitoyens sur les risques liés aux radiations ionisantes.
Elle le fait d’abord à partir des études qu’elle publie et des données produites par son laboratoire. Mais il est aussi de son devoir d’informer lorsque des études scientifiques, encore trop peu accessibles au grand public, paraissent et qu’elles apportent des éléments nouveaux sur les risques sanitaires suspectés en lien avec l’industrie nucléaire.
L’International Journal of Cancer, paru en ligne le 5 janvier 2012, présente une étude épidémiologique, réalisée par des chercheurs de l’Université Paris-Sud, de l’INSERM et de l’IRSN, sur le risque de leucémie de l’enfant près des centrales nucléaires françaises. Basée sur une enquête dite « GEOCAP », elle porte sur la période 2002 à 2007 et concerne les 19 sites de centrales nucléaires.
La principale information qui ressort de cette étude est que l’incidence de leucémies aigües chez les enfants de moins de 15 ans vivant à proximité des centrales nucléaires, c’est-à-dire dans un rayon de 5 km, est pratiquement doublée (ratio de 1,9) et que cette sur-incidence de leucémies est statistiquement significative.
Il convient de souligner une avancée méthodologique - le géocodage - qui a permis d’établir la distance à l’installation avec une bien meilleure précision que dans les études précédentes.
Ces mêmes équipes de chercheurs, dans une étude antérieure portant sur la période de 1999 à 2001, avaient conclu à l’absence d’augmentation du risque de leucémies autour des sites nucléaires français.
En s’appuyant sur les doses (à la moelle osseuse) estimées par modélisation dues aux rejets radioactifs des centrales nucléaires dans l’atmosphère et leur répartition géographique (zonage établi par l’IRSN), les auteurs n’observent cependant pas d’association entre le niveau d’exposition aux radiations et le risque accru de leucémies.
Le point de vue de l’ACRO
D’autres études épidémiologiques ont, dans le passé, suggéré l’hypothèse d’une relation causale entre des risques accrus de leucémies chez l’enfant et certains sites nucléaires en Angleterre (Sellafield, Aldermaston, Burgfield), en Ecosse (Dounreay), en Allemagne (Kruemmel) et en France (usine de retraitement de La Hague).
Dans ce contexte, l’ACRO considère que cette nouvelle étude qui vient de paraître constitue un nouveau signal sanitaire important et qu’il doit être pris en compte par les autorités.
Certes, nous ne cherchons pas à masquer l’existence d’autres études épidémiologiques qui ont conclu à l’absence de relation entre les risques de cancers et la proximité d’un site nucléaire.
Pour autant, les doutes que l’ACRO a pu exprimer dans le passé restent plus que jamais intacts et il nous semble important que des études soient poursuivies et ce, dans plusieurs directions :
– Tout d’abord, il est essentiel d’élargir le travail effectué ici à l’ensemble des installations nucléaires, au-delà des seuls réacteurs, en particulier à des sites de la chaîne du combustible dont les rejets dans l’environnement sont plus importants. Par ailleurs, il convient de prendre en compte toutes les voies d’atteinte du public et non les seuls rejets atmosphériques (dont les retombées sont plus faciles à cerner).
– Bien des études en matière d’épidémiologie pêchent dans leurs objectifs par défaut de puissance statistique. Il est donc capital d’aller vers de grandes enquêtes d’envergure internationale, ce qui demande au préalable d’harmoniser les outils méthodologiques. L’ACRO rappelle que c’est cette démarche qui, avant 2005, a permis d’établir plus formellement la relation entre cancer du poumon et radon domestique.
– D’autres études doivent permettre d’approfondir les connaissances concernant les effets biologiques des faibles doses. Si les données acquises à partir du suivi des survivants de Hiroshima-Nagasaki ont permis d’assoir très largement le système actuel de radioprotection, il est insuffisant pour apprécier les effets des faibles doses. L’accroissement très important ces vingt dernières années des doses délivrées à des fins médicales doit être mieux exploré, notamment chez les enfants.
– la recherche des facteurs étiologiques (causes possibles) doit être renforcée et, au-delà de l’enfant jeune, porter également sur les expositions lors de la grossesse. Une attention particulière doit aussi être apportée aux effets combinés de divers agents toxiques. L’apparition d’un cancer est le résultat d’un processus en plusieurs étapes et, si les radiations sont connues pour être des agents initiateurs (altération du génome), d’autres toxiques (notamment chimiques) sont connus pour être des agents promoteurs c’est-à-dire qu’ils potentialisent l’action des radiations.
En conclusion, l’ACRO rappelle que, depuis près d’un siècle, c’est l’évolution des connaissances scientifiques qui a conduit à la réévaluation régulière et toujours à la hausse du risque induit par les radiations ionisantes. Depuis 1928, les recommandations concernant les limites d’exposition ont été réduites par un facteur 30. Cela se poursuit actuellement avec la réévaluation du risque lié au radon et du risque de cataracte radio-induite. Nous considérons qu’aujourd’hui, un nouvel abaissement généralisé des limites réglementaires, tant pour les travailleurs que pour le public, est à l’ordre du jour.
En Espagne, le difficile apprentissage de la baisse de la consommation
Bien obligés, les Espagnols se serrent la ceinture. Quand on n’a pas choisi de baisser le niveau de vie, l’apprentissage est difficile et frustrant. Mais... pas impossible.
En Espagne, 17,1 millions de personnes – 63% de la population active – gagnent environ 1 000 euros par mois. C’est en tout cas ce qu’affirme le Syndicat des cadres du ministère des Finances (Gestha). Avec ce revenu, boucler les fins de mois est une tâche plus que difficile : plus qu’elles ne remplissent leur caddie, de nombreuses familles le passent au crible. Pour des milliers d’Espagnols, faire un achat est aujourd’hui un acte de renoncement.
Dans ce contexte morose, la mode du low cost prend de l’ampleur, s’étend et ne semble pas vouloir faiblir. Bien au contraire. Les produits à bas coûts occupent une place grandissante dans la vie sociale et économique. Restaurants, voyages, voitures, assurances, produits électroniques, immobilier, loisirs, habillement, alimentation : rien ne semble pouvoir échapper au pouvoir d’attraction du low cost. Reste à savoir si ce dernier pourra survivre à la crise.
"L’achat compulsif et disproportionné est une pathologie que nous rencontrons fréquemment, assure Guillermo Fouce, docteur en psychologie et professeur à l’université Carlos III de Madrid. En revanche, faire des économies, même de façon compulsive, ne fait partie d’aucun tableau clinique". Personne n’est maladivement économe ; la remarque n’est pas anodine, car quand ils sont portés à l’extrême, tous les comportements d’achat, quels qu’ils soient, peuvent être source de problèmes.
La quête du prix le plus bas
Autre certitude, le consommateur de l’ère de l’après-low cost ne sera plus le même qu’aujourd’hui. D’abord en raison des enseignements qu’il en aura tirés. “Avec le low cost, l’acheteur est en train de découvrir qu’il peut se procurer les mêmes produits à un prix inférieur. Et le vendeur qui aujourd’hui entend vendre plus cher peut d’ores et déjà mettre la clé sous la porte”, assène Javier Vello, en charge des questions de distribution et de consommation au cabinet PriceWaterhouseCoopers.
De plus, “après la crise, le client regardera davantage à la dépense et possédera une meilleure connaissance de ce que cache chaque article”, prévoit Javier Vello. Ce qui ne sera pas sans conséquence. Peu à peu, il va devenir plus difficile d’établir des profils de consommateurs et il faudra davantage parler d’occasions d’achat – avec d’importantes répercussions sur les stratégies commerciales des entreprises.
A pouvoir d’achat constant, le même consommateur pourra ainsi acheter des marques de distributeur pour certains produits, et d’autres au prix fort. Il s’agit des tendances à venir : pour l’heure, le low cost se répand comme une traînée de poudre.
"Le consommateur est passé d’une valorisation de ce que j’appelle la ‘fonctionnalité supérieure’ à une valorisation de la ‘fonctionnalité nécessaire’, à prix plus bas, explique Javier Rovira, enseignant à l’ESIC, une école de commerce. Pour le dire autrement, pourquoi est-ce que j’achèterais une voiture avec toutes les options possibles alors qu’au fond, je n’en ai pas besoin ?"
Le cas de Juan Carlos Esteban, jeune dessinateur marié avec deux enfants, illustre bien à quel point cette quête a gagné une bonne partie de la société espagnole. Il a ainsi mis en place une “stratégie de réduction des coûts” qui a débuté en 2007, “quand les dépenses ont commencé à dépasser les rentrées d’argent” et qui englobe plusieurs postes : les télécommunications : “j’ai changé trois fois d’opérateur de téléphonie mobile et au lieu de 50 euros par mois j’en dépense 18”, les assurances “pour mon monospace j’ai contracté une assurance tous risques avec franchise, ce me permet d’économiser 350 euros” et l’alimentation ”j’achète surtout des marques propres”. Grâce à ces économies, il réussit à dépenser 25% de moins qu’avant son plan de rigueur.
Une solution pour ne pas porter les mêmes vêtements
Cela dit, précise Jorge Riopérez, responsable du département de la Consommation et Industrie chez KPMG, “l’essence même du low cost n’est pas de réduire les prix mais bien de supprimer des coûts inutiles pour faire baisser les prix." Et d’ajouter : “il y a souvent confusion entre low cost et low price [prix bas] ; le premier, de toute évidence, implique de faire baisser les prix, tandis que l’autre s’inscrit dans une démarche de concurrence et consiste à rogner les marges de bénéfices.”
Quoi qu’il en soit, ce phénomène traduit surtout l’urgence de la situation, mais également, aussi paradoxal que cela apparaisse, une volonté de ne pas vouloir sacrifier son train de vie et de continuer à pouvoir accéder à des produits d’agrément ou de luxe. “Les familles sont conscientes des problèmes économiques actuels, ainsi que de la nécessité de se serrer la ceinture mais elle veulent également maintenir le statu quo ; elles ont donc recours à des échappatoires afin de pouvoir assouvir certains caprices qui, sous une autre forme, seraient totalement inaccessibles", explique David Sánchez, directeur de Media Analytics chez Nielsen.
Cette volonté de garder le même train de vie explique en grande partie le succès du phénomène du couponing. Avec les compagnies aériennes et les sites de prêt-à-porter, ils sont emblématiques de l’essor du concept de low cost. De fait, la recherche de bonnes affaires et de prix réduits sur Internet a augmenté de 64% l’audience de ces portails de réductions et de coupons qui offrent des loisirs à prix cassés.
Dans le même ordre d’idée, les ventes privées en ligne [qui proposent des déstockages en période hors soldes] sont une sorte de "ménagerie de verre", emblématiques de ce phénomène.
Pourtant, quel que soit la forme qu’il prend, la vérité c’est que pour des milliers de personnes, le low cost permet de ne pas avoir cette sensation désagréable de rester à la traîne, de se résigner à porter tous les ans les mêmes vêtements, de visiter les mêmes magasins et d’acheter les mêmes articles.
Michelin détruit la forêt et chasse des paysans en Inde
Dans le sud de l’Inde, Michelin accapare des terres paysannes pour construire une usine.
Le mouvement social ne peut plus se contenter de dénoncer abstraitement la délocalisation de l’économie. Non seulement cette dernière ruine l’emploi chez nous, mais elle détruit souvent à la racine les conditions de vie des plus pauvres au Sud. En Inde, un conflit terrible oppose un village d’Intouchables – les plus méprisés de ce pays de castes – et Michelin, notre grande transnationale du pneu.
Thervoy Kandigai est un bourg du Tamil Nadu, État du sud de l’Inde. Il compte environ 1500 familles, qui vivent depuis toujours des pâturages et forêts proches de Thervoy. Tel est leur territoire, que Michelin s’apprête à détruire pour l’éternité avec cette usine. Non seulement la forêt, espace indispensable à la survie de cette population sans terre, est confisquée mais elle a déjà commencé à être détruite, risquant par la même de tarir les lacs approvisionnant les villages locaux en eau.
Notre transnationale a en effet réussi à convaincre les autorités fédérales, et entend bâtir une usine ultramoderne de pneus en lieu et place de la forêt des Intouchables. L’espace est déjà clôturé, des bâtiments déjà en construction, le centre de formation déjà ouvert.
Les villageois se battent seuls depuis deux ans, multiplient les actions, grèves de la faim. En retour, ils subissent la répression : coups, présence policière, emprisonnement, certains depuis février 2011. Ils viennent d’élire un Panchayat – sorte de maire – ouvertement opposé à l’installation de Michelin. Et ils appellent à l’aide internationale. La France est en première ligne, et les signataires de cette pétition demandent, comme les habitants de Thervoy Kandigai l’annulation du projet. Michelin India proclame sur son site internet : « Une des valeurs essentielles de Michelin, c’est le respect des personnes ».
Le moment est venu de prouver que ces paroles ne sont pas que de la propagande commerciale. Ne touchez pas à la forêt des Intouchables de Thervoy Kandigai !
Les soussignés exigent :
• L’annulation de ce projet de construction d’une usine Michelin à Thervoy Kandigai • la restitution des terres aux villageois • l’indemnisation des villageois pour les terres détruites • la libération des 8 emprisonnés, l’amnistie pour les 61 en attente de jugement et l’arrêt de toute violence contre la population !
Premiers signataires
Thébaud-Mony Annie, sociologue, présidente de l’association Henri Pézerat, santé – travail – environnement, Fontenay-sous-bois Nicolino Fabrice, journaliste, association Henri Pézerat, Fontenay-sous-bois Roudaire Josette, présidente du Comité Amiante Prévenir et Réparer, Auvergne, association Henri Pézerat Roca François, CGT Michelin, Clermont Ferrand Souzon Thierry, CGT Michelin Chevalier Michel, CGT Michelin Gascuel Jean-Sébastien, hebdomadaire Paysan d’Auvergne Serezat Jean-Pierre, Université populaire, Clermont Ferrand Panthou Eric, Historien,Syndicaliste FSU, Clermont-Ferrand Quinson Laurent, Bibliothécaire, Syndicaliste FSU, Lyon Védrine Corine, ethnologue, Saint-Etienne
La Colombie vit sous un régime de terreur
« Depuis le 7 août 2010 ont été impunément assassinés 36 défenseurs des droits de l’homme, 18 leaders agricoles qui exigeaient la restitution des terres enlevées par la violence aux paysans et 28 syndicalistes ». Les violations des droits de l’homme visent souvent à faciliter l’exploitation minière ou la grande exploitation agricole.
Combien de douleur, de larmes, de spoliations, de disparitions, de prisonniers politiques et de tortures, faudra-t-il encore endurer pour que le monde cesse de se faire le complice du régime colombien ? Les chiffres des assassinés, torturés, emprisonnés et disparus, les lois qui assurent l’impunité de l’appareil paramilitaire, la soumission aux multinationales et les spoliations ininterrompues, démontrent clairement les intentions génocidaires du gouvernement.
Un peu plus d’une année après l’arrivée au pouvoir de l’actuel président de Colombie, Juan Manuel Santos, nous faisons un bref constat de la situation dramatique des droits de l’homme sous son gouvernement. Les violations des droits de l’homme sont en constante augmentation, de même que l’agression systématique de la population par les instruments légaux (force publique) et illégaux (organisation paramilitaire).
Depuis le 7 août 2010 ont été impunément assassinés 36 défenseurs des droits de l’homme, 18 leaders agricoles qui exigeaient la restitution des terres enlevées par la violence aux paysans et 28 syndicalistes, tandis que des milliers d’autres ont été menacés de mort. Des dizaines d’opposants politiques sont également morts assassinés ou portés disparus, qu’ils aient été affiliés à des partis de gauche ou qu’ils aient appartenu à des organisations communautaires, à des mouvements porteurs de revendications touchant au social, à l’habitat, à des organisations étudiantes, etc.
Les militants du Parti Communiste et ceux du Pôle Démocratique se font tuer : le PDA a déclaré que dans les 90 premiers jours du gouvernement de Santos, 50 opposants politiques ont été assassinés et que l’extermination se poursuit.
Les membres de 12 compagnies de théâtre de Bogotá ont été menacés de mort s’ils ne cessaient pas de faire du théâtre social : ces menaces sont proférées par l’appareil paramilitaire qui leur a fait savoir qu’il les achèverait « un par un » car, selon cet instrument de la terreur étatique, agissant dans l’ombre de l’illégalité et avec le consentement total de la force publique, les gens de théâtre et les artistes « veulent s’ériger en défenseurs des droits de l’homme et s’opposent à la politique de notre gouvernement ».
« En Colombie, même nous, les marionnettes, sommes signalées comme terroristes ! »
La persécution des étudiants s’accroît, et au lendemain des gigantesques manifestations estudiantines contre la privatisation, les universités du pays ont été tapissées de menaces de mort contre les étudiants, dans lesquelles les paramilitaires précisent qu’ils les assassineront « un par un, liste en main ». Ces menaces ont été peintes sous le nez des rectorats et des autorités : la répression contre les étudiants a déjà coûté la vie à nombre d’entre eux, depuis l’arrivée de Santos au pouvoir.
Les dramatiques déplacements forcés de personnes s’amplifient et il y a de fortes probabilités que les communautés vivant dans les zones convoitées par les multinationales soient déplacées, comme celle de Marmato, dont le curé a été assassiné le 1er septembre 2011 parce qu’il était à la tête de l’opposition à la multinationale aurifère Medoro, qui fait pression sur la communauté depuis 2009.
La multinationale canadienne Medoro Resources, fusionnée avec la Gran Colombia Gold, a mis en place un énorme projet d’exploitation de l’or à ciel ouvert, ce qui implique la disparition du village de Marmato et le déplacement de toute sa population. Le prêtre de Marmato avait dénoncé, peu de jours avant son assassinat, les pressions exercées sur lui par la multinationale afin qu’il déplace sa paroisse : « il avait déclaré, peu de jours avant d’être assassiné, que son opposition au développement d’un important projet d’extraction d’or dans sa paroisse pourrait lui coûter la vie ».
La disparition forcée de personnes est en augmentation. Les meurtres de civils par les militaires, comme les mal nommés « falsos positivos » se poursuivent, avec au moins 29 nouveaux cas documentés l’année dernière. Les emprisonnements d’opposants et de défenseurs des Droits de l’Homme, victimes des montages judiciaires de l’Etat, se multiplient. La situation est dramatique dans les prisons où pourrissent littéralement des milliers de prisonniers politiques, qui subissent des conditions aberrantes de réclusion et des tortures réitérées, comme l’OMCT (Organisation mondiale contre la torture) le dénonce. Depuis le début de 2011, 7 prisonniers politiques sont décédés à la suite de tortures et du refus d’une aide médicale.
Le rapport d’août 2011 de la Coalition colombienne contre la torture précise que celle-ci s’étend à toute la population colombienne et que l’État en est directement responsable à 91 % ; la torture par violence sexuelle est une pratique qui se développe dramatiquement, y compris à l’égard des enfants, garçons et filles : « Dans les 107 cas dans lesquels on a pu identifier l’auteur du crime de violence sexuelle, il s’est avéré que les agents de l’État étaient responsables de 98,14 % d’entre eux. ».
Le régime colombien détient le « record » de prisonniers politiques, avec plus de 7 500 prisonniers politiques, dont 90 % sont des civils. Des rapports récents soulignent que le chiffre de 7 500 détenus politiques, bien qu’il soit déjà scandaleux, serait sous-évalué, car étant donné l’augmentation des emprisonnements arbitraires ces dernières années, les chiffres atteindraient 9 500 détenus politiques, rendus totalement invisibles.
Les atteintes aux droits de l’homme se multiplient, avec la poursuite de la stratégie paramilitaire de l’Etat et des multinationales : il s’agit de groupes narco-paramilitaires dont l’existence est niée devant les caméras par le gouvernement -qui, par un subterfuge, les rebaptise « bandes criminelles émergentes » (BACRIM)- tandis que ces groupes poursuivent, en collusion avec la force publique, leur pratique criminelle dans tout le pays et profitent des nouvelles lois d’impunité, récemment promulguées par le gouvernement Santos.
Quelques chiffres du terrorisme d’Etat en Colombie
Les militaires colombiens sont les mieux armés du monde par les USA, avec Israël et l’Égypte : une armée génocidaire, celle-là même qui derrière le bataillon de la Fuerza Omega del Plan Colombia, possède la plus grande fosse commune du continent, avec 2 000 cadavres de disparus.
Pour justifier ses gigantesques budgets, l’armée colombienne pratique le meurtre de civils et, en ayant recours à de macabres montages militaro-médiatiques, elle présente ensuite les cadavres comme des « guérilleros abattus au cours d’un combat ». Ces « faux positifs » (voir NDT), sont choisis dans la population rurale ou dans celle des quartiers périphériques les plus pauvres, mais on trouve également parmi eux des syndicalistes et des opposants. Il y a au moins 3 200 cas documentés de ces meurtres de civils ; l’impunité représente 99 % des auteurs matériels et 100 % des auteurs intellectuels de cette pratique.
60 % des syndicalistes assassinés dans le monde le sont en Colombie, par la force publique ou l’organisation paramilitaire des multinationales et de l’Etat.
Le crime d’Etat par la disparition forcée est un autre terrible « record » de la « démocratie » colombienne, qui surpasse les chiffres de torture et de disparition forcée des dictatures du Cône Sud : l’ONU reconnaît au moins 57 200 disparus, la Commission de Recherche a chiffré à 62 000 les disparus (août 2011), les victimes réclament environ 250 000 personnes disparues : dans les trois dernières années, les organes de répression de l’Etat colombien ont fait disparaître 38 255 personnes (Rapport de la Médecine Légale).
La Colombie est le pays avec le plus de déplacés au monde : 5,2 millions de personnes déplacées de manière violente par les forces paramilitaires et leurs massacres (Asentamiento Jardín Oasis, quartier de peuplement de déplacés à Medellin, Manrique Oriental, Colombie, 1999)
La Colombie est le pays dans lequel il y a le plus de déplacés au monde, avec le Soudan : 5,2 millions de personnes déplacées de force (12) par l’organisation paramilitaire et ses massacres, dans le but d’offrir les terres ainsi « libérées » à la grande propriété rurale et aux multinationales : 40 % du territoire colombien est demandé en concession par des multinationales minières.
Pendant que l’opposition et la pensée critique se font massacrer, l’impunité des organes de répression génocidaires dépasse l’imaginable : récemment le gouvernement de Juan Manuel Santos a voté une loi qui gracie plus de 31 000 paramilitaires (Loi 1424).
Oh Dionysos, apparais-nous !
"Je suis nombriliste matérialiste sans aucune revendication altruiste en dehors des bons sentiments affichés pour des causes bien acceptées"
De multiples constats accablants, de partout et de toutes sortes, sont désormais établis, des analyses pertinentes de la situation ne manquent pas, les solutions existent, bonnes volontés et compétences sont disponibles, oui mais... ça coince on dirait !... Parce que nous sommes trop verrouillés par les tenanciers, trop conditionnés par les grands sorciers, trop intoxiqués par une simili modernité... Hum... De qui ou de quoi sommes-nous devenus les apôtres ?...
Du balcon foutoir : (librement inspiré de « Nous n’avons fait que fuir » Bertrand Cantat)
Je suis un apôtre de la modernité, de cette attitude vaine, de ces poses de sirènes, de la provoc marketée, parfaitement assimilée et récupérée par le marché Je suis nombriliste matérialiste sans aucune revendication altruiste en dehors des bons sentiments affichés pour des causes bien acceptées Je suis peut-être sexuellement libéré mais reste extrêmement coincé sur le plan de l’équité sociale et concernant le gâchis environnemental Je préfère ne pas m’en préoccuper et garder un moral d’acier ! Pourtant, on le sait... On le sait qu’il suffit d’un rayon de soleil, qu’il suffit qu’un rien de soleil se pose au bon endroit, sur ce balcon foutoir, pour que pousse le chant des insoumis, et pour qu’enfin ce chant s’élève...
Alors... quand est-ce qu’elle s’opère l’alchimie ? La sauce va t-elle prendre enfin ? C’est peut-être maintenant ou jamais... Il y a bien des « indignés », mais pourront-ils toucher le « grand public » ? Ce dernier va t-il se réveiller et se tourner du bon côté ? Combien attendre pour que l’empathie se mette à fonctionner ? Des économistes « atterrés » nous indiquent comment nous réapproprier immédiatement notre destin, puis comment construire une Europe politique capable d’agir sur la mondialisation. Projets qui paraissent quand même un peu plus mobilisateurs que l’achat d’un écran plat ¬-¬ même si c’est sympa un écran plat !... Seront-ils écoutés par-delà le brouhaha, et les mirages assassins qui nous sont proposés par les marionnettes qui nous gouvernent et les lobbies qui tirent leurs ficelles ?... Quel Siècle ! Que de Malheurs encore, des avancées dilapidées, des reculades, heureusement de valeureux « printemps arabes »... Et encore et toujours tous ces morts de faim, alors que nous pourrions très bien tous avoir du pain ! Et le réchauffement climatique de l’anthropocène qui signerait pourtant notre fin, mais pour lequel on ne fait rien, ou si peu et si mal, alors que cela nous serait tout à fait possible ! Glaciers qui fondent, océans qui s’acidifient... que nous faut-il encore ?... Ah Dionysos... le diable sera t-il un jour remis dans sa boîte !? Ça urge !... Oh Dionysos, apparais-nous !...
Le Haut Conseil pour la biotechnologie divisé sur la coexistence entre OGM et non OGM
Le Comité scientifique du Haut Conseil pour la Biotechnologie prend un parti mesuré en faveur de la coexistence entre cultures transgéniques et conventionnelles. Mais son avis - qui présente une opinion fortement divergente - ne s’appuie pas que sur des arguments scientifiques.
Inf’OGM a été surpris de découvrir, le 3 janvier 2012, sur le blog de Marcel Kuntz, l’avis du Comité scientifique (CS) du Haut conseil sur les biotechnologies (HCB) à propos de la coexistence des filières de plantes génétiquement modifiées (PGM) et non GM. En effet, cet avis était censé être confidentiel, jusqu’à la conférence de presse prévue pour le 17 janvier par le HCB pour présenter son avis global sur la coexistence, avis composé d’un avis du CS et d’une recommandation du Comité éthique, économique et social (CEES). Interrogé par Inf’OGM, Marcel Kuntz nous a précisé qu’il pensait que « c’était la version finale de l’avis », mais est resté discret quant à l’origine de cette fuite...
Autre surprise : cet avis nous interroge quant à sa teneur. De nombreux points sont des prises de position qui vont bien au-delà des prérogatives des membres du CS.
Premièrement, selon cet avis, pour que la coexistence des filières de maïs et de betterave GM et non GM soit possible, il faut certes imposer des conditions draconiennes, mais le CS estime aussi qu’il faut accepter « une présence fortuite », ce qui signifie en langage clair, des contaminations des champs non GM par des PGM : « Le CS du HCB reconnaît que la coexistence implique per se l’idée de la présence fortuite d’OGM en fonction des conditions locales (paysage, météorologie, climat) » (p. 16) . La question en suspens est donc de savoir qui payera pour ces contaminations. Ce n’est pas au CS de se prononcer sur cet aspect là, et nous attendons donc de connaître la recommandation du CEES.
Cependant, le CS évoque le cas de « conditions météorologiques exceptionnelles, coup de vent ou tempêtes, qui perturberont les prévisions [qui] pourraient ainsi faire l’objet de clauses particulières », et dans ce cas, pour le CS, « il sera donc du ressort de l’État de mettre en œuvre des mesures d’encadrement adaptées ». Or si l’État est responsable, c’est à l’État de payer. Ainsi, ce sont les contribuables qui seront amenés à payer pour compenser des contaminations liées à la présence de PGM alors qu’ils ont majoritairement dit à plusieurs reprises qu’ils ne souhaitaient pas de PGM, « ni dans les champs, ni dans les assiettes ».
Deuxièmement, la loi française sur les OGM affirme, dans son article 2, que « les organismes génétiquement modifiés ne peuvent être cultivés, commercialisés ou utilisés que dans le respect de l’environnement et de la santé publique, des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production et commerciales qualifiées de ’sans organismes génétiquement modifiés’ ». La loi précise même : « La liberté de consommer et de produire avec ou sans organismes génétiquement modifiés, sans que cela nuise à l’intégrité de l’environnement et à la spécificité des cultures traditionnelles et de qualité, est garantie dans le respect des principes de précaution, de prévention, d’information, de participation et de responsabilité inscrits dans la Charte de l’environnement de 2004 et dans le respect des dispositions communautaires ». Or, l’avis du CS donne son interprétation très partiale de cette exigence de la loi en soulignant que « Le CS du HCB propose en conséquence de s’appuyer sur la loi, qui met en avant la liberté de produire et consommer avec ou sans OGM » (p. 16). La loi n’est certes pas totalement limpide sur cet aspect, mais la simplification proposée par le CS est une interprétation, qui ne s’impose pas et qui, une fois de plus, ne découle pas des données scientifiques. En tout cas, cette position prise par le CS est significative d’un certain parti pris.
Troisièmement, le CS du HCB demande rien de moins que de changer d’unité de mesure dans le cadre de la coexistence des filières OGM et non OGM. Actuellement, la présence d’OGM est évaluée en « mesure ADN », c’est-à-dire en pourcentage de transgènes par rapport au nombre de gènes de référence de l’espèce. Le CS du HCB propose de passer à une « mesure grain/racine/tubercule ». En effet, les OGM à empilement de gènes (comme par exemple ceux autorisés à la veille de Noël) gênent les partisans de la coexistence. Avec comme unité de mesure, celle de l’ADN, les OGM à empilement font que le seuil de 0,9% devient quasiment impossible à tenir. Pour que la coexistence reste éventuellement possible, il suffirait donc d’utiliser des unités qui ne tiennent pas compte des empilements. Il fallait y penser.
On peut donc lire : « le CS du HCB propose d’utiliser une mesure de la présence relative de grains/racines/tubercules GM dans d’autres productions, calculée en utilisant l’unité de mesure en vigueur affectée d’un facteur de correction qui prendrait en compte l’identité des OGM cultivés dans le voisinage de la parcelle testée ». Le CS précise sa vision des choses : « la nature de leur modification génétique (notamment le nombre d’inserts transgéniques) ne les rendra pas plus ou moins GM » (page 10). Ce dernier point n’est rien d’autre qu’un jugement de valeur dont le CS aurait pu se garder. Ce n’est pas à lui de juger qu’une PGM à plusieurs transgènes a la même valeur pour la société qu’une PGM à un seul transgène. Ce jugement ne découle en tout cas d’aucune donnée scientifique et c’est donc à la société de se prononcer sur cet aspect. Une fois de plus, la prise de position politique du CS est significative.
Quatrièmement, le CS demande à « considérer la parcelle agricole comme unité de lot ». Cette demande nous renseigne sur le cadre pris en compte pour la rédaction de cet avis : les grandes productions agricoles conventionnelles. Concrètement, les éventuels dommages provoqués par la coexistence ne concernent pas la culture, mais la commercialisation des produits de cette culture. Ils concernent donc les lots commercialisés et non la parcelle. Dans les cas de commercialisation de la récolte en vrac à destination du silo, le taux moyens de présence fortuite dans la parcelle est une bonne unité de mesure. Mais dans les cas de commercialisation à l’unité (maïs doux vendu par épis) ou par petits lots (pomme de terres, betterave ou blettes - pouvant être contaminées par des betteraves GM - en vente directe, maïs doux conservé en épis avant la mise en boîte - chaque boîte ne contenant que deux ou trois épis -), le taux moyen dans la parcelle doit être beaucoup plus bas que le taux moyen garanti dans chaque lot commercialisé. Les « précautions » (distances....) doivent donc être supérieures.
Cinquièmement, comment se fait-il qu’en plein débat européen sur le miel contaminé par du pollen de plantes transgéniques, la question de la présence de ruches ou d’autres butineurs sauvages ou non entre deux champs n’ait pas été abordée par le CS ?
Enfin, nous tenons à souligner que cet avis est censé éclairer le gouvernement. Or, il comporte de nombreuses phrases absconses, qui laissent perplexe un lecteur même attentif... Voici une de ces perles sibyllines : « ne pas prendre en compte les incertitudes de mesure liées aux opérations de contrôle, car elles dépendent de choix méthodologiques et de l’interprétation des tests qui ne sont pas directement liés aux facteurs affectant directement la présence fortuite ». Nous souhaitons bien du courage aux responsables politiques qui devront décrypter cet avis.
Ces « surprises » ne sont en fait pas si surprenantes que cela : on connaît la position du Président du CS du HCB, Jean-Christophe Pagès, ainsi que celle du Vice Président, Jean-Jacques Leguay, depuis la publication dans Les Échos (19 décembre 2012) d’un article intitulé : « OGM, un sigle, des réalités ». Cet article appelle notamment les pouvoirs publics à ne pas trop en faire en matière d’évaluation des risques : « la pierre angulaire de l’évaluation des risques doit rester la proportionnalité des mesures qui cadrent les autorisations. Ayant écarté les dossiers qui comportaient des risques objectifs, deux pièges doivent être évités. Une surévaluation des risques, en se basant sur des hypothèses scientifiques avant tout théoriques, bloquerait une production utile. La multiplication des exigences de certitudes comme préalable à toute utilisation stériliserait les initiatives de recherche avant même leur développement ».
La neutralité du CS apparaît de plus en plus relative... Comme la neutralité affichée de Marcel Kuntz sur son blog. Il affirme en effet que « Ce site n’est pas militant, car il ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Ce site présente de manière simple les faits et études scientifiques ». Or, dans ce même blog, Marcel Kuntz écrit : « je ne prétends aucunement à l’objectivité entre les arguments pour ou contre les OGM. Je n’éprouve pas le besoin d’être ‘politiquement correct’ en exposant les positions des uns et des autres ». C’est quand même plus clair comme ça.
EDF ne sait pas démanteler ses centrales
Que la France décide de maintenir ses centrales ou de sortir du nucléaire, il faudra démanteler les réacteurs. Mais les premiers chantiers de déconstruction menés actuellement par EDF sont loin d’être maîtrisés.
L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’apprête à donner son avis sur la poursuite ou l’arrêt de l’un des réacteurs de Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises. Mais qu’en est-il des réacteurs déjà arrêtés en France ? 68 réacteurs nucléaires, répartis dans 22 centrales, ont été érigés depuis le lancement du programme électronucléaire civil par de Gaulle dans les années 1960.
Quels sont les réacteurs déjà arrêtés ?
Parmi eux, 10 réacteurs sont actuellement en cours de démantèlement [1]. Mis en service entre 1963 et 1986, ces réacteurs ont été conçus comme des prototypes, ne fonctionnant pas tous avec la même technologie. Ils sont moins puissants que ceux actuellement en service (sauf Superphénix), et ont relativement peu fonctionné : entre dix et vingt-quatre ans pour la majorité d’entre eux.
Les réacteurs de « première génération » (Chinon, Saint-Laurent-des-Eaux et Bugey) fonctionnaient à l’uranium naturel et au graphite-gaz. Pur produit du savoir-faire français, cette filière (dite UNGG) est arrêtée par Georges Pompidou en 1969, après la fusion partielle du cœur d’un des réacteurs de la centrale de Saint-Laurent, le plus grave accident nucléaire en France, et en raison de la préférence d’EDF pour les réacteurs à eau pressurisée mis au point aux États-Unis. Le réacteur de Brennilis, en Bretagne, devait tester la technologie eau lourde-gaz. Jugée non rentable, elle a aussi été abandonnée. Chooz fut la première centrale de type REP (réacteur à eau pressurisée) construite dans l’Hexagone. C’est cette filière, conçue par la compagnie américaine Westinghouse, et dont EDF a acheté la licence dans les années 1960, qui constitue la totalité du parc actuel de 58 réacteurs. Enfin, le surgénérateur Superphénix est un réacteur à neutrons rapides, refroidi au sodium liquide, arrêté en 1997 sous le gouvernement de Lionel Jospin. Son ancêtre, Phénix, à Marcoule, a fonctionné pendant 36 ans. Son démantèlement s’étalera sur 15 ans, jusqu’en 2027.
Démantèlement immédiat : mission impossible ?
EDF avait choisi de prendre son temps pour démanteler ces 10 réacteurs : vingt-cinq à cinquante ans, voire au-delà, après leur mise à l’arrêt définitif. Le temps que la radioactivité accumulée en leur sein diminue. Mais, à la faveur d’un avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l’électricien change de stratégie en 1999 et opte pour le démantèlement « immédiat ». En 2001, le Centre d’ingénierie déconstruction et environnement (Ciden), chargé du démantèlement, est créé.
Un démantèlement « immédiat » permet, selon la version d’EDF, de bénéficier de la mémoire des travailleurs qui ont œuvré sur ces technologies aujourd’hui obsolètes. Et aux générations futures de s’affranchir de la tâche délicate de la déconstruction. Problème : 40 % des 25 000 salariés de l’électronucléaire français partiront à la retraite d’ici à 2015… « En réalité, EDF et ses partenaires, comme Areva, ont changé de cap car ils se sont aperçus qu’il y avait un énorme marché mondial du démantèlement. Et pour se placer sur ce marché, ils doivent montrer qu’ils savent intervenir sur des réacteurs de puissance », estime Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). « Or, le démantèlement immédiat n’est pas la meilleure solution, que ce soit pour les travailleurs, à cause de la radioactivité, ou pour l’élimination des déchets, qui nécessite des entreposages temporaires ».
Où en est la filière du démantèlement ?
EDF se targue de maîtriser les opérations de démantèlement dans un cadre industriel. Une posture battue en brèche par les experts scientifiques indépendants de Global Chance. La déconstruction des réacteurs « reste en grande partie théorique en l’absence de retour d’expérience suffisant (…). L’expérience accumulée jusqu’ici renforce au contraire l’image d’une démarche compliquée », voire « complexe », écrivent-ils [2]. En cause : les problèmes techniques ou les difficultés réglementaires qui apparaissent, au cas par cas, sur les chantiers. « Les techniques de déconstruction ne sont pas du tout acquises par EDF, ajoute Roland Desbordes. Le démantèlement, ce sont des mauvaises surprises à mesure que vous avancez. Il n’y a pas de solution miracle. »
Censé être le symbole – créé par la fine fleur de l’industrie nucléaire elle-même – du démantèlement « à la française », le chantier de Brennilis, au cœur des monts d’Arrée (Finistère), révèle à lui seul les difficultés de la déconstruction. Démarré en 1985, ce chantier, qui devait marquer « l’aboutissement de la phase expérimentale et le passage à une phase industrielle » du démantèlement, selon Global Chance, n’est toujours pas achevé. À la suite d’un recours déposé par le réseau Sortir du nucléaire, le Conseil d’État a annulé, le 6 juin 2007, un décret de 2006 qui autorisait la dernière phase du démantèlement : la démolition du bâtiment réacteur et le démontage de ses équipements. Le défaut d’information de la population de la part d’EDF, au vu des recommandations européennes, n’a pas été du goût de la haute juridiction. En juillet dernier, un nouveau décret a toutefois autorisé la reprise du chantier.
Combien de réacteurs définitivement démantelés ?
Sur les 10 réacteurs arrêtés, aucun n’a donc encore encore été complètement démantelé. Plus largement, 54 « installations nucléaires de base » (INB [3]) – petits réacteurs expérimentaux du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), les premières usines de fabrication de combustible ou de retraitement (Saclay, Cadarache, Pierrelatte...), des accélérateurs de particules destinés à la recherche… – ont été stoppées depuis 1973. Seules 22 ont été officiellement démantelées. Cependant, aucune de ces installations nucléaires civiles « n’a atteint le stade dit du "retour à l’herbe", c’est-à-dire l’effacement de toute trace visible et de toute contamination et la libération inconditionnelle du site », relèvent les experts de Global Chance.
Les chantiers de déconstruction sont-ils sûrs ?
Le démantèlement, à Brennilis, du plus petit réacteur français – 70 mégawatts (MW), à comparer aux 1 500 MW des réacteurs les plus récents – est également une aberration environnementale. L’Autorité de sûreté nucléaire y a découvert que 20 % des fûts de déchets radioactifs présentaient des signes de corrosion externe « assez prononcée ». Le gendarme du nucléaire a en outre estimé que l’activité radiologique des déchets était « fortement sous-évaluée », quand elle n’était pas mal identifiée. En 1999, des personnes ont été exposées au tritium, un radioélément toxique difficile à détecter. Un an plus tard, c’est une station de traitement des effluents qui présentait des fuites. En 2006, enfin, la Criirad détectait une présence anormale de césium 137, d’actinium 227 et de cobalt 60 aux abords de la centrale. Selon l’ASN, 38 incidents « significatifs » ont eu lieu sur les chantiers de démantèlement français en 2009.
Le chantier de Superphénix est à l’avenant. Stoppé il y a quinze ans, le surgénérateur de Creys-Malville (Isère), renferme encore – en plus du plutonium retraité en combustible MOX – 5 500 tonnes de sodium inflammable au contact de l’air et explosif s’il est mélangé à de l’eau. Ce métal, chauffé en permanence à 180 °C pour être liquéfié et transformé en soude, sera coulé, d’ici à 2025, dans 37 000 cubes de béton. Leur avenir n’est pas officiellement scellé, mais la Criirad craint qu’ils deviennent des déchets « valorisables » et qu’ils soient utilisés comme matériaux de construction, avec le risque que la population soit exposée à de faibles doses radioactives (lire notre article sur le sujet)
Le démantèlement a-t-il été anticipé ?
La déconstruction des centrales nucléaires, quelle que soit leur puissance, s’avère donc infiniment problématique. Selon l’anthropologue et philosophe Christine Bergé, une industrialisation de leur démantèlement, vantée par EDF, relève du « mythe ». « Si le démantèlement [des 10 réacteurs aujourd’hui arrêtés] se présente dans des conditions très différentes du futur démantèlement des réacteurs du parc nucléaire actuel – et qu’à ce titre toute transposition des observations menées sur les chantiers en cours est difficile –, on peut au moins tirer un enseignement général sur la complexité et le lourdeur des opérations », notent les experts de Global Chance.
Le jugement de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) est lui aussi sans appel : « Il apparaît évident depuis quelques années que le démantèlement de centrales nucléaires des [anciennes générations] aurait pu être facilité si on avait davantage tenu compte de cet aspect de la gestion dès la conception de l’installation et sur toute la durée de son exploitation. » [4] Et l’agence de préciser : « Une meilleure planification du démantèlement dès l’origine aurait en effet pu permettre de diminuer les doses reçues par les travailleurs et de réduire les coûts. » Autrement dit, aucun des réacteurs mis en service en France – pour une durée de vie initiale de trente ans – n’a été conçu pour être un jour déconstruit… Les autorités de sûreté des pays de l’OCDE exigent désormais, pour chaque nouvelle centrale, que les électriciens leur délivrent des plans préliminaires de démantèlement et de gestion des déchets.
Où stocker les déchets radioactifs ?
Avec les dix chantiers de déconstruction actuels, EDF prévoit de produire plus d’un million de tonnes de déchets, dont 20 % radioactifs. Le Ciden construit actuellement une installation de conditionnement et d’entreposage de déchets activés (Iceda) [5] à Saint-Vulbas (Ain), à proximité de la centrale du Bugey. En 2014, ce site accueillera, pour une durée limitée de cinquante ans, promet EDF, 500 tonnes de déchets moyennement radioactifs à vie longue, en bordure du Rhône. « En plus d’être en zone sismique, Iceda est menacée par une rupture du barrage de Vouglans, à 30 kilomètres en amont, qui la noierait sous 9 mètres d’eau », s’inquiète Roland Desbordes. Ce barrage, le troisième de France, est d’ailleurs étroitement surveillé par EDF, car il présente des signes de faiblesse…
Pour le président de la Criirad, qui a déposé, avec six autres associations, un recours devant le Conseil d’État contre le projet, « Iceda légalise en fait une pratique illégale. À savoir, l’entreposage de déchets en vrac ou mal conditionnés issus de centrales en fonctionnement ainsi que des générateurs de vapeur ». Par ailleurs, il n’existe toujours pas de centre de stockage définitif pour les 17 100 tonnes de graphite provenant des anciens réacteurs UNGG. Les deux communes finalistes (sur 3 115) de l’appel à candidatures, lancée en 2008 par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) – Auxon et Pars-lès-Chavanges (Aube) – ont finalement abandonné ce cadeau empoisonné.
Quel est le coût du démantèlement ?
Comme la gestion des déchets nucléaires, le coût global du démantèlement des centrales françaises est lui aussi sujet à caution. De nombreux chiffres, évalués à la louche, sont récemment parus dans les médias. Or, la complexité des chantiers de déconstruction actuels montre combien l’exercice est périlleux. Pour preuve, EDF, qui s’était appuyée sur les calculs préconisés en 1979 par la Commission Peon (Production d’électricité d’origine nucléaire), estimait initialement le chantier de Brennilis à 19,4 millions d’euros. La Cour des comptes l’évalue aujourd’hui à 482 millions ! [6] Soit 25 fois plus cher que prévu. Pour démanteler ses 68 réacteurs, EDF a provisionné 10,8 milliards d’euros. La Cour des comptes, elle, chiffre ce programme à plus du double : 23,5 milliards. Autre incertitude : le groupe étant côté en Bourse, ses provisions seront-elles toujours disponibles ? Rien n’est moins sûr. Au Royaume-Uni, le démantèlement de 10 réacteurs, et son lot de sites de stockage des déchets et de centres de retraitement, est estimé à 100 milliards d’euros par l’autorité en charge du démantèlement (Nuclear Decommissioning Authority).
Auditionnés en avril 2010, dans le cadre de la mission sur la filière nucléaire française, commandée par Nicolas Sarkozy à François Roussely, le président d’honneur d’EDF, les Verts ont proposé que le démantèlement devienne un des métiers à part entière du groupe. Mais cette suggestion ne figure pas dans le rapport Roussely… De leur côté, les scientifiques de Global Chance regrettent « le manque d’une vision stratégique globale » de la part d’EDF. Ils enjoignent l’électricien à « sortir de la vision subie du démantèlement […] pour y voir au contraire une opportunité de nouveaux développements ». D’après eux, le marché est « gigantesque » : 125 réacteurs sont déjà fermés dans le monde et la moitié des 441 réacteurs actuellement en service seront arrêtés dans les vingt prochaines années. Alors, EDF, futur leader mondial du démantèlement nucléaire ?
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Notes :
[1] 3 à Chinon (Indre-et-Loire), 2 à Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) 1 à Bugey (Ain), celui de Brennilis (Finistère), 1 à Chooz (Ardennes), Superphénix (Isère) et Phénix à Marcoule (Gard).
[2] Les Cahiers de Global Chance n° 29 (avril 2011).
[3] Une installation nucléaire de base (INB) met en jeu, en un lieu fixe (par opposition à des installations nucléaires mobiles, comme les sous-marins), des substances radioactives. Une INB est placée sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il existe également des installations nucléaires de base secrètes (INBS), relevant de la Défense nationale.
[4] Rapport n° 6946 (2010) de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
[5] Les déchets activés – des pièces métalliques pour l’essentiel – sont rendus radioactifs par leur exposition aux flux de neutrons générés par les fissions en chaîne dans les cœurs des réacteurs.
[6] Rapport de la Cour des comptes (janvier 2005).
Pour réduire le chômage, réduisez le temps de travail
« C’est encore une fois la baisse du temps de travail qui permet de créer des emplois. »
En prenant un peu de recul, il est possible d’affirmer que la croissance ne crée pas d’emplois à long terme. Cette proposition apparemment iconoclaste découle du lien étroit qui existe entre la croissance du PIB [produit intérieur brut] et celle de la productivité horaire. La relation fonctionne d’ailleurs dans les deux sens : les gains de productivité sont un moteur de la croissance et une croissance soutenue est à son tour favorable au dégagement de gains de productivité, notamment parce qu’elle accélère le rythme de renouvellement des équipements et favorise l’introduction de nouvelles méthodes de production.
Quoi qu’il en soit la croissance de la productivité horaire suit une trajectoire très proche de celle du PIB. Or, l’emploi dépend de l’évolution relative de ces deux grandeurs : pour connaître le contenu en emploi de la croissance du PIB, il faut défalquer la progression de la productivité horaire. Si le PIB et la productivité horaire augmentent par exemple au même rythme de 5 %, le volume de travail, autrement dit le nombre total d’heures travaillées, n’augmente pas.
Or c’est ce qui tend à se produire sur les soixante dernières années. Il faut cependant distinguer deux périodes homogènes. Entre 1949 et 1974, la croissance du PIB et celle de la productivité horaire se situent à un niveau élevé, de plus de 5 % en moyenne : c’est la période qui correspond à peu près aux « Trente glorieuses » (1945-1975). Après une période de transition encadrée par les récessions de 1974-75 et de 1980-82, la croissance du PIB comme celle de la productivité horaire tendent à se stabiliser autour d’une valeur de 2 % par an qui est d’ailleurs voisine de la moyenne sur très longue période. Entre 1890 et 2008, la croissance du PIB a été de 2,2 % et celle de la productivité horaire de 2,5 %.
Ce passage d’une phase de croissance exceptionnelle à une phase de croissance proche de sa tendance séculaire s’accompagne d’un ralentissement similaire de la productivité horaire.
Mais il se produit avec un décalage : entre 1974 et 1984, la croissance chute à 2,2% par an, mais la productivité horaire progresse à un rythme de 3,3%. C’est ce décalage qui bloque les créations d’emplois et conduit à la montée du taux de chômage. On ne peut donc pas dire que le chômage résulte d’une accélération des gains de productivité ; ceux-ci étaient en effet bien plus élevés au cours de la période de quasi-plein-emploi.
Un examen plus détaillé du bilan de l’emploi montre qu’entre 1949 et 1974, la croissance du PIB a été en moyenne de 5,4 %. Mais, la productivité horaire progressant de 5,7%, le nombre d’heures travaillées n’a pas augmenté au cours de cette période et a même reculé, passant de 45,7 à 42,3 milliards. A durée du travail constante, l’emploi aurait donc dû reculer, et c’est en fait la réduction du temps de travail qui a permis de créer des emplois sur cette période, au rythme de 0,5 % par an, suffisant pour absorber la progression de la population active et donc maintenir le taux de chômage à un niveau de quasi-plein emploi.
Le bilan de la période 1984-2007 n’est pas qualitativement différent. Certes la croissance a nettement ralenti, passant de 5,4 % durant les « Trente glorieuses » à 2,2 %. Mais la productivité du travail a elle aussi reculé, de telle sorte que le volume de travail reste à peu près constant. Le nombre d’heures travaillées augmentant très peu, c’est donc encore une fois la baisse du temps de travail qui permet de créer des emplois, à un rythme annuel de 0,7% qui est paradoxalement plus élevé que durant la période de quasi-plein-emploi.
Le moratoire sur les OGM est officiellement maintenu, mais les paysans restent inquiets
Communiqué des ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture :
Les représentants de la Confédération paysanne, de l’Union nationale des Apiculteurs Français et de la Fédération Française des Apiculteurs professionnels ont été reçus aujourd’hui par les cabinets de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, et de Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire.
Il leur a été confirmé que, suite à la décision du Conseil d’État d’annuler la clause de sauvegarde prise par la France en 2008 pour interdire la culture du maïs transgénique MON810, le Gouvernement maintenait son opposition à cette culture et que la culture du MON810 resterait donc interdite en France en 2012.
Voici le communiqué que les organisations paysannes ont de leur côté publié :
Aujourd’hui, le Vendredi 13 janvier 2012, la Confédération Paysanne, l’Union Nationale de l’Apiculture Française et la Fédération Française des Apiculteurs Professionnels étaient reçus par des représentants du Ministère de l’environnement et du Ministère de l’agriculture pour s’entretenir du renouvellement de l’interdiction de la culture du maïs MON810. Les Faucheurs volontaires, qui devaient initialement participer à la rencontre, n’ont pas été admis dans les discussions.
Nous avons fait part de nos craintes de voir réapparaitre du MON 810 dans les champs en 2012. Entre un hiver particulièrement doux et une volonté affirmée de certains maïsiculteurs de semer des OGM le plus tôt possible, il est probable que des semis soient réalisés de façon précoce. Par ailleurs, les producteurs d’OGM ont déjà annoncé une action en référé en s’appuyant sur la décision du Conseil d’Etat de novembre dernier : une suspension qui interviendrait avant le mois de mai permettrait encore de semer du MON 810.
Nous avons donc demandé de prendre une interdiction immédiate de cession et de culture, en apportant au gouvernement des éléments techniques et juridiques afin de renforcer la solidité de l’interdiction. La réglementation européenne et la loi française autorisent un Etat membre à prendre les mesures nécessaires pour protéger l’apiculture.
Face à ces demandes, nous observons des signaux contradictoires. D’un côté, les représentants des Ministères ont réaffirmé leur volonté de prendre une clause de sauvegarde et ont indiqué qu’ils communiqueraient de nouveau sur cette intention. Le Ministère de l’environnement a particulièrement pris conscience des impacts économiques que pourraient subir l’apiculture. D’un autre côté, nous observons une précipitation du gouvernement dans l’adoption des règles de coexistence indispensables à la culture d’OGM en 2012.
Pourquoi une telle précipitation si toute éventualité de culture d’ OGM était exclue ?
A l’issue de la rencontre, notre inquiétude reste donc la même. Nos organisations ne sont pas rassurées sur la réelle volonté politique du gouvernement, dans son ensemble, de mettre en place une interdiction solide pour l’année 2012. Nous continuerons donc à œuvrer pour que ces mesures soient prises dans les meilleurs délais.
Pour Olivier Belval, président de l’UNAF, « l’apiculture est déjà fragilisée par un environnement agricole toxique. N’y rajoutons pas un désastre économique ».
Pour Jean Sabench de la Confédération Paysanne, « l’agriculture a besoin des abeilles pour la pollinisation, mais pas des OGM. L’introduction forcée des OGM imposerait des surcoûts inacceptables à l’apiculture et aux productions conventionnelles et biologiques, pour le seul profit de Monsanto. »
Pour Nicolas Guintini de la Fédération Française des Apiculteurs Professionnels, « les professionnels de l’apiculture ne produisent pas du miel pour l’envoyer à la benne. Nous attendons une mesure immédiate pour protéger notre filière. »
Le Sommet des peuples aura lieu à Rio en juin
Le Sommet des Peuples aura lieu du 15 au 23 juin, parallèlement à la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, dite Rio+20. « L’Assemblé Permanente des Peuples débattra des causes structurales de l’actuelle crise de civilisation, sans la fragmenter en crises spécifiques – énergétique, financière, environnementale, alimentaire. »
Entre le 15 et le 23 juin de cette année 2012, le Sommet des Peuples à Rio+20 pour justice sociale et environnementale aura lieu au Parc du Flamengo (Aterro do Flamengo) à Rio de Janeiro. La société civile globale, organisations, collectifs et mouvements sociaux occuperont le Parc du Flamengo pour proposer une nouvelle forme de vivre avec la planète, en solidarité, contre la marchandisation de la nature et en défense des biens communs.
Le Sommet des Peuples aura lieu parallèlement à la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, dite Rio+20. La réunion officielle fait référence aux vingt ans de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Rio92 ou ECO 92). Pendent ces deux décennies, le manque d’actions pour dépasser l’injustice sociale et environnementale ont frustré les espoirs et discrédité l’ONU. Le thème proposé pour Rio+20 officielle, la dite « économie verte », et la gouvernance globale, sont considérés par l’organisation du sommet des peuples comme insatisfaisante pour affronter la crise planétaire, causé par nos modèles de production et consommation capitalistes.
Pour relever le défi de cette crise systémique, le Sommet des Peuples ne sera pas seulement un grand événement. Il s’agit d’un processus de moments historiques cumulés et de convergence des luttes locales, régionales et globales, ayant comme principes la lutte anticapitaliste, antiraciste, anti-patriarcale, anti-homophobique.
Le Sommet des peuples veut ainsi transformer le moment de la Rio+20 en opportunité de traiter les grands problèmes affrontés par l’humanité et démontrer la force politique des peuples organisés. « Venez réinventer le monde » est notre appel et notre invitation à la participation pour les organisations et mouvements sociaux du Brésil et du monde. Le lancement des activités vers le Sommet sera réalisé pendant le Forum Social Thématique, le 28 janvier, à Porto Alegre (RS). Le Forum Social de cette année est un événement de préparation pour le Sommet Rio+20 Programmation :
Le Comité facilitateur de la société civile à Rio+20 est en train de préparer le schéma du Sommet des Peuples et du territoire que l’événement occupera au Parc du Flamengo. L’objectif est que l’espace soit organisé en groupes de discussion autogérées, autour d’une Assemblé Permanente des Peuples et dans un espace prévu pour que les organisations et mouvements sociaux présentent, pratiquent et dialoguent avec la société sur des expériences et projets concrets. Les actions du sommet seront toutes interdépendantes. Un groupe de travail sur la méthodologie a été créé pour détailler l’exécution de ce schéma.
L’idée est que l’Assemblé Permanente des Peuples, principal forum politique du Sommet, s’organise autour de trois axes et débatte les causes structurales de l’actuelle crise de civilisation, sans le fragmenter en crises spécifiques – énergétique, financière, environnementale, alimentaire. Nous attendons avec cette approche une affirmation de nouveaux paradigmes alternatifs construits par les peuples et indiquer l’agenda politique pour la prochaine période. Le Groupe de travail sur la méthodologie va proposer la meilleure forme d’organiser ce débat et d’affirmer des nouveaux paradigmes.
Les deux premiers jours du Sommet seront des activités organisés par les mouvements sociaux locaux, déjà en lutte permanente de résistance aux impacts des grands travaux. Depuis ce moment, l’espace sera déjà prêt et ouvert aux organisations et aux mouvements de la société civile globale pour la présentation de ses expériences et projets qui montrent clairement comment il est possible de vivre autrement en société, avec solidarité et de manière durable, au contraire des paradigmes dominants d’aujourd’hui.
Pour cela, le territoire du sommet des peuples sera organisé libre de la présence des corporations et basé sur l’économie solidaire, l’agroécologie, les cultures numériques, les actions des communautés traditionnelles. Cette rencontre de la citoyenneté globale, qui aura aussi un volet culturel, sera ouvert jusqu’a la fin du sommet, le 23 juin.
Le dimanche 17 juin, nous organiserons une grande marche pour marquer l’événement. A partir du 18 juin, commencent les discussions autogérées et l’Assemblée permanente des Peuples. Le 20 juin a été élu pour le jour de Mobilisation International, avec des manifestations qui envoient un message clair et incisif pour le Sommet Rio+20 officiel.
Panique chez les nucléaristes
« Si un homme élevé au biberon nucléaire admet la possibilité du drame, et exige des milliards, peut-être des dizaines de milliards d’euros d’investissements, c’est parce que le feu est au lac. »
La bonne blague de la semaine passée : l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) demande des travaux lourds dans les centrales nucléaires, exigeant des « investissements massifs » dans notre parc de 58 réacteurs. Combien de fric ? L’ASN n’a pas osé chiffrer, de peur d’embêter EDF. Laquelle a aussitôt perdu pied en Bourse, avant de présenter une addition de 10 milliards d’euros, évidemment sous-évaluée. Ce qui est déjà énorme, car la note s’ajoute aux 40 milliards d’euros nécessaires pour pousser la durée de vie des centrales nucléaires à 60 ans, alors qu’elles étaient conçues pour 30. Soit 50 milliards, juste pour continuer comme avant. Commentaire avisé de Lacoste, patron de l’ASN : « Je n’imagine pas que les milliards d’euros nécessaires pour augmenter la sécurité du parc de centrales d’EDF n’aient pas une traduction sur son prix de revient ».
En somme comme en résumé, le cochon de payant verra sa facture d’électricité exploser pour les beaux yeux de Proglio, le copain que Sarko a mis à la tête d’EDF. Au fait, pourquoi l’ASN sort-elle un rapport ? À cause de Fukushima, pardi. Une partie des nucléocrates admet désormais sans détour qu’une cata monstre est parfaitement possible chez nous. Benjamin Dessus et son compère Bernard Laponche, excellents connaisseurs du dossier et néanmoins antinucléaires, aiment à rappeler ce constat imparable (1) : le calcul de probabilité officiel n’imaginait que 0,014 accident grave au cours des trente dernières années. Or de l’Ukraine au Japon, quatre réacteurs ont pourtant pété, soit 286 fois plus que ce que les servants de l’atome juraient sur la tête de leurs pauvres gosses. Les mêmes assuraient au bon peuple que la qualité française interdisait toute mauvaise surprise.
Le nucléaire est donc bien le royaume du mensonge obligatoire. Cette cruelle vérité ne doit pas faire oublier le reste,. Qui est donc André-Claude Lacoste, le chef de l’ASN ? Un type du sérail, évidemment, puisque le nucléaire ne connaît que cela. Ingénieur des Mines, comme l’ont été les grands pontes de l’atome français, de Guillaumat à Giraud, il a fait toute sa carrière au ministère de l’Industrie, haut lieu de la révolte et de l’incandescence comme on sait. En 1993, Eurêka, Lacoste prend la direction de la Sûreté nucléaire. La majuscule s’impose, car bien sûr, la structure est indépendante. La preuve par DSK, qui le nomme à ce poste juste avant de quitter sa place de ministre de l’Industrie et devenir lobbyiste pronucléaire, payé par EDF (2).
Morale de l’affaire : si un anarchiste de la trempe de Lacoste réclame tant de mesures de sûreté, c’est que ça craint. Si un homme élevé au biberon nucléaire admet la possibilité du drame, et exige des milliards, peut-être des dizaines de milliards d’euros d’investissements, c’est parce que le feu est au lac. Et pendant ce temps perdu, l’Allemagne.
Tout le monde - ou presque - s’extasie sur les performances économiques du voisin outre rhénan, mais personne – ou presque – ne semble voir ce qui se prépare. Or pendant que Sarko, Proglio and co claquent notre argent commun dans une aventure du passé, Berlin prépare hardiment le seul avenir concevable. En investissant massivement dans les énergies éolienne et solaire. Il est de bon ton en France de nier la puissance à venir de ces nouvelles énergies, mais les Allemands s’en foutent, et ils ont bien raison.
En renonçant au nucléaire, la mère Merkel n’a pas oublié de chouchouter ses industries de demain. À elles seules, les éoliennes ont produit là-bas 7,5 % de l’électricité au cours du premier semestre 2011 et le soleil 3,5 %, soit déjà 11 %. À comparer aux grandioses chiffres français au même moment : 2,2 % pour le vent et 0,1 % pour le solaire. Les Allemands misent d’ores et déjà sur 35 % d’électricité renouvelable en 2020, dans huit ans, quand nous ne saurons toujours pas payer le démantèlement du monstre Superphénix ni traiter les montagnes de déchets radioactifs. Et carrément 100 % en 2050, quand Proglio aura été oublié depuis des lustres.
Autre anodine différence entre la France et l’Allemagne. Cette dernière a vu sa consommation d’énergie globale diminuer de 4,6 % en 2011, ce qui s’appelle faire plus avec moins. En France, en 2010, la consommation d’électricité a augmenté de 5,5 %. Certes, l’électricité n’est qu’une partie de l’énergie, mais la leçon reste claire : EDF doit à tout prix fourguer son électricité nucléaire, fût-ce sous la forme d’un imbécile chauffage qui achève de ruiner les pauvres. Le serpent se mord la queue, et même le reste.
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Notes :
(1) Voir notamment : Global Chance
(2) Charlie n’invente rien. DSK a bien été payé par EDF pour vanter les mérites du nucléaire, notamment chez ses copains allemands du SPD. [Note de Reporterre : lire Quand Strauss-Kahn faisait du lobbying pour EDF]
La publicité transforme des Slovènes en paysans basques
Les publicitaires ne reculent devant aucun mensonge : un spot publicitaire représentant « d’authentiques paysans basques » a en fait été tourné en Slovénie. Cette réclame trompeuse promeut de grosses entreprises qui détournent l’effort des petits paysans basques pour une agriculture autonome et de qualité.
Une action spectaculaire vient d’avoir lieu ce jeudi 12 janvier à Pau (64) : des paysans du Pays Basque ont déversé 8000 litres de lait de brebis devant la Maison de l’agriculture. Cet acte de colère voire de désespoir risque fort d’être suivi par d’autres coups d’éclat dans les jours à venir.
En effet, les industriels laitiers du Pays Basque refusent de collecter 1,35 millions de litres de lait AOC Ossau-Iraty à la Coopérative basque des producteurs de lait, qui est un des bastions des paysans luttant pour la qualité et le respect de l’AOC du fromage de brebis du Pays Basque, dans l’objectif de permettre aux petites exploitations de survivre en misant sur la qualité plutôt que sur la quantité.
Les industriels jouent quand à eux sur l’utilisation de l’image Pays Basque pour écouler des quantités de plus en plus grandes de fromages, au détriment de leur qualité et de leur authenticité, et au risque de dégrader à terme le capital qualité fondamental pour maintenir localement une agriculture paysanne de petites et-donc- nombreuses exploitations.
Le cynisme s’affiche chaque jour avec de moins en moins de complexe :
- telle publicité du groupe Lactalis mettant en scène des paysans et paysages soi-disant basques est en réalité tournée en Slovénie, comme le démontre le making of déniché sur internet... Cette publicité trompe les consommateurs tout comme le fromage qu’elle a pour objectif de vendre.
La pub pour le fromage « Le P’tit Basque – Istara » : un grand père basque dit à son petit enfant de berger « Quel goût ! T’es pas Basque pour rien mon petit ! »
Le making off : nous sommes en fait en Slovénie, et le grand-père lit en phonétique le message en question. Le publicitaire n’est en fait pas beaucoup plus faussaire que l’industriel laitier pour lequel il travaille, qui utilise quand à lui la marque AOC Istara pour ce fromage qui n’a rien d’AOC.
En effet, si « le P’tit Basque » se pare du nom Istara, marque de fromage faite avec du lait AOC Ossau Iraty, lui-même n’a en fait rien d’AOC. Ce genre d’arnaque se multiplie localement, avec les mêmes noms (Agour, Onetik) utilisés indifféremment pour vendre du fromage AOC ou du fromage non AOC, induisant le consommateur en erreur et mettant en danger la référentialité de l’AOC.
On en arrive à la situation absurde et intolérable où ces industriels laitiers importent désormais 8,5 millions de litres lait de brebis (d’Espagne et d’Aveyron) en Pays Basque, terre de bergers, et obligent au même moment les producteurs AOC à jeter 1,35 millions de lait de brebis basque non collecté !
Cette situation est inacceptable et génère aujourd’hui un climat de lourdes tensions en Pays Basque. Un bras de fer décisif pour cette bataille et pour l’avenir de l’agriculture de qualité en Pays Basque va se dérouler dans les jours à venir.
A un moment où la campagne présidentielle va regorger de « Produire français », quelle est sur ce scandale la position de M. Bruno Lemaire, ministre de l’agriculture ayant une résidence secondaire à Saint Pée sur Nivelle en Pays Basque et responsable du programme de M. Nicolas Sarkozy ?
Les Indignés manifesteront devant le Pôle Emploi mardi 17
« Pôle Emploi sera occupé, d’une manière réellement nouvelle car totalement décentralisée, sur tout le territoire gouverné par un système illégitime rendant des comptes aux marchés plutôt qu’au Peuple. »
Nous (les indignés, les 99%, sur des actions Uncut directes et non-violentes) sommes en actions Uncut, directes et non-violentes, depuis le 26 mars à Paris, depuis le NoG8 en mai au Havre/Deauville, depuis le 30 juin ou le 15 octobre dans plus de 35 villes en France pour des journées internationales d’actions directes (Rennes, Paris), ou encore depuis le NoG20 à Nice et à Cannes, ou le 04 et 11 novembre autour des mouvements « Occupons » à La Défense ou ailleurs...
Ce mardi, le 17 janvier, sera la veille du Sommet sur l’Emploi voulue par le Président de la République en campagne. C’est l’occasion d’une mobilisation majeure qui a trouvé pour la première fois son impulsion à l’intérieur de l’Hexagone. Elle mêle les 99%, citoyens de toutes origines (syndicalistes, associatifs, individus), dans leurs points communs comme dans leurs contradictions, tendus vers un même objectif : l’obtention des droits d’« obtenir un véritable emploi » et « un revenu décent qui permet de vivre dignement ». Pour cela, Pôle Emploi sera occupé, d’une manière réellement nouvelle car totalement décentralisée, sur tout le territoire gouverné par un système illégitime rendant des comptes aux marchés plutôt qu’au Peuple.
Nous nous mobilisons dans plus de 30 villes. Nous avons préparé des occupations festives mais radicalement décidées... De Paris à Dunkerque, de Toulon à Brest, nous sommes unis par une même conviction : celle qu’il est maintenant temps pour nous tous de reprendre les plus inaliénable des droits et des devoirs : celui de décider de son propre avenir, par des choix éclairés.
Le prochain consistera à occuper Pôle Emploi, avec une revendication claire : le droit à la dignité. Vous êtes prévenus, on ne lâchera rien !
À mardi !... et jusqu’à ce qu’ils cèdent.
La liberté est contagieuse et addictive, venez y goûter !
Emploi, les solutions
« Un levier essentiel d’une économie écologique est le partage du travail, qui reste plus d’actualité que jamais. »
Le candidat à sa succession à la présidence de la République française organise un « sommet social » le 18 janvier. On y parlera « coût du travail ». Dans l’idéologie dominante, le travail n’est pas une richesse productrice, mais il coûte. A qui ? Au possesseur de capital, tiens !
Sommet social, donc, où l’on ne remettra pas en cause l’absurde défiscalisation des heures supplémentaires, subvention aux entreprises qui ne créent pas d’emplois. Mais on pourrait, ironie suprême de la part d’un parti qui voulait « travailler plus pour gagner plus », amorcer une réduction du temps de travail sous la forme alambiquée d’« accords de compétitivité ». Ce sera un hommage rendu par le vice à la vertu.
Car ici, la vertu est du côté de l’économie écologique, qui devient plus apte à penser le monde que le dogme néocapitaliste et son avatar keynésien. Du point de vue écologiste, l’enjeu prioritaire actuel de l’activité économique est de modérer son impact sur la biosphère, en raison de la gravité des conséquences de la crise écologique sur la société humaine. Dès lors, comme la croissance économique implique, malgré les progrès de la technologie, un fort dégât environnemental, la recherche de « l’état stable » de l’économie (conceptualisé par Herman Daly) est souhaitable.
Or l’idéologie dominante reste obsédée par l’objectif de maximisation de cette croissance. De surcroît, elle échoue à reconnaître que, dans les pays riches, la tendance historique du taux de croissance est à la baisse, le plaçant à un niveau inférieur à 2 % par an. La réduction du chômage par l’augmentation du produit intérieur brut est donc vouée à l’échec, d’autant que la hausse de la productivité réduit mécaniquement le besoin de travail.
Dès lors, un levier essentiel d’une économie écologique (c’est-à-dire visant la prospérité dans le respect de l’environnement) est le partage du travail, qui reste plus d’actualité que jamais.
Par ailleurs, une économie stable n’est pas une économie immobile. Dans la transition écologique, on réduira les activités polluantes pour développer des activités novatrices. Philippe Quirion, du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement, a montré qu’une politique d’économies d’énergie pourrait créer 440 000 emplois. Pour d’autres, le développement de l’agriculture biologique sur 20 % de la superficie agricole créerait 75 000 emplois (1). Le chômage n’est pas une fatalité...
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Note :
(1) Ces chiffres ont été repris dans le programme d’Eva Joly, 1 million d’emplois. Celui sur les emplois créés par les économies d’énergie provient du travail de Philippe Quirion (publié dans Pour la Science de juillet 2010, sous le titre « Combien d’emplois verts depuis 2020 ? »), adapté pour tenir compte de l’évolution des dernières années. Le chiffre relatif à l’agriculture biologique a été calculé par la commission d’agriculture d’EELV.
Gaz de schiste : la mobilisation repart
Les collectifs contre le gaz de schiste se sont retrouvés les 15 et 16 janvier. Ils demandent l’abrogation générale des permis d’explorer, ainsi que les permis de recherche d’hydrocarbures au large de Marseille.
Ce week‐end, samedi 14 et dimanche 15 janvier, les collectifs locaux contre les gaz et huiles de schiste se sont réunis à Bagnolet (Seine-Saint Denis) en Coordination Nationale.
La mobilisation des collectifs locaux ne faiblit pas.
Les collectifs rappellent qu’ils exigent l’abrogation de l’ensemble des 61 permis restants et l’abandon des 84 demandes en cours d’instruction. Ils ne tolèreront aucune expérimentation de stimulation de la roche.
A la lecture des rapports remis par les industriels dans le cadre de la loi du 13 juillet 2011, il est évident que de nombreux autres permis devraient être abrogés sur la même base que l’ex-permis de Total : certains industriels ont manifestement omis d’indiquer qu’ils utiliseraient la fracturation hydraulique, aujourd’hui pourtant interdite en France.
Les collectifs se mobilisent également contre les permis d’exploration offshore, en particulier le permis Rhône-Maritime au large de Marseille et Toulon, et demandent instamment que toute exploration d’hydrocarbures offshore soit stoppée. A l’image des très nombreux nouveaux collectifs sur le territoire, la création du collectif Provence pour s’opposer au permis offshore Rhône Maritime est une excellente nouvelle.
Les collectifs exigent par ailleurs que la réforme du code minier intègre les acquis de La Charte de l’environnement et qu’elle soit précédée d’un débat public.
Une mobilisation internationale ! Ni ici ni ailleurs !
Les collectifs se félicitent du développement des nombreuses mobilisations contre les gaz et huiles de schiste à travers le monde : Pologne, Irlande, Suisse, Suède, Allemagne, Hongrie, Bulgarie, Royaume-Uni, Autriche, Canada, Etats-Unis, Australie, Afrique du Sud, Mozambique, Argentine, Equateur, Australie, etc. De nombreux liens de solidarité entre collectifs de différents pays (jumelage, échange d’informations, etc.) se tissent peu à peu, base d’une solidarité internationale effective et de futures mobilisations communes.
Les collectifs soutiennent et contribueront aux efforts entrepris pour construire une coordination européenne des mobilisations citoyennes afin de porter au niveau européen la demande d’interdiction de toute forme de stimulation de la roche.
Les collectifs donnent rendez-vous
Les collectifs dénoncent le soutien gouvernemental au colloque du mardi 17 janvier organisé par le député François-Michel Gonnot au cours duquel il sera discuté du thème « L’interdiction française : comment en sortir ». Plus largement, ils dénoncent les opérations des industriels et de certains élus visant à vouloir « rendre la technique acceptable », s’asseyant sur la loi votée et la volonté de millions de citoyens. Les collectifs appellent donc à participer largement au rassemblement du mardi 17 janvier à 9h sur le Parvis des Invalides et au contre-colloque organisé par le collectif Ile-de-France qui aura lieu au Conseil Régional Ile-de-France à partir de 15h.
Les collectifs donnent également rendez-vous au Forum Alternatif Mondial de l’Eau (FAME) qui se tiendra à Marseille du 14 au 17 mars 2012, notamment lors de la manifestation du samedi 17. Le FAME sera une occasion pour poursuivre les efforts visant à construire une coordination européenne voire internationale des mobilisations citoyennes contre les gaz et huiles de schiste.
Lors de ce week-end de réunion de la coordination nationale, un document d’interpellation des candidat-e-s à la présidentielle et aux législatives a été rédigé. Il est mis à la disposition des collectifs qui pourront l’utiliser comme ils le souhaitent.
Les apiculteurs menacés par les OGM vont manifester chez Monsanto
L’apiculteur sera rendu responsable de la pollution des miels par du pollen de Mon810. Un large rassemblement de refus des OGM aura lieu vendredi 20 janvier 2012 devant les locaux de Monsanto, près de Lyon.
Suite à la suspension du moratoire sur le Mon810, le gouvernement a annoncé qu’il allait réactiver une nouvelle clause de sauvegarde, mais sans prendre les mesures nécessaires pour interdire tout semis de maïs au printemps 2012.
Les apiculteurs seront les 1res victimes de cette incohérence. Le Mon 810 n’est pas autorisé pour l’alimentation humaine. L’apiculteur sera rendu responsable de la pollution des miels par du pollen de Mon810 (décision de la Cour de Justice européenne du 9 novembre 2011). Ces miels et pollens ne sont pas commercialisables en Europe aujourd’hui. Déjà en Espagne, la culture de 90.000 ha de Mon 810 plonge nos collègues apiculteurs espagnols dans le désarroi.
Nous vous appelons à un large rassemblement qui aura lieu : Vendredi 20 janvier 2012, à 10 h, devant les locaux de Monsanto, 1 rue Jacques Monod à Bron (69) près de l’aéroport Lyon-Bron.
Au programme : Occupation du site, pique-nique sans OGM. Présence d’invitées-surprise.
Nous exigerons du gouvernement :
- qu’il prenne des mesures fermes pour interdire la circulation de semences Mon810, et leur semis dans les champs - qu’un moratoire digne de ce nom soit réactivé
Nous réaffirmerons que la COEXISTENCE EST IMPOSSIBLE, et que nous sommes opposés à tous les OGM en plein champ, qu’ils soient transgéniques ou issus de mutagénèse, qu’ils soient destinés à l’alimentation animale, humaine ou pour la production d’agro carburants, qu’ils soient produits chez nous ou ailleurs.
NON à toutes les formes de confiscation du vivant et de spoliation des droits des paysans
Les organisations signataires : Syndicat des Apiculteurs Professionnels Rhône-Alpes (SAPRA), Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF), Fédération Française des Apiculteurs Professionnels (FFAP), Nature et Progrès, CDAFAL 42, Confédération Paysanne Rhône-Alpes, Faucheurs Volontaires, Vigilance OGM 69, Zérogm 42, …
Au large de Marseille, un projet de forage en mer, pour étudier la géologie - et chercher du pétrole
Un projet envisage un forage de plus de 11 km sous la surface de la Méditerranée, au sud de la zone étudiée par Melrose et Noble Energy.
Alors que les projets des compagnies pétrolières suscitent l’inquiétude des écologistes provençaux, un programme scientifique de forage, sans précédent, est à l’étude dans le golfe du Lion. Coordonné par une sédimentologue de l’université de Bretagne-Occidentale, Marina Rabineau, il envisage un forage de plus de 11 km sous la surface de la mer, au sud de la zone étudiée par Melrose et Noble Energy. Dénommé Gold (Gulf of Lion’s Drilling), « son but est d’effectuer le premier forage profond dans le golfe du Lion, au large de Toulon, afin d’étudier les variations du climat global et celles du niveau marin, les événements géologiques extrêmes comme le Messinien, les ressources naturelles, le stockage du CO2, et la biosphère profonde », explique Mme Rabineau.
Un bateau spécialisé japonais, le Chikyu, extrairait une carotte de 11 km, constituant une colonne complète des sédiments qui se sont accumulés dans cette zone depuis 25 millions d’années. Le forage atteindrait le socle sous-jacent, dont la nature géologique est mal connue. A l’endroit prévu pour le forage, la « colonne sédimentaire est complète, non déformée et sans érosion ni hiatus majeur », précise la scientifique. Il s’agit donc d’un témoin privilégié de l’histoire géologique du bassin ouest de la Méditerranée.
Mais l’intérêt pour les ressources pétrolières n’en est pas absent. En effet, le forage traversera une couche de sel. Jusqu’à récemment, les modèles géologiques dominants indiquaient que l’on ne pouvait pas trouver d’hydrocarbures dans une telle configuration géologique. La découverte au large du Brésil, en 2006, d’énormes réserves de pétrole sous une couche de sel, a changé la donne : les géologues qui défendaient la possibilité d’une telle configuration sont davantage écoutés. Daniel Aslanian est l’un d’eux. Chercheur à l’Ifremer, il est associé au projet Gold : « On propose un nouveau modèle, qui repense la formation des marges continentales passives, comme celles qui bordent l’Atlantique sud ou la Méditerranée. Il s’agit de le tester dans le golfe du Lion. »
La possibilité de trouver des hydrocarbures sous la couche de sel suscite l’intérêt des compagnies pétrolières pour le projet Gold. Lors d’un colloque sur ce projet en octobre 2011, à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), des spécialistes de Pétrobras et de Melrose ont présenté des communications. « Ce type de forage est très coûteux, indique M. Aslanian, de l’ordre de 120 à 150 millions d’euros. Les compagnies pétrolières peuvent aider à le financer. »
Pour l’instant, aucune ne s’est encore engagée. Mais la société algérienne Sonatrach est intéressée par un forage du même type côté algérien, où la structure géologique est comparable. Elle pourrait s’engager pour près de 90 millions d’euros. Le projet Gold sera présenté en avril à l’Integrated Ocean Drilling Program, un programme international de recherche sur l’histoire de la Terre à partir des études sur les fonds marins. Si le projet est accepté, et son budget bouclé, le forage pourrait intervenir dans les deux ou trois prochaines années.
Téléphonie 4 G : une étude d’impact est demandée avant tout déploiement
Les opérateurs de téléphonie réclament le déploiement de la technologie 4 G. En application du principe de précaution, il parait nécessaire de réaliser d’abord une étude d’impact sur l’environnement et la santé.
Lettre ouverte adressée à : - Monsieur Marc MORTUREUX, Directeur Général de l’ANSES - Monsieur Georges MERCADAL, Président du Groupe de dialogue "Radiofréquence et Santé" à l’ANSES
Monsieur le Directeur Général, Monsieur le Président du groupe de dialogue,
L’association nationale Robin des Toits, membre du comité « Radiofréquences et Santé » au sein de l’ANSES, demande officiellement et solennellement que le déploiement de la technologie 4G, qui introduira de nouvelles fréquences et augmentera le niveau global d’exposition de la population aux champs électro-magnétiques, soit précédé d’une sérieuse étude d’impact en termes sanitaires et d’exposimétrie.
Cette mesure découle du principe constitutionnel de précaution, qui prescrit, d’une part l’évaluation du risque, d’autre part la prise de mesures de réduction du risque alors même qu’il n’est pas entièrement établi. Or, cette définition « cadre » parfaitement avec le classement, par l’OMS, en mai 2011, des radiofréquences parmi les cancérogènes possibles.
Elle découle encore plus immédiatement de l’article L 123-1 du code de l’environnement, qui impose que la réalisation d’aménagements, d’ouvrages ou de travaux exécutés par des personnes publiques ou privées soit précédée d’une enquête publique lorsqu’en raison de leur nature, de leur consistance ou du caractère des zones concernées, ces opérations sont susceptibles d’affecter l’environnement. Or, le déploiement d’un réseau d’antennes 4G est de nature à affecter l’environnement, et notamment la santé.
Robin des Toits appelle l’attention sur le fait qu’un tel défaut d’étude d’impact fragiliserait grandement le déploiement sur le plan juridique.
M.William DAB, ancien Directeur Général de la Santé et ancien membre du comité exécutif de l’OMS [Organisation mondiale de la santé], s’exprimait ainsi au cours de la conférence scientifique internationale sur les champs électromagnétiques et la santé publique, tenue à Bruxelles les 16 et 17 novembre 2011 : « Je suis intimement persuadé que toute nouvelle technologie doit faire l’objet obligatoirement d’une étude préalable d’impact sanitaire à chaque étape du processus de développement ». Il ajoutait, plus loin : « Nous devons faire preuve d’innovation dans la préparation de la prise de décision. C’est une évidence pour moi que la science n’apportera pas de réponse claire avant des années (…). Mais quand on est dans l’incertitude, il faut dans le même temps réfléchir à la façon dont les décisions sont préparées… »
Cette démarche est rendue d’autant plus possible que le besoin de ces nouveaux services n’existe pas encore. Il n’y a donc pas d’urgence, puisqu’il n’y a pas de demande, mais simplement le souhait, par les opérateurs de téléphonie et d’Internet, de développer cette technologie. Aucune urgence ne peut donc être opposée à cette demande d’étude d’impact.
L’association nationale Robin des Toits attend sur ce sujet une réponse claire de l’ANSES, la question relevant à l’évidence de ses compétences, ou, à défaut, une désignation explicite de l’autorité chargée de prendre cette décision.
Dans l’attente de vous lire, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur général, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments respectueux.
Signé : Agnès FONTANA, représentante de l’association nationale au comité "Radiofréquences et Santé"
Eh, stupides candidats, vous oubliez le changement climatique !
La campagne présidentielle se focalise sur l’économie, comme si l’écologie n’avait pas d’importance. Et pendant que Sarkozy embauche Claude Allègre, Hollande accepte le projet de Notre Dame des Landes.
Et le climat ! « Sommes-nous trop stupides (1) ? »
« It’s the economy, stupid », c’est par cette formule que Bill Clinton expliquait sa surprenante victoire en 1992 contre le président sortant Georges Bush (le père, pas le W) qui n’aurait pas assez parlé d’économie pour obtenir sa réélection. Pour l’élection présidentielle qui nous intéresse en France, le conseil de Bill Clinton est scrupuleusement suivi et, de l’économie, on en parle largement ; pas un jour sans triple A, TVA sociale, réduction du déficit, etc..
Loin de nous l’idée que l’économie soit un sujet secondaire, mais depuis 1992 notre connaissance du monde a bien progressé et en particulier la crise climatique est apparue (2) comme la menace majeure pour l’avenir immédiat de nos sociétés, avec l’épuisement des ressources naturelles et le pic pétrolier au revers de la même médaille.
Et face à cette crise climatique, face à l’échec des négociations de Durban montrant l’incapacité des dirigeants du monde à trouver une solution, que disent nos candidats ?
RIEN !
S’ils ne disent rien, c’est probablement parce qu’ils pensent qu’on n’est pas capable de comprendre la gravité de la situation, qu’on n’est pas capable d’accepter les efforts demandés par les experts du GIEC, diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui veut dire nous libérer des énergies fossiles, un changement profond de société. Nous serions trop stupides pour comprendre ce message.
C’est bien ce que nous fait dire Nicolas Sarkozy qui vient d’embaucher Claude Allègre, le french mammouth imposteur climatique, comme conseiller spécial dans son équipe de campagne.
Quel merveilleux aboutissement du Grenelle de l’Environnement ! En 5 ans passer de Nicolas Hulot à Claude Allègre, voilà une évolution force 9 sur l’échelle Beaufort de la stupidité.
Quant à François Hollande, il nous propose « Le changement c’est maintenant ! » Tout à fait d’accord François, le changement climatique c’est Ici et Maintenant. Pas plus tard que le 23 décembre 2011, Meteo France nous annonçait que l’année 2011 allait battre le record d’année la plus chaude jamais mesurée en France.
Mais lui-même, quel message de changement nous propose-t-il en continuant de soutenir le projet d’aéroport Notre Dame des Landes porté par Jean Marc Ayrault, maire de Nantes et membre important dans l’organigramme de campagne de François Hollande ?
Ils veulent construire un aéroport gigantesque (la surface au sol sera celle de celui de Heathrow à Londres) à coté de Nantes desservie par le TGV, quand le TGV émet 10 fois moins de gaz à effet de serre par kilomètre-passager transporté que l’avion. Alors qu’il faut diviser par 4 nos émissions de CO2, on s’entête dans un projet qui va les multiplier par 10 ? Peut-on imaginer un projet avec une telle concentration de stupidité ?
Eh bien si ! On l’a fait nous autres en Aquitaine avec l’autoroute Langon Pau. Stupidité écologique de développer le transport routier alors qu’il faut diviser par 4 nos émissions de CO2 (on se répète mais les faits, comme la science, sont têtus). Stupidité économique avec une fréquentation famélique qui fera que ce sera à nous contribuables de combler par l’impôt les recettes manquantes pour le partenaire privé.
Et on se propose de continuer dans la même voie avec le projet du Grand Stade à Bordeaux…
Alors nous citoyens de Bordeaux et de la région, allons nous stupidement continuer à rester passif et les laisser faire ? Même si décerner des prix de stupidité nous ferait rire un peu, la situation nécessite qu’on fasse beaucoup plus et qu’on agisse : et si nous individuellement on ne le fait pas, qui le fera à notre place ?
Libérons l’énergie citoyenne qui est en nous. Venons samedi 21 janvier à 14h à la Gare St Jean de Bordeaux, faire la VELORUTION.
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Notes :
(1) Référence au film « Age of Stupid » (L’Ere de la Stupidité) par Franny Armstrong en 2009, créatrice du mouvement 10 :10 (réduire de 10% en 2010 nos émissions de CO2)
(2) Agence Internationale de l’Energie, rapport 2011.
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Post-scriptum : Avec le soutien de Vélocité, taca organise la VELORUTION Libérons l’Energie, samedi 21 Janvier, départ 14h, gare St Jean de Bordeaux, direction les Quinconces pour une éolienne humaine avec GreenPeace. Infos taca.asso.fr
Greenpeace demande le soutien face aux procès
Les activistes qui ont démontré la mauvaise protection des centrales nucléaires risquent une peine allant jusqu’à cinq ans de prison. Ils seront jugés à Troyes et à Privas les 20 et 24 janvier.
Le 5 décembre 2011, onze militants Greenpeace se sont introduits sur les sites nucléaires de Nogent-sur-Seine et du Cruas démontrant ainsi les terribles lacunes de la sécurité nucléaire en France. Les “9 de Nogent” seront jugés le 20 janvier au tribunal de Troyes (Aube), et les “2 de Cruas”, le 24 janvier à Privas (Ardèche).
Parmi les neuf activistes qui sont entrés dans la centrale de Nogent, six femmes et trois hommes, âgés de 22 à 60 ans. Le 5 décembre, en à peine 15 minutes, ils ont franchi trois enceintes et réussi à atteindre l’un des réacteurs. Suite à cette action, ils ont été mis en examen pour violation de domicile et dégradation grave en réunion d’un bien d’utilité publique et, pour certains, refus de prélèvement d’ADN. Ils risquent chacun jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, et sont soumis, jusqu’à leur procès, à des mesures de contrôle judiciaire.
Le même jour, deux militants sont, eux, restés plus de quatorze heures, présents à l’intérieur du périmètre sécurisé de la centrale de Cruas. Ils sont eux aussi poursuivis, et doivent se soumettre aux mêmes mesures de contrôles judiciaires, assorties d’une interdiction de sortie du territoire et d’une obligation de pointer deux fois par semaine dans un commissariat ou une gendarmerie proche de leur lieu de résidence.
Le 5 décembre, ces onze citoyens ordinaires ont pris la parole et ont choisi l’action, dans un débat sur le nucléaire qui reste verrouillé.
Car, en France, l’énergie est prisonnière des quelques politiques et industriels qui la gouvernent, elle ne bénéficie pas d’un débat public, elle est prisonnière de budgets absurdes, de recherche et de développement sans futur. Mais l’énergie, c’est le quotidien des Français. C’est une question d’égalité, de santé, d’emplois, de pouvoir d’achat. Les militants de Greenpeace se sont engagés pour le dire, haut et fort.
Ils ont été nos porte-parole en entrant sur ces sites nucléaires le 5 décembre. Aujourd’hui, et ils ont besoin de notre soutien, alors à nous tous, militants, adhérents, sympathisants ou citoyens de faire entendre notre voix !
Rejoignez-nous, rejoignez-les !
Nous avons besoin de vous, pour être présents nombreux devant les tribunaux de Troyes et de Privas, les 20 et 24 janvier. Les rendez-vous sont fixés, à 8h devant le tribunal de Troyes et à 12h30 devant le tribunal de Privas. Pour leur dire merci. Merci de s’être engagés, d’avoir dévoilé une vérité qui dérange.
À l’occasion de ces rassemblements, nous afficherons sur une grande banderole notre soutien, votre soutien.
Les associations écologistes et paysannes critiquent l’avis du HCB sur la coexistence
Le Haut Conseil des biotechnologies a publié le 17 janvier deux avis sur la coexistence entre OGM et cultures conventionnelles. Ecologistes et paysans critiquent son approche, en jugeant impossible une coexistence sans dommage pour les cultures conventionnelles.
LE HCB PROPOSE UNE COEXISTENCE IRREALISABLE
Pour la première fois, une recommandation du Comité économique, éthique et social (CEES) du HCB énonce certaines des questions essentielles posées par les OGM : le choix technologique risqué qu’ils imposent est-il réversible en cas de nécessité ? Les coûts engendrés par cette technologie pour la société dans son ensemble ne sont-ils pas supérieurs aux bénéfices privés promis à quelques-uns ? Est-il acceptable que les OGM imposent des contraintes lourdes aux filières conventionnelles et sans OGM, qui pourraient parfois conduire à leur interdire de poursuivre leur activité ?
La composition du CEES, qui réunit à la fois des promoteurs des OGM et des représentants des secteurs qui seraient victimes de leur développement, ne lui permet pas d’apporter des réponses consensuelles. Elle ne lui a pas non plus permis de disposer des éléments nécessaires à une étude de la coexistence dans les filières de transformation et de distribution. Mais la présentation de la diversité des opinions permet au moins de ne plus éluder les questions posées.
L’avis du CS du HCB est très étonnant. Il élude d’abord la moitié de la loi française sur la coexistence. Il prend en compte la nécessité de fixer par arrêté des "conditions techniques notamment relatives aux distances entre cultures ou à leur isolement". Mais il oublie étrangement que cet arrêté n’exonère pas ceux qui cultivent, commercialisent ou utilisent des OGM de respecter "les structures agricoles, les écosystèmes locaux et les filières de production et commerciales qualifiées ’sans organismes génétiquement modifiés’".
Le CS refuse ensuite de fixer les distances demandées pour la culture du maïs. Il propose à la place un logiciel informatique destiné à planifier à l’avance le choix et l’emplacement des cultures, les distances qui les séparent, les dates de semis... Ces modélisations qui n’ont pas été validées par l’expérience sont totalement inapplicables par les agriculteurs qui doivent s’adapter aux caprices de la météo et à des périodes des semis toujours trop courtes. Contrairement au CS, le CEES considère que la fixation de distance par voie réglementaire est un préalable indispensable à leur éventuel ajustement par la négociation locale.
Pour faire baisser artificiellement les taux de contamination mesurés au champ, le CS propose d’en modifier le mode de calcul. Cette modification consiste à assimiler les plantes OGM contenant plusieurs transgènes à des plantes n’en contenant qu’un seul. Cette modalité de calcul est contraire à celle qui sera retenue lors de l’analyse des produits commercialisés, en effet chaque transgène sera alors comptabilisé. Les risques de dépassement des seuils légaux dans ces produits avec une impossibilité d’indemnisation des producteurs contaminés s’en trouveront accrus. Contrairement à l’avis du CS, le CEES préconise de ne pas modifier ce mode de calcul.
Alors que la culture de l’OGM MON 810 rend aujourd’hui le miel contaminé des apiculteurs espagnols invendable, le CS ne dit pas un seul mot de l’apiculture, faisant comme s’il ne s’agissait que de problèmes d’étiquetage. La coexistence qu’il propose consiste-t-elle à demander aux apiculteurs d’abandonner leurs activités dans toute zone de culture d’OGM pollinifère ou nectarifère alors que la loi demande au contraire aux OGM de respecter les filières conventionnelles et sans OGM ?
Après avoir pourtant affirmé que l’objectif de 0,1% à la récolte ne peut être atteint qu’avec des semences ne contenant aucune trace d’OGM, le CS propose de tolérer 0,1% de contamination des semences paysannes. Une semence re-contaminée chaque année à un taux de 0,1% dépassera très vite le seuil de 0,9 % déclenchant l’obligation d’étiquetage OGM et les agriculteurs devront abandonner leurs variétés locales "sans OGM". Les agriculteurs qui ressèment chaque année une partie de leurs récoltes sont exposés à un risque d’addition des contaminations annuelles. C’est ce qui est arrivé aux agriculteurs bio espagnols qui ont vu leurs variétés locales contaminées en quelques années à des taux dépassant les 30% d’ADN transgénique. Pour préserver leur propres activités, les firmes semencières analysent une à une les plantes qui servent à fabriquer leurs semences conventionnelles afin d’éliminer la moindre trace d’OGM. Mais le CS semble ne s’intéresser qu’au non dépassement du seuil de 0,9% par les agriculteurs qui achètent des semences commerciales chaque année.
Le CS propose aussi comme seule unité de mesure des contaminations de la parcelle de culture au sein de laquelle celles-ci sont réparties de manière souvent très inégale. Les agriculteurs dont la récolte n’est pas commercialisée en vrac mais à l’unité ou en petits lots ne seront pas protégés du déclassement des lots qui dépasseront la moyenne de la parcelle. C’est la raison pour laquelle aucune culture de maïs OGM n’a été réalisée en 2006 et 2007 en Alsace où il y a de nombreuses cultures de maïs doux commercialisé ou conservé jusqu’à la mise en boîte épis par épis. Mais le CS ne semble s’intéresser qu’à la filière dominante du maïs pour l’alimentation animale et non à la vente directe et aux « marchés de niche ».
Le CS peut certes s’abriter derrière l’absence d’études scientifiques sur la coexistence entre les OGM et l’apiculture, les semences paysannes ou encore l’agriculture biologique, les marchés de niche et les agriculteurs en circuits court. Jamais par exemple une étude scientifique ne s’est penchée sur ce qu’il se passe lorsque des cultures OGM sont implantées à proximité de ruchers. Les agriculteurs du Sud ouest l’ont expérimenté en 2006 et 2007 et ont constaté des contaminations des pollens supérieures à 30% à plus d’un km des maïs OGM. Il est particulièrement étonnant que de telles études scientifiques officielles n’aient jamais été financées et engagées. Un organisme français de recherche publique a pourtant commencé une expérimentation avec des semences paysannes de maïs, mais il l’a abandonnée après deux récoltes et refuse de publier ses premiers résultats qui montrent que la coexistence est impossible. Il est encore plus étonnant que la direction du même organisme refuse aujourd’hui de réaliser un programme de recherche financé par le Ministère de l’écologie avec des apiculteurs, des agriculteurs bio et des producteurs de semences paysannes, au prétexte qu’un expert associé à ce programme affiche publiquement les positions de son syndicat opposé aux cultures et aux essais d’OGM en milieu ouvert. Le même organisme de recherche n’a pourtant jamais refusé de collaborer avec des syndicats favorables aux OGM. Refuser d’écouter ceux qui remettent la coexistence en cause est une bonne manière de croire qu’elle est possible : mais est-ce bien cela que les citoyens demandent aux scientifiques ?
Les organisations signataires considèrent que cet avis du HCB passe à côté de nombreux problèmes existant sur le terrain et ne fournit pas de réponses aux questions préalables à la réalisation d’une coexistence durable. Elles appellent le gouvernement à se donner les moyens de réaliser les études scientifiques permettant de confirmer ou d’infirmer les « doutes » persistants sur l’impact sanitaire, environnemental et économique des OGM avant d’envisager la moindre autorisation de culture.
Signataires :
- Amis de la Terre, France Nature Environnement (FNE), Union nationale des apiculteurs de France (UNAF), Fédérération nationale de l’agriculture biologique (FNAB), Confédération paysanne, Greenpeace.
Le prix de l’énergie va augmenter, reconnaissent des experts officiels
Le prix de l’électricité va augmenter, reconnait Philippe Ladoucette, de la Commission de régulation de l’énergie. Les autres prix de l’énergie sont eux aussi à la hausse.
L’ère de l’énergie bon marché semble bel et bien finie en France : des organismes publics ont prévenu que les consommateurs devaient se préparer à une forte augmentation de l’électricité alors que le gaz a flambé de 25% en deux ans et que l’essence n’a jamais été aussi chère.
Alors que l’hiver commence tout juste à s’installer sur la France et que les radiateurs ne tournent pas encore à plein régime, les signaux d’alarmes se multiplient sur le front des factures énergétiques.
Coup sur coup, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et le médiateur national de l’énergie, deux autorités administratives indépendantes, ont prévenu que les prix réglementés de l’électricité allaient grimper dans les années qui viennent.
La faute aux investissements colossaux qu’EDF devra consacrer à la modernisation des réseaux électriques, à l’entretien et à l’amélioration de la sûreté du parc nucléaire, mais aussi au boum des énergies renouvelable, nettement plus chères en moyenne que l’atome.
Mardi 17 janvier, le président de la CRE Philippe de Ladoucette a estimé lors d’un colloque que le prix de l’électricité pourrait grimper de 30% d’ici 2016 si la législation actuelle était maintenue.
Et mercredi 18 janvier, le médiateur national de l’énergie a tiré à son tour la sonnette d’alarme, en soulignant que l’augmentation continue de la demande énergétique, le vieillissement du parc de production français et le retard pris dans le renforcement des réseaux nécessiteront, quel que soit le scénario d’évolution du mix énergétique, des investissements importants, dont le coût se retrouvera immanquablement dans les factures.
Ces mises en garde contrastent avec le discours rassurant d’EDF, qui répète que grâce au nucléaire, les Français continueront à payer leur électricité nettement moins chère que leurs voisins.
« La France a le prix de l’électricité le plus compétitif d’Europe grâce au prix compétitif du nucléaire. Sur 20 ans, la progression des tarifs peut être modérée et l’on gardera cet avantage sur lAllemagne, où ils vont fortement augmenter après la sortie du nucléaire » , avait déclaré au début du mois le PDG du groupe public, Henri Proglio, dans un entretien au Monde.
Le médiateur de l’énergie s’est également inquiété de l’alourdissement des factures de gaz, soulignant que le tarif réglementé de GDF Suez a augmenté de 25% en deux ans et de plus de 60% depuis 2005. Il vient de subir une nouvelle hausse de 4,4% au 1er janvier.
Et, sans se risquer à faire des pronostics, le médiateur rappelle qu’à long terme, le prix des hydrocarbures devrait augmenter en raison de la hausse de la demande et d’exigences environnementales toujours plus sévères.
Les automobilistes voient les avertisseurs passer au rouge : le prix moyen de l’essence à la pompe a atteint d’après les derniers relevés officiels un sommet historique en France, à plus de 1,55 euro le litre pour le super sans plomb 95. Le gazole, nettement plus consommé en France que l’essence, n’est quant à lui qu’à trois centimes de son propre record.
Selon les professionnels du secteur, les prix des carburants subissent le double contrecoup des tensions géopolitiques en Iran et au Nigeria, qui tirent les prix du brut à la hausse, et de l’affaiblissement de l’euro par rapport au dollar, la monnaie unique ne jouant plus comme autrefois un rôle d’amortisseur.
En ces temps de campagne présidentielle, cette flambée de l’essence commence à faire des vagues. Le ministre de l’Economie, François Baroin, a assuré lundi 16 janvier que la Tipp (taxe intérieure sur les produits pétroliers) ne serait pas augmentée, tandis que la socialiste Ségolène Royal a demandé mercredi au gouvernement de bloquer les prix.
Center Parcs en Chambarans : une lutte écologique, mais aussi sociale
En Isère, Center Parcs veut installer un « village vacances » dans une forêt naturelle. La lutte des écologistes a permis de figer le projet, mais la bataille n’est pas finie. « La lutte sociale et politique pour refuser cette dévastation de plus et de trop est une étape, ne la laissons pas aux mains uniques des juges et des techniciens, des politiques et des gestionnaires et des lobbies du capitalisme vert naissant. »
Sur les ondes de France Bleue Isère, sur FR3 Grenoble et dans les colonnes du Dauphiné Libéré, le projet de Center Parcs Isère réapparaît brusquement, en ce début d’année, avec comme protagoniste Marcel Bachasson, maire de Roybon.
Après plus d’un an de silence organisé, afin de se faire oublier, ce "village de Vacances" démesuré, affaibli par une opposition assez marquée, un manque évident de soutien, des problèmes techniques, un échec en justice sur un point de forme et une incapacité à « rembourser » la zone humide détruite, ressurgit donc avec cet édile comme seul protagoniste des médias.
Il est à noter que MM. Queyranne et Vallini, présidents des conseils régional et général, ainsi que leurs adversaires politiques, mais alliés pour ce projet, ne prennent plus « officiellement » sa défense. Ils n’avaient pourtant, à l’époque où tout semblait si simple, de cesse de se répandre dans la presse pour se glorifier d’avoir, à coup de subventions, de cadeaux et de marques déférentes de soutien, su attirer le prédateur « Pierre & Vacances-Center Parcs » dans la région. Leurs partis respectifs sont également dans le silence total.
Ces emplois qualifiés de merveilleux, cette revitalisation des Chambarans, ce « rééquilibrage » entre l’or blanc des stations et l’or vert de la campagne et des plaines tant vantés, unanimement par ces derniers ne font, semble-t-il, plus recette.
De multiples élections se préparant dès 2012, la prudence pour ces carriéristes accrochés aux calculateurs de voix paraît de mise aujourd’hui. Cette attitude est révélatrice de l’embarras sur ce projet finalement beaucoup plus impopulaire que prévu et, si l’on en croit les rumeurs, devenu subitement « indéfendable politiquement ».
Malgré tout, le maire de Roybon reste mandaté par ces derniers pour relancer les procédures, après le coup d’arrêt judiciaire, et reprendre avec toutes les précautions les démarches légales.
Ce projet, l’entreprise Pierre & Vacances le veut et l’exige. Nos élus actuels, de droite comme de gauche, le veulent aussi, espérant bien le réhabiliter plus tard aux yeux des citoyens et ils feront tout pour le mener à son terme.
La lutte doit donc continuer et se renforcer et surtout se placer sur le terrain du débat de fond et des idées.
Les actions en justice, menées par l’association Pour les Chambarans Sans Center-Parcs, ont permis de gagner du temps et de ne pas laisser ce projet démarrer, alors qu’à l’époque ses promoteurs l’avaient, sans consultation aucune, décidé autoritairement et souhaitaient le mener au pas de course afin de ne pas laisser, justement, une opposition s’installer et se développer.
C’est pourquoi, afin de récupérer ce temps gagné pour en faire un temps de lutte et de dénonciation sur ce que représente ce projet, nous avions à l’époque, sur ce blog, soutenu cette démarche juridique.
Nous l’avions, vu l’urgence, acceptée comme une étape, nécessaire et efficace, à condition d’utiliser le temps gagné pour favoriser la prise de conscience, le débat et la réflexion, mais pas comme une fin en soi. Nous n’avons parallèlement pas cessé de maintenir la pression, par l’information sur la société Center-Parcs, ses nuisances et destructions multiples, ses pillages de subventions, la nature réelle de ses emplois de misère, sur l’artificialisation de la nature qu’elle prône, sur l’accaparement des forêts libres et leur privatisation qu’elle mène à marche forcée avec la complicité et l’appui des politiques.
Ces informations sont essentielles pour dénoncer et combattre les destructions de l’industrie du tourisme passées, présentes et futures de nos lieux de liberté, forêts libres, plages et autres lacs, étangs ou simples prairies, commises notamment par la très prospère entreprise Pierre & Vacances.
La lutte du milieu associatif contre ce Center Parc, s’est, ces derniers mois, figée dans la guérilla juridique et la course aux adhésions pour la financer. Il est vrai que, dans un premier temps, cela a permis de donner un coup d’arrêt utile et nécessaire. Mais le combat politique s’en est vu estompé et seuls des arguments strictement juridiques, écologiques et techniques ont été mis en avant.
Ces arguments ne sont pas contestables et nous les portons également. Destructions d’une forêt sub-naturelle et de zone humide, mise en danger d’un milieu essentiel pour les nappes phréatiques, destruction de bio-diversité, gaspillage d’eau….
Mais si ces problèmes sont réels et graves, l’autre versant de la contestation n’en est pas moins essentiel
Comment et pourquoi des entreprises du type de Center-Parcs peuvent elles, en toute légitimité, s’imposer dans nos territoires et dans nos vies ? Quelle est la société qui permet et fait accepter ces projets destructeurs, sur fond de privatisation des territoires, d’aliénation sociale, de création d’emplois vides de sens et d’utilité personnelle et collective réelles ?
Quelle est la société qui organise, sur une population paupérisée et angoissée, le chantage à l’emploi, afin de mener à bien ses destructions massives et juteuses ? Quelle est la société qui, dans une course folle pour se maintenir à flot, nous impose, crises après crises, de nouvelles mutations, de nouvelles bulles, de nouvelles consommations compulsives, sédatives, abrutissantes, rentables pour une infime minorité qui s’en enrichit et assoit son pouvoir, mais qui s’effondrent les unes après les autres, en attendant les prochaines, détruisant au passage la vie des populations précédemment asservies ?
Quelle est la société qui après avoir organisé l’ultra-spécialisation des territoires du monde avec son cortège de délocalisations, nous « vend » aujourd’hui, chez nous, des « emplois » tertiaires » touristiques sauveteurs car « non délocalisables » ?
Quelle est la société qui a détruit à ce point le sens du lien social en réussissant à légitimer le fait qu’un service humain à un être humain soit devenu une marchandise comme une autre, une activité payante ou salariée, selon le côté ou l’on se situe ?
Quelle est la société qui parque des êtres humains dans des camps de vacances, pour à la fois les distraire et les salarier, après avoir détruit la nature libre qui s’y étendait précédemment ?
Quelle est la société qui continue et peaufine la destruction totale de la nature et des espaces libres en les marchandisant ?
Au travers de la lutte contre Center-Parcs, c’est la lutte contre cette société qui nous débarrassera de ces structures et autres marchandisations du vivant.
Et c’est ce combat global et essentiel qu’il nous faut mener
La participation « critique » d’associations locales au débat les mène aujourd’hui, pour certaines, à avancer des propositions « équivalentes » pour créer la même quantité d’emplois, au même endroit que le Center Parcs de Roybon, voire « 4 fois plus », comme annoncé en première page du site de l’association Pour les Chambaran Sans Center Parcs.
De la même manière, le président de cette association publie, en son nom, sur le même site, une lettre dans laquelle il dit n’être pas contre Center-Parcs, mais ne le veut pas à Roybon, le préférant à Beaurepaire, dont l’entreprise pourrait alors "reboiser" des terres "fatiguées par l’intensité des cultures".
En rentrant dans la mascarade des « propositions alternatives », ces associations ne font que renforcer cette société et donner cruellement l’espoir que l’on peut la rendre « sociale » et plus douce, validant au passage l’emploi salarié comme seule fin en soi d’une existence. Cela fait des dizaines d’années que des « progressistes » tiennent ce langage et mènent ce « combat » naïf et incohérent.
Naïfs ou complices ?
Ces derniers n’ont fait que valider le monde qu’ils étaient censés remettre en cause et l’aider à se pérenniser en enrôlant ses contradicteurs. Un texte rédigé par quelques membres d’associations, qui se greffent aujourd’hui sur le combat, relayé et donc soutenu sur le site de l’association Pour les Chambaran sans Center Parcs et annoncé comme destiné aux seuls élus, est l’exemple même et des plus typiques de ce phénomène ou des opposants deviennent les « crétins utiles » du système dont ils sont censés dénoncer une des nuisances.
Ce texte n’étant pas destiné au commun des mortels, mais aux élus, nous montre au passage, qu’un certain monde estime que les problèmes doivent continuer à se gérer entre personnes averties, dans le dos des populations inaptes par nature à réfléchir ensemble à leur vie et à ce qu’ils veulent en faire.
Son dernier paragraphe prône, en remplacement des aides publiques à Center Parcs, des aides à la filière bois, qui nous dit-on, serait en manque cruel de main d’oeuvre. La filière bois est, il est vrai, devenue si « éco-blanchie » dans sa communication, qu’elle en devient brutalement noble aux yeux de certains, et a donc droit au respect et à l’argent public ! La destruction des forêts, quand elle est présentée comme « durable » n’a plus la même odeur,et les conditions de travail de cette filière économique en seraient donc devenues miraculeusement merveilleuses…
Il prône, également, le financement d’emplois d’aides aux personnes âgées, validant ainsi l’acceptation d’une vie ou nos anciens se verront en fin de parcours « source d’emplois » dans un « marché » qualifié récemment par un journal économique de « porteur ». On pourrait donc tout à fait légitimement financer l’installation à Roybon d’une résidence "Les Sénioriales" autre marque du groupe Pierre et Vacances, justement spécialisée sur ce « marché » si lucratif et si peu humain, nous semble-t-il, de nos aïeux transformés en objets créateurs de richesses, gérés et séparés de leurs descendants !
Face aux ravages de la société marchande, nous prônons, nous, la remise en cause totale du système actuel, et sa destruction.
La lutte sociale et politique pour refuser cette dévastation de plus et de trop, est une étape, ne la laissons pas aux mains uniques des juges et des techniciens, des politiques et des gestionnaires et des lobbies du capitalisme vert naissant.
Et si Allègre était le troisième frère Bogdanov
« L’appartenance du Claude Allègre à ces deux communautés – socialiste et savante – est une histoire aussi ancienne que les âges géologiques les plus reculés, et tout aussi révolue. »
Un peu comme homo candidatus, le Claude Allègre est un être qui alterne phases d’hibernation et phases d’activités intenses, au moment des élections présidentielles, ou quand il en arrive au point où l’anxiété de ne plus entendre parler de lui devient insupportable. Il est alors capable de déployer une énergie prodigieuse pour attirer les regards : et, plus prodigieux encore, il se trouve toujours quelques médias pour accorder une attention bienveillante au bruit qu’il fait avec sa bouche, à l’ombre des ses broussailleux sourcils.
Le cycle d’activité sismique, si ce n’est volcanique, du Claude Allègre a pu longtemps entretenir l’hypothèse de son appartenance au règne minéral. Mais il ne s’agissait en fait que d’une confusion avec son champ de charlata… pardon, d’expertise universitaire, la géochimie. Sans compter que sa souplesse et sa capacité au retournement de veste excèdent largement les capacités observées chez les minerais et les roches les plus malléables. La question de sa place dans la nature, et dans la chaîne de l’évolution, reste donc entièrement posée : certains biologistes ont vu en lui un prédateur naturel (mais plus bruyant qu’efficace) du mammouth laineux ; d’autres ont tenté de le classifier comme un mystérieux chaînon manquant entre Eric Besson et les frères Bogdanov. Mais, étant donné qu’on ne lui connaît ni frère jumeau, ni pratique aiguisée de Twitter, c’est une hypothèse qu’il faut ranger au rayon des théories farfelues et de la grossière vulgarisation scientifique – domaine bien connu, pour le coup, par le Claude Allègre.
Cette difficulté à étiqueter le Claude Allègre frappe tout particulièrement les journalistes. Saisis d’une étrange confusion mentale quand ils sont confrontés à lui, ils persistent à le décrire comme ce qu’il n’est pas, et surtout quand il vient cogner ce qu’il prétend être. Par exemple : « Claude Allègre, homme de gauche et socialiste qui vient fustiger le PS », « Claude Allègre, grand scientifique qui vient accuser d’imposture la communauté scientifique et ses mises en garde sur le réchauffement climatique ». Cela sans jamais rappeler que l’appartenance du Claude Allègre à ces deux communautés – socialiste et savante – est une histoire aussi ancienne que les âges géologiques les plus reculés, et tout aussi révolue. On en viendrait presque à penser, parfois, que le Claude Allègre est une création journalistique, élaborée dans le secret des éprouvettes d’un docteur Elkabbachstein, Aphatov ou Barbierev, pour résoudre l’équation infernale des matinales radiophoniques et des journaux : comment trouver, chaque jour, chaque semaine, un nouveau clash, un nouveau papier à sensation pour relancer les ventes ou doper l’audience ?
Il faut reconnaître que dans ce struggle for life à l’ère du tweet, le Claude Allègre est doté de quelques avantages évolutifs non négligeables. Peu de créatures (c’est un euphémisme) présentent une aptitude aussi prononcée au persiflage contre leurs anciens amis, et à l’attaque ad hominem. Peu de spécimens peuvent se targuer d’écrire des livres entiers en hommage à Nicolas Sarkozy, sur un ton que même les fidèles les plus inconditionnels du président sortant renâclent à adopter. Encore moins ont été vus, le regard, la voix et le corps fuyants comme ceux d’un traître d’opérette, en train de se faufiler hors du QG du camp adverse durant une élection présidentielle.
Il est au bout du compte regrettable que le Claude Allègre ne se soit pas encore acclimaté aux réseaux sociaux : il pourrait y faire œuvre charitable, en rendant sympathique, par contraste, la @Nadine__Morano.
Israël torture par le bruit les habitants de Gaza
« L’un des problèmes avec les drones est leur bourdonnement bruyant. Depuis 10 ans, le bourdonnement fait partie de la vie à Gaza. Ils survolent la Bande 24 h par jour. Beaucoup de gens ont du mal à dormir tranquillement. Le bruit s’infiltre partout, même quand vous fermez les fenêtres pour dormir. »
La punition israélienne continue. C’est de fait une politique sans fin. La punition dont je parle n’est pas le siège imposé depuis plus de 5 ans. Ce n’est pas l’attaque de 2008-2009, qui a tué plus de 1400 civils. Même pas l’humiliation subie au passage frontalier d’Erez entre Gaza et Israël, où le renseignement israélien a essayé de recruter des espions parmi les malades palestiniens, ni les attaques constantes. C’est plutôt la guerre psychologique cachée qu’Israël mène contre nous depuis plus de dix ans.
Depuis qu’a éclaté la deuxième Intifada en 2000, Israël a commencé à se servir de ses machines de guerre lourdes. La population de Gaza, et aussi celle de Cisjordanie , sont exposées à ces engins militaires. L’exposition a tristement pour conséquence que la population a fini par s’habituer aux bombardements, aux invasions et aux attaques constantes. Même les enfants se sont adaptés. Personne cependant ne s’est habitué aux drones, ces petits avions télécommandés contrôlés par ordinateur depuis Israël dont les Israéliens se servent pour surveiller la Bande de Gaza « pour des raisons de sécurité ».
L’un des problèmes avec les drones est leur bourdonnement bruyant. Depuis 10 ans, le bourdonnement fait partie de la vie à Gaza. Ils survolent la Bande 24 h par jour. Beaucoup de gens ont du mal à dormir tranquillement. Le bruit s’infiltre partout, même quand vous fermez les fenêtres pour dormir. Quand la nuit tombe et que les rues sont calmes, le bruit est encore plus fort. Certains lecteurs pourraient rétorquer que c’est normal, mais ça ne l’est pas. Il n’est pas humain qu’une population vive dans une terreur constante qui peut rendre fou. Certes, Gaza souffre de tant d’autres maux que le bruit des drones peut sembler « normal ». Rien n’est normal, en réalité. Les drones sont juste un autre aspect des très nombreux maux et traumatismes qui touchent les enfants de Gaza et qui ajoutent à leurs souffrances.
Jamila Zaqoot, 21 ans, est étudiant à l’université de Gaza. Comme beaucoup d’autres étudiants, elle a beaucoup de difficultés à trouver du calme pour étudier. Après l’université, Jamila aide sa mère aux tâches ménagères, et elle se prépare à étudier ensuite, habituellement vers 20h.
« J’ai beaucoup de mal à étudier et à me concentrer. Le bruit des drones m’accompagne pendant que je travaille. C’est vraiment un problème. Je lis à haute voix pour couvrir le son. Imagine combien c’est perturbant, ce bruit permanent, ’zzzzzzz zzzzzzz zzzzzzz’. Je l’appelle même ’Zananana’ », dit Jamila.
Le drone est une arme israélienne efficace. Outre la surveillance du ciel de Gaza 24 h par jour, 7 jours sur 7, il est utilisé d’un point de vue militaire dans des attaques légères par missiles pour des missions « spéciales ». Israël s’en est souvent servi pour des assassinats ciblés. Beaucoup des dirigeants des factions de la résistance palestinienne luttant pour la liberté ont été tués par des attaques de drones. Des civils aussi ont été tués. Il y a deux mois, un médecin et son fils de 4 ans ont été tués par un drone. Ils étaient à moto lorsque la machine à tuer a frappé, les tuant tous les deux sur le coup. Israël a bien sûr déclaré que c’était une mesure de sécurité, et la communauté internationale a ignoré les assassinats.
En plus de l’irritation provoquée par le bruit, les drones sont un obstacle lorsque les familles essaient de passer du temps ensemble. Elles ne peuvent pas regarder des vidéos familiales ni même écouter les informations. Quand un drone survole un secteur, la télévision numérique par satellite est brouillée. En conséquence, les images de 90% des chaines de télévision sont floues et très peu ne sont pas touchées par le phénomène.
Ahmad al-Safedi, 45 ans, tient un magasin de satellites à Gaza. J’ai discuté avec lui de l’effet des drones. Il n’a pas d’interprétation scientifique du brouillage. Selon lui, le problème est apparu il y a 10 ans, lorsque l’armée israélienne a commencé à surveiller l’espace aérien de Gaza avec ces drones. Beaucoup de gens, dit-il, se plaignent du problème qui perturbe leur temps de détente en famille.
Al Safedi ajoute, « C’est vraiment pénible et irritant d’être distrait pendant que vous regardez un film, les informations ou une série-TV. Le drone ne cesse de couper le signal des satellites, en particulier celui de Nile Sat (un satellite égyptien qui comporte plus de 500 chaines). Vous regardez quelque chose qui vous plaît, et l’image disparaît. La diffusion reprend 2 minutes plus tard, puis s’interrompt à nouveau. La plupart des chaines de TV européennes ne sont pas touchées par les drones, mais peu de gens les regardent. »
Les premiers drones étaient de fabrication américaine, mais au fil des ans, Israël a développé ses propres modèles. Ils sont maintenant vendus dans le monde entier. Les drones violent le droit international, que de toutes façons Israël viole constamment. Ils violent la souveraineté palestinienne. Bien qu’Israël se soit retiré de Gaza après avoir dégagé les 8.000 colons qui occupaient 50 % du sol de Gaza, en 2005, il continue de maintenir son contrôle grâce aux drones et l’occupation israélienne sur Gaza continue.
Motasim Dallol, 32 ans, étudiant palestinien qui est arrivé à Londres dernièrement, ressent la différence. Il vit dans un quartier calme de Londres, d’où les drones sont absents. Il dit que le ciel de Londres, sans drone, est comme le paradis. Faudra-t-il que les Occidentaux soient terrorisés par le bourdonnement des drones pour qu’ils se réveillent et réalisent l’impact que ces armes inhumaines ont sur l’humanité ?
Traduction : MR pour ISM
Fakir
Le Fakir de janvier est en kiosque !
Le journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !
C’est bon d’être aimé ! Le canard parait avec 15 jours de retard, et voilà que notre boîte à mails s’emplit de questions inquiètes. Au téléphone se succèdent les appels anxieux. Et pas une engueulade !
Vous êtes mimi tout plein avec nous. Ça nous arrondit les pointes effilées de la planche à clous, tant de mansuétude. Allez, ne tremblez plus d’angoisse, il est là le nouveau Fakir ! Plus beau que jamais !
Au menu, on vous gâte avec un bon gros dossier central qui va puiser dans l’Histoire quelques solutions jouissives (mais éprouvées) au cruel problème de la dette. Hé oui, ce n’est pas d’hier que les états s’endettent. Jusque là, ils s’en sont toujours sortis, et pas en tapant systématiquement sur les plus faibles. Et comme l’histoire est un éternel recommencement…
Vous aurez droit aussi à un superbe témoignage en quasi-direct de la table d’accouchement, donnant lieu à une enquête sur l’hypermédicalisation de la grossesse. Mais n’allez pas croire que nos rédactrices enfantent dans le seul but de noircir les pages du Fakir !
Savez-vous comment, au début du 20e siècle, les vendeuses des grands magasins ont acquis le simple droit de s’assoir quelques instants sur une journée de 12 heures passées debout, au grand dam de leurs patrons ? Grâce à Fakir, vous aller devenir incollable sur la « Loi des Chaises ».
Et enfin, notre Souchon en immersion chez les riches, ça donne toujours de grands moments de littérature.
Voilà, en plus de ça, les rubriques plus ou moins habituelles sont toujours à la carte. Celles que vous aimez beaucoup. Celles que vous aimez passionnément. Et celles que vous détestez.
Mais oui, nous aussi on vous aime ! Alors courez chez votre kiosquier pour acheter Fakir ou mieux abonnez-vous !
A Chinon, les anti-nucléaires ont ennuyé Sarkozy
« Les CRS avaient reçu l’ordre de cacher toute banderole montrant une quelconque critique à la politique du chef de l’Etat. Ils se sont donc interposés entre notre banderole et la route, pour que ce dernier ne puisse rien voir de notre opposition au nucléaire. Il est très susceptible ! »
Le collectif « Sortir du nucléaire Touraine » était présent à Chinon jeudi dernier, lors d’une conférence organisée par Hervé Novelli sur le nucléaire. Etait notamment invité Jean-marc Sylvestre, le journaliste ultraliberal de TF1, Antoine-Tristan Mocilnikar, directeur environnement à la présidence de la République. Tout un programme... En gros l’argument principal était qu’on ne pouvait pas sortir du nucléaire à cause de la crise !
Comme le pseudo débat démocratique était soi-disant réservé aux gens ayant des invitations, nous avons fait le spectacle à l’extérieur de la salle pour accueillir nos invités. Puis, nous sommes entré dans la salle, car on est quand même encore en démocratie, et que nous étions plus nombreux que les « vigiles ». En réalité, il n’y avait pas de vigiles, mais c’était l’assistant parlementaire de Monsieur Novelli - Jean-luc Dupont - qui était chargé de dire qui pouvait et qui ne pouvait pas entrer ! Evidemment les badges antinucléaires n’étaient pas les bienvenus. Lors du « débat », Monsieur Novelli fit régner l’ordre (nouveau), en distribuant prioritairement la parole à ses amis pro-nucléaires. Néanmoins un ancien professeur d’Université - qui avait réussi à s’assoir au milieu des invités - a pu contredire l’argument bien connu de l’indépendance énergétique de la France : il n’y a plus aucune mine d’uranium en activité en France ! Mais l’uranium provient principalement du Niger, où les mines sont exploitées dans des conditions lamentables pour les ouvriers et les populations locales...
Notre collectif était également présent à Amboise, ce dimanche, pour accueillir le président de la république comme il se doit, c’est à dire en lui rappelant notre opposition au nucléaire. Dès la descente du train à Amboise, nous nous sommes vus « accompagnés » par des agents des ex-RG. Ensuite, et malgré la présence de ces policiers à nos côtés, avec qui nous avions négociés une présence symbolique pour un Die-in devant l’Hôtel de Ville (en hommage aux victimes du nucléaire civile et militaire), les Gendarmes nous ont bloqué la route ! Nous avons donc protesté avec ironie sur le manque de communication entre les différents services Police et Gendarmerie...
Finalement, nous avons traversé les barrages de la Gendarmerie à bord des véhicules de la Police, pour atteindre non sans mal les abords du château d’Amboise, où nous attendaient d’autres militants. Heureusement que la Police était là pour nous protéger de la Gendarmerie ! Nous nous sommes donc retrouvés à une dizaine de militants antinucléaires, afin de distribuer des dépliants « Sortir du nucléaire c’est possible » à des militants UMP qui devaient assister au discours de Sarkozy. C’est plus facile de franchir un barrage quand on a sa carte du parti du président...
Nous nous sommes ensuite rapproché de la route pour montrer notre opposition à la politique ultra pro-nucléaire du président de la République (mais surtout au service de ses amis les patrons). Malheureusement, les CRS avaient reçu l’ordre de cacher toute banderole montrant une quelconque critique à la politique du chef de l’Etat. Ils se sont donc interposés entre notre banderole et la route, pour que ce dernier ne puisse rien voir de notre opposition au nucléaire. Il est très susceptible !
Bref, nous remettrons ça dès que l’occasion se présentera, il est temps de dire la vérité en face aux nuclérocrates !
Une première victoire de Kokopelli pour la liberté des semences
Devant la Cour de justice européenne, l’avocat général a repris les arguments de l’association Kokopelli en faveur de la liberté du commerce des semences.
L’avocat général chargé du dossier Kokopelli devant laCour de Justice de l’Union Européenne a donné aujourd’hui lecture publique de ses conclusions. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles nous donnent entièrement raison !
En effet, le magistrat conclut à l’invalidité de l’interdiction de commercialiser des semences d’une variété non inscrite au catalogue officiel, et ce aux motifs que cette interdiction, portée par la législation européenne aussi bien que par la réglementation française, viole le principe de proportionnalité, la liberté d’entreprise, la libre circulation des marchandises, ainsi que le principe de non discrimination. La quasi-totalité de nos arguments ont été retenus !
De plus, l’avocat général n’a pas manqué d’affirmer, au contraire de ce qui était avancé par nos nombreux adversaires (Commission Européenne, Conseil de l’Union Européenne, République Française, Royaume d’Espagne et société Graines Baumaux), que, d’une part, les règles relatives à l’admission des semences au Catalogue Officiel n’ont « aucun rapport avec la santé des plantes », d’autre part, qu’ « il appartient aux agriculteurs de décider des variétés qu’ils cultivent », enfin que cette législation limite excessivement le choix des consommateurs qui n’ont « ni accès aux denrées alimentaires ou autres produits issus de variétés qui ne satisfont pas aux critères d’admission, ni la possibilité de cultiver eux-mêmes ces variétés, par exemple dans leur propre jardin ».
De même, l’avocat général rappelle à juste titre que « le fait que les agriculteurs soient cantonnés à des variétés admises réduit la diversité génétique dans les champs Européens ».
Il en conclut logiquement que « les inconvénients de l’interdiction de commercialiser des semences de variétés non admises l’emportent manifestement sur ses avantages. »
Nous sommes extrêmement satisfaits de ces conclusions et nous avons maintenant l’immense espoir que la Cour suive l’avis de son avocat général et vienne enfin mettre un terme au totalitarisme pluri-décennal de la législation sur le commerce des semences.
Pour plus d’information, voir sur le site de la Cour de Justice de l’Union Européenne les conclusions de l’avocat général.
Blanche Magaranos-Rey, Avocate de l’Association Kokopelli.
Ô Zeus, retiens-les !
“Les mesures imposées par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne et la Commission européenne, desserrent tous les freins à la destruction de l’environnement."
« C’est une descente aux enfers, un cauchemar, parce qu’on voit un avenir de plus en plus sombre auquel on ne pourra rien changer. » A Athènes, la journaliste Hélène Ceresole décrit au téléphone une atmosphère de tristesse et de souffrance. En Grèce, la situation économique est toujours plus mauvaise. Chacun tire la queue d’un diable de plus en plus insaisissable, sans espoir d’améliorer la vie quotidienne.
Dans ce climat, la destruction organisée de la politique de protection de l’environnement passe inaperçue. Or, les mesures imposées par la « troïka » - Fonds monétaire international (FMI), Banque centrale européenne et Commission européenne - desserrent tous les freins mis ces dernières années à la destruction de l’environnement. C’est ce que vient d’écrire le Fonds mondial pour la nature (WWF) à Christine Lagarde, directrice générale du FMI, et à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne.
En application de leurs prescriptions, explique-t-il, le principal instrument de politique environnementale, le Fonds vert, voit l’essentiel de ses ressources détournées vers le budget général de l’Etat. Les effectifs des fonctionnaires chargés des ressources naturelles et de l’environnement, déjà insuffisants, vont diminuer d’un tiers. Une loi vient de légaliser toutes les constructions illégales, tandis que les règlements visant à protéger les zones naturelles sont affaiblis. « Presque n’importe quoi est autorisé n’importe où », écrit l’organisation écologiste.
Rien n’interdit plus la construction de complexes touristiques sur les côtes et les îles les plus belles. Même le mont Olympe, demeure de Zeus - et parc national - pourrait se voir envahi par les résidences de luxe. La « troïka » pousse aussi à la vente des terres publiques et à la privatisation du secteur de l’énergie. Et la Grèce se voit promise à la colonisation énergétique, avec Helios, un immense projet de centrale solaire sur 20 000 hectares, dont le courant serait exporté vers l’Allemagne. Où trouver ces terres sans détruire l’agriculture ?
« On ne peut pas continuer à consommer les ressources naturelles comme on a consommé les ressources monétaires », déplore Demetres Karavellas, du WWF Grèce. Le creusement de la dette écologique servira à combler la dette financière, ce qui ne résout rien à terme. Un système économique qui détruit l’environnement quand il est en croissance et qui le détruit aussi quand il est en crise est décidément insoutenable.
Monsanto envahi par des opposants aux OGM
Lundi 23 janvier à l’aube, des opposants à la culture du MON 810 ont envahi une usine de Monsanto dans l’Aude.
Une centaine de militants anti-OGM ont pénétré lundi 23 janvier à l’aube sur un site du géant américain Monsanto à Trèbes, dans l’Aude, et ont vidé des sacs de maïs OGM Monsanto 810, jugés potentiellement dangereux, a constaté un photographe de l’AFP. Au-dessus du tas de maïs répandu au sol, ils ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire : « zone OGM ».
L’action surprise a été menée vers 06h30 dans un entrepôt du groupe d’agrochimie. Le moratoire sur les cultures OGM, lancé par la France en février 2008, a été récemment [à l’automne 2001] invalidé par la Cour européenne de justice de Luxembourg et le Conseil d’Etat. La France a par la suite annoncé son intention de décréter un nouveau moratoire. Fin novembre, le chef de l’Etat avait affirmé que le gouvernement maintenait son opposition à la culture du maïs OGM Monsanto 810 sur le territoire français et qu’il avait chargé les ministres de l’Ecologie et de l’Agriculture de mettre en oeuvre l’interdiction pratique de la culture du Monsanto 810.
Le 6 janvier, une centaine d’apiculteurs ont occupé pendant plusieurs heures un site de Monsanto à Monbéqui (Tarn-et-Garonne) pour exiger du gouvernement l’interdiction rapide du maïs OGM en France.
Au Québec, un forage pétrolier en mer est retardé d’un an
Du pétrole dans le golfe du Saint Laurent ? Avant de chercher, il faut mener une étude environnementale, conclut l’administration.
Les évaluations environnementales vont retarder d’un an le projet de forage d’hydrocarbures Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine, affirme la société Corridor Resources, qui demande une prolongation de son permis de forage.
L’entreprise s’est adressée à l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers pour retarder l’examen de son étude d’impacts environnementaux, qui devait commencer ces jours-ci.
Corridor Resources estime qu’il faut attendre la fin de la mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique terre-neuvienne au sujet des forages dans le golfe du Saint-Laurent.
L’évaluation du Québec
Rappelons que Québec mène actuellement sa propre évaluation environnementale stratégique (EES) sur l’exploitation des hydrocarbures dans la portion québécoise du Golfe.
« Nous demandons à l’Office de mener ces consultations en série plutôt qu’en parallèle, affirme Phillip R. Knoll, président et chef de la direction de Corridor Resources, en entrevue avec La Presse. Mais dans l’intervalle, nous demandons que l’Office suspende notre permis afin que les délais cessent de courir. »
Selon son permis actuel, Corridor doit faire son forage avant janvier 2015, mais les évaluations en cours vont le retarder d’un an, dit M. Knoll.
« La seule chose équitable à faire, c’est de suspendre les délais », dit-il.
Dans un communiqué, l’Office a déjà indiqué que l’examen de la demande de Corridor Resources va retarder de plusieurs semaines le début de l’examen de son étude d’impacts, qui a été confiée à Bernard Richard. M. Richard devait siéger dans toutes les provinces riveraines du Golfe, y compris au Québec.
Corridor a éprouvé des difficultés financières récemment, quand elle a dû renoncer à trouver un partenaire pour un projet d’exploitation de gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.
Complocratie
Ce livre est une excellente enquête sur la raison du développement des théories du complot. Sans jamais tomber dans ces théories, le journaliste Bruno Fay analyse un certain nombre de dossiers controversés en écoutant les « complotistes », mais aussi en s’intéressant vraiment aux questions qu’ils posent. Il en ressort que si les théories du complot fleurissent avec autant de malsaine vigueur, c’est parce que les médias installés refusent d’aborder ouvertement les questions légitimes qui nourrissent ces théories. Autrement dit, la complomania nait d’un mauvais fonctionnement de la démocratie. Sans doute desservi par un mauvais titre, ce livre n’a reçu presqu’aucun écho. Il mérite cependant la lecture. Reporterre a repris, avec l’accord de l’auteur, une information nouvelle sur les liens entre Manuel Valls et le groupe Bilderberg.
Hervé Kempf
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Texte de la 4e de couverture de Complocratie
Dix ans après la tragédie du 11 Septembre, les théories du complot n’ont jamais fait autant recette. La pandémie de grippe A serait une invention des laboratoires pharmaceutiques et de l OMS, les attentats contre le World Trade Center auraient été organisés par la Maison Blanche, les Illuminati oeuvreraient en secret pour établir un Nouvel Ordre mondial...
Si le mythe du grand complot juif ou franc-maçon persiste, des centaines de théories, dont le succès manifeste un conspirationnisme nouveau, presque ordinaire, touchent toutes les catégories de la population. Les mensonges au sommet, les barbouzeries, les affaires politico-financières donnent au citoyen des raisons de douter, de croire que la vérité est ailleurs.
Grâce à une longue enquête de terrain et de nombreux entretiens, Bruno Fay remonte aux sources de ce phénomène troublant. Ainsi, Michel Rocard lève le voile sur plusieurs scandales en les justifiant par la raison d’État. Des professionnels de la communication confirment qu’ils manipulent l’information pour le compte d entreprises privées ou de partis politiques. Étienne Davignon, à la tête du groupe Bilderberg, accepte de parler pour la première fois de cette organisation puissante et mystérieuse nichée au coeur du pouvoir.
Alors, tous paranos ? Vivons-nous déjà en Complocratie ? Ce document passionnant aborde de front un enjeu vital pour nos sociétés.
Bruno Fay, journaliste indépendant, est l’auteur de plusieurs enquêtes sur la corruption politique, l’influence des lobbies et les nouvelles technologies de surveillance. Il a signé en 2009, avec Stéphane Reynaud, un livre féroce sur les coulisses de l’économie à bas coût (No Low Cost, Editions du Moment).
La joie naît du barbouillage des publicités au Havre
« Le groupe est joyeux voire excité. C’est très gratifiant d’associer la virtualité de notre conscience politique à des actes très concrets de désobéissance civile. »
Cette action a eu lieu dans le cadre de l’action d’information sur la dette, dont le meeting-débat du vendredi 27 janvier 2012 – 18h – à la Grande Salle de Franklin, est un point d’orgue (voir sur la page web des OC). Mercredi 25, est organisé, à l’université du Havre, un porteur de parole.
Barbouillage : dégradation assumée et non violente de panneaux publicitaires sur la voie publique pour inciter à une prise de conscience des masses sur les effets néfastes de la publicité. Tout ceci est parfaitement toléré : il n’y a pas de dégradation de matériel.
En ce 14 janvier 2012, 15h, nous voilà partis pour notre premier acte de désobéissance civile. Nous sommes une dizaine à nous mettre d’accord sur quelques règles : porter un gilet jaune, avoir une carte d’identité et agir de façon non violente. L’organisation s’est déjà rodée chez les déboulonneurs de Rouen. Chacun prend un pot de blanc d’Espagne et un pinceau qui servira bientôt à peindre sur les « sucettes » (panneaux publicitaires situés sur les trottoirs) nos slogans préférés. Nous sommes divisés en deux groupes, un médiateur est désigné dans chacun d’eux. C’est lui qui parlera pour le groupe en cas de contrôle de police ou problèmes divers.
Dix minutes plus-tard, notre premier panneau est barbouillé : « La publicité nous gave ». Une petite affiche est scotchée pour expliquer notre geste. Le groupe est joyeux voire excité. C’est très gratifiant d’associer la virtualité de notre conscience politique à des actes très concrets de désobéissance civile.
Dans cette euphorie, nous tatouons notre deuxième sucette : « La publicité vous ment » puis notre troisième : « Faites l’amour pas les magasins ».
Pendant que nous contemplions notre dernier chef d’oeuvre, une patrouille de police passa par là… Pas de bol, la voiture hésita et fit marche arrière pour venir à notre rencontre. Notre médiateur alla aussitôt les voir pour expliquer notre démarche. Au départ, le ton était agressif mais les policières ne se sentant nullement agressées par notre groupe, baissèrent de ton. Puis elles sont devenues franchement courtoises. On nous a juste demandé nos papiers et nos outils de peinture. Les flics, certainement d’accord avec une partie de nos convictions, laissèrent même partir un militant avec une affiche anti-publicité alors que celui-ci affirmait la coller dans l’heure qui suivait sur une publicité dans un endroit bien visible.
Le plus drôle dans l’histoire, c’est cette charcutière qui s’insurgea auprès des policiers pour savoir qui allait nettoyer cet immonde TAG en face de sa vitrine : « Faites l’amour pas les magasins ». C’était sympa d’entendre les flics reprendre nos arguments pour expliquer à cette pauvre dame que ce n’était qu’une dégradation minime.
Après, puisque les fonctionnaires de police nous l’ont demandé, nous avons cessé notre action, en précisant bien que nous recommencerions une autre fois. Nous nous sommes dirigés vers un bistrot pour attendre l’autre groupe qui aura eu, je l’espérons-lu, plus de chance que nous.
L’autre groupe plus chanceux a pu faire toute la ballade prévue sans encombre. Tout le trajet sur le cours de la République a été un peu décevant car avec les travaux pour le tramway nous n’avons trouvé que très peu de panneaux à commenter. Mais c’est sûr, nous retrouverons, lorsque l’aménagement sera terminé, plein de beaux panneaux tout neufs à badigeonner ! Enfin c’était l’occasion de discuter … et de se plaindre qu’ « il n’y a pas assez de panneaux de pub à Le Havre » … hum !
Nous avons commencé à la gare. « Chanel n° ? : Sentez bon pour la fin du monde ! ». Des jeunes filles à l’arrêt de bus cherchent avec nous des slogans à mettre sur une affiche à dominante verte… mais nous sommes exigeant et souhaitons un slogan sur le capitalisme vert et là c’est beaucoup demandé ! « le capitalisme repeint tout en vert ». Nous avons évité de peinturlurer les affiches du Volcan : décision unanime ! On ne touche pas à la culture. Quoique… Nous avons tout de même craqué sur les affiches du festival de Mr le Maire… Au passage nous n’avons pas pu résister à décorer la vitrine de la LCL : « Ah Ah Ah A qui profite la dette ? »
Nous nous sommes fait plaisir sur la voie rapide, où il y a beaucoup de passage et des feux, ce qui permet, on l’espère, aux conducteurs de réfléchir en regardant les pubs pour une fois. Sur la route nous rencontrons plusieurs fois des passants qui nous encouragent.
Nous créons même un bel attroupement : 2-3 personnes s’arrêtent. Du coup, d’autres s’arrêtent aussi, puis d’autres et d’autres encore ! Peut-être une quinzaine de personnes attendent la fin de la phrase : « La pub…. parce que…. parce que ? …. parce que ?… parce que nous l’avalons bien ! » La police passe à côté sans nous voir. Tant mieux. De toute façon sommes-nous réellement dans notre tort ?
L’autre groupe nous appelle (on s’était fait prêter un portable car aucun de nous sept n’en avait ! Ah ! Les attardés !). Ça nous glace un peu tout de même qu’ils se soient fait confisquer leur matériel… Alors on préfère aller les rejoindre, et renonçons à faire le tour des sucettes de l’Hôtel de ville et du centre commercial Coty. Nous serons d’autant plus motivés et organisés pour la prochaine fois. Nous ne renonçons quand même pas à honorer les panneaux de pub qui se trouve sur la route de nos amis.
C’est très plaisant de s’exprimer sur ce sujet. La télé ; on peut éviter de regarder les chaînes pourries par la pub. Les journaux ; on peut arracher les pages ou ne pas les lire. La radio ; on peut n’écouter que les stations sans pub (en gros France Culture)… Mais dans la rue, à part ne plus sortir …il n’y a pas grand chose à faire contre …
La Cour des comptes dénonce une fiscalité favorable au changement climatique
Des avantages fiscaux favorables au fioul et au carburant d’avion sont toujours en place, souligne un rapport de la Cour des Comptes.
Un rapport de la Cour des comptes vient d’être publié sur l’impact budgétaire et fiscal du Grenelle de l’environnement. Ses conclusions sont sans appel : si la France veut respecter les objectifs qu’elle s’est fixée, notamment dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, tout en dégageant des recettes supplémentaires, elle doit :
- Mettre en place les outils fiscaux prévus par le Grenelle de l’Environnement à savoir la contribution climat énergie et la taxe poids lourds ;
- Mettre fin aux subventions de toute sorte attribuées aujourd’hui aux énergies fossiles.
A ce titre, les taux réduits accordés aujourd’hui à la taxation du fioul domestique et du gazole représentent chaque année un manque à gagner de 16 milliards d’euros pour l’Etat, auxquels viennent s’ajouter la détaxation du kérosène utilisé par les avions pour les vols intérieurs (1,3 milliards d’euros). Tout ceci contribuant bien sûr à augmenter les émissions de gaz à effet de serre, au détriment des objectifs que la France s’est fixés au niveau international, européen et national.
La Cour des comptes constate ainsi que le « réexamen des dépenses fiscales défavorables à l’environnement (…) fournirait des marges de manœuvre très importantes (jusqu’à 19,3 milliards d’euros) qui permettraient aisément d’équilibrer le volet fiscal du Grenelle et d’atteindre certains engagements pris dans le cadre du Grenelle ».
Pour le Réseau Action Climat-France et ses associations membres, il est crucial en ces temps de crise budgétaire et à l’heure où les émissions de gaz à effet de serre atteignent des records historiques que la France se dote enfin d’une politique fiscale cohérente et ambitieuse en matière environnementale.
Pourtant, elles ne peuvent que déplorer que ce sujet soit aujourd’hui largement absent de la campagne électorale.
C’est pourquoi, le RAC-France appelle l’ensemble des candidats à s’engager sur :
- la suppression de ces subventions à la pollution ;
- la mise en place d’outils fiscaux adaptés et cohérents pour respecter nos objectifs en matière de lutte contre le changement climatique comme la contribution climat énergie et la taxe poids lourds.
Le Conseil Economique Social et Environnemental a été saisi en juillet dernier par le Gouvernement pour rendre un avis sur la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement et les moyens de relancer la dynamique là où des retards ont été observés. Le RAC-F et ses associations membres espèrent que la suppression des subventions à la pollution figurera au premier rang de ses recommandations qui sont attendues d’ici la fin du mois.
La chaine humaine contre le nucléaire se prépare activement
Le 11 mars, des milliers de citoyens se retrouveront pour former une chaîne humaine contre le nucléaire. Ils espèrent former une chaîne de pus de 200 km de long. Car « un bulletin de vote ne suffira pas pour forcer nos gouvernants à engager la nécessaire transition énergétique, »
Depuis plus de 6 mois, des chaines humaines locales en Rhône-Alpes et PACA rassemblent plusieurs milliers de personnes. Ces événements ont un objectif : créer une réaction en chaîne et sensibiliser pour la grande Chaîne Humaine du 11 mars 2012, qui verra plusieurs dizaines de milliers de citoyens relier Lyon et Avignon, pour dire ensemble « sortir du nucléaire, c’est possible ! »
Réagir ensemble pour sortir du nucléaire
Le 11 mars 2011 débutait la terrible catastrophe nucléaire de Fukushima. À ce jour, les réacteurs éventrés continuent d’exposer des millions de Japonais à la radioactivité et de contaminer le pays pour des milliers d’années.
Un an plus tard, le 11 mars 2012, tous les citoyens auront l’opportunité de réagir ensemble pour dénoncer le risque de catastrophe nucléaire en France et dire haut et fort leur volonté que la France saisisse l’opportunité écologique et économique de la transition énergétique. D’autres pays européens sortent du nucléaire, alors pourquoi pas nous ?
De Lyon à Avignon, une grande chaîne humaine dans la région la plus nucléarisée d’Europe
Une forte majorité de Français souhaite la sortie du nucléaire. Mais un bulletin de vote ne suffira pas pour forcer nos gouvernants à engager la nécessaire transition énergétique, qui nous libèrera de notre dépendance au nucléaire et aux énergies fossiles. Le rapport de force doit être visible... sur plus de 200 km !
C’est en descendant dans la rue, en se mobilisant par dizaines de milliers, que les Allemands ont obtenu une décision de sortie du nucléaire d’ici 2022, alors même que leur chancelière est favorable à l’atome. S’indigner, oui, mais surtout se rassembler : c’est en étant nombreux que nous sommes forts.
De nombreuses organisations, personnalités, artistes (Les Ogres de Barback, Karpatt, Marcel & son Orchestre, Les Hurlements d’Léo, Le Peuple de l’Herbe…) nous ont d’ores et déjà rejoints et apporté leur soutien pour la grande chaîne à venir. Au niveau international, des chaînes humaines sont prévues pour le 11 mars 2012 dans plusieurs pays : Brésil, Allemagne, Japon, Suisse...
Des dizaines de chaînes humaines locales pour une mobilisation sans précédent
Depuis le mois de mai 2011, pour lancer la dynamique de la grande Chaîne Humaine à venir, des citoyens de la vallée du Rhône se sont mobilisés pour organiser des chaînes humaines dans plusieurs villes de la région. À Montélimar (26), Bourg-Saint-Andéol (07), Die (26), Romans (26) , Tournon-sur-Rhône (07), Aubagne (13), Valence (26), Avignon (84), Lyon (69), Saint-Étienne (42)... à chaque fois, des centaines de personnes de tous horizons se rassemblent avec la ferme intention de faire changer les choses.
Ce dimanche 22 janvier, ce fut au tour des Grenoblois de se donner la main. Un millier de citoyens souhaitant le développement des alternatives au nucléaire se sont retrouvés, avant d’investir le centre-ville dans la bonne humeur et une ambiance familiale.
D’autres chaînes humaines sont encore à venir d’ici au 11 mars, pour se préparer au mieux à cette journée et faire connaître l’événement. Partout en France, des départs groupés s’organisent pour rejoindre le parcours de la chaîne le jour J et de nombreux événements seront organisés le 11 février (Journée des Alternatives à Paris, Chaîne Humaine à la centrale de Belleville et à Lons-le-Saunier...) en préparation de la chaîne du 11 mars.
Ensemble, nous pouvons faire de cette chaîne humaine une mobilisation historique et le virage essentiel pour une décision de sortie du nucléaire !
En Finlande, l’écologiste sera au 2e tour de l’élection présidentielle
« Le sprint époustouflant de Pekka Haavisto vers le second tour », titre le quotidien Helsingin Sanomat au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Le candidat écologiste de la Ligue verte, qui était remonté très récemment dans les sondages, remporte 18,8 % des voix et se place derrière le grand favori, le conservateur Sauli Niinistö, qui obtient 36,9 % des suffrages. Haavisto « devient le candidat de la gauche » note le journal, le socio-démocrate Paavo Lipponen n’ayant obtenu que 6,7 % des voix. Le second tour aura lieu le 5 février.
Le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes est une aberration économique
« Il ressort de cette expertise que l’étude socio-économique initiale du projet du nouvel aéroport Notre Dame des Landes n’est pas fiable et qu’un tel programme apportera à la collectivité plus de coûts que de bénéfices »
Ce projet est devenu en quelques années un emblème national d’une aberration sociale, économique et écologique, conjuguant une gabegie des finances publiques, un déni de démocratie locale et un gâchis écologique en supprimant 2 000 hectares de terres agricoles à 30 km au nord de Nantes.
Le projet d’État est porté par les élus socialistes de la Région Pays-de-la-Loire, du Conseil général de Loire-Atlantique et de la ville de Nantes en la personne de son maire, Jean-Marc Ayrault, par ailleurs président du groupe socialiste à l’Assemblé nationale et fervent soutien de François Hollande. La réalisation du projet a été confiée au groupe Vinci, premier groupe mondial de concessions et de construction (35 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010), connu pour sa gestion d’autoroutes et de parkings (souterrains en ville, gares TGV, « covoiturages » près des péages d’autoroute…). Le groupe Vinci est le constructeur désigné de la ligne LGV Tours-Bordeaux dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) et partenaire plus que douteux dans la construction de l’autoroute Moscou – Saint Petersbourg.
La construction d’un nouvel aéroport à la place de l’aéroport existant Nantes-Atlantique fait l’objet d’une vive opposition locale au sein du collectif d’associations, comme l’ACIPA et Solidarité écologie, qui regroupe, entre autres, un collectif de près de 1 000 élus (CéDpa – le Collectif d’élu-e-s Doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre Dames des Landes-), représentant de nombreuses sensibilités politiques allant du NPA à Europe Écologie les Verts, du Parti de Gauche au Modem.
Les élus favorables au futur aéroport NDLL opposent une fin de non recevoir aux arguments avancés par une opposition grandissante au projet. Ceci suscite interrogations, manifestations, débats publics et demande d’une étude économique indépendante. Le collectif d’élus opposés au projet a sollicité un cabinet d’étude européen néerlandais (CE Delft) pour réaliser une double expertise :
(i) passer au crible l’analyse économique de l’enquête d’utilité publique de 2006 qui concluait à un bénéfice global pour la collectivité estimé à plusieurs centaines de millions d’euros,
(ii) comparer les deux solutions suivantes : garder l’aéroport existant ou en construire un nouveau. Les conclusions du rapport sont édifiantes.
Le premier constat de l’étude conclut que le projet du nouvel aéroport NDDL repose sur des bases économiques largement erronées : non-respect de directives nationales, erreurs de calculs qui divisent pratiquement par trois le principal bénéfice de l’analyse économique initiale, zones de flou comme par exemple le coût environnemental (exemple : coût de la gestion de l’eau, coûts de compensation de la suppression ou dégradation des zones humides…), débordement systématique d’optimisme. Au final, en corrigeant les erreurs et exagérations du scénario retenu par les porteurs du projet, la construction de l’aéroport NDDL se solde par un déficit global pour la collectivité estimé à 600 millions d’euros.
La seconde conclusion est encore plus explicite. En comparant les deux solutions (maintenir l’aéroport existant ou en construire un nouveau), garder l’aéroport actuel Nantes-Atlantique en l’améliorant (modernisation de la voie ferrée existante, agrandissement du terminal et des parkings, construction d’une piste transversale pour remplacer à terme celle existante) s’avère être la solution la plus intéressante pour la collectivité, l’opération se solde par un bénéfice global estimé entre 100 et 160 millions d’euros selon que l’on intègre ou non une piste nouvelle.
Il ressort de cette expertise que l’étude socio-économique initiale du projet du nouvel aéroport Notre Dame des Landes n’est pas fiable et qu’un tel programme apportera à la collectivité plus de coûts que de bénéfices. La conclusion pour le collectif d’élus est simple : la Déclaration d’utilité publique du projet annoncée en 2008 doit être abrogée puisqu’elle est fondée sur des données insuffisantes et partiales.
Il est clair que la poursuite d’un tel projet illustre une nouvelle fois, non pas l’incohérence des déclarations publiques, mais la poursuite de la logique de l’emprise libérale sur l’économie. C’est-à-dire privatiser les bénéfices (ceux du groupe Vinci), socialiser les déficits par les impôts locaux, refuser tout débat démocratique, ignorer le coût environnemental par la destruction non motivée de terres agricoles.
Sarkozy, de l’écologisme d’Etat à l’injure productiviste
De 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy est passé de discours enflammés en faveur de l’environnement à la stigmatisation répétée de l’écologie. Derrière cette absence de conviction, un seul cynisme, celui de la chasse aux voix.
En 2007, à l’orée de la campagne électorale, le président de la République avait caressé les écologistes et les protecteurs de la nature dans le sens du poil en signant comme tous les autres candidats le pacte proposé par Nicolas Hulot. Pensant avoir une fois pour toutes enrôlé le mouvement environnementaliste sous sa bannière, Nicolas Sarkozy a organisé le désormais célèbre Grenelle de l’environnement. Ce fut pour lui l’occasion de se livrer à des proclamations écologistes qui surprirent ses auditeurs les plus sceptiques. Mais comme les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, il n’est pas inutile de les relire pour les comparer avec tout ce qu’il a déclaré par le suite. Quand M. Sarkozy a compris, lui et ses conseillers, que sa posture verte n’était qu’une poudre aux yeux ne rapportant pas de voix, le patient détricotage des quelques mesures annoncées par les parlementaires de l’UMP auxquels cette tâche avait été dévolue a pu commencer. Et les discours radicalement changer.
Le 25 octobre 2007, clôturant les travaux du Grenelle de l’environnement avec une ode vibrante à l’écologie et au principe de précaution, le président Sarkozy déclarait : « Ma première pensée va à tous ceux qui ont œuvré pour la réussite de ce Grenelle de l’environnement qui restera comme un moment important dans la prise de conscience par notre société qu’elle ne peut plus vivre dans le gaspillage, qu’elle ne peut plus négliger les conséquences sur l’avenir de la planète de sa façon de vivre, de produire, de consommer ». Il ajoutait devant les représentants de associations émus aux larmes et quasiment disposés à le nommer Vert d’honneur sous l’oeil réjoui de Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat pour l’écologie réputé lui avoir montré son nouveau chemin de Damas : « Les changements climatiques, nos concitoyens ne doivent pas les réduire à la fonte des neiges sur les pistes de ski. Les changements climatiques, ce sont plusieurs centaines de millions de réfugiés climatiques. Les changements climatiques, c’est une accélération des grandes catastrophes, des sécheresses, des inondations ou des cyclones. Les changements climatiques, ce sont des épidémies nouvelles. Les changements climatiques, ce sont des conflits exacerbés pour accéder à l’eau et à la nourriture ».
Enveloppé du brouillard vert qui esbaudissait les fidèles croyant écouter une adresse apocryphe de Nicolas Hulot, l’autre Nicolas rajouta une autre louche d’analyses et de promesses imaginées par son service de communication engluant méticuleusement le piège à voix installé lors de son élection quelques mois plus tôt.
« Et je voudrais revenir sur la question du principe de précaution. Proposer sa suppression au motif qu’il bride l’action repose sur une profonde incompréhension. Le principe de précaution n’est pas un principe d’inaction. Au contraire, c’est un principe d’action et d’expertise pour réduire l’incertitude. Le principe de précaution n’est pas un principe d’interdiction. Au contraire, c’est un principe de vigilance et de transparence. Il doit être interprété comme un principe de responsabilité ».
« Nous avons une nouvelle ambition, une ambition pour une agriculture plus durable. Et cela ne peut pas passer par l’épuisement des sols ou l’utilisation croissante des produits chimiques dangereux. Ce message, je le porterai dès le début de la présidence française de l’Union européenne, c’est-à-dire au second semestre 2008, à l’occasion d’un grand débat d’orientation sur les principes fondateurs de la politique agricole commune de 2013. Les débats du Grenelle ont montré que de grands progrès sont possibles pour développer une agriculture et une pêche de haute qualité environnementale ».
Changement de ton
Le 6 mars 2010, c’est-à-dire quelques pressions du lobby agricole et de l’industrie chimique plus tard, en visitant le salon de l’agriculture, le président de la République déclarait aux ténors de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles dirigée par les grands céréaliers : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement, parce que là aussi ça commence à bien faire. Je crois à une agriculture durable. Mais il faut que nous changions notre méthode de mise en œuvre des mesures environnementales en agriculture ».
Au début de 2011, à l’occasion de ses voeux, le ministre de l’Agriculture en remettait une couche dénuée de toute équivoque : « Il faudra adapter un certain nombre d’objectifs qui ne sont plus atteignables. Une pause en matière de règles environnementales est nécessaire afin de ne pas freiner le redémarrage d’un secteur durement touché ». De quoi faire plaisir au président qui expliquait au salon de l’agriculture du printemps suivant, après la campagne d’affiches de France-Nature-Environnement sur les pollueurs : « Je ne laisserais pas insulter les agriculteurs, cette campagne est particulièrement déplacée, blessante et humiliante ». Avant de comparer le radicalisme des protecteurs de la nature au radicalisme des islamistes...
Le 7 juillet suivant, au cours d’une visite sur une plage bretonne envahie par les algues, Nicolas Sarkozy précisait sa pensée : « Opposer agriculture et environnement, ça n’a pas de sens, parce que les agriculteurs sont les premières victimes du non-respect des règles environnementales. Sur cette affaire d’algues vertes, il serait absurde de désigner des coupables, de montrer du doigt les agriculteurs qui font d’énormes progrès en la matière. Les agriculteurs ne sont pas coupables de choix économiques qui ont été faits il y a longtemps. Il y aura toujours les intégristes qui vont protester et on n’entend qu’eux. Plus c’est excessif, plus on leur donne la parole. »
Le 17 janvier dernier, le président a remis le couvert au cours de ses « voeux au monde rural » en expliquant notamment aux agriculteurs rassemblés pour la cérémonie : « J’ai conscience que l’aspect tatillon de certains règlements administratifs vous insupportent. La préservation de l’environnement ce n’est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit. Il faut absolument lever le pied de ce point de vue, notamment dans le domaine de la protection de l’eau ».
Ce jour-là, Nicolas Sarkozy complétait son numéro d’anti-écolo en regrettant la décision du Conseil d’Etat de ne pas prolonger la chasse aux oies sauvages, façon de priver les chasseurs « d’un petit bonheur ». De quoi faire plaisir au candidat de Chasse nature pêche et tradition, Frédéric Nihous qui, tout en poursuivant sa chasse aux signatures, a désormais ses entrées à l’Élysée.
Au début du mois de janvier, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, a rendu visite à une fédération départementale de chasseurs pour expliquer à quel point son gouvernement se préoccupe de préserver cette espèce en voie de disparition. Normal, il faut bien protéger un maximum de voix pour 2012... Ce qui l’est moins, c’est que la ministre ait choisi de passer l’après-midi avec la Fédération des chasseurs de l’Oise. Celle-ci est présidée par Guy Harlé d’Ophove, ancien élu du Front national au Conseil régional de Picardie. Un personnage qui se vante notamment dans son invitation d’« éveiller les scolaires à la nature et de développer des actions de communication ». Ce dernier point n’est pas surprenant puisque ce personnage est responsable d’une boite de com’, Marketing Publicité 2000, dont l’une des activités consiste à contribuer à améliorer l’image de la Fédération nationale des chasseurs, lui-même étant le conseiller personnel de son président.
La gauche atone
Nul n’a entendu la gauche s’élever contre les propos et les attitudes de la majorité, même lorsque le président a évoqué « un cataclysme » à propos de la sortie du nucléaire, retrouvant les outrances des années 1970 avec le célèbre « retour à la bougie » et plus encore : « Il n’est pas le temps de revenir à l’époque du Moyen Âge, des peurs moyenâgeuses où l’on se méfiait du progrès, où l’innovation et la recherche étaient comme frappées d’un procès en sorcellerie ». Malheureusement, Eva Joly, la candidate EELV annoncée en perte de vitesse dans les sondages, n’a jamais trouvé ni les arguments ni la vigueur nécessaire pour fustiger tous les dénis de l’environnement accumulés par celui qui n’est pas encore candidat. Et que rien n’empêchera de récidiver lors de sa prochaine visite au salon de l’agriculture.
Monsanto conserve des semences OGM en France
Malgré le moratoire sur la culture des OGM, Monsanto conserve en France des semences OGM : c’est ce qu’ont découvert la Confédération paysanne et des Faucheurs volontaires qui ont investi l’entrepôt de la firme à Trèbes (Aude), le 24 janvier.
Confédération paysanne
Les ministères de l’environnement et de l’agriculture ont le vendredi 13 janvier réaffirmé qu’ils avaient envoyé un courrier aux semenciers leur demandant de ne pas commercialiser de semences, celles-ci devant être interdites au semis cette année.
Selon les représentants du Ministère de l’écologie, Monsanto se serait engagée à ne pas distribuer d’OGM en France cette année. Le 24 janvier, les Faucheurs Volontaires et les paysans de la Confédération Paysanne l’ont pourtant pris la main dans le sac... de semences d’OGM qu’elle entrepose en grande quantité dans ses locaux de Trèbes, près de Carcassonne.
Lorsque le gouvernement prendra sa clause de sauvegarde fin février, ses sacs de semences transgéniques auront été acheminés légalement dans les fermes aux bord des champs. Personne ne pourra alors empêcher qu’elles soient semées. Les agriculteurs de l’Association Générale des Producteurs de Maïs de la FNSEA ont déjà annoncé des semis précoces et se préparent aussi à semer lorsque la clause de sauvegarde aura été annulée, dès la fin des élections présidentielles. Et de toute façon, le gouvernement n’a pas les moyens d’analyser tous les champs de maïs.
Monsanto n’ayant pas obtenu d’autorisation pour la consommation humaine du pollen de son maïs OGM qui sera inévitablement récolté par les abeilles, tout miel contaminé sera interdit à la vente et détruit comme un déchet toxique suite au jugement de la Cour de Justice de l’Union Européenne. Les apiculteurs devront déserter toutes les zones de maïs, condamnés par Monsanto et consort, à migrer vers des zones à priori « plus sures ». Mais pour aller où ? Et au nom de l’intérêt de qui ?
Fera-t-on un jour le bilan de ce qu’à déjà couté Monsanto à nos sociétés ? La Confédération Paysanne demande une fois de plus au gouvernement de ne pas se contenter d’une clause de sauvegarde appuyée sur les mêmes motifs qui ont déjà été invalidés par le Conseil d’État, mais de prendre immédiatement une interdiction de cession, de vente et de culture des semences de maïs MON 810 fondée, comme le veulent les lois françaises et européennes, sur la protection des cultures conventionnelles et sans OGM et de l’apiculture en particulier.
Le site Monsanto de Trèbes investi par la Confédération paysanne et les Faucheurs
Midi Libre
Mardi 24 janvier à l’aube, une centaine de militants de la Confédération paysanne et des Faucheurs volontaires ont investi le site Monsanto, à Trèbes. Venus de tout le Grand-Sud, ils ont aisément franchi le maigre barrage d’une poignée de gendarmes, informés - comme, semble-t-il, la direction locale de Monsanto -, de l’imminence d’une telle opération.
Objectif, explique Michel David, porte-parole audois de la Conf’ : « Faire une inspection citoyenne du centre de conditionnement de semences et dénoncer la présence de semences OGM de Mon 810 ». Une cinquantaine de sacs de 10 kg de semences de maïs, dont les anti-OGM réclament l’interdiction, ont été détruits.
Au-delà, il s’agissait, pour les militants, de « maintenir la pression » sur les pouvoirs publics, après l’annulation par la Cour européenne de justice, puis le Conseil d’État du moratoire décrété par le gouvernement, en février 2008, sur les cultures OGM.
Il y a deux semaines, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, et Bruno Le Maire, son homologue de l’Agriculture, ont reçu les anti-OGM et les ont assurés de leur volonté de s’opposer à de telles cultures, « mais on ne voit toujours rien venir », déplore Jean Sabench, apiculteur catalan et membre de la Conf’.
Face à Jean-Luc Dairien, directeur des territoires et de la mer, et Frédéric Bovet, directeur du cabinet du préfet, venus sur le site à Trèbes, les opposants entendaient obtenir une date précise quant à la signature d’un arrêté ministériel « interdisant la cession, la circulation et la mise en culture » de maïs OGM.
En fin de matinée, la ministre de l’Agriculture a indiqué que « le gouvernement prendra une ’clause de sauvegarde’ avant la fin février pour interdire la mise en culture du Mon 810 avant les semailles, mais pas trop tôt avant, pour que la Commission européenne n’ait pas le temps de la remettre en cause ». Les manifestants ont ensuite, sans incident, quitté le site autour duquel s’étaient massées les forces de gendarmerie.
Oser rendre au peuple le pouvoir qui lui revient
« Les temps sont mauvais, les temps sont difficiles ; voilà ce que disent les gens… Vivons bien et les temps seront bons. C’est nous qui sommes les temps ! Tels nous sommes, tels sont les temps. » Saint Augustin.
Pourquoi la démocratie sera-t-elle le thème central de la campagne présidentielle de 2012 ? Le caractère affirmatif de cette interrogation pourrait faire sourire tant la « question démocratique » intéresse peu les médias et par ricochet les citoyens. Reléguée depuis trop longtemps à l’arrière-plan des programmes électoraux, tout laisse pourtant à penser qu’elle s’imposera, à l’instar de la sécurité en 2002 et du pouvoir d’achat en 2007, comme le thème incontournable de la campagne de 2012.
D’aucuns objecteront, à juste raison, que La crise fera de l’ombre à cette légitime préoccupation. Mais précisément, de quelle crise s’agit-il ? Financière ? Economique ? Sociale ? Ecologique ? Tout cela à la fois ; elle est globale ! Cette crise puise ses racines dans la crise de l’intérêt général…
Comment comprendre autrement la servitude volontaire d’une grande majorité de la population qui paie au prix fort les privilèges d’une infime minorité ? Comment expliquer que les décisions prises par nos représentants le sont dans la perspective de la prochaine échéance électorale et non dans celle du long terme en conciliant les intérêts des générations présentes et à venir ? Ce système est arrivé au bout de son absurde logique lorsque l’on constate que la génération future, sacrifiée depuis des décennies, aujourd’hui c’est nous. Les crises de la dette et de l’écologie sont, au passage, là pour nous le rappeler.
A qui la faute ? Entre élus et citoyens, les responsabilités sont partagées. C’est parce que les citoyens se sont très massivement et trop longtemps désengagés du débat public que les décisions les plus ineptes ont pu être prises et singulièrement que le pouvoir politique s’est effacé derrière le pouvoir économique et financier. Voilà comment la démocratie prend tout son sens : dans ce jeu de miroir où les représentés ont les représentants qu’ils méritent.
A cet égard, notre époque signe l’échec flagrant de l’idéal démocratique – devenu réalité – de Benjamin Constant pour qui « le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d’hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n’a pas le temps de les défendre toujours lui-même ». Deux siècles plus tard, le fossé s’est dangereusement creusé entre des représentants de moins en moins représentatifs et des représentés de moins en moins conscients de leur intérêt commun.
L’absence d’horizon partagé explique alors en grande partie la « fatigue psychique » dont souffrirait une France contemporaine en quête de sens. Individualisme et consumérisme ont miné une cohésion sociale qui apparait pourtant comme la seule issue possible face à une crise qui ne pourra, de toute évidence, être surmontée que collectivement.
Parce que cette crise est un défi lancé à la collectivité, c’est-à-dire à cette collection d’individus qui forment société et qui font d’elle le reflet de ce qu’ils sont, nul ne peut plus occulter aujourd’hui le seul levier qui peut permettre d’y faire face : nous. « Les temps sont mauvais, les temps sont difficiles ; voilà ce que disent les gens… Vivons bien et les temps seront bons. C’est nous qui sommes les temps ! Tels nous sommes, tels sont les temps. ». Ce constat de Saint Augustin offre une grille d’analyse qui demeure étonnamment pertinente. De ce point de vue, si la prochaine élection présidentielle pouvait avoir un mérite, ce serait d’avoir ramené à la conscience un grand nombre de citoyens - consommateurs, salariés, chefs d’entreprises, chômeurs, parents, enseignants etc… - quant à la responsabilité qui est la leur dans le monde qui les entoure. Vérité impossible à asséner en campagne électorale ou début d’une solution sérieuse pour faire face à la crise ?
Aucun candidat ne pourra plus sérieusement se contenter de la formule aussi magique que réconfortante : « votez pour moi, je m’occuperais du reste ». Survivance d’une forme de despotisme éclairé, notre régime politique entretient pourtant l’illusion, élection présidentielle spectaculaire oblige, que le destin d’un pays tout entier est entre les mains d’une seule personne. Personnalisation et concentration du pouvoir induisent mécaniquement la passivité des citoyens cantonnés dans leur fonction d’électeur ; elles conduisent inévitablement à l’échec de nos institutions politiques incapables d’apporter des solutions efficaces aux problèmes de notre temps. Cette impuissance alimente alors un peu plus la déception et partant la désillusion générale face à ce que l’on nomme politique. D’où les records d’abstention et la défiance croissante des citoyens vis-à-vis de leurs représentants.
Dès lors, la crédibilité des programmes présidentiels sera indexée sur leur valeur démocratique. Il ne suffira pas de proposer un nouveau lifting constitutionnel mais de formuler des propositions ambitieuses qui seront les fondements d’une République qui retrouverait le sens qui lui manque : « ce qui nous appartient ». Il ne suffira nullement de pratiquer ce qu’il est convenu d’appeler - par le recours à un drôle de pléonasme - « la démocratie participative », mais d’en finir avec une répartition figée des rôles : les professionnels de la politique d’un côté et les citoyens de l’autre.
Il ne suffira pas d’interdire le cumul des mandats mais d’assurer le renouvellement d’une classe politique qui lasse les électeurs de tout bord. Il ne suffira pas de pratiquer « l’ouverture à la société civile », mais de manière plus essentielle, d’exhorter la société à jouer le rôle qui lui revient et qui consiste à s’informer, réfléchir, s’exprimer, agir… afin d’éclairer tous ceux qui prétendent la représenter. Reprenant ainsi la place qui leur revient, les citoyens seront à la base d’une politique menée en leur nom et fondée sur la recherche du « bonheur de tous » ainsi que le prévoit la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen dans son préambule.
À l’aune de ces exigences, le candidat idéal devra posséder des qualités essentielles. De la lucidité pour comprendre que –fut-ce à la tête de l’Etat – seul… on ne peut pas grand-chose ; du courage aussi et à bonne dose pour oser rendre au peuple le pouvoir qui lui revient.
L’An 02
L’AN 02
L’An 02 : On débranche tout, on réfléchit, et c’est pas triste.
Le 21 décembre 2011 sort L’An 02, un outil écolo de diffusion et de partage, un passeur d’idées hors des cercles confidentiels.
Une revue qui propose à chaque numéro un dossier au traitement mosaïque, enrobé de chroniques grinçantes, de lectures in-con-tour-na-bles, de reportages militants et néanmoins sympathiques. Multipliant les formes, L’An 02 présente également des contributions graphiques en liberté et plein d’autres surprises tout en couleurs. Le tout étant incidemment destiné à sauver le monde dans les prochains mois.
L’An 02 est disponible par correspondance, par abonnement ou au numéro, et dans des lieux de vente dont nous sommes encore en train d’établir la liste. Retrouvez-nous aussi à Lille, Chambéry, Grenoble, Genève, Bordeaux, Toulouse, Rennes, Paris lors de rencontres à la découverte de la revue et de son premier dossier « Le temps qui nous fait ».
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Sommaire
Chroniques : Aurélien Boutaud, Jacques Caplat, Julien Milanesi, Georgio Makekazzo
Roman-photo « Debout les morts ! »
Varia : nucléaire au Japon, gaz de schiste sur le Larzac, nimby dans le 92
Reportage : les no-TAV prennent la vallée
Lectures de livres récents et « Ce vieux livre jauni a d’l’idée »
Dossier : « Le temps qui nous fait »
Thierry Paquot « La lenteur est aussi une vitesse »
Dominique Méda « Le temps des femmes »
François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau « Temps libre et sale boulot »
« Rien ne sert de courir sur un tapis roulant »
« Ralentir : concertation en cours »
Antoine Chollet « Quel temps pour une démocratie écologique ? »
« Bookchin, l’urgence et la démocratie »
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Interventions graphiques
Jochen Gerner « (Un temps.) »
Guillaume Trouillard « Toromiro » & « Ubris »
AIAA « SuperCageot vs. FretMan » & « Boom planète ! »
Pauline Caylak « Budapest » & « Aujourd’hui, pensez à sortir votre chien »
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La rédaction
Mikaël Chambru, Philippe Colomb, Jérôme Desquilbet, Bastien Hourst, Isabelle Lamaud, Georgio Makekazzo, Josselin Pibouleau, Bertrand Rolin, Luc Semal, Mathilde Szuba, Aude Vidal
Maquette & identité visuelle : Marc Blanchard
Dessins : Guillaume Trouillard
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Pratique
Édité par « Les ami·e·s de l’An 02 », 76, cours de Vincennes, 75012 Paris
52 pages couleurs, format A4
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Le Siècle est toujours vivant
Jean-Pierre Jouyet s’énerve, Denis Kessler estime que les banques servent de boucs émissaires dans la crise, Michel Cicurel s’emporte contre le revenu maximum admissible, Gilles Kepel oppose le club Le Siècle à l’Assemblée nationale, située en face. Les membres du Siècle se retrouvent, imperturbablement, « échangent les idées », et consolident les cadres de l’ordre capitaliste. Mais en ce moment, « la nomenklatura de gauche » s’y prépare à la venue de M. Hollande, quand celle de droite fait grise mine. Pour le vrai pouvoir, cependant, précise Gilles Kepel, rien ne changera.
Il est 22 h 30 ce mercredi 25 janvier 2012. C’est l’heure où - réglés comme une horloge - les membres du club Le Siècle sortent de leur dîner mensuel. Avec quelques journalistes, on va se retrouver pour voir où ils en sont. La place de la Concorde est mouillée par la pluie, les trottoirs scintillent, les lumières percent la nuit comme autant de phares. Ce qu’on voit le mieux, c’est la grande roue.
L’immeuble qui abrite l’Automobile club de France, où se réunit le club, est calme.
Pas de policier en vue. La soirée va être tranquille. Cela repose. Il n’y en a pas non plus, d’ailleurs, pour poser des contredanses aux voitures des membres qui se garent sur les trottoirs.
Les berlines sont là, garées en double file - ou plutôt sur trois files, chauffeurs au volant, attendant leurs maîtres.
Je retrouve mes amis journalistes. Les membres du club commencent à sortir. Surtout des hommes d’affaires, dont on connait mal les têtes. Pas de politiques, sauf Henri Weber, député européen sous étiquette PS. Quelques rares journalistes, aussi, qui n’ont toujours pas compris qu’on ne peut pas être libre quand on mange à la table des puissants.
Certains partent rapidement, d’autres prennent le temps de bavarder sur le trottoir, plusieurs se dirigent tranquillement vers leur voiture.
Ah tiens, une tête connue, Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers. Je l’aborde en me présentant. Mais il n’a pas envie, mais vraiment pas envie de répondre aux questions. « C’est toujours utile d’échanger ». Mais pas question de parler de la banque. Le Siècle, c’est la vie privée. J’évoque les hauts fonctionnaires, le parti socialiste. « Mais je ne suis pas membre du parti socialiste ! ». Aïe, c’était un mot à ne pas prononcer auprès de cet homme communément présenté comme un ami de François Hollande. « Allez vous faire voir », me propose-t-il, courroucé. Il rentre dans sa voiture.
- Ecouter ici :
Bon, manifestement, il ne veut pas qu’on le prenne en photo. Il faut se contenter de ce qu’on trouve sur Internet.
Oh, mais n’est-ce pas là Denis Kessler, qui a été vice-président du Medef (organisation patronale) et président du Club Le Siècle entre janvier 2008 et décembre 2010 ? Je tente ma chance. Il se révèle beaucoup plus disert que son commensal. Il a passé une bonne soirée, « c’était sympa ». Il y a eu une galette des rois, mais sans fève, personne n’a été roi. Se référant à la théorie de René Girard, il explique que les banques sont le bouc émissaire de la crise. « On cherche à les tuer pour expliquer les difficultés de l’époque ».
On aborde la question de la dette grecque - les Grecs en sont responsables, selon lui, « c’est la démocratie ». Et Goldman Sachs ? Hélas, mon magnéto tombe par terre.
- Ecouter ici :
Mais j’arrive à faire remarcher le magnétophone, et on reprend l’entretien. Le magnétophone remarche, je l’interroge sur la phrase qu’il avait écrite, "il faut défaire le programme du conseil national de la Résistance" [1], ce qui commence à le faire sortir de ses gonds, avant qu’il oppose les valeurs de la Résistance et les institutions qui en sont issues. On finit sur le statut démocratique du club Le Siècle, qu’il compare à un syndicat. Mais dans les syndicats, on ne se recrute pas par cooptation, mais par adhésion. Il part, mais sans photo.
- Ecouter ici :
Sur le trottoir, voici maintenant Michel Cicurel, haut fonctionnaire tombé depuis longtemps dans la banque et qui est actuellement, selon Wikipedia, président du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rotschild. D’abord très aimable, il se laisse prendre en photo de bonne humeur.
On parle ensuite de banques, et là ça devient sérieux. On apprend notamment que la Banque centrale européenne a prêté de l’argent aux banques, qui l’ont reprêté à la Banque centrale européenne ! Ouaahooo, c’est de la gestion, coco ! Il s’agit d’assurer « un matelas de liquidités » aux banques.
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L’atmosphère se rafraichit encore quand on aborde la question du revenu maximal admissible. « L’excès de réglementation conduit à l’Union soviétique » et ça se finit par le goulag. Mais Roosevelt aux Etats-Unis a appliqué une très forte fiscalité aux hauts revenus, avancé-je. « On peut peut-être arrêter là ». Il ne veut pas dire combien il gagne. Si on applique le RMA, « j’irai bosser ailleurs ». On ne saura jamais où, car il rentre dans son Audi A6.
Gilles Kepel, intellectuel spécialiste du monde arabe, devise plus loin avec le journaliste Hicham Hamza, qui anime Oumma.com. Kepel fréquente Le Siècle depuis plusieurs années. Est-ce bien le rôle des intellectuels de manger dans le club des puissants ? Il était il y a quelques semaines dans une tente du côté de Sanaa ; pourquoi alors s’interdire d’échanger des idées au Siècle ? « Les contradictions des gens qui sont là sont aussi importantes que leurs intérêts communs ». Mais quelles contradictions ? On ne le saura pas. Mais la discussion se poursuit assez longuement, à fleurets mouchetés, où l’on parle en fait de ce qu’est le pouvoir. On finit par comprendre que ce qu’il y a bien dans Le Siècle, c’est qu’on voit les gens et qu’on finit par avoir un rendez-vous, « cela facilite la fluidité des relations sociales ».
La divergence entre les membres du Siècle, au fait ? « La nomenklatura de gauche » se réjouit de l’arrivée de François Hollande . Mais « d’autres auront toujours le pouvoir », pour eux, l’élection présidentielle « n’est pas un enjeu fondamental »
- Ecouter ici :
Gilles Kepel finit par opposer le club Le Siècle, qui sait mieux intégrer des membres d’origine « sahélienne ou nord-africaine », à l’Assemblée nationale, en face. Ah oui, là-bas, ils sont élus...
Mais, conclut-il, le pouvoir n’est pas au Siècle : « le véritable pouvoir est dans les hôtels du triangle d’or où les nouveaux maîtres du monde riches de leurs pétrodollars réorganisent la société française et financent les campagnes électorales. »
La place s’est vidée. Avec Hicham, on repart en métro. Je reçois un texto : « Forum de Davos : le plus grand risque pour la planète : l’écart entre les riches et les pauvres, dixit France Info à 23h45. » [2]
La bibliothèque du climat est lancée
Bien utile : un recueil d’informations scientifiques sur le changement climatique. En ligne ici
Dans l’ombre des crises financières mondiales, il en est une qui continue de s’intensifier dans l’indifférence : le changement climatique, qui reste la première cause d’angoisse des Européens selon l’Eurobaromètre en 2011.
Et pourtant, les scientifiques du monde entier s’évertuent à alerter les décideurs et les médias, en multipliant les publications et précisant inlassablement les contours de cette réalité : le climat change, plus rapidement, plus amplement que prévu et les conséquences seront désastreuses.
Si nous continuons sur la lancée actuelle, les émissions de gaz à effet de serre atteindront 685 parties par million d’ici 2050 et le climat se réchauffera de 3° à 6°C (OCDE, novembre 2011) [1].
Cette réalité démontrée, validée et vérifiée dans des centaines d’études scientifiques doit être portée à la compréhension du plus grand nombre et relayée dans les médias notamment.
Pour favoriser cet accès aux avancées de la science, le Réseau Action Climat a constitué la Web Bibliothèque Climat, composée de dizaines de rapports, études et articles de référence sur les sujets liés aux changements climatiques. On y retrouve les dernières publications sur la hausse du niveau des mers, l’impact sur la santé, les écosystèmes ou sur l’économie, les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, etc.
Souvent issues de publications anglophones, ces fiches se composent d’une présentation de l’étude en français et d’un lien pour la consulter.
Cette Web Bibliothèque Climat a pour vocation de mettre à disposition de chercheurs, professeurs, étudiants, journalistes, scientifiques et « simples » curieux les évolutions de la science depuis le 4e rapport du GIEC [2], alors que plus de 800 scientifiques [3] préparent activement le 5e rapport prévu pour 2013-2014.
Cette ressource est à découvrir sur le site web du RAC-F.
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Notes :
[1] Prévisions environnementales de l’OCDE pour 2050 - Chapitre sur le changement climatique.
[2] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat
[3] Auteurs et relecteurs du 5è rapport du GIEC : http://www.ipcc.ch/pdf/ar5/ar5_auth...
Monsieur Hollande, vous avez tout faux sur l’essence
François Hollande s’est déclaré en faveur d’une « TIPP flottante », afin de modérer le prix du carburant automobile. Cette mesure serait nuisible écologiquement et injuste socialement.
Afin de limiter la hausse du prix des carburants automobiles, François Hollande, soutenu par le PS et des associations de consommateurs (UFC, CLCV), vient de proposer un retour de la TIPP flottante, mesure appliquée par le gouvernement Jospin entre 2000 et 2002 : c’est non seulement une fausse bonne idée, mais un signal très pernicieux lancé à l’opinion (1).
1. Comme l’a montré l’économiste Jean-Marie Beauvais dans une étude réalisée à la demande de la FNAUT et de l’ADEME en 2008, le prix réel du carburant nécessaire pour parcourir 100 km a été divisé par 2,8 depuis 1970 (voir FNAUT Infos n°173 : le salaire minimum a augmenté bien plus vite, en monnaie courante, que le prix des carburants et, fait trop souvent ignoré, depuis 10 ans, les taxes (TIPP et TVA) sur l’essence sont passées de 78% à 60% environ, et celles sur le gazole de 70% à 50 % (la TIPP est de 0,6 euro/litre sur l’essence et de 0,43 euro sur le gazole). En 1985, les dépenses des ménages en carburant représentaient 4,4% de leur budget, 3,4% seulement en 2009 (source INSEE).
Par ailleurs un automobiliste souhaitant limiter sa dépense peut pratiquer l’écoconduite, qui permet aisément d’abaisser de 20% sa consommation de carburant et contribue à la sécurité routière. Il lui est souvent possible de se rabattre sur un parking-relais et d’utiliser un transport collectif sur une partie de son trajet.
Dans ces conditions, on ne peut affirmer que le prix des carburants est devenu insupportable pour l’ensemble des ménages. Il faut d’ailleurs combattre l’idée reçue que la voiture (achat, assurance, carburant, péages, entretien, réparations,…) est devenue hors de prix. En 1985, les dépenses automobiles des ménages représentaient 14,2% de leur budget, 10,9% seulement en 2009. De 1970 à 2009, les dépenses automobiles des ménages ont été multipliées par 18 en monnaie courante, les dépenses de logement par 27 ; de 2002 à 2009, les premières ont été multipliées par 1,2 et les secondes par 1,4.
2. Sauf à accepter une réduction drastique et durable des recettes de l’Etat (lourdement endetté) et des Régions (qui bénéficient du reversement d’une part importante de la TIPP et réclament de nouvelles ressources pour pouvoir développer le TER), il est illusoire d’espérer contenir la hausse du prix des carburants, qui a un caractère structurel : comme cela est bien connu, cette hausse est la conséquence d’une augmentation de la demande mondiale de pétrole et de l’épuisement progressif des réserves prouvées de pétrole, phénomènes dont les effets sont accentués par la dépréciation de l’euro par rapport au dollar et par les risques géopolitiques qui pèsent sur notre approvisionnement auprès de divers pays producteurs (aujourd’hui Iran et Nigeria).
Le prix du baril de pétrole influence en gros la moitié du prix du carburant, directement ou par le jeu de la TVA. Si le baril était à 150 dollars (comme en juillet 2008) au lieu de 100 aujourd’hui (+ 50%), le prix du carburant augmenterait donc de 25%, il serait de 1,85 euro environ au lieu de 1,50. Si le baril était à 200 dollars, le prix du carburant serait d’environ 2,25 euros : pour le maintenir à la valeur actuelle, il faudrait supprimer toutes les taxes, la TIPP qui rapporte 14 milliards d’euros par an et la TVA !
Contrairement à ce qu’affirment l’UFC et la CLCV, il est illusoire d’espérer une baisse des coûts de raffinage et de distribution : - ces coûts ne représentent qu’entre 20 et 25 centimes par litre de carburant, leur baisse n’aurait qu’un faible impact sur le prix de vente des carburants ; - le prix du carburant en France avant taxes est déjà l’un des plus bas en Europe ; - les marges de raffinage sont très faibles, et l’activité est globalement déficitaire (le nombre de raffineries a été divisé par deux en France depuis une trentaine d’années et ce n’est pas un hasard si de nombreux groupes pétroliers se sont retirés du raffinage, voir l’exemple de la raffinerie Shell de Petit-Couronne revendue à Petroplus) ; - les grandes surfaces françaises ont une part de marché supérieure à 50% dans la vente de carburant, le carburant y étant souvent vendu à prix d’appel.
3. Si on continue à encourager la circulation automobile, comment lutter contre la pollution de l’air et le réchauffement climatique, et limiter notre déficit commercial, creusé par nos importations de pétrole ? La Cour des Comptes elle-même vient de souligner la nécessité de mettre en cohérence la fiscalité des carburants avec les objectifs du Grenelle de l’environnement.
Dans une étude réalisée récemment pour le PREDIT, François Gardes, professeur à l’université Paris 1, et son équipe ont démontré que si la hausse moyenne du prix du carburant incite le consommateur à modérer son usage de la voiture, la volatilité du prix a un effet important qui s’ajoute au précédent : les années où les fluctuations sont fortes (2008), l’automobiliste est plus sensible au prix maximum constaté qu’au prix moyen, et la baisse de consommation est plus forte (d’environ 30%) que prévu. Réduire la volatilité par une politique fiscale contra-cyclique telle que la TIPP flottante conduirait donc à augmenter la consommation de carburant.
4. Enfin le retour à la TIPP flottante serait une mesure particulièrement injuste. Ce serait faire un cadeau inutile aux automobilistes (et aux entreprises) disposant de revenus corrects et pouvant donc encaisser la hausse actuelle et future du prix des carburants, et oublier que, parmi les ménages modestes, beaucoup ne sont pas motorisés. Ces derniers sont les plus pauvres de nos concitoyens, et leur mobilité est limitée par la pénurie de transport collectif. L’argent public doit être consacré en priorité au développement du transport collectif : avec un milliard d’euros, on construit 50 km de tramway.
On ne peut certes méconnaître la situation difficile des ménages modestes obligés de se loger en milieu périurbain ou rural, loin de leur lieu de travail et ne disposant pas actuellement de transports collectifs adaptés à leurs besoins. Ces ménages doivent être aidés par des mesures sociales générales, bénéficiant à l’ensemble des ménages modestes et ne privilégiant aucun type de consommation, non par des mesures spécifiques perverses susceptibles de les encourager à utiliser la voiture alors qu’il faut au contraire les inciter à se libérer de la dépendance pétrolière.
Laissons un expert conclure. Selon Jean-Marie Chevalier, directeur du centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières : « les blocages des prix donnent aux consommateurs de faux signaux et entretiennent des illusions, le réveil est dur ».
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Notes :
(1) TIPP : taxe intérieure sur les produits pétroliers. UFC : Union fédérale des consommateurs. CLCV : Consommation logement cadre de vie. PS : Parti socialiste. Ademe : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. TVA : taxe à la valeur ajoutée. TER : train express régional. PREDIT : Programme de recherche et d’innovation dans les transports terrestres.
A Tokyo, le gouvernement veut chasser les insoumis au nucléaire
A Tokyo, des insoumis campent depuis des mois sur la place publique. Il veulent maintenir l’attention sur les conséquences de l’accident de Fukushima. Mais le gouvernement se prépare à les chasser.
Après « l’arrêt à froid » des réacteurs de Fukushima décrété par le gouvernement en décembre 2011 ‒ fin officielle de la catastrophe ‒, après la suppression des conférences de presse communes Tepco-gouvernement concernant la catastrophe atomique ‒ fin officielle de la communication ‒, voici le temps de la répression contre le mouvement antinucléaire japonais ‒ fin de la contestation ? Une fois que l’on ne parlera plus de Fukushima et que les antinucléaires seront neutralisés, il sera alors plus facile de rouvrir les centrales nucléaires du Japon.
C’est pourquoi l’ordre d’évacuer la tente installée devant le ministère de l’économie vient d’être donné. Dernier délai : vendredi 27 janvier, 17 heures (JT).
Cette tente est insupportable aux yeux du gouvernement. Plantée devant le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) à Tokyo, elle est occupée jour et nuit par des militants antinucléaires et pacifistes depuis le mois de septembre 2011. Elle rappelle en permanence le danger continu de l’énergie nucléaire. Appelant les citoyens à manifester régulièrement pour l’évacuation des territoires contaminés, elle a accueilli le mouvement des 100 femmes de Fukushima. Cette tente est devenue au fil des mois un haut lieu de la lutte antinucléaire dans la capitale japonaise, rassemblant plusieurs groupes ayant des objectifs convergents, et organisant la lutte de terrain.
Suite à la manifestation de la semaine dernière où le ministre de l’industrie Edano s’est fait chahuter, il est maintenant exigé que les militants quittent les lieux au plus tard vendredi 27 janvier 2012 à 17h. Le motif invoqué est la sécurité, mais il est évident que le motif réel du gouvernement est de faire place nette, afin de supprimer le symbole de ce mouvement contestataire.
Vendredi, une conférence de presse des militants est prévue à 13h, puis une manifestation de soutien à 16h devant la tente, devant le ministère de l’industrie. Est-ce que ce sera suffisant pour éviter l’évacuation ?
Les contrôles d’identité abusifs frappent d’abord les jeunes
La police française utilise certains pouvoirs trop étendus dont elle est investie pour procéder à des contrôles d’identité abusifs et non justifiés visant des garçons et de jeunes hommes noirs et arabes, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
Le rapport de 62 pages, intitulé « La base de l’humiliation : Les contrôles d’identité abusifs en France », révèle que les jeunes issus des minorités, dont des enfants n’ayant pas plus de 13 ans, font fréquemment l’objet de contrôles comprenant des interrogatoires prolongés, des palpations portant atteinte à leur intimité, ainsi que des fouilles d’objets personnels. Human Rights Watch a constaté que ces contrôles arbitraires peuvent avoir lieu même en l’absence d’un signe quelconque d’infraction. Les propos insultants, voire racistes, ne sont pas rares, et certains contrôles donnent lieu à un usage excessif de la force par la police.
« Il est choquant que des jeunes noirs et arabes puissent être, et soient, obligés de se mettre contre un mur et soient malmenés par la police en l’absence de réelles preuves d’infraction », a souligné Judith Sunderland, chercheuse senior sur l’Europe occidentale à Human Rights Watch. « Mais en France, si vous êtes jeune et que vous vivez dans certains quartiers, cela fait partie de la vie. »
Le rapport se fonde sur des dizaines d’entretiens réalisés avec des citoyens français appartenant à des groupes minoritaires, dont 31 enfants, à Paris, Lyon et Lille.
La loi française confère à la police de vastes pouvoirs pour effectuer des contrôles d’identité même en l’absence de soupçons d’acte délictueux, entre autres dans des centres de transport et dans tout lieu désigné par un procureur. Cescontrôles ne sont pas systématiquement consignés dans un rapport de police, et les personnes contrôlées ne se voient remettre aucun document écrit expliquant ou rendant compte de la procédure. La plupart des personnes interrogées par Human Rights Watch n’avaient jamais été informées des motifs des nombreux contrôles qu’elles avaient subis. En raison du manque de données enregistrées, il est difficile d’évaluer l’efficacité ou la légalité des contrôles, a affirmé Human Rights Watch.
Les témoignages publiés dans le rapport viennent s’ajouter aux preuves statistiques et autres récits qui indiquent que la police française a recours au profilage ethnique—c’est-à-dire qu’elle prend la décision d’opérer des contrôles en se fondant sur l’apparence, entre autres la race et l’appartenance ethnique, plutôt que sur le comportement réel des personnes ou sur des soupçons raisonnables d’infraction.
Farid A., un jeune de 16 ans habitant Sainte-Geneviève-des-Bois, en région parisienne, a expliqué que lui et cinq amis avaient été contrôlés à trois reprises près de la Tour Eiffel. « On sort du métro, contrôle. On marche 200mètres, autre contrôle. On marche 200 mètres, et autre contrôle. Il y avait tout le monde, mais ils ont contrôlé que nous. »
Une étude publiée en 2009 par l’Open Society Justice Initiative et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a établi qu’en France, comparativement aux Blancs, les probabilités de contrôle étaient six fois plus élevées pour les Noirs, et près de huit fois plus élevées pour les Arabes. Bon nombre de personnes interrogées par Human Rights Watch étaient convaincues que leur ethnicité, conjuguée à une tenue vestimentaire associée aux banlieues, jouait un rôle important.
« Contrôler les gens à cause de leur couleur de peau revient à gaspiller les ressources de la police et engendre du ressentiment à l’égard des policiers », a fait remarquer Judith Sunderland. « Les opérations de police devraient s’appuyer sur des preuves et des renseignements, pas sur des stéréotypes. »
Lors des contrôles, les jeunes issus des minorités doivent souvent subir des palpations humiliantes et une fouille de leurs objets personnels. Les palpations peuvent porter atteinte à leur intimité – Saïd, un jeune homme de 25 ans de Lyon, nous a confié, « Ils nous touchent de plus en plus les parties intimes » – et bon nombre de jeunes interrogés s’en sont plaints. Les membres des forces de l’ordre justifient les palpations en les présentant comme une mesure de sécurité nécessaire, mais leur utilisation, pourtant systématique, n’est pas clairement réglementée par la loi française.
Human Rights Watcha également recueillides témoignages inquiétants de violence lors de contrôles d’identité. Des personnes ont notamment déclaré avoir été giflées, frappées à coups de pied ou visées par une arme à décharge électrique.
Ismaël Y., un jeune de 17 ans habitant en banlieue sud de Paris, a été contrôlé par la police en compagnie d’un groupe d’amis devant la gare de banlieue de Sainte-Geneviève-des-Bois début 2011. « Lorsqu’on était avec les mains contre le mur, je me suis tourné vers lui [le policier qui le fouillait] et il m’a frappé la tête. J’ai dit quelque chose comme ‘pourquoi vous me frappez’, et il m’a dit ‘ferme ta gueule, tu veux un coup de gazeuse [lacrymogène] ou quoi ?’ »
Le refus d’obtempérer lors d’un contrôle d’identité, ainsi que le fait de poser trop de questions ou de protester contre la manière d’être traité peuvent déboucher sur des plaintes administratives ou pénales telles qu’ « outrage à agent ». Cela ajoute une dimension coercitive aux contrôles d’identité et dissuade les gens de faire valoir leurs droits, a expliqué Human Rights Watch.
Yassine, un jeune de 19 ans de Lille, a déclaré que lors d’un contrôle d’identité, des policiers lui avaient asséné des coups de pied après qu’il leur avait prouvé où il avait passé la soirée. Il avait ensuite passé 15 heures en garde à vue pour outrage à agent avant que les charges ne soient abandonnées et qu’il soit libéré.
Les contrôles d’identité abusifs ont un impact profondément négatif sur les relations entre la police et les communautés, a souligné Human Rights Watch. La colère refoulée face aux abus de la police, entre autres face aux contrôles d’identité musclés, a joué un rôle significatif dans les émeutes dont la France a été le théâtre en 2005, et semble être à la base d’innombrables conflits de moindre intensité entre la police et les jeunes des zones urbaines défavorisées partout dans le pays.
Human Rights Watcha fait remarquer que les expériences de contrôles répétés tout au long d’une journée ou le fait d’être choisi pour un contrôle au milieu d’une foule d’autres personnes renforcent le sentiment qu’ont les jeunes issus des minorités d’être pris pour cible.
Le comportement irrespectueux de la police, entre autres l’usage habituel du tutoiement et d’insultes, accentue ce ressentiment. Certaines personnes interrogées en vue du rapport ont déclaré avoir été traitées de « sale bougnoule » ou de « bâtard d’Arabe ». Un jeune de 19 ans habitant Lille a signalé qu’il avait été traité de « sale bougnoule » tant de fois que « ça nous choque plus, c’est normal ».Un garçon de 13 ans d’Évry, en région parisienne, a confié qu’un policier l’vait traité de « sale négro ».
Le droit international et le droit français interdisent la discrimination, l’ingérence injustifiée dans l’exercice du droit à la vie privée, ainsi que les violations de la dignité et du droit à l’intégrité physique. Les normes nationales et internationales exigent également que la police traite les gens avec respect.
Human Rights Watch a appelé le gouvernement français à reconnaître les problèmes posés par les pouvoirs conférés à la police pour les contrôles d’identité, et à adopter les réformes juridiques et politiques nécessaires pour prévenir le profilage ethnique et les mauvais traitements lors des contrôles. Tous les contrôles d’identité et palpations devraient être fondés sur des soupçons raisonnables et individualisés. Toute personne contrôlée devrait se voir remettre une preuve écrite de l’interpellation, reprenant des informations pertinentes telles que ses données personnelles, les noms des agents ayant procédé au contrôle, ainsi que la base juridique de celui-ci.
La police devrait également consigner tous les contrôles dans un registre interne, et le gouvernement devrait publier régulièrement des données ventilées à ce sujet. Toute discrimination de la part de membres des forces de l’ordre devrait être explicitement interdite.
« Franchement, les relations entre la police et les minorités sont déplorables en France, et tout le monde le sait », a conclu Judith Sunderland. « L’adoption de mesures concrètes visant à prévenir les contrôles d’identité abusifs – l’une des principales sources de tension – constituerait un véritable pas en avant et apporterait un réel changement dans la vie quotidienne des gens. »
Présidentielles 2012 : 7 candidats présentent leurs engagements pour l’écologie
Samedi 28 janvier à Montreuil (près de Paris), un vent d’écologie a (enfin) soufflé sur la présidentielle. A l’occasion du 36e Congrès de France Nature Environnement, sept candidats en lice pour l’Elysée ont défilé devant la tribune de la plus importante fédération écologiste de France (3 000 associations) pour parler nucléaire, agriculture, biodiversité et économies d’énergie dans un exercice s’inspirant du Pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007.
Quinze minutes pour chacun, chrono affiché sur écran géant derrière la scène : François Hollande (PS), François Bayrou (MoDem), Eva Joly (EELV), Corinne Lepage (Cap21), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), Hervé Morin (NC) et Dominique de Villepin (République solidaire) ont tenté de convaincre quelque 2 000 militants présents au Congrès.
Avec des applaudissements nourris, notamment pour la candidate écologiste Eva Joly, les militants ont dû toutefois respecter les consignes du président de FNE, appelant à ne pas se montrer « irrespectueux vis-à-vis des différents intervenants ». Pas question non plus de noter les candidats. Les idées et projets de chacun seront « relayées » auprès des membres des associations affiliées à la fédération, explique le président de FNE, Bruno Genty, qui souligne au passage, qu’elles représentent pas moins de 850 000 électeurs potentiels...
Au préalable, FNE a soumis aux sept candidats une série de propositions (l’Appel des 3 000), sur lesquelles les candidats ont été appelés à se positionner. Seul grand absent de ce grand oral, l’UMP, qui, faute de candidat déclaré, a dû se contenter de la présence de la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, venue défendre le bilan de Nicolas Sarkozy. « Avec le Grenelle de l’environnement, il est probablement le président de la Ve République qui a le bilan le plus solide en matière d’environnement », a-t-elle dit devant la presse.
Ci-dessous les extraits des discours prononcés par les sept candidats devant le Congrès de FNE :
François Hollande
C’était l’occasion notamment pour François Hollande de décliner une quasi-profession de foi « verte » deux jours après avoir présenté ses « 60 engagements pour la France ». Le candidat PS à la présidentielle a proposé « un grand débat citoyen » sur l’énergie qui aboutirait à la présentation devant le Parlement d’une « loi de programmation de transition énergétique ». « Ce débat prendra le temps qu’il faudra, six mois, un an si nécessaire (...) Le parlement votera ensuite la loi de programmation de transition énergétique avec trois grands principes, qui seront sécurité, indépendance et emploi ». François Hollande a aussi rappelé son intention de baisser de 75 % à 50 % d’ici 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité et de fermer « dans le quinquennat » la centrale de Fessenheim. François Hollande s’est également engagé à « ouvrir une conférence environnementale qui prévoira un agenda, des priorités et des moyens », s’il est élu président de la République. « Je prends l’engagement d’ouvrir un dialogue environnemental au même niveau que le dialogue social. »
- Lire les 60 engagements de François Hollande
Jean-Luc Mélenchon
Pour le leader du Front de gauche, le nucléaire est une question « compliquée », trop peut-être pour s’avancer franchement sur le sujet. « Je ne prétends pas imposer, il faut s’en remettre au seul maître, le peuple, pour qu’il tranche », a-t-il suggéré, en lançant l’idée d’un referendum sur l’énergie nucléaire. Sauf qu’à titre personnel, Mélenchon l’avoue : il est « favorable à la sortie du nucléaire ». « J’ai entendu François Hollande adhérer à la fermeture des centrales en fin d’âge », a-t-il ajouté, mais « ou bien une centrale est dangereuse, ou pas ! » Il s’est dit par ailleurs favorable à la « fin de la criminalisation des porteurs d’alerte écologique », comme les « faucheurs d’OGM ». Pour lui, « la politique qui est au coeur du Front de gauche, le partage des richesses, n’est pas contradictoire avec la politique écologique ». « L’ensemble des compartiments de la production peut être réorganisé autour du paradigme de l’écologie politique », a-t-il affirmé. « Le capitalisme vert n’existe pas », a lancé encore M. Mélenchon. « On ne fait pas d’écologie audacieuse sans rupture avec le productivisme et le capitalisme ».
- Lire le Programme du Front de gauche
Eva Joly
La candidate d’Europe Ecologie-Les Verts, lunettes rouges sur le nez, a défendu le projet des écologistes comme étant « le seul à apporter de vraies solutions à la crise ». Extrait de son discours : « Le combat que je mène depuis plusieurs années contre les paradis fiscaux protège aussi l’environnement, lorsqu’il s’agit d’empêcher la spéculation sur les marchés des matières premières, en particulier agricoles. C’est au nom de la protection du bien commun que je suis engagée avec les écologistes. Et j’ai la conviction que c’est la protection des biens communs que nous devons propulser au niveau mondial, européen et en France ».
« C’est cette parole que la France devra porter au 4e Sommet de la Terre, en Juin prochain, à Rio. Les premières négociations se sont déroulées cette semaine à New York dans une totale indifférence française. La parole de la France devra pourtant être forte. Nous devons créer enfin une Organisation Mondiale de l’Environnement et renforcer le poids de la société civile au niveau mondial. En définissant ensemble une économie verte qui nous permette de revisiter l’idée même du développement et de définir les nouveaux indicateurs de richesse, de bien-être, y incluant notamment la biodiversité. Nous vivons une crise sans précédent. Je pense que face à l’impasse du modèle économique dans lequel nous nous trouvons, pour des millions de Français l’environnement peut devenir la solution. »
« La crise n’est pas que financière. C’est aussi une crise sociale et écologique à laquelle nous devons mettre fin. Nous sommes aujourd’hui en ’déficit’ écologique et les inégalités se creusent. Ignorer cette réalité-là, c’est promettre aux Français des lendemains plus difficiles encore. Tel est mon engagement depuis maintenant plus de vingt ans, aller au-delà des constats établis et reconnus de tous pour répondre à une simple question : est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre et que nous voulons laisser en piètre héritage à nos enfants et nos petits enfants ? »
Parmi toutes ses propositions, Eva Joly milite pour la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement et pour la sortie du nucléaire en France.
- lire le texte du discours d’Eva Joly.
François Bayrou
« Je suis très sensible à la question de l’harmonie, qui n’est pas seulement technique ou liée à l’agriculture, mais qui doit exister entre les êtres humains et la nature au sein de laquelle ils vivent. Elle n’est pas seulement physique, pas seulement liée à la santé, mais aussi esthétique et spirituelle. Quelque chose qui est de l’ordre de la prise de conscience que cette nature et nous sommes, d’une manière certaine, interpénétrés les uns avec les autres. Nous avons des preuves à faire devant la fragilité et le danger dont des éléments de la nature qui nous entoure sont frappés », a estimé hier François Bayrou.
Son « premier objectif, symbolique, sera de faire de la survie des abeilles un objectif politique dans lequel les responsables publics doivent être engagés », a-t-il souligné sous les applaudissements de la salle. « Nous savons que plus de 50% de l’alimentation humaine dépend directement de la pollinisation. Or, 30% des espèces pollinisatrices sont aujourd’hui menacées. Les molécules pesticides troublent les systèmes neuro-transmetteurs des abeilles et menacent les colonies. Je crois que les abeilles sont des veilleurs, des témoins, des risques qui menacent aussi les êtres humains. Le varroa et le frelon asiatique nécessitent eux aussi une réponse et une aide des pouvoirs publics », a-t-il analysé.
Deuxième objectif : l’énergie. « On ne parle plus d’énergie, ou alors uniquement du nucléaire alors que le sujet doit être traité de façon beaucoup plus large. J’écoute avec beaucoup de soin ce que dit le GIEC sur les causes portées par l’activité humaine du réchauffement de la planète. Il est bon de souligner que c’est là que réside la première menace sur notre environnement. J’estime que l’objectif doit être la décarbonisation progressive et contrôlée de l’activité humaine, notamment par l’économie d’énergie ».
« Cela impose de réfléchir à l’énergie de manière différente. Regardons comme une énergie de transition le nucléaire, en attendant que se précisent les promesses – que je crois réelles – qui tiennent aux énergies renouvelables et non polluantes : l’éolien, le photovoltaïque, etc. Cette stratégie doit être contrôlée par des organes indépendants du pouvoir politique, au sein desquels les associations auraient toute leur place », a-t-il poursuivi.
- Voir le site de François Bayrou
Corinne Lepage
En ce qui concerne la question énergétique, Corinne Lepage propose le programme SOLEIL, Solutions Energétiques pour des Investissements de Long terme. « Ce programme lie un fonds dédié, bloqué sur 30 ans et alimenté par une partie des subventions aujourd’hui allouées au pétrole, une partie de la rente nucléaire et l’épargne de tous ceux de nos concitoyens qui souhaiteront investir pour leurs enfants. Ce fonds est accompagné d’un programme destiné à permettre le développement de la décentralisation énergétique en faveur des territoires, le financement de start-up dans le domaine de la sobriété de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, mais aussi le financement de grands projets de Solaire à concentration, de stockage de l’électricité ou d’énergies marines ».
« Sur la question de la transformation de l’économie, il est impératif de comprendre que nous ne sommes pas en crise mais que nous avons changé de monde. C’est donc la totalité de notre manière de produire et de consommer qui doit être revue pour permettre la création de valeur et d’emplois sur notre territoire et l’amélioration de notre patrimoine collectif à commencer bien entendu par l’humain c’est-à-dire la santé, l’éducation, les conditions de vie. C’est la raison pour laquelle il est impératif de disposer comme le fait aujourd’hui la Grande Bretagne et comme le permettrait les travaux de la commission Stiglitz d’une comptabilité globale, d’indicateurs de soutenabilité et d’un indice d’évolution du patrimoine commun qui serait présenté en même temps que le PNB. Cela permettrait de juger de l’efficacité des politiques publiques et de créer un véritable mouvement d’optimisme en faveur de la progression du bien commun. »
« Cela continue par la dynamisation de l’activité économique pour créer de la valeur et des emplois. Les emplois d’aujourd’hui et de demain se trouvent non seulement dans les nouveaux secteurs des éco technologies et des énergies renouvelables, de la chimie verte, de l’agriculture durable. L’exemple allemand est probant. Ils se trouvent aussi dans la transformation de nos industries traditionnelles, car ce sont celles qui ont engagé la révolution de la soutenabilité qui peuvent prétendre à la pérennité et à la création de richesses nouvelles. De nombreuses entreprises, PME innovantes, start-up, mais aussi coopératives et mutuelles du monde de l’économie sociale et solidaire ont déjà fait ce choix. Mais, notre pays est en train de passer à côté de la 3e révolution industrielle que décrit admirablement Jérémy Rifkin dans son dernier ouvrage, révolution qui joint l’énergie et les NTIC. Les multinationales qui décident de tout dans notre pays, ont fait un choix contraire en raison en particulier du tout nucléaire et la politique industrielle actuellement poursuivie - si tant est qu’on puisse parler de politique industrielle - est à proprement parler suicidaire. Dans mon ouvrage La vérité sur le nucléaire j’ai analysé les raisons de la nécessité économique autant que de sécurité de sortie rationnelle du nucléaire. C’est donc dans ces nouveaux marchés de la transition énergétique et écotechnologique qu’il convient d’investir massivement en fléchant l’épargne des Français pour leur permettre grâce à la transparence sur l’utilisation de leurs fonds par les établissements financiers de choisir d’investir dans le local et le long terme. »
- Lire le discours de Corinne Lepage et des éléments de son programme.
Hervé Morin
« Ce silence, sur l’écologie en France pourrait se résumer selon moi par une phrase : crise au balcon, environnement à l’abandon. Et cela nous permet de toucher du doigt que la fameuse transition écologique que nous appelons tous de nos voeux, et vous plus encore – respectueuse de la planète et des terriens que nous sommes – elle sera difficile ; et c’est là où l’on voit que l’écologie est encore quelque chose de très fragile chez nous : des déficits qui grimpent, un taux de chômage qui augmente, un triple A qui disparaît et hop c’est l’écologie qui passe à la trappe. Et bien moi je veux affirmer que l’environnement n’est pas l’ennemi de la dette. Je suis venu vous dire que l’environnement n’est pas l’ennemi de l’emploi. Je suis venu vous dire que l’environnement n’est pas l’ennemi de la croissance. »
- Lire le programme de Hervé Morin.
Dominique de Villepin
- Consulter le site de Dominique de Villepin.
Le Contrat environnemental
France Nature Environnement a élaboré une suite de mesures majeures pour préparer un avenir souhaitable pour l’homme, un avenir riche de biodiversité, de prospérité et de liens humaines. L’objectif de l’ONG : présenter aux candidats aux élections présidentielles et législatives des solutions réalistes et réalisables pour sortir des crises écologique et économique, qui pourront être mises en œuvre dès le début du prochain quinquennat. Indépendante de tout parti politique, France Nature Environnement souhaite que chaque candidat s’engage sur la voie du Contrat environnemental.
Ces propositions ont été construites et sont portées par des militants bénévoles issus des 3000 associations de terrain qui composent la fédération. Elles sont issues d’un processus de consultation qui a débuté au printemps 2011.
L’écologie est un combat
« L’écologie, à vrai dire, n’a jamais avancé par un jeu spontané des institutions politiques – Etat, partis, médias. C’est la lutte tenace de citoyens dévoués sur le terrain qui a fait avancer les choses et les esprits »
L’atmosphère de la campagne électorale ne peut que désespérer les citoyens conscients de la gravité de la crise écologique. Lors de son émission télévisée du 26janvier, François Hollande n’a pas eu un seul mot ou pensée sur un sujet environnemental.
On n’entend pas davantage les autres candidats sur ce thème, comme s’ils avaient tous intégré la parole de M.Sarkozy, le 6 mars 2010 :« Toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire. » Les candidats, au demeurant, ne sont pas seuls responsables de ce déni. Les journalistes aussi y ont leur part.
Ainsi, lors de l’émission « Des paroles et des actes », le 12 janvier, Jean-Luc Mélenchon a évoqué par trois fois la question écologique. N’aurait-il pas été intéressant de titiller à ce sujet un homme issu de la gauche traditionnelle, allié à un parti historiquement productiviste et nucléariste, le Parti communiste français ? Mais pour les éminences médiatiques, l’environnement ne fait pas partie des questions sérieuses.
Changement climatique, étalement urbain, rôle des produits chimiques sur la santé, plantes transgéniques, transports collectifs, économies d’énergie, déchets nucléaires, autant de thèmes absents du discours politique – et même des programmes.
Par exemple, les « engagements pour la France » de M.Hollande sont lacunaires en ce qui concerne l’environnement, et, pour ce qu’ils en disent, ils pourraient être repris mot pour mot par M.Sarkozy, à la seule différence près du passage à 50 % de la part du nucléaire.
Selon Denis Baupin, élu d’Europe Ecologie-Les Verts, l’aphasie du discours politique s’explique ainsi : « Les politiques classiques veulent annoncer des lendemains qui chantent. Or, l’analyse de la situation écologique, surtout quand on n’a pas de grille de contre-propositions, leur apparaît probablement incompatible avec une bonne campagne. »
Cette explication est convaincante. Mais sans doute partielle : car l’obsession croissanciste et la solidarité avec les intérêts dominants expliquent aussi ce vide politique.
L’écologie, à vrai dire, n’a jamais avancé par un jeu spontané des institutions politiques – Etat, partis, médias. C’est la lutte tenace de citoyens dévoués sur le terrain qui a fait avancer les choses et les esprits. Il en ira de même à l’avenir, et l’on suivra donc avec attention la chaîne humaine contre le nucléaire le 11 mars, et la manifestation du 24 mars contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
www.nicolas-sarkozy2012.fr est à vendre - mais personne n’en veut
Le nom de domaine www.nicolas-sarkozy2012.fr, acheté 5,82 €, n’a trouvé aucun acheteur. Il ne vaut plus rien. Il sera donc tout prochainement rendu à son propriétaire légitime, pour la modique somme de 1 euro (TVA à 21,2% comprise)
Monsieur le président,
Paris, le 1er février 2012
A l’attention de Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République Française 55, Rue Saint Honoré 75007 Paris
Partisan d’une main invisible du marché qui libère l’économie en étouffant le peuple, j’ai déposé, il y a quelques mois, le nom de domaine www.nicolas-sarkozy2012.fr en espérant en tirer un profit substantiel. J’ai le regret de constater que les 5,82 euros que j’ai dépensés pour acquérir ce nom de domaine n’atteignent même plus la valeur dudit site aujourd’hui. Votre côte de confiance durablement en berne rend la revente de ce nom de domaine très aléatoire.
Même si votre candidature ne fait plus guère de doute, votre tendance à alterner de trop nombreuses séquences d’agitation permanente avec de non moins nombreuses périodes d’annonces sans lendemain a fini par rendre votre candidature durablement impopulaire.
La duplicité érigée en mode de gouvernance, et ce afin de satisfaire les appétits des puissants, crée une défiance légitime et durable à votre endroit. Le bling-bling s’est progressivement démonétisé et je ne puis que constater que mon investissement était tout bonnement surévalué. Bien mal m’en a pris d’avoir misé sur votre nom... J’aurais pourtant du m’en douter. En effet, Rolex, Fouquet’s et Disneyland ne peuvent durablement se substituer à notre triptyque républicain « liberté, égalité, fraternité ».
Par la présente, je vous propose donc de vous transférer, pour la modique somme de un euro (TVA fixé à 21.2% incluse...), ce nom de domaine.
Je me tiens à votre entière disposition pour effectuer les démarches nécessaires à ce transfert.
Vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à cette proposition, je vous prie d’agréer, Monsieur le président, l’expression de mes salutations écologiques.
Les antinucléaires de Valognes convoqués devant la justice
Le 23 novembre 2011, environ 500 personnes se réunissent près de Valognes, dans la Manche, à l’occasion du passage d’un train transportant des déchets nucléaires hautement radioactifs destinés à être stockés en Allemagne, dans le but d’exiger l’arrêt immédiat du nucléaire, appelant à une mobilisation populaire massive, à l’image de celle à l’œuvre outre-Rhin. Rassemblements, actions directes de déballastage, marches, clowns, communiqués aux médias, autant de formes d’action différentes menées en parallèle qui ont prouvé que chacun peut trouver sa place dans cette lutte, pour un harcèlement permanent d’Areva, EDF SA et leurs petits copains du gouvernement. Malgré le fait que le convoi était avancé de 24h nous avons réussi tous ensemble à retarder le train de quelques heures et sur l’ensemble du trajet jusqu’en Allemagne, il n’a jamais pris autant de temps !
De dépit, les CRS ont embarqué une vingtaine de personnes et deux d’entre elles sont convoquées mardi 31 janvier ainsi que 4 le 7 février, à Cherbourg, pour des motifs aussi absurdes que vol de canette de soda, ports d’opinel et de matériel de foresterie (haches) à 20km du rassemblement, et également présence sur les voies ferrées et refus de prélèvement ADN. Nous souhaitons les soutenir et vous inviter à rejoindre la lutte, alors que nous nous apprêtons à commémorer l’anniversaire de l’explosion de la centrale de Fukushima le 11 mars 2012.
30 % de construction en plus ? Davantage d’étalement urbain, selon les ONG écologistes
Autoriser la construction de 30% de logements supplémentaires, comme le souhaite Nicolas Sarkozy, est une mesure « déraisonnable », selon plusieurs associations écologistes, qui y voient une façon d’encourager l’étalement urbain.
« Augmenter la constructibilité et l’étalement urbain, c’est déraisonnable », dénonce Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE, représentant 3.000 organisations).
Le président Sarkozy [dans son intervention télévisée du 29 janvier] entend relancer le secteur du bâtiment et lutter contre la pénurie de logements en relevant, pour trois ans, de 30% les droits à construire sur les habitations et en libérant des terrains publics.
Résultat : « On va densifier partout (...) et il y a des rues de Paris où il va faire nuit la journée », ironise-t-on chez FNE.
En France, tous les sept ans, l’équivalent d’un département est déjà « artificialisé », c’est-à-dire retiré de son état naturel forestier ou agricole pour en faire des surfaces bâties (parking, routes, habitations) ou non (espaces verts, équipements sportifs), rappelle Benoît Hartmann.
L’annonce de Nicolas Sarkozy revient, ajoute-t-il, à généraliser un « bonus » existant déjà pour « les logements écologiques ». Dans la loi Grenelle 2 votée en 2010, ces 30% supplémentaires par rapport au COS (coefficient d’occupation des sols) sont réservés aux constructions « satisfaisant à des critères de performance énergétique élevée ou alimentées à partir d’équipements performants de production d’énergie renouvelable ou de récupération ».
« Le fait d’élever le COS n’est pas, en soi, une mauvaise nouvelle. Mais la bonne idée peut rapidement devenir une fausse bonne idée », met en garde l’avocat spécialisé sur l’environnement Arnaud Gossement.
Pour être efficace, estime-t-il, « il faut que le COS soit conditionné à la lutte contre l’étalement urbain et à un engagement environnemental dans la ville, en préservant des espaces pour la biodiversité. »
« Renoncements »
La Ligue ROC, de son côté, s’inquiète aussi pour la biodiversité : « Il y a des friches urbaines qui font des dents creuses et qui peuvent constituer un refuge de biodiversité au sein d’une ville densément bâtie... Il faudrait peut-être les garder », souligne Christophe Aubel, directeur de l’association, en appelant à faire un « diagnostic » territoire par territoire.
La « trame verte » pour la préservation des milieux naturels terrestres et la « trame bleue » pour les milieux aquatiques, créées par le Grenelle, pourraient aussi pâtir du nouveau plan, ajoute-t-il.
Plutôt que de construire toujours plus de logements, les organisations écologistes préconisent de réhabiliter les logements anciens aux piètres performances énergétiques. « Si on veut générer des emplois, lançons-nous dans la réhabilitation ! » propose Benoît Hartmann.
Pour Alain Thomas de l’association Bretagne Vivante, particulièrement sensible à la question des « capacités de l’agriculture » avec des surfaces toujours plus réduites, l’annonce de Nicolas Sarkozy « rejoint une longue liste de renoncements du gouvernement aux principes mis en avant lors du Grenelle ».
A l’inverse, les agriculteurs de la FNSEA se sont félicités dans un communiqué de « la redensification des villes », qui « peut permettre probablement de réduire l’artificialisation des sols et de protéger finalement le foncier agricole ».
Paris soutient les sables bitumineux
« Sans le crier sur les toits, la France a rejoint la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l’Italie parmi les principaux adversaires d’une pénalisation des sables bitumineux. »
La France a mis fin à son soutien à une directive européenne qui vise à désigner les sables bitumineux canadiens comme la forme de pétrole de loin la plus néfaste pour le climat, a-t-on appris auprès de diverses sources proches du dossier.
Adoptée en avril 2009, cette directive sur la qualité des carburants « tarde depuis à être mise en œuvre » (comme il est pudiquement écrit dans les dépêches d’agences de presse). La plupart des pays européens soutiennent ce texte, qui doit aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Parmi ses adversaires figurent notamment la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Italie et, désormais, la France (mais avec une certaine discrétion, comme on va le voir...) [Petit rappel sur les sables bitumineux (1)].
Soutenant jusqu’ici à la directive sur la qualité des carburants, la France s’est exprimée le 2 décembre contre la définition d’une valeur d’émissions de gaz à effet de serre spécifique aux sables bitumineux, lors d’une réunion d’un comité d’experts européens. Une position qui revient à vider la directive de son sens. Selon plusieurs sources au sein de l’administration, la ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, en désaccord avec cette position, a réclamé un nouvel arbitrage à Matignon, qui n’a rien voulu savoir.
Depuis, le gouvernement français a demandé à la Commission européenne une étude sur le coût économique de la mise en œuvre de la directive, d’après des sources au ministère de l’écologie et à Matignon. Cette initiative devrait retarder encore pendant des mois l’application éventuelle d’un texte adopté il y a trois ans déjà.
Sans le crier sur les toits, la France a donc rejoint la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l’Italie parmi les principaux adversaires d’une pénalisation des sables bitumineux. Et quelles sont les compagnies pétrolières européennes qui ont le plus investi dans la destruction d’une partie de la forêt boréale canadienne ? La compagnie britannique BP, la compagnie néerlando-britannique Shell et la compagnie française Total. Comment ça, vous n’êtes pas surpris ?
Les Amis de la Terre et Greenpeace France, qui suivent de près le dossier, affirment avoir eu vent d’un lobbying intense (et manifestement efficace) mené par Total auprès du ministre de l’industrie et de l’énergie, Eric Besson.
[ J’ai failli oublier les causes probables de l’hostilité italienne ! La compagnie pétrolière italienne ENI a renoncé aux sables bitumineux du Canada pour des raisons de coût. Elle s’apprête cependant à lancer un projet pilote d’exploitation de ces sables, mais cette fois dans la forêt tropicale du Sud du Congo-Brazzaville, malgré-les-protestations-des-écologistes-qui-s’inquiètent-pour-la-biodiversité (blablabla).
Ce n’est certainement pas le gouvernement français ni Total, grands alliés du potentat local, Denis Sassou-Nguesso, qui risquent de freiner ce nouveau développement industriel prometteur. ]
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Notes :
(1) Les sables bitumineux, c’est quoi ? Petit rappel. La chaîne Arte diffuse le 30 janvier un documentaire produit par Greenpeace intitulé « Petropolis », qui montre comment la forêt canadienne est « violée » pour en extraire les sables bitumineux. En dix ans, ce pétrole lourd très polluant a fait du Canada un producteur de pétrole de premier plan, et l’un des pays sur Terre dont les émissions de gaz à effet augmentent le plus vite.
Les sables bitumineux du Canada constitueraient des ressources en hydrocarbures équivalentes aux réserves de brut de l’Arabie Saoudite. Le responsable de Total au Canada indique que ce pétrole non-conventionnel est devenu indispensable pour faire face à la demande mondiale, au moment où les réserves de pétrole conventionnel parvenues à « maturité » sont de plus en plus difficiles à remplacer. Les sables bitumineux du Canada forment déjà la première source d’approvisionnement des Etats-Unis en pétrole.
Mais les sables bitumineux sont aussi le mode de production d’hydrocarbures le plus nocif pour l’environnement, et, en particulier, le plus lourdement émetteur de gaz à effet de serre. S’ils continuent à être exploitée, les sables bitumineux équivalent à un « game over pour le climat », d’après le climatologue de la Nasa James Hansen. Cette source de brut est qualifiée de « shoot ultime pour les junkies du pétrole » dans une tribune publiée ce mois-ci par la revue scientifique Nature.
Coexistence des OGM : un sacré mêli-mêlo scientifico-politique
Le récent avis de la Commission scientifique du Haut conseil des biotechnologies a suscité une vive controverse. C’est que s’y mêlent inextricablement considérations techniques et sociales - comme dans la querelle même des OGM. Mais le comité scientifique n’a-t-il pas été instrumentalisé par le gouvernement pour trouver une « base scientifique » au moratoire sur les cultures transgéniques ?
Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a été saisi le 23 septembre 2010 par les Autorités compétentes françaises (le Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche) d’une demande d’avis sur la définition des conditions techniques relatives à la mise en culture, la récolte, le stockage et le transport des végétaux génétiquement modifiés visant à éviter la présence accidentelle d’OGM dans d’autres productions. La délibération et rédaction du document a duré environ 12 mois.
De manière générale, l’avis du CS [comité scientifique] du HCB suit une bonne méthodologie scientifique et les conclusions sont conservatrices mais justifiées. Par exemple, l’avis fournit une bonne discussion de la situation des flux des gènes (transfert horizontal) pour les 4 cultures abordées (pomme de terre, soja, betterave sucrière et maïs). Le rapport considère également les sources possibles d’une présence fortuite, un préalable nécessaire pour définir ces conditions de coexistence.
Le CS du HCB a aussi bien fait de souligner l’importance critique des présences fortuites d’OGM dans les semences non-OGM, on ne peut en effet au final guère espérer aboutir en production à un seuil inférieur à celui des semences, que les plantes soient allogames ou autogames. Rappelons à ce propos que la Commission Européenne s’est penchée sans succès sur cette question depuis plus de 10 ans, sans jamais pouvoir arriver à la moindre conclusion face à l’interférence politique des Etats membres et ceci malgré un avis du Comité scientifique des plantes de 2001 sur les propositions communautaires.
En revanche, plusieurs points importants manquent de rigueur et de bases scientifiques, ce qui est dommageable pour un Conseil scientifique :
1) Les valeurs des seuils
Le seuil de tolérance pour la présence fortuite ou techniquement inévitable utilisé pour l’étiquetage est de 0.9% (règlement 1829/2003/CE). Le CS du HCB oublie de rappeler que ce chiffre est fondamentalement arbitraire, fixé par les politiciens pour des considérations tant économiques que psychologiques, et ne repose sur aucune base scientifique, comme le démontrait l’éditorial de Nature Biotechnology, ‘‘The numerology of idiocy’’, Nat. Biotechnol. 19 (2002) 319. Ce chiffre de 0.9% est tellement entré dans nos mœurs depuis 2002 que nous avons tendance à oublier son origine.
Au Japon, le seuil pour l’étiquetage est de 5%. Malgré que ce chiffre ait été fixé pour satisfaire les importateurs japonais de maïs, il est intéressant de souligner que l’Union européenne (UE) aurait pu s’éviter beaucoup de difficultés en suivant l’exemple du Japon. La même critique, d’absence de base scientifique, s’applique au seuil de 0,1% préconisé pour l’étiquetage « sans OGM » (Décret français « sans OGM » en préparation). Cette valeur a également été recommandée de manière arbitraire par le Comité Economique, Ethique et Social (CEES) du HCB.
L’origine de cette valeur (sans parler de sa justification) provient tant de préconceptions du CEES et de la limite de quantification des protocoles de PCR quantitatives de routine. Avant cet avis il était imaginable de penser, naïvement, que « sans OGM » signifierait réellement sans OGM, avec un seuil de tolérance zéro.
2) Unité de mesure
Comme constaté en introduction, l’avis du HCB fait preuve de peu d’innovation et d’imagination. Une exception concerne pourtant l’unité de mesure des OGM recommandée dans cet avis. L’unité de mesure a été le sujet de beaucoup de discussions (résumées dans Davison et Bertheau 2007, CAB Reviews : Perspectives in Agriculture, (2007) Vol 2 N°007, 1-12 ; Davison, 2010, Plant Science 178 (2010) 94–98) et a été finalement définie, au niveau communautaire, comme suit :
« Pourcentage d’ADN génétiquement modifié : nombre de copies d’ADN génétiquement modifié rapporté au nombre de copies d’ADN spécifique du taxon cible, exprimé en pourcentage et calculé sur la base des génomes haploïdes. »
Malgré les nombreuses difficultés que peut induire une telle définition, celle-ci (généralement connue sous le nom de HGE ou haploid genome equivalent) est l’unité utilisée de facto par les autorités compétentes dans tous les pays membres de l’UE pour le contrôle des importations, à la fois pour des avantages techniques de modularité, que pour sa capacité d’utilisation fiable tout au long des filières, c’est-à-dire de la semence au rayon de supermarché, donc sans rupture de mesurage.
Dans son rapport, le CS du HCB propose de changer l’unité de mesure pour les OGM pour la coexistence : le CS du HCB propose d’utiliser une mesure de la présence relative de grains/racines/tubercules GM dans d’autres productions, calculées en utilisant l’unité de mesure en vigueur affectée d’un facteur de correction qui prendrait en compte l’identité des OGM cultivés dans le voisinage de la parcelle testée.
La justification, à un tel changement de « paradigme », du CS du HCB pour cette décision est la suivante : Dans le cadre de cette saisine sur la coexistence des cultures, la teneur en OGM est entendue par le CS comme une mesure de la présence relative de graines, racines ou tubercules GM dans d’autres productions, quelle que soit la nature de la modification génétique de ces produits. Ces produits sont en effet soit GM, soit non GM ; la nature de leur modification génétique (notamment le nombre d’inserts transgéniques) ne les rendra pas plus ou moins GM.
Alors que cette dernière phrase peut aisément se comprendre pour la coexistence, elle risque d’être vivement critiquée par les groupes anti-OGM qui mélangent à tort coexistence et sécurité des aliments, quand en réalité l’objectif de la coexistence est bien d’ordre économique (un fait qui est bien expliqué dans l’avis du CS du HCB).
La sécurité des aliments est évaluée par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) et les instances d’évaluations nationales et, sans avis positif de l’EFSA, les OGM ne peuvent pas être commercialisés. Il va sans dire que, pour la sécurité alimentaire, un organisme génétiquement modifié avec plusieurs inserts transgéniques est très différent d’un organisme avec un seul insert (et encore plus quand les inserts sont différents, comme dans le cas des gènes empilés).
L’avis du CS du HCB indique qu’un changement d’unité de mesure s’impose surtout pour faciliter la culture des OGM empilés, dont la proportion dans les cultures OGM s’accroît fortement dans le monde et apparaît donc comme la tendance forte de l’agriculture. Des OGM empilés récemment commercialisés aux USA peuvent contenir jusqu’à 8 inserts différents. Si l’unité de mesure retenue en coexistence restait l’HGE, comme recommandé par la Commission européenne (CE), il serait quasiment impossible de rester sous le seuil de 0,9%, et encore moins de 0,1%, à moins de recourir systématiquement à des zones dédiées de production, OGM ou non-OGM, comme le soulignait le programme européen Co-Extra dans ses conclusions en 2009.
Un membre du CS du HCB a émis une opinion divergente puisque l’unité de mesure proposée par le CS introduit un double standard entre la coexistence (quantification en grain / racine / tubercule), et la filière en aval qui doit continuer à utiliser la définition standard de la CE (calculée sur la base HGE).
On pourrait résumer la critique de cette rupture dans les unités de mesure utilisée au long des filières comme le refus de ce membre du CS de voire casser le thermomètre pour faire baisser la température du malade.
Ce double standard d’unités n’existe pas dans les autres Etats membres qui continueront à utiliser la définition HGE, laissant ainsi la France seule avec sa définition basée sur grain/racine/tubercule. Le changement d’unité français induirait dès lors une rupture du marché unique européen.
Finalement, cette position du CS du HCB entre en conflit avec un article de synthèse (issue du projet Co-Extra) sur les gènes empilés, de Taverniers et al. (Environ. Biosafety Res. 7 (2008) 197–218 2009), non repris dans la bibliographie de l’avis du CS, qui proposait que : "The haploid genome equivalent is proposed as the prevailing unit of measurement at all stages throughout the chain, in order to ensure that terminology and definitions of gene stacks are adapted to analytical detection, traceability, and compliance with EU regulations".
D’une difficulté technique patente, issue de l’effet de l’unité de mesure et de son effet sur la mesure des contenus en OGM empilés, on aboutit donc à une incohérence en traçabilité et à une fragilisation des marchés qui ne peut que réactiver la polémique sur les OGM.
3) Incertitudes de mesure
La quantification d’OGM dans un silo ou cargaison est assujettie à des incertitudes de mesure, prises au sens large par le CS du HCB. Le CS du HCB rappelle très opportunément que ces incertitudes de mesure ont de multiples causes (erreurs de reproductibilité inter-laboratoires, erreurs d’échantillonnage) et qu’elles peuvent être énormes en comparaison à la quantité d’OGM à mesurer. Une difficulté rencontrée dans d’autres domaines de l’analyse, alimentaire ou non, et qui augmente drastiquement avec le passage d’un seuil de 0,9% à 0,1%. Ayant discuté les incertitudes de mesure d’une manière logique et scientifique, le CS du HCB décide – illogiquement - de :
ne pas prendre en compte les incertitudes de mesure liées aux opérations de contrôle, car elles dépendent de choix méthodologiques et de l’interprétation des tests qui ne sont pas directement liés aux facteurs affectant directement la présence fortuite. Pourtant, les incertitudes de mesure accompagnent toute mesure scientifique, que ce soit en recherche fondamentale ou appliquée aux analyses alimentaires, et seules la connaissance et la prise en compte de ces incertitudes de mesure permet de déterminer si des résultats sont scientifiquement valides.
Etendue aux études de coexistence, cette prise de position du CS du HCB signifierait que les études de flux de gènes– quasiment toutes basées sur l’unité graine - ne doivent pas prendre en compte les faux positifs et faux négatifs. Une position non scientifique inattendue pour un conseil scientifique.
Conclusions
L’avis du CS du HCB a suivi la demande de la saisine de l’autorité compétente (dans ce cas le Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de le pêche) et ne peut pas être directement critiqué de considérer le seuil 0,9% (étiquetage au niveau de l’UE) et le seuil 0,1% « sans OGM » d’un décret en préparation. Mais il aurait fallu rappeler que le premier seuil était avant tout une décision politique de la CE, sans base scientifique, et que le dernier seuil est issu directement du CEES du HCB donc basé sur des considérations socio-économiques.
Le CS du HCB propose d’introduire une nouvelle unité de mesure des OGM qui serait uniquement valable en France, uniquement utile pour la coexistence, et qui serait utilisée en parallèle avec l’unité communautaire pratiquée ailleurs, pour le commerce, en Europe et en France. Ceci pourrait apparaître comme un choix politique qui peut poser plus de problèmes qu’en résoudre pour la coexistence des filières.
Le CS du HCB propose enfin de ne pas se préoccuper des incertitudes de mesure liées aux opérations de contrôle. Il faut se souvenir que les incertitudes de mesure et d’échantillonnage sont énormes comparées aux valeurs d’OGM à mesurer. Mais sans prise en compte des incertitudes de mesure, il nous faut rappeler au CS qu’il est inutile de mesurer.
Finalement, il faudrait sans doute aussi se demander pourquoi les autorités compétentes posent ces questions au HCB, alors qu’ils connaissent les réponses depuis longtemps ? Notamment que la coexistence est possible pour un seuil (CE) de 0,9% (avec des précautions bien connues comme on peut le voir dans les règles de coexistence adoptées par d’autres états membres) mais difficile (voire impossible) pour un seuil (français) « sans OGM » de 0,1%, à moins de recourir systématiquement aux zones de production dédiées, OGM ou non-OGM, comme le soulignait déjà le projet Co-Extra.
Pour comprendre cette demande, il faut sans doute rappeler que :
1) Les OGM ne sont plus cultivés en France depuis février 2008 et que le gouvernement a récemment déclaré que ce moratoire serait poursuivi. La France n’a donc fondamentalement pas besoin de règles de coexistence, ni d’un avis du HCB.
2) Ce moratoire n’est pas conforme à la loi française (Conseil d’État, janvier 2011), ni à la législation européenne (Cour de justice européenne, septembre 2010), ou aux accords internationaux comme ceux de l’OMC. La France s‘est donc volontairement mise en position d’Etat hors-la-loi.
3) La France avait invoqué, pour le moratoire de 2008, une clause de sauvegarde qui a été rejetée par la Cour de justice européenne. Pour justifier le maintien de son moratoire, la France doit donc chercher de nouvelles bases à sa nouvelle clause de sauvegarde.
Il est donc probable et logique de se demander si la saisine du HCB n’est pas une tentative pour trouver une base « scientifique » pour cette clause de sauvegarde, qui pourrait ainsi se baser sur les nouvelles recommandations de la CE en matière de coexistence, instaurant la possibilité de créer des zones « sans OGM » sur de vastes territoires.
En conséquence, (i) si le CS du HCB avise les autorités compétentes qu’un seuil de 0.1% (« sans OGM ») est « impossible » et (ii) si le gouvernement publie le décret prévu pour un seuil du « sans OGM » à 0,1%, de facto (iii) la culture des OGM en France sera incompatible avec le décret "sans OGM" et le gouvernement aura, au final, une « bonne raison scientifique » pour maintenir son moratoire en instaurant le « sans OGM » sur l’ensemble du territoire.
Naturellement le grand perdant d’une telle situation serait le CS du HCB dont l’indépendance et la crédibilité scientifique seraient mises à mal. Le CS du HCB serait dès lors perçu comme un simple instrument du pouvoir politique.
Faut-il avoir peur du panga ?
Le panga est un poisson d’aquaculture élevé surtout au Vietnam. Il est largement exporté, notamment vers l’Europe. Mais sur le net circule un message mettant en cause son inocuité et son impact écologique.
Apprécié en Suisse, notamment en raison de son prix, le panga est pourtant sous les feux de la critique. En cause : son coût écologique et une méthode d’élevage susceptible de couper l’appétit de nombreux consommateurs.
Faut-il bannir le pangasius, aussi appelé panga, de nos assiettes ? Ce poisson d’eau douce, élevé en masse au Vietnam, attire les foudres de nombreux groupes et est la cible de véritables campagnes de dénigrement sur internet.
Dans les barquettes vendues en supermarché, ainsi que sur les étals des poissonniers, le panga est tout beau, tout blanc, coupé en filet, sans arêtes et surtout très bon marché. Ces raisons expliquent l’engouement provoqué par ce poisson que les Suisses consomment en grande quantité.
Cependant, le panga parcourt 9 000 kilomètres avant de finir dans nos assiettes et son bilan écologique est lourd. Mais surtout, ses conditions d’élevage ont de quoi choquer certaines sensibilités. Utilisation d’hormones fabriquées à base d’urine de femme enceinte et d’antibiotiques, concentration très dense des élevages et alimentation à base de farine de poisson sont au nombre des critiques qui visent ce poisson asiatique.
Cependant, les contrôles réalisés sur des échantillons vendus en Suisse aboutissent à des résultats parfaitement conformes aux règlements européens. Le panga est donc jugé propre à la consommation.
Intervenants : Nathalie Rochat, porte-parole de l’Office vétérinaire fédéral, et François Chartier, responsable pêche et surpêche chez Greenpeace France.
L’Ecologiste
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Rédaction : BP 1 - 03160 Ygrande. Tél. 04 70 66 25 43 Fax. 04 70 66 29 12. Abonnements, commande de livres et de numéros : 18-24 quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19
Le gouvernement prépare-t-il la culture des OGM ?
Par un projet d’arrêté ministériel déposé à la Commission européenne, le gouvernement semble avaliser la culture prochaine des OGM, en minimisant les contraintes de coexistence avec les cultures conventionnelles.
Le gouvernement français vient de notifier à la Commission européenne son projet d’arrêté concernant la coexistence des filières OGM et non OGM. La Commission européenne a un délai de trois mois pour invalider cet arrêté. Passer ce délai, il sera considéré comme compatible avec le droit européen.. Cet arrêté, signé Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, fait suite à l’avis du Haut conseil des biotechnologies (HCB), présenté début janvier, mais n’en suit pas du tout l’esprit.
Le Comité scientifique (CS), dans son avis du 15 décembre 2011, avait proposé des solutions techniques pour permettre la coexistence des f9ilières GM et non GM dans deux cas : celui du respect du seuil européen sur l’étiquetage des produits contenant des OGM (>0,9%) et celui du respect du seuil proposé par le HCB pour définir le « sans OGM » (<0,1%). Ces propositions ont été transcrites dans un projet de décret qui devrait être publié au Journal officiel dans les jours à venir...
Or, le projet d’arrêté sur la coexistence ne prévoit que le cas de respect du seuil de 0,9%, rendant alors très difficile l’application pratique du futur décret sur l’étiquetage des produits « sans OGM ». En effet, sans l’expliciter précisément, le projet d’arrêté reprend, notamment pour la culture de maïs génétiquement modifié, les distances préconisées par le comité scientifique du HCB dans le cas du respect du 0,9% de présence fortuite de plantes génétiquement modifiées (PGM) dans un lot non GM : soit 50 mètres entre une parcelle GM et une parcelle d’une culture non GM interféconde ; soit « l’implantation, sur chaque bord concerné de la parcelle de maïs génétiquement modifié, d’une bordure d’une largeur minimale de 9 m constituée d’une variété de maïs non génétiquement modifié de classe de précocité identique à celle de la variété de maïs génétiquement modifié ».
Mais le CS proposait des conditions plus complexes, intégrant notamment le décalage des semis [1]. Et surtout le CS avouait dans son avis que le respect du 0,1% serait « extrêmement contraignant pour tous les opérateurs », obligeant quasiment à déterminer des zones de production GM et non GM.
Cependant le président du CS a évoqué lors d’une conférence de presse qu’il souhaitait que les arrêtés n’établissent pas de distance pour le maïs mais que cela se fasse par le biais d’utilisation d’un logiciel car « la dispersion pollinique est particulièrement sensible aux conditions environnementales ». Les conditions imposées par cet arrêté sont donc celles que l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) avait déjà proposées et qui avaient été adoptées par le gouvernement lors des précédentes cultures de maïs Mon810 (notamment en 2007) [2].
L’arrêté oblige aussi le nettoyage complet de tout matériel, notamment les moissonneuses, si des végétaux « non GM » sont traités après des PGM. Ce nettoyage risque d’être bien compliqué et très coûteux.
Arrêté versus décret
On cherche en vain l’objectif de seuil dans ce projet d’arrêté, car seul est défini un moyen (distance). La seule référence à un seuil se trouve dans le préambule qui évoque l’article L663-2 du Code rural et de la pêche maritime, selon lequel les règles de coexistence doivent « permettre que la présence accidentelle d’organismes génétiquement modifiés dans d’autres productions soit inférieure au seuil établi par la réglementation communautaire ».
Or, rappelons-le, la réglementation communautaire actuelle n’a fixé aucun seuil de présence d’OGM, celui de 0,9% étant un seuil d’étiquetage. En se basant sur ce dernier et uniquement sur lui, le Ministre de l’agriculture transforme ce seuil d’étiquetage en seuil de présence, dans un texte qui n’a pas à le faire, ce qui est d’autant plus dommageable que les textes règlementaires prévus par la loi doivent intervenir en principe afin d’en préciser les contenus techniques. Et ce, bien que le gouvernement français ait travaillé sur un projet de décret en Conseil d’Etat sur la définition du « sans OGM », décret notifié à la Commission européenne qui n’a rien trouvé à redire et qui est donc sur le point d’être publié au JO. Or, en cas de conflit entre deux textes, c’est le décret qui l’emporte sur l’arrêté.
En l’absence de précision sur un objectif d’un seuil dans cet arrêté, ce serait donc les seuils du décret qui pourraient s’appliquer. Mais concrètement, en cas de cultures de maïs GM en France, les agriculteurs qui cultiveront cette PGM seront soumis à des conditions de mise en culture définies par cet arrêté qui ne leur permettront pas de garantir le respect du décret sur le « sans OGM ». La justice devra alors trancher, mais l’objectif de la coexistence, qui est d’assurer la bonne entente entre voisins, semble d’ores et déjà perdu. Le comité éthique, économique et social (CEES) et le comité scientifique (CS), les deux composante du HCB, avaient évoqué l’importance de mettre en place une concertation et des négociations entre agriculteurs. Or cet arrêté ne parle pas de cet outil pertinent pour éviter les conflits et donc pour gérer la coexistence.
Contaminations : futurs litiges sur les responsabilités ?
Autre paradoxe : dans les considérants, le projet d’arrêté mentionne exclusivement l’avis du CS du HCB et non la recommandation du CEES... Certes, d’un point de vue strictement formel, d’après le Code rural, le gouvernement n’était tenu de consulter que le CS. Mais le CEES s’était aussi auto-saisi de cette question, considérant que la coexistence n’était pas seulement une affaire scientifique de distances mais engendrait, de fait, des questions d’organisation du territoire, de définition des responsabilités et de partage des coûts. Ces aspects ont donc été mis de côté par le gouvernement qui s’est contenté de reprendre les avis du CS sur les cultures de maïs, betterave, pomme de terre et soja pour ce qui concerne les distances en vue d’un seuil de contamination inférieur à 0,9%. De nouveaux arrêtés devront être pris si d’autres plantes génétiquement modifiées venaient à être autorisées à la culture sur le territoire européen ou si des PGM avec empilements de transgènes étaient autorisées. On notera qu’à l’heure actuelle, aucune betterave ni aucun soja ne sont autorisés à la culture en Europe...
Par ailleurs, et de façon surprenante, à l’heure où le monde de l’apiculture est en émoi à propos des OGM, le ministre ne daigne même pas évoquer ce sujet, laissant les apiculteurs pratiquement sans protection contre des contaminations très lourdes de conséquences pour eux et donc pour les végétaux, sauvages ou cultivés, pollinisés par les abeilles.
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Notes :
[1] Le CEES préconise en effet que dans le cadre de parcelle OGM et non OGM de même taille, pour garantir 0,1%, il faut « 100 m ou 50 m et 2 jours de décalage ou 20 m et zone tampon de 12 m et 2 jours de décalage ». Et dans le cadre de parcelle OGM plus grande qu’une parcelle conventionnelle, pour atteindre 0,9%, il propose une zone tampon de 12 mètres...
[2] Furet, A., Noisette, C., « FRANCE – Transposition par décret »
Le grand bond en arrière
Les enjeux environnementaux seront-ils absents de la campagne présidentielle ? « Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il semble bien que oui, sauf revirement spectaculaire et désormais inattendu. »
Mais où s’arrêtera-t-il ? Depuis deux ans, le président de la République semble avoir sonné la retraite en matière de protection de l’environnement. Après avoir affirmé en mars 2010, devant la profession agricole réunie en son Salon que l’environnement, « ça commence à bien faire », Nicolas Sarkozy vient de récidiver, cette fois lors de ses vœux au « monde rural », en Ariège. Règles environnementales trop « tatillonnes » notamment dans le domaine de l’eau, promesse de « prendre un certain nombre de décisions pour relâcher la pression », critique de « décisions récentes qui ont été prises par le Conseil d’Etat [visant à avancer la date de clôture de la chasse, ndlr] qui sont vécues par une partie de nos compatriotes comme vraiment un souci non pas de résoudre un problème, mais de les empêcher de profiter de ce qu’on pourrait appeler un petit bonheur »…
De telles déclarations sont assez inédites dans la bouche d’un chef de l’État français depuis que l’environnement s’est imposé sur la scène politique il y a près de quarante ans pour ne pas les laisser passer avec le flot quasi quotidien de contradictions, inepties et mensonges que la vie politique française semble vouée à nous réserver sur les sujets environnementaux. Entre le Pacte écologique de 2007, alors adopté par presque tous les candidats à la présidentielle, et les propos méprisants des uns ou les silences des autres aujourd’hui, le grand écart pose question.
D’abord, il n’est pas anodin de noter que le chef de l’État oppose lui-même le monde rural à la protection de l’environnement. Les acteurs qui portent cette cause, bien loin des clichés sur les « écolos urbains », sont aujourd’hui et depuis longtemps fortement implantés dans les zones rurales françaises. De nombreux agriculteurs en font d’ailleurs partie. En les excluant de fait de ses vœux au monde rural, Nicolas Sarkozy dresse une barrière que, sur le terrain, de nombreux acteurs économiques et militants écologistes s’efforcent d’abattre depuis de longues années.
Il est ensuite remarquable que l’exemple pris soit celui de l’eau. S’il est un domaine dans lequel la France se distingue par son incurie et en particulier son non-respect de la législation européenne (directive Nitrates notamment), c’est bien celui de l’eau. En témoignent les millions d’euros d’amendes payés ces dernières années par l’État français ou encore le problème récurrent et symptomatique des algues vertes en Bretagne. Alors que les caisses de l’État sont vides, que les rivières et côtes françaises tardent à retrouver un état acceptable voire se dégradent encore, est-il bien raisonnable d’alléger le niveau de contrainte environnementale tout en continuant à subventionner des activités polluantes et à payer des amendes pour les pollutions qu’elles occasionnent ?
De manière tout aussi insensée, le Président ravive le mythe de l’association toute-puissante : aujourd’hui, dit-il, « n’importe quelle association qui veut empêcher un maire, un élu, une initiative peut le faire (...), il faut absolument lever le pied de ce point de vue ». Après avoir limité le droit de participation des associations et fondations au débat sur l’environnement, pourquoi en effet ne pas leur ôter toute possibilité d’action ? Supprimons les contre-pouvoirs et autres empêcheurs d’aménager en rond ! L’idée n’est pas nouvelle et revient régulièrement sur le devant de la scène politique, portée par des élus désireux de libérer de toute entrave des processus décisionnels qu’ils entendent incarner seuls, comme si le monde n’avait pas changé. La critique est pourtant aussi infondée (le pouvoir judiciaire reste l’arbitre suprême) que la proposition est dangereuse, piétinant l’histoire récente de la protection de l’environnement. Que serait devenue la loi Littoral si des associations n’en avaient pas exigé l’application auprès des tribunaux (1) ?
Moins grave peut-être d’un point de vue environnemental, mais fort dérangeant sur le principe, le chef de l’exécutif s’en prend ouvertement à des décisions du Conseil d’État sur la chasse. Or celles-ci ont un caractère juridiquement contraignant, et les responsabilités qui sont conférées au président par la Constitution devraient l’inciter à les appliquer avec empressement, non à les critiquer…
Si tout cela n’était pas profondément inquiétant, on se tiendrait les côtes face à la critique faite à l’excès de réglementation. Le Grenelle, seule initiative à porter au bilan environnemental de ce quinquennat, a accouché de deux lois, 400 articles et un nombre colossal de décrets d’application, certains tardant à être publiés –l’application de la seule loi Grenelle II nécessite 201 décrets d’application ! Il a généré une inflation sans précédent dans un temps aussi court des dispositions du droit de l’environnement, que même les plus fins juristes spécialisés ont du mal à maîtriser dans leur ensemble. Ce alors même que les changements induits dans les faits apparaissent de plus en plus mineurs avec le recul.
Mais le plus alarmant est peut-être finalement le silence assourdissant dont de telles déclarations sont entourées. Les associations nationales ? Elles sont visiblement occupées ailleurs –à moins que ce ne soient les effets lénifiants du Grenelle qui continuent à se faire sentir. La majorité, et notamment la ministre de l’Écologie, pour laquelle de telles déclarations sont un camouflet personnel supplémentaire ? Elle est tout entière dévouée à la campagne qui s’annonce et s’accommode très bien de telles déclarations dans la chasse aux voix qui conditionne la victoire.
L’opposition ? Voilà bien longtemps qu’en dehors de quelques convaincus historiques (2), elle se désintéresse d’un sujet dont elle ne comprend visiblement ni les termes, ni l’importance stratégique à long terme, ni la portée politique à court terme. Le débat fugace et décevant qui a eu lieu fin 2011 sur l’énergie et la place du nucléaire ne saurait suffire. Il apparaît plus que jamais essentiel –quoique légèrement désespéré !– de tout faire pour placer la question écologique au cœur des débats politiques cruciaux qui nous conduiront aux élections présidentielles et législatives de 2012.
Les enjeux environnementaux pourront-ils être absents des discussions sur la réforme de la fiscalité, le développement rural et industriel, l’emploi ou la politique urbaine, que le développement durable nous imposerait pourtant de penser de façon systémique ? Aussi hallucinant que cela puisse paraître, il semble bien que oui, sauf revirement spectaculaire et désormais inattendu.
Les rares bribes de programmes disponibles en dehors du parti spécialisé effleurent à peine la question environnementale, et ce n’est pas le vide sidérant de l’accord de gouvernement PS-EELV à cet égard qui contredira le constat. Il sera en tous cas intéressant de voir avec quel aplomb, quels éléments d’autocritiques ou quelles promesses les différents candidats et leurs représentants défileront au congrès de France Nature Environnement le 28 janvier. Le parti gouvernemental y sera naturellement attendu de pied ferme par les militants, entre gueule de bois post-Grenelle et attaques subies de plein fouet par les associations environnementales. Puissent les autres forces politiques en présence se saisir du boulevard qui leur est ouvert par la majorité !
Ces errements, silences et revirements ne sont hélas pas l’apanage de la vie politique française, et de nombreux pays font aujourd’hui face à un questionnement sceptique quant à l’urgence, voire la possibilité même de prendre efficacement en charge la question environnementale. Les tentatives du vieux monde de se sortir du marasme économique dans lequel il est plongé depuis 2008, autant que la soif intarissable de développement des pays émergents ou aspirant à le devenir, font de la gouvernance internationale de l’environnement un dispositif fragile et contesté. Le projet d’un changement de trajectoire de développement n’a pourtant jamais été aussi nécessaire. Fin juin 2012 se tiendra au Brésil la conférence des Nations unies visant à célébrer les vingt ans du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, et ses promesses de lendemains durables… Signe des temps, cette conférence a récemment été reportée de quelques semaines pour laisser place à un événement visiblement plus important : le jubilé de la Reine d’Angleterre.
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Notes :
(1) En ce sens, voir le rapport du Sénat et le rapport de l’Assemblée nationale publiés en 2004 sur l’application de la loi Littoral.
(2) Voir par exemple la déclaration commune d’Eva Joly et Cécile Duflot, le 18 janvier : « Les propos de M Sarkozy sont très graves et montrent l’état d’esprit dans lequel le président de la république assure ses responsabilités. M. Sarkozy se comporte en braconnier de l’environnement. Il humilie ceux qui ont crû à la sincérité de la démarche du Grenelle de l’environnement et il insulte notre avenir en traitant de façon très légère la question de l’eau, une ressource essentielle et vitale pour l’humanité. »
Areva voulait espionner des ONG
Paris, le 1er février 2012. Transparence International France vient de déposer une plainte contre X concernant des agissements portant gravement atteinte à ses intérêts.
Cette plainte fait suite aux révélations publiées dans la presse et notamment dans deux articles récemment parus dans Le Journal Du Dimanche et JDD.
Selon ces informations, une société spécialisée dans l’investigation privée, la société suisse Alp Services aurait remis à l’entreprise Areva un devis portant sur l’espionnage de trois ONG, dont Transparency International.
Ces divulgations, compte tenu de leur extrême gravité, suffisent à justifier que Transparence International France dépose une plainte. Transparence International France souhaite que l’enquête fasse toute la lumière sur les circonstances précises dans lesquelles ce devis a pu être réalisé et sur l’implication éventuelle de l’entreprise Areva.
La loutre revient en Bretagne
Sa bonne bouille et son caractère facétieux lui valent un grand capital sympathie du public : la loutre d’Europe, hier en voie d’extinction, reconquiert lentement les cours d’eau de Bretagne, bastion de cette espèce en France, avec le Massif central.
Depuis une vingtaine d’années, la loutre recolonise petit à petit les berges des rivières, les zones humides et marais du littoral mais aussi les villes côtières, où elle trouve nourriture et protection, des départements bretons. Doté de pattes courtes et palmées, d’un pelage imperméable et isolant et d’une queue puissante qui lui sert de gouvernail et de propulseur, le « kidour » (chien d’eau, en breton) est parfaitement adapté à la vie aquatique et peu sensible à la pollution des eaux.
Entre 600 et 1.000 individus
Solitaire et souvent nocturne, le petit carnivore est si discret qu’il est difficile d’estimer le nombre d’individus dans la péninsule bretonne. « Peut-être entre 600 et 1.000 », annonce prudemment le Groupe mammalogique breton(GMB), association de protection de la nature au service des mammifères sauvages. « Le domaine vital de l’animal varie en fonction de la ressource alimentaire et de la capacité énergétique de la loutre à chasser. En eau douce, il faut compter entre 7 et 15km de rive pour une femelle et 35km pour un mâle », explique le naturaliste et président du GMB, Xavier Grémillet. La chasse et le piégeage (interdits en 1972), le drainage des zones humides, puis l’urbanisation, l’aménagement du littoral et la densification du réseau routier ont failli faire disparaître le gracieux lutriné protégé depuis 1976.
Sa peau au prix d’un vélo
La loutre eurasienne, dont la répartition géographique s’étend des côtes de l’Atlantique jusqu’aux îles indo-malaises, était déjà au bord de l’extinction à la fin des années 1940, en France. « Elle était considérée comme nuisible et représentait une source d’enrichissement facile. À l’époque, la peau d’une loutre, équivalait au prix d’un vélo », explique Xavier Grémillet. À la fin des années 1980, « la population delutra lutra (son nom scientifique) n’était à peine plus que d’un millier en France, principalement dans le Massif central et en Bretagne », explique Franck Simmonet. D’après le chargé de mission mammifères semi-aquatiques au GMB, l’animal a principalement survécu dans des « isolats », des noyaux durs d’une centaine d’individus, dans les Montagnes noires et les Monts d’Arrée et quelques-uns sur la presqu’île de Crozon. La loutre eurasienne a, par ailleurs, été observée dans les îles de Molène et d’Ouessant. « Ce sont des jeunes qui ont traversé à la nage après avoir quitté leur mère », signale Xavier Grémillet.
Un espace à Océanopolis en 2013
À Brest, Océanopolis investit1,9million d’euros dans la création de plus de 400m² d’espace pour présenter des lutrinés au public à partir de 2013, annonce SamiHassani, le responsable du service mammifères marins et oiseaux. Il y aura « deux ou trois loutres du Pacifique qui sont des mammifères marins » d’Amérique du Nord et « un couple de loutres eurasiennes dont on espère qu’il nous donnera des loutrons ».
Bétonnage : le hit-parade des destructions de terres agricoles
Quand l’économie va, on bétonne les terres agricoles pour les aménagements les plus absurdes. Quand l’économie est en crise, on bétonne les terres agricoles pour les aménagements les plus absurdes. D’aéroport vide aux golfs pour les riches, voici un hit-parade des ravages en cours.
Notre-Dame des Landes : le 1er aéroport bio !
Lieu : Notre-Dame des Landes (20km de Nantes) Projet : Aéroport pour le Grand Ouest et sa desserte routière Surface : 2000 hectares Plus d’infos sur : Acipa et Reporterre
« Cet aéroport constituera le seul aéroport français labellisé haute qualité environnementale. » Et c’est Jean-Marc Ayrault, député et maire de Nantes, qui le dit. Nantes, la ville écolo, qui a été choisie pour être la Capitale Verte de l’Europe en 2013, aura donc le privilège d’accueillir un aéroport HQE, en plus de l’aéroport international Nantes-Atlantique qu’elle possède déjà – et qui n’est utilisé qu’au tiers de sa capacité, d’après les résultats d’un débat public organisé en 2003.
Le groupe Vinci, constructeur et concessionnaire, veut carrément installer « une tribune des agriculteurs dans l’aéroport » où « les agriculteurs locaux pourront faire la promotion et la valorisation de leur production locale par la création d’une AMAP en initiant la vente de paniers bio aux salariés de la plateforme ». Non seulement HQE, mais carrément bio ! « Une ferme de démonstration » mettrait en avant « le patrimoine historique et culturel de la région nantaise pour que les passagers qui arrivent ou partent de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes comprennent qu’ils sont en pays nantais ». Le groupe souhaite également « nouer un partenariat avec les écoles des communes proches de l’aéroport pour créer des parcours découvertes du jardinage pour les enfants. Chaque élève pourra se voir attribué un mètre carré de terre pour y faire la culture des produits de son choix ». Ne manque plus que l’atelier de décoration des avions au pastel vert !
Europa City : « une ambition naturelle »
Lieu : Triangle de Gonesse (Val d’Oise) Projet : Le plus grand centre commercial et de divertissement en Europe Surface : 1000 hectares Plus d’infos sur : http://www.cptg.fr et Reporterre
En Ile-de-France, l’ « autonomie alimentaire » voisine les 1%. En clair, les Franciliens consomment cent fois plus d’aliments que leur région n’en produit. Alors, lorsqu’on dispose de « sols d’une qualité exceptionnelle permettant une agriculture performante », comme celles du Triangle de Gonesse, on en fait quoi ? Un emplacement pour accueillir le projet Europa City, du groupe Mulliez, deuxième fortune de France (Auchan, Décathlon, Boulanger, etc.). Dans ces 220 000 m² de commerces, 160 000 m² d’activités de loisirs, et 50 000 m² consacrés à la « culture », avec un parc aquatique (et sa plage de sable fin), un centre de thalasso, un parc à neige (et sa piste de ski sous serre avec remontée mécanique), un parc à thème (et son grand huit), « 25 à 40 millions de visites par an » sont attendues – soit le double d’Eurodisney… Le « concept », c’est d’offrir une vitrine de notre continent, organisée autour de cinq univers : britannique, méditerranéen, nordique, slave et français, pour « faire le tour de l’Europe en 8 heures comme autrefois le tour du monde en 80 jours ». Mais tout ça, on le devine, « parfaitement intégré dans son environnement », avec « une démarche de développement durable exemplaire », « des bâtiments à énergie positive »…
Villages Nature : l’harmonie entre la nature et le bulldozer
Lieu : Seine et Marne (à 6 km d’Eurodisney) Projet : Villages Nature Surface : 259 hectares Plus d’infos sur : http://www.villagesnature.com et Reporterre
« Un projet d’écotourisme innovant basé sur le concept de l’harmonie entre l’homme et la nature. » C’est le projet développé par Euro Disney et Pierre & Vacances Center Parcs, appuyé par 93.5 millions d’euros de fonds publics. Là où, d’après la Chambre d’agriculture, se trouvent des « sols [qui] bénéficient des meilleures caractéristiques possibles pour l’agriculture ». Mais le projet l’assure : « À chaque endroit, le visiteur aura l’impression que la nature et l’humanité interagissent, sont liées et réconciliées, et ont besoin autant l’une de l’autre. » Ce serait juste une impression…
« Pour traduire ce concept, l’équipe artistique s’est inspirée notamment des mouvements culturels en architecture et en décoration qui magnifient la nature. » Qui sinon, il faut bien le dire, est franchement laide ! « Villages Nature proposerait de nombreux espaces récréatifs, sportifs et de loisirs inédits, dont le plus exceptionnel serait l’Aqualagon, regroupant l’un des plus grands parcs aquatiques d’Europe et son lagon, qui seraient tous deux chauffés par la géothermie profonde. » Mais attention, qu’on ne s’y trompe pas : « Loin d’exprimer un retour nostalgique à un univers sauvage ou simplifié à l’extrême, ou bien encore une opposition à nos sociétés développées, cette harmonie traduit, en quelque sorte, une confiance dans l’avenir, dans le respect de la nature mise en valeur et protégée par l’intervention humaine. » Et voilà comment on détruit la nature pour mieux la visiter…
Golfs : les gros trous
Lieu : Marches (près de Chambéry) – et un peu partout Projet : Golf Surface : 60 hectares ici – 25 000 en France Plus d’infos sur : Reporterre
« De toute façon les terres sont condamnées, alors autant mettre un golf, c’est quand même mieux que mettre du béton » : paroles de golfeur, près de Chambéry ! Alors allons-y, en avant à Marches, pour un practice de six hectares, puis un neuf trous et un dix-huit trous. Qu’importe, franchement, qu’un neuf trous existe déjà à cinq kilomètres de là ? Et que, pour la Chambre d’agriculture de Savoie, « pas question de sacrifier ces terres » car « la zone sur laquelle ce projet est défini possède un très bon potentiel agricole » ? Le maire, lui, ainsi que le conseil général et un député UMP, sans doute experts en agronomie, soutiennent que ces terres ne sont pas fertiles…
Déjà plus de 25 000 hectares sur toute la France, et encore 300 hectares à Montcombroux-les-Mines (Allier) avec le projet d’un 27 trous, 275 villas, 136 appartements de haut standing, un hôtel de 96 chambres, un restaurant, un club house, une piscine couverte… Les golfs dévorent tout jusqu’en Chine : 400 golfs illégaux sont sortis de terre, là-bas, depuis l’interdiction formelle de leur construction en 2004.
Salamane : un pont d’or pour System U
Lieu : Plaine de l’Hérault Projet : Pôle logistique Surface : 70 hectares à terme Plus d’infos sur : salamane.hautetfort.com
13 millions de la communauté de communes, un million du conseil général, 500 000 euros de la région : l’argent public est déversé au pied de System U. Le groupe installera donc sa nouvelle base logistique, à Clermont l’Hérault, ancienne capitale du raisin de table. C’est que les habitants sont ravis, sans doute, d’accueillir un bâtiment de 64 478 m2 classé Seveso, autour duquel circuleront chaque jour entre 150 et 180 camions… Sur la plaine là-bas les bulldozers ont déjà rasé les vignes. Les travaux devraient commencer en septembre. Tiens, septembre, c’est le début de la saison du raisin…
Eco-béton, made in Suisse
Lieu : Plaine de l’Aïre (près de Genève) Projet : Eco-quartier Surface : 58 hectares Plus d’infos sur : www.plainedelaire.ch/wp
Y a pas qu’en France qu’on bétonne les sols. En Suisse aussi. À Plan-lès-Ouates, près de Genève, se trouve une coopérative maraîchère. Eh bien, on va y passer le rouleau-compresseur pour bâtir… un « éco-quartier » !
La maison avec jardin : anti-écologique ?
Les grands projets, de golf, de parc d’attraction, de centres commerciaux, etc. sont parfois confrontés à une levée de boucliers. Parce qu’ils bouffent des centaines, voire des milliers d’hectares d’un coup. Parce qu’ils constituent, bien souvent, la caricature d’un système, son visage le plus grotesque. Mais c’est le réseau routier, en vérité, et surtout la maison individuelle qui consomment la majorité des espaces agricoles.
Ainsi, 62% des logements qui se bâtissent aujourd’hui sont des maisons individuelles – contre 41% entre 1949 et 1974. Pire, d’un point de vue écologique : la taille de ces maisons augmente (+15 m2 entre 1984 et 2006), ainsi que celle des jardins (510 m2 avant 1974 contre 720 m2 après 1999). Une aspiration au pavillon qui est ancrée bien profond : que dessine-t-on, dès l’enfance, comme symbole du bonheur, sinon cette maison, avec une porte, une fenêtre, une allée, une cheminée qui fume, et un soleil souriant dans le coin ?
Alors, anti-écologique, cette aspiration à la nature ? Oui, et cependant : on trouve encore pas mal d’espèces dans les jardins… en tout cas bien plus qu’en monoculture, aspergée de pesticides et herbicides.
Autoroutes : l’arnaque géante continue, et de plus belle
Mercredi 1 février, comme chaque 1er février, les sociétés d’autoroutes révisent leurs tarifs à la hausse : +2,5% en moyenne. Continuant à alimenter un plantureux gâteau, que les gouvernements successifs leur ont laissé s’arroger, au détriment du bien commun. Voici une revue des mécanismes de cette arnaque géante.
"Vous ne pouvez pas publier cela, comme cela. » Pierre Coppey s’énerve tout rouge. Il faut dire qu’entre deux cafés, le patron de Vinci Autoroutes venu nous faire la leçon a lâché une petite bombe. A la question, « Si l’Etat devait vous racheter les autoroutes combien devrait il mettre sur la table », il répond : « 15 milliards ». Le sujet est ultra sensible depuis que certains membres de la Cour des comptes, relayés par Marianne, se sont émus du prix de ces cessions. Question que les heureux acheteurs font tout pour éviter. Sauf là. Pierre Coppey qui a une formation de journaliste, chose plutôt rare dans ce monde dominé par les ingénieurs des Ponts et chaussées, a vite compris son erreur : il vient de vendre la mèche : la vente s’est faite à vil prix.
Explication. Les sociétés d’autoroutes disposent d’un seul actif : la concession des presque 9 000 kilomètres de bitumes à péages que compte la France. Et comme toute concession, celle-ci à une fin : en moyenne 2033 pour l’ensemble du réseau. Bref, les heureux propriétaires ont encore donc une vingtaine d’année pour rembourser leur achat 15 milliards d’euros. Traduit en terme financier, la veille du jour de fin de concession à 23h59, la valeur de la concession vaut 0 euros. Bref plus on se rapproche de cette date, moins la valeur de la concession est importante, jusqu’à atteindre 0, comme on l’a vu.
Entre temps, les sociétés d’autoroutes ont largement rémunéré leurs actionnaires. Via deux canaux. Les dividendes évidemment, il y en a pour près de 5 milliards depuis la privatisation. Mais aussi, ce qui se voit moins, l’intégration fiscale qui permet à l’entreprise mère de diminuer son résultat fiscal du coût de l’endettement de sa filiale. Exceptée APRR, les autres le pratiquent volontiers. A raison de 30 milliards d’euros d’endettement (le coût de construction des autoroutes, mais aussi celui du rachat proprement dit des sociétés réalisé sur 100% par la dette), cela permet d’économiser un gros paquet d’argent. A titre d’exemple, Vinci Autoroutes, a payé 629 millions d’euros pour ses 14,5 milliards d’euros d’endettement. La maison mère Vinci a ainsi pu réduire son chèque au Trésor français du tiers de cette somme, soit l’équivalent de 200 millions d’euros chaque année. Cela a l’air de rien mais sur 5 ans, les sociétés ont donc économisé près de 1,5 milliard d’euros….
Donc on récapitule. 5 milliards de dividendes ont été versés, 1,5 milliard a été économisé, et selon Pierre Coppey, les sociétés valent toujours 15 milliards d’euros, le prix payé il y a 5 ans….On comprend que le patron de Vinci Autoroutes propose à l’Etat d’assumer à sa place les 10 milliards d’euros d’investissements routiers que le budget, en mode rigueur, peine à financer. Il suffirait simplement que le gouvernement prolonge la concession de la concession, une véritable poule aux œufs d’or….
Pour mémoire, nous avons réédité l’enquête publiée par Marianne le 29 octobre 2011 sur ce dossier explosif, qui est à mettre au passif de Dominique de Villepin, alors premier ministre.
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LE SCANDALE DES AUTOROUTES : COMMENT ILS VOLENT DES MILLIARDS À LA FRANCE
Depuis la privatisation du réseau en 2005, des milliards filent dans les poches de concessionnaires privés. Une manne qui enfle à rythme constant, mais dont ni l’Etat, qui en aurait bien besoin, ni les usagers ne profitent.
C’est une exception française. L’une de ces exceptions dont on n’a malheureusement pas envie de se vanter .
Notre réseau autoroutier, le deuxième en Europe avec ses 9 000 km – derrière l’Allemagne qui en possède près de 13 000 –, rapporte des fortunes.
Mais, alors que l’Allemagne n’en retire que 4,5 milliards d’euros hors taxes (chiffres 2010), les autoroutes françaises génèrent 8,11 milliards d’euros par an. Le hic ? Depuis la privatisation du réseau en 2005, ce grassouillet pactole financé en partie par les impôts des citoyens, cette cagnotte qui enfle au rythme de 3 % chaque année, file dans la poche des concessionnaires.
« Vous allez encore nous accuser de faire trop de bénéfices. Ce n’est pas nous qui avons décidé de la privatisation des autoroutes. Des enchères ont eu lieu. Et un prix a émergé ! » A l’Association des sociétés françaises d’autoroutes et d’ouvrages à péage (Asfa), le discours est rodé. Dans cet antre du lobby des sociétés d’autoroutes concédées aux géants du BTP, Vinci (ASF, Cofiroute, Escota, Vinci), Eiffage (APRR) et l’espagnol Albertis (Sanef), on se sait mal-aimé. Et l’on voudrait bien pouvoir se défausser sur les politiques qui ont pris la décision de vendre les bijoux de famille. Sur Dominique de Villepin en particulier qui, en 2005, parachevait la privatisation timidement engagée par la gauche sous Lionel Jospin en 2002. Marianne, à l’époque, avait dénoncé la double erreur de l’opération qui consistait à céder pour vingt-sept ans ces machines à cash pour un prix ridicule de 14,8 milliards d’euros.
Il n’aura pas fallu longtemps aux citoyens automobilistes pour prendre la mesure de l’arnaque. Passées au privé, les autoroutes se sont en effet révélées des poules aux œufs d’or. Et la crise n’y change rien, l’or gris du bitume continue de couler à flots. Même quand le trafic baisse de 0,9 %, comme ce fut le cas au deuxième trimestre 2011 sur les routes de Vinci, le chiffre d’affaires progresse imperturbablement : + 2,7 %, alors même que le gouvernement avait accordé des augmentations de tarifs moyennes de 0,5 %.
De 2005 (dernière année avant la privatisation) à 2010, le prix moyen du kilomètre s’est envolé de 16,4 %, soit deux fois plus vite que l’inflation ! Ce chiffre stupéfiant, que l’Asfa se garde bien de calculer, Marianne l’a reconstitué à partir de données pourtant fournies par l’association.
L’opération est simple : elle consiste à diviser le chiffre d’affaires issu de la perception de l’ensemble des péages de tous les réseaux par le nombre total de kilomètres parcourus par les usagers. On découvre ainsi qu’en 2005, les autoroutes rapportent 8,28 centimes par kilomètre parcouru… et 9,64 centimes du kilomètre hors taxe cinq ans plus tard.
Multipliez par des dizaines de millions d’usagers chaque année, qui sillonnent des centaines de kilomètres : entendez-vous le joli bruit du tiroir-caisse ? Comment les concessionnaires ont-ils pu faire ainsi tourner la roue de la fortune ? Comment ont-ils pu s’affranchir du contrat de plan signé avec le gouvernement au lendemain de la privatisation qui leur accordait des augmentations de tarifs dans des proportions « très légèrement supérieures à l’inflation », de manière à couvrir leurs investissements ?
En aucun cas ce « légèrement » ne signifiait « doubler » le taux d’inflation ! En réalité, les sociétés d’autoroutes trichent depuis de nombreuses années, depuis bien avant la privatisation, et le plus légalement du monde, puisque l’Etat propriétaire siégeait à leurs conseils d’administration et qu’il n’a pas pipé mot. Comment ? En pratiquant le « foisonnement ».
La manip est élémentaire : elle consiste à négocier avec le gouvernement une augmentation globale moyenne valable sur l’ensemble d’un réseau, puis à ajuster les variations de tarifs en fonction de la fréquentation des tronçons. Les plus fréquentés (donc potentiellement les plus juteux) voyant leurs péages grimper plus vite que les moins fréquentés. Les concessionnaires ont profité d’une faille, ouverte par l’impossibilité de discuter les hausses de prix kilomètre par kilomètre avec les services de l’Etat. Dénoncée quelques mois avant la privatisation par Marianne, qui avait découvert la supercherie en effectuant des relevés de tarifs précis, et condamnée par la Cour des comptes l’année suivante, la pratique a été progressivement abandonnée. Mais on n’est pas revenu sur les acquis et les tronçons les plus chers sont restés hors de prix, offrant un formidable effet de levier pour les recettes des années suivantes .
DES PROFITS À FOND LA CAISSE
Tandis que les tickets de péages grossissaient, les effectifs fondaient. Depuis la privatisation, les sociétés d’autoroutes ont massivement dégraissé leur personnel, de – 14 %, pour se situer en deçà des 15 000 salariés. Diminution du nombre de salariés, donc diminution des coûts, pour des investissements qui stagnent à 2 milliards d’euros annuels : les bénéfices ont explosé. Depuis leur privatisation, les Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR) ont versé plus de 1,5 milliard d’euros à leur nouveau propriétaire, le consortium associant le français Eiffage et Macquarie, un fonds d’investissement australien. En moins de cinq ans, les deux compères ont déjà récupéré un tiers de la somme payée à l’Etat pour leur acquisition, 4,84 milliards d’euros .
Et la concession de ses 2 240 km court encore pour vingt et un ans… Même topo dans la crémerie d’en face, Vinci, qui règne en seigneur sur 3 350 km de bitume .
Les Etats manquent d’argent ? Les entreprises autoroutières, elles, en regorgent ! Cinq milliards de cash dormaient dans les caisses de Vinci à la fin 2010. De quoi lui donner envie de lorgner vers la Grèce qui, exsangue, poussée à toujours plus de sacrifices, songe à son tour à solder ses autoroutes pour une poignée d’euros. Les géants du BTP seraient également disposés à prendre en charge les autoroutes urbaines hexagonales gratuites dont l’état de délabrement traduit la disette budgétaire qui s’est abattue sur les services publics. A preuve ce tronçon de l’A6 dont le revêtement est en mauvais état sur les quelques dizaines de kilomètres qui le séparent de la partie payante. Idem en région, où les collectivités peinent à assumer la charge du transfert des routes nationales…
Entre 2005 et 2010, le bénéfice réalisé sur chaque kilomètre facturé à un automobiliste s’est amélioré de 30 %, pour atteindre 1,8 centime, ainsi que nous avons pu le calculer. Et, comme le trafic a continué d’augmenter durant cette période, le bénéfice total des sociétés d’autoroutes a fait un bond de… 65 % ! Prolixes sur ce type d’informations lors leur road show pour séduire les investisseurs, les géants du bitume les taisent au grand public. Depuis trois ans, l’Asfa ne publie plus qu’un seul tableau permettant de comprendre la façon dont un ticket de péage est constitué .
Et pour cause. Comme le montrent les calculs de Marianne, qui a reconstitué ce ticket type, les profits se sont envolés. Sur 100 €, 12 € net allaient dans les poches des actionnaires en 2005. Cinq ans plus tard, ce sont 16,30 € qui filent directement dans leur escarcelle. Des chiffres qui risquent de faire crisser les pneus des automobilistes.
L’ARNAQUE DE LA CESSION
Ils sont déjà nombreux à ne plus accepter de faire patiemment la queue aux péages. Selon l’étude d’impact du projet de loi Grenelle 2, « la fraude est estimée aujourd’hui à 0,5 % du chiffre d’affaires. Ce taux de fraude est susceptible de représenter, d’après les estimations des concessionnaires, 5 % du chiffre d’affaires en cas de généralisation du péage sans arrêt. » L’Asfa le confirme en d’autres mots : « Il existe un risque de rejet social. » Quand l’aigreur du consommateur s’ajoute à celle du contribuable… Aigri, on le serait à moins, au vu du scandale.
Revenons à l’origine de l’affaire : le prix de cession du réseau autoroutier .
Convaincu à l’époque par les crânes d’oeuf de Bercy qui essaient depuis des années de vendre le projet, Dominique de Villepin envisage la privatisation dès son discours de politique générale. Alors que Marianne fait plusieurs fois la une sur ce scandale en devenir, les socialistes, qui les premiers ont initié le processus en 2002, restent muets .
Seul François Bayrou, en embuscade pour la présidentielle, se saisit du sujet et affiche clairement son opposition à la tribune de l’Assemblée. En vain. Dans la majorité, Gilles Carrez, le député-maire UMP du Perreux (94), s’agite avec retard. Le rapporteur général du budget voit d’un mauvais oeil cette braderie pour 11 milliards d’euros .
La somme est pourtant confirmée dès 2005 par un rapport parlementaire signé du député UMP Hervé Mariton. L’intitulé choisi, « Les autoroutes pour l’emploi », sonne étrangement au regard de la fonte des effectifs, mais l’estimation qu’il fournit se fonde sur une étude très sérieuse de la banque Ixis. Deuxième scandale ! Que diriez-vous, en effet, si l’agence immobilière à qui vous demandez une estimation de votre bien était de mèche avec votre futur acheteur ? Eh bien, c’était le cas d’Ixis ! Cette ancienne filiale de la Caisse des dépôts, associée à Lazard, était en effet le conseil d’un des acquéreurs, en l’occurrence Eiffage, le groupe de BTP qui, avec son partenaire australien Macquarie, s’est offert les 2 240 km de la société APRR. Vous avez dit conflit d’intérêts ? Résultat des maigres oppositions, à quelques jours de la fin des enchères, la somme fait un minibond à 14,8 milliards d’euros .
Une paille, comme nous le confiait cyniquement à l’époque un des patrons d’Ixis : « Mon client était alors prêt à payer 40 % de plus. » Soit 22 milliards d’euros au moins pour la totalité des lots. Autre signe de l’incroyable braderie à l’oeuvre : l’énorme bonus de 8 millions d’euros demandé à ses actionnaires par Antoine Zacharias, le patron de Vinci à l’époque, pour avoir permis à son groupe de mettre la main sur ASF et ses fabuleux bénéfices .
LA TRUANDERIE ÉCOLO
La République abusée continue pourtant d’être bonne mère avec les concessionnaires.
Fin 2009, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie et des Transports, fait discrètement un joli cadeau aux sociétés d’autoroutes : la prolongation d’un an de leur concession. Sous le double parrainage de l’écologie et de la lutte contre la crise, le programme « verdissement des autoroutes » engage en contrepartie les sociétés à investir 1 milliard d’euros dans des opérations et travaux à caractère écologique.
Un an de plus, c’est la garantie d’encaisser 2 milliards d’euros supplémentaires. Emballé, c’est pesé, le deal léonin passe comme une lettre à la poste devant les parlementaires. « On n’a rien vu », explique un député socialiste de la commission des Finances. Pourtant l’examen des dépenses de ce « paquet vert » a de quoi faire pâlir les moins extrémistes des écolos. Moins de 3 % des sommes engagées sont en réalité destinées à la biodiversité.
Exemple de la supercherie ? Au prétexte de la réduction des bouchons aux péages, désignés comme source d’émission de gaz à effet de serre, 800 millions sont investis dans… des portiques automatiques ! De qui se moque-t-on ? L’effet d’aubaine joue à plein, comme le confirma à demi-mot un autoroutier : « Il est vrai que le paquet vert a accéléré un déploiement qui était déjà programmé. » Vinci Autoroutes prévoit de créer 172 caisses de péage automatiques.
Cette automatisation, rendue possible grâce au télépéage, permet surtout de réduire les emplois et d’augmenter le rendement des autoroutes. « On a demandé à l’Etat de subventionner des pertes d’emplois. Pis, le personnel remplacé par les portiques est parti en préretraite, à moitié pris en charge par l’Etat ! » s’emporte Bernard Jean, coordinateur CGT de la branche.
Essayons à présent de « positiver » la situation : après tout, à l’instar du fumeur, les malheurs de l’automobiliste pourraient faire le bonheur du contribuable. Et une partie de la manne pourrait retourner dans les caisses de l’Etat. Ces formidables bénéfices produisent en effet 34,3 % d’impôt sur les sociétés, soit un impôt théorique de 800 millions d’euros auquel il faut ajouter un gros paquet de TVA, 1,6 milliard, mais aussi différentes taxes, dont la fameuse redevance domaniale qui est prélevée pour l’occupation du domaine public.
Or, là aussi, il convient de s’interroger, car les rentrées fiscales sont loin d’être au rendez-vous.
Pour se refaire, l’Etat a un temps envisagé de tripler la redevance domaniale, pour la porter de 125 millions d’euros annuels à 250 millions puis à 375 millions. Peine perdue. Inscrite dans le budget 2009, elle a disparu des documents budgétaires : « Vous n’avez pas idée du lobbying qu’ont fait les concessionnaires », explique Hervé Mariton, qui comptait sur cette taxe pour « corriger » les effets de la vente à vil prix des autoroutes.
Réponse approximative de Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat chargé des Transports, à une question de ce député : « S’agissant de la redevance domaniale, monsieur Mariton, l’augmentation prévue en 2009 n’a pas été appliquée en raison de la crise, mais également de la baisse du trafic sur les autoroutes. Néanmoins, elle demeure d’actualité et nous envisageons son éventuelle application en 2010. » Même topo pour le projet de loi de 2011.
La hausse de 100 millions par an pour les deux ans à venir est bien présente… puis disparaît au milieu du gué. Côté impôt sur les sociétés, ce n’est pas non plus le Pérou.
CERISE FISCALE
Le rachat des concessions par les entreprises du BTP a généré un immense manque à gagner fiscal.
L’ensemble de ces emplettes s’étant fait par endettement, les acquéreurs ont eu le droit de déduire de leurs bénéfices le coût de leur emprunt… à condition de disposer de plus de 95 % de la société. Suivant l’exemple de Vinci qui s’est empressé de retirer ASF de la Bourse pour profiter de cette superniche fiscale (une économie de 150 millions d’impôt en 2009), Eiffage tente depuis de faire de même avec APRR .
S’il réussit, les intérêts payés sur la dette d’acquisition – 3,8 milliards d’euros – pourront être déduits de l’assiette fiscale d’APRR. Mieux, les intérêts payés sur cette dette entre 2006 et 2010 grèveront les impôts d’APRR. Jean-François Roverato, le patron d’Eiffage, estime ainsi l’économie à plus de 300 millions d’euros. Dans ces conditions, il est fort probable qu’APRR ne paierait pas un fifrelin d’impôt ! Reste un petit caillou dans le pied du BTpiste : Arnaud Montebourg. Comme président du conseil général de Saône-et- Loire, le député PS est un mini-actionnaire d’APPR et s’oppose ainsi au retrait d’APRR de la Bourse. En réalité, l’ex-candidat à la primaire socialiste profite de cette position pour lutter contre un projet de grande envergure dans son département : la transformation de 160 km de route nationale en concession autoroutière à APRR .
Multiplication des tronçons, prolongation des durées de concession, optimisation fiscale, réduction du personnel… les émirs du bitume ont joué sur tous les tableaux pour rentabiliser leurs achats. Et l’Etat leur a fait un dernier cadeau. A partir de 2013, la taxe sur les poids lourds utilisant les routes nationales va transférer une partie importante de ce trafic vers les autoroutes .
Confort, vitesse et péage d’un côté, inconfort, lenteur et taxe poids lourds de l’autre : le choix est vite fait pour les patrons routiers. Selon leur syndicat, 10 % du trafic se reportera à terme des routes nationales vers les autoroutes. L’avenir s’annonce sans bouchons pour les gagnants des privatisations.
Défense et louange d’Eva Joly
« En entendant leurs remarques acerbes, j’ai l’impression d’écouter une assemblée de limaces se moquer des animaux qui ont des jambes. »
Eric-Emmanuel Schmitt, romancier et auteur de pièces de théâtre, a publié dans Télérama du 7 janvier 2012 un portrait empathique d’Eva Joly.
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Certains affirment qu’elle détonne dans le paysage politique ; je crois plutôt qu’elle le révèle.
Pudique, pensant au bien général, refusant de se vendre aux médias, elle agit tel un catalyseur chimique : plutôt qu’elle ne se montre, elle montre ce que sont les autres. Sa vie est un roman dont elle refuse de livrer le spectacle. Alors que le destin de cette Norvégienne née dans un quartier pauvre d’Oslo aurait de quoi enchanter Dickens, elle préfère n’attendrir personne et essuyer les quolibets sur sa « sévérité ».
Pourtant, son parcours témoigne d’un caractère à la fois aventurier, fier, volcanique. Inscrite par ses camarades garçons au concours de Miss Norvège, la jolie blonde, élue troisième, décroche une paire de bas mais s’exile ; « partir est peut-être chose plus facile pour qui, comme moi, a grandi près de la mer ». Elle débarque en France pour étudier tout en assurant sa subsistance par un emploi de jeune fille au pair. Catastrophe : le fils de la famille hospitalière tombe amoureux d’elle ! Ils bravent les interdits, l’hostilité bourgeoise et se marient pourtant ; Gro Farseth s’appelle désormais Eva Joly.
D’abord, elle multiplie les postes de secrétaire, y compris chez Eddie Barclay – « le soleil a rendez-vous avec la lune », aurait murmuré Trenet -, fait des enfants, les élève en poursuivant ses cours de droit puis devient magistrate en approchant de la quarantaine. Là, son ascension s’accélère, appuyée sur le travail ; l’instruction parachève son instruction. Ne souhaitant pas devenir premier président de cour d’appel, car se situer au centre revient à accepter le système, elle préfère intégrer le milieu par la périphérie, assumant une stratégie qui consiste à, simultanément, faire vivre et combattre l’institution. La suite appartient à notre histoire : l’affaire Elf, les millions dissimulés, les réseaux d’argent sale, les puissants qui s’imaginent inatteignables, l’exploitation sans vergogne du tiers-monde par les industries occidentales.
Pendant ces décennies, Eva Joly désapprend ses illusions. Elle avait cru que savoir suffisait. Erreur ! Elle crut ensuite que dénoncer suffisait. Nouvelle erreur ! Il faut donc agir.
Son engagement politique est logique, réfléchi, nécessaire, un cheminement rassurant car les engagements tardifs sont peu menacés d’érosion ; rassurant sauf pour ses nouveaux collègues ou adversaires qui, par contraste, apparaissent désormais des « professionnels de la profession » dont la politique fut l’unique métier. Un révélateur, vous dis-je… Encore intimidée par la langue française, elle pointe certains – ou certaines – comme des prestidigitateurs du verbe, brillants mais vains. Du coup, elle tente d’ancrer ses discours sur le fond plutôt que sur la forme.
Par sa phonation zézayante qui détache les consonnes, elle réveille les vieux démons xénophobes : devant ces sonorités nordiques, les crétins – qui généralement ne parlent aucune langue étrangère -, au lieu d’apprécier l’hommage qu’apporte tout accent exotique à notre idiome, se moquent d’une polyglotte.
En entendant leurs remarques acerbes, j’ai l’impression d’écouter une assemblée de limaces se moquer des animaux qui ont des jambes. Devant sa double nationalité – phénomène précurseur du monde à venir -, certains éructent, puis jubilent en se désignant, eux, en tant que « vrais Français » ! Comme s’ils gagnaient du mérite à être nés quelque part et à n’avoir jamais voyagé…
Comme si la France « choisie » par Eva Joly ne valait pas la France « subie » qui demeure la leur.
En face d’une femme qui a plusieurs cultures, ils se sentent supérieurs de n’en avoir qu’une ! Différente, incorruptible, forte d’un passé où, juge, elle ne se laissa arrêter par personne, elle porte la lumière sur les calculs, les timidités, les hypocrisies, l’imaginaire féodal d’une classe politique qui, de gauche à droite, protège ses ambiguïtés : ainsi, dans sa lutte contre les paradis fiscaux, elle ne recueille que des consentements murmurés, convenus, des consentements de façade.
Même chose avec l’urgence écologique : par son insistance, elle souligne la lenteur de ceux qui prétendent être d’accord mais ne bougent pas. Oui, décidément, sa présence dénonce bien des laideurs, le fonctionnement consensuel du système et la mollesse de certaines convictions.
Cette différence gêne tant qu’on l’attaque. Puisqu’elle pratique l’intégrité, les commentateurs de l’establishment rabaissent cette intégrité en empruntant indifféremment deux voies contradictoires : soit Eva Joly se montre « dure », « cassante », « psychorigide », soit elle s’avère « naïve », « novice », « amateur ».
Si la naïveté indique le contraire du cynisme, ils ont raison : Eva Joly incarne des principes, des convictions qu’elle ne bradera pas. Et si la dureté exprime le combat pour imposer ses valeurs, ils ont encore raison. Eva Joly signale de quel bois ils sont constitués, peut-être le bois dont on fait les marionnettes, ou les boîtes à musique – ça résonne parce que c’est creux -, en tout cas pas le bois dont on fait les drakkars.
Pour elle, l’humanité est assise sur des braises mais ne s’en rend pas compte.
Eva Joly intervient pour crier qu’un autre univers est possible. Certes, il serait plus aisé d’être pessimiste, plus reposant de ne rien faire ; certes, elle préférerait rejoindre sa maison en Bretagne, au bord des océans – l’océan des eaux et l’océan du ciel -, y jouer en compagnie de ses petits-enfants, écouter un Exsultate, jubilate de Mozart, mais elle n’y retournera que pour puiser l’énergie nécessaire à la poursuite de ses combats. L’avenir demeure plus important que le passé.
Soyons clair : Eva Joly veut changer le monde, pas se mettre à sa tête. Mais si pour le changer il faut le diriger, elle accepte le fardeau. « Il n’y a que deux façons de faire avec la vie : soit on la rêve, soit on l’accomplit », s’exclame-t-elle.
Une femme de devoir, pas d’ambition. La ténacité, le travail, le sérieux, le courage, voilà ses armes.
Pour elle, la légitimité s’acquiert.
Afin de nous convaincre, elle n’utilise ni l’argent – elle n’en a pas -, ni la poudre de perlimpinpin – ça ne se dit pas en norvégien
Jean-Luc Mélenchon dans le journal « La Décroissance » : est-ce bien ? ou mal ?
Jean-Luc Mélenchon interviewé dans le journal « La Décroissance » en avril 2009. Coquille, erreur de mise en page, ou choix politique ?
Quelle n’a pas été la stupeur de nombreux antipubs, décroissants et autres activistes écolos en ouvrant le numéro d’avril de La Décroissance (le 58e du nom), cette très radicale feuille mensuelle publiée par Casseurs de Pub (« la revue de l’environnement mental ») et en découvrant en une et en pages 5 et 10 la très longue interview accordée par Jean-Luc Mélenchon, l’ultra-antiproductiviste candidat du Front de gauche aux prochaines européennes dans le Sud-Ouest !
Plusieurs d’entre nous, fidèles du journal, avons d’abord pensé à une bête erreur de mise en page. Dans un média alternatif, on le sait, il n’y a pas de « chef d’édition », comme il n’y a pas d’ailleurs de « chef tout court ». Chacun se colle à tour de rôle à toutes les tâches, même les plus ingrates, d’où parfois de belles coquilles... Bref, au-dessus dudit papier, un maladroit mais dévoué copain avait sans doute oublié de coller le surtitre « L’Ecotartufe du mois », appellation cinglante d’une rubrique qui fait à chaque numéro le délice du lecteur en fustigeant tous les faux-écolos de la « planète France ».
Mais l’hypothèse de l’ « erreur technique » s’effondre malheureusement très vite dès un rapide feuilletage du journal : la rubrique « Ecotartufe » est bien là, en page 6, et assez justement consacrée à Anne Lauvergeon, la sémillante patronne d’Areva, ex-collègue de Mélenchon à la cour du roi Mitterrand, avant de rejoindre avec un sens de l’Etat qui l’honore, celle de l’Uberpräsident Sarkozy.
Mais le trouble atteint vraiment son comble lorsqu’on plonge dans le prétendu entretien accordé par le camarade Mélenchon à l’inflexible Sophie Divry ! En haut de page 5, le titre de l’interview est (apparemment ?) sans ambiguïté : « Une écologie républicaine », et juste en dessous une photo (légendée par la rédaction) du cher Jean-Luc indiquant d’une main (droite !) ferme et républicaine une direction à l’iconique José Bové. Photo agrémentée du dialogue imaginaire suivant : Mélenchon : « Dis donc José, c’est par là l’antiproductivisme ! » Bové : « J’vois pas les caméras… ».
Il l’a bien cherché le Bové ! Après avoir éditorialisé un temps dans le journal, il a aujourd’hui l’indécence de s’afficher avec le traître Cohn-Bendit. On jubile de l’insolence, mais de là à se venger si bassement d’un ancien ami et surtout d’embrasser avec tant de ferveur un ennemi d’hier, il y a quand même de quoi troubler le chaland de la presse alter !
Le lecteur décroissant – c’est bien connu - n’a ni le sens de l’humour, ni le goût de l’ironie. Dommage ! Et depuis une semaine, les coups de fil, courriels et autres courriers rageurs affluent à la rédaction de La Décroissance pour protester contre le tapis rouge fait à Mélenchon, dénoncer son abonnement et accuser injustement le triumvirat du journal de négocier sa présence sur les listes du NPA aux prochaines européennes… Un appel circule même pour inciter les ex-lecteurs du canard à reporter leur soutien vers le mensuel CQFD – qui malheureusement en a bien besoin – et qui lui ne se trompe pas dans ses amitiés, ses inimitiés et ses « faux-amis ».
Du coup, on assiste à un déballage général de ceux qui fustigent « l’opportunisme du journal », lancé en mars 2004 directement au numéro 20, « pour surfer sur un mouvement antipub » qui était lui véritablement sans chef et « qui n’était pas aux abris pendant les arrestations »…
La vérité, c’est que le milieu activiste en France est souvent bien bête et terriblement primaire ! On se crêpe le chignon, on s’invective, s’injurie, se condamne… Bref, on est très loin de la subtilité, de l’art habile du détournement des codes sémantiques de l’ennemi, de l’intelligente « guérilla sémiotique » des raffinés épigones hexagonaux des adbusters nord-américains !
Qui, en effet, peut penser – ne serait-ce qu’un instant – que des personnages aussi sincères et intelligents que Vincent Cheynet ou Paul Ariès puissent publier dans leur journal sans un sens particulièrement achevé de l’ironie et l’autodérision des propos aussi amusants dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon que : « Le Parti de gauche, est, à sa manière républicaine, partie prenante de l’écologie politique. Non dans le but de prendre des voix aux partis écologistes. Notre ambition est plutôt d’étendre notre compréhension de la réalité de notre temps et de radicalement changer la société, la production et les modes de consommation ».
Ou : « Avec nous arrive une nouvelle forme de l’approche écologique, l’écologie républicaine ».
Ou encore : « Le Parti de gauche a effectivement dénoncé la décision non démocratique de Sarkozy de lancer la construction d’un deuxième EPR à Penly. »
Et finalement : « Concernant les OGM (…), le Parti de gauche défend un moratoire sur leur mise en culture, leur commercialisation et donc aussi leur importation. C’est une position de prudence. Mais je ne lui ferais pas dire ce qu’elle ne veut pas dire. De nombreux camarades pensent que l’accès aux organismes génétiquement modifiés n’est ni pervers, ni mauvais en soi. C’est mon devoir de mentionner leur avis ».
L’imposture est si drôle que la très informée Sophie Divry (qui ricane mentalement durant l’entretien) refuse de rappeler au sénateur Mélenchon qu’il était totalement absent le jour du débat sur le moratoire des OGM au Sénat en mars 2006. (voir le lien : http://www.infogm.org/spip.php ?art...).
La vérité vraie - que la sortie de ce numéro un 1er avril rendait pourtant explicite - et que les lecteurs au premier degré de l’organe autoproclamé de la décroissance n’ont pas perçue, c’est qu’il s’agissait là d’un sublime canular activiste, un acte de guérilla communicationnelle d’une rare ampleur, visant en prônant le faux à dénoncer l’imposture funeste d’une ex-vieille barbe de la politique s’adonnant soudainement au « greenwashing » !
En direct des îles Tokelau
Votre très dévoué Robert Johnson
Les rives identitaires
Ou comment vivre dans ce monde aujourd’hui ? Essayer de faire un état des lieux en passant par un état de soi.
A la question : « Pourquoi êtes-vous si amère ? », le personnage répond : « Sombre serait plus juste. Vous savez, il en est ainsi avec les mots. Ils se suivent, s’interrogent, la lucidité s’en mêle et l’on se retrouve vite aux prises avec la réalité des hommes. Que voulez-vous que j’y fasse ? »
Dans ce récit, faits réels et imaginaires se mêlent, comme s’interpénètrent souffrance et joie de vivre, présent et passé, ici et ailleurs. Les personnages qui peuplent toutes ces histoires sont riches de mille visages, qui reflètent les territoires traversés. Ils ont jeté l’ancre pour étendre leurs racines De part et d’autre de la Méditerranée, à gauche et à droite de la Seine, dans les « pays » entre Océan et rives intérieures.
Incendie dans un centre de recherche nucléaire à Moscou
Un incendie s’est déclaré dimanche 5 février dans un centre de recherche nucléaire moscovite abritant un réacteur atomique désactivé, vieux de soixante ans, rapporte un responsable du ministère russe des Services d’urgence. Le feu s’est déclaré dans un sous-sol de l’Institut de physique théorique, situé dans le sud-ouest de la capitale russe, et n’a fait aucune victime, a précisé Sergueï Vlasov, porte-parole de la branche régionale du ministère.
Selon des témoins, une fumée grise s’est élevée au dessus du bâtiment et quelque trente ambulances et camions de pompiers ont été dépêchés à l’intérieur du site et devant l’entrée principale du centre de recherche. L’agence nucléaire russe Rosatom a écarté tout risque de fuite radioactive, soulignant l’absence de flammes et affirmant que la fumée ne pouvait affecter les installations nucléaires de l’Institut. L’incendie « ne menace pas les matériaux fissiles », a assuré Sergueï Novikov, porte-parole de Rosatom. Le réacteur de recherche à eau lourde n’est plus opérationnel, a-t-il ajouté.
Greenpeace très inquiet des conséquences dans la capitale russe
L’organisation écologiste Greenpeace a exprimé sa vive préoccupation face à cet incident qualifié de « dangereux ». « Cela n’aurait pas dû arriver mais cela signe un véritable échec de leurs opérations », a estimé Ivan Blokov, directeur de campagne à Greenpeace Russia. « Nous avons maintenant ici une grande quantité de substance radioactive dans le centre de Moscou et même minime, une fuite radioactive constituerait un sérieux problème », a-t-il dit.
La sûreté des installations nucléaires héritées de l’Union soviétique reste préoccupante depuis la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 en Ukraine, qui était à l’époque une république soviétique. Les autorités avaient mis deux jours avant de dévoiler l’ampleur de la catastrophe.
Si Antioche m’était contée
Si Antioche m’était contée
Areva en procès pour faute inexcusable à Arlit
Areva exploite de l’uranium à Arlit, au Niger, depuis des décennies. La protection des travailleurs et des populations contre la radioactivité n’a pas toujours été bien effectuée. Un premier cas de mort induite par cette radioactivité a été jugé à Melun le 3 février.
Alors que l’agence Reuters fait savoir que : « Trois juges se pencheront le 8 février sur un accord prévoyant le versement des quelque 1,5 million d’euros d’indemnités de départ que l’ex-présidente d’Areva Anne Lauvergeon réclame à son ancien employeur », un autre procès se déroule devant le TASS [tribunal des affaires de Sécurité sociale] de Melun. Un ancien responsable de la maintenance d’une filiale d’Areva, dans l’exploitation minière d’Arlit (Niger), est décédé d’un cancer broncho-pulmonaire radio-induit reconnu en maladie professionnelle. Sa famille a engagé devant le TASS de Melun une action en faute inexcusable de l’employeur, contre Areva qui décline toute responsabilité.
C’est désormais une « tradition » dans l’industrie nucléaire, entre filialisation et sous-traitance, la responsabilité des risques et de leurs conséquences n’est jamais à mettre à l’actif des exploitants.
Selon Maître Jean-Paul Teissonnière, qui plaidait, ce 3 février, pour la famille, au tribunal de Melun, « Areva, titulaire de la concession minière d’Arlit et actionnaire – alors majoritaire – de sa filiale Cominak, est l’employeur réel ». Connaissant parfaitement les risques, les responsables Areva au plus haut niveau ont failli à leur obligation de sécurité de résultats, vis-à-vis des travailleurs de la maintenance du nucléaire, au Niger comme en France.
Ce procès contribue à lever le voile sur les conditions indignes d’exploitation des mines d’uranium par Areva en Afrique, comme le montre le dossier établi par la CRIIRAD.
Pour une maladie professionnelle reconnue chez un salarié français ayant travaillé au Niger, combien de morts et de malades dus à la radioactivité – rendus invisibles par les choix d’organisation du travail – chez les travailleurs du Niger et dans la population riveraine des mines et usines d’uranium dans ce pays ?
Solidaires de la famille éprouvée par ce décès, les associations Henri Pézerat et Sous-Traitance – Santé veulent souligner l’écart entre les indemnités de départ demandées par madame Lauvergeon et le déni de responsabilité d’Areva dans le cas d’une maladie mortelle due à la radioactivité.
La mobilisation paye, victoire pour le vélo à Biarritz
Biarritz a longtemps fermé la porte au vélo. Une mobilisation citoyenne a contribué à faire sauter un verrou tenace.
Action au salon de l’auto de Biarritz, campagne d’information auprès des habitants, campagne Bizi Kleta et remise symbolique d’un vélo au maire de Biarritz le 3 décembre dernier à l’occasion du Sommet de Durban sur le réchauffement climatique : la mobilisation du dernier trimestre 2011 pour une politique cyclable à Biarritz a payé. Les premiers aménagements cyclables verront le jour à Biarritz dans les mois à venir (Sud Ouest).
Cela montre une fois de plus que la mobilisation citoyenne peut faire changer les choses.
« Nous sommes satisfaits qu’enfin la voix des cyclistes trouve un écho favorable auprès du maire. C’est une première victoire pour tous les usagers du vélo ! », a déclaré M. Iban Grossier, représentant de Bizi !. « Cependant, il faut être réalistes. Peindre une piste cyclable sur la chaussée et mettre quelques panneaux ne suffiront pas à sécuriser les déplacements à vélo dans Biarritz ». Bizi ! insiste sur le fait que pour développer la pratique de la bicyclette en ville, il faut de véritables pistes cyclables pour notamment permettre aux enfants d’aller à l’école en toute sécurité à vélo. « Nous suivrons avec une grande attention la mise en œuvre de ces premiers aménagements ainsi que l’expérimentation des doubles sens cyclables ». Quant à la fermeture à la circulation automobile du périmètre situé entre l’Hôtel du Palais et la rue Mazagran un dimanche matin par mois, Bizi ! espère que cela préfigurera la création d’une vaste zone 30, voire d’une zone de rencontre limité à 20km/h dans tout l’hyper-centre où la place prépondérante de la voiture sera enfin remise en cause.
Et le bus dans tout ça ?
Le mouvement Bizi ! se déclare par contre très inquiet du sort réservé au bus par la municipalité de Biarritz. En effet, il semblerait que la desserte du centre ville par des voies de bus en site propre ne soit pas garantie. « Sur la question du bus, nous serons vigilants à ce que la ville de Biarritz s’inscrive dans la modernité en garantissant une desserte du cœur de ville par un bus à haut niveau de service en site propre. Pour Bizi ! vélo et bus, même combat ! », conclut Iban Grossier.
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Gaz de schiste : 4 demandes de permis de recherche en Rhône-Alpes
Le gouvernement a demandé fin janvier l’accélération de l’instruction des demandes de permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux de Blyes, Gex Sud, Montfalcon et Lyon – Annecy. Quoi qu’en disent les autorités, il s’agit bien là de nouveaux permis de pétrole et gaz non conventionnels qui vont être accordés sur notre territoire.
PLUS DE LA MOITIÉ DE LA RÉGION RHÔNE-ALPES MENACÉE
Les services de l’Etat ont reçu ordre de rouvrir l’instruction des permis qui avait été interrompue par la forte mobilisation citoyenne de l’année dernière. Ils disposent d’un délai d’à peu près un mois pour répondre. Après quoi, les permis pourront être signés par le Ministère, que l’avis des services soit favorable ou non.
La délivrance de ces nouveaux permis porterait à 8 le nombre de permis de recherche en Rhône-Alpes avec les permis accordés de Gex, Moussières, Lons le Saulnier et le permis en cours d’instruction de Montélimar Extension.
GISEMENTS CONVENTIONNELS… POUR COMMENCER
La loi du 13 juillet 2011 interdit la fracturation hydraulique et le gouvernement nous assure que ces nouveaux permis sont des gisements conventionnels.
Bien que ces demandes de permis ne mentionnent pas explicitement le caractère non conventionnel des hydrocarbures recherchés, la faible porosité des sols et l’échec des précédentes recherches en matière de gisements classiques ne laissent aucun doute sur celui-ci. Les compagnies pétrolières ne cachent plus leur projet d’utiliser, au moment voulu, la fracturation hydraulique dans le cadre de « recherches scientifiques », comme prévue par cette même loi. Elles seront d’ailleurs largement représentées dans la commission technique chargée d’encadrer et contrôler ces recherches.
LES COLLECTIFS RHÔNE-ALPES EN APPELLENT AUX ÉLUS
Dans une démarche commune à l’ensemble des départements de la région, les collectifs en appellent aux élus pour que soient préservés nos milieux et notre ressource en eau. Ils leur demandent de contacter les administrations en charge de ces dossiers afin de mettre un terme à l’opacité qui les entoure.
RASSEMBLEMENT LE 11 FEVRIER 2012 À SAINT JULIEN EN GENEVOIS EN HAUTE-SAVOIE
Le Collectif Haute-Savoie Non au gaz de schiste organise un rassemblement à Saint Julien en Genevois, pour exiger : · l’abrogation de tous les permis accordés en France ; · l’interdiction définitive de l’exploration et l’exploitation de tous les hydrocarbures de roche mère ; · la refonte du Code minier ; · l’abandon des programmes de recherche et d’exploitation des énergies fossiles en faveur de la recherche et du développement des énergies renouvelables ; · l’organisation d’un débat public et participatif sur l’avenir énergétique de la France.
Ils appellent les citoyens, tous les partis ainsi que tous les candidats aux élections législatives à venir manifester leur opposition à ces projets.
Nature et Progrès
Bon, on a un peu de retard, mais le Nature et Progrès de l’hiver peut toujours se lire en février, il n’a rien perdu de sa saveur...
Le sommaire du n° 85 de décembre 2011.
. Réflexion : les nouveaux pesticides OGM avancent cachés
. Opinion : Téléthon, le cabaret le plus cher du monde
. Enquête : accident de Marcoule, Edf a menti
. Bio-portrait : les jardins de Salève
. Dossier : l’argent fait-il pousser les arbres ?
. Dossier : le foncier agricole, coeur tabou de la question alimentaire mondiale
. Dossier : non à l’accaparement des terres au nom du climat !
. Faites le vous-même : les lessives « maison »
. Agenda
. Petites annonces
. Cuisine : les recettes gourmandes de Valérie Cupillard
OGM : la guerre reprend
Les promoteurs des OGM pourraient planter le maïs transgénique en avril ou en mai. Une jolie chausse-trappe pour le tout nouveau président...
Pendant le tohu-bohu de la campagne présidentielle, la vie déroule ses flots imprévisibles. Et si le débat oublie l’environnement, celui-ci n’en continue pas moins de développer problèmes et conflits. Ainsi en va-t-il de la guerre des organismes génétiquement modifiés (OGM). La trêve avait été conclue en janvier 2008 : le gouvernement décidait le moratoire sur la culture du maïs transgénique de Monsanto. La paix revint dans les campagnes. Mais les adversaires ne désarmaient pas. En septembre 2011, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) jugeait mal fondée la décision, qu’annulait, le 28 novembre, le Conseil d’Etat. La culture du maïs transgénique redevenait possible en France.
Ministres et président juraient alors qu’ils ne le permettraient pas. En même temps, le gouvernement demandait au Haut Conseil des biotechnologies (HCB) de lui indiquer comment organiser la coexistence entre cultures transgéniques et normales, de façon que les premières ne nuisent pas aux autres. Au terme de divers épisodes, le HCB rendait des avis contournés. Des virulentes discussions ayant agité cette honorable assemblée, il ressortait que la coexistence était envisageable, à condition de l’encadrer de nombreuses et difficiles précautions.
Sans doute la sophistication de cette position parut-elle excessive au ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire. Il déposait, le 30 janvier, un projet d’arrêté sur la mise en culture des OGM, réduisant au minimum les précautions à prendre et négligeant l’avis du HCB. De son côté, la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, promet que le gouvernement prendra une mesure d’interdiction fin février.
Celle-ci pourrait s’appuyer sur le tort fait par les OGM aux apiculteurs, reconnu par un autre jugement de la CJUE le 6 septembre 2011. A condition que le veuille le ministère de l’agriculture, ce qui pourrait n’être pas le cas. Si bien que la décision, si elle ne se réfère pas aux abeilles, risque d’être annulée par le Conseil d’Etat, saisi en référé par les promoteurs des OGM. Ceux-ci planteraient alors le maïs transgénique en avril ou en mai. Une jolie chausse-trappe pour le tout nouveau président...
Les OGM restent un problème politique. Qui ne pourra pas se résoudre tant qu’on ne formulera pas clairement le choix qu’ils impliquent : une agriculture productiviste et destructrice d’emplois, ou une agriculture écologique et créant du travail.
Un gâchis économique et écologique pour le contournement de Strasbourg
La société Vinci serait la concessionnaire du Grand contournement ouest de Strasbourg.
Depuis plus de six ans, notre association, au sein d’un collectif, analyse le projet du Grand Contournement de Strasbourg et relève les conséquences prévisibles de cet investissement ainsi que son bilan négatif.
Un rappel succinct de ce bilan :
• Le projet, tel qu’il est décrit dans le dossier d’enquête publique, ne résout pas les problèmes de circulation au voisinage de Strasbourg, de l’aveu même de la Présidente de l’enquête publique.
• Les insuffisances de ce projet ont été explicitées dans le rapport rédigé par l’expert indépendant TTK à la demande du Préfet de Région. Selon ce document, les points noirs du schéma routier persistent avec ce projet
• L’impact environnemental est lourd : Pertes de terres agricoles et fragmentation du territoire portant atteinte à la biodiversité, pollution supplémentaire (même diluée).
• La dégradation du patrimoine est particulièrement ressentie au niveau du domaine de Kolbsheim, de la Bruche, des collines du Kochersberg et de l’arrière-pays d’Eckwersheim et de Vendenheim, ceinture verte qui constitue une vraie richesse et une caractéristique originale de Strasbourg
• Les effets pervers du projet sont nombreux : augmentation des terres imperméables, diminution des surfaces vertes, développement de l’urbanisation au voisinage de ce nouvel axe de circulation.
• La réalisation du GCO ne supprimera pas les bouchons autour de Strasbourg et ne réalisera toujours pas la liaison entre les autoroutes françaises et allemandes.
Nous tenons à votre disposition, une rédaction détaillée de ces différents points.
Ce bilan négatif est largement partagé par tous les habitants de la région qui ont étudié le dossier. Ils ne comprennent pas la nécessité d’une dépense qui ne développe pas la qualité de vie et n’apporte pas une solution durable aux problèmes économiques réels.
La participation de plusieurs membres de l’association aux sous-commissions d’aménagement rural, destinées à préparer le remembrement lié à ce projet, nous a permis de constater que le bilan brut de cette opération est une perte de terres végétalisées avec une parcellisation des terres pour la faune et une réduction des possibilités de trames vertes ou bleues.
Dans toutes ces discussions, il s’agissait d’un investissement de l’ordre de 400 M€, à la charge du concessionnaire. Une situation nouvelle apparait en 2012 avec un coût (frais financiers et charges d’exploitation inclus) de 750 M€, (1) ainsi qu’une une contribution des collectivités à l’investissement.
Deux faits importants interviennent depuis quelques années qui n’ont pas été pris en compte ni dans les délibérations du Conseil Régional et du Conseil Général consacrés au GCO ni dans le dossier d’enquête publique de 2006. Il s’agit de la crise économique et financière d’une part et des signes avérés de l’évolution du climat d’autre part.
La crise économique et le projet GCO
Parmi les causes de la crise, le prix des matières premières et le niveau d’endettement des collectivités, ainsi que celui des particuliers, sont déterminants. Le coût de l’investissement GCO, récemment publié, s’élève à 750 Millions €. Il représente un endettement important, qui s’ajoute à celui du concessionnaire et à celui des collectivités locales par le jeu des garanties et des subventions d’équilibre. Cet endettement est sans visibilité d’avenir car l’évolution du prix du pétrole (orienté à la hausse) et celle du trafic (orienté à la baisse) sont difficilement prévisibles mais compromettent la rentabilité de l’investissement et rendent fort probable la nécessité d’une aide financière publique supplémentaire.
L’amortissement de l’investissement se fera par une ponction sur les entreprises locales et sur le niveau de vie des particuliers par le péage. Elle sera au niveau de la dépense : 750 M€.
Les difficultés de financement du tunnel Lemaire de Sainte-Marie ont conduit à une extension importante de la durée de la concession. Pour le GCO, il n’est pas réaliste d’étendre le remboursement dans un futur lointain, au-delà de quarante ans, quand l’essentiel des réserves conventionnelles de pétrole auront été épuisées.
La crise climatique et le projet GCO
Depuis dix ans, le réchauffement climatique est en œuvre et les prévisions pessimistes de cette évolution ne sont plus exclues (Note 2). Ce n’est pas la construction de cette surface bitumée qui va aggraver la crise climatique d’une façon significative mais l’évolution actuelle de la concentration en gaz à effet de serre, GES, est préoccupante et nous incite à des mesures appropriées. Donnons deux chiffres, à l’échelle de notre vie et de celle de nos enfants :
- en 1960, concentration moyenne de CO2 : 315 ppm (parties par million)
- en 2012, concentration moyenne de CO2 : > 390 ppm, soit une augmentation de 24 % en 52 ans
Dans ces conditions, pourquoi développer les investissements routiers et réduire les surfaces végétalisées qui absorbent du CO2 et permettront d’atténuer les effets des augmentations de température à venir ?
La ceinture verte de Strasbourg est un atout à conserver.
En conclusion, nous vous demandons, Monsieur le Conseiller de la Région Alsace, de refuser toute participation et tout soutien à un projet qui entraine des charges financières lourdes, un bénéfice économique non démontré et une dégradation irréversible du territoire et des conditions de vie.
En restant à votre disposition, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments
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Notes :
(1) communiqué de VINCI,
(2) Bernard Perret, administrateur de l’INSEE, dans « L’urgence occultée de la crise climatique », revue [Etudes février 2012, p.153. « Quelles que soient les incertitudes sur le climat futur de la planète, il est peu vraisemblable que l’homme puisse continuer à modifier les caractéristiques physiques de l’atmosphère sans que cela finisse par altérer les équilibres nécessaires à la vie. Le dernier rapport de L’Agence Internationale de l’Energie, organisme peu suspect d’être noyauté par les écologistes, formule un avertissement sans ambiguïté : l’objectif de limiter à 2°C la hausse moyenne des températures (objet officiel de la communauté internationale) ne sera pas atteint si des efforts drastiques d’énergie ne sont pas entrepris avant 2017. En restant sur la trajectoire actuelle, la hausse pourrait atteindre 3,5°C d’ici la fin du siècle, voire 6°C si les pays ne tiennent pas les engagements déjà pris (ce qui, au vu de l’actualité, n’est pas une hypothèse d’école). Qui peut dire comment vivront nos descendants si cette sombre prédiction se réalise ? »
Xavier Mathieu condamné pour avoir refusé le prélèvement ADN
Le syndicaliste Xavier Mathieu a été condamné vendredi 3 février pour avoir refusé de subir un prélèvement de son ADN.
Après avoir été relaxé en première instance, Xavier Mathieu a été reconnu coupable par la Cour d’appel d’Amiens de refus de prélèvement de son ADN dans le cadre de l’action exemplaire et courageuse qu’il a menée avec ses camarades pour sauver, sans succès leurs emplois. L’ancien porte-parole des ex-Continental de Clairoix (Oise) a été condamné à 1200 euros d’amende.
Mais, par-delà ce quantum d’une peine non négligeable, le plus grave est que l’application de cette loi absurde et cruelle du 18 mars 2003 traitant des militant-e-s syndicaux et associatifs en délinquant-e-s, permet qu’il soit de nouveau convoqué pour... prélèvement de son ADN !
La spirale du harcèlement n’est donc pas rompue. Seul le rapport de force, la solidarité ouvrière et syndicale permettra dans un premier temps de résister et de protéger Xavier Mathieu et toutes et tous ceux qui refusent de se résigner. Dans cette lutte, on pourra toujours compter sur la détermination du Front de Gauche qui s’engage fermement à faire de l’abrogation du fichage génétique des militant-e-s une priorité absolue. En attendant, on ne lâchera rien !
Présidentielle 2012 : l’écologiste recueille 37 % des voix
Même quand elle réussit, l’écologie disparait des radars médiatiques. Ils voudraient tant qu’elle disparaisse pour de vrai...
L’article de Dominique Allan Michaud - centré sur le premier tour de l’élection présidentielle finlandaise - a été écrit avant le second tour de l’élection présidentielle finlandaise, qui a eu lieu dimanche 5 février. Le candidat écologiste Pekka Haavisto y a recueilli 37,4 % des voix, il a été battu par le candidat conservateur Sauli Niinistö. (AFP)
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« Eva Joly disparaît des radars de la présidentielle, l’écologie aussi » : ainsi titrait Le Monde des 29/30 janvier 2012 en première page. Les raisons avancées ? La crise économique, la personnalité de la candidate des Verts, et même le mécontentement des Français après la promesse non tenue de centaines de milliers d’emplois du Grenelle de l’environnement. On ne voit pas très bien le rapport, surtout dans le dernier cas (à moins de confondre Eva Joly avec Jean-Louis Borloo ?), après l’évidence (supposée) de la prise de conscience dictée par une crise écologique doublée d’une crise sociale et économique. Dans d’autres journaux, la personnalisation de la politique fait incriminer l’ancienne magistrate en lui reprochant son accent, ses lunettes, ses habits… Le souvenir semble s’être perdu d’une autre élection présidentielle où le candidat des Verts Antoine Waechter fut moqué tant et plus… jusqu’à un résultat inattendu (du moins pour les moqueurs).
Les Français craindraient-ils que l’écologie, ou plutôt l’écologisme, conduise à la remise en cause de la société de consommation ? Diverses explications sont envisageables bien que non envisagées par les moyens d’information. Faut-il insister sur le fait que ces derniers présentent quasiment en permanence des preuves de la crise écologique (ce qui était autrefois la raison d’être de la presse militante) ? Il pourrait y avoir un effet de saturation, risque que nous évoquions déjà en 1979 dans Le Discours écologique.
Ensuite on pourrait se demander si une cause de fluctuation de l’opinion ne pourrait avoir parmi ses origines la confusion qui règne dans le discours entre conservationnisme, environnementalisme, écologie et écologisme. Qui explique de quoi il s’agit ? Pas même les Verts, et d’ailleurs le discours écologique lui-même a pu être fluctuant selon les époques, selon les circonstances : forcément moins riche dans un débat électoral largement tributaire des choix des autres partis. Pourtant la présence écologiste dans une campagne présidentielle ne vise pas réellement à l’élection, elle impose plutôt le témoignage et la pression. En fait la pression joue dans les deux sens, au détriment de l’écologisme.
Serait-ce la fin de la mode écologiste ? Il y a déjà eu dans le passé de grandes périodes de mode écologiste : à la fin des années 60, des années 70, des années 80, des années 90. Toujours la mode est retombée, et l’écologisme a été renvoyé au cimetière des illusions perdues. La dernière mode, de la fin du 20e siècle au début du 21e siècle, a été jusqu’ici la plus longue. Certains la jugeaient « définitive » étant donné l’accélération et l’aggravation de la crise écologique, du fait notamment du changement climatique. Ne faut-il pas envisager l’hypothèse d’un amoindrissement voire d’une nouvelle fin pour la nouvelle mode, au lieu d’une prise de conscience ?
Le sentiment que l’écologisme « disparaît des radars de la présidentielle » est surtout basé sur le risque d’un résultat inférieur à 5 % des voix, comme il semble dans quelques sondages ; mais dans le système électoral, 5 % des inscrits ne font pas 5 % des exprimés, le résultat en pourcentage étant en fait conditionné par le pourcentage des abstentions. Cela rend difficile toute prévision s’agissant du petit pourcentage d’un petit parti lequel peut selon l’importance de l’abstention, avoir 5 % ou 10 % des exprimés… avec le même nombre de votants. Il paraît banal de le répéter, mais un sondage n’est pas une élection (surtout quand on ignore les conditions du magique « redressement », avec la marge d’erreur d’autant plus grande que l’échantillon est petit).
Ce n’est pas encore forcément la fin de la mode écologiste. Un chiffre frappant le fait penser, qui tranche sur les sondages précédemment évoqués : plus de 18 % pour l’écologiste qui, en deuxième position au premier tour, le sera encore au deuxième tour. Une remarque toutefois : ce n’est pas en France. Une autre remarque : ce n’est pas un sondage. C’est en Finlande que le candidat Vert sera au second tour de l’élection présidentielle, le 5 février 2012, ayant obtenu 18,8 % des suffrages au premier tour, le 22 janvier dernier, derrière le candidat conservateur (37 % des voix). Autre résultat marquant de ce scrutin, le candidat populiste, « eurosceptique » et « anti-immigrés » comme on dit, du Parti des Finlandais, n’a obtenu que 9,4 % des voix, contre 19,1 % aux législatives d’avril 2011.
Curieusement, cette information n’a guère été diffusée : on pouvait la trouver dans les dix lignes publiées par Le Monde daté du 24 janvier 2012 en bas de sa page 6. Que ceux qui l’auraient trouvée ailleurs le signalent. Heureusement, les médias, frappés par l’intérêt de ce double résultat, de l’écologisme et de l’extrême droite, alors qu’ils ne cessent de nous parler de la faiblesse du premier et de la force grandissante de la seconde, ont sans doute dépêché en Finlande leurs meilleurs envoyés spéciaux afin d’éclairer les Français sur cette anomalie avant la présidentielle.
Curieusement, ce peu d’importance accordé au résultat avait pourtant été précédé par un article plus long du Monde, dans son édition daté du 21 janvier. Signé Olivier Truc, apparemment le correspondant du journal à Stockholm, l’article insistait sur l’importance de ce « pays modèle » dans l’Union européenne, et sur son refus de contribuer au Fonds européen de stabilité financière (FESF) au-delà des 14 milliards d’euros prévus. En Finlande où « la crise de la zone euro aura largement dominé le débat », l’écologisme n’en a pas souffert.
Revenons en France. Et répétons le titre déjà cité : « Eva Joly disparaît des radars de la présidentielle, l’écologie aussi. » Apparemment l’écologie, ou mieux l’écologisme, disparaît aussi des « radars » médiatiques dans le cas d’un succès qui est le premier au monde de ce genre pour un parti Vert : être au second tour d’une élection présidentielle.
Une question se pose : les « radars » fonctionnent-ils bien ?
Pointe de froid : le nucléaire fragilise la France
Jamais avare des caricatures les plus grossières, M. Besson n’a pas hésité à mettre en cause les écologistes (et les socialistes) dont les propositions rendraient selon lui la France vulnérable à la pointe de consommation électrique.
Si tel était le cas, si la politique actuelle du gouvernement français était si vertueuse, comment expliquer la panique qui saisit l’ensemble des acteurs électriques à chaque vague de froid ?
Comme l’a rappelé le 6 février l’association Agir pour l’Environnement, la France souffre aujourd’hui de 3 fragilités structurelles : - la part considérable du chauffage électrique au regard des autres énergies de chauffage ; - la part unique au monde du nucléaire dans le mix électrique français qui ne permet pas de faire face à la pointe ; - le caractère hyper centralisé de la production électrique qui rend le réseau extrêmement vulnérable.
Cette situation conduit aujourd’hui la France, à elle seule, à représenter la moitié du pic électrique européen !
A l’inverse de ce que prétend M. Besson, ce sont les propositions écologistes permettraient progressivement de réduire cette vulnérabilité. En sortant progressivement du chauffage électrique, en isolant beaucoup mieux les logements, en sortant progressivement du nucléaire au profit des énergies renouvelables et des réseaux de chauffage urbain, non seulement on réduirait la vulnérabilité de la France aux pics de froid, mais en plus on allègerait la facture des ménages (notamment des précaires énergétiques aujourd’hui pour la plupart otage du chauffage électrique), tout en créant des dizaines de milliers d’emplois et en protégeant l’environnement.
C’est ce virage énergétique que prennent aujourd’hui tous les pays voisins de la France. Ne le ratons pas au nom d’une idéologie restée 40 ans en arrière.
Publicité : le gouvernement fait un nouveau cadeau aux afficheurs
Le décret concernant les panneaux publicitaires vient d’être publié. Il satisfait pleinement les afficheurs.
Le décret qui modifie la réglementation de l’affichage publicitaire, en application de la loi « Grenelle II », vient d’être publié. Au lieu d’améliorer la situation qui est celle des entrées de villes, le décret ouvre la porte à une aggravation de la pollution visuelle.
Un décret élaboré en catimini
La consultation publique, qui avait mobilisé sept mille citoyens et associations en grande majorité favorable à une meilleure protection des paysages, s’est terminée en mars 2011. Ce n’est pourtant que le 31 janvier 2012 que le décret a été publié au Journal officiel. En effet, pendant ce long délai de dix mois, le décret a été profondément remanié pour tenir compte des doléances des sociétés d’affichage publicitaire.
Selon Le Canard enchaîné du 1er juin 2011, c’est d’ailleurs l’afficheur JCDecaux qui a « littéralement tenu le stylo » du ministère de l’Écologie ! France Nature Environnement et Agir pour les paysages n’ont pas été tenues informées.
Ceci au moment même où France Nature Environnement vient, dans le cadre de « l’Appel des 3 000 », de demander qu’un nouvel élan soit donné à la démocratie par le biais notamment d’un véritable dialogue environnemental. Pour Raymond Léost, secrétaire national de France Nature Environnement : « Le décret sur l’affichage publicitaire, finalement rédigé avec les seuls professionnels concernés, va directement à l’encontre du dialogue environnemental attendu par les citoyens. »
Un tiers de chiffre d’affaires supplémentaire pour les afficheurs !
Alors que Nathalie Kosciusko-Morizet a déjà dénoncé « l’effet dévastateur sur le paysage de la prolifération des panneaux publicitaires » et que Frédéric Mitterrand s’insurgeait récemment contre « les abords de ville dénaturés et bardés d’enseignes et de constructions sans ambition esthétique », ce décret ne devrait apporter aucune amélioration.
Les panneaux publicitaires de grand format scellés au sol sont ainsi conservés, tandis que de nouvelles possibilités d’implantation sont offertes aux sociétés d’affichage publicitaire. Tel est le cas des bâches publicitaires qui pourront recouvrir intégralement les immeubles, mais aussi les écrans vidéo, source de pollution visuelle, de nuisances lumineuses et de gaspillage énergétique, qui pourront atteindre pas moins de 50 m². De l’aveu même du ministère de l’Écologie, le taux de dispositifs devant être démontés sera « très faible », tandis que les nouvelles possibilités offertes aux afficheurs leur permettront de réaliser jusqu’à 30 % de chiffre d’affaires supplémentaire ! Enfin, les rares mesures protectrices du paysage n’entreront en vigueur au mieux que le 1er juillet 2014.
Pour Cyril Ronfort, président d’Agir pour les paysages : « À l’heure où 4 Français sur 5 jugent la publicité envahissante, le gouvernement a pris le parti d’aggraver la pollution visuelle au lieu de l’endiguer. »
France Nature Environnement et Agir pour les paysages étudient à présent l’opportunité de déposer un recours contre le nouveau décret.
Les promoteurs des OGM claquent la porte du Haut Conseil des biotechnologies
La FNSEA, l’ANIA (industrie agro-alimentaire), GNIS (semenciers) et la CFDT viennent de quitter le Comité économique, éthique et social du Haut conseil des Biotechnologies.
Après l’une des représentantes des salariés des biotechnologies (CFDT), ce sont les représentants des syndicats agricoles défenseurs des OGM (FNSEA et JA), puis de l’industrie semencière (GNIS) et agroalimentaire (ANIA) qui ont annoncé leur démission du Comité Économique, Éthique et Social du Haut Conseil des Biotechnologies.
Selon eux, il est inadmissible que des personnes opposées à un « consensus » conforme à leur propre opinion puissent continuer à siéger dans des instances consultatives officielles. Habitués à ne jamais être contestés par cinquante années de cogestion de la politique agricole entre leurs seules organisations et les pouvoirs publics, ils avaient déjà demandé il y a deux ans au premier Ministre une recomposition du CEES afin d’en exclure les représentants actuels des organisations paysannes, biologiques, apicoles et environnementales.
Selon eux, il serait interdit de s’opposer à la « coexistence » dans une instance de consultation démocratique sur les OGM. La « coexistence » OGM, ce n’est que l’existence des OGM dans les champs et la contamination des productions voisines et des ruches, dont la grande majorité des français ne veulent pas. Il serait donc, selon ces démissionnaires, interdit de défendre le point de vue de la majorité des Français dans une instance de consultation officielle : drôle de conception de la démocratie !
Dans sa recommandation sur la coexistence, le CEES a refusé de faire croire à un consensus qui n’existe pas. Il a préféré exposer les points de vue des différentes parties prenantes de la société française qui le composent.
Organisme nommé et non élu, il a aussi refusé un vote qui n’aurait fait que refléter les souhaits de ceux qui l’ont nommé et non ceux du scrutin démocratique. En faisant ces choix, il respecte son rôle d’organisme destiné à éclairer les pouvoirs publics et non à se substituer à leur rôle d’arbitre. Est-ce cela que refuse le lobby pro-OGM qui n’accepte de comité consultatif que s’il est entièrement soumis à ses choix ? 4 membres du CEES sur les 19 qui ont participé à la recommandation sur la coexistence, ont exprimé une divergence en affirmant qu’il s’agit d’une position majoritaire : curieuse idée de la démocratie ?
Ce cartel vient d’obtenir directement du Ministre de l’agriculture un arrêté « coexistence »qui ignore complètement la recommandation du CEES et qui permettra à ses agrimanagers de cultiver du maïs OGM et de contaminer tranquillement le miel, les semences paysannes, les maïs bio et conventionnels et l’environnement. Il n’a effectivement pas besoin de faire face à la société civile et, pour éviter que ses positions anti-démocratiques soient exposées dans les recommandations du CEES, il tente de le faire supprimer.
Les organisations... appellent les pouvoirs publics à conserver l’outil original et indispensable que constitue le CEES et à ne pas plier face aux menaces inacceptables de ceux qui veulent imposer les OGM aux français par la force.
La « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée » épinglée par la Cour des comptes
La Cour des Comptes consacre un chapitre de son rapport public annuel 2012 à la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone ». Selon elle, cette escroquerie qui s’est déroulée en 2008 et 2009, « est la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement. La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union.
La Cour décrit le mécanisme de la fraude, qui s’est déroulée sur le marché européen du carbone. Celui-ci, appelé ETS (Emissions Trading Scheme), organise les échanges entre les entreprises qui dépassent un plafond, fixé par les autorités, d’émissions de gaz à effet de serre, et les entreprises qui sont en-dessous de ce plafond. Les fraudeurs ont appliqué un système dit du « carrousel » : des sociétés, souvent créées pour l’occasion, achetaient hors taxe des quotas de CO2 dans un Etat membre, les revendaient en France en facturant la TVA de 19,6 %, et disparaissaient sans payer la TVA à l’Etat français.
AUCUN CONTRÔLE EXTERNE
Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe.
Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives.
Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz.
Ecologie et récession
« L’histoire des relations conflictuelles entre les préoccupations écologiques et économiques depuis la naissance du mouvement environnemental souligne un fait paradoxal : les périodes de croissance économique pourvoyeuses d’emplois sont favorables à la diffusion de revendications écologiques, alors que celles de crise les font passer à la trappe. »
Dés sa naissance, le mouvement associatif environnemental a été marqué par le lien étroit unissant l’écologie à la crise économique survenue avec la fin des trente glorieuses. Le fameux rapport du Club de Rome paru en France en 1972 annonçant l’incompatibilité radicale entre l’existence de ressources naturelles limitées sur la planète et une croissance économique exponentielle, illustre l’existence de ce lien incontournable qui fait pourtant l’objet d’un déni constant de la part de l’oligarchie.
L’histoire des relations conflictuelles qui ont existé entre les préoccupations écologiques et économiques depuis la naissance du mouvement environnemental souligne un fait paradoxal : les périodes de croissance économique pourvoyeuses d’emplois sont favorables à la diffusion de revendications écologiques, alors que celles de crise les font passer à la trappe.
C’est ainsi que le début des années 70 a correspondu en France à l’émergence de ces revendications illustrées par des combats menés contre l’extension du camp du Larzac et contre les premiers chantiers nucléaires. Avec le second choc pétrolier entrainant une aggravation de la crise à partir de la fin des années 70, l’écologie disparaît complètement du champ médiatique et politique. Au début des années 80, cette nouvelle question politique sera même perçue comme relevant d’une mode intellectuelle rentrant dans la catégorie de la culture, dixit Mitterand. La victoire de la gauche en 1981 et le triomphe de l’esprit d’entreprise caractérisant le libéralisme signe sa disparition complète. Et ce n’est qu’avec la multiplication des alertes représentées par des catastrophes industrielles comme celles de Bophal et de Tchernobyl, par la découverte du trou dans la couche d’ozone et celle de l’effet de serre que l’on voit la question de la crise écologique planétaire reémerger progressivement au rythme des grandes conventions internationales comme celle de Rio en 1992.
Aujourd’hui, après l’épisode du Grenelle de l’environnement en 2007, c’est un peu le même processus historique paradoxal auquel on assiste avec l’aggravation de la crise économique des pays les plus développés. Malgré l’accumulation des signes d’une crise écologique majeure scientifiquement reconnue et fortement médiatisée et de diverses catastrophes affectant l’industrie pétrolière (Deepwater Horizon) et nucléaire (Fukushima), on constate aujourd’hui que cette question a complètement disparu des agendas politiques malgré l’actualité de la campagne électorale. Et l’on retrouve le même discours implicite que celui tenu dans les années 80, à savoir que l’écologie est un luxe qui doit passer au second plan par rapport à l’économie. Il est même affirmé que sans croissance économique, les politiques de développement durable lancées à Grenelle seront profondément handicapées. Autrement dit, la récession impacterait non seulement le social mais également l’environnement.
Or ce discours apparaît complètement mensonger et mystificateur car effectivement, si la récession handicape tous les investissements visant à mieux protéger l’environnement comme ceux consacrés aux énergies renouvelables et au traitement des rejets polluants, elle handicapera aussi ceux autrement importants ayant un impact calamiteux sur la nature, représentés par ce que les associations opposantes appellent « les grands projets inutiles », tels que les nouvelles infrastructures, les nouveaux aéroports ou réacteurs nucléaires (EPR et ITER) qui s’inscrivent dans la politique dite des « grands chantiers », financièrement ruineuse et écologiquement désastreuse !
La question de la dette illustre en fait le lien étroit existant entre la crise écologique et la crise économique qui renvoie à celle fondamentale des limites de la croissance. Au lieu d’opposer les deux phénomènes, le bon sens, si redouté par nos experts, doit au contraire les relier : les deux dettes vont de pair ! Or, au lieu de tirer les leçons de ce fait historique massif, toutes les politiques des pays de l’OCDE ne visent qu’à refaire démarrer la croissance, un mirage qui ne peut que continuer à aggraver à la fois l’endettement et la dégradation de l’environnement ! Notre oligarchie préfère pourtant s’enfoncer encore plus dans une impasse que de remettre en question ses prêts à penser !
En fait la crise globale actuelle est celle du système industriel lui-même à laquelle il n’y aura pas de réponse sans remise en question complète de l’idéologie dominante depuis un siècle, qui est celle de la croissance économique et techno-scientifique responsable de la crise globale actuelle. L’humanité ne pourra sortir du cercle vicieux actuel qu’en visant l’objectif d’atteindre ce que John Stuart Mill appelait un « état stable » caractérisé par, non pas un « développement », mais par un équilibre durable entre les sociétés humaines et la nature.
Lancement du Collectif Roosevelt 2012
En 1932, les Etats-Unis sont au fond du gouffre. Roosevelt arrive et agit avec détermination, domptant les marchés financiers plutôt que de tenter de les « rassurer ». Aujourd’hui, alors que les crises écologique, économique et morale se conjuguent sous l’oeil d’une oligarchie intéressée, un tel bousculement est de nouveau nécessaire, affirme le Collectif Roosevelt 2012.
Dire l’urgence et reconstruire l’Espoir
Nous ne pouvons pas rester sans rien dire. Nous ne pouvons pas rester sans agir. Aujourd’hui, l’esprit se révolte contre le sort qui est promis à l’homme. Crise sociale, crise financière, crise écologique, crise démocratique... dans tous ces domaines, nos sociétés approchent d’un point de rupture, d’un point de non-re- tour. Après 30 ans de laisser-faire, après 5 ans de crise financière, nous arrivons à un moment crucial. Comme l’écrivent Stéphane Hessel et Edgar Morin, « Maintenant nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ».
Dans tous les domaines (emploi, écologie, démocratie, éducation, culture, logement, santé, relations Nord- Sud...), de nombreuses associations, des élus et des citoyens agissent déjà avec force et intelligence. Si nous créons aujourd’hui un collectif nouveau, c’est parce que nous pensons qu’il est urgent d’agir pour éviter un effondrement économique. Car un tel effondrement pourrait amener à un chaos qui rendrait vaines toutes les actions entreprises dans les autres domaines.
« Le capitalisme vit une crise suicidaire pour l’humanité », affirmait déjà Michel Rocard en 2007. Cinq ans plus tard, rien n’a changé. Ou alors en pire ! Plutôt que de s’attaquer aux racines de la crise, plutôt que de changer radicalement un système économique que tous, en 2008, disaient vouloir transformer de fond en comble, nos dirigeants ont continué la fuite en avant, en remplaçant la « transfusion » de dette privée par une transfusion de dette publique. Mais jusqu’à quand cette fuite en avant est-elle durable ?
« La prochaine crise risque d’être plus grave que celle de 1930 » affirme le Gouverneur de la Banque d’Angleterre.
« Il est fort possible que la situation soit pire que ce que nous avons connu en 2008 », écrit Olivier Blanchard, chef économiste du FMI. Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : déjà incapables d’anticiper la crise des subprimes, ils sont incapables aujourd’hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d’apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes.
Serons-nous la première génération qui, non seulement devrait renoncer au progrès social mais aussi accepter sans réagir d’aller vers un « suicide » collectif ? Non. Trois fois non. Mille fois NON. Nous voulons choisir la vie. Voilà pourquoi, dans la diversité de nos parcours et de nos générations, nous nous rassemblons aujourd’hui pour agir au sein du Collectif Roosevelt 2012.
COMME ROOSEVELT EN 1933
Quand Roosevelt arrive au pouvoir, il succède à Hoover dont le surnom était Do Nothing (« Il parle mais ne fait rien »). Les Américains sont dans un très grand désarroi : « 14 millions de chômeurs, une production industrielle qui a diminué de 45 % en trois ans. L’Amérique touche le fond de l’abîme... Roosevelt agit immédiatement, avec une détermination qui ranime la confiance. L’activité législative est prodigieuse : en 3 mois, Roosevelt fait adopter plus de réformes que Hoover en 4 ans. Le processus est d’une rapidité extraordinaire : certaines lois sont présentées, discutées, votées et promulguées dans la même journée. »
Le but de Roosevelt n’est pas de « rassurer les marchés financiers » mais de les dompter. Les actionnaires sont furieux et s’opposent de toutes leurs forces à la loi qui sépare les banques de dépôt et les banques d’affaires, comme ils s’opposent aux taxes sur les plus hauts revenus ou à la création d’un impôt fédéral sur les bénéfices mais Roosevelt tient bon et fait voter 15 réformes fondamentales en trois mois. Les catastrophes annoncées par les financiers ne se sont pas produites. Et l’économie américaine a très bien vécu avec ces règles pendant un demi-siècle.
Depuis 1933, le monde a bien changé évidemment. Mais les principes appliqués par Roosevelt restent totalement modernes : dire la vérité, parler à l’intelligence des citoyens et agir. AGIR avec force !
OLIGARCHIE FINANCIÈRE OU DÉMOCRATIE SOLIDAIRE ?
« Au prétexte que la démocratie prend trop de temps, alors que les marchés financiers votent tous les jours et sont organisés autour d’automates qui opèrent des milliers de transactions par seconde, c’est à terme l’existence même du fait démocratique qui se trouve menacée. »
« Les gouvernements sont sommés de s’exécuter ou de laisser la place à des « experts » comme on l’a vu déjà en Grèce et en Italie. A la place d’un retour nécessaire du politique permettant de s’attaquer pour de bon à la ré- gulation des marchés, on assiste à la mise en œuvre de programmes d’austérité qui aggraveront la crise sociale et réduiront les moyens de traiter l’enjeu écologique. Le résultat, c’est la préparation de situations de chaos écologique et social porteuses de risques de conflagration et pains bénis pour les logiques autoritaires de toutes obédiences, à l’instar de la crise des années 1930. Comme alors, après la démocratie, c’est la paix elle-même qui se trouvera menacée » (Texte commun adopté par de nombreuses organisations de la société civile à la veille d’un forum civique organisé à Grenoble fin janvier 2012).
Nous n’acceptons pas que l’oligarchie qui nous a conduits à la crise profite de la crise pour renforcer son pouvoir, en faisant croire qu’il n’y a pas d’alternative aux politiques d’austérité.
Le but de notre collectif est simple : provoquer un sursaut ! Dire la gravité de la crise et alimenter le débat démocratique avec 15 mesures d’urgence que le nouveau Président de la République devra mettre en œuvre dès les premières semaines, après son arrivée au pouvoir en mai prochain.
TOUS ACTEURS, TOUS RESPONSABLES
Si l’on avait attendu un accord entre diplomates, le mur de Berlin serait encore debout. En 1989, ce sont des citoyens qui se sont levés et qui ont fait tomber un système politique qui niait la dignité de l’Homme.
« Chacun de nous peut changer le monde. Même s’il n’a aucun pouvoir, même s’il n’a pas la moindre importance, chacun de nous peut changer le monde » écrivait Vaclav Havel quelques semaines après la chute du Mur. En 1989, ce sont des femmes et des hommes « sans la moindre importance » qui ont changé le cours de l’Histoire. Vingt ans plus tard, le système néolibéral s’effondre à son tour. C’est à nous, les citoyens, de dire dans quelle société nous voulons vivre. Société d’injustice et de chaos ou so- ciété de d’équilibre et de convivialité ? A nous de choisir. A nous d’agir.
Contre les murs
Des murs-miroirs pour nos angoisses
Publié pour le 50e anniversaire de la construction du Mur de Berlin, ce livre tente de comprendre pourquoi tant d’autres « Murs de la Honte » se multiplient à la surface de notre planète, contredisant les prophéties d’une « mondialisation heureuse ».
Aux lignes fortifiées qui coupent en deux la Corée, Chypre, le Cachemire ou le Sahara occidental, s’ajoutent des remparts de fer ou de béton anti-immigrants ou « anti-terroristes » bâtis par des démocraties comme les Etats-Unis face au Mexique, l’Espagne dans ses enclaves du nord du Maroc, ou Israël en Palestine. Leur utilité est contestée ? Qu’importe, puisque l’essentiel est ailleurs. Comme le dit un habitant de l’Arizona, son mur, « le gouvernement, en construisant son mur, ne contrôle pas la frontière, il contrôle ce que les Américains pensent de la frontière ». L’important n’est pas de résoudre un problème concret, mais de gérer des images : celle de la frontière, celle des populations qui vivent de part et d’autre, et surtout celle du pouvoir qui construit le mur. Rien de mieux pour avoir l’air d’un « dur » capable de protéger les citoyens. Et pour cacher la réalité de son impuissance, au moment où se délite la puissance des Etats.
Mais le symbolique sera, tôt ou tard, rattrapé par la réalité. Les bâtisseurs du mur, se croyant à l’abri, oublient qu’il y a un conflit à régler. Que les frustrations et la rage montent chez le voisin emmuré. Ces murs enferment les hommes dans des prisons mentales en prétendant les protéger. Une faute morale politiquement lourde de menaces.
L’auteur est journaliste au magazine Pèlerin.
Les Rafale, ça sert à faire la guerre
On pourrait l’oublier, au milieu des cocoricos : les avions Rafale sont faits pour transporter des bombes et tuer. On ne saurait se réjouir d’en vendre, à qui que ce soit.
Début février 2012, nous apprenons que Dassault serait sur le point de remporter un appel d’offre pour fournir 126 avions de chasse Rafale à l’Inde. Ce contrat colossal est évalué à environ 12 milliards de dollars. Alors qu’il n’est pas encore finalisé, déjà certains se félicitent de ce marché. « C’est une bonne nouvelle pour toute la France et donc pour son président » estime Gérard Longuet, Ministre de la Défense. « C’est un très bon avion, qui a fait ses preuves dans les opérations récentes en Afghanistan, en Libye et ailleurs. C’est une bonne nouvelle pour notre industrie aérospatiale, pour notre industrie de défense, qui est parmi les meilleures du monde », s’est félicité Pierre Lellouche, Secrétaire d’État au Commerce Extérieur.
Nous ne pouvons pas nous réjouir de ces ventes d’armes qui participent à l’escalade de moyens militaires dans une région instable. L’Inde est en conflit avec le Pakistan, notamment au sujet du Cachemire. La France a vendu, dans les années 2000, des sous-marins Agosta 90B au Pakistan. Le contrat, qui prévoyait des commissions financières, est au cœur de l’affaire de l’attentat de Karachi qui en 2002 a provoqué la mort de 14 personnes, dont 11 employés de la Direction des Constructions Navales. Le procès est toujours en cours. Ainsi la France, vend des armes à deux états puissants en conflit, tous les deux détenteurs de l’arme nucléaire, engrangeant des bénéfices financiers sur le dos des civils qui sont de plus des victimes potentielles d’affrontements armés dans cette région.
Le MAN dénonce ce projet de vente d’avions de chasse à l’Inde.
D’autre part, le MAN proteste contre l’achat par la France de drones à Israël. Le ministère de la Défense français a, en effet, pris en juillet 2011 la décision d’acheter pour plus de 318 millions d’euros d’armes de guerre à Israël.
Pourquoi vouloir importer en France, dans les pratiques militaires ou dans la gestion des conflits urbains, des outils et des méthodes qu’Israël utilise dans les territoires occupés palestiniens ? Ce pays a un bilan bien établi de violations du droit international et des droits humains au cours de ses diverses opérations et agressions militaires, invasions et occupations de territoires palestiniens. Le MAN est associé à la Campagne BDS (Boycott Désinvestissement et Sanction) et demande l’annulation immédiate de ce contrat d’achat d’armes.
La pire entreprise de la planète est brésilienne
L’entreprise minière brésilienne Vale vient d’être désignée comme la pire société de la planète suite à la consultation des Public Eye Awards, connus comme le « Nobel » de la honte pour les entreprises privées. L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse tenue à Porto Alegre (Brésil), à l’occasion du Forum Social Thématique « Crise du capitalisme, justice environnementale et justice sociale » qui s’est déroulé du 24 au 29 janvier
Remis chaque année au moment du Forum Economique Mondial de Davos, les Public Eye Awards désignent la pire société de la planète suite à un vote des internautes. En compétition avec Barclays, Freeport, Samsung, Syngenta et surtout Tepco, responsable du désastre nucléaire de Fukushima, la Vale l’a emporté avec plus de 25 000 votes. Présente dans plus de 38 pays, la Vale est le deuxième plus grand groupe minier et le premier producteur de minerai de fer de la planète. A elle seule, elle émet 4 % de la production totale de CO2 du Brésil et utilise chaque année 1,2 milliards de mètres cubes d’eau, l’utilisation moyenne de 18 millions de personnes.
La Vale finance le barrage Belo Monte
Facteur décisif de sa nomination, la Vale est entrée en 2010 dans le consortium Nord Energia SA. Ce consortium est en charge de la construction du très controversé barrage de Belo Monte qui nécessitera le déplacement de 40 000 personnes à travers une planification autoritaire ne tenant pas compte des populations locales. Projet de 17 milliards de dollars, le barrage Belo Monte provoquerait la dévastation de gigantesques régions de l’écosystème de l’Amazonie : 80 % des cours seraient déviés dans un réservoir artificiel. En produisant de l’électricité bon marché, ce barrage pourrait faciliter l’extraction de ressources naturelles dans le bassin amazonien.
Pour les organisations qui mènent campagne contre la Vale, ce prix met en lumière les agisements inacceptables de la multinationale brésilienne et les conséquences dramatiques de ses activités sur les populations et l’environnement. « Pour des milliers de personnes au Brésil et dans le monde entier, qui sont déplacés, qui perdent leurs maisons et leurs terres, leurs amis et proches, qui sont menacés, exploités ou licenciés par l’entreprise, qui souffrent de mauvaises conditions de travail et de rémunération, décerner ce prix à la Vale est l’occasion d’exposer aux yeux du monde les souffrances et d’apporter de nouvelles forces à ceux qui luttent pour leurs droits et contre les excès commis par la société ».
Justice sur les rails
La campagne « Justice sur les rails » est née fin 2007. Elle a pour priorité « la protection de l’environnement et des populations menacées par la Vale dans la région amazonienne, en particulier celles situées le long du chemin de fer Carajas ». Cette ligne de chemin de fer a été inaugurée en 1985. Elle est longue de 892 km de long et relie cette province avec le port de Ponta da Madeira à São Luís. Sous concession de la Vale, elle est l’une des plus productives de la planète. Chaque jour, des trains de 400 wagons et de plusieurs kilomètres de long permettent d’exfiltrer vers les marchés internationaux des millions de tonnes de minéraux (fer, manganèse, cuivre, bauxite, nickel, étain, or…), mais aussi du bois et du soja produit dans le sud du Maranhão, Piauí, Para et du Mato Grosso. Transportant pour plus de 30 millions de dollars, chaque train traverse des villes dont les populations survivent avec presque rien.
Le centre d’exploitation de Carajas dispose d’immenses réserves de fer et d’un des plus grand ensembles métallurgiques de la planète. Quatorze usines sidérurgiques s’y trouvent dans un rayon de moins de 150 kilomètres. Pour accéder à des gisements de charbon en mesure d’alimenter ces usines (jusqu’à 300 tonnes de charbon par jour et par usine), de nombreuses forêts natives ont été rasées. L’électricité bon marché du barrage de Belo Monte pour partie financé par la Vale alimentera donc un complexe industriel appartenant à la Vale. Sous couvert d’infrastructures modernes, cette ligne de chemin de fer symbolise le pillage des ressources naturelles, la concentration des richesses et des terres, des processus d’exclusion sociale, la dégradation sans limite des écosystèmes.
La Vale, ou le symbole du capitalisme brésilien triomphant
La Vale est devenu un des symboles du capitalisme brésilien triomphant. Elle a réalisé plus de 19 milliards de dollars de bénéfice net en 2011. Pour 2012, elle prévoit d’augmenter de 50 % le dividende versé par action. Par ailleurs, la Vale investit massivement à l’étranger. En 2006, elle établit le record de la plus chère acquisition jamais faite par une entreprise brésilienne, en achetant la canadienne Inco pour 19,3 milliards de dollars, qui fut pourtant l’une des plus prospères entreprises minières canadiennes, et plus important producteur de nickel. Le tout avec la bénédiction et le soutien du gouvernement brésilien.
Si la Vale a été privatisée en 1997, avec son lot de protestations publiques et d’accusations de corruption, le gouvernement en reste actionnaire et de forts liens se maintiennent. Des représentants de l’entreprise font ainsi régulièrement partie de la délégation officielle du gouvernement lors des négociations internationales, telle que celles sur le climat. Début 2011, une des premières décisions de la nouvelle présidente, Dilma Roussef, fut d’installer à la tête de la Vale un nouveau dirigeant, Murilo Pinto de Oliveira Ferreira. Officiellement pour imposer à l’entreprise d’accroître ses investissements sur le sol brésilien plutôt que d’exporter les matières premières à l’état brut. L’entreprise dispose d’ailleurs d’une certaine immunité puisqu’elle refuserait toujours de verser les 2,5 milliards de royalties qu’elle devrait à l’Etat brésilien. C’est donc également sous caution gouvernementale que la Vale poursuit son expansion en suivant un modèle capitaliste classique.
Comme beaucoup d’entreprises minières de par le monde, l’histoire de la Vale est marquée par des conditions de travail inhumaines, des violations des droits humains, des pollutions de l’environnement ou encore le recours à des milices paramilitaires. En 2009, la rémunération des actionnaires de la Vale (2,75 milliards de dollars) fut supérieure à ce que l’entreprise a versé à ses employés. Plus de 100 actions judiciaires et 150 enquêtes seraient aujourd’hui engagés contre l’entreprise. Jusqu’ici la Vale s’en est sortie presque sans égratignure hormis quelques amendes.
Une alliance internationale des affectés par la Vale
Pourtant, partout où la Vale passe sur la planète, des populations se soulèvent. De juillet 2009 à mars 2010, c’est la mine de nickel de Grand Sudbury en Ontario (Canada), anciennement propriété d’Inco, qui a connu une grève dure, la plus longue de son histoire. Générée par les pratiques sociales de l’entreprise brésilienne, cette lutte a été une nouvelle occasion d’internationaliser les résistances contre les pratiques de la Vale. Débutée au forum social mondial de Belem (janvier 2009), cette mise en relation internationale s’est concrétisée en avril 2010 avec la tenue, à Rio de Janeiro, de la Première Rencontre Internationale des Personnes Affectées par la Vale. Elle a réuni environ 160 personnes provenant d’une centaine d’organisations et de 13 pays qui ont présenté des cas de conflit avec la Vale dans divers Etats du Brésil et d’Argentine, au Canada, Chili, Pérou, Mozambique et Nouvelle-Calédonie.
Rassemblant des syndicats de travailleurs, des ONG, des réseaux internationaux, des communautés locales, cette alliance internationale s’est donné pour objectif commun de « dénoncer la politique d’agression et de prédation de la Vale, de mettre en commun les expériences de lutte et d’établir des formes de coopération ». Apporter une réponse globale aux agissements planétaires d’une multinationale brésilienne aux conséquences dévastatrices pour les populations locales.
Rendez-vous a déjà été pris pour une deuxième rencontre internationale. Elle aura lieu en juin prochain, à Rio de Janeiro, quelques jours seulement avant la Conférence Internationale Rio+20 dont le sujet principal portera sur l’économie verte. Pour sûr, les affectés de la Vale diront haut et fort qu’ils ne veulent pas de l’économie verte qu’incarne la pire entreprise de la planète (et le Brésil ?). Et nous non plus.
Le retour de Nicolas Hulot
Dans un entretien avec Le Monde, l’écologiste définit sa nouvelle position, six mois après son échec aux primaires d’EELV.
Entretien avec Anne-Sophie Mercier, du Monde, le 8 février.
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Il vous aura fallu six mois d’absence pour « digérer » votre échec aux primaires organisées par les écologistes. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Je n’avais pas prévu cet échec, même si je pensais que le combat serait rude. Pour être candidat, j’ai donné tout ce que j’avais : j’ai quitté ma fondation, puis « Ushuaia », je me suis investi à 100 %. Bref, j’ai changé de vie. J’ai vécu un moment difficile après l’échec, mais je suis sans amertume. Je suis parti loin pour remettre les choses à leur juste place, puis pour m’extraire du bruit médiatique.
Quelles erreurs pensez-vous avoir commises dans la campagne que vous avez menée face à Eva Joly ?
Plusieurs, certainement. Je me suis déclaré trop tardivement, j’ai sous-estimé la difficulté de ces primaires, et je n’ai pas voulu voir la profondeur des préjugés à mon égard. « Homme de Chirac », « candidat des multinationales »… Einstein a dit qu’il était plus facile de briser un atome qu’un préjugé, et il avait raison. Et puis, je n’aurais pas dû me laisser intimider. Lorsque j’ai expliqué que j’avais étudié un moment l’hypothèse de travailler avec Jean-Louis Borloo, il y a eu cette polémique incroyable chez les écologistes, sur le thème « Hulot veut nous déporter vers la droite ». Et j’ai baissé la tête, dit que non, je me suis quasi excusé. Mais où était le problème ? Je pensais, et je pense toujours que les clivages politiques sont dépassés, et qu’ils relèvent d’un simple jeu de rôles qui devient indécent quand la crise prend une ampleur pareille.
Irez-vous soutenir Eva Joly, qui traverse des moments difficiles ? Vous verra-t-on dans un meeting à ses côtés ?
J’ai pris une autre voie, ce qui n’empêchera peut-être pas de se retrouver sur le chemin des idées. Je n’ai nulle intention de nuire aux écologistes, ni à leur candidate. Au passage, je trouve qu’il n’est pas sain que l’écologie politique soit à ce point marginalisée, surtout en regard de l’indigence des autres formations politiques sur le sujet. Mais il serait pour le moins présomptueux de ma part d’imaginer que ma présence puisse modifier le cours des choses… Par ailleurs, être président de ma fondation m’interdit tout soutien politique.
Pratique, non ?
C’est vous qui le dites. Ma parole sera d’autant plus forte, d’autant plus audible désormais, qu’elle sera non partisane.
Vous avez repris la tête de votre fondation, qui a pour l’occasion changé de nom, redevenant Fondation Nicolas Hulot. Qu’y ferez-vous que vous n’ayez déjà fait ?
Changer d’échelle ! Changer d’échelle, dans l’analyse et la proposition. Contribuer au débat public en rentrant dans le disque dur de notre modèle économique, faire la démonstration intransigeante que l’enjeu écologique conditionne tous les enjeux de solidarité. Il faut en finir avec les petites corrections à la marge, avec les petits gadgets qui « verdissent » les discours, et aller à l’essentiel.
Qu’est-ce que l’essentiel ?
L’essentiel, c’est d’acter que la crise que nous vivons est systémique. Les crises se répètent, se combinent, s’amplifient, et la crise écologique aggrave la crise sociale. Pour répondre à ces chocs répétés, à ce modèle en bout de course, qui nous imposent un changement de logique radical, les politiques ont besoin de marge de manœuvre. Ils n’ont pourtant pas un sou pour se lancer dans les investissements nécessaires. Et tout le monde sait pourquoi, et presque personne ne le dit.
Je crois que si on ne nomme pas les choses, on reste indéfiniment à côté de la plaque. Alors, je vais les nommer. Il n’est plus acceptable d’admettre que toute une partie de notre société se soit organisée pour échapper à la solidarité, c’est à dire à l’impôt. J’entends souvent cette phrase stupide qui dit que l’écologie est une préoccupation de riches. A ceux qui disent cela, je réponds que c’est un devoir de riches
La contrainte écologique et sociale ne nous permet plus de nous accommoder que la majorité de l’argent qui circule dans le monde ne participe pas à l’économie réelle. Il n’est pas acceptable que des grandes entreprises paient à prix d’or des cabinets d’avocats pour ne pas participer à la solidarité nationale et satisfaire ainsi la seule gourmandise des actionnaires, alors que les PME trouvent normal de le faire. Il n’est pas acceptable que les banques renflouées par l’Etat spéculent sur la faillite des Etats une fois rétablies et se servent des bénéfices colossaux.
Les politiques auxquels j’en parle se mettent la tête dans les mains, me disent « mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? » On sait ce qu’il faut faire : agir, au niveau européen, pour réformer les excès du capitalisme, mettre fin aux spéculations sur les matières premières, empêcher les banques de spéculer avec l’épargne des Français.
Par ailleurs pour que l’Etat retrouve des marges de manœuvre et ait d’autres alternatives que l’austérité, ma Fondation propose entre autre que la Banque centrale européenne lui prête à taux nul ou très faible pour financer un grand plan d’investissement écologique et social. Tout le monde trouve normal qu’on le fasse pour sauver les banques, pourquoi ne pas le faire pour construire l’avenir ?
En voulez-vous aux politiques que vous avez cotoyés, tenté de convaincre, qui ont signé votre pacte écologique en 2007, sans tenir leurs promesses ?
Malheureusement, je comprends l’autorefoulement. C’est parfois si déstabilisant de regarder la complexité des choses. En période électorale, tout le monde à intérêt à la mystification. C’est si difficile, si lourd, d’aller devant les électeurs pour leur expliquer qu’un monde d’insouciance et de gabegie est derrière nous, et qu’il va falloir gérer la rareté désormais. Il n’y a aucune voix à gagner en portant un discours pareil, et c’est pourtant la vérité.
Comme par enchantement, les changements climatiques ont disparu des écrans radars ! Les politiques n’ont pourtant pas intérêt à rester scotchés dans leur conformisme, dans leur impuissance autoproclamée, car si la politique ne peut plus rien faire, à quoi bon voter ? Je crains fort que tout cela ne finisse dans la rue. Il va falloir faire preuve de courage, et vite, car le pouvoir excessif de la finance met en danger la démocratie .
Votre fondation lutte depuis des années pour inciter les Français à modifier aussi leurs comportements individuels au quotidien. Vous en tirez un bilan mitigé…
Toutes ces actions ont préparé l’opinion et nous ont ouvert la voie. Mais les gens ne sont pas stupides, ils se lassent de faire des efforts dilués dans une insouciance collective.
Quel est l’homme politique français qui vous a le plus marqué ?
Je ne fais pas mystère de l’estime que j’ai pour Jacques Chirac, mais c’est une relation personnelle. Le discours de Johannesburg [le 2 septembre 2002], c’est un moment important, la charte de l’environnement qui introduit le principe de précaution dans notre constitution, aussi. Les mots, l’affirmation solennelle des grands principes, sans doute fallait-il à l’époque en passer par là.
Et Nicolas Sarkozy ?
J’ai déjà acté que les engagements pris lors de la signature du pacte écologique ont été un temps tenus. Mais il n’échappe à personne qu’il y a eu une volte-face spectaculaire de la majorité actuelle, sur ces sujets.
Avez-vous discuté avec François Hollande ?
A ce jour très peu. Les socialistes occultent comme les autres les enjeux centraux. Je m’étonne néanmoins que des gens aussi sincèrement préoccupés par les inégalités ne comprennent pas que la crise écologique majeure que nous traversons pèsera et pèse d’abord sur les plus pauvres d’entre nous.
Votre discours n’est pas éloigné de celui de Jean-Luc Mélenchon…
Cela ne m’a pas échappé, cela s’appelle, en ethologie, de la convergence évolutive : avec des parcours différents, on arrive aux mêmes constats, et parfois aux mêmes aspirations. D’ailleurs, avec Eva Joly, il y aussi une convergence. Mais faut-il forcément être très à gauche pour avoir cette pertinence de point de vue ? L’écologie ça n’est pas de l’idéologie, c’est du simple bons sens. La preuve ? Des gens qui étaient au cœur du système, dès qu’ils prennent de la distance, se mettent à dire exactement la même chose. Le dernier en date : Jean-Louis Beffa, ancien patron de Saint-Gobain. Il n’est pas précisément d’extrême gauche. Mais son livre La France doit choisir (Seuil, 288 p., 18 euros) ne dit pas autre chose.
Qu’est-ce qui vous fait penser que vous serez davantage écouté qu’un Mélenchon ou qu’un Besancenot ?
Ce qui est fondamental, c’est de savoir d’où on parle. On m’écoute différemment quand on ne me perçoit pas comme parlant au nom d’un parti.
Excluez-vous de « replonger » en politique ?
Je ne vais pas le jurer ici, mais c’est si peu probable. Je suis revenu à ma Fondation pour un travail au long cours.
Propos recueillis par Anne-Sophie Mercier
Un milliard la minute, parce que je la vaux bien
Assez des écologistes rétrogrades ! Des patrons partisans de la LGV Bordeaux-Hendaye ont courageusement manifesté pour soutenir cette tranchée nouvelle destinée à gagner quelques minutes de parcours. Mais Reporterre s’interroge : était-ce de vrais riches de chez riche ?
Etrange spectacle ce jeudi 9 février devant la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne : les invités par les différentes CCI d’Aquitaine n’arrivaient pas à remplir la salle prévue pour servir de caisse de résonnance au lobbying pro-LGV.
Mais une poignée de patrons, traders et autres jeunes cadres dynamiques étaient restés dehors braver courageusement à la fois le froid glacial et les centaines de manifestants anti-LGV rassemblés devant la CCI pour réaffirmer leur attachement à la modernisation des voies existantes et leur refus d’une voie nouvelle LGV.
Ces patrons avaient auparavant distribué à leurs collègues entrés dans la CCI un tract reprenant des arguments en faveur de la LGV présentés sous un jour nouveau et largement moins langue de bois que les discours auxquels nous étions habitués à ce jour (Voir pièce jointe).
Les panneaux qu’ils brandissaient ainsi que les slogans qu’ils scandaient semblaient également révéler un élan de franchise et de sincérité rare parmi les derniers partisans des voies nouvelles LGV. En voici quelques échantillons significatifs :
1 milliard la minute, parce que je le vaux bien ! Y’ en a marre des tracteurs ! LGV pour les traders ! Mon boulot à Paris, mon week-end à Biarritz ! 3 heures du Fouquet’s à l’Hôtel du Palais, merci la LGV ! Aidons Vinci, avec la CCI ! T.E.R. trop populaire, la LGV c’est Classe ! (Affaire) ! Lucrative et très chère, c’est la LGV que je préfère !
Ces moments de vérité marquent une nouvelle étape dans l’histoire mouvementée du projet de voie nouvelle LGV Bordeaux-Hendaye, contestée par une Coordination anti-LGV chaque jour plus déterminée et majoritaire dans l’opinion publique locale.
Vin Biologique : l’appellation est décidée
Bio, le « Vin obtenu à partir de raisins issus de l’agriculture biologique » ? Pas vraiment, puisque ce label ne nous dit rien sur la méthode de vinification. L’Europe vient de se mettre d’accord sur une appellation « Vin biologique », qui suppose notamment une moindre teneur en sulfites.
La très grande majorité des « vins bio », qui comportent le label AB, et que nous considérons comme des vins bio, ne sont pas totalement bio. Certes les raisins proviennent de vignes cultivées en respectant les règles strictes de l’agriculture biologique (pas de pesticides, ni d’engrais chimiques des synthèse, ni d’OGM...), et c’est déjà très important, car le raisin est le fruit dans lequel on trouve le plus de pesticides. Mais l’étape de la vinification n’est pas réglementée. Et chaque producteur de « vin bio » peut vinifier son vin comme il l’entend et ajouter, notamment, en quantité non limitée , des sulfites ( anhydride sulfureux) pour mieux le clarifier, le conserver et l’empêcher d’avoir un goût désagréable. Or les sulfites sont toxiques pour la santé, ils peuvent être notamment responsables d’allergie, d’asthme, d’eczéma, de maux de tête...
La mention que l’on trouve actuellement sur les étiquettes « Vin obtenu à partir de raisins issus de l’agriculture biologique » n’est donc pas un gage de totale qualité bio. Pour éviter toute confusion entre les vins traditionnels et les vins bio auprès des consommateurs, la Commission européenne vient donc d’édicter de nouvelles règles pour le « vin biologique », afin de couvrir l’ensemble du processus d’élaboration du vin bio, du raisin jusqu’au vin. Et ces nouvelles règles concernant la vinification biologique s’appliqueront à partir de la récolte 2012.
Ainsi concernant l’étape de la vinification la teneur maximale en sulfites du vin bio est fixée à 100 mg par litre pour le vin rouge (150 mg/l pour le vin non bio) et 150 mg/l pour le vin blanc et rosé bio (200 mg/l pour le vin non bio), avec un différentiel de 30 mg/l lorsque la teneur en sucre résiduel est supérieure à 2 g par litre. Certains viticulteurs et notamment ceux qui produisent du vin bio en biodynamie considèrent qu’il ne faut pas utiliser de sulfites du tout. Mais sans sulfites la qualité gustative du vin et sa conservation sont difficiles à garantir.
Les producteurs de vin biologique qui respecteront ces nouvelles règles seront ainsi autorisés à utiliser les termes « vin biologique » sur leurs étiquettes. Les étiquettes devront également comporter le logo biologique de l’UE et le numéro de code de leur certificateur, et respecter les autres règles en matière d’étiquetage du vin.
« Au final, les consommateurs peuvent être certains que tout ’vin biologique’ aura été produit sur la base de règles de production strictes », a déclaré M Dacian Ciolos membre de la Commission européenne chargé de l’agriculture et de développement rural.
Enfin, outre le fait que ces nouvelles règles vont améliorer la transparence et favoriser une meilleure reconnaissance des vins bios de la part des consommateurs, elles permettront aussi de clarifier et de renforcer la position des vins biologiques français, et européens, au niveau international, car de nombreux autres pays producteurs de vin (États-Unis, Chili, Australie, Afrique du Sud) ont déjà mis en place des normes applicables aux vins biologiques.
La critique du capitalisme est désormais autorisée
L’oligarchie fait mine de découvrir la lune et le Financial Times se livre à une critique du capitalisme. Celle-ci est donc dorénavant autorisée, sans que l’on se voie taxé de populiste ou d’extrêmiste.
Depuis plus de trois semaines, l’organe central du capitalisme intelligent, le quotidien britannique le Financial Times, ausculte l’état de l’économie de marché. Commentateurs, économistes, dirigeants politiques, entrepreneurs débattent des quatre coins du globe. Intitulé général de cette longue série d’articles : « Le capitalisme en crise ».
Imaginez l’Osservatore romano, le quotidien du Vatican, portant un regard critique sur le catholicisme. Car le jugement d’ensemble est sévère, que l’on peut résumer ainsi : la formule « ultralibérale-dérégulée » du capitalisme, héritée des années 1980, ça ne marche plus. On dirait du François Hollande, ou presque, mais au fil des pages d’un grand quotidien des milieux d’affaires internationaux.
Trois ans après la crise de 2008 et à quelques jours de l’ouverture du sommet économique de Davos, en Suisse, c’est un signe important. En économie comme ailleurs, il y a des modes intellectuelles. Lancées par des journaux tels que le FT, le Wall Street Journal ou l’hebdomadaire The Economist, elles préparent le terrain à des changements de fond.
Le tournant reagano-thatcherien, celui qui allait tordre le cou au capitalisme tempéré de l’après-guerre, a été précédé, à la fin des années 1970, d’une longue démonisation de l’Etat par les penseurs de ce qu’on appelait alors « la révolution conservatrice ». Couplée à la mondialisation des échanges qui allait suivre, elle a donné naissance à la version actuelle du capitalisme - et à la crise de 2008.
Dans cette forme-là, l’économie de marché doit être abandonnée. « Elle s’est avérée non seulement instable mais, et de manière importante, aussi injuste », dit l’éditorial lançant la série. Aux Etats-Unis, pays censé incarner sa réussite la plus accomplie, le capitalisme, relève Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor, perd la confiance du public : seuls 50 % des Américains en auraient une idée positive, selon un récent sondage. Il est devenu synonyme de financiers surpayés, de croissance anémique et de chômage structurel élevé.
Au coeur de l’acte d’accusation dressé par le FT, il y a ce constat : le capitalisme est en crise parce qu’il produit, massivement, de l’inégalité. Il n’est pas censé être moral. Il est, jusqu’à preuve du contraire, le meilleur système connu pour créer de la richesse. Et, dans sa version pré-1980, il avait la réputation de répartir cette richesse de façon relativement acceptable. En langage d’économiste, on dirait que le marché favorise une allocation intelligente des ressources.
C’est fini. Depuis trente ans, en Amérique du Nord comme en Europe, les inégalités se creusent. Au point, dit l’enquête du FT, qu’elles menacent les fondements de nos démocraties, sociétés de consensus, ancrées dans des classes moyennes majoritaires. Les Etats-Unis connaissent une inégalité de revenus sans précédent depuis presque un siècle. De passage à Paris, le politologue Norman Ornstein relevait récemment que la structure des revenus aux Etats-Unis était celle d’un pays du tiers-monde. Depuis 1980, le 1 % d’Américains les plus riches ont vu leur richesse s’accroître de 300 %.
Dans le même temps, le revenu médian d’un foyer américain n’a progressé que de 40 %, indiquent les statistiques du ministère du travail à Washington. Encore, précisent-elles, que cette hausse n’est atteinte que parce que nombre de femmes sont entrées sur le marché du travail. Si l’on enlève cette deuxième source de revenu dans un foyer américain, la réalité est brutale : en trente ans, le revenu médian d’un homme aux Etats-Unis n’a connu aucune progression. L’Europe suit la même pente, en un peu moins accentuée.
L’honnêteté imposerait de compléter les statistiques du ministère du travail en étudiant l’évolution du pouvoir d’achat : il a progressé dans certains secteurs du fait de la pression que la mondialisation exerce sur les prix. Mais, très largement fondée sur l’implacable réalité des chiffres, la perception reste la même : « L’économie moderne paraît comprendre deux pistes, l’une très rapide pour les super-riches, une deuxième bloquée pour tous les autres », écrit John Plender, l’un des commentateurs du FT.
La colère contre les inégalités a pris « la finance » pour cible. La richesse qui est dénoncée, comme imméritée, n’est pas celle des créateurs d’entreprise. C’est celle des pontes d’un secteur financier gonflé aux amphétamines de la spéculation et qui a pris une ampleur sans précédent - il a notamment pour fonction de financer l’endettement d’une classe moyenne qui, en ces temps de globalisation, ne maintient son niveau de vie que par l’emprunt. Le vilain canard est Lloyd Blankstein, le patron de la banque Goldman Sachs, et le héros Steve Jobs, le fondateur d’Apple.
La série du Financial Times salue les entrepreneurs. Elle dénonce la manière dont les conseils d’administration des grandes entreprises fixent les salaires des dirigeants, notamment dans le secteur financier. Nous vivons des temps inédits : un PDG peut gagner 400 fois plus que ses employés du bas de l’échelle ; ce rapport ne dépassait pas 40 dans le capitalisme pré-1980. Régression morale ou nécessité de s’aligner sur les pratiques de la concurrence ?
L’économie de marché s’est imposée sur toutes les autres parce qu’elle a su changer. Le capitalisme est une succession de crises. « Son succès ne tient pas au fait qu’il reste toujours le même, mais au fait qu’il ne cesse de changer », écrit le FT. Le quotidien préconise trois réformes prioritaires pour sortir du modèle hérité des années 1980 (éditorial du 27 décembre 2011).
Il faut réglementer et réduire un secteur financier devenu incontrôlable parce qu’obèse. Il faut réformer un mode de gouvernance de l’entreprise qui favorise le court terme, la rémunération la plus immédiate et la plus élevée du capital ; celui qui a érigé en valeur suprême la share holder value. Il faut revenir sur la palette d’exemptions fiscales qui, ici et là, a permis aux riches de payer de moins en moins d’impôts.
Ce triptyque n’aurait pas dépareillé dans le discours du Bourget. Mais il a au moins autant de poids quand il est mis en avant par le FT que par François Hollande.
Le Japon apprend à sortir du nucléaire
Dix mois après Fukushima, presque tous les réacteurs nucléaires nippons sont à l’arrêt. Tandis que les importations de gaz grimpent, les Japonais réduisent leur consommation d’électricité. En rêvant d’une sortie du nucléaire.
Les best-sellers de l’hiver, cette année au Japon, sont les sous-vêtements Heattech vendus par Uniqlo. Le géant nippon des fringues bon marché fait un tabac avec sa version 2012 de caleçons et maillots de corps moulants, désodorisants, « chauffant la peau en douceur », vante un porte-parole de Fast Retailing, maison mère d’Uniqlo. « Une première high-tech, conçue par des ingénieurs et non des stylistes. Nos Heattech créent une isolation thermique en convertissant la vapeur générée par le corps en chaleur, laquelle réussit à être conservée entre des microfibres. »
Et ça marche. Non pas que les températures soient plus basses en ce début d’année qu’en janvier 2011, mais les Japonais ont reçu pour consigne, depuis dix mois, d’économiser le courant coûte que coûte. Chacun imagine donc toutes sortes de parades pour ne pas avoir froid. Le sous-vêtement technique en fait partie. Il est, dans toutes les chaumières, le pilier de la panoplie thermique de l’ère post-Fukushima.
C’est que, depuis le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011, le pays doit affronter une ère de grande mutation énergétique, le nucléaire étant quasi en berne. A la veille du séisme, 54 réacteurs en activité dans 18 centrales assuraient environ 30% de la fourniture électrique. Depuis, le gouvernement ferme un nombre croissant de centrales, pour des raisons, officiellement, de maintenance, et souvent sous la pression des populations qui redoutent une nouvelle catastrophe. Peu après Fukushima, 44 réacteurs ont été stoppés. Aujourd’hui, le chiffre a grimpé à 49. Avec seulement cinq réacteurs, la production est tombée à quelques pour cent de la fourniture d’électricité du pays, ce qui a imposé quelques restrictions, surtout les premiers mois, le temps que d’autres énergies prennent le relais.
Dès le début de l’été, de grandes affiches apposées dans les gares, les aéroports, les centres commerciaux et les mairies ont incité les Japonais à « économiser l’énergie ». Le gouvernement a alors fixé les objectifs, plus ou moins drastiques selon les régions : à compter du 1er juillet, les Japonais de Kanto (la région de Tokyo) et du Nord-Ouest, entreprises comme particuliers, ont eu pour consigne d’abaisser leurs dépenses d’électricité de 15% à 25%. Même Osaka et Kyoto, à près de 500 kilomètres au sud, ont dû participer à l’effort. Les pics de consommation ont été interdits. Les foyers ont été priés de moins utiliser leurs cuiseurs à riz, lave-vaisselle et autres appareils électriques.
Ascenseurs, escalators et tapis roulants arrêtés
Résultat, au terme d’un effort populaire considérable et discipliné consenti par les entreprises comme par les particuliers : en juillet et août, le pays a réussi à réduire de 20% sa consommation électrique. Alors que la canicule cognait et que le tsuyu, l’humidité, collait à la peau, des millions de Japonais, patients et résilients dans l’âme, se sont passés de leurs climatiseurs, même quand ils étouffaient. A Tokyo, ascenseurs, escalators et tapis roulants ont été mis à l’arrêt. Lumières et néons inutiles ont été éteints. Les distributeurs de boissons, que le gouverneur de Tokyo a accusés de « consommer la production de plusieurs réacteurs nucléaires », ont cessé d’être éclairé, et n’ont plus refroidi les boissons que par intermittence. Côté entreprises, des centaines de milliers d’employés et d’ouvriers ont été priés de goûter aux vacances forcées. Les usines des constructeurs automobiles ont mis en place des rotations dans la production : fermeture des chaînes les jeudis et vendredis, réouverture le week-end. Les heures supplémentaires ont été proscrites.
Depuis la fin octobre, les restrictions imposées ont été levées, les escalators et les ascenseurs fonctionnent, la vie semble normale, sauf que les Japonais ont pris le pli des économies d’énergie.
« A la maison, on fait attention à tout. On évite les lumières inutiles. On débranche ce qui ne sert pas. On se passe d’air conditionné. On dépend moins des appareils électroniques et électroménagers. On vit plus simplement, et c’est presque mieux ! », témoigne Tsubura Yoshida, une artiste vivant à Hokkaido. Bilan de ces nouveaux usages, un Japonais brûle moitié moins d’énergie qu’un Américain. Les niveaux de consommation actuelle égalent ceux du Japon de 1973, à l’heure du premier choc pétrolier. Et selon une étude du gouvernement, la consommation d’énergie n’augmentera pas de plus de 0,7% d’ici à 2018.
Une demande en gaz exponentielle
« Le Japon n’a pas le choix, tonne le professeur Yoshihisa Murasawa, expert en questions énergétiques à l’université de Tokyo. Depuis Fukushima,notre pays est engagé dans une cure d’économies d’énergie sans précédent. Tous les moyens sont bons, à condition qu’ils n’aggravent pas la facture carbone. C’est la garantie et c’est le prix à payer pour que notre appareil industriel et nos entreprises, déjà pénalisés à l’export par le yen fort, continuent de produire et d’employer. » Le professeur reste zen.
« Le Japon peut surmonter l’épreuve, même si elle est lourde à gérer. Le pays en a la volonté et surtout les moyens », conclut-il tandis que trois hommes en bleu de travail apposent des films isolants transparents sur les fenêtres d’un bureau voisin. « Ces films peu onéreux permettent une économie d’énergie de 5% à 10% dans la pièce, explique-t-il. Ce type de mesures se généralise dans les entreprises, dans la fonction publique. Ces petits pas vont aider à faire la différence ! » Des petits pas d’autant plus aisés à accomplir que Fukushima a traumatisé les Japonais.
Le Japon peut-il se passer de l’atome alors que son autosuffisance énergétique atteint à peine 16% ? Si les sondages sont contradictoires, il semblerait qu’une majorité se dessine en faveur d’une sortie progressive du nucléaire, à condition qu’elle ne menace pas les intérêts vitaux de la nation. « Le gouvernement ne peut imposer le redémarrage des centrales stoppées. Mais certains réacteurs seront remis en route un jour ou l’autre et le village nucléaire japonais a encore de beaux jours devant lui, estime Christophe Bosquillon, un ingénieur français établi à Tokyo et président de Dai Nippon Kali Kaisha Ltd (DNK), une société de conseil en sécurité énergétique sur l’Asie. En attendant, les énergies gagnantes ne sont pas les ressources renouvelables, mais le gaz. La demande en GNL [gaz naturel liquéfié, ndlr], qui arrive au Japon par bateau, est exponentielle. Le lobby japonais du gaz exulte. Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima, et d’autres producteurs rééquipent des installations gazières. C’est ainsi que le Japon tient. »
Les centrales hydroélectriques n’assurent guère que 8% de la demande. Ce sont donc les centrales thermiques, qui couvraient environ 60% des besoins avant Fukushima, qui montent en puissance, contraignant le pays à importer en masse des ressources fossiles : charbon, fioul, et surtout gaz liquéfié.
« Un nouvel avenir énergétique »
Toutefois, une donne nouvelle, plus écologique, se dessinerait. Les centrales éoliennes, solaires ou géothermiques représentent à peine 2% de la production électrique. Maison parle désormais ici de « consommation in-out autogérée », de « relais avec de nouvelles sources indépendantes ». « Le Japon est en train de mettre en place un nouveau modèle énergétique. Il deviendra un exemple », assure le Premier ministre, Yoshihiko Noda. « Tokyo va dynamiser le renouvelable, tout en réduisant drastiquement sa part du nucléaire et ses importations de matières fossiles, estime Christophe Bosquillon. Le lobby nucléaire japonais va résister, car ses enjeux industriels et financiers restent énormes. Mais à terme, ajoute-t-il, les nouveaux bouquets énergétiques menaceront les grands monopoles. »
La tendance se dessine déjà. Les constructions de quatorze réacteurs nucléaires qui étaient prévues avant le « grand tremblement de terre du Tohoku » du 11 mars, sont pour l’heure stoppées, voire annulées. « Notre pays voulait porter de 30% à 50% la part du nucléaire dans son mix énergétique d’ici à 2030, rappelle le professeur Murasawa. Non seulement c’est impossible mais nous préparons déjà un nouvel avenir énergétique. » A Tokyo, l’Institut pour les énergies renouvelables estime que « la part des énergies alternatives pourrait représenter 30% de la production électrique nationale d’ici à 2030. » Pour beaucoup, l’objectif des 100% d’ici à 2050 n’est plus un rêve fou.
Il n’y a pas de civilisation supérieure
A la suite des propos de Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, affirmant que « toutes les civlisations ne se valent pas », le député Serge Latchimy a critiqué fermement, le 7 février à l’Assemblée nationale, cette assertion. Certains voudraient sanctionner M. Latchimy pour ses propos. Nombreux sont ceux qui au contraire le soutiennent. Voici par exemple le texte de Patrick Chamoiseau, qui donne lieu à une pétition de soutien.
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Quand on commence à hiérarchiser entre les civilisations, sur les degrés de « l’inférieur » et du « supérieur », on entre dans une dérive vers les pires horizons. La négation du principe d’égalité entre les civilisations et, il n’y a qu’un pas, entre les êtres humains constitue la condition nécessaire aux grands crimes d’Etat que furent la Traite, l’esclavage, les colonisations, le système des camps de concentration, les apartheids, les génocides ou les purifications ethniques et qui aujourd’hui encore occupent la vie du monde.
Dès lors, les déclarations répétées du ministre de l’intérieur de la France ne sauraient relever d’une simple stratégie électorale, mais d’un état d’esprit, voire d’un semblant de pensée. Derrière, se dessinent l’auréole du discours de Dakar, les chroniques de la chasse aux enfants immigrés alentour des écoles, les velléités de police génétique contre les regroupements familiaux, la traque honteuse des Roms, le spectre du ministère de l’identité nationale, le grondement régulier des charters expéditifs, les quotas d’expulsions prédéfinis et célébrés, le renvoi des étudiants étrangers, et même la fragilisation systématique des immigrés en situation régulière qui, en ce moment, dès trois heures du matin, affrontent les glaciations devant les préfectures... En face d’une telle convergence, on croirait voir de grandes ailes qui s’ouvrent pour un sinistre envol.
M. Letchimy a donc vu juste et a dit ce qu’il fallait dire comme il fallait le dire, reprenant à son compte ce qui avait déjà été exprimé en 1950, dans le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, qui avait si magistralement démonté les prémisses coloniales de l’avènement du nazisme.
Et, il a fait honneur à la France et à son Assemblée Nationale toute entière. Car enfin, sans lui, le « célébrant des civilisations supérieures » serait venu, se serait assis, aurait écouté on ne sait quelle politiquerie, et serait reparti sans que rien ni personne ne lui trouble la conscience. Il suffit d’imaginer que, dans les bancs derrière lui, soient assis, Clémenceau, Hugo, Lamartine ou Jaurès, pour mesurer ce qu’il aurait manqué à cette haute assemblée si M. Letchimy n’avait pas été là. Il aurait manqué le courage. Il aurait manqué la lucidité. Il aurait manqué une vision exigeante de l’homme et du rapport que les humanités peuvent nourrir entre elles !
C’est un débat essentiel et profond. Nous y voyons l’affrontement majeur entre deux visions du monde et deux conceptions du vivre-ensemble dans le respect que l’on doit à la diversité des humanités. Nous y voyons une controverse radicale qui relève au plus haut point de l’éthique contemporaine, laquelle est une éthique complexe et dont il faut à tout moment penser le déploiement. Nous y voyons le souci de dresser un rempart commun contre cette barbarie qui est déjà venue et qui peut revenir. Que vaut une assemblée parlementaire où on se révèle incapable de discuter de ces fondamentaux-là ? Que vaudrait une Assemblée Nationale qui s’aviserait de sanctionner (de quelque manière que ce soit) ce qui la ramène aux fondements des valeurs républicaines et aux lumières de Montaigne, de Montesquieu, de Voltaire, de Lévi-Strauss, de Césaire ?
Sanctionner M. Letchimy, ou même en caresser l’idée, reviendrait à les sanctionner tous, et à laisser la porte ouverte à ces très vieilles ombres qui nous fixent sans trembler.
Splendeur et félicité
Ah ! qu’il est dur d’être un écologiste ! Entre combien de périls il doit louvoyer ! Tenez, imaginons qu’il veuille parler de vin. On le renverra au pétainisme, parce qu’il évoque la délicate alliance du cep et de la terre. On va l’accuser d’être de gauche, car à l’école de Roger Dion (Histoire de la vigne et du vin, éd. du CNRS, 2010), il sait que le vin est un fait social. On lui reprochera de honnir le capitalisme, quand il critique après d’autres le goût standardisé que répandent des compagnies vino-industrielles de Californie ou du Chili. Il sera populiste, puisqu’il prétend que la qualité des arômes ne doit pas être réservée à l’oligarchie, mais qu’un nectar délectable est possible pour tous. Et même, ne sera-t-il pas militant, s’il célèbre l’effort de patients vignerons pour réduire pesticides et soufre dans leurs cultures et dans l’élevage du vin ? Pire, on le rangera parmi les décroissants s’il gradue les transformations de l’état mental selon la sobriété, l’ébriété, l’euphorie, l’ivresse, goûtant les nuances de la sensation plutôt que l’assommoir de la quantité. La peste soit de l’animal, annonciateur de l’Apocalypse, pourfendeur du progrès humain, hostile au génie de l’espèce, quand il doutera de l’intérêt des vignes transgéniques... Ah ! qu’il est dur d’être écologiste !
Et pourtant, même si cette chronique est écrite sous l’empire de l’eau la plus pure, je ne peux m’empêcher de braver cuistres et pisse-froid pour célébrer une bonne, une excellente, une revigorante, une réjouissante nouvelle : on va bientôt pouvoir boire du « vin biologique ».
Car, apprend-on le 8 février de la Commission européenne, le Comité permanent de l’agriculture biologique vient de se mettre d’accord sur les règles concernant le vin biologique. De longue date existe l’appellation « vins obtenus à partir de raisins issus de l’agriculture biologique ». Mais, disputant sur les méthodes d’élevage, les vignerons bio européens échouaient à passer du fruit au produit. Ils ont fini par s’accorder sur la quantité de sulfites admissibles dans la boisson de Bacchus : pourra s’appeler « vin biologique » celui qui comprend moins de 100 mg de sulfites par litre de vin rouge (150 pour le vin traditionnel) et moins de 150 mg/l pour le vin blanc (200 pour le vin traditionnel). Cela reste trop, diront les puristes - qui trouveront des taux encore inférieurs dans les vins labellisés Nature et Progrès ou Demeter ; c’est un progrès, diront les autres. Peu importe, aujourd’hui. Célébrons l’Europe, et buvons bio !
Commission 2050 : l’Etat n’a rien appris à Fukushima
Le site Mediapart vient de publier le rapport de la Commission Energies 2050 mis en place par le ministre de l’Industrie Eric Besson. Il s’agit d’analyser la situation énergétique française en 2050. Mais le rapport - qui doit être publié le 13 février - montre que les experts de l’Etat restent indéfectiblement attachés à une vision passéiste du nucléaire.
Le rapport Energies 2050 est officiellement publié le 13 février. Mediapart en avait dévoilé le contenu fin janvier.
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A quoi ressemblera la France dans quarante ans : une industrie nucléaire fournissant une demande d’énergie toujours croissante ? Ou une diversité énergétique, mélangeant les sources renouvelables pour assurer la consommation déclinante de nos concitoyens ? Dans le but d’établir une feuille de route pour 2050, Eric Besson, le ministre de l’industrie et de l’énergie, a commandé un rapport à un groupe d’experts chargés de plancher sur les divers scénarios possibles de politiques énergétiques. Mediapart s’est procuré une version non définitive de ce document. Nous le publions en plusieurs chapitres séparés dans le corps de cet article et sous l’onglet Prolonger. Le rapport de la commission Energies 2050 doit être remis le 13 février au ministre, 15 jours après la publication des travaux très attendus de la Cour des comptes, qui vient d’auditer les coûts de la filière nucléaire française – la présentation aux journalistes doit avoir lieu mardi matin.
Il ressort globalement du rapport de la commission Besson que les scénarios présentant le plus fort pourcentage de nucléaire sont les plus avantageux en matière de coût de l’électricité, d’emploi, de réduction des gaz à effet de serre, et de souveraineté énergétique. Or, même si « suite à l’accident de Fukushima, le risque nucléaire est devenu en 2011 une prépoccupation particulièrement forte », les auteurs écrivent que « plus que les problèmes environnementaux, le citoyen français semble davantage concerné par son pouvoir d’achat ». Si bien que, même s’il n’est jamais écrit noir sur blanc dans ce document de 160 pages qu’a lu Mediapart qu’il vaut mieux prolonger le parc nucléaire existant que de basculer dans un système où les énergies renouvelables seraient majoritaires, c’est la conclusion implicite et logique de son dernier chapitre sur « les principaux enseignements de l’analyse ».
Ainsi, près d’un an après l’accident de Fukushima, le rapport Besson veut tourner la page de la mise en doute de l’industrie de l’atome. Car tout en affirmant l’impératif de la sûreté des réacteurs, il la considère comme acquise, une fois que seront respectées les conclusions de l’autorité de sûreté du nucléaire sur les stress tests du parc. Ce n’est plus un sujet. Passez votre chemin.
Nous avons soumis ce document à l’analyse de deux experts indépendants reconnus, l’économiste Benjamin Dessus et le physicien Bernard Laponche, membres de l’association Global Chance. Selon eux : « C’est un exercice médiocre, biaisé par des erreurs factuelles ; des non-dits, des hypothèses implicites et des omissions majeures, sans aucune analyse de cohérence, ni aucun recul par rapport aux études analysées. Cette complaisance et cette médiocrité méthodologique nuisent gravement aux conclusions suggérées, sinon proposées aux pouvoirs publics pour une politique énergétique à long terme de la France »
200 000 emplois détruits par la baisse du nucléaire ?
La date de sortie de ce rapport peut paraître étrange, à la veille d’élections présidentielle et législatives qui s’annoncent très difficiles pour la majorité. La prochaine programmation pluriannuelle des investissements (PPI) que le rapport Besson est censé aider à préparer doit en effet être présentée devant le Parlement en… 2013. Autant dire que rien n’assure que les commanditaires de ce document soient encore en mesure d’en appliquer les préconisations dans un an. Mais il documente pour l’histoire la manière dont l’Etat français envisage le tournant énergétique, presque un an après l’accident de Fukushima.
Moins riches en chiffrages que le rapport attendu de la Cour des comptes, l’étude de la commission Energies 2050 publie néanmoins quelques données importantes. D’abord, on y voit que selon EDF, la prolongation de la durée de fonctionnement des centrales implique des coûts de l’ordre de 680 à 860 millions d’euros par réacteur, en prenant en compte les premières mesures réclamées par l’ASN dans ses stress test d’après Fukushima.
Si bien que selon les auteurs du rapport, « cette option de prolongation s’avère de loin la moins coûteuse en termes d’investissements jusqu’à 2035-2040, quel que soit le scénario alternatif où il y aurait remplacement de réacteurs par un quelconque autre moyen de production ».
Autre information : concernant l’EPR, Areva considère que sa capacité actuelle de fabrication d’équipements est de l’ordre de deux EPR par an, et considère que sa chaîne de sous-traitance est sécurisée pour une production annuelle de cinq EPR par an…soit un rythme sans commune mesure avec la situation actuelle (le chantier de l’EPR finlandais dure depuis sept ans et a encore au moins deux ans devant lui, la mise en route de l’EPR français à Flamanville est prévue avec quatre ans de retard).
Le coût de l’arrêt de Fessenheim, la centrale que François Hollande annonce vouloir fermer s’il est élu à la présidence de la République, atteint 1,1 milliard d’euros de manque à gagner si elle fonctionne jusqu’en 2020, et 3 milliards d’euros, si on attend 2040.
Enfin, sur l’emploi, les auteurs considèrent que, quel que soit le mix énergétique, les emplois créés et détruits ne seraient que de quelques dizaines de milliers. Une répartition entre 70% de nucléaire et 20% de renouvelable (contre environ 15% aujourd’hui) créerait 13.500 emplois par rapport à 2010 dans la production électrique – notamment la construction, l’exploitation et la maintenance. Dans le cas du scénario avec 50% de nucléaire, 11.850 emplois seraient créés, contre 14.713 avec 20% de nucléaire.
En revanche, selon le rapport Besson, la hausse des prix de l’électricité se traduira en 2030 par une perte de PIB de 0,6% si 50% d’électricité est d’origine nucléaire, et de 0,9% s’il n’est plus que de 20%. Les pertes d’emploi atteindraient 140.000 dans le premier cas, et 200.000 dans le second (par rapport à l’hypothèse d’une reconduction à 75%). Ces chiffres sont très élevés, précisent les auteurs, car ils ne concernent pas que les emplois directs, mais aussi ceux des sous-traitants ainsi que les emplois induits. Ils sont contredits, notamment, par les travaux de l’économiste Philippe Quirion.
C’est la première fois, sur notre période récente, que les services de l’Etat se livrent à une comparaison de scénarios réalisés par d’autres acteurs, et étudient officiellement la perspective d’une sortie du nucléaire. Le rapport Energies 2050 est un drôle de document, essentiellement composé de la comparaison de scénarios d’évolution de la demande et de l’offre d’énergie réalisés par des industriels (Areva, l’Union française de l’électricité qui regroupe les professionnels du secteur, RTE qui gère le réseau d’électricité), des associations d’experts (Négawatt, Sauvons le climat, Global Chance), le bureau d’étude Enerdata, et le commissariat à l’énergie atomique (CEA).
Autrement dit, contrairement à ce qu’ils faisaient du temps du commissariat au Plan, les services de l’Etat impliqués dans sa rédaction (direction générale de l’énergie et du climat, Centre d’analyse stratégique, la direction générale du Trésor ainsi que deux organismes publics de recherche, le CEA et l’IFP-en) n’ont pas eux-mêmes produit de modèles de prospectives pour ce rapport. Ils se contentent d’analyser les propositions mises sur la table par les acteurs les plus influents du sujet.
L’indépendance, "un poncif indéracinable du nucléaire"
Cette position de retrait apparent n’empêche pas toute une série de biais que relèvent Benjamin Dessus et Bernard Laponche dans une étude réalisée pour Mediapart. Ils sont symptomatiques du discours des pouvoirs publics et de l’administration au sujet de l’énergie.
• Confusion entre énergie et électricité
Le premier défaut de ce rapport est sans doute d’assimiler presque entièrement la question énergétique à celle de l’électricité. C’est sans doute lié à la commande ministérielle, qui pose dans la lettre de mission la question du sort du parc nucléaire hexagonal. C’est aussi dû aux acteurs sollicités (on n’y trouve, par exemple, ni Total, ni GDF-Suez). Et c’est surtout le produit de la vision française historique de l’énergie, si souvent résumée à l’atome.
Du coup, malgré l’insistance à parler de changement climatique, l’étude ne dit presque rien sur les perspectives de baisse de la consommation de pétrole. Alors que, par exemple, le Danemark vient d’adopter un objectif de 100% d’énergies nouvelles en 2050. Ainsi, le rapport Energies 2050 est quasiment muet sur la question cruciale des transports et de leurs corollaires : étalement urbain, prix de l’immobilier, tarifs des transports en commun, état des services publics de transport…
• Une certaine vision de l’indépendance énergétique
Pour les auteurs du rapport Besson, « la dépendance énergétique de la France s’est considérablement réduite depuis 1973 grâce notamment à la construction de son parc nucléaire ». C’est « un poncif indéracinable du nucléaire », analysent Benjamin Dessus et Bernard Laponche, puisque l’uranium est importé à 100% en France.
Sur le sujet, ils lèvent un beau lièvre : d’abord, sur la définition de l’énergie primaire, concept de base de toute réflexion sur le sujet, qui désigne les sources naturelles d’énergie avant transformation. Le problème, c’est que les auteurs comptabilisent l’électricité d’origine nucléaire en « électricité primaire », alors que ce qui est comptabilisé en énergie primaire, c’est la chaleur produite dans le réacteur par la fission des atomes. Cela n’a rien à voir. « Cette façon de continuer à prétendre que la production d’électricité d’origine nucléaire est une production nationale d’énergie primaire suffirait à elle seule à déconsidérer l’exercice Energie 2050 » commentent les deux spécialistes de Global Chance.
Mais ils ne s’arrêtent pas là, car ils ont repéré une autre entourloupe. Pour définir le taux de dépendance énergétique français, les experts de la commision Besson invoquent un indice mis au point par l’OCDE, le « SSDI » (acronyme en anglais pour « indice simplifié de l’offre et de la demande »). Cette mesure est censée combiner et pondérer le niveau de la demande, l’état des infrastructures et l’origine de l’approvisionnement énergétique. Pourquoi pas ?
Sauf que, Dessus et Laponche ont découvert qu’en réalité le SSDI était un indicateur proposé en 2011 par l’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE pour comptabiliser le nucléaire en tant qu’énergie produite nationalement. Loin d’être neutre, c’est donc un indicateur destiné à valoriser l’argument de la contribution du nucléaire à la souveraineté énergétique.
L’oubli des économies d’énergie
Comme le notent Benjamin Dessus et Bernard Laponche, l’étude s’intéresse beaucoup plus à l’évolution de l’offre d’énergie qu’à celle de la demande. Ce biais d’analyse conduit les auteurs à sous-estimer les potentiels des économies d’énergie. Or, la baisse de la consommation énergétique est une condition incontournable de la montée des énergies renouvelables dans notre système. Ne pas la prendre en compte revient donc à faire le choix implicite de l’atome.
« Il semblait que depuis près d’un demi-siècle, on avait compris que les actions sur la demande étaient aussi importantes que l’action sur l’offre », commentent Dessus et Laponche, anciens de l’Agence de maîtrise de l’énergie, ancêtre de l’Ademe. En fait la transition énergétique semble se résumer à la lutte contre le réchauffement du globe. Et les économies d’énergie sont systématiquement considérées comme des mesures coûteuses et non comme des gisements d’économie. C’est le même biais que dans l’étude publiée par l’UFE il y a quelques semaines, dont Benjamin Dessus récuse les calculs, à ses yeux invraisemblables.
Surtout, c’est faire fi du plan national d’efficacité énergétique annoncé par Nathalie Kosciusko-Morizet en décembre dernier : une diminution des consommations d’énergie comprises entre 19,7% et 21,4% à l’horizon 2020. Ce qui correspond à un objectif de consommation énergétique finale de 128 à 131 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole). Cette réduction « est tout à fait importante et constitue l’un des points les plus notables de ce rapport bien que passant relativement inaperçu » notent Dessus et Laponche. Si bien que pour eux, « les politiques et les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs fixés devraient occuper une place beauoup plus importante dans ce rapport que les deux petites pages qui lui sont consacrés ».
Mais le rapport Besson recèlent d’autres surprises. On y lit par exemple, au chapitre 4, qu’ « on peut aussi bien faire l’hypothèse d’une baisse ou d’une hausse de la demande d’électricité ». Ah bon ? Le gouvernement ne vient-il pas de décider le contraire ? A la page 9 du chapitre IV, on tombe encore sur un diagramme extravagant qui compare les scénarios étudiés, sans s’alarmer que dans leur immense majorité, ils tablent sur une consommation notablement plus importante que son niveau actuel. Plusieurs scénarios envisagent ainsi une hausse sensible de la demande d’électricité à l’horizon 2030 : 570 TWh (terawatt-heure) pour l’UFE, 630 pour le scénario de référence de RTE, selon les chiffres donnés au chapitre V.
Cela entraîne une conséquence majeure : la sous-estimation de la différence entre le coût unitaire du KWh et la facture de l’usager. En effet, nombreux sont les signes avant-coureurs d’une hausse du coût unitaire de l’électricité produite en France. C’est un argument cité dans le rapport pour justifier de ne pas réaliser trop d’investissements coûteux aujourd’hui, qui risqueraient de renchérir le prix payé par les usagers. « Une augmentation des prix de l’énergie en France conduit à diminuer le pouvoir d’achat des ménages, baisser la compétitivité de nos entreprises, augmenter la part de la population française en situation de précarité énergétique et diminuer le nombre d’emplois » assure le document Energies 2050.
Or le développement massif d’énergies renouvelables exige beaucoup de moyens, et plus que le simple entretien des centrales nucléaires existantes. Seulement, si le volume d’électricité consommé par les ménages diminue, grâce à une politique d’efficacité et de sobriété énergétique, alors la facture finale pourrait ne pas s’élever, voire même se réduire. A l’inverse, si l’on consomme deux fois plus d’électricité, même si elle est moins chère à l’unité produite, le total finit par dépasser une énergie plus coûteuse au kWh mais dépensée avec plus de parcimonie. Pour Dessus et Laponche, « l’absence d’analyse des coûts globaux pour la collectivité et la facture des usagers de scénarios contrastés de demande électrique discrédite totalement les analyses macro économiques qui s’en suivent ».
• Et la démocratie dans tout ça ?
Ce n’est pas le sujet central du rapport, mais à plusieurs reprises, ses auteurs se prennent à critiquer l’idée de la participation du public aux débats sur l’énergie. Ainsi, p. 13 du chapitre 5, on peut lire qu’« il n’est pas sûr que l’organisation d’un nouveau débat public sur la future politique énergétique apporterait plus de satisfactions aux légitimes besoins d’information des citoyens que de frustrations sur la complexité des enjeux, sans oublier les difficultés d’organisation pratique ».
Un peu plus loin, le propos se précise, avec l’exemple de l’éolien en mer qui, certes, pourrait donner lieu à un débat public général « pour l’ensemble d’une façade maritime ». Mais mieux vaudrait ensuite « des concertations plus réduites qu’un débat public de projet : les exploitants et les populations y gagneraient probablement beaucoup de temps et d’énergie ! ». En bref, point trop de débat, pour ne pas nuire à l’installation des infrastructures énergétiques.
Ce sentiment de défiance vis-à-vis de tout ce qui risquerait d’entraver le développement des équipements industriels se renforce à la lecture d’un passage éloquent sur l’épineuse question des lignes électriques, contestées par les populations riveraines. « Il est probable à ce titre que la construction des nouvelles lignes électriques nécessaires pour le bon fonctionnement du réseau doive conduire à en accélérer la réalisation à travers des modifications de leur cadre d’autorisation », expliquent les auteurs du rapport. Le texte ne précise pas quel allègement des procédures est envisagé.
Enfin, les opposants aux gaz de schiste seront heureux d’apprendre que les auteurs du rapport Besson n’en excluent pas du tout l’exploitation – malgré le vote d’une loi interdisant la fracturation hydraulique l’année dernière : « En France, la question de l’exploitation des huiles et des gaz non conventionnels ressort également aujourd’hui très vraisemblablement d’un dialogue très en amont ».
Ainsi, le rapport Energies 2050 décevra ceux qui s’attendaient à y lire l’expression d’une doctrine d’Etat. En se contentant de comparer des scénarios préexistants à cette étude, il est à la fois moins ambitieux et moins franc que n’aurait été l’exposition d’un véritable plan de programmation énergétique.
Sur la question spécifique du nucléaire, il soulève malgré lui une grave question : celle de la sûreté nucléaire. Tout en assurant que « l’exigence de sûreté est un préalable absolu au fonctionnement des centrales nucléaires », le document envisage ouvertement le prolongement de vie des réacteurs français au-delà de 40 ans – seuil initialement envisagé. Pourtant, le vieillissement des installations est un facteur de risque supplémentaire. Ainsi, les experts de l’IRSN alertent d’ores et déjà sur l’état préoccupant des cuves des réacteurs des tranches les plus anciennes.
Plus généralement, aucun investissement ne peut garantir une sûreté à 100%. Selon Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN, « Il ne faut plus laisser croire que le nucléaire est une technologie parfaite. Le gouvernement et EDF ont sous-estimé le risque d’un accident et du rejet du nucléaire par la société ». Or le rapport Energies 2050 semble considérer que le simple respect des préconisations de l’Autorité de sûreté du nucléaire suffit à garantir le bon fonctionnement des centrales et à régler la question de la sûreté.
« La discussion de la contribution du nucléaire au futur système énergétique français prend un caractère uniquement économique » s’inquiètent Benjamin Dessus et Bernard Laponche qui n’hésitent pas à parler d’une véritable « escroquerie intellectuelle ».
Faut-il tout décider en fonction des coûts économiques ? En matière d’énergie, il serait dangereux que l’ampleur de la crise financière et sociale actuelle fasse disparaître les autres critères de la décision publique.
Le 13 février 1960, première bombe atomique française
Il y a cinquante et un an, le 13 février 1960, la France faisait exploser sa première bombe atomique, Gerboise bleue, dans le ciel de Reggane, en plein Sahara. Le « Hourra pour la France » du général de Gaulle reste pourtant un bien triste souvenir pour la population de cette petite ville du désert. Les médecins de l’hôpital s’inquiètent de la recrudescence des cancers et notamment des cancers de la thyroïde et de la peau qu’ils soignent tant bien que mal avec leurs faibles moyens. En effet, les familles sahariennes ont beaucoup de réticence à laisser partir leurs malades à quelques milliers de kilomètres dans les hôpitaux d’Alger. Alors ils souffrent et disparaissent en silence.
Il y a deux ans, des membres de Moruroa e tatou ont pu échanger avec les représentants de l’association « 13 février 1960 » de Reggane à l’occasion de déplacements à Alger et ils ont visité les anciens sites d’essais français au Sahara. L’inquiétude est grande pour les conséquences sanitaires des 4 bombes aériennes qui ont explosé en 1960 et 1961 à quelques 40 km de leur petit oasis : les habitants n’avaient ni abris ni blockhaus pour se protéger, pas plus, d’ailleurs, que les soldats français de la base de soutien aux essais nucléaires. Ils n’avaient que leurs bras pour protéger leurs yeux et que leurs seuls vêtements en guise de tenue de protection contre les radiations.
La zone des points zéro de ces bombes reste jonchée de ferrailles tordues et de sable noirci et vitrifié par la chaleur de la bombe. Ces lieux restent très contaminés et pourtant, ils sont restés libres d’accès pendant un demi-siècle… Les nomades et les habitants de Reggane et des oasis voisins, ignorant tout du danger, ont récupéré tout ce qu’ils ont pu sur ces lieux stupéfiants de beauté et pourtant imprégnés de poisons mortels.
Des archives à ce jour inconnues et des investigations récentes ajoutent leurs images d’horreur à ces sinistres expériences atomiques réalisées en pleine période de la guerre d’Algérie. Une avocate de renom du barreau d’Alger a fait réaliser des expertises sur des photos de « mannequins » qui, selon les Français, avaient été exposés autour du point zéro de l’explosion. Après échange avec le ministère de la Défense de la France, l’avocate conclut que ces pseudo mannequins étaient en fait des corps humains, vraisemblablement ceux de prisonniers du FLN, envoyés au Sahara à cette même période et dont elle n’a pu retrouver aucune trace. Est-on devant un crime de guerre ?
Moruroa e tatou se joint aux associations et aux victimes algériennes des essais nucléaires français pour partager leur tristesse et leur revendication commune pour la vérité et la justice sur ces expériences qui ont porté de si graves atteintes tant à leur santé qu’à leur environnement.
Plus de 100 000 manifestants au Portugal contre la politique économique
Plus de 100 000 manifestants à Lisbonne contre la politique d’assujetissement au système bancaire, et personne n’en parle...
La plus grande manifestation depuis le début de la crise économique s’est tenue samedi après-midi 11 février dans les rues de Lisbonne. Quelque 100.000 Portugais se sont rassemblés sur la place du Palais pour protester contre le plan d’austérité.
Cette manifestation était organisée à quatre jours de l’évaluation du plan de sauvetage, évaluation faite chaque trimestre par des représentants des bailleurs internationaux du Portugal. « Nous saisissons cette occasion pour faire notre propre évaluation, au nom de ceux qui souffrent au quotidien », a lancé Armenio Carlos, secrétaire général de la CGTP, principal syndicat ouvrier portugais.
La baisse des dépenses publiques et les hausses d’impôts imposées par le plan d’aide financière ont provoqué au Portugal la plus forte récession depuis le retour de la démocratie, en 1974. Le taux de chômage atteint les 13%.
La CGTP, qui revendique 300.000 manifestants (100.000 selon les autorités) sur cette place, l’une des plus grandes d’Europe, affirme qu’il s’agit de la plus grosse manifestation depuis 30 ans. Pour autant, la crise de la dette au Portugal n’a pas déclenché de mouvements sociaux aussi marqués qu’en Grèce. Tout juste deux grèves générales en deux ans, et quelques débrayages sporadiques par secteurs, notamment dans les transports.
Les Grecs ne doivent pas payer une dette qui n’est pas la leur
« Si leurs politiques d’austérité plus que draconienne s’avéraient efficaces à 100%, la dette publique grecque serait ramenée en 2020 à 120% de PIB national, c’est-à-dire au taux qui était le sien... en 2009 quand tout ce jeu de massacre a commencé ! En somme, ce qu’ils nous disent maintenant cyniquement, c’est qu’ils ont détruit toute une société européenne... absolument pour rien ! »
Presque deux ans après le début du traitement de choc imposé par la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international à la Grèce,son bilan est catastrophique, révoltant et inhumain.
Tout d’abord, même les inspirateurs de ces politiques admettent maintenant ouvertement non seulement leur échec patent, mais aussi que leurs recettes étaient dès le début totalement erronées, irréalistes, inefficaces et même contre-productives. En voici une illustration qui concerne non pas une question secondaire mais le cœur du problème, la dette publique grecque elle-même. Selon tous les responsables du désastre grec, si leurs politiques (d’austérité plus que draconienne) s’avéraient efficaces à 100%, ce qui est d’ailleurs totalement illusoire, la dette publique grecque serait ramenée en 2020 à 120% de PIB national, c’est-à-dire au taux qui était le sien... en 2009 quand tout ce jeu de massacre a commencé ! En somme, ce qu’ils nous disent maintenant cyniquement, c’est qu’ils ont détruit toute une société européenne... absolument pour rien !
Mais, comme si tout cela ne suffisait pas, ils persistent à imposer aux Grecs –mais aussi pratiquement à tout le monde– exactement les mêmes politiques qu’eux-mêmes admettent en échec. C’est ainsi qu’on est désormais en Grèce au septième « Mémorandum » d’austérité et de destruction de services publics, après que les six premiers ont fait preuve d’une totale inefficacité ! On assiste au Portugal, en Irlande, en Italie, en Espagne et un peu partout en Europe à l’application de ces mêmes plans d’austérité draconienne qui aboutissent partout au même résultat, c’est-à-dire enfoncer les économies et les populations dans une récession et un marasme toujours plus profonds.
En réalité, des expressions telles que « austérité draconienne » sont absolument insuffisantes pour décrire ce qui est en train de se passer en Grèce. Les salaires et les retraites sont amputés de 50 % ou même, dans certains cas, de 70 %. La malnutrition fait des ravages parmi les enfants de l’école primaire, la faim fait son apparition surtout dans les grandes villes du pays dont le centre est désormais occupé par des dizaines, des milliers de SDF misérables, affamés et en haillons. Le chômage atteint désormais 20 % de la population et 45 % des jeunes (49,5 % pour les jeunes femmes). Les services publics sont liquidés ou privatisés avec comme conséquence que les lits d’hôpitaux sont réduits (par décision gouvernementale) de 40 %, qu’il faut payer très cher même pour accoucher, qu’il n’y a plus dans les hôpitaux publics de pansements ou de médicaments de base comme des aspirines.
L’Etat grec n’est toujours pas capable, en janvier 2012, de fournir aux élèves les livres de l’année scolaire commencée en septembre passé. Des dizaines de milliers de citoyens grecs handicapés, infirmes ou souffrants de maladies rares se voient condamnés à une mort certaine et à brève échéance après que l’Etat grec leur a coupé les subsides et les médicaments. Le nombre de tentatives de suicide s’accroît à une vitesse hallucinante, comme d’ailleurs celui des séropositifs et des toxicomanes abandonnés désormais à leur sort par les autorités. Des millions de femmes grecques se voient maintenant chargées des tâches normalement assumées par l’Etat à travers ses services publics quand ceux-ci n’étaient pas encore démantelés ou privatisés par les politiques d’austérité. La conséquence en est un véritable calvaire pour ces femmes : non seulement elles sont les premières à être licenciées et sont contraintes d’assumer les tâches des services publics en travaillant de plus en plus gratuitement à la maison, mais elles sont aussi directement visées par la réapparition de l’oppression patriarcale qui sert d’alibi idéologique au retour forcé des femmes au foyer familial.
On pourrait continuer presque à l’infini cette description de la déchéance de la population grecque. Mais, même en se limitant à ce qu’on vient de dire, on constate qu’on se trouve devant une situation sociale qui correspond parfaitement à la définition de l’état de nécessité ou de danger reconnu depuis longtemps par le droit international. Et ce même droit international oblige expressément les Etats à donner la priorité à la satisfaction des besoins élémentaires de leurs citoyens et non pas au remboursement de leurs dettes.
Comme le souligne la Commission du droit international de l’ONU à propos de l’état de nécessité : « On ne peut attendre d’un État qu’il ferme ses écoles et ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement pour ainsi disposer de l’argent pour rembourser ses créanciers étrangers ou nationaux. Il y a des limites à ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un État, de la même façon que pour un individu. »
Notre position, partagée par des millions de Grecs, est claire et nette et se résume au respect du droit international. Les Grecs ne doivent pas payer une dette qui n’est pas la leur pour plusieurs raisons.
Primo, parce que l’ONU et les conventions internationales – signées par leur pays mais aussi par les pays de leurs créanciers – intiment à l’Etat grec de satisfaire en toute priorité non pas ses créanciers mais plutôt ses obligations envers ses nationaux et les étrangers qui se trouvent sous sa juridiction.
Secundo, parce que cette dette publique grecque, ou au moins une part très importante, semble réunir tout les attributs d’une dette odieuse, et en tout cas illégitime, que le droit international intime de ne pas rembourser. C’est d’ailleurs pourquoi il faudrait tout faire pour faciliter la tâche de la campagne grecque pour l’audit citoyen de cette dette afin d’identifier sa part illégitime – et non pas tout faire pour l’empêcher, comme l’Etat grec le pratique maintenant.
Notre conclusion est catégorique : la tragédie grecque n’est ni fatale ni insoluble. La solution existe et la répudiation, l’annulation et le non paiement de la dette publique grecque en font partie en tant que premier pas dans la bonne direction. C’est-à-dire, vers le salut de tout un peuple européen menacé par une catastrophe humanitaire sans précédent en temps de paix...
Le gouvernement du Québec brade ses ressources minières
La loi sur les mines élaborée par le gouvernement libéral du Québec laisse le maximum de bénéfices aux compagnies privées.
Le Québec est sur le point de se doter d’une Loi sur les mines « totalement archaïque », affirme le Parti québécois, alors que s’achève l’étude du projet de loi 14. Selon l’opposition officielle, les libéraux font une croix sur des milliards de dollars de revenus en refusant de revoir le système de redevances et d’inclure la question de la transformation du minerai dans la nouvelle législation.
« On vit actuellement un boom minier sans précédent et c’est le temps de se donner les outils nécessaires pour s’assurer d’en tirer le maximum de bénéfices. Mais le gouvernement a rejeté systématiquement tous les amendements qu’on a présentés sur les enjeux de transformation et des redevances », a dénoncé hier la porte-parole péquiste en matière de mines et de gaz de schiste, Martine Ouellet.
Le ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune, Serge Simard, a en effet refusé de nouveau cette semaine l’idée d’inclure dans le projet de loi 14 une disposition favorisant la transformation du minerai au Québec. Une idée assimilée à du « protectionnisme » susceptible de « créer de la pauvreté chez nous », selon le ministre.
La plupart des grands projets miniers en développement sont destinés uniquement à l’exportation directe de la ressource à l’état brut, a rappelé Mme Ouellet. Dans ce contexte, le gouvernement aurait pu se donner des « outils » pour favoriser les opérations en sol québécois. « Il pourrait par exemple moduler les redevances ou le prix des contrats d’approvisionnement énergétique en fonction du niveau de transformation de la ressource qui est effectuée au Québec. Nous passons actuellement à côté d’un potentiel qui se calcule en milliards de dollars, avec des milliers d’emplois dans la deuxième et la troisième transformation. Mais le gouvernement Charest préfère enrichir des multinationales avant la population », a soutenu la députée péquiste.
Redevances
Même fin de non-recevoir sur la question des redevances, a ajouté Mme Ouellet. Les péquistes auraient souhaité qu’une partie du régime soit fixé à partir de la valeur brute des ressources exploitées. En période de hausse des prix sur les marchés, comme c’est le cas actuellement, les retombées pour les coffres de l’État seraient ainsi plus importantes. Cette idée a d’ailleurs été proposée par certains, dont Yvan Allaire, président du conseil de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques.
Mais Québec a déjà bonifié le régime et le ministre Simard a plusieurs fois signifié que cette question ne fait pas partie du projet de loi actuellement à l’étude. Qui plus est, selon le ministre des Finances, Raymond Bachand, l’exploitation des ressources minières du Québec a rapporté plus de 700 millions de dollars l’an dernier, dont 360 millions en redevances. Les entreprises, elles, ont extrait pour plus de huit milliards de dollars de minerai pour la même période.
Si les libéraux, majoritaires, sont en mesure de bloquer tous les amendements présentés par l’opposition officielle, le Parti québécois entend tout de même en présenter de nouveaux lors de la reprise de l’étude du projet de loi 14 la semaine prochaine. Mme Ouellet a précisé que sa formation questionnerait le gouvernement sur la question des garanties financières qui devront être déposées par les minières pour s’assurer que les sommes nécessaires à la restauration des sites d’exploitation soient disponibles. Québec doit dépenser près de 900 millions de dollars d’argent public pour restaurer les sites abandonnés.
Les sols sont en danger, alerte le PNUE
La bonne gestion des sols est un enjeu vital pour le siècle à venir, avertit le PNUE : tant pour la sécurité alimentaire que pour limiter le changement climatique, un changement des pratiques agricoles est indispensable. L’organisation basée à Nairobi souligne un autre souci sans solution claire : le démantèlement des réacteurs nucléaires.
Nairobi, le 13 février 2012 - Faire progresser rapidement les techniques de gestion de nos précieux sols sera la clé de la sécurité alimentaire, de la gestion des ressources en eau et du climat au 21e siècle.
Selon l’Annuaire du Programme des Nations Unies pour l’environnement 2012, au cours du siècle dernier, 24% de la surface terrestre mondiale a déjà été touchée par les conséquences de la gestion non durables des sols : parmi lesquelles une baisse de la santé et de la productivité des sols.
L’Annuaire du PNUE 2012 met en avant une série d’évaluations qui indiquent que certaines formes d’agriculture conventionnelle et intensive déclenchent un phénomène d’érosion des sols près de 100 fois supérieurs au taux à laquelle la nature façonne les sols en premier lieu.
Si nous ne changeons pas nos techniques de gestion des sols, seuls 20% des habitats terrestres (tels que les forêts, les tourbières et les prairies) dans les pays en développement pourront encore être convertis en terres cultivées d’ici 2030, ce qui aggravera encore davantage la perte de services éco systémiques vitaux et la disparition de la biodiversité.
La détérioration des sols pourrait également avoir des implications profondes dans le mécanisme des changements climatiques. En effet, les sols contiennent d’énormes quantités de carbone, sous forme de matière organique, qui se lient aux autres éléments nutritifs nécessaires à la croissance des plantes et qui permettent aux précipitations de pénétrer dans les nappes phréatiques souterraines.
Au cours du 19e siècle, on estime que 60% du stock de carbone emprisonné dans les sols et dans la végétation a été relâché à la suite des changements dans la façon dont nous utilisons les terres (le défrichement pour l’agriculture et l’urbanisation).
Selon certaines estimations, plus de 2 200 gigatonnes (Gt ou milliards de tonnes) de carbones sont stockées dans le premier mètre de la couche supérieure des sols de la planète, soit 3 fois plus que le taux de carbone présent actuellement dans l’atmosphère de la Terre.
Si les modèles de gestion des terres utilisés actuellement demeurent inchangés, des quantités croissantes de carbone pourrait donc être libérée dans l’atmosphère, aggravant le réchauffement climatique lié à la combustion de combustibles fossiles.
L’Annuaire du PNUE 2012, lancé à la veille de la 12e session extraordinaire du Conseil d’administration du PNUE/Forum ministériel mondial sur l’environnement, pointe du doigt les tourbières comme étant des zones particulièrement risquées.
L’assèchement des tourbières, particulièrement riches en carbone, engendre actuellement des émissions équivalentes à plus de 2 Gt de CO2 par an, soit six pour cent des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.
Aujourd’hui, les tourbières subissent un taux de dégradation 20 fois plus rapide que la vitesse à laquelle la tourbe s’accumule, il en va donc de même pour le stockage du carbone.
Cette publication, lancée quatre mois avant le Sommet de Rio +20, souligne une autre problématique mondiale émergente : celle du démantèlement d’un nombre croissants de réacteurs nucléaires en fin de vie.
Au cours des dix prochaines années, on prévoit de fermer jusqu’à 80 réacteurs nucléaires civils. Ces réacteurs de premières générations atteignent leur fin de vie de conception d’origine.
En janvier 2012, 138 réacteurs nucléaires civils avaient été fermés dans 19 pays, dont 28 aux États-Unis, 27 au Royaume-Uni, 27 en Allemagne, 12 en France, 9 au Japon et 5 dans la Fédération de Russie. Le processus de déclassement n’a été complété que pour 17 d’entre eux, à ce jour.
Les pays ont également réévalué leurs programmes nucléaires à la suite du tsunami qui a frappé la ville de Fukushima et sa centrale nucléaire, en 2011.
Pendant ce temps, un nombre croissant de pays en développement ont construit ou envisagent de construire des centrales nucléaires, ce qui pourrait signifier plus de fermetures d’usines nucléaires à l’avenir, lorsqu’elles auront atteint leur fin de vie.
Selon la publication du PNUE, le coût du démantèlement varie considérablement en fonction du type de réacteur, de sa taille, de son emplacement, de la proximité et de la disponibilité des installations d’élimination des déchets. Enfin, le coût dépend aussi de l’état du réacteur et du site au moment du déclassement.
Aux États-Unis, le coût moyen du déclassement d’un réacteur nucléaire, selon certaines estimations, revient à environ 15 % du coût en capital initial. En France, dans le cas du réacteur de Brennilis, le coût a été estimé à environ 60% du coût initial du réacteur, un pourcentage qui est encore à la hausse actuellement.
Achim Steiner, Secrétaire général adjoint de l’ONU et Directeur exécutif du PNUE, a déclaré : "L’Annuaire 2012 du PNUE met deux problématiques émergentes sous les feux des projecteurs. Ces deux questions posent des défis, de même qu’elles sous-tendent des choix. Les Etats nations devront envisager de construire un 21e siècle durable en mettant en place un système amélioré de gestion d’urgence des sols et en démantelant de nombreux réacteurs nucléaires ".
"A première vue, ces deux questions peuvent sembler distinctes, mais les deux problématiques touchent plusieurs questions fondamentales pour l’avenir de l’humanité : comment le monde va se se nourrir, tout en luttant contre le changement climatique et en gérant des stocks de déchets extrêmement dangereux" a-t-il ajouté.
"La mince couche du sol qui s’étend à la surface de la Terre est l’un de ces écosystèmes que l’on oublie souvent mais qui est primordial pour la survie future de l’humanité toute entière. L’Annuaire 2012 du PNUE propose de nombreuses options pour une amélioration et une gestion durable des sols tels que la politique « no-till » [sans labour] qui favorise une agriculture productive sans qu’il ne faille détruire les tourbières", a déclaré M. Steiner.
"L’Annuaire 2012 du PNUE souligne également les options et la complexités du démantèlement des centrales nucléaires quand celles-ci atteignent leur fin de leur vie. Il s’agit d’une question pour laquelle il n’existe que des informations éparses, mais pour laquelle il faudrait peut-être faire une analyse plus approfondie, surtout où nous devons faire des choix clairs en matière de politique énergétiques : le prix de fabrication de ces usines et le problème des matières radioactives sont des éléments qui doivent être pris en compte pour assurer un avenir durable aux générations actuelles et futures ", a-t-il conclu.
L’Annuaire du PNUE 2012 ? Points forts
- Les avantages du carbone emprisonné dans le sol
L’Annuaire du PNUE 2012 encourage le développement de méthodes de laboratoire pour mesurer, rapporter et vérifier les variations du taux de carbone présent dans le sol au fil du temps.
Le stockage du carbone peut être amélioré en faisant en sorte que les apports de carbone au sol soient supérieurs aux pertes de carbone. Par exemple :
Les forêts ont un potentiel considérable de réduction des émissions de gaz à effet de serre puisqu’elles stockent d’importantes quantité de carbon, aussi bien au-dessus qu’en dessous du sol.
Les prairies offrent un potentiel mondial d’atténuation de l’effet de serre de l’ordre de 810 Mt de CO2 d’ici 2030, la quasi-totalité de ces gaz seraient emprisonnés dans le sol des prairies.
En ce qui concerne les terres cultivées, l’intégration simultanée de plusieurs cultures dans un même champ peut permettre d’augmenter la matière organique, la biodiversité et la santé des sols, ainsi que la production alimentaire. C’est particulièrement vrai pour les cultures de subsitances. La paludiculture est une alternative innovante à l’agriculture conventionnelle des tourbières. Elle implique la culture de biomasse sur les tourbières humides ou ré-humidifiées, qui peuvent contribuer à l’atténuation du changement climatique en réduisant les émissions par le biais de la réhydratation de tourbières drainées, et par le remplacement des ressources fossiles par des sources renouvelables de biomasse. Partout dans le monde, il existe des exemples concrets sur la façon dont on peut tirer des bénéfices à partir de la gestion durable des stocks de carbone présents dans les sols :
Au Kenya, le Fonds Biocarbone de la Banque mondiale a mis en place le projet d’agriculture carbone du Kenya, financé par les Etats Unis à hauteur de 350 000 dollars (USD). Ce projet permet de payer les petits agriculteurs pour qu’ils améliorent leurs pratiques agricoles, afin d’accroître la sécurité alimentaire et l’emprisonnement du carbone dans le sol.
De Dakar à Djibouti, l’initiative pour une « Grande Muraille Verte » est un projet de reboisement massif qui vise à créer une bande de 15 km de large remplie d’arbres (et de toute sorte de végétation) sur 7000 km. Le but est d’améliorer la séquestration du carbone, de stabiliser les sols et de conserver l’humidité des sols (entre autres).
En Chine, des approches similaires sont mises en place et évaluées afin de déterminer si la dégradation des terres dans les zones arides peut être inversée.
Au Brésil, les changements dans les pratiques de production agricole ont prouvés leurs effets positifs sur les stocks de carbone présents dans le sol. L’utilisation des techniques « no-till » dans la production de soja ou de maïs, combinée à des systèmes de rotation connexes des cultures a permis d’augmenter le taux de séquestration du carbone dans le sol à 0,41 tonnes par hectare et par an.
En Argentine, des augmentations significatives des stocks de carbone ont également été réalisées dans les régions où les agriculteurs ont adoptés la technique « no-till ». La rétention de l’eau, l’infiltration et la prévention de l’érosion ont également été améliorées.
- La fermeture et le démantèlement des centrales nucléaires
Trois méthodes de déclassement sont généralement admises : le démantèlement immédiat, le démantèlement différé et la mise au tombeau.
Chaque approche exige des décisions rapides et claires concernant la date de la fermeture des installations et l’utilisation future du site. Chaque étape exige également un financement adéquat, du personnel qualifié, une surveillance réglementaire du stockage et des installations d’élimination des déchets.
Une des leçons tirées est que les centrales nucléaires doivent être conçues dès le départ pour être démantelée de manière sûre et efficace. Plusieurs pays ont développé une expertise dans le démantèlement. Mais il existe d’importantes différences géographiques, en ce qui concerne les degrés d’expertise. Aux États-Unis, par exemple, les 1450 installations nucléaires gouvernementales ont été entièrement mises hors service. On compte également un certain nombre de réacteurs mis hors service.
Le déclassement futur des centrales nucléaires entraînera une certaine compétition en matière d’expertise, de ressources et d’installations de traitement des déchets.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a établi un réseau international de démantèlement afin de faciliter les échanges d’expérience entre tous les pays membres.
Il est d’une importance critique de veiller à ce que l’expérience acquise et les leçons apprises soient partagées et appliquées au niveau mondial, en temps et en heure pour qu’elles soient appliquées à tous les autres démantèlements prévus dans le futur.
L’Annuaire du PNUE 2012 souligne que l’industrie nucléaire devra continuer d’innover et de développer de nouvelles approches et de nouvelles technologies qui facilitent un processus de démantèlement "intelligents" : c’est-à-dire plus sûr, plus rapide et moins cher.
Un ex-Monsanto ministre de l’agriculture en Roumanie
Le nouveau gouvernement roumain a obtenu, le 9 février 2012, un vote de confiance du Parlement, ce qui ouvre la voie à son investiture officielle. Mais avec le nouveau ministre de l’Agriculture, Stelian Fuia, se pose la question du conflit d’intérêt... Ce dernier a en effet travaillé pour plusieurs entreprises de biotechnologies ou agrochimiques : de 1993 à 1995, pour AgrEvo, de 1995 à 1996 pour Monsanto Roumanie comme responsable des ventes, de 1996 à 1999, pour Monsanto Europe à Bruxelles en tant que responsable du développement commercial, de 1999 à 2002, en tant que directeur commercial de Monsanto Roumanie, et enfin, de 2002 à 2005 pour Procera Agrochemicals Romania, une entreprise spécialisée dans les pesticides, les engrais et les semences.
Son CV, en libre accès sur Internet, nous apprend qu’il est diplômé de l’Université des sciences agricoles et vétérinaires de Bucarest, et a aussi étudié aux Etats-Unis, où il a bénéficié de cours donnés par Monsanto.
Enfin, M. Stelian Fuia a pris position en faveur des OGM, lorsque, député, il a voté la loi (n°247/2009) qui a modifié le système des autorisations des OGM vers plus de laxisme et moins d’accès à l’information environnementale. Une autre modification a permis, nous signale l’association d’information sur les OGM, Inf’OMG, d’exclure les ONG des consultations sur cette question.
Une coalition regroupant de nombreuses organisations environnementales a d’ores et déjà demandé le départ de Stelian Fuia, considérant qu’il ne saura exercer son travail avec objectivité, étant donné les liens étroits qui l’unissent à des entreprises ayant des intérêts économiques importants dans le pays.
Enfin, précisons, en ce jour de la St Valentin, qu’entre Monsanto et le ministère de l’Agriculture en Roumanie, c’est une longue histoire d’amour. En effet, le précédent ministre, Valeriu Tabara, ne faisait pas mystère de ses conflits d’intérêts. Nous écrivions à l’époque : « Selon sa dernière déclaration sur ce sujet, il reste en contact avec Monsanto même en étant ministre de l’Agriculture : ’’Il n’y a rien de secret ni d’illégal’’. Ce qu’il ne dit plus c’est qu’il a travaillé pour Monsanto, comme en témoigne son CV téléchargé à partir du site du Parlement roumain, le 2 juin 2006. Ce CV a depuis été expurgé de toute référence à Monsanto ».
Dans un pays où la « nostalgie » pour les cultures de soja RoundUp Ready est encore vive de la part des entreprises et de certains responsables politiques, cette nomination est un nouveau signe d’un lobby en direction de Bruxelles pour que la Commission européenne (ré)autorise ce soja GM.
« Ici Athènes, nous sommes les cobayes... »
Récit, en direct d’Athènes. « Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre. Ca ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord... »
Athènes, 13 février 2012
Salut mes chers de loin,
Je viens de finir une traduction (une préface d’un bouquin visiblement bien communiste de l’ancien temps, pfff...), et je devrais aller me coucher, mais j’ai trop de tension encore. Les émotions fortes et l’effet, encore sensible, des produits chimiques divers dont on nous a aspergés hier, j’imagine...
La manif d’hier n’était en fait pas vraiment une manif, c’était plutôt comme si beaucoup, beaucoup de Grecs avaient décidé de se déplacer de leur boulot, de leur cuisine, d’où ils se trouvaient, pour aller se camper autour du Parlement... il y avait des vieux, des mémés (pas beaucoup mais quand même), beaucoup de couples, cools...
On s’est retrouvés avec Yorgos Mitralias (fondateur de l’ELE, le comité pour l’audit de la dette grecque), dans une galerie historique, en contrebas de Syntagma (au Starbuck, j’ai dit que j’aimais pas ça... dix heures après, il était réduit en cendres. Faudrait que je fasse gaffe à ce que je dis...). A cinq heures piles, on était à l’angle gauche du parlement, au coin de l’hôtel Grande Bretagne. Les forces de l’ordre, style Ninja carapacés jusqu’aux oreilles, avaient bloqué l’accès à plusieurs rues, et formé un cordon impressionnant devant le Parlement. Là, ils ont balancé les premiers lacrymogènes, et ça n’a pas cessé, ensuite, pendant des heures.
On a battu en retraite, fait le tour de la place (en courant, trébuchant, ...) pour filer aussi vite que la foule le permettait rue Filellinon (la rue qui part du bas de la place et va jusqu’à Plaka). La foule, dense, partout. Les Ninja nous repoussaient, on est allés jusqu’à Plaka (on nous a dit plus tard qu’ils avaient balancé des gaz place Monastiraki, tout en bas de la rue Ermou, imagine...).
On est revenus par l’Avenue Amalia (le long du Jardin National, entre la porte d’Hadrien et le Parlement). La foule faisait des vagues, flux et reflux, mais on revenait toujours. Manifestement, les flics avaient peur qu’on n’atteigne le Parlement -on était prêts à rentrer, c’est vrai. A l’intérieur, on a vu plus tard ce qui s’y passait. Pour l’instant, il fallait reprendre son souffle et continuer, trois pas devant, quatre derrière...
Je ne te raconte pas les « incidents », ils sont sur tous les écrans, on nous parle de la catastrophe provoquée par les casseurs (très probablement d’une part, des flics provocateurs, comme d’habitude, pour justifier les lacrymo ; cette fois-ci, on tenait l’info d’un jeune cousin -flic- avec qui on a déjeuné juste avant la manif, lui était en arrêt maladie, le veinard.. ; d’autre part, les supporters membres des club sportifs Panathinaïkos, Panionios et Olympiakos, ennemis jurés d’habitude, qui avaient décidé une trêve et lancé un appel aux supporters de se retrouver à Syntagma, alors même qu’un match se tenait, à la même heure. Eux, ou plutôt certains d’entre eux, sont bien entraînés, et ils savent casser, et castagner...). Catastrophe, donc, à Athènes. Ok, beaucoup de magasins incendiés (dont beaucoup de banques).
Version Paris Match, c’est effectivement très impressionnant. Rien, mais rien du tout sur la foule immense, pacifique, qui s’en est pris plein les poumons (y compris Mikis Théodorakis, compositeur et véritable symbole pour les Grecs, et Manolis Glezos, symbole encore plus énorme, c’est lui qui a descendu le drapeau allemand de l’Acropole, pendant l’occupation. Ils ont aujourd’hui respectivement 88 et 90 ans, eh bien il s’est trouvé des flics pour les menacer de leurs matraques, et leur balancer leurs lacrymo, oui).
Ils avaient la trouille, oui, jusque dans leurs chaussettes, qu’on montre les images de cette mer de monde bruissante de colère et de désespoir. Pour la première fois, les gens ne bougeaient que pour se soulager à coup de Maalox, puis revenir se planter au même endroit.
Les chaînes de télé montrent toutes les mêmes images, là, on se rend compte de la mainmise du pouvoir. Les journalistes « analysent » les dégâts, maintenant qu’ils sont rassurés sur l’avenir (désormais rose bonbon, ouf, le mémorandum est passé, on aura désormais un salaire minimum de 480 euros par mois net ; donc la croissance va reprendre d’une minute à l’autre ; bon, il faut se serrer un peu la ceinture, ok, mais on n’est pas irresponsables, nous les députés, on assume et on signe...) ; on se désole que 100 personnes risquent de perdre leur emploi à cause des dégâts causés. Rien sur les 15.000 fonctionnaires qui vont perdre leur poste, ni sur les orphelinats qui ferment, tout simplement...
Ils ont signé, les salauds, il n’y en a eu que 45 pour se rebeller contre la ligne donnée par leur parti (dont deux de l’extrême droite, qui ont signé pour, malgré la position de leur chef).
Un député, héros du jour ou dangereux subversif, a balancé le mémorandum en direction de Venizelos [ministre des finances du gouvernement grec] (le monstre qui nous explique, de sa morgue au double quintal,qu’on n’a rien compris).
Nous voilà à la nouvelle ère, celle du mémorandum 2, là où on a fait, froid, et peur. Mais pas assez, ou alors on est tellement en colère qu’on en oublie la peur, pour ne pas aller casser les bureaux des députés traitres à notre cause. Il y en a déjà deux qui n’ont plus de locaux (dont un, socialiste -si l’on peut dire...- d’Achaïe...), et qui cherchent leurs meubles... sur le trottoir. Le tour des autres viendra, on n’aura bientôt plus aucune raison de ne pas être violents. Faites passer, ça ne passera pas. Pas comme ça. Il y a les sous, oui. Mais aussi la dignité, les moments d’insouciance, les heures à ne rien faire et à ne penser qu’au bonheur de vivre. Ca ne s’abandonne pas si facilement, son humanité. On aura faim, peut-être, surtout dans les villes (nous, on va mettre des poules dans le jardin, on a la mer, pas riche mais bon) ; on aura froid (ça on connaît déjà) ; on aura peur (c’est nouveau, on a goûté, on y goûte un peu plus tous les jours). Mais on avancera. Faites gaffe, ils se rapprochent. Ils auront fait de nous des cobayes, personne n’y croyait, et on y est. Demain, on mord...
Prenez soin de vous, et de votre humanité. Si on oublie, si de rage, de peur ou de désespoir on en vienne à se perdre, rappelez-nous à la nôtre.
Je vous embrasse
Ruée sur l’or au Sénégal
Facilitée par un régime fiscal avantageux, l’exploitation des mines d’or explose au Sénégal. Sans que les conséquences environnementales en soient pesées.
La zone aurifère de Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, attire des opérateurs du monde entier. Ses atouts : des gisements prometteurs, maus aussi un code minier très avantageux.
Flambée du cours de l’or oblige (1 664 dollars l’once au 25 janvier, soit 1 279 euros), les représentants de sociétés minières du monde entier se bousculent au ministère des Mines et de l’Industrie pour obtenir des permis. À Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, deux compagnies sont actuellement à l’oeuvre. La coentreprise canadienne Oromin Joint Venture Group est en phase d’exploration. Quant à Sabodala Gold Operations (SGO), une société de droit sénégalais détenue à 90 % par le canadien Teranga Gold Corporation, elle a déjà lancé l’exploitation. Le sud-africain Randgold Resources, l’australien Bassari Resources Ltd et le canadien Axmin disposent également de permis de recherche dans cette région aurifère.
Très proches l’un de l’autre, les sites miniers d’Oromin et de SGO sont situés respectivement à Golouma et à Sabodala, à quatre heures de piste de Kédougou, la principale ville du Sénégal oriental. Près du village de Sabodala, de gigantesques camions effectuent des allers-retours incessants entre les différents cratères creusés dans le sol. SGO dispose également d’un poste de recherche près de Diabougou, à quelques kilomètres de la frontière malienne, là où se trouve le plus gros village d’orpailleurs au Sénégal.
De son côté, à Golouma, Oromin a découvert un gisement de 120 tonnes d’or, dont 45 t sont exploitables. « Nous avons dépensé 140 millions de dollars dans les activités de prospection et de développement. Nous évaluons à 300 millions de dollars l’investissement supplémentaire à réaliser avant de pouvoir sortir le premier lingot d’or », souligne Aziz Sy, vice-président de l’entreprise pour les opérations au Sénégal.
Exonérations
« Presque tous les permis de recherche - une trentaine - ont été octroyés. C’est : premier venu, premier servi », précise Ousmane Cissé, directeur des mines au ministère des Mines et de l’Industrie. Le cadre législatif attrayant explique largement cette ruée vers l’or : jusqu’à sept ans d’exonération fiscale pour les permis d’exploitation et des conditions avantageuses en matière d’impôt sur les sociétés. Autre mesure alléchante pour les opérateurs : la possibilité de rétention de titres miniers. « Quand les sociétés découvrent de l’or et que les conditions économiques et techniques du moment ne permettent pas l’exploitation du gisement, la loi permet une période de rétention de deux ans. »
Grâce à la loi de 2003 qui encourage l’investissement privé national dans le secteur des mines, cinq compagnies sénégalaises sont actuellement présentes sur le terrain de l’exploration : Rokamco, Watic, Nafpec, Sen Gold et Sored Mines. Elles opèrent dans le cadre de coentreprises formées avec des compagnies étrangères. Une option « facilitée par le fait qu’il n’y a pas de discrimination vis-à-vis de la nationalité de l’entreprise dans l’accès aux titres ; en outre, en phase d’exploitation, la société privée nationale peut négocier jusqu’à 25 % des parts de la société étrangère au prix du marché », explique le directeur des mines.
L’État, qui détient une participation gratuite de 10 % dans le capital de chaque société minière, est rémunéré dès l’entrée en production via une redevance fixée à 3 % de la valeur marchande du produit. Les entreprises doivent s’acquitter d’un droit d’entrée de 750 000 F CFA (1 140 euros) pour un permis de recherche et de 7,5 millions de F CFA pour exploiter le sous-sol. « Le système d’exonération nous permet de récupérer notre investissement. Le régime fiscal est très attrayant, comparé aux autres codes miniers de la sous-région », note Aziz Sy.
Le sous-sol sénégalais attire tellement que les autorités ont décidé de revoir leur cahier des charges. « Nous souhaitons qu’il y ait un partage de production [à hauteur de 10 % de la production] sur tous les contrats négociés, afin que nous puissions gagner de l’argent, que les sociétés minières fassent du profit ou pas, explique Ousmane Cissé. De plus, nous nous dirigeons vers moins d’exonérations fiscales, car il faut que l’exploitation rapporte au peuple. »
Voici pourquoi Eva patauge
La campagne d’Eva Joly s’encalamine parce qu’elle ne porte pas les thèmes de l’alimentation, de la santé, et de l’écologie populaire.
on ne peut se le cacher : Eva Joly traverse une très mauvaise passe. Selon Le Monde, « elle a disparu des écrans radar ». Les sondages la donnent à 3%. On ne peut pas leur faire entièrement confiance (je ne perçois pas, ni dans les réunions publiques, ni en distribuant des tracts sur les marchés, une telle désaffection), mais on ne peut pas non plus les ignorer.
Il reste encore deux mois et demi de campagne. A cette date, le trio d’or Dany Cohn Bendit - Eva Joly - José Bové n’était pas encore en grande forme aux élections européennes de 2009. Il est sans doute possible de redresser la barre, mais chaque jour qui passe ne se rattrapera plus. Or, les dirigeants de la campagne Eva Joly semblent s’ingénier à l’enfoncer de semaine en semaine.
Il faut sérier les problèmes : les difficultés objectives de sa campagne, la personnalité même d’Eva Joly, et le style imprimé à sa campagne par son équipe, elle même prise sous le feu des tensions internes à Europe Écologie Les Verts.
Un défi pas facile
Aux Européennes, Europe Écologie avait quasiment fait jeu égal avec le parti socialiste. Aux régionales, on avait déjà pas mal reculé. On ne pouvait s’imaginer cependant une telle dégringolade. Un premier groupe d’explications tient à la nature même de la campagne présidentielle et à la conjoncture politique et écologique dans le pays.
La présidentielle a toujours été difficile pour les écologistes, et la situation s’est aggravée du souvenir du 21 avril 2002.
D’abord, les écologistes n’aiment pas la présidentielle. Ils sont contre la présidentialisation du régime : cette forme de monarchie élective est structurellement incompatible avec la politique telle qu’ils la souhaitent. Mais ils sont obligés de s’y inscrire. Je suis de ceux qui se sont opposés, malgré les appels venus de la nouvelle gauche comme de la gauche de la gauche, et même d’une partie des écologistes (Dany Cohn-Bendit), à faire l’impasse sur une candidature écologiste. L’inversion du calendrier par Lionel Jospin a fait des législatives un troisième tour de la présidentielle : il est presque impossible pour un parti, cherchant à avoir des députés pour peser sur les politiques publiques, d’être absent de la présidentielle. Ce n’est pas pendant les deux mois de la campagne législative que l’ont peut effacer un silence médi atique de 6 mois.
Mais la présidentielle a ses règles du jeu, et l’électorat écologiste est particulièrement "stratège", c’est à dire qu’il vote à chaque élection en fonction de la nature de l’élection. Et le sujet, c’est aujourd’hui : faire partir Nicolas Sarkozy. Tout le reste semble littérature.
Dans cette situation, le rejet de Nicolas Sarkozy dans les classes populaires aboutit à ce résultat effarant : dans un sondage, Marine Le Pen est devant lui, chez les actifs ! Mais le reflux de Nicolas Sarkozy à droite ne peut pas bénéficier seulement à l’extrême droite : une partie reflue vers François Bayrou, conformément à la tradition de la Ve République, où le 1er tour sert à départager le parti gaulliste (UNR, UDR, UMP...) et le candidat « centriste » (UDF, MODEM et même « gaullo-centriste ») : Chaban contre Giscard, Chirac contre Barre, Balladur contre Chirac... La nouveauté est que Sarkozy et son ministre Guéant ont totalement légitimé le discours de l’extrême droite. Et, l’original étant préféré à la copie, le résultat était inévitable : la consolidation de l’extrême droite au plus haut niveau. Ajouter à cela que nous sommes entrés dans une grande crise équivalente à celle des années 30, qui a vu le monde se déchirer entre fascisme, stalinisme et social-démocratie, mais dans un premier temps n’a profité qu’au fascisme.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la gauche de la gauche subit autant ce phénomène de « vote utile ». Par rapport au premier tour de 2002, Jean-Luc Mélenchon peine à retrouver la moitié des scores cumulés de Chevènement, Hue, et des trois trotskystes : 19%... Mais Eva Joly est encore loin de retrouver le score de Noël Mamère (5%), sans même parler de 2009.
La remontée de Le Pen et Bayrou, spectaculaire, ne devrait pas nous effrayer : elle disperse au contraire l’électorat de droite sur 3 candidats. Mais, échaudé, l’électeur de gauche « stratège » (je dirais plutôt tacticien) préfère se regrouper dès le premier tour.
Deuxièmement, le débat sur la crise s’est malheureusement restreint à la question de la dette. Il y a plusieurs positions : cette crise ne nous concerne pas (Mélenchon, Le Pen) ; cette crise est prioritaire et il faut la faire payer aux classes populaires (Sarkozy, Bayrou) ; cette crise est prioritaire et il faut la faire payer aux riches (Hollande). La position d’Eva Joly, faite à la fois de rigueur budgétaire, de répartition équitable de la charge fiscale, et de financement d’une conversion verte, apparaît, pour un historien ou pour un économiste, la seule raisonnable, mais elle est totalement inaudible sur la scène médiatique actuelle.
Il y a là quelque chose de plus profond : un recul de l’hégémonie culturel de l’écologie. En 2009, Europe-Ecologie a été capable de montrer que sortir de la crise économique, de la crise de l’emploi, et sortir de la double crise écologique (alimentaire-sanitaire et énergie-climat), c’était la même chose. La conversion verte de notre système énergétique plus le retour au bio créé des centaines de milliers d’emplois. Et les gens nous ont cru, et placé en nous leur espérance.
Le tournant, que nous n’avons peut-être pas assez pris en compte, fut la défaite historique de la conférence de Copenhague sur le climat. Non seulement les médias ont pu en profiter pour dévaloriser les travaux du GIEC et encenser les climatosceptiques, mais surtout les gens se sont dit : « A quoi bon faire des efforts pour changer nos modes de transports, de consommation et de production, puisque la Chine et les Etats-Unis continueront à polluer sans entrave ?" Le grand élan de mobilisation de l’époque s’est éteint, avec une crise de confiance dans la possibilité d’une coopération mondiale pour sauver la planète et l’humanité.
Ce recul culturel aurait pu être contrebattu en reprenant intégralement les thèmes de 2009, en les martelant, en les illustrant, eux et eux seulement. Au contraire la campagne d’Eva Joly semble se disperser dans une multitude de thèmes secondaires qui provoquent la crispation d’un électorat qui était prêt à nous suivre sur les thèmes principaux. Du coup, même quand elle occupe le centre des médias en défendant, face au PS, la sortie du nucléaire, on lui reproche… de ne pas parler d’environnement !! Il faut donc maintenant examiner les propres responsabilités de sa campagne.
La candidate
J’ai appelé à choisir Eva Joly plutôt que Nicolas Hulot, et j’avais analysé son succès sans nier l’injure faite au « médiatiquement correct ». Elle seule avait la personnalité pour non seulement expliquer, mais proposer. Son image d’incorruptible, acquis dans ses combats contre les multinationales, celles en particulier qui saccagent le Tiers Monde à la recherche de pétrole ou de terres agricoles à monopoliser, était exactement adéquate aux trois axes de campagne d’Europe Ecologie face à la grande crise de notre temps : contre la crise alimentaire, contre la crise énergétique, contre la finance globalisée. De tous les candidats, et je pèse mes mots, elle seule a quelque chose, y compris dans sa fragilité, qui ressemble à Roosevelt.
Mais je précisais en même temps que son principal problème serait son accent. Je disais en rigolant "c’est très difficile en France de présenter à la présidentielle une femme, ou un juif, ou un immigrant, ou un hétérosexuel, ou un homosexuel, ou un non énarque - non juriste. Le PS peut se permettre un écart, Europe-Écologie deux". Finalement, le PS a choisi un candidat normal sous ses cinq rapports et Europe Ecologie a choisi une femme immigrée.
Et il est clair qu’Eva le paye assez cher : elle passe son temps depuis le début de la campagne a justifier qu’elle est aussi française qu’une autre, mais sa voix, qui peut faire merveille dans un entretien en tête à tête, est peu adaptée aux effets de tribune. Dés lors, toute la hargne anti-écolo/ anti-femme/ anti-sexa/ anti-étranger peut se donner libre cours, y compris en lui prêtant un accent « boche » qu’elle n’a pas.
Ce phénomène est très net dans les sondages où elle apparaît comme « agaçante ». Cet agacement est celui que provoque l’écologie politique face à l’opinion publique : OK. Mais le très large spectre des combats de Don Quichotte contre les moulins (démilitariser le 14 juillet, férier l’Aït et le Kippour), qu’on lui a fait assumer au départ et qui aurait pu donner du piment à sa campagne si le plat de résistance avait bien été celui de la campagne de 2009 (crise alimentaire, crise énergétique, crise du libéralisme et de l’emploi), a occupé le devant de la scène. Ils se mélangent avec son caractère non national, quand même Bayrou en revient, comme en 1030, au « produisons français ».
Prenons l’exemple de son discours du Bataclan consacré aux inégalités. De façon stupéfiante, son équipe de campagne lui a fait omettre la question l’alimentation/santé : or c’est la plus horrible des inégalités sociales en France, en cet aube du 21e siècle. En revanche, elle a eu le courage d’aller défendre les positions de la laïcité ouverte. On se souvient qu’il y a quelques années une commission de consensus (la commission Stasi) avait proposé à la fois l’interdiction du voile dans les écoles et en contrepartie la création de deux jours fériés, pour une fête juive, et une fête musulmane (il y en a déjà 6 pour les fêtes chrétiennes et 5 pour les fêtes laïques dont 2 célébrant des victoires contre l’Allemagne). On aurait pu se battre pour l’abrogation de la loi foulard : la direction de campagne a choisi, par prudence, de se battre pour compléter le compromis Stasi. Eh bien c’était trop : la montée de l’islamophobie et du racisme est telle dans la France d’aujourd’hui, y compris chez des laïcs de gauche, que les médias et internet n’ont retenu que cela, provoquant un déchaînement qui est venu se mélanger avec son accent.
Je pense que si le discours avait été axé sur ce qui intéresse les masses populaires, c’est à dire les inégalités de nourriture et de santé, point sur lequel on attend les écologistes et seulement les écologistes, il aurait été possible de faire passer la question de la laïcité réelle comme une incidente légitime. Mais à partir du moment où l’on fait l’impasse sur les fondamentaux, cela devenait une faute.
Oui mais... est-ce une décision d’Eva ou de son comité de campagne ? je n’en sais rien, mais je suppose que la deuxième réponse est la bonne.
Les fautes du Comité de campagne
Depuis la rentrée de janvier, ces fautes se multiplient à un rythme affolant. La plus spectaculaire est le choix (semble t-il effectué depuis le mois d’octobre !!) de privilégier la remise du prix Tournesol au Festival BD d’Angoulême sur les États Généraux du Renouveau organisés par Libération et Marianne à Grenoble. Ce débat, où participaient Mélenchon, Hollande, Lepage, a été repris par toutes les chaînes info. Ce choix a fait scandale en interne, et la réponse des cadres du courant de la direction EELV fut encore plus ahurissante : "Nous espérons que l’électorat d’Eva Joly va bien au delà des 140 000 lecteurs de Libé… Il ne faut pas laisser Libération s’arranger le role d’un organisateur de débats politiques".
Le plus douloureux pour moi, en tant qu’économiste, fut d’assister au sabotage (mais je crois ici par défaut d’organisation) de la magnifique étude réalisée par Gaël Callonnec, économiste de l’ADEME, avec le modèle ThreeMe de l’OFCE, sur le programme économique d’Eva Joly. Ce modèle confirmait d’autres évaluations (celles de Pascal Canfin en 2009 s’appuyant lui-même sur les études de la Commission Européenne et de la Confédération européenne des syndicats), celle de Philippe Quirion (chercheur du CNRS qui mettait en œuvre un modèle beaucoup moins complexe). Il confirmait que le projet écologiste résolvait à la fois la question de l’emploi, de l’effet de serre et réduisait la dette à l’horizon 2014, tout en fermant un réacteur nucléaire par an (ce qui n’est pas beaucoup). Malheureusement l’équipe de campagne présenta successivement ce travail comme une étude de l’OFCE puis (et elle le maintient toujours !) une étude d’une équipe indépendante de l’OFCE. Aucune excuse n’a été présentée pour cette présentation mensongère, qui anéantit une validation parfaitement loyale du programme d’Eva.
La guerre contre l’alimentation
Et cela continue. Le 3 février, on apprenait que "il a été convenu" de supprimer l’entrée alimentation sur le site de campagne d’Eva Joly et de le regrouper avec l’agriculture. Et si les électeurs et les militants cliquaient sur l’onglet correspondant, ils découvraient que l’alimentation-selon-Eva se réduisait à deux articles : un communiqué protestant contre la pollution des huitres par le naufrage du Bremen, et un autre condamnant la pollution des vins d’Alsace par les pesticides. Huîtres + Riesling (ou Gewurtz ?) : l’alimentation est une affaire de bobo, tel était le message.
C’est un de mes défauts : je n’ai aucun humour en politique. Je poussai un « coup de gueule » sur les listes internes. Les défenseurs habituels de la direction se portèrent au créneau de la forteresse assiégée, mais cette fois c’était trop. Des autorités morales (dont Robert Lion, ancien président de Greenpeace et d’Agrisud) haussèrent les sourcils devant l’injure fait au thème fondateur de l’écologie. La direction de campagne dut rétablir le thème Alimentation avec quelques uns des messages préparés pour Eva par le « goupe de travail alimentation » animé par Natalie Gandais.
En réalité, cette guerre menée par la direction de campagne contre l’alimentation rejoint une bataille plus générale menée par la direction d’EELV contre ce thème. Manifestement, quelque chose s’est perdu dans la transmission du message écologiste.
Quand j’étais lycéen, au début des années 60, on entrait en politique soit par la guerre d’Algérie, soit par « la faim dans le monde ». Ensuite, autour de 68 , c’était par « la faim dans le monde » qu’on devenait écologiste.
La lutte du Larzac a permis l’irruption de la question paysanne et foncière comme question alimentaire AUSSI sur le territoire national (« Des moutons, pas des canons… Le blé fait vivre, les armes font mourir »).
Ensuite, l’écologie, c’est devenu plutôt l’énergie (nucléaire, effet de serre) et la réduction du temps de travail. Mais je pensais que l’alimentation demeurait la base, le degré 1, sur le mode « ça va de soi ». Je pensais que la prise de conscience, autour de José Bové et des OGM, du fait que « la malbouffe, c’est pas seulement en Afrique », élargissait encore le champ de l’écologie la plus fondamentale.
Puis est arrivé, avec le libéralisme, la réapparition de la faim, chez nous, des enfants nourris seulement de pâtes et de mauvais pain, sauf le repas qu’ils recevraient à la cantine. Nous avions, nous les écologistes de la première heure, acquis des places dans les institutions, municipales, départementales, régionales. J’ai pensé que garantir l’accès à la bonne-bouffe bio aux enfants pauvres deviendrait spontanément le premier devoir des élus écolos.
Et à partir de 2007, quand la crise mondiale a démarré du coté de la crise alimentaire mondiale, j’ai pensé que tout naturellement nous serions les porte-drapeaux de la prophétie de Dumont… et des solutions.
Eh bien non. C’est depuis 2 ans la guerre ouverte par les dirigeants de EELV contre le thème de l’alimentation, l’incroyable difficulté à en faire parler dans le programme Vivre mieux dès le premier chapitre (et encore, dans Vivre mieux, la faim et l’alimentation humaine apparaissent très, très, très loin, après « respecter l’animal »). C’est « le point aveugle de EELV ». Pour la direction de EELV, l’alimentation, ça fait femme traditionnelle, ça fait pauvre, ça fait désuet, ça fait pas moderne et technologies vertes, ça fait vieille écologie. Et ceux qui osent dire le contraire sont des bobos, et on le fait savoir y compris à travers le site d’Eva.
Et je réalise que moi-même, et sans doute la plupart des « vieux dirigeants » des Verts, n’ont pratiquement pas écrit, pas parlé de manière STRUCTURÉE de l’alimentation pendant 3 décennies, avant que la crise de 2007 nous remette le nez dans notre pipi.
Il est significatif que ce soit Marc Dufumier, l’agronome en charge de la chaire de René Dumont qui publie Famine au sud, malbouffe au nord, le jour même où l’alimentation est retiré de la campagne Joly. Il faut tout reprendre à zero, et c’est de notre faute, celle de ma génération, si l’on en est arrivé là. « Rien n’est jamais acquis à l’Homme » et surtout pas la connaissance, ni la conscience.
Bon, ben va falloir s’y remettre. Pour commencer, un petit bréviaire d’interventions qui donnaient un bon tour d’horizon, organisé par Natalie Gandais à l’occasion de la campagne européenne de 2009 : les actes du colloque L’alimentation soutenable
L’image de la direction de EELV
A ce niveau de sabotage objectif, on ne peut s’empêcher de poser la question : « Est-il volontaire ou le résultat de l’inexpérience ? » Je ne peux pas éliminer d’emblée la seconde solution. Tout n’est pas machiavélisme en politique. Mais il faut admettre qu’une partie de la direction d’EELV n’a toujours pas pardonné à Eva Joly d’avoir battu Nicolas Hulot, et d’avoir clairement montré sa différence lorsque cette même direction accepta le diktat de François Hollande, quant au contenu de l’accord programmatique EELV/PS. Tout le monde a encore en mémoire la portée de ce diktat dans le domaine du nucléaire, mais j’ai souligné ici que les abandons sur les thèmes économiques étaient tout aussi graves.
Eva avait regimbé. J’étais alors dans son « conseil politique » et l’avais soutenu sur tous les medias. Face à ce médiocre accord qui risquait de la plomber, il importait d’autonomiser sa campagne présidentielle, qui devrait porter les axes essentiels des propositions transformatrices des écologistes, par rapport au contenu « minimum » d’un accord de mandature avec le PS.
Hélas, après une semaine de tangage, Eva avait été entourée d’une équipe très proche de la direction de EELV, et très intéressée à faire le moins de vagues possible par rapport au PS. Ceux qui, comme moi, l’avaient soutenu Eva dans la crise, étaient éliminés.
Il est clair, par toutes les discussions que je peux avoir dans la rue ou sur internet, que mes interlocuteurs qui se présentent comme « déçus d’Eva » invoquent à la fois cet accord, qui rend peu lisible sa candidature, et l’attitude publique des dirigeants d’EELV vis à vis de la question des « postes » à occuper. Manifestement, l’image d’Eva ente Cécile Duflot et de Jean-Vincent Placé n’est pas la même que celle entre Dany Cohn-Bendit et José Bové.
Or il se trouve qu’une des personnes éliminées était justement la principale coordinatrice réelle des questions d’alimentation : Natalie Gandais. Ayant fait sa thèse sur la fixation de l’azote par les plantes, Natalie est de ces scientifiques qui savent décliner leurs recherches en analyses et propositions concrètes, menant la bataille au niveau européen contre les agro-carburants et la bidocho-industrie, organisant de multiples colloques et concrétisant ses propositions jusque dans le montage administratif et les accords de fourniture pour le « passage au bio » d’une communauté d’agglo populaire.
Seulement voilà : Natalie, alors porte-parole des Verts Ile de France, fut une des principales défenseures et organisatrices d’une campagne « ouverte et coopératrice » aux européennes de 2009 comme aux régionales 2010. Ça n’a pas plu en haut lieu. Elle a surtout le défaut d’être ma compagne.
Or j’ai conscience que ces divergences de ligne sont insupportables au petit noyau dirigeant de EELV, et qu’il n’hésite pas à prendre en otage, et les personnes et les thématiques, pour « casser » les critiques. J’ai conscience que la sous évaluation de l’écologie sociale et solidaire dans la campagne, semblable à celle de l’alimentation, ou la disparition de thèmes comme la planification écologique ou la « valeur du travail » (qui faisaient pourtant consensus aux dernières Journées d’été consacrées aux « questions qui fâchent »), est partiellement dirigée contre moi. Aussi ai-je tendance à faire désormais défendre l’ESS par un ami, plus proche de la direction. Et j’ai suspendu mes apparitions publiques à EELV en espérant que Natalie ne serait plus prise en otage. Ce qui ne fut pas le cas.
Au Conseil fédéral du 28-29 janvier, le courant de la direction (« Maintenant ») parvient, de guerre lasse, à imposer une liste de candidats aux législatives, ignorant les préférences des militants de base. Natalie en est bien sûr l’une des victimes. Pire : alors qu’elle monte à la tribune pour défendre, avec un militant de l’appel Alimentons 2012, une motion appelant EELV à répondre à cet appel, en organisant une synthèse de l’engagement très réel de multiples élus EELV, le courant Maintenant « casse du sucre » longuement sur cette motion ! Mais la motion est très largement adoptée, premier signe d’un réveil du CF face au malaise qui s’installe dans le mouvement.
Et, comme on m’a par ailleurs fait remarquer que mon départ n’empêcherait pas la prise en otage de Natalie, j’ai rejoint la longue cohorte de celles et ceux qui restent « parce qu’ils ne se voient ni au PS ni au Front de Gauche », et je reprends mon bâton de pèlerin sous la casquette de EELV et d’Eva Joly.
On peut sauver Eva
Les difficultés objectives de la campagne d’Eva Joly sont donc tout à fait réelles, elles ne dépendent pas entièrement de la direction. Toutefois, on m’a appris que les causes externes n’agissent par l’intermédiaire des causes internes. Sans nier que difficultés oratoires d’Eva Joly jouent un rôle, je ne peux écarter l’hypothèse que la direction EELV, tout en la soutenant un minimum, sacrifie sa campagne à d’autres intérêts, parfois mesquins. Mais je crains que ce ne soit plus sérieux : une question de ligne, contre le souci de l’alimentation des classes populaires et du tiers monde, contre la planification de la conversion verte, et contre l’Économie sociale et solidaire, contre la réduction du temps de travail par le retour aux 60 ans, contre tout ce qui sonne « écologie populaire ».
Comme je le répète aux journalistes il ne s’agit pas de pousser Eva Joly à se retirer. Car les dépenses sont maintenant engagées. Je crois plutôt qu’une partie de la direction ne souhaite pas qu’elle ai un bon résultat, soit pour éviter que ceux, plus jeunes, qui la soutiennent sincèrement puissent un jour lui faire de l’ombre, soit qu’elle souhaite montrer au parti socialiste et à François Hollande que rien n’a été fait pour le priver d’un bon résultat au premier tour...
Mais nous pouvons sauver Eva… simplement en faisant sa campagne ! Une campagne de l’écologie politique. Simplement sur ses bases fondamentales, celles qui intéressent tout le monde : la crise alimentaire, la crise énergétique, la critique du libéralisme, et notre réponse ; conversion verte, partage du travail et des richesses, économie sociale et solidaire…
Les patrons du CAC 40 ont continué de s’empiffrer en 2010
« Après trois années de baisse, Proxinvest observe une hausse spectaculaire de la rémunération totale des dirigeants. Les quarante dirigeants du CAC 40 ont bénéficié pour 2010, d’une hausse moyenne de 34% de leur rémunération pour un montant moyen de 4,11 millions d’euros. »
Publication des rapports de Proxinvest sur la rémunération des dirigeants des sociétés cotées du SBF 250 et de l’ECGS sur « The remuneration of CEOs in Europe »
Après trois années de baisse, Proxinvest observe sur les chiffres de l’exercice 2010 établis et publiés en 2011 une hausse spectaculaire de la rémunération totale des dirigeants, options et actions comprises. Les quarante dirigeants du CAC 40 ont bénéficié pour 2010, d’une hausse moyenne de 34% de leur rémunération pour un montant moyen de 4,11 millions d’euros. Cette reprise, qui ne fait toutefois pas rejoindre le niveau de 5 M€ observé jusqu’en 2006, touche un grand nombre de grandes sociétés puisque les présidents exécutifs des 80 autres sociétés de l’indice SBF 120 auront vu leur rémunération totale atteindre elle 2,08M€, en augmentation de 31% en 2010.
Par contraste, les valeurs moyennes composant l’ancien indice SBF 250, ont connu pour 2010 une baisse de 17% de la rémunération totale moyenne de leur premier dirigeant qui se situe désormais à 511 000€, soit à huit fois moins que la rémunération de l’indice phare.
Onze dirigeants français dépassent pour 2010 le plafond de Proxinvest de 240 SMIC annuel soit actuellement 4,6 M€ par an : Jean-Paul Agon (L’Oréal, 10,7M€), Bernard Arnault (LVMH, 9,7M€), Carlos Ghosn (Renault, 9,7M€), Bernard Charlès (Dassault Systèmes, 9,5M€), Franck Riboud (Danone, 7,7M€), Maurice Levy (Publicis, 6,2M€), Christopher Viehbacher (Sanofi-Aventis, 6,1M€), Arnaud Lagardère (Lagardère SCA, 4,9M€), Henri de Castries (AXA, 4,9M€) et Lars Olofsson (Carrefour, 4,8M€).
Ces chiffres sous-évaluent toutefois la rémunération totale puisqu’ils n’incluent pas le complément de retraite sur-complémentaire dont ils bénéficient presque tous sans informer sur leur coût pour l’entreprise.
Proxinvest observe à ce niveau une série d’autres anomalies comme la hausse des rémunérations fixes et le recours à divers artifices comme notamment l’augmentation des bonus des dirigeants de banque désormais pour partie différés ou l’utilisation d’instruments synthétiques de nature à éviter les contrôles de l’assemblée générale des actionnaires. Trop de bonus annuels apparaissent pour partie garantis et trop de plans conditionnels d’options et d’actions gratuites présentent des conditions de performance sur une durée trop courte de deux ans seulement.
Au regard de ces manquements au « raisonnable » et à l’ « équilibre » prônés par l’AFEP-MEDEF, il semble permis de parler d’échec de l’auto-régulation.
La rémunération fixe porte mal son nom puisqu’elle augmente en moyenne de 6% pour les 120 premiers dirigeants français. Elle représente 27% de leur rémunération totale. Daniel Julien de Teleperformance bénéficie de la rémunération fixe la plus élevée à 2,2M € juste devant Jean-Paul Agon de l’Oréal à 2,1M€.
La rémunération variable attribuée au titre de 2010 est de 35% supérieur au bonus 2009 et représente 30% de la rémunération totale. Si l’on peut comprendre que la hausse des bénéfices sur l’exercice 2010 explique cette forte augmentation, on déplore que les sociétés françaises, contrairement à leurs homologues européennes, ne renseignent pas sur le calcul du bonus en fonction de la réalisation des objectifs annoncés.
Les éléments « divers », correspondant à des avantages en nature, à des jetons de présence d’administrateur ou à des éléments exceptionnels, pèsent 12% de la rémunération totale d’un dirigeant du SBF 120.
Les rémunérations actionnariales, que ce soit sous forme d’options ou sous forme d’actions de performance, ont été valorisées à la date d’attribution et s’élèvent à 843 354€ (+34%) pour les patrons du SBF 120, soit à 30% de leur rémunération totale. Destinées à rémunérer la performance à long terme, ces attributions pèsent peu face aux formes de rémunération en espèces plus tangibles. Elles reposent aussi souvent sur des conditions de performance peu lisibles ou mesurées sur des durées jugées trop courtes (moins de trois ans).
La rémunération moyenne de 4,11M€ d’un président exécutif du CAC 40 se décompose quant à elle de la manière suivante : 995 K€ en rémunération fixe (24% du total), 1 374 K€ en variable annuel (33%), 647 K€ en options (16%), 574 K€ en actions (14%) et 524 K€ en autres éléments (13%).
Proxinvest et ses partenaires européens de l’ECGS (Expert Corporate Governance Service) ont étudié un échantillon de 367 grands groupes européens. La rémunération moyenne de ces présidents exécutifs européens s’élève selon ECGS à 3,9M€. La rémunération totale moyenne des présidents exécutifs français rentrant dans le périmètre de cette étude ECGS n’atteint que 50% de la rémunération des collègues britanniques, 70% de leurs collègues italiens, 80% de leurs voisins espagnols, suisses ou allemands, mais ils gagnent 16% plus que leurs voisins néerlandais, belges ou irlandais et 150 % de plus que leurs homologues scandinaves.
La transparence des grandes sociétés françaises et la lisibilité des performances est inférieure à celle observée dans les pays où les dirigeants sont responsables de leur politique de rémunération devant l’assemblée générale des actionnaires, c’est-à-dire où celle-ci est soumise à consultation ou à ratification préalable par les actionnaires.
Les actionnaires des sociétés françaises auront pour leur part maintenu en 2011 leur regard critique sur la rémunération sur les seuls sujets qui leur étaient soumis, à savoir les indemnités de départ, les régimes de retraite et les enveloppes d’options et d’actions gratuites. Ils ont ainsi rejeté sept plans collectifs d’options et d’actions gratuites.
Responsabiliser pour redynamiser
Fondé sur un modèle financier déséquilibré par le modèle de banque universelle, notre marché des actions doit être redynamisé par une plus grande responsabilisation des dirigeants. Le patronat, qui entend définir seul les règles françaises de bonne gouvernance, s’oppose encore à la légitimation de la rémunération devant l’assemblée des actionnaires : c’est sans doute ce qui mène à ce haut niveau de contestation observé en France au regard de rémunérations comparativement moins élevés. Autrefois en avance sur les questions de gouvernance, notre pays devrait combler son retard sur le vote préalable annuel des actionnaires sur la rémunération des dirigeants, vote aussi appelé « Say on Pay ». Ce vote annuel, consultatif ou impératif, s’est successivement généralisé par une évolution législative comme ce fut notamment le cas au Royaume-Uni (2002), en Australie (2004), aux Pays-Bas (2004), en Suède (2006), en Norvège (2007), aux Etats-Unis (2010 Loi Dodd Frank) ou chez nos voisins belges (2011) et allemands (2011). Il conviendra de s’inspirer du modèle néerlandais de vote préalable par l’assemblée générale de la politique de rémunération avant toute mise en œuvre, un modèle qui a conduit à un bon niveau de dialogue entre émetteurs et investisseurs, des rémunérations modérées directement liées à la performance à long terme. Une autre possibilité serait que les émetteurs français introduisent volontairement ce vote tel en Suisse ou au Canada ou l’insèrent au sein du code de bonne gouvernance (AFEP-MEDEF) comme en Espagne (2008) ou en Italie (2012).
Rétablir la confiance entre actionnaires et dirigeants est plus que jamais indispensable sur cette question et Proxinvest propose donc trois priorités pour y contribuer : • Un vote annuel sur la rémunération • Une information dans le tableau des rémunérations sur le coût individuel des retraites sur-complémentaires • Des critères de performance vérifiables de plus long terme
L’observation confirme une individualisation finalement récente de la critique des actionnaires qui jugent désormais ad hominem. L’exemplarité, selon Albert Schweitzer et Winston Churchill, est la seule méthode de management possible et la rémunération n’échappera pas à cette règle : notre pays doit combler son retard dans l’exercice de la responsabilité.
179.000 euros : la peine infligée aux Faucheurs
Le jugement en appel des faucheurs volontaires, dont José Bové, par le tribunal de Poitiers les punit sévèrement.
Alors qu’en première instance, le tribunal de Poitiers avait prononcé une relaxe pour les huit Faucheurs volontaires, la Cour d’Appel a condamné [jeudi 16 février] les inculpés, grâce à la requalification préalable des faits. En effet, en première instance, le tribunal avait prononcé une relaxe car la plainte déposée par les avocats de Monsanto n’était pas conforme aux faits reprochés : elle portait sur une destruction de culture commerciale, or il s’agissait d’un essai en champ. Or depuis la loi de 2008 qui instaure un délit spécifique pour le fauchage des plantes transgéniques, les deux motifs d’inculpation n’entraînent pas les mêmes sanctions. L’arrêt de la Cour précise ainsi : « Il n’existe aucun obstacle à cette requalification dans la mesure où il ne s’agit nullement d’ajouter des faits nouveaux qui soient étrangers à la saisine initiale mais de donner à ceux-ci leur exacte qualification juridique, l’accord des prévenus n’étant nullement nécessaire dans la mesure encore où cette requalification ne conduisait pas le tribunal à s’emparer de faits distincts ».
Concrètement, les primo délinquants ont été condamnés à une amende avec sursis ; et les récidivistes, à des amendes fermes : José Bové, à 200 jours amendes à 6 euros, et François Dufour et Dominique Delort à 100 jours amendes à 6 euros.
Les Faucheurs devront en plus payer, à Monsanto, 132 702 euros de préjudice matériel, plus 3000 euros de préjudice moral et 3000 euros de frais de procédure, et, à Idémaïs, 35 000 euros de préjudice matériel, 3000 euros de préjudice moral et 3000 euros de frais de procédure. L’ensemble de ces frais s’élève donc à 179 702 euros.
La requalification a surpris l’ensemble des inculpés. L’avocat de la défense, Me Gallon, s’est également dit « très surpris » de ce jugement. En effet, interrogé par Inf’OGM, il nous explique que, pour lui, contrairement à l’interprétation de la Cour, le fait que le législateur ait pris le soin de dissocier deux délits de fauchage - d’une culture commerciale d’un côté, ou d’un essai, de l’autre - permet de conclure que « la nature de la parcelle neutralisée est un élément constitutif du dossier ».
Il souligne par ailleurs que « les sanctions pénales sont classiques, et n’appellent pas d’observations particulières, mais les condamnations civiles, elles, sont sévères. La Cour n’a tenu aucun compte des arguments soulevés par la défense, montrant que les demandes de Monsanto et Idémaïs n’étaient pas valides ». En effet, l’essai en champ détruit a été annulé quelques mois plus tard par le Conseil d’Etat. De ce fait, l’essai était de toutes façons perdu pour Monsanto en termes de résultat de recherche. Cet argument n’a pas été retenu, ni même évoqué par la Cour dans son arrêt. Si les inculpés décident d’aller en Cassation (ils ont cinq jours pour se décider), cet argument sera, précise Me Gallon, de nouveau mis en avant. De même que la faiblesse de l’argumentation de la Cour pour justifier la requalification.
Ligne THT du réacteur de Flamanville : les riverains se rebiffent
Alors que François Hollande a réaffirmé son soutien à l’EPR de Flamanville et laissé entendre qu’on pourrait relancer celui de Penly, les opposants à la ligne électrique chargée d’évacuer le courant de Flamanville réaffirment leur détermination. Début février, une action de déboulonnage s’est produite.
Communiqué de l’association des riverains, des élus et des organisations regroupées au sein de Stop-THT, le 15 février.
RTE et l’Etat ont imposé le projet de ligne THT Cotentin-Maine malgré la contestation des riverains, des associations et des élus…, malgré les réserves de la commission d’enquête publique…, malgré les recommandations de l’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire et de l’Environnement)…
Le retard dans la construction de l’EPR, seule justification invoquée lors des débats et de l’enquête publique, aurait dû permettre à l’Etat et RTE d’entreprendre une étude épidémiologique sous les lignes THT existantes, principale revendication des riverains. Mais à la place, dédain, mépris, achat des élus, intimidation des récalcitrants… et propagandes sur l’avancée des travaux ont répondu à leurs inquiétudes.
Comment s’étonner, dans ces circonstances, que certaines personnes exacerbées par ces méthodes indignes d’une démocratie, entrent en résistance et empêchent la construction de cette ligne…
L’entêtement de l’Etat à promouvoir le nucléaire et le gaspillage de l’énergie électrique entraine, par grand froid, les situations aberrantes actuelles. Et plutôt que de remettre en cause cette politique énergétique, l’Etat préfère colmater les plaies par une surproduction annuelle, favorisant surtout l’exportation. Et bien sûr cette surproduction entraine forcément un réseau de transport d’électricité surdimensionné avec un maillage du territoire par des lignes THT pour évacuer le surplus dans toute l’Europe (voir schéma décennal de développement du réseau RTE 11/2011).
Il est donc primordial pour RTE de nier toutes nuisances engendrées par ces lignes THT. Et l’argent distribué (PAP entre autre) permet, en général, d’anéantir toute tentative de défense des riverains.
Les actions d’opposition (blocage des travaux, déboulonnage…) sur la ligne THT Cotentin-Maine sont donc ressenties par les riverains comme un soutien et un espoir de se faire entendre.
Il n’est quand même pas pensable que RTE et l’Etat envisagent de protéger tous les pylônes en construction ou déjà construits en France par des forces de l’ordre ! Le prix d’un tel dispositif est tellement disproportionné par rapport aux revendications premières des riverains, qu’il doit inciter l’Etat et RTE à revoir cette politique insensée, préjudiciable pour l’avenir.
Arrêtons les constructions de la ligne THT Cotentin-Maine et le gouffre financier qu’est l’EPR.
Déboulonnage d’un pylône de la ligne THT Cotentin-Maine : RTE portera plainte, AFP, le 1 février.
RENNES - Réseau de transport d’électricité (RTE) va porter plainte pour dégradations de biens après le déboulonnage d’un pylône de la future ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui doit acheminer l’électricité du futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche), a-t-on appris mercredi auprès de RTE, chargé du chantier.
Des boulons ont été démontés dans la nuit de lundi à mardi sur un pylône en cours d’assemblage au sol à Montaudin (Mayenne), a expliqué à l’AFP Jean-Michel Ehlinger, directeur des travaux de la THT Cotentin Maine.
Il s’agit d’un acte de sabotage, dangereux pour ceux qui l’ont commis et pour les ouvriers qui travaillaient le lendemain, a-t-il souligné, en expliquant que les pièces qui n’étaient plus attachées entre elles risquaient de tomber sur quelqu’un.
Avec un budget de 350 millions d’euros, 163 km de ligne, 420 pylônes, jusqu’à 40 entreprises et 800 à 900 salariés mobilisés au plus fort de l’activité, la construction de la future ligne est un des plus gros chantiers jamais mené par RTE, selon la filiale d’EDF qui s’occupe des réseaux.
Ses opposants redoutent les effets sur la santé des ondes émises par la THT et demandent que soit menée une étude épidémiologique sur le sujet avant construction.
Après de multiples et vains recours en justice, la THT fait encore l’objet de six recours devant le Conseil d’Etat, selon RTE. L’un d’entre eux a été déposé par le député UMP Pierre Méhaignerie au nom de la communauté de communes de Vitré (Ille-et-Vilaine) que préside l’ancien Garde des Sceaux.
Quatre départements sont concernés par le chantier (Manche, Ille-et-Vilaine, Mayenne, Calvados).
Une ferme géante provoque la polémique dans la Somme
Dans la Somme, un projet d’élevage laitier - qui génèrerait aussi de l’énergie par méthanisation - soulève la vive opposition des habitants des communes concernées. Une manifestation a lieu à Abbeville le 18 février contre cette ferme-usine.
Dans la Somme, un projet d’élevage laitier soulève la vive opposition des habitants des communes concernées. Plusieurs associations, dont L214, soutiennent ce mouvement de protestation.
Il s’agit d’un projet d’élevage laitier industriel, le plus grand de France : sur le site seraient confinés en bâtiment 1000 vaches et 750 veaux et génisses. Les objections à ce projet portent aussi bien sur la question animale que sur l’environnement, la santé publique ou le cadre de vie des riverains.
À quelques jours de l’ouverture du Salon International de l’Agriculture où les élevages français vont être vantés, le contraste est saisissant entre la façade et la réalité du « modèle agricole français », de plus en plus intensif.
Un projet contesté
Sur les communes de Drucat et Buigny-Saint-Maclou dans la Somme, il est projeté d’installer une ferme-usine de 1000 vaches laitières, 750 veaux et génisses ainsi qu’un méthaniseur. Ce serait le plus grand élevage laitier français.
Les habitants se sont mobilisés immédiatement contre ce projet, créant l’association Novissen en novembre 2011 (qui compte aujourd’hui plus de 1.000 membres). Leurs revendications concernent la question animale, l’environnement, la santé ou leur cadre de vie.
Une enquête publique a été réalisée. Malgré l’opposition massive, le vote négatif du Conseil Municipal de Drucat et les points d’objection soulevés, le commissaire-enquêteur a émis un avis positif. Le dossier est maintenant entre les mains du préfet qui n’a pas encore communiqué sa décision.
Des animaux confinés par milliers
En élevage standard, les conditions de vie des vaches laitières et de leurs veaux sont déjà mauvaises. Les systèmes d’exploitation et la sélection génétique favorisent la production de lait au détriment de la santé des vaches laitières (mammites, boiteries, pathologies respiratoires ou digestives, difficulté de vêlage, infections bactériennes, affections articulaires, maigreur extrême).
La production de lait implique de faire naître chaque année un veau qui sera rapidement séparé de sa mère : souffrance aussi bien pour le veau que pour sa mère. Les génisses sont écornées, pratique reconnue comme source aiguë de douleur.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) confirme de nombreux problèmes de bien-être animal dans la production de lait :
Le groupe scientifique a conclu que la sélection génétique exercée sur le long terme en vue d’augmenter la production de lait et la nature des systèmes d’élevage utilisés - c.à.d. les systèmes de stabulation et les équipements ainsi que les pratiques d’exploitation et de manipulation - constituent des facteurs majeurs qui affectent la santé des vaches laitières et d’autres aspects liés à leur bien-être.
La Recommandation du Conseil de l’Europe concernant les bovins souligne que les animaux devraient avoir l’opportunité de sortir aussi souvent que possible, et en été de préférence chaque jour.
Pour L214, les problèmes de bien-être animal en production laitière sont exacerbés dans un élevage intensif comme celui-ci. L’espace alloué à chaque animal sera réduit au minimum : le projet n’offrira vraisemblablement que 7 m2 à chaque vache, même pas de quoi leur permettre de se retourner !
De façon générale, l’élevage intensif va de pair avec le gigantisme des installations. En temps normal, les conditions de vie des animaux y sont déjà particulièrement pénibles. Au moindre problème, c’est le drame : il est impossible de secourir tous les animaux vu leur grand nombre (exemples : abandon d’un élevage de poules pondeuses à Kingersheim, incendie dans un élevage de Sessenheim, contamination dans un élevage de bovins en Mayenne).
Un projet dans la mauvaise direction
Aujourd’hui, nous savons que globalement, en France, nous consommons trop de produits d’origine animale : trop pour la santé (individuelle ou publique), pour l’environnement (GES [gaz à effet de serre], déforestation, pollution des eaux, ammoniac...) et pour le partage des ressources (en terre et en eau). Concernant les animaux, leurs conditions de vie se dégradent parallèlement à l’augmentation de la consommation.
Pourtant, cette année encore, le Salon International de l’Agriculture ouvrira ses portes en vantant le côté terroir des élevages français. Une façade qui ne résiste pas dès que l’on entre dans les élevages.
Du pétrole avec du CO2 et des algues
Ce texte est de nature publicitaire. Mais il concerne un procédé technique qui semble intéressant.
Après 5 années de recherche menées en coopération étroite avec les universités d’Alicante et de Valence, Bio Fuel Systems (BFS) a mis au point le premier « procédé de conversion énergétique accélérée » qui permet de transformer les rejets excessifs de CO2 en un pétrole de qualité.
Ce système repose sur les effets conjugués de la photosynthèse, de l’énergie lumineuse et des propriétés organiques du phytoplancton, mobilisé comme puissant catalyseur, pour obtenir un carburant comparable au pétrole fossile et offrant les mêmes possibilités de produits dérivés (plastiques, polymères, etc.).
La culture intensive de phytoplancton s’opère dans des photobioréacteurs verticaux à partir de souches sélectionnées pour leur teneur en lipides et cela sans prélèvement sur la biodiversité.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme disait Lavoisier. Aujourd’hui, il est désormais possible de valoriser le CO2 en une véritable source d’énergie de qualité, similaire au pétrole d’origine fossile, propre, inépuisable et économiquement viable » (Bernard Stroïazzo-Mougin, Président-Fondateur de Bio Fuel Systems)
Sur 1 hectare et selon un scénario de rentabilité optimale, une usine-type BFS de dépollution/valorisation est ainsi capable d’absorber 12.000 tonnes de CO2 par an et d’assurer une production continue et annuelle d’environ 5.500 barils de pétrole, voire 0,45 Mégawatts d’électricité (le CO2 capté peut être transformé en électricité grâce à des turbines ou des Moteurs de Combustion Internes). Au cours du processus de transformation, de multiples coproduits et sous-produits à forte valeur ajoutée, tels les acides gras essentiels (type oméga 3 ou 6), peuvent par ailleurs être extraits du gisement de biomasse obtenu, assurant ainsi la rentabilité d’une installation-type.
Pour produire 1 baril de pétrole, BFS absorbe 2.168 kg de CO2 et neutralise définitivement 937 Kg de C02 après combustion. Ainsi, en prenant en compte l’ensemble du cycle de production de l’énergie consommée, à distance parcourue égale (100 km) et à puissance égale (135 chevaux), une voiture fonctionnant avec le pétrole BFS est la seule à avoir un bilan carbone négatif (- 48 kg de CO2), largement devant la voiture roulant grâce au pétrole fossile (+ 19 kg de Co2) ou encore la voiture électrique alimentée à l’énergie nucléaire (+0,3 kg de co2).
De l’amont à l’aval du procédé de conversion, BFS marque une avancée majeure en termes de capacité de dépollution, de rendements à l’hectare et de bilan carbone, dépassant largement les limites environnementales, économiques et sociétales des biocarburants de 1re et de 2e génération à base de matières premières agricoles.
Selon la société Bio Fuel Systems, « la production en continu du pétrole BFS à un coût moindre, la qualité du combustible obtenu, son caractère propre, inépuisable et économiquement viable, offrent une véritable réponse à la raréfaction des hydrocarbures ainsi qu’une alternative durable à la dépendance vis à vis des importations de pétrole et de gaz " .
L’usine pilote BFS d’Alicante, dont la première phase de construction au pied de la cimenterie Cemex (3e cimentier mondial) est maintenant achevée ; celle-ci sera pleinement opérationnelle en mars 2011. Deux autres usines sont déjà signées : sur l’île de Madère au Portugal, et à Venise en Italie.
Convertir le CO2 en pétrole, une application immédiate !
La société espagnole Bio Fuel Systems (BFS) est à l’origine du premier procédé de conversion accélérée du CO2 en pétrole artificiel. Cette technologie de synthèse contrôlée, fruit de cinq années de recherche menée en coopération étroite avec les universités d’Alicante et de Valence, a permis la création d’une 1re usine-pilote de production à Alicante, près de Valence en Espagne. Plus de vingt brevets déposés dans le monde et un procédé inédit d’ultra concentration énergétique donnent une productivité optimisée de pétrole à la tonne de CO2 capturé ; un des gros points forts qui distingue nettement BFS dans la filière mondiale des producteurs de biocarburants à partir d’algues.
Un principe inspiré de la nature
Inspiré du processus naturel de formation du pétrole d’origine fossile, le procédé développé capture les rejets industriels de CO2 pour les transformer en un pétrole de qualité similaire au pétrole d’origine fossile (norme IFT), mais sans métaux et offrant les même possibilités de produits dérivés (plastiques, polymères…). De multiples coproduits et sous-produits à forte valeur ajoutée, tels les acides gras essentiels de type omégas 3, omégas 6…, confortent la rentabilité et l’amortissement d’une usine BFS qui fonctionne en continu 24h/24 et sur plus de 8.000 h/an !
Un enjeu écologique, sociétal et économique
A l’heure où les capacités de régénération de la planète semblent dépassées, la percée technologique de BFS se révèle être une solution de premier plan pour éliminer les rejets industriels de CO2, répondre aux objectifs européens de lutte contre le réchauffement climatique et réduire la vulnérabilité énergétique des pays vis-à-vis des hydrocarbures. La technologie BFS est également une source d’allégement des taxes carbone pour les industriels et un nouvel espace financier de profitabilité sur le marché mondial du carburant algal estimé à 1,3 milliards de dollars d’ici 2020 ! (BE, Etats-Unis, numéro 227, 3/12/2010).
Le Fondateur
Ingénieur thermodynamique de formation, Bernard Stroïazzo-Mougin débute sa carrière au sein de l’entreprise familiale spécialisée dans la construction de centrales thermiques et d’usines de distillerie en France, en Allemagne, en Turquie et au Moyen-Orient. Il poursuit sa carrière au sein de Thomson–CSF dans la défense et l’ingénierie des systèmes avant de rejoindre North Atlantic Group, une entreprise de maintenance et d’ingénierie dans le domaine de l’aviation dont il assurera le développement. Parmi ses projets de recherches basés sur l’étude des phénomènes électromagnétiques terrestres, Bernard Stroïazzo-Mougin est notamment à l’origine des brevets « phénomène d’ionisation en milieu subaquatique » et « contrôle des champs magnétiques artificiels ». Avec une équipe de scientifiques et d’ingénieurs et le soutien des universités espagnoles d’Alicante et de Valence, il conçoit et développe le premier « procédé de conversion énergétique accélérée » qui permet de valoriser les émissions industrielles de CO2 en un pétrole de qualité, similaire au pétrole d’origine fossile.
L’Equipe de recherche
Le cœur historique de BFS, c’est une équipe de 25 chercheurs et universitaires de renoms associés, à l’image de Cristian Gomis Catalá, Docteur en Biologie de l’Université de Valence, Professeur associé en Biotechnologie à l’Université d’Alicante, chercheur senior de l’Institut Ecologique du Littoral d’Alicante. Parallèlement à ses activités universitaires et fort de son expérience acquise dans la direction de nombreux projets internationaux, Cristian Gomis Catalá est le directeur scientifique de BFS depuis sa création. Co-inventeur du procédé de « transfert d’énergie », il pilote le programme de Recherche sur le phytoplancton et le pétrole. Ses travaux pour BFS ont été présentés à l’occasion de nombreux congrès scientifiques et ont fait l’objet d’une trentaine d’articles publiés dans des revues internationales avec Comité de lecture. Plus de vingt brevets protègent le procédé BFS autour de la sélection des souches de micro-algues à haut potentiel, de la stimulation du processus de croissance et de démultiplication des micro-algues, du métabolisme et de la concentration énergétique…
Le procédé biotechnologique
Le procédé de synthèse breveté et développé par BFS s’inspire du processus naturel à l’origine de la formation du pétrole d’origine fossile. Il utilise des éléments comme l’énergie solaire (comme source principale d’énergie), la photosynthèse et les champs électromagnétiques associés aux propriétés organiques du phytoplancton (micro-algues marines) pour convertir le CO2 issu des émissions industrielles, en une biomasse puis en un pétrole artificiel similaire au pétrole fossile, sans soufre et sans métaux lourds, en quelque sorte un pétrole propre. La culture intensive des micro-algues et l’absorption massive du CO2 s’opère en milieu fermé et dans des photobioréacteurs verticaux pour une optimisation des surfaces d’implantation, un meilleur contrôle des propriétés physico-chimiques du milieu d’élevage et une rentabilité optimale.
Les échangeurs Phytoplanctons et cyanobactéries
Le phytoplancton et les cyanobactéries sont des organismes vivants unicellulaires microscopiques, ancêtres de toutes formes de vie animale et végétale, et à l’origine du pétrole qui s’est formé à partir de leur décomposition. Ce sont des organismes « autotrophes », qui utilisent pour leur croissance un processus photosynthétique semblable à celui des plantes. Ce sont d’authentiques usines biochimiques en miniature, capables de réguler le CO2.
Le phytoplancton marin est responsable de plus de la moitié de la fixation totale du CO2 sur notre planète. Le rendement de ces micro-algues est nettement supérieur à celui des plantes terrestres. En effet, certains de ces micro-organismes unicellulaires se divisent par mitose toutes les 24 heures et se multiplient à l’identique sans autre apport que la cellule d’origine, de la lumière, de l´eau et du CO2. Les équipes de recherche biologique BFS travaillent à partir de souches de phytoplancton à haute teneur en lipides, sélectionnées parmi plus de 30.000 espèces répertoriées,sans manipulation artificielle et sans prélèvement sur la biodiversité. La concentration cellulaire normale de ces micro-organismes dans l’eau de mer est de l’ordre de 100 à 300 cellules par millilitre. En milieu d’élevage, BFS atteint dans ses bioréacteurs une croissance exponentielle des micro-algues avec des concentrations de 300 millions à 1 milliard de cellules par millilitre ; une avancée technologique qui permet à BFS d’obtenir une biomasse à haut dosage énergétique puis, par extraction thermochimique, un pétrole artificiel de qualité élevée !
La captation du CO2
Le CO2 est le principal élément du cycle du carbone. Il intervient dans les échanges de carbone entre les êtres vivants, l’atmosphère et les éléments photosynthétiques. La technologie BFS vise à capturer le CO2 rejeté par les industries en installant ses implantations à proximité. Le processus de traitement du CO2 permet de passer d’un carbone gazeux capturé (CO2) à un carbone organique (1 kg de biomasse dispose de 52% de carbone) pour arriver à un carbone minéral avec 65% de carbone et produire en toute fin un hydrocarbure avec 85% de carbone ; garantissant dès l’origine un pétrole BFS pleinement utilisable dans un moteur à combustion. Enfin, la production journalière BFS élimine 938 kg de CO2 issu des émissions anthropiques par baril produit et convertit 2.168 kg de CO2 par baril.
Des photobioréacteurs profilés pour une rentabilité optimum
La culture intensive des micro-organismes s’opère en milieu fermé dans des photobioréacteurs verticaux de 8 mètres de haut pour optimiser les surfaces d’implantation au sol et la productivité à l’hectare. Les photobioréacteurs BFS offrent une large surface de réception à l’énergie lumineuse afin d’assurer la fixation des photons et la production de biomasse en continu, avec un rapport m2/m3 optimisé. Ils ont été pensés pour être également « autonettoyants ». Le confinement du milieu d’élevage, assuré par le maintien constant d’une « pression positive », assure qu’aucun élément extérieur pathogène ou contaminant ne peut pénétrer le milieu de culture ni en altérer sa productivité.
La mise en structure cellulaire des tubes des photobioréacteurs facilite la photosynthèse.
Un pétrole similaire au pétrole d’origine fossile
A la différence des biocarburants produits à partir de matières premières agricoles qui ne peuvent être utilisés qu’à hauteur de 5 voire 10% dans les moteurs, le pétrole issu de la technologie BFS est un excellent substitut au pétrole d’origine fossile. Il en présente les mêmes caractéristiques en matière de densité énergétique avec un pouvoir calorifique élevé, prouvé et certifié, de 9.700 kcal/kg (rapports Intertek et SGS). Une fois raffiné, il peut donc être utilisé sans aucune adaptation particulière dans les moteurs. Ses coûts de raffinage sont par ailleurs moindres car exempts de souffre et de produits secondaires toxiques. A l’instar de son cousin d’origine fossile, le pétrole BFS peut également servir à fabriquer des plastiques, des solvants, des résines synthétiques, des détergents ou des engrais.
Un substitut au pétrole produit en moins de 48 heures
Elaboré à partir des émissions de CO2 des industries dites polluantes telles les cimenteries, les déchetteries, les centrales thermiques ou encore les raffineries, le pétrole BFS est produit directement sur place ou, selon les options retenues, sur un site distant de transformation. Alors que le pétrole d’origine fossile a nécessité des millions d’années pour se former à la suite d’un long et complexe processus de sédimentation, 48h suffisent à produire le pétrole BFS. Il faut en effet près de 24h pour obtenir le gisement de biomasse et autant pour en extraire le pétrole par voie thermochimique. Les installations BFS fonctionnent 24h/24 pour permettre l’absorption massive du CO2 et assurer une production en continu du pétrole.
(...)
(source : bfs-france.com | bfs-biopetrole.com | biopetroleo.com)
Entre Castres et Toulouse, un projet d’autoroute ruineux et détruisant l’environnement
En février, la DREAL [Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement] poursuit la concertation sur le projet autoroutier Castres – Toulouse par la publication d tracés étudiés. Ceux qui pensaient encore que la concertation et les études pour une éventuelle autoroute visaient un projet d’intérêt collectif, devraient regarder de près le dossier proposé en finale par la DREAL.
Concertation fumeuse ! Tout est bouclé depuis 2007, les élus ont fait de la figuration !
Comme on pouvait s’y attendre depuis 2007, pour réduire les coûts du projet (sous-estimé au départ pour séduire), le préfet de région Midi-Pyrénées a décidé a minima sur les échangeurs et l’itinéraire de substitution. Il n’y aurait aucun échangeur supplémentaire (Gragnague, Soual, Castres-VC50), et celui de Vendine serait supprimé. L’itinéraire de substitution serait exclusivement en voies déjà existantes : la RN126, et retour dans les bourgs de Puylaurens, de Soual, et de Verfeil (deux des scenarii sur les trois étudiés).
Et maintenant pour les tracés présentés ? De belles études, des cartes, des couleurs, des tableaux et au bout du compte la proposition du tracé est celui le moins onéreux, mais le plus impactant sur l’agriculture, les riverains et l’environnement, à savoir celui pressenti depuis 2007. A Verfeil, la déviation du conseil général serait intégrée à la concession malgré son refus répété !?
De Teulat à Maurens Scopont, c’est le tracé fermement refusé par les communes tarnaises qui est envisagé et situé grosso modo le long de la RN126. A Cuq Toulza, le tracé est redevenu celui de la pseudo-concertation de janvier 2008, qui pourtant n’était plus le tracé pressenti dans le débat public ! Quel crédit accorder à des études qui se suivent, se ressemblent, présentent des options qui n’en sont pas, rejettent les demandes des élus, et concluent une chose puis son contraire ?
Car les demandes des élus ont été totalement ignorées par la DREAL ! Un comble pour un projet prévu pour l’aménagement du territoire et le développement économique.
Explosion du coût du projet et de la subvention d’équilibre !
En 2007 le projet était annoncé à 295 M€ dont 100 M€ de subvention d’équilibre par l’Etat et les collectivités. En 2012, pages 180 et 181, le projet est désormais estimé par la DREAL à 400 M€ TTC au minimum, bien que tronqué (sans l’échangeur de Vendine, ni la déviation de Verfeil à 2x2 voies en site propre), dont 170 M€ TTC de subvention au minimum car évaluée avec une hypothèse de contexte économique trop favorable et irréaliste (croissance du PIB de + 1,9%). En 5 ans, voilà une augmentation du coût de 36 %, et de la subvention de 70 %, malgré des options de réalisation a minima et une hypothèse de croissance utopique !!!
Dans ces conditions, aucune amélioration du projet ne peut maintenant être espérée, et le projet reste totalement inopportun. Nous demandons encore une fois que ce projet soit abandonné sans attendre, afin de ne pas renouveler l’A65 Langon – Pau, la plus chère de France en 2011. Malgré ce triste « prestige », après seulement un an de service, le péage de l’A65 vient d’augmenter de plus de 5 % (plus du double de l’inflation), et il n’y a pas de trafic de poids lourds, le péage étant trop élevé pour l’économie locale.
Rappelons alors notre question essentielle depuis 5 ans :
Quels aménagements de la RN126, adaptés au trafic, peuvent être réalisés dans l’intérêt collectif, avec tout ou partie des fonds publics destinés à la subvention d’équilibre ?
Un projet de centrale solaire dans une zone protégée est interdit
Le chantier d’un parc photovoltaïque située près de Salon-de-Provence a été stoppé par la justice.
Le tribunal administratif de Marseille a suspendu le lundi 13 février le projet d’un parc photovoltaïque de plus de 150 hectares à La Barben, près de Salon-de-Provence. Selon le jugement, ce projet contreviendrait aux directives locales de protection de l’environnement. Bel euphémisme pour un dossier dont la légalité est contestée !
Par cette ordonnance, le juge des référés, saisi par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Conservatoire des espaces naturels de Provence (CENP), a suspendu les permis accordés pour la construction de huit unités de production du parc en attendant un jugement sur le fond.
Le tribunal a estimé qu’il existait un doute sérieux sur la légalité des permis attaqués, la révision simplifiée du plan d’occupation des sols, préalable au projet, étant incompatible avec les orientations d’aménagement du département en matière de protection des espaces naturels et forestiers sensibles. Le parc est situé dans une zone protégée Natura 2000.
Cette décision est motivée par « l’existence d’un doute sérieux portant sur la légalité des permis de construire attaqués ».
8 permis de construire avaient été déposés et accordés à la société Voltalia, basée à Neuilly-sur-Seine, pour la construction de huit unités de 12 mégawatts chacune. Le parc, dont le site est en cours de défrichement, devait en principe entrer en fonction en octobre et serait un des plus grands de France.
Selon le Conservatoire, ce projet n’obeirait qu’à une logique d’opportunité foncière et ne prendrait pas suffisamment en compte les aspects environnementaux.
Rappelons que nous sommes :
- favorables aux projets permettant la mise en oeuvre des panneaux sur les toîts des batiments d’exploitation agricole, industriels ou à usage d’habitation ;
- défavorables aux projets de photovoltaïque au sol : ce choix va dans le sens des objectifs du Grenelle de l’Environnement qui demande de limiter l’érosion des terres agricoles déjà trop importante dans notre département du fait de l’étalement urbain et des grands travaux.
Note de Reporterre La société Voltalia a été impliquée dans la fraude au marché du carbone, en tant qu’intermédiaire. Elle s’est portée partie civile dans les procès en cours.
Pétition pour défendre le miel et l’agriculture contre les OGM
« Nos gouvernants ne peuvent plus feindre d’ignorer cette réalité : l’autorisation de cultures d’OGM en plein champ serait fatale à l’apiculture et à l’abeille. »
L’impossible coexistence « OGM / apiculture » établie par la justice
Depuis l’apparition des premières cultures d’OGM en Europe il y a quelques années, les apiculteurs ne cessent d’alerter les pouvoirs publics sur l’impossible coexistence entre ces cultures et l’apiculture. Sous l’influence du lobby OGM et semencier, la Commission Européenne et les autorités nationales sont jusqu’à présent restées sourdes à cet appel.
Or, un apiculteur allemand qui a constaté la présence de pollen de maïs OGM MON 810 dans son miel a intenté une action en justice. Le 5 septembre 2011, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a décidé qu’un tel miel ne pouvait pas être commercialisé.
Nos gouvernants ne peuvent donc plus feindre d’ignorer cette réalité : l’autorisation de cultures d’OGM en plein champ serait fatale à l’apiculture (miel, pollen, propolis) et à l’abeille.
Gare aux manigances
Les consommateurs européens ne ve179.000 euros : la peine infligée aux Faucheursulent pas d’OGM dans le miel. La prise de conscience environnementale est devenue telle que la Commission Européenne ne peut prendre le risque de sacrifier délibérément l’abeille au profit de multinationales. Depuis la décision de la CJUE, les tractations vont pourtant bon train.
L’arrêt de la Cour de Justice s’appuie sur le fait que le pollen de maïs MON 810 n’est pas autorisé à la consommation humaine. Des manipulations juridiques qui permettraient de contourner cette interdiction dans le cas du miel sont à l’étude, au mépris de la transparence exigée par les consommateurs.
Seule solution : le moratoire
La coexistence des cultures OGM en plein champ et de l’apiculture est impossible. Personne ne peut plus ignorer cette réalité. L’abeille est un élément indispensable de l’environnement, de la biodiversité, et un atout incontournable pour la pollinisation de nombreuses cultures. Déjà mise à mal par la pression des pesticides, elle pourrait tout bonnement disparaître de nos campagnes par décision politique, ou être accusée de disséminer les pollens OGM !
Face à ce risque inadmissible, nous demandons instamment à John Dalli, Commissaire européen à la Santé et à la Consommation, et à nos décideurs européens et nationaux de protéger l’abeille, l’apiculture et les professionnels de l’apiculture et de :
- suspendre immédiatement et ne pas renouveler l’autorisation de culture en plein champ du maïs MON 810,
- bloquer l’avancée de tous les dossiers de plantes génétiquement modifiées nectarifères ou pollinifères,
- faire évaluer rigoureusement l’impact des plantes transgéniques sur les ruchers, notamment les couvains et les abeilles hivernales, et de rendre publics tous les protocoles et résultats
- respecter le droit à la transparence pour les consommateurs.
Le miel et les produits de la ruche doivent rester des aliments sains et naturels.
Leur « démocratie » ? Des salades à la con
A Clermont l’Hérault, le maire PS veut bétonner 70 hectares de vergers et de vignes pour un entrepôt géant de Système U. Une parfaite illustration des méthodes utilisées pour s’assoir sur la démocratie et la justice...
De la démocratie participative au discours de la piscine : des salades (à la con)
Fin 2011 le tribunal administratif de Montpellier n’a pas retenu l’urgence à stopper les travaux pour la création d’une ZAC de 70 hectares sur la plaine de la Salamane à Clermont L’Hérault. Les mégas engins de chantier se sont dès lors mis à l’oeuvre et s’activent fébrilement. La communauté de communes du Clermontais et Système U procèderaient-ils autrement s’ils ne voulaient pas ainsi griller la politesse à la justice administrative qui ne s’est pas encore prononcée sur la légalité de la révision simplifiée du PLU, sur le permis de construire, sur l’expropriation, sur la déclaration d’utilité publique ? Que se passera-t-il si les décisions de ce même tribunal reconnaissent l’illégalité des démarches qui font avancer ce projet au pas de charge ? Ou bien le système est-il conçu ainsi, pour qu’une décision contestée par les citoyens leur soit imposée par un bétonnage gigantesque construit à toute vitesse et qui rendrait quasi impossible un retour en arrière dans le cas d’une décision juridique qui reconnaîtrait l’illégalité des démarches de la collectivité ?
A la toute nouvelle piscine communautaire, lors de ses voeux début janvier, le président de la Communauté de Communes du Clermontais [Alain Cazorla, PS], a insulté les membres du collectif de la Salamane en les traitant de Khmers verts. Il citait ainsi un philosophe, ancien ministre de l’Education nationale. Il y a visiblement perméabilité des idées entre ceux qui nous gouvernent et ceux qui veulent nous gouverner et le vocabulaire Sarkozyen a semble t-il décomplexé au-delà de sa majorité. Monsieur Cazorla bénéficie dans la foulée du soutien appuyé de son opposition de droite (Alain Mora, « Expression libre de l’opposition municipale », Journal de la ville de Clermont l’Hérault, janvier 2012).
Fin janvier une action symbolique organisée par le collectif de La Salamane et la Confédération paysanne a été menée sur les pelouses du siège de la Communauté de Communes et a consisté en la plantation de rangées de pieds de vigne et de salades d’une variété locale. A cette occasion, le maire président est à nouveau sortit de ses gonds et a dû être retenu par un gendarme alors qu’il voulait en venir aux mains suite à une interpellation d’un membre du collectif qui lui demandait de s’expliquer sur ses insultes. Il terminait sa sortie en parlant de « nos salades à la con » !
Mais pourquoi donc s’acharner sur les opposants du projet de la Salamane alors qu’on les considère comme un groupuscule ?
Parce que les faits démentent les propos, ressasser ce genre de propos permet de se convaincre du contraire, et on peut ainsi diviser par deux même quand ce n’est pas si difficile de compter (20 manifestants selon le communiqué de presse de la Communauté des communes du Clermontois, 40 selon Midi Libre).
Mais, n’en déplaise à nos élus locaux, le soutien est très large. Nombreux sont ceux qui vont dans le sens des arguments du collectif. Du préfet qui souligne la nécessité de limiter le changement de destination des terres agricoles (Séminaire préservation des terres agricoles, décembre 2009) aux conseillers généraux du département de l’Hérault qui déplorent l’étalement urbain dont sont victimes les terres agricoles (Colloque du 14 octobre 2011, conseil général de l’Hérault). Un conseiller général a même souligné que « ce ne sont pas les collectivités qui font avancer, mais plutôt des petits groupes sociaux qui ont envie de faire autrement, de faire bouger les cadres référentiels » (Journal du CAUE, décembre 2011).
Puis la Chambre d’agriculture et les services de l’Etat qui, en cohérence avec les enjeux régionaux et nationaux, émettent un avis défavorable au projet de modification du PLU de Clermont l’Hérault. Enfin, la population locale qui a largement signé une pétition, participé à nos débats et nous a encouragé lors des tractages.
Peut-être aussi parce que les arguments sont minces et que les promesses d’emploi ne coûtent pas cher, tandis que l’invective raccourcit le débat pour mieux l’éviter ? 80, 100, 500 emplois qui dit mieux ?
Est-il encore temps pour nos élus de s’interroger sur la sincérité du concept de démocratie participative qui les a brièvement chatouillé en début de mandat ? Et surtout des méthodes qui il est vrai ne concernent pas uniquement notre territoire mais ressemblent de plus en plus à une crispation autocratique.
On a déjà remarqué la distance du discours aux actes :
- Du Préfet qui s’inquiète de la disparition des terres agricoles tout en validant la modification du PLU et déclarant le projet d’utilité publique en passant par les Conseillers généraux qui s’inquiètent eux aussi, l’écrivent, tout en subventionnant ce projet et en s’empressant d’afficher leur logo sur le site.
- De ces sous-préfets qui ne se préoccupent plus du bien public mais voient leur mission comme la mise à exécution des désidératas des pouvoirs politique en place délaissant le contrôle de légalité des actes administratifs.
- Des agents des collectivités qui parlent de l’élu comme de LEUR patron !
- Des enquêtes publiques qui ignorent les arguments contraires au projet institutionnel.
- Des moyens de la collectivité mis au service exclusif du pouvoir en place (personnel municipal surveillant l’enquête publique, n°14 de Clermont au quotidien, etc).
La vassalité qui veux que le pouvoir se consolide par l’échange de bons procédés (tu votes pour mon projet, je vote pour ta subvention).
Surtout, cette violence de notre édile paraîtrait cacher une certaine culpabilité, les choix politiques et économiques n’étant pas réellement en phase avec leur couleur de moins en moins dogmatique. Et puis quoi de mieux que d’anticiper sur un désastre en ayant des soi-disant extrémistes comme bouc émissaires ?
Et pour nous, comment expliquer à la population que ce projet n’est peut-être pas juridiquement valide alors que les bulldozers font leur boulot au pas de charge ? Voyons ils ne feraient pas ça s’ils n’en avaient pas le droit ?
Ben si. Ils veulent une justice plus rapide, mais pas la justice administrative. La justice, c’est juste un truc pour que les citoyens puissent embêter les puissants ! Et qu’est-ce que tu veux faire contre les bulldozers ? Et si le tribunal disait par erreur que l’acte n’est pas valable ? Ben, on interrompra peut-être les travaux le temps de recommencer la procédure.
Allez, nous racontez pas des salades, vous savez comment il faut s’y prendre pour être un élu moderne ? Il faut prendre de vitesse le système que l’on construit soi-même.
Le Vatican favorable à une Autorité mondiale pour contrer le capitalisme
« Il revient aux générations actuelles de reconnaître et d’accepter en toute conscience cette nouvelle dynamique mondiale vers la réalisation d’un bien commun universel. Certes, cette transformation s’effectuera au prix d’un transfert, graduel et équilibré, d’une partie des attributions nationales à une Autorité mondiale et aux Autorités régionales, ce qui s’avère nécessaire à un moment où le dynamisme de la société humaine et de l’économie, ainsi que le progrès de la technologie, transcendent les frontières qui se trouvent en fait déjà érodées dans l’univers mondialisé »
NOTE DU CONSEIL PONTIFICAL "JUSTICE ET PAIX"
24 octobre 2011
Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle
Préface
« L’actuelle situation du monde exige une action d’ensemble à partir d’une vision claire de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Experte en humanité, l’Eglise, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des Etats, “ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi” ». (1)
Dans l’encyclique Populorum progressio de 1967, prophétique et toujours actuelle, Paul VI traçait avec clarté « les trajectoires » du rapport intime de l’Eglise avec le monde : des trajectoires qui s’entrecoupent dans la valeur profonde de la dignité de l’homme et dans la recherche du bien commun, et qui rendent aussi les peuples responsables et libres d’agir selon leurs aspirations les plus élevées.
La crise économique et financière que traversent les pays interpelle tout le monde — les personnes et les peuples — à effectuer un discernement approfondi des principes et des valeurs culturelles et morales qui sont à la base de la vie sociale en commun. Mais pas seulement. La crise engage les agents privés et les autorités publiques compétentes au niveau national, régional et international, à une réflexion sérieuse sur les causes et les solutions de nature politique, économique et technique.
Benoît XVI enseigne que, dans cette perspective, la crise « nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à trouver de nouvelles formes d’engagement, à miser sur les expériences positives et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets. C’est dans cette optique que, confiants plutôt que résignés, il convient d’affronter les difficultés du moment présent ». (2)
Dans le Statement adopté à Pittsburgh en 2009, les leaders du G20 eux-mêmes ont affirmé que « The economic crisis demonstrates the importance of ushering in a new era of sustainable global economic activity grounded in responsibility » (La crise économique prouve bien l’importance d’inaugurer une nouvelle ère pour une activité économique mondiale durable, basée sur la responsabilité). (3)
Répondant à l’appel du Saint-Père et faisant nôtres en même temps les préoccupations des peuples — surtout de ceux qui paient le plus haut prix de la situation actuelle —, le Conseil pontifical justice et paix, dans le respect des compétences des autorités civiles et politiques, entend proposer et partager ses réflexions « pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle ».
Ce document veut être une contribution offerte aux responsables de la terre et à tous les hommes de bonne volonté ; un geste de responsabilité non seulement envers les générations actuelles, mais surtout envers celles futures ; afin que ne se perdent jamais l’espérance d’un avenir meilleur et la confiance dans la dignité et la capacité de bien de la personne humaine.
Chaque personne et chaque communauté de personnes participe à la promotion du bien commun et en est responsable. Fidèles à leur vocation de nature éthique et religieuse, les communautés de croyants doivent être les premières à s’interroger sur l’idonéité des moyens dont dispose la famille humaine afin de réaliser le bien commun mondial. Pour sa part, l’Eglise est appelée à encourager chez tous les hommes et dans chacun d’eux indistinctement la volonté de participer « à ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, (en accord avec le) dessein de Dieu ». (4)
1. Développement économique et inégalités
Nombreuses sont les causes de la grave crise économique et financière que traverse le monde aujourd’hui, et les opinions sur la pluralité et le poids de ces causes sont très variées : certains soulignent comme étant au premier rang les erreurs inhérentes aux politiques économiques et financières, d’autres insistent sur les faiblesses structurelles des institutions politiques, économiques et financières, d’autres encore les attribuent à des fléchissements de nature éthique survenus à tous les niveaux, dans le cadre d’une économie mondiale toujours plus dominée par l’utilitarisme et le matérialisme. Dans les différentes phases de développement de la crise, on retrouve toujours une combinaison d’erreurs techniques et de responsabilités morales.
Dans le cas des échanges de biens matériels, ce sont la nature et la capacité productive, ainsi que le travail sous ses nombreuses formes, qui fixent une limite aux quantités, en déterminant ainsi un ensemble de coûts et de prix qui, à certaines conditions, permet une affectation efficiente des ressources disponibles.
Mais, en matière de monnaie et de finances, les dynamiques sont bien différentes. Au cours des dernières décennies, ce sont les banques qui ont fixé le crédit, celui-ci engendrant ensuite la monnaie qui, à son tour, a demandé une ultérieure expansion du crédit. De sorte que le système économique a été poussé vers une spirale inflationniste qui, inévitablement, s’est trouvée limitée par le risque pouvant être supporté par les instituts de crédit qui se trouvaient soumis au danger ultérieur de faillite, avec des conséquences négatives pour l’ensemble du système économique et financier.
Après la deuxième guerre mondiale, les économies nationales ont progressé, bien qu’avec d’énormes sacrifices de la part de millions et même de milliards de personnes qui, par leur comportement, en tant que producteurs et entrepreneurs d’une part, et de consommateurs et épargnants d’autre part, avaient eu confiance en un développement progressif et régulier de la monnaie et de la finance dans la ligne des potentialités de croissance réelle de l’économie.
A partir des années 90 du siècle dernier, on constate que la monnaie et les titres de crédit au niveau mondial ont augmenté plus rapidement que la production des revenus, et ce également pour les prix courants. Ce qui a provoqué la formation de poches excessives de liquidité et de bulles spéculatives, transformées ensuite en une série de crises de solvabilité et de confiance qui se sont diffusées et suivies dans les années suivantes.
Une première crise a sévi dans les années 70, jusqu’au début de la décennie suivante, en rapport avec les prix du pétrole. Puis, ce sont les pays en voie de développement qui ont connu toute une série de crises. Il suffit de penser à la première crise que le Mexique a vécue dans les années 80, à celles du Brésil, de la Russie et de la Corée, puis à nouveau du Mexique dans les années 90, de la Thaïlande et de l’Argentine.
La bulle spéculative sur les immeubles et la crise financière récente ont la même origine dans le montant excessif de monnaie et d’instruments financiers au niveau mondial.
Tandis que les crises dans les pays en voie de développement — qui ont risqué d’impliquer l’ensemble du système monétaire et financier — ont été contenues grâce à des formes d’interventions de la part des pays plus développés, celle qui a éclaté en 2008 a été caractérisée par un facteur décisif et explosif par rapport aux précédentes. Elle est née dans le contexte des Etats-Unis, l’une des zones les plus importantes pour l’économie et la finance mondiale et a impliqué la monnaie servant aujourd’hui encore de référence à la plus grande partie des échanges internationaux.
Une orientation de style libéral — réticente à l’égard des interventions publiques dans les marchés — a fait opter pour la faillite d’un institut international important, en pensant ainsi pouvoir limiter la crise et ses effets. Ce qui, hélas, a entraîné la propagation du manque de confiance, qui a induit des changements soudains d’attitudes réclamant des interventions publiques sous différentes formes et de vaste portée (plus de 20% du produit national) afin de tamponner les effets négatifs qui auraient emporté la totalité du système financier international.
Les conséquences sur ce qu’on appelle l’économie « réelle », en passant par les graves difficultés de certains secteurs — en premier lieu la construction —, et la diffusion d’une prévision défavorable ont engendré une tendance négative de la production et du commerce international, avec de graves répercussions sur l’emploi, et des effets qui, probablement, n’ont pas encore donné toute leur mesure. Les coûts pour des millions, et même des milliards, de personnes, dans les pays développés mais surtout dans ceux en voie de développement, sont très importants.
Dans des pays où manquent encore les biens les plus élémentaires de la santé, de l’alimentation et de la protection contre les intempéries, plus d’un milliard de personnes doivent survivre avec un revenu moyen inférieur à un dollar par jour.
Le bien-être économique mondial, mesuré en premier lieu par la production du revenu, mais aussi par la diffusion des capabilities, a augmenté au cours de la seconde moitié du XXe siècle, et ce avec une vitesse jamais expérimentée auparavant dans l’histoire des hommes.
Cependant, les inégalités aussi ont augmenté de façon considérable au sein des différents pays, et entre eux. Tandis que certains pays et certaines zones économiques — les plus industrialisés et développés — ont vu s’accroître considérablement la production du revenu, d’autres ont en effet été exclus du processus d’amélioration généralisé de l’économie et ont même vu leur situation empirer.
Les dangers d’une situation de développement économique conçu en termes libéraux ont déjà été dénoncés avec lucidité et de façon prophétique par Paul VI — en raison de leurs conséquences néfastes sur les équilibres mondiaux et sur la paix — dès 1967, après le Concile Vatican II, dans son encyclique Populorum progressio. Le Souverain Pontife avait indiqué la défense de la vie et la promotion de la croissance culturelle et morale des personnes comme étant les conditions incontournables pour la promotion d’un développement authentique. C’est sur de telles bases qu’il affirmait : le développement total et planétaire « est le nouveau nom de la paix ». (5)
Quarante ans plus tard, en 2007, dans son Rapport annuel le Fond monétaire international reconnaissait le lien étroit entre le processus de mondialisation géré de façon inadaptée d’une part et, de l’autre, les importantes inégalités au niveau mondial. (6) Aujourd’hui, ces fortes inégalités économiques, sociales et culturelles qui se sont déterminées au niveau mondial sont portées à l’évidence de tous les peuples, riches et pauvres, par les moyens de communication modernes, faisant naître des tensions et d’importants mouvements migratoires.
Toutefois, il faut réaffirmer que le processus de mondialisation avec ses aspects positifs est à la base du développement important de l’économie mondiale du XXe siècle. Il convient de rappeler qu’entre 1900 et 2000, la population mondiale a presque quadruplé et que la richesse produite à l’échelle mondiale s’est accrue de manière beaucoup plus rapide, ce qui a entraîné une forte augmentation du revenu moyen par habitant. En même temps, toutefois, la distribution équitable de la richesse ne s’est pas améliorée, au contraire, souvent elle s’est aggravée.
Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ?
Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’« apriorisme économique » qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du développement capitaliste, en en exaspérant certains aspects. Une idéologie économique qui fixe à priori les lois du fonctionnement du marché et du développement économique sans se confronter à la réalité risque de devenir un instrument subordonné aux intérêts des pays qui jouissent concrètement d’une position avantageuse au plan économique et financier.
Bien qu’imparfaits, au niveau national et régional, il existe déjà souvent des règles et des contrôles ; toutefois, au niveau international, ces règles et ces contrôles ont des difficultés à être appliqués et consolidés.
A la base des inégalités et des distorsions du développement capitaliste, on trouve en grande partie, en plus de l’idéologie du libéralisme économique, l’idéologie utilitariste, c’est-à-dire l’organisation théorique et pratique selon laquelle : « ce qui est utile au plan personnel conduit au bien de la communauté ». Il est à noter qu’une telle « maxime » renferme un fond de vérité, mais on ne peut ignorer que l’utilité individuelle — même si elle est légitime — ne favorise pas toujours le bien commun. Plus d’une fois, un esprit de solidarité est nécessaire, qui transcende l’utilité personnelle pour le bien de la communauté.
Dans les années 20 du siècle dernier, certains économistes avaient déjà mis en garde contre le fait, en l’absence de règles et de contrôles, d’accorder un crédit excessif aux théories devenues des idéologies et des pratiques dominantes au niveau international.
Un effet dévastateur de ces idéologies — surtout dans les dernières décennies du siècle dernier et dans les premières années du nouveau siècle — a été l’éclatement de la crise dans laquelle le monde se trouve plongé encore aujourd’hui.
Dans son encyclique sociale, Benoît XVI a identifié très précisément les racines d’une crise qui n’est pas seulement de nature économique et financière, mais avant tout de nature morale. En effet, observe le Souverain Pontife, pour fonctionner correctement, l’économie a besoin de l’éthique ; non pas d’une éthique quelconque, mais d’une éthique amie de la personne. (7) Il dénonce ensuite le rôle joué par l’utilitarisme et par l’individualisme, ainsi que les responsabilités de ceux qui les assument et les diffusent en tant que paramètres pour le comportement optimal de tous ceux — agents économiques et politiques — qui agissent et interagissent dans le contexte social. Mais Benoît XVI a également identifié et dénoncé une nouvelle idéologie : celle de la « technocratie ».
2. Le rôle de la technique et le défi éthique
Avec, certes, ses lumières mais aussi ses graves cônes d’ombre, l’important développement économique et social du siècle dernier est dû en grande partie au développement continuel de la technique et, dans les décennies plus récentes, aux progrès de l’informatique et à ses applications, à l’économie et, en premier lieu, à la finance.
Pour interpréter avec lucidité la nouvelle question sociale actuelle, il faut cependant éviter de tomber dans l’erreur, fille elle aussi de l’idéologie néolibérale, selon laquelle les problèmes à affronter sont exclusivement d’ordre technique. Comme tels, ils échapperaient à la nécessité d’un discernement et d’une évaluation de type éthique. Ainsi, l’encyclique de Benoît XVI met ici en garde contre les dangers de l’idéologie de la technocratie, c’est-à-dire de rendre absolue cette technique qui « tend à provoquer une incapacité à percevoir ce qui ne s’explique pas par la simple matière » (8) et à minimiser la valeur des choix de l’individu humain concret qui œuvre dans le système économique et financier, en les réduisant à de simples techniques variables. Non seulement la fermeture à un « au-delà », compris comme un « plus » par rapport à la technique, aboutit à l’impossibilité de trouver les solutions adéquates aux problèmes, mais elle appauvrit toujours davantage les principales victimes de la crise au plan matériel.
Dans le contexte aussi de la complexité des phénomènes, l’importance des facteurs éthiques et culturels ne peut donc pas être négligée ou sous-estimée. En effet, la crise a révélé des attitudes d’égoïsme, de cupidité collective et d’accaparement des biens sur une vaste échelle. Personne ne peut se résigner à voir l’homme vivre comme « un loup pour l’homme », selon le concept mis en évidence par Hobbes. En conscience, personne ne peut accepter le développement de certains pays au détriment d’autres pays. Si aucun remède n’est apporté aux différentes formes d’injustice, les effets négatifs qui en dériveront au plan social, politique et économique seront destinés à engendrer un climat d’hostilité croissante et même de violence, jusqu’à miner les bases mêmes des institutions démocratiques, celles qui sont également considérées comme les plus solides et les plus sûres.
A partir de la reconnaissance de la primauté de l’être sur l’avoir, et de l’éthique sur l’économie, les peuples de la terre devraient, comme âme de leur action, assumer une éthique de la solidarité, en abandonnant toute forme d’égoïsme mesquin et en embrassant la logique du bien commun mondial qui transcende le simple intérêt contingent et particulier. En définitive, ils devraient vivre le sentiment d’appartenir à la famille humaine au nom de la dignité commune de tous les êtres humains : « Avant même la logique des échanges à parité et des formes de la justice qui les régissent, il y a un certain dû à l’homme parce qu’il est homme, en raison de son éminente dignité ». (9)
En 1991 déjà, après l’échec du collectivisme marxiste, le bienheureux Jean-Paul II avait mis en garde contre le risque d’« idolâtrie du marché qui ignore l’existence des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises ». (10) Aujourd’hui, il faut cueillir son avertissement sans tarder et s’acheminer sur une voie qui soit davantage en syntonie avec la dignité et la vocation transcendante de la personne et de la famille humaine.
3. Le gouvernement de la mondialisation
Sur le chemin vers la construction d’une famille humaine plus fraternelle et plus juste et, avant encore, d’un nouvel humanisme ouvert à la transcendance, l’enseignement du bienheureux Jean XXIII semble particulièrement actuel. Dans la Lettre encyclique prophétique Pacem in terris de 1963, il observait que le monde s’acheminait vers une plus grande unification. Il prenait donc acte du fait que, dans la communauté humaine, venait à manquer la correspondance entre l’organisation politique « sur le plan mondial et les exigences objectives du bien commun universel ». (11) Aussi souhaitait-il que soit un jour créée « une Autorité publique mondiale ». (12)
Face à l’unification du monde due au phénomène complexe de la mondialisation, et face aussi à l’importance de garantir, outre les autres biens collectifs, celui représenté par un système économique et financier mondial libre, stable et au service de l’économie réelle, l’enseignement de Pacem in terris apparaît aujourd’hui encore plus vital et digne d’être concrétisé de façon urgente.
Dans le sillage de Pacem in terris, Benoît XVI aussi a exprimé la nécessité de constituer une Autorité politique mondiale. (13) Du reste, cette nécessité apparaît avec évidence si l’on pense au fait que le programme des questions devant être traitées au niveau mondial devient toujours plus dense. Il suffit de penser, par exemple, à la paix et à la sécurité, au désarmement et au contrôle des armements, à la promotion et à la sauvegarde des droits fondamentaux de l’homme, au gouvernement de l’économie et aux politiques de développement, à la gestion des flux migratoires et à la sécurité alimentaire, à la sauvegarde de l’environnement. Dans tous ces domaines, apparaissent toujours plus évidentes l’indépendance croissante entre les Etats et les régions du monde, et la nécessité d’avoir des réponses, non seulement sectorielles et isolées, mais aussi systématiques et intégrées, s’inspirant de la solidarité et de la subsidiarité et orientées vers le bien commun universel.
Comme le rappelle Benoît XVI, si ce n’est pas ce chemin qui est entrepris, « le droit international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines, risquerait en fait d’être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants ». (14)
Ainsi que le rappelait déjà Jean XXIII dans Pacem in terris, le but de l’Autorité publique est avant tout de servir le bien commun. Aussi doit-elle se doter de structures et de mécanismes adéquats, efficaces, c’est-à-dire qui soient à la hauteur de sa mission et des attentes dont elle est dépositaire. Ceci est particulièrement vrai au sein d’un univers mondialisé qui rend les personnes et les peuples toujours plus reliés entre eux et interdépendants mais qui montre aussi l’existence de marchés monétaires et financiers à caractère principalement spéculatif, nocifs pour l’économie « réelle », surtout celle des pays faibles.
Il s’agit d’un processus complexe et délicat. Une telle Autorité supranationale doit en effet être structurée de façon réaliste et mise en œuvre progressivement ; elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. (15) Il s’agit d’une Autorité à dimension planétaire, qui ne peut être imposée par la force mais doit être l’expression d’un accord libre et partagé, en plus des exigences permanentes et historiques du bien commun mondial, et non le fruit de contraintes ou de violences. Elle devrait résulter d’un processus de maturation progressive des consciences et des libertés, ainsi que de la conscience de responsabilités toujours croissantes. En conséquence, la confiance réciproque, l’autonomie et la participation ne doivent pas être négligées comme étant des éléments superflus. Le consentement doit impliquer un nombre toujours plus grand de pays adhérant avec conviction, à travers le dialogue sincère qui ne marginalise pas mais met en valeur les opinions minoritaires. L’Autorité mondiale devrait donc impliquer tous les peuples de façon cohérente, dans une collaboration au sein de laquelle ils sont appelés à contribuer, avec le patrimoine de leurs vertus et de leurs civilisations.
La constitution d’une Autorité politique mondiale devrait être précédée d’une phase préliminaire de concertation, dont émergera une institution légitimée, apte à offrir un guide efficace et à permettre en même temps à chaque pays d’exprimer et de poursuivre son bien propre. L’exercice d’une telle Autorité placée au service du bien de tous et de chacun sera obligatoirement super partes, c’est-à-dire au-dessus de toutes les visions partielles et de chaque bien particulier, en vue de la réalisation du bien commun. Ses décisions ne devront pas être le résultat de la toute-puissance des pays plus développés sur les pays plus faibles. Elles devront, au contraire, être assumées dans l’intérêt de tous et pas seulement à l’avantage de certains groupes, que ceux-ci soient formés de lobbies privés ou de gouvernements nationaux.
Par ailleurs, une Institution supranationale, expression d’une « communauté des nations », ne pourra exister longtemps si, au plan des cultures, des ressources matérielles et immatérielles, des conditions historiques et géographiques, les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées. L’absence d’un consensus convaincu, alimenté par une communion morale permanente de la communauté mondiale, affaiblirait l’efficacité de l’Autorité correspondante.
Ce qui est valable au niveau national l’est aussi au niveau mondial. La personne n’est pas faite pour servir l’Autorité sans condition, cette dernière ayant pour tâche de se mettre à son service, en cohérence avec la valeur prééminente de la dignité de l’homme. De même, les gouvernements ne doivent pas servir l’Autorité mondiale inconditionnellement. C’est plutôt celle-ci qui doit se placer au service des différents pays membres, selon le principe de subsidiarité, en créant, entre autres, les conditions socio-économiques, politiques et juridiques indispensables aussi à l’existence de marchés efficients et efficaces, parce que super-protégés par des politiques nationales paternalistes, et parce que n’étant pas affaiblis par les déficits systématiques des finances publiques et des produits nationaux qui, en fait, empêchent les marchés eux-mêmes d’opérer dans un contexte mondial en tant qu’institutions ouvertes et concurrentielles.
Dans la tradition du Magistère de l’Eglise, reprise avec force par Benoît XVI, (16) le principe de subsidiarité doit régler les relations entre l’Etat et les communautés locales, entre les institutions publiques et les institutions privées, y compris celles monétaires et financières. Ainsi, à un niveau ultérieur, il doit régir les relations entre une future Autorité publique mondiale et les institutions régionales et nationales. Un tel principe garantit la légitimité démocratique mais aussi l’efficacité des décisions de ceux qui sont appelés à les prendre. Il permet de respecter la liberté des personnes, individuellement et dans les communautés, et, en même temps, de les responsabiliser quant aux objectifs et aux devoirs qui sont les leurs.
Selon la logique de la subsidiarité, l’Autorité supérieure offre son subsidium, c’est-à-dire son aide, lorsque la personne et les acteurs sociaux et financiers sont intrinsèquement inadéquats ou ne parviennent pas à réaliser eux-mêmes ce qui leur est demandé (17). C’est grâce au principe de solidarité que se construit un rapport durable et fécond entre la société civile planétaire et une Autorité publique mondiale, lorsque les Etats, les corps intermédiaires, les différentes institutions — y compris celles économiques et financières — et les citoyens prennent leurs décisions dans la perspective du bien commun mondial, qui transcende le bien national.
On lit dans Caritas in veritate : « La gouvernance de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux ». (18) C’est ainsi seulement que l’on peut éviter le danger de l’isolement bureaucratique de l’Autorité centrale, qui risquerait d’être délégitimée par un trop grand détachement des réalités sur lesquelles elle est basée, et pourrait aisément céder aux tentations paternalistes, technocratiques ou hégémoniques.
Il reste toutefois un long chemin à parcourir avant d’arriver à la constitution d’une telle Autorité publique à compétence universelle. La logique voudrait que le processus de réforme se développe en ayant comme référence l’Organisation des Nations unies, en raison de la dimension mondiale de ses responsabilités, de sa capacité de réunir les nations de la terre, et de la diversité de ses tâches et de celles de ses Agences spécialisées. Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l’adoption des politiques et des choix contraignants parce qu’orientés vers la réalisation du bien commun au niveau local, régional et mondial. Parmi les politiques paraissant les plus urgentes, on trouve celles relatives à la justice sociale mondiale : des politiques financières et monétaires qui ne nuisent pas aux pays les plus faibles, (19) des politiques désireuses de réaliser des marchés libres et stables et une juste distribution de la richesse mondiale, grâce aussi à des formes inédites de solidarité fiscale mondiale, dont il sera parlé plus avant.
Dans le parcours pour constituer une Autorité politique mondiale, il est impossible de séparer les questions de la governance (c’est-à-dire d’un système de simple coordination horizontale sans une Autorité super partes) d’avec celles d’un shared government (c’est-à-dire d’un système qui, en plus de la coordination horizontale, instaure une Autorité super partes) fonctionnel et proportionnel au développement progressif d’une société politique mondiale. La constitution d’une Autorité politique mondiale ne peut être réalisée si le multilatéralisme n’est pas d’abord pratiqué, non seulement au niveau diplomatique, mais aussi et surtout dans le cadre des programmes pour le développement durable et pour la paix. On ne peut parvenir à l’instauration d’un Gouvernement mondial si ce n’est en donnant une expression politique à des interdépendances et des coopérations préexistantes.
4. Vers une réforme du système financier et monétaire international apte à satisfaire les exigences de tous les peuples
En matière économique et financière, les difficultés plus importantes proviennent de l’absence d’un ensemble efficace de structures capable de garantir, en plus d’un système de governance, un système de government de l’économie et de la finance internationale.
Que dire sur cette perspective ? Quelles initiatives entreprendre concrètement ?
A propos de l’actuel système économique et financier mondial, deux facteurs déterminants doivent être mis en évidence : le premier est la diminution progressive de l’efficacité des institutions de Bretton Woods, à partir du début des années 70. En particulier, le Fonds monétaire international a perdu un caractère qui est essentiel pour la stabilité de la finance mondiale : celui de réguler la création globale de monnaie et de veiller sur le montant du risque de crédit que le système assume. En définitive, on ne dispose plus de ce « bien public universel » qu’est la stabilité du système monétaire mondial.
Le second facteur est la nécessité d’un corpus minimum, partagé, de règles nécessaires à la gestion du marché financier mondial, dont la croissance est celle de l’économie « réelle » du fait qu’il s’est développé rapidement en raison, d’une part, de l’abrogation généralisée des contrôles sur les mouvements de capitaux et de la tendance à la déréglementation des activités bancaires et financières, et d’autre part, des progrès de la technique financière, favorisés par les instruments informatiques.
Sur le plan structurel, dans la dernière partie du siècle dernier, la monnaie et les activités financières au niveau mondial se sont développées bien plus rapidement que la production de biens et de services. Dans un tel contexte, la qualité du crédit a tendu à diminuer jusqu’à exposer les instituts à un risque plus grand que celui pouvant être raisonnablement supporté. Il suffit de considérer le sort connu par les petits et les grands instituts de crédit dans le contexte des crises qui se sont manifestées dans les années 80 et 90 du siècle dernier, et enfin dans la crise de 2008.
Toujours dans la dernière partie du XXe siècle, on a vu se développer la tendance à définir les orientations stratégiques de la politique économique et financière dans le cadre de clubs et de groupes plus ou moins grands de pays plus développés. Sans nier les aspects positifs de cette approche, on ne peut pas ne pas remarquer qu’elle ne semble pas respecter en plein le principe représentatif, en particulier des pays moins développés ou émergents.
La nécessité de tenir compte de la voix d’un plus grand nombre de pays a, par exemple, conduit à l’élargissement des groupes en question, en passant ainsi du G7 au G20. Une évolution positive, du fait qu’elle a permis d’impliquer dans les orientations à l’économie et à la finance mondiale la responsabilité de pays à plus forte population, ceux en voie de développement et ceux émergents.
Dans le cadre du G20, il est donc possible de mûrir des directions concrètes qui, si elles sont élaborées de façon opportune dans les lieux techniques appropriés, peuvent orienter les organes compétents au niveau national et régional vers le consolidement des institutions existantes et vers la création de nouvelles institutions, avec des instruments appropriés et efficaces au niveau international.
Dans la Déclaration finale de Pittsburgh de 2009, les leaders mêmes du G20 ont affirmé que « la crise économique témoigne de l’importance de mettre sur pied une nouvelle ère de l’économie mondiale fondée sur la responsabilité ». En plus des mesures de type technique et à court terme, pour affronter la crise et ouvrir une nouvelle ère « de la responsabilité », les leaders avancent la proposition d’une « réforme de l’architecture mondiale pour faire face aux exigences du XXIe siècle », et donc celle d’un « cadre qui permette de définir les politiques et les mesures communes pour engendrer un développement mondial solide, durable et équilibré ». (20)
Un processus de réflexion approfondie et de réformes doit donc être entamé, en parcourant des voies créatives et réalistes tendant à mettre en valeur les aspects positifs des forums qui existent déjà.
Une attention spécifique devrait être réservée à la réforme du système monétaire international, et plus particulièrement à l’engagement de créer une forme de contrôle monétaire mondial quel qu’il soit, par ailleurs déjà implicite dans les Statuts du Fonds monétaire international. Il est clair que cela équivaut, dans une certaine mesure, à mettre en discussion le système des changes existants afin de trouver les modes efficaces de coordination et de supervision. C’est un processus qui doit aussi impliquer les pays émergents et en voie de développement, dans la définition des étapes d’une adaptation graduelle des instruments existants.
On voit, sur le fond, se dessiner en perspective l’exigence d’un organisme assurant les fonctions d’une sorte de « Banque centrale mondiale » règlementant le flux et le système des échanges monétaires, à la manière des Banques centrales nationales. Il faut redécouvrir la logique de fond, de paix, de coordination et de perspective commune, qui avaient conduit aux Accords de BrettonWoods, afin de fournir des réponses adéquates aux questions actuelles. Au niveau régional, un tel processus pourrait être mis en œuvre avec la valorisation des institutions existantes, comme par exemple la Banque centrale européenne. Toutefois, cela nécessiterait une réflexion au plan économique et financier, mais aussi et avant tout au plan politique, dans le but de constituer des institutions publiques correspondantes qui garantissent l’unité et la cohérence des décisions communes.
Ces mesures devraient être conçues comme étant des premiers pas dans la perspective d’une Autorité publique à compétence universelle ; comme une première étape dans un effort plus prolongé de la communauté mondiale pour orienter ses institutions vers la réalisation du bien commun. D’autres étapes devront suivre, en tenant compte du fait que les dynamiques que nous connaissons peuvent s’accentuer, mais aussi être accompagnées de changements qu’il serait vain de prévoir aujourd’hui.
Dans un tel processus, il est nécessaire de retrouver la primauté du spirituel et de l’éthique et, en même temps, de la politique — responsable du bien commun — sur l’économie et la finance. Celles-ci doivent, au vu de leurs responsabilités évidentes envers la société, être ramenées dans les limites de leur vocation et de leur fonction réelles, y compris celle sociale, afin de donner vie à des marchés et des institutions financières qui soient véritablement au service de la personne, c’est-à-dire capables de répondre aux exigences du bien commun et de la fraternité universelle, en transcendant toutes les formes de stagnation économique et de mercantilisme performatif.
Aussi, sur la base d’une telle approche de type éthique, il apparaît opportun de réfléchir, par exemple :
sur des mesures de taxation des transactions financières, avec l’application de taux justes d’impôt, avec des charges proportionnées à la complexité des opérations, surtout de celles réalisées dans le marché « secondaire ». Une telle taxation serait très utile pour promouvoir le développement mondial et durable selon les principes de justice sociale et de solidarité, et elle pourrait contribuer à la constitution d’une réserve mondiale destinée à soutenir les économies des pays touchés par la crise, ainsi que la restauration de leur système monétaire et financier ;
sur des formes de recapitalisation des banques avec aussi des fonds publics, en mettant comme condition à ce soutien un comportement « vertueux » et finalisé à développer l’économie « réelle » ;
sur la définition du cadre de l’activité de crédit ordinaire et d’Investment Banking. Une telle distinction permettrait d’instaurer une discipline plus efficace des « marchés-ombre » privés de tout contrôle et de toute limite.
Un réalisme sain demanderait le temps nécessaire pour construire d’amples consensus, mais le bien commun universel est toujours présent à l’horizon, avec ses exigences inéluctables. Aussi est-il souhaitable que tous ceux qui, dans les universités et les différents instituts, sont appelés à former les classes dirigeantes de demain se consacrent à les préparer à leurs responsabilités, qui sont celles de discerner et de servir le bien public mondial, dans un monde en constante mutation. Il est nécessaire de combler le fossé entre la formation éthique et la préparation technique, en soulignant particulièrement la synergie inévitable qui existe entre le plan de la praxis et celui de la poièsis.
Un effort identique est demandé à tous ceux qui sont aptes à éclairer l’opinion publique mondiale, afin de l’aider à affronter ce monde nouveau, non plus dans l’angoisse, mais dans l’espérance et la solidarité.
Conclusions
Avec les incertitudes actuelles, dans une société capable de mobiliser des moyens importants, mais où la réflexion au plan culturel et moral reste inadéquate quant à leur utilisation pour réaliser des objectifs appropriés, nous sommes invités à ne pas renoncer, et surtout à construire un avenir de sens pour les générations futures. Il ne faut pas avoir peur de proposer des nouveautés, même si elles peuvent déstabiliser les équilibres de forces préexistantes qui dominent sur les plus faibles. Elles sont la graine qui, mise en terre, germera et ne tardera pas à porter ses fruits.
Comme Benoît XVI a exhorté, il est indispensable de trouver des agents à tous les niveaux — social, politique, économique, professionnel — animés par le courage de servir et de promouvoir le bien commun grâce à une bonne vie. (21) Eux seuls réussiront à vivre et à voir au-delà des apparences, en percevant le fossé qui existe entre ce qui est réel et qui existe déjà, et ce qui est possible mais jamais expérimenté.
Paul VI a souligné la force révolutionnaire de l’« imagination prospective », capable de percevoir dans le présent les possibilités qui y sont inscrites, et d’orienter les hommes vers un avenir nouveau. (22) En libérant son imagination, l’homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d’imagination communautaire, de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples.
Dans le temps, les Etats modernes sont devenus des ensembles structurés, concentrant leur souveraineté dans les limites de leur territoire. Mais les conditions sociales, culturelles et politiques se sont transformées progressivement. Leur indépendance s’est accrue — de sorte qu’il est devenu naturel de penser à une communauté internationale intégrée et toujours plus dirigée par un système partagé — mais une forme corrompue de nationalisme est restée, suivant lequel l’Etat estime pouvoir, de façon autarchique, réaliser le bien de ses concitoyens.
Aujourd’hui, tout cela semble surréel et anachronique. Aujourd’hui, toutes les petites ou grandes nations, de même que leurs gouvernements, sont appelées à dépasser cette « situation de nature » qui voit les Etats luttant entre eux en permanence. Malgré certains de ses aspects négatifs, la mondialisation réunit davantage les peuples, les incitant à s’orienter vers un nouvel « état de droit » au niveau supranational, situation étayée par une collaboration plus intense et plus féconde. Suivant une dynamique analogue à celle qui, dans le passé, a mis fin à la lutte « anarchique » entre les clans et les royaumes rivaux, en vue de la constitution d’Etats nationaux, l’humanité doit aujourd’hui s’engager dans la transition entre une situation de luttes archaïques entre les entités nationales et un nouveau modèle de société internationale plus unie, polyarchique, respectueuse de l’identité de chaque peuple, dans le cadre de la richesse variée d’une unique humanité. Un tel passage, qui a d’ailleurs déjà timidement commencé, assurerait aux citoyens de tous les pays — quelles qu’en soient la dimension ou la puissance — la paix et la sécurité, le développement, des marchés libres, stables et transparents. Selon Jean-Paul II, « De même qu’à l’intérieur des Etats... le système de la vengeance privée et des représailles a été remplacé par l’autorité de la loi, de même il est maintenant urgent qu’un semblable progrès soit réalisé dans la communauté internationale ». (23)
Le temps est venu de concevoir des institutions ayant une compétence universelle lorsque des biens vitaux et partagés de toute la famille humaine sont en jeu, des biens que les Etats individuellement sont incapables de promouvoir et de protéger par eux-mêmes.
Il existe donc les conditions pour dépasser un ordre international « westphalien », dans lequel les Etats ressentent l’exigence de la coopération mais sans saisir l’occasion d’intégrer les souverainetés respectives pour le bien commun des peuples.
Il revient aux générations actuelles de reconnaître et d’accepter en toute conscience cette nouvelle dynamique mondiale vers la réalisation d’un bien commun universel. Certes, cette transformation s’effectuera au prix d’un transfert, graduel et équilibré, d’une partie des attributions nationales à une Autorité mondiale et aux Autorités régionales, ce qui s’avère nécessaire à un moment où le dynamisme de la société humaine et de l’économie, ainsi que le progrès de la technologie, transcendent les frontières qui se trouvent en fait déjà érodées dans l’univers mondialisé.
La conception d’une nouvelle société et la construction de nouvelles institutions ayant une vocation et une compétence universelles sont une prérogative et un devoir pour tous, sans aucune distinction. C’est le bien commun et l’avenir même de l’humanité qui sont en jeu.
Dans ce contexte, chaque chrétien est spécialement appelé par l’Esprit à s’engager, avec décision et générosité, afin que les nombreuses dynamiques à l’œuvre s’orientent vers des perspectives de fraternité et de bien commun. D’immenses chantiers d’activité s’ouvrent pour le développement intégral des peuples et de chaque personne. Comme l’affirment les Pères du Concile Vatican II, il s’agit d’une mission à la fois sociale et spirituelle, qui « a ... beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où (elle) peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine ». (24)
Dans un monde en voie de mondialisation rapide, la référence à une Autorité mondiale devient le seul horizon qui soit compatible avec les nouvelles réalités de notre époque et avec les besoins de l’espèce humaine. Toutefois, il ne faut pas oublier que, du fait de la nature blessée des hommes, cela ne se fait pas sans angoisses ni sans souffrances.
Dans le récit de la Tour de Babel (Gn 11, 1-9), la Bible lance un avertissement sur la façon dont la « diversité » des peuples peut se transformer en un véhicule d’égoïsme et un instrument de division. Dans l’humanité, le risque existe bien que les peuples finissent par ne plus se comprendre et que les diversités culturelles provoquent des oppositions inguérissables. Le mythe de la Tour de Babel nous prévient aussi qu’il faut bien se garder d’une « unité » de façade seulement, qui est toujours le siège d’égoïsmes et de divisions du fait que les bases de la société sont instables. Dans les deux cas, Babel est l’image de ce que les peuples et les individus peuvent devenir lorsqu’ils ne reconnaissent pas leur dignité transcendante intrinsèque et leur fraternité.
L’esprit de Babel est l’antithèse de l’Esprit de Pentecôte (Ac 2, 1-12), du dessein de Dieu pour toute l’humanité, c’est-à-dire de l’unité dans la vérité. Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être véritablement une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun.
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Notes :
(1) Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio, 13.
(2) Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 21.
(3) Leaders’ Statement, The Pittsburgh Summit, 24-25 septembre 2009, Annexe, 1.
(4) Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 34.
(5) Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio, 76 sq.
(6) Cf. International Monetary Fund, Annual Report 2007, p. 8 sq.
(7) Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 45.
(8) Ib., 77.
(9) Ib., 40.
(10) Jean XXIII, Lettre encyclique Pacem in terris, 70.
(11) Ib., 71-74.
(12) Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 67.
(13) Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 67.
(14) Ib.
(15) Cf. Ib.
(16) Cf. ib., 57, 67.
(17) Ib., 57.
(18) Ib.
(19) Cf. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 70.
(20) Cf. Leaders’ Statement, The Pittsburgh Summit, September 24-25, 2009 ; cf. Annex, par. 1 ; G-20 Framework for Strong, Sustainable, and Balanced Growth, § 1 ; Leaders’ Statement, nn. 18, 13.
(21) Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate, 71.
(22) Cf. Paul VI, Lettre apostolique Octogesima adveniens, 37.
(23) Jean-Paul II, Lettre encyclique Centesimus annus, 52.
(24) Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et spes, 39.
Les monnaies complémentaires ont rendez-vous en Provence
Les 23 et 24 février se tiendra à Salon-de-Provence un grand rassemblement autour des monnaies complémentaires. « Si nous voulons éviter une catastrophe collective, il nous faut redonner le pouvoir localement aux institutions, aux industries, aux commerces et aux organisations de la société civile de taille réduite. »
Deux jours pour faire connaître les monnaies complémentaires et les systèmes d’échanges au sein de nos structures, tisser des liens, faire émerger de tels projets en PACA, cela ne vous rappelle rien ? Non, ce n’est pas FestiSolies , FestiSol-Les Estivales, ni les Etats Généraux de l’ESS, mais un peu la continuité de tout cela ! Prévus les 23 et 24 février 2012, ces deux jours Festi’Fric seront là pour pour nous questionner sur nos richesses, nos échanges et nos liens.
Objectifs
Nous informer sur les trois dimensions du système financier : monétaire, économique et d’investissement - de sorte que nous puissions mieux comprendre la synergie entre toutes les composantes d’un même système, et être efficace dans la transformation de son fonctionnement et ses résultats ;
Faciliter et amplifier notre processus de développement collaboratif de projets ;
Et bien entendu apprendre à coopérer en travaillant sur ce projet de colloque participatif.
Autrement, c’est quoi Festi’Fric ?
C’est un projet participatif porté par l’APEAS (Association pour l’économie alternative et soliaire) avec l’aide d’autres acteurs de la région PACA (Provence Alpes Côte d’Azur).
Constatant que si nous voulons éviter une catastrophe collective, il nous faut radicalement transformer le système qui sous tend le monde des affaires de façon à redonner le pouvoir localement aux institutions, aux industries, aux commerces et aux organisations de la société civile de taille réduite. Pour cela, il est urgent de revoir et réinventer nos systèmes d’échanges, monétaires ou non, qui sont le cœur du système actuel.
Avec cet objectif, certes très ambitieux, et “riches“ du succès rencontré par le cycle Festi’Sol, l’APEAS travaille depuis plus d’un an avec un réseau d’acteurs provençaux, nationaux et internationaux afin de favoriser l’émergence de systèmes d’échanges complémentaires dans le but de développer la résilience et l’innovation dans les champs économiques, environnementaux et sociaux.
La première étape a été la mobilisation d’acteurs régionaux autour de l’écriture commune d’un Cahier d’Espérance sur les monnaies complémentaires, sociales et locales à l’occasion des Etats Généraux de l’ESS en Région dans lequel vous vous êtes fortement impliqué. N’hésitez pas à relire ce rapport Cahier d’Espérance Région PACA spécial Monnaies Complémentaires et Systèmes d’échange. Très bonne lecture pour aller plus loin encore : tout le Cahier d’Espérance sur la Richesse et les monnaies sociales de portée nationale rédigé par le collectif FAIR.
Afin de continuer ce travail de mise en liens et d’émergence d’innovations monétaires et sociales, nous organisons Festi’Fric, des rencontres régionales sur les monnaies Complémentaires. Cet événement participatif, à destination du grand public, des acteurs institutionnels, des structures économiques et de la société civile vise à faire connaître, encourager, développer et mettre en lien ces nouveaux systèmes d’échanges qui émergent sur le territoire de la région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, dans d’autres régions et à l’étranger.
Nous souhaitons que vous, acteurs de la société civile, du milieu de l’économie sociale et solidaire, techniciens des institutions, élus, entrepreneurs puissiez être présents.
D’un point de vue financier, ce projet est soutenu par le FEDER [Fonds européen de développement régional] et la Région PACA et le CG 13 [Conseil général des Bouches-du-Rhône]. D’autres partenariats y compris en nature sont recherchés afin de mener à bien ce projet et permettre d’y réunir des initiatives et des intervenants de qualité.
LGV Toulouse-Bordeaux : une alternative moins chère est possible
La salle des fêtes était comble jeudi 9 février à Landiras à l’occasion de la présentation de l’étude indépendante sur l’aménagement de la ligne [ferroviaire] existante Bordeaux-Toulouse.
Malgré un thermomètre en dessous de zéro et des conditions de circulation particulièrement difficiles, très nombreux étaient les habitants et les élus présents à la réunion publique organisée par le Collectif des élus du Sud-Gironde et la Coordination des Associations Vigilance LGV.
Raymond Girardi, Bernard Faucon-Lambert et Michel Ponthoreau, co-présidents et secrétaire de l’association ALTernative LGV, ont présenté les résultats de l’étude indépendante financée par le conseil général du Lot-et-Garonne et de très nombreuses collectivités de Gironde, Lot-et-Garonne et Tarn-et-Garonne. Cette étude a été réalisée par le cabinet Claraco (spécialiste des questions ferroviaires) et le cabinet de géomètre AC2I (qui a déjà travaillé pour RFF).
Pour 3 fois moins cher, la modernisation de la ligne classique Bordeaux-Toulouse permet : - l’amélioration de la sécurité et des conditions de vie des riverains ; - une sauvegarde de l’espace rural (2400 hectares d’espaces agricoles et forestiers d’économisés) ; - le maintien et l’amélioration des dessertes locales ; - une consommation d’énergie maîtrisée (le TGV sur LGV consommerait trois fois plus d’énergie que sur la voie classique) ; - des vitesses raisonnablement élevées entre Bordeaux et Toulouse (220 km/h maxi).
C’est une alternative sérieuse, beaucoup plus économe en deniers publics et qui évite de délaisser la ligne et les gares existantes !
Plusieurs des conseillers régionaux et généraux présents ce soir-là se sont engagés à peser de tout leur poids pour que cette étude soit présentée au Conseil Régional et au Conseil Général 33[Gironde].
La France n’a plus de ministre de l’Ecologie
Le quinquennat environnemental de M. Sarkozy se termine sous le signe du roi Ubu : la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, étant nommée porte-parole du candidat Sarkozy, il n’y a plus de ministre de l’Ecologie. « Son ministère sera rattaché au Premier ministre ».
20 Minutes
Nicolas Sarkozy a annoncé à l’inauguration de son QG [le 18 février] que Nathalie Kosciusko-Morizet sera bien la porte-parole de sa campagne. « C’est quelqu’un qui est ferme dans ses convictions et qui en même temps n’est pas agressive », a expliqué Nicolas Sarkozy devbant la presse. « Elle le fera avec tout le talent, la force et la douceur dont elle est capable. » Son ministère sera rattaché au premier ministre.
AFP
Philippe Martin, député PS du Gers et membre de l’équipe environnement de François Hollande, a ironisé samedi sur la confirmation de Nathalie Kosciusko-Morizet comme porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy. "Commencé en fanfare avec le Grenelle de l’environnement, le quinquennat du président sortant se termine... sans ministre de l’Ecologie", a commenté M. Martin devant le fait que Mme Kosciusko-Morizet allait abandonner sa casquette ministérielle et que son ministère allait être rattaché directement à Matignon.
"La disparition du poste de ministre de l’Ecologie illustre jusqu’à la caricature la phrase prononcée par Nicolas Sarkozy en 2010 : l’environnement, ’ça commence à bien faire’ ", a dit M. Martin, secrétaire national adjoint à l’environnement au Parti socialiste.
"Quant à confier le sort de l’écologie au Premier ministre François Fillon, c’est aussi enthousiasmant que de confier la lutte contre le réchauffement climatique à Claude Allègre", a-t-il dit.
A-t-on atteint un pic des objets ?
Si l’on devait la caractériser en des termes mathématiques, la trajectoire de notre civilisation serait une courbe exponentielle. Tout au long du XXe siècle, la consommation d’énergie et de ressources naturelles — et donc logiquement les émissions de gaz à effet de serre — s’est accrue de concert avec la démographie.
Mais aujourd’hui, serions-nous arrivés à un plateau ? Aurions-nous commencé à réduire notre consommation, ou du moins à la stabiliser ? La parcimonie serait-elle en voie de devenir le nouveau luxe ? C’est ce que pressent une récente étude, qui estime que la Grande-Bretagne, pays à l’origine de la révolution industrielle et l’une des nations les plus riches au monde, aurait atteint un seuil maximum d’objets possédés par chaque habitant, avant de voir cette quantité décliner. C’est le peak stuff (« pic des objets »), dans la veine du peak oil (pic pétrolier) ou du peak gas (pic gazier).
Au cours de la dernière décennie, et notamment avant la crise économique, la Grande-Bretagne a ainsi moins consommé, tous secteurs confondus : moins de matériaux de construction (- 4 % entre 2000 et 2007), moins d’eau, de papier (- 18 %), de nourriture (surtout de viande), moins de voitures et de trajets, moins de textiles ou encore d’engrais. La production d’énergie primaire a aussi suivi la même tendance à la baisse (- 3 %). Et le pays a aussi produit moins de déchets. Tout cela, alors que le PIB a continué de progresser, de même que la croissance de la population.
Au total, et alors que le volume de l’économie a triplé, le quantité totale de choses que chaque Britannique utilise chaque année — environ 30 tonnes — aurait retrouvé son niveau de 1989, après un « pic des objets » atteint entre 2001 et 2003, livre le site américain Fastcoexist, déniché par le mensuel Terra Eco.
Des tendances similaires auraient commencé à émerger à travers l’Europe, où la consommation d’énergie des ménages en 2009 était de 9 % inférieure au niveau de 2000. En France, en Suède et aux Pays-Bas, la baisse a même atteint 15 %.
Croissance et consommation découplées
A l’origine de ces données ? Chris Goodall, à la fois écologiste convaincu, expert des questions énergétiques et climatiques, candidat aux élections législatives de Grande-Bretagne pour le Parti vert, mais aussi ancien consultant de McKinsey, habitué à manier les statistiques.
« Mon propos n’est pas de nier que la planète va être confrontée à des défis environnementaux massifs. Mais les données que j’ai recueillies suggèrent que la croissance économique n’est pas nécessairement incompatible avec ces défis », déclarait-il au Guardian. Cela pourrait même être l’inverse. Pour l’auteur, l’exemple de l’Angleterre démontre même qu’à un certain niveau de PIB, plus la croissance économique s’accélère, plus elle entraîne une utilisation des ressources efficace, et moins le pays consomme de choses matérielles. Les deux notions pourraient donc s’avérer compatibles ou, du moins, découplées.
Naturellement, la thèse de Goodall a suscité un débat aussi animé, parmi les écologistes et économistes, qu’elle est décalée. D’un côté, les optimistes comme Jesse Ausubel, directeur du Programme pour l’environnement à l’université Rockefeller de New York, voit dans ces chiffres une tendance à long terme, irrépressible, qui est l’aboutissement logique de ce que les économistes appellent la courbe environnementale de Kuznets, du nom de son inventeur Kuznets Simon. Cette courbe suggère qu’à mesure que les pays s’industrialisent, ils passent par une phase précoce lors de laquelle ils gaspillent des ressources et génèrent une pollution massive avant d’atteindre un point de basculement au-delà duquel ils commencent à investir dans des ressources plus efficaces. Vient alors une diminution progressive de la quantité de matériaux et d’énergie nécessaire pour générer chaque dollar de produit intérieur brut. Ausubel appelle ce processus la « dématérialisation ».
Délocalisation des industries consommatrices
« L’idée que la transition vers une économie durable émergera spontanément en donnant libre cours au marché est fausse », rétorque dans le Guardian l’économiste anglais Tim Jackson, auteur du célèbre ouvrage Prospérité sans croissance. « Il est réconfortant de croire que nous nous sommes sevrés de notre dépendance aux choses matérielles. Mais l’analyse historique montre que toutes les baisses de la consommation au Royaume-Uni sont pour la majorité assez faibles : quelques pour cent sur une décennie. Dans de nombreux cas, ces chiffres sont inférieurs aux marges d’erreur statistiques des mesures », poursuit l’expert.
Sans compter que l’étude de Goodall ne tient pas compte de la délocalisation des industries consommatrices de ressources vers les pays en développement. Ainsi, si la consommation de pétrole, charbon ou gaz est en baisse en Grande-Bretagne, les émissions totales de carbone, une fois réaffectés les rejets des usines étrangères produisant les ordinateurs portables, jouets ou vêtements britanniques, continuent d’augmenter régulièrement dans le pays.
Malgré tout, l’idée d’un « peak stuff » soulève des questions intéressantes : comment s’assurer que la consommation ne va pas augmenter de nouveau, et même plus fortement que par le passé ? Et si la Grande-Bretagne a réellement atteint un sommet, comment y est-elle parvenue ? S’agissait-il seulement du passage d’une économie basée sur l’industrie à une économie axée sur les services, et du poids croissant d’Internet ? Ou du fait que les îles britanniques sont à court d’espace pour les entreprises, logements et transports ? Ou encore d’une population plus interconnectée car vivant davantage dans les villes ?
Les chercheurs n’ont pas encore de réponses à ces questions. Mais nul ne doute que les raisons finiront pas être trouvées et aideront d’autres pays à atteindre leur « pic des objets ». Pour faire passer un message primordial, dans un monde qui atteindra bientôt 9 milliards d’individus : moins peut être mieux.
Le mirage de la croissance - ou le mythe de la courbe de Kuznets
Cet article de 2007 analyse avec clarté la théorie de la « courbe environnementale de Kuznets ».
Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) est une femme brillante. Polytechnicienne, elle est à 33 ans députée UMP de l’Essonne, et conseillère écologie de l’UMP. Elle livre au quotidien Le Monde du 23 janvier 2007, une curieuse analyse scientifique pour réfuter la décroissance (1) :
"Question - Les bénéfices d’une croissance plus propre ne sont-ils pas annulés si l’on continue à produire plus ? La croissance durable n’est-elle pas un paradoxe ? NKM - Regardez les fameuses ’courbes en cloche’ produites par l’OCDE. Elles montrent le volume de pollution créé par chaque point supplémentaire de PIB. Elles grimpent toutes jusqu’à un point culminant, à partir duquel la pollution marginale par point de PIB commence à baisser. Sauf pour les déchets et le CO2. Au point culminant, la courbe baisse mais le volume de pollution global continue de croître. Mais il y a un deuxième point, qui correspond à la dérivée seconde de la courbe, à partir duquel la pollution totale décroît, bien que le PIB continue d’augmenter.[…] La position de l’UMP est de pousser pour que nous arrivions le plus vite possible au deuxième point des ’courbes en cloche’.
Cette réponse est un grand classique de la pensée économique néolibérale. La croissance n’est pas le problème, elle est la solution. Les problèmes créés par la croissance seront réglés par elle : il suffit donc de l’accélérer ! NKM appuie apparemment son discours sur des travaux scientifiques, alors regardons cela d’un peu plus près.
NKM fait allusion aux courbes en cloche, dites CEK (2).
Source : André Meunié – Centre d’Economie du Développement - Université Bordeaux IV.
La Banque Mondiale (3) a en effet déclenché une polémique scientifique, en 1992, en publiant les travaux de Shafik et Bandayopadhyay (4), qui montraient effectivement une courbe en cloche (CEK), basée sur des données empiriques pour quelques polluants aux effets locaux (5) (SO2, CO, NOx). Le rapport restait toutefois très prudent dans ses conclusions. Depuis cette date, de très nombreux travaux scientifiques ont été menés qui montrent que l’on ne peut pas généraliser ces quelques cas particuliers :
1. Les modèles de CEK utilisés initialement ne sont pas statistiquement robustes (voir Stern, 2004 ; Day et Grafton, 2003 ; Dijkgraaf et Vollebergh, 1998 ; Harbaugh et al., 2002 ; Millimet et al., 2003 ; Perman et Stern, 2003) (6). En clair, on peut faire dire n’importe quoi aux données que l’on a utilisées à l’époque.
2. La relation générale, trouvée pour la majorité des polluants par des analyses économétriques poussées sur des séries de données plus complètes est une relation de croissance (7) de la pollution avec le PIB par tête. Le rapport peut varier entre 0 et 1, mais n’est pas négatif (Stern, 2004), donc la courbe ne pointe jamais vers le bas... (adieu la cloche…).
3. La pollution croît en volume et croît également en nature (à certains polluants « classiques » et locaux type SO2, il faut ajouter les cancérigènes, le CO2, etc.) (Dasgupta et al., 2002)(8)
4. Lorsqu’il existe une décroissance de la pollution, elle est corrélée non pas avec le PIB, mais avec le temps, avec l’amélioration de la technologie, et avec des politiques explicites (9) de préservation de l’environnement. (Dasgupta et al., 2002 ; Stern, 2004, l’ont montré dans le cas de la Chine et de l’Asie du Sud-Est).
5. Des pays avec un faible PIB par tête ont pu réduire certaines de leurs émissions (SO2 en Asie du Sud-Est et en Chine (10)) alors que d’autres pays avec un fort PIB/tête, mais peu de liberté politique (c’était le cas de l’ex-URSS) ont maintenu une pollution élevée.
Ces éléments contredisent l’hypothèse simpliste des « fameuses courbes en cloche ». C’est bien une volonté politique (11) de lutte contre la pollution qui a permis sa réduction, et ce indépendamment de l’évolution du PIB.
La baisse des émissions de CFC, suite aux publications sur le trou dans la couche d’ozone, est clairement corrélée aux accords politiques internationaux et en rien à la croissance.
Abondance des CFC dans l’atmosphère et prévisions en fonction des accords politiques de limitation
D’après vous, c’est la croissance du PIB ou la régulation des marchés par la politique qui explique la baisse des émissions de CFC ?
Avoir foi (12) dans les CEK, c’est également faire l’impasse coupable sur les effets irréversibles (13) (par ex. la perte de biodiversité), se focaliser sur les émissions en oubliant les effets cumulatifs (la concentration du CO2 qui augmente, par exemple), les effets négatifs de la pollution sur l’activité, ou l’export des pollutions vers des pays moins regardants en matière de protection de l’environnement.
Que nous dit l’OCDE, que cite pourtant NKM ? « Un certain découplage des pressions exercées sur l’environnement et de la décroissance économique devrait intervenir mais il ne sera pas suffisant pour compenser les effets de l’augmentation des pressions » (14).
La courbe probable (Stern, 2004) est celle-ci :
Il est possible de décaler la courbe vers le bas avec le temps, si des politiques environnementales et une technologie appropriées sont appliquées.
NKM est bien trop intelligente et spécialisée dans l’écologie (15) pour faire des erreurs sur des données aussi solidement établies. Ne serions-nous pas en présence d’un discours au service d’une idéologie ? Cette idéologie ne serait-elle pas la totale substituabilité d’un capital artificiel au capital naturel (16) ? C’est la négation de toute irréversibilité réelle et la croyance irrationnelle qu’un environnement rendu invivable pourra toujours être corrigé, remplacé, par une création artificielle humaine.
Si on utilise un indicateur plus global comme l’empreinte écologique, la courbe qui relie celle-ci au PIB ou à l’IDH (17) est, elle aussi, clairement croissante.
Source : Boutaud Aurélien, Gondran Natacha, Courbes de Kuznets environnementales : l’apport des indicateurs alternatifs de type empreinte écologique dans la réflexion sur le développement durable, Centre SITE, Ecole des Mines de Saint-Etienne.
Les progrès scientifiques sont porteurs d’espoir mais nous montrent aussi, et toujours plus, l’étendue de notre ignorance.
Au-delà des querelles sur les courbes, c’est bien de politique dont nous avons besoin, afin de décider collectivement du futur que nous souhaitons et de la société vers laquelle nous voulons tendre.
Même si les « fameuses courbes en cloches » existaient, nous pourrions politiquement les trouver non désirables et choisir une autre voie de développement (18), plus conforme à l’idée que nous nous faisons du progrès humain.
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Notes :
(1) Entretien avec Alexandre Piquard, Le Monde, édition du 23/01/07.
(2) Courbes Environnementales de Kuznets (CEK) ou EKC en anglais. Reprises à l’occasion par l’OCDE. L’OCDE est d’ailleurs très prudente à leur propos (voir Les perspectives de l’environnement de l’OCDE, OCDE, 2001, p.66).
(3) World Bank, World Development Report 1992 : development and the environment, The World Bank, 1992.
(4) Shafik, N. et Bandayopadhyay, "Economic Development and Environmental Quality : Time Series and Cross-Country Evidence", Background Paper for the World Development Report 1992.
(5) …quelques courbes et non pas toutes les courbes comme le dit NKM.
(6) Voir, pour une bonne synthèse : Stern, D. I., « The rise and fall of the environmental Kuznets curve », World Development, 32(8), 1419-1439, 2004.
(7) NKM reconnaît d’ailleurs la croissance des déchets et du CO2, ce qui n’est pas un détail, le CO2 étant l’un des principaux gaz à effet de serre.
(8) Dasgupta, S., Laplante, B., Wang, H., Wheeler, D., "Confronting the environmental Kuznets curve", Journal of Economic Perspectives, 16, 147–168, 2002.
(9) Donc une action correctrice de la société sur les marchés, via en particulier les pouvoirs publics.
(10) Ce qui n’exclut pas les autres graves atteintes à l’environnement en Chine que l’on connaît, et montre la faible représentativité de quelques indicateurs de pollution spécifiques comme le SO2.
(11) Volonté politique qui s’appuie sur les données scientifiques, voir par ex. la lutte contre les CFC, contre les Gaz à Effet de Serre, etc…
(12) Car c’est bien d’une foi, d’une croyance, dont il s’agit.
(13) De ce point de vue, même en croyant qu’une courbe en cloche existe, son point de retournement peut se situer au-delà de l’extinction de l’espèce humaine…
(14) Les perspectives de l’environnement de l’OCDE, OCDE, 2001, p. 23. Cela rejoint le point 2. décrit plus haut.
(15) Elle est députée, rapporteure de la mission d’information sur le climat de l’assemblée nationale.
(16) Ce qui nous paraît au minimum présomptueux, au pire suicidaire.
(17) IDH ou Indice de Développement Humain, meilleur indicateur que le PIB, puisqu’il conjugue longévité, éducation et niveau de vie.
(18) Qui évite le pic de pollution de la courbe en cloche, au lieu de le subir comme un mal nécessaire…
Le fruit du marronnier
« Pour écologiser l’agriculture, il faut que le consommateur se nourrisse autrement. »
Un des plus solides marronniers de la presse est le Salon de l’agriculture. Il fleurit à la fin de l’hiver et ses bourgeons se gonflent en préparation de l’ouverture qui aura lieu le 25 février. Le défilé usuel des politiques se colorera en 2012 d’une excitation particulière, car ce sont les candidats présidentiels qui viendront tâter la vache et humer le terroir.
Dans la coulisse, rien ne semble changer, puisque la destruction du tissu paysan se poursuit inexorablement en France : le nombre d’exploitations agricoles y est passé de 664 000 en 2000 à 490 000 en 2010 (Insee). Après les espoirs suscités par le Grenelle de l’environnement, la logique agro-industrielle a repris avec force : intrants chimiques toujours dominants, extension de la taille des exploitations, brevetage des semences, réduction de l’emploi, étalement urbain, offensive des cultures transgéniques.
En fait, l’agriculture reste tiraillée entre deux visions du monde qu’a bien représentées une étude collective de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Dans leur analyse de l’agriculture mondiale à l’horizon 2050 (Agrimonde, éd. Quae, 2010), les experts ont confronté deux scénarios : l’un prévoit la poursuite et la diffusion du système agro-industriel dominant, avec extension des terres cultivées et développement de la biotechnologie ; l’autre imagine une « agro-écologie » utilisant plus de travail et moins d’intrants, au moyen de solutions agronomiques enracinées dans les écosystèmes locaux.
Le clivage découle en fait du mode de consommation de référence : dans le premier scénario, le monde reste inégal (plus de 4 000 kilocalories par jour et par habitant dans les pays riches, moins de 3 000 dans de nombreux pays du Sud), même si la production globale augmente (+ 70 %) ; dans le second, tous convergent vers un niveau de 3 000 kcal/j/h, si bien que la production globale n’a besoin d’augmenter que de 30 %. Ainsi, la clé du problème réside dans le choix culturel du régime alimentaire planétaire. C’est, dans un autre exercice, le pronostic du modèle Afterres 2050, élaboré par le cabinet Solagro pour définir une agriculture réduisant ses émissions de gaz à effet de serre : la solution suppose de réduire la consommation de viande.
Conclusion, et fruit épineux du marronnier : pour écologiser l’agriculture, il faut que le consommateur se nourrisse autrement.
Les écologistes, une menace à surveiller selon le gouvernement du Canada
Certaines formes d’environnementalisme sont définies dans une nouvelle stratégie antiterroriste du gouvernement Harper comme étant des menaces à surveiller.
Cible de critiques sévères dans le dossier de la torture depuis quelques jours, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a présenté cette stratégie à Ottawa hier matin. Il s’agit d’un document de 46 pages qui fait l’inventaire des responsabilités des agences, services et ministères fédéraux engagés dans la lutte contre le terrorisme.
On y classe les menaces en trois catégories : l’extrémisme islamiste sunnite violent, les autres types d’extrémisme international et « l’extrémisme d’origine intérieure militant pour des causes précises ».
« Ces groupes extrémistes sont enclins à faire des revendications - légitimes ou illégitimes - portant sur la défense de diverses causes telles que les droits des animaux, la suprématie blanche, l’environnementalisme et l’anticapitalisme », explique-t-on à propos de cette dernière catégorie.
« Bien qu’ils soient peu nombreux, certains groupes au Canada ont délaissé les manifestations pour encourager et appuyer des actes de violence ainsi que faire des menaces », ajoute-t-on.
On conclut en disant : « Comme le démontrent les tragédies survenues à Oklahoma City en 1995 et en Norvège en 2011, il est essentiel de faire constamment preuve de vigilance puisqu’il est toujours possible que certains groupes - ou même une seule personne - adoptent une stratégie terroriste plus violente pour parvenir à leurs fins. »
La critique néo-démocrate en matière d’environnement, Megan Leslie, s’est dite abasourdie. La députée néo-écossaise s’est elle-même fait qualifier de traître par le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, pour s’être prononcée sur la scène internationale contre l’exploitation des sables bitumineux.
« Ça dépasse les bornes. Ils sont allés beaucoup trop loin », a-t-elle lancé.
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement Harper s’attaque de front aux groupes environnementaux. Dans une lettre publiée le mois dernier, le ministre Oliver a accusé certains groupes environnementalistes « radicaux » de vouloir empêcher le Canada d’exploiter ses ressources naturelles.
« Notre gouvernement ne restera pas assis pendant que la réputation internationale du Canada est souillée par des gens qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas reconnaître les faits », a-t-il prévenu une semaine plus tard.
La stratégie définit le terrorisme comme étant, notamment, une omission ou une action commise « au nom d’un but de nature politique, religieuse ou idéologique en vue d’intimider la population quant à sa sécurité, entre autres sur le plan économique ».
Les mesures évoquées pour contrer la menace incluent les poursuites judiciaires, l’inscription sur la liste des entités terroristes, la surveillance, l’enquête, l’échange de renseignements, la prévention et l’éducation de la population.
Cette nouvelle stratégie survient aussi dans la foulée d’une campagne de « non-coopération » avec les services de renseignements canadiens, lancée par près de 80 organismes sociaux québécois. Cette campagne fait suite à des « visites de courtoisie » qu’auraient reçues des militants de la part d’agents des services de renseignements dans les mois précédant les Jeux olympiques et les sommets du G8 et du G20.
Un million d’Espagnols dans la rue contre la « flexibilisation » du travail
Dans soixante villes d’Espagne, des centaines de milliers d’Espagnols ont rejeté dimanche 19 février la « réforme » du marché du travail.
Une marée humaine, agitant des drapeaux rouges, a envahi les villes d’Espagne dimanche 19 février pour protester contre la réforme du travail, première réponse de masse à la politique du gouvernement conservateur qui espère ainsi lutter contre un chômage de près de 23%.
A Madrid comme à Barcelone, les deux principales villes du pays, des dizaines de milliers de manifestants avaient répondu à l’appel des syndicats, pour protester contre cette réforme qui va selon eux « accélérer la destruction d’emplois ».
Des manifestations semblables étaient prévues dans 57 villes d’Espagne contre cette réforme annoncée par le gouvernement dans le but d’aider le pays à sortir de la crise et d’un chômage de 22,85%, un record parmi les pays industrialisés.
En l’absence de chiffres du côté policier, les syndicats ont fait état d’une très forte mobilisation, annonçant 500.000 manifestants à Madrid, 400.000 à Barcelone, 150.000 à Valence.
« Grève »
A Madrid, les manifestants, rassemblés à l’appel de l’UGT et de Comisiones Obreras (CCOO), les deux grands syndicats espagnols, ont traversé le centre de la capitale en portant des pancartes avec les mots « non à la réforme du travail injuste, inefficace, inutile » ou « non à la réforme et aux coupes budgétaires. Grève générale ».
« Grève, grève, grève », criaient les manifestants, qui ont appelé le gouvernement à ouvrir des négociations sur la réforme du travail.
« Il faut bouger. Ils commencent comme cela puis ils vont continuer à supprimer nos droits », lançait Victor Ogando, un manifestant de 44 ans portant un chapeau noir orné de l’insigne rouge et blanc de la CCOO, ancien employé dans la construction aujourd’hui au chômage.
Parmi la foule défilaient aussi des enseignants portant le tee-shirt de la « marée verte », un mouvement de contestation né en septembre contre les coupes budgétaires dans l’éducation dans la région de Madrid, ou des manifestants du mouvement des indignés.
« Je suis ici contre la réforme du travail mais aussi contre les coupes dans les services publics », lançait Clemencia Alvarado, une enseignante de 54 ans. « L’enseignement n’est pas une dépense, c’est notre avenir », ajoutait-elle.
« Banquiers, voleurs, rendez les millions »
Premiers frappés par le chômage, avec 48,6% des 16-24 ans sans emploi, les jeunes étaient aussi au rendez-vous.
« Je crains que notre génération ait moins de droits que celle de mes parents, que nous ne vivions pas aussi bien. Je sens que l’Espagne et l’Europe retournent en arrière avec ce genre de réformes », confiait Jordi Alsedo, un étudiant ingénieur de 23 ans vêtu de noir.
« Banquiers, voleurs, rendez les millions », criaient aussi les manifestants qui défilaient à Barcelone.
Le gouvernement de Mariano Rajoy a adopté le 11 février une nouvelle réforme pour flexibiliser le marché du travail, incluant la baisse des indemnités de licenciement et des mesures pour stimuler l’emploi des jeunes.
Le travail : troisième grand chantier
Répondant aux manifestants, le chef du gouvernement a défendu une nouvelle fois dimanche sa réforme lors de la clôture du congrès de son parti, le Parti populaire, à Séville.
« C’est la réforme dont l’Espagne a besoin pour éviter que nous soyons le pays d’Europe qui détruit le plus d’emplois », a lancé Mariano Rajoy. Cette réforme « nous situe au même niveau que les pays d’Europe les plus avancés, et en finit avec les injustices du marché du travail », a-t-il dit.
Après la réforme budgétaire visant un déficit zéro en 2020 et celle du secteur bancaire pour le nettoyer de ses mauvais actifs immobiliers, le marché du travail est le troisième grand chantier amorcé par le nouveau gouvernement conservateur espagnol.
Le nucléaire anglais à la charge des Français
Le gouvernement anglais veut construire 4 EPR sur son sol. Mais comme c’est EDF qui mènerait l’opération, ce serait à cette compagnie - et donc aux contribuables français - d’en supporter les conséquences financières (retards, accidents, déchets).
Lors du sommet franco-britannique qui s’est tenu le 17 février à Paris, Nicolas Sarkozy, EDF et Areva ont tenté de faire croire à l’opinion publique française que « les Britanniques » ont l’intention de construire chez eux des réacteurs nucléaires français de type EPR.
Il est donc nécessaire de rappeler que l’entreprise British Energy, qui envisage la construction de ces réacteurs, appartient en réalité à EDF qui l’a rachetée au prix fort (environ 15 milliards d’euros) fin 2008.
En réalité, c’est donc la France qui se vend des réacteurs à elle-même ! British Energy appartenant à EDF, elle-même entreprise appartenant à l’Etat français, ce sont une fois de plus les citoyens français qui vont assumer les risques incommensurables de cette opération.
Quand on connait les retards, malfaçons, et surcoûts gigantesques rencontrés sur les chantiers EPR par Areva en Finlande et par EDF à Flamanville (Manche), tout laisse à penser que les mêmes graves problèmes sont probables sur les chantiers envisagés en Grande-Bretagne.
Or, si le premier ministre britannique M. Cameron se plait à afficher aujourd’hui une entente cordiale avec M. Sarkozy et les dirigeants d’EDF et d’Areva, le gouvernement britannique n’hésitera pas un seul instant le moment venu pour infliger aux Français de lourdes pénalités financières lorsque les problèmes surgiront, sans parler du risque d’accident nucléaire démontré par la catastrophe de Fukushima... dont MM Sarkozy et Cameron semblent ignorer l’existence.
Ce seront alors les citoyens français qui paieront la lourde addition, comme si les factures déjà annoncées n’étaient pas déjà suffisamment exorbitantes (démantèlement des installations nucléaires françaises, gestion impossible mais ruineuse des déchets radioactifs, etc).
Alors que M Sarkozy est en pleine campagne présidentielle, il est inévitable de ne pas noter que c’est lui qui a nommé son ami Henri Proglio à la tête d’EDF, et que ce dernier renvoie maintenant l’ascenseur au « candidat-président », lequel veut faire croire à l’opinion française que « les Britanniques » achètent les réacteurs nucléaires français.
C’est une manoeuvre politicienne mais aussi une tromperie grossière.
Le maïs transgénique serait nocif pour les cellules humaines
Publiée dans une revue scientifique, une étude indique que les toxines produites par le maïs MON 810 peuvent affecter la viabilité de cellules humaines.
Caen/Münich. Les toxines Bt insecticides telles que celles produites dans les plantes génétiquement modifiées peuvent être préjudiciables pour les cellules humaines. Ceci est le résultat d’une recherche récente menée par des chercheurs de l’Université de Caen sous l’égide du Pr Séralini (1).
Leurs expériences ont montré que les toxines produites par le maïs génétiquement modifié MON810, entre autres, peuvent considérablement affecter la viabilité des cellules humaines. Des effets ont été observés avec des concentrations relativement élevées de toxines, néanmoins il y a lieu de s’inquiéter. Selon les compagnies comme Monsanto qui produisent le maïs génétiquement modifié avec ces toxines, ces dernières sont censées être particulièrement actives contre les insectes et ne devraient avoir aucun effet sur les mammifères et les humains. Pour la première fois, des expériences ont montré qu’ils peuvent avoir un effet sur les cellules humaines. Malheureusement, ce genre d’expérience n’est pas exigé avant la commercialisation des OGM pour l’évaluation des risques en Europe ou dans toute autre région du monde.
Une autre découverte des chercheurs concerne une formulation d’herbicide vendue sous la marque Roundup. Aujourd’hui, des quantités massives de cet herbicide sont pulvérisées sur les cultures de soja génétiquement modifié et ses résidus peuvent être trouvés dans les aliments. Selon cette nouvelle publication, mêmes des doses extrêmement faibles de Roundup (formulations de glyphosate) peuvent endommager les cellules humaines. Ces résultats sont en accord avec plusieurs autres études soulignant les risques de santé imprévisibles associés aux formulations de glyphosate. En janvier 2012, ils publient d’ailleurs aussi une autre étude sur le Roundup endommageant les cellules testiculaires de mammifères (Clair et al., 2012, Tox in Vitro).
« Nous avons été très surpris par ces résultats. Jusqu’à présent, il avait été jugé presque impossible pour les protéines Bt d’être toxiques pour les cellules humaines. Maintenant, d’autres expériences doivent être menées afin de savoir comment ces toxines impactent sur les cellules et si les effets combinatoires avec d’autres composés dans la chaîne alimentaire humaine et animale doivent être pris en compte », explique Gilles-Eric Séralini de l’Université de Caen, qui a dirigé les expériences. En conclusion, ces expériences montrent que les risques de toxines Bt et du Roundup ont été sous-estimés.
Les toxines Bt et les herbicides tolérants sont largement utilisés dans les plantes génétiquement modifiées. Les protéines Bt ne se développent naturellement que dans les bactéries du sol. En introduisant le gène modifié de la toxine dans les OGM, la structure des toxines est modifiée et peut provoquer ainsi un changement dans sa spécificité. Le contenu des protéines dans les plantes est très variable. Beaucoup de plantes génétiquement modifiées contiennent plusieurs toxines Bt. Par exemple, SmartStax produit six toxines Bt différentes et a donc une teneur en protéines plus élevée. En outre, il a été rendu tolérant aux herbicides.
Jusqu’ici, il n’y a eu aucune étude sur les effets combinatoires de ces toxines et les résidus de pulvérisation, ni même sur leurs risques potentiels pour la santé humaine, considérés jusqu’ici comme improbables. Des chercheurs ont aujourd’hui démontré une interactivité de ces produits. Dans les conditions spécifiques de leur expérience, la toxine Bt modifiée réduit la toxicité du Roundup. De plus amples expériences sont nécessaires pour examiner d’autres effets combinatoires potentiels dans des conditions variables.
« Ces résultats sont assez inquiétants. Les exigences d’évaluation des risques des plantes génétiquement modifiées et des pesticides doivent être strictement appliquées. A la lumière de ces résultats, nous pensons que la commercialisation de ces plantes n’est pas conforme avec les règlements de l’UE », explique Christoph Then de Testbiotech. Testbiotech suit de près l’évaluation des risques à l’EFSA et a maintes fois attiré l’attention sur ces lacunes.
Cette étude a été soutenue par la fondation GEKKO (Allemagne). L’association CRIIGEN (France) et Testbiotech (Allemagne) ont mis au point ces expériences ainsi que la discussion des résultats. Ces derniers ont été publiés après révision par les pairs.
...................................
Note :
(1) Mesnage R., Clair E., Gress S., Then C., Székács A., Séralini G.-E., 2012, "Cytotoxicity on human cells of Cry1Ab and Cry1Ac Bt insecticidal toxins alone or with a glyphosate-based herbicide", Journal of Applied Toxicology.
Plaidoyer pour les écologistes de la première heure
« Un temps où l’on a compris que les dinosaures étaient morts de froid dans un nuage épais permanent de cendres de météores, ou de laves, parce qu’ils étaient trop gros et, faute de soleil, ne pouvaient plus se réchauffer »
Il ne se passe pas de jour qu’on ne nous parle de carbone, à croire qu’il n’y aurait pas d’autres pollutions. Oubliés les rejets industriels de toxiques, les vapeurs d’essence au soleil sur les moteurs éteints qui génèrent de l’ozone et des urgences en cardiologie, les suies de diesel cancérigènes, les particules de pneus, de freins, de rails, qui nous tombent dessus… on se concentre sur le climat, certes désastreux. En ce sens Frédéric Denhez a raison. Quitte à traiter de pollutions – ce à quoi rien n’oblige, défendre les arbres suffit - autant y aller vraiment : le carbone n’est pas la seule saleté du pollueur, quoi qu’en disent les publicités.
Qu’on me pardonne cependant de différer sur la perception d’une « minorité d’anciens combattants » écologistes, qui ne me paraissent pas, ni terrifiants, ni terrifiés. Qu’ils effraient Pascal Bruckner, passe encore : on peut vaciller en effet, au miroir de sa propre impéritie. Mais les jeunes intelligents n’ont rien à redouter de ceux qui ont précisément lutté pour eux.
Rien à craindre et peut être un peu à hériter. Ils n’étaient pas les plus idiots, faut-il le préciser ? ni les plus insensibles. Or la terreur servait l’autre côté. Un manifestant tué par les forces de l’ordre à Malville, en 1977 : s’ouvre en France une décennie high-tech, anti-écologiste de base, qui s’autorise l’assassinat d’un journaliste sur le Rainbow Warrior en 1984, et ne commence à se calmer que lors de Tchernobyl (1986). La dissidence n’aurait pas survécu sans une bonne dose d’humour, comme toujours, note l’Histoire. La médecine l’explique par l’importance du cognitif (pour parler technophile), autrement dit du soutien du corps par l’esprit.
On n’a pas seulement pleuré, comme on pleure ces jours-ci Josette Bénard, 82 ans, agrégée de biologie, qui a contraint l’INRA à rechercher des résistances à la graphiose de l’orme, en organisant des dizaines de milliers de semis pour trouver un arbre mutant ; et aussi tenu lieu de « prof’ de métaux lourds » à Katia Kanas de Greenpeace, la briefant sur le sujet, avant ses conférences de presse au bord de Seine, devant les tuyaux de rejets polluants autorisés, bouchés le temps d’une photo.
Beaucoup a reposé sur la sagacité et la bienveillance de dames comme Josette Bénard ou Solange Fernex (1934-2006), pacifiste et la douceur même, « ces dames qui ne s’en laissaient pas conter » (selon Jean-Paul Thorez, fondateur des Quatre Saisons du jardinage). On n’aurait pas tenu, et elles non plus, si on n‘avait tant ri.
Au reste la théorie n’était pas triste. Citons deux avancées des années 70 : Ivan Illich a révélé que certains n’opèrent pas la distinction entre qualité de vie et dépense d’énergie (on le voit tous les jours) ; mais brûler de l’énergie dans les transports enlève le choix de l’itinéraire, plus contraint en avion qu’en voiture, et sur l’autoroute qu’en vélo. Mieux, les voitures n’iraient pas plus vite que les piétons : 5 km à l’heure, si l’on compte le temps de travail, au prix du salaire moyen, pour payer le véhicule, l’assurance et son entretien. Homo sapiens aime tourner en rond, voilà. La belle revue écologiste, Le Sauvage, 1973 – 1981, a pu consacrer un numéro à la paresse. Ce ne peut être ce que l’auteur de La folie carbonée juge effrayant.
Autre acquis théorique crucial : Small is beautiful, « Petit c’est beau », énoncé en 1973 dans le livre éponyme de Enrst F. Schumacher (collaborateur de H.M. Keynes) : je vous parle d’un temps où l’on transportait le pétrole dans des super tankers qui mettaient 20 km à freiner.
Un temps où l’on a compris que les dinosaures étaient morts de froid dans un nuage épais permanent de cendres de météores, ou de laves, parce qu’ils étaient trop gros et, faute de soleil, ne pouvaient plus se réchauffer. Seuls auront survécu ceux qui crachaient le feu, les dragons de la fable - mais non, c’est une plaisanterie.
Pourtant la leçon mérite de passer en héritage. Car les services de secours nous le disent ; si, en janvier, le paquebot Concordia avait sombré au large, au lieu de s’échouer à la côte, on aurait compté des milliers de disparus : on ne sait pas évacuer autant de passagers. Petit c’est bien plus beau.
Alors ceci s’adresse à Marie-Hélène Aubert : puisque la gauche rêve d’industrie, épargnez-nous les mastodontes qui nous écrasent tous et meurent de leur froideur.
On peut boycotter tous les pays, sauf l’Etat d’Israël
Des personnes ayant appelé au boycott des produits israéliens - en raison de la politique de l’Etat d’Israël à l’égard du peuple palestinien - vont être jugés en mars.
Le mois prochain, en mars 2012, nous sommes un certain nombre de militantes et militants de la campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions contre Israël (BDS) à comparaître devant des tribunaux de la région parisienne, en raison des nombreux appels militants à boycotter les produits israéliens ou dits israéliens. C’est à chaque fois le gouvernement qui nous poursuit, et dans son sillage des officines israéliennes basées en France, pour « discrimination contre une nation » et « incitation à la haine et à la violence ».
Les parties civiles se basent sur l’article du 29 juillet 1881 (loi générale sur la presse) qui interdit "toute discrimination à l’encontre d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de son appartenance à une race, une religion, une ethnie, une nation". Les oranges, les tomates cerises, les dattes ou les avocats ne sont pourtant ni des « personnes » ni des « groupes de personnes », mais quant on veut tuer son chien...
Le ministère français de la justice a donné l’ordre (écrit) à tous les magistrats de condamner les personnes qui appellent au boycottent d’Israël. Et uniquement d’Israël. On peut donc appeler au boycott de n’importe quel autre pays sans souci : Bernard-Henri Lévy appelle au boycott de la Chine, Michèle Alliot-Marie et Martine Aubry à celui du Mexique, et Brigitte Bardot à celui du Canada (à cause des bébés phoques). Des députés de l’UMP ont appelé au boycott des fast food hallal : no problem ! Mais il faut criminaliser le boycott d’Israël.
Pour le moment, nous avons gagné tous nos procès BDS à part celui de Sakina à Bordeaux, qui attend que la Cour de cassation tranche. La 17e chambre du tribunal de Paris a rendu le 8 juillet dernier un verdict particulièrement satisfaisant puisque : - la procureure a refusé de requérir une peine contre Olivia Zémor, désobéissant ainsi à sa hiérarchie (il lui était reproché d’avoir publié sur le site d’EuroPalestine une vidéo d’une action non violente de boycott des produits « israéliens »). - les juges l’ont relaxée avec des attendus reprenant tous ses arguments et soulignant que le boycott citoyen motivé par des considérations politiques n’était pas illégal. Il a même insisté sur les lettres de noblesse du boycott en tant qu’action ayant permis, en Inde (Ghandi), aux États-Unis (contre la ségrégation raciale dans les bus), en Afrique du sud de l’apartheid, de changer des politiques condamnables.
Mais le gouvernement et les assos pro-israéliennes ont fait appel de ce jugement. Le jeudi 8 mars à 13 H 30, Olivia Zémor comparaîtra donc devant la Cour d’appel de Paris (Pôle 2. Chambre 7 de la Cour d’Appel)
JEUDI 15 MARS A BOBIGNY (région parisienne)
Le procès suivant aura lieu le jeudi 15 mars au tribunal de Bobigny. Quatre inculpés : Olivia Maha, Mohamed et Ulrich comparaîtront pour des actions de boycott menées dans des supermarchés du 93, et du 92 (vidéos des actions incriminées). La juge n’a pas pu cacher, lors d’une première audience, son parti pris en faveur des parties civiles, et le gouvernement a appelé à la rescousse, comme témoin, le... Défenseur des Droits : Dominique Baudis !
C’est un procès qui promet d’être sportif et pour lequel nous avons besoin d’une forte mobilisation. Le procès commence dès 10 H et durera toute la journée. Nous appelons à venir nous soutenir (il y aura de l’animation devant le tribunal, à manger, à boire, une sono....) à l’heure que vous pouvez, y compris sur la pause déjeuner (M° Pablo Picasso, terminus de la ligne 5).
Enfin, le 23 mars après-midi, un 3e procès BDS amènera 7 militant(e)s à comparaître à Pontoise pour avoir appelé au boycott des produits israéliens lors d’une parodie de procès qu’ils ont joué à l’intérieur du magasin Carrefour de Montigny (95).
Mais loin de nous intimider, ces procès nous ont amené à organiser des tournées dans toute la France pour populariser dans la bonne humeur les actions BDS, de plus en plus efficaces, comme on peut en juger par cette vidéo
On verra que le « Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme » qui se vante d’avoir déposé 80 plaintes contre des boycotteurs a encore du pain sur la planche !
Plus d’une espèce d’oiseaux nicheurs sur quatre menacée en Île-de-France
Pour la première fois, la démarche d’élaboration d’une Liste rouge régionale des espèces menacées a été appliquée aux oiseaux nicheurs d’Île-de-France, selon les critères définis par l’UICN. Ce premier état des lieux révèle une situation particulièrement préoccupante : 39 espèces sur 151 évaluées sont actuellement menacées dans la région, soit plus d’une espèce sur quatre !
L’élaboration de cette Liste rouge régionale a permis de mesurer le degré de menace qui pèse sur l’avifaune reproductrice de la région. Pilotée par Natureparif et réalisée par un groupe d’ornithologues experts, elle reprend la méthodologie officielle établie par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et constitue une référence nouvelle et standardisée de la situation des oiseaux nicheurs d’Île-de-France. Ce travail a également intégré les données du programme STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) initié par le Muséum national d’Histoire naturelle, à partir desquelles sont calculés les taux d’évolution des populations.
151 espèces évaluées
Sur les 178 espèces d’oiseaux qui se reproduisent en Île-de-France (ou s’y sont reproduits depuis 1950), une catégorie de menace a été attribuée à 151 d’entre elles. Les espèces introduites et les nicheurs accidentels n’ont pas été évalués. Le constat est alarmant ! Dix espèces sont déjà considérées comme disparues de la région au cours des 50 dernières années (ex : la Bécassine des marais, le Butor étoilé ou le Râle des genêts). Quatorze sont « en danger critique d’extinction » (ex : la Sarcelle d’été, le Busard cendré ou le Guêpier d’Europe), 7 sont classées « en danger » (ex : le Cochevis huppé, le Phragmite des joncs et la Fauvette pitchou) et 18 sont « vulnérables » (ex : le Vanneau huppé, l’Alouette lulu ou le Gobemouche noir). Ce sont donc 39 espèces qui sont actuellement menacées dans la région soit plus d’une espèce sur quatre. Un constat à rapprocher de celui de la Liste rouge des oiseaux menacés de France, publiée en mai 2011, puisque la situation francilienne s’aligne sur la situation nationale : dans les deux cas, ce sont un peu plus du quart des espèces nicheuses qui sont menacées.
Danger pour les oiseaux des milieux agricoles
La Liste rouge réalisée au plan national, comme celle d’Île-de-France, met en évidence le mauvais état de santé général d’un grand nombre d’espèces spécialistes des milieux agricoles. Il s’agit majoritairement d’espèces insectivores, particulièrement affectées par l’usage des pesticides qui les prive de leur ressource alimentaire. C’est un véritable enjeu pour l’Île-de-France, dont plus de la moitié du territoire (51%) est occupée par des espaces agricoles. On peut citer parmi les nicheurs franciliens les plus emblématiques de la dégradation de ces milieux le Cochevis huppé ou encore le Pipit farlouse. Élément concordant : 6 espèces parmi les 10 éteintes de notre région sont des espèces qui dépendaient des espaces ruraux agricoles. Certains, tels les Busards cendré et Saint-Martin pâtissent principalement des fauches précoces et de l’appauvrissement du milieu, mais ils bénéficient de programmes de surveillance (suivi de leurs nids), de l’arrêt des rodenticides et de la sensibilisation croissante des agriculteurs.
L’effet de la raréfaction des zones humides
Les espèces de zones humides sont aussi très fragilisées. Pour preuve, 4 des 10 espèces disparues de la région ces 60 dernières années sont inféodées à ces milieux (Bécassine des marais, Butor étoilé, Guifettes noire et moustac) et 7 des 13 espèces « En danger critique d’extinction » (dont la Rousserolle turdoïde, le Canard souchet, la Sarcelle d’été et la Sterne naine) sont des espèces se reproduisant dans les milieux aquatiques. En Île-de-France ces habitats ne représentent plus qu’environ 2% du territoire contre 5% il y a plus d’un siècle. Très localisées, ces zones humides relictuelles concentrent des espèces sur de petits territoires. Les roselières ne sont notamment plus assez vastes et nombreuses pour favoriser le développement des espèces qui leur sont liées comme le Busard des roseaux, la Locustelle luscinioïde ou le Blongios nain. De plus, les plans d’eau sont fréquemment trop artificialisés pour accueillir la reproduction des canards de surface. Citons tout de même le réaménagement écologique de nombreuses carrières en eau (notamment par la création d’îlots favorables à leur reproduction) en Île-de-France, qui bénéficie à des espèces menacées comme le Fuligule morillon ou la Nette rousse.
En forêt, un bilan mitigé
En ce qui concerne les espèces forestières, le résultat est quasiment le même qu’au niveau national. Mieux encore certaines espèces comme la Grive musicienne ou le Grosbec casse-noyaux sont en augmentation. En revanche, les populations de Pie-grièche grise et de Pic cendré, affichent un déclin rapide et encore mal expliqué. Elles sont donc déclarées « en danger critique d’extinction ». Le déclin des populations régionales de Pouillot siffleur et de Mésange boréale s’inscrit dans un contexte plus vaste, probablement lié en partie aux changements climatiques.
Des mesures de conservation qui portent leurs fruits
Pour d’autres espèces, telles que la Chouette chevêche ou l’Œdicnème criard, le développement de programmes de conservation spécifiques permet d’obtenir des résultats satisfaisants en Île-de-France. En effet, ces deux espèces ne sont plus directement menacées dans la région.
Cette Liste rouge pose donc les premières bases d’une meilleure connaissance des espèces menacées de la région et encourage la poursuite et l’accentuation des efforts de protection des espèces mais aussi et surtout de leurs habitats et de leurs ressources alimentaires. Car on ne saurait protéger efficacement une espèce sans préserver d’abord l’habitat dont elle dépend, et son bon état de fonctionnement.
Visualiser la liste rouge dans son intégralité
Qu’appelez-vous les « esprits animaux du capitalisme » ?
http://www.reporterre.net/IMG/mp3/G...
Alain Grandjean est économiste et consultant. Il a écrit C’est maintenant (Seuil, 2009) avec Jean-Marc Jancovici.
Contact : http://alaingrandjean.fr
Chine : le gouvernement reconnait la gravité de la situation écologique du pays
Alors que la Chine vient de rentrer dans l’ère du dragon, elle s’est aussi engagée dans une période extrêmement sombre pour son environnement. Sécheresses, inondations, rareté de l’eau, faiblesse des récoltes : autant de conséquences du réchauffement climatique mondial pesant sur le pays et menaçant sa prospérité. Presque plus inquiétant encore, ces avertissements ne proviennent pas d’une ONG ou d’un ardent défenseur de l’écologie mais du gouvernement chinois lui-même, dans son Deuxième rapport national d’évaluation sur les changements climatiques. Le pouvoir communiste semble donc avoir renoncé à minimiser les conséquences et les coûts du changement climatique sur la deuxième économie mondiale et premier émetteur de gaz à effet de serre.
Le pavé de 710 pages publié par le gouvernement vendredi 21 janvier s’avère alarmant sur tous les fronts, selon le site China Briefing :
L’augmentation des émissions de CO2
Le pays le plus peuplé au monde, avec 1,34 milliard d’habitants, a rejeté 8,3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre en 2010, soit un quart du total du CO2 libéré dans l’atmosphère au cours de l’année. Et quand bien même elle est devenue le premier marché pour les énergies renouvelables, en inondant le monde de panneaux solaires à bas coût et en installant la moitié des nouvelles capacités éoliennes de la planète, la Chine devrait rejeter entre 9 et 9,5 milliards de tonnes de CO2 à l’horizon 2020, selon le rapport. Les rejets ne commenceront ainsi à diminuer qu’après 2030, pour baisser véritablement qu’après le milieu du siècle. A condition que la Chine prenne des mesures pour réduire ses rejets et mette la main à la poche : la lutte contre les émissions est ainsi chiffrée à 10 000 milliards de yuans (1 200 milliards d’euros) d’ici 2020.
La hausse de la température
Selon les différents scénarios retenus en termes de niveaux d’émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne de la Chine devrait augmenter d’ici la fin du siècle de 2,5 à 4,6°C par rapport à la moyenne de la période 1961-1990. Témoins de cette hausse des températures, 82 % des glaciers, en particulier ceux du Tibet, reculent depuis les années 1950, à un rythme qui s’est accéléré depuis les années 1990.
Les déséquilibres des ressources en eau
Dans la majeure partie des régions chinoises, les précipitations se concentreront de plus en plus sur les saisons des pluies — l’été et l’automne — et inondations et sécheresses seront de plus en plus fréquentes, estime le rapport. D’après l’un des scénarios envisagés, huit des 31 provinces risquent d’être confrontées à de graves pénuries en eau d’ici 2050 — moins de 500 m3 par habitant —, et dix autres pourraient souffrir de pénuries chroniques moins dures. L’une des conséquences : la production céréalière de la Chine pourrait diminuer de 5 % à 20 % d’ici 2050, constituant une menace pour la sécurité alimentaire du pays. La situation est déjà critique aujourd’hui : la grave sécheresse qui a touché le nord-est du pays à la mi-2011, a été responsable d’une baisse des récoltes et d’une flambée des prix alimentaires. Du côté de l’économie, le manque d’eau a aussi provoqué une pénurie d’électricité handicapant les entreprises.
La montée du niveau des mers
Entre 1979 et 2009, le niveau de la mer est monté de 11,5 centimètres sur le littoral proche de Shanghai, à l’est du pays. Dans les trente ans à venir, il pourrait encore monter de 10 à 15 centimètres. Or, note le rapport, les efforts de la Chine pour protéger les zones côtières vulnérables par des digues s’avèrent largement insuffisant. Sans compter que leur vulnérabilité aux typhons et aux inondations risque d’augmenter du fait du réchauffement climatique. Conclusion : la montée du niveau de la mer va exercer une pression sur les grandes villes et les régions exportatrices de l’Est chinois, fer de lance de l’industrialisation du pays.
La pollution de l’air croissante
Les épais brouillards qui enveloppent les métropoles chinoises, empêchant toute visibilité au point de clouer les avions au sol, sont en passe de devenir le quotidien des citadins — devenus plus nombreux que les ruraux, pour la première fois de l’histoire de la Chine. Après avoir menti pendant des années sur la qualité de l’air, le gouvernement chinois s’est enfin résolu à publier les mesures de particules fines effectuées dans les villes. Une manière de concéder que la pollution urbaine pourrait avoir de graves répercussions sur la croissance économique, la santé publique et de la stabilité sociale, alors que des millions d’internautes chinois se sont déjà rebiffés contre les mensonges du gouvernement.
L’autorité européenne de sécurité alimentaire est gangrenée par l’industrie
L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) se base sur des données et des experts en provenance de l’industrie, ce qui biaise la sérénité de son jugement. C’est ce que montre un rapport publié par Corporate Europe Observatory (CEO) et Earth Open Source (EOS).
L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) est lourdement critiquée dans un nouveau rapport publié le 14 février par Corporate Europe Observatory (CEO) et Earth Open Source (EOS), qui montre que cette administration se base sur des données et des experts en provenance de l’industrie pour évaluer la sécurité des aliments, soulevant de sérieux doutes quant à l’indépendance de ses recommandations. [1]
Le Réseau Environnement Santé (RES) et Générations Futures (GF), deux ONG françaises spécialisées dans les questions de santé environnementale touchant notamment à la sécurité des produits chimiques, se sont senties pleinement concernées par cette problématique essentielle du manque d’indépendance de l’expertise de l’EFSA. C’est pourquoi elles ont collaboré avec CEO et EOS pour traduire leur rapport en français et le diffuser en France.
Le rapport paraît alors que l’EFSA, qui célèbre son 10e anniversaire cette année, fait l’objet d’enquêtes de la part de la Cour des Comptes Européenne et d’eurodéputés, ainsi que d’une évaluation officielle de la Commission Européenne.
Nina Holland, de Corporate Europe Observatory, explique : « Notre enquête montre que les intérêts industriels ont pénétré au coeur même de l’EFSA. La fréquence des conflits d’intérêts au sein du conseil d’administration et des panels d’experts, ainsi que le fait de se baser largement sur des études de l’industrie, sapent la capacité de l’EFSA à agir conformément à l’intérêt public en matière de sécurité alimentaire. Le fonctionnement de l’EFSA doit être complètement révisé ».
Des personnalités liées à l’industrie siègent dans nombre de comités scientifiques de l’EFSA. Selon le rapport, ceci donne lieu, et de manière fondamentale, à des conflits d’intérêts dans la façon dont l’autorité européenne évalue les données. En particulier, il est montré que des experts de l’EFSA ont des liens avec le lobby industriel ILSI (Institut International des Sciences de la Vie), financé par les principales entreprises de biotechnologie et de l’agroalimentaire.
Le rapport révèle comment des membres des panels de l’EFSA, notamment celui sur les emballages alimentaires, ont omis d’inclure leurs liens avec l’ILSI dans leurs déclarations d’intérêts, en violation des règles existantes de l’EFSA en la matière. L’EFSA a déjà négligé d’intervenir en de tels cas par le passé.
Les recommandations de l’EFSA ont été critiquées en de nombreuses occasions. Des produits tels que l’Aspartame (un édulcorant), le Glyphosate (un herbicide) et le composé chimique Bisphénol A, utilisé dans les plastiques, auraient été approuvés en dépit des réserves soulevées par des études scientifiques indépendantes.
Les méthodes par lesquelles l’EFSA a approuvé la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora ont également fait l’objet de critiques.
Le rapport en appelle à des critères plus stricts pour la sélection des experts, de façon à bannir les conflits d’intérêts avec l’industrie parmi ceux-ci, ainsi qu’à revoir de façon urgente la législation européenne encadrant le fonctionnement de l’EFSA, y compris l’utilisation des données de l’industrie pour les évaluations de risques. En effet, il est fréquent que des scientifiques indépendants ne puissent même pas remettre en cause les tests de l’industrie parce que le matériel de ceux-ci est considéré par cette dernière comme une information couverte par le secret commercial.
Claire Robinson, d’Earth Open Source, ajoute : « Le fait pour l’EFSA de se baser sur les données de l’industrie et d’écarter des recherches indépendantes pourrait mettre la santé publique en danger. Cette année, l’EFSA a accédé à une demande de Monsanto en relevant la limite acceptable pour les résidus de glyphosate sur les lentilles par un facteur 100-150. C’est se placer 6 fois au-dessus de la dose quotidienne pour une exposition sans risques telle que déterminée par des études indépendantes que l’EFSA a écartées. »
La Commission Européenne est censée revoir le règlement fondateur de l’EFSA en 2012, et la Cour des Comptes Européenne doit publier prochainement son rapport sur les conflits d’intérêt à l’EFSA ainsi que pour d’autres agences de l’UE.
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Note : Conflits indigestes - une decennie d’influence industrielle à l’EFSA, Corporate Europe Observatory and Earth Open Source, traduit par RES et Générations futures
Ecorev’
2010, « Année internationale de la biodiversité », a sonné le glas des objectifs annoncés en 2001 par l’Union européenne, à la suite de la Convention sur la diversité biologique signée lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992...
Pour vous procurer Ecorev’, rendez-vous ici.
Las d’assister, impuissants, à l’érosion croissante de la biodiversité, au saccage de la nature, de voir la société scier la branche sur laquelle elle est assise, certains environnementalistes en viennent à penser qu’il faudrait utiliser des concepts économiques pour convaincre les politiques de sauvegarder la nature, voire pour rémunérer des pratiques favorisant des « services environnementaux » utiles à l’homme.
Mais « monétariser » ainsi la nature pose la question de la valeur. Quelle(s) valeur(s) accorde-t-on à la biodiversité ? Que signifie le processus d’évaluation monétaire de la nature ? Qu’en disent les praticiens eux-mêmes ? Qu’en est-il de l’utilisation effective des évaluations économiques réalisées ?
La question du chiffre comme outil de décision et de domination avait été traitée d’un point de vue global dans le n°31 d’EcoRev’ intitulé « Des chiffres et des êtres ». Dans la continuité, le présent dossier se concentre plus précisément sur l’évaluation monétaire de la nature. Tout en précisant les problèmes éthiques et philosophiques posés, ce dossier montre que l’effort de monétarisation, s’il semble indispensable aujourd’hui pour entrer en dialogue avec les décideurs, ne donne pourtant pas souvent lieu aux décisions politiques espérées ; cette recherche de valorisation économique peut même se retourner contre les défenseurs de l’environnement, en réduisant la valeur de la nature à ce qui est chiffrable et en ouvrant la voie à sa marchandisation.
Finalement, tandis que pour le philosophe Patrick Viveret les questions sur la valeur économique devraient être déterminées par les considérations sur la valeur éthique, c’est à un tout autre projet que s’attèle le système capitaliste en crise. En élargissant la sphère marchande jusqu’au domaine du vivant et de la nature, il se prépare plutôt à soumettre ce dernier à la finance, sur la base d’une confusion savamment entretenue entre registre économique de la valeur et registre éthique des valeurs...
Quelle(s) valeur(s) pour la biodiversité ?
Dossier coordonné par Sarah Feuillette
p. 2 - Éditorial par la rédaction
p. 4 - Classique : Penser comme une montagne par Aldo Léopold
p. 5 - Classique : Débat entre Dave Foreman et Murray Bookchin
p. 10 - La biodiversité : une façon écologique de comprendre notre monde par Robert Barbault
p. 19 - De la nature aux services écosystémiques - une commodification de la biodiversité par Virginie Maris
p. 24 - Comment valoriser la biodiversité : de l’insuffisance des méthodes actuelles aux réponses proposées par l’Écologie Politique par Alexandre Rambaud & Loraine Roy
p. 32 - Monétarisation de la nature : utilité et contraintes par Olivier Bommelaer
p. 36 - La nature hors de prix par Jean-Marie Harribey
p. 44 - Le point de vue du rapporteur du CAS sur le coût de la biodiversité. Entretien avec Bernard Chevassus-au-Louis
p. 48 - A quoi servent les évaluations économiques de la biodiversité ? par Raphaël Billé, Yann Laurans, Laurent Mermet, Romain Piirard & Aleksander Rankovic
p. 55 - Le point de vue d’une ONG Entretien avec Ariel Brunner
p. 59 - Justifier les aides environnementales à l’agriculture sur le concept de biens publics et de services rendus ? Les enseignements du processus de réforme de la PAC par Xavier Poux
p. 65 - Le point de vue d’une élue. Entretien avec Hélène Gassin
p. 68 - La biodiversité financiarisée : de la marchandisation des « ressources » à celle des « services » par Christophe Bonneuil & Geneviève Azam
p. 76 - Le marché libre contre la vie par Guy Kastler
p. 78 - Le point de vue d’un philosophe. Entretien avec Patrick Viveret
p. 81 - Kit militant - Face au marché libre et à l’appropriation du vivant, le Réseau Semences Paysanne par Patrick de Kochko, Fanny Levrouw, et Anne-Charlotte Moÿ pour le Réseau Semences Paysannes
p. 84 - Lectures - Ecosocialisme. L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste - Michael Löwy
A Toulouse, la préfecture veut expulser des familles avec enfants
Depuis plusieurs mois, à Toulouse, plusieurs familles avec enfants logent dans un bâtiment public qu’avait abandonné l’Etat. La préfecture vient d’engager une procédure d’expulsion.
Ca y est, c’est parti. La préfecture vient d’engager une procédure pour faire expulser les 40 personnes qui habitent au Centre Social Autogéré du CREA, 70 allée des Demoiselles à Toulouse. Elle a donc décidé de nous remettre toutes et tous à la rue mais aussi d’écraser ce large mouvement d’entraide et de solidarité auquel vous avez peut-être pris part. Depuis bientôt un an, nous avons réquisitionné ce bâtiment laissé vide par l’Etat pour y accueillir des familles à la rue et des précaires ainsi que toutes sortes d’activités libres et gratuites, ouvertes à toutes et tous (alphabétisation, soutien scolaire, cinéma, concerts, boxe et autodéfense, ateliers d’arts plastiques, de musique, soutien juridique…). Des centaines de personnes ont utilisé ce lieu et continuent à le développer.
Depuis septembre, la campagne de réquisition « zéro enfants à la rue ! » initiée par le CREA est devenue un petit mouvement social, elle a permis de libérer 4 bâtiments et d’abriter une vingtaine de familles forcées de vivre à la rue par l’Etat et le capitalisme. Tout ça en refusant les subventions, sans coûter rien à personne et en nous organisant par nous-mêmes entre exploitéEs, aliénéEs, oppriméEs, indignéEs ou enragéEs de tous horizons.
Ce lieu nous protège, il nous donne de la force et de la joie, il nous permet de nous rencontrer, de nous entraider, de transformer collectivement les innombrables humiliations que nous inflige cette société en de multiples résistances. Il nous permet d’inventer ici et maintenant les bases d’une société basée sur l’égalité et la liberté, concrètes et réelles.
Les riches et les puissants détruisent la planète, ils pillent les ressources et mènent la guerre partout pour leurs intérêts, ils nous asservissent, ils nous trainent dans la misère et les prisons pour sauver leurs banques criminelles, ils organisent la précarité et le manque de logements pour spéculer, faire monter les loyers et baisser les salaires, ils nous insultent dans leurs télés et leurs journaux pendant qu’ils massacrent les peuples du monde qui ont commencé à se soulever.
Peuple de Toulouse, camarades d’ailleurs, l’heure est venue d’organiser la résistance ! Montrons aux riches et aux puissants qu’ils ne peuvent pas tout nous prendre et que nous sommes capables de défendre ce que nous aimons !
Le CREA et la campagne de réquisition continuent et continueront à libérer des bâtiments pour accueillir des personnes laissées à la rue et ouvrir des lieux de vie populaire. La répression ne nous paralysera pas. Continuez à nous rejoindre (réunion de la campagne de réquisition, un vendredi sur deux, au CREA).
A Toulouse et ailleurs, toutes vos initiatives pour bloquer la procédure et faire reculer la préfecture sont les bienvenues : écrivez votre refus de l’expulsion à la préfecture, apportez-nous des lettres de soutien. Créez des affiches ou récupérez les nôtres, diffusons des tracts et affichons incessamment dans toute la ville et ailleurs. Nous appelons dès à présent à lancer des occupations, réquisitions, manifestations, rassemblements, information, blocages et tout types d’actions directes qui vous sembleront pertinentes pour stopper l’oppresseur !
Rejoignez-nous, organisons-nous pour contre-attaquer.
Tout pour tou-te-s, pouvoir au peuple !
Des membres du CREA , de la campagne « zéro enfant à la rue » et leurs soutiens, 15 février 2012.
Plus les centrales nucléaires vieillissent, plus elles sont dangereuses
EDF et le gouvernement font accroire que l’allongement de la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires est anodin. Les experts officiels de l’IRSN et de l’ASN jugent problématique cette prolongation.
Une offensive tous azimuts du gouvernement et de la direction d’Edf tente de faire accepter par l’opinion publique l’intérêt « évident » du prolongement de la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires actuels qui équipent les centrales nucléaires françaises, jusqu’à 50 et peut être 60 ans.
Devant cette offensive de communication Global Chance tient à préciser un certain nombre d’éléments.
Rappelons d’abord qu’en France, il n’y a pas de durée d’exploitation a priori, contrairement aux Etats- Unis qui fixent deux butoirs pour les licences d’exploitation : 40 ans, puis 20 ans. En France, les réacteurs sont soumis à deux types de mesures de contrôle : contrôle permanent et revue de sûreté par inspections d’une part et, d’autre part, revues de sûreté nucléaire périodiques, tous les dix ans, en liaison avec le programme d’arrêt pour maintenance.
D’après EdF, les deux composants d’une centrale nucléaire qui ne sont pas remplaçables sont la cuve du réacteur et l’enceinte de confinement. Mais on peut se poser des questions sur d’autres éléments : le circuit primaire et tous les câblages électriques à l’intérieur de l’enceinte de confinement par exemple. En ce qui concerne les aciers de la cuve et du circuit primaire par exemple, on sait que plus longtemps dure l’intense irradiation neutronique, plus ils deviennent cassants : une injection massive d’eau froide dite de secours en cas d’accident pourrait entraîner la rupture brutale d’une cuve ou d’une tuyauterie primaire vieillie trop longtemps, surtout dans les premières centrales où les aciers sont sujets à des ségrégations de phosphore dites "veines sombres" qui accentuent le phénomène, concurremment parfois avec la présence de fissures entre acier au carbone résistant et revêtement d’inox interne anti- corrosion.
De même, en cas de situation accidentelle, notamment impliquant un incendie dans les parties centrales de l’ilot nucléaire le vieillissement à la longue et la détérioration des innombrables câbles et traversées électriques peut rendre inopérantes les tentatives de contrôle de la situation. Le remplacement de ces câbles et traversées, très imbriqués dans toutes les parties du cœur de la centrale et souvent en zone irradiée, représente un chantier considérable.
Pour juger des questions de sûreté liées l’allongement de la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires au-delà de leur durée prévue au moment de leur conception, soit trente ans, il nous paraît indispensable de nous reporter à quelques uns des témoignages de ceux qui sont responsables de la sûreté nucléaire, l’IRSN et l’ASN.
Nous en citons quelques uns ci dessous :
1. Dans son rapport R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : bilan et perspectives, l’IRSN définit ce que l’on entend par accident grave et présente l’objectif des recherches sur la sûreté relative à cet accident (La Documentation française, janvier 2007). On peut y lire : « La recherche concerne les réacteurs en fonctionnement et les réacteurs futurs. Les phénomènes de base sont les mêmes pour les réacteurs à eau sous pression actuels ou en projet. Toutefois, dans le cas des centrales existantes, les accidents graves n’ont pas été considérés lors de leur conception. Les modifications envisageables de l’installation sont donc restreintes et les recherches menées dans ce cadre ont essentiellement pour objectif de trouver des moyens de limiter les conséquences d’un éventuel accident grave ».
2- Jacques Répussard, directeur général de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), écrit dans Le Monde du mercredi 6 avril 2011 : « Sur le parc mondial, 14 000 années-réacteur sont déjà passées, et les statistiques montrent qu’on est à 0,0002 (2x10-4) accident nucléaire grave par an, soit vingt fois plus qu’attendu selon les études probabilistes, qui ne savent pas bien prendre en compte l’aléa naturel et le facteur humain. Le nucléaire fait jeu égal avec l’industrie chimique. C’est insuffisant. On peut donc se poser la question : l’homme est-il en mesure de maîtriser cette technologie pour diviser au moins par deux ce risque d’accident ? Y a-t-il une barrière ? Ce serait une conclusion inquiétante, car cela signifierait qu’avec 1 000 réacteurs installés, un accident nucléaire grave se produirait en moyenne tous les dix ans, ce qui n’est pas supportable ».
Ce calcul est basé sur trois accidents graves ou au-dessus (Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima compté comme un seul accident). Notons qu’en faisant le même calcul pour les quatre réacteurs ayant connu un accident majeur (et pas seulement grave), un à Tchernobyl et trois à Fukushima, on trouve un rapport de l’ordre de 300 et non plus de 20 par rapport aux attentes des études probabilistes.
3. Jacques Repussard, dans le Journal du Dimanche (JDD) du 1er janvier 2012 répond aux questions d’un journaliste : « JDD - Qu’a révélé votre audit post-Fukushima sur la sûreté des centrales françaises ? Repussard - Celles-ci ne prennent pas en compte des scénarios comme Fukushima avec une perte totale d’eau et d’électricité. EDF propose des moyens de secours sous vingt-quatre heures mais on ne peut pas attendre tant de temps. Un séisme pourrait provoquer des accidents sérieux sur certains sites comme à Fessenheim et au Bugey. Les sites des vallées du Rhône et de la Loire doivent surélever leurs digues pour se protéger de fortes inondations. JDD - La centrale de Fessenheim est pointée du doigt. La fermerez-vous ? Repussard - Depuis plusieurs années, nous disons qu’il faut renforcer son radier [dalle sous le réacteur] pour éviter une fuite en cas d’accident. Si EDF ne réalise pas ces travaux, il faudra fermer la centrale. Il n’est plus admissible que ces sujets retombent dans l’oubli. Cela nécessite des arbitrages économiques en faveur de la sûreté. Mais il ne faut pas non plus "sacraliser" la fermeture d’un réacteur. La France choisit de rester dans le nucléaire, il faudra construire de nouvelles centrales et donc arrêter les anciennes au fur et à mesure ».
4- André-Claude Lacoste, président de l’ASN, écrit dans Le Monde du 4 janvier 2012 : « Nous avons beau être porteurs de l’idée qu’un accident nucléaire ne peut être exclu, c’est quand même un choc de voir un accident qui conduit à l’évacuation de 200000 personnes, un territoire de 2 000 km2 ravagé ».
5. André-Claude Lacoste, dans une audition parlementaire du 30 mars 2011 affirme : « La position constante de l’ASN a toujours été la suivante : personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais en France un accident nucléaire. Je dis ce que je dis, et je répète une position constante de l’ASN française ».
6. Dans son Avis DSR_2010-153 du 19 mai 2010, sur la tenue en service des cuves des réacteurs de 900 MWe, l’IRSN écrit : "Les études probabilistes se fondent sur l’hypothèse de 10-5 accident grave par année réacteur et 10-6 accident majeur par année réacteur. L’IRSN en conclut qu’à VD3+5 ans,( visite des 30 ans + 5ans, soit 35 ans) le risque de rupture brutale n’est pas exclu pour les cuves des réacteurs de Dampierre 4, Cruas 1, Cruas 2, Saint-Laurent B1 et Chinon B2 en cas de situations incidentelles et accidentelles... Les marges à la rupture sont également insuffisantes à VD3 + 5 ans pour les cuves de Saint-Laurent B1 et de Bugey 5 qui sont affectées de défauts ».
7. Dans son avis n°2011-AV-0120 du 4 juillet 2011 l’ASN écrit : « l’ASN considère que, sous réserve des conclusions à venir des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) engagées à la suite de l’accident de Fukushima et au vu du bilan du troisième réexamen de sûreté du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim, le réacteur n°1 est apte à être exploité pour une durée de dix années supplémentaires après ce troisième réexamen à condition de respecter les prescriptions de la décision de l’ASN n° 2011-DC-0231 du 4 juillet 2011 et notamment les deux prescriptions majeures suivantes : • Renforcer le radier du réacteur avant le 30 juin 2013, afin d’augmenter sa résistance au corium en cas d’accident grave avec percement de la cuve ; • Installer avant le 31 décembre 2012 des dispositions techniques de secours permettant d’évacuer durablement la puissance résiduelle en cas de perte de la source froide. » Et ce n’est que pour atteindre 40 ans...
8 –Enfin , dans son rapport Les coûts de la filière électronucléaire du 13 février 2012, la Cour des comptes, dans le chapitre consacré aux questions d’assurance du risque d’accident grave ou majeur indique : « Les estimations de l’IRSN donnent un coût moyen compris entre 70 Md [milliards] d’euros pour un accident modéré sur un réacteur comme celui qui s’est produit à Three Mile Island en 1979 et 600 à 1000 Md [milliards] d’euros pour un accident très grave comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima. »
Au vu de ces prises de position publiques et témoignages de personnalités reconnues, directement impliquées dans les questions de sûreté nucléaire, Global Chance s’élève vivement contre l’irresponsabilité dont font preuve aujourd’hui EDF et le gouvernement, en présentant la prolongation de la durée de vie du parc actuel de 10 à 20 ans comme une évidence industrielle et économique incontournable et en faisant de fait l’impasse totale sur les risques majeurs d’une telle stratégie pour nos concitoyens.
Près de Roissy, lutte contre le béton
Le mercredi 15 février 2012 s’est tenu, à Gonesse et à l’initiative du conseil général du Val d’Oise, la deuxième réunion de concertation portant sur le projet de barreau routier entre Le Thillay et Gonesse, reliant les RD 47, 317 et 902.
Ce projet est ancien, comme tous les projets routiers. L’assemblée départementale le ressort des cartons à un bien mauvais moment.
L’Établissement Public d’Aménagement Plaine de France, pour convaincre les agriculteurs et les associations de laisser urbaniser 250 hectares du Triangle de Gonesse, met en avant le maintien d’un « carré vert » agricole de 400 ha. Alors que rien n’est mis en place pour garantir la vocation agricole du « carré vert », le conseil général le coupe déjà par une nouvelle route ! Dans son bulletin municipal, la commune de Gonesse explique que « cette réalisation permettra de fluidifier la circulation à Gonesse, notamment aux abords de la Patte d’Oie. » Pire, la commune de Roissy propose de prolonger le barreau jusqu’à l’autoroute A1 pour rejoindre Paris Nord 2.
Face aux protestations des associations et des agriculteurs, le maire de Gonesse pense enfin au « carré vert », mais accepte la moitié du projet aux abords du lieu dit Le Moulin à draps, tout aussi inutile et source de nuisances à l’entrée du Thillay.
La veille se tenait la « Conférence territoriale du Grand Roissy ». Tous les intervenants ont souligné la nécessité d’un aménagement moins consommateur d’espaces agricoles. Cependant, les décisions concrètes sont renvoyées à plus tard, avec la révision du Schéma de Cohérence Territoriale de l’est de la Plaine de France.
Pour le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG), mobilisé pour le maintien de l’agriculture sur l’ensemble du Triangle de Gonesse, il est temps de renoncer à des projets inutiles du nord du Triangle tels que ce barreau routier, mais aussi le golf de Roissy d’une emprise agricole de 90 hectares, alors qu’il y a déjà plusieurs golfs proches de Roissy, dont un à Gonesse.
Un acte de terrorisme anti-écologique commis en Ardèche
Des individus ont incendié le campement de naturalistes au col de l’Escrinet, en Ardèche. Les écologistes observent le passage des oiseaux migrateurs, légalement protégés de la chasse.
Dans la nuit de vendredi 17 février à samedi 18, le camp de comptage des oiseaux du Col de l’Escrinet (Ardèche), a été totalement ravagé par un incendie criminel et par l’abattage à la tronçonneuse des arbres qui le protégeaient. Pierre Athanaze, porte parole du « Collectif Escrinet col libre » dont fait partie la FRAPNA, a déposé plainte.
Depuis les années 1980, ce haut lieu de la migration - et du braconnage - a longtemps été un foyer de violences de la part des chasseurs contre les protecteurs de la nature. Après 3 ans d’accalmie [1], les biologistes sont à nouveau menacés physiquement.
« J’y vois clairement les conséquences des cadeaux de Nicolas Sarkozy au lobby chasse » déplore Pierre Athanaze. « Le Président de la République vient d’autoriser la chasse aux oies en période de migration sous prétexte ’d’études scientifiques’, ainsi que celle de deux espèces d’oiseaux rares (le courlis cendré et l’eider à duvet). Cela a été perçu comme un feu vert par les chasseurs, qui font pression pendant cette période pré-électorale, et menacent également d’organiser d’autres actions de violence contre les protecteurs de la nature. C’est du terrorisme anti-écologistes ».
Dans les années passées, les chasseurs de l’Escrinet ont menacé de mort des biologistes, jeté leur caravane dans un ravin, risquant de tuer l’un d’eux, et se sont même permis de prendre en otage des gardes-chasse. Pour tout le monde ici, les choses sont claires : c’est du côté des chasseurs qu’il faut chercher les coupables. Des tronçonneuses contre les jumelles, le combat est inégal.
Le Collectif Escrinet Col Libre, le CORA et la FRAPNA appellent tous les sympathisants à se rendre aussi régulièrement que possible sur le site du Col pour éviter aux bénévoles d’avoir à faire face seuls à d’autres débordements éventuels et permettre aux oiseaux migrateurs de poursuivre leur mouvement immémorial.
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Note :
[1] L’arrêt du braconnage des pigeons migrateurs, donc le respect de la loi, n’avait été obtenu qu’après… 17 ans de lutte.
Après la vague de froid, prévoir des inondations
Le dégel pourrait entraîner de graves inondations en Europe centrale et de l’Est
La vague de froid qui a frappé l’Europe ces dernières semaines et fait des centaines de morts pourrait encore avoir de sérieuses conséquences. Selon l’agence des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, les régions d’Europe centrale et d’Europe de l’Est pourraient affronter de nouvelles perturbations au moment du dégel avec le risque de graves inondations.
En Bulgarie et en Roumanie, les températures devraient atteindre entre huit et dix degrés Celsius au cours des dix prochains jours. Avec, comme principale conséquence, la fonte de la glace le long du Danube, indique la SIPC (Stratégie Internationale des Nations Unies pour la prévention des risques de catastrophes naturelles).
« Des signes avant-coureurs d’inondations destructrices »
« Alors que des milliers de personnes restent bloquées par la neige de la Serbie à la Bulgarie, il y a des signes avant-coureurs d’inondations destructrices pouvant provoquer des pertes en vies humaines et en biens économiques », a déclaré Margareta Wahlström, la représentante spéciale de l’ONU pour la Stratégie internationale de prévention des catastrophes des Nations unies, dans un communiqué. Des zones sans infrastructures adéquates pour gérer les inondations comme les barrages et les digues seront particulièrement touchées, a-t-elle ajouté.
Autre cri d’alerte, celui de Denis McLean, un porte-parole du SIPC : « Il est temps maintenant pour les autorités de ces pays, la Croix-Rouge, les organisations nationales pour la réduction des risques de catastrophe et la protection civile de prendre des mesures pour s’assurer qu’il n’y aura pas de pertes en vies humaines au moment des inondations », a t-il indiqué.
La Commission européenne a mis en place le système européen d’alerte des inondations (EFAS) à la suite des crues de l’Elbe et du Danube en 2002. Mais la SIPC estime que le dégel annoncé pourrait mettre encore plus le système à l’épreuve.
Appel pour un référendum sur le nouveau Traité européen
Plusieurs traités européens ont déjà dépossédé les citoyens de la possibilité de choisir les orientations de l’Union européenne.
Aujourd’hui, la Grèce mais aussi le Portugal, l’Irlande et l’Italie se voient imposer des décisions majeures dans des domaines qui ne sont de la compétence, ni de la Commission, ni du Conseil européens. Les dirigeants et les technocrates de l’Europe, au service de la finance, enfoncent les populations dans la récession, la régression sociale et la misère, renforçant ainsi les inégalités, les discriminations et la xénophobie.
Le sommet européen a adopté le 9 décembre, le projet du TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination, et la gouvernance dans l’Union), dit traité Merkozy. Il cherche à donner une base légale à la répression, la régression sociale et aux dénis de démocratie, durcissant les règles qui figuraient déjà dans dans le Traité de Maastricht puis dans celui de Lisbonne, imposant de lourdes sanctions « immédiates » et « automatiques » aux pays contrevenants. Cet accord a vocation à engager l’ensemble des pays de l’Union et l’ensemble des décisions politiques.
Les gouvernants qui entendent limiter aux parlements la ratification du traité manifestent leur mépris des exigences démocratiques.
Ils se font les complices de la remise en cause du principe démocratique fondamental : la souveraineté du peuple.
Nous refusons de renoncer à nos droits !!
Quelle que soit l’issue des échéances électorales d’avril, mai et juin , que le texte reste en l’état ou qu’il soit modifié lors d’une éventuelle renégociation, nous exigeons la tenue d’un référendum pour que le peuple décide si la France doit approuver ou refuser le nouveau Traité.
Nous invitons toutes et tous les citoyen(ne)s à se mobiliser dans leurs quartiers, leurs villes ou leurs villages, leurs lieux de travail, au sein de leurs partis, leurs syndicats ou de leurs associations. Organisons ensemble réunions publiques, manifestations, pétitions, occupations, et autres actions pour un vrai débat et bâtir ensemble l’Europe que nous voulons !
Pétrole en Méditerranée : la Corse serait touchée en cas de marée noire
La Méditerranée retient son souffle. Le gouvernement français doit délivrer un permis de forage d’hydrocarbures dans les semaines qui viennent (à 1500/2000m de profondeur). Un rapport, rendu le 3 décembre 2010, pour le Conseil scientifique du Parc national de Port Cros, détaille les risques potentiels de pollution par hydrocarbures liés à une exploitation dans la zone couverte par la demande de permis de prospection Rhône maritime.
La zone dans laquelle le permis pourrait être accordé est tracée à 160 kilomètres au large des côtes corses et sardes, à quelques encablures du parc national de Port-Cros. Les conclusions sont sans appel : « Les risques d’une pollution par une nappe hydrocarbures provenant d’une exploitation dans la zone de prospection “Rhône maritime” sont réels. Ce risque existe à toutes les profondeurs. Il est néanmoins maximum pour la zone du sanctuaire marin Pélagos. En effet, celui-ci est situé à une quarantaine de kilomètre sous le vent dominant dont l’intensité et la fréquence sont plus intenses.
La zone de prospection est une zone où la météorologie et les états de la mer présentent des risques élevés pour des installations de forages profonds et d’exploitation pétrolière, notamment liés à l’incertitude en termes de sismicité ».
Un collectif « Non aux hydrocarbures en Méditerranée », s’est créé ; il a d’ores et déjà pris plusieurs initiatives : - les scientifiques lanceront un appel aux élus lors d’une « conférence alerte » le 19 mars ; - les ministres de l’Industrie et de l’Ecologie seront interpellés par lettre ouverte ; - une manifestation est prévue devant le Fort de Brégançon le 8 avril.
L’Angleterre se prépare à la pire sécheresse depuis 35 ans
L’été semble encore loin, pourtant, en Grande-Bretagne, les habitants ont déjà été priés de restreindre leur consommation d’eau. Le manque de pluies provoque une importante sécheresse et l’arrivée des beaux jours ne va pas arranger les choses.
Nappes phréatiques quasi sèches, en plein mois de février, on peut dire que les agriculteurs et éleveurs britanniques paniquent et ils ne sont pas les seuls. Face à cette situation critique, les autorités ont interdit l’utilisation des jets d’eau et des tuyaux d’arrosage, le remplissage des piscines, alors que l’hiver n’est pas encore fini.
« L’été dernier a été très sec, mais cette année s’annonce encore bien pire puisque l’hiver n’a pas apporté les pluies que nous espérions. L’an dernier, ce sont principalement les agriculteurs qui ont été touchés par la sécheresse, mais cette fois, il est plus probable que l’approvisionnement public sera également affecté sauf si nous avons des précipitations importantes avant l’été », explique Mme Spelman, Secrétaire d’Etat à l’Environnement.
« Nous avons organisé un sommet pour réunir tout le monde autour de la table et décider quelles mesures doivent être prises ». Si le gouvernement envisage de construire un pipeline depuis les régions du Nord - où les précipitations ont été abondantes - pour approvisionner le Sud-Est, la secrétaire précise que ce projet est coûteux et prendra des années à être réaliser s’il est accepté.
Elle a donc appelé les familles à commencer à économiser l’eau dès aujourd’hui. « Commencer à économiser l’eau en été, quand il fait chaud, c’est trop tard. C’est maintenant qu’il faut prendre des mesures préventives afin que nous puissions atténuer l’impact dans le futur ».
Les zones les plus touchées sont l’Est de l’Angleterre, les Midlands et le Sud-Est. La rivière Kennet, dans le Wiltshire, et celle de Chess à Chesham, sont complètement à sec. L’Agence de l’environnement a d’ailleurs commencé à déplacer les poissons de certaines rivières en raison des faibles niveaux d’eau.
Les précipitations moyennes de cet hiver en Grande-Bretagne ont été plus faibles qu’en 1976, année de la plus grave sécheresse du pays, qui avait provoqué la perte de nombreuses récoltes, des incendies et des coupures dans l’approvisionnement en eau.
Le gouvernement fait un nouveau cadeau aux chasseurs
La loi votée le 23 février accorde de nombreux nouveaux avantages, notamment fiscaux, aux chasseurs.
Le jeudi 23 février, les députés ont adopté définitivement le projet de loi portant diverses dispositions d’ordre cynégétique.
Nicolas Sarkozy s’était engagé à ce qu’une loi sur la chasse, la cinquième en douze ans, soit adoptée avant la fin de la session parlementaire. Cette loi, rédigée sur mesure pour flatter le monde de la chasse, s’ajoute à un ensemble de mesures réglementaires déjà concédées aux chasseurs le 31 janvier dernier. Que de cadeaux offerts aux chasseurs en cette période pré-électorale !
France Nature Environnement, la Ligue ROC, la Ligue pour la Protection des Oiseaux s’insurgent contre les dispositions prévues, notamment sur les points suivants :
- la mise en place d’une exonération fiscale pour les propriétaires d’installations de chasse
Les installations de chasse, à partir desquelles se pratique la chasse au gibier d’eau, peuvent constituer une mine d’or pour leurs propriétaires. Elles peuvent se louer plus de 200 € la nuit et se vendre jusqu’à 250 000 €. Les propriétaires ne sont nullement imposés sur ces transactions, qui ne sont pas déclarées au fisc. Ainsi, il peut être plus rentable et plus simple de louer une installation de chasse qu’un studio à Paris ! Or, plutôt que d’appliquer une fiscalité à ces installations, le Gouvernement choisit de les exonérer de taxe foncière. Quand il s’agit de chasse, la chasse aux niches fiscales n’est pas d’actualité !
- les risques de pression sur le droit d’opposition à la chasse
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a reconnu en 1999 le droit pour tout propriétaire de s’opposer à la chasse sur son territoire. Cela ne signifie nullement que le propriétaire opposé à la chasse sur son fonds est exempt de responsabilité en cas de prolifération de gibier sur son fonds à l’origine de dégâts agricoles : sa responsabilité financière peut être engagée et par ailleurs il doit se soumettre à d’éventuelles battues administratives décrétées par le préfet.
Le dispositif proposé par la loi confère aux chasseurs la possibilité de demander au préfet d’imposer un prélèvement d’animaux à des propriétaires opposés à la chasse. Une telle disposition risque d’accroître les pressions qui sont déjà exercées aujourd’hui sur ces propriétaires, dont certains font parfois l’objet d’intimidations. Les associations craignent, avec le dispositif proposé, des dérives et la remise en cause du principe d’opposition de conscience reconnu par la CEDH
- la confiscation de la faune sauvage par les seuls chasseurs
Avec cette loi, les chasseurs s’auto-érigent comme les seuls dépositaires de la faune sauvage. Les exemples sont nombreux : . en matière de gestion des dégâts de gibier, le dispositif est confisqué au profit des seuls chasseurs et des agriculteurs, le recueil de l’avis des autres parties prenantes n’étant même pas prévu ! . le ministère de l’Ecologie perd la possibilité de mettre en place de sa propre initiative un prélèvement maximal autorisé (PMA), dont les chasseurs deviennent les seuls initiateurs. Imaginerait-on que les limitations de vitesse soient définies par les seuls automobilistes ? . les chasseurs gardent la main sur la création des réserves de chasse. La proposition du rapporteur Jérôme Bignon de restaurer le droit d’initiative du préfet a été repoussée.
A une époque où tous les acteurs saluent et pratiquent le dialogue des parties prenantes, les chasseurs, tellement peu assurés de la justesse de leur point de vue, préfèrent empêcher ce dialogue.
Enfin, par cette loi les chasseurs s’auto-proclament gestionnaires de la biodiversité, pourtant aucune des dispositions du texte ne va dans ce sens. France Nature Environnement, la Ligue ROC, la Ligue pour la Protection des Oiseaux dénoncent un nouveau cadeau fait aux chasseurs, au mépris des questions de biodiversité et des principes de gouvernance mis en place suite au Grenelle.
Les Semaines de l’Environnement se fichent de la performance
"On nous dit qu’être productique c’est ce qui rend trésoreux. Qu’est-ce qu’être performique ? C’est de croire en ce jeu. Pour nous non croyants c’est l’impasse, faut pas que ça dure ! "
Les Semaines de l’environnement critiquent la performance et proposent une vision alternative et engagée de l’écologie.
Deux pas pour te réveiller, A rêvasser comme ça, ça va péter ! Têtard entêté ! T’iras toujours à pied surtout si c’est à vélo... On nous dit qu’être productique c’est ce qui rend trésoreux. Qu’est-ce qu’être performique ? C’est de croire en ce jeu. Pour nous non croyants c’est l’impasse, faut pas que ça dure ! Quelle performule magique sera la clef de la serrure ?
Réponse : Faut toujours des partants car un faux départ tue. Le lièvre a pris de l’avance, au fond c’était tentant, il fonce à la potence ; soyez la tortue !
Pour tous renseignements : reseaugrappe (at)gmail.com www.reseaugrappe.org / 04 67 14 30 94
- Perpignan : 3 au 11 mars
- Clermont-Ferrand : 15 au 17 mars
- Rennes : 4 au 11mars
- Pau : 16 au 22 mars
- Lille : 8 au 10 mars
- Strasbourg : 26 au 31 mars
- Montpellier : 11 au 17 mars
- Tours ... Fin mars
- Grenoble :12 au 16 mars
- Toulouse ... Début avril
Les Etats-Unis ont adopté une loi permettant de contrôler l’économie européenne
La loi Dodd-Frank, qui entrera en vigueur en juillet prochain, donne au gouvernement des Etats-Unis un pouvoir d’action sur les finances européennes. « Supposons que les Etats-Unis veuillent faire exploser la zone euro parce que la monnaie unique serait un placement refuge par rapport au dollar pourri jusqu’à la moelle. »
Voici une nouvelle passée quasi inaperçue. Les nord-américains ont voté une loi nommée « Dodd-Frank » pour limiter les prises de risque des banques américaines. Quelle saine préoccupation ! Mais comme d’habitude quand ils prennent une mine raisonnable, c’est toujours l’indice du fait qu’il y a anguille impérialiste sous la roche des pieuses intentions.
Celle-là n’est pas mal du tout. Car la dite loi ne s’applique pas seulement aux banques américaines mais, de fait, à toutes celles qui travaillent aux Etats-Unis quelle que soit leur nationalité. Ou bien qui mettent en garantie de leurs opérations des titres américains. C’est-à-dire, en fait, tout le milieu bancaire mondial. Avant de regarder ce que cela implique, notons cette habitude qu’ont prise les Etats-Unis d’obliger tout le monde à se conformer à leur législation. C’est une autre façon d’exprimer qu’ils se donnent le statut de maîtres du monde ! C’est avec cette méthode qu’ils parviennent à imposer le blocus de Cuba, pourtant condamné par les Nations Unies, à tous les fournisseurs et transporteurs du monde.
Je reviens à cette législation pour contrôler les prises de risques. Donc, dès qu’une activité est réputée trop risquée, couic, elle est sanctionnée. Qu’ils fassent comme ils veulent chez eux c’est bien leur droit. Mais de quel droit par contre viendraient-ils sanctionner une transaction faite entre deux banques européennes en Europe au motif de leurs contreparties en titres nord-américains ? Bizarre ! Surtout que certains titres spécialement dangereux ne sont pas inclus dans le périmètre des sanctions potentielles. Lesquels ? Ceux de la dette fédérale des USA ! Gros malins ! Et l’inverse ?
C’est-à-dire la possibilité pour les banques européennes de proposer aux Etats-Unis des titres de dette d’états européens ? Sur ce point il n’y a pas de garantie. Tout simplement.
Imaginons la suite : un Etat lambda a une mauvaise note. Les autorités nord-américaines décident que ces titres de dette souveraine sont un placement dangereux. Aussitôt il devient interdit d’en acheter aux Etats-Unis. Ou d’en posséder ailleurs si l’on a une activité aux Etats-Unis. Et ainsi de suite.
Ce pauvre Michel Barnier, commissaire européen issu de l’UMP française a donc couiné et tapé du pied. « Nous demandons que les titres souverains de l’Union européenne reçoivent le même traitement que les titres souverains américains ». Mais oui, biquet ! Compte là-dessus ! Cette nouvelle loi entre en vigueur en juillet prochain. A partir de là, une note des agences de notation devient un instrument direct de blocage pour les USA qui peuvent interdire à un Etat l’accès au marché financier. Donc le condamner à mort puisqu’il est interdit aux Etats européens de se financer ailleurs.
Imaginons encore. Supposons que les Etats-Unis veuillent faire exploser la zone euro parce que la monnaie unique serait un placement refuge par rapport au dollar pourri jusqu’à la moelle. Supposons qu’ils aient attaqué un pays pour faire tomber la zone et même plusieurs alentours pour accroître la tension. Supposons qu’ils aient ordonné à leurs banques de bloquer les liquidités en dollar pour les assécher et déstabiliser le prêt interbancaire des seuls agents autorisés à venir à la rescousse de l’Etat attaqué. Supposons que tout cela n’ait servi à rien parce que la Banque Centrale Européenne aurait aussitôt ouvert une ligne de crédit illimitée aux banques nationales. Oui supposons ce scénario. Paranoïaque, bien sûr. Pure hypothèse d’école, cela va de soi. Alors, dans ce cas, la nouvelle loi « Dodd-Frank » permettrait de disposer d’un nouvel instrument pour étrangler sans être contourné. J’ai bien dit que c’était de l’imaginaire. En fait les Etats-Unis sont nos alliés et nos amis. Bien sûr. La preuve en 2015, grâce au « Grand Marché transatlantique » le marché commun unifié sur les deux rives de l’atlantique sera constitué.
Nature et Progrès
Le numéro 86 de janvier-mars 2012 est paru.
Au sommaire :
- Société : Nier Tchernobyl, la clé pour normaliser Fukushima
- Opinion : vers un chaos médical
- Bio-portrait : Le saunier, cultivateur de perce-pierres
- Dossier : Alimentons 2012, étendre la proximité pour alimenter la démocratie :
. Pauvreté, le retour des droits d’usage . Groupements d’achat, la consommation cohérente . Quelle(s) agriculture(s) pour nourrir sans détruire ?
- Faites le vous-même : nichoirs et abris à insectes
- Végétal : pas blette, la bette !
Avis aux charognards : EELV n’est pas morte !
« Certains spéculent sur la mort d’EÉLV. Oui, oui. Ceux qui réduisent la vie politique au quinquennal concours d’hypocrisie, à l’élection la plus anti-démocratique qui soit, veulent anticiper d’un mauvais résultat pronostiqué de l’écologie politique, la disparition d’EÉLV. Ah, c’est qu’ils sont quelques-uns que ça arrangerait de voir enfin disparaitre ces écologistes autonomes ! »
Ok, il est fort probable que EÉLV [Europe Ecologie Les Verts] et Éva Joly n’obtiennent pas en avril prochain les mêmes suffrages que ceux des Européennes, des régionales ou des cantonales. Certes. Rien de bien surprenant à cela, cette situation s’explique par tout un certain nombre de critères totalement extérieurs à la personne qui porte la candidature de l’écologie.
Or, tenez-vous bien, il se trouve que certains spéculent sur la mort d’EÉLV. Oui, oui. Ceux qui réduisent la vie politique au quinquennal concours d’hypocrisie, à l’élection la plus anti-démocratique qui soit, veulent anticiper d’un mauvais résultat pronostiqué de l’écologie politique, la disparition d’EÉLV. Ah, c’est qu’ils sont quelques-uns que ça arrangerait de voir enfin disparaitre ces écologistes autonomes ! On pourrait enfin avoir un petit coup de peinture verte accolé à un programme productiviste, on pourrait enfin ne parler que de protection de l’environnement sans aborder le fond social et économique qui concourt à la destruction de la planète et des solidarités.
Pas de bol pour vous, chers messieurs-dames charognards, vous spéculez mal. On ne vous a d’ailleurs jamais appris que la spéculation, ce n’était pas franchement une vertu écologiste ? Europe Écologie les Verts est un mouvement plein de défauts, un collectif parfois brouillon, avec lequel je peux parfois avoir de vraies divergences, mais c’est un collectif, c’est-à-dire des gens qui se mettent ensemble pour soutenir un objectif commun : l’écologie politique. Je veux bien imaginer qu’il y ait plusieurs mouvements se revendiquant de l’écologie politique même si je pense que celle-ci n’est pas encore assez forte pour se le permettre.
Cependant, au sein d’EÉLV, il y a des militants, des sympathisants, des coopérateurs, des élus, des gens qui sont tous les jours sur le terrain. Ce soir par exemple, j’avais conseil municipal. Oui, c’est vrai, ce n’est pas très glorieux de débattre du camping municipal de Pontarlier ou de l’achat de parcelles de forêts, ce ne sera pas au JT, mais c’est cela aussi l’écologie politique.
Éva Joly a été largement choisie lors d’une primaire ouverte à laquelle était conviée toute personne se réclamant de l’écologie politique. Lui faire un procès en légitimité, c’est insulter les 30.000 électeurs. Parmi eux, certains ont voté pour Nicolas Hulot, Stéphane Lhomme ou Henri Stoll. Ils auraient pu également voter pour une autre candidate si elle avait daigné se présenter. La majorité de ces votants soutient aujourd’hui Éva Joly. Certains, déçus, ne font pas campagne. Je le comprends tout à fait et ne les en blâme pas, mais au moins ne font-ils pas campagne CONTRE la candidate de l’écologie, soutenue par EÉLV et le MEI.
Au-delà de la présidentielle, EÉLV, c’est un réseau, c’est un mouvement. Il ne s’agit pas d’un fan club. Il ne s’agit pas d’amoureux béats de l’environnement prêts à rejoindre celui qui leur fera la plus belle danse du ventre. Où sont-ils les adhérents et les élus de CAP 21 dans le Haut-Doubs quand il faut défendre les transports en commun ou les personnes persécutées parce qu’elles n’ont pas le bon papier d’identité, quand il faut réfléchir à une alternative touristique, quand il faut défendre la Loue et les rivières comtoises, quand il faut demander la fermeture d’élevages illégaux de visons ? On les a beaucoup entendu les militants du Front de Gauche sur les tentatives des productivistes pour relancer le projet fou de grand canal ? Qui a dénoncé les ventes de Rafales “made in France” par Dassault, le copain de tous les briscards de la politique, de Sarko à Mélenchon ? La vice-présidente à la culture de la région Franche-Comté qui se bat pour montrer qu’il existe une politique écologiste de la culture, vous me rappelez de quel parti elle est ? Et qui se confronte régulièrement en commission locale de l’eau aux acharnés des canons à neige si ce n’est un élu EÉLV ? Qui part à la rencontre des éleveurs, des environnementalistes, des biologistes pour faire en sorte que le retour du loup dans Haut-Doubs soit une réalité gagnante pour tous ?
EÉLV, ce sont tous ces militants et ces élus, reconnus et implantés, avec leurs divergences internes, leurs débats, qui se battent au quotidien, dans les quatre coins de France, ils sont opiniâtres, passionnés, et ils ne sont pas prêts à changer de bord uniquement parce que nous ne faisons pas un bon résultat à l’élection de Mister testostérone France 2012.
Éva Joly aura moins de difficultés à obtenir les 500 signatures que ses prédécesseurs, tout simplement parce que l’écologie politique qu’elle représente s’est implantée localement, parce qu’elle a obtenu sa légitimité de l’action locale de tous ces activistes, de tous ces élus.
Je pense même que, quel que soit notre (oui, NOTRE) résultat, nous sortirons renforcés de cette épreuve de la présidentielle parce que nous avons fait, comme toujours, le choix du fond, du projet, de la transparence, et non pas celui de la forme, du simplisme et de la démagogie. Parce que nous en tirerons forcément les conséquences sur notre organisation interne. Parce que, contrairement à ce que répètent en boucle les charognards, nous sommes largement en position de réaliser le meilleur score des écologistes à cette parodie de démocratie. Parce qu’en présentant une incorruptible, une “candidate qui ne sait pas mentir”, une femme, d’origine étrangère, nous avons provoqué des débats qui sont des révélateurs de l’état de notre démocratie.
La vie politique, c’est bien plus que la présidentielle. Alors, oui, les pisse-froids, on les emmerde et on leur donne rendez-vous le 22 avril, mais aussi aux législatives, aux municipales et surtout, on leur donne rendez-vous, en dehors des élections, dans tous les combats locaux de l’écologie politique.
Ligne THT de l’EPR : les Randonneurs perturbent les travaux
Une quinzaine de personnes se sont retrouvées du côté de Bréal-sous-Vitré, en Ille et Vilaine, à 9 h ce 23 février 2012 dans l’objectif de perturber l’avancée des travaux sur la ligne THT Cotentin-Maine, comme ce fut déjà le cas plus au nord, dans la Manche, le 26 janvier à Hauteville la Guichard.
Une première intervention a consisté à bloquer le chantier du pylône 577 sur la commune de Beaulieu sur Oudon (53) où les ouvriers étaient en train de couler les fondations du pylône. Le chantier est arrêté pendant deux heures. M JACOB, responsable de RTE et un huissier viennent constater les faits.
Le groupe se rend ensuite un peu plus au nord, sur la commune de St Cyr le Gravelais (53), au chantier du pylône 562, qui en était à l’étape du forage de micropieux avec injection de béton. L’ambiance avec les ouvriers restent détenue et la discussion ouverte jusqu’à l’arrivée de l’huissier. La pause déjeuner arrivant, les militants laissent les ouvriers à leur repas et l’huissier à son constat, croisant le représentant de RTE qui arriva, comme la cavalerie, bien en retard.
Le dédain des responsables (RTE et leurs flics) des basses besognes du dictat du réseau électrique qui dévore notre territoire justifie nos actions de résistance. Amener le conflit sur le terrain en bloquant la machine à pylôner leur crée une vrai angoisse : multiplication des interpositions faces aux machines, sabotages, déboulonnage, harcèlement permanents et efface les sourires narquois. C’est déjà ça… pour l’instant.
La résistance à leur intrusion n’est pas v-haine,
La THT ne passera pas !
Un autre rendez-vous est donné au bourg de Cerisy la salle le 29 février 2012 à 9h.
Dans le Gard, le site de la Cèze est menacé par un projet touristique
Le site naturel des Gorges de la Cèze est un lieu préservé qui a gardé son caractère sauvage grâce à l’action du Conseil Général du Gard. Mais, depuis peu de temps, certains élus et promoteurs ont planifié une exploitation touristique intensive de cette zone exceptionnelle, sous prétexte de revitalisation économique.
Ce schéma de développement nous paraît dépassé et inadapté, car non respectueux des espaces, de la biodiversité et des ressources naturelles. De plus, cette privatisation du patrimoine collectif ne profitera qu’aux initiateurs des projets.
Nous préconisons d’autres axes de développement plus pérennes, associant les habitants dans des activités moins saisonnières que le seul tourisme estival.
Nous voulons immédiatement nous opposer au projet d’aménagement de l’aven de la Salamandre dans le site Natura 2000 ; car la création d’une nouvelle zone touristique entrainera inéluctablement une urbanisation des gorges de la Cèze.
Nous demandons l’application stricte des lois et règlements concernant Natura 2000 et les autres statuts de protection de l’environnement. En particulier nous souhaitons faire respecter les corridors écologiques en demandant la suppression des clôtures litigieuses.
Enfin, pour assurer la sauvegarde du site et sa dynamisation à long terme, nous préconisons la création de la Réserve Naturelle Régionale des gorges de la Cèze
Osons conserver la Cèze Sauvage
· OUI à la libre circulation des espèces et des personnes
· OUI au respect des espaces naturels, NATURA 2000, ZNIEFF
· OUI à la conservation de ce patrimoine collectif pour le futur
· OUI à une gestion participative des espaces naturels
· OUI à l’application des lois et des règlements pour tous
· NON aux clôtures en bordure de la Cèze
· NON à la destruction des espèces protégées et de leurs habitats
· NON à l’exploitation privative des sites patrimoniaux
· NON à la gestion des ressources servant des intérêts particuliers
· NON à une circulation motorisée inadaptée aux lieux protégés
· NON au laxisme ou à l’indulgence des élus et administrations
Nous demandons l’abandon des projets conduisant à la destruction et l’urbanisation des milieux naturels protégés, et la création d’une Réserve Naturelle Régionale qui permettrait la mise en cohérence de toutes les politiques.
Les objecteurs de croissance étudient comment « sortir du productivisme »
Les journées d’étude des objecteurs de croissance auront lieu du 9 au 11 mars, dans le Gard, sur le thème : « Sortir de l’industrialisme et du productivisme ».
Depuis 2009, les objecteurs de croissance se rencontrent en hiver et en été durant les (F)Estives : « Economie alternative au capitalisme » en février 2009, « Habiter, une critique de l’urbanisme » en mars 2010, « Territoires en transition » en mars 2011. Cet année le rendez-vous est fixé :
- 9-10 et 11 mars 2012, toujours à (10 km de) Saint-Jean du Gard : Sortir de l’industrialisme et du productivisme.
Même si vous n’y venez qu’une journée, ce sera déjà une bonne occasion de se rencontrer, de se connaître... D’autant que le programme est vraiment très riche :
Lutte contre le TGV Lyon-Turin, réappropriation des usages, syndicat du bien-vivre, luttes contre l’extractivisme, Fab Lab, atelier de bricologie, démantèlement du nucléaire, c’est du vent, reconversion par l’autogestion, revenir à une agriculture paysanne, scientisme et démocratie, le cas des grands chantiers navals, mesures de la Transition (Energie, CO2, déchets et décroissance)...
· Conversion des activités économiques : agriculture, industrie, services. Comment entreprendre, avec la participation des salariés et des usagers, la reconversion des activités néfastes ? · Transition vers un mode de vie de sobriété et de non-dépendance énergétique : quels modes de production, pour quels produits ? Comment relocaliser la satisfaction de nos besoins ? · Contre la marchandisation et la compétition dans les rapports sociaux, pour une nouvelle approche syndicale : le Bien Vivre. Quel mode d’organisation sociale, pour une démocratie généralisée, associant producteurs et usagers ?
Programme :
- Vendredi 9 mars
· 10h00 : Accueil général. · 11h00 : Présentation générale du Séminaire (plénière). · 12h30 : repas (on partage ce que chacun a apporté).
14h30 – 16h00 : Ateliers : · No TAV : La lutte depuis près de 15ans en Val di Susa contre le projet de la ligne à grande vitesse de Lyon à Turin ; avec Sergio Ghirardi : Val di Susa et Little Big Horn. · Mode de production, nature des produits et réappropriation des usages : avec Christian Sunt et les Cahiers d’usologie. . · Transition vers le bien-vivre contre la marchandisation et la compétition dans les rapports sociaux : nouvelle approche syndicale et nouveaux modes d’organisation sociale : avec Thomas Couderette.
16h30 – 18h00 : Ateliers : · Contre la financiarisation de la nature, recréer du commun : avec Maxime Combes (ATTAC). · FabLab, fabriquer du commun : avec Nicolas Lassabe (Artilect Fab Lab Toulouse). · Auto Construire une approche alternative et sobre : Atelier de bricologie : http://www.bricologie.com/ et réseau d’autoconstructeurs.
Repas
· Film proposé : Bernard, ni dieu, ni chaussettes. · Un poète local, « Léon », a été invité.
- Samedi 10 mars
10h00 – 12h00 : Longs ateliers du matin : · Modalités de démantèlement et de reconversion de la filière du nucléaire : par quels moyens ? Avec Didier Glatigny. · C’est du vent ! Le cas de l’éolien industriel, avec Thierry Brulavoine. · Comment entreprendre la reconversion industrielle avec la participation des salariés et des usagers ? Avec Richard Neuville (Association pour l’autogestion).
Repas
14h30 – 16h00 : Ateliers : · Remise en question du productivisme agricole, revenir à une agriculture paysanne. Avec Rémi Echinard, maraîcher à Crépol (Drôme). · Science, recherche et démocratie : l’idéologisme de l’industrie et de la production, avec Lionel Larqué (Petits débrouillards). · Le cas des Chantiers navals de l’Atlantique, avec Bertrand Chetodal.
16h30 – 18h00 : Grand débat de l’après-midi :
Énergie, CO2, déchets et décroissance : mesurons la Transition, de l’individuel au collectif. Données, outils, exemples... vos idées, avec Boris Prat.
Repas
Film à prévoir + débat éventuellement avec un économiste atterré.
- Dimanche 11 mars
9h30 : Bilan général en plénière.
vers 11h00 : Départ pour la chaîne humaine pour sortir du nucléaire.
L’âge de faire
L’âge de faire, n° 61, février 2012.
Au sommaire du numéro 61 :
- Travailler en Scop, ça change quoi ?
Echelle des salaires, partage des responsabilités et des bénéfices… ça change quoi, d’être en Scop ?
- Des légumes municipaux
La commune de Mouans-Sartoux salarie un agriculteur qui produit pour la restauration collective.
- Un savoir-faire « Univers-sel »
Quand un paludier de Guérande rencontre une paludière du Bénin… la vie de la mangrove en est bouleversée !
- Une maison sans chauffage
Une facture de chauffage mieux que réduite avec l’exemple de cette maison bio-climatique..
Le rêve américain ? Un cadavre poussiéreux
« En fait de rêve il y a un cauchemar américain, qui est le paradoxe de ce peuple qui affiche sans arrêt son statut exceptionnel et libre alors qu’il prône une conformité écrasante. »
Lors de mon dernier séjour à Paris, j’ai eu une de ces conversations qui me surprennent toujours lorsque je suis confronté au rêve américain tel qu’il est vécu à distance et donc interprété par les Français. Je faisais des courses dans un magasin et après que la charmante commerçante ait su d’où je viens, elle s’exclame : « Ah, comme j’aimerais habiter à New York ! Les gens sont décontractés, on vit mieux qu’ici, le style de vie est informel, etc. ».
Bref, la liberté et tout ce qu’il y a de délicieux dans un milieu soi-disant dévoué au non- conformisme et au hasard agréable. Je lui demande si elle connaît ma ville et elle me dit que non. Agacé, je réponds : « Mais c’est le contraire de ce que vous croyez, Madame. Les Parisiens sont bien plus convi- viaux et ouverts d’esprits. Les New-Yorkais sont des gens pressés qui pour la plupart ne saluent jamais. Pas le temps ni l’inclination de risquer le contact authentique. Derrière la mine informelle, il y a une froideur, voire un mépris envers les détails essentiels qui rendent la vie plus humaine. – Vous avez raison, me répond-elle après quelques secondes de profonde méditation. Lorsque des Américains entrent dans la boutique, ils ne disent jamais bonjour, ils ne sont guère aimables, toujours indifférents. Mais ils ne font pas la gueule en râlant comme les Français. – Tout dépend de ce que vous entendez par faire la gueule et surtout râler. Moi je ne connais que des Français qui me regardent dans les yeux lorsqu’ils me parlent, même pour dire des choses désagréables, et qui ne me prennent pas pour une bête curieuse. D’ailleurs l’échange que nous avons est impensable aux États- Unis, puisque vendeuse et client ne discuteraient que de leur transaction et de rien d’autre. De toute façon nous n’avons presque plus de librairies, ni de commerces ou de magasins comme le vôtre, tout est standardisé. Alors pourquoi voulez-vous vivre à New York ? – Parce que c’est mon rêve. »
En quelques mots tout était dit : le rêve américain est le rêve de quelque chose qui n’existe pas. Il touche tous ces Français qui refusent de voir que Barack Obama continue d’ordonner la destruction de villages afghans et a réinstallé à Guantanamo des tribunaux d’exception qui condamneront à mort. Je sais qu’il y a dans cet aveuglement une part de sentimental, La Fayette et le Débarquement, Jack Kerouac et John Wayne. Mais comment les Français peuvent-ils se tromper autant sur la société et la vie aux États-Unis, sur la réalité d’un pays qui les voit tantôt comme des ennemis tantôt comme des aigris jaloux de la réussite de la grande Amérique ?
Tocqueville lui-même — j’allais écrire surtout Tocqueville — s’était trompé lorsqu’il parlait d’une société ouverte et sans classes. Comme je l’ai expliqué dans Une caste américaine, l’élite qu’il avait rencontrée était déjà largement composée d’héritiers, ceux des grands négociants et commerçants des treize colonies qui avaient poussé à l’affrontement contre les Français et les Britanniques et à l’Indépendance. C’est dans une large mesure pour elle que notre Constitution a été rédigée, c’est elle qui s’est réservée la quasi-totalité du gâteau lors du Gilded Age à la fin du XIXe siècle, et à part quelques success stories montées en épingle pour entretenir le mythe, la structure sociale n’a plus changé et les immigrations n’ont rien modifié. Nous sommes une société figée avec très peu de mobilité, derrière une apparence de flexibilité, sans mixité, faite de communautés qui cohabitent sans se mélanger, mais avec une caste qui domine les autres : l’oligarchie politique du sacro-saint two-party system garant de la stabilité, et ses partisans tantôt riches tantôt branchés, et le plus souvent les deux.
Je dois reconnaître que vous avez beaucoup de spécialistes de ces États-Unis dont l’étude est devenue une science... inexacte. La plupart de vos correspon- dants chez nous ne parviennent que rarement à dépasser leur propre représentation idéalisée, à se réveiller eux- mêmes de leur rêve américain, et rares sont les Français qui saisissent la vraie nature de l’Amérique. Jean-Philippe Immarigeon est de ceux-là, il poursuit depuis dix ans son travail d’étude et vous pouvez relire ses précédents essais et ses articles parus dans la Revue Défense Nationale, il n’a pas encore été pris en défaut.
Au départ de ses réflexions se trouve une question si primordiale que peu de Français s’y penchent : pourquoi ont-ils, eux qui ont été gâtés par la nature et préservés par une glorieuse histoire, un rêve américain ? Sans doute celui de la possibilité d’une île. C’est un élément qu’Immarigeon met régulièrement en avant : l’Amérique comme retranchement du monde. Ce qui séduit les Français n’est-il pas l’anonymat dans lequel les gens y vivent, ce que Tocqueville, cette fois juste dans son intuition, devinait dans la conjonction d’un individualisme poussé à l’extrême et d’un État paternaliste et autoritaire ? Qu’il s’agisse des gated communities, ces zones résidentielles sécurisées et clôturées où l’on se réfugie entre semblables, de ces immenses cités où l’on n’est plus qu’un anonyme, ou de la disparition dans de grands espaces encore sauvages, le rêve est toujours le même, celui de la dépersonnalisation et du refus de toute confrontation et de toute contrariété, en un mot, comme l’écrit Jean-Philippe Immarigeon, le vide existentiel.
Mais la France ce n’est pas ça, la civilisation métissée dont j’ai en partie hérité par ma mère ce n’est pas ça. Surtout qu’il suffit d’écouter les Américains ou les lire pour comprendre qu’ils rejettent vos Lumières et qu’elles leur servent de repoussoir. En fait de rêve il y a un cauchemar américain, qui est le paradoxe de ce peuple qui affiche sans arrêt son statut exceptionnel et libre alors qu’il prône une conformité écrasante. Et il ne s’agit pas uniquement de l’uniformisation de nos centres commerciaux ou de nos discussions politiques étriquées (je n’ai jamais compris pourquoi vos journalistes s’intéressent tant aux débats télévisés entre nos candidats à la Maison-Blanche, qui sont insipides au possible) : n’oublions pas que le non-conformiste Kérouac finit sa vie catholique, pratiquant et républicain de droite, et qu’il affichait son soutien pour Richard Nixon. Alors pourquoi tant de Français, ceux qui appartiennent à ce qu’Immarigeon nomme la Françamérique, s’identifient- ils à ce vide abyssal ?
Ce qui me navre est que ces Français ne se rendent même pas compte que les relations entre nos deux pays sont arrivées à un point de rupture, et que leur obstination à s’accrocher à ce rêve est devenu totalement contre-productif. Mon pays ne peut plus rien leur apporter, lui qui les a sauvés de la disparition en 1944. C’est triste à dire, mais cette vieille alliance bâtie de toute manière sur un malentendu comme le montre Immarigeon, est devenue pour la France un boulet dont elle doit se délester.
J’espère que vous allez abandonner ce rêve. Je suis d’accord avec l’idée que les États-Unis, qui ont pu faire de grandes choses et faire croire qu’ils en faisaient de plus grandes encore, ne peuvent plus servir de modèle. J’aime bien l’idée non d’un déclin programmé qui nous conduirait à dénigrer un passé glorieux, mais d’un accident darwinien qui ne remettrait pas en cause ce passé tout en constatant que l’avenir, depuis les attentats de 2001, ne sera pas américain et que si c’est la fin d’un monde, ce n’est pas la fin du monde. Il faut que les Français comprennent qu’ils ont les capacités de s’affranchir de cette tutelle et puissent écrire, comme Romain Gary en 1970 : « Ça suffit, je refuse de souffrir américain ». Et que ma charmante commerçante cesse de rêver à quelque chose qu’elle sait finalement en son for intérieur n’être qu’une envoûtante mais anesthé- siante illusion.
Marine Le Pen n’aime pas les animaux
La candidate du Front national se présente comme une amie des bêtes. Mais ses votes au Parlement européen ou ses positions révèlent une attitude toute différente.
Ces derniers jours, Marine Le Pen s’est fait remarquer en évoquant la souffrance des animaux dans les abattoirs pratiquant l’abattage sans étourdissement pour la viande halal. Elle a même reçu le soutien de Brigitte Bardot qui a intercédé en sa faveur auprès des maires. La généralisation de l’obligation de l’étourdissement préalable serait indéniablement un progrès pour les bêtes tuées pour la consommation. Il serait dès lors tentant de qualifier Marine Le Pen d’amie des animaux.
Le site politique-animaux montre qu’on est loin du compte et qu’au contraire Marine Le Pen penche contre les animaux !
Amie des éleveurs industriels
Lors de l’élaboration de la Directive européenne sur la protection des poulets de chair, au parlement européen, Marine Le Pen vote contre l’amendement prévoyant d’abaisser les densités maximales autorisées dans les élevages intensifs de poulets.
Amie des chasseurs
Marine Le Pen défend les pratiques les plus cruelles comme la chasse à la glue ou la tenderie aux grives. Marine Le Pen manifeste à Valenciennes pour la défense de la chasse.
Amie des pêcheurs professionnels
Au Parlement européen, Marine Le Pen vote contre la proposition du rapport Romeva de réduire la taille des flottes de pêche afin d’éviter la surpêche.
Marine Le Pen défend la pêche professionnelle, s’oppose aux quotas de pêche et souhaite lui « substituer un système basé sur la saisonnalité et la sélection des modes de captures, plus simple à mettre en œuvre, à faire évoluer et, surtout, moins contraignant pour les marins pêcheurs ».
Une amie des animaux sélective
Marine Le Pen part en croisade contre l’abattage halal en évoquant la protection animale. Elle est pourtant prompte à oublier les animaux quand il s’agit d’aborder des sujets qui n’ont pas de lien direct avec la religion musulmane. Marine Le Pen va t-elle condamner les éleveurs industriels de porcs ? Va t-elle s’engager à interdire l’élevage des poules pondeuses en batterie ? Va t-elle interdire le gavage des oies et canards pour la production de foie gras ? Va t-elle s’engager à interdire la corrida ? Quelques questions auxquelles il serait intéressant d’avoir des réponses.
L’étalement urbain n’est pas une fatalité
« On peut construire plus de logements sans augmentation de l’étalement urbain. Par exemple, avec les 5 000 km² de parking dont on dispose en France, il serait possible de loger 100 millions de personnes à raison de 100 logements par hectare ! »
La ville étalée, tentaculaire, avec ses zones commerciales, ses banlieues pavillonnaires, ses gares, ses autoroutes, qui sortent continuellement de terre… Ce phénomène mondial a un nom : l’étalement urbain. Il est devenu un sujet de débat public en France en raison de ses conséquences environnementales, sociales et économiques. Cette « tentation du bitume » aux causes multiples, le sociologue urbaniste Eric Hamelin et le journaliste Olivier Razemon, l’expliquent dans un livre, La tentation du bitume (1), aussi pointu que pédagogique où ils esquissent des pistes de solutions. Entretien.
Novethic - Votre livre, La tentation du bitume, paraît dans un contexte où de nombreuses études sur les questions d’artificialisation des sols, d’étalement urbain sont publiées que ce soit par le Conseil d’analyse stratégique, l’INRA, l’INSEE, etc. Comment expliquez-vous cet intérêt ?
Eric Hamelin - Alors que le Grenelle a multiplié les déclarations pour limiter l’étalement urbain, les dernières études montrent au contraire que celui-ci continue à augmenter. Il y a donc une rupture. Par ailleurs, la question est aussi dans le débat politique depuis des années mais sans que des solutions ne soient réellement avancées. Car il y a une vraie difficulté des acteurs à comprendre le problème dans toute sa globalité. Chacun prêche pour sa paroisse : les associations agricoles se concentrent sur le fait que l’artificialisation se fait au détriment des terres agricoles ; le Réseau action climat se focalise sur la question des émissions de CO2. Peu voient l’imbrication des problèmes.
Olivier Razemon - Le débat sur les entrées de ville, de la « France moche » comme le titrait le magazine Télérama il y a 2 ans, a aussi beaucoup aidé à la compréhension du phénomène par la population. C’est devenu un sujet de société.
Qui est responsable de cet étalement urbain ?
Olivier Razemon - Il y a de multiples coupables. Mais il est difficile de les désigner hors catastrophes, du type Xynthia, où ce sont les maires qui ont été pointés du doigt.
Eric Hamelin - Il reste beaucoup de clichés, par exemple l’idée que ce sont les particuliers, avides de pavillons en banlieue qui sont responsables de cet étalement. Mais ils ne sont pas les mieux placés pour comprendre quelle est la meilleure offre en termes de réduction de l’étalement urbain. Surtout, ils ne sont pas plus coupables que le promoteur, les élus, les entreprises de BTP ou les commerces qui s’implantent en périphérie. Il s’agit d’une chaîne d’irresponsabilités, un peu sur le mode des émissions de gaz à effet de serre. Avec un effet boule de neige.
Olivier Razemon. Et il y a aussi les citadins qui veulent acheter tel type de produit qu’il faudra stocker dans des hangars d’entreposage en dehors du centre ville, des moyens de transports rapides… Or peu d’entre eux sont conscients de leur implication.
Votre livre a pour sous-titre « où s’arrêtera l’étalement urbain ». On est tenté de se demander : est-ce qu’il peut s’arrêter ?
Olivier Razemon - C’est une vraie question, car cet étalement est lié à notre manière de vivre. Ce qui pose problème aux élus qui souhaitent lutter contre le phénomène, c’est aussi que la plupart des mesures qui le permettent ne sont pas spectaculaires. Elles sont donc moins « rentables » électoralement parlant que la mise en œuvre de grands travaux. Par exemple, Strasbourg vient de mettre en place un plan piéton dans différents quartiers secondaires de la ville, qui permet de passer de l’un à l’autre. Cette mesure n’est pas spécifiquement faite dans le sens d’une limitation de l’étalement urbain, mais elle y contribue.
Plus globalement, la ville n’a régressé que du fait des crises. Je pense par exemple à Détroit qui connaît une grave crise industrielle. Ou à Athènes d’où je reviens : les gens fuient la capitale pour aller vers les bourgs des petites villes où ils peuvent se déplacer sans voiture…
Eric Hamelin - Trop souvent, la réponse des architectes et urbanistes est la densité. Mais c’est plus complexe que cela : cela dépend du lieu, de la façon dont il s’organise et avec quelle qualité. On peut construire sur des terres agricoles au nom de la densité. On peut aussi prendre le cas espagnol où de nombreuses villes nouvelles, denses ont été créées, au milieu de nulle part, sans véritable besoin et de façon purement spéculative… Je suis cependant plus optimiste qu’Olivier : il existe des villes qui font des choses intéressantes. A Bordeaux par exemple, 50 000 logements vont être créés dans des zones déjà urbanisées mais peu valorisées jusqu’à présent. C’est aussi le cas du quartier Confluence à Lyon. Globalement, nous pensons quand même que l’un des problèmes est le plein pouvoir des maires en matière de permis de construire, alors qu’ils sont soumis à de multiples pressions. Cette prérogative devrait être attribuée au niveau de l’intercommunalité.
Vous dites que l’étalement urbain est lié à notre mode de vie. Mais corrélativement, il a des conséquences sociales non négligeables…
Olivier Razemon - Oui. Par exemple, quand la distance entre le lieu d’habitation et le lieu de travail s’accroît, la part du transport augmente considérablement dans le budget d’un ménage. Ce qu’il n’avait souvent pas envisagé lors de son implantation en périphérie. Ainsi, la Seine et Marne, qui est le département le plus concerné par l’étalement urbain en Ile-de-France, est aussi celui où la commission de surendettement est la plus sollicitée, devant la Seine-Saint-Denis, pourtant bien moins riche…
Eric Hamelin - Il y a aussi cette volonté de s’extraire en partant de la ville, ce qui pousse à la constitution de ghettos. Pas seulement de ghettos pauvres, mais aussi de ghettos de nantis où l’on souhaite rester entre soi. Et cette spécialisation sociale des quartiers ne peut aller qu’en s’aggravant car il y a une volonté d’uniformisation à l’intérieur de ceux-ci.
La problématique de l’étalement urbain a fait son apparition dans la campagne présidentielle, du moins chez certains candidats comme Eva Joly ou François Bayrou, sous l’impulsion notamment de France Nature Environnement qui propose « zéro artificialisation nette d’ici 2025 ». Mais aussi du fait de la problématique du manque de logement qui a conduit Nicolas Sarkozy à parler d’une augmentation de 30% des droits à construire. Qu’en pensez-vous ?
Eric Hamelin - D’abord, on peut construire plus de logements sans qu’il n’y ait une augmentation de l’étalement urbain. Par exemple, avec les 5 000 km² de parking dont on dispose en France, il serait possible de loger 100 millions de personnes à raison de 100 logements par hectare ! Quant à la proposition de Nicolas Sarkozy, elle a un mérite, celui d’ouvrir le débat. Dans la pratique, elle est cependant tout l’inverse de ce que l’on préconise car elle est beaucoup trop générale. Dans l’urbanisme, il faut faire du cas par cas. Il ne s’agit pas d’entasser les gens, et surtout pas contre leur gré. Dans certains cas on va pouvoir augmenter les droits à construire de 300 %. Dans d’autres, ce ne sera tout simplement pas possible, ne serait-ce qu’au regard des lois littoral ou Natura 2000 par exemple.
Olivier Razemon - Il faut aussi revaloriser certaines zones de proche banlieue, desservies par les transports, et où il existe des commerces et services. Il est moins cher d’acheter un appartement à la Courneuve ou à Asnières qu’une maison perdue dans les Yvelines…
Eric Hamelin - Quant à la proposition de FNE, il s’agit d’un étendard qui n’est pas applicable car il n’est pas juste, ne serait-ce qu’en fonction des différences de démographie, de développement économique ou d’espace gaspillé par le passé par les différentes régions. En revanche, leur idée d’agences régionales de réduction de l’artificialisation qui réfléchiraient à un quota maximal et à la répartition de celle-ci me semble tout à fait intéressante.
Propos recueillis par Béatrice Héraud
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Note :
(1) La tentation du bitume. Où s’arrêtera l’étalement urbain ?, Eric Hamelin et Olivier Razemon (préface de Roland Castro), Rue de l’échiquier, collection « Les petits ruisseaux », janvier 2012. (voir bibliographie)
Ubu Président
C’était en 2012. M. Fillon était Premier ministre, M. Sarkozy président. Les deux compères avaient carrément supprimé le poste de ministre de l’Ecologie.
« Cornegidouille ! nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruines ». Et tel le père Ubu, le président-candidat, passé de la « révolution écologique » de 2007 à « l’environnement ça commence à bien faire » de 2010, a carrément supprimé la ministre !
Depuis le 22 février, il n’y a plus en France de ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet étant nommée Mère Ubu – pardon, « porte-parole de la campagne ». Les rats quittent le navire, et voici le directeur-adjoint de cabinet de l’ex-ministre, Pascal Berteaud, nommé directeur de l’Institut national de l’information géographique, tandis que les conseillers s’égayent vers différentes carrières. Pour les affaires courantes, voyez François Fillon, premier ministre, amateur de corrida et de course automobile. D’ailleurs, le président-candidat insiste auprès des agriculteurs, dans Agra Presse le 24 février : « ils auront noté que j’ai demandé à François Fillon de prendre en charge le ministère [de l’écologie], ce qui est un signe ». Oh, les gros sabots !
Imagine-t-on que le pays pourrait ne pas avoir de ministre de la Défense, de l’Economie ou de la Santé pendant quatre mois, de février à mai ? Mais l’environnement, « on le fiche dans le coffre de la voiture, pour faire disparaître les traces du crime » (Ubu enchaîné, Alfred Jarry), et tout le monde s’en bat l’œil, « par ma chandelle verte ».
Notons, n’étant pas poète, que dans l’aventure, pendant que l’on déroule le tapis rouge aux chasseurs – par une loi votée sans un murmure le 23 février, accordant notamment une rente fiscale aux propriétaires d’installations de chasse -, on enterre des décrets qui étaient prêts à l’adoption, comme celui sur la trame verte et bleue (réseau de zones naturelles) ou celui sur la responsabilité sociale des entreprises. Que le Forum mondial de l’eau, à Marseille, se déroulera en mars sans que le ministre concerné y participe. Que la préparation du Sommet de Rio, en juin, est abandonnée aux fonctionnaires. Il faudra surveiller attentivement le Journal Officiel pour découvrir les décisions avantageuses que M. Fillon y fera passer dans ses dernières semaines…
Le quinquennat, en ce qui concerne l’écologie, s ‘achève dans une ahurissante clownerie. Mais puisque ruines il y a, suggérons au prochain président de recréer un ministère de l’Ecologie, autonome de l’Equipement et de l’Industrie, pour disposer enfin d’un point d’appui solide pour une vraie politique.
Soja brésilien : manger de la viande nuit à la biodiversité
La France importe massivement du soja brésilien pour nourrir ses bovins. Mais la culture du soja se développe aux dépens du cerrado, un écosystème brésilien à la biodiversité exceptionnelle. Selon le WWF, « les besoins d’un Français pour satisfaire son alimentation carnée représentent l’équivalent de la superficie d’un terrain de basket de culture de soja ».
A la veille du salon de l’agriculture de 2012, le WWF France sort un rapport intitulé Viandes : un arrière goût de déforestation qui dénonce la dépendance de la France aux importations de soja pour l’alimentation des volailles et du bétail et démontre que l’expansion de cette culture en Amérique du Sud dégrade les écosystèmes de ce continent.
La culture de soja, cause de déforestation
Alors que l’édition 2012 du salon international de l’agriculture s’apprête à ouvrir ses portes, nous avons tendance à oublier que le bétail français est nourri avec de grandes quantités de matières premières issues de monocultures intensives qui participent à la déforestation.
Principalement destiné à nos élevages, le soja, issu de monoculture intensive en Amérique du sud, est aujourd’hui la matière première alimentaire la plus importée en France. Le rapport du WWF France révèle que nos besoins en soja représentent l’équivalent de la superficie de deux départements français la Gironde et les Landes.
Le Cerrado, un joyau brésilien oublié qui disparaît
Au Brésil, les surfaces de production de soja sont passées de 1,7 millions à 21,7 millions d’hectares en à peine 40 ans. Cet accroissement exponentiel a généré une déforestation massive de la forêt atlantique jusqu’à l’Amazonie. Le Cerrado, savane boisée brésilienne de 2 millions de km² (1/5e du Brésil) hébergeant 5 % de la biodiversité mondiale avec plus de 5.000 espèces endémiques, est aujourd’hui l’éco-région la plus touchée par l’expansion de la culture du soja. 49% de sa surface a d’ores et déjà disparu au profit des cultures intensives.
Cette déforestation, en plus d’entraîner une perte importante de la biodiversité et une érosion des sols massive, accélère également le dérèglement climatique et perturbe fortement le cycle de l’eau en augmentant les sécheresses.
Outre les conflits sociaux qu’elle provoque avec les communautés locales, la culture du soja est une monoculture intensive qui entraîne une forte augmentation de l’usage des intrants chimiques en Amérique du sud. 70 à 75% de la production mondiale de soja est génétiquement modifiée ce qui généralise l’utilisation de glyphosate [1] .
Les importations de soja en chiffres
En 2010, la France importait 4,6 millions de tonnes de soja sous forme de tourteaux, d’huile, de graines de farine et de sauces. 90 % de ces volumes étaient destinés à l’alimentation animale principalement sous forme de tourteaux et 70 % provenaient directement d’Amérique du sud. La France est aujourd’hui la 3e importatrice mondiale de soja brésilien.
Les besoins d’un Français pour satisfaire son alimentation carnée représentent l’équivalent de la superficie d’un terrain de basket de culture de soja.
La filière avicole (volaille et œuf) absorbe 58% du soja destiné à l’alimentation animale . 30% sont destinés à la filière bovine, notamment pour les vaches laitières, et 12% pour l’élevage porcin .
Alternatives locales et certification RTRS Non OGM, des solutions concrètes
Alors que des actions sont entreprises pour des produits entrainant la déforestation comme le papier, le bois et l’huile de palme, les démarches mises en place concernant la problématique du soja dans l’alimentation animale se font attendre. Elles existent pourtant et nous permettraient de réduire notre empreinte écologique liée au soja.
Alors que la mascotte du salon de l’agriculture, la vache « Valentine » broute de l’herbe sur les affiches, la majorité des autres bovins, dans les élevages français, sont nourris aux céréales et au soja importé sans réelles garanties environnementales.
Comme c’était le cas par le passé, le WWF France rappelle dans son rapport Viandes : un arrière goût de déforestation, que la France pourrait aujourd’hui nourrir son bétail avec des aliments issus de cultures produites durablement nécessitant moins ou aucun apport d’engrais azotés tel que le pois, la luzerne, la féverole, le lupin, le lin mais également le soja produit localement, le tournesol ou encore le colza.
Pour le soja restant à importer, il existe diverses certifications comme la RTRS garantissant une production qui n’est pas issue de nouvelle conversion d’habitats à haute valeur de conservation, utilisant de meilleures pratiques agricoles, et s’assurant que le travail est effectué de façon éthique et dans le respect de la revendication des terres. Cette certification est un premier pas vers la durabilité des approvisionnements en soja. De plus ce soja certifié peut être tracé NON OGM.
Le WWF France appelle les entreprises françaises concernées par l’utilisation de soja d’importation à agir et mettre en place une démarche de progrès
Le WWF France, a envoyé ce jour un courrier aux 40 principales entreprises utilisatrices de soja (des traders aux distributeurs en passant par les coopératives) pour les alerter sur l’impact du soja au Brésil et les appeler à mettre en place un politique préférentielle pour le soja RTRS non OGM et les alternatives locales.
Le consommateur peut lui aussi agir en ré-équilibrant ses apports en protéines animales, consommées aujourd’hui en excès par rapport aux protéines végétales et ainsi contribuer à la réduction d’utilisation de soja pour la production de viande.
Réorienter d’urgence l’agriculture française
« Mesdames les candidates, messieurs les candidats, à vous de choisir : maintenir une politique agricole archaïque et néfaste à l’environnement, à la santé et au tissu rural (en France comme dans les pays du Sud), ou faire le choix de l’agriculture du XXIe siècle. »
Les candidates et les candidats à l’élection présidentielle de 2012 ne peuvent ignorer le rôle central de l’agriculture dans les crises et les espoirs de notre époque. A l’approche du Salon de l’agriculture, cette question doit être abordée clairement.
Les crises sociales, environnementales, sanitaires et économiques que traverse notre société sont connues, mais leur dimension alimentaire et agricole n’est pas toujours mise en lumière : effets dramatiques et désormais irréfutables des pesticides dans la progression de nombreuses maladies (cancers, maladies neurodégénératives et auto-immunes, allergies, etc.), atteintes à l’environnement (destruction des paysages, pollution des eaux dont le coût de traitement risque d’exploser, érosion, appauvrissement des sols) et en particulier à la biodiversité dont les abeilles sont un témoin alarmant, contribution majeure de l’agriculture industrielle à l’effet de serre, déstructuration du tissu rural en France et en Europe, paupérisation des paysanneries au Nord comme au Sud, pénuries alimentaires apparentes (dues aux problèmes d’accès à la nourriture)…
Des décisions récentes risquent de renforcer les dégâts de cette agriculture déshumanisée : la loi sur les obtentions végétales votée en novembre 2011 interdit aux paysans de re-semer leur récolte et va renforcer la mainmise des multinationales sur les choix agricoles ; la modification des règles d’épandage de l’azote va augmenter les rejets des élevages hors-sols dans l’environnement des zones dites « sensibles » ; l’annulation de la « clause de sauvegarde » française sur les OGM et le délai pris avant l’adoption d’une nouvelle interdiction mettent directement en danger la production de miel en raison des contaminations prévisibles du pollen.
Pourtant, l’agriculture peut également être porteuse d’espoirs, à condition de changer en profondeur notre politique agricole, qui n’est actuellement ni durable, ni efficiente.
Les techniques alternatives de production agricole et de transformation alimentaire, et en particulier celles issues de l’agriculture biologique, prouvent chaque jour leur pertinence agronomique, économique, sociale et environnementale à l’échelle mondiale. Elles créent ou maintiennent des emplois ruraux, préservent les ressources en eau et la biodiversité, réduisent la dépendance énergétique des exploitations et réconcilient les cycles du carbone et de l’azote, évitent la dissémination de substances toxiques dans l’environnement et les aliments, remodèlent des paysages cohérents, ré-ancrent les entreprises agro-alimentaires dans les territoires, permettent aux populations de disposer de ressources alimentaires locales et accessibles (tant dans les pays du Nord que du Sud)…
Une agriculture biologique, paysanne et insérée dans un tissu économique local peut parfaitement nourrir l’humanité – et elle le fera sans détruire les moyens de production que sont la terre, l’eau, les semences et les humains. Il n’y aura pas de durabilité agricole sans durabilité environnementale. Par ailleurs, des initiatives citoyennes comme les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) ou Terre de liens témoignent à la fois de l’inventivité maintenue de l’agriculture française, et de la volonté des citoyens de s’impliquer dans son évolution. Plus de 40 000 d’entre eux ont pu le démontrer récemment en participant aux campagnes de mobilisation « Osons la bio ! » et « Développons l’agriculture biologique ».
Il n’est plus concevable de nier qu’une autre agriculture est possible, et il est temps pour les élu(e)s et pour les candidat(e)s aux élections de prendre conscience de la volonté des citoyens de se réapproprier collectivement les politiques agricoles, alimentaires et rurales, dans un objectif de souveraineté alimentaire, de respect du vivant et de vitalité des territoires. Pour paraphraser Clémenceau, « l’agriculture est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls agriculteurs et à l’agro-industrie ».
Nous, organisations agricoles et rurales, associations de solidarité internationale, mouvements de l’éducation populaire, organisations de défense de l’environnement ou de la santé, réseaux de citoyens, demandons instamment aux candidats de s’engager à :
- réformer en profondeur la gouvernance de l’agriculture, afin que la société civile soit enfin associée à toutes les instances de décision agricole (CDOA, SAFER, Chambres d’Agriculture, etc.) ;
- mettre en œuvre les moyens nécessaires pour atteindre impérativement 20 % d’agriculture biologique en 2020 : formations agricoles, recherche agronomique, accompagnement technique, financier et humain des paysans en conversion vers la bio, soutien aux filières bio en construction, etc. ;
- préparer la transition technique de l’ensemble des agriculteurs, notamment en réduisant de 50 % l’usage des produits phytosanitaires et en interdisant les plus polluants et rémanents ;
- faire de l’installation une priorité absolue face à l’actuel agrandissement continu des exploitations agricoles françaises, qui empêche les transmissions et met en danger le renouvellement des générations ;
- abroger la loi sur les semences du 28 novembre 2011 et la remplacer par une législation qui reconnaisse le rôle des paysans dans la sélection évolutive et conservatrice ;
- prendre toutes les mesures pour interdire les OGM sur le territoire français, de façon à protéger les pollinisateurs, les semences paysannes et les consommateurs ;
- défendre résolument une Politique Agricole Commune verte et solidaire, où toutes les aides inciteront au respect de l’environnement (avec des montants progressifs en fonction des pratiques) et à l’emploi agricole, et ne favoriseront pas des exportations portant préjudice aux paysans du Sud ;
- consacrer une part importante de « l’aide publique au développement » au soutien à l’agriculture familiale et biologique des pays du Sud ;
- créer, maintenir et renforcer des outils de gestion et de régulation des marchés agricoles, et lutter activement contre la spéculation sur les produits agricoles et alimentaires.
Les outils et dispositifs qui permettront d’atteindre 20 % des surfaces françaises en agriculture biologique sont les mêmes que ceux qui aideront l’ensemble des agriculteurs français à évoluer vers une meilleure intégration de l’environnement et de l’emploi rural… et qui aideront les paysanneries des pays en développement à construire leur nécessaire et urgente souveraineté alimentaire.
Mesdames les candidates, messieurs les candidats, à vous de choisir : maintenir une politique agricole archaïque et néfaste à l’environnement, à la santé et au tissu rural (en France comme dans les pays du Sud), ou faire le choix de l’agriculture du XXIe siècle.
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Signataires :
Jacques Caplat (Agir pour l’environnement) ; Pierre Rabhi (paysan et écrivain) ; Jean-Jacques Boutrou (directeur général d’Agronomes et vétérinaires sans frontières) ; Marie-Paule Jammet et Jean Huet (co-présidents de la fédération Artisans du monde) ; Hugues Toussaint (président de Bio consom’acteurs) ; Bob Brac de la Perrière (coordinateur de BEDE) ; Xavier Bonvoisin (président de Chrétiens dans le monde rural) ; Cyril Dion (coordinateur du mouvement Colibris) ; Yves Berthelot (président du Comité français pour la solidarité internationale) ; Philippe Colin (porte-parole de la Confédération paysanne) ; Jo Hervé (président d’Eau et rivières de Bretagne) ; Jacques Maret (association Ecologie, démocratie, développement durable) ; Xavier Poux (administrateur de l’European Forum on Nature Conservation and Pastoralism) ; Dominique Marion (président de la Fédération nationale d’agriculture biologique) ; Didier Lorioux (président de la FNCIVAM) ; Yann Arthus-Bertrand (président de la Fondation GoodPlanet) ; François Veillerette (porte-parole de Générations futures) ; Allain Bougrain-Dubourg (président de la Ligue pour la protection des oiseaux) ; Jean-Michel Florin (coordinateur du Mouvement de l’agriculture biodynamique) ; Jérôme Dehondt (porte-parole du Mouvement interrégional des AMAP) ; Richard Marietta (président de Nature & Progrès) ; Jean-Paul Sornay (président de Peuples solidaires / Action Aid) ; Sandrine Mathy (présidente du Réseau action climat – France) ; Jacques Morineau (président du Réseau agriculture durable) ; Claude Gruffat (président du réseau Biocoop) ; Armina Knibbe (présidente du réseau Cohérence) ; Patrick de Kochko (coordinateur du Réseau semences paysannes) ; Jacques Berthelot (association Solidarité) ; Sjoerd Wartena (président de Terre de liens) ; Olivier Belval (président de l’Union nationale de l’apiculture française) ; Isabelle Autissier et Serge Orru (présidente et directeur général du WWF-France).
Les projets d’infrastructures ne feront pas baisser les émissions de CO2
Le projet de Schéma national des infrastructures de transports (Snit) fixant les orientations de l’Etat en termes de transports est « insuffisant » pour combattre les gaz à effet de serre, estime le Conseil économique social et environnemental (Cese) dans un avis examiné mardi 28 février.
Le Snit est un outil né du Grenelle de l’environnement pour définir, pour les 20 à 30 ans prochains, la politique française en termes d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, fluviales ou aériennes. Le gouvernement a arrêté fin octobre 2011 un projet qui doit encore être débattu au Parlement.
Le document évoque l’entretien et la modernisation des infrastructures existantes et la construction de nouvelles installations.
Dans un projet d’avis qui doit être adopté mardi, le Cese estime que ce document « marque une rupture positive par rapport à la manière dont était précédemment conduite la sélection des infrastructures ».
Pour autant, il « présente, en son état actuel, nombre de limites et ses marges de progression apparaissent importantes ».
En particulier, « le Snit a un impact très insuffisant et très faible, au regard des coûts envisagés, en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) », s’inquiète le Cese.
Pour le Conseil, les contributions du Snit à l’effort contre les gaz à effet de serre ne sont pas en rapport avec l’objectif global que s’est fixé la France : réduire ses émissions par 4 en 2050 par rapport à 1990 dans le cadre de la lutte internationale contre le changement climatique.
En 2009, les transports ont contribué à 26 % des émissions françaises.
Les rapporteurs de l’avis, Sébastien Genest, président d’honneur de France Nature Environnement (FNE), et Pierre-Jean Crozet, conseiller confédéral CGT, présentent une série de vingt recommandations visant à « rendre effectifs les objectifs fixés en matière environnementale ».
Outre l’aspect climatique, le Cese recommande de « prévoir une haute qualité environnementale pour toute nouvelle infrastructure afin de réduire son impact sur les sols et la biodiversité », mais aussi de donner priorité « à l’optimisation de l’existant sur la construction de nouvelles infrastructures » et « aux modes de transport ayant le plus faible impact sur l’environnement ».
La fonte des glaciers alpins s’accélère
Le seul inventaire exhaustif des glaciers des Alpes françaises existant a été conduit par Robert Vivian au début des années 1970 (1) et a été publié dans le cadre de l’Inventaire mondial des glaciers, WGI (2). Le retrait des glaciers au cours des décennies précédentes justifie amplement une mise à jour de l’état de la couverture glaciaire dans les Alpes françaises.
Dans le cadre d’une thèse commune entre l’Université de Savoie et l’Université Joseph Fourier, un projet ambitieux a été mis en œuvre pour cartographier les glaciers français des Alpes et leur évolution temporelle sur des périodes-clés (1970, 1985, 2003 et 2009). Plusieurs laboratoires sont engagés dans ce travail collectif : Edytem/Université de Savoie (Marie Gardent, Ph. Deline), LGGE et LTHE (A. Rabatel, JP. Dedieu), IGA/Pacte (Ph. Schoeneich). Coordonné et supervisé par Antoine Rabatel du LGGE, ce projet s’inscrit dans le cadre des activités du programme GLIMS, USA (3).
Sur le plan technique, une délimitation diachronique des contours glaciaires a été réalisée en utilisant différentes sources cartographiques et de télédétection : 1) années 1970 : cartes topographiques au 1/25.000 de l’Institut Géographique National (IGN), avec dates variables selon les massifs et les mises à jour des cartes, 2) 1985-1986 : images du satellite Landsat 5 TM (résolution 30m), 3) 2003 : images Landsat 5 TM et Landsat 7 ETM (résolution 30 et 15 m) 4) 2006 à 2009 : photographies aériennes de l’IGN (résolution 50 cm).
Pour les cartes topographiques et les photographies aériennes, le contour des glaciers a été délimité manuellement. Pour les images satellites Landsat, une délimitation automatique a été réalisée en utilisant la méthode de l’indice normalisé NDSI (4) appliqué aux images 1985-1986.
Ensuite, en utilisant une combinaison des bandes spectrales 542, tous les glaciers ont été contrôlés individuellement pour valider la délimitation de la ligne de contour, et ce tout particulièrement pour les couvertures de débris et les zones à l’ombre. Les images de 2003 ont ensuite été superposées sur les contours glaciaires de 1985-1986 pour réviser manuellement les limites de chaque glacier. Ce sont au total près de 600 glaciers qui ont été cartographiés depuis le massif des Aiguilles Rouges (Hte Savoie) jusqu’en Ubaye (Alpes du sud).
La couverture globale des glaciers des Alpes françaises était d’environ 375 km² dans la fin des années 70 (WGI). En 1985-86, en dépit d’une courte période de crue au début des années 80, la couverture glaciaire a diminué de 10 % pour atteindre une valeur proche de 340 km². Le retrait des glaciers s’est ensuite accéléré au cours des 25 dernières années, et la couverture glaciaire totale s’est réduite à 291 km ² en 2003, puis 275 km² dans la fin des années 2000. Ce qui représente une perte totale de 26 % au cours des 40 dernières années.
A l’échelle des différents massifs des Alpes françaises, le retrait glaciaire au cours des deux dernières décennies est inégal et est plus important pour les massifs du sud (Belledonne, Ecrins et glaciers de la Hte Ubaye). Dans le massif de Belledonne, en raison de la basse altitude de cette chaîne de montagne (<3.000> http://nsidc.org/data/glacier_inventory/].
(3) GLIMS : Global Land ice Measurements from Space.
(4) NDSI : Normalized Difference Snow Index (Dozier, J., Remote Sensing of Environment, [28], 1989).
Le lac Titicaca est devenu une immense mare polluée
Le « fils du Soleil » était sorti des eaux de ce lac mythique situé entre le Pérou et la Bolivie. Ces eaux sont aujourd’hui polluées par les rejets sans traitement des villes riveraines.
Déjà onze mois que nous arpentons les sentiers des Andes, et nous voilà enfin arrivées sur les rives du fameux lac Titicaca. Sa réputation est grande, principalement pour sa situation géographique assez exceptionnelle : perché à en moyenne 3.812 m d’altitude, c’est le plus haut lac navigable au monde ! Selon la légende, il serait le berceau de la civilisation Inca, puisqu’il aurait vu la naissance du premier Inca, le « fils du Soleil », qui aurait surgit de ses eaux.
Cette immense réserve d’eau douce s’étend sur environ 8.562 kilomètres carrés, à cheval entre le Pérou et la Bolivie. Abritant quarante-et-une îles (dont une grande partie est habitée de façon permanente), le lac Titicaca est alimenté par vingt-cinq rivières. Malheureusement, il est aujourd’hui devenu un gigantesque bassin d’eau polluée, au point que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement demande expressément aux gouvernements bolivien et péruvien d’agir pour freiner la dégradation de cet écosystème fragile.
En effet, sa surface est petit à petit recouverte par des colonies toujours plus grandes de lentilles d’eau, plantes bien connues comme bio-indicatrices d’une forte pollution aux phosphates et aux nitrates. Cette contamination est due à toutes les eaux usées domestiques et agricoles rejetées sans traitement préalable dans le lac. On estime qu’annuellement, il reçoit plus de cent mille tonnes de déchets issues des presque trois millions d’habitants du bassin versant du lac Titicaca. Par exemple, seuls 45 % des eaux usées d’El Alto (troisième plus grande ville de Bolivie avec plus d’un million d’habitants) sont traitées avant d’être rejetées dans la rivière Seco, un affluent de la rivière Katari qui se déverse dans le lac. Les baies de Puno (Pérou) et de Cohana (Bolivie) sont les plus gravement touchées.
Or, bien qu’utiles comme fertilisant pour les terres avoisinantes, les lentilles d’eau représentent un problème écologique majeur. Les amas denses qui se forment à la surface empêchent la pénétration de la lumière dans l’eau, ce qui freine la photosynthèse et les échanges d’oxygène avec l’atmosphère. La concentration d’oxygène dans l’eau va donc diminuant, ce qui accélère le phénomène d’eutrophisation du lac. A plus ou moins court terme (on parle en dizaines d’années), cela pourrait entrainer la mort biologique du lac Titicaca.
Pour freiner cette dégradation écologique, le Pérou et la Bolivie ont communément lancé un plan de ramassage des lentilles d’eau, qui sont ensuite utilisées pour des projets de fertilisations des terres avoisinantes afin de développer l’agriculture. C’est ainsi l’équivalent de quatre grosses bennes à ordures de lentilles d’eau qui est retiré chaque jour, pour un total d’environ 800.000 tonnes par an !
En réponse au problème du rejet des eaux usées, la Bolivie a en 2010 décidé de doter d’ici 2014 les villes de Copacabana, Achacachi, Viacha, Tihuanaku et Tiquina de stations d’épuration, de systèmes d’égouts, et de décharges municipales. Un premier pas vers l’amélioration d’une situation déjà critique. Malheureusement aucun de ses projets n’a pour l’instant commencé à se concrétiser…
En plus de nuire à la biodiversité, la contamination des eaux pose aussi plusieurs problèmes sanitaires, aussi bien pour le bétail que pour les hommes. Une étude péruvienne aurait montré que sept enfants sur dix examinés dans les écoles situées autour du lac sont parasités par la grande douve du foie (Fasciola hepatica), qui a des conséquences assez importantes sur la santé (fièvre, douleurs abdominales, coliques hépatiques, intolérance alimentaire). Le bétail est lui aussi infesté par ce ver plat parasite, qui n’est pas létal mais qui induit un amaigrissement important, surtout chez les vaches laitières. Ces dernières produisent donc moins de lait, qui transformé en fromage représente pourtant un apport économique important pour les habitants de la région.
Heureusement, les populations rurales se rendent peu à peu compte de la gravité de la situation et commencent à mettre en place diverses stratégies pour tenter d’endiguer le phénomène. Sur l’île du Soleil (Bolivie), les communautés Aymaras pensent en ce moment même à établir une charte environnementale obligeant entre autre les touristes à repartir de l’île avec leurs déchets. Une idée intéressante, à condition que la ville de Copacabana (point de départ pour l’île du Soleil) se dote enfin d’un système de gestion des ordures et des eaux usées !
L’armée canadienne s’inquiète des effets géostratégiques du changement climatique
Le document date de 2009. Il n’en est pas moins très intéressant. Selon l’Armée canadienne, « Les phénomènes météorologiques de plus en plus violents occasionnés par les changements climatiques un peu partout dans le monde exigeront de fréquentes interventions militaires allant des missions de secours aux victimes de catastrophes naturelles à des opérations de stabilisation à grande échelle ».
Les Forces canadiennes se préparent à intervenir aux quatre coins du globe en raison du réchauffement de la planète, qui provoquera une course aux ressources naturelles, des guerres régionales violentes et des catastrophes en cascade, révèle un document inédit.
La lutte contre les changements climatiques n’est pas une priorité du gouvernement Harper, qui a souvent été accusé de nuire aux négociations internationales sur le sujet. Or, l’armée canadienne prend le phénomène très au sérieux. Elle s’attend au pire.
Ces révélations sont contenues dans un document de 176 pages, obtenu par Le Devoir, qui a été approuvé en janvier 2009 par l’état-major du quartier général de la Défense, à Ottawa. Intitulé L’environnement de la sécurité future 2008-2030, le rapport est un résumé des menaces à venir et des possibles interventions militaires dans les prochaines années.
Dans son avant-propos, le chef du développement des Forces, le major général S.A. Beare, écrit qu’il s’agit d’un « document de référence » qui vise à « fournir à l’institution de la défense une analyse faisant autorité sur les tendances géopolitiques, socio-économiques, environnementales, technologiques et militaires actuelles et émergentes qui ont une incidence sur l’environnement de sécurité ». Le rapport « s’appuie sur une recherche approfondie » qui permettra « de travailler à la planification et au développement des forces de l’avenir », peut-on lire.
Parmi les nombreux facteurs de déstabilisation de la planète des 20 prochaines années, les changements climatiques occupent un chapitre complet du document. « Les phénomènes météorologiques de plus en plus violents occasionnés par les changements climatiques un peu partout dans le monde exigeront de fréquentes interventions militaires allant des missions de secours aux victimes de catastrophes naturelles à des opérations de stabilisation à grande échelle », écrivent les spécialistes, qui ont aussi eu recours à l’aide de plusieurs universitaires pour valider leurs conclusions.
Les pays fragiles en difficultés
Dans un graphique révélateur du document, on constate que les points chauds actuels de la planète, mais aussi ceux à venir, se regroupent de part et d’autre de l’équateur. « À mesure que les impacts négatifs de ces phénomènes affecteront les pays en développement, déjà aux prises avec des difficultés économiques et des troubles sociaux, les tensions et les facteurs d’instabilité déjà existants s’accentueront », affirme le rapport.
Les Forces canadiennes estiment que la bagarre pour le « contrôle des ressources », comme l’eau et la nourriture, se fera essentiellement par la voie diplomatique entre États. Sauf dans certains cas : « Il est fort possible que certains d’entre eux agissent de manière agressive et irrationnelle pour défendre leurs intérêts égoïstes », peut-on lire.
Des conflits pour le contrôle des ressources à l’intérieur des États fragiles, notamment avec des guérillas, sont à prévoir. « Il sera probablement nécessaire de mener des missions humanitaires pour secourir les populations privées de tout à la suite d’une catastrophe, et éventuellement des missions de stabilisation ou de reconstruction si des troubles civils et l’instabilité entraînent des conflits entre des peuples », écrivent les stratèges militaires.
D’ici 2030, les problèmes environnementaux, ainsi que la pénurie d’eau et de nourriture, risquent de déstabiliser des régions entières, estiment encore ceux-ci. « Il se pourrait que les pressions causées par les migrations et les afflux de réfugiés ou de personnes déplacées entraînent une recrudescence de tensions ethniques, religieuses ou territoriales, de l’instabilité et peut-être l’effondrement d’États. Ces effets se manifesteront davantage dans les régions côtières (où habitent 75 % de la population mondiale), surtout parmi les groupes de personnes, les secteurs de l’économie et les localités qui sont déjà sensibles économiquement ou écologiquement aux variations climatiques. »
Des effets catastrophiques
C’est que les effets des changements climatiques seront sévères, affirment les analystes militaires. « Ceux-ci auront des conséquences catastrophiques, notamment la fonte des calottes polaires, la hausse du niveau des mers, une désertification accrue et une diminution du rendement des cultures dans certaines régions (en particulier l’Afrique), la transformation des habitats, l’extinction de nombreuses espèces et une propagation accrue des maladies tropicales dans les zones tempérées. La montée du niveau des mers et la fonte des glaciers viendront sans doute augmenter la superficie des terres perdues, tandis que les infiltrations salines et la contamination réduiront l’accès aux ressources en eau potable. »
Par exemple, on prévoit que la productivité agricole en Afrique « dégringolera ». « La perte de terres arables due à la désertification entraînera une diminution de 50 % des récoltes. » De plus, « les glaciers de l’Himalaya disparaîtront sans doute d’ici 2035, ce qui privera d’une source majeure d’eau potable 750 millions d’habitants de la région Himalaya-Hindi-Kush et en Chine », peut-on lire. En Europe, « on pourrait assister au contraire à un refroidissement ».
Des émeutes de la faim, comme au printemps 2008 en Égypte, au Cameroun, en Éthiopie et en Côte d’Ivoire, pourraient se multiplier. « Ces émeutes de la faim [...] donnent un avant-goût des effets déstabilisateurs de l’insuffisance des ressources alimentaires et des crises humanitaires à venir, qui obligeront les pays occidentaux à intervenir pour empêcher une dégradation de la situation. » Les analystes militaires concluent que les futures opérations pourraient donner lieu à des « combats intensifs ».
Des opérations qui deviendront d’ailleurs de plus en plus difficiles à réaliser à mesure que le pétrole se fera rare. « La diminution prévue des ressources en carburants fossiles et la montée simultanée des prix du pétrole obligeront le ministère de la Défense à trouver d’autres sources d’énergie pour les équipements militaires. La hausse des prix du carburant rendra prohibitifs les coûts d’entraînement, sans compter les coûts des opérations au pays même ou à l’étranger, ce qui grèvera un budget déjà serré. Il faudra en priorité effectuer des travaux de recherche et développement pour trouver des formes de carburants alternatifs. »
« Les malfaisants »
Il ne sera pas dit que Reporterre n’est pas ouvert à tous les courants d’opinion sur l’écologie. Voici donc une pièce haute en couleur. Oubliez les banques, les oligarques, les riches, les pollueurs, les grandes compagnies,... Les vrais responsables de tous nos malheurs, ce sont les écologistes.
Les malfaisants ... Ce sont ceux qui détruisent l’économie et les emplois, qui ruinent la France. Je veux parler des écolos.
Directive nitrates, règlementation phosphore, épandage des effluents d’élevage, Natura 2000, sites classés, Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau, espaces naturels sensibles, restriction de l’irrigation, réduction des produits phytosanitaires, zones humides, zones naturelles, directive habitat, zone d’intérêt faunistique et floristique, interdiction de couper les arbres en forêt, Trame Verte et Bleue : Schéma Régional de Cohérence Ecologique, Schéma Régional Climat-Air-Energie, Plan Régional d’Agriculture Durable ... Tout cela tue économiquement l’agriculture qui perd sa compétitivité par rapport au reste de l’Europe.
Il en est de même d’ailleurs dans tous les secteurs de l’économie et la France va droit dans le mur. Je plains mes enfants et mes petits-enfants. Et tout cela parce qu’une poignée de fanatiques, de doctrinaires et d’irresponsables, poussent à faire des lois dans ce sens. Ce sont des bobos souvent bien payés à ne rien faire qui nous empoisonnent gravement.
Les politiques sont-ils capables de faire face ? Non assurément. Entre Hollande qui nous amènera à nous éclairer à la bougie et Sarkozy qui nomme cette greluche bobo, écolo du Grenelle de l’environnement comme porte-parole de sa campagne électorale, on est foutu.
Il ne reste plus qu’à espérer une révolution de tous ceux qui subissent la tyrannie des DREAL, des Agences Régionales de Santé et des écolos, qui voient leurs entreprises fermer ou leur revenus diminuer. Le bon sens c’est envolé partout sous la pression de ces malfaisants d’écolos qui sont même là où on ne les attend pas.
Par exemple, ils ponctionnent le FEADER et nos impôts pour investir 75.000 € à construire dans les carrières de Solignac, tenez-vous bien, des abris pour les chauves-souris. Les clochers de nos églises en abritent déjà des milliers. Alors, Messieurs les élus, tant pis pour le triple A pourvu qu’on abrite des chauve-souris ???
Souvenez-vous que les électeurs ont encore du bon sens, eux.
La grande vague de froid a provoqué une pollution record aux microparticules
L’absence de vent a favorisé des concentrations élevées de microparticules. Mais l’impéritie des autorités joue aussi un rôle dans cette pollution de l’air importante.
Ces dernières années, nous nous sommes convaincus qu’après les pics de pollution à l’ozone de l’été, il y avait toujours la trêve hivernale qui nous permettait de mieux respirer... Mais ça c’était avant. Cette année, la récente vague de froid nous a prouvé que la pollution n’avait pas de saison ! Et cet hiver, c’est bien la pollution aux microparticules qui a fait sensation. Un phénomène qui n’est pas sans inquiéter les médecins de l’Association Santé Environnement France.
La trêve hivernale n’a pas eu lieu. La grande vague de froid de cet hiver a pulvérisé les records de pollution aux microparticules - aussi appelées PM10 et PM2,5. Présentes naturellement dans l’environnement, ces dernières sont surtout produites par les activités humaines. Principaux secteurs mis en cause : la combustion de bois pour chauffer les habitations (30 %), la transformation d’énergie par l’industrie (30 %), l’agriculture avec l’utilisation d’engrais (20 %) et les transports du fait notamment de la combustion de diesel (15 %) (1).
Cet hiver, si l’on n’a pas vraiment pollué plus que d’habitude, c’est le froid qui serait à l’origine de l’augmentation des pics de particules fines dans l’hexagone. A l’origine de cette augmentation ? L’absence de vent ne permettant pas le renouvellement de l’air. Un phénomène météorologique qui a des conséquences importantes. Prenons l’exemple de la région PACA où au cours des 2 premiers mois de l’année, un tiers des stations de mesure de la région ont déjà enregistré entre et 15 et 30 jours de dépassement de la valeur limite journalière pour les microparticules ! Rappelons simplement que la loi autorise un maximum de 35 jours de dépassement par an pour une même zone !!!
Petites, mais costauds ! Le problème, c’est que ces particules fines que nous respirons au quotidien sont nocives pour l’organisme. Elles progressent jusqu’au bout des voies respiratoires, atteignent les alvéoles et entraînent des maladies pulmonaires. Elles pénètrent ensuite dans la circulation sanguine et provoquent aussi des problèmes cardiovasculaires en bouchant les petits vaisseaux. Au cours de leur voyage au centre de nos corps, elles peuvent déclencher : bronchites chroniques, asthme, cancers du poumon, accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou encore infarctus du myocarde.
« En moyenne sur une année, on observe que les jours où les concentrations de particules fines sont élevées, les hospitalisations augmentent, de même que les taux d’infarctus ou d’AVC. Ainsi, une hausse de 10 microgrammes par m3 de la dose journalière entraîne en moyenne deux fois plus d’hospitalisations d’enfants et de personnes âgées », explique le Dr Patrice Halimi, Secrétaire Général de l’ASEF.
Selon le Ministère de l’Ecologie, la pollution aux particules serait ainsi à l’origine de 42 000 morts prématurées par an en France et de 386 000 en Europe. L’an dernier, une étude (2) menée dans 12 pays européens a démontré que la diminution des particules fines dans l’air de nos villes permettrait d’augmenter notre espérance de vie. A Marseille, si on respectait l’objectif de qualité de l’OMS (10 microgrammes/m3), l’espérance de vie pourrait augmenter de 8 mois.
La vie n’a pas de prix. Cependant, le froid n’explique pas tout. Si, sous la contrainte juridique, le nombre de particules fines émises a légèrement baissé, chaque année la France dépasse malgré tout les normes européennes de concentration maximum. Elle a été rappelée à l’ordre à plusieurs reprises par la Commission, qui la menace de payer des sanctions. En plus du coût humain, du coût pour l’assurance maladie (allergies, asthmes, accidents-cardiovasculaires, etc.), nous payerions une fois encore en versant des pénalités à l’Union Européenne. Ne serait-il pas préférable sur tous les plans de trouver des moyens efficaces pour limiter nos émissions de microparticules ? Une chose est sûre, attendre l’été ne semble pas être une solution.
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Notes :
(1) Selon les chiffres du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa)
(2) APHEKOM (Improving Knowledge and Communication on Air Pollution and Health in Europe), coordonnée par Institut de veille sanitaire, 2 mars 2011
Les Déboulonneurs à l’assaut des écrans publicitaires numériques
« Les écrans publicitaires ACL testés dans le métro parisien vont bientôt envahir le paysage. »
Le collectif des Déboulonneurs organise des actions directes non violentes et de désobéissance civile pour lutter contre le système publicitaire et lancer l’alerte autour des problématiques liées à la publicité.
Pour cette nouvelle action, le collectif se réappropriera l’espace publicitaire par un recouvrement de panneaux. Les passants seront invités à barbouiller les panneaux recouverts en toute légalité. Nous vous appelons à nous rejoindre le vendredi 2 mars 2012, à 19h, à la sation de métro Saint Marcel (ligne 5), à Paris, pour affirmer votre opposition au système publicitaire.
Suite au décret Grenelle du paysage les membres du collectif sont indignés. Plusieurs reculs sont apparents. Parmi les reculs les plus flagrants introduits dans cette version on trouve :
- les écrans numériques autorisés, de grand format de 8 m², et même de 50 m² autour des aéroports (limités à 2,5 m² dans la version de février) ;
- les bâches sur échafaudages de chantier pourront supporter 50% de publicité, comme celles qu’on peut voir actuellement sur la Conciergerie ou Le Louvre à Paris (12 m² préalablement) ;
- la mesure de limitation de la densité des panneaux est vidée de son contenu
- le mobilier urbain n’est pas concerné par l’extinction pour les économies d’énergie et pourra supporter de la publicité numérique.
Alerte : Les écrans publicitaires ACL actuellement installés dans le « laboratoire publicitaire », le métro parisien, et qui commencent à apparaître aux bords des routes, vont bientôt envahir le paysage. Le gouvernement et le parlement ont systématiquement refusé d’aborder la question des nouvelles technologies publicitaires lors des travaux du Grenelle II.
Ces reculs ne changent en rien la force de conviction du collectif des déboulonneurs qui maintient ses objectifs :
- Obtenir des pouvoirs publics une nouvelle loi qui ramène la taille maximale des affiches à celle pratiquée pour l’affichage associatif à Paris : 50 × 70 cm ;
- limiter les dispositifs à 2 m2 maximum, avec une densité raisonnable en fonction du nombre d’habitants. Atteindre cet objectif précis et limité constituera une première brèche dans le système publicitaire.
- Avoir « enfin » un vrai débat public autour de la question de l’invasion publicitaire.
Actualité juridique des déboulonneurs en procès pour barbouillage :
Mercredi 29 février 2012 : jugement du procès de 8 barbouilleurs, PARIS. 20 Mars 2012 : procès de 2 barbouilleurs pour dégradation, TOURS. 3 Avril 2012 : procès en appel de 7 barbouilleurs pour dégradation, PARIS. 12 Juin 2012 : procès de 6 barbouilleurs pour dégradation et refus de prélèvement d’ADN, PARIS.
Michel Cicurel, de la Compagnie Rotschild : « L’impôt sur les hyper-riches conduit à l’Union soviétique »
Au club Le Siècle, la taxation d’un revenu des hyper-riches au-delà d’un montant de 500 000 euros fait trembler. Pour Michel Cicurel, président de la Compagnie financière Edmond de Rotschild, cela « conduit à l’Union soviétique », et de là, « au goulag ».
C’était le 26 janvier, à la sortie du club Le Siècle, où se réunissent nombre de représentants de la branche française de l’oligarchie. Reporterre a conversé avec Michel Cicurel.
Michel Cicurel, haut fonctionnaire tombé depuis longtemps dans la banque, est actuellement, selon Wikipedia, président du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rotschild. D’abord très aimable, il se laisse prendre en photo de bonne humeur. Au Siècle, plaisante-t-il, « on est tous rois ».
On parle ensuite de banques. On apprend notamment que la Banque centrale européenne a prêté de l’argent aux banques, qui l’ont reprêté à la Banque centrale européenne ! Ouaahooo, c’est de la gestion, coco ! Il s’agit d’assurer « un coussin de liquidités » aux banques.
- Ecouter ici :
Mais le meilleur morceau vient quand on parle du sujet qui fâche : l’argent. Voici l’échange (sur l’enregistrement, cela commence à la 339e seconde) :
« Reporterre - Qu’est-ce que vous pensez du revenu maximum admissible, c’est-à-dire l’idée qu’on imposerait toutes les sommes, les revenus qui dépasseraient - il faut discuter - 300.000 euros, 500.000 euros, par an ?
. Michel Cicurel - Beaucoup, beaucoup de mal. Parce que la réglementation excessive, ça conduit à l’Union soviétique, où il n’y a plus que des hyper-riches et des pauvres qu’on ne peut plus rémunérer. Et moi, je suis contre l’économie soviétique, je suis pour une économie de liberté, et je pense qu’il ne faut pas d’abus. Mais ce n’est pas en pompant ou en réglementant les prix, les riches, les banques, et en nationalisant tout, qu’on se retrouve dans une merde noire comme l’ont démontré toutes les économies administrées (sic).
. Parce qu’en ce moment, on n’est pas dans une merde noire ?
. On est dans une merde moins noire que ne l’a été l’Union soviétique il y a quelques années. Je n’ai pas envie de devenir l’Union soviétique, et je préfère être dans une merde noire sans le goulag. Voilà. Donc je ne veux pas le goulag, je ne veux pas l’Union soviétique, et je veux une économie de liberté.
. Mais en 1932, c’était la merde noire aux Etats-Unis, et puis Roosevelt est arrivé et a fait une politique contre les banques et en taxant les très riches. Et pourtant, ça n’a pas été le goulag, au contraire, les Etats-Unis ont défendu la liberté pendant ces années-là.
. Le contrôle aux Etats-Unis et le contrôle en France, ce n’est pas pareil, on ne part pas exactement du même point. Mais on peut peut-être s’arrêter là.
. Ben non, c’est intéressant, mais je ne veux pas vous retenir. Vous attendez votre voiture ?
. Non, elle est là.
. C’est quoi, comme voiture ?
. C’est une belle voiture.
. Alors c’est une Audi.
. C’est une Audi A 6.
. Vous-même, vous gagnez combien, puisqu’on parle de revenu maximum admissible ?
. Et vous, vous gagnez combien ?
. Moi je gagne 3.700 euros nets.
. Je gagne plus que vous.
. Et combien ?
. L’entretien est terminé.
. Bon, vous ne voulez pas me dire combien vous gagnez.
. Non, je ne vous le dirai pas.
. Mais vous vous sentez concerné par le revenu maximum admissible ?
. Je me sens concerné par un revenu maximum admissible, et je trouve qu’il serait inadmissible de me le coiffer, parce que si on commençait à me faire ça, j’irai bosser ailleurs.
. Vous iriez bosser où, alors ?
. Je ne sais pas. Pas là où il est coiffé.
. Aux Maldives, à Guernesey ?
. Bon écoutez, on arrête.
. Bon d’accord.
. Parce que ça devient un peu désagréable.
. D’accord, et bien, bonne soirée, Monsieur Cicurel ».
Amiante : en France, l’impunité pour les criminels
Alors qu’en Italie, les responsables des morts de l’amiante ont été condamnées, la justice française reste toujours du côté de l’industrie. Pour l’amiante comme pour le nucléaire, les coupables restent à l’abri.
La protection sanitaire des citoyens français ne peut être assurée tant que dure la collusion organisée entre industriels, politiques et institutions de recherche. L’affaire de l’amiante exhibe les failles de la justice française : la non condamnation des moeurs du comité permanent amiante (CPA) ouvre la voie à d’autres désastres. Tout le monde pense aux pesticides (le chlordécone aux Antilles), aux perturbateurs endocriniens diffus (les phtalates dans les plastiques) ou aux nanoparticules (les nanotubes de carbone aux effets similaires à l’amiante).
« La différence entre l’Italie et la France, c’est l’indépendance des procureurs », a souligné, samedi 25 février, le procureur de la République de Turin, Raffaele Guariniello, invité à s’exprimer au Barreau de Paris sur « les crimes sociaux et environnementaux : nouvelles frontières de la responsabilité pénale ». Le témoignage du procureur italien, deux semaines après le verdict du procès italien sur l’amiante qui a condamné en première instance les industriels suisse Stephan Schmidheiny et belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne à seize ans de réclusion et des millions de dédommagements, met en exergue les blocages organisés de la justice française.
Alors que le procureur Guarniello a pu s’appuyer sur un Observatoire chargé de rechercher les cas de cancers non repérés, le Parquet en France continue de se battre aux côtés d’Eternit. Pire, la cristallisation en France d’un organe comme le Comité permanent amiante (CPA) servant de « protection de l’industrie » par la collusion entre fonctionnaires de l’Etat, directeurs d’entreprises et scientifiques exhibe aux yeux de tous les effroyables démissions des gardiens de l’intérêt général.
Les défaillances du droit sanitaire
Ces postures abusives parviennent à dominer l’action publique du fait de trois maillons faibles.
Tout d’abord, le droit français est arc-bouté sur une vision individuelle. Seule l’incrimination d’« homicide involontaire (non intentionnel) » est possible alors qu’en Italie, le délit ciblé est celui de « désastre environnemental ». Cette tradition française est corrélée aux « habitudes hexagonales » : dès qu’une catastrophe sanitaire se profile, les administrations procèdent à la mise en place d’un Fonds d’indemnisation. On désolidarise ainsi insidieusement les personnes indemnisées en leur demandant de renoncer à toute procédure pénale.
De plus, la loi du 10 juillet 2000, dite loi Fauchon, exige des preuves pour qualifier les « délits non intentionnels ». En cas de lien indirect entre la faute et le dommage, le délit n’est constitué que s’il y a eu “violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité”. Le prévenu ne peut être condamné que s’il a commis “une faute caractérisée exposant autrui à un risque d’une particulière gravité qu’il ne pouvait ignorer”.
En second lieu, même si le Parquet s’est doté en 2003, d’un pôle santé, après les scandales sanitaires, ce dernier est laissé sans capacité de perquisition ou d’expertise ; ainsi, les moyens d’investigation manquent totalement pour faire avancer les enquêtes.
En dernier lieu, la faille majeure réside dans l’absence d’indépendance de la justice comme on l’a vu pour le sang contamine, et plus récemment pour les mensonges autour de la contamination post-Tchernobyl. Quatre jours après la catastrophe de Fukushima et quinze jours avant le renvoi du procès du Pr. Pellerin, Mme le juge d’instruction Bertella Goffroy, siégeant au pôle santé du parquet, a été dessaisie de ses dossiers sur Tchernobyl. Le 7 septembre 2011 le Pr Pellerin bénéficiait d’ailleurs d’un non-lieu.
Le scenario est le même ce 17 décembre 2011, quand Martine Bernard, Présidente de la chambre d’instruction et ses deux assesseurs, décidaient de retirer le dossier Eternit – le plus gros des 21 dossiers sur l’Amiante - des mains de Mme Bertella Geffroy alors que celle-ci s’apprêtait à mettre en examen quatre membres du Comité permanent amiante [1]. Avec le CPA, on est au cœur de la responsabilité de la catastrophe de l’amiante, dans la mesure où ses responsables ont contribué à créer des dommages qu’ont subis les victimes de l’amiante en minimisant les dangers de ce matériau, en contribuant à la désinformation du public, et en participant au blocage d’une directive européenne d’interdiction de l’amiante en 1991 et 1994.
Les politiques se protègent Et les dégâts se poursuivent, à l’autre bout de la planète.
Le Canada continue à exporter son minerai, le chrysotile, dans les pays en développement (100 000 tonnes par an). En Inde, dix nouvelles usines de ces plaques de ciment à l’amiante vont voir le jour, rien que cette année. Les Indiens commencent bien à s’inquiéter des répercussions de l’amiante sur la santé, les manifestations se multiplient. Mais la Cour suprême indienne a refusé un recours qui visait à interdire ce produit. L’Inde va donc sans doute rester encore longtemps le premier importateur mondial d’amiante, la Chine, elle, en produit.
Et ce n’est pas un hasard si le repreneur potentiel de l’une des deux mines québécoises est un Canadien d’origine indienne, déjà très impliqué dans le commerce entre les deux pays. S’il échoue dans cette reprise, l’Inde aura de toute façon la possibilité de se tourner vers les deux principaux fournisseurs d’amiante que sont aujourd’hui la Russie (une production d’un million de tonnes par an, deux tiers du commerce mondial), et le Brésil (300 000 tonnes par an), qui commence à interdire l’amiante dans certains de ses propres Etats mais qui continue à l’exporter vers l’Asie. L’Inde, l’Indonésie, les Philippines sont devenus les nouveaux marchés de l’amiante canadienne.
On constate ainsi que dans l’Hexagone, les pouvoirs en place ne tirent aucune leçon des compromissions gravissimes repérées dans les affaires du sang contaminé, de l’hormone de croissance ou même de la catastrophe de Tchernobyl. Pour en sortir, une véritable inspection des services judiciaires devrait être ordonnée. Mais les scenariis se répètent inlassablement : les lobbys pèsent sur les politiques qui offrent des « promotion de canapé » à ceux des corps de l’Etat qui acceptent d’être « aux ordres ». Les scandales actuels du Médiator et celui des prothèses PIP confirment qu’il n’y a pas de volonté d’en finir avec cette irresponsabilité. Les enquêtes menées en 2003-2004 auprès d’une douzaine de lanceurs d’alerte mettaient déjà au jour ces démissions [2].
Pour Jean Paul Teissonnière, avocat de l’Association nationale des victimes de l’amiante (ANDEVA), « le droit pénal ne donne pas les instruments pour attraper une réalité, celle d’exploitants qui continuent une activité dont ils savent pertinemment la dangerosité. Si le droit pénal ne joue pas son rôle symbolique en énonçant les interdits, nous nous exposons à reproduire les mêmes catastrophes, avec les nanoparticules ou les cancérogènes notamment les perturbateurs endocriniens ». Notons que l’avocat parisien est poursuivi pour diffamation par la direction française du groupe Eternit, suite à la publication d’une interview donnée à Télérama.
S’il y a des marchands de doutes [3] comme on l’a vu pour la controverse entrenue sur le changement climatique, il y a surtout pour des productions lucratives une stratégie clé : gagner du temps. Si les premières mises en examen de dirigeants d’usines datent de 2000 en France (une cinquantaine aujourd’hui), l’arrivée progressive des enquêtes dans le giron des mondes administratif et politique commence à inquiéter. Des personnalités comme Martine Aubry (à l’époque à la direction du travail) et Jean François Girard (ex Directeur général de la santé) pourraient être mis en cause.
Magistrats d’Europe, unissez vous !
Le procès de Turin constitue aujourd’hui un phare dans l’océan de l’impunité organisée. Et le procureur Raffaele Guariniello n’a pas l’intention de se laisser enfermer dans sa botte italienne ! Il sait que des extractions d’amiante se poursuivent au Canada, en Chine et au Brésil pour utilisation en Inde, aux Philippines et en Indonésie.
Il en appelle à la création d’un « parquet européen » pour mener des enquêtes ou perquisitions transfrontalières rapides et efficaces. « Les crimes voyagent à la vitesse de la lumière, la justice se déplace encore en diligence », constate le magistrat italien qui estime que « l’Europe est un paradis pénal ».
Un autre défi réside dans l’alliance des associations de victimes (ANDEVA, Sos Amiante, Ban Arbestos, Association des victimes de l’hormone de croissance, Association Française des Malades de la Thyroïde) avec celles qui défendent le droit à un environnement sain pour une bonne santé (Réseau environnement santé, Appel de la jeunesse, Alliance pour la santé).
Si l’Alliance pour la planète ne s’est pas ranimée en ces temps électoraux, il est probable qu’une « Alliance pour les vivants » voie prochainement le jour, comme un « système immunitaire » contre « l’insoutenable ». Le livre de Robert Proctor, Golden Holocaust [4], qui paraît ces jours-ci aux Etats unis sur les cigarettiers et la formidable « ingénierie du consentement » qui les porte achèvera de convaincre.
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Notes :
[1] Dominique Moyen, ancien secrétaire général de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) qui imagina et créa le CPA et Jean-Pierre Hulot, secrétaire du CPA et dirigeant de la société de communication CES, ont été mis en examen pour homicides, blessures involontaires et abstentions délictueuses. Arnaud Peirani, ancien chargé de mission au ministère de l’industrie, et Daniel Bouige, ancien directeur général de l’Association française de l’amiante (AFA) ont également été mis en examen.
[2] Alertes santé, André Cicolella et Dorothée Benoit Browaeys, Fayard 2005.
[3] Merchants of doubt, de Naomi Oreskes & Erik M. Conway, Blombury Press, 2010.
[4] "Les conspirateurs du tabac", lemonde.fr.
Au fait, 2012 est l’année internationale des coopératives
L’Organisation des Nations Unies l’Assemblée générale a adopté une résolution déclarant 2012 Année internationale des Nations Unies sur les coopératives le 18 décembre 2009.
La résolution de l’ONU intitulé « Les coopératives dans le développement social », reconnaît la diversité du mouvement coopératif dans le monde et exhorte les gouvernements à prendre des mesures visant à créer un environnement propice au développement des coopératives. Cliquez ici pour aller sur le site des Nations Unies IYC pour en savoir plus au sujet de la résolution de l’ONU et sur les autres activités des Nations Unies IYC.
L’Année internationale des coopératives, ou IYC, célèbre une façon différente de faire des affaires, centrée sur les besoins humains et non sur la cupidité,et dans laquelle les coopérateurs possèdent et gèrent l’entreprise, pour s’en répartir collectivement les profits au lieu de les abandonner aux actionnaires.
Une Année internationale des coopératives permet d’attirer l’attention des gouvernements, de la communauté des affaires et, surtout, du grand public sur les avantages prévus du modèle coopératif.
Comme la voix mondiale des coopératives, la coopérative internationale Alliance cherche à tirer parti de l’Année internationale pour sensibiliser le public sur les coopératives à travers le monde.
EPR de Flamanville : des chantiers de pylônes suspendus par une marche pacifique
Une douzaine de personnes se sont retrouvés le 29 février à Cerisy, dans la Manche, pour une « randonnée sous les pylônes ».
Celle-ci s’est déroulée sur la commune voisine de Cametours où les randonneurs et randonneuses ont tout d’abord visité un dépôt où est entreposé du matériel destiné à la construction de la ligne et plus particulièrement des pylônes.
Le petit groupe accompagné d’une vingtaine de gendarmes (dont un véhicule tout terrain) a ensuite rejoint les chantiers des pylônes 136, 137 et 138.
La surprise étant de voir, à leur arrivée, les ouvriers décamper dans la précipitation avec armes et bagages, en l’occurence des rouleaux de géotextile utilisé pour la mise en place des accès au chantier. Bref, des chantiers qui ont été arrêtés sans même avoir besoin de les bloquer.
Tout cela sous l’oeil amusé de quelques journalistes auxquels fut distribué le texte suivant :
"Ici git un chantier illégal où les pylônes sont montés à vitesse forcée alors que l’EPR de Flamanville n’est pas opérant et ne le sera pas avant des années. Des vigiles sur les lieux, des rondes de gendarmerie pour protéger des intérêts privés : un bel exemple des politiques énergétiques actuelles.
Nous nous élevons contre ce projet car il est néfaste pour la santé des habitants : c’est indéniable ! Mais, surtout, nous nous insurgeons contre ce chantier qui est le symbole de l’incurie de l’Etat dans la gestion de la production énergétique du pays. Nos dirigeants entendent mieux la voix de certains intérêts privés que celle du peuple.
Nous clamons notre droit à être acteurs de nos vies, de nos projets de société et de la gestion de la production énergétiques. Nous luttons localement contre un problème global.
Nous ne voulons pas de cette ligne, notre contestation ne pourra être étouffée. Nous crions juste de plus en plus fort, de plus en plus nombreux, jusqu’à être repris au sérieux."
Prochains RDV sur le terrain le dimanche 11 mars 2012
Mais aussi du 5 au 13 mars lors des enquêtes publiques destinées à octroyer à RTE l’autorisation de contourner le refus des riverains de signer les conventions de passage et de servitudes : http://percysoustension.pagesperso-...
Aussi, le 3 mars 2012, une projection suivi d’un repas à prix libre et d’un débat aura lieu au FJT de Coutances. Il s’agit du documentaire sur l’occupation de la forêt à l’emplacement d’un pylône lors d’un lutte similaire en Catalogne. http://valognesstopcastor.noblogs.o...
La Marche des Possibles en route pour Paris
« De nombreux réseaux travaillent de manière efficace sur diverses thématiques. L’heure est venue de collectiviser ces travaux afin de créer une grande convergence populaire. Notre Marche se veut être une vitrine non commerciale des alternatives. » Départ le 3 mars de Marseille et d’ailleurs pour arriver à Paris le 20 avril, deux jours avant l’élection présidentielle.
On n’arrête pas un peuple qui marche
Plus de 900 km à pied pour manifester notre espérance !
Nous ne sommes pas dupes sur l’issue des élections présidentielles, de cette farce électorale que nous vendent les « médias de masse », ainsi que la classe politique.
Conscients que les banques gouvernent alors que personne ne les a élues, nous nous mettrons en Marche, le 3 mars 2012 au départ du Vieux Port de Marseille (RdV 9h) pour rejoindre Paris à pied. La Marche Marseille sera l’une des différentes Marches qui s’organisent partout en France en direction de la capitale (départ de Bayonne, Lille, Marseille, Normandie, Bretagne, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Toulouse, …). Elles arriveront unies à Paris le 20 avril 2012, deux jours avant le premier tour des élections présidentielles.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de nombreux mouvements sociaux dépourvus de logique corporatiste, qui ont vu le jour ces dernières années et derniers mois (forums sociaux, collectifs, indignados, occupy, …). Indépendante et construite par ceux qui y participent, elle a pour enjeu de créer une agora nomade, plate-forme des réflexions et des possibles, où chacun peut porter son analyse et des solutions concrètes en place publique.
Lors de nos passages dans les villes, nous installerons nos campements sur les places. Nous nous réapproprirons l’espace public afin de rompre avec la logique du chacun pour soi et créer ainsi des espaces d’expérimentations ouverts à la concertation, afin de réinventer le « Vivre Ensemble ».
La Marche de Marseille se propose de véhiculer des alternatives concernant nos manières de vivre, de s’organiser et de consommer, en réponse aux logiques de pensée que voudraient nous imposer la classe politique ainsi que les lobby attachés à défendre les intérêts particuliers des grandes entreprises. Nous marcherons donc pour porter ces alternatives sur les places et dans le débat public. La Marche Marseille se concentrera sur les questions des énergies alternatives au nucléaire et au pétrole, les systèmes d’organisations locales, l’échange de semences libres, la culture de la terre, la gestion de l’eau, les médecines naturelles, enjeux centraux de notre action.
Cette Marche est ouverte à tous à titre individuel, milieux associatifs ou militants. Cette Marche se veut ouverte à tous ceux qui sont soucieux de faire entendre leurs voix autrement que par les seules échéances électorales. C’est pour cela que nous invitons tout un chacun à venir nous rejoindre, que ce soit tout au long de la Marche ou bien pour quelques kilomètres ou lors des temps forts de la Marche pendant nos passages dans les grandes villes. Cette Marche est une plate-forme ouverte et exploitable par tous ceux désireux de porter une thématique, partager leurs savoirs et enrichir les propositions d’alternatives au travers d’animation, d’exposition de prototypes et de discussion ouverte (Agora).
Nous croyons de manière globale à la coopération et non à la compétition.
De nombreux réseaux travaillent de manière efficace sur diverses thématiques. L’heure est venue de collectiviser ces travaux afin de créer une grande convergence populaire. Notre Marche se veut être une vitrine non commerciale des alternatives.
En direct du Japon, le point sur la situation nucléaire
Marc Humbert est chercheur. Il vit au Japon, à Kyoto, d’où il nous adresse une synthèse de la situation au Fukushima et dans le pays près d’un an après la catastrophe nucléaire.
Kyoto, le 2 mars 2012
Petit état des lieux près d’un an après le 11 mars 2012 pour ceux qui sont intéressés par cette situation du Japon sinistré mais qui n’ont pas eu l’occasion de pouvoir en suivre l’actualité.
1) Peut-on parler d’un retour à la normale ?
Le Japan Times du 30 décembre 2011 a décidé d’arrêter la publication de la carte des niveaux maximum de radiation dans l’Est du Japon en indiquant que la situation semblait stabilisée. Le service culturel et d’information de l’ambassade du Japon en France avait fait un communiqué le 20 décembre pour protester auprès des média contre les informations publiées en France et de nature à induire en erreur les lecteurs sur les initiatives du gouvernement. Ce courrier donnait certaines précisions avec des commentaires pour soutenir que la situation est en voie de normalisation, pour souligner que le gouvernement japonais a fourni des efforts remarquables, et que tout peut reprendre comme avant. Le Japon renaît.
C’est la position qu’essaie de défendre depuis le début les principaux responsables politiques et le gouvernement japonais.
Alors même que le Japon rétrogradait au rang de 3e puissance économique mondiale, l’échec du désastre nucléaire lui faisait perdre la face de Gijutsu Rikkoku, pays technologique. Confrontées à cette situation, les autorités se sont peu dirigées vers la remise en cause des choix qui ont fait du Japon une puissance nucléaire civile, choix d’immédiat après-guerre qui semblait n’attendre que l’initiative « Atome pour la paix » de Eisenhower en 1953.
Elles ont mis tout en place pour assurer ce qui leur paraissait essentiel pour relancer l’économie du pays, avec l’aide d’un lobby pro-nucléaire puissant, « le village nucléaire », qui avait entonné l’hymne d’un nucléaire pacifique, sûr à 100% et prometteur de bien-être, pour éviter l’opposition d’une opinion publique pacifiste marquée par Hiroshima. Sur le deuxième point il y a évidemment depuis le 11 mars, un sérieux obstacle à surmonter pour rétablir la confiance dans l’opinion publique.
A l’intention de tous et des rétifs en particulier, les autorités ont clamé que l’arrêt du nucléaire serait la fin de la fourniture de l’électricité, du confort et pire, la fin de la croissance. Toutefois le Japon, malgré un yen très cher, et sans centrales nucléaires, continue à fonctionner et à croître : là encore un argumentaire supplémentaire sera nécessaire.
Les exportations y compris nucléaires sont indispensables selon le gouvernement. Toshiba a livré fin 2011 un condenser pour une centrale nucléaire (Vogtle Unit 3 AP1000) en construction aux Etats unis (premier projet de construction dans ce pays depuis 30 ans) et se trouve bien placé pour des nouveaux chantiers en Turquie. Hitachi a signé un accord préliminaire pour une centrale en Lituanie en décembre 2011.
Il faut également, selon le gouvernement, exporter des armes et le Japon est en train d’abandonner l’interdiction d’exportations d’armes qu’il observait jusqu’ici. Ses forces d’autodéfense ne constituent pas officiellement une armée, mais de fait en sont une qui depuis une dizaine d’années exécute des missions humanitaires ou de maintien international de la paix, sans engagement offensif.
La presse japonaise s’est montrée très timorée dans ses critiques vis-à-vis des versions officielles sur la situation et sur les positions des autorités. Les Japonais se sont mobilisés à plusieurs reprises contre le nucléaire. Des rassemblements anti-nucléaires ont regroupé des milliers de personnes en juin 2011, dans de nombreuses villes. Le 19 septembre, plus de 60 000 Japonais se sont massés dans et aux abords du parc Meiji à Tokyo autour de l’écrivain Kenzaburo Oe.
Depuis lors des militants campent sur le terrain du ministère de l’industrie pour réclamer la fermeture de toutes les centrales nucléaires ; le ministère leur demande de partir mais jusqu’ici a indiqué qu’il n’emploierait pas la force (Kyodo news repris par Japan Times le 29 janvier 2012) pour les faire partir.
Les 14- 15 janvier 2012, des milliers de personnes dont une centaine d’experts de 30 pays et de militants réunis en colloque, se sont rassemblées à Yokohama pour proposer d’établir une programmation de la sortie du nucléaire au Japon. A nouveau des rassemblements autour de Kenzaburo Oe à Tokyo et dans 4 départements ( Niigata, Okayama, Yamaguchi, Ehime) ont eu lieu de le 11 février, cherchant à collecter 10 millions de signatures contre l’énergie atomique. « 10 millions People’s Action to Say Good-bye to Nuclear Power Plant » a déjà recueilli 4 millions de signatures. Des manifestations sont prévues à Koriyama (département de Fukushima) le 11 mars 2012 et partout en juillet où ils espèrent rassembler 100 000 personnes. Des pétitions sont en cours en particulier à Osaka et Tokyo pour demander un référendum sur le nucléaire.
Et puis surtout, les autorités locales, au moins sous la pression de leurs opinions, refusent depuis le 11 mars, le re-démarrage des centrales qui s’arrêtent pour maintenance (tous les 13 mois). Légalement elles n’ont pas besoin de ces autorisations, mais c’est la pratique usuelle. A tel point qu’il ne reste au 20 février que deux réacteurs en activité sur les cinquante quatre que compte le pays et qu’il ne devrait plus en avoir aucun d’ici fin avril 2012.
Il est donc difficile de considérer que la situation est redevenue normale.
2) Les données les plus publiques sur le niveau de radioactivité.
Le MEXT, ministère de l’Education de la culture des sports de la science et de la technologie, affiche sur son site, y compris en anglais des données d’observation sur les niveaux de radioactivité. En ligne on trouve des pages et des pages de listes de tellement de pages en pdf à télécharger (des centaines aujourd’hui) que ce n’est pas immédiatement accessible au grand public. La plus ancienne page disponible, publiée le 16 mars 2011, concerne des observations faites à partir d’un véhicule le 15 mars à 20h 40 à Namié à 20km de la centrale : le premier ministre à 11h ce jour-là avait incité les habitants au-delà de 20km à rester calfeutrés chez eux.
Quatre points d’observation ont enregistré le 15 mars entre 220 µs [micro-Sievert] par heure à l’intérieur du véhicule et 330µs par heure à l’extérieur, soit entre 192 et 289 ms [milli-Sievert] par an. Selon les normes des organisations internationales, le danger de cancer augmente de 5% avec des doses supérieures à 100 ms/an. L’information la plus ancienne qui suit la précédente concerne le lendemain ; avec une carte à peu près illisible, elle donne des relevés en 4 points le long de la route 114 qui va de Fukushima ville à Namie. Les données sont entre 17,2 µs et 25,3 µs soit entre 15 et 22 ms par an. Les travailleurs dans les centrales ne devaient pas être exposés à plus de 50 ms par an ou 100 ms sur 5 ans : ces niveaux ont été relevés en mars par Tepco à 250 ms, puis baissés à 100 ms courant novembre 2011 (sauf 50 employés à l’expertise « indispensable »).
Le Japan Times du 30 décembre a décidé d’arrêter la publication journalière jusque-là de la carte des niveaux maximum de radiation dans l’Est du Japon en indiquant que la situation semblait stabilisée. Ces données qu’il reprenait étaient des données officielles en microsieverts/heure.
Nous avons à nouveau visité la zone début février 2012 ; sur le parking, sur le sol à Fukushima en centre ville le 11 février nous avions mesuré 0,80 µs, une collègue a lu, elle, 1,20µs sur le parking de son hôtel. Les données qu’il faut aller chercher sur le site du MEXT corroborent ces niveaux. On ne peut donc pas considérer qu’il y ait une décroissance remarquable de la radioactivité.
Nous ne sommes pas allés au plus proche de la centrale. En revanche le ministre français Eric Besson y est allé, en tenue adéquate ; la presse japonaise (par exemple le Japan Times du 25 février) a rapporté l’évènement et le fait que le ministre ait déclaré attendre des Japonais qu’ils parviennent à améliorer la situation de la centrale et de la région environnante, car ce sera un soutien indispensable à la poursuite et à l’acceptation des projets nucléaires ailleurs et en France notamment.
Bien que les medias indiquaient que le niveau de radioactivité était élevé, aucune donnée n’a été alors publié. Toutefois le lendemain un rapport intérimaire du ministère de l’environnement (Japan Times 26 février d’après Kyodo news) sur des mesures faites entre le 7 novembre et le 16 janvier notait des très hauts niveaux en certains lieux – 470m s/an à Futuba - dans des municipalités proches de la centrale : pour l’essentiel dans la direction nord-ouest à partir de la centrale on dépasse 50 ms/an dans beaucoup d’endroits.
Le ministère a également découvert par sondage, dans 8 départements du Tohoku et du Kanto, des quantités de cesium dans les cendres et le bois pour le feu bien au dessus des 100 000 bq/kilo [Becquerels par kilogramme] (jusqu’à 240 000 à Minamisoma, mais aussi 163 000 à Kawamata) qui imposent de stocker ces matières dans un site où elles sont scellées dans du béton renforcé et protégées de la pluie. Ne peuvent être traitées comme des déchets ordinaires que des matières montrant moins de 8 000 bq/kilo.
Le 1er mars, le Japan Times rapporte les propos de l’actuel directeur de la centrale n°1, Takeshi Takahashi : « La centrale n°1 de Fukushima reste fragile […] même s’il a atteint ce que nous appelons des ’conditions d’arrêt froid’, il pose toujours des problèmes qui doivent être améliorés ». Il y a deux centrales à Fukushima distantes de 12 km sur la côte : Fukushima °1 dite Daïichi, qui a été atteinte, et celle au sud, Fukushima n°2, qui n’a pas eu de problèmes graves.
Les journalistes ont été emmenés pour y faire un tour mardi 28 février. Le site est par endroit encore encombré de débris en particulier autour du réacteur n°3 qui, sans son toit, ressemble à un cendrier rempli de mégots écrit la dépêche d’Associated Press. Des réparations de fortune : des tuyaux qui avaient été brisés par le gel sont maintenus avec des rubans adhésifs par exemple. Il est rapporté que le dosimètre porté durant le tour a gardé la trace d’un maximum à 1,5 ms/heure. C’est-à-dire 13 140 ms par an ou 13,14 sv/an : un endroit où un travailleur ne peut rester travailler que très peu de temps en respectant les limites. D’après les déclarations autour du réacteur numéro 3 et dans quelques autres endroits les travailleurs ne restent que quelques minutes, ailleurs ils peuvent travailler deux à trois heures d’affilée maximum.
Pour calculer l’exposition annuelle à partir des valeurs observées par heure en dehors de tout correctif, il suffit de multiplier par 24 (nombre d’heures en une journée), puis par 365 (nombre de jours en une année), soit par 8765. L’observation à Iitate, à 40 km de la centrale des 2 microsieverts/heure correspond donc à 17,53 millisieverts par an. Soit moins que les 20 millisieverts choisis comme référence par le gouvernement japonais.
La situation en début avril de 46,428 millisieverts et certainement plus encore en mars 2011, quand ce n’était pas une zone d’évacuation, mais où sont allées se « réfugier » 2000 personnes auxquelles les autorités ont indiqué d’évacuer sans autre consigne que de s’éloigner de 20km de la centrale.
En fait le gouvernement japonais traduit les microsieverts par heure en utilisant un coefficient : selon son calcul, on ne vit que 8 heures par jour à l’extérieur mais 16 h par jour à l’intérieur où ne pénètrent que 40% des radiations (l’association Acro a d’analysé des poussières d’aspirateur, montrant le degré élevé de contamination à l’intérieur des maisons malgré l’habitude japonaise de laisser ses chaussures à l’entrée). Cela fait qu’une journée ne comprend que 8h + 16hx40% = 14,4 heures d’exposition à la radiation observée. Soit pour une année 365x14,4 = 5256 comme multiplicateur.
Avec ce coefficient Iitate est à environ 10,512 millisieverts par an et Fukushima à 5,256 millisieverts par an.
Lors des déclarations du 16 décembre le gouvernement japonais avait cependant prétendu que bientôt autour de la centrale on serait dans une situation normale, c’est-à-dire que l’on pourrait observer autour de la centrale des émanations de moins de 1 millisievert/an a –t il précisé. Le communiqué de l’ambassade du Japon en France avait donné également ce chiffre comme limite à venir pour l’exposition supplémentaire (à quoi ?) des enfants.
On en est donc encore loin.
Le conseil de la radioactivité du ministère de la science a accepté les propositions du ministère de la santé faites en décembre, de nouvelles normes concernant le niveau admissible de radioactivité des produits alimentaires tout en indiquant par la voix de son directeur Otsura Niwa (Japan Times 17 février) qu’il s’agissait d’une marge de sécurité généreuse et que des niveaux un peu plus élevés n’auraient pas d’incidence sur la santé humaine. Ces seuils risquent d’empêcher la vente de produits des fermiers du département de Fukushima.
Les normes précédentes étaient calculées pour une ingestion maximale de 5 millisieverts par an ; les nouvelles sont calculées pour la limiter à un maximum de 1 millisievert par an : 100 bq/Kilo pour le riz et la viande et le cas général, 50 bq/kilo, pour la nourriture infantile et pour le lait 50 bq/litre, 10 bq/litre pour l’eau.
Un rapport, en principe indépendant, d’un groupe mené par le Pr Yotaro HATAMURA sera bientôt présenté. Un rapport intérimaire a été diffusé fin décembre dont les journaux japonais se sont fait l’écho. Il montrera clairement les dysfonctionnements et le manque de considération active pour protéger les personnes. Le choix a été, plutôt que d’organiser la mise à l’abri des populations en les évacuant massivement, de les soumettre de manière prolongée à des doses d’irradiation d’urgence. Ainsi il a été décidé d’autoriser une exposition à une radiation externe de 20 millisieverts pour les enfants dans les écoles ; notons que la mesure a été appliquée avec la correction indiquée plus haut, ce qui fait que l’exposition potentielle est en fait de 33 millisieverts, à charge de réduire l’exposition réelle grâce à une vie limitée à 8 h en extérieur et à une protection de 40 % pendant 16h à l’intérieur et tout ceci ne prend pas en considération l’exposition interne des enfants par leur alimentation.
Or l’alimentation locale s’appuie principalement sur l’agriculture locale et la base en est le riz.
Le gouvernement n’a interdit la culture du riz dans la préfecture de Fukushima que récemment et la récolte de cette année a été enfin testée de manière plus systématique après la découverte circonstancielle de quelques récoltes avec un riz dépassant les normes de 500b au kilo. Au total (Japan Times, 29 décembre) avec les normes pour l’an prochain qui devraient ne plus être celles possibles en situation d’urgence et que le gouvernement a dit vouloir réduire à 100 bq au kilo, c’est 18 % des 11 800 fermes cultivant du riz qui devraient recevoir une interdiction de le cultiver. C’est dire en même temps que toutes ces familles et celles qui leur ont acheté du riz ont reçu une contamination interne non négligeable pour laquelle le gouvernement n’a accordé aucune considération.
3) Les perspectives concrètes : un avenir proche encore bien difficile
Au bout d’un an, en avril 2012, le gouvernement prévoit d’entrer dans une période qui n’est plus celle d’une situation d’urgence, avec des critères plus restrictifs pour le contrôle des produits alimentaires (mais avec des moyens d’application qui semblent trop limités) et de redéfinir les zones. Le système de simulation SPEEDI qui, à partir de niveaux d’émanations radioactives en un lieu, peut, en fonction de la météo, prévoir la carte des niveaux de radioactivité résultant, n’avait pas été utilisé pour définir les zones d’évacuation.
Quand le gouvernement a eu connaissance de ce système (très coûteux, public et financé par l’Etat) et compris sa signification, il n’en a rien tiré comme conséquences rapides pour protéger la population et a retardé la publication de ces données jusqu’au moment où des données équivalentes avaient été publiées par des organismes occidentaux.
Depuis, – bien longtemps après - on a des niveaux observés qui complètent la prise en considération des calculs de SPEEDI et amènent enfin le gouvernement à revoir la cartographie des zones en 3 catégories non liées à des éloignements en km de la centrale accidentée. Un inventaire des zones à plus de 50 millisieverts par an (effectif ou corrigé ?) qui resteront (ou seront) interdites et vraisemblablement pour plus de 5 ans (l’Etat rachèterait les propriétés privées), des zones entre 20ms et 50ms qui seront à accès restreint mais avec un effort intense de décontamination (plusieurs entreprises commerciales sont en cours d’opérations pilotes pour montrer la performance de leurs systèmes y inclus pour des sols de cultures), et enfin les zones en dessous de 20 ms qui sont considérées comme habitables et qui feront aussi l’objet d’opérations de décontamination pour réduire encore le niveau. Dans cette zone il y aura incitation au retour des habitants. Mais si les enfants ne doivent pas se trouver exposés au-delà de 1 ms, comme l’indique par ailleurs le gouvernement, ce serait des zones habitables sans école et sans enfants.
La plupart des enquêtes semblent montrer que les habitants jeunes avec des enfants qui ont pu s’éloigner et retrouver du travail n’ont aucune volonté de revenir. Ce n’est pas le cas des plus anciens. Une enquête (Asahi Shimbun, 15 janvier 2012) auprès des ex-résidents évacués de Namie, 18 448 personnes, dont 11 001 ont répondu, a montré que 36 % n’envisageait pas de revenir et que sur les 64% qui l’envisagent, 70 % d’entre eux précisent à condition que le niveau de radiation ait baissé, que soient rebâties les infrastructures nécessaires et qu’une proportion suffisante des autres résidents revienne également. Certes c’est bien le souhait ou le rêve de chacun de pouvoir retourner chez lui dans un cadre agréable et sain. C’est ce rêve ou ce souhait que veut conforter le gouvernement en prenant en charge les coûts de la décontamination qui commence.
La perspective de revitalisation est une volonté certaine des autorités politiques, qui passe par la restauration de la confiance, confiance que la situation est bien sous contrôle et que le niveau de radiation est sans danger. Le fait que les 280 000 enfants scolarisés dans le département de Fukushima aient été dotés d’un dosimètre et que l’on ait officiellement annoncé que les 2 millions d’habitants du département de Fukushima seront l’objet d’un suivi médical à long terme, que 360 000 personnes de moins de 18 ans auront un suivi de leur thyroïde, est censé restaurer cette confiance.
De même le département vient d’annoncer qu’il va tester le lait maternel de 10 000 femmes – en fait ce nombre est celui des années passées mais la préfecture a reconnu ne pas savoir quelle proportion d’entre elles avait quitté le département en raison de la crise. Une enquête menée en mai et en juin dernier par le Ministère de la santé et du travail avait montré des traces de césium dans le lait de 7 mamans sur les 21 examinées, mais à des taux dits dans danger pour les bébés. Toutes ces opérations de restauration de la confiance fonctionnent aussi comme une opération d’alerte sur les doutes qui subsistent sur l’état réel de la situation.
Il est clair que cette population sert de cobaye ; l’Ukraine n’a pas eu les moyens financiers nécessaires pour faire une étude épidémiologique à grande échelle qui permette de voir si oui et ou non et dans quelle proportion l’exposition à des radiations « faibles » augmente la survenue de cancers et lesquels. Une étude sérieuse exigerait que chaque personne ait une sorte de journal qui renseigne sur les niveaux d’exposition radioactive auxquels elle a été exposée, quel type de nourriture elle a ingérée, de telle date à telle date. En tout état de cause ce genre d’opération génère un certain stress chez les personnes en observation.
Dans les zones éloignées, la méfiance vis-à-vis des produits alimentaires en fonction de leur provenance et les débouchés des agriculteurs des départements limitrophes de Fukushima sont devenus difficiles. Une conséquence concrète de l’extension progressivement annoncée par le gouvernement de la contamination de riz cultivé dans le département de Fukushima fait que l’ensemble de ce riz, y compris celui des 80 % des fermes dont les sols ne sont pas contaminés, ne trouve que difficilement à se vendre ce qui est en train de ruiner les fermiers dont deux viennent encore de se suicider pour cette raison à la fin de l’année 2011.
Les cantines scolaires, sous la pression des mères, commencent à faire attention à la provenance de leurs approvisionnements, surtout elles essaient de vérifier le degré de radioactivité ; il semble que cela n’était pas réalisé jusqu’en octobre dans le département de Fukushima alors que ce l’était déjà dans une proportion élevée à Tokyo.
Les déclarations publiques rassurantes qui ne sont pas fondées sur des faits objectifs manquent leur objectif qui est de faire en sorte que les populations concernées vivent dans une situation non normale en considérant qu’elle est sans risque pour eux. Cette confiance éliminerait une des causes des souffrances socio psychologiques et de maux réels qui s’en suivent et qui s’ajoutent aux radiations comme facteurs de maladies.
Il est clair que le choix fait jusqu’ici par les autorités a été de ne pas tenter d’organiser la réinstallation ailleurs au Japon de ces populations, en justifiant cette option comme étant une mesure permettant de réduire la souffrance qui est celle des populations évacuées, parce qu’elles sont loin de leur maison (pour beaucoup en bon état) et séparées de leur communauté locale.
Certes cette souffrance est bien réelle. Nous avons pu constater que la résistance des populations restées sur place à ne pas se relocaliser est demeurée forte, y compris dans les zones contaminées (exemple des agriculteurs, à voir comme cela va évoluer avec l’interdiction de cultiver du riz). La souffrance psychologique des personnes évacuées en raison du tsunami est avérée par le fait que 40 % d’entre elles souffriraient de désordre du sommeil mais on ne sait si c’est pour une raison post –traumatique ou du fait du déracinement.
En ce qui concerne les 210 000 personnes évacuées ou non qui résidaient dans 13 municipalités proches de la centrale, la préfecture de Fukushima envisage une évaluation de leur santé physique et mentale. Shinichi Niwa professeur de psychiatrie à l’université de médecine de Fukushima a dit que l’accident nucléaire avait obligé de nombreuses personnes à évacuer à des distances éloignées et qu’ « habiter dans un endroit avec un climat et une culture différents a un impact considérable sur la santé physique et mentale sur une longue période ». Ces personnes sont cependant à quelques centaines de km tout au plus de leur lieu d’origine, mais l’attachement au pays natal (furu sato, 古里) est très fort au Japon, avec des coutumes locales et demandant implication des habitants sous des formes très variées même en des lieux séparées par des distances relativement courtes.
Néanmoins le retour des populations déjà évacuées, pour attendu et espéré qu’il soit, dépendra de la confiance qu’elles auront dans les données à venir.
L’évolution de la situation à la centrale reste problématique : l’arrêt à froid des réacteurs, proclamé le 16 décembre, n’a rien des caractéristiques que ce concept recouvre. Il est impossible de retirer des réacteurs les barres de combustible puisque celui-ci a fondu sans que l’on sache définitivement sa situation ; l’incertitude reste et a été alimentée encore par l’annonce du 3 novembre de la détection de Xénon 133-135 qui a amené TEPCO à considérer qu’une réaction limitée de fission avait pu avoir lieu. Au début de février, une alerte est venue concernant le réchauffement dans le réacteur numéro 2 qui a été mis sur le compte d’une défaillance de l’un des trois thermomètres (Japan Times, 14 février). En tout état de cause l’opération d’enlèvement du combustible, selon la feuille de route officielle, doit demander une dizaine d’années, c’est ensuite que pourrait commencer un processus de démantèlement qui durerait entre trente et quarante ans.
Depuis le 20 février, il n’y a plus que 2 centrales en activité qui d’ici fin avril devraient être arrêtées, et il devient difficile de soutenir que sans ces centrales, la vie et l’économie japonaise sont menacées. C’était pourtant le discours officiel : le gouvernement aurait voulu remettre en route quelques centrales, les autorités locales, sous la pression des populations ne l’acceptent pas pour le moment. La question a cependant une dimension économique.
Par exemple à Omaezaki où la centrale de Hamoaka (département de Shizuoka) a été arrêtée sur instigation du gouvernement pour en renforcer la sécurité et ériger un mur de défense contre le tsunami, une partie de la population s’interroge sur le redémarrage. Au cours des années la municipalité de 36 000 habitants a reçu 45,6 milliards de Yens de subventions pour héberger la centrale ce qui lui donne des équipements collectifs incroyables pour une ville de cette taille. Les revenus tirés de la centrale représentent 40 % du budget municipal qui doivent disparaître si la centrale n’est pas remise en route sans compter les pertes d’emplois et d’activité directes et induits, dus à la disparition de cette activité.
Actuellement plus de 2 000 personnes travaillent dans la centrale, dépensent localement. Et certains disent que même arrêtée, la centrale restera dangereuse pendant 30 ans. Le processus de décision dans les localités directement concernées est semé de débats difficiles. Par ailleurs les compagnies, et Tepco en premier font pression sur la population via entre autres des élus qui sont ses salariés. Le magazine Sentaku de février a relevé que 19 élus locaux dans la zone où Tepco exerce son monopole sont salariés de Tepco et aident à organiser des visites et des campagnes en faveur du nucléaire.
En restaurant une situation qu’elles prétendent normale, en lançant un programme de décontamination et de revitalisation et en faisant revenir les populations dans différentes zones, le projet est clairement de pouvoir « rationnellement » obtenir la remise en route d’une puis de plusieurs centrales après avoir fait les travaux nécessaires pour les protéger d’un éventuel tsunami ou d’un accident de perte d’électricité.
Une des questions ennuyeuses pour les autorités sur ce point de remise en route des centrales concerne l’ampleur des dégâts causés par le seul tremblement de terre, avant le tsunami : il semblerait que le système de refroidissement était déjà atteint. Cela signifierait qu’il faut relever également les normes antisismiques alors que tout jusqu’ici a été mis sur le dos du tsunami. Tepco a annoncé qu’il allait augmenter ses tarifs, ce qui commence à renchérir l’électricité nucléaire sans même prendre en considération les coûts que doit couvrir l’Etat, qui montrent qu’au moins dans un pays tel que le Japon, l’avantage économique du nucléaire sur les autres énergies (et ici de la géothermie) n’est pas ce qu’il semblait. Les exemples allemands et italiens seront aussi partie au débat.
En ce qui concerne les financements, les budgets publics ont été, c’est vrai largement mis à contribution ; ce sont les Japonais eux-mêmes qui prêtent à l’Etat, permettant à celui-ci une dette publique énorme sans trop de conséquences : elle atteint 200 % du PNB et ne paie qu’un taux d’intérêt extrêmement faible.
Une partie seulement des crédits publics est liée au traitement des conséquences directes du désastre nucléaire, la majeure partie concerne les conséquences du tsunami et la « renaissance » le long des 600 km de côtes dévastées. Les montagnes de gravats représentent pour les communes dévastées souvent l’équivalent de plus de dix années de leur capacité de traitement annuel. Une part non négligeable a un degré de radioactivité qui rend son traitement classique impossible. La question des zones de stockage et d’enfouissement définitif pour des millions de tonnes n’a pas encore trouvé de projet établi, ni de long terme ni de moyen terme. Les stockages temporaires sont supposés ne pas durer plus d’un an.
Le soutien aux victimes survivantes du tsunami, pour remarquable qu’il ait été n’est pas totalement exemplaire. Le Japan Times du 30 décembre rapporte la situation à Ishinomaki (Myagi) où la moitié des 61 000 maisons de la ville ont été détruites ou sévèrement endommagées par le tremblement de terre et le tsunami. 6 800 familles ont été hébergées dans 7 000 habitats temporaires mis en place par les autorités municipales, tandis que 6 500 familles ont été hébergées dans des appartements loués pour eux par le gouvernement local. Mais les représentants de la ville reconnaissent qu’ils ne savent pas ce que sont devenues 20 000 familles ; ils supposent qu’elles ont rejoint des parents ou bien qu’elles habitent dans leur maison si elle n’est pas trop endommagée. En février dernier, il faisait – 8° : être mal abrité dans cette région est une situation particulièrement difficile pour les mois qui viennent.
4) Il n’y a pas de mot de la fin
Si un semblant de normalité permet au gouvernement de disposer de quelques données pour argumenter qu’il y a un retour à une situation de renaissance, à mon sens, comme l’indiquent les éléments factuels que j’ai présentés plus haut, on en est loin. Par ailleurs, mais je n’apporte ici aucun support à cette affirmation, les ruptures qui ont eu lieu ne laissent pas apparaître des possibilités de replâtrage à un horizon ni de court terme ni de moyen terme, il faut donc s’attendre à ce que de véritables restructurations soient entreprises.
Entre le 11 mars 2012 et fin avril, des choix seront faits par une partie de la population et des agriculteurs localement et dans le reste du pays. Début avril c’est la rentrée des classes (la nouvelle année), après une période de congés ; c’est la présentation des bilans comptables et c’est l’application des nouvelles règles concernant les seuils de radioactivité alors que les résultats des tentatives de décontamination seront connus.
Les populations appelées à revenir le feront-t-elles ou s’installeront-elles ailleurs ? Le gouvernement (qui n’a pas la majorité au Sénat et qui a plus d’opinions défavorables que favorables dans le public ) tiendra-t-il jusqu’à la fin de la législature (Août 2013) ? Quelle position prendra-t-il face à la relance des manifestations pour la programmation de l’arrêt définitif du nucléaire et sur le fait qu’actuellement 66 % des électeurs japonais soutiennent l’idée que le Japon devrait graduellement diminuer puis finalement supprimer les réacteurs nucléaires ? Ces questions trouveront une réponse dans les mois qui viennent. L’avenir devrait aussi apporter de nouvelles informations sur l’état de la centrale. On pourrait également enregistrer des tremblements de terre plus forts que ceux déjà bien sensibles qui continuent de se multiplier en ce milieu de février où je mets à jour cette note.
Hollande et le revenu maximal : un bon pas
« Quant aux hyper-riches qui menaceraient de quitter le pays, s’ils sont tellement attachés à l’argent, c’est qu’ils ne sont pas des citoyens très utiles à la société. Je ne doute pas qu’émergeront de nouveaux talents, moins cupides et plus soucieux de l’intérêt général : c’est de cette nouvelle génération que nous avons besoin pour transformer le monde. »
Le projet de François Hollande de taxer à 75 % les revenus dépassant un million d’euros est louable, et j’approuve que le candidat du PS se rapproche en cela des propositions de Front de gauche, des écologistes d’EELV, du syndicat du Trésor SNUI et de nombreux autres intellectuels et économistes.
Cependant, cette mesure indispensable – dont on peut discuter le plancher : un million d’euros, ou 500.000 euros, ou moins ? – n’a pas de sens si elle est prise de façon isolée.
1 – Elle doit s’intégrer dans une réforme générale de la fiscalité, visant à rétablir une progressivité réelle de l’impôt, à simplifier et à rendre lisible le système (par la suppression de nombre de niches et d’exceptions fiscales), et intégrant une dimension écologique forte.
2 – La lutte contre l’évasion fiscale doit être vigoureusement renforcée. Si des hyper-riches résidant en France menacent de quitter le territoire pour échapper à cette tranche d’impostion, la loi doit leur signifier qu’ils ne pourront plus travailler ni percevoir de revenus en France.
3 – Cette nouvelle politique peut être lancée en France, mais doit être accompagnée d’un effort soutenu pour convaincre nos amis européens d’aller dans le même sens. Et la règle européenne de l’unanimité pour les votes relatifs à la fiscalité doit être remise en cause, puisqu’elle favorise un dumping fiscal nuisible à tous les Européens.
Quant aux hyper-riches qui menaceraient de quitter le pays (voir à ce propos l’interview que j’ai faite de M. Cicurel, président de la Compagnie financière Edmond de Rotschild, ici : http://www.reporterre.net/spip.php?article2677), eh bien, voyez le point 3 ci-dessus. Et sur le fond, on peut dire ceci : s’ils sont tellement attachés à l’argent, c’est qu’ils ne sont pas des citoyens très utiles à la société. Je ne doute pas qu’émergeront de nouveaux talents, moins cupides et plus soucieux de l’intérêt général : c’est de cette nouvelle génération que nous avons besoin pour transformer le monde.
Bizi ! est fière d’avoir accueilli M. Sarkozy avec franchise
M. Sarkozy a été reçu à Bayonne, le jeudi 1 mars, par divers quolibets, cris et manifestations. Une occasion de lui rappeler, entre autres, que son mépris de l’environnement n’est pas accepté
Le mouvement Bizi est fier de la manière dont le Pays Basque vient de montrer à Nicolas Sarkozy à quel point il n’est aucunement le bienvenu ici. Nous sommes fiers d’y avoir activement contribué aux côtés de centaines de militants de Batera demandant une collectivité territoriale spécifique, jeunes lycéens, activistes anti-ACTA, militants anti-voie nouvelle LGV, abertzale, socialistes, NPA, écologistes, qui ont tous exprimé leur rejet commun d’une manière absolument pacifique et citoyenne.
Les trois militant(e)s de Bizi ! qui ont été arrêtés pour avoir déployé une banderole juste en face du bar ou Nicolas Sarkozy rentrait rue d’Espagne ont été relâchés en fin d’après-midi.
La charge de l’UMP contre le « PS de François Hollande » accusé d’avoir orchestré les mobilisations de Bayonne est ridicule, mensongère et purement électoraliste. La « bronca » bayonnaise a été spontanée, populaire, profondément plurielle, et totalement indépendante de quelque parti que ce soit !
Il est également risible que Nicolas Sarkozy traite de voyous et de terroristes des manifestant(e)s pacifiques qui n’avaient que leurs cris et leurs tracts comme seules armes, pendant que sa police les chargeait violemment à plusieurs reprises à coups de matraques et de gaz à outrance. Le terrorisme véritable, celui qui met en danger la sécurité de l’humanité toute entière, c’est celui qui aujourd’hui sacrifie son climat, sa bio-diversité, ses équilibres écologiques majeurs.
Un président de la République qui en arrive à dire « L’environnement ça commence à bien faire » au moment même où la communauté scientifique internationale nous prévient solennellement que nous courons tout droit vers le basculement climatique de la planète est tout simplement un démago complètement irresponsable et dangereux. Ce genre d’individu, prêt à sacrifier l’avenir de l’humanité à ses intérêts électoralistes à court terme ne sera jamais le bienvenu ici.
Le chantier de l’EPR de Flamanville est de nouveau à l’arrêt
EDF a interrompu le bétonnage du bâtiment réacteur sur le chantier de l’EPR de Flamanville, dans la Manche. En cause : des défauts dont l’ampleur et la gravité sont en cours d’examen, a-t-on appris jeudi 1 mars auprès du groupe et du gendarme du nucléaire.
L’électricien a détecté « des défauts » sur les « consoles » ou supports métalliques internes à l’enceinte et destinés à soutenir le futur pont de manutention du réacteur, poursuit le géant français de l’énergie dans le communiqué publié sur son site. Des premiers défauts ont d’abord été détectés sur « deux ou trois » boîtes sur leur lieu de fabrication, selon l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui n’a pu préciser le nom du fabricant. Puis des contrôles complémentaires d’EDF à Flamanville ont montré qu’un plus grand nombre des 46 « consoles » étaient concernées, selon l’ASN.
Le coût de ce réacteur lancé pour être une vitrine à l’exportation a quasi doublé, à 6 milliards euros contre 3,3 milliards en 2005. Il a été en 2011 au cœur de désaccords entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts, ces derniers exigeant une suspension du chantier que François Hollande n’estime pas opportune.
PLUSIEURS PRÉCÉDENTS
EDF a suspendu le bétonnage de sa propre initiative, a précisé le gendarme du nucléaire, qui a déjà demandé à deux reprises sa suspension depuis le début du chantier en 2007. EDF a annoncé deux fois un report de la mise en service de l’EPR à Flamanville qui a pris un retard de quatre années.
Les défauts révélés jeudi ont des précédents. Au mois d’août 2011 déjà, Le Canard enchaîné avait révélé l’existence de malfaçons qui pouvaient « porter préjudice à la qualité finale des structures » du réacteur nucléaire. Une semaine auparavant, l’ASN avait indiqué avoir constaté des « écarts » et des « faiblesses » lors d’une inspection du site et demandé à EDF de « faire des efforts importants pour démontrer la qualité de la construction ». En 2008 encore, des « fissures dans le ’radier’ » avaient été découvertes, rappelait le Canard.
« Les activités du chantier se poursuivent. Le calendrier prévoit la production des premiers kilowattheures en 2016. Seul le bétonnage de l’avant-dernier niveau de l’enceinte interne du bâtiment réacteur a été reporté en attendant le résultat de ces contrôles », écrit EDF dans son communiqué jeudi.
Jusqu’alors le groupe indiquait qu’il « commercialisera[it] les premiers kilowattheures produits par l’EPR de Flamanville en 2016 ». « Ce n’est pas de nature à remettre en cause le planning du chantier », a assuré le directeur du chantier.
En avril, le Japon sortira du nucléaire
Les deux derniers réacteurs encore en fonctionnement au Japon seront arrêtés l’un en mars, l’autre en avril.
« Il est tout à fait probable que nul réacteur nucléaire ne sera remis en marche même cet été, a déclaré au parlement Yukio Edano, ministre japonais de l’Economie, du commerce et de l’industrie. Les tensions possibles provoquées par la demande d’énergie électrique n’influeront pas sur notre prise de conscience de la sécurité de l’énergie atomique ».
Deux réacteurs nucléaires sur 54 fonctionnent actuellement au Japon. L’un d’entre eux sera arrêté provisoirement fin mars et l’autre, fin avril.
Mario Draghi, de la BCE : « Le modèle social européen est mort »
Le directeur de la Banque centrale européenne, un ancien de Goldman Sachs, affirme dans le Wall Street Journal que « le modèle social européen est mort ».
Pendant les premiers quatre mois de sa présidence à la Banque centrale européenne, Mario Draghi a d’abord consacré son temps et ses forces à parer au plus pressé : éteindre l’incendie dans la zone euro. Il a noyé les marchés sous une montagne de liquidités et de facilités financières, au point que le bilan de la BCE, en quelques mois, est plus dégradé que celui de la Réserve fédérale au bout de quatre ans de crise. Mais cela a apporté un répit, au moins momentané : les fortes tensions sur les dettes se sont un peu dissipées et le plan de sauvetage de la Grèce a été adopté par les pays de la zone euro.
Fort de ce succès, le président de la BCE s’autorise maintenant à aller sur le terrain politique, domaine où jusqu’alors il n’avait osé s’aventurer. Dans un entretien au long cours au Wall Street Journal, Mario Draghi livre sa vision politique de l’Europe et de sa mission. Pour lui, « il n’y a pas d’alternative » aux mesures d’austérité imposées aux pays de la zone euro. « Il n’y a pas de compromis possible entre les réformes économiques et l’austérité fiscale. Rediscuter les objectifs budgétaires entraînerait une réaction immédiate des marchés », prévient-il.
L’avertissement semble valoir pour tous. Autant pour l’Espagne, qui, en pleine récession, demande à revoir le plan d’austérité qui lui a été imposée, que l’Irlande, qui elle aussi redemande à renégocier les conditions de son sauvetage, ou la Grèce qui pourrait être tentée de redéfinir les termes imposés par l’Europe après les élections législatives d’avril, voire la France, à la veille de l’élection présidentielle.
Alors que les plans d’austérité imposés à l’ensemble de l’Europe sont de plus en plus discutés, Mario Draghi considère que le débat n’a pas lieu d’être : « le modèle social tant vanté de l’Europe est mort », tranche-t-il. La sécurité de l’emploi et les filets de sécurité sociale ne peuvent plus exister. Jamais banquier central européen n’avait parlé aussi clair.
Son entourage a certainement dû voir le danger d’une déclaration aussi brutale de la part d’un dirigeant non élu : la première version de l’entretien a disparu, remplacée par des propos plus diplomatiques : le modèle social européen est seulement en train de disparaître, sous l’effet du chômage. Avec pour précisions : « Il y avait une époque où l’économiste Rudi Dornbusch avait l’habitude de dire que les Européens étaient si riches qu’ils pouvaient se permettre de payer les gens pour ne pas travailler. C’est fini ».
Pour lui, les pays européens n’ont plus le choix. Ils doivent renoncer à leur passé, appliquer l’austérité et la déflation sociale, et aller vers une union encore plus étroite et plus contraignante entre eux. Mais le président de la BCE en est persuadé : après tous ces efforts, la prospérité reviendra en Europe. Plus tard. Un jour.
GAZ DE SCHISTE- Carnet de route en Pologne
No Fracking France se rend en Pologne pour savoir où en est l’exploitation du gaz de schiste et rencontrer les opposants à cette politique. Elle tient un carnet de route quotidien pour Reporterre.
Vendredi 2 mars
Les dernières 48 heures de ce très enrichissant déplacement en Pologne sont consacrées à des rencontres sur l’agglomération de Gdansk, située sur la mer baltique, la sixième ville de Pologne par sa population et la plus grande ville portuaire du pays.
No Fracking France rencontre différentes associations de défense de l’environnement qui l’ont contactée afin d’ échanger des informations sur cette exploitation du gaz de schiste. A travers notamment de Marek Krida et de son épouse, « éco-résistants », Elisabelle rentre en relation avec la fondation INDEGENA, et prend connaissance d’un projet de forages péri-urbain qui menace l’agglomération, et pourrait condamner 40 km carrés de forêts. Ceci paraît démesuré, elle demande à en savoir plus.
En regardant les cartes et les concessions accordées aux compagnies gazières elle saisit alors avec effarement l’étendue des futures périmètres, en bordure de la ville, destinés à être fracturés par l’exploitation du gaz de schiste. Le premier constat est de comprendre que les futurs projets de forages ne se concentrent pas uniquement en zone rurale, mais sont là au coeur des zones urbaines, comme Gdansk qui compte plus de 450.000 habitants !
C’est une immense forêt qui constitue ce périmètre minier d’hydrocarbure gazeux et ce sont des milliers d’arbres qui devraient être abattus pour permettre aux foreurs de mener leurs travaux de prospection et d’exploration.
Les quelques riverains « au courant » de ce qui se prépare comptent bien intervenir dans le débat, voire empêcher cette industrie qui menace directement leur territoire de loisir, mais également leur cadre de vie verdoyant.
Les interrogations des différentes personnes qu’Elisabelle rencontre sont multiples. A commencer par une question récurrente : pourquoi ne sommes-nous pas consultés ? Nous sommes concernés, nous vivons ici, tout proches, et ces futures nuisances liées à l’exploitation et aux risques de pollution risquent de compromettre gravement notre qualité de vie.
« L’exploitation du gaz ne doit pas se faire à n’importe quel prix, surtout pas celui qui engage notre santé et notre bien être », interpelle une propriétaire dont l’habitation jouxte la forêt.
Les interrogations portent surtout sur le risque de pollution de l’eau. Les forages sont en effet aux portes de Gdansk. « Que se passerait-il si une contamination de l’eau était engendrée par la future fracturation hydraulique ? », se demande Marek Krida.
Autant d’inquiétudes qu’il sera difficile d’apaiser, par la représentante de No fracking France, juste une modeste tentative de sa part d’inviter à la recherche d’informations pour cette population désinformée par des compagnies et un gouvernement déterminée à prospecter sur 80 % du Territoire polonais.
Les heures qui succèdent à mon départ sont lourdes en réflexion. Le sentiment de laisser ces personnes rencontrées à leur désarroi est pesant, je leur ai communiqué des outils scientifiques et maintes informations pour mener des réunions publiques et tenter de comprendre mieux les enjeux inhérents à cette exploitation du gaz de schiste.
Il est selon moi important que les populations en Pologne et ailleurs se réapproprient, démocratiquement, les décisions sur des enjeux qui les concernent au premier chef. La plus grande opacité règne sur tout ce qui entoure de près ou de loin cette exploitation du gaz de schiste. Dès lors et au regard des différentes mobilisations de masse qui ont vu des citoyens descendre dans la rue, depuis plus d’un an et à travers le monde, pour exprimer leur opposition à cette exploitation, il apparait que le gaz de schiste est un levier pour soulever un débat de fond, sur l’absence de consultation des populations et des élus locaux, de plus en plus dépossédés de pouvoir dans leur territoire, un levier aussi pour rétablir une transparence d’information, un levier enfin pour exprimer la perte de confiance en les décideurs, qui semblent privilégier les intérêts financiers sur les intérêts des individus.
A Gdansk.
Mardi 27 février
Cette nuit, il a neigé en Cachoubie. Quelques centimètres qui fondront rapidement sous les premiers rayons du soleil matinal de ce dimanche 26 février. Nous arrivons à Złota Góra, le « Mont Doré », et laissons la voiture pour nous diriger vers le monument aux morts de la guerre 1939-145. Sous cet énorme bloc de béton sculpté nous découvrons un panorama de collines boisées : l a Suisse Cachoubienne vaste complexe de collines construites sur des moraines frontales sort de la brume matinale.
Gérard Lemoine, notre géologue naturaliste, reçoit un appel de Witold Sieciechowski, le Directeur du Parc Naturel Paysager de Cachoubie. Nous apprenons alors qu’il ne pourra pas nous accompagner pendant cette excursion. La grippe est particulièrement virulente cette année. Gérard va essayer de nous guider à sa place et de nous présenter cette magnifique région.
« Tout au fond là-bas vers le Sud, il y a une tour d’observation. C’est le Mont Wieżyca perché sur des moraines chevauchantes qui culmine à 329 m. Rien à voir à les pré-Alpes. Ici, sous nos pieds, il y a plus de 200 m d’argiles à blocaux, argiles hérités des grandes glaciations de la Pologne. Toute cette masse de sédiments s’est mise en place il y a des milliers d’années. » Nous apprenons alors que trois grandes glaciations durant le quaternaire ont touché ce pays, la dernière d’entre elle, la glaciation nord polonaise et plus particulièrement la phase poméranienne, ayant donné au relief que nous observons ici cette très forte amplitude.
« Le lac que vous observez en bas est une composante typique du complexe lacustre cachoubien. Ce complexe se caractérise par des lacs en chapelets avec une orientation dominante NNE-SSE, qui reprend d’anciennes failles ayant elles-même servi de raille lors de la progression des glaciers venus de Scandinavie, ces zones de faiblesse ayant canalisé les écoulement sous les glaciers, d’où ce lac entre autre qui est sous nos yeux. »
Je suis obligée de « débrancher » Gérard pour lui demander ce qu’il pense de l’expoitation du gaz de schiste dans ce contexte. « Vous avez vu qu’en surface, c’est déjà très complexe, imaginez maintenant ce que cela donne en 3D ! Impossible donc de toucher un aquifère sans impacter sur les autres » Gérard montre alors la coupe schématique réalisée par Jaworska Szulc en 2006 pour illustrer la complexité du système aquifère cachoubien. « Donc, en plus d’un impact à court terme sur le paysage durant la phase de production dans cette région vivant en grande partie du tourisme vert, vous aurez à long terme l’agriculture qui sera menacée car la qualité des eaux des aquifères de subsurface ne peut être garantie à long terme en présence des intrusions chimiques et désordres hydrogéologiques induits par la fracturation hydraulique. »
Il est assez tard dans l’après midi quand Jan Zblewski, éleveur de moutons à Ogonki sur la commune de Sulęczyno, nous reçoit avec son épouse sur son exploitation pour nous parler de son aventure avec une compagnie de géophysique. Tout a commencé un beau matin au début de l’automne dernier, lorsqu’un puissant véhicule VTT s’est arrêté à la haie de son champ.
Un homme se présentant comme un employé d’une société de géophysique vient vers lui pour lui annoncer que son champ se trouve sur le tracé d’un profil sismique que sa compagnie doit réaliser dans la région. C’est pour la prospection du gaz naturel, lui dit-on. Une fois accueilli à la maison, le géophysicien remet à Jan un papier de couleur verte. Jan doit signer en bas à gauche pour recevoir une indemnité de 100 zlotych, soit environ 25 euros, cette indemnité couvrant les dégâts occasionnés par les engins dans les cultures le long d’une trace sismique.
Jan signe, pour ne pas faire de difficultés et retourne s’occuper de ses moutons. Dans la soirée il va voir un Edward Rawicki, éleveur de bétail à côté. « Tu as signé toi ? – Moi non. Tu sais pourquoi ils sont venus au moins ? – Oui, je sais, c’est pour le gaz de schiste." Jan comprend alors qu’il s’est fait piéger. L’affaire fait le tour des localités environnantes. Il y a une rumeur selon laquelle un agriculteur du village d’à côté aurait d’abord refusé de signer. On l’aurait alors menacé de le traîner devant les tribunaux et de lui demander des dommages et intérêts à hauteur de 50.000 zlotych par journée d’immobilisation des véhicules. Vrai ou faux ? En tout cas il a fini par signer.
D’autres collègues, eux, n’ont pas signé le papier vert, car cela ne serait pas nécessaire : la seule mention « accord oral » apposée par le géophysicien ferait office d’autorisation pour l’entrée sur le terrain, au même titre qu’un avis de passage. A partir de ce moment, Jan qui est le Soltys d’Ogonki, c’est-à-dire représentant de cette localité, commence sérieusement à s’inquiéter. Après avoir consulté un juriste, il demande à la compagnie d’annuler son autorisation d’entrer sur son terrain, pour vice de procédure. Le géophysicien revient le voir et lui remet le papier vert avec une grande croix dessus.
Fin novembre 2011, un collectif local s’organise autour du Soltys pour empêcher l’accès de la compagnie de géophysique à tous les terrains agricoles de la localité d’Ogonki. Hieronim Więcek organise de son côté sur Węsiory et Niesiołowice la première association d’opposants à l’expoitation du gaz de schiste en Cachoubie.
Jan Zblewski, Edward Rawicki et Hieronim Więcek, qui étaient hier à la réunion de Sulęczyno sont maintenant très heureux qu’Elisabelle Bourgue soit venue les voir sur place à Ogonki pour recueillir toutes ces informations de première main. Un toast est levé, des flash fusent de tout part pour immortaliser cette première page de leurs relations... franco-polonaises.
Lundi 27 février
Petite bourgade pittoresque située dans partie occidentale de la ’’Suisse Cachoubienne’’, Sulęczyno accueille le soir du samedi 25 février, pour une réunion publique d’information, deux délégations - une délégation venue « de l’Ouest », No Fracking France, en la personne d’Elisabelle Bourgue - et une délégation venue de Łódź, ancien fief textile à 120 km au sud Ouest de Varsovie, en la personne de Teresa Adamska spécialiste en droit minier au centre du développement durable Centrum Zróżnoważonego Rozwoju. Le thème commun de cette rencontre - les risques environnementaux et économiques liés à l’exploitation du gaz de schiste dans le contexte polonais et le contexte français - n’est pas anodin. En fait, c’est l’association Stowarzyszenie Niesiołowice Węsiory Kamnienne Kręgi qui est à l’initiative de cette réunion qui restera dans les annales...
Avant 17h, heure prévue pour le démarrage, la salle est déjà comble. Lorsque la réunion débute ce sont plus de 300 personnes qui se serrent dans la salle. Nombreux sont debout.
Hieronim Więcek, ouvre la réunion par un historique des actions engagées contre l’exploitation du gaz de schiste par son association depuis plus d’un an. Il se réjouit de l’amorce d’une coopération franco-polonaise sur cette thématique avant de laisser la parole à Elisabelle Bourgue de No Fracking France.
Elisabelle Bourgue débute son intervention par un rappel sur le procédé de fracturation hydraulique : le fameux « fracking », dont la mise en oeuvre entraîne inéluctablement des grands désordres hydrogéologiques en profondeur dont les impacts sur l ’environnement en surface et sub-surface, notamment au niveau des aquiifères, sont irréversibles. Cela vient du fait de très graves lacunes du point de vue de la mécanique des sols, qui n’ont pas été prises en considération lors de l’élaboration de cette technique. Pour cette première partie la representante de No Fracking France s’appuie sur une expertise scientifique indépendante, celle de Marc Durand, docteur ingénieur géologue québecois.
L’utilisation des grandes quantités de l’eau, 20.000 mètres cubes d’eau par cycle de fracturation, soit la consommation journalière en eau d’une ville de 3.000 habitants, est aussi évoquée. Il est rappelé que cette eau, qui est injectée sous forte pression (plus de 600 bars), contient des additifs chimiques et du sable, ce dernier empêchant les fractures de se refermer une fois la roche fracturée. L’objectif de cette pratique est d’augmenter artificiellement la perméabilité de la roche, en l’occurrence un schiste gazier, pour libérer les hydrocarbures liquides ou gazeux emprisonnés dans les pores.
Cette présentation, étayée par plusieurs diapositives présentant le schéma de principe de la fracturation hydraulique tirées d’une présentation de Marc Durand au Québec, provoquent des réactions dans l’assemblée. Des questions fusent, traduisant un manque réel d’informations à l’origine mais surtout une grande inquiétude.
Elisabelle Bourgue se propose donc de répondre aux différentes questions pour apaiser certaines personnes qui se lèvent pour clamer haut et fort leur colère face à ce qu’elle considèrent maintenant comme un grave mensonge par omission de la part des compagnies gazières et des représentants du gouvernement.
Dés lors, la réunion prend une autre tournure. Le maire de Sulęczyno se lève à son tour pour remercier les organisateurs de cette réunion, qui lui permet, dit-il de prendre connaissance des informations plus objectives. Il déclare solennellement qu’il fera tout pour que l’information fiable sur le gaz de schiste soit maintenant diffusée en toute transparence.
L’exposé reprend, avec un passage en revue des désastres paysagers qu’entraîne l’exploitation industrielle des gaz de schiste dans les territoires concernés et le mitage.
Sont enfin abordés les différents risques sanitaires et environnementaux connus et inhérents à cette exploitation .
Pour parler des risques de contamination de la ressource en eau, Elisabelle Bourgue se réfère au rapport d’un chimiste francais, André Picot. Dans cet ouvrage de toxicologie consacré aux impacts de l’exploitation de ces gaz et huiles de schiste aux Etats–Unis, une présentation des différents produits chimiques qui composent le fluide de fracturation est réalisée avec les niveaux de toxicité correspondants. Le public apprend alors que certains produits utilisés, notamment des organochlorés, sont neurotoxiques mutagènes à long terme. C’est alors la stupeur générale. Ce rapport dont plusieurs exemplaire accompagnent Elisabelle Bourgue dans toutes ces missions est alors remis à plusieurs personnes de l’Assemblée, dont un traducteur qui se propose de le traduire en polonais.
Ce qui est édifiant, c’est le réacteur chimique que constituent en grande profondeur les produits chimiques injectes qui rencontrent des éléments organiques ou minéraux existants, dont on ne peut prévoir la mutation chimique.
A cette occasion, les gens découvrent l’éventail des produits toxiques mis en oeuvre dans cette exploitation des gaz de schiste et énumèrent les risques en résultant : contaminations de l’air, fuites de méthane en tête de puits, remontées de gaz par les failles jusqu’aux aquifères inférieurs et les aquifères supérieurs, secousses sismiques engendrées par la fracturation, graves sinistres surface suites à des explosions, incendies etc.
Ce qui retiennent les nombreux agriculteurs présents dans la salle, c’est ce « don » de la ressource en eau aux compagnies gazières, car l’accès à cette ressource revient assez cher au consommateur de Poméranie.
Ce qui les heurte également, c’est le stockage en bassin, à l’air libre, de l’eau usée, contaminée par les produits chimiques et les bactéries existantes, voire les remontées radioactives de radium, remontées favorisées par le forage.
Pour eux il est évident que cette technique de fracturation comporte de sérieuses lacunes et qu’ils est urgent d’ouvrir un débat pour interpeller les autorités sur un principe de précaution préalable aux travaux de forage. De plus, il est clairement démontré avec des exemples concrets provenant des Etats-Unis et du Québec, que cette industrie ne crée pas d’emploi dans les régions où elle passe. ’’C’est une industrie nomade !’’ déclare Elisabelle Bourgue.
Dans la foulée la représentante de No fracking France dresse un rapide tableau de la situation en France, en premier lieu l’inattendue mobilisation citoyenne de personnes de toutes tendances politiques qui se sont unies dans cette lutte contre l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste.
Elle explique comment l’alerte a été donnée successivement par deux journalistes, Hervé Kempf, en mars 2010, puis par Fabrice Nicolino, en novembre 2010. Elle cite le citoyen Jose Bové , qui s’est associé a cette cause, souhaitant apporter son expérience, issue de ses autres combats. Elle insiste sur la date du 26 février 2011, selon elle très importante : à Villeneuve-de-Berg, en Ardêche, s’étaient réunies plus de 20.000 personnes. Cette date marquera le début des futures manifestations en France. Cette date, dont l’anniversaire sera fêtée le lendemain, prend également une grande symbolique , selon Elisabelle Bourgue puisqu’elle correspond avec cet échange citoyen franco-polonais, cela pourrait être une date anniversaire de résistance mondiale au gaz de schiste ?
Ce sont les citoyens qui en France ont organisé des réunions dans leurs territoires et se sont constitués en Collectifs. Ensuite les élus locaux alertes par les citoyens se sont joints à la mobilisation. Le couple citoyens /élus locaux (maires) constitue aujourd’hui une force, en France sur cette question.
Elisabelle Bourgue explique pourquoi la loi adoptée le 13 juillet dernier n’est pas satisfaisante : elle interdit en effet la fracturation hydraulique pour l’exploitation, mais ne l’interdit pas pour des recherches dites scientifiques, Elle explique le fonctionnement d’attribution des permis de recherche d’hydrocarbures en France et des instructions de dossiers qui se poursuivent, d’où le double discours du gouvernement français qui n’a pas vraiment renoncé mais cherche seulement à calmer l’opinion publique, désormais très fervente sur le sujet.
A cette présentation de l’importante mobilisation en France, l’assemblée applaudit.
Elisabelle Bourgue émue, explique qu’elle ne s’attendait pas à rencontrer autant de personnes disposées à entamer un dialogue aussi constructif, elle avoue même avoir craint de rencontrer uniquement des gens gagnés à l’exploitation du gaz de schiste en Pologne, car c’est ce qui est retransmis, sur les Polonais, par une campagne de propagande européenne. Elle annonce donc son souhait de revenir avec des scientifiques européens et québécois, dès le printemps, pour soutenir les Polonais dans leur recherche d’information.
En conclusion, elle dénonce la bulle spéculative représentée par cette exploitation des gaz et pétrole de schiste à travers le monde, affirme que la ressource de shale gas est volontairement surestimée et que la plus grande opacité règne à l’identique en Pologne, dans le reste de l’ Europe, que ce soit en France, en Allemagne, en Grande Bretagne, en Bulgarie et outre Atlantique, États-Unis, Canada, Québec.....Qu’une campagne de propagande mondiale est orchestrée sur cette problématique avec des pressions sur les gouvernements et des accointances politico-mafieuses qui n’ont comme seul but que le profit financier d’un petit nombre au détriment de l’intérêt premier des populations. Avec comme grand argument diffusé par cette propagande : « l’indépendance nationale énergétique » !
No Fracking France oppose à cette propagande l’urgence de l’ouverture d’un vrai débat sur les énergies renouvelables.
En effet , même si l’industrie gazière et pétrolière souhaite jouer sa dernière partition, avant de tirer sa réverence, en terminant son ère extractiviste pilleuse des ressources fossiles, par celle du shale , ’’shiste’’, dit Elisabelle Bourgue, il faudra bien arriver aux énergies renouvellables, un jour, alors pourquoi pas maintenant !
Après l’intervention de No Fracking France , c’est Teresa Adamska, du Centre du développement durable Centrum Zróżnoważonego Rozwoju, qui prend la parole. Le ton grave, cette spécialiste du droit minier montre sur l’écran une carte des concessions d’exploration accordées en Pologne à des sociétés gazières, environ 130 jusqu’à présent. Ces concessions couvrent maintenant plus du tiers du territoire de ce pays, sans parler des permis de recherche actuellement en attente d’approbation. Dans les territoires des concessions déjà accordées, le nouveau droit minier en vigueur depuis le 1er janvier 2012 prévoit l’instauration de « zones protégées » là où la prospection sismique aura révélé un potentiel gazier probable. Teresa Adamska explique d’abord à l’assemblée comment les compagnies pétro-gazières ont décroché leurs permis d’exploration : permis accordés au premier prenant sans même soumissions à appel d’offre.
Teresa Adamska dévoile ensuite les rouages d’un nouveau mécanisme juridique donnant non seulement la priorité à l’exploitation de la ressource aux compagnies ayant réalisé initialement l’exploration, mais aussi la possibilité de faire modifier les plans d’occupations des sols élaborés à grands frais par les communes.
Effarées, les nombreuses personnes présentes découvrent alors que derrière ces bien curieuses « zones protégées » se cachent en fait un véritable zonage à vocation minière dans les régions prospectées. Ce zonage sans consultation préalable des populations concernées est imposé d’en haut, au gré des intérêts de grandes compagnies gazières venues surtout d’Amérique du Nord. Tout est prévu d’avance pour que ces grands « alliés industriels de la Pologne », « champions de l’indépendance énergétique », puissent installer des forages d’exploration sans être inquiétés en cas de réticences de la part des populations locales, ces travaux étant maintenant des actions « d’intérêt général » au même titre que les chantiers autoroutiers.
A propos d’intérêt général, Teresa Adamska en tant qu’avocat du développement durable dresse dans la foulée un bilan économique prévisionnel de la présumée fabuleuse aventure énergétique de l’exploitation du gaz de schiste, bilan extrêmement négatif pour les collectivités locales lorsque l’on intègre dans le calcul des pertes irréversibles telles le déclin du tourisme et de l’agriculture locale, la délocalisation d’activités incompatibles avec cette nouvelle activité industrielle, la dévalorisation des terrains dans les territoires miniers, l’impossibilité dans le futur d’exploiter la ressource géothermique.... Chiffres en main, Teresa Adamska dresse un réquisitoire impitoyable contre les promoteurs du gaz de schiste qui présentent l’aventure du gaz de schiste comme un nouvel Eldorado et ont déjà trompé cinq millions de citoyens polonais selon les premières estimations du Centre du Développement durable.
Après ce second exposé très complémentaire du premier, la situation dans la salle devient rapidement incontrôlable avec une participation inattendue du public.
L’atmosphère, qui est très électrisée, devient orageuse lorsque que Małgorzata Klawiter, chargée de mission Gaz de schiste auprès du maréchal de Voïdodie, est directement interpellée par un agriculteur puis invitée à s’expliquer sur le devant de la scène. Małgorzata Klawiter, très courageusement, relèvera le défi, mais aura du mal à convaincre face à cette assemblée conquise par les deux intervenants précédents. Il faut dire qu’au regard des statistiques officielles - 70 % de Polonais favorables à l’exploitation du gaz de schiste -, il ne reste plus grand monde dans cette salle pour promouvoir le gaz de schiste, à part elle.
Cette soirée, qui restera probablement historique non seulement en Cachoubie mais aussi à l’échelle nationale, montre aussi que les Polonais ont bien gardé les bons vieux réflexes de l’époque de Solidarność et sont toujours prêts à s’unir pour défendre leurs libertés. La clôture de la rencontre par Hieronim Więcek, président de l’association Stowarzyszenie Niesiołowice Węsiory Kamnienne Kręgi, sera placée sous le signe de la coopération franco-polonaise sur la thématique du gaz de schiste, avec des grands projets d’avenir, notamment ce grand rassemblement annoncé pour la fin du printemps en Cachoubie autour d’un colloque scientifique réunissant d’éminents spécialistes.
Compte-rendu par le traducteur Gérard Lemoine
Dimanche 26 février - C’est un vent humide et glacial qui nous surprend le matin du 25 à notre arrivée à Lewino, commune de Linia, dans la campagne de Cachoubie
Je suis accompagnée de mon précieux traducteur, le géologue naturaliste, Gérard Lemoine, ainsi que d’Andrzej Muśko , porte parole de l’Association Stowarzyszenie Niesiołowice Węsiory Kamnienne Kręgi.
Nous sommes attendus par madame Justina Kłos et son amie, elle ont créé une association locale de défense des usagers et de l’environnement, l’association, Lewino Natura XXI siècle.
Madame Kłos et son mari ont une exploitation agricole dans ce village, c’est sur le site du puits de forage schisto-gazier de la société Talisman Energie que nous nous rencontrons.
Ce site est situé à 500 mètres des premières habitations, il s’agit d’un terrain nivelé d’un hectare au milieu duquel se trouve une unique tête de puits protégée par une enceinte grillagée. Le site n’est pas clôturé, nous accédons sans difficulté à un mètre de la tête de puits ; partie affleurante du tubage ; le forage correspondant ayant dans le cas une profondeur de 2800 mètres profondeur des formations schisteuses siluriennes dans cette région de la plate-forme péribalte.
Madame Kłos dresse alors un historique des travaux de forage de la Compagnie canadienne depuis leur arrivée à Lewino en août 2011.
Talisman Energy est arrivée l’été dernier dans ce village peuplé d’une centaines d’habitants, et vivant essentiellement de l’agriculture. Les représentants de Talisman Energy organisent alors une réunion publique pour présenter leur projet de forage de gaz de schiste.
A la suite de cette réunion, l’association de Mme Kłoś soumet un questionnaire à la société Talisman Energy. Dans ce questionnaire l’association fait état de nombreuses inquiétudes des habitants concernant l’approvisionnement en eau du village, dans le contexte de prélèvement futurs pour les besoins de la fracturation hydraulique. La Société Talisman Energy envisage en effet d’utiliser le captage existant sur le village pour s’approvisionner en eau. Or, la prise d’eau du village est une installation vétuste. En conséquence toute sollicitation exceptionnelle prolongée de cette installation de pompage risque de la détériorer, ce qui en période estivale peut entraîner une rupture d’approvisionnement en eau pour l’agriculture, qui est ici une agriculture essentiellement d’élevage. Outre ce risque de conflit d’usage, les contaminations potentielles des eaux des nappes phréatiques sont également évoquées, notamment dans la perspective de stockages en bassins d’effluents industriels que sont les fluides résiduels de fracturation hydraulique.
Nous apprenons que le terrain où nous nous trouvons appartient à un agriculteur. Talisman Energy lui a loué cette parcelle. Une clause de confidentialité lie les deux partie. Nul ne peut de ce fait connaître le montant de l’indemnisation financière perçue par cet agriculteur.
Sur le départ, Mme Kłos nous interpelle : « Talisman revient dans deux mois pour faire un test de fracturation hydraulique ». Elle nous donne son contact de manière à ce que nous puissions lui communiquer toute information économique et scientifique objective relative aux risques environnementaux inhérents à l’exploitation du gaz de schiste.
Nous repartons de Lewino pour regagner la ville de Sulęczyno, où se tiendra dans la soirée, à l’occasion de la venue de la délégation No Fracking France en Cachoubie, une réunion d’information publique sur la thématique du Gaz de schiste... une première dans la région...
Samedi 25 Février - Il est 17 heures le 24 février lorsque Elisabelle Bourgue de l’Association No Fracking France est accueillie à l’aéroport Lech Wałęsa à Gdańsk (Pologne du Nord ) par Gérard Lemoine, géologue, réceptif local et organisateur de cet échange franco-polonais. Elisabelle Bourgue et Gérard Lemoine ont été mis en relation par Marc Durand, géologue québecois.
No Fracking France est invitée pour 5 jours en Pologne sur la problématique de l’exploitation du schiste par l’association locale Niesiełowice Węsiory Kamnienne Kręgi. Cette première rencontre a lieu à Kartuzy le soir même. Sont présents :
- Hieronim Więcek, Président de Niesiełowice Węsiory Kamnienne Kręgi ;
- Jacek Czapiewski, juriste, membre de Niesiełowice Węsiory Kamnienne Kręgi ;
- Andrzej Muśko, chargé de relations publiques de Niesiełowice Węsiory Kamnienne Kręgi ;
- Henryka Antczak , conseillère municipale à Kartuzy.
Deux étudiants journaliste français, en lien avec Elisabelle Bourgue la rejoignent. En effet, ils réalisent pour leurs études un film franco-polonais sur la thématique du gaz de schiste.
Lors de cette réunion l’association Niesiełowice Węsiory Kamnienne Kręgi explique comment elle s’est constituée pour le règlement de conflits d’usages et de protection de l’environnement, puis s’est engagée dans la lutte pour l’information sur le gaz de schiste en Pologne. Cet engagement fait suite au constat suivant : les Polonais manquent cruellement d’informations objectives sur l’exploitation du gaz de schiste qui a commencé dans ce pays l’été dernier, dans un climat de propagande exclusivement orienté vers la PROMOTION de l’industrie du Gaz de schiste.
Cette PROMOTION est organisée en plus haut lieu par le gouvernement actuel, avec des moyens conséquents, notamment la mise en poste de chargés de Mission gaz de schiste dans chaque Voïvodie (« région » polonaise).
No Fracking France expose de son côté la situation en France au regard de la mobilisation contre l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste. Elle évoque la loi interdisant depuis le 13 juillet dernier la fracturation hydraulique. Elle précise que la fracturation hydraulique est interdite pour l’exploitation, mais reste autorisée a des fins de recherche d’exploration.
Elle détaille la procédure d’attribution des permis de recherche d’hydrocarbures en France, l’octroi des permis et dresse un tableau des Permis accordés, soit 73 au dernier bulletin BEPH [Bulletin du Bureau Exploration Production des Hydrocarbures]. Elle attire l’attention sur le fait qu’il existe une ambiguïté et un double discours du gouvernement français qui d’un côté adopte une Loi interdisant la fracturation hydraulique et de l’autre poursuit l’instruction de permis de recherche, pour des compagnies prospectant essentiellement des hydrocarbures non conventionnels, dont la seule technique d’extraction est la fracturation hydraulique.
Un témoignage est également apporté par Elisabelle Bourgue de la situation au Québec, où elle s’est déplacée en octobre dernier, situation équivalente à un moratoire, après un début d’exploitation qui a entraîne de graves désordres hydrogéologiques sous forme d importantes migrations de méthane autour de têtes de puits, la proportion étant de 19 puits non étanches sur 31 forés
Après cet échange très édifiant d’informations les deux associations comprennent encore mieux l’utilité d’une coopération franco-polonaise sur cette thématique, ce qui les encourage à préparer ensemble la réunion publique d’information, prévue le lendemain à Sulęczyno.
Vendredi 24 Février - No Fracking France se déplace en Pologne pour un séjour de 5 jours, du 24 février au 1er mars , sur invitation de l’association Stowarzyszenie Niesiołowice Węsiory Kemnienne Kręgi, en particulier de son Président M. Hieronim Więcek et du juriste Jacek Czapiewski.
Nous allons visiter des régions et des sites concernés par l’exploitation du gaz de schiste , rencontrer les populations ainsi que des élus locaux et différentes associations de défense de l’environnement.
Une réunion publique d’information est prévue à Sulęczyno le 25 février sur les risques liés à l’exploitation du gaz de schiste .
Nous y interviendrons pour informer les Polonais des conséquences nuisibles de la fracturation hydraulique, la seule méthode en cours utilisée par l’industrie.
Comme nous le faisons en France, nous montrerons les sinistres écologiques résultant de cette pratique en Pennsylvanie et ailleurs.
No Fracking France se rend également en Pologne pour échanger des informations, découvrir ce qu’il s’y passe, en parler à notre retour. "Ni Ici, Ni ailleurs" prend ainsi tout son sens.
Et puisque nous ne revendiquons pas “Not in my back yard” (NIMBY) , c’est à dire “pas dans mon jardin ”, No Fracking France entend développer la solidarité avec ceux qui luttent pour protéger l’air, la vie, la ressource en eau.
Nous sommes également très heureux de voir Madame Teresa Adamska participer à la réunion d’information. Elle devrait nous présenter les retombées du nouveau droit minier en Pologne sur la gestion des concessions.
En Grèce se joue le destin de l’Europe
L’avenir de l’Europe se joue en Grèce. Plus que les élections présidentielles françaises, où la polarisation à marche forcée entre Nicolas Sarkozy et François Hollande se précise chaque jour un peu plus depuis l’entrée en lice du candidat président, la crise grecque concentre les ingrédients d’un cocktail explosif.
La tension est perceptible dans les images des manifestations de rue qui tournent à l’émeute, dans les occupations de locaux administratifs, dans la montée des extrêmes. Jamais peut-être la ressemblance avec les années trente n’est apparue aussi vraisemblable. Après le vote du cinquième plan d’austérité, les Grecs sont à bout. Baisser de 22% le salaire minimum - ce qui équivaut à un revenu de 500 euros par mois - et couper de plusieurs milliards dans les dépenses publiques alors qu’on est en pleine récession, sont des actes de guerre sociale qui détruisent la société et le pays pour les décennies à venir. Près de 30% de la population a basculé en dessous du seuil de pauvreté, nombre de magasins ont fermé leur porte au cours des deux dernières années, l’Etat, qui a toujours été faible, devient inexistant, les services publics les plus élémentaires s’écroulent, les manuels scolaires n’ont pas été distribués cette année, la situation sanitaire est catastrophique : les hôpitaux manquent de tout, y compris de médicaments, les retraites ont baissé de 20%... Comment peut on espérer que la Grèce se relève avec ce traitement de cheval ?
Tandis que les classes moyennes et populaires sont attaquées frontalement, aucune mesure n’est prise pour baisser le niveau des dépenses militaires exorbitantes du pays : les entreprises françaises d’armement sont prioritaires : on ne va quand même pas laisser Dassault ou Lagardère sans les subventions de l’Etat grec en faillite ! L’église grecque ne paie pas d’impôt : on ne va pas laisser la population sans un soutien spirituel ! Les armateurs grecs ne paient pas leur impôt : on ne va pas laisser le commerce maritime sans dérégulation !... En Grèce comme ailleurs, l’austérité est une notion à géométrie variable.
La population hellène éprouve aujourd’hui du dégoût pour les politiciens qui la gouvernent parce qu’elle a le sentiment qu’ils ont bradé sans vergogne son niveau de vie et sa souveraineté. La troïka qui a pris le pouvoir à Athènes tient sa légitimité de l’extérieur. Ce sont les représentants du FMI, de la Banque Centrale européenne et de la Commission européenne qui ont remplacé l’État, au sens premier du terme. Pour les Grecs, cette soumission est assimilée à un coup d’Etat rampant. Que l’influence de l’Allemagne y soit déterminante ravive des souvenirs douloureux dans la patrie de Socrate. Le berceau de la démocratie s’est construit sur l’idée de la Résistance à toutes les dominations.
Que deux « figures » de 87 et 89 ans, Mikis Théodorakis et Manolis Glésos, exercent une influence aussi importante sur le mouvement en dit long sur l’idée que se font les Grecs d’eux mêmes. Ils ont résisté à l’occupation italienne et allemande, ils ont résisté à la dictature entre 1967 et 1974, ils résistent aujourd’hui à ce qu’ils considèrent comme un mauvais coup de leur classe politique et à un ordre européen injuste. Dans leur manifeste, les deux vieux lions dénoncent « une poignée de banques internationales, d’agences d’évaluation, de fonds d’investissement [...] qui revendiquent le pouvoir en Europe et dans le monde et se préparent à abolir [les] États et [la] démocratie en utilisant l’arme de la dette ». Ils veulent susciter un sursaut national pour "arrêter cette politique irresponsable et criminelle d’austérité et de privatisation, qui conduit à une crise pire que celle de 1929 ». Avec Daniel Cohn-Bendit, ils rappellent la dette que l’Allemagne doit à la Grèce depuis l’occupation nazie : Hitler avait en effet forcé le Trésor grec à prêter de l’argent au Reich (une somme évaluée aujourd’hui à 108 milliards d’euros, selon qu’on y ajoute intérêts et réparations), que l’Allemagne, même réunifiée, a toujours refusé de rembourser, malgré les engagements pris lors de l’accord de Londres en 1953. Un comité pour l’audit citoyen de la dette grecque s’est mis en place pour en demander l’annulation et vérifier la traçabilité de cette dette.
En se soulevant, la société grecque révèle la faillite de sa classe politique qui, du Pasok à la Nouvelle démocratie, de la social- démocratie à la droite, a baigné dans la corruption, le clientélisme et les pratiques mafieuses. Pour autant, il faut le dire, la perspective d’une alternative ne se dessine aucunement : la gauche de la gauche, qui pèse près de 40 % dans les sondages, est irrémédiablement divisée entre le Parti communiste Grec (KKE) - qui reste le seul grand parti stalinien de l’Europe et prône la sortie de l’Euro - et les forces de la gauche alternative et écologiste. Dans ce contexte, la possibilité qu’apparaisse un homme providentiel s’appuyant sur une dynamique autoritaire, est une possibilité réelle tant le désarroi de la population est grand.
L’Union européenne a une énorme responsabilité dans cette crise. Au lieu de proposer une sortie par le haut, en mutualisant la dette souveraine de la Grèce, en proposant un plan d’investissement d’urgence permettant de relancer une économie moribonde, en organisant la solidarité plutôt que l’austérité, elle a précipité le pays dans la crise.
Le couple « Merkozy » a joué au pompier-pyromane, oubliant qu’une étincelle peut mettre le feu à la plaine, en l’occurrence le continent européen. La situation de la Grèce n’est pas de la seule responsabilité du peuple grec, comme on voudrait nous le faire croire. L’austérité qui est à l’oeuvre aujourd’hui sert à sauver les banques, notamment françaises et allemandes, qui spéculent depuis des années sur la dette grecque. Elle sert également à montrer au reste des peuples européens ce qui les attend : une baisse drastique du niveau de vie, une diminution sans précédent des salaires, un chômage de masse !
La crise grecque est un virus qui va s’attaquer aux défenses immunitaires du modèle social européen, en le vampirisant de l’intérieur. Ce qui est en train de se passer en Grèce préfigure le tsunami économique et social de l’Europe. Soit on fait l’autruche en attendant que la Grèce se retrouve en faillite - ce qui peut arriver d’un jour à l’autre - soit les européens construisent ensemble une réponse collective, ce qui impose une harmonisation fiscale, le contrôle de la BCE et la renégociation d’un Traité injuste... En s’apprêtant à avaliser le mécanisme européen de stabilité (MES), le Parlement Français va faire le contraire. Voter un tel texte serait abandonner non seulement le peuple grec mais condamner les peuples d’Europe à une austérité sans fin qui déboucherait sur la désintégration de ce bel outil.
Le vote du 22 avril sera aussi un référendum sur notre volonté de construire une autre Europe. Eva Joly, qui vient d’aller manifester sa solidarité au peuple grec, est la seule à proposer un « Traité d’Athènes » qui refuserait de sacrifier la Grèce sur l’autel des banques et des spéculateurs.Parce que nous sommes tous européens, nous sommes tous des Grecs.
Kaizen
Le 1er mars prochain, nous lançons notre magazine Kaizen, changer le monde pas à pas, bimestriel de société vendu en kiosque.
La rédaction en chef est assurée par Yvan Saint-Jours le fondateur et rédacteur en chef de La Maison Ecologique, magazine que vous connaissez sans doute, et Pascal Greboval, journaliste et photographe.
Sa ligne éditoriale est simple : montrer les initiatives qui participent à construire le monde de demain. Nous croyons fermement que, face à la profusion de publications qui décrivent les crises, nous devons continuer à créer des média qui suscitent un nouvel imaginaire, qui proposent une vision écologique et humaniste de l’avenir. C’est également ce que nous faisons avec les films que nous co-produisons (Solutions locales pour un désordre global, Une (R)évolution), la collection de livres Domaine du Possible, créée avec Actes Sud, le web...
NB : Kaizen est un mot japonais qui signifie littéralement « changement bon ». Mais c’est également un méthode : celle du changement par les petits pas. La perspective de changer brutalement, de passer du tout au tout, réveille nos peurs et attise nos résistances. Commencer par un petit pas, prendre courage, en faire un second puis toute une multitude, chaque jour, avec régularité, peut nous conduire aux plus grandes transformations. Cela s’est déjà vu dans l’histoire et c’est ce que nous espérons, à nouveau.
Le gaz de schiste serait plus polluant que le charbon
Depuis un an, le débat est animé au sein de la communauté scientifique : l’extraction du gaz de schiste, par les fuites de méthane qu’elle occasionne, entraîne-t-elle plus d’effet de serre que le charbon ? Une étude récente, publiée dans Nature, conforte cette assertion.
Les émissions de gaz de schiste sont deux fois plus importantes que ce que rapporte cette industrie au point d’équivaloir celles du charbon, le pire combustible fossile pour le climat planétaire, révèle une étude conjointe de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis et de l’Université de Boulder au Colorado.
L’étude en question, qui sera incessamment publiée dans la revue Journal of Geophysical Research, faisait aussi début février l’objet d’un rapport dans la prestigieuse revue Nature.
C’est la première étude dont les résultats ne proviennent pas d’analyses théoriques ou de modélisation, mais de mesures empiriques au sol à partir d’équipements mobiles et dans des « tours » d’analyse des gaz présents dans l’air.
Les auteurs de cette étude concluent : « Notre analyse suggère que les émissions des gaz mesurés sont généralement sous-évaluées dans les inventaires courants et qu’en raison de ces évaluations, il s’agit d’un rapport de deux fois ». En clair, les émissions mesurées sont deux fois supérieures à celles des études mises de l’avant par les industriels et certains organismes gouvernementaux.
Sauf une. Il s’agit de celle du professeur Robert Howart, un chercheur de l’Université Cornell, dont Le Devoir a rendu compte au printemps dernier. Il a été le premier à dire que les émissions totales de l’industrie des gaz de schiste correspondaient à celles de la combustion du charbon parce que cette molécule est 100 fois plus efficace comme gaz à effet de serre que le CO2 pendant ses premiers 20 ans dans l’atmosphère. À plus long terme, le pouvoir de captage de la radiation solaire par le méthane de schiste est 25 fois supérieur au CO2.
Le professeur Howart, qui a publié il y a quelques semaines une version révisée de son étude du printemps, déclarait à la revue Nature qu’en réalité, les mesures de la NOAA se révélaient même légèrement supérieures à ses propres calculs tout en les suivant de près.
L’étude NOAA-Colorado situait les fuites de gaz de schiste entre 2,3 % et 7,7 % selon les sites inventoriés, avec une médiane autour de 4 %, soit plus que celles de l’Université Cornell et plus qu’une autre étude de l’Agence de protection de l’Environnement (EPA) des États-Unis.
Les auteurs de la nouvelle étude NOAA-Boulder insistent aussi sur le fait que leurs calculs n’ont pas tenu compte d’un autre volet des fuites, soit celles provenant des oléoducs et des systèmes de distribution municipaux.
La combustion du gaz naturel émet la moitié des gaz à effet de serre (GES) que le charbon. Mais les nouvelles études tiennent compte non seulement des émissions à la sortie des fournaises industrielles ou domestiques, mais aussi des émissions provenant de la fracturation hydraulique, des liquides entreposés, des fuites aux têtes de puits ou du sol, des équipements de raccordement, etc. C’est ainsi que le bilan des gaz de schiste rejoint celui du charbon.
Ces constats ne tiennent pas pour le gaz naturel provenant d’un puits classique, lequel n’exige aucune des complexes opérations de fracturation. Les conclusions de l’étude NOAA-Boulder pourraient bien compromettre l’image des gaz de schiste comme combustible de transition entre les combustibles riches en CO2 et les énergies vertes.
Réactions
Pour Patrick Bonin, directeur du dossier climat-énergie au sein de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), cette nouvelle étude enfonce un autre clou de taille dans les projets de cette industrie au Québec, un des rares États nord-américains à s’être doté d’un plan de réduction substantielle de ses GES.
« Elle démontre clairement, dit-il, que si le Québec poursuit le développement de l’exploitation des gaz de schiste, il lui sera impossible d’atteindre son objectif de réduction d’émissions de GES pour 2020 et même de respecter ses normes sur la qualité de l’air ambiant », car le méthane est aussi un précurseur d’ozone troposphérique (au sol), qui est particulièrement dommageable pour les humains et les plantes.
Quant au président de l’AQLPA, André Bélisle, il estime que l’étude justifie une réévaluation des 600 puits connus, fermés ou en instance de l’être, car leurs fuites sont fort probablement plus importantes que celles déclarées par l’industrie.
L’ampleur des constats d’un organisme scientifique aussi prestigieux que le NOAA, ajoute-t-il, rend encore plus impérative la nécessité d’un moratoire complet sur cette exploitation au Québec.
L’AQLPA estime que Québec doit trouver dans cette nouvelle étude un motif supplémentaire pour « écouter la population » et pour se concentrer plutôt sur la biométhanisation, soit la production de méthane à partir de déchets domestiques, ce qui règle deux problèmes d’un coup.
Bretagne : le gouvernement choisit la centrale à gaz plutôt que l’économie d’énergie
Le ministre de l’industrie, M. Besson, vient d’annoncer depuis Paris - méprisant ainsi la Bretagne - que l’implantation de la centrale de production électrique à cycle combiné gaz – CCCG - se ferait sur la commune de Landivisiau.
Cette décision, véritable déni de démocratie, c’est :
- 4 à 5 années de travaux pendant lesquelles les citoyens-ne-s pourront comptabiliser l’argent public englouti en regrettant qu’il ne soit pas plutôt consacré à de véritables ambitions en matière de sobriété et d’efficacité énergétiques, à l’entretien et au renforcement réfléchi du réseau de distribution électrique...
- 4 à 5 années pendant lesquelles la population et les industriels pourront juger de « l’indépendance » énergétique bretonne alors que la flambée du coût d’une énergie fossile importée à 97% et gaspillée pour la transformer en électricité sera inévitablement répercutée sur leurs factures ...
- 4 à 5 années qui seront par contre amplement suffisantes pour que les citoyen-ne-s manifestent leur rancœur envers les élus-e-s qui auront fait de leur mandat un blanc-seing aux intérêts à court terme et financiers ...
- mais aussi 40 années – durée de vie d’une centrale - pendant lesquelles les citoyen-ne-s seront dépossédé-e-s de leur liberté de choix énergétique sans qu’ils aient eu leur mot à dire !
La décision rendue par M. Besson n’est pas une fatalité. La détermination des GASPARE ne faiblira pas et ceux-ci demandent à l’Etat l’annulation pure et simple de cet appel d’offres et réclament une réelle concertation démocratique avec l’ensemble de la population.
Les deux lignes
« Deux lignes, deux pôles, et entre les deux, oscillant, le marais du ’développement durable’. Choisissez. »
L’augmentation du prix du pétrole a suscité récemment des réactions pittoresques. Pour les uns, comme le candidat François Hollande, il faudrait bloquer le prix de l’essence. Pour d’autres, qui se sont répandus dans différentes gazettes, il faudrait toutes affaires cessantes lancer l’exploitation des gaz de schiste.
Ces réponses presque instinctives sont paradoxalement bienvenues, parce qu’elles révèlent les deux lignes d’analyse de la situation écologique mondiale. Et si - du moins est-ce l’avis du chroniqueur - la crise écologique est le problème politique essentiel de ce début de siècle, ces deux lignes constituent les pôles opposés d’interprétation de ce qui se joue aujourd’hui.
Pour la première, qui structure l’idéologie dominante, la question environnementale est accessoire. L’essentiel est d’assurer la croissance du niveau de consommation matérielle, ce niveau étant assimilé au bien-être.
Comme l’énergie est l’aliment indispensable de la machine productive assurant cette consommation, il faut absolument qu’elle soit toujours plus abondante. Et puisque la disponibilité tend à se réduire relativement à l’augmentation planétaire de la consommation, tirée par les pays qui aspirent à rejoindre le niveau des pays occidentaux, il faut stimuler toutes les ressources possibles : pétrole arctique, sables bitumineux, hydrocarbures sous-marins, gaz de schiste. Oublié, l’impact sur le paysage et la biodiversité, minorée, la consommation d’eau et de produits chimiques, repoussée, la perspective de marée noire ou de contamination et dénié, écarté, refoulé, enfoui dans le recoin le plus obscur de l’inconscient, l’effet sur le changement climatique.
De l’autre côté, la ligne écologiste. Ses tenants sont minoritaires et volontiers qualifiés par les thuriféraires de l’ordre établi de « malfaisants », « dingos », « militants », « khmers verts », « pétainistes », « ennemis du progrès », j’en passe. Ils disent que c’est du côté du mode de vie que l’essentiel se joue, et qu’il faut d’abord réduire la consommation d’énergie pour aller vers une société conviviale et éviter les périls qui s’annoncent. En ce qui concerne l’Europe, ils affirment même que ce continent relativement démuni joue son avenir s’il parvient à élaborer un modèle de prospérité sobre, un modèle que la crise écologique rendra bientôt enviable, et imitable.
Deux lignes, deux pôles, et entre les deux, oscillant, le marais du « développement durable ». Choisissez.
Fakir
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José, reviens
« José, il n’y aura pas d’écologie politique sans rupture avec les postures de soumission. À défaut, il ne reste plus que des logiques d’aménagements qui cautionnent un système mortifère. Nous n’avons pas besoin d’un écolo-technocrate de plus ; notre système en produit des légions. Non, ce dont nous avons besoin, c’est de rebelles, de dissidents, d’hommes et de femmes debout. »
Cher José Bové,
Après une vie de rebelle, tu as rejoint Daniel Cohn-Bendit, l’« enfant chéri des médias » (1), VRP du capitalisme vert, de l’Europe libre-échangiste et incarnation de la figure du révolté repenti devenu le plus efficace apôtre et chien de garde de l’ordre en place. Tu as ensuite soutenu le présentateur de TF1, Nicolas Hulot, et son cirque médiatique.
Tu touches désormais les gros euros-sesterces d’émoluments de député européen. Mais le plus important ne relève pas ici du comptable : il se joue sur le plan symbolique. Tu incarnais cet « irréductible Gaulois » qui « résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Ton revirement a créé des dégâts symboliques considérables dans la société : il a donné à penser que toute résistance est vaine ; qu’Astérix s’est vendu à McDo. À ce titre, la campagne de publicité de cette multinationale de la « junk-food », représentant le village gaulois festoyant dans un de ses restaurants, est tout un symbole.
José, beaucoup de nous ont admiré la force de ton engagement, ont cru en toi et ont donné d’eux pour ta campagne présidentielle de 2007. Le sentiment d’avoir été dupés, de s’être fait utiliser pour revendre un capital médiatique et d’avoir été les dindons de la farce est fort.
José, il n’y aura pas d’écologie politique sans rupture avec les postures de soumission. À défaut, il ne reste plus que des logiques d’aménagements qui cautionnent un système mortifère. Nous n’avons pas besoin d’un écolo-technocrate de plus ; notre système en produit des légions. Non, ce dont nous avons besoin, c’est de rebelles, de dissidents, d’hommes et de femmes debout.
Cet été nous partirons du McDonald’s de Millau pour rejoindre à bicyclette le Parlement européen à Strasbourg. Nous viendrons t’y chercher pour t’inviter à rejoindre à nouveau le camp de la dissidence. Nous te porterons la pétition présente. Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, reviens, José !
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(1) Médias (revue de célébration du système médiatique), décembre 2008.
Les espèces invasives menacent la biodiversité de l’Antarctique
Les graines transportées involontairement par les visiteurs pourraient perturber la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes du 6e continent
Une équipe internationale de scientifiques, parmi lesquels Marc Lebouvier, écologiste terrestre du laboratoire ECOBIO (Université de Rennes I/CNRS) et coordinateur de la Zone-Atelier de recherches sur l’environnement antarctique, et Yves Frenot, directeur de l’Institut Polaire Français (IPEV), présente pour la première fois, dans un article publié la semaine du 5 mars dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), une évaluation du rôle des visiteurs dans le transport et l’introduction accidentelle de graines lors de leur voyage en Antarctique.
A l’occasion de l’Année Polaire Internationale 2007-2008, plus de 5600 personnes rencontrées sur les navires ou avions de dessertes des programmes antarctiques nationaux ou des navires de tourisme ont répondu à un questionnaire sur leur origine et sur les pays fréquentés avant leur voyage en Antarctique. 853 d’entre eux se sont prêtés à un examen minutieux de leurs effets personnels afin de déterminer à la fois le nombre de graines transportées et les espèces végétales concernées.
Au total, ce sont plus de 2600 propagules, graines ou fragments végétaux capables de participer à la dissémination des plantes, qui ont été récoltées dans les effets de ces volontaires. 43 % de ces propagules ont pu être identifiées au niveau de l’espèce végétale. La moitié de ces espèces sont adaptées à des environnements froids et pourraient supporter les conditions rencontrées dans les régions de l’Antarctique les plus fréquemment visitées.
Bien que les auteurs aient trouvé que les visiteurs transportent en moyenne moins de 10 graines chacun, plusieurs espèces invasives ont déjà pu s’établir à l’ouest de la Péninsule Antarctique, dans une région déjà fortement touchée par le réchauffement et où les futurs changements climatiques sont susceptibles de faciliter l’installation de nouvelles espèces, originaires de régions plus tempérées.
L’étude a aussi permis de discriminer les contributions respectives des différents types de personnes se rendant en Antarctique : les équipages de navire / avion, les touristes, leurs guides, les scientifiques et les personnels logistiques et de maintenance des bases polaires. Si les touristes et les membres d’équipages transportent moins de graines que les scientifiques, les guides ou les personnels logistiques des bases, leur nombre est quatre fois plus important et leur fréquentation est concentrée sur un petit nombre de sites.
Enfin, les chercheurs ont évalué la probabilité pour ces espèces étrangères de s’établir en Antarctique dans les conditions climatiques actuelles et, à l’horizon 2100, en se basant sur les scénarios climatiques du GIEC en relation avec les émissions de gaz à effet de serre. Cette étude propose, pour la première fois, une évaluation des risques d’établissement d’espèces étrangères à l’échelle du continent lui-même.
Les auteurs mettent en exergue les risques potentiels d’invasions biologiques en Antarctique en relation avec l’évolution rapide des conditions climatiques et soulignent les impacts que cela pourrait avoir sur la biodiversité et les écosystèmes locaux. Cette étude fournit aux signataires du Traité sur l’Antarctique et du Protocole pour la Protection de l’environnement, dit aussi Protocole de Madrid, des bases de réflexion pour minimiser les risques d’introduction d’espèces sur le continent blanc.
Le gouvernement veut affaiblir la protection de la nature
Un rapport officiel propose de remplacer le Conseil national de protection de la nature par une structure aux compétences réduites.
Le CNPN est la seule instance où les associations de protection de la nature peuvent intervenir efficacement au niveau du ministère pour mettre en œuvre les politiques officielles de protection de la nature. La FRAPNA y siège depuis 28 ans. Or le 3 février 2012, un rapport [1] sur la rénovation de la gouvernance en matière de biodiversité a été mis en ligne sur le site du ministère et soumis à consultation publique [2]. Tel qu’il est rédigé, il propose de mettre un terme à l’existence du CNPN.
Le CNPN a été créé en 1946 par décret avec pour mission de préserver la faune et la flore sauvages, et de protéger les habitats. Il est fondamental dans la loi sur la protection de la nature de 1976 et est le garant de sa bonne application. Actuellement, l’avis du CNPN oriente les décisions et constitue une voix forte auprès des organismes chargés de l’aménagement du territoire. C’est la plus haute instance consultative de protection de la nature en France.
Le rapport indique que le dispositif actuel « atteint ses limites » et propose de remplacer le CNPN par une structure, le Conseil Scientifique du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité (CSPNB), qui voit ses compétences réduites par rapport au rôle actuellement joué par le CNPN. En effet, le champ couvert par la nouvelle instance serait en recul par rapport à tous les décrets qui ont fondé le CNPN : d’une part, seules les commissions flore et faune seraient rattachées à ce nouveau conseil et d’autre part, ses avis libres n’iraient pas directement au ministère mais seraient revus et corrigés par une nouvelle instance : le comité national de la biodiversité.
Il ne s’agit pas de remettre en cause les nécessités de changement dues au fait qu’il y a eu le Grenelle et ses lois d’application qui ont multiplié les comités fonctionnant en parallèle avec de multiples redondances. En revanche, nous nous opposons au fait de créer une structure hybride amputée d’une partie importante de ses compétences : son savoir-faire technique, qui est un rempart nécessaire contre les exactions commises sur la biodiversité.
Ces dernières années on a vu monter l’agacement des grands lobbies ruraux et industriels contre les espaces protégés et les mesures compensatoires aux destructions occasionnées. Aussi on ne doit pas s’étonner si une réforme profonde du CNPN prépare son affaiblissement voire sa disparition. S’attaquer à ce point à l’instance clef de la protection de la nature en France à moins de deux mois d’échéances électorales n’est pas neutre dans le seul pays d’Europe où le poste de ministre de l’environnement est actuellement vacant.
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Notes :
(1) Rapport du préfet Dominique Schmitt
(2) La consultation publique
Fukushima : le témoignage du gouverneur japonais de la région
Avant l’accident de 2011, de nombreux incidents et manquements se sont produits, qui témoignaient de l’irresponsabilité de la compagnie et de ses connivences avec l’appareil d’Etat.
Je m’appelle Eisaku Sato, j’ai été gouverneur de Fukushima pendant 18 ans, dans la région où s’est produit l’accident nucléaire il y a un an.
J’habite actuellement à Koori-yama, une grande ville qui se trouve au centre de la préfecture de Fukushima, à 60 km à l’ouest de la centrale de Fukushima Daiichi. Je suis né dans cette ville. Mon arrière grand-père a créé une société et je suis devenu cadre dirigeant de celle ci.
Je suis devenu ensuite membre de la chambre des conseillers (Sénat). Quand j’étais sous-secrétaire d’Etat du ministère des finances, j’ai vu la démocratie surgir dans le pays. Je me suis ainsi présenté à l’élection de gouverneur de Fukushima.
Tout de suite après mon élection, plusieurs incidents aux deux centrales de Fukushima m’ont été rapportés. Cela m’a fait prendre conscience d’un réel problème avec le nucléaire.
Le premier incident remonte à 1989, 4 mois après mon élection. Un morceau de métal de 30 kg est tombé dans le coeur du réacteur n°3 de Fukushima Daiini (N°2) [La centrale de Fukuskhima compte deux groupes de réacteurs, Daiini, n°2, et Daiichi, n°1]. Ces deux centrales s’étendent sur 3 communes. Tomioka-machi, une de ces communes, a reçu le rapport de l’incident seulement 6 jours après qu’il se soit produit. La centrale de Fukushima a d’abord pris contact avec Tepco à Tokyo, c’est seulement ensuite que Tepco a appelé la préfecture de Fukushima, puis la prefecture a enfin prévenu la ville de Tomioka. Je me rappelle que le maire de Tomioko avait alors indiqué avoir été très frustré par cette situation.
La deuxième affaire qui a ébranlé ma confiance envers la politique nucléaire fut la décision du conseil municipal Futaba-machi, où se trouvent les réacteurs 5 et 6, de construire 2 nouveaux réacteurs, tout ça dans le but de recevoir de nouvelles subventions. Je pensais jusqu’alors qu’une ville possédant 2 réacteurs n’aurait jamais de difficulté financière.
J’ai compris par la suite que les villes qui ont accepté une centrale sur leur territoire n’arrivent pas à maintenir une économie stable sur deux générations.
La troisième affaire remonte à 1993. Tepco nous a demandé d’ajouter une piscine pour stocker les combustibles usagés des centrales de Fukushima. Je leur ai demandé quand ils comptaient récupérer ces combustibles. La réponse était claire : en 2010. Mais quelques mois plus tard, le gouvernement national présentait un projet de long terme dans lequel était précisé que la récupération des combustible était à discuter en 2010. Promesse cassée donc.
En 1995 il y a eu un accident sur le surgénérateur Monju à Fukui. Une fuite de sodium a provoqué un incendie. Mais ceci a été dissimulé par la société électrique en charge de ce surgénérateur. D’autres accidents ont été dissimulé et un employé s’est suicidé dans cet établissement (Monju).
Cet ensemble d’incidents ont contribué à me rendre très sceptique quant à l’énergie nucléaire.
Lorsque j’ai rencontré le premier Ministre Hashimoto je lui ai déclaré : « La politique nucléaire ne doit pas être utilisée à la manière d’un rouleau compresseur ».
J’ai demandé à ce que davantage de démocratie soit instaurée, afin que les habitants et les citoyens puissent participer à la politique nucléaire. Quelques tables rondes ont été mises en place par le gouvernement et le président de la Commission japonaise de l’énergie atomique choisi est un scientifique (alors que c’était un ministre auparavant). Un citoyen figure parmi les membres de ce CEA japonais.
Suite à l’accident de Monju, le gouvernement a éprouvé le besoin d’utiliser le MOX, car le Japon n’est pas autorisé à posséder une grande quantité de plutonium. Notre préfecture a ainsi accepté d’introduire cette technologie, sous 4 conditions :
- Garantir la qualité du combustible Mox ; - diminuer l’irradiation des travailleurs (temps de travail) ; - clarifier la gestion à long terme du Mox usagé ; - bien expliquer le cycle du combustible nucléaire à la population.
Or, les années suivantes, se sont succédés des événements qui ont fait que ces conditions n’ont pu être remplies. En particulier, un accident incroyable a eu lieu à Tôkaimura, dans la préfecture d’Ibaragi à 120 km de Tokyo. Une réaction en chaîne s’est produite pendant la fabrication du combustible nucléaire, provoquant un accident de criticité classé niveau 4 sur l’échelle INES qui en compte sept. On a appris que la compagnie JCO ne suivait pas le cahier des charges et utilisait des seaux en acier pour faire fondre l’uranium.
Cet accident a énormément choqué les habitants de Fukushima et la population japonaise qui a commencé à douter de la sûreté du nucléaire. Une des 4 conditions, la confiance de la population envers le projet du cycle du combustible nucléaire, a donc volé en éclat.
Le premier janvier 2001, a eu lieu la réorganisation des grands ministères japonais mais concernant le nucléaire, il n’y a pas eu de progrès, bien au contraire. La Commission de l’énergie atomique japonaise (équivalent du CEA) et la Commission japonaise de sûreté nucléaire (équivalent de l’ASN, l’Autorité de sûreté nucléaire) qui dépendaient de l’agence de la science et de la technologie ont été rattachées au Cabinet du Premier ministre. Elles n’ont maintenant qu’un rôle de conseil.
Le rôle de surveillance et de contrôle de la sûreté des installations nucléaires a été confié à un nouvel organisme : la NISA (l’Agence japonaise de sûreté nucléaire), qui dépend du Ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (METI). Cela veut dire concrètement que ceux qui font la promotion du nucléaire et ceux qui le contrôlent appartiennent au même ministère. C’est le principe des pompiers pyromanes, j’appelle cela "l’organisme où travaillent ensemble les voleurs et les policiers".
J’ai pointé ce problème et continue à le critiquer depuis 2002. Il y a trop de choses opaques, les habitants qui accueillent ces installations sont laissés dans l’ignorance. C’est pourquoi j’ai organisé une série de réunions d’information sur la politique énergétique avec des spécialistes de tous bords.
Mais cela n’a pas plu aux autorités centrales, qui estiment que la préfecture, qui représente la collectivité locale, n’a pas de droit à l’autonomie, elle n’a donc rien à dire.
En mars 2002, l’Etat a imprimé des brochures de luxe et les a distribuées à la totalité des ménages (22 150) résidant dans l’arrondissement de Futaba qui accueille les installations nucléaires de Fukushima Daiichi. Les brochures vantaient la sûreté absolue de ces installations grâce à plusieurs niveaux de protection. Les habitants des six villes et des deux villages autour de la centrale, ont-ils été convaincus par les arguments de l’Etat ou par les miens ? Je pense que la plupart d’entre eux ont cru la parole de l’Etat. À l’heure actuelle, tous ces habitants sont devenus des réfugiés, et parmi eux, il y en a sûrement beaucoup qui ne pourront plus jamais retourner chez eux.
Je demande à l’Etat japonais de ne pas les abandonner.
Alors que j’organisais les consultations au sujet de la politique énergétique, l’affaire de la dénonciation interne de Tepco a éclaté. Pas moins de 29 documents sont arrivés par fax au bureau de la Préfecture. Un employé (du constructeur des installations nucléaires) a dénoncé TEPCO, suite à la découverte, lors des contrôles réglementaires, de divers problèmes dans plusieurs réacteurs (comme une fissure dans les installations), car l’entreprise avait falsifié les données et dissimulé les incidents pour pouvoir continuer à faire fonctionner les réacteurs. La NISA a reproché à TEPCO d’avoir caché ces problèmes.
Or, chose curieuse, la dénonciation était parvenue déjà depuis 2 ans au Ministère. Ce qui signifie que l’Etat n’a pas voulu divulguer ces informations pour couvrir Tepco.
Je vais vous lire la déclaration que j’ai faite à l’époque à la presse :
"TEPCO est évidemment coupable, mais le problème relève avant tout de la politique nucléaire de l’Etat. Vis-à-vis du nucléaire, le Japon doit respecter les mêmes normes que celles de la communauté internationale."
A la suite de cette affaire, quatre PDG et ex-PDG de Tepco ont démissionné, mais aucun membre de la NISA, ni aucun responsable du Ministère de tutelle n’a vu sa responsabilité mise en cause.
Après la révélation des nombreuses falsifications et dissimulations, TEPCO a été obligé de faire arrêter 17 réacteurs, pour des contrôles supplémentaires, soit la totalité de ses installations ( le 14 avril 2003).
Je viens de parler des "normes internationales". Or, je me suis rendu compte après l’accident de Fukushima que, même le directeur de la NISA n’obéissait pas à ces normes internationales, au moins à deux d’entre elles : - On a déversé dans l’océan une très grande quantité d’eau contaminée (dont le taux radioactif était supérieur aux limites légales), sans prévenir la communauté internationale ; - Les cellules de crise n’ont pas rédigé de comptes-rendus de leurs réunions.
Au Japon, depuis l’ère Meiji, existe une règle pour les fonctionnaires : ceux-ci sont uniquement responsables envers l’empereur, c’est-à-dire, ils ne sont pas responsables vis-à-vis du peuple. Cette attitude est irresponsable mais elle arrange bien les fonctionnaires et elle perdure jusqu’à aujourd’hui.
La décroissance est une politique de gauche
« La seule possibilité pour échapper à la paupérisation au Nord, comme au Sud, est d’en revenir aux fondamentaux du socialisme sans oublier, cette fois, la nature : partager le gâteau de manière équitable. »
Que la décroissance soit un projet politique de gauche constitue pour moi à la fois une évidence et un paradoxe.
I. Une évidence
La décroissance constitue un projet politique de gauche parce qu’elle se fonde sur une critique radicale de la société consommation, du libéralisme et renoue avec l’inspiration originelle du socialisme.
1) Critique radicale de la société de consommation, du développement ou du développementisme, elle est une critique ipso facto du capitalisme. Qu’est-ce que la société de croissance en effet ? La société de croissance peut être définie comme une société dominée par une économie de croissance et qui tend à s’y laisser absorber. La croissance pour la croissance devient ainsi l’objectif primordial sinon le seul de la vie. La croissance n’est que le nom « vulgaire » de ce que Marx a analysé comme accumulation illimitée de capital, source de toutes les impasses et injustices du capitalisme.
La croissance et le développement étant respectivement croissance de l’accumulation du capital et développement du capitalisme, donc exploitation de la force de travail et destruction sans limites de la nature, la décroissance ne peut être qu’une décroissance de l’accumulation, du capitalisme, de l’exploitation et de la prédation. Il s’agit non seulement de ralentir l’accumulation mais de remettre en cause le concept pour inverser le processus destructeur. C’est donc bien à tort que l’on a parfois accusé les « décroissants » de s’accommoder du capitalisme [1].
2) La décroissance est aussi, bien évidemment, une critique radicale du libéralisme, celui-ci entendu comme l’ensemble des valeurs qui sous-tend la société de consommation. Dans le projet politique de l’utopie concrète de la décroissance en huit R (Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Relocaliser, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler), trois d’entre eux, réévaluer, restructurer et redistribuer, actualisent tout particulièrement cette critique.
Réévaluer, cela signifie revoir les valeurs auxquelles nous croyons, sur lesquelles nous organisons notre vie et changer celles qui doivent l’être. On voit tout de suite quelles sont les valeurs qu’il faut mettre en avant et qui devraient prendre le dessus par rapport aux valeurs dominantes actuelles. L’altruisme devrait prendre le pas sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir et l’ethos de la ludicité sur l’obsession du travail, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le local sur le global, l’autonomie sur l’hétéronomie, le goùt de la bel ouvrage sur l’efficience productiviste, le raisonnable sur le rationnel, le relationnel sur le matériel, etc. La critique du travaillisme retrouve là l’inspiration de Paul Lafargue, le gendre de Marx, avec son ouvrage superbe, Le droit à la paresse – qui reste une des plus fortes attaques contre le travaillisme et le productivisme. Surtout, il s’agit de remettre en cause le prométhéisme de la modernité tel qu’exprimé par Descartes (maître et dominateur de la nature) ou Bacon (asservir la nature). Il s’agit tout simplement d’un changement de paradigme.
Restructurer, signifie adapter l’appareil de production et les rapports sociaux en fonction du changement des valeurs. Cette restructuration sera d’autant plus radicale que le caractère systémique des valeurs dominantes aura été ébranlé. Cela pose la question concrète de la sortie du capitalisme et celle de la reconversion d’un appareil productif qui doit s’adapter au changement de paradigme.
La décroissance est forcément contre le capitalisme. Non pas tant parce qu’elle en dénonce les contradictions et les limites écologiques et sociales, mais avant tout parce qu’elle en remet en cause « l’esprit » au sens où Max Weber considère « l’esprit du capitalisme » comme condition de sa réalisation.
Redistribuer s’entend de la répartition des richesses et de l’accès au patrimoine naturel entre le Nord et Sud comme à l’intérieur de chaque société. Le partage des richesses est la solution normale du problème social. C’est parce que le partage est la valeur éthique cardinale de la gauche que le mode de production capitaliste, fondé sur l’inégalité d’accès aux moyens de production et engendrant toujours plus d’inégalités de richesses, doit être aboli.
3) La décroissance, enfin, est un projet ancré à gauche parce qu’elle renoue avec l’inspiration première du socialisme, celui qu’on a qualifié non sans ambiguïté d’utopique. La décroissance retrouve à travers ses inspirateurs, Jacques Ellul et Ivan Illich, les fortes critiques des précurseurs du socialisme contre l’industrialisation. Une relecture de ces penseurs comme William Morris, voire une réévaluation du luddisme, permettent de redonner sens au socialisme dans une vision écologique telle qu’elle a été développée chez André Gorz.
Il est vrai que tous les penseurs cités, Paul Lafargue, Jacques Ellul, Ivan Illich, André Gorz, auxquels il conviendrait d’adjoindre Bernard Charbonneau, Cornélius Castoriadis, sans parler de Tolstoï, Gandhi, ou Thoreau, ont été des hérétiques par rapport à la doxa de la gauche marxiste. Quant au socialiste réformiste, John Stuart Mill, sa vision d’un état stationnaire avec croissance zéro mais épanouissement culturel de la population valait mieux que le silence méprisant des marxistes.
II. Un paradoxe
Sans parler d’une problèmatique décroissance de droite, représentée en France par Alain de Benoist, situer la décroissance à gauche représente un défi. Attaquer le productivisme, prôner une société de sobriété, considérer la crise comme une opportunité, paraissent des provocations susceptibles de « désespérer Billancourt », même si celui-ci n’existe plus… Les réactions face à la crise sont un bon révélateur : relancer la machine à détruire la planète ou inventer une autre société.
1) La gauche social-démocrate, communiste, trotskiste et autre s’est engouffrée dans la trappe du compromis keynéso-fordiste. Même les Verts se sont fait pièger. Le Canard Echaîné du 17 décembre 2008 ironisait ainsi sur le programme des verts d’une « décroissance sélective, équitable et solidaire ». Dominique Voynet elle-même, tout en y adhérant, taxait ce programme d’inaudible et l’un de ses porte-flingues déclarait : « Je ne me vois pas aller dire aux mecs de Peugeot mis au chômage : maintenant il va falloir être sobre dans votre vie quotidienne ».
Certes, si les partisans de la décroissance soutenaient qu’on a le droit d’être heureux et qu’on peut l’être avec 600 Euros par mois (référence au slogan de la jeunesse grecque), on les brocarderait et les traiterait immédiatement d’alliés objectifs du capitalisme rapace
« Ce n’est qu’au terme de cet immense travail de falsification médiatique et mémorielle, note Michéa, que le projet d’une croissance illimitée dans un monde sans frontières a pu enfin devenir ce qu’il est à présent : l’ultime centre de gravité philosophique de tous les discours de la gauche et de l’extrême gauche post-mittérrantienne » [2].
Catoriadis avait déjà dénoncé cette dérive. « Le cas le plus flagrant, disait-il, étant celui du mouvement révolutionnaire qui, sous l’emprise du marxisme, supposait qu’il n’y avait qu’à réaliser la maîtrise sur la nature pour rendre l’autonomie à l’homme, ce qui est une illusion totale. (…) Ce dont nous avons besoin, c’est non pas d’une maîtrise, mais d’un contrôle de ce désir de maîtrise, d’une auto-limitation. Autonomie d’ailleurs veut dire auto-limitation. Nous avons besoin d’éliminer cette folie de l’expansion sans limite, nous avons besoin d’un idéal de vie frugale, d’une gestion de bon père de famille des ressources de la planète » [3].
Si « l’ivresse joyeuse de la sobriété volontaire » dont parlait Ivan Illich est peut-être possible avec 600 Euros par mois, la décroissance n’a jamais prêché la passivité et la résignation. La joie de vivre en-dehors des chaînes du consumérisme n’est pas concevable sans la lutte pour la justice et pour l’amélioration de la qualité de la vie. Combattre la pollution mentale et la colonisation de l’imaginaire implique combattre les forces responsables de cette situation de toxicodépendance. Se libérer de la servitude volontaire est la condition pour se libérer de la servitude involontaire imposée par le système et réciproquement. Le bonheur est possible dès aujourd’hui, sur la voie d’une émancipation de l’asservissement consumériste, pour autant qu’il se construit dans la lutte pour un monde plus partagé demain.
2) Le problème est que tous se sont laissés séduire par le mythe de la tarte qui grossit indéfiniment. Collaborer à la croissance plutôt que se battre avec acharnement pour partager un gâteau de taille quasi immuable permet d’améliorer les parts de tous à moindres frais.
La droite bien sûr a bien compris la nécessité de la croissance pour éviter la remise en cause du sytème. Par exemple, le député Christian Blanc a publié un livre intitulé : La croissance ou le chaos [4]. « Sans croissance, y écrit-il, aucun accompagnement social ne pourra sortir les banlieues de l’ornière. Sans croissance, les espoirs de promotion sociale disparaissent. Sans croissance, inutile d’espèrer rompre avec la spirale du déficit ou rembourser la dette ».
Le machiavelique conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, en rajoute : « L’inégalité est un moteur de la croissance et la croissance est la seule chose qui puisse rendre l’inégalité supportable. La croissance est une promesse d’abondance qui atténue la détresse du pauvre, tandis que l’état stationnaire est surtout un rêve de nanti qui veut surtout que rien ne change » [5].
Cette idéologie s’est répandue à toute la société. « La croissance, écrit André Gorz, apparaîtra à la masse des gens comme la promesse – pourtant entièrement illusoire – qu’ils cesseront un jour d’être ’sous-privilégiés’, et la non croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir » [6].
Finalement, on en arrive à la « Petite prière altermondialiste », paraphrasée par Hervé René Martin : « Seigneur, le monde n’est pas une marchandise mais par pitié ne jetez pas les marchandises avec les méchants actionnaires, il en va de nos emplois et de notre mode de vie ». « Dénoncer d’une voix la marchandisation du monde, poursuit-il, tout en appelant de l’autre à toujours plus de croissance économique censée règler tous nos problèmes, autrement dit à une extension de la sphère marchande, relève à mes yeux d’un numéro d’équilibriste » [7].
Le projet partageux du communisme s’est ainsi dissous dans le consumérisme. Le volume de la tarte a, certes, augmenté considérablement mais au détriment de la planète, des générations futures et des peuples du tiers-monde. Les meilleures choses ayant une fin, ce « socialisme réduit aux acquêts » ne fonctionne plus très bien depuis les années soixante-dix, parce que la tarte renâcle à augmenter.
Les hauts fonctionnaires du Capital l’ont plus ou moins compris et se sont empressés d’accroître substantiellement (10 à 20 % du PIB en plus), grâce au jeu du casino mondial, leur part du gâteau avant que le blocage ne soit total. Cela s’est traduit par ces rémunérations scandaleuses des responsables politiques et économiques avec ces primes, bonus, stock options, parachutes dorés et autres augmentations. Pour l’immense majorité, la hausse très faible de la fiche de paye ne compense pas les effets négatifs de la croissance (dépenses de santé, stress, désagréments de toutes sortes).
Intoxiquée par ses démissions passées successives, la gauche « responsable » ne peut que se réfugier dans un libéral-socialisme misérabiliste. Le fameux trickle down effect, la diffusion à tous des bienfaits de la croissance, se dégrade en « effet sablier ». Puisqu’il y a davantage de riches et qu’ils sont de plus en plus riches, il faut aussi qu’il y ait davantage de laveurs de voitures, de serveurs de restaurants, de livreurs de courses à domicile, de nettoyeurs et de gardes privés pour se protéger des pauvres toujours plus nombreux. C’est le socialisme réduit aux miettes… La croissance des 30 glorieuses avait été tirée par les exportations, celle des 30 piteuses qui ont suivi a pu se maintenir tant bien que mal grâce à l’endettement phénoménal des ménages et des Etats.
Même au Sud, le piège de la tarte a fonctionné. Cela s’est appelé le développement. Le projet développementiste lancé par le fameux discours du Président Truman sur le point 4 de l’Etat de l’Union, le 20 janvier 1949, visait à remplacer aussi la révolution sociale par la croissance économique grâce au transfert technologique. Il a assez bien marché avec la Révolution verte dans les années soixante. L’Inde, séculairement déficitaire, est devenue exportatrice de céréales. Les réformes agraires ont été évitées, limitées ou détournées.
Aujourd’hui, la fête est finie ; il n’y a même plus ces marges de manœuvre. La tarte ne peut plus croître. Plus encore (et nous le savons bien depuis longtemps, même si nous nous refusons à l’admettre), elle ne doit pas croître. La seule possibilité pour échapper à la paupérisation au Nord, comme au Sud, est d’en revenir aux fondamentaux du socialisme sans oublier, cette fois, la nature : partager le gâteau de manière équitable. En 1848, alors qu’il était trente à cinquante fois moins gros, Marx, mais aussi John Stuart Mill, le pensaient déjà ! Le communisme, ce n’était pas faire grossir le gâteau, dès lors qu’il était suffisant, mais organiser autrement le système pour que tous en aient selon leurs besoins.
Il est vrai que faute d’intégrer les contraintes écologiques, la critique marxiste de la modernité est restée frappée d’une terrible ambiguïté [8]. L’économie capitaliste est critiquée et dénoncée, mais la croissance des forces qu’elle déchaîne est toujours qualifiée par la gauche de « productive » (alors même qu’elles sont au moins tout autant, voire plus, destructives).
Déjà Péguy : « C’est même un spectacle amusant de voir comment nos socialistes antichrétiens, particulièrement anticatholiques, insoucieux de la contradiction, encensent le même monde sous le nom de moderne et le flétrissent, le même, sous le nom de bourgeois et de capitaliste » [9].
Au final, cette croissance, vue sous l’angle de la production/emploi/consommation est créditée de tous les bienfaits ou presque, même si, vue sous l’angle de l’accumulation du capital, elle est jugée responsable de tous les fléaux : la prolétarisation des travailleurs, leur exploitation, leur paupérisation, sans parler de l’impérialisme, des guerres, des crises (y compris bien sûr écologiques), etc. Le changement des rapports de production (en quoi consiste la révolution nécessaire et souhaitée) se trouve de ce fait réduit à un bouleversement plus ou moins violent du statut des ayant-droits dans la répartition des fruits de la croissance. Dès lors, on peut certes ergoter sur son contenu, mais pas remettre en cause son principe.
Comme en s’accroissant, la tarte est devenue de plus en plus toxique – le taux de croissance de la frustration, suivant la formule d’Ivan Illich, excédant largement celui de la production –, il faudra nécessairement en modifier la recette. Plus elle grossissait plus elle était empoisonnée au sens propre et au sens figuré, au Nord comme au Sud. Pesticides, engrais chimiques, et autres pollution intoxiquaient les populations, les autres espèces et la terre elle-même, tandis que les inégalités et les injustices se sont aggravées.
Pour résoudre les dramatiques problèmes sociaux en même temps que pour sauver la planète, il faut inventer la recette d’une belle tarte avec des produits bios, d’une dimension raisonnable pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent continuer à la refaire, et surtout, il convient de la partager équitablement. Les parts ne seront peut-être pas assez grosses pour nous rendre obèses, mais la joie sera au rendez-vous. La décroissance est la seule recette pour sortir positivement et durablement de la crise[10].
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Notes :
(1) Voir le débat dans notre Petit traité de décroissance sereine, Mille et une nuits, 2007, p. 135.
(2) Jean-Claude Michéa, La double pensée. Retour sur la question libérale, coll. Champs, Flammarion 2008, p. 138.
(3) Castoriadis. Débat avec Legros, in Bachofen Blaise, Elbaz Sion, Poirier Nicolas (ed.), Cornelius Castoriadis. Réinventer l’autonomie, Editions du Sandre, 2008, p. 282.
(4) Henri Guaino « Pour une croissance durable », La Croix, 23 octobre 2006.
(5) Gorz, Leur écologie et la nôtre.
(6) Hervé René Martin, Éloge de la simplicité volontaire, Flammarion, 2007. p. 188.
(7) Il est regrettable, tragique peut-être, que la relation entre Serguei Podolinsky (1850-1891), cet aristocrate et scientifique ukrainien exilé en France, et Karl Marx ait tourné court. Ce génial précurseur de l’économie écologique tentait, en effet, de concilier la pensée socialiste et la deuxième loi de la thermodynamique et de faire la synthèse entre Marx, Darwin et Carnot. Débordé et peu au fait des questions scientifiques, Marx a eu le tort, sans doute, de confier à son ami Engels l’évaluation du dossier. Imbu de la conception positiviste et mécaniste de la science, ce dernier n’a tout simplement pas compris les enjeux de la deuxième loi de la thermodynamique. En revanche, il a fort bien vu les dangers que la « valeur énergie » pouvait faire courir à la théorie de la plus-value. Il a conclu à l’absence d’intérêt des recherches de Podolinsky. Il n’est pas absurde de penser que si la rencontre s’était produite, bien des impasses du socialisme auraient été évitées.
(8) Charles Péguy, De la situation faite au parti intellectuel, 1907.
(9) Notre programme « électoral » de transition en 10 points se propose d’aller vers cet objectif. Ces 10 R du programme réformiste sont : Retrouver une empreinte écologique soutenable Réduire le transports en nternalisant les coûts par des écotaxes appropriées. Relocaliser les activités. Restaurer l’agriculture paysanne. Réaffecter les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d’emploi. Relancer la « production » de biens relationnels. Réduire le gaspillage d’énergie d’un facteur 4. Restreindre fortement l’espace publicitaire. Réorienter la recherche technoscientifique. Se Réapproprier l’argent.
Le pesticide Roundup est mal évalué, juge le Conseil d’Etat
Le juge administratif ordonne au ministère de l’Agriculture une nouvelle évaluation de l’herbicide Roundup de Monsanto, la précédente étant insuffisante.
AFP
Le Conseil d’État a demandé mercredi 7 mars au ministre de l’Agriculture un nouvel examen de la toxicité du Roundup Express, désherbant de la firme agrochimique américaine Monsanto pour le grand public, accédant ainsi à la requête de l’association Générations futures. Le Conseil d’État annule la décision de refus d’abrogation de l’autorisation du Roundup Express pour prise en compte insuffisante par le ministre d’une substance présente dans le produit et inscrite sur la liste communautaire des "substances actives", précise le Conseil dans son communiqué. Le ministre de l’Agriculture devra donc procéder à un réexamen de la demande d’abrogation du désherbant dans un délai de six mois.
À l’origine de la requête auprès du Conseil, Générations futures et Jacques Maret, agriculteur et partie prenante dans le dossier, évoquent de leur côté un "événement considérable". "Cette décision concerne tous les consommateurs et leurs enfants. En effet, le Conseil d’État considère, comme nous, que sa toxicité n’a pas été correctement évaluée, ce qui est particulièrement regrettable pour un produit vendu au grand public et utilisé dans les jardins des familles", ont-ils ajouté dans un communiqué.
Dans son texte, le Conseil d’État rappelle qu’il appartient au ministre, lors d’une demande d’autorisation de mise sur le marché d’un produit phytopharmaceutique, de procéder à une évaluation complète des risques que ce produit peut présenter pour la santé humaine ou animale ou pour l’environnement. Cette évaluation doit tenir compte des effets synergiques entre la substance active et les autres substances entrant dans la composition du produit. Le Conseil d’État a en revanche rejeté les autres requêtes de Génération future et portant sur les produits phytopharmaceutiques Roundup GT plus et Roundup Extra 360.
Générations Futures
Suite à l’action de Générations Futures, association de défense de l’environnement et de la santé publique, et Jacques Maret, agriculteur biologique, le Conseil d’Etat enjoint au Ministre de l’Agriculture d’examiner de nouveau la toxicité du Roundup Express en raison de la présence d’acide pélargonique, substance active marché non prise en compte dans l’évaluation
Cet arrêt pose en outre des principes importants en matière d’évaluation des phytosanitaire :
1. la charge de la preuve repose sur le Ministre de l’Agriculture (et non sur les requérants) lorsqu’il s’agit de retirer une substance de la liste européenne des « substance actives » en application de la définition des ces substances (précisée dans l’arrêt).
2. l’évaluation d’un phytosanitaire doit porter à la fois sur les substances actives ET sur les « effets synergiques entre la substance active et les autres substances entrant dans la composition du produit ».
Rappel des faits. Générations Futures et Jacques Maret ont demandé au Ministre de l’Agriculture l’abrogation de l’autorisation de mise sur le marché de trois formulations de désherbant Round Up® de MONSANTO, les RoundUp® Express, Extra 360 et GT Plus, en raison de la présence de substances dans leurs compositions qui n’ont pas été évaluées en tant que "substances actives", ce qui fausse l’évaluation de la toxicité de ces formulations.
Cette demande d’abrogation a été refusée par le Ministre, décision qui a été attaquée devant le Conseil d’Etat. Les requérants se sont fondés principalement sur le fait que des substances présentes dans ces formulations de RoundUp® présentant les caractéristiques d’une substance active, n’avaient pas été considérées comme telles au sens de la législation européenne, et donc n’avaient pas été évaluées dans l’évaluation de la toxicité de ces RoundUp®.
Le Conseil d’Etat donne raison à Générations Futures et J Maret sur le Round Up® Express. Au terme d’une procédure complexe, notamment sur le plan scientifique, le Conseil d’Etat a retenu leur argumentation sur le cas du Roundup Express et a annulé de la décision de refus de retrait du Ministre. Il enjoint au Ministre de réexaminer dans un délai de six mois la demande d’abrogation de l’AMM du Round Up® Express et de verser aux requérants la somme de 3.000 € de frais de procédure.
En effet, relevant :
- que l’acide pélargonique a été inscrit sur la liste des substances actives autorisées à compter du 1er septembre 2009 par la directive 2008/127/CE de la Commission du 18 décembre 2008 modifiant la directive 91/414/CEE du Conseil ;
- que les avis du 16 avril 2007 26 mars 2009 de l’AFSSA ne font aucune mention de la présence d’acide pélargonique dans la préparation Roundup Express, ni à titre de substance active, ni à titre de coformulant ;
Le Conseil d’Etat en déduit que le ministre n’a pas mis en œuvre une méthode d’évaluation appropriée du Round Up® Express et que dès lors, son refus de retirer ce produit doit être annulée et que le ministre doit réaliser une nouvelle évaluation de cette substance.
« Il s’agit d’un évènement considérable », selon Générations Futures et Jacques Maret, « car pour la première fois la plus haute juridiction administrative se prononce sur la légalité même de l’AMM d’un Round Up® et, partant, sur le contrôle de sa toxicité. Cette décision est d’autant plus importante qu’elle concerne un herbicide, le Roundup Express, qui est autorisé à l’emploi dans les jardins. Cette décision concerne tous les consommateurs et leurs enfants. En effet, le Conseil d’Etat considère, comme nous, que sa toxicité n’a pas été correctement évaluée, ce qui est particulièrement regrettable pour un produit vendu au grand public et utilisé dans les jardins des familles », selon François Veillerette, Générations Futures et Jacques Maret,
Manque de transparence sur les pesticides : le secret commercial nuit à la santé publique !
Concernant les Roundup EXTRA 360 et GT, le Conseil d’Etat a rappelé l’obligation pour le ministre de procéder à une évaluation des phytosanitaire portant à la fois sur les substances actives ET sur les « effets synergiques entre la substance active et les autres substances entrant dans la composition du produit ». Néanmoins, contrairement à l’avis des requérants, le Conseil d’Etat a considéré que « l’analyse des risques des préparations réalisée par le ministre de l’agriculture n’avait pas omis de prendre en compte les effets ’synergiques’ du glyphosate et de l’autre composant présent dans ce produit ».
Néanmoins, les requérants ne peuvent que constater l’impossibilité pour les consommateurs et professionnels de l’agriculture de vérifier la véracité de cette analyse, puisque les composants exacts de ces formulation sont tenus secrets !
Tout au long de cette action, les requérants et leurs avocats, dont Me Franz Vasseur, ont été marqués par la difficulté d’accès aux données sur la composition réelle des phytosanitaires, les obligeant à réaliser de coûteuses analyses scientifiques dès 2009. Cette omerta sur la composition des deux autres Round Up® les a empêchés d’obtenir les informations utiles sur leurs composants pour emporter la décision.
« Nous allons continuer notre action de surveillance de la sécurité des processus d’homologation des pesticides et aussi demander aux autorités qu’elles lèvent le secret sur la composition complète de ces produits pesticides car cette omerta empêche ou rend très difficile toute contre expertise indépendante en la matière : ce secret nuit gravement à la santé publique et n’est pas acceptable en démocratie », ajoutent François Veillerette (porte-parole de Générations Futures) et Jacques Maret.
Des solutions à l’augmentation du prix de l’essence
La poursuite de la hausse du prix des carburants est inéluctable. Autant s’y adapter dès maintenant.
Le prix de l’essence à la pompe atteint des niveaux record. Et ça n’est pas prêt de s’arrêter : on continue à consommer toujours plus de pétrole sur la planète, alors que la production ne suit pas, et que les tensions géopolitiques liées au contrôle de la ressource ne peuvent que pousser toujours plus les prix à la hausse.
Pour l’écologiste que je suis, c’est tout sauf une surprise. Ce qui reste par contre consternant, c’est l’incapacité des responsables à anticiper cette situation, malgré les nombreux signaux d’alerte... notamment le rapport 2011 de l’Agence Internationale de l’Énergie qui estime que le peak oil [1] a probablement été atteint dès 2006, confirmant que la hausse des prix est structurelle.
Malgré cela, aucune réaction, aucune anticipation des pouvoirs politiques, tant au niveau français qu’européen. Alors que nous vivons dans des économies pétro-dépendantes, et que les conséquences économiques et sociales de cette hausse sont potentiellement catastrophiques, cette attitude est irresponsable. Des millions de ménages dépendants de leur véhicule automobile, des dizaines de milliers de salariés du secteur de l’automobile et de la logistique sont directement menacés et pris en otage. Et indirectement des centaines de milliers d’emplois dont les produits intermédiaires sont transportés vont voir l’équilibre économique de leur activité menacé, des millions de ménages vont voir leur pouvoir d’achat directement et indirectement réduit. Mais les responsables politiques restent les bras croisés, impuissants.
Précisons tout de suite que les mesures du type TIPP flottante ne sauraient constituer une réponse, tant elles ne feraient que reculer le problème - et donc l’aggraver - en masquant artificiellement la hausse et en retardant les adaptations structurelles. Des réponses urgentes, afin d’amortir le choc pour les ménages et les entreprises les plus pétro-dépendantes et les plus fragiles sont sans doute nécessaires, mais elles ne peuvent qu’être provisoire et doivent s’inscrire dans une politique globale de transition.
Celle ci pourrait prendre plusieurs formes :
- Donner un coup d’accélérateur majeur au développement de transports collectifs accessibles à tous. Cela vaut pour les transports urbains (métro, bus, tram) et pour les transports ferroviaires nationaux et régionaux. Mais pourquoi ne pas imaginer de franchir une nouvelle étape, facile à mettre en oeuvre et peu coûteuse : faire au niveau national ce que nous avons fait en ville avec les couloirs de bus en mettant en place un réseau d’autocars réguliers, peu polluants, modernes et confortables qui irriguerait le territoire notamment en utilisant des voies réservées sur les autoroutes ? L’État doit dorénavant s’affirmer comme une véritable autorité organisatrice des déplacements durables et reprendre à son compte les moyens financiers (péages autoroutiers notamment) absurdement dévolus au privé
- Engager la mutation du secteur automobile, avec reconversion industrielle pour sauver les dizaines de milliers d’emplois menacés par la crise majeure que traverse cette industrie. Cette reconversion peut se faire à la fois dans la construction de transports collectifs, mais aussi la production de petits véhicules moins puissants, moins rapides, moins lourds et donc moins consommateurs (en visant les 1 litre/100km), moins polluants, moins chers à l’achat et la construction. La logique Negawatt peut s’appliquer à l’automobile en construisant des véhicules beaucoup plus sobres : assurer le service (la mobilité) mais de façon beaucoup plus efficace. L’État aide massivement le secteur automobile : il doit dorénavant orienter ces aides vers la mutation industrielle que bien d’autres pays ont engagée.
- Favoriser les modes de déplacement alternatifs à la voiture en solo : co-voiturage, auto-partage, services de transport à la demande, mais aussi une véritable politique nationale en faveur du vélo - et non l’ersatz présenté en dernière minute par un ministre des Transports tentant de faire oublier 10 ans d’inaction - avec mesures économiques incitatives, code de la rue, aménagements, etc.
- Transporter efficacement et sobrement les marchandises : sortir du « tout-camion » en affirmant une politique et une autorité nationale en la matière (intégrée à une vision européenne), en développant les alternatives ferroviaire (en s’inspirant de l’exemple suisse), fluviale et maritime, mais plus encore en favorisant le raccourcissement des distances pour lutter contre les délocalisations et prioriser les circuits courts, en faisant payer son juste coût aux transports. Là encore, il faut anticiper et accompagner ces changements plutôt que de les subir, et faire évoluer les emplois du transport routier et de la logistique en privilégiant la qualité du service rendu à la distance effectuée, le développement des fonctions plus intensives en emploi qu’en consommation énergétique.
Une ultime question mérite d’être posée : n’existe t il pas une source énergétique alternative au pétrole qui nous exonérerait de ces transformations ? A l’évidence non. Qu’on se tourne vers l’électricité, le gaz ou les agrocarburants, certes chacun d’eux peut contribuer à amortir le choc pétrolier, mais force est de constater qu’ils posent des problèmes environnementaux majeurs (nucléaire, dérèglement climatique, compétition avec l’alimentation dans l’utilisation des sols) et que chacun d’entre eux est loin d’avoir la maturité technologique suffisante pour remplacer l’or noir.
Qu’on le veuille ou non, ces mutations sont donc incontournables. Plus on les anticipera, plus on sera en capacité de réduire le caractère dramatique et anxiogène que revêt toute mutation.
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Note :
[1] Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 !
OGM : le maïs Bt est bien nuisible aux larves de coccinelles
Dans un récent article scientifique, le Pr. Hilbeck et son équipe de l’Institut fédéral suisse de technologie de Zürich (ETH) renouvellent l’observation d’effets négatifs de la protéine Bt (Cry1Ab) sur certains organismes non cibles comme les larves de coccinelle (Adalia bipunctata) [1]. Cette étude se propose de clarifier la controverse scientifique née suite à la publication, en 2009, d’une étude de l’équipe du P. Schmidt faisant état de tels effets. En 2010, dans une autre publication, l’équipe du Pr. Alvarez-Alfageme avait remis en cause ces observations, les qualifiant d’« artefacts d’études et procédures mal conçues [et de] faux positifs » [2].
Les résultats présentés par l’équipe du Pr. Hilbeck confirment les observations d’effets négatifs de protéines Cry1Ab sur les larves de coccinelle faites en 2009. Des effets étonnants, puisque l’action de cette classe de protéines Bt est théoriquement restreinte aux lépidoptères (alors que les Cry3 agissent plutôt sur les coléoptères, comme les coccinelles).
Les chercheurs expliquent aussi pourquoi les deux études de Schmidt (2009) et Alvarez-Alfageme (2010) aboutissent à des résultats différents. Selon le Pr. Hilbeck, l’équipe du Pr. Alvarez-Alfageme a utilisé en 2010 un protocole erroné, ne laissant les insectes que 24 heures au contact de la protéine Bt (Cry1Ab) pour ensuite les nourrir avec des aliments ne contenant pas de protéine Bt. Alors que du côté des études de Schmidt et Hilbeck, les insectes ont été exposés en permanence à la protéine Bt.
Avec le protocole d’Alvarez-Alfageme, certes les coccinelles sont indemnes, mais les effets létaux attendus sur les larves de la pyrale du maïs (O. nubilalis), insecte censé être détruit par cette toxine, « ont très largement disparus » ! Le Pr. Hilbeck précise que son étude et celle du Pr. Schmidt (dont elle est cosignataire) sont « des analyses typiques pour déterminer un possible danger [et non un risque] qui pourrait nécessiter des analyses complémentaires ».
D’autres éléments méritent également d’être soulignés, comme la question de la quantité de protéine Bt que les insectes ingèrent lors de telles expériences. L’équipe du Pr. Hilbeck reconnaît que dans son protocole – mais aussi dans ceux de Schmidt et d’Alvarez-Alfageme -, cette quantité n’a pas été déterminée. La raison en est que pour Schmidt et Hilbeck, la protéine Bt est fournie aux insectes via des proies sur lesquelles les insectes se nourrissent. Mais pour le Pr. Hilbeck, « cette absence de quantification n’invalide pas le phénomène observé », l’ingestion de protéine Bt ayant été confirmée qualitativement.
Enfin, dans son article, l’équipe du Pr. Hilbeck cite d’autres études ayant fait état d’effets négatifs de toxines Bt sur des insectes. Elle évoque notamment les résultats d’un travail scientifique jamais publié, et dont la non publication fait l’objet d’un article dans Nature Biotechnology en 2009. L’article, intitulé « Sous le sceau du secret » [3], fait état du refus, contractuellement légal, de Pioneer, que des observations scientifiques rapportant de « forts effets létaux de matériel végétal contenant des toxines de la classe des Cry3 sur des larves de coccinelles » soient publiées.
Réagissant à la publication du Pr. Hilbeck, le Pr. Brian Wynne, du Centre du Royaume-Uni pour les aspects économiques et sociaux de la génomique (CESAGEN) à l’Université de Lancaster, s’inquiète que « les autorités européennes, après la mise en œuvre d’une législation sur la biosécurité théoriquement fondée sur le principe de précaution et tout en exigeant des recherches et des évaluations scientifiques rigoureuses des risques écologiques pendant deux décennies, se basent encore sur des protocoles systématiquement erronés et sur des données élaborées et promues par l’industrie de la biotechnologie et leurs collaborateurs scientifiques », comme le rapporte l’ENSSER et la Fondation Sciences Citoyennes [4].
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Notes :
[1] « A controversy re-visited : Is the coccinellid Adalia bipunctata adversely affected by Bt toxins ? », Hilbeck A. et al., Environmental Sciences Europe, 2012, 24:10.
[2] « Laboratory toxicity studies demonstrating no adverse effects of Cry1Ab and Cry3Bb1 to larvae of Adalia bipunctata (Coleoptera : Coccinellidae) : the importance of study design », Alvarez-Alfageme F. et al., Transgenic Res, 2010. doi : 10.1007/s11248-010-9430-5.
[3] « Under wraps », Waltz E., Nature Biotechnology, 2009, 27:880-882 (traduction en français du titre par Inf’OGM).
[4] Ensser
La plus grande aire protégée du continent africain vient d’être créée au Niger
Le 6 mars 2012 est un jour historique pour la conservation de la nature et plus particulièrement des régions désertiques et subdésertiques du Sahel et du Sahara. En effet, le Gouvernement du Niger a officiellement décrété la création de la Réserve Naturelle et Culturelle Nationale du Termit et du Tin Toumma – RNCNTT, pour la conservation de la biodiversité saharienne.
La plus grande aire protégée d’Afrique !
Située à l’est du Niger à plus de 1300 km de Niamey, la capitale, la RNCNTT est aujourd’hui la plus grande aire protégée terrestre du continent africain avec une superficie de 100 000 km2. Elle va permettre au Niger de passer de 6,6 à 14 % de son territoire en aires protégées et atteindre ainsi les objectifs du millénaire pour le Développement des Nations unies.
Un grand pas pour la sauvegarde des espèces emblématiques du Sahara, très menacées
Avec l’obtention d’un statut de protection légal, la survie de nombreuses espèces en danger d’extinction comme l’addax (Addax nasomaculatus), la gazelle dama (Nanger dama), le guépard saharien (Acinonyx jubatus hecki) ou la gazelle dorcas (Gazella dorcas) ainsi qu’une multitude d’autres espèces de mammifères, d’oiseaux et de reptiles représentatifs du domaine sahélo-saharien, est dorénavant possible.
Un processus partenarial de longue haleine aux multiples enjeux
La création de la réserve découle d’un long processus initié en 2004 et piloté par la CMS (Convention du Programme des Nations Unies pour l’Environnement - PNUE sur les espèces migratrices). Le Fonds Français pour l’Environnement Mondial - FFEM a financé la mise en place des premières activités et études scientifiques dans la région de Termit, avec l’appui technique et financier du Sahara Conservation Fund –SCF et scientifique de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique - IRSNB.
Un 2e projet, financé en majorité par l’Union européenne, a abouti à la création de la RNCNTT. Cette dernière découle donc d’un processus participatif à différents niveaux. Au niveau local tout d’abord, la création de la réserve a nécessité une participation active des communautés locales dans le choix du type d’aire protégée correspondant à la catégorie IV de l’UICN afin de conserver des pratiques pastorales ancestrales. Une importante sensibilisation a également eu lieu au niveau national. Enfin, un travail de concertation avec l’industrie pétrolière a été entrepris.
Une étape de franchie mais le chemin qui mène à une conservation effective est encore long
Un grand pas a été franchi grâce à la création de cette nouvelle aire protégée. Il faut maintenant la rendre fonctionnelle, avec un plan de gestion et de conservation. Celui-ci veillera à conserver la biodiversité saharienne, en harmonie avec les pratiques ancestrales de l’élevage transhumant, pratiqué par le populations locales. Pour cela, il est essentiel que les institutions internationales apportent le soutien nécessaire au Niger pour lui permettre d’assurer la pérennité de la Réserve Naturelle et Culturelle Nationale de Termit et de Tin Toumma, espace unique à conserver pour le bénéfice des générations futures.
Pour plus d’informations, veuillez consulter les sites web suivants : www.cms.int www.ass-niger.org www.saharaconservation.org
Avion et CO2 : l’Europe ne cèdera pas à la Chine, affirme le Danemark
L’Union européenne n’entend pas revenir sur la taxe qu’elle impose aux compagnies aériennes opérant sur son territoire pour leurs émissions polluantes, malgré les représailles commerciales de la Chine, a réaffirmé vendredi le Danemark qui assure la présidence des Vingt-Sept.
Tant qu’une solution internationale n’aura pas été trouvée pour réduire les émissions du transport aérien, « l’UE maintiendra son système ETS (le marché carbone payant européen, ndlr) et j’ai le sentiment que nous avons un Conseil (des vingt-sept pays de l’Union européenne) uni sur ce sujet », a déclaré à la presse le ministre danois chargé du Climat, Martin Lidegaard. Il répondait, en marge d’une réunion à Bruxelles avec ses homologues européens, à une question sur les mesures de rétorsion dans le secteur aérien.
Le ministre a souligné que des négociations au sujet des émissions du secteur aérien civil étaient en cours dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). « L’UE et bien d’autres pays veulent une solution internationale au sein de l’OACI », a ajouté le ministre danois, dont le pays assure jusqu’en juillet la présidence tournante des Vingt-Sept. Jeudi 8 mars, le patron de l’avionneur européen EADS Louis Gallois a indiqué que la Chine bloquait des achats d’appareils Airbus par les compagnies chinoises en représailles à la taxe carbone européenne. « Airbus est frappé par des mesures de représailles. Le gouvernement chinois refuse d’approuver des commandes de longs courriers des compagnies chinoises », a-t-il dit.
La vente de 45 appareils est en jeu
La mesure européenne a provoqué une levée de boucliers à travers le monde. Les ventes de 45 appareils -10 superjumbo A380 et 35 longs courriers A330- sont en jeu, a souligné le patron d’EADS, en indiquant ne pas penser « qu’une solution uniquement européenne soit appropriée ».
La législation européenne, entrée en vigueur sur le papier le 1er janvier 2012, oblige les compagnies opérant dans l’Union européenne, quelle que soit leur nationalité, à acheter l’équivalent de 15% de leurs émissions de CO2, soit 32 millions de tonnes, pour lutter contre le réchauffement climatique. 26 des 36 membres de l’OACI, dont la Chine, les Etats-Unis et la Russie, contestent la mesure.
Présidentielles 2012 : l’appel des Vertes de rage
« Ignorer les questions d’écologie revient à faire une politique de vieillard égotique accroché à son pouvoir comme à un déambulateur »
Notre société mécaniste, fragmentée, inégalitaire, prédatrice pour les êtres humains et les ressources naturelles et toxique pour tous n’est pas celle que nous souhaitons pour nos enfants, pour nos familles, pour tous ceux qui en subissent les conséquences, ici comme ailleurs dans le monde, car elle est déconnectée des stratégies élémentaires de la vie : coopération, interdépendance, unité et stabilité, créativité et adaptation.
Le modèle économique qui la sous-tend, envahi par une finance toxique, est un broyeur déchiqueteur pour le monde vivant, à commencer par les hommes et les femmes. Aujourd’hui les copeaux s’enflamment et le monde prend feu de toute part.
Nous pensons que les candidats de la campagne aux présidentielles 2012 sont irresponsables lorsqu’ils n’abordent pas l’écologie ni dans leurs discours, ni dans leurs actes.
L’écologie n’est pas seulement une « discipline » politique et scientifique : il s’agit de préserver les conditions élémentaires de la vie !
Nous pensons que les générations politiques actuelles font preuve d’une véritable déconnexion avec le monde réel quand elles méprisent à la fois le cycle de la vie et l’origine des matières premières qui fondent l’économie ainsi que l’impact de leur raréfaction future pour les générations à venir. Ignorer les questions d’écologie revient à faire de la politique les yeux bandés et les oreilles bouchées. Bref, une politique de vieillard égotique cramponné à son pouvoir comme à un déambulateur.
Au nom du principe de réalité,
Nous les Vertes de rage souhaitons rappeler aux candidats que l’écologie n’est ni une lubie ni un luxe mais une impérative nécessité pour aller de l’avant : les valeurs qui la sous-tendent peuvent, elles seules, changer le monde en misant sur la re-localisation, la sobriété énergétique, les énergies renouvelables et l’abandon du nucléaire - péril majeur et gouffre financier insoutenable -, une économie sociale et humaine fondée sur les ressources réelles, - eau, sols, soleil, forêts, air…
Nous les Vertes de rage, revendiquons d’autres valeurs que celle du progrès matérialiste : nous exigeons des politiques audacieuses pour inventer et construire les filières industrielles de demain, basées sur les green technologies et les énergies renouvelables, la coopération et la collaboration, ..., filières dont nous avons besoin pour surmonter les crises actuelles et lancer la 3e révolution industrielle, écologique et durable qui créera des milliers d’emplois.
Nous les Vertes de rage savons, et vous aussi, que les plus défavorisés sont aussi ceux qui subissent de plein fouet les conséquences dramatiques de nos pollutions, et qu’ils sont les premières victimes de la précarité énergétique. Pollutions et inégalités sociales s’additionnent pour faire supporter une « double peine » aux plus démunis.
Nous les Vertes de rage, revendiquons des politiques misant sur les liens humains, non plus seulement sur les biens, et sur une revalorisation des places des femmes dans la société.
Nous les Vertes de rage revendiquons la prise de conscience de notre unité fondamentale avec le monde vivant, - donc réel - et ses valeurs d’équilibre et de stabilité, et en appelons à d’autres modes de pensée que la science mécaniste et réductionniste pour décrypter les enjeux de notre juste place dans le monde vivant car nous savons que la dégradation de nos milieux de vie menace notre équilibre physique, physiologique, psychique, émotionnel et met en péril l’Humanité entière.
Nous, les Vertes de rage, n’acceptons plus cette société polluante, inégalitaire, aveugle et sourde à l’égard des enjeux environnementaux où les ambitions des femmes sont encore déçues, leur ascension sociale en panne et où elles sont encore si mal représentées dans les instances dirigeantes. Nous construisons et appelons à une société « autre », plus juste, plus consciente des enjeux écologiques.
Nous avons reçu un patrimoine écologique, social et démocratique dont nous ne sommes que les légataires, non les propriétaires. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour réaliser notre devoir : le transmettre.
Nous les Vertes de rage, nous engageons à participer à la création urgente de ces nouvelles bases, et à valoriser celles et ceux qui, un peu partout, ont commencé à inventer ce monde nouveau. Il n’est plus l’heure de se demander si un autre monde est possible : TOUT A DEJA COMMENCE, et ne demande qu’à être relayé et amplifié par le politique …
Tout ceci serait ridicule si ce n’était dramatique. Les victimes collatérales de vos jeux virtuels sont bien réelles, ce sont des hommes, des femmes, mais aussi la planète Terre, socle de toute vie, de toute économie, de toute société. Vous nous condamnez à un suicide auquel nous ne consentons pas.
Aussi, nous Vertes de rage, nous appelons à entrer en résistance.
Déjà, dans la terre, dans nos maisons, dans nos économies, les résistants sont là :
Ces agriculteurs locaux qui résistent contre une forme d’agriculture devenue l’industrie la plus toxique de la planète.
Ces femmes qui tournent le dos à la surconsommation, et choisissent le bio malgré les fins de mois difficiles, parce qu’elles ont conscience que l’avenir de leurs enfants et de tous les enfants de la terre est entre leurs mains !
Ces chefs d’entreprise qui s’engagent sur la voie du produire autrement contre la délocalisation, dans une économie circulaire, moins carbonée, en partageant les responsabilités selon les valeurs de l’économie sociale et solidaire. Produire non pas « toujours plus » mais « mieux », Mieux socialement, mieux économiquement, mieux équitablement !
Il n’y aura pas de liberté d’égalité de fraternité si nos écosystèmes s’écroulent sous nos pieds. Il n’y aura pas de liberté, d’égalité, de fraternité, si nos démocraties sont livrées au pouvoir financier. Partout, l’insurrection de la société civile est en marche dans la résistance aux schémas de l’argent ROI !
Nous nous joignons à tous ces résistant-e-s pour faire entendre notre rage au monde politique.
Nous les Vertes de rage sommes en résistance contre :
La guerre menée par la Finance contre les peuples ; La guerre que mènent ceux qui dévient l’Europe de son projet initial, fédérateur et pacificateur ; La guerre sociale dont les morts et les blessés sont les chômeurs, les précaires, les invalidés du travail, les étudiants et les jeunes à l’avenir de plus en plus compromis, les enfants parqués dans des salles de classe, où jour après jour, de valeureux enseignants en sont réduits à mordre un peu plus la poussière… bien loin du projet éducatif républicain de notre pays. La guerre d’un monde où les pollutions – de notre air, de notre eau, de nos sols, de notre alimentation - constituent la peste des temps modernes.
Mais disons-le, en France, dans tous les secteurs de la société, les résistant-e-s sont là, nous sommes là et nous voterons !
« Vertes de rage » est un collectif initié par des professionnelles de l’écologie engagées depuis plus d’une dizaine d’années dans leurs métiers pour revendiquer les valeurs communes de l’écologie et des femmes. Il a été créé à l’initiative de Nelly Bonnefous, Odile Chabrillac, Isabelle Delannoy, Pascale d’Erm, Anne Ghesquière, Laure Noualhat et Laurence Mermet.
Journalistes, chef d’entreprise, productrice, chargée de com’, dirigeante d’association, auteurs..., elles sont avant tout femme, sœur, fille, mère, épouse. En somme, « être humaine ».
Si vous souhaitez rejoindre l’appel, signez en postant un commentaire sous l’article. Plus nous serons nombreuses, plus notre appel pèsera ! Merci !
Stéphane Hessel soutient la chaîne humaine pour une sortie du nucléaire
"Nous devons refuser que les choix qui nous engagent et qui engagent nos enfants et petits-enfants pour des décennies soient dictés par des industriels qui n’ont que faire des déchets éternels et de la pollution qu’ils laissent aux générations futures."
Chers amis,
Le 11 mars 2011, la catastrophe de Fukushima a rappelé au monde entier que la technologie nucléaire est mortifère, et que prétendre la contrôler est une illusion. Un an après jour pour jour, une immense chaîne humaine va relier Lyon à Avignon, dans cette vallée du Rhône où quatorze réacteurs nucléaires exposent des millions de gens à un risque intolérable.
Solidaires avec le peuple japonais, des dizaines de milliers de personnes venues de toute la France et d’autres pays européens vont réagir ensemble, pour affirmer haut et fort : "Sortir du nucléaire, c’est possible !"
Je veux saluer la détermination des citoyens à l’origine de cette initiative coordonnée par le Réseau Sortir du nucléaire. Refusant que la France soit condamnée à subir tôt ou tard un accident nucléaire majeur comme celui qui a frappé le Japon, c’est une véritable "réaction en chaîne humaine" qu’ils ont lancée.
Aujourd’hui, je tiens à partager avec vous mon soutien à cette mobilisation, qui est à mes yeux une véritable insurrection démocratique. Je voudrais dire à chacune et chacun d’entre vous : vous aussi, insurgez-vous ; vous aussi, mobilisez-vous pour la sortie du nucléaire !
Ensemble, nous pouvons être suffisamment forts pour résister au lobby nucléaire et pour nous ré-approprier la question énergétique. Nous devons refuser que les choix qui nous engagent et qui engagent nos enfants et petits-enfants pour des décennies soient dictés par des industriels qui n’ont que faire des déchets éternels et de la pollution qu’ils laissent aux générations futures.
La France doit sortir du nucléaire, elle doit dire adieu à cette technologie dangereuse. Elle doit sans retard se tourner vers les énergies renouvelables et un usage plus sobre et raisonnable de l’énergie. En un mot, la France doit choisir un avenir énergétique... plus humain !
Nous savons que c’est possible, alors n’attendons pas qu’il soit trop tard.
Vous non plus, n’attendez pas... le 11 mars, rejoignez la grande chaîne humaine pour la sortie du nucléaire !
Fukushima : le 11 mars, la liste des actions dans tous les pays
De l’Argentine à la Mongolie, du Brésil à la Russie, des actions dans tous les pays, un an après Fukushima
à jour mars 8, 2012, 19:00
CALENDRIER DES ÉVÉNEMENTS ANTINUCLÉAIRES, POUR LA JOURNÉE du 11 MARS 2012
COMMEMORATION DE LA CATASTROPHE NUCLEAIRE DE FUKUSHIMA
Dans 127 villes de 19 pays différents : Afrique du Sud, Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Croatie, États-Unis, Finlande, France, Grande–Bretagne, Japon, Luxembourg, Mongolie, Russie, Suède, Suisse et autres pays
Afrique du Sud :
- Le Cap : Conférence mondiale, Mars 8-9 ; Exposition de photographies, Mars 5-17 ; Film Festival, 5, 7 et 11 Mars Contact : conference@koebergalert.org ; http://koebergalert.org/npfree/ ; http://nonuclear.se/sv/kalender/20120308-9cape_town ;
Allemagne :
- Manifestation de Kirchheim jusqu’à la centrale nucléaire de Neckarwestheim,. Accueil à 13:00 à la gare de Neckar. Puis vers la centrale nucléaire de Neckarwestheim ; Contact : http://www.endlichabschalten.de/
- Vigile à Aachen, plus exactement à Elisenbrunnen, Heure : 10:30 ; Contact : info@anti-akw-ac.de ; http://www.anti-akw-ac.de ; http://www.facebook.com/pages/Aktionsb%C3%BCndnis-gegen-Atomenergie-Aachen/211814662168431 ; http://www.anti-akw-ac.de/de/termine.html/-/asset_publisher/Cav5/content/11-marz-2012-mahnwache-in-aachen ; presse@antiatomberlin.de ; kontakt@antiatomberlin.de ; info@anti-atom-demo.de ; Téléphone : 040-2531 8948 ;
- Grande manifestation de Gronau, à partir de la gare de Gronau à 13:00, Arrivée et fin de manif devant le site Urenco à 16h30. Un programme « coloré » est prévu. Contact : http://www.fukushima-jahrestag.de/ ; kontakt@fukushima-jahrestag.de ; http://www.sofa-ms.de ; http://www.kein-castor-nach-ahaus.de/ ; info@ausgestrahlt.de ; http://www.fukushima-jahrestag.de/?q=node/2 ; http://anti-atom-demo.de/start/home/ ; presse@antiatomberlin.de ; kontakt@antiatomberlin.de ; http://www.greenkids.de/europas-atomerbe/index.php/Global_Fukushima_Action_Day_2012 ; Téléphone : 040-2531 8948 ; info@anti-atom-demo.de ; http://www.ausgestrahlt.de/mitmachen/fukushima-jahrestag/demos-am-113.html ; http://anti-atom-demo.de/start/staedte/gronau/ ;
- Chaîne humaine de Lichterkette 2012, aux flambeaux sur un parcours de 79 km entre 2 sites pour stockage de déchets radioactifs. Heure : 19:00 ; Contact : http://www.lichterkette2012.de/ ; Central, info@lichterkette2012.de , Téléphone : 0151/ 56 59 14 47 ; Bureau de campagne, Téléphone : 0176/5952 62 28 ; http://www.lichterkette2012.de/index.php/material/85-kampagnenbuero ; Points d’information de la route, http://www.lichterkette2012.de/index.php/info-punkte ; http://www.braunschweig-biss.de/ ; http://www.lichterkette2012.de/index.php/info-punkte ; http://anti-atom-demo.de/start/staedte/braunschweiger-land/ ; http://antiatomberlin.de/ ; kontakt@antiatomberlin.de ; Téléphone : 040-2531 8948 ; info@anti-atom-demo.de ; presse@antiatomberlin.de ; kontakt@antiatomberlin.de ; http://maps.google.de/maps/ms?msid=212590373354468382359.0004b659a39ed4d207345&msa=0&ie=UTF8&t=m&source=embed&ll=52.232846,10.547562&spn=0.147189,0.199127&z=11 ;
- Allemagne : chaîne humaine pour encercler la centrale nucléaire de Brokdorf ; Heure : 12:00 ; Contact : http://anti-atom-demo.de/start/staedte/brokdorf/ ; https://www.facebook.com/events/108080019314599/ ; http://www.facebook.com/oekolinx ; http://www.facebook.com/events/265487353523641/ ; info@anti-atom-demo.de ; http://www.facebook.com/pages/Montagsdemo-Kiel/147011942015992?sk=wall ; http://www.greenkids.de/europas-atomerbe/index.php/Global_Fukushima_Action_Day_2012 ; Téléphone : 040-2531 8948 ; presse@antiatomberlin.de ; kontakt@antiatomberlin.de ;
- Manifestation à Gundremmingen avec programme culturel. Rendez-vous devant la mairie. Heure : 13:00 à 17:00 ; Contact : coordination, Ulrike Brenner, buero@atommuell-lager.de , Téléphone : 08296-745 ; http://anti-atom-demo.de/start/staedte/gundremmingen/ ; www.atommuell-lager.de ; demo@anti-akw.de ; https://www.facebook.com/events/285195574867229/ ; http://www.facebook.com/pages/FORUM-gemeinsam-gegen-das-Zwischenlager-eV/152276034836072?sk=wall ; buero@atommuell-lager.de ; Téléphone : 040-2531 8948 ; info@anti-atom-demo.de ; presse@antiatomberlin.de ; kontakt@antiatomberlin.de ;
Argentine :
- Chaîne humaine de Buenos Aires, Obelisco ; Heure : 18:00 ; Contact : 54 (11) 1567485340 ; noelia_bernardone@hotmail.com ; http://www.facebook.com/events/342354285806717/?notif_t=event_invite ; UAC, www.asambleasciudad.org.ar ; MACH, www.machpatagonia.com.ar ; RENACE, www.renace.net , machpatagonia@gmail.com ; ACCAEE, www.accaee.com.ar , vstigli@intramed.net ; ANTIMAFIA DOS MIL ARGENTINA, www.antimafiadosmilargentina.com ; ASOCIACION DEL CIELO A LA TIERRA, www.delcieloalatierra.com.ar ; www.argentinanonuclear.com.ar ; MOVIMIENTO ANTINUCLEAR ZARATE CAMPANA, paola_becco@hotmail.com.
- Manifestation à Zárate, province de Buenos Aires, sur la place centrale de la ville de Zárate, face à la mairie, organisé par « Movimiento Antinuclear Zárate-Campana » et le « Movimiento Argetina No Nuclear », Contre l’usine nucléaire d’Atucha, et pour stopper les projets visant à installer de nouvelles centrales nucléaires, avec des programmes culturels, de la musique et des discours anti-nucléaires ; Heure : 19:00 ; contact : movimientoantinuclearzc@yahoo.com.ar ; www.argentinanonuclear.com.ar ; www.concienciasolidaria.org.ar , Sandra Gioia, (011) 1532643601, prensa@concienciasolidaria.org.ar ; noelia_bernardone@hotmail.com ; paola_becco@hotmail.com ;
- Manifestation à Buenos Aires ; Plaza Francia (Buenos Aires Design) ; 10 mars ; Heure : 19:30 - 24:00 ; Contact : Conciencia Solidaria, Sandra Gioia, (011) 1532643601 ; prensa@concienciasolidaria.org.ar ; 011-4443-4766 ; www.concienciasolidaria.org.ar ;
- Manifestation à Córdoba, Plaza Vélez Sarfield, Vélez Sarfield e Hipólito Irigoyen, Patio Olmos Shopping, Córdoba capital ; Heure : 18:00 ; Contact : Conciencia Solidaria ONG Interprovincial, 011 15 3265 5888, 03548 15 413 725 ; www.concienciasolidaria.org.ar ; www.decibastaya.org ; Sandra Gioia, (011) 1532643601, prensa@concienciasolidaria.org.ar ;
Australie :
- Journée nationale pour mettre fin à l’extraction d’uranium (Evénements prévus à Adelaide, Alice Springs, Cairns, Canberra, Darwin, Hobart, Melbourne, Perth et Sydney) ; Contact : http://www.11march.com/ ; warehams@ozemail.com.au ; uranium@ecnt.org ; kazpres@optusnet.com.au ; mia.pepper@conservationwa.asn.au ; natwasley@gmail.com ; https://www.facebook.com/events/199315310152447/ ;
Autriche :
- Manifestation à Vienne, à l’ambassade du Japon ; HESS / Schottenring, 1010 VIENA ; Heure : 12:00 ; Contact : japankomitee@gmail.com ; http://japankomitee.wordpress.com ; reinhard.uhrig@global2000.at ;
Belgique :
- Manifestation à Bruxelles ; gare, Bruxelles-Nord ; Heure : 14:30 ; Contact : http://www.anti-akw-ac.de ; http://www.anti-akw-ac.de/de/termine.html/-/asset_publisher/Cav5/content/11-marz-2012-demonstration-in-brussel ; http://www.facebook.com/pages/Aktionsb%C3%BCndnis-gegen-Atomenergie-Aachen/211814662168431 ; info@anti-akw-ac.de ;
- Conférence - Parlement Européen, à Bruxelles, « Un an après le 11 Mars : Premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima » ; le 7 Mars 2012, au Parlement Européen : Rue Wiertz 60, 1047 Bruxelles, Belgique ; Heure : 10:00 - 17:30 ; Contact : http://www.greens-efa.eu/one-year-after-311-5200.html ; Delphine Chalencon, Tel. Bruxelles +32-2-2843140, Tel. Strasbourg +33-3-88173691 ; delphine.chalencon@europarl.europa.eu ; http://www.greens-efa.eu/10-contact.html ; https://www.facebook.com/greensefa ; https://www.facebook.com/events/148789715240833/ ; https://www.facebook.com/stopclimatechange ;
Brésil :
- Chaîne humaine de São Paulo, Avenue Paulista - Vão do MASP ; Heure : à partir de 09:30 ; Contact : http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ;
- Chaîne humaine de Rio de Janeiro, la plage d’Ipanema, Tour 9, Heure : à partir de 09:30 ; Contact : http://www.facebook.com/groups/iniciativapopularantinuclear/ ; http://twitter.com/antinuclearbr ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; correnteantinuclear@gmail.com ;
- Chaîne humaine avec des bougies à Angra dos Reis. Veillée et vigie aux centrales nucléaires Angra 1 et 2 toute la nuit, samedi 10, à partir de 21:00. A l’aube du dimanche 11 mars, une barge sera placée dans la mer, en hommage aux victimes de Fukushima, au Village historique de Mambucaba à une distance de 5 km des centrales nucléaires ; Contact : sape.angra@gmail.com ; sape.angra@terra.com.br ; https://www.facebook.com/sape.angra ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ; http://www.sapeangra.blogspot.com/ ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; http://twitter.com/antinuclearbr ;
- Chaîne humaine de Porto Alegre, Parque da Redenção ; Heure : à partir de 09:30 ; Contact : http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; correnteantinuclear@gmail.com ; http://www.facebook.com/groups/iniciativapopularantinuclear/ ; http://twitter.com/antinuclearbr ;
- Chaîne humaine de Manaus, Parque dos Bilhares ; Heure : à partir de 09:30 ; Contact : http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; correnteantinuclear@gmail.com ; http://www.facebook.com/groups/iniciativapopularantinuclear/ ; http://twitter.com/antinuclearbr ;
- Chaîne humaine de Belo Horizonte, Praça do Trenzinho, Parque Municipal ; Heure : à partir de 09:30 ; Contact : http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://twitter.com/antinuclearbr ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; correnteantinuclear@gmail.com ; http://www.facebook.com/groups/iniciativapopularantinuclear/ ;
- Chaîne humaine de Salvador, Dique do Tororó ; Heure : à partir de 09:00 ; Contact : Movimento Antinuclear Bahia, antinuclearmovimento@gmail.com ; assmpj@gmail.com ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ;
- Événements à Brasilia : le 10 mars, Temple Bouddhiste de Brasilia, EQS 315/316, Área 5, Bloco 2 - Asa Sul - Plano Piloto ; 09:00, Cérémonie Bouddhiste, le thème Fukushima ; 15:00h, Conférence de Chico Whitaker sur l’énergie nucléaire ; Contact : (61) 3245-2469/3245-3388, terrapuradf@terrapuradf.org.br ; 11 mars, Chaîne humaine de Brasília, à partir de 09:30, Feira dos Importados ; Contact : http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ; https://twitter.com/brasil_ccun ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br/contato/ ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; antinuclearmovimento@gmail.com ; correnteantinuclear@gmail.com ; http://www.facebook.com/groups/iniciativapopularantinuclear/ ; http://twitter.com/antinuclearbr ;
- Manifestation à Recife, Pracinha de Boa Viagem ; « Vous pouvez aller avec Bike ! » Heure : à partir de 08:00 ; Contact : http://www.mespe.com.br/ ; mespe2011@gmail.com ; mespe2011@yahoo.com ; antinuclearmovimento@gmail.com ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ;
- Roue de la guérison de la Planète à João Pessoa ; Taba da Águia, Cônego Luiz Gonzaga 551, Bairro dos Estados, João Pessoa – Paraíba ; Heure : 16:00 ; Contact : Xamã Yatamalo, (83) 3224-7899 ; tabadaaguia@gmail.com ; www.tabadaaguia.com ;
- Chaîne humaine de Caetite - Bahia ; Catedral de Senhora Santana ; Heure : 07:00 - 21:00 ; Contact : antinuclearmovimento@gmail.com ; cpmeioambiente@yahoo.com.br ; assmpj@gmail.com ; http://antinuclearbr.blogspot.com/ ; http://www.brasilcontrausinanuclear.com.br ;
- Exposition à Rio de Janeiro ; Museu Histórico Nacional ; Contact : (21) 2550-9221/2550-9223/25509233/2550-9220 ; http://www.museuhistoriconacional.com.br/ ; vera.tostes@museus.gov.br ; rozimar.santos@museus.gov.br ; mhn.administracao@museus.gov.br ; americo.aurelio@museus.gov.br ; valeria.alves@museus.gov.br ; ruth.andrada@museus.gov.br ; mhn.tecnica@museus.gov.br ; angela.guedes@museus.gov.br ; joao.pirassinunga@museus.gov.br ; mhn.comunicacao@museus.gov.br ; angela.guedes@museus.gov.br ; www.rio.br.emb-japan.go.jp ;
Canada
- Marche à Ottawa, the Museum of nature ; Heure : 11:00 ;
- Événement en Vancouver, BC Canada ; Simon Fraser University - Harbour Centre 515 West Hastings Street, Vancouver, BC, Canada V6B 5K3 ; 10 mars, 18:30 ; 11 mars, 08:30 ; Contact : fukushimaconference@yahoo.ca ; http://pgs.ca/?page_id=725 ; http://pgs.ca/?page_id=283 ; http://pgs.ca/?page_id=725&lang=fr ; (613) 233-1982, (613)233-9028 ; pgsadmin@web.ca ;
- Conférence-débat « Savons-nous quoi faire en cas d’accident nucléaire ? » Dimanche 11 mars de 12h à 14h au 961, Notre-Dame (salle communautaire en bas), municipalité de Champlain (à l’est de Trois-Rivières), Canada. Contact : msqng2@yahoo.ca Grande parade anti-nucléaire le 10 et 11 mars 2012 à Okinawa au Japon
Croatie :
- Manifestation à Zagreb, Ambassade du Japon ; Heure : 10:00 ; Contact : 00385 (0) 1 2304 230 ; http://www.zelena-lista.hr/novosti/278-sjeti-se-fukushime-i-dodji-na-zrinjevac ; http://www.zelena-lista.hr/kontakt ;
États-Unis :
- Marche « action de New York 11/03 », « Nous sommes enceintes et nous avons peur des radiations » ; 13:00, réunion en à Union Square (côté nord) ; 14:00 Marchez vers le nord (2 heures) ; 16:00 Central Park, contact : http://311newyork.wordpress.com/ ; http://www.facebook.com/events/176712112434876/?notif_t=event_invite~~V ; http://www.facebook.com/311ActionNewYork ; http://www.facebook.com/events/176712112434876/?ref=ts ; TV en direct : http://www.ustream.tv/channel/nyc311 ;
- Chaîne humaine, Marche et de démonstration à Encinitas, en Californie ; Du parc Swamis Mer, 09:00, Marching à l’État Moonlight Beach Beach, où sera formée une chaîne humaine, jusqu’à 13:00. Programmation culturelle avec le Cercle des tambours et des rafraîchissements ; Contact : Téléphone, (619) 813-3113 ; https://www.facebook.com/events/130643650390535/ ; https://www.facebook.com/profile.php?id=1147061024 ;
- À San Luis Obispo, en Californie, par les membres de « San Luis Obispo, Mères pour la paix », le géologue Eric Layman et un étudiant à l’université de Fuhushima, interviendront dans le centre de SLO, avec aussi des musiciens sur place. Les participants ecriront et enverront des messages d’espoir pour les enfants de Japon ; Heure : 14:00 ; Contact : lindaseeley@gmail.com ; www.mothersforpeace.org ; http://mothersforpeace.org/contact-info.
- En Nouvelle-Angleterre, Une marche « Remember Fukushima » de 19 jours - du 3 au 23 mars - qui reliera 3 centrales nucléaires ; Mars 11 : Marche sur la centrale nucléaire Pilgrim, Plymouth, MA ; Contact : walk4newspring@gmail.com ; 413-485-8469 ;
- Fairfax, Califórnia, Fairfax Elsewhere Gallery : « Japan 3-11 » ; Contact : 1828 Sir Francis Drake Blvd. Fairfax, CA. (415) 578-1203 ;
- Manifestation à San Onofre, CA : « FUKUSHIMA REMEMBERED » ; Near SONGS south gate on Old Hwy 101 ; Heure : 13:00 - 15:00 ; Contact : 619-820-5321 ; marciapatt@cox.net ; info@citizensoversight.org ; http://www.copswiki.org/Common/M11SanOnofreProtestAndRally ; https://www.facebook.com/events/273533399385742/ ;
- Rappelant Fukushima, en Virginie ; 2913 W Cary St , Richmond, VA 23221 ; Contact : https://www.facebook.com/events/386540624705623/ ; https://www.facebook.com/profile.php?id=1600057124 ; notonourfaultline@gmail.com ; 757-955-0507 ;
- Japanese Buddhist organization :« Marche pour la paix », début : le New Jersey ; ; 19 jours durant le mois de Mars : 02 : Evening Gathering 7pm Georgian Court College, Lakewood, NJ ; 03 : Forked River (Oyster Creek Power Plant) to Toms River, NJ ; 04 : Toms River to Point Pleasant Beach, NJ ; 05 : Point Pleasant Beach to West Long Branch, NJ ; 06 : West Long Branch to Perth Amboy, NJ ; 07 : Staten Island, NY to Hoboken, NJ ; 08 : Wall St. (Manhattan) to George Washington Bridge ; 09 : Leonia to Paterson, NJ (Stay in Wayne) ; 10 : Tallman, NY to Nyack, NY ; 11 : Croton-on-Hudson to Indian Point (Vigil @ Indian Point, 1pm ; afternoon program in Peekskill) ; 12 : Rest Day (Vigil at Entergy Headquarters, White Plains, NY @ 12pm ; Evening program in Manhattan) ; 13 : Shuttle to Hudson NY. Walk from Hudson to Kinderhook, NY ; 14 : Kinderhook to East Greenbush, NY (stay in Albany) ; 15 : Albany to Niskayuna, NY (Vigil at Knolls Atomic Power Laboratory) ; 16 : Shuttle from Niskayuna to Worcester, MA. Meet the Leverett Peace Pagoda walkers. Walk from Worcester to Springfield, MA. ; 17 : Springfield –Holyoke, MA ; 18 : Holyoke- Northampton, MA ; 19 : Northampton- Montague, MA ; 20 : Montague- Northfield, MA ; 21 : Northfield – Vernon, VT (Vermont Yankee) ; 22 : Day of Nonviolent Witness for a Nuclear Free Future- Brattleboro, VT ; Contact : http://nomorefukushimaswalk.tumblr.com/ ; http://wobm.com/buddhist-monks-and-nuns-leads-lead-anti-nuclear-energy-walk/ ; https://www.facebook.com/peacewalk.2012 ; http://nomorefukushimawalk.wordpress.com/ ; https://www.facebook.com/events/181522538617902/ ;
- Marche pour la paix : Croton-on-Hudson - Indian Point ; Horário : 13:00 - 15:30 ; Contato : Marilyn Elie, IPSEC, c914-954-6739, eliewestcan@gmail.com ;
- Conférence de presse : Indian Point Nuclear Power Plant, Intersection of Bleakly and Broadway, Buchanan, NY ; Horário : 15:30 - 16:00 ;
- Vigile : Indian Point Nuclear Power Plant, Intersection of Bleakly and Broadway, Buchanan, NY ; Horário : 16:00 ; Contato : Christian, cheythiya@gmail.com ; Collins, c413-320-2856 ;
- Programmation culturelle à Verplanck, Rhe Old School House, 210 6th Street, Verplanck, NY ; Horário : 18:00 - 20:30 ; Contato : Jane Shumsky, jskycroton@yahoo.com
- Manifestation « Occupy Portland », TBA ; Contato : hanfordrally@gmail.com ; Miriam, (971) 258-1626 ; Beth Rakonçay, (971) 258-1627 ; Heide Lambert, 509-750-6656 ; http://hanfordrally.wordpress.com/ ; https://www.facebook.com/pages/Hanford-North-Americas-Fukushima/169890886452004?sk=wall ;
- Manifestation : Flórida, 299 1st Ave N, St Petersburg, Florida ; Horário : 10:00 - 12:00 ; Contato : Christine, wavemakerc@gmail.com ; http://www.nuclearfreeplanet.org/news/2012/02/13/march-11-actions-announcements.html ;
- Événements Fukushima à San Francisco, ILWU Local 34 801 2d St. / King St On left side of AT&T Stadium, San Francisco ; Heure : 18:15 - 21:15 ; Contact : Sponsored by No Nukes Action Committee, Labor Video Project, 917-774-4079 - 415-282-1908, http://nonukesaction.wordpress.com/ ; http://www.indybay.org/newsitems/2012/02/29/18708352.php ;
- Manifestation à San Francisco, Bechtel headquarters 50 Beal St/Mission ; Heure : 12:00 ; Contact : Sponsored by No Nukes Action Committee, Labor Video Project, 917-774-4079 - 415-282-1908, http://nonukesaction.wordpress.com/ ;
- Manifestation à San Francisco Portland, Pioneer Courthouse Square 701 SW 6th Ave, Portland, OR 97204 ; Heure : 12:00 - 14:30 ; Contact : https://www.facebook.com/events/326878624015522/ ;
- Manifestation à Shell Bluff, Georgia, Burke County, Georgia ; Heure : 14:00 - 18:00 ; Contact : 404.524.5999 ; courtney@wand.org ; http://gawand.org/2012/02/25/march-11-day-of-remembrance-and-warning/ ; http://gawand.org/wp-content/uploads/2012/02/flyer-for-march-11-11.jpg ;
- Manifestation à Baltimore, at the corner of Pratt and Light Streets in Baltimore, MD, Maryland ; Heure : 12:00 ; Contact : http://www.nirs.org/action.htm#nc ; http://www.nirs.org/about/contact.htm ;
- Manifestation à Lobster Pound, Massachusetts ; Heure : 13:00, 252 Manomet Point Road, Plymouth ; 16:00, 19 Town Square, Plymouth ; Contact : http://www.pilgrimcoalition.org/action/#fukushima ; http://www.lobsterpoundplymouth.com/ ; http://firstparishinplymouthma.giving.officelive.com/default.htm ;
- Manifestation à Asheville, NC, Prichard Park ; 10 Mars ; Heure : 14:00 - 16:00 ; Contact : Laura Sorensen, lsredoak@gmail.com ; 665-3668 ;
- Manifestation à San Antonio, Texas ; the Federal Building in downtown San Antonio - the CPS Building on Navarro St ; Heure : 18:00 ; Contact : amandajeanhaas@gmail.com ; 210-667-5695 ;
- Manifestation à Austin, Texas ; immediately across from the front of the Austin City Hall (301 W. 2d St.) - just West of 1st Street ; 10 Mars ; Heure : 12:00 ; Contact : www.NukeFreeTexas.org ;
- Manifestation à Dallas, Texas ; Cancer Survivors’ Plaza, 635 N. Pearl ; Heure : 15:00 ; Contact : www.DallasPeaceCenter.org ;
- Manifestation à la Maison Blanche, Washington DC, 1600 Pennsylvania Avenue ; Heure : 12:00 ; Contact : http://www.nirs.org/action.htm#nc ; http://www.nirs.org/about/contact.htm ;
- Manifestation à Richland WA ; Hanford’s Nuclear Power Plant ; Heure : 12:00 - 18:00 ; Contact : Louisa Hamachek, 541-653-4355 ; http://www.nirs.org/action.htm#nc ; http://www.nirs.org/about/contact.htm ;
- Manifestation à Madison ; in room 300 SE of the state Capitol in Madison ; 12 de Março ; Heure : 12:30 ; Contact : http://wnpj.org/node/6557 ; diane@wnpj.org ;(608) 250-9240 ;
Finlande :
- Manifestation à Helsínquia ; Kolme Seppää-estátua ; Heure : 12:00 - 14:00 ; Contact : Lea Launokari, Kaksosmäki 24, 02400 Kirkkonummi, Finland ; +358-9-298 1588 ; +358-50-5522330 ; lea.launokari@nettilinja.fi ; Skype : leambl 1 ; http://www.adressit.com/ei_uraanikaivostoimintaa_kuusamoon?mid=53 ; http://www.adressit.com/luontoliitto ; www.uraaniaseetkieltoon.net ; ullaklotzer@yahoo.com ;
- Manifestation Finlande-Suède ; Tornio-Haparanda ; Heure : 12:00 ; Contact : Women for Peace, Peace Committee of Lapland Contactperson, Tuula Sykkö, tuulasykko@hotmail.com ;
France :
- Chaîne Humaine de Lyon à Avignon (Lyon - Vienne - Roussillon - Saint Vallier - Tain l’Hermitage - Valence - Livron - Montélimar - Bollène - Orange - Avignon) ; Heure : 13:30 ; Contact : contact@chainehumaine.org ; Téléphone : 0777 202 771 ; http://chainehumaine.org/ ; Secrétariat national, 9 rue Dumenge, 69317, LYON, cedex 04, FRANCE, Téléphone : 04 78 28 29 22, contact@sortirdunucleaire.fr
- Chaîne humaine sur les quais de Bordeaux ; Commence à la Maison écocitoyenne (près du pont de pierre), Porte de la Bourgogne ; Heure : 14:30 ; Apportez pique-nique pour la nourriture du collectif ; Contact : http://www.facebook.com/TchernoBlaye?sk=wall ; https://www.facebook.com/events/138595972916992/ ; http://gironde.demosphere.eu/node/1471 ; http://cerclelibertairejb33.free.fr/?p=2375 ; http://tchernoblaye.free.fr/ ; http://www.facebook.com/TchernoBlaye ; gironde.demosphere@mailoo.org ;
- Chaîne humaine de Vallée du Rhône, en Finistère, Bretagne ; Heure : 14h ; Contact : nukleelermaez2012@gmail.com ; http://bretagne.eelv.fr/agenda-eelv/#chaine-humaine-au-faou-29-contre-le-nucleaire ; http://bretagne.eelv.fr/tag/nukleel-er-maez/ ;
- A Paris le 11 mars à 15h sur la Place de l’Hôtel de ville. Brisons l’omerta sur Fukushima. Les anti-nucléaires font du bruit. Apporter fûts, casseroles, tambours, etc. Contact : Rézo Zéro nucléaire Arrêt immédiat ; herve.courtois@yahoo.com ; https://www.facebook.com/events/194832890617466/ ;
- Normandie : Débat « Fukushima, un an plus tard », entrée libre ; Flamanville, Le Rafiot, organisé par CRILAN, avec le soutien de COORDINATION ANTINUCLÉAIRE BASSE NORMANDIE, avec la participation de Haruko Sakaguchi (témoin du Japon), Pierre Barbey (acro) - www.acro.eu.org , e Didier Anger (CRILAN) - 50340-Piles ; Horário : 15:00.
- CHAMPAGNE / Chalons-en-Champagne (Marne) « FUKUSHIMA 1 an, et la France ne sort toujours pas du nucleaire ! » ; Samedi 10 Mars, Place de la Mairie ; Manifestation-Ironie « Vive le nucléaire ». A détourner avec humour : déguisements, nez rouges, pancartes, masques… le nucléaire est propre, sûr… ; Heure : 11:00 ; Contact : cedra.org@orange.fr ; https://www.facebook.com/groups/149715985046348/ ; http://www.burestop.eu ; http://www.stopbure.com/ ; http://www.villesurterre.com/ ; (33) 03 25 04 91 41 / (33) 06 66 959 777 ; elisa-belle@orange.fr ;
- Journée « Non au nucléaire civil et militaire » ; Lieu : sur les quais, Le Faou ; Débats, ateliers, happenings ; Heure : 11:00-17/00 ; http://groupes.sortirdunucleaire.org/Journee-Non-au-nucleaire-civil-et?date=2012-03 ;
- Manifestation pacifique, le samedi 10 Mars Fessenheim : Manifestation pour la fermeture immédiate de la centrale nucléaire de Fessenheim, face à la maison de l’énergie ; Heure : 14:00 ; Contact : www.stop-fessenheim.org ; csfr68@gmail.com ; http://groupes.sortirdunucleaire.org/Marche-de-protestation?date=2012-03 ;
Chaîne humaine Nord-Pas de Calais, samedi, Mars 10, la place principale de Lille ; Heure : 15:00 - 17/00 ; Contact : http://groupes.sortirdunucleaire.org/Chaine-humaine-locale,3586?date=2012-03 ;
- Corrente humana de Angouleme, sábado 10 de março ; Local : rdv à l’Hôtel de ville d’Angoulême ; Horário : 15:00 - 17:00 ; Contato : Collectif sortir du nucléaire, colsn16@laposte.net ; http://groupes.sortirdunucleaire.org/Chaine-humaine-locale,3637?date=2012-03 ;
- Chaîne humaine à Conflans-Andrésy (Yvelines), Rendez-vous sur le pont de l’Oise entre Conflans et Andrésy ; Heure : 11:00 - 14:00 ; Contato : Confluence pour sortir du nucléaire, confluenceantinuclea@free.fr ; Téléphone : 0671641184 ; http://groupes.sortirdunucleaire.org/Chaine-humaine-locale,3625?date=2012-03 ;
- Action nationale - 5 minutes contre le nucléaire : éteindre vos lampes et appareils consommant de l’électricité ; Heure : 19:55 - 20:00 ; Contact : http://www.cinqminutescontrelenucleaire.fr ; http://groupes.sortirdunucleaire.org/Action-nationale-5-minutes-contre?date=2012-03 ;
- Solidarité Fukushima Paris : Rassemblement le samedi,10 mars, 2012, à Paris ; Heure : 15:00 ; Contact : http://erreurhumaine.wordpress.com ; solidaritefukushimaparis@yahoo.fr ;
- Chaîne humaine à Nantes, Place du Commerce, le samedi Mars 10, Heure : 14:00 ; Contact : coordarn@laposte.net ; www.sortirdunucleaire.org ;
- Rassemblement à Avignon, Vaucluse, Parking des Italiens ; Heure : 15:00 ; Contact : collectifantinucleaire84@hotmail.fr ;
- Manifestation à Metz ; 10 de mars ; à la colonne de Merten suivi d’un défilé et actions de sensibilisation dans les rues de Metz clôturé par un village associatif place des Charrons ; Heure : 15:00 ; Contact : André Burger, sdn57@alternametz.org ; http://sdn57.alternametz.org ;
- Manifestation à Cahors ; Place du Marché ; Heure : 10:30 ; Contact : http://www.sanurezo.org/ ;
- Manifestation à Paris ; RDV devant l’Autorité de Sûreté du Nucléaire place du Colonel Bourgouin ; Heure : 11:00 ; Contact : http://www.generation-fukushima.fr/ ;
Grande–Bretagne :
- Chaîne humaine in Hinkley ; « Stop New Nuclear » ; Samedi (10 mars) 13:00, Chaîne humaine pour encercler la centrale nucléaire de Hinkley où EDF veut construire un nouvel EPR ; Dimanche (11 mars) 14:00, Blocages du site ; Contact : http://stopnewnuclear.org.uk/ ; http://stopnewnuclear.org.uk/contact-stopnewnuclear ; http://stopnewnuclear.org.uk/contacts ; http://stopnewnuclear.org.uk ; http://stopnewnuclear.org.uk/node/53 ; http://stopnewnuclear.org.uk/contact-legal-support ; http://stopnewnuclear.org.uk/contact-police-liaison-team ; http://stopnewnuclear.org.uk/traininginquiry ; http://stopnewnuclear.org.uk/node/112 ; http://stopnuclearpoweruk.net/contact ; http://stopnuclearpoweruk.net/content/no-more-fukushimas-10-11-march-2012-blockade-hinkley-point ; London, c/o 5 Caledonian Road, London N1, 9DX, Téléphone : 0845-2872381 ; http://www.greenkids.de/europas-atomerbe/index.php/Surround_Hinkley_Point_NPP_action ;
Japon :
- Tokyo. Chaîne humaine autour de la Diète (parlement Japonais) ; Heure : 17h ; Contact : hibikiy1976@yahoo.co.jp ;
- Événement de charité à Nagoya, avec l’Orchestre Philharmonique ; Course-relais au programme ; Contact : Téléphone, 090-6590-3117 ; http://0311yell.aichiborasen.org/index.html ; http://aichiborasen.org/contact ; 0311yell@gmail.com ; http://aichiborasen.org/ ; http://uhohjapan2.wordpress.com/2012/01/30/day-324-march-11-2012-charity-event-in-nagoya/ ;
- Les 10 et 11 Mars 2012, les Frying Dutchman organisent une grande parade anti-nucléaire « humanERROR » du nom de leur album et morceau éponyme sorti en Aout 2011, véritable cri de révolte du Japon contaminé. Ils espèrent 1 million de personnes pour forcer l’attention des médias, Japonais et étrangers. Depuis Mars 2011, les jeunes de ce groupe de rock sont scandalisés par la réaction du gouvernement Japonais à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Bien que faisant suite aux dégâts d’un séisme et d’un tsunami, cette catastrophe est une calamité due à l’homme, à des erreurs humaines. Et le gouvernement Japonais continue de préserver davantage les puissances de l’argent et l’économie plutôt que la vie de son propre peuple et de ses enfants. Vidéo originale sous-titrée en Anglais Site web des Frying Dutchma
Luxembourg :
- Chaîne humaine à Schengen, en face du Centre européen - rue Robert Goebbels, avec une programmation culturelle et de la musique ; Contact : http://www.cattenom-non-merci.de ; http://www.cattenom-non-merci.de/21.html ; cattenom-non-merci@online.de ; http://www.cattenom-non-merci.de/30.html ; https://www.facebook.com/events/350102815001087/ ; http://www.facebook.com/pages/L%C3%BCneburger-Aktionsb%C3%BCndnis-gegen-Atom/139043692805367?sk=wall ;
Mongolie :
- Manifestation-mascarade « stopper le programme nucléaire de la Mongolie » avec des masques dans Ulanbatar ; pour s’opposer à l’extraction et à l’exportation de l’uranium ; Heure : de 11:00 à 14:00 ; Contact : https://www.facebook.com/events/125119877611117/ ; https://www.facebook.com/geologsit.lensky ; https://www.facebook.com/profile.php?id=100000468835007 ; https://www.facebook.com/amarlin.erhem?ref=pb ; https://www.facebook.com/Mr.Azbayar?ref=pb ; https://www.facebook.com/khagaan?ref=pb ;
Russie
- Manifestation à Moscou ; Moscow HQ of the Russian State Nuclear Corportation (Rosatom), ул. Большая Ордынка, д.24, Moscow, Russia ; Heure : 12:00 ; https://www.facebook.com/events/299053143495313/ ;
- Manifestation à Nizhny Novgorod ; Theater Square St. Boris Pokrovsky ; 12 mars ; Heure : 16:00 ; Contact : antiatom-nn@mail.ru ; http://www.antiatom-nn.org/index.php?option=com_content&view=article&id=227:2012-03-07-12-30-39&catid=44:2011-05-01-18-49-59&Itemid=11 ;
Suède :
- Sundsvall : conférences sur l’énergie nucléaire ; Heure : 12:00 ; Localização : Kulturmagasinet ; Contact : Måna Wibron : 0691-611 98, 076-28 33 454 ; http://www.nonuclear.se/kalender/fukushima_one_year_later ; http://www.sundsvall.se/Aktuellt/Evenemang/?eventid=36418 ; mana.wibron@designmmm.se ;
- Manifestation à Soltorget, Karlstad ; 10 Mars ; Heure : 12:00 ; Contact : http://varmlandmotkarnkraft.se/aktiviteter.html#aktuellt ; webbansvarig@varmlandmotkarnkraft.se ; folkkampanjen.karlstad@gmail.com ; www.varmlandmotkarnkraft.se ;
- Manifestation Finlande-Suède ; Tornio-Haparanda ; Heure : 12:00 ; Contact : Women for Peace, Peace Committee of Lapland Contactperson, Tuula Sykkö, tuulasykko@hotmail.com ;
Suisse :
- Marche sur la centrale nucléaire de Mühleberg dans Gümmenen ; Le début de l’événement à la gare de Gümmenen 08h30 ; Marcher 6 km (2 heures) jusqu’à la centrale nucléaire de Mühleberg, où il y aura de 11h00-16h00 manifestation, discours avec programme culturel et musique ; Contact : http://www.facebook.com/events/324323574256984/ ; http://www.sortonsdunucleaire.ch/dp/ ; http://www.menschenstrom.ch/dp/node/687 ; http://www.sortirdunucleaire.ch/ ; info@sortonsdunucleaire.ch ; Sortons du nucléaire, Case postale 1019, 8026 Zurich, Téléphone : 41 79 213 41 06 (en français), http://www.facebook.com/MenschenStromGegenAtom ; info@MenschenStrom.ch ; Twitter : @MenschenStrom ; http://www.menschenstrom.ch ; http://www.menschenstrom.ch/dp/node/662 ;
Liens vers le Calendrier mis à jour :
http://antinuclearbr.blogspot.com/ http://www.facebook.com/events/254929831244070/
Chaîne Youtube pour les vidéos « Global Fukushima Action Day 2012 » : http://www.youtube.com/FukushimaActionDay
Envoyer les adresses des vidéos de Youtube : global.fukushima.action.day.2012@gmail.com
Dans les Vosges, manifestation contre le trop-plein de poids lourds
Où l’on découvre que la privatisation d’un tunnel - financé en bonne partie par des fonds publics - provoque des embouteillages de poids lourds sur les routes alternatives...
L’Association du Massif Vosgien (AMV) organise une manifestation, avec blocage de circulation, au col de Bussang le mardi 13 mars, de 10h à 13h, en liaison avec les élus des vallées concernées.
Il s’agit de rendre publique l’incapacité des pouvoirs publics et de trouver des solutions raisonnables (et non coûteuses) aux graves problèmes de circulation dans le massif. L’AMV a écrit aux candidats à l’élection présidentielle la lettre que voici :
.......................................
Mesdames, Messieurs les candidats à la présidentielle 2012
Les cols du Massif Vosgien sont depuis longtemps des lieux de passage d’une importante circulation de poids lourds en transit, allant de l’Alsace à la Lorraine et vice versa, mais aussi venant de plus loin et allant plus loin. Cette circulation trop importante génère de grands problèmes dans des vallées étroites et très urbanisées où existent peu de déviations : problèmes de sécurité, nuisances sonores, pollution atmosphérique et coût financier d’entretien des routes pour les communes situées sur ces axes.
Plus de 100 000 habitants en subissent chaque jour les nuisances
Lors de la fermeture du Tunnel de Sainte-Marie en 2000, nos cols et nos routes ont été saturés par un trafic routier encore plus dense, heureusement atténué par une nouvelle réglementation mise en place en 2000, utile mais très insuffisante : - Elle permet par exemple à un poids lourd qui vient de très loin de passer par nos cols s’il s’arrête en Alsace-Lorraine, - Celle concernant le trafic de nuit et celle concernant les matières dangereuses apparaissent comme beaucoup trop laxistes et incomplètes en laissant place à de trop nombreuses dérogations.
C’est pourquoi, les élus du Massif Vosgien, regroupés dans l’Association du Massif Vosgien (AMV), se sont battus pour que les travaux s’effectuent le plus rapidement possible pour mettre aux normes le tunnel de Sainte-Marie qui devait prendre une part notable du trafic interrégional dans le cadre d’un schéma d’ensemble, défendu par tous les élus du Massif, sans exception, et repris en 2003 dans le cadre du schéma national de service, malheureusement abrogé en 2007.
Nous défendions et nous défendons toujours quatre niveaux de service pour la circulation des poids lourds dans le Massif :
- 1er niveau : Le trafic de poids lourds de grand transit doit être totalement interdit dans le Massif vosgien et dévié vers le nord (A4) et le sud (RN 19), ce qui implique d’améliorer les aménagements routiers sur ces axes ;
- 2e niveau : Le tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines doit être principalement orienté pour accueillir uniquement le trafic interrégional de poids lourds ;
- 3e niveau : Les cols principaux (Bussang, Bonhomme et Saâles) doivent être strictement réservés à un trafic de poids lourds de cabotage interdépartemental ;
- 4e niveau : les autres cols ne doivent accepter qu’une circulation strictement locale.
Ces restrictions ne devraient pas concerner l’accès aux entreprises du Massif qui doit bien entendu être totalement libre en journée. Par contre, le trafic de nuit des poids lourds de toute sorte et le transport des matières dangereuses doivent être totalement interdits, sauf cas très particulier.
En 2010, deux ans après la réouverture du tunnel, la situation du trafic des poids lourds dans le massif vosgien n’a pas du tout évolué : les trois grands cols du massif que sont Le Bonhomme, Bussang, Saâles voient passer chaque jour plus de 1000 camions par col, alors que le tunnel n’accueille pas plus de 180 camions quotidiennement. Et les petits cols connaissent toujours une circulation de transit.
Il y a là une situation ubuesque et totalement contraire à une démarche de développement durable :
- le tunnel, un équipement coûteux (plus de 200 millions d’euros), concédé à une société privée (APRR) mais financé en partie par les fonds publics n’est que peu utilisé ;
- à l’inverse, le gros des flux des poids lourds traverse encore des vallées très encombrées, avec de fortes nuisances (il y a des villages traversés par plus de 1 500 camions jours, qui circulent à ras les maisons).
La cause de cette situation est connue par tout le monde :
- le prix du tunnel est trop élevé pour les transporteurs, 57 euros pour un seul aller pour un poids lourd alors que les transporteurs indiquent que le prix ne devrait pas excéder 30 euros, ce qui correspond à leur surcoût de passage dans les cols ; - la réglementation concernant le trafic dans les cols vosgiens est trop laxiste.
En janvier 2011, suite à la rencontre d’une délégation d’élus de l’AMV avec Mme la Ministre de l’Environnement et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, un Inspecteur Général a été nommé, Monsieur Sicherman. Il devait rencontrer les différents acteurs concernés, puis rendre un rapport au mois de mai. Ce rapport a finalement été présenté lundi 28 novembre 2011 par les Préfets des Régions Alsace et Lorraine, sans que l’AMV ne soit invitée, alors même qu’elle avait initié ce projet !
Nous découvrons ce rapport avec intérêt d’une part, et stupéfaction d’autre part :
- on voit s’esquisser un premier schéma cohérent de circulation des poids lourds qui concerne le nord et le centre du massif vosgien (les cols du Bonhomme et de Saâles), avec une réglementation stricte réservant l’accès aux cols au trafic de cabotage local et avec une baisse substantielle du prix du tunnel pour les flottes poids lourds ayant souscrit un abonnement. Aussi, le col du Bonhomme devrait perdre 600 camions par jour, et le tunnel de Sainte-Marie en gagner 400.
- par contre, le col de Bussang ne serait pas réglementé. Il devrait, selon le rapport, voir sa fréquentation augmenter de 200 à 300 camions de plus par jour, alors même que les vallées concernées sont déjà les plus encombrées du massif (Le Thillot, bourg très étroit et non dévié, et Thann, ville très étroite avec 24 000 véhicules/jour, non déviée) et les normes de pollution sont déjà largement dépassées en bas de vallée.
Cette proposition concernant le col de Bussang est inacceptable pour les élus du massif vosgien : elle a comme conséquence de rendre le schéma d’ensemble incohérent.
En effet, la réduction du tarif du tunnel ne sera conséquente qu’à partir de 15 passages par mois pour les flottes poids lourds ayant souscrit un abonnement. Ce qui laisse penser que les transporteurs non réguliers - de plus en plus nombreux- n’emprunteront pas le tunnel mais choisiront plutôt le col de Bussang ou passeront en fraude dans l’un des deux autres cols. Le chiffre d’affaires de la société APRR n’en sera donc pas suffisamment augmenté et la société concessionnaire n’aura plus qu’à augmenter à nouveau le prix à la suite des deux ans d’expérimentation proposés.
Aussi, les populations et les élus du Massif Vosgien s’impatientent alors qu’une solution raisonnable s’impose qui, de plus, ne coûte rien au contribuable national, mais demande de la pensée et du courage politique.
C’est pourquoi aujourd’hui, en tant que candidat à l’élection présidentielle, nous voulons connaître votre position sur le schéma d’ensemble de la circulation des poids lourds dans le massif vosgien.
Contre l’artificialisation des terres, les collectifs de lutte se retrouvent les 10 et 11 mars
Dans toute la France, l’étalement urbain se poursuit et mange les terres agricoles. Pour la première fois, des collectifs de lutte se retrouvent le week-end des 10 et 11 mars pour unir leurs efforts.
Les attaques sur le foncier agricole sont toujours plus préoccupantes. Des quelques macro-projets d’aménagement du territoire (LGV, autoroutes, lignes THT...) très voraces en terre aux innombrables petits projets de bétonnage de quelques hectares, ce sont chaque année plus de 70 000 hectares de terres qui sont saccagées en France.
Au-delà des politiques d’affichage toujours plus vertes, des municipalités avec leur PLU (Plan Local d’Urbanisme) jusqu’à l’État et son Grenelle de l’environnement, les décideurs donnent raison au béton : les zones artisanales, industrielles et commerciales et les grandes infrastructures telles que les LGV, les lignes THT et autre aéroport grignotent un peu plus chaque jour l’espace rural.
Tout ce bétonnage résulte des mêmes logiques : il est nécessaire à l’expansion du capitalisme, basé sur l’accroissement perpétuel des activités et des flux économiques, la privatisation des ressources, le contrôle de l’espace et des individus. Le bétonnage est présenté comme indispensable, quitte à invoquer encore et toujours la crise et faire du chantage à l’emploi, pour les faire accepter.
Face à ces attaques, des luttes s’organisent : ici on se bat contre l’installation d’un énième hypermarché ; ailleurs, un collectif de jardiniers urbains occupe une friche maraichère destinée à l’écobéton d’un nouveau quartier « durable » ; là-bas, des paysan-ne-s, villageois et citadins résistent contre une nouvelle LGV ou un aéroport pour garder leurs terres, pendant que d’autres les occupent pour y développer une activité maraichère... Les pratiques sont diverses, de la lutte juridique à l’occupation de terres, de la manifestation publique au coup d’éclat médiatique, du lobbying institutionnel jusqu’au sabotage.
Lutter contre le béton, c’est bien sûr préserver une ressource naturelle non renouvelable primordiale au maintien d’un potentiel nourricier. Mais ces luttes sont au carrefour de bien d’autres enjeux sur lesquels s’unir, croiser des problématiques et penser des stratégies communes : c’est se battre pour l’accès à la terre, rendu difficile – entre autres – du fait de la spéculation qu’entraine cette pression foncière. C’est remettre radicalement en question le système agricole, les modes de production et plus généralement l’industrie agroalimentaire. C’est défendre des terres pour l’agriculture paysanne mais aussi des terres pour des jardins familiaux ou collectifs en ville nécessaires pour satisfaire un droit légitime à l’autoproduction.
A l’appel de diverses organisations ou collectifs actifs sur leur territoire, nous appelons à une Rencontre de convergence des luttes contre l’artificialisation des terres nourricières les 9, 10 et 11 mars 2012, à Notre-Dame-des-Landes (44) sur les terres menacées par le nouvel aéroport de Nantes.
Cette rencontre aura pour objectif de favoriser la connexion, les échanges entre différentes luttes locales et des pratiques de chacune. Elle est donc réservée en priorité aux structures en action ou à celles qui l’ont été. Elle se veut être également un espace de mise en réseau pour mieux comprendre les enjeux liés à nos luttes, les faire sortir de leur situation locale, découvrir la diversité des pratiques qui y sont liées, penser les convergences et nous renforcer dans nos combats respectifs.
Paul Ariès votera Mélenchon
Paul Ariès, objecteur de croissance et rédacteur en chef du journal Le Sarkophage, a décidé de soutenir publiquement le candidat du Front de gauche. Même s’il n’est pas d’accord sur tout, il estime que la candidature Mélenchon est une étape dans la construction d’une gauche antiproductiviste. Voici son explication :
Je voterai Jean-Luc Mélenchon. J’ai décidé de le soutenir publiquement car ce choix fait débat au sein des objecteurs de croissance. J’ai décidé de le soutenir publiquement car si nous avons des désaccords nous avons aussi des accords. Je respecte et comprends les choix différents d’autres Objecteurs de croissance des gauches.
Je voterai Jean-Luc Mélenchon car c’est une étape possible vers l’émergence d’une gauche antiproductiviste. Le compte n’y est certes pas encore : ni sur la sortie nécessaire du nucléaire, ni sur l’obtention d’un revenu garanti dont la forme pourrait être la gratuité des services publics, ni sur la nécessaire reconversion des industries nuisibles notamment militaires… car comme le souligne le programme du Front de gauche, ce qui est essentiel à nos yeux fait débat.
Signe que les Objecteurs de croissance des gauches n’ont pas perdu leur temps. Signe aussi que le combat n’est pas encore gagné et qu’il nous reste à convaincre.
Nos thèses en faveur du partage d’un autre gâteau (PIB), car le gâteau actuel est totalement indigeste, seraient indéniablement mieux audibles par Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou ou Eva Joly que par Nicolas Sarkozy, François Bayrou ou François Hollande. EE-LV a fait le mauvais choix de s’allier avec le PS dont le maître mot de la campagne est la croissance économique… génératrice d’inégalités sociales et d’effondrement écologique. Le NPA a raison de marquer son refus du nucléaire et de toute alliance avec ce PS là… mais son isolement est une erreur stratégique lourde dont il paie aujourd’hui les frais.
Je voterai Jean-Luc Mélenchon car si la fracture entre une gauche productiviste et antiproductiviste traverse chacun des mouvements issus des différentes familles des gauches et de l’écologie antilibérale, les thèses en faveur de la planification écologique, de la relocalisation, de la transition énergétique, du ralentissement, d’un revenu maximal autorisé, de la réduction du temps de travail et même de la remise en cause du culte de la croissance (productivisme et consumérisme), sont présentes dans sa campagne.
Le programme du Front de gauche n’est pas celui des Objecteurs de croissance. Notre soutien n’aurait autrement pas de sens puisqu’il irait alors de soi. Je voterai Jean-Luc Mélenchon car de la même façon que je pense que sous la gauche nous pourrions désobéir dans de meilleures conditions pour multiplier des expérimentations, je sais que nous devrions combattre pour avancer vers un socialisme de la décroissance, vers ce que je nomme un socialisme gourmand, un socialisme du Bien-vivre, en sachant que le Bien-Vivre n’est pas le bien-être au sens de la société de consommation occidentale.
Je voterai donc Jean-Luc Mélenchon car sa candidature peut aider au retour à un socialisme de la lutte des classes, notamment dans le champ de la consommation pour ne plus nous laisser imposer les modes de vie capitalistes, à un socialisme qui n’oppose pas l’écologie et l’intérêt des classes populaires, à un socialisme de la passion capable de combattre le F-Haine, à un socialisme moral capable d’être à la hauteur de la folie du capitalisme vert et de son projet d’adapter la planète et l’humanité au besoin du « toujours plus », au besoin du capitalisme et du productivisme.
Je voterai Jean-Luc Mélenchon sans rien renier de ma conception d’une nécessaire Objection de croissance, parce que je suis convaincu que sa candidature peut être un moment pour avancer vers la justice climatique et sociale, vers une option préférentielle pour les pauvres… Je voterai Jean-Luc Mélenchon en clamant que la relance n’est pas la solution, mais pas davantage l’austérité. Je voterai Jean-Luc Mélenchon en disant non à la « Rilance » : ni rigueur ni relance.
Je voterai Jean-Luc Mélenchon car beaucoup des thèses que j’ai développées dans Le Socialisme Gourmand sont partagées par ceux qui se retrouvent dans son combat.
Chaine humaine contre le nucléaire : près de 60 000 participants
La chaîne humaine pour sortir du nucléaire qui s’est formée dimanche après-midi le long des 230 km de la nationale 7 entre Lyon et Avignon a rassemblé 60 000 personnes, selon les organisateurs.
Le chiffre de la préfecture de la Drôme parle lui de 31 300 manifestants sur l’ensemble du parcours. (Rhône : 5 200, Isère : 4 500, Drôme : 16 000, Vaucluse : 5 600).
Le communiqué souligne que le département de la Drôme comptait le tronçon le plus important avec 129 km du nord au sud, et que l’action a mobilisé dans la Drôme « environ 16 000 participants, soit à raison d’1,50 mètres par personne, l’équivalent de 24 kilomètres ».
230 km de chaîne
Portant des gilets fluo jaunes ou oranges et brandissant des drapeaux « Europe écologie » ou « Sortir du nucléaire », les militants se sont déployés en se tenant par la main ou en étant reliés par des rubans pour occuper tout l’espace sur les 230 km séparant Lyon d’Avignon
« En participant à cette chaîne humaine, co-organisée par le Réseau Sortir du nucléaire et le collectif Réaction en Chaîne Humaine, ces dizaines de milliers de personnes ont démontré que la sortie du nucléaire est une aspiration forte partagée par la majorité des citoyens français », ont affirmé les organisateurs dans un communiqué.
Un projet de téléphérique menace de balafrer le parc de la Vanoise
Le maire de Bonneval-sur-Arc et son conseil municipal ont lancé un appel d’offre clôturé le 7 novembre 2011 en vue de la réalisation d’un dossier d’Unité Touristique Nouvelle (UTN) concernant la construction d’un téléphérique entre les deux communes de Bonneval-sur-Arc et Val d’Isère reliant les domaines skiables du Vallonnet et du glacier de Pisaillas, et rejoignant ainsi, l’hiver, les vallées de la Haute-Tarentaise et de la Haute-Maurienne que la route du Col de l’Iseran relie l’été. Ce dossier est maintenant en cours de réalisation et devrait être déposé auprès des instances décisionnelles d’ici la fin de l’été prochain.
Cette liaison partant à proximité du vieux village de Bonneval-sur-Arc et traversant le le vallon de la Lenta situé au coeur du Parc National de la Vanoise (créé en 1963) constituerait un précédent pour d’autres parcs nationaux et aurait sur l’environnement de nombreux impacts négatifs qui viendraient s’ajouter aux nuisances engendrées durant l’été par le flux motorisé de la route ouverte en 1937 et dont la circulation reste à maîtriser.
Un projet de liaison entre Bonneval-sur-Arc et Val d’Isère avait déjà été proposé en 1983 mais n’a jamais abouti en raison des nombreuses réactions d’opposition qu’il avait suscitées. Une autre tentative a eu lieu en 1993 sans plus de succès.
Quels sont les motifs pour relancer un projet qui avait été abandonné ? Quels en sont les intérêts financiers sous-jacents ? Quelles sont aujourd’hui les hypothétiques retombées économiques de cette liaison pour Bonneval-sur-Arc ?
Cette commune ne risque-t-elle pas de se transformer en un dortoir et un vaste parking permettant aux touristes, en particulier italiens passant par le tunnel du Fréjus, d’accéder ainsi rapidement au domaine skiable de Val d’Isère ?
En devenant l’antichambre de Val d’Isère, Bonneval-sur-Arc et ses habitants perdraient leur indépendance, leur identité, leur fierté et la qualité de leur environnement, dont le site classé, piliers sur lesquels a été bâti avec succès le développement économique de ce village durant les 39 années où Gilbert André en fut le maire. De plus, le risque de clivage dans la population quant à ce projet est très sérieux.
Cela serait d’autant plus regrettable qu’au fil des ans, Bonneval-sur-Arc est devenu un symbole de développement durable, d’économie montagnarde et l’un des fleurons de notre patrimoine national en faisant partie des plus beaux villages de France.
Le 29 avril 2002 le Président de la République en exercice écrivait à Gilbert André, en ces termes : ’’(vous êtes) le promoteur du Parc National de la Vanoise et l’un des pères de la loi de 1960 instituant les parcs nationaux français’’, et à propos de Bonneval-sur-Arc), ’’ (c’est) un modèle de développement respectueux de l’environnement, (…) une action citée en exemple dans le monde’’.
Cette dimension emblématique de Bonneval-sur-Arc est illustrée par l’intérêt porté par la presse écrite et audiovisuelle à ce village. En voici quelques exemples depuis le début de l’année 2012 : . article dans le revue Geo de février 2012 ; . photo de couverture de Courrier International (16-22 février 2012) ; . article dans Le Nouvel Observateur (23-29 février 2012) ; . reportage au journal télévisé de TF1 de 13h00 du 26 février 2012).
Un groupe de réflexion pour l’avenir de Bonneval-sur-Arc s’est constitué récemment. Il pense que, dans le contexte économique actuel, ce village a des atouts uniques pour envisager son avenir autrement qu’en construisant un téléphérique le reliant à Val d’Isère. Cette démarche sera engagée en concertation étroite avec le Parc National de la Vanoise.
Les Etats-Uniens passent le pic de la viande
Aux Etats-Unis, le boum des agrocarburants à base de maïs entraîne la hausse du prix de la viande, ce qui en fait diminuer la consommation...
Décidément, l’époque semble être aux « pics ». Après le peak oil (pic pétrolier), le peak gas (pic gazier) et le peak stuff (pic des objets), voici venu le temps du peak meat, soit le pic de viande. Aux Etats-Unis, la consommation de viande commencerait à diminuer, après avoir atteint un maximum en 2007. C’est ce que révèle l’Earth policy institute, cité par Terra Eco, mercredi 7 mars. Alors que les Américains consomment un sixième des produits carnés dans le monde, cette tendance outre-Atlantique pourrait signifier la fin du steak haché qui trône au centre de l’assiette.
Selon les chiffres du ministère de l’agriculture américain, la consommation de viande suivrait une course descendante après un pic en 2004, à 84 kg par an et par habitant. En 2011, les Américains n’auraient plus consommé « que » 78 kg. Et les prévisions pour 2012 tablent sur 75,5 kg, soit une baisse de 10 % sur les huit dernières années, comme le montre le graphique de la consommation américaine depuis le début du XXe siècle.
Quant à la consommation globale de viande dans le pays, elle chute aussi, après avoir atteint un pic en 2007, à 25 milliards de kg. En 2012, elle devrait être de 23,5 milliards, soit le niveau le plus bas depuis dix ans.
Dans le détail, par type de viande, la consommation de bœuf est celle qui a le plus diminué. Après un pic de 41 kg en 1976, elle doit s’établir à 24 kg par habitant en 2012, soit une baisse de 43 %. Les records de chaleur et de sécheresse l’an dernier dans les plaines du Sud ont achevé de réduire la taille du cheptel national de bovins, à un niveau inférieur à celui de 1962.
Cette baisse de la consommation de bœuf a été compensée par l’augmentation régulière de celle de volailles, moins chères et moins polluantes (un kilo de poulet émet 3 kg de gaz à effet de serre contre 20 kg pour un kilo de bœuf). Jusqu’en 1940, les Américains consommaient 450 grammes de volaille par personne chaque mois. En 1990, même chiffre, mais par semaine. A partir du milieu des années 90, la consommation de volaille a commencé à dépasser celle de bœuf, avant d’atteindre un pic en 2006, à 34 kg. En 2012, elle devrait avoir un peu baissé, avec un peu moins de 32 kg.
Quant au porc, sa courbe s’avère plus stable à travers les décennies. Elle devrait néanmoins baisser en 2012, avec 20 kg par personne, contre 25 kg en 1944, au plus haut historique, soit une baisse de 20 %.
Les causes de cette baisse de la consommation ? Elles sont multiples : le resserrement des budgets, moins d’animaux sur le marché et surtout plus d’exportation de viande à destination des pays étrangers. Mais la raison principale, c’est la hausse du prix des matières premières : avec 40 % du maïs américain destiné à la production d’agrocarburants, le coût de l’alimentation animale a explosé, augmentant de fait le prix de la viande et poussant les consommateurs à trouver des alternatives. Avec une population mondiale croissante et des besoins de carburants substitutifs au pétrole, cette tendance n’est pas près de changer.
En France, le « peak meat » a eu lieu plus tôt : la consommation individuelle de produits carnés, après avoir progressé chaque année de 1,6 % depuis 1970 jusqu’aux années 90, a baissé de 6,7 kg depuis 1998 pour atteindre 87,8 kg en 2009, selon FranceAgriMer.
Edit : à noter que les chiffres du ministère de l’Agriculture américain sont très inférieurs aux données de la FAO, qui parle, elle, d’une consommation de 125 kg de viande par an et par habitant aux Etats-Unis [en 2002] (contre 84 kg pour le département de l’agriculture). Ce qui ne change rien, par contre, à la tendance à la baisse de la consommation.
L’anagramme de « centrale nucléaire » est...
L’anagramme d’une formule est une autre formule rédigée exactement avec les mêmes lettres, mises dans un ordre différent
Par exemple, l’anagramme d’Albert Einstein, c’est « rien n’est établi », formule pleine de sens pour ce scientifique qui a remis en cause plus d’une théorie qui semblait pourtant évidente
Et c’est quoi l’anagramme de Centrale Nucléaire ? La réponse dans : http://www.youtube.com/watch?v=OOgO... (47 secondes)
Dans l’Aisne, formation d’un collectif d’élus contre le gaz de schiste
Château-Thierry - Les élus du sud de l’Aisne se sont réunis, mercredi 7 mars, pour fonder un collectif contre les permis de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures. Près de 35 communes sont mobilisées. La mobilisation s’intensifie ! Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme lorsqu’une salle de réunion s’avère trop petite pour accueillir près de 150 personnes pendant les vacances scolaires…
Les conseillers généraux Jacques Krabal et Georges Fourré, avaient invité les élus du territoire à un débat public sur les permis de recherche et d’exploitation de gaz et huiles de schiste. Les deux hommes ne s’attendaient pas à un tel engouement sur le sujet débattu depuis bientôt trois ans.
L’annonce sur Internet que quatre nouveaux permis étaient en instruction pour le sud de l’Aisne après l’octroi de celui de Château-Thierry en 2009, a néanmoins changé la donne. En regardant une carte du territoire, près de soixante-quatre communes sont concernées par ces projets de forage. La méthode de consultation par courrier électronique offusque ceux qui appliquent la procédure d’enquête publique pour tout projet dans leur village.
Les élus, jusqu’à présent plutôt effacés, se sont montrés revendicatifs et prêts au combat pour préserver leur commune et l’environnement. Le témoignage fort et poignant de Christine Lecque du collectif Carmen a fini de convaincre les décideurs du territoire.
Une manifestation en préparation
La constitution du collectif d’élus aux côtés du mouvement citoyen Carmen, s’est imposée d’elle-même. Trente-cinq communes ont rejoint le regroupement. Jacques Krabal a ainsi convié les nouveaux membres du collectif d’élus « à envoyer un courrier au préfet, afin de demander l’abrogation des permis autorisés, le refus de ceux en instruction et de demander les modalités pour qu’un référendum soit organisé sur le territoire. »
Les conseillers généraux ont aussi sollicité un rendez-vous en préfecture. « En cette période électorale, les parlementaires sont en vacances, le seul moyen d’arrêter ce processus est de s’adresser au préfet », assuraient-ils. Si à court terme, les élus visent l’abrogation des permis délivrés et le refus de ceux en instruction, ils veulent surtout « une réforme du code minier » pour interdire toute recherche d’énergie fossile.
Et si cela ne suffit pas, les élus battront le pavé. Une manifestation d’envergure en collaboration avec le collectif Carmen se profile déjà… La présence du collectif d’élus au débat public organisé à Fère-en-Tardenois le 28 mars prochain par la députée Isabelle Vasseur et le collectif Carmen, pourrait aussi donner une autre dimension à ce rendez-vous.
Les océans s’acidifient plus rapidement que jamais depuis 300 millions d’années
Selon des scientifiques, les océans n’ont jamais été aussi acides que maintenant. Ils continueraient même à s’acidifier à un rythme inquiétant, au risque de détruire définitivement les récifs coralliens et d’autres formes de vie animales et végétales..
C’est une découverte préoccupante que vient de révéler une étude publiée dans la revue Science. Celle-ci concerne l’acidification des océans, un phénomène qui se produit lorsque la présence de carbone augmente dans l’atmosphère et que les eaux se mettent à en absorber de plus en plus. Or, si une première acidification avait déjà eu lieu il y a des millions d’années, celle qui se déroule depuis les temps préindustriels serait anormalement marquée.
« Bien que des similarités existent, jamais au cours de cette période les taux d’acidification n’ont représenté, dans leur évolution, un tel impact potentiel sur la chimie organique des océans, conséquence des émissions sans précédents de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère », explique un des auteurs de cette étude, Andy Ridgwell, professeur à l’Université de Bristol, au Royaume-Uni. En effet, alors que l’augmentation se faisait à raison de 0,008 pH par siècle en période de réchauffement atmosphérique, elle est passée à 0,1 unité de pH au XXe siècle. Selon le Groupe d’experts sur l’évolution du climat (Giec), le pH des océans pourrait ainsi baisser de 0,3 unité de plus d’ici la fin du siècle pour s’établir à 7,8.
« Cela représente un rythme au moins dix fois plus rapide que depuis 56 millions d’années », souligne Bärbel Hönisch, une paléocéanographe de l’observatoire terrestre Lamont-Doherty (université de Columbia). Or, « une telle acidification accroît le risque que les océans subissent bientôt des bouleversements comparables à ceux observés durant le Maximum thermique du passage du Paléocène à l’Eocène », période à laquelle les températures mondiales avaient augmenté de 6°C en 5.000 ans, avec une montée correspondante des océans. Suite à ces changements, il est estimé que de 5 à 10% des espèces marines ont disparu au cours des 20.000 années suivantes, des taux très élevés.
Une situation qui devient rapidement difficile à inverser
« Nous savons que durant les périodes passées d’acidification des océans - résultat alors d’un fort accroissement du CO2 atmosphérique provenant de gigantesques éruptions volcaniques - la vie n’a pas été entièrement anéantie mais de nouvelles espèces ont évolué pour en remplacer d’autres qui se sont éteintes », commente Bärbel Hönisch citée par l’AFP. « Mais si les émissions de CO2 industrielles continuent au rythme actuel nous pourrions perdre des organismes marins auxquels nous tenons comme les récifs coralliens, les huîtres et les saumons », prévient-elle.
Le problème est qu’une trop forte absorption du CO2 par les océans est capable d’épuiser le carbonate dont les coraux, les mollusques et certains planctons pour leur coquillage ont besoin, entrainant ainsi leur disparition. Mais d’autres conséquences en découlent également : si les coquilles de phytoplancton se dissolvent, les résidus se déposent sur les fonds marins et y forment une couche de boue qui détruit les foraminifères, des organismes unicellulaires.
Auteur d’une précédente étude publiée dans Nature, Christopher Langdon, biologiste océanographe de l’Université de Miami pointe « combien il est difficile de rapidement inverser une telle situation ». « Une fois que des espèces se sont éteintes c’est pour toujours », ajoute-t-il jugeant que « nous jouons un jeu très dangereux ».
Ressources mondiales en eau : l’avenir est sec
Le Rapport de l’Unesco sur les ressources du monde en eau s’inquiète des tensions croissantes sur l’approvisionnement en eau. Entre besoins agricoles, pompage dans les nappes souterraines et changement climatique, la situation tend à se dégrader.
La croissance sans précédent de la demande menace tous les objectifs majeurs de développement, met en garde le Rapport mondial des Nations Unies sur l’évaluation des ressources en eau, « Gérer l’eau dans des conditions d’incertitude et de risque ». L’augmentation des besoins alimentaires, l’urbanisation rapide et le changement climatique exercent une pression croissante sur cette ressource. Face à cette situation, la gestion de l’eau doit être entièrement repensée, conclut le Rapport qui sera lancé le 12 mars par la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, et le président de l’ONU-Eau, Michel Jarraud, lors du Forum mondial de l’eau qui se tient à Marseille.
(...)
D’après le Rapport, de nombreuses personnes dans le monde bénéficient désormais d’un accès à l’eau potable. 86% de la population des régions en développement y auront accès d’ici 2015. Mais aujourd’hui encore, un milliard de personnes ne disposent pas d’un tel accès et dans les villes, leur nombre est en hausse. Les infrastructures sanitaires ne suivent pas le rythme de l’évolution urbaine mondiale, dont la population devrait pratiquement doubler d’ici 2050 pour atteindre 6,3 milliards de personnes. Aujourd’hui, plus de 80% des eaux usées dans le monde ne sont ni collectées ni traitées.
Dans le même temps, le Rapport estime que les besoins alimentaires devraient augmenter de 70% d’ici à 2050, avec une demande grandissante pour les produits d’origine animale. De fait, cette hausse de la demande alimentaire devrait se traduire par une augmentation de 19% de l’eau utilisée par le secteur agricole, qui représente déjà 70% de la consommation globale de l’eau. Mais les auteurs soulignent que ces chiffres pourraient être plus élevés encore si les rendements agricoles ne s’améliorent pas de manière significative dans les années à venir.
Pour répondre à l’augmentation continue de la demande, les eaux souterraines ont été largement mises à contribution. Résultat de cette « révolution silencieuse » : les prélèvements ont triplé au cours des 50 dernières années. Certains de ces bassins souterrains, non renouvelables, ont d’ores et déjà atteint un seuil critique. Face aux besoins agricoles croissants, de nombreux pays se tournent aujourd’hui vers d’autres pays disposant de terres fertiles, notamment en Afrique. On estime ainsi que l’achat transnational de terres est passé de 15-20 millions d’hectares en 2009 à plus de 70 millions aujourd’hui. Dans les accords signés entre pays, l’eau n’est jamais explicitement mentionnée.
Dans les années qui viennent, la pression croissante qui s’exerce sur l’eau devrait encore s’exacerber. Le changement climatique devrait en effet affecter cette ressource en modifiant la pluviosité, l’humidité des sols, la fonte des glaciers et l’écoulement des rivières et des eaux souterraines. Les risques liés à l’eau représentent 90% des risques naturels et leur fréquence et leur intensité s’accentue. Les auteurs du Rapport estiment que la production agricole de l’Asie du Sud et de l’Afrique australe sera la plus exposée au changement climatique d’ici 2030. Le stress hydrique devrait également augmenter dans le centre et le sud de l’Europe d’ici 2070, affectant près de 44 millions de personnes.
D’après le Rapport, ces pressions sur l’eau vont exacerber les disparités économiques entre les pays, mais aussi entre les différents secteurs et régions à l’intérieur des pays. Et cette évolution se fera au détriment des plus pauvres. Le sous-financement chronique n’a pas permis aux gestionnaires de l’eau de réaliser les adaptations qui sont nécessaires. Si l’eau ne tient pas une place plus importante dans les projets de développement, des milliards de personnes, notamment dans les pays en développement pourraient être confrontées à une réduction de leurs moyens de subsistance et de leurs chances de réussite. Une meilleure gouvernance des ressources en eau est nécessaire, notamment des investissements des secteurs privés et publics dans les infrastructures.
Le Rapport est le fruit d’un large effort collectif des agences de l’ONU-Eau et de leurs partenaires, mis en œuvre par le Programme mondial pour l’évaluation des ressources en eau,
Il faut surveiller ceux qui prétendent fabriquer la vie
Dans la discrétion médiatique presque totale, un champ nouveau de la biologie se développe, dit « biologie de synthèse ». Il s’agit de produire des organismes vivants à partir de matière inerte. Il est urgent que la société contrôle cette activité pour l’instant presqu’en roue libre.
Aujourd’hui 13 mars, une large coalition de 111 organisations de par le monde, dont VivAgora, rend public « Les principes à appliquer pour la surveillance de la biologie de synthèse ». Il s’agit de la première déclaration internationale, issue de la société civile, exposant les principes à adopter pour protéger la santé publique et l’environnement contre les risques soulevés par la biologie de synthèse et pour relever ses défis économiques, sociaux et éthiques. La coalition appelle à un moratoire sur la libération et l’usage commercial d’organismes synthétiques tant que ces principes de gouvernance ne seront pas mis en place.
La biologie de synthèse (ou biologie « synthétique »), une forme extrême du génie génétique, connaît un développement rapide, sans véritable surveillance ni réglementation, malgré le haut degré d’incertitude qui lui est associé.
Les formes habituelles d’évaluation des risques et d’analyse coûts-bénéfices sont insuffisantes pour garantir la protection du public et de l’environnement. Il est indispensable d’appliquer le principe de précaution afin de protéger tant la population que notre planète contre les risques associés à la biologie de synthèse et à ses produits.
La démarche de précaution requiert la mise en place de mécanismes de surveillance, qui soient spécifiques à ce domaine et tiennent compte des caractéristiques particulières des organismes synthétiques et de leurs produits. Une telle démarche doit également évaluer les conséquences inédites que peuvent entraîner les organismes synthétiques et les produits de la biologie de synthèse et prendre pleinement en compte l’ensemble des alternatives possibles.
Afin de garantir la santé publique, la sécurité au travail et la résil- ience des écosystèmes, il faut absolument s’engager à développer un indispensable programme de recherches d’intérêt public. Il inclura notamment des études sur les risques et le développement d’alternatives, un cadre réglementaire solide, des dispositifs d’application stricts et la mise en place d’une surveillance permanente permettant de détecter d’éventuelles conséquences inattendues en incluant des possibilités d’action immédiate afin de prévenir toute exposition potentielle tant que l’absence de tout danger n’est pas démontrée.
La protection de la population nécessite notamment l’interdiction de toute manipulation, par la biologie de synthèse, du génome humain sous quelque forme que ce soit, y compris le microbiome humain. Des mesures doivent également être prises afin de protéger l’environnement et la santé humaine, et éviter de provoquer ou d’aggraver l’injustice sociale et économique. Les concepteurs et fabricants doivent être responsables de la sécurité en de l’efficacité de leurs procédés et produits, et assumer toute responsabilité en cas de répercussions négatives de quelque nature que ce soit.
Le processus d’études et de réglementation doit être transparent du début à la fin, et permettre au public d’avoir accès à la totalité des informations concernant les proces- sus décisionnels, les tests d’innocuité et les produits. Une participation ouverte, significative, pleine et entière du public à tous les niveaux est essentielle, et devrait considérer les multiples retombées éthiques, sociales et économiques de la biologie de synthèse.
Aucun organisme synthétique, et aucune de leurs « briques » de base synthétiques, ne devrait être commercialisé ou libéré sans que sa nature de produit de la biologie de synthèse et le résultat des tests d’innocuité n’aient été pleinement divulgués au public.
Le présent document vise à décrire les principes suivants, qui doivent être appliqués pour assurer l’efficacité de l’évaluation et de la surveillance du domaine émergent de la biologie de synthèse :
I. Appliquer le principe de précaution II. Disposer d’une réglementation contraignante spécifique de la biologie de synthèse III. Préserver la santé publique et la sécurité au travail IV. Protéger l’environnement V. Garantir le droit de savoir et la participation démocratique VI. Obliger les entreprises et fabricants à rendre des comptes et à engager leur responsabilité VII. Protéger la justice économique et environnementale
Les instances gouvernementales, organisations internationales et parties concernées doivent immédiatement appliquer des dispositifs solides de précaution et des mécanismes de surveillance qui mettent en œuvre, intègrent et intériorisent ces principes de base. En attendant, il faut mettre en place un moratoire sur la libération et l’utilisation commerciale des organismes synthétiques et de leurs produits, afin de prévenir tout dommage, direct ou indirect, sur la population et/ou l’environnement.
Dette grecque : le nouveau plan est bon pour les banquiers, pas pour les Grecs
Les banquiers sont remboursés de moitié, les instances publiques octroient de nouveaux prêts, et il faut toujours payer. L’étranglement continue.
Plus de 85% des créanciers privés (banques, assurances, fonds de pension…) ont accepté jeudi 8 mars de participer à la restructuration de la dette grecque en effaçant 107 milliards d’euros. Sur le papier, ces créanciers renoncent ainsi à 53,5% de leurs créances. Mais contrairement aux apparences, le CADTM affirme que cette opération est surtout une bonne nouvelle pour les banques grecques et européennes (principalement françaises et allemandes), pas pour le peuple grec à qui on promet de nouvelles détériorations de ses conditions de vie.
En effet, les créanciers et le gouvernement grec ont mis en place un montage complexe : les créanciers privés échangent leurs titres grecs contre de nouveaux d’une valeur (faciale) inférieure. Ainsi, pour une obligation échangée d’un montant initial de 100 euros, les créanciers vont recevoir un nouveau titre d’une valeur faciale de 46,5 euros. Loin de perdre à ce petit jeu, les créanciers privés troquent des titres qui se vendaient entre 15 et 30 euros sur le marché secondaire pour des titres bien plus sûrs.
De surcroît, la Troïka octroie un nouveau prêt de 130 milliards à la condition que le montant soit utilisé pour payer la dette et soutenir les banques. Alors que tous les grands médias reprennent le refrain officiel selon lequel la dette grecque est réduite de 107 milliards d’euros, ils oublient d’intégrer les 130 milliards de nouveaux crédits octroyés par la Troïka qui viennent l’augmenter.
En bout de course, les créanciers privés s’en sortent très bien et sont remplacés par des créanciers publics internationaux (BCE, Etats de la zone euro, FMI) qui vont exercer une pression constante sur les autorités grecques afin d’aggraver les mesures antisociales.
De plus, alors qu’en cas de litige 85% des anciens titres dépendaient de la législation grecque, l’entièreté des nouveaux titres dépendra de la justice de Londres. L’objectif des créanciers est de limiter la possibilité de la Grèce de décréter un défaut de paiement ou une annulation.
Pour le CADTM, ce nouveau plan est une supercherie car, sous prétexte de venir en aide à la Grèce, il sauve la mise aux créanciers privés qui portent pourtant une lourde responsabilité dans l’endettement de la nation hellène. Les banques ont utilisé une partie de l’argent public injecté afin de les sauver de la faillite en 2008-2009 pour spéculer sur la dette grecque et ont pu réaliser d’énormes profits avant de pousser la Grèce vers la grave crise qu’elle connaît.
Selon le CADTM, tous les prêts de la Troïka à la Grèce octroyés depuis mai 2010 sont odieux, ils sont frappés de nullité car ils constituent une violation permanente des droits économiques, sociaux, civils et politiques des citoyens grecs.
Le CADTM tient une nouvelle fois à saluer le courage et la détermination du peuple grec qui lutte contre les politiques d’austérité inhumaines imposées par la Troïka. Le AAA des créanciers (Austérité Austérité Austérité) doit laisser la place au AAA des peuples : Audit Annulation Autre politique.
Pour le CADTM, la solution passe nécessairement par la mise en place d’une politique radicalement différente. En Grèce comme dans les autres pays soumis à la Troïka, il faut mettre fin au remboursement de la dette et abandonner les mesures antisociales. Afin de lutter contre la campagne mensongère sur la crise grecque, il faut renforcer l’audit citoyen de la dette publique qui doit aboutir à la répudiation de la part illégitime ou odieuse. Le CADTM soutient pleinement la Campagne d’audit de la dette grecque et les comités d’audit qui se mettent en place dans plusieurs autres pays européens. Le CADTM appelle à multiplier les actions de solidarité avec le peuple grec et à constituer un large front social européen contre les politiques d’austérité.
Au Chili, un projet de centrale thermique est annulé
SANTIAGO - La justice chilienne a donné mercredi 8 mars un coup d’arrêt à un projet de centrale thermique de 2.350 mégawatts par le groupe brésilien MPX sur le littoral nord, projet fortement contesté par les écologistes.
La Cour d’appel d’Antofagasta (nord), saisie par des opposants à la centrale - des habitants et pêcheurs de Totoral -, a invalidé le feu vert qu’avait donné en février 2011 au projet Castilla la Commission de l’environnement de la région d’Atacama (Corema).
La Corema avait estimé après maintes évaluations que le projet de centrale Castilla répond aux normes environnementales.
Dans son arrêt, la Cour d’appel relève des illégalités dans le processus qui a mené au feu vert et soulève notamment la polémique de 2010, lorsque le secrétaire régional de la Santé avait modifié de contaminant à gênant le verdict d’une étude d’impact sur la centrale. Il avait ensuite démissionné.
Le jugement signifie de fait la paralysie du projet, dans l’attente d’un recours vraisemblable devant la Cour suprême par ses promoteurs.
La centrale Castilla, un investissement de 4,4 milliards de dollars, qui utilisera fioul et charbon, est présentée par ses promoteurs et opposants comme le plus grand projet de ce type en Amérique du Sud.
Elle doit s’implanter, ainsi qu’un terminal charbonnier, dans la zone de Punta Cachos, à 800 kilomètres de la capitale Santiago, que les écologistes considèrent comme une réserve de flore et de faune, avec manchots et tortues marines.
L’ONG Oceana a salué le jugement comme une victoire, un répit qui donne au Chili l’occasion d’éviter l’erreur de construire la centrale thermoélectrique à charbon la plus grande d’Amérique du Sud, particulièrement dans une région, le nord, où énergies solaire et éolienne sont disponibles en abondance.
Dédé l’Abeillaud ne sera pas président cette fois-ci
« Semer, s’aimer, essaimer »
Après maintenant 6 mois d’engagement, j’annonce le retrait de Dédé l’Abeillaud aux élections présidentielles. Le soutien des 360 élus locaux n’a pas suffi dans la course à l’investiture suprême, mais nous sommes riches de toutes les rencontres faites et des liens tissés pour l’avenir.
Si nous nous sommes lancés dans cette aventure, c’était pour mettre en lumière tous ceux et celles qui œuvrent pour notre survie sur cette planète. Et ils sont indéniablement plus nombreux que les 500 signataires nécessaires !!!
Les différents déplacements effectués lors de cette campagne et les retours sur le blog ont révélé l’important intérêt des Français pour le maintien d’une biodiversité riche, variée et nécessaire. Nos concitoyens ont bien compris que leur vie future, et à fortiori, celle de leurs enfants, est en jeu.
Devons-nous laisser la planète, ou plus localement notre environnement, s’étioler, voire disparaître, sous les coups de boutoir d’une économie globalisée, méprisante et déshumanisée ? Car en défendant la diversité biologique, et notamment les abeilles, nous défendons l’espèce humaine. Nous espérons qu’à travers nos engagements, la réflexion environnementale ait pu s’accroître, ou naître tout simplement. Il n’est jamais trop tard !
Dédé l’Abeillaud n’est pas un clown ! Dédé l’Abeillaud n’est pas un charlatan ! Dédé l’Abeillaud est un révélateur, un lanceur d’alerte !
Ce n’est qu’un début, continuons le combat environnemental et social !
Dédé l’Abeillaud poursuivra donc sa lutte sur tous les fronts. Le buzzz de son kazoo résonnera dans les campagnes, bretonnes principalement, et partout où on le sollicitera. Dédé l’Abeillaud va essaimer !
Gare à vous pollueurs ! Une multitude d’Abeillauds vous surveille désormais aux quatre coins de la France... et d’ailleurs !
Au terme de cette campagne, dédé l’Abeillaud tient à remercier vivement ses deux plus proches collaborateurs : Mélisandre SALOMON, et Alain DAVID, militants actifs.
Marcel de la gare, auteur de truculents dessins. Philippe BODARD, maire de Mûrs-Erigné (49), conseiller général et ardent écologiste, et tous les élus qui ont été attentifs à la candidature de dédé l’Abeillaud. La FFAP ( Fédération Française des Apiculteurs Professionnels), pour son soutien financier. Les Faucheurs Volontaires.
Et tous les apiculteurs qui se sont mobilisés auprès d’élus locaux. Les médias pour leur interpellation et leurs relais auprès de la population.
A bientôt
BZZZZ BZZZZ BZZZZ
Dédé L’ABEILLAUD David DERRIEN
Candidat aux élections présidentielles 2012
Semer, s’aimer, essaimer
La performance épuise, la performance opprime
La performance, mais pourquoi ? Pour survivre dans la compétition, gagner la course d’un temps toujours saturé, accumuler les biens imposés par la publicité... « L’enjeu de la libération et de la satisfaction personnelle ne saurait être défendue par la performance, mais par l’usage que l’on ferait de celle-ci. »
La performance, c’est la recherche de la perfection (parfaire de l’ancien français “parformer”), l’envie de se surpasser. Parce que nous associons spontanément ce terme au milieu sportif ou artistique, nous oublions bien souvent qu’il est aussi lié à tous les domaines sociétaux : politique, social, économique, agricole, industriel, etc.
Comme thématique nationale, le Grappe a choisi cette année de porter le débat sur la critique – positive ou négative – de ces aspects de la performance. Ce texte de présentation de la thématique est la compilation des idées des membres du réseau en réponse à la question : « Qu’est-ce que la performance pour vous ? ». Durant l’année 2012, nous allons porter cette question au-delà des membres du Grappe, afin d’obtenir une réponse ouverte à cette question de la performance.
« Un objet de satisfaction personnelle… »
Nous recelons tous d’un désir de performance. Dans le milieu sportif ou artistique, sa recherche est constante et devient l’objectif affiché. Il ne s’agit plus d’atteindre les buts que l’on s’est fixé, mais de se surpasser, en permanence. Et dans nos vies, c’est la même chose ! Mais par rapport à qui ?
Car la performance, c’est aussi ce que les “extérieurs” observent de nos actes. On est sans cesse jugés, par des décideurs, le grand public ou la famille, et on a tendance à se positionner par rapport à ce jugement : refus, soumission, etc. Dans ce cas la performance est à double tranchant : être performant pour mieux rentrer dans le moule ou pour avoir le loisir de se démarquer ? Au delà de la satisfaction qu’elle apporte, elle montre aussi un exemple, en quelque sorte. Elle n’est donc libératrice ni pour celui qui est performant, ni pour ceux qui y aspirent aussi. L’enjeu de la libération et de la satisfaction personnelle ne saurait être défendue par la performance, mais par l’usage que l’on ferait de celle-ci.
« … Utilisé à profit par la société ! »
Dénoncer les travers de la performance est assez aisé lorsque l’on considère qu’elle observe seulement l’état actuel des choses pour chercher à le dépasser. Le système capitaliste, dans sa logique d’accumulation sans fin, est l’un des exemples flagrants de cette mainmise sur tous les systèmes sociétaux avec les conséquences environnementales et sociales qu’elle entraine : l’exemple de l’exploitation des ressources naturelles et de ses conséquences irréversibles est indéniable. La politique de rentabilité à tout prix ne prend plus en compte les contraintes physiques, environnementales et sociales de notre planète. Nous en arrivons à des excès qui sont mis sur le compte du progrès, sous-entendant notre “bien-être”. Mais devons-nous réellement être aussi performants pour nos besoins matériels ?
Au-delà de cette conception économique et environnementale, la performance constitue également un facteur d’exclusion. Elle marginalise les individus qui ne rentrent pas dans les critères que lui impute la société. Pour ceux qui refusent la machinisation de nos quotidiens pour favoriser le retour à des rapports plus humains socialement ; pour ceux qui refusent de vivre dans une société du résultat préférant récompenser le prix de l’effort quel qu’en soit l’aboutissement ; pour ceux qui favorisent la coopération à la compétition pour vivre en cohérence avec des valeurs de partage et de collectivité ; pour tous ces individus, il en résulte souvent la marginalisation voire l’exclusion. A moins que ce recul par rapport à la société ne soit choisi, et qu’il permette d’entrevoir des solutions…
« Les Occidentaux ont la montre, les Africains ont le temps »
Dans cette optique, nous mettons le doigt sur un autre point sensible de la performance : le rapport de notre société au temps. Nous n’avons plus de temps – ou ne prenons plus le temps ! – pour réfléchir à notre façon de vivre. Nous vivons désormais l’instantanéité, l’immédiateté… C’est-à-dire que nous avons atteint le dernier échelon de la performance sur le temps. Au fur et à mesure, notre rapport au temps s’est raccourci pour ne devenir que l’objet du réel, du présent : communication instantanée, capacité de déplacement de plus en plus rapide, impact mondial du moindre événement, qu’il soit financier, révolutionnaire comme nous avons pu le voir ces dernières années.
Nous avons apprivoisé la quatrième dimension du monde virtuel dans lequel nous vivons. Tout espace de temps est occupé par les messages instantanés que la société nous renvoie. D’ailleurs, dès notre plus jeune âge, nous ne prenons plus le temps… Un enfant ne s’ennuie plus, il est constamment en activité, voire même en hyper activité !
Cette perte du temps est symptomatique de nos sociétés occidentales. « Les Occidentaux ont la montre, les Africains ont le temps » ! Jean-Pierre Chrétien l’avait bien compris, nous sommes pris dans les rouages d’une société qui dénie la notion de temps en faveur de l’action constante et du résultat. Une part importante de notre temps est consacrée à la recherche de la réussite professionnelle, familiale et personnelle qui conditionne notre rapport à la vie. La « vraie » performance ne serait-elle pas le fait de privilégier la qualité sur la quantité ? Favoriser le temps de réflexion pour qu’il nous amène à re-questionner ce que nous voulons pour la société, à long terme ? Laissons le temps au temps, ne gravissons pas les échelons de la performance trop rapidement, ne nous laissons pas entrainer dans les remous de notre temps !
Le Grappe prendra donc le temps d’une année pour débattre de cette problématique. Avec son réseau d’une dizaine d’associations qui questionneront certains côtés de la performance, le Grappe mettra à disposition une revue compilant toutes les informations du débat avant la fin de l’année 2012.
Texte écrit collectivement par les bénévoles du réseau ; Illustration : Aurélie Bordenave
Jean-Marc Jancovici : « Fukushima aura surtout été un problème médiatique majeur »
Dans cet entretien publié fin février, le conseiller (ou ex conseiller ?) de Nicolas Hulot analyse Fukushima avec subtilité
(...)
La Tribune - Vous êtes un partisan déclaré de l’énergie nucléaire. L’accident de Fukushima ne vous a pas fait changer d’avis ?
Jean-Marc Jancovici - Non. Même si tous les 20 ans se produit un accident similaire, le nucléaire évitera toujours plus de risques qu’il n’en crée. Il n’y a plus de raison sanitaire, aujourd’hui, d’empêcher le retour des populations évacuées à Fukushima, qui, au final, n’aura fait aucun mort par irradiation. De son côté, le million d’évacués pour le barrage des Trois Gorges, parfaitement « renouvelable », est assuré de ne jamais retrouver son « chez lui » !
En France - car c’est loin d’être pareil partout - Fukushima aura surtout été un problème médiatique majeur, avant d’être un désastre sanitaire ou environnemental majeur. Cet embrasement médiatique n’est pas du tout en rapport avec l’importance de cette nuisance dans l’ensemble des problèmes connus dans ce vaste monde. Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite ! La vie sauvage ne s’est jamais aussi bien portée dans les environs de Tchernobyl que depuis que les hommes ont été évacués (la colonisation soviétique, à l’inverse, a été une vraie catastrophe pour la flore et la faune). (1) Le niveau de radioactivité est désormais sans effet sur les écosystèmes environnants, et le fait d’avoir évacué le prédateur en chef sur cette terre (nous) a permis le retour des castors, loups, faucons, etc. On a même profité de cette création inattendue de réserve naturelle pour réintroduire des bisons et des chevaux de Przewalski , qui vont très bien merci.
La hantise de la radioactivité vient de la crainte que nous avons tous quand nous ne comprenons pas ce qui se passe. Mais ce que nous ne comprenons pas n’est pas nécessairement dangereux pour autant...
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(1) Lire à ce propos : Près de Tchernobyl, faune et flore sont affectées par la radioactivité
Les catastrophes climatiques vont se multiplier en Asie, juge la Banque asiatique de dévelpppement
« Il y aura des désastres naturels beaucoup plus fréquemment et ils vont compliquer le défi du développement durable en Asie ».
Bangkok - La région Asie-Pacifique aura besoin de 40 milliards de dollars (environ 30 milliards d’euros) par an dans les 40 prochaines années pour s’adapter au réchauffement climatique, a estimé lundi 12 mars à Bangkok la Banque asiatique de développement (BAD).
Le continent doit notamment se préparer à une « métamorphose » pour accroître sa résilience aux catastrophes naturelles, a précisé le vice-président de la BAD, Bindu Lohani, lors du second Forum sur l’adaptation aux changements climatiques en Asie-Pacifique.
La réunion avait été reportée l’an passé suite aux pires inondations qui aient frappé la Thaïlande depuis des décennies, dans lesquelles 800 personnes ont été tuées
« Il y aura des désastres naturels comme celui-là beaucoup plus fréquemment et ils vont compliquer le défi du développement durable en Asie », a relevé le responsable.
« Alors que les économies de la région sont de plus en plus liées par les circuits commerciaux d’approvisionnement (...), l’impact de tels désastres ne se limite plus au lieu où ils surviennent », a-t-il ajouté, évoquant l’influence sur l’industrie automobile japonaise des inondations en Thaïlande.
« Des estimations récentes indiquent qu’environ 40 milliards de dollars seront nécessaires chaque année pour neutraliser les impacts du changement climatique (...) d’ici 2050, dont moins de 10% sont aujourd’hui disponibles ».
Le vice-ministre thaïlandais de l’Environnement Pithaya Pookaman a pour sa part estimé que les inondations dans le royaume constituaient « une indication forte » de l’urgence d’agir sous peine de voir les efforts de développement anéantis.
« Les deltas s’érodent, les forêts s’éclaircissent, les barrières de corail se dégradent, les écosystèmes du littoral sont sur-exploités, les mégalopoles s’étendent (...) et le changement climatique représente dès aujourd’hui un danger clair pour notre mode de vie et notre existence », a-t-il martelé.
Un grand quotidien lance une campagne en faveur du vélo ! Mais c’est à Londres...
Un grand quotidien qui mène une campagne plusieurs semaines pour que l’on développe les pistes cyclables et que l’on encourage le vélo ? Ils sont fous, ces Anglais !
Mary Bowers, 27 ans, journaliste du journal The Times est dans le coma depuis novembre dernier après un accident avec un camion à proximité de son travail.
Son journal a décidé de ne pas laisser passer. The Times lance « Cities fit for cycling », (« Des villes adaptées au vélo »).
Il commence par publier un Manifeste en huit points s’adressant aux communes et à l’Etat :
1. Rendre obligatoire, pour les camions circulant en agglomération, l’équipement en détecteurs, alarmes sonores pour tout mouvement tournant, rétroviseurs supplémentaires et barres de sécurité autour des roues, pour éviter que les cyclistes ne se retrouvent dessous.
2. Les 500 carrefours les plus dangereux doivent être identifiés et réaménagés, ou équipés de feux donnant la priorité aux cyclistes. Ils doivent aussi être équipés de miroirs permettant aux camionneurs de percevoir la présence des cyclistes à leur côté.
3. Un audit national de la pratique du vélo doit être lancé, afin de savoir combien de personnes font du vélo en Grande Bretagne, et comment ils sont tués ou blessés.
4. 20 % du budget de l’agence des routes nationales devrait être affecté à la prochaine génération de voies cyclables, cela fournira 120 Millions d’euros par an pour une infrastructure cyclable de niveau mondial. Les villes devraient être classées annuellement pour leurs mesures en faveur du vélo.
5. La formation des cyclistes et des conducteurs doit être améliorée et la sécurité des cyclistes devrait devenir une partie centrale de l’examen du permis de conduire.
6. La zone 30 doit devenir la règle dans les quartiers résidentiels sans voies cyclables.
7. Les entreprises sont invitées à sponsoriser les voies cyclables et les réseaux express vélo.
8. Chaque ville devrait nommer une commission vélo pour pousser au changement.
0utre ce manifeste, la campagne comprend un logo à diffuser largement, un site avec la possibilité de soutenir l’action et donner des témoignages, un compte Twitter pour soutenir et diffuser la campagne, et une possibilité d’écrire directement aux députés.
Une campagne de grande envergure
Cette campagne a depuis plusieurs mois un retentissement national considérable : le soutien d’un grand nombre de sportifs de haut niveau, de personnalités variées, plus de 30 000 personnes sur le site du journal. Et finalement, l’organisation d’un débat aux Communes fin février.
Le plus grand automobile club soutient la campagne et demande une utilisation plus importante des zones 30 ;
Le conseil municipal de Cambridge a voté la campagne du journal ;
Les conseils municipaux de Liverpool, Birmingham, Leicester, Bristol, Newcastle, Manchester, Glasgow, Leeds, Sheffield et Belfast appuient fortement les appels aux changements dans les zones urbanisées ;
Plus de 2.000 personnes ont envoyé un message aux parlementaires avant le débat aux Communes.
Et des résultats à la hauteur de l’enjeu
Le débat a donné lieu à une déclaration du gouvernement qui recommande la mise en œuvre des mesures pour sauver des vies et pour encourager plus de personnes à devenir cyclistes. Le ministre des Transports et celui de la Sécurité Routière ont dit qu’il faudrait dans les communes améliorer les intersections, utiliser plus souvent les zones 30 et les miroirs, essayer d’obtenir le soutien de sponsors pour des nouveaux aménagements et nommer un responsable pour superviser les réformes.
Les représentants des communes sont invités à une réunion au mois de mars avec le Ministre des Transports et Kulveer Ranger, le conseiller vélo du Maire de Londres, pour débattre des manières de créer une vélorévolution nationale.
Les services concernés de Londres ont rendu publics des plans pour revoir les 500 intersections les plus dangereuses de la capitale.
Le Labour (Parti Travailliste) organise un sommet afin de débattre de la sécurité des cyclistes.
"Nous n’arrêterons la pression que lorsque le gouvernement sera passé aux actes, et se sera engagé réellement dans la construction d’une infrastructure de classe mondiale pour le pays", déclare le Times.
L’âge de faire
Le n°62, mars 2012, est arrivé.
Dossier : « Energie, décentralisons ! », avec plein de bonnes choses. Voir le sommaire détaillé}
A Toulouse, un centre social abandonné est occupé par les SDF
Le 20 février 2012, l’Etat a décidé de nous remettre à la rue en mettant fin au plan grand-froid.
Fatigué d’appeler le 115 chaque soir pour recevoir la même réponse négative, nous avons décidé de nous organiser ensemble pour lutter contre la misère organisée et maintenue par l’Etat et de trouver nous-même une solution à un problème qui ne devrait même pas se poser.
Nous avons donc choisi de réquisitionner des bâtiments laissés vide par leur propriétaire pour avoir un logement digne, souffler et reprendre nos vies en main car CHAQUE NUIT IL FAIT TOUJOURS AUSSI FROID ET ON EST TOUJOURS AUSSI SEUL.
Malgré que nous avions occupé plusieurs lieux depuis plus de 48 heures, l’Etat s’est passé de ses propres lois et a décidé d’entrer chez nous pour nous en sortir au petit matin.
Depuis le 5 mars, nous avons emmenagé dans un bâtiment situé 63 allée des Vitarelles pour mettre à l’abri des personnes vivant seules ou en couple qui n’avaient d’autre choix que de dormir à la rue.
Grâce à cette réquisition ce sont plus de 25 personnes qui ne sont plus obligées de dormir à la rue, qui organise une vie collective et construise ensemble un projet social ouvert sur le quartier et sur la ville.
Ces personnes viennent de rendre à l’histoire ce qui lui appartient : en effet, cet édifice était une Maison de Retraite et un Bureau d’aide sociale créé au début du 20e siècle. Ces bureaux d’aide sociale étaient les ancêtre des centres communaux d’action sociale.
Ce bâtiment, désaffecté depuis plus d’un an ne servait qu’à y entreposer des déambulateurs. Alors que peut-être tous ensemble nous pourrons continuer l’histoire et faire de ce lieu un point d’entraide sociale et d’affaissement des barrières que la société nous mets dans la tête.
Le premier contact avec le propriétaire, la Mairie de Toulouse, et le voisinage est positif et l’ambiance à l’intérieur est au beau fixe.
Toutefois, nous avons besoin de votre aide pour meuble ce lieu et organiser de nouvelles formes de vie.
Vous trouverez donc ci-joint une liste de nos besoins :
- matelas et sommiers
- tables, chaises, commodes...
- nourriture
- produits d’entretien, vaisselle...
Nous vous invitons aussi à passer nous voir pour prendre un café, participer à l’organisation de la vie du lieu, proposer des projets,....et surtour nous apporter votre joie ou bénéficier de la nôtre.
Nous vous invitons aussi à participer à ce mouvement car nous devons continuer à nous battre pour les autres et avec les autres. En effet, plus de 150 personnes dorment à la rue chaque soir.
Nous continuons donc la lutte.
Ceci est aussi un appel à rejoindre ce mouvement social qui, comme d’autres à Toulouse, ont décidé de reprendre leur destin pour que toutes et tous puissions vivre digne et heureux.
Le rapport au Club de Rome : stopper la croissance, mais pourquoi ?
Le rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance a été publié en mars 1972. Il avait alors suscité un extraordinaire débat, dont quelques leçons peuvent être aujourd’hui tirées.
En 1972, la publication de The Limits to growth ou « rapport Meadows », le rapport commandité par le Club de Rome et préparé par une équipe de scientifiques du Massachusetts Institute of Technology, produit un impact considérable sur le monde académique et politique. Ce rapport affirme, en s’appuyant sur un modèle mathématique du monde, et à grand renfort de graphiques, que le système planétaire va s’effondrer sous la pression de la croissance démographique et industrielle, à moins que l’humanité ne décide délibérément de stabiliser sa population et sa production.
Il préconise donc de stabiliser la population et la production à l’échelle mondiale, sans préciser d’ailleurs par quelles mesures politiques y parvenir, afin d’échapper à la catastrophe qui s’annonce. En réaction à cet appel à la « croissance zéro », de nombreuses prises de position, dans le monde politique et académique, rejettent les conclusions du rapport, sur des bases philosophiques, méthodologiques ou politiques.
Une critique récurrente accuse le rapport Meadows d’adopter le point de vue et les intérêts des pays riches, au détriment des pays pauvres. Cette critique connaît plusieurs déclinaisons. Pour commencer, on accuse le rapport Meadows de se focaliser sur des problématiques qui concernent les pays riches, comme la pollution, en laissant de côté les enjeux véritables pour les pays pauvres, la satisfaction des besoins fondamentaux en premier lieu.
Ensuite, on avance que l’appréhension même de la catastrophe, considérée dans le rapport comme un événement futur qui viendrait briser une dynamique ascendante de longue durée, témoigne d’un point de vue occidentalo-centré. Selon cette critique, une telle approche ne prend pas en compte le fait que pour la plus grande partie de l’humanité, c’est au présent que la vie est difficile, plutôt que dans un futur incertain. En bref, la « catastrophe » est déjà éprouvée chaque jour dans les pays qualifiés de « sous-développés ».
On critique également la structure même du modèle mathématique : globalisé, il envisage la destinée de l’humanité comme une entité unifiée, gommant les rapports de domination entre groupes de pays. En conséquence, on prétend que le rapport, en soutenant la « croissance zéro », préconise de « geler » les inégalités de richesse en leur état de 1972.
Enfin, les auteurs du rapport sont accusés de « technocratisme » : depuis leur institution scientifique prestigieuse, située dans le pays le plus riche du monde, ils prétendent dicter à l’ensemble de la planète des politiques préconisées par des ordinateurs dernier cri, de tels équipements incarnant particulièrement la domination technologique des Etats-Unis.
Un objet historique ambigu
Ces différentes critiques font apparaître le rapport Meadows comme un objet historique ambigu : d’une part critique du modèle de croissance et de ses effets écologiques délétères, mais également témoin de la volonté d’une élite mondiale de préserver ses privilèges, au détriment du plus grand nombre. De telles critiques sont-elles fondées ? Le rapport Meadows était-il l’incarnation d’un catastrophisme « de droite » au service des intérêts des riches ? Enfin, quelles conséquences peut-on en tirer pour l’objection de croissance contemporaine ?
Pour commencer, on peut remarquer que l’appartenance sociale et politique des participants au projet du Club de Rome peut venir à l’appui des critiques mentionnées ici. Jay Forrester, le concepteur du modèle mathématique du monde, est connu pour avoir étayé des propositions droitières en matière d’urbanisme, comme le rejet de toute politique de construction de logements sociaux, sur la base du modèle mathématique urbain qu’il a élaboré. Aurelio Peccei, le fondateur de l’organisation, est une figure de l’entreprise Fiat, qu’il a contribué à développer à l’étranger. Il a fondé et dirigé plusieurs autres multinationales et, avant la création du Club de Rome, sa préoccupation va surtout au dynamisme industriel de l’Europe, plutôt qu’à la satisfaction des besoins fondamentaux dans les pays pauvres. Plusieurs autres cadres du Club de Rome occupent des places importantes à l’OCDE et semblent focalisés sur les mêmes questions que Peccei.
Les racines troubles de la critique de la croissance confortent également l’accusation de collusion entre le projet du Club de Rome et les intérêts des pays riches. Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, la critique de la croissance s’exprime d’abord contre la croissance démographique, qui apparaît comme une menace pour les ressources naturelles. Les premières expressions de ce point de vue émanent des écologues Fairfield Osborn et William Vogt, pour qui la progression de la population mondiale constitue l’une des causes majeures de la destruction environnementale . William Vogt s’impliquera ensuite dans le mouvement pour le contrôle des naissances, en devenant en 1951 président de la Planned Parenthood Federation of America. Ce mouvement, soutenu par des fondations industrielles états-uniennes, effectuera un lobbying efficace dans les arènes internationales, qui aboutira à partir des années 1960 à des politiques particulièrement sordides de contrôle des naissances, notamment en Inde .
A la fin des années 1960, période pendant laquelle germe le projet du Club de Rome, le « catastrophisme écologique » qui émane d’un certain nombre d’écrits d’universitaires, et imprègne un mouvement environnementaliste en plein essor, témoigne également de relents conservateurs. En particulier, la thématique de la nocivité de la croissance démographique est portée à son climax par le biologiste Paul Ehrlich, qui fonde en 1968 l’organisation Zero Population Growth [Croissance démographique zéro], et affirme la même année que dans l’intérêt de l’humanité dans sa globalité, il vaut mieux laisser une partie de l’humanité mourir de faim afin que la population globale ne dépasse pas un niveau critique .
De tels éléments, considérés hâtivement, pourraient venir accréditer la thèse, souvent informe, qui voit le rapport des Limites comme l’instrument d’un complot mondial au service des plus gros groupes industriels du monde. Cependant, si le mouvement pour le contrôle des naissances, très actif dans les années 1960, était véritablement stimulé par des motivations d’hégémonie économique et politique de l’Occident, il semble que le cas du rapport Meadows soit plus complexe.
Le problème est-il la surpopulation ou la technique ?
On peut mentionner, tout d’abord, à la fin des années 1960, la coexistence entre plusieurs formes de catastrophisme, incarnée par la controverse entre les biologistes Paul Ehrlich et Barry Commoner, tous deux auteurs d’ouvrages catastrophistes très connus et largement diffusés. Si Paul Ehrlich met en avant la croissance démographique mondiale comme la plus grande cause de dégradation environnementale, Barry Commoner est un scientifique engagé de longue date contre le nucléaire civil et militaire, qui affirme la nécessité d’une appropriation citoyenne des sciences et des techniques, et rejette la thèse d’Ehrlich. Selon lui, la dégradation environnementale est à attribuer à la transformation radicale des processus de production agricole et industrielle depuis la Seconde Guerre mondiale : mécanisation accrue, pesticides, chimie de synthèse… En bref, ce n’est pas la population qui est en cause, mais une nouvelle technologie, aux effets dévastateurs et incontrôlés.
Le rapport Meadows tient-il plutôt du catastrophisme à la Ehrlich ou du catastrophisme à la Commoner ? Probablement des deux. Pour comprendre l’ambigüité du « positionnement » qu’il exprime, il faut saisir le projet du Club de Rome comme ce qu’il représente historiquement : le moment contingent de la coopération d’acteurs aux intérêts divers, qui conduit à la cristallisation d’un certain nombre de thèses de l’époque, parfois incohérentes, sous la forme d’un modèle mathématique. Jay Forrester, le concepteur du modèle mathématique du monde, interprète de manière très littérale ses conclusions (la croissance doit cesser parce que physiquement, elle ne peut se poursuivre), et soutiendra sur cette base des propositions politiques plus que réactionnaires (il défendra dans les années 1970 la politique du « triage » : supprimer toute aide alimentaire aux pays n’appliquant pas une politique drastique de contrôle des naissances).
Au contraire, Donella Meadows, la rédactrice du rapport des Limites, ne cessera d’affirmer la nécessité de redistribuer les richesses à l’échelle mondiale, et choisira pour elle-même un mode de vie sobre, soutenable écologiquement.
Dès 1972, l’ambigüité du rapport Meadows apparaît dans le débat qu’il suscite. Les critiques émanent alors de toutes parts : de la droite, de la gauche, du Tiers Monde. Ainsi, lorsque le commissaire européen Sicco Mansholt met en avant les conclusions du rapport des Limites dans sa fameuse « lettre » de 1972 , et prône une complète réorientation des politiques européennes (notamment une réduction délibérée de la consommation pour prendre en considération les limites à la croissance), en France, les plus fortes critiques émanent à la fois du centriste Raymond Barre et du communiste Georges Marchais.
L’ampleur du débat provoqué par le rapport des Limites conduit très rapidement le Club de Rome à désavouer ses conclusions, prises littéralement : il ne s’agirait pas de prendre au sérieux la notion de « croissance zéro », mais seulement de comprendre que la croissance ne peut pas se poursuivre sans être canalisée au service de certains buts. En 1974, dans le deuxième rapport rédigé pour le Club de Rome, on critiquera ainsi la « croissance indifférenciée », et on affirmera le bien-fondé de la « croissance organique » pour répondre aux besoins de l’humanité.
Le rapport des Limites ne porte donc pas un catastrophisme au service des riches, pas plus qu’il ne porte, d’ailleurs, un catastrophisme de gauche, qui appellerait distinctement à une répartition plus juste des richesses.
Cependant, ce rapport a été critiqué à la fois parce qu’il était censé mettre des bornes à la consommation insouciante des pays riches, et parce qu’il était censé appeler au « gel » du développement des pays pauvres. De même, ce rapport a été revendiqué par le social-démocrate Sicco Mansholt aussi bien que par le réactionnaire Jay Forrester, et un certain nombre de militants le citent aujourd’hui comme une référence scientifique accréditant l’objection de croissance.
Il n’y a pas que la catastrophe !
Une première leçon à tirer des considérations développées ici est à quel point les zones d’ombre d’un discours, aussi bien que les éléments qu’il met en avant, conduisent à le situer politiquement. Pour la plupart des critiques du rapport des Limites, le fait de ne pas revendiquer franchement une répartition plus juste des richesses impliquait une acceptation de l’ordre existant, que la croissance zéro devait figer pour l’éternité.
Une seconde leçon est plus étroitement liée à la rhétorique catastrophiste. Selon le rapport Meadows, c’est au nom de la catastrophe, et exclusivement au nom de la catastrophe, que la croissance zéro doit être visée. Certes, le rapport des Limites contient, dans ses dernières pages, quelques considérations sur la possible désirabilité de la société de croissance zéro, et sur la possibilité qu’une telle société connaisse une croissance de la culture, de la spiritualité ou de la qualité de vie… Cependant, ces considérations ne sont pas développées, et l’essentiel du rapport est consacré à l’exposé des simulations informatiques, qui démontrent la non-soutenabilité physique de la croissance. En conséquence, les objecteurs au rapport des Limites se sont essentiellement occupés à démontrer que la croissance pouvait être soutenable, sur des bases physiques exclusivement, et leurs travaux ont contribué à cautionner le paradigme émergent du développement durable .
A l’époque où le débat suscité par le rapport des Limites battait son plein, l’économiste hétérodoxe Nicholas Georgescu-Roegen s’attachait également à démontrer que la croissance matérielle n’était pas soutenable. Si ses conclusions étaient plus radicales que celles du rapport Meadows (pour lui, la croissance zéro n’était pas plus durable que la croissance, et il convenait donc de rechercher la décroissance), son argumentation reposait sur des bases similaires : l’insoutenabilité physique du modèle dominant. Peu influent durant sa vie, ignoré aujourd’hui par la science économique classique, Georgescu-Roegen n’a pas réussi par son œuvre à susciter le chamboulement de la science économique qu’il ambitionnait : l’intégration dans les modèles de l’irréversibilité des processus économiques, jusqu’ici complètement laissée de côté.
L’insuccès intellectuel et politique de telles entreprises, ayant visé à déstabiliser le modèle de la croissance économique sur des bases purement physiques, doit conduire l’objection de croissance à s’interroger sur ce qu’il est pertinent de mettre en avant aujourd’hui, dans une démarche de déconstruction du modèle de croissance autant que de construction d’un modèle alternatif.
Consommer moins, répartir mieux
L’insoutenabilité physique de la croissance matérielle doit-elle, peut-elle être au centre de l’argumentation de l’objection de croissance ? Autrement dit, si une telle croissance était possible indéfiniment, devrait-elle pour autant être poursuivie ? La plupart des militants de l’objection de croissance répondraient certainement « non » à cette question, ce qui implique bien que les limites physiques à la croissance ne sont pas la raison principale de leur engagement. Si nous admettons que l’impossibilité physique d’une croissance indéfinie ne peut pas être au cœur d’un discours critique de la croissance, quels pourraient être les axes d’un discours alternatif intellectuellement percutant et politiquement efficient ?
Le premier axe pourrait à mon avis s’appuyer sur la thèse développée par Hervé Kempf dans son ouvrage de 2007 : la croissance économique est inséparable des inégalités de richesse, qu’elle produit et dont elle se nourrit. D’une part, écrit Kempf, la croissance est loin de profiter de la même manière à tous. Tandis que, dans les vingt dernières années, cette croissance a été très forte, le rapport entre très riches et très pauvres a atteint des niveaux sans précédent.
D’autre part, les inégalités sont un véritable moteur pour la croissance matérielle, dans la mesure où elles stimulent un puissant désir d’imitation des plus riches chez les plus pauvres, vecteur d’une consommation jamais satisfaisante. Tandis que les pauvres s’évertuent à imiter les riches, les riches se focalisent sur de nouveaux objets de désir, dans une course sans cesse renouvelée.
Ce premier axe de critique de la croissance me semble fécond intellectuellement, dans la mesure où les statistiques économiques le confortent (comment réfuter une telle approche ?), et fécond politiquement, dans la mesure où il permet d’asseoir un projet politique critique profondément ancré à gauche. Tandis que la croissance creuse les inégalités, la décroissance oblige à prendre à bras le corps ces inégalités, et à travailler à les réduire maintenant, plutôt que de faire miroiter aux pauvres les miettes d’une croissance future. « Consommer moins, répartir mieux », tel pourrait donc être, sur cette base, le leitmotiv du projet décroissant.
Est-ce ainsi que nous voulons vivre ?
Le second axe de critique de la croissance devrait à mon avis s’organiser autour de la perte du sens de la vie et de la qualité de vie, dans les sociétés néolibérales à forte croissance que nous connaissons (certes malmenées par la crise depuis quelques années). Tandis que les gains de productivité pourraient nous permettre de travailler moins, et de consacrer notre temps libre à nous cultiver et à jouir de l’existence, la pression croissante dans le monde du travail épuise les salariés à l’extrême, chez France Télécom ou ailleurs, et la frontière entre « inclus » et « exclus » fragilise toujours plus les chômeurs et les précaires. Dans les grandes villes de notre monde occidental, la spéculation immobilière liée à la croissance fragilise les espaces de vie et aliène le quotidien. « Est-ce ainsi que nous voulons vivre ? » pourrait résumer le second axe de la critique de la croissance, et la pensée critique de la technique élaborée par Ellul et Illich il y a plus de quarante ans, sur la contre-productivité de nos sociétés hyper-productives, pourrait nous aider à l’élaborer.
L’histoire du débat suscité par le rapport des Limites s’avère donc particulièrement féconde sur le plan politique. D’une part, la connaissance des critiques adressées par le camp « progressiste » à ce rapport doit nous aider à formuler une pensée décroissante profondément soucieuse de toutes et tous, et en conséquence, bien ancrée à gauche. D’autre part, le bilan historique du débat suscité par ce rapport, quarante ans après sa parution, doit nous conduire à structurer notre argumentation autour des conséquences sociales et politiques du modèle économique (dans quel monde voulons-nous vivre ?) plutôt qu’autour des possibilités physiques de la croissance. C’est une nécessité pour que l’objection de croissance percute profondément notre modèle culturel et politique.
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Bibliographie :
Commoner, Barry, The Closing Circle : Nature, Man, and Technology, Knopf, New York (1971). Traduction française : L’encerclement, Seuil, Paris (1972).
Connelly, Matthew, Fatal Misconception – The Struggle to Control World Population, Belknap, Cambridge (2008)
Ehrlich, Paul R., The Population Bomb, Ballantine Books, New York (1968). Traduction française : La Bombe P, Fayard, Paris (1972).
Forrester, Jay W., Urban Dynamics, MIT Press, Cambridge (1969). Traduction française : Dynamique Urbaine, Economica, Paris (1979).
Kempf, Hervé, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, Paris (2007).
Mansholt, Sicco, Lettre à Franco Maria Malfatti, in La lettre Mansholt – réactions et commentaires, édité par Jean-Claude Thill, Jean-Jacques Pauvert, Paris (1972).
Meadows, Donella H. et Dennis L., Randers Jørgen, Behrens William W. III, The Limits to Growth, Universe Books, New York (1972a). Traduction française complétée : Halte à la croissance ? Fayard, Paris (1972b).
Osborn, Fairfield, Our Plundered Planet, Little, Brown and Company, Boston (1948). Traduction française : La planète au pillage, Payot, Paris (1949).
Vieille Blanchard, Elodie, Les Limites à la croissance dans un monde global – modélisations, prospectives, réfutations, Thèse de doctorat, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (2011).
Vogt, William, Road to Survival, William Sloane, New York (1948). Traduction française : La faim du monde, Hachette, Paris (1950).
Au Japon, la chasse à la baleine ne paie plus
En raison de l’obstruction en mer des écologistes, la flotte baleinière japonaise est rentrée au port avec un tableau de chasse très inférieur à ses prévisions.
TOKYO - Le Japon a annoncé vendredi 9 mars la fin de sa campagne annuelle de pêche à la baleine dans l’Antarctique, avec un tiers seulement du nombre de cétacés qu’il comptait capturer, en raison des actes de sabotage des militants écologistes.
L’Agence des pêches nippone a indiqué que la flotte avait pris le chemin du retour comme prévu, mais a reconnu que les prises avaient été bien inférieures aux objectifs fixés.
Les baleiniers, partis du Japon en décembre, ont capturé 266 baleines de Minke et un rorqual, a précisé l’Agence, soit moins d’un tiers des quelque 900 cétacés qu’ils comptaient tuer pendant cette saison de pêche.
Les prises ont été inférieures à ce qui avait été prévu en raison des conditions climatiques et des actes de sabotage perpétrés par des militants, a-t-elle expliqué. Il y a eu incontestablement des campagnes de sabotage derrière ces chiffres.
Les militants de l’association de défense de l’environnement Sea Shepherd, basée aux Etats-Unis, ont poursuivi comme chaque année les baleiniers nippons à bord de leurs propres navires pour empêcher la capture des cétacés, en lançant des bombes puantes et en bloquant les hélices à l’aide de filins.
L’an dernier, le Japon avait été contraint d’interrompre prématurément sa campagne de pêche à cause du harcèlement des militants écologistes, après avoir capturé seulement 172 baleines, soit un cinquième de son objectif.
Officiellement, les activités de la flotte nippone dans l’Antarctique sont destinées à la recherche scientifique, une pratique tolérée par la Commission baleinière internationale qui interdit la chasse commerciale au cétacé depuis 1986.
Les autorités japonaises affirment que cette pêche fait partie intégrante de la culture nippone, sans cacher que la viande de baleine termine sur les étals.
Terres rares : les dessous cachés de la plainte contre la Chine
Les pays riches portent plainte contre la Chine devant l’OMC parce qu’elle limite ses exportations de terres rares. Mais l’enjeu caché derrière cette bataille économique est en fait écologique.
Alors que, [le 13 mars], les États-Unis, l’Europe et le Japon ont porté plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce contre la Chine, accusée de limiter de façon abusive ses exportations de terres rares, les Amis de la Terre dénoncent l’irresponsabilité des pays développés qui d’un côté, incitent à la consommation et de l’autre, refusent d’assumer les impacts environnementaux et sociaux qui en découlent.
Les terres rares désignent un ensemble de 17 éléments chimiques devenus indispensables dans les nouvelles technologies pour accroître la miniaturisation, fabriquer des écrans extra-plats ou réduire les frottements des aimants dans les moteurs.
La difficulté d’exploitation des terres rares réside dans leur présence à un infime pourcentage dans la roche mère ce qui implique des moyens importants et des techniques lourdes d’extraction. Contrairement à ce que leur nom suggère, les terres rares sont réparties de façon relativement homogène dans le monde : des gisements ont ainsi été découverts dans les sédiments profonds en Polynésie française.
Mais si aujourd’hui, les mines chinoises fournissent plus de 95 % de la production mondiale, c’est parce que c’est l’un des seuls pays où l’exploitation est économiquement rentable, car les normes environnementales et sociales sont très faibles comme l’explique Sylvain Angerand des Amis de la Terre : « Les pays développés n’extraient pas de terres rares chez eux, car les dégâts environnementaux seraient considérables et les conditions de travail très difficiles : inacceptable pour l’opinion publique. Mais alors pourquoi l’accepter en Chine ? »
Plutôt que de faire pression sur la Chine pour qu’elle augmente ses quotas d’exportation de terres rares, les pays développés devraient plutôt remettre en cause leurs modes de consommation et encadrer l’industrie des nouvelles technologies : « Des entreprises comme Apple saturent les consommateurs avec des publicités incitant à acheter des produits high-tech qui sont obsolètes en quelques mois. Le coût de ces produits reflète davantage les investissements en marketing que le vrai coût environnemental et social de l’extraction des minerais indispensables à leur fabrication. »
Les Amis de la Terre militent pour changer le rapport des consommateurs aux produits de nouvelles technologies et sensibilisent contre l’illusion que le bien-vivre passe par la surconsommation. Selon Camille Lecomte, chargée de campagne aux Amis de la Terre : « Nous demandons aux entreprises de sortir des logiques d’obsolescence programmée, de s’engager à allonger la durée de vie et de rendre réparables les produits mis sur le marché. Il est urgent de réduire la demande mondiale et de mettre un frein à l’extraction de ressources naturelles et minières. »
Au Japon, les nouveaux chiens de garde du nucléaire
La presse japonaise, liée aux grands groupes d’électricité qui l’arrosent de publicité, a durablement minimisé l’ampleur de la catastrophe de Fukushima.
La catastrophe nucléaire de Fukushima a prospéré sur le silence des autorités, relayé par une presse bien complaisante à l’égard des informations reçues.
La grande presse (télévisions et principaux journaux) s’est en effet réveillée tardivement. Ce n’est qu’à partir du mois d’avril 2011 que certains médias, notamment les quotidiens Tokyo Shinbun (560 000 exemplaires) et Mainichi Shinbun (3,5 millions d’exemplaires) ont commencé à enquêter sur les mesures prises par Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’opérateur de Fukushima Daiichi, et par les autorités japonaises, ou à s’interroger sur la politique nucléaire du pays. Le deuxième grand quotidien japonais, Asahi Shinbun (7,9 millions d’exemplaires), n’a publié qu’à l’automne une série d’enquêtes soulignant les multiples dysfonctionnements et dissimulations qui ont conduit à la prise de mesures inadéquates (dysfonctionnements confirmés par le rapport intermédiaire du comité d’enquête sur l’accident de Fukushima, rendu public le 26 décembre).
On sait désormais que les informations officielles communiquées par Tepco et les autorités japonaises suite au séisme et au tsunami étaient non seulement insuffisantes mais minimisaient systématiquement la gravité de l’accident et de la contamination radioactive : n’a t-il pas fallu plus de deux mois à Tepco pour reconnaître que c’était bien dans les premiers jours que le cœur du combustible des trois réacteurs avait fondu (meltdown) ? N’a t-on pas appris que le Système informatisé de prévision des informations d’urgences environnementales (SPEEDI, en anglais) qui prévoit la diffusion des radionucléides dans l’atmosphère, n’a pas servi à la protection des populations ? Les habitants des villes de Futaba et de Namié, par exemple, ont été évacués vers le nord-ouest sans être informés que le vent dispersait les rejets radioactifs dans cette direction, ce que la simulation montrait ? Les résultats de celle-ci, pourtant obtenus dès les premières heures de l’accident, n’ont été publiés qu’à partir du 3 mai [1].
Chantage à la publicité ?
Plus grave encore, les grands médias japonais ont systématiquement relayé, sans analyse critique de la situation, les déclarations des porte-paroles de Tepco et du gouvernement. Cette atonie peut d’abord s’expliquer par le budget publicitaire colossal que Tepco distribue copieusement à chacun d’eux : 25 milliards de yens par an (230 millions d’euros) selon les chiffres officiels. Si l’on prend celui des dix compagnies électriques japonaises, on dépasse le milliard d’euros, plus que le budget publicitaire de Toyota. A cette pression sonnante et trébuchante s’ajoute un système traditionnel spécifiquement japonais appelé kisha club (club des journalistes), où la proximité excessive entre les journalistes et les organismes ou compagnies qu’ils sont chargés de « suivre » engendre de la connivence.
De plus, au Japon, les télévisions, les radios et la presse écrite sont souvent affiliés aux grands groupes de communication et il n’existe pas d’organe de régulation audiovisuelle ni de commission indépendante. Un exemple significatif : celui du PDG du plus grand quotidien japonais, Yomiuri Shinbun (9,9 millions d’exemplaires), M. Matsutarô Shôriki, qui fut l’artisan majeur de l’introduction du nucléaire civil au Japon : la chaîne Nippon Television (NTV), qu’il venait de créer, fut utilisée pour la campagne pro-nucléaire de 1955. Ancien haut fonctionnaire de la police et criminel de guerre de classe A, il fut le premier président de la Commission japonaise de la sûreté nucléaire en 1956. Après l’accident de Fukushima, Yomiuri Shinbun persiste et signe son engagement pro-nucléaire.
Seuls des journalistes japonais travaillant hors de ces circuits médiatiques (et quelques correspondants étrangers) ont permis de mettre en doute l’information diffusée par les autorités en se rendant immédiatement aux abords de la centrale pour mesurer la radioactivité et en poursuivant les enquêtes alors que les principaux organes d’information avaient rappelé leurs journalistes. De même, lors des conférences de presse de Tepco et des autorités, ils savaient poser des questions dérangeantes retransmises en direct sur Internet par un media indépendant (Web Iwakami) [2].
Le rôle du Web a donc été capital. Dès le 12 mars, quelques scientifiques et ingénieurs ont alerté la population en présentant leurs propres analyses sur les dangers réels de la situation. Ces initiatives, diffusées sur leurs sites par des associations antinucléaires, ou au travers de blogs et de forums, ont rendu possible l’accès à des informations décrivant la gravité de la catastrophe en cours, pendant que les chaînes de télévision et les grands quotidiens, focalisés sur les seuls effets du tsunami, diffusaient uniquement les propos lénifiants des autorités et de leurs scientifiques « maison » [3]. On pouvait lire ou entendre que la radioactivité « n’entraînerait pas de conséquences immédiates sur la santé » ou encore que telle « mesure de sécurité [ était prise] par précaution ». Des expressions emblématiques de ce déni.
La plus grande manifestation antinucléaire
La prise de conscience des citoyens s’est faite à travers les échanges sur les réseaux sociaux, à l’image des révoltes du monde arabe. Cependant, l’indignation des Japonais est restée cantonnée à la sphère d’Internet malgré des initiatives exceptionnelles, et notamment la manifestation du 19 septembre 2011 à laquelle participa l’écrivain Ōe Kenzaburō [4], et qui rassembla 60 000 personnes — un fait remarquable pour une population qui n’a pas l’habitude de manifester.
Cependant, la majorité des Japonais ignorent l’existence d’un grand nombre d’actions citoyennes à travers lesquelles des militants continuent ici et là à informer par des conférences de spécialistes, à réclamer la sortie du nucléaire et une politique de transition énergétique, ou à appeler à la protection des habitants contraints de rester dans les zones hautement contaminées. C’est le cas, par exemple, du sit-in organisé fin octobre devant le ministère de l’économie et de l’industrie, à l’initiative de femmes résidant dans la Préfecture de Fukushima, et dont seuls les quotidiens Tokyo Shinbun et Mainichi Shinbun se sont faits l’écho ; aucune chaîne de télévision n’en a montré la moindre image. La vigie devant ce ministère emblématique a débuté le 11 septembre 2011 : avec leurs trois tentes plantées au cœur du quartier ministériel, c’est dans l’esprit du mouvement Occupy que des militants et des citoyens japonais essaient de créer un espace de contestation et d’échanges démocratiques.
Peut-on y voir le début d’une fissure dans le consensus prôné pour faire face au plus grand désastre national depuis la défaite de 1945 ? Rien n’est moins sûr, tant les vieux réflexes ont la vie dure. Et pour tous les grands médias, malgré quelques dissidences, la règle reste la même : caresser dans le sens du poil, ne pas susciter de polémique ni déplaire aux clients que sont les lecteurs-consommateurs et le monde économique, encore et toujours rassurer et, surtout, ne pas poser les questions qui dérangent. Ainsi, les propos des scientifiques ou des médecins critiquant les mesures gouvernementales sont rarement cités (alors que leurs livres se vendent comme des petits pains). La télévision montrera des scènes de décontamination, mais jamais celles où des habitants réclament un dédommagement pour pouvoir partir ailleurs.
La catastrophe nucléaire est désormais un sujet parmi d’autres, et pas question de trop en dire sur la responsabilité de Tepco ou les mesures gouvernementales qui ont enfreint la loi sur le seuil d’irradiation non naturelle. La déclaration stupéfiante, le 16 décembre 2011, du gouvernement japonais proclamant « l’arrêt à froid » des réacteurs de Fukushima, a certes suscité quelques critiques, mais les grands médias semblent plutôt vouloir privilégier une attitude aseptisée et policée, loin de l’angoisse, de la révolte et du désarroi d’une population plus que jamais préoccupée par la menace d’une contamination radioactive en expansion.
On peut dire que ces grands médias ont participé à l’écriture du scénario inventé par Tepco et les autorités japonaises, qui veulent à tout prix nier la réalité afin de préserver leur pouvoir et leurs intérêts. En persistant à couvrir ce déni, c’est son rôle de contre-pouvoir que la grande presse sacrifie et avec lui les conditions d’existence d’une démocratie saine. A rebours de leur gouvernement qui affirme sa volonté de continuer le nucléaire, 85 % des Japonais désireraient en sortir [5]. Que choisiront de faire ces grands médias au milieu d’un pareil grand écart ? Et les nouveaux médias citoyens réussiront-ils à avoir enfin prise sur la société pour faire bouger les lignes ?
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Notes :
[1] Sauf le 23 mars 2011, où le pouvoir a mis en ligne le résultat, aussitôt retiré du site. Rien ne sera plus publié jusqu’au 3 mai (cf. l’enquête publiée par le New York Times, « Japan Held Nuclear Data, Leaving Evacuees in Peril », 8 août 2011). L’agence de presse japonaise Kyodo News a révélé le 16 janvier que les résultats de la simulation étaient communiquées dès le 14 mars à l’armée et aux autorités américaines.
[2] Un journaliste indépendant, Kazuo Hizumi (rédacteur en chef du site d’information News for the People in Japan) vient de publier, en collaboration avec un autre journaliste indépendant, Ryuichi Kino, un livre sur la dissimulation et le mensonge de Tepco et des autorités japonaises intitulé Vérification : l’accident nucléaire de Fukushima — La conférence de presse (en japonais), aux éditions Iwanami shoten.
[3] A de rares exceptions près, notamment l’émission de radio locale d’Osaka « Tanemaki Journal », qui questionne tous les jours un physicien nucléaire et un théoricien anti-nucléaire, M. Hiroaki Koidé, dont les propos sont retransmis sur Internet (en japonais).
[4] Le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oé sera présent au salon du livre de Paris, du 16 au 19 mars, qui rend hommage à la littérature japonaise.
[5] Sondage effectué les 20-21 août par le quotidien Mainichi Shinbun : « sortie immédiate » à 11 %, « sortie progressive » à 74 %, « pas besoin de diminuer la part d’énergie nucléaire » à 13 %.
Seize espèces de papillons menacées de disparition en France
La destruction des espaces naturels est la première cause du déclin des populations de papillons
Seize espèces de papillons de jour sont menacées de disparition en France métropolitaine et dix-huit autres quasi menacées. C’est ce que révèle le nouveau chapitre de la Liste rouge des espèces menacées en France, consacrée pour la première fois en métropole à un groupe d’insectes. Le risque de disparition des 253 espèces de papillons de jour a été étudié par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle, en collaboration avec l’Office pour les insectes et leur environnement et la Société entomologique de France.
Un fort déclin historique, toujours d’actualité
Les populations des papillons de jour ont fortement chuté en France dans les années 70 et 80, en raison de l’intensification des pratiques agricoles et d’une urbanisation croissante. Ce déclin se poursuit aujourd’hui encore pour de nombreuses espèces. Ainsi, l’Hermite, un papillon autrefois bien réparti en France, a subi une régression de ses effectifs de l’ordre de 30% sur les 10 dernières années, ce qui le classe dans la catégorie “Vulnérable”, et l’Azuré du mélilot est lui classé “Quasi menacé”.
La dégradation des milieux naturels en cause
La destruction importante des milieux naturels et leurs transformations sont les principales causes de ce déclin. Du fait de leur biologie singulière, les papillons de jour sont en effet très sensibles aux modifications de leur environnement. Par exemple, chez la plupart des espèces, les chenilles ne se nourrissent que sur une seule ou quelques plantes spécifiques, appelées “plantes-hôtes”.
Ainsi, la régression de l’Azuré de la sanguisorbe est liée à celle des prairies humides où pousse la Sanguisorbe officinale, l’unique plante-hôte de ce papillon original, dont la chenille vit un temps au sein d’une fourmilière. Avec l’intensification des pratiques agricoles, ces prairies ont été remplacées par des cultures ou modifiées par l’apport d’engrais, et ce papillon est aujourd’hui classé “Vulnérable”. De même, le Mélibée est menacé par la disparition des prairies humides à Molinie, sa plante-nourricière, remplacées notamment par des plantations de résineux. Il ne subsiste plus que dans quelques localités du massif du Jura et se trouve désormais “En danger critique” en France.
Le développement des routes et des zones urbaines est également l’une des causes majeures de la disparition et de la fragmentation des milieux naturels propices aux papillons. Ainsi, l’Hespérie du barbon, victime de l’urbanisation du littoral méditerranéen, n’a pas été revue depuis plus de 10 ans et a été classée “En danger critique” en France.
Enfin, le changement climatique constitue une menace supplémentaire. L’élévation des températures pousse certains papillons à rechercher des conditions de vie plus favorables vers le Nord ou en altitude. Mais certaines espèces ne trouvent pas de nouveaux refuges et voient leur aire de répartition régresser en France, comme le Fadet des tourbières, classé “En danger”.
Des mesures de préservation à renforcer
La préservation des papillons de jour passe nécessairement par celle des milieux où ils vivent. Une quinzaine d’espèces font déjà l’objet d’une protection réglementaire incluant leurs aires de reproduction et de repos, et les quatre Azurés du genre Maculinea bénéficient d’un plan national d’action. Toutefois, le renforcement des mesures de préservation des habitats apparaît comme une nécessité pour enrayer le déclin des papillons en France. Comme pour beaucoup d’autres espèces, l’évolution des pratiques agricoles et l’arrêt de l’artificialisation des milieux naturels sont indispensables pour empêcher que les seize espèces aujourd’hui menacées ne disparaissent du territoire métropolitain et que les dix-huit autres “Quasi menacées” ne deviennent menacées à leur tour.
Les insectes résistants aux OGM se multiplient aux Etats-Unis
Des scientifiques s’inquiètent aux Etats-Unis de l’apparition d’insectes résistants aux OGM, les chrysomèles des racines du maïs.
Pour vingt-deux entomologistes étatsuniens, spécialistes des insectes ravageurs du maïs, les plantes transgéniques insecticides pourraient être à la base d’importants problèmes agricoles si rien n’est fait aujourd’hui. Ces scientifiques tirent la sonnette d’alarme suite à l’apparition d’insectes résistants à la protéine insecticide Bt Cry3Bb1, exprimée par certaines plantes génétiquement modifiées (PGM). Dans une lettre adressée au ministère étatsunien de l’Environnement (EPA) début mars, ils demandent à l’administration que la lutte contre les parasites relève d’une approche intégrée ne reposant pas que sur une « une seule tactique » (le « tout transgénique » par exemple). Surtout, ils souhaitent que la situation soit considérée comme urgente [1].
Des plantes transgéniques comme les maïs MON810, MON863 ou MON88017, tuent les insectes en exprimant une protéine insecticide de la famille des protéines Cry. La mise en culture de telles plantes insecticides est l’objet de plusieurs controverses, notamment sur le risque d’apparition de résistances de certains insectes vis-à-vis de ces protéines. Pour limiter ce risque, plusieurs mesures ont été prises comme l’implantation obligatoire, au sein d’un champ de plantes génétiquement modifiées (PGM) insecticides, de zones dîtes « refuges », cultivées avec des plantes non GM afin de diminuer l’exposition des insectes cibles aux toxines et donc de limiter cette apparition de résistance.
Si pendant plusieurs années, les promoteurs des PGM ont affirmé qu’aucun cas d’apparition de résistance chez des insectes cibles n’avait été observé, ce n’est plus le cas depuis la publication d’une étude réalisée par l’équipe du Pr. Gassmann en 2011 [2]. Pour les vingt-deux scientifiques, cette publication doit être lue comme un signal d’alarme, même si elle ne concerne pour l’instant que la résistance d’une seule espèce d’insecte (la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera) à une seule protéine Bt (la Cry3Bb1, présente par exemple dans les maïs MON863 et MON88017).
L’apparition de résistance doit changer les règles de mises en culture
Des maïs transgéniques exprimant la protéine Cry3Bb1 sont cultivés commercialement aux Etats-Unis depuis 2003. Des maïs exprimant d’autres protéines Bt comme Cry34/35Ab1, mCry3A ou un empilement de deux protéines, ont été commercialisés depuis. Mais avec des insectes résistants à une des deux protéines, la Cry3Bb1, l’efficacité de ces maïs doit être reconsidérée. Surtout, les pratiques agricoles encadrant les cultures de PGM insecticides doivent être revues. Car l’empilement de protéines Bt dans une même plante a conduit l’administration à revoir à la baisse les surfaces obligatoires des zones refuges, destinées à ralentir l’apparition de résistance : 20% du champ pour les maïs à un transgène et 10% puis 5% pour des maïs à deux transgènes. Et ce, parce qu’une efficacité plus grande des maïs à deux protéines insecticides pour tuer les chrysomèles est attendue.
Avec la résistance effective à la protéine Cry3Bb1, la disparition progressive des zones refuge accentue logiquement le risque d’apparition de résistance à la seconde protéine Bt exprimée. Les chercheurs précisent même que la protéine Cry34/35Ab1 est utilisée par deux autres entreprises dans des maïs empilés différents (c’est-à-dire avec plusieurs transgènes), accentuant donc quantitativement les impacts agricoles qu’auraient une apparition de résistance à cette protéine.
Les chercheurs, qui travaillent dans différentes universités publiques et privées ainsi qu’au ministère de l’Agriculture (USDA), expliquent que « l’utilisation généralisée de maïs hybrides Bt dans des zones où cela ne se justifie pas économiquement, l’utilisation répétée d’hybrides exprimant la même toxine année après année, les violations des règles de mise en place de zones refuge et la disponibilité décroissante d’autres modes de gestion des parasites » sont autant de facteurs permettant l’apparition de chrysomèles résistantes à la protéine Cry3Bb1.
Le cas de résistance renseigné en 2011 [3] amène les scientifiques à s’inquiéter « des implications immédiates de ces [apparitions de résistance chez la chrysomèle] sur la durabilité du maïs à protection empilée contre la chrysomèle du maïs, ainsi que de leurs impacts potentiels à long terme sur la production de maïs ».
Un modèle agricole à revoir, au moins partiellement
Selon les entomologistes, avec les plantes transgéniques, un tournant dans la manière de lutter contre les parasites s’est opéré. Les parasites évoluent et s’adaptent aux différentes méthodes utilisées pour les combattre. Pour que la lutte contre les parasites reste efficace, il est nécessaire que ces méthodes puissent évoluer. Or, l’expression en permanence par la plante des toxines Bt transgéniques « implique qu’elles ne peuvent être appliquées ou retirées en réponse à un changement de la densité des insectes. La sélection de résistance s’effectue donc partout où du maïs Bt est cultivé et où des insectes sensibles sont présents ». Les entomologistes préconisent donc la rotation des cultures transgéniques, la mise en culture de maïs non transgénique dans les zones où il n’est pas nécessaire, et la non utilisation d’insecticides sur les cultures de maïs transgénique.
Mais encore faut-il que ces maïs non GM soient disponibles... Car, selon les vingt-deux chercheurs, « plusieurs rapports font état des difficultés croissantes pour obtenir des semences non transgéniques ». Une faible disponibilité qui complique l’éventuelle mise en place de cultures de maïs non GM dans les zones où le maïs Bt n’est pas nécessaire ou celle de l’augmentation des surfaces de zones refuges (3), solution préconisée pour résoudre le problème d’apparition de résistance [4].
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Notes :
[1] Comment submitted by Patrick Porter, North Central Coordinating Committee NCCC46 (22 members), 5 mars 2012.
[2] Meunier, E., « ETATS-UNIS – La chrysomèle résiste au maïs transgénique censé la tuer », Inf’OGM, septembre 2011.
[3] cf. note 2
[4] National public radio
En Ethiopie, les plantations de canne à sucre menacent les tribus de l’Omo
Les autorités éthiopiennes ont révélé par erreur l’existence d’un ambitieux projet de relocalisation des tribus de la basse vallée de l’Omo qui font obstacle à un vaste programme de plantation.
La carte que Survival International s’est procurée était incluse dans un rapport interne de l’Agence nationale de conservation de la faune (EWCA) qui étudie l’impact environnemental du projet de plantations de canne à sucre dans la vallée de l’Omo et montre les lieux où le gouvernement éthiopien prévoit de relocaliser les tribus dont les terres et les communautés seront affectées par les projets de développement.
Elle dévoile l’ambition démesurée de ce projet qui est déjà en train de détruire les terres des tribus mursi, bodi et kwegu.
Des sources bien informées nous ont confirmé qu’au moins trois camps de relocalisation étaient en cours de construction sur le territoire des Bodi, au nord de la vallée inférieure de l’Omo.
Tandis que s’accélère à un rythme effréné le développement de la vallée de l’Omo, les violents abus de droits de l’homme envers les communautés tribales deviennent monnaie courante.
‘Je n’attends plus que la mort maintenant que le gouvernement a pris ma terre… Il veut rassembler tous les peuples de la vallée de l’Omo dans un seul lieu’, a déclaré un Mursi à Survival.
Il a été annoncé à de nombreuses tribus que le gouvernement confisquerait leur bétail (une part importante de leurs moyens de subsistance). Ils n’auront alors pas d’autre choix que de devenir des ouvriers dans les plantations qui occuperont leurs terres. Comme le dénonce un Bodi : ’Le gouvernement nous ment quand il nous dit que lorsque nous aurons quitté nos terres il subviendra à tous nos besoins alimentaires’.
Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘La divulgation inopportune de cette carte révèle l’intention non avouée du gouvernement éthiopien de relocaliser les tribus dans la vallée inférieure de l’Omo. S’ajoutant aux nombreux rapports sur les évictions violentes et les manœuvres d’intimidation dont le gouvernement use pour parvenir à ses fins, ce document confirme l’objectif final de ce dernier - et son refus de respecter les droits de quiconque se trouve sur son chemin’.
Une mission de l’Unesco est au Kenya depuis le 14 mars. Elle est chargée de mener une enquête approfondie dans la région du lac Turkana pour répondre aux préoccupations des Nations-Unies quant aux impacts culturels et environnementaux du barrage de Gibe III sur la population, estimée à un demi-million de personnes, vivant en aval de l’Omo, en particulier dans les environs du lac Turkana.
Le moratoire sur la culture d’OGM de nouveau en place
Le Premier ministre François FILLON, Ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement et Bruno LE MAIRE, Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire ont adressé le 20 février 2012 une note à la Commission européenne pour l’informer de la nécessité de prendre des mesures d’urgence concernant la mise en culture du maïs MON810 en application de l’article 34 du règlement (CE) 1829/2003. La Commission a informé les autorités françaises qu’elle avait saisi l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) mais n’envisageait pas de prendre de mesure d’urgence dans l’attente de l’avis de l’AESA.
En raison de la proximité de la période des semis, le ministre de l’Agriculture a décidé ce jour [16 mars] de prendre une mesure conservatoire visant à interdire temporairement la culture du maïs MON810 sur le territoire national afin de protéger l’environnement.
L’arrêté du ministre sera publié au Journal officiel du dimanche 18 mars 2012.
Ile-de-France : pic de pollution, le préfet reste les bras croisés
Depuis 4 jours, les pics de pollution aux particules se succèdent et s’aggravent : trois dépassements successifs « d’information », lundi, mardi et mercredi, et même, hier jeudi 15 mars, pour la première fois dépassement du seuil « d’alerte »… lequel pourrait de nouveau être dépassé vendredi 16.
Or au titre même de la règlementation en vigueur, le dépassement du seuil d’alerte doit conduire le Préfet de Police à mettre en œuvre des mesures dite « d’urgence » telles que le contournement de la zone dense pour les camions en transit, abaissement de 20 km/h de la vitesse sur les grands axes, immobilisation des véhicules administratifs antérieur à 1998, circulation alternée… Rien de tout cela n’a été décidé et encore moins mis en œuvre
Pic après pic (plus de 20 jours de dépassement en 2 mois et demi), on se contente d’inviter les automobilistes à modérer leur vitesse – sans jamais vérifier si cela a le moindre impact –, tandis qu’est demandé aux victimes potentielles (enfants des écoles, asthmatiques, sportifs) de ne pas s’exposer. Préconisations aléatoires pour les sources de pollution ; consignes impératives pour les victimes : cherchez l’erreur.
Comme l’a de nouveau constaté Airparif le 15 mars, lors de la présentation de son bilan annuel de la qualité de l’air, c’est plus de 25 % de la population francilienne qui est régulièrement exposée à cette pollution extrêmement nocive pour la santé, et dont les études médicales ont montré qu’elle abrège notre espérance de vie de 6 mois et fait plus de 40 000 morts par an en France.
Va-t-on rester éternellement les bras croisés pendant que les franciliens, et particulièrement les enfants et les personnes fragiles, respirent quotidiennement un air toxique ?
Festival d’écologie urbaine et populaire
La 4e édition du festival Effet de C.E.R.(Cinéma, Écologie, Résistances) se tiendra du 16 au 18 mars 2012, au Centre Culturel Jean Vilar de L’Ile-Saint-Denis. Avec 11 films et 8 débats, la programmation cette année est orientée autour de 2 thématiques : « LA REVOLUTION ENERGETIQUE EN FRANCE » et « 2012 : DE L’INDIGNATION A L’ENGAGEMENT ».
Au programme notamment : « Sortir ou pas du nucléaire » de Thomas Johnson (avant-première en salle), « Into Eternity », « Tous au Larzac », « Plus jamais peur », « l’aventure Greenpeace » ...
Le festival Effet de C.E.R. est également le lieu de rencontres entre spectateurs, réalisateurs, scientifiques, associations et militants : cette année, Bernard Laponche, ingénieur spécialiste de l’énergie nucléaire, Xavier Renou, collectif des désobéissants, Lina Ben Mhenni, cyberdissidente, blogueuse et journaliste tunisienne, Mourad Ben Cheikh, réalisateur...
mais encore... − 2 Cartes blanches données à Sortir du Nucléaire (samedi 10h30) et à Greenpeace (dimanche 11h) − 1 exposition « Pierre Fournier, dessins politiques et militants » − Des signatures des ouvrages de Claude-Marie Vadrot, Lina Ben Mhenni, Danielle Fournier, … − Des séances jeunes public pour les scolaires − Des stands associatifs : Greenpeace, Sortir du Nucléaire, Inf’OGM, Silence...
Cette édition est placée sous le parrainage d’Hervé Kempf, journaliste et auteur de L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie.
Les débats sont animés grâce au concours de nos partenaires presse Silence, Politis, Rue89, Alternatives Economiques, Altermondes, EcoRev’, Basta !, TerraEco et Public Sénat.
- INAUGURATION VENDREDI 16 MARS A 19h -
Pass 3 jours = 3€, gratuit pour les moins de 15 ans
Centre culturel Jean VILAR, 3 rue Lénine , L’Ile-Saint-Denis (93)
Plus de renseignements : 01 49 22 11 20
En partenariat avec REPORTERRE.
L’Argentine annonce un OGM résistant à la sécheresse
Qualifiée d’événement majeur par la présidente Cristina Kirchner, la création d’un soja OGM résistant à la sécheresse par les laboratoires argentins inquiète les écologistes. Pour Greenpeace, ces semences vont aggraver la déforestation dans des zones jusque là épargnées.
La création de graines de soja capables d’offrir d’excellents rendements sur des sols secs et chargés de sel apparaît à première vue comme une excellente nouvelle. Du côté du gouvernement, on se félicite des travaux menés par l’Université Nationale du Littoral (UNL) et par le Conseil national d’investigations scientifiques et technologiques (CONICET). Selon la présidente, les deux organismes percevront chacun quelques 75 millions de dollars de royalties grâce à ce nouveau brevet.
La nouvelle suscite pourtant l’inquiétude des écologistes, qui dénoncent l’absence de contrôle de l’expansion de ces cultures intensives. Hernán Giardini, responsable de la campagne Forêts chez Greenpeace, s’inquiète : « Sans l’adoption d’une politique interdisant totalement la déforestation, cette graine OGM signera la fin des dernières forêts primaires du Chaco. Sans contrôle, elle permet de développer des cultures dans des zones boisées où il pleut très peu, possédant des sols salins. Et elle encourage la ’sojatisation’ de nouvelles régions, comme la Patagonie. »
Entre 1998 et 2006, l’Argentine a perdu plus de 2 millions d’hectares de forêts, soit près d’un hectare toutes les deux minutes.
Des méthodes culturales nocives
L’épandage massif de glyphosate (principal composant du célèbre désherbant RoundUp) associé aux cultures OGM est également accusé de provoquer cancers, pertes de fertilité et troubles neurologiques au sein de la population rurale.
« Les résultats de l’expansion du soja OGM dans notre pays sont flagrants : la frontière agricole a reculé aux dépens des forêts primaires ; une perte importante de biodiversité a eu lieu ; des milliers de familles de paysans et d’indigènes ont été expulsées ; la concentration des terres s’est aggravée ; l’utilisation de produits chimiques aux effets nocifs pour la santé humaine et pour l’environnement a augmenté de manière exponentielle. »
Un accord passé entre les organismes publics ayant créé les nouvelles semences et les entreprises Arcadia (États-Unis) et Bioceres (Argentine) devrait permettre leur commercialisation d’ici 2014 ou 2015.
Le brevet a déjà été approuvé par les principales nations productrices de soja, à savoir l’Argentine, le Brésil, l’Inde, les États-Unis et le Mexique. Pour l’Argentine, les enjeux économiques sont colossaux : si les nouvelles graines connaissent un succès à l’échelle mondiale, elles pourraient rapporter jusqu’à 2,5 milliards de dollars par an.
En Lozère, EELV prend position contre l’éolien industriel
« Le développement des unités industrielles de production d’énergie renouvelable (éoliennes mais aussi fermes photovoltaïques) est un nouvel encouragement à la fuite en avant de la consommation énergétique, et vous n’avez aucune raison d’y sacrifier nos espaces naturels qui constituent la principale richesse non délocalisable de notre département. »
Madame, monsieur le maire,
Comme tous les maires et élus de la Région vous allez recevoir prochainement pour avis le projet de volet éolien du schéma régional « Climat-Air-Energie », lequel doit être adopté avant le 30 juin (ou au plus tard le 30 septembre 2012). Les grandes lignes de ce document sont connues et ont été présentées à Montpellier le 8 novembre dernier.
En Lozère, le Parc National des Cévennes et le grand site des gorges du Tarn et de la Jonte sont les seuls espaces naturels protégés juridiquement. En l’absence de tout autre type de zone protégée, le reste du département, comme 80 % du territoire régional, a été classé zone favorable au développement de l’éolien sous réserve de la prise en compte d’enjeux environnementaux jugés « forts ». Mais déjà et sans attendre la publication du schéma régional, 40 éoliennes tournent ou ont obtenu leur permis de construire. Six Zones de Développement de l’Eolien [ZDE] en cours d’instruction vont permettre la construction de dizaines de machines qui vont impacter lourdement nos paysages. L’approbation de ce Schéma Régional sera un nouveau pas dans cette direction.
L’abandon programmé de l’électronucléaire et la réduction de la dépendance vis à vis des énergies carbonées sont des objectifs impératifs pour notre survie. On ne pourra les atteindre sans, simultanément, mettre en œuvre des mesures massives de réduction de la consommation énergétique, encourager la sobriété et l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables. C’est seulement dans ce cadre que le développement de l’éolien se justifierait. Alors et seulement alors, vous pourriez accepter de voir modifier les paysages auxquels nous sommes tous attachés, tout en cherchant bien sûr à en réduire les impacts.
Vous ne pouvez pas juger de l’intérêt d’un projet de production énergétique simplement à l’aune de ses retombées directes sur le budget de votre collectivité. Nous comprenons bien votre souci quotidien de recherche de financement, mais il serait dommage que le nécessaire débat sur la transition énergétique soit pollué par un probléme dont la solution est ailleurs.
Les collectivités locales, à une échelle restant à définir, doivent se réapproprier la politique énergétique : - pour rapprocher les sites de production et les zones de consommation et diminuer ainsi les pertes en ligne (8% de la production) ; - pour impulser au plus près des usagers une politique de sobriété et de lutte contre le gaspillage ; - pour encourager les petites unités de production d’énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque,…) ; - pour ne pas laisser les intérêts privés gérer un bien public vital ; - pour lutter contre la précarité énergétique.
En l’absence d’une telle politique, le développement des unités industrielles de production d’énergie renouvelable (éoliennes mais aussi fermes photovoltaïques) apparaît comme un nouvel encouragement à la fuite en avant de la consommation énergétique, et vous n’avez aucune raison d’y sacrifier nos espaces naturels qui constituent la principale richesse non délocalisable de notre département.
Europe Ecologie Les Verts vous demande donc de rejeter le Schéma Régional Eolien tel qu’il va vous être présenté. La politique de transition énergétique et de préservation des espaces naturels que nous espérons mettre en œuvre avec tous les élus conscients des véritables urgences pour notre avenir redonnera tout son sens au développement des énergies renouvelables. Vous pourrez alors vous prononcer sur l’implication de votre territoire dans cette grande mutation écologique.
Le chantier de l’EPR de Flamanville est encalminé
Il faudra plusieurs mois avant de pouvoir reprendre le bétonnage.
Il faudra « plusieurs mois » pour remplacer les élément défectueux du bâtiment du réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville, a annoncé EDF. Cela repousse d’autant la reprise du bétonnage du bâtiment, interrompue fin février. Cependant, l’opérateur maintient « la mise en service en 2016 », a-t-il précisé.
Pendant ces mois, il faudra pour le constructeur refabriquer quarante-six « consoles », des boîtes métalliques sur lesquelles doit prendre appui le futur pont de manutention du réacteur. EDF a en effet décidé de les « remplacer en totalité » en raison de « défauts ». Le 1er mars, EDF avait déjà annoncé avoir interrompu le bétonnage en raison de défauts, dont l’ampleur et la gravité étaient en cours d’examen.
L’électricien va essayer de réorganiser le chantier pour avancer certains travaux qui devaient être effectués après la pose du dôme du réacteur, qui n’aura pas lieu à l’été, comme annoncé encore il y a quelques mois, a-t-il ajouté.
EDF a annoncé à deux reprises un report de la mise en service de l’EPR de Flamanville, qui a pris un retard de quatre ans. Le bâtiment réacteur a presque atteint sa hauteur finale. Le génie civil du chantier est terminé à 90 %, selon EDF. C’est maintenant l’électro-mécanique qui prend le relais.
Le coût de ce réacteur, lancé pour être une vitrine à l’exportation, a quasiment doublé à 6 milliard d’euros, contre 3,3 milliards en 2005. Il a été en 2011 au cœur de désaccords entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts, ces derniers exigeant une suspension du chantier, que François Hollande n’estime pas opportune.
Le Brésil dévaste l’Amazonie au nom de l’économie
L’invasion de l’Amazonie est repartie de plus belle, avec encore moins de précaution qu’il y a vingt ans. Au Brésil, mais aussi en Guyane, la ruée vers l’or et les matières premières se fait en saccageant l’environnement et en détruisant les communautés amérindiennes.
Daniel Schweizer est documentariste et a réalisé plusieurs films sur les Amérindiens d’Amazonie, dont le plus récent s’intitule « Indiens en sursis ».
Courrier International - Les Amérindiens d’Amazonie sont-ils menacés de disparition ?
Daniel Schweizer - Oui, la plupart des communautés amérindiennes du plateau des Guyanes jusqu’au Pérou sont en grand danger. Avec la suprématie actuelle des milieux économiques fondée sur le dogme de la croissance, on assiste à l’ultime phase de la Conquista initiée en 1492.
Les Amérindiens sont victimes d’une véritable guerre économique car les sous-sols des terres où ils vivent recèlent des richesses convoitées par les multinationales et les Etats. C’est le retour de la ruée vers l’or ! Prenez par exemple le cas du niobium [métal qui fait partie des terres rares]. Il sert, entre autres, à fabriquer des conducteurs pour les centrales nucléaires. Le Brésil en est le principal producteur et cherche à tout prix à exploiter ce minerai en particulier dans la région du Xingu [dans l’Etat du Pará]. Le contexte actuel de crise économique n’arrange rien : dans l’indifférence générale, les décideurs, décomplexés, lancent des grands projets sans tenir compte des conséquences pour les peuples autochtones et l’environnement. C’était inimaginable il y a vingt ans.
Au Brésil, justement, les travaux de construction du barrage gigantesque de Belo Monte sur le fleuve Xingu ont commencé malgré les vives oppositions des Amérindiens et des écologistes.
En réalité, il s’agit de cinq barrages et aucun rapport sur leur impact environnemental n’a été rendu public. Les ressources hydrauliques de Belo Monte ne bénéficieront pas aux populations locales mais serviront à alimenter en grande partie les usines de transformation de l’aluminium de la région. Il faut dire que le discours de Dilma Rousseff [élue présidente en 2010] est très clair : « Le Brésil doit consommer et produire. »
Actuellement, le Sénat discute un projet de loi sur l’exploitation minière qui permettrait de se lancer à l’assaut des terres des Amérindiens au mépris de leurs droits et des textes nationaux et internationaux qui les consacrent. Les peuples d’Amazonie sont totalement désemparés. Les Kayapos [au nombre d’environ 7 000 dont le célèbre Raoni, auquel le cinéaste franco-belge Jean-Pierre Dutilleux a consacré un documentaire] n’ont jamais été consultés sur le projet Belo Monte malgré la convention 169 de l’OIT [ce texte de l’Organisation internationale du travail est à ce jour le seul instrument contraignant de protection des droits des peuples autochtones] et la législation brésilienne elle-même. Le gouvernement brésilien refuse de dialoguer avec eux ainsi qu’avec les ONG. Les Amérindiens sont menacés à la fois parce qu’ils défendent leur mode de vie traditionnel et leur droit à la terre. C’est une véritable logique économique et politique qui est à l’œuvre et dont l’assouplissement du code forestier [en attente de l’accord de Dilma Rousseff] est un exemple frappant.
La condamnation unanime des Amérindiens, des communautés riveraines, de la Commission interaméricaine des droits de l’homme ou bien encore l’appel lancé à la communauté internationale par Raoni ne peuvent-ils pas faire reculer le gouvernement brésilien ?
C’est malheureusement trop tard, le dernier recours devant la justice a échoué fin 2011. Mais la responsabilité de la communauté internationale est engagée. Le projet va coûter des dizaines de milliards de dollars, quelles banques vont le financer ? Les Européens à travers leurs entreprises, à l’image d’Alstom, et leurs banques participeront à ce désastre. Comme pour l’Afrique, les ressources naturelles brésiliennes sont un grand gâteau et on se pousse au portillon pour les exploiter à n’importe quel prix. C’est la course au productivisme.
Le Brésil veut réaliser un grand bond en avant pour rattraper les grandes puissances, oubliant au passage deux principes fondamentaux : le respect des populations autochtones et la préservation de l’environnement. Comment peut-on accepter de transformer ainsi une région aussi rapidement sans penser au moyen et long terme ? L’arrivée de centaines de milliers d’immigrés [économiques, en provenance pour la plupart d’autres Etats brésiliens] va précipiter l’acculturation du mode de vie des peuples autochtones et leur disparition. Comment croyez-vous que les quelque 2.000 Jurunas vont résister ?
Malheureusement, pour la majorité de la population, le territoire brésilien est tellement vaste qu’elle n’a pas conscience des conséquences dramatiques pour son pays et pour la planète. Mais, comme disent les Amérindiens : « La terre ne nous appartient pas, ce sont nos petits-enfants qui nous la prêtent. »
Dans votre précédent documentaire, vous alertiez sur la situation dramatique des Amérindiens de la Guyane française, victimes d’une véritable catastrophe sanitaire et écologique due à l’orpaillage clandestin et à la pression des grandes compagnies aurifères. Trois ans après, les choses ont-elles changé ?
Non, rien n’a changé. Les intérêts économiques sont trop importants. Il y a bien évidemment la dizaine de milliers d’orpailleurs clandestins qui opèrent, mais qui achète leur or ? Des comptoirs situés à Maripasoula, une ville française. D’ailleurs, la Guyane française exporte le triple de l’or qu’elle exploite officiellement et ne se soucie donc guère de sa provenance. Aucune enquête n’est menée par la douane française sur la filière de l’or. Et, sur le plan international, il n’existe aucune volonté de créer une traçabilité en la matière. Le métal précieux est acheminé dans d’autres pays dont la Suisse pour être transformé. Je mets au défi les banques et les joailliers de définir sa provenance !
Pourtant, un label de traçabilité existe pour les diamants ou le bois exotique. En Guyane, la forêt primaire est mise à sac, les rivières et les criques sont polluées par des tonnes de mercure et de boue. L’empoisonnement au mercure entraîne de graves malformations des fœtus. Dans les villages amérindiens, certains enfants naissent avec des membres en moins, d’autres totalement paralysés. Au mépris des lois et du bon sens, on assiste à la destruction de la forêt équatoriale et à l’ethnocide d’un peuple sans que personne ne semble s’en émouvoir. Nicolas Sarkozy se promène en pirogue et la Croix-Rouge française affiche son mépris en demandant aux Amérindiens de ne plus manger de poisson ! Le droit à l’alimentation est pourtant un droit humain. J’ai parlé à des militaires qui sont dépités. De temps en temps, ils démantèlent un site d’orpaillage mais quelques jours après, les orpailleurs reviennent. Il y a un manque criant de moyens.
Les Amérindiens sont-ils porteurs d’un message à l’heure où le système économique est à bout de souffle ?
Les Amérindiens sont les premiers écologistes. De tout temps, ils ont vécu en harmonie avec la nature. Ils chassent et exploitent les ressources naturelles pour se nourrir et non pour accumuler des biens. Ils ne comprennent pas l’attitude de l’homme blanc.
Deux visions du monde s’affrontent : d’un côté, des peuples qui savent que la terre n’est pas infinie, de l’autre des envahisseurs qui ne raisonnent qu’à court terme. Nous aurions beaucoup à apprendre à leur contact, hélas personne ne les écoute. Les Amérindiens d’Amazonie ont pointé les problèmes et mis en garde sur les conséquences du comportement de l’homme blanc. Dans leur cosmogonie, le ciel est déjà tombé une fois sur la Terre ; si rien n’est fait, il risque de tomber à nouveau.
Propos recueillis par Daniel Matias
Inde et Chine se disputent l’énergie du siècle : le charbon
L’énergie qui a le vent en poupe, c’est le charbon, qui nourrit la croissance des grands pays émergents. Conséquence : les émissions de gaz à effet de serre s’envolent.
Enerdata, le cabinet d’études et de conseil indépendant spécialisé dans le secteur de l’énergie a réalisé une petite étude sur le Charbon intitulé « Compétition de la Chine et de l’Inde autour des ressources en charbon » Les prises de contrôle de ressources pétrolières et gazières se multiplient sur tous les continents. Celles de ressources charbonnières aussi, mais, en Europe, on le sait moins.
Bien que l’Allemagne et la Pologne construisent une dizaine de centrales thermiques charbon, les combustibles solides semblent appartenir au passé. Le principal champ sur lequel s’affrontent leurs acteurs s’est, en outre, déplacé du proche Atlantique au lointain Pacifique.
Le charbon ne cesse cependant de consolider sa place de second dans le bilan énergétique mondial (28 %) juste derrière celle du pétrole (32 %) et devant celle du gaz (22%), à la fois parce qu’il reste la principale source de production d’électricité (40 %) et parce qu’il est le socle de la forte croissance énergétique des économies émergentes d’Asie.
Certaines d’entre elles ayant épuisé leurs réserves sont devenues de grandes importatrices (Japon, Corée, Taiwan). D’autres, encore riches, doivent compléter leur production nationale par des importations (Chine et surtout Inde (1)). Derrière ces dernières, Indonésie, Vietnam, Thaïlande ou Philippines restent aux aguets.
Tous ces pays, en effet, redoutent de se trouver exclus du partage des ressources qui bordent le Pacifique, des confins de la Sibérie et de la Mongolie aux territoires encore peu explorés d’Afrique australe, en passant par ceux des grands exportateurs actuels que sont l’Australie, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et même le Canada et la Colombie.
Sur les quatre continents auxquels appartiennent ces pays, la compétition prend un tour de plus en plus vif. Les compagnies japonaises, telle Mitsubishi, engagées de longue date en Australie aux côtés de multinationales comme BHP-Billiton ne paraissent pas les plus agressives. Il en va différemment des groupes chinois intéressés par les adjudications de nouveaux périmètres d’exploration ou les achats d’actifs de compagnies locales dans la plupart des pays disposant de ressources charbonnières. Leur offre est souvent assortie de la proposition de construire une voie ferrée d’évacuation du minerai ou une centrale thermique destinée à consolider le parc électrique du pays d’accueil.
Ces groupes chinois, dont Shenhua est le plus emblématique, entrent de plus en plus fréquemment en compétition avec des groupes indiens, fortement soutenus par leur gouvernement soucieux de l’avenir de ses industries électriques et sidérurgiques.
L’entrée de Tata Power dans Bumi Resources en Indonésie avait ouvert une voie dans laquelle se sont engouffrées nombre de compagnies : en Australie où Adani installe une chaîne intégrée de 20 Mt/an qui se termine à Mundra en Inde ; au Mozambique où Tata Steel s’est alliée à l’australien Riversdale pour affronter le brésilien Vale en vue d’exploiter les grands gisements du bassin du Tete. Dans la même région, Chinois et Indiens se retrouveront vraisemblablement face à face au Botswana dès que sera éclaircie la question des itinéraires d’évacuation du minerai.
Les conséquences de cette compétition dans la plupart des pays riverains du Pacifique sont multiples. Sous l’angle de l’économie, l’ouverture de nouveaux champs, presque tous à ciel ouvert, limite la tendance à la hausse des coûts d’exploitation des charbons vapeur et cokéfiables.
En outre, les aménagements portuaires qui suivent favorisent la densification des échanges (le milliard de tonnes est sur le point d’être franchi), donc la concurrence et la forte compétitivité du charbon sur le marché des gros usages sous chaudière.
Sous l’angle de l’écologie, les résultats sont inverses puisque le recours accru au charbon dans les pays à forte croissance énergétique pousse les émissions de CO2 bien au-delà du plafond fixé par le GIEC pour éviter de graves dérèglements climatiques.
Sous l’angle de la géopolitique, l’entrée des grands investisseurs asiatiques est fréquemment source d’inquiétude : en Australie, elle s’est exprimée à plusieurs reprises à l’égard des groupes chinois par des protections plus ou moins déguisées ; au Canada, elle est plus récente mais non moins vive ; en Mongolie, la confrontation Chine-Russie revêt la forme de projets ferroviaires concurrents pour évacuer la production du désert de Gobi, notamment celle de l’énorme gisement de Tavan Talgoi ; en Sibérie orientale, ce sont les perspectives d’exploitation d’Elga, autre gisement géant, qui aiguisent la compétition entre Chine et Japon.
Les Etats-Unis et l’Europe occidentale resteront-ils simples spectateurs de cette compétition lointaine ? Ce n’est pas certain, puisqu’elle se répercute déjà sur les exportations étasuniennes qui se réorientent vers le Pacifique via de nouveaux aménagements portuaires sur sa côte ouest. Elle a aussi été à l’origine d’une mission indienne venue prospecter la possibilité d’acquérir des mines de charbon en Europe centrale.
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Note :
(1) La Chine a importé 6% de sa consommation en 2010 alors qu’elle était exportatrice nette jusqu’en 2008 : elle a représenté 15% des importations totales mondiales en 2010. Les importations de l’Inde sont elles passées d’un peu moins de 10% de sa consommation en 2000 à 19% en 2010 (9% des importations mondiales en 2010).
A cause du réchauffement, le taux d’alcool dans le vin augmente
C’est un phénomène repéré un peu partout dans le monde : le raisin arrive de plus en plus tôt à maturité. « Cette avance est d’environ huit jours de plus tous les dix ans dans le sud de l’Australie, même chose dans la région de Colmar, en France, et à Geisenheim, en Allemagne, on parle de quatre jours », souligne une étude publiée dans la revue Nature Climate Change. Les auteurs, des chercheurs australiens, qui ont plus précisément analysé dix exploitations viticoles dans leur pays, concluent au rôle de l’humidité du sol ou à la gestion du vignoble, mais ils soulignent aussi le rôle prépondérant du réchauffement climatique (sept cas sur dix). Cette maturation accélérée présente plusieurs inconvénients.
Il faut ramasser les grappes en période de grosses chaleurs. En Languedoc-Roussillon, les fruits sont désormais cueillis au mois d’août, au lieu de septembre auparavant. « Ce n’est pas favorable à la qualité du vin », commente Hernan Ojeda, directeur à Gruissan (Aude) de l’unité expérimentale Inra de Pech-Rouge. « Il vaut mieux récolter quand il fait plus frais. Dans le cas du vin blanc, la chaleur accentue également l’oxydation », ajoute le chercheur. Mais le plus gros inconvénient provient de l’élévation de la teneur en alcool du vin. Il est désormais courant de voir des vins de qualité titrer 13, 14, voire 15 degrés. « Depuis le début des années 1980, le vin languedocien a gagné près de 1° tous les dix ans. Il est passé d’une moyenne de 11° à plus de 13° », explique Hernan Ojeda.
Vers une désalcoolisation
L’enjeu pour la viticulture française est tel que, dans le cadre des projets de l’ANR (Agence nationale de la recherche), l’Inra s’est lancée dans un programme baptisé « vin de qualité à teneur réduite en alcool » (VDQA), rassemblant douze partenaires publics et privés. À court terme, les chercheurs se sont d’abord attelés à la mise au point d’une technologie pour « désalcooliser » le vin. Aujourd’hui, cela fonctionne parfaitement. Une fraction d’eau et d’alcool est séparée du vin, l’alcool est ensuite en partie éliminée et l’eau végétale récupérée est à nouveau réincorporée au vin original. « Cela n’altère pas les caractéristiques organoleptiques, la perception des arômes », assure le scientifique et cela permet de répondre à une demande de plus en plus importante des consommateurs. « Légalement, on n’a pas le droit de réduire le taux de plus de 2° et il ne faut pas descendre en dessous de 9° pour conserver le droit de parler de vin », poursuit-il. « Il y a actuellement des discussions pour que la diminution de la teneur en alcool soit non plus de 2°, mais de 20 %, ce qui pour un vin à 15° permettrait de le ramener à 12° », précise de son côté Jean-Louis Escudier, ingénieur recherche Inra à Pech-Rouge.
La deuxième étape pour les scientifiques est de réussir à mettre au point des nouveaux cépages produisant des raisins avec moins de teneur en sucre et donc, à terme, moins d’alcool. À l’inverse de ce qui était recherché il y a une trentaine d’années ! « Le raisin a longtemps été payé par les coopératives en fonction de la quantité de sucre qu’il contenait. C’est progressivement en train de changer, car le modèle de qualité évolue », explique encore Hernan Ojeda.
La recherche porte également sur des vignes résistantes à la sécheresse, même si, toujours en Languedoc-Roussillon, les viticulteurs ont désormais le droit d’irriguer jusqu’à la mi-août, un dernier verrou qui pourrait prochainement sauter, assure-t-on à l’Inra.
Si le sud de l’Angleterre se frotte désormais les mains en voyant certaines de ses terres se transformer en vignobles, les vignes ne vont pas pour autant disparaître du sud de l’Europe en général et de la France en particulier. Et si la plupart de nos cépages traditionnels vont petit à petit se déplacer vers le nord, dans quelques années, de nouveaux plans de vignes permettant de produire des raisins à teneur réduite en sucre seront portés sur les fonts baptismaux.
Le fichage ADN jugé le 21 mars à Senlis
Le Fichier ADN sera-t-il déclaré illégal pour la première fois en Europe ? Réponse mercredi 21 mars, 9h00, Tribunal correctionnel de Senlis (60) :
La troisième audience du procès de Xavier Renou pour refus de prélèvement ADN, se déroule ce mercredi 21 mars près de Paris, à Senlis. La Cour doit statuer sur la recevabilité des 4 Questions Prioritaires de Constitutionnalité (QPC) déposées par le porte-parole du collectif des Désobéissants. Aura-t-elle le courage de dire « non » à la constitution d’un vaste fichier biologique dont la génétique montre désormais qu’il permet de déterminer la couleur de peau et les pathologies des quelque 2 millions de Français qui y figurent ?
Au procès de la désobéissance civile contre les prélèvements d’ADN, à Senlis, près de Paris, la généticienne Catherine Bourgain (INSERM) a déjà apporté la preuve du caractère « codant » des segments d’ADN prélevés par la police. Des travaux de recherche récents montrent en effet que le Fichier des Empreintes Génétiques (FNAEG) permet ainsi de connaître les origines géographiques (donc avec une forte probabilité la couleur de peau) et diverses caractéristiques intimes (comme les prédispositions à certaines maladies) de 30 000 nouveaux Français par mois.
Le gouvernement avait pourtant prétendu le contraire, pour rendre plus acceptable la mise en place du fichage biologique de la population.
La deuxième QPC porte sur le caractère automatique des suppressions de réductions de peines pour les personnes condamnées qui refusent de donner leur ADN. En droit français, un juge doit pouvoir apprécier au cas par cas la nécessité d’appliquer telle ou telle peine, sans automatisme (principe de l’individualisation des peines).
Les troisièmes et quatrièmes QPC portent sur le respect de la vie privée et la sauvegarde de la dignité humaine, en regard de l’élargissement considérable et régulier du FNAEG.
En novembre 2007, Xavier Renou mène une action spectaculaire et non violente contre Hubert Védrine, accusé par le Rwanda et de nombreux chercheurs de complicité dans le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994, et qui poursuit pourtant sa carrière en toute impunité. Voir la vidéo
Hubert Védrine retire sa plainte en diffamation (Xavier Renou l’accusait publiquement de complicité de génocide), pour éviter une confrontation embarrassante, mais poursuit Xavier Renou pour agression. Le fondateur des désobéissants est condamné en juin 2010 à 3 mois de prison avec sursis et une lourde amende destinée à rembourser le manteau de cachemire de l’ancien Secrétaire Général de l’Élysée. Les gendarmes convoquent ensuite le militant pour un prélèvement ADN. Il refuse. Il est convoqué devant le Tribunal correctionnel de Senlis. Il risque une peine de prison et une lourde amende.
Depuis 2003, plus de 2 millions de Français ont fait l’objet d’un prélèvement ADN, en garde-à-vue (donc alors qu’elles étaient encore présumées innocentes) ou après une condamnation, même bénigne ou strictement politique (de désobéissance civile). Le Ministère de l’Intérieur impose des objectifs chiffrés aux forces de l’ordre. Christian Estrosi se déclarait d’ailleurs favorable au fichage de l’ensemble de la population, à partir des nouveaux nés...
Le gouvernement a-t-il en outre des arrière-pensées discriminatoires ? Sans doute, puisqu’il développe par ailleurs le fichage systématique des élèves, avec Base-élèves, et souhaitait y inclure, au milieu de considérations scolaires, le lieu de naissance et la langue parlée à la maison. Fichier appelé à suivre les individus pendant toute leur vie active, en s’intégrant au Livret National des Compétences.
Après François Vaillant, déboulonneur de publicité, Xavier Mathieu, syndicaliste des ouvriers de Continental, des Faucheurs Volontaires d’OGM et bien d’autres, Xavier Renou a refusé de donner son ADN aux gendarmes qui le lui demandaient. D’accord avec le philosophe Giorgio Agamben, qui parle d’une politique qui revient à ’’pré-mâcher le travail d’une dictature’’, il explique : « Je considère que le fichage biologique est beaucoup trop dangereux pour être ainsi banalisé. Je n’oublie pas que c’est la République qui a commencé, dans les années Trente, à ficher ses étrangers et ses opposants, et que lorsque Pétain est arrivé au pouvoir, tout était prêt pour la machine totalitaire. Parce que l’on n’est jamais sûr de l’avenir, et que je suis inquiet de l’évolution actuelle de notre société, je refuse de donner mon ADN et encourage tous les militants de la liberté à faire de même, afin de rendre inapplicable cette loi scélérate. »
Audience mercredi 21 mars à 9h à Senlis (60)
Bon anniversaire ?
40 ans après sa parution, le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance reste d’une inquiétante pertinence.
Dans une époque si incertaine de son avenir qu’elle célèbre avec enthousiasme le moindre anniversaire, un événement notable a bizarrement échappé à l’attention des commémorateurs : les quarante ans du rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance (The limits to growth, Universe Books, 1972). On peine à imaginer aujourd’hui l’intensité des débats que ce livre avait provoqués.
On ne trouve plus le livre aisément, hélas, un de ses co-auteurs, Dennis Meadows, refusant sa réédition. Sa lecture n’en est pas moins passionnante. La place manque pour en détailler les fruits multiples. Rappelons que pour la première fois, le rapport modélisait sur ordinateur la planète, considérée comme un système où cinq facteurs interagissent dynamiquement : la production industrielle, la population, les ressources alimentaires, les ressources non renouvelables et la pollution. Les chercheurs montraient, en faisant varier ces variables sous différentes hypothèses, la principale étant que les ressources sont limitées, que la croissance continue de la production industrielle (on dirait aujourd’hui l’économie) conduisait à l’effondrement. Ils ne fixaient pas d’échéance précise, indiquant au détour d’une phrase « avant qu’un siècle soit écoulé ».
En 2008, un scientifique australien, Graham Turner a examiné si l’évolution de la situation mondiale sur les trois décennies écoulées depuis la parution du rapport correspondait aux extrapolations du modèle du Club de Rome. Réponse : oui, avec une surprenante exactitude. En fait, et c’est pourquoi la lecture du rapport est saisissante, la situation qu’il décrit est plus d’actualité que jamais, compte tenu de la dégradation très rapide de la situation écologique globale.
L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) vient de publier ses perspectives de l’environnement pour 2050. Elle imagine que le taux de croissance connu depuis 1970 (environ 3,5 %) va se maintenir, ce qui conduirait à un quadruplement de l’économie mondiale. Soit plus de quinze fois le volume de l’économie de 1970.
Ces brillants économistes imaginent-ils que l’écologie planétaire le supportera ? L’effondrement reste, hélas, une hypothèse crédible. Diagnostic de Dennis Meadows, dans une intervention à Washington, le 1 mars : « L’humanité ferait maintenant mieux de se focaliser sur la résilience – la capacité à résister aux chocs – que sur la soutenabilité ».
La grande amnésie écologique
Dans ce petit livre tonique, Philippe J. Dubois, ornithologue et ingénieur écologue, nous alerte sur un nouveau concept qui fait des ravages dans le domaine de l’évaluation du recul de la biodiversité : le syndrome de la référence changeante, ou shifting baseline syndrome.
En clair : chaque génération de chercheurs a tendance à considérer comme « point zéro » l’état de la population au début de sa carrière, qu’il s’agisse des hirondelles en Ile-de-France ou des morues en Atlantique. La baisse globale des « stocks » est ainsi gravement sous-estimée.
Plus généralement, Philippe J. Dubois dénonce notre manque de mémoire sur les « richesses passées » de la biodiversité. Une « grande amnésie » qui se manifeste aussi par le peu d’attention et de moyens accordés à l’éducation à la nature dans notre pays.
Regrettant que le concept de biodiversité tarde à percer dans le grand public, Philippe J. Dubois conclut par un appel, moins original que le reste du livre, à une « (r)évolution écologique », dont la mémoire de l’environnement serait l’un des piliers.
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Le fer océanique limite le changement climatique
Des chercheurs canadiens ont montré que les oxydes de fer présents dans les océans absorbent le dioxyde de carbone. Problème : les polluants rejetés dans la mer y réduisent la quantité d’oxygène dissous, et il y a donc moins d’oxydes de fer.
Le Canada se définit comme une nation qui s’étend d’un océan à l’autre, océan Arctique compris. Mais peut-il préserver ses côtes du changement climatique ? Yves Gélinas, professeur agrégé au Département de chimie et de biochimie de l’Université Concordia, a trouvé la solution dans un élément pour le moins surprenant : le fer.
Dans une étude publiée dans Nature en collaboration avec Karine Lalonde et Alexandre Ouellet, respectivement doctorante et diplômé d’un doctorat à Concordia, ainsi que son confrère Alfonso Mucci de l’Université McGill, le professeur Gélinas examine la constitution chimique d’échantillons de sédiments provenant des différents océans de la planète pour montrer comment les oxydes de fer extraient le dioxyde de carbone présent dans l’air.
« Partout dans le monde, on se bat pour réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère afin de freiner le changement climatique. Mais lorsqu’il est question de se débarrasser du CO2 déjà présent, la nature joue un rôle important », explique le professeur Gélinas. En effet, le CO2 est extrait de l’atmosphère et piégé en toute sécurité sur le plancher océanique au terme d’une réaction naturelle qui fixe la molécule au carbone organique, à la surface des grandes étendues d’eau.
Comment ce processus de fixation se produit-il exactement ? « Pendant plus de dix ans, la communauté scientifique a retenu l’hypothèse selon laquelle de petits minéraux argileux étaient chargés de préserver cette fraction précise du carbone organique une fois qu’il avait atteint le plancher océanique », poursuit le professeur Mucci. À l’issue d’une analyse minutieuse des sédiments provenant des quatre coins du monde, Yves Gélinas et son équipe ont découvert que ce sont en fait les oxydes de fer qui captent un cinquième de l’ensemble du carbone organique déposé sur le plancher océanique.
Mais cette découverte soulève son lot d’inquiétudes, car les oxydes de fer font de plus en plus figure de molécules menacées. Comme leur nom le suggère, les oxydes de fer ne se forment qu’en présence d’oxygène.
Autrement dit, il faut un écosystème côtier bien oxygéné pour qu’ils accomplissent leur mission et contribuent à l’extraction du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Or, on a observé une diminution inquiétante des concentrations d’oxygène dissous dans certains environnements côtiers – et cette tendance ne cesse de s’accentuer. Des lieux autrefois fourmillants de vie se transforment lentement en « zones mortes », où l’oxygène dans les sédiments de surface ne cesse de se raréfier. Et la faute est bien sûr attribuable à la pollution anthropique.
Les principaux cours d’eau déversent régulièrement des polluants issus des engrais agricoles et des déchets humains directement dans les lacs et environnements côtiers, engendrant une surabondance de plancton. Ces organismes vivants sont détruits à un rythme de plus en plus important et la quantité de carbone organique qui tombe dans les profondeurs aquatiques ne cesse d’augmenter, entraînant une consommation accrue d’oxygène dissous. Cela a pour effet d’exacerber le problème des faibles niveaux d’oxygène dissous. Si la quantité d’oxygène dans un environnement aquatique passe en deçà d’un certain niveau, la production d’oxyde de fer est interrompue, ce qui ampute l’environnement d’une bonne partie de sa faculté naturelle à extraire le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère.
Mais tout espoir n’est pas pour autant perdu. « Cette étude se présente aussi comme un plaidoyer indirect en faveur de la réduction des quantités d’engrais et autres contaminants riches en nutriments déversés dans les systèmes aquatiques », conclut Karine Lalonde, à qui le professeur Gélinas crédite de la majeure partie des travaux réalisés pour cette recherche fondamentale. La doctorante espère qu’une meilleure connaissance du mécanisme de stabilisation fer-carbone organique pourra « un jour déboucher sur de nouvelles façons d’augmenter la vitesse d’enfouissement du carbone organique dans les sédiments ».
LGV : plutôt Lille-Dijon que Paris-Clermont Ferrand-Lyon
La frénésie des LGV continue... S’agitent en ce moment les partisans d’une ligne Paris-Clermont-Ferrand-Lyon. Mais serait-ce le meilleur choix, si par hasard les finances étaient là ?
Si je comprends bien le souhait des élus du Centre et d’Auvergne à vouloir faire bénéficier leur région de la grande vitesse, je désapprouve totalement le projet de LGV « POCL » [Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon] dans son but de dédoubler la LGV actuelle Paris - Lyon.
C’est non seulement de la saturation prévisible de la LGV Paris - Lyon (LN1) qu’il faut, dès à présent, se préoccuper mais également de celles (devant suivre de peu) de la LGV Paris - Lille (LN3) et de l’Interconnexion en Ile de France.
A ce sujet, dans un article intitulé « Comment assurer le trafic futur ? » (TGV), une revue ferroviaire [Connaissance du Rail, n°350-351] a fait part, il y a plus d’un an et demi maintenant, d’une proposition d’un de ses lecteurs de soulager l’ensemble (LN1 - Interconnexion - LN3) par la réalisation d’une ligne nouvelle TGV reliant directement Dijon à Lille en passant à proximité de Troyes (ville non connectée au réseau TGV) et de Châlons-en-Champagne. Une telle ligne TGV doublerait le moment venu avec efficacité cet ensemble tout en se maillant correctement avec le réseau TGV existant.
Le transit non nécessaire via l’Ile de France des flux Grande-Bretagne/Belgique/Nord de la France vers Lyon ou l’Italie serait évité et la tradition centralisatrice à tout vouloir faire passer par la région parisienne serait rompue.
On peut réparer l’étalement urbain
Une nouvelle conception propose de « réparer » l’étalement urbain en habillant les formes urbaines lâches pour les rendre plus vivables et moins énergivores.
Nous nous interrogions il y a peu sur l’avenir des lotissements périurbains. De manière plus générale, c’est l’ensemble de l’étalement urbain qui est aujourd’hui menacé par les enjeux énergétiques et écologiques actuels. C’est dans ce contexte qu’est née une proposition d’urbanisme pour littéralement réparer l’étalement urbain et ses nombreux inconvénients (consommation d’espace, dépendance à l’automobile, faibles densités, surconsommation de ressources, émissions de gaz à effet de serre, etc.)
Un concours d’urbanisme organisé par Inhabitat et intitulé Reburbia (Réurbaniser Suburbia), dont le but était de penser l’avenir de l’étalement urbain en général et des banlieues pavillonnaires en particulier, a reçu en 2009 plus de 400 projets du monde entier. Parmi ces projets, un a retenu tout particulièrement notre attention car il propose, avec une économie de moyens, de « refaire de la ville sur la ville » ou mieux, de « faire de la ville à partir de l’urbain ».
Ce projet, présenté par Galina Tahchieva, fait partie des lauréats du concours Reburbia, et est arrivé en 3e position. Il s’agit rien de moins qu’un Kit de réparation de l’étalement urbain (Urban Sprawl Repair Kit).
Ce projet a ceci de remarquable qu’il ne propose pas de détruire l’existant, à savoir les centres commerciaux, les stations-service ou les lotissements pavillonnaires. Son propos est plutôt d’ajouter à ces formes urbaines énergivores les éléments urbanistiques leur permettant de devenir plus soutenable.
En partant du principe que les bâtiments les plus écologiques sont ceux qui ne sont jamais construits, Galina Tahchieva propose un Kit de réparation des tissus urbains lâches, représentés parfois aussi sous la dénomination d’urbanisme de volume, à la différence de l’urbanisme de façade de la ville traditionnelle.
L’objectif est ainsi de passer d’un urbanisme de l’automobile à un urbanisme « marchable », adapté à l’échelle du piéton, et a fortiori, à l’échelle du vélo.
Plutôt que d’être démolis, les bâtiments existants sont revêtus de nouvelles structures en utilisant des technologies renouvelables combinées à des pratiques d’efficacité énergétique. L’ensemble forme un Nouvel Urbanisme, au sens de l’urbanisme néo-traditionnel américain inspiré de l’urbanisme des villes anciennes européennes.
Est-ce que le passé sera la solution d’avenir pour réparer le présent ?
La mafia s’intéresse au chantier Lyon-Turin
L’écrivain et journaliste Roberto Saviano dénonce dans La Repubblica l’infiltration de la mafia sur les chantiers des lignes de train à grande vitesse en Italie, alors que les manifestations des « No-Tav », ces militants opposés au chantier du tunnel de la ligne de TGV Lyon-Turin, se poursuivent dans la région du Val de Suse.
« En ce moment, l’opinion se divise entre ceux qui considèrent le TGV dans le Val de Suse comme un bond en avant (...) et ceux qui y voient un gâchis aberrant et une violence contre la nature. Mais il y a un point sur lequel on doit tomber d’accord : actuellement l’Italie n’est pas en mesure de garantir que ce chantier ne devienne pas une mine pour la mafia », écrit l’auteur de Gomorra. Et de rappeler qu’en 2009, une Cour de cassation a officiellement reconnu qu’il y avait des « émanations de la N’drangheta [la mafia calabraise] sur le territoire du Val de Suse ».
Economie et spiritualité, dialogue en mai
Du 25 au 28 mai, Colloque organisé à l’initiative du Centre Sainte Croix, à Monestier (Dordogne) avec Patrick VIVERET Philosophe Jean-Baptiste de FOUCAULD -Démocratie et Spiritualité Hugues SIBILLE Crédit Coopératif Philippe DAUTAIS Prêtre orthodoxe Alain PHILIPPE Fondation Macif Olivier DUBIGEON Expert international
Le constat
Depuis 20 ans, nous voyons s’amplifier d’une manière exponentielle les dérives d’un système qui a montré son visage dans les crises financières de 2007 et 2008. La démesure de l’économie spéculative par rapport à l’économie réelle, la dégradation du capital naturel conjointe aux désastres écologiques, la disproportion croissante entre les salaires les plus hauts et les plus bas, le triomphe de l’injustice et des inégalités sociales, la flambée de la corruption, le rapport inversé entre développement économique et développement humain, la pression psychologique due à la compétition à outrance, la crise de la dette sont le triste constat d’un système à bout de souffle inscrit dans une logique mortifère.
Les racines de la situation et son remède
Inversion moyens / finalité. L’économie et plus encore l’argent au lieu d’être mis au service de l’Homme et de la préservation de la nature sont devenus une finalité. La finance a pris la première place, le profit est devenu un objectif et l’homme a été instrumentalisé, réduit au rôle de producteur/consommateur, pour alimenter la croissance du PIB érigé en condition du progrès et en salut social.
La perte du sens a entrainé l’asservissement au monde par la perversion du désir qui, par l’exacerbation de la convoitise, de l’envie et de l’avidité, est devenu le moteur de l’économie. La racine de la crise est dans le coeur-esprit de l’Homme, elle est spirituelle. Sans un changement de notre vision du monde, de nos mentalités formatées alliés à une réforme de nos comportements, nous ne pourrons sortir de la logique actuelle qui nous conduit dans l’impasse. Le levier de la mutation de nos sociétés est en chacun de nous. Il nous revient la responsabilité de réenchanter le monde par nos choix éthiques et solidaires.
Des réponses concrètes
Quelles réponses apporter à un phénomène qui semble échapper à tout contrôle ? Des alternatives concrètes existent, elles sont nombreuses, sans qu’il soit nécessaire de diaboliser la mondialisation, le développement ultra libéral de l’économie, mais plutôt de les réguler et de les rééquilibrer. Ces alternatives nous rappellent que nous pouvons être les acteurs responsables de la mutation de nos sociétés au lieu d’en être les victimes.
Une insurrection des consciences fondée sur des valeurs spirituelles est nécessaire pour replacer la justice sociale alliée à la solidarité, l’urgence écologique alliée à une refonte anthropologique, la priorité des liens sur l’économie des biens au coeur de la société de demain.
Le but de notre rencontre est donc d’aiguiser notre conscience, d’apporter des réponses concrètes, de faire découvrir les réalisations existantes notamment en matière d’économie sociale, de montrer ce que nous pouvons faire localement tant sur le plan social que professionnel, de nous donner les outils qui nous permettront d’être des acteurs responsables de notre devenir commun.
Une première victoire contre les fichiers ADN
La troisième audience du procès de Xavier Renou pour refus de prélèvement ADN fut la plus courte de toutes [le 21 mars]. La juge Andreau, présidente du Tribunal correctionnel de Senlis (60) a rendu son jugement : rejetant les recommandations maladroites du Procureur, elle a reconnu le caractère sérieux et pertinent des quatre Questions Prioritaires de Constitutionnalité déposées par le porte-parole du collectif des Désobéissants. Elles seront donc toutes transmises à la Cour de Cassation, afin que celle-ci les transmette à son tour au Conseil Constitutionnel.
Là, une audience publique et contradictoire devra être organisée, et il sera donc possible d’avoir sur le fichage génétique des militants, et, au-delà, de l’ensemble de la population, le débat dont nous avons été privés jusqu’ici. On verra alors si le Conseil constitutionnel aura le même courage que la juge de Senlis et abrogera enfin le fichier liberticide, qui permet désormais de déterminer la couleur de peau et les pathologies des quelque 2 millions de Français qui y figurent...
Parce que le climat, c’est urgent, vélorution à Bordeaux le 24 mars
Manifestation à vélo à Bordeaux samedi 24 mars, pour rappeler l’enjeu prioritaire qu’est le changement climatique
L’expérience est la suivante :
• Jetée soudainement dans une casserole d’eau chaude, la grenouille, saisie par la brûlure, réagit immédiatement et s’éjecte hors de la casserole dans un sursaut salvateur.
• Placée au début dans une casserole d’eau tiède qui se réchauffe progressivement, la grenouille s’accommode comme elle peut de ce désagrément de plus en plus pressant et finalement mortel.
La grenouille c’est l’humanité et aussi chacun de nous, la casserole d’eau qui chauffe c’est la planète avec sa couverture de gaz à effet de serre qui s’épaissit et inexorablement alimente le réchauffement climatique en cours.
Contrairement à la grenouille, nous autres les humains, nous pouvons parfaitement comprendre ce qui se passe. Ces gaz à effet de serre qui s’accumulent dans l’atmosphère, c’est le résultat de la combustion des carburants fossiles, charbon, gaz naturel, pétrole, si utiles pour déplacer nos voitures, faire voler nos avions, alimenter en énergie nos usines et aussi notre agriculture.
Cette contrepartie négative de l’utilisation massive des carburants fossiles était depuis longtemps connue, mais de façon théorique. C’est seulement depuis une vingtaine d’année que cette menace est clairement identifiée, chaque année de façon plus précise et inquiétante.
Faut-il être un savant ou un expert pour comprendre que les ressources de la planète sont, comme la planète, en quantité finie ? Si on ne les renouvelle pas, à la fin il n’y en a plus !
Pour le pétrole, la très sérieuse et officielle Agence Internationale de l’Energie estime que depuis 2006 l’humanité s’attaque maintenant à la dernière moitié des réserves initialement disponibles. Au rythme actuel, dans une quarantaine d’années, il n’y aura plus de pétrole.
Le problème c’est notre consommation excessive de carburant fossile ; le réchauffement climatique d’un coté et la raréfaction de ces ressources de l’autre, sont les 2 faces du même problème.
Et à part ça, c’est quoi les nouvelles ? Sécheresse dans notre Sud Ouest, sécheresse en Espagne, sécheresse en Angleterre. Et de l’autre coté le super qui atteint à Paris 2€ !
Bien sur ces nouvelles n’ont pas la brutalité de l’explosion de Fukushima qui a entrainé le sursaut de la grenouille japonaise pour abandonner ses centrales nucléaires.
Et dans la grande casserole de la politique, que nous mijotent les maitres cuistots candidats à la présidence ?
Le cuistot sortant n’a rien trouvé de mieux que d’apprendre les recettes du chef Claude Allègre, le french mammouth imposteur climatique. Le cuistot socialiste ne fait pas preuve de beaucoup plus de clairvoyance en reprenant la vieille recette de la TIPP flottante. Ainsi il s’attaque au symptôme, la hausse des prix, en ignorant la cause, notre consommation excessive d’une ressource qui se raréfie.
Il est temps de sortir de cette casserole qui nous cuit à petit feu avec des recettes dépassées.
Vivement le sursaut samedi 24 mars, avec nos enfants, notre famille, nos amis pour enfourcher nos vélos et faire ensemble à Bordeaux la Velorution Climat.
Pas besoin de se déguiser en grenouille, C’est avec les vélos décorés aux couleurs du printemps qu’on fêtera le renouveau.
L’association citoyenne taca (agir contre le réchauffement climatique) organise avec Greenpeace la Velorution Climat, avec le soutien de Vélocité.
Une Velorution c’est un joyeux convoi en ville de citoyens à vélo pour montrer qu’il s’agit de faire la révolution de nos comportements et détrôner la voiture de sa place en ville.
RV samedi 24 mars 15h au quai St Michel (près du Pont de Pierre à Bordeaux).
Là-bas
Quand l’idée de Là-Bas est née, beaucoup de gens nous ont répondu qu’un magazine indépendant sur la solidarité internationale, cela devait forcément déjà exister. Mais lorsqu’il s’agit d’en citer le nom, impossible de s’en souvenir. Car non, cela n’existait pas.
Ce qui existe, ce sont plusieurs diffusions assurées par les ONG elles-mêmes, pour leur propre compte ou en se regroupant. Il en existe de multiples dont la qualité est naturellement variable selon les capacités de la structure. Mais leur matière est toujours constituée de leurs propres activités, parfois de celles de leurs partenaires, et donc avec leur point de vue propre. Ils ne sont donc pas indépendants, et nous avons trouvé qu’il serait intéressant d’élargir les horizons en se débarrassant de tout carcan.
Surtout, ces magazines ne sont pas vendus en kiosque, et sont peu visibles du grand public. Il existe pourtant une sphère de lecteurs intéressés par la solidarité internationale bien au-delà des professionnels du domaine. En témoignent les centaines de personnes qui chaque année partent en volontariat de courte durée, parfois plus longtemps, pour agir et découvrir. A ceux qui sautent le pas ou s’imaginent le faire un jour, nous proposons un rendez-vous mensuel.
Pour réussir cela, nous sommes passé par une structure privée et financée par des personnes individuelles, ce qui nous permet effectivement de revendiquer l’indépendance, mais demande de trouver un équilibre économique. Paradoxalement, cette nécessité ne nous permettait pas de passer par un site web, où même les sites concernant des thématiques plus larges peinent à trouver leur rentabilité.
C’est donc un magazine, un vrai, qui sera entre vos mains dès le 29 février. Nous souhaitons de tout cœur qu’il réponde à vos attentes d’actualité indépendante et accessible sur ce domaine passionnant et passionné qu’est la solidarité internationale.
Grande manifestation à Nantes le 24 mars contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes
UN NOUVEL AÉROPORT ? NI ICI, NI AILLEURS !
Des générations entières ont été déracinées au prétexte de projets « d’aménagements »
Ca suffit, nous ne les laisserons pas faire !
Le 24 mars à Nantes, affirmons ensemble notre détermination à stopper l’un d’entre eux : la projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Des mouvements de résistance existent partout contre : l’extraction des gaz de schiste, la construction d’une centrale à gaz à Brest, d’une ligne THT dans le Cotentin, d’une ligne TGV en Val de Suze (Italie), d’une autoroute en forêt de Khimki (Russie), l’installation d’une mine d’or à Rosa Montana (Roumanie)…
La convergence des luttes s’organise.
Ces projets servent à en premier lieu les intérêts de banques, d’actionnaires de multinationales et de politiciens. Ils s’imposent par la force quand les simulacres de concertation (débats, enquêtes …) n’ont pas suffit à faire taire les oppositions.
Concernant l’aéroport, une lubie de Jean-Marc Ayrault, l’État en a confié la réalisation ainsi que la gestion pour 55 ans à la multinationale Vinci. Alors que des plans de rigueur sont à l’œuvre, les décideurs sont capables d’assumer un discours sur l’austérité tout en conduisant ce projet au coût délirant.
Depuis plus de 40 ans, une épée de Damoclès.
Dès la première heure, la mobilisation paysanne
En 2000, le PS ressort le projet des cartons. Associations, mouvements politiques et divers collectifs se sont organisés pour s’y opposer. Information, rassemblements, perturbation des études préliminaires, recours juridiques, études indépendantes, occupation de maisons et de terres sur la zone menacées, pression sur les décideurs et les entreprises impliquées, la lutte déterminée des opposant-e-s revêt des pratiques différentes unies dans un SEUL BUT : L’ARRÊT DU PROJET.
La construction n’a pas commencé et ne commencera pas !
Vinci planifie, l’État exécute mais devra vider la zone (expulsions, expropriations) avant le début des travaux. La répression est forte. Elle vise à intimider les habitant-e-s et diviser les opposant-e-s. Le mouvement collectif de révolte s’intensifie face à l’aveuglement et à la surdité des porteurs du projet.
Nous vous invitons à vous y engager.
SOYONS NOMBREUX-SES SUR LE TERRAIN Pour empêcher la destruction des lieux de vie, des terres agricoles, des espaces sauvages
LE 24 MARS A NANTES MANIFESTONS NOTRE OPPOSITION À CE PROJET ET EXIGEONS SON ARRÊT IMMÉDIAT
Gaz de schiste : la mobilisation internationale est en marche
Allemagne, Bulgarie, Espagne, France, Irlande, Pologne : le refus des gaz de schiste s’internationalise et se forme en réseau.
Réunis à Marseille ce vendredi 16 mars à l’occasion du Forum Alternatif Mondial de l’Eau, nous, activistes et militants engagés dans la lutte contre les gaz de schiste en Bulgarie, Pologne, Irlande, Allemagne, Espagne, Etats-Unis, France, etc. réaffirmons avec détermination notre opposition catégorique à toute exploitation de gaz et huiles de schiste et à toute utilisation de la fracturation hydraulique sur nos territoires.
Comme le montrent de nombreux exemples aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre et ailleurs, l’exploitation de gaz et huiles de schiste suscite d’innombrables pollutions chimiques et toxiques, des conséquences sanitaires sur les populations, le gaspillage d’eau potable, la destruction des territoires, des tremblements de terre, de très importantes émissions de gaz à effets de serre. Nous n’en voulons pas, ni ici ni ailleurs, ni aujourd’hui ni demain…
Suite à nos mobilisations citoyennes, particulièrement celles des populations locales les plus concernées, la fracturation hydraulique est interdite, ou sous des formes diverses de moratoire ou restrictions, dans plusieurs centaines de lieux sur la planète.
Pour étendre ces mobilisations, nous nous engageons :
à renforcer notre travail de coordination européenne et internationale ; à rédiger un document de positionnement commun et une pétition internationale contre la fracturation hydraulique ; à convenir d’un calendrier commun ; à construire une journée de mobilisation internationale commune le plus rapidement possible ;
Parmi les dates de prochaines initiatives évoquées :
17 mars : Journée de mobilisations en Irlande ; Manifestation à Marseille (France) !
8 avril : Trafalgar du gaz et pétrole à La Seyne-sur-Mer (France)
5 mai : Journée internationale contre les sables bitumineux
9 mai : Forum européen à Bruxelles.
Ont contribué à la rédaction de ce document :
Geert de Cock (Food & Water Watch), Maxime Combes (Attac France), Vincent Espagne (collectif Plaines du Languedoc, France), Estelle Tardy (Collectif Causse Méjean, Lozère, France), Borislav Sandov (National civil committee against shale gas studies and exploration through hydraulic fracturing in Bulgaria, Bulgarie), Marta Rozmysłowicz (Collectif Syrena, Pologne), Rozenn Le Calvez (collectifs allemands contre la fracturation hydraulique, Allemagne), Susan Griffin (Fracking Free Ireland, Irlande), Samuel Martin Sosa (Ecologistas en Accion, Espagne).
.....................
Pour tout contact :
Geert de Cock (Food & Water Watch), gdecock (at) fweurope.org
Maxime Combes (Attac France), maxime.combes (at) gmail.com
Plaidoyer pour Eva Joly
Y aura-t-il au cours de la campagne présidentielle, un media qui listera ce que chacun des candidats a fait concrètement pour la collectivité jusqu’à présent ? Ce serait très instructif [i].
Les Français connaissent un morceau de l’histoire d’Eva Joly : jeune fille au pair norvégienne devenue française il y a 40 ans et ensuite juge implacable dans l’affaire Elf, ayant mis en examen de hauts dirigeants.
Ayant lu ses précédents livres, j’avais voté pour elle à la primaire écologiste, non sans hésitation toutefois. Sa force de caractère, sa sincérité, sa connaissance de l’oligarchie, acquise autant dans les dossiers que dans les face à face vécus, m’ont paru déterminantes pour être crédible et solide dans la campagne électorale. Nicolas Hulot, tout à fait sincère et engagé lui aussi, avait d’autres atouts : son charisme, sa facilité de communiquer son énergie et son enthousiasme… mais pas les atouts d’Eva qui m’ont paru et me paraissent toujours déterminants.
Je découvre aujourd’hui, dans son dernier livre, Sans tricher, qu’Eva Joly a travaillé toute sa vie au service du bien commun. Elle ne s’est pas contentée de dénoncer ce qui ne va pas, elle a œuvré concrètement pour améliorer le sort du plus grand nombre, travaillant sans relâche, en collaboration avec d’autres personnes honnêtes et courageuses, imaginant de nouvelles solutions et les mettant en œuvre.
Des exemples : - Son poste au Comité interministériel de restructuration industrielle, au sein du Ministère du Trésor où elle cherchait et trouvait des solutions d’aides aux entreprises en difficulté, évitant ainsi des dépôts de bilan et des licenciements ; - Sa carrière de juge d’instruction spécialisée dans les dossiers financiers, domaine d’investigation qu’elle a largement contribué à développer au sein de la magistrature ; ses huit années de combat très rude dans l’affaire Elf : corruption, blanchiment, collusion des élites politiques avec les multinationales… maintenant on sait davantage ce qui se passe ; - Son travail pour le gouvernement norvégien de soutien aux luttes contre la corruption dans le monde : avec d’autres, elle a aidé des gouvernements du Sud à renégocier les contrats infâmes que les multinationales avaient mis en place pour piller ces pays, en corrompant leurs dirigeants. En Zambie, une telle renégociation a permis de passer le montant versé par une multinationale d’exploitation du cuivre au pays de 50 à 450 millions de dollars [ii], une hausse infiniment plus importante que ce qu’apporte « l’aide au développement » ; elle a aussi créé un pôle d’entraide, y compris financière, pour les personnes qui luttent contre la corruption partout dans le monde [iii]
Méritons-nous une personne aussi remarquable qu’Eva Joly ? C’est ce que je finis par me demander, même si je ne suis pas à l’aise avec ce mot « mériter ». C’est certain qu’Eva Joly est une personnalité forte, qui tranche avec des candidats aux personnalités nettement plus « rétrécies » : qu’ont-ils fait concrètement dans leurs vies, pour le bien commun, tous ces beaux parleurs ?
Les principaux médias sont bien sûr co-responsables du faible poids dans les sondages de notre candidate : au service de l’oligarchie [iv], ils ne promeuvent pas une remise en cause profonde du système en place. Mais ils ne sont pas les seuls : nous tous les Français, et jusqu’au sein d’Europe Ecologie les Verts, voulons-nous vraiment être bousculés dans nos habitudes, dans notre bipartisme confortable et malheureusement loin d’être à la hauteur des véritables enjeux ?
Dans cette élection présidentielle de 2012, Europe Ecologie les Verts a la chance d’avoir un programme sérieux qui prend en compte les véritables enjeux pour la survie de l’humanité, qui ouvre des voies pour la transition vers une nouvelle société, résiliente, sobre et juste ; nous avons la chance d’avoir une candidate exceptionnelle qui n’a plus rien à prouver sur la sincérité et la force de son engagement… Et les sondages nous accréditent d’un score très faible !
Sans doute les sondages mesurent-ils le bon degré de « com » [communication] des candidats ? Eva Joly n’est pas de ceux qui se mettent facilement en avant : elle a sur ce point le double handicap d’être femme et d’être norvégienne. Elle perçoit le côté un peu ridicule de cette mise en avant, elle a conscience qu’elle a agi avec d’autres et qu’elle n’est pas plus exceptionnelle que bien des personnes qu’elle a rencontrées, qui œuvrent dans l’ombre, au service du bien commun. Ces personnes se tiennent en général bien loin du milieu politique, elles mesurent la distance entre ce monde et le leur. Et tout cela contribue aussi à l’éloignement des Français envers la politique.
A nous de mettre en valeur Eva Joly ! Sa personnalité devrait rendre bien pâles les autres candidats.
Le site de la campagne d’Eva Joly
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Notes :
[i] On peut déjà voir le Véritomètre d’I-télé : Eva Joly est la candidate qui cite les chiffres les plus justes.
[ii] Curieusement, le président de Zambie est mort rapidement après cette renégociation et son successeur a fait revenir le pays à la case départ
[iii] Cf documentaire « Le club des incorruptibles » réalisé par Hege Dehli, diffusé sur Arte le 1er novembre 2011
[iv] A voir : le documentaire « Les nouveaux chiens de garde »
François Hollande vers un moratoire sur Notre Dame des Landes
Le candidat à la présidentielle se dit « favorable au projet », mais reconnait qu’il pose « des questions au niveau économique et écologique » et qu’il faut tenir compte « de l’avis des populations et des arguments des associations de défense ».
A la suite d’une interpellation publique, un électeur a écrit à François Hollande pour lui demander sa position sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Le candidat lui a répondu par lettre, dont voici le texte :
……………………………………
François Hollande Député de la Corrèze Président du Conseil général
Tulle, le vendredi 18 mars 2011
J’ai bien reçu votre courrier du 8 février dernier par lequel vous souhaitez connaître ma position quant au projet de construction de l’aéroport du Grand Ouest.
La création d’un aéroport international à Notre-Dame-des-Landes pose effectivement des questions au niveau économique et écologique. S’il convient de prendre en compte la nécessité du service public et les besoins des usagers, il apparait indispensable de tenir compte de l’avis des populations et des arguments des associations de défense de l’environnement, dans l’intérêt général.
Aussi, je suis favorable au projet, mais à certaines conditions. La substitution éventuelle de l’aéroport du Grand Ouest à l’actuel aéroport Nantes-Atlantique devra à la fois apporter des solutions en terme d’utilité publique et répondre au mieux aux exigences environnementales.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
François Hollande.
On peut voyager sans un sou
Convaincus que l’argent est le cancer de nos sociétés modernes, trois jeunes Européens ont décidé de se lancer dans un voyage autour du monde, sans débourser un centime. Partis en janvier 2010, ils ont déjà parcouru 40 000 kilomètres. Première leçon de cette vie nouvelle : apprendre à se déplacer sans pouvoir s’acheter de titres de transport, ni d’essence.
Sans argent, on ne peut pas « acheter » la sécurité d’arriver à une certaine heure ou d’être assis côté fenêtre. Il faut donc avoir du temps, être patient et avoir confiance en l’autre pour que l’autre ait confiance en nous.
Nous nous déplaçons principalement en marchant (de loin le moyen de transport le plus écologique et le plus sain), mais pour les longues distances nous privilégions l’auto-stop. Bien entendu, les chauffeurs des véhicules qui nous prennent utilisent eux de l’argent pour se déplacer, mais l’impact d’un passager supplémentaire est très minime. Et c’est une excellente occasion pour le conducteur et l’auto-stoppeur de faire une belle rencontre.
Pas facile de faire du stop en ville
Pour traverser les mers et océans et ne pas utiliser d’avion (l’empreinte écologique personnelle monte en flèche avec un seul vol), nous faisons du « bateau stop ». Cela consiste à visiter les ports de plaisance à la recherche d’un voilier qui irait là où l’on souhaite aller. Bien souvent, les capitaines recherchent des gens sans expérience pour pouvoir leur enseigner « à leur manière » comment les assister dans la navigation. Il y a aussi des pages internet où on peut remplir un profil et trouver un bateau.
Pour le moment, nous avons parcouru plus de 40 000 kilomètres en stop, sur terre, mers et océans. Le stop fonctionne dans la plupart des pays, mais certains lieux sont plus difficiles que d’autres. Aux États-Unis et en Espagne, l’auto-stop est interdit et il faut donc ruser. Dans les pays moins développés financièrement, l’auto-stop fonctionne à merveille, surtout dans les campagnes. En Amérique centrale, l’attente est souvent limitée à quelques minutes et on peut monter derrière les pick-up, ce qui est interdit en Europe et aux États-Unis. Les endroits les plus difficiles ont toujours été les grandes villes. Pour sortir de la ville, il faut souvent marcher plusieurs kilomètres, et les gens sont beaucoup plus méfiants. Au Brésil, par exemple, après avoir marché une vingtaine de kilomètres pour atteindre une station essence, nous avons attendu cinq jours avant qu’un conducteur de semi-remorque accepte enfin de nous sortir de là.
Prendre conscience des distances parcourues
Nous avons traversé le détroit de Gibraltar dans la cabine d’un semi-remorque, chaque chauffeur a le droit d’avoir un « second chauffeur » avec lui qui peut donc traverser gratuitement. En plus, la nourriture est offerte à bord. Nous avons demandé à une bonne quinzaine de chauffeurs à l’entrée du port avant de trouver trois chauffeurs pour traverser. Ensuite, au Maroc, nous avons attendu une dizaine de jours à Agadir, où il y a une belle marina, avant de rencontrer un jeune Belge qui nous a emmenés jusqu’au îles Canaries.
Las Palmas est le plus grand port de plaisance d’Europe et l’endroit idéal pour trouver un bateau. La période idéale est entre octobre et janvier car environ 500 bateaux traversent l’Atlantique à cette époque. Nous avons attendu deux mois avant de trouver un bateau, avec deux Italiens qui se sont fait une joie de nous aider. En échange, nous avons nettoyé le bateau, cuisiné et enseigné l’anglais et le français. La traversée a duré environ trois semaines en passant par les îles du Cap-Vert jusqu’au Brésil.
Se déplacer sans argent permet d’avoir une conscience plus grande des distance parcourues. L’attente permet d’apprécier les distances avec un autre œil, cela nous force aussi à rencontrer les gens du coin, écouter leurs histoires. Souvent, dans les pays où les gens sont plus humbles, le conducteur nous invite chez lui pour manger ou dormir, nous emmène voir un site touristique. L’auto-stop permet aussi de visiter des lieux qui ne sont mentionnés dans aucun guide, rencontrer des gens qui n’ont jamais vu d’étranger, connaître en somme le pays et la culture avec beaucoup plus de profondeur.
Une première : ils vont manifester... dans un train
Le « Cévenol », train qui relie Clermont-Ferrand à Marseille, est promis à l’extinction par le gouvernement et la SNCF. Sauf qu’élus et citoyens résistent avec tenacité contre cette fermeture d’un lien essentiel au Massif central. Prochaine action : une manifestation... dans le train, le 30 mars.
Afin de s’opposer à la SUPPRESSION PROGRAMMÉE de la desserte du Cévenol entre NÎMES et MARSEILLE à partir de décembre 2012 et de sensibiliser l’opinion publique sur cette question très importante pour son avenir de train "Grandes Lignes", l’association organise une manifestation le vendredi 30 mars 2012.
Afin de lui donner une dimension particulière et symbolique pour bien marquer les esprits, celle-ci se déroulera directement dans « Le Cévenol » entre Langeac (14h06) et Langogne (15h35) où une conférence de presse sera organisée. Retour prévu par la rame Corail de sens inverse, Langogne (16h16) - Langeac (17h45).
Tous dans le Cévenol le 30 mars 2012 !
L’Association compte sur la présence du plus grand nombre pour mettre en avant la dynamique collective qui existe en faveur du maintien et du bon fonctionnement de ce « train d’équilibre du territoire ».
Forte mobilisation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes
Plusieurs milliers de personnes - entre 3.000 et 10.000 selon les sources - ont manifesté, samedi après-midi à Nantes, contre le projet de nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Devant une reconstitution en terre, arbres et végétaux d’un « coin de bocage », avec vaches et chevaux, les organisateurs de toutes obédiences, autant agriculteurs qu’écologistes ou anarchistes, ont parlé sur une même tribune, pour demander l’arrêt du projet d’aéroport et de tous les « grands projets inutiles ». « C’est une réussite, on attendait une mobilisation, un soutien, et on l’a eu », a estimé Dominique Fresneau, porte-parole du collectif des organisateurs de la manifestation.
Mais, comme le craignaient les organisateurs et les pouvoirs publics, à la suite des appels lancés ces derniers jours pour former « un cortège anticapitaliste » en marge de ce rassemblement, des débordements se sont produits en fin de manifestation.
Après la dissolution du cortège, un important feu de palettes avec de nombreux pétards a été allumé à 18 h par des jeunes anarchistes. S’en sont suivis des jets de projectiles en direction des forces de l’ordre qui ont répliqué.
Vers 19h, plusieurs dizaines de véhicules de police et de gendarmerie et plus d’un millier d’hommes ont chargé les centaines de jeunes fauteurs de troubles, faisant usage de lacrymogènes. En début de soirée, tous, les groupes étaient dispersés selon la préfecture, mais les forces de l’ordre restaient vigilantes.
Selon la préfecture, sept personnes ont été interpellées et cinq placées en garde à vue. Trois d’entre elles ont été remises en liberté, sans menace de poursuites, indique Presse Océan. Les deux autres devraient comparaître dans le cadre d’une procédure en comparution immédiate ce lundi après-midi. Agées d’une vingtaine d’années, inconnues des services de police, elles sont poursuivies pour "violences sur les forces de l’ordre".
Deux blessés légers ont été enregistrés, l’un chez les forces de l’ordre, l’autre chez les manifestants.
Carnets d’aventure
Le N° 27 de Carnets d’aventure est paru. Il est en kiosque du 3 mars au 2 juin 2012.
Sommaire en bref : dossier voyager avec ses enfants (à pied, à vélo, en kayak) - cocktail VTT BUL - canoë à Madagascar - pêche - armes à feu et voyage nature
DOSSIER « VOYAGER AVEC SES ENFANTS »
À pied - 2 mois à travers l’Himalaya - 3 saisons à pied avec des ânes - Trek MUL en Crète
À vélo - Trio en Islande : un été à tandem-remorque - Tour d’Europe
En kayak de mer - Îles et fjords de Norvège - Tour du monde : sélection de destinations “kayak-enfant”
COCKTAIL VTT BUL
- Sur les sentiers aériens du Dévoluy - D’Embrun aux embruns, 2 filles en BUL - Tour et sommet du mont Thabor
En Canoë
- Descente de rivière à Madagascar
- Dossier technique : la pêche en voyage nature - Chronique « Vie Sauvage/Survie » : Les armes à feu en voyage nature
Nouveau : la règle verte
Monsieur Mélenchon propose d’inscrire dans la Constitution la « règle verte », qui fixerait à la France l’objectif de rembourser sa dette écologique.
Le candidat-président a donc invité au premier rang de son meeting de Strasbourg, le 22 mars, l’icône des climato-sceptiques, Claude Allègre. Ce détail, après une longue liste d’actes hostiles à l’environnement, conduit toute personne soucieuse d’écologie à refuser son suffrage à M. Sarkozy.
Soit, donc, probablement, au second tour, un bulletin de vote portant le nom de François Hollande. Ce ne sera pas avec enthousiasme, vu la modestie des engagements du candidat du PS sur l’écologie, sa prudence en la matière, le poids des lobbys productiviste et nucléariste dans son entourage et au sein de ce parti. N’entend-on pas dire, même, que certains envisagent de placer Anne Lauvergeon ministre de l’énergie d’un futur gouvernement ? M. Ayrault, ardent promoteur du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ne s’imagine-t-il pas premier ministre ? Ainsi, entre une perspective sarkozienne désastreuse et un horizon hollandais inquiétant, l’avenir s’annonce plus gris béton que vert printemps.
Et d’autant plus que, quelles que soient les qualités personnelles de Mme Joly, la modestie prévisible de son score, ajoutée au désarroi d’un parti vert prisonnier de l’éléphant socialiste, annonce l’affaiblissement de la capacité de pression des écologistes sur le prochain président. Cependant, il faut être attentif au discours de M. Mélenchon : à Clermont-Ferrand le 14 mars puis à Paris le 18, il a esquissé l’idée roborative d’une « règle verte », à laquelle les commentateurs, bien sûr, n’ont prêté aucune attention.
M. Mélenchon, décidément original, dénonce sans barguigner la publicité, stigmatise la consommation ostentatoire, célèbre la frugalité et les bonheurs simples de l’existence, affirme que l’amour, la poésie et le savoir sont préférables au rêve d’une Mercedes pour chaque ouvrier. Le candidat du Front de gauche raisonne en fonction de la dette écologique, c’est-à-dire de l’excès de prélèvements sur les ressources naturelles que constitue le mode de vie des sociétés actuelles. Elle est plus importante que la dette financière, dit-il. Et, plutôt que d’inscrire dans la Constitution la « règled’or » - le retour à l’équilibre des finances publiques -, il propose d’y écrire la « règle verte », qui fixerait à la France l’objectif de « rembourser la dette écologique », c’est-à-dire de réduire son impact biosphérique, par justice pour les générations futures et pour les pays plus pauvres. Pas de doute : c’est nouveau !
Biodiversité : les candidats s’en contrefichent
L’offre politique en matière de biodiversité se limite à une juxtaposition d’objectifs calibrés pour ne fâcher personne
Les enjeux écologiques, sociaux et économiques liés à la préservation de la biodiversité conditionnent largement l’avenir de nos sociétés. Ils doivent occuper la place légitime qui leur revient dans les programmes des candidats aux élections présidentielles de 2012. C’est pourquoi Humanité et Biodiversité a diffusé aux candidats le 22 novembre 2011 un questionnaire afin de recueillir et évaluer leurs propositions sur la prise en considération de la biodiversité dans leur programme. L’évaluation des réponses repose sur trois critères principaux : l’ambition, le réalisme et la technicité.
Déception sur les trois critères d’évaluation
Si les réponses témoignent d’une connaissance du sujet en progrès, cela ne suffit pas à construire des réponses à la hauteur des enjeux.
L’ambition des candidats est timide, ils éprouvent de réelles difficultés à se projeter dans l’avenir. Et la mise en œuvre des propositions manque quant à elle de réalisme et de technicité : les prises de position des acteurs économiques et sociaux sont rarement prises en compte, le rôle des collectivités n’est presque jamais abordé, les candidats restent globalement très flous sur la façon dont ils envisagent concrètement d’atteindre leurs objectifs, ils ne se saisissent pas de l’expérience acquise dans la mise en œuvre des politiques nationales, de celles des collectivités territoriales ou encore d’acteurs privés.
« Les propositions restent trop générales, peu précises, et les méthodes pour les mettre en œuvre sont globalement absentes. Pourtant on attend de candidats à la Présidence de la République qu’ils proposent des politiques », regrette Christophe Aubel, Directeur d’Humanité et Biodiversité qui poursuit : « l’offre politique en matière de biodiversité semble se limiter à une juxtaposition d’objectifs divers – et calibrés pour ne fâcher personne- avec peu de méthodologie opérationnelle ».
Quatre thématiques saillantes illustrent cette prise en charge insuffisante de la biodiversité
Ce constat se retrouve dans l’évaluation de thématiques considérées comme clés pour l’association. Par exemple, alors qu’Humanité et Biodiversité attendait un fort niveau de propositions dans le domaine de la fiscalité et du financement des politiques, aucun candidat ne prend d’engagement pour la première loi de finance de son quinquennat, il est pourtant urgent d’agir. Par exemple en matière de subventions néfastes ou de fond dédié à des actions de préservation.
Concernant l’aménagement du territoire, la mise en œuvre concrète des propositions soumises n’est pas ou peu précisée. La réflexion sur des évolutions fortes du code de l’urbanisme est insuffisante, et aucun candidat ne souhaite faire de la trame verte et bleue LE modèle des « grands travaux » du XXIe siècle pour construire l’aménagement durable des territoires tout en développant de l’emploi et du lien social autour de la nature.
Très inquiétant, le sujet de la gouvernance nationale de la biodiversité ! Aucun candidat ne fait de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) une politique majeure du prochain gouvernement, alors qu’elle doit permettre à la France de tenir ses engagements internationaux. Aucune proposition forte n’est avancée sur le rôle et les compétences des collectivités territoriales en matière de biodiversité, et la question de l’évaluation des politiques n’est pas traitée.
La question de la chasse illustre parfaitement l’insuffisance des réponses, les vrais sujets sont évités, la plupart des candidats ne souhaitant pas faire fuir « le chasseur électeur », par exemple en matière de partage de l’espace ou de chasse d’espèces en danger. La même prudence vaut pour les questions liées aux espèces et aux aires protégées.
Un constat sévère
« Le sujet n’est pas suffisamment pris en charge. Tant qu’il n’y aura pas de vrai engagement de la part d’un chef de l’Etat, nous continuerons à être confrontés à des mesures cosmétiques. La biodiversité est une opportunité pour construire le monde du XXIe siècle. Les candidats passent à côté de l’essentiel », regrette Hubert Reeves, Président d’Humanité et Biodiversité, qui ajoute : « Humanité et Biodiversité va poursuivre le dialogue avec les candidats, il reste encore du temps pour qu’ils approfondissent leurs propositions ! ».
Au fait, c’est quoi, la dette écologique ?
« Rien justifie que les plus riches accaparent plus de ressources vitales que les autres. Et tant qu’ils prélèvent plus que cette part égale, ils accumulent une dette écologique vis-à-vis des autres. »
La notion de dette écologique est apparue à la fois dans des réseaux militants, écologistes ou non, et dans des travaux de chercheurs. L’idée de départ est simple, mais les choses se compliquent ensuite. D’où ce billet un peu plus long que la moyenne.
Commençons par l’idée générale. Divisons très schématiquement le monde en deux groupes de pays : les pays riches, au « Nord », les pays pauvres au « Sud ». On ne peut guère contester le fait suivant : le développement industriel au Nord, depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours, a en partie reposé sur l’exploitation par les entreprises et les États du Nord de ressources naturelles du Sud : terres, forêts, ressources du sous-sol dont les énergies fossiles, etc. Autant de ressources dont le Nord ne disposait pas en quantités suffisantes (ou en disposait, mais à un coût élevé) pour faire face à une production et à une consommation toujours croissantes. Sans ces ressources ponctionnées au Sud, souvent à des coûts dérisoires, par la violence à l’époque coloniale (et parfois ensuite), la croissance du Nord aurait été bien plus faible, tout comme le serait le niveau de vie matériel actuel de ses habitants.
De même, il est peu contestable qu’aujourd’hui les rejets et déchets de la production et de la consommation au Nord, dont les gaz à effet de serre, sont beaucoup plus importants que ceux du Sud, surtout si l’on raisonne en émissions ou pollution par habitant. Et cela fait deux siècles que cette inégalité existe, avec des conséquences à long terme puisque par exemple les gaz à effet de serre émis à chaque moment restent durablement dans l’atmosphère, de plusieurs décennies à plusieurs siècles.
Jusqu’à une période assez récente, vers la fin du 20e siècle, cette situation déséquilibrée n’était pas nécessairement vue, en tout cas au Nord, comme un problème grave ou comme une injustice, tant il semblait à beaucoup, à l’exception d’une minorité plus lucide, que la nature était un réservoir inépuisable et quasiment gratuit, et que, selon les idées dominantes, le Nord « aidait le Sud à se développer ». Tel n’est plus cas aujourd’hui. La finitude des ressources naturelles exigées par la machine économique est de plus en plus admise. Et les peuples du Sud, leur société civile et une partie de leurs élites ont commencé à dénoncer l’exploitation de leurs territoires au nom de droits universels, avec l’appui de citoyens du Nord.
La progression de cette prise de conscience a conduit à l’introduction plus fréquente de considérations de « justice environnementale », tant au Nord qu’au Sud. La notion de dette écologique de certaines régions du monde (ou de certaines classes sociales privilégiées) vis-à-vis d’autres régions (ou d’autres classes) implique des normes éthiques, des conceptions de la justice mondiale. La plus répandue est la suivante : lorsque des ressources jugées essentielles, et parfois vitales, deviennent rares, l’égalité des droits d’accès et d’usage doit devenir un objectif universel vers lequel il faut converger au plus vite. Rien ne peut justifier que les plus riches ou les plus puissants accaparent plus de ressources vitales que les autres. Et tant que, dans les faits, ils prélèvent plus que cette part égale, ils accumulent une dette écologique vis-à-vis des autres. Ces derniers sont fondés à en exiger le « remboursement », sous la forme de réparations diverses, monétaires ou non monétaires.
On voit bien que ce raisonnement mérite discussion : à partir de quel moment considère-t-on qu’un type de ressource est concerné par cette exigence d’égalité d’usage ? L’usage inégal des ressources naturelles n’a-t-il pas été accepté par les États du Sud après leur indépendance politique ? Pourquoi ne pas invoquer d’autres principes de justice que l’égalité, par exemple un usage minimal garanti pour les pauvres, ou un plafond pour les riches, ou les deux ? Quelles « compensations » peut-on envisager ? Pour qui et à quel niveau ? J’ai, comme d’autres, des réponses à ces questions, mais laissons-les pour aujourd’hui et poursuivons sur la logique morale et politique de la dette.
Le puits, le Nord et le Sud
Prenons un exemple fictif. Supposons qu’un groupe humain vive à proximité d’un puits qui constitue sa seule ressource en eau. Des formes de domination existent et une caste (au « Nord du puits ») est en mesure d’imposer au groupe des droits inégaux d’accès à l’eau et aux volumes puisés. Quitte à nouer des alliances avec des chefs du « Sud du puits » en leur accordant certains privilèges. Cette situation peut se prolonger, même si des contestations émergent, tant que la consommation totale d’eau reste inférieure à ce que le puits peut fournir selon ses mécanismes naturels de régénération, et sans doute tant que le manque d’eau de certains ne provoque pas d’émeute renversant les chefs et remettant en cause la domination du « Nord »…
Mais supposons que la situation change radicalement sous l’effet combiné de la croissance démographique, des exigences en eau du « Nord » (dont les membres vivent de façon toujours plus opulente) et de celles des « chefs du Sud », et éventuellement (mais cette hypothèse n’est pas indispensable) d’un climat plus chaud réduisant les flux de ressources en eau qui parviennent au puits. Il n’y a plus assez d’eau pour faire face à toutes les demandes telles qu’elles existent, avec leurs fortes inégalités. Il y a en revanche assez d’eau à un horizon prévisible pour satisfaire des besoins « raisonnables » pour tous sur une base égalitaire et « sobre ».
Il est hautement vraisemblable que, dans cette situation, monteraient des revendications d’égalité des droits à l’eau comme ressource vitale, surtout si la population est suffisamment instruite pour comprendre (ou inventer) elle-même quelques chiffres simples : la consommation quotidienne par personne selon les groupes, la capacité du puits à fournir l’eau quotidienne sans s’épuiser, la démographie.
Il est tout aussi vraisemblable que certains des plus instruits de ces questions, s’ils ne sont pas à la solde des intérêts à court terme du « Nord », arriveront vite à calculer le montant de la « consommation excessive » des plus riches (au regard d’une norme égalitaire de consommation durable). Ils considèreront ce surplus comme une modalité d’accaparement injuste d’une ressource rare et limitée, associée à leurs yeux à un droit universel et fondamental. Ils l’assimileront, dans cette nouvelle conception de la justice, à une extorsion illégitime de richesses, ou à un emprunt forcé. Ils diront que le niveau de vie des plus riches conduit leur caste à se trouver en situation de déficit écologique vis-à-vis du Sud. Un déficit qu’ils jugeront illégitime, voire « odieux » (pour reprendre un terme employé dans le cas de dettes publiques négociées ou créées par des dictatures corrompues).
Et si le niveau du puits est devenu dramatiquement bas après des années de déficits accumulés, ils iront peut-être jusqu’à exiger des mesures de restriction encore plus sévères au Nord, en tenant compte du passé et de l’enrichissement du Nord lié à l’usage inégalitaire de l’eau. Ils y verront une modalité de remboursement partiel d’une dette historique, comme stock de ressources dont ils ont été privés de longue date.
Ce conte, qui donne une idée des raisons de l’émergence d’une problématique de la dette écologique, ne reflète pas tous les cas possibles. Avec l’atmosphère et l’effet de serre, on est dans le cas d’un bien commun vital de l’humanité comparable au puits d’eau unique pour tous. D’où la présence internationale de la question de la « dette carbone ». Cas différent : les forêts tropicales sont à certains égards des biens communs planétaires dans leur fonction de puits de carbone, mais seuls les pays où elles se trouvent ont, selon les règles actuelles, des droits de gestion de ces « puits localisés ». Avec les zones de pêche ou les bassins hydrographiques, c’est encore différent, etc.
Quantifier la dette ?
Poser le problème de la dette aurait une incidence limitée si certaines quantifications n’accompagnaient pas sa reconnaissance de principe. Sans entrer dans la technique, on peut distinguer trois modalités de calcul. La première, très recommandable et dans tous cas indispensable, consiste à raisonner par type de ressource naturelle concernée : dettes liées au carbone, à l’exploitation forestière, à l’agriculture et aux terres arables du Sud approvisionnant le Nord, à la pêche, aux ressources du sous-sol, à la « biopiraterie », au transfert vers le Sud de produits dangereux ou de déchets divers, etc. Dans chaque cas, des indicateurs physiques sont requis, mais aussi des normes d’utilisation juste ou soutenable des ressources en question. Et, toujours en principe, on ne se contente pas de réaliser les bilans des flux annuels nets dont le Nord bénéficie inéquitablement. On s’efforce autant que possible d’en suivre les évolutions passées, pour cerner l’accumulation éventuelle des dettes.
La deuxième méthode, privilégiée par certains économistes, est celle de la monétarisation. On cherche alors à attribuer un « prix » ou un tarif aux usages excessifs ou aux échanges inéquitables, donc aux déficits et aux dettes accumulées. L’échec patent de ces tentatives peut s’expliquer par l’incapacité des théories économiques à attribuer un prix à la nature. Mais aussi à s’accorder sur un principe d’équité des échanges.
La troisième méthode s’appuie sur l’indicateur d’empreinte écologique, avec comme principale limite qu’il ne couvre qu’une fraction des ressources qui doivent en principe intégrer les évaluations de ces dettes (voir mon billet). Mais l’exercice reste intéressant. Il a été réalisé en 2003 par un chercheur américain, Mariano Torras (revue World development). L’auteur, après avoir identifié un groupe de seize pays riches à fort déficit écologique (ceux dont l’empreinte écologique est supérieure au potentiel ou « biocapacité » de leurs propres ressources naturelles), évalue d’abord leur déficit écologique total mesuré en hectares. Il utilise ensuite une hypothèse attribuant 10 % de ce déficit à des « importations » annuelles excessives ou injustes de « superficies » des pays pauvres du Sud.
Mais, poussé par la volonté (compréhensible) de mettre en parallèle la dette écologique du Nord et la dette financière externe du Sud, il va plus loin en attribuant une valeur monétaire moyenne à chaque hectare « importé » par le Nord à partir des pays pauvres. Il aboutit alors à un montant de dette écologique cumulée des pays du Nord en déficit écologique (ici les 16 pays) supérieur à celui de la dette financière externe des pays pauvres ayant des excédents écologiques (46 pays). 41 des 46 pays pauvres concernés deviendraient créditeurs s’ils bénéficiaient d’un remboursement monétaire de la dette écologique du Nord !
Cette méthode, stimulante à titre illustratif, repose sur des hypothèses fragiles, très arbitraires, et ayant bien peu de justifications théoriques. Il est improbable qu’elle gagne en légitimité. Mais il pourrait en être autrement de la notion de dette écologique et de certaines estimations physiques de son ampleur, associées à des valorisations monétaires « politiques », issues de négociations. Le recours à des « tarifs politiques » dans les négociations internationales sur le climat et d’autres ressources naturelles va probablement s’amplifier. On l’a vu avec l’accord (qui reste fragile) sur l’abandon de l’exploitation des réserves de pétrole du parc Yasuni en Amazonie équatorienne, une exceptionnelle réserve de biodiversité, contre le versement de sommes dont le total équivaudrait à une fraction du manque à gagner, pour le pays, de la décision de laisser le pétrole sous terre. Les ONG écologistes ou celles qui exigent la réduction ou l’annulation de la « dette du tiers monde » ont donc raison d’emprunter, entre autres arguments, celui des compensations financières d’une dette écologique dont la visibilité progresse. Elles ne doivent pas s’illusionner sur la possibilité de la convertir en devises autrement que par des politiques d’affirmation de droits au développement humain durable et d’égalité des droits d’usage durable de ressources naturelles rares. Donc par l’établissement d’un rapport de forces.
Une dernière précision est essentielle, et je la dois à Éric Toussaint, du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde), une association en pointe pour exiger qu’on en finisse avec des dettes largement illégitimes et parfois carrément « odieuses », en mettant en place des « audits citoyens » des dettes, et pas seulement au Sud. Je me permets de citer un message qu’il m’a envoyé : « Tous les citoyens et citoyennes du Nord ont-ils une dette à l’égard de tous les citoyens et citoyennes du Sud ? Au Nord, qui a profité du mode de production capitaliste productiviste depuis un peu plus de deux siècles ? Qui l’a mis en place ? Au Nord, qui a pris et prend encore les décisions ? Cela renvoie à la division de la société en classes sociales et au rôle des entreprises transnationales. Afin de donner une réponse simple, je dis que les réparations que le Nord doit verser aux peuples du Sud de la planète doivent être prélevées, au Nord, sur les classes et les entreprises qui portent la responsabilité de cette dette. » Cette position se discute, mais il faut la verser au débat. Je la trouve logique et juste.
La sécheresse s’étend en Europe
Il a fait trop sec en Europe du Sud. Notamment au Portugal, où le mois de février a été le plus sec en 80 ans, et en Espagne. « Les perturbations ne passent plus. (...) On assiste à une recrudescence des incendies de forêt et les cours d’eau connaissent des débits jusqu’à 80% inférieurs à la normale », notait récemment La Chaîne Météo. « Aucune amélioration, ou retour véritable de la pluie, n’est prévue », s’inquiète-t-on, car la sécheresse pourrait donner lieu « à des récoltes catastrophiques. »
Le Portugal frappe déjà à la porte de la Commission européenne, qui va anticiper le paiement de l’aide en faveur des agriculteurs. En Espagne, où l’hiver - le plus sec depuis 1940 - a causé des dégâts sur ses cultures céréalières, aggravant la pénurie d’alimentation des animaux, on a aussi formulé une telle demande. Ainsi, Bruxelles devrait verser 5,5 milliards d’euros à l’Espagne « aussitôt que possible ». D’autres pays, comme la Grèce, Chypre, mais aussi le Royaume-Uni, s’inquiètent de la sécheresse.
En France également, la situation est inquiétante. Après une année 2011 déjà historiquement chaude avec un printemps presque estival, 2012 s’annonce encore doux... et trop sec. Dans certaines zones près de la Méditerranée, il n’a pas plu une goutte depuis le début de l’année, le grand froid de février ayant empêché les précipitations. Les nappes phréatiques ne sont pas rechargées. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, le déficit 2012 est le plus remarquable depuis 1959. Pour l’Union des petits agriculteurs, il va encore manquer d’herbe en 2012. On devra alors nourrir le bétail avec du fourrage et du grain, ce qui devrait alourdir les coûts de production de 20%. L’année dernière, la sécheresse agricole a déjà coûté 241,7 millions d’euros.
Le Maroc sévèrement touché
La sécheresse touche particulièrement le bassin méditerranéen. Au Maroc, elle devrait plomber l’économie de 1 à 2 points de PIB : l’agriculture pèse pour 16,6% du PIB marocain et emploie 45% de la population. Le Maroc pourrait importer un volume record de blé pour 2012-2013, soit 5 millions de tonnes, un record depuis cinquante ans. Et ne plus produire que 2,3 millions de tonnes, contre 6 millions l’année dernière.
Plus au sud, en Mauritanie, le Programme alimentaire mondial a tiré la sonnette d’alarme. La sécheresse est dramatique : « Le nombre de personnes vivant dans l’insécurité alimentaire pourrait grimper jusqu’à 900.000, soit le quart de la population », prévient l’ONU, à cause notamment d’une chute de moitié de la production céréalière.
Par ailleurs, au Texas (États-Unis), les pertes agricoles atteignent des records : selon Agrilife, elles s’élèvent à 7,6 milliards de dollars (dont 2,2 milliards pour la seule filière coton), soit deux fois plus que celles enregistrées en 2006 pendant la pire période de sécheresse.
En Colombie, un barrage détruit l’Amazonie au détriment des paysans
Bien que les entreprises propriétaires du projet hydroélectrique El Quimbo se déclarent au niveau international comme productrices d’« énergie verte », les communautés de la région, les paysans et les pêcheurs artisanaux les voient d’un autre œil. Ils sont totalement opposés à ce mégaprojet et maintiennent un barrage devant le chantier. C’est là qu’ils tiennent des assemblées de protestation depuis le 8 janvier 2012. Le 14 février, des opposants au projet ont été délogés par la violence. Les fusils de l’ESMAD, groupe anti-émeutes colombien, visaient uniquement la liberté de mouvement de l’entreprise pour poursuivre ses travaux.
Sur sa page web d’information sur le projet El Quimbo, l’entreprise EMGESA dit s’engager « socialement et culturellement avec la communauté » et adapter ses « stratégies entrepreneuriales à la préservation de l’environnement ». Rien n’est plus éloigné de la réalité.
En mars, cette filiale des multinationales espagnole ENDESA et italienne ENEL va porter un coup au cœur de l’Amazonie colombienne. Elle se propose de commencer à détourner le cours du grand fleuve de La Magdalena. Ce fleuve assure actuellement la fertilité des vallées qui l’entourent sur un cheminement sinueux de 1.500 kilomètres.
La déviation du fleuve fait partie de la construction irrégulièrement approuvée du mégaprojet hydroélectrique de El Quimbo. Le barrage inondera six 6villes au sud du département du Huila, entre le Massif colombien et l’embouchure du fleuve Páez dans le Magdalena. Il est prévu que la retenue de El Quimbo couvrira une surface de 8.560 hectares et s’étendra sur 5 km, faisant disparaître le fleuve et la jolie vallée où l’agriculture, la faune et la pêche sont riches, et privant la population d’un moyen de transport nécessaire. Il s’agit d’un territoire d’une grande richesse archéologique, culturelle, sociale et historique. Pour le projet hydroélectrique, 7.500 hectares ont été prélevés sur la Réserve forestière de l’Amazonie.
La multinationale italo-espagnole effectue un investissement de 700 millions de dollars. Le gouvernement colombien a donné à la multinationale des facilités extraordinaires pour faire et défaire. Résultat : déplacement et pertes d’emplois. Seuls s’enrichissent les propriétaires de la multinationale (en 2011, un bénéfice net de 372,7 millions de dollars), un secteur de l’oligarchie colombienne et les fonctionnaires qui ont délivré des licences environnementales entachées d’irrégularités. Aucun profit n’ira aux habitants de la région ni au peuple espagnol qui se débat dans la crise la plus profonde, laquelle, comme toujours, sera payée par ceux d’en bas. Pendant ce temps, les multinationales poursuivent le pillage de territoires étrangers sans aucune forme de contrôle, détruisant l’environnement et dépouillant la population locale.
Il faut anticiper la descente énergétique
« A l’avenir, nous disposerons de moins d’énergie alors que nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre et que les pays émergents sont en phase d’industrialisation rapide. »
Après plus d’un siècle d’augmentation importante de la production et de la consommation de pétrole, la Terre s’essouffle et la notion de « pic de production », autrefois ignorée, s’impose comme une réalité inéluctable. Cette tension se manifeste d’ores et déjà à travers le déploiement de techniques d’extraction demandant toujours plus d’investissements, d’énergie et de matériaux. En effet, lorsque des réserves sont limitées, le rythme de leur exploitation suit une courbe croissante, puis elle plafonne à son maximum en formant un plateau, avant de décroître. C’est le cas du pétrole facilement accessible et bon marché dont la plupart des experts, y compris, désormais, l’Agence internationale de l’énergie, admettent qu’il a atteint son pic de production mondial il y a quelques années.
Malgré les découvertes de gisements récemment médiatisées, le monde continue de consommer beaucoup plus de pétrole qu’il n’en trouve par l’exploration. L’extraction du pétrole difficile, appelé non-conventionnel (sables asphaltiques, pétrole de roche-mère, grands fonds marins...) sera beaucoup plus coûteuse et surtout beaucoup plus lente. Elle ne permettra donc pas d’éviter la baisse de la production mondiale après un plateau qui ne devrait durer que jusqu’en 2015-2020. Les énergies alternatives, même si elles sont développées à un rythme soutenu, ne pourront pas compenser le déclin de la production de pétrole, que ce soit en quantité ou en coût de production. Aucune solution de substitution aux carburants liquides n’est disponible à l’échelle de la demande, actuelle ou future.
A l’avenir, nous disposerons fatalement de moins d’énergie et de ressources alors que nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre et que les pays émergents sont en phase d’industrialisation rapide. Par ailleurs, les pays exportateurs consomment une part toujours plus importante de leur production pour alimenter leur développement.
Or force est de constater que le fonctionnement de notre société dépend aujourd’hui d’une croissance économique soutenue qui va de pair avec une consommation toujours plus importante d’énergie et de ressources. L’urgence apparaît donc d’anticiper une inexorable descente énergétique. Les limites physiques devraient déclencher une réelle transition de la société vers une diminution majeure de notre dépendance aux ressources non renouvelables, par un changement profond des comportements, de l’organisation du territoire et de notre économie. Si cette transition n’est pas anticipée, elle sera subie de manière chaotique et provoquera des conséquences économiques désastreuses, à l’image de la crise des subprimes. Les fondements de la démocratie et la paix pourraient donc être menacés.
Dans ce contexte, il est indispensable que les responsables politiques, mais aussi l’ensemble des acteurs sociaux et économiques ainsi que les citoyens français, prennent conscience de cet enjeu et fassent preuve d’anticipation, car nous sommes face à un péril réel pour la cohésion sociale et le fonctionnement de l’ensemble des secteurs vitaux de notre collectivité. Les signataires de cet appel invitent tous les candidats à l’élection présidentielle à tenir compte de cette situation urgente. Ils leur demandent de prendre position sur cette question, dans le cadre de débats et de propositions politiques concrètes. Celles-ci devront être compatibles avec la réalité physique de l’extraction des ressources et permettre de faire face à la décrue énergétique de notre société.
Les ouvriers voient la vie en vert
Dans le nuancier politique actuel, un seul candidat ose le mélange entre le rouge des luttes syndicales et le vert des préoccupations environnementales. Mélenchon appelle cela la « planification écologique ». En peinture, quand le vert se mêle au rouge, le résultat n’est pas toujours seyant : ça donne du kaki tendance caca d’oie. En politique, c’est plutôt la couleur du combat.
Certains ne jurent que par la « règle d’or » pour assainir les dépenses publiques. Mélenchon, lui, préfère la « règle verte », histoire de rembourser la dette écologique de la France. « Et développer des activités industrielles durables. » Dans son QG à L’Usine [aux Lilas, à côté de Paris], le Front de gauche a donc convié mardi 27 mars des « camarades » syndiqués de Fralib, Arcelor, Petroplus et M-real à un grand oral écolo-industriel. Bardés d’autocollants CGT et de tee-shirts revendicatifs, les gars ont pris tour à tour la parole pour présenter les projets de reprise de leurs usines respectives. Tous avaient un « plus » écolo.
Exemple, avec la papeterie du groupe finlandais M-Real, basée à Alizay (Eure). D’après Jean-Yves Lemahieu de la CGT, toutes les conditions sont réunies pour relancer une activité durable et rentable. « Nous avons la machine à papier la plus performante de France », assure-t-il. Station de désencrage des papiers à recycler, production de pâte à papier vierge, transports en péniche..., le salarié est intarissable sur les possibilités de reprise. Le site est également éligible à un projet de centrale électrique de 50 MW qui tournerait avec les déchets de bois inutilisés. « Pour l’heure, un repreneur est prêt à poser 50 millions d’euros sur la table. Les investissements nécessaires s’élèvent à 350 millions environ. Il ne demande pas 350 millions à l’Etat, mais quelques aides, oui. »
Réponse du candidat Mélenchon : « 350 millions, c’est que tchi, s’il y a la volonté politique, on les trouve ». Puis : « Et si on réquisitionnait l’usine, vous pourriez la faire redémarrer ? » « Bien sûr ! On sait faire, on n’a pas besoin d’eux ! », rétorque Lemahieu. Devant la délégation de Fralib, qui racontait l’élaboration chimique des thés Lipton, Mélenchon saute sur l’occasion : « Les normes, c’est nous qui les fixons. Si nous décidons d’interdire le thé chimique, c’est terminé ». Et d’enchaîner sur la préservation de la diversité culturelle, des goûts et des terroirs. « On veut uniformiser les goûts partout, dans le thé, le vin, la bouffe... Nous pouvons résister à cela. Et défendre nos spécificités. Dans la résistance écologique, il y a une dimension culturelle. » On en mangerait.
Faire croire à un écolo que la défense d’une raffinerie est possible, voire souhaitable, relève de l’écartèlement mental. Et pourtant, c’est à cet exercice que s’est plié Yvon Scornet, responsable CGT du site Petroplus de Petit-Couronne. Qu’il s’agisse de l’utilisation de la catalyse pour séparer la paraffine (qui améliorerait les rendements). Ou de la récupération de CO2, de l’usage de gaz au lieu de pétrole brut pour raffiner le pétrole (qui diminuerait la facture).
Salariés en lutte et projets alternatifs
Le site Petroplus a besoin d’environ 50 millions d’euros pour investir dans de nouveaux équipements et se lancer dans d’autres modes de production, « plus rentables, plus efficaces et plus propres ». Reste que Petroplus achète du pétrole en Russie ou au Nigeria et dépend à 100% des fluctuations du marché de l’énergie... Pour sauver Petroplus et diversifier son activité, Mélenchon avait déjà évoqué, fin janvier, la possibilité de raffiner des déchets de bois de l’usine voisine M-real, elle aussi en difficulté. « Ce sera difficile de raffiner des huiles de bois », avoue Scornet. Et si l’activité raffinage était condamnée à moyen terme ? La fin du pétrole et le renchérissement des énergies fossiles inquiètent peu les salariés : « D’ici à ce que les gens embauchés aujourd’hui partent à la retraite, il y aura encore du pétrole », assure le syndicaliste. On verra après.
« Les salariés en lutte ont des projets alternatifs qui tiennent la route », affirme Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’écologie du Parti de Gauche. « Non seulement, il y a la dimension environnementale mais aussi les questions énergétiques : qu’il s’agisse de cogénération ou d’économies d’énergie, ils sont partants pour faire autrement. » Voici donc venu le temps de l’écologie sociale, celle qui articule les questions d’emploi et de désindustrialisation avec la durabilité.
« Ecologie et industrie ne s’opposent pas, explique Corinne Morel-Darleux. Pour relocaliser l’activité industrielle, on va avoir besoin de l’énergie et des compétences de ces travailleurs. De toute façon, ils ont eux-mêmes pris en compte cette dimension. On ne peut pas aller vers un pays qui ne fonctionnerait qu’avec une économie de service ». Et la membre du mouvement Utopia de conclure : « Nous aurons toujours besoin d’acier et nous avons des ouvriers qui savent faire. Qui produit cet acier, avec quelle qualité et dans quelles conditions de travail ? La planification écologique veut répondre à ça. »
Mélenchon ne répond pas à la question écologique
« L’absence grotesque et un tantinet criminelle de toute réflexion sur la crise climatique chez les mélenchonistes les discrédite totalement comme écologistes »
Nul ne sortira de là. Les hommes préfèrent croire que comprendre. C’est une loi sociale, si impérieuse qu’elle s’impose à tous. Et à moi aussi, cela va de soi. C’est pourquoi j’arrêterai ici mes diatribes contre Jean-Luc Mélenchon, personnage à qui je pensais consacrer encore deux articles au moins. C’est sans doute absurde. C’était absurde dès le départ, mais on fait beaucoup de choses absurdes. Pas vous ?
Mélenchon est un illusionniste de la politique, il est le joueur de flûte de Hamelin, Der Rattenfänger von Hameln, qui conduit son monde vers le grand néant. Seulement, il ne faut pas le dire. Pour éviter un surcroît de malentendus, je me propose de préciser quelques points qui plairont, je l’espère, à certains de mes critiques.
En défense de Mélenchon
1/ Mélenchon fait, de loin, la meilleure campagne de cette élection présidentielle.
2/ Il est sincère, aussi sincère qu’un politicien bourré d’adrénaline par des salles archicombles, aussi sincère que l’était Mitterrand annonçant qu’il voulait rompre avec le capitalisme, aussi sincère que Marchais exigeant de Jean-Pierre Elkabbach qu’il la ferme.
3/ Je ne conteste pas qu’il a appris à parler « écologiste ». Je ne conteste pas davantage qu’il parle, avec d’autres mots aussi bien choisis, aux socialistes déçus du socialisme ; aux communistes en perdition depuis quinze ans ; aux chevénementistes déboussolés ; probablement à bien d’autres encore. Tel est le propre du médium. Il exprime ce qui serait inexprimable sans lui. Il transmute une matière inerte en masse vivante et colorée. Mélenchon est un médium.
4/ On peut être écologiste et vouloir ardemment le renversement de l’ordre des choses. C’est un peu ridicule de le rappeler, mais j’ai écrit sur Planète sans visa des dizaines d’articles qui montrent ce que je pense des sociétés de classes. Et Dieu sait que la nôtre l’est. Je suis pour la subversion complète de la forme sociale et politique qui règne sur le Nord, et partant, sur le monde. Et je le suis depuis toujours, y compris quand Mélenchon était secrétaire d’État de son cher Lionel Jospin il y a dix ans, à l’époque où la gauche au pouvoir privatisait davantage que notre Balladur national, et se foutait si royalement du sort des pauvres et des ouvriers. J’ajoute sans aucun risque de me tromper que jamais un Mélenchon ne rêvera des changements auxquels je pense. Mais cela est sans doute de trop, car je ne peux évidemment rien prouver.
5/ Je suis à jamais du côté des pauvres, des opprimés, et du coup, des ouvriers. Ne me croyez pas plus insensible que je ne suis. Mon vieux à moi, avant qu’il ne meure quand j’étais gosse, était un ouvrier parisien qui travaillait 60 heures par semaine, six jours sur sept, dix heures par jour donc. Il était communiste, ce qui voulait dire stalinien. Mais c’était surtout un être unique, car bon. Je sais par lui, depuis mes huit ans, que la vie est compliquée, entortillée, contradictoire.
6/ J’ai été en conséquence heureux, moi, d’entendre Mélenchon parler aux ouvriers comme on ne l’avait pas fait depuis tant de lustres dans ce pays pourtant bâti par eux. Parler de « fierté de classe » aux prolos si constamment méprisés est une bonne action, et pour cela, il sera beaucoup pardonné à Mélenchon. Enfin, un peu.
7/ Comme je ne suis pas sourd, j’ai aussi entendu parler de « planification écologique ». Ah quelle jolie expression ! Un peu de pédanterie détendra l’atmosphère : elle est polysémique. Ce qui veut dire, pour être très poli, qu’elle a d’évidence plusieurs sens. Si l’on veut être aussi mal élevé que je le suis, on écrira qu’elle est en soi un joli foutoir. Le mot planification fera en effet plaisir au public des anciens communistes si longtemps amoureux de l’industrie lourde stalinienne. Et chantera la mélopée à ceux des électeurs écolos qui sont tentés par le vote Mélenchon.
Comment décortiquer deux programmes qui n’en font qu’un
Et c’est là que tout commence. Je suis allé consulter, et nous ne sommes certainement pas nombreux à l’avoir fait, les si fameux programmes. D’abord, et c’est tout de même fondamental, chers amis mélenchonistes, le Front est un Front. Le Parti de Gauche de Mélenchon est un groupuscule en face des restes conséquents du parti communiste, qui revendique 130 000 adhérents et des milliers d’élus locaux, parfois nationaux. Cet Apparat pèse bon poids. Du coup, et je me répète, deux programmes.
A/ Le programme du Front de Gauche - ne serait-pas aussi celui de Mélenchon ? - est partagé entre le parti communiste et le parti de gauche. C’est un texte aussi roué que des milliers d’autres rédigés au fil des décennies par les bureaucrates du parti de Thorez, Duclos et Marchais. Vous pouvez le télécharger (ici). La fameuse « planification écologique » y commence page 18 et s’y termine page 21. Au moins, on aura le temps de regarder TF1. Je cite in extenso, ci-après, les mesures que prendrait immédiatement un gouvernement Front de Gauche :
– Moratoire sur toutes les politiques de déréglementation de l’énergie, abrogation de la loi NOME ;
– Mise en place d’un plan de transition écologique réintroduisant la maîtrise publique de l’énergie et promouvant des investissements publics conditionnés à des critères écologiques, sociaux et démocratiques ;
– Mise en place d’un plan de financement pour la sobriété et l’efficacité énergétiques et pour la diversification des sources d’énergie.
Fin de la citation. Le doute n’est plus autorisé : c’est la révolution. Tremblez, ennemis de la vie ! Sans rire, cela ne fait pas rigoler. Le reste est de la même eau, certifiée potable par Veolia, grand ami des municipalités communistes. Les belles expressions vides fleurissent : contrôle citoyen, nouvelle politique des transports, contre la marchandisation des biens communs, blablabla. On jurerait du Chirac dans le texte, quand il proclamait du haut des tribunes : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Alors - en 2002 -, comme il était agréable à la gauche qui soutient aujourd’hui Mélenchon de dauber le pauvre Chirac ! Eh bien, il n’y avait pas de quoi. Le plus étrange est que rien n’aurait empêché ces gens d’en faire des tonnes. Un programme est si vite oublié, pas ? Mais leur inculture écologique et leur indifférence à la nature sont telles que même sur ce bout de papier, il fallait donc ne rien dire.
Encore un petit mot sur ce beau programme. Surtout ne pas parler d’agriculture biologique ! Pardi ! Le texte évoque tantôt une « agriculture paysanne », tantôt une « agriculture responsable ». Bio ? Horresco referens !
2/ Le programme du Parti de Gauche, le groupe de Mélenchon, a lui toutes les libertés. Il peut écrire exactement ce qu’il pense. Et que dit-il de cette si fameuse « transition écologique » ? Je vous invite à vous faire votre propre opinion (ici). À ma grande surprise, et je proclame ici être sérieux, il n’existe apparemment que cette ébauche, élaborée en septembre 2010 et laissée depuis en déshérence. Ce n’est pas très rassurant, non. En tout cas, j’ai lu ce qui ne sont que des propositions susceptibles d’être modifiées je ne sais trop comment. Elles sont formulées sous la forme de fiches. Nous sommes dans à la galerie J’Farfouille, dans une somptueuse fête à Neu-Neu où tout le monde repartira avec un lot sous le bras.
J’ai compté 51 fiches, sans aucune cohérence ni hiérarchie. On ne sait pas ce que le parti pense de l’état écologique détaillé de la planète, des responsabilités du Nord, de l’effondrement accéléré des écosystèmes. On ne sait pas. En revanche, des déclarations d’intention par dizaines, dont certaines sont fatalement sympathiques. On va ainsi « mettre en place un débat écologique national ». Certes - je ne compte pas me refaire -, on a le droit de ricaner de l’adjectif national accolé à celui d’écologie. Mais enfin, voyons tout de même de plus près. Cette proposition 127 est une distrayante bouffonnerie dont j’extrais ceci : « Pour l’eau, un tel système de planification existe déjà depuis 1992. En revanche les citoyens sont exclus des décisions dans les autres domaines liés à la planification écologique : ils ne participent pas à l’élaboration des plans départementaux d’élimination des déchets ni aux choix stratégiques de l’Etat en matière d’énergie, de transport, de logements quand d’autres domaines ne font l’objet d’aucune planification (biodiversité, agriculture…) ». Logique et imparable : on va organiser un débat.
Suis-je injuste ? Vous jugerez, après tout. Moi, j’estime être bien en-deçà de la réalité. Je me contenterai d’un point, qui est une clé : le dérèglement climatique. Je rappelle que toutes les civilisations dont nous sommes issus - l’Égypte ancienne, la Phénicie, la Grèce, Rome, la Chine paysanne, les royaumes africains, l’Empire inca, celui des Aztèques, etc. - n’ont pu prospérer que par la grâce d’un climat stable. Relativement, mais certainement stable. Or, il est sur le point de basculer, ce qui pose bien davantage de problèmes angoissants que je ne suis capable d’en imaginer.
On pourrait croire que, sous le fier étendard d’un Parti de Gauche libre de sa parole, écologiste de combat, cette question dominerait toutes les autres, notamment dans le centre de cette si prestigieuse « planification écologique ». Eh bien, macache bono, nib. On trouve bien mention de vagues intentions, mais dans une formulation résolument baroque, avec une palme et un accessit pour la fiche 108, dont le titre est à lui seul un vaste programme : « Développer les énergies renouvelables et sortir des énergies fossiles ». On s’attend à un festival de proclamations, au lieu de quoi on lit : « On peut en revanche faire bien plus [au sujet des énergies renouvelables] à échéance 2030 puis 2050 (sans atteindre cependant 100% avant de nombreuses décennies) sans miser sur des technologies incertaines ni ruiner l’économie ».
C’est très clair : il ne faut surtout pas ruiner l’économie. Ni affoler le peuple de gauche à propos du dérèglement climatique en cours. Dans cette fiche à propos de la sortie des énergies fossiles, pas un mot, je dis bien PAS UN MOT, sur le climat. Faut oser. Je laisse tout le reste à votre appréciation, ne doutant pas que des mélenchonistes méritants viendront dire ici combien je suis de mauvaise foi, combien je ne sais pas lire la prose de leur Grand Méritant de Chef. Bah ! j’assume. Et j’en rajoute aussitôt. Une fiche parle de moratoire immédiat sur les biocarburants, mais sans évoquer le drame planétaire qu’ils provoquent dès aujourd’hui. Et parie - pauvres fous - sur les biocarburants de deuxième génération. Mais une autre fiche écrit ceci, qui est infâme : « Moratoire sur le développement des agrocarburants tant que leur bilan environnemental, social et économique global n’est pas convaincant ». Par Dieu, changer une plante en carburant serait donc envisageable dans un monde qui compte un milliard d’affamés ? Et ce serait aux experts que l’on sait de trancher au sujet de leur bilan, lequel est déjà totalement documenté ? Pouah ! Le programme du Front de Gauche, évoqué supra, préfère ne pas aborder le sujet. Noblesse oblige.
Enfin, pas un mot sur les animaux dans le programme du Front de Gauche. Chez nos humanistes déchaînés, l’homme est tout, et l’animal n’est pas même nommé. Le programme du Parti de Gauche fait à peine mieux. Deux ou trois mots (fiches 110 et 115) paraissent avoir été jetés au dernier moment sur des propositions on ne peut plus générales sur l’agriculture. Bien sûr, des êtres comme l’ours, le loup, le lynx, le blaireau pourchassé par les cons, le vautour fauve « effarouché » par les cons, ne sont pas évoqués. Ces grands écologistes ne savent pas qu’il existe d’autres habitants qu’eux-mêmes sur Terre.
Un interminable commentaire général
Je dois ajouter un commentaire général. C’est long, je le vois bien, mais je vous rappelle que j’ai promis de NE PAS ÉCRIRE d’autres articles pourtant prévus. Laissez-moi donc finir. L’absence grotesque et un tantinet criminelle de toute réflexion sur la crise climatique chez les mélenchonistes les discrédite totalement comme écologistes. Peu me chaut que, du haut des tribunes, El Jefe Adoré se laisse aller à des parlotes sur la « règle verte » ou je ne sais quelle autre niaiserie. Ayant trouvé le moyen de parler et d’être entendu par une partie importante du peuple français, Mélenchon a donc choisi la voie du silence. Sur l’essentiel, il préfère se taire, et faire croire que la situation actuelle pourrait se maintenir. C’est ainsi qu’il sera jugé. Sauf qu’il ne sera jamais jugé par quiconque.
Pas de mobilisation nationale autour de la crise climatique - pourtant, quelle belle leçon universelle ce serait, façon 1789, façon 1871 - mais bientôt la reprise de couplets patriotiques et productivistes. Je sais bien que je hérisse le poil en écrivant ces mots, mais qu’importe ? Patriotique ? Mélenchon ne voit le monde que depuis Paris-sur-Seine, qui ne s’en rend compte ? Qui n’entend ses hymnes continuels à la Nation et à son génie singulier ? Je connais par cœur, ad nauseam, ces socialistes toujours prêts à défendre la patrie et à envoyer un « salut fraternel » à la police nationale, comme le fit Mélenchon après les crimes de Mohamed Merah (ici). Quant au mot productiviste, il sent encore davantage le soufre.
Pour la clarté de mon propos, je me contenterai de la formule phare de Mélenchon, soit l’augmentation du smic à hauteur de 1.700 euros bruts mensuels, sur la base de 35 heures. Est-ce du productivisme ? Ben oui. Mais avant de hurler, accordez-moi une minute authentique. Je sais qu’il y a des pauvres en France, et j’ai des raisons personnelles de le savoir. Épargnez-moi tout propos sur mon égoïsme et mon indifférence au sort des plus malheureux d’entre nous, car il s’agit de tout autre chose. Pour ce qui me concerne personnellement, je me souviens de discussions enragées lorsque j’avais seize ans, vers 1971. Je luttais alors pour la révolution sociale, et je disais avec virulence que j’étais pour une sorte d’égalité générale des salaires. J’ajoutais que les petits connards - oui, il m’arrivait de parler ainsi - qui étudiaient jusqu’à 25 ans et plus, exigeant pour cette raison des salaires incomparablement supérieurs à ceux des prolos entrés à l’usine à 14 ans, étaient en plus des petits salauds. Car étudier si tardivement était à l’évidence, disais-je alors, un considérable privilège. Qui ne saurait être augmenté de nouveaux privilèges.
Bref, je pensais qu’une égalité générale des salaires se justifiait. Le drôle, c’est que je pense encore la même chose, quarante ans plus tard. Je ne vois pas pourquoi tant de petites et grandes fripouilles gagnent tant et plus, tout en vivant des années plus vieux que « ceux qui soufflent vides les bouteilles que d’autres boiront pleines ». À ma manière, je suis un archaïque. Mais pour en revenir à notre Idole Suprême, je maintiens que la revendication d’un smic à 1700 euros bruts par mois est productiviste.
Et ce smic à 1700 euros ?
1/ Une augmentation sensible du smic se répercuterait de salaire en salaire supérieur jusqu’à un niveau que j’ignore, mais probablement élevé. Ceux qui gagnent 1.700 euros en réclameraient 2000, ceux qui touchent 2.000 voudraient 2.300, etc. J’espère que nous sommes au moins d’accord là-dessus. Un tel mouvement ascendant dans le pouvoir d’achat des Français aurait inévitablement des effets, et parmi eux, j’en retiens deux. Davantage d’objets devraient être produits. Et d’un. Davantage d’objets devraient être consommés. Et de deux. Comme est organisée la société française d’aujourd’hui, avec ses publicités omniprésentes, sa télé répugnante à la botte de la marchandise, ses hypermarchés à tous les coins de rue, il ne fait aucun doute qu’une partie importante des objets nouvellement produits et consommés seraient de pures merdes. Venues des centres d’esclavage chinois, sous la forme d’écrans plats et de téléphones portables, notamment. J’appelle cela une poussée supplémentaire de productivisme.
2/ Contestez cette évidence si cela vous chante, je poursuis. La crise écologique est d’autant plus pénible pour les traditions de gauche qu’elle dynamite toutes les mythologies. Par exemple, et je sais bien ce que j’écris, un pauvre de chez nous est un riche du monde. Tournicotez cela dans votre tête cent fois, cela n’y fera rien, car c’est vrai. Les gueux du monde réel, qui se comptent par milliards (sur)vivent avec au plus deux euros par jour, soit 60 par mois. Il ne s’agit évidemment pas de culpabiliser quiconque - je mange bio et bois mon content -, mais de dire une vérité élémentaire, et de rebâtir un discours politique et moral enfin cohérent, et réellement mobilisateur.
Oui, partons des faits, tels que reconnus par Sa Seigneurie Ineffable elle-même, Jean-Luc Mélenchon. Il n’y a pas trois planètes disponibles, ce qui serait pourtant nécessaire pour aligner le niveau matériel de vie des sept milliards d’humains sur le nôtre. Ni cinq, si l’on prenait en compte non notre gabegie nationale, mais celle des États-Unis d’Amérique. Autrement expliqué, le projet universel d’égalité entre les êtres humains doit condamner avec une extrême fermeté toute mesure qui vise à accroître, si peu que ce soit, la distance abyssale qui sépare le Nord du Sud. Je me dois d’insister : la gauche, et Mélenchon le patriotard ne fait pas exception, a totalement renié l’universalisme dont elle se réclame pourtant. L’universalisme consiste en la circonstance à démontrer qu’un homme vaut un homme. Et que nous, ceux du Nord, vivons d’une manière qui interdit de seulement approcher ce rêve proprement révolutionnaire.
3/ Je radote, non dans l’espoir de convaincre ceux qui croient en Mélenchon, mais pour avoir la conscience tranquille : il faut évidemment changer le sort des pauvres de notre monde. Mais non en leur vantant l’augmentation d’un gaspillage de ressources matérielles qui sera toujours plus criminel à mesure que la crise écologique s’aggravera. Et elle ne cesse de s’aggraver. Il faut oser dire la vérité à tous et à chacun : c’est fini. The Game is Over. L’avenir, s’il existe, passe par la garantie pour tous d’un toit, d’un droit à la santé et d’une nourriture saine, laquelle commande une lutte à mort contre l’industrie. Tout le reste doit revenir aux communautés, sous la forme d’une mutualisation de services aussi gratuits que possible. Ce qui signifie stopper au plus vite, par tous les moyens humains disponibles, l’immense machine de destruction de la vie que ne remet nullement en cause Mélenchon.
Il faut enfin affirmer que l’aliénation de masse par les objets inutiles précipite le désastre commun. À bas la bagnole individuelle ! À bas la télé ! À bas le téléphone portable ! Je n’ai personnellement aucun de ces objets, mais je vous écris depuis un ordinateur branché sur internet. Ce qui ne m’empêche pas de crier aussi : À bas l’ordinateur personnel ! À bas tous ces écrans qui réduisent les humains en autant d’atomes ne tournant qu’autour d’eux-mêmes ! À bas cet individualisme organisé pour les seuls besoins de la métamachine industrielle ! À bas ce monde ! Il ne s’agit pas de répandre le malheur chez les consommateurs de masse qui font tourner la roue. Il s’agit d’augmenter sans limite concevable les relations vraies entre personnes. Le soin donné aux nourrissons et aux vieillards. L’amour et l’amitié. La gratuité. La solidarité. Il s’agit de préférer la lenteur. D’admirer sans posséder. De redécouvrir ce qu’est la beauté d’un songe, d’une plante, d’un regard, d’une perspective. De rechercher en tous événements l’harmonie, ce que les Indiens navajos, certes de sinistres sauvages, appellent hozro. De construire, seul ou avec d’autres, maisons et refuges. D’apprendre à mourir dans son lit. D’exiger d’être enterré dans un lieu qu’on aime, comme ce cher vieil Ed Abbey. De vivre, quoi, vous m’avez compris.
4/ À tous ceux qui pensent que, oui mais merde, Mélenchon dit tout de même des choses nouvelles, comme Thibault ici, dans un commentaire précédent, ou mon ami Hervé Kempf dans un récent article publié dans Le Monde, je leur dis qu’il se trompent. Vous vous trompez, gravement, et vous contribuez à obscurcir l’horizon. Car tout cela est du déjà vu. D’abord, je vous rappelle qu’une autre vague écologiste a balayé l’Occident et la France voici quarante ans. Dumont, Gorz, Illich, Le Sauvage, La Gueule Ouverte, le Larzac, le mouvement antinucléaire : regardez donc dans le rétroviseur.
Comme l’écrivait au reste Hervé Kempf à propos des quarante ans du rapport Meadows (Halte à la croissance ?), le diagnostic a été posé en clarté. Vingt ans plus tard, au moment du Sommet de la terre de Rio (1992), tout a été répété. À cette époque, un Laurent Fabius misait - mais oui, mais oui ! - sur l’écologie et ne jurait que par Lester Brown avant que de trucider une fois au gouvernement - en 1999 - la frileuse écotaxe pourtant prévue par la gauche de messieurs Jospin et… Mélenchon. Le cirque de ce dernier n’est donc qu’un exercice de plus dans l’infernale liste des gesticulations politiciennes dans ce domaine.
J’ajouterai qu’en quarante ans, la situation du monde s’est tant aggravée que nous n’avons plus le droit de suivre une fois encore des mirages. Avec un peu de chance, Mélenchon se représentera en 2017 - pourquoi pas en 2022 : il n’aura que 70 ans, après tout -, et sans que rien n’ait bougé d’un millimètre d’un côté, nous serons encore bien plus près du gouffre de l’autre. Il se trouve qu’à la différence de bien d’autres, je crois au risque d’effondrement d’écosystèmes entiers sur une planète où la surface réellement habitable ne cesse de décroître. Le jeu dérisoire et désormais mortifère du système électoral français n’est simplement pas compatible avec la recherche de solutions humaines et démocratiques à cette fulgurante crise du vivant dont nous sommes les contemporains. Mélenchon n’est pas un ami de la Terre.
PS : J’ai vu passer comme une contrefaçon intitulée : « Appel des gauches antiproductivistes et objectrices de croissance à voter pour Jean-Luc Mélenchon ». Vous en trouverez le texte ici. Ses deux signataires de départ, Paul Ariès et Jacques Testart, ont bien le droit d’écrire ce qu’ils veulent, même si je désapprouve en profondeur leur démarche. Seulement, avaient-ils le droit de faire signer au second rang des gens comme les pontes du parti mélenchoniste, Bernard Genin, maire communiste de Vaulx-en-Velin, Ambroize Mazal, responsable lui aussi communiste de la commission Agriculture de son parti, ou Aurélien Bernier, du sémillant et si funny Mpep ? J’y vois un abus condamnable, dont la seule visée me paraît électoraliste. L’instrumentalisation d’un courant - auquel je n’appartiens aucunement - au service d’un candidat qui ne représente pas ses idées. J’avoue me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais qu’en pensent ceux qui sont directement concernés ?
Sécheresses et inondations, annonce le GIEC
Des vagues de chaleur plus fréquentes, des sécheresses plus marquées et dans certaines régions des pluies plus violentes : avec le réchauffement, la planète doit se préparer à une intensification des épisodes météorologiques extrêmes, rappellent les experts du climat.
Le principal message du rapport publié mercredi 28 mars par le Giec [Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat] est que nous en savons assez pour prendre les bonnes décisions sur la façon de gérer les risques de catastrophes liées au climat, selon Chris Field, l’un des responsables du groupe d’experts de référence sur le changement climatique.
Ce rapport de 592 pages, dont les conclusions majeures avaient été publiées en novembre, est la synthèse la plus complète à ce jour pour mieux explorer les liens pouvant exister entre le réchauffement de la température globale liée aux émissions de gaz à effet de serre (GES) et les événements météorologiques comme les cyclones, les pics de chaleur, les sécheresses ou les submersions.
Selon le Giec, des signes montrent que le changement climatique a provoqué des modifications dans certains épisodes extrêmes depuis 50 ans et les modèles numériques prévoient une intensification lors des prochaines décennies.
A l’avenir, il est probable que la durée et le nombre de vagues de chaleur vont s’accroître dans beaucoup de régions du globe, selon les scientifiques.
De même, ils s’attendent à une fréquence plus élevée des épisodes de fortes pluies, en particulier dans les hautes latitudes et les régions tropicales.
Les sécheresses, elles aussi, devraient être plus longues et plus intenses dans certaines régions, notamment en Europe du sud et sur le pourtour méditerranéen mais aussi dans le centre de l’Amérique du Nord.
Il y a un risque presque partout, dans les régions développées comme dans les régions en développement, dans les zones où il y a un problème d’excès d’eau comme dans celles où il y a un problème d’insuffisance, a souligné lors d’une téléconférence Chris Field.
Mais le rapport distingue des régions particulièrement vulnérables, ajoute-t-il, citant les grandes villes des pays en développement, les zones côtières ou les petits Etats insulaires.
Le rapport évoque ainsi la vulnérabilité d’une ville comme Bombay dont certaines parties pourraient devenir à terme inhabitables.
Le monde va devoir s’adapter et réduire (ses émissions de GES) si nous voulons faire face au changement climatique, a rappelé l’Indien Rajendra Pachauri, président du Giec.
Ce rapport spécifique, s’appuyant sur plus d’un millier d’études déjà publiées, contribuera au prochain grand rapport du Giec attendu pour 2013-2014 (le dernier datant de 2007).
La revue Nature Climate Change a publié lundi 26 mars une étude de deux chercheurs du Potsdam Institute établissant aussi des liens entre le réchauffement et certains épisodes météorologiques extrêmes survenus lors de la dernière décennie.
Concernant les vagues de chaleur, plusieurs études récentes indiquent que beaucoup, possiblement la plus grande partie, ne se seraient pas produites sans le réchauffement, estiment Dim Coumou et Stefan Rahmstorf.
De même, des épisodes pluvieux extrêmes peuvent être attribués au réchauffement, selon ces chercheurs, plus prudents au sujet des ouragans.
Outre les conséquences en termes de mortalité et de déplacements des populations, cette multiplication probable des épisodes extrêmes aura aussi un important impact économique, rappelle le Giec.
En Espagne, l’Etat sommé d’abandonner toute règle pour un casino géant
Pour réaliser en Espagne son projet d’EuroVegas - un gigantesque complexe dédié au jeu - le milliardaire américain Sheldon Adelson a transmis aux autorités espagnoles sa liste d’exigences : exemption de la TVA, des impôts sur le jeu, des cotisations sociales, réforme du code du travail, régime légal dérogatoire durant 30 ans, subventions européennes, don des terrains, autorisation de jeu pour les mineurs, autorisation de fumer dans les bâtiments, etc ... Le cynisme brutal du promoteur de cette zone de non droit - que se disputent aujourd’hui Madrid et Barcelone, donne la mesure de ce qu’ont abandonné les nations européennes en se mettant à la merci des marchés et des fortunes privées : non seulement leur souveraineté, mais aussi leur dignité.
15 milliards d’euros d’investissements, 260 000 emplois directs et indirects créés : tel est le deal que fait miroiter aux régions de Barcelone et de Madrid Sheldon Adelson, 16e fortune mondiale avec un patrimoine estimé à plus de 21 milliards de dollars et par ailleurs président et actionnaire principal de la société Las Vegas Sands, « l’empire du jeu ».
Son projet ? Créer en Espagne une « zone de jeu » identique à celles qu’il a déjà implantées au Nevada, à Singapour et à Macao : 6 casinos, 18.000 machines à sous, 3 terrains de golf, des théâtres et des cinémas, une douzaine d’hôtels, des centres commerciaux... bref, toute l’apparence d’un « paradis » dans un pays où le chômage atteint des records (plus de 20 % de la population active), où la récession frappera dur en 2012 et 2013, où la crise immobilière, née d’une spéculation sur le prix des biens et de conditions de prêts immobiliers délirantes (emprunts jusqu’à 50 ans), paupérise à vitesse grand V les classes moyennes qui ont eu la mauvaise idée d’acheter pour se loger.
Comme au football, Madrid et Barcelone, rivales traditionnelles, se disputent les faveurs du groupe Las Vegas Sands pour que ce complexe de jeu s’installe sur leur territoire. Et, comme au football où le Real et le Barça sont prêts à payer des sommes extravagantes pour attirer les meilleurs joueurs du monde, les deux villes sont prêtes à toutes les concessions pour convaincre Las Vegas Sands de les favoriser de son choix.
Toutes les concessions ? Jugez-en plutôt. Réparties en 5 thèmes par le journal espagnol El Pais qui a eu accès aux documents de travail des négociations en cours, cette longue liste donne une idée du rapport de forces qui s’est désormais établi entre puissance privée et (im)puissance publique :
1. Droit du travail
● Modification du Code du travail afin d’assouplir « la rigidité des conventions collectives », notamment dans les secteurs présents dans le complexe de casinos (hôtellerie, restauration, jeu, commerces...) ;
● Réduction du temps nécessaire pour admettre des travailleurs étrangers (hors UE) en Espagne, via la création d’un régime spécial qui accélèrera la délivrance d’un permis de travail ;
● Exemption totale pendant deux ans des cotisations de Sécurité sociale, puis 50 % de remise les trois années suivantes. À compter de la 5e année, les travailleurs non espagnols pourront être rattachés au régime social de leur pays d’origine ;
● Création d’un MBA spécialisé dans l’industrie du jeu ;
● Appui du gouvernement à une demande de subvention d’aide à l’emploi de plus de 25 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement ;
● Financement par les autorités publiques de 60 % des frais de formation des employés recrutés par Las Vegas Sands ;
● Perception par Las Vegas Sands de subventions pour l’emploi, tant en ce qui concerne les emplois directs qu’indirects créés durant la construction du complexe.
2. Infrastructures
● Prise en charge par les autorités espagnoles de la construction d’une nouvelle station de métro, d’une interconnexion avec le TGV, de nouvelles lignes d’autobus, de nouvelles routes et autoroutes...
● Autorisation des vols en hélicoptère entre l’aéroport et le complexe de jeux, construction d’un ou plusieurs héliports dans le complexe ;
● Suppression ou enfouissement des infrastructures de gaz, d’eau et d’électricité, renforcement des services d’urgence (pompiers, ambulances, etc.) dans le complexe...
3. Urbanisme
● Cession gratuite, à Las Vegas Sands, de toutes les terres que les autorités publiques possèdent dans la zone ;
● Expropriation des terres privées de la zone afin que Las Vegas Sands en prenne rapidement possession ;
● Suppression des règles d’urbanisme, y compris des critères de construction, afin que Las Vegas Sands ait toute latitude pour construire.
4. Réglementation
● Vote d’une loi spécifique, ne pouvant être modifiée pendant au moins 30 ans, déclarant le projet d’intérêt général, créant un régime dérogatoire en ce qui concerne le jeu et le commerce, supprimant les limites aux investissements étrangers dans les casinos ainsi que la nécessité d’une autorisation préalable si plus de 5 % du capital social change de mains ;
● Autorisation d’accès aux casinos pour les mineurs, les majeurs incapables et les interdits de jeu ;
● Modification de la loi sur le blanchiment d’argent avec, notamment, autorisation de transférer les fonds sans limites ;
● Autorisation, pour les casinos, d’accorder des prêts aux joueurs, suppression des interdictions publicitaires concernant le jeu, modification de la législation sur les dettes de jeu qui réserve actuellement l’exécution des sanctions à la seule justice civile, légalisation du système d’intermédiaires et de « rabatteurs » incitant les joueurs potentiels à se rendre au complexe ;
● Homologation automatique des jeux déjà autorisés dans d’autres pays de l’Union européenne ou aux États-Unis, autorisation donnée à Las Vegas Sands pour approuver de nouveaux jeux et traiter des questions administratives afférentes ;
● Création d’une commission des jeux, formée de membres du gouvernement régional et d’« experts indépendants » ;
● Autorisation de fumer dans les espaces clos à l’intérieur du complexe, liberté totale des horaires dans tous les commerces.
5. Fiscalité
● Remboursement de la TVA aux entreprises du complexe, statut de « zone franche » (donc, pas de paiement de TVA ni de taxes) pour les joueurs extra-communautaires ;
● Suppression des taxes et simplification des procédures pour tous les produits importés qui rentrent dans le complexe ;
● Modification des règles fiscales d’amortissement, de déduction du résultat fiscal, d’imposition des non-résidents et des impatriés ;
● Exemption pendant 10 ans de la taxe sur les jeux ;
● Réduction de 95 % de l’impôt sur les transmissions patrimoniales, ainsi que des impôts fonciers ;
● Réduction de 50 % de l’impôt sur les activités économiques ;
● Négociation préalable et obligatoire avec Las Vegas Sands avant toute entrée en vigueur de nouvelles taxes.
Pour effarantes qu’elles paraissent, les prétentions de Las Vegas Sands n’en sont pas moins, dans leur globalité, accueillies avec bienveillance tant à Madrid qu’à Barcelone. Les représentants d’Adelson n’ont d’ailleurs pas caché qu’ils donneraient la préférence à la ville qui leur ferait le plus de concessions, d’où la déclaration de la présidente de la région de Madrid : « s’il faut effectuer des modifications légales qui sont en accord avec mes principes, elles se feront. »
Cet accord en voie de conclusion entre une TGE (très grande entreprise) et les responsables politiques d’une région et d’un État illustre parfaitement le transfert de pouvoirs et compétences des autorités publiques vers les TGE que nous avons analysé dans plusieurs billets. On y retrouve en effet la plupart des caractéristiques de la décadence des États-nations :
● remplacement de la loi par le contrat, lequel acquiert ainsi une force supra-législative, au mépris absolu de la pyramide des normes juridiques qui, de la Constitution au simple arrêté municipal, sert de fondement à tout notre système juridique ;
● « liquéfaction » complète des individus, coupés de leurs racines culturelles et nationales : Las Vegas Sands ne dissimule même pas son intention d’aller chercher des employés dans des pays à très bas salaires et sans protection sociale et de les transposer « tels quels » en plein milieu de l’Europe, des pions que l’on déplace sur un échiquier planétaire, et que l’on remplacera dès que les signes d’usure apparaîtront ;
● création d’une zone de « non-droit », ou plutôt d’une zone placée sous la quasi-juridiction d’une TGE. Nous y voyons là l’indicateur d’une évolution dont nous avons tracé les contours dans Après le capitalisme : la primauté de la force : des entreprises privées prennent de facto le contrôle par la force d’une zone géographique. Nous n’en sommes plus très loin : la présence de la milice privée qui assurera demain l’ordre dans la zone des casinos sera la confirmation, s’il en était besoin, de la confiscation des prérogatives publiques qui est en train de s’opérer en Espagne.
Il est de surcroît significatif que ce « déshabillage » de l’État-nation s’opère au profit d’une activité - le jeu - qui n’apporte aucune valeur ajoutée à la collectivité. Nous retrouvons ici - pardonnez les références multiples à cette période - une caractéristique de la chute de l’Empire romain : quand le système s’effondre, il faut bien occuper la plèbe et détourner son attention de la gravité de la situation, que ce soit en multipliant les jeux du cirque ou les bandits manchots.
On aurait pu à la rigueur comprendre que des avantages du type de ceux exigés par Las Vegas Sands soient accordés pour bâtir une Silicon Valley européenne qui aurait eu pour objectif d’attirer chercheurs et entreprises high tech du monde entier. Mais il ne s’agit ici que de recréer un ersatz de Circus maximus, un monde d’illusions et d’oubli de la réalité.
Le précédent espagnol pourrait bien faire des émules : selon nous, le jour n’est pas très éloigné où, sur le territoire d’un État membre de l’Union européenne, on installera une « zone franche » où des entreprises de type Foxconn implanteront leurs usines dans le cadre d’un contrat qui se résumera à : « nous ne payons pas d’impôts, nous faisons la loi et nous maintenons l’ordre selon nos critères à l’intérieur de la zone, remerciez-nous de proposer un peu de travail à vos nationaux, mais à nos conditions »... celles du contrat de servage du XXIe siècle.
Como los ricos destruyen el planeta
Como los ricos destruyen el planeta (Capital Intelectual).
Nos encontramos en un momento de la historia que plantea un desafío radicalmente nuevo a la especie humana : por primera vez, su dinamismo prodigioso colisiona con los límites de la biosfera y pone en peligro su porvenir. Vivir este momento significa que debemos encontrar colectivamente los medios de reorientar esta energía humana y esta voluntad de progreso. Es un desafío a la vez magnífico y temible. Para el autor de este libro incisivo y bien informado, no se resolverá la crisis ecológica sin antes atacar la crisis social. Hoy son los ricos quienes amenazan el planeta. Hervé Kempf es un reconocido periodista especializado en el medio ambiente.
Le canard eider victime de la chasse aux électeurs
L’archipel de Vega. L’Unesco a déclaré patrimoine mondial ces 70 petits îlots au large côte-ouest de la Norvège. Quinze sont encore habités et il s’y perpétue une tradition qui remonte à la nuit des temps. Ici, comme en Islande sur l’Ile de Flatey, l’homme vit en harmonie avec les canards eiders à duvet, oiseaux migrateurs, qui, fidèlement, reviennent s’y nicher à l’époque de la reproduction.
Dans ces régions rudes, où la possession d’un fusil de chasse s’accompagne du respect de l’animal, un échange de bons services enrichit la population, sans qu’il soit nécessaire de tuer, d’emprisonner, ni de verser une goutte de sang.
Le canard est en effet un animal fidèle - non seulement à sa compagne choisie pour la vie, mais au territoire où il a fondé sa famille. A chaque printemps, de retour de son exil dans les contrées chaudes, il séjourne au nord de l’archipel pour s’y reproduire. Il y retrouve des casiers, des abris, des barcasses retournées, où s’y nicher à l’abri des prédateurs.
Et c’est là que la très belle histoire recommence...
Tout l’hiver, les familles de pêcheurs ont entretenu ou fabriqué des cachettes propices à accueillir les couples d’Eiders. Chacun a pris soin d’éloigner les aigles et petits mammifères carnassiers ; chats, chiens.. et même plaisanciers, sont tenus à distance pour ne pas déranger les naissances.
Ces aimables canards arrachent les duvets de leurs poitrails pour préparer un nid très chaud où les oeufs seront couvés plusieurs semaines. Un beau matin, la cane sort du nid, suivie d’une portée de canetons Un grand jour, car les canetons qui vont à l’eau, suivent leurs parents et ne reviennent plus au nid ! C’est alors que les pêcheurs peuvent récolter les merveilleux duvets des nids abandonnés : des kilos de duvets, qui seront peignés, mille fois pour être parfaitement nettoyés, dont on fabrique en Norvège comme en Islande les doudounes, les duvets, les couettes les plus légères et les plus chaudes qui soient ! Une manne venue du ciel, une industrie artisanale millénaire, une richesse d’une douceur infinie.
Quand les eiders repartent, on sait qu’ils reviendront au printemps suivant, de moins en moins nombreux car ils souffrent comme beaucoup d’oiseaux migrateurs des pollutions. Depuis plusieurs années, cette espèce protégée partout dans le monde est classée en voie de disparition. L’histoire cependant pourrait ne pas s’achever.
Mais hélas ! En France, on aime tuer, pour le seul plaisir de tuer… de « prélever » comme disent les chasseurs. Car ce curieux « plaisir » s’invente des justifications, des prétextes bien misérables : il faudrait réguler les populations, gérer la nature ! Et qui serait les mieux placés pour cette délicate mission ? Nos hardis chasseurs, pardi ! Ne font-ils pas de superbes cartons avec leurs gros fusils ? Et Pan ! A chaque saison, ils débarrassent le pays d’une bonne quarantaine de promeneurs sans défense et en blessent gravement une petite centaine d’autres. Ce qui est « pas beaucoup », selon le sieur Bernard Baudin (1), funeste président de leur fédération nationale, aujourd’hui membre du Groupe des personnes « qualifiées » de la Section de l’environnement du Conseil Economique Social et Environnemental et, à ce titre, en mesure d’inciter les parlementaires à prendre de nouvelles dispositions favorables à la chasse (2).
A chaque élection, les petits 2% d’électeurs-chasseurs en France obtiennent toujours plus de dérogations aux précautions élémentaires internationales pour le maintien des espèces et de la diversité. Ils étaient déjà tout-puissants, autorisés à canarder la moitié de l’année, dimanches compris, et même à mener devant un tribunal le passant qui aurait pu déranger leurs exploits….
Souvent ignares, laissés en liberté sans contrôle, parfois ivres en possession d’armes et se déplaçant rarement à pied, ils étaient déjà dangereux. Ce qui n’a pas empêché ce gouvernement de leur ouvrir les portes des classes et collèges pour qu’ils y enseignent leur « savoir » et forment de très jeunes gamins aux pratiques cruelles de tortures, empoisonnement et déterrage d’animaux déclarés « nuisibles », tels l’inoffensif blaireau ou le renard qui n’est plus porteur de la rage depuis belle lurette !
Et voici que le candidat Sarkozy se surpasse ! Se conduisant tel un monarque de l’ancien régime, il leur a concédé, par deux arrêtés du ministère de l’Ecologie du 3 février 2012, un nouveau « petit plaisir » bien pervers : celui d’accrocher à leurs tableaux de chasse, jusqu’au 30 juillet 2013, les canards eider (espèce pourtant classée en « danger » par l’UICN), amputant ainsi de 2 ans un moratoire de 5 ans « garanti » par l’Etat le 30 juillet 2008.
Second plaisir : celui de chasser dix jours de plus (jusqu’au 10 février – contrairement aux recommandations du conseil d’Etat) les oies sauvages : des animaux quasi sacrés, mondialement protégés, qui ne sont la propriété de personne et surtout pas d’un bipède, fût-il chef des riches, généreux surtout avec le bien d’autrui.
Pan-Pan !!
Ce faisant, le « bon plaisir du prince » anéantit une tradition millénaire pacifique ; il ruine le revenu des communautés de pêcheurs et d’artisans de royaumes qui ne sont pas les siens : Norvège, Islande... peuples scandinaves, auxquels on n’a rien demandé ni présenté d’excuses. Il détruit un « peuple migrateur » que l’on devrait considérer comme apprivoisé depuis les milliers d’années de bons et loyaux échanges et donc, intouchable propriété de ces populations nordiques. Mauvais coup double !!
Plus fort encore : pour mieux s’attacher cet électorat exécrable, le président-candidat vient d’accorder récemment un autre petit privilège qui nous laisse sans voix en cette période de chasse… aux niches fiscales : désormais, les propriétaires de terrains d’élevage de gibier « à lâcher » ou de terrains privés réservés à la chasse, bénéficient de détaxes ! Cible touchée !
Question : A votre avis, qui va payer les condamnations et indemnités imposées par l’Europe, sinon l’Etat, c’est-à-dire nous, pauvres contribuables désarmés ? - Désarmés ? Pas tout à fait : il nous reste une cartouche de liberté : le VOTE !
Mais, comme après la chasse, il faudra surveiller de très près le dépouillement.
Pour nos enfants chéris, pour les victimes –ainsi que leurs familles- de balles perdues et de gibier éperdus sur les routes, Pour nos amis les animaux, Nous, simples citoyens, randonneurs, sportifs et promeneurs du dimanche, vous remercions, chers lecteurs, de faire entendre massivement nos protestations : VOTEZ, et cette fois, VOTEZ BIEN !
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Notes :
(1) "Avec plus d’un million d’animaux prélevés (pour le grand gibier uniquement) et une moyenne de 6 balles par animal, çà fait six millions de balles tirées. Quinze accidents mortels, ce n’est pas beaucoup", M. Baudin, cité par Ouest France, 28 septembre 2010.
(2) "Le Conseil […] permet de donner un avis sur tous les textes de loi qui nous sont soumis obligatoirement par le Premier ministre », M. Baudin cité par Nice Matin, 26 novembre 2010.
Le niveau de la mer peut monter très rapidement lors d’une période de réchauffement
Une étude scientifique indique que le niveau des mers a pu s’élever de 14 mètres en trois cent cinquante ans.
Il y a 14.600 ans, le niveau marin a connu une hausse brutale de presque 14 mètres en seulement 350 ans. Cette élévation impressionnante coïncide avec le début de la première période chaude qui marqua la fin de la dernière glaciation. De plus, la contribution de la calotte antarctique à cette élévation a été significative. Tels sont les résultats mis en évidence par une équipe du CEREGE (1), en collaboration avec des collègues anglais et japonais. Publiés le 29 mars 2012 dans la revue Nature, ces travaux confirment l’existence d’une accélération majeure de la remontée du niveau marin entre -14.650 et -14.300 : il s’agit d’un des événements climatiques les plus marquants des derniers 20 000 ans.
Les coraux édificateurs de récifs sont des organismes qui vivent exclusivement dans les eaux tropicales. Très sensibles à la luminosité et la température, ils croissent à fleur d’eau, dans un intervalle de profondeur très restreint, ce qui en fait de bons marqueurs du niveau de la mer. L’étude de ces coraux fossiles, qui se sont formés au cours des dernières centaines de milliers d’années, permet donc de reconstituer les variations du niveau marin et les changements environnementaux passés. Ces archives fournissent ainsi des informations précieuses sur la dynamique et le comportement des calottes de glace du passé. Mieux appréhender cette dynamique permettra d’améliorer à terme la modélisation et la prévision des variations futures du niveau marin.
Dans le cadre d’une campagne de forages internationale effectuée en 2005 sur les pentes des récifs actuels de Tahiti, les chercheurs du Cerege ont carotté trois sites situés dans des récifs coralliens, au large de l’île de Tahiti (2). En datant ces archives, ils ont pu reconstituer les variations du niveau marin sur les derniers 16.000 ans (3). Ces datations mettent en évidence une remontée extrêmement rapide du niveau de la mer au cours de la dernière déglaciation qui s’est déroulée entre -21.000 et -11.000 environ.
Au cours de cette transition entre une dernière période glaciaire et le climat chaud que connaît actuellement la Terre, le niveau marin global est remonté d’environ 120-130 mètres sur presque 15.000 ans. Il était déjà acquis que cette augmentation n’avait pas été constante, mais qu’elle avait été ponctuée par des élévations rapides du niveau marin associées à des débâcles massives des calottes de glace. La plus importante de ces hausses, appelée Melt-Water Pulse 1A (MWP-1A), restait cependant par bien des aspects énigmatique.
Ces nouveaux travaux ont permis de confirmer l’existence de cet événement climatique majeur, tout en révélant pour la première fois son amplitude, sa chronologie et sa durée. Le début du MWP-1A a été daté à 14.650 ans, ce qui fait coïncider cet évènement avec le début de la première phase chaude qui marqua la fin de la glaciation dans l’hémisphère Nord. Cette période, appelée Bølling (4), s’est étalée sur un peu moins de deux mille ans et a vu la température de l’hémisphère Nord augmenter de près de 5°C en quelques années.
Selon les chercheurs du CEREGE, la remontée du niveau global des océans au cours du MWP-1A aurait été de presque 14 mètres en seulement 350 ans. La vitesse de la remontée du niveau marin aurait été au minimum de 40 mm/an, vitesse qu’il faut comparer au taux moyen de 10 mm/an estimé pour la dernière déglaciation ou à celui de 3 mm/an observé aujourd’hui par satellite. En s’appuyant sur des simulations de modèles géophysiques, les chercheurs ont aussi établi que la calotte antarctique avait contribué très significativement, probablement pour moitié, au MWP-1A. Ces travaux illustrent l’instabilité des calottes glaciaires, en particulier de la calotte antarctique, à une perturbation climatique majeure et imposent un regard nouveau sur la contribution future de la calotte antarctique à la remontée du niveau des mers dans le contexte actuel de réchauffement climatique.
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Notes :
(1) Centre européen de recherche et d’enseignement en géosciences de l’environnement (Aix-Marseille Université/CNRS/IRD/Collège de France)
(2) Cette campagne a été mise en œuvre grâce au programme international IODP (Integrated Ocean Drilling Program) au sein duquel la France est fortement impliquée, via le consortium européen ECORD, aux côtés de 17 autres pays.
(3) La précision des datations obtenues par la méthode U/Th au CEREGE est de l’ordre d’une trentaine d’années pour de tels échantillons.
(4) Au cours de cette première phase de réchauffement des peuples de l’âge de pierre ont pu s’installer en Europe du Nord et jusqu’en Scandinavie avant que les températures ne redeviennent glaciales il y a 12.900 ans.
Référence de l’étude :
- « Ice sheet collapse and sea-level rise at the Bølling warming 14,600 yr ago ». Pierre Deschamps, Nicolas Durand, Edouard Bard, Bruno Hamelin, Gilbert Camoin, Alexander Thomas, Gideon Henderson, Jun’ichi Okuno, Yusuke Yokoyama, Nature, 29 mars 2012.
Pour faire taire cet écologiste, on l’enferme en hôpital psychiatrique !
Lundi 26 mars 2012, un militant défenseur de l’environnement s’est rendu à la mairie de son village vers 18 h, ayant appris que le maire de sa commune, Loupian, avait demandé le déclassement de l’unique zone terrestre Natura 2000 du village. Il a alors entamé une action non violente dans les locaux de l’hôtel de ville en s’enchaînant à la grille d’un puits.
Elus, gendarmes et pompiers se rendent sur place et décident, bien que l’action se déroule dans le calme, de l’hospitalisation d’office du militant par arrêté municipal !
48 heures plus tard, personne n’a pu communiquer avec ce militant. La municipalité refuse de donner toute information. La gendarmerie indique que l’action troublait l’ordre public et que le militant présentait un danger... pour lui-même !
Depuis la promulgation de la nouvelle loi du 5 juillet 2011, sur les hospitalisations psychiatrique sans consentement, des situations analogues sont malheureusement de plus en plus fréquentes envers les militants ou les syndicalistes. En effet, tous les « troubles à l’ordre public » peuvent être dorénavant psychiatrisés, solution de facilité qui entraîne une privation de liberté pendant au moins 48h.
C’est une atteinte considérable portée aux libertés et aux droits sociaux. De nombreuses organisations signataires de l’appel commun contre les soins sécuritaires dénoncent avec force cette loi liberticide, entre autres : la Ligue des Droits de l’Homme, l’Union Syndicale de la Psychiatrie, SUD santé sociaux, le parti de gauche ou le parti communiste…..
La section de la Ligue des Droits de l’Homme « Loupian et les communes du Nord du bassin de Thau » et la LDH Languedoc Roussillon condamnent cet internement.
De telles pratiques s’inscrivent dans les dérives autoritaires actuelles et ne sont pas compatibles avec un Etat de Droit.
Nous exigeons que cette privation de liberté cesse le plus tôt possible.
Une librairie menacée par les fringues
Des fringues plutôt que des livres ? C’est ce qui menace dans le XIe arrondissement de Paris, rue Keller. Pour les habituelles raisons de spéculation foncière. Mais la mairie peut faire jouer un droit de préemption, pour préserver la liberté de penser.
Depuis dix-sept ans, la librairie Lady Long Solo, au 38, rue Keller, dans le onzième arrondissement de Paris, défend l’édition indépendante. Des idées libres pour une pensée libre. Son existence est aujourd’hui menacée.
Animée par des bénévoles, elle propose à des petits éditeurs, généralement mal diffusés, un espace où la totalité de leur catalogue est présenté. Ainsi, cette petite librairie se retrouve être le meilleur point de vente de divers éditeurs indépendants...
Depuis dix-sept ans, la libraire Lady Long Solo bénéficie d’un loyer raisonnable. C’est ainsi qu’elle aura pu exister à ce jour. Pour nombre de lecteurs, cette librairie est une référence, un lieu de rencontres, et un endroit où trouver ce qu’on ne trouve pas facilement ailleurs.
Aujourd’hui, les murs de la librairie Lady Long Solo ont été vendus à une société d’investissement… Or, cette vente s’est faite dans des conditions discutables – n’ayant même pas été proposée aux libraires.
Le nouveau propriétaire n’a pas caché son intention d’augmenter fortement le loyer jusqu’à rendre celui-ci insupportable pour la librairie – et le remplacer par… un commerce de fringues, ainsi qu’il y en a tant et tant.
Pour sauver la librairie Lady Long Solo, et permettre que ce lieu soit pérenne, il n’y a d’autre solution qu’une préemption municipale. Un organisme, la Semaest, a été institué depuis quelques années dans le onzième, justement pour maintenir la diversité des commerces – et que les librairies ne soient pas broyées par la logique destructrice des prix de l’immobilier.
Le collectif de la librairie en appelle à la mairie du onzième pour prendre d’urgence cette mesure qui s’impose afin de préserver cet espace de liberté. On espère que la mairie manifestera à cette occasion son soutien affiché aux librairies du quartier.
Lady Long Solo en appelle aussi à tous ceux qui depuis tant de temps trouvent là les ingrédients indispensables d’une pensée critique. Pour soutenir notre librairie dans cette passe dangereuse, éditeurs, lecteurs, partisans de la liberté d’expression, sont invités à signer cet appel.
Les voitures européennes affament l’Afrique
Afin de respecter les normes sur le développement des agrocarburants, les Européens se disputent des millions d’hectares de terres africaines pour y faire pousser des plantes destinées à les produire. Au détriment des cultures vivrières
Imaginez la surface de la Suisse – 4 millions d’hectares – entièrement recouverte de plantations destinées à approvisionner des voitures et des centrales électriques. C’est la somme des terres exploitées aujourd’hui en Afrique par les Occidentaux pour la production des agrocarburants. Les Britanniques sont en tête, avec un record de 1,6 millions hectares de terres cultivées, suivis par les Italiens, les Allemands, les Français et les Américains.
Ils ont parié sur les prévisions annoncées en 2004 par le Copernicus Institute d’Amsterdam : si le marché de la bioénergie doit se développer, le continent qui possède la plus grande quantité de terres cultivables à un prix modique en deviendra le premier producteur mondial. Les 807 millions d’hectares de terres vierges du sol africain sont quinze fois plus importants que nécessaire pour satisfaire les besoins en biocarburants des vingt prochaines années.
Carburants tirés de matières végétales
C’est surtout la législation européenne qui a relancé la demande d’agrocarburants. Dès 2011, les stations-services des Etats membres de l’UE ont dû augmenter progressivement les pourcentages de carburants à faible teneur en Co2 : bioéthanol pour l’essence et biodiésel pour le gazole. L’objectif final est d’arriver à 10% d’ici 2020. Les nouvelles normes visent aussi bien une réduction des émissions de gaz à effet de serre que de la dépendance du pétrole, afin de le remplacer par des carburants tirés de matières végétales.
Mais l’Europe ne possède pas suffisamment de terres cultivables pour produire assez d’agrocarburants. D’après l’Institute for European Environmental Policy de Londres, l’objectif ambitieux de 10% d’agrocarburants va multiplier les importations par trois. Les approvisionnements actuels provenant d’Asie et d’Amérique latine ne suffiront plus. L’Afrique apparaît alors comme le nouvel Eldorado du "pétrole vert" : un carburant extrait principalement d’une plante originaire d’Amérique centrale – le jatropha – dont les graines contiennent une huile avec lesquelles on produit un diesel écologique.
Nous avons passé en revue environ 90 projets menés dans plus de 20 pays africains par 55 entreprises, la plupart européennes. Environ 2,8 millions d’hectares – plus des deux tiers de la totalité – – sont destinés à la culture du jatropha. Dire qu’il y a quatre ans, le WWF prévoyait qu’on n’atteindrait les 2 millions d’hectares seulement en 2015…
Si la culture du jatropha est si prolifique, c’est entre autres parce que le biodiesel représentera à l’avenir 71% des importations en agrocarburants de l’UE. C’est aussi la conséquence de la progressive "diesélisation" du transport routier. Plusieurs investisseurs établis en Afrique attendent déjà l’obtention d’une certification quant à la durabilité environnementale de leur huile de jatropha, conformément à ce qu’exige la directive européenne sur les énergies renouvelables.
Partie émergée de l’iceberg
Le nombre total d’hectares n’est cependant que la partie émergée de l’iceberg. Il ne tient pas compte, en effet, des projets locaux, ni des vastes concessions obtenues par d’autres pays : la Chine, mais aussi le Brésil et la Malaisie. En tête, en Afrique, en matière de cultures pour les agrocarburants, ces pays s’apprêtent à les exporter dans le Vieux Continent dès que l’augmentation des prix du pétrole et l’abolition des droits de douane de l’UE sur les produits agricoles locaux permettront à leurs produits de devenir hautement compétitifs.
En outre, l’expansion étrangère est encouragée par de nombreux gouvernements africains. Douze d’entre eux ont déjà signé la charte dite de l’“OPEP verte”, une initiative qui défend la production et l’utilisation locale des agrocarburants pour réduire les coûteuses importations de pétrole. L’objectif est de réaliser d’importantes économies pour les réinvestir dans la consolidation de l’agriculture et de l’autosuffisance alimentaire. Mais le programme est menacé par l’absence de politiques publiques efficaces.
D’après un rapport de l’International Land Coalition, 66% des terres acquises en Afrique visent à produire des agrocarburants, contre 15% seulement destinés à la production d’aliments. D’après ce même document, l’ensemble de la surface occupée par les agrocultures frôlerait les 19 millions d’hectares. Au niveau mondial, la substitution des cultures alimentaires par des plantations énergétiques a contribué à la flambée drastique des prix des denrées alimentaires lors des famines de 2008. Il n’en fallait pas plus pour que les organisations humanitaires tirent à boulets rouges sur l’agroénergie.
Les investisseurs jurent, quant à eux, que le jatropha –qui pousse facilement dans les zones arides de la planète, inadaptées à l’agriculture – est LA réponse aux critiques de la société civile. Toutefois, des études de la FAO, des expertises et des expériences sur le terrain montrent que le jatropha demande plus d’eau que prévu pour répondre aux besoins de la production commerciale, ce qui met en doute leur durabilité.
Pour sauver leur réputation et limiter les risques économiques, de nombreux investisseurs s’intéressent à des projets locaux, en attendant des temps meilleurs pour l’export. "Conséquence de la crise financière, la plupart des grandes monocultures de jatropha ont perdu à la fois leur attrait et leurs sponsors”, conclut Meghan Sapp, secrétaire général du réseau de promotion de la durabilité Partners for Euro-African Green Energy, dont le siège est à Bruxelles. Selon lui, “l’UE devrait en profiter pour financer des projets moins ambitieux dans le cadre de son programme de soutien énergétique pour l’Afrique".
La plateforme de Total avait déjà beaucoup fui
Quelle qu’en soit l’issue, la fuite de gaz survenue dimanche sur la plateforme gazière d’Elgin pèsera sur l’image et les projets du géant pétrolier français Total. Pas seulement parce que le réservoir Elgin-Franklin fournissait 7% du gaz produit au Royaume-Uni. Si bien que Total perd aujourd’hui entre 10 et 15 millions de dollars (entre 7,5 et 11 millions d’euros) par jour (perte de revenus, coûts d’intervention…). Pas seulement non plus parce que les investisseurs craignent un accident majeur à venir et que le titre de Total s’effondre en Bourse.
Cet accident est avant tout un coup dur pour Total parce qu’il survient sur la plateforme qui devait être la vitrine des projets d’avenir de l’entreprise. « Elgin-Franklin fera date dans l’histoire de l’industrie pétrolière », avançait ainsi Christophe de Margerie, alors directeur général « Exploration et production » et aujourd’hui pédégé de Total, dans la plaquette de présentation du projet diffusée en juillet 2002.
Comme l’ensemble des acteurs du secteur pétrolier, Total a parié massivement sur les hydrocarbures en « offshore profond », c’est-à-dire le pétrole et le gaz situé à plusieurs kilomètres sous le niveau de la mer. Ces ressources ont longtemps été jugées inexploitables, tant le coût et la technologie nécessaires à leur exploitation sont importants. Mais la diminution des ressources dites conventionnelles d’hydrocarbures a changé la donne.
Laboratoire et vitrine
Elgin était le fleuron de cette recherche pour Total. Si la description de la plateforme n’est plus accessible dans la partie « Projets et réalisations » du site Internet de Total, la page décrivant ce « projet pionnier qui a pris valeur de référence mondiale » reste visible en cache et de nombreux documents vantant les mérites de cette plateforme sont toujours en ligne.
La date de sa mise en service - 2001 - figure ainsi parmi les trois étapes majeures de l’histoire du gaz naturel sur le site de l’entreprise [1]. L’entreprise relate par ailleurs l’« immense aventure industrielle » qu’a constitué l’exploitation du champ d’Elgin-Franklin et se réjouit : « Performance encore inégalée à ce jour, il s’agit du plus grand champ à haute pression et haute température du monde. »
Conditions extrêmes
Sa zone de production présente en effet des conditions extrêmes de température (190° C), de pression (1 100 bars, soit quatre fois plus que la moyenne enregistrée sur les forages en mer du Nord, cent fois plus que les plus gros Karcher au diamètre pourtant bien plus petit et 1 100 fois plus que la pression atmosphérique) - et de profondeur (plus de 5,6 kilomètres de fond). « Ces conditions ne constituent pas un cas unique au monde mais sont peu fréquentes surtout pour des gisements de cette ampleur », commente Francis Perrin, directeur de la rédaction du bimensuel Pétrole et Gaz arabes.
Un responsable de Total, cité par Reuters, comparait le forage des premiers puits au percement d’un « trou dans une cocotte-minute placée au centre d’un four solaire ». « On construit de véritables cathédrales en mer du Nord », s’enthousiasmait également en 2009 Roland Festor, directeur général de la division « Exploration et production » de Total au Royaume-Uni (Total E&P UK) qui expliquait à l’agence AFP que « le Royaume-Uni, c’est le top de la technologie car on travaille dans des conditions de pression et de température qui n’ont pas d’égal dans le monde ».
De nombreux accidents
De quoi faire de ce « forage de l’extrême » un « terrain privilégié de démonstration de l’expertise de pointe de Total sur les réservoirs très enfouis », avance le site de Total. « Ce vaste champ de recherche et développement servira, demain, la mise en production potentielle d’autres gisements profonds découverts par Total », décrit même l’entreprise sur son site Internet.
Pourtant ces conditions peuvent entraîner des éruptions de gaz et empêchent d’installer « les systèmes électroniques d’analyse en temps réel des structures géologiques forées », lit-on sur le site de Total. En clair, les dispositifs de contrôle nécessaires pour une telle installation.
Et l’aventure du « forage de l’extrême » avait déjà été émaillée d’accidents. Dans des documents confidentiels consultés par le Guardian, la plateforme Elgin-Franklin figurait ainsi au second rang du palmarès pourtant bien fourni des plateformes ayant déversé le plus d’hydrocarbures dans la mer du Nord entre janvier 2009 et décembre 2010.
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Note :
[1] après la découverte du champ de Lacq en 1951 et avant l’appel d’offres remporté en 2006 par Total pour exploiter « l’immense champ chinois de Sulige Sud, réservoir de gaz ultra-compact ».
Il faut empêcher cet aéroport de la mort
« Il est si bon de pleurer sur le sort des Indiens de l’Amazonie ou des Bushmen du Kalahari. Les bonnes consciences n’hésitent jamais à donner de la voix pour faire croire qu’elles pensent aux autres. Mais nous, nous refusons leur sainte pitié. Nous réclamons la solidarité. Nous appelons au combat. »
Amis d’ici, amis d’ailleurs
Ce qui se joue à Notre-Dame-des-Landes n’est pas une simple affaire politique. Elle est humaine, elle parle de notre avenir commun sur cette terre, elle est le choix entre une vie digne d’être vécue, et la mort. On peut très facilement être mort, et se lever pourtant le matin pour aller au travail. Des millions de gens malheureux en font l’expérience...
La destruction ici projetée vise un petit morceau de la France, planté à un jet de pierre de Nantes, fief d’un grand féodal socialiste, Jean-Marc Ayrault. Comment est-il possible d’être si lâche ? Comment peut-on s’asseoir sur tant de proclamations ? Sur tant de phrases creuses prononcées depuis vingt ans par cette gauche bien élevée, au nom du soi-disant « développement durable » ? Jean marc Ayrault ne pense pas, il règne.
Incurable défenseur des intérêts industriels, comme son maître-candidat,François Hollande. Et ce grand seigneur d’opérette sait reconnaître la puissance quand il la croise. Certes, c’est l’État qui a donné le chantier de Notre-Dame-des-Landes à l’entreprise Vinci, mais il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre le maire de Nantes et celui qui au nom de tous pousse à la construction, c’est-à-dire François Fillon, Premier ministre en titre.
Les socialistes ne sont pas seuls en cause, et nous n’oublierons pas de sitôt leurs complices. Nous voulons parler de ces écologistes de salon, toujours prêts à vendre leur pauvre âme tremblotante en échange de quelques places. Comment osent-ils, les Duflot, Magnen, De Rugis , qui sont pourtant venus chez nous clamer leur opposition au nouvel aéroport ? Comment osent-ils - après nous avoir tant promis -, capituler en rase campagne autour d’une table de Monopoly ? Imaginez comment une telle trahison aurait été accueillie à l’époque du Larzac, en 1972, voici quarante ans. Imaginez comment auraient été reçus des écologistes d’alors, pactisant avec l’armée dans le dos des paysans.
En réalité ces gens de droite et de gauche ne connaissent que la puissance, et la puissance de l argent. Pour l’eau, voyez Veolia ou Suez. Pour l’énergie, EDF ou Aréva. Et pour le BTP, Bouygues, Eiffage, Vinci. Ces trois derniers connaissent toutes les chansons du répertoire. Tout le monde ici, , comprend ce que cela veut dire…
Parlons de Vinci qui a vertueusement triomphé dans l’appel d’offre pour Notre-Dame-des-Landes : Vinci est concessionnaire du projet d’autoroute Moscou Saint-Pétersbourg, qui menace la forêt moscovite de Khimki. Savez-vous que l’opposant au projet Mikhaïl Beketov a été si gravement tabassé qu’il demeure, quatre ans après les faits, lourdement handicapé ? Que Konstantin Fetissov, un autre militant, a été attaqué à coups de batte de base-ball ? Que tant d’autres sont menacés chaque jour ? Ô bien entendu, les beaux messieurs de Vinci ne sont pour rien dans de telles horreurs. Pensez donc. Mais il est bon de garder certains faits dans un coin de la tête. Comme l’exemple du désastre général des aéroports de province espagnols. Une nouvelle fois, qui veut savoir, sait. Il existe là-bas, en partie grâce aux amis locaux d’Ayrault, socialistes comme lui, une cinquantaine d’aéroports, le plus souvent gérés par des structures publiques. Le bilan en est infernal.. Huesca, dans les Pyrénées ? Vide. Lérida, Cordoue ? Vides. Ciudad Real, qui devait concurrencer Madrid-Barajas ? Un désert qui aura coûté pour commencer 500 millions d’euros.. Castellon, à 50 kilomètres de Valence ? Pas un chat, mais un coût de 150 millions d’euros. Voilà ce qui se prépare à Notre-Dame-des-Landes.
Un politicien du passé, Ayrault, veut nous lancer dans une aventure stupide, morbide. Pour faire décoller des avions qui ne décolleront pas, il entend faire disparaître 2 000 hectares d’une terre miraculeusement préservée, où les animaux et les hommes qui la peuplent ne demandent rien à personne. En défendant un mode de vie criminel, qui permet à une infime minorité d’utiliser un engin destructeur du climat. Nous ne pouvons lui pardonner. Nous ne pardonnerons pas, ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais à tous ceux qui osent soutenir, de près ou de loin, cette terrible agression contre la beauté de la vie. En attendant la victoire, que nous espérons de toutes nos forces, nous pleurons un endroit qui pourrait disparaître.
Si les machines finissent par gagner la partie, les larmes de crocodile couleront à flots. Il est si bon de pleurer sur le sort des Indiens de l’Amazonie ou des Bushmen du Kalahari. Les bonnes consciences n’hésitent jamais à donner de la voix pour faire croire qu’elles pensent aux autres. Mais nous, nous refusons leur sainte pitié. Nous réclamons la solidarité. Nous appelons au combat. Nous voulons vivre ici. Le soutien de nos compagnons de lutte venus de tout horizon nous donne la force de nous battre. Qu’ ils en soit ici remerciés. La bataille continue, et nous nous ne pouvons pas la perdre. Seulement, il faut se lever. Et pas à moitié. Il faut s’unir, et sortir nos étendards. Il faut empêcher la construction de cet aéroport de la mort.
Comment le maïs OGM tue les abeilles
Avant c’était facile : il y avait les plantes alimentaires et les plantes insecticides, par exemple le pyrèthre.
On ne mangeait pas les plantes insecticides. On les cultivait - on cultive toujours le pyrèthre au Kenya - pour fabriquer des poisons plus violents quelquefois que ceux de l’industrie, mais sans résidu, qui disparaissent avec la dépouille de leur victime, par décomposition.
Avec les OGM tout change : une toxine insecticide empruntée à une bactérie du sol se reproduit dans l’aliment et agit de l’intérieur.
La culture ne résiste pas aux insectes, comme on l’allègue, elle les tue. La plante alimentaire devient insecticide. Reste à savoir ce qui peut y résister. Les abeilles sont des insectes, victimes des insecticides en général. Les obtenteurs de plantes comestibles insecticides prétendent vendre, assez cher, de merveilleuses exceptions.
Des apiculteurs pensent au contraire que ces OGM fragilisent les ruches, déjà sous la menace d’autres dangers. A l’appui de cet argument, ils ne peuvent fournir que leurs observations et leur métier : si le maïs insecticide Mon 810 tue les abeilles, on ne pourra pas le prouver.
Le crime serait presque parfait
Les butineuses voyagent à 10 km et plus (travaux de Luc Belzunce à l’INRA), effort considérable et elles ont faim. Elles se nourrissent de pollen bourré de protéines qui s’attache à leurs brosses quand elles visitent les fleurs (et prélèvent avec leur trompe du nectar dont la ruche tire le miel). Le maïs émet son pollen en nuage visible et le confie au vent. Les abeilles cherchent plutôt celui, lourd et nourrissant, des plantes mellifères, mais le maïs OGM produit beaucoup de pollen.
Le maïs OGM fabrique davantage de pollen que ses cousins si bien (certains disent « en sorte ») qu’il se croise avec les maïs alentour et dénature leurs grains. Une firme a ainsi pu poursuivre au Canada Percy Schmeiser, cultivateur de vieux maïs américains, pour contrefaçon (ou copie illégale) d’OGM, et les juges l’ont condamné. D’évidence le pollueur n’est pas toujours le payeur.
Les ailes de l’abeille vrombissent si vite qu’on ne les voit pas. Ce métabolisme ultra rapide, vorace en énergie, digère aussi à toute vitesse. Si la butineuse avale un toxique, mettons un pollen insecticide, tombé par extraordinaire dans une fleur à nectar, elle succombe en vol et ne revient jamais.
Le miel est propre mais la preuve du crime : le cadavre de l’abeille, a disparu. Allez le découvrir dans un rayon de 10 km…
Du côté des coccinelles
Les larves de coccinelles dévorent les pucerons. Les jardiniers le savent et évitent de traiter à la première attaque, de crainte d’éliminer les bêtes à Bon Dieu et leurs précieux rejetons.
Des chercheurs ont élevé des larves de coccinelles à deux points (Aralia bipunctata) sur des œufs de mites de farine (« pyrales »), enduits de toxines microbiennes utilisées dans les OGM insecticides. Les larves ont vite succombé. Cette étude (parmi d’autres), a entraîné l’interdiction du maïs Mon 810 en Allemagne. D’autres chercheurs ont contredit ces résultats : les larves de coccinelles auraient survécu. Il apparaît maintenant qu’ils les ôtaient, de temps en temps, de leur nourriture badigeonnée de toxines pour varier leur menu.
Fragilité des OGM (et de l’information)
Trois laboratoires de biologie moléculaire, à Barcelone en Espagne, à Lucknow en Inde et à Florence en Italie, ont vérifié le génome du maïs Mon 810 (insecticide) et découvert que sa description ne correspondait plus au produit : de l’ADN a bougé et s’est re-mélangé ; ils y ont par exemple trouvé le gène assez ennuyeux nptii, de résistance à 2 antibiotiques (kanamycine et néomycine), qui ne figurait pas dans la carte génétique soumise aux autorités. Comment y est –il venu ? Mystère. La biologie moléculaire emploie des antibiotiques comme outils. Les résultats ont paru dans les revues de spécialistes, dont les références se trouvent à partir du site extraordinaire de la bio-physicienne Mae-Wan Ho I-sis, Institute of Science in Society.
Ceci pose la question du transfert horizontal d’ADN, d‘espèce à espèce, par opposition au transfert vertical de génération en génération. Les constructions génétiques artificielles semblent en effet plus fragiles que les gènes d’origine et susceptibles de se promener et fabriquer par exemple, de nouveaux microbes infectieux.
Un scientifique de l’université de Iéna, en Allemagne, aurait selon Ho, élevé des larves d’abeilles sur du pollen OGM et retrouvé le transgène (transféré dans la plante) parmi les gènes des bactéries de leur tube digestif … Un journaliste l’a raconté dans The Observer en Angleterre. Puis un reporter de la télévision ZDF lui a rendu visite et, au passage, annoncé que sa publication serait refusée par Nature : il le tenait de Monsanto qui l’a su avant le chercheur. Ainsi va notre métier.
Contre Sarkozy, Bizi ne lâche pas l’affaire
"Un Président de la République qui dit « L’environnement ça commence à bien faire » quand la communauté scientifique nous prévient que nous courons vers le basculement climatique de la planète est un démagogue irresponsable et dangereux". Et Bizi va continuer à manifester, jusqu’au 6 mai, la nécessité de le renvoyer.
Le 1er Mars dernier, Bayonne montrait à Nicolas Sarkozy à quel point il n’était nullement le bienvenu en Pays Basque. Une "bronca" joyeuse et populaire, pacifique et profondément plurielle répondait à celui qui s’est fait une spécialité d’attiser la haine, la division, la désignation de boucs-émissaires parmi les plus faibles et les plus vulnérables.
Bizi ! a participé avec fierté à cette bronca et appelle à la continuer jusqu’au 6 mai. Pourquoi ?
Un Président de la République qui en arrive à dire « L’environnement ça commence à bien faire » au moment même où la communauté scientifique internationale nous prévient solennellement que nous courons tout droit vers le basculement climatique de la planète est tout simplement un démagogue complètement irresponsable et dangereux. Ce genre d’individu, prêt à sacrifier l’avenir de l’humanité à ses petits intérêts électoraux, ne doit plus avoir accés aux responsabilités.
Nicolas Sarkozy, en enterrant la taxe carbone pour faire plaisir au Medef, nous a privé d’un outil qui devait nous préparer aux bouleversements qui vont accompagner l’explosion du prix du pétrole, et en protéger les plus pauvres : en anticipant les changements avec douceur, en permettant de financer une grande politique d’isolation thermique des logements, de développement des transports collectifs et des énergies renouvelables, de transition vers une agriculture paysanne et durable.
En defiscalisant les heures supplémentaires et en augmentant l’âge de la retraite, Nicolas Sarkozy a choisi une logique absurde et odieuse : augmenter le nombre déjà énorme des chômeurs, en concentrant le travail disponible sur ceux qui en ont déjà un.
Dans le même temps, il faisait un double cadeau aux couches les plus aisées de nos sociétés. Il a endetté l’Etat en baissant les impôts des plus riches, qui ont pu ainsi prêter à ce même Etat et à des taux d’intérêts de plus en plus élevés cet argent ainsi économisé.
Bayonne lui a montré la voie : celle de la sortie ! Nous ne doutons pas que l’exemple sera suivi et que nous pourrons fêter le 6 mai le départ de Sarkozy et la victoire de Bayonne ! Et dés le 7 mai, nous saurons - de manière tout aussi déterminée - rappeler au prochain Président, quel qu’il soit, les mêmes priorités écologiques et sociales !
La campagne "Dégage Sarkozy, Milesker Baiona !" : un rendez-vous haut en couleur chaque semaine
- tous les samedis d’avril de 11H00 à 12H30 au marché des Halles de Bayonne
- mardi 1er mai à 11H00 à Bayonne, manif festive et revendicative "Dégage Sarkozy Milesker Baiona !"
- dimanche 6 mai, pot de départ de Nicolas Sarkozy dans le Petit Bayonne : dés 18H00, suivi collectif des résultats dans plusieurs endroits du quartier puis défilé festif en musique pour fêter le départ de Sarko et la victoire de Bayonne !
(Milesker Baiona = Merci Bayonne)
En Espagne, une propriété de 20.000 hectares occupée par les paysans
« Notre philosophie peut se résumer de la façon suivante : la terre, comme l’air et l’eau, est un don de la nature que personne ne peut s’approprier pour son profit individuel ou pour son enrichissement privé. La terre est un bien public, propriété du peuple, qui doit être à l’usage et à la jouissance de ceux qui y vivent et qui la travaillent. Si alors la terre n’est à personne, la propriété de la terre est un vol. C’est pour cela que nous demandons l’expropriation sans indemnisation... »
Extrait du programme pour la réforme agraire voté lors du 3e congrès du SOC à Marinaleda en octobre 1983.
Trente ans après la grande époque de ses occupations massives de terres, le Syndicat andalou d’ouvriers agricoles (Sindicato de Obreros del Campo, SOC), vient de renouer avec cette tradition. À 11 heures du matin, le 4 mars, cinq cents journaliers agricoles et membres du syndicat ont envahi la finca Somonte dans les riches terres de la plaine du Guadalquivir près de Palma del Rio dans la province de Cordoba. Ce domaine de 400 hectares, dont 40 à l’arrosage, fait partie d’environ 20.000 hectares que la Junta, le gouvernement andalou socialiste, avait décidé de vendre aux enchères. La vente, ou privatisation, du domaine de Somonte était justement prévue pour le 5 mars. <http://www.sindicatoandaluz.org/>
Qui, dans l’Espagne d’aujourd’hui, frappée par une crise économique sans précédent et par un chômage touchant environ 25 % de la population et 50 % des jeunes [Les chiffres pour l’Andalousie sont encore plus dramatiques, dépassant les 30 %], pourrait en avoir les moyens nécessaires ? Une famille richissime, une banque, une institution financière... ? En tout cas pas les habitants de Palma del Rio, village qui compte 1.700 chômeurs...
L’occupation dure déjà depuis une semaine. Trente personnes des villages des alentours se sont installées sur le lieu et ont commencé à travailler la terre, à semer salades, tomates, pommes de terre, oignons et autres légumes, d’abord pour l’autoconsommation. Elles sont aidées tous les jours par des dizaines d’autres venus de toute l’Andalousie pour appuyer l’occupation. Dont deux hommes âgés qui connaissent fort bien cette ferme, y ayant travaillé de nombreuses années. Ils ont apporté leur savoir-faire en précisant que ces terres sont très riches, mais que jusqu’à présent personne ne les a jamais vraiment mises en valeur. Un autre voisin de quatre-vingt-trois ans a apporté des outils manuels qui ne sont plus utilisés dans l’agriculture intensive d’aujourd’hui. D’autres ont amené des semences, des plants, des poules...
Parallèlement il a fallu aménager les habitations afin de pouvoir loger tous les occupants. Un électricien de Fuente Carreteros et un plombier de Palma del Rio se sont proposés comme volontaires. Toutes les décisions sont prises dans des assemblées générales quotidiennes et des commissions ont été établies pour s’occuper de la logistique, des relations avec les médias, du nettoyage, des repas, du travail horticole...
Cette ferme se trouve à 50 kilomètres de Marinaleda, grand bastion du SOC, où la municipalité a créé des conserveries et des ateliers qui pourraient transformer les produits de Somonte. Selon le SOC, la partie irrigable pourrait, dans une première étape, fournir du travail à au moins 50 personnes. La ferme pourrait à terme faire vivre beaucoup plus de gens, grâce à la « culture sociale » de tout le domaine. Les occupants disent qu’ils ne veulent pas créer une coopérative de salariés, mais une « coopérative de résistance » assurant la survie et un lieu de vie pour de nombreuses personnes frappées par la crise.
Au niveau régional et national, le soutien dépasse les milieux syndicaux, venant également de mouvements écologiques, d’associations soutenant l’agriculture biologique, de groupes urbains...
Le jeudi 8 mars une délégation s’est rendue au Département de l’agriculture à Séville, afin de demander que la vente du domaine soit annulée et qu’elle soit mise à la disposition d’une coopérative de travailleurs. Dehors, une manifestation de plus de mille membres du SOC les appuyait. Une nouvelle réunion a été fixée pour mardi le 13 mars.
C’est en 1978 que le SOC, deux ans après sa légalisation suite à la mort de Franco, a lancé les premières occupations de terres depuis la guerre civile. Elles ont surtout visé des latifundia appartenant à des familles aristocratiques, comme les 17.000 hectares du duc del Infantado occupés par les journaliers de Marinaleda en 1985. Le SOC est sans doute le seul syndicat européen à avoir officiellement réclamé la réforme agraire. En partie, il a eu gain de cause et a pu créer des coopératives sur des terres occupées. À l’époque la répression était très forte et des centaines de journaliers se sont trouvés inculpés aux tribunaux. Nous [le Comité européen de défense des réfugiés et immigrés (CEDRI), précurseur du Forum civique européen, créé surtout par Longo maï, qui a mené cette campagne. En 1985, il a publié la brochure "Terre et liberté. La lutte des ouvriers agricoles en Andalousie"] avions lancé une campagne de solidarité internationale, en organisant des tournées d’information dans toute l’Europe et en envoyant des délégations d’observateurs aux procès.
Cette fois-ci, même si la Guardia Civil suit de près l’occupation de la finca Somonte, les autorités n’ont pas encore agi contre le SOC. C’est vrai que des élections régionales cruciales auront lieu le 25 mars où le Parti socialiste pourrait bien perdre le pouvoir en Andalousie pour la première fois depuis la fin de la dictature. Il est donc peu probable que la Junta lance les gardes civils avant cette date... d’autant plus que, face à la crise, ce genre d’action est très populaire et que la colère de la population contre les gouvernants est grande. Mais après le 25 mars... ?
Le SOC a, en tout cas, lancé un appel à la solidarité locale, nationale et internationale. À nous de nous tenir prêts ! Une présence européenne sur place serait une grande aide et rendrait moins probable une intervention policière pour évacuer la ferme. Un compte bancaire sera bientôt ouvert pour une caisse de solidarité financière. Dans l’immédiat, il serait très utile d’envoyer des lettres de soutien à l’adresse électronique indiquée ci-dessous.
« Cette action devrait être le début de la révolution agraire qui, en cette période de chômage, de pénurie et d’escroquerie néolibérale, nous manque tant. Aujourd’hui toute alternative pour survivre avec dignité doit passer par la lutte pour la terre, l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire... » [Conclusion du premier communiqué des occupants de Somonte, 4 mars 2012/] <http://www.sindicatoandaluz.org/?q=...>
Même si le gouvernement a déjà pu vendre plus de la moitié des 20.000 hectares dont il était le propriétaire, il reste encore environ 8.000 hectares à occuper...
Energie des vagues : une percée au Japon
Une société d’ingénierie japonaise prépare pour 2015 2015 des petites centrales exploitant l’énergie des vagues. L’innovation ? L’utilisation du phénomène de la précession gyroscopique.
Hitachi Zosen Corporation compte mettre son invention sur le marché à l’horizon 2015. Il s’agira de petites centrales électriques pouvant fournir [une puissance de] 100 kW [kiloWatt] ou 200 kW selon les besoins. La société estime qu’elle pourra écouler environ 400 de ses “centrales houlomotrices” d’ici 2020.
Le principe de fonctionnement et les prototypes sont déjà là. D’ici 2015, Hitachi Zozen va se concentrer sur l’amélioration des rendements et la baisse du coût de fabrication de son engin. La mini centrale dérive des recherches du professeur Hiroshi Kanki de l’université de Kobe. La génération d’électricité est basée sur le principe de la précession gyroscopique. La force issue des vagues appliquée sur un gyroscope dont le plateau tourne autour d’un axe horizontal, fait changer graduellement l’angle de rotation. Puis elle transmet un couple qui active un système de production d’énergie.
Un système plus compact
C’est un changement de paradigme pour les recherches sur l’exploitation de l’énergie des vagues. Les systèmes actuellement à l’étude exploitent en général le mouvement vertical de la houle, grâce à des ballons déplacés par des vagues dans une structure en béton. Problème de cette approche, elle demande des équipements énormes pour une puissance limitée. Le système gyroscopique permettrait, selon ses créateurs, de produire de l’électricité avec un équipement plus compact.
Hitachi Zozen vise, en dehors du Japon, les régions telles que l’Asie du sud est, l’Australie, et certains pays d’Europe. Des pays que des vagues d’au moins 1,5 mètres arrosent presque en permanence les côtes.
Le peuple Sarayaku d’Equateur voit sa cause progresser
Après 8 ans de procédure, en juillet dernier, s’est tenue, devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) au Costa Rica, l’ultime audience publique relative au cas du Peuple kichwa de Sarayaku (Amazonie équatorienne). L’Etat équatorien devait y répondre de la violati-on de plusieurs arti-cles de droit international relatifs aux droits humains et aux droits collec-fs des peuples autochtones.
Avant de rendre son jugement final, le président de la Cour, dans l’exercice de ses fonctions, a décidé d’effectuer une visite in situ sur le territoire du Peuple Kichwa de Sarayaku.
Cette visite est un précédent unique dans l’histoire de cette Cour ! Ainsi, le 21 avril 2012, le président de la Cour se rendra à Sarayaku afin d’obtenir des informations supplémentaires relatives à la situation des victimes et aux lieux où se seraient déroulés certains des faits dénoncés. La Cour tirendra ensuite sa session du 23 au 28 avril dans la ville de Guayaquil.
Il s’agit d’une opportunité exceptionnelle pour le Peuple Kichwa de Sarayaku. Celle-ci assurera une forte visibilité quant à la lutte pacifique des peuples et nationalités indiennes, en réaffirmant le droit des peuples autochtones au consentement libre, préalable et informé en cas de projets industriels sur leurs territoires, et en dénonçant les graves menaces du 11e appel d’offre pétrolier sur plus de 3,8 millions d’hectares de forêt primaire et 7 nationalités indiennes en Equateur.
Pour cette action, Sarayaku souhaite inviter 60 représentants de la société équatorienne à être témoins de leurs préjudices et de leur lutte : journalistes, ONG, défenseurs des droits de l’homme et de la nature, ar-tistes, cinéastes et représentants des organisations des peuples et na-tionalités indiennes, montubias et afro-équatoriens.
Pour y parvenir, de nombreux frais devront être assumés par Sarayaku : -coûts des transports locaux (aériens et fluviaux) des visiteurs, coûts d’alimentati-on (y compris pour les représentants de la Cour et du gouvernement), installation d’un écran géant et de haut-parleurs à l’extérieur de la maison communautaire - trop petite pour l’occasion - afin que toute la communauté puisse entendre les différentes déclarations, transport et logement de 15 personnes de Sarayaku à Guayaquil pour par-ciper à la session extraordinaire de la Cour, frais de tournage de tous les événements depuis l’arrivée de la Cour à Quito, son passage à Sarayaku et à Molino, jusqu’à Guayaquil.
Pour garantir le succès de cette mobilisation, Sarayaku a besoin de recevoir, avant le 10 avril, 15 450 $US, soit 11 630€. Vous avez soutenu Sarayaku en permettant à une délégation de par-ticiper au procès au Costa Rica, mais le combat n’est pas fini ! Il faut le poursuivre... Soutenez le combat du Peuple Kichwa de Sarayaku en faisant un don.
L’oligarchie agricole
« Les grenouilles ou les libellules, ça commence à bien faire ». Qui prononce cette phrase brillante d’intelligence ? Le président de Sofiproteol, un groupe agro-industriel pesant 6 milliards d’euros de chiffre d’affaire. L’entreprise, dirigée depuis 2000 par M. Beulin, prospère notamment grâce au « diester », un agrocarburant à base d’huile végétale et mélangé au gazole.
En ces temps de hausse des prix du carburant, rappelons que le diester, dont le bilan environnemental est négatif, est soutenu par un avantage fiscal qu’en janvier Cour des Comptes a évalué – en le dénonçant – à 1,8 milliards d’euros. Cette somme s’est en bonne partie retrouvée dans les poches de Sofiproteol. La société prospère aussi dans l’alimentation animale, produit l’huile Lesieur, et est associée à des sociétés biotechnologie (Hendrix Genetics) et de distribution de semences et de pesticides (InVivo). M. Beulin est donc parfaitement qualifié pour parler de libellules et de grenouilles.
En fait, indique l’Union internationale de la conservation de la nature, 14 % des espèces de libellules en Europe sont menacées d’extinction. Quant aux grenouilles, elles vivent une situation mondiale dramatique, et le dernier bulletin de la société scientifique des amphibiens, Froglog, s’ouvre par une liste impressionnante d’espèces disparues.
Mais M. Beulin ne s’exprimait pas, le 23 mars, à Aicirits (Pyrénées-Atlantiques) en tant que président de Sofiproteol, mais comme président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) : car M. Beulin est agriculteur ! Avec son frère et deux cousins, il possède une exploitation de 500 ha dans le Loiret. Et s’il veut qu’on en finisse avec les libellules et les grenouilles, c’est parce qu’il s’agit de s’affranchir des règles environnementales qui freinent le développement de centaines de retenues d’eau dans le sud-ouest de la France.
Pourquoi des retenues ? Parce qu’avec le changement climatique, les sécheresses sont plus fréquentes. Or, la culture industrielle du maïs est irriguée, donc requiert beaucoup d’eau. Changer ce modèle agricole, qui profite essentiellement à de riches céréaliers, pendant que le reste de la population paysanne s’asphyxie lentement ? Pas question. On exige ces retenues d’eau – financées à plus de 70 % par la collectivité… En fait, une minorité détruit l’environnement et profite des finances communes. Eh bien, l’oligarchie agricole, ça commence à bien faire !
Le 8 avril, Trafalgar se rejoue en Méditerranée
La fuite de gaz en mer du Nord renforce l’opposition aux explorations pétrolières en Méditerranée. Une journée de mobilisation aura lieu le 8 avril.
Les collectifs Non aux Hydrocarbures en Mer associés aux collectifs Non aux Gaz de Schiste, organisent le dimanche 8 avril 2012 le "Trafalgar des pétroliers" secteur Brégançon dans le Var et le "Trafalgar du gaz de schiste" secteur La Seyne sur mer.
La mobilisation qui s’amplifie à la veille du renouvellement du Permis Rhône-Maritime promet d’être fulgurante dés les prochains jours.
Alors que la date de renouvellement par l’Etat de ce permis détenu par la Société Melrose Mediterranean Limited associée à Noble Energy, est fixée au 11 avril et que des permis d’exploration d’hydrocarbures sont à l’étude dans le Var, notamment autour de Brignoles, la journée du 8 avril rassemblera toutes celles et ceux qui refusent de voir la Méditerranée et le Var saccagés par des industriels apprentis sorciers - en témoigne l’accident majeur qui se déroule à l’instant même sur la plateforme Elgin de Total en mer du Nord. L’ensemble des collectifs du littoral contre l’exploration d’hydrocarbure en mer se déclarent solidaires des victimes, habitants et pêcheurs de la mer du Nord.
Le « Trafalgar des Pétroliers » rassemblera à partir de 14h au large du fort de Brégançon, bateaux de plaisanciers et de pécheurs et amoureux de la Méditerranée. En parallèle dès 12h, un rassemblement se déroulera au Parc de la Navale de La Seyne sur Mer.
Enfin, toute la journée, pour permettre à toutes et tous d’apporter son soutien à la mobilisation, un appel à hisser un fanion bleu, au port, en mer, sur les balcons est lancé sur toute la côte Méditerranéenne.
Programme
Rassemblement terrestre au Parc de la Navale de La Seyne sur Mer.
12H : Pique nique
14h : Rassemblement et prises de parole
Rassemblement littoral et maritime, autour du Fort de Brégançon.
10H : Plage de l’Argentière en Rassemblement randonneurs, Kayakistes, cyclistes, commune de Bormes-les-Mimosas
12H : Pique nique plage de Cabasson (proche de Brégançon), commune de Bormes-les-Mimosas
14h : Formation de la flottille du rassemblement maritime, en cordon autour du Fort de Brégançon
Liste des 44 famillles françaises les plus riches exilées en Suisse
LISTE DES 44 FAMILLES FRANCAISES LES PLUS RICHES EXILEES EN SUISSE :
(Avec estimation de leur fortune en euros, selon le mensuel suisse Bilan)
- Famille Wertheimer (Chanel) : de 3,2 à 4 milliards - Famille Castel (vins et spiritueux) : de 3,2 à 4 milliards - Famille Primat (Schlumberger) : de 1,6 à 2,5 milliards - Benjamin de Rothschild (Groupe Rothschild) : de 1,6 à 2,5 milliards - Famille Peugeot (PSA) : de 1,2 à 1,6 milliard - Famille Lescure (Seb, Tefal, Rowenta, Krups, Moulinex, Calor) : de 1,2 à 1,6 milliard - Famille Bich (Bic) : de 1,2 à 1,6 milliard - Famille Mimran (Compagnie sucrière sénégalaise) : de1,2 à 1,6 milliard - Héritiers Louis-Dreyfus (Groupe Louis-Dreyfus, OM) : de 815 millions à 1,2 milliard - Claude Berda (fondateur d’AB Prod) : de 815 millions à 1,2 milliard - Paul-Georges Despature (Damart) : de 815 millions à 1,2 milliard - Famille Murray : de 815 millions à 1,2 milliard - Nicolas Puech (Hermès) : de 815 millions à 1,2 milliard - Familles Defforey et Fournier (Carrefour) : de 650 à 730 millions - Famille Zorbibe (Lancel) : de 400 à 490 millions - Roger Zannier (Z, Kenzo, Kookaï, Oxbow, Chipie) : de 400 à 490 millions - Famille Lejeune (Seita) : de 325 à 400 millions - Philippe Jabre (Jabre Capital Partners) : de 325 à 400 millions - Famille Harari : de 325 à 400 millions - Famille Taittinger (champagne) : de 325 à 400 millions - Alexandra Pereyre de Nonancourt (champagne Laurent-Perrier) : de 245 à 325 millions - Denis Dumont (Grand Frais) : de 245 à 325 millions - Michel Lacoste (Lacoste) : de 245 à 325 millions - Georges Cohen (Groupe Sogeti) : de 245 à 325 millions - Nicole Bru-Magniez (laboratoires UPSA) : de 165 à 245 millions - Michel Reybier (Cochonou, Aoste, Justin Bridou) : de 165 à 245 millions - Alain Duménil (Acanthe Développement) : de 165 à 245 millions - Serge Kampf (Capgemini) : de 165 à 245 millions - Bruno Moineville (Réseaux câblés de France) : de 165 à 245 millions - Antoine Zacharias (Vinci) : de 165 à 245 millions - Hugues de Montfalcon de Flaxieu (Maxiris) : de 165 à 245 millions - Christian Picart (Buffalo Grill) : de 165 à 245 millions - Jean Pigozzi (Simca) : de 165 à 245 millions - Michèle Bleustein-Blanchet (Publicis) : de 165 à 245 millions - Thierry Roussel (?) : de 165 à 245 millions - Daniel Hechter (Hechter) : de 80 à 165 millions - Philippe Hersant (groupe Hersant Média) : de 80 à 165 millions - Paul Dubrule (Accor) : de 80 à 165 millions - Jean Louis David (Coiffure) : de 80 à 165 millions - Maurice et David Giraud (Pierre & Vacances) : de 80 à 165 millions - Eric Guerlain (Christian Dior) : de 80 à 165 millions - Famille Ducros (Ducros) : de 80 à 165 millions - Jérôme DeWitt (horlogerie) : de 80 à 165 millions - Dominique Frémont (Mauboussin) : de 80 à 165 millions.
Le capitalisme vit une crise existentielle
« C’est parce que l’on n’a pas confiance dans la vie et dans l’avenir, qu’on consomme, qu’on surconsomme et qu’on se lance sans arrêt dans une course compétitive. »
Un entretien avec Antoine Mercier, de France Culture.
Antoine Mercier : Vous êtes économiste et épistémologue, chercheur au Fonds National de la Recherche Scientifique de Belgique. Vous affirmez que nous assistons à « une crise existentielle du capitalisme »… Qu’entendez-vous par là ?
Christian Arnsperger : Quand je parle de crise existentielle, je veux dire qu’en réalité les racines de cette crise sont existentielles et se trouvent en chacun de nous. On pourrait aussi parler d’une crise anthropologique. On oppose souvent crise financière et crise économique dans l’économie réelle. Je crois que ce n’est pas une bonne distinction parce que la finance n’est que la contrepartie plus abstraite de nos pulsions de possession et d’accumulation. L’argent qui circule dans la finance symbolise non seulement « mon pouvoir d’avoir » mais aussi mon pouvoir de commander le travail d’autrui à mes propres fins. Pourquoi chacun de nous aspire-t-il à ce pouvoir ? Pourquoi voulons-nous tous posséder et accumuler ? C’est parce que nous avons des besoins et nous avons aussi des envies. La logique géniale ou diabolique du capitalisme, est de jouer sur la confusion entre « besoins » et « envies ». Le capitalisme a fini par nous faire prendre nos envies pour des besoins. C’est pourquoi nous courons après la consommation et l’accumulation. Donc c’est un système qui crée des compulsions répétitives chez la plupart d’entre nous, en tout cas ceux qui ont les moyens de se payer certaines choses, et qui crée en même temps des inégalités structurelles. De surcroît, il introduit une obligation de croissance car toute cette machine se base essentiellement sur le crédit et l’endettement. Nous sommes donc dans une sorte de machine infernale où ces trois éléments tournent en boucle.
Peut-on se passer de cette « machine infernale » ?
On ne peut pas se passer de l’économie, mais on peut et on va devoir se passer du capitalisme. Cette crise existentielle de l’économie est une crise vraiment essentielle du capitalisme, le symptôme d’un malaise profond. La crise existentielle de l’économie à laquelle on assiste aujourd’hui, repose d’abord sur une crise de confiance. Les gens consomment moins, on a tendance à ralentir l’accumulation, l’investissement. Mais ce qui ressort de mes travaux de recherche en philosophie de l’économie, c’est que la consommation, l’investissement et l’accumulation capitaliste sont eux-mêmes un symptôme du manque de confiance fondamental dans la vie et dans l’avenir.
A partir de quand cette machine infernale s’est-elle mise en place ?
En fait, le capitalisme a des racines religieuses anciennes. C’est une religion matérielle. Si je parle de crise existentielle c’est parce que nous ne pouvons pas nous passer, en tant qu’être humain, d’une réponse à notre manque profond, à notre angoisse existentielle, qui nous assigne notre humanité. L’expérience occidentale capitaliste était une tentative de combler cette angoisse d’être en lui fournissant de l’avoir. Elle a longtemps donné des bénéfices et puis maintenant elle commence à montrer ses limites.
Qui sont les penseurs de cette tentative ? Adam Smith ?
Adam Smith croyait en la providence divine. Il a certainement contribué à ce schéma, mais il n’a pas littéralement prétendu que la main invisible du marché était Dieu. C’est par la suite que les anthropologues et les philosophes ont pu échafauder cette idée, on pu l’approfondir.
On ne réalise pas spontanément que l’on se trouve dans un tel champ de croyance…
Et pourtant, il est inévitable qu’il y ait un champ de croyance. Il nous faut une réponse à notre angoisse existentielle. Quand nos décideurs disent qu’il s’agit d’une crise de confiance dans le capitalisme, ils ont raison. Il est vrai qu’au niveau superficiel du fonctionnement du système, se manifestent des anticipations pessimistes qui se réalisent d’elles-mêmes parce que tout le monde croit que ça n’ira pas… il n’y a plus de prêts entre les banques, il n’y a plus de crédits de trésorerie d’investissement aux entreprises, l’emploi chute, la consommation chute, etc. Donc à court terme, superficiellement, c’est vrai qu’on a l’impression que le problème vient du manque de confiance des gens dans l’avenir. Et l’on cherche à faire retrouver la confiance en nous faisant re-consommer et réinvestir. Or, je tiens le raisonnement inverse : c’est parce que l’on n’a pas confiance dans la vie et dans l’avenir, que l’on consomme, que l’on surconsomme et que l’on se lance sans arrêt dans une course compétitive. Ivan Illich aurait dit qu’on se fabrique des prothèses hétéronomes, c’est-à-dire des prothèses qui nous complètent, au lieu de travailler sur notre autonomie… L’autonomie nous est volée par le système alors qu’il nous la promet.
Cela signifie qu’on a construit pendant des siècles une culture basée sur le remplissage matériel, et symbolique aussi, d’un vide existentiel profond qui nous fait progressivement prendre les biens matériels, mais aussi les images, les idées, pour ce que j’appellerais des biens spirituels. Et du coup, on fait mine d’avoir confiance dans la vie en accumulant, en consommant, alors qu’en fait cette accumulation et cette consommation sont radicalement des manques de confiance dans l’avenir et dans la vie même.
Combien de temps cette crise peut-elle durer ?
Je pense qu’on ne peut pas le savoir parce que le capitalisme est devenu tellement complexe au sens scientifique du terme que c’est extrêmement difficile, voire impossible, à prévoir. Est-ce que ça peut recommencer comme avant ? Je le crains parce que nos décideurs politiques et économiques qui voient les choses à très court terme, se sont précipités dans des mesures de relance… Est-ce qu’elles seront suffisantes ? C’est une question… mais en tout cas elles pourraient marcher et alors je pense qu’on raterait en fait une opportunité ! C’est un peu triste à dire, mais souvent les crises dans l’existence d’un être humain sont des opportunités à la fois de souffrir et de changer fondamentalement les choses…
Est-il imaginable que tout reparte sans que les symptômes de cette crise « existentielle » réapparaissent à plus ou moins long terme ?
Ils vont réapparaître. En vérité on a le choix entre deux remèdes. Un remède choc qui consiste à administrer à la machine économique un antibiotique tel que le virus endémique soit éradiqué, mais alors on sort du capitalisme… ou bien…un remède qui est celui qui a été choisi et qui consiste à mettre le malade sous perfusion. Le virus pourra continuer à agir dans l’organisme et va donner lieu à des rechutes constantes et permanentes, mais qu’on utilisera à chaque fois comme prétexte pour une nouvelle relance… Mais, en principe également, on pourrait assister à un scénario où plus personne ne veut des bons d’Etat américain, par exemple, ou français, ce qui précipiterait vraiment les Etats dans des catastrophes budgétaires majeures. L’affaire grecque n’est qu’un micro exemple de ce qui pourrait se passer à beaucoup plus grande échelle.
Que peut faire pour en sortir ?
Il y a deux choses essentiellement à faire : d’une part, promouvoir par l’éducation, par les médias, une nouvelle vision de l’éthique et, d’autre part il est très important de promouvoir chez les citoyens que nous sommes un sursaut d’autocritique parce que nous sommes tous partie prenante dans ce système. Il ne faut pas croire qu’il y a les méchants et les gentils. Nous sommes tous, en tant que consommateurs, investisseurs, rentiers, partie prenante dans ce système d’angoisse.
Je propose la mise en œuvre de trois sortes d’éthiques. Premièrement une éthique de la simplicité volontaire, un retour vers une convivialité beaucoup plus dépouillée… Deuxième éthique : une démocratisation radicale de nos institutions, y compris économiques, allant jusqu’à la démocratisation des entreprises… Et troisièmement : une éthique de l’égalitarisme profond, allant jusqu’à « une allocation universelle », c’est-à-dire un revenu inconditionnel de base versée à tous les citoyens…
Croyez-vous que les politiques pourraient-être influencés par ce discours ?
Politiquement, évidemment, ce genre de chose ne fait pas recette. Mais il s’agit plutôt de créer un mouvement. Je ne crois pas tellement pour l’instant au passage par le politique traditionnel. Ma visée consiste à toucher les mouvements citoyens qui sont beaucoup plus à même de prendre en main un destin collectif. Les politiques sont dans le court terme parce que c’est ainsi que la démocratie fonctionne. Ils ne sont pas capables d’envisager des grandes réformes qui sont toujours venues de la démocratie elle-même, des mouvements citoyens qui ont pris en main les idées philosophiques construites par certains intellectuels qui étaient au service du citoyen. Souvent la critique du capitalisme passe par des idées tout de suite politiques : il faut changer les règles du système, il faut… très bien, mais les règles du système ne seront pas endossées par les gens s’il n’y a pas un changement des mentalités. Je pense qu’il faut un changement vraiment radical de vision, de compréhension de ce qui nous fait participer à ce système
Si on arrête de consommer, si on ne peut plus consommer, qu’est-ce qu’on fait de notre angoisse ?
Toutes les grandes traditions spirituelles, je ne dis pas nécessairement religieuses au sens étroit du terme, mais spirituelles, on de tout temps proposé des réponses à cela. Lisez Gandhi, lisez les Evangiles, lisez tout ce que vous voulez là-dessus. D’ailleurs, croyez-moi, les librairies sont pleines de réponses. Dans les voies du changement intérieur, on essaie de se recréer une authentique capacité de vivre une vie autonome.
Qu’entendez-vous par « vie autonome » ?
Il va de soi que je ne fais pas du tout un plaidoyer de l’individualisme, de l’isolement, de l’autosuffisance. Je me réfère au très grand philosophe Ivan Illich qui devrait d’ailleurs être remis d’urgence au goût du jour ces temps-ci. L’idée générale, c’est qu’il faut recréer une convivialité critique. Chacun doit conquérir personnellement son autonomie, chacun doit faire un travail de déconditionnement, une autocritique de sa complicité avec le système. Cela passe par un ancrage dans la localité et dans le partage du pouvoir, dans une éthique que j’appelle non pas communiste ni communautariste mais plutôt une éthique « communaliste » qui débouche sur une simplicité volontaire et une démocratisation radicale se traduisant par une relocalisation de l’économie. Il ne s’agit pas de devenir protectionniste ou auto-suffisant. L’être humain, qu’on le veuille ou non, est un être d’ancrage. Simone Weil disait « un être d’enracinement ». Or l’enracinement se perd dans le capitalisme mondialisé. Il faut le retrouver dans un travail de recherche personnelle avec le soutien d’une commune, comme on disait au 19e siècle.
Cela ne risque-t-il pas d’être récupéré sur un mode contraignant politiquement ?
N’importe quoi peut être récupéré. On est bien d’accord qu’il faut tout le temps être vigilant à ce sujet. Les nouveaux militants doivent être des êtres libres. Il y a un aspect anarchiste, un aspect d’émergence à partir de la base. Il ne s’agit pas de donner ce genre de programme en pâture à un parti politique. Ce n’est pas un projet politique au sens traditionnel, c’est un projet citoyen. Et ce n’est pas non plus un projet contraignant qui appellerait directement des législations, des lois. Certains parlent de mesures telles que le Revenu Maximum Autorisé, le RMA. Je pense cependant qu’il vaut mieux que ce genre de choses s’instaure de soi-même. Certains intellectuels de gauche vont me dire : « oui, mais tu es complètement idéaliste, ça n’ira jamais, les gens ne le feront jamais ». Alors si les gens ne le font jamais, il faut peut-être se résoudre à ce que le capitalisme soit le moins mauvais système. Moi, je crois vraiment dans l’émergence citoyenne et non dans la contrainte politique traditionnelle.
Y a-t-il des pionniers en la matière ?
Absolument…Il se développe maintenant, par exemple, ce qu’on appelle « des groupes de simplicité volontaire ». Il s’agit de groupes de gens de tous âges, de tous horizons, plus ou moins fortunés, qui se réunissent sans contrainte pour partager des expériences de tentatives de simplification de leur existence, sur fond de réflexion sur le sens du système. Et ça se fait absolument spontanément…
Par exemple, qu’est-ce qui revient le plus souvent dans cette réflexion sur la simplification de l’existence des personnes ?
Simplement la question de l’encombrement. Chacun se pose la question psycho-spirituelle de son « aliénation ». Comment est-il possible que je sois aussi encombré, que je doive faire dans ma vie ce qu’Ivan Illich appelait « autant de détours contreproductifs » ? Comme fais-je pour perdre ma vie à essayer de l’améliorer alors qu’en réalité l’amélioration nette est quasi nulle, voire même négative parfois ? Donc les gens se posent des tas de questions sur la façon de désencombrer leur vie, la façon aussi de ne plus collaborer à la logique ambiante : « est-ce que je dois investir mon argent ailleurs, est-ce que je ne dois plus investir mon argent, mais alors qu’est-ce que je dois en faire, est-ce que je dois gagner moins, ne plus rien dépenser ? » Il y a des tas de questions qui peuvent paraître un peu naïves au départ, mais qui sont en réalité extrêmement poignantes.
Cela concerne quel milieu social principalement ?
Tous, c’est qui est surprenant. Dans les années 60-70, les milieux hippies étaient plutôt des milieux jeunes, aisés. Ce qui explique d’ailleurs que le mouvement hippie a donné lieu au consumérisme des années 80 ! Aujourd’hui, cela touche des grands-parents, des jeunes, des profs, des gens vraiment de tous horizons, même des gens fortunés. On constate que le spectre social, sociologique, est vraiment étonnement large… Et le mouvement prend de l’ampleur.
Et tout cela ne va pas faire un monde ennuyeux ?
Pas du tout… ça fera enfin un monde convivial, débarrassé des compulsions dans lesquelles nous nous empêtrons pour l’instant…
L’Ecologiste
L’Ecologiste, n°36, printemps 2012, est paru.
Sommaire
Ouverture Elections : les points clés par Thierry Jaccaud, p. 3
Tribunes L’accident nucléaire annoncé, par Benjamin Dessus et Bernard Laponche, p. 6-7
Devons-nous rembourser leur dette ? par Damien Millet, p. 8
Sauvons nos cerveaux par Marie Grosman et Roger Lenglet, p. 9
Améliorer le projet de rétablissement des herboristes, par Thierry Thévenin, p. 10
Dans la presse Recensions de revues, p. 11-12
Campagnes et analyses L’environnement a son prix Nobel, Entretien de Matilda Lee avec Jakob von Uexkull, p. 13-14
De l’école de la nature... à la nature de l’école, par Olivier Sigaut, p. 15-19
L’industrie minière dans les abysses ? par Bethany Hubbard, p. 42-43
Contre le fatalisme, vive le protectionnisme ! par François Ruffin, p. 44-45
L’invention de la nature ou connaissez-vous Philippe Descola ?, par Philippe Gruca, 48-51
Quelle insurrection culturelle pour voir le monde autrement ? par Paul Kingsnorth, p. 52-53
Lectures Présentations de livres récemment parus, p. 54-60
Suite dans les idées, p. 61
Agenda, p. 62-63
L’Ecologiste au quotidien La voile : l’avenir du fret ? Entretien avec Guillaume Le Grand, p. 64-65
Billet. La découverte du siècle, par Alain Hervé, p. 66
DOSSIER : Sauver les forêts
Les menaces qui pèsent sur la forêt, par Jean-Claude Genot, p. 22-26
Quels principes pour bien gérer les forêts ? par Daniel Vallauri et Emmanuelle Neyroumande du WWF France, p. 27-29
Les multiples usages de la forêt. Que penser de l’accord « Produire plus en protégeant la biodiversité » signé entre FNE et l’ONF ? Interview d’Hervé le Bouler, responsable « forêts » de France nature environnement, p. 30
Vive la naturalité ! Interview de Gilbert Cochet de l’association Forêts sauvages, p. 37-38
Acheter des forêts roumaines pour les sauver, interview de Bertrand Sicard, p. 39
La forêt sanctuaire entre sylviculture et « zéro stock », par Bernard Boisson, p. 40-41
La transition de phase
Un an après l’accident nucléaire de Fukushima, on peut penser aux quelques deux millions d’habitants toujours affectés par les conséquences de l’accident de Tchernobyl, survenu le 26 avril 1986. Comme rien n’est plus ennuyeux qu’un drame qui n’en finit pas, les populations vivant dans les territoires contaminés de Biélorussie sont oubliées des médias. Cela n’empêche pas une grossesse sur deux de s’interrompre avant terme, les enfants de présenter des taux élevés de contamination, l’alimentation de devoir être contrôlée, les directeurs d’hôpitaux de s’inquiéter de la baisse de fécondité des hommes… Fukushima devrait reproduire cette histoire sinistre.
Mais, parce que Fukushima a répété l’impossible, il a fait entrer le nucléaire dans une nouvelle phase : désormais, un doute pernicieux pèse définitivement sur cette technologie. L’accident reste possible, se rappelle-t-on, mais surtout ses conséquences sont décidément intolérables : stériliser un territoire pour des décennies et en exiler des dizaines de milliers d’habitants est maintenant une perspective réaliste partout, en Chine, en Russie, aux Etats-Unis, comme… en France. La phase conquérante de l’énergie nucléaire est close.
Ce qui nous conduit à réfléchir au concept de « transition de phase ». Les physiciens appellent « transition de phase » une transformation du système étudié qui est provoquée par la variation d’un paramètre extérieur. Quand celui-ci atteint un certain seuil, le système change de phase, ou d’état, et doit suivre des lois différentes de celles de l’état antérieur. On peut ainsi dire que Fukushima marque une « transition de phase » en ce qui concerne l’énergie nucléaire.
Mais ce concept caractérise notre époque et se retrouve dans d’autres « systèmes ». Ainsi le pic pétrolier marque-t-il une transition de phase : l’ère du pétrole et de l’énergie bon marché est passée. De même, le climat semble vivre une transition de phase : l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraîne celle-ci dans une situation tout à fait différente de celle qui prévalait depuis dix millénaires. Les grands écosystèmes terrestres, déséquilibrés par l’action humaine, de l’Amazonie aux océans, semblent eux aussi amorcer cette transition de phase. Ces phénomènes se traduisent peu à peu dans l’ordre économique. Les candidats qui sollicitent nos suffrages en semblent peu conscients. Nous avons aussi besoin d’une transition de phase politique.
Les sanctuaires de l’abîme
Comme chacun s’en souvient, un tremblement de terre, un raz-de-marée et un accident nucléaire ont frappé la région de Fukushima, au Japon, en mars 2011. En suivant les initiatives de Wataru Iwata, fondateur d’une association appelée « Projet 47 », visant à faire en sorte « que les gens accèdent à l’information juste et exacte et prennent conscience de ce qui est véritablement en train de se passer », les auteurs retracent la chronique des événements qui ont suivi le déclenchement de l’accident à la centrale de Fukushima – tergiversations du gouvernement et de l’entreprise responsable de la centrale, désinformation de la population, à qui l’on ne cesse de répéter qu’il n’y a aucun danger –, et rappellent la manière dont l’industrie du nucléaire « pacifique » a été promue par le gouvernement japonais depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en collaboration avec les États-Unis, afin de rendre non seulement acceptable mais désirable une technologie que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki avaient marquée du sceau de l’infamie.
L’ouvrage met en lumière le rôle joué par des organisations mafieuses ou semi-mafieuses telles que la Fondation Sasakawa dans la négation des conséquences des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima sur la santé des populations, ainsi que le rôle joué par les yakuza dans l’assistance aux populations immédiatement après la catastrophe, se substituant à des « pouvoirs publics » étatiques et locaux totalement dépassés par les événements.
Sont également remis en question un certain nombre de clichés concernant ce qu’il est convenu d’appeler la culture japonaise, qui rendrait la population particulièrement apte à se résigner à une sorte de fatalité. La réalité est fort différente, comme l’attestent notamment les pillages constatés après la catastrophe, ainsi que les sentiments de désespoir et de panique qui animent de larges couches de la population.
Le sanctuaires de l’abîme, par Nadine et Thierry Ribault (éd. Encyclopédie des nuisances)
Le Québec agité par le mouvement étudiant
Moins affecté que l’Europe par la crise économique et financière de 2007-2008, le Québec n’échappe pas pour autant à la vague d’austérité qui balaye les économies développées. Sur fond de scandales à répétition, le gouvernement libéral de Jean Charest impose la rigueur depuis 2009. Non sans susciter quelques réactions. En première ligne de la contestation, les étudiants dénoncent notamment l’augmentation de 75% des frais d’inscription universitaire prévue d’ici à 2017. Le 22 mars dernier, ils étaient près de 200 000 à manifester dans les rues de Montréal. Une affluence historique, qui en pousse plus d’un à rêver d’un authentique « printemps érable ».
« Éduquons le gouvernement ! », « Je pense donc je paie ! », voici quelques-uns des slogans qu’on pouvait lire sur les pancartes brandies par les étudiants québécois venus manifester leur mécontentement le 22 mars dernier, à Montréal. « Après ça, ils ne pourront pas continuer à nous ignorer », affirmait alors, confiant, un membre de la Fédération des étudiants du Québec, une des trois organisations étudiantes regroupées en front commun.
Jusqu’ici, le gouvernement a en effet privilégié le passage en force. Le Québec bénéficie des frais de scolarité les plus bas du pays (2500$ en moyenne, contre plus de 5000$ pour la moyenne nationale). Un « luxe » que Jean Charest est bien décidé à remettre en cause. Mais sa position apparait de moins en moins tenable. Plus de 80% de la population est favorable à l’ouverture de négociations entre les étudiants et le gouvernement. Par ailleurs, la grève universitaire qui touche un nombre record d’établissements ne semble pas s’essouffler. Et plusieurs syndicats étudiants ont appelé à intensifier la pression, notamment à travers des « actions de perturbation économique ». Les prochaines semaines risquent donc d’être déterminantes.
Deux visions qui s’affrontent
En attendant, le débat divise profondément une société québécoise de plus en plus confrontée à la pérennité de son modèle social. Pour le gouvernement Charest, la cause semble entendue. Des dépenses publiques et une fiscalité excessives mineraient la compétitivité du Québec. Il serait donc temps d’en finir avec certains « privilèges » et de « responsabiliser les citoyens », à commencer par les étudiants, invités à payer « leur juste part ». En face, la coalition « main rouge » (un regroupement d’organismes communautaires, étudiants, féministes, écologistes, etc.) et « l’alliance sociale » (le front commun syndical) estiment que le vrai problème tient plutôt à la redistribution de la richesse.
« Les vrais privilégiés ce sont les évadés fiscaux et les compagnies minières qui payent des redevances dérisoires » s’énervait ainsi un manifestant. Et de poursuivre, « les étudiants sont déjà surendettés. Si on augmente les frais de scolarité, c’est l’accessibilité qu’on met en péril. En bout de ligne, c’est toute la société qui en sortira perdante ».
« Individualisme » contre « solidarité », « rigueur » contre « redistribution », le débat n’est pas sans rappeler celui qui fait rage de ce côté-ci de l’Atlantique. Au Québec, alors qu’on la disait dépolitisée et nombriliste, la jeunesse a montré qu’elle comptait bien s’inviter dans la discussion. L’avenir nous dira si, ce faisant, elle aura su catalyser les demandes de changements qui se multiplient depuis quelques temps dans la « belle province ».
La dissuasion nucléaire, le crime oublié
« Celui qui détient le code de notre arsenal nucléaire peut décider seul, ’dans le secret de sa conscience’, de s’en servir contre une population quelconque. »
La France entière s’est levée contre les sept odieux assassinats commis par Mohamed Merah. Mais supposez que Merah ait préféré, encore plus froidement, se porter candidat à la présidence de la République, et qu’il ait obtenu ses 500 "parrainages" : le Conseil constitutionnel aurait validé sa candidature, lui permettant, une fois élu, de multiplier ses victimes par millions. Car la plus petite de nos bombes atomiques est sept à huit fois plus puissante que celle d’Hiroshima, qui fit plus de 200 000 morts ; bien ciblée, elle peut tuer un million et demi de personnes. Les 300 "têtes nucléaires" françaises peuvent faire un milliard de morts.
Supposition absurde, direz-vous : jamais quelqu’un capable de commettre de tels crimes contre l’humanité n’aurait obtenu 500 parrainages de maires et autres élus de la République.
Eh bien, si. Car celui qui détient le code de notre arsenal nucléaire peut décider seul, "dans le secret de sa conscience", de s’en servir contre une population quelconque. Il est même le seul à pouvoir le faire : une « prérogative » exorbitante que François Hollande « revendique » et « assume pleinement ». Tout comme Nicolas Sarkozy, pour qui « la dissuasion reste pour la France un impératif absolu ; la dissuasion nucléaire est pour nous l’assurance-vie de la Nation ». Or, chacun a obtenu bien plus de 500 "présentations". Sans qu’aucun de leurs "parrains" ne s’inquiète du risque de les voir un jour appuyer sur le bouton nucléaire.
Supposition absurde, direz-vous à nouveau : le risque n’existe pas, puisque l’arme nucléaire n’est pas faite pour être utilisée, mais seulement pour dissuader un ennemi de nous attaquer.
Eh bien, si, le risque existe. Il est même obligatoire : pour dissuader, l’arme doit pouvoir être réellement utilisée. Celui qui tient le discours de la dissuasion nucléaire le sait ; il sait aussi que l’effet dissuasif n’est jamais garanti puisqu’il dépend de la perception, des calculs, des moyens de rétorsion et de la volonté de l’ennemi. Ainsi, le chef de l’Etat ou le candidat à la présidence de la République qui approuve l’existence de l’arsenal nucléaire français et se dit prêt à l’utiliser au titre de la dissuasion doit bel et bien se préparer à le faire pour de bon.
Il s’y prépare, direz-vous, mais il ne le fera pas. MM. Sarkozy et Hollande ne sont pas des "fous de Dieu", mais des humanistes, respectueux de nos valeurs. Ils n’appuieront pas sur le bouton. Ils font juste semblant aujourd’hui, pour ne pas avoir à le faire demain.
Vraiment ? Alors, de deux choses l’une. Ou bien nos présidentiables racontent n’importe quoi, ils ne font que bluffer, et un ennemi par hypothèse puissant, résolu, agressif, "féroce" même, qui plus est, doté d’armes nucléaires, ne se laissera pas intimider. Il viendra "mugir dans nos campagnes" et nous n’aurons plus qu’à capituler, comme s’y était d’ailleurs résigné par avance, non sans quelque bon sens, le président Giscard d’Estaing, au temps de la guerre froide. Ou bien leur posture est à prendre au sérieux, et ils feront comme fit en août 1945 le très chrétien président Truman, qui savait pourtant depuis le 13 juillet que le Japon voulait capituler : ils utiliseront leurs armes nucléaires. Elles sont là, elles coûtent cher, on s’en sert. Nom d’un grand Chef !
La supposition reste absurde, direz-vous depuis la dernière casemate de notre ligne Maginot à 300 milliards d’Euros : gardien des institutions et d’un peuple qui placent au-dessus de tout le respect des droits de l’Homme, dont le droit à la vie - au point d’avoir aboli la peine de mort -, jamais le Conseil constitutionnel, connaissant les intentions criminelles d’un Merah, ne lui permettrait d’accéder à la magistrature suprême. Il invaliderait forcément sa candidature.
Eh bien, pas du tout. D’abord, le Conseil ne saurait connaître des intentions cachées, pas plus que la police et les services de renseignement ne les ont, paraît-il, décelées avant que Merah ne passe à l’action. Pire : le Conseil constitutionnel a validé le 22 mars les candidatures de MM. Sarkozy et Hollande alors même qu’ils proclament vouloir maintenir, moderniser, pérenniser les armes nucléaires françaises et les utiliser s’ils le jugent nécessaire.
Le 19 mars, j’avais demandé leur invalidation pour « préparation de crime contre l’humanité, non respect des traités ratifiés par la France, non respect de la Constitution de la République Française ». Mais, censé examiner ma requête, le Conseil n’a pas eu un regard pour les traités, le droit humanitaire et les articles dûment cités de la Constitution française qui imposent de négocier l’abolition des armes nucléaires et condamnent tous la commission et la préparation d’un crime contre l’humanité.
Car enfin : « Des centaines de milliers de morts, des femmes, des enfants, des vieillards carbonisés en un millième de seconde, et des centaines de milliers d’autres mourant au cours des années suivantes dans des souffrances atroces, n’est-ce pas ce qu’on appelle un crime contre l’humanité ? » Telle était la question posée au général de Gaulle par Alain Peyrefitte le 4 mai 1962, à l’issue d’un Conseil des Ministres qui avait traité de la force de frappe. Que lui répond de Gaulle ? « Le Général lève les bras. Ce n’est pas son problème. » Saisi à son tour de la question, le Conseil constitutionnel, lui, a baissé les bras le 22 mars 2012. Que l’arme nucléaire, arme de crime contre l’humanité, soit contraire à la constitution, ce n’est pas son problème.
Voici donc venu le temps des assassins. Merah a ouvert la voie en modeste amateur. Maintenant, élisez qui vous voulez à l’Elysée, vous lui ouvrirez la voie du crime contre l’humanité, à l’échelle industrielle. Sans minute de silence pour protester dans les écoles.
Pourtant, selon deux sondages effectués à quatre ans d’intervalle par deux instituts très différents (WorldPublicOpinion, 2008 ; IFOP, 2012), plus de huit Français sur dix souhaitent l’abolition des armes nucléaires, y compris celles de la France. C’est sans doute pour cela que MM. Sarkozy et Hollande ne veulent en aucun cas soumettre la question à un référendum. Avec la bénédiction du Conseil constitutionnel, ils s’entendent comme larrons en foire pour nous imposer leur solution. Celle du crime organisé sous estampille démocratique.
Tellement énorme, tellement monstrueux, ce crime, que personne ou presque, dans les hautes sphères, ne semble vouloir y penser, et encore moins se dresser contre lui.
Les régions de France veulent « mettre fin à la tyrannie du PIB »
L’Association des régions de France (ARF) a présenté mercredi 4 avril 2012 un rapport qui propose de calculer la richesse autrement : en mesurant aussi par exemple le bien-être ou encore le taux de population adhérent à une association. L’objectif ? Permettre aux régions de se doter de nouveaux indicateurs, humains et soutenables, pour piloter le développement de leur territoire.
« Développement durable : la révolution des nouveaux indicateurs », tel est le titre du rapport présenté mercredi 4 avril 2012. Selon Jean-Jack Queyranne, président de la commission développement durable de l’Association des régions de France, l’objectif est de « mettre fin à la tyrannie du Produit intérieur brut ».
Dans cette optique, l’ARF avait confié à la région Nord-Pas-de-Calais la mission de construire des indicateurs alternatifs au PIB, ce thermomètre qui ne mesure que la production marchande et monétaire, et non le bien-être ou le progrès.
Compter enfin ce qui compte vraiment
Ce rapport est le fruit de deux années de travail mené avec des chercheurs du Forum pour d’autres indicateurs de richesse (Fair), comme Jean Gadrey, soucieux de « compter enfin ce qui compte vraiment ».
L’idée consiste à permettre aux régions de se doter de nouveaux indicateurs, humains et soutenables, pour piloter le développement de leur territoire.
Mis en place en 2009, le groupe de travail, rassemblant les représentants des 22 régions de France, a été conduit par Myriam Cau, deuxième vice-présidente du conseil régional Nord-Pas-de-Calais en charge du développement durable.
Une collectivité pionnière en la matière puisque dès 2003, elle a décliné, au niveau local, les indicateurs de développement humain de l’ONU.
Sur ce modèle, trois déclinaisons régionales de grands indicateurs internationaux, jusqu’alors réservés aux Etats, ont été retenus : l’indice de développement humain (IDH-2), l’indicateur de santé sociale (ISS) et l’empreinte écologique.
22 indicateurs de contexte
Autant de boussoles permettant de se fixer pour cap un nouveau modèle de développement plus soucieux des ressources naturelles et du bien-être humain, auxquels s’ajoutent 22 indicateurs de contexte allant du taux de création d’entreprises à la qualité de l’air en passant par le taux de population adhérent à une association, et ce, afin de tenir compte des particularités locales.
Explications de Myriam Cau : « Cette batterie de nouveaux indicateurs est désormais à la disposition des régions. C’est l’occasion d’améliorer l’évaluation et d’affiner le pilotage des politiques publiques conduites par les régions. Des collectivités qui ont un rôle d’animateur des territoires à jouer en transposant, à leur tour, ces indicateurs à une échelle encore plus locale. »
La mission de ce groupe de travail ne s’arrête pas là. Prochaines étapes : promouvoir l’usage de ces nouveaux indicateurs de développement dans les débats nationaux autour des priorités de l’Etat en matière d’allocation de ressources financières aux collectivités territoriales.
Et les populariser au-delà des frontières de l’hexagone, en particulier au niveau européen afin, notamment, d’aider à une meilleure péréquation des fonds de cohésion.
« Sans oublier, a insisté Jean Gadrey, de faire participer les citoyens. Cette batterie d’indicateurs n’est pas une boîte à outils clef en main. Il est essentiel que les régions organisent des débats autour de cette question des richesses fondamentales. Une question qui n’est pas technique mais fondamentalement politique : qu’est-ce qui compte le plus pour vous ? »
Un camp à Lyon contre le béton du Grand Stade
Appel au montage d’un camp le 10 avril 2012 à Décines, au 1 rue Michel Servet.
Nous appelons à une mobilisation importante pour une vie en vert, et contre la construction du stade de foot des Lumières de Jean-Michel Aulas, Gérard Collomb et Vinci :
Salut à tous et à toutes, ami-e-s, militant-e-s de la première ou de la dernière heure.
L’étau se resserre jour après jour ; aseptisés sont nos vies, nos villes et nos quartiers.
Les zones de libertés diminuent à mesure que disparaissent les espaces naturels.
La politique mondiale s’allie au béton et à l’acier, aux pelleteuses et aux foreuses pour permettre le maintien de l’ordre, pour asseoir l’empire de glace sur nos vies et celle de la Nature.
Depuis longtemps nous comprenons que nous devons protéger la nature : car militer pour la protection d’un arbre, c’est déjà, sauver les valeurs humaines.
Ils bétonnent ! Ils expulsent ! Nous, nous occupons :
A Notre-Dame-des-Landes, la Z.A.D (Zone à Défendre), s’attache depuis des années à occuper les terres destinées à la construction d’un aéroport, sur plus de 2000 hectares qui, espérons le, ne verra jamais le jour.
A Turin, et dans les vallées alentour, nombreux et nombreuses sont celles et ceux qui militent contre le projet du TGV (TAV) censé rejoindre Lyon, par un tunnel de 53 km sous les Alpes.
Partout émergent des problématiques liées à la spoliation des terres, de l’expropriation des paysans, à la destruction des milieux naturels. Partout, on déloge, on déplace, on parque ailleurs ce que l’on devrait protéger ici.
Ces projets destructeurs sont décidés au plus haut niveau :
- Etatique - Juridique - Financier
Par la complicité de lois liberticides. (LSQ, LOPPSI 2, HADOPI, ACTA...)
Dans la plupart des cas, des multinationales du bâtiment sont impliquées : Vinci en particulier, qui se cache derrière tout un tas d’autres entreprises qui sous-traitent pour ce leader du réseau routier et BTP mondial.
D’une manière ou d’une autre, la résistance face au capitalisme, à l’impérialisme et au libéralisme du corps et de l’esprit doit être abolie. La conscience adulte environnementale passe par le refus : des projets immobiliers, des projets d’infrastructure et des projets de colonisation, que ces bourreaux ignorants mettent en place.
La volonté de création d’un grand stade par messieurs Jean-Michel Aulas (PDG de l’OL) et Gérard Collomb (Président du Grand Lyon, des Hospices de Lyon, sénateur et maire d’une "gauche ratée, d’une droite dans ta gueule" de Lyon), nous montre aujourd’hui, leur intention nuisible de conquérir l’est lyonnais pourtant proclamé : « Poumon Vert » de l’agglomération.
Le projet OL Land de Jean-Michel Aulas est d’implanter un immense complexe sportif sur plus de 50 hectares de réserve foncière sur la commune de Décines à 15 km de Lyon, dans l’est lyonnais. (OL= Olympique Lyonnais).
OL Land comprendrait : le nouveau stade de 60 000 places, le centre d’entraînement de l’équipe professionnelle, les bureaux du siège d’OL Groupe, une boutique OL Stade, 7000 places de stationnement, plusieurs équipements de loisirs et de divertissements dont cent cinquante chambres d’hôtel*** et 8 000 mètres carrés d’immeubles de bureaux, autour, des routes et encore des routes qui recouvriront soigneusement tous les déchets qu’ils ne peuvent enfouir ailleurs.
Finalement, bien plus qu’un simple stade de football destiné aux footballeurs professionnels, il s’agit d’une mégapole d’affaires construites à des fins privées, pour le profit de Big Brother. Le stade n’occuperait que 5 hectares.
L’égo de ces brigands ne brillera pas longtemps, tant que nous occuperons les terres et maintiendrons une résistance face au fléau qui se répand.
Nous sommes libres et indépendant-e-s, nomades du monde inter-galactique.
Le monde est à celles et à ceux qui le respectent.
Soutenons la famille Morel : maraîchers pour une AMAP, et Philippe Layat : éleveur de brebis, sur les communes de Décines et de Chassieu.
Mobilisons-nous, avec l’association Carton Rouge qui depuis plusieurs années milite aux côtés de ces êtres « encore » humains, pour rendre la terre à qui de droit.
Non au stade de Décines ! Non à l’aéroport de Notre-dame-des-landes ! Non au TAV Lyon-Turin !
Mardi 10 avril 2012, nous monterons un camp, sur les terres du futur projet.
Nous appelons toutes celles et tous ceux qui désirent renverser le régime inquisiteur du roi Aulas et de son bouffon d’Collomb, à venir prendre place dans la mobilisation contre cette démagogie capitaliste. Voici venue la fin de l’hégémonie colonialiste de l’empire.
Bienvenue au plus grand nombre, aux bras et à l’énergie de celles et ceux qui désirent s’investir dans le projet.
Au programme et sur le long terme : potager, éco-construction, ateliers, débats, théatre, cirque, musique, actions militantes...
A partir du 11 avril, nous commencerons le début du jardin. Nous appelons les volontaires à amener leurs pieds (jambes et pieds de tomates, de biches ou autres) ainsi que les outils nécessaires s’ils en disposent.
PS : Le délai est court : nous avons quatre ans pour empêcher le projet d’arriver à son terme. (Stade prévu pour l’Euro 2016)
Le trafic routier quasi à croissance zéro
Les Français n’augmentent plus le nombre de kilomètres parcourus en voiture. L’inflexion date de 2003, et du début de la hausse des prix de l’essence
Alors qu’elle avait augmenté de 31,7 % entre 1990 et 2003, soit + 2,1 % par an, la circulation routière sur le territoire métropolitain marque une inflexion à partir de 2003 et semble plafonner depuis, avec une progression globale de 1,4 % entre 2003 et 2010, soit + 0,2 % par an.
Sur vingt ans, le parc des véhicules immatriculés en France s’est accru de 33,9 % mais leur parcours moyen a baissé de 2,0 %. Dans le même temps, la circulation des véhicules étrangers a fortement progressé contribuant significativement à l’augmentation globale. L’équipement et le multi-équipement automobile des ménages se sont largement développés conduisant à réduire l’usage annuel moyen des véhicules. S’y adjoignent récemment la hausse des prix du carburant et la congestion urbaine. Les ménages se tournent en ville vers les transports en commun et les deux-roues.
La circulation de véhicules de transport de marchandises s’est accrue plus vite jusqu’en 2007 (+ 41,3 % depuis 1990), en particulier celle de véhicules étrangers. Cependant, la crise économique de 2008 a stoppé net cette tendance et la circulation en 2010 n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2007.
La justice chilienne valide un projet de barrages géants en Patagonie
La Cour suprême du Chili a donné son feu vert mercredi 4 avril au projet de construction de cinq barrages hydroélectriques en Patagonie, levant le dernier obstacle judiciaire à ce programme controversé qui a provoqué l’an dernier d’importantes et violentes manifestations.
Déjà validé par une commission constituée d’autorités régionales en mai 2011, le chantier doit encore recevoir le feu vert du gouvernement. Le cas échéant, la construction ne devrait pas commencer avant 2014 et pourrait durer une dizaine d’années. Ces barrages visent à produire 2 750 mégawatts et augmenter de 20 % la capacité électrique du pays, qui connaît régulièrement des problèmes d’approvisionnement énergétique.
5 900 HECTARES INONDÉS
La Cour suprême avait été saisie par des opposants à HidroAysen, nom du projet, déjà déboutés en première instance et en appel l’année dernière. Porté par un consortium hispano-chilien, Endesa-Colbun, le méga-projet hydroélectrique avait généré en mai une forte mobilisation populaire, avec des manifestations émaillées de violences à Santiago et Coyhaique en Patagonie, à 1 300 km au sud de la capitale.
Pour ses défenseurs, dont le gouvernement, HidroAysen est vital pour l’indépendance énergétique du Chili. Aux yeux de ses détracteurs, il risque de défigurer un des derniers paysages vierges de la planète, une région de forêts, de lacs et glaciers attirant des touristes du monde entier. HidroAysen doit notamment inonder 5 900 hectares, virtuellement déserts.
Ce qui sépare les Verts et le Parti de gauche, c’est l’Etat
De larges convergences entre les Europe-Ecologie-Les Verts et le Front de gauche - mais une divergence majeure : la conception des rôles de l’Etat, des régions et de l’Europe
Nous sommes nombreux, en France, à Gauche, à comprendre qu’un monde s’éteint, qu’un autre est à construire. A constater l’injustice, à l’échelle nationale et mondiale. A être conscients du caractère limité des ressources naturelles, incompatible avec notre mode de vie. A être intimement persuadés que la fuite en avant n’est pas la solution, qu’il faut changer de modèle.
Mais une fois les constats posés, que faire ? Par quel bout prendre le problème ? Et à la présidentielle, pour qui voter ? A quelques jours du 1er tour de l’élection, j’ai fait mon choix.
D’où je parle...
Je suis un trentenaire, festif, joyeux, écologiste (en tout cas je fais de mon mieux, dans les trois catégories). Festif ET écologiste, si si, c’est compatible. Le coup de l’écologie punitive, on ne me le fait pas. Comme Edgar Morin le dit si bien, "le retour à la sobriété quotidienne doit s’accompagner du retour aux excès et débordements des jours et nuits de fête".
Je bouquine, Gorz, Illich, Rifkin, Latouche, etc. J’essaye d’avancer personnellement (être chaque jour plus autonome) et m’investis aussi dans des actions collectives qui ont du sens. Je me reconnais plus dans la militance associative que dans les modes d’actions politiques traditionnels. Je préfère passer une demi-journée à réparer des vélos dans une association qu’à coller des affiches qui seront recouvertes le lendemain.
A la primaire de l’écologie, j’ai voté Nicolas Hulot, parce qu’il me semblait le mieux à même de diffuser les idées du mouvement au plus grand nombre. Avec le recul, je pense que, lui aussi, en novice de la politique, aurait rencontré les freins que rencontre aujourd’hui Eva Joly. Lui aussi aurait fait des déclarations qui, soigneusement déformées, lui auraient valu critiques, quolibets, marginalisation. Lui aussi aurait du se débrouiller avec un budget plusieurs dizaines de fois inférieur à celui des grandes écuries. Et il n’est pas certain que les intentions de votes en sa faveur à trois semaines de l’élection eut été meilleures. L’élection présidentielle est une affaire de spécialistes, souvent cumulards, qui font de la politique depuis des années, connaissent les codes. Les autres sont voués à la moquerie ou à la vindicte.
Quels projets alternatifs ?
Les Français cherchent l’Homme providentiel, qui a un avis sur tout, sait tout. Pourtant c’est bien de projet de société dont il faudrait parler. En procédant par élimination, à gauche, il n’y a finalement que deux choix possibles pour celui ou celle qui porte l’espoir de sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes : Europe écologie – Les Verts, ou le Front de gauche.
Je mets volontairement de côté les candidats d’extrême gauche, car si leurs projets peuvent en effet être considérés comme des alternatives au système, ils n’envisagent pas de s’allier pour pouvoir faire avancer leur idées. Ils espèrent le grand soir, celui où leurs idées seront à elles seules majoritaires. Autant dire, dans la situation actuelle, ça ne sera pas pour demain. Je compte bien plus sur les petits matins, donc sur celles et ceux qui prennent le risque du pouvoir et assument les compromis.
Quant au PS, cela fait bien longtemps que je n’ai plus d’illusions. Cela fait des années que ce parti tourne en rond, ne renouvelle ni ses idées ni celles et ceux qui les portent. Bien longtemps qu’il aurait du se diviser en deux, d’un coté l’aile gauche anti-productiviste, de l’autre les socio-démocrates, actuellement majoritaires. Bien longtemps que le projet socialiste ne me fait plus rêver, et/car relève plus de l’aménagement du système que d’un changement de modèle. Inutile de m’agiter le torchon brun du FN pour m’inciter à voter « utile ». Voter PS au premier tour ne serait utile pour moi qu’à renforcer l’immobilisme. Or, comme dirait l’autre, le changement, je le souhaite dès maintenant.
Ce qu’apporte le Front de gauche
Tandis que nombre de ses camarades de l’aile gauche du PS pensent encore pouvoir réformer le parti de l’intérieur, J-L Mélenchon a sauté le pas, quitté le PS et créé le Parti de Gauche, puis a su, avec d’autres, faire aboutir une démarche unitaire qui avait échoué à la dernière élection présidentielle (après négociations, finalement J. Bové, O. Besancenot, et M-G Buffet étaient partis chacun de son côté).
On peut critiquer le côté fourre-tout du collectif : le parti de gauche est anti-nucléaire, anti-productiviste. Les communistes tout l’inverse. C’est vrai, mais ça ne m’intéresse pas. C’est aussi ce qu’on reprochait aux écolos aux élections européennes, sur d’autres sujets. L’alliance de la carpe et du lapin disait-on, « ah ah ah, Bové le repris de justice et qui a voté non à la constitution avec Eva joly la Juge d’instruction et Cohn Bendit qui a voté oui... ». C’est pourtant ce qui a fait le succès. Le Front de gauche reprend la recette : des parcours différents, des divergences actées sur certaines solutions, mais une convergence sur les constats, une démarche collective, un projet de rupture. La colonne vertébrale d’Europe Ecologie en 2007, c’était la crise écologique, et la nécessité d’agir à l’échelle européenne. Celle du Front de gauche en 2012, c’est la crise sociale, le retour de l’État protecteur et du service public. Seule différence, pas annodine : alors qu’EELV est le dépassement des Verts par l’ouverture au monde associatif (d’abord écolo puis plus largement), le Front de Gauche est un assemblage de partis existants.
Les deux formations sont conscientes que crise écologique et crise sociale sont intimement liées. Les deux formations ont un projet de rupture. Alors ? Comment choisir entre Europe Ecologie Les Verts et le Front de Gauche ?
Ce qui n’influence pas mon choix
Mettons de coté le style des deux candidats. Comme quand je fais mes courses, ce n’est pas l’emballage qui m’intéresse, mais bien ce qu’il y a dedans et comment cela est produit.
Je mets de côté aussi les sorties plus que douteuses de Mélenchon sur Cuba (qui ne serait pas une dictature) ou le Tibet. Loin d’être anecdotiques, elles ne concernent que le porte-drapeau, et, encore une fois, ce qui m’intéresse ici, c’est le projet qu’il porte.
Mettons de côté enfin les divergences (évoquées plus haut) qui existent au sein du Front de gauche sur des questions écologiques majeures et structurantes (nucléaire, productivisme). Ces divergences expliquent pourquoi le projet du Front de gauche est en demi-teinte, ou disons plutôt inabouti, sur le plan écologique (il fallait ménager les susceptibilités de chacun). Mais, même si le chemin est encore long, il est engagé, et je pense sincèrement que les anti-productivistes et les anti-nucléaires sont en train de gagner la bataille des idées au sein du Front de gauche. Les communistes (en tous cas la base du parti), évoluent sur ces questions. Les contraintes de réalité (coût du nucléaire, nombre d’emplois, ressources naturelles limitées) finiront le travail.
Soulignons pour finir que de nombreuses convergences existent entre les projets d’Europe Ecologie - les Verts et du Front de Gauche concernant les questions institutionnelles (VIe république, incluant une part de proportionnelle aux élections) et fiscales (salaire maximal, justice fiscale).
Bref, tout cela mis de côté, le clivage, l’une des différences majeure qui reste entre les projets des deux formations, c’est la place de l’Etat.
Ce qui pour moi fait la différence
Les écologistes pensent que la solution aux crises mêlées (écologique, sociale, économique, démocratique) passe par un renforcement de l’autonomie des régions et par un saut fédéraliste à l’échelle Européenne. D’un côté, avoir des régions plus grandes, et renforcer leurs pouvoirs pour qu’elles puissent agir en fonction des contextes locaux donc leur permettre d’innover. De l’autre, une Europe dans laquelle on homogénéise le coût du travail, met en commun des budgets (la Défense par exemple), organise la lutte contre le changement climatique, etc.
Au Front de gauche, l’échelle stratégique c’est l’État : planification écologique, nationalisation, etc. La régionalisation est vue comme une potentielle atteinte à l’unité nationale. Une plus grande coordination à l’échelle européenne poserait pour eux des problèmes de souveraineté, d’indépendance.
Je ne me reconnais pas dans cette vision. Rien à voir avec le folklore des drapeaux bleu blanc rouge et de la marseillaise dans les meetings. Non. Je pense simplement qu’elle est dépassée, pas au sens « ringarde », mais en terme d’efficacité.
L’échelle nationale est trop petite pour lutter contre les problèmes environnementaux (changement climatique, effondrement de la biodiversité) comme pour combattre le système financier. L’épisode de la Grèce a bien montré que nous manquions d’outils de coordination pour s’aider entre Etats membres et coordonner une action lorsque l’un d’entre nous est attaqué.
L’échelle nationale est trop grande pour coller à la diversité des réalités régionales. Il est urgent de donner du pouvoir aux Régions si l’on veut démultiplier notre capacité d’innover, et inventer des solutions nouvelles face aux crises. Nous sommes un des rares pays d’Europe a être autant centralisé. L’unité dans un pays ne signifie pas uniformité, bien au contraire. La diversité est une richesse. Elle permet la résilience, le renouvellement, on le constate d’ailleurs dans le vivant. Je crois à l’écologisation participative de la société, à l’horizontalité. La planification écologique, verticale, centralisée, rigide, ne me semble pas du tout être un outil adapté.
Je voterai Eva Joly au premier tour de l’élection présidentielle
Le prix du pétrole monte et les stocks s’épuisent, une plate-forme de gaz fuit en Mer du nord, il y a un an Fukushima, en Ile-de-France et dans plusieurs régions, la pollution de l’air atteint des sommets ces jours-ci, la biodiversité fond comme neige au soleil, les agriculteurs crèvent et pourtant nous bouffons mal et cher, les inégalités Nord-Sud s’accroissent, ici comme ailleurs, certains se gavent pendant que d’autres tendent la main. Les écologistes ont longtemps été des lanceurs d’alerte, et, malheureusement dirais-je, les risques qu’ils pointaient furent souvent avérés. L’élection présidentielle, c’est le choix d’un projet de société. L’écologie politique porte un projet moderne, innovant, emancipateur, un projet de justice sociale. Il est grand temps de faire place au vrai changement. Je voterai Eva Joly au premier tour de l’élection présidentielle.
La croissance impossible
Si l’on prend au sérieux la crise écologique, il ne faut pas seulement stopper la croissance de la consommation matérielle, mais aussi diminuer le niveau de vie matériel moyen des pays occidentaux. Cette analyse est extraite de L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie
Si l’on écoute les innombrables trompettes des porte-parole de l’oligarchie, la priorité est à la relance, à la reprise, à la croissance de la production. Oubliée l’écologie dont on ne pouvait plus taire l’importance, ignorée l’inégalité, évacué le fossé Nord-Sud ; ce qu’il faut, c’est la croissance. Et quand tout sera redevenu comme avant, et que l’on consentira à s’intéresser à « l’environnement », la technologie sera là pour résoudre les problèmes. D’ailleurs, elle soutiendra la croissance et l’éternel développement sera durable. N’est-ce pas merveilleux ?
L’autre discours est celui que n’ont tenacement cessé de tenir et d’approfondir les écologistes depuis quarante ans : un monde peuplé de 9 milliards d’habitants qui seraient tous au niveau de richesse occidental est écologiquement insupportable.
Pour démontrer à nouveau cette assertion, il est indispensable de recourir à quelques calculs. Le revenu national brut (RNB, que l’on appellera par la suite « revenu ») de chaque Européen était en 2010 de 34 000 dollars (1). Si la croissance annuelle à venir atteignait 2 %, leur revenu serait en 2050 de 75 000 dollars.
Ne serait-il pas normal que tous les habitants de la planète connaissent la même prospérité ? Un argument moral s’y oppose-t-il ? Non. Alors, pour que les neuf milliards d’habitants que comptera vraisemblablement la planète en 2050 jouissent du sort européen, il faudrait que l’économie mondiale, qui pesait 63 000 milliards (ou 63 billions) de dollars en 2010 atteigne 675 billions de dollars, soit onze fois plus. Onze fois ! C’est énorme, démesuré, écologiquement impossible.
Si impossible que nous allons raisonner selon une autre hypothèse. Prêts à nous faire vouer aux gémonies par les médias oligarchiques et par la gauche productiviste, posons que le pouvoir d’achat des Européens ne va plus augmenter. Ni en 2013, ni en 2014, ni en 2015 - nada jusqu’en 2050.
Le revenu moyen reste au niveau de 2010, soit de l’ordre de 34 000 dollars. Que faudrait-il alors pour que tous nos frères et sœurs humains rejoignent en 2050 ce qui paraissait normal aux Européens en 2010 ? Que l’économie mondiale atteigne 306 billions de dollars, c’est-à-dire qu’elle pèse cinq fois plus qu’aujourd’hui. cinq fois ! Les océans, l’atmosphère, les forêts, les ressources pétrolières et minérales supporteraient-ils une pression matérielle cinq fois supérieure à celle d’aujourd’hui ?
Attardons-nous sur l’idée de multiplier par cinq en quarante ans le poids de l’économie mondiale, ce qui représente un taux annuel de croissance de 4 % par an. Cet objectif repose, on l’a vu, sur deux choix politiques peu communs : celui de ne plus augmenter le revenu des Européens, et celui de viser l’égalité mondiale du revenu moyen. Comment multiplier par cinq l’économie mondiale sans altérer davantage la biosphère ? La réponse du discours dominant – si par aventure on parvient à le conduire dans cette discussion – est de s’en remettre au progrès technologique.
Cette assertion est-elle réaliste ? Pour l’analyser, utilisons un indicateur limité mais pratique de l’impact écologique, les émissions de gaz carbonique : un impact écologique stable signifiera alors que les émissions de gaz carbonique n’augmentent pas. Si le PIB augmente de 4 % par an, cela implique que les émissions générées par chaque unité de PIB doivent diminuer de 4 % par an. La technologie peut-elle réaliser cette performance ?
Observons ce qui s’est passé entre 1971 et 2007, une période qui a connu un très vif progrès technique, et dont la durée équivaut à celle qui nous sépare de 2050. Durant cette période, les émissions par unité de PIB ont baissé dans les pays de l’OCDE d’environ 2 % par an (2), soit deux fois moins vite que les 4 % qui seraient nécessaires si l’on ne comptait que sur la technologie pour éviter une crise écologique insupportable. Or ce progrès a été près de deux fois plus rapide dans les pays de l’OCDE qu’au niveau mondial. Généraliser au niveau mondial cette baisse de 2 % par an des émissions par unité de PIB serait déjà une belle réussite.
4 moins 2 égale 2. Où trouver ces 2 % supplémentaires de baisse des émissions ? Dans la baisse de la population ? La croissance démographique mondiale se ralentit, et même si des pays encore très prolifiques peuvent décélérer rapidement, il paraît peu probable que le nombre d’humains soit très inférieur à neuf milliards en 2050, sauf épidémie ou catastrophe, qu’il s’agit justement d’éviter. Quel autre levier de contrôle ? Le revenu. On peut refuser l’hypothèse que la population mondiale rejoigne le niveau de vie européen. Mais il faut le dire – et le justifier. A ma connaissance, aucun économiste ou responsable politique ne s’y aventure. Au contraire, dans l’harmonie universelle promise par le capitalisme, tout le monde est censé se retrouver avec l’attirail complet de l’Occidental moyen.
Résultat : si l’on ne remet pas en cause ce haut niveau de revenu, viser une croissance mondiale de 4 % par an implique une augmentation annuelle de 2 % des émissions de gaz à effet de serre. Même en acceptant la stagnation du revenu des Occidentaux, même en tablant sur un progrès technique soutenu, la poursuite de l’enrichissement mondial se traduit par un impact écologique massivement aggravé et vraisemblablement insupportable.
Alors ?
Pour avancer dans la résolution de l’énigme, nous allons recourir à une équation simple. Elle est née d’une controverse au début des années 1970 entre Paul Erlich et Barry Commoner (3). Suivons l’économiste Tim Jackson (4) dans sa présentation moderne de l’épatante équation IPAT. Dans ce raisonnement, l’impact écologique de l’activité humaine (noté I) est égal au produit de trois facteurs : la taille de la population (P), l’abondance matérielle, représentée par le revenu par personne (A), et la technologie (T).
Soit IPAT : I = P x A x T
Pour simplifier, on va de nouveau représenter l’impact écologique par les émissions de gaz carbonique, tandis que le facteur technologique sera représenté par l’intensité en carbone, c’est-à-dire la quantité d’émissions nécessaires pour produire une valeur de 1 $.
En 2010, 33 milliards de tonnes de CO2 étaient émises par une population mondiale de 6,84 milliards d’humains (5). La part (théorique) de chacun en RNB (revenu national brut) était cette année de 9 136 $, tandis que l’intensité en carbone était de 530 g de gaz carbonique par $. Soit : 33 (milliards de tonnes de CO2) = 6,84 x 9,1 x 0,53.
Qu’en sera-t-il en 2050 ? Si la technologie continue à progresser au rythme qu’elle a connu dans les pays de l’OCDE depuis 1971, T sera égal à 0,22.
En ce qui concerne la démographie, les projections de la Division de la population de l’ONU estiment que la population mondiale atteindra 9 milliards d’habitants en 2050.
Si l’on conserve le même niveau global d’émissions, l’équation se pose donc ainsi pour 2050 : 33 = 9 x 16,7 x 0,22
On constate que le revenu moyen par habitant augmente : il passe de 9 136 $ en 2010 à 16 700 $ en 2050. Cela reste encore près de moitié moins que le niveau européen de 2010. On raisonne bien sûr en monnaie constante, c’est-à-dire corrigée de l’inflation.
Problème : ce volume d’émissions de 33 milliards de tonnes de gaz carbonique est beaucoup trop élevé. Si l’on veut limiter le réchauffement de la température moyenne du globe à 2°C par rapport à l’époque pré-industrielle, les scénarios du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) indiquent qu’il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre à la moitié du niveau de 2000, soit, en ce qui concerne le gaz carbonique, à moins de 15 milliards de tonnes (6).
Posons l’équation IPAT correspondant à la situation souhaitable en 2050 : 15 = 9 x A x 0,22
Quelle est alors la valeur du revenu moyen ? A est égal à… 7,6.
Cela signifie que le revenu moyen des neuf milliards d’habitants de 2050 dans une économie mondiale ayant réduit ses émissions au niveau nécessaire pour limiter le réchauffement climatique tout en ayant mis en œuvre d’importants progrès techniques est de 7 600 dollars. C’est moins qu’aujourd’hui.
Stupéfiant, n’est-ce pas ?
Reprenons. On ne peut guère influencer le niveau de la population. On intègre un progrès technique continu. Sur quoi peut-on jouer pour parvenir au but souhaité, à savoir une diminution de l’impact écologique global ? Sur une baisse du revenu des plus riches pour s’ajuster au revenu mondial moyen.
Si l’on n’accepte pas cette conclusion, il y a deux solutions. La première est de refuser la réduction de l’inégalité mondiale. Il reste à la faire accepter aux Chinois, aux Indiens, aux Brésiliens, et autres peuples qui ont le même droit que les Occidentaux aux ressources de la biosphère.
L’autre solution est d’ignorer la question écologique, en refusant de réduire fortement le niveau d’émissions, et en fait, en rejetant la logique même de l’exercice. C’est l’objet du climato-scepticisme, animé par divers lobbies pétroliers aux États-Unis, qui ont nourri depuis de longues années une cam- pagne soutenue de déni des résultats de la climatologie. Cette campagne a atteint son paroxysme durant l’hiver 2009-2010. Les techniques de manipulation et de confusion utilisées ont été bien documentées par James Hoggan, Naomi Oreskes et Erik Conway, ou Greenpeace. Elles ont connu un succès incontestable, relayées par des médias trop heureux de pouvoir croire qu’au fond, toute cette affaire d’écologie n’est qu’une calembredaine.
Cette détestable péripétie ne change rien, hélas, au fond du problème. La crise écologique, dont le changement climatique n’est que le volet le plus massif et le plus visible, se dresse comme une incontournable forteresse sur le chemin de l’humanité. La justice est la clé qui permettra de l’ouvrir pour la franchir.
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Notes :
(1) Les données sur le revenu national brut et le produit national brut, en Europe et dans le monde, proviennent de la Banque mondiale : http://donnees.banquemondiale.org/r..., consulté le 20 février 2012.
(2) OECD, CO2 EMISSIONS FROM FUEL COMBUSTION HIGHLIGHTS, 2011, p. 91.
(3) Ehrlich, Paul, et Holdren, John, « Impact of population growth », Science, 26 mars 1971, p. 212 sq. Commoner, Bary, « The environmental cost of economic growth », in : Population, resources and the environment, Washington DC, Government printing office, 1972, p. 339 sq.
(4) Jackson, Tim, Prospérité sans croissance, Bruxelles, De Boeck, 2010, p. 31. Nous prenons les chiffres de la Banque mondiale. Le revenu national brut résulte de la division du produit national brut par le nombre d’habitants. L’intensité en carbone résulte de la division du produit national brut par le nombre de tonnes de CO2.
(5) Emissions de CO en 2010 : Jos G.J. Olivier et al., Long-term trend in global CO2 emissions, 2011 Report, PBL Netherlands environmental assessment Agency & JRC-European commission, 2011.
(6) Les scénarios du GIEC : chapitre 3 de : IPCC, Four assessment report, Climate Change 2007 : Mitigation of Climate Change, Cambridge university press, 2007.
(7) Hoggan, James, Climate Cover-Up, Vancouver, Greystone Books, 2009. Oreskes, Naomi, et Conway, Erik, Merchants of Doubt, Bloomsbury Press, 2010. Greenpeace, Climat de doute, mars 2010, et : Greenpeace, « Koch Industries : Secretly Funding the Climate Denial Machine », mars 2010.
Les épées de bois
« Les porteurs d’épées de bois commandent encore. Mais les esprits changent, et le monde. »
Flânant dans l’actualité énervée, l’on s’attarde sur une passe d’armes fugace entre les candidats préférés des sondages, avant que le zapping politique ne les ait emportés vers de nouvelles et tonitruantes annonces. M. Hollande a promis de bloquer le prix des carburants pendant trois mois, tandis que M. Sarkozy veut mobiliser les réserves stratégiques de la France. N’osant employer le mot de stupidité à l’endroit d’aussi éminents personnages, on regrettera qu’ils n’aient pas eu l’idée de parler vrai, en exposant à nos compatriotes la perspective du pic pétrolier et la nécessité de réduire les gaz à effet de serre.
Il est douteux, au demeurant, que cette démagogie à la petite semaine convainque les Français, qui semblent plus sages que ceux qui sollicitent leurs suffrages. Car, comme nous l’indique le bulletin n° 118 du Commissariat général au développement durable, le trafic automobile s’est stabilisé depuis 2003 (à 424 milliards de km), en réponse à l’augmentation régulière et continue du prix du carburant (+ 2,6 % par an pour le super sans plomb). Nous faisons ce que l’intelligence commande : s’adapter à des conditions qui changent.
Plutôt que de brandir leurs épées de bois, MM. Sarkozy et Hollande devraient parler sobriété, transports en commun et recherche pour réduire la consommation des véhicules. Mais ils croient encore vivre dans le monde ancien, celui de la croissance sans fin et des autos sans souci. Plusieurs surprises les démentent.
La première nous vient d’outre-Atlantique : un des think tanks environnementaux les plus respectés, le Worldwatch Institute, vient d’adopter le concept de « décroissance ». Dans son State of the World, rapport annuel qui paraîtra le 11 avril, il recommande « the degrowth of overdeveloped countries », la décroissance des pays surdéveloppés.
Et voilà que l’Association des régions de France vient de prendre parti pour de nouveaux indicateurs, afin de « mettre fin à la tyrannie du PIB », selon Jean-Jack Queyranne, président de Rhône-Alpes. L’on entend aussi M. Mélenchon expliquer qu’il « s’interdit d’employer le mot croissance » - c’est la première fois qu’un haut responsable politique abandonne le tabou. On se rappelle même que Mme Joly propose un budget fondé sur une croissance réduite à 0,8 %. Décidément, le réalisme n’est pas où l’on croit. Les porteurs d’épées de bois commandent encore. Mais les esprits changent, et le monde.
Abandon des recherches sur le porc transgénique
L’Université de Guelph, au Canada, qui travaillait depuis 1995 à la création d’un porc génétiquement modifié pour réduire la quantité de phosphore dans ses excréments (baptisé Enviropig [1]), a annoncé officiellement qu’elle « réduirait l’ampleur des recherches sur Enviropig au printemps ». Cette « mise en veilleuse », nous expliquent les responsables de l’Université de Guelph en charge de ce programme, est la conséquence de la décision du groupe industriel Ontario Pork de « cesser de financer cette recherche ».
La technologie est détenue par l’Université mais Ontario Pork est le propriétaire de la marque EnviropigTM et l’unique sponsor privé de cette recherche [2]. Et « un accord de développement conjoint pour le partage de tous les revenus qui peuvent être réalisés si cette technologie est commercialisée » a été signé entre ces deux partenaires, lit-on sur le site de l’Université.
La responsable de l’Université nous précise aussi : « Je peux vous dire que l’Université de Guelph a produit des Enviropigs depuis 1999. La recherche a été menée jusqu’à la validation de la modification génétique. Le service de l’Université en charge du développement commercial continuera à chercher de nouveaux partenaires, académiques ou industriels, intéressés à prendre les devants dans la commercialisation de cette technologie. La recherche continuera, mais à moindres frais, sans élevage ou production continue d’animaux vivants. Le travail, y compris l’analyse des données et la publication de plusieurs articles scientifiques en cours de rédaction, continuera. Les échantillons de sperme et de tissus seront conservés dans des lieux de stockage, sécurisés sur le long terme, du Programme canadien de dépôt du matériel génétique agricole, géré par le ministère canadien de l’Agriculture et Agroalimentaire ».
L’Ontario Pork, dans un communiqué de presse, précise que si les porcs GM Enviropigs sont les premiers animaux transgéniques écologiques, « avec un public décidément tiède à consommer des aliments génétiquement modifiés et personne pour développer commercialement ces porcs, le maintien d’un troupeau n’est pas viable ». C’est la raison officielle de l’abandon du financement de cette recherche.
Pour Inf’OGM, sans exclure que l’opposition des consommateurs aux OGM soit une raison du retrait d’Ontario Pork, il est aussi possible d’envisager une autre analyse. En effet, le non intérêt du public a souvent bon dos : cette opposition n’est pas récente, et elle n’a, jusqu’à présent, que peu inquiété les chercheurs. Alors, concrètement, s’il y a si peu de demande des consommateurs, pourquoi ces recherches ont-elles été initiées et poursuivies quelques années ? D’autant que ces recherches ont eu un coût non négligeable : Ontario Pork a, par exemple, financé Enviropig avec plus d’un million de dollars depuis les années 1990.
Bona Hunt, porte-parole de l’Université de Guelph en charge de ce projet, a toujours refusé de détailler le coût total de cette recherche, considérant que cette information est confidentielle, « parce que l’Université est en train de chercher des licences ». Mais elle ajoute : « c’est dans l’ordre des millions de dollars ». Ainsi, cet exemple montre, une fois de plus, que les chercheurs s’engagent parfois dans des recherches non seulement pas demandées par la société, mais qui la rebutent. Et, à nouveau, Inf’OGM se pose la question de la gouvernance de la recherche : quelle procédure faudrait- il mettre en place pour que la recherche scientifique rejoigne les préoccupations des citoyens, et réponde à des attentes de la société ?
Le Réseau Canadien d’action sur les biotechnologies se réjouit de cette « mise en veilleuse de ces recherches » et souligne, dans un communiqué de presse [3] qu’« il n’y a pas de demande ni de besoin pour les animaux génétiquement modifiés. Le gouvernement fédéral devrait cesser d’accepter les demandes d’autorisation concernant les animaux GM destinés à la consommation humaine. L’Université de Guelph devrait maintenant retirer la demande d’autorisation qu’elle a faite auprès de Santé Canada et ne pas poursuivre sur la voie de la commercialisation ».
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Notes :
[1] UOGuelph
[2] Parmi les financeurs du projet, on trouve aussi des partenaires publics, comme le ministère de l’Agriculture de l’Ontario, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le ministère fédéral de l’Agriculture, et le programme de développement économique et rural de l’Ontario, ou des organisations à but non lucratif comme le Advanced Food Materials Network
[3] Réseau canadien d’action sur les biotechnologies
Les Indignés se manifestent au Mans
Je m’indigne, tu t’indignes, et pour le coup mon département s’indigne. Le mouvement des indignés ne cesse de croître depuis quelques mois aux quatre coins de la planète, et c’est à cette occasion qu’un mouvement similaire à vu le jour dans la capitale Sarthoise en ce samedi 24 Mars. Une étape d’indignation qui ne pouvait échapper à notre média, bien que les médias plus « classiques » soient passés à côté de l’événement.
Le soleil est au rendez-vous et après une matinée chargée à arpenter les marchés du jour situés dans le quartier de la Cité des Pins ainsi que dans le quartier du Patis-Saint Lazare, le mouvement manceau fait escale le temps d’une pause déjeuner musicale sur le parvis de la place Lafayette.
Un mouvement qui a vu le jour il y a quelques semaines suite à des rencontres de discussions régulières dans le centre culturel de « La Fonderie » au Mans. Une centaine de personnes lors de chaque rencontre, qui a décidé unanimement d’agir à l’approche des prochaines élections nationales pour « libérer la parole populaire », et « s’indigner ensemble ». Un mouvement pour « ne plus se taire », un mouvement pour « reprendre la parole », et mouvement pour « mettre fin à la censure populaire ».
Armés de tracts, de leur seule voix, et d’une abnégation à toutes épreuves, les Indignés sarthois, composés à la fois d’artistes, de professeurs, de syndiqués, d’animateurs, etc, s’étaient donc donné rendez-vous en ce samedi 24 mars.
Des tracts sur lesquels il était notamment possible de lire les propos suivants :
« Cinq ans de démolitions, de liquidations : des lieux, des formes, des liens, du vivre-ensemble que ce pouvoir et les oligarchies qu’il représente ont eu l’arrogance d’administrer à ce pays. Réformes à tours de bras... à tour de casse, pour asséner le »chacun de soi« sous le sceau d’une idéologie du profit à outrance, comme viatique du XXIe siècle, après les désastres du XXe. »
« Portons en voix, en paroles, en musiques, en écrits le soulèvement du réel concret »
« Qui dira devant l’hécatombe, que s’indigner serait naïf et que les ’lois complexes’ de ce monde ne sont pas à la portée et de la responsabilité des choix citoyens ? »
Outre les tracts diffusés par les bénévoles, il était possible notamment de lire les divers panneaux mis en place, lesquels indiquaient à la volée les propos suivants : « République en danger ! », « Retrouvons nos utopies ! », « Libérer la Parole », « S’indigner ensemble », etc.
Pour Laurence, l’une des instigatrices du mouvement, le but de cette journée était de « réveiller les consciences populaires et collectives », et de faire réaliser aux citoyens qu’il était important « d’agir au niveau local, pour penser au niveau global ». Toujours selon notre interlocutrice, ce mouvement est né en écho aux divers mouvements indignés mondiaux, et en écho aux propos de Stéphane Hessel (dans son ouvrage Indignez-vous) et de Luce Fabert ( dans son ouvrage Est ce ainsi que les Hommes vivent ?).
Après la pause musicale, les bancs furent de sortie pour permettre aux badots toujours plus nombreux d’échanger une vague d’idées « récusées » et « oubliées » par les candidats au trône suprême. Dette publique, immigration, économie, environnement, social, tout y est passé jusqu’à l’orée de la nuit. Le soleil étant au rendez vous, tout comme la chaleur printanière, il fallait jouer des coudes pour trouver une place sur les bancs mis à disposition par les organisateurs tant le mouvement avait pris de l’ampleur au fil des minutes. Qui plus est, un cahier de doléances semblables aux doléances exprimées par les peuples lors de la période révolutionnaire à été mis à disposition des badots rassemblés en masse autour des lieux d’animations.
Une journée riche en animations dans la cité mancelle au final, qui fut une franche réussite grâce au premiers rayons de l’astre soleil.
Le Mans a donc à son tour et par l’intermédiaire de ce mouvement populaire, fait part de son indignation envers le système politico-économique actuel, prônant à qui voulait l’entendre une politique de Divers Gauche (sans pour autant mettre en avant tel ou tel candidat de Gauche), et invoquant avant tout « la volonté populaire de reprendre son destin en main, et ne plus se laisser berner par le dictat d’élus n’ayant que pour seules occupations, celles de remplir leurs portefeuilles. »
Et vous, vous faites quoi le 22 Avril prochain ?
L’urbanisation se développe rapidement en Afrique et en Asie
La population urbaine devrait passer d’ici à 2050 de 3,6 à 6,3 milliards.
Le Sous-Secrétaire général du Département des affaires économiques et sociales (DAES), M. Jomo Kwame Sundaram, et le Chef de la Section des estimations et des projections démographiques du DAES, M. Gerhard Heilig, ont, ce matin devant la presse, souligné les défis liés à une accélération de l’urbanisation, dans le cadre du lancement du rapport 2011 sur les « Perspectives de l’urbanisation de la population mondiale ».
Animée par le Chef de la Division de la communication stratégique du Département de l’information (DPI), Mme Pragati Pascale, cette conférence au Siège des Nations Unies à New York a été l’occasion de mettre l’accent sur les défis particuliers des régions Afrique et Asie qui concentreront à elles seules 86 % de la croissance de la population urbaine d’ici à 2050, mais aussi de saluer l’inclusion, pour la première fois, de coordonnées géographiques et données environnementales pour toutes les villes de 750 000 habitants.
Présentant les nouvelles estimations et projections concernant l’évolution des populations urbaines et rurales dans les différentes régions du monde, M. Sundaram a indiqué que la population urbaine de l’Afrique passerait de 414 millions à 1,2 milliard, et celle de l’Asie de 1,9 à 3,3 milliards d’ici à 2050.
Si la population mondiale augmentera de 2,3 milliards (+3,3 %) d’individus d’ici à 2050 –pour passer de 7 à 9,3 milliards d’habitants-, la population urbaine passera, elle, de 3,6 à 6,3 milliards (+72 %).
Les auteurs du rapport constatent également que la population rurale mondiale atteindra un pic de 3,4 milliards en 2021 pour décliner lentement jusqu’à 3 milliards d’ici à 2050.
« Cette étude montre que le pourcentage du nombre de personnes vivant dans des mégalopoles (plus de 10 millions d’habitants) ne cesse d’augmenter », a dit le Chef de la Section des estimations et des projections démographiques du DAES, en précisant que 630 millions de personnes (13,6% de la population urbaine mondiale) vivront dans les 37 mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants en 2025, contre 39 millions en 1970 (3% de la population urbaine mondiale).
M. Heilig a précisé que ces chiffres avaient l’avantage de s’appuyer sur les données les plus récentes des recensements décennaux en 2010 de nombreux pays. Il a affirmé que l’inclusion pour la première fois de données géographiques pour toutes les villes de plus de 750 000 habitants permettait de mesurer les menaces auxquelles ces populations font face.
Il a souligné que 60 % des 890 millions de personnes vivant dans des villes de plus d’un million d’habitants, résidaient dans des zones à risque en matière de catastrophes naturelles, comme les tremblements de terre ou les inondations.
M. Sundaram a estimé que ce rapport et ces nouvelles perspectives arrivaient à point nommé à moins de trois mois de la tenue, du 20 au 22 juin, de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) qui abordera la question des « villes durables », lesquelles devront faire face aux conséquences des migrations, de la mondialisation, des inégalités en matière de développement économique et social, de la pollution et des conséquences des changements climatiques.
Ce rapport s’appuie sur l’analyse des données de 5 300 villes (dont 1 417 villes de moins de 100 000 habitants) et des résultats détaillés sont présentés pour les 633 plus grandes villes comptant 750 000 habitants ou plus.
On ne peut défendre l’emploi à tout prix
Une usine qui produit des produits cancérigènes doit-elle être maintenue au nom de l’emploi ?
En campagne pour Jean-Luc Mélenchon, l’émission Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet sur France Inter diffusait, mercredi 5 et jeudi 6 avril 2012, un reportage de François Ruffin intitulé « Arkema et les vautours ». Où l’on apprend que le premier groupe chimique français s’apprête à céder, pour un euro symbolique, son « pôle vinylique » et les 2000 salariés qui vont avec, à un financier américain. Et François Ruffin d’accompagner les syndicalistes d’Arkema dans les QG de campagne des candidats à la présidentielle pour les « interpeller » sur ce scandale économique, et pour défendre l’idée en vogue dans cette campagne : la réindustrialisation de la France.
Pas un mot, durant ces deux émissions, sur l’activité du pôle vinylique d’Arkema et sur cette production qu’il s’agit de maintenir française. L’emploi n’a pas d’odeur, pas même celle du chlore qui sert à produire le chlorure de vinyle. Le chlorure de vinyle ? C’est un message, laissé sur le répondeur de l’émission ce jeudi 6 avril, qui renseigne l’auditoire :
« Merci à François Ruffin pour ce reportage intéressant, mais il me semble utile d’ajouter un complément d’information, pour préciser ce que fabrique le pôle vinylique d’Arkema. Celui-ci produit du chlorure de vinyle, connu par le grand public sous le nom de PVC. Le PVC est un produit classé cancérigène par l’Union européenne et par le Centre international de recherche sur le cancer. Il est notamment en cause dans l’apparition de cancers du foie. Il présente aussi des caractères mutagènes et reprotoxiques. Ceci concerne bien sûr les travailleurs des usines chimiques, dont beaucoup, en France ou aux Etats-Unis notamment, souffrent de cancer du foie, mais aussi tous ceux qui sont exposés à la pollution, entre autres par l’eau de boisson, à cause des déchets du PVC. On peut lire à ce sujet la note éditée par l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) sur le chlorure de vinyle. Le PVC est souvent associé aux phtalates pour rendre le plastique souple – pour les jouets ou nombre de produits de consommation courante. Les phtalates sont cancérigènes, mutagènes et responsables d’anomalies de la reproduction masculine. Enfin l’incinération du PVC génère des dioxines, qui rendent malades et tuent les voisins des incinérateurs, comme à Gilly-sur-Isère en Savoie, ou près de Besançon – y compris avec des incinérateurs de nouvelle génération. C’est cela, aussi, que défendent les salariés d’Arkema, et qui n’était pas mentionné dans le reportage. »
Ayant diffusé ce message à l’antenne, Daniel Mermet juge utile de le faire suivre d’un autre message d’auditeur qui vante, lui, « le savoir-faire et la dignité » de ces ouvriers menacés de délocalisation. Le producteur enchaîne sur « l’essentiel, l’essentiel (rire), qui est évidemment l’emploi et le chômage et la destruction de l’industrie dans ce pays, la désindustrialisation qui (…) est l’essentiel dans cette campagne ».
Bref, produisons des cancers français. Pour l’emploi, produisons du nucléaire français, des OGM français, des pesticides français, des nanotechnologies françaises. Ça tombe bien, Arkema est leader dans la fabrication des nanotubes de carbone, sous la marque GraphiStrength, avec son unité de production des Pyrénées-Atlantiques d’une capacité de 400 tonnes par an. Les nanotubes de carbone sont ces nanoparticules dont les effets sur les poumons rappellent ceux de l’amiante. Mais pour les syndicalistes comme pour les partisans du Front de Gauche et Là-bas si j’y suis, « l’essentiel, c’est l’emploi », autrement dit : « Nos emplois valent plus que nos vies ».
C’est ça, leur prétendue « planification écologique ». Quant à nous, libertaires et luddites, nous disons : brisons les machines à produire le cancer.
Les multinationales vampirisent le Sommet de la Terre
Le sommet de la Terre, dit Rio + 20, aura lieu en juin. Les agences de l’ONU le préparent en donnant une large place aux firmes multinationales, qui imposent leurs concepts et leurs intérêts.
Dans moins de trois mois, du 20 au 22 Juin 2011, le sommet de l’ONU Rio +20 se tiendra à Rio de Janeiro. Or on constate un degré de plus en plus préoccupant de collaboration pour ne pas dire d’accaparement des principales agences de l’ONU par des multinationales.
L’objectif du sommet est d’évaluer les progrès accomplis depuis le premier Sommet de la Terre et de relever les nouveaux défis. La réforme institutionnelle de la gouvernance sur les questions environnementales mondiales sera à l’ordre du jour. Elle pourraient conduire à un renforcement du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), sachant que la proposition française d’une Organisation mondiale de l’environnement ne sera pas acceptée.
Les attentes sont faibles cette fois-ci en termes de résultats concrets, mais Rio +20 sera néanmoins un champ de bataille idéologique très important.
Que propose le PNUE ?
Le PNUE promeut une « Économie verte », concept qui devrait remplacer celui de « développement durable ». En Février 2011, le PNUE a lancé sur ce sujet un rapport de 700 pages (GER) très médiatisé. L’idée est que les gouvernements cessent les subventions préjudiciables à l’environnement (aux combustibles fossiles, à la pêche industrielle, etc.) et utilisent ces fonds pour investir dans des technologies nouvelles, libérant ainsi des investissements massifs pour permettre de passer à l’Économie verte.
Les organisations non gouvernementales (ONG), critiquent cette approche car elle ignore les causes profondes de la crise écologique pour mettre l’accent sur la croissance économique, sur la technologie et sur les approches axées sur le marché. Le fait que l’auteur le plus influent du rapport et son porte-parole principal soit Pavan Sukdhev, mis à la disposition du PNUE par la Deutsche Bank, peut en expliquer l’orientation mercantile.
Les nouvelles technologies promues dans ce rapport sont controversées, comme l’incinération de la biomasse, la biologie synthétique, les nanotechnologies, etc. Le nucléaire et les OGM sans être explicitement approuvés, sont considérés comme compatibles avec l’approche du rapport.
Malgré l’échec cuisant du marché du carbone, Sukdhev préconise une approche financière. Il s’agit de quantifier et d’évaluer les services rendus par la nature : filtrage de l’eau, capture du carbone… pour créer un marché de crédits de biodiversité négociables que l’on pourra compenser, échanger ou vendre. Pour le PNUE, assigner à la nature une valeur monétaire, un prix, serait la meilleure façon de la protéger !
Ce Rapport sur l’économie verte est aussi soutenu par la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
La marchandisation de la nature contestée
Pavan Sukdhev, qui est aussi membre du conseil de Conservation International, était déjà l’auteur d’un premier rapport du PNUE présenté au Sommet de la biodiversité des Nations Unies à Nagoya, au Japon en 2010, dans lequel cette approche était déjà exposée en détail.
Il a des adeptes non seulement au PNUE, mais aussi parmi plusieurs gouvernements européens et surtout à la Commission européenne. Janez Potocnik, le Commissaire européen à l’Environnement a déclaré : « Nous devons passer d’une protection de l’environnement contre les entreprises, à une protection de l’environnement grâce aux entreprises. » La stratégie européenne de négociations commerciales pour accéder à de nouveaux marchés et matières premières « Global Europe », et la stratégie « Europe 2020 » de réformes néolibérales en Europe sont sur la même ligne, comme les politiques climatiques fondées sur le marché dans lesquelles l’UE s’est engagée.
Pour les ONG cette marchandisation et cette privatisation de la nature compromettent la protection des biens communs par les communautés et les États, le rapport du PNUE étant la manifestation d’une croyance aux marchés d’autant plus stupéfiante qu’elle survient juste après la crise financière. Comme si les échecs chroniques de la déréglementation et des approches basées sur le marché n’avaient jamais eu lieu.
La société civile et les pays en développement du G77 sont méfiants face à l’approche de l’Économie verte qui met l’accent sur la croissance, sur des gadgets technologiques et sur la marchandisation de la nature. C’est tout le contraire de pays comme la Bolivie et d’autres pays latino-américains qui ont eux, une vision basée sur la possibilité pour les êtres humains de vivre en harmonie avec la nature, à laquelle on doit reconnaître des droits constitutionnels.
Certains observateurs prédisent que cet affrontement va s’intensifier, conduisant éventuellement à un conflit Nord-Sud à Rio +20 similaire à celui de la COP16 à Copenhague.
Les liens entre le PNUE et l’industrie globale
Le PNUE a travaillé en étroite collaboration avec les représentants de l’industrie mondiale sur les préparatifs de Rio +20 et un échéancier de l’économie verte. En Avril 2011, le PNUE a organisé à Paris, avec la Chambre de commerce internationale (CCI), un des lobbies de l’industrie, une réunion de 200 représentants d’entreprises pour présenter le Rapport sur l’Économie verte. La tonalité d’ensemble des commentaires était positive, mais la CCI a aussi émis des critiques sur les énergies renouvelables dont la part, dans le rapport, a été considérée comme trop importante.
La réponse de la CCI a été rédigée par un groupe de travail comprenant des représentants d’Exxon Mobil, Shell, RBS, Monsanto, BASF et Suez, connus pour leur peu de souci de l’environnement.
L’un des orateurs principaux à la conférence de Paris était Chad Holliday (président de la Bank of America et ancien patron de Dupont). Il dirige Business Action for Sustainable Development 2012 (BASD 2012), principal porte parole des entreprises mondialisées, dont la mission est de « veiller à ce que les entreprises soient reconnues comme sources de solutions. »
Il semble que Rio +20 prenne le chemin déjà parcouru par Rio +10, à Johannesburg en Septembre 2002, où se sont créés de véritables « partenariats » entre l’industrie et les ONG, l’industrie et les gouvernements et l’industrie et les organismes des Nations Unies. Poussant à davantage de collaboration entre le public et le privé, Kofi Annan avait alors déclaré : Si nous ne le faisons pas, nous risquons que les gouvernements passent des lois et posent des limites qui ne sont pas indispensables.
L’ONU dans la nébuleuse du Big Business
De nombreuses entreprises multinationales ont désormais de cinq à dix partenariats avec chacune des agences onusiennes, par exemple :
- Shell et le PNUE sur la biodiversité ;
- Coca-Cola et le PNUD [Programme des Nations unies pour le développement] sur la protection des ressources en eau ;
- Nestle et le PNUD sur l’autonomisation des communautés rurales ;
- BASF, Coca-Cola et ONU-Habitat sur l’urbanisation durable.
Le problème avec de tels partenariats est qu’ils conduisent inévitablement à des conflits d’intérêts, parce que les entreprises ont des objectifs commerciaux, tandis que les agences de l’ONU devraient poursuivre des objectifs de politique sociale et environnementale. Il devient donc de plus en plus difficile pour l’ONU de critiquer ses partenaires commerciaux et de remplir son rôle de régulateur.
Le plus problématique de tous est le Global Compact, mis en place en 2000 par Kofi Annan et le PDG de Nestlé de l’époque Helmut Maucher, pour encourager les améliorations volontaires par les entreprises, sans que l’ONU ait les moyens de vérifier ou de surveiller, et encore moins de sanctionner. Plus de 7000 entreprises ont adhéré, en s’engageant sur un maximum de dix principes généraux…
L’unité d’inspection de l’ONU a émis des critiques de ce Pacte « Global compact » car les entreprises s’en servent pour faire leur communication sans qu’on puisse vérifier aucun changement dans leurs méthodes.
Le fait que le Global compact soit aujourd’hui l’un des trois principaux partenaires du Lobby Business Action pour le Développement Durable 2012 (BASD 2012), avec la CPI et le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD ) semble étrange, sinon contre nature, puisque c’est aussi un bureau de l’ONU dont les activités sont de plus en plus floues.
Critiquer la cooptation croissante entre l’ONU et l’industrie devrait être une priorité dans la perspective de Rio +20.
Aux Etats-Unis, les vieux découvrent les pièges de la maison individuelle
Ils les ont voulues, leurs villes américaines étalées, sans transports en commun décents, sans trottoirs, dont les maisons à deux garages sont à des kilomètres des supermarchés et loin des docteurs. Maintenant les baby-boomers vieillissent, ils ne peuvent plus conduire et s’en mordent les doigts.
Rien de bien nouveau si ce n’est un article de l’Associated Press (AP) vaguement inquiétant publié fin mars, repris dans de nombreux journaux aux Etats-Unis et beaucoup commenté sur le web : « Peu de villes américaines sont prêtes pour les baby-boomers vieillissants. »
Cette génération née après la guerre a voulu quitter les centres-villes pour s’installer en périphérie, dans des pavillons entourés de jardinets, dans des « subdivisions » encore appelées « communautés », où les transports en commun n’ont pas accès pour ne pas risquer d’introduire des étrangers dans le quartier.
Vivre à l’écart du monde trépidant
Tout ce qui permettait de vivre – magasins, écoles, hôpitaux, entreprises et tous les services – est ailleurs, loin et accessible uniquement en voiture. L’objectif était de vivre tranquille, chez soi, à l’écart des lieux collectifs où les gens sont obligés de se mélanger. La mode a duré plusieurs décennies.
Aujourd’hui, cette tendance reflue, les urbanistes travaillent autrement, les logements « suburbains » ont moins la cote, on recommence à envisager de vivre dans les centres, y compris en hauteur, ce que détestent les Américains. De plus en plus de municipalités consultent leurs administrés sur l’opportunité de construire des tramways, lesquels nécessiteront des impôts... Cruel dilemme.
Mais les seniors paniquent. Ils sont de plus en plus nombreux dans le pays : entre 2000 et 2030, le nombre de plus de 65 ans aura doublé, ils seront 72,1 millions (pour environ 363 millions d’habitants). La plupart d’entre eux ont encore leurs parents, âgés de 80, 90 ans ou plus (il y a énormément de centenaires aux USA).
« Vous allez dépendre de vos enfants. Fuck »
Ces vieux actuels sont moins nombreux que ne le seront les vieux baby-boomers. Et ces vieux-là ont fait plus d’enfants pour s’occuper d’eux aujourd’hui que n’en ont eu les baby-boomers. Lesquels réalisent qu’ils entrent dans la vieillesse en pleine récession économique.
Les services sociaux qui aident aujourd’hui leurs parents sont en train de disparaître faute d’argent public. Quand ils existent dans leurs cités, les transports en commun se dégradent à cause de la crise et ne sont la plupart du temps pas adaptés pour des usagers à mobilité réduite.
Un contributeur du site environnemental Grist résume crûment le dilemme : « Il arrive un moment où vous n’avez plus le droit légal de conduire. Si vous dépendiez de votre voiture pour vivre, cela signifie que vous allez désormais dépendre de vos enfants. Fuck. »
A Houston (Texas) où j’ai vécu plusieurs années, je voyais passer dans mon quartier (du centre-ville, donc un peu pourri) la camionnette d’une association caritative, qui s’arrêtait chaque jour de la semaine vers 10 heures devant les mêmes maisons. Là vivaient des personnes âgées, à qui un programme cofinancé par la ville et des églises distribuait un repas chaud par jour.
« Meals on Weels » (repas sur roues) existe dans plus de mille villes aux Etats-Unis. Cette association à but non lucratif dépend essentiellement des bénévoles pour ses tournées, mais elle doit payer les aliments, les voitures, et quelques permanents. Depuis 2008, les subventions publiques sont en chute libre et les repas distribués aussi. Que mangent désormais ces vieilles personnes qui vivent toujours chez elles ?
Un autre service rythme aussi la vie de millions de seniors américains : « Dial-a-Ride » (téléphonez pour un transport). Les villes d’une certaine taille possèdent des camionnettes équipées pour transporter des fauteuils roulants, qui se déplacent à la demande chez les vieux et les malades isolés.
C’est payant, mais beaucoup moins cher qu’un taxi pour aller chez le médecin. Car les docteurs ne se déplacent pas à domicile aux Etats-Unis, ni les infirmières sauf si on y met le prix, et dans ce cas l’assurance médicale ne paye rien.
Les services Dial-a-Ride valent de plus en plus cher, ou disparaissent les uns après les autres, car les municipalités ne peuvent plus entretenir les flottes de véhicules avec chauffeur. Comment font les vieilles personnes pour aller se faire soigner ?
Pas de salut pour les vieux mécréants
Là encore, les services sociaux des églises compensent, grâce à leurs bénévoles. Mais celles-ci ont aussi vu leurs fonds – basés sur les dons des fidèles – s’amenuiser. En plus, comment font les vieux athées qui n’ont jamais voulu frayer avec le moindre lieu de culte ? Gnark, gnark !
Qu’elles vivent en grande banlieue ou en centre-ville, les personnes âgées ne peuvent plus s’en sortir sans voiture. Admettons qu’elles aient encore leur permis de conduire (qui doit être renouvelé tous les cinq ans à partir de 55 ans, avec examen de vision et de code de la route, selon les Etats).
Heureusement, les voitures américaines ont des vitesses automatiques, c’est plus simple à partir d’un certain âge. Mais la route est un terrain dangereux. Le porte-parole de la National Association of Area Agencies on Aging a indiqué au journaliste de l’AP ce qu’il faudrait pour améliorer la situation des vieux conducteurs : installer des panneaux routiers plus faciles à lire ; mettre en place des programmes de covoiturage entre seniors allant à l’hôpital ou au supermarché.
Les baby-boomers pris à leur propre piège
Il est évident que l’isolement géographique des personnes âgées n’est pas un problème typiquement américain. Mais le nombre de seniors concernés est colossal aux Etats-Unis, où rien n’a été correctement pensé quand il était encore temps. Comme dit Grist : « Les vieux baby-boomers ne pouvant plus conduire vont se retrouver prisonniers des villes interdites aux piétons qu’ils ont eux-mêmes conçues. »
La crise économique empêche désormais la plupart des villes de se lancer dans les programmes nécessaires, notamment dans la construction de transports collectifs adaptés. Finalement, ce n’était pas une si bonne idée de construire les villes à la campagne et de compter exclusivement sur les voitures pour relier les pôles.
La Revue des Livres
Le numéro 4 de La Revue des Livres est paru.
Sommaire :
- STATHIS KOUVELAKIS, "Grèce : destruction programmée d’un pays".
- RAPHAëL KEMPF, "Quand les socialistes libéraient la finance, – à propos de Rawi Abdelal, Capital Rules".
- SCOTT McLEMEE, trad. C. Jaquet, "Le nouvel assassinat de Léon Trotski – à propos de Bertrand Patenaude, « Robert Service. Trotsky : A Biography ; David North. In Defense of Leon Trotsky » (The American Historical Review)".
- YVES CITTON ET SASKIA WALENTOWITZ, "Pour une écologie des lignes – à propos de Tim Ingold, Une brève histoire des lignes ; The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill ; et de Being Alive. Essays on Movement, Knowledge and Description".
- YOLÈNE CHANET ET JOSÉPHINE GROSS, "Et mes seins, tu les aimes ? – à propos de Mona Chollet, Beauté fatale".
- NADÈGE RAGARU, "Du balkanisme à l’histoire transnationale des Balkans ? – à propos de Maria Todorova, Imaginaire des Balkans".
- ALBAN LEFRANC, "La singularité de Kafka – à propos de Pascale Casanova, Kafka en colère".
- STÉPHANE HABER, "Analyser le néolibéralisme aujourd’hui Géographie de la critique".
- EDUARDO GUDYNAS, trad. N. Haeringer, "La Pacha Mama des Andes : plus qu’une conception de la nature".
- Jérôme Desquilbet et Charlotte Nordmann, "Ivan Illich Expérimentations politiques".
- NAJATE ZOUGGARI, "La Case de Santé".
Agis ta terre
La gestion des énergies, la protection de la nature, la lutte contre la pauvreté et les discriminations, l’inégale répartition des richesses, la préservation de la diversité culturelle, autant de domaines qui interrogent notre responsabilité individuelle et collective et nous appellent à inventer d’autres façons de vivre et d’agir.
À travers une trentaine de questions, Agis ta terre identifie des champs d’action où les jeunes adultes peuvent être acteurs de changements pour tendre à une gouvernance équitable, à une économie solidaire et à la préservation de notre environnement.
Ce guide invite les jeunes à relever les défis de leur temps en répondant aux besoins du présent sans compromettre ceux du futur.
Des changements de regard sur le monde indispensables.
Sommaire :
Dans la collection « Habiter autrement la planète » aux Presses d’Ile-de-France, 12 €.
Hollande toujours ambigu sur Notre Dame des Landes
Le candidat du PS maintient son soutien au projet d’aéroport, mais laisse planer des « si » et des « plutôt »...
Lors d’une conférence de presse improvisée quelques minutes avant son départ pour le Parc expo de Bruz, à côté de Rennes, où il effectue un meeting ce mercredi soir 10 avril, François Hollande a répondu aux questions du Mensuel concernant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Le candidat socialiste à l’élection présidentielle a réaffirmé la position « officielle » du PS au sujet de ce projet très controversé : « Tous les recours de contentieux ont été utilisés. Si les accords sont donnés, l’équipement se fera. »
Quid des diverses études concluant qu’un réaménagement de l’actuel aéroport de Nantes seraient plus pertinentes que la construction d’une nouvelle plateforme ? L’ex-premier secrétaire du PS semble inflexible concernant l’infrastructure tant désirée par son « camarade » Jean-Marc Ayrault, maire de la cité ligérienne.
Le favori à la présidentielle a indiqué s’être entretenu du sujet avec le député-maire de Nantes, patron du groupe PS à l’Assemblée et ministrable à souhait : « C’est plutôt vers un nouvel aéroport qu’il convient de faire l’effort », a-t-il tranché.
La spéculation contre la France de nouveau autorisée
Un outil de spéculation sur les titres de dette française va être autorisé à nouveau, le 16 avril. Son nom : les « ventes à découvert ».
Un véritable coup d’Etat financier va se jouer en France à partir du 16 avril. En effet, le président Nicolas Sarkozy via l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) va permettre d’ouvrir sur l’Eurex, le marché des dérivés, un contrat à terme sur les emprunts d’Etat français, l’autorisation des ventes à découverts.
Ce mécanisme purement spéculatif appelé en anglais « short selling » ou « shorting » consiste à vendre un titre dont on anticipe la baisse. Le vendeur s’engage à fournir à un certain prix à une certaine date, en faisant le pari que le titre va baisser entre temps … Et oui mes amis, l’AMF a mis fin à l’interdiction des ventes à découvert sur les titres émis par 10 grandes banques et sociétés d’assurance côtés sur le marché parisien ( AXA, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole … ). Que cela veut-il bien dire ?
Cette pratique est parfaitement légale mais peu encadrée et risquée. En effet, les actions les plus fragiles deviennent particulièrement vulnérables ainsi que les places financières. En plus simple : les spéculateurs du monde entier pourront vendre simplement de la dette française et ce à coût bas avec un effet de levier de 20 pour les bons du trésor. Oui, avec 50 000 euros investi en cash, il sera possible de vendre à découvert 1 million d’euros d’emprunts d’Etat français en bons du trèsor … Depuis la disparition du MATIF (Marché à terme des Instruments Financiers), il y a 13 ans, il n’était plus aussi facile de spéculer contre la France.
Ce n’est pas tout mes amis … La vente à découvert peut être également un emprunt. En effet, l’acheteur emprunte un titre uniquement en échange de la promesse de le rendre un peu plus tard au moment de la liquidation. L’acheteur va pouvoir le vendre, avec pour objectif que le cours baisse et qu’il puisse alors le racheter moins cher avant de le rendreà son prêteur. Lorsque la vente à découvert est gagée sur un emprunt de titre, elle peut en outre être reportée.
La vente à découvert peut également s’effectuer "à nu". C’est-à-dire que l’acheteur n’emprunte rien et qu’il se contente de vendre à terme des titres qu’il ne possède pas. Il parie sur la baisse du cours de ce titre afin d’acheter à moins cher que ce qu’il a promis de vendre. Pratiquée massivement, cette technique provoque la baisse des cours que souhaitent les vendeurs.
Comble du cynisme calculateur, des ordinateurs peuvent en « trading automatique » jouer sur des écarts très courts dans le temps et ce à large échelle. Un programme informatique spécifique pour pratiquer la vente et le rachat très rapide de titres dès qu’il s’oriente à la baisse. A grande échelle, cela présente le risque d’amplifier les baisses en déformant les cours.
Ce mécanisme est très dangereux pour les Etats, les entreprises et les investisseurs. Le vendeur n’est pas obligé d’avoir l’argent pour ce qu’il compte vendre. Tout cela est rendu possible contre le paiement d’une CRD ( Commission de Règlement Différé). Cela permettra de ne payer que 5 à 20 jours plus tard à condition que les titres soient éligibles au SRD (Service du Règlement Différé) ce qui est le cas des grandes capitalisations boursières. Bien entendu, cela n’est pas réservé à M. et Mme Toulemonde qui n’ont pas un centime de côté. Ils ont déjà bien du mal à ce que leur banque leur accorde un découvert autorisé ou se font refuser des chèques pour 20 euros.
Les vendeurs à découverts sont accusés depuis de nombreuses années d’être à l’origine des crises financières majeures. L’Agence Reuters, Bear Sterns, Lehman Brothers ont accusé de nombreux entrepreneurs « manipulateurs » de répandre de fausses rumeurs après avoir vendu à découvert les actions de leurs entreprises avant que ces dernières ne fassent faillite ou ne soient reprise par un concurrent. Un tel parallèle peut également tout à fait se faire au niveau des Etats et plus particulièrement ici au niveau de la France avec tout ce qui va de son lot de rumeurs et de manipulations d’un niveau bien plus considérable que celui des entrepreneurs indélicats. Cela ne sera possible en fait qu’avec la complicité complémentaire de nombreux politiques, médias, analystes et grands comptes ...
(...)
...............................
Compléments d’info :
http://olivierdemeulenaere.wordpres...
http://www.lemonde.fr/economie/arti...
http://www.lemonde.fr/economie/arti...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vente_...
Le contraire de l’austérité n’est pas la croissance
« Nous sommes collectivement immensément riches sur le plan des quantités produites et consommées, mais bien pauvres en qualités de société, de démocratie, d’information, d’égalité, de fraternité, de libertés de choix de vie, de temps libre. »
Dans mon billet du 24 janvier dernier sur « le chiffrage des programmes », j’écrivais ceci : « les candidats des principales formations en présence vont tous nous dire : ’mon chiffrage, bien entendu, suppose un retour à une croissance suffisante’. Implicitement : à moins de 2 % par an, je ne m’engage à rien ! On parie ? »
J’admets que ce n’était pas un pari à hauts risques, vu que c’est ce qui s’est produit à chaque élection… depuis que la croissance se fait désirer, et surtout depuis une dizaine d’années. On peut juste se demander combien de temps il faudra encore, et quelles catastrophes devront se produire, pour que l’idée de progrès humain porte sur autre chose que le « toujours plus » qui nous mène au désastre « comme des somnambules » (Edgar Morin).
LA CROISSANCE PERPETUELLE, SEUL REMPART CONTRE L’AUSTERITE ?
Quel est l’argument de gauche qui domine dans la campagne présidentielle ? Il se fonde sur le refus, parfaitement justifié, des politiques d’austérité et de récession. Ces dernières sont en voie d’institutionnalisation en Europe, via le projet de nouveau traité ou pacte budgétaire signé le 1° mars par vingt-cinq chefs d’Etat ou de gouvernement. Une bonne analyse critique en a été fournie par le Corporate Europe Observatory sous le titre « Automatic Austerity ».
La seule solution consiste-t-elle à remplacer ce « pacte d’austérité généralisée » par un « pacte de croissance » en Europe, comme si le contraire de l’austérité c’était la croissance ?
Une telle proposition repose sur UNE VISION PUREMENT QUANTITATIVE de l’austérité : ce serait le « toujours moins », et comme la croissance c’est le « toujours plus », nous n’aurions que ce choix binaire. C’est une vision qui fait l’impasse sur les inégalités et la pauvreté (toujours plus globalement, mais pour qui ?) tout autant que sur l’écologie (toujours plus de quoi ? De dommages environnementaux ?).
On sait pourtant – c’est un thème cher à Joseph Stiglitz – que la belle décennie de croissance américaine entre 1998 et 2008 était un « mirage », en ce sens que 90 % des Américains ont alors connu une décennie de stagnation ou de déclin de leurs conditions de vie. Et que l’empreinte écologique et les émissions de gaz à effet de serre par habitant ont poursuivi leur folle progression alors que ce pays détient pourtant les records du monde « développé » pour ces indicateurs de destruction massive de la planète.
LE CONTRAIRE DE L’AUSTERITE, C’EST LA PROSPERITE. PRIVILEGIONS LA QUALITE ET LES BIENS COMMUNS.
Il est temps de laisser tomber les visions purement quantitatives du « progrès » et de considérer que, s’il est vrai que certaines quantités comptent, surtout pour ceux qui sont en manque (pouvoir d’achat, niveau de vie…), elles n’ont d’intérêt que si elles sont mises au service d’objectifs de qualité de vie individuelle et collective. Ces objectifs se nomment, selon vos préférences, développement humain soutenable, bien vivre, émancipation humaine, écosystèmes préservés, biens communs, convivialité. Ou encore : la « prospérité », au sens que lui donnent des auteurs divers, dont Tim Jackson, pour qui une « prospérité sans croissance » est à la fois possible et nécessaire. Prospérité vient du latin spero (s’attendre à) et pro (en avant) : en gros, faire en sorte que les choses aillent bien, ou mieux, au fil du temps, sans connotation d’abondance matérielle nécessaire.
L’austérité, ce sont des conditions de vie et de travail dégradées, des protections sociales affaiblies, des services publics en déshérence, l’écologie sacrifiée, etc. Il s’agit de qualités et de biens communs, pas de quantités consommées. Certaines productions utiles y contribuent, évidemment, certaines doivent même croître en quantités, mais, globalement, le « toujours plus de n’importe quoi » est une impasse qui nous mène à une autre austérité, « durable ».
On peut combattre l’austérité sans croissance quantitative perpétuelle, par une « croissance » de la qualité et de la soutenabilité de la production et de la consommation. On peut créer des emplois sans croissance globale, résorber l’excès de dette publique et financer des retraites convenables sans croissance. C’est en tout cas ce que j’ai essayé de montrer, scénarios à l’appui, dans mon livre Adieu à la croissance et dans plusieurs billets de ce blog.
Contre l’austérité, il y a d’abord le partage du travail et des revenus, une révolution fiscale, une forte réduction des inégalités, la reprise en mains de la finance (un des secteurs dont une forte décroissance serait très bénéfique), la réorientation écologique de la production dans tous les secteurs, la sobriété énergétique, etc.
Le PIB par habitant actuel de la France est, en euros constants, le double de celui de 1971. Il est 50 % plus élevé qu’en 1982. Notre bien-être individuel et collectif est-il le double de celui de 1971, 50 % plus élevé qu’en 1982 ? N’avions-nous pas plutôt, il y a trente ans, moins de graves problèmes sociaux et écologiques, de violence, de chômage et de précarité ? Et nettement moins d’inégalités et de revenus extravagants ? Et pratiquement pas d’électeurs du Front National (moins de 1 %) ?
Dire cela n’est pas souhaiter un retour en arrière, au demeurant impossible. C’est juste prendre conscience que nous sommes collectivement immensément riches sur le plan des quantités produites et consommées, mais bien pauvres en qualités de société, de démocratie, d’information, d’égalité, de fraternité, de libertés de choix de vie, de temps libre.
L’austérité, nous y sommes déjà, et, si on la juge autrement que par les quantités produites et consommées globalement, elle est plus prononcée aujourd’hui qu’il y a trente ans. C’est d’ailleurs ce qui explique que, dans les enquêtes d’opinion des années 2000, contrairement à celles des années 1980, les gens estiment majoritairement qu’ils vivent moins bien que leurs parents et mieux que leurs enfants ne vivront. Faisons en sorte qu’ils se trompent sur la deuxième partie de leur jugement. Une autre « relance » est possible (voir ci-dessous des extraits d’un billet de février 2009).
P.S. Je pense que vous apprécierez cet article de Christian Arnsperger sur « La crise comme diversion »
UNE AUTRE RELANCE EST POSSIBLE
Un débat essentiel existe à gauche entre ceux qui pensent qu’il faut très vite relancer la croissance et ceux qui estiment qu’il faut « profiter de la crise » pour en finir avec le culte de la croissance et proposer une autre vision du progrès.
Les premiers ont un argument : la croissance est favorable à l’emploi, et elle dégage des surplus économiques pour améliorer les conditions de vie et la protection sociale. Cette « loi » a été plus ou moins vérifiée dans le passé. On en déduit qu’elle doit s’appliquer à l’avenir. C’est faire preuve de peu d’imagination face à une crise systémique, et alors qu’on peut penser que, quoi qu’on fasse, la croissance va prendre fin.
CREER DES EMPLOIS SANS CROISSANCE, C’EST POSSIBLE…
On peut créer des emplois dans de nombreux secteurs sans croissance des quantités produites mais par la croissance de la qualité (de vie, des produits) et de la durabilité (des produits, processus, modes de vie).
Ce qui détermine l’emploi, c’est la valeur ajoutée et son contenu en travail. Or il existe deux grandes façons typiques de faire « progresser » la production. La première, fordiste, consiste à produire plus des mêmes choses avec la même quantité de travail. C’est la définition des gains de productivité du travail. Il y a alors de moins en moins de valeur ajoutée et de travail par unité produite (mais pas forcément moins de ressources naturelles et de pollutions, là est le problème).
La seconde, qui va être au cœur du « développement durable », consiste à produire et consommer autrement et plus sobrement d’autres choses (des kwh « propres », des aliments bio, des m2 à zéro émission, des produits à longue durée de vie et recyclables…), et cela exige en général plus de travail et plus de valeur ajoutée par unité produite que dans les solutions productivistes.
Par conséquent, une réorientation de la production et des modes de vie vers la durabilité, par substitution des productions et consommations « propres » aux solutions « sales », va se traduire par un enrichissement du contenu en emploi pour les mêmes quantités produites… mais d’une toute autre qualité.
Des scénarios existent pour une agriculture, une industrie, des bâtiments, des transports et des énergies durables (NégaWatt, WWF…). Ils combinent les apports des technologies et ceux d’une sobriété réfléchie et différenciée (personne ne demande aux plus démunis d’être sobres). Ils exigent tous plus d’emplois que dans les organisations actuelles, qui sont à la fois productivistes, gaspilleuses et polluantes.
Mais, comme les prix des produits et services durables sont et seront en moyenne plus élevés, l’accès universel à des modes de vie durables, condition clé de succès et d’acceptation, suppose de s’en prendre énergiquement aux inégalités.
… MAIS IL FAUT REDUIRE FORTEMENT LES INEGALITES
L’autre relance, celle qui pourrait nous éloigner de la zone des tempêtes sociales et écologiques, passe non pas par la croissance mais par la solidarité (du local au global) et le partage. Partage du pouvoir économique et politique, partage des ressources économiques et naturelles, partage du travail, y compris le travail domestique, solidarité avec les générations futures. Aucune de ces formes de partage ne progressera sans des mobilisations puissantes contre les privilèges des possédants et des actionnaires.
Pour améliorer les conditions de vie de la majorité des Français en réduisant fortement leur empreinte écologique, les ressources existent, sans exigence de croissance. Il faut juste les distribuer autrement.
En France, les réductions d’impôts directs décidées depuis 2000 en faveur des plus riches représentent un manque à gagner de 30 milliards d’euros par an pour les finances publiques. Si l’on y ajoute les réductions de cotisations sociales patronales décidées depuis 1992, dont au moins la moitié sont inefficaces en termes d’emploi, cela fait plus de 50 milliards par an. Il faudrait y ajouter les niches fiscales indécentes pour privilégiés, la fraude fiscale, l’évasion dans les « enfers fiscaux », les profits scandaleux de Total, etc. D’énormes ressources publiques sont ainsi disponibles, sans croissance autre que qualitative, pour la « relance » d’un progrès social respectant les équilibres écologiques : éducation, santé et autres services publics, gardes d’enfants, personnes âgées, logement, mais aussi minima sociaux, contrôle public des banques, emplois jeunes de qualité, emplois durables dans de nouvelles activités d’utilité écologique et sociale, accompagnement de la reconversion des activités insoutenables. Elles permettraient d’investir massivement dans la « grande bifurcation » d’un système en faillite sur tous les plans.
Deux paysans entament une grève de la faim contre l’aéroport de Notre Dame des Landes
Après la très forte mobilisation du 24 mars dernier à Nantes, nous retournons dans cette ville avec le même objectif de maintenir la pression sur nos politiques. Nous y sommes arrivés ce mercredi au petit matin avec moutons et tracteurs et nous allons y rester un bon moment ! A grande bêtise politique, action forte : 2 paysans s’engagent dans une grève de la faim. Avec leur comité de soutien, ils sont installés devant le Monument de la Résistance, au Pont Morand à Nantes.
Leur acte de résistance et de solidarité est aussi un cri de colère envers l’obstination du monde politique à vouloir détruire et bétonner. Il a pour objectif d’obtenir, de la part de tou-te-s les candidat-e-s à l’élection présidentielle, un engagement pour l’abrogation de la Déclaration d’Utilité Publique du projet d’aéroport.
Cette action sera dure et longue : la mobilisation devra être forte ! Lors de la manifestation du 24 mars, nous avons appelé à résister ; c’est le moment de vous engager personnellement.
Venez passer une demi-journée, une journée, une nuit ou plus dès que possible devant la préfecture de Nantes pour que ce mouvement ait une résonance nationale.
Les échéances électorales arrivent et les ordonnances d’expropriation sont déjà dans les boîtes à lettres ! C’est maintenant qu’il faut agir !
Quand les socialistes libéraient la finance
Les socialistes français ont joué un rôle pionnier et directeur dans la « libéralisation » de l’économie à l’échelle mondiale. C’est la thèse que défend Rawi Abdelal dans Capital Rules.
Le candidat est lyrique et la pique fait mouche. Son « adversaire », son « véritable adversaire […] n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ». En ce 22 janvier, au Bourget, François Hollande a prononcé le discours qui lui permettra peut-être d’emporter la bataille présidentielle. En s’attaquant à la finance, il se place aux côtés des nombreux Français qui espèrent que soit mis fin aux excès du capitalisme financier mondialisé.
Il n’est pourtant pas sûr que cet adversaire soit vraiment anonyme. Il n’est pas évident qu’aucun parti ne soit à ses côtés pour lui permettre de croître. L’étude de l’histoire récente de la mondialisation montre au contraire que la finance a bénéficié de soutiens de poids. Sans des gouvernements, sans des autorités publiques détentrices du droit de promulguer des lois, la finance n’aurait pas pu se libéraliser. Et, pourrait-on ajouter, sans le choix fait par les socialistes français d’embrasser le capital, la finance n’aurait pas pu, pour reprendre les mots de François Hollande, prendre « le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies ».
Politiques de la mondialisation financière
Ainsi, lorsque le candidat affirme dans son discours que « la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle », cela pose avant tout une interrogation d’ordre grammatical. La « finance » est ici le sujet, comme si elle avait pu faire exploser d’elle-même les chaînes qui entravaient son déploiement. D’après François Hollande, la finance s’est libérée toute seule, par la seule grâce de son dynamisme et de sa force dévastatrice, peut-on penser. Ce récit est faux. Il a fallu que des gouvernements élus, dans plusieurs pays mais principalement en France, décident de libéraliser les mouvements de capitaux pour que la finance puisse effectivement se déployer.
Comme en matière commerciale, où la libéralisation des échanges résulte de choix politiques traduits à l’échelle mondiale dans les accords de l’Organisation mondiale du commerce, ce sont, en matière financière, des décisions politiques qui ont permis de libérer les mouvements de capitaux. Ces événements majeurs de notre époque ne sont pas le fruit d’un mouvement naturel s’imposant avec la puissance de l’évidence. Ils résultent, nous n’y insisterons jamais assez, de choix politiques conscients.
Tout l’intérêt du livre important de Rawi Abdelal est de rappeler cette composante politique de la mondialisation financière. L’auteur, professeur à la Harvard Business School et spécialiste d’économie politique internationale, explique, dans sa préface à Capital Rules, avoir eu envie de comprendre pourquoi l’idée selon laquelle les capitaux doivent circuler librement au-delà des frontières constitue de nos jours « l’orthodoxie » de la pensée économique. C’est donc à une reconstruction historique de l’émergence de cette idée que se livre Rawi Abdelal, qui explique vouloir « écrire une histoire intellectuelle, juridique et politique de la mondialisation financière » (p. x). C’est lors de ses recherches qu’il a découvert le rôle de premier plan qu’a joué la France dans cette entreprise.
Persuadé à l’origine, comme tout le monde, que la libéralisation de la finance est le fruit de l’activisme de Wall Street, du Trésor américain et de politiciens de droite, il « a au contraire découvert le leadership de l’Europe dans la rédaction des règles libérales de la finance globale » (p. xi). C’est d’abord de cette découverte, dont l’auteur semble être le premier étonné, que le livre fait part. « L’émergence d’un régime libéral de la finance globale ne peut que difficilement se comprendre comme un complot, et encore moins comme un complot orchestré par des politiciens et des banquiers américains. Les conspirateurs les plus influents ont été des socialistes français, des banquiers centraux allemands et des bureaucrates européens. » (p. 21) – ces derniers pouvant également être membres du Parti socialiste français : c’est notamment le cas de Jacques Delors et Pascal Lamy.
L’auteur propose ainsi, de son propre aveu, « une histoire révisionniste de l’émergence de la finance globale » (p. 218) et montre au final que celle-ci n’était « ni inexorable, ni inévitable » (p. 223). S’appuyant sur l’étude des archives de plusieurs organisations internationales (UE, FMI, OCDE) et sur de nombreux entretiens conduits avec les « conspirateurs » de l’époque – hauts fonctionnaires français ou européens, ministres des deux côtés de l’Atlantique, analystes des agences de notation –, le livre offre une histoire vivante de la globalisation financière, racontée par ses acteurs de manière souvent assez libre.
Le lecteur écoutera ainsi avec amusement Pascal Lamy raconter à Rawi Abdelal que « lorsqu’il s’agit de libéraliser, il n’y a plus de droite en France. La gauche devait le faire, parce que ce n’est pas la droite qui l’aurait fait » (p. 62-631). L’actuel directeur général de l’OMC confiera encore à l’auteur que « des politiciens français ont joué un rôle majeur dans la promotion de la libéralisation du capital en Europe, à l’OCDE et au FMI » (p. 13).
Comment ne pas constater la contradiction qui existe entre ces déclarations, qui reconnaissent clairement que la mondialisation résulte de choix politiques, avec ce que ce même Pascal Lamy expliquait récemment au journal Le Monde ? « Les moteurs de la mondialisation sont technologiques : le porte-conteneurs et Internet. Gageons que la technologie ne reviendra pas en arrière (2) ! » Alors, la mondialisation, choix politique ou conséquence naturelle du progrès de l’histoire et de la technique ?
Rawi Abdelal, on l’aura compris, décortique les choix politiques, notamment étatiques, relatifs à la circulation des capitaux. Comme l’explique un professeur de droit, la « surveillance [de l’État] s’est principalement manifestée sous la forme d’un contrôle plus ou moins strict sur les mouvements de capitaux, allant de la simple observation à des fins statistiques jusqu’à une interdiction de principe tempérée par un système d’autorisations chichement accordées. L’objectif fondamental des États a longtemps été de veiller à la santé de leur monnaie, de lutter contre l’évasion de leurs réserves en devises et, plus généralement, de contrôler leur balance des paiements » (3).
Ce contrôle n’est plus très bien vu aujourd’hui car le « libéralisme ambiant rend suspectes, voire insupportables, les mesures restrictives auxquelles s’attachent encore plusieurs États » (4). Alors que le contrôle étatique des capitaux était la norme de la plupart des pays de la planète au début des années 1980, elle n’est plus aujourd’hui que celle de certains pays du Sud ; la liberté des capitaux concerne désormais l’ensemble du monde dit développé. Le livre de Rawi Abdelal raconte ce qui s’est passé entre ces deux époques et comment nous en sommes aujourd’hui arrivés à une situation dans laquelle, comme le dit encore François Hollande, « il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses » d’un pays à un autre et sans contrôle des autorités publiques.
Capital Rules – dont le titre peut signifier aussi bien « les règles du capital » que « le capital gouverne » – permet ainsi de comprendre comment s’est construite la finance globale en rappelant le caractère historique de telle ou telle orthodoxie économique, en opposant deux types de mondialisation (celle de style « européen » fondée sur des institutions et des règles et celle de style « américain » qui se veut plus spontanée ou ad hoc, pour reprendre les termes de l’auteur), et en insistant sur l’importance de certains hommes politiques, dont des socialistes français. On pourra regretter – même si là n’est pas le véritable objet du livre – que Rawi Abdelal ne prenne pas la mesure de l’ampleur de sa découverte sur l’avenir des gauches de gouvernement en général et du socialisme français en particulier.
Relativité de l’orthodoxie économique
Rawi Abdelal montre en revanche très bien comment chaque époque a tenté de justifier ses choix politiques concernant les mouvements de capitaux en les présentant comme naturels. « Les métaphores religieuses qui se répandent dans l’étude et les orientations pratiques du système monétaire international – le dogme, l’hérésie, l’orthodoxie – laissent penser, comme c’est souvent le cas avec un vocabulaire aussi radical, qu’elles ne sont pas fondées sur des bases solides » (p. 218).
Et en effet, la relativité de ce vocabulaire reli gieux se révèle sur le plan historique : « Le contenu de l’orthodoxie financière a été profondément transformé au cours du siècle précédent, et plus d’une fois. […] Pourquoi le contrôle des capitaux était-il hérétique au début du xxe siècle, orthodoxe au milieu, et de nouveau hérétique à la fin ? » (p. ix). En effet, de manière générale, avant la première guerre mondiale, les taux de change étaient fixes et les capitaux et le commerce libres, tout comme « les gens traversaient les frontières nationales avec peu de contraintes » (p. 4) ; Keynes, cité par l’auteur, se félicitait de pouvoir se déplacer librement et échanger or ou monnaie sans contrainte. La guerre a naturellement conduit les gouvernements à suspendre la convertibilité de leur monnaie avec l’or et d’autres monnaies, et la crise des années 1930 a poussé les États à accroître les contrôles sur les mouvements de capitaux.
La fin de la seconde guerre mondiale donne naissance au système de Bretton-Woods, période qualifiée par l’auteur de « libéralisme encastré » (« embedded liberalism ») pendant laquelle le capital était « gouverné » (« capital ruled »). Le consensus de l’époque était « extraordinaire » (p. 43) en ce que le monde estimait naturel de contrôler les mouvements de capitaux alors même que l’orthodoxie était inverse quelques décennies plus tôt. « Le capital devait être contrôlé et ce, pour une raison importante : les gouvernements étaient supposés être autonomes des forces du marché » (p. 44). Les règles de l’époque ont codifié le droit des États de contrôler les mouvements de capitaux, notamment à court terme, dans les textes fondateurs du FMI, de la Communauté européenne et de l’OCDE. Ce sont certains de ces textes qui seront transformés dans les années 1980, sous l’impulsion de socialistes français, pour obliger les États à ouvrir les vannes aux mouvements de capitaux.
La période suivante est celle d’une mondialisation « ad hoc » de la finance. Ainsi, « au cours des années 1960, les gestionnaires, investisseurs et spéculateurs se sont frayé un chemin de manière ingénieuse parmi la pléthore de règlements qui encadraient leurs pratiques » (p. 7). Cette période est celle d’une mondialisation spontanée où « cette créativité » (ibid.) des marchés eux-mêmes permet d’étendre le domaine de la finance, malgré les contraintes étatiques sur les mouvements de capitaux.
La place consacrée à cette période dans Capital Rules est minime. Cela peut étonner car il est souvent admis que les marchés se sont libéralisés d’eux-mêmes, et la logique de cette époque semble correspondre au récit dominant. Cette période de mondialisation « ad hoc » pourrait ainsi être une preuve du caractère spontané, voire naturel, de l’extension du domaine de la finance. On pourrait presque penser que, si Abdelal avait pleinement étudié cette période et en avait déroulé la logique, ses conclusions auraient été contraires à la découverte dont il nous fait part dès les premiers paragraphes de son livre. Autrement dit, François Hollande pourrait facilement s’appuyer sur l’histoire de cette période pour étayer sa thèse d’une finance sans visage.
C’est d’ailleurs là une des principales critiques qui a été adressée à Capital Rules par des commentateurs, notamment en France. Jérôme Sgard rappelle ainsi que « la globalisation financière est d’abord une affaire d’investisseurs privés et d’arbitrage de marchés » (5) et lui reproche de gonfler l’importance des règles, du politique et des organisations internationales dans la libéralisation financière. Son livre insisterait trop sur les décisions prises en conscience par des acteurs politiques réalisant un dessein, et pas assez sur leur caractère souvent court-termiste et contingent. Il en oublierait en outre jusqu’au rôle essentiel des marchés.
Peut-être peut-on reprocher à Abdelal d’avoir voulu, dès le départ, partir en quête de normes figées pour raconter la mondialisation financière. Tout comme il est vrai qu’on ne saurait écrire l’histoire d’un peuple en étudiant uniquement ses codes et ses lois, il paraît impossible d’expliquer la mondialisation en ne s’intéressant qu’au droit international. Son approche serait donc trop institutionnelle et juridique. La loupe utilisée, à force de grossir le trait, donnerait-elle une image faussée du phénomène étudié ?
Si, effectivement, Capital Rules passe peut être trop rapidement sur cette période où les forces du marché auraient elles-mêmes mondialisé la finance, il montre toutefois que, même ici, les marchés n’auraient rien pu faire sans les États. Plusieurs éléments avancés par Abdelal permettent ainsi de relativiser la thèse de la « créativité » spontanée des marchés. Ainsi, il rappelle que, dans les années 1960, les premiers signes de la mondialisation financière « ont émergé du fait des acteurs du marché, avec l’accord tacite des États-Unis et du Royaume-Uni » (p. 8). Ces deux pays ont encouragé ce mouvement en relâchant les contrôles sur les mouvements de capitaux.
Le second élément avancé par l’auteur a trait aux agences de notation. Elles ont joué un rôle essentiel dans cette mondialisation « spontanée ». Rawi Abdelal leur consacre un chapitre important et esquisse une fine analyse de leur rôle dans le système financier et dans la définition de l’orthodoxie économique. Si le contenu de l’orthodoxie défendue par les agences (Standard & Poor’s et Moody’s, deux agences qui forment, selon l’auteur, un « duopole » ou un « double monopole ») a pu évoluer avec le temps, le fameux « triple A » a toujours été accordé uniquement aux États ouverts au commerce et intégrés au système financier global (p. 178). Et si les critères de notation développés par les agences ont pu prendre autant d’importance, c’est parce que des règles nationales, américaines en premier lieu, y font référence. « La puissance de S&P et Moody’s provient en partie des informations exprimées par leurs notes, mais aussi de la très grande intégration des notations de crédit dans les réglementations financières nationales » (p. 8). « Ni publiques, ni privées » (p. 173), ou alors publiques et privées à la fois, les agences de notation exercent un pouvoir qui leur a été délégué par les gouvernements et les marchés. Leurs notations acquièrent ainsi « force de loi » par la grâce de cette délégation. Autrement dit, même là où la libéralisation financière paraît être spontanée ou « ad hoc », elle résulte d’une délégation d’autorité par des pouvoirs publics.
Ce bref tableau historique aura permis à Rawi Abdelal de déconstruire certaines évidences en rappelant le caractère contingent des idées qui peuvent apparaître successivement orthodoxes ou hétérodoxes en fonction des époques. Et, à cette mondialisation financière spontanée et approuvée par les États-Unis et le Royaume-Uni, il oppose le projet européen, français et socialiste de maîtriser la mondialisation en l’encadrant par des règles, fussent-elles libérales.
Où l’on apprend que les socialistes renoncèrent à discipliner le capital
L’Europe a joué un rôle essentiel dans la codification des règles de libéralisation financière, et son évolution au cours des années 1980 permet de le mesurer. Le traité de Rome de 1957 ne faisait de la liberté des mouvements de capitaux qu’une liberté secondaire par rapport aux autres libertés économiques fondamentales (6). « Le capital devait être, selon le langage de l’époque, « discipliné » – obligatoirement investi dans le pays pour créer des emplois et des revenus fiscaux, qui permettraient alors de financer l’État-providence » (p. 48).
Dans un arrêt de 1981, la Cour de justice des Communautés européennes pouvait ainsi affirmer que « les mouvements de capitaux présentent des liens étroits avec la politique économique et monétaire des États membres. Au stade actuel, on ne saurait exclure que la liberté complète de tout mouvement de capital puisse compromettre la politique économique de l’un ou de l’autre des États ou provoquer un déséquilibre de sa balance des paiements » (7).
Cette « situation a changé radicalement en juin 1988 » (p. 57), lorsqu’une directive essentielle est adoptée et libéralise les mouvements de capitaux entre États membres8. En 1992, le traité de Maastricht obligera les États membres à libéraliser ces mouvements également dans leurs relations avec les États tiers. Ainsi, en moins de dix ans, le capital a gagné le droit de circuler librement alors même que cela pouvait « compromettre la politique économique de l’un ou de l’autre des États ». Cette transformation radicale constitue le nœud de Capital Rules. L’auteur s’interroge : « Une question essentielle est alors de savoir ce qui a changé en Europe entre le début des années 1980 – lorsqu’une initiative pour réécrire les règles de la finance européenne a échoué alors même que le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas la soutenaient avec enthousiasme – et la fin des années 1980, lorsque les fondements institutionnels de la finance européenne ont été complètement restructurés. […] La réponse est presque trop simple : la France a changé. La simplicité de cette réponse symbolise l’un des virages les plus importants de l’histoire économique moderne » (p. 57).
C’est en recherchant ce qui s’est passé en France à cette période que Rawi Abdelal découvre le rôle essentiel de certains socialistes autoproclamés modernisateurs. « L’histoire de l’intégration financière européenne est aussi nécessairement l’histoire de la manière dont la gauche française s’est convertie au capital » (p. 58).
Capital Rules entreprend alors de raconter l’histoire – bien connue de ce côté-ci de l’Atlantique – des premières années Mitterrand et du tournant de la rigueur de mars 1983, que l’auteur décrit comme un « revirement » (« the Mitterrand U-turn »). Il rappelle ainsi les contraintes économiques extérieures et la fuite des capitaux à la suite de l’élection de François Mitterrand, ainsi que les mesures drastiques de contrôle des changes qui ont suivi, puis l’assouplissement général de ces mêmes contrôles à partir de la fin 1983 à la suite de ce fameux tournant. Ce moment essentiel a pu être décrit dans une note de la très officielle Fondation Jean-Jaurès comme « le moment du retournement, celui où se concrétise le basculement de l’idéologie à la réalité économique » (9). La référence à la « réalité » laisse songeur. Il pourrait s’agir ici de l’autre nom de la « pensée unique », expression utilisée avec bonheur, et en français dans le texte, par Rawi Abdelal pour décrire cette année 1983 où les règles de l’orthodoxie économique ont été adoptées par l’ensemble du spectre politique français.
La conversion des socialistes au capital peut être décrite comme un mouvement en trois temps. Le premier est celui où le gouvernement socialiste se retrouve confronté aux marchés internationaux. À l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, « un choix semblait toujours être possible » (p. 58), le politique paraissait avoir une marge de manœuvre sur l’économie de manière à favoriser la redistribution des richesses. Mais ce projet échoua rapidement, raconte Abdelal, « en partie parce que les marchés financiers ne faisaient pas confiance au nouveau gouvernement français » (p. 58). Le livre ne s’attarde pas ici sur l’importance du rapport entre marchés et gouvernement, même s’il développera dans un autre chapitre une analyse de ce rôle nouveau des marchés, qui accordent ou non leur confiance aux politiques publiques. Les premières années Mitterrand pourraient pourtant être considérées comme un exemple typique de ce poids nouveau des marchés dans les choix politiques.
À cette nouvelle contrainte, le gouvernement a répondu en renforçant les contrôles sur les mouvements de capitaux, lesquels sont apparus à certains ministres et hauts fonctionnaires comme des règles inefficaces et nuisibles, surtout aux classes moyennes. Le deuxième temps est donc celui du débat sur la nature de la politique à adopter dans ces circonstances. Ce débat s’est déroulé entre les membres du gouvernement et quelques experts, à l’exclusion du Parti socialiste, de ses militants, et bien évidemment du peuple. On rappellera rapidement que le ministre des Finances Jacques Delors et le Premier Ministre Pierre Mauroy défendaient la rigueur et le maintien de la France dans le système monétaire européen, tandis que d’autres préconisaient « l’autre politique » (p. 59, en français dans le texte) visant à défendre l’autonomie de la France par rapport aux marchés et à l’Europe. Le tournant interviendra lorsque le ministre du Budget Laurent Fabius et le secrétaire général de l’Élysée Pierre Bérégovoy accepteront la rigueur et convaincront le président.
Le troisième temps est donc celui de la rigueur et du relâchement des contrôles des mouvements de capitaux. Au-delà des débats de personnes au sein du gouvernement, les motivations des socialistes acteurs de ce tournant permettent de mettre en lumière une inflexion radicale du sens de la politique à gauche.
En effet, si l’on en croit l’auteur, l’une des raisons déterminantes ayant poussé le gouvernement à prendre ce tournant est le constat selon lequel les contrôles des capitaux nuisaient surtout aux classes moyennes, tandis que les riches arrivaient sans difficulté à les contourner. Le « carnet de change » était alors impopulaire et limitait les devises auxquelles avaient droit les Français lors de leurs déplacements à l’étranger. Il serait intéressant de savoir quelle proportion des « classes moyennes » pouvait, en 1983, prendre ses vacances à l’étranger et était réellement sous la contrainte du carnet de change. Quoi qu’il en soit, en se basant sur des entretiens avec des acteurs de cette période, Abdelal considère qu’il y a là un fondement du tournant pris par les socialistes. En outre, une autre motivation du tournant est l’objectif d’utiliser des « politiques libérales ostensibles comme des outils à objectif social » (p. 29).
L’auteur y insiste à de nombreuses reprises : l’idée, avec la libéralisation du secteur bancaire français était, comme pour l’assouplissement du contrôle des changes, « d’apporter les bénéfices du capital aux classes moyennes » (p. 62). Enfin, la volonté de « moderniser » la France est apparue à certains responsables socialistes comme un moyen de gagner une crédibilité politique personnelle en mettant en avant leur compétence et leur réalisme. Que le terme de modernisation soit associé à la libéralisation financière signe un changement d’époque, une transformation du vocabulaire, un tournant.
Le récit officiel de l’abdication de la gauche devant les forces du marché doit donc être réécrit. « L’année 1983 n’a pas été l’année de la capitulation de la gauche française devant la finance, mais celle de son ralliement à celle-ci », écrit Aquilino Morelle dans une tribune de presse (10). Bien plus, les idées et pratiques nées en France à cette période – à savoir que la mondialisation peut et doit être maîtrisée par des règles, fussent-elles libérales – constituent un véritable schème explicatif cohérent. « La seule convergence décisive des visions libérales était à Paris. C’est le ’ consensus de Paris’, et non celui de Washington, qui est avant tout responsable de l’organisation financière mondiale telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire centrée sur les économies développées de l’UE et de l’OCDE, et dont les codes libéraux constituent le socle institutionnel de la mobilité des capitaux » (11).
À partir de ce tournant et de la cristallisation de ce qu’on n’appelait pas encore le « consensus de Paris », les architectes français de la rigueur s’emploieront à écrire des règles libérales dans les textes fondateurs de certaines organisations internationales, Europe en tête. C’est Jacques Delors, devenu président de la Commission européenne en 1985, et son directeur de cabinet Pascal Lamy, qui prépareront la directive de 1988 sur la libéralisation des mouvements de capitaux. Le traité de Maastricht permettra, trois ans plus tard, d’inscrire ces règles dans les textes fondamentaux de l’Union européenne. À partir de ce moment, il n’est plus possible aux États membres de limiter les mouvements de capitaux entre eux ou avec des États tiers.
Rapidement, le « consensus de Paris » s’étend au-delà des frontières de l’Europe. De hauts fonctionnaires français du Trésor, artisans de la rigueur lorsque la gauche était au pouvoir, se retrouvent à des postes clés au sein de l’OCDE (Henri Chavranski) ou au FMI (Michel Camdessus) et tentent de faire interdire par leurs organisations respectives les contrôles sur les mouvements de capitaux de leurs membres. La tentative réussit à l’OCDE, qui réunit des pays dits développés, mais pas au FMI, où elle ne résiste pas aux crises financières de la fin du xxe siècle dans plusieurs pays émergents. Dans les années 1990, en effet, sous la direction de Michel Camdessus, le FMI avait tenté d’étendre son mandat à la sphère du contrôle des mouvements de capitaux. Mais le Fonds ne réussira pas à codifier une telle règle. Entre-temps, en septembre 1998, la Malaisie, par exemple, est parvenue à surmonter la crise en réinstaurant un contrôle des capitaux. Il devenait dès lors impossible de cristalliser une telle règle au niveau du FMI. Il n’en reste pas moins que la liberté de la finance est aujourd’hui la règle dans l’Union européenne et dans l’OCDE.
De quoi le « consensus de Paris » est-il le nom ?
Des socialistes français, c’est entendu, ont formulé le consensus de Paris sur la mondialisation financière. Mais même si Rawi Abdelal qualifie ce fait de « paradoxe français », il paraît ne pas en prendre toute la mesure politique. Il semble au contraire s’amuser de sa découverte, comme si elle n’avait d’autre intérêt que cosmétique, et la prend parfois à la légère – elle ne serait qu’un moyen de pimenter son récit. Des Français, des socialistes, à l’origine du capitalisme financier contemporain, dites-vous ? Voilà qui a de quoi faire sourire les rédactions outre-Atlantique. Et le Wall Street Journal ne s’y est pas trompé qui salue ce livre tout en s’amusant du rôle de cette « bande de socialistes français » dans l’histoire (12).
En France, on l’a vu, Capital Rules n’a fait naître aucun débat politique, bien qu’il ait fait l’objet de quelques recensions assez techniques (13). Les critiques se sont focalisées sur le rôle minime accordé aux marchés par l’auteur, et son insistance sur des hommes et des institutions. Pour Jérôme Sgard, « Abdelal en fait un peu trop avec nos Quatre Socialistes » (Delors, Lamy, Camdessus, Chavranski), qui ont propagé la bonne parole libérale dans les institutions internationales. Il est vrai qu’il insiste beaucoup sur le poids des hommes, lesquels ne sont pourtant que de hauts fonctionnaires au milieu d’organisations aux intérêts multiples. Néanmoins, au-delà de ces quatre personnes, le tournant de 1983 a été décidé, on l’a vu, par un gouvernement socialiste ; et ce tournant a permis à l’Europe de prendre elle aussi le virage de la libéralisation financière. La question n’est donc pas de savoir quel est le rôle individuel de tel ou tel, mais plutôt de voir une gauche de gouvernement prendre dans son ensemble une direction tout autre que celle pour laquelle elle a été élue.
C’est en cela, sur le plan politique, que ce livre pose, en France, des questions difficiles. Car il ne s’agit pas de faire une critique interne de Capital Rules, du point de vue de l’expert en économie ou du spécialiste des institutions internationales. Il faut au contraire voir ce qu’il peut nous dire et nous apprendre de politique. Que penser de ce ralliement des socialistes ? Signe-t-il la fin de la possibilité même de construire un projet émancipateur à gauche ?
Dans son remarquable ouvrage sur la décennie 1980, François Cusset a souligné cette grande victoire paradoxale de la gauche. « Les milieux économiques eux-mêmes se félicitent d’une crise qui pousse le nouveau pouvoir à des réformes allant dans le sens de leurs intérêts : rigueur salariale, allégement de la fiscalité, modernisation des marchés financiers, flexibilité accrue de l’emploi. La gauche est plus libérale, plus efficacement libérale que la droite, se réjouissent-ils, et elle seule pouvait venir à bout en trois petites années d’un anticapitalisme français qu’on croyait indéracinable. » Que faire, désormais, de cette gauche de gouvernement ? Peut-on croire que la rigueur n’était qu’une « parenthèse » (14), comme l’a expliqué à l’époque, en 1983, le premier secrétaire du PS (15) ?
Lionel Jospin dirigeait alors un parti « pensé avant tout comme une organisation de mobilisation de l’électorat, au détriment des autres fonctions dévolues à un parti politique, comme notamment la fonction doctrinale » (16). Il a en effet été démontré que le parti avait été marginalisé dans les choix faits par le gouvernement de François Mitterrand (17). L’appareil militant n’avait pas son mot à dire, pas plus que le peuple, à qui était imposé le virage.
C’est ici que le livre de Rawi Abdelal soulève une autre interrogation. Si ce sont bien des « choix politiques » qui ont permis l’expansion de la finance, la nature de cette « politique » est pour le moins réductrice. Le terme ne vise ici que des choix faits au niveau d’experts gouvernementaux, hauts fonctionnaires ou ministres, qui ont débattu entre eux des options à prendre. Le peuple est réduit aux seules « classe moyennes » au profit desquelles auraient été opérés le tournant de la rigueur et la libéralisation financière et bancaire. Ainsi, au-delà du seul ralliement au capital, l’année 1983 signerait-elle aussi l’abandon par la gauche des classes populaires ?
Comment lire, également, la fine analyse par l’auteur de la notion de crédibilité ? Nous vivons, explique-t-il, à « l’ère de la crédibilité ». C’est-à-dire que « le succès d’une politique dépend fondamentalement et nécessairement de la manière dont les marchés financiers réagissent. […] Lorsque les marchés ne croient pas qu’une politique va améliorer les performances économiques d’un pays, alors cette politique ne peut pas réussir » (p. 163). Doit-on en déduire que les jeux sont faits, que la politique n’existe plus ? « En France, écrit encore François Cusset, comme dans le reste du monde occidental, les années 1980 sont l’aboutissement d’un processus biséculaire d’autolimitation économique de la politique, sinon même le résultat d’une très vieille tentative, bien sûr impossible, pour abolir la politique » (18). Il est vrai qu’une fois que les règles du capitalisme mondialisé sont inscrites dans des traités internationaux, lesquels nécessitent l’accord de plusieurs dizaines de pays pour être modifiés, il paraît impossible de revenir dessus et de choisir une autre politique. En codifiant ces règles au cours des années 1980, le politique s’est lui-même interdit, pour l’avenir, de faire d’autres choix.
Le livre de Rawi Abdelal, s’il ne se prononce pas sur l’avenir du politique, a le mérite de mettre au jour cette histoire. Et il paraît étonnant qu’il ait été ignoré en France, alors même que ce pays est le premier concerné. Pourrait-on en conseiller la lecture au candidat socialiste ? Cela lui permettrait peut-être de formuler avec plus de mesure et, serait-on tenté de dire, avec plus de réalisme, ses diatribes contre la finance. Connaître et assumer le passé de son propre parti lui permettrait peut-être de le dépasser, et de ne pas tromper l’attente de ces électeurs éblouis par les charmes d’un candidat normal, proche des gens, et dont les attaques contre la finance paraissent si convaincantes.
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Post-scriptum : Alors que je m’apprêtais à envoyer l’ultime version de cet article à la rédaction de la RdL, François Hollande accordait un entretien à la presse britannique. Devant les journalistes, loin de passer sous silence le rôle de la gauche de gouvernement dans l’expansion du capitalisme financier, il l’assume et le revendique... à Londres, mais pas devant les électeurs français ! Voici comment, quelques semaines après le discours du Bourget, il cherche ouvertement à rassurer les marchés : « la gauche a été au gouvernement pendant quinze années, au cours desquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations ». La conclusion du candidat socialiste est sans appel : « Il n’y a pas à avoir peur. » Et le peuple de gauche, en France, de quoi doit-il avoir peur ? (« François Hollande seeks to reassure UK and City of London », The Guardian, 14 février 2012)
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Notes :
■ 1. Rawi Abdelal, « Le consensus de Paris : la France et les règles de la finance mondiale », trad. R. Bouyssou, Critique internationale, 2005/3, n° 28, p. 96. (Cet article recoupe en partie certains chapitres de l’ouvrage commenté. Nous avons choisi d’utiliser la traduction de Rachel Bouyssou lorsque cela était possible.) ■ 2. Pascal Lamy, « La démondialisation est un concept réactionnaire », entretien paru dans Le Monde, 1er juillet 2011. ■ 3. Claude J. Berr, « Circulation des capitaux – Paiements internationaux et investissements », Répertoire commercial Dalloz, octobre 2009, p. 2. ■ 4. Ibid. ■ 5. Jérôme Sgard, « Lectures », Critique internationale, n° 42, janvier-mars 2009, p. 171-172. ■ 6. Les textes fondateurs du droit de l’Union européenne (souvent dénommé « droit communautaire »), et en premier lieu le traité de Rome, établissent quatre libertés économiques fondamentales pour permettre la réalisation du marché intérieur : la libre circulation des produits, des personnes et des capitaux, ainsi que la libre prestation de services. Elles ne doivent évidemment pas être confondues avec les « libertés fondamentales » du sens commun et des juristes de droit public (libertés d’expression, de manifestation, etc.). ■ 7. CJCE, Casati, 11 novembre 1981, C-203/80, §9, p. 2614, cité par Rawi Abdelal p. 55. ■ 8. Directive 88/361/CEE du Conseil du 24 juin 1988 pour la mise en œuvre de l’article 67 du traité. ■ 9. Floriane Galeazzi et Vincent Duchaussoy, « 1983 : le “tournant” en question », Note n° 90, Fondation Jean-Jaurès, 2 mai 2011, p. 10. ■ 10. Aquilino Morelle, « La démondialisation inquiète les partisans d’un libéralisme aux abois », Le Monde, 8 septembre 2011. ■ 11. Rawi Abdelal, « Le consensus de… », art. cit, p. 90. ■ 12. Matthew Rees, « Why Money Can Now Make Its Way Around the World », The Wall Street Journal, 14 février 2007. ■ 13. Jérôme Sgard, art. cit. Voir aussi Nicolas Véron, « Le “French paradox” de la libéralisation financière », La Vie des Idées, septembre 2007. ■ 14. Cité par Thierry Barboni, « Ressorts du discours socialiste lors du « virage de la rigueur » », Nouvelles Fondations, 2006, n° 2. ■ 15. François Cusset, La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte, 2006, p. 93. ■ 16. Ibid., p. 62. ■ 17. Ibid. ■ 18. Ibid, p. 214.
FUITE DE GAZ : Total prévoit de stopper la fuite fin avril
200 000 m3 de gaz fuient chaque jour de la plate-forme accidentée de Total en mer du Nord.
Mercredi 11 avril, 14h29, Reuters
La fuite de gaz sur la plateforme d’Elgin exploitée par Total en mer du Nord pourrait être arrêtée d’ici à la fin du mois, si tout se déroule comme prévu, a déclaré Philippe Guys, directeur général des activités exploration-production du groupe au Royaume-Uni, au quotidien écossais Press and Journal.
Total a pour principal objectif de mener à bien l’opération qui consiste à injecter de la boue dans le puits d’où provient la fuite, a-t-il précisé. "Nous travaillons dur et, si tout se passe comme prévu, nous prévoyons que, d’ici à la fin de ce mois, nous devrions avoir le contrôle du puits", a déclaré Philippe Guys. Total avait annoncé que ses plans d’intervention destinés à boucher le puits à l’origine de la fuite de gaz émanant de sa plateforme d’Elgin pouvaient progresser, au lendemain du succès de la mission de reconnaissance menée par une équipe de spécialistes.
Une deuxième équipe a été envoyée mardi 10 avril sur la plateforme pour inspecter les installations et mesurer la fuite, a indiqué le Press and Journal. Total évalue à 2,5 millions de dollars (2 millions d’euros environ) le coût quotidien de la fuite. En parallèle à l’injection de boue, avant un rebouchage définitif, le groupe pétrolier a préparé le forage de deux puits de secours, une option qui consisterait à creuser deux puits de dérivation jusqu’à la poche de gaz à l’origine de la fuite, à 4 000 mètres sous les fonds marins. Cette opération pourrait cependant prendre six mois et porter la facture quotidienne globale à 3 millions de dollars, selon le groupe.
La fuite, qui a démarré le 25 mars, envoie chaque jour dans l’atmosphère quelque 200 000 mètres cubes de gaz naturel. Elle est apparue à la suite d’une augmentation de la pression dans un puits dont la production avait été arrêtée en 2011 et qui avait été partiellement bouché.
Lundi 2 avril, 16H40 AFP
Un des scientifiques envoyés par Greenpeace à bord d’un de ses bateaux à proximité de la plateforme d’Elgin, théâtre d’une importante fuite de gaz, a assuré lundi 2 avril qu’il y avait « beaucoup de pétrole » sur la mer dans la zone et qu’il s’agissait « vraiment d’un grave accident ».
« Nous sommes au milieu d’une nappe irisée huileuse. Il y a une grande quantité de pétrole sur l’eau. Il y en a partout. Cela fait plusieurs kilomètres de long et je dirais, plusieurs centaines de large », a assuré Christian Bussau par téléphone.
« C’est vraiment un grave accident. Total doit immédiatement commencer à boucher la fuite ou la pollution ne s’arrêtera pas », a-t-il ajouté.
Greenpeace a mis un canot pneumatique à l’eau pour effectuer des prélèvements d’eau et d’air, afin de les transmettre à un laboratoire pour déterminer exactement « ce qu’était cette irisation », a-t-il encore rapporté.
Total dément qu’il s’agisse de pétrole
Total a pour sa part démenti la présence de pétrole : « Il s’agit de condensat de gaz, un condensat léger qui ne pose pas de risque significatif pour les oiseaux marins ou le reste de la vie sauvage », a déclaré une porte-parole.
Juste après la découverte de la fuite il y a huit jours, Total avait indiqué que lorsque celle-ci s’était produite, du liquide s’était échappé d’abord, entraînant la formation d’une nappe fine d’hydrocarbures d’environ 12 km2. Mais ce condensat est censé, selon lui, s’évaporer.
Les mesures prises par Total pour endiguer la fuite de gaz sur sa plateforme d’Elgin, en mer du Nord, lui coûtent « environ un million de dollars par jour », a indiqué le directeur financier du groupe pétrolier, lundi, lors d’une conférence avec des analystes.
« Le coût d’intervention et d’assainissement » sur la plateforme est d’« environ 1 million de dollars par jour, y compris les deux plateformes de forage mobilisées » en renfort, a précisé Patrick de la Chevardière.
La production de Total sur les champs d’Elgin et de Franklin devait représenter en 2012 environ 2% de la production totale du groupe, soit 53 000 barils par jour, a-t-il rappelé.
Le bateau de Greenpeace, un navire de 50 m qui transporte une trentaine de personnes et une douzaine de journalistes, dont un photographe de l’AFP, est arrivé lundi matin sur le site. Il se trouve à la limite de la zone d’exclusion de 3,7 km instaurée en raison des risques d’explosion autour de la plateforme. Celle-ci est située à 240 km des côtes écossaises.
Vendredi 30 mars, 14h04 - AFP
LONDRES - Total met en oeuvre deux actions en parallèle pour stopper la fuite de gaz sur sa plate-forme du champ d’Elgin en mer du Nord, a indiqué vendredi un responsable du groupe français lors de sa première conférence de presse 5 jours après l’incident, à Aberdeen (Ecosse).
Nous avons lancé deux actions principales qui progressent en parallèle, la première vise à étouffer le puits à partir d’une base flottante, la seconde consiste à forer deux puits de dérivation a indiqué Philippe Guys, directeur de la branche exploration au Royaume-Uni.
Dans les deux cas, il s’agit d’arrêter la fuite, la première directement, en injectant des boues à haute densité, si les conditions de sécurité permettent d’approcher la plateforme. A défaut, deux puits de dérivation seront forés pour soulager la pression du gaz et permettre l’injection des boues pour sceller le puits.
Pour cela, nous avons suspendu les opérations de deux de nos appareils de forage pour les rendre disponibles, pour travailler sur les puits de dérivation, a-t-il précisé.
La fuite prend son origine environ 1.500 mètres au-dessus du réservoir principal en activité à 5.500 m au dessous du niveau de la mer, soit à 4.000 m de profondeur, a-t-il précisé. Le gaz à haute pression s’échappe au niveau de la plateforme.
Le danger serait que ce gaz, qui se répand en mer sous forme de condensat ou de nuage volatile, entre au contact de la torchère qui brûle le gaz résiduel resté dans la plateforme après son arrêt et son évacuation totale par Total dimanche.
Total espère que la torchère s’éteindra spontanément. Les vols de surveillance effectués jeudi ont montré un affaiblissement de la flamme, selon la compagnie.
Philippe Guys a révélé que les premiers problèmes sur le puits G4 de la plateforme avaient été décelés le 25 février. Le groupe a alors injecté des boues pour étouffer le gaz. Pendant ce processus, le 25 mars nous avons observé une forte augmentation de la pression suivie d’expulsion de boues et de gaz.
A la suite de l’incident en février, le groupe a vérifié tous ses autres puits sur le champ d’Elgin, et aucun n’a montré d’anomalie, a-t-il précisé. Nous ne nous attendons pas à des problème sur d’autres puits.
Le groupe a conservé quelques effectifs sur une plateforme voisine à des fins de surveillance, selon lui, la situation ne présentant pas de danger pour eux à cette distance.
Jeudi 29 mars, 10h09 - leparisien.fr
« La torchère est toujours en train de brûler, mais il n’y a pas de risque pour le moment en raison des conditions météorologiques », a indiqué un porte-parole du groupe pétrolier français en début de soirée. Il a toutefois précisé que « par mesure de sécurité », quatre navires se trouvaient près des lieux, « prêts à intervenir » en cas de besoin.
Deux d’entre eux transportent des équipements anti-incendie, un troisième est un bateau d’assistance habituellement « en stand-by » près de la plate-forme. Un quatrième navire dispose à son bord d’un robot sous-marin équipé d’une caméra, destiné à « inspecter l’état de la plate-forme », a précisé le porte-parole, ajoutant qu’aucune décision n’avait été prise sur le moment de son déploiement.
« Il est évident qu’il y a un risque » d’explosion, selon un porte-parole
Tous se trouvent à l’extérieur d’une zone d’exlusion maritime de 2 milles (3,7 km) mise en place autour de la plate-forme, évacuée à la suite d’une fuite de gaz qui perdure depuis dimanche. Un avion de surveillance a survolé les environs mercredi matin.
Le directeur de la santé, la sécurité et l’environnement de Total, David Hainsworth, avait reconnu mardi qu’un risque d’explosion existait sur la plate-forme Elgin, située à 240 km au large de la ville écossaise d’Aberdeen. « Le gaz est inflammable, mais l’alimentation électrique a été coupée sur la plate-forme pour minimiser le risque d’étincelle. Toutefois il est évident qu’il y a un risque », avait-il admis sur la BBC, tout en ajoutant que le vent poussait « le panache de gaz dans une direction opposée à celle de la torchère ».
Les experts estiment aussi que le risque d’explosion existe si un changement des vents fait remonter le gaz vers la flamme. « La torchère est située dans la plus haute partie de la plate-forme, et le gaz, qui est avant tout du méthane, est relativement lourd, donc il reste en bas », a expliqué mercredi Simon Boxall, océanographe à l’université de Southampton (sud de l’Angleterre).
A la Bourse de Paris, l’action du groupe pétrolier en baisse
Total, qui a évacué plus de 200 personnes travaillant à bord de sa plate-forme dans la nuit de dimanche à lundi, examine plusieurs options pour tenter de colmater la fuite qui représente, selon la compagnie, son « plus gros incident en mer du Nord depuis au moins dix ans ». L’un des scénarios envisagés consiste à forer un second puits, une option qui « peut prendre jusqu’à six mois », a reconnu un porte-parole de Total.
Lors de la fuite dimanche, du liquide s’était d’abord échappé avant le gaz, selon le groupe, entraînant la formation d’une nappe d’hydrocrabures d’environ 12 km2. Ce condensat léger devrait cependant spontanément s’évaporer de la surface de l’eau, a estimé Total.
L’océanographe Simon Boxall a estimé que le risque pour l’environnement était « faible ». Pour l’agence d’évaluation financière Fitch, la fuite de gaz n’est pas comparable à la marée noire du golfe du Mexique en 2010 provoquée par l’explosion d’une plate-forme BP et Total est en mesure de couvrir tous les coûts qu’elle pourrait entraîner.
A la Bourse de Paris, le groupe pétrolier a clôturé sur un recul de 1,40% à 38,02 euros, après avoir chuté de près de 6% la veille.]
Deux navires transportant des équipements anti-incendie ont pris position près de la plate-forme de Total en mer du Nord évacuée à cause d’une fuite de gaz et où une torchère continuait de brûler mercredi soir, faisant craindre une explosion de la poche de gaz.
« La torchère est toujours en train de brûler, mais il n’y a pas de risque pour le moment en raison des conditions météorologiques », a indiqué un porte-parole du groupe pétrolier français en début de soirée. Il a toutefois précisé que « par mesure de sécurité », quatre navires se trouvaient près des lieux, « prêts à intervenir » en cas de besoin.
Deux d’entre eux transportent des équipements anti-incendie, un troisième est un bateau d’assistance habituellement « en stand-by » près de la plate-forme. Un quatrième navire dispose à son bord d’un robot sous-marin équipé d’une caméra, destiné à « inspecter l’état de la plate-forme », a précisé le porte-parole, ajoutant qu’aucune décision n’avait été prise sur le moment de son déploiement.
Tous se trouvent à l’extérieur d’une zone d’exlusion maritime de 2 milles (3,7 km) mise en place autour de la plate-forme, évacuée à la suite d’une fuite de gaz qui perdure depuis dimanche 25 mars. Un avion de surveillance a survolé les environs mercredi matin 28 mars.
Le directeur de la santé, la sécurité et l’environnement de Total, David Hainsworth, avait reconnu mardi qu’un risque d’explosion existait sur la plate-forme Elgin, située à 240 km au large de la ville écossaise d’Aberdeen. « Le gaz est inflammable, mais l’alimentation électrique a été coupée sur la plate-forme pour minimiser le risque d’étincelle. Toutefois il est évident qu’il y a un risque », avait-il admis sur la BBC, tout en ajoutant que le vent poussait « le panache de gaz dans une direction opposée à celle de la torchère ».
Les experts estiment aussi que le risque d’explosion existe si un changement des vents fait remonter le gaz vers la flamme. « La torchère est située dans la plus haute partie de la plate-forme, et le gaz, qui est avant tout du méthane, est relativement lourd, donc il reste en bas », a expliqué mercredi Simon Boxall, océanographe à l’université de Southampton (sud de l’Angleterre).
Total, qui a évacué plus de 200 personnes travaillant à bord de sa plate-forme dans la nuit de dimanche à lundi, examine plusieurs options pour tenter de colmater la fuite qui représente, selon la compagnie, son « plus gros incident en mer du Nord depuis au moins dix ans ». L’un des scénarios envisagés consiste à forer un second puits, une option qui « peut prendre jusqu’à six mois », a reconnu un porte-parole de Total.
Lors de la fuite dimanche, du liquide s’était d’abord échappé avant le gaz, selon le groupe, entraînant la formation d’une nappe d’hydrocrabures d’environ 12 km2. Ce condensat léger devrait cependant spontanément s’évaporer de la surface de l’eau, a estimé Total.
L’océanographe Simon Boxall a estimé que le risque pour l’environnement était « faible ». Pour l’agence d’évaluation financière Fitch, la fuite de gaz n’est pas comparable à la marée noire du golfe du Mexique en 2010 provoquée par l’explosion d’une plate-forme BP et Total est en mesure de couvrir tous les coûts qu’elle pourrait entraîner.
A la Bourse de Paris, le groupe pétrolier a clôturé sur un recul de 1,40% à 38,02 euros, après avoir chuté de près de 6% la veille.
Mercredi 28 mars, 11 h02 - liberation.fr
Une torchère brûlait toujours sur une plateforme de Total en mer du Nord évacuée en raison d’une fuite de gaz qui perdure depuis dimanche, a reconnu ce mercredi le groupe pétrolier français, tandis que des experts s’interrogeaient sur d’éventuels risques d’explosion.
« La torchère brûle, comme c’est normalement le cas sur une plateforme », a déclaré un porte-parole de la compagnie, Brian O’Neill, sans donner plus de détails.
Cependant, le directeur de la santé, la sécurité et l’environnement chez Total, David Hainsworth, a reconnu mardi qu’un risque d’explosion existait.
« Le gaz est inflammable, mais l’alimentation électrique a été coupée sur la plateforme pour minimiser le risque d’étincelle. Mais il est évident qu’il y a un risque. Nous avons exclu une série de risques mais il y a toujours une possibilité. Elle est faible, mais on ne dit pas "jamais" », a-t-il ajouté sur la BBC.
Cependant, « le vent pousse le panache de gaz dans une direction opposée à celle de la torchère », a-t-il poursuivi. « Selon les prévisions météorologiques, le vent va souffler dans la même direction pendant cinq à six jours et nous étudions les différentes options pour éteindre la torche », a-t-il dit.
« Personne ne peut s’approcher »
Martin Preston, spécialiste des pollutions marines à l’université de Liverpool (ouest de l’Angleterre), s’est dit mercredi « surpris » par le fait que la torchère brûle toujours.
« Avec une bouteille de gaz de camping, quand vous la fermez, la flamme continue à brûler pendant un petit moment puis s’éteint, et on s’attendait à la même chose ici », a-t-il ajouté sur la radio BBC.
Interrogé sur d’éventuels risques d’explosion, il a estimé que cela était « très difficile à prédire ». « La torchère est évidemment au-dessus de la plateforme et le gaz s’échappe au niveau des piliers (de la plateforme), donc il y a une séparation physique (entre la flamme et le gaz). La concentration de gaz doit être assez basse pour qu’il n’explose pas », a-t-il précisé, ajoutant qu’un changement des vents pourrait faire remonter le gaz et l’enflammer.
« Cela signifie évidemment que personne ne peut s’approcher de la plateforme pour y travailler jusqu’à ce que la torchère soit éteinte », a-t-il encore dit.
« Nous avons affaire à une substance très toxique et inflammable. [...] La question doit être abordée avec énormément de prudence », a estimé de son côté Simon Boxall, océanographe à l’université de Southampton (sud), en soulignant le risque d’explosion sur la BBC.
Total a reconnu qu’il s’agissait du « plus gros incident » pour le groupe « en mer du Nord depuis au moins dix ans ».
Zone d’exclusion maritime et aérienne
Cette fuite sur la plateforme Elgin, à environ 240 kilomètres au large de la ville écossaise d’Aberdeen, a entraîné la mise en place d’une zone d’exclusion maritime et aérienne et l’évacuation par précaution de plus de 300 personnes. L’alimentation a été coupée sur la plateforme, l’un des deux principaux gisements gaziers exploités par le groupe français Total en mer du Nord britannique.
Dans son dernier communiqué, mardi soir, Total précisait que « la fuite se poursuivait ».
Deux vols de reconnaissance ont eu lieu mardi, et deux autres doivent être conduits ce mercredi. « Tous nos efforts sont concentrés pour stopper la fuite de gaz », a assuré Total.
Mercredi 28 mars, 07h43. LCI
Après la fuite d’un puits, un nuage de gaz naturel explosif gravite autour d’une plate-forme de Total au large de l’Ecosse. Ce nuage a forcé Shell à évacuer à son tour mardi son personnel de deux istallations voisines. Pourtant, le groupe pétrolier français assure que la fuite n’a pas eu pour l’instant un impact important sur l’environnement. Mais ce n’est pas l’avis de Frederic Hauge, qui dirige Bellona, un important groupe de défense de l’environnement norvégien suivant de près l’exploitation pétrolière en Mer du Nord. Estimant qu’il s’agissait "du puits de l’enfer", il a jugé que "le problème échappe à tout contrôle". La fuite de gaz sur Elgin-Franklin a formé un nuage suffisamment dense pour être visible d’autres plates-formes de la mer du Nord.
Mise en place d’une zone d’exclusion
Total n’exclut qu’il faille six mois pour réparer la fuite. "Il y a deux options pour intervenir. L’une consiste à creuser un puits de secours, ce qui pourrait prendre environ six mois. L’autre est une intervention sur la plate-forme pour sceller le puits ce qui serait une option plus rapide", a déclaré David Hainsworth, responsable sécurité, santé et environnement chez Total Exploration & Production UK. "Nous prévoyons de décider d’un plan dans les jours à venir", a-t-il ajouté. "Les premières indications montrent qu’il n’y a pas d’impact significatif sur l’environnement et que l’utilisation de dispersant n’est pas nécessaire à ce stade", a ensuite fait savoir Total dans un communiqué. "Un avion de surveillance a confirmé la présence d’irisations à proximité de la plate-forme. Il s’agit de boues de forage et/ou de produits légers associés au gaz représentant un volume actuellement estimé à environ 30 m3", a ajouté le groupe. Outre la mobilisation de 10 à 20 ingénieurs spécialisés, Total a fait appel aux services de Wild Well Control, société qui était intervenue pendant la marée noire dans le golfe du Mexique en 2010.
La plate-forme produisait jusqu’alors neuf millions de mètres cubes de gaz par jour, l’équivalent de 3% de la production britannique de gaz naturel, ainsi que 60.000 barils par jour de brut léger. Les conséquence pour l’environnement de fuites de condensats de gaz naturels sont nettement moins graves que celles des marées noires pétrolières, a fait savoir le ministre britannique de l’Energie. Une zone d’exclusion maritime et aérienne a toutefois été décrétée autour de la plate-forme, a précisé Total.
L’action Total a enregistré la plus forte baisse de l’indice CAC 40 mardi, cédant 5,96% à 38,56 euros, à ses plus bas niveaux des trois derniers mois. Le titre accuse ainsi son plus fort recul depuis décembre 2008 et voit sa capitalisation fondre de six milliards d’euros environ. Total, de loin la plus forte pondération du CAC, a entraîné l’indice parisien, qui a terminé en baisse de 0,92% alors que l’indice sectoriel européen du pétrole et du gaz abandonnait 2,37%. A ce stade, les investisseurs s’inquiètent davantage de l’impact de la fuite sur la production du groupe que de ses conséquences sur l’environnement et jouent la prudence en attendant de pouvoir se faire une idée précise de l’ampleur de la catastrophe.
La sécheresse se confirme en Europe
Le secteur agricole se prépare à une possible sécheresse, alors que les indicateurs météorologiques sont au rouge en France, mais aussi en Espagne, au Portugal et au Royaume-Uni - où se produisent même des feux de forêt.
Les synthèses de Météo France et du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) se succèdent pointant inlassablement une pluviométrie hivernale et des niveaux d’eau dans les nappes phréatiques (15243) en berne. En conséquence, les préfets de 10 départements ont déjà pris 27 arrêtés, parmi lesquels figurent des arrêtés de niveau maximal, c’est-à-dire interdisant tous les prélèvements d’eau non prioritaires.
L’agriculture se prépare
Si les zones visées par les arrêtés préfectoraux sont sensiblement les mêmes que celles touchées au printemps dernier, l’intensité semble plus marquée cette année puisque, sur les 8 départements sous le coup d’arrêtés sécheresse au 20 avril 2011, aucun n’avait atteint le niveau maximal. De même, le 18 avril 2011, le BRGM annonçait que 58% des nappes phréatiques affichaient des niveaux inférieurs à la normale. Onze mois plus tard, 80% des aquifères sont dans cette situation. Si cette tendance se confirmait, les premiers signes de sécheresse printanière seraient les prémices d’un été particulièrement difficile pour les secteurs consommateurs d’eau.
Face à l’inquiétude croissante du monde agricole, les organisations professionnelles sont sur le pied de guerre, craignant que le scénario du printemps 2011 ne se reproduise. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricole (FNSEA), le syndicat majoritaire, a annoncé le 4 avril 2012 avoir « réactivé [sa] cellule sécheresse » face à « la sécheresse [qui] touche déjà un grand nombre de territoires ». Une situation qui ravive les querelles syndicales : la Confédération paysanne et la Coordination rurale dénoncent la mobilisation de la FNSEA, évoquant un possible « clientélisme » et appelant à ce que l’Etat intervienne et que les cellules départementales de crise soient gérées par les chambres d’agriculture.
Un Comité de suivi sur la sécheresse sera réuni le 12 avril par le ministère de l’Agriculture, soit un mois plus tôt que l’an dernier. « Le ministre a demandé que le bilan du dispositif mis en place pour faire face à la sécheresse du printemps 2011 soit réalisé lors des prochaines réunions du comité national de gestion des risques en agriculture le 21 mars et du comité de suivi le 12 avril », indiquait le ministère dans un communiqué de presse publié le 20 mars.
La péninsule ibérique en première ligne
Cette situation inhabituelle ne se limite pas à la France, puisque d’autres pays européens s’inquiètent aussi d’avoir à faire face à une sécheresse de grande ampleur. C’est tout d’abord le cas des pays du Sud de l’Europe, avec notamment l’Espagne et le Portugal.
En Espagne, les premiers feux de forêt se sont déclarés dès janvier et ont déjà ravagé plusieurs milliers d’hectares. En mars, le ministère de l’Agriculture espagnol indiquait que plus de 3.000 départs d’incendies avaient été enregistrés au cours des deux premiers mois de l’année, ravageant plus de 13.500 hectares, rapporte l’AFP. Selon les services météorologiques espagnols, il faut remonter aux années 1940 pour trouver trace d’un déficit pluviométrique comparable. Les régions les plus touchées par cette sécheresse sont l’Aragon, la Catalogne et la Galice.
Suite à ces premiers signes de sécheresse, les autorités portugaises ont alerté la Commission européenne et ont reçu le soutien de Chypre, de la Grèce, de l’Espagne et de la France lors du Conseil de l’agriculture du 9 mars. A cette occasion, la délégation lusitanienne indiquait que 70% du territoire était en situation de « sécheresse sévère » au 15 février. La question a été soulevée une seconde fois lors du Conseil des 19 et 20 mars, à la demande du Portugal et de l’Espagne. Lors de ce Conseil, « plusieurs délégations ont appuyé la demande portugaise et espagnole », rapporte le compte-rendu des débats, ajoutant que « la Commission examinera les demandes au cours des prochaines semaines ».
Parmi les solutions envisagées figure un versement anticipé des paiements directs délivrés dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Cette option, réclamée par les deux Etats de la péninsule ibérique, permettrait d’avancer à mi-octobre le versement des aides directes initialement prévu pour décembre. En jeu, environ 5,5 milliards d’euros pour les seuls agriculteurs espagnols, rapporte l’AFP.
Des interdictions précoces en Angleterre
Plus surprenant, le Royaume-Uni, réputé pour son climat océanique humide et doux, fait lui aussi face à une sécheresse précoce causée par deux hivers successifs secs et un mois de mars 2012 marqué par un fort déficit pluviométrique assorti de températures élevées pour la saison. Aujourd’hui, certains comtés de l’Est et du Sud, notamment le Yorkshire, font état d’une sécheresse printanière inconnue depuis un siècle.
Ainsi, l’un des sujets les plus populaires actuellement est le hosepipe ban, c’est-à-dire les restrictions d’usage de l’eau imposées par certaines autorités pour cause de pénurie. Le sujet est d’autant plus sensible que certaines compagnies chargées de la gestion de l’eau ont d’ores et déjà indiqué que les restrictions devraient durer jusqu’à la fin de l’été et pourraient être renforcées.
Par ailleurs, l’AFP rapporte que des pompiers du sud de l’Angleterre sont venus apprendre les techniques de lutte contre les feux de forêts auprès de leurs homologues français du département des Landes, rapporte l’AFP. Une formation qui vise à faire face à l’actuelle sécheresse et à des feux de végétation de plus en plus fréquents en Angleterre. « Nous avons constaté une augmentation des feux de forêt au Royaume-Uni au cours des dernières années, des feux plus violents » qu’auparavant, a expliqué à l’agence de presse Alan Clark, pompier du Surrey.
Si, on peut défendre l’emploi d’une usine polluante
« Comment agir, avec qui, pour que la rupture écologique se fasse non pas contre notre peuple, mais avec lui ? »
François Ruffin répond à l’article de Pièces et main d’oeuvre, On ne peut défendre l’emploi à tout prix
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Chers Yannick et Ségo, chers camarades de PMO,
Vous venez de publier sur votre site deux papiers dans votre style, qui relèvent plus de l’oukase que du débat, une excommunication jetée depuis les sommets alpestres. Mais bon, malgré votre ton de procureur, je vais faire comme si la discussion était ouverte. Pourquoi ?
Parce que vos textes posent des questions justes, même s’ils y répondent de façon (à mon avis) injuste. Des questions à la gauche de gauche, sur l’alliance du rouge et du vert. Mais aussi des questions aux « libertaires » et aux « luddites » – au nom de qui vous signez – sur votre rapport au peuple.
D’abord, je vais faire amende honorable. En effet, au cours de mon reportage, je me suis trop peu interrogé – et j’ai trop peu interrogé – sur le caractère nocif du PVC [polychlorure de vinyl]. Contrairement à ce que vous affirmez – mais ne chipotons pas – j’ai bien posé la question à la fois aux syndicalistes et à Martine Billard sur ces pollutions, mais je m’étais trop peu documenté en amont pour soutenir une controverse.
C’est une carence que j’admets (et je sais combien, dans votre carrière, puisque vous êtes d’anciens journalistes, vous avez quotidiennement atteint la perfection).
Mais voilà que de ce défaut, soit, vous tirez des conclusions générales sur « les syndicalistes », « les partisans du Front de Gauche » et « Là-bas si j’y suis », pour qui, tous, indifféremment, « l’essentiel, c’est l’emploi », autrement dit des millions de personnes qui penseraient indifféremment : « Nos emplois valent plus que nos vies ». C’est du grand n’importe quoi.
Le cas Arkéma
Pour quelles raisons Arkema souhaite-t-elle se débarrasser de son pôle vinylique ? Parce qu’il y a, en Europe, une élévation des normes environnementales – qui rend plus coûteuse la production de PVC ici. Or, qu’en disent les cégétistes – d’un excellent niveau – que j’ai interrogés ? Déplorent-ils ces normes ? Réclament-ils qu’on se soucie moins d’écologie ? Au contraire : ils approuvent. Ils se félicitent, à la fois pour les salariés et pour les populations, que leurs industries soient mieux encadrées, des rejets interdits, le recyclage imposé, etc. Alors que dans d’autres boîtes, en effet, ça arrive, les délégués se solidarisent avec le patronat et militent pour le dumping environnemental, là pas.
Mais si ces dix usines devaient finalement fermer, quelles en seraient les conséquences ? La sauvegarde de l’environnement ? Une moindre pollution ? La fin des cancers – comme vous l’annoncez ?
J’en doute. On assistera, c’est probable, à un simple « déplacement d’activités », comme dans tant d’autres secteurs, comme pour les tanneries, comme pour le recyclage des déchets informatiques, et cette industrie se réfugiera sous des cieux plus cléments pour les rejets toxiques, en Chine, en Asie, etc.
C’est à ce dessein que, dans un premier temps, immédiatement, concrètement, il s’agit de s’opposer. Car voilà qui produirait non pas du mieux, mais du pire. Même si cette opposition, ce simple maintien de l’ordre existant, ne constitue pas, et vous avez raison, un projet politique – ni écologique ni social : la « défense de l’emploi » n’a rien d’une offensive…
A chacun de mes débats, la remarque revient : « Vous citez les Continental, les Goodyear, mais tant mieux si les usines de pneus ferment ! » Sauf qu’elles ne ferment pas pour de bonnes raisons : la consommation de pneumatiques n’a (malheureusement) pas diminué durant la dernière décennie, ni en France ni dans le monde, la voiture individuelle n’a (malheureusement) pas décliné au profit des transports collectifs. Juste que la production de pneus coûtera moins cher aux multinationales en Roumanie (pour les Contis) ou en Russie (pour Goodyear) – à la fois grâce au coût du travail diminué et aux moindres contrôles de l’administration. (J’ai volontairement dévié du PVC au pneumatique parce que je connais mieux ce marché. Mais je vais me renseigner sur le premier, je vous promets.)
Si nous souhaitons que moins – ou pas du tout – de PVC soit consommé, moins – ou pas du tout – de pneumatiques soit produit, moins – ou pas du tout – de pesticides soit utilisé, etc., pourquoi pas. Mais c’est à nous d’en décider ensemble, et de l’organiser – avec les scientifiques, les citoyens, les travailleurs.
Ces décisions, nous ne devons pas les laisser entre les mains des financiers. Nous ne devons pas déléguer de futurs plans sociaux, l’avenir de milliers de familles, à des vautours qui volent entre Malte et Jersey. A moins que les « libertaires luddites » ne croient que les Klesch et compagnie agissent pour le bien commun.
Mon cas
Je suis partisan de la décroissance. J’abhorre la société de consommation. Je n’ai guère une fibre productiviste – pour des raisons écologiques, mais aussi sociales : qui aurait pour idéal le taylorisme, la vie à la chaîne ? Des 3*8, les usines passent maintenant aux 4*8, brisant tout rythme, du sommeil, de la famille, des week-ends, etc.
Et dans mon monde idéal, j’éliminerai bon nombre de « saloperies ». Voilà ma position de principe.
Maintenant, la pratique.
Adolescent, je pondais des textes rebelles dans une superbe solitude. Il fallait détruire le système : la télé, la bagnole, le tourisme, la pub, les supermarchés, les élevages en batteries. Mais j’étais entouré de « cons », de « moutons », de « beaufs », etc. Ma radicalité verbale était magnifique.
C’est un peu la posture, j’y reviendrai, que je retrouve dans votre prose. J’ai fait le choix – cela fait treize ans, déjà – de sortir de mon isolement de (tout petit) intellectuel. De m’extirper de mon milieu idéologique, d’aller à la rencontre des habitants de ma ville, puis de mon pays – pour sentir avec qui, malgré des divergences, malgré des différences, malgré des insuffisances, je peux lutter, avancer, même d’un pas, sur ce chemin. Car à l’évidence, un projet de transformation sociale doit s’appuyer sur des forces sociales.
Dès lors, quant à la question qui nous préoccupe : comment agir, avec qui, pour que la rupture écologique se fasse non pas contre notre peuple, mais avec lui ? Comment faire pour que les ouvriers, déjà frappés par trente années de mondialisation, de délocalisations, ne perçoivent pas cet impératif – sauver la planète, et donc produire moins pour consommer moins – comme une nouvelle menace ? Comment entraîner des pans de la société avec nous, concilier le rouge et le vert, la justice sociale et le progrès environnemental ?
Je vais vous dire ma conviction.
Nous devons agir en deux temps : aux classes populaires, il faut garantir cette base, la Sécurité sociale (au sens large), l’assurance d’une vie stable pour eux et leurs enfants, éloigner « l’épée de Damoclès » comme me le disait encore un employé du textile le mois dernier : « On a peur, on vit dans la peur », poursuivait-il, témoignage d’un avenir non-maîtrisé. Aucune espérance, aucune transformation positive, ne peut se fonder sur cette « peur ». C’est un étau mental à desserrer.
Une fois ces fondations posées, alors, ensemble, prolétariat et petite-bourgeoisie (vous et moi), c’est toute une société que nous avons à repenser : la production, la consommation, la démocratie, etc. Mais, de mon point de vue, on ne construira pas le second étage de la fusée sans le premier.
Votre cas
Vous vous désignez comme « luddites » - et en effet, vous avez beaucoup œuvré pour raviver la mémoire de ce courant (des tondeurs et tricoteurs qui, au XIXe siècle, brisaient les machines, au Royaume-Uni notamment mais également en France - des lecteurs peuvent l’ignorer). Spirituellement, peut-être en êtes-vous les héritiers. En revanche, socialement, vous revendiquer comme « luddites » relève en partie de l’imposture, de l’escroquerie : ce luddisme était un mouvement de travailleurs. Et non d’une poignée d’intellectuels.
Ce n’est pas un crime, évidemment, d’être des intellectuels. Ce n’est pas une honte que d’être une poignée. Mais lorsqu’on se prétend ainsi les descendants de – je le répète – un mouvement de travailleurs, l’absence de liens avec ces mêmes travailleurs, tout de même, pose problème, non ? Or, à vous lire, vous faites tranquillement sans les travailleurs. Et vous seriez bien prêts à faire contre les travailleurs, contre leur volonté.
Dans votre second texte, que répondez-vous à ce prolo qui s’indigne de vos écrits ? Qu’il faudrait que lui et ses camarades suivent votre modèle christique, qu’ils acceptent « une vie entière volontairement sous le seuil de pauvreté », qu’ils renoncent (entre autres) à faire des enfants, bref, qu’ils procèdent à un suicide social collectif.
Est-ce ainsi que vous comptez mettre en branle des forces sociales ? Ce renoncement volontaire a d’autant moins de chances de se produire, par choix et dans la joie, que vous le réclamez à un groupe déjà socialement laminé depuis trente ans – quant aux effectifs, quant au taux de chômage, et même quant aux revenus.
Avec ce programme ébouriffant, dans combien d’usines avez-vous créé une section « luddite » ? Dans combien de sections syndicales avez-vous fait avancer vos idées ?
Les « luddites » du XIXe vivaient parmi leurs frères humains, pensaient et agissaient à leurs côtés. A la place, vous voilà tels de magnifiques prophètes, seuls sur votre colline, drapés dans votre pureté, décochant vos flèches sur cette fange humaine qui, dans la vallée boueuse, enlisée dans la tourbe du quotidien, ne suit pas le chemin lumineux que vous lui désignez. Et nous voilà, oui, nous qui sommes empêtrés dans des contradictions, nous qui tentons de les résoudre, nous qui, contre l’Argent-roi, nous battons, déjà, pour nous réapproprier un peu notre destin commun, nous voilà tous – journalistes dissidents, syndicalistes, militants du Front de gauche – nous voilà tous jetés dans une même opprobre :
« Pour les syndicalistes comme pour les partisans du Front de Gauche et Là-bas si j’y suis, ‘l’essentiel, c’est l’emploi’, autrement dit : ‘Nos emplois valent plus que nos vies’. »
Ou encore : « On n’étonnera non plus personne – ni eux-mêmes - en rappelant que le Parti communiste, le Parti de gauche, la CGT et Là-bas si j’y suis soutiennent le parti de l’industrie et de l’emploi à tout prix. »
Personnellement, vous m’étonnez. Ce n’est pas seulement une erreur factuelle. C’est aussi une faute stratégique.
Car il faut de l’aveuglement, ou de la mauvaise foi, pour ignorer que, aujourd’hui, sur ces questions (et sur bien d’autres !), dans la gauche de gauche, aucune doctrine n’est gravée dans le marbre. Des points de vue se confrontent, à l’intérieur même des individus. C’est comme un immense creuset, où chacun apporte ses idées contradictoires, où se mêlent bien des tendances, où s’opposent des sensibilités, où nul rapport du dernier Comité central ne vaut parole d’évangiles, où aucune ligne n’est figée, où demeurent bien des ambiguïtés, des débats non tranchés – et qui mettront sans doute quelques années à l’être.
Face à ce bordel-là, vous dites : « Regardez les productivistes à l’ancienne ! Ils se déguisent, mais pour eux, l’écologie n’est qu’un masque, etc. » Plutôt que d’ensemencer un mouvement, plutôt que de le féconder avec vos idées, plutôt que de le pousser un pas en avant, plutôt que de batailler aux côtés de camarades, vous préférez vous tenir au-dessus de cette masse, de nous, pauvres hommes et femmes de bonne volonté, et nous assommer de votre mépris.
C’est regrettable pour nous – parce que je reconnais les apports de vos critiques.
C’est regrettable également pour vous – parce que dans les temps présents, vous avez un autre rôle à jouer que celui d’ermites criant dans le désert, gardiens d’un temple de la Pensée Juste.
C’est regrettable, surtout, pour les jeunes libertaires - auprès de qui compte votre prose, et qui pourraient adopter cette pose prophétique et, il me semble, un rien aigrie.
Le cas Kriegel
Dirigeant de la Résistance, député communiste à la Libération, exclu du Parti pour anti-stalinisme, Maurice Kriegel-Valrimont me racontait son mai 68. Il regrettait, notamment, que les militants cocos aient fait barrage pour que les étudiants gauchistes n’aillent pas discuter avec les ouvriers :
« Malheureusement, ces crétins, [les dirigeants communistes] ces crétins ont empêché les jeunes d’aller dans les usines, ces crétins ont empêché que sur ce plan la jonction se fasse et que, dans une certaine mesure, les attitudes verbales de Cohn-Bendit soient corrigées par la vie. C’était un sectarisme radicalement imbécile. Cà veut dire que cette politique-là a littéralement stérilisé plusieurs générations. C’est ça la réalité, hélas hélas hélas. »
Si je vous adresse cette trop longue lettre, c’est sans doute pour ça, un peu. Parce que je ne souhaite pas que vous soyez, à votre tour, les « crétins » qui empêchent que « la jonction se fasse » - alors qu’elle peut être tentée, au moins. Parce qu’il ne faudrait pas que vous « stérilisiez » un pan intelligent, volontaire, engagé, de notre génération. Et que les libertaires, plutôt que d’épouser et de guider (un peu) les aspirations populaires, se replient dans le « sectarisme », dans des « attitudes verbales », avec des prises de position aussi autoritaires, aussi dogmatiques, que les technocrates que vous dénoncez.
Vos ancêtres luddites, une fois vaincus par une armée immense, ne se sont pas recroquevillés en un groupuscule : en Grande-Bretagne, ils ont essaimé, donné naissance au chartisme, nourri un mouvement à la fois syndical et politique (j’ai moi aussi La Formation de la classe ouvrière anglaise au XIXe siècle, par Thomson, pour livre de chevet).
Pour ma part, et pour en revenir au sujet initial, je prévoyais un dossier de Fakir, cet été, sur « Rouge et vert, c’est possible ? » Suite à vos remarques, j’ouvrirai ces pages, je pense, avec le cas Arkema – après avoir étudié sérieusement, cette fois-ci, le marché du PVC, les projets industriels, potassé les rapports, après en avoir discuté avec le chercheur qui a adressé ce message à Mermet, avec les syndicalistes, avec les militants écolos, avec les « planificateurs écologiques » du Front de Gauche, avec vous éventuellement – si vous l’acceptez. Peut-être même que j’organiserai une table ronde.
Nous sommes bien conscients, grand nombre de militants, d’être dans une impasse, même si le demi-tour n’a rien d’évident.
Je signe en mon seul nom – parce que Fakir, là aussi, est traversé par des diverses sensibilités etc. Et que je ne dispose d’aucune délégation de pouvoir.
Fraternellement
Les Décroissants cherchent des candidats aux législatives
Suite à l’appel MOC/PPLD [Mouvement des objecteurs de croissance / Parti pour la décroissance] du 1er mars, des citoyennes et citoyens ordinaires ont répondu favorablement et seront candidats pour porter la décroissance aux législatives 2012.
Le programme des objecteurs de croissance, soutenu par Paul Ariès, est radicalement anti-capitaliste, anti-productiviste, écologiste, féministe, et internationaliste. Il propose des solutions à la fois justes socialement et soutenables écologiquement, s’appuyant sur huit axes principaux :
- Dotation inconditionnelle d’autonomie (revenu inconditionnel, gratuités, monnaies locales fondantes) et Revenu maximum acceptable (RMA)
- Révolution par les gratuités (des besoins de base et surrenchérissement du mésusage)
- Après-développement (sortir de l’industrialisme, agriculture paysanne, production manufacturée)
- Relocalisation des productions et des consommations (circuits-courts et courts-circuits)
- Transitions énergétiques (après-fossiles, renouvelables, sobriété volontaire, déconsommation)
- Arrêt immédiat des nucléaires (civil et militaire)
- Réduction du temps de travail (autonomie généralisée de la vie)
- Pour une première démocratie (nouveau contrat social, démocraties directes et indirectes)
En cohérence avec la plateforme de convergence de Beaugency, nous proposons de continuer à rassembler les objecteurs de croissance lors d’un lancement de campagne le 21 avril 2012, et par l’intermédiaire d’un site internet.
La réunion du 21 avril aura lieu à l’Hélicon Café : 99 rue de Charenton, Paris 12e (ici), à partir de 13h00 (Métro : Gare de Lyon – Ledru-Rollin – RER : A,D)
Elle a pour premier objectif d’aider les objecteurs de croissance à se rencontrer, à faire un point sur les candidatures, à faciliter les créations de binômes candidatE/suppléantE, à aider à remplir les documents administratifs et à faire un point sur les textes et communiqués, etc. Bref, du concret.
Elle a pour second objectif d’informer, via la presse, de la présence d’objecteurs de croissance aux prochaines élections législatives
Le site internet Décroissance élections est un outil de rassemblement.
Les personnes souhaitant porter le décroissance aux élections, en étant candidatE, suppléantE, mandataire financier , peuvent s’inscrire via le formulaire (disponible ici), pour ensuite bénéficier d’une aide technique, financière, et de communication.
Les personnes souhaitant seulement se renseigner trouveront la liste des candidatures anti-capitalistes et anti-productivistes ainsi qu’un contact.
L’objection de croissance a besoin d’un grand nombre de candidats pour continuer à essaimer ses idées lors d’actions citoyennes, d’alternatives concrètes, de mobilisation unitaires, etc.. Rejoignez-nous
Comment le Front de gauche est devenu écolo
Lundi 2 avril, ce n’est pas le petit livre rouge que brandit Martine Billard, co-présidente du parti de gauche (PG), sous la verrière de l’Usine, le siège de campagne du Front de gauche…, mais le Petit manuel de planification écologique. En fait, ce n’est même pas un livre, mais un CD comprenant des discours de Jean-Luc Mélenchon sur l’écologie ainsi que des photos de manifs. La députée de Paris s’apprête à les envoyer à la direction d’Europe-Ecologie-Les Verts, histoire de les affranchir sur la culture écologiste de son parti.
Dans la bataille politique qui oppose les deux partis, la planification écologique occupe une place de choix. Apologie du Gosplan, le plan quinquennal soviétique, selon l’euro-député vert Yannick Jadot, défense de « méthodes et de l’industrie du passé » pour Jean-Vincent Placé, président du comité de campagne d’Eva Joly, la proposition est portée par le parti de gauche depuis au moins trois ans. C’est « un mot-obus » résume Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’écologie du PG, « comme le mot “décroissance”, c’est une manière de frapper les esprits. Si on avait dit que le Front de gauche était pour le développement durable, tout le monde aurait répondu “nous aussi” ».
Comme son nom l’indique, le projet de la planification écologique est de s’extraire du court-termisme pour penser et mettre en œuvre des politiques économiques, environnementales, sociales, à long terme. Ses modèles affichés sont le commissariat général au Plan, disparu en 2006 – étudiante en économie, la future députée a rédigé un mémoire sur le sujet –, mais aussi le schéma directeur de la région Île-de-France qui, en 2008, voulait aménager l’espace francilien à l’horizon 2030, les circuits courts (Amap, etc.), les schémas de cohérence territoriale (Scot), les comités de bassin et même les instances de démocratie participative. Autrement dit, de la gestion locale des affaires publiques, le niveau de pouvoir préféré des écologistes car il leur permet d’expérimenter, loin de la machine normalisatrice des administrations centrales.
Accoler le plan et l’écologie, la trouvaille sémantique semble être conjointement sortie des cerveaux de Jean-Luc Mélenchon et de Martine Billard. « On a beaucoup discuté d’écologie au début du Parti de gauche, se souvient Corinne Morel-Darleux, elle-même ancienne d’Utopia, le courant décroissant et trans-partis. Ça n’a pas été chahuté mais ce furent de grandes discussions. La notion de planification écologique est le résultat de la confrontation entre républicains, socialistes et écolos ». Une concoction de motions de synthèse. Pour Martine Billard, le « basculement » a eu lieu avec la publication du programme du Front de gauche, l’Humain d’abord, en septembre 2011. La planification verte y figure en bonne place, en troisième titre de chapitre, après « partager les richesses » et « reprendre le pouvoir aux banques ».
En réalité, cette évolution s’intègre dans un mouvement beaucoup plus global de réinvention de l’anticapitalisme autour des luttes et revendications écologistes, depuis le début des années 2000. En témoigne l’émergence de mouvements pour la justice climatique et pour la reconnaissance de la dette écologique, qui conjuguent défense des droits de la nature, critique des excès de la finance et du néo-colonialisme. Très présents en Amérique latine, et un peu moins en Asie, ils se distinguent des environnementalistes historiques par leur insistance sur la justice sociale et leur méfiance vis-à-vis du capitalisme vert. C’est ce terreau idéologique qui permet à des chefs d’État aussi extractivistes que ceux du Venezuela, de la Bolivie et de l’Équateur de claironner depuis Copenhague leur colère contre l’inaction des grandes puissances contre le changement climatique. Même si ce positionnement n’est pas dénué d’opportunisme, il n’en est pas moins ancré dans une véritable effervescence militante et intellectuelle.
Débats publics sur “le progrès humain”
Ce bouillonnement ne passe pas inaperçu aux yeux des anti-capitalistes français, les yeux rivés sur l’Amérique latine depuis l’avènement de Chavez. À l’image de Michael Loewy, des intellectuels de la LCR, puis du NPA, se passionnent pour l’éco-socialisme. Et, au Parti de gauche, grandit l’intérêt pour la dette climatique. Si bien que les dirigeants d’Europe-Ecologie-Les Verts qui accusent Mélenchon d’imposture font fausse route. Il ne s’agit pas tant d’une manipulation politicienne que d’une opportune mue dogmatique.
Ainsi, le Front de gauche s’apprête-t-il à publier une tribune opposée à l’exploitation des gaz de schiste, comprenant des communistes parmi ses signataires. Un éminent membre du réseau négaWatt, auteur du scénario de référence sur la transition énergétique, s’amuse de retrouver ses idées enveloppées d’un vocabulaire étranger dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon. Les proches du candidat ont rencontré le gratin des ONG environnementales (Greenpeace, France Nature Environnement, Amis de la Terre) et les négaWatt. Véritable petite révolution, les représentants du Front de gauche ont voté pour l’adhésion de la région Rhône-Alpes à Enercoop, le fournisseur d’électricité verte. En rupture avec la religion du service public d’électricité made in EDF.
D’ailleurs, loin des clichés sur le supposé anarchisme atavique des défenseurs de la nature, la planification se trouve aujourd’hui au cœur des politiques écologistes les plus ambitieuses, notamment au niveau des collectivités locales, avec les encouragements de l’Union européenne qui finance d’importants appels d’offres sur le sujet.
Dans la foulée du ralliement en 2009 de Martine Billard, militante historique des Verts, le Parti de gauche pousse au bout sa démarche et dépose une proposition de loi instaurant une planification écologique. Le texte est un mélange détonant d’utopisme révolutionnaire et de technicité administrative. « Le Plan écologique donnera la possibilité d’organiser la bifurcation vers un autre mode de développement, en interrogeant nos besoins et en réorientant production, échange et consommation en vertu de leur utilité sociale et écologique », peut-on y lire.
Il y est question de grands principes généreux : biens communs, « débats publics sur le progrès humain », « bataille culturelle contre le modèle de consommation prédatrice ». Mais aussi de décentralisation, d’articulation avec les politiques européennes et les actions locales, et de démocratie participative à travers des « conférences de participation populaire ». La question du financement est expédiée d’une formule clairement incomplète : pertes de recettes et les charges qui pourraient en résulter pour l’État, « sont compensées, à due concurrence, par le relèvement du taux de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu ». Le texte n’est pas limpide non plus sur la réalité de l’autonomie reconnue aux pouvoirs locaux. Mais il est difficile d’y voir la préfiguration d’un Gosplan à la française.
En plein sommet du climat à Copenhague, en décembre 2009, cette proposition de loi fut rejetée par 283 voix contre 157. Parmi les députés soutenant la loi, on découvre avec surprise, deux ans et demi plus tard, une bonne partie de l’état major présidentiel de… François Hollande : Jean-Marc Ayrault, Michel Sapin, Bernard Cazeneuve, Delphine Batho, Laurent Fabius, Aurélie Filippetti, Elisabeth Guigou, et aussi Arnaud Montebourg. Ainsi que l’actuel premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud. Sans oublier les députés verts Yves Cochet, Noël Mamère et François de Rugy. Une véritable petite union de la gauche.
« On n’utilise pas ce mot de planification écologique, on est des ouvriers ! »
Dans son discours de plus en plus offensif et précis sur l’écologie depuis le début de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon fait désormais de son refus de la croissance un front de rupture avec la sociale-démocratie, comme il vient de le déclarer dans un entretien étonnant avec le site Reporterre : « Nous ne disons pas que nous allons répartir les fruits de la croissance ! La social-démocratie est organiquement liée au productivisme, quand elle dit ça, puisqu’elle déclare qu’il n’y a de progrès social que dans le cadre du productivisme. Nous, on pense exactement l’inverse, on pense qu’il n’y a de progrès économique que s’il y a du progrès humain et du progrès social. »
Cette conversion personnelle à l’écologie – il affirme que « l’écologie politique est le nouveau paradigme organisateur de la gauche » –, infuse-t-elle le reste de son parti, ses militants et ses électeurs ? Oui, affirme Laurence Sauvage, secrétaire nationale du PG aux luttes sociales. La preuve : elle vient d’organiser une réunion au siège de campagne du Front de gauche sur la planification écologique avec des syndicalistes d’usines en lutte. Et pas n’importe lesquelles : ArcelorMittal de Florange et Gandrange, la raffinerie Pétroplus, les Fralib, la papeterie M’réal.
Les ouvriers de l’industrie en crise trouvent-ils dans l’écologie un nouvel arsenal de lutte ? À les entendre, c’est un peu plus compliqué. « Non, on n’utilise pas ce mot de planification écologique, on est des ouvriers ! », rigole Yves Fabbri, secrétaire général de la CGT d’ArcelorMittal. Mais il parle de « récupération d’énergie » et d’« investissement écologique », se dit aussi favorable à « une orientation industrielle où l’écologie a sa place ». Et affirme : « Notre site est en train de mourir du manque d’investissements. On veut un changement radical de la politique industrielle de notre pays. »
Ce dont parle Yves Fabbri, c’est Ulcos, un projet de plus de 600 millions d’euros de démonstrateur industriel de captage et de stockage géologique des émissions de CO2. Il attend le feu vert de la Commission européenne qui pourrait accorder une subvention de 260 millions d’euros. Le problème, c’est que cette technique encore expérimentale porte un certain nombre de risques géologiques (un peu comme les gaz de schiste) et qu’elle est décriée par des chercheurs et des militants écologistes comme, au mieux, une utopie techniciste faisant croire à la plausibilité d’une industrie non polluante et, au pire, comme une fausse solution à combattre.
Le projet Ulcos représente donc sans conteste un espoir de relance d’activité pour le site, mais difficile d’en faire un étendard écologiste. Détournée de son sens originel, la planification écologique ne risque-t-elle pas d’alimenter un greenwashing de gauche, où elle n’envelopperait que d’un supplément d’âme vert la prolongation de la bonne vieille sidérurgie ?
« Dans notre projet de reprise de l’usine, on a des trucs écolos », explique Jean-Yves Lemayieu, délégué CGT de l’imprimerie M’real. En octobre dernier, son propriétaire finlandais annonçait vouloir fermer le site, laissant sur le carreau 330 salariés. Depuis, une cellule de réindustrialisation planche sur des projets de reprise. Parmi les pistes envisagées, la fabrication d’agro-carburants à partir de déchets de bois et de la cogénération, c’est-à-dire de la production d’électricité à partir de la chaleur dégagée par l’activité de production. « La planification écologique, ça peut nous apporter du travail. Et nous tout ce qu’on veut, c’est sauver les emplois. On s’inscrit dans le Grenelle de l’environnement. On sait bien que demain, il n’y aura plus de pétrole. » Entre les lignes, surgit le constat d’un changement d’époque. Vu depuis la méga rotative de l’usine M’real d’Alizay dans l’Eure, la crise environnementale est une réalité à prendre en compte.
L’écologie au pays des dockers
« On peut créer la raffinerie de demain avec un risque moindre pour l’environnement », s’enthousiasme Yvon Scornet, militant CGT et membre du comité d’entreprise de Petroplus. La planification écologique appliquée à son site, ce serait remplacer le fioul par du gaz naturel – moins émetteur de CO2 –, et mettre en place des sources renouvelables d’énergie, cogénération et biomasse. Eva Joly est venue visiter le site en tant que candidate Europe Ecologie-Les Verts. Lui non plus reconnaît ne pas employer l’expression de planification écologique. Mais ajoute : « On est obligé de s’inscrire dans le futur. »
« L’aspect écologique, il faut le prendre en compte, analyse Gérard Cazorla, secrétaire du comité d’entreprise de Fralib’. Est-ce incontournable pour sauver son emploi ? Je ne le crois pas. » Depuis 155 jours, le site de production des thés de la marque Eléphant résiste à sa fermeture par la multinationale Unilever. La planification écologique ? « Ce sont plus les politiques qui utilisent ce mot. Nous, on parle de circuits courts dans notre jargon. » Une autre manière de parler de relocalisation de l’économie. Dans leur cas, les Fralib’ voudraient s’approvisionner en plantes aromatiques dans le Vaucluse plutôt qu’en Europe orientale.
ArcelorMittal, Petroplus, Fralib, Mréal : la planification écologique serait-elle au bout du compte juste une autre manière de parler de reconversion industrielle ? Un argument bienvenu pour des salariés se battant pour garder leur travail, mais pas beaucoup plus ? « On arrive à rendre audible la question écologique au-delà des cercles écologistes, analyse Corinne Morel-Darleux, secrétaire à l’écologie du PG. On a vu des dockers à Marseille parler de planification écologique sans se sentir en décalage. »
La planification écologique du Front de gauche semble ainsi plutôt jouer un rôle de communication pacificatrice entre des salariés de l’industrie conscients d’être vus comme d’indécrottables pollueurs, et le souci grandissant pour la nature de la société dans laquelle ils vivent. Une formule attrape-tout qui commence à façonner un compromis inédit entre bleus de travail et souci de la planète. C’est peu par rapport à la révolution annoncée par le tribun Mélenchon. Mais cela pourrait marquer un véritable changement dans la culture syndicale.
La police échoue à empêcher une manifestation anti-Sarkozy
La police tente d’empêcher l’opération Dégage Sarkozy ce samedi 14 avril à Bayonne. Mais la foule rapidement rassemblée sur les lieux empêche l’arrestation des militants de Bizi et provoque le départ de la police
Ce samedi 14 avril à partir de 11H00, un décor géant réalisé par Bizi s’est déplacé à travers tout le centre ville de Bayonne, où affluaient des milliers de supporters à l’occasion du Derby Aviron Bayonnais / Biarritz Olympique. Il mettait en scène une personne éjectant le Président des riches et de « L’environnement ça commence à bien faire » des rues bayonnaises, le tout décoré du slogan « Dégage Sarkozy, milesker Baiona ! ».
Des centaines de supporters ont ainsi pu se faire prendre en photo en train de botter les fesses d’un Nicolas Sarkozy s’envolant dans les airs.
A midi et quart, quatre véhicules de police et près d’une vingtaine de policiers sont arrivés sur les lieux et ont commencer à tenter d’arrêter certains des militants de Bizi, et à en contrôler d’autres. La vingtaine de membres de Bizi présents ont refusé de démonter le panneau litigieux arguant de leur droit de mener campagne à l’occasion de cette présidentielle 2012, et ont refusé de présenter leurs papiers d’identité. Les officiers de police - dont plusieurs faisaient partie de l’escorte rapprochée de Nicolas Sarkozy lors de son désastreux voyage à Bayonne le 1er mars dernier- ont affirmé aux militants qu’ils tombaient sous le coup d’un délit d’ « Offense au Chef de l’Etat », les menaçant de suites judiciaires.
Alors que la police avait enfermé un des militants arrêtés dans un des fourgons et s’apprêtaient à l’embarquer au commissariat, une foule compacte a rapidement entouré les policiers et des gens se sont mêmes interposés devant le fourgon en question, l’empêchant de démarrer.
Après de longs moments où la tension étaient de plus en plus palpable, et où la foule criait aux policiers « Liberté d’expression ! Démocratie ! » et « Libérez notre camarade ! », la police a libéré le militant arrêté et est repartie comme elle était venue, laissant le panneau en place et l’opération « Dégage Sarkozy » continuer à se dérouler jusqu’à 15H00 comme initialement prévu.
Un nouveau rendez-vous de la campagne « Dégage Sarkozy Milesker Baiona ! » est fixé au samedi 21 avril à 11H00 devant les Halles de Bayonne. Une manifestation sur le même thème est également convoquée le mardi 1er mai à 11H00 à Bayonne et un grand pot de départ à Nicolas Sarkozy est annoncé le dimanche 6 mai dés 18H00 dans le Petit Bayonne (le village qui résiste encore et toujours à ceux qui traite ses habitants de voyous et de terroristes...).
Rio : les idées fortes du Sommet des peuples
Biens communs, civilisation biocentrique, souveraineté alimentaire, consommation responsable et démocratie sont les idées fortes qui animeront le Sommet des peuples de Rio en juin.
La société civile se prépare à présenter plusieurs pistes de réflexion sur l’avenir de notre planète à l’occasion du Sommet des peuples, qui aura lieu à Rio de Janeiro en juin prochain, parallèlement à Rio+20 – la conférence des Nations unies sur le développement durable. En voici quelques-unes.
Premièrement, la défense des biens communs de l’humanité comme réponse à la marchandisation, à la privatisation et à la financiarisation de la vie. Les biens communs sont des biens produits par la nature ou par des groupes humains, qui doivent appartenir à la collectivité et non au secteur privé ou à l’Etat, même s’il incombe à ce dernier de participer à leur protection. Ils sont le contrepoint du développement capitaliste et non un simple accessoire comme l’est le concept de développement durable. Parmi les biens communs, on compte l’air, l’eau, les aquifères [couche de terrain contenant de l’eau], les cours d’eau, les océans, les lacs, la terre communale ou ancestrale, les semences, la biodiversité, la langue, le paysage, la mémoire, la connaissance, Internet, le langage HTML, les logiciels libres, Wikipédia, l’information génétique, etc. L’eau commence à être considérée comme un bien commun par excellence. Les combats contre sa privatisation dans plusieurs pays figurent parmi ceux qui remportent le plus de victoires.
Deuxièmement, le passage graduel d’une civilisation anthropocentrique à une civilisation biocentrique. Cela implique de reconnaître les droits de la nature ; de redéfinir le bien-être et la prospérité de façon à ne pas dépendre de la croissance infinie ; de promouvoir des énergies véritablement renouvelables (les agrocarburants n’en font pas partie) qui n’impliquent pas l’expulsion des paysans et des populations autochtones de leurs terres ; d’imaginer des politiques de transition pour les pays dont les finances sont trop dépendantes de l’extraction et de la production de matières premières – pétrole, minerais ou produits agricoles en monoculture dont les prix sont contrôlés par des grandes entreprises monopolistiques du Nord.
Troisièmement, défendre la souveraineté alimentaire, principe selon lequel, dans la mesure du possible, chaque communauté doit avoir le contrôle des biens alimentaires qu’elle produit et qu’elle consomme, en rapprochant les consommateurs des producteurs, en préservant l’agriculture paysanne, en favorisant l’agriculture urbaine, en interdisant la spéculation financière sur les produits alimentaires. La souveraineté alimentaire implique également d’interdire l’achat massif de terres arables (notamment en Afrique) par des pays étrangers (Chine, Japon, Arabie Saoudite, Koweït, etc.) ou des multinationales (à l’image du projet du sud-coréen Daewoo d’acquérir 1,3 million d’hectares à Madagascar).
Quatrièmement, la consommation responsable, qui suppose une nouvelle éthique et une nouvelle éducation : la responsabilité vis-à-vis de ceux qui n’ont pas accès à une consommation minimale pour garantir leur survie ; la lutte contre l’obsolescence artificielle des produits ; la préférence pour des produits issus d’économies sociales et équitables basées sur le travail et non sur le capital, sur l’accomplissement personnel et collectif et non sur l’accumulation infinie ; la préférence pour des consommations collectives et partagées autant que possible ; une meilleure connaissance des processus de production, de façon à pouvoir refuser de consommer des produits fabriqués au prix d’une exploitation des travailleurs, de l’expulsion de paysans et d’autochtones, de la pollution de l’eau, de la destruction de lieux sacrés, d’une guerre civile ou encore d’une occupation de type colonial.
Cinquièmement, intégrer comme exigence dans toutes les luttes et toutes les propositions alternatives un approfondissement de la démocratie et de la lutte contre les discriminations sexuelles, raciales, ethniques et religieuses, et contre la guerre.
Le Front de gauche et les Verts doivent s’unir
« Le Front de gauche, Europe écologie-Les Verts et le NPA doivent s’unir pour construire une vraie alternative à la droite… et au PS »
Actuellement, le Front de gauche est porté par une incontestable dynamique atour de son candidat Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, même si Philippe Poutou et Eva Joly sont aujourd’hui en berne dans les sondages, il ne faut pas oublier que le NPA a connu quelques succès juste après sa création, de même que Europe écologie-Les verts (EELV) lors des élections européennes puis régionales.
Ces trois organisations connaissent donc tour à tour leur « heure de gloire », sans pour autant arriver changer réellement le cours des événements. Les dirigeants du Front de gauche feraient bien de ne pas se griser et d’écouter les aspirations de la base : la dynamique actuelle n’a pas pour objet de consacrer leur supposée « victoire » sur EELV et sur le NPA, mais de créer les conditions d’une véritable alternative à la droite… bien différente de la simple alternance proposée par le Parti socialiste.
Dans ce contexte, le Front de Gauche, EELV et le NPA (et éventuellement d’autres organisations) doivent s’unir dans un ensemble plus grand et plus fort qui pourrait s’appeler le Front de la gauche et de l’écologie.
Après l’élection présidentielle, grand moment d’enthousiasme… et d’illusions, la réalité va reprendre ses droits : certes, Hollande n’est pas Sarkozy, mais la priorité sera dans les deux cas au « remboursement de la dette », afin de « rassurer les marchés », et ce au détriment de toute politique sociale ou environnementale.
Paradoxalement, la situation serait politiquement plus simple si Sarkozy était hélas réélu. Écartons cette hypothèse et plaçons-nous plutôt dans le cas d’un succès de François Hollande. Rien ne serait alors plus dérisoire que de voir, lors de la constitution du nouveau gouvernement puis lors des élections législatives, certains leaders de la « gauche de la gauche » ou de l’écologie faire finalement allégeance au PS.
Il n’est en effet pas envisageable de cautionner la mise en place de politiques antisociales - « justifiées » par le remboursement de dettes dont la population n’est pourtant pas coupable - et anti-environnementales : aéroport de Nantes, continuation du nucléaire, recherche vaine de la croissance (même prétendue « verte »), etc.
Il faut donc balayer le dérisoire accord signé avec le PS par des dirigeants d’EELV désireux de devenir ministres ou députés, de même qu’il est impensable que, après avoir (à juste titre) dénoncé le projet très libéral de Hollande, des gens s’arrangent avec le PS pour les mêmes objectifs de carrière politique.
Le combat pour la justice sociale et celui pour la protection de l’environnement se sont rejoints et sont désormais indissociables. Les principaux pollueurs, les multinationales en tête, sont aussi ceux qui exploitent, licencient, délocalisent. Et les gens plus modestes sont les premières victimes des désastres environnementaux.
Il est grand temps d’agir, et ce dès les échéances électorales (présidentielle et législatives) seront passées. J’invite le Front de gauche, Europe écologie-Les Verts et le NPA à prendre ensemble les initiatives nécessaires pour organiser des États généraux de la gauche et de l’écologie afin de construire enfin le mouvement que de millions de gens attendent.
Le poison de l’industrie
La « réindustrialisation » est un mot-clé de la campagne présidentielle. Soit. Mais autant ne pas oublier les conditions environnementales et toxiques de l’industrie...
Au début, c’est une histoire classique. Une grande entreprise possède une activité peu rentable. Elle la brade à un investisseur étranger, un fonds spéculatif basé en Suisse. Les 1.800 ouvriers des usines françaises, connaissant la façon dont ce fonds a agi dans d’autres circonstances, craignent légitimement de voir l’activité dépecée et de se retrouver sur le carreau. Ils protestent et manifestent. Mais là, en pleine présidentielle, ils n’arrivent pas à se faire entendre, les médias s’en fichent.
Sauf deux observateurs, qui vont montrer que cet épisode de la guerre économique pose une question inattendue. Les 5 et 6 avril, l’émission « Là-bas si j’y suis », sur France inter, diffuse un reportage de François Ruffin. Il raconte le sort du pôle Vinylique de la grande société chimique Arkema, sa vente pour un euro symbolique au fonds Klesch, l’impuissance affichée de l’équipe de M. Hollande et l’indifférence totale de celle de M. Sarkozy. Bon.
Mais voilà que Pièces et main d’oeuvre (PMO), un groupe anti-industrialiste de Grenoble, signale un aspect oublié par le reportage : ces usines produisent du chlorure de vinyle, un produit aux propriétés cancérigènes et toxiques avérées, et dont la production entraine fréquemment des cancers du foie chez les travailleurs. Quant à ses usages, ils peuvent se révéler très nocifs pour l’environnement, comme quand on incinère le polychlorure de vinyle. Il n’est pas raisonnable de défendre des emplois aussi toxiques, affirme PMO.
Réponse de M. Ruffin, sur le site du journal Fakir : d’abord, on ne peut pas délibérer sereinement si l’emploi manque et si la peur du chômage étreint les travailleurs et leurs familles ; ensuite, on pourra décider ensemble quelles productions diminuer, encadrer ou arrêter, mais ce n’est pas aux financiers de le faire, car ils se contentent en fait de délocaliser les industries vers des pays moins regardants sur l’environnement.
Emploi ou environnement – le débat n’est pas si simple. Mais un préalable doit en être que la ré-industrialisation prônée par certains n’est acceptable que si elle s’opère dans les conditions environnementales les plus rigoureuses ; ce qui suppose de ne pas accepter le dumping écologique, donc d’envisager un protectionnisme environnemental. Et qu’à la mondialisation financière s’oppose la mondialisation écologique – un poison en France l’est tout autant en Chine ou en Inde. Les marchés ne doivent pas décider seuls.
Le gouvernement français affaiblit la politique européenne d’économies d’énergie
A Bruxelles se discute une importante directive sur l’efficacité énergétique. Mais le gouvernement français tente d’empêcher les progrès en posant des conditions nuisibles.
Alors que la campagne présidentielle détourne l’attention de nos concitoyens des travaux législatifs en cours, les associations de protection de l’environnement, les associations de consommateurs et les associations de promotion de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment souhaitent interpeller le gouvernement sur les opportunités que représente la directive sur l’Efficacité Energétique en préparation à Bruxelles et lui demandent instamment d’adopter une position constructive pour que cette Directive soit ambitieuse.
L’énergie la moins chère et la moins polluante est celle que l’on ne consomme pas. Ce credo, maintes fois répété et agréé en France lors du Grenelle de l’Environnement et plus récemment lors de la table ronde nationale sur l’efficacité énergétique, se voit aujourd’hui offrir une chance de prendre une dimension européenne grâce au projet de directive sur l’efficacité énergétique qui fera à partir du 13 avril l’objet d’une négociation tripartite entre la Commission européenne, les Etats-Membres et le Parlement Européen.
Après l’adoption d’un texte ambitieux par le Parlement européen, les premières prises de position officielles de l’administration française sur le projet suscitent l’étonnement et nombre de leurs demandes inquiètent, comme la suppression du plan de long terme de rénovation de l’ensemble du parc immobilier, l’affaiblissement de l’ambition de développement de la cogénération ou bien encore l’exclusion des collectivités locales de l’obligation de rénovation des bâtiments publics.
De plus, alors que le coût des carburants bat actuellement des records, la demande de ne pas prendre en compte dans l’assiette de calcul des pans entiers de la consommation énergétique française mène à une diminution de 40% des objectifs globaux d’économies d’énergie. La position française actuelle conduirait donc à revoir considérablement à la baisse les ambitions de la Directive proposées par la Commission et le Parlement ; elle apparaît aussi en complet décalage avec les objectifs et exigences fixées dans les lois Grenelle 1 et 2 et avec la volonté affichée par le Gouvernement lors de la concertation nationale fin 2011.
Avec 40% des consommations totales d’énergie en France et en Europe, le secteur du bâtiment représente un enjeu majeur à la fois pour notre indépendance énergétique et dans la lutte contre les changements climatiques. L’efficacité énergétique est une source majeure de création de valeur économique et d’emplois non délocalisables. Elle permettra aux consommateurs, dont le rôle est central, de ne pas subir la hausse endémique du coût de l’énergie en maitrisant leur consommation. Elle permettra enfin de résorber structurellement la précarité énergétique dont l’urgence de traitement a été largement soulignée par le dernier bilan du médiateur de l’énergie.
La campagne électorale doit renforcer l’attention des décideurs sur une directive dont les enjeux sociaux, économiques et environnementaux sont cruciaux pour notre pays. Cette dernière doit également faire partie des préoccupations de tous les candidats puisque elle sera l’un des dossiers à défendre en priorité lors des premiers mois de la nouvelle mandature. Forte de ses acquis nationaux, la France doit prendre la mesure de ce texte et réaliser qu’elle a plus à gagner qu’à perdre en faisant preuve d’audace et de volontarisme à Bruxelles afin d’aboutir au vote d’une directive efficacité énergétique ambitieuse, pour 2020 mais aussi pour 2050.
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Communiqué de presse commun à :
Que Choisir Greenpeace CLER France Nature Environnement Fondation pour la Nature & l’Homme Isolons la terre contre le CO2 Réseau Action Climat France Effinergie WWF Gimélec
Une initiative citoyenne pour voir autrement la prison
Le 17 avril 2012 sera mise en ligne une plate-forme multimédia inédite, dont l’objectif est de proposer un nouveau regard sur la prison et ainsi inviter le grand public à la réflexion sur la condition carcérale en France.
Comment fonctionnent les prisons françaises ? Comment se compose la population carcérale ? Quel est le quotidien des détenus et du personnel pénitentiaire ? Ces questions, pourtant nécessaires à la réflexion sur le sens et l’efficacité des peines d’emprisonnement, sont peu présentes dans les débats de la campagne présidentielle et plus globalement dans le débat public. Entre deux faits divers, le traitement réservé à la prison oscille entre fantasme, stigmatisation ou ignorance. Pourtant, beaucoup d’autres regards existent : de nombreux auteurs, réalisateurs et producteurs se sont intéressés au sujet, proposant des représentations variées et de réelles informations sur la nature de la condition carcérale en France.
Convaincu que le sujet de la prison mérite une attention plus accrue, car il questionne le thème majeur du vivre ensemble, et soutenu dans sa démarche par des associations, un groupe de citoyens bénévoles s’est attelé à regrouper sur une seule et même plate-forme web de nombreuses ressources, jusque-là éparpillées et parfois difficilement diffusables : reportages photographiques, reportages vidéo, web-documentaires, documents audio, ...
Les différentes œuvres, mises à disposition gratuitement par plus d’une trentaine d’auteurs, sont proposées en accès libre et classées par thèmes (femmes, mineurs, travail, santé, culture...). Le site propose également la visite modélisée d’une prison, des infographies de chiffres clés, ainsi que des cartes présentant l’implantation des prisons en France et leur taux de densité carcérale. Cette plate-forme multimédia, qui a vocation à accueillir de nouvelles contributions, propose ainsi un ensemble de regards sur la prison, dans un unique but citoyen : permettre à chacun de se construire une opinion sur le sujet, et ainsi nourrir la nécessaire réflexion que doit mener notre société sur sa politique carcérale. ........................................................................................................................................................................
Retrouvez-nous pour le lancement du site le mardi 17 avril 2012, à 18h30, en présence des auteurs et des associations partenaires : Centre Barbara, 1 Rue de Fleury, 75018 Paris
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LES ASSOCIATIONS PARTENAIRES Acat France . Act Up . Banc Public . Bibliothèque Philippe Soummeroff . Genepi . La Cimade . Observatoire international des prisons . Raidh .
Manifeste Negawatt
En 2003, vingt-quatre ingénieurs engagés dans la recherche d’un avenir énergétique durable réalisaient le « scénario Négawatt », certainement la proposition la plus aboutie pour repenser la politique énergétique de la France.
Cet ouvrage présente, dans une approche pédagogique et intelligible par tous, la toute dernière actualisation de ce scénario.
Ce travail repose sur une méthodologie rigoureuse constituée de trois piliers fondamentaux : la sobriété et l’efficacité énergétiques ainsi que le recours aux énergies renouvelables. Cette grille de lecture simple et efficace permet de repenser intégralement notre rapport à la consommation énergétique et d’envisager un futur positif, constitué d’énergies propres.
(Ed. Actes Sud, 376 p., 20 €).
« Silence » a trente ans
La revue écologiste est née en 1982, et conserve bon pied bon oeil.
Pour ses trente ans, Silence, la plus ancienne revue écologiste généraliste diffusée régulièrement de nos jours, a consacré son numéro 400, richement illustré (192 photos, dessins, logos…), à « L’écologie en 600 dates » (1), de la naissance de l’agriculture biologique, il y a environ cent vingt siècles, à notre ère.
Les soixante-deux auteur(-e)s remémorent catastrophes et drames : la première marée noire d’ampleur suite au naufrage, le 18 mars 1967, du Torrey Canyon (2) entre les îles Scilly dans la Manche et la côte britannique ; l’accident de niveau 5 intervenu le 28 mars 1979 dans la centrale nucléaire de Three Mile Island près d’Harrisburg en Pennsylvanie ; celui de Tchernobyl, le 26 avril 1986 ; l’explosion, le 3 décembre 1984, dans l’usine chimique d’Union Carbide (3) à Bhopal en Inde (3500 décès sur le coup, 30 000 des suites des expositions à l’isocyanate de méthyle) ; l’attentat contre le Rainbow Warrior, le bateau-phare de Greenpeace, le 10 juillet 1985, dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande (le photographe portugais Fernando Pereira y périt) ou encore le trépas de Vital Michalon, le 31 juillet 1977, lors du rassemblement contre la construction du surgénérateur Superphénix sur le site de Creys-Malville dans l’Isère.
En septembre 1791, Olympe de Gouges lança sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». En 1866, le biologiste allemand Ernst Haeckel forgea le concept d’écologie, désignant, selon lui, « la science des conditions d’existence ». Le célèbre soleil rouge souriant sur fond jaune, l’emblème du mouvement antinucléaire, conçu par Anne Lund et Soren Lisberg, darda ses premiers rayons, le 1er mai 1975 à Aarhus (Danemark). En juin 1924, l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner jeta les bases de ce qui portera plus tard l’appellation d’ « agriculture et de viticulture bio-dynamiques ». Prairial, la première coopérative de distribution et de vente de denrées alimentaires issues d’une production biologique, fut créée le 3 décembre 1971.
Parmi la multitude de livres mentionnés, le très subversif Discours de la servitude volontaire (4), concocté en 1548 par un garçon de dix-huit ans, Étienne de la Boétie, Silent spring de Rachel Carson (1962), une alerte très argumentée sur les dangers des pesticides qui entraîna en 1972 l’interdiction du DDT aux Etats-Unis, ainsi que Limits to growth de Donella Meadows, Dennis Meadows et Jorgen Randers à la demande du Club de Rome, en mars 1972. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat publia son premier rapport d’évaluation en octobre 1990, suite à l’Aperçu général, adopté le 30 août précédent, à Sundsvall (Suède).
Le numéro 1 de Silence, tiré à 700 exemplaires, sortit le 4 octobre 1982, avec notamment un dossier sur la biomasse. Le titre se réfère à la bande dessinée éponyme de Didier Comès et en contre-pied avec La gueule ouverte (5). Ses rédacteur(-trice)s placèrent le mensuel sous l’égide de l’écologie, des alternatives et de la non-violence. En accentuant l’évocation d’expériences et de projets résolument innovants, ils(elles) confortent leur engagement militant en faveur d’une écologie radicale et sociale, très éloignée des positions plutôt conformistes des Verts.
Bannissant les notions de hiérarchie rigide, ils (elles) privilégient une approche « horizontale », alors que les partis et la plupart des mouvements, tenus par des leaders, s’articulent autour d’un programme figé et de structures ne laissant guère d’espaces à la créativité, à la diversité d’opinions. Réfutant toute prétention à l’objectivité, cette vertu faisandée dont se parent les grands médias, ils (elles) espèrent tisser des liens entre celles et ceux qui aspirent à vivre autrement en se muant en des insoumis(-ses) conscient(-e)s que le bonheur se trouve parfois à portée de main, que la « crise » est celle des places boursières, et non celle des sentiments.
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Notes :
(1) Édition d’avril 2012, 84 pages, 9 €, avec en sus, un encart de 16 pages d’actualités. Le dossier spécial figure aussi dans un ouvrage à l’enseigne du Passager clandestin, Congé-sur-Orne (Sarthe), février 2012, 88 pages, 12€. Commandes auprès de Silence : 9, rue Dumenge 69317 Lyon Cedex 04.
(2) Tanker immatriculé au Libéria qui sillonna les océans avec 119 000 tonnes de brent pour le compte de la British Petroleum.
(3) Filiale, depuis le 6 février 2001, de Dow Chemical, un des sponsors des Jeux olympiques de Londres (27 juillet-12 août 2012).
(4) Son ami Michel de Montaigne publia le manuscrit à titre posthume, en 1576.
(5) Initiée par le regretté Pierre Fournier (en vente de novembre 1972 jusqu’au 29 mai 1980, après plusieurs changements de formule).
Le 17 avril est la journée mondiale des luttes paysannes
Le 17 avril est la journée internationale des luttes paysannes, commémorant le massacre de 19 paysans qui se battaient pour la terre et la justice au Brésil en 1996. Chaque année à cette date, des actions ont lieu dans le monde entier pour les droits des paysannes et paysans. Ce 17 avril 2012, ce sera l’occasion pour les mouvements sociaux français de créer un Collectif citoyen français contre les accaparements de terres.
Aujourd’hui, de nombreuses communautés paysannes à travers la planète luttent contre l’accaparement de leurs terres. Ces dix dernières années, au moins 203 millions d’hectares de terres, près de 4 fois la taille de la France métropolitaine, auraient fait l’objet d’accaparements à travers la planète [1]. Des actions seront organisées contre ce phénomène dans toute la France à l’appel de la Via Campesina et de la Confédération Paysanne. Pour Christian Roqueirol de la Confédération Paysanne, « l’accaparement et l’artificialisation des terres sont des problèmes auxquels les paysannes et paysans qui défendent leur souveraineté alimentaire font face dans tous les pays. Nous organisons donc des mobilisations populaires à travers la France pour faire connaitre leurs luttes en faveur d’une agriculture au service de l’humain et de l’environnement ».
Pour faire face à cette ruée vers les terres, plus de 900 organisations à travers la planète ont signé l’Appel de Dakar contre les accaparements de terres [2]. Les organisations françaises signataires de cet appel s’unissent donc dans un Collectif citoyen français contre les accaparements de terres. Comme l’explique Antoine Bouhey de Peuples Solidaires « face à l’ampleur du phénomène, nous devons faire front pour soutenir les luttes des paysannes et paysans contre les accaparements de terres et dénoncer les violations de droits auxquelles participent les entreprises qui accaparent les terres ».
Les organisations membres du Collectif soutiennent un meilleur encadrement juridique de l’activité des entreprises et un renforcement des droits fonciers des communautés. Une première étape doit être l’adoption en mai et la mise en œuvre des "Directives Volontaires sur la gouvernance responsable des régimes fonciers des terres, pêches et forêts", dont le texte final a été négocié en mars à Rome dans le cadre du Comité sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA).
Pour Clara Jamart d’Oxfam France, « les Etats ont la responsabilité d’empêcher les accaparements de terres : c’est ce que rappellent ces directives, qu’ils doivent intégrer dans leurs législations pour faire réellement respecter les droits des usagers des terres. Ils ne le feront que sous la pression des mouvements sociaux qui se mobilisent dès le 17 avril pour les pousser à intégrer ces directives au plus vite ! »
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Organisations signataires : AGTER, les Amis de la Terre, CCFD-Terre solidaire, la Confédération Paysanne, Fédération Artisans du Monde, Oxfam France, Peuples Solidaires/ActionAid France, Secours Catholique, Sherpa, SOLIDARITE, Survie, Terre des Hommes France.
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Notes :
[1] Les droits fonciers et la ruée sur les terres, IIED, CIRAD, ILC, décembre 2011. Ce rapport recense plus de 2000 cas de transactions à grande échelle entre 2000 et 2010 sur 203 millions d’hectares de terres, parmi lesquelles 1155 transactions portant sur 71 millions d’hectares ont fait l’objet de vérifications croisées.
[2] L’Appel de Dakar contre les accaparements de terres a été adopté lors du Forum Social en février 2011 et signé depuis par plus de 900 organisations
La lutte contre l’artificialisation des terres s’organise
Suite à l’appel lancé par la Confédération Paysanne, des représentant-e-s d’organisations, de collectifs mais aussi de participant-e-s venu-e-s à titre personnel, se sont réuni-e-s le week-end du 9 au 11 mars à Notre Dame des Landes. L’objectif était clair : fédérer les luttes contre l’artificialisation des terres nourricières.
Le lieu était emblématique puisqu’à Notre Dame des Landes, la résistance à la construction d’un aéroport au Nord Ouest de Nantes est de plus en plus virulente. D’autres lieux étaient représentés où les luttes contre des projets d’artificialisation des terres - de lignes LGV notamment - sont tout aussi actives : Puy de Dôme, Var, Pays Basque…
Ce week-end de travail, un réel forum, s’est organisé en ateliers pour trouver et réfléchir aux actions de sensibilisation possibles, communes à toutes les luttes contre l’artificialisation des terres fertiles.
La production de ces ateliers s’articule autour de 3 grands axes :
1 - Création d’une « boîte à outils » pour argumentaires
Elle permettra à la fois d’offrir des outils aux convaincu-e-s pour gagner dans leurs luttes mais aussi de pointer des arguments pour convaincre celles et ceux qui seraient encore dans « l’ignorance ».
Les argumentaires pourront proposer :
- de démonter les logiques économiques, capitalistes, industrielles, autoritaires ... qui sous-tendent tous les projets d’artificialisation des terres,
- de montrer les atouts des territoires touchés (patrimoine, services publics locaux, environnement, tissu économique et social),
- de démontrer l’inutilité et les dangers économiques, environnementaux et sociaux du projet d’artificialisation.
Enfin, les luttes pourront aussi présenter des exemples de gestion alternative et proposer des mesures de remplacement propres au territoire menacé.
2 - Proposition de moyens d’actions innovants
Pour appuyer encore la sensibilisation nécessaire, un atelier s’est penché sur les moyens d’actions à proposer, soit dans un esprit de méthodes classiques ou au contraire en proposant des actions humoristiques et innovantes. Que ce soit au contact direct avec la population ou par la voie des médias, une liste de moyens très fournie a été dressée proposant différents styles de manifestations originales (à vélo, de nuit, fourche en main, marches, opérations escargot, aides aux champs, chorales de légumes, actions clownesques, conférences gesticulées …).
3 - Mise en réseau des luttes
Afin de se tenir informés et d’échanger sur les méthodes et les expériences vécues de chacune des luttes, il a été décidé de mettre en place un réseau des luttes via Internet notamment : le site dédié proposera une carte des luttes, une newsletter, un centre de ressources, la trame de l’argumentaire, un agenda stratégique, un espace de discussion.
Parallèlement, un bulletin ‘Stop Artificialisation’ (sortie le 17 avril à l’occasion de la journée internationale des luttes paysannes), sera édité tous les 6 mois. Ce support papier permettra d’échanger et de diffuser des informations sur les différentes luttes du territoire national.
Le week-end de travail s’est achevé par la visite d’acteurs de l’association de petits paysans de Loire Atlantique « Le Wagon » venus présenter des exemples d’actions et de luttes actuellement menées par eux. Avant de se quitter, les participant-e-s étaient également invité-e-s à visiter les sites occupés sur la ZAD de Notre Dame des Landes.
Grâce à la pertinence et l’efficacité de ce forum, des actions concrètes et fédératrices ont donc été proposées, pour certaines d’entre elles déjà vivantes. Un réel mouvement national de solidarité et de convergence des luttes contre l’artificialisation des terres nourricières est en train de naître !
Eva Joly, vous allez nous manquer
Chère Eva Joly,
Vous voilà donc repartie en campagne après votre accident, cette fois avec des lunettes noires. Rien ne vous arrêtera ! Une fois de plus, vous nous surprenez par votre ténacité. Comme il était tentant, pourtant, de les planter là, tous vos amis verts ! Vous avez dû y penser. Mais ça leur aurait fait bien trop plaisir. La même idée a dû vous venir aussi, je l’imagine, en novembre, quand vous avez disparu pendant cinq jours au fond d’un fjiord ou au bord de votre crique bretonne. Ne pas revenir ? Créer un électrochoc ? Ou continuer à jouer le rôle de celle qui dit tout haut des vérités piquantes pour tout le monde ? Dans votre dos, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé (celui qui vous qualifiait gracieusement de « vieille éthique ») avaient tricoté un accord avec Martine Aubry : vous étiez, déjà, passée par pertes et profits.
D’ailleurs, qui a jamais cru qu’un Vert – ou une Verte – pourrait obtenir à la présidentielle plus de 5,2% des voix- le score atteint en 2002 par Noël Mamère ? Seul Daniel Cohn-Bendit aurait pu rivaliser avec Jean-Luc Mélenchon. Quel match ç’aurait été ! Mais voilà : notre « national-présidentialisme », comme il dit, ennuie « Dany ». Alors, il salue votre « courage ». Cécile Duflot aussi, même si elle constate que vous n’êtes pas « un grand fauve de la politique ». Et les paris s’engagent entre eux : « jusqu’où Eva descendra-t-elle ? Jusqu’à 1% ? Faudrait tout de même pas qu’elle descende trop bas : les socialistes remettraient en cause notre accord pour les législatives…. »
Cependant, vous faites mine de ne rien entendre. Vous tombez dans un escalier, vous avez le visage couvert de bleus, mais vous dites « ma campagne ne s’arrête pas, car je ne veux pas laisser le champ libre au mensonge généralisé… » Telle la Marseillaise de l’Arc de Triomphe, vous brandissez l’étendard des « valeurs de la République » ! Ca ne manque pas de panache. Ca n’en manquait pas non plus d’aller assister, à Montauban, aux obsèques des trois soldats tués par Mohammed Merah, vous qui avez scandalisé tout ce que la France compte de soldats, officiers, admirateurs de l’armée et midinettes en remettant en cause le défilé militaire du 14 juillet. Et ça ne manquait pas de culot – à moins qu’il ne s’agisse d’une provocation ? – de relancer, aussitôt après le drame de Toulouse, la polémique sur la libéralisation du cannabis. Bien entendu, personne ne vous en aura aucune reconnaissance. Et cela ne vous fera pas remonter d’un point dans les sondages.
Plus tard, pourtant, on vous rendra justice. Et même, je vous le prédis, on vous regrettera. Pas seulement parce que vous faites, avec vos lunettes rouges et votre accent, la joie des humoristes. Mais pour ce que vous nous apprenez sur nous-mêmes : sur nos contradictions franco-françaises. A votre manière, vous jouez le rôle du Persan de Montesquieu.
Nous prétendons adorer l’Egalité et d’ailleurs, tous nos candidats ont signé un pacte pour la parité Hommes/femmes. Mais le comportement de la classe politique et médiatique à l’égard de la candidate que vous êtes me rappelle terriblement celui dont souffrirent Edith Cresson, Ségolène Royal et même Simone Veil - pourtant la femme politique la plus aimée des Français . Caricature, mépris, grossièreté… Rien n’a vraiment changé, au pays de la misogynie.
Nous prétendons aimer la Justice, mais nous détestons les juges intègres et rigoureux, que nous appelons les « Justiciers ». Personne, ni à gauche, ni à droite, n’a soutenu le Procureur Eric de Montgolfier qui s’est mis à dos successivement la bande à Tapie et les frères de la Côte pour avoir voulu faire appliquer les lois de la République ( quelle idée, aussi, pour un aristo ! ) Quant à vous, personne ne vous écoute quand vous rappelez qu’un juge – et non le ministre de l’Intérieur – aurait dû, pour respecter le code de procédure pénale, superviser les opérations du Raid à Toulouse . Evoque-t-on votre carrière dans l’administration judiciaire ? Ce n’est pas pour saluer votre combat contre les fraudeurs et leurs chers paradis fiscaux, mais pour vous surnommer « Cruella » et vous mettre en scène , comme dans le film joué par Isabelle Huppert, en « juge aux gants rouges ».
Nous sommes de grands défenseurs de la Laïcité. C’est, avec République, le slogan commun à tous nos candidats. Mais que vous vous interrogiez sur le bien fondé des fêtes religieuses chômées de l ’Ascension, de la Pentecôte ou de l’Assomption - ou du moins que vous proposiez, dans un souci d’Egalité, d’accorder des jours fériés aux pratiquants d’autres religions que la seule religion catholique, la condamnation est unanime ! La CGT elle-même, dont on ignorait l’attachement au dogme de l’élévation au ciel de la Vierge Marie (édicté par le Pape Pie XII en 1950) défendra le week-end du 15 août. En vérité, toutes ces fêtes sont inscrites dans notre Histoire depuis des siècles. Autant vous le confesser : nos racines sont judéo-chrétiennes. Mais cela, nous nous interdisons de le dire et surtout, de l’écrire.
J’ai gardé pour la fin le sujet le plus délicat : l’Allemagne. A longueur de journées, nous conjuguons « le couple franco-allemand », « l’amitié franco-allemande ». Or, il est temps de vous l’avouer et de nous l’avouer à nous-mêmes : nous n’aimons pas les Allemands. Nous les envions. Nous admirons leurs performances économiques et leur discipline, Mais, 68 ans bientôt après la Libération de Paris, nous n’arrivons pas à les aimer. D’ailleurs, et malgré tout le mal que nous disons des Américains, nous envoyons nos enfants en Amérique plutôt qu’en République fédérale. Le souvenir de la Collaboration nous fait honte. La Shoah nous obsède. Les livres, les films, les documents TV sur les deux guerres mondiales et sur l’occupation nazie nous passionnent. Et il nous arrive de sursauter en entendant une voix à l’accent allemand, comme si un officier SS était entré dans notre salon .
Je sais : vous êtes franco-norvégienne et l’accent d’Oslo, qui vous est resté de vos jeunes années de Miss Norvège, est bien différent de celui de Berlin. Mais c’est plus fort que nous, plus fort que tous nos principes : sauf quand il s’agit de machines outils, de voitures et de machines à laver, nous nous méfions de ce qui nous vient d’Outre Rhin. Daniel Cohn-Bendit aurait dû vous prévenir, lui que Georges Marchais traita, en mai 68,de « juif allemand ». Malgré tout, après tant d’années, il fait désormais partie de notre patrimoine. Vous aussi ! Mais nous ne le savons pas encore. Un jour, nous vous rendrons justice. Nous découvrirons que, lorsque vous réclamiez un défilé pacifique le 14 juillet plutôt que des chars et des soldats, vous étiez l’héritière d’une longue tradition qui remonte à Voltaire et Rousseau. Une tradition très française !
De mémoires d’ouvriers
De mémoires d’ouvriers
Sortie nationale le 29 février 2012
Un film de Gilles Perret
Ce film commence par une histoire locale et finit par raconter la grande histoire sociale française !
De la naissance de l’électrométallurgie, en passant par les grands travaux des Alpes et la mutation de l’industrie, jusqu’au déploiement de l’industrie touristique, c’est l’histoire ouvrière en général que racontent les hommes rencontrés par Gilles Perret.
Dignes et lucides, ils se souviennent de ce qu’ils furent et témoignent de ce qu’ils sont devenus dans la mondialisation.
Le gouvernement impose les méga-publicités à Paris
Un dispositif législatif adopté subrepticement empêche Paris de limiter la taille des méga-affiches publicitaires.
Le gouvernement a glissé dans la Loi Warsmann (loi de simplification du droit du 22 mars 2012) un article modifiant le code de l’environnement et rendant inopérantes les principales avancées du nouveau règlement local de publicité. Ce texte élaboré par la Ville de Paris avec la Préfecture, en concertation avec les professionnels et les associations a été voté par le Conseil de Paris et arrêté par le maire de Paris le 7 juillet 2011.
Ce nouveau règlement prévoit de réduire les dispositifs publicitaires qui défigurent certains quartiers : suppression des très grands formats type 4 par 3, réduction du nombre de publicités de 30 %.
Avec cette nouvelle disposition, les anciens dispositifs publicitaires pourront finalement demeurer en place jusqu’au 11 juillet 2017. Le nouveau règlement local de publicité, adopté par la Ville, est donc suspendu pendant six ans, au lieu de deux ans dans la version antérieure du code de l’environnement.
La Ville de Paris juge ce procédé et ce délai inacceptables. C’est de facto un retour en arrière et une négation des compétences des collectivités. Cette loi adoptée avec la procédure d’urgence et contre l’avis du Sénat, est en contradiction flagrante avec l’esprit du Grenelle 2 voté en juillet 2010, dont les décrets n’ont été promulgués qu’en janvier dernier, et en annule aussitôt la portée. C’est un recul manifeste du gouvernement face aux lobbies des publicitaires.
Déterminée pour sa part à pouvoir faire appliquer ses règlements, la Ville demande au gouvernement de ramener, par décret, le délai de mise en conformité des dispositifs publicitaires à 2 ans.
En Espagne, le gouvernement veut criminaliser la résistance à sa politique
Le gouvernement de Mariano Rajoy est conscient que le démantèlement du système social ainsi que la réforme du travail vont continuer de durcir le climat insurrectionnel présent dans les rues. Cela est apparu nettement lors des mobilisations des Indignés du 15-M [1], des étudiants du « Printemps Valencien » et de la grève générale du 29 mars 2012. Face à l’escalade de la tension sociale, l’Exécutif a décidé de « réformer en profondeur » le Code Pénal, la loi de Procédure Criminelle et la Loi Organique de Protection de la Sécurité des citoyens.
Au cours de la séance de contrôle du Congrès, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz a justifié ce durcissement en alléguant la nécessité de lutter contre ce qu’il appelle « une spirale de violence » pratiquée par ce qu’il a qualifié de « collectifs anti-système » qui pratiquent des « techniques de guerre urbaine », selon Europa Press. Mais la législation dépasse largement la mise au pas des protestataires, elle vise la mise en place d’une batterie de restrictions des droits.
Le but de toutes les mesures qui ont été annoncées ces derniers jours, et de celle que le Ministre de l’Intérieur a présentée aujourd’hui est de renforcer le maintien de l’ordre public. Parmi ces mesures, le durcissement des sanctions contre la violence de la rue par l’application de la législation anti-terroriste conçue pour traiter les cas de kale borroka [2] au Pays Basque, et le rapport direct établi avec les affrontements survenus à Barcelone au cours de la grève du 29-M [3]. Il s’agit de faire en sorte que « le système inspire davantage la peur aux gens », comme l’a dit la semaine dernière le Conceller [4] de l’Intérieur, le Catalan Felip Puig.
Cependant, les protestataires ne sont pas la cible unique des réformes que proposent les conservateurs. Une autre de leurs propositions est de qualifier la résistance passive ou fortement active de « délit d’attentat contre l’autorité ». Ceci est une référence claire aux mobilisations estudiantines de Valence et au Mouvement 15-M. Avec cette législation, pourraient être condamnées pour attentat toutes les personnes participant aux mobilisations des Indignés, qui le plus souvent sont organisées sans notification préalable à la Délégation [5] du Gouvernement.
La participation à ces manifestations ne sera pas le seul acte à être réprimé. La réforme proposée prévoit que sera considéré comme « délit d’appartenance à une organisation criminelle » le fait de diffuser via Internet et les réseaux sociaux les appels à des rassemblements « protestataires susceptibles d’altérer gravement l’ordre public », ce qui concerne tous ceux qui n’auraient pas été notifiés et qui s’accompagneraient du refus de vider les lieux malgré l’avertissement de la Police. Exactement ce qui s’est passé le 15 mai 2011 et les jours qui ont suivi, place de la Puerta del Sol à Madrid.
L’Espagne a le taux de détenus le plus élevé d’Europe Occidentale et les indices de criminalité les plus bas. Néanmoins, seront incluses aussi « toutes les formes d’agression », attaque violente à l’encontre d’un policier, les menaces et comportements synonymes d’intimidation ou le jet de projectiles dangereux.
Une autre mesure, signalée par Europa Press, permettra de considérer comme circonstance aggravante le fait de perpétrer ces actions violentes dans des manifestations ou des rassemblements. Sera considéré comme délit contrevenant à l’ordre public le fait de pénétrer dans des établissements publics ou d’entraver l’accès à ces derniers. En conséquence, la quantité des dégâts comptabilisée sera étendue non seulement à ceux commis dans ces établissements mais aussi à ceux engendrés par l’interruption du service public.
Bien que le Ministre de l’Intérieur ait déclaré : « Il ne s’agit pas seulement de répondre avec le Code Pénal à des initiatives de guérilla urbaine qui tendent à proliférer dans nos rues, mais il ne s’agit pas non plus de nous installer dans une béatitude juridique », l’Espagne possède déjà un Code Pénal dur par rapport à celui des autres pays européens.
Il est de fait qu’actuellement, l’Espagne possède le taux de détenus le plus élevé de toute l’Europe occidentale. En revanche, ses indices de criminalité sont, pour le moment, parmi les plus bas.
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Notes :
[1] Mouvement du 15 mai 2011
[2] Lutte de la rue, en basque
[3] Grève générale du 29 mars 2012
[4] Ministre du Gouvernement de la Generalitat de Catalogne
[5] Organe du gouvernement central dans les Communautés autonomes
Jean-Luc Mélenchon : « Je m’interdis le mot croissance »
Dans une interview exclusive à Reporterre, Jean-Luc Mélenchon s’explique sur l’écologie comme il ne l’a jamais fait. Pour lui, « l’écologie politique est le nouveau paradigme organisateur de la gauche ».
Jean-Luc Mélenchon a accordé une interview exclusive à Reporterre, centrée sur les questions écologiques.
Dans les trois séquences qui suivent, il s’explique d’abord sur son cheminement intellectuel vers l’écologie, puis sur la planification écologique et la règle verte, et enfin sur le nucléaire, l’énergie, et l’étalement urbain.
Il reconnait sa dette théorique à l’égard des Verts. Pour lui, "l’écologie politique a été un choc intellectuel".
Il rappelle sa position sur la sortie de l’énergie nucléaire, mais souligne le "défi extraordinaire" que représente la sortie des énergies carbonées.
Et il prend ses distances d’avec la croissance comme aucun responsable politique ne l’a jamais fait.
« L’écologie politique a été pour moi un choc intellectuel »
Interview de Jean-Luc Mélenchon from Reporterre on Vimeo.
Le candidat du Front de Gauche indique qu’il n’a pendant longtemps pas prêté beaucoup d’attention à l’environnement, pour lequel il n’avait qu’une « sensibilité purement superficielle » (0’34"). Il a évolué, notamment en constatant « les angles morts » du marxisme, d’autre part sous l’influence des Verts, envers qui il « reconnait tout à fait notre dette » (2’15"), parce qu’ils « ont mis le sujet sur la table ». D’Alain Lipietz, il a retenu « l’idée que l’écologie politique est le nouveau paradigme organisateur de la gauche ».
L’écologie politique « a été pour moi le même choc intellectuel que lorsqu’à vingt ans, j’ai lu ‘L’idéologie allemande’, le livre de Marx m’a fait l’effet d’une espèce de révélation intellectuelle » (2’42"). Pour lui, dans la foulée de Marx, la nature est comme « le corps inorganique de l’homme » (3’58") et l’homme est « un épisode de la nature elle-même » (4’35"), il est « partie prenante de la nature, il en est un moment, liée par la même loi du hasard et de la nécessité que tout autre réalité vivante » (5’05").
Cela a conduit à abandonner « l’aveuglement » (5’57") de l’ancienne gauche « productiviste ». « Et puis surtout, le problème était l’adoption du standard de vie des riches. Ce que les riches voulaient était donc bon, et donc il en fallait pour tout le monde. Et c’est à ça qu’il faut renoncer. Parce que la richesse est synonyme d’irresponsabilité, dans les modes de consommation. Dans la mesure où elle n’a pas à se poser pas les problèmes de la masse, le problème de la responsabilité qu’elle prend, parce que comme elle pense qu’ils sont peu nombreux, tout va bien pour eux. Je me souviens de la période où on disait, ‘Une Mercedes pour tout le monde’. On voulait dire, ‘Ce que les riches ont, alors tous les autres doivent l’avoir’. On avait un regard a-critique sur la consommation » (6’37").
« L’écologie permet de refonder l’ensemble des paradigmes de la pensée de gauche »
Selon Jean-Luc Mélenchon, « l’écologie a permis de régler des problèmes théoriques. » En effet, toute l’idée progressiste repose sur l’égalité. Mais c’est une vue de l’esprit, tous les hommes ne sont pas vraiment égaux dans l’état de nature (10’30"). Et donc, tous les régimes égalitaires sont par nature totalitaires, parce qu’ils contraignent l’état de nature. « L’écologie politique clot cette discussion. Pourquoi ? Parce qu’elle dit qu’il n’y a qu’un écosystème compatible avec la vie humaine. Donc tous les êtres humains sont semblables en ceci que si cet écosystème disparaît, ils disparaissent tous en même temps. Donc ils sont bien semblables, et égaux, devant la contrainte de cet écosystème. De là, tout le reste vient, qui se trouve fondé objectivement. Si nous n’avons qu’un seul écosystème qui rend la vie humaine possible et que nous sommes tous semblables, il y a donc un intérêt général humain. L’intérêt général, dont on avait entendu dire pendant des années – et j’ai fait partie de ceux qui disaient ça – ‘l’intérêt général est une construction idéologique, intérêt général égale intérêt du capital’. Ben non, pas du tout, il y a un intérêt général humain. S’il y a un intérêt général, comment le connaître ? En en discutant » (10’40").
La discussion permet deux idées fondamentales. Il n’y a pas de vérité révélée : « Un, nous ne sommes jamais dans la certitude » (11’50"). Et deux, « nous sommes plus intelligents à plusieurs qu’à un seul, donc, comment allons-nous trancher ? C’est la démocratie. D’après quelle règle ? Ce qui est bon pour tous. Et qu’est-ce qui est bon pour tous ? Ce qui nous rend davantage égaux et davantage en osmose avec notre écosystème. Et donc au terme, on voit qu’on arrive à avoir refondé l’ensemble des paradigmes organisateurs de la pensée de gauche, le socialisme, l’humanisme, les Lumières, la République, et la démocratie, et nous n’avons rien abandonné en route » (11’54").
« Ensuite je suis passé à un deuxième niveau : y a-t-il une classe écologique ? » (12’50") « Certains sont par rapport à l’environnement dans une situation particulière. Les travailleurs sont en première ligne. C’est eux qui manipulent les produits pourris. La classe de contact avec la catastrophe écologique, c’est la classe ouvrière. » La classe d’intérêt général est la classe ouvrière.
Ainsi, augmenter le SMIC est une mesure écologique, parce que cela permet de mieux soutenir et donc de soutenir une agriculture paysanne.
« Je m’interdis le mot croissance »
La planification écologique est l’outil maître de la politique environnementale du Front de gauche. Pourquoi ? Parce que « la production aujourd’hui est entièrement commandée par le court terme » (15’57"). Les entreprises doivent rendre des comptes tous les trois mois. « On a besoin de temps long pour faire diverger la machine. La planification, c’est ralentir le temps. » (16’35").
« Deuxième point : nous ne sommes plus dans la politique de l’offre » (16’48"). Autrement dit, pas question de soutenir aveuglément la production de n’importe quoi. Il s’agit de mener une politique de la demande. Mais en analysant comment elle devient écologiquement responsable et en s’interrogeant sur les besoins, selon « un impératif commun à toutes les réflexions et à toutes les réorganisations de la production et de l’échange, qui serait la règle verte, c’est-à-dire diminuer l’empreinte écologique de la production, et le faire d’une manière sérieuse et méthodique » (18’08").
Jean-Luc Mélenchon a abandonné le dogme de la croissance : « Le PIB [produit intérieur brut] est un instrument de mesure extrêmement rustique, il n’est pas utile pour ce qu’on a à faire » (19’06"). En fait, il s’agit de « la doxa, c’est la bataille des mots. Quand vous avalez le mot, vous avalez la grammaire avec. Quand vous avalez le mot PIB, vous avalez le mot croissance, et puis vous avalez un mot que vous ne prononcerez jamais, c’est le mot d’irresponsabilité » (19’27").
« Je m’interdis le mot croissance, je dis ‘la relance de l’activité’, je ne parle jamais de croissance dans mes discours. Ce n’est pas que la croissance soit un problème, mais je sais très bien ce qu’on met dedans. Et d’ailleurs, la relance de l’activité implique de la décroissance dans certains domaines » (19’48").
Certaines productions devront croître, comme celles des services à la personne, s’occuper des petits, des personnes dans la dépendance, mais d’autres productions devront décroître.
Pour le candidat du Front de gauche, il y a là « une rupture idéologique de fond avec la social-démocratie : nous ne disons pas que nous allons répartir les fruits de la croissance ! La social-démocratie est organiquement liée au productivisme, quand elle dit ça [répartir les fruits de la croissance], puisqu’elle déclare qu’il n’y a de progrès social que dans le cadre du productivisme. Nous, on pense exactement l’inverse, on pense qu’il n’y a de progrès économique que s’il y a du progrès humain et du progrès social » (20’43").
M. Mélenchon reconnaît que le parti communiste n’est pas arrivé au même point que lui : « les communistes ne proposent pas de partager les fruits de la croissance, ils proposent de partager tout », mais « la discussion n’a pas été très avant… Il y a beaucoup de débat au sein du parti communiste ». « Je veux convaincre mes camarades communistes que l’écologie est la réponse aux questions qu’ils se posent, et non pas quelque chose qui nie leurs préoccupations – c’est leur principale crainte » (22’50").
Le candidat critique ensuite vivement la publicité : elle « est un impôt privé : on vous conditionne, et vous payez votre conditionnement » (27’40"). « Il faut arrêter l’orgie » (27’23").
L’océan est la nouvelle frontière
A propos de la sortie du nucléaire, Jean-Luc Mélenchon « demande qu’on ne soit pas hypocrite : ou bien c’est dangereux, et alors c’est à la première centrale que c’est dangereux, ou bien ça ne l’est pas, et alors on prend d’autres dispositions. Mais le mi-chèvre, mi-chou n’a pas de sens dans un domaine comme celui-ci » (27’40"). Sa position ? « Ma conviction personnelle, qui n’est pas celle du Front : Je suis pour qu’on en sorte » (29’38").
Il précise : quoi qu’il arrive, on aura besoin de la recherche nucléaire, notamment pour les déchets, et donc, « on va continuer la recherche fondamentale » (28’18").
Par ailleurs, Mélenchon veut developper deux nouvelles énergies – dans lesquelles les travailleurs du nucléaire pourraient se reconvertir : la géothermie profonde, « qui commande en amont plein d’autres activités, dans la sidérurgie, dans la chimie, et dans l’organisation du territoire » (30’25"), et l’énergie de la mer : « Quand on a le deuxième territoire maritime au monde, on a peut-être quelque chose à dire sur le sujet » (31’10").
Le candidat est réservé à propos de l’énergie solaire, en raison de « l’empreinte écologique des panneaux » (31’40").
Et surtout, il considère que « la sortie des énergies carbonées » représente « un défi extraordinaire » (32’58"), qui devra notamment mobiliser des technologies pointues, y compris dans les nanotechnologies.
Il est moins disert sur les économies d’énergie – mais il est vrai que la durée de la discussion était limitée par un agenda très serré -, évoquant seulement « les process de production » (35’20") et « des milliers d’emplois pour la rénovation thermique ». Quant à la hausse inévitable du prix de l’énergie, il préfère botter en touche : « Nous ne sommes pas crédibles si nous venons avec une dimension punitive » (36’00").
Sur l’étalement urbain, Jean-Luc Mélenchon reconnaît que sa réflexion est limitée : « On n’est pas au point sur l’étalement urbain. La question n’est pas traitée en tant que telle dans notre organisation alors que la situation ne peut plus durer, on a atteint des dégâts sans limite » (41’53"). Il faut cependant « combattre l’archétype enfoncé dans la tête depuis quarante ans » (43’58"), dans lequel tout le monde doit être « propriétaire de sa petite maison ».
Jean-Luc Mélenchon conclut dans l’enthousiasme : il faut « retrouver l’audace des pionniers. Ce monde est beau, il est neuf » (45’00). Et il a une nouvelle frontière, l’océan.
BONUS : "Mes inspirations en Amérique latine"
(commence à 46’28")
Les idées qui ont traversé l’océan :
- "Qu’ils s’en aillent tous", vient d’Argentine ;
- Le nom de "Front de Gauche" vient d’Uruguay ;
- "La révolution citoyenne" a été empruntée à l’Equateur ;
- Et "la manière d’affronter le système médiatique" est imitée de ce qu’ont fait les Kirchner, en Argentine.
La Pachamama rompt avec la modernité occidentale - et tant mieux
Pacha Mama - « la Terre Mère » : explication, ambiguïtés et avancée conceptuelle.
L’Amérique Latine est probablement l’une des régions du monde où les discussions sur les conceptions de la nature sont les plus vives. Tandis que, dans les pays industrialisés, l’environnement devient de plus en plus artificiel, des zones sauvages ou peu modifiées par l’être humain subsistent dans de nombreuses régions du Sud. Cette richesse écologique s’accompagne d’une diversité culturelle qui s’exprime notamment dans différentes manières de concevoir l’environnement. Parmi celles-ci, on peut distinguer les conceptions andines de la Pacha Mama. Il s’agit d’approches qui se sont largement répandues, ont irrigué de nombreux groupes environnementalistes, et ont débouché sur les nouvelles constitutions ou plans de développements en Bolivie et en Équateur.
Les racines
La notion de Pacha Mama puise ses racines dans la manière dont les cultures des Andes centrales d’Amérique du Sud, en particulier les Aymaras, les Quechuas et les Kichwas, conçoivent l’environnement et le rôle qu’y jouent les humains. Il est courant de l’identifier à la Terre Mère ou à la Mère nature, même s’il ne s’agit pas exactement des mêmes idées. Plusieurs clarifications sont donc nécessaires pour comprendre l’idée de Pacha Mama, liée à la Pacha, qui, dans la langue Aymara, désigne le cosmos, l’ordre de l’univers. La Pacha Mama désigne l’environnement dans lequel est inséré l’individu. La dualité européenne classique, qui sépare la société de la nature en deux dimensions clairement distinctes et différentes, ne s’applique pas ici. Dans le monde andin, cette séparation n’existe pas : les personnes font partie de l’environnement, qui n’est pas perçu seulement de manière biologique ou physique, mais également sociale.
Mais cette relation ne doit pas pour autant être comprise comme désignant les interactions d’un individu au sein de la Pacha Mama. Les interactions sont celles d’une communauté, et non d’individus isolés. Il n’y a aucun sens à se représenter une personne seule, absorbée dans la contemplation de l’environnement : les interactions trouvent leurs origines dans des communautés.
Le concept andin de communauté se distingue lui-même de l’acception occidentale. Alors que la communauté est appréhendée en Occident comme une catégorie sociale, qui figure un groupe de personnes ayant des relations étroites les unes avec les autres, ou encore qui se sentent liées à un même territoire, la conception andine est bien plus vaste. Elle englobe en effet les personnes, mais aussi les êtres vivants non humains, tels que les animaux ou les plantes, ainsi que certains éléments non vivants, en particulier les monts et montagnes ou encore les esprits des défunts. Ces communautés sont en outre propres à un territoire donné, qui les définit et auquel il est accordé des attributs spécifiques. Ainsi, les conceptions originelles de la Pacha Mama permettent de la représenter comme une manière de se penser comme faisant partie d’une vaste communauté sociale et écologique, ellemême insérée dans un contexte environnemental et territorial. La Pacha Mama n’est donc pas un simple synonyme, ou une idée analogue à la conception occidentale de la nature : il s’agit d’une vision plus ample et plus complexe.
Dans les philosophies andines, dominer ou contrôler l’environnement n’a aucun sens. On coexiste avec la Pacha Mama. Elle est une source de vie, dont la culture, la récolte de la terre, permet de nourrir la communauté. Dans cette perspective, l’obtention des fruits de la Pacha Mama doit donc être compensée par des rétributions ou des correspondances. Ce qu’il est parfois tentant de ramener à une relation symbiotique est en réalité plus complexe, et se fonde sur des liens de réciprocité, de complémentarité et d’interdépendances entre les humains, la communauté au sens large et la Pacha Mama. Il n’y a ici pas une nature intacte, mais un environnement cultivé, travaillé, de manière parfois intensive, avec lequel sont engagées des relations qui appellent des correspondances. Il s’agit d’un lien dans lequel il n’y a pas d’« adoration » au sens traditionnel du terme, mais bien une « relation ».
Cela ne doit pas surprendre, dans la mesure où, dans les hautes steppes andines, les conditions difficiles, qu’il s’agisse du climat, des sols ou des eaux, obligent à ce que l’usage de ce que nous, occidentaux, appelons ressources naturelles, soit particulièrement prudent et efficace, dans la mesure où il doit assurer la nourriture et le bien-être à la famille et à la communauté.
Cela est également renforcé par la communication. La Pacha Mama a une voix, elle envoie des messages et parle aux communautés. À certains moments, elle accueille et protège, mais elle peut également se mettre en colère et punir. Le paysan andin dialogue avec la Pacha Mama, non comme si elle était un élément extérieur à lui, mais de l’intérieur d’elle.
La pertinence de cette relation de construction de l’environnement et le sens de la correspondance et de l’obligation permet d’expliquer qu’on la distingue parfois de ce qui se rapproche de notre vision occidentale des zones sauvages. En effet, dans certaines communautés, on fait la distinction entre un espace social et territorial des cultures, le monde du maïs (sara) et celui de la mauvaise herbe (cora), ce dernier se rapprochant de ce que nous entendons par zones sauvages. Dans le premier cas, il s’agit de l’ordre qui garantit la nourriture, là où le second est interprété comme un désordre naturel, dangereux, dans la mesure où il peut signifier la faim ou la pénurie. Les humains au sein de leurs communautés sont ceux qui convertissent ce désordre en espace de sara propre à la Pacha Mama.
Droits de la nature et biocentrisme
Ces éléments qui, parmi d’autres, rendent compte de la compréhension et des expériences complexes de la Pacha Mama aident à décrire une véritable philosophie de l’environnement, qui se distingue nettement de l’anthropocentrisme européen. Cette approche a gagné en influence, notamment en raison du rôle central des indigènes dans les changements politiques qui ont eu lieu en Amérique du Sud. Ils ont eu des effets tant dans le domaine normatif que concernant les stratégies de développement de certains pays, et sont à l’origine de nouveaux débats à l’intérieur des mouvements sociaux, à l’échelle continentale comme mondiale.
L’une des avancées les plus importantes a eu lieu en Équateur, où la catégorie « Pacha Mama » a fini par être reconnue dans la nouvelle constitution (adoptée en 2008), comme base de la reconnaissance des droits de la nature. Dans ce pays, la nature est devenue un sujet de droits, et ses valeurs propres sont désormais reconnues. La catégorie occidentale de la nature est située au même niveau que la catégorie indigène de la Pacha Mama, qui est définie dans un sens vaste, comme l’espace « où se reproduit et se réalise la vie » (article 71).
Il s’agit d’un changement radical, qui rompt avec au moins deux idées centrales de la modernité occidentale. La nature n’y est pas valorisée en fonction de son utilité pour les personnes, puisqu’elle a des valeurs propres (intrinsèques). Il s’agit d’une perspective biocentrique assumée, très différente de la posture occidentale selon laquelle seul l’être humain peut accorder et reconnaître des valeurs. Il s’agit également d’une rupture avec la dualité qui sépare la société de la nature, puisque les aspects sociaux et écologiques sont étroitement liés les uns aux autres.
Il ne s’agit pas ici de changements mineurs. C’est ce qui explique, par exemple, que la nouvelle constitution de Bolivie (adoptée en 2009) ne reconnaisse pas les droits de la nature. La posture conventionnelle, qui appréhende l’environnement dans le cadre des droits humains de troisième génération, persiste.
Dialogues et apprentissages mutuels
Même si le concept de Pacha Mama s’éloigne du tronc de la modernité, il se rapproche et entre en dialogue avec des postures qui, bien qu’étant occidentales, expriment des critiques de cette modernité.
Certaines similitudes entre les idées liées à la Pacha Mama et l’environnementalisme de l’« écologie profonde », dont la figure la plus renommée fut le philosophe norvégien Arne Næss, en sont un bon exemple.
L’écologie profonde conçoit les humains comme faisant partie de la nature, et tente de rompre avec la dualité anthropocentrique en reconnaissant que l’environnement a des valeurs propres. Le biocentrisme de l’écologie profonde s’accorde donc parfaitement avec différents éléments centraux de l’idée de Pacha Mama. Mais, dans le même temps, il lui adjoint des exigences plus importantes en termes de protection de la biodiversité et de la permanence des écosystèmes.
Il ne faut pas pour autant conclure que l’idée de Pacha Mama serait un retour vers un passé andin précolonial, ou qu’elle serait isolée des débats contemporains. En réalité, nous assistons à l’ouverture de nouveaux dialogues, dans lesquels certains éléments des traditions critiques occidentales peuvent apprendre, se modifier et grandir aux côtés de certaines composantes des savoirs indigènes qui vont au-delà de la modernité. Nous faisons face à des conversations interculturelles, à des alliances politiques potentielles, qui se font en liant la nature et la société, et qui cherchent des voies qui seraient des alternatives réelles et radicales aux postures conventionnelles actuelles de poursuite d’un développement économique à haut coût social et écologique.
Les controverses locales et mondiales
Le succès des invocations de la Pacha Mama a également débouché sur des prises de position polémiques, y compris de la part d’intellectuels indigènes. Le cas le plus connu est celui des invocations de la Pacha Mama par le gouvernement bolivien d’Evo Morales dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique. Sa position fut de vivement contester les pays industrialisés en raison de leur responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre, de critiquer le capitalisme global et d’exiger des engagements draconiens de réduction des émissions. La Pacha Mama est l’une des principales références sur lesquelles s’appuie cette position.
Le gouvernement Morales a sans doute totalement raison de remettre en question l’état des négociations sur le changement climatique, ou de critiquer le capitalisme. Le problème est cependant qu’il n’applique l’éthique de la Pacha Mama qu’à cette échelle planétaire, et non à l’intérieur de son propre pays. En effet, en Bolivie, les obstacles aux démarches environnementales restent nombreux, et le gouvernement Morales appuie avec entrain l’exploitation des ressources naturelles, qu’il s’agisse de l’exploitation minière ou des hydrocarbures (ce qui explique que la Bolivie ait, en 2011, battu un nouveau record d’exportations, qui s’élèvent à un peu plus de 9 milliards de dollars). Ces choix ont de lourdes conséquences sociales et environnementales, si bien que les protestations sociales augmentent. Dans de nombreux cas, les communautés indigènes se mobilisent contre l’entrée d’entreprises minières ou pétrolières.
Plusieurs problèmes sont soulevés ici. Il y a, en premier lieu, une contradiction, puisque le gouvernement Morales exige une approche « pachamamique » au niveau international, alors même qu’il ne l’adopte pas au niveau local, en n’étant pas prêt à cesser d’être un grand exportateur de minerais ou de pétrole. De plus, il dédaigne et combat les organisations citoyennes qui portent des revendications environnementales.
En outre, l’idée de la Pacha Mama est ici réorientée du local vers le planétaire. La Pacha Mama est invoquée pour promouvoir des droits à l’échelle mondiale, qui mettent l’accent sur la biosphère. Pourtant, comme nous l’avons vu plus haut, la Pacha Mama est une notion qui est toujours locale, inscrite dans des communautés larges, certes, mais toujours enracinées dans des territoires spécifiques. Étendre l’idée de Pacha Mama jusqu’à couvrir l’ensemble de la planète lui fait perdre la richesse des spécificités locales.
Il y a aussi, pour finir, un débat sur le sens donné à la Pacha Mama comme source des droits de la nature. Pour exemple, le ministre des Affaires étrangères de Bolivie, l’intellectuel David Choquehuanca, a été jusqu’à soutenir que, depuis la perspective environnementale indigène, les éléments les plus importants sont les monts, les rivières et l’air, tandis que « l’humain [viendrait] en dernier lieu » (conférence de presse du 21 avril 2010).
Ni les postures originelles de la Pacha Mama, ni les courants environnementalistes comme l’écologie profonde ne postulent que l’humain viendrait en « dernier » lieu, pas plus qu’il ne viendrait en « premier » lieu. Ils défendent en réalité une égalité biocentrique, dans laquelle tous ont des valeurs spécifiques qui confèrent le droit à vivre et à développer des plans vitaux. Les humains partagent l’environnement avec les plantes et les animaux. Cela ne saurait signifier que tous sont identiques, et, dans la Pacha Mama comme dans l’écologie profonde, les différences qui existent entre chaque forme de vie sont reconnues.
Les revendications actuelles
À l’heure actuelle, les idées de Pacha Mama sont soumises à toutes sortes de pressions. Les cultures dont elles sont originaires font face à différents types d’hybridation de savoirs, aux migrations des membres des communautés au-delà des Andes, ou encore à la progression de nouvelles religiosités, pour ne mentionner que quelques problèmes.
De fortes tensions sont également engendrées par l’arrivée, par exemple, d’une agriculture mécanisée et intensive dans différents territoires andins, grâce notamment aux revenus vertigineux de l’exploitation minière et pétrolière. Mais en dépit de ces impacts, les gouvernements, qu’ils soient conservateurs ou progressistes, comme le gouvernement d’Evo Morales en Bolivie (qui s’est présenté en plusieurs occasions comme un président indigène), persistent dans leur stratégie d’exploitation de la nature pour nourrir la croissance économique.
Les communautés elles-mêmes sont atteintes par ces tensions. Elles sont dans de nombreux cas tiraillées entre des discussions sur les compensations économiques visant à rétribuer l’extraction de leurs ressources naturelles et leurs impacts. Les expériences de la Pacha Mama sont rognées, chaque jour, sous l’effet de la marchandisation de la nature par le capitalisme global.
Pour autant, la résistance citoyenne et les réseaux et coordinations entre différents mouvements sociaux engendrent une réaction d’opposition qui tente de faire face à ces problèmes. En Bolivie, une marche massive indigène est par exemple parvenue à interrompre la construction d’une route sur un territoire vierge, une zone écologiquement protégée. Ces dynamiques ont aussi connu de grands succès, comme la reconnaissance des droits de la nature en Équateur. Mais les tâches restantes sont nombreuses, et les résistances énormes.
L’idée de Pacha Mama se heurte en effet, dans ses acceptions andines premières aussi bien que comme source d’inspiration pour faire émerger une nouvelle culture, aux conceptions profondément enracinées du savoir occidental. Les résistances sont donc énormes, et apparaissent tant à la droite qu’à la gauche du spectre politique. Il ne s’agit pas de prétendre que tous devraient se transformer en indigènes andins, ce qui est évidemment impossible. Il est en revanche nécessaire de prendre au sérieux l’idée de Pacha Mama, de reconnaître ses potentiels et ses limites, et, à partir de ses particularités, de l’articuler à d’autres propositions substantielles de changement. Il s’agit donc d’un appel à abandonner les idées classiques de progrès, qui fragmentent la nature en ressources manipulables ; ou de la croissance économique, selon laquelle la qualité de la vie se joue sur les marchés. L’enjeu est d’abandonner l’arrogance anthropocentrique, dans laquelle l’être humain décide de ce qui a de la valeur, pour tendre vers une communauté plus vaste, partagée avec d’autres êtres vivants et avec le reste de l’environnement.
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Traduit de l’espagnol par Nicolas Haeringer
Les LGV ne dynamisent pas les territoires
Selon la chercheuse Marie Delaplace, spécialiste des LGV, il n’y a aucune corrélation entre le dynamisme d’un territoire et l’arrivée d’une LGV
Universitaire, économiste et urbaniste, Marie Delaplace, professeur à l’université Paris-est- Marne-la-Vallée, membre de l’Institut français d’urbanisme et du Lab’Urba, est spécialiste de l’impact des LGV sur le développement local et régional.
Sud Ouest -. Une LGV a-t-elle un effet sur l’économie d’un territoire ?
Marie Delaplace - Non ! Il faut vraiment dépasser ce cliché. Entre chercheurs, nous sommes tous d’accord pour dire qu’elle n’a pas d’effets structurants en soi. Il n’y a rien d’automatique. Quand il y a un impact, c’est à chaque fois dans un contexte très particulier. Sauf exception, il n’y a aucune corrélation entre LGV et dynamisme d’un territoire.
Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ?
Nous avons par exemple étudié la croissance de l’emploi de 1 400 unités urbaines de plus de 9 000 habitants sur plusieurs années. Qu’elles soient desservies ou non par une LGV, ne change rien. Celles qui ont une LGV ne se détachent pas, n’évoluent pas différemment. Si elles étaient dynamiques elles le restent, et inversement. Certaines sortent du lot. Par exemple, Sablé-sur-Sarthe (72), s’est étonnamment développée. Il faut dire que c’est la ville de François Fillon, ça aide peut-être à attirer les entreprises…
Mais alors, à quoi sert une LGV ?
À aller d’un point à un autre plus rapidement. Ça améliore la qualité de vie des voyageurs. On note un petit effet sur les cadres, mais généralement, les gens ne font pas plus de trajets. Ils font plus vite des trajets qu’ils auraient faits de toute façon.
Comment expliquer, avec des conséquences positives aussi faibles, qu’autant de villes se soient battues pour avoir leur LGV ?
C’est l’effet de l’image positive forte du TGV. L’avoir sur son territoire, c’est être dans son temps, être « in », être dans la cour des grands. Sans doute parce que la première ville de province à avoir le TGV a été Lyon, qui est quand même la deuxième aire urbaine de France.
Dans une ville comme Reims par exemple, des entreprises se sont pourtant installées ?
Sauf que la plupart étaient déjà là et ont profité des locaux neufs construits autour de la gare pour se relocaliser. Dans le nouveau quartier d’affaire de Clairmarais, derrière la gare, sur 50 entreprises installées, 70 % étaient déjà sur le territoire. Dans nos études, lorsqu’on leur demande pourquoi elles se sont implantées ici, elles invoquent cette offre immobilière nouvelle. Très rarement la LGV. Et quand la LGV est citée, c’est en 2e ou 3e position dans la liste. Les zones d’activités périphériques fonctionnent souvent beaucoup moins bien, quand elles ne restent pas quasiment vides pendant des années comme à Valence, ou à Mâcon.
Y a-t-il une incidence sur le prix des logements ?
On ne constate pas de sursaut des transactions individuelles, pas plus de gens qui s’installent, pas de boum du nombre de résidences secondaires. La seule chose qui augmente, ce sont les prix de l’immobilier autour des gares. C’est un effet de rattrapage, car ces zones sont en général peu avenantes, pas rénovées. Or, l’arrivée de la LGV incite à repenser ces quartiers pour leur redonner de l’attrait.
Et sur le tourisme ?
La LGV peut favoriser un tourisme de destination [NDLR : quand on reste dans la même ville sans avoir besoin de se déplacer] et d’affaires. Bref, du tourisme de court séjour parce que par définition, on peut arriver et repartir plus vite. Pour le tourisme d’affaires, il faut que les infrastructures, l’équipement hôtelier, les centres de congrès suivent. Quand on veut rester plus longtemps, visiter les villes voisines, se balader à la campagne, et d’autant plus si on est en famille, on prend sa voiture.
Le maillage du réseau de transport autour de la LGV semble donc essentiel, pour que l’ensemble du territoire puisse profiter de cet outil…
Ce qui est important, c’est l’amélioration de la desserte par rapport à ce qu’il y avait avant. Ce n’est pas toujours le cas pour les villes qui étaient desservies par le TGV, roulant sur ligne classique, avant l’arrivée de la LGV. L’arrivée de la LGV peut signifier une dégradation de la desserte locale car, là où on avait des liaisons directes, on se retrouve à devoir changer de train une fois arrivé à la nouvelle gare LGV.
Sur ce point, l’implication des collectivités, et plus particulièrement de la Région est cruciale. L’idéal, bien sûr, c’est qu’il y ait tout, dessertes entre les métropoles et irrigation du territoire. Reste à voir ce qui est privilégié au final, car il reste compliqué pour les Régions de trouver les moyens de financer tout à la fois.
American ecolo
Hélène Crié-Wiesner est installée aux Etats-Unis depuis 2000. La rédaction de l’hebdomadaire Politis demande alors à cette ancienne de La Gueule Ouverte et de Libération de tenir une chronique régulière sur l’écologie outre-Atlantique. A partir de 2007, ses réflexions et reportages sont mis en ligne sur le site Rue89, sous le titre « American Ecolo ». Un titre qu’elle a repris pour son livre.
La relecture (ou la découverte, pour ceux qui ne suivent ni Politis ni Rue89) de ces chroniques nous éclaire sur l’évolution d’un pays qui, inconscient des enjeux environnementaux au début de la décennie 2000, s’en est subitement soucié sous le choc de l’ouragan Katrina (2005) et du film d’Al Gore sur le changement climatique, « Une vérité qui dérange » (2006), avant de s’en éloigner à partir de 2009/2010 sous l’effet de la crise économique.
En chemin, Hélène Crié-Wiesner raconte par exemple l’indifférence de l’Amérique face à la viande possiblement contaminée par la maladie de la vache folle (janvier 2004), l’essor des maisons écologiques (décembre 2008) et des poulaillers urbains (janvier 2009) ou le retour du nucléaire (mars 2011).
Dans sa conclusion, la journaliste pointe l’erreur des associations écologistes qui ont trop misé sur le « cap and trade » (marché de permis d’émissions) pour lutter contre le changement climatique qui n’inquiète plus que 51 % des Américains en 2011, contre 66 % en 2008 (sondages Gallup). Mais, pour Hélène Crié-Wiesner, le fond du problème, c’est que les Américains « adorent leur manière de vivre vorace en énergie et en ressources naturelles » et rechignent à la mettre en cause. En cela (et même si le mode de vie européen est moins gaspilleur), sont-ils si différents de nous ?
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American Ecolo, de Hélène Crié (éd. Delachaux et Niestlé), 192 pages, 16 €, 2011.
Une élue du Parti de Gauche en grève de la faim contre l’aéroport Notre Dame des Landes
Une conseillère générale de Loire-Atlantique, Françoise Verchère (Parti de gauche), a rejoint le mouvement de grève de la faim lancé mercredi 11 avril par deux opposants au futur aéroport nantais de Notre-Dame-des-Landes, a-t-elle indiqué à l’AFP.
« J’ai rejoint les grévistes de la faim pour apporter le soutien du collectif des élus hostiles à l’aéroport », a expliqué Mme Verchère, installée avec les autres grévistes dans des caravanes au centre-ville de Nantes.
« Nous demandons de surseoir aux expropriations » sur l’emprise du futur aéroport « jusqu’à la fin des recours juridiques » lancés contre le projet, a-t-elle indiqué. « Il ne faut pas commettre l’irrévocable, si le projet est annulé in fine », a-t-elle expliqué.
Plusieurs dizaines de propriétaires ou exploitants s’opposent déjà, par toutes les voies de recours juridique possible, à leur expropriation.
Et selon Mme Verchère, qui a commencé à jeûner mardi 17 avril, les opposants s’apprêtent également à déposer un recours au Conseil d’Etat, pour demander l’abrogation de la déclaration d’utilité publique de l’aéroport. Mme Verchère est l’ancien maire de Bouguenais, la commune sur laquelle est implantée l’actuel aéroport de Nantes.
Elle réfute les arguments sur une saturation de cet aéroport (« il y a moins de vols aujourd’hui qu’il y a 10 ans »), et s’inquiète également pour l’avenir de l’usine Airbus implantée au bord de l’actuelle piste, lorsque l’aéroport aura déménagé.
Le PS et l’UMP ont « malheureusement sur ce sujet là, comme sur tant d’autres, une approche commune », a-t-elle regretté.
L’aéroport contesté doit être construit d’ici à 2017 à Notre-Dame-des-Landes, à 30 km au nord de Nantes. La procédure d’expropriation des propriétaires et des exploitants situés sur la surface de 1.600 hectares attribuée au concessionnaire (le groupe Vinci) a démarré en janvier 2012.
L’homme qui avait presque tout prévu
Le livre qui a fait redécouvrir Jacques Ellul, vient d’être réédité.
Jean-Luc Porquet, Jacques Ellul, l’homme qui avait presque tout prévu (Le Cherche Midi, 2012).
Jacques Ellul (1912-1994) est plus connu aux États-Unis qu’en France. Au début des années soixante, enthousiasmé, Aldous Huxley fit traduire et publier avec succès son maître livre, La Technique ou l’enjeu du siècle, depuis élevé au rang de classique étudié à l’université. Chez nous, le mouvement écologique, dont il fut un des précurseurs, lui doit beaucoup : ainsi est-il le maître à penser de José Bové et de nombreux partisans de la décroissance.
Cet homme libre,à l’écart de toutes les chapelles, à la fois libertaire et croyant, solitaire et engagé dans son siècle, avait tout prévu, ou presque. Ces crises qui nous assaillent à répétition, réchauffement climatique, nucléaire, OGM, peurs alimentaires, nanotechnologies, épuisement des ressources, etc. ? Il les avait prévues. Cette désagréable impression que le « progrès technique » nous embarque dans un monde de plus en plus incertain, risqué, aliénant ? Il l’avait prévue. Mieux : ces phénomènes, il les avait pensés, étudiés, jaugés tout au long d’une oeuvre abondante (plus de cinquante ouvrages).
Persuadé que la technique mène le monde (bien plus que le politique et l’économique), il a passé sa vie à analyser les mutations qu’elle provoque dans nos sociétés, et la tyrannie qu’elle exerce sur nos vies. Dans cet ouvrage, Jean-Luc Porquet expose vingt idées fortes d’Ellul et les illustre par des sujets d’actualité. À l’heure où le mouvement critique contre la mondialisation marchande cherche des clefs pour comprendre et agir, cette pensée radicale, généreuse et vivifiante constitue une référence indispensable.
Une des dernières décisions de Sarkozy : favoriser le gaspillage de l’eau
En juin 2011, en Charente, le Président de la République a annoncé la création de retenues d’eau pour l’irrigation, concrétisée en novembre 2011 par un plan d’un volume 40 millions de m3, d’un coût de 120 millions d’euros, financé à hauteur de 75% par des fonds publics. Non content de ce « cadeau » le gouvernement voudrait faire passer deux décrets affaiblissants la règlementation.
Le jeudi 29 mars, à Montpellier, a l’occasion du congrès de la FNSEA, le candidat Président a annoncé la publication de deux décrets venant affaiblir les règles de construction et de gestion des retenues d’eau, alors que le Comité National de l’Eau (CNE) qui devait statuer, ne s’était pas encore réuni.
Le régime « d’autorisation » impose une étude d’impact, suivie par une enquête publique, qui garantissent la qualité des dossiers et la prise en compte de la contrainte environnementale, rien de tel avec le régime de « déclaration » qui ne nécessite qu’une étude d’incidence sans portée réelle. Pour les retenues de substitution, sur 500 dossiers instruits par an, une cinquantaine relevait jusqu’alors du régime de l’autorisation. Le nouveau seuil passant de 3 hectares à 350.000 m3 (environ 7 hectares pour 5 m de profondeur), le régime d’autorisation deviendra une exception, la majorité des grosses retenues pourra échapper à l’enquête publique, d’où une perte de contrôle par l’administration pour des retenues volumineuses …. comme pour les plus petites !
En ZRE (1), pour les prélèvements hivernaux devant remplir les retenues de substitution, le seuil d’autorisation passerait de 8 m3/h à 110 m3/h ou 5% du module (débit moyen inter annuel) du cours d’eau : un affaiblissement de plus de la réglementation.
Enfin..., la suppression du délai de recours post-mise en service, ne permettra plus de recours après le constat de dégradations du milieu par l’installation de retenues ou les prélèvements.
Que d’eau … en moins pour la nature !
Pour Bernard Rousseau, pilote du Réseau Eau de FNE et membre du Comité National de l’Eau, « ces dispositions sont catastrophiques pour la gestion de l’eau, elles le sont d’autant plus qu’elles s’inscrivent dans un contexte d’évolution climatique qui réclame plus de maîtrise et moins de laxisme. »
Et François Marie Pellerin, Président de la Coordination pour la Défense du Marais Poitevin de conclure : « cette réforme de dernière minute risque de se faire au bénéfice des quelques agriculteurs seulement et au détriment des autres usages et de la préservation des milieux aquatiques. »
Pour Bruno Genty, président de France Nature Environnement : « Il faut que la consultation publique (2) aboutisse à retoquer ces décrets injustes, potentiellement préjudiciables à l’environnement, et qui vont couter très cher aux contribuables qui financent ce plan de retenues absurde »
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Notes :
(1) ZRE : Zone de Répartition des Eaux
(2) Consultation publique sur ce point jusqu’au 3 mai 2012
Les hautes tours comme figure de l’hubris
Alors que le sol des places de nombreuses villes européennes et méditerranéennes a été occupé par des campeurs et des manifestants qui réclament démocratie et équité, le ciel des villes est toujours en quête de hauteur ; des projets de tours s’affichent avec ambition, proposant de marquer les territoires et les esprits afin d’impulser aux métropoles cette confiance qui leur fait encore défaut.
Depuis toujours le ciel des villes a été rythmé de tours, de clochers, de beffrois, de silhouettes qui nous ont fait lever les yeux et ouvert l’horizon au-delà du quotidien et de l’immédiat. Alors pourquoi bouder ce désir de grande hauteur partagé par les décideurs et les élites des métropoles post/11septembre. Ne vient-il pas à point nommé consolider une nouvelle urbanité plus intense et plus jubilatoire ? Ce fleurissement de sémaphores, émergeant de chaque grande cité, n’est-il pas l’affirmation d’une culture métropolitaine planétaire dilatant par le haut, horizons et imaginaires ?
Plusieurs raisons tempèrent ce qui nous est présenté comme nécessité mais qui cache, derrière l’argumentaire vertueux de la densification progressive des villes, une idéologie de la démesure qu’il est utile de mettre à nu. Le discours promotionnel tout d‘abord, qui laisse entendre que de telles constructions seront forcément merveilleuses : cela laisse dubitatif. Admettons plutôt qu’il y en aura des médiocres et des sublimes, des banales et des subtiles. S’il existait une procédure capable de ne produire que de la qualité architecturale, que ne le savions-nous plus tôt ? Il nous faut ensuite mesurer la complexité de fabrication, de fonctionnement, de maintenance et de sécurité de tels édifices. Dans l’imaginaire sécuritaire actuel, l’usage de ces bâtiments ne participe pas à la fabrique d’une ville ouverte, passante. Pour l’avoir chacun déjà éprouvé, on se représente aisément le quotidien de digicodes, de fouilles, de contrôles biométriques, de vidéosurveillance qu’une telle complexité génère. Comme si le quotidien hyper sécurisé des utilisateurs relevait la fragilité de ces mastodontes mais leur faisait porter la charge de cette faiblesse masquée.
De plus le gigantisme de ces plateaux “libres” renforce encore l’artificialisation et la tertiarisation de la vie urbaine. Même équipés de technologies interactives, l’usage de tels lieux se double d’un sentiment d’enfermement physique palpable. On y pénètre souvent par des réseaux enterrés pour y parcourir des “espaces de distribution” articulés autour de noyaux d’ascenseur aveugles. On passe ensuite des journées “hors-sol“, encapsulé dans ces plate-forme off shore standardisées, sans contact avec l’air de la ville, et au sentiment de liberté qui l’accompagne toujours un peu.
De surcroît, imaginées comme placement, financées par des capitaux privés, et construites de par leur dimension et leur technicité par les trois ou quatre majors du BTP, ces bâtiments donnent à ces grands groupes des occasions supplémentaires d’asseoir plus avant leurs positions hégémoniques.
Car il faut savoir que de tels édifices, présentés par le personnel politique progressiste et le monde des affaires comme des objets de dynamique et de jubilation métropolitaine sont des objets de luxe qui ne constituent pas des habitats généralisables. Ils impriment l’horizon urbain du prestige des postures dominantes et inscrivent physiquement dans le paysage de nos villes la domination financière de leurs promoteurs.
Et puis, plus insidieux, n’y a t-il pas comme une dépréciation étrange de se retrouver comme dégradé dans notre petitesse concrète d’hommes et de femmes à l’intérieur d’un monde qui prend le gigantisme pour mesure ? Nos villes comme nos esprits ont besoin d’aspiration, d’idéaux visibles : mais cet engouement pour la très grande hauteur, du fait de l’évidente lisibilité de tels objets de leur caractère d’icône, porte un propos simplificateur sur la réalité complexe des établissements urbains, masquant au passage le coût de leur gestion, de leurs dépenses énergétiques et de la complexité de leurs opérations de maintenance.
Esthétiquement, de tels objets surjouent la dimension érectile/totémique de l’architecture : expression formelle désinhibée, vertu provocante du narcissisme, imagerie explicite d’une puissance désireuse de marquer les territoires et les esprits dans la concurrence d’image que se livrent les cités . Avons-nous besoin de cela aujourd’hui ?
Dans nos dernières promenades parisiennes, nous avons plutôt eu le regard attiré vers le sol, vers les silhouettes alourdies de ceux qui dorment à terre. On vante le caractère exceptionnel de nos futures métropoles aspirées vers le haut, mais une telle dévotion au gigantisme renforce plutôt la modèle oligarchique d’une société dont l’élite flotte loin au dessus d’une marée de précarité urbaine.
Plutôt que de faire la promotion de palais verticaux au cout exorbitant, l’idéal de la ville pour tous s’imagine plutôt à partir d’une réflexion sur une certaine frugalité permettant par exemple d’y vivre avec 500 Euros par mois. Revient alors en contre modèle les encouragements du Mahatma Gandhi : "Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre." Une autre imagination politique et urbaine doit alors se mettre en marche.
L’accord sur le trafic aérien accroit le contrôle des citoyens
Le Parlement européen a fini par céder à la pression des Etats-Unis, acceptant le stockage durable des données sur les passagers aériens.
Une majorité des parlementaires européens a voté ce jour en faveur du projet d’accord Passagers Name Record (PNR), texte qui permet et organise le transfert des données des passagers aériens de l’Union européenne vers les Etats-Unis.
Pour les Eurodéputé-e-s Europe Ecologie - Les Verts, cet accord est et reste totalement disproportionné. Alors que dans plusieurs Etat membres les juridictions constitutionnelles, ainsi que la Cour européenne des droits de l’Homme, ont déjà indiqué que la collecte, le stockage et le traitement sans fondement des données personnelles sont anticonstitutionnels, l’autorisation donnée aux Etats-Unis à stocker, pour une période allant jusqu’à quinze ans, les données de tous les passagers aériens va continuer.
Quelques minutes après le vote, Hélène Flautre, eurodéputée EELV, soulignait :
« Cet accord s’assimile à une collecte, un stockage et une conservation des données personnelles des passagers, contraire au respect de la vie privée, contraire aussi à la Charte des Droits fondamentaux. Permettre aux Etats unis de conserver des données sur chaque citoyen européen qui prend un avion est simplement grotesque y compris au regard de la nécessaire lutte contre le terrorisme. Le Parlement Européen a failli à sa responsabilité de protection des droits des citoyen-ne-s".
La terre outragée
26 avril 1986, Pripiat, à quelques kilomètres de Tchernobyl.
En cette belle journée de printemps, Anya et Piotr célèbrent leur mariage, le petit Valery et son père Alexeï, ingénieur à la centrale, plantent un pommier, Nikolaï, garde forestier, fait sa tournée habituelle dans la forêt... C’est alors qu’un accident se produit à la centrale. Piotr est réquisitionné pour éteindre l’incendie. Il n’en reviendra jamais.
La radioactivité transforme la nature immédiatement affectée par ce sinistre. Les populations sont évacuées brutalement. Alexeï, condamné au silence par les autorités, préfère disparaître...
Dix ans plus tard.
Pripiat, ville fantôme désertée par ses habitants, est devenue un no man’s land, gigantesque Pompéi moderne érigé en un étrange lieu de tourisme... Anya est aujourd’hui guide dans la zone, tandis que Valery y cherche les traces de son père et que Nikolaï, lui, persiste à cultiver son jardin empoisonné...
Le temps faisant son œuvre, l’espoir d’une nouvelle vie leur sera-t-il permis ?
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Un film de Michale Boganim, avec Olga Kurylenko
Les Indignés arrivent à Paris
PARIS, 20 avr 2012 (AFP) - Partis de Marseille, Toulouse, Bayonne, Lille et Angers, ils sont étudiants, enseignants, coiffeurs, aide-soignants, sans emploi ou retraités, militants du mouvement des « Indignés » ou simples citoyens, ils convergent samedi à Paris pour dénoncer « la mascarade » de la présidentielle.
Lancées entre le 3 mars (Marseille) et le 7 avril (Angers), ces cinq « Marches populaires » se retrouvent à Paris samedi après avoir fait la jonction avec la « marche des banlieues », qui s’est élancée le 15 avril de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
A raison de 20 à 30 kilomètres par jour, elles ont rassemblé entre 10 et 15 participants par étape pour les plus petites (Angers) et entre 20 et 30 pour les plus importantes (Bayonne, Marseille). Certains y ont participé de bout en bout, d’autres ont pris part à quelques étapes, au gré de leur disponibilité. Car beaucoup de marcheurs travaillent. « Ce n’est pas du tout un mouvement de gens qui n’ont rien à faire », assure Charlotte, professeur d’art plastique de 29 ans, de Toulouse, qui refuse de donner son patronyme, comme l’ensemble des participants.
"Il y a tous les âges, toutes les catégories socioprofessionnelles, toutes les professions« , dit-elle, citant »un gynécologue, des météorologues, un professeur de chant, des intérimaires et des étudiants".
On trouvait aussi des instituteurs, des infirmiers ou des RMIstes à Angers, un coiffeur, des chercheurs, un graphiste, un aide-soignant ou un plombier-chauffagiste à Lille, et même un lycéen qui prépare le bac à Marseille. Le doyen de Toulouse a 60 ans, la benjamine d’Angers a 13 ans et marche avec sa mère.
Au total, la marche de Marseille a compté 150 à 200 participants, celle de Bayonne une centaine, selon des participants. Tous disent se retrouver sur « le rejet du système politique actuel » et la volonté de « se réapproprier l’espace public » et d’« éveiller la population ».
« On veut dénoncer la mascarade électorale, montrer que le peuple n’a pas la parole », explique Sylvie, 42 ans, qui vient de Lille. « On ne se sent plus du tout représentés par les politiques. On cherche un nouveau fonctionnement de la démocratie », renchérit Alexandre, 31 ans, de la marche angevine.
A chaque commune traversée, les marcheurs se sont installés "sur la place publique« , organisant des »assemblées et repas populaires", des projections de documentaires ou des débats.
"Le but c’est d’échanger avec les gens, de partager les expériences, les ressentis« et de »créer l’étincelle là où il y a besoin, pour ne plus subir une société qui met des murs entre les gens« , pense Nicolas, 25 ans, de la marche marseillaise centrée sur »l’écologie".
Les marcheurs interrogés disent qu’ils ont été accueillis "positivement par les gens« . »Ils sont intrigués, posent des questions, restent avec nous pour discuter. Certains se sont joints à nous. On a fait de belles rencontres", souligne Louise, 19 ans, de Marseille.
Les campements étaient installés la plupart du temps avec l’accord des mairies, qui ont parfois fourni douches et toilettes. Il y a eu toutefois de l’hostilité dans des municipalités, comme à Illiers-Combray (Eure-et-Loir), Longjumeau (Essonne) ou Montrouge (Hauts-de-Seine), relèvent des marcheurs obligés de trouver refuge chez l’habitant.
A Paris, les marcheurs et tous leurs soutiens ont annoncé qu’ils se réuniront samedi à 14H00 à la Fontaine des Innocents du quartier des Halles (Ier), mais également sur la place du Châtelet toute proche, avant de se rendre au Champ de Mars (VIIe), où ils espèrent pouvoir rester jusqu’au 12 mai, journée d’actions internationale de tous les « Indignés », un an après le début du mouvement espagnol.
CONVERGENCE DES MARCHES de MARSEILLE, TOULOUSE, BAYONNE, ANGERS ET LILLE, parties depuis le mois de Mars et aux portes de Paris aujourd’hui.
Venez toutes et tous avec vos slogans (cartons et banderoles, etc).
Rendez-vous : 13h00-départ 14h00
Fontaine des innocents aux Halles - Métro Les Halles (Porte Lescot)
Départs des marches vers les Halles pour ensuite partir en MANIFESTATION 9h00 : départ 1 de Gare Asnières-Genevilliers-Les-Aniettes
13h : départ de Belleville (place à côté de la station de métro) des Bellevillois (assemblée de quartier)
Programme
14h : Rendez-vous à Fontaine des Innocents pour converger avec les marches 18h : arrivée prévue à Champ de Mars/Parvis des Droits de l’homme (M° Trocadéro) : Assemblée populaire, échanges et prise de parole libres 19h : Soirée festive, musique, campement
A Rochefort, le principe de modération
Rochefort (Charente-Maritime) Envoyé spécial – André Bastier est le plus calme des hommes, ce qui ne l’empêche pas d’avouer qu’il a « toujours eu la passion de l’énergie ». Mais au lieu de se vouer au vent, au pétrole ou au nucléaire, il a consacré sa vie à trouver les moyens d’utiliser l’énergie de la façon la plus efficace possible, donc de l’économiser. En mettant en pratique la règle selon laquelle « l’énergie la moins chère est celle qu’on ne produit pas ». Sa démarche ne brille pas, elle n’est pas spectaculaire, mais elle constitue sans doute un moyen prioritaire de répondre au défi énergétique du XXIe siècle : penser l’énergie en fonction de la consommation et non pas de la production.
M. Bastier est chef du service énergie de la ville de Rochefort (Charente-Maritime). Depuis plus de vingt ans, il pilote une politique de maîtrise de l’énergie unique en France, qui a fait économiser près de 12 millions d’euros à sa municipalité. « Quand je suis arrivé en 1975, il n’y avait rien : une planche sur deux tréteaux, raconte-t-il. J’ai commencé par aller à la pêche aux informations, pour connaître les consommations des différents services de la ville. Quand je les ai eues, j’ai promis au maire qu’on réaliserait 25 % de mieux dans l’année, sans investissement matériel. Et j’ai réussi. » Aucune recette magique, mais une méthode, dont le principe de base est de compter précisément les consommations, de les comparer d’une année sur l’autre en tenant compte des différences météorologiques, et de chercher les domaines où le gaspillage est le plus important.
S’en est suivi un travail patient d’inventaire et d’analyse technique, de collège en bâtiment municipal, de chaufferie en station d’épuration, de serres horticoles en école maternelle. Puis d’appliquer systématiquement des moyens de réduire la consommation : ici, modifier une simple vanne, là changer la chaudière, ailleurs installer des détecteurs de mouvement pour déclencher l’éclairage. Partout, des compteurs de consommation ont été posés.
Des équipements ont aussi été installés, associant souvent efficacité énergétique et énergies renouvelables. Par exemple, la chaufferie à bois alimente le quartier des Fourriers et les serres municipales – dont la plus grande collection au monde de bégonias, une des fiertés de Rochefort. Comme la rénovation thermique des Fourriers a progressé, la chaudière est devenue surdimensionnée. Elle va permettre d’installer de nouvelles serres, pour des professionnels, sur un terrain voisin.
De même, des panneaux photovoltaïques sont installés sur plusieurs établissements scolaires. Au collège Libération, ils ont été posés en casquette sur les fenêtres, afin de briser la lumière trop vive qui conduisait les enseignants à baisser les rideaux en permanence et donc à allumer la lumière. La fierté de la ville reste cependant la station d’épuration des eaux par lagunage : les eaux sont nettoyées par la lumière et la dégradation bactérienne, en passant par plusieurs bassins, avant de rejoindre la Charente. Ce système, qui évite les dispositifs usuels consommateurs d’énergie, a divisé la facture énergétique du traitement des eaux par sept. Et les bassins offrent un refuge apprécié des oiseaux migrateurs.
Mais plus que des équipements, c’est la méthode qui est essentielle, selon l’ingénieur. D’abord, le comptage. Mais aussi un service énergétique permanent. « Il faut des gens pour gérer les régulations, dit M. Bastier, sinon, ce n’est pas la peine de faire des investissements. »
Et puis, point central, avoir le soutien des élus. Ça tombe bien, les maires successifs de Rochefort ont toujours soutenu cette politique énergétique. « A vrai dire, dit Bernard Grasset, le maire de cette sous-préfecture de 28 000 habitants, on fait des économies parce qu’on est obligés d’en faire. » Ancien centre de construction navale, la ville a perdu de sa vitalité après la seconde guerre mondiale, lorsqu’elle comptait près de 50 000 habitants. « Rochefort est la ville la plus pauvre du département, poursuit l’édile. Elle compte des poches de pauvreté importantes et souffre terriblement de la crise. »
Dans ce contexte, la politique de maîtrise énergétique est tout simplement un outil de bonne gestion, et parfois de politique sociale : « Les habitants les plus pauvres sont dans des logements mal isolés et consomment beaucoup d’électricité avec des mauvais radiateurs radiants. Cela se retrouve dans les factures qu’on couvre par le centre communal d’action sociale. » Il faudrait donc rénover thermiquement tous les quartiers. Il reste que, si la municipalité elle-même a de longue date une forte politique de maîtrise énergétique, cela n’est pas vraiment le cas des habitants de la ville ou de ses entreprises. « Les gens n’ont pas conscience que l’énergie prend une part importante de leur budget », selon Bernard Grasset. A quoi André Bastier ajoute : « C’est un problème de bonne gestion, ça ne fait pas rêver. »
Sans doute est-ce pour cela que ces politiques sont assez peu visibles, et le plus souvent menées par des collectivités locales. La pression légale commence pourtant à se faire sentir. « La loi Grenelle a défini les plans climat énergie et territoires, explique Jean-François Mauro, délégué de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) en Poitou-Charentes. Ils visent à décliner sur les territoires la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre. Toutes les collectivités groupant plus de 50 000 habitants doivent établir ces plans avant fin 2012. » Il s’agira d’abord d’un travail d’inventaire visant à évaluer les émissions et les secteurs qui en sont à l’origine.
Peu à peu, les collectivités locales s’imprègnent de cette nécessité. Un des outils les plus efficaces a été mis en œuvre en Basse-Normandie, avec les chèques éco-énergie. « Il fallait aider les particuliers, mais aussi aider les professionnels du bâtiment à acquérir les compétences », explique Annie Motte, chargée de projet Energie et qualité environnementale à la région. Car le tout n’est pas de vouloir économiser l’énergie, encore faut-il savoir le faire. Et les techniques de rénovation thermique doivent s’apprendre avant de se pratiquer. Dans le système bas-normand, le particulier consulte l’entreprise référencée, fait son choix de travaux, celui-ci est analysé par les conseillers énergie de la région. Si l’accord est donné, la région envoie un chèque éco-énergie au particulier, qui le donne à l’entreprise en déduction de la facture. L’entreprise envoie le chèque à la région, qui lui en verse la contrepartie. « Le succès a dépassé ce qu’on imaginait » : 6 000 chèques d’un montant moyen de 800 euros ont été distribués.
Mais il n’existe pas encore de collectivité qui ait une politique aussi systématique de maîtrise de l’énergie que la commune de Rochefort. Les outils sont le plus souvent ponctuels. Et cela semble être aussi le cas au niveau national : « La politique d’économie d’énergie peut paraître disparate, parce qu’elle implique une foultitude de petites actions aux niveaux local, national, européen, et selon les différents secteurs, observe un spécialiste du ministère de l’écologie. Une difficulté est qu’il n’y a pas de lobby pour la défendre. J’ai beaucoup de mal pour avoir des interlocuteurs pour parler d’économie d’énergie – ou alors il y a en trop : ce matin, j’avais une réunion sur les certificats d’économie d’énergie, on était 25 autour de la table. »
Pourtant, les objectifs généraux existent bien, ainsi que nombre d’outils. « En 2016, on vise à économiser 9 % de la consommation finale d’énergie par rapport à 2005, indique-t-on au cabinet du ministre de l’énergie, Eric Besson. Et en 2020, l’objectif européen est de réduire la consommation d’énergie de 20 %. Le Grenelle nous a aussi fixé plusieurs objectifs, notamment sur l’habitat. »
Nombre d’instruments existent, comme la réglementation thermique 2012. Elle va imposer aux constructions neuves de ne pas consommer plus de 50 kilowattheures par mètre carré et par an (contre une moyenne actuelle de 260). Autre outil, les certificats d’économie d’énergie : « Les économies d’énergie réalisées sont converties en certificats par les entreprises qui doivent atteindre un volume quantifié, explique Frédéric Utzmann, de CertiNergy, une société de conseil en énergie. Si elles n’en ont pas suffisamment au regard de l’objectif, elles doivent des pénalités. »
Reste qu’il manque une vision d’ensemble qui rendrait les économies d’énergie perceptibles par le public. « Il faut un vrai plan national, secteur par secteur, mesure par mesure, et avec les moyens de l’atteindre », plaide Bernard Laponche, de l’association Global Chance.
Si elle déplaît aux producteurs d’énergie, cette maîtrise des consommations est avantageuse, comme on l’a expérimenté après le choc pétrolier de 1973. La France avait alors engagé une double politique d’économie d’énergie et de développement du nucléaire. Le ministère de l’industrie en a tiré le bilan en 1987 : 100 milliards de francs (15 milliards d’euros) investis à cette date dans les économies d’énergie ont permis de réduire de 34 millions de tonnes par an les importations de pétrole ; 500 milliards de francs investis dans le nucléaire ont réduit l’importation de 56 millions de tonnes. Cela signifie que les économies d’énergie ont alors été trois fois plus efficaces que l’énergie nucléaire.
Avec l’augmentation programmée des prix de l’énergie, la politique d’économie d’énergie va s’imposer. Mieux vaudrait qu’elle soit portée par le désir plutôt que par la contrainte.
Le maire PS de Lyon veut exproprier des paysans
Pour construire un « grand stade » démesuré et coûteux, le maire de Lyon, Gérard Collomb, étiqueté « socialiste », veut expulser des paysans. Une pétition de protestation est lancée et la lutte se renforce.
Pétition contre l’expropriation de paysans dans le cadre du projet de stade à Décines-Charpieu
Les mesures d’aménagement liées à la réalisation du projet démesuré « OL Land », sur le site de Montout, de la commune de Décines-Charpieu, impliquent la disparition de dizaines d’hectares de terres agricoles fertiles, le démembrement d’ensembles agricoles cohérents et opérationnels et l’expropriation de plusieurs paysans situés dans la zone agricole de l’espace naturel sensible du V-Vert.
► Plusieurs paysans menacés d’expropriation refusent de capituler, nous les soutenons.
Nous déplorons les conséquences irréversibles de ce projet sur le maintien et le développement d’une agriculture péri-urbaine de qualité et dénonçons les profondes contradictions de ce projet avec les engagements pris ces dernières années en faveur de l’agriculture péri-urbaine (Agenda 21, charte d’objectifs, SCOT, …). A titre d’exemple, le SCOT de l’Agglomération Lyonnaise indique que « l’activité agricole est l’instrument primordial de valorisation de l’armature verte, en tant qu’activité économique participant directement au développement de l’agglomération notamment par ses fonctions nourricières. A ce titre, le SCOT en assure la viabilité en s’attachant à préserver des outils de production cohérents ». Ces engagements ne sont-ils que de vains mots, de simples slogans marketing ? Le méga-projet de Grand Stade « OL Land » est en complète contradiction avec ces orientations et nous demandons aux élus de respecter leurs engagements.
► En nous opposant à ce projet et à l’expropriation de paysans, c’est le caractère d’intérêt général de l’agriculture paysanne que nous défendons. Afin de nourrir les populations en préservant les ressources naturelles, en favorisant un aménagement équilibré du territoire, en consolidant le tissu rural local et en recréant du lien entre le monde urbain et rural, nous avons besoin de maintenir et de développer une agriculture de qualité et créatrice d’emplois en zone péri-urbaine. Il s’agit d’un enjeu majeur de notre temps, une nécessité d’intérêt général qui ne peut être bradée sur l’autel de la finance ou de la folie des grandeurs. Chaque ferme qui disparaît, chaque hectare de terre fertile artificialisée est une insulte à l’avenir.
Par notre signature, ► nous exprimons notre solidarité avec tous les citoyens qui luttent contre ce projet ; ► nous exprimons notre solidarité avec les paysans qui refusent de capituler et appelons à une forte mobilisation pour le maintien des fermes menacées ; ► nous appelons les pouvoirs publics à reconnaître l’agriculture paysanne comme une œuvre d’intérêt général et à stopper tout projet susceptible de lui nuire.
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Le Front de gauche tient les clés du futur, selon M. Mélenchon
Le candidat du Front de gauche a reçu 11,1 % des voix lors du scrutin présidentiel du 22 avril. Voici sa déclaration du soir même.
Que vous êtes nombreux ! Mes amis, pour autant qu’elles soient fiables, les premières estimations qui nous sont données nous permettent de tirer quelques enseignements.
Le premier enseignement qui s’impose est que notre peuple semble bien déterminé à tourner la page des « années Sarkozy ». Le total des voix des droites, dans toutes leurs composantes, recule par rapport à 2007. Mais l’extrême-droite est à un haut niveau : nous avons donc eu raison de concentrer notre campagne sur l’analyse et la critique radicale des propositions de l’extrême-droite. Nous avons eu raison de le faire, et si nous ne l’avions pas fait, peut-être le résultat, ce soir, serait-il encore plus alarmant. Il l’est ! Alors c’est le moment pour moi de dire combien nous nous sommes sentis seuls, à certains moments, dans cette bataille : l’un imitait, l’autre ignorait. Nous avons porté sur notre dos l’essentiel du combat. Honte à ceux qui ont préféré nous tirer dessus plutôt que de nous aider ! Souvenez-vous pour toujours des noms de ceux qui ont refusé ce combat ou, pire, qui ont préféré relayer les arguments calomnieux et anti-communistes de l’extrême-droite contre nous.
A cette heure, c’est le score du Front de Gauche qui tient la clé du résultat final dans ses mains.
C’est donc vous tous – et non pas moi, bien sûr – qui avez cette décision car, à la vérité, nous aurons été la force politique nouvelle, la seule qui ait percé et qui soit née dans cette élection. C’est nous, dès lors, qui avons les clés du résultat.
Je vous appelle en conscience à assumer pleinement cette responsabilité sans vous occuper des commentaires, des impressions, des petits jeux de pronostics auxquels j’invite à ce que personne ne s’abandonne. Et je le redis très clairement : à cette heure, en conscience, il n’y a rien à négocier ! Notre engagement n’a besoin d’aucune autorisation ni d’aucune cajolerie pour se déployer dans toute sa force.
Je vous appelle à vous mobiliser aux rendez-vous qui vous sont donnés. Le premier mai derrière nos syndicats, avec la classe ouvrière dans la lutte, notre camp, notre famille politique : le monde du travail et de ses revendications ! Je vous appelle à vous retrouver le six mai – sans rien demander en échange ! – le six mai, pour battre Sarkozy !
Je vous demande de ne pas traîner les pieds, je vous demande de vous mobiliser comme s’il s’agissait de me faire gagner moi-même l’élection présidentielle.
Ne demandez rien en échange, seulement l’acte de votre conscience ! Pourquoi ?
La bataille que nous menons n’est pas une bataille personnelle, ni même une bataille dans un seul pays : il s’agit de retourner la table, de renverser la tendance qui en Europe maintient tous les peuples sous le joug de l’axe Sarkozy-Merkel. Il faut le briser en France !
Voilà ce que nous allons faire ! Et parce que nous allons le faire, alors, il sera clair, net et sans bavure que c’est nous qui faisons les décisions dorénavant, à gauche, et dans le pays !
Élevons-nous à la hauteur du pouvoir qui nous a été donné par notre rassemblement. Continuons tranquillement de marcher notre chemin, car je vous le dis : inéluctablement, l’Histoire vient à notre rencontre et nous allons à la sienne. Inéluctablement, les solutions que nous avons défendues, et principalement celles du partage des richesses et du changement de régime, seront mises à l’ordre du jour par les chocs qui s’annoncent.
Quel que soit le président de la République qui sera élu, la finance, d’ores et déjà, est déterminée à agresser le peuple français. Et alors, quel que soit le responsable, il n’aura d’autre choix que de se soumettre ou de résister : et pour ce qui est de résister, il n’y a qu’une force, la nôtre !
[l’assistance scande : « Résistance, résistance ! »]
Ayez au cœur le sentiment du travail bien fait. N’oubliez jamais les images de la force de votre rassemblement. Ne vous laissez plus jamais éparpiller, disperser.
En une seule fois, nous sommes parvenus dans le peloton de tête : la prochaine sera celle de la conquête définitive du pouvoir, par les urnes et la démocratie.
Vive la République, vive la classe ouvrière, vive la France !
Eva Joly appelle « au troisième tour écologique »
La candidate d’Europe Ecologie Les Verts a reçu 2,28 % des voix lors du scrutin présidentiel du 22 avril.
Chère amie, cher ami,
Le temps du bilan de cette campagne viendra et nous devrons le tirer de manière approfondie.
Mais d’ores et déjà, je veux vous dire mille fois merci. Je voudrais que mes mots puissent parler à chacun pour vous remercier individuellement.
L’écologie n’est pas une cause facile à défendre par temps de crise, avec en plus le vent mauvais de la calomnie et du mensonge.
Je n’étais peut être pas non plus une candidate facile.
Et pourtant vous avez défendu les deux avec courage et opiniâtreté.
Je sais que le score n’est pas à la hauteur de nos espérances. Mais je vous invite a garder la tête haute. Quand on défend la cause de la planète, il n’y a pas de honte à avoir. Le temps viendra, j’en suis sûre, où les électeurs et les électrices se tourneront vers nous pour changer de destin. Alors merci à vous, et dès demain, continuons le combat.
Premier combat, la mobilisation pour la défaite de Nicolas Sarkozy.
C’est une ardente obligation que de débarrasser notre démocratie d’un pouvoir exagérément tourné vers la défense des intérêts privés, un pouvoir qui n’a que faire des règles, un pouvoir qui n’a eu de cesse de diviser les Français. Chacune et chacun d’entre vous doit prendre toute sa place dans la mobilisation des quinze prochains jours. Je veux que les écologistes soient les fers de lance de la lutte pour le changement.
Deuxième combat, les élections législatives.
C’est un combat essentiel pour l’avenir de notre pays. Prenez-y toute votre part. Les écologistes doivent être présents en force dans la prochaine Assemblée pour peser sur la prochaine législature. Alors, nous devons aller chercher chaque voix. Je serai présente à vos côtés dans cette bataille. Débarrassés de la contrainte du vote utile, beaucoup d’électeurs chercheront à signifier à François Hollande quelles sont leurs priorités. A nous de tout faire pour que l’écologie y figure.
Troisième combat, le débat au sein de la majorité pour qu’émerge une nouvelle donne politique.
Je souhaite que ce soit une confrontation honnête et sérieuse basée non pas sur le rapport de force brut, mais sur la conception que l’on doit avoir d’une dynamique de transformation sociale : le PS ne réussira pas seul, sans partenaire d’une part, et surtout sans la mobilisation de la société pour construire le changement. Là encore, les écologistes devront être, aux côtés du mouvement social, la partie dynamique de la future majorité, à l’écoute des Françaises et des Français, mobilisés dans les mouvements associatifs ou syndicaux.
Je vous appelle à vous mobiliser pour réussir le troisième tour écologique, qui ne manquera pas de se produire parce que personne ne peut faire l’impasse sur le réchauffement climatique, la sortie du nucléaire ou la lutte pour la biodiversité.
La France a besoin de l’écologie, et L’écologie a besoin de vous. Alors, haut les cœurs, au boulot les écolos !
Vive l’écologie, vive la République, vive la France
La grève de la raison
Ce ne sont ni des jeunots ni des têtes brûlées. Ils ont réfléchi, soupesé, discuté. Puis ils ont choisi. Face au mur des potentats locaux, au refus de délibérer, au déni de tous les arguments, ils ont pensé qu’il ne restait qu’une solution. Grave. Dangereuse. Le 11 avril, deux paysans, Marcel Thébault et Michel Tarin, ont commencé une grève de la faim. Le 17 avril, une élue au conseil général de Loire-Atlantique, membre du Parti de gauche, Françoise Verchère, les a rejoints. Ils jeûnent à Nantes, où l’on peut les rencontrer square Daviais.
Ils demandent que s’arrêtent les expropriations sur les terres de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. Depuis des années, habitants, paysans, et élus de ce territoire refusent qu’en soient bétonnés près de 2 000 hectares pour un aéroport dont l’utilité est fort douteuse et le dégât écologique indiscutable.
« Interrompez les expropriations », demandent les grévistes, « le temps que soient examinés nos recours juridiques ». Auprès du Conseil d’Etat, le Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport conteste la déclaration d’utilité publique faite en 2008. En effet, ces mille élus ont demandé à un cabinet d’experts néerlandais, travaillant habituellement pour la Commission européenne et des ministères hollandais et britannique, d’analyser le dossier d’enquête publique menée en 2006.
Le rapport de CE Delft, publié en octobre 2011, constate que l’enquête est fondée sur des hypothèses exagérément favorables - par exemple, un prix du baril de pétrole en 2025 de 60 dollars... Et que, loin d’apporter un bénéfice à la collectivité, l’aéroport lui coûterait. Ce travail n’a pas été discuté ou contre-expertisé. Ignoré, tout simplement. Cela a-t-il un sens ? Les décideurs politiques et économiques feraient-ils la grève de la raison ? La France peut-elle investir à l’aveuglette, au risque de creuser de nouveaux déficits ? Voilà les questions que posent les jeûneurs.
Le 11 mars 2011, François Hollande écrivait une lettre - que l’on trouve sur Internet - à un lecteur du Monde qui l’interrogeait sur Notre-Dame-des-Landes. La création de l’aéroport, écrivait M. Hollande, « pose effectivement des questions au niveau économique et écologique. (...) Il apparaît indispensable de tenir compte de l’avis des populations et des arguments des associations de défense de l’environnement, dans l’intérêt général ». Il semble que soit venu le temps de prendre ces mots... au pied de la lettre.
Les monnaies locales complémentaires
Imaginez-vous possible que de simples citoyens puissent décider d’émettre et de gérer eux-mêmes une monnaie pour permettre les échanges et la valorisation de ce qu’ils souhaitent sur leur territoire ?
Eh bien oui, c’est possible et c’est ce qui est en train de se développer tout autour de la planète par milliers de cas.
Entendons-nous ! Elles ne visent pas à remplacer les monnaies nationales mais à les compléter pour redonner l’humanité et le sens que les monnaies conventionnelles ont perdus.
Nouvelle mode pour bobo branché ? Parade à la crise ? Monopoly éthique ? Détrompez-vous... Les monnaies complémentaires ont accompagné l’histoire de l’humanité et, si effectivement elles peuvent permettre de traverser la crise moins douloureusement, c’est l’élan d’une incroyable transformation de la pensée humaine et de la société qu’il faut y voir.
Après un éclairage sur les raisons profondes qui inspirent cet élan, Philippe Derudder nous raconte les histoires des expériences pionnières au siècle dernier, puis quelques unes de celles qui fleurissent ici ou là aujourd’hui et termine sur un guide pratique pour aider le lecteur dans la mise en place d’une MLC, guide qui a déjà facilité la démarche à plusieurs expériences en cours. Alors à vous de jouer dans cette belle aventure !
Ancien chef d’entreprise de taille internationale, Philippe Derudder décide un jour de démissionner de ses fonctions, poussé par le refus de continuer à apporter sa contribution à un système auquel il ne croit plus. Il se consacre depuis à la recherche de solutions économiques et monétaires alternatives, pour lutter contre cette logique de misère dans l’abondance. Il est consultant, il anime des séminaires et conférences sur l’économie alternative et la conscience d’Abondance.
Les monnaies locales complémentaires, par Philippe Derruder (Editions Yves Michel).
Un nouveau bâtiment réquisitionné à Toulouse
Dimanche 15 avril, nous avons réquisitionné le bâtiment situé au 1, place des Hauts Murats, laissé vide par l’État depuis 10 ans pour y loger des familles avec enfants, des femmes isolées et des jeunes que les logiques du capitalisme forcent de vivre dans la rue.
Nous sommes un collectif engagé autour de la campagne « zéro personnes à la rue » initiée par le C.R.E.A.(Collectif pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion) à l’automne 2011. Sept autres lieux ont déjà été investis dans le cadre de cette campagne qui a permis à plus de 150 personnes de retrouver un toit, une certaine stabilité et de briser l’isolement. Au cours de cette campagne, des lieux réquisitionnés ont été expulsés, en dehors de tout cadre légal.
Ce qui est criminel ce n’est pas d’habiter ces bâtiments mais de les laisser vides pour la spéculation immobilière alors que chaque année des personnes meurent dans la rue. Le peuple a construit ces bâtiments, c’est à ses enfants de se les réapproprier.
Nous ne demandons donc aucune subvention et n’attendons rien de l’État si ce n’est la pérennisation de ce lieu. En nous organisant par nous-mêmes, nous devenons un peu plus libres, heureu-ses-x, dignes et émancipé-e-s.
Aussi, nous sommes ouvert-e-s à toutes initiatives et soutiens sous quelques formes que ce soit, pour faire vivre ce bâtiment, créer un lieu de rencontre, d’entraide sociale et d’échanges politiques.
Tout pour tout-e-s, pouvoir au peuple !
Les habitants, l’Association pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion, et les membres de la campagne Zéro personnes à la rue.
Les anti-gaz de schiste s’entraînent au blocage des camions
Il est venu le temps des cerises .... mais aussi celui de se préparer à l’action.
Défendre l’intégrité de nos territoires, défendre notre économie agricole et touristique, protéger nos rivières et nos nappes phréatiques, protéger notre environnement, protéger notre santé et celle de nos enfants, ne se fera peut-être pas par des voies juridiques.
Les collectifs se préparent donc à l’action : bloquer les camions des compagnies pétrolières et organiser une immense mobilisation de la population.
Cette population qui en février 2011 est venue en nombre (20 000 personnes) à Villeneuve de Berg crier sa colère, montrer sa détermination et organiser la résistance avec pour mot d’ordre : « No pasaran, no gazaran ».
Les grandes manœuvres !
La commission VIA (Veille - Information - Alerte - Action) travaille depuis de nombreux mois à la mise en place du protocole d’accueil des foreurs sur notre territoire.
Après la création et les tests des pyramides d’alertes qui vont permettre de nous retrouver en masse pour soutenir une opération de blocage en cas d’arrivée de camions vibreurs ou de débuts de travaux de plateforme de forage, la commission peaufine actuellement le scénario du blocage de camions.
Mi-avril, les membres de VIA et une vingtaine de bloqueurs se sont retrouvés à Bessas pour une répétition grandeur nature : stopper un camion et s’y entraver.
La journée a commencé en salle par un point juridique sur les risques encourus et une présentation du scénario qui permettra de faire barrage aux foreurs.
L’après-midi, sur le terrain, après quelques réglages et repérages, la répétition s’est déroulée sous l’œil attentif des délégués des collectifs concernés par des permis valides et de quelques journalistes.
De telles journées vont se reproduire pour former d’autres bloqueurs et affiner la mobilisation.
Que des permis, notamment ceux de la plaine et du bassin d’Alès qui concernent les territoires du Gard et de l’Ardèche, soient toujours valables car non abrogés, que les compagnies pétrolières possédant ces permis espèrent débuter leurs travaux car elles n’ont pas déclaré faire de la fracturation hydraulique ou qu’elles disent rechercher des hydrocarbures autres que le gaz de schiste, que les compagnies (Total et Shuepbach) essaient de récupérer leurs permis de Montélimar (Gorges de l’Ardèche) et de Villeneuve de Berg en attaquant l’abrogation de ces permis, tout cela importe peu aux collectifs de ces territoires.
Quel que soit l’hydrocarbure recherché, seules des techniques faisant appel à des formes de stimulation hautement polluantes (fracturation, lavage au solvant, acidification, chauffage à la vapeur d’eau…) peuvent permettre d’extraire ces hydrocarbures de roche-mère tels que les huiles lourdes, gaz de charbon, gaz de schiste … ainsi que des tight-gas.
En effet (lisez les dossiers de la "Boite à outils scientifique) tous ces hydrocarbures sont extrêmement difficiles et coûteux à extraire d’où, non seulement des désastres environnementaux, sanitaires et économiques mais aussi une abérration financière. Il faut énormément d’énergie pour l’extraction (presque autant que celle qui en sera retirée), c’est donc extrêmement coûteux et ce n’est rentable que parce que les compagnies laisseront à la charge du contribuable les dépenses des dégâts collatéraux financiers, sanitaires, économiques et environnementaux.
Du pétrole déversé par une compagnie russe en Arctique
Les autorités russes ont fait état mardi 23 avril d’une fuite de pétrole dans l’Arctique ayant affecté jusqu’à 8.000 m2 et maîtrisée hier au bout de deux jours sur le gisement Trebs, l’un des plus importants sites russes.
La fuite a commencé vendredi 20 avril après que les ouvriers ont tenté d’ouvrir un vieux puit causant un déversement de pétrole incontrôlable pendant 37 heures. Le gouvernement de la région des Nenets a estimé la zone affectée à 5.000 m2, alors que selon le ministère des Ressources naturelles elle s’élèverait à 8.000 m2. Le puit est situé dans la zone explorée par les groupes russes Loukoïl et Bachneft qui avaient obtenu la licence l’année dernière.
L’accident aurait été causé par l’ouverture d’un vieux puit, a indiqué Viktor Ivkine, chef de la branche locale du ministère des Situations d’urgence. « Ce puit avait été scellé il y a longtemps », a-t-il dit à l’AFP. « Les ouvriers avaient perdu le contrôle du puit », a indiqué la branche russe de l’ONG WWF dans un communiqué.
« Heureusement l’accident s’est produit loin de la côte et n’a pas pollué la nature de l’Arctique », écrit l’ONG tout en estimant qu’il illustre les risques liés à l’exploration de l’Arctique.
Le numéro un du pétrole russe Rosneft a signé en août 2011 un accord stratégique avec le géant américain ExxonMobil pour explorer l’Arctique russe. La semaine dernière, les deux groupes ont finalisé leur accord en lançant des projets « d’ampleur sans précédent » dans les zones offshore russes de l’Arctique où sont concentrées les réserves d’hydrocarbures les plus importantes du monde.
Les écologistes perdent parce qu’ils ne sont pas catastrophistes
Pardon d’écrire une chose pareille ! Mais je crois que nous ne faisons pas assez peur (nous = les écologistes). Etonnamment, les gens ont peur du chômage, peur du lendemain, peur de la vieillesse et de l’abandon, peur de la violence, mais les centrales qui se déglinguent, les doses de radioactivité, les OGM, le massacre des terres agricoles, le réchauffement climatique, ça ne leur parle pas, cela ne les atteint pas, comme atteint la peur de perdre son emploi.
Est-ce pudeur, scrupules, qui nous interdisent de montrer les images de Tchernobyl et de Fukushima ?
Est-ce par délicatesse que nous n’évoquons jamais les rivières asséchées et la soif ?
Ne bénéficions-nous d’aucun film, d’aucun reportage, d’aucun témoignage à faire dresser les cheveux sur la tête ? Ne pouvons-nous, nous aussi, utiliser des statistiques terrifiantes ?
Ce soir, j’ai tout à coup le sentiment qu’aucune force ne fera sortir du sable le cou de millions d’autruches qui ne veulent pas voir..
Ce que peut la prévention contre les accidents automobiles, n’en sommes nous pas capables ?
Ne pouvons nous, nous aussi, dire à chacun " tout le monde est menacé, vous aussi ? vos enfants aussi ?
Notre message s’est dilué, affadi, dans notre désir d’être un parti comme les autres. Il faut se remettre à matraquer sur ce qui nous est propre : l’urgence écologique.
« La terre outragée », film fin et lumineux sur Tchernobyl
Le premier film de fiction sur l’accident de Tchernobyl montre avec délicatesse comment la catastrophe a rendu inhabitable le coeur des humains de la région
L’âme humaine peut-elle être irradiée ? Oui, et nul besoin d’une catastrophe nucléaire pour cela. Dans La Terre outragée, premier long métrage de Michale Boganim et surtout premier film de fiction sur Tchernobyl, l’accident nucléaire n’est qu’un prétexte pour évoquer sans pathos les exils intérieurs. On ne va pas ici retracer l’épopée de Tchernobyl, son accident, ses liquidateurs, sa zone purgée de toute activité humaine.
Et, pourtant, c’est comme si on y avait été. Dans sa première partie, le film fait un éloge un peu forcé du régime soviétique, où tout n’était qu’amitiés gaillardes et alcoolisées, bonheur bucolique et collectivisme industriel heureux. La centrale nucléaire, avec ses quatre réacteurs et sa cheminée rouge et blanche, était l’une des plus modernes de l’ex-URSS.
Il se dit que Prypiat, où logent les travailleurs de la centrale et leurs familles, était la ville la mieux lotie de toute l’Union soviétique. Elle employait les meilleurs ingénieurs et ouvriers du pays. On s’apprêtait à inaugurer le parc d’attractions avec ses manèges jaunes, à défiler dans la rue pour le 1er mai, à préparer l’été.
Le jour de la catastrophe, Anya, belle amoureuse (Olga Kurylenko), épouse Piotr. La fête commence à peine que le jeune marié est appelé pour combattre « un » feu. Il ne reviendra pas, condamnant Anya à se décomposer dans l’attente. Valery, lui, plante un jeune pommier sur les berges de la rivière en compagnie de son père, Alexeï, ingénieur nucléaire.
De l’accident, Michale Boganim ne montre rien : ni explosion ni combat contre les atomes meurtriers. En revanche, la nature donne à voir cet ennemi invisible : les poissons flottent dans la rivière, une pluie noire dégouline sur le gâteau de mariage, les feuilles des arbres roussissent. En silence, la vie bascule.
Dès lors, c’est le long toboggan de la reconstruction que le film nous invite à emprunter. Si Alexeï - qui connaît les risques - éloigne sa femme et son fils de la ville, il préfère rester pour éviter le pire, aider les autres, puis se perdre. Les habitants sont évacués. Prypiat est abandonné, livré aux pillages et à la nature. On crée la « zone », cet espace interdit aux humains dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale suintante de radioactivité.
Des années plus tard, devenue guide pour « touristes », Anya y passe quinze jours par mois, aimantée par l’épicentre de sa déflagration intérieure. Telle un pendule, elle oscille entre le passé et l’avenir, sans jamais occuper son présent, elle vacille entre la mort et la vie, sans jamais plus aimer. Adolescent, Valery retourne à Prypiat chercher son père.
Même s’il est aussi documenté qu’une enquête, La Terre outragée est bel et bien une fiction romanesque avec des personnages cramés par un terrible passé, puis lentement contaminés par la solitude. Ce film n’est pas, non plus, une fiction antinucléaire. Il révèle un outrage, certes, mais surtout les ravages des exils impossibles. L’outrage, c’est la confiscation de la terre, des souvenirs d’enfance, des après-midi insouciants durant lesquels s’écoulaient des tranches de bonheur un peu bête…
La fameuse « zone », Anya l’habite tout entière. Pire, elle est la zone : son cœur est inhabitable, tout comme son corps qui ne fabriquera pas la vie. Devenir une zone, renoncer à l’avenir… ce que l’on sait des catastrophes nucléaires, désormais, c’est qu’elles tuent les hommes lentement. Et longtemps.
Au Japon, la bataille s’aiguise sur la fin du nucléaire
Le gouvernement tente d’obtenir le redémarrage de deux réacteurs en mai, afin d’éviter la fin du nucléaire dans le pays. La majorité de la population y est opposée.
(Kyoto)
Une bataille cruciale a été engagée depuis une quinzaine de jours par le gouvernement japonais pour relancer deux réacteurs nucléaires. Il peine à imposer sa décision car, bien qu’aucune loi ne l’y contraigne, la pratique a toujours été, pour remettre en route un réacteur arrêté, de demander l’accord du département et de la commune concernée.
La pression des lobbys du nucléaire est forte, elle est appuyée par l’association des patrons japonais, le Keidanren qui, via son président Hiromasa Yonekura, a approuvé l’annonce favorable à la remise en service des deux réacteurs de Ohi par le premier ministre Yoshihiko Noda. L’objectif des pro-nucléaires est d’y parvenir avant le 5 mai quand le réacteur de Tomari (à Hokkaido) le seul encore en fonctionnement, sera stoppé. L’avenir du nucléaire est en jeu pensent-ils, car l’arrêt de tous les réacteurs démontrerait la capacité effective du Japon de vivre sans recourir au nucléaire. Les experts s’affrontent aussi sur le caractère plus « vert » du nucléaire : un panel du Ministère de l’environnement a publié un rapport qui indique que le Japon, sans nucléaire, peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25% d’ici 2030 tandis que le panel du ministère de l’économie (METI) prévoyait dans ce cas une réduction de seulement 16%...
Pour aboutir, le gouvernement s’est précipité. Il a demandé le 7 avril des compléments au rapport préparatoire de la compagnie KEPCO, celle-ci a immédiatement fourni à la commission de sécurité un rapport de 89 pages. Examiné et approuvé en quelques heures il a servi à éclairer le premier ministre Noda (son cabinet et trois ministres) pour qu’il annonce le 13 avril que le redémarrage était possible. Nombre de mesures à prendre ne pourront pourtant être mises en œuvre avant plusieurs mois.
Beaucoup, comme Masashi Goto, ingénieur du nucléaire et membre d’un panel de conseillers de l’agence de sûreté nucléaire, sont furieux : ils considèrent que la décision du gouvernement résulte d’une position prise à l’avance.
On peut noter qu’il est étonnant qu’un rapport n’ait pas été commandé à un organisme indépendant à la fois du gouvernement et de la compagnie d’électricité, ou au moins qu’ait été organisée une consultation sur le rapport fourni par la compagnie. La nécessité d’un organisme indépendant est une des conditions avant toute prise de décision mises en avant par plusieurs autorités locales. Comme l’a souligné, Satoshi Arai, ancien ministre (membre du parti démocratique du Japon qui est au pouvoir), la création d’une nouvelle agence de sûreté du nucléaire (qui remplacerait ou intégrerait la NSC - Nuclear Safety Commission - et la NISA - Nuclear and Industrial Safety Agency) qui soit indépendante du ministère qui assure la promotion de cette industrie, a été retardée. C’était pourtant une mesure apparue indispensable après l’accident de Fukushima pour assurer de meilleures garanties.
Les villes où se trouvent les réacteurs sont tiraillées par des problèmes d’intendance. Bien qu’elles soient les premières exposées aux risques de fuites radioactives, même avec des réacteurs à l’arrêt, elles ont en général 40 à 60% de leur budget municipal financé par les subventions des compagnies d’électricité et du gouvernement mais ne recevront rien si les réacteurs sont arrêtés. En outre elles bénéficient d’emplois directs et indirects liées aux activités commerciales et de services soutenues par cette présence. C’est le cas dans le département de Fukui de cette ville de Ohi. Aucun projet de compensation financière n’étant en vue pour l’arrêt des réacteurs, les petites villes qui en sont affectées se trouvent dans une situation économique des plus difficiles. Issei Nishikawa, gouverneur du département de Fukui (qui héberge 14 réacteurs) se dit non opposé au principe de redémarrage et indique qu’il approuvera le redémarrage si des garanties sont données et si les élus et les citoyens concernés y sont favorables.
Les citoyens manifestent de plus en plus nombreux dans les rallyes organisés sous une forme non violente et familiale pour que le Japon sorte du nucléaire. En outre ils s’organisent pour échapper aux conséquences de la radioactivité, avec grande difficulté pour ceux de la préfecture de Fukushima qui n’étaient pas en zone officielle d’évacuation. Leur survie de base leur commande de rester sur place : finir de payer le logement, assurer la scolarité des enfants, avoir un emploi au moins, et quitter cependant est une aventure très difficile.
Les rétorsions liées à la déviance ostensible et plus encore revendicative, par rapport à la position officielle sur la situation « nucléaire » sont telles qu’elles forment une autre raison à ce que les Japonais pratiquent surtout la résistance passive. C’est plutôt en cachette qu’ils s’opposent.
Toutefois il est clair que les propos rassurants du gouvernement ne les convainc pas, car on peut être certain qu’une très forte majorité vit dans la crainte de ce qu’elle mange et comment elle nourrit ses enfants. Divers type de systèmes de distribution « bio » et des coopératives promettent des aliments sans danger parfois à moins de 2 becquerels par kilo (la norme officielle est passé de 500 à 100 au début de ce mois). Mais même de grandes chaînes de supermarchés se lancent dans cela, comme ÆON MALL, le plus important organisateur de centres commerciaux du Japon, qui annonce viser des aliments à Zéro becquerel et le fait savoir (http://www.aeon.jp/information/radi...).
Au-delà de la résistance passive, des militants plus nombreux qu’avant s’activent, essaient de réunir des millions de signatures contre le nucléaire autour de personnalités comme Oe Kenzaburo. Mais les groupes actifs restent marginaux tout en tâchant de gagner une plus grande visibilité : ainsi des militants campent devant le Ministère de l’économie (METI) depuis septembre 2011 pour réclamer la sortie du nucléaire.
Par ailleurs, un groupe emmené par Shinichi Nakazawa, professeur (francophone) à l’université de Meiji, essaie de constituer un parti politique vert pour les prochaines élections législatives. Face à l’enjeu du redémarrage à éviter des réacteurs de Ohi, le 17 avril, les campeurs du METI ont été rejoints par quelques citoyens ayant une certaine notoriété comme le journaliste Satoshi Kamata et ils ont commencé une grève de la faim de quelques jours à tour de rôle d’ici le 5 mai pour s’opposer au redémarrage. Ils rejoignent en cela le groupe qui fait une telle grève de la faim depuis le 9 avril à Osaka devant l’immeuble de KEPCO de cette ville. Ils ont été suivis à Kyoto le 17 avril par un groupe qui fait de même devant KEPCO – Kyoto. Ainsi dans les trois villes les plus importantes du pays des citoyens manifestent.
La position des autorités locales est très importante dans cette bataille. Les gouverneurs des départements voisins de Fukui, ceux de Kyoto (Keiji Yamada) et de Shiga (Mme Yukiko Kada), et le maire de Osaka (Toru Hashimoto), sont fermement opposés au redémarrage. Les réacteurs de Ohi, sur la côte de la mer de Chine sont peu distants du très grand lac Biwa (département de Shiga), leur principale ressource en eau potable (pour 14 millions d’habitants). En outre, les gouverneurs affirment que la question du redémarrage concerne toutes les communes situées à moins de 30 km et donc inclut celles de leurs départements où résident 68 000 personnes.
Par ailleurs ils contestent les données avancées par la compagnie KEPCO sur son incapacité à fournir, sans recours au nucléaire, de l’électricité en quantité équivalente à celle des années passées. Ils rappellent l’urgence d’un organisme indépendant tant la bureaucratie publique est liée aux firmes d’électricité. KEPCO a reconnu « employer » au 31 mars dernier, chez elle ou dans ses filiales 69 retraités de l’administration centrale ou des administrations locales et aVOIR distribué – au-delà des contributions budgétaires légales- des donations à 600 autorités locales.
En sus, le maire de Osaka souligne le caractère stratégique de leur opposition : « si les réacteurs de Oih sont remis en route, rien concernant le système de fourniture d’électricité ne changera ». Au-delà de l’enjeu japonais immédiat, il est vraisemblable que les répercussions sur la situation mondiale du nucléaire pourraient être bien réelles.
Marc Humbert Professeur, Université Rennes, CNRS, Visiting Scholar, Ritsumeikan University, Kyoto. Kyoto, le 18 avril 2012
Des opposants à la THT de Flamanville bloquent le dépôt d’une entreprise du chantier
Depuis 7h15, ce matin du 25 avril 2012, les militant-e-s et riverains anti-THT ont entrepris de bloquer le dépôt de Alpine Energie, une des entreprises primo-contractantes de la ligne THT auprès de RTE.
Ce dépôt situé à Fleury, près de Villedieu est un des nombreux de ce type dont disposent les fabricants de pylônes tout au long du tracé de la future ex-ligne THT Cotentin Maine.
Alpine Energie est une entreprise germano-autrichienne qui dispose d’une filiale dans le sud ouest de la France. Pour autant, il semblerait que ce soit l’unité luxembourgeoise qui ait été désignée pour balafrer notre paysage.
Depuis janvier dernier, alors que s’est clairement accéléré le chantier de la THT débuté fin novembre 2011, de nombreuses actions ont pu mettre des batons dans les roues de RTE et consorts. Des chantiers ont été perturbés, d’autres bloqués, d’autres encore ont subi des déboulonnages et il est même question de certains ayant vécu des sciages de base des pylônes, voire des sabotages d’engins.
Ce n’est que le début !
Il est toujours opportun et important de nous opposer par les actes à cette verrue qui nous envahit comme le montre l’absence de travaux sur la commune du Chefresne.
Nous ne voulons pas de cette ligne, notre contestation ne pourra être étouffée. Nous crions juste de plus en plus fort, de plus en plus nombreux, jusqu’à être pris au sérieux.
Nous continuons de refuser la dictature économique imposée par RTE et le lobby énergétique français.
Nous continuons de soutenir les propriétaires et les maires qui résistent encore aux nombreuses pressions et menaces !
Nous n’arrêterons que lorsque RTE aura commencé le chantier de démantèlement des travaux déjà exécutés.
Amplifions la résistance !
Un rapport européen dément l’intérêt écologique des agrocarburants
Les biocarburants conventionnels entraînent une augmentation des émissions de carbone et sont trop chers pour être une alternative aux carburants traditionnels sur le long terme, indique un projet de rapport de l’UE.
Selon l’étude EU Transport GHG : Routes to 2050, sans prendre en compte leurs effets indirects, le coût de la réduction des émissions liées aux biocarburants en Europe oscillerait entre 100 et 300 euros par tonne de carbone.
Aux prix actuels du marché, réduire les émissions de CO2 générées par les biocarburants coûterait jusqu’à 49 fois plus cher que d’acheter des crédits carbone sur le marché ouvert à 6,14 euros par tonne.
Les auteurs du rapport sont arrivés à la conclusion qu’il n’était « ni possible ni pertinent de donner des chiffres sur la rentabilité des biocarburants [conventionnels] », dans la mesure où leurs effets indirects en matière de déforestation et d’utilisation d’espaces verts (Changement d’affectation indirecte des sols, CASI) en font une technique émettrice de CO2.
Légitimité de la politique de l’UE ?
Ce rapport ne fera que renforcer les doutes sur la légitimité de la politique de l’UE sur les biocarburants qui avait été justifiée d’un point de vue environnemental.
« En réalité, les décideurs politiques au sein et en dehors de l’UE se sont lancés dans les biocarburants pour d’autres raisons », a déclaré David Laborde, un éminent scientifique du domaine agricole, auteur d’importants rapports sur les biocarburants pour le compte de la Commission européenne.
« C’est un moyen nouveau et facile d’accorder des subventions aux agriculteurs. Ce développement est également lié aux lobbies du secteur qui produit ces biocarburants et à ce qu’ils appellent la sécurité énergétique », a-t-il expliqué à EurActiv Bruxelles.
« Ils souhaitent diversifier l’approvisionnement énergétique et conserver leurs devises étrangères plutôt que d’acheter du pétrole en provenance du Moyen-Orient. Ils préfèrent garder leur argent pour d’autres solutions même si elles ne sont pas nécessairement efficaces ou bénéfiques pour l’environnement », a-t-il ajouté.
L’objectif de 10 %
En 2007, l’UE a d’abord fixé un objectif de 10 % d’utilisation de biocarburants mélangés dans les transports d’ici 2020.
Même si cet objectif a été réorienté des biocarburants aux énergies renouvelables en 2009, les experts affirment que 8,8 % de l’objectif européen proviendra tout de même des biocarburants. Jusqu’à 92 % de ce pourcentage serait issu de biocarburants conventionnels comme le biodiesel.
Les associations du secteur ne partagent pas cet avis et rappellent la part d’éthanol à base de sucre (22%) dans l’UE. Il s’agit de l’un des biocarburants les plus performants. La part du biodiesel, l’un des moins performants est de 78 %.
Cette initiative et la directive relative aux énergies renouvelables élaborée deux ans plus tard ont en outre soumis l’utilisation des biocarburants à des critères par la suite négligés, comme la rentabilité, la durabilité et, le cas échéant, l’utilisation de carburants de deuxième génération.
« Je ne pense pas que nous soyons au point en matière de rentabilité », a déclaré Géraldine Kutas, la représentante à Bruxelles de l’UNICA, l’association brésilienne de l’industrie de la canne à sucre.
« Il n’existe aucune disposition d’ordre financier pour soutenir cette directive et les biocarburants de deuxième génération n’en sont qu’à leurs balbutiements. Ils ne sont pas encore disponibles sur le marché », a-t-elle expliqué.
Même la difficulté d’établir des critères indirects pour la durabilité des biocarburants a émoussé le processus d’élaboration des politiques européennes, a-t-elle reconnu.
Les agriculteurs français
Selon des informations d’EurActiv Bruxelles, il existe des preuves selon lesquelles l’objectif initial de l’UE pour les biocarburants a été établi autant pour des raisons commerciales et politiques que pour répondre aux inquiétudes environnementales.
Claude Turmes, rapporteur du Parlement européen responsable de l’adoption de la directive relative aux énergies renouvelables, a déclaré que les groupes de pression du secteur avaient influencé les négociations lors de la présidence française du Conseil de l’UE.
« Il s’agissait de deux lobbies : celui des producteurs de sucre et celui de l’industrie automobile allemande, qui cherchait à bloquer la réglementation de l’UE sur le CO2 émis par les voitures », a expliqué M. Turmes (Verts/Luxembourg) à EurActiv.
« L’objectif initial de 10 % pour les énergies renouvelables dans les transports était bel et bien fondé sur le fait que ces deux groupes de pression avaient fait front commun pour l’imposer à la Commission. »
Plusieurs acteurs européens interrogés par EurActiv sont du même avis. Ils affirment que les biocarburants n’étaient alors qu’une contrepartie demandée contre l’introduction de mesures « plus vertes » dans la directive, visant à stimuler le secteur de l’énergie éolienne et solaire et à réduire les émissions.
Les producteurs européens de sucre avaient quant à eux souffert de la réforme de la politique agricole commune de 2006, qui avait réduit de 36 % le prix garanti du sucre et ouvert le marché européen du sucre à la concurrence mondiale.
L’ouverture d’un marché garanti pour les agrocarburants issus de l’éthanol à base de sucre leur permettait ainsi d’obtenir une certaine forme de compensation. En outre, la puissance du lobby des agriculteurs français rendait impossible le retrait de cet objectif de 10 % pour Paris, a ajouté M. Turmes.
« L’industrie agricole manifestait un intérêt certain pour les biocarburants, les produits biochimiques et la bioéconomie en général », a poursuivi Mme Kutas.
Mais finalement, les producteurs européens de sucre ont bien moins profité de la politique de l’UE sur les biocarburants que les producteurs de matières premières destinées au biodiesel, un carburant plus adapté au parc automobile du vieux continent.
L’industrie automobile
Les fonctionnaires de l’UE affirment que l’industrie automobile a également joué un rôle prépondérant en insistant pour que l’objectif sur les biocarburants soit inclus comme un compromis visant à combler l’écart entre les 130 g de CO2/km voulus par l’UE pour 2012 et les 140 g que le secteur automobile était prêt à offrir.
« Ce n’était un secret pour personne », a déclaré une source à EurActiv. « L’objet de ces pressions était très clair et cela est arrivé jusque dans les mains de la Commission. »
En conséquence, les fonctionnaires de la DG Energie de la Commission n’ont pas examiné de la même façon les recherches qui remettaient en cause la légitimité de ces carburants pour l’environnement et celles qui les soutenaient, ont confirmé de multiples sources.
La plus grande erreur de l’UE a été de « commencer à élaborer une politique sans en connaître les conséquences », a déclaré M. Laborde.
« Nous discutons à présent de l’affectation des sols, après avoir passé dix ans à dire que les biocarburants étaient nécessaires pour réduire les émissions », a-t-il poursuivi. « Ce fut une grave erreur. »
Proposition sur les émissions indirectes
Bruxelles devrait publier dans le courant de l’année une proposition visant à évaluer les effets indirects des émissions issues des biocarburants. Cette proposition ferait la distinction entre les biocarburants faibles en carbone, comme l’éthanol, et ceux fortement émetteurs, comme le biodiesel.
Le processus décisionnel de l’UE est toutefois paralysé par un conflit permanent entre la DG Energie, qui ne souhaite pas inclure de facteurs lié au changement d’affectation des sols indirects (Casi), et la DG climat, qui est d’avis contraire. Et ce n’est pas le seul problème.
Les directives sur les énergies renouvelables et la qualité des carburants contiennent des clauses « d’antériorité » exemptant des nouvelles réglementations toutes les infrastructures de biocarburant existantes en 2014, et ce jusqu’en 2017.
Surcapacité
La capacité actuelle de l’industrie des biocarburants est déjà sur le point d’atteindre l’objectif des 10 %, selon un récent rapport du cabinet de conseil spécialisé Ecofys, ce qui risque d’entraîner une situation de surcapacité.
L’Institut pour une politique européenne de l’environnement a calculé que selon les tendances actuelles, la conversion de 4,7 à 7,9 millions d’hectares serait nécessaire pour gérer le surplus de biocarburants, soit l’équivalent de la taille de l’Irlande.
L’introduction de facteurs CASI condamnerait toutefois certainement les biodiesels conventionnels très polluants, soit la majorité de la production européenne de biocarburants.
Cela provquerait un tollé politique dans certains Etats européens comme la France et l’Allemagne et pourrait ébranler le compromis qui avait permis l’adoption de la directive sur les énergies renouvelables.
Pour l’instant, la proposition reste bloquée dans les couloirs d’une Union européenne qui semble craindre tout autant les conséquences politiques de la reconnaissance de cet échec que les conséquences environnementales d’un éventuel déni.
Notre-Dame-des-Landes : Les grévistes de la faim sont alités
Nantes - 23 avril 2012
Les deux agriculteurs ayant entamé, il y a treize jours, une grève de la faim afin de protester contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et leur expulsion de leurs fermes et de leurs habitations, sont désormais allongés sur des lits pliants sous une tente dressée dans le centre-ville de Nantes.
Les deux hommes, Marcel Thébault, 54 ans, exploitant agricole et Michel Tarin, 64 ans, agriculteur en retraite, qui ont arrêté de se nourrir le 11 avril, ont perdu respectivement douze et onze kilos.
La conseillère générale Parti de gauche Françoise Verchère, qui a rejoint leur mouvement le 18 avril, a pour sa part annoncé la perte de six kilos. Tous trois sont désormais étendus sur des lits pliants sous une tente plantée dans un square du centre de Nantes et sont vus quotidiennement par des médecins. « On peut encore marcher mais on risque de tomber : je me suis évanouie une fois, pas envie de recommencer », a raconté Mme Verchère.
Les agriculteurs, dont les propriétés sont situées sur le futur site, ont commencé leur mouvement après avoir reçu un avis d’expropriation. Ils demandent la suspension de la procédure dans l’attente de l’issue de recours en justice contre la déclaration d’utilité publique de l’aéroport, attribué au groupe Vinci.
Un projet largement contesté
L’aéroport doit être construit d’ici à 2017 à Notre-Dame-des-Landes, à 30 km au nord de Nantes. Le projet, validé par l’Etat, est soutenu par le PS, qui domine les collectivités locales concernées, et par l’UMP. Mais il est contesté notamment par Europe Ecologie-Les Verts, le Parti de Gauche et le Modem, ainsi que par de nombreuses associations locales et la Confédération paysanne.
Des opposants ont annoncé leur intention d’interpeller lundi après-midi le candidat socialiste François Hollande lors de son meeting à Lorient.
La procédure d’expropriation des propriétaires et des exploitants situés sur la concession de 1.600 hectares attribuée au groupe Vinci a démarré en janvier 2012.
Feu maîtrisé à la centrale de Fessenheim
Mercredi 25 avril 2012 à 8h30, alors que l’unité de production N°2 était en fonctionnement normal, un départ de feu sur un matériel de refroidissement de l’alternateur en salle des machines (partie non nucléaire de l’installation) a été détecté et rapidement éteint.
Suivant la procédure, les équipes d’intervention de la centrale sont intervenues et ont rapidement éteint ce départ de feu à l’aide d’extincteurs. Prévenus également dans le cadre des procédures habituelles, les pompiers ont été mobilisés. Arrivés sur site, ils ont procédé aux vérifications de circonstance et ont confirmé l’extinction totale.
Ce départ de feu rapidement maîtrisé n’a pas fait de blessé et n’a eu aucune conséquence sur la sûreté, ni sur l’environnement, ni sur la production qui est restée à 100 %. Dans le cadre du retour d’expérience le site mènera une analyse précise des causes de ce dysfonctionnement.
Notre-Dame-des-Landes : un quatrième gréviste de la faim
Communiqué de presse du mardi 25 avril : arrivée de nouveaux grévistes et suite des actions
Au 15e jour de grève de la faim, les grévistes et leur comité de soutien sont plus déterminés que jamais à poursuivre leur action devant le mépris et le silence des décideurs politiques. La santé des grévistes sera-t-il le seul critère qu’ils prendront en compte pour faire un premier pas vers nous ?
L’arrivée de Séverine Durand, paysanne boulangère, porte à 4 le nombre de grévistes poursuivant le mouvement ; par ailleurs Françoise Verchère, représentant le Collectif d’élu-e-s (CéDpa) dans ce mouvement de grève de la faim, est relayée par Gilles Denigot, membre fondateur de ce collectif et ex-conseiller général. Ces élus rappellent qu’ils ont autant de légitimité que ceux qui sont installés aux commandes des collectivités locales.
La réunion ayant eu lieu ce jour avec des conseillers généraux – paysans élus – a été des plus décevantes : réunion non officielle hors des locaux du Conseil général de Loire-Atlantique, refus de la présence de deux paysans de Notre Dame des Landes, absence du conseiller général en charge du dossier « Gestion du Territoire », etc… La solidarité de parti reste primordiale ; ils refusent de se prononcer sur les deux revendications des grévistes (Arrêt des expropriations/expulsions tant que les recours juridiques n’ont pas été jugés et ré-examen du dossier), mais répètent qu’il faut maintenir le dialogue malgré tout…
Jeudi 26 avril, une délégation du comité de soutien monte à Paris pour remettre une seconde lettre aux candidats à la Présidentielle leur demandant de se positionner sur les deux points précités et exiger un rendez-vous avec les candidats eux-mêmes dans les meilleurs délais ; nous savons qu’ils viennent en région Pays de la Loire début mai ; ils devront nous recevoir ! Lors de meetings, nous avons entendu François Hollande dire : « Je veux parler aux agriculteurs qui luttent pour leur outil de travail » et Nicolas Sarkozy : « Je veux parler aux […] ruraux qui ne veulent pas mourir ». Les paysans de Notre Dame des Landes les ont entendus ! Nous sommons les candidats d’appliquer ces belles paroles !
Les soutiens continuent d’affluer très massivement ces derniers jours : citoyens, associations, syndicats, mouvements politiques et collectifs divers se mobilisent partout en France et nombreux sont les Nantais qui viennent nous exprimer leur soutien.
Le FN, ce n’est pas la France qui souffre, mais la France mortifère
« Non, la France qui vote Le Pen n’est pas la France qui souffre. C’est la France qui pue, non pas la sueur, mais le sang. C’est la France mortifère qui a toujours adoré l’autorité arbitraire et les ordres vociférés. »
Nausée et stupéfaction. Ce soir, dans mon tout petit village de la Montagne Noire, je me demande qui a pu apporter un soutien aussi massif à l’héritière Le Pen. Alors que le père avait toujours oscillé entre 3 et 12 voix pour 280 habitants, voilà que son écoeurante progéniture a brusquement atteint le score absolument incompréhensible de 33 voix sur 170 votants. Mais qui sont-ils ces 33 obscurs voisins à l’apparence tranquille et bucolique ?
Comment en sommes-nous arrivés là, dans un minuscule village où la seule famille maghrébine est d’une gentillesse irréprochable à l’égard de tous ? A 300 km d’ici, dans ma ville natale, pourtant profondément de gauche et administrée généreusement par des maires communistes depuis un demi-siècle, la candidate d’extrême droite est carrément arrivée en tête : Martigues est brutalement passée du rouge au brun ! Stupeur là aussi.
Partout en France, Sarkozy, Guéant et Hortefeux ont nourri, élevé et dressé la bête immonde, jour après jour, comme les ténors du capital allemand durant la crise de 1929. Nous sommes en plein cauchemar. De même en Grèce, ma terre d’origine, où plusieurs partis d’extrême-droite sont en train de profiter des circonstances particulièrement dramatiques du pays pour s’installer dans le paysage politique et se gonfler d’intentions de vote excitées par le sang à quinze jours du scrutin, comme des sangsues voraces et répugnantes.
Sur un plateau télévisé français, à l’instant où j’écris ces lignes, tous les politiciens réunis ne trouvent rien de mieux à faire que de courtiser l’électorat du FN en le plaignant longuement et en lui adressant leur sympathie fraternelle. La France qui vote Le Pen est devenue dans leur bouche « la France qui souffre ». L’expression est reprise à tout bout de champ, de Ségolène Royal à Jean-François Copé, non sans jouer des coudes pour être bien audible et parfaitement en face de la caméra dans les caresses verbales et les mimiques à son encontre. Berk ! Paroles fétides de trous du cul qui règnent encore sur des Français décidément plus manipulés que jamais.
Non, la France qui vote Le Pen n’est pas la France qui souffre. C’est la France qui pue, non pas la sueur, mais le sang. C’est la France mortifère qui a toujours adoré l’autorité arbitraire et les ordres vociférés. C’est celle qui a besoin d’obéir à un maître pour pouvoir se délecter de la barbarie dite civilisée qui s’étend de jour en jour. Cette France-là attend patiemment comme un pit-bull prêt à être lâché sur les boucs-émissaires que désignera le maître. Cette France-là n’est pas celle qui souffre, c’est celle qui attend le droit de faire souffrir. Cette France-là, c’est la sous-France : celle qui attend les ordres. Cette France-là n’est pas la France : elle est le contraire de la France. C’est pourquoi au lieu de se vanter de voter pour la dynastie Le Pen, ces gens-là, pour la plupart, se cachent (tous dans mon village, où aucun des 33 n’a jamais eu le courage de se dévoiler) : parce qu’ils savent bien au fond d’eux qu’ils sont la honte de la France.
Cette France-là n’est pas non plus la France qui a peur. C’est, au contraire, la France qui se délecte de faire peur, tapie comme une bête sauvage dans la nuit de la raison, et qui savoure le plaisir toujours plus grand d’être notre pire cauchemar. Cette France-là, c’est la France des lâches qui nous saluent masqués. C’est la France de ceux qui, en réalité, détestent la France, comme ils maudissent plus encore l’humanité jusqu’à eux-mêmes et qui n’affrontent pas plus les miroirs que le regard de leurs voisins. J’ai désormais 33 voisins masqués dans mon petit village, trois fois plus que la dernière fois. Et je ne sais toujours pas lesquels.
La Suisse a décidé de limiter les résidences secondaires
Pour éviter le mitage des montagnes par des maisons vides, une votation suisse a décidé en mars de limiter la proportion des résidences secondaires dans les communes
Il y a des moments de grande jubilation. Alors je ne résiste pas à partager avec vous le succès que vient de remporter l’écologiste suisse Franz Weber qui, par le biais de sa fondation, a porté à la votation des citoyens suisses une initiative baptisée « Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires ».
Eh bien imaginez vous que, contre toute attente, les Suisses ont voté « oui » ! Oui, à 50,6% des voix. Oui, à la limitation du nombre de résidences secondaires à 20% de l’ensemble des logements d’une commune… avec, comme corollaire, dans les communes où ce taux est déjà dépassé, l’arrêt des constructions de résidences secondaires.
La sanction d’une « stratégie à courte vue »
En Suisse, le résultat de la votation a fait l’effet d’une bombe. Il faut lire l’éditorial de Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de La Tribune de Genève, qui stigmatise la réaction des Valaisans, très opposés à cette votation et qui, selon lui, « paient pour leurs abus ». Je veux vous en faire partager un passage… C’est tellement proche de ce que nous vivons en France !
« Crans, Verbier, Nendaz, ces villes ou banlieues à la montagne, pleines à craquer en hiver, vides l’été, sont les stigmates d’une stratégie touristique révolue et vouée à l’échec. On pensait qu’il suffisait de bâtir des résidences à touristes et la prospérité suivrait. C’est cette philosophie à courte vue qu’a sanctionnée hier le peuple, traçant une frontière claire entre une Suisse touristique et une Suisse urbaine. »
En effet, comme le montre le graphique publié par La Tribune de Genève, ce sont les urbains qui, attachés aux paysages traditionnels de la Suisse, ont dit « oui » en majorité. En tête de liste, Bâle-Ville à 62,1% des voix, suivie de Schaffhouse, avec 57,3%, et de Bâle-Campagne, avec 56,7%.
En Suisse romande, le soutien le plus marqué a été enregistré à Genève, avec 56% de citoyens favorables, suivie de Neuchâtel, avec 55,3%. Quant au « non » il triomphe en Valais (73,8%) et dans les cantons d’Uri (61,4%), d’Obwald (58,6%) et de Nidwald (58,1%).
Des lits « froids », voire « congelés »
En fait, c’est tout le problème des lits « froids » qu’évoque cette votation. Comment stopper cette course folle qui s’est emparée de nos massifs et qui conduit tout doucement au bétonnage de la montagne et à l’éparpillement des appartements et autres résidences de tourisme ? Des résidences soi-disant construites pour assurer la pérennité du modèle touristique, mais qui l’entraînent dans une spirale spéculative dont on ne peut attendre que du mal.
On dit qu’un lit est froid quand il n’est pas (ou peu) loué aux touristes. C’est le principe même des résidences secondaires qui ne sont occupées que quelques semaines par an, au mieux ! Quand elles ne restent pas fermées tout au long des saisons (on les dit alors « congelées »)...
C’est le cas des appartements jamais rénovés, qui sortent peu à peu du marché et ne peuvent plus être loués.
Pour remédier au problème, les sites touristiques construisent d’autres appartements, d’autres lits, à leur tour loués pendant quelques années avant de sortir à nouveau du marché. Comme en Espagne, ou comme dans de nombreuses destinations touristiques. Avec des risques majeurs d’implosion immobilière, et des risques majeurs pour les sites touristiques qui, pourtant, protestent avec véhémence quand on voudrait, en France notamment, mettre des freins à cet emballement absurde.
Et là, je ne vous parle même pas des impacts environnementaux, ainsi que du coût du foncier qui flambe et qui exclut les jeunes actifs et les saisonniers qui doivent trouver à se loger toujours plus loin.
En Tarentaise, les rêves d’un riche Ukrainien
Dernière folie en date – qui, je l’espère, ne trouvera pas d’écho auprès des élus locaux : en Tarentaise (qui compte déjà plus de 373 000 lits selon la DDT de Savoie (janvier 2008), quand la Tunisie n’en totalise que 241 000), un Ukrainien très riche offre à la commune de Bozel de payer une liaison par téléphérique avec Courchevel, en échange de la vente de terrains dans un site naturel situé à 1 600 m d’altitude. Notre ami ukrainien rêve d’y construire un groupe de chalets et une altisurface… Le tout relié par une route à la piste qui dessert le très joli site du refuge du Mont-Jovet.
Heureusement, en France, des voix de plus en plus fortes s’élèvent contre ce bétonnage à répétition. J’étais, par exemple, à la première réunion des signataires de l’Appel pour nos montagnes… Je vous en reparle bientôt. Mais pour le moment, notre pays continue de foncer dans le mur des lits froids et des résidences inoccupées.
En attendant quel plaisir de lire, toujours sous la plume de Pierre Ruetschi :
« Aujourd’hui, les régions alpines n’ont plus le choix. Les voilà forcées et contraintes de réinventer un modèle de développement touristique. Une aubaine en vérité. Car si la transition, certes abrupte, prévue par l’initiative sera difficile dans un premier temps, elle ne tient pas de la catastrophe annoncée. »
Espérons que la frontière n’empêchera pas cette mini révolution des consciences de passer par chez nous.
La Banque mondiale finance l’accaparement de la terre en Ouganda
A la veille de la conférence annuelle de la Banque mondiale sur la terre et la pauvreté [1], un rapport des Amis de la Terre Ouganda révèle les conséquences dramatiques de l’accaparement des terres financé par la Banque mondiale : violations généralisées des droits des populations et graves destructions de l’environnement.
Le rapport des Amis de la Terre Ouganda, Land, Life, Justice (« La terre, la vie et la justice ») [2], présente les témoignages de communautés contraintes d’abandonner leurs lieux de vie, leurs moyens de subsistance et leur accès à l’eau.
La Banque mondiale a historiquement soutenu et financé à hauteur de plusieurs millions de dollars, l’expansion de l’huile de palme dans les îles boisées au large du Lac Victoria à Kalangala (Ouganda). Près de 10 000 hectares ont déjà été plantés couvrant près d’un quart de la superficie des îles [3]. Si la Banque mondiale s’est depuis retirée du projet, qui implique aussi le géant des agrocarburants Wilmar, la compagnie africaine d’oléagineux BIDICO ou le gouvernement ougandais [4], les accaparements de terres continuent...
Les plantations de palmiers à huile se sont développées au détriment des cultures vivrières locales et des forêts tropicales. Les populations locales ont été empêchées d’accéder aux sources d’eau et aux pâturages. En dépit des promesses d’emploi, les habitants ont perdu leurs moyens de subsistance et ont du mal à joindre les deux bouts.
Pour David Kureeba de NAPE/les Amis de la Terre Ouganda : « Les droits à la terre sont en train d’être démolis, bien qu’ils soient garantis par la Constitution ougandaise. La petite agriculture, la foresterie qui a protégé la faune, le patrimoine et l’approvisionnement alimentaire de l’Ouganda sont remplacés par des décharges de palmiers à huile qui ne profitent qu’à l’industrie agro-alimentaire. Le gouvernement ougandais doit donner la priorité à la petite agriculture biologique paysanne et protéger les droits fonciers des populations ».
John Muyiisha, un agriculteur de Kalangala, raconte ainsi qu’en se réveillant un matin, il a trouvé des bulldozers détruisant ses récoltes. Il cultivait ce terrain depuis 34 ans. D’autres membres de la communauté ont été embauchés pour planter des palmiers à huile et contraints de revendre leurs terres en raison des dettes, du faible revenu de l’huile de palme et de l’absence de récoltes vivrières.
Ronack Monabay, chargé de campagne sur les Institutions financières internationales aux Amis de la Terre France, explique : « Ces récits contredisent l’idée même que l’accaparement des terres serait souhaitable et ’fonctionne’ pour les communautés et l’environnement. Des décennies de privatisation des terres et de promotion de l’agriculture industrielle par la Banque mondiale ont ouvert la voie à un accaparement massif des terres. Les gouvernements à travers le monde doivent arrêter l’accaparement des terres et non pas seulement essayer d’en atténuer les impacts les plus graves. Ils doivent respecter leurs obligations en matière de droits de l’homme sur la terre et réduire drastiquement leurs demandes pour les produits tels que l’huile de palme. »
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Notes :
[1] L’ordre du jour de la conférence annuelle mondiale qui s’est déroulé du 24 au 26 avril 2012 sur « la terre et la pauvreté » se concentre sur la manière dont les communautés peuvent bénéficier des acquisitions foncières plutôt que sur la façon dont elles peuvent conserver l’accès à la terre. http://www.landandpoverty.com/agenda/index.html
[2] Le rapport en anglais, un diaporama photographique et un film sont disponibles en ligne
[3] Les Iles Kalangala couvrent 432,1 km2 soit 43 210 hectares.
[3] Le projet de Kalangala, sur lequel se concentre le rapport, est une joint venture entre le géant mondial des agrocarburants Wilmar International et BIDICO, l’une des plus grandes compagnies de graines oléagineuse en Afrique de l’Est avec le soutien financier et politique des institutions financières internationales comme la Banque Mondiale et le gouvernement ougandais. Il est financé pour 120 millions de dollars par des financements privés, pour 10 millions de dollars par International Finance Corporation et la Banque Mondiale, pour 19,9 millions de dollars par le fonds international pour l’agriculture et le développement et pour 12 millions de subsides du gouvernement ougandais.
Notre Dame des Landes : les présidents esquivent, la grève continue
Communiqué de presse du jeudi 26 avril : réponse au courrier des présidents des 3 collectivités locales (CG, CR et NM) et réponse à AGO/Vinci
Le mouvement de grève de la faim en est à son 16e jour ; les 4 grévistes sont suffisamment en forme pour poursuivre l’action ; ils notent que les bruits de la ville les dérangent beaucoup plus dans leur sommeil que celui des avions au-dessus de Nantes et sont heureux que les élus nantais se soient enfin aperçus qu’ils existaient !
Une lettre des présidents des 3 collectivités locales est arrivée le mercredi 25 avril en soirée, en réponse à celle envoyée par le Collectif d’élu-e-s le 19 avril, dans laquelle il leur était demandé de se positionner sur les 2 revendications des grévistes et de leur comité de soutien (arrêt des expropriations/expulsions tant que tous les recours juridiques ne sont pas jugés et ré-examen du dossier à la lumière des éléments nouveaux) ; un entretien avec les grévistes était également demandé. Aucune réponse satisfaisante n’a été donnée ! Nous ne pouvons que constater leur très grande ignorance du dossier tant sur les dossiers d’expropriations que sur les multiples procédures juridiques en cours ou à venir, notamment concernant l’application de la Loi sur l’Eau et des compensations environnementales obligatoires. Nous ne saurons qu’à la mi-juin si la question prioritaire de constitutionnalité posée est retenue ou pas. Nous renouvelons donc nos 2 exigences pré-citées avec l’appui de José Bové, présent à nos côtés ce matin, pour qui il n’y a ni vainqueurs ni vaincus si le Droit est respecté.
Concernant les déclarations d’AGO/Vinci à la presse, nous contestons les chiffres donnés ! Suite à l’enquête parcellaire, ce sont bien 577 propriétaires qui sont à exproprier dont une petite centaine seulement a signé à l’amiable. Les paysans qui refusent cet accord amiable représentent 60% du groupe des paysans les plus impactés et sont établis sur des lieux stratégiques du projet. Il reste à exproprier 600ha et 8 exploitants regroupés autour des propriétaires. Nous rappelons aussi que pour nous, c’est bien le projet initial figurant dans la Déclaration d’Utilité Publique qui prévaut toujours et non pas le projet revu à la baisse (pistes moins longues et moins larges, pas de taxiways, etc…) présenté par AGO/Vinci ces derniers mois.
Nous savons bien que ce sont l’Etat et les collectivités territoriales qui sont habilités à donner une réponse à nos exigences et c’est pour cela qu’une délégation s’est rendue à Paris ce jour pour déposer une lettre au QG de campagne des 2 candidats à l’élection présidentielle leur demandant, une nouvelle fois, de se positionner sur les revendications des grévistes et de pouvoir s’entretenir avec eux personnellement lors de leur passage en région la semaine prochaine.
Le nouveau sarcophage de Tchernobyl n’est pas près d’être fini
Tchernobyl : plus le nouveau sarcophage se fait attendre, plus il est cher... 25 ans après la catastrophe de Tchernobyl, le confinement de la centrale nucléaire ukrainienne n’est toujours pas effectif. Décryptage d’un projet pharaonique bien mal parti.
Après avoir longé le sarcophage de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, qui fuit depuis une bonne vingtaine d’années, on découvre les bâtiments de Novarka, la société créée par Vinci et Bouygues pour construire la nouvelle enceinte de confinement supposée empêcher les fuites radioactives et permettre de démanteler le coeur du réacteur accidenté. A l’entrée de ce « camp français », des spécialistes contrôlent la radioactivité des véhicules. Au plus près de la centrale travaillent les employés de Novarka, une soixantaine d’expatriés français. Comme les ouvriers terrassiers et d’autres personnels mobilisés, ceux qui s’affairent autour des deux réacteurs arrêtés ne sont sur place que quatre jours par semaine ou bien deux semaines sur quatre. Ils partent soit à Kiev soit dans la ville voisine de Slavutich, une ville nouvelle construite en 1992 pour loger les derniers salariés de Tchernobyl, loin des zones fortement irradiées.
Le serpent de mer d’un nouveau sarcophage destiné à remplacer celui que les Soviétiques avaient édifié à la hâte au péril de la vie des quelques 20 000 « liquidateurs » dont beaucoup, ouvriers et ingénieurs, sont morts par la suite, est né en 1992. Quand les Ukrainiens, sous pression de l’Union européenne, ont admis que leur enceinte de confinement se dégradait rapidement et risquait un jour de s’écrouler sur les débris du réacteur explosé, malgré la centaine de millions d’euros déjà dépensée pour le consolider. Serpent de mer, car entre les tergiversations des autorités ukrainiennes, le défi technologique, la corruption liée aux différents marchés à passer et l’énorme financement nécessaire pour sécuriser entièrement le site, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’un appel d’offre soit lancé. Il a été remporté par Vinci et Bouygues qui ont célébré le contrat en avril 2006 à l’ambassade de France de Kiev, pour marquer le vingtième anniversaire de la catastrophe. Mais, comme tous les intermédiaires ukrainiens n’avaient pas encore été correctement « rémunérés », il n’a en fait été signé qu’en septembre 2007 à Slavutich. Sur la base d’un projet pharaonique.
Les bureaux de Novarka
Pour un montant théorique de 500 millions d’euros, les Français se sont engagés à construire une arche de 105 mètres de hauteur sur une longueur de 150 mètres et d’une portée de 260 mètres, constituée par une structure métallique de 18 000 tonnes. Cet ensemble devra lentement, centimètre par centimètre, glisser sur des rails, poussé par des vérins hydrauliques, pour recouvrir le vieux sarcophage. La construction et la préparation du site mobiliseront jusqu’à un millier d’ouvriers et de techniciens. Le futur reste de rigueur tant les Français communiquent peu sur l’avancement des travaux. Et les Ukrainiens expliquent maintenant qu’il faut que l’Europe et tous les pays volontaires consentent une rallonge d’au moins 600 millions d’euros. En réalité, le chantier a pris beaucoup de retard et est au point mort depuis des mois : les fondations de positionnement de l’arche, qui utiliseront au moins 25 000 mètres cubes de béton, sont loin d’être terminées. Un coup d’oeil aux travaux pour l’instant embryonnaires et les aveux des Ukrainiens permettent de le vérifier. Surprise : en creusant, les entreprises ont trouvé « énormément de radioactivité » et ne savent pas quoi faire des 6 ou 7 mètres de profondeurs de terres fortement contaminées...
Nul ne sait actuellement si la rallonge demandée sera suffisante puisque les dernières évaluations chiffrent l’achèvement des travaux à près d’un milliard et demi d’euros. Sans compter le retard qui coûte officiellement 4 à 5 millions par mois. D’après Novarka, les travaux devaient se terminer au milieu de 2012 alors que le chantier n’avance pratiquement plus et qu’il a déjà au moins deux ans de retard.
Le nouveau sarcophage sera mis en place « au mieux dans quelques années », explique un ingénieur du Chernobyl Nuclear Power Plant, le maître d’ouvrage ukrainien. Ce dernier a démissionné il y a un an, estimant que les salariés étaient exposés à trop de risques. Sans oublier qu’il faudra ensuite procéder au démantèlement de ce qui restera à l’intérieur : le combustible encore en réaction lente et des centaines de milliers de tonnes de métaux et de béton dont nul ne saura quoi faire alors que les déchets et le matériel contaminés lors de l’accident ne sont pas encore éliminés. Cela risque de durer plusieurs dizaines d’années...
LGV Lille-Dijon : un projet déraisonnable
Une nouvelle LGV : les experts se déchaînent. Par Dijon, ou par le centre de la France ?
Dans sa tribune sur Reporterre du 21 mars 2012, Michel Vogt affirme qu’il est préférable de construire une LGV Lille-Dijon plutôt qu’une deuxième LGV Paris-Lyon (projet Paris-Orléans-Clermont-Lyon ou POCL). Le problème posé est plus généralement celui de la saturation éventuelle des LGV Paris-Lyon (LN1), Atlantique (LN2) et Nord (LN3).
On estime que la LN1, utilisée actuellement par 40 millions de voyageurs par an, sera saturée vers 2030 même si la capacité des rames est augmentée (le taux moyen d’occupation est déjà de 75% et peut difficilement croître) et si une signalisation moderne appelée ERTMS 2 est mise en place pour porter la capacité de la ligne de 12 à 16 TGV par heure et par sens.
La LN2 est moins chargée (environ 30 millions de voyageurs par an) mais sa saturation sur le tronc commun Paris-Courtalain des deux branches Bretagne et Sud-Ouest devrait intervenir vers 2030 elle aussi, suite aux mises en service de ses prolongements (Le Mans-Rennes et Tours-Bordeaux vers 2017 puis Bordeaux-Toulouse très vraisemblablement avant 2025) qui provoqueront un afflux de trafic très important, comparable à celui qu’a entrainé le prolongement de la LN1 de Lyon jusqu’à Marseille et Nîmes.
La saturation de la LN3 est, par contre, une perspective bien plus incertaine, qui ne devrait pas être observée avant 2050. En effet la LN3, déjà prolongée jusqu’à Cologne, Amsterdam et Londres, n’est susceptible de l’être encore que de Londres vers le nord de l’Angleterre.
Ces conclusions reposent sur les hypothèses suivantes : une augmentation « naturelle » du trafic de 2,5% par an jusqu’en 2025, puis de 1% par an jusqu’en 2035, et un prix du pétrole qui resterait modéré (65 dollars le baril) ; en cas de hausse sérieuse et pérenne du prix du pétrole, les reports spontanés de trafic de l’avion et la route sur le TGV avanceraient évidemment les dates de saturation.
Dans ces conditions, on perçoit mal la pertinence d’un doublement de l’ensemble LN3 + interconnexion + LN1 par une LGV Lille-Dijon longue de 500 km (et accompagnée nécessairement d’une LGV Dijon-Lyon), aussi coûteuse que le POCL pour un trafic dix fois moindre, et donc infinançable : elle ne serait en effet utilisée que par des TGV diamétraux ou « passe-Paris » ne pouvant même pas desservir Roissy (les actuels TGV diamétraux n’existent que parce qu’ils sont alimentés par une clientèle francilienne à Roissy, Marne-la-Vallée ou Massy).
Une LGV Lille-Dijon est clairement un projet utopique : il ne suffit pas de tracer un trait sur la carte, il faut aussi se préoccuper du volume du trafic attendu. Même le projet de LGV Paris-Amiens-Calais doublant la LN3, bien qu’inscrit au Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) acté dans la loi Grenelle 1, ne répond aujourd’hui à aucune nécessité.
La saturation des LN 1 et 2 doit par contre être prise en compte dès maintenant. La construction de la LGV POCL, destinée aussi à améliorer de manière décisive la desserte du centre de la France, semble difficilement évitable, sauf à accepter une dégradation des performances du TGV sur l’axe ferroviaire le plus fréquenté de France et un reflux des voyageurs vers l’avion et la voiture.
La situation actuelle est comparable à celle des années 1970 : la ligne classique « PLM » Paris-Dijon-Lyon était alors en voie de saturation, le renforcement de sa capacité était à la fois difficile techniquement et très coûteux, et aucune réduction des temps de parcours n’était possible. Le trafic ferroviaire aurait stagné sans la construction de la LGV Paris-Lyon (combattue alors par certains écologistes, approuvée par d’autres) alors qu’elle a permis d’éliminer le trafic aérien très intense entre Paris et Lyon et de contenir le trafic routier malgré la baisse du prix des carburants après le contrechoc pétrolier de 1985 : l’autoroute A6 est restée à 2 x 2 voies sur l’essentiel de son parcours.
La nécessité du POCL étant admise, il est possible de valoriser considérablement le projet actuel, comme l’a proposé la FNAUT [Fédération nationale des associations d’usagers des transports] lors du récent débat public.
1 - Le tracé médian imaginé par RFF [Réseau ferré de France] pour le POCL est le plus pertinent pour les raisons suivantes :
- la qualité de la desserte des territoires du centre de la France par la LGV POCL ne dépend que marginalement du tracé (médian, ouest ou ouest-centre), à 5 mn près pour les trajets Paris-province, qui seraient d’une durée inférieure ou égale à 2h ;
- c’est le tracé médian qui permet de maximiser les gains de voyageurs (surtout des voyageurs longue distance grâce au gain de temps possible sur les relations Paris-Méditerranée), donc de maximiser l’auto-financement du projet par RFF (de l’ordre de 25%, contre 17% pour le tracé ouest et 12% pour le tracé ouest-sud).
2 - La desserte TGV Paris-Limoges peut être assurée par branchement sur le POCL : ce choix autorise une liaison presqu’aussi performante que par le barreau LGV Poitiers-Limoges (115 km) qui doit être abandonné. Cet abandon élimine du même coup le projet irréaliste de LGV transversale « Transline » (Lyon-Montluçon-Limoges-Poitiers) défendu par l’association ALTRO présidée par René Souchon, par ailleurs président du Conseil régional d’Auvergne : cette transversale aurait été positionnée bien trop au sud, alors que l’itinéraire transversal naturel Lyon-Atlantique est un itinéraire de plaine passant par Bourges.
3 – Le POCL permet d’accélérer les liaisons transversales Lyon-Nantes par Bourges et Tours, ainsi que Lyon-Bordeaux par Limoges ou Tours. Une transversale intégralement à grande vitesse passant par Orléans peut même être réintroduite à moindre coût, comme l’a suggéré la FNAUT, en construisant un barreau de 50 km entre Orléans et Courtalain, reliant la LN2 et ses prolongements vers l’Ouest et le Sud-Ouest au POCL, c’est-à-dire Nantes, Rennes et Le Mans à Lyon et à tout le sud-est de la France. On obtiendrait du même coup un doublement de la LN2 entre Paris et Courtalain passant par Orléans.
4 - Une autre proposition de la FNAUT concerne la LGV Rhin-Rhône existante (Dijon-Belfort), utilisée aussi bien par des TGV radiaux Paris-Mulhouse-Suisse que par des TGV transversaux Strasbourg-Lyon-Méditerranée (et même Francfort-Marseille). Il était prévu de la compléter par une branche ouest (94 km) la reliant à la LN1 au nord de Montbard et par une branche sud (157 km) la reliant à Lyon et à la LGV Méditerranée.
Mais le trafic potentiel transversal est peu important et la branche sud est donc difficilement finançable. D’où l’idée de revenir au schéma proposé par la FNAUT en 1987 et de remplacer les branches ouest et sud par un barreau Dijon-Saulieu reliant la LGV Rhin-Rhône à la LN1. Ce barreau de 60 km seulement serait utilisé à la fois par les TGV radiaux et transversaux, avec des performances comparables à celles offertes par les branches ouest et sud (Strasbourg-Lyon en 2h40 au lieu de 2H20 par la branche sud) ; sa mise en service devrait être simultanée à celle du POCL car elle suppose que la LN1 soit déchargée du trafic Paris-Méditerranée.
En définitive, le schéma des LGV proposé ici pour le POCL et la LGV Rhin-Rhône répond à des préoccupations rationnelles convergentes :
- assurer un bon fonctionnement du réseau existant des LGV, donc pallier la saturation, prévisible à moyen terme, des LN 1 et 2 ;
- mailler le réseau des LGV et créer deux transversales très performantes Lyon-Rennes/Nantes et Lyon-Dijon-Strasbourg ;
- minimiser la longueur des LGV à construire afin d’en limiter l’impact environnemental local et le coût (abandon de Poitiers-Limoges et des branches ouest et sud du Rhin-Rhône) ;
- et en définitive maximiser les transferts de trafic de la voiture et de l’avion sur le rail.
Le schéma proposé (POCL + les deux barreaux Orléans-Courtalain et Dijon-Saulieu) est évidemment coûteux, de l’ordre de 15 milliards d’euros pour 650 km de LGV. Mais il constitue une solution efficace à long terme, à la fois technique et écologique (effet de serre). Et l’argent disponible pour le rail n’est pas une donnée intangible de la nature, on ne doit pas nécessairement choisir entre LGV et réseau classique.
D’une part on peut faire des économies en éliminant d’autres grands projets d’infrastructures de transport (autoroutes, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, canal Seine-Nord) ou des mesures dangereuses et ruineuses telles que la TIPP flottante.
D’autre part on peut introduire des écotaxes sur l’avion et la route, dont le produit serait affecté au rail. La Suisse en fournit la preuve : grâce à la RPLP (taxe poids lourds), ce petit pays a pu financer deux grands tunnels ferroviaires alpins (Loetschberg et Gothard), quand deux grands pays comme la France et l’Italie, aidés par l’Union Européenne, ont du mal à en financer un seul…
Anticipation
Le choix que propose l’oligarchie. Mais c’est un choix.
L’absence de l’environnement dans les débats politiques des pays occidentaux est accablante. Elle empêche la réflexion sur la conséquence de la crise écologique : sa conjonction avec le mouvement mondial d’égalisation conduit les pays riches à la baisse de leur consommation matérielle. Le déni de cette perspective ne laisse ouvertes que deux politiques.
Dans la politique oligarchique, la classe dirigeante proclame la possibilité d’augmenter l’abondance matérielle par la croissance du PIB, sans toucher à une répartition des revenus très inégalitaire. Cela stimule l’aggravation de la crise écologique et l’augmentation des prix de l’énergie, d’où un blocage de la croissance et un chômage accru. Il en découle une montée des tensions sociales que l’oligarchie tente de détourner vers les immigrants et les délinquants. De surcroît, la compétition mondiale pour les ressources alimente le nationalisme. L’oligarchie renforce l’appareil sécuritaire et réprime les mouvements sociaux, abolissant progressivement les formes extérieures de la démocratie. Au bout du chemin, la violence.
Dans la politique sociale-démocrate, les dirigeants s’obstinent à chercher la croissance. Ils corrigent aussi l’inégalité sociale, mais à la marge, pour se concilier les « marchés ». Les tensions sociales sont moins fortes que dans le scénario précédent, mais le poids de la crise écologique et les tensions internationales restent aussi lourdes, générant les mêmes effets de frustration. La fraction la plus réactionnaire de l’oligarchie harcèle les dirigeants en s’appuyant sur l’extrême droite. L’issue est la débâcle - ou une franche rupture avec le croissancisme.
Il faudra alors, enfin, accepter l’adaptation à la crise écologique. La clé en sera de réorienter une part de l’activité collective vers les occupations à moindre impact écologique et à plus grande utilité sociale - la maîtrise de l’énergie, un nouvel urbanisme, l’agriculture, l’éducation, la santé, la culture... Cela entraînera la création d’emplois, tandis que la socialisation du système financier empêchera la stérilisation d’une part de la richesse collective. Les inégalités seront drastiquement réduites. Cela rendra équitable, donc supportable, la baisse de la consommation matérielle, d’autant plus que biens communs et collectifs seront nettement améliorés.
Au bout du chemin, un monde en paix avec la nouvelle réalité des limites de la biosphère. Mais qu’il est long !
Flamanville : une nouvelle action a eu lieu sur les pylones
Samedi 28 Avril, nous étions une soixantaine d’opposant-e-s à la ligne THT Cotentin-Maine réuni-e-s dans la campagne de Saint-Cyr-le-Gravelais (53) autour du pylône n°561.
Dans une ambiance bon-enfant, sous une symphonie mêlant roulements de tambours improvisés et cris du pylône martelé par des pierres, des actions de déboulonnages et de sciages ont pu être entreprises.
Alors que certains pylônes sont déjà sur pieds en Mayenne, ces actions nous paraissent nécessaires pour enrayer l’avancée des chantiers par RTE. Si nous continuons ici cette résistance ce n’est pas seulement pour lutter contre les dégâts sur la santé, c’est aussi contre le rouleau-compresseur qu’est le complexe nucléaire auquel la construction de cette ligne THT est intimement liée.
Toutefois une soixantaine de gendarmes, (dont une bonne partie en tenue anti-insurrectionnelle) nous ont délogé-e-s et ont donc mis un terme à nos actions, avant de nous escorter de très près jusqu’à nos véhicules. Grâce à la non-coopération des manifestant-e-s et à une bonne cohésion de groupe, aucun contrôle d’identité n’a pu être effectué et aucune arrestation n’est à déplorer.
Ce n’est que le début la ligne THT ne passera pas ! Ni en Mayenne ! Ni Ailleurs !
Les grévistes de Notre Dame des Landes notent l’évolution de M. Hollande
20e jour de grève de la faim
Communiqué de presse du lundi 30 avril
Suite de la grève de la faim
Au 20e jour du mouvement de grève de la faim, les grévistes, malgré les nombreux kilos perdus et la dureté de la situation quotidienne, gardent leur motivation intacte. Sandrine Le Luel, éleveuse de moutons en Centre Bretagne, entre en grève de la faim à son tour pour l’accompagnement de la lutte et contre le « coup de poignard dans le dos » que représente ce projet d’aéroport. L’élargissement de la lutte se confirme.
Réaction à l’article de Ouest France de ce jour
[Note de Reporterre - François Hollande déclare à Ouest France : "Cet aéroport, qui va en remplacer un autre pour des raisons de sécurité et de développement, sera construit à condition que tous les recours aient été épuisés. Je demande néanmoins que l’exploitation des terres puisse continuer pendant l’instruction du dossier.’]
Concernant la position de François Hollande affichée dans le journal Ouest France de ce jour, le comité de soutien aux grévistes de la faim prend acte du fait que le candidat à l’élection présidentielle connaît maintenant un peu mieux le dossier et ceci grâce au déplacement de la délégation montée à Paris le jeudi 26 avril dernier qui a pu discuter avec lui dans la rue. Une lettre lui est envoyée ce jour pour lui demander confirmation et précisions.
Action du 3 mai
Le monde paysan souhaite renouveler son soutien aux grévistes et maintenir la pression auprès des décideurs politiques en organisant une manifestation le jeudi 3 mai sur Nantes ; le point de rassemblement est fixé à 13H sur le lieu de la grève de la faim, en bas de la rue Jean Jacques Rousseau.
Recours sur le cahier des charges
Le comité de soutien met l’accent cette semaine sur l’ensemble des procédures juridiques souvent complexes et visiblement encore méconnues. Ainsi les recours sur le décret en date du 29 décembre 2010 qui a approuvé le contrat de concession et le cahier des charges (et, par conséquent, qui a pris acte du montage financier du projet d’aéroport) menés par 3 requérants ont été présentés.
Sont notamment contestés, d’une part, l’équilibre financier de la délégation de service public attribuée à AGO ; et, d’autre part, les aides publiques de l’Etat (135 millions d’euros) et des collectivités territoriales (115 millions d’euros) qui ne sont pas conformes au droit de l’Union européenne.
Un théâtre populaire menacé à Colombes
Le Hublot, chantier de construction théâtrale implanté dans une ancienne usine de métallurgie à Colombes, a aujourd’hui vingt ans. Défendre la création et les écritures contemporaines, accompagner les compagnies théâtrales aux projets ambitieux, mettre en oeuvre des démarches vers les publics les plus éloignés de la culture, tels ont été et sont toujours les fondements et la démarche de la compagnie Les Héliades et de son lieu le Hublot, créés et dirigés par Véronique Widock.
Le 1er décembre 2011, la compagnie, reçue à sa demande par la DRAC pour faire un point sur les créations futures, se voit annoncer de manière brutale et sans qu’aucune discussion soit envisagée, un retrait de son conventionnement. Choquée par cette annonce aussi violente qu’inattendue, la compagnie provoque, accompagnée de ses partenaires institutionnels eux-mêmes dans l’incompréhension, une rencontre avec la DRAC.
Le 27 mars 2012, une délégation composée de la ville de Colombes, du Conseil Général des Hauts-de-Seine, de la Région Ile de France et de la ville d’Asnières, est reçue par la direction de la DRAC Ile de France, lui demandant de revoir sa position. Celle-ci reste inflexible et sourde aux arguments de la compagnie, des élus et des collectivités.
Comment comprendre un tel désengagement alors que le Hublot, soutenu depuis 1999 au titre de la création artistique en lien avec les territoires, n’a démenti aucune de ses missions fondamentales, réussissant au contraire, à force d’exigence et de temps, à construire un projet cohérent, parfaitement structuré et emblématique, sur le territoire des Hauts-de-Seine ?
Fidèle à une éthique démocratique, et fort d’une démarche d’ouverture constamment réinterrogée, le Hublot est depuis vingt ans un lieu de création, dont les valeurs sont la transmission, le croisement et le développement des publics : saison de spectacles à domicile, La Caravane théâtre ambulant, Culture à l’hôpital, Actions de sensibilisation transversales dans les établissements scolaires du second degré : autant de dispositifs, d’événements et d’aventures artistiques innovantes par lesquelles sont engagés chaque saison, les publics de six villes des Hauts-de-Seine - Colombes, Clichy-la-Garenne, Boulogne-Billancourt, Villeneuve-la-Garenne, Asnières-sur-Seine, Gennevilliers - à s’initier, pratiquer et rencontrer la création théâtrale.
L’engagement indéfectible aux écritures contemporaines, lisible à travers des créations de la compagnie et des équipes accueillies, font du Hublot un lieu résolument tourné vers la découverte des auteurs vivants et des formes artistiques émergentes.
Particulièrement sensible aux sujets interrogeant notre société contemporaine, cette structure s’est donnée pour mission de porter son engagement vers les publics les plus éloignés de la culture (vers les jeunes lycéens et collégiens ainsi que les enfants des écoles), convaincus de la nécessité d’apporter, par la rencontre artistique, des matériaux de réflexion et d’ouverture essentiels à la construction de l’être comme à la respiration harmonieuse d’une société plus démocratique.
Enfin, grâce aussi bien à son projet artistique qu’à son assise territoriale, le Hublot a réussi à élaborer au fil du temps, un dispositif d’accompagnement des compagnies permettant le temps nécessaire à la création, à l’expérimentation, à la représentation des oeuvres et à leur rencontre avec le public : depuis sa création, 80 compagnies ont été accueillies au Hublot dont bon nombre aujourd’hui bénéficient d’une reconnaissance artistique nationale.
Comment peut-on sanctionner aujourd’hui une compagnie qui s’implique avec une telle exigence artistique dans des démarches vers les publics et dont les actions rencontrent une reconnaissance telle des partenaires territoriaux institutionnels ?
Il y a quelques années de cela, l’Etat (DRAC, Préfecture) a investit 250.000 euros pour la mise en conformité du Hublot, soutenant avec enthousiasme ces lieux du « Possible » aussi nommés « Nouveaux territoires de l’Art ». Pourquoi aujourd’hui un tel désengagement, alors que le Hublot, comme d’autres lieux aussi appelés friches, font indéniablement partie du paysage théâtral, et représentent un maillon essentiel pour que la création puisse se renouveler, et que de nouvelles compagnies puissent se construire et enrichir la vie artistique nationale ?
Le retrait de la convention de la DRAC met gravement en danger la compagnie, et contraindra sous peu Le Hublot et Les Héliades à devoir purement et simplement fermer leurs portes. Depuis quatre mois, les voix de nos pairs artistiques se sont également mobilisées : Philippe Adrien, François Rancillac, Daniel Mesguich, Philippe Mourrat, Christian Benedetti, Alain Grasset, Edith Rappoport, Frédéric Hocquard, Jean-Claude Fall, Matéi Visniec, Grégory Motton, Marc Lesage… ont tous exprimés leur soutien et leur inquiétude face à cette décision arbitraire.
Un rendez-vous a été demandé, par les voix de Marie-Christine Blandin et Philippe Kaltenbach, tous deux sénateurs ainsi que par Philippe Sarre, maire de Colombes, à Monsieur Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture. Cette sollicitation reste aujourd’hui sans réponse bien que cette décision porte atteinte à la création théâtrale contemporaine vecteur d’émancipation et d’ouverture citoyenne.
Le candidat de la droite célèbre « le vrai travail »
Le 1e mai, M. Sarkozy réunit ses partisans autour du « vrai travail »
M. Sarkozy réunit le 1 mai , place du Trocadéro à Paris, ses partisans autour du « vrai travail ». Comme il l’a déclaré le 23 avril, « le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille ».
« Croissance », le mot magique est de retour
Le mot magique est de retour. A dix jours du deuxième tour des élections présidentielles, la croissance est plus que jamais présentée comme la solution à tous nos problèmes. En témoignent les débats autour du « pacte de croissance » de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE). Cette « vérité » étant supposée définitive par les candidats et présentée comme indispensable aux français, c’est alors à celui qui saura le mieux relancer la croissance.
La mythologie de la croissance veut que l’augmentation du PIB fasse baisser le chômage, ce est qui complètement faux depuis les années 70. D’autant plus qu’un volant de chômage est nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme, afin que le travail reste une valeur marchande négociable pour l’employeur. En revanche, ce qui est vrai, c’est que les recettes fiscales de l’Etat sont indexées au taux de croissance. Plus il y a de croissance, plus le budget de l’état est élevé. C’est pour cette raison que les gouvernants ont besoin de croissance, et qu’en l’absence de celle-ci, ils ont recours à la dette. La mythologie économique, du point de vue des candidats aux élections, est secondaire. De plus, elle reste une mythologie.
En effet, même dans les milieux scientifiques, économiques et politiques, il est admis qu’une croissance illimitée n’est pas possible. Et ce, pour des raisons environnementales, sociales et sociétales. Est-ce à dire qu’il faut organiser la rigueur ? Non. Ni rigueur, ni relance. La « rilance » est une imposture qui n’est ni durable ni souhaitable. Il n’y a rien de pire qu’un taux de croissance négatif dans une société de Croissance. Il n’y a qu’une seule solution pour que la récession ne s’apparente pas à la barbarie, c’est de changer de paradigme.
Ce paradigme est celui des objecteurs de croissance, radicalement anti-capitaliste, anti-productiviste, écologiste, féministe, et internationaliste. Il propose des solutions à la fois justes socialement et soutenables écologiquement : Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (revenu inconditionnel , gratuité des besoins de base couplée à une forte progressivité des prix pour la consommation supplémentaire, services publics, démarchandisation, monnaies locales fondantes et monnaie nationale), alliée à un Revenu Maximum Autorisé, Relocalisation et circuits courts (agriculture, productions manufacturées,…), agriculture écologique, sortie de l’industrialisme, sortie des nucléaire & transition énergétique, et entrée dans la 1re démocratie.
Un autre 1e mai : l’essai nucléaire raté de 1962
Près de 10 000 personnes ont été affectées par les retombées radioactives de l’explosion mal contrôlée d’une bombe atomique au Sahara.
Le 1er mai 1962, le tir nucléaire Béryl, censé expérimenter la première bombe pour les Mirage IV de la dissuasion nucléaire de la France, faisait éclater la montagne du Hoggar saharien à In Eker sous les yeux effarés de plusieurs centaines de militaires et civils dont les deux ministres français Pierre Messmer et Gaston Palewski.
La panique incroyable qui suivit ce fiasco des experts du CEA (Commissariat à l’énergie nucléaire) chargés de la mise au point des bombes se résume en quelques chiffres : le jour même, 900 militaires et civils durent être décontaminés et, comme ces mesures avaient été inefficaces, il fallut encore en décontaminer 775 dans les 8 jours qui suivirent, sans compter les dizaines de militaires qui furent expédiés à l’hôpital militaire Percy, en région parisienne, pour des mois de soins intensifs, dans le plus grand secret, avec, pour plusieurs, la mort à la clé.
Ces faits ont été rapportés par des témoins depuis plus de 10 ans. Hélas, du côté du ministère de la défense, en 2012, on en est toujours au déni. À lire un rapport du ministre de la défense de janvier 2007 sur les essais au Sahara, on aurait évité le pire : le nuage radioactif qui déboucha du tunnel creusé dans la montagne du Tan Afela se serait dirigé vers l’Est en direction de la Libye, et n’aurait laissé que des retombées radioactives peu significatives sur des zones quasiment inhabitées. Le rapport des armées de 2007 fournit même une carte de la retombée qui a servi de modèle à M. Hervé Morin, alors ministre de la défense, pour délimiter la « zone géographique » de cette région du Sahara dont les habitants pourraient prétendre à l’indemnisation prévue par sa loi du 5 janvier 2010. On l’aura compris, la retombée ayant « par le plus grand des hasards » évité les villages de la zone, les frais d’indemnisation seront limités…
Malencontreusement pour M. Hervé Morin, débusquant les mensonges officiels, deux anciens scientifiques du contingent, MM Louis Bulidon et Raymond Séné, étaient présents à In Eker en mai 1962. Ils avaient la charge des mesures de radioactivité et leurs appareils ont enregistré les retombées radioactives du nuage de l’accident Béryl dans l’axe nord-sud, c’est-à-dire sur la zone la plus habitée de la région allant de la montagne du Tan Afela, au nord, à Tamanrasset et jusqu’au fleuve Niger au sud. Plus de 5 000 personnes, hommes, femmes et enfants, habitant cette région du Hoggar, sans compter les quelque 2 000 militaires et civils employés aux essais sur la base d’In Amguel et le millier de travailleurs « recrutés localement » dans tout le Sahara ont été affectés par le nuage radioactif. Toutes les mesures faites par nos deux scientifiques ont été enregistrées et elles restent, aujourd’hui, cadenassées dans les archives gardées secrètes, au nom de la raison d’État.
Dans leur livre, Les irradiés de Béryl, Louis Bulidon et Raymond Séné, respectivement ingénieur chimiste et physicien nucléaire, ont lancé un appel à « lever la chape de plomb », resté hélas sans effet, rappelant que « ce 1er mai 1962 et dans les jours qui ont suivi, des centaines, voire peut-être des milliers d’individus, dont des femmes et des enfants algériens, ont reçu des doses radioactives très handicapantes, voire mortelles pour certains d’entre eux. »
C’était, il y a 50 ans. Il est temps que la raison d’État laisse place à la vérité sur les essais nucléaires et que les victimes et leurs familles – algériennes, polynésiennes et françaises - soient enfin reconnues et indemnisées.
A Bayonne, un 1e mai festif contre Sarkozy
Bizi participera à la traditionnelle manifestation du 1er mai de Bayonne, sous la forme d’un défilé « Dégage Sarkozy ! » animé, revendicatif, festif et haut en couleurs.
Contre ce Président des riches qui veut diviser le monde du travail, qui veut opposer les uns aux autres et exacerber les tensions au sein de cette société ; nous appelons au contraire à unir les forces des travailleurs et des chômeurs, des immigrés et des sans papiers, des hommes et des femmes, des jeunes et des retraités pour réclamer plus de justice sociale, un revenu maximum autorisé et un vrai partage du travail et des richesses.
La seule alternative sociale et écologique réside en effet dans le partage du travail et des richesses produites, et non dans leur croissance infinie dans un monde aux limites déjà dépassées. Ce dépassement fait courir à l’humanité d’immenses dangers en la menant tout droit au basculement climatique et en menaçant gravement tous les grands équilibres écologiques de la planète.
Il faut donc aller dans une direction exactement contraire à celle du « travailler plus pour gagner plus », à celle du recul de l’âge de la retraite, de la défiscalisation des heures supplémentaires (qui a représenté l’équivalent de 400 000 emplois !), à celle de l’extension du travail le dimanche …. bref, exactement contraire à la politique sociale qu’a réalisée Nicolas Sarkozy durant ces cinq dernières années. Il faut dès aujourd’hui montrer à son successeur potentiel notre détermination à porter de telles exigences face au « toujours plus vite dans le mur ! » auxquels voudraient nous convier les marchés et les puissances de l’argent.
Le rendez-vous du défilé « Dégage Sarkozy » est fixé à 11H00 au bout du Pont Saint-Esprit, côté gare : venez tous et toutes avec vos instruments, percus, projets artistiques, déguisements, panneaux revendicatifs, keffiehs, ikurriña, drapeaux verts, rouges, mauves, noirs, multicolores !
PS : Un quatrième militant de Bizi est convoqué devant la police lundi 30 avril à 17H00 dans le cadre de l’enquête pour « Offense à chef de l’Etat » diligentée par le parquet de Bayonne. Bizi dénonce cette atteinte à la liberté d’expression et cette tentative d’intimidation à son encontre. Loin de nous faire reculer, cela nous incite à continuer de plus belle : le panneau « Dégage Sarkozy Milesker" que certains voudraient interdire sera présent dans notre cortège du 1er mai et nous appelons la population à venir l’assumer publiquement à nos côtés !
La droite veut étouffer l’action des associations
Un discrète proposition de loi veut empêcher les associations d’agir en justice
En toute discrétion, à l’heure où les médias sont focalisés sur la campagne présidentielle, la Présidence de l’Assemblée nationale a enregistré le 24 avril, deux jours après le premier tour, une proposition de loi du député UMP des Yvelines Jacques Myard, « visant à limiter les procédures pénales abusives menées par certaines associations ».
Cette loi, qui vise à rendre impossible dans les faits la constitution de partie civile pour les associations anticorruption comme la nôtre dans les affaires politico-financières, attaquerait également frontalement les droits des associations contre le racisme et les victimes de discrimination, contre les violences faites aux femmes et la maltraitance des enfants, des associations de défense des victimes des accidents du travail, de la délinquance routière, de défense de l’environnement, des consommateurs, des contribuables… (articles 2-1 à 2-21 du Code de Procédure Pénale)
Dans le détail, cette proposition de loi prévoit que lorsqu’une plainte simple adressée au Procureur de la République, magistrat dépendant du gouvernement, est classée sans suite par celui-ci, une association n’aurait plus le droit de se porter partie civile si elle le souhaite. Elle devrait demander au même Procureur, qui vient de lui refuser d’ouvrir une information judiciaire, l’autorisation de se constituer partie civile afin qu’une information judiciaire soit ouverte par un Juge d’instruction indépendant… Autant demander à un arbitre qui vient de sortir un carton rouge, dans la minute qui suit, l’autorisation de faire revenir sur le terrain le joueur qu’il a expulsé pour qu’il finisse la partie !
Bien sûr, si l’autorisation d’ouvrir une information judiciaire était ainsi refusée à l’association par celui qui vient de refuser cette ouverture, elle pourrait faire appel auprès d’un magistrat dépendant lui aussi du gouvernement, le Procureur général. Face à un nouveau refus, en dernier recours, l’association pourra s’adresser à la Chambre de l’Instruction. Bref un parcours dissuasif des plus dilatoires et coûteux, avec une chance de succès des plus improbables pour toute affaire mettant en cause le pouvoir.
Quel pays, quelle démocratie nous prépare-t-on si, face aux pouvoirs et aux lobbies en place, les associations de défense des droits des citoyens sont ainsi désarmées pour demander Justice ?
De quoi ce député cherche-t-il à se protéger, lui et ses collègues UMP et au-delà ? Au delà, parce que malheureusement, ce sport national qu’est l’autoprotection corporatiste des élus entre eux peut rencontrer des majorités transversales, qui traversent la frontière des différents bords politiques. Prenons l’exemple de la suppression du cumul des mandats qui rencontre de très fortes réticences, malgré les annonces, de la part des cumulards de droite comme de gauche. C’est pourquoi, quelle que soit la composition de la prochaine Assemblée, cette proposition de loi cherchant à entraver la liberté d’agir des associations de défense des droits des citoyens est extrêmement dangereuse. Dans la période électorale troublée que nous connaissons, que des législateurs puissent ainsi sereinement envisager de s’attaquer à la liberté des associations en dit long sur la démocratie que certains veulent nous préparer en toute discrétion.
Et ensuite ? Après s’être attaqué aux droits légitimes des associations citoyennes ? Pourquoi pas s’attaquer à la liberté de la presse ? Pourquoi pas censurer la liberté d’expression sur internet ?… Un pouvoir sans contrepouvoirs, le rêve d’une démocratie bâillonnée pour certains d’élus en place !
Avec une telle loi, aucune contradiction citoyenne, comme nous l’avons portée seuls, n’aurait été présente lors du procès Chirac pour équilibrer les débats. Quid de nos actions citoyennes en Justice dans l’affaire des sondages de l’Elysée, dans l’affaire Karachi, dans l’affaire des irrégularités de dépenses de communication du gouvernement révélées par la Cour des Comptes ? Quid des informations judiciaires uniquement déclenchées par des constitutions de partie civile de militants d’Anticor pour nombre d’affaires locales que des Procureurs avaient classées sans suite ? Impossibilité également de nous porter partie civile dans le volet financement de parti politique de l’affaire Woerth-Bettencourt si, d’aventure, on assistait à une tentative d’étouffement de cette affaire.
Soulignons que, dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi, ce député UMP des Yvelines regrette ouvertement que les plaintes avec constitution de partie civile pour fraude électorale et pour délits de presse n’aient même pas à passer par le filtre du Procureur. Il y stigmatise également les associations « plus ou moins politisées » qui, selon lui, instrumentalisent et détournent l’institution judiciaire, dont le but est de protéger les citoyens, privatisant ainsi purement et simplement l’action publique…
Notons enfin que cette proposition de loi est enregistrée par la Présidence de l’Assemblée nationale dans la semaine qui suit la proposition commune, adressée aux candidats à la Présidentielle (et bientôt proposée pour les législatives), d’Anticor, Transparence International et Sherpa, d’un nouvel article de loi qui autoriserait les associations anticorruption à se porter partie civile dans toute affaire de corruption, ce qui n’est pas le cas actuellement.
En réponse à cette proposition de loi liberticide, « visant à limiter les procédures pénales abusives menées par certaines associations », Anticor se doit d’envisager une proposition de loi « visant à limiter les propositions de loi abusives menées contre certaines associations » !
Greenpeace survole la centrale de Bugey
Ce matin mercredi 2 mai, à 7h40, un militant de Greenpeace, à bord d’un paramoteur, a survolé la centrale du Bugey (Ain, 35 km à l’est de Lyon), pénétrant un espace aérien interdit.
Illustrant la vulnérabilité des installations nucléaires à la menace aérienne, il a réussi à déposer des fumigènes sur l’un des réacteurs et a atterri à l’intérieur du site.
Ce survol illustre la vulnérabilité des sites nucléaires français face à la menace d’une attaque aérienne. Alors que l’Allemagne a pris en compte la chute d’avion dans ses tests de sûreté, la France refuse toujours d’analyser ce risque pour nos centrales !
Les centrales françaises ne sont pas conçues pour résister à la chute d’un avion de ligne. Greenpeace publie ce jour une étude réalisée par un expert britannique sur la vulnérabilité des centrales nucléaires françaises aux chutes d’avion (résumé en français ; texte intégral en anglais}).
La chute d’un avion de ligne sur une centrale nucléaire, jugée peu probable par les autorités de contrôle, n’a jamais été prise en compte ni dans la conception, ni durant l’exploitation de nos installations.
Pourtant, dans ce cas, les confinements primaires des 58 réacteurs seraient confrontés à un risque de défaillance. De même, les bâtiments abritant les piscines de refroidissement des combustibles irradiés seraient soumis à un risque de perforation ou d’effondrement de leur structure. Ces piscines, qui contiennent souvent plus de combustibles radioactifs que les réacteurs eux-mêmes, peuvent être à l’origine d’un accident nucléaire majeur.
Les 34 réacteurs de 900 MW, ceux du Bugey, mais aussi ceux de Fessenheim, Gravelines, Dampierre, Blayais, Chinon, Saint-Laurent et Cruas, sont particulièrement vulnérables aux agressions extérieures en raison d’un confinement primaire en béton simple doublé d’une paroi métallique intérieure.
Une accumulation de preuves : une vidéo d’un survol de… l’usine de La Hague
Greenpeace publie aussi une vidéo inédite montrant des images aériennes de l’usine de retraitement de la Hague. Ces images, tournées en novembre 2011 par un engin volant équipé d’une caméra, sont une autre preuve que rien n’a été fait pour prendre sérieusement en compte la menace d’une attaque aérienne sur les installations nucléaires françaises.
Sur le site de la Hague, sont stockés plus de 10 000 tonnes de combustibles irradiés dans des piscines de refroidissement, ainsi que 64 tonnes de plutonium. Ces matériaux hautement radioactifs ne sont protégés que par des bâtiments simples sans renforcement spécifique contre la menace aérienne.
Sarkozy était prêt à livrer un réacteur nucléaire à Kadhafi
M. Sarkozy a-t-il négocié en 2006 avec M. Kadhafi un financement pour sa campagne électorale, comme l’avance Mediapart ? On ne sait.
Mais ce qui est certain et indiscutable, c’est que M. Sarkozy, alors président de la République, a convenu en juillet 2007 d’un « Memorandum d’entente sur la coopération dans le domaine des applications de l’énergie nucléaire » avec le régime libyen. Cet accord ouvrait la voie ouvrant la porte à la construction d’un réacteur nucléaire, « en vue de la réalisation de projets de production d’énergie nucléaire et de dessalement de l’eau ».
Voici cet accord officiel, signé par le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, à Tripoli le 25 juillet 2007. Ce document atteste du degré de responsabilité de M. Sarkozy en matière de prolifération nucléaire :
Nature et Progrès
Nature et progrès n° 87 d’avril-mai 2012 est paru.
Le sommaire :
- Lecture : Droits devant !! 20 ans de lutte contre les exclusions
- Ecologie : le nucléaire bon marché, la fin d’un mythe
- Rio+20 : les scientifiques pris au piège
- Témoignage : une autre approche du cancer
- Le détournement du bien-être animal
- Réflexions minoritaires sur l’identification électronique des animaux domestiques
- La sélection du vivant, pour quel monde ?
- La naissance dans l’engrenage hospitalier
- Un séminaire sur les normes et le vivant
- Sous les palmiers, les agrocarburants
Les déchets envahissent les océans
L’accumulation de millions de tonnes de déchets forment un « septième continent » dans les océans.
Le 7e continent est un gigantesque amas de déchets qui flotte entre la Californie et Hawaï, dans le nord-est de l’océan Pacifique. Issus des activités humaines et véhiculés par les courants maritimes, ces déchets, essentiellement plastiques, couvrent une surface de près de 3,5 million de km2.
Les observations réalisées depuis plus de dix ans par l’Algalita Marine Research Foundation révèlent que l’ensemble des déchets humains provenant des littoraux et des navires se rejoignent et s’accumulent dans deux zones baptisées « Plaque de déchets du Pacifique est » (Eastern Pacific Garbage Patches) et « Plaque de déchets du Pacifique ouest » (Western Pacific Garbage Patches).
Ces régions, réunies en une zone géographique appellée le 7e continent, totalisent un poids de 3,5 millions de tonnes et contiennent jusqu’à 750.000 débris par km², le tout sur une surface de 3,43 millions de km². Selon Chris Parry, chef de programme d’éducation du public, de la California Coastal Commission de San Francisco, depuis plus de 50 ans, les déchets tourbillonneraient sous l’effet du grand vortex nord-pacifique (North Pacific Gyre) et s’accumuleraient dans cette zone peu connue.
En effet, peu de routes commerciales et peu de bateaux de pêches traversent cette région. Le vortex attire vers lui tous les résidus issus de notre société de surconsommation. Toutefois, contrairement au siphon, les déchets ne sont pas « aspirés » mais accumulés et parfaitement visibles. Pour Greenpeace, sur les 100 millions de tonnes de plastique produits chaque année, près de 10 % finissent dans les océans. Sur ces mêmes 10 %, 70 % coulent et le reste est emporté au gré des courants.
46.000 morceaux de plastique par 2,5 km² d’océan
Autrefois (avant 1990), les débris étaient détruits par les micro-organismes. Si ce n’est plus le cas aujourd’hui, c’est parce que les plastiques représentent 90 % des déchets flottant sur les océans. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement on trouverait d’ailleurs 46.000 morceaux de plastique par 2,5 km² d’océan sur une profondeur d’environ 30 mètres ! Selon l’Algalita Foundation, la quantité de plastique dans l’eau de mer est jusqu’à dix fois supérieure à celle du plancton dans certains endroits.
Or, ces plastiques, qui mettent jusqu’à mille ans à se dégrader, représentent un danger mortel pour les animaux. On a souvent entendu parler des tortues qui s’étouffent en confondant un sac plastique avec une méduse mais on sait moins que d’autres animaux sont touchés par cette pollution. Au total, plus de 267 espèces marines seraient affectées par cet amas colossal de déchets selon le rapport de Greenpeace.
Comme l’explique Rebecca Asch, chercheuse à l’Institut Océanographique Scripps, « dans cette zone la plupart des morceaux de plastique sont très petits. Les déchets ont été dégradés par la lumière du soleil et les courants océaniques. Donc ça n’a rien à voir avec une bouteille ou un sac en plastique. Ce sont des tout petits morceaux de plastique de la taille d’un confettis. En fait ils ont la même taille que le plancton dont se nourrissent les poissons. C’est pour ça qu’ils mangent le plastique, c’est parce qu’ils le confondent avec du plancton. »
100.000 mammifères marins morts par an, par ingestion de plastique
Sur les îles Midway, dans le Pacifique, des dizaines de milliers d’albatros meurent dès leur naissance. Ceux-ci ont été nourris par leurs parents par des déchets plastiques provenant de la Grande plaque de déchets du Pacifique. Ils meurent l’estomac rempli de plastique. Greenpeace estime ainsi à environ un million le nombre d’oiseaux et à 100.000 le nombre de mammifères marins mourant chaque année de l’ingestion de plastiques. Selon des scientifiques américains de l’Institut Scripps, un poisson sur dix ingère du plastique dans le Pacifique Nord, soit 24.000 tonnes de plastiques avalées par les poissons chaque année dans cette zone. De plus, les débris de plastique ont la fâcheuse tendance à fixer les polluants organiques persistants (POP). Connus pour leur nocivité et leur capacité à voyager autour du globe les DDT (dichlorodiphenyltrichloroethane) et PCB (polychlorobiphényles) se retrouvent dans des morceaux de plastique à des concentrations jusqu’à 1 million de fois supérieures aux normales. Il est pourtant actuellement impossible de nettoyer cette zone à la taille colossale. Selon Marcus Eriksen, directeur de recherche et d’éducation à la Algalita Marine Research Foundation, « il n’y a rien que nous puissions faire maintenant, à l’exception de ne pas faire plus de mal. »
Notre Dame des Landes : ils tiennent bon
Communiqué de presse du 2 mai 2012
22e jour de grève de la faim
Le mouvement de grève de la faim entre dans sa quatrième semaine. La fatigue s’accroît, le repos fréquent devient indispensable. Le comité de soutien tient à préciser qu’il ne s’agit pas d’un jeûne tournant mais bien d’une grève de la faim. Michel Tarin ne s’est pas alimenté depuis 22 jours, les deux personnes ayant dû partir l’ont fait pour raison de santé et ont naturellement été relayées. Deux autres personnes ont entamé elles aussi cette action il y a quelques jours.
L’équipe est soudée et déterminée : elle trouve « incroyable qu’il faille tant de temps pour une réponse simple à une question simple » ; leur « vitamine et nourriture », ils la trouvent dans les soutiens toujours grandissants.
Robert Chiron - universitaire et scientifique connu pour son parcours d’écologiste, de solidarité envers les pays du sud et de lutte contre la maladie du cancer - rejoint aujourd’hui les grévistes de la faim, qui sont donc désormais au nombre de six.
Courriers aux candidats et aux présidents des collectivités
Une lettre est en préparation pour répondre aux propos scandaleux de Nicolas Sarkozy parus dans Ouest-France aujourd’hui 2 mai, qualifiant les terres et le bocage de Notre-Dame-des-Landes d’« immense terrain vague ».
[NDLR : M. Sarkozy : « Je suis pour cet aéroport. Mais ce n’est pas moi qui suis soutenu par Mme Joly qui plaide cette idée folle que l’homme est un gêneur dans la nature. Ce n’est pas moi qui veux la décroissance. Le résultat, ce serait un immense terrain vague, au lieu d’un aéroport qui permet de créer des emplois et de désenclaver toute une région. » (Ouest-France)]
Une lettre à François Hollande a été envoyée lundi 30 avril lui demandant des précisions sur ses propos et reformulant la demande d’arrêt des expropriations tant que tous les recours ne sont pas jugés
Les trois présidents des collectivités locales ayant préféré répondre via la presse au courrier du CéDpa (collectif d’élus), ce dernier leur a répondu par la même voie, avec une tribune dans Rue 89 et une lettre ouverte (en pièce jointe)
Action des agriculteurs à Nantes le 3 mai
Le comité de soutien organise un rassemblement pacifique pour la venue de François Fillon à Nantes ce 2 mai, en réponse aux propos de N. Sarkozy et le monde paysan organise une manifestation de grande ampleur le jeudi 3 mai à Nantes pour montrer sa solidarité et sa détermination.
Point juridique
Erwan Le Moigne, avocat des propriétaires et exploitants concernés sur la zone refusant de vendre à l’amiable, a dénoncé « la tragédie que représente le rouleau compresseur de la procédure archaïque d’expropriation » et a précisé qu’une Question Prioritaire de Constitutionnalité a été déposée devant le Conseil Constitutionnel, qui pourrait bien remettre à plat tout le projet. Il demande que les procédures d’expropriations soient suspendues tant que les recours ne sont pas jugés et précise qu’AGO/Vinci pourrait tout à fait prendre la décision de ne plus notifier les mémoires valant offre aux propriétaires, ce qui serait, selon Maître Le Moigne, une décision de bon sens et une prise de précaution évidente.
Soutien de nouvelles personnalités
Susan Georges, présidente d’honneur d’ATTAC, vient apporter son soutien aux grévistes de la faim cet après-midi, et ce soir trois conseillers régionaux, René Louail, François Dufour et Serge Morin, accompagnés de Joël Labbé, sénateur-maire de Saint Nolff (56), viennent passer la nuit à leurs côtés.
Pour des états généraux de l’agriculture
« Face à la raréfaction du pétrole, au dérèglement climatique, à la souffrance paysanne, notre pays a plus que jamais besoin d’un pacte agricole »
Si les Français aiment l’agriculture et en ont une bonne image ils sont en revanche 93 % à souhaiter une évolution du système actuel au profit de pratiques qui réduiraient l’utilisation des engrais et des pesticides dans un souci de limiter la pollution de l’eau, de l’air des sols et les risques pour la santé ou même à souhaiter un modèle basé sur l’agriculture biologique, majoritairement à base de produits locaux.
Face à cette demande massive de changement du modèle agricole, force est de constater que peu de progrès ont été accomplis ces dernières années. Les déclarations intempestives opposant environnement et agriculture ont enterré les derniers espoirs suscités par le Grenelle, dont les premiers résultats en matière d’agriculture sont d’ailleurs très décevants : + 2,6 % d’utilisation de pesticides sur la période 2008-2010 alors que le plan Ecophyto en prévoit... la diminution de 50 % d’ici 2018 ! De même, la part de la surface agricole en mode de production biologique est passée de 2 % à 3 % de 2007 à 2010... Un progrès, certes, mais on est loin des 6 % en 2012 prévus par le Grenelle de l’environnement ! Dans ce contexte, les 20 % d’agriculture bio prévus pour 2020 apparaissent comme totalement hors de portée ! Pourtant, on peut noter que la Surface agricole utile en agrocarburants est passée en 5 ans à 6 % avec les moyens financiers adéquats.
POURQUOI UN TEL ÉCHEC ?
Il est clair que cette incapacité à réformer notre système agricole est liée à un vrai manque de courage politique pour sortir d’une cogestion des affaires avec le syndicat majoritaire depuis plus d’un demi-siècle. Cette cogestion qui rend l’Etat impuissant permet, certes, d’acheter la « paix sociale » avec le dit syndicat, mais ne répond en rien aux demandes légitimes de la société en matière de production agricole et d’alimentation. Pouvons-nous continuer ainsi longtemps à tolérer un écart toujours plus grand entre les attentes de la population et les politiques agricoles mises en œuvre, alors même qu’une toute petite partie des agriculteurs est très largement subventionnée par des fonds publics et touche environ plus de 80 % des 10 milliards d’euros de subventions par an (Insee) dans le cadre de la Politique agricole commune ?
LE TEMPS DU CHANGEMENT
Cette situation n’est évidemment plus supportable. Au contraire, les signataires de cette tribune pensent que le moment est venu pour notre agriculture d’accomplir la véritable mutation que tant attendent et que nécessitent l’urgence climatique et environnementale. Alors que notre pays traverse une séquence électorale qui va dessiner les grandes lignes de ses politiques publiques pour les cinq prochaines années, les deux candidats à l’élection présidentielle doivent aller bien au-delà des vagues promesses et prendre des engagements clairs sur quelques points fondamentaux pour réorienter notre politique agricole. Ainsi, nous attendons d’eux la reconnaissance de modes d’agricultures productives, à faible utilisation d’intrants chimiques et à forte valeur sociale (pour des systèmes économes et autonomes). Et nous souhaitons qu’ils s’engagent à les promouvoir en priorité sur l’ensemble des territoires français, en remplacement des pratiques actuelles. Nous demandons également une reconnaissance claire de l’agriculture biologique comme agriculture à part entière, avec un objectif de 20 % en 2020 et la mise en place d’un comité interministériel (environnement, alimentation, santé) qui devra écrire avec les professionnels concernés un plan d’action à cinq ans.
Des évolutions institutionnelles doivent également intervenir comme l’évolution du ministère de l’agriculture en ministère de l’alimentation et du développement rural, ou encore la fin de la cogestion comme seul mode de décision. Une reforme de la gouvernance des chambres d’agriculture devra être engagée. De même, des engagements clairs doivent être pris par les candidats quant à la position française sur la PAC qui doit être en rupture avec celle proposée et intégrer l’environnement et l’emploi dans ses critères d’attribution des aides.
POUR UN PACTE AGRICOLE
Mais, au-delà de ces quelques mesures fortes, à engager prioritairement, il convient d’aller plus loin pour réformer en profondeur le système agricole français. Ces quelques mesures, fussent elles excellentes, ne peuvent pas, à elles seules, suffire à réaliser cette profonde transition dont l’agriculture a besoin. Pour retisser les liens entre la société française et ses agriculteurs il conviendra de lancer un grand chantier de refondation du contrat qui les liens.
Nous proposons donc aujourd’hui aux deux candidats de s’engager sans détour en faveur de la tenue dans les trois mois d’états généraux de l’agriculture et de l’aménagement rural.
Réunissant autour de la table toutes les parties prenantes, selon le modèle de la gouvernance ouverte mise en œuvre pendant le Grenelle de l’environnement, en concertation avec les régions qui devront tenir demain un rôle clé dans ce domaine, ces états généraux devront permettre de faire émerger des solutions efficaces pour la décennie à venir.
Il y a urgence car, face à la raréfaction du pétrole, au dérèglement climatique, à la souffrance paysanne, notre pays a plus que jamais besoin d’un pacte agricole susceptible de promouvoir une agriculture vivrière et structurante pour les territoires, rémunératrice pour les agriculteurs, respectueuse des sols, de l’eau, de l’air, de la biodiversité, à forte valeur patrimoniale, créatrice d’emplois, porteuse d’innovations et source de santé pour nos citoyens.
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Signataires :
Serge Orru, directeur général, WWF France ;
Dominique Marion, président, Fédération nationale d’agriculture biologique ;
François Veillerette, porte parole, Générations Futures ;
Olivier Belval, président, Union nationale de l’apiculture française ;
Paul François, président, Phytovictimes ;
Cyril Dion, directeur, Colibris ;
Christian Pacteau, Ligue pour la protection des oiseaux ;
Franck Laval, président, Ecologie sans frontière ;
Philippe Desbrosses, Intelligence verte ;
Stephen Kerckove, Agir pour l’environnement.
Comment l’éducation au développement durable changera le monde (ou pas)
Vendredi 4 mai au Grand Parquet, à Paris
Peut-on dépasser le capitalisme avec les deux principaux outils à notre disposition : l’économie de marché et la démocratie ? En conquérant le pouvoir, amènera t-on un système meilleur ? Faut-il raisonner avec les dispositifs traditionnels de militantisme alors qu’ils semblent s’écrouler les uns après les autres ? Dans un climat de crises, alors qu’on se laisse gagner par le sentiment d’impuissance : résister c’est créer, donner envie, parce qu’il faut qu’il y ait quelque chose de désirable, de positif pour dépasser le capitalisme.
De la Jamaïque à la Bretagne en passant par le Pérou et l’Essonne, j’ai cherché la Voie, j’ai rencontré des Guides, je me suis fait Prophète, et je suis devenu Imposteur en CDI. Cette conférence en forme de one-man show est le récit initiatique de la quête d’un jeune utopiste ou comment l’éducation au développement et à la solidarité internationale changera le monde (ou pas...?!).
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Une conférence gesticulée de Alec Somoza, vendredi 4 mai à 19 h
Au Grand Parquet, 20 bis rue du Département, 75018 Paris.
Hollande-Sarkozy : leur différence sur le nucléaire ? Vingt ans
L’examen des positions de MM. Hollande et Sarkozy montre que ce qui les sépare, c’est la durée envisagée de fonctionnement des réacteurs nucléaires : quarante ans pour le premier, soixante pour l’autre.
Nicolas Sarkozy : « L’industrie nucléaire française réunit tous les traits d’une France forte. Naturellement, il faut être intransigeant avec la sécurité et la sûreté de nos installations. » (Lettre au peuple français).
Pour le président sortant, Fukushima n’a rien changé au royaume de l’atome. Sa position s’inscrit donc dans une continuité, que précise sa porte-parole, Nathalie Kosciusko-Morizet : « La politique énergétique reposera sur trois piliers : réduction de la dépense énergétique, développement des énergies renouvelables et électricité nucléaire. »
L’avenir du nucléaire n’est pas clairement défini par le candidat lui-même, mais ses partisans se réfèrent au rapport de la Commission Energie 2050 remis en février au ministre de l’industrie, Eric Besson. Le point-clé en est la prolongation de la durée de fonctionnement des réacteurs de quarante jusqu’à soixante ans. Selon la Commission, « cette option s’avère de loin la moins coûteuse en termes d’investissements jusqu’à 2035-2040 (...). Et c’est elle qui permet de produire les kWh les moins coûteux. » Pour Francis Sorin, de la SFEN (Société française d’énergie nucléaire), « ce scénario rejoint les orientations de Nicolas Sarkozy, mais aussi d’une bonne partie de ceux qui considèrent que le nucléaire est une bonne chose pour la France ».
« HAUSSE DURABLE DES COÛTS ÉNERGÉTIQUES »
Cependant, cette hypothèse n’exclut pas la possibilité d’une réduction du parc nucléaire. Le gouvernement a adopté en décembre dernier un plan d’efficacité énergétique visant une diminution des consommations d’énergie à l’horizon 2020 comprise entre 19,7% et 21,4%. La part des énergies renouvelables est par ailleurs appelée à monter en puissance dans la lignée des objectifs européens (20% de la consommation d’énergie en 2020). Le poids du nucléaire dans le bilan énergétique français est donc amené à baisser.
Par ailleurs, la hausse annoncée des coûts de l’énergie pourrait aussi jouer son rôle dans une moindre demande. « Tous les scénarios s’accordent sur une perspective de hausse durable des coûts énergétiques », notait la Commission Energie 2050, tandis qu’en janvier, la Cour des comptes a jugé que le prix de construction des réacteurs est en forte augmentation, ainsi que les coûts de maintenance, tandis que les provisions pour démantèlement sont trop faibles. Jusqu’à présent, ni M.Sarkozy ni ses conseillers n’ont toutefois indiqué comment ils envisageaient l’adaptation inévitable de l’industrie à cette nouvelle donne.
Le candidat est contesté sur sa gestion passée. Selon François Brottes, député (PS) de l’Isère et conseiller pour l’énergie de François Hollande, « M.Sarkozy a été très inconstant dans sa gestion du nucléaire, tant dans les différends entre Areva et EDF qu’en poussant le nucléaire ’low cost’ ou en signant un accord sur le nucléaire avec Kadhafi ». En juillet2007, le gouvernement français a en effet conclu un « Memorandum d’entente sur la coopération dans le domaine des applications de l’énergie nucléaire » avec le régime du dictateur libyen.
François Hollande : « J’engagerai la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025. (...) Je fermerai la centrale de Fessenheim et je poursuivrai l’achèvement du chantier de Flamanville [EPR]. » (Mes 60 engagements pour la France)
Le discours de M.Hollande sur le nucléaire n’a pas varié. Mais une incertitude tient à l’accord signé en novembre dernier avec Europe-Ecologie Les Verts (EELV). Selon ce texte, « nous engagerons un plan d’évolution du parc nucléaire existant prévoyant la réduction d’un tiers de la puissance nucléaire installée par la fermeture progressive de 24 réacteurs. (...) Aucun nouveau projet de réacteur ne sera initié. » Sur France 2, le 26 avril, M.Sarkozy a dénoncé ce chiffre de 24 réacteurs à fermer comme le signe de l’irresponsabilité de M.Hollande.
En fait, ces 24 réacteurs correspondent au passage à 50% de la production électrique. La Cour des comptes a ainsi précisé, dans son rapport de janvier sur le nucléaire : « 22réacteurs sur 58, représentant environ 30% de la puissance nette du parc [18210MW], atteindront leur quarantième année de fonctionnement d’ici à 2022. » M.Hollande a clarifié sa position, le 19 mars, sur France Info : « Quand les centrales atteignent la fin de leur vie, parce que c’était prévu pour quarante ans, il est assez légitime que nous prévoyions la mutation. (...) Il y aura des fermetures qui s’étaleront jusqu’en 2025, c’est-à-dire très loin, au moment où les centrales seront en fin de vie. (...) Les vieilles centrales qui n’exigent pas d’investissements très importants pourront être prolongées. Mais les autres devront être progressivement fermées et remplacées. C’est la raison pour laquelle j’ai donné également la confiance pour terminer l’EPR de Flamanville (...) parce que nous avons besoin de réacteurs de nouvelle génération. »
ANALYSE DE SÛRETÉ
Ainsi, il apparaît que la différence essentielle entre M.Sarkozy et M.Hollande sur la question nucléaire est que le premier table sur des réacteurs fonctionnant soixante ans, tandis que le second raisonne sur quarante. Si l’on met à part le cas de Fessenheim, le premier réacteur concerné par la limite d’âge de quarante ans est Bugey 2, qui fêtera cet anniversaire en 2019, soit bien après la fin du prochain quinquennat. Mais selon quel agenda les fermetures s’opéreront-elles alors ? C’est sans doute l’analyse de sûreté qui en décidera. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) aura donc un rôle crucial à jouer.
Comment alors M.Hollande préparerait-il l’avenir ? Selon François Brottes, son conseiller à l’énergie, « il est temps d’opérer la transition énergétique. Pour convaincre tout le monde que c’est nécessaire, il y aura un grand débat sur l’énergie - avec une mobilisation forte sur la sobriété : une clé de la transition est l’économie d’énergie. Une autre est la montée en puissance des énergies renouvelables. » Selon Denis Baupin, qui a négocié pour EELV l’accord avec le PS, « l’état du débat aujourd’hui est au même point qu’en Allemagne cinq ans avant l’accord entre le chancelier Gerhard Schröder et les Verts. Dans les cinq ans à venir, il nous faudra rendre crédible la sortie du nucléaire. » Mais pour Francis Sorin, de la SFEN, « cette perspective envoie un message négatif au secteur nucléaire. Les gens sont découragés. »
Mais si, c’est bien, le développement durable
"Certes, le greenwashing bat son plein. Pourquoi ? A cause du « développement » d’une conscience écologique ? Doit-on regretter d’avoir marqué un but s’il a contribué à redynamiser l’adversaire qui contre-attaque ?"
Dans certains milieux écologistes, il devient de bon ton, presque à la mode, de tirer à boulet rouge sur le développement durable. Le terme très prisé pour le discréditer est « oxymore ». Ce mystérieux terme désigne une expression qui dit une chose et son contraire. A l’instar d’une obscure clarté ou d’un silence éloquent, le développement durable est-il vraiment le contre-sens que certains prétendent qu’il est ? Selon eux, durer et se développer ne seraient pas compatibles.
Le discrédit en question n’est pourtant pas totalement dénué de fondement. Il est clair que la société d’hyperconsommation a flairé « la bonne affaire ». Les hypermarchands ont bien senti le vent tourner. Ils ont compris que pour pouvoir vendre et polluer plus longtemps, il allait falloir superficiellement verdir les emballages. Certes, le greenwashing bat son plein. Pourquoi ? A cause du « développement » d’une conscience écologique ? Doit-on regretter d’avoir marqué un but s’il a contribué à redynamiser l’adversaire qui contre-attaque ? Si un crime a été commis à l’aide d’une arme blanche, doit-on interdire l’usage des couteaux ? Faut-il bannir le langage parce que certains mots sont blessants ?
Jeter le bébé avec l’eau du bain, voilà une expression barbare qui exprime assez bien une étape intermédiaire sur un chemin de conscience. C’est en partie l’orgueil qui pousse à étaler fièrement une compréhension sommaire d’un phénomène qui nécessiterait pourtant du temps pour en saisir la complexité. Ce mécanisme de rejet primaire pousse à condamner l’usage à cause du mésusage.
Les petits malins du marketing et les grands escrocs du capitalisme ont presque réussi à s’approprier l’expression incriminée maintenant. Au nom de quoi devrait-on leur laisser le monopole du développement durable ? Que les greenwashers l’aient dévoyé, qu’ils l’aient vidé de son sens premier n’est pas surprenant. Leur névrose d’accumulation ne peut que les pousser à s’approprier ce qui appartient à tous. Ils ont fait main basse sur les sols, les semences, la faune, les forêts, l’eau… et tant d’autres ressources naturelles exploitées à un rythme où elles ne peuvent pas se renouveler à l’échelle du temps humain. Allons-nous laisser les dévots de « la » croissance nous voler le « développement durable » sous prétexte qu’ils repeignent en vert toutes leurs cochonneries ?
Qu’est-ce qui doit se développer, croître ? Rien ? L’agriculture biologique ne mérite-t-elle pas de croître ? La décroissance ne mérite-t-elle pas de se développer ? Dans la négative, le monde sera bientôt un occis mort, à savoir le contraire d’un oxymore : un pléonasme.
Les écologistes défendent à juste titre la Nature. Il n’y a pas moins de légitimité à défendre des mots, des concepts, une expression, dans une guerre qui n’est pas que sémantique. Le mot « guerre » vous dérange ? Alors voici un autre oxymore : guerrier pacifique. J’aime les oxymores. Ils choquent les esprits et nous invitent à goûter la complexité des mondes.
Sus au simplisme ! Je suis un guerrier pacifique dans le sens ou la non-violence ne saurait se passer du combat. Dans la plus pure tradition gandhienne, je marcherai avec les paysans sans terre en 2012 pour Jan Satyagraha. De même, je marche aujourd’hui avec ma langue. Tel un escargot décroissant, lentement mais sûrement, je bave et je brave les sarcasmes de ceux qui prétendent avec mépris avoir tout compris. Ceux-là mettent au rebut une expression parce qu’il semble plus branché de parler de décroissance ou d’économie soutenable. Indignez-vous, certes ! Mais…
Il y a dans la résistance une pulsion potentiellement destructrice. Il appartient à chaque résistant de transcender son penchant belliqueux. Il y a indéniablement une énergie précieuse dans cet élan rebelle mais il faut le nettoyer, l’anoblir pour extraire le diamant de sa gangue. C’est une alchimie personnelle que chacun doit impérativement faire dans le creuset de son âme.
Sans ce travail qui rend durable le développement de soi, il y a peu de chance pour que devienne durable le développement du monde.
Notre dame des Landes : les génisses sont de la partie
Une avancée : François Hollande a écrit pour dire que l’exploitation des terres devait continuer jusqu’à la fin des procédures juridiques.
Bonsoir à tous
Journée un peu exceptionnelle ce jeudi soir 3 mai d’entre les deux tours.
Hollande semble avoir fait une ’timide’ avancée : la possibilité de poursuivre l’exploitation pour les paysans jusqu’aux recours (courrier du 1 mai).
Bien sûr, ce n’est pas ce que demandent les grévistes de la faim : ils demandent l’arrêt des expropriations/expulsions jusqu’au résultats des différents recours (six à ce jour) devant le Conseil d’Etat, la Cour Européenne des droits de l’Homme)..., et non pas le droit de faire paître les vaches quelques mois de plus, après qu’ils auraient été expropriés/expulsés.
C’est pourtant une avancée parce que c’est la première fois qu’est reconnue l’existence de recours par Ayrault, Hollande... qui jusqu’ici faisaient semblant de croire que tous les recours avaient été épuisés, avec sans doute, pour eux, et bien qu’ils ne l’avoueront jamais, la crainte que ces recours -non suspensifs- donnent raison aux opposants.
Le nombre de grévistes de la faim a augmenté : si Marcel, paysan toujours exploitant, l’un des premiers grévistes, a été contraint d’abandonner pour raison de santé, Michel tient toujours au 23° jour de grève.
Marcel a été relayé par Séverine, paysanne boulangère. Françoise, elue PG au Conseil Général 44 a été relayée par un autre ancien élu, Gilles, EELV. Deux autres paysannes (Finistère et Morbihan), ont démarré, ainsi qu’un universitaire de la région,très connu, malade, Robert Chiron.
Aujourd’hui, énorme manifestation paysanne (plus de deux cent tracteurs venus apporter leur soutien), ainsi que des cyclistes et citoyens : moins que le 24 mars (un samedi), bien sûr mais tout de même très importante.
L’émotion était palpable quand nous avons vu ces files interminables de tracteurs envahir le centre ville ; forte intervention de Marcel, au nom du comité de soutien des grévistes, expliquant le tsunami de la réception des avis d’expropriation (et offre de rachat par Vinci) : affirmation qu’ils n’ont jamais eu l’intention de vendre... de leur volonté de vivre et travailler sur cette terre... du fait qu’ils seraient jetés avec un chèque, hors de leurs champs, leur stabulation, leur troupeau, leur maison.
Cyrill parle du Comité de soutien, des gens qu’il mobilise, pour assurer la sécurité des grévistes, des bêtes (une quinzaine de génisses sont venues ce jour s’ajouter aux moutons d’Ouessant et à leurs agneaux). Toujours des mercis aux grévistes, aux paysans qui, abandonnant des travaux pourtant pressants, sont venus affirmer leur soutien (Dominique Lebreton, confédération paysanne44), évocation des divisions du monde agricole sur ce dossier (la fnsea ’accompagne’ les agriculteurs dans les procédures d’expulsions)
Philippe Collin, porte-parole national de La Confédération Paysanne, évoque la folle destruction des terres agricoles (1 département tous les 7 ans), pour des grands projets dévoreurs de terres et de fonds publics (aéroport, équipements commerciaux...) tout est bon pour gaspiller la terre.
L’émotion est à son comble lorsque Michel, très fatigué, monte sur la remorque, soutenu par des camarades. Il réaffirme sa foi dans la victoire et le rôle de la mobilisation qui les entoure dans leur capacité à tous à tenir cette épreuve, et à aller jusqu’à des garanties contre les expropriations jusqu’aux recours.
Différentes annonces sur les procès en cours (la répression des opposants continue) et celle du 2° Forum européen contre les grands travaux inutiles imposés (du 7 au 11 juillet) ; la préparation avance, malgré la mobilisation exceptionnelle que nous vivons depuis des semaines
Le départ des tracteurs est accompagné d’ovations ... La bagarre se poursuit
ON NE LACHE RIEN
19 heures
Voici tout soudain une invasion de CRS, accompagnés de bétaillères, pour extirper du square la quinzaine de paisibles génisses, soigneusement entourées par une clôture électrique, gardées... mais qui font, parait-il, courir un grave danger à la population nantaise... Réaction immédiate des présents... tel tous azimuts pour prévenir la presse...
Les discussions s’engagent avec les chefs : il faut réembarquer les génisses, sinon un vétérinaire est sur place pour les piquer, les endormir et les transporter couchées... vers une quelconque fourrière... Finalement, contraints et forcés, les propriétaires du troupeau acceptent de les embarquer dans leur propre bétaillère... Mais qu’ils sont soudain devenus maladroits... l’embarquement des génisses s’étire, dès qu’elles semblent prêtes à embarquer, en voilà toujours plusieurs qui s’échappent...
Grand moment ou les flics ne savent plus si c’est lard, cochon... ou génisses...
Encore du temps passé, pour le foin, l’eau... et mille choses...
Après des demi-heures d’effort, les génisses repartent avec des bleus (gageons que leur périple sera long avant leur étable, et qu’elles vont promener les flics un petit moment...)
Ces derniers repartent sous les huées.
Le vote électronique menace la démocratie
Une partie des Français de l’étranger vote par électronique. Mais cette technique ouvre la voie à toutes les erreurs et manipulations.
Les élections sont un moment essentiel de la vie démocratique d’un pays. Mais pour qu’elles soient légitimes, leur transparence et la possibilité offerte aux citoyens d’en contrôler le processus doivent être garantis. Ce ne sera pas le cas aux prochaines législatives.
Aux élections législatives de 2012, les citoyens français expatriés se verront proposer une nouvelle modalité de vote : le vote par internet. Même s’il ne s’agit que d’une minorité d’électeurs, le processus électoral doit être irréprochable. Il ne le sera pas.
Le document suivant se propose de synthétiser les différents points qui conduisent à mettre en cause le vote par internet prévu en mai et juin prochain.
COMMENT ÇA MARCHE ?
Le fonctionnement du logiciel de vote étant un secret industriel, nous nous baserons sur les documents 1, 2 et 4 pour définir le fonctionnement du dispositif électoral sur internet (1). Aucune documentation technique détaillée relative à ce dispositif électoral ne figure cependant sur les sites gouvernementaux français.
Le déroulement du vote par internet (dispositif Pnyx) sera le suivant :
Les électeurs qui en ont fait la demande auprès de leur consulat recevront par courrier leur identifiant ainsi qu’un mot de passe qui y est associé. Ils pourront, durant une semaine pour chaque tour, voter par internet sur le site web.
Ils consulteront la page depuis le navigateur internet, celle-ci est hébergée dans le data-centre de la société Scytl en Espagne. La mise en place et l’administration du système de vote électronique sont en effet réalisées par une entreprise privée basée à Barcelone qui n’a pas de bureau en France. Les serveurs web qui accueilleront les électeurs sont eux-mêmes en Espagne. C’est la première fois qu’une élection est ainsi partiellement sous-traitée et même délocalisée.
À l’aide d’une application Java lancée automatiquement sur l’ordinateur de l’utilisateur, l’électeur renseignera ses identifiants, effectuera son choix de vote et confirmera. Il recevra ensuite un reçu.
L’application Java effectuera une signature électronique et un chiffrement du bulletin de vote et l’enverra vers le data-centre de scytl. Seul le gouvernement français disposera des clés cryptographiques nécessaires au déchiffrement du bulletin de vote.
Une fois la période de vote close, le gouvernement récupèrera l’ensemble des bulletins de vote électroniques par internet et procédera à leur déchiffrement et au comptage des voix de manière automatisée.
Une fois les élections terminées, les électeurs pourront vérifier à partir de leur reçu que leur vote a bien été pris en compte à l’aide d’une page web gouvernementale prévue à cet effet.
AUCUNE PREUVE D’UN DÉCOMPTE HONNÊTE DES VOTES
Le vote électronique pose un problème de transparence évident pour plusieurs raisons :
Il n’existe aucune preuve que le gouvernement a procédé au comptage des voix de manière honnête
Les modalités de fonctionnement du dispositif sont des secrets industriels détenus par une entreprise privée.
Une très petite part de la population a les capacités nécessaires pour auditer un tel système. Son fonctionnement restera donc incompris par la plupart des électeurs.
PROBLÈMES DE CONCEPTION : DES RISQUES À TOUTES LES ÉTAPES
Le dispositif Pnyx présente à nos yeux certaines faiblesses de conception. On entend par « faiblesse de conception » une faiblesse présente même si les spécifications techniques de la solution ont été implémentée de manière optimale.
Les ordinateurs des électeurs sont piratables
L’ordinateur de l’électeur est un élément central du mécanisme de vote par internet. Un utilisateur malveillant qui aurait un accès en tant qu’administrateur à l’ordinateur pourrait, de manière discrète, modifier le comportement des applications exécutées par l’électeur, notamment du navigateur internet ou de la machine virtuelle Java qui exécute l’application de vote. D’où une perte de confidentialité possible du vote et surtout le risque d’une modification malveillante du vote lui-même. La manipulation pourrait être indétectable par les services gouvernementaux et par Scytl car elle aurait lieu uniquement sur l’ordinateur de l’électeur.
La plupart des citoyens ont des compétences très limitées en sécurité informatique. Ils sont donc très vulnérables à une éventuelle prise de contrôle de leur ordinateur à distance et à leur insu. Il existe plusieurs moyens d’obtenir un accès à distance, en tant qu’administrateur, de n’importe quel ordinateur. Certains faits montrent que la menace de compromissions des ordinateurs personnels est une réalité. Par exemple :
Le virus informatique Stuxnet, l’un des plus perfectionnés jamais découverts, utilisait 4 failles de sécurité différentes, toutes inconnues jusqu’à la découverte du virus. Les spécialistes estiment que le virus a été développé en quelques mois par une équipe de 5 à 10 personnes. Il était totalement indétectable par les logiciels anti-virus et est parvenu à arriver jusqu’au cœur de centres nucléaires iraniens qu’il a en parti détruits.
En 2008, des pirates informatiques ont vendu l’accès à un mouchard présent sur 40 000 à 100 000 ordinateurs à 25 000 € à un tiers, soit moins de 1 € par ordinateur contrôlé.
Un grand nombre de « maillons » de la chaîne de production des différents composants matériels et logiciels d’un ordinateur peuvent potentiellement installer une « porte dérobée », c’est-à-dire un mécanisme discret permettant la prise de contrôle à distance de l’ordinateur. Cette menace est actuellement prise très au sérieux par les États-Unis au sujet du matériel « made in China ».
Le réseau Internet est loin d’être « blindé »
On sait que pour aller d’un point à un autre sur internet, une information passe généralement par plusieurs dizaines de machines reliées entre elles par divers supports (wifi, câble cuivre, fibre optique etc.). Chacune de ces machines connaît la source et la destination de l’information qu’elle transmet. Certaines personnes ont des accès « administrateur » sur ces machines. Ces accès peuvent être légitimes dans le cas d’un technicien de maintenance, d’un administrateur du réseau d’un Fournisseur d’Accès Internet (FAI) ou d’un service gouvernemental par exemple. Ils n’en demeurent pas moins vulnérables à la corruption, à la malveillance, etc. Ils peuvent être illégitimes dans le cas de pirates.
Toute personne ayant un accès administrateur sur une des machines peut altérer ou rediriger de façon ciblée des informations, afin, par exemple, de faire utiliser aux électeurs une fausse application Java de vote qui enregistre un choix différent de celui voulu par l’électeur ou qui compromet la confidentialité du bulletin de vote électronique. Enfin, on ne peut pas exclure le risque d’une coupure malveillante de l’accès au site pour tel ou tel électeur, par exemple par zones géographiques.
La structure d’internet fait qu’il n’est parfois même pas nécessaire d’avoir un accès administrateur sur l’une des machines qui relaient l’information pour pouvoir la détourner ou l’empêcher d’arriver à destination. En 2008, le Pakistan a voulu bloquer l’accès au site Youtube depuis son territoire. Une erreur de configuration a coupé l’accès au site depuis l’Europe et une partie de l’Asie. Plus grave, en 2010, les connexions vers des sites gouvernementaux des États-Unis ont été détournées vers des serveurs en Chine avant d’être finalement amenées à destination de manière transparente. Des informations hautement confidentielles ont ainsi transité par les serveurs chinois et ont très probablement été enregistrées.
Ces exemples montrent qu’aujourd’hui, aucun gouvernement ne peut contrôler entièrement le chemin emprunté par les informations qui transitent sur internet, ni par conséquent empêcher leur altération.
La signature de l’application Java ne protégera pas contre l’altération de l’application durant son transit par internet car il est relativement facile de faire signer n’importe quelle application. L’utilisation d’un protocole sécurisé pour accéder à la page web (HTTPS) n’apporte qu’une protection limitée car il est possible d’utiliser des astuces liées aux spécificités du web (comme le montre le logiciel SSLStrip) pour contourner la protection. Il est également possible, bien que relativement difficile, de fabriquer un faux certificat en compromettant l’infrastructure de Scytl ou une autorité de certification électronique et ainsi mener une attaque « propre ». Des compromissions d’autorités de certification ont été observées ces dernières années. Le virus Stuxnet utilisait ainsi de faux certificats.
Quoi qu’on en dise, la page actuelle du dispositif prévu pour les législatives n’utilise pas le protocole sécurisé HTTPS mais le protocole non-sécurisé HTTP.
La société Scytl : notre vote est-il entre de bonnes mains ?
L’entreprise Scytl assure le bon déroulement de l’élection par internet et héberge le site web de l’élection ansi que l’application Java et le système de collecte de votes. L’entreprise (ou certains de ses employés, avec ou sans l’accord de la direction) peut donc, par exemple, modifier l’application Java afin de ne pas respecter le choix des électeurs ou la confidentialité des bulletins de vote. L’entreprise peut aussi ne pas prendre en compte les votes de certaines personnes sélectionnées d’après certains critères comme par exemple la localisation géographique.
La possibilité que quelqu’un d’extérieur à l’entreprise puisse administrer le serveur, à l’aide d’un piratage informatique ou d’une autre forme de compromission (corruption, abus de faiblesse afin d’obtenir un accès illégitime…) doit être prise en compte étant donnée l’importance des enjeux.
L’État français contrôle peut-être, mais qui contrôle l’état français ?
Une action de malveillance de la part du groupe de fonctionnaires chargés du dépouillement constituerait la compromission ultime du système de vote par Internet. Le gouvernement (ou ses agents) est capable, avec ce système, de modifier les résultats d’une élection de manière totalement indétectable (sauf fuites ou résultats aberrants). Le document 2 précise d’ailleurs que le système n’offre aucune protection contre un ennemi venu de l’intérieur.
IMPLÉMENTATION DOUTEUSE
Le document 2 comporte une part importante d’analyse détaillée de la réalisation du projet et du résultat obtenu, il pointe notamment les éléments suivants :
Un manque de documentation sur le cycle de développement de l’application et ses spécifications détaillées.
Certaines parties de la solution sont écrites en C++. D’après l’équipe qui a rédigé ce document ce choix n’est pas justifié, d’autant plus que de nombreuses fonctions « à risque » (d’un point de vue sécuritaire) sont utilisées.
Un manque d’analyse statique et de tests.
Du laxisme dans le versionnage, modifications sans changement du numéro de version.
Des bugs, dont certains entraînent des risques de sécurité.
Des faiblesses et des imprécisions en matière de cryptographie. Pour plus de détails sur ces éléments je vous encourage à consulter le document 2.
Cette courte énumération montre un manque de rigueur de la part de Scytl dans le développement de Pnyx.
CONCLUSION
Du fait de sa conception, le système de vote par Internet utilisé pour les législatives 2012 présente de multiples vulnérabilités. Des faits récents montrent qu’elles ont déjà été exploitées dans d’autres contextes. Même si dans certains cas d’attaques il serait en théorie possible de détecter l’anomalie (avec l’aide d’experts en sécurité informatique), l’attaque peut dans tous les cas être particulièrement discrète aux yeux d’un utilisateur moyen et ciblée sur des populations dont les compétences en sécurité informatique sont statistiquement moindres (zones rurales, personnes âgées, etc.). Enfin, il existe des scénarios dans lesquels l’attaque serait totalement indétectable ou largement indétectable, et passerait dans ce dernier cas pour une simple erreur si elle venait à être détectée.
L’opacité du système, qui empêche le citoyen de vérifier avec un degré de certitude élevé qu’il n’y a pas eu de fraude est le premier et le plus évident des problèmes posés par ce système. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, on exigera de l’électeur une confiance aveugle, car privée de regard envers le gouvernement chargé de l’organisation du scrutin.
À supposer même que le gouvernement et son prestataire privé Scytl puissent être de bonne foi, eux-mêmes ne peuvent absolument pas garantir une protection totale de nos votes contre les failles relevées. Les résultats pourront donc être faussés, et il est possible que nul de s’en aperçoive. Tous ces éléments doivent mettre en garde les citoyens français et leur élus afin qu’ils s’opposent à la mise en pratique d’un tel système de vote. Si un tel système était mis en place la légitimité du processus électoral français pourrait être remise en question et la confiance des Français dans ce système pourrait être affaiblie. Nous demandons le retrait de ces machines et nous vous invitons à faire tout ce qui sera nécessaire pour démontrer la possibilité de fraude.
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Note (1) : Cette analyse s’appuie sur les documents suivants :
- 1 : Plaquette de présentation du dispositif « Pnyx Government »
- 2 : L’analyse du système Pnyx par l’université d’État de Floride
- 3 : Un rapport présenté au Congrès des États-Unis par l’U.S.-CHINA ECONOMIC AND SECURITY REVIEW COMMISSION
- 4 : Une page web expliquant le déroulement des élections professionnelles 2011 de l’Éducation Nationale qui utilisaient la même technologie.
- 5 : Une lettre du Directeur des Français de l’étranger et de l’administration consulaire au Ministère des Affaires étrangères.
Sarkozy veut faciliter le tir aux loups
Le gouvernement a lancé deux projets d’arrêtés relatifs à la destruction des loups
Alors que les Français ont les yeux rivés sur l’élection présidentielle, le ministère de l’Écologie propose à la consultation du public deux projets d’arrêtés relatifs à la destruction des loups. Les (JNE) suivant les débats de la SNB s’interrogent sur cette position et sur la discrétion qui l’entoure.
Si ces projets d’arrêtés sont adoptés, la réglementation sur les tirs de loups s’en trouvera « assouplie ». On pourra tuer 11 loups en 2012-2013, au lieu de 6 jusqu’à maintenant, alors même que le braconnage et les accidents routiers font vraisemblablement monter ces chiffres officiels au double, sinon plus. De surcroît, tous les départements sont concernés par l’abattage des loups et les autorisations de tirs seront facilitées pour un plus grand nombre d’entre eux. Enfin, il sera désormais possible de pratiquer des tirs dits de défense contre ces prédateurs pour des troupeaux situés à proximité de ceux qui ont subi une attaque, donc pour des troupeaux qui n’ont eux-mêmes pas été menacés...
Pour l’association des Journalistes-Écrivains pour la Nature et l’Écologie (JNE), qui suit les débats du comité de révision de la SNB depuis 2010, ces propositions réduisent à néant l’ambition affichée de cette initiative, qui est de mieux préserver la biodiversité.
Des discussions ont été menées pendant des mois pour élaborer un texte et un guide d’actions censés encadrer la politique de protection de la nature des prochaines années... Parallèlement, le ministère de l’Écologie, qui conduit ces débats, organise la destruction du loup, espèce protégée en Europe ! Les JNE soulignent l’incohérence d’une telle démarche.
Pourquoi se préoccuper de l’avenir de quelques loups ? Parce que le loup est le symbole d’une nature sauvage, authentique et préservée. Parce que sa présence en France est voulue par une majorité de citoyens, et qu’elle témoigne de la bonne santé de nos montagnes. En effet, ce grand prédateur se nourrit surtout de chevreuils et d’autres ongulés, dont il régule naturellement les populations. Certes, il lui arrive de manger des brebis, mais des lois et des aides financières existent déjà pour épauler les éleveurs afin qu’ils protègent leurs troupeaux. Au nom de l’intérêt commun, ces lois doivent être respectées. De plus, les tirs de loups n’ont jamais prouvé leur efficacité, car ils dispersent les meutes.
La consultation publique sur les deux projets d’arrêté du ministère de l’Ecologie est ouverte jusqu’au 7 mai. Les citoyens peuvent en principe donner leur avis sur le site ci-dessous, mais celui-ci est régulièrement indisponible. Bug technique ou déficit de démocratie ? Le fait est que dans cette affaire, l’information a tendance à être particulièrement discrète... Le 7 mai, le futur Président de la République sera élu. Beaucoup de Français espèrent qu’il réussira à sortir le pays de la crise. Puisse-t-il comprendre que cette crise n’est pas seulement économique et sociale, mais qu’elle est aussi écologique.
A Paris comme à Bruxelles, les lobbies polluent la démocratie
Ils sont des milliers, ils agissent pour les grandes entreprises ou associations professionnelles, et ils influent sur les parlementaires et sur les fonctionnaires pour corriger la loi à leur avantage.
« Lutter contre les vieux ennemis de la paix - le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’esprit de clan. Ceux-là considèrent le pouvoir [...] comme un simple appendice de leurs affaires privées. Jamais dans toute notre histoire ces forces n’ont été aussi unies contre un candidat, unanimes dans leur haine à mon endroit. Et leur haine me fait plaisir. » François Hollande en meeting, chauffé à blanc par des militants socialistes ? Non. Nicolas Sarkozy dans une figure de rhétorique électorale ? Toujours pas. L’auteur de ce discours prononcé au Madison Square Garden en octobre 1936 s’appelle Franklin Roosevelt, candidat sortant àla présidence des Etats-Unis.
Autres temps, autre verve. Autres moeurs, surtout : à l’ivresse rooseveltienne de défier tous les lobbys semble succéder aujourd’hui le besoin de les rassurer, l’obligation de composer avec eux. Sous surveillance - forcément négative -, le prochain président de la République, au seuil de lendemains redoutables, se prépare fébrilement à les rencontrer. Certains y verront la couardise d’une classe politique française désarmée. Peut-être. Mais ce sont surtout les lobbys qui se sont renforcés par rapport au passé. Plus nombreux, mieux organisés, plus riches aussi. Quelques chiffres suffisent à s’en convaincre : capitale européenne du lobbying, Bruxelles compte environ 30 000 lobbyistes, soit en moyenne 40 par député européen, et un pour deux fonctionnaires. En France, au registre légal de l’Assemblée nationale, ouvert en 2009 pour améliorer la transparence, figurent seulement 153 « pros » de l’influence. Chiffre officiel.
L’Assemblée largement ouverte aux « visiteurs »
Mais rien n’empêche les lobbys non inscrits d’aller frapper à la porte d’un député. Et ils se font rarement prier. Selon les pointages de l’association Regards citoyens, quelque 2 500 organisations professionnelles ou représentants d’intérêts privés se sont introduits à l’Assemblée pour faire entendre leurs voix en trois ans (2007-2010). Pour rédiger les rapports parlementaires, une douzaine d’auditions « extérieures » se tiennent en moyenne tous les jours dans un Palais-Bourbon assailli par les groupes de pression. Les plus écoutés, ou du moins les plus entendus, se recrutent logiquement parmi les groupes du CAC 40.
Selon une recension exclusive réalisée par Regards citoyens à la demande de L’Expansion, au top 5 de l’influence figurent ainsi EADS, EDF, Total, GDF Suez et Bouygues. « Ces entreprises agissent aussi par l’entremise d’associations professionnelles qui représentent 21 % des auditions », précise un des auteurs de l’étude, Tanguy Morlaix. Avec de bons succès à leur actif. Au cours de l’année passée, les boissons sucrées ont échappé in extremis à une surimposition, les cigarettiers, à une contribution sur leur chiffre d’affaires, et les banquiers, à une taxe Tobin digne de ce nom.
Le lobbying enseigné dans les grandes écoles
Mais ces victoires ont un prix. A Bruxelles, l’art de persuader les décideurs publics générerait chaque année environ 1 milliard d’euros de facturations diverses et variées, selon les estimations de l’ONG Corporate Europe. Et chez nous ? Rien n’oblige les entreprises à publier leurs dépenses en France... Mais pas aux Etats-Unis. Or, une vingtaine de fleurons industriels français déclarent dépenser à Washington, entre les lobbyistes maison, les lawyers de l’influence, les associations « diplomatiques », l’équivalent de 0,03 % de leur chiffre d’affaires. Une telle proportion, appliquée à l’ensemble du CAC 40 et à la totalité de son business, ferait monter le poste « dépenses de lobbying » à environ 400 millions d’euros. Une somme !
Mais le retour sur investissement en vaut la peine. Confirmé chiffres à l’appui par une étude de l’université du Kansas : les dépenses de lobbying engagées pour obtenir du Congrès les adoucissements fiscaux de l’American Jobs Creation Act (2004) affichent une rentabilité de 21 900 %. Autrement dit, 1 dollar déboursé en fait économiser 220. La profession a de beaux jours devant elle. Et elle le sait fort bien.
Même en pleine crise économique, elle se montre d’ailleurs de plus en plus décomplexée. Le métier, aux contours longtemps très flous, est aujourd’hui reconnu sur la place publique. Les spécialistes de l’influence ont même dégoté un titre honorifique dans les organigrammes : directeur des relations institutionnelles, ou responsable des affaires publiques. Et ils auront bientôt leurs prix, à l’instar des directeurs financiers ou des DRH. Le 5 juin prochain, l’institut Choiseul, un think tank spécialisé dans les questions de géoéconomie, organisera la première cérémonie de remise des prix des meilleurs lobbyistes de l’année. Comme aux César, un jeune plein de promesses sera même récompensé dans la catégorie meilleur espoir. « Il s’agit de reconnaître enfin le rôle social de ces nouveaux diplomates d’entreprise », affirme très sérieusement Pascal Lorot, le président de l’institut Choiseul. L’influence est donc en train de gagner ses galons de respectabilité. D’ailleurs, la matière est aujourd’hui enseignée dans de nombreuses grandes écoles, Sciences Po-Paris en tête. Et la carrière commence à faire rêver la future élite. Encore faut-il savoir la construire.
Des règles déontologiques peu dissuasives
La stratégie de l’essuie-glace est aujourd’hui la meilleure méthode pour devenir un lobbyiste chevronné - et bien rémunéré. Une technique qui consiste à alterner, sans aucune période de latence, de hautes responsabilités dans la fonction publique et des postes de gradé dans des cabinets d’influence, tout en continuant à suivre les mêmes dossiers. Les cabinets de lobbying héritent alors du savoir-faire de ces initiés et d’un accès privilégié à leurs contacts clés. A Bruxelles, la stratégie de l’essuie-glace est devenue un sport national. Corporate Europe a même créé un site Internet, baptisé Revolving Door’s Watch, qui scrute tous les cas de hauts fonctionnaires partis pointer dans le privé.
Dans la longue liste, plusieurs Français s’illustrent. Dernier exemple en date, Bruno Dethomas, porte-parole de la Commission sous la présidence Delors entre 1988 et 1995, et jusqu’en décembre 2010 chargé des relations avec les pays de l’Est non membres de l’Union (dont la Russie), a été embauché en mars 2011 - soit trois petits mois après son départ - par G + Europe, l’un des plus influents cabinets de lobbying européens. On comprend pourquoi : la Fédération de Russie et le géant Gazprom comptent parmi les plus gros clients du cabinet.
En France aussi, ces carrières « essuie-glace » se banalisent. En théorie, les règles encadrant le « pantouflage » ont été renforcées par la loi de 2009, qui élargit les pouvoirs de contrôle de la commission de déontologie. Dans la pratique, cette commission ferme les yeux sur la plupart des dossiers litigieux.
Anne-Sophie Bordry, la nouvelle directrice des affaires publiques de Facebook, a navigué pendant des années de la Direction du développement des médias au ministère de la Culture à la direction des relations extérieures du groupe de presse gratuite Metro-France, puis au cabinet d’Eric Besson, au secrétariat à l’Economie numérique et enfin à celui de Nathalie Kosciusko-Morizet.
Tout à son souci de participer à la moralisation de la vie politique française, l’Assemblée nationale a tout de même mis fin en début d’année à un petit manège qui durait depuis des lustres. Thierry Costes, célèbre acteur du lobby des chasseurs, était aussi l’assistant parlementaire - certes bénévole - du député UMP Jérôme Bignon, président du groupe d’études sur la chasse à l’Assemblée. Ce dernier a fait voter en mai 2011 une loi très favorable aux chasseurs, dont les contours n’étaient pas étrangers à Thierry Costes. Le bureau de l’Assemblée a finalement imposé au député chasseur de se séparer de son influent assistant parlementaire... prié d’exercer ses talents ailleurs.
Dans le privé, de tels carnets d’adresses se monnaient aisément. Dans une étude publiée en août 2010, trois économistes de la London School of Economics révèlent ainsi que le salaire d’un lobbyiste ayant auparavant exercé une fonction importante auprès d’un sénateur influent chutait quasi immédiatement de 24 % lorsque le sénateur en question quittait ses fonctions.
Des politiques rendus dépendants des experts
« Depuis le début de l’année, j’ai reçu des dizaines de CV de collaborateurs chaudement recommandés par des ministres. Sauf que, pour être un bon lobbyiste, le carnet d’adresses ne suffit plus », tempère le vieux routard de l’influence Paul Boury, président et fondateur de Boury & Associés, un cabinet qui a pignon sur rue à Paris.
En ces temps de crise systémique où le parlementaire est sommé de voter dans l’urgence, rien de mieux pour légiférer qu’une étude chiffrée, documentée, une sorte d’aide-mémoire. « La complexité des enjeux rend les politiques très dépendants des études réalisées par ces fameux experts et think tanks indépendants », analyse Martin Pigeon, chercheur à Corporate Europe. Au sein du club des experts savants, les économistes sont particulièrement courtisés. « Ce qui est stratégique, aujourd’hui, c’est de montrer les effets en termes d’activité et d’emploi », explique Fabrice Fages, avocat chez Latham & Watkins.
Une telle étude peut coûter entre 30 000 et 50 000 euros. Récemment, le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers a commandé à deux économistes de renom, Bertrand Jacquillat, professeur à Sciences Po-Paris, et Olivier Pastré, professeur à Paris VIII, un rapport sur les conséquences des préconisations de la Commission européenne sur l’évolution du métier d’audit. On peut y lire : « L’idée d’une rotation obligatoire des auditeurs, séduisante a priori, présente quatre limites, [notamment celle] d’accroître la concentration de l’industrie de l’audit. » Des arguments repris quasiment tels quels par PricewaterhouseCoopers dans une note écrite en mars 2012 et qui devraient servir de base aux prochaines négociations avec Bruxelles.
A l’Elysée aussi, les dossiers s’entassent déjà sur le bureau du président. Selon les scrupuleux calculs de Guillaume Courty, professeur à Sciences Po-Lille, quelque 240 interpellations publiques ont été envoyées à chacun des principaux candidats par les groupes de pression. Trop forts, ces lobbys. Ils vont plus vite que l’élection...
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3 Questions à... Brice Person, cofondateur de Regards citoyens
Votre association milite pour plus de transparence dans la vie politique. L’Assemblée nationale s’est dotée d’un registre des lobbys pour les « encadrer » davantage. Quel bilan en tirez-vous, deux ans après ?
Le registre est très incomplet, et sa gestion, discrétionnaire. Il ne recense que 153 inscrits, alors que, avec Transparency International, nous avons identifié plus de 2 500 organisations privées au travers de 9 300 auditions réalisées à l’Assemblée entre 2007 et 2010. L’Assemblée s’est certes dotée d’un « déontologue », mais ses propositions ne changent pas la donne. En se contentant de demi-mesures, l’Assemblée alimente les suspicions sur l’influence qui s’exerce en son sein.
Y a-t-il une spécificité française dans les relations entre politiques et lobbys ?
Elles sont assez ambiguës. D’un côté, les élus affirment publiquement que le lobbying n’existe pas au Parlement, refusant toute mesure d’encadrement avant la création du registre, en 2009. De l’autre, ils laissent leur porte grande ouverte aux représentants de toute sorte, en leur donnant des badges d’accès et en les laissant développer au sein de l’institution colloques et clubs de défense d’intérêts particuliers.
Comment améliorer la transparence ?
L’Assemblée devrait d’abord apporter un maximum de transparence sur les acteurs consultés par les députés, en publiant en ligne le nom des personnes rencontrées dans le cadre de leur mandat. Ensuite, elle devrait assurer un vrai contrôle des conflits d’intérêts, assorti de sanctions pour les lobbys et les élus mis en cause.
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Ces papys-patrons du CAC qui font de l’influence
Quelques grands vétérans du capitalisme français mettent leurs carnets d’adresses au service de causes économiques, d’intérêts catégoriels ou de groupes d’influence. Avec un certain succès, il faut le reconnaître. Fort de son entregent d’ex-patron d’Accor, Gilles Pélisson, passé à la tête du GPS (Groupement des professions de services) n’a pas eu beaucoup de mal à rencontrer Michel Sapin, la cheville ouvrière du programme socialiste et son homologue de l’UMP, Emmanuelle Mignon, pour leur proposer son manifeste « 2012 pour les services ». « Deux personnes très sollicitées en ces temps de campagne électorale, impossibles à voir directement sans une certaine urbanité », admet un proche de Gilles Pélisson.
Mais les papys les plus influents se recrutent surtout dans le domaine de la finance. L’institut Montaigne, le think tank de Claude Bébéar, ancien PDG d’Axa, présente sans coup férir un programme présidentiel clés en main pour le prochain locataire à l’Elysée : 31 propositions d’inspiration libérale... diffusées à la télévision sur des chaînes de la TNT. Son budget de 2,7 millions abondé par des grandes entreprises en fait une belle machine de guerre médiatique.
Plus discrète mais également efficace, l’action de l’ancien président du Crédit agricole, Georges Pauget. Sa société Economie, finance et stratégie conseille le plus normalement du monde les grandes banques, mais Georges Pauget ne répugne pas à collaborer avec la Fédération bancaire française, grand lobby des financiers, pour un travail sur les cartes bancaires. En 2010, il remettait à Bercy un rapport sur les tarifs bancaires qualifiés de modérés mais déséquilibrés et s’accompagnant d’une « qualité de services élevée ».
Le bon vieux secteur manufacturier dispose aussi de ses stars patronales. Denis Ranque, ex-Thales, préside le Cercle de l’industrie jusqu’à l’été prochain. Derrière lui figurent une trentaine de fleurons français mais aussi quelques parlementaires de premier plan : Alain Lamassoure (un des députés les plus influents du Parlement européen) et Pierre Moscovici (directeur de campagne de François Hollande). « Les vice-présidents viennent toujours du monde politique », précise Denis Ranque. Idéal pour créer des liens.
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Les groupes du CAC 40 les plus dépensiers à Bruxelles
Dépenses en lobbying (2011) en millions d’euros
Veolia Environnement : 7,6 Schneider Electric : 5,8 GDF Suez * : 3,9 Total * : 2,4 BNP Paribas :1,8 Alcatel-Lucent : 1,1 * Année 2010. Source : Registre du Parlement européen
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Les coulisses de Bruxelles sur grand écran
Dans le petit monde feutré des fonctionnaires bruxellois, la sortie sur grand écran du documentaire The Brussels Business, à la mi-avril, a fait l’effet d’une bombe. Le film dévoile les coulisses des lobbys et leurs méthodes pour laisser leur trace sur les décisions prises par la Commission. Il révèle surtout l’influence de la puissante et tentaculaire ERT (European Round Table of Industrialists) - une association regroupant les patrons des cinquante plus grandes entreprises européennes - sur les structures de l’Union européenne et sur son orientation libérale. Ce film a été financé en grande partie par des subventions du gouvernement autrichien. « Il y a aujourd’hui une école autrichienne du documentaire réquisitoire », explique Matthieu Lietaert, un des réalisateurs du film. En effet, après le controversé Cauchemar de Darwin, réalisé en 2004 par Hubert Sauper, c’est encore une fois un réalisateur autrichien, Erwin Wagenhofer, qui a réalisé en 2005 We Feed the World, une charge violente contre le lobby agroalimentaire, et en 2009 le cinglant Let’s Make Money, qui dénonçait les dérives de la finance
Le nucléaire, une névrose française
Patrick Piro, Le nucléaire, une névrose française (Les Petits Matins, 2012).
En France, le nucléaire est une addiction. Avec ses 58 réacteurs, le pays en est dépendant à plus de 75 % pour son électricité. Record du monde. Depuis quatre décennies, aucune remise en cause n’a été possible : partis, industriels et économistes ont noué une alliance sacrée. À les entendre, le nucléaire, c’est du patrimoine national, comme le vin, le parfum ou le TGV.
La catastrophe de Fukushima a tout changé. L’impensable accident majeur, décrété « impossible » depuis Tchernobyl, est arrivé le 11 mars 2011 au Japon, le pays de la haute technologie. Un ébranlement qui sonne peut-être le glas du nucléaire dans le monde. L’Allemagne, la Suisse, la Belgique, l’Italie ont décidé d’en sortir. En France, la question taboue de l’avenir de l’atome – jusqu’à l’hypothèse de son abandon – est passée au premier plan. Le Parti socialiste est décidé à réduire sa part significativement, et des scénarios « zéro nucléaire » sont sur la table.
Sûreté, coûts, déchets radioactifs, démantèlement des centrales, devenir de la filière, emplois : enfin les dossiers chauds sortent du placard ! Enfin les citoyens vont pouvoir demander des comptes. Enfin la France est entrée, à son tour, dans l’ère postnucléaire.
Sarkozy dehors, bonne nouvelle, mais la politique doit vraiment changer
« La défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle représente une victoire pour le mouvement social et le mouvement écologique de l’Hexagone. » Mais François Hollande est loin d’annoncer un vrai partage des richesses et une vraie transition écologique.
Défaite de Nicolas Sarkozy :
Une victoire qui renforce des combats
plus nécessaires que jamais
...car rien dans le programme et la vision de François Hollande ne répond aux grands défis sociaux, écologiques et climatiques des années à venir, bien au contraire.
Notre responsabilité à chacun et chacune est de renforcer plus que jamais le camp de la lutte pour la justice sociale et écologique. Demain sera ce que nous en ferons.
La défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle représente une victoire pour le mouvement social et le mouvement écologique de l’Hexagone. Le Pays Basque et les évènements de Bayonne du 1er mars dernier y ont joué leur part de colibri.
Les victoires nous renforcent !
C’est la défaite du Président de la loi étendant le travail le dimanche, de la remise en question des 35 heures, du recul de l’âge de le retraite, de l’explosion des inégalités, des cadeaux fiscaux aux plus riches, de l’enterrement de la taxe carbone, de l’aveuglement tout nucléaire. La défaite de celui qui affirme que « l’environnement ça commence à bien faire ! », aiguise les tensions tant en Pays Basque qu’au sein de la société française et désigne des boucs-émissaires parmi les plus vulnérables, travailleurs précaires, chômeurs, immigrés...
C’est une victoire pour tous ceux et celles qui se battent pour plus de justice sociale et pour la défense des grands équilibres écologiques de la planète. Les victoires nous renforcent et nous aident à mieux affronter les combats qui nous attendent. Car plus que jamais, nous devons continuer à travailler, lutter, nous organiser pour stopper les dégâts écologiques et sociaux grandissants de ce système. Ensemble, nous nous mobiliserons pour construire des alternatives concrètes permettant de proposer d’autres voies et d’autres modèles de société à la population.
En effet, les années qui viennent sont lourdes de crises et de dangers préoccupants. La crise sociale et économique ne fait que commencer. Nos sociétés ne sont absolument pas préparées aux bouleversements majeurs liés à la crise énergétique. Les conséquences des crises écologiques et climatiques vont se multiplier et être de plus en plus lourdes de conséquences.
On lâche rien !
Face à cela, il n’y a rien dans le programme et la vision de François Hollande qui puisse nous rassurer et nous laisser penser que le nouveau gouvernement sera à la hauteur de ces défis, bien au contraire. François Hollande est loin d’annoncer des mesures et une volonté de s’attaquer à un partage radical du travail et des richesses pour résoudre les problèmes les plus urgents de notre société. Il est loin d’afficher une claire détermination à s’opposer à la dictature des marchés financiers, à leur volonté de spolier encore plus les populations, de casser le droit du travail et les systèmes de protection sociale. Il est loin de vouloir engager une véritable transition énergétique, dans les domaines de la production, du logement, des transports, de l’agriculture, de l’aménagement du territoire, des politiques d’économie d’énergie et de développement d’énergies renouvelables.
Au contraire, il s’enferme lui aussi dans l’impasse dangereuse du nucléaire. Il s’en remet à « la croissance » pour maintenir un statu quo dont nous ne voulons pas, et semble plus préoccupé de promouvoir la rigueur budgétaire que d’éviter les grandes catastrophes écologiques ou climatiques qui se dessinent. Faire du retour à l’équilibre budgétaire un axe central de la campagne électorale et rester de marbre sur le fait que nous consommons aujourd’hui l’équivalent de trois planètes alors que nous n’en n’avons qu’une est le marqueur le plus évident de l’aveuglement suicidaire de nos élites actuelles. François Hollande n’échappe hélas pas à cette règle là.
Contrairement à la dette ou au déficit commercial, la mise à mal des grands équilibres écologiques et climatiques de la planète est pourtant irréversible, sans possibilité pour les générations à venir de les rétablir par telle ou telle décision politique, par telle réforme fiscale ou telle règle d’or constitutionnelle.
Une lourde responsabilité
Or, toute absence d’anticipation des chocs énergétiques et crises écologiques, toute politique d’austérité, toute mesure anti-sociale qui serait le fait du nouveau gouvernement socialiste prendrait le risque terrible de pousser encore plus massivement les couches populaires vers le FN. Ce dernier va tenter de bâtir après la défaite de l’UMP et sa dérive vers les thèses les plus malsaines de l’extrême-droite, un pôle de droite dure visant la conquête du pouvoir dans les années à venir.
C’est pourquoi le camp de la justice sociale et de la responsabilité écologique a plus que jamais le devoir d’associer les secteurs les plus délaissés et vulnérables de la population pour construire avec eux les solutions réelles et durables à la crise actuelle de ce système.
Demain sera ce que nous en ferons
Interpellation des candidats aux législatives concernant leur position en matière de transition énergétique et de justice sociale, rendez-vous du Rio + 20 où ne doivent pas triompher les fausses solutions du capitalisme « vert », grève de la faim contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, mobilisations contre la voie nouvelle LGV Bordeaux-Hendaye, actualité locale ou du monde… Bizi agit au quotidien pour proposer des alternatives écologiques et solidaires dans les domaines du transport, de l’éco-habitat, de l’agriculture paysanne, de la consommation soutenable, des déchets, des circuits courts de distribution, de la dette publique, du chômage, de la précarité et de l’exclusion sociale.
Nous continuerons plus que jamais à travailler pour construire une alternative populaire et démocratique au capitalisme. Notre responsabilité à chacun et chacune est de renforcer plus que jamais le camp de la lutte pour la justice sociale et écologique. Demain sera ce que nous en ferons.
La fin de la campagne
Ainsi s’achève une longue joute. Les deux candidats auront sans défaillir battu la campagne. Mais ce pays qu’ils ont parcouru en tous sens, visitant usines, écoles, hôpitaux, mairies, cantines, raffineries, il semble que jamais ils ne l’aient vu en sa campagne, sinon durant la métaphore du Salon de l’agriculture, ou lors d’exceptionnelles visites chez des paysans surpris. La campagne aura été pour eux un décor à travers la fenêtre du TGV, ou une maquette de paysage, aperçue d’en haut, à l’approche de l’atterrissage.
Rien n’est certes plus opposé au rythme des bourgs et des villages que la cadence trépidante d’un candidat à la fonction suprême. Mais l’absence de perception physique du milieu qui constitue le tissu du pays et une bonne part de ses habitants se traduit logiquement par l’oubli intellectuel de ce qu’il est. On ne parle pas ici de « nature », d’« environnement » ou de « biodiversité ». La campagne, ce mot si français, si européen, si chinois, exprime la forme du milieu qu’a élaboré le travail millénaire de peuples paysans qui ont su s’accorder avec ce que l’Occident appelle la nature. Ainsi, oublier la campagne, ce n’est pas négliger la nature : c’est méconnaître cette fusion entre le travail humain et le substrat naturel.
Les politiques reflètent la société et leur oubli reproduit ce qu’oublie le pays lui-même, bousculé en moins d’un siècle par un exode rural massif. Cet exode se poursuit, d’ailleurs, à une vitesse encore plus grande, à la surface d’un monde encore largement paysan, signifiant la transformation massive de la culture humaine en un imaginaire citadin coupé de ses racines. La campagne n’est plus que l’interstice des villes, la réserve jugée inépuisable des besoins des urbains, l’espace d’expansion d’un univers métropolitain peuplé de centres commerciaux et de lotissements enfermant les individus dans l’isolement face à la télévision.
Mais quel est l’imaginaire réactivé par le nouveau président ? Les vieilles lunes, la croissance et l’industrialisation, enracinées dans l’idée que les ressources et l’espace sont sans limites. Trente ans de montée massive du chômage et des inégalités, d’aggravation sans précédent de la crise écologique, de gaspillage insensé des terres agricoles n’ont donc pas changé d’un iota les rêves du peuple urbain. Etrange renversement : ce qui était le progrès au XXe siècle est devenu le conservatisme au XXIe. Il est temps de changer de culture.
Ca y est, le Japon est sorti du nucléaire
Samedi 5 mai 2012 le groupe Hokkaido Electric a mis à l’arrêt pour maintenance le réacteur nucléaire 3 de la centrale de Tomari (au nord du Japon sur la façade maritime ouest) d’une puissance de 912 mégawatts (MW). Avec ce nouvel arrêt, l’ensemble des 54 réacteurs de l’archipel sont indisponibles. Une première depuis mai 1970 et l’arrêt simultané des deux unités que comptait alors le Japon, relève l’agence Reuters.
(...)
La direction d’EELV doit s’expliquer sur les finances du parti
Lettre ouverte aux membres du Conseil Fédéral
Dépasser les intérêts de l’oligarchie et mettre en place une gestion financière et du personnel répondant à l’intérêt général (diffusion initiale Septembre 2011 mis à jour 7 Mai 2012)
Le 19 août 2011, Hugues Bonneville a envoyé une lettre aux membres du Bureau Exécutif avec copies aux parlementaires, aux mandataires des motions d’orientation et aux ex-commissaires financiers. Les faits évoqués sont graves.
Les sujets traités sont l’absence de transparence financière, l’impact des conflits d’intérêts, et la gestion du personnel en contradiction avec notre objectif de responsabilité sociale, conduisant à une souffrance au travail au siège d’EELV, que nos élus dénonceraient si cela se passait ailleurs.
Les rôles respectifs de l’exécutif, des commissaires financiers et des commissaires aux comptes sont décrits dans les rapports écrits des commissaires financiers qui figurent dans les documents distribués aux Congressistes de 2006 et de 2008. Je joins à cette lettre le Rapport d’étape publié dans la Tribune fin 2008, ainsi que le Rapport définitif que la Secrétaire Nationale avait choisi de ne pas diffuser.
Lors de mes interventions régulières pendant les sessions des Conseils Nationaux, j’ai pris soin de rappeler les différentes responsabilités de ces trois instances.
Le mal est profond. La conviction qu’un cercle restreint d’élus savent mieux que les simples adhérents ce qui est bon pour le mouvement et qu’il est préférable de ne pas communiquer des informations considérées comme sensibles en dehors de ce cercle, est partagée de fait, en dépit des discours qui servent surtout à attirer des signatures avant chaque élection interne. C’est cette culture oligarchique du Parti qui est à la racine des dysfonctionnements nuisibles à l’intérêt général.
Ceux qui ne partagent pas le point de vue de « la direction », ceux qui exercent des responsabilités de contrôle des pouvoirs sans céder aux pressions, sont éliminés (ainsi, moi même fin 2008 pour le poste de commissaire financier, tout comme André Lefranc en 2009 au Conseil Statutaire).
Depuis 2009, les commissaires financiers n’ont pas fait leur travail correctement et il n’y pas eu de rapport écrit à la Rochelle. Ils auraient du, par exemple, suivre le retard des reversements plus activement. Cela nous aurait permis d’éviter la controverse publique concernant les cotisations de Cohn-Bendit en pleine période du Congrès.
Je suis d’accord avec Hugues Bonneville sur le besoin d’un audit indépendant, couvrant les années 2009, 2010 et le premier semestre de 2011. Je pense que cet audit pourra être réalisé, pour un meilleur rapport prix/qualité/utilité, par les commissaires aux comptes d’EELV, dans le cadre d’une mission élargie.
Les points de vue que j’exprime ci-dessus, reposent sur mon expérience professionnelle : j’ai dirigé des missions d’audit et d’investigations pendant 40 ans en France et en Afrique, et j’ai été pendant les huit dernières années de ma vie professionnelle, Directeur des normes professionnelles au Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts Comptables, et représentant au Comité des normes d’audit de la Compagnie des Commissaires aux Comptes.
L’absence de réponse du Bureau exécutif à la lettre de Hugues Bonneville, est la preuve de son incapacité de à reconnaître et à apprendre des erreurs passées.
Au Sommet de Rio, les Etats se préparent à la grande régression
Non seulement le Sommet de Rio, en juin prochain, manque d’ambition, mais il risque de marquer un fort recul par rapport aux précédents Sommets de la Terre.
A New-York vient de s’achever un second round de négociations en préparation de la prochaine Conférence des Nations-Unies pour un Développement Durable (CNUDD) qui se tiendra à Rio de Janeiro (Brésil) du 20 au 22 juin 2012. Les délégués des différents pays sont supposés avancer sur la rédaction d’un projet de déclaration finale qui, en l’état, nous éloigne considérablement des voies pour atteindre des sociétés soutenables, démocratiques et égalitaires.
Un « draft zéro » [brouillon] de cette déclaration a été publiée en janvier dernier par le secrétariat général de l’ONU. Ce projet de déclaration, intitulé « Le futur que nous voulons », refuse d’établir un bilan critique de plus de vingt ans de négociations qui n’ont pas permis d’enrayer les différentes crises écologiques, sociales et économiques dont les conséquences sur les populations et les écosystèmes ne cessent de s’amplifier : dérèglements climatiques, pertes de biodiversité, faim, pauvreté et précarités, accroissement des inégalités, chômage, guerres, etc.
Incapable de prendre la mesure de la gravité de ces crises, ce projet de déclaration a été l’objet en mars dernier d’une première attaque en règle, orchestrée par les pays riches, contre toute référence explicite aux droits des populations. Ainsi, des pays comme le Canada, les Etats-Unis, Israël mais aussi le Danemark au nom l’Union Européenne qu’il préside, ont par exemple exigé que toute référence au droit à l’eau et à l’assainissement, pourtant reconnu par une résolution de l’Assemblée Générale des Nations-Unies en juillet 2010, soit supprimée. Ce que nous refusons avec force.
D’une manière générale, les gouvernements de ces pays s’opposent à tout langage prescriptif, toute référence normative qui pourrait les engager devant leur opinion publique et devant les institutions internationales. Pourtant adoptés lors de la Conférence de 1992, les principes tels que les principes de précaution, de pollueur-payeur, ou de responsabilités communes mais différenciées, sont ainsi aujourd’hui combattus par ces Etats et rarement défendus avec acharnement par les autres. Soutenus en cela par les lobbies industriels et économiques, ces Etats du Nord défendent l’idée selon laquelle la conférence de Rio est une opportunité pour promouvoir « l’économie verte », sujet officiel de la conférence, les investissements et la valorisations du capital naturel. Pas pour débattre ou mentionner les droits des populations.
Plutôt qu’une approche par les droits des populations, l’Union Européenne et ses partenaires promeuvent donc l’inclusion dans le cycle du capital des processus biologiques qui sous des formes diverses assurent les grands cycles écologiques et la reproduction de la vie. La conservation de la biodiversité, la purification de l’eau, la pollinisation des plantes, la protection des forêts, la régulation du climat et le stockage du carbone etc, sont perçus comme des services écosystémiques qu’il faut intégrer aux marchés, en leur attribuant un prix, pour les faire perdurer... et les rendre profitables. A la marchandisation de la nature, déjà ancienne, s’ajoute sa financiarisation.
Alors que les crises financières et économiques font des ravages, étendre l’emprise de la finance sur les éléments essentiels à la vie est criminel. Attac France, avec es partenaires français, européens et internationaux s’y opposera avec une grande détermination.
Notre Dame des Landes : la grève de la faim s’achève sur un succès
La lutte n’aura pas été vaine. 28 jours de grève de la faim auront permis de repousser les expropriations de deux ans.
Le comité de soutien aux grévistes de la faim se réjouit des avancées obtenues après de longues négociations avec les représentants des trois collectivités territoriales et du Parti Socialiste. Le mouvement de grève de la faim se termine aujourd’hui après 28 jours de présence dans le centre de Nantes.
L’accord obtenu permet à tous les habitants, exploitants et propriétaires ayant un titre au moment de la Déclaration Publique du 9 février 2008, de ne pas être expulsables tant que les procédures juridiques engagées à ce jour au Conseil d’Etat, à la Cour de Cassation et au Conseil Constitutionnel ne sont pas épuisées. Cet accord va permettre aux exploitants de maintenir leur activité et à tous d’envisager les deux années à venir plus sereinement. Un comité de suivi de cet accord sera mis en place dans les prochains jours.
Le passage de nombreux Nantais cherchant à s’informer sur le projet, la mobilisation exceptionnelle du monde paysan, les témoignages de soutien de nombreuses personnalités des mondes politique, syndical et associatif, les très nombreux messages de sympathie de citoyens ont fait de ces quatre semaines éprouvantes, une formidable aventure humaine et militante, localement et bien au-delà !
La lutte continue dans une ouverture et une dimension nouvelle.
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Les vélos couchés feront la fête à Paris le 12 mai
Vélos couchés mais aussi tous les types de « véhicules à propulsion humaine » seront à la fête samedi à La Cipale, à Paris.
AMIS du Trophée KIDAM
LA LEGENDE CONTINUE !
Venez rouler à La CIPALE
le 12 MAI 2012.
Aventure commencée en l’an 2000, sous l’auspice festif de projets d’écoles, le trophée KIDAM (Kilomètre Départ Arrêté Musculaire), est une compétition annuelle de vélos couchés, mais également ouverte aux VPH (Véhicule à Propulsion Humaine) type Trike, Vélomobile et footbike, ayant aptitude à rouler sur un vélodrome. Il s’est progressivement imposé comme l’événement annuel, fédérateur du cyclisme horizontal.
Rassemblement essentiel des pratiquants des quatre coins de France et même d’Europe, nous célèbrons cette année sa treizième édition.
Même si l’événement est inscrit au calendrier sportif, le trophée KIDAM est avant tout un rassemblement accessible, autant destiné aux plus modestes novices qu’aux extraordinaires championnes et champions. Les victoires essentielles y sont celles de l’amitié, des rencontres et de chacun face à lui-même.
LA PISTE MYTHIQUE DE LA « CIPALE » (BOIS DE VINCENNES) POUR LE KIDAM.
L’AFB et France-HPV, organisateurs, ont plaisir à vous transmettent leur joie de préparer le meilleur accueil aux participants et visiteurs des éditions 2009, 2010, 2011 et 2012..
La devise du KIDAM...
« GAGNER CE N’EST PAS SEULEMENT FINIR AVANT LES AUTRES »
- Essais de vélos couchés...
- Des catégories de concurrents pour tous (chacun peut viser un podium)...
- Echange et vente de vos pièces d’occasion (pour le bonheur des bricoleurs)...
Flamanville : la ligne THT reste l’objet d’attentions diverses
Société nucléaire, société policière,
… voire société militaire ! L’expression a pris toute sa signification lors d’un petit-déjeuner romantique et matinal (annulé quelques jours auparavant) qui était prévu le mercredi 9 mai 2012, pour interférer avec les travaux du chantier de la ligne THT Cotentin-Maine.
Malheureusement, nous avions oublié d’avertir les gendarmes et autres forces de l’ordre au service de RTE. Ceux-ci sont donc venus avec unedizaine de véhicules à quatres roues, quelques motards sans parler des quelques habituels messieurs en civil et d’autres de la police.
Heureusement, un comité d’accueil avait été organisé avec café et croissants, justement pour ne pas laisser pour compte, celles et ceux que nous n’avions pas pu prévenir.
Ledit comité a ensuite formé cortège pour une parade dans les rues de Coutances sous les yeux ahuris des passants. La ballade s’est terminé au bistrot “le Poulailler”. Nous y avons pris un petit noir à la grande stupéfaction du patron de cet établissement notoirement fréquenté par les gallinacés en uniforme (ou en civil) de la région.
Cette militarisation de “l’encadrement” de la résistance à la ligne THT est dans la continuité de l’expulsion de la maison, appartenant à RTE, occupée à ND de Cenilly. Dimanche dernier, les résident-e-s qui invitaient à une petite fête ont été expulsé-e-s par l’escadron de gendarmes mobiles de Mont Saint Aignan avec, au passage, interpellation pour contrôle d’identité des personnes présentes et pour une douzaine d’entre elles, un tour de quelques heures et sans dommage, en gendarmerie.
Pour autant, comme le signifiait EDF dès 1983, ne pouvant mettre un gendarme à chaque pylône, cette militarisation n’a aucunement empêché,entre dimanche et mercredi 9 mai comme avant et depuis, les dommages sur les pylônes, le sciage de cornières de fondation et autres actions d’interférence sur les chantiers, y compris sur ceux entourant la maison qui fut l’objet des interpellations de dimanche dernier, 6 mai 2012.
Ils peuvent envoyer les chars… LA THT NE PASSSERA PAS !!
La transition énergétique passe par le solaire
L’industrie photovoltaïque européenne traverse une passe difficile. Il serait irresponsable de la part des gouvernements de la laisser s’effondrer, alors que le solaire est une clé d’un avenir énergétique maîtrisant le changement climatique
Industrie photovoltaïque européenne en crise : Plutôt que de fermer les usines, accélérons la transition énergétique
L’industrie photovoltaïque européenne est en crise, en France, comme la montré l’exemple de Photowatt, mais aussi, et c’est très grave, dans son berceau allemand, où de nombreuses entreprises et usines sont menacées de disparition (Q Cells, First Solar, Odersun, solartecture, Solon…), avec des milliers de suppressions d’emplois. Le risque est très grand de casser le tissu industriel et la dynamique exceptionnelle de ce secteur, largement impulsé et porté par l’Europe.
L’exemple le plus symbolique, est celui de Q cells, qui vient de déposer le bilan, avec à la clé près de 2200 suppressions d’emplois au niveau mondial dont 1700 en Europe. A l’aube des années 2000, alors que l’industrie photovoltaique en était encore à ses balbutiements, Q cells n’existait pas. Il a fallu l’audace visionnaire de quatre « steve jobs » du photovoltaïque pour se lancer en 1999, dans une aventure apparemment insensée : parier sur le développement accéléré du photovoltaïque en développant une stratégie de production de masse tout en menant une politique d’innovation basée sur la R&D (exemple de la filière couches minces Solibro).
S’adossant intelligemment au besoin de mutation de régions industrielles sinistrées de l’ex RDA, à coté de Berlin, l’entreprise a connu un développement fulgurant. De 9,3 mégawatts/an [(MW/an] en 2002, Qcells est devenu N°1 mondial en 2008 avec 540 MW/an ! En 2010 sa capacité de production était 1,23 GW [gigawatts, ou mille mégawatts] soit l’équivalent en puissance crête d’une tranche nucléaire par an, et environ ¼ de tranche en production effective, donnant une idée de la capacité du photovoltaïque à répondre rapidement aux besoins énergétiques. Ce schéma s’est répété ensuite aux USA (avec First Solar, Sun Power) et surtout en Chine (avec Suntech).
Parties de rien, grâce à des fondateurs audacieux et souvent passionnés, ces entreprises dédiées au photovoltaïque, comme de nombreuses autres plus petites, se sont retrouvées au firmament du domaine en quelques années, devançant rapidement les majors polyvalentes établies depuis des années. Nous leur devons donc largement l’irruption du photovoltaïque comme alternative énergétique crédible aux énergies fossiles carbonées ou nucléaire, passant de 390 MW de capacité de production annuelle en 2000 à 27 GW en 2010, soit un facteur 70. Ce qui était encore un graal inaccessible en 2000, la parité entre le coût de production de l’électricité photovoltaïque et le prix d’achat de l’électricité sur le réseau (parité réseau), est en train de devenir une réalité grâce à l’abaissement extrêmement rapide des prix des modules photovoltaïques.
Les capacités de production se sont ainsi envolées, en particulier en Chine, avec comme conséquence l’entrée dans un régime de surproduction (environ 30% en 2010), accélérant encore la réduction des prix de vente, suivant la loi de l’offre et la demande. Dans un tel contexte, il est aisé de comprendre, si on s’en tient strictement à la « loi du marché » que le retour de manivelle pour les entreprises du secteur qui ne peuvent pas rester compétitives, à court terme, en termes de coûts de production est terrible, et c’est justement le cas de Q Cells, ainsi que de la plupart des entreprises européennes du domaine.
Ainsi pourraient être rayée de la carte, en quelques mois, la colonne vertébrale de l’industrie photovoltaïque européenne, construite principalement dans la décennie 2000-2010, et accumulant des savoirs scientifiques, technologiques et des compétences humaines inestimables. Si on ne fait rien, en se reposant uniquement sur « la loi du marché », sans prendre conscience de la dimension spécifique d’utilité publique et d’avenir pour l’humanité de l’énergie photovoltaïque, mais aussi de sa fragilité, le risque est grand voir disparaitre l’industrie européenne du domaine et même de bloquer la poursuite de son développement au niveau mondial.
Libérés de « l’hypothèque photovoltaïque », les investissements se déchaineront alors vers les gaz de schiste, le charbon, les pétroles d’Alaska ou de Méditerranée … au détriment de la lutte contre le changement climatique et de l’éthique du développement durable. De quel droit moral les générations actuelles pourraient-elles épuiser toutes les ressources non renouvelables accumulées par la planète dans un passé lointain sans se soucier de les préserver au maximum pour ses propres enfants ?
Plutôt que de tenter à tout prix de réduire la surproduction photovoltaïque en fermant les usines et en tentant de faire remonter les prix, il faut au contraire utiliser cette surproduction pour accélérer son changement d’échelle en montant des projets ambitieux, au niveau des villes, des régions, de l’Europe et à l’international, en particulier en Afrique et dans les pays émergents. Pour cela les pouvoirs publics doivent s’engager de façon beaucoup plus importante, et stratégique, dans le soutien de la filière.
S’il n’y avait eu que la loi du marché, nous n’aurions jamais assisté au développement actuel du photovoltaïque. Il faut rappeler que ce sont les politiques publiques de soutien, en Europe en particulier, qui ont permis le décollage industriel, grâce aux tarifs d’achats, permettant l’abaissement rapide des coûts associé aux effets d’échelle et aux innovations de la R&D. Dans ces conditions il sera possible d’aider les entreprises du secteur photovoltaïque à tenir le coup durant cette période de transition, à se restructurer en synergie avec l’ensemble du tissu industriel, de façon à ce que l’industrie photovoltaïque européenne reprenne très vite une place de premier plan dans la nouvelle phase de développement à venir, tout en sauvant les emplois et l’outil industriel.
Nous appelons également les citoyens européens, en particulier les centaines de milliers d’entre eux qui sont déjà producteurs d’électricité photovoltaïque en Europe, et qui ont permis par leur engagement, de faire décoller le domaine, à se mobiliser pour soutenir la filière dans ce moment critique.
Ainsi plutôt que de fermer les usines photovoltaïques, nous proposons de donner de nouveaux débouchés à leur production en accélérant la transition énergétique avec le soutien des politiques publiques et une politique industrielle forte, solidaire, citoyenne. Il n’y a pas de temps à perdre pour cela, et d’ici cinq ans, en 2017, à la fin du prochain quinquennat en France, le résultat sera évident, avec soit une transition énergétique engagée de façon éclatante et irréversible, soit un champ laissé à l’abandon.
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Signataires :
. Daniel LINCOT, Directeur de recherche au CNRS, Médaille d’argent du CNRS, ancien président de la conférence photovoltaïque européenne en 2008, initiateur de l’appel international pour l’énergie photovoltaïque (2008).
. Wolfgang PALZ, Président du conseil mondial des énergies renouvelables, ancien directeur des programmes européens sur les énergies renouvelables, auteur du livre Power for the World, un livre sur l’énergie photovoltaïque avec la contribution de 40 pionniers du secteur au niveau international, Pan Stanford Publishing, 2010.
. Antoine LABEYRIE, Astrophysicien, Membre de l’Académie des Sciences, a équipé depuis 1978 sa maison en photovoltaïque indépendant du réseau.
. Jacques DUPIN, Ancien ingénieur du CERN, cofondateur en 1985 du Solarclub, installateur d’un toit photovoltaïque aux Houches depuis 2001.
Nous sommes tous riches
« Prétendre comme on le fait à droite comme à gauche que seuls les riches devront payer et que les classes moyennes seront épargnées demain est un mensonge. »
Ce n’est plus un secret pour personne. La France, comme la plupart des pays riches, va devoir augmenter les impôts dès le lendemain du second tour de l’élection présidentielle. La dette publique représente 1 500 milliards d’euros, l’équivalent des deux tiers de la richesse produite chaque année. Le budget de l’Etat est en déficit de 150 milliards, presque la moitié de ses recettes annuelles. Ceci sans compter les déficits des différents secteurs de la protection sociale (assurance maladie, chômage, etc.). La crise financière est généralisée, et même les plus aisés se déclarent désormais favorables à payer plus car ils savent que s’ils ne mettent pas la main à la poche rapidement, ils risquent encore plus gros demain.
Le retour à l’équilibre par le biais de la croissance est une vue de l’esprit : les Trente Glorieuses ne reviendront pas demain matin. On peut limiter les dépenses inutiles, mais l’économie possible est sans rapport avec l’ampleur de l’effort demandé, à moins de toucher au cœur des missions de l’Etat. Politiquement, il serait suicidaire d’enchaîner une séquence de forte réduction des dépenses après plus d’une décennie de baisses d’impôts réalisées autant par la droite que par la gauche. Comment expliquer que les cadeaux aux riches effectués hier soient ensuite payés par les couches populaires et moyennes à travers la diminution des dépenses ?
La hausse des impôts doit être conséquente
Reste à mesurer l’ampleur de la hausse et à déterminer qui doit payer.
L’augmentation devra être conséquente. Les recettes de poche, comme le toilettage des niches fiscales, seront utiles : de la baisse de la TVA dans la restauration aux subventions aux cours de soutien scolaire privés, des milliards d’euros partent en fumée chaque année. Mais on demeure hors de portée des moyens nécessaires à assainir les finances publiques.
L’argument selon lequel les hausses d’impôts viendraient briser la croissance est fallacieux. L’activité n’a jamais été aussi faible que depuis que l’on réduit les impôts : on n’a fait qu’alimenter l’épargne. C’est cette épargne qui doit aujourd’hui contribuer à l’effort national. Le discours selon lequel le niveau des prélèvements obligatoires serait plus élevé en France qu’ailleurs est un non-sens : les services rendus (école, santé, logement, etc.) ne sont pas identiques, les données sont incomparables. Seule la démagogie peut encore défendre des baisses d’impôts à la fois injustes sur le plan des valeurs et économiquement inefficaces.
Qui sont les riches ?
Le débat porte désormais sur le niveau de vie des contribuables mis à contribution. Le bouclier fiscal a sauté, la porte est donc ouverte pour un effort général. La cible la plus courante est vite désignée : il faut « faire payer les riches ». Tout cela est un peu court et très souvent démagogique.
Qui sont ces « riches » [1] ? En France, contrairement aux Etats-Unis, être riche n’a pas bonne presse : les riches sont toujours « les autres », ceux qui gagnent plus que nous. Pour la plupart des commentateurs, il s’agit de faire payer les très hauts revenus, ceux qui se sont fortement enrichis dans les années 2000. A des niveaux insultants, c’est vrai. Entre 2004 et 2008, les 0,01 % les plus riches ont empoché au minimum 180 000 euros supplémentaires par an avant impôts, selon l’Insee. Mais par définition, ces très riches ne sont pas très nombreux - seulement 10 % des personnes seules touchent plus de 3 000 euros par mois - et déjà imposés. Quand bien même on s’aviserait de leur prendre tout, on ne comblerait pas le déficit, loin s’en faut…
On ne coupera pas à une hausse importante, durable et largement répartie des impôts. Face à un effort national, à une crise majeure, la Nation tout entière doit se retrousser les manches. Associer la population dans une contribution universelle est d’ailleurs une façon de légitimer l’effort et la redistribution vers les plus défavorisés qui ont mis au pot commun.
La question de fond n’est pas celle de la richesse mais celle des moyens : il faut faire payer tous ceux qui le peuvent. C’est, simplement, appliquer la déclaration des droits de l’Homme : chacun doit payer en fonction de ses « capacités contributives » (article 13).
Comment faire ?
Il faut tout d’abord déterminer le seuil à partir duquel commence l’effort. Il ne s’agit certainement pas d’imposer davantage le titulaire du RSA ou du minimum vieillesse. Aucune norme objective ne peut exister mais le Smic (presque 1 000 euros nets) pour un temps plein n’est pas plus absurde qu’une autre, dans la mesure où, à ce niveau, l’effort resterait symbolique.
Pour déterminer le type de prélèvement, il faut comprendre un mécanisme simple. Une même somme ne constitue pas le même effort pour des contribuables selon leur niveau de vie. 10 euros en moins par mois représente un sacrifice pour un allocataire de minima sociaux, c’est invisible pour un cadre supérieur. Plus on s’élève dans la hiérarchie des revenus, plus la perte est faible. « Il n’est pas très déraisonnable que les riches contribuent aux dépenses de l’Etat non seulement à proportion de leur revenu, mais encore de quelque chose au-delà de cette proportion », écrivait l’économiste libéral Adam Smith au XVIIIe siècle.
Trois types d’impôts peuvent être actionnés. Les impôts forfaitaires, identiques pour tous, n’ont pas totalement disparu : la redevance télévision (souvent défendue par la « gauche audiovisuelle ») et la taxe d’enlèvement des ordures ménagères sont des prélèvements qui ne tiennent quasiment pas compte des revenus [2]. Augmenter ces impôts aujourd’hui constituerait l’injustice la plus grande.
Le deuxième type d’impôt est proportionnel à « l’assiette » (ce qui est taxé). Principalement à la consommation (la TVA ou la taxe intérieure sur les produits pétroliers) ou aux revenus (les cotisations sociales notamment). Ces deux leviers représentent les deux tiers des recettes des administrations publiques, il sera donc indispensable de les actionner. Pour la TVA, rien n’empêche de cibler les produits qui sont le plus consommés par les catégories aisées, ou de se servir de la hausse pour mener une politique environnementale volontariste. Une partie des recettes fiscales viendra demain très probablement d’un impôt comme la contribution sociale généralisée, quitte à l’assortir d’un abattement fixe pour les plus bas revenus.
L’essentiel doit venir d’un troisième type d’impôt à la fois largement réparti - ce que n’est plus l’impôt sur le revenu - et progressif dont le taux augmente avec les revenus, contrairement aux impôts proportionnels dont le taux ne varie pas. C’est l’impôt le plus juste. Il faudra donc probablement coupler une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) et des tranches de l’impôt sur le revenu lui-même. Ou mieux : fondre ces deux impôts en une seule contribution sociale progressive, individualisée et prélevée à la source.
On ne peut plus aujourd’hui demeurer dans le registre de la démagogie. Prétendre comme on le fait à droite comme à gauche que seuls les riches devront payer et que les classes moyennes seront épargnées demain est un mensonge. Quel que soit le prochain président élu, les lendemains de victoire seront difficiles au moment de présenter la note. Seule une « opération vérité », qui appellerait tous les citoyens, ensemble, à se retrousser les manches, serait capable d’assurer l’avenir du pays et de l’Europe plus généralement.
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Notes :
[1] A ce sujet, lire Qui est riche et qui est pauvre en France ?
[2] Affectés à un usage particulier, on joue sur les mots pour ne pas les appeler impôts et ils ne figurent pas dans la mesure du taux des prélèvements obligatoires
Notre Dame des Landes : ce qui a vraiment été obtenu
Contrairement à ce qui est affirmé dans Le Monde, ce qui a été obtenu n’est absolument pas un moratoire, c’est-à-dire une suspension du projet jusqu’à réexamen sur le fond, suivi d’une nouvelle procédure de décision.
Ce n’est pas non plus le gel des expropriations et expulsions exigé par les grévistes de la faim et leur comité de soutien : seulement la garantie de l’État (par le biais des collectivités locales) et du concessionnaire qu’il n’y aura pas d’expulsions pour les paysans, propriétaires et habitants installés avant février 2008 (date de la déclaration d’utilité publique) ayant refusé l’accord amiable avec Vinci, jusqu’au rendu des recours déposés avant le 4 mai 2012 auprès des juridictions françaises (hors tribunal administratif), les juridictions européennes étant exclues.
Cela peut sembler bien peu, et très restrictif, et pourtant c’est considérable.
D’abord parce que c’est notre première victoire : nous n’avions jamais rien obtenu depuis le départ (sauf coups, gazages, condamnations diverses, insupportable harcèlement au quotidien des flics, de Vinci) ; nous n’avions même jamais obtenu la discussion sur le fond de nos arguments dans une ou des confrontations loyales avec les porteurs du projet alors que nous avions eu des centaines de réunion d’échanges avec les populations locales, que nous avions convaincues.
C’est aussi la reconnaissance de l’existence de recours (qui ont des chances sérieuses d’aboutir, et il semble que ceci a un peu interpellé l’entourage de Hollande). Jusqu’ici, le discours de Jean-Marc Ayrault était que ’c’était plié, que tous les recours avaient été tentés et perdus’ : en fait il parlait des deux recours ’normaux’ contre la DUP perdus en 2007 et 2008, car nous n’avions pas à l’époque les éléments qu’a fait surgir l’enquête indépendante du CE Delft. JM Ayrault feignait d’ignorer les divers recours que nous avions déposés depuis (et qu’il espère toujours nous voir perdre, très probablement à tort).
C’est aussi un répit de deux ans pour les agriculteurs concernés, qui vivaient une situation insupportable psychologiquement et pratiquement, et qui peuvent poursuivre leur exploitation, sur des terres situées à des emplacements stratégiques (futures piste nord, tour de contrôle...). Même si l’arrêt des travaux ne figure pas sur le papier, c’est de fait presque un gel, le début de ces derniers devient très difficile, y compris politiquement. Rappelons que AGO/Vinci est déjà propriétaire sur la ZAD des terres acquises au cours des quarante dernières années par le Conseil Général, et que ce dernier lui a rétrocédées ; c’est l’une de nos difficultés.
Les squatteurs ne sont pas pris en compte (ce qui était totalement impossible à obtenir par écrit dans une bagarre à dimension juridique, les squatteurs étant illégaux, quoique légitimes) : s’ils sont expulsés, d’autres endroits de la ZAD permettront leur accueil.
C’est aussi une immense victoire idéologique et médiatique : le mouvement de grève (28 jours) et l’intense travail d’explication mené sous le barnum auprès des visiteurs et des médias a fait basculer bien des Nantais, des journaux, jusqu’ici indécis ou favorables au projet.
Nous avons acquis un capital de sympathie bien au-delà de ce que nous pouvions imaginer avant le déclenchement de la grève de la faim. C’est donc dans de bien meilleures conditions que nous allons poursuivre notre lutte, dans l’immédiat contre les expropriations, dont la procédure va se poursuivre, avec les visites sur le terrain du juge chargé des estimations.
Nous avons gagné deux ans (peut-être au-delà... et rien n’est fait pour l’instant sur la compensation des zones humides), dans une stratégie constante, assumée, où nous essayons de retarder le plus possible ce projet. Nous sommes convaincus qu’il deviendra de plus en plus difficile à réaliser car il apparaîtra de plus en plus fou dans le contexte de crise financière, écologique, climatique qui est la nôtre actuellement. Nous vivrons son abandon, et celui d’autres grands projets inutiles imposés.
Il aura fallu 15 jours pour que les élus des collectivités territoriales écrivent au grévistes pour les assurer qu’ils partagent nos valeurs (!), les priant de ne pas mettre leur santé en péril, 27 jours pour que le secrétaire fédéral du PS44 se déplace square Daviais au campement des grévistes... Leurs discours compassionnels, leurs affirmations sur leur ’sens du dialogue’ ne peuvent nous faire illusion, et Jacques Auxiette, président PS de la région Pays de Loire vend la mèche sur ses intentions en exprimant tout son mépris des opposants : ’nous avons fait un geste réel concernant le traitement humain de l’étape délicate des expulsions, étape ultime des expropriations légales. Mais passés les quelques recours engagés, la construction de l’aéroport se poursuivra’. Qu’il le croie ! Citoyens responsables, nous surveillerons nos élus, présents et futurs. Dans chaque réunion électorale pré-législatives, partout en France des militants interpelleront les candidats sur le projet d’aéroport. La lutte continue !
Tous, grévistes ou soutiens, avons vécu un mois inoubliable, quelque chose d’inouï dans une vie militante... Michel a dit mardi soir lors de la ’première soupe’ (le bouillon de légumes public marquant la fin de la grève) qu’il avait pendant ces 28 jours vécu ’de [notre] amour et d’eau fraîche’. Je tiens à redire encore une fois merci à tous.
EELV laisse quelques postes de ministres aux socialistes
Est-ce l’effet du canabis en vente libre ? Les 2,3 % d’Eva Joly aux élections se transforment en une liste de revendications ministérielles
« Le Conseil national d’Europe Ecologie vient de décider d’accorder quatre ou cinq postes de ministres au Parti socialiste », a raillé Daniel Cohn-Bendit au « Grand Journal » de Canal+, après la décision des écolos de participer au gouvernement. Le député européen est farceur. Mais il voit juste, et sait envoyer les messages à ses camarades.
Ils se pressent tous à l’entrée du gouvernement. Ils s’y bousculent même, comme s’ils allaient à la soupe. Malgré le maigre 2,3% des voix recueillies à l’élection présidentielle par Eva Joly, les figures en vue d’Europe-Ecologie les Verts (EELV) veulent en être. Et si possible en nombre. Comme si, à eux seuls, ils avaient assuré la victoire du candidat socialiste.
A chacun sa stratégie, avec Daniel Cohn-Bendit en grand arbitre des ambitions. Le 8 mai, au Grand Journal de Canal+, il a distribué ses accréditions. « Eva Joly ? Elle a fait une mauvaise campagne, elle était un mauvais choix et elle, en plus, elle était contre l’accord Verts-PS. Mais elle fait très bien le job de présidente de la Commission de développement au Parlement européen. » Qu’elle y reste donc. Le sénateur de l’Essonne, Jean-Vincent Placé ? « Depuis un mois, il est toujours derrière Hollande ». Un fayot en quelque sorte, un cireur de pompes. Pas faux, d’ailleurs, le bras droit de Cécile Duflot a même réussi à se glisser sur la photo du 6 mai à minuit sur la place de la Bastille, quand François Hollande a salué la foule, laissant voir son visage entre le nouveau président et sa compagne. Bien joué, ont du enrager Eva Joly et Yannick Jadot, sénateur, qui devisaient patiemment au pied du podium avec des responsable du PS, faisant valoir leurs atouts ministériels.
Voilà pour les recalés de Dany. En revanche, il voit très bien Cécile Duflot « occuper un grand ministère de l’écologie ». Yannick Jadot, sénateur lui aussi, « à l’énergie » et Stéphane Gatignon, maire de Sevran « où il fait du bon boulot », occuper un poste « à la Ville et aux banlieues ». Avec un avocat de ce poids, ces trois-là n’ont guère besoin de monter au front. A la différence d’Eva Joly, qui bien qu’ayant annoncé vouloir prendre quelques vacances après le premier tour, se démène comme une diablesse pour faire valoir son CV : « J’ai un certain âge mais aussi une certaine expérience », avance-t-elle en ajoutant « Je suis quelqu’un de très loyale », histoire de convaincre le président qu’elle pourrait occuper un poste touchant à la régulation financière. « Haut commissaire ou ministre, plaide pour elle son conseiller de campagne Patrick Farbiaz, elle pourrait être le glaive de François Hollande quand il s’attaquera à la finances. » Une pétition pour qu’on lui attribue le ministère de la justice circule même sur Internet.
EELV a-t-il décidé de désespérer les électeurs de François Hollande, quelques jours à peine après son élection ? Les responsables du parti ont-ils oublié que le comportement de Nicolas Sarkozy dans la semaine qui a suivi son élection a marqué au fer rouge son mandat ? Ont-ils oublié que le choix des électeurs s’est porté sur une présidence normale, apaisée, respectueuse des rythmes de la Républiques et des choix du peuple ? Leur candidate a été battue, écrasée même pourrait-on dire, dans l’élection présidentielle. Elle n’a pas eu de mots assez durs pour critiquer les choix du candidat socialiste, notamment en matière d’énergie nucléaire. Ils voudraient donner l’impression que pour quelques postes ministériels, non négligeable certes, ils sont prêts à avaler toutes les couleuvres, se contentant d’un moratoire sur l’achat des terrains du futur aéroport Notre-Dame des Landes, près de Nantes, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.
Ministre ou députée, Duflot hésite
Certes, Cécile Duflot explique sur BFM TV le 9 mai que l’accord Verts-PS dont François Hollande a dit qu’il « ne l’engageait pas » est un accord législatif, et non un accord de gouvernement : « Le président doit présider et le Parlement légiférer, contrairement à ce que nous avons connu depuis cinq ans. » Certes, elle ajoute : « s’il fallait que les socialistes soient d’accord sur tout avec les écolos on en aurait pour quelques années à attendre ». Certes, Jean-Philippe Magnen, vice président EELV du conseil régional Pays de Loire estime qu’il faut « avoir un pied dans les luttes et un autre à l’exercice du pouvoir ». Mais ces arguments ont un mauvais parfum d’habileté politicienne, celle dont précisément les Verts ont promis, jadis, de débarrasser la vie politique. « Faire de la politique autrement », disaient-ils. En moins d’une semaine, les écolos ont donné l’impression qu’ils plaçaient leurs ambitions avant le respect du choix des électeurs.
Seraient-ils aller trop loin ? Conscient d’avoir donné l’image « d’une chasse aux porte-feuilles » ministériels, Jean-Vincent Placé a présenté ses excuses, le 10 mai sur RTL, aux électeurs et militants écologistes « qui pourraient penser que [leur] journée est constituée à courir après François Hollande et ses amis pour obtenir ce maroquin ». Même chose pour Cécile Duflot qui, peu de temps après, a concédé sur France info : « On ne candidate pas à un poste de ministre, c’est le président qui décide. Tout le monde doit être modeste, moi y compris. La question personnelle doit être laissée de côté. » Patience, François Hollande mettra sans doute fin aux pronostics, dès son investiture, mardi prochain.
Jouanno veut piquer l’écologie de droite à NKM
L’ex Secrétaire d’Etat à l’Ecologie se repositionne sur l’écologie : « J’entends porter la voix d’un grand mouvement écologique au sein de la droite »
Terra eco - L’écologie a-t-elle une chance de sortir gagnante du quinquennat qui s’ouvre ?
Chantal Jouanno - L’écologie aura progressé dans cinq ans, mais ça aurait été le cas avec ou sans François Hollande. La seule hausse du prix de l’énergie, qui est inévitable, va par ses conséquences sociales et environnementales rendre le sujet incontournable. Par ailleurs, les décisions prises par le Grenelle de l’environnement ont lancé un mouvement qui ne va pas s’arrêter. Maintenant, il est inquiétant de voir que le débat n’a pas été à la hauteur de ces enjeux pendant cette campagne.
Pourquoi l’écologie a-t-elle disparu du débat public ?
Ni mon camp politique ni l’autre n’ont été capables de prendre ces sujets à bras le corps et d’évoquer les grandes réformes structurelles nécessaires. On en est revenus à un débat : « Pour ou contre le nucléaire ». C’est une polémique archaïque par rapport aux enjeux de la transition agricole, de la précarité énergétique... C’est malheureux parce que cela empêche de parler d’écologie. On est à ce point revenus en arrière qu’aujourd’hui, même des publicités se moquent de l’écologie pour vendre des produits, alors même que nous devrions être en train de remettre en question nos modèles de consommation. Je pensais que les esprits avaient été convaincus au niveau national et dans mon camp politique mais ce n’est pas le cas. Pour moi, c’est une pierre dans mon jardin en tant qu’ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie de ne pas avoir réussi à garder ce thème au devant de la scène. Je regrette par ailleurs que nous n’ayons pas défendu notre bilan sur l’énergie et le climat durant la campagne présidentielle. Jamais la France n’avait autant avancé dans ce domaine, et Nicolas Sarkozy avait été très courageux de porter le sujet au sein de sa famille politique.
François Hollande compte travailler à nouveau sur la question de la taxe carbone, mais aussi faire appel à des personnalités d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV). Sont-ce de bons signes à vos yeux ?
C’est une grande hypocrisie. Je rappelle que ce sont les socialistes qui ont déféré le projet de taxe carbone devant le Conseil constitutionnel pour qu’il soit retoqué. Nous avions trouvé un consensus qui n’était certes pas parfait, mais qui ne frappait pas les plus démunis grâce au chèque vert et surtout qui aurait pu être amélioré par la suite. Mais les considérations politiques l’ont emporté à l’époque. Je ne m’en suis jamais caché, cela a été ma plus grande déception dans cette fonction. C’est à partir de ce moment-là qu’il est devenu difficile de parler d’écologie dans le débat public, et c’est en partie dû à la violence des propos qui ont été tenus à l’époque. Quant à l’accord entre EELV et le PS, il est principalement politique et porte sur des circonscriptions. Ce n’est pas comme cela que l’on va convaincre les Français que l’écologie doit revenir sur le devant de la scène.
Que manque-t-il selon vous au nouveau Président pour défendre l’écologie ?
Il manque clairement un corpus intellectuel. Le PS envisage de déléguer l’écologie à EELV. Sauf que le premier défend la croissance économique et le second la dénonce. Dans ces conditions, l’écologie restera une niche alors qu’elle doit devenir centrale.
Comment définiriez-vous ce « corpus » que vous défendez ?
Le débat porte actuellement sur une opposition de théorie économique entre des néo-keynésiens et des néo-libéraux. Dans les deux cas, on nous dit qu’il faut plus d’argent pour pouvoir se permettre de faire de l’écologie. Mais c’est en fait parce qu’on ne fait pas d’écologie qu’on manque d’argent. Les travaux extrêmement intéressants réalisés par la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi sur la mesure de la richesse apportent une réponse. Je défends l’idée que croissance et écologie sont compatibles. Mais cette croissance ne peut être mesurée par le PIB qui n’intègre qu’une dimension industrielle et pas le capital environnemental ni les externalités de nos modes de consommation. Cette lecture permet de mieux comprendre la crise qui n’est pas financière mais structurelle. Je rappelle à ce titre qu’elle a commencé en 2008 par une hausse du prix du baril. Cette lecture permet aussi de rappeler que l’écologie peut être populaire, et qu’elle nous réconcilie avec la question philosophique de l’épanouissement humain. J’entends d’ailleurs porter la voix d’un grand mouvement écologique rassembleur au sein de mon camp politique après les élections législatives. Je vais proposer aux prochains dirigeants de l’UMP de porter au sein de la droite un mouvement écologique.
Quels types de personnalités pourraient intégrer ce mouvement ?
Ce mouvement pourrait prendre la forme d’un think tank, mais rien n’est encore arrêté. L’idée est avant tout celle d’un grand renouvellement de compétence. Je pense à des personnes comme Jean-Paul Fitoussi dont j’ai parlé plus tôt, ou encore Erik Orsenna, un homme libre et sans idéologie.
Et Nicolas Hulot ?
Nicolas Hulot est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Il s’est un peu empatouillé dans la campagne car il était trop dans la réflexion pour affronter le combat politique au sein des Verts. Mais les aléas politiques n’empêchent pas les amitiés et nous sommes toujours en contact.
A Francfort le 19 mai contre les politiques capitalistes
Un président de « gauche » élu en France. On continue comme avant, ou pas ? Premier test la semaine à venir.
À l’appel de mouvements sociaux allemands, une grande manifestation européenne se tiendra à Francfort le 19 mai. Au lendemain des élections présidentielles en France, il s’agit d’une mobilisation majeure par sa dimension européenne et symbolique. A un moment où les institutions européennes justifient toutes les régressions (« austérité »), où les marchés font pression pour l’adoption du Pacte budgétaire et où la Banque Centrale Européenne (BCE) préfère sauver les banques plutôt que les peuples européens, les mouvements sociaux se doivent de réagir.
En plus de la manifestation européenne le samedi, une assemblée internationale se tiendra le jeudi, de nombreux ateliers seront organisés ainsi qu’un blocage de la BCE le vendredi matin.
IMPORTANT : Les autorités locales de Francfort viennent de décider d’interdire toutes les manifestations prévues du 17 au 19 mai. Cette décision incompréhensible et très rare en Allemagne est attaquée en justice par nos amis d’attac Allemagne. Ils relaient aussi un appel de protestation de diverses personnalités. Les manifestations prévues, qui ont toujours été affichées comme pacifiques et de désobéissance civile, sont maintenues. Nous maintenons de notre côté notre appel à se rendre sur place pour manifester et nous vous invitions à relayer les protestations.
Nous aurons rapidement d’autres nouvelles de la part des responsables locaux et vous les transmettrons. Pour plus d’informations
L’affaire du Mediator est-elle un exemple de conflit d’intérêts grave ?
• ECOUTER ICI
Première mise en ligne sur Reporterre le 11 février 2011
Irène Frachon, pneumologue à Brest, a révélé le danger mortel que représentait le médicament Mediator. Elle a publié Mediator 150 mg. Combien de morts ? (éditions Dialogue).
Le Cauchemar pavillonnaire
Les zones pavillonnaires, affublées à l’occasion du joli nom de lotissement, envahissent inexorablement les abords des villes et des villages, selon un modèle administratif et économique qui, indifféremment du lieu, se reproduit à l’identique. Elles incarnent un idéal et un mode de vie fondés sur l’aliénation désirée. L’obsession de l’hygiène et de la sécurité, le culte de la marchandise et de la propriété privée ont remplacé les solidarités et la culture de résistance des classes populaires.
L’expérience de la relation à autrui se réduit au désir mimétique de posséder les mêmes signes de la réussite individuelle. Cet univers, parfaitement structuré, enferme l’imaginaire dans un espace étriqué, accentue le repli sur soi et appauvrit la vie sociale. L’espace, quadrillé, découpé en plans de circulation, repose sur une logique de flux. La notion de « ville » –et bientôt de « campagne »– s’efface.
Désormais réduites à leur centre historique, les villes sont cernées par des zones spécialisées : industrielles, commerciales, résidentielles, vertes, de loisir... Les enjeux de pouvoir se sont toujours traduits dans l’organisation de l’espace social. Tout système politique peut être analysé au travers de son architecture. Ce livre permet de comprendre celui dans lequel nous vivons.
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Le cauchemar pavillonnaire, Jean-Luc Debry, éd. L’Echappée.
L’océan arctique libère lui aussi du méthane
Le méthane est un puissant gaz à effet de serre. Des chercheurs états-uniens viennent de découvrir que l’océan arctique, du fait de la fonte de la glace, commençait à libérer du méthane, ce qui devrait aggraver l’effet de serre
On sait que d’énormes quantités de méthane sont emprisonnées dans le permafrost (1) des toundras arctiques et sous forme d’hydrates de gaz (2) dans les sédiments marins et que sous l’effet du réchauffement climatique ce méthane peut être libéré dans l’atmosphère. Le méthane étant lui même un puissant gaz à effet de serre (72 fois plus puissant que le CO2 sur les 20 années après son émission), sa libération contribue à augmenter le réchauffement, qui contribue à l’émission d’encore plus de méthane, qui contribue à encore plus de réchauffement et ainsi de suite ; c’est l’emballement climatique, phénomène catastrophique et incontrôlable. Un autre risque d’emballement vient d’être mis en évidence au-dessus des zones arctiques.
Une équipe de recherche dirigée par Eric Kort du Jet propulsion Laboratory de la Nasa a découvert des niveaux anormaux de méthane au-dessus de certaines régions arctiques. Ayant éliminé un lien possible avec des activités humaines, ou avec des émissions issues de zones humides (tourbières, marécages, fonte du permafrost), ou de réservoirs géologiques naturels, il fallait se rendre à l’évidence : c’est de l’Océan Arctique lui même que provient le méthane.
Des études récentes avaient montré que les eaux de surfaces de l’Arctique, sous la glace, pouvaient contenir du méthane, sans que son origine soit clairement établie. Les recherches menées par Kort et son équipe montrent que quand la glace fond ou se craque, le méthane est libéré. Les niveaux de méthane mesurés sont faibles (0,5% de plus que la normale) mais selon les scientifiques, l’immensité des surfaces en jeu, représente une nouvelle et substantielle source de méthane.
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Notes :
(1) Permafrost : Sols des régions arctiques, principalement en Alaska et en Sibérie qui restent gelés au fil des saisons. Le permafrost est généralement recouvert d’une couche de terre qui dégèle en été permettant le développement de la végétation. Il représente 20% des surfaces terrestres (hors océans donc) de la planète. Le pemafrost pourrait augmenter de 35 % les émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines.
(2) Hydrate de gaz : glace dans laquelle une molécule de gaz, généralement du méthane est emprisonnée dans une sorte de cage constituée de 6 à 8 molécules d’eau. Quand la glace fond, le gaz est libéré et la glace peut donc s’enflammer. 1 m3 cube d’hydrate de gaz, donne 164 m3 de gaz (à la pression atmosphérique) et 0,8 m3 d’eau !
Une question de culture
J’interroge une collègue algérienne, Fatiha Chara : « Quels sont les principaux problèmes de l’environnement en Algérie ? » Je m’attends à ce qu’elle me parle d’eau, de changement climatique, de désertification. Mais non. « Tous les problèmes commencent par l’éducation, dit-elle. Il y a un manque terrible d’éducation environnementale. On avait une très bonne culture, adaptée aux conditions de notre environnement, elle est devenue une culture de consommation, et l’on tombe maintenant dans les erreurs que les autres cherchent à résoudre. »
Je crois que Fatiha a raison, et pas seulement pour l’Algérie : le problème écologique le plus crucial dans le monde est celui de la culture. Pas la culture de la Joconde, d’Ibn Khaldoun ou de Mozart. Non, la culture quotidienne de la consommation, des comportements, des désirs. Par exemple, le niveau de vie des 36 millions d’Algériens s’est élevé depuis plusieurs décennies et, par la télévision et les contacts avec l’Europe, le mode de vie d’outre Méditerranée est devenu le modèle de référence, même s’il est loin de se réaliser pour tous.
On peut généraliser l’observation : si à l’échelle mondiale, les pauvres restent majoritaires, une « classe moyenne mondiale » s’est développée. Selon une étude menée en 2010 par Homi Karas pour l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), les pays du sud comptent déjà 850 millions de membres des classes moyennes, c’est-à-dire disposant d’un revenu allant de 10 à 100 dollars par jour et par tête en parité de pouvoir d’achat (un indice tenant compte de la variation des échelles de prix selon les pays).
Autant de personnes qui visent le mode de vie érigé en référence de la modernité depuis l’avènement de la « société de consommation » - voitures automobiles, consommation quotidienne de viande, possession de multiples gadgets électroniques, etc. - et qui se traduit par un gaspillage élevé de matières, et un impact sur la biosphère de plus en plus destructeur. La rivalité ostentatoire – qui pousse chacun à vouloir imiter le mode de consommation des plus prestigieux – s’exerce maintenant à l’échelle mondiale.
Peut-on changer la culture, afin de réduire l’impact écologique ? Pas simplement. Mais le mode de consommation projeté par les Occidentaux doit être mis en cause. Et la télévision et la publicité, qui alimentent la frustration et le désir planétaires, doivent devenir des enjeux de la lutte pour l’écologie.
La veille pour obtenir l’indépendance de l’OMS se poursuit obstinément
Par un accord conclu en 1959 entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), les deux organismes ont décidé de collaborer. Cela a empêché une évaluation indépendante des conséquences de Tchernobyl. Depuis 2007, des veilleurs se relaient en permanence pour obtenir l’indépendance de l’OMS, et la vérité sur le nucléaire.
C’est une action de vigilance silencieuse pour rappeler à l’Organisation Mondiale de la Santé, ses devoirs. Nous nous référons à Hippocrate qui a institué des règles éthiques pour les praticiens de santé. En ce qui concerne, la protection sanitaire des populations victimes des conséquences de l’industrie nucléaire, l’Organisation Mondiale de la Santé ignore ces règles.
Depuis le 26 avril 2007, les vigies d’Hippocrate se relaient devant le siège de l’OMS à Genève. Elles sont présentes tous les jours ouvrables de 8h00 à 18h00 pour rappeler à cette institution onusienne ses devoirs tels qu’ils sont notamment inscrits dans sa constitution.
Des pancartes présentent les messages que ces vigies adressent à l’OMS :
"Pour l’Indépendance de l’OMS de l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique) 1.000.000 d’enfants autour de Tchernobyl irradiés et malades ignorés par l’OMS".
À ce jour, 280 personnes se sont relayées devant le Siège de l’OMS.
Elles viennent de plusieurs pays d’Europe et aussi d’Amérique pour quelques unes. Environ 40 d’entre elles, suisses ou françaises résident dans un rayon de quelques dizaines de kms de Genève. Ce sont elles qui relaient pour les pauses “déjeuners” notamment ou encore pour les pauses “anti-gel” en plein hiver. Pour parer aux imprévus, problèmes de santé, indisponibilité de dernière heure, etc, nous lançons un appel sur une liste que nous nommons “Les irréductibles”.
La vigie s’effectue seul ou en groupe, maximum 3. Les personnes s’engagent soit pour une demi-journée, une journée, plusieurs ou les 5 jours de la semaine. Les vigies sont accueillies à Genève par un réseau “d’hébergeurs” (au nombre de 20). Les frais de nourriture et de transport restent à la charge de la personne-vigie.
L’Assemblée générale des vigies de février 2012 a décidé à l’unanimité la reconduction de la vigie pour une période indéterminée dont la prochaine étape sera l’AG de septembre 2012.
Flamanville : un pylône poursuivi en justice
La commune de Vitré a déposé un recours contre l’installation d’un pylône de la ligne THT de Flamanville. Les ondes électromagnétiques pourraient affecter la qualité des eaux.
La ville de Vitré (Ille-et-Vilaine), dirigée par l’ex-ministre Pierre Méhaignerie (UMP), a déposé lundi 14 mai 2012 un recours en référé pour obtenir l’annulation d’un permis de construire de la ligne à très haute tension (THT) du futur réacteur EPR de Flamanville (Manche), selon une source judiciaire.
Cette procédure, engagée devant le tribunal administratif de Rennes, est un recours en « excès de pouvoir » visant la préfecture d’Ille-et-Vilaine, qui avait délivré le permis. Elle concerne un pylône situé dans un périmètre de captage des eaux qui alimente la ville de Vitré.
Le cabinet de M. Méhaignerie et son avocat ont indiqué ne pas souhaiter à ce stade s’exprimer sur cette démarche.
Un captage d’eau menacé
La semaine passée, le conseil municipal de Vitré et celui de la Communauté de de communes de Vitré avaient approuvé ce recours par vote. Le pylône incriminé, portant le numéro 547, est situé à cheval sur un drain de captage des eaux, dans la forêt du Pertre.
Relayant les craintes d’associations de défense de l’environnement, M. Méhaignerie, cité par le quotidien Ouest-France, a évoqué il y a quelques jours les « risques que cette installation peut faire peser sur la qualité des eaux », en raison des champs électromagnétiques qu’elle induira.
Mi-mars, l’Agence régionale de santé de Bretagne avait émis un avis défavorable concernant ce tracé, avant de se raviser huit jours plus tard.
Raccordement électrique de l’EPR de Flamanville
Destinée au raccordement du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville (Manche), la THT Cotentin-Maine, qui traverse également l’Ille-et-Vilaine, le Calvados et la Mayenne, sur 160 kilomètres, est contestée par les écologistes ainsi que par des riverains et plusieurs collectivités locales traversées.
Quatre communes de la Manche ont déjà introduit des recours devant le tribunal administratif de Caen. Et le Conseil d’Etat doit se prononcer dans six autres procédures, dont une déposée par M. Méhaignerie.
A Remoulins, la circulation rend le collège dangereux
C’est une petite histoire, mais qui engage des vies : le collège a grossi, la circulation a crû, et le bus scolaire n’a plus la place de manoeuvrer
Lettre ouverte de parents en colère soutenus par les enseignants du Collège Voltaire, aux politiques, aux médias et aux citoyens... qui ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas !
Un jour, un enfant mourra devant le collège de Remoulins [Gard]. Ce jour c’est peut être demain, c’est peut être aujourd’hui... Un enfant mourra devant le collège de Remoulins parce que ce collège est en sureffectif et grossit tous les ans un peu plus, et que l’aire de stationnement des bus, trop petite, contraint les chauffeurs à manoeuvrer au milieu des enfants et à proximité d’une route nationale extrêmement passante. Cet enfant sera peut être le mien, peut être le vôtre, l’ami de votre fils, l’enfant de cette femme qui vous sourit tous les matins, un enfant...
Depuis des années, promesses et projets d’agrandissement ou de déplacement sont jugés nécessaires mais n’aboutissent pas.
Parents de ces enfants en danger chaque jour, nous ne voulons plus d’explications quant aux causes du blocage. Nous voulons que, avant fin 2012, une solution soit trouvée entre les principaux protagonistes, mairies et département en premier lieu, pour que nos enfants puissent rentrer chez eux en sécurité.
Si, un jour, un enfant meurt à Remoulins, tous ceux qui auront reçu cette lettre et n’auront rien fait, ne pourront pas dire « je ne savais pas ». Et la faute sera la nôtre, la leur, la vôtre ! Elle sera celle de tous ceux qui n’auront rien fait...
La ruse du capital : ce sont les consommateurs qui font le boulot
Une des mutations les plus subtiles et discrètes du travail est de faire effectuer les tâches économiques par les consommateurs. Un immense travail dissimulé nourrit ainsi des profits invisibles. Repris par la société, ils pourraient combler les déficits des caisses sociales.
Patrick Rozenblatt est sociologue du travail, directeur de l’Institut d’études du travail de Lyon et fondateur de la Chaire Egalité, Inégalités et Discriminations (université de Lyon 2). Militant des mouvements sociaux depuis quarante ans, il a été notamment, dans les années quatre vingt-dix, un des fondateurs du mouvement Agir ensemble contre le chômage (AC !).
Jean-Pierre Anselme - Tu attires notre attention sur le fait que nous vivons sur une représentation du travail salarié qui est largement dépassée. Peux-tu nous en dire plus ?
Patrick Rozenblatt - La représentation qui domine encore est que le travail salarié et l’emploi ne font qu’un. En France, le travail est reconnu et respecté parce qu’il ouvre sur un emploi avec la signature d’un contrat spécifique qui reconnaît l’asymétrie des parties en présence : le salarié étant subordonné à un patron qui détient le pouvoir conféré par le capital.
Un rapport qui a été institutionnalisé et étendu par la loi de mensualisation de 1974. C’est à partir de ce moment, d’ailleurs, que le capital et ses représentants vont organiser la résistance et vont enclencher en France ce que l’on appelle communément aujourd’hui l’externalisation du travail .
Elle s’est concrétisée par l’invention de toutes les formes de contrats sur mesure, de l’intérim au CDD [contrat à durée déterminée] en passant par le temps partiel, le travail en régie, en sous-traitance, jusqu’au statut de l’auto entrepreneur...
Une réalité qui ne serait que la partie la plus visible des transformations du travail salarié ?
Oui, absolument. Cette précarisation amène souvent à penser que ce n’est pas le travail salarié lui-même qui a changé, mais seulement les formes du contrat salarial. Ce qui explique les revendications désormais classiques visant au retour du seul CDI [contrat à durée indéterminée], laissant ainsi entendre qu’une partie importante du chômage pourrait être absorbée par l’obligation faite au capital de ne plus avoir recours à toutes ces formes de contrats précaires.
Lutter contre l’emploi précaire peut et doit certes apporter des améliorations des conditions de travail et de salaire pour ceux qui en sont victimes, mais ce seul angle d’attaque passe, selon moi, à côté de mutations essentielles.
Lesquelles ?
Je veux parler d’autres formes d’externalisation du travail salarié qui relèvent tout autant de la production coopérative de valeurs et de richesses que de formes originales d’exploitation. Cela va des formes les plus simples aux formes les plus complexes.
Les plus simples substituent le travail manuel du consommateur au travail manuel du salarié. Les exemples fourmillent, self service à la pompe à essence, caisses automatiques aux supermarchés, automates des transports en commun, à la poste… Derrière ces situations on peut mesurer les suppression d’emplois qui pour autant ne suppriment pas le travail mais qui, subtilement, l’efface dans sa mesure et dans ses conséquences : plus de salaire à payer, plus de cotisation sociales à verser, minimisation des risques psycho-sociaux, pas de syndicat et pas de grève, etc.
Pour autant, le travail qui se réalise reste totalement subordonné à l’organisation du capital qui en fixe unilatéralement les règles. Pour le vérifier, essayez de prendre de l’essence sans respecter la procédure ou de passer aux caisses automatiques d’un supermarché sans obéir à l’automate !…
Les plus complexes obligent le consommateur à un travail intellectuel en réseau. C’est le cas désormais banal du fonctionnement du système bancaire, des guichets de cartes bleues à la gestion à distance par ordinateur des comptes. C’est le cas encore avec l’information qui est de plus de plus en plus contributive (blogs, photos et vidéos partagées…). Là on ne se contente pas de supprimer des emplois, on évite soigneusement d’en créer grâce à la complicité involontaire du consommateur-travailleur.
Quelles sont les conséquences de cette nouvelle « coopération » entre le capital et le travail ?
Dans tous ces exemples, le capital exploite le travail à son seul profit. On peut dire sans exagérer qu’il emploie au noir une population de plus en plus importante, à l’insu de son plein gré en quelque sorte. La circulation indispensable au capital est assurée. Les risques de blocage du système sont minimisés. Les économies pour le capital sont considérables, ce qui explique sans doute en partie l’explosion des profits dans la « crise ». Les fameuses cotisations sociales très souvent présentées à tord comme des charges patronales se sont évaporées.
Ceci pour dire qu’avant même de vouloir taxer le capital, comme cela a été avancé dans la campagne électorale, si l’on prenait les moyens de mesurer cet immense travail dissimulé on peut faire l’hypothèse qu’une partie considérable des déficits sociaux en tout genre seraient comblés. Et on aurait surtout une représentation plus fidèle des conditions de la production de richesse dans la société.
« Travail au noir », « travail dissimulé »... ce que tu nous décris ressemble au négatif d’une photographie. Elle révélerait quoi d’essentiel si on la développait ?
En quelque sorte aujourd’hui le travail est de plus en plus le fruit d’un « travailleur collectif » qui associe salariés et consommateurs, employés et stagiaires, fonctionnaires et usagers, formes manuelles et intellectuelles, ce qui rompt avec le stéréotype de l’idée selon laquelle on n’est productif que si l’on a un emploi.
Si on va jusqu’au bout de la réflexion, exit la stigmatisation des chômeurs, des « assistés » en tout genre, puisque chacun contribue peu ou prou au travail, à la production de richesses et à la survie du système capitaliste.
Il y a 24 millions de travailleurs salariés en France et pourtant le travail a été soit instrumentalisé soit quasiment absent de la campagne électorale. Dune manière générale, on a l’impression d’être à des années lumières d’une prise en compte politique et syndicale de l’évolution du travail telle que tu la décris.
Oui et ce n’est pas très étonnant : il est aisé de discourir sur la « valeur travail », l’emploi et le chômage, le « produire français », les déficits sociaux et l’austérité, l’âge de la retraite…. avec force déclarations mêlant chiffres et prise de position morale. Le moins que l’on puisse dire est que ces discours ne permettent pas de réfléchir au travail tel qu’il existe dans le monde réel, avec ses rapports d’exploitation et de domination.
Faire tenir une société et la résolution de ses problèmes humains dans une équation, voila qui est rassurant. Tous les candidats ont donc vanté la croissance, certains imputant au coût du travail son absence, d’autres aux coûts de l’immigration, d’autres encore au niveau insuffisant des salaires ou bien aux mauvais choix technologiques...
Aucun candidat n’avait envie d’ouvrir la boite de Pandore sur ce qui devrait et pourrait être partout, parce que nous le vivons pratiquement tous les jours sous des registres très différenciés et contradictoires, le débat crucial : comment concevoir et instituer, avec force imagination, un monde où serait reconnues et mises en valeur toutes les formes coopératives de création, de production de biens et de services, marchands et non-marchands, permettant une valorisation de l’existence de tous les individus, tendant vers plus d’égalité, de citoyenneté et ouvrant vers un dépassement des rapports de servitude ?
Rien ne pourra progresser en ce sens tant que ne sera pas reconnu le travail produit par ce travailleur collectif bien réel mais aucunement représenté dans la société.
Le lourd poids en CO2 des courses quotidiennes
Chiffré à 700 kilos en 2009, le poids moyen des courses par Français pèse le double en équivalent carbone.
Le panier de courses annuel de chaque Français pèse en moyenne 0,7 tonne et son « poids » en tonne équivalent carbone est exactement le double. Avant d’être mis en rayon, tous les produits n’ont pas nécessité les mêmes niveaux d’émission de C02 Les produits non alimentaires comptent pour 11 % du poids des achats courants des Français et 13 % de leurs dépenses. En revanche, ils contribuent à 26 % du contenu carbone du « panier de la ménagère », constate une récente étude du ministère de l’Ecologie, menée auprès de quelque 20.000 ménages et 11.000 lieux de vente.
Les viandes pèsent beaucoup plus lourd dans le porte-monnaie (23 % de la dépense) que dans le filet de commissions (8 %), mais elles présentent un bilan carbone équivalent au non alimentaire. C’est l’inverse pour les fruits et légumes (20 % du poids du panier, 14 % des dépenses et 7 % du contenu carbone) et les produits de crèmerie. « L’écart le plus marquant concerne les eaux, boissons gazeuses et jus dont la part en poids est six fois supérieur à leur coût relatif et à leur contribution en contenu carbone (23 % contre 4 %) », poursuit l’étude.
Un rapport de 1 à 25 par kilo d’achat
Par ailleurs, les contenus carbone différent fortement au sein d’une même catégorie de produits. En moyenne, le rapport varie de 1 à 25 par kilos d’achat. Il est très élevé pour les viandes : plus de 4 kilos équivalent CO2 par kilos contre 2 kilos en moyenne et moins de 1 kilo pour les fruits et légumes ou les eaux minérales.
D’importantes variations sont aussi constatées selon les catégories socio-professionnelles.C’est le panier des ménages ouvriers qui contient proportionnellement le plus de carbone en poids et en valeur avec des taux de respectivement + 8 % et + 20 % par rapport à la moyenne. Les cadres sont dans une situation diamétralement opposée (-10 % et -15 %).
A noter également qu’un retraité émet beaucoup de C02 dans ses achats. Le contenu carbone de son panier est supérieur de près d’un quart à la moyenne. Contrairement à l’agriculteur qui se situe 23 % en-dessous de celle-ci. « Les retraités, qui prennent la plupart de leurs repas à domicile, ont un panier d’achat plus lourds en carbone que les actifs qui prennent fréquemment leurs repas en dehors du foyer », explique l’étude.
Questions sur la croissance
La croissance économique est devenue insoutenable pour notre environnement. Le temps de la décroissance n’est pas seulement celui de l’urgence écologique ; il doit être le moment de réhabiliter le temps pour diminuer le travail, inventer de nouveaux modes de vie. Il conviendra donc de changer de modèle. C’est une révolution des idées et des pratiques qu il faut envisager. Nous devons extraire de nos têtes certaines valeurs auxquelles nous nous référons et quelques normes encombrantes qui déterminent une partie de nos actions depuis longtemps.
La probable catastrophe écologique, la crise sociale insoutenable nourrie par le creusement des inégalités et la montée du chômage doivent nous alerter et nous alarmer. Notre civilisation matérielle et productiviste rencontre aujourd’hui les limites de son développement : ce sont les limites de la planète elle-même, mise au service de notre frénésie consumériste.
Réintroduire de la proximité et de la lenteur dans les processus de production et de consommation, nous désaliéner de nos conditions de travailleurs forcenés sont des enjeux essentiels. Alors ! Était-il trop tôt pour dire aux jeunes générations qu il est déjà trop tard ? Elles devront penser autrement, car l’avenir n’est plus ce qu’il était. Il s’agit d’un ensemble de choix raisonnés et raisonnables propres à réenchanter les hommes et à favoriser l’ébauche d’une société plus accueillante, plus chaleureuse et plus enthousiasmante !
Questions sur la croissance, de Didier Harpagès (éd. Sang de la terre, 192 p., 15 €).
Entrez dans l’Histoire, Monsieur le Président !
Lettre ouverte à François Hollande
Le XXI siècle est bien entamé, et pourtant les références du passé, celles de la révolution industrielle, dominent toujours. Si nous voulons que nos enfants vivent mieux que nous, un changement profond doit être entrepris.
Une logique guide cette transformation : obtenir deux fois plus de bien-être, en consommant deux fois moins de ressources. C’est sous cette forme d’équation positive que doit se lire le célèbre « facteur 4 ». La croissance de demain sera celle du bien-être et de la qualité de la vie.
L’humanité est parvenue à la fin d’un cycle, celui d’un « toujours plus » fondé sur la poursuite effrénée des prélèvements dans l’environnement. Nous savons que cette voie de développement mène à l’impasse. Il faut en trouver une nouvelle, au lieu de tenter, par tous les moyens, de faire perdurer l’ancienne. « Les problèmes importants qui sont devant nous ne peuvent être résolus par le genre de pensée qui les a créés », nous a appris Albert Einstein. Une autre croissance est possible, fondée sur la capacité humaine à valoriser les merveilles que nous offre encore la planète. Créativité, sensibilité, ingéniosité, innovation, écoute, échanges, solidarité, respect du vivant, doivent être les fils conducteurs dans le choix des techniques et dans les modes d’organisations sociales.
Nos sociétés vont vivre une mutation profonde. Il convient de mener à bien la transition entre un monde qui approche les limites de sa capacité de production, et un monde ayant trouvé un nouvel équilibre. Il reposera sur deux principes : efficacité et solidarité.
Efficacité, à savoir tirer tout le profit possible, en termes de service rendu, de la moindre unité de ressource produite par la planète, pour faire baisser la pression sur l’environnement, renforcer la productivité des milieux, réduire nos rejets dans l’air, les eaux et les sols.
Solidarité pour assurer à chaque être humain un accès équitable à ces ressources, et permettre à chacun d’apporter sa contribution au développement de l’humanité.
Dans ces deux domaines, la vieille Europe a une longueur d’avance. Pauvre en matières premières, elle a cherché depuis longtemps à les économiser. Elle a développé une culture de l’efficacité et de la performance dans l’utilisation et la protection des ressources. Elle continue à en chercher ailleurs dans des conditions parfois douteuses, comme le pétrole et l’uranium, et aussi les poissons pour notre alimentation (bien que la France soit la deuxième puissance maritime au monde, nous importons plus de la moitié des poissons que nous mangeons, et cette proportion va toujours croissant), mais elle a aussi développé une culture de l’efficacité et du recyclage. Elle peut évidemment mieux faire car elle dispose d’un authentique ferment culturel et de nombreux savoir-faire.
Pour la solidarité, les différents pays d’Europe ont développé, chacun à leur manière, des organisations sociales, familiales et de santé très performantes, même si elles sont souvent attaquées. Ajoutons les nombreuses ONG et autres agences de solidarité Nord Sud.
Ce sont là nos atouts pour changer d’époque, et entrer dans le monde de demain. Le futur « pacte de croissance », et le message que vous délivrerez, au nom de la France, au sommet Rio+20, doivent traduire ce changement de cap historique, au sens plein du terme.
Il faut faire un pari sur l’Homme et sa capacité de « métamorphose ». Monsieur le Président, Le changement durable, c’est maintenant ! A l’aube de votre quinquennat il vous revient de négocier un virage exemplaire. C’est là que vous avez rendez-vous avec l’Histoire.
Il neige à Sarajevo
28°C dimanche, la neige lundi : le temps n’en finit pas de nous surprendre...
Alors qu’il faisait encore plus de 28°C dimanche 13 mai dans les Balkans, la capitale bosnienne Sarajevo et ses alentours ont été touchés [lundi 14 mai] par un épisode neigeux pour la première fois [à cette époque de l’année] depuis cinquante ans.
La neige lourde et humide qui s’est abattue durant plusieurs heures a causé de nombreuses avaries sur le réseau électrique et fait des dégâts sur les cultures agricoles et la végétation. 50 villages de la région sont sans électricité. La couche de neige à Sarajevo était de 9 cm lundi à 7H00.
En cause, un système dépressionnaire venu d’Italie qui s’est ensuite décalé vers les Balkans, accentuant encore la chaleur à l’avant, par flux de sud. La maximale observée a atteint 29,2°C ce week-end, soit 7°C au-dessus des moyennes de saison, situées à 22°C dans la région. Au passage de la dépression, de violents orages se sont produits dimanche soir dans la région, accompagnés de 40 mm de pluie et de bourrasques de vent. Ensuite, les précipitations ont pris un caractère plus régulier, et surtout le vent du nord s’est levé. La température a très rapidement chuté au fil des heures, la baisse étant encore renforcée par l’isothermie.
Il ne faisait que 4°C au lever du jour, puis la neige a peu à peu pris le relais de la pluie pour tomber de manière très soutenue tout au long de la matinée. En mi-journée, une couche au sol de 10 cm était présente dans les rues de Sarajevo, ce qui est plus qu’exceptionnel dans cette région une mi-mai.
La dernière chute de neige en mai remonte à 1962. On avait alors enregistré une couche de 2 cm. Encore avant, c’était en 1953, lorsqu’on avait enregistré également 9 cm. Il a également neigé à Sarajevo en mai 2005, mais la neige ne s’était pas maintenue.
Festival de Cannes, festival de la pollution
Filmés à une centaine de mètres au large de la Croisette, quatre clips vidéos avec pour thème Les dessous de Cannes sont diffusés par le collectif de l’Expédition Méditerranée en Danger (MED), en marge du festival, pour alerter sur les déchets en mer.
« Les projecteurs étant tournés vers le festival, il nous a semblé opportun de faire découvrir, pour information, un exemple sur l’origine des déchets qui se déversent régulièrement par tonnes en mer et qui préfigure la catastrophe environnementale qui se déroule actuellement en Méditerranée », explique Bruno Dumontet, le responsable du projet.
L’an dernier pendant la quinzaine du festival, le triplement de la population de Cannes a généré 1.200 tonnes de déchets supplémentaires, selon la mairie.
Chaque clip d’environ deux minutes a été filmé sous l’eau à proximité des grands hôtels où se déroulera à partir de mercredi la 65e édition du prestigieux évènement cinématographique.
Dans Cannes sous les marches du Festival, on plonge dans une farandole de bouteilles et récipients en plastique ondulant sur les fonds marins sur une musique empruntée au thriller Les dents de la mer.
Sur l’air, de Serge Gainsbourg, de Dieu est un fumeur de Havanes, Cannes à bout de souffle invite à découvrir les milliers de mégots et paquets de cigarettes jetés qui finissent entre les algues. Cannes, décors naturels met en scène les milliers de canettes de boissons abandonnées qui finissent sur le sable au large des plages.
Enfin, Dégâts salés alerte sur le sort du million d’oiseaux de mer et des 100.000 mammifères marins qui meurent chaque année des milliards de déchets présents dans les océans.
Ces quatre clips sont diffusés sur You Tube et le site www.expeditionmed.eu de ce collectif d’écologistes, scientifiques, artistes et enseignants qui luttent contre les déchets en mer et pour la protection de la biodiversité marine en Méditerranée.
Selon leurs estimations, basées sur des données recueillies lors des deux campagnes scientifiques en 2010 et 2011, il y aurait près de 290 milliards de microplastiques flottants sur 10 à 15 cm d’eau en dérive en Méditerranée.
Les ONG satisfaites que Nicole Bricq soit ministre de l’écologie
La socialiste Nicole Bricq, nommée ministre de l’Ecologie et de l’Energie, a une culture écolo et représente un gage de sérieux pour la gestion des questions environnementales, ont estimé mercredi les principales ONG environnementales.
France Nature Environnement (FNE), fédération regroupant 3.000 associations environnementales, salue le retour de l’énergie dans le périmètre du ministère de l’Ecologie, estimant qu’il n’était pas possible d’envisager une transition écologique sans une transition énergétique solide.
FNE regrette toutefois que ce périmètre n’inclue pas le logement et souligne qu’une solide articulation va être nécessaire avec la ministre en charge de cette question, Cécile Duflot (EELV). Il faut aussi, pour FNE, un premier ministre fort capable de coordonner les actions des différents ministères concernés par l’environement (industrie, mer, économie solidaire, développement).
Mme Bricq, qui occupait l’influent poste de rapporteur général de la commission des finances du Sénat, a une culture « écolo » et une culture du dialogue, estime auprès de l’AFP Benoît Hartmann, porte-parole de FNE.
Greenpeace, qui a beaucoup mis en avant la question du nucléaire pendant la campagne présidentielle, voit aussi un bon signal dans le retour de l’énergie dans le giron de l’écologie mais jugera sur pièces.
Ce qui nous intéresse particulièrement dans le profil de Nicole Bricq, c’est son profil de spécialiste des questions financières, souligne le directeur général de l’ONG Jean-François Julliard.
Elle va pouvoir faire le lien entre le monde économique et le monde écologique, un lien qui n’est pas souvent fait, ajoute-t-il.
Dans un communiqué, WWF souligne également que la nomination de Nicole Bricq représente un gage de sérieux et de crédibilité pour mieux intégrer l’environnement au coeur du budget et des politiques publiques.
Il tient maintenant au Premier ministre de garantir que l’écologie n’est pas un strapontin, notamment face à Bercy et au ministère du redressement productif, nuance toutefois Benoît Faraco, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.
Des magistrats européens inquiets de la progression du crime environnemental
Lors d’une rencontre à Venise, des magistrats italiens et français ont comparé les systèmes des deux pays de lutte contre les délits environnementaux, tels ceux de l’amiante ou de l’uranium appauvri. Devant la progression de ces délits, de plus en plus liés à des organisations criminelles, ils plaident pour une coordination pénale européenne.
DÉCLARATION DE VENISE
Un colloque sur l’amiante intitulé "Exposition à l’amiante, nouvelles frontières pénales et nouveaux horizons thérapeutiques", a été organisé le 3 avril 2012, par l’Académie Internationale des Sciences de 1’Environnement (IAES) de Venise, et a donné lieu notamment à un exposé totalement différent des conditions dans lesquelles la justice est rendue en Italie ou en France dans cette même affaire de santé publique : l’exposition à l’amiante des salariés italiens des usines Eternit-Italie et celle des salariés français dans les mêmes usines Eternit- France.
Le procureur de Turin Mr Guariniello qui a instruit l’affaire d’amiante concernant plusieurs usines Eternit Italie, a obtenu la sentence de 16 ans de réclusion de deux dirigeants de cette société , qui avaient exposé sciemment ses salariés au danger des fibres d’amiante. Celui-ci a expliqué les conditions dans lesquelles il a pu mener à bien l’instruction de ce dossier pendant plusieurs années jusqu’à ce jugement récent, soit :
- l’indépendance totale des procureurs italiens du politique qui lui permet de se saisir de sa propre initiative et instruire un tel dossier qui de plus met en cause des industriels au plus haut niveau (les juges d’instruction ont été supprimés dans ce pays en 1989) ;
- les moyens importants qu’il a pu mettre lui-même à sa disposition pour instruire cette affaire : création d’une équipe de magistrats dédiée à cette procédure sous la direction de ce procureur, d’une équipe de policiers spécialisés en santé et environnement sous sa direction exclusive et d’une équipe d’experts médecins et scientifiques indépendants qui ont créé avec le procureur un observatoire des pathologies professionnelles ;
- l’adaptation de la jurisprudence de la Cour de Cassation italienne concernant ces infractions qu’on appelle en France non intentionnelles (homicides et blessures involontaires ) en infractions délibérées , qui sont différentes selon l’identification des niveaux croissants d’intensité d’intention frauduleuse : soit le dol éventuel , le dol direct ou le dol intentionnel , passible alors pour ce dernier de peines de réclusion criminelle. Cette adaptation jurisprudentielle a été transposée dans la loi.
Celui-ci a expliqué les relations intéressantes et efficaces notamment par commissions rogatoires internationales avec la juge française présente au colloque qui lui avait transmis par cette voie copie de son propre dossier Eternit.
Il a évoqué également la collaboration excellente avec le Procureur de Marseille dans l’affaire des prothèses mammaires françaises P.I.P, qui ont été posées également à des femmes italiennes.
Mr Guariniello a regretté l’absence de création en Italie d’un pôle de santé publique comme en France et espéré la création d’un parquet national italien puis européen d’environnement et santé. En effet a-t-il dit « Aujourd’hui, le crime voyage à la vitesse de la lumière, alors que la justice voyage encore en diligence ».
Le juge d’instruction Marie-Odile Bertella - Geffroy, coordonnatrice du pôle de santé publique de Paris, chargée d’instruire les dossiers d’amiante en France, a décrit comme en miroir à l’intervention du procureur de Turin les éléments suivants :
- l’indifférence voire l’opposition du parquet français qui contrairement au parquet italien est dépendant directement du ministère de la justice , à l’instruction de tels dossiers de santé publique et environnement , qui sont pour le Ministère Public français trop complexes et spécialisés, avec de trop nombreuses victimes et qui nécessitent trop de moyens et trop de délai d’instruction ;
- l’isolement du juge et son manque total de moyens propres malgré la création d’un pôle de santé quasi national , et sa dépendance vis à vis du nombre des enquêteurs de police judiciaire affectés à un dossier , policiers ou gendarmes , qui malgré leur nom de police judiciaire, restent même pour de telles enquêtes sous la direction du Ministère de l’Intérieur . C’est celui-ci en effet qui décide de l’ampleur des moyens à donner pour les commissions rogatoires à exécuter pour telle ou telle affaire de tel juge d’instruction . Or, la santé publique et l’environnement ne se trouvent pas être une priorité pour ce ministère ni pour quelques chefs d’offices nationaux, offices pourtant créés alors pour effectuer les enquêtes concernant précisément les affaires de santé et d’environnement ;
- l’inadaptation des seules qualifications juridiques d’homicides et blessures involontaires applicables dans ce type de dossier comme celui de l’amiante. Une récente loi dite loi Fauchon , a rendu ces infractions encore plus difficilement applicables aux catastrophes sanitaires et a eu pour effet les contestations presque systématiques de son application par les avocats de la défense ; il y a lieu également de regretter la non prise en compte en France du caractère collectif de ces catastrophes, appréhendées sur le plan juridique comme une succession d’accidents individuels .
Cette juge d’instruction a évoqué d’autres dossiers de santé publique qui sont communs notamment avec l’Italie , tel le dossier pénal de l’affaire du syndrome des Balkans lié au danger de l’uranium appauvri, subi aussi bien par les militaires français que par les militaires italiens qui étaient sur place, ou les militaires belges ou portugais ou américains.
Elle échangerait volontiers le pôle santé de Paris, qui n’est dans les faits qu’une vitrine, contre les conditions d’indépendance et de moyens juridiques et matériels des procureurs italiens. Mais il y a mieux qu’échanger : mettre en commun nos points forts dans des institutions européennes , Parquet- Instruction , et juridictions de jugement.
En effet « les catastrophes sanitaires et environnementales n’ont pas de frontière et la justice se doit d’être impartiale et égale pour tous », a-t-elle conclu.
« La différence entre l’Italie et la France, c’est l’indépendance des procureurs » a indiqué le procureur Guariniello
Les avocats italiens et français ont pu exprimer leur action commune que ce soit à l’occasion du procès italien Eternit de Turin au cours duquel l’un des avocats de victimes d’amiante françaises a pu plaider , ou par la création d’un inter forum regroupant les avocats et acteurs des procès de santé publique et environnement dans différents pays d’Europe et du monde . Il est rappelé à ce propos que la société Eternit s’est implantée au Maghreb et en Amérique du Sud et que les contaminations continuent encore actuellement. Elles continuent également dans nos pays européens notamment lors d’opérations de désamiantage effectuées en dehors des règlementations.
Plusieurs intervenants médecins et scientifiques italiens ont plaidé pour une mise en commun en Europe des résultats épidémiologiques nationaux concernant les pathologies de l’amiante et pour la nécessité d’une pratique médicale et d’une recherche communes européennes , notamment sur la détection plus précoce des pathologies professionnelles liées à l’amiante et principalement du mésothéliome, cancer incurable spécifique à l’amiante , qui s’il est diagnostiqué tôt, peut aujourd’hui prolonger de façon importante la survie des personnes atteintes de cette maladie de l’amiante. L’importance de la création d’un observatoire des pathologies professionnelles révèle une vraie synergie entre la justice et la médecine en Italie.
Ces projets ont eu l’assentiment du Ministre de la Santé italien, le Professeur Renato Balduzzi, invité à ce colloque, qui est intervenu en exprimant sa profonde conviction de cette nécessité de communauté européenne des scientifiques et médecins notamment sur certaines pathologies pour lesquelles il n’y a actuellement pas de guérison possible.
Projet de création d’un Tribunal international de la santé
Le Professeur Abrami , magistrat honoraire de la Cour de Cassation, Président de l’IAES de Venise "Jean Monnet Chair", Professeur émérite de l’Université de Nova Gorica, auteur de nombreux ouvrages sur l’environnement , notamment le livre Histoire, Science et droit communautaire de l’environnement, considéré en Italie comme la Bible de l’environnement, a été l’organisateur du colloque, et porte depuis plusieurs années avec l’ IAES qu’il dirige, les projets de création d’un Tribunal Pénal Européen de l’ Environnement et de la Santé, qui sera suivie, après les créations qui sont en cours d’autres tribunaux regroupant plusieurs pays, comme celui de l’Amérique du Sud, d’une Cour Pénale Internationale de l’Environnement et de la Santé, pour une prévention des catastrophes environnementales et sanitaires et pour une justice égale pour tous quelque soit la nationalité des prévenus ou celle des victimes , lorsque ces drames auraient pu être évités , entrainant des responsabilités et des sanctions.
Ce Professeur est intervenu au colloque pour indiquer que le rapprochement des conditions de travail et d’efficacité des magistrats en Europe est on ne peut plus nécessaire et urgent en prenant cet exemple qui vient d’être cité d’ une même affaire de santé publique avec le même nombre de victimes et les mêmes prévenus , les uns belge et suisse , les autres français de la même société Eternit , traités différemment selon qu’ils soient d’un coté ou de l’autre des Alpes dans ces deux justices si différentes, italienne et française. Il soutient également depuis longtemps la mise en commun européenne de l’épidémiologie et de la recherche dans le domaine de ces pathologies mortelles.
Ce projet de tribunal européen est suivi depuis plusieurs années, avec une grande attention par l’Union Européenne, notamment par la Commission Environnement. Cette Commission Européenne a récemment déclaré que « la création soit d’une Chambre spécialisée au sein de la Cour de Justice Européenne soit d’un tribunal spécialisé attaché au Tribunal de l’Union Européenne, avec une compétence juridictionnelle sur les affaires environnementales et de santé , pourrait être réalisée à moyen terme » ;
En effet, a poursuivi le Professeur Abrami, « les délits environnementaux et de santé publique apparaissent de plus en plus liés aux organisations criminelles agissant souvent au niveau européen et international, et que pour ces raisons il apparait de plus en plus urgent que soit créé un organe de contrôle qui soit en mesure d’agir surtout dans un but de prévention, avec des exigences de coordination au niveau judiciaire national et européen ; de même qu’ un organe d’enquête et un organe de jugement appliquant le principe de subsidiarité , soit un Tribunal Pénal Européen de l’ Environnement et de la Santé ».
Les membres de l’assemblée se sont accordés pour dire qu’un premier acte important pourrait être la création en Italie du Parquet National de l’Environnement et de la Santé, à l’image du parquet anti-mafia italien , création qui pourrait être décidée également dans les autres pays de l’Union Européenne , et qu’il apparait nécessaire de promouvoir la création d’un Parquet Européen de l’ Environnement et de la Santé.
L’assemblée a ainsi demandé
- la création du Parquet National italien de l’ Environnement et de la Santé, premier acte vers la la création du Parquet Général Européen de l’Environnement et de la Santé ;
- la création d’un Comité pour l’étude et l’élaboration de toutes les actions nécessaires pour soutenir les projets des juridictions européennes et internationales de l’environnement et de la santé , en tenant compte de l’importance de la collaboration de l’IAES avec les instances européennes et internationales , et de son acquis d’expérience et de connaissances dans ces domaines ;
- la promotion d’études interdisciplinaires, européennes et internationales sur les pathologies professionnelles et environnementales ;
Venise, le 3 avril 2012
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Auteurs de la présente déclaration :
Prof. Antonino Abrami, Président de l’Assemblée, Dr. Raffaele Guariniello, Procuratore della Repubblica di Torino, Mme Marie-Odile Bertella-Geffroy, Vice Présidente du Tribunal de Grande Instance de Paris, chargée de l’instruction au pôle de santé publique.
Mme Bricq, inconnue au bataillon écolo
Ex-fan de l’industrialiste Chevènement puis du capitaliste Strauss-Kahn, Nicole Bricq est la ministre de l’Ecologie de François Hollande
Ce qui suit n’est pas une action publicitaire, mais une explication. Je dois rendre à Charlie-Hebdo - à paraître, donc - un papier sur les écolos, le gouvernement, et la nouvelle ministresse de l’Écologie, madame Nicole Bricq. Je ne peux par conséquent m’étendre ici, j’espère qu’on me comprendra. Je tiens tout de même à préciser qu’à mes yeux, les vieux renards socialos ont tendu un piège à plusieurs détentes, dont j’aurai l’occasion de reparler, c’est l’évidence.
Concernant madame Bricq, aussi écologiste que ma voisine de palier - que vous ne connaissez pas, hélas pour vous -, deux ou trois mots. Elle a fait toute sa carrière au parti socialiste depuis qu’elle y est entrée en 1972. Elle avait alors 25 ans, et elle était chevènementiste. Je ne peux raconter, faute de temps, ce que le Ceres (Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste) - le courant d’alors de Chevènement - aura apporté à la France et au monde. On peut s’en faire une idée à distance. Ce fut grand.
Madame Bricq a dirigé la fédération socialiste de Paris pour le compte de Chevènement entre 1981 et 1983. Elle n’a quitté le grand homme, après avoir été sa conseillère quand il était ministre de la Défense, qu’à l’extrême fin de 1990. Au moment où Chevènement démissionnait de son poste pour cause de guerre du Golfe.
Évidemment, il me faut rappeler que Chevènement a toujours été l’ennemi - je dis bien : l’ennemi - de l’écologie. Partisan de l’industrie lourde et du nucléaire, patriotard comme on n’en fait plus, chantre du progrès et de la technoscience, il n’a pas toujours fait rire.
Madame Bricq a ensuite fait partie du courant Démocratie et Socialisme, celui de DSK, lui aussi grand partisan - et d’ailleurs lobbyiste appointé par EDF - du nucléaire. Je n’insiste pas sur le reste. Madame Bricq a quitté le courant DSK quand ce dernier est parti diriger le FMI en 2007. Y serait-elle encore si DSK était resté à Paris ? On ne le saura pas. Ensuite, elle rejoint Hollande. En 2009.
A-t-elle eu un mot pour la nature, la biodiversité, le massacre des forêts tropicales et des mers ? A-t-elle seulement évoqué la tragédie biblique du dérèglement climatique ? À ma connaissance, non. Tout indique donc que le ministère de l’Écologie et de l’Énergie est en de bonnes mains. D’ailleurs, les écologistes officiels, de France Nature Environnement (FNE) au WWF, sont ravis. Un signe qui ne trompe pas.
Les hirondelles sont moins nombreuses
Les hirondelles paraissent de moins en moins nombreuses. Pour mieux connaitre leur situation, une enquête de « science participative » est lancée. Pas besoin d’être un expert pour y participer.
Le printemps revient et les hirondelles avec lui. De retour des pays d’Afrique subsaharienne, les hirondelles ont parcouru plus de 6 000km pour revenir nicher dans notre pays. Mais depuis quelques années, elles sont de moins en moins nombreuses à revenir. C’est pourquoi le 15 mai 2012 et pour 2 ans, la LPO [Ligue de protection des oiseaux], aidée des associations locales de protection de la nature, lance une grande enquête de science participative sur les hirondelles de fenêtre de notre pays.
Nos ambassadrices du printemps reviennent, combien seront elles cette année ?
Les chiffres obtenus lors de précédents programmes de suivi montrent par exemple qu’il y a une diminution de -41% des effectifs d’hirondelles de fenêtre depuis 1989 (source MNHN [Museum national d’histoire naturelle] 2010). La modification des pratiques culturales, le dérangement, les destructions volontaires ou non des nids, tous ces facteurs jouent un rôle dans ce déclin. Il semble donc nécessaire de mieux connaître ces espèces pour mieux les protéger et les prendre en compte dans les aménagements urbains.
L’enquête
L’enquête nationale hirondelles est un projet coordonné par la LPO et relayé au niveau local par une cinquantaine d’associations de protection de la nature. Lancé pour 2 années, il se compose de 3 parties visant chacune des publics bien distincts : le grand public pour une meilleure connaissance des hirondelles de fenêtre, un public plus averti pour participer au recensement exhaustif des nids occupés d’hirondelles de fenêtre et rustique sur 5 communes par an et par département et pour finir, les ornithologues professionnels pour celui des hirondelles de rivage.
La LPO et les associations locales ont besoin d’aide
La première partie de l’enquête repose exclusivement sur la participation du grand public : famille, école… tout le monde peut participer, pas besoin d’être un expert. La LPO et les associations font donc appel à tous !
Les hirondelles de fenêtre sont faciles à localiser et à identifier. Elles construisent généralement leur nid, un hémisphère de boue et de salive sous les avant-toits de nos habitations au sein même des villes et des villages. Quant à l’hirondelle de fenêtre elle-même, on la reconnait facilement à son dessous blanc et son dos et ses ailes noir-bleuté, contrastant fortement avec son croupion blanc. Plus de précisions sur Enquête hirondelles.
Participer, c’est facile !
Un carnet, un crayon, une balade au détour d’une ville ou d’un village. Il suffit de lever les yeux et d’observer. Chacun peut ainsi trouver un nid d’hirondelle de fenêtre. Ensuite, il suffit de prendre le temps de regarder s’il est occupé et de noter quelques informations comme la date et le lieu. Enfin, le site dédié à l’enquête permet de saisir ses données afin qu’elles soient étudiées à la fin de l’enquête en 2014. Une enquête de science participative qui aidera ainsi les scientifiques à mieux connaître la répartition des hirondelles de notre pays et ainsi à mieux les protéger !
Grèce : un audit de la dette est indispensable
Sofia Sakorafa est députée du parti grec Syriza, le parti de gauche en tête aux dernières élections. Elle explique la situation de la Grèce. La solution passe par un audit international de la dette.
Sofia Sakorafa, députée de Syriza et parlementaire qui a obtenu le plus de suffrages (parmi tous les élus tous partis confondus), déclare : « On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie ». Entretien.
Interview réalisée par Gemma Saura et publiée le 17 mai dans le quotidien espagnol La Vanguardia, traduction de Cécile Lamarque.
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Un poster de Hugo Chávez décore le bureau de Sofia Sakorafa, dans le quartier de Exarchia, aux façades couvertes de graffitis anarchistes. Ex-députée du Pasok, elle fait partie de la coalition de gauche radicale Syriza et est la parlementaire qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages le 6 mai. Ancienne lanceuse de javelot médaillée olympique, elle fut la première membre du Pasok à se rebeller et fut expulsée suite à son vote contre le premier plan d’ajustement. « Je ne pouvais pas rester au sein d’un parti qui a viré à droite et a appliqué une politique néolibérale qui rompt avec sa tradition et son programme ».
Syriza est une coalition de groupes divers, dont certains défendent la sortie de l’euro. Ne devraient-ils pas être unis sur un thème si crucial ?
Sofia Sakorafa - C’est très sain qu’il y ait des opinions différentes au sein d’un parti. L’antithèse, c’est le Parti communiste, qui maintient une ligne dogmatique que personne ne peut discuter. Au sein de Syriza, beaucoup d’opinions coexistent. Nous discutons et quand nous décidons d’une position, tous la respectent.
Jusqu’à quel point l’euro est-il une priorité pour Syriza ?
Nous voulons rester dans la zone euro et, en son sein, changer les relations de pouvoir et les politiques néolibérales dures décidées par un cercle réduit de personnalités politiques. Nous n’allons pas tolérer que la croissance de l’Allemagne et de la France se fasse aux dépens de la survie de la Grèce ou d’autres peuples, comme l’Espagne. Demeurer dans la zone euro ne peut signifier sacrifier un peuple, le laisser mourir de faim. La question qui se pose maintenant n’est pas celle de l’euro. Nous luttons pour notre survie. Et si rester dans la zone euro signifie la destruction de la Grèce, nous devrons en sortir.
Selon un sondage, 78% des grecs estiment que le Gouvernement doit tout faire pour rester dans la zone euro.
Je ne comprends pas comment on peut rester dans la zone euro si le prix à payer est un salaire de 200 euros par mois. Mais Syriza ne va pas décider pour le peuple. Si la situation devient à ce point difficile et que nous pensons que le mieux pour la Grèce est d’en sortir, nous demanderons à la population qu’elle se prononce par les urnes. Mais nous ne dirons pas quelque chose, pour ensuite, au sein du gouvernement, en faire une autre.
Syriza dit que l’UE [Union européenne] ne peut pas se permettre d’expulser la Grèce de la zone euro, mais de plus en plus de gens en Europe pensent que c’est la seule solution.
On nous a dit que si nous n’acceptions pas la recette de la Troïka, nous mourrions de faim ; que si nous sortions de la zone euro, nous n’aurions pas de futur. Des gens, pas même en poste au sein de l’UE, nous menacent, comme Schäuble, le ministre allemand des Finances. A chaque menace s’ensuit un désastre. Quelqu’un doit dire à la population qu’il n’existe pas de mécanisme pour expulser un membre de l’UE. Comme ils ne peuvent pas nous expulser, ils cherchent à nous faire partir.
Pourquoi vous refusez-vous à renégocier l’accord avec la Troïka, comme le suggèrent maintenant le Pasok et Nouvelle Démocratie ?
L’accord ne peut pas être amélioré. Qu’entend-on améliorer quand la destruction est maintenant quasi-totale ? Il n’y a pas d’argent pour payer les pensions, le droit du travail, obtenu au cours des siècles par les peuples d’Europe, a été détricoté... L’accord contrevient aux principes fondamentaux de l’UE, relatifs à la protection des droits, à la couverture sociale, à la protection des mineurs...
Vous cherchez à tirer un trait sur les accords signés ?
Nous ne disons pas qu’avant tout était mieux. Nous voulons des réformes, nous voulons que le pays soit plus compétitif, l’État plus fonctionnel, qu’il y ait de la méritocratie. Le mémorandum a détruit l’État. Maintenant rien ne fonctionne. C’est le chaos dans les hôpitaux, il n’y a pas de fonctionnaires pour recouvrer les impôts. Nous voulons du temps afin de nous organiser et de nous en sortir.
Vous voulez également mettre un terme au paiement de la dette ?
Nous demandons un audit international de la dette. On a dit au peuple grec qu’il a une dette, qu’il paie, mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie. Il doit aussi y avoir une investigation politique : l’argent a-t-il été affecté tel qu’il était convenu ? Nous savons, par exemple, que l’entreprise allemande Siemens a conclu des contrats avec la Grèce en versant des commissions et autres pots de vin au personnel politique. Tout doit être audité car ce sont les Grecs qui paient, ce peuple qu’on accuse d’être fainéant, corrompu, de passer ses journées à danser alors que les statistiques montrent que nous sommes le deuxième pays d’Europe en termes de nombre d’heures travaillées.
Ne manquez-vous pas d’autocritique ? Pourquoi avez-vous toléré pendant tant d’années la corruption ?
Je ne comprends pas que l’on punisse les Grecs pour la corruption de leurs politiques et de quelques fonctionnaires tandis que l’Europe n’a pas puni le peuple allemand après une guerre qui a fait des millions de morts et a détruit le continent. L’Europe a bien fait, car ce n’était pas la faute du peuple allemand mais bien de sa classe politique. A moins que la Grèce ne soit le seul pays où existe la corruption...
Quelles autres conditions Syriza oppose-t-il à la Troïka, en plus de l’audit de la dette ?
Il y a cinq points. D’abord, l’abolition du mémorandum, de toutes les mesures d’austérité et réformes du travail qui sont en train de détruire le pays. Ensuite, la nationalisation des banques : à partir du moment où une banque reçoit des aides publiques, l’État doit pouvoir disposer d’une voix au sein de son Conseil d’Administration, au moins jusqu’à ce que celle-ci ait remboursé son dû. Troisièmement, la modification de la loi électorale. Quatrièmement, l’abolition de l’immunité des ministres. Enfin, l’audit de la dette.
Et si la Troïka refuse, vous avez un plan B ?
Nous lui répondrons par une blague. Une femme remarque que son mari passe des nuits sans pouvoir dormir. Il lui confie qu’il doit de l’argent au voisin et qu’il est très angoissé. Elle ouvre la fenêtre et crie « Voisin ! Mon mari dit qu’il te doit de l’argent. Nous ne pouvons pas te le rendre ». Elle referme la fenêtre et dit : « Maintenant c’est le voisin qui ne peut pas dormir ».
Nous ne parviendrons à ce résultat que via l’audit de la dette. Nous devons démontrer qu’une grande partie de la dette a été contractée de manière illégale. L’Allemagne elle-même reconnaît que son économie tire profit de la situation grecque. Nous achetons à 100% de leur prix les bons de l’État grec que la Banque centrale européenne (BCE) a acquis à 50%. La BCE n’a pas été créée pour gagner de l’argent sur le dos d’un pays détruit. Nous voulons que la spéculation sur le peuple grec cesse.
Au Québec, le gouvernement adopte une loi très répressive contre les étudiants
Depuis février, le Québec est agité par un important mouvement étudiant, qui s’insurge contre le relèvement des droits d’inscription à l’université. La réponse du gouvernement libéral : une loi attentatoire à la liberté de manifester. Elle a été adoptée par le parlement québecois le 18 mai.
Présenté en chambre par le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, le projet de loi 78 « permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent » propose de modifier le calendrier scolaire et prévoit des amendes salées pour ceux qui entraveront l’accès des étudiants et des enseignants aux collègues et universités.
Il balise également de façon stricte le droit de manifester. Si la loi est adoptée, elle obligera les organisateurs de toutes manifestations d’au moins 10 personnes tenues dans un endroit public à communiquer aux policiers les détails de l’événement au moins huit heures à l’avance (date, heure, durée, itinéraire et moyens de transport utilisés).
Afin de « maintenir la paix, l’ordre et la sécurité publique », le corps de police du secteur où se tiendra une manifestation pourra ordonner des changements de lieu ou d’itinéraire.
« Nul ne peut [...] entraver le droit d’un étudiant de recevoir l’enseignement dispensé par l’établissement d’enseignement qu’il fréquente [...]. » — Extrait du projet de loi 78
Par ailleurs, les rassemblements à l’intérieur des édifices collégiaux et universitaires, sur leur terrain et dans un périmètre de 50 mètres autour de ces institutions seront dorénavant interdits.
Les dispositions du projet prendront fin le 1er juillet 2013.
La séance extraordinaire consacrée au projet s’est amorcée vers 20 h. Le projet de loi devrait être adopté à l’issue d’un débat marathon vendredi soir ou, au plus tôt, en fin d’après-midi.
Des amendes salées
Comme le laissaient présager les rumeurs, des étudiants qui empêcheront d’autres étudiants d’entrer dans un établissement d’enseignement s’exposeront à des amendes, mais ils ne sont pas les seuls.
Un professeur qui ne se présenterait pas au travail serait lui aussi passible d’une amende, tout comme un établissement ou ses dirigeants qui ne prendraient pas « les moyens appropriés pour que soient dispensés [...] les services d’enseignement ».
Les personnes contrevenant aux dispositions relatives aux manifestations encourent également des amendes.
Enfin, quiconque aide une autre personne à commettre une infraction, par un conseil, un encouragement ou même une omission, est aussi passible d’une amende.
Des amendes variant entre 1000 $ et 250 000 $
- Un citoyen s’expose à une amende de 1000 $ à 5000 $.
- Un dirigeant, un employé ou un représentant, incluant un porte-parole, d’une association d’étudiants, d’une fédération d’associations ou d’une association de salariés ; un dirigeant ou un représentant d’un établissement ; une personne physique qui organise une manifestation s’expose à une amende variant entre 7000 $ et 35 000 $.
- Une association d’étudiants, une fédération d’associations, une association de salariés ou d’un établissement ; une personne morale, un organisme ou un groupement qui organise une manifestation s’expose à une amende variant entre 25 000 $ et 125 000 $.
- Les montants prévus seront doublés en cas de récidive.
Si une association étudiante entrave la tenue des cours, le ministère de l’Éducation ordonnera par ailleurs à l’établissement scolaire de ne pas verser les cotisations étudiantes aux regroupements d’étudiants. Pour chaque jour de cours manqué, l’association perdra les cotisations pendant une session.
Dix jours sans télé en Alsace
Les 650 enfants des écoles Saint Georges, Vieille Ile et maternelle Bildstoeckel à Haguenau et les 250 enfants de l’école Karine à Strasbourg se préparent, depuis plusieurs semaines, à relever un véritable défi : essayer de passer 10 jours, du 29 mai au 7 juin, sans regarder la télévision, sans utiliser d’ordinateur et sans jouer avec leurs consoles de jeux vidéo... un sacré défi !
Les enfants sont accompagnés dans cette aventure par leurs enseignants, leurs parents et les structures et associations des quartiers concernés.
ECO-Conseil, initiateur en 2008 du premier « défi 10 jours pour voir autrement » lancé en Europe, accompagne cette année encore les écoles engagées dans ce projet.
Vous pouvez encourager les enfants en leur envoyant des courriers ! Cette année, 2 adresses sont à votre disposition, mais rien ne vous empêche d’écrire à tous les enfants !
Pour soutenir les 650 enfants des écoles de Haguenau : Défi 10 jours sans écran, Ecoles St Georges, Vieille Ile et Bildstoekel, 28 Boulevard NESSEL 67500 Haguenau.
Ecologie : le programme de François Hollande
François Hollande n’a pas un vrai programme sur l’environnement, mais une série d’idées. Sa position sur le nucléaire est de viser « la réduction de la part du nucléaire dans l’électricité de 75 à 50 % à l’horizon 2025 » tout en fermant la centrale de Fessenheim et en achevant la construction du réacteur EPR de Flamanville. M. Hollande veut par ailleurs faire « de notre pays le leader des énergies marines renouvelables » et engager « un vaste plan qui permettra à un million de logements par an de bénéficier d’une isolation thermique de qualité » en investissant 5 milliards par an, soit 50 milliards sur dix ans.
Pour déminer le sujet très controversé de l’énergie, il veut ouvrir un grand débat allant jusque l’été 2013, de type Grenelle de l’environnement mais élargi, notamment aux collectivités locales, et régionalisé. Ce débat aboutirait à la présentation devant le Parlement d’une "loi de programmation de transition énergétique" orientée sur trois grands principes, « sécurité, indépendance et emploi".
François Hollande s’est également engagé à "ouvrir une conférence environnementale qui prévoira un agenda, des priorités et des moyens". Il veut placer "le dialogue environnemental au même niveau que le dialogue social."
Alors que l’Europe est un thème fréquemment évoqué dans la campagne, on n’a peut-être pas assez remarqué que le candidat socialiste prévoit d’impulser « une contribution climat-énergie aux frontières de l’Europe ».
Sur les autres thèmes, M. Hollande a été peu disert, sinon pour souligner que la politique fiscale intégrera une forte composante écologique, notamment pour soutenir les « industries vertes ».
Dans un discours centré sur l’écologie en décembre 2010 (2), François Hollande avait marqué l’impossibilité de renouer avec un rythme de croissance tel que celui qu’ont connu les « trente glorieuses » (années 1950 à 1980). Il observait aussi que « la montée du prix du pétrole souligne que le ‘pic de production’ a été atteint ». Dans sa définition de la « transition écologique », il soulignait que « le premier enjeu est d’arriver à tisser un lien entre la lutte contre les inégalités et l’impératif écologique ».
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Notes :
(1) Mes 60 engagements pour la France
(2) François Hollande, Le rêve français, p. 161 sq.
De la truffe à la Chine
Mme Bricq va-t-elle changer la donne en matière de fiscalité écologique et de taxe carbone européenne ?
Tout prédestinait Nicole Bricq à devenir ministre de l’écologie. N’est-elle pas membre au Sénat du groupe d’étude de la trufficulture ? Or qu’y a-t-il de plus écologique que la truffe ? D’ailleurs, Jean-Vincent Placé, sénateur Europe Ecologie-Les Verts, est membre, lui aussi, de ce groupe truffophile. Mme Bricq est donc une écologiste.
Le sophisme, bien sûr, est outré. Car même si elle s’est beaucoup investie dans le dossier du gaz de schiste et a signé la motion « Pour un socialisme écologique » au congrès de Reims du Parti socialiste en 2008, on connaît surtout la sénatrice de Seine-et-Marne pour son travail assidu depuis des années sur les finances, le budget, l’évasion des capitaux. Nicole Bricq était la première étonnée, d’ailleurs, d’être nommée ministre à l’écologie. « J’étais peut-être programmée pour autre chose », avoue-t-elle au Monde.
Mais si les voies du destin sont impénétrables, la conjonction des hasards peut conduire à des cohérences inattendues. En juin 1998, celle qui était alors députée avait rédigé un rapport sur la fiscalité écologique. Un sujet qu’elle a suivi récemment au Sénat, lors des débats sur la taxe carbone en 2009 ou sur la taxe poids lourds en 2011. Elle a aussi lu attentivement le rapport du Centre d’analyse stratégique, remis au gouvernement en octobre 2011, sur « les aides publiques dommageables à la biodiversité ».
Si la ministre semble peu familière des papillons et des libellules, on peut penser que ses compétences de fiscaliste pourraient être précieuses, si elle en a la volonté, pour réorienter un système économique aujourd’hui organisé pour détruire la nature.
Mais il y a plus. On n’a pas assez remarqué que le treizième des soixante engagements du candidat Hollande était de « fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale. Une contribution climat-énergie aux frontières de l’Europe viendra compléter cette stratégie ». L’enjeu ? La protection face au dumping environnemental de la Chine ou d’autres pays.
Dès jeudi 17 mai, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, a suggéré sur France 2 la relance de cette proposition au niveau européen. L’évolution économique fait que, brocardée par nos voisins en 2010, la proposition est beaucoup mieux acceptée aujourd’hui. Si François Hollande tient son engagement, le talent de sa ministre écolo-fiscaliste sera crucial. Et la surprise de sa nomination prendra son sens.
La facture énergétique de la France s’alourdit
La hausse du prix du pétrole se fait lourdement sentir. Et les exportations d’électricité, qui plafonnent, ne compensent pas, et de loin, les dépenses d’importation des hydrocarbures.
Pas d’état de grâce pour Nicole Bricq, la nouvelle ministre en charge de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Les chiffres que viennent de publier ses services montrent en effet une nette aggravation du déficit commercial français en matière d’énergie. En février, dernier mois connu, la facture énergétique française a atteint un record de 5,8 milliards d’euros, comparable à celui d’octobre 2011. Et sur l’ensemble des douze derniers mois, l’écart entre les exportations et les importations culmine à 63 milliards d’euros. Soit une hausse de 27% par rapport à la période de douze mois précédente !
Pour l’essentiel, cette aggravation est liée au pétrole. Non que la France en achète davantage. La consommation de carburants est au contraire en baisse depuis plusieurs mois. Mais le renchérissement des prix de l’or noir, qui ont culminé en mars, suffit à alourdir la facture. Ensemble, les produits pétroliers représentent à eux seuls près de 51 milliards d’euros, soit 81% de la facture énergétique totale, le reste étant lié surtout aux achats de gaz naturel.
Electricité : un gain limité
Et l’électricité ? C’est le poste qui réduit traditionnellement l’addition, la France étant dans ce domaine indépendante grâce au nucléaire. Elle exporte même en général ses surplus d’électricité. En février, cependant, exportations et importations de courant ont été équilibrées « en raison des conditions climatiques exceptionnelles », indique le ministère. Si bien que le solde commercial de la filière électrique est ramené à 2,4 milliards d’euros en cumul sur douze mois. Un gain qui pèse peu par rapport au gigantesque déficit en matière d’hydrocarbures.
Le Burkina Faso abandonne le coton transgénique
Le Burkina Faso était le fer de lance du coton transgénique en Afrique de l’Ouest. Très déçues par les rendements et la qualité de ce coton OGM, les sociétés cotonnières burkinabè reviennent cette année au coton conventionnel.
Le coton transgénique n’a pas tenu ses promesses au Burkina Faso. Grâce à sa résistance aux insectes, il devait donner des rendements 30% supérieurs au coton traditionnel. Mais cette croissance n’a pas été au rendez-vous. Bien sûr le climat n’a pas été favorable. Mais cela n’explique pas tout, loin de là. Les raisons de l’échec sont inhérentes au coton OGM lui-même.
Plus sophistiqué, avec des capsules plus grosses, le coton transgénique ne souffre aucun bricolage, explique Gérald Estur, consultant spécialisé. Il exige une dose très précise d’engrais. Or il n’a pas bénéficié de soins aussi exacts, étant donné l’habitude qu’ont les cotonculteurs de détourner une partie des intrants subventionnés pour les autres cultures, en particulier vivrières, qui n’en bénéficient pas. Mais la plus mauvaise surprise, c’est la baisse de qualité de la fibre.
La semence vendue par Monsanto au Burkina a sans doute été fabriquée un peu trop rapidement. Croisée avec la variété américaine, elle donne certes un coton plus blanc que le coton couleur crème d’Afrique de l’Ouest, mais la fibre est considérablement raccourcie. Or la longueur de la fibre d’un coton fait toute sa qualité en filature. Le coton burkinabè, autrefois moyen-haut de gamme comme tout le coton ouest-africain, s’est retrouvé au rang bas de gamme du coton pakistanais. Ce qui a déboussolé non seulement les égreneurs mais aussi le négoce, avec à la clé une baisse des prix de 10% et un gros manque à gagner pour les sociétés cotonnières burkinabè. C’est pourquoi elles rétropédalent cette année. Les semis vont bientôt commencer et elles ont distribué pratiquement 100% de semences traditionnelles, contre 30% l’an dernier.
Les semences OGM qui représentaient 70% des surfaces l’an dernier seront boudées en attendant que Monsanto trouve une solution pour éliminer le caractère négatif pour la qualité de la fibre. Au grand dam des cotonculteurs qui s’étaient habitués à des travaux moins pénibles et moins dangereux pour la santé, puisque le coton OGM demandait beaucoup moins de traitements phytosanitaires que le coton conventionnel.
Un banquier de Rotschild au cabinet de François Hollande
Le secrétaire général adjoint de l’Elysée, Emmanuel Macron, était associé-gérant de la banque Rotschild depuis 2011.
A 34 ans, Emmanuel Macron, qui est l’un des inspecteurs des finances les plus brillants de sa génération, devient secrétaire général adjoint de l’Elysée, plus particulièrement chargé de l’économie. Se trouve ainsi reconnu le rôle-clé que cet énarque et banquier d’affaires de gauche a joué dans l’élaboration du projet présidentiel de François Hollande.
Depuis des mois, M. Macron partageait son temps entre la Banque Rothschild, dont il a été nommé associé-gérant en 2011, et la préparation de l’alternance. Il avait constitué autour du candidat socialiste une équipe de « jeunes technos » de gauche, appartenant souvent comme lui à l’inspection des finances mais pas exclusivement.
Cette équipe a planché le soir et le week-end pendant des semaines pour préparer dans le moindre détail le programme du futur président. Elle a trié dans les propositions que lui soumettait le groupe de la Rotonde, composé des économistes Jean Pisani-Ferry, Philippe Aghion, Elie Cohen, Gilbert Cette, etc. Elle a aidé Jérôme Cahuzac, président (PS) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, à rédiger une première version du collectif budgétaire et fiscal, de la loi de programmation des finances publiques et du projet de loi de finances (PLF) pour 2013.
Fils de médecins, titulaire d’un diplôme d’études approfondies (DEA) de philosophie, M. Macron fut de 1999 à 2001 assistant du philosophe Paul Ricoeur. Ce défenseur de l’indépendance de la presse a été membre du comité de rédaction de la revue Esprit. En 2007, il était rapporteur général adjoint de la commission Attali pour la libération de la croissance française. Il dispose à ce titre d’une vision large des forces et des faiblesses de l’économie française. En 2008, il fut chargé de mission auprès de Jean Bassères, à l’époque où ce fabiusien, nommé depuis directeur général de Pôle emploi, était à la tête de l’inspection générale des finances.
Ouvert et accessible, plus sensible aux compétences des personnes avec lesquelles il travaille qu’à leur corps d’origine, M. Macron est un haut fonctionnaire qui sait faire confiance et déléguer. C’est du moins ce qu’en dit Sandrine Duchêne, qui travaille depuis des mois avec lui.
Cette collaboration est appelée à durer : la directrice du département conjoncture de l’Insee va quitter son poste pour rejoindre, dès mercredi, l’Elysée. Elle y sera chargée de macroéconomie et de finances publiques.
Les Indignés demandent au préfet de respecter la loi
A :
Préfet de police de Paris
Sous-direction de l’ordre public de l’agglomération parisienne
Télécopie : 01 53 71 57 03
Objet : consignes préfectorales d’interdiction concernant le rassemblement en cours des indignés sur la place Joachim-du-Bellay à Paris
Paris, le 20 mai 2012,
Monsieur le Préfet de police,
J’ai codéclaré avec J... C... et F... G... le rassemblement des indignés de Paris en cours place Joachim du Bellay à Paris (1er arrondissement). La déclaration a été faxée le mardi 15 mai 2012 à la préfecture de police (déclaration et récépissé joints à ce courrier) et a donc pris effet le samedi 19 mai 2012, en vertu du Décret-loi du 23 octobre 1935 portant réglementation des mesures relatives au renforcement du maintien de l’ordre public. Le terme que nous avons indiqué dans cette déclaration est le 27 mai 2012 minuit.
Le dimanche 20 mai 2012, je me suis rendue sur le lieu du rassemblement où étaient présents une vingtaine d’indignés. Je me suis présentée aux forces de police (vers 19h30) pour m’assurer de leur complète information concernant la déclaration, qui à défaut d’être interdite, autorise légalement la présence des personnes ainsi que des éléments matériels mentionnés dans la déclaration : banderoles, carton, sono, œuvre d’arts, duvets, tentes, point d’alimentation, véhicule, groupe électrogène.
L’agent qui s’est présenté à moi comme le responsable des forces de police présentes, m’a confirmé que la déclaration avait bien été reçue par la préfecture de police. Après vérification auprès du cabinet du préfet, il m’a dit que la préfecture de police lui demandait de :
- tolérer le rassemblement des personnes qui est considéré comme autorisé
- interdire l’installation de tout élément matériel traduisant une « installation ferme » sur le lieu. En particulier cet agent m’a dit explicitement qu’étaient interdits : banderoles, cartons, sono, duvets, tentes, groupe électrogène.
J’ai répondu à cet agent que je considérais ces consignes comme illégales. Il m’a dit avoir transmis à la préfecture de police la teneur de mes propos, et m’a invitée à prendre contact avec mes interlocuteurs habituels de la préfecture de police. Je lui ai demandé de me communiquer son nom et/ou son numéro de matricule, ce qu’il a refusé.
Je vous demande, Monsieur le Préfet de police, de me confirmer ou infirmer par écrit les consignes dont cet agent m’a fait état, en particulier concernant l’interdiction des banderoles, cartons, sono, duvets, tentes et groupe électrogène. Je vous demande de me répondre sans délai étant donné l’urgence de la situation, puisque la déclaration en cours prévoit des rassemblements quotidiens pour les jours à venir jusqu’au 27 mai minuit.
Je vous rappelle que toute interdiction, qu’elle soit intégrale ou partielle, doit faire l’objet d’un arrêté préfectoral d’interdiction susceptible de recours devant le juge administratif. L’article 3 du décret-loi de 1935 susvisé prévoit en effet que « si l’autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l’ordre public, elle l’interdit par un arrêté qu’elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu. » En l’occurrence, l’interdiction partielle qui m’a été rapportée, concernant une partie des éléments prévus par la déclaration (banderoles, cartons, sono, duvets, tentes, groupe électrogène), est illégale puisque aucun arrêté préfectoral en ce sens n’a été porté à notre connaissance.
Sur le fond de l’affaire, je vous rappelle que la liberté de manifestation sur la voie publique est une liberté fondamentale qui se rattache à la liberté d’expression et de manifestation de ses convictions, garantie par :
- l’article 10 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »
- l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme de 1950 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
- Dans la décision du Conseil constitutionnel n° 94-352, du 18 janvier 1995, relative à la Loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité, la liberté de manifestation est reconnue de rang constitutionnel, et présentée comme relevant à la fois de la liberté d’aller et venir et de la liberté d’expression
La liberté de manifestation sur la voie publique se rattache également à la liberté de réunion garantie par :
- L’article 11 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme de 1950 : « Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, y compris le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts. L’exercice de ces droits ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. Le présent article n’interdit pas que des restrictions légitimes soient imposées à l’exercice de ces droits par les membres des forces armées, de la police ou de l’administration de l’Etat. »
- l’article 21 du Pacte international relatifs aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 : « Le droit de réunion pacifique est reconnu. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions imposées conformément à la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l’ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et les libertés d’autrui. »
Le statut de liberté est formellement conféré à la liberté de manifestation sur la voie publique par l’ordonnance du 19 septembre 2000 codifiée dans l’article L 431-1 du Code de procédure pénale.
Concernant plus particulièrement les banderoles, cartons, sono, et groupe électrogène, il est d’usage constant d’utiliser ce type de matériel dans les manifestations. Ces moyens sont constitutifs de ce qui définit même une manifestation. L’interdiction de ce matériel est inédite et contraire à tous les usages.
Concernant les tentes et duvets, je vous rappelle que, comme nous l’indiquons dans nos diverses déclarations, le mouvement Démocratie Réelle / Indignés / Occupy, dans les divers pays où il s’est développé (Espagne, Etats-Unis…), pratique le rassemblement permanent, nuit et jour sur les places publiques, comme forme originale de manifestation de ses convictions, afin de protester publiquement contre le manque de démocratie et pour mettre en pratique un fonctionnement démocratique continu et visible sur la place publique, par des assemblées, groupes de travail, et l’auto-organisation des tâches concernant le rassemblement.
De ce fait, comme nous l’indiquons dans notre déclaration faxée le 15 mai, les tentes et duvets « ne sauraient être considérés comme des détritus, ni comme un domicile des manifestants, ni comme une occupation privative de l’espace public, mais comme un moyen matériel pour les manifestants d’exercer concrètement leur droits à manifester librement leurs convictions, dans les conditions prévues par la déclaration et tant que dure la manifestation. »
En aucun cas, ces différents éléments ne constituent un trouble à l’ordre public susceptible de justifier l’interdiction qui m’a été rapportée et qui traduit un usage disproportionné de la force publique.
Aussi je vous demande de tenir compte de nos arguments, de ne pas prendre de mesures restrictives incompatibles avec l’exercice des libertés fondamentales, et de me communiquer par écrit et dans les meilleurs délais les consignes que vous donnez aux forces de police concernant notre rassemblement.
Copie de ce courrier est envoyée à Jean-Luc Rageul, délégué régional IDF du Défenseur des droits, à Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des Droits de l’Homme et à Marie-Blanche Régnier, secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature.
Vous remerciant par avance de votre réponse diligente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet de police, l’expression de nos salutations démocratiques.
La Terre comme soi-même
Tout nécessaires qu’ils soient, les écogestes, les lois vertes et les chartes éthiques ne suffisent pas. Ce livre développe les fondements d’une écospiritualité capable de répondre en profondeur aux défis soulevés par la destruction de la planète. Contre les dualismes – issus de la modernité – à l’origine de l’irrespect envers la nature, Michel Maxime Egger propose une resacralisation de notre relation à la création. En relisant la tradition chrétienne dans une ouverture aux autres spiritualités et aux découvertes scientifiques, il souligne l’unité fondamentale entre l’humain, le cosmique et le divin. Cette vision conduit non seulement à préserver la nature, mais aussi à la célébrer et à favoriser son accomplissement. Pratiquement, l’auteur propose d’acquérir une autre forme de connaissance, d’opérer une transformation intérieure, de réhabiliter les qualités féminines, d’expérimenter de nouveaux modes d’être et d’engagement dans le monde.
Une approche qui, loin de puiser seulement ses racines dans la tradition ancestrale du christianisme orthodoxe, élabore ses grandes lignes en les soumettant aux questions suscitées par la crise écologique sur laquelle Michel Maxime Egger pose un regard d’une profonde lucidité.
Sociologue et journaliste de formation, Michel Maxime Egger travaille en tant que lobbyiste pour le développement durable et des relations Nord-Sud plus équitables. Fin connaisseur de la spiritualité chrétienne orthodoxe, il est l’une des chevilles ouvrières de la revue « La Chair et le Souffle ». Il a fondé le réseau « Trilogies » qui met en dialogue traditions spirituelles et grandes problématiques de notre temps.
La Terre comme soi-même, de Michel-Maxime Egger, préface de Pierre Rabhi (éd. Labor et Fides, 336 p., 25 €).
L’Angleterre moins enthousiaste sur le gaz de schiste
Le gouvernement britannique devrait annoncer mercredi 22 mai qu’il renonce à exploiter le gaz de schiste.
L’épisode des tremblements de terre n’y était pas parvenu. Le pragmatisme légendaire des Britanniques devrait être plus efficace, en venant à bout de l’exploitation des gaz de schiste. Même si cette ressource paraissait si prometteuse, sur le papier.
Retour en arrière. Il y a plus d’un an, deux petits tremblements de terre secouent la région de Blackpool. Lever de bouclier des défenseurs de l’environnement qui voient alors d’un très mauvais œil l’arrivée de la société Cuadrilla Resources dans cette région du nord-ouest du Royaume-Uni. Après enquête, le bureau géologique britannique (BGS) pointe du doigt la technique de la fracturation hydraulique utilisée, par la société pétrolière pour des forages d’exploration de gaz de schiste.
Résultat, les opérations d’exploration, utilisant cette méthode, ont été suspendues par l’administration Cameron, le temps que le ministère de l’énergie et du changement climatique (Decc) fasse le point.
Quelques mois plus tard, suivant les recommandations d’ingénieurs du secteur pétrolier, le gouvernement britannique autorise la reprise de la prospection de gaz non conventionnels par fracturation hydraulique. « Il y a des risques environnementaux significatifs associés aux gaz de schiste, comme à d’autres activités industrielles. Mais nous pensons qu’ils peuvent être gérés », commentait en mars dernier le responsable du climat et des affaires publiques de l’agence de l’environnement britannique.
L’autorisation accordée par le gouvernement Cameron à reprendre la prospection de gaz non conventionnels par fracturation hydraulique s’appuyait sur les recommandations faites par des experts dans un rapport officiel publié le 17 avril. Des experts qui appelaient alors à renforcer les contrôles.
Les associations de défense de l’environnement ont alors vivement réagi à cette décision. Elles dénonçaient le parti-pris du gouvernement « qui ne s’intéresse, selon elles, qu’au risque sismique ». Ces ONG citent l’étude réalisée en 2011 par Robert Howarth (université Cornell) montrant que l’impact climatique de l’exploitation des gaz de schiste est pire que celui du charbon.
En 2010, British Geological Survey (BGS) estimait les réserves en gaz de schiste du Royaume-Uni à environ deux ans de sa consommation énergétique.
Cuadrilla Resources évaluait pour sa part à 55 milliards de mètres cubes les réserves de gaz naturel stockées dans sa zone d’exploration. Soit l’équivalent de 8 mois de consommation du Royaume, au rythme actuel de consommation.
Un autre rapport, publié début 2012, estimait que l’exploitation des gaz de schiste au Royaume-Uni permettrait de répondre, d’ici 2020, à seulement 1 à 4% des besoins en gaz du pays.
Pas étonnant alors que le gouvernement Cameron ait décidé de renoncer à cette ressource. Un gouvernement qui s’appuie sur l’avis d’experts de l’industrie estimant que les réserves en hydrocarbures non conventionnels au Royaume-Uni sont inférieures aux estimations initiales. Des gaz de schiste qui pourraient ainsi s’avérer non rentables à exploiter. « Les réserves en gaz de schiste ne sont pas énormes, rien à voir avec celles des Etats-Unis, d’Ukraine, ou d’Afrique du Nord », estiment ces experts. « De plus le pays est très densément peuplé. C’est une question de volume que l’on peut capter mais surtout à quel coût… »
Du coup, les membres du gouvernement Cameron commencent à penser que le sujet « gaz de schiste » se transforme peu à peu en patate chaude. Le gaz de schiste présente trop peu d’avantages et beaucoup trop d’inconvénients : cette ressource ne permet pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays, ni le coût de l’énergie.
Un porte-parole de Shell expliquait la semaine passée que le développement des gaz de schiste en Europe pourrait être entravé par un problème de géologie –sans expliquer lequel- mais aussi de relation avec les riverains des forages. Pourtant, il annonçait : « Le gaz de schiste britannique n’a pas encore fait les preuves de sa fiabilité géologique mais nous allons jeter un œil pour voir quel est son potentiel ».
C’est demain 22 mai, qu’Ed Davey, le ministre libéral démocrate de l’énergie, doit publier l’« Energy Bill », la feuille de route énergétique du gouvernement qui promet de réduire les factures d’énergie des citoyens anglais et de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays.
Contre toute attente, il devrait annoncer que la Grande Bretagne ne va pas se lancer dans la course au gaz de schiste, malgré l’insistance de son collègue le ministre du budget qui considère cette énergie peu couteuse, moins émettrice de CO2 que le charbon, et qui pourrait être l’une des sources principales d’électricité au cours des prochaines années.
Le gouvernement britannique semble vouloir promouvoir les énergies renouvelables et avoir entendu l’argument de l’association britannique des industriels du secteur : « Les réformes doivent favoriser le développement des énergies renouvelables et faire en sorte qu’elles soient au cœur de notre stratégie énergétique », conclut l’une de ses membres.
Et voici l’énergie géomagmatique
C’est une variante de la géothermie : aller chercher la chaleur du magma, à 500 m de profondeur, sans injection d’eau
Baptisée Power Tube, la technologie mise au point par l’ingénieur américain Doyle W. Brewington récupère la chaleur du magma sans injection d’eau. Les commandes de centrales affluent depuis les zones volcaniques comme l’Équateur, le Guatemala et le Chili.
Le pollueur repenti
En visite au Chili pour y présenter son invention, le mathématicien, physicien et ingénieur Doyle W. Brewington affiche un parcours pour le moins atypique. Après avoir dirigé une entreprise installant des centrales thermiques classiques, fonctionnant grâce aux combustibles fossiles, il décide un jour de tout plaquer pour se consacrer au développement des énergies propres :
« J’ai vendu toutes mes actions de l’entreprise et j’ai passé les trois années suivantes à effectuer des recherches sur tous les types d’énergies non conventionnels : le solaire, l’éolien et la géothermie. »
C’est la constance de la production géothermique qui le convainc d’opter pour la géothermie plutôt que pour le solaire ou l’éolien, trop sujets aux fluctuations.
Jusqu’à 1GW d’énergie propre
Le Power Tube est un tuyau de 120 cm de diamètre, qui plonge à 500 mètres sous terre pour y récupérer la chaleur dégagée par le magma. À la différence de la géothermie classique, ce procédé ne nécessite pas d’injections d’eau souterraines. Un fluide caloporteur à base de pentane reste prisonnier dans la partie inférieure du tubage et transmet ensuite sa chaleur à de la vapeur d’eau pour alimenter des turbines électriques. Le site officiel explique que ce liquide est non polluant et totalement biodégradable.
Doyle W. Brewington affirme que le Power Tube compte parmi les technologies propres les moins chères, les plus sûres et les plus rapides à installer, du marché. Grâce à la simplicité du concept, le coût par mégawatt avoisine un million de dollars, pour une profondeur de forage de 500 mètres environ.
Déclinés sous divers modèles (1 MW, 5 MW ou 10 MW), les Power Tubes peuvent être utilisés simultanément pour augmenter la puissance produite. La centrale commandée par le Guatemala devrait ainsi atteindre 1 gigawatt.
Idéal pour les îles volcaniques
L’inventeur américain a eu le privilège de présenter son projet au département de la Défense de son pays, et la fabrication à échelle industrielle a déjà débuté à Albuquerque, au Nouveau Mexique. Plusieurs générateurs produisent déjà de l’électricité dans divers localités à travers les États-Unis.
Aujourd’hui, l’entreprise affiche un carnet de commandes bien rempli, principalement grâce à une clientèle latino-américaine. Le Pérou et la Colombie sont intéressés, ainsi que l’Équateur, qui souhaite installer une centrale de 11 MW aux Galápagos.
Au Chili, les commandes totalisent déjà 130 MW, dont 120 uniquement pour l’industrie minière. L’ile de Pâques pourrait également accueillir une centrale de 5 MW, tandis que les 5 MW restants seraient employés à la récupération de chaleur.
Selon Doyle W. Brewington, l’installation d’une centrale ne dure que 6 mois, et la maintenance, qui n’a lieu qu’une fois tous les cinq ans, ne nécessite que 8 heures de travail. Le reste du temps, le Power Tube produit de l’électricité en permanence, 24 heures sur 24 et 365 jours par an.
La faille de notre civilisation ? Sa trop grande complexité
Peut-être plus pertinent que Jared Diamond et son Effondrement, Joseph Tainter et sa Chute des sociétés complexes : selon ce penseur états-unien, les civilisations atteignant un certain degré de complexité ne peuvent que décliner, parce que tous les efforts pour maintenir leur stabilité entraînent un surcroît de complexité de plus en plus ingérable.
Apocalypse. La fin de la civilisation. La littérature et le cinéma regorgent de récits de peste, de famine et de guerres qui ravagent la planète, ne laissant que quelques survivants réduits à mener une existence primitive, parmi les ruines. Toutes les civilisations se sont effondrées finalement. Pourquoi en serait-il autrement pour la nôtre ?
Les scénarios d’apocalypse comportent en général une catastrophe majeure : un gigantesque astéroïde, une guerre nucléaire totale ou une pandémie catastrophique. Il existe cependant une autre possibilité glaçante : et si c’était dans la nature même des civilisations, la nôtre comme toutes les autres, que d’être destinées à s’effondrer tôt ou tard ?
Quelques chercheurs l’affirment depuis des années. Malheureusement, les recherches récentes effectuées dans des domaines comme la théorie de la complexité donnent à penser qu’ils ont raison. Il semble que lorsqu’une société se développe au-delà d’un certain niveau de complexité, elle devienne de plus en plus fragile. Finalement, elle atteint un point où même un incident relativement mineur peut provoquer l’écroulement de l’ensemble.
Ils sont quelques-uns à considérer que nous avons déjà atteint ce point, et qu’il est temps de commencer à réfléchir sur la façon dont nous pourrions gérer l’effondrement. D’autres insistent sur le fait qu’il n’est pas encore trop tard, et que nous pouvons - nous devons - agir maintenant pour prévenir l’échec.
Les précédents historiques ne plaident pas en notre faveur. Pensez à Sumer, à l’Égypte ancienne et aux Mayas. Dans son ouvrage Effondrement, paru en 2005, Jared Diamond, professeur à l’Université de Californie, considère que c’est leur mauvaise gestion de l’environnement qui est à l’origine de la chute de la civilisation Maya et des autres qui ont connu le même sort. Il avertit que nous pourrions prendre le même chemin si nous ne décidons pas de cesser de détruire l’environnement qui nous porte.
Lester Brown, du Earth Policy Institute à Washington, en convient. Il fait valoir depuis longtemps déjà que les gouvernements devraient accorder plus d’attention aux ressources environnementales vitales. « Il ne s’agit pas de sauver la planète. Il s’agit de sauver la civilisation », considère-t-il.
D’autres chercheurs estiment que nos problèmes ont une racine plus profonde. A partir du moment où nos ancêtres ont commencé à s’installer et à bâtir des villes, nous avons dû trouver des solutions aux problèmes nouveaux qu’apportait le succès. « Durant les 10 000 dernières années, la résolution des problèmes a produit une complexité croissante dans les sociétés humaines », remarque Joseph Tainter, un archéologue de l’Université de l’Utah, à Salt Lake City, et auteur de l’ouvrage L’Effondrement des Sociétés Complexes [non traduit en français].
Si les récoltes périclitent parce que les pluies sont irrégulières, il faut construire des canaux d’irrigation. Quand ils s’envasent, il faut organiser des équipes de curage. Lorsque l’amélioration du rendement des cultures autorise une population plus nombreuse, il faut construire davantage de canaux. Quand l’étendue du réseau de canaux ne permet plus de se satisfaire de réparations ponctuelles, il faut mettre en place une bureaucratie de gestion, et la financer en levant l’impôt sur la population. Quand la population se plaint, il faut créer des inspecteurs des impôts et un système de comptabilité des sommes perçues. Tout cela était déjà bien connu des Sumériens.
Rendements décroissants
Il y a cependant un prix à payer. Chaque couche supplémentaire ajoutée à l’organisation impose un coût en terme d’énergie, l’unité de compte de tous les efforts humains, que ce soit la construction de canaux ou l’éducation des scribes. M. Tainter s’est aperçu qu’une complexité croissante entraîne des rendements décroissants. Le supplément de nourriture produite par chaque heure supplémentaire de travail - les joules d’énergie investis pour cultiver un hectare - diminue à mesure que cet investissement s’accroît. Nous assistons aujourd’hui au même phénomène avec la baisse du nombre de brevets par dollar investi dans la recherche au fur et à mesure de l’augmentation des investissements qui y sont consacrés. Cette loi des rendements décroissants semble être présente partout, note M. Tainter.
Pour continuer de croître, les sociétés doivent continuer à résoudre les problèmes à mesure qu’ils surviennent. Pourtant, chaque problème résolu signifie plus de complexité. Le succès induit une population plus nombreuse, plus de spécialistes, plus de ressources à gérer, plus d’informations à traiter - et, in fine, moins de retour sur l’argent dépensé.
Au bout du compte, estime M. Tainter, on atteint un point où toutes les énergies et les ressources à la disposition d’une société sont nécessaires uniquement pour maintenir son niveau actuel de complexité. Puis, quand le climat change ou qu’arrivent les barbares, les institutions proches du point de rupture s’effondrent et l’ordre civil avec elles. Ce qui émerge ensuite c’est une société moins complexe, organisée sur une plus petite échelle, ou qui est dirigée par un autre groupe.
M. Tainter voit dans les rendements décroissants la raison sous-jacente de l’effondrement de toutes les civilisations anciennes, des premières dynasties chinoises à la cité-Etat grecque de Mycènes. Ces civilisations utilisaient l’énergie solaire sous la forme de cultures et de récoltes de nourriture, de fourrage et de bois, ainsi que l’énergie du vent. Lorsque ces ressources ont atteints leurs limites, le système s’est brisé.
La civilisation industrielle occidentale est devenue plus grande et plus complexe que toute les précédentes grâce à l’exploitation de nouvelles sources d’énergie, notamment le charbon et le pétrole, mais elles sont limitées. On observe de plus en plus de manifestations de la loi des rendements décroissants : l’énergie nécessaire pour obtenir chaque nouveau joule de pétrole augmente et bien que la production alimentaire mondiale ne cesse de croître, une innovation constante est nécessaire pour faire face à la dégradation de l’environnement et l’évolution des parasites et des maladies - le rendement par unité d’investissement dans l’innovation est en régression. « Dans la mesure où les problèmes sont inévitables », prévient M. Tainter, « ce processus est en partie inéluctable ».
M. Tainter a-t-il raison ? Une analyse des systèmes complexes a conduit Yaneer Bar-Yam, dirigeant du Complex Systems Institute de Cambridge, Massachusetts, à la même conclusion que celle à laquelle M. Tainter est parvenue en étudiant l’histoire. Les organisations sociales deviennent sans cesse plus complexes car elles doivent traiter à la fois des problèmes d’environnement et relever les défis posés par les sociétés des pays voisins qui sont également de plus en plus complexes, explique M. Bar-Yam. Cela mène au bout du compte à un changement fondamental dans la manière dont la société est organisée.
« Pour piloter une hiérarchie, les dirigeants ne peuvent pas être moins sophistiqués que le système qu’ils pilotent », explique M. Bar-Yam. Quand la complexité augmente, les sociétés doivent ajouter de plus en plus de niveaux de gestion, mais, en fin de compte dans une hiérarchie, un individu doit tenter de conserver une vue d’ensemble, et cela commence à devenir impossible. À ce moment-là, les hiérarchies cèdent leur place à des réseaux dans lesquels la prise de décision est distribuée. Nous en sommes à ce point.
La transformation des organisations en direction des réseaux décentralisés a donné naissance à l’idée largement répandue que la société moderne est plus résistante que les anciens systèmes hiérarchiques. « Je ne prévois pas un effondrement de la société en raison de la complexité accrue », déclare le futurologue et consultant pour l’industrie Ray Hammond. « Notre force réside dans notre prise de décision très distribuée. » Ceci rend les sociétés occidentales modernes plus résistants que celles dans lesquelles la prise de décision était centralisée, comme dans l’ancienne Union soviétique.
Les choses ne sont pas aussi simples que cela, remarque Thomas Homer-Dixon, politologue à l’Université de Toronto et auteur en 2006 du livre The Upside of Down. « Initialement, l’accroissement de la connectivité et de la diversité est une aide : si un village souffre d’une mauvaise récolte, il peut se procurer de la nourriture auprès d’un autre village. »
Cependant, avec l’augmentation des connexions les systèmes en réseau deviennent de plus en plus fortement couplés. Cela signifie que les impacts des défaillances peuvent se propager : plus ces deux villages deviennent fortement dépendants l’un de l’autre et plus les deux souffriront si l’un rencontre un problème. « La complexité conduit à plus grande vulnérabilité à certains égards », explique M.Bar-Yam. « Cet aspect est assez peu compris. »
La raison en est que lorsque les réseaux deviennent toujours plus couplés, ils commencent à transmettre les chocs plutôt que de les absorber. « Les réseaux complexes qui nous relient étroitement ensemble - et transportent des personnes, des matériaux, des informations, de l’argent et de l’énergie - transmettent et amplifient tous les chocs », affirme M. Homer-Dixon. « Une crise financière, une attaque terroriste ou une épidémie provoquent presque instantanément des effets déstabilisateurs d’un bout à l’autre du monde. »
Par exemple, en 2003, de vastes régions d’Amérique du Nord et de l’Europe ont subi des coupures d’électricité, lorsque que des nœuds apparemment insignifiants des réseaux d’électricité sont tombés en panne. Et cette année, la Chine a subi une panne similaire après que de fortes chutes de neige aient endommagé les lignes électriques. Les réseaux étroitement couplés comme ceux-ci, ont le potentiel de propager les défaillances dans de nombreuses activités critique, explique Charles Perrow de l’Université de Yale, un des experts réputé sur les accidents industriels et des catastrophes.
Credit crunch
M. Perrow estime que l’interdépendance dans le système mondial de production a maintenant atteint un point où « une défaillance survenant n’importe où implique de plus en plus une défaillance partout ». C’est particulièrement vrai dans le monde des systèmes financiers, où le couplage est très serré. « Nous avons à l’heure actuelle une crise du crédit concernant un acteur majeur, les États-Unis. Les conséquences pourraient être énormes. Les réseaux qui nous relient peuvent amplifier les chocs. »
« Une société en réseau se comporte comme un organisme multicellulaire », explique M. Bar-Yam, « des défaillances aléatoires sont semblable à une ablation sur un être vivant. » Que cet être survive ou non dépend du l’organe qui est retiré. Et si nous savons de manière certaine quels sont les organes indispensables à la vie, il n’est pas évident de déterminer avant qu’il ne soit trop tard quelles sont les parties critiques dans notre civilisation à forte densité de réseau, et c’est peut-être même impossible.
« Lorsque nous procédons à cette analyse, nous constatons que presque toutes les partie sont critiques dès lors qu’elles sont gravement altérées », observe M. Bar-Yam. « Maintenant que nous pouvons passer au crible de tels systèmes grâce à des moyens plus sophistiqués, nous découvrons qu’ils peuvent être très vulnérables. Cela signifie que la civilisation est très vulnérable. »
Que pouvons-nous donc faire ? « La question clé est de savoir si nous réussissons à réagir face aux nouvelles vulnérabilités que nous avons », explique M. Bar-Yam. Ce qui veut dire faire en sorte en tout premier lieu que notre « être vivant mondial » ne subisse pas de « blessure ». Cela peut s’avérer difficile à garantir avec les changements climatiques et les ressources mondiales de carburants et de minéraux qui s’épuisent.
Les scientifiques dans d’autres domaines avertissent eux aussi que les systèmes complexes sont sujets à effondrement. Des idées similaires sont apparues lors de l’étude des cycles naturels et des écosystèmes, à partir des travaux de Buzz Holling écologiste, à l’Université de Floride. Certains écosystèmes deviennent de plus en plus complexes au fil du temps : une nouvelle partie de la forêt grandit et se développe, des espèces spécialiste peuvent remplacer des espèces plus généraliste, la biomasse s’accumule et les arbres, les scarabées et les bactéries forment un système de plus en plus statique et de plus en plus étroitement couplé.
« Cela devient un système extrêmement efficace pour se maintenir dans une plage normale de conditions extérieures », affirme M. Homer-Dixon. Mais des conditions inhabituelles - une épidémie d’insectes, le feu ou la sécheresse - peuvent déclencher des changements dramatiques à mesure que l’impact se propage en cascade à travers le système. Le résultat final peut être l’effondrement de l’ancien écosystème et son remplacement par un nouveau, plus simple.
La mondialisation se traduit de la même façon par un couplage serré et un réglage fin de nos systèmes pour une étendue limitée de conditions, note-il. La redondance est systématiquement éliminée par les entreprises afin de maximiser les profits. Certains produits sont fabriqués par une seule usine dans le monde entier. Financièrement, c’est logique, car la production de masse maximise l’efficacité. Malheureusement, elle minimise aussi la résilience. « Nous avons besoin d’être plus sélectifs sur l’augmentation de la connectivité et de la rapidité de nos systèmes critiques », affirme M. Homer-Dixon. « Parfois, les coûts dépassent les bénéfices. »
Existe-t-il une alternative ? Pourrions-nous tenir compte de ces avertissements et commencer à redescendre prudemment l’échelle de la complexité ? M. Tainter ne connaît qu’un seul exemple de civilisation qui ait réussi à décliner sans tomber. « Après que l’empire byzantin ait perdu face aux arabes la plupart de ses territoire, il a simplifié l’ensemble de sa société. La plupart des villes disparurent, la lecture et l’aptitude au calcul ont diminué, leur économie est devenue moins monétisée, et ils sont passés d’une armée de professionnels à une milice de paysans. »
Réussir le même tout de passe-passe sera plus difficile pour une société plus avancée comme la notre. Néanmoins, M. Homer-Dixon pense que nous devrions prendre des mesures maintenant. « Premièrement, nous devons encourager la production décentralisée et distribuée de produits essentiels comme l’énergie et de la nourriture », prévient-il. « Ensuite, nous devons nous rappeler qu’une réserve n’est pas toujours un gaspillage. Une entreprise industrielle peut perdre un peu d’argent à cause de son stock et des frais d’entreposage, mais elle peut rester en fonctionnement, même si ses fournisseurs sont temporairement incapables de produire. »
L’industrie de l’électricité aux États-Unis a déjà commencé à identifier les points du réseau sans redondance disponible et y introduit des systèmes de secours, indique M. Homer-Dixon. Les gouvernements pourraient encourager d’autres secteurs à suivre cet exemple. Le problème est que dans un monde de concurrence féroce, les entreprises privées cherchent toujours à diminuer les coûts à moins que ce soient les gouvernements qui subventionnent les dépenses de sécurisation dans l’intérêt du public.
M. Homer-Dixon doute que nous puissions complètement échapper à l’effondrement. Il met en garde contre ce qu’il appelle les facteurs de stress « tectonique » qui bousculeront notre système rigide et étroitement couplé en dehors de la gamme de conditions pour laquelle il est de plus en plus finement réglé. Il s’agit notamment de la croissance démographique, du fossé croissant entre riches et pauvres, de l’instabilité financière, de la prolifération des armes, de la disparition des forêts et des pêcheries, et des changements climatiques. En mettant en oeuvre de nouvelles solutions complexes nous allons buter sur le problème des rendements décroissants - juste au moment ou nous allons être à court d’énergie bon marché et abondante.
« C’est le défi fondamental auquel est confrontée l’humanité. Nous devons permettre qu’ait lieu une salutaire rupture dans les fonction naturelles de nos sociétés d’une manière qui ne produise pas d’effondrement catastrophique, mais qui conduise plutôt à une saine rénovation », affirme M. Homer-Dixon. C’est ce qui se passe dans les forêts, qui sont un mélange disparate de vieilles et nouvelles zones créées par la maladie ou par le feu. Si l’écosystème s’effondre par endroit, il est renouvelé et recolonisé ailleurs par la forêt jeune. Nous devons permettre des ruptures partielles ici et là, suivies de rénovations, indique-t-il, plutôt que de tenter d’arrache-pied d’éviter la rupture par une complexité croissante dont les crises résultantes sont en fait plus fortes.
Lester Brown pense que nous manquons déjà de temps. « Le monde ne peut plus se permettre de perdre une journée. Nous avons besoin d’une grande mobilisation, comme nous l’avions fait en temps de guerre », dit-il. « Il y a eu d’énormes progrès par le passé effectués en quelques années seulement. Pour la première fois, je commence à voir la façon dont une économie alternative pourrait émerger. Mais c’est désormais une course entre deux seuils - qui viendra en premier lieu, le passage à des technologies durables, ou l’effondrement ? »
M. Tainter n’est pas convaincu que même une nouvelle technologie permettrait de sauver la civilisation à long terme. « Je considère parfois cela comme une croyance irrationnelle dans nos conceptions du futur », note-t-il. Même une société revigorée par de nouvelles sources d’énergie bon marché finira par faire face au problème des rendements décroissants, une fois de plus. L’innovation elle-même pourrait être soumise à la loi des rendements décroissants, ou peut-être des rencontrer des limites.
Des études sur le développement urbain menées par Luis Bettencourt du Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau-Mexique, viennent à l’appui de cette thèse. Les travaux de son équipe de recherche suggèrent qu’un taux d’innovation toujours plus élevé est nécessaire pour maintenir la croissance des villes et prévenir la stagnation ou l’effondrement, et à long terme cela ne peut pas être soutenable.
Les enjeux sont élevés. Historiquement, l’effondrement a toujours conduit à une baisse de population. « Aujourd’hui, les niveaux de population dépendent des carburants fossiles et de l’agriculture industrielle », observe M.Tainter. « Enlevez-les du tableau et il y aurait une réduction de la population mondiale qui est bien trop horrible pour pouvoir y penser. »
Si les civilisation industrialisés faillissent, les masses urbaines - qui représentent la moitié de la population mondiale - seront les plus vulnérables. Une grande partie de nos connaissances durement acquises pourraient être perdues elles aussi. « Les gens qui ont le moins à perdre sont ceux qui pratiquent une agriculture de subsistance », indique M. Bar-Yam, et pour ceux qui survivront, les conditions pourraient finalement s’améliorer.
Les humbles hériteront peut-être vraiment de la Terre.
Les trois scénarios
Extrait de : L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie (p. 129-130)
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Nous commençons à vivre le resserrement de l’écart extraordinaire des richesses qu’a creusé le monde depuis deux siècles.
Ce resserrement ne pourra pas se faire seulement par un relèvement du bas. En raison des limites écologiques, tous les habitants de la planète ne pourront pas vivre comme un Etats-Unien, ni comme un Européen ou un Japonais, d’ailleurs. La réduction de l’écart des richesses devra s’opérer par un abaissement important du haut. La politique de la biosphère indique une direction à contre-courant de tout le discours dominant : les Occidentaux doivent réduire leur consommation matérielle et leur consommation d’énergie, afin de laisser une marge d’augmentation à leurs autres compagnons de planète. L’appauvrissement matériel est le nouvel horizon de la politique occidentale. L’appauvrissement matériel des Occidentaux est le nouvel horizon de la politique mondiale.
Les trois scénarios
Ainsi se dessine le cadre des choix politiques qui se présentent aux sociétés occidentales. On pourrait le décrire sous forme de trois scénarios : oligarchique, de gauche productiviste, écologiste. Les deux premiers scénarios sont croissancistes, c’est-à-dire adhèrent à l’idéologie selon laquelle la croissance économique améliore la situation générale.
- Dans le scénario oligarchique, la classe dirigeante refuse la logique de la situation, et continue de proclamer la nécessité d’augmenter l’abondance matérielle par la croissance du PIB. Malgré un effort d’amélioration de l’efficacité énergétique – qui sera nécessaire dans tous les scénarios -, cette politique entraîne l’aggravation de la crise écologique et l’augmentation des prix de l’énergie, d’où un blocage de la croissance entraînant des frustrations d’autant plus grandes qu’une très forte inégalité perdure. Ces frustrations suscitent une montée des tensions sociales que l’oligarchie tente de détourner en stigmatisant les immigrants et les délinquants. Elle renforce l’appareil policier, ce qui lui permet au passage de réprimer les mouvements sociaux. De surcroît, la compétition mondiale pour les ressources et la dispute quant à la responsabilité de la crise planétaire enveniment les relations internationales, ce qui alimente le moulin sécuritaire et nationaliste. Le régime oligarchique, au départ encore respectueux des formes extérieures de la démocratie, les abolit progressivement.
- Dans le scénario de gauche croissanciste, les dirigeants s’obstinent à chercher la croissance du revenu moyen, en corrigeant cependant l’inégalité sociale, à la marge pour ne pas heurter les « élites économiques ». Les tensions intérieures aux pays occidentaux sont certes moins fortes que dans le scénario oligarchique, mais le poids de la crise écologique et les tensions internationales restent tout aussi accablantes, générant rapidement les mêmes effets de frustration et de conflit. L’oligarchie, ou sa fraction la plus réactionnaire, harcèle les dirigeants en s’appuyant sur l’extrême-droite. Il faut alors choisir, si cela est encore possible, une franche rupture avec le croissancisme, ou être entrainé dans la débâcle.
- Dans le scénario écologiste, les dirigeants convainquent les citoyens que la crise écologique détermine l’avenir proche. Remettant explicitement en cause la démesure de la consommation matérielle, la politique économique réoriente une part de l’activité collective vers les occupations à moindre impact écologique et à plus grande utilité sociale – l’agriculture, l’éducation, la maîtrise de l’énergie, la santé, la culture… La création d’emplois ainsi permise rend populaire cette politique, permettant d’engager ouvertement la lutte contre les privilèges de l’oligarchie : le système financier est socialisé et les inégalités sont drastiquement réduites. Cela rend possible de transformer le modèle culturel de prestige que définissent les plus aisés. De plus, la réduction des inégalités atteste que le mouvement vers la moindre consommation matérielle est partagé par tous, ce qui le rend supportable. Enfin, elle signifie que la société reprend la part de la richesse collective que s’est appropriée l’oligarchie depuis les années 1980 - près de 10 % du PIB. Ces ressources servent à améliorer le niveau de vie des plus pauvres et à investir dans les nouvelles activités écologiques et sociales. Sur le plan international, les relations sont pacifiées, parce qu’il est aisé de plaider pour une orientation écologique des politiques. La confiance mutuelle l’emporte, les dépenses militaires reculent, la crise écologique est évitée, les jeunes générations peuvent prendre en main le monde nouveau.
Ce tableau appelle plusieurs remarques. Sur le fond, il signifie qu’il nous faut reconquérir la démocratie dans un contexte mental radicalement différent de celui dans lequel elle s’est développée. Durant les XIXe et XXe siècle, elle a grandi et convaincu parce qu’elle était une promesse d’amélioration du sort du plus grand nombre, promesse qu’elle a accomplie, en association avec le capitalisme. Aujourd’hui, le capitalisme délaisse la démocratie, et il nous faut la revigorer en annonçant un bien-être, un « bien vivre », fondamentalement autre que celui qu’il fait briller. Qui, d’abord, évitera la dégradation chaotique de la société. Qui, ensuite, ne sera plus fondé sur les séductions de l’objet, mais sur la modération illuminée par un lien social renouvelé. Il nous faut inventer une démocratie sans croissance.
Inondations à Nancy, le changement climatique suspecté
On ne peut affirmer que les pluies diluviennes qui ont noyé Nancy la nuit du 21 au 22 mai sont l’effet du changement climatique. Mais globalement, les modélisations des effets du réchauffement prédisent une augmentation globale des précipitations et des phénomènes extrêmes, en particulier des inondations.
Soyons sérieux, il n’est pas possible d’incriminer le réchauffement climatique dans les phénomènes météorologiques ponctuels. En revanche, les modélisations des effets du réchauffement prédisent une augmentation globale des précipitations et des phénomènes extrêmes, en particulier des inondations. Avec un paradoxe : il devrait y avoir plus de pluies mais moins d’eau.
L’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, du fait des activités humaines, aboutit à une augmentation des températures moyennes à la surface de la planète. Cette augmentation induit plus d’évaporation d’une part et une plus grande capacité de l’air à contenir de la vapeur d’eau. De ce surplus d’eau dans l’atmosphère devrait résulter une augmentation des précipitations. Le phénomène est encore assez mal connu, mais de nombreuses études visent à comprendre comment cet excès de précipitations se répartit sur le globe et sur l’année, si les épisodes de pluies durent plus longtemps, ou s’il pleut davantage dans des laps de temps plus courts entraînant des épisodes de déluges.
Selon le Docteur Kevin Trenberth, chef du département d’analyse du climat du NCAR (National Centrer for Atmospheric Research), pour chaque augmentation d’un degré Celsius, la capacité de l’atmosphère à contenir de la vapeur d’eau, augmente de 6 à 7% (1). En moyenne, depuis les années 1970, la vapeur d’eau au-dessus de l’Atlantique a augmenté de 4% et quand celle-ci se retrouve piégée dans un phénomène de tempête, elle a tendance à en augmenter la vigueur.
Selon Trendberth, on considère que l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes (et des inondations qui peuvent en résulter) font partie de la variabilité naturelle du climat, mais il faut se rendre à l’évidence qu’il y a une influence systématique de l’accroissement de la quantité d’eau dans l’atmosphère sur les phénomènes météorologiques (2).
Toujours selon Trenberth, il faut s’attendre à des épisodes pluvieux plus violents avec des périodes sèches plus longues. Ce qui nécessitera de repenser nos systèmes de drainage et de récupération des eaux pluviales. Mais quand l’eau arrive en grande quantité dans des temps très courts, il est généralement très difficile de la conserver.
Pour les mêmes raisons, davantage de précipitations se feront sous la forme de pluie et moins sous la forme de neige. Ce qui signifie moins de réserves d’eau pour les périodes estivales, et ce d’autant plus que les neiges devraient également fondre plus rapidement.
Ainsi Tim Barnett, chercheur à la Scripps Institution of Oceanography, a montré (3) que les glaciers de la Sierra Nevada pourraient fournir 30 à 40 % moins d’eau aux Californiens et que globalement l’ouest des Etats-Unis devra faire face à une crise de l’eau qui a déjà commencé. Son modèle s’applique aux autres régions du monde, dont une bonne partie de l’Europe, avec des conséquences majeures sur l’agriculture. Ainsi le risque d’avoir trop d’eau quand nous n’en avons pas besoin et pas assez quand nous avons besoin devrait s’accroître.
Les modèles climatiques montrent également que les pays arrosés devraient l’être davantage alors que les pays les plus secs devraient recevoir encore moins d’eau, faisant parfois dire que le réchauffement climatique enrichit les riches et appauvrit les pauvres.
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Notes :
(1) Water Cycles and Climate Change, Kevin E. Trenberth.
2) Exclusive interview : NCAR’s Trenberth on the link between global warming and extreme deluges, Climate Progress, juin 2010.
3) Human induce changes in the hydrological cycle in the western United States
Quatre millions de jeunes chômeurs de plus depuis 2007
Le taux mondial du chômage des jeunes pour 2012 reste bloqué à son plus haut niveau de la crise et ne devrait pas redescendre avant 2016 au moins, affirme l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans son rapport 2012 sur les Tendances mondiales de l’emploi des jeunes.
Le taux mondial du chômage des jeunes pour 2012 reste bloqué à son plus haut niveau de la crise et ne devrait pas redescendre avant 2016 au moins, affirme l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans son
Les prévisions montrent que 12,7 pour cent de la main-d’œuvre jeune dans le monde seront au chômage cette année, un taux identique au pic de la crise atteint en 2009 et légèrement supérieur à l’an passé où le chômage touchait 12,6 pour cent des jeunes, selon le rapport 2012 sur les Tendances mondiales de l’emploi des jeunes.
Le taux serait même plus élevé si l’on prenait en compte ceux qui – souvent découragés par le manque de perspectives – abandonnent ou reportent leur recherche d’emploi. Le taux ainsi ajusté situerait le taux de chômage mondial des jeunes à 13,6 pour cent en 2011.
A l’échelle mondiale, il y aura près de 75 millions de chômeurs âgés de 15 à 24 ans en 2012, une augmentation de près de 4 millions depuis 2007.
Les taux de chômage devraient subir une nouvelle pression quand ceux qui prolongent leur séjour dans le système éducatif faute de débouchés professionnels arriveront finalement sur le marché du travail.
« La crise du chômage des jeunes peut être vaincue, à condition toutefois que la création d’emplois pour les jeunes devienne une priorité essentielle du processus politique et que les investissements dans le secteur privé s’accélèrent radicalement », a déclaré le Directeur exécutif de l’OIT pour l’Emploi, José Manuel Salazar-Xirinachs.
« Cela comprend des mesures comme des allègements fiscaux et d’autres incitations pour les entreprises qui embauchent des jeunes, des efforts pour réduire le décalage des compétences chez les jeunes, des programmes d’entreprenariat qui intègrent formation qualifiante, tutorat et accès aux capitaux, ainsi que l’amélioration de la protection sociale pour les jeunes », a-t-il ajouté.
Que se passe-t-il dans les régions ?
Bien que certaines régions se soient redressées après la crise économique, ou ont au moins atténué son impact, toutes sont confrontées au défi majeur de l’emploi des jeunes.
Dans les économies développées, la situation est même pire que ne le laisse penser le taux de 18 pour cent du chômage des jeunes prévu pour cette année, en raison d’une baisse massive de la main-d’œuvre.
Dans la région de la CEI, de l’Europe centrale et du Sud-Est, le taux de chômage des jeunes a légèrement reculé à 17,6 pour cent en 2011. Contrairement aux économies développées, le taux d’activité des jeunes semble avoir augmenté du fait de la crise économique dans la région et peut être en partie imputé à la pauvreté.
En Afrique du Nord, le chômage des jeunes a augmenté de 5 points de pourcentage après les printemps arabes, laissant 27,9 pour cent des jeunes gens sans emploi en 2011. Au Moyen-Orient, le taux était de 26,5 pour cent.
En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux de chômage des jeunes a augmenté brutalement pendant la crise économique, passant de 13,7 pour cent en 2008 à 15,6 pour cent en 2009. Il est redescendu à 14,3 pour cent en 2011 mais aucun autre progrès n’est attendu à moyen terme.
En Afrique subsaharienne, le taux, de 11,5 pour cent en 2011, est relativement stable depuis 2005.
En Asie du Sud-Est et dans le Pacifique, il était de 13,5 pour cent en 2011, un recul de 0,7 point de pourcentage par rapport au niveau de 2008.
Même en Asie de l’Est, peut-être la région la plus dynamique du point de vue économique, le taux de chômage était 2,8 fois plus élevé pour les jeunes que pour les adultes.
Parmi les autres grands enseignements :
A l’échelle mondiale et dans la plupart des régions, la crise a eu plus d’impact sur le taux de chômage des jeunes femmes que sur celui des jeunes hommes, la différence était particulièrement sensible en Afrique du Nord. Alors que dans les économies développées, l’impact a été plus fort pour les jeunes hommes.
De nombreux jeunes gens sont confinés dans des emplois temporaires, faiblement productifs ou d’autres types de travaux qui n’augurent pas de meilleurs emplois. Dans les économies développées, les jeunes occupent de plus en plus des emplois temporaires ou à temps partiel tandis que dans le monde en développement beaucoup de jeunes accomplissent un travail non rémunéré de soutien aux fermes ou aux entreprises familiales informelles.
Les jeunes gens qui ne sont ni à l’école ni au travail sont devenus un sujet de grande préoccupation, surtout dans les économies développées. Cette catégorie représente souvent au moins 10 pour cent des jeunes et connaît un essor rapide dans de nombreux pays développés.
Retour sur l’histoire du nucléaire en France
On sait que l’énergie nucléaire a été imposée en France sans délibération démocratique. Il est cependant utile de rappeler les épisodes concrets de ce déni démocratique. En voici quelques-uns de 1974 et d’après.
Propos sur les conditions de lancement du programme électronucléaire français en 1974-1978.
“Le Gouvernement est donc résolu-je crois l’avoir démontré- à développer un très large effort d’information sans rien laisser dans l’ombre”, Michel d’Ornano, ministre de l’Industrie et de la Recherche. Assemblée nationale. 14 mai 1975.
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Fevrier 1974.
Remplacement de M. Robert Poujade, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé de la protection de la nature et de l’environnement (nommé en janvier 1971) par MM. Alain Peyrefitte, ministre des Affaires culturelles et de l’environnement et Paul Dijoud, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires culturelles et de l’environnement, chargé de l’environnement.
On dit beaucoup à l’époque que ce remplacement est dû à un désaccord entre M. Poujade et M. Pierre Messmer, premier ministre qui a autorisé, “à la hussarde”, EDF à lancer 6 tranches nucléaires en 1974 et 7 en 1975 après le choc pétrolier de 1973.
Dans son livre, Le ministère de l’impossible, publié en 1975, Robert Poujade ne cachera pas ses difficultés avec EDF à propos du développement de l’énergie nucléaire. Il écrit ceci : "On serait surpris que je ne dise pas un mot de mes relations avec l’E.D.F. Elles ont été surtout marquées publiquement par un éclat de Paul Delouvrier, énervé par mes exigences, lors d’un colloque sur l’énergie. L’E.D.F., qui a un sens aigu des relations publiques, mais une moindre aptitude à la concertation, offre le visage de Janus. Une des deux faces est souriante et bien lavée. C’est le chauffage tout électrique, la recherche sur la voiture électrique, à laquelle je n’ai cessé de participer. L’autre, c’est un visage revêche et mal léché, celui des centrales polluantes et des lignes à haute tension autoritairement plantées aux plus mauvais endroits. Je sais fort bien que les ingénieurs de l’E.D.F. ont sérieusement travaillé sur ces problèmes. Mais rien n’est plus nuisible à l’image de marque de l’E.D.F. que cette espèce de pharisaïsme qui laisse croire que la propagande dispense du dialogue, que la puissance autorise la désinvolture.
Mes services étaient sur ce point en désaccord avec l’E.D.F., dont l’optimisme est toujours revigorant. Il est d’ailleurs regrettable qu’en matière nucléaire, le C.E.A. et l’E.D.F. soient constamment juges et parties. (...) De toute manière, et même si, comme on peut le croire, les risques que font courir à l’environnement les centrales nucléaires sont réduits, c’est le cas ou jamais de provoquer une consultation approfondie sur les conséquences écologiques de l’implantation des grandes centrales. Si cet effort n’est pas fait, des années de doute et de démagogie risquent de s’ensuivre”.
Mars 1974
- Décision du gouvernement de lancer la construction de 13 centrales de 1000 mégawatts en 1974-1975 avec la perspective de réaliser en outre 50 centrales de 1000 mégawatts d’içi 1985. Cette décision répond à une demande d’EDF étayée sur une étude prospective indiquant une très forte croissance de la demande énergétique dont 25 % devrait être couverte par le nucléaire en 1985.
Juin 1974
- Le film Les atomes nous veulent-ils du bien ? de Claude Otzenberger qui devait passer à la télévision (ORTF) le 18 juin pour alimenter un débat sur l’implantation des centrales nucléaires en France est retiré, sans explication, de la programmation.
- Au conseil scientifique de l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS est présenté un rapport prospectif élaboré pour la préparation du VII° plan par un physicien de l’Université d’ Orsay et un physicien du CEA. Ils justifient la politique énergétique lancée par le gouvernement et jugent négligeable la pollution qui pourrait provenir des centrales nucléaires. Ce rapport est désapprouvé par les autres membres du conseil qui demandent une étude sérieuse du problème des centrales nucléaires et désignent six spécialistes pour assurer cette tâche. Celle-ci marquant le pas par suite d’une obstruction certaine des pouvoirs publics, des chercheurs du Collège de France, de l’Ecole polytechnique et de l’Université Paris VII décident de travailler de leur côté pour répondre notamment aux citoyens et aux élus qui n’obtiennent pas de réponses à leurs questions .
Septembre 1974
Question écrite de Jean-Pierre Cot (député de Savoie) “sur la nécessité d’informer complètement l’opinion publique française sur les conséquences de l’installation de centrales nucléaires sur le territoire français”.
Novembre 1974
A l’occasion de la discussion du budget de son ministère, André Jarrot, ministre de la qualité de la vie qui a succédé à M. Peyrefitte au mois de mai, déclare à propos de l’énergie nucléaire : “Le gouvernement envisage de lancer une vaste campagne d’information dans laquelle le Parlement jouerait un rôle important. Dans un domaine aussi capital, il est essentiel que l’information soit réelle, complète et objective”. Décembre 1974
- Envoi aux préfets de région, par M. d’Ornano, ministre de l’industrie, d’un dossier comportant : a) un document intitulé “Localisation des centrales nucléaires”, indiquant où devraient être implantées des centrales et quels sont les choix énergétiques du gouvernement pour un passage rapide à l’électronucléaire permettant de garantir à la France son indépendance énergétique. b) un document exposant pourquoi EDF souhaite implanter telle ou telle centrale dans telle ou telle région. Les préfets sont invités à remettre ces dossiers aux conseils régionaux, aux comités économiques et sociaux, aux conseils généraux et aux comités de bassin. Ces conseils donneront leur avis sur les 38 sites proposés. Trois régions (Alsace, Haute-Normandie et Rhône-Alpes) ont à choisir un site où la construction d’une centrale est jugée urgente. Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’une consultation mais d’une concertation qui ne peut d’ailleurs pas s’exprimer sur les centrales devant entrer en fonction entre 1975 et 1988.Comme le déclare alors M. d’Ornano : “Notre programme pour 1988, qui est le plus réaliste, n’est guère modifiable. Compte tenu des besoins, il faut aller vite. Mais ensuite nous tiendrons compte des suggestions intéressantes”.
- 13 décembre : envoi par M. Denis Baudoin, délégué général à l’information, au président de la Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature (FFSPN), [devenue depuis France Nature Environnement] d’une lettre dont sont extraits les paragraphes suivants : “Le Gouvernement a décidé de faire rassembler dans un document de grande diffusion les avis des personnalités connues pour s’être déjà exprimées sur les divers aspects des problèmes soulevés par le développement de l’énergie nucléaire. Ce dossier permettra au grand public et à ses représentants d’avoir accès directement à l’information la plus objective sur le sujet. Je vous serais reconnaissant d’accepter de participer à la réalisation de cet ouvrage. (...) Comme les débat relatifs au développement du programme nucléaire auront lieu dans la première moitié de 1975 et comme il serait souhaitable que chacun puisse y participer en pleine conscience de ses responsabilités vis-à-vis de l’avenir, je prévois l’achèvement de ce dossier dans un délai de deux mois.”
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Janvier 1975
- Publication dans la revue Entreprise d’un article sur les centrales nucléaires intitulé “Un pari au dessus de nos forces”, surtitré "Trop, trop cher, trop vite !”. On peut y lire ces phrases : “Il serait beaucoup plus sage de ne compter sur l’énergie nucléaire que comme un complément des autres sources d’énergie (et non l’inverse). Qu’il s’agisse des sources d’énergie classiques dont nous disposons encore (contrairement à ce que l’on croit) comme le charbon et l’hydraulique, ou qu’il s’agisse des sources d’énergie (dites) nouvelles comme l’énergie solaire ou la géothermie dont on aurait surement pu accélérer le développement . (...) En 1974, nous aurons, en effet, dépensé en recherche et développement 1, 15 milliard de F. dans l’énergie nucléaire, 12 millions dans l’énergie solaire, 7 millions dans la géothermie et... 1 million (en tout et pour tout) dans l’énergie du vent, les marées, l’énergie thermique des mers.”
- 9 janvier : Conférence de presse sur “L’implantation des centrales nucléaires” organisée par la FFSPN, les Amis de la terre, Nature et Progrès, le Comité national de la Charte de la Nature, le Mouvement écologique, l’Association des Journalistes et Ecrivains pour la Protection de la Nature, Civilisation et Environnement, Jeunes et Nature, la Fédération nationale de sauvegarde des Maisons et Paysages pour la Défense de l’Environnement, SOS Paris, l’ Union nationale des Associations du Cadre de Vie, le Centre Interdisciplinaire de Socioécologie, l’Association nationale pour la Protection des eaux, et l’Association française pour la Défense de l’Environnement.
- Lors de son Assemblée générale du 18 janvier, la FFSPN lance une pétition pour une suspension du programme nucléaire français jusqu’à l’adoption de la loi sur la protection de la nature.
Février 1975
- Protestation de Raymond Leroy, député de Seine-Maritime et membre du bureau politique du Parti communiste à propos de ce qu’il appelle “un simulacre de concertation. Les conseils régionaux ne discutent pas de l’insertion des centrales nucléaires dans un développement régional cohérent, orienté vers la satisfaction des besoins de la population”.
- Rapport préliminaire de chercheurs de l’Institut économique et juridique de l’énergie de Grenoble : Alternatives au nucléaire, réflexions sur les choix énergétiques de la France (Presses universitaire de Grenoble) infirmant les études prospectives d’EDF et estimant qu’à l’horizon 1985, le recours massif au nucléaire n’est pas la seule option possible, notamment si est engagée une meilleure lutte contre le gaspillage énergétique (architecture, urbanisme, transports, etc.) et une diversification des sources d’énergie.
- Lancement par des chercheurs du laboratoire de physique corpusculaire du Collège de France dont son directeur, le professeur Marcel Froissart, d’un appel signé par 400 chercheurs d’horizons divers, physiciens, biologistes, agronomes et toxicologues du Collège de France, de l’Ecole polytechnique, des Universités Paris VI et Paris VII, Orsay, Grenoble, Bordeaux et du Commissariat à l’énergie atomique. Ces chercheurs déclarent que la décison de développer massivement un programme nucléaire est une “décison irréfléchie” notamment parce que “le problème des déchets est traité avec légereté”. Ils demandent à la population de “refuser l’installation des centrales nucléaires tant qu’elle n’aura pas une claire conscience des risques et des conséquences”. En avril plus de 4000 signatures de scientifiques auront été recueillies.
Mars 1975
- Intervention dans Le Monde du professeur François Ramade, président de la Fédération française des sociétés de protection de la nature. Demande d’un moratoire sur la construction des centrales nucléaires tant que : a) n’aura pas été adoptée la loi sur la protection de la nature (en gestation depuis... 1968) qui prévoit la procédure d’étude d’impact, et tant que n’auront pas été publiés ses décrets d’application. Ce point est important. La loi votée en 1976, verra le décret d’application relatif aux études d’impact publié en octobre 1977 avec effet différé au 1° janvier 1978 pour les installations nucléaires. Cela aura pour conséquences que plusieurs installations nucléaires passeront , en enquête publique, à la sauvette, fin 1997 pour échapper à la procédure d’étude d’impact...( par exemple : Superphénix et la centrale de Belleville) ; b) la réforme de la procédure d’enquête d’utilité publique n’aura pas été conduite à son terme (elle ne le sera qu’en 1983 avec l’adoption de la loi dite loi Bouchardeau relative à démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l’environnement) ; c) une révision du programme énergétique français n’aura pas été engagée.
- 20 mars : Les Unions CFDT des agents de l’Electricité et du Gaz de France et du CNRS demandent à leur tour un moratoire sur la construction des centrales nucléaires et un réexamen du programme énergétique français.
Avril 1975
Début d’une enquête du Monde sur l’attitude des partis politiques et le débat nucléaire.
Claude Labbé, président du groupe UDR de l’Assemblée nationale (4 avril), Robert Chapuis, membre du comité directeur du parti socialiste (5 avril), Robert Fabre, président du Mouvement des radicaux de gauche (6-7 avril), Jacques Dominati, secrétaire national de la Fédération nationale des républicains indépendants (18 avril), André Diligent, vice-président et porte parole du Centre démocrate (6 mai), Michel Mousel, secrétaire national du Parti socialiste unifié (9 mai), Adrien Zeller, membre du collège de la Gauche réformatrice (10 mai).
- 18 avril : Conférence de presse du délégué général à l’information, Denis Baudoin, qui présente le “livre jaune" sur le nucléaire : L’énergie nucléaire, données techniques, économiques, écologiques. M. Baudoin annonce que ce document, tiré à 100.000 exemplaires, sera diffusé la semaine suivante. Le document ne sera jamais distribué par suite de l’opposition du ministère de l’Industrie. Il ira au pilon. Comme l’écrira en 1978, Alfred Sauvy, “les services du ministère de l’Industrie (Michel d’Ornano, ministre) ont fait échouer le projet. Toujours le secret ! ”. ( A. Sauvy, La Tragédie du pouvoir. Quel avenir pour la France ?, Calman Levy. 1978).
La CFDT, la FFSPN, les Amis de la Terre, le Groupement des Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire (GSIEN), grâce à l’Union Fédérale des Consommateurs, reprendront des éléments du document pour élaborer un N° spécial de Que choisir qui sera publié en 1977.
- 21 avril, ouverture à Paris de la première conférence nucléaire européenne. Comme le titre Le Monde , à l’occasion de la clôture de cette conférence le 25 avril, "L’atome devient commercial sans que soit résolu le problème des déchets”.
Début d’une grêve de la faim de 9 personnes (dont deux agents d’EDF) pour qu’il y ait, à la télévision, “une vraie campagne d’information au cours de laquelle les scientifiques de disciplines différentes pourront s’exprimer en toute liberté ”.
- 26 avril, manifestation contre le programme nucléaire organisée à Paris par les Amis de la Terre, le Mouvement écologique et le PSU. 30.000 personnes selon les organisateurs, 10.000 selon la police, défilent depuis la place de la République juqu’à la place du Sorbier dans le XX°. D’autres manifestations se déroulent en province sur des sites de futures centrales (Paluel en Seine-Maritime ; Cheppes-la-Prairie dans la Marne ; Gravelines dans le Nord).
Mai 1975
- 3-4 mai. Convention nationale du Parti socialiste. Demande d’un ralentissement du programme d’équipement décidé par le gouvernement et de l’ouverture d’un débat public sur la politique énergétique de la France.
- 7 mai. Vingt-trois chercheurs du laboratoire de physique corpusculaire du Collège de France, des Universités Paris VI et Paris VII, de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole normale supérieure dont Marcel Froissart, professeur au Collège de france, demandent “l’arrêt immédiat du programme de développement massif de l’industrie nucléaire”. Dans une note signée par ces chercheurs, la FFSPN et les syndicats CFDT d’EDF-GDF et du CNRS, adressée aux parlementaires sont évoqués les problèmes de sureté des réacteurs, de surgénérateurs, de gestion des déchets radioactifs et la nécessité de diversifier les sources d’énergie.
- 13 mai. Publication par la Commission des finances de l’Assemblée nationale du rapport Mesmin (député centriste de Paris) sur la politique énergétique. Comme l’étude des chercheurs de l’Institut de l’énergie de Grenoble, il préconise un recours moindre à l’énergie nucléaire que celui demandé par EDF et acté par le gouvernement. Le rapport Mesmin insiste sur les économies et la diversification des sources d’énergie et une meilleure utilisation des rejets d’eau chaude des centrales et installation industrielles. Comme le dira le lendemain à l’Assemblée nationale M. Mesmin, les 2/3 de l’énergie produite sous forme de chaleur par les centrales sont gaspillés.
-14-15 mai, débat à l’Assemblée nationale sur le programme nucléaire arrêté par le gouvernement. A une question d’un député demandant l’organisation d’un vote, le ministre de l’Industrie et de la recherche, répond que le Gouvernement s’y refuse : “On ne peut tout de même pas décider par un vote du nombre de centrales à construire dans les vingt prochaines années. Ce serait aussi absurde que de demander chaque année au Parlement de fixer le montant des investissements à engager par EDF.” Et c’est comme cela qu’EDF est à la tête maintenant d’une dette de près de 200 miliiards de francs...
- Le 15 mai, conférence de presse de la CFDT. Présentation de documents élaborés par des chercheurs du CEA sur les questions de sécurité, d’impacts environnementaux, etc. Annonce d’un document ultérieur sur les aspects industriels et économiques. “Nous nous opposons à la vision délibérément optimiste et conquérante des instances officielles (...). Ce n’est pas la polémique que nous cherchons, mais un minimum d’honnêteté dans les débats”.
- Déclaration d’Albin Chalandon s’étonnant entre autres que ne soit pas envisagée la récupération de la chaleur des centrales thermiques pour assurer le chauffage urbain et que la diversification des sources d’énergie ne soit pas plus poussée.
- 25 mai. Le nombre de signatures recueillies par la pétition lancée à l’initiative de la FFSPN en janvier atteint 80.000 .
Novembre-Décembre 1975
Référendums et manifestations hostiles sur une quinzaine de sites susceptibles d’héberger des centrales nucléaires
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Janvier 1976
- Publication par Le Courrier du CNRS d’un rapport très critique sur le développement de l’énergie nucléaire en France.
Juillet 1976
Vote de la loi sur la protection de la nature introduisant en droit français la procédure d’étude d’impact.
Août 1976
Réunion des fédérations départementales de la Libre pensée. Adoption d’une motion marquant l’opposition de la Libre pensée au développement du programme nucléaire “tant que les études sur la protection et la suppression des nuisances ne seront pas achevées”. A noter que cette réunion se tenait à Bourg-en-Bresse, non loin de la centrale de Bugey dont les tranches 4 et 5 étaient en voie d’achèvement alors que l’encre du décret d’autorisation était à peine sèche.
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Multiplication des manifestations antinucléaires qui culmineront à Creys-Malville le 30 juillet à proximité du site de Super-phénix. Un manifestant est tué par les forces de l’ordre. La communication sur la programme nucléaire français que devait faire M. Monory, ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, au conseil des ministres du 29 juin, puis du 6 juillet est reportée. En visite à l’usine de Pierrelatte, le président de la République, M. Valery Giscard d’Estaing repousse la proposition faite par le Parti socialiste de l’organisation d’un referendum sur le programme nucléaire.
Le 19 août, M. Monory déclare vouloir proposer au Parlement, à la rentrée, un débat sur le fait nucléaire : “Puis j’informerai les Français d’une façon très précise sur le plan économique et technique à travers les radios, les journaux et la télévision ”. Les services du Premier ministre, M. Raymond Barre, font alors savoir qu’il ne s’agit que d’une initiative personnelle de M. Monory. Sa proposition n’a pas de suite. Le 11 novembre, création du Conseil de l’information sur l’énergie électronucléaire. Mme Simone Veil, ministre de la santé et de la sécurité sociale, en assure la présidence après que M. Robert Poujade eut refusé cette charge.
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Février 1978
Organisation sur le site universitaire de Jussieu, le 15 février, d’un débat sur l’énergie et les installations nucléaires par l’ Union rationaliste et le Laboratoire d’écologie générale et appliquée de l’Université Paris 7. L’on y apprend d’un ingénieur représentant EDF que le seul problème de contamination possible du milieu aquatique en bord de cours d’eau est lié au temps de passage des poissons devant une installation nucléaire. EDF a calculé que compte tenu de la vitesse du courant et de la vitesse de déplacement des poissons, ceux-ci ne resteraient pas assez longtemps devant l’installation pour recevoir une irradiation significative.
A la question d’un biologiste sur les processus de bioconcentration, c’est à dire d’accumulation d’éléments émis en faible quantité et s’accumulant au long de chaînes trophiques pour atteindre des doses toxiques (processus classique en écologie, cf. le DDT ; cf. Minimata ; cf le pain d’algue Porphyra - consommé par les des habitants du Pays de Galles voisins de l’installation de Windscale, amenés à ingérer des concentrations de Ru 106 supérieures aux doses admises par la CPRI), il fut répondu qu’EDF avait les meilleurs ingénieurs qui soient et que cette question ne se posait pas.
Cela était totalement faux. On connaissait déjà, à l’époque, de nombreux cas de bioconcentration d’éléments radioactifs (Foster-1971 pour la rivière Columbia aux Etats-Unis, Lowmann & coll.1971 pour le milieu marin aux Etats-Unis, Preston & Jefferies 1969 en milieu marin au voisinage de Windscale. etc.). Mais MM les ingénieurs ne faisaient manifestement pas leur bibliographie avant de s’exprimer péremptoirement.
Novembre 1978
Après que le "non" l’ait emporté dans le réferendum autrichien sur la construction de la centrale de Zwentendorf, le Parti socialiste demande l’organisation d’une telle consultation en France et un accès à tous les dossiers concernant l’énergie nucléaire.
A noter cette remarque de Mme Huguette Bouchardeau, ministre en charge de l’Environnement de 1983 à 1986, puis députée de Montbéliard, lors d’un entretien publié en 1989 dans la revue Que choisir . Question : "En juin 1987, la découverte d’une fuite de sodium provoquait l’arrêt du surgénérateur Super-Phénix de Creys-Malville (Isère). Quels commentaires avez-vous à faire après l’annonce de son imminente réouverture ?" Réponse : "L’an dernier, lors des incidents, le directeur de la centrale était venu à l’Assemblée nationale, à notre demande, témoigner devant la commission de la production et des échanges. Une de ses phrases m’avait frappée : ’on a déja tellement dépensé... on ne peut plus arrêter’. Compréhensible humainement mais pas du tout logique économiquement, je laisse vos lecteurs juges de cet argument. Après la Villette et le Concorde, la solution raisonnable de temps en temps c’est de dire ’on arrête les frais !’ ” (Que choisir, n° 246, janvier 1989).
Comme M. Poujade, Mme Bouchardeau avait eu maille à partir avec EDF : “EDF n’est pas un lobby à proprement parler, c’est-à-dire une force extérieure à l’Etat : elle a ses représentants dans l’appareil. (...) EDF et le CEA - Centre de l’énergie atomique - ont reçu, dés leur création, des missions du pouvoir politique. Puis ils se sont autonomisés et tentent désormais d’imposer eux-mêmes leur politique” (H. Bouchardeau, Le Ministère du possible, A. Moreau, 1986).
Ce lobby est efficace. Il a réussi pendant des années à faire en sorte qu’il n’y ait pas de débat sur la politique énergétique de la France. Mme Bouchardeau rappelait ainsi lors d’une réunion dont le thème était “Démocratie et environnement” organisée par l’Entente européenne pour l’Environnement le 30 novembre 1992 comment avait été bâclé en 1989 le “débat” parlementaire sur cette question : “Il ne faut quand même rien exagérer quant à la manière qu’a eue le Parlement de s’emparer de questions telles que l’énergie et le nucléaire. En 1989, lorsqu’elle a été amenée à présenter devant le Parlement le rapport sur l’énergie préparé en quatre semaines, pas une de plus, on lui a donné dix minutes de temps de parole ! Il s’agissait tout de même de présenter la question de l’avenir de l’énergie en France et le bilan qu’on pouvait dresser de la politique énergétique et nucléaire.” (Bulletin de l’Entente européenne pour l’Environnement, 13 janvier 1993)
En guise d’épilogue
Février 2000
- Nucléaire, environnement et débat social. Rapport au Conseil Environnement d’EDF. Une tentative de réécriture de l’histoire ? “Avec le lancement du programme Messmer, suite au premier choc pétrolier, la contestation se développa, le nucléaire devenant le cheval de bataille des écologistes. (...) Devenant le maître symbole de la société libérale centralisatrice, les centrales nucléaires connaissent entre 1974 et 1977 une désaffection encore plus spectaculaire dans l’opinion (chute des adhésions supérieure à 30 points) que celle qui suivra en 1986 l’accident de Tchernobyl. (...) Dès que le conflit s’est développé, (...) on est manifestement sorti du cadre de la pensée rationnelle telle que l’envisage le technicien pour celui des représentations où interagissent les valeurs et les symboles”.
En d’autres termes les seuls opposants au programme nucléaire ont été des gens irrationnels. Les économistes de l’Institut de l’énergie de Grenoble, les physiciens du Collège de France, du CNRS, de diverses université, les 4.000 scientifiques signataires de l’appel des 400, les syndicalistes d’EDF-GDF et du CNRS, les naturalistes de France Nature Environnement, etc. ,... tous des écolos soixante-huitards...
Février 2001
“L’opinion a besoin de pouvoir se faire sa propre opinion et attend de l’Etat que lui soient donnés les moyens de forger son jugement. Cette conception participative de la démocratie, ce besoin de demander des comptes, sont concomitants avec le rôle croissant des médias, l’un alimentant l’autre. Le secret est devenu un péché alors qu’il était un des apanages du pouvoir. On peut faire ce constat à propos de l’industrie nucléaire, qui s’est longtemps développée dans une certaine opacité.(...) L’Etat ne peut donc aujourd’hui exercer une mission de stratège économique qu’avec la plus grande transparence et en essayant de se concilier les medias. (...) Le citoyen use de plus en plus, individuellement ou collectivement, de la justice administrative pour remettre en cause des décisions prises par des autorités auxquelles il a délégué la mission de servir l’intérêt généra ”.
Anne Lauvergeon, président-directeur général de la Compagnie générale de matières nucléaires (COGEMA), in Notre Etat, le livre vérité de la fonction publique. IV. L’Etat stratège. A la recherche d’un métronome, Robert Laffont, 2001, pp 455-471.
La dernière phrase mériterait d’être discutée, car l’on ne voit pas où, quand et comment le citoyen a délégué une telle “mission”.
Tentative d’explication
On pourra se demander pourquoi une telle volonté d’occultation, d’accaparement du savoir par quelques uns. Il y a, bien sûr, la connivence originelle entre le nucléaire militaire et son sacro-saint "secret-défense" et le nucléaire civil. Mais il y a aussi la main-mise de certains corps d’ingénieurs (notamment ceux des mines) dont Elisée Réclus disait, en 1905 (L’ Homme et la Terre) : "Elevés en militaires dans les écoles de l’Etat, ils se réclament des règles de la discipline pour exiger l’obéissance ; fonctionnaires ils parlent au nom du gouvernement et de la loi ; savants, ils n’admettent pas que leurs conceptions personnelles puissent être discutées ; chacune de leur parole doit être tenue pour la vérité même (…). Sans doute , ils doivent, plus d’une fois, reconnaître, en secret, que tel ou tel de leurs « chers » camarades a commis quelque grossière bévue, mais, avant tout , il importe de ne pas laisser le public entrer dans la confidence, de revendiquer le mauvais travail comme un chef d’œuvre et surtout, il faut empêcher, à tout prix, qu’un homme du dehors, un individu non sorti des écoles, ne permette de corriger l’ouvrage manqué ».
Il est amusant de constater que ces hauts fonctionnaires issus des grandes écoles n’ont jamais été plus heureux que sous le régime de Vichy qui les avaient débarrassé de ces empêcheurs de tourner en rond qu’étaient les élus et la « société civile ». Comme l’écrivaient avec lucidité François Bloch-Lainé et Claude Gruson (Hauts fonctionnaires sous l’Occupation, Odile Jacob. 1996) : « Nous avons trouvé normal que les techniciens aient un rôle plus important par rapport aux élus ».
Post Scriptum : Comité scientifique du Parc national des Ecrins (19 juin 1997).Le comité est informé que les résultats de la radioactivité mesurée par l’IPSN (Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire) de Cadarache sur les échantillons récoltés dans le Parc en 1986 après l’accident de Tchernobyl seront fournis avant le 27 juin...Ils ne le seront qu’en octobre. Il n’aura donc fallu que... 11 ans aux autorités responsables pour “ informer ” et ce après que la CRII-RAD ait publié les résultats de ses propres analyses... A signaler qu’il n’est pas tellement étonnant que les résultats des analyses soient restées aussi longtemps sous le boisseau, ils ne correspondaient pas au discours officiel qui voulait que “le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl” (Communiqué du 6 mai 1986 du Ministère de l’Agriculture dont le titulaire était alors M. François Guillaume). Il est vrai que M. Guillaume, adepte d’un certain négationnisme n’hésitera pas quelques années plus tard à nier les pollutions azotées d’origine agricole... A signaler qu’après l’accident de Tchernobyl, son nuage bloqué par la ligne bleue des Vosges et les calembredaines du Professeur Pellerin, l’on a guère entendu les scientifiques et ingénieurs du CEA ainsi que les ingénieurs d’EDF (qui, eux, savaient fort bien que M. Pellerin disait n’importe quoi) protester et tenter de rétablir la vérité...
Cette volonté d’opacité et d’occultation de la réalité n’est pas le fait des seules autorités françaises. Il faut signaler que suite à un accord signé en 1959 entre l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) , la première est tenue de soumettre à la seconde les éléments d’information dont elle dispose qui pourraient compromettre les activités de la seconde. C’est ainsi que l’OMS a mis cinq ans à se rendre sur place à Tchernobyl et qu’après voir organisé, en novembre 1995, une conférence internationale sur les suites de la catastrophe, n’en a jamais publié les actes . Les résultats des recherches pouvaient manifestement entraver le développement de l’énergie nucléaire. C’est un peu comme si la publication des travaux sur le cancer du poumon lié au tabagisme avaient dû être soumise aux industries de la cigarette.
Croissance et climat : la schizophrénie politique
Les négociations climatiques pataugent plus que jamais.
C’est dans l’indifférence quasi générale que les négociations internationales sur le climat ont repris à Bonn, cinq mois après la conférence de Durban qui avait fini par entériner le fiasco de Copenhague. En effet, loin d’avoir sauvé le protocole de Kyoto, Durban l’avait vidé encore un peu plus de sa substance, renvoyant à la prochaine conférence, au Qatar (26 novembre -7 décembre 2012) la définition du contenu d’une nouvelle feuille de route. Dans le même temps, les financements promis par les pays du Nord ne sont toujours pas là et le réchauffement global s’accélère. Et le G8, dans sa bulle, parle croissance mondiale au nom du monde entier !
Entamées suite à la conférence de Rio de 1992, les négociations internationales sur le climat sont dans l’impasse. Il y a tout juste deux ans se tenait le sommet de « la dernière chance » à Copenhague. Depuis, un nouveau record d’émissions de gaz à effets de serre est battu quasiment chaque année : + 6 % en 2010. Les niveaux d’émissions sont aujourd’hui plus hauts que le pire des scénarios publiés par les scientifiques il y a à peine 5 ans. Nous allons vers plus de 4°C de réchauffement climatique global et la consommation d’énergie carbonée s’accroît. Les conséquences à travers le monde sont désastreuses : sécheresses en Australie et en Afrique, inondations au Pakistan et en Thaïlande, feux de forêts en Russie, montée des eaux qui menacent les îles du Pacifique, changement des saisons des pluies dans les Andes ou en Asie du Sud-Est, etc. En Europe, la dépendance aux énergies fossiles et aux matières non renouvelables s’accroît. Elle alourdit la dette extérieure et menace envore un peu plus la stabilité de la zone euro.
A Bonn, puis au Qatar, il sera seulement question de trouver un accord sur la façon de négocier lors des trois prochaines années, le négociateur américain considérant que nous sommes dans une « phase conceptuelle » (sic). Déjà vidé de sa substance depuis Copenhague, le principe de responsabilités communes mais différenciées, qui devait guider les négociations en intégrant un critère de justice, est aujourd’hui purement et simplement abandonné par les pays du Nord dans le cadre des négociations préalables à la conférence internationale de Rio+20 (20-22 juin). Ces derniers s’opposent en effet à ce que la déclaration finale comporte tout langage prescriptif, toute référence à des principes qui pourraient quelque peu les engager, toute référence aux droits des populations pour l’accès aux ressources vitales.
Certes le climat est bien considéré comme « un des plus grands défis de notre temps » et sont reconnus ses « effets négatifs (...), y compris les évènements climatiques extrêmes, les sécheresses, la montée du niveau des mers, l’érosion des côtes et l’acidification des océans », le tout « compromettant gravement la sécurité alimentaire, les efforts pour éradiquer la pauvreté et parvenir à un développement soutenable, menaçant l’intégrité territoriale, la viabilité et l’existence même de petits Etats insulaires ». Mais face à ces constats partagés, aucune mesure ou objectif contraignant n’est en vue.
Les mécanismes de marché et la compensation carbone mis en œuvre depuis 2005 ont échoué, comme le montre le marché du carbone européen. Ils sont pourtant cités en exemple pour la mise en place de nouveaux dispositifs visant à protéger la biodiversité et plus largement l’ensemble des services écosystémiques que la nature nous fournit gratuitement. Alors que l’industrie financière est en train de provoquer un chaos économique et politique en Europe, c’est son extension qui est proposée par la voie de la financiarisation des ressources naturelles, au nom d’une économie et d’une croissance vertes.
Pour Attac France, cette « économie verte », largement décrite dans de nombreux rapports d’institutions internationales, transcrit la volonté de soumettre tous les cycles vitaux de la vie aux règles du marché et à la domination de la technologie. Pour sortir de l’alternative suicidaire austérité ou croissance, une transition écologique est urgente, notamment en matière énergétique. Créatrice d’emplois et ouvrant les possibilités d’un avenir commun entre les peuples du monde, elle pourrait faire de l’Europe un continent moteur pour ces transformations. C’est dans cette optique qu’Attac France, en lien avec ses partenaires français, européens et internationaux participera et contribuera au Sommet des Peuples qui se déroulera en parallèle de la conférence de Rio+20 (15–23 juin) ainsi qu’aux initiatives des 9 juin (débat public à Paris) et 20 juin (journée d’actions globale).
Une bataille juridique interne agite le Réseau sortir du nucléaire
L’éviction de Stéphane Lhomme du Réseau Sortir du nucléaire en 2010 n’est toujours pas digérée. Des procédures juridiques sont maintenant engagées par les exclus.
Appel à aide financière
Chère amie, cher ami,
Comme vous le savez, un certain nombre de militants ont été brutalement évincés du Réseau Sortir du nucléaire en 2010 : la majorité du Conseil d’administration a été « révoquée » injustement et en violation des statuts, et Stéphane Lhomme a été licencié sous prétexte d’une prétendue « faute grave » inexistante. Les uns et les autres avaient pourtant donné toute leur énergie pour construire le Réseau et l’amener à un niveau reconnu.
Diverses démarches ont été tentées pour sortir de cette affaire par le haut. Par exemple, des motions reconnaissant que les évictions de 2010 étaient injustifiées ont été proposées lors des AG 2011 et 2012. Mais ces motions ont été décrétées « irrecevables » par les personnes qui ont mis la main sur le Réseau, empêchant tout règlement à l’amiable.
Aussi, il ne restait aux militants évincés que la voie de la Justice pour faire reconnaître le tort qui leur a été causé : la plupart d’entre eux sont profondément marqués par les accusations diffamatoires dont ils ont fait l’objet et par les manoeuvres ignobles qui ont été organisées en coulisse pour les éliminer.
C’est pour cela que, parmi les administrateurs évincés, trois se sont portés volontaires pour une procédure au TGI (Tribunal de grande instance) de Lyon. Il s’agit de Frédéric Boutet, Véronique Marchandier et Pierre Péguin. Simultanément, Stéphane Lhomme a saisi les Prud’hommes.
La procédure au TGI vise à faire annuler la « révocation » du Conseil d’administration en février 2010, opération illégale et illégitime. Notez bien que, si la procédure aboutit, les décisions prises depuis 2010 par le CA du Réseau ne seront pas remises en cause, il s’agirait donc d’une décision principalement symbolique, mais néanmoins d’une importance majeure pour la dignité des militants évincés.
Aujourd’hui, les procédures avancent :
- une audience préparatoire, dite « de mise en état », a lieu au TGI fin juin, l’audience proprement dite se tenant probablement fin 2012 ou début 2013.
- l’audience aux Prud’hommes est fixée au 21 décembre 2012.
Nous nous adressons à vous aujourd’hui pour vous tenir au courant de l’avancée de ce douloureux dossier, mais aussi pour solliciter votre aide : alors que ceux qui nous ont évincés puisent sans limite dans l’argent militant du Réseau pour s’offrir les services de plusieurs avocats (quatre à ce jour !), nous avons à supporter des frais importants : frais d’avocat, d’huissiers, de déplacements (les personnes concernées vivent loin de Lyon où ont lieu les rendez-vous et les audiences), avec déjà plus de 4000 euros dépensés, et de nouvelles dépenses en perspective du fait des échéances citées ci-dessus.
Aussi, nous vous remercions par avance si vous voulez bien nous aider financièrement pour mener à bien ces démarches, d’autant que certains d’entre nous sont dans des situations précaires. Il est clair que, le cas échéant, vous n’en tirerez aucun « retour sur investissement », ni même de dégrèvement fiscal ou autre. Vous aurez par contre aidé des militants bafoués à se battre pour que justice leur soit rendue.
D’avance merci beaucoup de votre soutien !
Signataires : Frédéric Boutet, Véronique Marchandier, Pierre Péguin (ex-administrateurs du Réseau Sortir du nucléaire), et Stéphane Lhomme (ex-administrateur puis ex-salarié du Réseau Sortir du nucléaire)
Toulouse : les occupants du bâtiment d’Etat continuent la lutte
APPEL A RESISTANCE CONTRE LES EXPULSIONS
Il y a plus d’un an, nous, CREA (Collectif pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion), avons réquisitionné le bâtiment d’Etat du 70 allée des Demoiselles à Toulouse. Plus de 40 personnes dont 7 familles qui vivaient dans la rue s’y sont installé-e-s. Les enfants sont scolarisé-e-s et les familles profitent d’espace et de temps pour reprendre leur vie en main. On essaie de s’en sortir collectivement, en autogestion, entre galériens.
Des centaines de personnes utilisent aussi le lieu pour toutes sortes d’activités et de projets à travers le Centre Social Autogéré : menuiserie, jardinage, alphabétisation, soutien scolaire, boxe, soutien juridique, concerts, projections, atelier couture, organisations de rencontres, discussions, débats, cuisine et activités avec les enfants, zone de gratuité... Tout fonctionne sur l’entraide et la solidarité, sans subventions et sans en demander.
Nous reprennons les bâtiments construits par le peuple, appartenant au peuple et laissés vides par leurs propriétaires. Le capitalisme jette de plus en plus de gens à la rue et spécule sur les logements vides. Face à cette stratégie délibérée de création de la misère, nous réquisitionnons. L’état ne fait pas partie de la solution mais du problème.
Depuis septembre 2011, avec des membres du GPS (Groupement Pour la défense du travail Social) ainsi que des individu-e-s de tout horizon, nous avons lancé, la campagne « zéro gosse à la rue » devenue depuis « zéro personne à la rue ». Il s’agit de proposer à qui le désire de s’organiser pour réquisitionner des bâtiments vides et s’y loger, en portant des pratiques d’entraide et d’autogestion. Ces bâtiments accueillent plus de 120 personnes soit 40% de l’hébergement d’urgence de familles à Toulouse.
Seulement 4 des 10 bâtiments réquisitionnés ont survécu aux expulsions illégales de la préfecture. L’acharnement de cette préfecture serait-il lié à sa peur que nous nous réapproprions nos biens et nos droits, que nous ne soyons plus sous contrôle ? Tenterait-elle d’atteindre l’illusion de voir notre expérience humaine disparaître avant des mutations certaines ?
Ce 1er juin 2012, à 9h, nous serons nombreux-euses au tribunal administratif de Toulouse pour le procès du 70 allées des Demoiselles. Notre propriétaire, le ministère des Affaires sociales, demande l’expulsion du bâtiment qu’il veut se réapproprier afin d’y créer, soit disant, un centre d’hébergement d’urgence pour sans domiciles fixes. Nous dénonçons la sinistre ironie de ce projet qui consiste à remettre 40 personnes, dont une quinzaine d’enfants, à la rue pour y “accueillir” des SDF laissés à la rue depuis des années. Et cet “accueil” ne se fera bien sûr pas sur la base de l’autogestion. Non seulement l’Etat se désengage en baissant les budgets alloués au financement des hébergements d’urgence mais aujourd’hui il cherche aussi à détruire toute forme d’organisation collective et solidaire.
Si nous exigeons l’arrêt de ce procès, nous l’exigeons aussi pour toutes les expulsions, qu’elles soient par la force ou la ruse administrative.
Qui veut la peau de l’éolien ?
Les éoliennes ne sont pas seulement victimes d’une guérilla judiciaire par leurs opposants. Elles sont également la cible d’une bataille de communication qui utilise l’arme du droit pour tenter de dégrader l’image qu’ont nos concitoyens de cette énergie verte. L’arrêt rendu par le Conseil d’Etat le 15 mai en offre un nouvel exemple. Saisi par une association d’opposants, le Conseil d’Etat n’a pas annulé le mécanisme d’achat de l’électricité éolienne, mais renvoyé l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne. Encore un an de procédure en perspective, mais pendant ce temps le financement de l’énergie du vent n’est pas menacé : c’est une thèse.
Elle est peut-être fausse. Les professionnels de l’éolien doivent se garder en effet de tomber dans le piège que leur tendent leurs adversaires : le combat mené contre les moulins à vent devant les tribunaux et au Parlement n’est pas qu’un combat juridique. Ce combat n’a pas pour seul but d’ensevelir les aérogénérateurs sous des tonnes de nouveaux textes, de contraintes administratives et de recours en justice. Ce combat a aussi pour objet d’écorner l’opinion positive portée sur ces machines.
Celles-ci sont généralement associées à l’écologie, à la lutte contre le changement climatique, à une énergie propre par opposition aux nuisances des énergies fossiles ou nucléaires. Nombre d’ONG ont mis des éoliennes sur leurs sites internet pour symboliser leur revendication d’un monde plus propre. Les opposants ont bien compris cet avantage de l’éolien et donc décidé de l’associer à d’autres concepts, d’autres images, bien plus anxiogènes, bien moins romantiques. Le matraquage juridique dont sont l’objet les éoliennes tend à ce que leur nom soit plus souvent associé à de nouvelles réglementations, à des initiales peu désirables - ICPE, ZDE, SRE, SRCAE - ou à des considérations financières, comme celle relative au tarif d’achat, qui était en jeu devant le Conseil d’Etat. En 2010, le classement ICPE des éoliennes, soit leur soumission aux mêmes règles que les établissements industriels dangereux, a été le point d’orgue de cette stratégie d’avilissement de l’image de l’éolien : pour la première fois, les antiéoliens ont pu prétendre qu’il fallait désormais parler d’« éolien industriel » et non d’« énergie verte ».
Depuis, il n’est plus question que de cohabitation des éoliennes avec les radars, de rédaction d’une étude de dangers, de calcul des capacités techniques et financières, de l’exploitant, de remise en état du site, etc. La réponse à apporter à ce harcèlement législatif et judicaire ne doit donc pas être que juridique. Elle doit également être politique.
Il est grand temps que l’Etat dise enfin clairement quelle est sa feuille de route pour développer sincèrement les énergies propres dans ce pays. Proclamer des objectifs chiffrés, mais non contraignants, ne suffit pas. Une éducation à l’énergie, préalable à un vrai débat sur cet enjeu de civilisation, doit être encouragée et la chasse aux idées reçues doit être ouverte. Une chose est sûre : l’éolien n’est pas qu’une source d’énergie, c’est aussi et surtout un projet de société. Espérons que ce sera celui défendu par le nouveau président de la République !
Une éolienne perd une pale en Eure et Loir
Vendredi 18 mai, tôt le matin au parc éolien du Chemin d’Ablis (Eure-et-Loir), par « un bon vent, tout à fait dans le périmètre de fonctionnement de la machine », selon le gérant EDF Energies Nouvelles, une pale de 46 mètres s’est décrochée de l’une des 26 turbines de 2 MW de Repower. Elle est tombée au pied de la machine sans causer d’autres dégâts.
Un "incident extrêmement rare", pour EDF EN qui gère le parc de 52 MW, implanté en 2008 sur 8 communes le long de l’autoroute A10 sur 17 kilomètres. L’incident n’est pourtant pas si exceptionnel pour les éoliennes terrestres et offshore.
Ecosse
Il est déjà survenu en mars 2010, à Whitelee (Ecosse), l’un des plus grands parcs éoliens d’Europe, géré par ScottishPower Renewables, filiale de l’espagnol Iberdrola. En pleine nuit, une pale s’était envolée de la turbine 2,3 MW Siemens, déclenchant les alarmes du centre de contrôle et précipitant la fermeture temporaire de la centrale et l’interruption de ses travaux d’extension.
Ce parc de 322 MW, situé à 20 min de Glasgow, ouvert en 2009 pour un budget de 300 millions de livres, alimente 180.000 foyers — pratiquement toute la ville de Glasgow. A l’été 2012, 39 nouvelles éoliennes supplémentaires de 100 mètres de haut devraient s’ajouter aux 140 éoliennes déjà construites par Siemens, pour atteindre les 593 MW de capacité prévue.
En décembre 2011, toujours en Ecosse, une turbine Vestas du parc d’Ardrossan (Ecosse) de 24 MW a pris feu, sous l’impulsion de vents violents qui ont sollicité un rythme de rotation extraordinaire pour la machine.
Eolien offshore
Et les accidents ne frappent pas seulement sur terre. En novembre 2011, le norvégien Sway a également perdu une de ses mini-turbines… coulée en mer. Au large des côtes de la Norvège, les vagues de 6,3 mètres n’ont fait qu’une bouchée de la petite maquette (au un/sixième) de sa future turbine flottante. Selon l’industriel, le vrai modèle d’une capacité de 5 MW — lorsqu’il sera produit — pourra supporter des vagues allant jusqu’à 26 mètres, de quoi survivre en mer du Nord.
Du nouveau sous le soleil
Du nouveau sous le soleil : une histoire de l’environnement mondial au XXe siècle
(traduit de l’anglais par Philippe Beaugrand)
Guerres mondiales, essor et chute du communisme, diffusion de la démocratie : voici les événements qui forment l’histoire habituelle du XXe siècle. Mais, durant ce siècle, l’impact des hommes sur l’atmosphère, l’eau, le sol et la biosphère a atteint une intensité sans précédent. Comme l’écrit J.R. McNeill dans ce livre important, avec le recul, le changement environnemental apparaîtra comme le phénomène le plus important de l’histoire du siècle.
A partir d’une présentation passionnante, qui mélange anecdotes, données et analyses éclairantes, McNeill nous propose le premier récit complet de « l’expérience gigantesque et incontrôlée menée sur la terre » par l’espèce humaine au XXe siècle. Ce livre est rien moins qu’une réécriture de la vision de l’histoire communément admise : Thomas Midgley, l’inventeur de l’essence au plomb et du premier gaz CFC, devient un des premiers personnages du siècle, devant les acteurs de deux guerres mondiales.
(Ed. Champ Vallon, 2010)
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John McNeill est né à Chicago et enseigne l’histoire, particulièrement de l’environnement, à l’Université de Georgetown (Etats-Unis). Il est chercheur sur les questions d’histoire de l’environnement. Il a publié plusieurs livres, sur l’histoire environnementale pendant la Guerre froide, sur les liens entre l’économie écologique et l’histoire environnementale, etc. Il travaille actuellement sur une histoire environnementale de la révolution industrielle. Something new under the sun a obtenu un grand succès aux Etats-Unis.
Des candidats « objecteurs de croissance » dans 40 circonscriptions
Les « Objecteurs de Croissance » seront présents dans plus de 40 circonscriptions aux élections législatives de juin 2012. C’est une étape supplémentaire et historique pour le mouvement qui se construit, notamment en étant présent à toutes les élections depuis les législatives de 2007, dont Europe-Décroissance en 2009. Pour porter leur radicalité, les Objecteurs de Croissance se sont parfois associés avec d’autres structures politiques parce qu’ils croient possible et nécessaire un rassemblement de l’écologie radicale, anticapitaliste, et antiproductiviste.
La liste des candidatures se trouve ici
Une croissance illimitée dans un monde limité est une absurdité
Alors que la classe politique ne jure que par la recherche de la croissance à tout prix pour résoudre les problèmes socio-économiques, nous refusons de cautionner plus longtemps cette fuite en avant qui, sous prétexte d’« efficacité économique », accroît les inégalités, épuise les ressources, massacre le vivant, et emmène l’humanité tout droit dans le mur. Cette augmentation perpétuelle du PIB, sur laquelle repose le système actuel, est en tout état de cause illusoire de par l’épuisement des ressources, et en particulier la raréfaction des sources d’énergie abondantes et bon marché, et de l’accumulation des déchets que ce système produit. Le réalisme ne viendrait-il pas de ceux qui proposent de changer les règles d’un modèle de société voué à l’échec ?
Cette remise en cause du système, c’est l’« Objection de croissance », ou « Décroissance ».
La Décroissance est un projet politique de rupture avec le capitalisme : nous proposons un ensemble d’alternatives et d’expérimentations concrètes pour sortir de la logique économique dominante. C’est la transition volontaire vers une société écologiquement responsable, socialement juste, humainement décente et démocratique. Il s’agit de réduire et surtout modifier notre consommation et notre production afin de réduire les inégalités dans le respect des écosystèmes.
Nos propositions :
- les relocalisations : habiter, se déplacer, fabriquer, distribuer, échanger, décider, pour retrouver la maîtrise de nos usages, ménager le territoire, nous réapproprier nos modes de vie et partager les biens communs ; l’instauration d’une réelle démocratie brisant le pouvoir de l’argent et évitant la confiscation du pouvoir par une élite, en redonnant une prise directe des citoyens sur les affaires communes : démocratie directe d’initiative référendaire, combinaison élections-tirage au sort, encouragement à l’autogestion…
- une société écologiquement responsable avec l’arrêt immédiat des nucléaires mais aussi une mise sous tutelle de la recherche pour la réorienter vers des objectifs écologiques et humanistes excluant les OGM, les nanotechnologies ou les agro-carburants, une révision de l’habitat pavillonnaire au profit de moyens et petits habitats groupés, la libération des territoires de l’emprise automobile, et une décroissance des budgets militaires et publicitaires ;
- une société juste et humainement décente en refusant l’exploitation des autres peuples et de leurs ressources, l’instauration d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie incluant la gratuité des services publics, des usages reconnus socialement utiles et écologiquement responsables, la gratuité du bon usage écologique et modeste des ressources de première nécessité et de la terre, la réduction du temps de travail couplée à l’instauration d’un revenu maximum autorisé ;
- l’émancipation de l’éducation et des cultures de la compétition, de la concurrence et de la consommation.
Et si l’éolien individuel n’était pas irréprochable ?
L’enfer est pavé de bonnes intentions, qui peuvent prendre la forme de petites éoliennes individuelles...
Militant naturaliste depuis plus de trente ans, et professionnel de l’écologie depuis vingt ans, j’avais comme tout un chacun un a priori favorable aux développement des énergies renouvelables en général, et de l’éolien en particulier.
J’étais certain que les solutions étaient simple pour « sortir du nucléaire ». Jusqu’à ce que...
Jusqu’à ce que je découvre comme directeur d’un parc naturel régional les dérives d’un développement incontrôlé : absences de planification, mauvaises gouvernances, dérogations à toutes précautions environnementales imposées aux autres activités. J’initiais une demande de moratoire.
J’étais alors certain que la solution résidait dans le développement et la consommation des énergies renouvelables dont l’éolien, mais localement et associés aux économies. Jusqu’à ce que...
Jusqu’à ce que mon voisin installe une éolienne sur sa façade aveugle, à trois mètres de la limite séparative, à hauteur de la fenêtre de la chambre à coucher. Dans un lotissement auparavant tranquille. A lui les recettes, à moi les mouvements et sifflements jour et nuit (not in my back yard, dit-on). C’est que, après la mode au photovoltaïque, les promoteurs démarchent désormais les particuliers par téléphone pour leur promettre des gains conséquents grâce à l’installation d’une machine sur chaque maison.
Ainsi aucun particulier ne peut ouvrir une fenêtre sur sa façade ou bâtir un garage sans autorisation, mais il peut ériger une éolienne sans aucune consultation du voisinage, ni même une simple déclaration en mairie, pourvu qu’elle ne dépasse pas 12 mètres de haut (un petit immeuble !). Comme cela avait été le cas pour l’éolien industriel, le législateur n’a pas anticipé les problèmes qui ne manqueront pas de surgir.
Les conflits vont fleurir. Les avocats s’enrichir à tenter de démontrer les troubles anormaux de voisinage, les assureurs payer... Jusqu’à ce que...
Jusqu’à ce que le législateur prenne les mesures qui s’imposent pour que de braves gens ne soient plus victimes d’une vision dogmatique et technocratique de l’écologie. Car le bruit est la première pollution ressentie par les Français qui ont besoin de pouvoir se reposer après une journée de travail, écologie ou pas.
La finance imaginaire
Figure imposée de la communication politique, la dénonciation des excès du capitalisme sauvage – aussi virulente qu’inoffensive – a duré le temps nécessaire à la recapitalisation des banques. Les responsables et intellectuels dominants des puissances occidentales l’avaient, pourtant, répété à qui voulait l’entendre : l’État allait reprendre la main sur la finance et contrôler les banquiers. Voilà pour les slogans de campagne.
Sur le terrain, le capitalisme réel voit les plus grands noms de la politique internationale – qu’ils soient démocrates ou républicains, travaillistes ou conservateurs, socialistes ou libéraux – siéger dans les conseils d’administration de trusts et hedge funds assimilant l’économie à un portefeuille géant d’actifs. Quant aux spéculateurs d’hier, dénoncés il y a peu encore pour leur cupidité et leur irresponsabilité, ils ont déjà été réinstallés par les pouvoirs publics à la tête de commissions de sages prônant une meilleure gouvernance de la finance...
Étude détaillée de l’oligarchie financière et analyse serrée du discours social, La finance imaginaire, véritable Who’s Who, rompt avec l’image désincarnée des marchés financiers que relaient, jour après jour, les penseurs de la doxa, et qui est bien faite, consciemment ou non, pour laisser impensés les véritables bénéficiaires des mesures de crise et politiques d’austérité à venir.
(368 pages, 25 €)
Solaire : percée technique dans la photosynthèse artificielle en Suède
Des chercheurs du département de chimie de l’Ecole royale polytechnique de Stockholm (KTH) ont mis au point un catalyseur moléculaire, à base de ruthénium, qui permet d’oxyder l’eau en oxygène et hydrogène à une vitesse comparable à celle de systèmes photosynthétiques naturels
Photosynthèse artificielle : un nouveau catalyseur qui change la donne
Dans le champ des énergies renouvelables, la recherche se concentre depuis plus de 30 ans sur la mise au point d’un processus de photosynthèse artificielle qui permettrait de développer l’utilisation de l’énergie solaire. Le problème central dans ce système qui utilise la lumière pour produire directement de l’hydrogène est la vitesse d’oxydation de l’eau, les catalyseurs connus étant toujours trop peu efficaces.
L’équipe de KTH a produit un catalyseur [Ru(bda)(isoq)2] qui accélère l’oxydation à une vitesse jusqu’ici jamais atteinte : la fréquence de production d’oxygène est supérieure à 300 molécules par site et par seconde. Ce résultat est pour la première fois comparable à la vitesse de la réaction dans des systèmes in vivo, qui va de 100 à 400 molécules par seconde. Ce record mondial ouvre de nouvelles perspectives pour l’énergie solaire ainsi que d’autres sources d’énergie renouvelable. Avec ce système, la lumière du soleil peut notamment être utilisée pour convertir le dioxyde de carbone en différents carburants tels que le méthanol.
Licheng Sun, professeur de chimie organique à KTH et co-auteur de l’article qui présente ce résultat estime que la vitesse atteinte grâce à ce catalyseur rend par exemple envisageable la création de grandes infrastructures dans le Sahara pour produire de l’hydrogène. Il pourrait aussi permettre la conversion de l’énergie solaire en électricité avec une efficacité bien supérieure à celle des meilleures technologies aujourd’hui disponibles sur le marché.
La prochaine étape est de rendre cette technologie accessible et donc compétitive par rapport aux carburants d’origine fossile. L’équipe poursuit son travail dans cette direction. Les recherches sont financées par la fondation Wallenberg et l’Agence suédoise de l’énergie.
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Références : - Communiqué de presse de KTH
- Article : « A molecular ruthenium catalyst with water-oxidation activity comparable to that of photosystem II », Lele Duan et al., Nature Chemistry, 4, 418-423, 2012.
Le défi de Mme Duflot
Cécile Duflot est une politicienne habile. La voilà au pied d’un mur plus impressionnant que celui dressé devant les chemins d’accès au pouvoir : l’exercice de ce pouvoir. Et d’une façon qui corresponde aux idéaux mis en avant pour permettre sa conquête.
La responsabilité qui lui incombe est au coeur de l’articulation entre l’objectif de justice sociale et l’impératif écologique : le logement, c’est-à-dire, en fait, l’organisation collective de l’espace physique. Cette organisation détermine en bonne partie l’empreinte écologique globale de la société. Le « ministère de l’égalité des territoires et du logement » est donc bien un ministère écologique, qui touche à une des préoccupations les plus concrètes de nos concitoyens.
Quels sont les principaux enjeux ? Lancer un programme de rénovation thermique des habitations qui fasse des économies d’énergie une vraie culture en même temps qu’un outil de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de création d’emplois. Renouveler une politique de construction pour répondre au besoin essentiel qui est celui d’habitations à coût raisonnable. Limiter l’étalement urbain, qui consomme aujourd’hui en France plus de 80 000 hectares par an. Si cette politique réussit, elle aura des effets secondaires sur le renouveau de l’agriculture et la limitation de déplacements largement liés à un urbanisme éparpillé.
Est-il possible de construire plusieurs centaines de milliers de logements par an tout en limitant la consommation d’espace ? Ce sera le principal défi. Pour le relever, il faudra revoir le territoire avec un oeil nouveau. Par exemple, nous dit Eric Hamelin, coauteur de La Tentation du bitume (Rue de l’échiquier, 224 p., 14,20 €), « on compte 5 000 km2 de surface de parkings en France. A raison de cent logements pour deux personnes par hectare, cela représenterait cent millions d’habitants ». Le trait est forcé, mais il signifie que les interstices du tissu urbain représentent une importante réserve foncière. Deuxième voie : la maîtrise collective de l’espace, pour sortir des logiques spéculatives. Les outils sont connus : agences publiques foncières et plans d’urbanisme à l’échelle intercommunale. Et puis, troisième outil, modifier une fiscalité qui favorise l’artificialisation des sols, comme le démontre Guillaume Sainteny dans Plaidoyer pour l’écofiscalité (Buchet-Chastel, 262 p., 20 €).
La tâche, comme on dit, est immense. Souhaitons que la ministre soit à la hauteur.
L’Age de faire
Le n°64 de mai 2012 est paru. Au sommaire :
TOUS BANQUIERS ! Cigales, tontines : quand l’épargne et le crédit créent du lien...
Reportage : Une Cigales dans la librairie
Il y a quelques mois, la librairie rurale d’Antoine Prohom, trop fragile pour obtenir un prêt bancaire, était au bord de la faillite. Grâce à l’apport de quatorze petits investisseurs locaux, il a pu maintenir et consolider son activité. Reportage
Pour 2050, une autre agriculture !
Avec le scénario Afterres 2050, les ingénieurs de l’association Solagro dressent le portrait possible de nos campagnes en 2050. Ils proposent de travailler en bio la moitié des terres cultivées.
Ecole : à la recherche de l’égalité
A l’initiative d’ ATD Quart Monde, des parents, des professionnels de l’école et des chercheurs se sont réunis autour de l’exclusion scolaire des enfants de familles pauvres et font des propositions.
Monodiètes : le ménage de printemps La monodiète et le jeûne permettent au corps de se débarrasser des molécules toxiques contenues dans nos aliments et des toxines produites par l’organisme du fait d’une alimentation déséquilibrée.
DOSSIER : L’Europe s’enrichit des tontines
- Cigales, tontines... qu’importe le moyen, pourvu qu’il y ait du lien
L’ association des Cigales du Nord-Pas-de-Calais veut démocratiser l’outil des clubs d’investisseurs, et s’ enrichir des savoir-faire populaires.
- Sans les banques… avec internet
La toile permet de mettre en relation porteurs de projet et financeurs. Voici venu le temps de la finance participative… et d’un nouveau business ?
Comprendre : les syndicats et l’écologie : quels atomes crochus ? 1 / 3 Le nucléaire vu pas les syndicalistes
Ça donne la pêche : L’habitat écolo a son outil d’investissement
Bâti cités, un nouveau fonds d’épargne citoyenne, propose d’investir dans des projets d’habitat écologiques et socialement innovants. Première levée de fonds en juin.
- Un autre regard sur les jeunes et l’emploi
Alors que les politiques publiques peinent à tenir compte des nouvelles attentes des jeunes à l’égard du travail, des initiatives cherchent à ouvrir leurs perspectives et à leur faire découvrir les coopératives.
- Le chômage intéresse tout le monde
L’association Solidarités nouvelles face au chômage prouve depuis 27 ans que les citoyens, par leur écoute, leurs connaissances et leurs compétences, peuvent aider les demandeurs d’emploi à affronter cette période et à trouver du travail.
(...) Et beaucoup d’autres articles...
L’écologie, cinquième roue de la charrette algérienne
« Le peuple n’est pas indifférent, mais il n’y peut rien »
Quelle part prendra l’écologie dans le changement attendu par les Algériens après les élections législatives du 10 mai ? Même en ayant les plus grandes illusions, les écologistes n’espèrent presque rien du côté institutionnel. Les « décideurs » n’ont pas de raison de faire un geste pour l’écologie. Ils ont déjà fait le minimum : le gouvernement comprend un ministère de l’Environnement depuis 2000, le Parlement a déjà voté une loi sur l’environnement au cours de la législature précédente, les fonctionnaires du ministère participent à toutes les réunions internationales au point où ils se mélangent souvent les pédales quant aux noms de villes et des événements qu’elles ont abrités. Du point de vue des obligations contenues dans les accords mondiaux sur l’environnement, l’Algérie est plutôt un bon élève.
En face, dans la réalité, le tableau est différent. Tous les besoins sont là. Depuis le problème basique et immédiat qu’est celui de l’hygiène et de la salubrité publiques jusqu’au problème « national » qui engage les « générations futures » comme celui de l’énergie. Le peuple n’est pas indifférent, mais il n’y peut rien.
Au milieu, pourrait-on dire, la société civile, c’est-à-dire les média et les associations écologiques (appelées ONG ailleurs). Les médias sont guidés par les annonceurs publicitaires ou par le gouvernement, parfois par les deux combinés. Les associations écologiques qui réussissent sont celles qui arrivent à « coller » à des programmes étrangers (Union européenne, institutions de la Méditerranée, PNUD), sans rapport avec les préoccupations algériennes réelles mais porteurs d’avantages (financement, voyages,…).
L’écologie reste la cinquième roue de la charrette.
15e jour de grève de la faim pour l’abolition des armes nucléaires
Jean-Marie Matagne entre mardi 29 mai dans son 15e jour de grève de la faim pour obtenir un référendum sur la participation de la France au processus d’abolition des armes nucléaires. Depuis le 15 mai, il a perdu 10 kilos, mais sa santé est bonne et son moral intact. Ce week-end, les journaux et hebdos de Charente Maritime (Sud Ouest, Le Littoral, La Haute Saintonge, L’Angérien libre…) et les radios locales ont bien rendu compte de son action.
Son comité de soutien (CSGF-RAHAN) poursuit l’extension et la coordination de la solidarité au niveau national. La perspective de jeûnes symboliques d’accompagnement se précise. De nombreux messages de soutien lui sont parvenus de toute la France et de l’étranger. Sa détermination est totale. Il attend une réponse du Président de la République à sa demande d’audience.
Il a publié hier, sur le blog de Jean-Marie Collin (expert en armements et en désarmement) et sur le site d’ACDN un article intitulé : « Abolition des armes nucléaires : Un ’contrôle mutuel et international strict et efficace’ est-il possible ? »
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Grève de la faim pour un référendum
Le peuple français n’a jamais été consulté sur la question des armes nucléaires, armes de crimes contre l’humanité construites en son nom et avec ses subsides - 300 milliards d’Euros, et cela continue.
50 ans d’omerta militaire et nucléaire, ça suffit. Le changement, c’est maintenant.
Exigeons du nouveau Président, du nouveau gouvernement et des candidats à la députation qu’ils engagent la France dans la négociation d’une Convention d’élimination de toutes les armes nucléaires. Cette question est inscrite à l’agenda international, elle doit être posée aux Français : « Approuvez-vous que la France participe avec les autres Etats concernés à l’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? » Pour obtenir le référendum qui nous permettra de la trancher démocratiquement, Jean-Marie Matagne, 68 ans, président d’ACDN, est entré en grève de la faim le 15 mai 2012.
Soutenons cette action, et rejoignons-la par tous moyens à notre disposition.
Comité de Soutien à la Grève de la Faim pour un Référendum et l’Abolition Historique des Armes Nucléaires (CSGF-RAHAN)
Des projets géants de centrales solaires en Espagne
L’Espagne a suspendu tout tarif d’achat aux énergies renouvelables en janvier dernier, mais des développeurs allemands et espagnols osent préparer pour 2015 d’immenses fermes photovoltaïques dont l’électricité sera vendue directement au prix du marché, sans subvention !
Une première en Europe à cette échelle, et peut-être le début d’une ère solaire, où cette énergie sera suffisamment bon marché pour être compétitive.
Depuis début avril, trois méga-projets ont été autorisés et deux autres sont dans les tuyaux, dans les régions d’Extrémadure et de Murcie, au sud du pays. Une région idéale où l’ensoleillement atteint un record en Europe et où le prix des terrains est très bas, alors que le prix de l’électricité classique (le prix de marché) y est bien plus cher qu’en France.
Un même modèle est bien plus délicat à créer en France, où le soleil est moins fort et les terrains plus chers, et jusqu’ici seul le développeur Solairedirect, dans son fief de Poitou-Charentes, s’est aventuré en ce sens.
1,2 GW sans subvention en 2015
La région Extrémadure concentre les trois projets autorisés, dont les mises en route sont toutes prévues à l’horizon 2015 :
- Une centrale de 400 MW, d’un coût de 450 M€, développée par l’allemand S.A.G. Solarstrom (SAG) et l’espagnol Valsolar.
- Un parc solaire de 500 MW, pour 725 M€, du développeur espagnol Ecoenergias del Guadiana a été autorisé début mai.
- Une ferme de 250 MW, pour 250 M€, prévue par l’allemand Gehrlicher, a été autorisée en avril dernier.
Du côté du projet de Solarstrom, la centrale photovoltaïque va venir remplacer deux projets de centrales solaires thermiques qui avaient été initiés par Valsolar avant l’arrêt des subventions. Mais contrairement au photovoltaïque, ces projets thermiques n’auraient pas pu se passer de subventions.
Le projet de Gehrlicer, lui, est prévu sur la commune de Talavan, un territoire des plus ensoleillés d’Europe. La ferme couvrira 750 hectares, pour produire 400.000 MWh par an. Via sa filiale Gehrlicher Espana, le groupe bavarois reste l’un des plus actifs développeurs solaires en Espagne, où le marché photovoltaïque a été considérablement ralenti par le gel des tarifs d’achat. L’Espagne n’a installé que 400 MW l’an dernier.
Encore des projets
Dans la région de Murcie, l’allemand Würth Solar et l’espagnol Gestamp Renewables Corp prévoient des parcs de taille similaire, qui vendront leur électricité eux aussi sans subvention.
En janvier dernier, Madrid a instauré un moratoire sur tous les tarifs d’achat des électricités renouvelables. Tous les installateurs solaires qui restent actifs en Espagne, comme Gehrlicher, Gestamp, Würth, Juwi et SunEdison, ont pourtant continué leurs projets, et pourraient donc emboîter le pas à Gehrlicher si son modèle paraît viable.
Les demandes de raccordement restent très élevées en Espagne à divers stades de développement : 9 GW de dossiers ont été déposés au total, dont 4 GW dans la région de Murcia. Les syndicats professionnels estiment cependant que le solaire n’atteindra la parité réseau qu’après 2016, et craignent un excès d’optimisme qui exonère le gouvernement de toute aide au secteur.
Pour Guillermo Barea, patron de Gehrlicher España, son projet de 250 MW non aidé illustre « l’avenir du secteur », une « renaissance du solaire espagnol » et « un message d’optimisme » qui montre que le photovoltaïque sera viable sans subvention en Europe dès 2014. L’Espagne pourrait alors reprendre le leadership mondial du photovoltaïque, selon lui.
L’OMS évalue la radioactivité subie par les riverains de Fukushima
L’Organisation Mondiale de la Santé a publié un rapport sur les taux d’irradiation et d’exposition à la radioactivité au Japon après la catastrophe de Fukushima. Seuls deux villages auraient été dangereusement exposés.
Les pics de radioactivité liés à la catastrophe de Fukushima étaient inférieurs au niveau susceptible de provoquer des cancers dans presque tout le Japon, mais les nouveaux nés et les jeunes enfants dans une ville du pays semblent présenter un risque plus élevé de développer un cancer de la thyroïde d’après ce qu’a indiqué l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) mercredi.
Dans un rapport préliminaire, des experts indépendants ont indiqué que les individus vivant dans deux endroits de la préfecture de Fukushima pourraient avoir reçu une dose de radiation de 10 à 50 millisieverts (mSv) au cours de l’année qui a suivi l’incident de la centrale nucléaire de TEPCO à Fukushima.
Parallèlement, mercredi, une équipe scientifique des Nations Unies a indiqué que plusieurs ouvriers ayant travaillé à TEPCO avaient été « irradiés après contamination de leur peau » cependant aucun effet clinique observable n’avait été signalé à ce jour.
Les doses n’ont pas été estimées pour la zone se situant dans un rayon de 20 kilomètres de Fukushima
« Six ouvriers sont morts depuis l’accident mais aucun des décès n’a été associé à une irradiation » a indiqué un communiqué publié à Vienne au sujet d’une étude réalisée par le Comité Scientifiques des Nations Unies sur les Effets de la Radiation (UNSCEAR).
Le séisme d’une magnitude 9,0 et le tsunami qui a suivi le 11 Mars 2011 ont endommagé la centrale, provoquant une fonte des réacteurs nucléaires qui a contaminé l’eau et la nourriture et a entraîné des évacuations massives de populations.
Près de 16 000 personnes ont été tuées par le séisme et le tsunami, et près de 3300 restent portés disparues.
Les zones ayant reçu les doses les plus élevées de radiation sont la ville de Namie dans le comté de Futaba, et le village d’Iitate dans le comté de Soma, au nord-ouest de la centrale de Fukushima.
Les nouveaux-nés de Namie pourraient avoir reçu des doses de radiation de 100 à 200 mSv au niveau de leur thyroïde. La thyroïde est l’organe le plus exposé à l’irradiation dans la mesure où c’est là où se concentre l’iode radioactive et les enfants sont jugés particulièrement vulnérables.
« A cause des doses élevées estimées, c’est une zone que nous devrions étudier étroitement », a déclaré le porte-parole de l’OMS, Gregory Hartl. « En-dessous de 100 mSv, les études n’ont pas été conclusives ».
Les populations exposées à l’irradiation ont souvent un plus grand risque de contracter un cancer après avoir reçu des doses supérieures à 100 mSv, d’après l’agence des Nations Unies. Le seuil pour le syndrome d’irradiation élevée est de 1 Sv (soit 1000 mSv).
Le gouvernement local a déclaré en décembre que les taux d’exposition les plus élevés avaient été enregistrés à Iitate, où les habitants ont été autorisé à prendre leur temps avant d’évacuer. Le village est situé à 40 kilomètres au nord-ouest de la centrale et en dehors de la zone d’évacuation de 20 kilomètres.
La dose annuelle moyenne d’irradiation naturelle est d’environ 2,4 mSv au niveau mondial, avec une fourchette habituelle de 1 à 10 mSv selon les régions, d’après le rapport.
Dans le reste de la préfecture de Fukushima, la dose effective serait entre 1 et 10 mSv, tandis que la dose effective dans le reste du Japon a été estimée entre 0,1 et 1 mSv.
Dans le reste du monde, les doses étaient inférieures à 0,01 mSv, y compris en Indonésie, aux Philippines, en Corée du Sud, en Russie et dans le sud-est de l’Asie.
Une dose de 0,01 mSv est équivalente à un dixième de l’irradiation reçue lors d’un vol avec une escale entre New York et Tokyo, la moitié de la dose reçue lors d’une radiographie, et équivalente à la dose reçue lors d’une visite d’une heure des pyramides d’Egypte.
Le rapport n’a pas étudié l’exposition des équipes de secours envoyées sur le site après la catastrophe ou des individus vivant le plus près du site.
« Les doses n’ont pas été estimées pour la zone se situant dans un rayon de 20 kilomètres de Fukushima parce que la plupart des individus de cette zone ont été évacués rapidement et une estimation précise de la dose effective pour ces individus nécessiterait des données plus précises que celles dont nous disposons », indique le rapport.
Veolia et Suez lorgnent le marché des gaz de schiste
La tristement célèbre technologie de la « fracturation hydraulique » consomme des quantités d’eau phénoménales. L’extraction des gaz et huiles de schiste s’avère dévastatrice pour les ressources en eau. Dès lors, à l’image de leurs homologues, entreprises privées américaines de distribution d’eau, Veolia et Suez se préparent, sans le dire, à mettre leur savoir-faire au service des entreprises minières et gazières qui exploitent les gaz de schiste.
Deux des plus grandes entreprises privées de l’eau américaines American Water (présente dans 30 Etats), et Aqua America (présente dans 11 Etats), vendent de l’eau aux entreprises minières qui forent le sous-sol aux Etats-unis pour en extraire des gaz et huiles de schiste, puis retraitent leurs eaux usées, aggravant la détérioration de la qualité des ressources en eau, déjà gravement polluées aux Etats-Unis…
Ces deux firmes participent par ailleurs activement aux intenses activités de lobbying conduites par les puissants consortiums miniers et gaziers nord-américains, qui exercent une pression maximale sur les partis démocrate et républicain, à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, comme l’a dénoncé le site Alternet le 19 avril 2012, stigmatisant un choquant conflit d’intérêt, s’agissant d’entreprises qui sont d’abord censées fournir de l’eau potable aux millions d’usagers qu’elles desservent.
En France, lors même qu’ils refusent officiellement de s’exprimer sur cette question sensible, Veolia et Suez, les deux leaders mondiaux de l’eau, ne pouvaient se désintéresser de ce nouveau marché qui explose littéralement.
Ainsi, interrogé par le mensuel économique Capital, qui publie dans son édition de mai 2012 une enquête intitulée « Veolia. Pourquoi le champion de l’eau a plongé », M. Jean-Michel Herrewin, qui a succédé à M. Antoine Frérot à la direction de Veolia Eau, indique « qu’à plus long terme, Veolia veut réorienter sa branche eau vers des marchés en forte croissance (Europe de l’Est et Asie) et sur des secteurs à plus forte valeur ajoutée ». « Nous avons de très beaux projets dans les mines, le pétrole ou les exploitations de schistes bitumineux, tous énormes consommateurs d’eau », précise Jean-Michel Herrewin.
Suez « ne communique pas sur ce sujet ».
Mais compte tenu de l’urgence de développer de nouveaux relais de croissance, puisque le modèle économique historique des entreprises de l’eau est en crise sévère (baisse structuelle des consommations d’eau potable), sans parler du regain de faveur de la gestion publique, le doute n’est guère permis.
A l’Est, en Pologne, au Canada, à l’image de Total aux Etats-Unis, avant la France, peut-être un jour, Veolia et Suez, forts de leur expertise incontestable, vont de plus en plus s’intéresser aux gaz de schiste.
Manifeste pour une sortie de crise par l’écologie et par le civisme
« Nous appelons à une décroissance des flux physiques et à la fin du pillage des ressources naturelles du Sud. Les rapports Nord-Sud ne peuvent pas se limiter à faire envier aux classes moyennes des pays en développement le train de vie actuel des pays riches. »
A tous les citoyens, et aux décideurs politiques en particulier.
Créé par Christian Arnsperger
(Louvain-la-Neuve, Belgique)
La débâcle économique et écologique à laquelle nous assistons découle de la perte organisée du contrôle des instances politiques sur les grands choix collectifs. L’idéologie néolibérale qui domine en partie le monde politique est fondée sur la croyance, quasi religieuse, en la toute-puissance des marchés ; elle marginalise la sphère démocratique. Or, les conséquences du défaut de régulation, local et global, sont d’ores et déjà dramatiques : les inégalités explosent, les limites des ressources naturelles et la vulnérabilité des grands équilibres qui nous font vivre sont ignorées.
Nous appelons avec force à un éveil des consciences et de la solidarité mondiale, à un sursaut moral de tous. La solution ne peut passer que par le renouveau du civisme et la réaffirmation de la puissance publique.
À la veille du 20e anniversaire du Sommet de Rio,
– Nous appelons à la reconnaissance des liens qui unissent les enjeux économiques et écologiques. L’ouverture d’un marché mondial de milliards d’individus, avec pour objectif la réduction des protections et régulations, n’a fait que renforcer les inégalités. Les élites politiques, économiques et financières, en captant la quasi-totalité de la richesse produite ont condamné à la misère les paysans du Sud, et au déclassement nombre des populations du Nord. Si les 30 dernières années ont été caractérisées par une croissance de la richesse produite, elles ont aussi connu un creusement des inégalités sans précédent.
Dans le même temps, une seconde catastrophe est en train de condamner l’essentiel de la population mondiale à des conditions d’existence nettement dégradées. L’élévation de 4°C de la température durant ce siècle, scénario hautement probable, excéderait nos capacités d’adaptation dans un grand nombre de régions du monde. Cela se traduirait notamment par une chute de la production agricole et alimentaire mondiale. Plus généralement, des ressources raréfiées, un climat de plus en plus hostile, une montée inexorable du niveau des mers, etc., ne faciliteront certes pas les activités économiques !
– Nous appelons à contrecarrer la puissance court-termiste de la finance mondialisée. Il est temps de contrecarrer l’approche court-termiste des questions d’environnement et de développement. Il faut pour cela renforcer les capacités de régulation de la communauté internationale et lutter à l’échelle des Etats contre l’impuissance du politique. Force est de constater que sur une planète où le commerce est la fin suprême, c’est toujours le moins disant social et environnemental qui l’emporte. Les biens circulent et sont consommés sans aucune considération, ni pour les conditions de travail des personnes qui les produisent, ni pour leur impact environnemental global.
– Nous appelons à la condamnation de toute vision opportuniste des changements climatiques. Les données régionales de plus en plus précises fournies par les modèles climatiques rendent possibles des stratégies d’adaptation et d’investissement cyniques. Un petit nombre d’acteurs croit ainsi pouvoir tirer profit, au moins pour un temps, des changements en cours en déplaçant au fur et à mesure des opportunités nouvelles leurs investissements.
– Nous appelons à une décroissance des flux physiques et à la fin du pillage des ressources naturelles du Sud. Les rapports Nord-Sud ne peuvent pas se limiter à faire envier aux classes moyennes des pays en développement le train de vie actuel des pays riches. Les limites physiques, que nous atteignons aujourd’hui (terres rares et autres minéraux, pétrole conventionnel, etc.) montrent qu’il faut ouvrir d’autres voies. Il est indispensable d’organiser rapidement, en commençant par les pays du Nord et les modes de vie les plus dispendieux, une décroissance des flux physiques sur lesquels reposent nos économies. Il convient de mettre fin au pillage quasi systématique des ressources naturelles du Sud qui prive la majeure partie de la population des conditions de satisfaction des besoins essentiels (eau, énergie, alimentation).
– Nous appelons enfin à une réaffirmation de la puissance publique pour sortir de la crise par l’écologie. La décision politique est l’unique voie, à condition d’être respectueuse des règles démocratiques, pour définir un intérêt général qui s’est largement lui aussi mondialisé. Elle permettra de mettre en œuvre une série de mesures indispensables pour réussir la transition vers une économie juste et équitable, sobre et soutenable.
Il est urgent
– d’imposer des règles environnementales et sociales à l’OMC, afin de faire du bien-être social et du respect des limites de la biosphère les principes fondateurs de l’économie soutenable ;
– de développer de normes financières nationales et internationales contraignantes pour mettre fin aux dérives du système financier et le réorienter vers le financement de l’économie réelle ;
– de concrétiser l’engagement de solidarité vis-à-vis des victimes des crises écologiques et des populations qui souffrent de l’extrême pauvreté, passant notamment par la mise en place du « Fonds Vert pour le climat » décidé à Copenhague, avec des modalités innovantes de financement et de contrôle de l’allocation des fonds ;
– de mobiliser la création monétaire publique pour financer la transition écologique et l’adaptation à un monde naturel en cours de changement rapide, mais aussi pour en finir avec la crise de la dette et revenir à l’équilibre budgétaire pour les dépenses courantes ;
– de faire basculer la fiscalité du travail et de l’investissement vers le prélèvement des ressources, pour asseoir une vraie fiscalité écologique, incitant au changement de comportement ;
– de réformer l’enseignement de l’économie et de créer au sein des universités des programmes de recherche sur de nouveaux modèles économiques et sociaux compatibles avec une consommation décroissante et équitable des ressources ;
– de transmettre par le système éducatif des valeurs civiques, de respect des êtres humains et de la nature, conditions au bien-vivre ensemble.
Face aux dérives collectives d’une société de plus en plus individualiste, nous appelons à rendre son rôle au pouvoir politique, démocratiquement désigné et exercé.
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Signataires (au 25 mai 2012) :
ARIFFIN Yohan (politiste, Université de Lausanne, Suisse)
ARNSPERGER Christian (économiste, FNRS et Université de Louvain, Belgique)
AUGAGNEUR Floran (philosophe, Sciences Po. Paris, France)
BOLENS Guillemette (angliciste, vice-rectrice de l’Université de Genève, Suisse)
BOULEAU Nicolas (mathématicien, spécialiste de l’économie financière, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, France)
BOURG Dominique (philosophe, Université de Lausanne/vice-président Fondation Nicolas Hulot/ Suisse)
CAMPION Baptiste (communication sociale, Université de Louvain, Belgique)
CASSIERS Isabelle (économiste, FNRS et Université de Louvain, Belgique)
CHAPELLE Gauthier (biologiste, directeur scientifique de Biomim-Greenloop, Belgique)
CHARLIER Jean-Christophe (CTB, Belgique)
CORNIL Jean (ancien parlementaire, Belgique)
DANGOISSE Alain (Maison du développement durable, Louvain-la-Neuve, Belgique)
DASSETO Felice (sociologue, Université de Louvain, Belgique)
DE BORCHGRAVE Rodolphe (Cadmos, Belgique)
DE BORMAN Maurice (avocat, Association Wéry, Belgique)
DE SMEDT Thierry (communication sociale, Université de Louvain, Belgique)
DERENNE Christophe (directeur d’Etopia, Belgique)
DUCHEMIN Eric (environnementaliste, directeur de la revue Vertigo, Université du Québec, Montréal, Canada)
DUFUMIER Marc (agronome, AgroParistech, France)
FARACO Benoît (politiste, Fondation Nicolas Hulot, France)
FRAGNIERE Augustin (environnementaliste, Université de Lausanne, Suisse)
FRUND Benoit (vice-recteur de l’Université de Lausanne, Suisse)
GENET Michel (économiste, directeur de Greenpeace Belgique)
GERADIN Paul (ICHEC, Belgique)
GERBER Jean-David (géographe et politiste, Université de Lausanne, Suisse)
GIRAUD Gaël (économiste, Ecole d’économie de Paris, France)
GOUYON Pierre Henry (biologiste, Museum National d’Histoire Naturelle, Paris, France)
GRANDJEAN Alain (économiste et co-fondateur de Carbone4, FNH, Paris, France)
HANCE Thierry (Centre de recherche sur la biodiversité, UCL, Belgique)
HESS Gérald (philosophe éthicien, Université de Lausanne, Suisse)
HUDON Marek (économiste, Solvay Business School, Université Libre de Bruxelles, Belgique)
HULOT Nicolas (président Fondation Nicolas Hulot, France)
JOUZEL Jean (scientifique du climat, IPSL/CEA, Paris, France)
KAUFMANN Alain (directeur de l’Interface Sciences Société, Université de Lausanne, Suisse)
KLEIN Etienne (physicien et philosophe, CEA, France)
MAJNO Pietro (chirurgien, hôpital universitaire de Genève, Suisse)
MEDA Dominique (philosophe, Université Paris Dauphine, France)
MIRENOWICZ Jacques (directeur de La Revue durable, Suisse)
OSTRIA Cécile (directrice Fondation Nicolas Hulot, France)
PHILIPPE Déborah (sociologue, Université de Lausanne, Suisse)
RENOUARD Cécile (philosophe et économiste, Centre Sèvres et ESSEC, Paris, France)
ROCH Philippe (ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, ancien secrétaire d’Etat, Suisse)
THORENS GOUMAZ Adèle (philosophe, conseillère nationale les Verts /VD, Suisse)
TIHON Alain (Spin out sprl, Belgique)
VAN NUFFEL Nicolas (CNCD-11.11.11, Belgique)
L’Algérie hésite entre le gaz de schiste et le soleil
Face à la perspective de l’épuisement de ses ressources, le pays prépare un nouveau modèle énergétique
Le gaz de schiste sera-t-il l’avenir de l’Algérie ? Le débat agite les cercles du pouvoir et de l’énergie - ce qui revient presque au même dans un pays qui dépend des hydrocarbures pour 95 % de ses exportations et pour 30 % de son produit intérieur brut. Le 3 mai, à Paris, lors du sommet international du pétrole, le président de Sonatrach, Abdelhamid Zerguine, a ainsi annoncé que la compagnie nationale investirait 12 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros) dans les cinq prochaines années pour rechercher le gaz de schiste, dont la production pourrait commencer dans les trois ans. Les premiers puits « pilotes » seraient forés dès 2012. La compagnie s’intéresse aussi au pétrole qui pourrait être trouvé en profondeur sous la Méditerranée.
C’est que, comme l’a montré un colloque qui a réuni à Oran, en février, tous les experts intéressés, le pays recèle un potentiel important de gaz de schiste. « Les estimations les plus prudentes tablent sur un minimum de 2 500 milliards de m3, ce qui est presque autant que la réserve récupérable de gaz conventionnel en Algérie », explique Abdelmadjid Attar, vice-président de l’Association algérienne de l’industrie du gaz (AIG).
L’intérêt pour les gaz de schiste est très vif depuis quelques années. D’abord parce que son succès aux Etats-Unis déséquilibre le marché mondial du gaz, et a notamment fait perdre un débouché à l’Algérie : celle-ci ne vend plus de gaz naturel liquéfié (GNL) outre-Atlantique, alors qu’elle en expédiait avant 2008 plus de 2 milliards de m3 par an.
Surtout, le gaz de schiste représente une solution au problème du « pic » pétrolier et gazier - le moment où la production commence à décliner - qui se profile en Algérie. Si l’on en croit la BP Statistical Review, une référence dans les milieux énergétiques, le pays dispose de dix-huit années de réserves pétrolières au taux actuel de production et de cinquante années en ce qui concerne le gaz. En fait, nombre d’experts s’attendent à voir intervenir le pic bien avant : pour le pétrole, dès 2020, pour le gaz, vers 2030. Il est peu probable que l’on découvre de fortes réserves d’hydrocarbures conventionnels. Bien qu’on ait foré « nettement plus » dans le pays durant la décennie 2000 que durant la précédente, observe le consultant Mohamed Said Beghoul dans le quotidien El Watan du 25 mars, « on a découvert nettement moins d’hydrocarbures ».
Un autre facteur inquiète les analystes : l’augmentation rapide de la consommation intérieure de gaz, qui réduit d’autant les possibilités d’exportation. Le prix du m3 de gaz n’est que de 0,20 euro, comme celui du litre d’essence. « Le prix de l’énergie est trop bas et conduit au gaspillage, dit Tewfik Hasni, un ancien dirigeant de la Sonatrach. La consommation nationale de gaz a quasiment doublé en dix ans. On ne pourra jamais satisfaire les objectifs d’exportation si cette tendance se poursuit. »
Accidents possibles
Le gaz de schiste prendra-t-il le relais d’une rente énergétique qui va s’épuiser ? C’est loin d’être acquis. Premier problème : on estime que produire un milliard de m3 de gaz de schiste par an requiert un million de m3 d’eau. Certes, le « système aquifère du Sahara septentrional » constitue une réserve de plus de 40 000 milliards de m3 d’eau. Mais, observe Mounir Bencharif, de l’association écologiste Area-Ed, « les villes du Sahara se peuplent et l’on veut y développer l’agriculture. Il va falloir faire des choix ». Une conduite achemine ainsi de l’eau de la nappe d’En Salah vers Tamanrasset.
Pour Rachid Taibi, directeur de l’Agence nationale des ressources hydrauliques, « si jamais il y a exploitation, il faut qu’elle soit éloignée des zones d’alimentation des populations ». Il faudrait aussi s’assurer de l’accord des pays partageant les nappes, Maroc, Libye et Tunisie.
Un autre souci est la maîtrise technique. La technique de fracturation multiple mise en oeuvre aux Etats-Unis pour exploiter le gaz de schiste est sophistiquée. Or, l’Algérie ne voudrait pas se trouver en situation de dépendance technologique. D’autant plus que les accidents sont possibles, comme en atteste le cas du puits de pétrole OKN 32 : un forage mal cimenté a conduit en 1986 à un affaissement de terrain et à la création d’un cratère de plusieurs centaines de mètres de diamètre. La nappe phréatique alimentant la ville voisine d’Ouargla est polluée et le problème n’est pas réglé.
Autre obstacle : les coûts d’exploitation seront beaucoup plus élevés que pour le gaz conventionnel, en raison tant du nombre d’opérations à mener pour fracturer la roche que de l’éloignement des zones exploitées qui entraîneront des coûts logistiques importants. « Il y a eu un boom aux Etats-Unis parce que la fiscalité y est très favorable, explique Abdelmadjid Attar. Chez nous, la fiscalité représente 80 % des hydrocarbures produits. Le gaz de schiste ne pourra être rentable que si l’on abaisse la fiscalité. » Une réforme de la loi sur l’énergie est engagée, afin d’alléger les redevances sur la recherche et l’exploitation du gaz non conventionnel. Cela signifie que, même si les promesses de production de gaz de schiste se réalisent, les recettes pour l’Etat seront bien inférieures à ce qu’elles sont pour le gaz conventionnel.
Mais n’y a-t-il pas une autre issue au dilemme algérien ? Si, bien sûr : le solaire. « Pourquoi aller vers le gaz quand on a tant de soleil ?, s’exclame Tewfik Hasni. Le solaire thermique ne peut pas se développer en Europe, en raison de l’espace qu’il exige. C’est notre point fort : la disponibilité de l’espace. » L’option est sérieusement prise en compte par le gouvernement, qui a adopté en mars 2011 un programme des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Il vise à disposer d’une capacité électrique de 22 000 mégawatts en énergies renouvelables d’ici à 2030, dont 10 000 seraient consacrées à l’export. Une centrale solaire hybride gaz-solaire a déjà été construite, à Hassi R’Mel, en collaboration avec la firme espagnole Abengoa. Une usine de panneaux solaires, à Rouiba, près d’Alger, devrait commencer à produire en 2013.
Mais pour développer le solaire, dit Maiouf Belhamel, directeur du Centre de développement des énergies renouvelables, « il faut maîtriser la technologie et nous en sommes loin ». Et puis, l’Algérie peut-elle investir à la fois dans le solaire et dans les gaz de schiste ? Des choix financiers devront être faits. Sans oublier la question des économies d’énergie : « Il faut augmenter les tarifs de l’énergie, dit Tewfik Hasni, la véritable solution est dans le modèle de consommation. » Le sujet est délicat : le prix de l’énergie est un des éléments du fragile compromis social algérien.
OGM : le moratoire est menacé
La Commission européenne envisage d’imposer la culture transgénique à la France.
Le 21 mai 2012, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a remis en cause le moratoire décrété par les autorités françaises qui interdit la culture de la seule variété de maïs transgénique autorisé en Europe, le MON 810, développée par Monsanto.
Se basant sur cet avis de l’EFSA, la Commission européenne envisage, à l’occasion du prochain Conseil des ministres de l’Environnement (11 juin 2012) d’imposer à la France cette culture transgénique sur son territoire.
Cette décision intervient dans un contexte où la crédibilité de l’EFSA est sérieusement remise en cause. Le Parlement européen a refusé le 10 mai 2012 de voter la décharge budgétaire de l’EFSA, considérant que cette agence n’a pas pris les mesures pour mettre un terme aux nombreux conflits d’intérêts qui ont été mis à jour en son sein.
La France n’a pas à recevoir d’ordre de la part de l’EFSA minée de l’intérieur par les conflits d’intérêts. Le jour même où le Parlement européen refusait de signer un blanc seing à cette Agence, sa Présidente, Madame Banati, démissionnait pour devenir la Directrice de l’ILSI (International Life and Science Institute). L’ILSI est le plus gros lobby agro-alimentaire de la planète qui s’est donné pour mission d’imposer les OGM aux consommateurs européens. Madame Banati avait d’ailleurs menti dans sa déclaration d’intérêt en omettant de mentionner qu’elle était également membre du Conseil d’Administration de ce lobby.
Plus personne n’est prêt à parier 1 € sur l’indépendance de l’EFSA. Ces avis, ne sont pas scientifiques mais partisans. Ils servent des intérêts économiques et financiers. Elle prend tous les moyens pour écarter les arguments des scientifiques indépendants qui la dérangent.
Le Commissaire européen, John Dalli, doit arrêter de se voiler la face. L’EFSA ne fait plus autorité sur la question des biotechnologies.Tant qu’une réforme profonde de ses méthodes d’évaluation prenant en compte les conséquences socio-économiques des OGM n’aura pas été mise en œuvre, ses avis sont nuls et non avenus.
En suivant les injonctions d’une agence décrédibilisée, en faisant passer les intérêts financiers de Monsanto avant la protection des consommateurs et de l’environnement, John Dalli se décrédibiliserait lui même et par ricochet l’ensemble de la Commission européenne.
Un lieu magique menacé par l’absurdité
En Lozère, un parc écologique et culturel, le Vallon du Villaret, accueille avec succès depuis des années des visiteurs enchantés. Mais l’administration fiscale veut lui appliquer un taux élevé de TVA, alors qu’Eurodisney ou le Parc Astérix ont droit à un taux réduit. L’enjeu, c’est la disparition de ce site dans un département déjà pauvre.
Grave menace sur le Vallon du Villaret
Le Vallon a fait l’objet d’un contrôle fiscal durant l’automne et l’hiver qui n’a donné lieu à aucune remarque concernant la gestion et la comptabilité, nous sommes sérieux et rigoureux.
Mais... car il y a un gros mais...
Vous vous rappelez sans doute qu’à l’automne dernier le gouvernement avait voulu passer la TVA des parcs à thème de 5.5 à 19,6%, il avait renoncé devant les risques de déstabilisation de ce secteur économique important pour l’animation des territoires.
Et bien, il a UN parc à thème en France que l’administration fiscale entend passer de 5,5 à 19,6, et pas seulement à partir du 1 janvier 2012, mais avec effet rétroactif depuis 2008. Cela met tout simplement en péril ce lieu unique qui fonctionne depuis 20 ans.
C’est l’un des plus petits parcs à thème de France, avec 38 000 visiteurs annuels, de 2 à 15 salariés selon les saisons. Il est implanté dans le département le moins peuplé de l’hexagone, la Lozère, au nord des Cévennes, dans le territoire récemment classé par l’Unesco. Et c’est le seul parc à thème de France qui n’ait aucun manège, ni aucun jeu acheté à des marchands, il travaille seulement avec des créations d’artistes contemporain, des installations uniques... C’est le Vallon du Villaret.
C’est un endroit singulier, unique en France. C’est à la fois un jardin contemporain, un centre d’art et un parc d’attraction sans attraction : les installations qu’on y trouve sont des créations d’artistes.
Art, jeu, nature, les trois axes du Vallon du Villaret
Le Vallon est la seule structure du département ayant une démarche permanente dans les champs des arts plastiques, ou visuels. Exposition d’artistes de qualité, dans une Tour du XVI° classée Monument Historique (ISMH), résidences d’artistes, nombreuses actions en milieu scolaire. Le lieu dispose d’un service éducatif avec détachement d’un enseignant (DRAC/Rectorat) / 20 ans de partenariat avec la DRAC L/R, le Conseil Général de la Lozère et le Conseil Régional Lang/Roussillon. / Dépôt permanent dans le parc d’une œuvre monumentale du FRAC Lang/Rouss. Et c’est un lieu fréquenté par un public de tous niveaux socioculturels. C’est un lieu populaire d’art contemporain.
Au Vallon, on découvre, on s’interroge et on s’amuse, mais avec des œuvres conçues par des artistes relevant de différents champs : plasticiens, scénographes, métiers d’art ou artistes singuliers. Toutes sont des créations originales, uniques répondant à des exigences artistiques. Aucune n’a été achetée à des marchands de jeu.
Depuis 1995, le Vallon est classé dans la famille des jardins. Il est intégré aux jardins du Languedoc-Roussillon et à ceux du Massif Central. Quand l’éditeur d’art réputé Thames et Hudson publie en Angleterre et aux Etats Unis un livre sur 18 nouveaux jardins français parmi les plus réputés, comme le Domaine du Rayol, Coursan ou le festival de Chaumont sur Loire, il inclut le Vallon dans cette liste et lui accorde 6 pages. Un guide des jardins du L/R qui vient de sortir (Ed. Ouest France) l’appelle « un parc d’abstractions ».
Depuis son ouverture en 1993, (sous l’appellation "un jardin extraordinaire : art, jeu et nature") le taux de 5,5 était appliqué aux recettes sur les entrées.
Or suite à plusieurs mois d’échanges écrits et de rencontre contradictoire, l’administration fiscale nous écrit (je synthétise) :
"Désormais pour nous, dès qu’une œuvre est touchée, manipulée par le public, ce n’est plus une œuvre mais un jeu. Seules les œuvres statiques ont pour nous valeur d’oeuvre.
Vous auriez du comptabiliser la TVA sur les entrées avec une partie artistique à 5,5%, et une partie ludique à 19,6%. Comme vous ne l’avez pas fait, nous vous redressons sur vos recettes de 2008, 2009, 2010, 2011. Et nous vous considérons désormais comme un parc ludo récréatif."
Voilà synthétiquement ce qui nous a été écrit. Et nous avons reçu l’ordre de payer.
Avant de parler des conséquences économiques que cela aura pour nous, je voudrais souligner les absurdités de ce dossier :
Deux collectivités, le Conseil Général et le Conseil Régional, dont les directions culturelles connaissent le Vallon depuis 20 ans, ont écrit, par la voix de leurs Présidents, que le Vallon n’est pas un parc ludo récréatif, mais un lieu culturel.
Trois services de l’Etat, Jeunesse et sport, Education Nationale, et le Ministère de la Culture et de la Communication ont écrit et argumenté que le Vallon n’est pas un parc ludo récréatif, mais bien un lieu culturel. Le Préfet de la Lozère Mr Vignes, est venu visiter le Vallon début avril, sans prendre position sur le plan fiscal, il considère aussi que le Vallon n’est pas un parc ludo récréatif, mais un lieu culturel.
Alors qu’est ce que c’est que cette histoire absurde ?
Comment se fait il que malgré la concordance de toutes ces données, l’Administration fiscale, maintienne sa position ?
Des précisions sur le taux de TVA dans les lieux de visites
En matière fiscale, le taux normal est généralement appliqué, et le taux réduit est une exception. Dans le champ des lieux de loisir à entrée payante, c’est l’inverse. Le taux réduit s’applique à 95% du marché : tous les parcs d’attractions, les fêtes foraines, les parcs animaliers,les grottes,les expositions culturelles et les jardins (à la condition que le botanique soit l’intérêt premier) sont à taux réduit.
Seule une toute petit partie du marché est à 19,6% : les parcs aquatiques, les bases de loisir et de plein air, les parcs acrobatiques en hauteur, et les parcs ludo récréatifs "piscine à boules et jeux gonflables".
C’est à ces derniers que le Vallon est désormais fiscalement assimilé.
On applique le taux réduit aux industriels du loisir qui attachent les enfants sur des manèges, et on viendrait appliquer le taux plein à une TPE créative et responsable qui oeuvre en milieu rural, en zone de montagne ? et qui a choisi art contemporain et pédagogie comme axes de travail, depuis 20 ans ? Nos clients devraient payer 2,5 fois plus de TVA que ceux de Disney ?
On croit rêver... Pourquoi pas taxer aussi les auberges rurales ou les produits de l’agriculture bio à 19,6 ? En laissant les multinationales de la restauration ou de l’agroalimentaire au taux réduit. On est en pleine absurdité.
Les conséquences financières sont pour nous dramatiques
Nous sommes une entreprise qui augmente chaque année ses salariés, qui dispose de fonds propres, permettant de surmonter une météo catastrophique, et bénéficie de la confiance des banquiers pour poursuivre ses investissements.
Ce qui nous est demandé pour 2008 à 2011, plus ce qui va nous être imputé en 2012 pour les mêmes raisons, c’est 160 000 €, près de la moitié d’un chiffre d’affaire annuel. Nous ne les avons pas.
Je croyais que nous étions une entreprise debout, mais cette situation nous met à genoux.
Le Vallon du Villaret : une entreprise responsable
En 20 ans, le Vallon du Villaret a connu des hauts et des bas. Il a eu la chance, contrairement à beaucoup d’autres, de voir sa fréquentation croitre régulièrement de 1993 à 2001, augmentant progressivement sa renommée, de 14 000 jusqu’à 53 000 visiteurs en 2001.
Puis sa fréquentation a baissé de 20% en deux ans, avec l’émergence de nombreux petits lieux de loisir, et celle de Micropolis au sud et Vulcania au nord. Suite à deux années de perte, il a fallu réinterroger tous les fonctionnements. Cela a été fait. Nous sommes 6 ans plus tard. L’entreprise avait relevé la tête, consolidé ses bases, entretenu et développé les outils de travail.
En décembre 2011, la société a fini de rembourser intégralement tous les emprunts effectués par le SDEE pour sa réalisation initiale. C’est le seul lieu structurant parmi les 4 créés en Lozère depuis 1990 qui ait réussi cet équilibre. Le Bélvédère des Vautours a été revendu à perte, les Bisons d’Europe ont tenu grâce aux cotisations des communes mais n’ont pas trouvé de repreneur privé, le Domaine des Boissets est actuellement intégralement à la charge de la collectivité.
Ce n’est pas si simple de faire vivre dans la durée un lieu loisir/culture.
Actuellement, c’est la 20° année du Vallon, plus de 700 000 visiteurs accueillis. Il est labellisé Qualité Tourisme, et Qualité Sud de France. Il est adhérent de Cévennes Eco tourisme, recommandé à ce titre par le Parc National des Cévennes. Dans le cadre des ses engagements environnementaux, le Vallon vient de financer durant trois ans, une étude d’impact sur la rivière qui le traverse, elle a été effectué par la Féderation Départementale de Pêche, et les conclusions sont bonnes.
C’est un lieu qui est ouvert 7 mois par an, alors que seuls trois sont rentables. Objectifs : dynamiser le territoire, et développer l’emploi.
C’est un moteur pour l’économie locale, tous les professionnels de l’hébergement du secteur le disent : le Vallon les fait travailler. C’est l’un des lieux les plus visités du département. C’est un atout incontestable pour le département sur le plan touristique comme sur le plan culturel. C’est un lieu populaire d’art contemporain.
La SA le Villaret a choisi dés son ouverture qu’une partie conséquente des recettes sur les entrées (55 000 € /an en moyenne) soit reversée à l’Association l’enfance de l’art, et permette de financer par exemple des interventions en milieu scolaire menées sur tout le département.
Elle a choisi aussi dés 1993, qu’un jour par semaine, le samedi, l’entrée au Vallon soit gratuite pour les demandeurs d’emploi.
C’est une entreprise qui était innovante à sa création et qui l’est toujours puisqu’elle n’a pas été copiée au plan national, et s’appuie sur la création contemporaine pour se développer.
Alors si ce qu’on pourrait appeller "une absurdité légale" peut couler une entreprise telle que celle là, c’est à désespérer du monde.
Les Services Fiscaux voudraient nous amener vers un prorata des recettes à taux plein et à taux réduit.
Mais, il y a un an, les Services des Domaines ont estimé la moitié du Vallon, ils ont estimé les toilettes et l’atelier d’artiste, mais ont refusé d’estimer les installations d’artistes en nous disant "les oeuvres de l’esprit sont inestimables".
Alors comment pourrions nous chiffrer, quantifier objectivement une part « art » au taux réduit, une part « jardin » au taux réduit et une part « jeu » à 19,6% ? Comment évaluer, chiffrer tout ce qui est flore, paysage, patrimoine, qui nous fait appartenir à la famille des jardins ? Et puis il faut une base stable, durable, on ne peut pas avoir un prorata remis en question chaque année selon les humeurs des inspecteurs, ou la quantité, ou la valeur des oeuvres présentées.
A cette situation déjà complexe, s’ajoute leur point de vue caricatural : dès qu’une œuvre est touchée, manipulée par le public, elle perd son caractère d’œuvre pour devenir un jeu.
Nous avons contacté le Snelac, c’est LE syndicat professionnel et patronal ouvert à tous les sites de loisirs recevant un public familial dans un espace clos et aménagé : parcs d’attractions, parcs aquatiques ou animaliers, parcs à thème ou à vocation scientifique, sites culturels et sites naturels … Le SNELAC fédère actuellement plus de 220 adhérents dans leur diversité de Disneyland, Astérix, Futuroscope, Aqualand, Puy du Fou, Tour Eiffel à des entreprises régionales ou familiales employant moins de dix salariés et réparties sur l’ensemble du territoire français. 70 millions de visites par an, 23 000 salariés, 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Parmi leurs adhérents, certains ont une TVA à 5,5 et d’autres à 19,6 (parcs aquatiques) mais à leur connaissance, aucun de leurs adhérents n’est soumis à du prorata.
Alors pourquoi donc, vient-on ainsi attaquer le Vallon du Villaret ? S’agit-il d’une première, avant d’aller chercher du prorata chez d’autres ?
Comprendre les incidences de la TVA Pour la saison 2012, nous ne pouvons pas les augmenter nos tarifs puisque plus de 5000 personnes ont consulté nos tarifs sur internet. Ce serait chaque jour des conflits, alors nous maintenons les tarifs 2011, mais nous aurons environ 30 000 € de TVA supplémentaire à reverser, et donc autant en moins dans nos recettes. Nous serons donc encore un peu plus fragilisés.
Pour 2013, il nous faudra augmenter nos tarifs, ce sont donc nos visiteurs qui vont payer plus cher. Près de 13% plus cher. Alors nous perdrons les visiteurs qui ont de faibles revenus.
Mais pourquoi donc, nos visiteurs devraient-ils 2,5 fois plus de TVA que ceux des fêtes foraines et des parcs d’attractions ?
Le secteur économique des parcs à thème
Tous les territoires rêvent de lieux structurants « culture/loisir », ce sont des moteurs pour l’économie touristique, essentiels pour de nombreux territoires.
C’est un secteur difficile, forte saisonnalité, frais de personnel important, investissements lourds, c’est un poids financier pour les collectivités, car il est exceptionnel que les recettes couvrent les investissements. Ce sont le plus souvent les collectivités qui s’y investissent, sous forme de SEM. Au plan national il y a eu de nombreux fiascos comme Capdécouvertes dans le Tarn...66 millions d’euros d’investissements, pour une fréquentation équivalente à celle du vallon...
Actuellement en Alsace, le Bioscope (Compagnie des Alpes/Caisse des Dépôts) 40 millions d’euros d’investissement, affiche 24 millions d’euros de pertes d’exploitation en 6 ans.
Micropolis, sa fréquentation annuelle est 2 à 3 fois celle du vallon, mais l’investissement est 45 fois le nôtre. Vulcania, sa fréquentation annuelle est 10 fois celle du vallon, l’investissement est 75 fois le nôtre. S’ils couvrent leur frais de fonctionnement, une part, parfois grosse, des investissements reste à la charge de la collectivité, donc du contribuable.
Pour justifier cette charge, toutes les SEM cherchent à chiffrer les retombées induites et la collectivité apporte souvent des aides à l’exploitation.
En Lozère, le Belvédère des vautours a été revendu à perte à des privés. Pour les Bisons d’Europe, l’investissement a été couvert en grande partie par les 105 communes adhérentes, et l’été dernier il n’y a pas eu de candidat privé à la reprise, c’est une SEM qui en reprend la gestion. Au domaine des Boissets, le coût des investissements est actuellement à 100% à la charge du Conseil Général.
Sur les 4 départements de montagne mitoyens (Aveyron, Haute Loire, Cantal, Lozère) en vingt ans, en création de lieu structurants culture ou loisir, plus de 30 00 visiteurs/an, une seule initiative privée a vu le jour (en partenariat avec les collectivités) : le Vallon du Villaret.
Et il faudrait la mettre en péril ?
Rio : une gouvernance mondiale de l’environnement face à la crise écologique ?
Vingt ans après le sommet de la terre à Rio, l’environnement mondial s’est fortement dégradé. Le manque d’action commune des Etats en est une des principales causes.
Clément Boisson, Sebastianne Bostantzoglou, Victoire-Oriane Monleau, Ville Stohne, Yvonne Stürz et Pascal da Costa (1)
20 ans après, Rio se prépare de nouveau à accueillir un sommet de la Terre le 20 juin prochain. Faut-il ironiquement voir dans ce retour géographique, un retour à la case départ ? Le signe que tout reste à faire ? Ou ce sommet est-il, au contraire, l’occasion de se féliciter du progrès accompli ?
Depuis juin 1992 et le premier sommet de Rio, les négociations internationales se sont multipliées, signe d’une préoccupation croissante : trois sommets de la Terre, les conférences annuelles de la Convention Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique, dont le fameux Protocole de Kyoto de 1997 est issu, des programmes nationaux et régionaux, et plus de 500 Accords Multilatéraux sur l’Environnement (AME)… Force est de constater que ces avancées et autres AME coexistent souvent sans réelle coordination, que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), censé être le pilier des décisions internationales en matière d’environnement, ne dispose pas des moyens d’action nécessaires. Faute d’avoir un véritable chef d’orchestre, chaque pays joue sa propre musique. Changement climatique, déclin de la biodiversité, érosion des sols, désertification et pollutions des océans… à l’heure où les signaux d’alarmes sur les périls qui nous menacent se multiplient, une redéfinition de la gouvernance mondiale de l’environnement s’impose de manière urgente. La réforme du cadre institutionnel du développement durable, sur laquelle nous allons revenir en détails, sera précisément un des deux thèmes majeurs (avec l’économie verte) qui cristallisera les débats, dans quelques semaines, à Rio.
Que s’est-il passé depuis Rio 1992 ?
Dans le but de faciliter l’évaluation des efforts accomplis par les pays signataires, l’ONU a récemment publié trois rapports détaillant la situation actuelle par rapport au plan d’actions adopté il y a 20 ans (2). Globalement, ces rapports ne sont guère réjouissants, car peu de progrès ont été constatés. A titre d’exemples :
- La déforestation se poursuit. Son taux est certes passé de 0,22% dans les années 1990 à 0,18%, mais ce chiffre masque une indéniable réalité : les forêts primaires disparaissent toujours à la même vitesse qu’il y a 20 ans (0,20% environ), seulement les démarches d’afforestation et de reforestation diminuent le taux global de déforestation.
- La diversité biologique se réduit comme une peau de chagrin. Depuis 1970, un déclin de 18% en Afrique subsaharienne, 55% en Amérique Latine, 66% dans le bassin Indo Pacifique…
- La diminution de la pauvreté dans le monde est plus lente que prévue. Entre 1990 et 2005, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté (i.e. avec moins de 1,25$ par jour) est passé de 1,8 milliards (soit 46% de la population mondiale) à 1,4 milliards (soit encore 27%), sachant que le revenu moyen de ces personnes, en 2005, n’est que de 0,88$ par jour ! La crise actuelle a aggravé la situation, avec en 2010, 64 millions de personnes supplémentaires par rapport aux prévisions vivant dans l’extrême pauvreté.
- Une aggravation des famines a même été observée dans certaines régions, au point que le nombre de personnes souffrant de faim chronique a dépassé en 2009 le triste record de 1 milliard.
- La consommation matérielle augmente fortement. Ainsi la consommation de ressources naturelles a augmenté de 50% en 25 ans (entre 1984 et 2009).
- Les inégalités s’élargissent dans le monde, en particulier dans l’Ouest de l’Asie.
- L’état de l’atmosphère se dégrade…
Quelques lueurs d’espoir éclairent cependant le sombre tableau :
- La mise en place d’Organismes Non Gouvernementaux (ONG) à toutes les échelles. En 1996, les Nations Unies modifient le rôle des ONG, grâce à la résolution 1996/31, en leur accordant un réel droit de participation et de collaboration.
- L’amélioration des instruments légaux mondiaux qui permettent des accords juridiquement contraignants. On peut citer le développement, depuis 1998, des Environnemental Impact Assessments à l’échelle nationale et des deux Conventions Access to Information Public Participation in Decision-making et Access to Justice in Environmental Matters.
- Les progrès du monde scientifique dans la recherche de techniques et procédés durables, par exemple en matière de traitement de déchets toxiques…
20 ans après, des progrès limités ont donc été accomplis
De nombreux traités internationaux présentent un bilan similaire. Le Protocole de Kyoto, seul accord international juridiquement contraignant dans ce domaine, aura été une première étape insatisfaisante sur le plan climatique. L’accord aura engagé peu de pays sur des objectifs chiffrés en matière de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et pas assez ambitieux. L’accord n’aura pas été ratifié par le premier pays émetteurs de GES de l’époque, à savoir les Etats-Unis, dépassés depuis par la Chine. Et même si la France a respecté ses objectifs avant même l’échéance de 2012, le constat est sans appel au niveau mondial : depuis 1990, les émissions de GES ont augmenté de 40% ! L’échec de la conférence de Copenhague sur le climat, fin 2009, prouve combien il sera difficile de trouver un accord satisfaisant qui prenne le relai, en 2013, du Protocole de Kyoto. En outre, la crise économique actuelle concentre toute l’attention des politiques et des médias, au détriment des questions climatiques et environnementales.
Pourquoi le système international est-il bloqué en matière environnementale ?
Les raisons du blocage sont avant tout structurelles.
Première cause de ce blocage : nous vivons dans un monde dominé par une âpre concurrence économique. Or le concept de développement durable doit s’accompagner d’un renoncement volontaire à l’exploitation ou la surexploitation de certaines ressources rares, et peut impliquer une baisse des rendements ou de la productivité. Quel pays accepterait d’accomplir un tel sacrifice ? Au risque de voir ses concurrents étrangers le dépasser ? L’année dernière, le Canada a préféré poursuivre l’exploitation intensive de ses sables bitumineux (la production d’un baril de pétrole via les sables bitumineux produit autant de GES [gaz à effet de serre] que la production de trois barils de pétrole conventionnel) au prix de sa sortie définitive du protocole de Kyoto. Tant que chaque pays accordera égoïstement la priorité à ses performances économiques de court terme, au lieu de se plier à l’intérêt global de la planète, la situation ne pourra pas changer.
La gouvernance environnementale actuelle souffre également de graves lacunes institutionnelles qui ont empêché la mise en œuvre effective des règles protectrices de l’environnement. C’est la deuxième cause du blocage. Inutilement complexe, fragmentée, désunie, elle est au cœur de l’échec de la démarche entreprise il y a plus de 20 ans. Plusieurs conventions ont été signées concernant un même problème environnemental, sans que la répétition d’engagements pris n’en favorise l’application. De plus, les différents secrétariats des Conventions sont éloignés géographiquement et interagissent peu entre eux ; les fonds ne sont pas répartis de manière équitable. Il en résulte de nombreuses contradictions et incompatibilités.
La faiblesse du Programme des Nations unies pour l’environnement
La fragmentation du système est due à l’absence d’une direction dotée de l’autorité nécessaire. Le PNUE a le statut de programme, et non d’agence spécialisée au niveau des Nations Unies. Le PNUE n’a ensuite pas de voie de communication directe avec l’Assemblée Générale des Nations Unies : l’information transite par le Conseil Economique et Social des Nations Unies qui joue le rôle de filtre limitant le pouvoir et affaiblissant la voix du PNUE. Ce dernier n’est ainsi pas parvenu à gérer d’une manière coordonnée et cohérente toutes les institutions s’occupant de l’environnement, ni à imposer les règles pourtant présentes dans les accords ratifiés par les Etats.
La spécificité du PNUE a été remise en cause après le sommet de Rio en 1992, lorsque le champ d’action des institutions existantes s’est élargi aux problèmes environnementaux. Le PNUE affronte la concurrence d’organisations qui n’étaient pas très engagées jusqu’alors dans l’environnement (Programme des Nations Unies pour le Développement, Banque Mondiale) voire pas du tout (OMC, FMI), ou absentes au moment de sa création (le Fonds pour l’Environnement Mondial, la Commission du Développement Durable…) : les diverses institutions, au lieu de collaborer, se gênent mutuellement. La localisation géographique du PNUE, excentrée à Nairobi, est aussi problématique, notamment à cause des années d’instabilité qu’a connues le Kenya. Enfin, le financement du PNUE se fait par des donations volontaires des Etats membres qui restent bien inférieures aux dotations des autres agences des Nations Unies. Il apparaît aujourd’hui comme une institution peu crédible, qui a peu de poids face à d’autres organisations plus puissantes qui refusent de se plier à ses recommandations.
Le problème institutionnel ne sera pas résolu tant que les Etats ne manifesteront pas une réelle volonté politique d’action, car ce sont ces mêmes Etats qui créent les institutions et décident de leur financement et de leur pouvoir. Aussi longtemps que les Etats ne seront pas prêts à agir activement en faveur du développement durable, ils s’opposeront à une redéfinition du cadre institutionnel et à une réallocation des pouvoirs, notamment contraignants, accordés à ces institutions.
Troisième cause de blocage : le système onusien actuel ne prend pas suffisamment en compte la société civile. Le principe 10 de la Déclaration finale du sommet de Rio de 1992 affirme pourtant que « la meilleure façon de traiter les questions d’environnement est d’assurer la participation de tous les citoyens concernés, au niveau qui convient ». Les Etats ne doivent pas être les seuls à pouvoir décider de l’avenir de la planète : les entreprises, les associations, les collectivités locales, les scientifiques, les syndicats, les ONG… sont des acteurs indispensables dans l’application des décisions gouvernementales et internationales, et doivent être impliqués dans les négociations.
Le système actuel ne permet pas une participation efficace des citoyens aux directives mondiales, et le public n’est pas informé de manière transparente, rapide et équitable. Ajouté à cela, les scientifiques ne sont pas suffisamment sollicités ni écoutés, alors que leur rôle est d’informer les décideurs politiques et les autres parties prenantes. Quant aux entreprises, elles ont besoin de réglementations et d’incitations fiscales pour favoriser leurs investissements dans les secteurs verts et développer ces nouveaux marchés.
Ainsi, les causes du blocage foisonnent, mais elles restent toutes liées au cadre institutionnel. Si ce dernier était plus contraignant, il viendrait à bout de la réticence des Etats à agir. Une modification du cadre institutionnel permettrait au système d’impliquer davantage la société civile dans les processus de décisions, et par là-même de venir à bout du blocage…
Quelles sont les solutions pour sortir de cette impasse ?
Un des deux grands objectifs du sommet qui va s’ouvrir à Rio est de renforcer le cadre institutionnel. Or le débat sur la gouvernance internationale de l’environnement n’est pas nouveau. Il portait déjà sur la nécessité de créer une organisation internationale chargée de gérer les problèmes environnementaux à l’échelle de la planète, dès 1972, au moment de la décision de créer le PNUE. En 1998, l’ONU avait mis en place une Equipe Spéciale sur l’Environnement et les Etablissements Humains, présidée par le PNUE : sa mission consistait à démontrer la fragmentation institutionnelle du système et le manque de coordination entre les différentes institutions. En février 2001, le Groupe Intergouvernemental de Ministres (GIM) était créé par le conseil d’administration du PNUE : il lui incombait la tâche d’identifier les besoins et les options futurs, afin de renforcer la gouvernance internationale environnementale. Cependant, le GIM s’est vite heurté à la méfiance des pays en développement et à une certaine hostilité de la plupart des pays industrialisés (sauf le Canada et l’Union européenne). Après l’échec du GIM, les efforts se sont essoufflés, tout comme les progrès en matière de redéfinition des institutions et d’amélioration de leur efficacité. La Commission du Développement Durable, mise en place à Rio 1992, fut un nouvel échec et n’a fait que s’ajouter à la jungle institutionnelle du système international de l’environnement.
A Rio+20, deux orientations possibles sont envisagées, entre lesquelles il faudra trancher : la création de nouvelles institutions et la réforme des institutions actuelles. Plusieurs options peuvent être distinguées (que l’on peut bien sûr combiner) parmi lesquelles : la transformation et le renforcement du PNUE ; l’élargissement du Fond pour l’Environnement Mondial ; la transformation du Conseil de tutelle de l’ONU ; une intégration partielle du PNUD et du PNUE ; le renforcement de la Commission du Développement Durable ; la création d’un tribunal international de l’environnement ; et la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME). A ces options s’ajoutent le regroupement des AME et le renforcement de leur secrétariat.
Quelle est la position de la France sur cet épineux sujet ?
« Je vais me battre à mort sur l’OME » déclarait Nicolas Sarkozy devant les medias à la veille de la conférence de Copenhague. L’engagement bruyant du chef d’Etat fit alors couler beaucoup d’encre. Pourtant, ses propos ne marquaient aucune innovation : deux ans auparavant, Jacques Chirac avait déjà suggéré la création d’une « organisation mondiale ». De nombreuses associations de défense pour l’environnement, et des personnalités politiques françaises (chez Les Verts) avaient déjà proclamé cette nécessité. Quoi qu’il en soit, cette question ne fut que peu évoquée à Copenhague. De nombreux Etats, parmi lesquels figuraient les Etats-Unis, la Chine et la plupart des pays émergents du G77, s’opposèrent fermement à cette idée.
La question essentielle porte sur la forme que pourrait prendre cette OME. Quel modèle adopter ? Plusieurs visions s’opposent encore. Si certains souhaitent une création presque ex nihilo d’une telle institution, d’autres, comme l’Europe et la France traditionnellement, soutiennent qu’il ne faudrait pas la créer de toutes pièces mais convertir le PNUE actuel en « agence spécialisée des Nations unies pour l’environnement basée à Nairobi, pour remédier à la fragilité du système actuel » (site du Ministère de l’écologie), lui donner une participation universelle, une contribution obligatoire et un mandat étendu.
Vers une Organisation Mondiale de l’Environnement ?
Indéniablement, il est urgent de doter la communauté internationale d’un outil efficace pour faire face aux défis environnementaux. Le commerce avec l’OMC, la santé avec l’OMS, la culture avec l’UNESCO, l’alimentation avec le FAO disposent tous d’institution internationale indépendante et autoritaire, alors que l’environnement semble être le grand absent. Sans ciment et sans architecte, n’est-il pas vain d’espérer construire un tel pilier avec les 500 briques que sont les AME ? L’OME pourrait bien être le ciment manquant à ces 500 accords. En les consolidant et en les fusionnant, en coordonnant efficacement les acteurs multilatéraux du développement, elle permettrait d’améliorer l’efficacité des actions politiques actuelles. Cette solution semble la meilleure.
Mais cette organisation ne sera réellement adaptée à la situation que si elle répond à un certain nombre de critères. Tout d’abord, l’OME doit instaurer une stratégie internationale de développement durable et définir clairement des priorités d’action. Elle doit surtout assurer un suivi des engagements et être en mesure de sanctionner les acteurs qui ne respectent pas les objectifs fixés. Cela suppose que l’OME soit un organisme indépendant, sur un pied d’égalité avec les autres grandes agences de l’ONU et qu’elle dispose de l’autorité nécessaire pour intervenir sur le terrain. Pour cela, elle doit pouvoir s’appuyer sur un cadre juridiquement contraignant et une juridiction obligatoire en cas de violation de traités ou d’accords (création d’une Cour internationale pour la défense de l’environnement ?). Par ailleurs, il semble important de n’accorder aucun droit de véto, afin que des mesures d’intérêt général ne soient pas bloquées par les réticences égoïstes de certains pays.
Enfin, la question de la représentation : tous les Etats devraient siéger à l’OME (actuellement, seuls 58 Etats sont représentés au PNUE). L’OME devrait être adaptée à tous les pays, et plus particulièrement aux pays émergents qui ne se sentent pas encore suffisamment impliqués dans les processus de prise de décision. L’OME devrait aussi associer davantage la société civile aux débats sur l’environnement, grâce à un dialogue avec des acteurs jusqu’ici délaissés. Ainsi, les acteurs non gouvernementaux pourraient anticiper les normes environnementales, afin d’accompagner efficacement leur mise en œuvre. Il importe aussi de mettre en place des groupes d’experts intergouvernementaux pour l’ensemble des enjeux environnementaux (à l’image du GIEC pour le climat ou de l’IPBES pour la diversité biologique).
Mais cette OME n’est-elle pas une douce utopie ? Une telle organisation, dont la création devrait se soumettre à l’approbation des Etats, ne risque-t-elle pas de ne jamais voir le jour si ces derniers craignent qu’elle ne devienne trop puissante ? Pour assurer une implication de chaque pays, ne faudrait-il pas mettre en place des mécanismes juridiques et financiers innovants ? Pourquoi ne pas imaginer un système d’incitation fondé sur des bonus/malus ? Voire tout autre système qui favoriserait l’émergence d’une saine concurrence en faveur de la protection de l’environnement entre les Etats ? Autant de questions qui animeront bientôt Rio+20 et dont les réponses (espérons qu’il y en ait !) engageront l’humanité pour les 20 années à venir.
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Notes :
(1) Cet article est issu d’un dossier réalisé par cinq étudiants-ingénieurs de deuxième année de l’Ecole Centrale Paris (ECP), dans le cadre du cours de développement durable placé sous la coresponsabilité de Pascal da Costa (économiste) et Estelle Iacona (énergéticienne).
(2) Les rapports sont disponibles en lignes : http://www.un.org/esa/dsd/dsd_sd21s... http://www.un.org/esa/dsd/dsd_sd21s... https://www.un.org/esa/dsd/dsd_sd21...
Cachez ce changement climatique que je ne saurais voir
Ce n’est pas en Corée du nord, mais en Caroline du Nord, aux Etats-Unis. Comme les études climatologiques prédisent une hausse du niveau de la mer sur cet Etat côtier, les responsables politiques veulent supprimer les études...
C’est une histoire tellement incroyable qu’il vaut mieux commencer par donner les faits tels que les a rapportés, lundi 28 mai, le News & Observer, journal implanté en Caroline du Nord. Les autorités fédérales américaines ayant estimé qu’en raison de leur relief peu élevé, les côtes de cet Etat étaient vulnérables à la montée du niveau de l’océan due au réchauffement climatique, il a été demandé à une commission scientifique d’évaluer les risques. Son rapport, rendu à la Commission des ressources côtières de Caroline du Nord, a expliqué qu’il fallait s’attendre à une montée des eaux d’un mètre d’ici à la fin du siècle, avec pour corollaire quelque 5 000 kilomètres carrés de terres passant dans la catégorie des zones inondées ou inondables. Ce qui signifie, en clair, des conséquences économiques importantes avec le bouleversement de la politique locale d’aménagement du territoire, la fin de projets de stations balnéaires et l’obligation de construire des routes surélevées.
Beaucoup trop pour le NC-20, un groupement de 20 comtés côtiers de Caroline du Nord. Jugeant que le catastrophisme était mauvais pour les affaires et qu’il ne fallait pas s’appuyer sur « des modèles informatiques basés sur de simples hypothèses humaines », ce lobby local est donc passé à l’offensive contre ce rapport scientifique, avec tant d’efficacité que l’évaluation d’1 mètre de hausse du niveau de l’océan a été substantiellement revue à la baisse : la Commission des ressources côtières a finalement validé le chiffre de 15,6 pouces, soit un peu moins de 40 centimètres.
Mais cette contre-attaque ne s’est pas arrêtée là. Un texte amendant une loi sur la politique d’aménagement des côtes de Caroline du Nord a même été préparé en avril, qui ajoute des restrictions sur l’évaluation de la hausse du niveau de l’océan dans cet Etat ! Il explique notamment que la Division de la gestion des côtes (qui n’est pas un organisme scientifique) sera la seule agence habilitée à la réaliser et ce uniquement à la demande de la Commission des ressources côtières. Les chercheurs pourront toujours effectuer des calculs dans leur coin, cela ne sera pas pris en compte par la Commission.
Ce texte présenté par des élus républicains va même plus loin en expliquant comment la hausse future du niveau de l’océan devra être estimée ! La prévision ne s’appuiera sur aucun modèle de climatologie mais devra seulement être extrapolée à partir des relevés historiques de niveau de la mer effectués depuis 1900. Quant à l’extrapolation elle-même, il s’agira d’une simple ligne droite prolongeant la tendance passée et « n’inclura pas de scénario prévoyant une accélération de la montée du niveau des océans ». Alors même que tous les modèles prévoient ce genre d’accélération et que les mesures effectuées ces dernières années, en particulier par les altimètres des satellites Topex-Poséidon et Jason 1 et 2, concordent avec ces prévisions.
On pourrait très bien arguer que la valeur de 15,6 pouces est tout à fait correcte puisqu’elle s’insère dans la fourchette allant de 18 à 59 centimètres inscrite dans le rapport du GIEC de 2007. Ce serait omettre que cette fourchette a été volontairement conservatrice comme le précisait à l’époque le GIEC lui-même : « Les projections ne tenant compte ni des incertitudes liées aux rétroactions entre le climat et le cycle du carbone, ni des effets complets de l’évolution de l’écoulement dans les nappes glaciaires, les valeurs supérieures des fourchettes ne doivent pas être considérées comme les limites supérieures de l’élévation du niveau de la mer. » Dans les faits, la perte de masse des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique s’accélère depuis plusieurs années comme l’ont montré les mesures des satellites GRACE. Une étude de 2009 a donc réévalué la hausse à venir du niveau des mers : selon le scénario le plus modéré (augmentation de température limitée à 2°C à la fin du siècle), la hausse moyenne serait de 104 centimètres, ce qui est en bon accord avec la mesure donnée par le panel de chercheurs s’intéressant aux côtes de la Caroline du Nord.
Le projet de loi en question n’a, à ma connaissance, pas encore été soumis au vote. Cela dit, et au-delà des disputes sur les chiffres, on ne peut que trouver inquiétantes cette envie de vouloir faire taire la science par la législation et cette manière de se dire qu’un phénomène naturel sera limité parce que des responsables politiques ont décidé de le sous-évaluer. Cela rappelle évidemment l’arrêt aux frontières de la France du « nuage » radioactif de Tchernobyl. La hausse conséquente du niveau des océans au XXIe siècle aura lieu partout sur la Terre, sauf en Caroline du Nord où elle sera limitée à moins de 40 cm, alors que l’article du News & Observer fait remarquer que d’autres Etats côtiers américains comme la Louisiane, la Californie, le Delaware et le Maine se préparent respectivement à des hausses de 1, 1,4, 1,5 et 2 mètres.
Il se peut aussi que rien de tout cela n’arrive, à en croire le sénateur républicain de l’Oklahoma James Inhofe, tout simplement parce que Dieu ne permet pas le changement climatique. C’est écrit dans la Bible. Lors d’une intervention à la radio début mars, cet homme politique a cité un passage de la Genèse pour soutenir son propos : « Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l’été et l’hiver, le jour et la nuit ne cesseront point. » Il a ajouté : « Dieu est toujours là-haut. Je suis scandalisé par l’arrogance des gens qui pensent que nous, êtres humains, serions capables de changer ce qu’Il fait avec le climat. » Tout est dit.
Rio : les acteurs se préparent
En 1992, le Sommet de la Terre de Rio aboutissait à l’adoption du programme Action 21, soit environ 2 500 recommandations et trois grandes conventions - la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CLD).
20 ans plus tard, force est de constater que ces différents engagements n’ont été que partiellement appliqués. S’agissant de l’érosion de la biodiversité notamment, les objectifs sont loin d’être atteints. 2010, qui a été l’année internationale de la biodiversité, s’est en effet achevée sur un constat d’échec ; l’objectif visant à stopper la régression de la biodiversité d’ici 2010 n’ayant pu être atteint.
D’autre part, les négociations climatiques qui se sont déroulées dans le cadre de la CCNUCC se sont soldées par le « non accord » de Copenhague et laissent sceptiques aujourd’hui sur l’avenir du Protocole de Kyoto, dont la première période d’engagement expire fin 2012 sans qu’une « suite » ne se dessine. Rappelons que le protocole est à ce jour l’unique instrument juridique imposant des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à 37 pays développés.
Enfin, les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sont encore très loin d’être atteints. Environ 1,4 milliard de personnes vivent toujours dans des conditions de pauvreté extrême, 75% de la population n’a pas de protection sociale et on compte actuellement 200 millions de personnes sans emploi dans le monde.
Par ailleurs, le sommet devra également envisager des solutions de long terme puisque, à l’horizon 2050, la population mondiale s’élèvera à 9 milliards, dans un contexte d’épuisement des ressources naturelles.
Qu’attendre de Rio + 20 ?
Cette conférence, qui rassemblera acteurs publics, privés et société civile, pourra-t-elle relancer la dynamique internationale sur les questions de développement durable ? La prise de conscience depuis le premier sommet a certes considérablement progressé ; par ailleurs l’expertise et les solutions « vertes » aujourd’hui identifiées peuvent faire de Rio un sommet de transition vers une économie plus soutenable… à condition que les décisions politiques et les investissements, publics et privés, suivent.
Pour l’heure, les Nations unies, qui attendent entre 35 000 et 50 000 participants et 100 à 120 chefs d’Etat à Rio, ont fixé pour objectif d’assurer le renouvellement des engagements internationaux envers le développement durable et d’évaluer les progrès réalisés au cours des vingt dernières années. Un rapport, publié en mai 2010, fournit déjà une évaluation des progrès et des lacunes dans la mise en œuvre du Sommet de Rio depuis. Deux grands sujets seront abordés : l’économie verte dans le contexte du développement durable et l’éradication de la pauvreté, la gouvernance et le cadre institutionnel pour le développement durable.
Le rapport du PNUE publié en février dernier intitulé « Pour une économie verte » a évalué les investissements nécessaires au plan mondial entre 1,05 et 2,59 mille milliards de dollars, soit moins d’un dixième du total de l’investissement mondial annuel. Ce scénario vert serait donc possible avec l’équivalent de 2% du PIB (1300 milliards de dollars par an) investis dans dix secteurs clés entre 2010 et 2050. Reste que les Etats décideront ou non de faire ces choix et de lancer les financements innovants pour les pays en développement. D’autant qu’une question est loin d’être réglée : celle de la création d’une « Organisation mondiale de l’environnement », qui induirait un respect des normes environnementales plus exigeant. Les pays émergents y voient en effet un obstacle commercial et craignent un protectionnisme « vert » des pays développés.
L’Europe prône la réglementation et le marché
Au niveau européen, la Commission a présenté le 20 juin dernier sa feuille de route pour Rio + 20, qui expose les conditions et les moyens nécessaires à la transition vers une économie verte. Elle plaide pour « la mise en place, à l’échelle de la planète, des conditions de marché et de l’environnement réglementaire adéquats ». La Commission propose également des écotaxes, la suppression des subventions nuisant à la protection de l’environnement et, plus classiquement, la mobilisation de financements publics et privés. Coïncidence : c’est le Danemark qui présidera l’UE au moment de Rio, comme ce fut le cas pour le sommet de Copenhague...
La société civile très méfiante sur l’économie verte
Si la majorité des acteurs s’entendent sur la nécessaire transition vers de nouveaux modes de production et de consommation, plusieurs visions s’affrontent sur la façon d’y parvenir. La notion « d’éradication de la pauvreté » - volet social et sociétal du sommet- promet notamment d’attiser les conflits avec la société civile.
Celle-ci, structurée en 9 groupes depuis le sommet de 1992, tiendra vraisemblablement une grande place à Rio+20, comme l’a souhaité le gouvernement brésilien. Le « Comité de la Société Civile Brésilienne pour Rio+20 » donne le ton : « le manque d’actions pour lutter contre l’injustice sociale et environnementale ont déçu les espoirs et discrédité l’ONU. Le thème proposé pour la conférence officielle, ladite ’économie verte’ , et la gouvernance globale, est considéré par les organisateurs du sommet des peuples comme insatisfaisant pour affronter la crise planétaire, causée par nos modèles de production et de consommation capitalistes ».
Et si le « Draft Zero alternatif pour la Conférence Rio+20 » adopté par le Réseau International « Ethique et Responsabilité » conserve la structure de la version officielle du Draft zéro de l’ONU, il propose une « réflexion critique » sur le modèle de développement durable adopté à Rio en 1992 et pointe « les échecs de ce modèle de développement, construit sur un modèle de croissance inapte à concilier les besoins économiques et sociaux avec les ressources limitées de la planète et incapable de prendre en compte la réalité des interdépendances ».
Les propositions des acteurs économiques
Tous les grands réseaux d’entreprises promouvant la RSE seront présents à Rio. Parmi eux, le projet « Global Union for Sustainability », lancé par l’Institut brésilien Ethos (entreprises promouvant la RSE), défend le projet d’une « économie verte, inclusive et responsable » et vise à rassembler des acteurs économiques autour de propositions concrètes : construire un nouveau standard de mesure de la prospérité selon les recommandations du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi, rémunérer les services rendus par les écosytèmes, créer un marché carbone international ou encore développer des standards de RSE pour les multinationales et les entreprises publiques au plan international.
Le BASD (Business action for sustainable development), coordinateur du « groupe majeur pour les entreprises et l’industrie » formé du Conseil mondial des entreprises pour le développement, de la Chambre de commerce internationale et du Global Compact, est la voix des entreprises à Rio et organise une conférence « business day » pour les dirigeants d’entreprises et les représentants des gouvernements à Rio. Dirigé par le président de Bank of America, le BASD 2012 veut « veiller à ce que les entreprises soient reconnues comme sources de solutions » et défendra les partenariats public/privé comme moyen de les mettre en place.
Le Pacte Mondial des entreprises organise également un événement (Corporate responsability fourm) du 15 au 18 juin intitulé « Innovation et collaboration en faveur de l’avenir que nous souhaitons ». Il a publié des recommandations à l’intention des gouvernements en insistant également sur les partenariats public/privé entre le monde des affaires, la société civile et le secteur public en matière d’énergie, d’accès à l’eau, d’agriculture et de gouvernance. « De fausses solutions », critiquées par plusieurs ONG, notamment Friends of the Earth. Elles dénoncent « l’influence croissante des grandes entreprises et des groupes de pression industriels au sein de l’ONU : à travers leur influence sur les positions prises par les gouvernements nationaux dans les négociations multilatérales, et leur domination au sein de certains organismes et espaces de discussion onusiens ». Le Sommet de la Terre devrait être « l’opportunité de stopper cette tendance, de mettre fin aux partenariats douteux entre l’ONU et les entreprises, et de mettre un terme à l’accès privilégié qui a été accordé au secteur des entreprises ».
Le texte qui sert de base aux discussions
Le « draft zéro » regroupant les positions des différents Etats a été publié en janvier 2012. Les négociations se heurtent à la définition de l’économie verte, notamment entre pays du Sud, émergents et pays occidentaux, tout comme celle des nouveaux objectifs de développement durable et de leur suivi. Enfin le volet gouvernance est loin de faire consensus, plusieurs pays (Etats-Unis, Canada, Chine et Russie) étant toujours opposés à la création d’une Organisation mondiale de l’environnement, proposition en débat depuis le Sommet de la Terre de 1992… Un dernier round de négociations se tiendra 13 au 15 juin entre les 193 États.
Au Québec, le premier ministre se pavane à la fête du milliardaire Desmarais
Le premier ministre québecois Jean Charest veut faire payer chèrement leur formation aux étudiants. Et il fréquente les fêtes fastueuses du milliardaire Desmarais.
Une vidéo, prise de l’intérieur du domaine des Desmarais, à Sagard, vient de faire surface sur YouTube, gracieuseté des pirates informatiques d’Anonymous.
Durant plus de deux heures, on découvre le cadre d’un luxe inouï du domaine de la famille Desmarais à Sagard, dans Charlevoix. Des invités de marque, dont le premier ministre Jean Charest et son épouse Michèle Dionne, y fêtent avec grand faste l’anniversaire de Jacqueline Desmarais, épouse de Paul Desmarais.
Parmi les invités connus, on voit Jean Chrétien, Lucien Bouchard, l’ancien président américain George Bush (père), Brian Mulroney, et l’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson.
Selon le quotidien Le Devoir, cette vidéo aurait tournée le 30 août 2011 pour le 80e anniversaire de Jacqueline « Jacky » Desmarais, l’épouse de Paul Desmarais.
L’Orchestre métropolitain, sous la direction de Yanick Nézet-Séguin, assure l’ambiance musicale de cette réception d’un faste rarement vu au Québec. Des chanteurs comme Marc Hervieux et Robert Charlebois y donnent aussi des prestations.
Un immense chapiteau temporaire avait été dressé pour la célébration. Dans la vidéo, on constate que les invités portent des tenues de soirée très formelles (smokings, robes longues et décorations).
Pour l’occasion, l’auteur-compositeur Luc Plamondon a créé spécialement une scène de comédie musicale. Le journal satirique Le Couac, qui avait déjà écrit un texte sur l’événement, soutient que la fête aurait coûté de 12 à 14 millions $.
Sur YouTube, une autre courte vidéo anonyme et non datée annonce d’ores et déjà que « ceci n’est qu’un bref aperçu de ce qui sera bientôt montré aux yeux du peuple ».
Dans la présentation accompagnant cet intrigant enregistrement, on peut lire ceci :
« À la fin de cette vidéo, vous prendrez connaissance de deux heures, neuf minutes et quarante-sept secondes de film ou vous pourrez reconnaître toute l’élite de votre gouvernement, faisant la fête avec des personnes représentant le Canada, en l’honneur de l’anniversaire de la femme de M. Sagard. Vous pourrez reconnaître des personnes qui sont, officiellement, ennemis politiques, mais qui, finalement, sont alliées et unies pour aboutir à cette dictature sous-marine actuelle. »
La révolution biolithique
Organes cultivés, muscles dopés, vieillissement retardé, fétus incubés, embryons clonés... le champ de l’artificialisation du corps ne cesse de s’étendre. Quant aux machines, leurs performances progressent irrésistiblement. Elles deviennent capables de reconnaître les émotions, de décrypter les gestes, de se mouvoir librement, d’évoluer dans leur forme - voire de se reproduire de façon autonome. Enfin, tandis que, avec les greffes d’organes animaux et le génie génétique, les espèces se mêlent, apparaissent des hybrides entre machine et biologique, combinant ADN et informatique, insecte et robot, organes et électronique.
Le but premier d’Hervé Kempf, journaliste scientifique à La Recherche quand il a écrit ce livre, en 1997, est d’exposer avec rigueur et clarté comment fonctionnent ces techniques, encore peu connues, qui se préparent dans le secret des laboratoires scientifiques. Mais il explique aussi que, derrière toutes ces recherches en apparence disparates, se dessine un projet cohérent et massif. Le sens n’en est pas seulement d’aboutir à des organismes mieux protégés contre les maladies ou à des ordinateurs plus performants, mais de transformer radicalement notre rapport au monde : l’espèce humaine ne se contente plus d’agir sur la nature, elle veut maîtriser le vivant. Cette mutation, de même importance que celle du néolithique qui nous fit passer de la chasse à l’agriculture, est en passe de bouleverser l’humanité.
Avec cet ouvrage impeccablement documenté tout en restant d’un accès facile, Hervé Kempf nous dévoile les tenants et les aboutissants de cette révolution qu’on peut appeler « biolithique ».
Sommaire
Introduction
I. La manufacture de l’humain
Cultiver la peau Fabriquer les os Reproduire le sang Le corps cultivé Vers le foie artificiel Organes sous capsule Comment faire pousser les oeufs Le jardin des spermatozoïdes Le coup des clones Cultures d’embryons ... et utérus artificiels Corps et chimie : les athlètes pionniers Corps et chimie : rêve de jeunesse Les animaux usines La circulation des organes Régénérer les nerfs L’arrivée des xénogreffes
II. Vers le corps électronique
Les organes artificiels Le corps stimulé Le cerveau électrique Capteurs et régulateurs corporels La bionique temporaire Le dialogue avec la machine Humains numérisés
III. Animer la matière
Etres d’information, êtres émergents Des programmes autonomes et féconds Le temps des machines intelligentes Machines biologiques
IV La révolution biolithique
A la recherche de l’homme perdu, le désarroi du cyborg Robots pensants Les défis de l’ère biolithique
D’autres livres d’Hervé Kempf :
- Cuando las desigualdades destruyen el medioambiente, janvier 2012
- L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, janvier 2011.
- Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, janvier 2009.
- Comment les riches détruisent la planète, janvier 2007.
- Gaza, la vie en cage, avec Jérôme Equer, janvier 2005.
Le sport, ça suffit
Le sport est devenu un tabou plus indiscutable encore que la croissance. Pour être rangé parmi les associaux demi-fous et sans doute dangereux, il suffit de bailler devant Roland Garros, de déplorer la prostitution pécuniaire du rugby, de s’ennuyer des matchs de football répétitifs. « La critique est devenue impossible, dit Marc Perelman, auteur du Sport barbare (éd. Michalon, 208 p., 16 €). Le sport est devenu une seconde nature, c’est comme le soleil, on ne critique pas le soleil ».
Les valeurs de compétition, d’avidité, de triche, de corruption peuvent donc être répandues sans complexe ni remords. En Italie, vient de révéler la police, l’encadrement médical de plusieurs équipes de football a drogué ses propres joueurs pour qu’ils perdent des matches, moyen de garantir l’issue des paris sportifs.
Le sport est devenu l’opium des classes moyennes, la morphine des classes populaires. Mais si Marx jugeait que la religion était l’opium du peuple (dans sa Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel), du moins notait-il qu’elle exprimait aussi une « protestation contre la détresse ». Le sport n’exprime aucune protestation, seulement la soumission à l’ordre établi. Celui-ci, au demeurant, s’en sert contre le peuple. Le gouvernement québécois accuse les étudiants d’incivisme, parce qu’ils pourraient perturber le Grand prix de Montréal – la Formule 1, d’ailleurs, n’est au fond qu’une propagande en faveur du changement climatique.
Si le sport est une des plus vicieuses pollutions mentales, il détruit aussi l’environnement par ses installations monumentales. A Lille, le Grand stade est suspecté de menacer la nappe phréatique par les matériaux utilisés – un recours est par ailleurs engagé contre la procédure de passation des marchés, qui serait déloyale. A Lyon, le maire veut urbaniser cinquante hectares agricoles pour un autre Grand Stade, avec moult fonds publics destinés à un Olympique lyonnais déclinant. A Paris, les courts de Roland Garros veulent s’étendre sur les magnifiques serres d’Auteuil. La Fédération de rugby rêve d’un stade géant, alors que le Stade de France, notoirement sous-utilisé, est déjà en déficit - couvert par les finances publiques, bien sûr.
Que les pseudo sportifs animés par l’esprit de lucre continuent leur commerce de lavage de cerveaux, on n’y peut mais. Du moins est-il temps de les empêcher de bétonner les abords des métropoles.
Saison brune
Saison brune
Le titre de l’album fait référence à cette cinquième saison qualifiée de « brune » dans le Montana, période d’indécision entre l’hiver et le printemps.
Philippe Squarzoni tisse un récit inédit, qui entremêle analyses scientifiques et interviews de spécialistes, considérations personnelles et hommages au cinéma, enquête politique et essai engagé. Le livre est découpé en six chapitres. Les trois premiers sont précédés de trois interludes portant sur les commencements d’une oeuvre. Les trois derniers sont suivis de trois interludes sur les fins. Les deux premiers chapitres sont consacrés aux aspects scientifiques du réchauffement : le fonctionnement du climat, la description de l’effet de serre, l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère durant l’époque moderne. Mais aussi l’expertise menée par le GIEC, l’attribution du réchauffement aux activités humaines, les différents scénarios d’augmentation des températures à venir, les risques d’effets de seuil, les risques de rétroactions positives.
Dans les deux chapitres suivants, Philippe Squarzoni alterne entre l’examen des conséquences à venir du réchauffement climatique (fonte des glaciers, montée des eaux, multiplication des tempêtes, risques de sécheresse dans certaines régions...) et les questionnements du narrateur et de sa compagne face à cette situation inédite. Que faire à un niveau individuel ? Que faire quand ce qui est en cause est la production d’énergie, l’industrie, les transports, le bâtiment, l’agriculture ? Par où, par quoi commencer ? Nécessaire mais dérisoire, sans proportion par rapport à l’ampleur de ce qu’il faudrait accomplir, le niveau individuel semble largement insuffisant. Dans les deux derniers chapitres, Squarzoni élargit son questionnement et examine les possibilités de réduction des émissions et les différents scénarios énergétiques qui s’offrent à nos sociétés (énergies renouvelables, nucléaire, progrès technologiques, maîtrise de l’énergie...).
Entre les insuffisances des unes, et les faux espoirs des autres, il décrit une alternative possible qui permettrait d’éviter les conséquences les plus graves du réchauffement climatique. Et les choix politiques, les modèles de société, que ces scénarios impliquent. Une porte s’ouvre. Saurons-nous la franchir ? Saurons-nous inventer une civilisation plus sobre capable de prendre en compte les questions écologiques ? Nos sociétés sauront-elles éviter les conséquences les plus graves du réchauffement climatique, tout en préservant la liberté et la démocratie ? Dans un album chargé de nostalgie, qui est probablement le plus personnel de ses livres politiques, Philippe Squarzoni livre un essai qui donne à espérer, mais reste très pessimiste sur la réalisation de cet espoir au vu de la nature de la crise, de l’ampleur des changements à accomplir, et du fonctionnement de nos sociétés.
Saison brune, de Philippe Squarzoni (éd. Delcourt, 480 p., 29,95 €).
Le groupe Bilderberg s’est réuni le 3 juin. Mais, chut, la presse française n’en dit mot
Plusieurs Français ont participé à la réunion du groupe Bilderberg qui vient de s’achever le 3 juin aux Etats-Unis. Les présidents de Saint Gobain, de Michelin, du Monde... et c’est Henri de Castries, le patron d’Axa, qui dirige ce discret cénacle international.
Le dimanche 3 juin 2012, dernier jour de la rencontre de Bilderberg de 2012, le silence médiatique français se poursuit. Alors qu’en Grande-Bretagne The Independent analyse cette réunion avec le titre « Conspiracy theorists join the world’s elite », on ne trouve rien de tel dans la presse française. Pour quelle raison ? Les rencontres de Bilderberg seraient-elles sans importance ? Dans ce cas, pourquoi plusieurs hauts responsables de l’Union Européenne y sont-ils présents, comme souligné dans notre article « Bilderberg 2012 : quels objectifs ? (I) » ?
Force est de constater que Bilderberg rassemble toujours des représentants au plus haut niveau des milieux financiers, industriels, politiques et « gestionnaires » européens et US. Peut-on sérieusement prétendre « qu’il ne se passe rien » à de telles rencontres dont celle de 2012 compte autour de 145 invités ?
Le 3 juin, Le Nouvel Observateur annonce « La Syrie et l’Iran au menu du sommet UE-Russie à Saint-Pétersbourg ». Un sommet prévu juste après le Bilderberg 2012 auquel participent entre autres Bassma Kodmani, porte-parole et membre du bureau executif du Conseil National Syrien, et le président du Front Civil Uni (opposition) de Russie, Garry Kasparov. Serait-ce anodin ? On remarque également parmi les participants au Bilderberg 2012 la présence de Thomas E. Donilon, Conseiller pour la Sécurité Nationale à la Maison Blanche, et de Keith B. Alexander, directeur de la National Security Agency des Etats-Unis. Une « orientation » fort significative et parlante en ce qui concerne le contenu de la participation des instances gouvernementales US au Bilderberg 2012.
Et si la rencontre de Chantilly ne servait à rien, pourquoi ces hauts responsables de la Sécurité Nationale US se seraient-ils déplacés ? Le 3 juin également, le blog Notre Siècle interroge : « Bilderberg 2012 : la presse française, bâillonnée ? ». L’article évoque la possibilité d’un éventuel rapport entre ce silence médiatique français et l’approche des élections législatives, l’actuel président des rencontres de Bilderberg et PDG d’AXA Henri de Castries étant connu pour sa proximité avec François Hollande.
Précisément, le rôle d’Henri de Castries à la tête des rencontres de Bilderberg avait déjà été passé sous silence pas les médias français. De quoi s’inquiéter sérieusement en ce qui concerne la transparence de la politique française et le respect effectif du droit des citoyens à une réelle information. A fortiori, à l’approche d’importantes échéances électorales. Hier, dans notre article sur Médiapart « Bilderberg, enjeux, silence médiatique français... », nous avions également dénoncé cette situation qui, le 3 juin au soir, ne semble pas avoir évolué d’un pouce. Au même moment, Le Figaro écrit à son tour « L’UE a 3 mois pour sauver l’euro (Soros) », se référant à des déclarations du milliardaire George Soros sur l’avenir de la Grèce, de l’Union Europénne et de l’euro. Un autre sujet qui, de toute évidence, fait partie des priorités de la rencontre de Bilderberg de 2012.
Le 3 juin, dernier jour du Bilderberg 2012 commencé jeudi dernier [31 mai], Forex Pros rapporte de source AFP « Un "plan d’ensemble" en préparation pour sortir la zone euro de la crise ».
Mais la prétendue « austérite » qui pointe à l’horizon est-elle indépendante de dépenses d’une « Europe militaire » que les dirigeants des Etats-Unis semblent réclamer pour des raisons financières et que, paradoxalement, Jean-Luc Mélenchon soutient ?
Le 3 juin aussi, le site Heraldnet (The Daily Herald) relance l’interrogation « Bilderberg Conference : Is it a powerful global cabal ? », alors que Bangor Daily News l’exprime à son tour sous la forme « Is Bilderberg a conference on world affairs or a secret cabal ? ». Mais peut-on vraiment opposer ces deux notions, dès lors qu’il s’agit d’une réunion extra-institutionnelle impliquant une large centaine de responsables au plus haut niveau de tous les secteurs d’activité de l’Europe et des Etats-Unis ?
Quant aux actions sur le terrain à Chantilly, le journal britannique The Guardian souligne le 3 juin « Bilderberg 2012 : protesters hail their hero, Alex Jones », avec le sous-titre « Radio host from Austin rallies demonstrators with full-throated denunciation of the global elite ». On ne peut être plus clair.
Mais du côté de la presse et du monde politique français, tout paraît beaucoup plus simple. Il suffit de ne pas en parler. Et moins on se posera de questions, mieux cela vaudra. En tout cas, vu par « nos élites ». Une approche, au fond, très voltairienne.
Voltaire estimait que le « bas peuple » n’a pas vocation à être instruit. Voir, par exemple, l’une de ses lettres à Etienne-Noël Damilaville rappelée dans notre article « La lettre de Voltaire à Damilaville du 1er avril 1766 ». Les électeurs français actuels sont-ils vraiment traités d’une façon fondamentalement différente en ce qui concerne l’information citoyenne ?
Au même moment, on peut lire sur le site de la Commission Européenne :
Gouvernance économique
•Un programme économique renforcé soumis à une surveillance plus étroite. Ce volet comprend la définition de priorités et d’objectifs communs dans le cadre de la stratégie Europe 2020 ; des engagements supplémentaires de la part des États membres participant au « pacte pour l’euro plus » ; une surveillance plus étroite des politiques économiques et budgétaires dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance et des nouveaux instruments de lutte contre les déséquilibres macroéconomiques ; une nouvelle méthode de travail, le « semestre européen », permettant de débattre des priorités économiques et budgétaires à la même période chaque année. •Action pour préserver la stabilité de la zone euro. En 2010, l’UE a réagi à la crise de la dette souveraine en créant des mécanismes temporaires de soutien pour ses États membres, qui seront remplacés en 2013 par le mécanisme européen de stabilité (MES). Les mesures de soutien proposées, qui sont élaborées en étroite collaboration avec le FMI, sont subordonnées à la mise en œuvre de programmes de réforme et de consolidation budgétaire rigoureux. •Action pour relever le secteur financier, comme expliqué ci-dessous. Vous trouverez ci-après une présentation des principaux aspects de cette nouvelle gouvernance économique européenne.
C’est de toute évidence sur l’approfondissement de cette politique, en rapport avec « l’Europe militaire » et avec une éventuelle intervention en Syrie, que porte l’une des principales priorités de l’actuelle rencontre de Bilderberg. Mais dans ce cas, pourquoi un tel silence médiatique côté français ?
Dans le domaine de langue portugaise, on voit circuler, provenant de l’Agence EFE, une note datée de samedi intitulée « Influente, discreto e poderoso, Clube Bilderberg se reúne neste fim de semana ». Pourquoi, donc, une telle « exception française » ?
C’est vrai que les membres du gouvernement actuel ne semblent guère aimer que l’on « remue » des informations comme celles concernant les rencontres de Bilderberg. Voir, par exemple, cet entretien de Manuel Valls d’il y a quatre ans.
Et quelle peut être la spécificité de la réunion de Bilderberg de 2012 sur laquelle les médias français gardent systématiquement le silence ? Force est de constater que son président et actuel président du Comité permanent des rencontres de Bilderberg , n’est autre que le PDG d’AXA Henri de Castries. On trouve également dans ce comité permanent un autre français : Nicolas Baverez.
D’autres participants français à l’actuelle rencontre de Bilderberg sont : le sénateur UMP et président du Conseil Général de Maine-et-Loire Christophe Béchu ; le PDG de Saint-Gobain Pierre André de Chalendar ; le directeur du journal Le Monde Erik Izraelewicz ; Anousheh Karvar (CFDT, Terra Nova...), inspectrice à l’IGAS ; Pascal Lamy, directeur général de l’OMC ; le président de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) Thierry de Montbrial ; Jean-Dominique Senard, directeur général du groupe Michelin ; et le diplomate Pierre Vimont, secrétaire général exécutif du Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE).
S’agissant du président de Bilderberg Henri de Castries, les médias français s’étaient déjà abstenus de signaler son rôle au sein du Comité permanent des rencontres de Bilderberg, lorsqu’ils ont évoqué sa proximité avec François Hollande. Par exemple, dans les articles « François Hollande : ces patrons qu’il connaît depuis l’école » (Journal du Net), « La promo Voltaire à la manœuvre » (Le Parisien), « Ces économistes et ces patrons qui soutiennent François Hollande » (Challenges), François Hollande, son réseau parmi les patrons » (L’Expansion), etc... C’était pourtant une information susceptible d’intéresser les électeurs, et on ne peut que regretter une telle omission.
Mais pourquoi ce silence même aujourd’hui, en pleine rencontre de Bilderberg et une semaine avant le premier tour des élections législatives ?
L’accaparement des terres sévit aussi en Hongrie
La grande et fertile plaine hongroise attire les spéculateurs étrangers. Mais le premier ministre Viktor Orbán privilégie ses amis, en leur permettant d’acquérir de très grandes propriétés
Budapest -
"Les 20 années de la transition ont été douloureuses et ont débouché sur un système oligarchique. La politique n’a pas servi les intérêts publics mais les intérêts privés. Cela nous pourri et nous détruit", analysait très justement Viktor Orbán alors qu’il venait d’être élu triomphalement au poste de Premier ministre, en avril 2010. Ce pourfendeur de la gauche néolibérale et corrompue n’allait œuvrer, promettait-t-il, que pour son peuple. Mais deux ans plus tard, à mi-mandat, il ne se trouve plus grand monde, même parmi ses propres électeurs, pour croire à cette rhétorique, pourtant précautionneusement drapée dans les couleurs nationales, rouge, blanc, vert.
Les oppositions (de gauche et d’extrême-droite) se déchaînent depuis plusieurs semaines contre la mise en place de ce qu’elles considèrent être une oligarchie liée au parti d’Orbán, la Fidesz. Les critiques les plus dures viennent du parti écologiste LMP qui a soumis le mois dernier au parlement, sans succès, une proposition en faveur d’une plus grande transparence de la propriété d’entreprises dans le cadre de contrats d’Etat. Cela après que le quotidien de gauche Népszabadság ait signalé les succès économiques fulgurants d’un certain Lajos Simicska, ancien directeur de l’APEH (l’équivalent du fisc en France), à la tête d’une société holding, « Kozgep Zrt », ayant remporté plusieurs importants contrats gouvernementaux depuis l’accession au pouvoir de Viktor Orbán. "Nous percevons de mieux en mieux ce qu’est la vision de la Fidesz pour l’avenir de la Hongrie : un Etat faible et des oligarques forts", a par exemple déclaré le député Gábor Vágó.
Un système féodal
Le favoritisme du parti au pouvoir se manifeste dans un domaine particulièrement sensible : l’agriculture. Un portfolio de 65.000 hectares de terre arable appartenant à l’Etat a été débloqué à destination des petits exploitants pour les aider à vivre de leur production agricole. Viktor Orbán ayant affirmé à plusieurs reprises vouloir favoriser les petits producteurs évoluant dans des structures familiales plutôt que les grands propriétaires terriens. Tout agriculteur peut donc répondre à un appel d’offre et obtenir plusieurs dizaines d’hectares à louer à un prix inférieur au cours normal du marché - environ 25.000 forints par ha (80 €) – et pour une durée de 5 à 20 ans.
Une véritable aubaine avec l’alignement des subventions agricoles européennes à destination des exploitants hongrois sur celles octroyées aux agriculteurs d’Europe de l’Ouest.
Sauf que le système d’attribution des terres - supervisé par une cellule du ministère de l’agriculture et du développement rural (NFA) - est biaisé et repose pour moitié sur des critères subjectifs donnant lieu à des décisions sur mesure et arbitraires. Les contrats de location ont été passés au crible dans deux départements, Fejér et Borsod, et chaque jour apporte un nouveau scandale et de nouvelles preuves de l’accaparement des terres par un petit nombre de personnes liées de près ou de loin à la Fidesz, au détriment des petits exploitants locaux.
Un exemple parmi beaucoup d’autres : dans le département de Borsod, dans le nord-est du pays, un premier contrat de location négocié avec l’ensemble des agriculteurs locaux a été annulé pour finalement attribuer la moitié des terres à seulement trois propriétaires, recevant chacun 500 hectares.
Le cas le plus emblématique, à ce jour, est celui de Lörinc Mészaros, désormais affublé dans la presse du titre d’"oligarque du système Orbán". Le parti écologiste LMP a révélé que sa société louait 1.250 hectares de terres appartenant à l’Etat, dont 460 lui avaient été octroyés au cours des dernières semaines. Difficile de ne pas voir le lien avec le fait que ceci se passe à Felcsút, une petite commune de l’ouest de la Hongrie dont M. Mészaros est le maire, où Viktor Orbán a passé son enfance et où il développe actuellement une académie de football. Le quotidien de gauche Népszabadság estime que le parti Fidesz est en train de bâtir un « système féodal », favorisant l’émergence d’une nouvelle caste, se comportant en petits seigneurs locaux, fidèles au pouvoir central en échange de ses largesses, vivant souvent dans de confortables villas des collines de Budapest tout en assurant leur assise dans un fief rural en distribuant des petits emplois aux paysans locaux privés de terre.
Les "barons verts"
C’est le député de la Fidesz József Ángyán qui a tiré la sonnette d’alarme en constatant ces dérives. Cet ingénieur agricole et professeur d’université a démissionné au début de l’année du poste de secrétaire d’état au développement rural après avoir compris que son plan de développement - pourtant salué par le Premier ministre lui-même - ne serait jamais mis en application : un projet extrêmement ambitieux de relocalisation des économies à travers la mise en place d’une agriculture paysanne de proximité, une revitalisation des campagnes et la création d’emplois locaux verts soutenables. Ce projet restera dans les cartons du ministère de l’agriculture, victime vraisemblablement du lobbying des grands propriétaires terriens représentant une coalition de "groupes économiques cupides, de familles mafieuses, d’oligarques spéculateurs, d’anciens directeurs de fermes collectives et de « barons verts » qui ont réussi à faire main-basse sur les fermes d’Etat au moment de leur privatisation", selon les propres mots de M. Ángyán. 18 associations écologistes l’ont soutenu, déclarant conjointement dans une lettre publique adressée au 1er ministre que « le gouvernement ne devrait pas suivre la politique néolibérale qui considère la protection environnementale, la préservation des ressources naturelles et le soutien aux petits agriculteurs comme des obstacles au développement économique ».
Jugeant que le système d’appel d’offres de bail foncier est « inacceptable et indéfendable », József Ángyán vient d’appeler le gouvernement à stopper ce processus et à annuler les baux déjà signés. "Cette direction nous mène à l’Amérique du Sud, et sape fondamentalement notre alliance avec le peuple ! Nous devons donner la terre aux résidents locaux, aux familles exploitantes, aux jeunes couples, pas aux rentiers oligarques spéculateurs et aux barons verts ! C’est la seul façon de créer des emplois et de maintenir nos terres dans un cadre national", écrit-il sur un site internet créé récemment avec pour objectif de passer aux cribles ces contrats de location de terre.
Les étrangers guignent les fertiles terres hongroises
En réponse aux attaques du parti LMP accusant le gouvernement de représenter les intérêts des "oligarques proches de la Fidesz" avant ceux de son peuple , Viktor Orbán a assuré que "la Fidesz s’accrochera au pouvoir au nom des classes moyennes", indiquant aussi qu’il aimerait voir en Hongrie "plus de magnats et de personnes qui réussissent dans la classe moyenne et le moins possible de gens pauvres. Le système actuel ne laisse pas la place aux oligarques, mais la Hongrie a besoin de grands investisseurs, de millionnaires et de grandes compagnies hongroises, sans quoi "tout sera pris par les étrangers", a-t-il aussi affirmé. Car les « étrangers » aussi, lorgnent avec envie sur les très fertiles terres hongroises… Pour Viktor Orbán, "la guerre a commencé"
Les « oligarques » de Viktor Orbán ne sont pas les seules menaces qui pèsent sur le monde rural hongrois. Les terres arables - dont la quasi-totalité étaient exploitées par des fermes d’Etat et des coopératives – ont été privatisées au début des années 1990 par une « Loi sur la terre » excluant les étrangers. Le moratoire obtenu par la Hongrie au moment de son entrée dans l’Union européenne pour protéger ses terres des spéculateurs – et maintes fois reconduit depuis - prendra fin le 1er mai 2014.
Avec un prix moyen de 1.500 euros par hectare (440.000 HUF) contre près de 5.000 euros en France, les terres arables hongroises, très fertiles, aiguisent les appétits. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale où un nombre croissant d’Etats et d’investisseurs privés cherchent à s’accaparer des terres pour assurer leur propre sécurité alimentaire ou pour réaliser des investissements purement spéculatifs - selon le constat dressé par la FAO elle-même – il ne fait aucun doute que les terres hongroises vont faire l’objet d’une âpre lutte.
Le branle-bas de combat est général en Hongrie. Les prochaines guerres se feront pour l’acquisition de terres agricoles et de l’eau, a déclaré Viktor Orbán au mois de février. "Cette guerre a déjà commencé, pas avec des armes, mais avec d’autres moyens […], nous devons donc être sur nos gardes". Le ministre de l’agriculture et du développement rural, Sándor Fazekas, se réjouit que le gouvernement ait "déclaré la guerre aux spéculateurs" en préparant une nouvelle loi sur la terre et rappelle que "Notre loi fondamentale proclame notre terre comme un trésor national et la base de l’existence de la nation. Nous devons être en mesure de créer des lois qui garantissent que les terres hongroises restent dans des mains hongroises".
Mais le combat n’est-il pas déjà perdu ? 1 million d’hectares auraient déjà été vendus en sous-main à des étrangers, selon le gouvernement, qui a promis il y a quelques jours des peines de prison ferme de 1 à 5 ans pour quiconque se trouverait impliqué dans ce type de transactions illicites. La bataille pour la terre ne fait que commencer.
La tentation du bitume
Cette étude montre que la campagne française recule face au phénomène de l’étalement urbain, qui est le résultat de la crise du logement, du désir d’accession à la propriété individuelle, du développement des centres commerciaux, entrepôts et parkings. Les auteurs proposent des solutions pour endiguer ce phénomène et améliorer la qualité de vie sans gaspiller le territoire.
Année après année, la campagne française disparaît sous la ville. Malgré les proclamations indignées et les législations vertueuses, la terre fertile se raréfie, les espaces naturels se morcellent, la ville s’éparpille et se cloisonne, l’automobile s’impose comme unique lien social. Le phénomène, connu sous le nom d’étalement urbain, ne résulte pas seulement de la crise du logement et du désir d’accession à la propriété individuelle. Centres commerciaux, entrepôts, parkings, la ville étalée se nourrit d’une économie opulente et d’une société qui valorise le bonheur individuel, à court terme de préférence. Autrement dit, nous sommes tous responsables. Dans cet ouvrage enlevé et efficace, coécrit par un expert du sujet et un journaliste spécialisé, les auteurs brossent un tableau vivant et sans concession de la bataille inégale qui se livre entre la soif de bitume et les rares garde-fous susceptibles de contrer le phénomène. Tout est perdu ? Voire. Et si les crises qui se profilent fournissaient un sursaut brutal mais inespéré ?
La tentation du bitume, de Eric Hamelin et Olivier Razemon (éd Rue de l’Echiquier), 221 p., 14,20 €.
Comment les riches détruisent le monde
La dégradation de l’environnement est intimement liée à la crise sociale. En effet, ceux qui détiennent les leviers politiques et financiers sont aussi les promoteurs d’un modèle de consommation à outrance, dévastateur pour la planète... mais imité par les couches moyennes. Que ceux du haut de l’échelle misent sur la décroissance, et l’effet d’entraînement est assuré... La préservation de la planète passe par l’égalité. Cet article résume la thèse du livre Comment les riches détruisent la planète (Seuil, 2007).
Les trois ou quatre générations situées à la charnière du troisième millénaire sont les premières dans l’histoire de l’humanité, depuis que les bipèdes arpentent la planète, à se heurter aux limites de la biosphère. Cette rencontre ne se fait pas sous le signe de l’harmonie, mais sous celui d’une crise écologique majeure.
Soulignons-en quelques aspects. Le premier d’entre eux est l’inquiétude nouvelle des climatologues : ils raisonnent depuis quelques années sur l’hypothèse d’une irréversibilité possible du changement climatique. Jusqu’à présent, on pensait qu’un réchauffement graduel interviendrait, mais que, quand l’humanité se rendrait compte de la gravité de la situation, il serait possible de revenir en arrière et de retrouver l’équilibre climatique. Les climatologues nous disent qu’il est possible qu’on atteigne un seuil tel que le système climatique dérape vers un désordre irréversible. Plusieurs séries d’observations nourrissent cette inquiétude : les glaciers du Groenland fondent bien plus vite que ne le prévoyaient les modélisateurs ; les océans pourraient pomper moins de gaz carbonique ; le réchauffement déjà à l’œuvre pourrait accélérer la fonte du pergélisol, cette immense couche de terre gelée située en Sibérie et au Canada, qui de ce fait menacerait de relâcher les quantités énormes de gaz carbonique et de méthane qu’elle recèle.
Une deuxième observation est que la crise écologique ne se réduit pas au changement climatique. Celui-ci est le phénomène le mieux connu du grand public, il n’est cependant qu’un volet de la crise globale, dont un autre a une importance sans doute équivalente : l’érosion de la biodiversité, dont l’ampleur ne peut être mieux illustrée que par le fait que les spécialistes parlent de « sixième crise d’extinction » pour désigner la disparition accélérée d’espèces que notre époque expérimente. La cinquième crise d’extinction, il y a soixante-cinq millions d’années, avait vu la disparition des dinosaures.
Troisième volet, peut-être moins sensible ou moins bien synthétisé que la problématique du changement climatique : une contamination chimique généralisée de notre environnement, dont deux aspects sont particulièrement troublants. D’une part, les chaînes alimentaires sont contaminées, certes à des doses minimes, par des polluants chimiques. D’autre part, il apparaît de plus en plus clairement que le plus grand écosystème de la planète, l’ensemble des océans, que l’on pensait presque infini dans sa capacité de régénération, est de plus en plus affaibli, soit par la pollution, soit par la dégradation de tel ou tel de ses écosystèmes particuliers.
Pourquoi nos sociétés ne mènent-elles pas une politique écologique ?
Cette entrée en matière définit l’urgence politique de notre époque. Cependant, ce n’est pas d’aujourd’hui, ni même d’hier, mais depuis plusieurs décennies que notre société est avertie du péril. Depuis que Rachel Carson a lancé l’alerte avec Le Printemps silencieux en 1962, depuis que, dans les années 1970, la question écologique a pénétré avec éclat le débat public, conférences internationales, articles scientifiques, luttes des écologistes ont depuis lors amassé une masse de connaissances confirmant toujours la tendance générale.
Pourquoi, alors, nos sociétés ne s’orientent-elles pas vraiment vers les politiques qui permettraient d’éviter l’approfondissement de la crise écologique ? C’est la question cruciale. Pour y répondre, il faut analyser les rapports de pouvoir dans nos sociétés. Elles sont en effet organisées pour bloquer ces politiques nécessaires.
Comment ? Depuis une vingtaine d’années, le capitalisme se caractérise par le retour de la pauvreté dans les pays riches. Le recul du taux de pauvreté, continu depuis la fin des années 1940, s’est interrompu dans les pays occidentaux voire, dans certains cas, s’est inversé. De même, le nombre de personnes en situation de précarité, c’est-à-dire légèrement au-dessus du seuil de pauvreté, augmente lui aussi de façon régulière. Par ailleurs, au niveau mondial, le nombre de personnes en situation de pauvreté absolue, c’est-à-dire disposant de moins de 2 dollars par jour, reste de l’ordre de 2 milliards, tandis que l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (en anglais, Food and Agricultural Organization, FAO) estime à 820 millions le nombre d’humains insuffisamment nourris.
L’augmentation des inégalités depuis une vingtaine d’années constitue un autre aspect de la crise sociale. De nombreuses études l’attestent. L’une d’entre elles, conduite par deux économistes de Harvard et du Federal Reserve Board, est des plus parlantes (1). Carola Frydman et Raven E. Saks ont comparé le rapport entre le salaire gagné par les trois premiers dirigeants des cinq cents plus grandes entreprises américaines et le salaire moyen de leurs employés. Cet indicateur de l’évolution des inégalités reste stable des années 1940, moment où commence l’observation, jusqu’aux années 1970 : les patrons des entreprises considérées gagnaient environ trente-cinq fois le salaire moyen de leurs employés. Puis se produit un décrochement à partir des années 1980, et le rapport monte de façon assez régulière jusqu’à atteindre environ cent trente dans les années 2000.
Evolution du rapport entre le salaire des dirigeants des 500 plus grandes entreprises des Etats-Unis et le salaire moyen de leurs employés (Frydman et Saks).
Ces études signifient qu’une rupture majeure est intervenue dans le fonctionnement du capitalisme depuis soixante ans. Durant ce que l’on a appelé les « trente glorieuses », l’enrichissement collectif permis par la hausse continue de la productivité était assez équitablement distribué entre capital et travail, si bien que les rapports d’inégalité demeuraient stables. A partir des années 1980, un ensemble de circonstances, qu’il n’est pas lieu d’analyser ici, a conduit à un décrochage de plus en plus prononcé entre les détenteurs du capital et la masse des citoyens. L’oligarchie accumule revenus et patrimoine à un degré jamais vu depuis un siècle.
Il est essentiel de s’intéresser à la façon concrète dont les hyper-riches utilisent leur argent. Celui-ci n’est plus caché comme au temps de l’austère bourgeoisie protestante décrite par Max Weber : il nourrit au contraire une consommation outrancière de yachts, d’avions privés, de résidences immenses, de bijoux, de montres, de voyages exotiques, d’un fatras clinquant de dilapidation somptuaire. Les Français découvrent avec M. Nicolas Sarkozy un exemple désolant de ce comportement tape-à-l’œil.
Au coeur du problème : la rivalité ostentatoire
Pourquoi cela est-il un moteur de la crise écologique ? Pour le comprendre, il nous faut nous tourner vers le grand économiste Thorstein Veblen, dont la pensée était rangée par Raymond Aron au même niveau que celles de Carl von Clausewitz ou d’Alexis de Tocqueville (2). Bien oubliée aujourd’hui, elle n’en présente pas moins une saisissante pertinence.
Résumons-la à l’extrême. Que disait Veblen ? Que la tendance à rivaliser est inhérente à la nature humaine. Chacun d’entre nous a une propension à se comparer aux autres, et cherche à manifester par tel ou tel trait extérieur une petite supériorité, une différence symbolique par rapport aux personnes avec lesquelles il vit. Veblen ne prétendait pas que la nature humaine se réduit à ce trait, il ne le jugeait pas d’un point de vue moral, il le constatait. S’appuyant sur les nombreux témoignages des ethnographes de son époque, il constatait aussi que cette forme de rivalité symbolique s’observe dans toutes les sociétés.
De surcroît, poursuivait-il, toutes les sociétés produisent assez aisément la richesse nécessaire pour satisfaire leurs besoins de nourriture, de logement, d’éducation des enfants, de convivialité, etc. Pourtant, elles produisent généralement une quantité de richesses bien supérieure à la satisfaction de ces besoins. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de permettre à leurs membres de se distinguer les uns des autres.
Veblen constatait ensuite qu’existent le plus souvent plusieurs classes au sein de la société. Chacune d’entre elles est régie par le principe de la rivalité ostentatoire. Et, dans chaque classe, les individus prennent comme modèle le comportement en vigueur dans la couche sociale supérieure, qui montre ce qu’il est bien, ce qu’il est chic de faire. La couche sociale imitée prend elle-même exemple sur celle qui est située au-dessus d’elle dans l’échelle de la fortune. Cette imitation se reproduit de bas en haut, si bien que la classe située au sommet définit le modèle culturel général de ce qui est prestigieux, de ce qui en impose aux autres.
Que se passe-t-il dans une société très inégalitaire ? Elle génère un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l’oligarchie – elle-même en proie à la compétition ostentatoire – sert d’exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. Médias, publicité, films, feuilletons, magazines « people » sont les outils de diffusion du modèle culturel dominant.
Comment alors l’oligarchie bloque-t-elle les évolutions nécessaires pour prévenir l’aggravation de la crise écologique ? Directement, bien sûr, par les puissants leviers – politiques, économiques et médiatiques – dont elle dispose et dont elle use afin de maintenir ses privilèges. Mais aussi indirectement, et c’est d’une importance équivalente, par ce modèle culturel de consommation qui imprègne toute la société et en définit la normalité.
Réduire la consommation matérielle
Nous rebouclons maintenant avec l’écologie. Prévenir l’aggravation de la crise écologique, et même commencer à restaurer l’environnement, est dans le principe assez simple : il faut que l’humanité réduise son impact sur la biosphère. Y parvenir est également en principe assez simple : cela signifie réduire nos prélèvements de minerais, de bois, d’eau, d’or, de pétrole, etc., et réduire nos rejets de gaz à effet de serre, de déchets chimiques, de matières radioactives, d’emballages, etc. Ce qui signifie réduire la consommation matérielle globale de nos sociétés. Une telle réduction constitue le levier essentiel pour changer la donne écologique.
Qui va réduire sa consommation matérielle ? On estime que 20 à 30 % de la population mondiale consomme 70 à 80 % des ressources tirées chaque année de la biosphère. C’est donc de ces 20 à 30 % que le changement doit venir, c’est-à-dire, pour l’essentiel, des peuples d’Amérique du nord, d’Europe et du Japon. Au sein de ces sociétés surdéveloppées, ce n’est pas aux pauvres, aux salariés modestes que l’on va proposer de réduire la consommation matérielle. Mais ce n’est pas non plus seulement les hyper-riches qui doivent opérer cette réduction : car même si MM. François Pinault, Vincent Bolloré, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère [des milliardaires français], Jacques Attali et leur cortège d’oligarques se passent de limousines avec chauffeurs, de montres clinquantes, de shopping en 4 x 4 à Saint-Tropez, ils ne sont pas assez nombreux pour que cela change suffisamment l’impact écologique collectif. C’est à l’ensemble des classes moyennes occidentales que doit être proposée la réduction de la consommation matérielle.
On voit ici que la question de l’inégalité est centrale : les classes moyennes n’accepteront pas d’aller dans la direction d’une moindre consommation matérielle si perdure la situation actuelle d’inégalité, si le changement nécessaire n’est pas équitablement adopté. Recréer le sentiment de solidarité essentiel pour parvenir à cette réorientation radicale de notre culture suppose évidemment que soit entrepris un resserrement rigoureux des inégalités – ce qui, par ailleurs, transformerait le modèle culturel existant.
La proposition de baisse de la consommation matérielle peut sembler provocante dans le bain idéologique dans lequel nous sommes plongés. Mais, aujourd’hui, l’augmentation de la consommation matérielle globale n’est plus associée avec une augmentation du bien-être collectif – elle entraîne au contraire une dégradation de ce bien-être. Une civilisation choisissant la réduction de la consommation matérielle verra par ailleurs s’ouvrir la porte d’autres politiques. Outillée par le transfert de richesses que permettra la réduction des inégalités, elle pourra stimuler les activités humaines socialement utiles et à faible impact écologique. Santé, éducation, transports, énergie, agriculture sont autant de domaines où les besoins sociaux sont grands et les possibilités d’action importantes. Il s’agit de renouveler l’économie par l’idée de l’utilité humaine plutôt que par l’obsession de la production matérielle, de favoriser le lien social plutôt que la satisfaction individuelle. Face à la crise écologique, il nous faut consommer moins pour répartir mieux. Afin de mieux vivre ensemble plutôt que de consommer seuls.
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Notes :
(1) Frydman, C. & Saks, R.E., « Executive Compensation : A New View from a Long-Run Perspective, 1936-2005 », Finance and Economics Discussion Series 2007-35, Washington, Board of Governors of the Federal Reserve System.
(2) Veblen, Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Gallimard, collection Tel, Paris, 1970.
Croissante propagande
La Formule 1, « une entreprise favorable au changement climatique » ? Mais non ! La Formule 1 est un outil de propagande en faveur du changement climatique. Dans la répétition de ce spectacle d’énormes moteurs où le conducteur jongle avec la mort, il y a bien une héroïsation de l’automobiliste, une célébration du véhicule à pétrole, une incitation à utiliser sans remords un des instruments les plus efficaces pour émettre des gaz à effet de serre, donc accroître le changement climatique.
La Formule 1 est « une action exercée sur l’opinion pour l’amener à avoir certaines idées », selon la définition que donne de la propagande le dictionnaire Robert. Il s’agit d’amener le public à rêver de la voiture en négligeant les cent litres d’essence que consomme chaque bolide aux cent kilomètres.
Le capitalisme excelle à rendre invisibles les ressorts de la domination, à faire passer les opinions fabriquées pour des choix volontaires des individus. A faire oublier, par exemple, que la propagande a été théorisée par Edward Bernays, inventeur de la publicité aux Etats-Unis dans les années 1920 : il expliquait dans son livre intitulé sans fard Propaganda (éd. La Découverte) que « la manipulation consciente et intelligente des masses joue un rôle important dans une société démocratique ».
Une autre illustration de l’action de la propagande ces temps-ci est le thème de la croissance. Il n’y aurait d’autre choix que « l’austérité ou la croissance », répètent en boucle les médias. Cette alternative a été un thème de la discussion du groupe Bilderberg, un des cénacles internationaux de l’oligarchie, qui s’est réuni début juin. La presse française, étonnamment, n’en a pas dit mot, alors même que le groupe est présidé par Henri de Castries, le dirigeant d’Axa. Ces messieurs – six femmes seulement parmi les 145 participants – ont devisé des problèmes du monde, « austérité ou croissance », donc, mais pas de climat ou d’environnement… Il s’agit de nous enfermer dans cette alternative suicidaire.
Récemment, José Tapia Granados, de l’université du Michigan, a publié une étude montrant que l’accroissement des gaz à effet de serre est étroitement corrélé au taux de croissance de l’économie mondiale. Vous voulez la croissance ? Vous aurez le changement climatique. Maîtriser la finance, réduire les inégalités, opérer la transition écologique, comme le propose le collectif Roosevelt 2012 ? Non. Austérité ou croissance !
La Jungle. Calais, un déshonneur européen
- Présentation par l’éditeur :
Le 23 septembre 2009, la jungle de Calais a été rayée de la carte par les CRS d’Eric Besson. Ce qui a été présenté par le gouvernement comme une opération d’intimidation contre les mafias de passeurs n’a conduit qu’à mortifier davantage des centaines de réfugiés qui fuient les guerres et la menace d’intégration forcée dans les rangs des extrémistes religieux, que nombre d’armées européennes combattent par ailleurs en Afghanistan.
Ce « coup de Kärcher » traduit tragiquement le repli sécuritaire d’un continent qui se perçoit comme une forteresse assiégée. Et qui choisit aujourd’hui d’externaliser la lutte contre l’immigration clandestine, en confiant notamment à la Libye du colonel Kadhafi le soin d’interner dans ses camps, pour une durée illimitée, les candidats au départ, hors de tout contrôle du HCR.
Si l’Union européenne ne respecte pas les conventions internationales qu’elle a ratifiées, si elle ne négocie pas des accords d’entraide avec les pays du Sud, si elle n’adopte pas des positions unifiées et pérennes sur les flux migratoires, elle se sera définitivement parjurée. Elle aura renié une partie des valeurs sur lesquelles elle prétend se construire.
Dans ce livre de reportage photographique auprès des réfugiés de Calais, Jérôme Equer montre la face cachée de notre prospérité, ce monde que nous ne voulons pas voir.
Journaliste, réalisateur et photographe, Jérôme Equer a naguère raconté par l’image, avec Hervé Kempf, la vie quotidienne des habitants de Gaza dans Gaza, la vie en cage
En pasthou et en persan, la forêt de dit djangal. A l’oreille, le mot s’est vite transformé en jungle. Ce qui, dans l’imaginaire des Calaisiens, a contribué à faire du lieu une zone sauvage et dangereuse, sans lien avec la réalité. Il s’agit, en fait, d’un maigre espace boisé, proche du centre-ville, de la rocade qui prolonge l’autoroute A 216, et du terminal des ferries où stationnent les camions en partance pour l’Angleterre (p. 14).
En plus du stress, de la faim et des conditions climatiques épouvantables qu’ils subissent, les réfugiés sont traqués en permanence par les forces de police. Opérant généralement à l’aube avec chiens, matraques et gaz lacrymogènes, 500 CRS terrorisent les migrants et détruisent leurs cabanes (p. 34).
Sous l’égide de l’association La Belle Etoile, des centaines de déjeuners sont distribués chaque jour aux migrants sur le quai de Moselle, à une encablure de l’hôtel de ville. Tandis que les Asiatiques et les Africains sont servis séparément, les blessés, les femmes et les enfants, qui souvent atteignent à peine la puberté, sont prioritaire. Durant le repas rapidement avalé, des estafettes de la gendarmerie patrouillent dans les rues adjacentes afin de créer un climat de peur et de tension (p. 40).
Manifeste pour les « produits » de haute nécessité
« Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant.... » Aux Antilles, la révolte annonce le renouveau, écrivent Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, et leurs amis.
C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle — à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj — qui est d’allier et de rallier, de lier, relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé — est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.
Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables - ziguidi - qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires — non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain.
Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.
Pour les "produits" de haute nécessité
Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ». Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie. Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s’obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses.
L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.
Contre la logique du système libéral marchand
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement...
Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes qui créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain.
Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » – chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.
On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement. On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile. On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous. On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d’œuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’œuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.
Une vision du politique enchantée par l’utopie
Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE [Agence nationale pour l’emploi - qu’a remplacé Pôle emploi] et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aideront à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice.
Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ». Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture... Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain. Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau. Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète....
Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant....
......................................
Les signataires :
Ernest BRELEURN Patrick CHAMOISEAU Serge DOMI Gérard DELVER Edouard GLISSANT Guillaume PIGEARD DE GURBERT Olivier PORTECOP Olivier PULVAR Jean-Claude WILLIAM
Dossier Rio + 20
- L’impasse de Rio, par Hervé Kempf, le 17 juin 2012.
- Rio, les acteurs se préparent, par Véronique Smée, le 3 juin 2012.
- Rio : une gouvernance mondiale de l’environnement face à la crise écologique ?, par des élèves-ingénieurs de l’ECP, le 1 juin 2012.
- Pourquoi le Sommet de Rio est-il important ?, par Dominique Martin-Ferrari, le 23 mai 2012.
- Au Sommet de Rio, les Etats se préparent à la grande régression, par Attac, le 9 mai 2012.
- Les idées fortes du Sommet des peuples, par Boaventura de Sousa Santos, le 14 avril 2012.
- Les multinationales vampirisent le Sommet de la Terre, par Olivier Hoedeman, le 10 avril 2012.
- Le Sommet des peuples aura lieu à Rio en juin, par CFSC Rio+20, le 14 janvier 2012.
- Ola, Rio+20, par Hervé Kempf, le septembre 2012.
- Le Sommet de la Terre de Rio en 2012 se prépare, par Véronique Smée, le 12 juillet 2011.
La croissance est finie
De même que l’humanité connait la transition démographique, qui conduit à la stabilité de son nombre, de même, elle s’engage dans la transition économique, qui conduit à la fin de la croissance et à l’état stable de l’économie
Et si la crise que nous traversons actuellement marquait la fin d’une époque, celle de la croissance économique ? Non parce que le capitalisme aurait perdu la raison en se dévoyant dans une financiarisation devenue incontrôlable, ni même parce que des ressources naturelles de plus en plus rares imposeraient une limite infranchissable à l’expansion de l’économie (ce que nous ne contestons pas), mais plus prosaïquement parce que nos vieilles nations, dites industrialisées, arriveraient au terme d’un long processus de transition économique.
Telle est la thèse que nous souhaitons défendre. Pourquoi en effet, de tous les changements, aussi bien économiques que sanitaires, démographiques, sociaux ou politiques, qui ont marqué la transformation de notre société au cours des derniers siècles, la croissance des activités économiques devrait être le seul qui n’admette point de limites ? Les taux de mortalité et de natalité, dont la décroissance décalée est bien connue sous le nom de transition démographique, ne peuvent descendre jusque zéro, au même titre que les taux de fécondité.
Figure 1. La transition démographique.
Inversement, les taux d’alphabétisation ou d’urbanisation ne peuvent évidemment dépasser la barre des 100%. On peut tout aussi bien évoquer d’autres limites à des phénomènes plus difficilement quantifiables : la marche vers l’égalité des sexes ne peut franchir la frontière de l’égalité absolue, de même que la démocratisation ne peut aller au-delà d’une répartition parfaite de l’exercice du pouvoir entre les citoyens (dans l’un et l’autre cas, ces représentations sont, il est vrai, bien sommaires). N’y aurait-il donc aucune borne au phénomène d’expansion de l’économie ?
Il existe très certainement des limites physiques, en termes de rareté des ressources naturelles et de dégradation de l’environnement, mais il semblerait qu’il existe d’autres facteurs, endogènes à la croissance même, qui expliqueraient pourquoi les pays industrialisés se dirigent inéluctablement vers une stabilisation de leur Produit Intérieur Brut (PIB).
La croissance du PIB est un fait récent et l’analyse de son évolution historique ne permet pas de penser qu’il s’agit d’une caractéristique permanente de la modernité. La croissance de l’économie ne serait donc pas consubstantielle à la société industrielle, mais un phénomène transitoire, nécessaire à l’avènement de cette dernière. Les travaux de l’historien de l’économie Angus Maddison permettent de retracer l’évolution du PIB des pays industrialisés au cours des deux derniers siècles.
Figure 2. Évolution du PIB per capita des pays industrialisés 1820-2001.
Les courbes montrent assez nettement une accélération de la croissance après la Grande Dépression des années 1930, puis, moins distinctement, un ralentissement à partir des années 1970. Les statistiques de l’INSEE indiquent ainsi que, pour la France, le taux de croissance annuel est passé d’une moyenne de 5,6% sur la période 1960-1974, à 2,3% pour les années 1975-2006. Cette évolution ne prendrait-elle pas la forme d’une courbe en S étirée, caractéristique d’une courbe de pénétration, traduisant le passage d’un état de stabilité à un autre ? C’est ainsi que prend forme notre modèle de transition économique, dépassant en l’englobant la seule notion de croissance économique.
Figure 3. Représentation schématique de la transition économique.
La croissance ne serait qu’une étape provisoire, nécessaire au passage d’une société où les échanges économiques sont relativement rares, où l’essentiel des besoins est satisfait en dehors de l’économie marchande, à la société actuelle. Celle-ci, qu’on la qualifie d’industrielle ou de consommation, laisse en effet une part bien plus large aux échanges monétisés.
Mais pourquoi donc le PIB devrait-il croître de moins en moins vite, et même, à terme, s’arrêter ? Ne pourrait-il pas poursuivre sa croissance indéfiniment ? L’expansion de l’économie n’est en fait que le reflet de l’industrialisation de la société : plus on mécanise, plus on automatise, plus on rationalise la production, et plus celle-ci doit s’écouler par des circuits marchands. Plus le travail est spécialisé, et plus l’interdépendance monétaire entre travailleurs croît ; il faut en effet acheter tout ce que l’on ne produit pas soi-même. Or il semble bien que l’industrialisation de notre société atteint aujourd’hui ses limites : quand l’essentiel du parc de logements urbains est construit et équipé, quand le territoire est sillonné par un maillon serré de routes et d’autoroutes, quand presque chaque adulte possède sa propre voiture, la demande qui a dopé la croissance des dernières décennies s’essouffle et la production ne peut que croître moins vite, avec pour corollaire des taux de croissance du PIB moindre. Puisque nous vivons dans des pays qualifiés d’industrialisés, il est logique que le processus d’industrialisation marque le pas et que la croissance ralentisse. Le dynamisme des nouvelles technologies, lesquelles ont fortement contribué à la croissance de ces dernières années, ne changera pas fondamentalement la donne : les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) ne constituent que quelques % du PIB, trop peu pour générer une forte croissance de ce dernier.
La croissance économique ne serait donc qu’une phase transitoire d’un processus de mutation de l’économie, de passage d’une société où les échanges marchands sont peu nombreux à une autre où ils constituent la norme. Le ralentissement de l’accroissement du PIB serait donc tout à fait normal dans les pays les plus riches, au même titre que le seraient les taux de croissance très élevés de certains pays asiatiques : les deux ensembles économiques ne se situeraient tout simplement pas à la même étape d’un processus identique. La crise actuelle ne serait alors que la conséquence du refus d’assumer cette tendance vers la croissance nulle, laquelle implique une transformation en profondeur du mode de fonctionnement de notre société, fondé sur la perspective d’une croissance perpétuelle. Enfin, si les événements passés nous ont permis de construire ce modèle de transition économique, sa validité ne pourra être vérifiée que partiellement, compte-tenu d’autres facteurs, notamment énergétiques et écologiques, qui devraient jouer un rôle déterminant dans l’évolution de l’économie mondiale.
Ce billet est le résumé bien imparfait d’un article plus argumenté, que l’on peut consulter ici (on y trouvera les sources des données et graphiques présentés ci-dessus) : .
Pourquoi les pauvres votent-ils contre leur intérêt ?
« Si l’on aide les plus pauvres, alors c’est moi qui vais me retrouver tout en bas » : selon des chercheurs américains, la « peur de la dernière place » expliquerait l’opposition des citoyens modestes aux politiques de redistribution.
Depuis au moins une décennie, la politique américaine se caractérise par un double paradoxe : bien que les inégalités et la pauvreté augmentent, la politique fiscale n’a jamais autant favorisé les plus riches. Et le Parti républicain, la force politique derrière ces réductions d’impôts, a bénéficié d’un soutien populaire considérable.
Garder son statut d’« avant-dernier »
Deux économistes ont récemment proposé une explication insolite à ce paradoxe (1). Les raisons que l’on avance habituellement pour expliquer cette tendance à voter contre son propre intérêt économique sont, selon Ilyana Kuziemko (Princeton) et Michael I. Norton (Harvard), insatisfaisantes.
Une perspective marxiste insisterait sur l’hégémonie idéologique de la classe dominante et la « fausse conscience » des classes populaires. Ceux qui s’inspirent de Thorstein Veblen privilégient plutôt la disposition des classes populaires à imiter la « classe de loisir », notamment sa « consommation ostentatoire », plutôt que de s’identifier à leurs semblables.
D’autres encore expliquent que les clivages ethniques et raciaux peuvent fausser la solidarité entre les membres objectifs d’une classe sociale. Enfin, beaucoup d’Américains évoquent spontanément le mythe « Horatio Alger », ce romancier populaire dont les livres racontent invariablement l’épopée d’un jeune homme d’origine populaire qui obtient la fortune par son travail et sa ténacité : les classes moyennes et populaires soutiendraient les baisses d’impôts pour les plus riches parce qu’ils parient sur la possibilité que ces impôts pourraient un jour les concerner.
I. Kuziemko et M.I. Norton avancent cependant une explication tout autre. Selon eux, les hommes sont motivés moins par un désir de réussir que par une crainte d’échouer complètement. Nos économistes baptisent ce phénomène la « peur de la dernière place » (« last place aversion »). Selon leur modèle, l’utilité économique n’est pas simplement déterminée par une volonté d’accumuler les richesses, mais par son positionnement relatif vis-à-vis d’autrui. Nous considérons la grandeur de notre maison non pas comme une valeur absolue, mais en la comparant à celles de nos voisins. Autrement dit, des phénomènes psychologiques tels que la honte et la gêne, qui se révéleraient aussi importants que le seul intérêt matériel.
Les deux économistes prétendent que le caractère déterminant de la peur de la dernière place augmente à mesure que le revenu diminue et que cette dernière place se fait plus proche.
À cette aune, si ceux qui se trouvent dans la tranche salariale légèrement au-dessus de la tranche la plus basse sont portés à voter contre leur intérêt économique (celui-ci étant compris comme simple désir d’augmenter son revenu), c’est parce que des politiques de redistribution risqueraient de donner un coup de pouce aux plus infortunés qu’eux. La redistribution, en somme, menace leur statut d’« avant-derniers ».
I. Kuziemko et M.I. Norton montrent très clairement que ces considérations se révèlent déterminantes, par exemple, dans les attitudes envers le salaire minimum. Selon leurs recherches (2), ce sont précisément les Américains qui gagnent entre 7,26 et 8,25 dollars par heure – soit un peu plus que le salaire minimum actuel (7,25 dollars) – qui sont les plus susceptibles de s’opposer à ce que le salaire minimum augmente.
Pour prouver leur thèse, I. Kuziemko et M.I. Norton ont fait une expérience en forme de jeu. Chaque joueur s’est arbitrairement accordé un « revenu », échelonné selon une différence constante (1,75, 2, 2,25 dollars, etc.). À chaque tour, les joueurs doivent faire un choix. Ils peuvent soit opter pour une augmentation certaine de leur salaire de l’ordre de 25 cents, soit participer à une loterie qui leur donne 75 % de chance d’augmenter leur salaire de un dollar (soit quatre fois plus que l’augmentation « normale »)…, mais 25 % de chances de voir leur salaire diminuer de 2 dollars. Si tous les joueurs choisissent l’augmentation garantie, les plus pauvres resteront les plus pauvres, même si leurs salaires augmentent régulièrement. Pour pouvoir se déplacer vers le haut dans la distribution salariale, les plus pauvres doivent risquer la loterie – et, bien entendu, s’en sortir vainqueurs.
Sortir de la honte d’être dernier
Il s’avère que les individus les plus susceptibles de tenter leur chance à la loterie sont les derniers et les avant-derniers de la distribution salariale. Les derniers ne se contentent pas, en somme, de gagner davantage (ceux que leur offre l’augmentation garantie), ils aspirent à sortir de la honte d’être les derniers. Les avant-derniers, eux, jugeant (avec raison) que les derniers risqueront la loterie pour tenter d’améliorer leur sort, doivent également prendre un risque pour ne pas se trouver dépassés et donc relégués en dernière position. Les individus placés plus haut dans la distribution salariale choisissent très majoritairement l’augmentation certaine de 25 cents, preuve, selon les chercheurs, que les joueurs sont motivés moins par une envie de monter dans la distribution salariale que par la peur de se retrouver tout en bas.
Ce modèle n’explique pas à lui seul, selon I. Kuziemko et M.I. Norton, les raisons pour lesquelles des populations à moyen ou bas revenu votent contre leurs intérêts économiques. Ils évoquent aussi le fait que les Américains évaluent mal la réalité des inégalités actuelles, estimant en moyenne la part de la richesse détenue par les 20 % des Américains les plus riches à 59 %, quand en réalité elle est de 85 %. À l’inverse, ils surestiment largement leurs chances de mobilité sociale ascendante.
Il est intéressant de noter que les conclusions des deux économistes confirment l’intuition de certains philosophes et penseurs politiques. La « passion pour l’égalité » évoquée par Alexis de Tocqueville ressemble par exemple à s’y méprendre à la « peur de la dernière place » : « Quelque démocratique que soient l’état social et la constitution politique d’un peuple, on peut donc compter que chacun de ces citoyens apercevra toujours près de lui plusieurs points qui le dominent et l’on peut prévoir qu’il tournera obstinément ses regards de ce seul coté… C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande » (De la démocratie en Amérique, vol. II, 2e partie, chapitre XI). Les recherches de I. Kuziemko et M.I. Norton nous rappellent ainsi que, même dans le domaine économique, les passions comptent tout autant que les intérêts.
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Notes :
(1) Ilyana Kuziemko et Michael I. Norton, « Last place aversion », New York Times, 19 septembre 2011.
(2) Ilyana Kuziemko et al., « “Last-place aversion”. Evidence and redistributive implications », NBER Working Paper Series, n° 17234, Août 2011.
Ce texte est une version abrégée d’un billet paru sur le blog de Michael C Behrent.
Cuisiner Nature
Cuisiner nature. Recettes et activités pour manger autrement
Des activités pour comprendre les enjeux d’une alimentation saine et équilibrée
Des astuces pour cuisiner et manger en plein air
130 recettes pour se régaler
L’alimentation est un plaisir. Les repas et leur préparation sont bien souvent une occasion de partage et de créativité. C’est aussi une histoire de santé et d’impact sur la planète.
Ce guide déploie des jeux et des activités autour de l’alimentation sous toutes ses facettes pour habiter autrement la planète.
Apprendre aux enfants et aux jeunes à bien manger, à retrouver le lien entre ce qui pousse et ce qu’ils mangent est un enjeu majeur pour les éducateurs (enseignants, animateurs, parents, grands-parents…).
Un guide complet pour cuisiner en pleine nature avec les enfants et les jeunes au gré des saisons.
Une pincée d’organisation, Un brin d’anticipation, Une cuillérée de bonne humeur, … et cuisiner en plein air devient plaisir et saveur.
(Editions Presses d’Ile-de-France, 168 pages, 18 euros).
Quelle utopie pour le mouvement Emmaüs ?
Texte de présentation
Germain Sarhy a fondé, il y a tout juste trente ans, une communauté Emmaüs devenue celle de Lescar-Pau. Cette Communauté est l’une des plus grandes de France avec ses 130 compagnons et compagnes, bénévoles, salariés et, durant l’été, ses dizaines de jeunes bénévoles internationaux.
Cette Communauté est surtout la plus originale puisqu’elle est devenue progressivement un véritable laboratoire d’alternatives sociales, économiques, agricoles, culturelles et d’habitat...
Chacun de nous croit bien connaître le mouvement Emmaüs car il appartient à notre histoire collective mais nous ignorons tout ce qui fait sa diversité et sa richesse.
Nous avons tous en mémoire la figure de l’abbé Pierre mais nous ignorons le vécu des diverses communautés. Beaucoup d’incompréhensions et parfois de méprises empêchent d’avoir une idée juste de ce qui constitue véritablement le mouvement Emmaüs. Ce qui s’invente à Emmaüs peut donc nous apprendre beaucoup sur la grande société et son devenir. Les communautés Emmaüs sont fondées sur de grands principes valables pour d’autres groupes. Celui d’être un lieu d’accueil inconditionnel pour des personnes en difficulté matérielle et morale ou qui désirent donner du sens à leur vie à travers un engagement.
Tel est le principe d’accueil inconditionnel défini par l’abbé Pierre et que défend la Communauté Emmaüs Lescar-Pau. Au-delà de cette vitrine, la Communauté Emmaüs Lescar-Pau est un lieu de luttes contre toutes les formes d’exclusion, un laboratoire inventant des alternatives. Avec la crise, elle est de plus en plus sollicitée par des personnes qui se trouvent dans une situation d’appauvrissement ou de recherche d’idéologie. La Communauté Emmaüs Lescar-Pau mérite bien ses qualificatifs : l’insoumise, la belliqueuse, la fraternelle.
Le livre est constitué d’un dialogue entre Germain Sarhy, le directeur de la communauté, et Paul Ariès. Il comprend aussi des témoignages d’amis de la communauté. Voici celui d’Hervé Kempf.
Les chemins du possible
Je suis venu à la communauté Emmaüs de Lescar en juillet 2011, pour participer à un débat avec Paul Ariès dans le cadre du Festival. N’y ayant passé que deux jours, je ne peux livrer que quelques impressions. La première, c’est que ces deux jours ont été à la fois très joyeux et très instructifs. Joyeux, parce que c’était la fête, que j’y ai retrouvé des amis, que les concerts étaient superbes, et qu’on s’est bien amusés. Sans doute est-ce là une des plus belles réussites de la communauté : elle rassemble des gens pauvres et qui viennent de la mouise, et ils fabriquent un grand rassemblement festif et rayonnant, loin de l’image misérabiliste et compassionnelle qu’on pourrait attendre. « OK, c’était la galère, et ça l’est encore souvent, mais ensemble, on peut vivre, et créer de beaux moments de rires et de chants », semblaient-ils nous dire.
Et instructifs, parce que la communauté a eu l’autre bonne idée de faire venir des mouvements engagés sur tous les terrains de la rebellion et de la construction d’une alternative. J’ai pu discuter – et apprendre, bien souvent – à propos des prisons, de l’Amérique latine, des luttes écologiques locales, par exemple. Et là encore, les amis d’Emmaüs nous adressaient un message : « OK, c’était la galère, et ça l’est encore souvent, mais ensemble, on peut lutter, réfléchir, imaginer l’autre monde qui est possible et désirable ».
Des trop courtes rencontres avec des membres de la communauté, je retiens quelques mots, quelques idées :
. « Le principe, ici, c’est la responsabilité, pas l’assistanat ». Et oui, l’enjeu est que chacun retrouve, s’il est tombé au bas de l’échelle - ce qui peut nous arriver à tous -, non seulement les moyens de la survie, mais une place dans la société où il pourra à nouveau apporter aux autres.
. « On ne veut pas de misérabilisme ». C’est-à-dire, si je comprends bien, que ce qui compte, ce n’est pas la compassion, mais la reconstruction.
. « On fait le pari du collectif. Ce n’est pas toujours simple avec des gens qui n’ont pas forcément choisi d’être là ». Il n’y pas qu’à Emmaüs que cette question se pose : c’est dans toute la société, dans tous ses sous-ensembles, où les gens n’ont que rarement choisi de vivre, qu’il faut susciter le « collectif », c’est-à-dire la volonté du bien commun et l’action concertée entre tous.
Et puis, ce que j’ai trouvé de plus original, de plus surprenant, c’est la démarche écologique assumée. Je venais pour discuter avec Paul sur le thème : « Les jeunes victimes des marques et de la pub ». Discuter de ça ici, dans ce camp où sont rassemblés tant d’objets rejetés par la société de consommation et qui y retrouvent une belle utilité, où sont recyclés tant de résidus de la propagande publicitaire qui emprisonne tant de cerveaux réduits à des machines à désirer, quel paradoxe ! Et pourtant, cela avait un sens réel. Parce que, comme me l’avait dit Germain Sahry, « à partir de la récupération, on prouve qu’on est dans une société de surconsommation » ; et puis que « c’est un combat politique de donner envie aux jeunes de sortir du consumérisme ». Dans ce lieu où échouent ceux que la société rejette, et où échoue aussi le capharnaüm rejeté par l’insatiable avidité stimulée par le capitalisme, on reconstruit, et des hommes et des femmes dignes, et des objets qui non seulement vont retrouver une utilité mais aussi, narguer en quelque sorte cette société qui à force de tout jeter finit par se jeter elle-même par-dessus bord.
Souvent, dans les débats que j’anime dans la foulée de mes livres, j’ai constaté que les gens les plus pauvres étaient très préoccupés d’écologie, contrairement au lieu commun. Parce qu’ils savent que l’écologie n’est pas un luxe, mais la condition de l’avenir et d’une société vraiment humaine. C’est ce que nous dit aussi la Communauté d’Emmaüs Lescar : les pauvres, les misérables, les sans abri peuvent être la sève d’une société devenue si riche qu’elle en devient aveugle sur sa possible destinée.
La joie, la responsabilité, la lutte, l’écologie : continuez, les amis, vous nous montrez le chemin des possibles.
Quelle utopie pour le mouvement Emmaüs ?, Germain Sarhy (éd. Golias, 132 p., 15 €).
L’impasse de Rio
Le sommet de Rio va se dérouler dans une atmosphère tout sauf carnavalesque. Alors qu’en 1992, le Sommet de la Terre y avait eu un retentissement sans égal, la réunion actuelle est marquée par le désenchantement : inquiétude devant la poursuite de la dégradation écologique, désappointement devant l’incapacité collective à agir, désarroi face à une crise économique qui l’emporte à court terme sur la crise écologique.
Mais cette réunion vaut plus que l’accomplissement d’un rituel fatigué, alors que les pays émergents découvrent que le délabrement de la biosphère affecte leur avenir proche. Ce qui est en jeu, c’est l’impasse où se trouve la théorie économique dominante. La discussion sur la Déclaration finale s’est focalisée sur le concept d’« économie verte ». Dans celle-ci, on infléchirait le fonctionnement de l’économie de façon à « réduire significativement les risques environnementaux et les raretés écologiques », selon le rapport des Nations unies publié avant la conférence (Towards a green economy).
En fait, le terme a été posé en 1989 par un économiste britannique, David Pearce, dans Blueprint for a green economy. Il avait défini les notions de capital naturel et de capital constitué par l’activité humaine. Pour assurer un développement soutenable, il convenait que le capital total (naturel et constitué par l’homme) ne diminue pas. Question : jusqu’à quel point peut-on substituer l’un à l’autre, c’est-à-dire augmenter le capital constitué en détruisant le capital naturel ? La solution proposée était – et reste - la monétarisation du capital naturel, c’est-à-dire son évaluation monétaire. Il s’agit en fait de l’adaptation des principes de l’économie de marché au problème de l’environnement.
Cette conception envisage la nature comme un stock, divisible en unités calculables. Mais la biosphère est un système global, dont la cohérence tient au métabolisme de ses interactions, et qui peut être sujet à des phénomènes de seuil, c’est-à-dire d’écroulement quand certains équilibres sont rompus. Et c’est pourquoi l’analyse de capital ne fonctionne pas. « Les problèmes écologiques ne peuvent plus être appréhendés comme des défaillances plus ou moins fortes de l’économie de marché », observent Michel Damian et Franck-Dominique Vivien dans la revue Economie appliquée (juin 2012). Mais « dispose-t-on d’une théorie satisfaisante des relations entre la sphère économique et la sphère naturelle ? » Non, pas encore. Et c’est pourquoi Rio nous chagrine.
Pierre Rabhi en Margeride
Présentation
Pierre Rabhi, un sage à Saint Symphorien
Conférence-débat : La sobriété heureuse
Vendredi 22 juin à 20h30 à la salle des fêtes de Saint-Symphorien (Lozère).
C’est un sage et un paysan qui animera la Soirée de Saint Symphorien, en Margeride, le vendredi 22 juin. Pierre Rabhi viendra en effet discuter de la « sobriété heureuse » avec les Lozériens, ses voisins, puisque ce paysan vit à Montchamp, en Ardèche.
Pierre Rabhi est devenu un des meilleurs porte-voix en France d’une écologie renouvelée. Né en 1938, il a grandi dans une double culture du Sahara et de la France, de l’islam et du christianisme, quand, après le décès de sa mère, il a été adopté par des parents français. Il est venu en France à vingt ans, et y a travaillé comme ouvrier. Mais la froideur de la ville et la déshumanisation des machines l’ont attristé, et il a choisi, avec sa femme Michèle, de venir s’installer en Ardèche et de travailler la terre. C’était bien avant 1968, et à une époque où, en sens inverse, l’exode rural vers la ville battait son plein. Sur ces terres pauvres, la famille a vécu chichement, quinze ans sans électricité. Appliquant les méthodes de l’agriculture biologique, Pierre Rabhi a peu à peu régénéré la terre et en a fait un riche lieu pour ses cinq enfants et ses amis.
En 1983, il a écrit un beau livre, Du Sahara aux Cévennes (Albin Michel), dans lequel il retrace son expérience et exprime sa vision du monde. Partageant son savoir agricole au Burkina Faso et au Maroc, sa réputation a commencé à grandir. Il a élargi la portée de sa parole, montrant comment « la modernité nous prive de l’essentiel » et que la société ne peut pas être humaine quand les hommes détruisent la terre. Il promeut des petites exploitations agricoles à taille humaine, appelle à « l’insurrection des consciences », et explique que chacun, malgré l’immensité du monde qui semble rendre nos efforts vains, peut agir pour changer les choses.
En 2002, Pierre Rabhi s’est présenté à l’élection présidentielle : il n’a pu atteindre les 500 signatures d’élus nécessaires, mais il a acquis une grande notoriété. Depuis, il parcourt la France pour éveiller ses concitoyens au respect de la planète et au changement intérieur. En Ardèche, il a créé avec ses amis un centre de démonstration de l’agriculture biologique. Et c’est en paysan qu’il viendra parler à Saint Symphorien, à l’invitation de l’AME (Association Margeride Environnement).
Compte-rendu
Pierre Rabhi a semé le bonheur à Saint Symphorien
La salle était comble, vendredi 22 juin, lors de la Soirée de Saint Symphorien organisée par l’AME (Association Margeride Environnement) : plus de 170 personnes sont venues du canton de Grandrieu, mais aussi de toute la Lozère, de Haute-Loire et même… de Moselle, pour écouter Pierre Rabhi, paysan écologiste et philosophe.
Il a raconté avec beaucoup de simplicité son parcours depuis le Sahara jusqu’à l’Ardèche où il vit maintenant, en racontant son expérience de l’agro-écologie et la façon dont il a transformé des terres rocailleuses et sèches en une terre fertile. Il a aussi exposé sa philosophie de l’existence. Si son discours était grave, il était ponctué d’humour, et l’on a souvent ri – au point que le thème de la soirée, « la sobriété heureuse », aurait pu s’intituler « la sobriété joyeuse ».
Car selon Pierre Rabhi, notre société souffre de boulimie, d’illimitation, du règne de l’argent qui détruit le monde. « Tout ce qui n’est pas chiffré n’est pas considéré comme économie, a-t-il dit, si bien que le paysage, l’air pur, le silence sont jugés sans valeur ». Pourtant « nous sommes ici-bas pour jouir de la beauté de la vie ». Au passage, évoquant la splendeur des paysages de Margeride, Pierre Rabhi a jugé que « l’on a raison de se battre pour qu’il n’y ait pas d’éoliennes ».
Le sage pense que le monde moderne est dans une crise très grave : « On vit dans l’illusion que le modèle occidental est généralisable. Il ne l’est pas parce qu’il est dispendieux. Où va-t-on prendre les ressources pour satisfaire tout le monde, s’ils sont aussi boulimiques que nous ? » Selon lui, il faut aller vers la modération, l’auto-limitation, le contentement. Et si le système doit changer, cela dépend aussi de la transformation interieure de chacun : « Le système ne changera pas si les êtres humains ne changent pas ».
Un débat a suivi la conférence, et l’on a discuté de l’éducation, de l’agriculture, de la peur qui imprègne nos sociétés, de la crise. Pour Pierre Rabhi, « une issue est le retour à la terre, une grande partie des citoyens devra envisager de réapprendre à cultiver ». Mais il observe aussi l’espoir dans les tourments de l’époque : « La société bouillonne d’initiatives et d’alternatives. Au fur à mesure que le modèle dominant se dégrade, un autre modèle se prépare ».
Un pot amical a suivi la Soirée, avant que tout le monde reparte heureux sous le beau ciel étoilé.
Les OGM ont perdu la guerre contre les mauvaises herbes
Aux États-Unis, des millions d’hectares sont infestés par des plantes sauvages résistantes au Roundup, l’herbicide produit par Monsanto.
L’Académie américaine des sciences organisait le 10 mai un sommet sur les plantes génétiquement modifiées résistantes aux herbicides. Une réunion de crise. Les agriculteurs américains ont l’impression d’avoir été floués par les semenciers qui leur avaient dit qu’avec les OGM résistants aux herbicides ils n’auraient plus jamais de problèmes avec les mauvaises herbes. Il leur suffisait de pulvériser du glyphosate - une molécule créée par Monsanto aujourd’hui dans le domaine public - pour être tranquilles. Un seul passage était nécessaire pour tout détruire sauf les cultures dotées d’un gène de résistance. Les agriculteurs ont bénéficié de ce système au début : les rendements étaient meilleurs, le temps de travail et les coûts réduits. Aujourd’hui, ils déchantent.
Les mauvaises herbes deviennent résistantes elles aussi au Roundup, elles se multiplient très vite et envahissent les champs de soja, de maïs, de coton et de colza. Près de 8 millions d’hectares sont d’ores et déjà infestés. « Avec les herbicides, il se passe la même chose qu’avec les antibiotiques. À les utiliser trop souvent et systématiquement, ils perdent leur efficacité car les plantes développent des résistances », explique Xavier Reboud, de l’Inra de Dijon. La crise actuelle ne le surprend pas ; il l’attendait même plus tôt. Les OGM ont fait exploser la consommation de glyphosate : elle est passée dans les champs de maïs de 1,8 million de tonnes en 2000 à 30 millions de tonnes l’an dernier.
Chaque année, de nouvelles plantes sauvages développent des résistances. Leurs mécanismes de défense sont efficaces et, une fois sélectionnés, ils sont transmis à leur nombreuse descendance. L’organisation internationale chargée de leur contrôle (ISHRW) a déjà recensé 23 espèces sauvages résistantes. « Mais ce chiffre sous-estime le problème car il ne prend en compte que les plantes résistantes à une dose quatre fois supérieure à celle couramment appliquée, explique Bill Freese, du Centre américain de sécurité alimentaire, dans une interview à la revue The Scientist. Quantité d’autres mauvaises herbes tolèrent des doses plus basses de glyphosate et ce sont elles qui ont un gros impact dans les cultures. » Il y en aurait en fait plus de 380, selon Harold Coble, du ministère américain de l’Agriculture.
En Alabama, l’amarante de Palmer, une grande plante buissonnante qui pousse très vite et produit des millions de graines minuscules, infeste 80 % des champs de coton OGM et 61 % des champs de soja OGM. Le préjudice pour les agriculteurs est estimé en tout à 82 millions de dollars.
Graves conséquences
Pour faire face à la situation, les industriels projettent d’associer d’autres herbicides, ce qui accroîtra la pollution, et d’ajouter un nouveau gène de résistance dans les plantes cultivées. « Ils abusent les gens en disant que c’est une solution. Les plantes vont devenir résistantes aux deux herbicides », estime Henri Darmency, de l’Inra de Dijon, qui a participé à l’expertise collective sur le sujet publiée par l’Inra en novembre 2011. « Dans les mélanges, les doses sont moins importantes, ce qui accroît les risques de développement de résistance. C’est une fuite en avant », ajoute Xavier Reboud. En attendant, Monsanto offre gratuitement aux agriculteurs un deuxième herbicide. L’utilisation d’un même herbicide sur d’énormes surfaces comme c’est le cas avec le glyphosate aux États-Unis, en Amérique du Sud ou en Australie peut avoir de graves conséquences, comme l’abus des antibiotiques. « La sensibilité des plantes aux herbicides est un bien commun et l’agriculture industrielle est en train de le détruire, estime Xavier Reboud. On va dans le mur. »
Des alternatives aux OGM sont d’ores et déjà recherchées. Des moissonneuses-batteuses capables de trier à part les graines des mauvaises herbes et de les broyer sont testées en Australie. La maîtrise des mauvaises herbes demandera sûrement plus de travail. « Les OGM résistants aux herbicides ont apporté tellement de confort aux agriculteurs américains qu’ils ne sont pas prêts à les abandonner », souligne le chercheur.
La nature, nouvelle frontière du capitalisme financier
On dit souvent que « le monde n’est pas une marchandise » ou que « la nature n’est pas à vendre ». On critique la « marchandisation » au nom des biens communs. On a souvent raison, mais c’est plus compliqué que cela : si l’on défend des coopératives locales d’énergies renouvelables ou une filière écologique régionale de production de bois de chauffage ou de bois construction en veillant à la biodiversité dans la gestion des forêts, on crée aussi des marchés et cela n’a rien de critiquable, au contraire.
Si l’économie verte dont on nous parle c’était cela, on ne pourrait que la défendre. C’est ainsi que le PNUE nous la présente en des termes aimables : une économie qui « entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources ».
Quel est pourtant le problème posé aujourd’hui et révélé notamment par les mobilisations autour de Rio+20 ?
Il est dans les stratégies actuelles des multinationales (et de la finance actionnariale et spéculative qui les contrôle), appuyées par les États les plus expansionnistes, et exerçant leur influence jusqu’au sein des Nations Unies.
Le capitalisme financier est en crise profonde. Dans son aveuglement, il distingue des planches de salut vertes et il sait que des contraintes écologiques fortes se profilent avec lesquelles il va devoir composer.
Comment transformer – si possible - ces contraintes en opportunités ? Pour le capitalisme financier, il existe plusieurs stratégies, liées à une idée de valorisation lucrative de la nature et de ses biens communs, qu’il faut dé-communaliser pour les mettre à son service.
C’est sa version de l’économie verte, celle qu’il a infiltrée non sans succès au sein des Nations unies. C’est aussi celle de la commission européenne. Voici ce que dit Janez Potocnik, commissaire à l’environnement de l’Union Européenne : « Nous devons passer d’une situation où l’environnement était protégé du business au fait d’utiliser le business pour protéger l’environnement ».
Comment faire entrer cette conviction néolibérale dans les faits ? En suivant trois stratégies, ensemble ou séparément. Je mets délibérément de côté les stratégies de « greenwashing », importantes mais auxquelles ne sont pas associés des investissements aussi lourds que dans les stratégies qui suivent.
1. L’APPROPRIATION ELARGIE DES RESSOURCES
La première stratégie est celle de l’appropriation élargie des ressources naturelles existantes ou à découvrir : ressources du sol, des terres, du sous-sol, des océans, en eau potable, des pôles, des forêts, etc. Il s’agit de monter d’un cran dans l’exploitation rentable de ces ressources jugées indispensables à la prolongation de la croissance, de l’avidité consumériste, du « mode de vie occidental ».
C’est une sorte de nouvelle conquête de l’Ouest, mais ici l’Ouest est en général au Sud…
Sont en priorité visées l’appropriation et l’exploitation de la biomasse (toutes les matières organiques végétales ou animales) et de tous ses usages pour produire de l’énergie. Cela se traduit entre autres par la montée en puissance des agrocarburants et autres « pétroles verts ».
Mais dans cette stratégie on trouve aussi les sables bitumineux, les gaz et huiles de schiste, les forages en eau profonde, les méga-barrages, les achats de terres des pays pauvres, la conquête des pôles, la privatisation de la distribution de l’eau, la privatisation des semences et des gènes, etc.
2. ARTIFICIALISER-INDUSTRIALISER LA NATURE ET LE VIVANT
Un grand nombre de multinationales investissent depuis longtemps dans les OGM et cherchent à les imposer dans le monde, mais l’artificialisation du vivant va bien au-delà. On trouve dans le livre Labo planète, dont j’ai déjà parlé, d’importants exemples relatifs aux NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique, sciences cognitives) et à leurs « avancées » dans l’artificialisation, y compris celle des êtres humains.
Selon un article récent de Basta, c’est la biologie de synthèse qui attire le plus les investisseurs. « Les entreprises de biologie synthétique fabriquent de l’ADN de synthèse pour créer sur mesure des algues et des microorganismes qui agissent comme des usines biologiques miniatures. Le but consiste à pouvoir convertir presque n’importe quel type de biomasse en presque n’importe quel produit. »
Le think tank canadien ETC Group a publié un excellent rapport « Qui contrôlera l’économie verte ? ». Extrait : « Jouissant d’investissements publics et privés (incluant les plus grandes entreprises énergétiques et chimiques au monde) totalisant plusieurs milliards de dollars au cours des dernières années, la biologie synthétique voit les divers produits de la nature comme des matières premières servant à alimenter leurs bestioles brevetées – c’est-à-dire des organismes conçus de toutes pièces qui seront utilisés pour transformer la cellulose extraite de plantes en carburants, produits chimiques, plastiques, fibres, produits pharmaceutiques ou même en aliments. »
3. FINANCIARISER LES SERVICES DE LA NATURE
La troisième stratégie vise à créer des marchés et des marchés financiers pour des fonctions techniques remplies par la nature ou « services écosystémique ». C’est plus subtil mais pas moins grave.
La nature nous rend bien des « services » (recycler dans certaines limites des émissions de gaz carbonique, filtrer des eaux, polliniser des plantes, recycler des nutriments, produire du carbone végétal, etc.) sans qu’on s’en rende toujours compte… tant que cette « production » n’est pas menacée ou tant qu’elle est gratuite, ce qui est scandaleux pour le capital financier. Il a bien compris que, puisqu’il y avait menace et risque d’épuisement de ces services, il y avait une opportunité de faire payer, pour peu que des droits de propriété soient instaurés et qu’on définisse des unités de services échangeables.
En plus, nous dit-on, ce serait une très bonne chose pour les pays et les peuples du Sud qui ont tant de services à proposer via leurs immenses ressources de forêts, de biodiversité ou de terres arables. Comment faire ? Il faut découper la nature en « ateliers fonctionnels » - à l’opposé de la logique des écosystèmes - chacun produisant un service mesurable et monnayable, avec des droits de propriété et des contrats de fermage ou de métayage pour ceux qui « produisent » ces services, et avec bien entendu des rentes pour les propriétaires ayant acquis les droits. Et il faut créer de toutes pièces d’abord un marché de ces services, puis des marchés dérivés pour qu’on puisse spéculer sur ces cours nouveaux.
Les plus sophistiquées de ces inventions reposent sur des produits financiers liés à des emprunts hypothécaires gagés sur l’environnement. C’est plus ou moins le modèle des subprimes. Ces emprunts hypothécaires sont proposés à des communautés locales du Sud, pauvres en ressources économiques mais riches en ressources naturelles. Ces communautés peuvent par exemple contracter des micro-crédits à condition qu’elles gèrent bien leur environnement naturel (selon des normes techniques imposées de l’extérieur, et si possible avec des OGM ou d’autres innovations brevetées…), avec l’aide de consultants eux aussi bien rémunérés. Ses promoteurs ne disent pas ce qui adviendra si les débiteurs sont dans l’impossibilité de rembourser, comme ce fut le cas dans la crise des subprimes. C’est ce que les auteurs du très instructif La nature n’a pas de prix (Geneviève Azam et Maxime Combes), à qui j’ai emprunté ce paragraphe et certaines autres idées, appellent « la financiarisation de la nature ».
Où en est le « superministère » de l’écologie ?
Cette analyse des prérogatives a été publiée le 26 mai, alors que Mme Bricq était ministre de l’Ecologie. Elle a été brutalement délogée de ce poste le 21 juin, pour être remplacée par Delphine Batho. L’analyse des attributions du ministère n’en reste pas moins pertinente et instructive.
Plusieurs décrets relatifs aux attributions des ministres récemment nommés ont été publiés au Journal Officiel du 25 mai. Leur lecture attentive permet de mieux définir, au-delà des titres des ministres, la place exacte de l’écologie et de l’énergie au sein de l’appareil administratif d’Etat.
Du vice-premier ministre en charge du développement durable au Superministère de l’écologie
On se souvient qu’en 2007, Nicolas Hulot, le père du Pacte écologique, avait proposé aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager à nommer un vice-premier ministre en charge du développement durable. Le but ? S’assurer que toute décision publique prise par l’un des membres du Gouvernement soit conforme à l’objectif de développement durable.
A la suite de son élection en 2007, Nicolas Sarkozy n’a pas nommé de vice-premier ministre en charge du développement durable et n’a pas engagé de révision de la Constitution pour y inscrire cette nouvelle fonction. Il a toutefois confié à un poids lourd de la majorité, Alain Juppé puis, un mois plus tard, Jean-Louis Borloo, un « superministère » de l’écologie et du développement durable. Le ministre de l’écologie avait le rang de « Ministre d’Etat », était placé à la deuxième place du protocole gouvernemental.
La création de ce superministère a largement contribué à ce que le Grenelle de l’environnement, mis en place dès le mois de juin 2007, puisse aller jusqu’au bout du processus, c’est-à-dire jusqu’aux tables rondes finales des 24, 25 et 26 octobre 2007. D’autres facteurs ont permis au superministère de s’imposer dans les arbitrages interministériels : l’investissement de Nathalie Kosciusko-Morizet, alors secrétaire d’Etat à l’écologie, la présence d’une conseillère écologie (Chantal Jouanno) à l’Elysée, l’accès direct au Président de la République par le Ministre de l’écologie, etc.
L’énergie rejoint l’écologie en 2008
Fort du succès du Grenelle, Jean-Louis Borloo a pu alors exiger que lui soit enfin rattaché le portefeuille de l’énergie et, concrètement, que lui soit attribuée l’autorité sur la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). Ce fut chose faite par le Décret n° 2008-680 du 9 juillet 2008 portant organisation de l’administration centrale du ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire. Le rapprochement des administrations de l’écologie et de l’énergie était justifié par la nécessité de préparer le sommet mondial du climat qui devait donner une suite au protocole de Kyoto et qui s’est tenu en décembre 2009, à Copenhague.
Ce rapprochement était une petite révolution de palais. L’énergie a toujours été considérée comme la chasse gardée du ministère de l’économie et de l’industrie au sein duquel le Corps des mines possède ses bureaux. L’énergie était considérée comme un enjeu de production, pas comme un enjeu environnemental. Déplacer la DGEC vers le ministère de l’écologie revenait à reconnaître, au sein même de l’Etat, que l’énergie ne se conçoit pas qu’en termes de production.
L’énergie entre deux chaises
Certains ont pu craindre que cette nouvelle organisation ne mette en péril l’édifice du nucléaire. François Roussely, Président d’honneur d’EDF a ainsi publié un rapport en 2010 préconisant la création d’un ministère dédié à l’énergie et postulant donc une séparation entre les administrations de l’écologie et de l’énergie.
En novembre 2010 : remaniement ministériel. Jean-Louis Borloo quitte le superministère de l’écologie et Nathalie Kosciusko-Morizet lui succède. Dans les coulisses, une bataille très dure s’engage entre Bercy et Roquelaure [siège du ministère de l’écologie], entre Eric Besson ministre de l’industrie et Nathalie Kosciusko-Morizet ministre de l’écologie. L’enjeu : l’autorité sur la DGEC, c’est à dire sur l’énergie. Le Chef de l’Etat finira par trancher en confiant aux deux ministres une co-tutelle sur la DGEC. A Eric Besson la défense du nucléaire, à NKM les négociations internationales sur le climat. S’agissant des énergies renouvelables, les deux ministres se sont toujours disputés ce dossier qui fut, en définitive, bien mal traité à l’exception du lancement, grâce à NKM, du chantier de l’éolien offfshore.
2012 : Un équilibre subtil entre les différentes écoles de l’énergie
A la suite de l’élection de François Hollande, la question de la survie du superministère de l’écologie était bien sûr posée. Le 15 mai 2012, lors de la lecture par le Secrétaire général de l’Elysée du nom et des titres attribués aux nouveaux ministres, il a semblé que l’énergie était revenue à Roquelaure : Nicole Bricq est en effet « Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie ». Arnaud Montebourg, ministre de l’industrie - pardon du « redressement productif » - aurait même été étonné de n’avoir plus autorité sur la DGEC, contrairement à son prédécesseur, Eric Besson.
Premier soulagement pour les partisans d’une unité administrative du développement durable à la première lecture du décret n° 2012-772 du 24 mai 2012 relatif aux attributions du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie : le Chef de l’Etat et le Premier ministre ont semblé vouloir revenir à la logique du décret du 9 juillet 2008 qui avait donné naissance au superministère vert.
A la lecture plus attentive des décrets d’attribution, il apparaît cependant que les choses ne sont pas aussi simples et que Nicole Bricq n’est pas la seule ministre à pouvoir exercer une compétence en matière d’énergie. En clair, l’équilibre des forces au sein de l’Etat n’a pas encore complètement penché du côté de l’écologie. C’est un équilibre plus subtil qui a été réalisé pour ne mécontenter aucune des écoles de pensée de l’énergie. Ne nous y trompons pas, ces écoles sont nombreuses et ne se résument pas à un seul affrontement entre éoliennes et centrales nucléaires. Certains postulent que les développement des énergies vertes et fissiles sont contradictoires, d’autres non ou plus ou moins. Ajoutons à cela la question des économies d’énergie et de la performance énergétique du bâtiment, la question des monopoles historiques et de l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie, la question du cadre juridique.... et vous constaterez que les réponses sont plurielles.
Premier constat, Nicole Bricq n’est pas ministre d’Etat, numéro 2 du Gouvernement. Dés lors qu’il n’y aucun ministre d’Etat dans le Gouvernement et que le rang protocolaire des ministres a bien moins d’importance que leur personnalité, leur réseau d’élus et leur puissance médiatique, cela importe peu.
Deuxième constat, le superministère de l’écologie a été remplacé par « un pôle ministériel du développement durable » avec, à sa tête, deux ministres : Cécile Duflot et Nicole Bricq. Notons notamment que la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement [Cécile Duflot] a autorité, conjointement avec celle de l’écologie, sur la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature. Dans l’administration, on entend souvent cette devise : « Deux chefs, pas de chef ».
Le pilotage de ce pôle du développement durable dépendra bien entendu de l’entente entre ses deux têtes. Certains diront que le poids du développement durable dans les négociations interministérielles sera plus grand dès lors qu’il sera défendu par deux avocates. D’autres opposeront le fait que les ministres sont souvent des concurrents, notamment dans les médias, et que des divergences de vue nuisent à la cohérence de l’action administrative.
Troisième constat, certains défauts de l’ancien superministère de l’écologie perdurent. Ainsi, la gestion de la forêt continue de relever du Ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire. La Ministre de l’écologie a simplement le droit de « participer » en liaison avec le ministre de l’agriculture à « la détermination de la politique d’aménagement de l’espace rural et de la forêt ».
Quatrième constat, le ministre de l’industrie a conservé des compétences qui entrent dans le champ de l’écologie.
En premier lieu, la ministre de l’écologie « dispose » mais n’a pas autorité sur le Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET). Le Corps des mines reste donc à Bercy d’où certains de ses membres continueront de protéger une certaine idée du l’énergie et du nucléaire. Ce sont en effet les ministres de l’économie et du redressement productif qui ont autorité sur le CGIET : le décret sur les attributions de ce dernier précise : « conjointement avec le ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur, il a autorité sur (...) le Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies ».
En second lieu, le ministre du redressement productif conserve une compétence importante en matière d’énergie. Le décret relatif à ses attributions précise :
« Au titre des responsabilités définies à l’alinéa précédent, le ministre du redressement productif est compétent pour : (...) la politique des matières premières et des mines, conjointement avec le ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie en ce qui concerne les matières énergétiques ».
Par voie de conséquence, le ministre de l’industrie conserve un pilotage de la DGEC. Le décret relatif aux attributions du ministre du redressement productif précise :
« III. ― Pour l’exercice de ses attributions relatives aux matières premières et aux mines, le ministre du redressement productif dispose de la direction générale de l’énergie et du climat, de la direction générale de la prévention des risques et de la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature ».
Notons au passage que le ministre de l’industrie a un droit de regard sur l’activité de l’administration de l’écologie, la DGALN [Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature ] qui s’occupe notamment de biodoversité et la DGPR [Direction générale de la prévention des risques] qui s’occupe de l’environnement industriel (ICPE [Installations classées pour la protection de l’environnement]...).
Certes, le ministre de l’industrie « dispose » et n’a pas officiellement « autorité » sur la DGEC mais, dans les faits, la feuille de route de cette administration ne pourra être établie sans lui. Au demeurant, un signe ne trompe pas : sitôt nommé, Arnaud Montebourg s’est positionné sur le dossier de la fiscalité verte et sur le chantier d’une taxe carbone européenne. Les bonnes relations qu’entretiennent Arnaud Montebourg et Géraud Guibert, directeur de cabinet de Nicole Bricq, devraient cependant permettre de prévenir d’éventuelles difficultés de communication entre les deux ministres.
En réalité, dans la pratique des institutions le partage des rôles entre le ministre de l’écologie et celui de l’industrie, créé en novembre 2010 entre NKM et Eric Besson pourrait se poursuivre, même sous une forme un peu différente : au ministre de l’industrie, les mines et le nucléaire, au ministre de l’écologie, les éoliennes et le climat. Gardons-nous cependant de toute caricature : Arnaud Montebourg a beaucoup évolué sur le nucléaire et semble partager avec Nicole Bricq une conception pragmatique du dossier énergie. Ce quinquennat ne sera pas celui de la sortie immédiate du nucléaire mais celui - espérons-le - de la préparation d’une nouvelle économie de l’énergie, notamment pour les renouvelables.
Quelle transversalité ?
Le superministère de l’écologie, dans sa confuguration de 2008 n’a donc pas été tout à fait recréé. Faut-il s’en plaindre ? Il est trop tôt pour le savoir. Les politiques publiques environnementales ont souffert ces deux dernières années d’une remise en cause de ce qui était au coeur de l’accord des parties du Grenelle : l’écologie n’est pas l’ennemie de l’économie.
En clair, la création d’une grande administration du développement durable n’est pas une condition suffisante pour la pleine application du principe d’intégration aux termes duquel toute décision publique doit être conforme à l’objectif de développement. Le coût environnemental de toute loi, décret ou arrêté doit être évalué.
Il faut donc des instruments qui permettent d’imposer à tous les ministres - et pas seulement à celui de l’écologie - le souci de l’écologie. La création d’un vice-premier ministre en charge du développement durable aurait peut être permis de le faire.
Cette tâche à laquelle devra contribuer Nicole Bricq, reviendra peut être aussi à Marie-Hélène Aubert, qui est restée conseillère de François Hollande à l’Elysée sur les dossiers écologie et climat. En 2007, Chantal Jouanno avait rempli cette fonction auprés de Nicolas Sarkozy : conseillère écologie pendant la campagne électorale puis à l’Elysée.
Il est donc bien trop tôt pour savoir si le mécanisme mis en place fonctionnera bien. Une chose est sûre, l’appareil d’Etat ne sera sensible à l’écologie que si une pression extérieure s’exerce. La préoccupation du développement durable doit être portée par tous - entreprises, associations, citoyens - et partout.
La Veilleuse
Bonjour bonjour, voisins, amis, habitués ou non !
Au programme de La Veilleuse cette semaine, nous avons de quoi nous occuper !
Jeudi 21, Fête de la Musique !
A partir de 20h, venez groover, jamer, improviser, chanter, taper dans les mains à la Veilleuse de Belleville ! Grand boeuf acoustique : aux manettes, Ben (saxophone) et Shami (percu) ! A disposition sur place : cajon et guitare acoustique. Ramenez votre instru ! Binious et autres soufflants, percus en tout genre, accordéon, guitare, contrebasse, triangle, violons, viole de gambe ou autres sont les bienvenus !
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’obtenir une table samedi dernier, et même pour les récidivistes, rebelote ce samedi soir 23 juin : le menu sera constitué de keftah de boeuf, accompagnées de riz, et d’une entrée de crudités . Le tout, toujours au prix de 10€ !
Dimanche 24 juin à 16h : l’association « Pour qu’elle revienne » permettra la projection du court-métrage réalisé avec des ados qui habitent le quartier de la Porte de Bagnolet.
A bientôt !
Coopérativement vôtre,
L’équipe de La Veilleuse
26 rue des Envierges, 75020 Paris
09 54 26 04 70
A venir :
- un concert le 29 juin ;
- une nouvelle expo !
La croissance à la matraque
Le premier jet de gaz lacrymogène lancé par le gouvernement socialiste aura donc visé des paysans et des écologistes : jeudi 21 juin, les gendarmes ont tiré à Notre Dame des Landes (Loire-Atlantique) des grenades sur des opposants au projet d’aéroport. Mercredi 20 juin, d’ailleurs, les forces de l’ordre avaient évacué à Chefresne (Manche), un local, pourtant loué par le maire à des opposants au projet de ligne électrique du réacteur EPR en construction à Flamanville. Jeudi, on apprenait que l’exploration de pétrole au large de la Guyane serait autorisée, alors que la ministre de l’écologie Nicole Bricq avait souhaité la mise à plat du dossier. Ex ministre, au demeurant, puisque Mme Bricq a été délogée le même jour par surprise lors du remaniement ministériel, le ministère de l’écologie étant confié à une jeune femme, Delphine Batho, talentueuse mais aussi ignorante des dossiers de l’écologie – à l’exception de celui des OGM - que démunie d’expérience ministérielle.
Voilà donc des débuts fracassants pour la politique écologique du premier ministre, M. Ayrault. La couleur est annoncée – notamment pour le débat à venir sur l’énergie : les intérêts des grandes entreprises sont prioritaires. Et l’objectif qui détermine tout, comme l’explique une parlementaire PS écologiste (cela existe), « c’est de faire des points de croissance ». Du béton pour les aéroports et pour les centrales nucléaire, c’est de la croissance, donc, vive le béton.
Les dirigeants français, hélas, ne font que refléter la pensée des classes dominantes de tous les pays, qui s’est exprimée à Rio. Contrairement à ce que l’on pense, il s’est passé quelque chose au Sommet de Rio : la victoire de l’idéologie croissanciste sur l’approche écologiste. Ce triomphe est inscrit dans la déclaration finale adoptée vendredi 22 juin, où le mot qui revient le plus fréquemment est « croissance » (vingt-quatre occurrences). Le seul engagement pris dans l’introduction, intitulée « Notre vision commune », est celui-ci : « Nous nous engageons à travailler ensemble en faveur d’une croissance économique durable ». Ni le changement climatique, ni la biodiversité ne sont cités dans cette introduction. Plus tard seulement, on lit : « Nous reconnaissons que les changements climatiques sont à l’origine d’une crise transversale et persistante ».
Le nouveau développement durable ? Croissance über alles. Vous n’êtes pas d’accord ? Matraque et gaz lacrymogènes.
Sous la gauche aussi, nous désobéirons
« La désobéissance, c’est refuser de remettre à plus tard ce qui peut être construit dès maintenant, c’est chanter au présent plutôt que d’attendre des lendemains qui chantent, c’est vouloir plus de démocratie politique, mais c’est savoir aussi que la démocratie réelle ne consiste pas seulement à mettre un bulletin de vote dans une urne. »
Nous désobéissons depuis 2007 pour que Nicolas Sarkozy ne puisse jamais être réélu. Nous avons désobéi sous la droite et nous continuerons au besoin mais nous désobéirons aussi sous la gauche. Nous désobéirons sous la gauche pour l’inciter à développer des politiques émancipatrices, nous désobéirons sous la gauche pour qu’elle retrouve les chemins des milieux populaires, nous désobéirons sous la gauche car rien ne sera jamais possible sans que le peuple ne fasse largement sécession par rapport au système économique et social dominant. Nous désobéirons sous la gauche car nous devons expérimenter mille alternatives, nous désobéirons sous la gauche pour qu’elle nous donne les moyens de changer la vie. Nous avons déjà des maires désobéissants, des parlementaires désobéissants… Pourquoi pas demain des ministres désobéissants c’est-à-dire choisissant de se placer aux côtés de ceux qui rêvent un autre monde, de ceux qui multiplient les pas de côté, l’un après l’autre, jusqu’à l’ivresse ?
Nous sommes convaincus que rien de bon ne se fera sans l’intervention citoyenne, nous attendons donc de la gauche qu’elle reconnaisse enfin aux individus et aux collectifs le droit d’expérimenter, de construire des alternatives en dehors des chemins balisés et cloutés. Nous espérons donc que sous la gauche nous pourrons désobéir dans de bien meilleures conditions.
La gauche doit renouer avec son geste de 1981 qui avait permis, trop modestement certes, mais permis tout de même de développer la créativité populaire, l’expression démocratique (avec les lois Auroux sur les droits des salariés, la décentralisation, les radios libres, etc.). Nous désobéirons aussi sous la gauche car c’est la seule façon de rendre à la politique sa dimension vivante, d’en finir avec les politiques hors-sol, bref de faire renaître le peuple : les chemins de la désobéissance sont non seulement ceux de l’émancipation continue mais ceux d’un surcroit de démocratie et donc d’un retour au politique des exclus de la parole. Désobéir c’est rendre visible ce que le système rend invisible, c’est rendre entendable ce que les médias rendent inentendable, c’est rendre sensible ce que le capitalisme insensibilise.
Nous savons déjà que les logiques du système économique imposeront au gouvernement des politiques antipopulaires, nous savons aussi que les gouvernants n’auront de cesse de vouloir faire rentrer les gens dans ce système, alors que ce n’est ni possible ni même souhaitable… Les exclus sont à leur place dans ce système. Il nous revient de les laisser s’auto-émanciper.
Nous devons désobéir pour que la gauche soit capable de faire bouger les lignes, pour lui permettre de redevenir une gauche maquisarde, buissonnière mais qui fasse cependant école. Nous devons désobéir pour prouver qu’il est possible de vivre mieux en refusant ce qui nous tue. Nous attendons beaucoup de la gauche puisque nous espérons qu’elle aura l’intelligence de rouvrir le champ des possibles, de permettre de nouvelles territorialisations du peuple.
Nous sommes optimistes, malgré les dérives droitières des gauches, car nous ne partons pas de rien mais des multiples formes de désobéissance déjà développées sous la droite… et la gauche. Nous savons pouvoir compter sur des forces politiques, sociales, culturelles aptes à entendre et pourquoi pas à susciter de nouvelles désobéissances et de libérer de nouveaux terrains. Nous en avons la preuve avec les communes qui refusent déjà d’être absorbées par d’autres, avec les arrêtés anti-expulsion, avec les parrainages républicains d’enfants sans-papiers, avec le refus du SMA (Service minimum d’accueil), avec la décision « illégale » de pavoiser des bâtiments publics avec le drapeau palestinien, avec l’instauration de la gratuité, etc.
Nous en avons la preuve avec des formes de désobéissance qui sont en même temps des actes d’institutions comme l’inauguration de sa propre « chambre d’agriculture » par le collectif « démocratie pour le pays basque », comme l’exigence d’un statut de lanceurs d’alertes avec la fondation Sciences Citoyennes, comme la volonté de réaliser des audits populaires des dettes publiques contre les injonctions des banques et des agences de notation.
Poser des actes de désobéissance, c’est dire que l’insurrection des consciences ne suffit pas, que nous devons œuvrer à l’insurrection des existences, que nous devons frayer les chemins d’un socialisme à la fois antiproductiviste, anticapitaliste et amoureux du Bien-Vivre. Poser des actes de désobéissance c’est affirmer, face à un monde toujours plus complexe, que l’expertise des usagers vaut bien celle des spécialistes, c’est pourquoi nous disons, avec le Comité des Démocrates Déchaînes, qu’il nous faut désobéir pour davantage de démocratie.
Nous devons entendre cette soif de démocratie dont ont témoigné le début des printemps arabes et les mouvements des Indignés, renouant avec l’exigence d’une démocratie réelle. Ce combat contre la démocratie fantôme doit permettre de reprendre la main politiquement mais aussi socialement, culturellement, anthropologiquement en nous mettant en situation d’entendre le peuple ; de percevoir toutes les alternatives protoécosocialistes qui existent déjà, de voir que nous sommes déjà nombreux à vivre en dehors des contraintes du « toujours plus », en Objecteurs de croissance, en amoureux du Bien-Vivre, en adeptes d’une société post-croissance, d’une société post-extractiviste, post-capitaliste.
Notre désobéissance n’est donc pas le combat de la dernière chance. Ce n’est pas le choix désespéré de ceux qui se sauraient battus d’avance. Bien au contraire : la désobéissance, c’est la confiance dans la puissance des millions de gens ordinaires. Dès 1906, Gandhi évoquait ce choix : « Une nation de 350 millions de personnes n’a pas besoin du poignard de l’assassin, elle n’a pas besoin de la coupe de poison, elle n’a pas besoin de l’épée, de la lance ou de la balle de fusil. Elle a seulement besoin de vouloir ce qu’elle veut et d’être capable de dire « Non », et cette nation apprend aujourd’hui à dire « Non ».
Un des slogans du RIB (Riposte contre les inégalités bancaires) n’est-il pas : « Ils ont le chiffre. Ayons le nombre » ? Cette politique vivante est une façon de rompre avec certains schémas du passé qui opposaient l’avant-garde et la masse, le sérieux et la fête, le combat et la joie. La désobéissance c’est refuser de remettre à plus tard ce qui peut être construit dès maintenant, c’est chanter au présent plutôt que d’attendre des lendemains qui chantent, c’est vouloir plus de démocratie politique, mais c’est savoir aussi que la démocratie réelle ne consiste pas seulement à mettre un bulletin de vote dans une urne. Désobéir sous la gauche, ce sera agir pour constituer une masse critique d’expériences, de petits bouts de socialisme gourmand, de socialisme de la décroissance, jusqu’à ce que notre révolution pacifique finisse par cristalliser.
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Vin « biologique » : franc progrès ou arnaque industrielle ?
La nouvelle réglementation européenne sur le vin biologique est-elle un progrès ? Ou vise-t-elle surtout à favoriser une viticulture biologique ’’industrielle’’, à gros rendement, pour fabriquer du vin bio au rabais pour la grande distribution ?
Bruxelles vient d’adopter de nouvelles règles qui actent la naissance officielle du vin biologique en Europe (lequel n’existait pas officiellement avant cela, seuls les raisins pouvant jusqu’alors être certifiés AB). Désormais, la vinification est elle aussi réglementée, et le vin bio européen ’’existe’’.
Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs… Par un curieux phénomène de capillarité, cette réglementation accouchant du vin bio officiel, donne également naissance à son frangin affranchi : le vin naturel. En effet, cette nouvelle règlementation sur le vin bio n’étant pas satisfaisante pour de nombreux viticulteurs, qui la considèrent trop permissive au regard de la vinification, ils se voient automatiquement relégués dans une autre catégorie. Celle du vin naturel. Ah, il reste tout de même un léger détail à régler... Officialiser un label pour les vins naturels. Allô, Bruxelles ?
Le vin bio aux choux ? (de Bruxelles)
Pour rappel, l’essentiel du communiqué : ’’Bruxelles, le 8 février 2012 – De nouvelles règles de l’UE pour le « vin biologique » ont été adoptées par le comité permanent de l’agriculture biologique (...). En vertu du nouveau règlement, qui s’appliquera à partir de la récolte 2012, les producteurs de vin biologique seront autorisés à utiliser les termes « vin biologique » sur leurs étiquettes. (...)
Après le vote au comité permanent de l’agriculture biologique, M. Dacian Ciolos, membre de la Commission européenne chargé de l’agriculture et du développement rural a déclaré : « Je me réjouis de l’accord enfin conclu sur ce dossier, car il était important d’établir des règles harmonisées garantissant une offre claire aux consommateurs (…) Je suis satisfait de ces règles qui différencient clairement le vin traditionnel et le vin biologique (…) Au final, les consommateurs peuvent être certains que tout « vin biologique » aura été produit sur la base de règles de production plus strictes. »
Le nouveau règlement prévoit un sous-groupe de pratiques œnologiques (vinification) et de substances pour les vins biologiques, définies dans le règlement relatif à l’organisation commune du marché du vin (OCM) [CE) n° 606/2009]. Ainsi, l’acide sorbique et la désulfuration ne seront pas autorisés et le niveau de sulfites dans le vin biologique doit être inférieur d’au moins 30 à 50 mg par litre par rapport à son équivalent traditionnel (en fonction de la teneur en sucre résiduel). Outre ce sous-groupe de spécifications, les règles de vinification générales définies dans le règlement relatif à l’OCM vitivinicole seront également applicables. Parallèlement à ces pratiques œnologiques, le « vin biologique » doit évidemment aussi être produit à partir de raisins issus de l’agriculture biologique, telle que définie au règlement (CE) n° 834/2007.’’
En clair, la grande majorité des 43 pratiques et traitements œnologiques notamment autorisés pour l’élaboration de vins dits ’’traditionnels’’, le seront également pour le nouveau vin ’’bio’’. Les dosages de sulfites admis restant relativement élevés. Au final, aucune contrainte majeure pour les producteurs et, dans ces conditions, les vins bio devraient déferler. A noter que cela ne fera aucune différence pour le consommateur : label ’’AB’’ ou label ’’feuille verte étoilée’’, c’est aussi joli dans les rayons. Et il n’aura pas le loisir d’en savoir plus, étant donné que les pratiques œnologiques n’ont pas à être mentionnées sur l’étiquette.
Les gitans du vin
En réalité, tout cela n’a d’intérêt que parce que nous avons désormais, enfin, en Europe, une définition officielle du vin bio. Une définition qui peut être dès lors, immédiatement, mise en question (et c’est déjà le cas, comme on va le voir ci-après).
On peut enfin penser que cette nouvelle réglementation, ce nouveau label va, à moyen terme, aboutir à la création d’un autre label officiel, plus exigeant, et peut-être issu des vignerons eux-mêmes. Un second label qui concernera le vin bio artisanal et naturel, puisque désormais il existe – de par le grand vide laissé par son frérot bio ; un vide réglementaire qu’il faudra bien combler un jour.
En effet, les vins naturels ne peuvent pas rester toujours sans cadre officiel, sans frontières ; tels les gitans du vin… Aux viticulteurs concernés à se fédérer pour poser les principes de cette seconde réglementation, ses grandes et ses plus petites lignes, et à en exiger la mise en application auprès de Bruxelles.
Que pensent les vignerons du vin bio à la sauce européenne ?
Nous avons demandé leur avis à un certain nombre de vigneron(ne)s, directement concerné(e)s car travaillant d’ores et déjà en agriculture biologique, en biodynamie ou encore ’’naturellement’’. Voici leurs réponses, par ordre de réception :
- Jacques Broustet (Château Lamery) :
Les industriels sont tranquilles. Les ’’petits’’ bio ont beaucoup de souci à se faire car avec la conversion en cours des surfaces importantes, l’arrivée massive sur le marché de ’’vins bios’’ va complètement bouleverser la donne. Ceux qui ne sauront pas se démarquer par une vinification vraiment différente risquent de vivre des années difficiles.
- Olivier Humbrecht (Domaine Zind-Humbrecht) :
Un texte européen a l’avantage de clarifier la situation et d’expliquer quel est le standard minimum commun de tous les vins certifiés Bio. Pour cela, c’est une bonne chose ! Il n’y aura donc plus possibilité de trouver des vins issus de raisins cultivés en bio, mais vinifiés à l’aide de techniques œnologiques très éloignées du bio. Il est tristement compréhensible qu’un texte européen se doit de satisfaire les exigences de toutes les régions viticoles européennes et donc d’intégrer les complications liées au terroir et climat de chaque région. La lecture du cahier de charges de vinif bio est longue, et un vigneron bio, utilisant toutes les ressources possibles listées sur ce règlement, dispose d’un arsenal œnologique qui peut paraître incongru à l’amateur de vin qui croit qu’un vin bio n’est fait qu’à partir de jus de raisin, et peut-être un tout petit peu de sulfites (pour ne pas aboutir à du vinaigre trop souvent). Ce genre de vinif est possible, mais demande une grande maîtrise et expérience en cave.
Je ne pense pas que la solution soit d’interdire tous les produits œnologiques, car il est compréhensible qu’un domaine doive utiliser certaines aides œnologiques pour pouvoir éviter des échecs graves. Par contre, pour certaines pratiques, il aurait fallu introduire une notion de non systématisation : beaucoup des produits listés ne devraient être autorisés qu’exceptionnellement. Et le cahier des charges devrait intégrer une notion de progrès. Par là, j’entends qu’il serait très difficile pour des domaines en conversion d’appliquer un cahier des charges de vinification très strict, il faut parfois quelques millésimes pour se rassurer et pouvoir mener des vinifications plus naturelles. C’est la position de notre cahier des charges de vinif à Biodyvin : certains produits sont tolérés sous certaines conditions strictes. Il est aussi compréhensible et possible que certaines régions viticoles ne se reconnaissent pas dans ce cahier des charges européen, et donc apparaîtront des chartes locales un peu plus restrictives ou très restrictives comme dans le groupe Renaissance des Appellations, comme en Alsace avec Vinabio, Demeter ou Biodyvin.
Il ne faut pas non plus oublier que ce cahier des charges doit permettre un contrôle des pratiques œnologiques, et n’a pas forcément pour but de diriger les vinificateurs vers une production qualitative. C’est à chaque domaine de décider quelles sont les pratiques qui vont à l’encontre de la meilleure expression de leur terroir, et donc de les abandonner. Il en va de même pour certaines pratiques viticoles autorisées en bio mais pas forcément qualitatives (machine à vendanger par exemple).
- Catherine Vergé (Domaine Catherine et Gilles Vergé) :
J’ai lu, j’ai bien lu... que cela ne couvre pas les pratiques œnologiques, c’est-à-dire l’ensemble du processus d’élaboration, du raisin jusqu’au vin. C’est dommage. Cela va leurrer les ’’clients’’.
- Iris Rutz-Rudel (Domaine Lisson) :
Si, comme il semble, ils n’ont pas fait le ménage un peu plus radicalement que sur les taux de SO2 total autorisé dans le vin fini, je dirais : c’est bien le nivellement vers le bas attendu – donc un compromis qui permet d’augmenter la production pour le bio industriel, qui est nécessaire pour abreuver les buveurs tendance bio, qui achètent leur vin 2,50€ au supermarché et à qui on pourra ainsi offrir du label AB, dument certifié, à 3,50€... Dommage pour les petits producteurs, qui vont perdre leur avantage sur un marché jusque là vanté comme plus rémunérateur – l’appât majeur, pour expliquer l’augmentation en flèche des conversions ces dernières années en France et ailleurs... Personnellement, cela ne me concerne pas, et cela me confirme plutôt dans ma décision prise à la création de notre petit vignoble, il y a bien 20 ans, de me passer d’une certification (malgré la perte de subventions que cela entraine) qui ne règle que les traitements à la vigne, sans donner des contraintes bien strictes à la cave. Je préfère jouer la carte de la transparence et de la confiance mutuelle, installée avec mes clients qui peuvent venir ’’contrôler’’ sur place que je fais ce que je dis, en se baladant dans la vigne et en visitant la cave – et de mentionner tous les ingrédients de mes vins sur l’étiquette... D’ailleurs c’est facile, parce que cela se résume au taux de SO2 présent dans les vins finis, donnée au mg/l près, sur preuve de bulletin d’analyse. Point à la ligne.
- Patrick Meyer (Domaine Julien Meyer) :
Tant qu’il n’y aura pas une contre-étiquette mentionnant exactement les produits ajoutés au vin et leurs quantités (20mg de so2 total ou 120mg de so2 total) ainsi que les processus physiques, le consommateur restera sur des informations erronées et les suspicions demeureront. Si nous n’avons rien à cacher disons-le clairement.
- Olivier B... (Domaine Olivier B) :
20 ans que j’entends parler de ce futur règlement qui va, qui vient. Je n’ai pas lu les 59 pages du règlement, mais je serai curieux de savoir si quelqu’un prendra ou a pris le temps de faire la différence avec le règlement actuel de l’élaboration des vins dans l’UE... ’’Les nouvelles règles ont l’avantage d’améliorer la transparence et de favoriser une meilleure reconnaissance de la part des consommateurs’’ ? Une transparence floue. Ce sera une belle bouteille, avec le non moins magnifique logo bio de l’UE, avec derrière la capsule à vis, un vin levuré, enzymé, avec addition de phosphate diammonique ou de sulfate d’ammonium, centrifugé, enrichi, électrodyalisé et élevé grâce à l’utilisation de morceaux de bois de chêne... J’en passe et des meilleures. Evidemment, il ne fallait laisser personne sur le bord de la route du bio, il fallait que tout le monde puisse le revendiquer... Pour moi, le vin bio n’a rien à voir avec ces 59 pages. Du coup, je me demande bien comment je vais pouvoir nommer mes pratiques et mes vins !
- Didier Michaud (Château Planquette) :
J’en pense que ça va à l’encontre des textes européens généraux régissant la bio, tel que : ’’Exclure les substances et méthodes de transformation susceptibles d’induire en erreur sur la véritable nature du produit.’’
- Isabelle Perraud (Domaine des Côtes de la Molière) :
Beaucoup étaient pressés de pouvoir apposer ’’vin bio’’ sur leurs étiquettes... Ils le pourront enfin. Je reste pourtant très réservée quant à cette nouvelle réglementation qui n’est pas très restrictive ! Mais elle a été établie, à mon avis, pour le plus grand nombre : par exemple pour les doses de sulfites qui me semblent encore énormes. Il était de toute façon nécessaire de mettre en place quelque chose au niveau de la vinification. En espérant maintenant que ce ne soit pas figé et que cela évolue encore dans le bons sens. Mais, franchement, on ne se sent pas concerné du tout à la Molière !
(...)
- Jean-Pierre Frick (Domaine Pierre Frick) :
Cette règlementation européenne a le mérite de placer des garde-fous, face à des abus. Mais en réalité, un vin issu de bons raisins de culture biologique n’a nul besoin de levures sélectionnées par exemple, qui coupent le vin de son origine. Un peu de soufre suffit pendant l’élevage (beaucoup moins que les doses préconisées par ce règlement). Il semble que cette règlementation européenne soit finalement faite sur mesure pour une viticulture biologique ’’industrielle’’, à gros rendement, pour fabriquer du vin bio au rabais, en particulier pour une certaine grande distribution. De nombreux ’’vins bios’’ estampillés de ce logo européen, terniront l’image du vin bio, parce que leur caractère ne diffèrera pas de vins conventionnels standardisés. C’est cela qui est dommage. Nous estimons que le cahier des charges vinification de l’AVN est le plus apte à garantir des vins biologiques authentiques et fidèles reflets du terroir, du millésime et des gens qui ont travaillé la vigne. En somme des vins culturels. C’est ce cahier des charges que nous suivons au plus près pour nos vins.
- Lilian Bauchet (Château des Bachelards) :
Bruxelles est devenu au cours des 20 dernières années une sorte de paradis du lobbying. Chaque jour, 30000 lobbyistes arpentent les allées du pouvoir bruxellois et tentent d’influencer la législation européenne pour le compte de leurs employeurs, et ce en l’absence de débats publics significatifs. En d’autres termes, en l’absence de démocratie (voir à ce sujet le rapport ’’lobby planet’’ d’une ONG hollandaise).
Le lobbying des industriels du vin est assurément moins puissant que ceux des autres industriels de l’agroalimentaire, et le cahier des charges de vinification bio validé par Bruxelles est sans doute plus la résultante d’un consensus mou, entre les différentes fédérations nationales de la viti bio, que la traduction de la volonté des gros faiseurs de simplifier au maximum les processus d’élaboration des vins bios pour en faciliter la distribution de masse. Il n’en reste pas moins que la définition du vin bio, tel que l’entend l’Union Européenne, s’inscrit dans cette logique de Marché que sous-tendent aujourd’hui toutes les politiques européennes sous l’influence des lobbies, et que les industriels du vin et leurs distributeurs sont les grands gagnants de cette nouvelle réglementation des vins bios, au détriment des vignerons artisans et des consommateurs.
Un exemple, l’autorisation qui est donnée par la nouvelle réglementation de chauffer les vins à 70°. Sans même entrer dans le débat sur le respect des qualités organoleptiques du raisin lorsqu’il est porté à une telle température, et les conséquences sur l’expression de son terroir d’origine, le bilan carbone d’une telle pratique est catastrophique. Souvent ces opérations de chauffage sont réalisées à l’aide de chaudières fuel qui tournent pendant plusieurs heures à pleine puissance pour atteindre la température souhaitée. Comment peut-on prétendre produire des vins bios dans de telles conditions ! Et malheureusement la liste des pratiques œnologiques autorisées par Bruxelles contient encore bien d’autres aberrations qui décrédibilisent totalement le vin bio et en font une tromperie pour le consommateur.
Un exemple, l’autorisation qui est donnée par la nouvelle réglementation de chauffer les vins à 70°. Sans même entrer dans le débat sur le respect des qualités organoleptiques du raisin lorsqu’il est porté à une telle température, et les conséquences sur l’expression de son terroir d’origine, le bilan carbone d’une telle pratique est catastrophique. Souvent ces opérations de chauffage sont réalisées à l’aide de chaudières fuel qui tournent pendant plusieurs heures à pleine puissance pour atteindre la température souhaitée. Comment peut-on prétendre produire des vins bios dans de telles conditions ! Et malheureusement la liste des pratiques œnologiques autorisées par Bruxelles contient encore bien d’autres aberrations qui décrédibilisent totalement le vin bio et en font une tromperie pour le consommateur.
Quel est le risque principal de cette nouvelle réglementation du vin bio ? Elle risque de créer une confusion dans l’esprit du consommateur lambda qui, sous le vocable ’’vin bio’’, amalgamera les vins des industriels du vin dont le seul objectif est l’augmentation de leurs marges bénéficiaires et ceux des vignerons qui considèrent le bio comme un chemin vers l’excellence, tout en travaillant dans le respect de l’environnement et des consommateurs. Cette équation n’est certes pas facile à résoudre, mais elle ne doit pas être sacrifiée sur l’autel du Marché.
(...)
Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui.
La Garance voyageuse
Le numéro 98, été 2012, de la revue du monde végétal est paru.
Au sommaire :
- Frère Marie-Victorin, une vie pour la botanique et pour les sciences de la nature
- Les forêts sont-elles les « poumons » de la Terre ?
- Les horloges florales
- La floraison de l’onagre : un phénomène non spontané
- Les zostères
- Ah quel beau monde ! Une herborisation dans l’Ain en 1877
L’exploitation du gaz de schiste serait aussi nocive pour le climat que le charbon
Si le gaz de schiste est décrié pour les dégâts environnementaux que sa production entraîne, il pouvait se targuer d’un atout écologique : sa combustion dans les centrales électriques entraîne moins d’émissions de CO2 (dioxyde de carbone) que la combustion du charbon - 44 % de moins, selon l’America’s Natural Gas Alliance, l’association professionnelle du gaz aux Etats-Unis.
Quant à l’émission de gaz à effet de serre lors de la production de gaz de schiste, elle était considérée jusqu’à présent comme négligeable. Mais ce postulat est sévèrement mis en cause par une série d’études scientifiques. Selon ces analyses, la production de gaz de schiste a un bilan en gaz à effet de serre équivalent, voire supérieur, à celui du charbon.
L’explication de ce paradoxe tient au fait que le gaz naturel - aussi appelé méthane (CH4) - a un coefficient de réchauffement supérieur de vingt-cinq fois à celui du dioxyde de carbone - voire soixante-douze fois sur les vingt premières années de son émission, en raison d’un temps de résidence dans l’atmosphère différent de celui du CO2. La présence de méthane dans l’atmosphère a donc un effet important.
Or la production de gaz de schiste entraîne un relâchement important de méthane. Quand les fluides utilisés pour fracturer la roche sont pompés pour être ramenés vers la surface, ils entraînent avec eux des bulles de gaz naturel qui vont se disperser dans l’atmosphère. De plus, la remontée du gaz à l’ouverture du puits se traduit pendant quelque temps par une fuite supplémentaire de méthane. Enfin, les différents gazoducs et autres équipements techniques sont aussi sources de fuites.
PIRE QUE LE CHARBON ET LE PÉTROLE
Jusqu’à récemment, les émissions liées au gaz de schiste étaient estimées selon des valeurs officielles établies par l’Agence de l’environnement des Etats-Unis (EPA) en 1996. En 2011, une équipe de chercheurs menée par Robert Howarth, de l’université de Cornell, a abouti à la conclusion que les puits de gaz de schiste laissaient fuir jusqu’à 8 % du méthane pendant leur durée d’exploitation.
Cette étude, publiée dans la revue Climate Change Letters (1), s’appuyait sur une revue approfondie des données disponibles. Selon Robert Howarth, « du point de vue climatique, le gaz de schiste est pire que le gaz conventionnel, mais aussi que le charbon et que le pétrole ».
En février 2012, une autre équipe de chercheurs de l’université du Colorado a publié dans le Journal of Geophysical Research une étude confirmant le constat. Mais la méthode ici utilisée était expérimentale : des relevés physiques ont été effectués dans une campagne de mesures par un véhicule doté d’équipements sophistiqués.
Les échantillons d’air prélevés dans la région de Denver-Julesburg, au nord-est du Colorado, où vingt mille puits exploitent le gaz de schiste, ont ensuite été analysés en laboratoire. Cela conduit à constater que des fuites de méthane se produisent dans une fourchette de 2 % à 8 % du gaz produit, une valeur de 4 % étant la plus probable - le double de la valeur retenue par l’EPA. Cette analyse ne prend pas en compte les fuites qui peuvent se produire dans les gazoducs.
« On a conduit une autre campagne de mesures dans l’Utah, dont on espère publier les résultats avant la fin de l’année, avance Gabrielle Pétron, qui a conduit la recherche. On va aussi mener une campagne de mesures par avion. » D’autres études sont en cours en Pennsylvanie et au Texas. Le débat scientifique est loin d’être clos, mais la « virginité » climatique du gaz de schiste appartient au passé.
RISQUE SUPÉRIEUR DE CANCER
D’autres études soulignent par ailleurs l’effet de pollution atmosphérique liée à l’exploitation du gaz de schiste. Il n’y a en effet pas que du méthane qui fuit, mais aussi de nombreux autres hydrocarbures nocifs pour la santé, tel que le benzène.
Dans une étude parue en mars 2012 dans Science of Total Environment, Lisa Mc Kenzie et d’autres chercheurs de l’université du Colorado ont comparé deux groupes de personnes vivant près et loin de puits de gaz de schiste. Ils concluent que les premiers encourent un risque supérieur de cancer en raison d’une exposition plus importante aux hydrocarbures volatils.
Cette multiplication d’études n’a pas encore entraîné de réponse officielle, mais elle alimente un besoin de réglementation de plus en plus fort aux Etats-Unis. Jusqu’à présent, explique dans un courriel Jesse Coleman, de Greenpeace USA, « la réglementation de la fracturation hydraulique a largement été laissée au niveau des Etats - qui sont beaucoup plus faibles -, en raison de la résistance de l’industrie à une loi fédérale ».
Un des enjeux cruciaux consiste à obliger les entreprises à révéler les produits chimiques qu’elles utilisent dans la fracturation hydraulique. L’EPA doit rendre durant l’été un projet de réglementation - qui comprendrait des mesures pour limiter les fuites de méthane - en vue d’une application en 2015. La bataille des lobbies ne fait que commencer.
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(1) Howarth, R. W., R. Santoro, and A. Ingraffea, 2011, « Methane and the greenhouse gas footprint of natural gas from shale formations », Climatic Change Letters.
Couleuvres à neutrons
Un nouveau type de surgénérateur est lancé le 26 juin. La sortie du nucléaire attendra...
Le 19 juin 1997, le premier ministre, Lionel Jospin, annonçait la fermeture du surgénérateur Superphénix. Le 26 juin 2012, aucun ministre du gouvernement socialo-écologiste n’a annoncé la signature d’un contrat pour construire un surgénérateur à Marcoule. Il est donc revenu au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et à Bouygues Construction d’informer de leur accord pour concevoir le prototype Astrid, réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium. Le rejeton de Superphénix aura une puissance de 600 mégawatts, ce qui est une échelle industrielle. Il s’agit, écrit le CEA, du « développement d’une filière de réacteur à neutrons rapides ». Par une délicate attention, les études sont censées s’achever en 2017, terme du mandat présidentiel de M. Hollande, avant une « mise en service à l’horizon 2020 ».
On se souvient peut-être qu’en novembre 2011, le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ont signé un « accord national de majorité ». Le texte comprenait la phrase : « Aucun nouveau projet de réacteur ne sera initié. » En bon français, cela voudrait dire que rien ne sera enseigné à ces projets mais, enfin, la langue a évolué, et maintenant « initier » signifie, indique le dictionnaire Larousse, « Mettre en route, prendre l’initiative d’un processus ».
La « conception du prototype » était prévue dans une loi de 2006 et dans une convention entre l’Etat et le CEA signée en 2010. On peut donc juger que l’accord de collaboration s’inscrit dans le déroulement d’un processus déjà « initié ». Mais cet accord de collaboration n’est-il pas une « mise en route » ? Auquel cas, il s’agit bien « d’initier » un projet de réacteur.
Au demeurant, la matière doit être appréciée au regard de l’esprit du texte signé par le PS et EELV. Le lancement d’Astrid ne pouvait-il pas attendre ? La nouvelle ministre chargée de l’énergie, Delphine Batho, nommée le 21 juin, a-t-elle été informée par le CEA, avant sa signature le 26 juin, de cet accord aux conséquences évidemment politiques ? EELV juge-t-il qu’il ne s’agit pas là de « l’initiation d’un projet de réacteur » ?
Le député (EELV) Denis Baupin découvre l’affaire. Il réagit : « Il est surprenant de lancer un tel chantier avant qu’ait eu lieu le grand débat annoncé sur la transition énergétique. C’est comme si l’on en anticipait les résultats. »
Les biologistes s’interrogent : combien de couleuvres un organisme peut-il avaler avant de se sentir vraiment mal ?
Les Rencontres Déconnomiques
Depuis de nombreuses années, début juillet, le Cercle des Economistes organise les Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence.
Une poignée d’économistes, habituée à quadriller l’espace médiatique, monopolise le débat public pour délivrer une réflexion et un discours économiques indigents.
Plutôt qu’une contre-manifestation, Le Cercle des Déconnomistes a préféré créer « Les Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence ».
Celles-ci seront joyeuses, festives, un peu taquines, inventives, créatives, mais aussi studieuses.
Les Amis du Monde Diplomatique d’Aix-en-Provence, La Choucroute de Marseille, Le Repaire d’Aix-en-Provence, Le Repaire de Marseille, Les facteurs d’images, Le Point de Bascule ainsi qu’Attac Marseille et Attac Pays d’Aix sont les premières structures qui composent le Cercle des Déconnomistes.
L’ambition des Rencontres Déconnomiques est double.
Il s’agit d’une part de démontrer que la pensée économique est foisonnante, qu’elle ne se limite pas à une pensée unique développée par et sur les médias dominants pour le plus grand profit de l’oligarchie en place.
D’autre part, les Rencontres Déconnomiques « expertiseront » ces experts pour mettre en évidence les éventuels conflits d’intérêts.
Au programme des Rencontres Déconnomiques, il y aura des conférences, des animations de rue, du théâtre, du cinéma, des lectures et de la musique.
Les Rencontres Déconnomiques se dérouleront dans les lieux de vie et dans les rues du centre d’Aix-en-Provence, du 6 au 8 juillet 2012.
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Reporterre est partenaire des Rencontres Déconnomiques
La crise financière expliquée à ceux qui n’y comprennent rien
On ne peut pas durablement dépenser plus qu’on ne gagne.
Depuis les années 1980, les pays occidentaux vivent à crédit. Le déficit public y est devenu permanent. Les Etats-Unis, de surcroît, ont pris l’habitude d’un déficit commercial lui aussi constant et, comme si cela ne suffisait pas, d’un endettement des ménages lui aussi très important.
Cette situation a été créée par la classe dirigeante parce qu’elle était le moyen de faire accepter une inégalité croissante. La croissance économique permise par l’endettement donne l’impression d’un enrichissement de tous. L’enrichissement exagéré du sommet de la pyramide est de ce fait presque insensible.
Ce phénomène a pu durer à cause de la position prééminente des Etats-Unis : leur monnaie, le dollar, sert de référence internationale. Ainsi la Chine, qui vend depuis 1980 beaucoup plus aux Etats-Unis qu’elle ne lui achète, a accumulé des masses énormes de dollars.
Cependant, l’endettement rencontre toujours une limite : à un moment donné, il faut rembourser. En 2007, le système financier avait accumulé des masses de créances de plus en plus douteuses, et un grand nombre sont apparues pour ce qu’elles étaient : de la monnaie de singe. Les premiers craquements se sont produits, avant la crise majeure de l’automne 2008 : nombre d’établissements financiers se sont alors trouvés incapables de faire face à leurs engagements. Plusieurs d’entre eux ont fait faillite, comme Lehman Brothers. Tout le système financier menaçait de s’écrouler.
Les conséquences en auraient été catastrophiques : les gens se seraient précipités dans les banques pour retirer leur épargne, il aurait été impossible de la leur rendre, la méfiance se serait généralisée, l’économie se serait arrêtée, c’aurait été l’effondrement. Pour parer à ce danger, les Etats et les Banques centrales ont mobilisé leurs fonds, apportant leur caution à l’ensemble du système, nationalisant les établissements les plus fragiles, et surtout prêtant à toutes les banques un argent qu’ils n’avaient pas à des taux extrêmement bas. Dans le même temps, pour relancer l’économie qui avait énormément ralenti, ils y ont injecté des centaines de milliards de dollars, d’euros ou de yuans. Mais cette relance a été financée par un déficit budgétaire encore accru, autrement dit par un endettement supplémentaire.
Les banques ont rétabli leur situation, notamment en prêtant aux Etats les fonds qu’on leur avait avancé. Mais on leur avait prêté à taux bas, alors qu’elles ont reprêté aux Etats les plus fragiles à des taux élevés. La différence leur a permis de reconstituer leur profit. Par ailleurs, les dirigeants des Etats n’ont pas vraiment repris le contrôle de ce système financier qui avait conduit à la crise de 2008 en encourageant la montée de l’endettement. Les « marchés » - c’est-à-dire les banques, les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les fonds spéculatifs - ont renoué avec leur comportement spéculatif, en jouant notamment contre la dette des Etats, devenue maintenant monumentale. Les paradis fiscaux n’ont pas été réprimés. Incidemment, les dirigeants des banques et des grandes entreprises, ainsi que les traders, se sont alloués de nouveau – après une baisse en 2009 – des émoluments très importants.
En 2012 comme en 2009, les Etats sont enserrés dans un goulot d’étranglement. Les plus fragiles, comme la Grèce, le Portugal ou l’Irlande, puis l’Italie et l’Espagne, sont soumis à la pression des « marchés », qui leur demandent de rembourser leurs prêts. Comme ils en sont incapables, les Etats européens plus puissants rachètent aux banques leurs créances en s’endettant encore davantage. Et du côté des Etats-Unis, l’Etat fédéral a failli se trouver pendant l’été 2011 dans l’incapacité de payer ses dépenses courantes. Le blocage n’y a été évité qu’en augmentant encore l’endettement. Mais les Etats-Unis vont très bientôt se retrouver devant le mur de la dette.
Partout, la situation est très fragile, et comme on ne peut plus augmenter l’endettement, des politiques de relance sont impossibles.
L’oligarchie – c’est-à-dire les dirigeants politiques, financiers et médiatiques qui partagent les mêmes intérêts – fait croire aux opinions que, puisqu’il y a dette, la seule façon de s’en sortir est d’appliquer des politiques d’austérité.
Elle a raison sur un point : les pays occidentaux ne peuvent plus vivre au-dessus de leurs moyens. Mais qui doit payer ? Les populations ? Ou ceux qui profitent le plus du système depuis 1980 ? Car si l’endettement s’est à ce point généralisé, c’est en grande partie parce que les impôts sur les ménages les plus riches ont diminué, que les impôts sur les banques et sur les grandes entreprises ont aussi été régulièrement abaissés, que globalement un transfert des revenus du travail vers les revenus du capital s’est opéré depuis trente ans.
Pour sortir de la crise financière, il y a deux solutions :
- soit on fait payer les sociétés en maintenant inchangée la répartition des richesses. Cela signifie, comme en Grèce, réduction des salaires, licenciements des fonctionnaires, diminution des prestations sociales, privatisations généralisées.
- soit on fait payer ceux qui se sont enrichis au détriment de la société depuis trente ans. Cela signifie s’attaquer à l’inégalité, augmenter les impôts des plus riches, et reprendre le contrôle des banques et des opérateurs financiers. Alors on pourra reconstruire une économie dont le moteur ne soit pas l’endettement, mais dont le but sera de satisfaire les besoins sociaux dans le respect de la justice et des équilibres écologiques.
La France impériale du président normal
Le lendemain de la victoire de François Hollande, dans son édition datée du 8 mai 2012, Le Monde publiait de larges extraits du discours prononcé par celui-ci, quelques heures après l’annonce de sa victoire, en son fief de Tulle (Corrèze). Mais le quotidien du soir omettait, de manière bien regrettable, d’y faire figurer ces mots qui, pourtant, ont bien été prononcés : « Nous ne sommes pas n’importe quel pays de la planète, n’importe quelle nation du monde – nous sommes la France », avant d’enchaîner, avec l’emphase de circonstance, sur les valeurs universelles de la République qu’il (le nouvel élu) s’engageait à promouvoir partout dans le monde, face aux dictatures et à la corruption ; ceci avant de conclure ainsi cette tirade : le 6 mai, c’est « une nouvelle espérance pour le monde » - ni plus, ni moins.
Quelques jours auparavant, commentant le débat télévisé qui, deux heures et demie durant, avait opposé François Hollande à Nicolas Sarkozy, un quotidien gratuit titrait : « D’accord sur rien ». Un jugement hâtif et superficiel que font voler en éclat les quelques sentences qui viennent d’être citées : s’il est en effet une conviction sur le fond, un axiome et une inspiration que partagent les deux principaux concurrents à la Présidentielle et qu’ils ont en commun avec la très grande majorité de leurs pairs, hommes d’État et politiciens de partis (mais aussi intellectuels de pouvoir), de droite comme de gauche, c’est bien cela, qui se condense dans cette maxime : La France, ce n’est pas l’ordinaire des peuples, des nations et des États, ce n’est pas le tout venant des puissances, des cultures, des territoires et des histoires – la France, c’est l’exception exemplaire, c’est l’universel (« les valeurs ») en tant que particulier (« françaises »).
Cette rhétorique qui nous vient du plus immémorial du discours de l’État, du discours « républicain » appelle quelques commentaires. Elle a comme particularité de faire référence à la singularité d’une histoire et surtout d’un événement (la Révolution française) dont elle se garde bien ailleurs d’expliciter la portée pour nous et l’actualité – et pour cause, le jacobinisme, la passion de l’égalité d’un Robespierre ou d’un Saint-Just ne sont pas davantage la tasse de thé de François Hollande que de Nicolas Sarkozy. Elle suppose constamment cette sorte de miracle de la transsubstantiation de l’héritage qui ferait qu’à chaque instant la singularité de ce dont l’État (et les « élites ») français s’estime gardiens aurait également vocation à instruire et éclairer les peuples du monde et leurs gouvernants. C’est cette croyance indéracinable, aussi puérile que présomptueuse, qui produit cet effet : tout naturellement, aux yeux du nouvel élu, la péripétie électorale du 6 mai se métamorphose en événement mondial doté d’un éclat d’exemplarité pour ainsi dire impérissable - « une nouvelle espérance pour le monde ».
Ce que cette rhétorique suppose aussi, sans jamais l’expliciter, c’est qu’il est deux sortes de peuples, d’États, de destins nationaux : les ordinaires et les « pas n’importe qui » - la France au premier chef. Au rang des premiers, on placerait aisément ces puissances moyennes, discrètes, sans génie propre – incapables de prêcher d’exemple de par l’éclat de leurs grands hommes et du sillon glorieux que trace leur Histoire – disons, au hasard, la Finlande, Taïwan, la Gambie, le Paraguay... Pauvres peuples sans destin, et qui traînent à la remorque de ces rares nations et États d’exception (on remarquera en passant que l’adjectif « exceptionnel » revenait en boucle dans la bouche du sortant, Sarkozy - « vous avez été exceptionnels », répétait-il inlassablement aux militants de l’UMP lors de son dernier discours de campagne) qui jalonnent l’Historia mundi.
Marx et Engels se moquaient de ces peuples « sans histoire » qui encombraient l’Europe centrale et orientale à l’heure du Printemps des peuples de 1848 (Tchèques, Ruthènes et autres Moldo-Valaques...). Hollande, lui, en bon disciple de Mitterrand, voit la France comme si rien n’avait changé depuis que Hegel vit passer sous ses yeux l’Esprit du monde juché sur un cheval blanc : en vecteur providentiel et à tous égards unique, exceptionnel, de l’espérance des peuples du monde. Curieux paradoxe, si l’on garde à l’esprit l’insistance avec laquelle cet homme au demeurant très ordinaire a placé sa présidence annoncée sous le signe du « normal » - un président archi-normal pour un pays au destin unique, incomparable...
On aurait bien tort de voir dans cette envolée un dérapage incontrôlé ou la séquelle d’un vieux discours patriotique débranché. Il faut au contraire y identifier le noyau d’une présomption impériale et impérialiste qui ne s’est jamais démentie. Dans sa dimension pratique, en tant que discours destiné à informer l’action, ce propos est destiné au fond, aujourd’hui comme hier, à doter la puissance de l’État d’un crédit illimité d’ « actions impériales » de toutes sortes et toutes pourvues (dans l’esprit de ceux qui les profèrent) d’un crédit de légitimité morale et politique illimité – puisque toutes seront placées sous le signe des droits qu’ouvrent l’exemplaire exceptionnalité de ce que nous sommes en tant que nous sommes ce que nous sommes – la France. Le dernier exemple en date est tout récent – l’intervention « humanitaire » en Libye, avec BHL dans le rôle du porteur non pas de valises, mais de « valeurs », du croisé axiologique. Et l’on voit bien, dans ce cas, ce qu’il en est du bon usage de ce crédit auto-attribué au nom du « pas n’importe qui » : intervenant pour liquider Khadafi au nom des valeurs universelles (et néanmoins made in France), Sarkozy en profitera pour tenter, par la grâce de cette action sublime, d’effacer les traces de ses récentes collusions avec le dictateur - les « valeurs universelles » dans le caniveau de la très petite politique impériale.
D’une manière générale, le petit gimmick du « pas n’importe qui » remis en selle démonstrativement et inexorablement par Hollande à l’occasion de sa première expression publique a cette propriété : il rend inséparable, dans le discours public, étatique, tout ce qui couramment se subsume sous le nom des Lumières (l’héritage de...) et ce qui relève de la dimension impériale (coloniale et impérialiste) de notre Histoire. Sa mobilisation peut, en l’occurrence, être analysée comme un discret avertissement à adressé à ceux qui, en France, sont tombés du « mauvais » côté de l’histoire coloniale : ce n’est pas demain, leur est-il signifié par le nouveau président « de gauche », que nous renoncerons à agir en toutes choses, avec vous comme avec vos pays d’origine et tous les autres « ordinaires », en puissance impériale, en donneurs de leçons, en maîtres et énonciateurs inexorables du Droit.
Tout ceci étant énoncé d’un ton d’assurance imperturbable sur la place de la Cathédrale de Tulle, préfecture de la Corrèze, centre du Monde, capitale de l’Univers...
La sortie du capitalisme, c’est maintenant !
La « crise économique » sera une dépression de longue durée. Pendant que l’oligarchie est encore en phase de sidération devant ce qu’elle refusait d’envisager, il est urgent de penser et de préparer la sortie du capitalisme.
La crise actuelle est une crise majeure du capitalisme, telle que celui-ci en a connu à la fin du XIXè siècle et dans les années 1930. Il faut avoir conscience que nous n’en sommes qu’au début, que d’autres effondrements majeurs, bancaires, industriels et monétaires, sont devant nous, et surtout une période de dépression économique longue. Suite à la crise bancaire provoquée au début des années 1990 par l’éclatement d’une bulle immobilière, le Japon a connu quinze années de stagnation alors même que son économie était tirée par les exportations vers la Chine et les USA. Aujourd’hui la crise est planétaire, il n’y a plus nulle part où exporter. Elle ouvre une période de grands dangers, mais aussi de grandes opportunités : comme le disait l’historien Immanuel Wallerstein dans une récente interview, « Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle » , et surtout, ajouterais-je, par notre actioncollective.
Le néolibéralisme ne survivra sans doute pas à cette crise, ce sera le premier point que je développerai. Mais c’est une autre affaire pour ce qui concerne le capitalisme. Wallerstein suggère un scénario noir – « un système d’exploitation encore plus violent que le capitalisme » – mais on peut penser à un autre scénario, aussi vraisemblable mais guère plus réjouissant, celui d’un « capitalisme dictatorial et xénophobe », ou bien d’une « écodictature », comme l’écrivait André Gorz dans un texte écrit peu avant sa mort.
Ce texte remarquable s’intitulait « La sortie du capitalisme a commencé » - et c’est mon second point. En effet, si l’on veut éviter le scénario noir, j’essaierai de montrer qu’il est plus réaliste d’envisager une sortie du capitalisme que d’en rechercher un nouveau mode de régulation, un « néo-keynésianisme vert mondial », qui conserverait les traits essentiels du capitalisme, en particulier l’orientation de l’économie en fonction du seul impératif du profit. Dans une troisième partie j’ébaucherai une stratégie de sortie du capitalisme et d’affirmation d’un nouveau mode d’organisation de la société qu’on pourrait qualifier – en empruntant ce terme à l’économiste Bruno Théret - de « socialisme civil ».
1. Pourquoi le néolibéralisme ne se relèvera pas
Le néolibéralisme repose sur quatre piliers : la libre circulation des marchandises et des capitaux (l’utopie de la « liquidité » parfaite), la privatisation généralisée, la flexibilité du travail, le pouvoir absolu des actionnaires dans l’entreprise. Il a donné lieu à une vague d’innovation financière qui a échappé à tout contrôle. La finance mondiale a monstrueusement proliféré et se trouve aujourd’hui en voie d’implosion. Par la précarisation et la mise en concurrence des salariés du monde entier, le néolibéralisme a permis aux actionnaires de confisquer les gains de productivité : mais pour préserver la dynamique de la consommation, le système a dû recourir à l’empilement inconsidéré de dettes publiques et privées. L’épisode des subprimes n’est que le sommet de ce château de cartes qui ne pouvait à terme que s’effondrer. Nous y sommes.
Le néolibéralisme est un modèle de société, mais un étrange modèle puisqu’il est fondamentalement antisocial. Il repose sur l’hypostasie de l’individu égocentrique qui fait advenir l’intérêt général par la libre poursuite de son intérêt particulier. Il prône la soumission de la société à l’économie (« there is no such thing as society », « la société ça n’existe pas », disait Margaret Thatcher), la dissolution généralisée des collectifs et des solidarités sociales. Le capitalisme a toujours eu tendance à détruire les formes traditionnelles de socialisation, mais les sociologues classiques espéraient que la division du travail ou la démocratie introduiraient des formes alternatives de socialité. Or le néolibéralisme, qui est comme le dit Michel Husson un « pur capitalisme », où la logique capitaliste est libérée de toute entrave, ne porte aucune forme nouvelle de solidarité sociale. La liquidité totale du capital débouche sur la liquidation de la société. Prenons l’exemple de la monnaie, l’une des institutions de base de nos sociétés marchandes : jusqu’à présent elle était nécessairement adossée à un Etat, à une souveraineté. L’essor d’un marché financier mondialisé parfaitement fluide, et en particulier la généralisation des produits dérivés, permet en théorie de construire des équivalences entre tous les titres financiers. Des économistes américains ont analysé ce phénomène inédit comme une tentative de construire une monnaie mondiale privée, sans Etatmondial. L’effondrement actuel est celui de cette chimère théorique. La crise financière actuelle pourrait d’ailleurs bien culminer dans une crise monétaire, un effondrement du dollar, aux conséquences désastreuses pour tous. Dans les années à venir les Etats et donc aussi les contribuables vont être appelés à renflouer un système financier et productif en déroute : les banques et l’automobile, puis la plupart des secteurs, vont être frappés par de gigantesques faillites qu’on ne pourra repousser (peut-être) que par des injections massives d’argent public, l’explosion des déficits des Etats et/ou l’activation massive de la planche à billets. L’idéologie néolibérale ne s’en remettra pas. La période de crise sociale et politique qui s’ouvre sera si profonde que les piliers du néolibéralisme ne seront plus politiquement défendables, du moins à l’intérieur de la légalité institutionnelle.
2. Pourquoi il faut sortir du capitalisme
Que signifierait alors instaurer un nouveau mode de régulation du capitalisme ? Restreindre politiquement le déploiement de la logique du profit ; viser un keynésianisme vert mondial. Il faudra bien sûr soutenir toute tentative sincère en ce sens (qu’on ne voit pas encore poindre, il faut le reconnaître, quand on lit la récente déclaration du G20, simple réaffirmation incantatoire des principes du néolibéralisme). Mais cette voie me semble peu réaliste pour quatre raisons au moins :
– « réguler » c’est reculer pour mieux sauter : c’est vouloir domestiquer le pouvoir du capital sans porter atteinte aux sources de sa puissance. Tant que les détenteurs de capitaux disposeront du pouvoir de décision économique, il n’auront de cesse de coloniser la sphère politique, de reconquérir l’hégémonie idéologique (par leur domination totale sur les mass médias) et de diviser les mouvements sociaux, jusqu’à défaire les règles un moment concédées. C’est la contradiction fondamentale des sociétés capitalistes, entre une sphère politique où un homme vaut en théorie une voix, et une sphère économique où le pouvoir réside dans l’argent. D’accord, dira-t-on, mais si une régulation du capitalisme permet de le civiliser pendant quelques décennies, c’est toujours bon à prendre... Sauf que ce programme ne permet pas de répondre aux trois urgences sociale, écologique et démocratique.
– l’urgence sociale : le coût de la sortie capitaliste de crise par renflouement de la finance sera exorbitant pour les populations, au Nord et encore plus au Sud. Sauf à supposer que les gouvernements redistribuent les richesses grâce à une fiscalité confiscatoire sur les hauts revenus et les gros patrimoines. Mais cela supposerait un tel renversement des rapports de force sociaux que le système capitaliste lui-même y survivrait difficilement : si les mouvements sociaux sont capables d’imposer une redistribution radicale des richesses, pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas redistribuer aussi le pouvoir de décision économique.
- l’urgence écologique : l’humanité ne peut plus se permettre un nouveau cycle de croissance capitaliste, même keynésien. Le capitalisme suppose l’accumulation et la croissance indéfinies, la marchandisation de la nature et des relations humaines ; or il nous faut organiser rapidement une forte décroissance des consommations énergétiques, des émissions de GES et des pollutions chimiques, une forte réduction du temps de travail. Le capitalisme ne sait pas faire ça – ou il ne le fera que sous la pression d’un mouvement social qui menacerait son existence même.
- l’urgence démocratique, enfin : comme le dit Wallerstein, « les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l’effondrement de leur hégémonie ». Certes l’élection d’Obama est une bonne nouvelle, mais la dérive sécuritaire, xénophobe et guerrière pourrait fort bien reprendre et s’aggraver en cas d’échec – probable - des projets de réforme cosmétique du système aujourd’hui en débat. N’oublions pas que la crise de 29 a directement causé la guerre. Pour sauver ce qui reste de démocratie politique, il faudra imposer la démocratie économique, c’est-à-dire remettre en cause le pouvoir censitaire des actionnaires.
Non seulement il faut se préparer à sortir du capitalisme, mais cela va devenir une question politique d’actualité dans les années à venir. On peut anticiper la montée d’une profonde colère sociale devant le cynisme des élites économiques et politiques néolibérales (et social-libérales). Que nous proposent-elles en effet ? Après trois décennies qui ont vu la stagnation ou la baisse du niveau de vie général, et l’enrichissement scandaleux d’une infime minorité, les peuples devraient maintenant supporter non seulement le chômage et la misère de masse, mais encore un détournement massif des ressources publiques pour renflouer le système financier et les grands groupes capitalistes. Le philosophe Axel Honneth, le successeur de Jurgen Habermas à Francfort, nous explique que les mouvements sociaux trouvent de façon très générale leur source non pas tant dans des conflits d’intérêts matériels que dans l’expérience du déni de reconnaissance, du mépris social. Nous entrons sans doute dans une ère où l’expérience du mépris va percuter de plein fouet des millions de gens. Les luttes sociales se dérouleront bien sûr dans les entreprises (malgré le chômage et la précarité qui vont s’aggraver), mais aussi et surtout dans la rue, autour des banques, des sièges sociaux, des Bourses, à l’occasion des expulsions de locataires, de salariés occupant leur entreprise, de sans papiers... On peut aussi parier sur l’émergence de pratiques alternatives d’entraide, de survie, d’expérimentation, comme on l’a vu au Brésil ou en Argentine après des effondrements économiques : coopératives, systèmes d’échange locaux, etc. Pour éviter que la colère sociale soit détournée vers les habituels boucs émissaires, il faudra à la fois – j’y reviendrai - un puissant mouvement d’auto-organisation de la société, et l’irruption de nouvelles forces politiques dans les institutions pour y mener des politiques de transformation sociale.
3. Comment sortir du capitalisme ?
Si la question de la sortie du capitalisme est posée, comment y répondre ? Le mouvement ouvrier a buté sur trois problèmes clés : le sujet de cette transformation (la classe ouvrière ? le prolétariat ? le salariat ? ), son rythme (réforme ou révolution ?) et sa méthode (par en haut ou par en bas, l’Etat ou l’autorganisation sociale ?).
Concernant le sujet de la transformation sociale, très brièvement, je me contenterai de dire qu’on ne peut plus le concevoir comme une seule classe sociale, mais comme une convergence de forces sociales très diverses pour défendre et promouvoir les intérêts de la société dans son ensemble, contre les logiques mortifères du capital et de la guerre. On peut parler du « bloc social altermondialiste », cette alliance non-classiste qu’on voit émerger dans les forums sociaux, entre mouvements ouvrier, écologiste, paysan, féministe, indigène, pacifiste, de solidarité internationale, etc..., bref, entre de multiples composantes de la société civile, qui expriment, comme le disait Karl Polanyi, la résistance de la société face à l’utopie du Grand Marché autorégulateur.
Concernant le rythme de la transformation sociale : la révolution ne peut plus être pensée sur le modèle du Grand Soir. On ne basculera pas d’un coup de la société actuelle dans une autre après un bref épisode révolutionnaire. D’abord parce qu’il n’existe pas aujourd’hui de projet socialiste (ou décroissantiste...) prêt à porter. Ensuite et surtout parce que la leçon majeure de l’échec du léninisme – et même du marxisme à cet égard - , c’est que le socialisme n’est pas l’enfant naturel du capitalisme, le fruit spontané de ses contradictions. Comme disait Gramsci le changement de société suppose une longue guerre de positions. Dans cette guerre de positions le bloc social alternatif (altermondialiste en l’occurrence) conteste l’hégémonie sociale du bloc capitaliste (néolibéral). Il construit lui-même, pas à pas, son programme, ses institutions alternatives, son hégémonie idéologique, au plan économique et politique. Il n’y a pas de chemin tracé, de modèle à appliquer, mais une longue période de création et d’innovation sociale, comme l’a été d’ailleurs l’émergence du capitalisme. Cela ne veut pas dire qu’une crise révolutionnaire – une « guerre de mouvement » - pourra être évitée (on l’a vu en 1789). Mais elle ne viendra, éventuellement, qu’après une phase de maturation qui pourrait durer plusieurs décennies. Nous ne pouvons pas écrire l’Histoire à l’avance, mais l’année 2008 marque probablement l’entrée dans cette « guerre de positions » entre deux blocs sociaux antagoniques en lutte pour l’hégémonie.
Le troisième point clé est celui de la méthode de la transformation sociale. Dans le mouvement ouvrier, les marxistes (généralement étatistes) s’opposaient aux libertaires (plutôt basistes). (Bien sûr c’est plus complexe, Rosa Luxembourg, Gramsci ou les autogestionnaires se sont démarqués d’une vision étatiste). Il importe d’affirmer que la stratégie de transformation sociale doit marcher sur les deux jambes de l’intervention publique et de l’autonomie populaire. Pour des raisons que je ne développerai pas ici, mais qui tiennent à l’inévitable tendance à l’émancipation des représentants vis à vis de leurs mandants, l’Etat est un outil mais aussi un obstacle ; il est autant un problème qu’une solution. La conquête du pouvoir politique est donc une nécessité mais les mouvements sociaux doivent conserver toute leur autonomie pour mettre la pression sur les élus, même les plus progressistes.
Il faut donc à la fois un programme politique qui prépare un dépassement du capitalisme en organisant l’intervention du plus grand nombre dans toutes les sphères de la société, dans l’économie mais aussi dans l’ETAT. Mais il faut en même temps que prolifèrent les initiatives des mouvements sociaux et l’autoorganisation de la société civile.
Commençons par le programme de mesures politiques. Au plan économique on peut énumérer un certain nombre de changements des règles du jeu qu’une gauche de transformation sociale devrait porter dans le débat politique au plan régional, national, européen et mondial , et commencer à mettre en oeuvre là ou c’est possible (là je vous propose une liste de 11 orientations) :
– socialiser le système bancaire : l’entrée à reculons de l’Etat dans le capital des banques vise à redresser le système pour le rendre aux actionnaires privés. Il faut au contraire que les pouvoirs publics – au niveau régional, national ou européen selon les cas - assument la propriété des banques et associent à leur gestion les salariés, les organisations syndicales, les associations d’usagers, de défense de l’environnement, etc. Il doit s’agir non pas d’une étatisation mais d’une appropriation sociale, je préfère dire d’une « socialisation ». (Le même principe devra être appliqué à l’ensemble des services publics, et aux grands groupes en faillite). La monnaie et le crédit doivent être désormais considérés comme des biens publics, trop importants pour être laissés entre les mains irresponsables de leurs actionnaires. Les Banques centrales doivent revenir sous contrôle politique et pouvoir prêter aux pouvoirs publics pour financer les investissements publics.
– réorienter les investissements publics et privés, notamment par une politique du crédit : les taux d’intérêt doivent être modulés en fonction de l’utilité sociale et écologique des productions
– redistribuer les richesses : réformer la fiscalité, frapper les hauts revenus et patrimoines, instaurer un revenu garanti de haut niveau, décréter un revenu maximum (Roosevelt avait augmenté le taux marginal d’imposition jusqu’à 94% en 1945)
– définanciariser les entreprises : réduire la liquidité des marchés financiers (réglementation, taxes globales sur les transactions financières), réserver le droit de vote aux actionnaires stables, réduire le financement sur les marchés, voire fermer les Bourses, facteur majeur d’instabilité, qui prélèvent plus de ressources qu’elles n’en apportent aux entreprises
– démocratiser le pouvoir dans l’entreprise : instaurer un droit de veto des comités d’entreprises sur les décisions en matière d’emploi et d’investissement, élargir les CE aux sous-traitants et aux autres parties prenantes, favoriser la reprise des entreprises par leurs salariés
– développer des services publics démocratiques et décentralisés, dans le domaine du logement, des transports, de la dépendance, ..., pour étendre l’accès aux droits sociaux et la sphère de la gratuité
– réduire la précarité de l’emploi par une sécurité sociale professionnelle
– favoriser la consommation responsable : développer un système public d’information sur la qualité sociale et environnementale des productions, avec obligation de transparence de la part des entreprises, sous contrôle des comités d’entreprise élargis ;
– refonder la construction européenne, pour une harmonisation dans le progrès des conditions sociales et environnementales, pour une fiscalité européenne sur le capital et les émissions de GES, un réel budget de l’Union et un programme européen d’investissements dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables, à hauteur de 5% du PIB ;
– refonder le commerce international, pour un système d’échanges solidaires, une taxe kilométrique mondiale favorisant la relocalisation des productions ;
– refonder le système monétaire international, négocier un nouveau Bretton Woods dans la lignée des propositions de Keynes et de la Charte de la Havane votée par l’ONU en 1948 (qui créait une monnaie mondiale et interdisait les déséquilibres commerciaux)
En même temps il faudra changer les règles du jeu politique, accroître le contrôle citoyen sur les institutions, viser la démocratisation de l’Etat : là je suggère 5 orientations
– limiter l’autonomie des représentants (non cumul, durée maximale, référendum révocatoire, rémunération des élus égale au revenu moyen, remplacer le Sénat par une Chambre des citoyens tirée au sort...)
– développer les procédures de démocratie directe (budgets participatifs, référendums d’initiative populaire...) ;
– développer la démocratie délibérative (conférences de citoyens...) ;
– limiter l’emprise des grandes fortunes sur les médias, instaurer un soutien public aux médias alternatifs et citoyens ;
– soutenir les initiatives d’auto-organisation citoyenne dans l’économie, la culture, l’éducation populaire, ...
Car la deuxième jambe de la transformation sociale, c’est le développement de l’autonomie populaire, de l’intervention directe des citoyens dans les affaires économiques et politiques : je propose ici quatre axes de lutte
– contrôle citoyen sur les entreprises (consommation responsable, boycotts, alliances ONG/syndicats...) ; ainsi dans les mois et années à venir je pense qu’une alliance entre les syndicats des banques et les associations (usagers, chômeurs, mal logés, écologistes, Attac...) serait décisive pour porter l’exigence d’une socialisation démocratique du système bancaire, en faisant pression sur les pouvoirs publics et les directions des banques pour une nouvelle politique du crédit
– développement de réseaux économiques solidaires, de « zones libres », affranchies de l’emprise du capital : commerce équitable, réseaux de production et d’échanges locaux, coopératives, entreprises sociales ... ce que Diane Elson, une économiste marxiste britannique particulièrement stimulante, appelle la « socialisation du marché » ;
– développement de réseaux productifs et culturels basés sur la coopération décentralisée et gratuite, à l’image de la communauté du libre sur Internet (il s’agit là d’un outil majeur de construction d’une contre-culture, indispensable dans la guerre de positions)
– exercice d’une pression constante sur les institutions par des campagnes de mobilisation populaire, construites au sein des instances autonomes dont se dote le mouvement altermondialiste (cf. la proposition de l’écologiste britannique George Monbiot d’un Parlement mondial des citoyens, contrepouvoir d’influence sur les institutions internationales, élu par les populations indépendamment des structures étatiques).
Conclusion : quel modèle de société alternative ?
Comme l’explique le sociologue nord-américain Erik Olin Wright, les sociétés modernes sont structurées autour de trois pôles fondamentaux : l’économie, l’Etat et la société civile. Dans le capitalisme, l’économie (le capital) exerce son hégémonie sur l’Etat et sur la société civile. Dans le « socialisme » bureaucratique l’Etat domine, absorbe même l’économie et la société civile. Dans le « socialisme civil », c’est la société civile qui assure son hégémonie sur l’économie et sur l’Etat. Le capitalisme recherche la marchandisation généralisée, le « socialisme » bureaucratique se fonde sur l’étatisation de la société, le socialisme civil peut être décrit comme une entreprise de civilisation. Il ne décrète pas l’abolition de l’Etat ou du marché, mais organise progressivement (et à très long terme) leur dépérissement par leur socialisation.
La stratégie ici ébauchée amène une remise en cause des institutions centrales du capitalisme : le despotisme du capital dans l’entreprise, la liberté (pour le capital) d’exploiter la main-d’oeuvre par les outils du chômage et de la précarité, la liberté (toujours pour le capital) de circuler et de s’investir où il l’entend. Elle s’attaque donc aux rapports de propriété capitalistes eux-mêmes. Elle s’attaque tout autant aux mécanismes de la domination étatique, à l’accumulation privative de capital politique. C’est donc une stratégie révolutionnaire. Mais il s’agit aussi et d’abord d’une stratégie réformiste. Aucune des avancées démocratiques évoquées n’est par elle-même une rupture de l’ordre capitaliste. La démocratisation et la socialisation de l’économie résulteront d’abord d’une série d’avancées démocratiques partielles combinées qui sapent le pouvoir du capital. Grâce à ces avancées, la société civile fera son apprentissage collectif de la gestion de l’économie et de l’Etat. Jusqu’où le capitalisme pourra-t-il s’adapter ? Jusqu’où les élites économiques supporterontelles de voir leur pouvoir désarticulé, encerclé, contrôlé de l’intérieur et de l’extérieur, du dessus et du dessous, par des mouvements sociaux et des acteurs politiques déterminés à faire valoir le principe démocratique dans toutes les sphères de la société ?
Il est bien trop tôt pour se poser ce genre de questions. C’est pourquoi le clivage traditionnel entre réformistes et révolutionnaires n’est pas vraiment opératoire dans la période actuelle. Personnellement, je pense que si le capital commence à perdre cette guerre de positions, il réagira violemment. Il faudra alors que la société tranche la question des droits à la propriété privée des grands moyens de production. La société civile pourra alors instaurer son hégémonie – celle de la démocratie - sur l’économie et sur l’Etat. Mais aujourd’hui le clivage pertinent à gauche est autre : aménager l’actuel ordre néo-libéral sans contester le pouvoir de la finance, ou bien viser de nouvelles avancées démocratiques, fondées sur la participation active des citoyens aux décisions qui les concernent dans tous les domaines ? Rénovation du néo-libéralisme ou extension de la démocratie ? Tel est le clivage de court et moyen terme. A long terme, si la transformation sociale s’approfondit, elle obligera probablement les sociétés à choisir entre capitalisme et démocratie. Comme vous le voyez, je crois comme vous à la vertu des utopies, mais des utopies réalistes, ancrées dans le mouvement réel des choses et dans la longue durée.
Forum contre les grands projets inutiles
CONVERGENCE DES LUTTES !
contre les grands projets inutiles imposés
à Notre-Dame-des-Landes comme partout en Europe
Bien des projets fous partagent des caractéristiques communes : Gaspillage de terres nourricières et perte de la biodiversité, Déni du réchauffement climatique, Déni de la raréfaction des ressources (énergie, matières premières), Débat démocratique de façade des solutions alternatives
Mobilisons-‐nous pour empêcher ces projets insensés !
à NotreDame des Landes et ailleurs, nous gagnerons !
Manifeste d’économistes atterrés
La crise économique et financière qui a ébranlé le monde en 2008 ne semble pas avoir affaibli la domination des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente ans. Le pouvoir de la finance n’est aucunement remis en cause. En Europe, au contraire, les États, sous la pression de la Commission européenne, du FMI et des agences de notation, appliquent avec une vigueur renouvelée des programmes de réformes et d’ajustement structurels qui ont dans le passé démontré leur capacité à accroître l’instabilité et les inégalités, et risquent d’aggraver la crise européenne.
Atterrés par ce constat, nous avons souhaité favoriser l’expression publique des nombreux économistes, issus de divers horizons théoriques, qui ne se résignent pas à voir l’orthodoxie néolibérale réaffirmée et jugent qu’il faut changer le paradigme des politiques économiques en Europe. C’est pourquoi nous avons rédigé le "manifeste d’économistes atterrés" ci-joint. Ce texte ne prétend pas constituer un programme alternatif mais pointe certains des enjeux qui nous semblent essentiels sur les questions financières et monétaires en Europe. Si vous êtes en accord avec son orientation générale, nous vous remercions de le signer (par mail à atterres@gmail.com) et de le faire circuler dans la communauté des économistes . Nous prenons en ce moment des contacts avec d’autres économistes européens pour organiser un colloque (sans doute le samedi 9 octobre à la Sorbonne, confirmation suivra) et confronter nos points de vue sur les stratégies de sortie de crise.
Par avance merci
Philippe Askenazy Thomas Coutrot André Orléan Henri Sterdyniak
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CRISE ET DETTE EN EUROPE : 10 FAUSSES EVIDENCES, 22 MESURES EN DEBAT POUR SORTIR DE L’IMPASSE
Introduction La reprise économique mondiale, permise par une injection colossale de dépenses publiques dans le circuit économique (des États-Unis à la Chine), est fragile mais réelle. Un seul continent reste en retrait, l’Europe. Retrouver le chemin de la croissance n’est plus sa priorité politique. Elle s’est engagée dans une autre voie : celle de la lutte contre les déficits publics.
Dans l’Union Européenne, ces déficits sont certes élevés – 7% en moyenne en 2010 – mais bien moins que les 11% affichés par les États-Unis . Alors que des États nord-américains au poids économique plus important que la Grèce, la Californie par exemple, sont en quasi-faillite, les marchés financiers ont décidé de spéculer sur les dettes souveraines de pays européens, tout particulièrement ceux du Sud. L’Europe est de fait prise dans son propre piège institutionnel : les États doivent emprunter auprès d’institutions financières privées qui obtiennent, elles, des liquidités à bas prix de la Banque Centrale Européenne. Les marchés ont donc la clé du financement des États. Dans ce cadre, l’absence de solidarité européenne suscite la spéculation, d’autant que les agences de notation jouent à accentuer la défiance.
Il a fallu la dégradation, le 15 juin, de la note de la Grèce par l’agence Moody’s, pour que les dirigeants européens retrouvent le terme d’ « irrationalité » qu’ils avaient tant employé au début de la crise des subprimes. De même, on découvre maintenant que l’Espagne est bien plus menacée par la fragilité de son modèle de croissance et de son système bancaire que par son endettement public.
Pour « rassurer les marchés », un Fonds de stabilisation de l’euro a été improvisé, et des plans drastiques et bien souvent aveugles de réduction des dépenses publiques ont été lancés à travers l’Europe. Les fonctionnaires sont les premiers touchés, y compris en France, où la hausse des cotisations retraites sera une baisse déguisée de leur salaire. Le nombre de fonctionnaires diminue partout, menaçant les services publics. Les prestations sociales, des Pays-Bas au Portugal en passant par la France avec l’actuelle réforme des retraites, sont en voie d’être gravement amputées. Le chômage et la précarité de l’emploi se développeront nécessairement dans les années à venir. Ces mesures sont irresponsables d’un point de vue politique et social, et même au strict plan économique.
Cette politique, qui a très provisoirement calmé la spéculation, a déjà des conséquences sociales très négatives dans de nombreux pays européens, tout particulièrement sur la jeunesse, le monde du travail et les plus fragiles. A terme elle attisera les tensions en Europe et menacera de ce fait la construction européenne elle-même, qui est bien plus qu’un projet économique. L’économie y est censée être au service de la construction d’un continent démocratique, pacifié et uni. Au lieu de cela, une forme de dictature des marchés s’impose partout, et particulièrement aujourd’hui au Portugal, en Espagne et en Grèce, trois pays qui étaient encore des dictatures au début des années 1970, il y a à peine quarante ans.
Qu’on l’interprète comme le désir de « rassurer les marchés » de la part de gouvernants effrayés, ou bien comme un prétexte pour imposer des choix dictés par l’idéologie, la soumission à cette dictature n’est pas acceptable, tant elle a fait la preuve de son inefficacité économique et de son potentiel destructif au plan politique et social. Un véritable débat démocratique sur les choix de politique économique doit donc être ouvert en France et en Europe. La plupart des économistes qui interviennent dans le débat public le font pour justifier ou rationaliser la soumission des politiques aux exigences des marchés financiers. Certes, les pouvoirs publics ont dû partout improviser des plans de relance keynésiens et même parfois nationaliser temporairement des banques. Mais ils veulent refermer au plus vite cette parenthèse. Le logiciel néolibéral est toujours le seul reconnu comme légitime, malgré ses échecs patents. Fondé sur l’hypothèse d’efficience des marchés financiers, il prône de réduire les dépenses publiques, de privatiser les services publics, de flexibiliser le marché du travail, de libéraliser le commerce, les services financiers et les marchés de capitaux, d’accroître la concurrence en tous temps et en tous lieux...
En tant qu’économistes, nous sommes atterrés de voir que ces politiques sont toujours à l’ordre du jour et que leurs fondements théoriques ne sont pas remis en cause. Les arguments avancés depuis trente ans pour orienter les choix des politiques économiques européennes sont pourtant mis en défaut par les faits. La crise a mis à nu le caractère dogmatique et infondé de la plupart des prétendues évidences répétées à satiété par les décideurs et leurs conseillers. Qu’il s’agisse de l’efficience et de la rationalité des marchés financiers, de la nécessité de couper dans les dépenses pour réduire la dette publique, ou de renforcer le « pacte de stabilité », il faut interroger ces fausses évidences et montrer la pluralité des choix possibles en matière de politique économique. D’autres choix sont possibles et souhaitables, à condition d’abord de desserrer l’étau imposé par l’industrie financière aux politiques publiques.
Nous faisons ci-dessous une présentation critique de dix postulats qui continuent à inspirer chaque jour les décisions des pouvoirs publics partout en Europe, malgré les cinglants démentis apportés par la crise financière et ses suites. Il s’agit de fausses évidences qui inspirent des mesures injustes et inefficaces, face auxquelles nous mettons en débat vingt-deux contre-propositions. Chacune d’entre elles ne fait pas nécessairement l’unanimité entre les signataires de ce texte, mais elles devront être prises au sérieux si l’on veut sortir l’Europe de l’impasse.
FAUSSE EVIDENCE N°1 : LES MARCHES FINANCIERS SONT EFFICIENTS
Aujourd’hui, un fait s’impose à tous les observateurs : le rôle primordial que jouent les marchés financiers dans le fonctionnement de l’économie. C’est là le résultat d’une longue évolution qui a débuté à la fin des années soixante-dix. De quelque manière qu’on la mesure, cette évolution marque une nette rupture, aussi bien quantitative que qualitative, par rapport aux décennies précédentes. Sous la pression des marchés financiers, la régulation d’ensemble du capitalisme s’est transformée en profondeur, donnant naissance à une forme inédite de capitalisme que certains ont nommée « capitalisme patrimonial », « capitalisme financier » ou encore « capitalisme néolibéral ».
Ces mutations ont trouvé dans l’hypothèse d’efficience informationnelle des marchés financiers leur justification théorique. En effet, selon cette hypothèse, il importe de développer les marchés financiers, de faire en sorte qu’ils puissent fonctionner le plus librement possible, parce qu’ils constituent le seul mécanisme d’allocation efficace du capital. Les politiques menées avec opiniâtreté depuis trente ans sont conformes à cette recommandation. Il s’est agi de construire un marché financier mondialement intégré sur lequel tous les acteurs (entreprises, ménages, États, institutions financières) peuvent échanger toutes les catégories de titres (actions, obligations, dettes, dérivés, devises) pour toutes les maturités (long terme, moyen terme, court terme). Les marchés financiers en sont venus à ressembler au marché « sans friction » des manuels : le discours économique est parvenu à créer la réalité. Les marchés étant de plus en plus « parfaits » au sens de la théorie économique dominante, les analystes ont cru que le système financier était désormais bien plus stable que par le passé. La « grande modération » - cette période de croissance économique sans hausse des salaires qu’ont connus les USA de 1990 à 2007 - a semblé le confirmer.
Aujourd’hui encore le G20 persiste dans l’idée que les marchés financiers sont le bon mécanisme d’allocation du capital. La primauté et l’intégrité des marchés financiers demeurent les objectifs finaux que poursuit sa nouvelle régulation financière. La crise est interprétée non pas comme un résultat inévitable de la logique des marchés dérégulés, mais comme l’effet de la malhonnêteté et de l’irresponsabilité de certains acteurs financiers mal encadrés par les pouvoirs publics.
Pourtant, la crise s’est chargée de démontrer que les marchés ne sont pas efficients, et qu’ils ne permettent pas une allocation efficace du capital. Les conséquences de ce fait en matière de régulation et de politique économique sont immenses. La théorie de l’efficience repose sur l’idée que les investisseurs recherchent et trouvent l’information la plus fiable possible sur la valeur des projets qui sont en concurrence pour trouver un financement. A en croire cette théorie, le prix qui se forme sur un marché reflète les jugements des investisseurs et synthétise l’ensemble de l’information disponible : il constitue donc une bonne estimation de la vraie valeur des titres. Or, cette valeur est supposée résumer toute l’information nécessaire pour orienter l’activité économique et ainsi la vie sociale. Ainsi, le capital s’investit dans les projets les plus rentables et délaisse les projets les moins efficaces. Telle est l’idée centrale de cette théorie : la concurrence financière produit des prix justes qui constituent des signaux fiables pour les investisseurs et orientent efficacement le développement économique.
Mais la crise est venue confirmer les différents travaux critiques qui avaient mis en doute cette proposition. La concurrence financière ne produit pas nécessairement des prix justes. Pire : la concurrence financière est souvent déstabilisante et conduit à des évolutions de prix excessives et irrationnelles, les bulles financières.
L’erreur majeure de la théorie de l’efficience des marchés financiers consiste à transposer aux produits financiers la théorie habituelle des marchés de biens ordinaires. Sur ces derniers, la concurrence est pour partie autorégulatrice en vertu de ce qu’on nomme la « loi » de l’offre et de la demande : lorsque le prix d’un bien augmente, alors les producteurs vont augmenter leur offre et les acheteurs réduire leur demande ; le prix va donc baisser et revenir près de son niveau d’équilibre. Autrement dit, quand le prix d’un bien augmente, des forces de rappel tendent à freiner puis inverser cette hausse. La concurrence produit ce qu’on appelle des « feedbacks négatifs », des forces de rappel qui vont dans le sens contraire du choc initial. L’idée d’efficience naît d’une transposition directe de ce mécanisme à la finance de marché.
Or, pour cette dernière, la situation est très différente. Quand le prix augmente, il est fréquent d’observer, non pas une baisse mais une hausse de la demande ! En effet la hausse du prix signifie un rendement accru pour ceux qui possèdent le titre, du fait de la plus-value réalisée. La hausse du prix attire donc de nouveaux acheteurs, ce qui renforce encore la hausse initiale. Les promesses de bonus poussent les traders à amplifier encore le mouvement. Jusqu’à l’incident, imprévisible mais inévitable, qui provoque l’inversion des anticipations et le krach. Ce phénomène digne des moutons de Panurge est un processus à « feedbacks positifs », qui aggrave les déséquilibres. C’est la bulle spéculative : une hausse cumulative des prix qui se nourrit elle-même. Ce type de processus ne produit pas des prix justes, mais au contraire des prix inadéquats.
La place prépondérante occupée par les marchés financiers ne peut donc conduire à une quelconque efficacité. Plus même, elle est une source permanente d’instabilité, comme le montre clairement la série ininterrompue de bulles que nous avons connue depuis 20 ans : Japon, Asie du Sud-Est, Internet, Marchés émergents, Immobilier, Titrisation. L’instabilité financière se traduit ainsi par de fortes fluctuations des taux de change et de la Bourse, manifestement sans rapport avec les fondamentaux de l’économie. Cette instabilité, née du secteur financier, se propage à l’économie réelle par de nombreux mécanismes.
Pour réduire l’inefficience et l’instabilité des marchés financiers, nous suggérons quatre mesures :
- Mesure n°1 : cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs
- Mesure n°2 : Réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières
- Mesure n°3 : limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l’économie réelle (ex. : CDS uniquement pour les détenteurs des titres assurés, etc.)
- Mesure n°4 : plafonner la rémunération des traders
FAUSSE EVIDENCE N°2 : LES MARCHES FINANCIERS SONT FAVORABLES A LA CROISSANCE ECONOMIQUE
L’intégration financière a porté le pouvoir de la finance à son zénith par le fait qu’elle unifie et centralise la propriété capitaliste à l’échelle mondiale. Désormais c’est elle qui détermine les normes de rentabilité exigées de l’ensemble des capitaux. Le projet était que la finance de marché se substitue au financement bancaire des investissements. Projet qui a d’ailleurs échoué, puisqu’aujourd’hui, globalement, ce sont les entreprises qui financent les actionnaires au lieu du contraire. La gouvernance des entreprises s’est néanmoins profondément transformée pour atteindre les normes de rentabilité du marché. Avec la montée en puissance de la valeur actionnariale, s’est imposée une conception nouvelle de l’entreprise et de sa gestion, pensées comme étant au service exclusif de l’actionnaire. L’idée d’un intérêt commun propre aux différentes parties prenantes liées à l’entreprise a disparu. Les dirigeants des entreprises cotées en Bourse ont désormais pour mission première de satisfaire le désir d’enrichissement des actionnaires et lui seul. En conséquence, ils cessent eux-mêmes d’être des salariés, comme le montre l’envolée démesurée de leurs rémunérations. Comme l’avance la théorie de « l’agence », il s’agit de faire en sorte que les intérêts des dirigeants soient désormais convergents avec ceux des actionnaires.
Le ROE (Return on Equity, ou rendement des capitaux propres) de 15% à 25% est désormais la norme qu’impose le pouvoir de la finance aux entreprises et aux salariés. La liquidité est l’instrument de ce pouvoir, permettant à tout moment aux capitaux non satisfaits d’aller voir ailleurs. Face à cette puissance, le salariat comme la souveraineté politique apparaissent de par leur fractionnement en état d’infériorité. Cette situation déséquilibrée conduit à des exigences de profit déraisonnables, car elles brident la croissance économique et conduisent à une augmentation continue des inégalités de revenu. D’une part les exigences de profitabilité inhibent fortement l’investissement : plus la rentabilité demandée est élevée, plus il est difficile de trouver des projets suffisamment performants pour la satisfaire. Les taux d’investissement restent historiquement faibles en Europe et aux États-Unis. D’autre part, ces exigences provoquent une constante pression à la baisse sur les salaires et le pouvoir d’achat, ce qui n’est pas favorable à la demande. Le freinage simultané de l’investissement et de la consommation conduit à une croissance faible et à un chômage endémique. Cette tendance a été contrecarrée dans les pays anglo-saxons par le développement de l’endettement des ménages et par les bulles financières qui créent une richesse fictive, permettent une croissance de la consommation sans salaires, mais se terminent par des krachs.
Pour remédier aux effets négatifs des marchés financiers sur l’activité économique nous mettons en débat trois mesures :
- Mesure n°5 : renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes Mesure n°6 : accroître fortement l’imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables Mesure n°7 : réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant une politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental)
FAUSSE EVIDENCE N° 3 : LES MARCHES SONT DE BONS JUGES DE LA SOLVABILITE DES ETATS
Selon les tenants de l’efficience des marchés financiers, les opérateurs de marché prendraient en compte la situation objective des finances publiques pour évaluer le risque de souscrire à un emprunt d’État. Prenons le cas de la dette grecque : les opérateurs financiers et les décideurs s’en remettent aux seules évaluations financières pour juger la situation. Ainsi, lorsque le taux exigé de la Grèce est monté à plus de 10%, chacun en a déduit que le risque de défaut était proche : si les investisseurs exigent une telle prime de risque, c’est que le danger est extrême.
C’est là une profonde erreur si l’on comprend la vraie nature de l’évaluation par le marché financier. Celui-ci n’étant pas efficient, il produit très souvent des prix totalement déconnectés des fondamentaux. Dans ces conditions, il est déraisonnable de s’en remettre aux seules évaluations financières pour juger d’une situation. Évaluer la valeur d’un titre financier n’est pas une opération comparable à la mesure d’une grandeur objective, par exemple à l’estimation du poids d’un objet. Un titre financier est un droit sur des revenus futurs : pour l’évaluer il faut prévoir ce que sera ce futur. C’est affaire de jugement, pas de mesure objective, parce qu’à l’instant t, l’avenir n’est aucunement prédéterminé. Dans les salles de marché, il n’est que ce que les opérateurs imaginent qu’il sera. Un prix financier résulte d’un jugement, une croyance, un pari sur l’avenir : rien n’assure que le jugement des marchés ait une quelconque supériorité sur les autres formes de jugement.
Surtout l’évaluation financière n’est pas neutre : elle affecte l’objet mesuré, elle engage et construit le futur qu’elle imagine. Ainsi les agences de notation financières contribuent largement à déterminer les taux d’intérêt sur les marchés obligataires en attribuant des notes empruntes d’une grande subjectivité voire d’une volonté d’alimenter l’instabilité, source de profits spéculatifs. Lorsqu’elles dégradent la notation d’un État, elles accroissent le taux d’intérêt exigé par les acteurs financiers pour acquérir les titres de la dette publique de cet État, et augmentent par là-même le risque de faillite qu’elles ont annoncé.
Pour réduire l’emprise de la psychologie des marchés sur le financement des États nous mettons en débat deux mesures :
- Mesure n°8 : les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d’intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d’un État : on devrait réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d’un calcul économique transparent.
- Mesure n°8 bis : affranchir les États de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publiques par la BCE.
FAUSSE EVIDENCE N° 4 : L’ENVOLEE DES DETTES PUBLIQUES RESULTE D’UN EXCES DE DEPENSES
Michel Pébereau, l’un des « parrains » de la banque française, décrivait en 2005 dans l’un de ces rapports officiels ad hoc, une France étouffée par la dette publique et sacrifiant ses générations futures en s’adonnant à des dépenses sociales inconsidérées. L’État s’endettant comme un père de famille alcoolique qui boit au dessus de ses moyens : telle est la vision ordinairement propagée par la plupart des éditorialistes. L’explosion récente de la dette publique en Europe et dans le monde est pourtant due à tout autre chose : aux plans de sauvetage de la finance et surtout à la récession provoquée par la crise bancaire et financière qui a commencé en 2008 : le déficit public moyen dans la zone euro n’était que de 0,6% du PIB en 2007, mais la crise l’a fait passer à 7% en 2010. La dette publique est passée en même temps de 66% à 84% du PIB.
Cependant la montée de la dette publique, en France et dans de nombreux pays européens a d’abord été modérée et antérieure à cette récession : elle provient largement non pas d’une tendance à la hausse des dépenses publiques – puisqu’au contraire celles-ci, en proportion du PIB, sont stables ou en baisse dans l’Union européenne depuis le début des années 1990 – mais de l’effritement des recettes publiques, du fait de la faiblesse de la croissance économique sur la période, et de la contre-révolution fiscale menée par la plupart des gouvernements depuis vingt-cinq ans. Sur plus long terme la contre-révolution fiscale a continûment alimenté le gonflement de la dette d’une récession à l’autre. Ainsi en France, un récent rapport parlementaire chiffre à 100 milliards d’euros en 2010 le coût des baisses d’impôts consenties entre 2000 et 2010, sans même inclure les exonérations de cotisations sociales (30 milliards) et d’autres « dépenses fiscales ». Faute d’harmonisation fiscale, les États européens se sont livrées à la concurrence fiscale, baissant les impôts sur les sociétés, les hauts revenus et les patrimoines. Même si le poids relatif de ses déterminants varie d’un pays à l’autre, la hausse quasi-générale des déficits publics et des ratios de dette publique en Europe au cours des trente dernières années ne résulte pas principalement d’une dérive coupable des dépenses publiques. Un diagnostic qui ouvre évidemment d’autres pistes que la sempiternelle réduction des dépenses publiques.
Pour restaurer un débat public informé sur l’origine de la dette et donc les moyens d’y remédier nous mettons en débat une proposition :
- Mesure n° 9 : Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l’identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus.
FAUSSE EVIDENCE N°5 : IL FAUT REDUIRE LES DEPENSES POUR REDUIRE LA DETTE PUBLIQUE
Même si l’augmentation de la dette publique résultait en partie d’une hausse des dépenses publiques, couper dans ces dépenses ne contribuerait pas forcément à la solution. Car la dynamique de la dette publique n’a pas grand chose à voir avec celle d’un ménage : la macroéconomie n’est pas réductible à l’économie domestique. La dynamique de la dette dépend en toute généralité de plusieurs facteurs : le niveau des déficits primaires, mais aussi l’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance nominal de l’économie.
Car si ce dernier est plus faible que le taux d’intérêt, la dette va s’accroître mécaniquement du fait de « l’effet boule de neige » : le montant des intérêts explose, et le déficit total (y compris les intérêts de la dette) aussi. Ainsi, au début des années 1990, la politique du franc fort menée par Bérégovoy et maintenue malgré la récession de 1993-94 s’est traduite par un taux d’intérêt durablement plus élevé que le taux de croissance, expliquant le bond de la dette publique de la France pendant cette période. C’est le même mécanisme qui expliquait l’augmentation de la dette dans la première moitié des années 1980, sous l’impact de la révolution néolibérale et de la politique de taux d’intérêts élevés menée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher.
Mais le taux de croissance de l’économie lui-même n’est pas indépendant des dépenses publiques : à court terme l’existence de dépenses publiques stables limite l’ampleur des récessions (« stabilisateurs automatiques ») ; à long terme les investissements et dépenses publiques (éducation, santé, recherche, infrastructures...) stimulent la croissance. Il est faux d’affirmer que tout déficit public accroît d’autant la dette publique, ou que toute réduction du déficit permet de réduire la dette. Si la réduction des déficits plombe l’activité économique, la dette s’alourdira encore plus. Les commentateurs libéraux soulignent que certains pays (Canada, Suède, Israël) ont réalisé de très brutaux ajustements de leurs comptes publics dans les années 1990 et connu immédiatement après un fort rebond de la croissance. Mais cela n’est possible que si l’ajustement concerne un pays isolé, qui regagne rapidement de la compétitivité sur ses concurrents. Ce qu’oublient évidemment les partisans de l’ajustement structurel européen, c’est que les pays européens ont pour principaux clients et concurrents les autres pays européens, l’Union européenne étant globalement peu ouverte sur l’extérieur. Une réduction simultanée et massive des dépenses publiques de l’ensemble des pays de l’Union ne peut avoir pour effet qu’une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique.
Pour éviter que le rétablissement des finances publiques ne provoque un désastre social et politique nous mettons en débat deux mesures :
- Mesure n°10 : Maintenir le niveau des protections sociales, voire les améliorer (assurance-chômage, logement…) ; Mesure n°11 : accroître l’effort budgétaire en matière d’éducation, de recherche, d’investissements dans la reconversion écologique... pour mettre en place les conditions d’une croissance soutenable, permettant une forte baisse du chômage.
FAUSSE EVIDENCE N°6 : LA DETTE PUBLIQUE REPORTE LE PRIX DE NOS EXCES SUR NOS PETITS-ENFANTS
Il est une autre affirmation fallacieuse qui confond économie ménagère et macroéconomie, celle selon laquelle la dette publique serait un transfert de richesse au détriment des générations futures. La dette publique est bien un mécanisme de transfert de richesses, mais c’est surtout des contribuables ordinaires vers les rentiers.
En effet, se fondant sur la croyance rarement vérifiée selon laquelle baisser les impôts stimulerait la croissance et accroîtrait in fine les recettes publiques, les États européens ont depuis 1980 imité les USA dans une politique de moins-disant fiscal systématique. Les réductions d’impôt et de cotisations se sont multipliées (sur les bénéfices des sociétés, sur le revenu des particuliers les plus aisés, sur les patrimoines, sur les cotisations patronales...), mais leur impact sur la croissance économique est resté très incertain. Ces politiques fiscales anti-redistributives ont donc aggravé à la fois, et de façon cumulative, les inégalités sociales et les déficits publics.
Ces politiques fiscales ont obligé les administrations publiques à s’endetter auprès des ménages aisés et des marchés financiers pour financer les déficits ainsi créés. C’est ce qu’on pourrait appeler « l’effet jackpot » : avec l’argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres (porteurs d’intérêts) de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d’impôts... Le service de la dette publique en France représente ainsi 40 milliards d’euros par an, presqu’autant que les recettes de l’impôt sur le revenu. Tour de force d’autant plus brillant qu’on a ensuite réussi à faire croire au public que la dette publique était la faute des fonctionnaires, des retraités et des malades.
L’accroissement de la dette publique en Europe ou aux USA n’est donc pas le résultat de politiques keynésiennes expansionnistes ou de politiques sociales dispendieuses mais bien plutôt d’une politique en faveur des couches privilégiées : les « dépenses fiscales » (baisses d’impôts et de cotisations) augmentent le revenu disponible de ceux qui en ont le moins besoin, qui du coup peuvent accroître encore davantage leurs placements notamment en Bons du Trésor, lesquels sont rémunérés en intérêts par l’impôt prélevé sur tous les contribuables. Au total se met en place un mécanisme de redistribution à rebours, des classes populaires vers les classes aisées, via la dette publique dont la contrepartie est toujours de la rente privée.
Pour redresser de façon équitable les finances publiques en Europe et en France nous mettons en débat deux mesures :
- Mesure n°12 : redonner un caractère fortement redistributif à la fiscalité directe sur les revenus (suppression des niches, création de nouvelles tranches et augmentation des taux de l’impôt sur le revenu…) Mesure n°13 : supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l’emploi
FAUSSE EVIDENCE N°7 : IL FAUT RASSURER LES MARCHES FINANCIERS POUR POUVOIR FINANCER LA DETTE PUBLIQUE
Au niveau mondial, la montée des dettes publiques doit être analysée corrélativement à la financiarisation. Durant les trente dernières années, à la faveur de la totale libéralisation de la circulation des capitaux, la finance a accru considérablement son emprise sur l’économie. Les grandes entreprises recourent de moins en moins au crédit bancaire et de plus en plus aux marchés financiers. Les ménages aussi voient une part croissante de leur épargne drainée vers la finance pour leurs retraites, via les divers produits de placement ou encore dans certains pays via le financement de leur logement (prêts hypothécaires). Les gestionnaires de portefeuille cherchant à diversifier les risques, ils recherchent des titres publics en complément de titres privés. Ils les trouvaient facilement sur les marchés car les gouvernements menaient des politiques similaires conduisant à un essor des déficits : taux d’intérêt élevés, baisses d’impôts ciblées sur les hauts revenus, incitations massives à l’épargne financière des ménages pour favoriser les retraites par capitalisation, etc.
Au niveau de l’UE, la financiarisation de la dette publique a été inscrite dans les traités : depuis Maastricht les Banques centrales ont interdiction de financer directement les États, qui doivent trouver prêteurs sur les marchés financiers. Cette « répression monétaire » accompagne la « libération financière » et prend l’exact contrepied des politiques adoptées après la grande crise des années 1930, de « répression financière » (restrictions drastiques à la liberté d’action de la finance) et de « libération monétaire » (avec la fin de l’étalon-or). Il s’agit de soumettre les États, supposés par nature trop dépensiers, à la discipline de marchés financiers supposés par nature efficients et omniscients.
Résultat de ce choix doctrinaire, la Banque centrale européenne n’a ainsi pas le droit de souscrire directement aux émissions d’obligations publique des États européens. Privés de la garantie de pouvoir toujours se financer auprès de la Banque Centrale, les pays du Sud ont ainsi été les victimes d’attaques spéculatives. Certes depuis quelques mois, alors qu’elle s’y était toujours refusé au nom d’une orthodoxie sans faille, la BCE achète des obligations d’État au taux d’intérêt du marché pour calmer les tensions sur le marché obligataire européen. Mais rien ne dit que cela suffira, si la crise de la dette s’aggrave et que les taux d’intérêt de marché s’envolent. Il pourrait alors être difficile de maintenir cette orthodoxie monétaire dénuée de fondements scientifiques sérieux.
Pour remédier au problème de la dette publique nous mettons en débat deux mesures :
- Mesure n°14 : autoriser la Banque centrale européenne à financer directement les États (ou à imposer aux banques commerciales de souscrire à l’émission d’obligations publiques) à bas taux d’intérêt, desserrant ainsi le carcan dans lequel les marchés financiers les étreignent
- Mesure n°15 : si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain % du PIB, et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu’ils détiennent : les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.
FAUSSE EVIDENCE N°8 : L’UNION EUROPÉNNE DÉFEND LE MODELE SOCIAL EUROPÉEN
La construction européenne apparaît comme une expérience ambiguë. Deux visions de l’Europe coexistent, sans oser s’affronter ouvertement. Pour les sociaux-démocrates l’Europe aurait dû se donner l’objectif de promouvoir le modèle social européen, fruit du compromis social de l’après seconde guerre mondiale, avec sa protection sociale, ses services publics et ses politiques industrielles. Elle aurait dû constituer un rempart face à la mondialisation libérale, un moyen de protéger, de faire vivre et progresser ce modèle. L’Europe aurait dû défendre une vision spécifique de l’organisation de l’économie mondiale, la mondialisation régulée par des organismes de gouvernance mondiale. Elle aurait dû permettre aux pays membres de maintenir un niveau élevé de dépenses publiques et de redistribution, en protégeant leur capacité de les financer par l’harmonisation de la fiscalité sur les personnes, les entreprises, les revenus du capital.
Cependant l’Europe n’a pas voulu assumer sa spécificité. La vision dominante actuellement à Bruxelles et au sein de la plupart des gouvernements nationaux est au contraire celle d’une Europe libérale, dont l’objectif est d’adapter les sociétés européennes aux exigences de la mondialisation : la construction européenne est l’occasion de mettre en cause le modèle social européen et de déréguler l’économie. La prééminence du droit de la concurrence sur les réglementations nationales et sur les droits sociaux dans le Marché unique permet d’introduire plus de concurrence sur les marchés des produits et des services, de diminuer l’importance des services publics et d’organiser la mise en concurrence des travailleurs européens. La concurrence sociale et fiscale a permis de réduire les impôts, notamment sur les revenus du capital et des entreprises (les « bases mobiles »), et de faire pression sur les dépenses sociales. Les traités garantissent quatre libertés fondamentales : la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. Mais loin de se limiter au marché intérieur, la liberté de circulation des capitaux a été accordée aux investisseurs du monde entier, soumettant ainsi le tissu productif européen aux contraintes de valorisation des capitaux internationaux. La construction européenne apparaît comme un moyen d’imposer aux peuples des réformes néolibérales.
L’organisation de la politique macroéconomique (indépendance de la Banque Centrale Européenne vis-à-vis du politique, Pacte de stabilité) est marquée par la méfiance envers les gouvernements démocratiquement élus. Il s’agit de priver les pays de toute autonomie en matière de politique monétaire comme en matière budgétaire. L’équilibre budgétaire doit être atteint, puis toute politique discrétionnaire de relance bannie, pour ne plus laisser jouer que la « stabilisation automatique ». Aucune politique conjoncturelle commune n’est mise en œuvre au niveau de la zone, aucun objectif commun n’est défini en termes de croissance ou d’emploi . Les différences de situation entre les pays ne sont pas prises en compte, puisque le pacte ne s’intéresse ni aux taux d’inflation ni aux déficits extérieurs nationaux ; les objectifs de finances publiques ne tiennent pas compte des situations économiques nationales.
Les instances européennes ont tenté d’impulser des réformes structurelles (par les Grandes orientations de politiques économiques, la Méthode ouvertes de coordination, ou l’Agenda de Lisbonne) avec un succès très inégal. Leur mode d’élaboration n’était ni démocratique, ni mobilisateur, leur orientation libérale ne correspondait pas obligatoirement aux politiques décidées au niveau national, compte tenu des rapports de forces existant dans chaque pays. Cette orientation n’a pas connue d’emblée les succès éclatants qui l’auraient légitimée. Le mouvement de libéralisation économique a été remis en cause (échec de la directive Bolkestein) ; certains pays ont été tentés de nationaliser leur politique industrielle tandis que la plupart s’opposaient à l’européanisation de leurs politiques fiscales ou sociales. L’Europe sociale est restée un vain mot, seule l’Europe de la concurrence et de la finance s’est réellement affirmée.
Pour que l’Europe puisse promouvoir véritablement un modèle social européen, nous mettons en débat deux mesures :
- Mesure n°16 : remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l’Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire
- Mesure n°17 : au lieu de la politique de concurrence, faire de « l’harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique (des GOPS, grandes orientations de politique sociale)
FAUSSE EVIDENCE N°9 : L’EURO EST UN BOUCLIER CONTRE LA CRISE
L’euro aurait dû être un facteur de protection contre la crise financière mondiale. Après tout, la suppression de toute incertitude sur les taux de change entre monnaies européennes a éliminé un facteur majeur d’instabilité. Pourtant, il n’en a rien été : l’Europe est plus durement et plus durablement affectée par la crise que le reste du monde. Cela tient aux modalités-mêmes de construction de l’union monétaire.
Depuis 1999 la zone euro a connu une croissance relativement médiocre et un accroissement des divergences entre les États membres en termes de croissance, d’inflation, de chômage et de déséquilibres extérieurs. Le cadre de politique économique de la zone euro, qui tend à imposer des politiques macroéconomiques semblables pour des pays dans des situations différentes, a élargi les disparités de croissance entre les États membres. Dans la plupart des pays, en particulier les plus grands, l’introduction de l’euro n’a pas provoqué l’accélération promise de la croissance. Pour d’autres, il y a eu croissance mais au prix de déséquilibres difficilement soutenables. La rigidité monétaire et budgétaire, renforcée par l’euro, a permis de faire porter tout le poids des ajustements sur le travail. On a promu la flexibilité et l’austérité salariale, réduit la part des salaires dans le revenu total, accru les inégalités.
Cette course au moins disant social a été remportée par l’Allemagne qui a su dégager d’importants surplus commerciaux au détriment de ses voisins et surtout de ses propres salariés, en s’imposant une baisse du coût du travail et des prestations sociales, ce qui lui a conféré un avantage commercial par rapport à ses voisins qui n’ont pu traiter leurs travailleurs aussi durement. Les excédents commerciaux allemands pèsent sur la croissance des autres pays. Les déficits budgétaires et commerciaux des uns ne sont que la contrepartie des excédents des autres... Les États membres n’ont pas été capables de définir une stratégie coordonnée.
La zone euro aurait du être moins touché que les États-Unis ou le Royaume-Uni par la crise financière. Les ménages sont nettement moins impliqués dans les marchés financiers, qui sont moins sophistiqués. Les finances publiques étaient dans une meilleure situation ; le déficit public de l’ensemble des pays de la zone était de 0,6% du PIB en 2007, contre près de 3% aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou au Japon. Mais la zone euro souffrait d’un creusement des déséquilibres : les pays du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Pays Scandinaves) bridaient leurs salaires et leurs demandes internes et accumulaient des excédents extérieurs, alors que les pays du Sud (Espagne, Grèce, Irlande) connaissaient une croissance vigoureuse impulsée par des taux d’intérêt faibles relativement au taux de croissance, tout en accumulant des déficits extérieurs.
Alors que la crise financière est partie des États-Unis, ceux-ci ont tenté de mettre en œuvre une réelle politique de relance budgétaire et monétaire, tout en initiant un mouvement de re-régulation financière. L’Europe au contraire n’a pas su s’engager dans une politique suffisamment réactive. De 2007 à 2010, l’impulsion budgétaire a été de l’ordre de 1,6 point de PIB dans la zone Euro ; de 3,2 points au Royaume-Uni ; de 4,2 points aux États-Unis. La perte de production due à la crise a été nettement plus forte dans la zone euro qu’aux États-Unis. Le creusement des déficits dans la zone a été subi plutôt que le résultat d’une politique active.
En même temps, la Commission a continué de lancer des procédures de déficit excessif contre les États-membres de sorte qu’à la mi-2010 pratiquement tous les États de la zone y étaient soumis. Elle a demandé aux États-membres de s’engager à revenir avant 2013 ou 2014 sous la barre de 3%, indépendamment de l’évolution économique. Les instances européennes ont continué de réclamer des politiques salariales restrictives et des remises en cause des systèmes publics de retraite et de santé, au risque évident d’enfoncer le continent dans la dépression et d’accroître les tensions entre les pays. Cette absence de coordination, et plus fondamentalement l’absence d’un vrai budget européen permettant une solidarité effective entre les États membres, ont incité les opérateurs financiers à se détourner de l’euro, voire à spéculer ouvertement contre lui.
Pour que l’euro puisse réellement protéger les citoyens européens de la crise nous mettons en débat deux mesures : Mesure n°18 : assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres commerciaux entre pays européens Mesure n°19 : compenser les déséquilibres de paiements en Europe par une Banque de Règlements (organisant les prêts entre pays européens) Mesure n°20 : si la crise de l’euro mène à son éclatement, et en attendant la montée en régime du budget européen (cf. infra), établir un régime monétaire intraeuropéen (monnaie commune de type « bancor ») qui organise la résorption des déséquilibres des balances commerciales au sein de l’Europe
FAUSSE EVIDENCE N°10 : LA CRISE GRECQUE A ENFIN PERMIS D’AVANCER VERS UN GOUVERNEMENT ECONOMIQUE ET UNE VRAIE SOLIDARITE EUROPEENNE
A partir de la mi-2009, les marchés financiers ont commencé à spéculer sur les dettes des pays européens. Globalement, la forte hausse des dettes et des déficits publics à l’échelle mondiale n’a pas (encore) entrainé de hausses des taux longs : les opérateurs financiers estiment que les banques centrales maintiendront longtemps les taux monétaires réels à un niveau proche de zéro, et qu’il n’y a pas de risque d’inflation ni de défaut d’un grand pays. Mais les spéculateurs ont perçu les failles de l’organisation de la zone euro. Alors que les gouvernements des autres pays développés peuvent toujours être financés par leur Banque centrale, les pays de la zone euro ont renoncé à cette possibilité, et dépendent totalement des marchés pour financer leurs déficits. Du coup, la spéculation a pu se déclencher sur les pays les plus fragiles de la zone : Grèce, Espagne, Irlande.
Les instances européennes et les gouvernements ont tardé à réagir, ne voulant pas donner l’impression que les pays membres avaient droit à un soutien sans limite de leurs partenaires et voulant sanctionner la Grèce, coupable d’avoir masqué – avec l’aide de Goldman Sachs – l’ampleur de ses déficits. Toutefois, en mai 2010, la BCE et les pays membres ont dû créer dans l’urgence un Fonds de stabilisation pour indiquer aux marchés qu’ils apporteraient ce soutien sans limite aux pays menacés. En contrepartie, ceux-ci ont du annoncer des programmes d’austérité budgétaire sans précédent, qui vont les condamner à un recul de l’activité à court terme et à une longue période de récession. Sous pression du FMI et de la Commission européenne la Grèce doit privatiser ses services publics et l’Espagne flexibiliser son marché du travail. Même la France et l’Allemagne, qui ne sont pas attaqués par la spéculation, ont annoncé des mesures restrictives.
Pourtant, globalement, la demande n’est aucunement excessive en Europe. La situation des finances publiques est meilleure que celle des États-Unis ou de la Grande-Bretagne, laissant des marges de manœuvre budgétaire. Il faut résorber les déséquilibres de façon coordonnée : les pays excédentaires du Nord et du centre de l’Europe doivent mener des politiques expansionnistes – hausse des salaires, des dépenses sociales... - pour compenser les politiques restrictives des pays du Sud. Globalement, la politique budgétaire ne doit pas être restrictive dans la zone Euro, tant que l’économie européenne ne se rapproche pas à une vitesse satisfaisante du plein-emploi.
Mais les partisans des politiques budgétaires automatiques et restrictives en Europe sont malheureusement aujourd’hui renforcés. La crise grecque permet de faire oublier les origines de la crise financière. Ceux qui ont accepté de soutenir financièrement les pays du Sud veulent imposer en contrepartie un durcissement du Pacte de Stabilité. La Commission et l’Allemagne veulent imposer à tous les pays membres d’inscrire l’objectif de budget équilibré dans leur constitution, de faire surveiller leur politique budgétaire par des comités d’experts indépendants. La Commission veut imposer aux pays une longue cure d’austérité pour revenir à une dette publique inférieure à 60% du PIB. S’il y a une avancée vers un gouvernement économique européen, c’est vers un gouvernement qui, au lieu de desserrer l’étau de la finance, va imposer l’austérité et approfondir les « réformes » structurelles au détriment des solidarités sociales dans chaque pays et entre les pays.
La crise offre aux élites financières et aux technocraties européennes la tentation de mettre en œuvre la « stratégie du choc , en profitant de la crise pour radicaliser l’agenda néolibéral. Mais cette politique a peu de chances de succès : La diminution des dépenses publiques va compromettre l’effort nécessaire à l’échelle européenne pour soutenir les dépenses d’avenir (recherche, éducation, politique familiale), pour aider l’industrie européenne à se maintenir et à investir dans les secteurs d’avenir (économie verte). La crise va permettre d’imposer de fortes réductions des dépenses sociales, objectif inlassablement recherché par les tenants du néolibéralisme, au risque de compromettre la cohésion sociale, de réduire la demande effective, de pousser les ménages à épargner pour leur retraite et leur santé auprès des institutions financières, responsables de la crise. Les gouvernements et les instances européennes se refusent à organiser l’harmonisation fiscale qui permettrait la hausse nécessaire des impôts sur le secteur financier, sur les patrimoines importants et les hauts revenus. Les pays européens instaurent durablement des politiques budgétaires restrictives qui vont lourdement peser sur la croissance. Les recettes fiscales vont chuter. Aussi, les soldes publics ne seront guère améliorés, les ratios de dette seront dégradés, les marchés ne seront pas rassurés. Les pays européens, du fait de la diversité de leurs cultures politiques et sociales, n’ont pas pu se plier tous à la discipline de fer imposée par le traité de Maastricht ; ils ne se plieront pas tous à son renforcement actuellement organisé. Le risque d’enclencher une dynamique de repli sur soi généralisé est réel.
Pour avancer vers un véritable gouvernement économique et une solidarité européenne nous mettons en débat deux mesures :
- Mesure n°21 : développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôt sur les bénéfices, …) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d’accès aux services publics et sociaux dans les divers États membres sur la base des meilleures pratiques. Mesure n°22 : lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d’intérêt faible mais garanti, et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l’économie européenne.
CONCLUSION
METTRE EN DÉBAT LA POLITIQUE ECONOMIQUE, TRACER DES CHEMINS POUR REFONDER L’UNION EUROPEENNE
L’Europe s’est construite depuis trois décennies sur une base technocratique excluant les populations du débat de politique économique. La doctrine néolibérale, qui repose sur l’hypothèse aujourd’hui indéfendable de l’efficience des marchés financiers, doit être abandonnée. Il faut rouvrir l’espace des politiques possibles et mettre en débat des propositions alternatives et cohérentes, qui brident le pouvoir de la finance et organisent l’harmonisation dans le progrès des systèmes économiques et sociaux européens. Cela suppose la mutualisation d’importantes ressources budgétaires, dégagées par le développement d’une fiscalité européenne fortement redistributrice. Il faut aussi dégager les États de l’étreinte des marchés financiers. C’est seulement ainsi que le projet de construction européenne pourra espérer retrouver une légitimité populaire et démocratique qui lui fait aujourd’hui défaut.
Il n’est évidemment pas réaliste d’imaginer que 27 pays décideront en même temps d’opérer une telle rupture dans la méthode et les objectifs de la construction européenne. La Communauté économique européenne a commencé avec six pays : la refondation de l’Union européenne passera elle aussi au début par un accord entre quelques pays désireux d’explorer des voies alternatives. A mesure que deviendront évidentes les conséquences désastreuses des politiques aujourd’hui adoptées, le débat sur les alternatives montera partout en Europe. Des luttes sociales et des changements politiques interviendront à un rythme différent selon les pays. Des gouvernements nationaux prendront des décisions innovantes. Ceux qui le désireront devront adopter des coopérations renforcées pour prendre des mesures audacieuses en matière de régulation financière, de politique fiscale ou sociale. Par des propositions concrètes ils tendront la main aux autres peuples pour qu’ils rejoignent le mouvement.
C’est pourquoi il nous semble important d’ébaucher et de mettre en débat dès maintenant les grandes lignes de politiques économiques alternatives qui rendront possible cette refondation de la construction européenne.
Gaia dans la piscine
« Selon Anne Lauvergeon, qui ne reculait devant aucune plaisanterie, les déchets produits par 58 réacteurs pendant quarante ans tiendraient dans une piscine olympique. » En fait, il faudra au moins 2.240 piscines !
On imagine les intenses cogitations des communicants chargés de trouver le nom. Au bout de nombreuses et épuisantes réunions... « GAIA ! - Ah oui, c’est chouette, le nom grec de la déesse Terre. - Et puis, ça sonne vraiment écolo. - Impeccable. Adopté ! - Euh... justement, ça fait un peu trop écolo, non ? Les Khmers verts vont nous tomber dessus. - Oui, mais ça sonne bien. - Hum... et si on rajoutait une lettre ? Par exemple, un Y, ça s’écrit Gaiya, c’est pas Gaia, mais ça se prononce pareil. - Ouah, top cool ! GAIYA is born ! »
Ainsi donc, les sociétés d’ingénierie Technip et Ingérop ont créé le groupement Gaiya. Qui s’est vu accorder le 4 janvier un contrat par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) afin de concevoir le Cigéo : cette autre trouvaille marketing signifie Centre industriel de stockage géologique. Il s’agit d’un site d’enfouissement pour plusieurs dizaines de milliers d’années des déchets nucléaires.
Naguère, d’autres communicants avaient trouvé une formule pour minimiser le volume de ceux-ci. Selon Anne Lauvergeon, qui ne reculait devant aucune plaisanterie, les déchets produits par 58 réacteurs pendant quarante ans tiendraient dans « une piscine olympique » (The Times, 22 mars 2010).
En fait, le Cigéo est censé couvrir 300 ha en surface, et plus de 1.500 ha en souterrain pour enfouir 100.000 m3 de déchets - soit le volume de près de 400 piscines olympiques. A prévoir aussi : des millions de mètres cubes de béton, une consommation d’eau de 500 m3 par jour, et... des rejets dans l’atmosphère de gaz radioactifs (tritium, carbone 14 et krypton 85).
Un détail amusant, qui colle si bien avec l’esprit de « notre démocratie », le contrat de Cigéo est conclu alors qu’un débat public doit avoir lieu en 2013 pour en discuter. Mais bon... on ne va pas prendre au sérieux l’avis des gens, quand même ! D’ailleurs, le lieu est lui aussi fixé, ce sera autour de Bure, en Lorraine, où l’Andra a déjà acheté plus de 600 hectares. Autre détail amusant : on ne sait pas combien cela coûtera. En 2005, on annonçait 15 milliards d’euros. Début 2011, la directrice de l’Andra parlait de 25 milliards d’euros.
Ah, encore un détail pour rire, car on rit, n’est-ce pas : cette magnifique installation n’accueillera pas tous les déchets nucléaires, car il y a plein de combustibles usés du type mox qu’Areva ne retraite pas, cela coûte trop cher. Ils sont très chauds et très radioactifs. Il faudra les stocker à part. Dans une piscine ? On pourrait l’appeler Hadès.
2240 piscines, exactement…
(ajout du 12 janvier 2012)
Des lecteurs ont remarqué un certain vague, un chiffrage un peu flottant, en ce qui concerne le nombre de piscines cité dans la chronique. Et il est vrai que j’ai nagé trop vite dans les chiffres. Il fallait plonger plus avant dans les documents. Ce que j’ai fait, en ré-interrogeant l’Andra.
Celle-ci me précise le 10 janvier que Cigeo est prévu pour pouvoir stocker 70.000 m3 de déchets MA-VL (moyenne activité et vie longue) et 10.000 m3 de déchets HA (haute activité et vie longue). Ces volumes concernent les « colis primaires », préparés par Areva et contenant les déchets proprement dits.
Mais l’Andra prévoit de reconditionner ces « colis primaires » dans des « colis de stockage » tels que : « le volume des colis de stockage rapporté au volume des colis primaires représente de l’ordre d’un facteur 3 pour les déchets HA et de l’ordre d’un facteur 4 pour les déchets MA-VL ». Ainsi, il faudra stocker un volume d’environ 280.000 m3 de colis de déchets MA-VL, et 30.000 m3 de colis de déchets HA, soit au total 310.000 m3.
Si l’on considère qu’une piscine olympique mesure 50 m sur 25 m sur 2,5 m de profondeur moyenne, soit 3.125 m3, il faut donc compter 99 piscines.
Mais l’installation comptera de nombreuses galeries d’accès et de circulation, nécessaires pour acheminer les colis et les engins nécessaires pendant la durée d’exploitation du site. En fait, l’Andra annonce qu’il faudra excaver 7 millions de m3, soit 2.240 piscines olympiques.
Quant aux combustibles Mox, au cas où ils ne seraient pas retraités - ce qui est fort probable -, il faudrait alors les stocker directement dans l’installation, ce qui impliquerait de creuser et d’aménager un volume supplémentaire important de galeries. C’est ce qu’indique le schéma p. 289 du dossier Argile 2005, où S1a représente le projet tel qu’il est présenté aujourd’hui (et qui suppose que tous les combustibles, y compris les Mox, sont retraités) et S1b représente le projet dans lequel les combustibles Mox seraient stockés directement (les scénarios S1a et S1b sont définis dans Argile 2005-Synthèse, p. 44). Par comparaison avec l’image de la p. 287 du document, cela signifie qu’il faudrait excaver de l’ordre de 4 millions de m3 supplémentaires (ou 1.280 piscines olympiques), étendre la surface de la zone souterraine de quelques 8 km2. Le coût, lui aussi, augmenterait de près de moitié.
Les Indiens d’Equateur veulent la télévision
Les mirages de la consommation et du crédit facile accélèrent la paupérisation des Indiens et la déforestation.
Les communautés Kichwas d’Amazonie Equatorienne, mêmes les plus éloignées des centres urbains disposent de plus en plus d’électricité et ont donc accès aux médias télévisuels.
Ces mêmes communautés ne sont plus isolées. Des réseaux routiers de bonne qualité les relient vers des villes telles que Tena ou Archidona. De même, les jeunes générations sont de plein pied dans le XXIe siècle via internet, le Web 2.0 et la boisson gazeuse consommée par le monde entier. Nous sommes loin des clichés romantiques habituellement véhiculés par la presse internationale de la bonne conscience. La réalité est différente.
Ces populations ne vivent plus en pagne végétal et ne sont plus parées de plumes d’oiseaux et autres images d’Epinal à la mode amazonienne. Si les Amérindiens conservent leur tradition, c’est au même titre que les coiffes bretonnes et alsaciennes ou les pow-wow des indiens nord américains.
Il est temps de regarder les faits en face. Sollicités par tous les médias, les Kichwas souhaitent aussi profiter du progrès qu’offre le monde occidental et asiatique. Disposer d’un confort ménager est devenu un besoin social et un signe de la modernité. Les jeunes générations, ouvertes sur le monde de la consommation, désirent elles aussi disposer d’équipements sportifs personnels de marques connues. La coupe du monde de football en Afrique du Sud a été un vecteur important dans ce domaine. L’un des Français les plus connu s’appelle Thierry Henry et pour la Grande Bretagne : David Beeckman. Tous les deux sont des figures emblématiques de grandes marques connues.
Pour les opérateurs téléphoniques, les jeunes sont une cible privilégiée. Il n’y a pas un jour sans une promotion alléchante. Le tout à crédit.
Pressées de toutes parts, ces populations sont soumises aux mirages de la consommation et les institutions financières jouent leur rôle par des propositions à travers des crédits à la consommation. Malheureusement les revenus ne sont pas à la hauteur de ces nouvelles propositions. Pour ne citer que quelques exemples : - Le salaire moyen mensuel est d’environ 220 $ - Le prix de vente comptant d’un réfrigérateur : 600 $ - A crédit : 1000 $ - Si la scolarité est gratuite, les frais scolaires sont de l’ordre de 150 $ par enfant. Une famille étant composée de 6 enfants, le coût d’un rentrée scolaire revient à 900 $.
Une des pires solutions est proposée : l’endettement à travers les crédits à la consommation ; le surendettement chronique ; la confiscation des biens et finalement l’obligation de vendre à des prix bradés des terres agricoles. Non seulement la déforestation continue pour faire face aux besoins quotidiens mais les sollicitations pour des achats de consommations accroissent et accélèrent la paupérisation des familles Kichwas.
Si les grandes compagnies forestières et pétrolières sont responsables de la déforestation, un nouvel acteur entre dans le jeu : les grandes entreprises financières et leur cortège de propositions attractives. Pour une population non avertie ni formée, la catastrophe environnementale, sociale et économique s’amplifie quotidiennement. La déforestation continue pour pouvoir s’offrir les gadgets téléphoniques ou tout autre objet de consommation que nous réglons avec nos cartes de paiement ; les populations indigènes par la coupe d’un arbre de leur finca.
Jusqu’à quand ? Il suffit de se déplacer dans les communautés et de regarder les coupes sauvages dans les forets.
En France il existe des lois qui protègent les familles en situation de faiblesse contre les abus des crédits à la consommation. Il est urgent que les autorités locales, nationales et internationales s’emparent de ce dossier afin de protéger cette population fragile. Il ne s’agit pas d’une exclusivité équatorienne. Toutes les populations des pays en voie de développement sont victimes de leur propre surendettement.
Le développement du tourisme est une activité en pleine croissance, apporte également sa cohorte de touristes occidentaux qui ne sont pas toujours aux faits des problématiques locales. Ils sont aussi des acteurs qui véhiculent des clichés surannés et des poncifs sur les « bons Indiens d’Amazonie ». Ils viennent et partent la tête pleine de souvenirs exotiques, n’ayant pas eu le temps de se rendre compte de l’impact social ni environnemental qu’ils laissaient derrière eux.
A la suite de ce constat, il ne suffit pas d’évoquer de bonnes intentions mais également de proposer aux populations de tout âge d’apprendre à gérer leur patrimoine en fonction de leurs revenus qui croissent trop lentement par rapport aux mirages de la consommation à outrance. Former les populations à gérer l’économie familiale par l’épargne (même modeste) contre l’économie de la consommation effrénée n’est pas une utopie, mais une nécessité à répandre dans les communautés.
L’augmentation des émeutes : un phénomène mondial
270 émeutes dans le monde en 2008 ; 1.238 en 2010. « Une émeute, du point de vue de ses acteurs, c’est le seul langage. Quand les possibles sont fermés, on va à l’affrontement. Mais si la parole est restituée, la violence peut devenir inutile. »
Basta ! - Depuis quand travaillez-vous sur les émeutes ? Et pourquoi vous y être intéressé ?
Alain Bertho - Comme beaucoup de gens, j’ai été frappé par ce qui s’est passé en France en novembre 2005. Cela faisait vingt ans que je travaillais sur les banlieues. Connaissant un peu le sujet, habitant moi-même en banlieue et ayant alors passé quelques nuits dehors à observer les événements, j’ai été saisi d’une certaine perplexité. Nous n’avons vu que des ombres. À chaque fois que nous arrivions là où les voitures brûlaient, les acteurs des émeutes étaient déjà partis. Les familles étaient dehors, plus goguenardes qu’apeurées. Nous devinions une certaine empathie. Puis cela s’est arrêté, sans raison particulière, sans se conclure, comme on en a l’habitude dans le cas d’un mouvement social, avec des revendications, des négociations et une fin de conflit.
En mars 2006, j’ai suivi le mouvement contre le contrat premier embauche (CPE) devant le lycée de Saint-Denis où étudie mon fils. Il participait au blocage du lycée. Il n’y avait pas d’assemblée générale, pas d’organisation apparente. Tout se faisait par SMS (Twitter et Facebook n’étaient pas encore actifs à l’époque). Les lycéens de Saint-Denis se rendaient peu aux manifestations à Paris. Ils restaient là, affrontant régulièrement les forces de l’ordre, sachant comment brûler des voitures, se défiant des manifestations parisiennes trop assagies. Cela m’a convaincu de travailler sur ce sujet, sur cette génération qui monte et qui, visiblement, exprime de lourds contentieux avec la police, les parents, la société. J’ai regardé d’autres pays, et je me suis aperçu que les scénarios étaient souvent les mêmes, comme en Grèce en décembre 2008, quand le jeune Alexander Grigoropoylos est abattu par un policier. La jeunesse grecque s’en est d’ailleurs prise aux banques, comme une sorte de prémonition.
Les émeutes sont-elles plus nombreuses aujourd’hui ?
En utilisant la même méthodologie (les émeutes recensées par le moteur de recherche Google), on comptabilise en 2008 environ 270 émeutes, tous continents confondus. On passe à 540 en 2009, puis à 1.238 en 2010. Ce chiffre sera dépassé en 2011, puisqu’au 31 août nous en sommes déjà à plus de 1.100. Nous vivons une séquence particulière de très forte fréquence des affrontements, entre populations et autorités, ou entre populations elles-mêmes. Il en était de même au XVIIIe siècle, en 1848 ou en 1917. Avec une grande différence cependant : ces précédentes périodes conflictuelles étaient visibles, et compréhensibles, par les acteurs des émeutes eux-mêmes, grâce aux discours politiques qui les accompagnaient. Pour l’instant, l’actuelle intensification des émeutes n’émerge pas dans l’espace public. Cela demeure une partie immergée de la conflictualité politique. Et quand une émeute est soudainement médiatisée, comme cet été à Londres, on s’en étonne. Pourtant, quelques mois plus tôt, fin 2010, des étudiants britanniques mettaient à sac le siège du parti conservateur ou s’attaquaient à la voiture du prince de Galles. Le Chili est actuellement agité par un mouvement social très dur où les étudiants sont en première ligne. Mais cela n’est pas vu comme un phénomène général.
Au Royaume-Uni, sans considérer que les émeutiers sont des criminels comme le fait le Premier ministre, David Cameron, le leader du Parti travailliste, Ed Miliband, évoque des « émeutes de la cupidité », pendant populaire de la cupidité des banquiers ? Que pensez-vous de ce qualificatif ?
Je conseillerai la lecture de l’œuvre de Jean Nicolas, La Rébellion française : Mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789 [Seuil, 2002]. Nous y retrouvons les mêmes modes opératoires dans une situation de grandes inégalités sociales. Les émeutes, les explosions sociales passent par le pillage. Sauf qu’au XVIIIe siècle, on s’en prenait aux greniers à farine et non aux magasins du centre-ville.
En quinze ans, les inégalités sociales sont revenues à leur niveau d’il y a un siècle. C’est d’une grande brutalité. On ne peut plus offrir leur part de rêve aux jeunes générations, confrontées à la fois à une régression sociale rapide et à un avenir bouché. En plus, les inégalités sont plus voyantes : tout ce à quoi vous ne pouvez pas accéder s’affiche dans la ville.
Face aux émeutes, les États déploient des moyens répressifs de plus en plus impressionnants : état d’urgence en France en 2005, recours aux témoignages sous X à Villiers-le-Bel, campagne médiatique d’appels à la délation au Royaume-Uni, justice expéditive, menace de suspendre des réseaux de communication… Nos gouvernements ont-il si peur qu’ils sont prêts à en finir avec l’État de droit ?
L’État de droit prend de sérieux coups. Les États sont en pleine crise de légitimité. La matrice de cette crise est évidente : les États sont davantage contraints aujourd’hui par les créanciers anonymes que sont les marchés financiers que par la volonté populaire. La légitimité de leur pouvoir était due au fait qu’ils portaient le bien commun et la solidarité nationale. L’impôt – la mutualisation des ressources pour le bien commun, qui est la base même de la légitimité de l’État – nourrit désormais la machine rentière des marchés financiers. Du coup, les États sont en quête d’une légitimité alternative : la légitimité de la peur vers laquelle tous les régimes penchent de plus en plus. J’ai été surpris par la ressemblance du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy (le 30 juillet 2010) avec celui de David Cameron un an plus tard à Londres. Ils créent une confusion entre la logique de police et celle de guerre : les guerres extérieures sont devenues des opérations de police et les opérations de police intérieure sont présentées comme des opérations de guerre. Cela instaure un affrontement permanent et une logique d’escalade. Car, pour l’État, comment faire autrement que d’être le plus fort sur ce terrain ?
Existe-t-il des signes précurseurs à une émeute et peut-on prévoir son ampleur ?
Les signes précurseurs ne sont pas visibles sur la scène publique. L’éclatement d’une émeute est toujours surprenant, même si les conditions objectives sont souvent là. Des centaines, voire des milliers de gens, oublient le risque qu’ils prennent, en passant à l’acte, au risque d’être blessés ou emprisonnés : le déclencheur doit être émotionnellement fort.
L’ampleur que prendra l’émeute n’est jamais donnée d’avance. Juste après les émeutes grecques de 2008, un jeune Noir est tué par la police à Oakland (Californie). La scène est filmée et diffusée. Cela ne donnera lieu qu’à une soirée d’émeute, ce qui peut paraître étonnant compte tenu des antécédents aux États-Unis. Inversement, qui pouvait prévoir qu’une émeute démarrant dans une petite ville tunisienne, Sidi Bouzid, après le suicide d’un jeune marchand ambulant, allait finalement renverser Ben Ali ?
L’ampleur que prendra une émeute dépend de sa force émotionnelle et de sa capacité ou non d’agrégation. Au Royaume-Uni, les émeutes du mois d’août n’ont pas débordé au-delà de la jeunesse urbaine issue des catégories populaires. En France, la connexion entre jeunesse étudiante et jeunesse populaire a commencé à se produire pendant le mouvement sur les retraites, mi-octobre 2010, lorsque les lycéens ont rallié la mobilisation. Ils ont été rejoints par une partie des jeunes des quartiers populaires et se sont parfois attaqués aux centres-villes, comme à Lyon.
Les acteurs d’une émeute sont-ils toujours les jeunes ?
Ils en sont les principaux acteurs, partout dans le monde. Au Sénégal, lors des émeutes contre la réforme constitutionnelle voulue par le Président Wade, en juin 2011, tout le pays était derrière les jeunes. La plupart de la presse sénégalaise a applaudi les émeutiers – ce qui change d’ici ! Mais, dans la rue, il n’y avait que les jeunes. On retrouvait côte à côte des jeunes ruraux à peine alphabétisés et des doctorants en informatique. Toutes les jeunesses, qu’elles soient populaires ou étudiantes, pâtissent de l’absence d’avenir et du discours disciplinaire.
Quelles sont les conditions pour qu’une émeute passe de la violence gratuite à une parole politique ?
La volonté d’en découdre est souvent impressionnante, parce qu’il n’y a pas d’autres moyens de dire les choses. C’est différent d’un recours à la violence inscrit dans un projet politique qui accompagne des revendications. Une émeute, du point de vue de ses acteurs, c’est le seul langage. Quand les possibles sont fermés, on va à l’affrontement. Mais si la parole est restituée, la violence peut devenir inutile.
L’un des événements importants de l’année 2011 est la portée du printemps arabe, qui dépasse largement les pays concernés. Les émeutes tunisiennes et égyptiennes ont vu la convergence des jeunes chômeurs ruraux, des étudiants, puis des classes moyennes. Le printemps arabe a permis le retour d’une parole politique et la construction d’un mouvement qui a finalement débouché sur une victoire. Le passage à une parole commune, dans laquelle chacun se reconnaît, est possible quand cette convergence a lieu. Nous observons depuis un phénomène de contagion et d’imitation, notamment avec le mouvement des Indignés. À Dakar, les jeunes ont transformé la place Soweto en place Tahrir (la grande place du Caire où se réunissaient les manifestants, ndlr).
Pourquoi cette difficulté à exprimer une parole politique commune ?
Souvent l’espace est verrouillé par des organisations installées et institutionnalisées depuis des décennies : partis politiques, syndicats, associations… La parole politique des nouvelles générations n’aura rien à voir avec ce que nous avons connu. Le mode d’organisation des générations précédentes a en grande partie été déterminé par leur objectif, soit de prendre le pouvoir, soit d’y participer. Les mobilisations politiques que nous observons n’ont pas du tout pour objet de prendre le pouvoir.
Les Indignés espagnols, égyptiens ou israéliens portent des exigences vis-à-vis du pouvoir mais demeurent à l’extérieur. Ils veulent un gouvernement obéissant au peuple, comme le souhaitait le sous-commandant Marcos (« gouverner en obéissant ») [1]. Chez les jeunes générations, il n’existe donc pas d’organisations pérennes : ils se mettent ensemble de façon ponctuelle pour un objectif ponctuel. Ces nouvelles formes de parole politique ont été un peu anticipées par les forums sociaux. Les mobilisations classiques, de type syndical et politique, seront confrontées à de nouvelles dynamiques de mobilisation qui les dépasseront largement. Cela s’est esquissé lors du mouvement sur les retraites. Il n’y a plus, aujourd’hui, de conflit social musclé sans que l’on ne voit des palettes ou des pneus qui brûlent. Une manière de dire : « Attention, c’est sérieux. »
Quels sont les exemples d’émeutes débouchant sur une transformation politique et sociale ?
Dans ce cas, on ne les appelle plus émeutes mais insurrections ou révolutions. Et on leur donne un nom propre, comme la Prise du Palais d’Hiver, la Prise de la Bastille, qui commence par des émeutes, ou la Commune de Paris en 1871, quand des Parisiens empêchent l’armée d’enlever des canons à Montmartre. Prémice de Mai 68, le Mouvement du 22 Mars se déclenche après l’arrestation d’un militant qui participe au saccage du siège parisien d’American Express. Ce ne sont plus des émeutes, mais des événements fondateurs d’un tournant historique.
Les émeutes racistes en Europe, telle la chasse aux travailleurs agricoles immigrés perpétrée à Rosarno, en Italie, début 2010, risquent-elle de se multiplier ?
Elles ont aussi tendance à s’intensifier. Récemment, à Palma de Majorque (îles Baléares, Espagne), migrants d’origine nigériane et populations roms se sont affrontés après la mort d’un jeune Nigérian. La situation en Europe est très dangereuse. Son déclin facilite les dynamiques d’exclusion. Dans les discours de Sarkozy ou de Cameron, l’étranger est pointé comme une menace. Cela alimente une logique de guerre civile. Le conflit risque aussi d’être intergénérationnel : il est plus facile de pointer la jeunesse comme un danger quand les moins de 25 ans constituent un quart de la population que lorsqu’ils en représentent plus de la moitié.
Propos recueillis par Ivan du Roy
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Notes :
[1] Le sous-commandant Marcos est le porte-parole de l’insurrection zapatiste au Mexique, qui a débuté en 1994, ndlr.
[2] Lors de la révolution russe en 1917.
Jean-Pierre Jouyet, l’ami de François Hollande, est un fidèle du Siècle, mais il n’aime pas qu’on le sache
Ancien ministre de Sarkozy, il est nommé à la tête de la Caisse des dépôt et consignations.
Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers, est un ami personnel de longue date de François Hollande [- et depuis avril 2014, secrétaire général de la Présidence de la République]. Il est aussi membre du club Le Siècle. Le 25 janvier 2012, il allait de nouveau passer la soirée avec ses amis banquiers, journalistes de cour, politiques.
Mais il n’avait vraiment pas envie de répondre aux questions qu’on tentait de lui poser sur ce repaire de l’oligarchie. « C’est toujours utile d’échanger », lâche-t-il d’abord. Mais pas question de parler de la banque. « Je n’en pense rien ».
Quant au club Le Siècle, « c’est la vie privée ». On évoque les hauts fonctionnaires, le parti socialiste. « Mais je ne suis pas membre du parti socialiste ! », s’exclame-t-il, comme s’il s’agissait d’une injure.
« Allez vous faire voir », me propose-t-il, courroucé. Il rentre dans sa voiture.
Ecouter ici :
Jean-Pierre Jouyet n’est pas seulement membre du Siècle, il a été ministre du président Sarkozy (secrétaire d’Etat aux affaires européennes), et il est aussi président du conseil de surveillance de l’Aspen Institute France. L’Aspen Institute est une sorte de groupe Bildelberg. Comme l’a révélé Fabrice Nicolino, Pierre Cunéo, le directeur de cabinet de Delphine Batho, est président du directoire de cet institut. Enfin, était, puisqu’il en a démissionné le 24 juin
Quel est le genre d’idées propagée cet institut, où se retrouvent patrons, hauts fonctionnaires et autres oligarques ? Et bien par exemple, il organise une conférence sur le nucléaire. Un débat entre des opinions divergentes, opposées, histoire de se remuer les méninges ? Pas vraiment. La liste des intervenants de la conférence ne comprend que des militants nucléaristes, comme Anne Lauvergeon, des membres de l’Agence internationale de l’énergie nucléaire ou des représentants de constructeurs de centrales nucléaires.
Cunéo à l’environnement, Jouyet à la Caisse des dépôts et consignations, la transition écologique est en marche, pas de doute.
Eloge des fous
Le gouvernement indien a eu une idée lumineuse. Il a demandé aux psychiatres de l’Institut national de la santé mentale (NIMHANS) d’étudier les « déséquilibres mentaux » des opposants antinucléaires. Depuis des années, en effet, paysans et écologistes tentent d’empêcher la mise en service de la centrale nucléaire de Kudankulam, dans l’Etat du Tamil Nadu, au sud de l’Inde. Ils jugent que l’implanter dans un lieu où vivent un million d’habitants dans un rayon de trente kilomètres est très dangereux, et que les conséquences d’un accident seraient énormes. Car ils pensent qu’un accident nucléaire pourrait se produire ! Ils sont fous, c’est sûr.
Le torrent de protestations a eu raison de l’intention du gouvernement, qui en juin a dû renvoyer les psychiatres à leurs occupations. Mais le geste est révélateur. Les classes dirigeantes sont tellement persuadées d’avoir raison qu’elles attribuent l’opposition à un désordre mental.
Du samedi 7 au mercredi 11 juillet se rassemble à Notre Dame des Landes une kyrielle de fous : le « 2e Forum européen contre les grands projets inutiles imposés ». Des centaines d’écologistes d’Europe entière vont partager leur expérience des projets d’aéroports géants, de lignes TGV, d’autoroutes, de centrales nucléaires, de casinos démesurés… Car ils se sont rendus compte que tous ces projets présentaient des caractères communs : gaspillage des ressources des terres agricoles, corruption fréquente, privatisation des bénéfices, manque de transparence, refus d’examiner les argumentations critiques et les propositions alternatives. Ces projets sont aussi toujours soutenus, observent-ils, par « une alliance de la droite libérale classique et des sociaux-démocrates », et donnent lieu à « une répression de plus en plus féroce ». Du Forum pourrait naître une coordination européenne, indispensable pour parvenir à porter la question des grands projets dans le débat public.
Le travail de ces fous est aujourd’hui des plus utiles. Car dans la panique qui saisit les dirigeants économiques à mesure que l’économie se délite, et faute d’aucune volonté de reprendre la main sur le système financier, les « responsables » vont désespérément vouloir lancer « grands chantiers » et « grandes infrastructures » au nom du totem de la croissance. Il est urgent de montrer que ces projets détruisent l’environnement, mais aussi l’emploi et les finances publiques, et que des alternatives sont possibles et nécessaires.
Les pétroles offshore et « non conventionnels » n’empêcheront pas le pic pétrolier
Les nouvellles découvertes ne compensent qu’à moitié la consommation pétrolière : le déficit s’annonce donc inévitable. Le plafonnement de la production se produira d’ici 2020.
Depuis plusieurs dizaines d’années, nous assistons à des batailles d’experts pour savoir si les productions mondiales de pétrole vont atteindre un niveau maximum, à quel moment et à quel niveau. C’est la querelle dite du « peak oil » (pic de production).
Essayons d’y voir clair dans ce débat, clé pour notre avenir. Pour cela il faut tout d’abord rappeler quelques points fondamentaux. De 2000 à 2011, la part du pétrole au sein des énergies primaires est passée de près de 40 % à 34 %, celle du gaz de 22 % à 24 %, et celle du charbon de 23 % à 26 %. Le total des énergies fossiles carbonées est donc resté presque constant, passant de 85 % à 84 % du total.
L’incapacité du secteur pétrolier à faire croître ses productions au rythme de la demande potentielle s’est confirmée en 2011. Cette tendance lourde, apparue en 2003, a eu pour conséquence un rééquilibrage de l’offre et de la demande de pétrole par les prix, celui-ci ayant été multiplié par quatre ou cinq sur la période (en gros [passé] de 25 à 125 dollars le baril).
ÈRE DES PÉTROLES DIFFICILES
Le pétrole n’est plus le régulateur physique des variations de la demande énergétique mondiale. Cette relative inélasticité au prix de l’offre pétrolière mondiale depuis le début des années 2000 signifie que nous sommes sortis de l’ère du pétrole bon marché et facile à produire pour basculer dans l’ère des pétroles difficiles et chers, « non conventionnels » : offshores profonds (plus de 500 m) et ultra-profonds (plus de 1 500 m), sables bitumineux, pétroles de roches mères dits « shale oil ».
Ce basculement confirme que nous sommes désormais proches du maximum soutenable de la production pétrolière mondiale. Ce « peak oil » devrait se situer vers 2020 (+ ou - 5 ans) et à un niveau de l’ordre de 100 millions de barils par jour (+ ou - 5 mb/j), tous hydrocarbures liquides naturels confondus, en excluant tous les produits de synthèse ou XtL.
Cette proximité dans le temps rencontre le scepticisme de ceux qui pensent que l’on n’a jamais connu autant de découvertes de gisements nouveaux et une hausse aussi forte des réserves prouvées.
Mais regardons de près ce que l’année 2011 nous a réellement appris. Comme 2009 et 2010, elle a été rythmée par l’annonce d’excellents résultats dans le domaine de l’exploration, en particulier dans les offshores profonds et ultra-profonds.
Les plus grosses découvertes ont été faites au Brésil, mais aussi dans le golfe du Mexique, au large de l’Afrique occidentale et même en Guyane française. L’exploration à terre a aussi donné lieu à quelques résultats spectaculaires avec la confirmation du potentiel de certains bassins africains internes comme en Ouganda ou au nord du Kenya.
L’ensemble de ces découvertes pour 2011 peut être estimé à 15 milliards de barils, c’est-à-dire du même ordre de grandeur que les deux années précédentes : 13 en 2009 et 19 en 2010.Ces chiffres sont à comparer à la consommation mondiale annuelle, qui est d’environ 30 milliards de barils, soit... le double de ce que nous découvrons.
Par ailleurs, 2011 a confirmé l’importance du potentiel de production de certains réservoirs peu perméables au sein de roches mères. Aux Etats-Unis, les Bakken Shales auront permis au Dakota du Nord de produire plus de 500 000 b/j fin 2011, faisant remonter la production américaine pour la seconde fois depuis 1970. Grâce à quoi le taux d’importation de pétrole brut des Etats-Unis a diminué de 65 % en 2010 à 60 % en 2011.
En gros, les Etats-Unis ont produit en 2011 six mb/j contre 10 mb/j en 1970, et auront importé 8 mb/j.
COMBIEN DE RÉSERVOIRS
En conclure que le problème du pic mondial n’existe plus du fait de ces nouveaux pétroles , c’est franchir un pas que nous pensons irréaliste. La question est de savoir combien on trouvera de réservoirs de ces nouveaux types lorsqu’on en fera la recherche systématique de par le monde. Personne ne connaît la réponse. Mais si on trouve dix ou vingt cas analogues au Dakota du Nord sur la planète, cela ne rehaussera le pic que d’environ 5 mb/j et n’en reculera la date que de quatre à cinq ans.
De plus, il ne faut pas oublier que ces productions de pétrole de roches mères aux Etats-Unis ont bénéficié d’une fiscalité pétrolière très favorable et d’un régime de propriété du sous-sol exceptionnel. Outre-Atlantique, le propriétaire du sol est aussi propriétaire du sous-sol et accepte les nuisances car il y trouve son intérêt.
On peut difficilement extrapoler ces résultats au reste du monde dans lequel l’Etat est propriétaire du sous-sol, tandis que le propriétaire du sol refuse de plus en plus les éventuelles nuisances auxquelles il peut être soumis sans en tirer aucun bénéfice (même lorsque ces nuisances sont largement imaginaires).
Par ailleurs, l’augmentation des réserves mondiales prouvées pour les trois dernières années provient essentiellement du transfert comptable de ressources connues depuis plus de cinquante ans (pétrole ultralourd et bitumes de l’Orénoque au Venezuela et de l’Athabasca au Canada).
Au total, l’observation de ce qui s’est passé en 2011 ne modifie pas le fait que nous allons devoir faire face à un plafonnement de la production pétrolière mondiale vers 2020, à un niveau proche de 100 mb/j. Grace aux pétroles non conventionnels, ce pic aura très probablement la forme d’un plateau ondulé, comme l’avait prédit en 2009 Yves Mathieu, géologue de l’Institut français du pétrole.
Pour détruire la planète, optez pour la croissance verte
Le nouveau président va prôner la croissance. Verte, bien sûr. Mais « la croissance verte » nous conduit dans le même mur que la croissance classique, comme le montre l’analyse du rapport de l’OCDE sur ce thème
Certaines institutions internationales prennent des gants et maintiennent un peu d’ambiguïté sur le thème de « l’économie verte », une idée qui semble sympa (qui peut être contre une économie plus écologique ?) mais sur laquelle je reviendrai car son usage par les dominants et par les milieux d’affaires n‘est pas innocent. Mais, avec l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économique], pas de gants. Ce qui est mis en avant c’est la poursuite de la croissance à l’infini, en y intégrant la nature comme nouveau grand facteur de production (ce qui est le cas depuis toujours, mais on vise à monter d’un cran dans son exploitation productive) et comme champ d’investissement prioritaire d’un capitalisme vert ou verdi.
Le récent rapport de l’OCDE Vers une croissance verte : suivre les progrès. Les indicateurs de l’OCDE entre dans cette problématique par les indicateurs. Cela rend plus concrètes ses visions de l’avenir souhaitable. On y trouve une définition de la croissance verte et un cadre d’analyse de ses dimensions, ressorts ou « facteurs ». Voici la définition :
« La croissance verte consiste à favoriser la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et les services environnementaux sur lesquels repose notre bien-être. Pour ce faire, elle doit catalyser l’investissement et l’innovation qui étaieront une croissance durable et créeront de nouvelles opportunités économiques. »
Ce rapport, présenté comme le fruit du travail d’un « groupe pluridisciplinaire », baigne en réalité de bout en bout dans l’économisme néoclassique. Voici quatre axes de critique.
1. LA POURSUITE A L’INFINI DANS LA VOIE DE LA CROISSANCE EST POSTULEE.
L’OCDE ne se demande pas si l’objectif (des Nations Unies, au moins dans certains rapports) de division par cinq d’ici 2050 des émissions des pays riches, en gros ceux de l’OCDE, est ou non compatible avec 40 ans de croissance mondiale à venir. Mieux, ou pire, ON NE TROUVE PAS DANS CE RAPPORT D’ALLUSION A DES SEUILS ECOLOGIQUES. On note en revanche, p. 26, un passage d’anthologie où l’on évoque l’existence de « niveaux critiques » de dégradation des « actifs naturels ». Mais c’est pour expliquer que cette notion est « difficilement applicable » et « qu’il n’y a souvent pas de consensus » ! Pas de trace non plus du GIEC [Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat], qui n’est même pas cité en bibliographie. Il s’agit sur ce point d’un considérable recul par rapport à la « commission Stiglitz » (2009).
2. LE POSTULAT DE LA « SUBSTITUABILITE DES FACTEURS »
Pourquoi ce refus de parler de limites écologiques associées à des indicateurs – qui existent - nous disant où nous en sommes, si nous avons franchi des seuils critiques, etc. ? C’est en réalité logique : tout l’arsenal de la théorie néoclassique de la production est fondé sur la « substituabilité des facteurs de production » (on peut poursuivre la croissance avec moins de services issus « d’actifs naturels » s’il y a plus d’autres actifs). Et toute tentative de monétariser, dans cette théorie, les « services de la nature » requiert aussi cette hypothèse. Or l’idée de limites physiques à ne pas franchir (bien que parfois déjà franchies) s’oppose frontalement à cette hypothèse !
Nos experts de l’OCDE savent cela. Et, tout comme ils ont glissé en douce sous le tapis les encombrants « niveaux critiques », ils se débarrassent en quelques phrases de la question de la substitution. Voici comment : « … dans quelle mesure le recul d’un type d’actif peut-il être compensé par l’accroissement d’un autre ? Dans un monde caractérisé par des mesures parfaites et des marchés parfaits, cette information devrait être contenue dans les prix des actifs, reflétant les préférences de la société et sa vision de l’avenir. Comme de tels prix n’existent pas pour la plupart des actifs, la mesure doit commencer par un suivi de l’évolution physique des actifs naturels… ».
C’est donc parce que les prix des « services de la nature » sont imparfaits, ou encore inconnus, qu’on ne peut pas, POUR L’INSTANT, avoir un bon indicateur monétaire de PIB vert ou « d’épargne nette ajustée ». On se contentera donc d’indicateurs physiques. Mais la question de la monétarisation générale est explicitement à l’agenda de « la feuille de route pour la mesure ».
Or, c’est très bien de suivre « l’évolution physique des actifs naturels », mais cela ne dit rien sur les niveaux acceptables ou soutenables, donc cela laisse libre cours aux exercices fondés sur l’hypothèse de substitution, qui est la grande base de la « soutenabilité faible » du capitalisme vert.
Autrement dit, lorsque l’OCDE prétend que son groupe 2 d’indicateurs permet de veiller à « garder intacte la base des actifs », c’est compatible avec un effondrement écologique. Garder intacte la base d’actifs qu’est la composition actuelle de l’atmosphère, c’est laisser sur nos têtes plus de deux fois plus de concentration en gaz à effet de serre que ce qu’il faudrait pour garder intacte la base d’actifs qu’est l’humanité… Sans mention de limites physiques, ces mesures sont conservatrices, au pire des sens.
3. PRIORITE A LA « PRODUCTIVITE DES RESSOURCES »
Produire les mêmes choses avec moins de ressources naturelles et moins de pollution, qui, à nouveau, pourrait être contre ? Or c’est une question secondaire quand on n’a pas d’indicateurs de seuils absolus. Cela fait des années qu’on nous serine qu’il y a de moins en moins de matières et d’émissions « par unité de PIB ». Mais comme la croissance est plus forte que le rythme de réduction de la pression sur l’environnement par unité produite, la situation globale ne cesse d’empirer. On a donc là une famille d’indicateurs qui trompent et de thermomètres qui rendent malades. Ils nous font croire que les choses vont dans le bon sens quand tout va de mal en pis. On peut évidemment les faire figurer dans des tableaux de bord, mais pas en haut de la liste.
4. EXIT LE DEVELOPPEMENT DURABLE, LA SANTE SOCIALE ET LA QUALITE DE VIE
Voici un autre passage où les auteurs poursuivent leur œuvre d’élimination de grandeurs essentielles, confirmant plus ou moins ainsi que leur croissance verte s’en contrefiche : « Des concepts plus larges, notamment celui de développement durable, comprendront aussi le capital humain ou le capital social. DANS LE CAS DE LA STRATEGIE POUR UNE CROISSANCE VERTE, CEPENDANT, L’ACCENT EST MIS SUR LES SEULS ACTIFS ECONOMIQUES ET NATURELS. »
Cette option suffirait à condamner ce rapport, dans lequel les seuls « actifs » qui comptent pour la croissance verte, donc les seuls qu’il faut compter, sont économiques et naturels. « There is no such thing as society », disait Margaret Thatcher. Même le « capital humain » des néoclassiques est évincé. Ne parlons pas des indicateurs de développement humain ou de santé sociale. Une seule catégorie de variables de « bien-être matériel » s’en sort après ces coupes sombres. Elle concerne la « qualité environnementale de la vie » : qualité de l’air en ville, accès au traitement des eaux usées.
N’y a-t-il rien à retenir de cet ensemble ? Si, on trouve dans le lot quelques indicateurs environnementaux utiles, tous connus depuis longtemps, par exemple sur l’artificialisation des terres, les ressources halieutiques, forestières ou d’eau douce. Pas grand-chose en fait. Mais c’est la stratégie d’ensemble et son illustration par DES INDICATEURS SOUVENT PEU UTILES OU NUISIBLES, AU DETRIMENT D’AUTRES DONT NOUS AURIONS BESOIN, qui est critiquable. Le « développement durable » n’était pas exempt d’ambiguïtés, mais il était en principe multidimensionnel, économique, social, écologique et démocratique. « Leur » croissance verte rabat tout sur l’économie, dont celle de l’exploitation sans vraie limite de la nature. Elle ne nous éloigne pas du « mur » vers lequel nous fonçons, elle maintient le pied enfoncé sur l’accélérateur : la croissance.
Dingue dogme
Le hasard du rythme estival me fit écouter le 11 juillet, sur France Inter, une interview de Matthieu Pigasse, vice-président de la banque Lazard en Europe et co-propriétaire du journal Le Monde. La vision de la crise par ce banquier est instructive. La question des inégalités et de la répartition des richesses n’est pas évoquée, comme si elle n’avait aucune part dans les difficultés de l’époque. Et pour résoudre le problème de la dette, il n’y a qu’une solution : la croissance. « La mère de toutes les batailles est la croissance », dit M. Pigasse. Qu’il pourrait y avoir une tendance historique à la stagnation de la croissance économique dans les pays riches est manifestement hors sujet. Quant à l’idée d’écologie, elle est aussi absente de l’entretien que l’existence des Martiens.
The Economist, autre messager du dogme qui préside a nos destinées, claironne que l’économie des Etats-Unis est de retour. La rémission du malade nord-américain tient surtout à l’abaissement du coût de son énergie, en raison de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste. Celle-ci se développe au prix d’un saccage environnemental invraisemblable et de très importantes émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Peu importe : l’économie américaine va pouvoir tenir encore un peu.
La vision du monde par les classes dominantes reste limitée au court terme et aux vieilles lubies de la croissance. La sécheresse historique que connaissent cet été les Etats-Unis ne paraît pas plus en mesure de leur ouvrir les yeux que l’affaissement du système financier en 2008. Tout se passe comme si les catastrophes étaient la seule issue possible.
Pour se changer les idées, voici une lecture roborative, de la plume de Murray Bookchin. Bookchin, décédé en 2006, est peu connu ici, mais son apport à la pensée écologique est aussi stimulant que celui d’André Gorz ou d’Ivan Illich. Il est de ceux qui ont établi rigoureusement le lien entre crise écologique et question sociale. Il aborde celle-ci sous l’angle de la hiérarchie et des rapports de pouvoir qui déterminent les situations. Dans Qu’est-ce que l’écologie sociale ? (Atelier de création libertaire, 50 p., 4 €), il analyse très finement comment analyse de la science écologique et analyse sociale peuvent se conjuguer. Ce petit livre est bien utile pour s’émanciper de la schizophrénie des dominants qui ne voient que l’économie (et leur pouvoir) en méprisant la nature. Bonne lecture d’été…
Semez pour résister !
Autre ouvrage, plus ludique mais très indiqué pour donner le goût des graines à vos enfants, le Semer pour résister !, de Josie Jeffery, tout juste sorti en français aux éditions Plume de Carotte. Vous y apprendrez à confectionner des bombes. Pas mal pour vous lancer dans la guérilla ! Mais bon, pas de celles qui blessent, qui répandent douleur et larmes autour d’elles. Non, ici, ces petites bombes exploseront de couleurs et de parfums. Enfin, pas tout de suite, quelques semaines, jours, mois, années plus tard.La nature et ses amis sont patients contrairement aux nuisibles… (les vrais, hein, pas ceux de votre jardin qui n’ont au fond rien de vraiment nuisible, eux).
Si donc vous désirez vous essayer aux bombes à graines, voilà un livre sympa, rempli d’astuces, de pistes à explorer, d’adresses d’assos de guérilleros et de rebelles s’attaquant aux sites abandonnés, aux terrains vagues. Voilà de quoi vous lancer dans un mouvement né aux Etats-Unis bien évidemment et qui tout aussi bien évidemment a un peu de mal à trouver des volontaires en France. Quoique… Avec des lois un peu limites, le maquis français pourrait bien se réveiller !
La France peut-elle sortir du nucléaire ?
Une discussion entre Thierry Salomon, de l’association Negawatt, et Bertrand Barré, ex-CEA. Publiée dans Le Monde - Hors-Série nucléaire en novembre 2011.
Le choc de Fukushima a conduit à poser une question longtemps interdite : la France peut-elle abandonner l’énergie nucléaire ? Et le débat peut s’organiser, entre deux des meilleurs spécialistes de l’énergie. L’un, Thierry Salomon, est ingénieur énergéticien, et préside l’association négaWatt, qui vient de publier un scénario de transition énergétique. Quant à Bertrand Barré, il a été directeur des réacteurs au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et attaché nucléaire près de l’ambassade de France aux Etats-Unis. Il est aujourd’hui conseiller scientifique auprès d’Areva. Pour la première fois, ces personnalités très opposées échangent leurs points de vue.
Thierry Salomon, vous présidez l’association négaWatt et vous venez de publier un rapport sur une stratégie de sortie du nucléaire à l’horizon 2050. Quels en sont les principaux axes ?
Thierry Salomon. D’abord, ce n’est pas un scénario de sortie du nucléaire, mais un scénario de transition énergétique. Celle-ci concerne à la fois nos usages et nos besoins en chaleur, en mobilité et en électricité spécifique. Le point essentiel du scénario est la nécessité d’une action très forte sur la maîtrise de la demande énergétique, par la sobriété et par l’efficacité énergétiques. La sobriété appelle à une réflexion sur la façon de consommer l’énergie, ce qui renvoie aux comportements individuels et collectifs. Nous disons qu’il faut limiter les usages extravagants par la réglementation. Il faut réfléchir au bon dimensionnement des appareils, à leur juste utilisation, faire en sorte, par exemple, que les appareils ne fonctionnent que quand il y a quelqu’un pour en bénéficier. On dispose là d’un gisement d’économie considérable, souvent accessible à un coût extrêmement faible.
Le deuxième niveau est celui de l’efficacité énergétique. Il y a de grands progrès à faire sur le rendement des appareils, en considérant toute la chaîne depuis la production de l’énergie jusqu’à son utilisation. Le troisième étage est celui des énergies renouvelables, qui sont des énergies de flux par opposition aux énergies de stock. Les énergies de stock reposent sur des stocks finis que sont le pétrole, le gaz, le charbon et l’uranium. Il faut passer à un autre équilibre, basé sur les énergies de flux, principalement celles du soleil, soit directement, soit par le vent, qui dépend du soleil, ou par la biomasse, qui découle de la photosynthèse.
Et de votre côté, Bertrand Barré, adhérez-vous à ce scénario ?
Bertrand Barré. Dans sa globalité non, à certaines parties oui. On ne peut qu’être d’accord avec tout ce qui est dit sur la sobriété et l’efficacité. Mais il est très ambitieux. En revanche, je ne suis pas convaincu que négaWatt n’est pas fondé sur l’idée de sortir du nucléaire, donc de réduire la part de l’électricité dans la consommation énergétique. Quand on parle rendement et qu’on fait une analyse complète, on constate que le passage par l’électricité se traduit souvent par une économie. Et donc, je compare négaWatt à un autre scénario qui s’appelle Négatep, que l’on peut trouver sur le site Internet de l’association Sauvons le climat : son but est le même, c’est-à-dire diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre en 2050, mais dans l’idée que le problème est surtout de réduire la part des combustibles fossiles.
Dans ces conditions, on peut augmenter la part de l’électricité, donc du nucléaire et du renouvelable dans des proportions accessibles et sans avoir à être trop tyrannique. Il y a des choses à faire, mais le pourra-t-on ? Je prends un exemple : à cause de l’intermittence des électricités renouvelables, ce serait bien de pouvoir faire beaucoup plus de stockage dans les barrages hydrauliques. Cela impliquerait de réaliser quatre ou cinq équipements comme Grand’Maison, qui est le dernier grand barrage construit en France. Eh bien, ces dernières années, quand on a proposé de faire des barrages de beaucoup plus faible ampleur pour régulariser le cours supérieur de la Loire, on en a été empêché par une très vive résistance.
Donc, sur le papier, il y a des choses qu’on trouve bien mais, au moment où il faudra obtenir l’adhésion des populations, ce ne sera pas forcément facile. C’est vrai pour les stations de pompage, comme pour l’éolien au-delà d’une certaine taille. L’exemple du gaz de schiste montre aussi que tout nouvel investissement énergétique est devenu beaucoup plus sensible qu’au moment où en 1974 on a pu lancer le programme nucléaire.
T. S. Mais notre scénario n’est pas tyrannique ! Au contraire ! Il repose beaucoup sur l’action territoriale, c’est-à-dire qu’il considère que c’est à partir des territoires que l’on va développer la production d’énergie. Il suppose que les citoyens comprennent mieux ce qu’est l’énergie, qu’ils se l’approprient. Par exemple, on peut tout à fait imaginer, et cela commence à venir, un éolien beaucoup plus participatif. Quand des citoyens vont voir tourner des éoliennes à proximité, en comprenant qu’ils en sont les premiers bénéficiaires, y compris sur leurs factures, leur regard sera bien différent. Ce qu’il ne faut pas, c’est un éolien parachuté de la même façon que le programme nucléaire en 1974. Mais il n’y a pas que l’éolien. La plus importante des énergies renouvelables sera la biomasse, avec 43 % de nos sources d’énergie.
Du bois, pour l’essentiel...
T. S. Du bois, mais aussi les déjections, les sous-produits agricoles, le biogaz, etc. Et ça, c’est considérable. Mais je voudrais revenir sur l’intermittence de l’énergie solaire et du vent, c’est-à-dire le fait qu’elles ne produisent pas en permanence de l’électricité. Le scénario de négaWatt ne prévoit pas des barrages importants supplémentaires. Pour faire face à la variabilité du photovoltaïque et de l’éolien, une série de stratégies est possible. La première est l’effacement, c’est-à-dire reculer une consommation de quelques heures aux moments de tension. La deuxième est un abandon du chauffage électrique, ce qui réduira les pointes de consommation. Troisième élément, le recours aux réseaux intelligents, dits smart grids, dans lesquels on place de l’intelligence au niveau de la gestion du réseau. Enfin, on propose la « méthanation », qui se développe en Allemagne : c’est la production de gaz méthane à partir de l’électricité en excès. Ce méthane est envoyé dans le réseau de gaz. Au lieu de raisonner seulement sur le réseau électrique, il faut réfléchir sur deux réseaux, gaz et électricité. Comme il y a dans le réseau gaz des possibilités importantes de stockage, cette combinaison permettra d’ajuster offre et demande.
B. B. La production éolienne est prédictible, certes, mais très irrégulière et les pics sont considérables. Puisqu’en gros vous multipliez par vingt le réseau par rapport à aujourd’hui, je ne crois pas que vous réussirez à en faire un avec tellement d’éolien. Même avec beaucoup d’intelligence. Ensuite, votre scénario est effectivement un scénario « tout-biomasse ». Il implique de libérer des espaces, du coup, il faut cesser de manger de la viande et du lait parce que la culture de céréales occupe moins de place. Je trouve que c’est très directif. Il n’est pas sûr que les gens l’aimeraient.
Je vais prendre une image horrible, mais en 1942 quand je suis né, la France ne mangeait pas de viande, et c’était entièrement le retour à la terre. Ce n’est pas mon idéal. Beaucoup de mesures dans votre scénario sont très bonnes, mais poussées trop loin et, surtout, on suppose que tout marche à la fois. Le biogaz, vous le multipliez par trente. C’est beaucoup ! Je ne pense pas que votre scénario réussira à faire baisser la quantité de gaz importé. Et c’est une des choses qui me gêne le plus, parce que, aujourd’hui, le meilleur complément de l’éolien, qui permet de compenser sa variabilité, c’est malheureusement le gaz importé et fossile.
T. S. La comparaison avec 1942, je ne l’accepte pas. Qu’est-ce qui s’est passé depuis ? Nous sommes dans une situation de surconsommation de protéines, et avec des problèmes agricoles importants : par l’importation de soja pour l’alimentation du bétail, on utilise en fait des terres en dehors de notre pays. Nous disons qu’il faut retrouver un équilibre agricole et alimentaire. Par ailleurs, tous les indicateurs montrent que l’on est en surcharge pondérale. Donc, qu’il y ait aussi un lien entre la santé et l’énergie, pourquoi pas ? Il ne s’agit pas d’abandonner la consommation de viande ou de lait, évidemment. De la même façon, 3,4 millions de ménages en France vivent en situation de précarité énergétique, dans des logements qui se dégradent, mal chauffés, de plus en plus humides, et cela induit une mauvaise santé. Il faut donc un grand programme de rénovation énergétique : on baissera les consommations d’énergie et on améliorera le service énergétique rendu, ce qui inclut la santé des plus pauvres. Montons un grand plan qui s’étalera sur deux générations, qui nous conduira jusqu’à 2050. Si on ne le fait pas, si on se contente d’incitations, on restera sur une France à deux vitesses avec en sus des consommations d’énergie et des émissions de CO2 en augmentation.
B. B. Il est certain que la rénovation du logement est nécessaire, et je vous suis, cela ne se fera pas sans réglementation. Mais le rêve des habitants des grandes agglomérations est d’avoir un pavillon de banlieue. Or malheureusement, ce qui est économique en matière d’énergie, ce sont des immeubles. Donc là aussi, il faut aller contre une tendance assez spontanée. Dans un monde parfait ce serait très bien, mais ça n’est pas si facile que ça, d’inciter sans forcer. Tout cela ne pourra pas se faire sans être coercitif.
T. S. On est face à des limites physiques. Et il faut peut-être que nos concitoyens comprennent qu’il va falloir vivre dans ces limites physiques, en cherchant la meilleure harmonie possible par rapport à cela. C’est vrai que ça casse des rêves comme celui du pavillon de banlieue et du développement anarchique. Mais quelle est la contrepartie de ce rêve ? Les gens vivent à trente kilomètres de, par exemple, Montpellier, multiplient par quatre leur consommation d’énergie, ils ont deux voitures, qui passent beaucoup de temps dans les embouteillages. Ils deviennent prisonniers de l’énergie. Si on ne réagit pas aujourd’hui, ces gens auront de vrais problèmes, et pourraient même se retrouver en précarité énergétique.
B. B. Tous vos objectifs sont intéressants, je ne suis pas sûr qu’ils soient crédibles. Que dit l’autre scénario, le scénario Négatep ? Le but n’en est pas de sortir du nucléaire, mais du charbon et du gaz, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Notre point de vue est qu’il faut beaucoup d’électricité bon marché et stable, et que dans ces conditions, il faut retenir le nucléaire parce qu’il produit beaucoup d’électricité en n’occupant pas beaucoup de terrain et en n’émettant presque pas de gaz à effet de serre. Nous envisageons ainsi à peu près autant de réacteurs qu’aujourd’hui, mais plus gros : environ 60 réacteurs EPR de 1 600 mégawatts, qui s’installeraient sur les sites actuels par remplacement progressif des réacteurs arrivant en fin de vie.
NégaWatt envisage une diminution de 60 % de la consommation d’énergie par habitant. Qu’en est-il dans votre scénario ?
B. B. Une baisse de l’ordre de 5 à 10 %, avec une division par quatre des émissions de gaz à effet de serre.
T. S. Le nucléaire n’est plus une énergie d’avenir, pour plusieurs raisons : la première est la possibilité d’un accident, comme l’a montré Fukushima le 11 mars dernier. De plus, le nucléaire laisse aux générations à venir beaucoup plus de problèmes que de rentes. Qu’est-ce qui est laissé ? Des déchets et des réacteurs à démanteler. Le nucléaire n’ayant pas su résoudre ces questions, nous considérons qu’il n’est pas compatible avec un authentique développement soutenable. De plus, le coût du nucléaire augmente régulièrement depuis une vingtaine d’années, et cela va continuer avec les exigences de sécurité induites par Fukushima. Du côté des énergies renouvelables, le coût baisse régulièrement, et il devrait croiser celui du nucléaire, c’est-à-dire lui être inférieur d’ici cinq à quinze ans. Ceux qui arrêteront le nucléaire ne sont pas que les écologistes, mais bien les financiers et les assureurs.
B. B. Je ne suis absolument pas d’accord. Sur le coût du démantèlement, les Etats-Unis ont déjà réalisé des démantèlements complets de réacteurs du même type que les nôtres, comme à Maine Yankee, et les coûts correspondent à peu près à ce qui était prévu, c’est-à-dire la moitié du coût de construction de l’îlot nucléaire. Quant aux déchets, les coûts estimés restent extrêmement faibles par rapport au prix du kilowattheure. Vous avez raison de dire que jusqu’ici, on n’a pas encore été au bout de la démonstration du stockage géologique. Mais en 2025, on aura un stockage géologique, comme le prévoit la loi, les Suédois et les Finlandais en auront un, et les Américains en ont déjà un depuis 1998, qui reçoit les déchets militaires – c’est le Waste Isolation Pilot Plant, à Carlsbad, au Nouveau-Mexique, à 600 mètres de profondeur. On peut prendre aussi l’exemple des réacteurs fossiles au Gabon, des réacteurs naturels qui ont fonctionné il y a près de deux milliards d’années, et dont tous les déchets sont restés confinés par la couche géologique où ils se trouvaient. Donc le concept de stockage géologique est vraiment fort.
La proposition du candidat socialiste à la présidentielle de réduire la part nucléaire dans le bilan électrique français à 50 % vous paraît-elle satisfaisante ?
T. S. Elle n’est pas claire. Un pourcentage, c’est un numérateur et un dénominateur. Et selon que la consommation augmente ou diminue, les 50 % représenteront un nombre de réacteurs très différent. En fait, le vrai problème est celui-ci : est-ce qu’on met en œuvre des EPR ou pas ? Si on ne le fait pas et qu’on arrive en fin de vie des réacteurs à 30 ou 40 ans, on ira vers une sortie du nucléaire de fait. Le problème, c’est le remplacement par un réacteur qui n’a pas encore produit dans le monde un seul kilowattheure et dont le coût de départ était affiché à trois milliards d’euros alors qu’il se révèle maintenant coûter plus de six milliards.
B. B. Réduire le nucléaire, c’est mieux que vouloir en sortir. Cela dit, je suis parfaitement d’accord : qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Est-ce qu’on pense que la consommation d’électricité va augmenter ou va baisser ? Vouloir arrêter maintenant l’EPR en construction à Flamanville serait un gâchis considérable. Il coûte plus cher que ce qui était prévu, mais c’est un prototype. Quand on lance un prototype, on n’a jamais de certitude absolue de ce que ça coûtera. En revanche, on sait très bien que ceux d’après coûteront moins cher. De plus, la durée de fonctionnement des réacteurs est sans doute plus longue que les trente ou quarante ans évalués que vous mentionnez. Aux Etats-Unis, sur 104 réacteurs, 63 sont déjà autorisés à fonctionner soixante ans. Donc on n’est pas obligé de construire des EPR au même rythme que dans les années 1970 et 1980. Au total, il est effectivement très important d’opérer une certaine transition énergétique, mais garder l’atout nucléaire fait partie d’un bon scénario pour arriver au bon endroit en 2050.
Propos recueillis par Hervé Kempf
Le Japon investit fortement dans les énergies renouvelables
Dans l’archipel, il y aurait en construction ou en projet plus de 100 parcs photovoltaïques d’une puissance unitaire de plus d’1 mégawatt, d’après les données recueillies par le groupe d’information économique Nikkei et rapportées sur le site du magazine d’information sur les énergies, Enerzine.
Par ailleurs, depuis le début du mois de juillet, les compagnies d’électricité japonaises sont désormais tenues d’acheter toute l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelable (éolien, solaire, biomasse, géothermie) à des prix plus élevés et déterminés par l’Etat afin de faire entrer de nombreuses entreprises sur le marché nippon de la production d’électricité ’renouvelable’.
D’après ses partisans, ce soutien apporté aux producteurs d’énergies renouvelables leur permettra de se développer, d’innover pour réduire leur coût de production et in fine d’augmenter significativement leur part dans le bouquet énergétique de la troisième puissance économique mondiale. « Cette loi doit servir d’accélérateur pour les énergies renouvelables », souligne le ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Meti), Yukio Edano sur le site du 20minutes.
« Si nous continuons de construire des panneaux solaires et d’investir, cette énergie sera d’ici 20 ans non seulement la source la plus sûre de production d’électricité, mais aussi la moins chère », estime le PDG du groupe de télécommunication mobile, l’antinucléaire Masayoshi Son.
Tentative de relance du nucléaire ?
Seize mois après l’accident nucléaire de Fukushima, l’archipel ne peut plus compter sur l’énergie atomique, qui assurait auparavant près de 30% de la production d’électricité nationale. Les plans prévoyant l’augmentation de cette part à 53% d’ici à 2030 ont été rangés au placard. Néanmoins, le Japon semble vouloir renouer avec le nucléaire, malgré l’opposition des citoyens traumatisés. Le réacteur 3 de la centrale d’Ohi à l’Ouest du Japon a été relancé, marquant le premier redémarrage réel depuis le désastre atomique de Fukushima et peut-être la fin d’une brève période sans énergie nucléaire.
Le rapport de la commission d’enquête indépendante remis au premier ministre japonais insiste sur les collusions entre le gouvernement, les régulateurs et la société exploitante Tepco.
Le Figaro rapporte les propos du Président de la commission indépendante d’enquête mandatée par le Parlement japonais : « L’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daichii ne peut pas être considéré comme une catastrophe naturelle. Il s’agit d’un désastre dont l’origine humaine est profonde et qui aurait pu et dû être prévu et anticipé ».
Pointant le doigt sur la faille réelle des institutions qui ont été incapables de mettre en place une sécurité élémentaire ou de prévoir les dommages collatéraux, le Japon semble avoir perdu toute crédibilité dans sa capacité à gérer une énergie aussi dangereuse.
Si la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique japonais reste encore relativement faible (moins de 2%, hors production hydraulique), la récente hausse du marché des énergies renouvelables reste un espoir certain pour le Japon.
Peugeot s’en sortira par le gaz naturel plutôt que par le diesel
Les médecins de Molière ressuscitent au chevet de PSA : saignons les salariés, tentons la cure chinoise, attendons l’héritage du terrain, choisissons le paralytique pour guider l’aveugle, abandonnons le mourant pour aller concevoir ailleurs, etc.
En réalité PSA s’est entêté dans les moteurs Diesel qui sont mortifères et condamnés à disparaître, à commencer dans les zones où la pollution de l’air est trop forte. Les moteurs Diesel sont nocifs par leur fonctionnement même (taux de compression élevé) et leur carburant (gazole). Toutes les études mondiales le prouvent depuis plusieurs années et l’OMS s’est résolue à le faire savoir.
La recherche technique chez PSA n’ignore rien des méfaits du Diesel. Elle a même alerté sur les dangers des filtres à particules qui laissent passer les plus fines qui sont les plus dangereuses. Elle a aussi étudié la nocivité des rejets par les pots catalytiques qui sont plus dangereux encore. Elle sait que les moteurs fonctionnant au gaz naturel (méthane, CH4) ne produisent ni microparticules ni oxydes d’azote. Elle sait que ces moteurs sont tout simplement des moteurs à essence qui peuvent aussi marcher au gaz et que les moteurs à essence sont, « par essence », bi-carburation. Elle sait que son partenaire Fiat en construit et en vend de grandes quantités, y compris pour les monter dans des carrosseries qui sont aussi celles de PSA.
Les études marketing de PSA connaissent la nocivité des Diesel, la condamnation de la France par l’Europe pour les risques sanitaires de la pollution de l’air, l’urgence à passer nos grandes agglomérations en zones d’actions prioritaires sur l’air (ZAPA).
Les études des transports montrent que l’automobile garde une forte inertie en Europe et en France. Par exemple, en Ile de France 80% des déplacements se font en voiture et, si l’on prétendait remplacer 2% des trajets en auto par des transports en commun, il faudrait augmenter de 20% leur capacité : la voiture en a encore pour longtemps. Les études d’aménagement et d’urbanisme montrent clairement que les trois facteurs clefs qui pourraient ralentir l’emploi des voitures ne le feront pas. En effet, il faudrait simultanément : - réduire les distances domicile-travail, - réduire les heures de pointe, - et faciliter les échanges de domiciles, d’emplois, de formations.
Il reste donc un avenir de nécessité pour les voitures. Autant les concevoir plus vertueuses.
Au lieu de s’entêter dans le Diesel, PSA et l’Etat Français ont à gagner dans l’adoption progressive du gaz naturel véhicule (GNV, qui est du gaz comprimé). C’est un gaz plus abondant dans le monde que le pétrole. La France pourrait aussi en produire à partir des biodéchets qu’elle gaspille en les incinérant. En France moins de 1% des biodéchets est méthanisé pour faire du biogaz.
Tout proche d’Aulnay, Véolia Propreté roule en C3 GNV à partir du biogaz capté sur les ordures du centre d’enfouissement de Claye-Souilly : c’est le procédé Meth Od (pour méthane issu des ordures) qui préfigure une filière qui dominera en 2050. Pourquoi attendre ?
Nos ministres ont intérêt à montrer qu’ils ont une utilité, y compris pour redresser notre balance des paiements où l’importation de pétrole et surtout de gazole pèse lourd.
PSA a loupé le virage du GNV : le délai de 2013 suffirait à le remettre sur la route. La famille Peugeot pourrait s’y intéresser : la plus value des terrains sera plus forte en activité rentable qu’en friche, et le coût « d’outplacement » moindre, sans compter celui de la destruction de l’image de la marque.
La faisabilité est simple, progressive, disponible.
Commençons par les grandes agglomérations où le réseau PSA peut s’équiper de pompes GNV (c’est du gaz de ville comprimé) : succursales, agences, sous agences. Autour de Lille, Paris, Lyon, Marseille il y a déjà des dizaines de milliers de véhicules à renouveler, qui ne font même pas 100 kilomètres par jour, à commencer par les véhicules publics et territoriaux. Si les agglomérations de plus de 150.000 habitants - qui sont contraintes à un plan climat-énergies territorial - décidaient de passer en ZAPA et d’aider PSA à créer et développer la distribution de GNV, elles auraient rapidement les résultats en santé et en qualité de l’air que l’Europe attend. A défaut, la condamnation européenne va coûter beaucoup plus cher qu’un léger coup de pouce à la reconversion GNV en ZAPA dans les agglomérations où les nouveaux-nés perdent quatre années d’espérance de vie en respirant les microparticules et les oxydes d’azote.
Pas assez cher, mon fils ?
La police de François Hollande est aussi violente que celle de Sarkozy
L’événement est passé presqu’inaperçu, mais une violente répression s’est produite en juin dans un coin reculé de la Manche. Il mérite qu’on s’y arrête : il atteste que, en ce début d’un nouveau quinquennat « de gauche », la police est toujours aussi violente.
Retour sur le week-end de résistance à la ligne THT, par quelques un-es du groupe « médical »
Du 22 au 24 juin dernier a eu lieu un week-end de résistance à la construction de la ligne THT (Très Haute Tension) Cotentin-Maine. Ce week-end s’inscrit dans la continuité de réflexions, d’informations et d’actions collectives menées depuis plusieurs mois. Les deux premiers jours étaient consacrés à des échanges entre locaux et militants-es antinucléaires venus-es d’un peu partout. Le dimanche étant une journée d’action dont la finalité était double, à savoir rendre visible cette résistance, et saboter l’avancée des travaux sur la ligne THT.
Retournons plus précisément sur cette journée :
Deux cortèges sont partis du camp, l’un marchant vers la mairie du Chefresne, l’autre vers les pylônes. Ces deux cortèges étaient totalement solidaires, en lien permanent, et poursuivant la même volonté politique. Au sein de ces deux cortèges nous étions une vingtaine de personnes, toutes antinucléaires, à s’être constitués comme un groupe « médical » autogéré en capacité d’assumer les premiers secours. Nous tenons à bien préciser que nous n’étions pas là en tant que prestataires de services, mais bien en tant que personnes participant activement à la construction de la lutte collective contre le nucléaire et son monde.
Au sein même de cette équipe médic, nous nous inscrivons dans une perspective politique d’échanges et de transmissions de savoirs et pratiques, rejetant les notions d’experts et de spécification des tâches.
Nous écrivons ce texte afin de faire un constat précis des événements et de dénoncer les violences « policières » assumées et préméditées par la préfecture de la Manche qui ont eu lieu ce dimanche 24 juin. Parce que cette journée n’est ni à oublier ni à banaliser, et qu’elle marque une nouvelle fois l’impunité et la monstruosité militaire, il nous semble important que ces constats et ces dénonciations soient diffusés largement aussi bien au cercle antinucléaire, aux professionnels en contact avec les victimes, qu’à n’importe qui ayant à faire aux forces de l’ordre. Cela, à la fois en solidarité avec nos amis-es et à visée d’auto-médiation.
Les moyens utilisés par la gendarmerie, outre les effectifs évidemment conséquents, étaient tous employés en vue de nuire et de blesser avec une détermination forte, pensée et assumée.
Pour le cortège se dirigeant vers les pylônes THT était déployé un arsenal comprenant des grenades explosives dites assourdissantes ou de désencerclement, des grenades lacrymogènes et des matraques. Les tirs, au lance-grenades ou à la main, étaient sciemment dirigés vers les personnes, arrivant au niveau du visage le plus souvent. Rappelons que les grenades sont mortelles lorsqu’elles sont lancées à tir tendu (pratique interdite par la loi), ce qui était le cas et qui devient une norme.
L’attaque a débuté de façon immédiatement brutale (à environ 200m du camp) avec des blessés-es graves dès la première charge, et n’a pas diminué d’intensité même lors de notre repli vers le camp. Et même lorsque des cordons de sécurité étaient constitués par nous-même autour de nos blessés-es et qu’ils signalaient verbalement aux bleus la situation, les charges et les tirs ont continué exactement avec la même violence.
L’autre cortège a essuyé des tirs de grenades lacrymogènes, sans sommation, au bout d’à peine quelques centaines de mètres de marche, ce qui a entraîné son repli immédiat.
En ce qui concerne les blessés-es :
- une personne a été blessée à l’œil de manière très grave, elle a été transférée d’un hôpital périphérique au CHU de Caen le jour même, sa vision est largement amputée par une hémorragie du vitré et le pronostic est réservé quant à la récupération de son acuité visuelle.
- une personne a subi un traumatisme crânien grave avec atteinte de l’œil suite à un tir tendu de grenade, il a été opéré le soir même. Il souffre d’une triple fracture du massif facial et la rétine de son œil a été touchée par la violence du choc. Sa vision est également extrêmement altérée de manière irréversible à 1/20e.
Ces deux personnes ont nécessité une évacuation en urgence. Or la préfecture a volontairement saboté l’arrivée des véhicules médicalisés sur le camp. Les consignes étaient données de bloquer le premier véhicule médicalisé à quelques dizaines de mètres du camp. Une journaliste présente sur les lieux a constaté ce blocage par un cordon de gendarmes, ce qui a certainement permis son lever. Le deuxième a carrément été détourné par la gendarmerie, soit disant pour un de leur blessé.
Ces deux victimes ont donc attendu plus d’une heure trente. Peut-on parler d’autre chose que de cynisme et de sadisme ?
- une autre personne a eu une plaie importante au niveau du front (coup de matraque), ayant nécessité des points de suture.
Les blessés-es restant (environ 20) sont consécutifs aux multiples explosions de grenades assourdissantes et de désencerclement. En explosant des impacts métalliques se logent dans les chairs en profondeur, jusqu’à plusieurs centimètres sous la peau, sectionnant potentiellement nerfs et artères.
Ainsi, 15 éclats ont été constatés (jambe os, genou, vagin, sein, bras) chez une blessée. L’un de ses éclats a carrément sectionné un nerf de l’avant bras. Elle a été transférée vers un autre hôpital et a ensuite dû être opérée de son avant-bras (ce qui signifie qu’on ne lui a pas retiré tous les éclats de son corps). Elle garde des séquelles motrices et sensitives des doigts.
Les autres gardent leurs éclats dans leur corps, ce qui n’est pas sans poser problème, à court comme à long terme.
A noter, le médecin régulateur du SAMU, avec qui nous étions en lien, était harcelé par le chef de cabinet de la préfecture afin de fournir les identités des blessés-es et leur hôpital de destination. Si lui et d’autres soignants-es s’en sont tenu au secret médical, des employés-es de la polyclinique d’Avranches ont sciemment communiqué avec la gendarmerie préférant être indic plutôt que soignant... Chapeau les collabos !
Des policiers étaient également en faction devant certains hôpitaux du coin. Il a aussi été signalé de véritables barrages policiers (en ligne sur la route avec tenue de combat) arrêtant tous les véhicules et contrôlant les identités. Et ils ont même été jusqu’à surveiller l’entrée du CHU de Caen où deux fourgonnettes et « une ligne » de gardes mobiles attendaient sur la voie d’accès. La répression prime clairement sur l’assistance.
Enfin, malgré la solidarité entre nous tous, le sentiment d’effroi laisse, pour certains-es d’entre nous, des marques dans nos psychés qui mettront du temps à cicatriser... Marques façonnant, mais n’effaçant rien de notre désir de révolte.
Notre propos n’est pas « de pleurer sur notre sort » car nous savions dans quoi nous nous impliquions. Nous ne sommes pas dupes, la France est un État policier qui montre son vrai visage quand on s’attaque à ses piliers fondateurs, notamment l’industrie nucléaire. Certes cela n’est pas nouveau, mais mérite d’être rappelé sans cesse. L’Etat ne supporte pas sa contestation, et avoir du sang sur les mains ne lui fait pas peur. Et ce texte a pour but d’informer, encore et toujours, que la violence étatique n’est pas que symbolique, mais s’incarne aussi dans le corps de nos compagnes et compagnons touchées-s.
Quelques un-e-s du groupe « médical »
Contact : mediccaen (at) riseup.net
Infos sur la lutte anti-THT : - www.percysoustension.fr
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Pour compléter ce témoignage, voici le compte-rendu de la journée par l’AFP :
Affrontements entre opposants aux lignes à très haute tension et gendarmes
Les heurts se sont déroulés pendant à peine une heure aux abords du « camp de résistance », des tentes montées dans un champ avec l’accord de son propriétaire depuis jeudi soir [21 juin] et qui a rassemblé jusqu’à 300 militants selon la police, 600 selon les militants.
Un endroit interdit aux médias par les militants aux abords duquel dimanche matin [24 juin], ils ont affronté les forces de l’ordre dans le brouillard, sous une pluie parfois battante, alors que des détonations retentissaient dans la vallée parsemée de pylônes en construction.
Un petit groupe de militants remontés contre la presse, équipés de masques à oxygène, a posé aux abords du camp un barrage sur une route communale parsemée de clous, avec des barbelés et de lourds rondins de bois, avant que des affrontements n’y surviennent.
En fin de matinée un militant a été évacué par les pompiers, sur un brancard, un bandeau blanc avec une tache rouge sur la tête, a constaté une journaliste de l’AFP.
« Il s’agit d’un militant d’une vingtaine d’année qui a été blessé à l’oeil, alors que les forces de l’ordre répondaient aux agressions des manifestants par tirs de gaz lacrymogène et de flashball », expliquera plus tard à l’AFP la sous-préfète de Coutances, Anne Frackowiak-Jacobs.
Les jours du militant ne sont pas en danger, selon la préfecture.
Outre ce blessé, la préfecture a recensé un autre blessé chez les manifestants, une jeune femme de 23 ans incommodée par les gaz lacrymogène, et quatre blessés légers chez les gendarmes dont deux ont été hospitalisés pour des « radios » à la main « après y avoir reçu des coups ».
« Traités presque comme des terroristes »
Les forces de l’ordre ont « chargé alors qu’aucune infraction n’avait été commise », a assuré de son côté l’avocat des anti-THT, Me Gervais Marie-Doutressoulle, qui lui a compté « six blessés dont deux sérieux » chez les manifestants.
Selon le porte-parole des militants anti-THT, l’un de ces blessés a été transféré au CHU de Caen pour y être opéré à la tête.
Un seul manifestant a été placé en garde à vue « après avoir jeté un fumigène sur un gendarme », selon la préfecture. Les militants ont commencé à quitter les lieux en milieu d’après-midi.
La ligne THT Cotentin-Maine doit acheminer sur 163 km l’électricité du polémique nouveau réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville dans le nord de la Manche. Pendant que certains s’affrontaient sur le barrage dimanche matin, une centaine de personnes ont ainsi défilé dans les environs du site avec des slogans antinucléaires.
La député EELV Isabelle Attard est venue sur place dans l’après-midi dénoncer un « harcèlement » ces derniers mois des opposants à la THT « traités presque comme des terroristes » par l’Etat.
Elle y a plaidé pour le lancement d’une étude épidémiologique sur les effets des THT sur la santé, déjà réclamée par les collectivités locales de droite comme de gauche.
Plusieurs études ont mis en évidence une « corrélation statistique » entre la survenue de leucémies infantiles et le fait de vivre près d’une THT, mais le lien n’a jamais été scientifiquement prouvé.
Il est temps de dire la vérité sur le prix de l’énergie
Le gouvernement Ayrault suit une politique contradictoire : il veut maintenir à un niveau artificiellement bas les prix de l’énergie tout en préparant des incitations fiscales pour l’économiser. Politique de Gribouille...
Sous la houlette d’économistes tels que Buchanan et Tullock, le courant économique du « public choice » a stigmatisé les déficiences de la décision publique, qui n’ont à beaucoup d’égards rien à envier aux très fameuses « déficiences du marché ». La question de l’énergie offre une surprenante illustration de ce genre d’attitude contradictoire des pouvoirs publics, enfermés dans la poursuite concomitante de deux objectifs incompatibles faute de vouloir choisir - et renoncer.
En décidant de limiter à 2 % (soit le niveau d’inflation, c’est-à-dire une stagnation en termes réels) l’augmentation du tarif réglementé des ventes de gaz et d’électricité, le gouvernement Ayrault n’est pas seulement passé outre l’avis du régulateur du secteur, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), montrant au passage le peu de cas qu’il faisait de l’avis des « autorités » indépendantes ; il a surtout accentué l’ambivalence gouvernementale en matière d’énergie. Voilà en effet un Etat, la France, qui, d’un côté, subventionne massivement l’énergie électrique (à travers le maintien de tarifs régulés), et, de l’autre, encourage les économies d’énergie à travers maints dispositifs coûteux (dispositif de certificats blancs, crédits d’impôts pour travaux d’isolation...). L’Etat encourage ainsi à économiser l’énergie tout en maintenant de force cette énergie bon marché, ce qui permet de la dilapider impunément !
A vouloir courir deux lièvres à la fois, le gouvernement risque de revenir bredouille face aux électeurs. L’énergie bon marché tout d’abord : ce n’est un mystère pour personne, l’énergie va devenir plus rare et plus coûteuse au cours des prochaines décennies. Si le nucléaire permet de réduire considérablement la facture pour la France, l’analyse lucide des coûts d’entretien et de remplacement de cette énergie montre qu’un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre, l’Etat, et donc le contribuable, devra payer plus. Subventionner aujourd’hui le prix de l’énergie s’apparente ainsi exactement à la même mécanique de procrastination que celle de l’endettement finançant des dépenses courantes : on offre aux citoyens un illusoire répit au prix d’une facture ultérieure bien plus lourde.
Second volet de l’erreur : négliger la réalité psychologique des effets incitatifs. Si un avantage fiscal constitue une incitation certaine à modifier son comportement, le maintien d’un prix bas constitue un signal exactement inverse, et ô combien plus puissant ! C’est le prix qui, sur un marché libre, régule la demande afin qu’elle soit au niveau de l’offre et réciproquement procure à l’offreur l’incitation suffisante à produire.
Il n’existe qu’un seul moyen d’encourager à la migration de notre économie vers un fonctionnement moins gourmand en énergie : révéler son prix. S’agit-il d’une décision difficile à prendre car elle alourdirait le budget des plus modestes ? Soit, mais précisément l’idée de tarification progressive (comprenons : fonction de la quantité consommée, avec probablement une modulation en fonction de la taille du foyer) avancée par le gouvernement constitue une piste intéressante réglant le problème essentiel de l’accès des plus modestes à un minimum énergétique sans remettre en question un renchérissement général du coût de cette énergie.
On ne peut que souhaiter qu’elle soit mise en oeuvre rapidement afin qu’en parallèle de ce dispositif d’allégement un discours de vérité et de cohérence soit enfin tenu aux Français concernant le prix de leur énergie.
Le soleil en face
Rapport sur les multiples calamités de l’industrie solaire et des énergies prétendues « alternatives »
DEPUIS le « choc pétrolier » de 1973, et plus encore depuis les catastrophes de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011), les énergumènes qui nous gou- vernent sont à la recherche d’« énergies alternatives » : géothermie, biomasse, éolien, hydrogène, etc. Mais le véritable Graal de cette quête d’un combustible inépuisable et à vil prix reste l’énergie solaire qui, sauf imprévu, nous alimente pour encore 4,5 milliards d’années.
Le complexe scientifico-industriel s’est lancé dans une course éperdue aux technologies solaires les plus puissantes, les plus rentables, les plus com- plexes, les plus centralisées, les plus polluantes et destructrices. En France, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA-EA) mène la danse. Et voilà comment les pillards de pétrole et d’uranium fossiles s’accaparent maintenant le soleil. C’est dire que les rêves d’énergie solaire artisanale et individuelle, à la mode de L’an 01 sont déjà cuits. Le soleil ne brillera pas pour tout le monde. Après les sacrifiés à l’idole nucléaire voici ceux du nouveau culte solaire : expropriés des « terres rares », des terres agricoles, des steppes et déserts réquisi- tionnés pour les centrales solaires, victimes des ravages environnementaux – chimiques notamment –, de cette nouvelle industrie. Les cobayes du labora- toire planétaire, eux, devront toujours leur énergie à une techno-caste spécialisée et toute-puissante.
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Le soleil en face, par Frédéric Gaillard (éd. L’Echappée, 160 p., 11 €).
Radio Zinzine est menacée
Depuis 1998, radio Zinzine Aix, dont les émissions sont réalisées à Aix-en-Provence par l’association « Aix Ensemble », offre un relais de l’expression sociale et culturelle des acteurs citoyens du Pays d’Aix et de la région PACA. Décrochage local aixois, elle est complémentaire des programmes réalisés depuis 1981 par l’équipe de radio Zinzine Limans à côté de Forcalquier, dans les Alpes de Haute Provence. Les 60 animateurs bénévoles et le dernier salarié d’Aix Ensemble oeuvrent 7 jours sur 7 pour réaliser les 33 heures de direct hebdomadaire.
A Aix-en-Provence et depuis septembre 2003, l’association Aix Ensemble occupe des locaux au 8 rue de la Molle, gracieusement mis à disposition par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Depuis 2003, et malgré les demandes successives d’Aix Ensemble de mise en place d’une convention d’occupation des locaux entre le Conseil Général et l’association, aucune solution n’est proposée jusqu’en 2010. Suite à la mobilisation d’Aix Ensemble, de ses animateurs, des auditeurs et internautes, l’organisation de manifestations de soutien et la mise en place d’une pétition rassemblant 5000 signatures, sans autre alternative une convention d’occupation précaire est finalement signée en 2010. Précaire, car non renouvelable, le bail se termine fin avril 2011. Dès le mois de juin 2011, à partir du Sextius Bar à Aix-en-Provence, Aix Ensemble met en place un programme radiophonique éclectique, composé d’émissions culturelles, d’informations, d’émissions thématiques, de concerts et Dj, le tout diffusé simultanément en public, en FM et sur Internet tous les jeudis de 18h à 1h30 du matin.
Cependant, ce rendez-vous hebdomadaire ne permet pas la production et la diffusion de la grande majorité des émissions. Il ne peut se substituer à l’utilisation d’un local au quotidien par Aix Ensemble.
Début juillet 2012, le Conseil Général mandate un cabinet d’huissiers afin d’assigner Aix Ensemble au tribunal aux fins d’expulsion. Le 10 juillet 2012, un renvoi du procès au 28 août 2012 est obtenu par Aix Ensemble.
Si une solution n’est pas trouvée très rapidement, la décision à venir du TGI d’Aix-en-Provence risque de signer l’arrêt de mort de radio Zinzine Aix !
Quand José Bové crie haro sur le loup
« Oui, on peut tirer le loup ! » José Bové persiste et signe. Il confirme au Monde et accentue sa position exprimée sur Radio Totem, une radio lozérienne, le 17 juillet. Ce pavé dans la mare écologiste a suscité une plainte pour « incitation à la destruction d’espèce protégée », déposée le 1er août auprès du tribunal de Mende par l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).
La déclaration du député européen EELV (Europe Ecologie-Les Verts) intervient alors qu’un vif débat agite la Lozère depuis que des photos de loups y ont été prises en juin. Les éleveurs de moutons craignent que le canidé s’installe durablement dans le département. Une centaine d’entre eux ont manifesté le 22 juillet à Florac sous la banderole « Non au loup ».
Le prédateur a une tendance à manger les brebis, une proie plus facile à saisir que les chevreuils ou les sangliers. Le 1er août, la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence a ainsi annoncé que les loups présents dans ce département avaient mené dans l’année écoulée 63 attaques de troupeaux, tuant 305 ovins (des chiffres respectivement en baisse de 22 % et 32 % sur l’année précédente).
Comme le loup est une espèce protégée par la convention de Berne, des mesures doivent être prises dans les départements où il est présent : clôtures électriques, chiens patous, éclairage nocturne, mise à l’étable des troupeaux. Par ailleurs, l’indemnisation des ovins dévorés nécessite un dossier administratif fastidieux. Et les tirs d’effarouchement, éventuellement létaux, autorisés par les préfets, sont une complication supplémentaire.
Arrêter la langue de bois
Les éleveurs lozériens craignent que l’installation de loups dans leur département entraîne la mise en place de ces mesures, qui compliquent leur travail. Pour André Baret, éleveur et maire de Hures-la-Parade, « nos exploitations sont fragiles. Le loup n’est pas responsable de la crise, mais il est la goutte qui fait déborder le vase ». M. Baret qui, comme de nombreux éleveurs du causse Méjean, s’est investi contre l’exploitation des gaz de schiste ou des projets immobiliers, souligne que la situation est différente de celles des Alpes : « Ici, les troupeaux sont plus petits – de 100 à 200 têtes contre plus d’un millier –, et ils mangent la nuit, dehors, quand il fait moins chaud. C’est plutôt la nuit que le loup attaque. »
La Lozère abrite pourtant le Parc des loups du Gévaudan, une attraction touristique populaire. Pour son responsable zootechnique, Sylvain Macchi, « la présence du loup est indéniablement une difficulté pour les éleveurs. Mais on ne peut pas dire que la cohabitation est impossible ». Et d’observer que si l’on recense 200 loups en France, il y en a plus de 2 000 en Espagne, et 1 000 en Italie.
Mais pour José Bové, « il faut que nous, les écolos, on arrête la langue de bois : on ne peut être à la fois contre la désertification des campagnes et l’extension urbaine à l’infini, et en même temps créer à la campagne des espaces où les agriculteurs ne peuvent pas vivre ». Et d’insister : « On peut tirer le loup, parce que la priorité est de maintenir les paysans dans les zones de montagne. »
Cette position indigne Pierre Athanaze, président de l’Aspas : « Dans l’écologie, il y a la biodiversité. Si M. Bové n’est pas d’accord, il faut qu’il quitte EE-LV. » L’Aspas incrimine aussi les nombreux arrêtés préfectoraux permettant les tirs au loup. L’association a engagé des recours contre l’Etat français auprès de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe. De son côté, la ministre de l’écologie, Delphine Batho, a annoncé, le 26 juillet, une prochaine concertation sur le loup.
José Bové et le Loup (nous tous et la Bête)
Commençons par le commencement : je tiens José Bové pour un ami. Pas un ami de tous les jours, mais un ami, certes. On n’est pas obligé d’être d’accord avec un ami. On peut même s’opposer à lui de toutes sortes de manières. Moi, je ne partage pas les vues de José sur la marche du monde. Il le sait. Je le redis. Ce qui ne m’a pas empêché d’aller le trouver quand j’ai entendu parler des gaz de schiste, il y a environ deux ans. Je savais que José ferait le considérable travail de mettre au jour la question. Et qu’il entraînerait. Qu’il se battrait. Il l’a fait, d’une splendide manière. On ne saura jamais ce qui se serait passé sans lui. On sait ce qui est arrivé. Avec lui. Et tous les autres, cela va sans dire.
Bon, le Loup. Il y en avait sans doute 20 000 en France il y a 250 ans. Il y en aurait autour de 200, après un retour époustouflant réussi au début des années 90. José Bové a déclaré en Lozère, voici quelques jours, que la présence du Loup était incompatible avec l’élevage. Son argumentation (ici) est simple : « Voulons-nous encore des paysans, voulons-nous encore des bergers ? Nous, sur le Larzac, on a eu un loup il y a quelques années, eh bien on a retrouvé quelque temps après son squelette sur un clapas, et c’est très bien comme cela ». Je ne crois pas le caricaturer en ajoutant qu’il a une solution toute prête pour faire face à la présence du Loup : le flingue. C’est ainsi déjà, par une combinaison efficace du fusil et de la strychnine, que le Loup a disparu de France à la fin des années 20 du siècle écoulé. Après une présence sur le territoire de la France actuelle probablement bien plus longue que l’homme lui-même. On pense que les Loups d’aujourd’hui existent depuis environ 1,8 million d’années et que le mammifère d’où il provient a pu naître voici 50 millions d’années.
C’est dans ce cadre-là, me semble-t-il, qu’il faut poser la question du Loup en France. La confrontation spatiale, alimentaire, physique, psychique entre le Loup et nous est une très vieille histoire. Suivre Bové signifie sans détour continuer sur le chemin qui a toujours été le nôtre. L’homme, ayant des droits supérieurs inaliénables, ne peut supporter, ni subir, la concurrence d’un être qu’il peut réduire, puis exterminer. Ce qu’il a fait, il le refera. Et tout sera pour le mieux « dans le meilleur des mondes possibles ». Sans Loups bien sûr, mais aussi sans Ours ni Lynx, car ils posent au fond les mêmes problèmes. Donc, sans ces sales bêtes.
Mais bien entendu, José Bové étant pour l’égalité entre les êtres humains, le raisonnement s’applique aux autres contrées du monde. Il va de soi que les paysans africains, déjà accablés par tous les malheurs qu’on sait, ne sauraient tolérer bien plus longtemps la présence de monstres de plusieurs tonnes capables d’écraser une récolte en une seule parade. Les Éléphants, oui, on les avait reconnus. Il faudra aller les regarder au zoo. Ne parlons pas des tigres mangeurs d’homme, qui n’ont désormais d’autre utilité que de fournir aux bande-mou de Chine et d’ailleurs des aphrodisiaques garantis par le charlatan du quartier. Le Tigre étant devenu si rare qu’il va réellement disparaître, eh bien, comme on a commencé à le faire, les trafiquants tueront les panthères - des neiges, par exemple - ou les chats-léopards. Ces malins disent déjà que l’effet est le même. Le gras soigne la lèpre. L’os la fatigue. Les poils de la moustache les rages de dents. Les globes oculaires l’épilepsie. Et, last but not least, la soupe de pénis fait mieux encore que les comprimés bleus du Viagra.
On en a donc fini avec une flopée de salopards, mais vous savez comme moi que la liste s’allonge à mesure que les animaux meurent. L’aileron de requin vaut une fortune, pour les mêmes glorieuses raisons. Le shark finning consiste à pêcher un requin, découper son aileron et rejeter en mer l’animal encore vivant, qui crèvera entre deux eaux. L’aile sera ensuite transformée en soupe plus ou moins miraculeuse, non sans avoir élégamment enrichi les intermédiaires au passage. On se consolera en pensant que le requin est un vilain, qui vient de tuer un surfeur à La Réunion. N’est-il pas juste, dans ces conditions, de massacrer des dizaines de millions de ces assassins chaque année par shark finning ? Sous leur forme actuelle, la plupart des Requins ont 100 millions d’années d’existence. Ils étaient là quand nous n’étions qu’une vague possibilité de l’évolution.
Mais stop, vous compléterez la liste vous même. L’Homme ne tolère rien d’autre que lui-même, et lui-même de moins en moins bien. On verra le résultat. Quoi qu’il en soit, les déclarations de José Bové montrent à quel point une grande partie des altermondialistes ne sont pas des écologistes. Je rappelle - c’est en tout cas mon point de vue - qu’un écologiste tente de regarder le tout et sa complexité. La planète telle qu’elle est et telle qu’elle va, l’Homme bien sûr, mais aussi tous les êtres vivants qui partagent avec lui le même territoire. Compte-tenu de la puissance de feu de notre espèce, il me semble évident qu’il faut passer de toute urgence à cette révolution copernicienne qui consisterait à écrire enfin une Déclaration universelle des devoirs de l’Homme. J’ose affirmer, bien que profondément humaniste, que la défense des droits de l’Homme, ô combien nécessaire, ne peut plus servir de paravent à la destruction du monde. Face au vertigineux mystère de la vie sur Terre, je clame que nous avons l’impératif catégorique de défendre, au nom d’une morale transcendante, toutes les formes de vie existant encore. Quelles qu’elles soient. Où qu’elles soient.
Telle est la base. Telle devrait être la base de toute discussion. Ne vivons-nous pas la sixième crise d’extinction des espèces ? Il y a consensus mondial sur le sujet : jamais depuis au moins 65 millions d’années, date de la fin du Crétacé et des dinosaures, la vie n’a été à ce point menacée. Et, apparemment, jamais au rythme actuel de la disparition d’espèces qui ne demandent qu’à vivre, et qui meurent pour satisfaire nos démentiels appétits. Dans le même temps, de dérisoires politiciens nous abreuvent de dérisoires discours où ils blablatent sur la biodiversité, l’ardente obligation où nous sommes, etc. Et dans le même temps, donc, José Bové - qui n’est pas à mes yeux un dérisoire politicien - tranche une question réellement essentielle en ne considérant qu’une de ses infimes facettes. Le Loup n’aurait pas sa place en France pour la raison qu’il gêne les activités d’élevage.
C’est simplement déprimant. Car les vrais défenseurs du Loup, de l’Ours et du Lynx, dont je connais beaucoup d’acteurs de premier plan, autour de Ferus (ici) ou de France Nature Environnement (ici) n’ont jamais prétendu que le sujet était facile. Jamais ils n’ont exprimé la moindre once de mépris pour les éleveurs. Tout au contraire, ils ont constamment cherché les moyens d’une cohabitation, inévitablement difficile. Laquelle passe assurément par une mobilisation sociale, le déblocage de vrais moyens qui restent à notre portée, et la reconnaissance de tous les faits, aussi embêtants soient-ils. Oui, le Loup est un animal très dérangeant pour les activités pastorales. Non, il ne peut - hélas - se réinstaller partout où ses pas anarchistes le mènent. Mais oui, nous avons l’impérieux devoir de l’accueillir ici et de lui faire partout où c’est possible bon accueil. Il a toute sa place dans quantités de lieux où l’Homme est désormais en recul.
En effet, par un paradoxe qui me réjouit, une partie de la France s’ensauvage. La déprise agricole, la disparition de millions de paysans - que je déplore - ont rendu à la friche, à l’embuissonnement, à la forêt des millions d’hectares. Le territoire existe donc, bel et bien, pour une formidable politique en faveur de la biodiversité. Ne devons-nous pas, nous qui sommes farcis d’argent et de moyens matériels, montrer l’exemple aux sociétés du Sud, qui se débattent au milieu d’infinies difficultés ? Ne devons-nous pas montrer qu’il est une voie, aussi étroite qu’elle soit, pour l’Homme et l’ensemble de la création, et l’ensemble des créatures ? Il est évident, je répète : évident, que si nous ne défendons pas de toutes nos forces le Loup en France, il deviendra ridicule de prétendre sauver quelque animal que ce soit ailleurs.
Les mots terribles prononcés par José Bové tournent le dos à tout débat authentique. On répond à la question avant qu’elle ne puisse être exposée. Avant qu’elle soit discutée. Il crève les yeux que nous ne pouvons pas tous avoir le même point de vue. Il crève les yeux qu’un compromis intellectuel, moral, spatial pour finir, doit être recherché. Et trouvé. José Bové parle les accents de la guerre à l’autre, quand il s’agit de tracer le chemin d’une paix durable, honorable, heureuse même. J’ai oublié un point très important : le Loup est revenu spontanément chez nous il y a vingt ans, après être parti de ses refuges des monts Apennins, en Italie, où il n’a jamais été exterminé. Je considère cet événement comme un cadeau des cieux. Une chance inouïe de nous montrer un peu, tout petit peu meilleurs que n’ont été nos ancêtres.
La civilisation, si ce mot garde un sens, consiste à croire qu’on peut faire mieux que ce qui déjà été réalisé. De ce point de vue, le Loup, ce grand sauvage, est un formidable civilisateur. Et l’homme au fusil un simple barbare de plus dans une histoire qui les collectionne.
Entropia
Le n° 12 d’Entropia est paru.
Sommaire
Anthopo(s)cène
La Grande Accélération L’entropie, maladie mortelle de l’Anthropocène. Agnès Sinaï Le concept d’Anthropocène, son contexte historique et scientifique. Jacques Grinevald Le climat de l’Histoire : quatre thèses. Dipesh Chakrabarty La faim de l’Anthropocène. Jean-Claude Besson-Girard
L’ère des démesures Par-delà l’empire du marché, la technoscience. Simon Charbonneau Géo-ingénierie : le retour des apprentis sorciers. Paul Lannoye Pas de fin de l’Anthropocène sans fin du nucléaire. Xavier Rabilloud
L’effondrement et au-delà Fukushima : limites anthropologiques à la complexité et risque d’effondrement sociétal. François Diaz Maurin Ivan Illich au Japon. De Yokohama à Fukushima. Silvia Grünig Iribarren Comment démanteler la mégamachine ? Philippe Bihouix Depuis Fukushima : confirmation du désastre, lucioles d’espoir ? Marc Humbert
Intermezzo Nécessité de la poésie Poèmes extraits de Souffles du présent. Annie Salager Poèmes inédits. Henri Droguet
Hors champ Le Titanic de la technologie. Jean-Claude Dumoncel
Chronique des démesures ordinaires Roulette russe planétaire. Entretien avec Pat Mooney
Voici pourquoi je refuse la Légion d’honneur
La scientifique Annie Thébaud-Mony refuse la Légion d’Honneur que lui a décerné Cécile Duflot. Ce geste permet d’alerter sur le manque de recherche sur les maladies professionnels, l’impunité qui protège les industriels criminels, la dégradation constante de la santé au travail et environnementale. Voici la lettre qu’elle a écrit à la ministre.
Madame la ministre,
Madame Cécile Duflot Ministre de l’égalité, des territoires et du logement,
Par votre courrier du 20 juillet 2012, vous m’informez personnellement de ma nomination au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur et m’indiquez que vous êtes à l’origine de celle-ci. J’y suis très sensible et je tiens à vous remercier d’avoir jugé mon activité professionnelle et mes engagements citoyens dignes d’une reconnaissance nationale. Cependant - tout en étant consciente du sens que revêt ce choix de votre part - je ne peux accepter de recevoir cette distinction et je vais dans ce courrier m’en expliquer auprès de vous.
Concernant mon activité professionnelle, j’ai mené pendant trente ans des recherches en santé publique, sur la santé des travailleurs et sur les inégalités sociales en matière de santé, notamment dans le domaine du cancer. La reconnaissance institutionnelle que je pouvais attendre concernait non seulement mon évolution de carrière mais aussi le recrutement de jeunes chercheurs dans le domaine dans lequel j’ai travaillé, tant il est urgent de développer ces recherches.
En ce qui me concerne, ma carrière a été bloquée pendant les dix dernières années de ma vie professionnelle. Je n’ai jamais été admise au grade de directeur de recherche de 1e classe. Plus grave encore, plusieurs jeunes et brillant.e.s chercheur.e.s, qui travaillaient avec moi, se sont vu.e.s fermer les portes des institutions, par manque de soutien de mes directeurs d’unité, et vivent encore à ce jour – malgré la qualité de leurs travaux - dans des situations de précarité scientifique.
Quant au programme de recherche que nous avons construit depuis plus de dix ans en Seine Saint Denis sur les cancers professionnels Giscop, bien que reconnu au niveau national et international pour la qualité scientifique des travaux menés, il demeure lui-même fragile, même s’il a bénéficié de certains soutiens institutionnels. J’en ai été, toutes ces années, la seule chercheure statutaire. Pour assurer la continuité du programme et tenter, autant que faire se peut, de stabiliser l’emploi des jeunes chercheurs collaborant à celui-ci, il m’a fallu en permanence rechercher des financements - ce que j’appelle la « mendicité scientifique » - tout en résistant à toute forme de conflits d’intérêts pour mener une recherche publique sur fonds publics.
Enfin, la recherche en santé publique étant une recherche pour l’action, j’ai mené mon activité dans l’espoir de voir les résultats de nos programmes de recherche pris en compte pour une transformation des conditions de travail et l’adoption de stratégies de prévention. Au terme de trente ans d’activité, il me faut constater que les conditions de travail ne cessent de se dégrader, que la prise de conscience du désastre sanitaire de l’amiante n’a pas conduit à une stratégie de lutte contre l’épidémie des cancers professionnels et environnementaux, que la sous-traitance des risques fait supporter par les plus démunis des travailleurs, salariés ou non, dans l’industrie, l’agriculture, les services et la fonction publique, un cumul de risques physiques, organisationnels et psychologiques, dans une terrible indifférence. Il est de la responsabilité des chercheurs en santé publique d’alerter, ce que j’ai tenté de faire par mon travail scientifique mais aussi dans des réseaux d’action citoyenne pour la défense des droits fondamentaux à la vie, à la santé, à la dignité.
Parce que mes engagements s’inscrivent dans une dynamique collective, je ne peux accepter une reconnaissance qui me concerne personnellement, même si j’ai conscience que votre choix, à travers ma personne, témoigne de l’importance que vous accordez aux mobilisations collectives dans lesquelles je m’inscris. J’ai participé depuis trente ans à différents réseaux en lutte contre les atteintes à la santé dues aux risques industriels. Ces réseaux sont constitués de militants, qu’ils soient chercheurs, ouvriers, agriculteurs, journalistes, avocats, médecins ou autres... Chacun d’entre nous mérite reconnaissance pour le travail accompli dans la défense de l’intérêt général.
Ainsi du collectif des associations qui se bat depuis 15 ans à Aulnay-sous-bois pour une déconstruction - conforme aux règles de prévention - d’une usine de broyage d’amiante qui a contaminé le voisinage, tué d’anciens écoliers de l’école mitoyenne du site, des travailleurs et des riverains. Ainsi des syndicalistes qui - à France Télécom, Peugeot ou Renault - se battent pour la reconnaissance des cancers professionnels ou des suicides liés au travail. Ainsi des ex-ouvrières d’Amisol – les premières à avoir dénoncé l’amiante dans les usines françaises dans les années 70 – qui continuent à lutter pour le droit au suivi post-professionnel des travailleurs victimes d’exposition aux cancérogènes. Ainsi des travailleurs victimes de la chimie, des sous-traitants intervenant dans les centrales nucléaires, des saisonniers agricoles ou des familles victimes du saturnisme...
Tous et chacun, nous donnons de notre temps, de notre intelligence et de notre expérience pour faire émerger le continent invisible de ce qui fut désigné jadis comme les « dégâts du progrès », en France et au delà des frontières du monde occidental.
La reconnaissance que nous attendons, nous aimerions, Madame la ministre, nous en entretenir avec vous. Nous voulons être pris au sérieux lorsque nous donnons à voir cette dégradation des conditions de travail dont je parlais plus haut, le drame des accidents du travail et maladies professionnelles, mais aussi l’accumulation des impasses environnementales, en matière d’amiante, de pesticides, de déchets nucléaires et chimiques... Cessons les vraies fausses controverses sur les faibles doses. Des politiques publiques doivent devenir le rempart à la mise en danger délibérée d’autrui, y compris en matière pénale. Vous avez récemment exprimé, à la tribune de l’Assemblée nationale, votre souhait d’écrire des lois « plus justes, plus efficaces, plus pérennes". En qualité de Ministre chargée de l’Egalité des territoires et du logement, vous avez un pouvoir effectif non seulement pour augmenter le nombre des logements mais légiférer pour des logement sains, en participant à la remise en cause de l’impunité qui jusqu’à ce jour protège les responsables de crimes industriels.
En mémoire d’Henri Pézerat qui fut pionnier dans les actions citoyennes dans lesquelles je suis engagée aujourd’hui et au nom de l’association qui porte son nom, la reconnaissance que j’appelle de mes vœux serait de voir la justice française condamner les crimes industriels à la mesure de leurs conséquences, pour qu’enfin la prévention devienne réalité.
Pour toutes ces raisons, Madame la ministre, je tiens à vous renouveler mes remerciements, mais je vous demande d’accepter mon refus d’être décorée de la légion d’honneur. Avec l’association que je préside, je me tiens à votre disposition pour vous informer de nos activités et des problèmes sur lesquels nous souhaiterions vous solliciter.
Je vous prie d’agréer, Madame la ministre, l’expression de ma reconnaissance et de mes respectueuses salutations
Annie Thébaud-Mony
Il arrête un avion pour lutter contre le changement climatique
Le 6 août, un citoyen a pénétré sur les pistes de l’aéroport Charles-de-Gaulle et a bloqué un avion d’Air France, afin de protester contre la destruction du climat de la planète.
Les scientifiques nous disent « pas plus de 1,5 t de CO2 par personne et par an pour ne pas détruire le climat de la terre ». Un seul aller-retour Paris-Montréal, par exemple, pollue l’atmosphère avec plus de 2,5 t par personne… en quelques heures. Si vous pensez que 2 + 2 = 4, alors il faut interdire cette machine immédiatement.
Pierre-Emmanuel Neurohr, qui a réalisé cette action, avait déjà été condamné le 2 juillet à 3 mois de prison avec sursis, suite à deux actions similaires, jugement dont il a fait appel. Malgré cette condamnation, il est retourné bloquer la machine la plus immorale qui soit au XXIe siècle.
D’après les informations disponibles, il est actuellement détenu en garde-à-vue à l’aéroport, avant d’être jugé mardi 7 août en comparution immédiate au tribunal de Bobigny.
Pour toute personne rationnelle qui s’informe sur le climat en 2012, la conclusion qui s’impose est claire. Les extrêmes climatiques – sécheresses et inondations, entre autres – vont provoquer la destruction de millions d’êtres humains. Et l’avion est la machine qui, par citoyen français, participe le plus à ce qui apparaît de plus en plus comme la préparation d’un génocide.
Rencontres internationales de l’anarchisme
Du 08 au 12 août 2012 se tiendra à St-Imier ( Jura Bernois, CH) une rencontre internationale entre libertaires de tout poils, ainsi que toutes personnes désirant faire connaissance ou connaitre d’avantage les différentes mouvances anarchistes.
Ce « Mondial de l’Anarchisme » sera en fait une commémoration de la première internationale anti-autoritaire qui fût organisée en 1872 en réponse à l’internationale de Marx. Depuis le monde a passablement changé, du moins sous certains angles, les courants libertaires ont su évoluer avec le temps et cette rencontre en sera représentative. Une chose est sûre, le temps n’a en rien diminué l’oppression des puissants vis-à-vis des plus faibles. Cette rencontre exposera de multiples moyens de résistance sous des formes variées et diverses.
La Fédération Jurassienne
L’Association Internationale des Travailleurs (AIT) se fonde en 1864. Très vite des sections se créent à la Chaux-De-Fonds, au Locle, à St-Imier et dans le reste du Jura suisse. Beaucoup d’ouvriers-ères qui y adhèrent sont encore des travailleurs-euses à domicile. Ils-elles ont le goût de la lecture et de l’indépendance. Lorsqu’en 1869 Bakounine vient dans la région, leur rencontre n’est pas sans conséquence. La convergence d’idées qu’ils-elles découvrent va faire de la Fédération Jurassienne le pôle libertaire de l’AIT qui s’oppose à la tendance marxiste. Excédé par cette opposition Marx fait tout ce qu’il peut pour éliminer ce courant. En 1872, il croit bien y parvenir. Au congrès de La Haye, il réussit à faire venir un maximum délégués-ées qui lui sont acquis, dont certains-nes sont censés-ées représenter des sections qui s’avèrent inexistantes. Grâce à cette majorité factice il fait voter l’exclusion de Bakounine et James Guillaume et manque de quelques voix pour celle d’Adhémar Schwitzguébel, tous-tes délégués-ées du Jura. Scandalisées, les sections de tendance anti-autoritaire de l’AIT, notamment d’Espagne, d’Italie, de France, de Belgique, des USA, organisent un congrès à St-Imier où les résolutions prises seront clairement libertaires. L’AIT anti-autoritaire survivra à la branche marxiste jusqu’à la fin du siècle.
140 ans après le congrès de St-Imier, l’exploitation et l’aliénation des travailleurs-euses sont toujours aussi brutales. L’illusion marxiste s’est dissipée au vu des dictatures communistes. Le capitalisme vit de crise en crise, crise sociale, crise politique, auxquelles s’ajoute désormais la crise écologique
Et le mouvement anarchiste ?
Ces rencontres internationales d’août 2012 seront l’occasion de faire le bilan de l’histoire du mouvement anarchiste, ses idées, ses réalisations, ses espoirs, ses défaites ; ce qu’il en reste aujourd’hui ; les combats qui sont les siens et ceux qu’il partage avec d’autres : antimilitarisme, antiracisme, antisexisme, autogestion, décroissance, éducation, féminisme, internationalisme, non-violence, etc.
Un certain nombre d’ateliers et de manifestations sont d’ores et déjà prévus : conférences historiques, conférences thématiques, théâtre, concerts, expositions, cinéma, salon du livre, radio, camping libertaire, foire à l’autogestion et aux produits bio, ateliers pratiques, réstauration, etc.
Cette manifestation internationale sera publique et se veut ouverte à l’ensemble du mouvement anarchiste international mais aussi à l’ensemble de la population, sans discrimination. Les zones gratuites et le prix libre seront favorisés afin de permettre à chacun-e de pouvoir y participer.
Le comité d’organisation se réserve le droit d’accueillir tel-lle ou tel-lle participant-te. Les décisions seront prises en fonction des idées et des pratiques qui nous sont propres et qui sont celles de l’Internationale antiautoritaire. L’expression et la manifestation du racisme, du sexisme, de la xénophobie, de l’homophobie et de toute forme de violence et de discrimination de ne seront pas tolérées.
Sur la base de ce qui vient d’être dit, toute personne, structure ou organisation peut demander à s’associer à cette initiative et proposer des lieux d’exposition, de débats ; des conférences, spectacles, intervenants ; des ateliers, etc. Nous sommes aussi à la recherche de bénévoles !
Nanotechnologies : un moratoire s’impose
Nanotechnologies, biologie de synthèse, géo-ingénierie : le système productiviste multiplie les technologies aventureuses pour ne pas avoir à changer les règles d’un jeu qui conduit à la destruction écologique. Pat Mooney, qui anime le remarquable ETC Group au Canada, expose ici ce danger majeur et trop ignoré en France. Cet entretien est d’abord paru dans Entropia.
David Goessmann : Depuis le sommet mondial de Rio en 1992, de nombreuses conférences internationales sur le changement climatique et sur l’environnement se sont succédées. Quelle est votre évaluation de ces processus politiques et de leurs résultats jusqu’à présent ?
Pat Mooney : Nous n’avons cessé de dire qu’on ne devrait pas célébrer Rio+20, mais Stockholm+40. La première conférence internationale mondiale majeure sur l’environnement a eu lieu en 1972 à Stockholm, et à Rio 20 ans plus tard. Dans ce contexte, l’évolution est tout à fait claire. Nous avons expérimenté une sorte de syndrome de Stockholm dans la société civile où, tous tant que nous sommes, nous sommes tombés amoureux de nos ravisseurs, nous sommes tombés amoureux du système des Nations Unies et nous sommes tombés amoureux des négociations onusiennes. Nous en avons même adopté la rhétorique. Le résultat a été mauvais. Nous, société civile, n’avons pas bien mené notre barque. Et les gouvernements se sont conduits de manière très décevante au cours des quatre dernières décennies.
David Goessmann : Avons-nous échoué ?
Pat Mooney : Les gouvernements n’ont pas pris ces enjeux au sérieux. Je veux dire par là que les gouvernements ont été détournés dès après la conférence de Stockholm. Ils ont été détournés par le néolibéralisme, par le mouvement général en faveur de la croissance économique et par la croyance dans la toute-puissance des technologies, censées être la boîte à outils de tous nos problèmes. Nous nous retrouvons dans un monde peuplé de gouvernements qui nous disent que les politiques sociales ne sont pas à l’ordre du jour, pas plus que les réalités matérielles.
Tout ce qui nous reste à faire, c’est laisser l’industrie nous dire quelle serait la recette technologique. L’industrie est censée nous sortir de la crise alimentaire, de la crise pétrolière, du changement climatique, de la crise financière. L’industrie va prendre soin de nous. Nous n’avons qu’à leur fournir les outils, les mécanismes régulateurs dont ils ont besoin pour régler les problèmes. Cette attitude sans issue a conduit en réalité à perdre 5% de la diversité des espèces vivantes de la planète l’année dernière, 26 langages différents... La diversité culturelle se perd à une vitesse énorme. Et pourtant ils continuent. Et ils pensent qu’ils peuvent se contenter de donner une solution technologique à chaque chose.
Fabian Scheidler : Monsieur Mooney, vous alertez depuis des années sur les dangers possibles des propositions technocratiques de l’économie verte et sur les solutions soi-disant complètes pour combattre le changement climatique et autres problèmes environnementaux. De quelles technologies parlez-vous en particulier et quels sont les dangers de ces technologies et de ces approches technocratiques ?
Pat Mooney : Soyons clairs, j’apprécie la science et les technologies. Pas toutes, mais je veux encourager plus de science et de recherche. Or, ce qui est proposé n’est pas la solution. Ce qui est proposé, c’est qu’au lieu d’affronter le pic pétrolier comme une réalité, au lieu d’assumer le fait que nous surconsommons les ressources énergétiques et ne pouvons pas continuer à ce rythme, on nous dit de ne pas nous inquiéter, car les nanotechnologies vont nous sauver. Ces nanotechnologies, nous dit-on, accéléreront la domestication de l’énergie du soleil et du vent. Et elles nous permettront de réduire massivement les consommations énergétiques des machines. Quant aux conséquences des agrocarburants sur la crise alimentaire, on nous dit : ne vous inquiétez pas pour ça, nous allons développer des agrocarburants de deuxième ou troisième génération à partir de biotechnologies dites biologie de synthèse. Voilà qui réglera les problèmes. Donc détendez-vous. Soyez heureux et sans souci. On va y arriver.
Fabian Scheidler : Qu’est-ce la biologie de synthèse ?
Pat Mooney : Eh bien, c’est une sorte de biotechnologie des stéroïdes. Avec les biotechnologies, vous déplacez un gène d’une espèce à une autre. C’est très simple, mais très chaotique, et à la fin de la journée vous n’y êtes pas parvenu. Alors qu’avec la biologie de synthèse, vous construisez votre propre ADN. Vous commencez par la base et vous structurez l’ADN pour parvenir à la structure exacte que vous voulez obtenir. Vous construisez ainsi les paires de base. Et vous décidez exactement comment vous voulez que l’organisme soit programmé. En théorie – c’est entièrement de la théorie – grâce à la biologie de synthèse, non seulement vous pouvez construire votre propre ADN, mais vous pouvez créer des micro-organismes que le monde n’a jamais vus auparavant. Ces organismes peuvent avaler les fibres de cellulose d’une forêt et les convertir en sucres, en plastique, en alimentation, en carburants, en meubles, en ce que vous voulez. Ce n’est plus la peine de vous soucier de ce que vous construisez en fin de compte, vous n’avez qu’à prélever de la biomasse, contrôler la biomasse et convertir la biomasse avec ces nouveaux micro-organismes afin de produire ce que vous voulez.
Fabian Scheidler : Quel est le danger de cette technologie ?
Pat Mooney : Eh bien, elle est incroyablement puissante et incroyablement dangereuse. Elle peut ne pas marcher. Elle pourrait ne fonctionner qu’à moitié. Comparativement, les OGM standard sont semblables à un jeu d’enfant. Les biologies de synthèse construisent des entités que nous ne pouvons même pas imaginer. L’année dernière, par exemple, des scientifiques de Cambridge ont découvert, en utilisant cette technique, qu’ils pouvaient induire la cellule à ne pas produire 20 acides aminés, qui est la formule à la base de tout être vivant, mais 276. Imaginez la différence entre la vie faite à partir de 20 acides aminés et à partir de 276. Cela veut dire que vous pourriez avoir plus de biodiversité dans une chaussure que dans l’Amazonie entière. Et une diversité biologique non naturelle, le monde n’en a jamais vu avant. Que faire avec ces formes de vie ? Que se passe-t-il si elles sont libérées dans l’environnement ? Tout finit par sortir des laboratoires. Que se passera-t-il ? L’an dernier, nous avons appris, grâce à la biologie de synthèse, que non seulement on pouvait construire des éléments de matière, mais aussi, pour la première fois depuis toujours, une forme de vie auto-réplicante artificielle. Qui va continuer à muter et se multiplier. Le pouvoir de cette technologie, aussi aléatoire soit-elle, est quelque chose qu’on n’a jamais vu sur la planète.
David Goessmann : Qui finance cette sorte de science ?
Pat Mooney : Les mêmes que ceux qui perturbent le climat, ces géo-ingénieurs qui nous ont entraînés dans la crise actuelle. Ce sont BP et Exxon Mobil, c’est Shell et les grandes industries chimiques du plastique, Dupont, Monsanto et BASF. Ce sont ces firmes qui lancent ces recherches. Et ce sont nos gouvernements, avec leurs investissements énormes en provenance du département américain de l’énergie, du ministère américain de l’agriculture, du gouvernement britannique et j’en passe.
Fabian Scheidler : Qu’est-ce que la géo-ingéniérie et quels en sont les dangers ?
Pat Mooney : C’est un terme intéressant, n’est-ce pas ? Ce terme évoquait la restructuration des courants des océans, la restructuration de la stratosphère pour bloquer les rayons du soleil par exemple. Nous pensions que tout cela devait s’appeler géo-ingéniérie. Il nous semblait que c’était le terme le plus dépréciateur auquel nous pouvions songer : une géo-ingéniérie de la planète. Et voilà que nous découvrons que les scientifiques qui mènent ces opérations les nomment aussi géo-ingéniérie ! Ils pensent que c’est une bonne chose ; nous pensons que c’est une terrible chose. Ils entendent prouver que la géo-ingéniérie de la planète est l’avenir de l’humanité. Nous avons eu les industries du changement climatique, les BP et les Dupont ont été les artisans du changement climatique planétaire. Et voilà que les mêmes nous disent : ne vous en faites pas les amis, on s’en occupe, on va vous en sortir par la géo-ingéniérie. Et voilà que ces deux firmes forgent des outils par lesquels vous pouvez modifier la surface biologique des océans de telle sorte qu’elle va absorber des gaz à effet de serre, et ensuite les enfouir au tréfonds des océans pour les éliminer. Vous pouvez aussi bloquer les rayons du soleil en bombardant des sulfates dans la stratosphère par exemple ; vous pouvez bloquer les rayons solaires de manière à réduire les températures et du même coup réduire les émissions de méthane dans les zones arctiques. Ce qui nous permettrait peut-être de gagner du temps pour trouver une autre solution, chemin faisant. Le danger de tout cela est probablement évident, mais le plus étonnant, à mon sens, c’est que nous ne connaissons pas suffisamment notre planète, nous ne comprenons pas suffisamment comment la biosphère fonctionne. Cela donne l’impression qu’on peut jouer à Dieu avec les océans, ou jouer à Dieu avec le ciel, selon des méthodes qui ne sont en rien sûres, qui ne sont en rien équitables vis-à-vis des plus pauvres. C’est une illusion.
Fabian Scheidler : Vous avez aussi mené des recherches sur les nanotechnologies. Que pensez-vous de cette technologie et de ses dangers ?
Pat Mooney : C’est effectivement en nous intéressant aux nanotechnologies que nous avons découvert la géo-ingéniérie. On nous a dit que les techniques dont nous nous servons, par exemple, pour modifier la surface biologique des océans seraient à base de nanotechnologies. Cette technique utilisera des nanoparticules de fer afin de fertiliser les océans là où ils présentent un déficit de nutriments. Elle servira aussi à nourrir le phytoplancton ; le phytoplancton absorbera le fer et le dioxyde de carbone, et, quand il mourra, il coulera au fond de l’océan. C’est donc par le biais des nanotechnologies et des nanoparticules que nous avons appris l’existence de la géo-ingéniérie.
Mais, pour nous, le point de départ initial a été que les scientifiques nous ont expliqué qu’il est maintenant possible de tout reconstruire à l’échelle de l’atome. Et que, de la même manière qu’on peut construire de l’ADN, on peut créer de la matière, atome par atome à la base. Ceci a deux avantages pour les entreprises impliquées. L’un des principaux avantages pour elles, c’est qu’elles peuvent sortir du champ de la chimie classique en passant la barre des cent nanomètres. Là vous entrez dans la zone de ce qui s’appelle l’effet quantique. Lorsque vous accédez à l’effet quantique, la nature du matériau et sa réponse à l’électricité, à la pression, aux rayons du soleil change du tout au tout. Et elle change radicalement à mesure que la taille des matériaux se réduit, de 75 à 25, de 25 à 5 nanomètres. Et ces modifications de caractéristiques des matériaux signifient pour une entreprise qu’elle ne travaille plus avec une seule table périodique, mais avec sept ou huit tables périodiques à partir desquelles n’importe quelle matière peut être construite. Ce qui inaugure la possibilité de se passer de matières premières. Vous n’avez plus besoin de vous demander de quels matériaux vous avez besoin et dans quelle partie du monde, il vous suffit de passer à une autre échelle, l’échelle nano. A cette échelle, vous avez le matériau que vous voulez. Cela semble peut-être abscons. Mais laissez-moi vous donner un exemple : je porte une alliance en or, elle est jolie et elle est sûre. Au-dessus de la taille nano, l’or est sûr, rien ne se produit. Mais à partir du moment où vous entrez dans l’échelle nano, vous assistez à une catalyse de réactions chimiques. La matière devient tout à fait différente. Sa couleur passe du doré au rouge. Elle commence à se disperser, elle commence à se comporter comme si elle pouvait littéralement exploser. C’est une caractéristique de l’effet quantique.
Fabian Scheidler : Quels sont les dangers possibles de ces nanomatériaux ? Certains évoquent des effets imprévisibles sur la santé, qu’en est-il ?
Pat Mooney : La taille elle-même est importante parce que nous avons maintenant des enfants, comme en Australie ou en Afrique du Sud, qui chaque jour, puis toute leur vie, mettent des crèmes et des laits solaires qui sont de plus en plus fabriqués avec des nano- particules. Si vous en mettez sur la surface de votre bras, disons, vous pouvez voir qu’il s’agit de nano-particules parce que la pâte est claire. Ça n’est pas une pâte blanche qui devient claire quand vous la faites pénétrer dans la peau ou qui disparaît. Elle est claire dès le début. Et ces nano-particules sont si petites qu’elles peuvent passer à travers votre peau et pénétrer directement dans les tissus eux-mêmes quand elles sont d’une aussi petite taille que, disons, 25 nanomètres. En fait, elles peuvent passer à travers vos organes et s’infiltrer plus loin que ça. Elles peuvent passer à travers la barrière sanguine du cerveau, elles peuvent passer à travers le placenta, elles peuvent arriver n’importe où dans votre corps. Et pour moi c’est vraiment inquiétant. Nous ne savons pas si c’est dangereux. Les compagnies qui les fabriquent ne connaissent pas les risques. Les compagnies qui fabriquent les crèmes solaires ne connaissent même pas la taille des nano-particules avec lesquelles elles travaillent. Rien n’est clair.
David Goessmann : Pouvez-vous parler des restrictions actuelles sur l’application de ces nanotechnologies à des produits, et des restrictions qu’il nous faudrait mettre en place pour sécuriser leur utilisation ?
Pat Mooney : Il y a plusieurs milliers de produits sur le marché actuellement. Aucun d’entre eux, je pense, n’est identifié comme contenant des nano-particules. Absolument aucun. Ce sont des pesticides, ce sont des produits alimentaires, ce sont des cosmétiques, ce sont des crèmes solaires, ce sont des éléments d’ordinateurs, de voitures, d’avion, et beaucoup d’autres choses… des vêtements, etc. Elles sont partout, elles sont parmi nous aujourd’hui. Il n’y a que deux législations que je connaisse qui sont actuellement proposées ou déjà mises en œuvre qui concernent les nano-particules, une aux États-Unis, qui traite les nano-particules contenues dans les machines à laver comme un pesticide. Et au Royaume-Uni, pardon dans l’Union européenne, il existe actuellement une proposition d’accord qui indique que les produits cosmétiques contenant des nano-particules devront aussi être réglementés. C’est tout. Et la raison n’est pas que ceux qui sont en charge de la réglementation sont complètement stupides, ce n’est pas non plus qu’ils ont été corrompus par les compagnies, c’est parce que nous avons affaire à des matériaux qui ont été utilisés à une échelle macro pendant des décennies. Par exemple, nous avons utilisé l’oxyde d’aluminium à l’échelle macro pendant un siècle. L’oxyde d’aluminium est employé par votre dentiste pour traiter les caries. C’est complètement sans danger de l’utiliser à l’échelle macro. Vous pouvez l’avoir dans votre organisme pendant toute votre vie et ça ne posera pas de problème du tout. Mais, à l’échelle nano, cet oxyde d’aluminium explose littéralement. L’armée américaine utilise l’oxyde d’aluminium pour faire exploser des bombes. C’est exactement la même substance qui est utilisée par les dentistes, mais elle l’est à l’échelle nano. Mais, évidemment, ceux qui sont en charge de réguler tout ça n’ont jamais considéré les choses sous cet angle. Ils disent, on l’a déjà approuvé pour une crème solaire, on l’a approuvé pour un produit alimentaire dans le passé, alors ne nous embêtez plus avec ça. Nous l’avons déjà accepté. Mais, bien sûr, à l’échelle nano c’est complètement différent. Ça passe la barrière sanguine de votre cerveau, de votre peau, et cela a un impact complètement différent sur votre organisme.
Fabian Scheidler : Et quels sont les opérateurs principaux dans ce domaine ? Quelles compagnies sont impliquées ? La totalité ?
Pat Mooney : Toutes. Il n’y a pas une seule compagnie au classement du magazine Fortune des 500 premières entreprises à l’échelle mondiale qui ne soit impliquée dans les nanotechnologies. Parce qu’elles vous donnent la possibilité de diversifier vos sources de matières premières et offrent des possibilités nouvelles qui peuvent être introduites quand on travaille à l’échelle nano. Je m’inquiète davantage de savoir qui est propriétaire et qui contrôle cette technologie que des risques pour la santé et pour l’environnement, aussi sérieux soient-ils. Ce qu’on rencontre avec les nanotechnologies, ce sont des brevets individuels, où chaque brevet s’applique à 33 éléments différents du tableau périodique à l’échelle nano. Donc l’utilisation non autorisée à l’échelle nano de n’importe lequel de ces 33 éléments représenterait la violation d’un brevet unique. Ceci équivaut littéralement au contrôle de la moitié ou plus des éléments représentés au tableau périodique. Un seul brevet. Des brevets ont déjà été attribués aux États-Unis et à Munich. Le brevet stipule que cela contribue à la fabrication des moteurs électriques. Mais ces assemblages nano pourraient tout aussi bien être utilisés dans la production alimentaire, dans l’industrie textile, dans le secteur des explosifs, dans la production informatique, dans l’Aérospatiale et c’est donc potentiellement le spectre entier de l’économie qui est concerné. Parce qu’on n’a encore jamais vu de technologie aussi fondamentale dans la nature pour laquelle un brevet puisse être détenu.
Fabian Scheidler : Vous avez appelé à un moratoire sur les nanotechnologies. Vous pouvez en dire un mot ?
Pat Mooney : Nous allons nous trouver dans la situation absurde d’avoir à appeler constamment à des moratoires sur pratiquement tout. Nous avons appelé à un moratoire sur la géo-ingéniérie, et nous l’avons obtenu ; de même, sur les graines du type Terminator, par exemple, et nous l’avons également obtenu ; et un moratoire sur la fertilisation des océans, et nous l’avons obtenu. Et maintenant, nous disons qu’il devrait en aller de même pour les nanotechnologies et la biologie synthétique. Le principe de précaution stipule très clairement que les particules nano ne devraient pas être autorisées dans notre nourriture, nos boissons, et nos pesticides, jusqu’à ce qu’on soit certain qu’elles sont sans danger. Les Nations Unies doivent vraiment nous suivre sur ce point. Nous avons réussi dans d’autres instances, mais nous n’avons pas obtenu gain de cause partout. Et, pour être tout à fait honnête, on se sent un peu ridicule de toujours réclamer la même chose. Il faudrait aller plus loin que des moratoires, adoptés en tant que mesures ad hoc. Nous avons vraiment besoin de conventions internationales relatives à l’évaluation des nouvelles technologies. Des dispositifs qui, au niveau des Nations Unies, permettent à chacun de nous, dans cette société, en toute transparence, de suivre le développement d’une technologie depuis le laboratoire à sa commercialisation et qui nous permette de dire à certaines étapes du processus : ceci est risqué, ou bien : il n’y a pas de risque, poursuivons, ou encore : des analyses supplémentaires sont nécessaires avant l’autorisation de mise sur le marché. Rien de tout cela n’existe pour le moment. Aucune disposition des Nations Unies ne permet à la population d’un pays de statuer sur le fait qu’une technologie est utile ou dangereuse ou doit faire l’objet de recherches supplémentaires. Or il faut aller plus loin que cette pratique des moratoires ad hoc et les remplacer par une véritable stratégie. C’est une meilleure manière de nous protéger.
David Goessmann : Nous parlons des nanotechnologies, des biotechnologies, de la géo-ingéniérie. Comment est-ce que tout cela affecte les compagnies multinationales, en Afrique en particulier, et les habitants ?
Pat Mooney : Il semble que l’Afrique pâtisse de tout en fin de compte. Je veux dire que des propositions ont été faites en matière de géo-ingéniérie, par exemple, de s’installer dans des régions à sable bitumineux au Canada, d’où je viens, d’utiliser les sulfates qui sont sur place et de développer des pipelines. On peut utiliser les nanotechnologies pour construire des tuyaux qui pourraient envoyer des sulfates dans la stratosphère. Créer quelque chose comme un volcan artificiel. Et ce qui se passera, si vous émettez pendant un certain temps dans la stratosphère, c’est que vous aurez des nano-particules flottant dans les zones tempérées du globe. Elles flotteraient là pendant environ deux ans. En faisant cela, vous réussissez effectivement à diminuer les températures dans ma région du monde ; en Allemagne également, vous obtiendrez des températures plus basses. Vous réduirez en même temps les émissions de méthane et c’est également une bonne chose. Mais ce qui risque également d’arriver, semble-t-il, nous n’en sommes même pas sûrs, mais des scientifiques allemands ont dit que c’était possible, c’est que cela perturberait la direction de la mousson en Asie. Elle soufflerait au sud de l’Asie, et donc ne toucherait plus l’Inde, le Bangladesh, et le Pakistan, ce qui signifie qu’il y aurait des sécheresses. Elle arriverait également sur l’Afrique et y introduirait le chaos climatique. En fait, nous ne savons pas où il y aurait des pluies, où il n’y en aurait pas et, s’il y en a, quelle serait la force des vents. En revanche, nous savons que cela causerait le chaos dans l’agriculture africaine. Mais dans les pays du Nord, les choses se passeraient bien. Personne d’autre ne verrait d’amélioration, mais nous, nous nous en trouverions bien. Voilà, c’est le genre de danger auquel nous faisons face. Et c’est le genre de projet qui est discuté en ce moment. Il y a des chercheurs à l’Institut Alfred Wegener en Allemagne qui envisagent la fertilisation des océans comme solution, comme manière de stabiliser le climat. Il y a Paul Crutzen, en Allemagne, prix Nobel de chimie, qui approuve l’idée d’envoyer des éléments sulfurés dans la stratosphère. Oui, bien sûr, il en coûterait peut-être 60 ou 70000 morts supplémentaires par an au Nord, à cause de maladies pulmonaires ou autres. L’analyse de Paul Crutzen est que le coût de ces techniques de géo-ingéniérie serait d’environ 50 milliards d’euros par an ; ce qui, en regard du changement climatique, est un coût relativement modeste. Ça tue simplement les gens, c’est tout.
Traduction de l’anglais par Agnès Sinaï et Françoise Gollain
Les Jeux olympiques sont le terrain d’entraînement de la tyrannie capitaliste
« Un formidable transfert de puissance publique vers des firmes privées a été réalisé, en utilisant comme levier des droits de propriété intellectuelle »
A première vue, il y a assez peu de rapports entre les Jeux olympiques de Londres et les univers dystopiques du cyberpunk, tel qu’ils ont été imaginés à partir des années 80 dans les romans de William Gibson ou de Bruce Sterling, à partir des premières intuitions de Philip K. Dick ou de John Brunner.
A bien y réfléchir cependant, le dopage – dont le spectre rôde sans surprise toujours sur ces jeux 2012 – est déjà un élément qui fait penser au cyberpunk, où les humains cherchent à s’améliorer artificiellement par le biais d’implants bioniques ou l’absorption de substances chimiques.
Mais c’est plutôt à travers la gestion des droits de propriété intellectuelle par le CIO [Comité international olympique] que l’analogie avec le cyberpunk me semble la plus pertinente et à mesure que se dévoile l’arsenal effrayant mis en place pour protéger les copyrights et les marques liés à ces Jeux olympiques, on commence à entrevoir jusqu’où pourrait nous entraîner les dérives les plus graves de la propriété intellectuelle.
Une des caractéristiques moins connues des univers cyberpunk est en effet la place que prennent les grandes corporations privées dans la vie des individus. L’article de Wikipédia explicite ainsi ce trait particulier :
"Multinationales devenues plus puissantes que des États, elles ont leurs propres lois, possèdent des territoires, et contrôlent la vie de leurs employés de la naissance à la mort. Leurs dirigeants sont le plus souvent dénués de tout sens moral. La compétition pour s’élever dans la hiérarchie est un jeu mortel.
"Les personnages des romans cyberpunk sont insignifiants comparativement au pouvoir quasi-divin que possèdent les méga-corporations : ils sont face à elles les grains de sable dans l’engrenage."
Dans les univers cyberpunk, les firmes privées les plus puissantes ont fini par absorber certaines des prérogatives qui dans notre monde sont encore l’apanage des Etats, comme le maintien de l’ordre par la police ou les armées. Les corporations cyberpunk contrôlent des territoires et les employés qui travaillent pour elles deviennent en quelque sorte l’équivalent de “citoyens” de ces firmes, dont les droits sont liés au fait d’appartenir à une société puissante ou non.
Pour les JO de Londres, le CIO est parvenu à se faire transférer certains droits régaliens par l’Etat anglais, mais les romanciers de la vague cyberpunk n’avaient pas prévu que c’est par le biais de la propriété intellectuelle que s’opérerait ce transfert de puissance publique.
Des opposants aux Jeux qui détournent le logo officiel de l’évènement. Vous allez voir que ce n’est pas sans risque sur le plan juridique… Pour défendre ses marques et ses droits d’auteur, mais aussi être en mesure de garantir de réelles exclusivités à ses généreux sponsors comme Coca-Cola, Mac Donald’s, Adidas, BP Oil ou Samsung, le CIO a obtenu du Parlement anglais le vote en 2006 d’un Olympics Game Act, qui lui confère des pouvoirs exorbitants. L’Olympics Delivery Authority dispose ainsi d’une armada de 280 agents pour faire appliquer la réglementation en matière de commerce autour des 28 sites où se dérouleront les épreuves et le LOCOG (London Organizing Committee) dispose de son côté d’une escouade de protection des marques, qui arpentera les rues de Londres revêtue de casquettes violettes pour s’assurer du respect de l’Olympics Brand Policy. Ils auront le pouvoir d’entrer dans les commerces, mais aussi dans les “locaux privés”, et de saisir la justice par le biais de procédures d’exception accélérées pour faire appliquer des amendes allant jusqu’à 31 000 livres…
L’Olympics Game Act met en place une véritable police du langage, qui va peser de tout son poids sur la liberté d’expression pendant la durée des jeux. Il est par exemple interdit d’employer dans une même phrase deux des mots “jeux”, “2012″, Twenty Twelve”, “gold”, “bronze” ou “medal”. Pas question également d’utiliser, modifier, détourner, connoter ou créer un néologisme à partir des termes appartenant au champ lexical des Jeux. Plusieurs commerces comme l’Olympic Kebab, l’Olymic Bar ou le London Olympus Hotel ont été sommés de changer de noms sous peine d’amende.
L’usage des symboles des jeux, comme les anneaux olympiques, est strictement réglementé. Un boulanger a été obligé d’enlever de sa vitrine des pains qu’il avait réalisés en forme d’anneaux ; une fleuriste a subi la même mésaventure pour des bouquets reprenant ce symbole et une grand-mère a même été inquiétée parce qu’elle avait tricoté pour une poupée un pull aux couleurs olympiques, destiné à être vendu pour une action de charité !
Cette règle s’applique aussi strictement aux médias, qui doivent avoir acheté les droits pour pouvoir employer les symboles et les termes liées aux Jeux. N’ayant pas versé cette obole, la chaîne BFM en a été ainsi réduite à devoir parler de “jeux d’été” pour ne pas dire “olympiques”. Une dérogation légale existe cependant au nom du droit à l’information pour que les journalistes puissent rendre compte de ces évènements publics. Mais l’application de cette exception est délicate à manier et le magazine The Spectator a été inquiété pour avoir détourné les anneaux olympiques sur une couverture afin d’évoquer les risques de censure découlant de cet usage du droit des marques. Cet article effrayant indique de son côté que plusieurs firmes anglaises préfèrent à titre préventif s’autocensurer et dire “The O-word” plutôt que de se risquer à employer le terme “Olympics“. On n’est pas loin de Lord Voldemort dans Harry Potter, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Dire-Le-Nom !
Des affiches protestant contre les restrictions imposées par le CIO sur le fondement du droit des marques
Le dérapage vers la censure, le CIO l’a sans doute déjà allègrement franchi. Le blog anglais Free Speech rapporte que les comptes Twitter d’activistes protestant contre la tenue des jeux à Londres ont été suspendus suite à des demandes adressées à Twitter, parce qu’ils contenaient dans leur nom les termes JO 2012. Des moyens exceptionnels de police ont aussi été mis en place pour disperser les manifestations et patrouiller dans plus de 90 zones d’exclusion. Plus caricatural encore, il n’est permis de faire un lien hypertexte vers le site des JO 2012 que si l’on dit des choses positives à leurs propos ! Même Barack Obama et Mitt Romney ont été affectés par la police du langage du CIO, qui a exigé pour violation du copyright que des vidéos de campagne faisant allusion aux JO soient retirées…
Pour les spectateurs qui se rendront dans les stades, le contrôle sera plus drastique encore et ils seront liés par des clauses contractuelles extrêmement précises, détaillées sur les billets d’entrée. Ces mesures interdisent par exemple de rediffuser des vidéos ou des photos sur les réseaux sociaux, afin de protéger les exclusivités accordées aux médias et là encore, des cellules de surveillance ont été mises en place pour épier des sites comme Twitter, Facebook, Youtube, Facebook ou Instagram.
No photography, please. We are british
Les règles des jeux dicteront également aux spectateurs jusqu’à ce qu’ils doivent manger. Impossible par exemple d’échapper aux frites de Mac Donald’s dans les lieux où se dérouleront les épreuves, ce dernier ayant obtenu une exclusivité sur ce plat, sauf comme accompagnement du plat national des fish’n chips pour lequel une exception a été accordée ! La propriété intellectuelle dictera également la manière de s’habiller, les autorités olympiques ayant indiqué qu’on pouvait tolérer que les spectateurs portent des Nikes alors qu’Adidas est sponsor officiel, mais pas qu’ils revêtent des T-Shirts Pepsi, dans la mesure où c’est Coca-Cola qui a payé pour être à l’affiche ! Pas le droit non plus d’apporter des routeurs 3G ou wifi sous peine de confiscation : British Telecom a décroché une exclusivité sur l’accès wifi et les spectateurs devront payer (mais uniquement par carte Visa, sponsor oblige !).
On pourrait encore multiplier ce genre d’exemples digne de Kafka, mais la démonstration me semble suffisamment éloquente. Ces Jeux de Londres nous font pleinement entrer dans l’âge cyberpunk. Un formidable transfert de puissance publique vers des firmes privées a été réalisé, en utilisant comme levier des droits de propriété intellectuelle. On mesure alors toute la force des “droits exclusifs” attachés aux marques et au copyright, dès lors qu’ils s’exercent ainsi de manière débridée, dans un environnement saturé de signes et de logos. Le Tumblr OpenOlymPICS documente la manière dont la ville de Londres s’est transformée avec l’évènement et comment les lieux se sont couverts d’allusion aux JO : ce sont autant de “marques” qui donnent prise au pouvoir du CIO sur l’espace.
Cette propriété privé aboutit en fait bien à “priver” les citoyens de leurs libertés publiques pour les soumettre à la loi des corporations. Grâce à ces droits, ce sont des biens publics essentiels comme les mots du langage, l’information, l’espace urbain, les transports en commun, la gastronomie, les codes vestimentaires qui sont “privatisés”.
Le déclic qui m’a le plus fortement fait penser à l’univers cyberpunk, je l’ai eu lorsque nous avons appris qu’un athlète avait décidé de louer son épaule pour faire de la publicité sauvage pour des marques n’ayant pas versé de droits aux CIO par le biais d’un tatouage. Ce coureur a mis son propre bras aux enchères sur eBay et il s’est ainsi offert à une agence de pub’ pour 11 100 dollars. On est bien ici dans la soumission d’un individu à une corporation et elle passe comme dans les romans cyberpunk par des modifications corporelles qui inscrivent cette vassalité dans la chair !
Ces dérives sont extrêmement graves et elles dessinent sans doute les contours d’un avenir noir pour nos sociétés. Au cours de la lutte contre ACTA, SOPA ou PIPA, l’un des points qui a attiré le plus de critiques de la part des collectifs de lutte pour la défense des libertés était précisément le fait que ces textes transféraient à des opérateurs privés (FAI ou titulaires de droits) des pouvoirs de police pour faire appliquer les droits de propriété intellectuelle. C’est exactement ce que la Quadrature du net par exemple reprochait au traité ACTA, dans cette vidéo Robocopyright ACTA, qui détournait d’ailleurs un des films emblématiques de la culture cyberpunk.
Ce que le CIO a obtenu du gouvernement britannique dépasse très largement tout ce qui figurait dans ACTA ou SOPA en termes de délégation de puissance publique. J’ai encore du mal à le croire, mais dans cet article, on apprend même que le Ministre de la défense britannique prévoyait, à la demande des autorités olympiques, d’installer des batteries de missiles sur des toits d’immeubles d’habitation pour protéger des sites olympiques d’éventuelles attaques terroristes. Si ça, c’est pas cyberpunk !
Dans un article paru sur le site du Monde, Patrick Clastre, un historien spécialisé dans l’histoire des jeux indique que le degré de contrôle n’a jamais été aussi fort que pour ces jeux à Londres, bien plus en fait qu’il ne le fut à Pékin en 2008. Il ajoute que pour imposer ce type de règles, le CIO a besoin “d’une dictature ou d’un pays ultralibéral“.
Cette phrase est glaçante
Imaginez un instant qu’un parti politique par exemple ait la possibilité de contrôler les médias, de mettre en oeuvre une censure, de lever une police privée, de faire fermer des commerces, d’imposer à la population des règles concernant la nourriture et l’habillement, etc. Ne crierait-on pas à la dérive fascisante et n’aurait-on pas raison de le faire ? Le niveau de censure et de contrôle exercé en ce moment à Londres est-il si différent de celui qui pesait sur les populations arabes avant leurs révolutions ?
Doit-on faire deux poids, deux mesures parce que des firmes et des marques sont en jeu plutôt qu’un parti ? En ce sens, je vois un certain parallèle entre ces jeux de Londres de 2012 et les funestes jeux de Berlin de 1936. On dira peut-être que je marque un point Godwin, mais en termes d’atteinte aux libertés publiques, est-on vraiment si éloigné de ce qui se passait en Allemagne durant l’entre-deux-guerres ?
La semaine dernière, Jérémie Nestel du collectif Libre Accès a écrit un billet extrêmement fort, intitulé “la disparition des biens communs cognitifs annonce une société totalitaire“. J’étais globalement d’accord avec son propos, même si je trouvais l’emploi du terme “totalitaire” contestable. Mais cet article comporte les passages suivants, qui font directement écho aux dérapages juridiques des Jeux Olympiques :
"La volonté des multinationales de privatiser les biens communs cognitifs est une atteinte à la sphère publique. La sphère publique, jusqu’à présent désignée comme un espace ouvert accessible à tous, au sein duquel on peut librement circuler, peut s’étendre aux espaces cognitifs. [...]
"Empêcher la transformation d’une œuvre, et créer artificiellement une frontière au sein « des espace communs de la connaissance » est un acte propre à une société totalitaire."
Les règles mises en place par le CIO pour protéger ses droits de propriété intellectuelle portent gravement atteinte à la sphère publique et elles aboutissent à la destruction de biens communs essentiels. Hannah Arendt explique très bien que le totalitarisme opère en détruisant la distinction entre la sphère publique et la sphère privée. Dans le cas des fascismes d’entre-deux-guerres ou du stalinisme, c’est la sphère publique qui a débordé de son lit et qui a englouti la sphère privée jusqu’à la dévorer entièrement.
Les dérives de la propriété intellectuelle que l’on constate lors de ces Jeux olympiques fonctionnent en sens inverse. C’est cette fois la sphère privée qui submerge l’espace public et le détruit pour le soumettre à sa logique exclusive. L’effet désastreux sur les libertés individuelles est sensiblement identique et c’est précisément ce processus de corruption qu’avaient anticipé les auteurs du Cyberpunk, avec leurs corporations souveraines.
A la différence près qu’ils n’avaient pas imaginé que ce serait la propriété intellectuelle qui serait la cause de l’avènement de ce cauchemar…
Ne croyons pas en France être à l’abri de telles dérives. Tout est déjà inscrit en filigrane dans nos textes de lois. Le Code du Sport prévoit déjà que les photographies prises lors d’une compétition appartiennent automatiquement aux fédérations sportives, ce qui ouvre la porte à une forme d’appropriation du réel. A l’issue de l’arrivée du Tour de France, des vidéos amateurs ont ainsi été retirées de Youtube à la demande de la société organisatrice du Tour, avec l’accord du CSA, qui dispose en vertu d’une autre loi du pouvoir de fixer les conditions de diffusion de ce type d’images. Et les compétences de cette autorité s’étendent aux manifestations sportives, mais plus largement “aux événements de toute nature qui présentent un intérêt pour le public“…
Réagissons avant qu’il ne soit trop tard et refusons ces monstruosités juridiques !
PS : une chose qui me fait rire quand même, c’est que visiblement le CIO rencontre quelques problèmes avec le logo des jeux de Londres 2012, qu’un artiste l’accuse d’avoir plagié à partir d’une de ses oeuvres…
Un Japon sans nucléaire est possible, selon le ministre japonais de l’économie
Yukio Enado estime qu’un abandon de l’énergie nucléaire à l’horizon 2030 ne serait pas néfaste à l’économie du pays.
Le ministre japonais de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie a jugé, mardi 7 août, envisageable que le Japon se passe complètement d’énergie nucléaire à partir de 2030, sans que cela ne porte préjudice à l’économie du pays.
« Nous pouvons le faire », a déclaré Yukio Edano, lors d’une conférence de presse, en réponse à une question sur les conséquences négatives d’un éventuel arrêt total des réacteurs d’ici là.
Le gouvernement nippon planche actuellement sur la définition d’un nouveau bouquet énergétique, près d’un an et demi après l’accident nucléaire de Fukushima qui a rendu caduc l’objectif antérieur d’élever la part du nucléaire d’un peu moins de 30% de la production d’électricité à 53% d’ici à 2030.
Les autorités étudient actuellement trois scénarios possibles d’ici à 2030 : se passer totalement d’énergie nucléaire, baisser sa part à 15% de l’électricité ou ne la réduire que marginalement, entre 20 et 25% de l’électricité produite.
« Je ne pense pas que le scénario ’zéro’ soit négatif pour l’économie japonaise », a souligné Yukio Edano.
« Au contraire, il favoriserait la croissance car il faudrait développer les énergies renouvelables et améliorer notre efficacité énergétique, ce qui soutiendrait la demande intérieure », a-t-il précisé.
Des experts désignés par le gouvernement ont précédemment affirmé qu’un scénario « zéro nucléaire » réduirait de 1,2% à 7,6% le produit intérieur brut de la troisième puissance économique mondiale en 2030.
Le sentiment antinucléaire s’est développé au Japon depuis l’accident de Fukushima de mars 2011, qui a forcé une centaine de milliers de riverains à quitter leurs logements.
Des manifestations de quelques milliers de personnes, un nombre significatif pour le Japon, sont organisées chaque vendredi devant le bureau du Premier ministre, Yoshihiko Noda, pour lui demander de ne pas relancer les réacteurs actuellement à l’arrêt et de faire sortir le pays du nucléaire.
Seuls deux réacteurs sur les 50 du Japon sont actuellement en service, les autres ayant été stoppés soit à cause d’un séisme, soit en raison des nouvelles mesures de sécurité exigées par les autorités depuis Fukushima.
L’archipel a même été complètement privé d’énergie atomique aux mois de mai et juin, avant que Yoshihiko Noda n’autorise le redémarrage de deux tranches dans le centre du pays, provoquant la colère des antinucléaires.
Soupçons sur les cuves de 22 réacteurs nucléaires
La sûreté de 22 réacteurs nucléaires de huit pays va devoir être revue, après la découverte, en Belgique, de « potentielles fissures » sur la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, située près d’Anvers.
Ces défauts révélés, mardi 7 août, par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge, pourraient aussi affecter un autre réacteur du pays, celui de Tihange 2, dont la cuve a été fournie par le même fabricant, le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij, qui a depuis cessé ses activités.
Mais la Belgique n’est pas seule concernée. Le groupe hollandais a fabriqué les cuves de vingt autres réacteurs, installés pour dix d’entre eux aux Etats-Unis et, pour les autres, en Allemagne (2), en Argentine (1), en Espagne (2), aux Pays-Bas (2), en Suède (1) et en Suisse (2). Il est donc possible que les mêmes défauts soient présents sur ces installations.
C’est lors de la révision décennale débutée le 2 juin, du réacteur de Doel 3, mis en service en 1982, qu’une méthode d’analyse par capteurs ultrasoniques a détecté la présence de « très nombreuses indications qui pourraient s’assimiler à de potentielles fissures », a indiqué l’AFCN. Cet événement a été « temporairement » classé au niveau 1, sur une échelle internationale qui compte 7 degrés de gravité.
Le combustible nucléaire ayant été déchargé pour la révision, « il n’y a aucun danger pour la population, les travailleurs et l’environnement », soulignent l’AFCN et Electrabel, la filiale belge du groupe français GDF-Suez qui exploite l’installation.
DES DÉFAUTS VIEUX DE 30 ANS, MAIS JAMAIS DÉTECTÉS
La nature de ces défauts, probablement présents dès la construction mais qui avaient échappé pendant trente ans aux ingénieurs d’Electrabel, doit être précisée par des tests complémentaires qui vont nécessiter « quelques mois de travail », a expliqué, mercredi 8 août, un porte-parole de l’électricien. « Il faut vérifier si ces anomalies peuvent se transformer en fissures ou s’il y a déjà des fissures », a pour sa part souligné l’AFCN.
Les défauts constatés n’ont pas entraîné de fuites d’éléments radioactifs – qui auraient été nécessairement détectées – durant les phases de fonctionnement du réacteur. Mais, commente François Balestreri, de l’Institut national de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, ils montrent que « la qualité de fabrication n’est pas au plus haut niveau ».
La cuve d’un réacteur qui en enferme le cœur, c’est-à-dire les barres de combustible et le circuit primaire de refroidissement, mesure 13 m de haut pour un diamètre extérieur de 4,4 m et un poids de plus de 300 tonnes. Elle est composée d’éléments en acier de 20 cm d’épaisseur, soudés entre eux. Les anomalies détectées risquent de produire des fissures verticales, qui fragilisent davantage la structure que si elles étaient horizontales, indique dans un courriel interne le directeur de l’AFCN, Willy De Roovere.
L’agence de contrôle belge ne donnera son feu vert au redémarrage de Doel 3 que si des « arguments convaincants » sont fournis par Electrabel. En attendant, il restera à l’arrêt « au moins jusqu’au 31 août ». Dans sa note diffusée en interne, le patron de l’AFCN n’exclut pas un arrêt définitif dans le « pire des cas ». « Les problèmes paraissent assez graves pour empêcher le réacteur de redémarrer », estime aussi l’IRSN.
Le même sort pourrait être réservé au réacteur numéro 2 de la centrale de Tihange, près de Liège. Mis en service en 1983, et doté d’une cuve elle aussi fabriquée par la firme de Rotterdam, il doit être mis à l’arrêt dans les prochains jours pour révision. Il fera l’objet d’analyses ultrasoniques dont les résultats sont attendus fin septembre. L’AFCN prône l’inspection à terme des cinq autres réacteurs belges, même si leurs cuves ont été fabriquées par le français Creusot ou le japonais Japan Steel.
EN FRANCE, DE MULTIPLES CONTRÔLES
En France, les cuves des 58 réacteurs nucléaires ont toutes été fournies par Creusot-Loire (intégré depuis au groupe Areva). L’Autorité de sûreté française souligne qu’elles sont contrôlées en phase de fabrication et en phase d’exploitation, à l’occasion des visites décennales des centrales. Toutefois, EDF se dit prête à prendre en compte les expertises à venir sur les deux réacteurs belges.
En Belgique, l’arrêt plus long que prévu de Doel 3 et Tihange 2 ne devrait pas poser de problème d’approvisionnement, du moins en cette période estivale, selon le gestionnaire du réseau belge à haute tension, Elia. Mais, en cas d’arrêt définitif, le pays serait en difficulté, car il dépend à 51 % du nucléaire pour sa production d’électricité. Pour Willy De Roovere, le calendrier de sortie du nucléaire progressive qu’a adopté la Belgique « pourrait être revu ».
Le gouvernement de coalition d’Elio Di Rupo avait déjà modifié en juillet ce calendrier adopté dès 2003 sous la pression des écologistes, tout en conservant le principe de fermeture des sept réacteurs belges entre 2016 et 2025. Mais selon ce scénario, les deux réacteurs de Doel et Tihange devaient être parmi les derniers à fermer. Ce plan est contesté par GDF Suez, qui a réclamé, la semaine dernière, des précisions aux autorités belges, sans lesquelles le groupe affirme ne pas pouvoir investir les sommes nécessaires à la prolongation jusqu’en 2025 du réacteur de Tihange 1. L’entreprise a déjà menacé de quitter le pays si l’environnement économique lui était trop défavorable.
L’incident met sous pression la Commission européenne, qui a assuré vouloir répondre à toutes les craintes des citoyens sur la sûreté des installations nucléaires et dont un rapport sur le sujet est attendu à l’automne.
Pierre Le Hir et Intérim (à Bruxelles)
Au nom de la Loire
Du 16 Juillet au 15 Août 2012, « Au nom de la Loire, hommage à Maurice Genevoix » sur les bords de la Loire, quai du chatelet, Orléans exposition géante.
A la découverte d’une autre Grèce
Un séjour d’à peine deux semaines en Grèce ne permet guère d’en avoir une vision très claire. Il sert surtout à se rendre compte à quel point nous connaissions mal ce pays qui correspond peu à l’image caricaturale largement projetée par nos médias.
Dans ce premier retour sur notre voyage je n’évoquerai pas la profonde crise économique, sociale et humaine que vit aujourd’hui la Grèce, les dégâts causés par les diktats européens et par la tristement célèbre troïka1, les réductions de salaires de 20%, 30%, parfois même de 50% ou 70%, les retraites sabrées de 20%, les coupes drastiques dans les budgets de la santé, les chiffres astronomiques du chômage, les 40.000 nouveaux sans abris, le million de repas distribués gratuitement chaque jour par différents organismes dont l’église2… C’est une autre réalité que j’ai envie d’évoquer, celle que nous avons découverte dans des zones fortement rurales.
Nous avons commencé notre voyage à Paranesti au nord de Drama, sur les contreforts des Rhodopes, la chaîne de montagnes qui longe les deux côtés de la frontière avec la Bulgarie. C’est la municipalité la plus grande et la moins peuplée de la Grèce, riche en immenses étendues de forêt. Nous y sommes allés pour participer à une bourse aux semences et une rencontre internationale de trois jours organisées par Peliti, une association créée il y a dix ans par Panagiotis et Sonia Sainatoudis.
Première surprise de taille : nous nous sommes retrouvés dans ce qui doit être le plus grand événement lié aux semences en Europe, emportés par une énergie et un enthousiasme époustouflants. Environ 7000 personnes ont partagé cette expérience, apportant et surtout emportant des sachets de semences de variétés anciennes ou locales de légumes ou de céréales. Elles sont venues d’un peu partout en Grèce, de plusieurs régions et îles.
Tout a commencé dans les années 90 lorsque Panagiotis a décidé de parcourir son pays en stop, sans argent, allant d’une région rurale à l’autre, à la recherche de ces variétés traditionnelles qui étaient déjà en train de se perdre. Il en a réuni environ 1200 et fut vite dépassé par la tâche de sauvegarder et multiplier cette immense richesse. D’où la nécessité de mettre en place un réseau capable d’assumer ce travail. Peliti, qui tire son nom d’un chêne qui a particulièrement inspiré Panagiotis, réunit aujourd’hui une dizaine de groupes locaux en Grèce – à Komitini près de la frontière turque, à Ioannina du côté de l’Albanie, sur des îles comme Egine et Lefkada… Elle mène une forte activité dans les écoles de plusieurs régions. Cette année ce fut le dixième et plus grand rassemblement organisé par l’association.
L’esprit au coeur de l’action de Peliti est le don. Plus de 20.000 sachets de semences ont été distribués ou échangés ; un repas a été proposé aux participants, également gratuitement, grâce à une tonne et demie de légumes fournis par une cinquantaine de paysans locaux. Cette année, Peliti a l’intention de construire un nouveau bâtiment pour sa banque de semences et elle continuera à étendre son activité partout dans le pays.
Grâce à de nombreux entretiens enregistrés pour Radio Zinzine et à d’autres conversations, nous avons commencé à cerner certains traits essentiels de la société grecque, surtout en ce qui concerne les campagnes.
Ce n’est que relativement récemment que la Grèce existe comme nation
De 1453 à 1828 elle faisait partie de l’Empire Ottoman. En 1828, elle est reconnue pour la première fois, comprenant l’Attique, Athènes, le Pélopponèse et les Cyclades. Entre 1928 et 1948 le pays a doublé de surface environ tous les trente ans3. Or, chez les Ottomans il n’existait pas de propriété privée du foncier. Toutes les terres appartenaient au Sultan qui accordé l’usufruit de grands domaines à ses fidèles serviteurs. D’autre part, dans les provinces sous son contrôle, les Ottomans ont privilégié, chez les autochtones, les petits paysans, moins susceptibles de menacer leur domination que des grands propriétaires ou notables locaux. Petit à petit, suite au départ des Turcs, les Grecs ont occupé les terres, souvent sans titre officiel, et d’autre part l’Etat a également récupéré des surfaces, surtout celles qui appartenaient à l’Empire Ottoman. Ce qui explique, par exemple, que 95% de la forêt en Grèce soit publique.
En 1922, suite au très grand et traumatisant échange de populations turques et grecques qui a vu un million et demi de réfugiés quitter l’Asie Mineure pour la Grèce, une importante réforme agraire a été menée, parmi les plus radicales d’Europe de l’Ouest, qui a distribué des terres à ceux qui les travaillaient. Grâce à cette réforme, il existe une distribution de terres assez égalitaire, avec en général de cinq à vingt hectares par ferme.
L’exode rural en Grèce date surtout de la période qui a suivi la 2e guerre mondiale et la guerre civile féroce menée entre 1945 et 1949. Il est peu connu que les Allemands ont détruit la quasi-totalité des gros bourgs de montagne de plus de 2.000 habitants, ce qui a porté un coup terrible au tissu rural. L’exode a aussi été favorisé par une politique volontariste, soutenue par les Etats-Unis, visant à accroître l’offre immobilière dans les villes. Il a continué après l’entrée de la Grèce dans la Communauté Européenne en 1981.
Mais le fait que ce fort mouvement de population vers les villes soit relativement récent a comme conséquence que les liens villes-campagnes restent très vivaces. La grande majorité des Grecs ont une partie de leur famille en ville et une autre dans un village. De toute façon, la famille reste une unité centrale très forte dans la vie hellénique. Les citadins gardent une relation affective et constante avec « leur » village, s’y rendant régulièrement pour des fêtes. Il existe, en plus, un phénomène très répandu, celui des associations au sein de la diaspora qui réunissent les ressortissants de tel ou tel village ou province.
Tout cela favorise fortement l’actuel mouvement dans l’autre sens, des villes vers la campagne. Certaines enquêtes évoquent le chiffre surprenant et difficile à vérifier d’un million et demi de Grecs qui seraient tentés par une telle démarche. Environ 50.000 l’auraient déjà entreprise.
Dimitris Goussios, professeur de géographie à l’université de Thessalie, nous a parlé d’un exemple dans lequel il est impliqué. Il s’agit d’Ellinopyrgos, un petit village des contreforts qui entourent la plaine de Thessalie, peuplé aujourd’hui d’une centaine de personnes, presque toutes âgées. Peu de perspectives, on dirait. Faux : il existe depuis longtemps six associations créées par la diaspora originaire de ce village, en Australie, en Allemagne, aux Etats-Unis, à Athènes… qui regroupe 2500 personnes en tout. Plusieurs jeunes, toujours de famillesoriginaires d’Ellinopyrgos, veulent y démarrer des activités agricoles ou maraîchères.
Avec l’aide du Laboratoire dirigé par Dimitris Goussios, une conférence par satellite a donc été organisée, réunissant des habitants du village, les jeunes et des membres des six associations de la diaspora pour déterminer précisément comment le retour à la terre pourra être effectué et accompagné de la meilleure manière possible. De plus, ces associations citadines étroitement liées au village constituent un marché privilégié et très motivé pour les produits qui y seront fabriqués. C’est ainsi que ces associations sont en train de dépasser leur caractère traditionnel festif, culturel et patrimonial pour s’occuper de questions économiques et de l’installation de nouveaux paysans. Elles viennent de signer une charte de gouvernance territoriale avec comme objectif l’intégration de la diaspora au développement de la commune.
L’un de ces jeunes citadins a expliqué à Dimitris Goussios : « moi je ne veux pas venir pour gagner de l’argent. Si je travaille dans une entreprise à Athènes je vais gagner 400€ ou 500€. C’est de l’esclavage pour moi. Ici, même si je gagne autant, c’est surtout la liberté que je retrouve ». Selon Goussios, « c’est la mentalité qui change vers le qualitatif, vers la qualité avec le collectif. L’individualisation n’est pas finie, mais elle n’est pas aussi forte qu’avant ».
Interrogé sur l’étonnant esprit de don au coeur du travail de Peliti, il poursuit : « Je pense qu’au moins pour la Grèce, après trois décennies d’hyperconsommation, la crise aidant, on fait une sorte de réévaluation de ce qu’on avait, de ce qu’on n’a plus. Il n’y a pas si longtemps on n’avait pas seulement le don, mais aussi la réciprocité. Par exemple, ici quand on construisait une maison, tout le monde au village y participait. Donc la solidarité, la réciprocité, le don, nous sommes en train de revoir tout ça. Ce qui est positif en Grèce c’est que ça existe encore, au moins dans les mémoires des gens, tandis qu’en France, comme l’exode date surtout du 19e siècle, il y a une coupure. Il n’y a plus de ponts, de passages, tandis qu’ici, même si c’est quelqu’un de la troisième génération, il a participé aux fêtes au village, il est venu rester dix ou quinze jours, le grand-père l’amenait voir les bêtes à l’étable. Il a donc un contact, même si c’est faible, et la démarche sera plus facile. »
Lors de notre passage dans la deuxième ville grecque, Thessalonique, nous avons visité un jardin créé par 200 citadins de différentes générations et professions sur un terrain militaire qu’ils ont occupé. Les légumes poussent, les jardiniers font les plans des plantations, et pour le moment personne ne les en empêche, mais ils devront sans doute se battre pour pouvoir y rester. Ce n’est qu’un exemple des nombreux jardins collectifs démarrés dans les villes grecques depuis le début de la crise.
Un autre phénomène nouveau s’est développé très rapidement, largement connu aujourd’hui comme la « révolution des patates ». Au début de cette année, les producteurs de pommes de terre de la région de Nevrokopi dans le nord du pays, se sont retrouvés avec une grosse récolte qu’ils n’arrivaient pas à vendre à un prix correct. Les supermarchés proposaient 15 centimes le kilo, ce qui ne couvre pas les coûts de production, et les revendaient à plus de 70 centimes. Ils ont réagi en distribuant des tonnes de patates gratuitement sur les places de grandes villes. Voyant cela, un professeur de sport à Katerini, Elias Tsolakidis, s’est mis en contact avec eux et a mis en place un système de commandes directes de consommateurs sur internet.
Désormais, les producteurs descendent dans de nombreuses villes, s’installent avec leurs camions sur des parkings et vendent les pommes de terre au prix de 25 centimes le kilo. Tout le monde y gagne, sauf les supermarchés bien évidemment qui ont dû baisser leur prix de vente, même s’il reste encore trop élevé. Ce système a maintenant été étendu à d’autres produits comme l’huile d’olive, la farine et le riz. L’opération qui est coordonnée par des bénévoles a permis aux producteurs de Nevrokopi de vendre 17.000 tonnes de patates en quatre semaines. Plus de 3000 familles y participent déjà à Katerini, une ville de 60.000 habitants. Récemment, plus de 2500 citoyens de Katerini ont goûté les différentes huiles d’olive et fait leur choix – un « exercice de démocratie », selon Tsolakidis.
A Thessalonique nous avons aussi assisté à un rassemblement public contre le projet d’une immense mine d’or à ciel ouvert à Halkilichi qui détruirait plusieurs villages et l’une des forêts les plus riches en biodiversité d’Europe. On y voit une recrudescence de projets de mine et on évoque aussi la présence d’uranium dans le nord près de la frontière bulgare. Lors de cette manifestation, nous avons rencontré Alexis Benos, professeur de médecine, qui est surtout effrayé par les conséquences inévitables pour la santé publique, celle des ouvriers de la mine, de la population environnante et même plus lointaine à cause de la poussière très volatile qu’elle génererait. Il y aura également de graves problèmes de pollution des nappes phréatiques due à l’utilisation massive de cyanure pour extraire l’or du minerai.
De nombreux Grecs craignent que l’Etat, au bord de la faillite et mis sous la pression féroce des banques et de la troïka, brade les richesses minérales de son sous-sol. D’autant plus que dans une époque de crise profonde les mouvements écologiques ont bien du mal à mobiliser la population. On peut aussi se faire du soucis pour les forêts grecques, quasiment toutes publiques et peu exploitées.
Alexis Benos : « C’est vrai que c’est le désastre partout, un désastre naturel, dans les îles, partout. En tant que médecin, il faut que vous dise que ces deux dernières années nous voyons une importante augmentation des suicides et aussi des problèmes de santé, des problèmes psychologiques. En même temps, le gouvernement coupe, détruit le système public de santé. Donc, comment réagir ? Je suis dans un mouvement de solidarité qui se développe ici à Thessalonique où nous avons créé un centre médical de solidarité. Nous sommes plus de soixante personnes qui travaillent dans le secteur de la santé, des médecins, des infirmières, des psychiatres. Nous allons au centre en dehors de nos heures de travail et nous prenons des rendez-vous avec des gens qui n’ont plus aucun accès aux soins parce qu’il n’y a plus de services publics ou qu’ils n’ont plus d’assurance. Auparavant, lorsque tu étais au chômage tu avais une assurance, maintenant c’est fini. Beaucoup de monde se retrouve dans cette situation-là. C’est vraiment une crise brutale pour ces gens qui n’étaient pas pauvres auparavant. Ils avaient un emploi ou un commerce et brusquement ils ont tout perdu. Ce sont eux nos clients. Quand nous avons commencé notre centre médical solidaire nous pensions que la majorité des gens qui viendraient chez nous seraient des immigrés. Mais aujourd’hui 70% ne sont pas des immigrés, ce sont des Grecs. Ce qui rend optimiste, c’est que nous avons un mouvement avec diverses expressions de solidarité, comme vous avez vu aujourd’hui lors du rassemblement contre la mine d’or. C’est un mouvement qui s’agrandit, de solidarité mais aussi de résistance bien sûr. Nous avons un slogan essentiel : ‘Il ne faut laisser personne seul face à la crise’. »
Dimitris Goussios : « Je pense que la grande découverte, depuis les trois ou quatre ans que la crise domine, c’est que les gens commencent de plus en plus à comprendre et accepter que dans ce qu’on a rejeté dans les années 70 il y a des choses qui sont comme des diamants très très importants. Ca peut être la solidarité, ça peut être la fête. De ce point de vue, je pense que la crise a des côtés positifs et le plus positif de tout, c’est que les gens sont capables de chercher une voie alternative.
Dans un café il y avait récemment une discussion pour savoir si on allait passer de la viande aux pois chiches. Dans les cafés ici c’est aussi la rigolade, c’est la théâtre de la Grèce antique, donc on ne sait pas quand on parle sérieusement ou quand on raconte des blagues. Un vieux a dit : ’Ecoutez, moi j’ai fait de grandes fêtes dans ma jeunesse avec des pois chiches et après j’ai vu que de plus en plus de viande occupait la table. Donc faites attention, le vrai problème ce n’est pas si on va manger de la viande ou des pois chiches, le vrai problème, c’est de ne pas perdre la fête !’ »
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Notes :
(1) La troïka désigne les représentants de la Commission européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque centrale européenne qui sont aujourd’hui les principaux bailleurs de fonds publics de la Grèce. En échange de leurs crédits ils imposent des plans d’austérité draconiens et la mise sous tutelle du pays.
(2) Sur une population totale de 10,5 millions.
(3) Elle a obtenu les Iles Ioniennes en 1862, la Thessalie en 1881, la Macédoine et la Thrace en 1912 et enfin les Dodécanèses en 1948.
Autos électriques : les stocks s’amassent
L’auto électrique ne convainct pas encore les automobilistes, même si ses handicaps s’allègent peu à peu.
Même si depuis le début du mois, le bonus écologique a été relevé, les voitures électriques ont encore du mal à séduire les Français. Résultat, les concessionnaires cassent les prix pour écouler leurs stocks, divisant parfois les prix par 3.
Exemple avec la iOn de Peugeot. Son prix de vente a été fixé à 29 500 euros. Mais avec le bonus écologique et les aides du constructeur, il a chuté à 10 900 euros. Un véhicule bradé, car Peugeot peine à écouler ses stocks. A peine 200 modèles de ce type ont été écoulés depuis le début de l’année.
Elsa Mondin-Gava, David Breysse / France 2
Le « oui mais non » des Français à la voiture électrique
Jamais une voiture silencieuse n’avait fait autant de bruit. Depuis que le gouvernement a présenté son plan de soutien au secteur automobile, la voiture électrique revient sur le devant de la scène en France. Le bonus promis par l’Etat pousse de nombreux automobilistes à se poser la question d’investir dans l’électrique. Mais le marché français est encore à la traîne. Seules 2 271 automobiles électriques ont été vendues dans l’Hexagone au premier semestre 2012. Car si la voiture électrique a bien quelques torts, en France elle subit aussi de nombreux préjugés.
- « La voiture électrique, c’est une tortue avec des roues »
FAUX Pour soutenir l’idée que l’électrique vaut le thermique, les bolides électriques sont souvent mis en avant, comme le concept-car présenté par Metro, capable de passer de 0 à 100 km/h en 2,8 secondes, et d’atteindre les 305 km/h. Aujourd’hui, pour la voiture électrique de série, la vitesse maximale se situe entre 110 et 130 km/h. Suffisant pour rouler partout, y compris sur autoroute. Les amateurs d’excès de vitesse sont en revanche bridés par les limites du moteur électrique qui utilise plus son énergie pour l’autonomie que pour la vitesse.
MAIS... Comme le décrit un automobiliste sur Automobile Propre.com, la voiture électrique classique est en fait plus conçue pour les zones urbaines et péri-urbaines, où elle exploite son pouvoir d’accélération, supérieur à celui des voitures thermiques classiques, comme le détaille le rapport du Centre d’analyse stratégique daté de juin 2011.
- « Pfff, au bout de 100 kilomètres, c’est la panne »
FAUX Le manque d’autonomie est une des principales critiques qui visent le véhicule électrique. La peur de la panne est, selon Le Nouvel Observateur, un sentiment qui s’empare immédiatement du nouveau conducteur. Principal argument opposé : le déplacement de l’automobiliste français dépasse rarement les 30 km par jour en moyenne. Alors qu’une voiture électrique peut rouler jusqu’à 200 km sans recharge.
MAIS... Il est vrai que cette autonomie s’érode en fonction de la vitesse. Et qu’elle est franchement réduite (parfois de 25%) si on utilise la climatisation. Impossible donc de penser à partir sur l’autoroute des vacances en plein mois d’août à bord d’une voiture « propre ».
Le vrai défi de la voiture électrique réside donc dans l’évolution des batteries. Encombrantes (entre 150 et 250 kilos dans le coffre) et trop rapidement déchargeables, les batteries lithium-ion (Li-ion) ne sont pas encore adaptées aux pratiques modernes. Mais selon Automobile Propre, les constructeurs mobilisent leurs équipes recherche et développement sur des batteries nouvelle génération. Et certains modèles comme la Furtive eGT, sortie en 2012 par la marque française Exagon Motors, annonce déjà une autonomie de 400 km. Ce pourrait même être 800 km pour la danoise QBeak, dévoilée par Futura-sciences.com.
- « En plus, recharger la batterie est une grosse galère »
VRAI C’est l’un des constats du gouvernement : le réseau français de bornes de recharge pour voitures électriques est insuffisant, comme le montre la carte de France mobilité électrique.org. L’Etat va donc investir 50 millions d’euros pour augmenter ce réseau dans plusieurs grandes agglomérations. Mais l’autre gros problème est celui de la charge à domicile. Brancher la voiture à une prise de courant classique via un adaptateur fourni avec le véhicule n’est qu’une solution de dépannage. Pour des raisons de sécurité, il est conseillé d’installer une borne de chargement, de type « wallbox », comme l’explique le site de Renault. Un équipement coûteux qui nécessite avant tout d’avoir un garage privé et du temps, car la durée de chargement depuis une prise électrique peut dépasser les deux heures.
MAIS... Là encore, les techniques de charge évoluent. Volvo teste actuellement un système intelligent qui détermine et personnalise la charge de la voiture, faisant gagner du temps et de l’argent au conducteur comme le détaille voitureélectrique.net. Par ailleurs, le même site explique qu’un chercheur a réussi à réduire à 5 minutes le temps de chargement complet d’un véhicule, ouvrant la voie à la création de stations de recharge express. Enfin, certaines marques comme Renault ont misé sur un système baptisé Quick Drop, qui permet d’échanger sa batterie quand elle est vide, comme on va faire le plein d’essence avec une voiture thermique.
- « De toute façon, ça marchera jamais, c’est beaucoup trop cher »
VRAI Le dernier coup de pouce gouvernemental vise à réduire le prix de vente de voitures électriques trop chères, comme le détaille Challenges. Jusqu’ici, acheter une petite citadine électrique revenait à payer aussi cher qu’une grande berline d’entrée de gamme. Avec les 7 000 euros de bonus à venir, les prix des électriques devraient connaître une baisse, accentuée par une nouvelle stratégie : déduire le prix de la batterie, soit à peu près 6 000 euros. Mais en fait, cette batterie est louée par le constructeur au client, comme le fait Renault, pour environ 80 euros par mois.
En revanche, l’argument du prix au kilomètre fait mouche. Pour 100 km parcourus, cela revient à un peu moins de deux euros d’électricité, soit sept fois moins cher que pour un véhicule essence.
MAIS... Aux Etats-Unis, le prix des voitures tout électrique a augmenté mais les chiffres de vente ont doublé au premier semestre 2012 avec plus de 42 000 véhicules achetés. En 2011 déjà, la croissance du secteur de la voiture électrique était de 18 %. En mars, le président américain, Barack Obama, a lancé le « Grand challenge du véhicule électrique » comme le détaille le site de la Maison Blanche, avec pour objectif de devenir leader mondial du secteur d’ici 2020.
Au pays où l’automobile est reine, on croit à une transformation du marché et les constructeurs comme General Motors et Chevrolet ont investi dans l’électrique. Mais les modèles vendus s’adressent aux automobilistes fortunés qui en font leur voiture d’appoint. Et pour l’heure, si les prix sont élevés, c’est parce que les coûts de production le sont aussi. Aux Etats-Unis comme en France, les aides publiques aux fabriquants ne sont pas suffisantes pour entrainer une mutation industrielle rapide et profonde. En fait, comme le décrit un spécialiste énergétique pessimiste sur Slate, l’avenir de la voiture électrique, c’est peut-être la voiture sans conducteur.
Christophe Rauzy
Un coup de force enferme la France dans l’austérité sans frein
Une majorité simple suffira au Parlement pour enfermer la France dans l’austérité sans fin
Le Conseil constitutionnel vient de rendre son avis. La ratification du pacte budgétaire et de la règle d’or qui l’accompagne ne nécessitera pas de changement de la Constitution.
La ratification de ce traité engage la France à un équilibre budgétaire perpétuel, au détriment des politiques et des investissements publics. Avec la menace de sanctions européennes automatiques si une majorité décidait une autre politique. Mais le Conseil constitutionnel a jugé, en dépit de l’évidence, que ce traité n’impliquait pas d’abandons supplémentaires de souveraineté du Parlement français.
Pourtant le Pacte budgétaire introduit un tel renforcement du pouvoir des instances européennes - Commission, Conseil et Cour de justice -, au service d’une radicalisation des politiques néolibérales, qu’il devrait sans aucun doute imposer un vaste débat démocratique et une consultation populaire.
Avant son élection François Hollande s’était engagé à une renégociation. Il lui aura suffi d’un pseudo-« pacte de croissance » qui n’équilibre en rien l’austérité massivement mise en œuvre en Europe pour abandonner cet engagement. Au moment où l’Union européenne s’enfonce dans une dangereuse récession, cette décision marque la victoire des fanatiques de l’équilibre budgétaire au détriment de toute perspective de transformation sociale et de transition écologique.
Nous refusons que l’austérité soit la ligne de conduite des politiques gouvernementales pour les décennies qui viennent. Au moment où les licenciements se multiplient, où le chômage et la pauvreté augmentent, c’est une autre politique qui est nécessaire en France comme en Europe : solidarité, partage du travail et des richesses, politiques de justice et de convergence sociales et fiscales, plans massifs d’investissements publics pour la transition énergétique...
Si la France bascule à son tour dans le délire austéritaire, comme le recommandent la Commission européenne et la Cour des Comptes, c’est le peuple français qui en paiera le prix, et au-delà tous les peuples d’une Europe prise dans une logique dévastatrice.
Dans les semaines qui viennent Attac contribuera, avec toutes les forces démocratiques qui refusent un tel coup de force, à faire monter la pression sociale sur les parlementaires pour faire respecter la démocratie : il faut refuser le pacte budgétaire, il faut un véritable débat démocratique et un référendum. Le Parlement français doit rouvrir et non pas clore le débat européen.
La Tour Eiffel au vent et au soleil
Le monument le plus célèbre de Paris n’échappera pas à la transition énergétique. Des panneaux solaires thermiques et des éoliennes vont être installés au premier étage de la tour Eiffel dans le but d’améliorer ses performances énergétiques de 30 %.
Les 4 éoliennes (axe vertical) de la tour Eiffel produiront 8.000 kWh [kilowattheures] par an, alors que les 4 panneaux solaires de 10m2 chacun assureront 50% des besoins en eau chaude de l’étage.
Encore plus étonnant, une mini-centrale hydroélectrique va être installée sur la tour Eiffel. Elle produire 4.000 kWh par an à partir des eaux usées.
Par ailleurs, 95% des éclairages du premier étage de la tour la plus célèbre du monde seront remplacés par des LED.
Le réaménagement du premier étage de la tour Eiffel doit être achevé fin 2013.
Les sécheresses de l’été réduisent la production agricole
Du fait des sécheresses sur trois continents, les réserves des principales denrées alimentaires (riz, blé, maïs, soja) baisseront à leur plus bas niveau depuis 4 ans, entraînant des hausses de prix pour un montant global de 1240 milliards de dollars, selon l’organisation des Nations Unies. Aux Etats-Unis, le plus grand exportateur mondial de céréales, la récolte n’a jamais été aussi mauvaise depuis 2008 et en Inde, les précipitations sont 20% en-dessous de leur niveau normal.
Les Nations Unies s’inquiètent d’une nouvelle hausse des prix deux ans à peine après la hausse des denrées alimentaires de 2008 qui avait entraîné 44 millions de personnes dans une extrême pauvreté. En revanche, pour les investisseurs, les produits financiers basés sur la production agricole comptent parmi les plus performants et la tendance ne devrait pas s’inverser.
Parallèlement, une étude dirigée par James Hansen du Goddard Institute de la Nasa, montre que les épisodes très chauds et très secs et leurs cortèges de gigantesques feux de forêt, comme celui de cet été 2012 aux Etats Unis, celui de 2010 en Russie, ou de 2003 en Europe, sont le résultat du réchauffement climatique. Jusqu’alors les scientifiques étaient plutôt prudents, et l’association d’un phénomène météorologique extrême (sécheresse, vague des chaleurs, pluies diluviennes, tempête) avec le changement climatique était rarement évoquée parce qu’improuvable.
En comparant les historiques des températures de ces 30 dernières années, avec ceux des trente années précédentes, Hansen et ses collègues montrent que les températures extrêmes affectent désormais 10% des territoires contre 1% pour la période précédente. La preuve qu’apporte Hansen quant aux liens des phénomènes extrêmes avec le changement climatique est le suivant : il est normal qu’il y ait des étés plus chauds que d’autres, ou plus froid que d’autres. Mais il devrait y avoir autant d’anomalies froides, que d’anomalies chaudes. Or les d’anomalies chaudes deviennent beaucoup plus nombreuses, et beaucoup plus sévères que les anomalies froides. Dit autrement, le dé du climat est « plombé » par le réchauffement. « Ce n’est pas une théorie, c’est un fait », dit James Hansen.
Notez que l’étude en question, publiée par l’Académie des sciences américaines (National Academy of Sciences), a été réalisée avant la sécheresse américaine de cette année qui a ravagée le midwest américain et provoqué les terribles incendies de l’Oklahoma et du Colorado.
Hansen avoue qu’il avait été trop optimiste quand il avait averti le Sénat américain (c’était pendant l’été caniculaire de 1988) que de tels épisodes préfiguraient notre avenir climatique.
Pour un manifeste du convivialisme
Partout un autre monde cherche à s’inventer. A travers de multiples expériences, de multiples courants de pensée, sous de multiples appellations… Le pari ici présenté est que le nom qui cerne au plus près la doctrine commune qui se cherche est celui de convivialisme.
Un convivialisme qui ne prendra véritablement consistance que s’il s’assume comme une idéologie politique qui, à la fois, synthétise et dépasse les quatre grandes idéologies de la modernité : le libéralisme, le socialisme, l’anarchisme et le communisme, trop tributaires de leur commun soubassement utilitariste et économiciste pour affronter le défi central du monde actuel… celui d’affronter sa finitude.
Ce plaidoyer pour un manifeste du convivialisme vise à amorcer un travail collectif permettant de rendre effectivement manifeste ce qui est commun à toutes ces tentatives d’invention d’un monde post-néolibéral, plutôt que ce qui les divise.
Alain Caillé, Pour un manifeste du convivialisme, éd. Le Bord de l’eau, 2011.
Areva soupçonnée de corruption en Afrique du sud
Un quotidien sud-africain affirme que Areva a surpayé la compagnie Uramin en 2007 afin de s’assurer des contacts politiques décisifs pour emporter le premier appel d’offres, en cours à l’époque. En vain, puisque la compétition a alors été suspendue.
L’affaire Uramin n’est peut être pas finie. Tandis que tout le monde s’interroge depuis plus d’un an sur les raisons qui ont poussé Areva et sa patronne d’alors, Anne Lauvergeon, à surpayer en 2007 trois mines d’uranium en Afrique, le quotidien sud africain Mail & Guardian donne une nouvelle version de l’histoire. Au terme d’une longue enquête très documentée, le journal affirme qu’Areva a sciemment payé « trop » cher afin de s’assurer du soutien d’hommes clés autour du président de la république de l’époque Thabo Mbeki. Le but : gagner le méga appel d’offres nucléaire en cours. Areva se battait alors farouchement contre Toshiba-Westinghouse pour vendre 2 EPR à Pretoria (3.500 MW) tandis que des réacteurs supplémentaires, allant jusqu’à 20.000 MW, étaient évoqués.
2,5 milliards de dollars partis en fumée
De quoi inciter Anne Lauvergeon à payer 2,5 milliards de dollars des mines qui semblaient en valoir la moitié à l’époque et qu’Areva a ramené récemment à zéro dans ses comptes ? C’est en tout cas la thèse de Mail & Guardian qui explique longuement, en citant nominativement un ancien conseiller du patron d’Uramin et un de ses premiers associés, que de nombreux « consultants », partenaires commerciaux, associés, dirigeants d’Uramin étaient des proches, à un titre ou à un autre, du président de la république de l’époque. Dont le frère de la vice présidente d’alors.
« Le deal était qu’Areva achète Uramin et gagne en retour l’appel d’offres. Areva payait trop cher Uramin - qui valait la moitié. Mais le groupe français allait décrocher des contrats pour des réacteurs et une usine d’enrichissement, pour une valeur dix fois supérieure », affirme un « consultant d’Uramin », anonyme, celui-là, selon le quotidien sud africain. Interrogé, Areva se refuse à tout commentaire.
Un lobbying très actif
Si l’histoire est vraie - toutes les personnes incriminées démentent dans l’article -, Areva aura décidemment fait une double mauvaise affaire puisque l’appel d’offres a été suspendue fin 2008, deux mois après le débarquement de Thabo Mbeki et d’une partie de son gouvernement. Le très actif lobbying d’Areva en Afrique du Sud et le soutien sans faille fourni par le gouvernement français dans cette bataille commerciale sont, eux, une réalité non démentie.
Lors du second round, qui devrait s’ouvrir dans les mois qui viennent et qui prévoit cette fois la construction de 9.600 MW de capacités nouvelles (l’équivalent de 6 EPR) d’ici 2023, la partie sera certainement différente. EDF, intronisé chef de file du nucléaire français par Nicolas Sarkozy, a affiché au printemps dernier, avant les dernières élections présidentielles, sa volonté de participer à la future compétition en s’associant avec Areva et des Chinois. En face, les Coréens, qui ont emporté le contrat géant d’Abu Dhabi fin 2009, les Russes mais aussi Toshiba-Westinghouse ont déjà annoncé leur intention de faire des offres.
Alerte à l’électronisation des moutons
Le « puçage » des moutons, ou identification électronique, devient obligatoire. Enjeu : l’électronification généralisée des animaux domestiques... pour commencer.
Le puçage des animaux ...ça vous dit quelque chose ?
Tout le monde connaît les puces électroniques. Celles qui sont insérées dans votre carte bancaire, carte d’autoroute, carte de self, dans les vêtements dans les rayons des magasins, etc.... Elles ont été imposées petit à petit, parce que « c’est pratique », n’est-ce pas ?
C’est « pratique », pour nous faire « gagner du temps » il paraît, mais aussi pour que nous devenions « traçables » : le moindre de nos déplacements peut être repéré maintenant soit à cause d’un vêtement que nous portons, soit parce que nous avons utilisé une de nos multiples cartes,... contenant une puce. Et les puces envahissent, on en découvre dans plus et plus de produits.
Mais ce n’est pas tout ; une marée de puces (reyclables ?) va déferler sur les animaux. Les chiens, les chats et même des animaux sauvages n’y couperont pas. Il faut dire que cela représente un marché colossal ! De plus, une directive européenne exige maintenant que les animaux d’élevage, les moutons, les chèvres, et bientôt les vaches, les porcs, soient aussi porteurs d’une puce électronique. Raison invoquée : la traçabilité, la rapidité de lecture des numéros d’identification.
Ah oui ? Mais qui donc a tant besoin de cette « traçabilité », de cette « rapidité » ? Les petits éleveurs ? Non, c’est l’industrie qui a besoin d’aller toujours plus vite, de suivre son « produit » à la trace.... car l’industrie n’élève plus d’animaux : elle gère des « produits ». Les êtres vivants sont désormais soit des produits, soit des clients, et rien d’autre. Les normes de l’industrie dictent chaque jour un peu plus les rapports qui doivent s’établir entre les humains et les animaux, et entre les humains entre eux..
Le problème avec les normes de l’industrie, c’est qu’elles réduisent tout ce qu’elles touchent à de la marchandise. Les animaux vivent dans des camps de concentration ? Peu importe, du moment que les normes sont respectées.
Les normes abolissent et remplacent les valeurs. Et quand il n’y a plus de valeurs, il n’y a plus d’humanité. Et quand il n’y a plus d’humanité, c’est le règne de la barbarie qui s’étend à tout, à tous, et finalement aux humains eux-mêmes. C’est pourquoi c’est le moment de dire STOP !
Les éleveurs sont aujourd’hui confrontés à cette transformation de leur métier par une industrialisation forcée, à une nouvelle obligation de puçage (pour les équins cela a commencé en 2002). Ils sont nombreux à refuser cette obligation, mais des sanctions (lourdes amendes et suppression de leurs primes) menacent directement leur activité.
Aussi ILS ONT ABSOLUMENT BESOIN DE NOTRE SOUTIEN. Sans ce soutien, ils seront pris à la gorge un à un et devront se rendre ou perdre leur troupeau.
C’est donc AUJOURDH’UI que nous tous, éleveurs ou non-éleveurs, devons décider si nous les laissons se débrouiller seuls, tant pis pour les valeurs qu’ils défendent, ou si nous devenons solidaires afin de ne pas laisser à nos enfants un monde dans lequel les normes marchandes gouvernent à la place des valeurs humaines.
Pour vous faire une idée des enjeux, n’hésitez pas à vous procurer, regarder et diffuser largement l’excellent film LIBRE DE DROIT :
« MOUTON 2.0 La puce à l’oreille » (libre de droit) d’Antoine Costa et Florian Pourchi. Tous les détails
Pour vous investir davantage, contactez les collectifs mobilisés contre le puçage. Voir :
- le communiqué du Collectif pour la Liberté de l’Elevage PACA - Collectif ariégeois « On veut pas la boucler » : onveutpaslaboucler09 (arobase) orange.fr - Collectif Tarn et Garonne « Faut pas pucer » : fautpaspucer (arobase) laposte.net - Collectif Hérault « La puce ou la vie »34 : BP 04, 34390 Olargues - un site internet qui recense les actions des différents collectifs en France et propose des analyses : Contre le puçage. Contact : contrelepucage (arobase) free.fr - le collectif Pièces et Main d’Oeuvre de Grenoble, spécialisé sur les enjeux liés aux nanotechnologies
Marche en Lozère contre le gaz de schiste
Les collectifs de Lozère organisent du 12 au 17 août 2012 une randonnée pédestre au fil du Tarn, de Florac à Millau (80km) à laquelle chacun peut participer.
Chaque soir nous faisons étape dans un village de villégiature des gorges du Tarn afin d’informer la population locale et estivale sur les dangers de cette exploitation et sur l’actualité autour de ce sujet. Nous entamerons aussi le débat sur les énergies, la relocalisation, etc., bref les alternatives à ce grand malheur qui nous menace.
Mobilisation dans le nord de la France contre le gaz de schiste
Le week-end des 11 et 12 août 2012, à l’initiative du collectif Briard, les délégués et membres des collectifs et associations mobilisés contre les pétroles et gaz de schiste du Nord de la France (Ile-de-France, Picardie, Nord-Pas-de-Calais Bourgogne, Centre, Champagne-Ardennes) ont tenu une réunion de coordination au lieu-dit Le Point du Jour à Verdelot (Seine et Marne).
Face à l’imminence du début de nouveaux forages en Seine-et-Marne, cette réunion était principalement destinée à organiser ensemble les mobilisations prévues pour la rentrée 2012 à l’occasion de :
• la conférence environnementale organisée par le gouvernement à Paris les 14 et 15 septembre.
• la journée internationale contre la fracturation hydraulique du 22 septembre, à l’appel des collectifs de nombreux pays participants au Sommet des Peuples de Rio + 20.
Concernant ces mobilisations, il a été décidé :
• la tenue du rassemblement du 22 septembre à 14h30 à Tournan-en-Brie (Seine et Marne), en parallèle avec le rassemblement du Sud de la France qui se tiendra à Alès (Gard),
• le même jour, dans toutes les villes et tous les villages concernés ou non par un permis, d’inviter chaque citoyen, chaque commerce, chaque mairie, etc. à accrocher une banderole (ou grande affiche) portant l’inscription « Non au pétrole et gaz de schiste » à une fenêtre visible de la rue,
• une action symbolique le matin du même jour à Paris : l’inauguration du premier derrick intra-muros,
• un appel à la participation des collectifs à une large mobilisation de l’ensemble des représentants des luttes sociaux-environnementales le 14 septembre à l’occasion de la conférence environnementale,
• des actions de sensibilisation auprès du grand public à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine les 15 et 16 septembre.
Afin de préparer ces mobilisations à venir, les collectifs ont aussi travaillé à une mise en commun des matériels de communication et des argumentaires visant à démonter la propagande des pétroliers et des pseudo-experts.
Un tour de table nous a permis de faire un état des lieux de l’activité de nos collectifs, de constater nos convergences et d’envisager la mise sur pied de rencontres régulières de coordination, afin d’intensifier la résistance citoyenne et la vigilance face aux tentatives d’exploitation sur nos territoires de toutes les formes d’hydrocarbures de roche-mère.
Casseurs de pub
Hors-série août-septembre 2012 – Vite la décroissance
Page 2 : Courrier du coeur Pages 3 : Mots doux des grands médias Page 4 : Éditorial : On vous aime tous ! Page 5 : La saloperie : Le chien (réédition), par Raoul Anvélaut Page 6 : Éloges de la décroissance Pages 8 : Bêtisier illustré du développement durable Pages 10 : Croissance, développement, progrès, ils étaient tous pour Pages 12-13 : « Pourvou que ça doure ! », par Vincent Cheynet et Catherine Thumann Page 14 : Croissance = joie, c’est scientifique Pages 1 : Décroissance ou barbarie ?v Page 18 : Serge Dassault vole au secours de l’humanisme Page 20 : Bédé : Eddy Zombie le décroissant, par Domi et Druilhe Page 22 : Histoire : Écologie et liberté, par André Gorz - La croissance et le problème moral, par André Amar Pages 24 : Décembre 2009, le mur de Copenhague n’est pas tombé Pages 26 : Le Pic du pétrole en images Pages 30 : La religion postmoderne Pages 32 : Les écotartuffes, par Jean Romain Page 34 : Dany casse-toi Page 35 : Page spéciale pour Nicolas Hulot Page 36 : José reviens ! Page 37 : Envoyons YAB au tribunal Pages 38 : Bédé : Stef président, par Domi et Druilhe Page 40 : Farce Inter Page 41 : Radiographie des écologistes radioactifs Page 42 : La décroissance expliquée à Luc Ferry, Claude Allègre et Pascal Bruckner, par Catherine Thumann Pages 42 et 43 : Art contemporain, art productiviste, par Cédric Biagini et Patrick Marcolini Pages 46 : Stef le décroissant contre Nicolas Bertrand
La sécheresse aux Etats-Unis gêne l’exploitation du gaz de schiste
Au Kansas, aux Etats-Unis, les compagnies pétrolières recherchent désespérément de l’eau pour la fracturation. La sécheresse réduit les ressources.
NEW YORK (CNNMoney) - D’énormes quantités d’eau sont nécessaires pour extraire l’huile, en effet les entreprises utilisent la fracturation hydraulique, "fracking", ce qui nécessite des millions de gallons d’eau , injecté à haute pression pour fissurer la roche de schiste et amener l’huile à la surface. Mais actuellement l’Etat prend des mesures de restriction d’eau, ce sont seulement 1,19 pouces de pluie qui sont tombés le mois dernier. Ces pénuries d’eau sans précédent rendent difficile le travail des des foreurs , ils peinent à obtenir l’eau dont ils ont besoin.
Certaines entreprises paient les agriculteurs pour pomper l’eau de leurs étangs, d’autres compagnies n’hésitent pas à creuser des puits d’eau , creuser des bassins à côté de cours d’eau ou s’approvisionnent même via une noria de camions , en eau provenant d’aussi loin que la Pennsylvanie - Ce qui leur occasionnent des frais considérable et une perte de temps considérable.
"Cela a été le défi le plus unique que j’ai rencontré ", a déclaré Ruben Alba, associé chez Petro River Oil, l’une des compagnies pétrolières qui exploite du pétrole de schiste ( shale oil ) au Kansas.
Petro River Oil a débuté ses activités de fracturation et a foré son premier puits de pétrole le mois dernier, mais une grande partie de l’approvisionnement en eau de la compagnie a été coupée en raison de l’accès limité imposé par l’État en raison de la sécheresse.
La Société Alba a embauché une entreprise pour acheminer l’eau par camions jusqu’aux plateformes de forages et de fracturation, ce qui retarde le travail d’environ six semaines. La Compagnie voit son coût d’exploitation triplé par rapport au montant budgété au départ.
Pour résoudre ce problème, Alba s’est tournée vers les agriculteurs locaux et les éleveurs, en leur demandant de lui vendre des eaux de leurs bassins ou de la laisser forer des puits d’eau sur leurs terres. Mais l’ensemble du processus prenant tellement de temps , Alba a embauché une société pour négocier directement auprès des agriculteurs : la société Select Energy.
La vente de l’eau de sources privées peut rapporter à certains propriétaires fonciers entre $ 70.000 et $ 85.000 sur une année. Les revenus sont intéressants également pour les agriculteurs qui vendent l’eau de leurs étangs aux compagnies, déclare Mike Wilson, gestionnaire du Select Energy.
Mais de nombreux propriétaires ne sont pas prêts à renoncer à leur eau, maintenant que les approvisionnements sont devenus si rares.
« Les agriculteurs eux aussi doivent gérer leur approvisionnement en eau, pour les cultures et pour le bétail ", dit Jeff Gordon, chef de la direction du Texas Coastal Energy Co., une petite compagnie pétrolière qui a commencé à explorer dans le Kansas l’année dernière.
Avec le forage prévu de deux puits de pétrole dans le mois à venir, au Texas, Coastal Energy Co. envisage le forage de son propre puit d’eau à un coût compris entre $ 10.000 et $ 25.000.
Sinon, la Compagnie aurait à payer trop cher de l’eau achetée à l’extérieur. Cette solution de dépannage peut ajouter 3% à 4% du coût global de forage d’un puits de pétrole. Selon la taille du puits et la quantité d’eau nécessaire, cela pourrait ajouter entre $ 20.000 et $ 200.000.
Pour les compagnies pétrolières, ces coûts peuvent être malgré tout supportés. Avec des prix du pétrole qui oscillent autour de 90 $ le baril et le coût pour produire un baril de pétrole autour de 15 $ seulement, les bénéfices restent énormes, estime Gordon.
Si la sécheresse s’aggrave ou persiste pendant trop longtemps, cependant, elle pourrait menacer le boom pétrolier, en particulier parmi les petites entreprises de forage qui ne peuvent pas se permettre les coûts supplémentaires et des retards, at-il dit. "Le manque d’eau peut paralyser une entreprise de forage, en suspendre les opérations".
Alba a déclaré que la sécheresse n’affecterait pas ses plans de forage actuels, mais la compagnie va soigneusement évaluer la disponibilité de l’eau avant de s’étendre à d’autres domaines du Kansas.
Mike Lanie, le directeur du développement économique dans le comté de Harper, qui est au centre du boom pétrolier, est déterminé à aider les compagnies pétrolières à se maintenir dans leur activités.
Lanie et quelques autres entrepreneurs locaux dans la région ont même été jusqu’à creuser des étangs à côté de cours d’eau. Mike Lanie a lancé l’opération qui consiste à creuser un puits de 300 pieds de large sur 15 pieds de profondeur sur la zone marécageuse d’un lac pour fournir de l’eau à Select Energy qui à son tour la revend à des compagnies pétrolières.
Faire venir des camions d’eau de Pennsylvanie est une solution trop coûteuse en raison du carburant et de la main-d’œuvre nécessaire. En définitive, selon M. Lanie, les compagnies pétrolières font tous ce qu’elles peuvent et déploient les grands moyens pour faire ce pourquoi elles sont venues : forer. "Ils n’ont pas l’intention de s’arrêter", dit M. Lanie. "Ils utiliseront même des eaux d’égout... ils veulent de l’eau ils sauront la trouver !"
Traduction : No Fracking France
Les plus riches ont pris le pouvoir à l’échelle mondiale
« La crise de la zone euro n’a pas été fondamentalement créée par la nonchalance des débiteurs, mais par l’agressivité des prêteurs » « La vérité de cette période n’est pas que l’État est impuissant, mais qu’il est au service de l’oligarchie »
Le Point : Les États sont-ils en guerre contre « les marchés » ?
Emmanuel Todd : Ne soyons pas dupes de ces concepts mystificateurs, Bruxelles, les marchés, les banques, les agences de notation américaines : ces faux nez camouflent la prise du pouvoir politique, à l’échelle mondiale, par les plus riches. Sous couvert de protéger l’argent des petits épargnants, les marchés, ce sont tout simplement les plus riches jouant avec les États. Les riches ne se battent pas contre les États, ils se battent pour les contrôler encore mieux (voir L’État prédateur, de James Galbraith). Il suffit d’observer les parcours de certains individus entre la haute administration, les firmes américaines, Bruxelles et, désormais, les gouvernements pour comprendre qu’ils y parviennent. Si une même caste contrôle les marchés et les États, l’opposition entre les uns et les autres n’a plus aucun sens.
Vous êtes bien léger avec l’argent des petits épargnants !
Je refuse de céder au chantage. Lorsqu’ils partaient à la conquête de villes, les Mongols utilisaient des otages comme boucliers humains. Le groupe des plus riches fait exactement la même chose : ses otages, ce sont les petits épargnants.
« La faute aux riches ! » : n’est-ce pas sommaire ?
Que cela vous plaise ou non, l’accumulation excessive d’argent dans les strates supérieures de la société est l’une des caractéristiques de la période. La baisse, ou la stagnation, des revenus des gens ordinaires est allée de pair avec la hausse des revenus des 1 % les plus riches et, à l’intérieur de ce petit groupe, des 0,01 % les plus riches. Quant à l’État, il faut reconnaître son ambivalence et s’appuyer sur la partie raisonnable du marxisme pour comprendre ce qui se passe. L’État est à la fois l’incarnation de l’intérêt général et l’expression de la classe dominante. L’État social d’après-guerre, l’État gaulliste, et quoi qu’en ait dit le Parti communiste, agissait surtout au nom de l’intérêt général, il gérait une croissance pour tous. Aujourd’hui, l’État est prioritairement un État de classe. Le capitalisme financier contrôle à nouveau les États.
La situation serait-elle meilleure si les riches étaient moins riches ? Autrement dit, le problème est-il moral ou économique ?
Mon analyse n’a aucune visée morale. Depuis 1990, l’ouverture des échanges et la libéralisation des flux financiers ont effectivement provoqué un fantastique accroissement des inégalités. À ce sujet, je rends hommage à l’école Piketty, dont il semble que les travaux comparatifs à l’échelle mondiale aient été décisifs dans l’émergence actuelle de la thématique des 1 % aux États-Unis et au Royaume-Uni. Aussi opaque que puisse paraître le système, on peut approcher sa réalité en analysant la façon dont un groupe social contrôle une partie importante des ressources. Dans ces conditions, la question essentielle n’est pas celle des marchés en tant que tels, mais celle de l’oligarchie et de son rapport à l’État. Il faut donc identifier cette oligarchie et analyser sa structure, son mode de vie, sa composition.
S’agit-il d’un groupe hors sol, d’« élites mondialisées », expression qui faisait bondir tout le monde il y a dix ans ?
Encore une fantasmagorie de l’époque ! On croit que le libre-échange globalisé a engendré une oligarchie transnationale. Parce qu’on fait abstraction des facteurs culturels, on ne voit pas qu’il existe plusieurs oligarchies dont les relations sont structurées par d’implacables rapports de forces. La spécificité de l’oligarchie française, c’est sa proximité avec la haute administration. Ses membres ont souvent étudié dans de grandes écoles - sans forcément être des héritiers -, parlent en général très mal l’anglais, sont incroyablement français dans leurs moeurs et n’en finissent pas de se faire rouler par les vrais patrons, l’oligarchie américaine. La soumission à Standard & Poor’s et Moody’s est une soumission à l’oligarchie américaine. Quant à l’oligarchie allemande, nouvelle venue dans le système de domination, elle s’habitue ces jours-ci à traiter les Français comme de simples vassaux. Le charme singulier de l’oligarchie chinoise est son étroite intrication avec le Parti communiste. La plupart des analystes passent à côté de cette hétérogénéité. La gauche nourrit l’illusion d’une égalité au sommet, alors que l’inégalité caractérise autant le haut que le bas de la structure sociale mondiale.
Si les États ne s’endettaient pas, ils ne s’appauvriraient pas et n’enrichiraient personne en remboursant leur dette.
Cette idée est complètement à côté de la plaque parce qu’elle méconnaît le mécanisme réel de l’endettement. On analyse la dette publique à partir du point de vue d’un emprunteur qui serait coupable d’avoir dépensé sans compter. Les peuples doivent payer parce qu’ils ont vécu à crédit. Or ce ne sont pas les emprunteurs qui sont, fondamentalement, à l’origine de la dette, mais les prêteurs, qui veulent placer leurs excédents financiers. Marx l’avait très bien vu dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, les riches adorent la dette publique ! Un État qui s’endette est un État qui, grâce au monopole de la contrainte légale, permet aux riches d’obtenir une sécurité maximale pour leur argent.
Donc, ce n’est pas la faute des gouvernements, puisqu’on les a poussés à emprunter ?
Sauf que ce sont leurs choix fiscaux qui les ont conduits à se mettre dans la main des plus riches. Dans Les dettes illégitimes, François Chesnais montre bien comment, en France, les ultrariches ont bénéficié d’une baisse de leurs impôts qui leur permet de prêter à l’État les ressources dont il s’est lui-même privé. Sans oublier l’auto-interdiction pour l’État de fabriquer de la monnaie, établie par la loi Pompidou dès 1973, mais rendue idéologiquement formidable par le mythe supplémentaire d’une Banque centrale européenne à Francfort, supposée être hors de portée de l’État français. Chaque année, les Français se voient ainsi ponctionner, à travers la TVA et les impôts directs, 250 milliards d’euros, dont près de 50 milliards d’intérêts, qui vont à des gens qui ont déjà trop d’argent. Les deux tiers sont d’ailleurs étrangers, parce que la fête est mondiale, les riches Français pouvant en contrepartie se gaver de la soumission des États et des peuples. Voilà ce que cache le discours alarmiste et moralisateur sur l’endettement abyssal, la faillite du pays et la nécessité de sauver le triple A. Derrière l’apparente logique libérale du système, l’État devient une machine à rançonner les populations au bénéfice des plus riches.
L’impôt est aussi le fondement de la démocratie. Quand ils rechignent à s’en acquitter, comme en Grèce, les citoyens sont-ils des victimes ?
Je ne peux que me répéter : on a poussé les Grecs à s’endetter afin de pouvoir mieux les étrangler. Regardez votre téléviseur : sans cesse des publicités nous incitent à emprunter. Les banques, pardon, les riches, aiment prêter. Et les usuriers aiment saisir les biens si l’on ne peut rembourser. Privatiser les biens de l’État grec, par exemple.
Ne seriez-vous pas un peu complotiste ? Même si « on » les a poussés, le dealer est-il le seul coupable de la dépendance du drogué ?
Le monde de l’oligarchie est un monde de pouvoir et de complots. En aidant l’État grec à trafiquer ses comptes, Goldman Sachs s’est comporté en usurier. Maintenant, ce qu’on appelle « aider » les Grecs, c’est les maintenir en état d’être rançonnés. La crise de la zone euro n’a pas été fondamentalement créée par la nonchalance des débiteurs, mais par l’agressivité des prêteurs.
Cette oligarchie, la définiriez-vous comme une classe sociale et, en ce cas, est-elle dotée d’une conscience de classe ?
L’oligarchie se comporte comme une classe sociale, mais en même temps on sent en elle de l’irrationalité et même un vent de folie collective. Du coup, je me demande s’il faut recourir à l’analyse marxiste de l’idéologie ou à la psychiatrie. Pourtant, un groupe social privilégié n’est pas nécessairement décadent et irresponsable. À la différence des nobles français du XVIIIe siècle, attachés à l’exemption fiscale, les classes supérieures anglaises acceptaient une pression fiscale élevée. Elles ont conquis le monde. L’oligarchie actuelle est à mille lieues de cet exemple. Il serait préférable, si ce terme ne renvoyait aux slogans antisémites, de parler de ploutocratie. Gardons en tout cas à l’esprit que l’oligarchie, pouvoir d’un petit nombre, diffère de l’aristocratie, qui est celui des meilleurs.
Ces oligarques ont plus à perdre que les autres catégories. L’irrationalité explique-t-elle tout ?
La conduite des acteurs hésite entre rationnel et irrationnel. Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser et les revenus comme les importations par s’effondrer. Dans ce contexte, les plans de relance concoctés par le G7, le G8 et le G20 sont une réaction rationnelle. On célèbre le triomphe de Keynes et le retour de l’État.
Voilà qui n’aurait pas dû vous déplaire !
Le problème, c’est qu’il s’agit d’un keynésianisme des riches. La relance n’est pas financée par la création monétaire - la planche à billets -, qui ne coûterait rien à l’État, mais par l’endettement, qui permet de sécuriser l’argent des nantis sans apporter la moindre réponse de fond à l’insuffisance de la demande. Ce pseudo-keynésianisme encourage la croissance chinoise, booste le CAC 40 et accélère les délocalisations en Europe. À l’arrivée, le fameux « retour de l’État » n’est rien d’autre que l’instauration d’un socialisme des riches. L’État doit sauver les riches, nom de code : « les banques », parce que les banques, qui contrôlent aussi les moyens de paiement des citoyens, comme l’a très bien dit Frédéric Lordon, ont pris l’État en otage pour le compte de leurs riches actionnaires. Si on avait opté pour leur nationalisation, on aurait pu garantir les économies des gens ordinaires, indemniser les petits actionnaires et sanctionner les coupables. La vérité de cette période n’est pas que l’État est impuissant, mais qu’il est au service de l’oligarchie.
Si la relance profite aux riches - les prêteurs -, l’austérité bénéficiera-t-elle aux pauvres ?
Ce qui est certain, c’est que le discours antirigueur, incarné par exemple par Martine Aubry, est complètement archaïque. Les gouvernements ont fini par comprendre que les politiques de relance ne relançaient que l’économie de la Chine et des pays émergents. Mais ils refusent toujours la moindre mesure de protectionnisme national, sectoriel ou européen. Dans ces conditions, la rigueur peut apparaître comme un refus passif de contribuer à la croissance de la Chine, une troisième voie que je qualifierai de « protectionnisme des imbéciles ». Voilà la triste vérité, nous sommes gouvernés par des imbéciles. Les gens qui sont aux commandes doivent être tenus pour responsables de leurs actes. Cela dit, je ne suis pas mélenchoniste : je crois qu’il faut des élites pour gouverner. Il ne s’agit pas de les pendre, mais de les ramener à la raison. Baroin et Pécresse, l’incompétence au sommet, sont sans doute sincèrement convaincus que le retour à l’équilibre budgétaire donne la solution de tous nos problèmes. Toutefois, il n’est pas exclu que les gouvernements aient inconsciemment fait un autre choix : si la relance est impossible et le protectionnisme impensable, la réduction des dépenses budgétaires dans les pays déficitaires est le seul moyen de mettre à genoux les pays exportateurs excédentaires, en gros l’Allemagne et la Chine, pour les obliger à entrer dans un processus de négociation.
La fascination française pour le modèle allemand va de pair avec la montée de la germanophobie..
De même que l’antisémitisme et le philosémitisme constituent deux versions d’un excès d’intérêt, pathologique, pour la question juive, la germanophobie et la germanolâtrie sont deux façons de prendre l’Allemagne trop au sérieux, ce qui contribue à aggraver le problème. Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait une position assez antiallemande et faisait preuve d’une certaine souplesse doctrinale en économie. Le maintien de François Fillon à Matignon et la nomination d’Alain Juppé au Quai d’Orsay ont consacré le retour de la droite orthodoxe et de ses vieilles lunes économiques et moralisatrices. C’est alors que le gouvernement et une bonne partie des élites françaises ont adopté un discours germanolâtre, dangereux pour les Allemands eux-mêmes. Privés d’un partenaire sympathique mais critique, ils se sont enfermés dans l’admiration de leur propre modèle. L’urgence aujourd’hui n’est pas de les flatter, mais de les arrêter.
Vous n’allez pas entonner l’air de la bête immonde ? Cela fait cinquante ans que la puissance allemande va de pair avec une démocratie solide.
Je ne qualifierai pas forcément de démocratique un pays qui pratique l’union nationale plus volontiers que l’alternance et où, grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens.
Vous jouez à nous faire peur ?
Je ne joue pas, mais vous devriez avoir peur. Les pays passés sous le contrôle des technocrates ou menacés sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, pays de démocratie récente. D’ailleurs, c’est pour les sécuriser dans un espace démocratique qu’on les a intégrés à l’Europe et à la zone euro. Or, aujourd’hui, loin de stabiliser ces démocraties fragiles, les mécanismes bureaucratico-monétaires les renvoient en accéléré aux pires moments de leur instabilité passée. Oui, l’heure est grave. Le risque de voir resurgir l’Italie du fascisme, la Grèce des colonels, l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar est bien réel. Vous voulez que je vous fasse peur ? En démographe, je vois réapparaître l’opposition des années 1930 entre l’Europe nord-occidentale des démocraties libérales, où la fécondité tend vers 1,9 ou 2 enfants par femme, et l’Europe autoritaire, fasciste ou communiste continentale, où la fécondité est ultrabasse, avec 1,3 à 1,5 enfant. Mais que faire si les Allemands sont réfractaires à toute négociation sur la capacité d’intervention de la BCE ? Devrons-nous mourir pour l’euro ? N’exagérons pas ! S’il est angoissant de voir l’Allemagne mettre à genoux ses partenaires tout en s’enivrant de l’admiration que lui vouent les droites européennes, il ne s’agit pas de tomber dans la psychose. Souvenez-vous que les Allemands ne voulaient pas entendre parler de l’euro et qu’ils n’ont cessé, après sa création, de menacer de sortir de la zone euro. Aujourd’hui, le gouvernement et le patronat ont compris que la fin de l’euro mettrait l’Allemagne au tapis, puisqu’elle seule serait dans l’impossibilité de dévaluer. En réalité, les Allemands sont plus souples qu’on ne l’imagine. Mais ils ne comprennent que la négociation franche et brutale.
Au fait, pourquoi tenez-vous tant à l’euro ?
Je ne tiens pas particulièrement à l’euro. Je dis qu’en régime de libre-échange l’euro est condamné. Je ne prédis pas l’avenir ici, je décris le présent. De toute façon, l’enjeu immédiat n’est pas l’euro, mais la crise de la dette. Soyons clair : les dettes souveraines ne seront jamais remboursées. Même les emprunts allemands commencent à être suspects. Nous avons deux possibilités : la planche à billets et le défaut sur la dette, qui serait selon moi préférable, ayant la netteté d’une opération chirurgicale. Le défaut sur la dette marquera le début de la reconquête de l’État par l’idéal démocratique, un État aujourd’hui pillé et rançonné par l’oligarchie financière.
Oui, mais, pour les « otages », petits épargnants français, retraités américains, ce défaut négocié ressemblerait fort à une spoliation assumée.
Mais ce sont les prêteurs qui nous spolient ! Pourquoi laisserait-on les prédateurs engloutir ce qui reste du patrimoine national ? Quant aux otages, les petits épargnants, en France, c’est pour les protéger que la nationalisation des banques est indispensable. Et cessons de pleurnicher sur le petit retraité américain, l’Amérique vit à crédit sur le dos du monde depuis des années. Et ce ne sont pas de petits retraités qui détiennent les deux tiers de la dette publique française. De plus, un défaut sur la dette de la France entraînerait des défauts en cascade des autres nations. Dans cette redistribution générale, les défauts s’annuleraient pour l’essentiel les uns les autres. Quelques nations seraient perdantes. À l’arrivée, je vous garantis que les plus coupables - nations ou individus - seront le plus sévèrement punis.
On peut comprendre que nos dirigeants aient la trouille, non ?
Plus le naufrage idéologique et intellectuel de la société est évident, plus les gens d’en haut s’enivrent de leur discours de domination, plus ils exigent la mise en vente des biens publics et la baisse des salaires. Et le pouvoir se réfugie dans une sorte de déni munichois : non contents d’avoir mis en place un système stupide, des gens supposés être modérés et compétents nous laissent en état d’impréparation pour gérer son effondrement. Ne nous laissons pas intimider, une société développée, dotée d’un haut niveau éducatif et technologique, est parfaitement capable de s’adapter après un effondrement systémique de cet ordre. Nous traverserons une année très difficile, mais très vite la libération des énergies et des ressources permettra un nouvel avenir. La délégitimation d’élites médiocres et corrompues sera une nouvelle jeunesse pour notre pays, un coup de balai moins douloureux que celui de 1940, un coup de balai sans la Wehrmacht !
Propos recueillis par Elisabeth Lévy
Parution dans Le Point en décembre 2011.
Les Etats-Uniens jouent à la guerre à la télé
Neuf Nobel contre une télé-réalité américaine qui « fait de la guerre un jeu »
« Ils aseptisent la guerre en la transformant en une sorte de compétition sportive ». Ce sont les critiques émises par neuf prix Nobel de la paix, dont l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, après la première diffusion lundi 13 août de « Stars Earn Stripes » (« Des stars gagnent leurs galons ») sur la chaîne américaine NBC.
Cette émission de télé-réalité pousse huit célébrités américaines, dont le mari de la républicaine Sarah Palin, Todd Palin, à suivre un entraînement militaire. Elle est animée par le général à la retraite Wesley Clark, ancien commandant des forces alliées, et est censée « rendre hommage aux hommes et femmes servant dans l’armée américaine », rapporte le Huffington Post.
Un hommage guère apprécié par neuf prix Nobel de la paix qui, dans une lettre ouverte au président de NBC Entertainment Robert Greenblatt, demandent la suppression de l’émission qui « fait de la guerre un jeu ». Parallèlement, une centaine de personnes ont manifesté devant les studios de la NBC à New York lundi 13 août. Dans une pétition, elles ont réussi à recueillir 26 000 signatures.
Le volailler Doux se goinfrait aux subventions
Avant de faire faillite, le volailler industriel avait largement bénéficié de la manne des subventions publiques, tandis qu’il ruinait des milliers de petits paysans.
(...)
Le fiasco du groupe Doux vient confirmer l’échec pressenti par les salariés des abattoirs de Chateaulin, dans le Finistère, qui dénoncent une gestion opaque. Charles Doux a appliqué à l’agroalimentaire les délocalisations habituellement pratiquées dans l’industrie : après avoir acheté Frangosul, il a taillé dans le vif de ses usines françaises en fermant une quinzaine de sites, espérant réduire ses coûts de productions pour gagner de nouveaux marchés. Mais l’envolée du prix des céréales a contrecarré ses plans, tandis que les volailles fraiches subissent la pression imposée par la grande distribution.
Fragilisé, Doux a revendu ses activités en Espagne en 2008, sa filière dinde brésilienne en 2009, et a récemment quitté l’Allemagne.
Dans la région, Charles Doux, aujourd’hui âgé de 75 ans, incarnait l’entrepreneur qui a réussi, un patron tutélaire dont dépendaient les revenus de milliers de personnes. Les conflits sociaux à répétition, le recours massif à une main d’œuvre féminine soumise aux impératifs de « flexibilité », ont terni son image. Mais « c’est un groupe qui a un ancrage local et s’est construit sur une génération », explique Louis-Marie Guillon, ingénieur agronome au Parc naturel régional d’Armorique. « Le patron a commencé en achetant des poulets dans les fermes avec son camion, et le voilà à la tête du troisième groupe de volailles mondial ! A la campagne, on trouve toujours quelqu’un qui a été, à un moment donné, impliqué dans la filière. »
Pierre Doux était négociant en volailles lorsqu’il a ouvert son premier abattoir dans le Finistère, en 1955. Quand son fils Charles reprend l’entreprise, dans les années 1970, subventions et prêts bancaires coulent à flots pour soutenir l’intensification des productions. Charles Doux rachète des abattoirs et noue des liens avec les éleveurs, leur assurant des débouchés. L’entreprise devient, dixit son site internet, « pionnière des nouvelles normes d’élevage » : elle envoie ses techniciens, fournit les poussins, la nourriture et l’énergie à des éleveurs devenus simples exécutants.
C’est l’essor des poulets en batterie, en Bretagne mais aussi dans les Pays de la Loire. Doux est le volailler qui poussera le plus loin la production intégrée : il a ses éleveurs de poussins, ses céréaliers, et grâce au rachat, dans les années 90, de la marque Père Dodu, le groupe maitrise entièrement la filière, de l’œuf jusqu’au nugget ou au cordon bleu. La construction de cette filière va de pair avec la recherche de marchés extérieurs pour ses poulets congelés : numéro 2 en France, Doux s’impose comme le leader européen. Dès les années 70, l’entreprise exporte dans les pays du Golfe, puis en Afrique, en Amérique du Sud… A partir de 2000, elle s’intéresse à l’Europe de l’Est.
Un gaspillage d’ argent public
Cette expansion est nourrie par les subventions européennes. En 2011, le groupe est une fois de plus en tête des bénéficiaires après avoir reçu, sur un an, 59 millions d’euros. Mais « gigantisme et spéculation ne signifient pas obligatoirement solidité financière », commentait en mai René Louail, membre de la commission économie au Conseil régional de Bretagne. Paysan dans les Côtes d’Armor, ancien dirigeant de la Confédération paysanne, l’élu est offusqué de voir que « pour la 17e année consécutive, Charles Doux puise légalement, avec la complicité des gouvernements successifs et de la Commission européenne, 10% de l’enveloppe Pac destinée à la Bretagne. Avec ces aides, il a asphyxié économiquement des milliers d’éleveurs et de salariés. Ses exportations coûteuses ont ruiné des milliers de familles paysannes dans des dizaines de pays du Sud. Bilan : 434 millions de dettes, et l’Etat, une nouvelle fois, est au pied du mur. Jusqu’où ce hold-up va-t-il continuer ? »
Ce n’est donc pas seulement Charles Doux qui est en cause, mais les critères d’attribution des aides de la Pac : la même situation pourrait se reproduire avec d’autres entreprises agro-industrielles éprises de gigantisme. « Pour en finir avec ce gaspillage insensé de l’argent public, il est urgent de construire une autre politique agricole, celle qui doit soutenir la relocalisation de la production de bonne qualité, liée au territoire », exhorte René Louail.
Lisa Giachino avec Cécile Koehler (Campagnes solidaires)
Ligne THT Cotentin-Maine, rassemblement de soutien le 23 août
Rassemblement de solidarité avec l’interpellé du 2 Juin à Larchamp, blessé puis arrêté lors d’un rassemblement de soutien à M. et Mme Hameau qui résistent à RTE et la préfète.
Tribunal Correctionnel de Laval, 13 place Saint Tugal
23 août 2012, à partir de 13h
Le délit pénal reproché est d’avoir résisté avec violence à une personne dépositaire de l’autorité publique, en l’occurrence un gendarme mobile (communément appelé « rebellion »).
Le rassemblement de soutien à M. et Mme Hameau, sur leur terrain privé avait pourtant bien débuté ce jour là. Une soixantaine de militants s’étaient réunis pacifiquement afin d’échanger et de communiquer aux médias leurs opinions sur le projet de ligne THT, le nucléaire, et dénoncer les méthodes antidémocratiques, injustes et illégales que RTE utilise pour imposer son projet. Malgré un grand déploiement des forces de gendarmeries pour protéger l’emplacement d’un futur pylône THT, malgré le bruit de l’hélicoptère de la gendarmerie qui passait à quelques mètres au-dessus, ils accédèrent sans difficulté à un petit champ près du petit étang de M. et Mme Hameau, non loin de l’emplacement d’un futur pylône THT mais non impacté par le projet de ligne THT d’après RTE.
La réunion se déroulait bon train, il faisait beau et les échanges étaient intéressants, quand tout à coup sous les ordres de leur hiérarchie, un peloton de gendarme mobile bien équipé et près à attaquer s’aligne en bout de champ face aux manifestants. Le top départ est donné, ils avancent en ligne et au bout de quelques mètres se retrouvent au corps à corps avec les manifestants qui n’eurent même pas le temps de se lever, ou même de réaliser ce qu’il se passait.
Plusieurs personnes furent jetés, poussés et mis au sol par les forces de l’ordre (ou plutôt du désordre), le militant interpellé à l’occasion de cet incident fut blessé à la tête, il saignait beaucoup. Choqué, il resta allongé par terre. Les gendarmes durent tirer dessus et le trainer au sol sur plusieurs mètres.
Rien ne lui est reproché sur place, ce n’est que 2 heures plus tard en garde à vue qu’il apprend qu’un gendarme lui reproche un acte de rébellion. Le gendarme en question n’a aucune séquelle, il n’a pas reçu de coup, il n’a pas été projeté et bloqué au sol, il n’a pas été blessé contrairement aux nombreux participants.
Des actes de violences policière se sont déroulés illégitimement à l’encontre de nombreuses personnes présentes ce jour là, aussi bien envers les adultes que les enfants.
L’interpellé, âgé de 28 ans est originaire de Gorron, ville voisine du lieu des faits. Animateur nature de métier, il justifie avoir été présent en raison de ses convictions, mais il nie tout acte violent à l’encontre des gendarmes. Il pense avoir été mis en garde à vue parce qu’il saignait et a pour le moment des difficultés à savoir ce qui lui est reproché hormis de participer à une lutte antinucléaire légitime contre les lignes THT. Une lutte que RTE, filiale du producteur d’énergie nucléaire EDF, ne peut accepter quitte à faire protéger ses pylônes par des gendarmes, quitte à agresser et blesser les contestataires.
La répression ne fera pas baisser la tension !
La solidarité financière est aussi de mise pour pouvoir faire face à la répression de la lutte anti-THT. Merci d’envoyer vos dons à l’Association pour la solidarité et l’aide juridique (chèque à l’ordre de APSAJ, mention THT au dos), 6 cours des alliés, 35000 RENNES.
Qui paiera pour les énergies renouvelables ?
« Tant que les sommes en jeu étaient faibles, ni la question du rythme de déploiement ni celle de la répartition du surcoût ne posaient problème. Ce n’est plus le cas lorsque ce surcoût représente une ponction de l’ordre de 1 à 1,5 % sur le pouvoir d’achat des ménages, ce qui se produira d’ici à 2020 »
Pour produire de l’électricité en France, la seule énergie renouvelable et rentable aujourd’hui est l’hydraulique. Mais on en a déjà largement épuisé le potentiel. Capter en plus celle du vent et la puissance du soleil est tentant. Cela nous ouvre des horizons vers un avenir moins dépendant du nucléaire et des produits fossiles. Mais à quel prix ?
La Cour des comptes évalue à 50 euros/MWh le coût de la production de base d’électricité nucléaire, et on peut évaluer entre 60 à 80 euros le coût de la production des centrales au gaz. On rachète les productions intermittentes entre 200 à 400 euros pour le photovoltaïque, 80 euros pour l’éolien et on parle d’environ 200 euros pour le futur éolien offshore, sans prendre en compte les coûts du stockage ou de l’ajustement.
Aux conditions actuelles, plus on en construit, plus le montant du surcoût augmente. A elles seules, les échéances annuelles de remboursement de ce surcoût, via la contribution au service public de l’électricité (CSPE) et lissées sur vingt ans, vont passer de 500 millions d’euros en 2009, à 2 milliards d’euros en 2012 et pourraient s’élever à 7 milliards en 2020.
Les consommateurs n’en ont pas encore pris pleinement conscience : la note va pourtant apparaître progressivement sur leur facture. En France, avec ce qui est engagé, le surcoût de l’éolien et du photovoltaïque alourdira de l’ordre de 20 % la facture d’électricité des particuliers d’ici à 2020 et plus au-delà. Et il faudra y ajouter le coût du renforcement du réseau.
Faut-il, dans ces conditions, en faire plus et suivre l’exemple des Allemands ? Faire une pause et arrêter les nouveaux projets, comme le font les Espagnols ?
La sortie de notre dépendance vis-à-vis des fossiles prendra des décennies et non pas des années. Trouver à la fois un rythme et faire les bons choix techniques permettront de poursuivre l’effort dans la durée. Dans ce domaine de très long terme, l’impatience coûte très cher. Mais qui va payer ?
La TVA est un impôt proportionnel aux dépenses des ménages. L’impôt sur le revenu est progressif. La CSPE fonctionne à l’inverse et va frapper proportionnellement davantage les consommateurs du bas de l’échelle sociale. Car la consommation en électricité dépend fortement du revenu. L’Insee évalue en effet la part de l’électricité à 5 % en moyenne dans le budget des ménages, mais à 4 % seulement des dépenses des 20 % les plus riches et 6 % de celles des 20 % les plus pauvres.
Tant que les sommes en jeu étaient faibles, ni la question du rythme de déploiement ni celle de la répartition du surcoût ne posaient problème. Ce n’est plus le cas lorsque ce dernier représente une ponction de l’ordre de 1 à 1,5 % sur le pouvoir d’achat des ménages, ce qui se produira d’ici à 2020.
Le président d’EDF plaide pour l’abandon du système actuel et son remplacement par l’impôt. D’autres solutions existent. L’une d’entre elles repose sur le volontariat. Elle consiste à faire payer cette transition énergétique par les consommateurs motivés sous la forme d’une électricité verte. Cela fonctionne déjà pour la nourriture biologique et le commerce équitable. Pour l’électricité, les pays scandinaves y ont partiellement recours, ce qui permet aux consommateurs de faire volontairement des choix citoyens dans ce domaine.
Rappelons que pour le déploiement de l’électricité, de l’automobile, de l’avion ou du téléphone en leur temps, et même de l’électronique grand public aujourd’hui, ce sont toujours les consommateurs les plus motivés ou les plus riches, et non la totalité d’entre eux, qui ont financé par leurs achats les innovations avant que la baisse de leur coût de production ne permette leur généralisation. Le consommateur a été jusqu’à maintenant exclu des choix stratégiques de l’électricité. Il est important de les faire entrer dans la boucle de décision. Sinon, la bienveillance dont bénéficient actuellement dans l’opinion les énergies vertes pourrait un jour se retourner contre elles.
Fonte estivale record de la banquise en Arctique
Les scientifiques constatent une réduction importante de la banquise arctique. Le recul de la glace devrait dépasser cette fin d’été le record de 2007
La banquise rétrécit chaque été. Le point bas de cette diminution intervient vers la mi-septembre, avant le retour du gel. Et cette année, les scientifiques s’attendent à une contraction record.
Selon deux instituts de recherche américain et danois, la surface de la banquise est actuellement inférieure à celle observée à pareille époque en 2007. L’année du dernier record en date.
Si la fonte stoppait net, 2012 correspondrait déjà au quatrième retrait enregistré jusqu’ici par les scientifiques. Mais les chercheurs sondés par le Study of Environmental Arctic Change s’attendent à une fonte avoisinant celle de 2007.
Le New Scientist, qui titre sur cette marche vers un nouveau record, pointe une double explication : le changement climatique allié à des conditions météo particulières durant la saison de fonte actuelle.
A cette actualité font écho les résultats préliminaires obtenus par CryoSat-2, satellite qui étudie l’épaisseur de la glace.
Le constat de l’Agence spatiale européenne (ESA) est que la fonte de l’Arctique est bien plus forte que ne laissaient supposer les modèles.
L’an dernier, 900 kilomètres cubes de banquise résistant jusque là à l’été ont disparu. Selon le Guardian, ce taux de fonte est 50% plus élevé que les prévisions généralement faites par les chercheurs.
Toujours selon la sonde de l’ESA, l’Arctique abritait 13 000 kilomètres cubes de banquise en été 2004, contre seulement 7 000 cette année. Une régression de moitié ou presque.
Si la perte annuelle de quelque 900 kilomètres cubes observée actuellement se poursuit, la couche de glace estivale pourrait disparaître dans les dix ans, calcule le Guardian.
Spécialiste au University College de Londres, Chris Rapley rappelle que « l’Arctique est particulièrement vulnérable au changement climatique. Les températures y augmentent bien plus vite qu’à l’équateur. D’où l’amincissement de la banquise observée ».
Selon le professeur, « cela nous dit que la planète essuie des changements majeurs. Les systèmes météorologiques de la planète étant interconnectés, ce qui se passe aux latitudes élevées nous affecte tous ».
Aux Etats-Unis, plusieurs affaires révèlent les liens entre les banques et les milieux criminels
(...)
Plus personne ne conteste aujourd’hui, la responsabilité d’un certain nombre de grandes banques dans le processus de blanchiment – massif - de capitaux d’origine criminelle.
Sévèrement critiqué à l’époque pour ses prises de position catastrophistes, Antonio Maria Costa, le patron du Bureau Drogue & Criminalité de l’ONU de mai 2002 à août 2010, avait le premier, donné l’alerte en décembre 2009 lors d’une mémorable interview donnée au quotidien The Observer :
« …dans de nombreux cas, l’argent de la drogue a été le seul apport en liquidités. Au cours du second semestre 2008, la liquidité est devenue le problème majeur du système bancaire et l’aptitude à en trouver est devenue un facteur décisif. Des prêts inter-bancaires ont été réalisés au moyen de fonds provenant du trafic de drogues et d’autres activités illégales… Il existe des preuves tangibles que certaines banques ont été secourues de la sorte ».
Les services d’Antonio les bons tuyaux estimaient à l’époque les profits annuels du seul trafic de stupéfiants à 352 milliards de £.
Les faits semblent lui avoir donné raison.
En juillet 2012, le Sous-Comité Permanent des Enquêtes du Sénat US rendait son rapport de 340 pages détaillant la manière dont le système financier américain a été perverti par des fonds provenant d’organisations terroristes, des cartels de la drogue et d’investisseurs aussi sulfureux qu’exotiques natifs de Cuba, de Corée du Nord voire du Golfe Persique.
HSBC dans la tourmente
Présente dans 80 pays dont les USA où elle affiche fièrement 470 succursales et 4 millions de clients, la HSBC y est littéralement taillée en pièces.
D’autant plus durement qu’en avril 2003, elle s’était déjà fait taper sur les doigts pour le même motif et avait à l’époque embauché un procureur fédéral pour « s’assurer que la banque a totalement remédié aux déficiences de sa politique et de ses procédures anti-blanchiment… »
Entendus par le Sous-Comité le 17 juillet, Irene Dorner, patronne de sa filiale US et son responsable des services juridiques, le sémillant Stuart A. Levey – ancien Sous-Secrétaire au Trésor pour les affaires de terrorisme et le renseignement financier, excusez du peu ! – avaient la bouche un peu sèche en début d’audition :
« le rapport souligne certaines lacunes inexcusables que HSBC regrette profondément. Alors que notre vieux modèle nous a donné satisfaction dans le passé, il n’est plus adapté à un monde interconnecté dans lequel les transactions franchissent instantanément les frontières, et où les faiblesses d’une juridiction s’exportent rapidement… ».
Le garçon faisait timidement allusion à la filiale mexicaine du géant bancaire qui s’est salement compromise avec les tristement célèbres « Casas de Cambio » locaux. Ces « bureaux de change » qui sont devenus le tout à l’égout du crime organisé du continent sud-américain. HSBC Mexico de son côté possédait elle aussi, sa propre filiale aux Iles Cayman. Laquelle en 2008, n’avait ni bureau ni personnel, mais 50 000 comptes clients et 2,1 milliards de dépôts…
60 trillions de dollars blanchis
En 2010, le régulateur fédéral yankee, le très critiqué Office of the Comptroller of the Currency (OCC) avait d’ailleurs eu des mots un peu crus envers HSBC du fait de « graves déficiences dans ses procédures anti-blanchiment ».
Les « déficiences » visées avaient notamment permis de fermer les yeux sur 60 trillions de dollars (!) de virements cumulés sans aucune vérification, et l’inexploitation de 17 000 messages d’alerte relatifs à des activités suspectes… Des anomalies qui n’ont provoqué aucune réaction disciplinaire, formelle ou informelle, de la part du régulateur au cours des 6 années précédentes...
C’est vrai qu’à l’époque John Dugan, boss de l’OCC avait d’autres chats à fouetter.
Le 19 mars 2010, il adressait un petit mot de remerciement à un certain Martin Woods, un ancien flic de l’anti-drogue de sa très gracieuse Majesté, embauché en février 2005 par la filiale anglaise de la Wachovia Bank comme responsable local de la lutte contre le blanchiment. Faute de parvenir à secouer sa hiérarchie amorphe, Martin a, comme souvent, terminé son bail avec son employeur dans la peau d’un lanceur d’alerte : « Je vous écris pour vous exprimer ma satisfaction et ma reconnaissance pour votre rôle dans les actions menées contre la Banque Wachovia pour ses violations de la loi sur le Secret Bancaire… Les informations que vous avez fournies ont largement facilité notre enquête et vous avez fait preuve d’intégrité et d’un grand courage personnel. Sans les efforts de personnes comme vous, les mesures prises contre Wachovia n’auraient pas été possibles ».
Wachovia Bank donne carte blanche aux cartels
3 jours plus tôt, Douglas Edwards, vice-président de la banque reprise sans gloire par Wells Fargo, autre mammouth yankee de la finance, paraphait et signait avec les autorités judiciaires de Floride, un accord transactionnel de 25 pages, par lequel la banque reconnaissait quelques menus écarts de conduite : - avoir accepté 378,4 milliards de dollars de fonds en provenance des Casas de Cambio mexicains évoqués plus haut ; l’équivalent d’un tiers du PIB du pays !
- avoir fermé les yeux sur un peu de cash ayant servi à l’achat de matériel de transport employé en particulier pour acheminer 22 tonnes de cocaïne ; l’un de ses engins, un DC 9 avait été appréhendé le 10 avril 2006 sur l’aérodrome de la charmante commune de Ciudad del Carmen sur le Golfe du Mexique, avec 5 ,7 tonnes de coke inside ; séquence émotion…
Le tout pour une contribution-sanction destinée à démontrer sa repentance, de 160 millions de dollars. Moins de 2% de son profit de 12,3 milliards de dollars en 2009. Et surtout contre l’avis de Jeffrey Sloman, le procureur fédéral ulcéré, en charge de l’enquête qui avait un peu perdu de son flegme en apprenant la nouvelle : « Par son mépris avéré de nos lois bancaires, Wachovia a virtuellement donné carte blanche aux cartels internationaux de la drogue pour financer librement leurs opérations »…
Un brin désabusé, Woods porte un regard sévère sur la transaction intervenue entre Wachovia/Wells Fargo et l’administration : « Tous les policiers voulaient voir l’affaire venir devant un tribunal. Mais personne n’ira en prison. Qu’apporte la transaction à la lutte contre les cartels ? Rien. Ca ne rend pas la tâche des autorités plus aisée et ça encourage les cartels et ceux qui veulent se faire de l’argent en blanchissant leurs dollars ensanglantés. Où est le risque ? Inexistant. Est-ce l’intérêt du peuple américain d’encourager banques et cartels à se comporter de la sorte ? Est-ce dans l’intérêt du peuple mexicain ? C’est bien simple, si vous ne voyez pas la corrélation entre le blanchiment massif par les banques et les 30 000 morts mexicains, c’est que vous n’avez rien compris… »
Un avis amplement partagé par Robert Mazur, une figure de la lutte contre le blanchiment. Le mec dont la vie a été portée à l’écran, s’est payé le luxe d’infiltrer le cartel de Cali et d’y trouver les preuves ayant permis d’engager les actions judiciaires (et accessoirement de la mettre en faillite) contre la BCCI en 1991 ; la préhistoire en somme…
Mêmes joueurs jouent encore
Partageant aujourd’hui son expérience avec les responsables anti-blanchiment des plus grandes banques de la planète au travers de sa boite de conseil Chase & Associates, Mazur ne s’encombre pas de faux semblants : « La seule chose qui puisse rendre les banques suffisamment vigilantes, c’est le cliquetis des menottes dans la salle du conseil d’administration. Un tas de gens ont été déçus de la transaction entre l’administration et Wachovia mais je sais qu’il existait des circonstances extérieures qui ont joué en faveur de Wachovia. A commencer par le fait que le système bancaire US était sur le point de s’effondrer ».
Tout comme Costa dans un autre registre, Woods porte un regard sans concession sur les affirmations publiques selon lesquelles la régulation a fait de considérables progrès : « Après l’affaire Wachovia, aucun membre des organes de régulation n’est venu s’asseoir avec moi et me demander ‘que s’est-t-il passé ?’ ou bien ‘que peut on faire pour que ça n’arrive pas dans d’autres banques ?’ ; ça ne les intéresse pas. Ce sont les mêmes qui attaquent les lanceurs d’alerte, une position que la Financial Services Authority britannique (FSA) a adopté sur recommandation des autorités. On leur a fait comprendre que la confidentialité dont jouissent banques et banquiers prime sur le droit du public d’être informé. C’est comme ça que marchent les priorités. D’abord le secret et ensuite l’intérêt du public… New York et Londres sont devenues les deux plus grosses lessiveuses de la planète et des paradis fiscaux. Pas les Iles Cayman, pas l’Ile de Man ou Jersey. La grande lessive se fait à la City de Londres et à Wall Street »
Les comptes de Grimm
L’affaire n’a pas fait grand bruit. Pour autant, le procès en question risque d’entrer dans l’histoire comme le premier du genre mené contre la mafia new-look américaine. Vous avez dit banksters ?…
United States of America v. Carollo, Goldberg & Grimm est en effet un cas d’école. Une illustration spectaculaire de l’existence et des modes opératoires des cartels bancaires déterminés dans le cas d’espèce, à se gaver au préjudice des mairies et collectivités territoriales du pays, des écoles et autres hôpitaux, bref du public au sens large.
L’ingéniosité criminelle de Dominick Carollo, Steven Goldberg et Peter Grimm, des Sopranos employés de GE Capital, filiale financière du poids lourd industriel General Electric, a trouvé à s’employer durant 10 ans, dans le secteur des emprunts obligataires municipaux. En parfaite entente c’est le cas de le dire, avec la quasi totalité des géants bancaires de Wall Street tels JP Morgan Chase, Bank of America, UBS, Lehman Brothers, Bear Stearns, et autre Wachovia.
Les cocus des emprunts municipaux
Un marché de 3,7 trillions de dollars ( !) de nature à inspirer les plus mauvais génies de la finance.
Comme chacun sait, pour faire face aux besoins de financement de leurs budgets, les municipalités comme les Etats, lancent des emprunts obligataires. Une fois levés, les fonds empruntés vont évidemment être dépensés au fur et à mesure de l’avancement des projets d’intérêt général auxquels ils sont destinés. Régler les factures de construction d’un stade peut prendre un bon moment. En attendant de devoir les décaisser, les mairies (« issuers ») placent donc ces fonds de la manière la plus rentable possible. Ça s’appelle une saine gestion de trésorerie.
Ces contrats de placement (« investment agreements ») varient considérablement tant dans leur durée que par la rémunération que versent les établissements financiers (« providers ») qui vont recevoir en dépôt temporaire, les fonds des collectivités locales. Le fisc US a aussi son mot à dire, puisque la rémunération versé par les « providers » aux « issuers » sera totalement ou partiellement imposable en fonction du code général des impôts local.
Pour des raisons historiques, ces placements entre issuers et providers sont réalisés par l’intermédiaire de « brokers » auxquels les municipalités donnent des mandats pour organiser des appels d’offre. Et c’est précisément au plus offrant des « providers » en termes de rémunération, auquel, sur recommandation du broker qu’il a chargé de l’organisation de l’appel d’offre, « l’issuer » confiera temporairement le produit de ses emprunts obligataires.
Des enchères dont Grimm et ses potes ont tiré largement profit en les truquant sauvagement pendant 10 ans. Au profit de leur employeur bien sûr et donc de leur intéressement personnel, mais aussi des membres du puissant cartel que les garçons ont constitué et dont ils ont assuré le fonctionnement à la satisfaction générale de ses membres et de celle des « brokers » corrompus ayant trahi la confiance de leurs mandants pendant toutes ces années.
Les dindons de la farce sont les municipalités pillées et au delà, leurs habitants qui voyaient, ou plus exactement ignoraient que le coût de leurs équipements collectifs étaient salement majoré du fait des comptes de Grimm et ses compères.
L’arsenal complet du trucage d’appels d’offre a été déployé, permettant aux membres du cartel de remporter à tour de rôle tel ou tel ‘investment contract’ pourvu qu’il soumette une offre conforme aux instructions données par le trio d’enfer. Il n’était pas rare qu’un lauréat remporte la mise en consentant un taux d’intérêt effectif très inférieur à celui qu’il aurait proposé si les enchères avaient été régulières…
Le jugement du 11 mai a contraint Bank of America, JP Morgan Chase, Wells Fargo et UBS a restitué 673 millions de dollars aux municipalités grugées. Une goutte d’eau dans un océan de profit…
C’est un peu au même genre d’arnaque, les enchères en moins, à laquelle the Bank of New York Mellon s’est livrée pendant des lustres au préjudice de fonds de pension fédéraux et d’états, dès lors qu’il y avait lieu à opérations sur devises. Le programme crapuleux se prénommait Charlie.
C’est Grant Wilson, un trader de la maison ayant fait dans le Forex pendant 19 ans qui a lancé l’alerte. La Virginie, la Floride et l’Etat de New York ont déposé plainte contre la banque. Le Proc’ général de New York a estimé ses gains frauduleux à 2 milliards de dollars sur une durée de 10 ans. Les cocus ? Policiers, pompiers, bibliothécaires, instituteurs, employés municipaux et autres magistrats…
Bank of New York prend le Mellon
Harry Markopolos, le tombeur de Madoff, s’est joint à la fête qui a débuté fin 2011 pour leur faire rendre gorge. Lors d’une interview à King World News du 6 octobre 2011, il faisait part de son sentiment profond : « J’espère que les actionnaires des fonds vont lancer des class actions lorsqu’ils auront compris l’ampleur de la fraude. J’étais en train de me dire que si Al Qaida avait fait subir ça aux américains, Seal Team 6 (le commando de marine ayant eu la peau de Ben Laden) leur auraient rendu visite. C’est peut être ça qu’ils méritent : que les forces de l’ordre fassent irruption dans les conseils d’administration et les traitent comme la Seal Team 6 a traité Ousama Ben Laden… »
Signe que l’Oncle Sam n’est pas rancunier, c’est précisément à la même banque que le gouvernement avait confié 3 ans plus tôt et à son insu de son plein gré bien entendu, au terme d’un appel d’offre opposant 70 candidates, pour une durée de 3 ans et moyennant 20 malheureux millions de dollars d’honoraires, la surveillance de l’usage qu’en font les bénéficiaires du programme global TARP (Troubled Assets Relief Programme) doté comme l’on sait d’une bouée de sauvetage gonflée à 700 milliards de dollars.
Le 13 octobre 2008, le département du Trésor retenait Bank of New York Mellon et 8 autres éclopés pour recevoir du cash destiné à leur permettre de passer une étape difficile. Le lendemain, la banque remportait l’appel d’offre. 3 semaines plus tard « l’aide » promise du Trésor était versée comme à la parade : 3 milliards de dollars in the pocket. Alors, c’est pas 20 millions de plus ou de moins qui ont fait la différence, c’est juste, « pour l’honneur » si l’on peut s’exprimer ainsi…
« Une fraude inconcevable » - Jerry Brown, ministre de la Justice de Californie
Citation du 20/10/2009 de Jerry Brown, ministre de la justice de Californie : « Les banquiers de State Street ont commis une fraude inconcevable en s’appropriant des millions de dollars qui appartenaient légitimement aux fonds de pension publics californiens ». Pour des faits comparables à ceux de BoNY Mellon, il demandait 200 millions de dollars de réparation.
En juin 2007, Morgan Stanley a conclu un accord avec les plaignants d’une class action pour leur avoir injustement facturé des frais de garde de métaux précieux prétendument achetés pour leur compte et inexistants en réalité ! 4,4 millions de dollars de dédommagement…
En 2006, Credit Suisse estimait que 49% de ses demandes de prêts immobiliers étaient des dossiers « trafiqués » c’est à dire dont les caractéristiques socio-financières des candidats emprunteurs avait été fictivement « améliorées ». En d’autres termes, toutes les banques US ont consenti des prêts à des emprunteurs qu’elles savaient insolvables. Les bonus des dirigeants basés sur le volume, faisaient dangereusement pencher la balance dans ce sens. Ce qu’une certaine Eileen Foster a découvert chez Countrywide, reprise en janvier 2008 par Bank of America, avant d’être licenciée le 8 septembre de la même année.
Il y a quelques semaines enfin, un rapport de la Chambre des Représentants a établi que Countrywide a consenti des centaines de prêts à des tarifs super réduits, afin « d’influencer » des membres du Congrès, leurs assistants parlementaires, des membres de la haute administration et des dirigeants du colosse hypothécaire sous assistance respiratoire Fannie Mae. Aux rangs des bénéficiaires, Chris Dodd, ancien membre du Comité Bancaire du Sénat (!) le sénateur Kent Conrad et les Représentants Elton Gallegly et Howard McKeon…
Il existe des dizaines d’autres exemples et le réquisitoire n’en serait que plus sévère si nous le poursuivions.
Terminons cependant par une note optimiste ; d’un point de vue éthique au moins : le 15 juillet 2010, Goldman Sachs transigeait à 550 millions de dollars avec la SEC pour avoir vendu des CDO (« collateralized debt obligations ») un brin frelatés aux investisseurs. Le paquet-cadeau à un demi milliard de dollars l’emballage, était désigné sous le charmant non commercial de « ABACUS 2007-AC1 ».
Même en cours de décomposition avancée, les CDO de ce très cher Goldman valait toujours plus que ceux fourgués par Bear Stearns et rassemblés dans « Maiden Lane I » (jusqu’à 25,7 milliards de dollars au plus haut de la titrisation) pour lesquels, selon William Black mentionné plus haut, c’est le même titre hypothécaire qui était refilé un nombre incalculable de fois aux investisseurs, provoquant, en cas de saisie du gage consécutive à une défaillance de l’emprunteur, un encombrement dans l’entrée du pavillon…
Triomphante la SEC indiquait que la monnaie serait répartie à raison de 250 millions retournés aux investisseurs abusés et 300 millions au Trésor.
De manière presque incongrue, le communiqué mentionnait enfin que les poursuites étaient maintenues contre le centralien Fabrice Tourre, l’un des vice-présidents de Goldman ; sans doute une faute de frappe au vu de tout ce qui précède…
A mi-avril 2010, le garçon est « remercié » par Goldman qui lui maintient néanmoins son salaire et acquitte sans broncher les factures de ses avocats.
Aux dernières nouvelles, il serait devenu résident de Kigali au Rwanda. Les propriétaires immobiliers locaux ne perdent rien pour attendre…
Là-bas
Le n°5 de Là-bas est paru.
SOMMAIRE :
Grand angle : Le tourisme solidaire
L’éco-tourisme, le volon-tourisme, le tourisme solidaire… Autant de termes pour qualifier un concept en vogue : celui de combiner vacances et aide humanitaire, et donc de voyager utile. Le risque ? Que les pays en développement deviennent d’immenses parcs d’attraction où illusions et bons sentiments riment avec profits.
Avec en éclairage notre reportage au Cambodge sur les orphelinats factices. Pierre Yves, français venu à Pnomh-Penh pour tenter d’être utile, s’engage comme volontaire pour la NCCO, une ONG locale de recueil des orphelins. Il donne des cours aux enfants, aide au fonctionnement de l’association, récolte des dons… Puis commence à creuser les choses, et s’aperçoit que tout cela n’est fait que pour enrichir le propriétaire de l’association, et que certains enfants ont toujours leurs parents.
Zoom sur…. Les people de l’humanitaire
Donner son image pour une noble cause semble être presque un passage obligé pour les grandes stars. Mais pour quel intérêt exact ? A qui cela profite-t-il ? Les peoples initient-ils réellement une prise de conscience auprès du grand public ? Les stars sont-elles sincères dans leur engagement ou se contentent-elles d’entretenir leur image ?
Avec également un zoom sur l’engagement de Tiken Jah Fakoly pour le Sahel, et des portraits de stars engagées : Sean Penn, Angelina Jolie, George Clooney, Lilian Turam, Annie Duperey, Zinedine Zidane…
Ailleurs si j’y suis : Revenir au Rwanda
Le génocide est encore dans toutes les mémoires, et pourtant le Rwanda est présenté comme une success-story économique. Dans ce contexte, comment les ONG présentes travaillent-elles ? Comment envisagent-elles l’avenir ?
Avec également le portrait de Maggy Barankitse, une burundaise qui a ouvert un orphelinat pour recueillir toutes les victimes du génocide (Hutues et Tutsies) suite au génocide, et a développé de multiples activités d’aide depuis lors.
Perspectives : La taxe sur les transactions financières pour les nuls
La taxe sur les transactions financières a été votée en février dernier à l’Assemblée nationale. Elle s’appliquera en France à compter de début août, mais le gouvernement espère l’étendre rapidement à un groupe pionnier d’une dizaine de pays européens. En quoi consiste cette taxe ? Quels en sont les enjeux ?
Ils s’engagent : Les cadeaux solidaires
Depuis une dizaine d’années, plusieurs ONG proposent des cadeaux solidaires. Une formule ludique pour attirer de nouveaux donateurs. Derrière le coup marketing, cette offre apporte-t-elle des retombées significatives ?
Images rapportées : Une prison auto-gérée
Dans la prison d’Antanimora, située dans la capitale malgache, 2 600 détenus sont abandonnés à leur sort. Pas de soins, ni de vêtements, ni d’éducation, pas même de surveillants. L’État ne dispense qu’une seule chose : une ration de manioc bouilli par jour. Tout le reste est géré par les détenus eux-mêmes. Même la surveillance.
Trajectoires : Oliver Percovitch, président du Skateistan
On peut être australien, champion de skateboard, et atterrir par hasard à Kaboul. Vouloir y éduquer les enfants des rues via la pratique du skate est beaucoup moins évident à imaginer, surtout sans moyens ni appuis. C’est pourtant ce qu’a réussi Oliver Percovitch.
Les cuves des réacteurs nucléaires français sont-elles sûres ?
Les fissures découvertes sur les cuves de réacteurs belges obligent à se poser la question de la sûreté des cuves des réacteurs français.
Défauts sur les cuves des réacteurs nucléaires, qui dit vrai ? L’Autorité de Sûreté Nucléaire Belge ou l’Autorité Française ?
Les cuves des réacteurs français sont-elles vraiment plus sûres que celle de Doel 3 ?
Mardi 7 août, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge a mis en évidence des fissures potentielles sur la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale Doel. Ces « défauts » risquant d’affecter 22 réacteurs à travers le monde, une réunion s’est tenue le 16 août à Bruxelles, en présence de représentants des agences de contrôle nucléaire des Etats-Unis, France, Suisse, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni.
D’après l’AFP, à l’issue de cette réunion, le directeur de l’AFCN aurait mis en évidence une différence significative entre les fissures constatées sur le réacteur de Doel 3 et celles constatées préalablement par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire française) sur les réacteurs français : « Contrairement à celles détectées en France, elles sont parallèles à la paroi de la cuve et présentent donc en principe moins de risques de fragiliser cette structure qui accueille le coeur de la centrale ». En effet, toujours selon Willy De Roovere, directeur de l’AFCN, les « contrôles effectués en 2004 sur l’un des réacteurs de la centrale de Tricastin (sud de la France) ont révélé des indications de fissures, perpendiculaire à la surface, soit celles qui sont dangereuses ».
Cette déclaration jette une lumière sensiblement différente sur la note publiée la semaine passée par l’ASN. Le ministère de l’Ecologie l’avait rendue publique le 11 août, suite à la question écrite que j’avais adressée à la ministre, sollicitant son avis sur les incidences des défauts constatés sur les cuves des réacteurs nucléaires français.
Dans sa note, en effet, l’ASN précisait que les réacteurs français ne « montraient pas d’anomalies similaires » à celles des cuves des réacteurs belges. Un peu rapidement, semble-t-il, le message avait été relayé selon lequel, donc, les cuves des réacteurs français ne comportaient « aucun défaut », ou en tous cas l’idée que les risques courus par les cuves françaises étaient beaucoup moins importants que ceux des cuves belges. A en croire le directeur de l’AFCN, c’est exactement l’inverse : les cuves les plus fragilisées seraient les cuves des réacteurs français, en particulier celui de Tricastin.
Cette question apparaît d’autant plus préoccupante, que M. de Roovere a réaffirmé hier son scepticisme quant à la réouverture de la centrale de Doel 3 : « Il faudra qu’Electrabel puisse prouver à l’AFCN et à un panel d’experts internationaux que ces défauts ne menacent pas l’intégrité du réacteur. Cela va être difficile à prouver. Si on considère que ça ne passe pas, alors on arrête définitivement le réacteur », a-t-il expliqué.
A l’aune de ces déclarations, la question mérite donc d’être reposée aux autorités françaises : existe-t-il deux conceptions différentes de la sûreté nucléaire, que l’on soit d’un côté et de l’autre de la frontière franco-belge ? Les défauts constatés sur les cuves des réacteurs français sont-ils plus préoccupants que ceux constatés sur les cuves des réacteurs belges, comme semble l’estimer M. de Roovere ? Quelles conséquences entend-on tirer de ce côté-ci de la frontière, sachant que du côté belge on a mis à l’arrêt le réacteur fragilisé, et qu’à l’inverse côté français l’exploitant a pour objectif de prolonger la durée de vie de ses réacteurs jusqu’à 60 ans ! ?
Des crèmes solaires nanotechnologiques... en cachette
Des crèmes solaires vendues avec la mention « sans nano » contiennent en fait de l’oxyde de zinc sous forme nanoparticulaire. Les entreprises cosmétiques qui les vendent auraient été dupées par leur fournisseur, le fabricant Antaria Ltd, révèlent les Amis de la Terre Australie. L’ingrédient incriminé, ZinClear IM, est-il présent dans des crèmes solaires vendues en France et, si oui, lesquelles ?
Selon les Amis de la Terre Australie, des crèmes solaires vendues avec la mention « sans nano » par les plus grandes marques australiennes et peut-être également en France contiennent en fait des nanoparticules. Ce serait le cas, en Australie, de Cancer Council Classic, Invisible Zinc Junior and Body et Woolworths Clear Zinc.
Parmi les ingrédients utilisés dans la composition de ces crèmes figure le ZinClear IM, fabriqué par la compagnie australienne Antaria Ltd et distribué en France par COMERCIAL QUIMICA MASSO qui assure sur son site internet que ce produit est sans nanoparticule et certifié bio par Ecocert. La compagnie Mukti viendrait d’ordonner le rappel de ses produits contenant du ZinClear IM suite à cette révélation.
Plainte pour communication mensongère
Les Amis de la Terre Australie ont déposé une plainte auprès de l’ACCC, équivalent australien de notre Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) ; ils reprochent à la compagnie australienne d’avoir menti à ses clients et sur le marché australien des valeurs boursières : Antaria aurait en effet à plusieurs occasions présenté l’ingrédient ZinClear IM comme n’étant « pas un nanomatériau » ou « de taille micrométrique (pas nano) », alors que des documents de l’entreprise témoignent qu’elle avait en fait pleine connaissance du caractère nano de cet ingrédient.
Si les faits sont avérés, il s’agirait là pour le moins d’un double langage bien éloigné des pratiques de transparence requises par la responsabilité sociale des entreprises (RSE).
Plusieurs organisations soutiennent la procédure enclenchée par les Amis de la Terre Australie, notamment le Conseil australien des syndicats (ACTU), l’Association de santé publique d’Australie (PHAA), le syndicat australien de l’éducation (AEU) et le syndicat des services publics (CPSU).
Des nanoparticules détectées par un institut indépendant selon des méthodes scientifiques
En février 2012, l’Institut national de métrologie australien (NMI), équivalent du Laboratoire national de métrologie et d’essais français (le LNE), avait présenté les résultats d’une étude montrant que des crèmes solaires en vente contenait des nanoparticules « libres » et des agrégats / agglomérats de nanoparticules.
A la demande des Amis de la Terre, l’Institut de métrologie a ensuite examiné le brevet US 2010/0310871 A1 et les informations concernant la poudre mésoporeuse d’oxyde de zinc ZinClear IM ; sur la base des ces documents et de l’étude qu’il avait préalablement menée, il a confirmé qu’il s’agissait bien d’un nanomatériau au sens de l’ISO (International Organisation for Standardisation (ISO), instance de normalisation internationale qui réunit des experts issus des industries et de la recherche publique sur les nanotechnologies au sein du Comité technique 229 (ISO TC 229).
Inquiétudes sanitaires et « crise de confiance »
Les Amis de la Terre déplorent le fait que peu de recherches aient été menées sur les risques sanitaires associés aux nano-ingrédients dans les crèmes solaires, un sujet d’inquiétude pourtant croissant parmi les scientifiques et les dermatologues, qui en redoutent le caractère potentiellement cancérigène et les conséquences en cas d’applications répétées ou chez les jeunes enfants.
Selon le Dr Gregory Crocetti des Amis de la Terre, les consommateurs sont inquiets par rapport aux risques posés par la présence dans les crèmes solaires de nano-ingrédients dont l’innocuité n’a pas été établie. D’où le choix de beaucoup de marques de proposer des crèmes solaires « sans nano ». Ces marques auraient été dupées par les fausses informations fournies par Antaria. De quoi créer une véritable « crise de confiance » auprès des consommateurs, puisque même des marques réputées pour leur sérieux comme Cancer Council ignorent la nature exacte des ingrédients qui composent leurs produits.
L’ONG australienne réclame depuis plusieurs années la mise en place de tests et d’un étiquetage obligatoires des nano-ingrédients dans les crèmes solaires.
Quid en France ?
Nous avons contacté le département Cosmétiques d’Ecocert pour vérifier si cet ingrédient ZinClear IM est effectivement certifié chez eux : leur cahier des charges vise en effet à garantir, notamment, l’absence de nanoparticules des « cosmétiques écologiques et biologiques ». Nous avons également sollicité plusieurs associations de consommateurs pour tenter de savoir si l’ingrédient ZinClear IM est présent dans des crèmes solaires distribuées en France. Nous vous tiendrons informés de leur réponse. En tout état de cause, cet épisode illustre les difficultés techniques de détection des nanomatériaux et la nécessité de renforcer la transmission des informations entre les différents acteurs, à chaque étape du cycle de vie des produits, entre chercheurs, producteurs, travailleurs, distributeurs et consommateurs afin que chacun à son niveau puisse agir en connaissance de cause et participer à la construction d’une co-vigilance effective.
La loi devrait permettre d’aller dans ce sens :
En Europe, le Réglement Cosmétiques exige qu’à partir de 2013 les fabricants indiquent par le terme « nano » entre parenthèses la présence de ces nanomatériaux dans la liste des ingrédients des cosmétiques : la règle d’étiquetage prévoit que soit ainsi indiqué, dans le cas du TiO2 par exemple :
Titanium dioxyde [nano].
En France, les entreprises et laboratoires auront obligation, à partir de 2013, de déclarer les quantités et les usages de nanomatériaux qu’ils produisent, distribuent ou importent. Le dispositif a notamment pour objectif de disposer d’une meilleure connaissance du marché et des volumes commercialisés. Mais il est critiqué pour la faiblesse des amendes prévues en cas de non-respect de l’obligation légale et les considérations de confidentialité et de secret commercial ou industriel inscrites dans le texte qui en limitent la portée.
Comment les entreprises françaises et européennes se préparent-elles à appliquer le réglement européen et la loi française en la matière ? Ont-elles commencé la mise à jour de leurs fiches produits ou fiches de sécurité ? Comment ont-elles prévu d’informer leurs clients, les transformateurs, revendeurs, distributeurs, travailleurs et consommateurs ? Vos témoignages sont attendus à l’adresse redaction(at)veillenanos.fr.
Nature et Progrès
Le n°88 de Nature et Progrès, été 2012, est paru.
SOMMAIRE :
Réflexion : Nature sauvage, nature sauvée ?
Opinion : gaz de schiste, quoi de neuf docteur ?
Dossier : La bio, entre règlementation officielle et marques privées
Dossier : Agroécologie face à agro-industrie : le choc des modèles
Dossier : les mltiples facettes de la bio
Patrimoine : l’humus, une ressource en or à choyer !
Portrait : Gérard Ducerf, un ethnobotaniste autodiacte
Faites le vous-même : les macérations huileuses
Végétal : les groseilliers
Librairie par correspondance
Petites annonces
Agenda
Lourdes peines pour les opposants à la ligne électrique Cotentin Maine
Les verdicts sont tombés ce matin 21 août pour deux opposants à la ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui devrait évacuer ( en...2016 !) le courant du réacteur nucléaire EPR, en construction à Flamanville.
Le premier concernait Michel Houssin, agriculteur, président de l’association Marais sous Tension, par ailleurs, responsable de la Confédération paysanne de la Manche. Il a été condamné à 2.000 euros d’amende dont 1.000 avec sursis, 2.500 euros de dédommagement à RTE, la filiale d’EDF, et 800 euros de remboursement de frais de justice pour avoir dévissé symboliquement des boulons sur un pylône en construction. C’est vraiment très cher du boulon !
Le second, un étudiant de 24 ans, a écopé de trois mois de prison, avec aménagement de peine, pour violences aggravées (pourtant bénignes...) sur 2 gendarmes, lors des événements de Montabot, le 24 juin, alors que l’on relevait 25 blessés dont 2 graves parmi les manifestants sans que la justice ne s’en inquiète.
Faut-il encore une fois rappeler que les décisions concernant les recours contre cette ligne THT ont été reportées par le Conseil d’état ? Que celui du CRILAN mettait en évidence que RTE n’a mené aucune enquête publique, aucune étude d’impact sur le tronçon de ligne depuis Flamanville jusqu’au secteur de Périers ?
Pendant ce temps, RTE, se précipite, joue les faits accomplis, pour les rendre irréversibles avec l’aval du pouvoir, de sa police et de sa justice !
Les décisions du Tribunal de Coutances contre ces deux militants confirment malheureusement l’incompatibilité de la démocratie avec l’industrie nucléaire et ses annexes, et cela quels que soient les gouvernements en place.
La répression, déjà exercée en d’autres lieux et en d’autres temps, n’a jamais suffi à mettre un terme à la contestation anti-THT et anti-nucléaire, ici comme ailleurs. D’autres procès sont déjà programmés. Nous pouvons craindre que l’Etat nucléaire ne recherche l’affrontement et l’irréparable. Tout véritable démocrate ne peut que se sentir solidaire des victimes de la violence d’État.
Le maire indigné : « Quand il s’agit de nucléaire, il n’y a plus de démocratie »
Après sept années de combat contre une ligne très haute tension (THT) et la première condamnation mardi 21 août de deux militants, Jean-Claude Bossard, maire démissionnaire d’un village de la Manche et fer de lance des anti-THT de la région, dit ne plus croire en la démocratie.
Le tribunal correctionnel de Coutances (Manche) a condamné mardi un étudiant de 24 ans à trois mois de prison ferme pour “violence aggravée” sur deux gendarmes légèrement blessés lors d’une manifestation anti-THT le 24 juin à Montabot. Un leader de la Confédération paysanne écope lui d’une amende pour avoir dévissé des boulons d’un pylône en construction.
“Ca confirme ce qu’on savait déjà, la justice en France ne fonctionne plus. On a déposé 100 recours et on n’a jamais eu l’ombre d’un jugement favorable”, a déclaré à l’AFP Jean-Claude Bossard, 60 ans.
M. Bossard est l’ancien maire du village du Chefresne (310 habitants), sur le parcours de la ligne Cotentin-Maine qui doit acheminer l’électricité du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville (Manche).
Candidat Europe Ecologie-Les Verts aux dernières élections européennes et régionales, l’ancien boulanger-pâtissier fédère depuis sept ans la lutte des élus anti-THT dans la région.
En mars, son bois, dont une partie devra être rasée pour le passage de la ligne, est devenu le quartier général des opposants. Cabane dans les arbres, tentes avec panneaux de bois et tôles de récupération… Une centaine de personnes s’y relaient selon lui, riverains ou militants de toute la France.
Ils ne plieront bagage que devant l’arrivée des pelleteuses. Pacifiquement, assure-t-il. “Nous, on ne veut pas se battre. Je ne veux pas qu’à nouveau un parent m’appelle pour me dire “Mon fils a perdu un oeil”".
Lors des affrontements avec les forces de l’ordre, à l’origine de la condamnation de l’étudiant mardi, les opposants ont dénombré 25 blessés dans leur camp, dont deux atteints à l’oeil.
De guerre lasse, M. Bossard a démissionné avec son conseil municipal en juin, énième étape du conflit entre Le Chefresne et la préfecture de la Manche sur la ligne THT.
“Je ne regrette pas d’avoir démissionné, je ne peux pas jouer au football si l’arbitre est corrompu”, soutient-il.
Le football, ici, est une métaphore du jeu démocratique. “La France se permet de donner des leçons de démocratie, mais quand il s’agit de nucléaire, il y a plein de dérogations aux règles”, peste-t-il. Il ajoute : “Naïvement, je croyais en la démocratie, mais depuis j’ai fréquenté des élus qui m’ont dit “Prends l’argent et tais-toi.”
En Espagne, les énergies renouvelables sont affaiblies par la crise
La crise a poussé en finir avec le subventionnement des énergies vertes. Le déficit tarifaire se creuse, alors que le nucléaire et l’hydroélectrique affichent des bénéfices records.
« Nous nous retrouvons pieds et poings liés ». Tel est le constat dressé par Jorge Morales, directeur de l’entreprise GeoAtlánter, qui a investi dix millions d’euros dans des installations photovoltaïques produisant 1,3 MW.
À 36 ans, il fait partie de la jeune génération d’entrepreneurs ayant contribué au boom des énergies renouvelables espagnoles, mais qui déchantent aujourd’hui.
En cause, la réduction sans précédent des aides destinées au secteur, qui mènera dès cette année au gel des nouveaux projets, qu’il s’agisse d’éolien, de photovoltaïque ou de thermosolaire (les tours concentrant les rayons solaires sur un fluide caloporteur).
Après s’être imposée comme référence mondiale dans le domaine des énergies propres, l’Espagne met en péril le futur de son industrie de pointe, malgré les spectaculaires avancées obtenues au cours de la dernière décennie.
Financées grâce à un système innovant de contribution directe des usagers à travers leur facture d’électricité, les primes aux énergies vertes disparaissent peu à peu, plongeant toute une filière dans l’abîme.
La recherche et développement au placard
Le secteur éolien, dominé par les entreprises Gamesa, Iberdrola et Acciona, assiste impuissant au démantèlement des projets prévus en Espagne et concentre désormais ses activités à l’étranger, vers la Chine, l’Inde ou l’Amérique du Sud.
La tendance inquiète Jaume Morron, le responsable de l’Association éolienne de Catalogne : « Face à l’absence de marché intérieur, les entreprises s’en vont. En plus des conséquences pour la R-D, nous perdons une source d’emploi dans l’économie verte ».
L’industrie photovoltaïque est la plus durement touchée, avec des primes ayant chuté de 30% en moyenne. Plus de la moitié des 1 500 MW [mégawatts] de projets attribués en 2009 sont passés à la trappe, faute de financement de la part des banques. Entre 2010 et 2011, l’Allemagne a installé 24 fois plus de panneaux photovoltaïques que l’Espagne (15 000 MW contre 600 MW), malgré un ensoleillement largement moins important.
Au cours des quatre dernières années, le coût des panneaux solaires a pourtant baissé de 70 %, et celui des éoliennes de 10%.
Une surcapacité de production sans précédent
Le gouvernement estime que la réduction des aides est le seul moyen de contrer le gigantesque déficit « tarifaire » auquel fait face le pays. La faible demande d’électricité imputable à la crise a en effet conduit à une surcapacité de production de l’ordre de 50%. Selon le type d’énergie employée, le prix facturé au consommateur est aujourd’hui inférieur au coût de production de l’électricité.
La Fondation Renovable dénonce cependant un système profondément injuste, puisque le prix payé aux entreprises pour chaque kilowatt est indexé sur le coût de production des technologies les plus chères (gaz ou charbon). Cette tarification permet aux secteurs nucléaire et hydroélectrique, dont les investissements sont depuis longtemps rentabilisés, de faire des bénéfices extraordinaires, tandis que les énergies vertes se retrouvent asphyxiées.
Dans un récent rapport, la Commission Européenne n’hésite pas à se ranger du côté des producteurs d’énergies renouvelables et regrette le gel des nouveaux projets.
L’UE rappelle l’importance de ce secteur, sans lequel l’Espagne ne pourra pas atteindre ses objectifs en matière d’énergie et de lutte contre le réchauffement climatique pour 2020.
Le sport permet au capital de s’approprier l’espace public
Grâce à la « magie » du sport, les grandes entreprises peuvent réaliser de fructueuses opérations
On peut lire sur le site Internet du Comité international olympique : « Les Jeux Olympiques sont l’une des plateformes les plus efficaces de marketing international, atteignant des milliards de personnes dans plus de 200 pays. » Pourquoi les entreprises investissent-elles autant dans le sport et particulièrement dans les Jeux olympiques ?
L’institution sportive facilite l’appropriation des biens et des espaces par le capital. Ce qui semblait difficile à obtenir, car l’appropriation n’est pas toujours légitime, devient par le miracle du sport plus facile. Voici quelques exemples.
L’expropriation des populations pauvres de certaines zones géographiques se reproduit à chaque grand événement sportif. C’est vrai à Londres, mais aussi au Brésil lorsque, sur l’injonction de la Fédération Internationale de Football et du Comité international olympique, le gouvernement décide d’expulser 1,5 million de familles, soit 10 millions de personnes. Cela serait pour d’autres un crime, mais pas pour les organisations sportives. On éloigne ainsi des nouveaux quartiers sportifs les populations les plus démunies et on rend ces espaces exploitables pour le capital.
Le transfert de finances publiques vers des sociétés privées est exemplaire dans le cas des J.O. londoniens. Au départ, le gouvernement britannique avait prévu un budget de 2,8 milliards d’euros. Il sera sans doute au final de 28,6 milliards ! Ces sommes vont, entre autres, abreuver les entreprises du BTP qui restructurent des quartiers entiers et ses font des marges bénéficiaires extravagantes.
A Londres, Ikea s’est offert un quartier entier en achetant un terrain au quart de sa valeur pour y installer une bourgeoisie qui n’osait pas venir s’y installer. Ce quartier devrait comprendre : 1 200 maisons, 50 000 m2 de bureaux, un hôtel Marriott de 350 chambres, ainsi que des commerces, une crèche, un centre médical… Et des parkings souterrains, des ordures évacuées par des conduits en sous-sol et une centrale hydroélectrique pour en produire l’énergie.
L’appropriation de l’espace par les sponsors, les partenaires olympiques et les grandes entreprises est aussi un grand classique. Autour et à l’intérieur de chaque stade dédié aux grandes manifestations sportives s’installent de multiples lobbys qui poussent à la consommation névrotique et ininterrompue. A deux pas du site olympique de Londres a été construit le plus grand centre commercial d’Europe.
Les nouveaux quartiers bétonnés des stades deviennent des lieux de spectacle faisant oublier la responsabilité du capitalisme dans le marasme des crises. A l’occasion des J.O., la construction d’une tour de 21 millions d’euros a été confiée au groupe Arcelor Mittal qui prend en charge le financement de 18 millions d’euros. Cela n’empêche pas cette entreprise d’organiser le chômage partiel d’un millier d’ouvriers sur son site de production de Florange, en France.
Le capitalisme qui se nourrit des crises économiques, se restructure et se renforce grâce à celles-ci. Le cas de la Grèce, dont les Jeux ont coûté 9 milliards d’euros, est exemplaire. Les populations payent le prix de ces jeux, de la restructuration économique et du sauvetage des banques. Désormais les institutions sportives prospèrent, s’enrichissent, participent à des formes de domination par l’argent tout en accélérant l’appauvrissement des populations et imposent même aux Etats leur vision du monde. Une vision où la compétition est devenue la raison même de toute organisation.
Comment supporter la chaleur sans climatisation
On n’est pas obligé de consommer encore plus d’électricité pour faire face à la canicule...
En période de canicule, attention à la surchauffe électrique. Si la tentation peut être grande de s’équiper d’un climatiseur ou d’un ventilateur pour faire baisser les températures chez soi, des solutions plus écologiques, et souvent économiques, existent.
Un peu de bon sens
Premier réflexe à avoir, laisser les stores ou les volets fermés, et n’ouvrir les fenêtres que la nuit, lorsque la température redescend. C’est alors le moment pour créer un courant d’air : « Les logements sont mieux aérés s’ils s’ouvrent sur deux façades ayant des orientations différentes. Si de plus la maison a plusieurs niveaux, ouvrir les fenêtres en haut favorisera l’évacuation de l’air chaud (’effet cheminée’) », explique l’Ademe.
Le brassage de l’air par les ventilateurs n’est qu’une solution de confort ponctuel, un peu comme agiter un éventail devant soi : ça soulage sur le coup, mais ça ne sert à rien de laisser tourner un ventilateur lorsqu’il n’y a personne à côté.
Clim’ ou pas clim’ ?
Les climatiseurs ne sont pas un cadeau pour l’environnement : ils consomment de l’électricité et contiennent des gaz à effet de serre puissants, les fluides frigorigènes. Quand ceux-ci restent en circuit fermé dans l’appareil, pas de problème. Mais que deviendront-ils dans quelques années lorsque votre vieux climatiseur partira à la poubelle ? L’Ademe rappelle que les fluides frigorigènes ont un potentiel de réchauffement 2.000 fois plus élevé que le CO2.
Alors attention aux achats impulsifs : « Les appareils appelés ’climatiseurs mobiles’ ne sont pas à proprement parler des appareils de climatisation : pour laisser passer la gaine qui évacue l’air chaud ou les tubes de liaison, il faut laisser une fenêtre ou une porte entrebâillées, ce qui est incohérent avec le fonctionnement d’un climatiseur, alerte l’Ademe. S’ils sont les moins coûteux et ne nécessitent pas d’installation, ce sont aussi les moins fiables, les moins performants et les plus énergivores ». L’Ademe conseille de faire appel à des professionnels spécialisés pour installer une climatisation de qualité et pas trop énergivore.
Les gros travaux
Pour les allergiques à la chaleur qui sont prêts à entreprendre des travaux chez eux, l’installation de stores sur les fenêtres ou le renforcement de l’isolation des toits ou des façades sont des solutions contre le coup de chaud. On peut aussi imiter les pays méditerranéens et repeindre en blanc les murs et les volets pour renvoyer la chaleur.
Et en voiture ?
La clim’ en marche, c’est une consommation de carburant qui augmente « de 40 à 70% en ville, plus 15 à 30% sur route », chiffre l’Ademe, et des fuites de fluides frigorigènes dans l’atmosphère… Pour limiter les dégâts, on peut limiter la température dans l’habitacle à 5°C de moins que la température extérieure et ne pas oublier de garer la voiture à l’ombre et de l’aérer avant de brancher la clim’.
Contrôle fiscal, les hyper-riches peuvent dormir tranquilles
Le 127, rue de Saussure, cette adresse parisienne, à deux pas des Batignolles, est peu connue du commun des contribuables. Le bâtiment est aussi gris que discret. Pourtant, c’est dans cet immeuble du XVIIe arrondissement de Paris que sont épluchées les déclarations fiscales des plus grosses fortunes de France. Liliane Bettencourt, François-Marie Banier, Johnny Hallyday ou encore Florent Pagny y disposent d’une chemise libellée à leur nom. Ceux qui y ont croisé Gérard Depardieu ou Jean Dujardin pourront vous le dire : ce n’est pas du cinéma. Ou alors un mauvais film fiscal.
Car, ici, on vérifie. Créée en 1983, la Direction nationale des vérifications de situations fiscales (DNVSF) a pour vocation de contrôler les citoyens les plus riches et les plus connus. « A l’époque, explique l’un de ses 250 agents, il y a eu une volonté d’ouvrir un service spécialisé afin de réaliser des examens très particuliers. La France s’est alors dotée d’un arsenal unique en Europe, mais ces pouvoirs restent surtout théoriques ».
Dans son rapport annuel 2012, publié en février, la Cour des comptes ne disait pas autre chose. Selon elle, « la DNVSF présente des résultats décevants et n’est pas en situation d’exercer un contrôle efficace des contribuables les plus fortunés ». La haute juridiction pointait même « une baisse du rendement du contrôle, après une forte croissance au début des années 2000 ». En 2000, le prestigieux service a ainsi « rappelé » un montant d’impôts et de pénalités de 320 millions d’euros. Un magot qui a explosé à quelque 500 millions entre 2002 et 2004, pour revenir à un peu plus de 300 millions en 2010.
« La diminution des montants recouvrés contraste avec la hausse des patrimoines et des revenus financiers les plus élevés », notait la haute cour, tout en reconnaissant que « des comportements d’optimisation non frauduleux peuvent expliquer cette divergence ». Informations parcellaires, absence d’historique des dossiers, agents inexpérimentés et insuffisamment spécialisés, manque de coordination avec les autres directions..., à l’heure de l’addition, les sages de la Rue Cambon ont eu la main lourde. Consciente de ses insuffisances, la DNVSF a d’ailleurs engagé une large réorganisation en 2011. A la décharge de celle-là, la Cour des comptes évoque « le caractère plus mouvant et plus complexe de la fraude », qui s’est « dématérialisée, internationalisée, accélérée ».
L’âge de faire
Le n°66 de L’âge de faire, juillet-août 2012, est paru
DOSSIER : Cachez ce caca que je ne saurais voir !
D’un coup de chasse d’eau, nous évacuons nos excréments et avec eux, les problèmes que pose leur traitement. Non sans humour, les associations de promotion des toilettes sèches ouvrent le débat sur ce sujet tabou dont on ignore souvent les enjeux.
Le chômage ou le cancer ?
Parce que la plus grosse usine sidérurgique d’Europe, dans le sud de l’Italie, pollue, la justice a ordonné l’arrêt d’une partie de la production. Mais syndicats et ouvriers de l’usine réclament la sauvegarde de leurs emplois en dépit des risques de cancer. Un faux dilemme, selon la philosophe Michela Marzano
“Notre santé n’est pas d’acier”, pouvait-on lire sur les banderoles d’une manifestation qui a réuni 2 000 personnes à Tarente vendredi 17 août, rapporte Il Sole 24 Ore. Une manifestation pour dénoncer les dégâts sur la santé provoqués par l’usine locale Ilva, la plus grande aciérie d’Europe.
La manifestation était organisée par des associations, mais aucun des principaux syndicats de travailleurs ni aucun grand parti politique n’y ont participé. Malgré les études sanitaires prouvant une surmortalité anormale sur le site (15 à 30 % de cancers de plus qu’ailleurs entre 1995 et 2002) due aux rejets de dioxine, syndicats et ouvriers s’opposent à la fermeture du site, arguant que l’usine donne du travail à 20 000 personnes. A Tarente, le chômage dépasse les 30 %, soit trois fois la moyenne nationale.
Tant qu’on continuera à opposer droit au travail et droit à la survie, et donc le salaire à la santé, il n’y aura pas d’issue au problème de l’usine Ilva [basée à Tarente, dans les Pouilles, sud de l’Italie]. Posé en ces termes, il ne s’agit pas tant d’un problème que d’un dilemme moral. Et comme on le sait, un dilemme éthique, par définition, n’a pas de solution.
Les dilemmes sont dramatiques, désespérés, sans remède. Car on se trompe toujours et de toute façon. Quelle que soit la décision prise, on finit toujours par regretter ce qu’on a dit ou fait. Comme dans le cas de l’impossible “choix de Sophie”, dans le célèbre roman de William Styron, qui raconte comment une jeune polonaise déportée à Auschwitz avec ses enfants est perversement obligée par des nazis de choisir lequel des deux faire mourir. Si Sophie ne choisit pas, ils mourront tous les deux. Si elle en choisit un, l’autre aura la vie sauve. D’un point de vue étroitement utilitaire et mathématique, Sophie devrait au moins en sauver un. Mais comment une mère peut-elle choisir lequel de ses enfants mérite de vivre ?
Dans le roman, après quelques minutes d’égarement, elle décide de sauver Jan, sacrifiant la petite Eva. Mais elle paiera cette décision toute sa vie, tourmentée par la culpabilité et le désespoir. Car au fond, si d’un point de vue rationnel il vaut mieux sauver une vie que n’en sauver aucune, d’un point de vue existentiel et éthique, il y a des choix que l’on ne peut pas faire. Comme dans cet impossible choix entre santé et travail.
Sauf à obliger les gens à défendre l’indéfendable : “Je préfère mourir d’un cancer dans vingt ans que de faim dans quelques mois”, a-t-on entendu déclarer certains salariés d’Ilva qui craignent de perdre leur travail. “Je préfère mourir de faim tout de suite que de voir mes enfants dépérir et tomber malade”, répondent des défenseurs de l’environnement.
En réalité, dans le cas de l’usine Ilva, c’est une grave erreur de persister à poser le problème en termes d’opposition, voire de chantage, entre droit au travail et droit à la santé. Malgré les apparences, nous sommes en réalité devant ce qu’on pourrait définir, philosophiquement parlant, comme un “faux dilemme” : les deux valeurs fondamentales qui sont en jeu sont absolutisées en montrant que l’une s’oppose inévitablement à l’autre et que la seule façon de sortir de l’impasse est de sacrifier l’une des deux. C’est la technique argumentative "ou bien, ou bien”. Pour conclure cyniquement qu’il n’y a pas de troisième terme. Avec tous les drames qui en découlent. Comme il arrive au fond chaque fois qu’on se trouve face à un choix brutal, impossible, inhumain.
Un pays “désuet et pittoresque”
Pourtant, les progrès technologiques et l’exemple de beaucoup d’autres pays européens montrent que santé et travail ne s’opposent pas nécessairement. Au contraire, le travail et la santé vont de pair, comme l’a répété lundi 13 août le ministre de l’Environnement, Corrado Clini : il n’y aucune raison d’opposer l’assainissement de l’environnement et la production d’acier, puisque c’est précisément grâce à la participation active d’Ilva qu’on pourra procéder à l’assainissement des installations.
Bien sûr, la décision, prise par la juge de Tarente Patrizia Todisco le 10 août, de bloquer la production en attendant la décontamination semble souligner une fois encore qu’on se trouve bien face à un dilemme. Les polémiques ont alors repris immédiatement. Pour le président des Verts [Angelo Bonelli] et pour Antonio di Pietro [ancien magistrat et fondateur du parti d’opposition de gauche, l’Italie des valeurs], par exemple, les magistrats ne feraient que leur devoir en défendant le droit à la santé. Pour les défenseurs de l’activité économique à tout prix, la décision de la juge serait au contraire la preuve que l’Italie n’offre plus aucune chance au développement industriel et qu’elle est désormais un pays “désuet et pittoresque”, pour reprendre les termes employés par le New York Times dans un autre contexte.
La semaine dernière, le gouvernement a officialisé son recours à la Cour constitutionnelle, s’engageant ainsi dans un conflit ouvert avec la magistrature des Pouilles. Mais, lorsque le débat se polarise de cette manière, il est difficile de trouver une solution, précisément parce que le troisième terme manque.
Espérons donc que nous saurons sortir de ce “faux dilemme” et retrouver la voie de la raison au lieu de céder aux sirènes de la dialectique sophiste. Non seulement pour sauver en même temps la santé et le travail, mais aussi pour éviter que, au nom de la sauvegarde de l’environnement, ce soit l’environnement lui-même qui soit sacrifié.
Qui sera assez naïf pour penser qu’un problème comme celui de la décontamination de zones déjà en grande difficulté puisse être pris en compte et résolu si l’usine Ilva cesse totalement ses activités ? Ce n’est qu’un exemple. Et qui ne doit pas faire perdre de vue la nécessité de développer une activité et une production propres et durables. Mais la philosophie du sens commun, bien plus que l’idéalisme, permet de ne pas tomber dans le piège des faux dilemmes qui se finissent presque toujours en tragédie.
Les Cris du Québec refusent l’exploitation de l’uranium
Le gouvernement libéral du Québec veut ouvrir le nord de la province à l’exploitation minière. Le peuple cri a décidé un moratoire sur l’exploitation de l’uranium sur son territoire.
Plusieurs individus et groupes réclament un moratoire sur les mines d’uranium au Québec depuis quelques années. L’architecture du Plan Nord et son élaboration coïncide avec le désir des compagnies minières d’exploiter l’uranium pour une première fois au Québec.
Cette semaine, [10 août] les Cris sont passés des paroles aux actes en « déclarant un moratoire permanent sur l’exploration de l’uranium, l’exploitation minière de l’uranium et l’emplacement de déchets d’uranium dans Eeyou Istchee, le territoire cri de la Baie James. Le moratoire permanent a été décrété à l’unanimité par l’Assemblée générale annuelle de la Nation crie. »
Les cris prendront « toutes les mesures nécessaires et appropriées qui peuvent être raisonnablement exigées pour assurer la reconnaissance et la mise en oeuvre complète et immédiate du présent moratoire ». Fait à noter, cette nation occupe près de la moitié du territoire visé par le Plan Nord.
Jean Charest asperge les tribunes d’un discours « plan-nordien ». Force est de constater les critiques de plus en plus nombreuses sur son modèle de développement et la barricade populaire devant l’uranium. Le Plan Nord tel que présenté par le parti Libéral est selon nous, impossible à actualiser sans l’appui de l’armée ou de toutes autres formes de répressions étatiques. La question de la démocratie est une fois de plus posée. Cette semaine, ce n’est pas le gouvernement qui a décidé, imposé et légiféré mais les communautés Cries. Nous exprimons aujourd’hui notre solidarité et notre appui inconditionnel au moratoire décrété par les Cris.
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Extrait de la résolution :
ATTENDU QU’il n’existe aucune façon indépendamment établie ou objectivement connue d’atténuer efficacement ces risques sur les échelles de temps applicables à l’exploitation minière, la concentration, le raffinage et le transport de l’uranium, ainsi qu’aux déchets miniers d’uranium radioactifs et toxiques, à savoir des centaines de milliers d’années, et qu’en fait ces questions soulèvent de sérieux doutes, surtout lorsqu’elles ont touché d’autres peuples autochtones dans leurs terres et leurs eaux ;
ATTENDU QUE le peuple et la Nation crie de Mistissini, la première communauté Crie située à proximité d’un projet d’exploration et d’exploitation uranifères, a exprimé son opposition totale à ces activités et a demandé au Grand conseil des Cris et à l’Eeyou de l’appuyer dans cette opposition :
À CES CAUSES, IL EST RÉSOLU QU’EEYOU, LA NATION CRIE DE LA BAIE JAMES :
1. Déclare et décrète un moratoire permanent sur tout exploration, exploitation minière, concentration, raffinage et transport de l’uranium et tout emplacement de déchets d’uranium dans Eeyou Istchee ;
2. Autorise et charge le Grand conseil des Cris (Eeyou Istchee), le Grand chef et le Conseil de l’Administration régionale crie de prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées qui peuvent être raisonnablement exigées pour assurer la reconnaissance et la mise en œuvre complètes et immédiates du présent moratoire permanent dans Eeyou Istchee et pour donner effet à la présente résolution de l’Assemblée de l’Eeyou.
La vie dangereuse à côté d’une ligne à haute tension
Dans les champs de Gilles trône un pylône de 400 000 volts. Ses vaches ont des infections, son lait est invendable. Sa fille a contracté trois pneumonies. L’éleveur est convaincu qu’il y a un lien.
Pour arriver chez les Hebert, à Planquery (Calvados), il faut emprunter une route sinueuse. Au bout du chemin : une grande maison, près d’une exploitation agricole. Dans un champ, au loin, paissent les vaches noires et blanches de Gilles. Mais c’est là, tout près, à 150 mètres de la maison, que se dresse un pylône de plus de 30 mètres de hauteur. L’un des maillons d’une ligne à très haute tension : 400 000 volts qui traversent la région du nord au sud.
Gilles se partage entre les travaux de la ferme et le pique-nique des enfants à préparer. Son épouse, Lydie, est au travail, dans une banque. Une vie banale, à faire bâiller d’ennui les corneilles. Mais quand le café est prêt et qu’on s’installe au salon, les choses prennent un tour plus complexe.
Du courant vagabond
L’histoire commence dans les années 1980. Peu craintif, le père de Gilles accepte d’héberger une ligne électrique sur ses terres, exploitées depuis cinq générations. Le pylône prend ses quartiers chez les Hebert. En échange, le père de Gilles touche 4 000 francs de l’époque (610 euros environ) d’indemnités.
Les complications commencent. A chaque orage, tout le matériel électrique et informatique de la maison et de l’exploitation grille. Autre bizarrerie : les clôtures électriques qui encadrent les champs semblent retenir le courant. Même quand il est coupé, il passe encore. « Mon terrain est sur une nappe phréatique. Il y a du courant vagabond partout, c’est-à-dire qu’une partie de l’électricité s’échappe de la ligne, va dans la nappe et remonte on ne sait pas où », raconte Gilles. Au fil du temps, les problèmes grossissent et avec eux, l’inquiétude.
L’exploitation foudroyée
Il y a trois ans, c’est le coup de foudre de trop. Un violent orage éclate. Il fait, comme d’habitude, sauter le courant, mais aussi littéralement exploser le paratonnerre. Le matériel qui permet de nourrir automatiquement les vaches est détruit. « Là, c’en était trop. Ma femme a dit stop, ça va trop loin. On a arrêté de nourrir les vaches avec la machine, on a emmené les veaux chez le vétérinaire, on a commencé à discuter avec les voisins. C’est comme ça que ça a fait tilt. »
Manon, les veaux et les pneumonies
Au début, Gilles n’a pas fait le rapprochement. « J’ai beaucoup de veaux qui meurent de pneumonie l’hiver, ça a toujours été comme ça. Mes vaches, elles, ont des mammites, des infections aux mamelles, leur lait n’est bon qu’à être jeté. Ça, ce sont des choses qui peuvent arriver, mais le problème, c’est qu’ici ça arrive très souvent. » L’agriculteur a son explication. Pour lui, le courant vagabond est véhiculé par la nappe phréatique. En contact avec l’humidité du terrain et des bâtiments, ses animaux tombent malades ou meurent.
Et puis, il y a aussi Manon, sa fille. Aujourd’hui, elle a 10 ans. Dix années qu’elle fait des allers-retours entre la maison et l’hôpital.
Mais au final, Gilles n’est sûr de rien. « Bah, je ne sais pas vraiment si c’est lié ou si ce sont des coïncidences, mais bon, ça fait quand même beaucoup de coïncidences, non ? » Des questions, des doutes, mais pas vraiment de réponses. Certes, les études existent mais se contredisent souvent. D’un côté, RTE, l’entreprise d’Etat gestionnaire du réseau électrique français, explique que ces pylônes ont peu d’impact sur leur environnement. De l’autre, une enquête du réseau militant « Stop THT » montre une dégradation des conditions de vie. Rien n’est tranché. Reste qu’aujourd’hui, Manon va mieux. Sa grande sœur, Marie, conserve ses craintes : « J’ai peur de tomber malade comme Manon », confie-t-elle.
Expertises sanitaire et électrique exigée
Il n’empêche. Les Hebert ont voulu faire la lumière sur leur histoire. L’an dernier, ils décident d’aller voir la justice. « Y en a qui vont dire que je fais ça pour l’argent, oui, c’est vrai. Je suis persuadé que les problèmes sur les vaches et les veaux c’est à cause de cette ligne. Et pour moi, ça représente une perte financière énorme. » Gilles vend plus de 400 000 litres de lait chaque année à Danone. Sauf qu’avec les mammites des vaches, une partie de la production est devenue invendable et l’exploitant a dû prendre une douzaine de vaches supplémentaires pour atteindre son quota. Nourriture, main-d’œuvre… Sur une quinzaine d’années, l’addition s’élève à 361 000 euros, selon le comptable de Gilles. C’est la somme que l’éleveur réclame désormais à RTE.
« Moi je ne suis pas contre l’électricité, il faut bien la transporter, mais il faut prendre en compte ceux qui vivent en dessous. Je fais ça pour moi, mais aussi pour tous les autres », justifie Gilles. Car il n’est pas le seul. En France, 350 000 personnes vivent à proximité d’une ligne à 400 000 volts et leur nombre devrait augmenter. Une nouvelle ligne THT est en construction pour transporter l’électricité produite par le nouvel EPR de Flamanville encore en construction. Soit 163 kilomètres qui relieront bientôt le Cotentin au Maine.
Passage au bio
64 communes abriteront 420 nouveaux pylônes. Le collectif « Stop THT » entend bien empêcher la construction de la ligne. Alors, quand des agents RTE viennent, avec des gendarmes, baliser les sentiers sur les terrains rachetés, des affrontements éclatent parfois.
Pendant ce temps, Gilles s’accroche. En juin dernier, il a reçu une bonne nouvelle. Le tribunal de Caen a exigé qu’une expertise sanitaire et électrique soit réalisée sur son exploitation. Objectif ? Mesurer l’impact - s’il y en a un - de la ligne THT sur les animaux de la ferme. Et Gilles a de nouveaux projets. Il vient tout juste d’entamer sa conversion en bio, pour ne plus dépendre de la machine à nourrir les vaches qui menace de lâcher à chaque orage. Pour en finir aussi avec la surcharge de travail et les quotas à respecter.
Les anti-loups se mettent à mordre
Deux agents de l’État ont été violemment agressés par un éleveur de moutons le 8 août dans les Alpes Maritimes.
L’impunité accordée à certains éleveurs de moutons a encouragé l’un d’eux à des voies de faits particulièrement violentes sur des agents de l’État venus, à sa demande, réaliser une expertise suite à une attaque sur son troupeau. Après un soutien inconditionnel de quelques élus, des dizaines d’autorisations de tirs de loups octroyées par les préfets, l’appel au braconnage des loups lancé par un député européen, on assiste maintenant à une recrudescence de violences de plus en plus fortes provenant d’une partie des acteurs de la filière ovine. Curieusement, l’affaire est restée sous silence.
Le 8 août, sur la commune de Villeneuve d’Entraunes (06), trois agents du Parc National du Mercantour qui réalisaient une expertise suite à une attaque de canidé sur un troupeau de moutons, ont été violemment agressés par l’éleveur propriétaire du troupeau qui pourtant avait fait appel à eux. Un agent a reçu un coup de tête et des coups de manche de pioche, l’autre a reçu des soins nécessitant des points de suture à la mâchoire.
Si une enquête est bien en cours, l’ASPAS s’étonne du mutisme total qui entoure cette affaire pourtant très grave. Alors que chaque agression envers des policiers ou gendarmes fait l’objet d’une très forte médiatisation, il semblerait que le silence total soit de rigueur lorsqu’il s’agit d’agents de Parcs Nationaux, qui ont pourtant pour mission, entre autre, d’assurer la police de la nature. À moins qu’il ne s’agisse là de la démonstration d’une impunité totale donnée à certaines catégories socioprofessionnelles, au détriment de la protection des agents de l’État et de la préservation de la nature…
L’ASPAS en appelle au ministère de l’Écologie pour condamner très fermement de tels actes, réaffirmer son soutien aux personnels de ses établissement publics, remettre un peu d’ordre dans le dossier du loup qui depuis ces dernières années lui a complètement échappé : plus de 80 autorisations de tirs de loups ont été délivrées cette année par les préfets !
Il n’est plus admissible que le loup continue de servir de bouc émissaire à la crise que traverse la filière ovine. L’ASPAS demande non seulement une réelle prise en compte de la biodiversité dans les politiques publiques, mais également que l’on sorte enfin de cette « crise du loup et du pastoralisme » qui ne pourra se faire que par une généralisation des mesures de protection des troupeaux. Seule la cohabitation « intelligente » permettra la pérennité d’un élevage extensif de qualité. Le tir d’un ou de plusieurs loups n’a jamais, dans aucun pays, permis de protéger durablement les troupeaux. Entretenir cette croyance est totalement irresponsable. L’avenir de la faune sauvage et des activités économiques traditionnelles ne peut se faire avec de telles gesticulations.
Faute de quoi, les violences comme celles du 8 août se généraliseront sans que la filière ovine ne sorte de la crise, sans que les services de l’État ne puissent assurer leur mission, et sans que la protection de la nature ne puisse sortir des discours auxquels plus personne ne croit.
Une victoire dans la Crau
Il y a heureusement des batailles qui se gagnent. L’enquête d’utilité publique a conclu à un avis négatif sur le projet d’un immense entrepôt à Saint Martin de Crau, dans les Bouches-du-Rhône.
Il y a des NON qui font plaisir à entendre ou à lire. Le "non" lié à un projet incohérent, irrespectueux de l’environnement, en contradiction avec ses propres orientations énoncées en matière de développement durable. Et plus que tout, le non face au mépris d’une partie de la population qui ne demande rien d’autre que la prise en compte et le respect de son cadre de vie. Sensible aux arguments des associations citoyennes et à la mobilisation générale, le commissaire enquêteur a dit NON au projet d’une plate-forme logistique au Mas de Gouin à Saint-Martin-de-Crau.
La mobilisation citoyenne aura été payante : celle des habitants du Mas de Gouin, des associations Agir pour la Crau et Association pour la protection des Mas du Pays de Crau, la centaine d’habitants de Saint-Martin-de-Crau qui ont signé la pétition contre ce projet et enfin celle du Collectif de Défense des Terres Fertiles.
Après un mois d’enquête, et suite aux remarques formulées dans le cadre du mémoire en réponse par la SARL La Thominière (groupes Carnivor et Massa) porteuse du projet, un avis défavorable a été émis sur ce projet le 10 juillet. Le Commissaire-enquêteur, désigné par le Tribunal Administratif, a principalement retenu les arguments suivants :
- La perte de la qualité de vie des habitants du Mas de Gouin qui auraient été encerclés par 77.000 m² d’entrepôts de 14 m de haut à moins de 50 m de leurs habitations. Pour une association citoyenne comme la nôtre (Agir pour la Crau), c’est un argument fort car bien souvent le cadre de vie des habitants n’est pas considéré comme un enjeu majeur. Cela n’aura pas été le cas sur ce dossier.
- La diminution de la superficie agricole. Même si elles représentent un faible pourcentage au regard de l’existant, le Commissaire-enquêteur souligne que l’on peut s’interroger sur la succession d’autres situations similaires et projets en cours et de leurs impacts cumulés. Rappelons que les projets en cours portent sur près de 400.000 m² d’entrepôts et 85 ha. C’est une fois de plus un argument fort pour nous car malgré le classement au PLU en « zone à urbaniser », l’avis considère cet espace comme agricole. Soulignons à ce titre que la Chambre d’Agriculture avait donné un avis défavorable à ce projet.
- Les contressens avec les orientations du Projet d’Aménagement et de Développement Durable. Le Commissaire-enquêteur considère que « le fait d’implanter une nouvelle installation industrielle, à proximité d’habitations, d’une ZICO, d’une zone Natura 2000 et en supprimant 24 ha de vergers ne s’aligne pas avec l’axe développement durable du Projet d’Aménagement et de Développement Durable ». Tout est dit ! Le PADD de la commune de Saint-Martin-de-Crau a été adopté en avril 2010. Le permis de construire ayant, quant à lui, été délivré au mois de juin de la même année.
- La création d’emplois. « Le nombre d’emplois net créés ne peut être précisément apprécié ». Nous avions souligné dans le dossier que le chiffre de 300 personnes nous semblait exagéré et surtout non corroboré par des données objectives et précises. Une fois de plus, un arrêt au chantage à l’emploi.
- Le risque inondation. L’étude hydraulique ne répond pas aux préoccupations soulevées à savoir si la présence de la zone logistique va aggraver ou non le risque d’inondabilité. Le dossier ne prenait même pas en compte les inondations de novembre 2011 !
- La perte de la biodiversité. Même si le Commissaire-enquêteur souligne qu’il n’y a sur ce site ni plantes rares ni espèces protégées, il parle quand même d’une perte d’espaces naturels jugée préjudiciable.
- Le risque incendie. L’étude n’aborde pas le cas de dispersion des fumées d’incendies sur les habitations les plus proches et exposées aux vents dominants.
Cet avis défavorable sera adressé sous peu au Préfet qui va juger en dernier recours. Même s’il ne faut pas vendre la peau du mouton avant de l’avoir tondu, c’est une véritable première victoire et un soulagement profond pour les 32 personnes vivant au Mas de Gouin.
Le développement d’une commune ne peut se faire au détriment d’une partie de ses habitants. Le commissaire-enquêteur "comprend qu’il puisse y avoir un sentiment de laissé pour compte de la part des riverains" et considère que "les nuisances ne sont pas contrebalancées par les avantages".
Agir pour la Crau reste mobilisée auprès des citoyens et fait sienne une des conclusions générales du rapport qui rappelle que « la perte des terres agricoles n’est pas compensée et est en contradiction avec la volonté de la municipalité de promouvoir les productions agricoles locales ».
Total croit aux miracles
La direction du groupe Total a accepté de présenter ici son scénario sur l’avenir du pétrole. Selon elle, aucun déclin des extractions ne s’annonce à l’horizon... à condition de développer d’ici 15 ans l’équivalent de la moitié de la production actuelle !
Reprenons la pelote. Tandis que le nouveau gouvernement français, pas plus que le précédent, n’envisage d’autre réponse au pétrole cher que d’en encourager la consommation, nous continuons ici à tâcher de comprendre pour combien de temps il nous en reste (du pétrole pas - trop - cher).
Je suis allé cette fois poser la question à deux vice-présidents du pétrolier français Total, Helle Kristoffersen et Guillaume Chalmin, responsables de la stratégie de la première entreprise hexagonale.
Parmi les grands groupes pétroliers, Total était jusqu’ici le seul à reconnaître que les extractions mondiales de brut ne pourront pas augmenter indéfiniment, pas plus que les arbres ne montent jusqu’au ciel. Le pétrolier français faisait entendre un discours circonspect, à mi-chemin entre l’optimisme de ses concurrents et l’alarmisme de bon nombre d’experts indépendants.
D’après les détails du nouveau scénario prospectif de Total présentés ici en exclusivité, le pétrolier français semble désormais s’être aligné sur le volontariste vertigineux que prêchent les autres majors de l’industrie du brut.
A l’avant-dernier étage de la tour Total, Helle Kristoffersen, directrice de la stratégie générale du groupe et Guillaume Chalmin, chargé plus spécifiquement de la stratégie d’exploration et de production, m’ont expliqué pourquoi il n’y aucune raison de craindre que le pic pétrolier survienne avant longtemps.
Afin d’accroître la production mondiale de pétrole jusqu’à l’horizon 2025-2030, tout en compensant le déclin de la production existante, Total table sur la mise en production de pas moins de 45 Mb/j [millions de barils par jour] de capacités nouvelles par l’ensemble de industrie.
Ce chiffre de 45 Mb/j est compatible avec le diagnostic du patron de Shell, Peter Voser, selon lequel « il faudrait que le monde ajoute l’équivalent de quatre Arabie Saoudite (sic) ou de dix mers du Nord dans les dix prochaines années, rien que pour maintenir l’offre à son niveau actuel ».
45 Mb/j représentent un peu plus de quatre Arabies Saoudites, c’est-à-dire plus de la moitié de la production actuelle de pétrole brut (83 Mb/j) !
Christophe de Margerie, pdg de Total. En décembre à Doha, celui que l’on surnomme « Big Moustache » a prévenu que la production de brut atteindra son pic au cours de la prochaine décennie. Au-delà de cette date, c’est « le point d’interrogation », a-t-il mis en garde. Et si c’était plus tôt ?
Le tour de force sur lequel comptent Total, Shell et les autres majors pour maintenir à flot l’économie de croissance est en soi vertigineux. Où trouver l’équivalent de la production de quatre Arabies Saoudites, alors que l’industrie fait face à une accélération du déclin de la production existante, et se trouve de surcroît vouée à trouver et à exploiter les nouveaux champs dans des conditions sans cesse plus extrêmes ?
Helle Kristoffersen et à Guillaume Chalmin ont accepté de fournir ici la liste des courses nécessaires à l’industrie pétrolière pour parvenir à pomper ces faramineux 45 Mb/j de capacités de production supplémentaires.
Ces capacités nouvelles attendues, ce sont d’une part des champs entièrement nouveaux, et d’autre part des champs déjà en production dont Total estime qu’il sera possible de relancer les extractions.
Du côté des champs nouveaux, voici ce que donne l’addition planétaire soumise par la direction de Total :
- sables bitumineux, essentiellement au Canada : + 7 Mb/j (!)
- Irak : + 5 Mb/j
- offshore très profond au large du Brésil : + 3 à 4 Mb/j
- réservoirs « compacts » en Amérique du Nord (huiles de schiste pour l’essentiel) : + 2 à 4 Mb/j
- la direction de Total mentionne également plusieurs nouvelles ressources en cours de prospection en Afrique, dans le grand Nord ou au large de la Guyane, dont la production future est admise comme étant plus incertaine ; d’après les chiffres avancés, l’ensemble de ces ressources représente a priori un potentiel de production supplémentaire de + 2 à 5 Mb/j.
Dans le meilleur des cas, Total obtient donc un total de quelque 25 Mb/j de capacités d’extraction issues de puits qui n’existent pas encore.
Où trouver les 20 ou 25 Mb/j restant pour parvenir à l’objectif souhaité de 45 Mb/j supplémentaires ? La direction de Total n’a pas fourni de réponse directe à cette question pourtant décisive.
Les deux hauts cadres de Total que j’ai interrogés n’ont pas souhaité fournir de liste, même approximative, des principales régions pétrolifères existantes dans lesquelles ils jugent qu’il sera possible de stopper, ou au moins de freiner l’hémorragie, c’est-à-dire l’épuisement des réserves et le déclin engagé ou imminent des extractions d’un nombre de plus en plus important de puits anciens. Seul le cas des Etats-Unis a été évoqué, en terme peu optimistes, comme nous allons le voir.
Mme Kristoffersen et M. Chalmin ont notamment refusé de d’avancer des éléments chiffrés concernant les pays de l’Opep et la Russie, se justifiant par l’opacité des données disponibles. Dommage, car l’Opep et la Russie contrôlent l’essentiel des réserves prouvées d’or noir encore disponibles, mais font également partie des producteurs les plus anciens...
Le directeur scientifique de Total, Jean-François Minster, m’a pourtant indiqué en avril que « dans les pays de l’Opep ou de Russie, les taux de déclin peuvent atteindre 6 à 9 % par an ». Des chiffres bien supérieurs aux moyennes mondiales couramment admises, situées pour l’heure entre 2 et 5 % par an.
Pour répondre (indirectement, donc) à mes questions sur les 20 à 25 Mb/j manquant à l’addition totale des capacités nouvelles escomptées par Total, Helle Kristoffersen, directrice de la stratégie et de l’intelligence économique du groupe, a évoqué le montant colossal des investissements nouveaux consentis par l’industrie pétrolière un peu partout dans le monde : 600 milliards de dollars, rien qu’en 2011 (soit près du quart du PIB de la France) ! Toutefois les retards très importants subis par Total et ses partenaires dans le développement du champ géant mais difficile de Kachagan, en mer Caspienne, ou encore les impasses techniques rencontrées dans le grand Nord notamment par BP, montrent que déverser des milliards ne suffit plus à garantir une production.
Les huiles de schiste nécessitent de forer « dix à cent fois plus de puits »
Guillaume Chalmin, chargé de la stratégie d’exploration et de production de Total, a pour sa part insisté sur les progrès de la sismologie et des techniques de récupération. Il reconnaît néanmoins sans peine que ces progrès, une fois mis en oeuvre, ne garantissent en rien un accroissement de la production des champs anciens. La direction de Total fait par ailleurs part de son scepticisme à l’égard du « miracle » des huiles de schiste promis par certains outre-Atlantique. Helle Kristoffersen souligne que l’extraction de ces réservoirs compacts nécessite de creuser « de dix à cent fois plus de puits » que pour du pétrole conventionnel. Jamais les Etats-Unis ne redeviendront auto-suffisants grâce à eux, précise-t-elle.
Au 46e étage de la tour Total à La Défense (vu duquel le monde peut sembler malléable), on donne l’impression de s’être résolus à s’accommoder d’inconnues énormes.
Le scénario prospectif à trous qu’avance Total peut être comparé avec celui publié en juin par Leonardo Maugeri, ancien dirigeant du pétrolier italien ENI, et considéré aujourd’hui comme le plus ’optimiste’ des pronostics disponibles.
Cette comparaison a de quoi laisser sceptique.
L’analyse de Leonardo Maugeri, en particulier son estimation d’un rythme lent de déclin de la production existante, a été jugé totalement irréaliste par plusieurs experts indépendants de premier plan, dans des tribunes publiées sur [oil man], sur le site du Financial Times, ou encore sur le principal site américain consacré au pic pétrolier, [TheOilDrum].
Mais sur le versant des capacités de production nouvelles attendues, c’est cette fois la direction de Total qui se montre beaucoup plus optimiste que Leonardo Maugeri.
Maugeri débute en effet son rapport en affirmant que ces nouvelles capacités de production pourraient, dans l’absolu, atteindre 49 Mb/j dès 2020. Mais il ramène ensuite ce chiffre à 29 Mb/j - ce qui est déjà supérieur à ce que l’industrie a jamais réussi à accomplir dans un laps de temps aussi court -, en prenant en compte, dit-il, des « risques » et des « restrictions » d’ordre à la fois technique et politique. On est très en-deçà des 45 Mb/j supplémentaires à l’horizon 2025 prévus par Total. (Les cinq années qui séparent les dates butoir des deux pronostics sont relativement peu significatives, puisqu’il faut compter de sept à dix ans pour mettre en production tout nouveau champ.)
Les capacités de production nouvelles attendues par Total apparaissent donc beaucoup plus massives que celles envisagées par le plus optimiste des experts pétroliers.
Qu’en conclure ? Au moins ceci : chez Total ou ailleurs, l’incertitude dans laquelle baigne désormais l’industrie la plus vitale pour l’avenir de l’économie mondiale semble atteindre un degré ahurissant.
La difficulté à renouveler les réserves épuisées est désormais une réalité centrale pour cette industrie, du géant américain Exxon, qui n’est parvenu à reconstituer que 95 % de ses stocks d’or noir pompés au cours des dix dernières années, au ’petit’ pétrolier franco-britannique Perenco, qui fait face à un effondrement de ses perspectives de production.
Le pdg de Total, Christophe de Margerie, a joué une musique dissonante lors de la dernière grand-messe annuelle de l’industrie de l’or noir. En décembre au Qatar, il a évoqué la question du pic pétrolier, un tabou pour les dirigeants des autres majors. D’après ’Big Moustache’, la production mondiale de brut atteindra son maximum au cours des années 2020, à 95 millions de barils par jour (Mb/j) contre 83 Mb/j aujourd’hui.
Au-delà, c’est « le point d’interrogation », a reconnu De Margerie, tempérant néanmoins aussitôt : « Nous disposons d’énormément de ressources. Le problème, ce ne sont pas les ressources, c’est savoir comment les extraire, d’une manière acceptable. »
Guillaume Chalmin insiste : les 45 Mb/j de capacités supplémentaires qui doivent impérativement être mis en production pour espérer atteindre le niveau de production de brut totale de 95 Mb/j promis par le pdg du Total, « ce n’est pas de la communication ».
Toutefois, cette prédiction fantastique n’a pas la moindre chance de se réaliser si jamais les banquiers et les assureurs ne sont pas convaincus de son réalisme (la banque globale HSBC ainsi que la doyenne des compagnies d’assurance, la Lloyd’s, font déjà part de doutes profonds). On peut craindre que l’existence nécessaire d’une telle condition auto-réalisatrice pèse sur la crédibilité de l’ensemble du pronostic défendu ici par Total.
Autrement dit, il est décidément plausible que le « point d’interrogation » situé par Christophe de Margerie quelque part au cours de la décennie 2020, surgisse en fait bien plus tôt.
Reporterre est millionnaire
La millionnième visite du site de l’écologie est intervenue le 22 août
En regardant les statistiques de fréquentation de Reporterre le 22 août, on a été surpris de découvrir que la millionnième visite s’était produite le jour même, sans doute en fin de matinée. Une bonne nouvelle pour ce modeste site dont le trafic progresse régulièrement, et dépasse maintenant les 1500 visiteurs quotidiens.
Un brin d’histoire : Reporterre était « le magazine de l’environnement » lancé en 1989 avec les moyens du bord. Le mensuel avait atteint un joli succès, avec 26 000 ventes au numéro et 4500 abonnés payants. Mais l’équilibre économique n’était pas atteint et faute de capitaux, il a dû mettre la clé sous la porte au bout d’un an.
Le site reporterre.net est né en 2007, pour accompagner le livre d’Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, et pour en continuer l’analyse au quotidien, en montrant que les questions sociale, démocratique et écologique se recoupaient totalement.
Le site s’alimente des nombreuses informations de qualité produites par les associations et le mouvement écologiste, et qui ne sont pas ou pas assez relayées par « les grands médias ». Il produit aussi lui-même quelques interviews, informations et reportages. Il reçoit aussi de plus en plus des informations et analyses envoyées par ses lecteurs à l’adresse planete (at) reporterre.net
Là encore, cela se fait avec les moyens du bord. Le site est sous logiciel SPIP, et il est animé par un tout petit collectif. On n’y investit à peu près qu’une heure de travail par jour.
Cependant, le succès grandissant nous pousse à prévoir de passer à une autre échelle : si tout va bien, une association de soutien se constituera à l’automne, et une nouvelle maquette sera mise en place.
En tout cas, aujourd’hui... Champagne !
Et merci à toutes et à tous.
Fête des simples
7es Rencontres Nationales des Producteurs et Productrices du Syndicat SIMPLES.
Elle aura lieu à la Bastide de Sérou en Ariège, les 29 et 30 septembre 2012.
Le thème : « La cueillette, hommes et plantes de la préhistoire à nos jours »
La cueillette est une activité primordiale. Sur les 4 millions d’années supposées de l’aventure humaine, on compte, en l’état actuel de nos connaissances, 3 988 000 années de cueillette pour 12 000 années d’agriculture… Environ 4 500 ans en France, moins d’un siècle pour certaines régions du monde !
C’est la seule activité humaine qui n’ait jamais cessé d’être pratiquée, et ce jusqu’à notre époque. Elle reste donc très profondément enracinée dans notre bagage psychique, culturel et émotionnel, même si c’est souvent à notre insu. Elle fait partie de nos tous premiers gestes. Avant même de savoir marcher, nous attrapons (et portons souvent à notre bouche) la feuille ou la fleur qui passe à notre portée. Ces gestes ont participé et participent de manière irremplaçable à l’apprentissage du monde. La cueillette a-t-elle encore une place et un avenir dans notre société moderne ?
Energie renouvelable : le prix n’est pas la question
L’analyse de Gilles Bellec sur le prix des énergies renouvelables, publiée le 16 août, a suscité plusieurs réponses de lecteurs, que voici.
Serge Clavero :
Lecteur assidu de Reporterre, je trouve que la place faite à "Qui paiera pour les énergies renouvelables ?” est un abus de votre espace de réflexion, dans la mesure où l’approche de la question économique des énergies renouvelables est abordée ici dans l’optique d’un économisme néo classique dont vous reconnaîtrez qu’elle ne brille pas par ses résultats.
A tout le moins votre rédaction pourrait mentionner Negawatt ici encore. D’un point de vue purement économique, Sapir a clairement démontré – précisément dans le cas de l’énergie – l’inanité des évaluations intemporelles d’une part et le défaut fondamental de la Théorie de l’équilibre général, en ceci qu’elle ne tient pas compte des phénomènes de raréfaction et d’impact environnemental..
Faire payer l’ensemble de cette surcharge aux riches serait bien sûr tentant – sauf pour eux (et ils détiennent beaucoup de pouvoir) et sauf aussi qu’ils ne sont pas assez nombreux comme le montre l’étude. Pour ma modeste part, je me suis livré à une évaluation grossière mais recoupant plusieurs lectures.
Considérer le nucléaire à coût fixe c’est nier la réalité : l’électricité du nucléaire subira une hausse de 30% si l’on poursuit simplement la voie actuelle alors que cette augmentation serait en effet de l’ordre de 50% pour en sortir.
Evidemment le raisonnement vaut encore plus pour les énergies fossiles. Nous payons bien une assurance pour les risques automobiles, pourquoi ne pas considérer que 20 ou 30 euros par mois nous épargneraient les risques du nucléaire... et ceux liés à l’approvisionnement de nos énergies à partir de pays sous tension ?
Quant à différer la sortie des énergies carbonées, c’est accroître dramatiquement non seulement les conséquences mais aussi les coûts directs de l’effet CO2. Cette transition aurait un coût que beaucoup d’experts situent sur 40 ans pour la France à un niveau de d’ordre de 1000 milliards environ – moyennant quoi nous mettons fin à l’importation des énergies fossiles (60 milliards par an).
Toute la question est de savoir comment produire cette énergie, avec quel niveau de décentralisation – pistes qu’explore avec brio Rifkin dans son livre sur La troisième révolution industrielle.
Bref, prendre ses sources auprès de l’excellent quotidien Les Echos n’est pas la garantie d’une approche économique très visionnaire. Il est regrettable de tourner en rond autour de la nécessaire et courageuse décision d’une transition énergétique. Il est essentiel de commencer à poser clairement le débat devant les citoyens sans rien cacher des temps à venir qui seront moins riches monétairement – raison de plus pour en faire des temps de démocratie, de justice, de courage et de solidarité mondiale. Tim Jackson, avec La prospérité sans croissance complète cette approche des limites et rappelle que le monde a surtout besoin de repenser un projet de société dans ce sens.
En un mot : cessons de conduire l’œil rivé sur le rétroviseur.
Xavier Cholin :
Incroyable proposition de Gilles Bellec : faire payer le nucléaire par tous et les EnR par les seuls volontaires !
Cela fait 50 ans que nos impôts permettent d’imposer, sans le moindre contrôle démocratique, une énergie à très haut risque et il ne trouve rien à y redire.
Par contre les bénéfices pour l’ensemble de la société qu’apportent les EnR (moins de pollution, moins de maladies liées aux pollutions, moins de risques de conflits, ressources préserves...) devraient être supportés par quelques volontaires !
Il oublie (volontairement ?) plusieurs aspects de la problématique du prix de l’électricité :
- Le nucléaire a une courbe d’apprentissage négative et EdF réclame au moins 30% de hausse rapide [des tarifs], alors même que tout son développement a été financé par l’impôt et que c’est encore largement le cas de son aval (le traitement des déchets sur des dizaines de milliers d’années) ;
- Les EnR ont à l’inverse une courbe d’apprentissage très positive
- Le financement par le consommateur plutôt que par le contribuable a un intérêt majeur pour la société et la planète qui est celui de pousser à la sobriété et à l’efficacité énergétique.
Une solution se dessine pour éviter que le prix ne pèse sur les plus faibles et n’augmente la précarité énergétique : le tarif progressif de l’électricité. En effet aujourd’hui plus on consomme, moins on paie ! Demain, le gouvernement s’y est engagé, les kWh « essentiels » seront bon marché, les kWh superflus (et ils sont aujourd’hui de loin les plus nombreux) seront de plus en plus chers.
Alors le terme « volontaire » de Gilles Bellec désignera les adeptes de l’ébriété énergétique, et je serai d’accord avec lui : à eux de payer !
Un prix c’est le produit d’une quantité par un prix unitaire ; pour diminuer le prix il est possible d’agir sur chacun des 2 termes...
N’oublions donc pas l’essentiel pour un avenir énergétique radieux : il faut drastiquement diminuer notre consommation par l’arrêt de l’ébriété énergétique et une amélioration de l’efficacité énergétique. J’ai bien dit diminution de consommation, cela ne signifie pas diminution du service énergétique (en tout cas de celui dont on a réellement besoin...). Alors le coût ne sera plus un problème
La bataille de la THT Cotentin Maine
Reportage dans la Manche, où paysans et écologistes s’opposent au rouleau compresseur de la ligne à haute tension Cotentin Maine
- Reportage, Le Chefresne (Manche)
Les journées sont longues. Car depuis le 31 juillet, Martine Leroy les passe dans le godet d’un tracteur stationné dans un de ses champs. De l’autre côté d’une clôture, un taureau pour l’instant paisible broute sur le possible chemin d’accès à un futur pylône électrique. Perché à 4 m de hauteur, Mme Leroy scrute l’horizon, prête à alerter les voisins si des engins de chantier arrivaient. Le but de cette épuisante attente ? Empêcher les travaux que veut mener RTE (Réseau transport d’électricité) tant qu’elle n’aura pas obtenu une indemnisation correcte.
La tension règne dans ce coin du bocage normand, parcouru ces jours-ci de patrouilles de gendarmes, survolé par des hélicoptères de surveillance, et semé de pylônes inachevés au pied desquels veillent des vigiles munis de chiens. Signe de la nervosité : pas moins de quatre actions juridiques interviennent les 21 et 23 août : deux décisions à l’encontre de manifestants (condamnation d’un manifestant et de Michel Houssin, porte-parole local de la Confédération paysanne, qui avait symboliquement déboulonné le boulon d’un pylône), la comparution d’un conducteur de grue qui a blessé une agricultrice, et l’examen d’un recours à l’encontre de RTE.
Celle-ci poursuit depuis novembre 2011 entre le Cotentin et le Maine la construction d’une ligne à haute tension (2 fois 400 000 volts) destinée à évacuer le courant du nouveau réacteur EPR de Flamanville. 163 km, 440 pylônes de près de 70 m de hauteur, 160 élevages survolés - et des années de résistance opiniâtre par des élus, des communes, des écologistes, et de nombreux agriculteurs. Mais rien n’a fait dévier d’un pouce le projet lancé en 2005.
L’exploitation de Mme Leroy et de son époux sera traversée sur plus d’un kilomètre par la ligne. En raison des conséquences négatives, réelles ou supposées, des ondes électromagnétiques sur l’élevage, la valeur de l’exploitation va beaucoup diminuer. « Les fermes traversées par une ligne deviennent invendables, dit Mme Leroy. On me saccage un outil de travail qui fonctionne bien ».
A quarante kilomètres de là, à Isigny-le-Buat, deux éleveurs laitiers, Thierry Charuel et Dominique Vauprés, attestent l’effet négatif des lignes. L’étable de M. Charuel est située à 60 m d’une ligne à 400 000 volts qui relie depuis les années 1980 Flamanville à Rennes. Et depuis cette époque,, les vaches ont une production inférieure à celle des voisins et un lait de moindre qualité. RTE a réalisé divers travaux électriques dans la ferme pour tenter de régler le problème. Elle indemnise aussi la perte de production. Mais les problèmes persistent. Comme plusieurs agriculteurs dans le même cas, MM. Cheruel et Vauprés, excédés, ont décidé de porter plainte contre RTE. « Toutes les mesures prises ne changent rien », dit M. Charuel en montrant les résultats des analyses en laboratoire de son lait.
Depuis l’origine, la ligne a suscité des protestations et des recours juridiques. Ils ont toujours échoué. Vingt communes ont pris des arrêtés interdisant les travaux. Annulés.. Pierre Méhaignerie, député-maire (UMP) de Vitré, a déposé en mai un recours contre RTE. Recalé. Dernier espoir : un recours lancé par un collectif d’élus contre la déclaration d’utilité publique. Mais le Conseil d’Etat, saisi en 2010, a reporté sa décision à 2013. La ligne sera construite...
En 2009, l’enquête d’utilité publique avait rendu un avis favorable, sous réserve d’une enquête épidémiologique et d’un enfouissement au moins partiel. Ces recommandations n’ont été suivies - c’est le motif du recours au Conseil d’Etat.
Du côté de RTE, on souligne l’effort de concertation : 4000 réunions ont été conduites. 160 km de lignes à moyenne tension (20 kV) sont enfouis. Des conventions sont signées avec la profession agricole. Les maisons près de la ligne sont rachetées. Au total, près de 100 millions d’euros sont dépensés en « mesures d’accompagnement », alors que la réalisation de la ligne elle-même coûte 250 millions. Quant à l’enquête épidémiologique, dit M. Ehlinger, directeur d’aménagement du projet, « c’est à l’Etat d’en décider. On s’est engagé à un suivi médical de la population qui le souhaite ».
Mais la résistance continue. Plusieurs déboulonnages de pylônes, sans conséquence, selon RTE, se sont produits durant le semestre. Depuis mars, un bois promis au défrichage pour le passage de la ligne est occupé au Chefresne. Plates-formes dans les arbres, tentes et banderoles, réunions fréquentes font de ce camp l’épicentre de la lutte.
Le bois appartient au maire, Jean-Claude Bossard, qui a pris un arrêté municipal en 2008 contre les travaux. Il n’a jamais été cassé par la justice, ce qui n’a pas empêché RTE de commencer en juin les travaux, sous escorte policière. Celle-ci a placé le maire en garde à vue pendant 12 h, ce qui l’a conduit à démissionner, ainsi que son conseil municipal.
Jean-Claude Bossard
De même, un paysan qui refusait les travaux sur ses champs, Yves Larsonneur, a été placé en garde à vue plusieurs heures. Une manifestation à Montabot, le 25 juin, a été violemment réprimée par les forces de l’ordre, conduisant à 25 blessés dont trois graves provoqués par des tirs tendus de grenade, selon le témoignage d’un médecin lors d’une audience en justice début août.
Selon le mémoire communiqué à la justice par le préfet, Adolphe Colrat, il s’agissait de « militants de la mouvance anarchiste et écologiste radicale ».
En fait, le mouvement antinucléaire est venu renforcer une opposition ancrée depuis des années et fatiguée par le « rouleau compresseur » de RTE, selon l’expression qui revient souvent sur place.
« On se bat pour défendre notre mode de vie, dit ’Camille’ (prénom d’emprunt), un jeune étudiant de Rennes. On défend notre peau, notre avenir ». Mais, pour Jean-Michel Ehlinger, « l’intérêt général doit prévaloir sur l’intérêt particulier ». Il reste àdéterminer où est l’intérêt général. Et à répondre aux paysans qui pensent ce que dit, comme Dominique Vauprés : « On n’a pas à être sacrifiés à l’utilité publique. Pour eux, le problème sera résolu si on disparaît ».
C’est plus grave que ce qu’on vous dit... Mais on peut s’en sortir
Le but de ce livre est simple : provoquer un sursaut ! Dire la gravité de la crise et sortir du flou, sortir de la confusion : montrer qu’une autre politique est possible. Mettre en débat 15 mesures d’urgence que le nouveau président doit mettre en oeuvre dès les premières semaines.
Pierre Larrouturou est l’un des rares économistes à avoir annoncé la crise financière et prévu la rechute de 2012 quand beaucoup affirmaient que le plus dur était passé.
Il est notamment l’auteur de Pour éviter le krach ultime (Nova Editions, 2011). Il est l’un des animateurs du collectif Roosevelt 2012, un rassemblement de citoyens qui partagent la même envie d’agir avec force pour la justice sociale : une Nouvelle Donne économique et sociale, une Nouvelle Donne démocratique, une Nouvelle Donne pour l’Europe.
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C’est plus grave que ce qu’on vous dit... Mais on peut s’en sortir !, Pierre Larrouturou (éd. Nova, 112 p., 3 €).
Le développement durable est mort
Le développement durable, concept clé des années 90, est devenu un fourre-tout inopérant, ce qui s’est constaté au sommet de Rio + 20. Tragique ? Pas forcément, car de nouvelles perspectives s’ouvrent, plus rationnelles, plus démocratiques aussi.
Celles et ceux qui attendaient peu du Sommet de Rio (du 20 au 22 juin 2012) n’auront pas été déçus. En dépit d’une remarquable organisation par le pays hôte, ce sommet n’a que très peu apporté en substance. Personnellement, je retiens essentiellement deux choses. La première est plutôt positive, même si un peu creuse : un nouveau conseil devrait voir le jour en lieu et place de l’actuelle Commission du développement durable afin, entre autres, de vérifier le progrès de certains objectifs environnementaux qui, eux aussi, devraient être développés dans les prochaines années.
La seconde est nettement moins réjouissante, même s’il pourrait s’agir – d’une certaine manière – d’un nouveau départ : le concept de « développement durable » se meurt.
Certes, personne ne vous le dira. Personne ne voudra le reconnaître. Tout le monde est favorable au « développement durable », ce qui exige, naturellement, que cette expression ne veuille pas dire grand-chose. Un collègue notait, très lucidement, que le « développement durable » a vu le jour, il y a plus de vingt ans, comme une « astuce diplomatique » pour créer un consensus là où il n’y en avait pas. Par la suite, on a voulu à tort faire un programme politique puissant et cohérent. Mais force est de constater que, si les composantes de ce que recouvre le mot « développement durable » n’ont jamais été aussi importantes, le mot lui-même ne parvient plus véritablement à les porter. Pourquoi ? J’y vois deux raisons principales.
Premièrement, les tensions internes qui se cachent dans cette expression n’ont jamais été tranchées. Le « développement durable » est un terme schizophrénique, tiraillé entre trois exigences concurrentes : la protection de l’environnement, la croissance/développement économique, et le développement social. Il y a certes des synergies possibles entre ces termes, mais un optimisme irréaliste à ce sujet serait la marque d’un grave manque de responsabilité. D’une manière ou d’une autre, des conflits entre ces trois exigences se présenteront et il faudra trancher.
Tous les chefs d’Etat et de gouvernement invités se sont rendus au sommet du G20, qui a eu lieu au Mexique peu avant le Sommet de Rio. Mais ni Barack Obama ni Angela Merkel, sur les épaules desquels pèsent actuellement des responsabilités toutes particulières, n’étaient présents à Rio, sans doute pour que le message donné à leurs électeurs soit clair : c’est la croissance que l’on vise actuellement. Ce n’est qu’une anecdote, mais elle reflète des priorités, qui n’ont d’ailleurs rien de choquant. On peut difficilement leur reprocher de ne pas assister à un sommet dont l’ordre du jour tient en un mot : « tout » (ou, en d’autres termes, le « développement durable » qui recouvre potentiellement – à en juger par les soumissions des Etats-parties – à peu près n’importe quel sujet).
Cela m’amène à la seconde difficulté : il n’est pas possible de fixer des priorités stratégiques lorsque ce dont on discute est un concept aussi large et vague que le « développement durable ». Il semble en effet difficile de trouver un thème qui ne serait pas recouvert par cette trop large dénomination. Des questions aussi importantes, mais aussi différentes, que les droits des femmes, le commerce international ou la structure de certaines organisations peuvent-elles, concrètement, être analysées toutes en même temps ? Peut-on véritablement répondre à la question « quelles sont nos priorités ? » par un « à peu près tout » ?
Certes, il y a parfois des liens empiriques étroits entre certaines questions en apparence éloignées qui méritent d’être discutées ensemble. Mais pour cela, il y a des enceintes, d’ailleurs nombreuses, où ces questions peuvent être abordées de manière beaucoup plus précise. Un exemple en est la Convention sur les changements climatiques et les négociations qui ont lieu en son sein. Celles-ci n’avancent pas rapidement, mais le problème qu’il s’agit de résoudre est très clair : comment intégrer certains pays en voie de développement aux efforts de réduction des émissions. Quel était, par contre, le problème à résoudre lors du Sommet de Rio ? Probablement des centaines de problèmes différents et souvent disparates. Un agenda aussi vaste que celui du « développement durable » risque d’être aussi utile qu’une carte de la taille de la ville que l’on souhaite visiter.
Les problèmes multiples recouverts par le mot « développement durable » ont besoin d’être découpés pour devenir abordables. Nous ne pouvons pas porter autant de choses dans une seule valise. Il faut plusieurs valises, que l’on porterait successivement, selon un ordre de priorités clairement conçu. La question devient alors : « Lesquelles, et dans quel ordre ? » C’est une vaste question, mais je ne peux pas me permettre d’écrire les lignes qui précèdent sans ajouter, même à titre préliminaire, les lignes qui suivent.
Il y a une valise qui me semble fondamentale : celle que l’on pourrait appeler « participation ». C’est une lourde valise, mais qui a beaucoup avancé ces deux dernières décennies (depuis le Sommet de Rio de 1992), même sous le regard cynique ou amusé de certains, qui considèrent la participation de la société civile, y compris une partie du secteur privé, aux affaires publiques comme une rhétorique creuse de légitimation. Un nouveau modèle sociétal ne peut surgir que s’il est demandé, que s’il est exigé.
Nous l’avons vu, historiquement, avec l’émergence des régimes représentatifs modernes et les droits humains. Il faut donner les moyens (le terme anglais empowerment me semble ici particulièrement approprié) aux peuples, aux minorités, aux individus de comprendre les risques et de demander un changement. Une manière de le faire existe déjà, dans la forme d’un traité international récent mais d’une importance croissante, la Convention d’Aarhus, qui consacre les trois piliers de la démocratie environnementale : l’accès à l’information environnementale, la participation à la prise de décision environnementale et l’accès aux tribunaux pour garantir les deux droits précédents. Ce traité est ouvert à la ratification de tout Etat (et non pas seulement aux Etats de la Commission européenne des Nations unies, son contexte initial) et peut-être même de certaines organisations internationales (l’Union européenne en est partie).
Il fournit une sorte de matrice conceptuelle de la manière dont cette exigence de participation pourrait être conçue et construite par chaque unité politique. Cela permettrait de développer les forces sociales – citoyen (ne) s et consommateur (trice) s – capables de se mesurer à, mais aussi de dialoguer avec des structures aussi puissantes que les gouvernements et du moins une partie du secteur privé. Le développement de ces forces est, certes, lent et difficile. L’éducation joue naturellement un rôle très important, mais elle ne peut pas, à elle seule, réussir le tour de force nécessaire. Cette participation est, me semble-t-il, une condition nécessaire (mais pas suffisante) d’un programme visant l’amélioration de la condition humaine et la protection de l’environnement.
Je vois ensuite quatre chantiers principaux qui seraient portés par ces forces sociales, mais que je ne peux que mentionner ici :
1) le développement humain par un renforcement des droits individuels (dans le cadre des organes et des négociations portant spécifiquement sur ces droits) ;
2) une différenciation adaptée en fonction des Etats, mais aussi des régions et des individus (cette différenciation doit être opérée question par question car autrement elle n’aurait que peu de pertinence réelle) ;
3) une meilleure diffusion des connaissances technologiques (ce qui manque actuellement, c’est surtout de l’innovation juridique et institutionnelle permettant d’améliorer la diffusion d’un foisonnement de nouvelles technologies ; les marchés de droits de propriété intellectuelle pourraient contribuer à combler cette lacune) ;
4) l’optimisation de la ressource « efficience » dans l’utilisation des ressources naturelles, en particulier de notre atmosphère, notre eau et nos ressources biologiques (il existe, en général, des contextes institutionnels appropriés pour chacune de ces ressources, à l’exception peut-être de l’eau).
Chacun de ces chantiers, y compris la participation comme chantier préalable, a des cadres institutionnels susceptibles de promouvoir son développement et son approfondissement. Cela à condition de bien administrer la ressource la plus importante de notre espèce, et celle qui a le plus fait défaut à Rio : la capacité d’initiative.
Marche pour la vie
A l’appel du Collectif antinucléaire de Vaucluse (CAN84) une « Marche pour la Vie » aura lieu du 18 au 25 août 2012 sur les routes du Vaucluse, du Gard et de la Drôme, au coeur du triangle de la mort nucléaire Cadarache-Marcoule-Tricastin. Un seul mot d’ordre réunira les marcheurs à pieds, à vélo, à cheval, en rollers, qui relieront les 3 sites nucléaires civils et militaires... : arrêt immédiat du nucléaire ! Oui à la vie !
En finir sans attendre et une bonne fois pour toute avec le crime quotidien de la destruction atomique : tel est le sens et l’objectif de la « Marche pour la Vie » initiée par le CAN84. Les citoyennes et citoyennes relieront par étapes sur 8 jours les 3 sitesemblématiques de l’obscurantisme scientiste et des atteintes à la santé et à la vie qu’ils imposent aux populations et aux territoires. Le trajet pourra s’accomplir en totalité ou par étape le matin ou l’après-midi et selon les modalités de chacun : à pieds, à cheval, à vélo, en rollers, à dos d’âne, ou par tout autre moyen.
A chaque étape une « escouade » de volontaires se rendra dans le village ou la ville-étape pour rencontrer la population locale, l’informer, la documenter et l’appeler à l’action contre le crime nucléaire. Des photos de victimes du nucléaire seront exposées. . A chaque étape les élu-e-s locaux seront interpellé-e-s pour prendre position, par une délibération du Conseil municipal, pour la mise à l’arrêt des installations nucléaires qui portent atteinte au quotidien par leur contaminations radioactives à la santé et à la vie.
A chaque étape sur les lieux nucléaires une rencontre-discussion sera proposée aux salarié-e- s du nucléaire et à leurs organisations syndicales . A l’étape du soir sera organisée une rencontre favorisant les discussions, projets d’actions, concertations (les musiciens sont invités à apporter leur instrument de musiques à corde, à vent et percussions)
L’auto-gestion est le principe de base de cette initiative, chacun-e étant invité-e à se « gérer » personnellement au niveau de la nourriture, de l’habillement, de sa pharmacie personnelle : un véhicule d’accompagnement permettant le transport des matériels et de soigner les petits « bobos » servira de voiture-ressource.
Greenpeace a investi une plate-forme pétrolière dans l’Arctique
Six militants de Greenpeace se sont accrochés quelques heures, vendredi 24 août, à une plate-forme de Gazprom.
Les six militants de Greenpeace qui étaient montés vendredi 24 août sur une plate-forme pétrolière dans l’Arctique appartenant au géant russe Gazprom, « en sont descendus », indique l’organisation sur son compte Twitter.
L’ONG demande l’arrêt de toute exploitation de cette immense zone dont les réserves sont très convoitées et proteste contre les projets de forage du géant énergétique russe dans la région, a annoncé l’organisation écologiste.
Les militants ont rejoint la plate-forme du champ pétrolifère de Prirazlomnoye à bord de canots gonflables aux environs de 4 heures, heure locale (minuit GMT). « Six grimpeurs ont pris position sur la structure et ont interrompu les opérations menées sur la plate-forme », précise l’ONG dans un communiqué. « Les militants sont hors d’atteinte et ont assez de vivres pour tenir plusieurs jours », ajoute-t-elle. Parmi ces militants se trouve notamment Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International. L’ONG a mis sur YouTube la vidéo de l’assaut de ce matin.
L’exploitation du champ de Prirazlomnoye, le premier projet pétrolier russe en Arctique, a été retardée par des difficultés de construction et des dépassements budgétaires. La production doit débuter à la fin de l’année dans ce gisement renfermant des réserves évaluées à 526 millions de barils de brut. « La seule manière d’éviter une marée noire catastrophique dans cet environnement unique, c’est d’interdire définitivement tout forage dès maintenant », a déclaré Kumi Naidoo.
PAS D’IMPACT SUR SES OPÉRATIONS, SELON GAZPROM
Le groupe russe a immédiatement réagi à cette annonce, réfutant un quelconque impact sur ses opérations malgré la présence des militants. « On leur a proposé de monter sur la plate-forme pour mener un dialogue constructif », a indiqué le service de presse du groupe russe, cité par l’agence Interfax. « Mais ils ont refusé et dit qu’ils préféraient s’y accrocher », a-t-il ajouté.
Greenpeace dénonce les dangers de l’exploitation de l’Arctique et a lancé en juin une nouvelle campagne impliquant des acteurs, cinéastes, stars du rock et hommes d’affaires pour faire de l’Arctique un sanctuaire vierge de forages pétroliers et de pêche industrielle. En juillet, des militants de l’organisation ont bloqué les accès du siège du groupe anglo-néerlandais Shell à La Haye pour dénoncer un projet de forage pétrolier dans l’Arctique.
De l’uranium dans les océans
C’est une bonne nouvelle pour l’industrie nucléaire, peut-être pas pour les écosystèmes marins : des scientifiques, réunis à Philadelphie aux Etats-Unis, ont annoncé que l’extraction de l’uranium contenu dans l’eau des mers pourrait bientôt devenir une réalité. Selon les membres de l’American chemical society, les océans recèleraient au moins quatre milliards de tonnes d’uranium.
« Il y a beaucoup plus d’uranium dilué dans l’eau de mer que dans tous les gisements terrestres connus », estime le Dr Robin Rogers, de l’université d’Alabama. « Ce qui rendait son extraction très chère était sa très faible concentration, mais nous progressons. » Jusqu’à présent, la seule manière d’extraire l’uranium de l’eau était une technique japonaise consistant à filtrer l’eau de mer dans des nasses. Celles-ci sont placées à environ 200m sous la mer, sur une longueur de 100m au plus. On les remonte ensuite à la surface pour les arroser d’une solution acide qui sépare l’uranium de l’eau.
Un « soutien » à l’industrie nucléaire
L’équipe du Dr Rogers a développé des filtres du même type beaucoup plus efficaces et plus écologiques : au lieu de fabriquer des tamis en plastique, ils ont utilisé des carapaces de crevettes. Les scientifiques ont aussi cherché à rendre plus efficace le liquide utilisé pour dissoudre l’uranium. Résultat, le coût d’extraction pourrait être diminué de près de 50%, passant d’environ 990 euros le kilo d’uranium à 530 euros.
Néanmoins, l’uranium de la mer ne remplacera pas les mines : les scientifiques expliquent que ce ne pourra être qu’un « soutien » à l’industrie nucléaire, dont la viabilité ne serait pas assurée en cas d’épuisement des ressources naturelles en uranium. Mais si l’extraction de l’uranium dans les mines cause des dégâts environnementaux, les chercheurs n’ont pas précisé si cette technique pouvait avoir des répercussions sur la qualité de l’eau.
Le cauchemar du satiriste
Pour lutter contre le changement climatique, il convient d’utiliser au maximum avions et automobiles
Le satiriste est une espèce menacée. Qu’il exerce ses talents en tant qu’humoriste, dessinateur, quelle que soit la forme d’art qu’il a choisie, pour lui, les temps sont durs : la concurrence est sans pitié.
Mais d’où vient-elle ? Y a-t-il en Chine, ou en Corée du Nord, des satiristes à bas salaires ? Assistons-nous à la délocalisation de la satire, vers des contrées où le praticien de cet art multimillénaire est payé au lance-pierres ? Que nenni ! Le cauchemar du satiriste, en ce début de XXIe siècle, est clairement identifié. Il est terrible, il empire jour après jour, il a pour nom... Le Réel. Et son règne ne connaît pas la pitié.
Insensible au ridicule, Le Réel rappelle chaque jour au satiriste la fragilité de son art. Quelle que soit son imagination, le satiriste ne peut plus ouvrir un journal sans craindre que sa satire n’ait été dépassée, que dis-je, écrabouillée par Sa Majesté Le Réel.
Prenons l’exemple de la voiture. Le fait que cette machine participe dans une mesure importante à la destruction de la planète a tendance à quelque peu vous irriter ? Sans doute n’êtes vous pas un fan de l’ex-président, et vous pensez bêtement que "tout n’est pas possible", par exemple utiliser une machine qui détruit le climat de la Terre ? Afin de réduire la pression qui risque de finir par vous faire exploser, vous décidez de tourner en dérision les utilisateurs de cette machine. Vous prenez alors une grande bouffée d’air, un bon Cappuccino, et vous dites à votre imagination : "vole". Et vous vous laissez aller.
Vous inventez alors une histoire absurde à souhait. A une époque où il est clair qu’une partie de l’humanité anéantit la nature dont elle est elle-même un élément, des milliers de bipèdes se réunissent dans une église, appelons-la l’Eglise de la plus grande grâce. Et situons-la à Detroit, aux Etats-Unis. Puis délirons, et imaginons que la pieuse assemblée a placé au sein de l’église en question, au beau milieu de l’autel... des 4 x 4. C’est un peu poussé, certes, mais par définition, la satire repose sur une bonne tranche d’exagération. Et c’est alors que le révérend, appelons-le Charles Ellis, pour faire couleur locale, se mettrait à prier devant ces dieux de métal et de plastique, afin que les Etats-Unis continuent à construire un maximum de ces machines à détruire la Vie !
Un peu gros, peut-être. La satire n’est efficace que si elle maintient un lien, aussi ténu soit-il, avec la réalité. Du moins le croyait-on. En fait, cela s’est effectivement passé, en 2008 (1). Le satiriste peut toujours courir après Le Réel, il semble bien qu’une partie de nos contemporains ait décidé une fois pour toutes que le cauchemar éveillé qu’est l’anéantissement de la nature par une partie de l’humanité ne suffise pas. Pendant que nous sombrons, il faut en plus que nous soyons totalement, absolument, ridicules. Un peu comme ces génocidaires qui humilient leurs victimes avant de passer à l’acte.
Mais un satiriste, de par sa formation professionnelle, est résilient : il en a vu d’autres. Alors il repart à la charge des moulins qui tournoient au loin. Et il se dit qu’il peut faire pire que Le Réel, dont l’empire, pourtant, dicte sa loi à ce qui reste de la planète et au temps. Le satiriste se dit qu’il a été timoré, ce qui dans son métier ne pardonne pas. Soit. On ne l’y reprendra plus. Cette fois, il va mettre le paquet. La ficelle sera un peu grosse, mais tant pis, il faut ce qu’il faut.
Alors, faisant preuve d’un certain courage, voire d’un peu de témérité, le satiriste décide de situer son histoire une nouvelle fois aux Etats-Unis, le pays où Le Réel règne presque sans partage, laissant loin dans son sillage la Satire et sa cousine, l’Ironie. Cette fois-ci, le satiriste va imaginer qu’un artiste se pique de sauver la planète du désastre climatique.
Ainsi, imaginons qu’un professeur d’art, appelons-le... Robert... Ponzio, nous explique que « protéger la biosphère et modérer le changement climatique demandera une réflexion visionnaire » (2). Et pour ce faire, quoi de plus satirique que de choisir d’utiliser précisément la machine à détruire le climat la plus efficace qui soit ? C’est un peu extrême, mais nous sommes en pleine création d’une fiction satirique.
Donc, joignant l’acte à la parole, imaginons que notre visionnaire de service décide de monter à bord d’un avion de ligne spécialement aménagé pour recréer l’apesanteur zéro, et qu’il fasse ainsi des tours en avion. Tout cela, comme de bien entendu, afin de combattre le réchauffement climatique. Et, comme touche finale, le satiriste imagine que l’artiste en question écrit un blog. Il y raconte qu’avant de monter dans l’avion pour sauver le climat, il est allé acheter des fournitures de peinture, en voiture : « j’aurais pu y aller en vélo, mais je n’avais pas le temps » (3). Cette histoire est peu crédible, mais au moins, cette fois, le satiriste est sûr de son fait : Le Réel ne pourra pas faire "mieux". Si ? Si. Le Réel a fait tout cela. Robert Ponzio existe, et il a fait un vol en avion spécial zéro gravité dans le noble but d’alerter sur la destruction du climat. Deux à zéro, balle au centre. Dernière tentative de l’artiste satirique.
Peut-être qu’une satire des Etats-Unis n’est plus possible, ce qui constitue peut-être le diagnostic le plus dantesque que l’on puisse faire d’une société. Mais quid de notre bon vieux pays ? Certainement, chez nous, les Gaulois, il doit encore être possible de pratiquer l’art de la satire. Et n’hésitons pas à forcer le trait, en allant encore plus loin dans l’absurdité, afin de remettre Sa Majesté Le Réel à sa place. Alors imaginons. Imaginons une émission consacrée à la protection de la nature, sur une radio de service publique, France Inter par exemple. On placerait les personnages dans l’émission "CO2 mon amour". Il s’agirait de personnes présentées comme de grands écologistes. L’un serait, à l’époque, le directeur d’une organisation environnementaliste, disons le WWF France, et il s’appellerait Serge Orru. Et un autre intervenant serait, disons, photographe, et serait présenté comme étant un "éco-citoyen", et on l’appellerait Yann Arthus-Bertrand (4).
Le fil d’Ariane de l’émission serait un festival écologiste en Corse, que l’on appellerait "Le festival du vent". Et là, la satire commencerait, sauvage, débridée. D’abord, sur le site internet du festival écologique en question, il y aurait une rubrique "Y aller", et l’on vous expliquerait comment se rendre à ce festival « en avion avec Air France » (5). Bien imaginé, non ? Rien qu’avec une entrée en matière pareille, Le Réel est enfoncé. Mais le satiriste ne s’arrêterait pas en si bon chemin. Les deux intervenants imaginés par notre artiste expliqueraient à quel point les atteintes au climat sont graves, très graves, ma brave dame. Et juste après nous en avoir tartiné quelques bonnes couches bien grasses, ils nous diraient tous les deux qu’il viennent récemment de participer activement à la destruction dudit climat, en utilisant la machine la plus efficace pour le détruire, appelée également, de manière euphémistique désormais, "avion". L’un revenant tout juste d’Amérique du sud, l’autre d’Asie. On pourrait ainsi ajouter une note ironique et vaine à ces personnages, si prompts à faire étalage de leur côté "jet-set". Du grand art.
Maintenant, le satiriste pose sa plume. Son auguste front se plisse, et il ressent le picotement intellectuel, doux et frissonnant, de la flèche qui se plante au milieu de la cible, avec un "tchack" insolent. Le Réel ne pourrait atteindre ce degré d’absurdité, et des personnages aussi déconnectés de la plus élémentaire logique, de la plus élémentaire morale, de la plus élémentaire décence, ne peuvent exister. Deux clowns de cet acabit ? Impossible. Orru et Artus-Bertrand sont trop misérablement ridicules pour être autre chose que des marionnettes fictives, sorties de l’imaginaire d’un artiste qui aurait déclaré une guerre sans merci à Sa Majesté Le Réel.
Le satiriste serait alors rassuré. Peut-être devrions-nous le laisser rêver...
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Notes :
(1) “SUVs at altar, Detroit church prays for a bailout", Kevin Krolicki et Soyoung Kim, Reuters, 8.12.08.
(2) "Right brain alert : Can teaching art to future scientists help save the planet ?", Joe Romm, Climate Progress, 8.12.08.
(3) « Seeing the Big Picture on Climate Change », Robert Ponzio, Hardcore painting, 5.12.08.
(4) Le festival du vent, CO2 mon amour, France Inter, 1.11.08.
(5) [Le festival du Vent->http://www.lefestivalduvent.com
L’avion salit le ciel et le monde
En ces mois d’été à la campagne ou à la montagne, nous avons tous le loisir de contempler le ciel et d’oublier le restant de l’année où nous sommes plongés dans nos activités urbaines quotidiennes. Sans compter sa dimension religieuse, le ciel a toujours inspiré les poètes et les peintres en raison de sa symbolique spirituelle car les étoiles ont toujours fait rêver les hommes. Enraciné dans la terre, l’arbre lance ses rameaux vers le ciel, illustrant la condition humaine prise entre l’ordre de la nécessité terrestre et celui de la liberté fait d’arrachements.
Mais aujourd’hui, paradoxalement, le ciel nous rappelle tragiquement à l’ordre de la nécessité des temps modernes marqué par le défi prométhéen représenté par la crise écologique. Car l’azur de nos ciels n’incarne plus une pureté de temps à autre obscurci par les nuées menaçantes d’un orage ou d’une tempête comme dans les tableaux de Ruysdaël. Mais il nous apparaît sali quotidiennement par de multiples traînées de vapeurs polluées répandues en tous sens sur toute la planète par un intense trafic aérien.
Une carte publiée sur internet nous en a fait d’ailleurs récemment comprendre l’ampleur et la densité, en particulier dans les pays les plus industrialisés. De ce trafic est né un ciel sali par les nuées inquiétantes de la crise climatique.
Malgré la crise économique en cours, le trafic aérien n’en continue pas moins à se développer encouragé par les pratiques commerciales de low cost, par l’absence de taxe sur le kérosène et le montant faiblement dissuasif de la taxe européenne sur les émissions de CO2 limitée au décollage et à l’atterrissage. De ce trafic résulte la multiplication des échanges économiques internationaux des biens et des personnes.
Pour transporter quoi ? Des touristes occidentaux privilégiés vers des iles paradisiaques du Pacifique et de l’océan indien elles-mêmes menacées par la montée des océans provoquée par le réchauffement climatique, lui même alimenté par le trafic aérien ! Des denrées périssables échangées par voie aérienne entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest qui contribuent à la destruction des productions locales pourtant indispensables à l’autonomie alimentaire des populations de tous les pays ! C’est ainsi que le Lidel a pu importer à bas prix des oignons d’Australie au détriment de nos producteurs locaux.
Ces exemples illustrent l’absurdité totale d’un système économique mondialisé qui amalgame des produits agricoles à des produits industriels ordinaires alors que les premiers servent d’abord à nourrir les hommes.
Quoiqu’il en soit, ce système prospère, fondé sur le profit immédiat, qui semble échapper à toute forme de contrôle politique, comme s’il existait une sorte de fatalité économique et technique que seule la toute puissance de la nature pouvait mettre en échec sous forme d’une grande catastrophe comme nous l’a annoncé Denis Meadows. Mais les hommes peuvent aussi paradoxalement participer à l’échec de ce système de croissance autonome en provoquant un coup d’arrêt à l’expansion du trafic aérien suite à une inévitable envolée des prix du pétrole créée par la croissance accélérée des pays émergents couplée à la raréfaction de la ressource, les avions ne volant pas encore au gaz de schiste.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, l’humanité est portée par le flot de l’histoire de ces cinquante dernières années juste avant la chute vertigineuse du Niagara, au lieu de souquer ferme à contre courant pour faire échec à ce destin funeste.
Le tracteur de Notre Dame des Landes en procès
Rassemblement de soutien à Sylvain Fresneau et Clément, opposants au projet de Notre-Dame-des-Landes, à l’occasion de leur procès le 28 août à Saint-Nazaire
Le 21 juin 2012, la Coordination des Opposants au projet d’aéroport appelait à un rassemblement à Notre-Dame-des-Landes à l’occasion du démarrage de cinq enquêtes publiques dont celles au titre de la loi sur l’eau. Le rassemblement avait pour but de dénoncer la tenue des enquêtes en plein été et en demander le report. Rappelons que la zone impactée par le projet est à 98 % en zone humide, et qu’AGO/Vinci tente de s’arranger avec la législation pour minimiser la portée de la Loi sur l’Eau.
Pendant ce rassemblement, une manoeuvre du tracteur conduit par Sylvain Fresneau, président de l’Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport (ADECA) et opposant historique au projet d’aéroport, a déclenché des jets nourris de gaz lacrymogènes. Sylvain Fresneau a été interpellé, mis en garde à vue pendant plus de 10 heures, le tracteur et la remorque mis sous séquestre pendant plusieurs semaines.
Poursuivi pour avoir « volontairement commis des violences n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail sur les Gendarmes avec ou sous la menace d’une arme, en l’espèce un tracteur et sa remorque, et d’avoir participé à un attroupement illicite », il encourt de la prison ferme !
Le procès de Sylvain Fresneau aura lieu le mardi 28 août 2012 à 14h au Tribunal de Saint-Nazaire.
Fin juillet, toujours suite au rassemblement du 21 juin, Clément, squatteur sur la ZAD (Zone d’Aménagement Différé ou Zone A Défendre), a été interpellé à son domicile, gardé à vue et son procès pour "refus d’obtempérer, violence sans arme et refus de prise d’ADN" aura lieu également le mardi 28 août.
La coordination des opposants au projet d’aéroport à Notre Dame des Landes appelle la population à un large rassemblement de soutien à ces militants pour dénoncer la répression grandissante sur les opposants à ce projet mais aussi à bien d’autres en France et dans le monde, l’atteinte au droit de manifester et naturellement l’aberration totale que représente ce projet d’aéroport dans le contexte actuel.
La coordination demande la relaxe de Sylvain et Clément et l’abandon de ce projet néfaste et destructeur.
Plusieurs personnalités sont attendues : Martine Billard (co-présidente du Parti de Gauche), Jean-Claude Bossard (maire EELV de Chefresne, il a été mis en garde à vue lors d’un rassemblement contre la ligne THT), José Bové (député européen EELV du Sud-Ouest, vice-président de la commission Agriculture et développement rural au parlement européen et figure de la lutte du Larzac), Annick Coupé (porte parole de l’union syndicale Solidaires), Christophe Dougé (conseiller régional EELV des Pays de la Loire), François Dufour (vice-président EELV du Conseil Régional de Basse Normandie, paysan dans la Manche en lutte contre la ligne THT), Yannick Jadot (député européen EELV de l’Ouest). La Confédération Paysanne Nationale enverra un porte parole et la Ligue des Droit de l’Homme un délégué.
Le rassemblement est prévu le mardi 28 août à partir de midi devant le tribunal de Saint-Nazaire.
Le monde agricole prévoit une forte mobilisation.
L’ADECA invite les agriculteurs à participer en tracteur, symbole de la profession, dont la présence lors des rassemblements ne doit pas être remise en question.
A noter : en soutien aux militants et la lutte contre l’aéroport, la Confédération Paysanne de l’Aveyron organise un pique-nique ce mardi 28 août à 11h30 devant le camp militaire du Larzac.
Info pratiques pour Saint-Nazaire :
Un covoiturage est possible à 11h à l’arrêt du tram Beauséjour à Nantes, sur le parking de la Poste à Notre Dame des Landes et sur la place du Marché à Plessé.
Adresse du tribunal de Saint-Nazaire : 77 rue Albert de Mun 44600 Saint-Nazaire
Regroupement des tracteurs pour se rendre à Saint-Nazaire :
Saint-André des Eaux (Rond-Point) : 11h30
Herbignac : 11h
Pontchâteau (Place de l’Eglise) : 10h
Bouvron (Salle Horizinc) : 10 h
Savenay : 10h15
Pied du Pont de Saint-Nazaire (pour le sud Loire) 10h30 (avec départ de Bourgneuf à 10h)
Notre-Dame-des-Landes (La Vache Rit) : 9h15
Pour Montebourg et Valls, le nucléaire est l’avenir
Pour le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, et son collègue, Manuel Valls, ministre de l’intérieur, « le nucléaire est une filière d’avenir ». Une déclaration qui suscite l’ire d’EELV, et l’embarras du PS.
Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, a assuré dimanche 26 août sur BFM TV que « le nucléaire est une filière d’avenir » tout en reconnaissant qu’il fallait qu’il soit ’rééquilibré’.
« Avec une augmentation continue de la consommation des ménages et industrielle, même en maintenant notre parc de centrales actuel », la question est de savoir « si nous allons continuer à investir », a-t-il indiqué. « Pour ma part, je considère que le nucléaire est une filière d’avenir » a-t-il affirmé. « Nous avons besoin d’énergie et pas trop chère », a renchéri Arnaud Montebourg, et « la France a un atout extraordinaire entre ses mains [avec ses centrales nucléaires] qui lui a permis de bâtir son industrie ».
« Notre choix d’avoir une énergie pas chère, abordable et en quantité est stratégique », a-t-il insisté rappelant que plusieurs pays européens revenaient vers le nucléaire, « même le Royaume uni, droite, gauche confondues ».
« UNE PROFESSION DE FOI EN DÉCALAGE TOTAL AVEC LA RÉALITÉ »
Ces déclarations ont provoqué de vives réactions du côté d’Europe Ecologie-Les Verts, pourtant partenaires du gouvernement. Denis Baupin, vice-président (EELV) de l’Assemblée nationale a été le premier à dénoncer « une profession de foi en décalage total avec la réalité. »
« Partout dans le monde, au contraire, le nucléaire est en déclin », écrit dans un communiqué le député de Paris, avant d’énumérer l’« abandon en Allemagne, en Belgique, en Italie, abandon de fait au Japon, remise en question des programmes de construction en Chine, aux Etats-Unis ». « Partout les Etats considèrent aujourd’hui que les risques et les coûts liés à cette énergie dépassent largement ses avantages supposés », poursuit M. Baupin, citant des estimations de la Cour des comptes selon lesquelles « un accident type Tchernobyl ou Fukushima » coûte « entre 600 et 1 000 milliards d’euros ». Pour lui, « le redressement productif ne passe pas par l’acharnement thérapeutique sur des technologies dépassées ». « La filière nucléaire doit préparer son avenir : le démantèlement », ironise-t-il.
REMISE EN CAUSE DES ACCORD PS-EELV ?
Noël Mamère a condamné pour sa part une « provocation » d’Arnaud Montebourg, qui peut conduire les écologistes à « s’interroger » sur la validité des accords qui les lient au PS. Sur Europe 1, le député-maire de Bègles a en effet estimé qu’il était « très inquiétant de voir ces déclarations de quelqu’un qui n’est pas isolé, qui est un membre important du gouvernement, qui est le ministre de l’industrie, qui a la responsabilité de tout ce qui concerne le secteur de l’énergie ».
« S’il n’y a pas d’explication et s’il n’y a pas de remise en cause des déclarations de M. Montebourg, nous serons en droit, nous, écologistes, de nous interroger sur la validité des accords que nous avons passés dans cette majorité », a encore dit M. Mamère.
DES « PROPOS ISOLÉS »
Le porte-parole d’EELV, Jean-Philippe Magnen, s’est voulu moins agressif, considérant les déclarations du ministre du redressement productif comme des « propos isolés ». Pour M. Magnen, « les propos d’Arnaud Montebourg, sont en décalage par rapport aux réalités que ce soit concernant les prix des carburants ou la situation en Europe ». Selon lui, « le prix de l’électricité va augmenter, nucléaire compris ». « Quant à l’Europe, elle s’oriente vers une diversification des sources », a assuré le porte-parole d’EELV.
« Nos interlocuteurs restent le premier ministre, le président de la République et le PS », a ajouté Jean-Philippe Magnen. « Nous réagissons en n’attachant pas plus d’importance que cela » au propos d’Arnaud Montebourg « que nous connaissions déjà comme étant pro-nucléaire », a-t-il ajouté précisant que « le président a annoncé un grand débat national sur l’énergie. Il a pris un certains nombres d’engagements de réduire la part du nucléaire ».
CACOPHONIE CÔTÉ PS
Côté socialiste, les propos d’Arnaud Montebourg ont provoqué l’embarras. Pour apaiser la situation, le porte-parole du PS, David Assouline, a estimé lundi matin qu’il s’agissait d’un « sentiment personnel » sans « conséquence concrète ». « C’est une phrase générale et donc elle ne prête à aucune conséquence concrète sur le chemin pour aller à fond vers les énergies renouvelables et baisser la part du nucléaire », a insisté le porte-parole socialiste. Il a d’ailleurs souligné le fait qu’Arnaud Montebourg avait parlé de la nécessité d’un « rééquilibrage » de la filière, un idée qui « se rapproche un peu plus de ce qui est la position du Parti socialiste », selon le sénateur de Paris.
Mais le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a au contraire affiché un soutien sans faille à son collègue du gouvernement. Interrogé par Europe 1, il a assuré comme lui que l’énergie nucléaire est « incontestablement » une filière d’avenir. Il a rappelé cependant les engagements de François Hollande « de réduire la part du nucléaire, à l’horizon 2025 », dans le mix énergétique. « Nous avons besoin de nucléaire, même si on réduit, dans la décennie qui vient, sa part. Nous avons besoin de renouveler nos centrales nucléaires, ses différentes filières », a dit M. Valls. « Evidemment, le nucléaire est une filière d’avenir, mais ces débats auront lieu au sein du gouvernement et puis dans le cadre de la conférence environnementale que ma collègue Delphine Batho », chargée de l’Ecologie, « va animer », a-t-il relevé.
Pendant la campagne présidentielle, François Hollande n’a eu de cesse de répéter son engagement à réduire à 50 % – contre 75 % actuellement – la part du nucléaire dans la production d’électricité, à l’horizon 2025. En revanche il n’avait pas repris dans ses 60 engagements le volet de l’accord de gouvernement PS-EELV prévoyant la fermeture progressive d’une vingtaine de réacteurs nucléaires. Le président a déclaré qu’il fermerait durant son quinquennat une seule centrale, celle de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc nucléaire hexagonal, et qu’il achèverait la construction de l’EPR (réacteur de 3e génération) de Flamanville (Manche). Ce nouveau réacteur est censé entrer en service en 2016.
Comment la mondialisation a tué l’écologie
Le débat scientifique sur la réalité du changement climatique a ses imposteurs. Mais, en matière d’environnement, les plus grandes impostures se situent dans le champ politique.
Lorsque l’écologie émerge dans le débat public au début des années 1970, les grandes puissances économiques comprennent qu’un danger se profile. Alors que la mondialisation du capitalisme se met en place grâce à la stratégie du libre échange, l’écologie politique pourrait remettre en cause le productivisme, l’intensification du commerce international et les délocalisations de l’industrie vers les pays à bas coût de main-d’œuvre.
Avant même que la communauté internationale ne se réunisse pour débattre des crises environnementales, les tenants de la mondialisation rédigent les conclusions : aucune mesure de protection de l’environnement ne devra entraver le commerce.
Depuis plus de quatre décennies, depuis que la question environnementale a émergé dans les débats nationaux et dans les préoccupations internationales, un pacte tacite s’est instauré, qui n’a pas manqué de duper : au sein des gouvernements, des institutions internationales, lors des grands sommets, ne seraient prises que des mesures cosmétiques, ne portant pas atteinte au libre échange et à la mondialisation. Il est grand temps de faire tomber les masques et de raconter en détail l’histoire politique, totalement méconnue, qui révèle la supercherie d’une prétendue conversion à l’écologie des grands de notre monde.
Comment la mondialisation a tué l’écologie, Aurélien Bernier, éd. Mille et Une Nuits, 357 p., 19,50 €.
Corruption : un progrès aux Etats-Unis pour contrôler l’industrie minière
« Les entreprises extractives cotées aux Etats-Unis, telles que Total, Chevron, BP et Shell, devront désormais révéler leurs paiements aux gouvernements de tous les pays où elles opèrent »
La plate-forme « Publiez Ce Que Vous Payez » se réjouit de l’adoption aux Etats-Unis des règles d’application de la loi Dodd-Frank sur la transparence des entreprises extractives. Ces mesures sont décisives pour combattre la corruption liée à l’exploitation des ressources naturelles. Les associations françaises membres de la plateforme exhortent maintenant l’Union européenne, qui examine actuellement des projets de directives similaires, à voter des règles de transparence pour les entreprises des secteurs pétrolier, gazier, minier et forestier.
Longuement attendues, les règles d’application de la loi de réforme des marchés financiers (Dodd-Frank) ont été adoptées le 22 août dernier par la SEC (Securities and Exchange Commission, le régulateur des marchés financiers américains). Elles représentent une victoire décisive du mouvement mondial pour la transparence et la responsabilité des entreprises des secteurs pétrolier, gazier et minier.
Les entreprises extractives cotées aux Etats-Unis, telles que Total, Chevron, BP et Shell, devront désormais révéler leurs paiements aux gouvernements de tous les pays où elles opèrent. Une mesure clé pour mettre un terme à l’opacité dans le secteur extractif, source d’injustices, de violence et de pauvreté, en particulier dans des pays où les services publics ont tant besoin de financements. « Les citoyens auront enfin les moyens de demander des comptes quant à l’utilisation des ressources naturelles. L’étau se resserre sur les gouvernements et entreprises corrompus », indique Luc Lamprière, directeur d’Oxfam France.
Malgré les pressions des entreprises, trois éléments essentiels ont été votés.
Tout d’abord, aucune exemption n’est prévue. Les entreprises ne pourront pas se réfugier derrière l’existence de supposées lois étrangères faisant obstacle à la publication de données, ou de clauses de confidentialité. La loi précise également la nécessité pour les entreprises de révéler les données à un niveau désagrégé, projet par projet. Si aucune définition précise du terme projet n’est donnée afin de donner une certaine flexibilité dans l’application du texte, des lignes directrices permettent d’en décerner les contours. Enfin, la SEC fixe à 100 000 dollars le seuil à partir duquel les paiements devront être publiés.
Le Parlement européen votera à l’automne sa position sur des mesures de transparence du secteur extractif : pour les associations, il doit résister aux pressions des lobbies qui tentent de réduire ses ambitions. Tout comme aux Etats-Unis, aucune entreprise ne devrait être exemptée, et il est impératif de faire le jour sur chacun des « deals » négociés entre entreprises et gouvernements. « Nous comptons désormais sur l’Union européenne pour intégrer des règles solides et efficaces de reporting pays par pays et projet par projet dans les directives Comptable et Transparence avant la fin de l’année 2012 », a déclaré Grégoire Niaudet du Secours Catholique, coordinateur de la plateforme Publiez Ce Que Vous Payez-France.
"François Hollande avait promis pendant la campagne présidentielle de s’engager pour une loi européenne stricte. Il a réitéré l’importance de rendre le secteur extractif plus transparent lors de la visite du prix Nobel Aung San Suu Kyi à Paris. Maintenant est venu le moment de passer à l’acte. La France doit faire preuve de leadership au niveau européen", selon Friederike Röder de ONE France.
« L’Union européenne peut même aller plus loin que les Etats-Unis et adopter des mesures permettant également de lutter contre l’hémorragie fiscale dont sont victimes les pays du Sud. En exigeant des informations complémentaires sur les profits des entreprises dans chaque pays, il deviendrait possible de s’assurer que les impôts payés sont justes au regard de la richesse créée », précise Mathilde Dupré du CCFD-Terre Solidaire.
PCQVP et ses membres publieront une réponse plus détaillée après avoir examiné minutieusement les règles d’application de la loi Dodd-Frank concernant le secteur extractif.
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Note :
Les membres français de la plateforme « Publiez ce que vous payez » sont : Les Amis de la Terre, Amnesty International France,br>Care France, CCFD-Terre Solidaire, CIMADE, FIDH, Info Birmanie, IPAM, Justice et Paix, Oxfam France, One France, Partenia 2000, Secours Catholique / Caritas France, Sherpa, Survie, Transparence International France.
PCQVP et ses membres publieront une réponse plus détaillée après avoir examiné minutieusement les décrets américains, qui représentent plus de 200 pages.
En vue du vote du Parlement européen, ONE a lancé une action sur internet permettant aux citoyens d’interpeller leurs eurodéputés et de leur demander de voter pour une loi européenne de transparence stricte : http://act.one.org/sign/surveillons...
L’impact contesté de la mine d’uranium d’Imouraren, au Niger
Areva va bientôt débuter l’exploitation d’une nouvelle mine d’uranium au Niger. Sans danger, selon l’entreprise. Ce que contestent vivement les ONG.
Le nucléaire français a encore de l’avenir. Areva, leader mondial de l’énergie nucléaire, doit en effet débuter fin 2014 l’exploitation d’une troisième mine d’uranium au Niger, sur le site d’Imouraren, dans le nord du pays.
Le gisement, de 8 km de long sur 2,5 km de large, contient une grande quantité de cet élément radioactif naturel. Areva va en extraire 5 000 tonnes par an sur au moins 35 ans, pour alimenter les centrales françaises notamment. Mais le gisement étant situé entre 110 et 170 mètres de profondeur, il va falloir extraire 3,8 milliards de tonnes de roches (!) pour atteindre le précieux élément. Le paysage désertique va vite voir pousser sur 200 km 2 – l’étendue du site industriel – des collines de roches...
Une mine qui donne soif aux bêtes
Une fois le précieux élément extrait, il va encore falloir utiliser beaucoup d’eau et de produits chimiques afin de le séparer de la roche. On ne devrait en effet trouver en moyenne que 800 grammes d’uranium par tonne de roche extraite.
Dans ces conditions, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), et l’association nigérienne, Aghir in man, s’inquiètent. Lors d’un point presse tenu à Valence mercredi 22 août, elles ont dénoncé « l’assèchement et la contamination des ressources en eau » et « la disparition des espaces pastoraux sur des centaines de kilomètres carrés » qui vont découler de l’exploitation de la mine.
Le secrétaire général de l’ONG nigérienne, Ghamar Ilatoufegh, s’est rendu il y a deux mois sur le site de la mine, où les travaux ont commencé depuis 2009. « La mine a commencé à être creusée », a-t-il expliqué lors du point presse, repris par l’AFP. Il craint une disparition des espaces pastoraux « sur des centaines de kilomètres carrés ». Et ce d’autant plus qu’un « périmètre sanitaire couvrira quelque 450 km », inaccessible aux populations nomades et à leurs animaux, et « sans compensation ». « Ces populations sont en train d’être expropriées de leur surface de vie par Areva », s’est-il plaint.
« La surface de la mine occupe moins de 0,03% de la surface de la région du Nord du Niger. Les nomades ne sont pas privés de leurs lieux de passage », réplique Marie-Laure Lefébure, directrice adjointe de la communication d’Areva Mines. Elle ajoute que l’entreprise va construire des puits à pompe solaire pour permettre de poursuivre les activités agropastorales.
Mais l’eau, dans la région, est une ressource rare. Le fait qu’Areva pompe le liquide « dans une nappe fossile, qui se renouvelle à un rythme millénaire, va provoquer son assèchement rapide et être catastrophique pour l’agropastoralisme, qui pèse dans le PIB nigérien deux fois plus que l’exploitation de l’uranium », avance de son côté Raphaël Granvaud, membre de l’ONG Survie qui a publié en février 2012 Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français (éditions Agone).
Des collines de résidus radioactifs à l’air libre...
Autre inquiétude : les collines de roches qui vont progressivement s’élever en raison de l’extraction des milliards de tonnes de roches, qu’elles soient dites « stériles », car de faible teneur en uranium, ou traitées pour en extraire l’élément radioactif, vont être source de pollution de l’air et des sols. C’est du moins ce qu’estime la Criirad, en se basant sur des études réalisées en 2010 avec Greenpeace International sur les sites des mines de Somaïr et Cominak, également exploitées par Areva dans la région d’Arlit, à 80 km d’Imouraren.
En réponse à ce rapport jugé « à charge et caricatural sur les activités d’Areva au Niger », l’entreprise a publié en février 2011 le document Areva et le Niger, un partenariat durable « réfutant point par point les accusations », explique Marie-Laure Lefébure.
Elle nous confirme par ailleurs que, comme pour ces deux autres sites, les roches stériles d’Imouraren seront stockées à l’air libre. Idem pour les millions de tonnes de « résidus issus du traitement du minerai ». Encore radioactifs, ils seront entassés de manière compacte sous forme de verses (sortes de petites montagnes étendues, ndlr), comme c’est le cas à Cominak et Somaïr.
... mais 100% sûrs, selon l’entreprise
Mais la responsable d’Areva se veut rassurante : « La verse de Cominak repose sur des argiles et celle de Somair sur un revêtement étanche. Elles sont ceinturées de digues. Une couche épaisse et très indurée se forme en surface de ces résidus lors de leur séchage, évitant l’envol de poussières. » Donc circulez, il n’y a rien à voir.
Les alertes à la pollution des sols et de l’eau et à la contamination des travailleurs des mines comme de la population lancées depuis des années par différentes ONG (Sherpa, Médecins du Monde et bien sûr la Criirad) ne seraient donc, d’après Areva, pas justifiées.
« Areva est une entreprise responsable, dont les sites d’extraction d’uranium répondent à la norme ISO 14001 et sont soumis à de fréquents contrôles. Nous avons mis en place en 2000 un réseau de surveillance de l’air, de l’eau, des sols et de la chaîne alimentaire. Tous nos résultats montrent que notre politique environnementale est conforme aux normes internationales. » Et Marie-Laure Lefébure de préciser que l’Observatoire de la santé mis en place au premier semestre 2012, en partenariat avec l’association Sherpa, a procédé à l’examen médical de 710 anciens travailleurs miniers. « Aucune maladie professionnelle due aux rayonnements ionisants n’a été détectée. »
Des roches dites « stériles » qui polluent quand même les villes
Pourtant, la Criirad a relevé la présence de matériaux radioactifs dans les rues et certains lieux publics, jusque devant un hôpital. En 2007, elle a informé le Centre National de Radioprotection de Niamey ainsi qu’Anne Lauvergeon, alors présidente d’Areva, de la découverte de niveaux de radiation anormalement élevés dans les rues d’Akokan, à quelques kilomètres de la mine d’uranium Cominak. « Le niveau de radiation au contact du sol devant l’hôpital de la Cominak atteignait des valeurs jusqu’à 100 fois supérieures à la normale. Il s’agissait probablement de stériles miniers issus de la mine Cominak et réutilisés pour la constitution de la piste. Compte tenu du niveau de radiation mesuré ces matériaux devraient être qualifiés de « déchets radioactifs ». Ils engendrent un niveau de risque cancérigène par exposition externe », peut-on lire dans un rapport.
Et Raphaël Granvaud, de Survie, d’ajouter que le nombre de personnes atteintes d’affections pulmonaires est, dans la zone des mines d’uranium, « deux fois supérieur au reste du pays ».
Face à cette guerre des chiffres et des arguments, l’Etat nigérien, lui, se range du côté d’Areva. L’entreprise française est en effet le premier employeur privé du pays, et son principal partenaire industriel depuis 40 ans. De plus, grâce à Imouraren, qui sera la plus importante mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la deuxième au monde, le Niger se placera au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium, en doublant sa production actuelle. De quoi fermer les yeux...
Au Japon, Fukushima ne sera pas Minamata
Les Japonais manifestent de plus en plus nettement leur opposition au nucléaire. La passivité qui a entouré la catastrophe chimique de Minamata, dans les années 1960, ne se retrouve pas pour Fukushima.
Comment se fait-il que tant de Japonais ordinaires, des dizaines de milliers de personnes âgées, de jeunes, de mères de famille, d’artistes, d’intellectuels sortent dans la rue toutes les semaines pour dire leur désaccord avec le gouvernement à propos de sa politique nucléaire ? Le Japan Times, quotidien anglophone fondé en 1897 et lié au Asahi Shimbun, a barré sa Une, le 30 juillet dernier, avec ce titre : « Les manifestants antinucléaires encerclent le Parlement » (« Antinuke demonstrators encircle Diet »).
Les premières lignes de l’article précisent : « Des centaines, peut-être des milliers de personnes, parmi lesquelles des citoyens ordinaires et des militants antinucléaires, se sont rassemblées (…) autour du Parlement pour augmenter la pression sur le cabinet du premier ministre ». Prudente réserve sur le nombre de manifestants. Autocensure ? Pressions d’origine policière ou gouvernementale ? Quelques jours plus tard, le 6 août, l’éditorial est titré « Une nouvelle dynamique pour le mouvement antinucléaire » (« New impetus for antinuke movement ») ; on y lit que, tous les vendredis soir, « des dizaines de milliers de personnes » se rassemblent près du Parlement et de la résidence du premier ministre et que, le 29 juillet, elles étaient plus de 10 000 d’après la police, environ 200 000 selon les organisateurs.
Jusqu’alors, les rares Japonais qui protestaient n’occupaient que la moitié de la rue, en maigres files de quatre à cinq personnes par rangées, s’arrêtant à chaque feu rouge pour ne pas gêner la circulation ; ils formaient un défilé avec des bannières, certes, mais découpé en tronçons, et sans le moindre excès. Au moindre geste imprévu, la police intervenait de façon musclée, bastonnait, emprisonnait. Le lendemain, on lisait, au mieux, quelques lignes en troisième page dans certains journaux – hormis bien sûr les gros titres du Drapeau rouge, le journal du Parti communiste japonais. Et rien sur d’éventuelles interventions policières.
Ce qui se passe aujourd’hui tient donc du changement radical. Un bouleversement. Il est vraisemblable que cette mobilisation nouvelle, facilitée par Internet et les réseaux sociaux, soit liée à l’inscription dans la mémoire collective des expériences traumatisantes du nucléaire et de ses conséquences avec Hiroshima et Nagasaki, ainsi que de la manière dont l’Etat gère les catastrophes de contamination, avec en particulier le cas de Minamata (pollution au mercure).
La commémoration du bombardement de Hiroshima, tous les 6 août, s’est déroulée, cette année, en présence d’un des petits-fils du président américain Harry S. Truman, qui donna l’ordre de lâcher la bombe. Il a rencontré des victimes, prié pour les défunts et s’est associé à la volonté de voir disparaître tout armement nucléaire. Il a été invité par M. Masahiro Sadako, le frère de la petite Sasaki qui, jusqu’à sa mort à l’âge de 12 ans, confectionna inlassablement des grues en origami, grues devenues l’emblème de l’espoir d’un « plus jamais Hiroshima ». En 1945, le peuple a opté pour la démocratie « apportée » par les Américains, tellement il était las de la guerre conduite par les gouvernants et de devoir mourir pour l’empereur.
Beaucoup, même parmi les victimes de Hiroshima, ne savaient qui blâmer après les bombardements : ceux dont ils étaient les otages ou ceux qui les ont libérés dans un bain de sang et de souffrances ? Les Japonais ont préféré regarder vers l’avenir : essayer d’obtenir des soutiens pour adoucir le quotidien des survivants et militer pour la disparition des arsenaux nucléaires. Par sa Constitution, le Japon s’interdit de mener des guerres et d’accéder à l’armement nucléaire.
Et pourtant le pays est devenu une puissance nucléaire civile. Il a fallu pour cela tromper le peuple. Le fasciner par les perspectives de la croissance économique et engager des dépenses considérables de communication pour le convaincre que l’atome pour la paix proposé par les Américains était une bonne option, parfaitement sécurisée. Alors que se mettait en place le nucléaire civil, malgré des protestations passées sous silence, un certain nombre de Japonais étaient victimes de pollutions industrielles extrêmement graves, en particulier à Minamata.
A Minamata, les « années du silence »
Dans cette petite ville du sud-ouest du Japon, à partir de l’année 1932, des rejets de mercure ont été déversés dans la mer par la firme chimique Chisso et se sont accumulés dans la faune marine, avant d’être transmis à la population par le biais des poissons dont elle se nourrissait. Cette pollution et ses conséquences sont connues dès 1956 : une partie de la population est atteinte de troubles moteurs et de déformations physiques qui s’aggravent avec le temps.
Les gouvernements successifs ont laissé la firme poursuivre librement ses activités, accordant ponctuellement quelques mesures de façade. Ainsi, en 1959, un purificateur fut inauguré en grande cérémonie alors qu’il n’était pas placé sur le lieu principal des déversements. De même, le gouvernement incita Chisso à verser de l’argent – au compte-gouttes – « en sympathie » à l’égard des personnes atteintes d’intoxication et reconnues comme telles, évitant ainsi toute mise en cause de l’entreprise ou du gouvernement. Les dix années de revendication des victimes, de 1959 à 1968, n’ont abouti à rien – ce qui leur vaudra l’appellation d’ « années du silence ». Les réclamations ont également buté sur un ostracisme à l’égard de Minamata et de ses survivants.
A partir de 1969, le gouvernement change enfin d’attitude et la justice confirme en 1973 la responsabilité de Chisso. Un premier accord concédé en 1977 a permis de reconnaître 3 000 victimes ; un autre en 1995 a couvert 10 000 personnes supplémentaires. Celui-ci ayant été considéré comme insuffisant en 2004 par la Cour suprême, un autre protocole a été voté en 2009, qui, bien qu’en deçà des recommandations de la Cour, a conduit 57 000 personnes à déposer un dossier, le double du maximum attendu par le gouvernement.
Après la catastrophe de Fukushima
Les Japonais en ont assez. Les centrales accidentées de Fukushima sont loin d’être « froides ». A 60 km de celles-ci, la radioactivité dans l’air dépasse ici et là les normes autorisées pour les travailleurs du nucléaire : comment y laisser grandir les enfants sans s’inquiéter pour leur santé ? En outre, une partie des produits agricoles qui ont été vendus dans la région, jusqu’au thé de Shizuoka, comportaient des doses d’éléments radioactifs au-dessus de la normale : la nourriture participe à l’accumulation des effets de la radioactivité sur la population. Tout le monde ne dispose pas des ressources économiques et de l’énergie nécessaire pour quitter la préfecture de Fukushima, comme les 160 000 personnes qui en sont parties.
Pour les Japonais, à « plus jamais Hiroshima », il faut désormais ajouter « plus jamais Fukushima ». Pour cela, mieux vaut quitter le nucléaire civil. Les discours sur la sécurité se voudront rassurants et péremptoires, comme ils l’ont été par le passé. Le niveau du tremblement de terre qui a déclenché le tsunami était au-delà de l’imaginable : aucun test n’avait été réalisé pour une catastrophe de cette ampleur.
Actuellement, les autorités concentrent leur attention sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter les enchaînements qui se sont produits à Fukushima. Mais la prochaine catastrophe emprunterait certainement un autre chemin. Après l’accident, et ses conséquences qui perdurent, les compensations se font attendre et les autorités commencent par dire qu’il n’y a pas de victimes, comme dans le cas de Minamata. A « plus jamais Minamata », il faut aussi ajouter « plus jamais Fukushima ».
C’est avec tout cela en tête que plus de deux tiers des Japonais veulent en finir avec l’énergie d’origine nucléaire, et s’efforcent de faire entendre leur voix avec une persévérance et une ténacité qui devraient forcer les autorités à prendre en compte cette réalité. Il faudra certainement continuer et amplifier encore le mouvement pour que des décisions allant dans le sens souhaité par le peuple soient prises. Le premier ministre a promis de recevoir des représentants des manifestants – chose unique dans l’histoire du Japon – mais il a prévenu qu’il écouterait aussi ceux qui réclament la relance des centrales, campant sur ses positions. Bien que le Japon soit une démocratie, le peuple, ici non plus, n’est pas vraiment souverain.
Le carburant le moins cher est celui qu’on ne consomme pas
Le gouvernement a décidé le 28 août de baisser de 6 centimes le prix du litre d’essence. Une perte de recettes qui va se traduire par une hausse d’impôt ailleurs. Mieux vaudrait pousser à la réduction de consommation des moteurs.
La facture énergétique des Français bat des records. Pour alléger les dépenses des automobilistes et faire face à la hausse des prix, le gouvernement envisage de subventionner l’essence et le diesel en rabotant ses taxes. Mais à y regarder de plus près, la hausse des prix des carburants est une illusion d’optique : s’il faut travailler en moyenne 9,6 minutes aujourd’hui pour acheter une litre de carburant, il fallait 19,6 minutes en 1970 soit plus du double ! (1)
Cela étant, la hausse inévitable des prix du brut risque de changer la donne. Or une baisse modeste des taxes ne suffira pour absorber la hausse soutenue et structurelle des prix du brut ! Résultat, l’effet sur le pouvoir d’achat des ménages risque d’être rapidement nul. A court terme, il aurait été plus souhaitable d’aider financièrement les ménages les plus vulnérables, particulièrement tributaires de leur voiture pour se rendre à leur travail.
Par ailleurs, cette mesurette, pratique pour éviter les problèmes de fond, sera inefficace d’un point de vue économique et budgétaire. Et particulièrement néfaste d’un point de vue environnemental car elle va augmenter les émissions de gaz à effet de serre. Elle risque en outre de ne pas atteindre son objectif social. Ce n’est pas quelques centimes sur le litre qui sortira les ménages les plus pauvres des situations de précarité de mobilité dans lesquelles ils se trouvent, et la facture énergétique reste malheureusement indolore pour les plus aisés.
Les quelques centimes offerts par litre de carburant représenteront des centaines de millions d’euros de perte pour l’Etat, principale victime de sa propre manœuvre. Comment l’Etat compte-t-il à la fois assainir son déficit budgétaire et résoudre le problème de la hausse des prix des carburants sur le long terme, comme il l’a laissé entendre ? Forcément en augmentant d’autres impôts et taxes qui pèseront eux aussi sur le pouvoir d’achat.
Ne nous voilons pas la face : la hausse du prix du pétrole est inéluctable. L’extraction d’hydrocarbures non conventionnels en France et à l’étranger, ainsi que les coûteux agrocarburants, ne feraient que reporter de quelques années notre nécessaire sevrage et le litre de carburant sera toujours plus coûteux pour l’automobiliste français. La meilleure façon de protéger ce dernier des effets de cette hausse structurelle consiste à l’orienter vers des modes de transports collectifs et plus doux, et lorsque l’automobile est la seule alternative possible, à alléger sa consommation globale de carburant. C’est possible, notamment en obligeant les constructeurs à produire des voitures moins gourmandes en pétrole. A ce titre, le règlement européen sur les émissions de CO2 des voitures en discussion à Bruxelles peut être le déclencheur le plus efficace d’une indispensable mutation industrielle.
Une première version de ce règlement adoptée en 2009 contraignait les constructeurs européens à atteindre 130 g de CO2 par km à l’échéance de 2015. A l’origine fortement opposés à cette contrainte, les constructeurs sont en train d’atteindre dès 2013 l’objectif qui leur était assigné pour 2015, et ce sans investissements massifs.
La révision de ce règlement devrait contraindre les constructeurs automobiles européens à limiter les émissions de CO2 de leurs voitures à 95 g de CO2 / km en 2020, les émissions moyennes se situant autour de 140 g en Europe aujourd’hui. L’association européenne de défense des consommateurs (BEUC) soutient cet objectif qui permettra à chaque automobiliste français d’économiser près de 350 euros (plus de 20% de son budget essence) à la pompe chaque année d’ici à 2020 (2). Les évolutions technologiques nécessaires pour atteindre cet objectif sont tout à fait réalisables selon plusieurs constructeurs automobiles.
Le gouvernement devrait défendre vigoureusement cette législation bénéfique sur tous les tableaux (réduction des émissions de gaz à effet serre, diminution de la facture énergétique, augmentation du pouvoir d’achat des ménages), pour la rendre plus ambitieuse et appuyer un objectif de 60 g CO2 / km d’ici 2025 pour ainsi permettre aux automobilistes de diviser par trois leurs dépenses à la pompe d’ici à 2030 (3). Des économies bien plus intéressantes pour le porte-monnaie des Français comparées aux quelques centimes offerts par le gouvernement aujourd’hui !
En résumé, en lieu et place de quelques cadeaux fiscaux à court terme, le gouvernement serait mieux inspiré d’utiliser ses ressources pour le financement essentiel, immédiat et à long terme, de la transition énergétique dans le secteur des transports, un des secteurs les plus polluants en France aujourd’hui.
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Signataires :
Sébastien Blavier, chargé de campagne climat-énergie Greenpeace France
Morgane Creach, Directrice du Réseau Action Climat France
Bruno Genty, Président de France Nature Environnement
Benoit Faraco, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
Stéphen Kerckhove, Délégué général de Agir pour l’environnement
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Notes :
(1) Voir l’étude de l’économiste Jean-Marie Beauvais sur le vrai prix des carburants, Fnaut Infos n° 173, et la note de Franck Nadaud et Jean-Charles Hourcade, chercheurs au Cired : Les prix du pétrole, les prix des carburants et nous : un regard rétrospectif.
(2) Cost of driving, par Greenpeace EU Unit, Mai 2012. En 2010, un automobiliste français dépensait 1503 euros par an en carburant. En 2020, ce montant ne s’élèvera plus qu’à 1176€ et 911 € en 2030 si l’objectif de 95g CO2 / km est réalisé à temps.
(3) Selon la même étude, les dépenses moyennes en carburants annuelles des Français descendront à 911 euros par an d’ici 2030 grâce à l’adoption de l’objectif européen qui limite les émissions des véhicules particuliers à 60 g de CO2 par kilomètre.
Les droits des victimes des essais nucléaires ne sont toujours pas reconnus
L’Assemblée Générale de l’ONU, au cours de sa 64e session, a proclamé le 29 août « Journée internationale contre les essais nucléaires » afin de sensibiliser le public aux effets des explosions nucléaires « et à la nécessité d’y mettre fin, en tant que moyen parmi d’autres de parvenir à l’objectif d’un monde sans armes nucléaires » (résolution 63/45).
Depuis le 1er juillet 1945, date du premier essai atomique réalisé par les États-Unis, suivi des tirs sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945, ce sont plus de 2 000 explosions nucléaires qui ont été effectuées dans le monde.
Ces explosions ont provoqué de graves conséquences sanitaires et environnementales autour de tous les anciens sites d’essais de la planète. Les victimes - militaires et civils employés pour les essais et peuples autochtones - ont de grandes difficultés à faire reconnaître leurs droits à réparation.
La France a effectué 210 essais nucléaires, atmosphériques et souterrains, du 13 février 1960 au 27 janvier 1996. Ces tests furent d’abord réalisés en Algérie à Reggane et In Ekker de 1960 à 1966, puis en Polynésie sur les atolls de Moruroa et Fangataufa de 1966 à 1996.
La situation demeure extrêmement préoccupante. L’impact environnemental est sous-estimé. Des centaines de tonnes de déchets radioactifs et de matériaux contaminés ont été laissés sur les sites ; du plutonium et d’autres radionucléides ont été dispersés sur des milliers de kilomètres. En Polynésie, un effondrement de l’atoll de Moruroa pourrait se produire, provoquant un tsunami menaçant les habitants de l’atoll voisin de Tureia et une pollution radioactive sans précédent du milieu océanique.
L’impact sanitaire est volontairement minimisé. La France a enfin reconnu que ses essais nucléaires avaient fait des victimes, mais celles-ci voient toujours leurs droits déniés. La « loi Morin » de 2010 a confié au ministère de la Défense le pouvoir de reconnaître et d’indemniser les victimes. Cette loi, même modifiée par le récent décret de mai 2012, impose des conditions très restrictives pour la reconnaissance des droits des victimes. À ce jour, seules 5 d’entre elles ont pu bénéficier d’une indemnisation. Les archives des essais nucléaires restent inaccessibles aux associations de victimes, à leurs avocats et aux experts indépendants.
En août 2011, face à l’indifférence des puissances nucléaires, de nombreuses associations en France, en Algérie, au Japon, en Polynésie, soutenues par les autorités des Églises de tous les États insulaires du Pacifique, ont lancé un appel aux Nations Unies. Elles demandent une réelle prise en charge des victimes d’essais nucléaires dans le monde et la programmation d’une décennie (2012-2021) pour le nettoyage, la réhabilitation et le développement soutenable des régions contaminées.
À l’occasion de cette 3e Journée internationale contre les essais nucléaires, nous renouvelons cet appel et demandons aux parlementaires et au gouvernement français d’oeuvrer sans attendre pour une véritable réparation des conséquences sanitaires et environnementales.
En Lozère, les éoliennes financent un rallye automobile
Qui a dit que les éoliennes servaient à lutter contre le réchauffement climatique ? En Lozère, les élus utilisent les recettes de plusieurs années pour financer un rallye automobile de trois jours
Qui parle de réchauffement ?
Sauf événement inattendu, sept éoliennes de plus seront bientôt à St-Chély d’Apcher, en Lozère, les socles sont construits et le recours engagé par nos amis de l’Aubrac devant le Conseil d’Etat a été rejeté.
Le budget pour organiser le 1er Rallye Terre de Lozère sur la région de Rieutort, Châteauneuf, et Allenc est de 160 000 euros « récoltés » grâce aux collectivités (Région, Département, ville de Mende, Marvejols, Châteauneuf de Randon et communauté de communes Cœur de Lozère) et aux partenaires privés (Source : La Lozère Nouvelle du 24 août 2012, p. 14). Une grande partie de ces 160 000 € représentent donc nos impôts.
Le souci évoqué par les élus demandeurs d’éolien n’est pas le débat énergétique ni le réchauffement de la planète, mais le manque d’argent pour leur commune, ce qui peut paraître légitime, sauf si c’est pour bétonner encore et encore.
Alors qu’une éolienne rapporte en moyenne 11 000 €/an pour l’ensemble des collectivités (retombées fiscales pour causes de nuisances), nos 13 éoliennes lozériennes sont donc utilisées pour le seul financement de ces 3 jours d’amusement pour coureurs automobiles pollueurs non payeurs, ce qui est en complète contradiction avec l’objectif initial des énergies renouvelables.
Les spéciales ont lieu sur l’emplacement même des futurs parcs éoliens, soit une bande du territoire Lozérien allant de Ribennes à Allenc en passant par le lac de Charpal. Comment comprendre que ces territoires soient classés friches industrielles par les promoteurs éoliens et classés sites magnifiques par les promoteurs des courses motorisées.
Je vous invite à regarder la vidéo de présentation de cette course « 1er rallye national Terre de Lozère » sur le Forum du rallye. Nos trois élus sont « convaincants », le plus remarquable étant quand même le Sénateur Maire Alain Bertrand dont la bonne ville de Mende est, chose étrange, à la fois partenaire de la course et de la conférence-débat (climat et biodiversité) animée par Denis Cheissoux ["CO2 mon amour", sur France Inter] le 11 septembre prochain au théâtre de Mende.
Être radical. Manuel pragmatique pour radicaux réalistes
« Ce livre s’adresse à ceux qui veulent changer le monde. Si Machiavel écrivit Le Prince pour dire aux riches comment conserver le pouvoir, j’écris Être radical pour dire aux pauvres comment s’en emparer », Saul Alinsky.
Après avoir étudié la sociologie et la criminologie à Chicago où il travailla sur la mafia d’Al Capone et ses techniques organisationnelles, Alinsky (1909-1972) s’est consacré à l’organisation politique des habitants les plus pauvres de Chicago à des fins émancipatrices. De sa pratique, il a tiré des conclusions, des recommandations passionnées et une méthode qu’il a systématisée dans ce livre phare, Être radical, publié pour la première fois en 1971.
Rédigé dans un climat social et politique explosif aux USA (Black Panthers, radicalisation des campus universitaires, luttes dans les ghettos, Weather Underground, grèves), ce livre assurera à Alinsky bien des adeptes aux USA, dont un certain Barack Obama.
Être radical donne aux radicaux des clés pour opérer une transformation sociale constructive et comprendre « la différence entre un vrai radical et un radical de papier ».
« L’esprit d’Alinsky est bien vivant au sein de tous ces groupes militants actifs dans d’innombrables domaines, jusqu’au récent mouvement Occupy Wall Street », Noam Chomsky.
Préface de Nic Görtz et Daniel Zamora.
Être radical. Manuel pragmatique pour radicaux réalistes, Saul Alinsky, traduit de l’anglais par Odile Hellier et Jean Gouriou (éd. Aden, 278 p., 16 €).
La banquise arctique a fondu en 2012 plus vite que jamais
La banquise de l’océan Arctique a atteint un nouveau record de fonte, ont expliqué lundi 27 août des chercheurs américains qui voient là un nouveau signe des effets à long terme du réchauffement climatique.
Selon un communiqué de l’université du Colorado à Boulder (ouest), la banquise ne s’étend plus que sur 4,10 millions de km2, soit près de 70.000 km2 de moins que le précédent record datant du 18 septembre 2007.
L’été n’étant pas terminé, les scientifiques du Centre des données sur les glaces de l’université estiment que la fonte pourrait être plus grande encore dans les semaines à venir. Ils voient dans le rétrécissement de la banquise en Arctique un « signal fort du réchauffement climatique à long terme ».
« Ce record n’est qu’un chiffre, (...) mais aussi le signe d’un changement fondamental de la couverture glaciaire de l’Arctique », alerte Walt Meier, scientifique à l’université du Colorado.
Le phénomène est d’autant plus frappant cette année que, contrairement à 2007 où toutes les conditions météorologiques favorisant la fonte étaient réunies, cet été n’a rien d’exceptionnel hormis une tempête début août, explique Mark Serreze, le directeur du centre.
« La glace est maintenant si fine et si fragile, que la façon dont le vent souffle n’a aucune imporance », dit-il dans le communiqué.
Ces dernières années, la planète a enregistré de nombreuses températures record. Treize des 15 dernières années ont été les plus chaudes jamais relevées.
Selon les scientifiques, l’effet de serre causé par les émissions de CO2 dues à l’activité humaine est la principale cause du changement climatique.
Notre Dame des Landes, le récit du procès du 28 août
Le 28 août à Saint-Nazaire comparaissaient à Sylvain Fresneau (photo) et Clément, deux manifestants contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Le 21 juin, avec des centaines d’autres citoyens, ils avaient demandé le report de l’enquête publique. Cette journée avait donné lieu à une violente répression policière. Récit de l’audience.
« La politique ne pénétrera pas dans ce prétoire »
Ambiance des grands jours, cet après midi 28 août à St-Nazaire, pour le procès de Clément et de Sylvain Fresneau.
Le tribunal de St-Nazaire et ses abords sont maintenant archi-connus des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes (qui s’étend sur plusieurs communes, les audiences ont lieu, selon les cas, à Nantes ou St-Nazaire...)
Les abords, parlons-en précisément : cent cinquante tracteurs se sont artistement tassés autour du tribunal (jolie preuve face à ceux qui en doutent qu’ils sont manœuvrés par des paysans qui les maîtrisent), leur arrivée a eu fière allure, ils sont maintenant entourés d’au moins un millier de manifestants.
Se sont mobilisés la Confédération paysanne (Christian Roqueirol, porte-parole de la Confédération Paysanne du Larzac, Dominique Lebreton pour la Confédération 44), la Coordination rurale, bien sûr, des syndicats interprofessionnels (dont Solidaires avec Annick Coupé). Des politiques, élus locaux, régionaux et nationaux ou européens : Europe Ecologie les verts (Jean Philippe Magnen, François Dufour, José Bové, Yannick Jadot...), PS, ou responsables de partis (Martine Billard co-présidente du PG), très nombreux élus locaux de diverses appartenances... Musique, danses, sandwiches et boissons...
Les faits reprochés à Clément et Sylvain Fresneau concernent la manifestation du 21 juin devant la mairie de Notre dame des Landes, lors de l’ouverture de l’enquête publique concernant l’application de la loi sur l’eau (le projet concerne des zones humides à 98 %).
Clément est accusé de violence (la victime – 1 jour d’ITT, interruption temporaire de travail - n’est pas là !). Dans le cadre d’une enquête préliminaire, il y a eu accord verbal du ministère public à un OPJ (officier de police judiciaire) le 3 juillet pour une comparution (avec éventuellement contrainte par corps), car il a été reconnu sur une photo où il apparaît masqué (une seule photo a été proposée au policier ’victime’ pour l’identification).
Mais Clément est connu des RG, qui possèdent pour chaque opposant, depuis le temps que dure la lutte, des centaines de photos et de videos. Clément a été arrêté le 21 juillet (il aurait pu être simplement convoqué...) Il a refusé le prélèvement ADN, (ce qui est constitutif d’infraction). Clément revendique sa présence à la manifestation, mais nie voir été au contact des ’forces de l’ordre’.
La plaidoirie de l’avocat est assez technique : sur le bien fondé de l’interpellation hors flagrant délit, sur l’absence de pièces légales (ordre écrit pour la comparution, deux PV), sur le fait que le refus d’ADN ne doit pas être sanctionné puisqu’il n’aurait jamais dû être sollicité en ces circonstances, sur l’évolution de la législation et des techniques des prélèvements ADN. Mais il souligne aussi que face à une action politique est inventée une infraction politique, que l’accusateur a toujours raison et l’accusé est forcément un menteur...
Clément revendique son attitude pendant sa garde à vue : « Les gendarmes me traitaient de parasite, de crasseux, c’est pour çà que je me suis tu, et que je ne voulais rien donner de moi-même ». Il dénonce l’acharnement judiciaire, et affirme que ’pendant la garde à vue, l’un des gendarmes lui a dit que son accusateur a subi des pressions’.
Madame la procureure affirme ne pas faire de politique. Pour elle, le débat sur les prélèvements ADN et les fichiers a eu lieu au Parlement. Les faits sont parfaitement établis, la ’victime’ parfaitement fiable, et les conditions du prélèvement parfaitement légales...
Réquisitoire : 2 mois avec sursis pour violences, 2 mois avec sursis pour refus de prélèvement ADN, rendu le 11 septembre à 14 heures...
Sylvain Fresneau, quant à lui, est accusé de rébellion (refus d’obtempérer aux sommations) et agression des forces de l’ordre avec arme (son tracteur) : la ’victime’ (ni certifical médical pour blessures, ni ITT) n’est pas là.
Calme, précis, déterminé, Sylvain se présente en tant que paysan depuis 30 ans, militant, actuel président de l’Adeca (association des exploitants agricoles) après son père. Il explique les circonstances de la manifestation, et les faits : il a reculé sur une centaine de mètres avec le tracteur et sa remorque, en direction des forces de l’ordre, en seconde lente (son tracteur a six vitesses). Il explique avoir voulu protéger les manifestants en interposant son matériel.
Il a organisé (ou co-organisé) des dizaines de manifestations non violentes contre ce projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Il veut protéger les terres agricoles menacées, et le jour de la manifestation, il voulait s’opposer au début de l’enquête exigée par la loi sur l’eau. Son tracteur (confisqué presque un mois) est un outil de travail, qu’il maîtrise parfaitement, c’est aussi un symbole dans le monde paysan, ce n’est pas une arme. Il affirme que s’il avait voulu attaquer, il y serait allé de face, en marche avant, et avec des engins plus adaptés qu’une remorque. Les paysans en disposent...
Yeux écarquillés pendant la projection d’une vidéo filmée du toit de la mairie, projection demandée par la défense, nous recherchons vainement une fois des plus les preuves visuelles du frémissement des prémisses du début de la dangereuse agression réalisée par la manœuvre de Sylvain.
Premier témoin, M. François Bugel. salarié de CUMA, blessé à la tête pendant la manifestation (cinq points de suture), revient sur les faits : il n’a entendu qu’une sommation, mais il a vu la violence policière, vu les flics fracturer la vitre arrière du tracteur de Sylvain, le gazer à l’intérieur de la cabine, gazer les autres manifestants : les violences sont venues des forces de l’ordre, elles n’avaient jamais atteint ce niveau.
Les quatre témoins suivants ont des interventions très politiques.
M. Dominique Michenot, ancien agriculteur, élu PS de la communauté de communes Erdre et Gesvre, membre du CéDPa (Collectif d’élus qui doute de la pertinence du projet d’aéroport) explique les raisons de la manifestation : une enquête publique de cette importance allait durer seulement quatre semaines et demi, jusqu’au 27 juillet, pendant les vacances, et les communes auraient ensuite deux semaines pour donner un avis (donc avant le 9 août, à une période où il n’y a pas de conseil municipal (l’absence d’avis valant accord). Il s’agissait par cette manifestation d’obtenir l’allongement et le report de l’enquête. D’ailleurs, après l’interpellation de Sylvain, le prolongement de l’enquête de quinze jours a été accordé par les commissaires enquêteurs, qui par contre n’ont pas de pouvoir sur le report de sa tenue.
Christophe Dougé (conseiller régional EELV, vice-président de la Commission locale de l’eau et de la Commission eau du Conseil Régional, explique l’exigence légale, pour les zones humides, en cas de destruction, de compensation en surface de 1 pour 1, ou même 2 pour 1 en ce qui concerne certaines surfaces. Vinci et l’Etat tentent de contourner ces obligations légales de compensations, organisent le déshabillage de la loi sur l’eau.
Martine Billard (co-président du Parti de Gauche) salue l’engagement de citoyens motivés, au-delà de leur intérêt personnel, par l’intérêt général, la lutte contre le réchauffement climatique et la sauvegarde de la planète ; elle exige le respect des citoyens dans les enquêtes publiques, dénonce les intimidations et la répression de ceux qui mènent des luttes. Elle rappelle la lute gagnante menée dans les années
François Dufour, agriculteur, vice président du Conseil Régional de Normandie Europe Ecologie -Les Verts, dénonce la dramatique perte des surfaces agricoles et l’hécatombe des paysans (baisse de 83 % du nombre d’actifs agricoles depuis 1950). Les agriculteurs résistent, par exemple au projet de ligne électrique THT en Normandie (des représentants se sont déplacés), ligne liée au projet d’EPR , un parmi d’autres grands projets inutiles.
Pendant l’audience, des réactions (murmures, rires, applaudissements...) de la salle entraînent un rappel du président, sans que ce dernier fasse évacuer la salle ; est-ce à cause de la mobilisation extérieure (nous entendons les discours, les chants, les slogans - ’on ne lâche rien’) ?
Madame la Procureure, superbe, balayant les témoignages, déclare avec grandiloquence que la politique ne doit pas passer les portes de ce tribunal, que seules les infractions comptent, et qu’en droit pénal les intentions ou les mobiles ne comptent pas.
Madame la Procureure a de l’humour : ’Vous vouliez protéger les manifestants ? Vous étiez en charge du maintien de l’ordre ?’ Madame la procureure n’est pas sourde, elle entend même de très loin : elle affirme que les sommations ont bien été prononcées (cette histoire de sommations, qui doivent légalement se dérouler selon une procédure stricte, et qui a occupé beaucoup de temps, nous plonge dans un grande perplexité : les sommations ont-elles été faites valablement aux vaches gazées dans leur champ le 6 juin 2011 ? Devaient elles (les vaches) comparaître pour rébellion ? Combien de ’sourds-dingues’ dans nos manifs qui n’entendent rien des ’sommations’ ?)
Madame la Procureure voit clair : mieux que Madame Soleil, elle voit qu’’évidemment [Sylvain] a agressé,... qu’il voulait forcer le barrage pour permettre le passage des manifestants, que le tracteur a été une arme par destination... que la protection des manifestants est une fable réécrite après coup’.
Elle voit que Sylvain a fait amener le tracteur par son fils ’dans l’intention de s’en servir’, elle voit que le policier ’a eu la trouille de sa vie’ alors que selon ses propres propos, seule doit compter la matérialité des faits !
Réquisitions :
80 jours-amendes à 10€ par jour.
Interdiction de manifester pendant un an sur le territoire de Notre Dame des Landes
Interdiction de port d’armes : un an
Interdiction d’usage d’armes : un an (le tracteur, promu ’arme’ le temps de cette affaire, n’est pas concerné par cette interdiction d’usage).
Rendu le 11 septembre à 14h.
Une vague d’incrédulité parcourt la salle...
(Pour apprécier les deux dernières peines requises, il faut savoir que Sylvain est chasseur, ce qui est bien sûr connu des forces de l’ordre et de Madame la Procureure).
Maître Erwan Le Moigne bondit. Dans une vigoureuse plaidoirie, notre avocat exprime ce que nous ressentons tous : oui la politique est entrée dans ce tribunal, oui l’interdiction requise de manifester est politique.
Il n’y a pas eu agression !
L’objet réel des sommations, c’est de permettre et de justifier ensuite l’action des forces de l’ordre...
Sans sommations correctes, pas de délit d’attroupement ! (Il faut dire qu’alors que, parmi les militants présents à l’audience, nombreux étaient à Notre Dame le 21 Juin, et n’ont pas obtempéré à la ou aux sommations, Sylvain, dans sa perversion diabolique, a réussi l’exploit inédit de s’attrouper tout seul, puisque seul poursuivi !)
L’Annonce des réquisitions est faite à l’extérieur.
José Bové déplore que tant de temps et d’énergie ne soient pas mieux utilisés, sur des dossiers financiers par exemple.
Dans un discours de combat, Julien Durand, paysan retraité, membre de la Confédération Paysanne et porte parole de l’Acipa, après remerciements à tous ceux qui se sont mobilisés en soutien aux deux inculpés, réaffirme que la montée de la répression, la multiplication des mises en examen ne nous arrêteront pas, que nous reviendrons autant que nécessaire devant ce tribunal,
Nous y camperons s’il le faut !
« Il faut une taxe climatique aux frontières de l’Europe »
La négociation climatique s’enlise alors que les signaux du réchauffement sont de plus en plus alarmants. Un électrochoc est nécessaire, selon Monique Barbut,
Où en sont les négociations mondiales sur le climat ?
Monique Barbut - Le résultat de la conférence de Durban, fin 2011, a été de dire qu’en 2015, on discuterait d’engagements pour 2020... Mais que va-t-on faire entre 2012 et 2020 ? On n’en sait rien. En fait, depuis Copenhague en 2009, la négociation ne porte plus sur les engagements de réduction quantitative des émissions de gaz à effet de serre, alors que c’est ce qui compte. On ne discute que sur des sujets accessoires, tels que les modalités du Fonds vert pour le climat. Le problème, c’est que dans quinze ans, nous disent les scientifiques, il n’y aura plus rien à faire pour empêcher le changement climatique, il sera trop tard.
Comment pourrait-on débloquer la situation ?
Cette négociation ne peut reprendre que si les Européens décident d’adopter des positions volontaristes. Mais pas volontaristes vis-à-vis de l’Europe, parce que les Européens ont assez donné - ils sont les seuls à avoir pris de vrais engagements et à s’y tenir - mais vis-à-vis des autres.
Que recommandez-vous ?
Une taxe climatique aux frontières, un protectionnisme environnemental. Les Européens devraient rappeler qu’ils ont décidé de réduire leurs émissions, mais qu’ils ne peuvent pas laisser dépérir leurs industries au seul profit des autres grands pays. Dès lors, ils pourraient imposer à l’entrée de l’Europe une taxe sur les produits qui, par leur processus de fabrication, contiennent plus de CO2 que ce qui est autorisé pour les produits fabriqués en Europe. On pourrait exempter de ces taxes les pays les plus pauvres, et dire par ailleurs qu’on affectera une partie des recettes à l’aide aux pays les plus pauvres ou au Fonds vert pour le climat. Mais la taxe climatique devrait être clairement posée.
Ne serait-ce pas un électrochoc violent ?
S’il n’y pas d’électrochoc, la négociation climat est morte. Aujourd’hui, soit on reste dans l’hypocrisie en parlant d’un engagement pour 2020, soit on affirme qu’on veut vraiment stabiliser les émissions, et dans ce cas, on met tout le monde à égalité au travers d’une démarche commerciale.
Quel effet une taxe climatique aurait-elle sur la crise économique européenne ?
D’une part, elle générerait des recettes importantes. D’autre part, elle recréerait une respiration, des possibilités d’activité, pour les productions européennes.
Pourquoi en est-on arrivé là ?
Parce que les Etats-Unis, les grands pays émergents et les pays producteurs de pétrole ont le même intérêt à ne pas aller au fond de la discussion. L’idée qui reste dominante aux Etats-Unis - défendue par George W. Bush - est que le changement climatique existe, mais que l’homme n’en est pas responsable, et que ce n’est pas en prenant des mesures sur l’activité humaine qu’on va le régler. Même si ce n’est pas la position de l’administration de Barack Obama, c’est celle du Congrès, qui bloque toute avancée.
Quant à la Chine, ses dirigeants veulent continuer leur développement à un rythme soutenu. Ils cherchent des modes de production plus économes. Mais ils ne veulent pas prendre d’engagement tant qu’ils n’auront pas ces solutions. Ils ne veulent pas se lier les mains.
Le conseil du Fonds vert pour le climat s’est réuni le 23 août. Est-il utile ?
Il existe plus de 200 fonds dévolus au climat, des petits, des moyens, des multilatéraux, des bilatéraux... Chacun dispose de son secrétariat et de ses procédures. C’est une déperdition de ressources, car la gestion absorbe au moins 10 % de chaque fonds. Trois structures émergent de cette galaxie : le Fonds pour l’environnement mondial, le plus important, les « Climate investment funds », gérés par la Banque mondiale, et le Fonds d’adaptation du protocole de Kyoto. Ensemble, ils représentent 2 milliards de dollars par an. Le Fonds vert va venir les concurrencer.
Il est censé gérer 100 milliards de dollars par an...
Les pays en développement ont compris qu’il y aurait un flux d’aide budgétaire de 100 milliards par an. Mais pour les Etats donateurs, ces 100 milliards doivent provenir à 95 % du secteur privé : les pays devraient adopter des politiques permettant que les entreprises aient envie d’investir dans les technologies qui sont bonnes pour le climat.
C’est-à-dire ?
Beaucoup de pays pauvres subventionnent les énergies fossiles. Si l’on supprimait ces aides, l’énergie solaire deviendrait plus avantageuse. Mais les Etats s’y opposent car il faudrait que le remplacement des fossiles par les renouvelables se fasse immédiatement, sinon il se produira de graves crises sociales.
Plutôt que de créer un nouveau fonds,on pourrait en faire une espèce de conseil d’administration qui orienterait l’action des trois grands fonds déjà existants. Mais tout cela ne sert pas à grand-chose si des engagements quantitatifs de réduction des émissions ne sont pas pris. Voilà pourquoi il faut plutôt commencer par réanimer la négociation globale, en lançant la taxe climatique aux frontières.
Propos recueillis par Hervé Kempf
Les Etats-Unis rejettent l’EPR
Une autorité des Etats-Unis vient de refuser la license que demandait EDF pour construire un réacteur EPR dans le Maryland
L’Atomic Safety and Licensing Board (ASLB), instance de la NRC (autorité de sûreté nucléaires des USA) chargée d’accorder les licences d’exploitation, vient d’atomiser les espoirs de l’industrie nucléaire française en refusant jeudi 30 août la licence demandée par EDF pour construire un réacteur EPR à Calvert Cliffs (Maryland) (*)
Le combat juridique contre ce projet a été mené pendant 5 ans par les associations NIRS, Public Citizen, Beyond Nuclear and Southern Maryland CARES, aux moyens pourtant dérisoires face à EDF qui a eu recours à l’un des plus puissants cabinets d’avocats aux USA, Winston and Strawn.
L’argument principal retenu par la NRC est que EDF n’a pas pu trouver aux USA de partenaire crédible pour co-exploiter des réacteurs nucléaires, condition incontournable imposée par les lois fédérales, ce qui illustre d’ailleurs parfaitement le fait que le nucléaire est considéré aux USA comme une énergie sans avenir.
Cette décision n’obère donc pas seulement les projets d’EDF à Calvert Cliffs mais dans tous les USA. Une fois de plus, il est démontré que le réacteur français EPR est rejeté de toutes parts. La construction de réacteurs EPR a fait l’objet ces dernières années de nombreux effets d’annonce par EDF, Areva, mais aussi souvent par M. Sarkozy lors de ses nombreux déplacements à l’étranger. Il a ainsi été question de l’Italie, de la Lybie, des Emirats arabes unis, du Brésil, de l’Inde, des USA, de la Grande-Bretagne, etc
Toutes ces annonces se sont évanouies. Il ne reste guère que le projet d’EPR en Inde, qui est massivement rejeté par la population et qui sera probablement abandonné sous peu, et le projet d’EPR de Grande-Bretagne, où EDF a carrément racheté British energy pour pourvoir commander elle-même des EPR. Mais aucun réacteur ne sera construit sans des aides publiques massives ou de lourds prélèvements sur les factures d’électricité des citoyens, deux options qui n’ont aucune chance d’être acceptées par la Commission de Bruxelles.
A ce jour, les deux chantiers EPR de Finlande (Areva) et de Flamanville (EDF) continuent d’accumuler les retards (4 à 5 ans), les surcoûts (6 à 7 milliards au lieu de 3) et les malfaçons. Quant aux deux EPR en chantier en Chine, il faut se rappeler que seuls les deux ilots nucléaires ont été vendus par Areva, qui plus est à pertes (3,66 milliards LES DEUX !)
Malgré les déclarations de matamores de divers ministres du gouvernement PS-EELV, l’avenir du nucléaire français est aussi sombre que celui du reste de l’industrie nucléaire mondiale dont le déclin avait d’ailleurs commencé avant la catastrophe de Fukushima. Aujourd’hui, le nucléaire de produit plus que 10% de l’électricité mondiale contre 17% en 2005. Il est urgent de ramener cette part à 0% avant que de nouvelles catastrophes se produisent.
(*) Texte de la décision
L’enfouissement des déchets nucléaires suscite des problèmes nouveaux
Le 10 septembre prochain, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) entrera dans le vif d’une problématique nouvelle concernant l’’enfouissement des déchets nucléaires à « vie longue », c’est-à-dire dont la radioactivité perdure pendant des milliers d’années. Ce jour-là se réunira pour la première fois le comité de pilotage d’un nouveau programme, dit GEOSAF2, visant à étudier les méthodes d’exploitation des stockages de ces déchets.
« Jusquà récemment, on analysait la faisabilité du concept, maintenant on prend le virage de l’analyse de la surête de l’exploitation nucléaire », dit Michael Tichauer, président de ce comité et chercheur à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). « Il s’agit de faire le lien entre la sûreté à long terme et la sûreté en phase d’exploitation ».
Pendant une centaine d’années après la décision de créer ces stockages en profondeur, en effet, il faudra à la fois creuser les galeries et y installer les équipements nécessaires, tout en commençant à l’exploiter, c’est-à-dire à y entreposer les conteneurs de déchets. « La sûreté pendant l’exploitation est un des sujets qui nous mobilise le plus, dit Marie-Claude Dupuis, directrice de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). En insistant sur la sûreté à long terme, on a pu donner l’impression que le confinement était sans problème. » Ce qui n’est pas vraiment le cas.
« Il y aura des dizaines de kilomètres de galeries, ce sera une installation immense, bien plus grande que celle de La Hague », dit M. Tichauer, à propos du projet français dit Cigeo (Centre industriel de stockage géologique), situé près de Bure, dans la Meuse. « Il y aura d’un côté des mineurs, de l’autre des travailleurs du nucléaire plaçant les colis dans les alvéoles : ce sont deux cultures qui n’ont rien à voir ». La cohabitation entre ces deux cultures – l’une poussiéreuse et bruyante, l’autre obsédée de propreté et silencieuse – crée des problèmes de sûreté nouveaux. « L’exploitant nucléaire vise à confiner au maximum, mais dans le monde du souterrain, la priorité absolue est l’évacuation du personnel », dit Mme Dupuis.
Or, une préoccupation importante est celle de la possibilité d’incendie, révélée par un ingénieur indépendant, Bertrand Thuillier, qui a analysé en détail les dossiers publics, mais peu digestes, publiés par l’Andra. « Il pose de bonnes questions », reconnaît Marie-Claude Dupuis. La possibilité de l’incendie découle de la présence de bitume dans un certain nombre de colis de déchets anciens, ainsi que de l’éventuelle formation d’hydrogène sur certains colis. « L’incendie est la question principale : elle peut remettre en cause la faisabilité d’un stockage », estime M. Thuilllier. Le risque semble gérable à l’IRSN et à l’Andra. Qui évoquent cependant la nécessité de reconditionner les colis contenant du bitume et le doublement de galeries, pour pouvoir évacuer les mineurs en cas de nécessité. Ces précautions entraîneraient des surcoûts importants.
D’autres problèmes apparaissent, comme le rejet par l’installation de gaz faiblement radioactifs par une ventilation d’un flux de 500 000 m3 par seconde, sa consommation d’eau comparable à celle d’une ville de 50 000 habitants, ou sa consommation électrique requérant une puissance de 72 mégawatts. Des questions nouvelles, aussi : « L’exploitation se déroulera sur cent ans ; comment maintenir les compétences sur une telle durée ? », observe M. Tichauer.
Toutes ces réponses devront trouver des réponses d’ici le débat public qui se déroulera en 2013 à propos du projet de création du stockage.
Une autre histoire de l’écologie
Je souhaiterais commencer cette courte intervention par une citation dont vous pouvez essayer de trouver vous-mêmes l’auteur.
Mais je vous préviens que ce jeu n’est pas facile.
La voici.
« L’industrialisation "sauvage" qui accumule les nuisances, l’urbanisation hors d’échelle qui disloque les communautés, ne répondent plus aux aspirations et aux nécessités du temps présent. Le moment est venu de définir une nouvelle croissance. » [...]
« J’insiste, en effet, depuis plusieurs années, et dans diverses circonstances, sur la nécessité d’une croissance différente, plus humaine et plus économe. Cette nouvelle croissance n’est pas seulement un concept, un sujet de réflexion ou de rêve, elle peut se dessiner concrètement. En matiere d’environnement, elle signifie d’abord une "croissance zéro" de la pollution. » [...]
« Aux indices économiques traditionnels qui mesurent exclusivement l’expansion de la production marchande, il conviendra d’ajouter d’autres critères qui traduisent aussi les changements du cadre de vie et qui ne sont a l’heure actuelle recensés dans aucun de nos éléments statistiques. Dans le monde de demain, l’augmentation des espaces verts publics, la plus grande pureté de l’air et de l’eau, le recul des accidents du travail ou de la route devront être des signes mesurables et mesurés de progrès. »
Ce texte n’est pas extrait d’un article du Sarkophage, le journal de Paul Ariès, ni du dernier numéro du mensuel Fakir qui comporte un très bon dossier sur la décroissance.
Il ne provient pas non plus du livret du Front de gauche sur la planification écologique.
Non, il date du 29 octobre 1975 et fut prononcé par le Président de la République française Valéry Giscard d’Estaing.
Ceci montre à quel point la récupération de l’écologie par les classes dirigeantes n’est pas une chose nouvelle.
Je rappelle dans mon livre que bien d’autres s’y sont essayés avec plus ou moins de succès : Georges Pompidou, Margaret Thatcher (qui devint à la fin des années 1980 une grande prêtresse du trou dans la couche d’ozone et du changement climatique), Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ») et bien-sûr le président déchu Nicolas Sarkozy avec son Grenelle de l’environnement.
Ce mouvement de récupération date précisément de 1970 et débute aux Etats-Unis.
Le 22 avril de cette année, la première Journée de la Terre réunit plus de 20 millions de citoyens autour d’initiatives diverses : manifestations, conférences, colloques, fêtes.
Durant la préparation de cet événement, certaines multinationales comprennent qu’il se joue là quelque chose d’important.
Elles décident de changer de stratégie : alors qu’elles niaient l’existence des problèmes écologiques dans les années 1950 et 1960, elle choisissent de rejoindre le mouvement et de s’autodéclarer acteurs de la protection de l’environnement.
C’est le cas de Monsanto, Ford ou Dow Chemical, qui montent leurs propres événements pour cette Journée de la Terre.
Il s’agit certes d’une première manoeuvre grossière.
Mais la récupération de l’écologie se poursuit d’une façon bien plus insidieuse et dangereuse.
Les grandes puissances économiques comprennent que la question environnementale risque de contrarier leur projet du moment : instaurer un système de libre échange le plus large possible au sein du monde non-communiste, avec une libre circulation des marchandises, des services et des capitaux.
C’est ce que l’on nommera plus tard la mondialisation, qui commence à s’organiser effectivement dès le milieu des années 1960 aux Etats-Unis et dans les années 1970 en Europe.
Pourquoi le libre échange est-il si important ?
Premièrement parce qu’il ouvre de nouveaux marchés et permet de poursuivre l’expansion du capitalisme tout en limitant les risques de surproduction.
Deuxièmement, parce qu’il permet de s’approvisionner en matières premières et en main d’oeuvre à bas prix dans les pays du Sud dans une logique tout à fait néocoloniale.
Troisièmement, parce qu’il met en concurrence, grâce au chantage aux délocalisations et aux fuites de capitaux, les régimes sociaux, les normes, les fiscalités du Nord avec ceux du Sud.
Grâce à un puissant lobbying, les multinationales occidentales et les dirigeants politiques qui les soutiennent obtiennent que le libre échange soit sanctuarisé.
Dès le premier Sommet de la Terre, qui se tient en 1972 à Rio, la messe est dite : la déclaration finale stipule que « tous les pays […] acceptent de ne pas invoquer leur souci de protéger l’environnement comme prétexte pour appliquer une politique discriminatoire ou réduire l’accès à leur marché. »
La suite de l’histoire est mieux connue.
Au début des années 1980, après le tournant ultralibéral « Reagan, Thatcher, Kohl, Delors », l’environnement disparaît des agendas politiques.
L’heure est au démantèlement de la souveraineté populaire, à la dérégulation, au libre échange débridé.
Il y revient en 1987, avec le fameux Rapport Brundtland, qui consacre la notion de « développement durable ».
Dès le départ, ce développement durable est en fait l’adaptation des politiques environnementales au tournant ultralibéral : on y affirme le besoin de croissance économique et de croissance du commerce international (donc de libre échange), on y appelle aux coopérations public-privé, on place l’individu au centre de la responsabilité environnementale en dédouanant les entreprises.
Une anecdote au passage : qui se souvient que la rédactrice du rapport sur le développement durable, Madame Brundtland, ancienne Premier ministre de Norvège, a négocié avec Jacques Delors pour que les conditions du grand marché européen de l’Acte unique s’appliquent aussi en Norvège, alors que le peuple avait dit « non », par référendum, à l’entrée dans l’Union européenne ?
Sociale-démocrate et libre-échangiste convaincue, Madame Brundtland ne pouvait pas imaginer de solution à la crise ailleurs que dans le cadre étroit des marchés et de la libre concurrence.
Ce développement durable restera au coeur des discours des Etats et des firmes multinationales durant une quinzaine d’années.
Puis, au début des années 2000, avec la crise climatique, mais surtout avec l’augmentation du prix des énergies fossiles, nous entrons dans une nouvelle ère : celle du capitalisme « vert ».
La planète est suffisamment dégradée pour que certaines technologies dites « propres » deviennent rentables, et les grandes multinationales se jettent sur ce créneau porteur, grassement subventionné par les collectivités.
On invente même un marché des droits à polluer, qui ouvre un nouveau créneau spéculatif, avec des « fonds carbone », des produits dérivés et structurés... de quoi reproduire dans quelques temps la crise des subprimes de septembre 2008.
Évidemment, tout cela entraîne des contestations, mais de natures très diverses.
La dénonciation du « capitalisme vert » se pratique aussi bien au Front de gauche que chez Europe Ecologie, et même au Parti socialiste, car elle n’engage pas à grand chose.
Le Front de gauche et Europe Ecologie partagent aussi la volonté de sortir du productivisme, qu’il faut bien comprendre comme étant le fait d’organiser la société autour d’un objectif d’augmentation de la production, et non de satisfaction des besoins sociaux.
Mais un sérieux problème se pose dès que l’on aborde le coeur du sujet, à savoir le capitalisme et sa stratégie d’expansion actuelle, le libre échange.
Certains écologistes, aveuglés par leur haine de l’État et leur culture libérale-libertaire, n’ont pas compris ce qu’était vraiment la mondialisation.
Sa pire conséquence n’est pas de déplacer la pollution et l’exploitation des travailleurs dans les pays du Sud, ce qui est déjà insupportable en soi, mais bien d’empêcher la mise en place de toute réglementation sociale ou environnementale contraignante pour le patronat, y compris au Nord.
L’ennemi numéro un, c’est donc le libre échange, car c’est lui qui nous empêcherait, par le chantage aux délocalisations et à la fuite de capitaux, de mettre en oeuvre tout le reste de notre programme.
C’est pour cette raison que l’écologie n’est pas un projet politique.
Il existe en effet une écologie compatible avec le marché ; celle du capitalisme vert, qui lui, est un projet politique, ou celle de la sociale-démocratie.
Et il existe « notre » écologie, que l’on peut qualifier de « radicale » ou d’écosocialiste, peu importe, qui est un tout autre projet politique.
Ce qui me paraît extrêmement intéressant, c’est de constater que l’Histoire nous fournit un cadre pour cette écologie radicale, d’autant plus pertinent qu’il a été élaboré par des représentants de pays du Sud.
En octobre 1974, des intellectuels sont réunis sous l’égide de l’ONU dans la ville mexicaine de Cocoyoc pour débattre de « L’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement ».
Plusieurs pays non alignés, mais qui mettent en oeuvre des politiques socialistes (Sri Lanka, Mexique, Tanzanie...) sont représentés.
A l’issue de leurs échanges, les experts publient une déclaration qui dénonce fermement un ordre économique international basé sur l’exploitation des pays du Sud et qui est le premier responsable de la dégradation de l’environnement.
Ils proposent une marche à suivre pour les pays qui veulent s’en émanciper, basée sur quatre grandes idées :
Premièrement, la souveraineté nationale. Les Etats doivent récupérer la pleine maîtrise de leurs ressources naturelles. Ils doivent s’allier, en suivant l’exemple des pays producteurs de pétrole (OPEP), pour réguler la production et négocier des prix de vente décents. Une Nation doit pouvoir être autonome, un mot qui revient en permanence dans la déclaration.
Deuxièmement, la souveraineté populaire, qui est la souveraineté nationale exercée dans un cadre démocratique, dans l’intérêt des peuples et non d’une classe dirigeante. Aucune confusion possible avec un repli sur les frontières nationales pour préserver les intérêts capitalistes.
Troisièmement, la rupture avec l’ordre économique mondial, c’est à dire (même si ces mots ne figurent pas dans la déclaration pour des raisons diplomatiques) la sortie du capitalisme et du libre échange.
Quatrièmement, l’internationalisme, c’est à dire la coopération entre Etats ayant retrouvé leur souveraineté nationale et populaire, notamment pour gérer ensemble les ressources naturelles et répondre aux problèmes environnementaux.
Cette déclaration de Cocoyoc, qui est le premier texte officiel que l’on peut qualifier d’écosocialiste, est à mes yeux le texte le plus important de l’histoire de l’écologie politique.
Pourtant, il ne figure nulle part, ni sur le site des Nations unies, ni dans la littérature très abondante sur l’écologie politique (à part dans mon dernier livre !).
Or, ce que nous disaient les pays du Sud il y a près de quarante ans est primordial pour notre combat actuel, en 2012.
Appliquer aujourd’hui les principes de la déclaration de Cocoyoc signifierait sortir de l’Organisation mondiale du commerce, désobéir à l’Union européenne, mettre en place un protectionnisme écologique et social, restaurer la souveraineté monétaire, contrôler les mouvements de capitaux...
Finalement, les intellectuels de Cocoyoc avaient inventé dès 1974 un concept qui trouverait son nom bien plus tard : la démondialisation.
Un projet pharaonique d’autoroute à La Réunion
La Réunion prépare une troisième route circulaire, après que les deux précédentes se soient révélées dangereuses et très coûteuses. Le transport en commun est sacrifié aux investissements nécessités par le lobby du béton.
La Réunion n’en finit pas de payer l’erreur historique du choix arrêté en 1955 de vouloir faire passer l’axe Saint-Denis /La Possession sur le littoral. Dès l’achèvement en 1963 de la première route en pied de falaise, devant sa dangerosité, on envisagea la construction d’une nouvelle route plus éloignée en mer. Mais en 1976, lors son inauguration, cette deuxième route du littoral se révéla elle aussi dangereuse et on réfléchît aussitôt à une 3e route. Aujourd’hui et malgré les millions d’euros dépensés en entretiens et en travaux de sécurisation, on persiste dans les erreurs du passé en proposant un troisième itinéraire toujours sur le littoral, encore un peu plus éloigné sur la mer et en y incluant cette fois un Transport Collectif en Site Propre (TCSP).
La route des Tamarins en 2009 a connu un dépassement du coût initial de + 70 %, la 1re route du littoral de 1963 et la seconde, celle de 1976, on l’a oublié, avaient elles aussi connu un dépassement de coût de + 70 %, ce qui rend risibles les affirmations du Président de Région sur un coût maîtrisé de 1,6 milliards d’euros.
Le projet de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) a été modifié le 14 octobre 2010 par les Accords de Matignon II. D’un coût estimé en 2007 à 930 millions, la NRL est passée à 1600 millions d’euros du fait de l’ajout d’une sur largeur (passage à une 2 X 3 voies dont deux voies dédiées à un TCSP bus puis à terme, un TCSP ferré) et du fait de l ’abandon du péage routier.
Avec ce projet pharaonique, La Réunion court à la catastrophe. Sur le plan environnemental, car les deux énormes digues vont avoir un impact meurtrier sur la biodiversité terrestre et marine, sur le plan paysager car il va défigurer le site patrimonial et historique de la Grande Chaloupe, sur le plan social car ce projet ne sert que les intérêts du lobby automobile au détriment du transport en commun aujourd’hui sacrifié, sur le plan économique car le chantier ne créera pas d’emplois durables, sur le plan financier car CETTE ROUTE COÛTERA AU BAS MOT 2,5 MILLIARDS D’EUROS et tous les dépassements du budget initialement prévu seront supportés par les contribuables réunionnais qui sont actuellement parmi les plus endettés de France. La dette régionale se monte à 4225 euros par foyer fiscal en 2010. Si on y ajoute la dette du département, le cumul des deux aboutit à une dette de 8709 euros par foyer fiscal imposé, ce qui place La Réunion en tête des territoires français endettés.
Enfin, une telle route en mer, sur un viaduc de 30 m de haut au-dessus des flots, est un archaïsme dans le monde du changement climatique qui se caractérisera par une recrudescence de la fréquence et de la violence des cyclones.
Une pétition en ligne a été lancée pour dire non à la nouvelle route du littoral : http://www.avaaz.org/fr/petition/NO...
En finir avec le nucléaire
Ce livre clair et concis démontre la nécessité et la possibilité d’en finir avec le nucléaire.
Il commence par réfuter les arguments spécieux de ses partisans sur l’indépendance énergétique prétendue ; sur la sûreté et la sécurité, qui seraient un privilège unique de la technologie nucléaire française ; sur le coût du kWh nucléaire, largement sous-évalué ; sur les marchés étrangers juteux, fortement surestimés ; sur le contrôle grâce au nucléaire des émissions de gaz à effet de serre, marginal ; sur la question des déchets, nullement réglée.
Il expose les raisons pour lesquelles il faut en sortir : le risque inacceptable d’un accident majeur dont les conséquences catastrophiques sont révélées par Tchernobyl et Fukushima ; la production de déchets radioactifs extrêmement dangereux pour des siècles et des millénaires ; l’utilisation et la diffusion de techniques permettant la prolifération des armes nucléaires.
Il replace ensuite la sortie du nucléaire dans le cadre d’une transition énergétique que les inégalités de la consommation mondiale et les problèmes écologiques globaux rendent indispensable.
Alors que la situation singulière de notre pays nous mène à l’isolement et à l’impasse, les auteurs proposent un scénario raisonné de sortie du nucléaire, fondé sur un autre mode de consommation et de production de l’électricité, et discutent les conditions politiques et sociales de la transition.
- Benjamin Dessus
Ingénieur des télécommunications et économiste, il a travaillé à l’EDF, à l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME) et au CNRS. Spécialiste reconnu des questions énergétiques, il préside actuellement Global Chance, association d’experts indépendants dans le domaine de l’environnement, de l’énergie et du développement.
- Bernard Laponche
Polytechnicien, docteur ès sciences, il a travaillé au Commissariat à l’énergie atomique et été responsable syndical à la CFDT dans les années 1960 et 1970, puis directeur général de l’AFME et conseiller technique de Dominique Voynet. Il est maintenant consultant international dans le domaine de l’énergie.
En finir avec le nucléaire. Pourquoi et comment, Benjamin Dessus, Bernard Laponche (éd. Seuil, 176 p., 13 €).
Source : Seuil
Ce livre a reçu le 8e Prix du Livre Environnement.
Delphine Batho : « besoin du nucléaire », « besoin de Notre Dame des Landes »
Les besoins, selon la ministre de l’Ecologie
Nucléaire
L’énergie d’avancer
Delphine Batho, ministre de l’Écologie et de l’Énergie, a défendu, jeudi 30 aout, l’énergie nucléaire française, à l’occasion de l’université d’été du Medef, où elle été invitée.
« La France a durablement besoin du nucléaire pour satisfaire ses besoins énergétiques, maintenir la compétitivité de ses entreprises et soutenir ses exportations », a ainsi déclaré la femme politique devant les membres de l’organisation patronale.
Delphine Batho confirme ainsi, après les propos d’Arnaud Montebourg, Ministre du redressement productif, qui avait qualifié le nucléaire de « filière d’avenir », la position du gouvernement en faveur de l’énergie nucléaire française.
Toutefois, la jeune femme a rappelé et confirmé les objectifs fixés par le président de la république sur cette thématique, à savoir diminuer la part du nucléaire dans la production électrique française de 75% à 50%.
« Nous voyons les choses non pas en opposition mais en complémentarité et nous pensons qu’on peut maintenir les emplois dans le nucléaire et développer l’emploi dans le solaire, dans l’éolien, dans la géothermie, dans les énergies marines », a précisé la ministre.
Notre Dame des Landes
Presse Océan
Au lendemain du rassemblement des anti-aéroport à Saint-nazaire, douche froide pour ces opposants à l’écoute de BFMTV et RMC ce matin 29 août.
Interrogée sur Notre-Dame-des-Landes (NDDL) ce matin, Delphine Batho a clairement soutenu ce projet, toujours source de discorde entre socialistes et écologistes... d’autant plus en Loire-Atlantique.
Est-elle pour ? "Oui, c’est la position des socialistes", a-t-elle répondu. Allant dans le sens du Premier ministre, et ex-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault qui a toujours porté le projet.
Pourquoi cette position ? "Je pense que c’est une infrastructure dont nous avons besoin", a estimé la ministre.
Contre le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance
1 Le positionnement sur le TSCG ne doit pas relever d’un choix tactique mais être un positionnement de fond
Le résultat du vote sera structurant pour les années suivantes. Tout comme le positionnement sur le Traité de Maastricht a été complexe et difficile, celui sur le TSCG l’est aussi. Hormis les deux positionnements extrêmes, les eurosceptiques et les libéraux, le choix va se faire entre celles et ceux qui pensent que voter contre va aggraver la crise politique en Europe et celle et ceux qui pensent que ratifier le traité va amplifier la crise économique plutôt que la résolver. Le positionnement ne peut se limiter à une crainte que la France soit dans une situation singulière vis-à- vis du reste de l’Europe.
Deux pays sont déjà non signataires du TSCG, le Royaume-Uni et la République Tchèque. François Hollande avait promis de le renégocier mais il n’a pas réussi à le faire.
2 Tout traité doit être replacé dans son contexte historique
Le Traité de Rome était dans sa structure d’inspiration profondément libérale mais il n’a empêché aucune politique d’intervention publique pendant 30 ans (PAC, fonds structurels,...). Mais depuis la signature de l’acte unique en 1986, l’intervention publique recule pour laisser place aux seuls marchés. C’est le tournant néo-libéral ou social-libéral européen. Le contexte politique n’est plus aujourd’hui à une action européenne concertée. Le repli nationaliste se manifeste dans de nombreux pays européens. Il faut relancer la coopération européenne, ce que le TSCG ne permet pas.
3 Le TSCG est la conséquence directe de la crise de 2007-2009
Il prétend régler le risque non prévu, par le Traité de Maastricht, de sortie d’un pays de la zone euro, en renforçant les contraintes budgétaires du Pacte de Stabilité et de Croissance, adoptées lors du traité d’Amsterdam en 1997. Or, comme nous allons le voir, le TSCG généralise les politiques d’austérité déjà en œuvre en Irlande, Grèce, Espagne, au Portugal et bientôt en Italie qui n’ont pourtant pas encore démontré leur efficacité.
4 Quelques rappels pour illustrer l’intensité de la crise
L’Europe n’arrive pas à revenir aux niveaux de richesse produite en 2007, contrairement aux États- Unis ou de pays comme la Turquie. De plus, les prévisions de 2012 sont en train d’être revues à la baisse. L’Allemagne est un peu l’exception mais pourrait être très affectée comme en 2009 du fait de sa dépendance au commerce international et notamment intra-européen. Par contre, les pays qui ont subi des cures d’austérité sont dans des situations très difficiles.
L’impact sur le chômage est très important, ce qui augure mal pour les prochaines années. La France a vu une importante hausse de son niveau de chômage, bien que son PIB ait légèrement progressé. Cela est dû à une modification de sa structure d’emploi, notamment la non reconstitution d’emplois industriels détruits. Les pays sous austérité ont doublé ou triplé leur chômage.
La crise financière de 2007-2008 a fait exploser le niveau des dettes publiques, soit du fait d’une transformation des dettes privées des banques en dettes publiques, soit du fait de politique de soutien à l’activité économique comme aux États-Unis. Le premier critère du Traité de Maastricht de 60 % d’endettement maximum a ainsi implosé, y compris en Allemagne bien que ce pays soit le seul pays ayant réussi à réduire son déficit en 2011 (voit tableau 4). Par ailleurs, les pays ayant appliqué des politiques d’austérité n’ont pas réduit leur niveau d’endettement, en raison de la hausse des taux d’intérêt et/ou d’une réduction des déficits publics moins importante que celle du PIB.
Rappelons que le deuxième critère de Maastricht impose un déficit inférieur à 3 % du PIB. Il était relativement bien respecté en 2007. Le déficit grec a été rectifié après la découverte d’une manipulation secrète de son montant entre le gouvernement de droite et la banque Goldman Sachs. Ensuite, pour faire face à la crise de 2008-2009, les gouvernements ont augmenté leurs dépenses pour suppléer à la baisse de la demande privée et/ou renflouer les banques comme dans le cas extrême de l’Irlande. Les pays de la zone euro ont moins soutenu l’activité économique que les autres pays et sur une durée plus courte. Par ailleurs, ceux qui ont subi les politiques d’austérité ont eu une récession amplifiée et faiblement réduit la part de leur déficit dans le PIB.
5 Un dilemme socio-économique impossible
« Par le présent traité, les parties contractantes conviennent, en tant qu’États membres de l’Union européenne, de renforcer le pilier économique de l’Union économique et monétaire en adoptant un ensemble de règles destinées à favoriser la discipline budgétaire au moyen d’un pacte budgétaire, à renforcer la coordination de leurs politiques économiques et à améliorer la gouvernance de la zone euro, en soutenant ainsi la réalisation des objectifs de l’Union européenne en matière de croissance durable, d’emploi, de compétitivité et de cohésion sociale » (article 1).
Le TSCG a vocation à réussir avec des critères de déficit budgétaire et d’endettement public plus stricts, dans un contexte économique beaucoup plus mauvais, ce que le Traité de Maastricht et d’Amsterdam n’ont pas réussi !
6 Un traité uniquement d’austérité budgétaire
L’article 3 réduit les objectifs de l’article 1 au seul quasi équilibre budgétaire : « La règle (...) est considérée comme respectée si le solde structurel annuel des administrations publiques correspond à l’objectif à moyen terme spécifique à chaque pays, tel que défini dans le pacte de stabilité et de croissance révisé, avec une limite inférieure de déficit structurel de 0,5 % du PIB aux prix du marché » (article 3 alinéa 1a).
Alors que le Traité de Maastricht demandait un déficit budgétaire de 3 %, le TSCG exige 0,5%. Le cœur du TSCG est de réduire l’impact des politiques budgétaires (voir point 12) sans s’attaquer à la compétition fiscale entre pays. C’est un retour de plus d’un siècle en arrière, de l’avant Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie de Keynes. Dans les phases de grande dépression, Keynes a montré que l’État doit intervenir pour suppléer la baisse de la demande privée et stopper les anticipations auto-réalisatrices de crise. Ce ne sera plus possible en Europe. Même le libéral Royaume-Uni a compris que cela n’est pas dans son intérêt et refuse le TSCG. Il y a néanmoins une légère souplesse : dans le cas où l’endettement du pays serait faible (sensiblement inférieur à 60% ), « la limite inférieure de l’objectif à moyen terme (...) peut être relevée pour atteindre un déficit structurel d’au maximum 1,0 % du PIB » (article 3 alinéa 1d).
7 Un traité aux bases juridiques floues
L’article 3 introduit le concept de solde structurel annuel et de déficit structurel. Dans l’alinéa 3, il est précisé que « le solde structurel annuel des administrations publiques signifie le solde annuel corrigé des variations conjoncturelles, déduction faite des mesures ponctuelles et temporaires ».
Cette notion repose sur peu d’éléments scientifiques même si les modèles mathématiques utilisés sont sophistiqués. Elle est basée sur des tendances passées projetées dans le futur. De plus, les modèles utilisés considèrent souvent qu’il n’y a pas d’effet keynésien, c’est-à-dire que la dépense publique ne génère pas de croissance supplémentaire sur le moyen terme car les ménages anticipent une hausse future d’impôt qui annihilera les effets initiaux de la relance (équivalence ricardienne). De plus, il n’y a aucune analyse qualitative des effets des dépenses comme financer les énergies renouvelables ou le nucléaire. La projection de tendances passées signifie qu’il n’y a aucune analyse critique de la notion de croissance. Ainsi, la conjoncture va tenir compte de l’écart de la croissance effective à la croissance potentielle, « niveau maximal de production que l’on peut obtenir ». Les méthodes et les résultats divergent sensiblement. Ainsi, avant la crise de 2007, la croissance potentielle de la France était estimée à 1,8 % par an par l’OCDE, à 2,1 % par le FMI, 2,2 % par la Commission européenne et 2,4 % par le Trésor français. L’estimation retenue de la croissance potentielle influencera donc sensiblement le calcul final du déficit structurel.
Pour illustrer le flou conceptuel de ce critère que l’on veut légaliser, la Direction Générale du Trésor écrit dans un document de travail de 2009 : « Le solde structurel présente deux grandes limites : Le solde structurel mesure imparfaitement la part conjoncturelle du solde public puisqu’il repose sur une évaluation par nature imparfaite de la position de l’économie dans le cycle. (...) Deuxième limite, le concept de solde structurel se borne à une analyse agrégée, qui (...) ne permet pas de donner des éléments suffisants aux décideurs publics pour définir (...) les marges de manœuvre de relance des différents sous-secteurs des administrations publiques (État, organismes divers d’administration centrale, administrations publiques locales, administrations de sécurité sociale) ».
8 Un contrôle non démocratique
« Les parties contractantes veillent à assurer une convergence rapide vers leur objectif à moyen terme respectif. Le calendrier de cette convergence sera proposé par la Commission européenne, compte tenu des risques qui pèsent sur la soutenabilité des finances publiques de chaque pays. Les progrès réalisés en direction de l’objectif à moyen terme et le respect de cet objectif font l’objet d’une évaluation globale prenant pour référence le solde structurel et comprenant une analyse des dépenses, déduction faite des mesures discrétionnaires en matière de recettes, conformément au pacte de stabilité et de croissance révisé » (article 3 alinéa 1a).
La Commission européenne est investie d’un pouvoir très important. Elle est le juge et l’exécuteur de la décision. C’est elle qui détermine le niveau de déficit conjoncturel acceptable à partir de ses modèles économétriques. Ensuite, c’est elle qui exécute les sanctions. Normalement, ce pouvoir est dévolu au parlement élu démocratiquement. Jamais, un exécutif n’a été investi de tels pouvoirs sans contrôle.
Les États signataires du TSCG devront respecter les avis de la Commission sauf si une majorité qualifiée des membres du Conseil européen s’y oppose, mais le vote exclut « la partie contractante concernée » (i.e. le pays accusé). (article 7) Cet article marque aussi une rupture, dite de la majorité inversée. Alors qu’auparavant une recommandation de la Commission devait, pour être adoptée, être explicitement appuyée par le Conseil, c’est la logique inverse qui prévaut désormais. La nouvelle règle signifie que les sanctions proposées par la Commission ne peuvent être contestées par le Conseil que s’il se dégage une majorité qualifiée contre. Toute décision de la Commission (désormais compétente au même titre que le Conseil) sera réputée adoptée. Au lieu de renforcer les pouvoirs du parlement, on renforce ceux de la commission.
9 Des règles automatiques sans contrôle politique
Outre les aspects non démocratiques du contrôle de la règle, l’application de celle-ci sera automatique, ce qui permet de douter de l’efficacité de celle- ci. Le Traité de Maastricht avait déjà des mécanismes qui se sont avérés inefficaces. « Un mécanisme de correction est déclenché automatiquement si des écarts importants sont constatés par rapport à l’objectif à moyen terme ou à la trajectoire d’ajustement propre à permettre sa réalisation. Ce mécanisme comporte l’obligation pour la partie contractante concernée de mettre en œuvre des mesures visant à corriger ces écarts sur une période déterminée » (article 3 alinéa 1e).
Ce mécanisme précisé dans l’article 4 est très brutal : « Lorsque le rapport entre la dette publique et le PIB d’une partie contractante est supérieur à la valeur de référence de 60 % (...) ladite partie contractante le réduit à un rythme moyen d’un vingtième par an. »
L’exemple grec nous montre que malgré plusieurs plans d’austérité, un effacement partiel de la dette, le ratio a continué d’augmenter car le PIB s’est trop réduit et que la charge de la dette a augmenté avec la hausse des taux d’intérêts. Et comme cela ne suffit pas, des sanctions sont possibles jusqu’à 0,1 % du PIB, 2milliards d’euros pour la France. (article 8, alinéa 2) De plus, au regard du tableau 3, la sanction est applicable dès la ratification du traité puisque tous les pays dépenses les 60%, soit 23,5 milliards pour la France.
10 Une coordination des politiques économiques et convergence de façade
Plusieurs articles (de 9 à 11) concernent ce point mais tous rappellent les dispositifs déjà à l’œuvre dans le Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne et le Traité sur l’Union Européenne. L’article 10 est là pour la façade : « Conformément aux exigences établies par les traités sur lesquels l’Union européenne est fondée, les parties contractantes sont prêtes à recourir activement, chaque fois que cela est indiqué et nécessaire, à des mesures concernant les États membres dont la monnaie est l’euro (...) ainsi qu’à la coopération renforcée (...) pour les questions essentielles au bon fonctionnement de la zone euro, » mais toujours dans un cadre libéral « sans porter atteinte au marché intérieur. »
11 Une gouvernance de la zone euro inter-gouvernementale
Le TSCG institutionnalise l’échec de la politique inter-gouvernementale de ces 5 dernières années au lieu d’initier un fédéralisme budgétaire. « Les chefs d’État ou de gouvernement des parties contractantes dont la monnaie est l’euro se réunissent de manière informelle lors de sommets de la zone euro auxquels participe également le président de la Commission européenne » (article 12 alinéa 1).
Il faut rédiger des traités pour dire que les chefs d’État se réunissent informellement ! Cet article est symptomatique du bâclage juridique. Ce traité a pour seul objectif son titre I, à savoir l’imposition d’une règle budgétaire contraignante. Il confirme également l’absence de respect du parlement européen. Ainsi, au lieu que le président soit invité de droit, « le président du Parlement européen peut être invité à être entendu » (article 12 alinéa 5).
12 Une idéologie ultra-libérale
Le principe de la constitutionnalisation d’une règle budgétaire est une idée ancienne de l’école de Chicago de Milton Friedman et de l’école du Public Choice. L’école de Chicago, dans la continuité de la Société du Mont Pèlerin fondée par Hayek s’est toujours opposée au paradigme keynésien de l’efficacité de l’intervention de l’État. Les mécanismes de prix de marché sont pour eux plus efficaces et l’intervention publique toujours nuisible.
En 1977, Kydland et Prescott ont théorisé que les politiques discrétionnaires ne maximisent pas le bien être social et qu’il faut encadrer l’action gouvernementale par des règles budgétaires contraignantes. Le passage de l’économie au droit est logique. Constitutionnaliser une règle budgétaire permet de contraindre et de lier les mains des politiques. La boucle est bouclée : toute politique keynésienne devient impossible, laissant les marchés s’équilibrer naturellement. C’est l’institution de la primauté de l’économique sur le politique.
13 Une zone euro en danger
Le TSCG a pour objectif théorique de répondre à la crise en cours et d’éviter l’éclatement de la zone euro. Le principal signe de crise de la zone euro est le différentiel de taux d’intérêt. Dans une même zone monétaire, on échange la même monnaie. Un euro grec n’est pas différent d’un euro allemand. Il s’échange de la même manière contre les mêmes biens, donc le coût de sa création devrait être sensiblement le même, d’autant plus qu’il y a liberté de circulation des capitaux. La convergence des taux d’intérêt était d’ailleurs l’un des critères pour entrer dans la zone euro. Leur divergence actuelle mesure le degré de risque d’éclatement de la zone d’euro, ce que les économistes appellent la prime de risque.
En 2007, les écarts de taux étaient faibles. Le Royaume-Uni avait même une prime de risque d’être en dehors de la zone euro. En 2009, les écarts étaient encore raisonnables avant de s’élargir, notamment en Grèce où les taux d’intérêts sont devenus usuriers. Plus ce pays réduit ses dépenses, plus les intérêts augmentent ! La spéculation qui avait disparu avec la création de l’euro vient de réapparaître en Europe. La spéculation sur les taux d’intérêt remplace celle sur les taux de change.
Loin d’améliorer la situation actuelle, le TSCG va amplifier la crise et les comportements spéculatifs en généralisant le cercle récessif grec : récession-hausse des taux d’intérêt-alourdissement coût de la dette-aggravation de la récession. Le risque d’éclatement de la zone euro va augmenter. Le coût de l’inaction augmente avec les taux d’intérêts. Le TSCG ne règle pas la question du coût de la dette. La force des États-Unis et du Royaume-Uni est de maîtriser les taux d’intérêts à travers l’action de leur banque centrale.
14 Une politique écologiste impossible
Le TSCG repose sur une analyse erronée de la crise. Celle-ci serait de nature financière. Il suffirait d’assainir les comptes publics à travers les politiques d’austérité. C’est la stratégie de choc classique qui a été imposée sans succès dans les pays du Sud à travers les plans d’ajustement structurel, dégradant les systèmes de santé et éducatifs comme au Mali et aujourd’hui en Grèce. Pour autant, la crise n’est pas non plus uniquement de nature économique. Penser qu’il suffirait d’une politique de relance pour sortir de la crise comme le propose une partie des opposants au TSCG, est erroné.
Une simple politique budgétaire évite seulement une dégradation de la crise sociale. Pour nous, c’est la crise du libéral-productivisme3 avec à la base une crise climatique, de la biodiversité, des ressources non renouvelables, alimentaire ... des crises écologiques. Lors des élections européennes, nous proposions un emprunt européen de 1000 milliards d’euros pour faire les investissements nécessaires à la résolution des crises écologiques, ce que le TSCG ne propose pas, ni le pacte de croissance.
Pour conclure, le TSCG n’apportera rien sauf perdre du temps. C’est pour cela que pour la première fois de son histoire, la Conférence Européenne des Syndicats s’oppose à un traité européen. Il amplifiera la crise avec une inévitable implosion de la zone euro. Il y a des décisions plus importantes que d’autres. Loin faciliter une Europe fédérale, le TSCG en renforçant les pouvoirs de la Commission et de l’inter-gouvernemental va engager l’Europe dans une impasse. Il faut avoir le courage de s’opposer à un traité inefficace économiquement, dangereux socialement et antidémocratique.
Aujourd’hui le nanomonde
Le présent a-t-il besoin de nous ?
En avril 2000, voici des âges de cela, le chercheur Bill Joy, co-fondateur de Sun Microsystems, publiait dans Wired, mensuel américain le plus technolâtre du monde, une mise en garde intitulée « Why the future doesn’t need us ». Il pointait les risques d’emballement et d’autoréplication en particulier dans les bio et nanotechnologies, mais aussi l’évincement accéléré de l’homme par un système d’automatisation générale, dit de « planète intelligente ».
Ce futur est déjà notre présent et nous sommes ici à l’endroit idéal, dans la technopole [de Grenoble], pour l’exposer. Outre leurs multiples applications industrielles, les technologies convergentes (Nano-Bio-Info-Cogno) rendent possible le pilotage cybernétique du monde, des masses et des individus, grâce aux puces RFID. L’asservissement se conjugue avec l’évincement. La société de contrainte s’implante dans les cerveaux grâce aux nano-électrodes de Clinatec. L’industrie solaire prend son essor grâce aux capteurs nanostructurés de Soitec et du CEA-Léti. La biologie de synthèse, la fabrique du « vivant artificiel », est soutenue par Geneviève Fioraso, ministre de la Recherche et de l’enseignement supérieur, celle-là même qui depuis vingt ans, avec ses partenaires de l’écosystème local, a propulsé Minatec et tous les projets techno-industriels grenoblois.
Ces projets, célébrés dans les rapports de Jean-Louis Beffa, grand patron du CAC40, et de Christian Blanc, préfet et grand patron d’entreprises publiques, ont suscité la création des « pôles de compétitivité » et la politique de recherche et développement depuis deux ou trois lustres. Jean-Louis Beffa étant aujourd’hui, selon Le Monde, l’un de ces patrons « qui parlent à l’oreille de François Hollande ».
Il n’a échappé à personne, durant les dernières campagnes électorales, que « la réindustrialisation de la France » était la grande affaire du moment. Celle-ci passe par « l’innovation », c’est-à-dire par cette accélération technologique évoquée plus haut. Cette accélération a un prétexte : la création d’emplois, qu’elle détruit par ailleurs. Elle a ses partisans : la classe technocratique, la caste politico-médiatique, y compris les progressistes du Front de Gauche et du Monde diplomatique, dont on lira ici le sinistre plaidoyer en faveur des nécrotechnologies.
Elle a aussi ses opposants, dont les activistes radicaux, libertaires et luddites, ne sont que la pointe émergée. Le grand nombre subit avec un abattement et un désespoir croissants le progrès de la tyrannie technologique. Les plus enthousiastes dans la soumission frénétique se réveillent un jour, épuisés et dégoûtés. À nous de donner et de nommer les raisons de cette opposition afin de la rendre consciente d’elle-même.
Sommaire
p. 2 – Nano news p. 3-6 – Actualités de la Planète intelligente p. 7-8 – Intox nano et nano-toxicité p. 9-10 – Nouvelles de Clinatec p. 11-14 – Actualités de l’acceptabilité p.15 – Rubrique luddique p. 16 - Librairie
A lire en PDF
N’dêm, le village sénégalais qui invente l’avenir de l’Afrique
...à N’dêm, village qui n’a jamais douté que l’amour était la base inébranlable de toute éducation, et qui a su le transmettre.
- N’Dem (Sénégal), reportage
Nous sommes au Sénégal. En pénétrant dans l’intérieur du pays à partir de Dakar jusqu’à la région de Diourbel, on est en plein Sahel – cette bande de terres qui traverse l’Afrique d’est en ouest et marque la transition climatique entre le Sahara au nord, et les savanes du domaine soudanien au sud. Nous avons roulé entre des champs immenses d’un vert éblouissant. Les baobabs de tous les âges et les acacias sont couverts de feuilles et disséminés à l’horizon, dans cette zone où la steppe fait doucement place à une savane arborée et sèche.
Mais nous sommes au mois d’août. Les premières grandes pluies ont eu lieu et ont reverdi ces campagnes, pour encore un ou deux mois. Le reste de l’année, le beige de sable reprendra ses droits, les feuilles disparaîtront, et les champs n’offriront plus de hautes céréales à cultiver. Depuis un siècle notamment, le désert a considérablement progressé vers le sud, provoquant dans le Sahel une sécheresse ascendante, et plusieurs famines.
Cependant, c’est une énergie profondément vivante que nous insuffle cette nature superbe, alors que nous nous rendons, assis sur la planche de bois d’une charrette tirée par un cheval, dans un village de brousse : N’dêm.
« En Afrique, on a coutume de dire que ce qu’il faut pour éduquer un enfant, c’est un village…. »
Quelques jours après, avec Aïssa Cissé, assises au sol sur la longue natte colorée qui couvre le sable, nous discutons de la question de l’éducation, douloureuse quand on songe au scepticisme du monde dans lequel il va falloir faire grandir nos enfants. Mais au travers de l’échange se tissent des liens d’amitié et de joie, parce qu’il a lieu dans la chaleur paisible d’un soir au ciel empli d’étoiles, à N’dêm, village qui n’a jamais douté lui que l’amour était la base inébranlable de toute éducation, et qui a su le transmettre.
Il y a 28 ans, Aïssa Cissé – Française – et son mari Serigne Babacar Mbow – Sénégalais -, arrière-arrière-petit-fils du premier fondateur de N’dêm, décident de s’installer dans cette région aride du Sénégal. Ils découvrent un village abandonné par les hommes, tous ayant fui la sécheresse pour la débrouille citadine, et où ne vit plus qu’une trentaine de femmes, d’enfants, de vieillards. Ils créent alors une association qui regroupe N’dêm et quatorze villages alentour, et engagent une lutte contre l’exode rural massif qui vide les campagnes sénégalaises pour surpeupler les villes, lesquelles ne parviennent pas à offrir des conditions de vie satisfaisantes et harmonieuses.
C’est aux villages, à l’économie locale et à la société rurale qu’il faut redonner vie. La première et absolue nécessité est l’eau. Il n’y a à ce moment-là qu’un seul puits situé au village voisin, par lequel passent, d’ailleurs, tous les peuples nomades en transhumance chaque année. Alors que les démarches pour l’accès à l’eau courante sont entreprises, les habitants de N’dêm y construisent une classe, puis une école, un bloc sanitaire, puis une maternité.
En 1996 est fêtée l’arrivée du premier forage – château d’eau. On peut désormais vivre de l’agriculture et de l’artisanat locaux. En 2005, alors que de nombreux hommes sont revenus et que les familles vivent à nouveau réunies sur leur terre, l’association devient l’ONG des Villageois de N’dêm. Ce nouveau statut permet d’élargir le rayonnement des investissements, et de se diriger vers plus de professionnalisme. Plusieurs centaines d’hommes et femmes sont salariés et, depuis l’origine du projet, les actions de l’ONG ont été profitables à des milliers de personnes.
De nombreux projets de coopération internationale ont vu le jour. Les réalisations de N’dêm ont lieu dans les domaines de l’entrepreunariat local, du commerce équitable, de la microfinance, des énergies alternatives, de l’agro-écologie, de la santé, de l’environnement et de la formation professionnelle. Tout ceci s’est construit et continue de se construire d’années en années, grâce à la confiance et à l’action du couple bienveillant. Parce qu’il n’est pas de doute que sans une foi profonde et éclairée, rien n’aurait été possible.
Serigne Babacar est le guide spirituel de la communauté. Il appartient à la confrérie soufie des Baye fall, née à l’instar du grand mystique sénégalais Mame Cheikh Ibra Fall, plus ardent disciple du revivificateur de l’Islam et saint Cheikh Ahmadou Bamba, au début du 20e siècle. Ce dernier a enseigné qu’il fallait « travailler comme si tu ne devais jamais mourir, prier comme si tu devais mourir demain ». Les Baye fall vivent leur spiritualité et rendent hommage à Dieu par le travail physique et par la dévotion. C’est aussi cette philosophie de la vie qui a contribué à développer N’dêm et d’autres régions du Sénégal, à y améliorer les conditions de vie, parce qu’elle invite à un travail qui, accompli avec ferveur, rencontre un sens ultime.
Quand nous sommes arrivés à N’dêm après plusieurs jours de voyage entre les grandes villes du Sénégal – Dakar, Thiès, Touba – fascinés et enchantés par ce que nous avons découvert, mais épuisés du tumulte des foules, nous avons immédiatement senti l’intense sérénité de l’air. Un baobab marque de sa présence millénaire l’entrée du village. Depuis la petite mosquée blanche, élégante dans sa simplicité, l’appel à la prière se mêle harmonieusement aux chants des oiseaux de mille couleurs, qui semblent soudain s’être multipliés. Contrairement à beaucoup d’endroits du Sénégal, aucun détritus ne traîne à terre. Entre les palissades de bois et les cases peintes de bleu et de blanc – les couleurs baye fall – saluant les gens que nous rencontrons et qui nous saluent, nous cheminons jusqu’au « daïra ».
Comme un petit village au sein du village de N’dêm, le daïra est son cœur, sa toute première origine. Le terme, qui signifie « école coranique », désigne particulièrement le lieu de vie et d’apprentissage collectifs des jeunes disciples Baye fall auprès de leur maître. Il est le lieu de l’éducation.
La vibration de paix qui s’y propage a raison de nous et, comme la plupart de ceux qui ont la chance d’y être menés au gré des chemins et des vents, nous y restons plus de temps que ce que nous avions imaginé.
Au daïra vit, dans une fluctuation continue d’arrivées et d’au revoir, une centaine de personnes. Cohabitent les jeunes disciples de Serigne Babacar, Sénégalais pour la grande majorité, dont certains ont entièrement grandi ici, et des habitants temporaires, souvent Européens, qui y vivent entre plusieurs jours et plusieurs mois. Ils découvrent l’histoire remarquable du lieu, et l’expérience de la vie collective.
Deux fois par jour, un appel retentit : « Baaaaaaaaaaaaaaaaaaaaye faaaaaaaaaaaaaaaallll ! »
C’est l’heure d’aller manger, tous ensemble sur les nattes disposées au sol, autour de grands plats collectifs de riz ou de mil. Par l’expérience de la vie quotidienne en Afrique, on comprend aussi ce que signifie : « Un Nord-Américain consomme 6 planètes, un Européen consomme 3 planètes, un Africain consomme ½ planète ! »
Le concept de possession, notamment, se trouve bien allégé du poids dont on l’accable souvent.
Les étrangers s’investissent aussi dans l’activité du lieu. En cette saison, elle est concentrée dans les champs pour la culture des céréales. Mais il y a toujours à faire, entre le maraîchage biologique qui fonctionne au goutte-à-goutte, le soin des chevaux et des chameaux, des enfants (!), le soutien logistique à la structure de l’ONG, le travail aux ateliers de production artisanale… les échanges humains autour de la musique et de la spiritualité.
Le village continue de grandir, comme il continue de faire grandir les êtres humains qu’il abrite.
Et sous le ciel immense et la lune de l’Afrique, entre les baobabs majestueux et les chemins de terre rouge, dans le vert flamboyant de la saison orageuse, ou dans le beige infini de la saison sèche, dans la lumière puissante du jour, ou dans la profondeur de la nuit, les jeunes Baye fall travaillent et honorent le sol de leur terre , en chantant de leurs voix puissantes des louanges au Seigneur de leur âme.
Ici, l’homme a le droit d’œuvrer pour ce qui lui semble juste. Il a le droit de développer son esprit et son cœur sans qu’on lui en demande des comptes. Il a le droit d’aimer l’autre, simplement parce qu’il est autre. Il a le droit de dire que les objets sont illusion et ne l’intéressent pas. Il a le droit de dire que l’essentiel est invisible.
Et de cheminer vers sa liberté.
..................................
Texte à quatre mains, inspiré du souffle de N’dêm
Creuser l’espace pour que croissent les racines.
Extraire la terre de la terre, Que sorte la sueur de la peau.
Marseille privée du Cévenol
Le train entre Clermont-Ferrand et Marseille ne roule plus à partir du 3 septembre, pour travaux. En fait, la SNCF néglige cette ligne, ne respecte pas les termes du contrat passé avec l’État et ne remplit pas ses obligations à l’égard du Cévenol.
Maintien du Cévenol : L’URGENCE !
Triste et inquiétant compte à rebours pour les usagers du « Cévenol ». Le dimanche 2 septembre, ce train qui relie directement l’Auvergne à la Méditerranée par les Cévennes, pourrait rallier pour la dernière fois Marseille à Clermont-Ferrand. En effet, la limitation du parcours du Cévenol à Nîmes est prévue dès décembre prochain. L’intégralité de la ligne étant fermée dès le lundi 3 pour quatre mois de travaux, le Cévenol fera t-il ses adieux à Marseille un week-end de rentrée ?
L’association des élus pour la défense du Cévenol, avec le soutien de nombreux adhérents, se mobilise depuis plusieurs mois contre cet enterrement de première classe !
Une bataille du rail longue de plusieurs années
En 2006, la partie centrale de la ligne des Cévennes (gorges de l’Allier) est menacée de fermeture à cause d’une infrastructure dégradée et mal entretenue. C’est à ce moment là que naît l’association des élus pour la défense du Cévenol et de la ligne Clermont-Ferrand - Nîmes - Marseille.
Conjointement, les Régions Auvergne et Languedoc-Roussillon s’engagent dans le cadre de contrats avec l’Etat à réaliser des travaux réguliers sur cette ligne. Le tronçon en sursis est sauvé et la vitesse de circulation peut y être rehaussée. Aujourd’hui, malgré de nombreuses opérations de régénération, celle-ci reste globalement insuffisante, ce qui nuit toujours à l’attractivité du Cévenol qui souffre de bien d’autres maux.
Un train d’équilibre du territoire négligé : des engagements non tenus
Le Cévenol figure parmi les 40 trains d’équilibre du territoire (TET) retenus dans une convention signée entre l’État et la SNCF pour une période de 3 ans (2011-2013). Celle-ci a pour objectifs d’assurer le maintien de lignes déficitaires mais importantes pour l’irrigation de territoires peu denses et d’apporter une meilleure qualité de service aux usagers. Les TET dépendent de l’État, Autorité Organisatrice des Transports, qui assure l’équilibre financier de ces lignes ; en contrepartie la SNCF doit les maintenir et améliorer leur fonctionnement.
Synonyme d’espoir et de progrès, cette inscription dans la convention des TET n’a malheureusement rien changé pour le Cévenol. Vitesses de circulation insuffisantes, retards importants, matériel dégradé, absence de promotion et de visibilité commerciale : le Cévenol paraît être ignoré par la SNCF qui semble vouloir s’en débarrasser. Celle-ci ne respecte pas les termes du contrat passé avec l’État et ne remplit pas ses obligations à l’égard du Cévenol. De nombreux dysfonctionnements affectent régulièrement ce train et la situation s’est même singulièrement détériorée cet été avec des problèmes quasi-quotidiens.
Un parcours historique amputé : le Cévenol de TET à TER ?
Mesure hautement symbolique de cet abandon progressif du Cévenol : la limitation du parcours à Nîmes prévue dès la fin 2012. La SNCF justifie cette décision grave, qui compromet lourdement l’avenir de cette liaison nationale, par une gare de Marseille surchargée et la difficulté à disposer d’un sillon aller-retour entre Nîmes et Marseille. La fermeture pendant quatre mois de l’intégralité de la ligne, à l’occasion d’une campagne de travaux cet automne, serait-elle une manière insidieuse de faire passer cette mesure en douceur en préparant les voyageurs à la limitation du parcours du Cévenol à Nîmes ? Celle-ci pourrait préfigurer un déclassement du Cévenol en 2014 s’il ne figurait plus dans la prochaine convention des TET. Il devrait alors être remplacé par un TER et serait à la charge des Régions.
L’association des élus pour la défense du Cévenol en première ligne
Aujourd’hui et depuis plusieurs mois, l’association monte au front et intervient sans relâche pour :
- le maintien de la section Nîmes-Marseille, desserte historique, qui permet une relation ferroviaire directe (la seule d’ailleurs) entre les régions Auvergne, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur ;
- le maintien du statut de ligne nationale pour la « ligne des Cévennes » ;
- l’amélioration de la qualité du service conformément aux objectifs de la convention des TET.
Suite aux élections du printemps dernier, l’avenir compromis du Cévenol et les manquements de la SNCF à son égard ont été présentés, comme avant à leurs prédécesseurs, aux nouveaux Ministres des Transports et de l’Egalité des Territoires, auprès desquels l’association a sollicité un rendez-vous.
Le nombre de cancers devrait croître de 75 % d’ici 2030
Les cas de cancers dans le monde devraient s’accroître à un rythme bien plus soutenu que l’accroissement naturel de la population. Cette augmentation est évaluée à 75% d’ici à 2030, selon une étude publiée le 31 août 2012 dans le revue médicale The Lancet Oncology.
Le nombre des personnes atteintes d’un cancer devrait grimper fortement, passant de 12,7 millions en 2008 (dernier chiffre disponible) à 20,3 millions en 2030, avec notamment un bond de 93% des cas de cancers dans les pays les plus pauvres.
En outre, le nombre des morts par cancer devrait augmenter de 7,6 millions en 2008 à 13,2 millions en 2030.
Plus de cancers du sein
« Nous prévoyons, au niveau mondial, des hausses annuelles dans les taux des cancers colorectaux, des cancers du sein et de la prostate et pour les pays les plus riches des cancers du poumon pour les femmes », selon l’étude dirigée par le Dr Freddie Bray, du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organisme dépendant de l’OMS.
Parallèlement, le nombre des cancers de l’estomac et du col de l’utérus devrait globalement diminuer et, dans les pays riches, il devrait en être de même avec les cancers du poumon chez les hommes.
Cette étude a utilisé les données d’une base de données du CIRC sur les cas de cancers dans les 184 pays. Elle note la baisse attendue des cancers d’origine infectieuse comme ceux du col de l’utérus et du foie.
Cancers de riches
Mais ce recul sera compensé par la poussée du nombre des cancers du côlon et du rectum, de ceux du sein et de la prostate. « Certains cancers semblent nettement associés au niveau de développement socio-économique », souligne l’étude.
Le cancer colorectal constitue en cela un bon exemple : 40% des cas répertoriés à l’échelle de la planète sont concentrés dans les pays développés alors que ceux-ci ne totalisent que 15% de la population mondiale.
« Les raisons de cette association ne sont pas claires » même si des facteurs alimentaires liés au mode de vie occidental peuvent être évoqués, selon l’étude.
Super U banalise le danger nucléaire
L’idée du siècle : un petit déjeuner aux couleurs de l’atome...
C’est la rentrée, et avec elle arrivent les promos des supermarchés, toujours désireux de nous pousser à acheter les dernières nouveautés... Parmi les grandes chaînes de distribution, les magasins U se sont montrés particulièrement novateurs. C’est ainsi qu’à la page 65 de leur catalogue des promotions de rentrée (à feuilleter ici), on nous propose d’acquérir un magnifique kit pour petit déjeuner au lit, composé de bols, mugs et tablettes frappés d’un symbole radioactif et de la mention « zone protégée » !
La « zone protégée », un nouveau concept ?
Remarquons d’abord que le terme « zone protégée » n’existe que chez Super U et dans les fantasmes de ceux qui croient au nucléaire sûr. Tout d’un coup, le nucléaire serait synonyme de protection ? Le concept du bol qui « protège » les céréales grâce à la radioactivité préfigure-t-il donc le retour en force dans les rayonnages de Tho-radia, la crème de soin au radium à la mode dans les années 1930 ?
Super U, les nouveaux commerçants prévoyants ?
Ou alors, faut-il plutôt apprécier la clairvoyance de la grande distribution qui, consciente de l’état de dégradation de la sûreté nucléaire française, anticipe l’accident qui risque d’arriver un jour ? Oui, il se peut bien qu’un jour, on mange des Becquerels au petit déjeuner ! Avec un petit compteur Geiger à côté du pot de confiture, pour contrôler notre contamination... comme les habitants de Fukushima, qui ne peuvent plus avoir confiance dans leurs repas.
La vaisselle identitaire de la rentrée ?
Qui peut bien avoir envie d’acheter de tels objets ? Principalement la toute petite catégorie de consommateurs prêts à revendiquer : « Je suis pronucléaire, j’assume, et je porterai fièrement le logo radioactif ! » Ils ne sont pas bien nombreux, mais ils existent : la preuve, certains sont même au gouvernement. On pourrait d’ailleurs suggérer au Palais de l’Elysée de passer commande : ce service radioactif ferait fureur au Conseil des ministres et permettrait à chacun d’affirmer fièrement ses valeurs. Il ne resterait plus qu’à glisser dans chaque mug un petit formulaire, attestant que le propriétaire se porte volontaire pour intervenir en cas d’accident nucléaire.
Le risque nucléaire banalisé
Plus sérieusement, la banalisation du risque nucléaire par une chaîne de grande distribution a de quoi inquiéter... Le danger serait-il devenu « tendance » pour mieux se faire accepter ? En tout cas, il est fort possible que les salariés du nucléaire, qui doivent travailler en « zone contrôlée » au prix de la dégradation de leur santé, apprécient peu cette vaisselle de fort mauvais goût. L’irradiation n’est pas une partie de détente comme un petit déjeuner au lit !
Tout va bien
« On murmure que Delphine Batho dispose d’un plan secret permettant de faire pousser le blé sur le ciment et d’éviter que les avions émettent des gaz à effet de serre. »
C’est la fin des vacances, il faut reprendre le collier. Mais tout va bien : pendant notre absence, on a pris soin de l’environnement comme jamais, les questions écologiques sont presque résolues.
José Bové a jugé qu’il fallait « tuer les loups » - une suggestion suivie par les préfets des Hautes-Alpes, du Var et des Alpes de Haute-Provence, qui ont ordonné des « tirs de prélèvement » contre le dangereux prédateur.
Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a jugé que le « nucléaire est une filière d’avenir ». Le problème des déchets radioactifs confirme la sagacité des ministres, puisqu’il va falloir s’en occuper pendant des milliers d’années, ce qui assure l’avenir. D’ailleurs, assure la presse japonaise, l’industrie nucléaire du pays du Soleil levant dispose maintenant d’un avantage commercial, puisqu’elle peut arguer de sa compétence en matière de catastrophe nucléaire – Mitsubishi, Hitachi et Toshiba proposent ainsi la construction de centrales accompagnée d’un service après-vente incluant la « gestion des dégâts » et « l’expérience de la catastrophe ».
La ministre de l’Ecologie Delphine Batho ne voulant pas être en reste, a observé que la France « a durablement besoin du nucléaire », le jour même où l’on apprenait que les Etats-Unis recalent le réacteur du futur, l’EPR. Celui-ci est aussi populaire à l’exportation que l’avion Rafale, il semble qu’il n’y ait qu’en France qu’on en ait besoin.
La même ministre, réinterprétant l’approche écologique du « besoin », a aussi affirmé que le projet d’aéroport Notre Dame des Landes est « une infrastructure dont nous avons besoin ». On murmure qu’elle dispose d’un plan secret permettant de faire pousser le blé sur le ciment et d’éviter que les avions émettent des gaz à effet de serre.
L’été a été marqué aux quatre coins de la planète par diverses sécheresses, tempêtes, retards de mousson, inondations, et l’on a vu les scientifiques se départir de leur légendaire prudence pour dire que, oui, cela pouvait être associé au changement climatique. Mais une large majorité des Etats-uniens ne les croit pas, et avant l’été, M. Obama s’était félicité qu’il y avait eu plus de forages pétroliers sous sa présidence que jamais.
Ah, il paraît aussi qu’existe un parti écologiste, il s’appellerait EELV, aurait des ministres et des parlementaires. Mais les problèmes écologiques sont si bien pris en charge qu’il ne dit plus mot. On murmure qu’il prépare sa dissolution.
Les éoliennes autorisées à s’installer dans les zones protégées
Le Conseil d’Etat autorise les éoliennes à déroger aux documents d’urbanisme
territorial.fr
En vertu d’une décision du Conseil d’Etat [du 13 juillet 2012], les éoliennes - considérées comme des équipements d’intérêt public en raison de leur contribution à la satisfaction d’un besoin collectif - peuvent être implantées dans les zones agricoles ou protégées.
En effet, le Conseil d’Etat a reconnu la légalité du permis de construire de ces ouvrages au regard des dispositions réglementaires des plans d’occupation des sols. Il considère que les éoliennes dérogent aux dispositions réglementaires des documents d’urbanisme, qui interdisent généralement les constructions dans ces zones, du fait qu’elles présentent un intérêt public tiré de leur « contribution à la satisfaction d’un besoin collectif par la production d’électricité vendue au public ».
Par conséquent, les éoliennes sont des équipements d’intérêt public, ce qui implique que leurs permis de construire dérogent à l’interdiction de construire dans les zones agricoles ou protégées désignées dans les plans d’occupation des sols.
Thierry Vallat
Une importante décision du Conseil d"Etat vient de confirmer in fine en date du 13 juillet 2012 (345970) la validité des permis de construire accordés à la société EDF Energies nouvelles en décembre 2005 et avril 2006 pour respectivement 5 éoliennes de 2 MW et un transformateur au lieudit Fontfroide et 5 éoliennes de 2 MW et un transformateur au lieudit Roc de l’Ayre, à Fraïsse-sur-Agout dans la communauté de communes Montagne du Haut-Languedoc.
La Haute Juridiction n’a pas suivi l’argumentation de l’Association Engoulvent qui avait formé un recours contre l’arrêt du 25 novembre 2010 par lequel la cour administrative d’appel de Marseille avait infirmé la surprenante décision d’annulation des arrètés correspondants par les premiers juges du fond.
(...)
Il s’agit là, sans conteste, d’une manifestation motivée du Conseil d’Etat qui se montre très favorable au développement de l’éolien en écartant sans coup férir les habituels griefs soulevés par les opposants, puisque deux autres arrêts également du 13 juillet 2012 confirment l’importance de l’intérêt public tiré de la contribution des projets éoliens à la satisfaction d’un besoin collectif par la production d’électricité vendue au public.
Les jeunes se fichent du changement climatique (... aux Etats-Unis)
La génération X – qui comprend les personnes nées entre 1960 et 1980 – ne se réduit pas au cliché du flemmard que l’on voit dans les films cultes américains des années 1990, mais il y a un sujet dont elle a quand même du mal à se soucier : le changement climatique.
La pop culture s’est longtemps moquée de cette génération, alors qu’en fin de compte elle a fini par constituer un groupe de gens éduqués, connectés et experts en sciences. Pourtant, selon un rapport de l’université du Michigan publié en juillet, les vagues de chaleur historiques, les périodes de sécheresse épiques et les tornades meurtrières n’ont pas l’air d’inquiéter plus que ça ces adultes, âgés de 32 à 52 ans. Ceux-ci s’intéressent finalement à peine plus que les baby-boomers au changement climatique. “Ils sont très occupés et ne passent pas leurs soirées à étudier leur budget carbone”, explique Jon D. Miller, auteur de l’étude et chercheur en sciences politiques à l’université du Michigan.
Cette génération, parce qu’elle est surtout préoccupée par le contexte économique difficile, n’a pas vraiment le temps de se pencher sur le changement climatique, et encore moins de s’en inquiéter. En 2009, 22 % des adultes de ce groupe s’y intéressaient de près. En 2011, ils n’étaient plus que 16 %.
L’enquête de Jon D. Miller est la quatrième d’une série consacrée à la génération X aux Etats-Unis depuis 1986. Financée par la National Science Foundation [agence gouvernementale des Etats-Unis soutenant la recherche scientifique], elle analyse les réponses d’environ 4 000 adultes à des questions sur le changement climatique. Ils ont été interrogés chaque année entre 2009 et 2011.
Si le climat de notre planète ne semble pas vraiment les tracasser, 66 % des adultes de la génération X sont néanmoins convaincus qu’il est en train de changer, et 10 % seulement refusent de se fier aux études scientifiques qui montrent que la Terre se réchauffe. Jon D. Miller a d’ailleurs été surpris de voir que ceux qui ont des enfants se soucient moins du changement climatique que ceux qui n’en ont pas. Ce sont pourtant ces enfants qui seront confrontés au climat de l’avenir. “Faute de temps, ils ne peuvent pas réellement penser aux grands sujets de politique publique, quels qu’ils soient, explique le chercheur. Quand ils en ont la possibilité, ils s’intéressent en priorité aux questions locales, comme les écoles, ou nationales, comme l’économie.”
Tant que la génération X aura peur de perdre son travail, son plan d’épargne-retraite et son prêt immobilier, la situation n’évoluera pas, ajoute Bill Patzert, un climatologue qui travaille à la Nasa. Et ce n’est pas un tweet ici et là qui changera les choses. Et de conclure : “La crise climatique ne sera pas résolue en 140 caractères.”
L’industrie nucléaire japonaise fait commerce de la catastrophe
Mitsubishi, Toshiba et Hitachi sont plus actives que jamais pour vendre des réacteurs nucléaires à l’étranger. En usant d’un nouvel argument commercial : leur compétence unique pour gérer une catastrophe nucléaire !
Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif (et nucléaire), assurait ce dimanche « le nucléaire est une filière d’avenir ». Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, renchérissait le lendemain en disant que, « incontestablement », l’assertion de Montebourg était juste.
Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale (EELV), dénonçait lui « une profession de foi en décalage total avec la réalité » puisque, selon lui, « partout dans le monde, au contraire, le nucléaire est en déclin », déclin attesté par l’« abandon en Allemagne, en Belgique, en Italie, abandon de fait au Japon, remise en question des programmes de construction en Chine, aux Etats-Unis ».
L’évolution de la situation du nucléaire au Japon, après le désastre de Fukushima, donne toutefois tort au troisième.
Une diplomatie très radioactive
Le 8 juillet, anticipant la logorrhée nationale-nucléariste de Montebourg et Valls, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui est à l’origine de la création de la société Areva – fournisseur du combustible MOX utilisé dans le réacteur numéro trois de Fukushima Daiichi –, et administrateur avec Anne Lauvergeon – ancienne présidente de la même entreprise – de l’Institut François Mitterrand, rencontrait à Tokyo son homologue, Koichiro Gemba, et annonçait le projet des deux pays « d’adopter un partenariat sur cinq ans » qui pourrait être signé l’an prochain, avec, parmi les principaux domaines de coopération cités par le ministre français, « l’environnement et l’énergie, dont le nucléaire ».
Fabius et Gemba s’étaient déjà rencontrés le 20 mai 2012, en marge du sommet de l’Otan à Chicago, où ils avaient devisé sur le « haut degré de technologie » dont disposent le Japon et la France, rendant ces deux pays « susceptibles de mettre en place une coopération énergétique dans le domaine du nucléaire ».
Les négociations entre Mitsubishi et Areva, initiées par Anne Lauvergeon depuis 2009, consistant pour Mitsubishi à acquérir 3% du capital d’Areva, étant « gelées » depuis août 2011, gageons que sur cette planète-ci, aussi, un réchauffement climatique est désormais en cours.
Côté japonais, Yukio Edano, ministre de l’Industrie, déclarait le 16 août à Hanoï, après la signature d’un accord cadre entre le Japon et le Vietnam :
« A partir des leçons tirées de l’accident nucléaire de Fukushima, nous voulons aider le Vietnam à construire des centrales nucléaires ayant le plus haut niveau de sécurité. »
De fait, « le Japon doit répondre aux attentes des autres pays, particulièrement parce qu’il a récemment expérimenté une crise nucléaire ». L’espoir des autorités est d’accroître la part japonaise du marché du nucléaire dans ce pays : dix réacteurs y sont prévus d’ici 2030, l’AIEA estimant, au niveau mondial, un déploiement, d’ici 2030, des réacteurs de 1 GW de 130 à 170.
L’ancienne présidente de l’Agence de coopération internationale du Japon (Jica), Sadako Ogata, est la seule à avoir aussitôt posé la question clé : « Le gouvernement japonais doit-il envoyer ses centrales à l’étranger alors qu’ils ne parvient pas à les gérer chez lui ? »
Nucléaire contre infirmières
Selon le journal Yomiuri, le Japon doit « continuer ses efforts à la fois sur les aspects tangibles et intangibles, s’il souhaite remporter plus de commandes de construction de centrales nucléaires ». C’est pourquoi, dans le cadre d’« accords bilatéraux de libre-échange » avec les Philippines et l’Indonésie, et désormais avec le Vietnam, des ressortissants sont accueillis au Japon pour intégrer notamment les secteurs des services infirmiers et du soin aux personnes âgées, afin de faire face à la pénurie de personnel, certaines contreparties de cet accueil relevant du nucléaire.
Aux Philippines, les constructeurs japonais peuvent faire avancer leurs projets de réhabilitation de l’ancienne centrale nucléaire de Bataan, construite durant les années 1970 par Westinghouse, dans une zone fortement sismique qui jouxte le Mont Pinatubo.
Le 3 mars 2011, le Japon a également signé un accord avec l’Indonésie afin de mener des études de faisabilité pour la construction de deux réacteurs sur les îles de Bangka Belitung, sur la côte est de Sumatra. Bangka Belitung fait partie des zones à risque « modéré » de tremblement de terre – soit le même niveau que celui attribué à la région de Fukushima.
Au Vietnam, colonie japonaise de 1940 à 1945, avec lequel un accord a été signé en avril dernier, un des objectifs est la construction de la première tranche du site de Ninh Thuan, situé au bord de la mer de Chine, dans une région côtière particulièrement exposée aux inondations, aux typhons et à des raz-de-marée ayant déjà atteint des hauteurs de 18 m.
Se voulant toutefois rassurant, le 9 avril 2011, le ministre japonais des Affaires étrangère, Takeaki Matsumoto, avait présidé à Jakarta une rencontre entre les pays de l’Asean et le Japon au cours de laquelle il avait rappelé combien le consortium Japan International Nuclear Energy Development (Jined), qui comprend neuf électriciens, trois constructeurs de centrales nucléaires et l’Etat, continuait à s’engager à fournir à ses partenaires des centrales de la plus grande sûreté possible.
Il est vrai que Tepco détient 20% des parts dans la Jined, ce qui en fait l’actionnaire le plus important, le président du consortium, Ichiro Takekuro, étant vice-président directeur de Tepco, où il travaille depuis 1969.
L’expérience du désastre comme argument commercial
Outre les négociations en cours avec l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique, depuis l’an dernier, plusieurs engagements fermes du Japon en matière de construction de centrales nucléaires à l’étranger ont été pris :
- en Lituanie, où Hitachi a reçu en juin un accord pour construire une centrale, en coopération avec l’américain General Electric ;
- en Turquie, où Toshiba est en passe d’obtenir une commande pour la construction d’une centrale, en forte concurrence avec des firmes coréennes ;
- Toshiba a déjà livré quatre réacteurs en Chine via sa filiale américaine Westinghouse, détenue à 67% ;
- aux Etats-Unis, où une filiale de Toshiba a reçu un accord en février pour livrer une centrale, le premier feu vert pour la construction d’une centrale nucléaire dans ce pays depuis 34 ans. La commission américaine de régulation du nucléaire avait donné son accord en novembre 2011 pour la construction et l’exploitation des réacteurs conçus par Westinghouse, filiale de Toshiba ;
- en Jordanie, où Mitsubishi Heavy Industries attend une commande pour la construction d’une centrale ; la firme a été retenue avec Areva, dans le cadre du consortium Atmea, pour construire la première centrale nucléaire d’une puissance de 1.100 megawatt équipée de la nouvelle génération de réacteur Atmea, « une technologie avec le niveau de sûreté le plus élevé en tant que réacteur de troisième génération », selon Philippe Namy, Président d’Atmea ;
- au Vietnam, où plusieurs firmes ont reçu un accord de principe pour la construction de plusieurs centrales. Le Vietnam, actuellement 88 millions de personnes, veut disposer de quatre réacteurs opérationnels avant 2021, le Japon et la Russie s’étant partagé ce premier marché.
Selon le quotidien Asahi, « le gouvernement japonais a transformé la gestion du désastre de Fukushima en argumentaire commercial » : l’accord nippo-vietnamien rappelle explicitement que « c’est un devoir du Japon de partager mondialement les expériences et les leçons de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima ».
Malgré les critiques relatives au plan d’indemnisation mis en place à Fukushima (dossiers trop lourds et compliqués, retards dans les paiements et les procédures, insuffisance des montants), malgré les aveux de faiblesse de la loi de 1961 sur l’indemnisation des dommages liés au nucléaire faits par le ministre Edano lui-même, en juillet, le Japon s’est engagé auprès du Vietnam à lui établir un plan d’indemnisation des dommages en cas d’accident nucléaire.
L’expertise japonaise
Outre la construction des centrales, il s’agit donc de fournir des informations et un savoir-faire sur la manière de définir le type de dommages nucléaires pouvant faire l’objet d’une indemnisation dans le cadre du système envisagé, de définir les montants maximaux de paiement et de former le personnel en charge des problèmes liés à l’indemnisation. Par ailleurs, des assureurs privés comme la Tokyo Marine Holding Inc. seront sollicités afin de créer des produits d’assurance spécifiques pour les situations de catastrophe nucléaire.
Selon le journal Yomiuri, soutien historique inconditionnel de l’industrie nucléaire, il s’agit d’« un véritable test, permettant de savoir si le Japon est capable de tirer parti de la crise nucléaire et de sa technologie avancée. » Sans même parler de démantèlement, la manne nucléaire est infinie et la filière est bien, comme l’affirment les nucléaro-socialistes français, d’avenir.
Que l’Etat ait su, ou non, « gérer les dégâts » n’a pas d’importance. L’expertise lui vient du seul fait d’avoir eu l’inestimable opportunité d’expérimenter la catastrophe. Il peut, de ce fait, commercialiser auprès des autres pays un « package » nucléaire aux vertus convaincantes : construction de centrales accompagnée d’un service après-vente incluant la « gestion des dégâts » et « l’expérience de la catastrophe ».
Ainsi est-il attendu aujourd’hui du « peuple-japonais-une-fois-de-plus-martyrisé » qu’il partage les fruits et tire les leçons d’une « expérience » – car c’est désormais le désastre qui fait l’homme et non plus l’inverse –, qu’il en fasse un terreau pour l’avenir et qu’il y voit les meilleures raisons de continuer à faire du Japon, en utilisant les mêmes clés que toujours, la grande puissance économique qu’il avait su devenir après la guerre. Un bel « avenir » en effet.
La police du gouvernement « socialiste » évacue le Centre social autogéré de Toulouse
Mardi 28 août, 6h00 [à Toulouse] : plus de 200 agent-e-s des forces de l’ordre puisé-es dans les différents corps de sécurité de l’Etat (Police, Gendarmerie, CRS, CRS de Montagne, GIPN…) forcent l’entrée du centre social autogéré.
Quatre habitants se réfugient sur les toits pour faire face à l’expulsion. Seul l’un d’entre eux est attaché, mais au bout d’une poutre à 22 mètres du sol. Trois heures plus tard, après avoir été violentés (l’un tazé 5 fois), ils se font descendre, tête la première, arrêtés puis emmenés en garde à vue pour : outrage, rebellion et violence sur Agent de la Force Publique.
Un an et demi après son ouverture, le bâtiment est saccagé, puis muré jusqu’à nouvel ordre.
Les soutiens rassemblés à l’extérieur tentent de ralentir la fermeture, mais se font disperser à grand coup de matraques (plusieur-e-s blessé-e-s légers). Trois des camarades postés sur le toit sont maintenus en garde à Vue jusqu’en début de soirée, et finalement relâchés avec risque de poursuites judiciaires.
La préfecture, sortant de son mutisme habituel, déclare dans un élan mensonger sa volonté de prendre en compte les situations personnelles et d’établir un dialogue avec les habitant-e-s du Centre Social Autogéré. Tout au long de la journée, des actions sont menées en protestation et en soutien, dans le centre-ville de Toulouse.
Le soir même, une assemblée d’urgence réunit plus de 200 personnes pour organiser la suite du mouvement. Une manifestation de nuit s’organise qui dénonce toutes les politiques d’expulsions (locatives, campements stigmatisés Roms, déplacement des quartiers populaires mais aussi d’étranger-e-s...).
Au cours de la marche, le cortège prend de l’ampleur. Les forces de l’ordre réagissent et tentent de mettre fin à la manifestation en harcelant les participant-e-s, ils cherchent à interpeller certaines personnes. Malgré la crainte de la violence policière, le cortège continue et ne se dispersera que plus tard. Profitant de ce moment, les forces de l’ordre frappent, fouillent et contrôlent à tour de bras sans arriver à mettre la main sur les personnes recherchées.
Le lendemain, toujours en réaction à cette expulsion mais aussi aux déclarations mensongères de la Préfecture, le mouvement (pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion) et ses soutiens décident d’occuper l’antenne locale du Ministère des Affaires Sociales et de la Santé, propriétaire du bâtiment expulsé : la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale.
Cette occupation a pour but de faire remonter les revendications suivantes aux responsables de la situation : la réouverture immédiate du CSA, la reconnaissance de l’utilité des centre sociaux et du caractère mensonger du communiqué de la Préfecture ainsi que l’arrêt de toute forme d’expulsion. Le bâtiment est donc occupé par une soixantaine de personnes. La directrice adjointe prétend accepter une rencontre tout en appelant le cabinet du préfet.
Alors que la délégation est reçue, les forces de l’ordre se déploient et délogent le reste du rassemblement qui se retrouve à l’extérieur. Le préfet donne l’ordre d’interrompre la réunion tandis que des policiers « raccompagnent » la délégation. Bilan : deux personnes blessées (7 points de suture au visage et une côte fêlée, sans compter les nombreuses ecchymoses), cinq interpellations et aucune solution proposée.
Quatre des personnes interpellées sont relâchées dans la soirée, dont une avec une date de procès en poche, la cinquième sortira après 22h de garde à vue.
Sans aucun doute, l’Etat ne lésine pas sur les moyens employés pour remettre les gens à la rue, les réprimer, lorsqu’ils ou elles contestent sa légitimité, et tente d’enfermer celleux qui pensent qu’il est une partie du problème et non pas la solution. Confonté-e-s à la férocité policière, que certain-e-s vivent quotidiennement, nous ne nous faisons toujours aucune illusion sur les changements promis : coups de matraque, arrestations, inculpations imaginaires, misères et injustices sociales.
Face à ces réalités, nous continuons de penser que quels que soient les partis au pouvoir, les intérêts défendus sont ceux des riches et des dominants. Nous les combattons en tant que tels. Seule-s l’organisation collective, l’autogestion, l’entraide et le vivre ensemble nous permettent de trouver les moyens de nous émanciper de la servitude du travail, des rapports marchands et de toutes les formes d’emprisonnement (prisons, sexisme, racisme, domination de classe...).
Nous exigeons dès à présent :
- La réouverture du centre social autogéré
- L’arrêt de toutes les expulsions (expulsions de squats, locatives, des étrangers...)
- L’arrêt immédiat des poursuites engagées contre des habitants du CSA et des membres de la Campagne « Zéro personne à la rue »
- La reconnaissance de l’utilité des centres sociaux autogérés
- Le démenti officiel par la préfecture de la Haute-Garonne, les ministère des Affaires Sociales et du Logement des mensonges relayés à l’égard du CREA.
L’affaire Pigasse - ainsi fonctionne l’oligarchie
Matthieu Pigasse, haut fonctionnaire devenu vice-président de la Banque Lazard et co-propriétaire du Monde, a été choisi par le gouvernement « socialiste » pour mettre en place la Banque publique d’investissement.
Le choix par Bercy de la banque Lazard, dirigée en France par Matthieu Pigasse, comme banque d’affaires pour la constitution de la Banque publique d’investissement (BPI), a déclenché une véritable tempête dans les sommets du pouvoir socialiste. Non sans raison. Car si Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, a assuré ne pas être à l’origine de la décision et a contesté être en conflit d’intérêts dans ce dossier, des conflits d’intérêts, cette affaire en révèle de nombreux. Et surtout, elle vient illustrer les tristes habitudes de Bercy qui, au fil des ans, a été gravement contaminé par les mœurs du monde de la finance.
En clair, s’il n’y a pas « d’affaire Montebourg », il y a assurément une « affaire Pigasse ». Le dossier soulève une question majeure : comment les socialistes espèrent-ils créer une banque nouvelle, ne retombant pas dans les errements et les dérives des banques privées qui sont au cœur de la crise économique historique que nous traversons depuis 2007, en faisant appel, pour lancer ce projet, à l’un des établissements français les plus emblématiques du monde fou et dérégulé de la finance en même temps que du capitalisme de connivence à la française ?
En bref, la polémique a démarré subitement. Et aucun démenti n’a semblé de nature à y mettre un terme. Ce qui, en vérité, n’a rien de vraiment surprenant. Car même si Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici disent vrai et si, pour résumer, l’embauche d’Audrey Pulvar à la tête de la rédaction des Inrocks par Matthieu Pigasse n’a strictement rien à voir avec l’obtention par le même Matthieu Pigasse du mandat de l’État pour la création de la BPI, l’irruption du banquier d’affaires dans ce dossier pose des questions en cascade. Et révèle des conflits d’intérêts, même si ce ne sont pas ceux pointés par les médias au début de la controverse.
À la manière d’Alain Minc, dont il a longtemps été le protégé avant de se brouiller avec lui, Matthieu Pigasse vit en effet à la charnière de plusieurs mondes. Celui de la presse, puisqu’il est donc propriétaire des Inrocks mais aussi copropriétaire du Monde, aux côtés de ses deux richissimes amis, Pierre Bergé et Xavier Niel – de surcroît, il ne fait pas mystère que Libération l’intéresse et a eu des contacts préliminaires avec ses dirigeants (lire Le banquier d’affaires Pigasse convoite Libération. Celui des affaires puisque comme banquier, il est au cœur de très nombreux deals qui agitent le capitalisme parisien. Et enfin, celui de la politique puisque toujours pour Lazard, il intervient fréquemment comme banquier d’affaires pour le compte de l’État ou de structures publiques ou parapubliques.
Or, ce mélange des genres est, par nature, hautement malsain. Il abîme la presse et entache son indépendance, tout comme il fait peser sur la vie des affaires une légitime suspicion. D’où une légitime revendication démocratique qui revient fréquemment dans le débat public : quiconque dépend peu ou prou des commandes publiques ou est en relation d’affaires avec l’État ne saurait dans le même temps contrôler des journaux ou des médias audiovisuels.
À bon droit, la gauche a souvent fait ce grief à la droite de tolérer des situation choquantes de conflits d’intérêts de ce type, en pointant les situations de Martin Bouygues ou de Serge Dassault, influents patrons de presse et néanmoins à la tête d’empires sollicitant des commandes publiques. Il est donc logique que les socialistes, dans un effet boomerang, soient aujourd’hui interpellés sur les bonnes affaires du banquier d’affaires Matthieu Pigasse, et sur sa proximité avec certains cénacles socialistes. Question de bon sens mais aussi question de principe : est-il un seul instant concevable qu’un patron de presse soit en relation d’affaires avec l’État ? C’est démocratiquement inconcevable.
Le parcours révélateur du banquier d’affaires
Or, à l’évidence, le ministère des finances ne semble pas s’en soucier. Et il faut bien le dire : le mauvais exemple vient encore de plus haut. François Hollande n’a en effet rien trouvé de plus normal, juste après son élection, que d’enrôler à l’Élysée comme conseiller pour la culture et la communication David Kessler, qui était jusque-là le bras droit de… Matthieu Pigasse, en charge de son pôle médias (lire « La gauche, les médias et les conflits d’intérêts »). En quelque sorte, le chef de l’État a accepté que s’installe une dangereuse porosité entre le pouvoir et la vie des affaires et a fait mine de croire que du jour au lendemain, le fondé de pouvoir de gros intérêts privés dans le monde de la presse pouvait, sans le moindre conflit d’intérêts, devenir son conseiller dans le même secteur, pour défendre l’intérêt général.
Mais l’affaire Pigasse soulève une autre question, tout aussi grave, esquissée par Arnaud Montebourg : est-il un seul instant concevable que cette banque nouvelle que doit être la Banque publique d’investissement soit conçue, au moins partiellement, par une banque issue du monde fou de la finance, celui-là même qui a conduit la planète dans l’ornière ? Si les socialistes ont défendu l’idée judicieuse de créer cette banque publique, c’est parce qu’ils en sont venus à la conviction que les grandes banques privées avaient non seulement failli à leur mission originelle, celle du financement de l’économie, mais qu’elles avaient, de surcroît, une grande part de responsabilité dans la crise financière.
Alors, comment croire que l’on va faire du neuf avec du vieux ? Comment croire que la BPI va innover dans l’univers de la banque si le conseil de l’État est l’un des emblèmes de l’univers avec lequel il est précisément question de rompre ? Comme le suggère Arnaud Montebourg lui-même, cela n’a évidemment ni queue ni tête.
Cette schizophrénie de Bercy apparaît d’autant plus stupéfiante que Matthieu Pigasse a lui-même un parcours très particulier. Ancien directeur adjoint de cabinet de Dominique Strauss-Kahn puis de Laurent Fabius au ministère des finances, à l’époque du gouvernement Jospin, il a en 2002 cessé de travailler pour l’intérêt général et est parti faire fortune à la banque Lazard en se mettant au service de gigantesques intérêts privés.
Il a ainsi amassé des honoraires colossaux en conseillant des groupes financiers parisiens : il a par exemple conseillé les Caisses d’épargne quand elles ont violé leur pacte d’actionnaires avec la Caisse des dépôts et il les a aidées à créer la banque d’investissement Natixis, qui, avec la banque Dexia, est l’un des plus grands krachs bancaires français.
Et le ministère des finances voudrait aujourd’hui faire croire que tout cela est dans l’ordre normal des choses ? Qu’un haut fonctionnaire peut abandonner le service de l’État pour défendre des intérêts privés et tout aussitôt après être le conseil de l’État pour fonder une banque qui retrouve le sens de l’intérêt général ? Qu’un banquier d’affaires qui a été l’un des concepteurs de Natixis, la banque calamiteuse par excellence, peut aujourd’hui inventer une banque nouvelle, qui a pour ambition d’être l’exact contraire de la même banque Natixis ? Tout cela est évidemment absurde.
Et c’est se bercer d’illusion – ou tromper l’opinion – que de penser que la banque Lazard, qui de longue date est la banque opaque du capitalisme de connivence français, peut contribuer d’une manière ou d’une autre à régénérer l’univers de la banque. C’est la morale de cette ténébreuse histoire : elle révèle que l’oligarchie, par nature, cherche perpétuellement à survivre à toutes les alternances. Après Alain Minc, voici donc son clone, Matthieu Pigasse. Vieux et triste principe de la politique : il faut que tout change pour que rien ne change…
A Bornéo, il n’y a plus assez de forêt pour accueillir les gibbons libérés
Depuis l’âge de 18 ans, un Français vit en pleine jungle, parmi les singes gibbons, pour les sauver de l’anéantissement que leur promet la déforestation. Seul, il se dresse contre les multinationales et les responsables corrompus. Parfois au risque de sa vie.
« Le petit gamin un peu étrange qui s’intéresse aux singes au lieu de jouer aux jeux vidéos » : la presse locale du sud de la France ne s’était pas trompée sur Aurélien Brulé, cet ado qui, à 12 ans, passait ces mercredis devant la cage des gibbons du zoo de Fréjus (Var), ville où il est né le 2 juillet 1979.
A seulement 16 ans, le garçon publie une véritable petite encyclopédie sur cette espèce de primates très menacée, et reconnaissable à son visage auréolé d’un anneau blanc.
Dans les médias, l’ado évoque son rêve de « partir en Asie sauver les gibbons ». Un article tombe sous les yeux de la comédienne et humoriste française Muriel Robin. Et le téléphone sonne chez Aurélien : « J’ai éclaté de rire quand j’ai entendu : ’C’est Muriel Robin’, mais elle me dit : Tu pars sauver les singes ».
A 18 ans, Aurélien s’envole pour l’île de Bornéo. Pendant trois mois, il remonte la jungle pour arriver jusqu’aux terres tribales des Dayak. « Ils avaient vu leur premier Blanc en 1990 ». C’est dans ces forêts tropicales, royaume des gibbons, qu’il décide d’installer un refuge.
Mais il faut une autorisation : le jeune homme part pour Jakarta. Sans rien connaître des méandres de l’administration indonésienne kafkaïenne, il met « trois jours à trouver le bon bureau ».
Un officiel le reçoit finalement. A la question « Quelles études avez-vous faites ? », Aurélien est bien obligé de répondre « aucune ». « Le responsable jette mon dossier par terre en me disant : retourne d’abord à l’école ».
Mais l’adolescent têtu n’en démord pas : pendant neuf mois, il ira tous les jours de la semaine revoir les autorités. Enfin, en septembre 1999, il arrache un accord et repart dans la jungle.
En pleine forêt, il coupe deux arbres et bâtit une cabane à laquelle il accroche un écriteau où s’inscrit fièrement « Kalaweit » (gibbon en langue dayak), le nom de sa toute nouvelle association.
Depuis, « Kalaweit » est devenu « le plus important programme de réhabilitation de gibbons au monde », avec 252 spécimens, une cinquantaine d’employés, une radio et un budget annuel de 400.000 euros, dépendant de dons privés.
Et pourtant, « ce n’est pas une réussite mais un échec », laisse tomber celui qui se fait aujourd’hui appeler Chanee (gibbon en thaïlandais). Car le rêve du gamin, celui de « réhabiliter » les gibbons libérés de cages, était « un fantasme ». Pointant du doigt un couple dont la mère serre un bébé sur son ventre, il lâche : « Eux, ils sont prêts à être relâchés mais aucune forêt ne peut les accueillir ».
Une famille de gibbons a besoin de 15 hectares de jungle. Très territorial, l’animal tue tout membre de son espèce qui vit trop proche. Or la jungle est déjà surpeuplée en raison de la déforestation dont est victime Bornéo. « L’équivalent de six terrains de football disparaît chaque minute en Indonésie, pour faire place aux palmiers à huile », enrage Chanee.
C’est donc à la déforestation que Chanee a élargi sa croisade. En 2003, Kalaweit a acheté 100 hectares de jungle pour en faire une réserve. Et en août, l’organisation recevra un paramoteur (parapente à moteur) qui lui permettra de photographier les coupes illégales dont continuent à être victimes les forêts « protégées ». « On pourra dire où aller sévir et dénoncer la corruption ».
Mais se dresser contre les géants de l’huile de palme, dans un combat à la David contre Goliath, n’est pas sans risques.
Chanee ne manque certes pas de courage. Pour s’en persuader, il suffit de l’avoir vu sauter sur un ours échappé du refuge de Kalaweit, qui n’accueille pas seulement des gibbons mais tout animal en détresse. La bête a enfoncé ses crocs dans la main de Chanee, mais il n’a pas lâché. « Ca fera le pendant avec ma cicatrice de morsure de gibbon, à l’autre main », a-t-il simplement plaisanté.
Mais il y a plus méchant que les ours. En 2009, Chanee et sa femme Prada ont été attaqués par des bûcherons. « Va-t-en Boulé » (« Blanc » en indonésien), lui disaient-ils en le rouant de coups.
Depuis, un gardien a été embauché pour surveiller la maison où vivent Prada et ses deux garçons Enzo (deux ans) et Andrew (huit ans).
Parfois appelé le « Dian Fossey français », en référence à cette Américaine qui a voué sa vie aux gorilles africains avant d’être assassinée, Chanee reconnaît que le risque est « réel ». « Mais c’est un risque a prendre. On n’a rien sans rien ».
Moins !
Journal romand d’écologie politique, n°1
Le premier numéro de Moins ! est arrivé.
Ce journal bimestriel, créé sous l’impulsion de militant·e·s du Réseau Objection de Croissance, vient animer les débats politiques romands et nationaux.
Confronté ∙e∙s à la banalisation des questions écologiques et à une cruelle absence de voix critiques vis-à-vis du productivisme et du progrès, Moins ! aspire à promouvoir et diffuser les idées de la décroissance. Ce mot-obus, qui s’attaque à la religion de la croissance économique, ne trouve guère de visibilité dans les médias dominants. Quand il y figure, il l’est souvent à mauvais escient (en synonyme de récession) ou de façon caricaturale (cavernes, bougies et calèches !). Il s’agit pourtant d’un courant de pensée qui connait un succès grandissant, en Europe aussi bien qu’en Amérique Latine, au moment même où convergent des crises diverses et profondes – écologique, sociale, économique et morale.
Pour pallier à ce manque, Moins ! se propose d’être un cri de contestation et de résistance, mais aussi un espace ouvert à des voix dissidentes, à des sujets et des questions tabous, afin de révéler l’existence de pistes alternatives et devenir un lieu de réflexion (et d’action !) pour construire une façon de vivre ensemble plus égalitaire et solidaire.
Alliant articles d’actualité, témoignages locaux et textes de fond, chaque numéro peut compter sur la collaboration d’une équipe de rédacteur∙trice∙s et de dessinateur∙trice∙s, entièrement bénévoles et réuni∙e∙s par un vif esprit « iconoclaste ».
Sans publicité, libre de toute attache politicienne, notre journal de 32 pages de qualité sera vendu selon le principe du prix libre, tant au numéro qu’à l’abonnement. Il sera également disponible en kiosque, au prix de 5 francs.
Le changement climatique va lourdement peser sur les ressources alimentaires
Selon une étude d’Oxfam, l’impact du changement climatique sur le système alimentaire mondiale va être très important. Un doublement des prix agricoles pourrait se produire, avec des conséquences dramatiques sur de nombreuses populations
Selon un nouveau rapport publié par Oxfam, l’impact du changement climatique sur les prix alimentaires est actuellement sous-estimé.
Ce rapport intitulé La Terre se réchauffe, les prix flambent montre comment des phénomènes météorologiques extrêmes - comme des sécheresses ou des inondations - pourront entraîner des flambées des prix alimentaires. Jusqu’ici, les recherches prenaient en général uniquement en considération les effets progressifs du changement climatique, comme l’augmentation des températures et la modification des régimes de précipitations
L’étude d’Oxfam va plus loin et s’intéresse au comportement des prix alimentaires en prenant en compte les scénarios qui prédisent une multiplication des événements météorologiques extrêmes à l’horizon 2030.
Le rapport prévient que d’ici 2030, le monde pourrait devenir encore plus vulnérable aux sécheresses du type de celle qui sévit actuellement aux États-Unis, si le risque de fortes sécheresses en Amérique du Nord s’accroît sous l’effet du changement climatique en même temps que la dépendance à l’égard des exportations américaines de blé et de maïs s’accentue.
Voici ce qu’il en ressort :
- Dans le cadre d’un scénario prudent, celui d’une nouvelle sécheresse survenant aux États-Unis en 2030, le prix du maïs pourrait augmenter de 140 % par rapport au prix moyen des denrées alimentaires de 2030.
- Sécheresses et inondations en Afrique australe pourraient augmenter de 120 % le prix à la consommation du maïs et d’autres céréales secondaires. Aujourd’hui, sous l’effet d’une flambée d’une telle ampleur, le coût du sac de 25 kg de farine de maïs - ration minimale pour nourrir une famille pendant deux semaines - bondirait pour passer d’environ 18 à 40 dollars.
- Une sécheresse généralisée en Inde et d’importantes inondations dans toute l’Asie du Sud-Est pourraient entraîner une hausse de 22 % du cours du riz sur le marché mondial, ce qui générerait des envolées des prix nationaux pouvant atteindre 43 %. Cette flambée des prix s’ajouterait à l’augmentation progressive enregistrée à plus long terme dans des pays importateurs de riz tels que le Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique.
Selon Tim Gore, en charge du changement climatique à Oxfam, « l’augmentation des températures et la modification des régimes de précipitations freinent la production agricole et poussent constamment les prix à la hausse. Mais des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que la sécheresse qui s’est abattue sur les États-Unis, peuvent anéantir des récoltes entières et déclencher des envolées vertigineuses des prix alimentaires. »
« Nous ressentirons tous les effets d’une flambée des prix, mais les populations les plus démunies - qui doivent parfois consacrer jusqu’à 75 % de leurs revenus à l’alimentation - seront, quant à elles, touchées de plein fouet. »
« L’incidence majeure que pourraient avoir à l’avenir les phénomènes météorologiques extrêmes sur les prix alimentaires à est aujourd’hui à peine évoquée dans les débats sur le changement climatique, déplore Tim Gore. Le monde doit prendre conscience des conséquences graves qu’aura le changement climatique sur le système alimentaire mondial. »
« Alors que l’augmentation des émissions de CO2 se poursuit à un rythme effréné, les conditions météorologiques exceptionnelles rencontrées aux États-Unis et ailleurs dans le monde nous donnent un aperçu des conséquences du réchauffement climatique sur le système alimentaire mondial. La Terre semble bien sur la voie d’un réchauffement moyen de 2,5 à 5°C au cours du XXIe siècle. Il est temps de se soucier des conséquences en termes de faim et de malnutrition pour des millions de personnes dans le monde », rappelle Tim Gore.
« Après la débâcle financière, nos gouvernements ont soumis les banques à des « tests de résistance ». Nous devons de la même manière tester la résistance du système alimentaire mondial au changement climatique. Les États doivent aussi agir sans plus tarder pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et mettre fin à des années de sous-investissement dans la petite agriculture des pays pauvres. Ils doivent en outre apporter les financements nécessaires pour aider les agriculteurs vivant dans la pauvreté à s’adapter au changement climatique. »
Le rapport paraît alors que les négociations sur la lutte contre le changement climatique se terminent aujourd’hui à Bangkok, sans grands signes de progrès. La FAO devrait publier mercredi 5 septembre plus d’informations sur les répercussions sur les prix alimentaires mondiaux de la pire sécheresse qu’aient connue les États-Unis depuis 60 ans.
Note :
Cette étude a été réalisée pour le compte d’Oxfam par Dirk Willenbockel, de l’Institute of Development Studies. Les résultats complets seront publiés (en anglais) et téléchargeables sur le site Web d’Oxfam : Extreme Weather Events and Crop Price Spikes in a Changing Climate : Illustrative Global Simulation Scenarios.
L’étude évalue l’incidence que quatre phénomènes météorologiques extrêmes hypothétiques pourraient avoir en 2030 sur les prix alimentaires et qui s’ajouterait aux hausses de prix anticipées sur le long terme.
EDF et Areva se disputent Atmea, les Chinois rigolent
On ne peut pas dire que la nouvelle réjouisse EDF, qui n’a jamais caché son manque d’intérêt pour ce réacteur. Il y a une raison. « Nous avons commis un péché majeur, raconte un dirigeant d’Areva. Lorsque nous avons lancé le projet Atmea, nous n’y avons pas associé EDF. Mais il faut se rappeler les rapports exécrables qu’entretenaient, à l’époque, les dirigeants des deux groupes, Anne Lauvergeon et Henri Proglio. Le dialogue était impossible. Affront suprême, nous avons proposé à Gérard Mestrallet, patron de GDF Suez et ennemi juré de Proglio, d’en construire un, ensemble, dans la vallée du Rhône... »
Le marché jordanien en ligne de mire
Qui, du russe Rosatom ou du français Areva, remportera l’appel d’offres jordanien ? Le verdict tombera dans les prochains mois. Et l’heureux vainqueur gagnera sans doute le droit d’exploiter les 20 000 tonnes d’uranium des sous-sols jordaniens. Mais il sera également, à un moment ou à un autre, confronté à cette question : est-il raisonnable de bâtir une centrale nucléaire dans une région aussi sensible ?
Certes, ce pays est un « îlot de stabilité », pour reprendre les mots d’un négociateur impliqué dans ce dossier. Mais qui peut garantir qu’une centrale, même de troisième génération, résisterait à une attaque de missile ?Autre interrogation, l’absence totale de « culture nucléaire » d’un gouvernement qui, alors qu’il est sur le point de choisir le fabricant, ne s’est toujours pas doté d’une autorité de sûreté. Dans le monde du nucléaire, le sujet laisse pantois.
Et ce d’autant plus que toutes les pistes énergétiques n’ont pas été explorées. D’abord, le gaz naturel liquéfié. Il suffirait de construire un terminal portuaire pour que les méthaniers du Qatar accostent à Aqaba. Ensuite, l’énergie solaire : le potentiel est immense dans cette zone désertique. Combinées, ces deux sources pourraient largement satisfaire la demande électrique locale, en hausse de 7 % par an.
Lorsqu’il a pris la tête d’Areva, Luc Oursel n’a pas signé l’accord avec GDF Suez. Mais cela n’a pas suffi à apaiser le courroux d’EDF, qui aimerait bien ranger l’Atmea au placard...
Ce n’est pas le cas de son partenaire chinois, qui voit plutôt d’un bon oeil ce ménage à trois. Car il a tout à y gagner. « Partenaire à part entière, CGNPC n’aura pas besoin de licence pour acquérir nos technologies », maugrée un dirigeant d’Areva, qui commence à se demander si l’industriel français sortira vraiment gagnant de cette histoire. « Nous voulons bien leur transférer nos savoir-faire, à condition que nous récupérions des contrats industriels lorsque le consortium vendra des réacteurs, confie-t-il. Mais combien de temps les Chinois joueront-ils le jeu ? Nous savons qu’ils sont en train de développer leur propre filière de sous-traitance. Bientôt, ils n’auront plus besoin de nous pour construire leurs réacteurs. »
Les Chinois tentés de développer leur version
La situation est donc loin d’être claire. L’accord entre EDF et Areva n’a, du reste, toujours pas été signé. A EDF, on fulmine. Car on pense que le temps ne joue pas en faveur des Français. « Si on continue à tergiverser, CGNPC va se lasser de nos petites querelles hexagonales et se passer de nous », s’inquiète un cadre dirigeant.
C’est déjà le cas, répond, en écho, notre dirigeant d’Areva. « EDF ne s’en vantera jamais, mais les Chinois sont en train de développer une autre version de l’ACE 1000, totalement »sinisée« . A votre avis, quelle version présentent-ils dans les salons internationaux : celle qu’ils construisent avec EDF ou celle qu’ils développent seuls ? La leur, bien évidemment ! Ils ont déjà fait le coup avec l’AP 1000, un réacteur qu’ils construisent avec Westinghouse et Toshiba. On a vu apparaître un »AP 1400« , qui en est directement inspiré et que les Chinois comptent vendre à l’export sans en partager les droits. » Comment dit-on « être le dindon de la farce » en chinois ?
Service d’alimentation générale culturelle
SERVICE D’ALIMENTATION GENERALE CULTURELLE EN ZONE RURALE
Le Service d’Alimentation Générale Culturelle est un nouveau service de proximité expérimenté actuellement en Nièvre et Morvan. Il consiste à servir avec le plus grand soin 32 hameaux, cours de fermes, bords de chemins, lisières de bois...pendant 4 mois de juin à septembre.
Le service est gratuit (même pour les riches !) et rassemble chaque semaine 500 à 700 personnes. Au-delà de l’animation, il s’agit d’une véritable réflexion sur les modes de diffusion de l’art et de la culture en milieu rural et sur les politiques culturelles. C’est aussi un événement symbolique destiné à soutenir les services de proximité et en particulier le commerce ambulant.
Chaque arrêt du camion est un prétexte pour boire un canon et discuter de la pluie, du beau temps mais de bien d’autres sujets qui nous concernent tous. A ce jour 12 surprises ont été servies :
- La Fanfarine (Jazz) - Les Souffleurs /commandos poétiques (poésie) - Marc Laimé (conférence sur l’eau) - Alfred Alerte( danse contemporaine) - Nicolas Dautricourt (violon classique) - Compagnie Déviation Théâtre - Polska (Arts plastiques) - Soffio (jazz) - Vincent Roca (humour) - Gabriel Alban Zapata (Philosophie) - Duo Flament Avice (jazz) - Jean-Christophe Grégoire et Catherine Manandaza (opéra)
D’autres surprises de taille sont prévues chaque semaine d’ici fin septembre, le jeudi et le vendredi . Pour y goûter il suffit d’aller sur le site Théâtre éprouvette
Pour ceux et celles qui sont loin ce lien vidéo peut vous donner une idée
Le nucléaire se barre en couille
« Non, on n’aime pas les salopards qui ont créé, sans le moindre débat, cette industrie de la terreur. Oui, on veut la fin du cauchemar. Vous allez découvrir dans ce numéro de Charlie quantité de choses que les gazettes arrosées de pub atomique ne vous ont jamais dites. »
C’est un peu con d’écrire comme Le Monde, mais le nucléaire est à un tournant. Même si les services de propagande d’EDF et d’Areva font tout pour le cacher, la folle aventure de l’atome se barre en sucette. En couille, pour être franc. La dernière blague — en cours — est belge. Le réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, en Flandre, a été arrêté après des contrôles aux ultrasons qui ont révélé l’existence de 10000 anomalies dans la cuve. Et, parmi elles, des milliers de fissures, dont les plus grandes atteignent 20 mm. On appelle cela une catastrophe industrielle.
Un qui s’en fout, c’est le fabricant de la cuve, le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij, disparu sous ce nom en 1996 après avoir vendu vingt cuves du même type dans toute l’Europe et sur le continent américain. Mais la France n’est pas la Belgique, non ? Ben, on se demande : au moment où Charlie boucle ce hors-série, on apprend que les réacteurs nucléaires français ont, eux aussi, leurs fissures. Mais, comme le serine la chanson officielle, rien à voir avec celles des si minables cuves belges.
Le merdier est partout. L’Allemagne a renoncé au nucléaire et prend trente ans d’avance sur nous en misant sur le soleil et le vent. Fukushima a démontré qu’aucune technologie, aussi « avancée » qu’elle semble, ne met à l’abri de la catastrophe majeure. Chez nous, Areva a perdu plus de deux milliards d’euros en 2011 et doit à n’importe quel prix fourguer son nouveau réacteur expérimental, l’EPR, à des pays solvables, aussi stables que la Chine, au bord du gouffre. Mais les deux prototypes d’EPR en construction, en Finlande et en Normandie, sont la risée générale, multipliant les (énormes) retards, explosant les coûts, accumulant les embrouilles et… les fissures.
En résumé, tout va bien. Mais les enjeux sont tels qu’il faut continuer à sourire sur les photos de groupe. C’est ce moment que choisit Charlie pour raconter à sa façon une histoire profondément française. Notre journal est né en même temps que le programme électronucléaire. Son premier numéro, après l’interdiction de Hara-Kiri Hebdo, date du 23 novembre 1970. Six mois plus tard, sous l’impulsion de Fournier, soutenu par Cabu, Cavanna, Reiser et tous les autres, Charlie lançait la première grande manif antinucléaire, à Bugey, dans l’Ain. Ceux qui ont connu cet été 1971 n’en sont pas revenus. Charlie non plus.
La contestation du nucléaire et de ses inimitables méthodes est dans nos gènes. Non, on n’aime pas les salopards qui ont créé, sans le moindre débat, cette industrie de la terreur. Oui, on veut la fin du cauchemar. Vous allez découvrir dans ce numéro de Charlie quantité de choses que les gazettes arrosées de pub atomique ne vous ont jamais dites. Des personnages sortis de la naphtaline, comme Guillaumat, Mendès, de Gaulle, Messmer, s’apprêtent à prendre la parole pour dire enfin ce qui s’est vraiment passé. La commission Peon, qui aura à peu près tout décidé en notre nom, fait un coming out on ne peut plus involontaire. EDF et le CEA, qui donna naissance à Areva, apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des machines de guerre.
Car voilà la vérité cachée de ce dossier infernal : une poignée de soi-disant responsables jouent notre avenir commun à la roulette russe.
Contrairement à ce qui a été affirmé pendant quarante ans par les joyeux atomistes associés, le risque d’accident grave est réel. Et, du même coup, cinglé. Qui a envie de fuir un nuage radioactif ? Qui a envie de vivre dans une France privée à jamais du Cotentin ou de la vallée du Rhône ? Qui se souvient que la centrale de Nogent-sur-Seine n’est qu’à 80 kilomètres de Paris ?
Contrairement à ce que les bons esprits racontent dans les salons, il n’y a pas de compromis possible avec le nucléaire. Demander moins de nucléaire, c’est réclamer de moins mourir. Les socialistes au pouvoir ont massivement choisi : le gouvernement en place, bien loin des fausses frayeurs du candidat Sarkozy, est empli de militants du nucléaire, à commencer par la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, et celui des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve. Au fait, qui a déclaré : « Je crois au contraire que le nucléaire […] justifie pleinement l’organisation d’un vaste débat dans notre pays ; enfin informés, les Français pourront se prononcer par référendum ? » Qui ? François Mitterrand en 1981. Il n’est jamais trop tard pour tenir une promesse. Charlie, après bien d’autres, réclame un véritable référendum sur l’avenir du nucléaire. Il permettra d’enfin tourner la page. Chiche ?
La nature n’a pas de prix
L’économie verte est à l’honneur. Le sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin 2012 en a fait le nouveau récit pour une sortie de la crise globale. L’économie verte ne se résume pas au green-washing ou à la croissance verte. Elle se fonde sur l’octroi de nouveaux droits de propriété privée sur les biens naturels, sur le libreéchange et sur la négation des droits des populations.
Une marche de plus est en passe d’être franchie. Les grandes fonctions écologiques de la planète – stockage du carbone, purification de l’eau, pollinisation – pourraient être transformées en « services écosystémiques » échangeables et valorisables ou en nouvelles marchandises globales et lucratives.
Au lieu de prendre acte du fait que l’économie est un sous-système de la biosphère, cette « économie verte » transforme la nature en une entreprise géante, productrice de services, bientôt contrôlée, si les peuples ne s’en mêlent pas, par quelques firmes et fonds financiers.
Biodiversité, climat, ressources minières et fossiles, trois cas étudiés dans ce livre, sont ainsi devenus de nouveaux terrains de jeu pour firmes transnationales et projets technoscientifiques.
Les auteurs, de même que de nombreux mouvements sociaux, nous invitent à nous libérer de la finance verte et à récupérer les communs, ce qui ouvrira les voies vers des sociétés justes, démocratiques, soutenables et respirables.
La nature n’a pas de prix, Attac (éd. Les liens qui libèrent, 192 p., 9 €)
Fessenheim doit devenir la vitrine du démantèlement nucléaire
Le 5 septembre, un dégagement de vapeur à la centrale nucléaire de Fessenheim a provoqué plusieurs blessés. François Hollande s’était engagé à fermer cette centrale, qui est la plus vieille de France
Denis Baupin vient de déposer une question écrite à Delphine Batho, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, lui demandant que le gouvernement mette en œuvre l’engagement du Président de la République d’arrêter Fessenheim dès maintenant et d’en faire la vitrine d’une filière d’excellence du démantèlement nucléaire.
L’incident constaté mercredi 5 septembre à la centrale de Fessenheim semble avoir eu des conséquences limitées (plusieurs blessés malgré tout). Tant mieux !
Mais il n’est que le dernier avatar d’une longue série. Aucun incident dans une centrale nucléaire n’est anodin. Chacun peut avoir des conséquences qui dépassent largement celles qu’on peut connaître dans d’autres industries. La mobilisation intervenue mercredi au chevet de Fessenheim est venue le confirmer.
Cette centrale est reconnue par tous comme vétuste et comme la plus dangereuse. L’ASN elle-même a exigé des investissements de sécurité lourds, dans le cas où la centrale voudrait poursuivre son activité, faute de quoi l’ASN demanderait son arrêt.
Le candidat François Hollande s’était engagé à fermer cette centrale. Il est maintenant temps de passer à l’acte. La conférence environnementale peut être l’occasion de poser ce premier acte significatif d’une réduction organisée de la production nucléaire. Elle doit évidemment s’accompagner d’une aide à la reconversion industrielle et territoriale, prioritairement en direction des salariés, des sous-traitants et des acteurs économiques locaux.
Plutôt que de consacrer des dizaines de millions d’euros à des investissements de sûreté dorénavant inutiles - puisque la centrale doit fermer - investissons les dans une première étape de construction d’une filière d’excellence dans le démantèlement nucléaire, dont Fessenheim pourrait être la vitrine.
Plus globalement, la multiplication des incidents dans les installations nucléaires françaises interroge sur la sûreté nucléaire nationale. Un incident comme celui d’hier, qualifié « d’industriel », dans une opération de maintenance, sur le site d’un acteur industriel, EDF, pourtant supposé parmi les plus performants, est-il l’une des conséquences de l’aggravation des conditions de travail, de la multiplication de la sous-traitance, etc. dont l’ASN elle-même a souligné les risques... sans que cela n’entraîne la moindre conséquence pratique ?
Il est plus que temps, là encore, de passer à une autre étape en matière de sûreté. On ne peut se contenter d’une Autorité qui émet des avis sans avoir les moyens de les faire respecter. L’évolution prochaine des dirigeants de l’ASN doit être l’occasion non seulement de mettre en place une autorité reconnue par tous comme pleinement légitime et indépendante de tout lobby industriel et économique, de lui donner une dimension pluraliste et contradictoire dans l’expertise qui lui manque aujourd’hui, mais aussi de lui fixer une feuille de route qui fasse sortir l’affirmation moult fois proclamée « la sûreté n’est pas négociable » du seul domaine incantatoire.
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Question écrite de Denis Baupin, Vice-président de l’Assemblée Nationale, à Mme la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie
M. Denis Baupin demande à Mme la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, s’il ne serait pas temps - au vu du dernier incident intervenu le mercredi 5 septembre à la centrale nucléaire de Fessenheim, qui confirme le caractère vétuste de la centrale, et les difficultés de maintenance afférentes - de mettre en œuvre dès maintenant l’engagement du Président de la République de fermer la centrale de Fessenheim, et, plutôt que de dépenser des dizaines de millions d’euros à améliorer la sûreté d’une centrale qui a vocation à s’arrêter rapidement, de les consacrer à poser les premiers jalons d’une filière d’excellence dans le démantèlement, dont Fessenheim serait la vitrine.
Le premier détenu climatique de France
Pierre-Emmanuel Neurohr vient d’être incarcéré à la prison de la Santé. Il avait bloqué quelques minutes, pour la cinquième fois, un avion à l’aéroport de Roissy.
Message envoyé par Me Alexandre Faro, avocat, le 7 septembre à 19 h 00 :
"Pierre-Emmanuel Neurohr a été mis en examen par la juge d’instruction, Mme Herlaut, puis placé en détention à la maison d’arrêt de la Santé. Le juge de la détention a invoqué la nécessité de prévenir toute nouvelle intrusion. C’est le premier détenu climatique en France.“
Note de Reporterre :
Pierre-Emmanuel Neurohr a été placé en détention, conformément aux réquisitions du parquet, qui a mis en avant "la réitération des faits" et "le risque qu’il fait courir aux usagers".
M. Neurohr a déjà réussi à s’introduire quatre fois sur le tarmac de Roissy depuis le mois de juin. Déjà condamné à 3 mois de prison avec sursis puis 1.000 euros d’amende en juillet, pour entrave à la navigation aérienne et intrusion dans une zone protégée, il doit de nouveau comparaître le 18 septembre à Bobigny.
Pour la cinquième fois, il bloque un avion
Info mise en ligne le 6 septembre
Mercredi 5 septembre, un citoyen a pénétré sur les pistes de l’aéroport Charles-de-Gaulle et a bloqué un avion d’Air France, afin de protester contre la destruction du climat de la planète.
Les scientifiques nous disent qu’il ne faut pas dépasser 1,5 t de CO2 par personne et par an pour ne pas détruire le climat de la terre.Un voyage Paris-Montréal pollue avec 1,5 t par personne… en quelques heures (1). Or la destruction du climat va avoir des conséquences génocidaires (2). Si vous pensez que 2 + 2 = 4, alors il faut interdire cette machine immédiatement.
Pierre-Emmanuel Neurohr, qui a réalisé cette action, avait déjà été condamné le 2 juillet à 3 mois de prison avec sursis, suite à deux actions similaires, jugement dont il a fait appel. Malgré cette condamnation, il est retourné bloquer la machine la plus immorale qui soit au XXIe siècle. D’après les informations disponibles, il est actuellement détenu en garde-à-vue à l’aéroport, il risque d’être placé en détention provisoire avant son procès, fixé à la date du 18 septembre, à partir de 13 h, au Tribunal de Bobigny (17e chambre). Cette fois-ci il encourt une peine de prison ferme.
Pour toute personne rationnelle qui s’informe sur le climat en 2012, la conclusion qui s’impose est claire. Les extrêmes climatiques – sécheresses et inondations, entre autres – vont provoquer la destruction de millions d’êtres humains. Et l’avion est la machine qui, par citoyen français, participe le plus à ce qui apparaît de plus en plus comme la préparation d’un génocide.
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Notes :
(1) « Pour que les concentrations en gaz à effet de serre arrêtent d’augmenter dans l’atmosphère, une règle de 3 relativement grossière entre l’absorption de dioxyde de carbone par les océans et la végétation (environ 10 milliards de tonnes de CO2) et la population mondiale actuelle (6,8 milliards d’individus plus ou moins gourmands en énergie) suggère qu’il faudrait rejeter au plus 1,5 t de CO2 par personne et par an en moyenne. Malgré la relative modestie des rejets de gaz à effet de serre français par rapport à ceux d’autres pays industrialisés, nos rejets pour le seul CO2 devraient être divisés par 4 à 5 pour arrêter l’augmentation », Valérie Masson-Delmotte, Climat : le vrai et le faux, 2011, p. 69.
Il existe différents modes de calcul, et 1,5 t de CO2 représente l’estimation la plus basse. En fait, selon le gouvernement français, un A/R 2e classe Paris-Montréal pollue notre fine couche d’atmosphère avec 2,5 t de CO2 par individu (tableur Ademe V6.1, p. 108 , septembre 2010 ; un aller-simple pollue avec 1248 kg). Mais nous prenons à dessein l’estimation la plus basse : même de cette manière, il est évident pour toute personne rationnelle que l’utilisation de l’avion est incompatible, mathématiquement parlant, avec un climat préservé.
(2) Drought under global warming : a review (Les sécheresses dans le cadre du réchauffement climatique : un état des connaissances), Aiguo Dai, WIREs Climate Change, 2010.
Les espèces végétales protégées par la loi risquent... de ne plus être protégées par la loi
Société nationale de protection de la nature
La protection de la nature est une lutte sans relâche et bien malheureusement, aujourd’hui, ce sont nos lois qui risquent d’être modifiées et de porter préjudice aux milieux naturels et aux espèces.
En effet, un projet de révision des arrêtés relatifs à la liste des espèces végétales protégées à l’échelle régionale et nationale a été proposé. Ces modifications annoncent davantage de dérives et de moins en moins d’applications de ces mesures concrètes de protection.
La notion d’ « espèces protégées » aura-t-elle encore la même signification ?
Avant la révision des arrêtés
Ces textes relatifs à la protection de la flore ont pour but de limiter la disparition des espèces végétales menacées et de permettre la conservation des biotopes correspondants ; ils interdisent tout simplement leur destruction et leur commercialisation.
Cependant, certaines exceptions existent et concernent seulement les parcelles cultivées :
Art. 1 « Toutefois, les interdictions de destruction, de coupe, de mutilation et d’arrachage ne sont pas applicables aux opérations d’exploitation courante des fonds ruraux sur les parcelles habituellement cultivées ».
Le projet de révision des arrêtés
Les modifications, proposées aujourd’hui, sont préoccupantes puisqu’elles élargiraient le panel des exceptions autorisées :
Art.1 « Toutefois, les interdictions de destruction, de coupe, de mutilation et d’arrachage ne s’appliquent pas :
« 1° aux opérations de gestion courante des milieux naturels ayant pour objectif le maintien des habitats présents ou, le cas échéant, favorables à l’espèce concernée ;
« 2° aux opérations d’exploitation et de gestion courantes sur les parcelles habituellement cultivées, utilisées ou habituellement exploitées à des fins agricoles, sylvicoles, piscicoles, conchylicoles, salicoles, cynégétiques ou à des fins de maintien de la sécurité des biens et des personnes à condition que cela n’entraîne pas de modifications notables des habitats de l’espèce. »
De telles dispositions ouvrent les portes à de nombreuses dérives... Ces arrêtés n’auraient plus de réelle portée et donc d’utilité : l’ensemble du territoire rural et surtout une multitude de projets allant clairement à l’encontre de la préservation de la nature (urbanisation, industrialisation...) ne sembleraient plus concernés par lesdites mesures de protection sous prétexte du maintien de la sécurité des biens et des personnes !
Arriverons-nous, à mesure de grignotage, au triste constat où seuls les sites protégés accueilleront des espèces protégées ?
Malgré la volonté et le bien-fondé de réviser ces textes, il s’agit, en l’état, d’une régression pour la protection de la nature et d’une aberration allant à l’opposé des engagements actuels en matière de préservation de la biodiversité.
La SNPN s’inquiète des conséquences alarmantes sur les milieux naturels et les espèces si de telles modifications étaient apportées aux arrêtés de 1982 et 1988, et des arrêtés de protection de la flore au niveau régional. Elle s’y oppose vivement et propose une réflexion plus raisonnée aboutissant à une reformulation adéquate de ces arrêtés.
Société française d’orchidophilie
Le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie vient de lancer une consultation sur des projets de modification des arrêtés concernant d’une part « les arrêtés listant les espèces végétales protégées à l’échelon régional » et d’autre part « l’arrêté du 20 janvier 1982 relatif à la liste des espèces végétales protégées sur l’ensemble du territoire national » [1].
Si la Société française d’Orchidophilie (SFO) se félicite de la diminution de la contrainte administrative pour la gestion des espaces naturels dans un but conservatoire d’espèces végétales tel que proposé dans les projets de modification, elle reste particulièrement opposée à l’élargissement des champs de non application des interdictions. Notamment, elle dénonce les risques que posent les actions "COURANTES" de gestionnaires/acteurs n’ayant pas a priori d’intérêt à la conservation des plantes protégées (chasseurs, forestiers, pêcheurs, etc.) en raison du flou des notions utilisées pour l’exploitation ou la gestion "COURANTE" et la non modification "NOTABLE" des milieux.
La SFO s’inquiète du fait, que vu l’écologie des orchidées (hors certaines zones de montagne) la plupart se trouveront systématiquement dans une des zones indiquées où des travaux d’exploitation et de gestion courante sont susceptibles de s’appliquer.
La SFO regrette également que dans la révision des espèces protégées, seule Orchis provincialis ait été retenue, même si ce n’est que pour des raisons techniques liées à la "Convention de Berne", alors que cette espèce n’est pas en danger (LC ; préoccupation mineure) sur notre territoire selon les travaux de cartographie et d’évaluation des risques d’extinction développés par la SFO, et repris dans la liste rouge des espèces en danger de l’UICN. Cette espèce ne présente pas pour la France de responsabilité de conservation globale, alors que d’autres espèces aux risques élevés de disparition de notre pays (classées EN ; en danger ou VU ; vulnérable), et d’enjeu global en raison de la présence d’une forte proportion de la population mondiale de l’espèce, ne sont pas protégées.
Pierre Laurenchet
Président de la Société Française d’Orchidophilie (SFO)
Voyage au coeur de la « génération fauchée » du Portugal
Précarité accrue, débrouille généralisée, tentation de l’exil : la crise et les mesures d’austérité de la « troïka » ont frappé de plein fouet la jeunesse portugaise, qui peine à y trouver une réponse politique.
Dans un recoin de sa vaste terrasse à Lisbonne, dans le quartier touristique d’Alfama, Ana Margarida Jeronimo empile soigneusement les bouteilles en plastique de 5 litres. « Et j’en ai beaucoup plus chez mon père », précise-t-elle. « Je regardais un reportage à la télé, et une entreprise de Lisbonne disait racheter le plastique pour un prix intéressant », explique cette jeune femme qui espère fonder d’ici quelques mois une société de collecte de plastique à l’échelle de tout Lisbonne : « Il me faut leur fournir au moins 10 tonnes par mois. »
Cette journaliste sans emploi depuis les licenciements massifs au sein de son groupe de presse, en 2010, cumule les sources de revenus : en plus du recyclage, elle réalise des vidéos institutionnelles sur commande et sous-loue (sans le déclarer) la mezzanine et une chambre d’ami de son appartement. Récemment, elle vient de se laisser séduire par la formule du restaurant clandestin : pour 20 euros le repas, elle offre une prestation digne d’un restaurant dans un cadre plus convivial, sur sa terrasse.
Pour autant, elle se défend d’être avare : « Au cours des soirées entre amis, le sujet phare des discussions, ce ne sont plus la musique ou des choses futiles, mais comment faire pour gagner de l’argent », déplore-t-elle. « Beaucoup de jeunes préfèrent trouver un vieil appartement à rénover plutôt qu’une voiture », signe du manque criant de perspectives d’emplois, note-t-elle. Mais ce n’est pas chez elle que vous trouverez un présentoir avec des albums de musique fado, ou des « coqs de Barcelos » à vendre : « Les autres voudraient tout rentabiliser, moi je trouve que ce serait mal, les touristes se méfieraient. »
Ana, comme beaucoup d’autres jeunes Portugais, fait partie de la geração à rasca (« génération fauchée »). Des jeunes, généralement diplômés, qui connaissent une « carrière » qui est une juxtaposition de petits boulots, dont certains, voire tous, ne correspondent pas aux études qu’ils ont faites.
Economie informelle et revente d’or
Et qui subissent de plein fouet la crise : après une année 2011 de récession, le Portugal s’oriente vers une deuxième année de contraction du PIB (-3,4%) d’après la Banque du Portugal. Le chômage, d’après les prévisions de la Commission européenne, doit croître de 5,5% en 2012 et franchir le seuil des 600.000 demandeurs d’emploi.
Et tous ces chômeurs et précaires n’ont pas, comme Ana, un patrimoine immobilier à faire fructifier. Beaucoup se débrouillent, réalisent des échanges en dehors de la sphère monétaire et légale, telle Armanda Vilar, graphiste dans un studio de photographie à Lisbonne, fière d’avoir pu vendre un travail graphique à une amie coiffeuse en échange d’une coupe de cheveux. « 20% de la richesse nationale est issue de l’économie informelle, c’est l’un des niveaux les plus hauts d’Europe », explique l’économiste Nuno Teles.
D’autres liquident leur rares objets précieux, ce qui entraîne une floraison des enseignes de rachat d’or, d’argent et de bijoux. « L’activité, toute franchises confondues, a cru de 2.000 à 3.000% en deux ans », expose avec flegme Alberto Sampaio, directeur par intérim de l’une d’entre elles, Ourinvest, à Porto, dans le nord du pays.
Non seulement parce que le cours de l’or a grimpé, mais aussi parce « c’est le seul moyen d’accéder au financement du FMI [78 milliards d’euros, dont 12 milliards ont été versés aux banques portugaises dans le cadre du plan de sauvetage de la troïka FMI-UE-BCE en mai 2011, NDLR] », à cause du resserrement du crédit. « Vendre une voiture ou une maison est très difficile, complète-t-il. En revanche, vendre son or reste le moyen le plus simple d’accéder à des liquidités. »
Autre activité à qui la crise profite, à une échelle plus dérisoire, celle de l’enseignement des langues à destination des candidats à l’émigration. Car quitter le pays redevient tristement banal, que ce soit vers la France, ou vers les anciennes colonies.
Propriétaire d’une pastelaria (café-pâtisserie) sur l’avenue Almirante Reis, à Lisbonne, Maria, rentrée vivre au Portugal en 2000 après plusieurs années passées en France, observe la salle quasiment vide de son établissement, en ce soir de mars : « Ici, les gens ne viennent plus, ou alors juste pour un café, alors qu’avant la salle était pleine. » Aujourd’hui, elle envisage de vendre son établissement pour repartir en France.
Une émigration inédite depuis les années 60
Le sociologue et économiste Albano Cordeiro, spécialiste des flux migratoires, dresse un constat saisissant de ce phénomène d’émigration : « Aujourd’hui, on estime à 150.000 le nombre de personnes ayant quitté le Portugal en 2011. Cela représente tout de même plus de 10% de la population ! Si ces chiffres se confirment, on en revient aux proportions d’émigration qu’on a connues dans les années 1960. A Paris, beaucoup de Portugais de longue date disent voir arriver de nouveaux immigrants du Portugal. L’espace Schengen nous empêche de quantifier ces mouvements. Mais on sait déjà que le profil type de ces migrants est nettement différent de l’émigration portugaise traditionnelle : cette fois, il s’agit de gens des villes, jeunes, et non de migrants issus des campagnes comme souvent auparavant. »
Questionné sur le fait de savoir s’il conseillerait « aux professeurs excédentaires qu’a le Portugal » d’« abandonner leur zone de confort » et de « chercher un travail ailleurs », le Premier ministre Pedro Passos Coelho a d’ailleurs répondu par l’affirmative : « En Angola, et pas seulement. Le Brésil a aussi de grands besoins au niveau de l’enseignement primaire et secondaire. »
Les recibos verdes, symbole de la précarité
Justine, Française installée à Lisbonne depuis 6 ans, enseigne le français à plusieurs élèves… dont un couple qui prépare son émigration vers la France. Là encore, comme pour Ana Margarida Jeronimo, ce n’est pas son métier, ni une activité déclarée, mais seulement un complément. Justine est monteuse de films et travaille également à l’institut Cervantès, le centre culturel espagnol, pour l’organisation de conférences, tout cela sous le sceau de la précarité : « Je suis payée en recibos verdes, un système prévu pour des indépendants en principe. Cela touche à peu près tout le monde autour de moi. Rares sont ceux qui ont un contrat de travail. Ce statut nous donne le devoir de payer des charges [les cotisations retraite, NDLR], mais sans nous donner de droits chômage, maladie, congés payés…. »
Mais Justine connait quelques astuces : « Au bout d’un an d’activité en recibos verdes, on est obligé de s’acquitter de nos charges. L’astuce, c’est d’ouvrir et de fermer administrativement son activité dans le même mois, pour y échapper. Tout le monde le fait, l’Etat le sait et laisse faire. »
Pour Nuno Teles, ce statut est une véritable aberration : « On estime à 500.000 personnes le nombre de "bénéficiaires" de ce statut, prévu au départ pour des travailleurs indépendants. Mais le problème c’est qu’on voit de nombreux travailleurs réguliers, intégrés dans une chaîne hiérarchique, avec un bureau et des horaires de travail, y rester indéfiniment. Il s’agit d’une précarité totale, car le travailleur est soumis à une pression maximale de la part de son employeur, tandis que celui-ci ne paie pas de charges. »
« Précariat intellectuel »
Cette précarité de longue durée, Ana Rajado la connaît bien. Originaire de Coimbra, dans le centre du pays, cette diplômée de géographie de 33 ans a enchaîné les emplois en dix ans dans la capitale (géographe, journaliste, institutrice, secrétaire, aide à domicile) et réalisé un documentaire sur l’industrie du liège qu’elle n’a jamais vendu.
« Je suis prête à trouver du travail dans n’importe quel secteur », explique-t-elle, alors qu’elle arrive au terme de ses droits au chômage (525 euros par mois) et aborde l’avenir avec appréhension. Emigrer ? « Je ne peux pas, je veux aider mon pays à s’en sortir. » Retourner auprès de ses parents ? « Ce serait un pas en arrière dans la vie active, c’est donc une sorte d’hypothèse ultime », soupire-t-elle.
Ana Rajado est un symbole du « précariat intellectuel » qu’affronte la jeunesse portugaise, selon Albano Cordeiro : « Cette précarité des professions intellectuelles n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée récemment. Les jeunes font de plus en plus d’études, que ce soit les garçons comme les filles. Mais à la sortie, il y a vraiment un problème de débouchés, d’où une surqualification générale. Beaucoup de ces jeunes plongent dans des petits boulots sans issue, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de perspectives d’évolutions sur ces postes-là. »
« Même pas trouver un stage non rémunéré »
Autre illustration de ce phénomène, Rita Isabel Miguinhas de Oliveira est elle aussi à l’affût des moindres astuces. Pour cette diplômée en webdesign récemment installée à Lisbonne, les seules perspectives professionnelles sont précaires, et en dehors de son champ d’étude : « Comme beaucoup d’autres de ma génération, je n’espère même plus trouver un stage non rémunéré dans mon domaine. »
Elle a travaillé dans un supermarché un an et se trouve actuellement au chômage. Alors elle fait attention au quotidien et préfère aller se faire couper les cheveux dans une école de coiffure, gratuitement, quitte à prendre une demi-heure pour y aller à pied. Car l’augmentation du prix des transports est ressentie par chacun à Lisbonne : « Le prix du bus a cru d’environ 50%, et celui du tramway a doublé », s’indigne Justine. Un collectif lisboète appelle même à la fraude en signe de protestation, via notamment sa page Facebook.
Pour les bas salaires, la crise découle d’ailleurs plus des hausses de prix que des baisses de revenus. Pour Daniel, ouvrier du BTP à Lisbonne, « les salaires étaient déjà bas, pas de changement de ce côté-là. Par contre, on voit les prix augmenter depuis quelques mois ». En particulier pour les transports : « Si avant tu avais ton transport, c’est l’essence qui a augmenté, et tu es passé aux transports publics. Et si tu étais aux transports publics, tu es passé à pied », résume-t-il.
Outre l’augmentation du prix des transports, d’autres mesures d’austérité sont mal vécues par les Portugais au quotidien, comme la hausse de la TVA, de 13% à 23% pour le taux basique. En y ajoutant le tassement des salaires, l’effet est sensible.
Ricardo M., originaire d’Agueda (dans le Nord), toxicomane, est venu grossir les rangs des mendiants à Porto il y a trois ans. Au début, il gagnait en un après-midi 50 euros. « Mais depuis six mois, je me fais de 10 à 15 euros seulement », souligne-t-il, désabusé. Comme un sombre reflet de l’évolution des finances des ménages portugais.
Des mouvements sociaux divisés
Sur le terrain politique, la lassitude des jeunes Portugais face à cette situation peine à trouver une traduction. Si le Premier ministre socialiste José Socrates est tombé lorsque les députés ont refusé en mars 2011 de soutenir son quatrième plan d’austérité en moins de deux ans, la victoire de la droite emmenée par Pedro Passos Coelho, qui a fait campagne en annonçant vouloir aller « bien au-delà » des exigences de la troïka, a accentué la conversion à l’orthodoxie budgétaire.
Et sur le plan social, les mobilisations n’excèdent pas quelques coups d’éclats retentissants, comme la manifestation du 12 mars 2011. D’abord parce qu’une large partie de la population verse dans le découragement. Ensuite, parce que c’est surtout cette « génération fauchée », dont les perspectives d’avenir immédiat flottent entre le chômage, l’emploi précaire, le retour chez les parents ou l’émigration, qui proteste, mais a du mal à s’organiser au sein des syndicats traditionnels.
Ricardo Noronha, actif militant de gauche sans étiquette, explique ce clivage par le fait que « beaucoup de syndicats font semblant de se rendre compte de la précarité : ils considèrent les syndiqués comme ayant entre 30 à 50 ans, et salariés. Ceux qui ne rentrent pas dans ce schéma sont pour eux en période de transition ».
La manifestation du 22 mars 2012 à Lisbonne en a donné une flagrante illustration, avec deux manifestations successives aux mots d’ordre similaires qui ont emprunté le même parcours. La première était organisée par la CGTP, principal syndicat portugais, de sensibilité communiste. La seconde, deux heures plus tard, par les divers mouvements de précaires et de chômeurs, avec plusieurs slogans repris du mouvement des Indignés ou encore des Anonymous. Deux cultures politiques pour deux situations sociales distinctes, mais un même rejet des mesures d’austérité de la troïka FMI-BCE-UE.
La BCE, ou la bouée qui fait couler
Mario Draghi l’a annoncé, la Banque centrale européenne va reprendre sa politique d’achat d’obligations d’États. Encore une fois, certains médias et les Bourses espèrent y voir enfin la sortie de la crise de l’euro. Mais encore une fois, ils se trompent. Cette politique n’a rien de nouveau et ne résoudra rien.
Sous Jean-Claude Trichet en 2010 et 2011, la BCE a déjà racheté à tour de bras des titres grecs, portugais, irlandais, espagnols et italiens. Elle a ainsi gagné quelques jours, voire quelques semaines, sans aucunement parvenir à enrayer la mécanique de la crise. Cette fois c’est pire encore : les conditionnalités qui seront désormais imposées par la BCE aux pays concernés ne feront qu’aggraver la crise, transformant l’« aide » en désastre.
En effet la BCE exigera, pour acheter sur le marché secondaire (c’est-à-dire aux banques privées) des titres d’un État, que celui-ci passe d’abord sous les fourches caudines du Mécanisme Européen de Stabilité et du FMI, en signant un nouveau « plan d’ajustement macroéconomique ». Autrement dit, une nouvelle dose de privatisations, de dérégulation du marché du travail, de baisse des salaires et des prestations sociales. C’est la logique du « Pacte budgétaire » que François Hollande veut faire ratifier dans les semaines à venir. Toujours plus d’austérité, donc toujours plus de récession, toujours plus de chômage et de précarité, et au bout du compte toujours plus de déficits et de dettes.
D’autres « détails techniques » de l’annonce faite par Draghi sont inquiétants. Pour « rassurer » les investisseurs et les banques, la BCE renonce à son statut de créancier privilégié, ce qui veut dire qu’en cas – inévitable à terme – de restructuration des dettes publiques en Europe, elle supportera autant que les créanciers privés le coût de la restructuration. Par ailleurs, pour « rassurer » la Bundesbank, la BCE affirme qu’elle va « stériliser complètement la création monétaire » due à ces achats de titres, c’est-à-dire retirer de la circulation des montants équivalents de liquidité. Ce qui pèsera négativement sur le financement de l’économie européenne.
Pour commencer à sortir de la crise, la BCE doit pouvoir financer directement (sans passer par les banques) les déficits des États en difficulté, et ceux-ci doivent engager sans tarder un audit et une restructuration de leur dette publique pour réduire la ponction exercée par la finance. La sortie de crise passe aussi nécessairement par une réforme fiscale qui finance la solidarité européenne et redistribue la richesse – taxes européennes sur les transactions financières, sur les émissions de CO2, sur les bénéfices des transnationales.
Ce n’est malheureusement pas la voie choisie par l’Union européenne, ni celle du gouvernement français, qui s’apprête à ratifier le pacte budgétaire. Attac participe aujourd’hui au lancement d’une vaste campagne unitaire de mobilisation et d’éducation populaires, à travers tout le pays, afin d’empêcher la ratification du Pacte budgétaire. Nous serons nombreux le 30 septembre à Paris pour dire non à l’austérité, oui à une Europe solidaire, écologique et démocratique !
Forum ouvert de l’Union
Samedi 15 septembre 2012 à 9h30, pour un week-end qui, soyez-en sûrs, vous surprendra !
Où : à L’Imaginarium, Plaine Images, 99A Boulevard Descat à Tourcoing.
Quelles solidarités construire à L’Union pour surmonter les crises écologiques et économiques ?
Les friches du peignage La Tossée, de la brasserie Terken, le café « Chez Salah », le canal, les maisons Stéphenson ou la filature Vanoutryve sont les témoins d’un type de développement capitaliste et industriel qui depuis les années 1970 n’en finit pas de mourir. Le système économique dominé par la finance, loin de servir les intérêts du plus grand nombre, détruit de manière exponentielle les ressources naturelles de notre planète tout en accroissant les inégalités et le chômage.
Les villes de Roubaix, Tourcoing, Wattrelos, avec Lille Métropole ont décidé de réaliser sur l’Union un écoquartier en encourageant les entreprises et les promoteurs à s’y investir en innovant. Sacré premier « écoquartier » de France en 2011, L’Union devrait accueillir le CETI (Centre Européen des Textile Innovants), le siège international Kipsta-Décathlon, la Plaine Images, un parc de mille logements ainsi que (c’est l’objectif) de nombreuses entreprises innovantes et autres sièges sociaux.
Alors, le quartier de Union est-il la préfiguration d’un avenir meilleur ? La crise que nous affrontons depuis les années 1970 et la première crise du pétrole loin d’être seulement économique est une crise de civilisation. La concur- rence mondialisée, la mise en compétition de tous contre tous ont entraîné une crise de confiance qui remet en cause toutes nos institutions publiques et privées : tout le monde est aujourd’hui a priori soupçonné d’agir dans son unique intérêt ce qui en- traîne malheureusement chacun à agir de même. C’est cette grave crise de confiance qui paralyse trop souvent nos projets, qu’ils soient professionnels ou militants.
Avec l’écoquartier de L’Union c’est bien de cet enjeu dont il est question :
• Comment redonner confiance à une population délaissée par un pouvoir économique qui, depuis quarante ans, a ignoré sa capacité d’agir et ses talents ?
• Comment L’Union peut-elle devenir le lieu d’une reprise en main collective et exemplaire de leur destin par les habitants ?
• Comment faire de L’Union l’espace de toutes les transitions qui permettront au plus grand nombre d’imaginer collectivement une autre ville véritablement solidaire et durable ?
Face à cette crise de civilisation, personne ne possède de baguette magique, de solutions a priori. Néan- moins nous croyons que seuls des projets ayant l’am- bition de mobiliser toutes les forces vives des popula- tions auront une chance de réussir. L’Union peut être de ceux-là. D’ores et déjà, nous avons lancé l’idée de créer une « cité régionale de l’histoire des gens du textile ». Elle serait non pas un musée à la gloire de l’histoire de notre agglomération mais deviendrait, sur la base de cette histoire, un lieu privilégié pour qu’habitants et anciens salariés puissent imaginer la création de nouvelles activités et s’y impliquer.
C’est à cette réflexion très concrète que nous vous invitons. Amenez vos idées, vos projets, vos réalisations et votre dynamisme pour ensemble imaginer L’Union et l’univers de demain. Il s’agit créer de nouveaux réseaux locaux de solidarité, de lutter contre les discriminations, de résoudre les conflits de manière non-violente, de repenser, dans une terre d’immigration, l’accueil et l’hospitalité.
Des projets, des idées :
• Relocaliser des fabrications textiles ;
• Produire localement une alimentation saine ;
• Créer des activités de réparation et de réemploi ;
• Construire un habitat écologique partagé ;
• Réduire la place de la voiture ;
• Susciter l’innovation pédagogique dans les écoles environnantes ;
• Renouveler les formes d’accès aux soins.
Grèce : la police refoule les écolos anti mines d’or
HALKIDIKI (Grèce) - Une manifestation contre l’exploitation de mines d’or dans le nord de la Grèce a dégénéré dimanche 9 septembre en échauffourées, en pleine forêt, entre la police et les manifestants, a constaté un journaliste de l’AFP.
Sur le millier de personnes qui manifestaient dimanche devant l’entrée de la mine contre les risques environnementaux pesant sur la région de Halkidiki avec le projet d’extraction d’Hellas Gold, filiale à 95% du canadien European Goldfields, environ 400 sont partis dans la forêt, poursuivis par la police, a constaté ce journaliste.
« Beaucoup aiment l’or, mais personne n’aime le cancer » indiquait une bannière de manifestants, tandis que d’autres proclamaient qu’ils ne voulaient pas vendre leur avenir, même si la Grèce en crise a un besoin criant d’activité pour tenter de remonter la pente.
Les manifestants ont lancé des cocktails molotov sur la police, qui a répondu avec des gaz lacrymogènes, une scène désormais courante dans le centre d’Athènes, habitué depuis plus de deux ans aux manifestations anti-austérité, mais inédite en pleine forêt.
Parmi les manifestants, Heleni Koldera, la trentaine, psychologue, reproche aux investisseurs de parler seulement des créations d’emploi, mais pas de la destruction de l’environnement.
Néanmoins localement, tout le monde n’est pas d’accord. Ainsi Vassilis Moshopoulos, la quarantaine qui travaille déjà pour la mine, employant au total quelque 600 personnes, souligne que beaucoup de gens sont au chômage dans le village.
Ils ont des problèmes économiques et ils veulent travailler dit-il en fustigeant les manifestants. Nous ne voulons pas qu’on nous dise ce que nous devons faire lance-t-il à leur adresse.
Depuis la relance du projet d’exploitation de la mine d’or, en juillet 2011, lorsque le ministère de l’Environnement a autorisé l’exploitation de deux gisements, chaque camp brandit ses études techniques attestant de la dangerosité environnementale du projet ou de son innocuité. L’entreprise met en avant l’utilisation d’une nouvelle méthode d’extraction sans recours au cyanure. Ses détracteurs affirment qu’elle n’a jamais été testée dans cette configuration.
Le débat va au-delà des mots. Le collectif des opposants, qui revendique une centaine d’associations, multiplie les actions de terrain : occupations de bâtiments, manifestations, blocages des routes d’accès au site. En mars, une empoignade avec les ouvriers du groupe minier a fait plusieurs blessés.
Palabre ou révolte ?
« Si le nucléaire, Notre Dame des Landes ou le gaz de schiste sont des épines dans le pied des puissants, ce n’est pas le résultat de concertations, mais de luttes tenaces sur le terrain. »
Le gouvernement dit socialiste, ayant proclamé tout le bien qu’il pense de l’énergie nucléaire, des projets aéroportuaires et de l’exploration du gaz de schiste, convoque une conférence environnementale. Celle-ci se tiendra les 14 et 15 septembre. On se réunira dans les locaux du Conseil économique, social et environnemental, la plus impuissante des institutions de la République, ce que les augures interprètent défavorablement.
Comment conjurer les mânes du Grenelle, réunion mythique du temps où le prédécesseur honni de M. Hollande se targuait d’écologie ? En affirmant que les promesses qui en étaient issues se sont évaporées avec le temps. Aujourd’hui, on discutera normalement, sans mise en scène ni falbala, sans rien promettre, pendant cinq ans. Car la conférence ne sera que le départ de nombreuses réunions.
Quid ?, s’interrogent les organisations dites écologistes, fort marries de ne savoir sur quel pied danser. Cette concertation ne risque-t-elle pas de nous piéger dans des discussions sans fin, alors qu’on a évacué nombre de sujets sensibles ? Ne suit-elle pas la méthode de l’ectoplasme, pratiquée brillamment par M. Hollande quand il dirigeait le Parti socialiste, et consistant à discuter indéfiniment pour concilier tout le monde, sans prendre de position tranchée ? Mais, se demandent les mêmes, secrètement flattées de la considération dans laquelle on fait mine de les tenir, ne manquerions-nous pas à tous nos devoirs en délaissant ces réunions dont peut-être il pourrait sortir un bien ?
De surcroît, la présence au gouvernement de membres du parti dit écologiste neutralise, selon les uns, toute velléité de bousculer cette enième version du comité Théodule, soutiendra, selon les autres, les orientations qui finiraient par être adoptées.
On verra bien, pensent les ricaneurs, qui jamais ne se mouillent. Mais cette incertitude digne des grenouilles qui demandent un roi révèle une désagréable vérité. De mouvement écologique, il n’y a point, mais des forces désunies et éparpillées, quoique méritantes. Et venir à la table du politique ne sert de rien si l’on méconnait la seule règle que suit le politique : le rapport de forces. Le nucléaire, Notre Dame des Landes ou le gaz de schiste sont des épines dans le pied des puissants. Ce n’est pas le résultat de concertations, mais de luttes tenaces sur le terrain. Où, dès lors, investir une énergie humaine rare ? Dans la palabre, ou dans la révolte ?
Groupama privatise des chemins publics dans les Pyrénées
Nous, randonneurs, promeneurs, usagers de la montagne, pêcheurs, chasseurs, éleveurs, résidents permanents des Pyrénées-Orientales et non-résidents, touristes, français et étrangers, amoureux et protecteurs de la nature et de la montagne
Considérant l’attitude de Groupama Méditerranée,
- qui tente d’empêcher notre passage sur les chemins et sentiers du domaine de Covazet par l’action de gardes privés
- et a ouvert une piste sans autorisation en plein secteur protégé.
Déclarons
- que la liberté pour tous d’aller et venir sur l’ensemble des chemins et sentiers, y compris ceux sur lesquels s’exerce un droit de passage, constitue un droit inaliénable.
- que la loi Strataé existe depuis l’an 1028, que sa validité actuelle a été rappelée par décret du Garde des Sceaux en 2004, et qu’elle s’applique de nos jours.
- que s’il en était besoin, la jurisprudence sur la loi Montagne est révélatrice en matière de droit de passage.
Demandons
- que le Président de Groupama Méditerranée Monsieur Amaury Cornut-Chauvinc, respecte le droit de passage pour tous sur les chemins du Domaine de Covazet tel qu’il s’est toujours appliqué selon les us et coutumes ancestraux,
- que Groupama respecte l’environnement en arrêtant d’ouvrir des pistes illégales en pleine zone classée Natura 2000,
- que Groupama, structure mutualiste, se rappelle de son éthique historique en matière d’économie sociale et solidaire et arrête de se comporter en seigneur, 223 ans après la Révolution Française.
Pétition pour la libération de Pierre-Emmanuel Neurohr
« Son procès sera celui de l’hypocrisie d’une société prodigue en discours vertueux mais dont la cécité et la passivité face au réchauffement climatique peuvent s’avérer criminelles pour les générations futures. »
L’écologiste Pierre-Emmanuel Neurohr est le premier détenu climatique de France. Il a été mis en examen le 7 septembre 2012 et incarcéré à la prison de la Santé pour avoir tenté d’empêcher un avion de décoller de Roissy le 5 septembre.
Son action symbolique était non violente. Il s’est simplement placé sur la piste, devant l’avion, avant d’être rapidement arrêté.
C’est la cinquième fois en trois mois que Pierre-Emmanuel Neurohr proteste ainsi, « à mains nues », toujours pacifiquement, contre l’usage de ces machines responsables d’émissions massives de CO2 qui contribuent à détruire irrémédiablement le climat de la planète. Son procès devrait avoir lieu le 18 septembre prochain, il risque désormais une condamnation à cinq ans de prison ferme.
Pierre-Emmanuel Neurohr, homme de conviction, fondateur du Parti de La Résistance, est un prisonnier politique, son procès sera d’abord celui de l’hypocrisie d’une société prodigue en discours vertueux mais dont la cécité et la passivité face au réchauffement climatique peuvent s’avérer criminelles pour les générations futures. Si la rhétorique utilisée par Pierre-Emmanuel Neurohr, dont l’usage du terme de « génocide », n’est pas partagée par tous les signataires, nous savons cependant que les faits sur lesquels il s’appuie pour justifier son action, sont, eux, indiscutables.
L’avion est effectivement le mode de transport dont l’impact sur le climat est le plus destructeur dans le court terme. Pierre-Emmanuel Neurohr n’est pas un délinquant, encore moins un criminel, c’est un militant non violent, c’est pourquoi les arguments avancés par le Parquet pour justifier son incarcération, notamment le « risque encouru par les usagers » en cas de nouvelle intrusion, sont dépourvus de fondements, nous exigeons donc sa libération immédiate !
La centrale de Paluel présente des symptômes inquiétants
Deux incidents récents jettent le doute sur la sûreté du réacteur n°3 de Paluel, qui est à l’arrêt depuis mai dernier
Collectif Stop EPR :
Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs tient à attirer votre attention sur la situation du réacteur Paluel 3 [en Seine-Maritime]. A l’arrêt depuis le 19 mai dernier, ce réacteur est en travaux et manifestement pour quelques jours encore. Ce ne sont pas moins de 10 incidents qui sont survenus depuis le début de l’arrêt de tranche (publiés sur le site de la centrale par EDF sans compter les lettres de suite et autres avis de l’ASN).
Si les deux derniers avis de l’ASN (voir ci dessous) portent sur des non respect des règles générales d’exploitation, les précédents concernent la sûreté de l’installation et en particulier du circuit primaire. On peut s’étonner que les critiques de l’ASN sur Paluel 3 portent sur les éléments dont la défaillance est à l’origine de l’incident du 5 avril à Penly. Les électro-vannes, la fiabilité du circuit RCV comme les joints des groupes motopompes primaires sont clairement mis en cause...
Ces similitudes entre ce qui s’est produit à Penly et ce qui nécessite des travaux exceptionnels à Paluel nous interpellent. L’ASN suspecterait-elle des défauts génériques sur les réacteurs du palier P 4 (1 300 MWe) ?
A l’heure où Fessenheim 2 connait un nouvel incident d’exploitation (le 24e depuis le redémarrage du réacteur le 6 mars dernier), le palier de centrale plus récent donne lui aussi à voir des signes de fragilité évident. Le vieillissement est un phénomène qui touche toutes les centrales . La sureté et les conditions de travail des salariés pâtissent de cette obsolescence des réacteurs. Mais c’est la fiabilité du parc qui est aujourd’hui le talon d’Achille de la filière nucléaire.
Comme l’indiquent les données de RTE [Réseau de transport d’électricité], cet été EDF a dû remettre en service des tranches thermiques pour compenser la quinzaine de réacteurs à l’arrêt. Les efforts pour améliorer la disponibilité du parc en 2011 de manière artificielle ont entrainé une vague d’arrêt des centrales sans précédent en 2012 (et des problèmes de redémarrage à chaque fois).
Ce n’est pas tant l’avenir du parc nucléaire qui pose question mais son présent. EDF se ruine et ruine l’ensemble de la nation en persévérant dans le nucléaire en France comme à l’étranger (voir les déboires récents en Angleterre et aux Etats-Unis) sans garantir le service énergétique auquel chacun à droit.
La seule issue envisageable est au moins l’arrêt des réacteurs les plus anciens et la mise en œuvre rapide d’un plan de développement des moyens de production alternatifs de manière à accompagner la baisse des consommations préconisés par le scénario Négawatt et surtout imposés par le contexte énergétique et climatique.
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Autorité de sûreté nucléaire :
Avis d’incident : Non respect des règles générales d’exploitation lors des opérations de redémarrage du réacteur Paris, le 06 Septembre 2012
Installation(s) concernée(s) :
Centrale nucléaire de Paluel - 4 réacteurs de 1300 MWe - Paluel - EDF
Le réacteur n° 3 est arrêté depuis le 19 mai 2012 pour le rechargement en combustible et les opérations de maintenance programmées. Le 23 août 2012, EDF constate que le seuil d’une alarme relative à une mesure du flux des neutrons émis par le coeœur du réacteur est réglé à une valeur supérieure à la valeur maximale définie dans les Règles générales d’exploitation (RGE). Les RGE sont un recueil de règles approuvées par l’’Autorité de sûreté nucléaire, qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’’installation.
Lors de l’’arrêt du réacteur n° 3, EDF détecte le 23 août 2012, à 14h15, que le seuil d’’une alarme relative à une mesure du flux des neutrons émis par le coeœur du réacteur est réglé à une valeur supérieure à la valeur maximale définie dans les RGE. Cet écart a été corrigé à 14h30. L’’analyse de l’’événement montre que le seuil de cette alarme n’était pas réglé à la valeur définie dans les RGE depuis 14h00. Il apparaît donc que les Règles générales d’exploitation n’’ont pas été respectées pendant une durée totale de 30 minutes.
Cet écart n’’a pas eu de conséquence sur le personnel ni sur l’’environnement. Toutefois, conformément aux règles de classement de l’échelle INES, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES.
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Autorité de sûreté nucléaire :
Avis d’incident : Non respect des règles générales d’exploitation lors des opérations de redémarrage du réacteur
Paris, le 05 Septembre 2012
Installation(s) concernée(s) : Centrale nucléaire de Paluel - 4 réacteurs de 1300 MWe - Paluel - EDF
Le réacteur n° 3 est arrêté depuis le 19 mai 2012 pour le rechargement en combustible et les opérations de maintenance programmées. Dans le cadre du redémarrage du réacteur, EDF identifie une anomalie sur une vanne de protection de l’’une des deux turbopompes [1] du système d’’alimentation de secours en eau des circuits primaires des réacteurs (système ) [2]. Après plusieurs tentatives, la vanne est finalement réparée le 21 août. L’’analyse a posteriori de l’’événement montre que la conduite à tenir demandée par les Règles générales de sûreté n’’a pas été respectée.
Entre le 22 juillet et le 18 août derniers, plusieurs dysfonctionnements ont été relevés sur la vanne de protection de la turbopompe suscitée. EDF a mené plusieurs diagnostics et réparations, qui n’’ont pas permis d’’identifier rapidement l’’origine des anomalies.
Ainsi, la disponibilité de la turbopompe a été remise en cause plusieurs fois d’une réparation à l’’autre. L’’origine des dysfonctionnements, qui concerne le système d’’ouverture et de fermeture de la vanne, a été identifiée le 18 août.
Après réparation, la turbopompe est finalement déclarée disponible le 21 août. L’’analyse de l’’évènement réalisée a posteriori montre que, du fait des anomalies rencontrées sur la vanne précitée, la turbopompe n’était pas disponible depuis le 10 août. La conduite à tenir définie par les RGE, qui demande une mise à l’’arrêt du réacteur ou une réparation sous trois jours, n’’a donc pas été respectée.
Cet écart n’a pas eu de conséquence sur le personnel ni sur l’environnement. Toutefois, conformément aux règles de classement de l’échelle INES, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES.
Notes :
[1] Une turbopompe est une pompe entraînée par de la vapeur. Son fonctionnement est donc indépendant de toute alimentation électrique.
[2] Le système d’alimentation de secours en eau des générateurs de vapeur (système ASG) fournit à ces derniers, en cas de défaillance de l’alimentation principale, l’eau nécessaire au refroidissement du réacteur. Il est également utilisé lors des périodes de démarrage et d’arrêt du réacteur.
Festival contre la poubelle nucléaire
LE (petit) FESTIVAL CONTRE LA (grosse) POUBELLE NUCLÉAIRE DE BURE
- les 14-15 et 16 septembre,
- toujours à Bonnet (55, Meuse),
- toujours à prix libre,
- toujours sous chapiteaux !
Cette année il s’offre une soirée supplémentaire le vendredi soir avec repas, cirque et jazz manouche ! Et à suivre tout au long du week-end et comme tous les ans, une vraie info indépendante sur les déchets, l’enfouissement, et le nucléaire en général.
La première conférence-débat portera donc sur l’actualité du projet de Bure (CIGEO) et la seconde sur les luttes victorieuses contre les projets d’enfouissement en France, avec des intervenants de Mayenne, des Deux-Sèvres, et, on l’espère, du Gard, qui viendront parler de leurs luttes contre l’ANDRA. Hé oui, ce ne sont pas toujours les nucléocrates qui gagnent !
Pour s’en souvenir on pourra aussi visionner le documentaire « Plogoff, des pierres contre des fusils » et débattre avec Nicole et Félix Le Garrec, les réalisateurs.
Enfin, pour replacer le projet de Bure dans un contexte plus général et faire le lien avec d’autres projets d’actualité, la compagnie Un Pas de Côté viendra jouer la pièce « Avenir Radieux, une fission française », deuxième volet (après « Elf, la pompe Afrique ») de la trilogie BLEU-BLANC-ROUGE de Nicolas Lambert. A partir, entre autres, de scènes tirées des débats publics sur l’EPR (tiens ? on n’aurait pas un débat public sur le feu chez nous aussi ?), la pièce explore le discours officiel du pouvoir et la confiscation de la possibilité de débattre.
Évidemment il y aura aussi du bon son pour toutes les oreilles (bal folk, jazz manouche, dub-tek, hip-hop, etc), du cirque avec les Gones et les Rouages, de la danse avec Man’ok (spectacle participatif), de la magie pour les petits, des ateliers : écriture, cirque, énergies renouvelables, sérigraphie (si vous voulez un beau t-shirt du festival à prix libre ramenez un tee-shirt uni de votre placard !), un jeu de piste pour les enfants, des expos, des stands d’info, et, grande nouveauté, une expo d’art contemporain d’Adeline Carrion Reyna sur les travailleurs du nucléaire, à la salle des fêtes de Bonnet ! Puisque CIGEO est censé nous amener du boulot autant qu’on sache tout de suite à quoi s’attendre...
Pour le côté pratique : le dortoir et les chambres de la Maison de Bure seront réservées aux artistes et intervenants (qui viennent de loin pour jouer gratis...). Il y aura possibilité de camper sur place ou dans une salle de la mairie de Bonnet : amenez vos tentes ! Côté cuisine, une cantine à prix libre, sera présente comme l’an passé pour nous régaler...
Merci de diffuser ce mail à tous les vents lorrains et champenois !
A bientôt !
L’équipe du festival.
Guyane : l’exploration de pétrole a commencé
Shell creuse le premier des 4 forages d’exploration au large de la Guyane. Ces opérations se déroulent si l’on peut dire selon « l’ancien régime ». Le processus d’autorisation avait été initié par le gouvernement Jospin en 2001 et prolongé par le gouvernement Fillon en 2011. Dans son communiqué « Le go-fast de Shell » du 9 juillet 2012, Robin des Bois a dénoncé les conditions d’attribution des autorisations. Le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Guyane vient de demander la suspension de ces opérations.
A la mi-juin 2012, les trois ministres des outre-mer, de l’écologie et du redressement productif ont déclaré que les nouveaux permis de recherche et d’exploitation imposeront des garanties écologiques qui n’existent pas jusqu’alors. Nous y sommes. En effet, quatre nouvelles demandes de permis de recherche d’hydrocarbures sont en cours d’instruction. Elles ont été déposées par TOTAL, Wessex/Saturn et Azimuth entre juillet 2011 et mai 2012. La demande de Wessex/Saturn qui travaille avec Shell, TOTAL et BP au préfet de Guyane est particulièrement désinvolte au regard de l’importance de la sollicitation : « Trouve ci-joint, s’il vous plait, une copie complète de la demande pour un permis pétrolier Papillon dans la mer Guyanaise. (…) Nous espérons pour l’octroi de ce permis plus rapidement ».
La recherche d’hydrocarbures dans le sous-sol marin est effectuée par des canons à air tractés par les navires de prospection. Ils tirent des rafales régulières, espacées de quelques secondes, parfois plusieurs semaines de suite, nuit et jour. Ils déclenchent dans la colonne d’eau des ondes sismiques. Les échos sont analysés par des hydrophones. Ces bruits sont enregistrables jusqu’à 3.000 km de la source sonore. Ils rayonnent dans l’eau et dans les sédiments.
Quel sera le nouveau régime ?
Il devra prendre en compte pour la première phase de recherche sismique les perturbations acoustiques et les ondes de compression subies par la faune marine, crevettes et autres invertébrés, poissons, tortues marines et mammifères marins. Une attention particulière devra être portée aux lamantins et aux dauphins de Guyane puisque les nouvelles demandes de permis de recherche s’approchent des eaux côtières et de la mangrove.
Des études démontrent également que les œufs et les larves des poissons exposés au tohu bohu et au chahut sous-marin sont moins viables et ont une croissance réduite. Le bruit sous-marin est reconnu par l’ONU comme une menace pour la biodiversité marine. Pour le nouveau régime d’attribution des autorisations de recherche d’hydrocarbures au large de la Guyane et dans toutes les eaux sous juridiction française, les ministères concernés pourront utilement s’inspirer des conclusions du groupe de travail sur les mammifères marins du Grenelle de la mer.
Dès maintenant, il convient aussi de prendre en compte les risques liés aux forages d’exploration et d’exploitation qui succèderaient à la phase initiale de prospection sismique ; dans des conditions analogues à l’offshore de Guyane, les forages d’exploitation de Chevron sont suspendus au large du Brésil.
L’industrie du pétrole est pressée et pressante. Cependant, en harmonie avec les impulsions du nouveau gouvernement, aucun nouveau permis ne doit être accordé dans les eaux sous juridiction française tant que la refonte des règles d’attribution des permis de recherche, d’exploration et d’exploitation n’aura pas abouti. Les pollutions sonores, les pollutions des boues de forage, les rejets chroniques de produits chimiques et d’hydrocarbures en phase d’exploitation, l’adéquation des moyens mobilisables en urgence en cas d’incident ou d’accident, sont des points essentiels pour Robin des Bois.
Le Mont Blanc, menacé en haut et en bas
Au sommet, le changement climatique et les hordes de touristes. A la base, un nouveau projet de tunnel
Alors qu’on n’a parlé ces dernières semaines que des conditions climatiques et des risques que prennent tous ceux qui se lancent à l’assaut du toit de l’Europe, une menace encore plus importante se profile sous le massif : on évoque à nouveau, depuis quelques jours, l’ouverture d’un deuxième tube au tunnel du Mont-Blanc.
Une annonce en forme de coup de tonnerre et de partie de poker menteur, qui équivaudrait à se moquer tout à la fois de la santé publique et des injonctions de la Cour européenne de justice qui a pointé, à plusieurs reprises, les taux de pollution atteints dans les vallées de l’Arve et de Chamonix.
C’est curieux la une des journaux : les infos s’y succèdent en ordre accéléré, sans jamais que quiconque ne songe à mettre les sujets en lien les uns avec les autres.
Prenez le cas des accidents, cet été, dans le massif du Mont-Blanc. Comme chaque été, on a eu droit aux gros titres « La montagne qui tue » « La montagne homicide » (au fait, personne ne fait jamais le rapport accidents de montagne vs noyades en piscines privées). Avec, cet été, des pleines pages sur le « couloir de la mort »… Le couloir du Goûter que la mairie de Saint-Gervais et la préfecture de Haute-Savoie ont jugé prudent de déconseiller aux touristes.
Le problème, avec ce couloir du Goûter, c’est qu’il est situé sur la voie normale d’accès au toit de l’Europe, et que près de 17 000 alpinistes l’empruntent chaque année. Dont bon nombre arrivent du bout du monde et ont programmé de « faire » le Mont-Blanc entre telle et telle date, quelles que soient les conditions météo…
C’est une partie du sujet. Certains alpinistes veillent jalousement – et je le crois justement – sur ce « dernier espace de liberté » qu’il s’agit de ne pas trop réglementer.
Mais ce n’est qu’une partie du sujet. Si le couloir du Goûter se délite, que tombent de gros blocs de pierre, dans cette partie très exposée qu’il faut traverser presque en courant en s’accrochant à une main courante en acier… c’est que le changement climatique est en marche, là-haut au mont Blanc.
Le réchauffement est sous nos pieds
Ce changement climatique, les alpinistes aguerris le vivent chaque jour « sous leurs pieds », comme me le confirmait il y a quelques jours Eric Favret, président du Bureau des guides de Chamonix.
La montagne change. Et sous les grandes constantes que sont les variations météo saisonnières, se révèlent maintenant des épisodes climatiques de plus en plus marqués. Cette année un hiver neigeux et rigoureux, un printemps pourri, des pluies incessantes. Et, sans transition, un été brûlant et une sécheresse qui s’installe, qui ouvre les crevasses, fragilise les glaces et déstabilise les parois quand l’eau dégèle et s’écoule.
Mais c’est quoi le changement climatique ? La conséquence toute simple de nos excès, de nos modes de vie qui contribuent à loisir – sans jamais être remis en question – à l’émission de gaz à effet de serre (GES), et donc au réchauffement global de notre planète.
La succession d’éboulements aux Drus en 1997, 2003, 2005 (le plus important avec 250 000 m3) et 2011 participent du même réchauffement.
Les humains le savent. Et pourtant en bas, tout en bas, la folie et les ambitions financières restent les mêmes. Et c’est par-dessous, à sa base même, que le massif – que nous serions nombreux à vouloir classer – est menacé : creusé par un tunnel que certains veulent élargir encore…
Toujours à la une des journaux et du Dauphiné Libéré du 22 août dernier, on apprend le retour du « spectre » d’un deuxième tunnel au Mont-Blanc. Sur une page entière, le journaliste relate la prise de position du président de la Société italienne du tunnel du Mont-Blanc (SITMB), lors d’une rencontre récente avec ses homologues français des Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc (ATMB) : l’homme se déclarait « clairement favorable au percement d’une seconde galerie pour dédoubler l’ouvrage transfrontalier ».
Plus qu’un serpent de mer, un enjeu financier
Le tunnel du Mont-Blanc a ouvert en 1965. Et son doublement a été envisagé dès son origine. Question de rentabilité. Ou de sécurité, arguaient certains. Heureusement, sans mise en œuvre à ce jour...
En 1991, on en parlait tant en haut lieu que, dans la vallée de Chamonix, les citoyens se sont organisés. C’était la naissance de l’Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB). Une association de citoyens organisés et de plus en plus compétents sur les problèmes de transport européen et notamment alpin.
Depuis vingt ans, de gouvernement en gouvernement, la situation n’a jamais vraiment évolué. Des prises de positions molles, des décisions « en réaction »… Comme ces assurances de non doublement, données après 1999, après l’incendie dramatique du tunnel du Mont-Blanc qui a fait 39 morts...
Mont-Blanc, Fréjus : même logique
Aujourd’hui, pour certains, l’incendie n’est plus qu’un lointain souvenir et les appétits financiers sont toujours présents. Qu’importent les alertes ! Qu’importe l’incendie du Gothard en 2001 (onze morts), ou celui du tunnel du Fréjus en Savoie en 2005 (deux morts)...
Aux yeux des lobbies routiers, ces morts justifient les doublements ; question de sécurité ! Et ça pousse fort, côté Gothard ou côté Fréjus.
Au Fréjus, une galerie dite « de secours » en cours de percement a été portée à 8 mètres de large ; bien suffisant pour constituer une deuxième galerie ! La première mesure 9 mètres et, au Mont-Blanc, le tube bidirectionnel, lui, ne fait que 7 mètres de large (plus une galerie de sécurité de 1,40 mètre).
Au Fréjus, c’est la Commission de contrôle intergouvernementale du tunnel (composée de représentants des ministères de tutelle français et italiens) qui a demandé récemment une autorisation de mise en circulation de cette galerie. Alors même que l’autoroute ferroviaire Aiton-Orbassano, qui passe à peu près au même endroit, n’en finit pas de végéter et d’attendre le lancement d’une réelle politique du fret en France…
Côté Mont-Blanc, en y regardant bien, tout est en place pour s’attaquer au doublement. Des travaux colossaux sont en cours, sur le versant italien, pour améliorer l’accès au tunnel. Sur le versant français, ce n’est pas mieux : la RN 205 qui va du Fayet jusqu’au pied du tunnel, après avoir été concédée à l’ATMB, a été portée à deux fois deux voies.
Bref, on peut se demander s’il est raisonnable d’accorder crédit au PDG de l’ATMB, qui assurait le 23 août aux responsables de l’ARSMB : « L’ATMB s’oppose et s’opposera longtemps encore au doublement du tunnel du Mont-Blanc. »
Poker menteur ? Possible. Rien ne pèse vraiment longtemps, face aux intérêts financiers. Ni le massif, tout là haut qui se délite et qui souffre, Ni la santé des riverains de la vallée de l’Arve et de celle de Chamonix.
Une atteinte à la nature et à la santé des riverains
Car l’air est pollué en vallée de Chamonix et en vallée de l’Arve, au pied du Mont-Blanc. Si gravement pollué que c’est la santé des habitants de la vallée qui est en question.
A l’injonction de l’Europe, l’Etat a mis en place un Plan de protection de l’atmosphère, dont il n’est pas sorti grand-chose jusqu’ici. Sauf une meilleure compréhension partagée de la gravité de la situation, par les élus et par les habitants. Et c’est peut être la seule bonne nouvelle pour une élue écologiste !
Quand la puissance publique fait la sourde oreille, quand les grands forums internationaux ne veulent pas prendre en compte notre avenir commun… c’est à la société civile de faire le lien. De « penser global », comme nous aimons à dire. Pour pousser les élus de tout bords à prendre à leur tour leur véritable responsabilité.
L’avenir du Mont-Blanc se joue par le sommet et par la base ; il s’échauffe sur le dessus et se fait percer d’autoroutes par en dessous. Préserver ce qui fait la beauté du site implique de ne pas multiplier, voire de réduire les transports polluants qui le transpercent. Et c’est bien de notre responsabilité commune que de répondre à cette double urgence.
Le magasin où tout est gratuit
Eviter le gaspillage et les déchets en redonnant une seconde vie à des objets encore en bon état, telle est l’idée qui a pris corps au Magasin pour rien, à Mulhouse, en Alsace
Dans cette caverne d’Ali Baba, n’importe quel citoyen, pauvre ou riche, peut prendre trois articles de son choix et repartir… sans rien payer ! La gratuité, une idée neuve en Europe, mise en pratique dans ce lieu unique en France.
L’idée
C’est en visitant le quartier alternatif allemand de Fribourg que Roger Winterhalter, ancien maire écolo de Lutterbach (Haut-Rhin), a découvert ce concept de Magasin pour rien, Umsonstladen, dans la langue de Goethe : « L’idée de faire profiter des objets que l’on stocke dans nos caves ou greniers ceux qui en ont besoin, plutôt que de jeter, me semblait vraiment pertinente dans notre société de surconsommation. Mais je souhaitais aller au-delà des milieux alternatifs et favoriser la mixité sociale dans notre Magasin pour rien. »
Nul besoin de montrer patte blanche pour faire ses emplettes… gratuitement ! Il suffit de franchir la porte du local et de se servir en contrepartie d’un sourire. Derrière le comptoir, où un livre d’or remplace le tiroir-caisse, Mireille veille à ce que les personnes accueillies – une quarantaine chaque semaine sur trois demi-journées d’ouverture – ne repartent pas les mains vides.
« Ici c’est l’humain qui compte. Pas besoin de justifier sa situation sociale, la porte est grande ouverte à tous, dans le respect, la convivialité et la solidarité. »
Un mode de fonctionnement tellement inhabituel qu’il en surprend plus d’un. Ceux qui franchissent le seuil pour la première fois le font avec une certaine timidité. Ils sont vite rassurés par Mireille qui les accueille chaleureusement tout en leur expliquant le « mode d’emploi ».
« Nous avons nos habitués comme cette famille originaire du Kosovo, venue aujourd’hui avec ses deux enfants qui se font plaisir à dénicher un livre ou un DVD. »
En partant, les « clients » offrent une mine ravie à Mireille. Quant aux minots, ils demandent l’autorisation, toujours accordée, de se servir en bonbons disposés sur le comptoir avant de repartir les bras chargés d’objets (vaisselle, petit électroménager, jouets, etc.) qui leur seront bien utiles dans leur difficile quotidien de réfugiés.
Comment la mettre en pratique ?
Pour lancer le Magasin pour rien, en décembre 2009, Roger Winterhalter s’est appuyé sur un collectif d’associations regroupées au sein de la Maison de la citoyenneté mondiale dont il est aussi le fondateur. Il a ensuite trouvé un local et embauché Mireille, sous contrat aidé subventionné par l’Etat. Les frais de fonctionnement mensuels, de l’ordre de 500 euros une fois les subventions déduites, sont notamment assurés par les dons de particuliers. Et pour la première fois en 2011, la ville de Mulhouse lui a versé une subvention de 2 000 euros.
Dans cette initiative où le superflu des uns pourvoit au minimum vital des autres, s’illustre la conviction politique du fondateur :
« Il faut apprendre à recycler, réutiliser ce qui existe, pour promouvoir un mode de vie basé sur la décroissance. »
Pour cet ancien élu, pas question de misérabilisme, d’aide sociale ou de charité.
« Tout le monde peut donner ou recevoir ces objets. C’est une bonne chose pour la planète. Et l’anonymat de ceux qui donnent et reçoivent permet de respecter une certaine dignité et égalité entre les personnes qui fréquentent le Magasin pour rien, quel que soit leur niveau de vie. »
Ce qu’il reste à faire
Ouvert il y a bientôt trois ans, le Magasin pour rien de Mulhouse demeure une expérience unique en France. Elle cohabite de façon complémentaire avec des structures comme Le Relais, ou Emmaüs qui, elles, recyclent des objets mais en les revendant pour financer la réinsertion de ses compagnons.
Pour Roger Winterhalter comme pour Mireille Gigante, l’objectif est d’essaimer. Leur ambition : que des Magasins pour rien fleurissent dans l’Hexagone et à l’étranger. Il suffirait pour cela de bonnes volontés, d’une poignée de bénévoles animés par l’envie de modérer la société de surconsommation en instaurant des rapports qui ne sont pas basés sur l’argent… Une utopie ? Oui, mais réaliste, à en croire ses plus ardents défenseurs.
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Coordonnées :
Magasin pour rien
103, rue Vauban, 68100 Mulhouse
Les mardis et jeudis matins, de 9 heures à 12 heures. Le vendredi, de 14 heures à 17 heures.
Un camion sismique veut parcourir l’Ardèche à la recherche de gaz de schiste
Le Collectif 07 a appris hier que la Société Mouvoil SA, détentrice du Permis « Bassin d’Ales », à cheval sur l’Ardèche et le Gard, à demandé aux Préfectures de chacun de ses départements de faire circuler des camions sismiques.
Cette demande est en cours d’étude auprès des préfectures, mais aucune date de rendu n’a été mentionnée. Il a été précisé que les maires de communes concernées seront contactés « pour avis » dans le cadre de cette étude. Il faut tout de même rappeler que le Président de cette société avait annoncé ces travaux pour « après les vendanges et avant les fortes pluies ».
Les Collectifs lancent un appel aux citoyens
Les habitants de l’Ardèche et du Gard sont invités à participer à la vigilance et à se préparer à bloquer ces travaux si ceux-ci étaient autorisés :
1. VIGILANCE : redoubler de vigilance et signaler au comité de veille du Collectif 07 (06 23 66 15 51) toute circulation de véhicules suspects, annonces en mairie… Les Collectifs rappellent qu’il est important de passer par ce numéro et le site internet afin qu’ils puissent vérifier l’information avant d’alerter la population.
2. COORDONNEES : Les personnes souhaitant être prévenues en cas d’alerte sont invitées à faire passer leur numéro de téléphone portable par courriel à contact (arobase) stopaugazdeschiste07.org. L’alerte sera transmise par SMS par le Collectif 07 en même temps qu’aux pyramides téléphoniques mises en place depuis un an.
3. COMMUNICATION : Tous peuvent participer à l’effort de communication en faisant suivre cette information ou en participant à la campagne d’affichage en cours dans les communes. Contacter le Collectif 07 pour plus d’informations.
L’éventualité d’études sismiques sur ces territoires étant connue, la Commission VIA du Collectif 07, en partenariat avec les Collectifs du nord du Gard, ont préparés plusieurs scénarios d’actions non-vlolentes. Toutes les informations seront transmises au moment opportun.
Réunion publique sur le Permis Bassin d’Ales le 13/09/2012 à 20h00
Les Collectifs Stop au gaz et huile de schiste tiendront une réunion publique à Barjac le jeudi 13 septembre 2012 à partir de 20h00, afin d’expliquer les risques particuliers inhérents au permis Bassin d’Alès et à la zone géologique qu’il recouvre.
Ce permis vise en particuliers de forer à 1.400m de profondeur. Il prévoit également l’utilisation d’une technique de fracturation, ce qui paraît extrêmement risqué dans cette zone dont le sous sol karstique comporte de nombreuses failles dans lesquels l’eau circule.
Cette réunion sera aussi l’occasion de préciser en quoi consistent des travaux sismiques.
L’Europe adopte la directive sur les économies d’énergie
STRASBOURG (Parlement européen) - Le Parlement européen a donné son feu vert mardi 11 septembre à une loi européenne qui va rendre obligatoires les programmes d’économies d’énergie pour les services publics européens et contraindra toutes les grandes entreprises à effectuer des audits énergétiques.
Le texte, contesté par les eurosceptiques, a été adopté par 632 voix pour, 25 voix contre et 19 abstentions.
En donnant aujourd’hui son feu vert à la directive sur l’efficacité énergétique, le Parlement européen a adopté un pilier manquant dans la stratégie européenne de lutte contre le changement climatique, s’est félicité l’eurodéputé Vert luxembourgeois Claude Turmes, qui a défendu le texte au Parlement.
Ainsi, l’UE devrait être en mesure d’atteindre son objectif indicatif d’efficacité énergétique fixé à 20% en 2020, a déclaré pour sa part l’eurodéputé PPE (conservateur) français Gaston Franco.
Après l’entrée en vigueur de la loi, les Etats de l’UE seront contraints de rénover 3% de la surface au sol chauffée et/ou refroidie des bâtiments appartenant à l’administration centrale et occupée par celle-ci.
Ce critère s’appliquera aux bâtiments ayant une surface au sol utile totale supérieure à 500 m2 et, à partir de juillet 2015, à ceux dont cette surface dépasse 250 m2. Toutefois, les Etats pourront également utiliser d’autres solutions pour atteindre des économies d’énergie équivalentes.
Le texte demande aux compagnies énergétiques de réaliser chaque année des économies d’énergie correspondant à 1,5% de leurs ventes.
Les Etats devront par ailleurs se fixer, dès mars 2013, des objectifs nationaux d’efficacité énergétique.
Enfin, toutes les grandes entreprises devront faire l’objet d’un audit énergétique qui sera effectué tous les quatre ans par des experts indépendants. Les PME ne devront pas répondre à cette exigence.
Cette législation essentielle est non seulement cruciale pour atteindre les objectifs de sécurité énergétique et ceux liés au climat, mais elle favorisera réellement l’économie et créera des emplois. Elle réduira, de manière décisive, les coûts non négligeables et croissants de notre dépendance aux importations d’énergie, à savoir 488 milliards d’euros en 2011 ou 3,9% du PIB, qui est particulièrement marquée dans les pays touchés par la crise, a fait valoir M. Turmes.
A l’heure où la question du coût de l’énergie occupe tous les esprits, n’oublions que la meilleure énergie est celle que nous en consommons pas, a ajouté M. Franco.
La loi entrera en vigueur 20 jours après sa publication au Journal officiel de l’UE et les Etats disposeront d’un délai de 18 mois pour la transposer en droit national.
Les pays du sud de plus en plus exposés aux poisons chimiques
« En Afrique sub-saharienne, on estime que les coûts résultant des intoxications aux pesticides dépassent maintenant le somme totale annuelle de l’aide publique au développement accordée à la région en matière de soin de santé de base »
Selon un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), une action urgente des gouvernements et de l’industrie est nécessaire afin de limiter l’augmentation des risques sanitaires et environnementaux posés par la gestion non durable des produits chimiques à travers le monde.
Ces risques sont aggravés par des modifications constantes dans les modes de production, d’utilisation et d’élimination des produits chimiques. Le problème concerne aussi bien les pays développés et que les pays émergents et les économies en développement, où les garanties et les règlements sont souvent plus faibles, affirme le rapport.
Ce nouveau rapport intitulé « Global Chemicals Outlook » (en français « Perspectives mondiales en matière de produits chimiques »), publié aujourd’hui, met en évidence le lourd fardeau économique que représente ces substances chimiques, en particulier pour les pays en développement.
En Afrique sub-saharienne, on estime que les coûts résultant des intoxications aux pesticides dépassent maintenant le somme totale annuelle de l’aide publique au développement accordée à la région en matière de soin de santé de base, à l’exclusion de l’aide publique pour le VIH/SIDA.
Dans la même région, on estime que le coût total des maladies et des blessures liées aux pesticides pourrait atteindre 90 milliards de dollars (USD) d’ici 2020.
(...)
« Les communautés du monde entier - et plus particulièrement dans les pays émergents et dans les pays en voie développement - sont de plus en plus dépendantes des produits chimiques, des engrais, des produits en plastiques et des produits électroniques, pour développer leurs économies et améliorer leurs revenus, » a déclaré Achim Steiner, Secrétaire général adjoint de l’ONU et Directeur exécutif du PNUE.
« Cependant si les produits chimiques peuvent fournir des bénéfices, cela ne doit pas se faire au détriment de la santé humaine et de l’environnement. La pollution et les maladies liées à l’utilisation, à la production et à l’élimination non durable des produits chimiques peuvent gravement entraver les progrès et l’accomplissement des objectifs de développement clés. En effet, cela affecte l’approvisionnement en eau, la sécurité alimentaire, le bien-être et la productivité des travailleurs. Réduire les risques et améliorer la gestion des produits chimiques, à tous les stades de la chaîne d’approvisionnement, est donc une composante essentielle de la transition vers une économie verte, sobre en carbone et économe en ressources », a ajouté M. Steiner.
(...)
Sur les 140.000 produits chimiques présents sur le marché actuellement, seul une petite fraction a été soigneusement évaluée afin de déterminer ses effets sur la santé humaine et l’environnement.
Dans les pays de l’OCDE, les données indiquent que les produits chimiques inorganiques (tels que l’hydrogène sulfuré, l’ammoniac, l’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique) et les produits chimiques organiques (tels que le styrène, le formaldéhyde, le toluène et l’acétaldéhyde) sont les polluants atmosphériques le plus souvent libérés dans l’atmosphère, et dans les plus grandes quantités.
Parmi les polluants rejetés en quantités importantes dans les eaux de surface des pays de l’OCDE (principalement), on retrouve à nouveau des produits chimiques inorganiques (comme l’acide nitrique, l’ammoniac et les composés chimiques de manganèse) ainsi que des produits organiques (tels que le méthanol, l’éthylène glycol, le phénol, le toluène et le formaldéhyde). On estime que jusqu’à 75% des e-déchets (déchets électroniques) générés en Europe, et environ 80% des e-déchets générés aux Etats-Unis, ne sont jamais comptabilisés.
Les intoxications dues aux produits chimiques industriels et agricoles sont parmi les cinq principales causes de décès dans le monde. Cela équivaut à plus de 1 million de décès par an et à 14 millions d’années de vie ajustées à cause de handicaps. Le taux d’accidents industriels involontaires impliquant des produits chimiques continue de croître rapidement.
Tendances mondiales en matière de produits chimiques : les impacts sur l’environnement et sur la santé
Dans les pays en développement et dans les économies émergentes, les produits utilisés par l’industrie chimique (tels que les colorants, les détergents et les adhésifs) sont en train de remplacer les plantes traditionnelles, les produits à base de céramique et les produits naturels issus d’animaux.
Selon le rapport du PNUE, les ventes internationales de produits chimiques sont appelées à augmenter d’environ 3% par an jusqu’en 2050.
L’Afrique et le Moyen-Orient devraient enregistrer une augmentation moyenne de 40% de la production chimique entre 2012 et 2020. L’Amérique latine, quant à elle, devrait connaître une hausse de 33%.
L’intensification de l’utilisation des produits chimiques, telle que soulignée dans le rapport du PNUE, signifie que les produits chimiques synthétiques sont en train de devenir les composants majeurs des flux de déchets et de pollution dans le monde. Les individus et les habitats risquent donc d’être de plus en plus exposés aux effets négatifs des produits chimiques.
Au Soudan, des études ont démontré que les femmes enceintes qui exercent une activité agricole (dans laquelle des pesticides sont utilisés), sont exposées à un risque de mortalité trois fois plus élevé que la moyenne. En Équateur, des villageois utilisaient de l’eau venant d’un point d’eau situé à proximité d’un site d’extraction d’huile pour se baigner et pour boire. Cette eau contenait des niveaux d’hydrocarbures pétroliers jusqu’à 288 fois plus élevées que les normes de la Communauté Européenne.
Aux Etats-Unis, une étude datant de 2009 s’est penchée sur 212 produits chimiques. Cette dernière a révélé que toutes les substances examinées ont été détectées dans une certaine portion de la population nationale. Dans les classifications harmonisées de l’UE, plus de 3000 produits chimiques sont classés comme toxiques pour la vie aquatique. Les niveaux de toxicité vont de « très toxique » à « toxique avec des effets nocifs à long terme ».
Les principales préoccupations écologiques incluent la contamination des rivières et des lacs par les pesticides et par les engrais, la pollution aux métaux lourds imputable à la production de ciment et de textile, et enfin la contamination à la dioxine venant des exploitations minières.
Par ailleurs, le ruissellement des engrais et des pesticides contribue à accentuer le problème des « zones mortes », pauvres en oxygène, présentes dans les eaux côtières.
Selon le rapport du PNUE « L’avenir de l’environnement mondial 5 (GEO-5) », sorti en juin 2012, seulement 13 des 169 zones mortes côtières de la planète seraient en train de se rétablir.
Les polluants organiques persistants (POP) peuvent être transportés dans l’air sur de longues distances et s’accumuler sur la terre et dans l’eau. Ils peuvent aussi s’amasser dans les organismes et remonter la chaîne alimentaire.
Le mercure, par exemple, est transformé par les organismes aquatiques en des composés qui peuvent atteindre des dizaines de milliers de fois la concentration initialement présente dans l’eau.
En plus de nuire à la biodiversité, cela peut avoir de graves répercussions sur la pêche, qui est une source importante de protéines et de revenus pour des millions de personnes dans le monde.
Les tendances mondiales en matière de produits chimiques : les implications économiques
Le rapport explique qu’une transition vers une production, une utilisation et une élimination durable des produits chimiques peut apporter d’importants avantages économiques en matière de développement, de réduction de la pauvreté, et de réduction des risques pour la santé humaine et pour l’environnement.
La mauvaise gestion des produits chimiques, quant à elle, pourrait entraîner des coûts de plusieurs milliards de dollars (USD) au niveau mondial. Ces coûts, la plupart du temps, ne sont pas pris en charge par les fabricants, ni par les autres acteurs de la chaîne d’approvisionnement. Ils sont souvent pris en compte par des systèmes de protection sociale ou des assurances individuelles.
La mauvaise gestion des composés organiques volatils est responsable de pertes économiques globales estimées à 236,3 milliards de dollars (USD). L’exposition au mercure a entraîné des dommages sur la santé et sur l’environnement qui sont estimés à 22 milliards de dollars (USD). En Chine, les dommages sur le secteur de la pêche commerciale causés par la pollution aiguë de l’eau ont été estimés à 634 milliards de dollars (USD), sur une période d’un an.
Aux États-Unis, la mauvaise gestion des pesticides a abouti à une perte de récolte estimée à 1,4 milliard de dollars (USD).
Au Royaume-Uni, l’accident survenu dans l’entrepôt de stockage d’huile de Buncefield a donné lieu à l’un des plus grands incendies jamais connu en temps de paix en Europe. Cet accident a causé des pertes financières de plus d’un milliard de dollars (USD), rien que pour régler les litiges et les frais médicaux.
Dans les pays développés et en développement, les chaînes d’approvisionnement deviennent de plus en plus complexes et de plus en plus longues. En outre, l’introduction de nouveaux composés chimiques signifie que les produits sont maintenant plus susceptibles de ne pas respecter les normes de sécurité, selon le rapport du PNUE.
Ce phénomène entraîne également une augmentation du risque d’accident de travail, avec les lourdes charges financières en matière de soin de santé qui en découle. Par exemple, les frais occasionnés par l’amiante, et les cloisons sèches contaminées, s’élèvent à plus de 125 milliards de dollars (USD) à travers le monde entier. Par ailleurs, ce chiffre ne cesse d’augmenter.
Dans les pays émergents et les pays en voie de développement, des bénéfices économiques importants peuvent être réalisés grâce à des pratiques agricoles durables telles que la gestion intégrée des ravageurs (GIR).
La GIR consiste à utiliser moins de produits chimiques, et à introduire des méthodes alternatives telles que la rotation des cultures, en vue de favoriser la survie des ennemis naturels des ravageurs. Cela permet également une meilleure surveillance phytosanitaire.
Dans les exploitations de pommes de terre d’Équateur, la GIR a été introduite pour lutter contre les taux élevés d’empoisonnement par pesticide. Les plantations de pommes de terre qui ont été gérées grâce à cette méthode ont été bien plus productives et ont connu une baisse des coûts de production de 20% par rapport aux parcelles traitées avec des pesticides chimiques. Le nombre de personnes souffrant de problèmes neurologiques liés aux pesticides a également diminué.
Dès les années 1990, l’Indonésie a introduit un programme intégré de lutte antiparasitaire. Ce programme a aidé les agriculteurs à réduire l’utilisation des pesticides de moitié et à augmenter les rendements d’environ 10%.
Les gains économiques provenant de la mise en oeuvre du programme national de GIR 2001-2020 sont équivalents à 3,65% du PIB de l’Indonésie (en 2000).
Grâce à ce programme, on prévoit que dans les 19 prochaines années plus de 20.000 cas d’intoxications aiguës aux pesticides seront évités chez les cultivateurs de riz. Des bénéfices équivalents à un total cumulé de 22% du PIB de l’Indonésie en 2000 devraient être dégagés. Enfin on prévoit également une augmentation du revenu des ménages de près de 5 pour cent.
Les bénéfices globaux liés au retrait de l’essence au plomb s’élèvent à 2,45 milliards de dollars (USD), soit 4% du PIB mondial annuel.
Améliorer la gestion des produits chimiques en fin de cycle de vie peut aussi servir à soutenir les activités de récupération des matières précieuses. Cet argument est particulièrement pertinent en ce qui concerne les déchets électroniques (e-déchets). En effet, dans les pays en développement, ces derniers sont de plus en plus souvent soit recyclés soit démantelés, et ce afin d’en retirer les métaux précieux comme l’or ou le cuivre.
Dans les pays en développement, le recyclage des déchets électroniques est un secteur en grande partie non réglementé. Les travailleurs y sont régulièrement exposés à de nombreux produits chimiques nocifs, comme les dioxines émises lors des opérations de récupération à chaud des métaux contenus dans les câbles.
Au Ghana, l’introduction de technologies de recyclage plus sûres et plus efficaces, comme alternative à la récupération à chaud des métaux contenus dans les câbles, a entraîné une augmentation de 45% des recettes par ordinateur de bureau recyclé.
En outre, en utilisant des techniques de recyclage améliorées, il est prouvé que l’on peut récupérer jusqu’à 90% des substances appauvrissant l’ozone contenues dans les déchets électroniques.
(...)
L’iPhone 5 est un désastre écologique
Apple lance un nouvel appareil communiquant. Sa démarche commerciale est organisée pour rendre rapidement obsolètes les anciens appareils, qui ne sont plus adaptés, et crée un immense gaspillage.
Nouvelle esthétique, nouvelle connectique, la course à l’innovation que se livrent les géants du secteur high-tech Apple, Samsung et Nokia en tête, justifie-t-elle que les chargeurs, enceintes et autres gadgets des précédentes générations d’iPhone finissent dans nos tiroirs ou pire dans nos poubelles ?
En présentant le 12 septembre l’iPhone 5 [pour une mise en vente le 21 septembre], Apple met non seulement en vente un gadget dernier cri, mais impose aussi à ses clients, partenaires et aux producteurs de produits dérivés, une nouvelle donne. Car si le design de l’iPhone 5 marque une rupture avec les modèles précédents, la connectique est, elle aussi, différente : le nouveau chargeur de l’iPhone 5 sera donc incompatible avec les 183 millions d’iPhone, 73 millions d’iPad et 275 millions d’iPod vendus dans le monde. Il en sera de même pour les stations d’accueil et autres chaînes hi-fi : de quoi nous inciter à renouveler tous nos équipements ?
Les ressources naturelles s’épuisent et Apple, la plus grande capitalisation boursière de l’histoire des Etats-Unis, se permet une nouvelle fois de les gaspiller pour vendre plus et rendre le consommateur toujours plus dépendant.
Ce 12 septembre n’est en réalité pour Apple qu’un nouveau chapitre de sa longue saga sur le thème de l’obsolescence programmée : en 2001, le groupe à la pomme lançait l’iPod dont la durée de vie est limitée à celle de sa batterie, indémontable [1]. Malgré une action en justice aux Etats-Unis, Apple innove régulièrement pour maîtriser la durée de vie ses produits : impossibilité de mettre à jour le système d’exploitation pour les modèles les plus anciens [2], pièces détachées qui changent à chaque génération [3]. Avec 3 générations d’iPad en 2 ans et 6 d’iPhone en 5 ans [4], les produits Apple sont très rapidement obsolètes !
L’obsolescence programmée du secteur high-tech a un coût écologique et social. Les Amis de la Terre alertent depuis 2010 sur l’exploitation massive des ressources, l’extraction de terres rares et minerais dans les pays du Sud, les impacts sanitaires pour les populations locales, la surproduction de déchets et les pollutions lourdes.
Camille Lecomte, chargée de campagne Modes de production et de consommation responsables s’insurge : « Combien de ces objets tant désirés aujourd’hui finiront dans les 18 mois dans un tiroir comme 37 % de nos portables voire pire dans nos poubelles [5]. Combien de temps les populations d’Afrique impactées par l’extraction minière nécessaire à ces technologies vont-elles encore supporter de voir leur environnement détruit, leurs cours d’eaux et leurs sources contaminées ? »
Les Amis de la Terre appellent les parlementaires et les sénateurs à mettre un terme à l’aberration environnementale et sociale que constitue l’obsolescence programmée, en adoptant une loi pour allonger la durée de garantie de 2 à 10 ans sur les biens de consommation, pour imposer aux producteurs de mettre sur les marchés des produits réparables et de garantir la mise à disposition des pièces détachées pour faciliter la réparation dans les 10 années suivant l’achat d’un bien.
Des solutions existent pour consommer autrement : donner une seconde vie à nos produits, faire réparer plutôt que de jeter, soutenir les réparateurs et valoriser leur savoir-faire, pour une économie utile socialement, qui préserve les emplois et l’environnement.
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Notes :
[1] Chiffre iPhone pour 2012 Chiffre iPad pour 2012 Chiffre iPod pour 2011
[2] IOS 5 est le dernier système d’exploitation d’Apple, la mise à jour via le site d’Apple est possible pour toute la gamme des iPad. La mise à jour pour les iPhone est limitée aux trois dernières versions (3GS, 4G et 4GS). Un iPhone 3G, lancé officiellement en juillet 2008, ne peut être mis à jour, et seules certaines applications continuent de fonctionner. Le consommateur est ainsi incité à acheter un nouvel objet et la durée d’utilisation d’un iPhone est alors de 3 ans 1/2 !
[3] http://www.cultofmac.com/77814/is-a...
[4] 2007 : sortie iPhone, 2008 : iPhone 3G, 2009 : iPhone 3GS, 2010 : iPhone 4G, 2011 : iPhone 4GS. 2010 : sortie de iPad1, 2011 : iPad 2, 2012 : iPad 3.
[5] Ce qui arrive dans 6 % des cas. Voir : CREDOC, Cahier de recherche, Les secondes vies des objets : les pratiques d’acquisition et de délaissement des produits de consommation, janvier 2012.
Le soutien public à l’énergie solaire privilégie les grandes entreprises
La situation du marché du solaire français est critique. En effet avec la Chine qui inonde l’Europe de ses panneaux photovoltaïques à bas prix et les Européens qui subissent directement l’effet de la crise économique sur leur pouvoir d’achat, le secteur de l’énergie solaire peine à briller. Certaines entreprises sont même contraintes de déposer le bilan et dans les dix plus grandes entreprises mondiales spécialisées dans le solaire, plus aucune n’est française.
Bilan des appels d’offres de juillet 2012
Pour développer l’énergie solaire en France et inciter les entreprises à adopter des projets d’ économies d’énergie, le ministère du Développement Durable avait lancé fin juillet deux importants appels d’offres, d’un montant global de 1 milliard d’euros. Les impressions sont partagées un mois plus tard. D’un côté, il y a la joie de voir le secteur se relancer et de l’autre, le sentiment que les plus gros acteurs du solaire sont favorisés face aux petits qui ont peiné à sortir leur épingle du jeu et ont vu peu de leurs projets retenus.
Pour le premier appel d’offres, l’État avait sélectionné plus de cent projets consistant à mettre en place des toitures solaires avec des capacités de 100 à 250 Kilowatts, pour un total de 21 Megawatts. Pour le second appel d’offres, plus important, 105 plus grandes infrastructures d’une puissance globale de 520 Megawatts avaient été retenues. Les sociétés dont les projets ont été choisis vont désormais pouvoir revendre à EDF l’électricité renouvelable qu’elles produiront à un tarif intéressant indiqué dans leurs offres. La contrepartie est qu’elles devront bâtir une centrale solaire et la raccorder au réseau d’ici à 2014. Les objectifs sont bien sur de réussir à atteindre les objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement mais aussi de créer de l’activité et permettre aux entreprises du solaire français de rester à flot tout en faisant travailler de nombreux partenaires.
Les grandes sociétés et les entreprises étrangères favorisées
Même si le SER et Enerplan, deux syndicats de l’énergie solaire, ont fait savoir qu’ils appréciaient la démarche gouvernementale pour relancer l’innovation dans ce domaine, ils ont souligné deux points : pour eux, les PME ont été lésées dans la retenue des projets et la concurrence étrangère est toujours très vive.
Richard Loyen, syndicat des professionnels dans le secteur solaire, a exprimé son regret de voir que peu de projets de PME aient été retenus : « Beaucoup de nos PME ont été recalées et elles vont devoir attendre un an pour obtenir la garantie sur le financement et l’assurance de leurs projets » , et qu’a contrario les grandes sociétés comme GDF Suez ont presque tout raflé en ce qui concerne les puissances à installer. GDF doit installer 80 Megawatts et triplera ainsi ses dispositifs photovoltaïques au sol et la coentreprise de Veolia et de Réseau Ferré a obtenu plus de 50 Megawatts.
Par ailleurs, en ce qui concerne la partie industrielle, Jean-François Perrin, Président de l’Association de l’Industrie Photovoltaïque en France, a déploré qu’ « en technologie cristalline, plus de 70 % des modules seront fabriqués hors de France, et plus de 90 % des cellules ». Par exemple, des entreprises françaises comme Tenesol ou Photowatt n’ont pas pu bénéficier de ces appels d’offres.
En conclusion, il ressort que les Français ne peuvent pas être compétitifs face aux Chinois sur la partie panneaux solaires ou modules mais plutôt sur le matériel de système de pointage du soleil ou les onduleurs qui ont une plus grande valeur ajoutée.
Des caravanes avancent vers Bruxelles pour une nouvelle politique agricole
Alors que les discussions en faveur de la réforme de la Politique Agricole Commune se tiennent actuellement au Parlement Européen, 80 organisations paysannes et environnementales, de 15 pays européens, se mobilisent et lancent la « Good Food March ». Objectif : alerter l’opinion sur les négociations en cours et inviter les citoyens à faire attendre leur voix pour défendre une agriculture plus équitable, plus verte et plus humaine.
Du 25 août au 19 septembre, à pied, à vélo ou en tracteur ; paysans citoyens et jeunes de toute l’Europe sont ainsi invités à rejoindre l’une des quatre « caravanes » mise en place pour converger vers Bruxelles.
Deux caravanes traversent la France depuis le 1er septembre :
La Caravane Espagne-Bruxelles : départ de Bayonne samedi 1er septembre.
La caravane Calais-Bruxelles : Départ de Calais jeudi 13 septembre à 14h00, rendez-vous devant l’hôtel de ville.
[Deux autres caravanes sont parties en août d’Autriche et des Pays-Bas]
1 mois de mobilisation citoyenne pour une autre PAC
Ces 4 grandes caravanes vont converger à Bruxelles le 19 septembre pour une grande journée d’échanges et de réflexion avec nos élus européens. En parallèle des dizaines d’événements vont avoir lieu un peu partout en Europe. Cette mosaïque d’événements européens est pressentie pour être un des plus importants rassemblements citoyens jamais organisé en Europe pour appeler à une agriculture plus verte et plus juste. Cette mobilisation arrive au moment où nos responsables politiques entament les négociations sur la réforme de la politique agricole commune (PAC).
La genèse de cette campagne a eu lieu en Mai 2012, quand huit organisations ont décidé de lancer ensemble ce qui sera l’action civile la plus importante et la plus vaste pour peser dans la réforme de la PAC. De plus et pour la première fois de son histoire, le Parlement Européen est amené à voter sur cette réforme. C’est une véritable opportunité citoyenne à saisir en vue de peser sur la réforme finale.
11 propositions portées par les ONG et associations paysannes et environnementales
ARC2020, La Coordination Européenne Via Campesina, European Milk Board, Les Amis de la Terre Europe, IFOAM EU Group, Meine Landwirtschaft, le groupe PAC 2013 et Slowfood ont édité un appel à mobilisation commun mettant en exergue 11 demandes fondamentales pour l’avenir de l’agriculture et l’alimentation en Europe. Depuis sa parution, environ 80 organisations de plus de 15 pays ont rejoint le mouvement.
Cette manifestation verra des milliers de paysans et consommateurs exprimer leurs revendications. Tous sont invités à participer aux différentes activités programmées : rejoindre les différentes marches, participer aux événements prévus dans toute l’Europe, et contribuer à la campagne photo européenne. Les caravanes se rejoindront le 19 septembre à Bruxelles pour une journée de clôture de la mobilisation où une conférence sera organisée dans l’enceinte du Parlement Européen.
Tous les partenaires de la Good Food March appellent les citoyens à se mobiliser dans la campagne pour faire entendre leur voix sur la future PAC !
Les moutons de Notre Dame des Landes investissent le Champ de mars
13 septembre, 13h38
Tracteur et moutons à Paris
Nous, paysans et citoyens opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, nous luttons pour la sauvegarde du bocage, des terres nourricières, de la biodiversité et de l’emploi agricole.
Bientôt expulsés, nous sommes venus avec tracteur et moutons pour pâturer le Champ de Mars.
La conférence environnementale des 14 et 15 septembre va censurer les sujets tabous, dont le projet de Notre Dame des Landes.
Par notre présence, nous dénonçons :
- le goufre financier que serait ce projet, alors qu’en pleine crise économique, c’est la sobriété budgétaire qui devrait s’imposer.
- le choix de construire un aéroport en détruisant le bocage, plutôt que d’aménager l’existant si besoin.
Nous invitons les parisiens à venir nous rencontrer au Champ de Mars.
L’An 02
Le n°2 de L’An 02. Revue d’écologie politique, est paru.
Semestriel - Été 2012 – 7 euros – 60 pages – En librairie à partir de septembre et sur abonnement
Alors que les riches détruisent la planète et que le capitalisme a organisé la commercialisation et l’industrialisation systématiques de nos pratiques quotidiennes, de brillants esprits nous expliquent que l’écologie politique est nécessairement réservée à une poignée de nanti·e·s, à une classe ne se souciant plus des questions sociales, à une élite intellectuelle capable de se projeter au-delà des simples satisfactions immédiates. Si ce discours semble corroboré par la sociologie électorale des partis écologistes, dans quel mesure n’est-il pas aussi une construction sociale maintenant la domination de l’élite productiviste ?
Les écologistes trahissent-ils le peuple, en lui refusant l’accès aux loisirs et à la consommation ? Le détournent-ils de ses luttes ? La promotion de la sobriété est-elle une manœuvre cynique visant à lui faire renoncer au progrès social et économique ? Quelle est la décence du discours écologiste face à la pauvreté ?
Pour nous, la déconstruction de ce discours semble un préalable indispensable à l’émergence d’un projet politique écologiste réellement collectif et partagé par tou·te·s. Il ne s’agit pas de construire une énième « convergence des luttes » mais bien de souligner la concordance des combats pour l’égalité, la justice et la durabilité de notre société.
Dossier « L’écologie contre le peuple ? »
Hervé Kempf, « Articuler la critique des besoins à la question des inégalités »
Makekazzo, « Écologie cherche électorat désespérément »
Sandrine Rousseau, « Repenser la question sociale »
Élisabeth Bourgain, « L’Île St-Denis : la possibilité d’une écologie populaire »
François de Beaulieu, « Des savoirs populaires à l’écologie politique »
Tudi Kernalegenn, « L’écologie et le peuple dans la Bretagne des années 1970 »
Romain Felli, « Pauvreté de la tragédie des communs »
Chroniques
« Boîte à outils »
« Chronique du vrai travail »
« L’atterrissage »
Invités : Thierry Paquot, Bruno Villalba et Philippe Godard
Reportage
« La ligne THT patine dans la boue »
Lectures
Petite histoire de l’expérimentation démocratique, d’Yves Sintomer
Aude Vidal, « Les femmes peuvent-elles écrire de la nature writing ? »
Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, de G. K. Chesterton
Beauté fatale, de Mona Chollet
L’Horreur managériale, d’Étienne Rodin
Les Sanctuaires de l’abîme, de Nadine et Thierry Ribault
« Ce vieux livre jauni a d’l’idée » : Printemps silencieux de Rachel Carson
Varia
Amandine Dhée, « Verte ville »
Mwano, « Des millions d’images »
Surprises
Photo-reportage : Pierre Morel, « Campagne électorale, Serbie, mai 2012 »
Dessin et maquette : Guillaume Trouillard, « Inventaire » & « Droit de citation » (photo Patrick Buschhorn)
Installation : AIAA, « Scolywood »
Photographie : Pauline Caylak, « Istanbul »
« L’écologie contre le peuple ? » : Suzanne Husky, « Modernes vies sauvages », et une affiche de Colloghan
Roman-photo : « Debout les morts ! » avec Cornelius Castoriadis, Murray Bookchin, Günther Anders et Jacques Ellul
Conférence environnementale : les ONG unies pour la sobriété
Les écologistes organisent une vigie citoyenne durant la Conférence environnementale qui se tient les 14 et 15 septembre. Le but : rappeler aux négociateurs la nécessité de réduire notre consommation d’énergie
Alors que le président de la République introduira les débats de la conférence environnementale, des associations, des syndicats et des collectifs citoyens organisent, place d’Iéna, à Paris, du vendredi 14 septembre à 09h00 jusqu’au samedi 15 à 16h00, le premier marathon de la sobriété énergétique. Parallèlement à ce rassemblement, une cyber-manifestation est prévue sur le site [http://www.30h.fr] (mis en ligne à partir de 09h00 le vendredi 14 septembre pour une durée de 30 heures).
Plusieurs centaines de manifestants sont attendus devant le palais d’Iéna pour participer à cette vigie citoyenne dont la vocation est de rappeler aux négociateurs l’impérieuse nécessité de changer de vision et réduire notre consommation d’énergie.
L’action de l’Etat doit s’inscrire dans la durée et reposer sur une logique et une cohérence dont les maîtres-mots sont « sobriété » et « efficacité énergétique ». Chaque décision ayant pour conséquence d’accroître durablement notre consommation d’énergie tout en favorisant les industries polluantes devra être dénoncée car elle a pour effet de créer le doute quant à l’ambition effective de l’Etat.
Les associations, syndicats et collectifs citoyens dénoncent ainsi les trop nombreuses décisions (ou non-décisions) qui ont ou auront pour conséquences de soutenir les pollueurs et gaspiller l’énergie : baisse du prix de l’essence, forage pétrolier au large de la Guyane, tentative de passage en force pour imposer l’aéroport de Notre Dame des Landes, criminalisation des militants opposés à la ligne THT Maine-Cotentin et poursuite du chantier de l’EPR, ballon d’essai sur les gaz et huile de schiste en vue de relancer un faux débat, multiples propos ministériels présentant le nucléaire comme une énergie d’avenir, soutien implicite aux agro-carburants, projets autoroutiers maintenus, etc.
Face à l’urgence climatique et à la menace nucléaire, un dialogue environnemental doit reposer sur une véritable cohérence politique, faute de quoi la crise écologique et sociale ne pourrait que s’aggraver.
Les associations, syndicats et collectifs citoyens exigent l’abandon du projet d’aéroport dit de Notre-Dame des Landes ainsi que les projets autoroutiers actuellement inscrits au Schéma national des infrastructures de transport, une décision politique immédiate de sortie du nucléaire (à commencer par l’arrêt immédiat du chantier EPR et la fermeture de Fessenheim), l’interdiction, quelle que soit la technique utilisée, de la recherche et de l’exploitation des gaz et huile de schiste. Parallèlement à ce coup d’arrêt à la destruction de notre environnement, à l’accaparement et l’artificialisation des terres, des mesures de soutien et d’accompagnement à la mise en œuvre d’une transition énergétique et écologique doivent être prises rapidement.
Communiqué commun à
Agir pour l’environnement Amis de la Terre Attac Solidaires Greenpeace Réseau action climat ACIPA Confédération paysanne Collectif citoyen Ile-de-France anti gaz de schiste Réseau Sortir du nucléaire Quartiers en transition
Avec le soutien du collectif Figeac Non aux gaz de schiste, Stop au pétrole et gaz de schiste Rhône-Alpes, Convergence citoyenne pour la transition énergétique, reLOCALisons !
Batho patauge sur Notre Dame des Landes
Douze secondes de silence après la question d’un journaliste : la ministre de l’Ecologie sèche face à ses contradictions. La question à laquelle elle ne peut répondre : pourquoi n’appliquerait-on pas à Notre Dame des Landes la méthode vantée dans un autre domaine ?
Comment annoncer qu’on veut stopper l’artificialisation des sols - l’objectif serait de le stopper totalement en 2025 - et qu’on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre - 40 % en 2030 - tout en projetant de construire, à Notre Dame des Landes, un aéroport qui va manger près de 2000 hectares de terre agricole ?
Le gouvernement de M. Ayrault ne veut pas voir la contradiction. Et est incapable d’y répondre quand on la lui expose clairement.
Ainsi la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, s’est-elle empêtrée dans la question, vendredi 14 septembre, au soir de la première journée de la conférence environnementale, lors de sa conférence de presse.
Le son n’est pas très bon, et la photo franchement mauvaise (Mme Batho est la figure isolée devant la fenêtre), c’est juste pour vous donner une idée de la situation. Les questions se réfèrent implicitement à une déclaration antérieure de Mme Batho, selon laquelle on avait « besoin de Notre Dame des Landes »
http://www.reporterre.net/sons/Bath...
Transcription :
Le journaliste : « Vous avez dit qu’une idée forte pour commencer le débat national sur l’énergie serait de commencer par poser la question de la consommation et des besoins. Est-ce que on pourrait pas aussi envisager de poser la question des besoins sur les projets d’aéroport, par exemple ? »
Silence.
Des collègues gloussent.
Quelqu’un dit : « Un aéroport en particulier où ? »
Une journaliste : « Un quoi ? »
A nouveau le silence.
Le questionneur : « Madame la ministre ? »
Douze secondes sont passées. Enfin, Delphine Batho réagit : « Ouais j’ai déjà répondu ».
Le questionneur : « Non, non, non, pas précisément. Est-ce que il faut pas poser la question du besoin des projets d’aéroport qui ne sont pas finalement, dont les travaux n’ont pas encore commencé ? »
Une journaliste : « Faire une commission, par exemple ? »
Delphine Batho : « Il y a eu, euh, faut pas, pourquoi plus cette infrastructure là qu’une autre ? »
Le questionneur : « Vous avez tout à fait raison. La question était par exemple sur les projets d’aéroport. »
Delphine Batho : « Oui mais j’ai déjà répondu à cette question. »
Le questionneur : « Alors j’ai pas compris, parce que j’ai pas l’impression que vous la posez. Est-ce que vous ne pensez pas qu’il serait nécessaire de se poser publiquement, de la même façon que les procédures qui seront suivies dans le débat national sur l’énergie,... »
Delphine Batho : « Publiquement, c’est le débat, de façon générale, sans cibler plus une infrastructure qu’une autre, parce que je ne vois pas pourquoi une infrastructure plus qu’une autre serait ciblée, le débat qu’a posé d’ailleurs le président de la république sur la consommation d’espace et l’artificialisation des sols. Et je pense que vous verrez demain qu’il y a des objectifs ambitieux qui ont commencé d’être discutés et visés, dans la table ronde. »
Fin de la séquence. On passe à une autre question. La ministre n’a pas répondu.
La dette résulte du refus de changer le monde
Le choix de l’endettement, à partir des années 1980, a été le moyen d’éviter la remise en cause du système productiviste
Nous baignons depuis des mois dans la peur de l’effondrement de l’euro, de la faillite bancaire. Les économistes mondains et médiatiques, qui savent toujours tout après coup, nous livrent bien empaquetées les raisons de la dette et nous expliquent doctement tout et son contraire, suivant les circonstances. ATAC et quelques économistes éclairés et indignés demandent un audit de la dette mais personne ne répond ni ne s’en émeut en haut lieu, et le président nouvellement élu n’en parle plus.
Je voudrais donc faire quelques remarques qui n’engagent que moi sur les causes de la dette, bien éloignées de celles que l’on nous présente et qui concernent l’aspect technologique et écologique de cette crise. Ceci afin de sortir de la comptabilité pathétique et futile de nos experts patentés.
En effet, étrange tout de même : après Mai 68, un vent de critique s’est levé en Occident contre la société de consommation, ce fut l’époque de l’An 01, du début des écolos politiques, mais aussi de la prise de conscience de la part de quelques patrons que l’aveuglement sur les problèmes d’environnement et d’énergie pouvait jouer des tours au capitalisme industriel. Un groupe de grands dirigeants du milieu patronal, appelé Club de Rome, décida de commander une étude prospective au MIT sur la croissance à venir.
A partir de l’interaction entre cinq variables (dont la pollution) un modèle statistique prévisionnel fut construit par Dennis Meadows et il en ressortit une publication intitulée « rapport Meadows », devenu livre sous le titre Limits to growth, traduit de manière plus provocante en français par Halte à la croissance. Dans le sillage de 1968, cet événement stimula les mauvais esprits, critiques de la de la société de consommation ; le président de la commission européenne de l’époque lui-même, le néerlandais Sicco Mansholt, se fit alors publiquement l’apôtre d’un « état stable » ou même d’une décroissance au Nord.
Mais en 1973 éclate la crise du pétrole, les prix flambent à la suite d’une décision de l’OPEP (principaux producteurs de pétrole où curieusement siègent les meilleurs amis de l’époque des USA, le Shah d’Iran et le Roi Fayçal d’Arabie saoudite) de les doubler puis de les laisser filer. Les dirigeants crient alors à la catastrophe imminente, au cataclysme. Pour la première et unique fois, on éteint les lumières la nuit durant la période de Noël, et on prend d’autres mesurettes.
Mais ceci n’est que camouflage, car, au lieu de réfléchir au rapport Meadows, les puissants agitent l’épouvantail du chômage et cherchent à prolonger la croissance à tout va par tous les moyens. C’est à ce moment, alors que les Etats-Unis abandonnent pour leur dollar tout lien avec l’étalon or en 1971, que divers Etats riches dont la France prennent des dispositions pour interdire l’emprunt public auprès des citoyens et le remplacent par l’obligation d’emprunter sur le marché boursier, donc chez les banquiers, internationaux.
Cette mesure deviendra obligatoire dans toute la communauté européenne en 1981. Or, par hasard bien sûr, cette même année 1973, les géants du pétrole entament les recherches en mer du Nord et en Alaska, tandis que la France lance le plan Messmer de nucléarisation de le France.
C’est alors que la dette publique va se creuser dans les pays riches, encore plus vite aux Etats-Unis mais peu importe, car ils ont la planche à billets du monde. De manière très étrange, si vous cherchez sur Internet les courbes d’évolution de l’endettement souverain des pays riches, vous verrez que les courbes de production de l’usage de l’énergie fossile, pétrole, plus gaz et charbon, croissent à partir du milieu des années 70 presque exactement au même rythme que la dette.
Ceci veut dire, entre autres, que les nouvelles technologies de l’information et de la communication, contrairement à ce qui est souvent affirmé, sont dans le même bateau que les autres technologies dès le début, et que la techno-science se convertit totalement aux objectifs du marché (le rapport Meadows avait imaginé un scénario utopique où elle modifiait radicalement sa trajectoire). Après 1990 s’ajoutent l’entrée en scène de la Chine comme atelier du monde et la montée en puissance des BRICS, pays émergents. Ceci accentue encore la demande énergétique, très liée au transport, tandis que croît très rapidement la pression sur l’environnement pour extraire les métaux rares dont les nouvelles technologies sont très gourmandes. Aucune mesure dite de croissance verte n’a été capable d’enrayer le processus de prédation de la planète.
En 1973 nous avions le choix, la possibilité d’une décroissance ou du moins d’une stabilisation de la croissance. L’empreinte écologique était plus ou moins de Un, la planète pouvait être sauvée par un état stationnaire de l’économie qui aurait permis une redistribution lente mais globale de la richesse vers les pays dits sous-développés. Nous avions alors des moyens en réserve pour aider les pays pauvres à rejoindre notre seuil de Un, sans trop le dépasser.
Aujourd’hui, grâce à la dette, l’empreinte est de trois, le PIB a été multiplié au moins par trois en valeur constante et cette richesse produit des SDF, accroît la pauvreté chez nous comme dans une bonne partie du monde, qui au lieu d’émerger coule encore plus profondément (corne de l’Afrique par exemple), et réchauffe brutalement la Terre.
La montée de la dette publique peut donc se lire autrement que dans les banalités du discours comptable de nos experts patentés. On peut l’interpréter comme la variable d’ajustement qui a permis aux économies fondées sur le capitalisme libéral, et la croissance continue du PIB, d’éviter la crise de surproduction et de prévenir le passage à une autre manière de penser les échanges, la production, la rareté.
Ce fut le moyen d’interdire l’utopie menaçante d’un autre univers technologique où la science verte aurait eu un sens qui n’était plus celui du développement de la prédation de la planète pour le plus grand bien des multinationales. La montée de la dette publique peut donc se lire autrement que dans les banalités du discours comptable de nos experts patentés.
L’audit de la dette publique, s’il se réalise un jour, mettra, en lumière, j’en suis sûr, cette dimension bien plus profonde des raisons de la soi-disant crise de la dette. Elle est aussi la crise d’une technologie et d’un machinisme thermo-industriel, c’est-à-dire fondés sur l’énergie de dissipation de la chaleur fossile, qui accompagne dans ses objectifs le refus du capitalisme libéral de voir que les limites de la planète sont atteintes. La dette c’est aussi une façon, très détournée j’en conviens mais bien réelle, pour la nature de nous rappeler que l’homme ne peut continuer à la traiter en esclave.
Le Japon décide de sortir du nucléaire en 2030
Le gouvernement japonais a annoncé, vendredi 14 septembre, l’arrêt progressif de la production nucléaire sur trente ans, dix-huit mois après l’accident de Fukushima qui a provoqué une catastrophe sans précédent dans le monde depuis Tchernobyl, il y a vingt-cinq ans.
Le Japon devient ainsi le troisième pays, après l’Allemagne et la Suisse, à faire part de son intention de stopper ses réacteurs depuis l’accident du 11 mars 2011 à Fukushima Daiichi (220 km au nord-est de Tokyo). L’énergie nucléaire représentait près de 30 % de la consommation de courant au Japon avant cette accident, consécutif à un puissant séisme et au passage d’un tsunami géant sur la région.
Elle ne compte toutefois que pour une très faible part à l’heure actuelle, seuls deux réacteurs étant actuellement en opération, dans le centre du Japon. Les autres sont arrêtés, soit à cause d’un séisme soit en raison des mesures de sécurité supplémentaires exigées par les autorités après l’accident.
« NOUVEAU PLAN ÉNERGIE »
Depuis des mois, les autorités planchent sur un « nouveau plan énergie » pour le Japon, qui a dû fortement augmenter ses importations de gaz naturel depuis l’accident pour compenser la baisse de production nucléaire. La semaine dernière, le Parti démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche) de M. Noda a publié un programme énergétique qui devrait servir de canevas aux décisions du gouvernement.
Le PDJ a souligné que la troisième puissance économique mondiale devait « mettre toutes ses forces dans la balance pour qu’aucune centrale nucléaire ne fonctionne lors de la décennie 2030 ». Il a édicté trois principes pour y parvenir : ne plus construire de centrale nucléaire, arrêter les réacteurs existants après quarante ans d’activité et n’accepter le redémarrage des tranches suspendues qu’après des examens de sécurité menés par une autorité ad hoc.
Le programme du PDJ suggère aussi que le Japon développe davantage les énergies renouvelables, prenne des mesures d’économie d’énergie, exploite les ressources des mers entourant l’archipel et se fournisse à un prix raisonnable en GNL (gaz naturel liquéfié) et autres énergies fossiles, y compris les gaz de schiste.
La justice condamne RTE sur la ligne THT Cotentin Maine
La société RTE, filiale d’EDF, a été condamnée jeudi 13 septembre en référé à Coutances (Manche) à cesser, sur la parcelle d’un agriculteur placé en garde à vue en juillet, les travaux de construction de la ligne à très haute tension (THT) liée au réacteur EPR en chantier à Flamanville (Manche).
« RTE a commis une voie de fait en n’ayant pas obtenu un arrêté préfectoral d’occupation temporaire de la propriété et en entrant sur la propriété sans avoir obtenu l’accord préalable des propriétaires et à défaut l’autorisation d’un juge », a dit à l’AFP Eric Minnegheer, juge des référés à Coutances.
Le juge était saisi par les propriétaires des terres, Sylvie Hubert et Yves Larsonneur. Ce dernier avait passé une dizaine d’heures en garde à vue le 31 juillet pour avoir « bloqué physiquement un chantier déclaré d’utilité publique », selon la préfecture de la Manche.
M. Larsonneur dit qu’il était simplement en train de travailler sur son tracteur dans son champ lorsqu’il a été arrêté le 31 juillet. Il a dénoncé les conditions de cette interpellation, affirmant que son fils de 17 ans avait été comme lui plaqué au sol et s’était vu prescrire en conséquence 10 jours d’interruption temporaire de travail (ITT).
M. Minnegheer, qui est aussi président du tribunal de grande instance de Coutances, a ordonné à RTE de quitter les lieux et d’arrêter les travaux sur cette exploitation située à Montabot (Manche), sous peine d’une astreinte de 5.000 euros par jour de retard.
RTE a fini de construire deux pylônes sur cette exploitation mais doit encore installer les câbles et couper des arbres.
Le juge a en outre ordonné une « expertise pour faire évaluer » d’ici quatre mois « les conséquences dommageables » de cette voie de fait.
Dans une décision distincte, M. Minnegheer a fait droit à la demande d’expertise de Mme Hubert qui « se plaint d’avoir été renversée » mi-août par une grue conduite par un employé d’un sous-traitant de RTE. Mais il a rejeté la demande d’indemnisation par RTE, qui n’est pas l’employeur direct.
Mme Hubert, qui a par ailleurs déposé une plainte au pénal pour ces faits, dit avoir écopé de 21 jours d’ITT.
L’avocat du couple, Me Gervais Marie-Doutressoulle, interrogé par l’AFP, a salué une « victoire totale ». « Après l’humiliation faite par RTE à M. Larsonneur, d’une certaine façon c’est M. Larsonneur qui humilie RTE qui doit dégager le terrain », a-t-il dit.
Cette décision « protège » potentiellement tous les propriétaires concernés par cette THT qui n’ont pas passé d’accord à l’amiable avec RTE, a-t-il ajouté. Selon lui, RTE ne dispose nulle part de l’arrêté préfectoral d’occupation provisoire.
En janvier, RTE avait indiqué que 15% des propriétaires concernés n’avaient pas signé un accord à l’amiable.
La société va faire appel du premier jugement, a indiqué à l’AFP son avocat Me Scanvic, assurant que le juge de Laval, notamment, a pris une décision contraire début août sur cette THT, dans un dossier similaire.
RTE va aussi demander au préfet les arrêtés jugés nécessaires par le juge de Coutances et « si le préfet va vite », ce jugement n’entraînera « aucun retard sur les travaux », a ajouté Me Scanvic. Le juge a donné huit jours à compter de la notification pour suspendre les travaux, a-t-il précisé.
La THT dite Cotentin-Maine, qui doit sur 163 km acheminer l’électricité du futur réacteur EPR de Flamanville, doit entrer en service en 2013. Elle est vivement contestée car des soupçons pèsent sur les répercussions des THT sur la santé.
L’âge de faire
L’âge de faire n° 67 est paru.
Au sommaire :
- Nucléaire en Polynésie
Alors que les élus locaux demandent à accéder aux informations sur les essais nucléaires, l’avenir de ces îles reste sous secret-défense.
- Pesticides
Avec Dominique Belpomme et Jean-Marie Pelt, nous nous penchons sur le scandale des pesticides aux Antilles, et sur leurs alternatives.
- A la rencontre des Inuits
Les collégiens de Longueville-sur-Scie écrivent ce qu’ils ont appris lors de leur voyage au Pôle Nord. Un cahier spécial « ados » et un reportage sur cette expérience pédagogique peu ordinaire.
- Il sème des oasis
Au Sénégal, une association soutient les paysans qui creusent des puits et font reverdir la terre desséchée. Portrait de son initiateur, Pierre Geveart.
- Fiche pratique
Produire ses semences de tomates.
Energie et santé
Colloque Energie Pollution Santé, à Cébazat (près de Clermont-Ferrand) les 22 et 23 sep tembre 2012.
Le Comité de liaison des Convergences citoyennes pour une Transition Énergétique a décidé d’amplifier le mouvement engagé à Lézan (Gard) fin août 2011. Lors de sa première réunion, il a prévu qu’une des prochaines convergences s’attacherait à la question centrale de la crise sanitaire liée aux conséquences des pollutions dues à l’utilisation des ressources énergétiques fossiles et nucléaires.
Or il y a un véritable enjeu à mettre au cœur de nos préoccupations la question de la santé publique et plus précisément celle des conséquences sanitaires de nos choix énergétiques, question qui à été longtemps totalement éludée.
Nous luttons pour certains depuis de nombreuses années, afin d’alerter l’opinion à propos des dangers représentés par :
- l’énergie nucléaire (Tchernobyl, Fukushima illustrent ses dangers mortels) ;
- l’incinération des déchets ménagers, un nouveau scandale sanitaire silencieux ;
- les pollutions urbaines, dues principalement à nos modes de transport, responsables de plusieurs dizaines de milliers de décès prématurés par an ;
- la menace que représente l’exploitation des gaz de schiste ;
- nos modes d’alimentation et de consommation sont eux aussi source de pathologies ainsi que de gaspillage énergétique (importation massive d’aliments notamment de soja OGM provenant d’Amérique du sud entre autre pour les porcheries industrielles, cultures intensives traitées avec des intrants (engrais, pesticides) très énergivores pour leur fabrication, invasion de la chimie dans notre vie quotidienne...
Lors de ce colloque, nous privilégierons une approche globale de ce qu’est la santé. Ainsi dans une logique transversale nous pourrons explorer le potentiel révolutionnaire du changement de paradigme en toxicologie qui concerne certains polluants spécifiques que sont les perturbateurs endocriniens (normes actuelles obsolètes, effet cocktail, période et durée d’exposition).
L’explosion des maladies chroniques (diabète, obésité, cancers...) depuis une cinquantaine d’années est là pour nous alerter sur la nécessité de revoir notre logiciel d’évaluation des risques sanitaires en lien avec les polluants, si l’on veut travailler en mode préventif et non dans un système consumériste de soins.
Nous étudierons comment faire avancer le droit des victimes (ex. victimes des pesticides, amiante). De même nous pourrons ré-examiner : Comment les logiques économiques actuelles priment sur l’environnement et la santé et bafouent la notion d’intérêt général et de bien commun, le monde des décideurs politique trop souvent sous influence des lobbies n’est plus en capacité de réguler quoi que ce soit. Comment de ce fait le débat public est usurpé et la démocratie confisquée.
Le dimanche les débats porteront aussi sur les perspectives dans une optique de transition. Des ateliers pratiques avec des alternatives à l’œuvre. Notre droit à la santé comme moteur du changement social (rappel définition OMS : l’opposabilité aux activités industrielles, le principe de précaution, la santé environnementale au secours de la Santé Publique), vers une économie sociale, solidaire et écologique...
Nous pourrons ainsi amender et compléter « la Déclaration de Lézan » adoptée le dimanche 28 août en assemblée plénière au terme d’une démarche de démocratie directe. Ce texte qui pose les bases d’une nouvelle société, sobre en énergie, respectueuse de la « terre mère », inventive, autogérée et relocalisée, pourra aussi interpeller les politiques sur la question centrale de la santé publique.
Gaz de schiste : des permis restent valables, la porte n’est pas fermée
François Hollande a annoncé vendredi 14 septembre l’abrogation de sept permis de recherche de gaz de schiste. Problème : il en reste plus de trente autres, toujours valables. En Ardèche, les maires sont convoqués à propos d’une prochaine campagne d’exploration
Communiqué du Collectif citoyen IDF Non aux gaz et pétrole de schiste
« Gaz de schiste, c’est terminé ? » C’est ce que le discours du Président de la République à la Conférence environnementale de ce week-end laissait croire. Pourtant, au-delà de l’effet d’annonce escompté, il n’a évoqué que le rejet des 7 demandes de permis en cours d’instruction. 7 sur combien ? Qu’en est-il des autres projets ? Au vu du raccourci fait par presque tous les medias entre « les 7 demandes rejetées » et « la fin des gaz de schiste », un exercice de calcul s’impose.
Afin de clarifier le propos, les collectifs mobilisés contre l’exploitation du pétrole (huile) de schiste dans le Bassin parisien tiennent à porter à l’attention du public et de la presse les précisions suivantes :
Tout d’abord, notez que les sept demandes rejetées étaient des demandes de nouveaux permis et non pas des permis accordés. Le rapport "Les Hydrocarbures de roche mère en France" publié en mars 2012 par le CGIET et le CGEDD identifie clairement 39 autres demandes de permis de recherche portant sur l’exploration d’huile et de gaz de roche mère (elles étaient donc 46 avant l’annulation annoncée le 14 septembre). Cette liste peut être consultée en ligne. Aucune annonce n’a été faite concernant les 39 demandes restantes.
Quant aux permis de recherche déjà accordés, au 1er janvier 2012, 64 étaient en validité. Nicolas Sarkozy en abroge 3 (Nant, Montélimar et Villeneuve de Berg), ce qui en laisse 61 permis, dont la documentation peut être consultée. Ils sont toujours en cours de validité.
Pour ce qui concerne le bassin parisien [1],
- Dans le bassin parisien, il n’y a pas de gaz de schiste, mais du pétrole de schiste (huile de roche mère),
- Les territoires menacés par l’exploration de l’huile de roche mère sont concernés par :
o des permis de recherche accordés par M. Borloo en 2009 et pour lesquels des demandes de travaux ont été accordées par la préfecture (par exemple le permis de Château Thierry et les demandes de travaux accordées à Doue),
o 12 nouvelles demandes de permis en cours d’instruction,
o des concessions d’exploitation accordées il y a longtemps et sur lesquels les compagnies peuvent faire des recherches. Certaines d’entre elles ont déjà demandé et obtenu des autorisations de travaux portant sur des forages profonds (3000 mètres) et horizontaux dont la cible est clairement la roche mère. C’est probablement là que le danger est le plus immédiat (exemple de la concession de Nonville).
Par ailleurs, tant que la loi du 13 juillet (dite loi Jacob [2]) n’est pas modifiée, les forages profonds à titre d’expérimentation scientifique ne sont pas formellement interdits en France. C’est de cette façon que des travaux doivent recommencer cet automne en Seine-et-Marne (notamment à Doue).
Enfin, contrairement à la position du PS 2011, celle qui a motivé le refus du vote de la loi du 13 juillet par les députés socialistes [3], dans ses déclarations, François Hollande Président ne s’oppose qu’à la fracturation hydraulique et ne ferme en rien la porte à d’autres techniques en cours d’expérimentation (fracturation pneumatique, fracturation par injection de propane gélifié, etc.).
Pour toutes ces raisons :
- Nous demandons aux journalistes et agences de presse de vérifier leurs sources avant de titrer « c’est la fin ». Un erratum de toutes les annonces faites dans les 3 derniers jours serait plus que bienvenu, au risque de laisser les citoyens dans l’erreur.
- Nous appelons à maintenir et à renforcer la mobilisation jusqu’à l’abrogation définitive de TOUS les permis accordés, le rejet de TOUTES les demandes de permis en cours d’instruction et l’interdiction, sanctionnée par le législateur, des forages pétroliers expérimentaux à grande profondeur, y compris quand ces derniers sont menés sur des concessions déjà accordées.
......................
Notes :
[1] Du point de vue géologique, le bassin parisien est une zone d’environ 110 000 km carrés (chiffre retenu par l’Amicale des Foreurs). Cette zone est constituée de plusieurs régions : l’Île-de-France, la Picardie, la Champagne Ardennes, le Centre, la Basse et la Haute, l’Yonne et la Sarthe.
[2] Loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011 publiée au Journal Officiel du 14 juillet 2011
[3] Dans l’exposé des motifs, les députés socialistes qui ont présenté cette proposition – parmi lesquels Jean-Marc Ayrault, Arnaud Montebourg ou Aurélie Filippetti – assurent :"Le texte adopté n’interdit nullement l’exploration et l’exploitation d’autres hydrocarbures non conventionnels. Il interdit simplement la fracturation hydraulique […] Or, d’autres techniques existent et sont aussi impactantes pour l’environnement que la technique interdite par le texte. » Source : Gaz de schistes : Hollande ferme la porte à la fracturation hydraulique", lemonde.fr
Communiqué de Stop au gaz de schiste 97
Les collectifs stop au gaz et huile de schiste appellent à soutenir les maires convoqués à la préfecture
Les maires du Gard et de l’Ardèche des communes du Permis du « Bassin d’Alès » sont convoqués/conviés par le Préfet de leur département respectif pour une « information » concernant le dossier de déclaration d’ouverture de travaux sur ce Permis du « Bassin d’Alès ».
Les maires du Gard sont convoqués le 18 septembre 2012 à 16h30 en préfecture du Gard à Nimes. Les maires ardéchois sont convoqués le 27 septembre à 15h30 en préfecture de l’Ardèche à Privas.
Il n’est visiblement pas prévu, au cours de ces réunions, de demander leur avis aux maires.
Ceux-ci sont même contraints de « bien vouloir informer le public par voie d’affichage ».
APPEL À LA MOBILISATION PAR 2 ACTIONS :
Rassemblement pacifique
Dans l’éventualité où les élus se rendraient à cette « invitation », les Collectifs Stop au gaz et huile de schiste appellent les citoyens à un rassemblement pacifique :
* le 18 sept à 16h00 sur le parvis des Arènes à Nimes.
Envoi de courriel à la préfecture : Vous pouvez copier la phrase suivante : "Je soutiens les Maires convoqués en Préfecture de Nimes ce mardi 18 septembre dans leur détermination à refuser les travaux demandés par la société Mouvoil", et de l’envoyer dès maintenant par courriel à la personne chargée du dossier en préfecture du Gard : laurence.barnoin (arobase) gard.gouv.fr
Afin de procéder à un comptage, il est demander :
* aux Gardois et aux Ardéchois de rajouter en copie l’adresse de courriel suivante : nimes180912 (arobase) gmail.com
* aux personnes des autres départements de rajouter en copie l’adresse de courriel suivante : vian180912 (arobase)gmail.com
Les maires de Barjac, Potelières, Rivières, Rochegude, Saint-Bres, Saint-Denis, Saint-Jean de Maruejols et Avéjean, Saint-Victor de Malcap, Tharaux ont également reçu le 13 septembre 2012 le Dossier de déclaration d’ouverture de travaux d’exploration dans le cadre du Permis Exclusif de Recherche dit « Permis Bassin d’Alès ».
Les maires ardéchois de Beaulieu, Bessas, Vagnas et Labastide de Virac, également impactées par ces travaux, vont sans doute recevoir le même type d’invitation du Préfet d’Ardèche.
Ce dossier contient les trajets prévus des camions pour la campagne de recherche sismique qui sera réalisée par la société « GEO2X SA » pour le compte de la société détentrice du permis, « Mouvoil SA » ainsi que le calendrier prévisionnel des travaux :
Une première phase de repérage a semble t-il été réalisée en août dernier.
Une deuxième phase est en cours afin de prendre contact avec les propriétaires et exploitants des parcelles traversées par ces travaux. Les Collectifs invitent les propriétaires approchés à refuser le passage des camions sur leur terrain et à prendre contact avec les Collectifs. (cf carte jointe).
Les élus sont également invités à refuser les autorisations de passage et informer les Collectifs des démarches administratives en cours.
Les travaux sismiques constituent une troisième phase qui consistent à faire passer des camions vibrateurs à travers les terrains prospectés. 3 à 4 camions vibrateurs circulent en ligne et génèrent une onde sismique. Celle-ci est renvoyée par les différentes couches géologiques. Cet écho est collecté par des capteurs le long du trajet et transmis à un camion laboratoire.
Deux forages d’exploration à 1400 m et 2400 m de profondeur sont prévus pour la phase suivante.
Twittons dix ans
La conférence environnementale a été un événement fort intéressant. Parmi les moyens de suivre journalistiquement ce moment de la théâtralité écologique, appels sur portables, textos et tweets ont joué un rôle essentiel.
Parions que sur les quelques centaines de personnes impliquées dans le raout gouvernemental, neuf sur dix étaient dotées d’un téléphone intelligent. Le chroniqueur peut faire le malin : il en reste à son portable âgé de six ans, qui résiste vaillamment aux cahots de l’existence.
C’est bien ennuyeux, ces téléphones intelligents. Passons sur la transformation des relations humaines qu’ils engendrent. Après tout, s’ils se sont répandus comme une trainée de poudre en à peine cinq ans (le premier iPhone d’Apple date de 2007), c’est bien qu’ils répondent à un usage social.
Le problème est que ces engins se renouvellent à une vitesse aussi rapide que les tweets lors d’un rassemblement d’internautes. Et qu’ils rencontrent une faveur où joue évidemment la rivalité ostentatoire : la possession de l’appareil le plus récent est jugé apporter un surcroît de prestige.
Cette semaine, Apple a présenté l’iPhone5, son cinquième modèle en cinq ans. Nouvelles fonctionnalités « révolutionnaires », patati patata… et surtout, comme l’ont relevé les Amis de la Terre, un gaspillage éhonté : car le nouveau machin arrive avec de nouveaux connecteur, chargeur, transformateur, ce qui conduit à rendre inutiles ces divers équipements que les clients de la marque possèdent avec leur précédent téléphone. A la poubelle ! « Les ressources naturelles s’épuisent et Apple, la plus grande capitalisation boursière de l’histoire des Etats-Unis, se permet une nouvelle fois de les gaspiller pour vendre plus et rendre le consommateur toujours plus dépendant », écrit l’organisation écologique. Qui nous rappelle que ces téléphones utilisent des terres rares et du coltan – exploité en République démocratique du Congo, où il contribue à la guerre larvée qui s’y déroule –, et qu’ils sont fort peu recyclés. Derrière cette quincaillerie électronique à l’obsolescence programmée, il y a une culture de la consommation qui conduit à faire oublier derrière la nouveauté permanente la réalité du gaspillage généralisé.
A court terme, les Amis de la terre proposent d’imposer que la garantie sur les appareils informatiques et électroniques soit portée à dix ans. Voilà une belle mesure à twitter sur #transitionecologique. Euh… depuis un ordinateur !
Non au Wifi dans les écoles
A l’attention de :
Madame Marisol TOURAINE, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé
Monsieur Vincent PEILLON, Ministre de l’éducation nationale
Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,
Le déploiement des technologies sans fil dans le cadre scolaire suscite des interrogations croissantes, eu égard aux preuves de plus en plus nombreuses d’incidences de ces technologies sur la santé, en particulier celle des plus jeunes, mais hélas aussi sur la santé de l’ensemble des catégories de personnel des établissements (écoles, collèges, lysées, universités) : professeurs, documentalistes, auxiliaires, agents administratifs, etc.
En dernier lieu, les radiofréquences, groupe technologique qui englobe aussi bien les téléphones mobiles que leurs antennes, les téléphones sans-fil et le Wi-Fi, ont été classées « cancérogènes possibles pour l’homme » (groupe 2B) par l’OMS (décision du 31 Mai 2011).
Le cancer n’est, à vrai dire, pas la seule pathologie concernée. Les troubles neurologiques, tels que l’autisme, ou les troubles divers du comportement et de l’attention, se sont développées de façon cohérente dans le temps et l’espace avec le déploiement des technologies sans fil, le lien entre ces deux phénomènes étant mis en évidence par des travaux indépendants, en particulier ceux du scientifique américain Georges Carlo.
En réaction à ces alertes scientifiques, de nombreux responsables politiques et éducatifs dans le monde ont pris la décision, inspirée par le principe de précaution, voire la prudence la plus élémentaire, de bannir ces technologies de la salle de classe. C’est le cas en Bavière, et dans de nombreuses écoles privées canadiennes. Récemment, fait inédit, le vice-ministre israélien de la santé, Yaakov Litzman, s’est joint à une action initiée par des citoyens, comprenant notamment une action en justice, pour demander à son collègue chargé de l’éducation d’interdire l’installation du Wi-Fi dans les salles de classes.
Le Conseil de l’Europe a, dans une recommandation du 30 mai 2011 (Résolution 1815), demandé d’interdire le Wi-Fi et les téléphones portables dans les établissements scolaires.
Ce qui est pertinent à l’étranger et en Europe l’est aussi chez nous, les champs électro-magnétiques et leurs dangers ne s’arrêtent pas aux frontières… Pourquoi ne pas suivre ces exemples et agir maintenant ?
Il ne s’agit nullement de prohiber l’usage d’Internet et du numérique en classe ; bien entendu, ces outils sont indispensables ! Ce sont les technologies sans fil qui sont en cause. Or, le problème est d’autant plus facile à résoudre qu’une alternative sûre et pérenne existe : ce sont les connexions filaires. En présence d’une alternative aussi robuste et aussi saine, le problème de l’introduction des technologies sans fil à l’école ne devrait même pas se poser !
Quel parent d’élève recevrait sans réagir l’annonce selon laquelle les murs de la classe vont être repeints avec un cancérogène possible ? Et si ce cancérogène est en fait une technologie de l’information, quelle est la différence ?
En vain argumenterait-on que l’exposition en cause est de faible puissance. Même faible (et elle est loin de toujours l’être, quand 30 ordinateurs se connectent en Wi-Fi en même temps), cette exposition est continue, or l’histoire des sciences montre qu’on a toujours sous-estimé l’impact des faibles doses à exposition continue (pesticides, perturbateurs endocriniens…). En outre, elle vient s’ajouter au « bain d’ondes » dans lequel nos enfants baignent déjà, avec des effets cocktails qui ne sont absolument pas maîtrisés. Ne répétons pas indéfiniment les mêmes erreurs s’il vous plaît, surtout s’agissant de nos enfants !
Nous saisissons cette occasion pour demander l’application effective de l’article 183 de la loi du 12 Juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement, prévoyant l’interdiction des téléphones mobiles dans les lieux d’enseignement.
Comptant sur votre action déterminée pour remplacer le Wi-Fi à l’école par des solutions filaires et choisir ces solutions lors de premiers équipements, L’association nationale Robin des Toits vous prie d’agréer, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, l’expression de ses sentiments respectueux et dévoués.
Etalement urbain : encore un projet débile, c’est à Pézenas
90 000 m2 de zone commerciale veulent manger trente hectares de terres agricoles : c’est à Pézenas, où l’étalement urbain se poursuit comme partout. Les citoyens se mobilisent. Lors de la conférence environnementale du 14 et 15 septembre, la ministre Cécile Duflot a pourtant annoncé un « objectif de zéro artificialisation des sols » en 2025. Quand commence-t-on ?
L’association Bien vivre à Pézenas poursuit sa mobilisation contre le projet de zone commerciale dit des Jardins de Bonneterre.
Le 9 mai 2012, notre association, en compagnie de sept propriétaires de parcelles situées sur le site de Bonneterre ou voisins de celui-ci, assignait via huissier la mairie de Pézenas, lui demandant l’abrogation de la délibération du conseil municipal de Pézenas en date du 17 décembre 2009 portant approbation de la révision simplifiée du Plan d’occupation des sols (POS) valant Plan local d’urbanisme portant création d’une zone IV Na à vocation commerciale aux lieux dits Saint-Martin- Bonneterre.
Nous soulignions le non-respect de la procédure en matière d’information avant et après la délibération, le refus de tenir compte de l’appartenance du site à une zone viticole AOC ainsi que l’existence d’une « erreur manifeste d’appréciation sur les besoins en commerce de la commune », le rapport de présentation justifiant, sans éléments concrets, la révision simplifiée du POS par « l’insuffisance notoire dans l’offre commerciale et de services sur le territoire de Pézenas ». La mairie n’ayant pas obtempéré dans les deux mois, notre association a donc saisi, le 4 septembre 2012, le tribunal administratif d’une requête en annulation.
Outre la pétition contre le projet des Jardins de Bonneterre, qui vient de dépasser les 5 400 signatures, toutes certifiées par huissier, notre association organise, dimanche 23 septembre 2012, un rassemblement citoyen contre le projet des Jardins de Bonneterre, en particulier, et contre l’accaparement des terres agricoles, en général, à l’occasion du passage à Pézenas de la marche pour le droit à la terre qui reliera Montpellier à Carcassonne entre les 22 et 29 septembre.
Nous donnons donc rendez-vous à tous les citoyens mobilisés à nous rejoindre sur la place Gambetta à 16h30. Nous marcherons alors symboliquement dans les rues de Pézenas et poursuivrons la soirée, à l’Illustre Théâtre, par un débat en présence du journaliste Olivier Razemon, coauteur du livre La tentation du bitume. Où s’arrêtera l’étalement urbain ?, ainsi que par un repas collectif que nous offrirons aux participants.
Nature et progrès
Nature et Progrès n° 89 de septembre-octobre 2012 est paru.
Sommaire :
Lecture : « la bio entre business et projet de société »
Info bio : restauration bio, un nouveau cadre qui ne cadre pas ?
Ecologie : Fribourg, un modèle d’écologie urbaine
Dossier : Rio + 20, un monde dans tous ses états
Dossier : Repensons notre conception du monde
Dossier : Sur la route des porteurs d’alternatives
Dossier : à la découverte d’une autre Grèce
Témoignage : donner la vie, je choisis comment !
Opinion : l’affaire Kokopelli
Programme des ciné-conférences du salon Marjolaine
Végétal : avoir des agrumes chez soi
Page Livres : recension
Faites le vous-mêmes : les graines germées
Vive l’agro-révolution française !
« La révolution écologique est en marche dans nos campagnes ! » Alors que la Terre comptera 9 milliards de bouches à nourrir en 2050, nombreux sont ceux qui pensent qu’il n’y a pas d’alternative à l’agriculture chimique et industrielle. Et pourtant…
Au terme d’un tour de France de dix-neuf mois à la rencontre de paysans, de chercheurs et de techniciens, Vincent Tardieu révèle que le monde agricole est en pleine mutation : la crise du modèle productiviste actuel engendre une puissante révolution vers une nouvelle agriculture où les processus naturels sont au cœur des méthodes de production.
Cette agriculture écologique est riche d’une belle diversité d’itinéraires (bien au-delà de la seule agriculture biologique) et de réseaux humains que l’ouvrage invite à découvrir avec, à la clé, des raisons d’espérer : oui, on peut nourrir la planète tout en préservant l’environnement ! Oui, nos paysans peuvent vivre mieux et plus nombreux ! Mais cette révolution écologique n’ira pas sans bouleversements des marchés, des organisations agricoles et de notre façon de consommer.
Vincent Tardieu est un journaliste scientifique dont l’expertise en agronomie et en écologie est reconnue. Sa précédente enquête écologique, consacrée au déclin des abeilles (L’étrange silence des abeilles, Belin, 2009), a été saluée par la critique et les lecteurs. Il a également co-écrit, avec Christine Rollard, Arachna, les voyages d’une femme araignée (Belin, 2011).
Vive l’AGRO-RÉVOLUTION française !, Vincent Tardieu (éd. Belin, 464 p., 22 €)
Plaidoyer pour Pierre-Emmanuel Neurohr
Mardi 18 septembre, Pierre-Emmanuel Neurohr a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir bloqué quelques minutes un avion sur l’aéroport de Roissy. Il reste en prison pour la même action menée début septembre. Si une part de son propos est discutable, sa démarche est pertinente
Cet article a pour but de faire connaître et étayer modestement l’action de Pierre-Emmanuel Neurohr. Ce qui ne signifie pas l’accord total de son auteur avec Neurohr, dont on peut lire le propos sur le site internet du Parti de la Résistance. En particulier, je n’approuve pas le terme de « génocide », étant donné que
1) aucun type de personne, ni aucune « race » ou gène ne sont visés.
2) les conséquences dramatiques sont collatérales aux actes de consommation (prendre l’avion, ou plus généralement brûler de l’énergie fossile), dont les auteurs se seraient passés. Clairement, ce n’est pas leur intention.
3) plusieurs facteurs entreraient en compte si évolution dramatique il doit y avoir, et pas seulement le changement climatique (épuisement des sols, par exemple).
Cependant n’oublions pas la gravité de la situation : Pierre-Emmanuel l’a indiqué lors de l’audience, au sujet des conséquences du changement climatique, on parle de biodiversité, de disparition d’espèces de papillons, de grenouilles ou d’oiseaux …, mais c’est bien pour les humains que le drame serait.
Notamment : des sécheresses de fréquence croissante provoqueraient baisse de la production agricole et famines ; ou encore la montés des océans dès à présent noie les champs qui sont les uniques biens de paysans, ou stérilise la terre par l’apport de sel.
Toutefois il n’y a pas de nom à cela, à ces conséquences vraisemblables du processus en cours de changement climatique, et plus généralement de dégradation de l’environnement, où les responsabilités sont diluées et entremêlées, de telle manière qu’est inadaptée une critique explicitement basée sur le langage de l’histoire et de la juridiction pénale née au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Le déroulement est tout autre, la Shoah était organisée par un très petit nombre de personnes déterminées, et seuls quelques milliers (exécutant compris) étaient réellement et officiellement au courant de ce qui se passait. Au contraire, les informations sur les craintes, scénarios probables des climatologues, sont publiques, bien que noyées dans une masse. Le terme de « génocide » ne peut se justifier sur la seule base du nombre, celui de victimes possibles à venir qui dépasserait largement les précédant drames de l’histoire humaine qui ont porté ce nom.
Le terme « climaticide » apparaît aussi inadapté, car le climat ne sera pas « tué ». On pourra néanmoins utiliser ce vocable, faute de mieux, pour simplifier une expression comme « dégradation des conditions de la vie humaine sur terre via la modification rapide du climat induite par l’action anthropique ».
Quelques analogies subsistent néanmoins entre cette situation et celle qui a eu lieu lors de la seconde guerre mondiale, et Pierre-Emmanuel les met en avant dans ses propos. Par exemple, le fait que, tout comme la population civile d’Europe continentale pendant la deuxième guerre mondiale, hors du front ou des camps d’extermination, on souhaite que la vie quotidienne garde des apparences de normalité à côté d’une tragédie dont on sait pertinemment qu’elle existe et confusément en quoi elle consiste.
Ou encore, aujourd’hui comme il y a 70 ans, les faits présentés sont trop énormes pour que nous puissions les appréhender pleinement avec notre esprit, avec tout ce que cela implique.
Sur la pollution des avions
Le changement climatique qui découle de la combustion d’énergies fossiles affecterait les conditions de vie des humains sur terre dans les années à venir, non des oiseaux et grenouilles dans plusieurs décennies ou siècles. Ce dont nous nous inquiétons particulièrement et sincèrement, c’est que ce serait précisément au moment où les humains seront les plus nombreux sur Terre (8 milliards), et dont nous serons, que la dégradation des écosystèmes viendrait affecter la capacité de l’agriculture à produire la nourriture et toutes autres matières premières. Le sujet de cet article n’est pas de démontrer ce point, supposé acquis, et d’abord par l’Etat français : dès 2005 le Président et le Premier ministre indiquent que la France se donne pour objectif de diviser les émissions de GES par 4 d’ici 2050 pour que le niveau soit soutenable (soit environ 1,8 tonnes de CO2/personne.an).
L’évidence de l’énormité des émissions de gaz à effet de serre du transport aérien rapporté par passager est connue de quiconque se penche un peu sur la question. Donnons quelques arguments pour étayer l’idée selon laquelle il s’agit de la machine de pointe pour accomplir le « climaticide ». D’aucuns objectent qu’il y a des machines bien plus polluantes pour le climat, par exemple une centrale électrique à fioul ou à charbon, rappelons ce rudiment : leur usage, quoique en partie contestable, est beaucoup plus partagé. Si une centrale à fioul de 1 gigawatt brûle 250 tonnes de pétrole par heure pour alimenter en électricité au moins un million de personnes en pays dit développé, un avion brûle de l’ordre d’une centaine de tonnes pour emmener seulement 200 passagers.
Un seul vol transcontinental en avion dépasse la limite de 1,8 tonnes, pour laquelle notre pays s’est engagée. Le transport aérien ne peut plus être banalisé dans ces conditions. Faire éclater cette contradiction aussi insoutenable écologiquement qu’intellectuellement et moralement, était une des motivations de Pierre-Emmanuel.
L’avion est le fait d’une minorité (moins de 10% des humains l’ont pris au moins une fois), y compris parmi les pays dits riches (moins d’un tiers des Français le prennent au moins une fois dans l’année). Cependant une minorité d’habitants de pays dits développés considèrent pourtant normale cette activité, voire « indispensable pour vivre », inaliénable, et défendent avec véhémence cet usage.
La normale et l’extrémisme
Lors du procès, l’avocat a cité la Charte de l’Environnement et son article 2 pour justifier l’acte de Pierre-Emmanuel : « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement ». Cet article nous inspire cette réflexion : reste t-il un propos creux ? Si non, quelles applications pratiques en tirer ? Par exemple, imaginons qu’on voie un individu s’apprêter à déverser dix litres d’huile de vidange (ou tout autre toxique) dans une rivière d’un milieu protégé. Ce type de comportement serait à peu près unanimement désapprouvé. Pourrait-on invoquer la Charte de l’Environnement s’opposer physiquement à cet acte ?
Renversons la conception admise qui considère normal l’usage de l’avion, et fions-nous uniquement à l’analyse des faits : s’opposer au décollage d’un avion est tout à fait semblable au fait de s’opposer au déversement d’huile de vidange dans une rivière en tant qu’action visant « à la préservation de l’environnement ».
Toujours dans l’idée de reverser la normalité : l’acte extrémiste n’est pas la mobilisation non-violente contre les avions, ou encore le refus explicite et définitif de certains actes de consommation qui représentent le paroxysme de la production de dégât. Récusons toute accusation « d’extrémisme environnementale », trop souvent entendue et rebattue, trop souvent dite pour couper court à toute réflexion. C’est en fait renverser les rôles. C’est utiliser un aéronef qui est extrêmement générateur de dégradations environnementales, et qui n’a absolument rien de normal.
Admettons que des personnes sont convaincues du contraire parce qu’elles n’ont rien vu desdites dégradations, parce que cela est habituel chez elle et dans leur entourage.
Cependant, ce n’est pas un argument, à commencer pour certaines personnes se disant écologistes, qui sont tout à fait en possession de leurs moyens intellectuels et ont parfaitement accès à l’information à ce sujet.
« Lutter contre », ou à proprement parler, ne pas contribuer massivement au changement climatique, cela induit quelque changements d’habitudes pour ceux qui les auraient prise (voir). En même temps, c’est finalement assez peu. Rien d’héroïque là-dedans n’est nécessaire. Et de nombreux bonheurs dans la vie s’obtiennent sans brûler des tonnes d’énergie fossile. De nombreuses autres façons de s’organiser, pour le travail, existent. Les voyages rapides transcontinentaux apportent quelques satisfactions éphémères, acquises à un prix écologique largement trop élevé. Nous pouvons prendre sérieusement le chemin pour en finir avec l’addiction à une consommation massive d’énergie, qui conduit selon toute vraisemblance le monde à un avenir douloureux.
Après cette action symbolique, on peut dire plus encore de l’Etat, des consommateurs-électeurs-citoyens, qu’ils agissent en connaissance de leurs responsabilités. Pour résumer, on peut reprendre ce propos célèbre d’un ancien chef d’Etat : « Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ».
Concernant le mode d’action
Quelques mots au sujet du mode d’action choisi. Pierre-Emmanuel s’est opposé, par la seule présence de son corps pendant quelques minutes, au décollage d’un avion. Il a agi ainsi dans la pure tradition non-violente : ni les biens, ni les personnes ne sont menacés par l’acte, à l’exception éventuelle de la personne agissant. La personne agissante agit selon ses convictions, défiant alors la loi et subit les punitions qui en résulteraient. Cette façon d’agir apparaît comme légitime pour Pierre-Emmanuel au contraire de la violence, il insiste fortement sur ce point.
Sa persévérance dans cette action non-violente (5 entrées sur l’aéroport) peut rappeler un moment de la vie de Gandhi montrée par le film éponyme : alors avocat en Afrique du Sud, il refuse le statut particulier donné aux Indiens et Noirs, et brûle les cartes d’enregistrement de ses concitoyens, symbole de cette discrimination. Un policier anglais le frappe, Gandhi recommence. Est frappé à nouveau. Il continue jusqu’à n’avoir plus la force, suite aux coups, de jeter les papiers dans le poêle (voir l’extrait du film en anglais).
Dans la même idée, la violence infligée par l’Etat, qui prend la forme du confinement de sa personne en prison, ne convainc pas Pierre-Emmanuel, ni ceux qui le soutiennent, qu’il a eu tort d’agir.
Des limites
Quelques limites peuvent être décelées à cette action. La mobilisation contre les avions, pour réduire les risques de famines à venir, mobilise peu. L’objectif est trop éloigné, et trop abstrait. Au contraire la lutte contre la destruction de terres d’un bocage pour la construction d’un aéroport près de Nantes, mobilise des milliers de personnes depuis des années : plus proche, plus concret. Il n’y a pas des centaines de personnes sur les pistes des aéroports.
Par ailleurs, les victimes potentielles, aussi nombreuses soient elles, n’apparaissent pas faire partie de la même communauté que le « public cible » de l’action, les Français ou les occidentaux.
Enfin, on ne perçoit pas de mobilisation massive des pays victimes potentiels à venir. Comme si la dégradation de l’environnement et son impact sur les personnes était un fait, un « fonctionnement » acquis, par tous partagé, sinon dans les discours, au moins dans les actes. Résister à ce fatalisme, c’était aussi cela, c’était réaliser l’« action non-violente mimimale » contre la dégradation du climat : se poser devant la machine qui y concourt le plus.
OGM : ils sont dangereux, conclut l’étude scientifique la plus complète jamais menée
Pour la première fois au monde, un OGM et un pesticide ont été évalués (1) pour leurs impacts sur la santé plus longuement et complètement que les agences sanitaires, les gouvernements, les industriels et d’autres chercheurs ne l’ont jamais fait.
Les résultats sont alarmants. Il s’agit de deux produits très représentatifs : un maïs transgénique tolérant au Roundup, le caractère partagé par plus de 80% des OGM alimentaires, et le Roundup lui-même, le pesticide le plus utilisé sur la planète. On ne teste pas au niveau réglementaire ces produits sur des humains, mais sur des rats.
Ces tests ont donc porté sur 200 rats en observation pendant deux années sur plus de cent paramètres. Les dosages utilisés (à partir de 11 % d’OGM dans l’alimentation, et 0,1 ppb de Roundup dans l’eau) sont caractéristiques de doses environnementales courantes.
Les résultats révèlent des mortalités plus rapides et plus fortes au cours de la consommation de chacun des deux produits, avec des effets hormonaux non linéaires et reliés au sexe. Les femelles développent des tumeurs mammaires importantes et en grand nombre et des perturbations hypophysaires et rénales, et les mâles présentent des atteintes hépato-rénales chroniques sévères.
L’équipe du Professeur Séralini de l’Université de Caen publie cette étude très détaillée dans une des meilleures revues scientifiques internationales de toxicologie alimentaire, en ligne ce 19 septembre 2012. Les implications sont gigantesques. Elles permettent de comprendre le mode d’action toxique d’un OGM et du caractère transgénique le plus répandu, mais aussi d’un pesticide à des doses extrêmement faibles équivalentes à celles trouvées dans les eaux de surface et dans l’eau de boisson. De plus, les résultats mettent en lumière le laxisme des agences sanitaires et des industriels dans l’évaluation de ces produits.
En conséquence, les autorisations de mise sur le marché de ces produits doivent être immédiatement revues, les tests actuellement en vigueur de 90 jours doivent être prolongés à 2 ans pour tous les OGM, les pesticides doivent être testés 2 ans à faibles doses et en formulations, les tests réglementaires des compagnies doivent être immédiatement rendus publics, et soumis à l’expertise contradictoire. Ils doivent être à l’avenir réalisés indépendamment des fabricants.
Les résultats et l’expérience, son contexte et ses conséquences sociales font fait l’objet du livre Tous Cobayes ! de Gilles-Eric Séralini, publié le 26 septembre chez Flammarion. Un film est librement adapté de cet ouvrage « Tous Cobayes ? » de Jean-Paul Jaud ; sortie nationale au cinéma le 26 septembre. Un documentaire télévisé « OGM, vers une alerte mondiale ? » a été réalisé par François Le Bayon. L’impact juridique et sociétal est l’objet du livre La vérité sur les OGM c’est notre affaire de Corinne Lepage publié par les éditions Charles Léopold Mayer.
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Note :
(1)”Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize”, Food and Chemical Toxicology, Séralini G.E.et al., 2012
La forêt publique est fermée pour faire place aux chasseurs
Dans l’Aveyron, la forêt de Grésigne est fermée au public pour permettre la « régulation des populations de cervidés ». Mais il s’agit d’un blanc-seing à la chasse, reflet d’une gestion qui a fait fi des prédateurs naturels et de l’équilibre des écosystèmes
L’ONF (Office national des forêts) a interdit l’accès à la Forêt de Grésigne [en Aveyron] pour cause de chasse du 15 septembre au 15 octobre 2012. Des affiches sont placardées partout le long des routes adjacentes. L’affiche ne précise pas les heures : la nuit aussi ? En plein week-end du Patrimoine, ça fait désordre.
Cette forêt domaniale est un haut lieu naturaliste mais aussi historique. Les promeneurs ne sont pas les seuls à fréquenter cette forêt. De nombreux chercheurs historiens, géographes, botanistes, biologistes, archéologues y travaillent à titre professionnel ou privé. Leurs publications font autorité. Les vestiges d’un riche passé (mur de Colbert - fours de verrier – ponts – pierres signées – fontaines - bornes médiévales ....) sont néanmoins mal répertoriés et peu à peu détruits. Les engins forestiers, les pistes forestières d’accès pour les chasseurs creusent des ornières qui participent largement à l’érosion des sols peu profonds, pentus et donc fragiles. Le promeneur lambda lui, n’a qu’à bien se tenir et bien respecter les interdictions d’accès.
L’ONF veille !
Cette forêt est intégrée dans le périmètre de la ZPS (Zone de Protection Spéciale ) depuis 2011 pour la richesse de sa faune - aigle botté, circaète Jean-le-blanc, Pic mar, taupin violacé et bien d’autres espèces - qui ont justifié aussi de longue date ce classement en Zone Natura 2000.
Cette interdiction montre que les intérêts de la chasse sont au dessus de tout : la ZPS, Natura 2000, le Grenelle de l’environnement, la Conférence Environnementale qui vient d’ouvrir ne sont que des bouts de papier face aux excès du lobby de la chasse.
Elle montre aussi qu’une certaine catégorie de chasseurs et l’ONF ne veulent plus risquer d’avoir de témoins dans leurs activités. Animaux blessés agonisant sur le bord des ruisseaux, dérangements par les meutes de chiens, équipages de chasse à courre qui parcourent la forêt dans un tintamarre assourdissant, tirs incessants, promeneurs affolés, ne donnent pas une image très positive de ce loisir.
Pour cette raison peut-être, depuis 2010, une loi protège ce type de pratiques : le décret 2010-603 du 4-06-2010 punit de lourdes peines toute « entrave à l’activité de chasse ». Il permet donc aisément d’empêcher les promeneurs et les observateurs naturalistes d’être présents librement et de témoigner. Grâce à ce décret, cette interdiction de fréquentation de la forêt au public a été dictée au préfet par les chasseurs et l’ONF qui la justifient par la soi-disante augmentation du nombre de cervidés dans la forêt.
En réalité cette affirmation est gratuite et infondée. Elle est avancée sans chiffres sérieux à l’appui. Aucun comptage indépendant n’existe. C’est l’ONF qui s’en charge avec les chasseurs : juge et partie. Ce comptage est d’ailleurs difficile à faire car le terrain est accidenté en Grésigne. On peut prétendre faire une évaluation tout au plus ; en particulier les mâles durant le brame. Quant aux femelles et aux jeunes c’est beaucoup plus difficile, voire impossible.
Le souci est surtout de justifier une chasse à l’abri des regards indiscrets, afin de couvrir des pratiques peu conformes à l’éthique de la chasse. Chasser au moment du brame, c’est facile et peu glorieux. Les animaux ne perçoivent pas le danger et restent longtemps à découvert. Chemins fermés, sans témoin, l’ONF passe avec des 4x4 pour amener les "clients" sur les places de choix. Ce n’est pas une question de régulation puisqu’elle ne fait tirer que les mâles, les plus beaux et donc les plus rémunérateurs. Pour qui ? Là aussi, c’est l’opacité la plus complète. Combien ça coûte au chasseur ? Qui touche l’argent ? l’Etat ? l’ONF ? les agents ? Dans quelle proportion ? Aucun chiffre n’est publié. C’est pourtant d’argent public dont il s’agit, et de sommes conséquentes !
Les termes du texte en lui même sont intéressants : "Faute de prédateurs naturels, les cervidés se multiplient"
Ce sont les mêmes qui constatent l’absence de prédateurs mais qui par ailleurs les détruisent sans relâche en toute période de l’année. Comme le renard par exemple. C’est donc un aveu patent d’incapacité à "gérer" la faune de la part de l’ONF et des chasseurs concernés. Les écosystèmes sont têtus, les termes gibier et nuisibles leur restent inconnus.
Les cerfs ont été introduits en Grésigne par les chasseurs en 1956 à des fins cynégétiques avec l’accord de l’ONF. Un constat d’échec sur presque 60 ans de gestion chaotique de ce milieu naturel. Le sanglier, le ragondin en sont encore des exemples.
Au-delà de leur incapacité à gérer, ils s’approprient l’espace public et s’octroient des interdictions sans borne. Que dirait-on d’une association naturaliste, de promeneurs, qui demanderait l’interdiction d’accès à un territoire ? Il est vrai cependant que le nombre d’accidents de chasse est en augmentation en France et qu’il touche beaucoup de non chasseurs. On peut s’étonner alors qu’on justifie les mesures de précaution non pas en régulant un loisir dangereux pour la sécurité des citoyens et la préservation de notre patrimoine, mais au contraire en limitant le droit fondamental du citoyen à se déplacer librement dans l’espace public ! C’est tout de même un comble !
Pourquoi ce texte est-il révélateur ?
Il clarifie les enjeux :
- Il nous montre une progression continue et sans scrupule de la pression de chasse sur les territoires : jusqu’à l’année dernière le mercredi, samedi et le dimanche pendant 8 mois de l’année, cette année on rajoute en plus 1 mois tous les jours (même la nuit ?) et demain ? Qu’en sera-t-il ? Interdiction totale toute l’année comme un terrain militaire ?
- Il prouve ensuite que le lobby d’une certaine chasse est un acteur majeur, puissant, qui agit de manière hégémonique sur la gestion des territoires. Ce n’est pas nouveau hélas pour la plupart des naturalistes. Ils le constatent de manière croissante sur le terrain.
- Il nous montre aussi que la faune est en déclin. C’est une lutte pour s’approprier les derniers lieux où il reste quelques animaux.
- Il nous montre enfin que la culture historique, l’étude scientifique, la biodiversité notre héritage à tous sont bafoués par des intérêts privés et mercantiles.
Pourquoi cet arrêté préfectoral est-il inacceptable ?
- il approprie de fait l’espace public de façon unilatérale à un groupe social très minoritaire
- C’est une décision prise sans concertation des associations
- C’est une décision prise sans concertation des naturalistes experts du secteur
- C’est une décision prise sans consultation des instances départementales ad-hoc sur la gestion de la faune
- aucune expertise extérieure indépendante n’atteste du "trop grand nombre des cervidés" ;
- ni sur les dégâts en forêt et leur éventuel impact économique ;
- ni sur les dégâts aux riverains ;
- ni sur les accidents de la route ;
- il fait fi de tous les programmes officiels mis en place (ZPS, Natura 2000, Grenelle) et de la concertation qu’elle prétend défendre.
Il est temps de faire de la Forêt Domaniale de Grésigne un enjeu pour un avenir durable de nos pays. Avant qu’il ne soit trop tard, il faut exiger d’urgence un autre mode de gestion piloté par un collège scientifique sérieux et indépendant venant d’horizons divers. Il ne s’agit pas d’interdire la chasse en Grésigne mais c’est plutôt avec des étudiants et des chercheurs qu’il faut repeupler la forêt. Il s’agit de redonner la parole aux savoirs, de faire respecter les droits de tous les citoyens dans la préservation du Bien Commun.
Greenpeace en justice pour avoir démontré l’insécurité nucléaire
En décembre 2011, des militants de Greenpeace entraient dans deux enceintes de centrales nucléaires, celle de Nogent-sur-Seine et celle de Cruas, démontrant de fait que le nucléaire sûr n’existe pas, et qu’il est en réalité tout à fait possible pour un simple citoyen de pénétrer sur un site nucléaire. Au début de l’année, les juges se sont déclarés incompétents à les juger dans le premier cas, les ont relaxés dans le second, mais le parquet et EDF ayant fait appel de ces décisions, ils repassent devant de nouveaux tribunaux ce jeudi 20 septembre et le 4 octobre.
« Après l’annonce de François Hollande sur la fermeture de Fessenheim, il est important de se rappeler que les questions de sûreté et de sécurité sont les enjeux majeurs de l’énergie nucléaire, et ces questions ne devront pas être oubliées pendant les nouveaux procès et pendant le prochain débat sur l’énergie », souligne Sophia Majnoni d’Intignano, chargée de campagne nucléaire à Greenpeace France.
Dans le contexte de la catastrophe de Fukushima, Greenpeace demandait à l’époque de ces actions un audit de sûreté sur toutes les centrales nucléaires françaises, portant sur tous les risques, y compris les risques d’intrusion, écartés de l’étude. Un audit de sécurité avait été lancé par le gouvernement précédent suite aux actions de Greenpeace, comme le décrit un courrier de M. Fillon à ses Ministres, daté du 16 décembre 2011. Cet audit devait être clôturé en juin, mais les résultats n’en sont toujours pas connus.
« Rappelons que le gouvernement à l’époque avait renforcé le dispositif de sécurité par de nouveaux moyens : tasers, caméras thermiques et brigades cynophiles. Des mesures qui visaient plus les militants non violents de Greenpeace que des terroristes », conclut Sophia Majnoni d’Intignano.
De nouveaux procès à Reims et à Nîmes
Les 9 militants qui se sont introduits dans la centrale de Nogent-sur-Seine seront à nouveau jugés par la cour d’appel de Reims le 20 septembre à 14h (201 rue des Capucins, Reims). Les deux militants qui sont restés plus de 14h dans l’enceinte de la centrale de Cruas seront jugés par la cour d’appel de Nîmes, le 4 octobre à 8h30 (boulevard de la Libération, Nîmes). Ils encourent des peines qui peuvent aller jusqu’à plusieurs années de prison.
Aux Etats-Unis, 50 millions de personnes ont faim - mais les dépenses militaires augmentent
Aux Etast-Unis, les dépenses militaires s’envolent, tout comme le nombre de pauvres
Plus de 50 millions de personnes, dont 17 millions d’enfants, en condition d’« insécurité alimentaire », c’est-à-dire sans nourriture suffisante « par manque d’argent ou d’autres ressources ». Les données ne se réfèrent pas à un pays pauvre de l’Afrique subsaharienne, mais au pays qui a la plus grande économie du monde : les États-Unis d’Amérique. Information du Département Usa de l’agriculture en septembre 2012 Household food security in the United states in 2011
Pendant l’administration Bush (2001-2008), les citoyens états-uniens sans nourriture correcte, obligés pour survivre d’avoir recours aux food stamps (bons alimentaires) et aux organisations charitables, ont augmenté de 33 à 49 millions. Pendant l’administration Obama, ils sont montés à plus de 50 millions, équivalents à 16,4% de la population, par rapport aux 12,2% de 2001. Parmi ceux-ci, 17 millions environ sont en condition de « très basse sécurité alimentaire », en d’autres termes la faim.
Ils ont cependant la satisfaction de vivre dans un pays dont la « sécurité » est garantie par une dépense militaire qui – d’après le Sipri- a doublé pendant l’administration Bush et, pendant celle d’Obama, a grimpé des 621 milliards de dollars en 2008 à plus de 711 en 2011. En net d’inflation (à valeur constante du dollar 2010), la dépense militaire a augmenté de 80% de 2001 à 2011. Cette dépense militaire états-unienne, équivalente à 41% de la dépense militaire mondiale, est en réalité plus haute : en incluant d’autres postes de caractère militaire (parmi lesquels les 125 milliards annuels pour les militaires à la retraite) elle atteint à peu près la moitié de la dépense mondiale.
De cette façon, souligne-t-on dans le Budget 2012 - le Pentagone peut maintenir « des forces militaires prêtes à se concentrer soit dans les guerres actuelles, soit dans de futurs conflits potentiels ». Et, en même temps, il peut « investir dans une innovation scientifique et technologique à long terme pour assurer que la Nation ait accès aux meilleurs systèmes de défense disponibles au monde ». À cette fin, 100 milliards d’économies prévues sont « réinvestis dans des secteurs de haute priorité », à commencer par les drones : les vélivoles sans pilote qui, télécommandés à plus de dix mille kilomètres de distance, frappent les objectifs avec leurs missiles.
La dépense militaire étasunienne a augmenté de 80% de 2001 à 2011
Ici la réalité dépasse la science-fiction hollywoodienne. Lockheed Martin est en train de développer un nouveau drone pour les forces spéciales : pour accroître son autonomie, on utilise depuis le sol un rayon laser qui l’alimente pendant qu’il est en vol. Northrop Grumman est engagée, elle, dans un projet encore plus avancé : celui de drones qui, alimentés par énergie nucléaire, restent en vol de façon ininterrompue non pas pendant des jours mais pendant des mois. Toujours chez Northrop Grumman : on développe un vélivole robotisé pour porte-avions, le X-47B, en mesure, grâce à sa mémoire programmée, de décoller, effectuer sa mission et atterrir de façon autonome.
Étant donné les énormes coûts de ces programmes, le Pentagone a déjà dressé une liste de pays alliés fiables à qui vendre les nouveaux drones pour la guerre robotisée. Sans aucun doute on trouve l’Italie aux avant-postes, qui a déjà acheté à l’états-unien General Atomics le dernier modèle de drone, le vélivole MQ-9A Predator B. À l’avenir elle achètera aussi le drone nucléaire qui, en décollant au-dessus de la tête des 50 millions de citoyens étasuniens en condition d’« insécurité alimentaire », viendra voler au-dessus de celle des chômeurs italiens qui occupent les usines en voie de fermeture.
L’homme qui recyclait les vélos
Au Sénégal, la rencontre d’Eddy Merckx et de Pablo Picasso
- Reportage, Saint-Louis (Sénégal)
Alors que certains ne voient le vélo que comme un moyen de gravir des cols ou de livrer le courrier, Maïssa Fall a décidé d’en faire la matière première de sculptures qu’il dissémine dans la ville de Saint-Louis, au Sénégal. En ouvrier-artiste au message écolo paumé au milieu d’une cité ayant tendance à se laisser aller dans le délabrement, celui qui se fait aussi appeler Fair Metal a placé la science du recyclage au cœur de son œuvre.
« Tout Saint-Louisien d’origine a une relation congénitale avec le fleuve. C’est à cause du Génie. » L’histoire de Mame Kumba Bang – le Génie du fleuve Sénégal –, c’est un peu la carte de visite de Maïssa Fall. La première chose qu’il vous raconte. Dans cette ville historique du nord du Sénégal qu’est Saint-Louis, chaque nouvelle âme est placée dès la naissance sous la protection bienveillante du Génie. Au baptême, la famille égorge un mouton et le divise en deux parties, une pour le petit bras et l’autre pour le grand bras du fleuve. Le rituel, toujours d’actualité, permet au Génie du Fleuve d’exercer encore son pouvoir magique : rendre à la ville le corps des noyés engloutis par le fleuve. Là où pompiers et plongeurs ont échoué, une bague lancée à l’eau suffit à réveiller le Génie : le corps émerge alors magistralement des eaux troubles et les proches peuvent alors rendre un dernier hommage, nécessaire, au défunt. Maïssa Fall est catégorique : il a déjà assisté au miracle, de ses propres yeux. « Il en est ainsi depuis que la ville a été créée grâce au roi Louis XIV. »
L’histoire dans l’Histoire, ou le mélange des genres. Ainsi se présente Maïssa Fall, avec sa salopette délavée, sa barbe grisonnante et son sourire édenté. L’homme paraît discret, presque intimidé, en tout cas modeste. Quatre phrases plus tard pourtant, il a déjà évoqué Eddy Merckx et Picasso. Deux géants pour deux passions : le vélo et l’art moderne. Le bonhomme cultive les contrastes, c’est comme ça qu’il trompe son monde. Alors qu’on le croit simplement réparateur de vélo, son atelier découvre soudain des créations originales, aux quatre coins de la pièce. Garagiste des deux-roues et esthète-sculpteur de bicyclettes, deux métiers pour un même homme. L’art d’amalgamer les registres, définitivement. Sa voisine française, sur le pas de la porte, pose le décor : « Maïssa est un virtuose de la bicyclette. Entrez donc dans sa demeure, vous verrez, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. C’est l’autre génie de Saint-Louis. »
Un blockbuster pour 200 francs CFA
Un génie humain, en minuscule, que tout oppose à son confrère marin. Maïssa Fall n’a aucun don surnaturel, il ne revendique aucun culte mystique, il n’entretient aucune légende obscure. Pour réparer un vélo, nul besoin d’une quelconque foi en la magie, seules suffisent la logique mécanique et la maîtrise technique. Invoquer ses services se révèle d’ailleurs plus économique : pas de sacrifices ni de gros bijoux, Maïssa Fall rend grâce pour une pièce de 200 ou 500 francs CFA, c’est selon. Leur pouvoir est fondamentalement antagonique : alors que le Génie du fleuve est idolâtré car il permet le deuil, Maïssa le rend justement impossible. Maïssa redonne vie à la mort, il ressuscite : sous ses mains, un vélo ne meurt jamais. Car si, malgré ses efforts, la bicyclette ne peut définitivement plus rouler, alors il lui offre une nouvelle existence, sous d’autres formes, bien plus improbables : statuettes humaines, sculptures d’animaux, instruments de musique, etc. Maïssa élargit constamment le champ des possibles. Il répare, il recycle, il réinvente.
Poivre et selle
Maïssa est un homme habile. De ses doigts bien sûr, le métier oblige. Mais avec les mots également, pour lesquels il possède le sens de la formule. En public, il aime se faire appeler « Fair Metal », un nom de scène qui fleure bon le blockbuster américain. Le synopsis est déjà tout trouvé pour ce conte des temps modernes : lui, le surdoué discret, qui sort de la misère par la seule force de ses mains et de ses idées, en redonnant toutes ses lettres de noblesse à la ferraille usée. Et prenant, par la même occasion, une revanche sur son enfance. Car à l’origine, le vélo n’a rien d’une passion chez Maïssa. C’est un atavisme inévitable : son père était lui-même réparateur de vélo, son grand-père aussi. Petit, à l’âge où la classe ne donne pas de devoirs, son père lui en impose un : rester à l’atelier à nettoyer les vélos pendant que les autres enfants jouent dehors. Un traumatisme qui s’est avéré fécond. « Virtuellement, je crois que j’ai développé une haine envers ces objets que je nettoyais parce qu’ils me privaient de quelque chose. C’est pourquoi, plus tard, je les ai transformés en des personnages vivants et libres, des oiseaux, des poissons, etc. »
La vengeance expiatoire mettra près de 30 ans à se formaliser. Entre temps, Maïssa reprend l’activité de son père, se contente de réparer les bicyclettes et tente de boucler les fins de mois. Mais Saint-Louis ne se porte pas bien, la situation économique se dégrade, de grands propriétaires fuient vers Dakar, les clients se font rares, et ses six enfants ont la dalle.
Un jour, il retombe par hasard sur le vélo du « Père Armel », que son père avait tant de fois réparé. Le Père Armel, ce toubab français, abbé à l’église de Saint-Louis, qui parcourait bénévolement la ville en bicyclette pour faire du soutien scolaire. C’est une madeleine dont Maïssa comprend immédiatement le goût : si un vélo roule, ce n’est pas tant pour transporter des hommes que pour faire circuler des idées et véhiculer des valeurs. Maïssa en est persuadé, « un vélo dit beaucoup de choses ».
« Toutes les pièces importantes sont noires »
La révélation est salvatrice. De ces vélos, il fera désormais des œuvres d’art. Et toutes porteront un message, car « une bicyclette est une vision du monde », d’après l’artiste. Sa première réalisation porte la trace de cette conviction. Un improbable entremêlement de fils multicolores accrochés les uns aux autres, suspendus par des pédales ou des leviers de freins. Le rendu est pour le moins subtil.
Maïssa s’élance : « En mécanique, toutes les pièces importantes sont noires. Les pneus, la chambre à air, les protections, etc. A la fin, le vélo est coloré, mais il ne fonctionne que grâce au noir. Cette œuvre rappelle que c’est l’Afrique qui nourrit les autres nations, que le monde a besoin de nous pour exister. » Voilà pour la genèse de Africa, mère de l’humanité, son œuvre magistrale. Le prix reste à débattre.
Elle est où la borne vélib’ ?
C’est ainsi que son garage est devenu atelier puis galerie d’exposition. Ce petit espace enclos par quatre murs, ouvert au ciel et tapissé de sable, fait office de décharge de stockage. Maïssa y garde tous les vélos auxquels il promet désormais une réincarnation originale. Tous n’ont pourtant pas droit à tant de responsabilités symboliques et historiques. Certains ont déjà entamé leur nouvelle vie sous des formes plus légères : on trouve ici une statuette d’homme, forgée en fourche et en tube de selle ; là, une kora – cette harpe typique de la musique sénégalaise – constituée à partir de l’axe du pédalier sur lequel se greffent d’autres éléments tels des jantes ou des gaines de câble.
En très peu de temps, Maïssa se fait connaître. Et ce printemps 2012 lui apporte la reconnaissance : il expose pour le festival off dans le cadre de la biennale d’Art Contemporain de Dakar.
« Bouclons-là »
Une consécration pour lui, mais aussi pour sa ville. Maïssa Fall est un authentique Saint-Louisien. D’abord parce qu’il y a toujours vécu, depuis 42 ans. Ensuite, parce qu’il y prend à cœur son rôle de citoyen : « les temps sont très durs. La pauvreté grandit à Saint-Louis, les conditions de vie se dégradent chaque année, et pourtant le gouvernement ne fait rien », lâche-t-il en avalant sa bouillie de mil.
Alors, Maïssa montre l’exemple en faisant ce qui selon lui devrait être fait à l’échelle de toute la ville : réhabiliter. Ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, Saint-Louis est progressivement tombée en désuétude au fil du XXe siècle, les ruines gagnant aujourd’hui le cœur historique de l’île. Maïssa n’envisage pas de carrière politique mais il a un conseil tout simple à donner à ceux qui y aspirent : « rénovez, rénovez, rénovez ! C’est ce que je fais tous les jours avec mes vélos, et c’est un principe de base de l’action humaine… »
Le dinosaure
Joignant le geste à la parole, Maïssa décide d’exposer l’une de ses œuvres au bord du fleuve victime de toutes les pollutions, à quelques mètres du pont Faidherbe, figure de la rénovation des infrastructures routières du pays. Le dinosaure repose sur trois catalyseurs et ces filtres à particules qui diminuent les gaz à effet de serre à la sortie du pot d’échappement. Le reste est un cri vert lancé à la face du monde : « J’ai fait la queue avec un antivol, la tête avec une selle, et les oreilles avec des freins. Littéralement, ça veut dire ‘’bouclons-la, asseyons-nous et freinons notre consommation de CO2’’. »
A son message écolo, Fair Metal essaie d’en joindre un autre, pas si différent que ça : même s’il travaille toujours seul, il a fait sien un adage wolof plutôt explicite : Benne Lokhu Dou Thatchou. « Une seule main ne peut pas frapper. »
Le jeu d’équipe face à l’altérité, une inspiration de plus. Alors Maïssa a récupéré le moteur d’une vieille moto et ainsi fait tenir ensemble des pédales, un carburateur, un vilebrequin, une bielle, pour donner naissance au Nid d’abeilles. « Les abeilles ne savent pas vivre seules, pose l’artiste. Elles font œuvre collective, chaque abeille a son rôle et son adresse. C’est la même chose en mécanique : un vélo est une famille qui unit jusqu’à 150 pièces, et si l’une manque à l’appel, la machine ne fonctionne plus. »
C’est que sous ses faux airs d’ascète hindou, Maïssa n’aime rien plus que décrire ce qui lui semble évident. « Je n’écris pas, je ne dessine pas, je réalise juste ce que je pense. » Et autant dire que là-haut, ça mouline sec.
La banquise arctique a atteint son niveau le plus faible en été
La superficie des glaces de l’Arctique a été la plus faible jamais enregistrée en été, tombant largement au-dessous du précédent record de 2007, a annoncé mercredi 19 septembre le Centre national américain de la neige et de la glace (NSIDC). Les images prises par satellite montrent que la banquise s’est réduite jusqu’à 3,4 millions de kilomètres carré au 16 septembre, ce qui paraît être la plus petite étendue de l’année, précisent le NSIDC (National Snow and Ice Data Centre) sur son site internet.
C’est également la moitié de la surface minimale que les glaces arctiques occupaient normalement durant l’été il y a plus de trois décennies, selon le NSIDC. « Nous sommes désormais en territoire inconnu », estime le directeur du Centre Mark Serreze. « Alors que nous savons depuis longtemps que la planète se réchauffe et que les changements les plus prononcés sont tout d’abord observés dans l’Arctique, peu parmi nous s’attendaient à ce qu’ils soient aussi rapides », ajoute-t-il dans un communiqué.
Le record de fonte de 2007 avait été franchi le 18 août quand la superficie minimum des glaces arctiques était tombée à 4,10 millions de km2 contre 4,17 millions de km2 en 2007. Le 4 septembre, l’étendue de glace était passée sous les quatre millions de km2, brisant un nouveau record depuis que les mesures par satellites ont commencé il y a 33 ans, précise le NSIDC.
Une grande compagnie abandonne le gaz de schiste en Autriche
Le géant pétrolier et gazier autrichien OMV a annoncé lundi 17 septembre qu’il renonçait à un projet d’extraction de gaz de schiste en Basse-Autriche, au nord de Vienne, pour des raisons essentiellement économiques.
OMV a étudié depuis plusieurs mois la possibilité de procéder à des forages pour extraire du gaz de schiste dans le Weinviertel, une région au nord de Vienne. Ce projet n’a économiquement pas de sens pour le moment, a expliqué en conférence de presse un responsable de l’entreprise, Christoph Veit.
Il n’y a pour l’instant pas d’autres projets en Autriche, a-t-il ajouté. La société envisageait à partir de 2013 deux forages pour permettre l’extraction de gaz de schiste, dans le Weinviertel.
L’organisation écologique Greenpeace s’est félicitée de cette décision. Visiblement, OMV s’est aperçu que nous n’avons pas besoin de ce gaz, a-t-elle expliqué dans un communiqué publié lundi. L’association estime qu’un abandon volontaire n’est pas suffisant, réclamant une interdiction générale.
La fracturation hydraulique à haute intensité représente actuellement la seule méthode d’extraction de gaz de schiste.
Cette technique controversée consiste à fracturer la roche à grande profondeur (1.500 à 3.000 mètres) avec un mélange d’eau, de sédiments et de produits chimiques projetés à haute pression, afin de libérer les hydrocarbures.
Le président français François Hollande a affiché le 14 septembre une ligne de conduite ferme sur les gaz de schiste, lors de la conférence environnementale, en annonçant le rejet de sept demandes de permis soupçonnés de viser cette ressource énergétique controversée.
Il a également réaffirmé l’interdiction du recours à la fracturation hydraulique, bannie en France depuis juin 2011.
Peuples en marche
Dans le cadre de la Marche internationale pour l’accès à la terre, qui se traduit par des actions et des événements partout dans le monde en octobre 2012 pour sensibiliser la population et interpeller les décideurs sur l’alarmante appropriation du foncier et la spoliation des paysans du monde entier, Gandhi International et Nature & Progrès Aude proposent à Carcassonne un forum d’une semaine en lien avec la thématique.
L’accès aux ressources de manière générale, et la nécessité fondamentale de favoriser et renforcer l’économie locale pour répondre par une production de proximité aux besoins de la société seront à la base des discussions. Bien au-delà des questions agricoles et de souveraineté alimentaire, ces questions doivent être transposées aux secteurs culturels, sociaux, éducatifs, médicaux, artistiques, artisanaux, etc. et une réflexion commune doit être menée.
Les formats d’échange, d’information, de réflexion et de construction proposés doivent permettre de fédérer et favoriser les initiatives : Conférences, projections, débats, arts de rue, animations, expositions, bourse aux associations de la vie civile et culturelle, concerts et expression artistique, démonstrations et ateliers pratiques, etc.
Afin de rassembler et fédérer l’ensemble des initiatives existantes et dénombrer celles qui sont encore à construire, avec les acteurs et les habitants du territoire, nous invitons toutes personnes morales ou physiques sur un espace de citoyenneté proposé à la société civile pour travailler au redéploiement de l’économie locale.
Chacun est invité à apporter, sur son domaine de compétence, des ressources, des événements, de l’information et tout ce qui semblera pertinent pour avancer dans les réflexions, afin que pierre après pierre, nous soyons en mesure de construire l’édifice de l’économie locale, durable et responsable de demain pour Carcassonne et le département de l’Aude.
Lieux :Carcassonne (Bastide et quartiers) et territoire environnant (voire département)
Dates : Du samedi 22 au dimanche 30 septembre 2012
But & objectifs : Information et mobilisation sur l’importance de maintenir une économie locale Vitrine et promotion des compétences et savoirs faire locaux Mise en relation des acteurs et initiation de dynamiques
Présentation des initiateurs :
Gandhi International est une association promouvant et développant la philosophie gandhienne, axée sur la non violence, que ce soit dans la communication, le développement économique, les choix de consommation, etc.
Nature & Progrès Aude est une association promouvant et développant l’agroécologie, une consommation responsable et citoyenne, et l’intégration des activités alimentaires et agricoles au tissu rural local.
Gilles-Eric Séralini, un scientifique engagé
Si un mot doit résumer Gilles-Eric Séralini, c’est celui de ténacité. Depuis que ce chercheur a voué son activité scientifique à l’étude des effets des aliments transgéniques et du pesticide Roundup sur les êtres vivants, il n’a pas dévié d’un pouce, malgré le faible soutien de son institution de recherche et plusieurs polémiques.
Né en 1960, il étudie la biochimie et la biologie moléculaire et devient professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen en 1991. Il aurait pu mener une vie tranquille, attaché à l’étude du système hormonal. Mais il « rencontre » les OGM en 1997 et signe l’appel lancé par le botaniste Jean-Marie Pelt, qui demande, au nom du principe de précaution, un moratoire sur les cultures transgéniques, le temps d’en évaluer les risques.
M. Séralini va alors s’investir dans l’étude des OGM, maintenant un équilibre fragile entre une activité scientifique reconnue, notamment par de nombreuses publications scientifiques, et un engagement public contre les cultures transgéniques. Il fonde en 1999 avec Corine Lepage le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), que rejoignent quelques chercheurs reconnus, tel Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’histoire naturelle.
Tout en menant dans son laboratoire des études sur le pesticide Roundup et sur divers OGM, il est membre, de 1998 à 2007, de la Commission du génie biomoléculaire chargée d’autoriser les OGM. Isolé, il s’oppose souvent à la majorité des autres membres, des biologistes plutôt favorables aux cultures transgéniques. Parfait connaisseur des procédures européennes d’évaluation des OGM, il contribue à en faire connaître les faiblesses.
Ces critiques, documentées par plusieurs organisations écologistes, sont relayées au Parlement européen, qui adopte en juillet 2011 un rapport recommandant une revue des méthodes d’évaluation par l’Autorité européenne de sûreté alimentaire.
Gilles-Eric Séralini est vivement critiqué par d’autres scientifiques : Marc Fellous, président en 2010 de la Commission du génie biomoléculaire (CGB), l’accuse d’être « militant » et « marchand de peur ». M. Séralini porte plainte pour diffamation, suivi par le tribunal, qui condamne M. Fellous en janvier 2011. L’étude publiée le 19 septembre marque un tournant dans la carrière de M. Séralini. Si sa qualité est validée, il prendra une nouvelle stature. Sinon...
Des tritons ralentissent le chantier de la LGV
Le chantier de construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse Tours-Bordeaux a dû être interrompu pendant plusieurs jours, dans les Deux-Sèvres, en raison de la découverte d’une mare abritant des tritons de blasius, une espèce rare d’amphibiens.
L’information parue dans les colonnes du Figaro le 17 septembre aurait pu rester dans la rubrique insolite, si le directeur des ressources humaines du consortium Cosea n’avait pas déploré l’impact sur l’emploi – seulement 400 embauches de chômeurs cet été au lieu des 600 prévues – et si le secrétaire général des affaires régionales de la préfecture de Poitou-Charentes ne s’était pas ému des conséquences des lenteurs administratives liées aux mesures de protection de l’environnement en évoquant le possible « arrêt du chantier pendant cinq mois et le licenciement ou la mise au chômage technique de 1.300 personnes ». L’intéressé assure que ces propos sont en réalité ceux du DRH de Cosea. « J’ai simplement dit que je partageais son souci », précise-t-il.
" On préfère les tritons aux chômeurs "
Tout cela tombait d’autant plus mal que le préfet de région et le patron de Cosea procédaient le jour même à l’installation d’un comité de suivi des mesures compensatoires visant à créer ou à restaurer des habitats d’espèces protégées menacés par le chantier. Yves Dassonville et Hervé Tricot se sont donc attachés à déminer la situation.
« L’emploi est très important, mais ça ne justifie pas que l’on prenne des libertés avec la protection de la biodiversité », a fermement déclaré le représentant de l’État. Impossible de ne pas faire le lien avec les propos du secrétaire général de Force ouvrière rapportés dans l’article paru le matin même : « Dans cette affaire, j’ai l’impression qu’on préfère les tritons aux chômeurs ». Le préfet préfère le compromis : « On ne peut pas penser uniquement à l’intérêt économique ou uniquement à la protection de la nature ; il faut s’assurer que l’intérêt général est respecté ».
Le président du groupement d’entreprises chargé de la construction de la LGV avoue que l’inquiétude est réelle alors que de nouvelles autorisations liées à la protection de l’environnement seront prochainement sollicitées pour 1.000 hectares supplémentaires. Il rappelle néanmoins que les contraintes légales étaient connues dès le départ : « Le coût des mesures environnementales a été pris en compte dès l’appel d’offre », explique Hervé Tricot. « Ça fait partie de la vie du chantier et ça ne remet pas en cause le calendrier », ajoute Yves Dassonville.
Les représentants des associations écologistes sont d’ailleurs sortis rassurés de la réunion. « Nous sommes satisfaits de constater qu’un tournant est pris avec la conférence environnementale et nous sommes confiants dans les engagements pris », assure Dominique Aribert, de la LPO. Confiants mais aussi vigilants.
Avenir radieux
Comment la France est devenue le pays le plus nucléarisé du monde à coup de fable de l’in- dépendance énergétique, de farce des débats publics et du rôle de grands commis de l’État.
ÇA FAISAIT SEPT ANS que Nicolas Lambert préparait cette pièce de théâtre sur le nucléaire, avalant des montagnes d’articles et de livres, allant visiter une centrale, hantant les réunions publiques sur l’EPR de Penly, rencontrant syndicalistes, intérimaires et militants, interpellant des responsables d’Areva et d’EDF quand, soudain, le 11 mars 2011 : Fukushima.
Alors cette énorme tâche qu’il menait seul, dans l’ombre et une indifférence polie, prit tout son sens. Le silence des médias ; l’apathie parlementaire ; le mépris envers les antinucléaires vus comme d’aima- bles hurluberlus ; le refrain rassurant sur l’absence de risques d’accident majeur : tout cela vola en éclats. A peine terminée, sa pièce tombait à pic...
Tour de force : en deux heures et en 23 personnages qu’il incarne seul sur scène, Nicolas Lambert nous raconte comment la France est devenue le pays le plus nucléarisé du monde, de 1945, date à laquelle de Gaulle crée le Commissariat à l’énergie atomique pour fabriquer la bombe, à nos jours, où ceux qui veulent « sortir du nucléaire » restent inaudibles...
Entre rires étranglés et neurones irradiés, on com- prend tout : la fable de l’indépendance énergétique ; la farce des débats publics ; le rôle très discret mais essentiel des grands commis de l’Etat comme l’éton- nant Pierre Guillaumat, un des personnages clés de cette saga ; l’affaire Eurodif et les attentats de Paris en 1986 ; les oukases de Messmer et Pompidou ; les atermoiements de Mendès France et Mitterrand...
Voici le texte intégral de la pièce enrichi d’un long entretien avec l’auteur, de compléments d’informa- tions, de portraits et d’une chronologie. Bref, de tout ce qu’il faut pour que les nucléocrates ne s’en remettent pas.
Auteur-interprète, NICOLAS LAMBERT a écrit et joué « Elf, la pompe Afrique », premier volet de « Bleu, Blanc, Rouge, l’a-démocratie », une trilogie dont l’ambition est de décrire la France d’aujourd’hui, et dont cette pièce constitue le deuxième volet.
Édition établie par JEAN-LUC PORQUET, auteur et journaliste au Canard Enchaîné avec JEAN-BAPTISTE BERNARD, co-fondateur du journal Article 11, et ERWAN TEMPLE. Dessins de OTTO.T
Un avenir radieux, Nicolas Lambert, éd. L’Echappée, 128 p., 10 €.
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Pour voir la pièce : Toutes les dates et infos
Séralini répond aux critiques de son étude sur les OGM
L’étude de Gilles-Eric Séralini et de ses collègues venait à peine d’être publiée dans la revue Food and Chemical Toxicology que plusieurs chercheurs, britanniques et australiens, la bombardaient de critiques méthodologiques. Pas un seul n’en a salué l’intérêt. Ils mettaient plutôt de l’avant des failles alléguées à propos des méthodes d’échantillonnage retenues, de l’analyse statistique, voire à propos de la revue scientifique choisie, même s’il s’agit de celle où Monsanto publie ses propres résultats.
L’équipe Séralini a répondu à neuf de ces critiques jeudi 20 septembre.
À ceux qui lui reprochent d’avoir retenu un « faible » échantillon de 200 rats, les auteurs répliquent que des lots de 20 rats sont exactement ceux qu’utilise Monsanto, mais dans des études de 90 jours plutôt que de 730 jours. Ils ajoutent que le budget de 3,2 millions d’euros, glanés difficilement, ne permettait pas davantage à une équipe indépendante.
À ceux qui contestent l’utilisation de rats Spraque-Dawley, qui développent facilement des tumeurs, le Dr Joël Spiroux, coauteur de l’étude, répond que c’est précisément la lignée qu’utilisent les producteurs d’OGM, y compris Monsanto. « Et, ajoute le chercheur, les faits sont là : ceux qui ont été nourris au maïs OGM, avec ou sans Roundup, développent plus de pathologies et beaucoup plus vite. »
Dans les trois groupes de rats traités, les tumeurs et affections des reins et du foie interviennent dès le 4e mois, dit-il, et ils explosent au 11e et 12e mois, ce qui correspond à l’âge d’un humain de 35 à 40ans. Dans le groupe témoin, les tumeurs surviennent vers le 23e et le 24e mois. Chercheur biaisé ?
D’autres chercheurs ont critiqué la diète à base de croquettes, mais, réplique l’équipe française, ce sont les mêmes qu’utilisent les producteurs d’OGM.
Quant à l’idée que les rats de cette expérience auraient absorbé plus de maïs OGM que des humains en proportion, les chercheurs français répliquent que la dose correspond à ce que mangent les Nord-Américains à leur insu.
À ceux qui reprochent à Séralini d’être un « anti-OGM », le chercheur répond : « faux ». Séralini se dit favorable à plusieurs techniques transgéniques, dont la fabrication de médicaments. Mais « en revanche, ajoute le Dr Spiroux, Gilles-Éric Séralini et nous sommes contre les OGM agricoles, mal étiquetés et dont la toxicité au long cours est mal étudiée », notamment avec des protocoles scientifiques qui ont été élaborés sous la dictée de politiciens et de représentants de l’industrie, comme l’a démontré Marie-Monique Robin dans son livre percutant, Le monde selon Monsanto.
Un séisme s’est produit à trente km du centre nucléaire de Cadarache
La faille sismique de la Moyenne-Durance a représenté la ligne des secousses sismiques du 19 septembre. Sur cette faille sont implantées 19 installations nucléaires civiles et militaires
La terre a tremblé mercredi soir 19 septembre dans la région de Manosque à une trentaine de kilomètres du Centre atomique de Cadarache (Bouches-du-Rhône) implanté sur la faille sismique de la moyenne Durance. Plusieurs secousses sismiques ont été ressenties le 19 septembre, peu avant 21h, dans la région de Manosque (Alpes de Haute Provence) et dans une grande partie sud-ouest du département comme à Forcalquier et Villeneuve qui serait le centre du séisme. Il s’agit d’un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter.
Il était exactement 20h56 quand ce séisme a eu lieu. Mais apparemment, la ville de Manosque n’a pas été la seule à être touchée par ces tremblements de terre qui ont duré quelques secondes, puisque les secousses ont été ressenties également sur Villeneuve, Volx, Lurs, Oraison, Forcalquier, Les Mées ou encore Vinon. Il s’agit d’un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter.
« Cela a bien secoué ! », « c’est hyper impressionnant ! », « On a eu l’impression que le toit allait nous tomber sur la tête ! », ont affirmé les premiers témoignages recueillis sur la page Facebook d’Haute-Provence Info.
L’épicentre de ce séisme a été localisé sur la commune de Villeneuve.
Ce séisme n’est pas le premier de l’année sur le département des Alpes-de-Haute-Provence, puisque trois autres séismes ont eu lieu sur la région de Barcelonnette depuis le début de l’année 2012 (26 février, 2 mars et 7 mars, avec respectivement des magnitudes de 4,5 - 4,1 et 3,6 sur l’échelle de Richter). Pour ce qui concerne la région de Manosque et de Forcalquier, le dernier séisme remonte au 8 juillet 2010, avec à l’époque une magnitude de 2,9 sur l’échelle de Richter.
Le bureau central sismologique français est formel : l’épicentre du séisme survenu le mercredi 19 septembre à 20h56 dans le sud des Alpes-de-Haute-Provence est situé « à 10km au au sud-est de Forcalquier ». Soit précisément à hauteur de la commune de Villeneuve. Les secousses, ressenties par beaucoup dans les villes environnantes (Manosque, Volx, Forcalquier, Lurs...), sont considérées par les spécialistes comme « modérées » ! Rappelons que des répliques de faible intensité ont été ressenties dans le sud du département peu après 22h et jusqu’en Vaucluse comme dans le village Le Thor.
C’est la faille sismique de la Moyenne-Durance qui a représenté la ligne sismique, faille sur laquelle les nucléocrates ont implanté 19 installations nucléaires civiles et militaires sur le site du CEA à Cadarache, lieu également retenu pour l’implantation du projet démentiel et démoniaque ITER. Sur ces 19 INB seules 3 sont aux normes anti-sismique de l’aveu même de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire)
Il y a un mois, des citoyen-nes entamaient une « marche pour la vie » à partir de Cadarache pour exiger la fermeture immédiate des sites nucléaires du triangle de la mort Cadarache (Bouches-du-Rhône) Marcoule (Gard) Tricastin (Vaucluse et Drôme) qui représentent une atteinte quotidienne à la santé (rejets quotidien de radioactivité) et une menace permanente du fait de la zone sismique. Le séisme de ce 19 septembre leur donne raison.
De nombreuses habitant-e-s ont réagi sur les réseaux sociaux, à peine les secousses ressenties. Cindy : « Hallucinant sur Volx ! On a eu très peur », Sarah : « Sur Villeneuve c’était impressionnant ! », Frédéric : « A Lurs aussi, j’ai ressenti comme l’effet du souffle d’une grosse explosion ou d’un mur du son tout près... », Yolande : « Vraiment impressionnant ! Heureusement très court », Nathalie : « C’est hyper impressionnant, on a l’impression que le toit va nous tomber sur la tête... angoisse garantie », Sophie : « Ca fait très peur... je suis d’Oraison, tous les murs ont tremblé lors du 1er... j’ai eu beaucoup de mal à calmer mes petits de 3 et 6 ans qui pleuraient et tremblaient... », Monique : « Je suis au Mont d’Or et ça a bien tremblé ! », Isabelle : « Impressionnant sur Dauphin aussi ! », Lawrence : « Comme une bombe nous avons senti la toute première secousse - assez forte dans le quartier du Trėcol et Villeneuve. Suivie une heure plus tard par deux secousses supplémentaires à deux minutes d’intervalle. En sautant de la baignoire précipitamment mon fils de 10 ans s’est fait mal. Dégâts et fissures apparentes dans nos façades et celles de nos voisins », Zelda : « J’habite à Manosque vers la gare SNCF, et nous l’avons nettement ressenti... entre les vitres qui vibraient ainsi que la vaisselle, le lustre qui balançait et le fauteuil où j’étais assise qui allait de gauche à droite, et le vrombissement de la terre... Cétait inquiétant... », Maud : « J’ai peur qu’un jour on se retrouve comme en 1909.. »
(...)
Mutisme du CEA et incident nucléaire 5 jours plus tôt
A cette heure, jeudi 20 septembre 2012 12h50, alors que le séisme s’est produit depuis 15 heures, aucune information n’émane du CEA de Cadarache, aucune communication officielle sur le sire internet du CEA, pourtant si prompt le mois dernier à tenter de minimiser les raisons de la Marche antinucléaire du CAN84 (collectif antinucléaire de Vaucluse).
Un mutisme d’autant plus inquiétant qu’il y a cinq jours, le 14 septembre 2012, le Centre nucléaire a été contraint de déclarer à l’Autorité de Sûreté Nucléaire une anomalie concernant l’un des assemblages combustibles du coeur du réacteur de recherche CABRI qui fait l’objet d’une rénovation depuis l’année 2004. Le coeur du réacteur, c’est-à-dire le combustible nucléaire avec son gainage et ses structures en vue de leur manipulation, est entreposé dans une piscine.
C’est lors de contrôles visuels par caméra immergée de l’état des assemblages combustibles avant rechargement du réacteur,qu’a été constaté la présence de tâches d’origine inconnue localisées sur une vingtaine de gaines d’éléments combustibles ainsi que sur d’autres structures métalliques. Les opérations de rechargement ont du être arrêtées en attendant des investigations approfondies.
Triste ironie des incidents et accidents nucléaires : le réacteur Cabri permet d’étudier le comportement des combustibles nucléaires en cas d’accident.
Les femmes seront le plus durement frappées par le Traité TSCG
« Même si toutes les couches populaires sont concernées, les femmes subissent plus durement les mesures d’austérité, faites de coupes dans les services publics et la protection sociale »
Le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro, dit Pacte budgétaire, sera soumis en octobre 2012 au vote du Parlement. Ce pacte, en durcissant encore les règles qui encadrent les budgets publics des États, franchit une étape majeure dans l’imposition d’une austérité permanente. Or déjà, les plans d’austérité appliqués dans les pays européens ont des conséquences très négatives sur les populations et, en touchant plus durement les plus précaires, accroissent encore les inégalités.
L’austérité est non seulement inacceptable sur le plan social, mais elle ne permet pas de sortir de la crise : les revenus des ménages stagnent ou baissent comme donc leur consommation ; de même les investissements des entreprises ; l’activité économique ralentit entraînant une baisse des recettes fiscales, d’où des difficultés supplémentaires pour diminuer le déficit public, à l’opposé du but visé. Les États empruntent alors aux marchés financiers, ce qui accroît l’endettement et sert de prétexte à ces marchés pour exiger un nouveau tour de vis. Cette situation n’a rien d’inéluctable, elle est le résultat des choix politiques qui ont été faits pour la construction néolibérale de l’Europe : la règle qui oblige les États à se financer auprès des marchés financiers, ce qui leur offre une rente sur un plateau et un pouvoir exorbitant, peut et doit être changée.
En outre, le Pacte budgétaire instaure un contrôle préalable des budgets publics par la Commission européenne, ainsi que des sanctions en cas de non-respect des règles. Loin de remettre en cause le diktat de la finance, les nouvelles normes ont pour objet de « rassurer les marchés financiers ». Le Pacte parachève ainsi la construction néolibérale de l’Europe, constitue une menace pour la démocratie et pour les droits des populations. Sa ratification par le Parlement aboutirait à une régression sociale sans précédent.
Comme de nombreux rapports l’ont montré, même si toutes les couches populaires sont concernées, les femmes subissent plus durement les mesures d’austérité, faites de coupes dans les services publics et la protection sociale.
Déjà, parce qu’elles forment la grande majorité des précaires, sont plus souvent au chômage et en sous-emploi. Ensuite, en tant que responsables principales de la famille, elles sont les premières usagères de ces services, les principales allocataires des prestations sociales et familiales. Du fait de leur recul et du démantèlement progressif de l’État social, les femmes sont contraintes d’assurer tout ce qui n’est plus pris en charge par la collectivité ; leur travail (invisible) dans la sphère privée augmente, leur rôle traditionnel dans la famille s’en trouve renforcé, au détriment de leur travail rémunéré, de leur autonomie, voire de leur santé.
Les femmes sont également les premières touchées par les baisses d’effectifs et de rémunération dans le secteur public, car elles en constituent presque partout la majorité des employées. Premières touchées encore par les « réformes » des retraites qui ont été menées dans le cadre des restrictions budgétaires. Les droits des femmes sont menacés, et régressent, lorsque les coupes touchent les services de santé sexuelle et reproductive, les subventions aux organismes de lutte contre les violences faites aux femmes, ou encore lorsque de nombreuses maternités et centres d’IVG ferment, comme c’est le cas en France.
Alors que des investissements publics massifs sont indispensables en matière de protection sociale, de services publics et d’emploi pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux et réduire les inégalités, le Pacte budgétaire impose une restriction durable des finances publiques et interdit concrètement toute évolution vers le progrès social.
Alors que les inégalités entre les femmes et les hommes sont plus que jamais inacceptables, il est urgent de créer un service public de crèches et des services d’aide à la dépendance, de renforcer les services sociaux et de santé en personnels et en moyens. Or ce Pacte, en rendant impossibles ces politiques et en pérennisant l’austérité, aggrave les inégalités entre les sexes.
Nous refusons le Pacte budgétaire qui condamne l’avenir, sacrifie la démocratie et le bien-être des populations à la satisfaction des exigences des marchés financiers.
Nous appelons à la construction des résistances et des alternatives à l’austérité en France et en Europe. Nous appelons à y porter les alternatives féministes pour une autre Europe.
Nous appelons à la manifestation unitaire organisée le 30 septembre par de nombreuses associations, organisations syndicales, partis et collectifs d’audit citoyen contre le Pacte budgétaire, contre l’austérité et pour un débat démocratique.
Premières signataires :
Clémentine AUTAIN (directrice de Regards), Ana AZARIA (présidente Femmes égalité), Martine BASSET (CGT), Francine BAVAY (conseillère régionale EELV), Delphine BEAUVOIS (secrétaire nationale du PG), Fatima-Ezzahra BENOMAR (Les efFRONTé-es), Martine BILLARD (coprésidente du PG), Catherine BLOCH LONDON (Attac, CNDF), Nicole BORVO (sénatrice PCF), Thalia BRETON (porte-parole de Osez le féminisme), Mireille BRUYÈRE (Économistes atterrés), Marie Georges BUFFET (députée PCF), Danielle CARASCO (Planning familial 69), Marie CERVETI (FIT), Leila CHAIBI (La Pelle et la Pioche), Laurence COHEN (sénatrice PCF), Annick COUPÉ (porte-parole de l’Union syndicale Solidaires), Sandra DEMARCQ (NPA), Monique DENTAL (Réseau Féministe « Ruptures »), Michèle ERNIS (Gauche unitaire), Gwenaëlle FERRE (Collectif féminin masculin), Mireille FERRI (EELV), Jocelyne FILDARD (CLF), Pascal FRANCHET (CADTM), Elisabeth GAUTHIER (Espaces Marx /Transform ! Europe), Bénédicte GOUSSAULT (FASE), Magali de HAAS (porte-parole de Osez le féminisme), Lilian HALLS-FRENCH (Initiative Féministe Européenne IFE-EFI), Chantal HERSEMEULE (SOS Femmes accueil 72), Esther JEFFERS (Économistes atterrés), Véronique LAMY (porte-parole du PCOF), Catherine LEBRUN (porte-parole de l’Union syndicale Solidaires), Anne LECLERC (Gauche anticapitaliste), Nelly MARTIN (MMF), Christiane MARTY (Attac, Fondation Copernic), Caroline MECARY (coprésidente de Fondation Copernic), Muriel NAESSENS (Féminisme enjeux), Christine POUPIN (NPA), Roselyne ROLLIER (Maison des femmes de Montreuil), Suzy ROTJMAN (CNDF), Laurence SAUVAGE (secrétaire nationale du PG), Maya SURDUTS (CNDF, CADAC), Michèle RIOT-SARCEY (historienne), Nora TENENBAUM (CADAC), Stéphanie TREILLET (Convergences et alternative), Marie-Pierre TOUBHANS (porte-parole de Gauche unitaire), Aurélie TROUVÉ (coprésidente d’Attac), Marlène TUININGA (Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, WILPF), Moruni TURLOT (Lesbiennes Of Color), Sophie ZAFARI (syndicaliste, FSU), Henriette ZOUGHEBI (vice-présidente du Conseil Régional IDF)
22 Septembre : Journée Mondiale contre le gaz de schiste
22 Septembre : Global Frackdown Day ou Journée Mondiale contre les gaz et pétrole de schiste
A l’initiative de groupes locaux et organisations des Etats-Unis, et soutenu aujourd’hui par des groupes du monde entier, le 22 septembre est une journée mondiale d’actions contre la fracturation hydraulique, les gaz et pétrole de schiste.
Pas moins de150 actions vont avoir lieu sur 5 continents et dans près de 20 pays (Canada, Etats-Unis, Mexico, Argentine, Afrique du Sud, France, Espagne, Irlande, Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, République Tchèque, Bulgarie, Australie...). Aux Etats-Unis, des actions vont avoir lieu dans chaque région du pays.
Cette première journée internationale d’actions coordonnées de cette ampleur s’appuie surles très nombreuses mobilisations locales, régionales ou nationales existantes.
Suite à ces dernières, la fracturation hydraulique est aujourd’hui interdite, ou placée sous des formes diverses de moratoire ou restrictions, dans plusieurs centaines de lieux sur la planète (outre la France et la Bulgarie, des centaines de mesures locales d’interdiction ou de moratoire à travers le monde, dont plus de 200 aux Etats-Unis).
Partout sur la planète, les industriels pétroliers et gaziers multiplient les campagnes de lobbying et de relations publiques pour désamorcer ces mobilisations citoyennes en affirmant qu’elles sont isolées et que leur opposition aux pétroles et gaz de schisteest infondée. Cette fable ne prend pas.
Cette journée internationale d’actions démontre le caractère mondial de l’opposition à cesprojets dévastateurs et elle a pour objet de repousser avec force la propagande de l’industrie pétrolière et gazière.
Toutes les informations :
- Globalfrackdown
- Carte mondiale des actions
- Page Facebook
- Les rendez-vous en France le 22 septembre :
En Ile-de-France :
. 11h30 : Place du Trocadero à Paris, inauguration du 1er forage intramuros
. 14h30 : Tournant en Brie (77), parc de Combreux, RER E. Informations
Languedoc Roussillon : à partir de 10h à Saint Christol lez Alès (30). Informations
Rhones-Alpes : à partir de 10h à Aix-les-Bains (73). Informations
Midi-Pyrénées : à partir de 9h, à Beaumont de Lomagne (82). Informations
Retrouver ces informations sur le site d’Attac France
L’offensive de Monsanto pour décrédibiliser l’étude sur les OGM
La contre-attaque de Monsanto à l’étude sur les OGM de Gilles-Eric Séralini et du Criigen ne s’est pas faite attendre. C’est un courriel envoyé par un dirigeant de Monsanto, Jaime Costa, ingénieur agronome et directeur technique de Monsanto en Espagne. Il conseille à ses interlocuteurs d’aller consulter plusieurs réactions de scientifiques critiquant l’étude. Des scientifiques loin d’être indépendants...
Traduction de l’espagnol : « Objet : Au sujet des recherches indépendantes sur les OGM.
Sur cette page (lien), vous pouvez lire l’opinion de quelques scientifiques indépendants sur cette nouvelle publication qui n’a pas été revue par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) » [1].
Le courriel a été révélé par l’Observatoire européen des entreprises (CEO, Corporate Europe Observatory). Le lien préconisé par le cadre de Monsanto renvoie vers le site du Science Media Centre, basé à Londres et présenté comme une source d’informations indépendante. Le centre publie huit réactions de scientifiques. Tous rejettent l’étude du Criigen.
Se présentant comme une entreprise indépendante « qui travaille à promouvoir les opinions de la communauté scientifique au Royaume-Uni pour les médias », le Science Media Center est en réalité financé à 70 % par les grands noms de l’industrie de la biotechnologie. BASF, Bayer, Novartis, CropLife International sont autant de bailleurs de fonds de cette entreprise.
Malgré le conflit d’intérêt évident, l’opération semble bien fonctionner. Trois des huit experts mentionnés sur le Science Media Center ont été repris par l’agence de presse Reuters. C’est le cas de Tom Sanders, directeur du département des sciences nutritionnelles au King’s College de Londres, qui note que « cette race de rat est particulièrement sujette aux tumeurs mammaires lorsque les ingestions de nourriture ne sont pas contrôlées ».
Mais aussi de Mark Tester, professeur à l’université d’Adelaïde en Australie qui s’est étonné que les précédentes études n’aient pas soulevé les mêmes inquiétudes. « Si les effets sont aussi importants que rapporté et que l’étude est vraiment pertinente concernant l’homme, pourquoi les Nord-Américains ne tombent-ils pas comme des mouches ? » interroge t-il. « Les OGM font partie de la chaîne alimentaire depuis une décennie là-bas et la longévité continue de s’accroître inexorablement ».
Le groupe de lobby des biotechnologies Europabio a également publié un communiqué de presse citant ces mêmes experts et énumérant un ensemble d’arguments pour tenter de discréditer la recherche. Pour le CEO, ce n’est « probablement que le début des tentatives de l’industrie des biotechnologies pour miner la crédibilité de cette nouvelle étude ». L’équipe du Criigen répond à ces critiques sur le site du Nouvel Observateur.
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Note :
[1] Le CEO précise avoir changé des éléments pour protéger la source.
OGM : qu’a fait l’Etat ?
Shakespeare l’écrivait : « Les mauvaises nouvelles sont fatales à celui qui les apporte » (Antoine et Cléopâtre). Ainsi les critiques pleuvent-elles sur l’étude publiée par Gilles-Eric Séralini dans Food and Chemical Toxicology.
Si la méthode et les moyens s’en révèlent à l’examen faibles, erronés, ou biaisés, ses conclusions - le potentiel cancérigène d’une alimentation transgénique - en seront démenties. Il est essentiel et normal que cet examen se déroule avec rigueur. Mais ce n’est qu’un aspect du problème.
Une question essentielle est de savoir pourquoi un chercheur de qualité, employé dans une structure publique, a été obligé de chercher des fonds auprès de fondations privées pour pouvoir mener en catimini une étude d’un intérêt général. De savoir pourquoi, alors que les organismes génétiquement modifiés sont entrés dans le débat public depuis plus de quinze ans, suscitent une interrogation collective, entraînent des conséquences majeures en termes d’économie agricole, de savoir pourquoi, donc, les autorités publiques n’ont pas demandé à des chercheurs publics des études approfondies et neutres sur la nocivité des OGM. Le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la recherche agronomique sont-ils dénués à ce point de biologistes et d’expérimentateurs, qu’il faille toujours s’en remettre aux études pilotées par Monsanto, Syngenta, Pioneer, et dont les données restent secrètes, au nom du « secret industriel » ?
Poser la question, c’est souligner la passivité du corps politique et de l’institution scientifique. On ne peut la comprendre que par la dérive de l’activité scientifique depuis une trentaine d’années. Elle était auparavant financée par les fonds publics, ce qui permettait une plus grande liberté à la recherche. Elle est maintenant, de plus en plus souvent, financée ou orientée par des entreprises qui ont peu d’intérêt pour les recherches non appliquées et négligent les effets des technologies qu’elles veulent commercialiser. La « science » n’est plus indépendante - cela est net dans le domaine des biotechnologies végétales. Par son opération de communication médiatique, M. Séralini prend à témoin les citoyens de ce problème.
Derrière les querelles scientifiques sur la nocivité de tel produit ou technologie se joue un drame qu’un Shakespeare pourrait mettre en scène : celui du rapport entre l’argent et la vérité.
OGM : 9 critiques et 9 réponses sur l’étude de Séralini
La publication de l’étude de Gilles-Eric Séralini constatant la toxicité sur les rats du maïs NK 603 a suscité de nombreuses critiques. Le Dr Joël Spiroux, co-auteur de l’étude, répond
Après la publication de l’étude de Gilles-Eric Séralini, première étude sur la vie entière de rats nourris au maïs NK 603 et qui fait apparaître la toxicité de cet OGM sur ces rats, de nombreuses critiques et questions se sont fait jour sur les conditions de réalisation de l’étude et sa crédibilité.
[Reporterre : par exemple, une critique sans appel par le toxicologue et consultant d’entreprises Gérard Pascal.]
Le Dr Joël Spiroux, co-auteur et directeur adjoint de l’étude, président du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique), répond.
Première critique : 200 rats est un trop faible échantillon pour une étude solide…
Joël Spiroux - L’échantillon des 200 rats, 20 rats par lot, correspond au nombre de rats utilisé par Monsanto dans son étude sur trois mois. En revanche, nous avons étudié beaucoup plus de paramètres toxicologiques. Pour travailler avec plus de rats, il fallait encore plus d’argent. L’étude a déjà coûté 3,2 millions d’euros.
Le type de rats employé, les « Sprague-Dawley », est connu pour développer facilement des tumeurs…
Oui mais ce sont les lignées de rats utilisés dans le monde entier pour les recherches toxicologiques. Ces rats ont l’avantage d’être stables au niveau biologique et physique. Ils ont tous à peu près le même profil, le même poids… Ce sont les rats utilisés depuis le début dans les recherches sur les organismes transgéniques, par les firmes qui en produisent. Y compris par Monsanto. Et les faits sont là : ceux qui ont été nourris au maïs OGM, avec ou sans Roundup, développent plus de pathologies. Et beaucoup plus vite.
En regardant de près, des rats mâles nourris au maïs OGM ne développent globalement pas plus de tumeurs que les témoins…
Ce qu’il faut regarder, c’est précisément la rapidité des déclenchements. Dans les trois groupes de rats traités, les tumeurs ou les affections des reins et du foie interviennent dès le 4e mois et explosent au 11e et 12e mois. Ce qui correspond à l’âge de 35 à 40 ans pour un homme. Pour le groupe témoin, les tumeurs surviennent surtout en fin de vie, vers le 23e mois et 24e mois, ce qui semble normal chez les rats.
Des scientifiques pointent le manque d’information sur la composition précise de la diète à laquelle les rats ont été soumis…
Ce sont des croquettes standards, les mêmes une fois encore que celles utilisées par les producteurs d’OGM dans leurs études. La seule différence est que nous avons précisément dosé leur concentration en maïs OGM : 11% pour le premier groupe, 22% pour le deuxième et 33% pour le troisième.
La quantité d’OGM absorbée par les rats est plus importante que ce qu’absorbent les hommes…
Détrompez-vous. Les dosages de maïs NK 603 sont comparables à ce que mangent en une vie les populations du continent américain, où les OGM sont en vente libre, non étiquetés, non tracés. Ce qui empêche d’ailleurs de les identifier comme agents pathogènes et ouvre la porte au déni. C’est pourquoi on entend dire par exemple que les Américains mangent des OGM depuis 15 ans et ne sont pas malades.
La revue choisie pour publier l’étude, « Food and Chemical Toxicology », n’est pas la plus prestigieuse aux Etats-Unis.
Elle est loin d’être secondaire : c’est une revue scientifique connue internationalement. Ses publications sont soumises à un comité de lecture, dans lequel s’expriment des visions contradictoires. Et c’est celle dans laquelle Monsanto et les autres fabricants publient leurs contre-expertises.
On entend aussi que Gilles-Eric Séralini est un anti-OGM patenté, qu’il a obtenu les résultats qu’il cherchait.
Absolument faux. Gilles-Eric Séralini, le Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique) et les chercheurs de son laboratoire à l’Université de Caen travaillent également sur les organismes génétiquement modifiés, parce que cela leur donne accès à la connaissance du vivant. Ils n’ont rien contre les OGM pour la fabrication de médicaments. L’insuline par exemple, est fabriquée à partir d’OGM. Cela ne m’empêche pas de la prescrire à mes patients diabétiques. On reconnaît ces médicaments par la présence, sur la notice, de l’expression « protéïne recombinée ». Donc oui aux OGM en laboratoire pharmaceutique. En revanche, Gilles-Eric Séralini et nous autres sommes contre les OGM agricoles, mal étiquetés et dont la toxicité au long cours est mal étudiée.
Vous n’êtes pas cancérologues, que savez-vous des tumeurs…
Non, nous ne sommes pas cancérologues et n’avons jamais dit le contraire. C’est une étude de toxicité, non une étude de cancérogénèse, qui suit d’autres protocoles. D’ailleurs, nous n’avons dit nulle part que les tumeurs étaient cancéreuses. Ce sont des fibro-adénomes et des chirato-acantomes, qui peuvent se transformer en cancers quand les rats vieillissent.
Il faut une contre-expertise.
Nous sommes d’accord. Nous voulons aussi une contre-expertise, mais faite par des chercheurs indépendants. Pas par ceux qui produisent les études pour les fabricants d’OGM. Ce qui n’est pas la position de l’EFSA pour l’instant (Agence européenne de sécurité sanitaire).
Propos recueillis par Morgane Bertrand
Une étude scientifique montre que la culture sans herbicide est possible
Près de Dijon, une expérimentation menée depuis dix ans par l’INRA montre que la culture sans herbicides est possible avec de bons résultats
« Et voilà notre fierté de l’année. » D’un geste large, Nicolas Munier-Jolain, de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) balaye le champ de blé. Nous sommes début juillet, le grain sera moissonné d’ici peu. Le champ semble banal aux yeux du citadin. L’œil exercé de l’agriculteur, lui, aurait tout de suite repéré des détails révélateurs. Cet étrange mélange de blés sur un seul champ, les uns très « barbus », les autres non. Ou la densité du semis, deux fois plus élevée que d’ordinaire. Il sursauterait à la vue de ces quelques chardons, des liserons par-ci par-là, grimpant sur les blés, des coquelicots mettant une touche de rouge. Surtout, au milieu du champ, quelques dizaines de mètres carrés où dépassent de nombreuses têtes de vulpins pourraient bien l’alerter. Des « mauvaises herbes », admet l’agronome qui précise toutefois : « Pas en quantités suffisantes pour affecter réellement le rendement. »
Un garde-manger gratuit
Or, poursuit Munier-Jolain, « ce champ n’a pas reçu le moindre traitement d’herbicide depuis douze années consécutives ». Le citadin se contenterait de soulever un sourcil, d’opiner que « c’est bien, une agriculture qui pollue moins ». Les agriculteurs, dotés de cette information, se montrent surpris, admiratifs ou dubitatifs, comme en témoignent les visites nombreuses.
Selon leur expérience, c’est un champ de mauvaises herbes qu’ils devraient avoir sous les yeux et non un champ de blé où les mauvaises herbes semblent contrôlées à un niveau acceptable. D’où le « vif intérêt [qu’ils manifestent] », raconte Munier-Jolain.
Ce champ de blé si particulier se trouve sur le site d’Epoisses (Côte-d’Or) de l’Inra, près de Dijon. Pas moins de 140 hectares où agronomes, biologistes, ingénieurs et techniciens réalisent des expériences en plein champ, sur « l’agroécologie de la parcelle cultivée ».
Le domaine provient d’un monastère fondé par les ducs de Bourgogne au XIIe siècle. Il en reste la salle du Chapître, où Nicolas Munier-Jolain relate que ce fameux champ de blé « sans herbicides » n’est pas seul. Avec dix autres champs, il fait partie d’un programme démarré en 1997. A l’époque, l’Inra le recrute dans une équipe chargée d’une nouvelle question : peut-on cultiver sans herbicide, ou à défaut, le moins possible ? Bilan de l’expérience pionnière qui s’y déroule depuis dix ans : « Il est techniquement possible de cultiver à grande échelle nos céréales sans herbicide, ou du moins en réduisant drastiquement leur usage, avec une faible diminution des rendements à l’hectare. »
Formidable retournement de situation. Depuis dix mille ans, l’agriculteur lutte contre les « mauvaises herbes ». Après les avoir presque inventées. « S’il n’y avait pas d’agriculture, il n’y aurait pas tant de mauvaises herbes », souligne un brin sarcastique l’agronome. Paradoxe ? L’explication se trouve au cœur d’une vision lucide de l’acte et de la geste agricole depuis ses origines. Cultiver un champ, c’est certes fabriquer un garde-manger gratuit et surabondant pour les « ravageurs » (insectes, champignons, herbivores). Mais c’est aussi préparer le terrain, littéralement parlant, pour les plantes sauvages s’épanouissent dans les mêmes conditions que la plante domestiquée semée. L’agriculteur sélectionne et favorise ainsi l’expansion de ces mauvaises herbes de manière involontaire. L’archéologue suit leur progression, du Moyen-Orient à l’ouest européen, lorsque les agriculteurs y colonisent de nouvelles terres, de 10 000 à 4 000 ans avant J-C.
Dix parcelles, quatre stratégies
L’agriculteur ne peut se contenter d’observer sans réagir la lutte darwinienne entre son semis et ces adventices (le terme d’agronomie pour les mauvaises herbes) compétitrices. Le combat pourrait tourner au désastre pour son exploitation tant il est inégal. Car la plupart des mauvaises herbes disposent d’une arme absolue : produire un stock de graines dix, cent, cinq cent fois plus nombreux que la plante cultivée.
Lors du premier semis dans un champ nouveau, la plante domestiquée se montre souvent capable d’écraser ses compétitrices puisqu’elle domine en nombre de graines. Puis, les adventices vont, année après année, « accumuler dans le sol un énorme stock de graines » qui lui permettra de prendre le dessus. Adieu blé, colza, maïs et orge - donc pain, huile, bière et cochons - bonjour vulpin, chardon, moutarde, renouée, gaillet, folle avoine… Que faire ?
Durant des millénaires, l’agriculteur a lutté à l’aide d’outils manuels, pour arracher les mauvaises herbes de son champ. Il a diversifié les cultures dans l’espace et le temps afin de perturber le cycle végétatif de ses ennemies. Intégré des cultures sarclées, pour « nettoyer » le champ des mauvaises herbes, et des prairies fourragères entre les céréales. Deux milliards d’agriculteurs, souvent pauvres et aux productions aléatoires, poursuivent ainsi ce combat.
Les pays industrialisés ont, dans les années 50, inventé de puissants produits chimiques herbicides. Couplés aux autres innovations agricoles (mécanisation, engrais, sélection des semences, insecticides et fongicides), ils ont participé à l’explosion des rendements des grandes cultures céréalières. La production française de blé tendre atteint ainsi près de 80 quintaux à l’hectare en moyenne en 2009, contre 50 à la fin des années 70 et dix seulement vers 1850. Même si cette moyenne d’il y a un siècle et demi était tirée vers le bas par des terroirs à très faible rendement ensuite abandonnés, la progression fut fulgurante.
Place aux tueurs mécaniques
Le rôle spécifique des herbicides fut de permettre une « simplification et une spécialisation extrême » des systèmes agraires, explique l’agronome. Dès lors qu’il peut écraser les mauvaises herbes sous la puissance de feu de l’herbicide, l’agriculteur peut industrialiser son mode d’action. En Bourgogne, cela donne souvent la rotation simplissime « blé, orge, colza, trois cultures dont le cycle cultural est très similaire », explique Munier-Jolain, aux rendements élevés.
Le prix de cette évolution radicale ? La pollution des eaux, une moindre variété de cultures et une synergie avec les insecticides qui sape la biodiversité, l’apparition de résistances qui poussent à l’usage accru des herbicides, le tout se terminant par un système « non durable », insiste Munier-Jolain.
Une absence de durabilité qui est aussi légale, avec la menace des interdictions de produits chimiques, comme pour l’atrazine sur le maïs dès 2001, puis dans toute l’Union européenne en 2004. L’objectif officiel est de diminuer de 50% les pesticides d’ici à 2018 affirme le plan gouvernemental Ecophyto, dont les herbicides. Mais comment ?
Il faut « revenir à l’agronomie », répond l’agronome. D’où, après quelques années de modélisation du « complexe champ et adventices », la mise sur pied d’une expérience à grande échelle à Epoisses, en 2000. Dix parcelles de deux hectares - un petit champ mais représentatif du réel - y sont consacrées. Mission : tester sur la durée quatre stratégies possibles de réduction des herbicides, en double exemplaire, comparées à une culture en agriculture raisonnée.
L’objectif n’était pas de tester un outil agronomique particulier « toutes choses égales par ailleurs », explique Munier-Jolain. Mais une exploitation la plus proche possible des contraintes réelles d’un agriculteur. Jusqu’au bout de l’exercice : le bilan économique, coûts et bénéfices de la vente des produits.
Quatre stratégies de « protection intégrée » ont été testées avec différents niveaux de diminution des herbicides : -50%, -70% et -100%. S’y ajoute l’objectif de diminuer les engrais, les insecticides et les fongicides dans la perspective d’une agriculture économe en « intrants », durable et moins agressive pour les sols et la biodiversité.
Puisque la chimie est exclue, place aux tueurs mécaniques. Devant un hangar, l’agronome détaille des outils de désherbage mis en œuvre par les techniciens de l’Inra sous la houlette de Pascal Farcy. Des herses-étrilles, des bineuses ou des houes rotatives dont les dents arrachent et scalpent les mauvaises herbes. Ou disposent de doigts souples en caoutchouc qui viennent « grattouiller la terre au pied des plantes ».
Le trio blé, orge, colza bourguignon a été délaissé au profit de rotations complexes, étalées sur plusieurs années (en agriculture biologique des rotations de huit ans sont courantes). Objectifs : varier les compétitions entre plantes cultivées et mauvaises herbes. Retarder les dates de semis pour détruire les mauvaises herbes dès qu’elles sortent de terre, et semer ensuite. Ou les étouffer par un semis deux fois plus dense que d’habitude. Introduire « des cultures de légumineuses », dont la luzerne, capables d’utiliser directement l’azote de l’air et donc d’éviter l’usage d’engrais en ravitaillant le sol en matière organique.
« Je fais quoi de cette luzerne ? »
Le bilan technique dressé par l’agronome, publié dans des revues scientifiques (1), semble positif. Les analyses des sols par carottages montrent que le stock de semences des mauvaises herbes n’est pas plus élevé qu’il y a douze ans. La biodiversité des sols en micro-organismes a augmenté comme la densité des fouisseurs (vers de terre). Le bilan en terme d’émissions de gaz à effet de serre est neutre. Le travail supplémentaire lié au désherbage mécanique peut se compenser par un étalement des interventions au long de l’année. Et la diminution du rendement est grossièrement compensée par celle des coûts.
Pourtant, Nicolas Munier-Jolain refuse de transformer ce résultat en belle histoire pour écolo urbain. « Il n’y a pas de miracle », préfère-t-il avertir. Démonstration par une parcelle du scénario sans herbicide du tout. Le champ est semé de luzerne, fauchée il y a peu. C’est la réponse à une « infestation » de chardons, tandis que de la renouée liseron s’étale partout. Il faudra trois ans de culture de luzerne, fauchée régulièrement, pour que les chardons épuisent leur réserve souterraine (les rhizomes) en cherchant à la dépasser et finissent par mourir. Certes… Mais « je fais quoi de cette luzerne ? Sa vente couvre-t-elle la non culture de blé durant trois ans ? » s’interrogera l’agriculteur.
Pour l’agronome, qui se mue en économiste agraire, la question relève moins de la valeur intrinsèque de la production - la luzerne se vend aux éleveurs - que du système économique. Il faut organiser des marchés permettant la commercialisation de produits plus variés, inciter à des productions permettant de s’affranchir des importations de tourteaux de soja pour animaux, déployer une vision agrosystémique à l’échelle régionale… C’est plutôt là que « le bât blesse », admet-il.
L’agronomie propose des solutions techniques adaptées et non un illusoire et simpliste retour en arrière au défi des herbicides. Mais le cadre socio-économique susceptible de les accueillir reste à inventer. Sa mise en œuvre transformerait l’économie agraire, les circuits de commercialisation et jusqu’aux paysages en s’attaquant aux monocultures et en promouvant des cultures plus diversifiées.
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Notes :
(1) Violaine Deytieux et al, European Journal of Agronomy, 2012.
Etude OGM : bras de fer entre Séralini et l’EFSA
OGM : crise aiguë à Bruxelles
Auditionnée par une poignée de parlementaires européens à Bruxelles en présence de Gilles-Eric Séralini, auteur de l’étude choc sur le maïs NK 603, la directrice de l’Efsa (Autorité de sécurité alimentaire européenne) Catherine Geslain-Lanéelle a certes confirmé que son agence procéderait bien à l’expertise de l’étude. Mais en gardant les mêmes experts qui avaient par le passé donné leur feu vert à ce même maïs NK 603.
Gilles-Eric Séralini a réagi vivement : « Pas question que ceux qui ont autorisé le NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données. Il y aurait un conflit d’intérêt avec leur autorité et leur carrière ». D’autant, ajoute le Dr Joël Spiroux, co-auteur de l’étude, que les conflits d’intérêt étaient alors nombreux au sein de l’Efsa et à l’intérieur du « Panel OGM ».
Résumé : Gilles-Eric Séralini est d’accord pour une expertise de l’Efsa à condition que les experts soient renouvelés de telle manière que ceux-ci ne soient conduits à devoir se contredire. La directrice de l’Efsa ne l’entend pas de cette oreille. Elle refuse le renouvellement de ses experts. Sa positon, c’est « Je maintiens. Tout ».
Blocage total à Bruxelles
Corinne Lepage, député européenne et en charge de la Commission de l’environnement au Parlement de Strasbourg, est très remontée. D’autant plus qu’elle s’est vue opposer un autre refus clair et net sur sa proposition de voir mener par l’Efsa des études comparables à celle de Séralini : c’est-à-dire sur des rats pendant toute leur vie.
« Catherine Geslain-Lanéelle m’a répondu, confie Corinne Lepage, que les études sur trois mois ou au cas par cas étaient suffisantes. C’est inadmissible ! On recommence à tourner en rond ! »
Le blocage est donc total car pour mener à bien son expertise, l’Efsa a besoin que Gilles-Eric Séralini lui communique les données brutes de son étude. A tout prendre, il dit préférer une « expertise internationale » pour lever toutes les suspicions.
L’Anses en arbitre
L’intransigeance de la Directrice de l’Efsa illustre la position extrêmement délicate de Bruxelles. Entre le principe de précaution qui régit le droit européen, les règles du commerce international et les pressions des Etats-Unis, le chemin est étroit. D’autant plus étroit que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a lui-même durci le ton en déclarant que « si le danger de l’OGM NK 603 était vérifié, la France défendrait au niveau européen son interdiction ». En se fondant sur l’avis de l’Anses (Agence de sécurité alimentaire française). Sous-entendu, en zappant celui de l’Efsa…
Interview de Corinne Lepage :
OGM : « Les experts ne doivent pas être juges et parties »
Députée européenne, Corinne Lepage pose des conditions très précises à la communication des données brutes de l’étude Séralini-Criigen aux agences sanitaires concernées. Elle demande le renouvellement des experts qui auraient eu à donner leur feu vert sur ce maïs transgénique. Et elle exige que les données brutes des études qui ont servi de base aux autorisations d’OGM soient également rendues publiques.
Votre impression après l’audition, hier à Bruxelles, de la directrice de l’EFSA, Catherine Geslain-Lanéelle, par la commission Environnement du Parlement européen ?
La déception. J’ai demandé à la directrice de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) comment elle comptait mener la contre-expertise du maïs NK603 à la suite de l’étude de Gilles-Eric Séralini, au regard des efforts de déontologie entrepris depuis un an au sein de l’Agence. Des efforts que j’ai salués. Je m’attendais donc en bonne logique qu’elle me réponde que les experts commis par l’EFSA, qui avaient donné leur feu vert au maïs NK603, ne pouvaient pas être les mêmes que ceux qui travailleraient sur l’étude Séralini.
Réponse ?
A ma stupéfaction, Catherine Geslain-Lanéelle m’a répliqué qu’elle ne voyait aucun problème à ce qu’il s’agisse des mêmes experts. Au prétexte, que j’estime éminemment fallacieux, que ces experts n’auraient pas à évaluer l’expertise sur le NK603 de l’EFSA mais une nouvelle étude. Je récuse en long en large et en travers cette argutie. Il faut savoir en effet que ces experts, qui n’ont jamais réclamé des études de plus de 90 jours sur le NK603, pourraient dans le futur être mis en cause. Ils sont donc aujourd’hui juges et parties.
Mais comment comptez vous-faire bouger les lignes ?
Politiquement. C’est à la Commission de se prononcer sur cette divergence profonde d’appréciation. Je vais d’ailleurs écrire en ce sens à John Dalli, le commissaire européen chargé de la Santé et de la Politique des consommateurs.
Et en France ?
Les trois ministres compétents (Agriculture, Santé, Ecologie) ont de manière parfaitement justifiée annoncé qu’ils saisissaient les différentes agences sanitaires, à commencer par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’Anses. Son rôle devient donc central, surtout dans l’hypothèse où l’EFSA suivrait les consignes de sa directrice Catherine Geslain-Lanéelle. La pertinence de son avis serait alors aussi relative que contestable et contestée.
Comment voyez-vous les conditions de saisie de l’Anses ?
D’abord, je souhaite que son avis puisse être obtenu dans les meilleurs délais. Et surtout que le format de cette saisie soit le plus large possible pour laisser aux experts commis par l’Anses la plus grande latitude possible d’appréciation. Il est cependant bien évident à mes yeux que ce qui vaut pour l’EFSA vaut aussi pour l’Anses : tout expert de l’Afsaa (ancêtre de l’Anses), qui aurait eu à donner son feu vert sur le maïs NK603 dans le passé doit être renouvelé pour que l’on puisse s’assurer de la sérénité et de l’équité des débats.
Gilles-Eric Séralini transmettra donc à l’Anses les données brutes de son étude si l’agence le lui demande ?
C’est son souhait le plus vif. Mais à une condition : celle de la transparence qui doit valoir pour toutes les études. La sienne et celle des autres.
Précisez…
Je ne vois pas pourquoi Gilles-Eric Séralini devrait être le seul à rendre public les données brutes de son étude. Je demande que toutes les données brutes qui ont servi de base aux autorisations de commercialisation OGM dans le passé soient communiquées à tous. Je crois que ça pourrait être très instructif.
Vous n’avez pas évoqué le Haut conseil des biotechnologies (HCB) qui a également été saisi par le gouvernement français pour rendre un avis…
S’agissant du HCB, il conviendrait que ce ne soit pas seulement le collège « scientifique » qui rende son avis, car de notoriété publique, ses membres sont tous des partisans déclarés des OGM alimentaires. Le HCB devra statuer en formation complète, c’est-à-dire avec le second collège : le comité économique, éthique et social (CEES).
Propos recueillis par Guillaume Malaurie
Toucher pour voir ?
Toucher pour voir ?
Adélio Sarro
Première exposition exposition de peinture dédiée aux personnes aveugles et malvoyantes avec une structure scénographique adaptée.
L’exposition TOUCHER POUR VOIR ? est née de la volonté de l’artiste Adélio Sarro de permettre aux personnes aveugles ou malvoyantes de comprendre et d’accéder à son travail.
Au-delà des propriétés émotionnelles et anthropologiques de ses peintures, l’artiste Adélio Sarro s’efforce de rendre son travail accessible en stimulant la perception tactile. Il développe alors sa propre méthode pour amener les personnes aveugles ou malvoyantes à l’expérience de ses peintures par la lecture en braille des légendes inscrites sur chacun de ses tableaux. Les visiteurs peuvent également toucher les peintures et éprouver les figures et les couleurs, représentées par les différentes textures et reliefs qui composent ses travaux. Les personnes non-voyantes peuvent ainsi distinguer les échelles chromatiques par la perception tactile et se représenter l’ensemble du tableau. Grâce à son art, Adélio Sarro offre une nouvelle dimension de figuration et permet de lier les sens à l’interprétation.
Exposition du 03 septembre au 03 octobre 2012 / Ouvert tous les jours de 11h à 19h, entrée libre
Cloître des Billettes - 24 rue des Archives 75004 PARIS FRANCE / Métro Hôtel de Ville / Bus 69, 74, 75, 96 / Parking Hotel de ville
Au long de l’autoroute A 75, l’urbanisation s’en donne à coeur joie
« Utiliser l’autoroute A 75 c’est avoir un aperçu de la France de demain », « Les Grands Causses et la Méditerranée ne font presque plus qu’un ». Voilà ce que l’on peut lire sur la page d’accueil de « l’association » La Méridienne, association d’élus, promotrice de cette autoroute et principale interlocutrice de la politique 1% paysage et développement.
Ce "1%" correspond à la part dédiée à la politique paysage sur le coût total des travaux de ladite autoroute. Cette politique ambitionne de préserver les paysages remarquables : « Nous avons commencé par financer la résorption des points noirs en rénovant les façades sur les bâtiments dégradés, en supprimant les décharges sauvages, en enfouissant les réseaux aériens des lignes électriques », explique Frédéric Leray, de la mission environnement de la direction des routes (JDLE, déc. 2004).
En effet le mot d’ordre est (était ?) de préserver l’intégrité des paysages visibles depuis l’A75. C’est pour ce motif que, dans le département de l’Hérault, on déviera le tracé de la ligne THT entre Saint Guiraud et Lodève, en doublant sa longueur pour la cacher derrière les collines. Plutôt défigurer une autre vallée que d’imposer au regard de l’automobiliste une verrue au bord du macadam.
Mais la dialectique du 1% faisait naîvement disparaître de son champ, le terme associé de « développement ». La dernière décennie se dépêche de rattraper le temps perdu et l’arrière pays languedocien pourrait bientôt concurrencer la façade littorale dans sa frénésie de bétonisation. C’est ainsi que les engagements de préservation du paysage des terres rouges de la vallée de la Lergue, sur les 20 km séparant Lodève de Clermont l’Hérault, succombent aujourd’hui à la realpolitik d’une région qui veut capter sa dîme des flux tendus.
Quelques kilomètres après le tunnel de la Vierge, à tout bien tout honneur, ont fleuri la ZAC La méridienne, puis le triangle de Ceyras, modèle d’étalement pavillonnaire promis à l’avenir radieux des trucks center et enfin les 80 ha de la ZAC de la Salamane et son vaisseau amiral, la base logistique Seveso de Système U.
Et dire que les réunions publiques du “1% paysage” promettaient de ne pas faire déborder l’urbanisation au sud de l’autoroute ! Croyez vous que c’en est fini ?
Que serait notre modèle de développement sans ses normes ? Pas plus de 30 km entre deux poses pipi. 44 kilomètres séparent l’aire de repos du Caylar de celle de Paulhan, mais également trois sorties dont deux aménagées pour du commerce. On construit donc des zones commerciales en bord d’autoroute en considérant que ceux qui sont déjà sur l’autoroute doivent utiliser une aire d’autoroute pour leurs besoins primaires.
Construisons donc une nouvelle aire de repos, oublions les villages étapes et les zones commerciales dépourvus de sanitaires publics munis de miroirs . Détruisons une autre portion de l’étroite vallée de la Lergue, à la confluence de trois rivières, dans une Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). Car, comble de l’ironie, la RGPP [révision générale des politiques publiques] veut que ce soit la DREAL (Direction régionale de l’écologie mais aussi de l’aménagement et du logement) qui soit maître d’œuvre de ce projet d’aire de repos comme elle l’est de la désignation des ZNIEFF.
Exproprions et arrachons quatre hectares de vignes dont la politique agricole a subventionné la replantation en cépage améliorateur, car comme le disent les panneaux publicitaires du département de l’Hérault, le conseil général défend la viticulture, (sauf dans ses avis consultatifs).
Ainsi arrive le temps où nos édiles locaux n’ont plus qu’à se préoccuper du nom de baptême de l’ultime sortie de route.
Contre le chômage, Naples va lancer une monnaie locale
La ville de Naples, dans le sud de l’Italie, a annoncé jeudi 20 septembre la préparation d’un plan de 70 millions d’euros en bons ou billets, les « napos », qui seront une sorte de monnaie alternative, dont l’objectif sera de relancer l’économie stagnante de cette grande ville.
Le responsable du département économie à la mairie de Naples, Marco Esposito, a précisé que ces bons ne représentent pas une nouvelle monnaie car ils ne peuvent pas être utilisés comme moyen de paiement mais seulement comme moyen pour obtenir un rabais en dépensant des euros. Les napos seront distribués aux commerçants, aux touristes et aux résidents qui payent leurs impôts et permettront à leurs porteurs de bénéficier d’un rabais de 10 % pour chaque dépense de 10 euros. Les premiers échantillons de 1, 2, 5 et 10 napos représentant les paysages les plus typiques et pittoresques de Naples ont déjà été imprimés.
« Acheter napolitain »
Les premiers napos seront présentés lors d’une cérémonie à la mairie le 29 septembre mais le projet, un des plus importants de ce genre en Europe, ne verra concrètement le jour que l’année prochaine, quand l’équivalent de 70 millions d’euros de bons seront imprimés. Conscient des risques dans une ville considérée comme l’une des capitales mondiales de la contrefaçon, Marco Esposito a précisé que les napos seront numérotés pour pouvoir être suivis.
Selon le responsable, un grand nombre des quelque 100 000 commerçants de la ville devrait participer à ce projet – basé sur le volontariat – afin de ne pas perdre de clients. L’expérience pourrait impliquer aussi les salles de sport ou les cabinets d’avocats. « Environ 30 % des Napolitains font leurs courses en dehors de la ville. Si nous amenions certains d’entre eux à faire leurs achats à l’intérieur de la ville, cela représenterait un réel avantage pour l’économie et ’acheter napolitain’ permettrait de lutter contre le chômage », a conclu M. Esposito.
En Seine-et-Marne, des militants pédagogues contre le gaz de schiste
Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne)
« Gaz et pétrole de schiste, ni ici, ni ailleurs, ni aujourd’hui et ni demain » : telle était la devise des cinq cents personnes rassemblées à Tournan en Brie ce samedi 22 septembre, à l’occasion de la journée mondiale contre les gaz de schiste.
Venus des alentours de Paris, Lille ou Arras, citoyens, collectifs et élus ont dans un premier temps salué le rejet de sept permis d’exploration annoncé par François Hollande lors de la conférence environnementale. Au-delà de cette reconnaissance, tous ont néanmoins pris la parole pour exiger de plus amples engagements de la part du gouvernement : l’abrogation des permis d’exploration accordés en France jusqu’à ce jour (plus d’une soixantaine), ainsi qu’un moratoire sur les demandes futures. Ces deux mesures représentant une réponse directe aux pressions des industriels déjà présents sur certaines communes pour entamer des forages.
« Nous n’avons reçu aucune information et le maire reste injoignable à ce sujet » explique un habitant d’un village de Seine et Marne, découvrant il y a un an qu’une plateforme avait été installée sur sa commune pour un forage exploratoire. Les élus présents à Tournan éludent la question : le feu vert donné pour le début des explorations semble être systématiquement du ressort d’une autre autorité. Et chacun d’espérer que la future refonte du code minier viendra restaurer cohérence et démocratie…
Ce rassemblement et les trois autres manifestations ayant eu lieu le même jour dans le sud de la France, se déroulaient sous le mot d’ordre « no-fracking » (pas de fracturation), à grand renfort de panneaux explicatifs et de documentation sur les principaux risques liés à cette technique d’extraction : pollution des aquifères et utilisation massive des ressources en eau. Des menaces environnementales auxquelles les habitants de Seine et Marne, fréquemment soumis à des restrictions d’eau, sont particulièrement sensibles.
Mais les bénévoles présents sur les stands s’attachent également à souligner l’absurdité d’une nouvelle course aux ressources fossiles : « Le problème des hydrocarbures de schiste n’est pas seulement l’utilisation de la fracturation hydraulique, rappelle Hélène Gassin (conseillère régionale et vice-présidente de la région Ile-de-France). L’enjeu actuel est d’arriver à une meilleure maîtrise de notre consommation et de promouvoir le développement des énergies renouvelables. »
Hélène Gassin insiste sur la force de l’actuelle entente « apolitique et multiniveau » des élus, ainsi que sur le soutien sans faille des populations concernées. « Il n’y a même pas de débat concernant de possibles créations d’emplois. Que ce soit au niveau communal ou régional, le rejet est unanime. Nous voulons dire aux industriels : vous ne pourrez pas exploiter les ressources de notre sous-sol, passez votre chemin. »
Bon pour la casse
Voici le premier livre en France sur un phénomène stupéfiant et peu connu, devenu quasi consubstantiel de l’économie capitaliste, l’obsolescence programmée. Un processus qui, pour stimuler la consommation et nous en rendre addict, fut conçu et mise en œuvre au milieu du XIXe siècle aux Etats-Unis.
Des trois formes principales de l’obsolescence programmée - le recours aux techniques pour rendre un produit très vite suranné à la publicité qui nous convainc d’acquérir des produits dont nous n’avons nul besoin -, le plus symptomatique et le plus pervers est le fait d’introduire dans les objets une pièce défectueuse pour en limiter la durée de vie.
Ainsi des ampoules (qui avaient été conçues pour une durée d’utilisation quasi illimitée), des automobiles, des appareils ménagers et aujourd’hui des ordinateurs ou des imprimantes. La plupart des biens que nous achetons sont sciemment viciés de telle sorte que nous soyons contraints, pour faire marcher la machine économique, de les renouveler.
C’est cette histoire, face noire de l’économie capitaliste que nous raconte Serge Latouche, remontant au XIXe siècle et illustrant son propos de nombreux exemples plus éloquents les uns que les autres.
Mais l’auteur tire également la sonnette d’alarme : pouvons-nous accepter de vivre ainsi dans une société aux ressources limitées, qui multiplie à l’envie et par nature le gaspillage, les déchets et engendre de facto de très grands dégâts environnementaux ?
Bon pour la casse, Serge Latouche, éd. Les liens qui libèrent, 144 p., 13 €.
Obsolescence : on peut l’éviter !
Organiser la réparabilité des objets limiterait l’énorme gaspillage que génère la société de consommation
L’article récent sur l’iPhone 5 et les graves conséquences pour l’environnement de l’obsolescence programmée mérite que nous réfléchissions avant de jeter téléphones ou ordinateurs portables. Les matières premières mobilisées pour ces objets seront pour certaines comme l’or, l’étain voire le cuivre épuisées d’ici 10 à 20 ans. D’autres ressources comme le coltan (et les terres rares) sont non seulement rares mais extraites dans des conditions inhumaines. De plus elles feront défaut pour nos éoliennes, véhicules électriques et panneaux solaires. Raison de plus en cette période d’austérité prévisible pour militer en faveur d’objets durables. Ce progrès est doublement possible : par la qualité et par la maintenabilité.
La baisse de durabilité n’est en rien une fatalité. La robustesse de nos voitures dont nous n’avons plus conscience mais qui parcourent 3 ou 400 000 km n’a plus rien à voir avec celle de nos fragiles 4CV des années 50 et Dauphines des années 60.
Quant à l’obsolescence on peut y voir deux sources. L’une est psychologique – pression de la publicité, bien sûr, mais aussi démission de notre esprit critique et de nos repères philosophiques - perte de respect pour la nature et pour le travail des hommes. L’autre obsolescence vient de l’impossibilité de réparer les objets usuels – lesquels deviennent aussi de plus en plus complexes.
Comment palier cette invasion d’aliens technologiques ? Comme toujours : par la connaissance et la communication. La guerre de 39-45 a été gagnée au prix d’innombrables sacrifices humains, mais aussi par un suivi extraordinairement moderne et précis du matériel, un dispositif de gestion des pièces détachées et des procédures de réparation qui ont donné naissance en particulier à toute la maintenance aéronautique
Nous ne pouvons pas forcer les fabricants d’électroménager et encore moins Apple à fournir la documentation technique détaillée et les pièces détachées pour leur matériel. Pourtant, pour beaucoup d’équipements, les pièces les plus fréquemment défaillantes sont des pièces standard : les roulements à bille pour les machines tournantes (aspirateurs, robots ménagers, machine à laver) , les condensateurs (écrans plats) et surtout les batteries et chargeurs (téléphones portables, outillage électro portatif). Dans d’autres cas les écrans des téléphones sont à la fois fragiles, chers et complexes.
Dans l’intérêt des consommateurs il suffirait de rendre disponibles (et démontables) un nombre limité de pièces non standard comme les écrans à des coûts raisonnables. Ensuite un effort de standardisation des batteries notamment permettrait à la fois d’abaisser les coûts et de faciliter les réparations. Enfin des manuels techniques détaillés devraient être rendus disponibles sur Internet par le constructeur. Par exemple, avez-vous essayé de réparer un simple robinet mitigeur de cuisine ? Un joint torique de quelques euros évite la mise à la casse ou l’achat de sous-ensembles hors de prix – mais vous ne trouvez nulle part la procédure technique.
Le coût de l’ensemble de ces dispositifs reste dérisoire. Les appareils les mieux en conformité pourraient faire l’objet d’un label – basé sur la présence d’une documentation montage/démontage et un taux de réparabilité (rapport prix des pièces/prix de l’appareil). Ce label ouvrirait la voie à une saine émulation commerciale en lieu et place d’une intoxication addictive.
Le revers de la médaille ? Dans les pays développés l’amélioration des automobiles fait que, en dépit de l’effet rebond, on vend moins de voitures. Pour l’aéronautique, le suivi rigoureux du « coût moyen de possession » et du MTBF (mean time between failures, temps moyen entre pannes) a considérablement réduit les frais de maintenance… et mis en difficulté de nombreux réparateurs.
Des machines plus robustes, réparables et durables se traduisent par une production en baisse. Combiné à l’accroissement de la productivité dans le monde entier et à la démographie qui provoque un phénomène en ciseaux entre consommateurs producteurs (les premiers augmentant moins vite leur consommation que la capacité de production cumulée des seconds) nous rejoignons les conclusions de nombreux écologistes : travaillons moins pour ne pas produire plus et la planète vous dira « merci ».
Inondations en Inde et au Bangladesh : plus d’1,5 million de personnes déplacées
Le nord-est de l’Inde est frappé depuis une semaine par des inondations et des glissements de terrain provoqués par les pluies de la mousson, qui ont fait au moins 30 morts tandis que huit personnes étaient portées disparues, a annoncé dimanche 23 septembre l’agence indienne PTI. L’armée et les forces aériennes ont lancé des opérations de secours dans les zones affectées.
Au moins 21 corps, dont ceux de membres de la police de la frontière indo-tibétaine, ont été découverts dans une zone reculée de l’Etat du Sikkim, a précisé l’agence. Dans l’Etat d’Assam, qui se remet à peine des inondations mortelles de juillet, cinq personnes ont trouvé la mort dans des inondations qui ont submergé un parc naturel et 20 sont portées disparues.
Les averses ont provoqué la crue du fleuve Brahmapoutre et de ses affluents, causant des inondations qui ont entraîné le déplacement de près d’un million et demi de personnes dans le seul Etat d’Assam. 2 200 villages ont été engloutis et les cultures dévastées.
De nombreux réfugiés ont trouvé un abri dans des camps ou le long des routes, précise un responsable de l’autorité de gestion des catastrophes dans l’Assam. Dans l’Etat d’Arunachal Pradesh, quatre personnes ont été ensevelies par des coulées de boue, indique la police.
« Une alerte sanitaire maximale » a été déclenchée pour toute la zone concernée, a déclaré le ministre de la santé de l’Etat d’Assam, Himanta Biswa Sarmah : « Nous avons envoyé sur place des médecins et des infirmiers pour empêcher l’apparition de maladies. »
Rien à manger
Les équipes de sauvetage s’organisent pour évacuer les personnes en danger par hélicoptère ou en canot dans des zones d’altitude plus élevée. Une centaine d’abris ont été ouverts pour loger les déplacés. Les forces aériennes larguaient des provisions alimentaires aux populations sinistrées.
Des leaders de l’opposition ont pourtant accusé les autorités d’incompétence et de ne pas parvenir à acheminer l’aide aux sinistrés. « Le gouvernement n’a pas réussi à fournir l’aide nécessaire, y compris en ce qui concerne les vivres et les médicaments », a dénoncé Sarbananda Sonowal, un responsable local du parti d’opposition Bharatiya Janata Party. « Dans de nombreuses régions de l’Etat d’Assam, des gens n’ont même pas à manger », a-t-il affirmé.
En juillet, 110 personnes avaient été tuées et plus de 400 000 étaient restées sans abri en Assam. Trois parcs nationaux de l’Assam ont été inondés, dont celui de Kaziranga, importante réserve de rhinocéros unicornes.
Appel des cent écologistes contre le Traité TSCG
Appel unitaire de militant-e-s écologistes contre la ratification du traité européen TSCG
Pour nous, militant-e-s écologistes, la transition écologique et sociale ne peut en aucun cas passer par l’austérité et la réduction des acquis sociaux, pas plus que la répartition des richesses ne peut attendre une improbable et destructrice croissance du PIB. Il y a urgence !
Comment mener la transition écologique et parvenir à 60% de réduction des gaz à effet de serre en 2040 en se contentant de « réguler » le marché européen des quotas carbone, en poursuivant les grands projets inutiles et imposés, ou en laissant les choix d’intérêt général aux mains des multinationales de l’agro-business, de l’eau et de l’énergie ?
Une véritable politique d’écologie sociale a, au contraire, besoin d’une intervention publique déterminée et d’investissements forts, de services publics de l’eau, du rail et de l’énergie renforcés ! Or ces propositions deviendraient impossibles à mettre en œuvre dans le cadre du TSCG qui impose la limitation des dépenses publiques.
Or, ces dépenses, dès lors qu’elles sont réalisées au nom de l’intérêt général, devraient être considérées comme des investissements : parce que nous n’avons pas de planète de rechange, la « solidarité » avec les générations futures réside en réalité dans des investissements publics forts au service de la bifurcation écologique de la société.
La relocalisation de l’activité, la reconversion industrielle, le maintien des emplois et la création de nouveaux, le plus grand gisement de « redressement productif » enfin, passe aujourd’hui par la transition énergétique et la révolution écologique de notre société. Elle est incompatible avec l’austérité qu’implique le TSCG.
Pour toutes ces raisons, nous, militant-e-s écologistes, Appelons toutes celles et ceux qui comprennent l’extrême urgence de la transition écologique et sociale, à rejoindre la grande manifestation nationale du 30 septembre contre le TSCG à Paris Et appelons l’ensemble des parlementaires français à voter contre cette ratification.
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Signataires :
Paul ARIES, directeur de La vie est à nous ! / Le Sarkophage Benassem ABDELHALIM – FASE, Gennevilliers Mathieu AGOSTINI, responsable de la commission écologie du Parti de Gauche Marie Elisabeth ALLAIRE – EELV Katell ANDROMAQUE – Conseillère municipale de Rezé, Gauche Anticapitaliste Marie AOUSTIN – militante EELV Camille Ariès – Assistante sociale, équipe animation le sarkophage/la vie est à nous ! Janie ARNEGUY – les Alternatifs, ex-Conseillère municipale Nîmes
Marie BATOUX – Parti de Gauche Sebastien BEAUDEUX - Chargé d’études en assainissement des eaux Brigitte BERGER – Militante écologiste FASE-76 Aurélien BERNIER – Auteur Martine BILLARD – Co présidente du Parti de Gauche Guillaume BLAVETTE – EELV Jean-Jacques BOISLAROUSSIE Christophe BONNEUIL – Attac France, Commission Ecologie et Société Alima BOUMEDIENE THIERRY – Juriste et ancienne parlementaire Jacques BOUTAULT – EELV Maire du 2e arrondissement de Paris Emmanuel BOUTET – Membre et fondateur de l’association Relocalisons Roger BRIOT – FASE Isère, Communiste Unitaire,ACU Florent BUSSY – Parti de Gauche
Philppe CHAMPIGNY, Alternatifs Anne Marie CHARASZ – FASE 92 Philippe COLOMB – EELV Maxime COMBES – Membre d’Attac France et de l’Aitec Albano CORDEIRO – FASE ID, Alter-ékolo Alain COULOMBEL – Conseiller Régional et membre du conseil d’orientation politique d’EELV
Bernard DELIFIER – Editeur (éditions Parangon) Christophe DEGENNES – Commission Ecologie de Solidaires et Objecteur de Croissance Jérôme DESQUILBET – EELV, Aller Ekolo Emmanuel DESSENDIER – Comité de rédaction d’Ecorev Bruno DIANO – Maire de Crépand ancien Conseiller Régional de Bourgogne des Vert Manuel DOMERGUE – militant EELV Paris Alain DORDE – militant écologiste Véronique DUBARRY, adjointe écologiste au maire de Paris Julien DURAND – Porte parole de l’ACIPA
William ÉLIE – Commission écologie des Alternatifs
Jean-Luc FAUCHE – EELV 84 Alter Ekolo Jean FRANVILLE Dominique FRESNEAU – Coprésident de l’ACIPA
Laurent GARROUSTE – Membre de la Gauche Anticapitaliste Philippe GASSER – Conseiller Municipal des alternatifs 30, ATTAC Vincent GAY – Membre de la Gauche Anticapitaliste Gerard GENDRE – FASE-Alter-Ekolo Auvergne Thomas GIRY – Parti de Gauche Catherine GONNET – Secrétaire de rédaction Les Z’indigné(e)s* Christian GRISOLLET – Coprésident de l’ACIPA Augustin GROSDOY – Parti de Gauche
Marie-Claude HERBOUX – FASE 14
Damien JOLITON – Membre de la Gauche Anticapitaliste
Alfred KAUFMANN – Responsable associatif, militant écologiste Catherine KRCMAR – Syndicaliste CGT, FASE
Annie LAHMER – EELV Jean Charles LALLEMAND – Secrétaire National du Parti de Gauche Stéphane LAVIGNOTTE – militant écologiste Francis LEBOUTTE – Objecteur de croissance, membre du mpOC Liège Simon LECOMTE – Educateur spécialisé, animateur du Forum national de la pauvreté Emmaus-Lescar-Pau Régis LECURU – Militant écologiste FASE Philippe LECLERCQ – FASE Lorraine Margareth LECOQ Jean Pierre LEMAIRE – Bureau National du Parti de Gauche Stéphane LHOMME – Directeur de l’Observatoire du nucléaire Dominique LIOT militant syndical et associatif ERDF Toulouse François LONGERINAS – Secrétaire national du Parti de Gauche chargé de l’économie sociale et solidaire, Co-animateur du Front de Gauche de l’ESS Yann LOUVEL – Militant Ecologiste
François MAILLARD – Militant syndicaliste et écologiste - Basse-Normandie Marcel MEAUFRONT – FASE 06, Alter-Ekolo Roland MERIEUX – Membre de l’exécutif des Alternatifs Jean Pierre MEYER – Alternatifs Loire Martine MICHAUDET-RAINAUD – FASE-33 Gilles MONSILLON – FASE, Exécutif de la Fédération pour une Alternative Sociale et écologiste (FASE-Alter ékolo) Corinne MOREL DARLEUX, secrétaire nationale à l’écologie du PG, conseillère régionale Rhône Alpes
Pierre NOUZAREDE – Syndicaliste CGT, Communiste Unitaire ( FASE-ACU)
Remy QUERBOUET – Militant contre l’aéroport de Notre Dame des Landes
J-F PELLISSIER – membre de l’exécutif des Alternatifs, Conseiller Régional IdF Jean-Marc PHILIBERT – EELV Gard Alter Ekolo Frédéric PIC – Gauche Alternative – Pau Vaugon PIERRICK – EELV, Bourgogne René PINTUREAU – Parti de Gauche, Coordination Vienne pour la Sortie du Nucléaire Marie-Catherine POIRIER – Syndicaliste Emmanuel POLEWIAK – EELV Alsace Christine POUPIN – Porte-parole du NPA
Joseph RABIE – Urbaniste-chercheur, 93, FASE Anita ROZENHOLC – Comité de rédaction d’Ecorev
Eros SANA – Porte-parole de la Zone d’Ecologie Populaire Philippe SCHMITT - Conseiller municipal de QUETIGNY EELV Victoria SELWYN – Militante associative écologiste Mylene STAMBOULI – Conséillère Municipale Paris 13e Belloy STEPHANE – Alternatifs Seine Saint Denis Frédéric SUPIOT – Conseiller fédéral pour la région hors de France d’Europe Écologie-Les Verts. Jean Charles SUTRA
Jean-Marc TAGLIAFERRI – Délégué au conseil fédéral EELV Alter Ekolo Michel TARIN – Membre de l’ACIPA Jacques TESTART Mireille TEULE – Libournais en transition, Sud Éducation
Françoise VERCHERE – Conseillère générale PG, membre du « Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre Dame des Landes »
Anthony WHITNEY – Militant écologiste au PS, Syndiqué Snes-FSU Muttiah YOGANANTHAN – Membre fondateur de l’Alliance d’Avalon Bernard YVERT – militant écologiste Alain ZOLTY – Militant écologiste
Festival des Utopies concrètes
Le mouvement des villes en Transition Ile-de-France et plusieurs collectifs, associations et coopératives ont souhaité organiser dix jours autour des alternatives concrètes locales et de la permaculture pour anticiper et réfléchir à la manière d’affronter les crises environnementales mais aussi sociales et économiques qui se préparent.
L’idée de ce Festival est d’être un moment de réflexion et de rencontres, basé sur des échanges, des partages et des retours d’expériences à partir d’initiatives locales sur des thématiques aussi vastes que l’agriculture urbaine ou péri-urbaine, l’alimentation, le recyclage, l’énergie, les transports, les monnaies complémentaires, l’habitat collectif ou partagé, systèmes d »échanges locaux…
Notre volonté est non seulement de susciter l’émergence de nouvelles alternatives sur nos territoires (et notamment à Paris et en Ile-de-France) mais aussi d’imaginer des formes d’utopies concrètes permettant une transformation de la société par nos pratiques et nos réflexions. Avec en point de mire, la volonté de construire des modes de vie résilients, adaptés aux secousses économiques et environnementales que nous connaissons déjà à travers les bouleversements climatiques ou les crises financières depuis 2008.
Tisser des liens avec les autres continents
Nous avons aussi souhaité donner une dimension internationale à cette 1re édition avec une soirée d’ouverture jeudi 27 septembre dans le 2e arrondissement (salle Jean-Dame) qui verra l’intervention de représentants de communautés indiennes du Guatemala et Équateur en lutte contre des industries pétrolière détruisant leur territoire et donc leur savoir-faire traditionnel basé sur l’utilisation (et non l’exploitation…) des ressources naturelles de leur territoire.
Avec en toile de fond, la volonté de montrer que la transition est un projet de société ouvert sur le monde, ce Festival souhaitant non seulement tisser des liens avec des initiatives d’autres continents mais aussi réfléchir à nos rapports avec tous les peuples.
De nombreuses associations, collectifs, coopératives sont d’ores et déjà engagés dans le programme que nous mettons au fur et à mesure en place : les AMAP Ile-de-France, Terre de Liens, plusieurs jardins partagés parisiens, les Amis de la Terre, les collectifs contre les gaz et le pétrole de schiste, Marché sur l’Eau, Enercoop et Énergie partagé, Vélorution… , la liste complète sera présentée très bientôt sur le site.
Le Village des Utopies Concrètes
Plusieurs revues et médias dont Mouvement ou encore Basta Mag suivront le Festival, dont l’un des temps forts, outre les cinq journées consacrées à des thématiques particulières, sera le village des Utopies Concrètes samedi 29 septembre, 55 quai de Seine dans le 19e.
Celui-ci regroupera face à la péniche Antipode de 10h à 18h, l’ensemble des associations et structures participantes avec des stands d’information, une librairie éphémère, des dégustations de produits locaux, mais aussi des démonstrations pratiques (apiculture, recyclage, compostage, réparation de vélos…) des débats et des projections (notamment un film de Maxime Combe et Sophie Chapelle sur des alternatives locales en Amérique latine).
La dimension festive et artistique ne sera pas oubliée avec des concerts et des pièces de théâtre tout au long de ces 10 journées, dans les différents lieux où le festival fera étape.
L’industrie du gaz de schiste utilise les mêmes méthodes que l’industrie du tabac
Le nouveau documentaire de Josh Fox fait le parallèle entre les méthodes de l’industrie gazière pour promouvoir le gaz de schiste et celles de l’industrie du tabac dans les années 50 : « Vous pouvez fumer sans risque pour votre santé »
Josh Fox a été nominé aux Oscars pour son film Gasland, le documentaire de référence contre l’exploitation des gaz de schiste. Le monde entier a désormais en mémoire ces images d’un habitant d’une zone d’exploitation de gaz de schiste qui enflamme l’eau de son robinet avec un briquet : la preuve que le gaz et son cortège d’hydrocarbures remonte dans les nappes phréatiques, nous dit Josh Fox. Dans The sky is pink, en français « Le ciel est rose », Josh Fox revient sur cet épisode, dont les représentants de l’industrie ont déclaré qu’il s’agissait d’un faux, puis d’un phénomène naturel qui n’aurait rien à voir avec l’exploitation des gaz de schiste dans la région.
Le documentaire de Josh Fox montre les risques de l’exploitation des gaz de schiste, en même temps qu’il dénonce les méthodes de communication de l’industrie et la difficulté (ou la faible volonté) des journalistes à réaliser un véritable travail d’investigation.
Les révélations
Sur la base de documents officiels des exploitants gaziers, documents qui ont été publiés ou qui sont « tombés du camion », le réalisateur veut montrer que l’industrie du gaz n’a pas les moyens de prévenir ou de résoudre complètement les problèmes posés par l’exploitation des gaz de schistes.
Pièce N°1 : une présentation powerpoint de Southwest Energy, une compagnie d’exploitation des gaz de schiste, qui montre que la barrière en ciment censée empêcher la migration du gaz vers les couches aquifères ne marche pas.
Pièce N°2 : un document de Schlumberger « Oil field review », publié en 2003, montre que la perte d’étanchéité dans les forages se produit fréquemment.
Pièce N°3 : Une étude scientifique « Evaluation of the potential for Gas and CO2 leakage along wellbores » montre la migration du gaz à un rythme astronomique dans les puits dérivés ou horizontaux.
Pièce N°4 : l’étanchéité de surface, celle autour des nappes aquifères, ne résout en rien le problème.
Pièce N°5 : un document qui a « fuité » lors d’une conférence de presse de la société Archer, spécialisée dans le forage, montre des taux de fuites importants dans le Golfe du Mexique et la mer du Nord, taux de fuite appelés « décharges incontrolées ».
Notre lecteur trouvera ici les documents en questions avec des annotations
Selon Josh, des documents du Département de la protection de l’environnement de Pennsylvanie corroborent les résultats de Schlumberger : 121 puits sur les 1937 forés en 2011, soit 6,2%, sont défaillants en matière de protection des nappes aquifères. Un document de l’Environnement Protection Agency (l’agence états-unienne de protection de l’environnement) confirme que la fracturation hydraulique peut contaminer directement les sources d’eau potables.
Josh Fox rappelle aussi deux autres études : la première, menée par la Colorado School of Public Health (Institut de santé publique du Colorado), montre une probabilité « modérée à forte » de risque pour la santé causée par l’exploitation des gaz de schiste ; la deuxième concerne une étude sur une anomalie d’apparition du cancer du sein dans la zone d’exploitation du gaz de schiste de Barnett Shale.
Josh Fox révèle également les sommes perçues par certains hommes politiques pour leur campagne électorale, les émoluments des portes-paroles et lobbyistes de l’industrie gazière (747 millions de dollars pour le lobbying à washington)
Les témoignages majeurs
Le Docteur Anthony Ingraffea, professeur à la Cornwell University (école de génie civil et environnemental), éminent spécialiste de la mécanique des roches et de la fracturation hydraulique, montre les risques importants de faille dans la gaine de ciment censée empêcher les fuites lors de la remontée du gaz vers la surface. Ingraffea est, avec le professeur Robert Howarth, le co-auteur d’une analyse de cycle de vie qui montre que le gaz de schiste n’est pas plus propre que le charbon. L’étude est à l’origine d’une controverse, au sein même de la Cornwell University.
Doug Shields a été le président du conseil municipal de Pittsburgh en Pennsylvanie. Il a fait interdire l’exploitation des gaz de schiste sur le territoire de la ville. Selon ses propos, la réserve d’eau potable de Pittsburgh a été fermée à cause des polluants issus de la fracturation hydraulique déversés dans la rivière contrairement aux affirmations des exploitants qui disaient avoir mis en place des installations de retraitement des eaux. Une enquête du New-York Times a montré qu’en effet des produits radioactifs et des cancérigènes dangereux comme le benzène étaient traités de manière inadéquate et rejetés dans les réserves d’eau potable à travers toute la Pennsylvanie.
C’est Doug Shields qui suggère le nom du film en dénonçant la manière dont fonctionnent le plus souvent les médias : « Si quelqu’un dit que le ciel est rose, les médias qui trop souvent ne font que rapporter des propos, diront qu’ un tel a dit que le ciel est rose. Et si vous ne combattez pas ça, eh bien, le ciel est rose. [...]Et si quelqu’un vient dire que le ciel est bleu, les médias diront qu’il y a une polémique ».
C’est encore Doug Shields qui rappelle que les marchands de tabac se sont jadis parjurés devant le Congrès des Etats-Unis, disant que le tabac ne présentait aucun risque « alors qu’ils avaient dans leurs tiroirs des études qui montraient le contraire ». L’occasion pour le réalisateur de montrer les campagnes publicitaires réalisées par l’agence de relation publique Hill & Knowlton pour le compte des fabricants de tabac afin de dissiper l’idée que le tabac était dangereux. Et de rappeler qu’en 2009, l’association Américaine du gaz naturel a choisi Hill & Knowlton pour ses relations presse : « Tout d’un coup il y a eu des publicités partout, ils ont même acheté mon nom comme mot clé sur Google ».
Naomi Oreskes est historienne des sciences. Elle est l’auteur du livre Merchants of doubts (en français « Les marchands de doutes ») qui trace une histoire des campagnes de désinformation depuis le tabac jusqu’au changement climatique. « Aussi longtemps qu’on entretient la polémique » dit-elle, « il y a des raisons pour ne pas prendre position pour une réglementation ».
Une autre voix du film est celle de Jessica Ernst qui a intenté un procès contre la compagnie gazière Encana Corporation pour atteinte délibérée à la santé publique dans la province canadienne de l’Alberta.
Josh Fosh contre l’Amérique du gaz de schiste
Selon Josh Fox, « les forages gaziers et la fracturation hydraulique résultent d’un processus industriel - polluant par nature - qui injecte dans le sous-sol des millions de litres d’eau et des produits chimiques toxiques à une pression énorme dans le but de fracturer la roche et de libérer le gaz qu’elle contient. Nombre de nappes phréatiques ont été contaminées avec des matières plastiques, des produits cancérigènes, des neurotoxiques, et autres perturbateurs endocriniens, et avec du gaz naturel explosif. » Le réalisateur dénonce l’atteinte faite à la surface des sols, la pollution de l’air à grande échelle, les centaines de kilomètres de gazoduc, la circulation de camions, les explosions, les rejets dans la nature, les accidents, la crise de santé publique d’une industrie à grande échelle.
Déchets toxiques en Côte d’Ivoire : la multinationale criminelle reste impunie
Trafigura, multinationale responsable du déversement en 2006 de déchets toxiques à Abidjan (Côte d’Ivoire), à la suite duquel plus de 100 000 personnes ont dû se faire soigner, n’a toujours pas été jugée. Un cas révélateur : les actes délictueux des multinationales restent le plus souvent impunis
Fruit de trois années d’investigations, Une vérité toxique, publié le mardi 25 septembre, examine en profondeur la succession tragique des défaillances à l’origine de ce désastre sanitaire, politique et environnemental. Le rapport explique que la législation existante qui vise à prévenir de telles tragédies a été bafouée, plusieurs gouvernements s’étant montrés incapables d’interrompre le voyage du Probo Koala et de sa cargaison toxique vers Abidjan.
Par ailleurs, le rapport met en doute le caractère légal d’un accord conclu en Côte d’Ivoire permettant à Trafigura d’échapper à toute poursuite judiciaire pour le rôle qu’elle a joué dans le déversement de déchets toxiques. Étayé par des entretiens réalisés à la fois avec les victimes des déchets toxiques et des experts médicaux qui les ont soignées, le rapport présente sous un jour nouveau l’impact dévastateur de ce déversement.
« Six années se sont écoulées depuis que l’on a laissé cette horrible tragédie se produire, a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International. Trafigura doit aujourd’hui être amenée à rendre pleinement compte de ses actes devant la justice. Les habitants d’Abidjan ont été trahis non seulement par leur propre gouvernement mais aussi par les gouvernements d’Europe qui n’ont pas appliqué le droit en vigueur dans leur pays. Les victimes attendent toujours que justice leur soit rendue, et rien ne garantit que ce type de criminalité d’entreprise ne se reproduira plus. »
« Dans ce rapport, il est question de criminalité d’entreprise, d’atteintes aux droits humains et des carences des États qui n’assurent ni la protection des personnes ni celle de l’environnement. On constate ici que les systèmes de mise en œuvre du droit international n’ont pas joué leur rôle pour les firmes agissant à une échelle transnationale. On voit qu’une société a pu profiter des flous juridiques et des conflits de juridiction et que son comportement a eu des conséquences désastreuses, a expliqué Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International. Il n’est pas trop tard pour que justice soit rendue, pour que des informations exhaustives sur la nature exacte des déchets déversés soient communiquées aux habitants d’Abidjan, et pour que Trafigura paie pour ses crimes. Ce n’est qu’alors que nous pourrons espérer que ce type de désastre ne se reproduira plus. »
Les déchets ont dans un premier temps été acheminés aux Pays-Bas mais Trafigura, estimant que le tarif proposé était trop élevé, a refusé qu’ils y soient traités dans de bonnes conditions. Malgré les inquiétudes qu’ils suscitaient, les autorités néerlandaises ont laissé les déchets quitter le pays, ce qui constitue une grave violation de leurs obligations juridiques.
Un accord à l’amiable accordant à Trafigura une immunité judiciaire a été conclu avec le gouvernement de Côte d’Ivoire en 2007. Dans le cadre d’une action civile intentée au Royaume-Uni au nom d’une partie des victimes, Trafigura a conclu un autre accord sans reconnaître sa responsabilité. Un tribunal néerlandais a déclaré la multinationale coupable d’avoir exporté illégalement les déchets depuis les Pays-Bas, mais le parquet a refusé de prendre en considération les événements qui se sont déroulés par la suite à Abidjan comme leur impact sur la santé humaine.
« Nous ne connaissons pas la vérité, a déclaré Geneviève Diallo, qui habite à proximité de l’un des sites de déchargement d’Abidjan. Les personnes responsables doivent être punies. Celles qui sont réellement coupables n’ont pas été punies. »
Le rapport inclut également toute une série de recommandations à l’intention de la communauté internationale pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Il comporte en particulier des lignes directrices précises pour faire en sorte que les sociétés exerçant leurs activités à l’international ne puissent pas se soustraire à leur obligation de rendre pleinement des comptes pour les atteintes aux droits humains et à l’environnement qu’elles commettent.
Le Royaume-Uni doit ouvrir une enquête pénale sur le rôle joué par Trafigura dans le déversement, étant donné que la société du groupe basée dans le pays a pris un grand nombre de décisions cruciales à l’origine du désastre.
La Côte d’Ivoire doit veiller à ce que les victimes soient entièrement indemnisées. En outre, elle doit réévaluer le caractère légal de l’accord qu’elle a conclu avec Trafigura, accordant à la société une très large immunité judiciaire dans le pays.
Les déchets déversés à Abidjan sont définis comme dangereux aux termes de la Convention de Bâle, qui réglemente les mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination. Au regard de ce texte, l’exportation de ces déchets sans consentement de l’État destinataire constitue une infraction pénale.
Le lancement du rapport coïncide avec la réunion à Genève des États parties à la Convention de Bâle, qui est l’occasion de veiller à ce que les déchets toxiques générés par des procédés industriels à bord de navires ne puissent plus jamais être déversés dans des pays plus pauvres.
André Gorz, une pensée toujours vivante
« Pour Gorz, il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. L’enjeu n’est pas la sortie de la crise. Pour lui, ce qui se joue désormais est bien la sortie du capitalisme lui-même. » André Gorz est décédé il y a cinq ans. Mais sa pensée reste vive et stimulante. Un colloque en novembre permettra d’en discuter, avec le soutien de Reporterre
Il y a cinq ans, le lundi 24 septembre 2007, une dépêche de l’AFP annonçait en fin d’après midi que le philosophe André Gorz s’était suicidé en compagnie de sa femme. La nouvelle était presque passée inaperçue, même si le suicide d’un couple “ main dans la main” n’est pas chose banale. Ce qui l’était encore moins, c’est qu’André Gorz avait eu la délicatesse de laisser entrevoir cette issue à ses lecteurs un an auparavant. « Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre », écrivait-il à l’automne 2006 dans Lettre à D. (éd. Galilée), cette longue et poignante lettre d’amour où Gorz disait toute sa reconnaissance à celle qui vivait à ses côtés depuis près de soixante ans.
L’expression publique d’une telle gratitude d’un homme pour sa femme est suffisamment rare pour être une fois encore soulignée. On ne peut lire ce texte sans en être bouleversé. Il révélait aussi à cette occasion leur itinéraire et leur histoire peu ordinaires. Deux êtres déchirés et déracinés que les « blessures originaires » allaient conduire à s’unir jusque dans la mort. Sans elle, disait-il, il n’aurait pas pu assumer sa propre existence. Sans elle, le philosophe et le théoricien de la critique sociale qu’il fût n’aurait jamais produit son œuvre.
Or, il est fondamental de revenir sur l’œuvre d’André Gorz aujourd’hui. L’acuité de sa pensée, la perspicacité de ses analyses nous sont bien utiles alors que notre société est confrontée à une crise sans précédent. Celle-ci nous empêche d’entretenir un rapport clairvoyant avec notre futur. Les campagnes électorales du printemps ont été éloquentes à ce sujet. Nous semblons attendre misérablement de l’avenir qu’il nous restitue le passé. « Rendez-nous les frontières ! » ; « rendez-nous la monnaie ! », semblait clamer l’opinion. « Rendez-nous le capitalisme industriel ! » qui permettait, bon an mal an, que le “ prolétariat ”, dans son rapport de force avec le capital, obtienne quelques avancées. « Rendez-nous la société salariale ! » dans laquelle les classes moyennes finissaient par s’épanouir. Etc.
Pour Gorz, il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. L’enjeu n’est pas la sortie de la crise. Pour lui, ce qui se joue désormais est bien la sortie du capitalisme lui-même. La crise financière actuelle, la crise du travail et la crise écologique forment un tout : elles traduisent l’épuisement du système économique dominant. Il n’est pas possible de les séparer ni de les hiérarchiser. Le capital semble avoir approché au plus près son rêve : celui de faire de l’argent avec de l’argent.
Mais la menace d’effondrement du système est telle désormais que tout semble possible, le pire comme le meilleur. Il y a potentiellement, pour André Gorz, une “ sortie barbare ” ou une “ sortie civilisée ” du capitalisme. Seuls nos choix collectifs décideront de la forme qu’elle prendra et du rythme auquel elle s’opérera. « On a beau accuser la spéculation, les paradis fiscaux, l’opacité et le manque de contrôle de l’industrie financière, la menace de dépression, voire d’effondrement, qui pèse sur l’économie mondiale n’est pas due au manque de contrôle ; elle est due à l’incapacité du capitalisme de se reproduire. Il ne se perpétue et ne fonctionne que sur des bases fictives de plus en plus précaires. Prétendre redistribuer par voie d’imposition les plus-values fictives des bulles (spéculatives) précipiterait cela même que la crise financière cherche à éviter : la dévalorisation de masses gigantesques d’actifs financiers et la faillite du système bancaire. » (Revue EcoRev’, automne 2007).
Parues dans son ultime texte, plus d’un an avant la faillite de la banque Lehman Brothers, ces phrases prennent cependant un relief plus saisissant encore lorsqu’on les met en regard des propos tenus par Gorz dans un entretien du début des années 1980 : « En ce qui concerne la crise économique mondiale, nous sommes au début d’un processus long qui durera encore des décennies. Le pire est encore devant nous, c’est-à-dire l’effondrement financier de grandes banques, et vraisemblablement aussi d’États. Ces effondrements, ou les moyens mis en œuvre pour les éviter, ne feront qu’approfondir la crise des sociétés et des valeurs encore dominantes » (2). Vous avez bien lu. Qui pouvait seulement imaginer de tels scénarios il y a trente ans ? « Cassandre ! » s’écrieront certains.
Pas du tout. Ce registre n’aura jamais été celui d’André Gorz. Pour s’en convaincre, quelques lignes supplémentaires de ce même entretien suffiront : « Pour éviter tout malentendu : je ne souhaite pas l’aggravation de la crise et l’effondrement financier pour améliorer les chances d’une mutation de la société, au contraire : c’est parce que les choses ne peuvent pas continuer comme ça et que nous allons vers de rudes épreuves qu’il nous faut réfléchir sérieusement à des alternatives radicales à ce qui existe. »
S’agissant de la crise écologique, qu’il avait anticipée dès le début des années 1970, il aurait aussi pu trouver une certaine satisfaction à voir confirmées ses prédictions. Mais l’écologie était, à ses yeux, inséparable d’une perspective de transformation des rapports sociaux visant l’abolition d’une organisation sociale qui poursuit la croissance pour la croissance.
Au moment où il écrivait ces lignes, la critique d’André Gorz semblait excessive ; mais aujourd’hui, ne sommes-nous pas invités à y porter plus d’attention ?
La gauche peine en effet à redonner une boussole à une société désorientée. L’exercice n’est pas facile et les obstacles semblent défier l’imagination. La “ sortie barbare ” ? Nous pouvons déjà nous en faire une idée : elle prévaut dans certaines régions d’Afrique dominées par des chefs de guerre, les massacres et les trafics d’êtres humains. Pour en connaître les prolongements, il suffit, nous disait André Gorz, de revoir la série Mad Max, ce film australien de George Miller, dont le premier épisode paru en 1979 était, selon lui, un récit d’anticipation.
Pour éviter un tel scénario, il nous faut élaborer une vision d’un avenir qui soit désirable par le plus grand nombre. Ce patient travail consiste avant tout à reconstruire ce que Gorz appelait « une culture du quotidien », c’est-à-dire des relations sociales et un milieu social qui favorisent le respect et l’entretien du bien commun. Car les évolutions des dernières décennies font que nos concitoyens ne se sentent nulle part chez eux. Ils ne se sentent plus chez eux dans leur travail (quand ils ont la chance d’en avoir un), de plus en plus synonyme de pression et de menaces permanentes ; ils ne sentent plus chez eux dans leur quartier, qui ne correspond bien souvent ni à la localisation de leur emploi, ni à celle où ils consomment et peuvent se distraire ; ils ne se sentent plus chez eux dans leur rapport aux institutions puisque celles-ci leur apparaissent comme des machineries toujours plus complexes dont ils ne subissent que les contraintes sans pouvoir en percevoir le sens. On pourrait d’ailleurs étendre cette litanie à l’échelle de la planète toute entière, puisque même la terre leur semble de moins en moins habitable !
Bref, comme le soulignent avec pertinence les réflexions récentes de Patrick Viveret ou d’Alain Caillé sur le “ convivialisme ”, l’issue de la crise de société que nous subissons depuis des décennies doit être cherchée dans à la fois moins de marché, moins d’Etat et plus d’échanges qui ne sont commandés ni par l’argent, ni par l’administration mais fondés sur des réseaux d’aide mutuelle et les initiatives de la société civile organisée.
Dans un texte de 2005, retrouvé dans ses archives laissées à l’Imec (Institut Mémoires de l’édition contemporaine), Gorz s’interrogeait sur le processus de vieillissement, celui des personnes comme celui des sociétés. « Le vieillissement, écrivait-il, gagne les sociétés de la même façon que les individus sociaux : par l’engluement dans une pratico-inertie de plus en plus encombrante. Les recommencements, les changements de cap, les refondations « radicales » sont interdites aux sociétés vieillies par la complexité pesante de leur machinerie et la nature de leurs connaissances. Elles ne sont plus capables de se penser par l’union de tous leurs membres ni de se projeter vers un avenir commun à tous. » Puis il ajoutait un peu plus loin : « Nous savons que le moment est proche où le dernier quintal de combustible fossile sera consommé ; que notre mode de vie n’est ni généralisable ni durable ; et qu’il faudra inventer une civilisation planétaire radicalement nouvelle. Sciemment ou non, nous sommes en rupture avec notre passé. Nous sommes moins vieux que quarante ans plus tôt, et beaucoup plus jeunes par notre conviction qu’“ un autre monde est possible ” » (3).
Déjà, en 1983, dans Les Chemins du paradis (éditions Galilée), alors que la jeunesse avait largement contribué à porter la gauche au pouvoir, André Gorz nous poussait à l’imagination : « Il est des époques où, parce que l’ordre se disloque, ne laissant subsister que ses contraintes vidées de sens, le réalisme ne consiste plus à vouloir gérer ce qui existe mais à imaginer, anticiper, amorcer les transformations fondamentales dont la possibilité est inscrite dans les mutations en cours ».
Certes, envisager une autre économie, d’autres rapports sociaux, d’autres modes de production, et d’autres façons de vivre passe pour “ irréaliste ”, comme si la société de la marchandise, du salariat et de l’argent était indépassable. « En réalité, disait-il, une foule d’indices convergents suggère que ce dépassement est déjà amorcé. » Gorz ne disait pas que ces transformations se produiraient. Il disait seulement que, pour la première fois, nous pouvons vouloir qu’elles se réalisent. C’est la raison pour laquelle il soutenait depuis longtemps les initiatives de l’économie solidaire. C’est pourquoi aussi il suivait attentivement les actions des hackers et le développement des “ logiciels libres ”, capables, selon lui, de miner à la base le capitalisme en menaçant les monopoles. Pour Gorz d’ailleurs, « la lutte engagée entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres a été le coup d’envoi du conflit central de notre époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation des richesses premières ».
Avant de nous quitter il y a cinq ans, en compagnie de Dorine et à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, André Gorz affirmait que la sortie du capitalisme avait déjà commencé. Dans un même élan, il nous invitait à engager sans tarder “ la sortie civilisée du capitalisme ”. Ce qu’on pourrait appeler “ le scénario Gorz ”…
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Notes :
(1) Christophe Fourel est auteur (dir.) de André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle, La Découverte, 2012 (2e édition). Olivier Corpet est directeur de l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine (IMEC).
(2) (3) Le texte de cet entretien est reproduit dans André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle, éditions La découverte 2012.
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A l’initiative de l’Imec et de la Revue du MAUSS, et avec le soutien de Mediapart, du Nouvel Observateur, d’Alternatives Economiques, de NonFiction.fr et de Reporterre, un colloque sur l’actualité de la pensée d’André Gorz se tient les 15 et 16 novembre prochain à Montreuil (93) et le 17 novembre à l’Abbaye d’Ardenne, à Caen (14). Renseignements et inscriptions ; tél : 02 31 29 37 37.
Ben oui, les avions polluent un max
Le commissaire européen aux transports, Siim Kallas, va présenter jeudi 27 septembre une série de propositions pour aider le secteur du transport aérien européen. Celui-ci traverse une passe difficile : selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), les compagnies européennes devraient perdre 1,2 milliard d’euros en 2012.
Cette difficulté est attisée par le différend entre l’Union européenne et les autres grands pays, notamment les Etats-Unis et la Chine, portant sur l’intégration des compagnies aériennes opérant en Europe sur le marché des émissions de gaz à effet de serre (dit ETS). Les compagnies devront acheter des « crédits carbone » pour compenser leurs émissions trop importantes. Mais dimanche 23 septembre, le Sénat des Etats-Unis a adopté un projet de loi exemptant les compagnies américaines du paiement des crédits.
Hausse du trafic aérien de 5 % par an
Mais la responsabilité du trafic aérien dans les émissions de gaz à effet de serre reste préoccupante, alors que, selon les prévisions du constructeur Airbus, présentées début septembre à Londres, le trafic aérien mondial devrait doubler dans les quinze ans à venir, soit une hausse de 5 % par an. Ce problème est souligné par le cabinet allemand Atmosfair, qui vient de publier son « Index des compagnies aériennes ». Cet index fournit chaque année un classement des compagnies selon leur efficacité en termes d’émissions.
En utilisant les bases de données très précises de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), Atmosfair rassemble les informations pour chaque avion et moteur des compagnies, ainsi que sur le nombre de sièges de chaque appareil. On connaît de surcroît le taux de remplissage de chaque vol. Ces informations agrégées sont ensuite traitées en appliquant des coefficients liant consommation de kérosène et émissions de gaz à effet de serre (par exemple, 1 kg de kérosène représente 3,1 kg de gaz carbonique).
« Nous comparons ensuite les compagnies à un modèle théorique parfait, explique Dietrich Brockhagen, directeur d’Atmosfair, dans lequel on utiliserait l’avion le plus efficace dont tous les sièges seraient occupés. » Le palmarès couronne des compagnies de charters ou régionales (Monarch, TAM Regional, Iberia Regional, TUIfly), la meilleure compagnie classique, Cathay Pacific se classant en quatorzième position, la première française, Air Transat, en seizième position, Air France se retrouvant au trente-quatrième rang.
« Le classement favorise les compagnies qui ont les appareils les plus modernes, précise M. Brockhagen, mais aussi les compagnies de charters. En effet, les compagnies régulières doivent légalement assurer des liaisons fixes, et ne peuvent donc pas avoir le meilleur taux d’occupation. » Les compagnies à bas prix sont exclues du classement : elles sont subventionnées de diverses manières, et donc avantagées par rapport aux autres.
Chez Air France, Pierre Albano, directeur délégué à l’environnement, souligne qu’effectivement « le type de marché sur lequel opère une compagnie influe beaucoup sur sa performance ». La pression est en tout cas mise sur les transporteurs pour limiter leurs émissions. D’autres calculateurs sont élaborés par la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) en France ou par l’OACI. Il reste à s’accorder sur une méthode internationale de calcul.
Center Parcs, de plus en plus mal, veut bétonner le Poitou
Note de Reporterre : cet article date de juin dernier. Il reste très intéressant, parce qu’il montre comment un nouveau projet inutile est mis en oeuvre alors que le principal intéressé, la société Pierre et Vacances, voit sa situation financière se dégrader et son cours de bourse plonger. Celui-ci vaut 15 € le 26 septembre.
Reporterre a été alerté sur ce sujet par Pour les Chambaran sans Center Parcs
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Réunis le 1 juin en session, les élus du Département ont adopté à l’unanimité les statuts constitutifs de la nouvelle société d’économie mixte locale (SEML), porteuse du futur Center Parcs du Nord-Vienne. Le premier tour de table a permis de rassembler 135M€, mais le cours de bourse de Pierre&Vacances et la conjoncture financière suscitent l’inquiétude.
Le nom de la SEML sonne comme un poème : « Le Bois de la Mothe Chandenier ». Ce matin 1 juin, seuls les élus du canton concerné étaient capables de situer la zone exacte sur laquelle seront construits l’espace de bien-être et ses huit cents cottages. Les services n’ont pas encore obtenu l’autorisation nécessaire pour utiliser la marque « Center Parcs ». Preuve que le projet s’élabore pierre après pierre.
Le pacte d’actionnaires
Une autre étape essentielle a été franchie en ce 1er juin : l’adoption du premier pacte d’actionnaires. Il réunit, d’un côté, les collectivités à hauteur de 23,9M€ : le Département (19M€), la Région (3M€), la Communauté de communes du Pays loudunais (1M€), la communauté de communes du Mirebalais (0,6M€), la commune des Trois-Moutiers (0,3M€). De l’autre, les partenaires privés à hauteur de 12,7M€ : la Caisse des dépôts et consignations (10,25M€), Dalkia (1M€), Sorégies (0,6M€), le Crédit agricole (0,5M€), la Mutuelle de Poitiers (0,35M€). Au titre des comptes courants associés, le Département apportera 15M€, Dalkia, 1M€, Sorégies, 0,4M€ et la Mutuelle de Poitiers, 0,15M€. Les subventions publiques proviendront de l’Etat (15M€), de la Région (2M€) et du Département (1M€). Enfin, les premières simulations de crédits établissent une capacité de mobilisation des banques à hauteur de 64M€.
Où est Pierre&Vacances ?
D’autres financeurs publics et privés devraient se prononcer prochainement. Reste « un grand absent dans ce tour de table, Pierre&Vacances », selon Francis Girault, maire de Jaunay-Clan et membre du groupe Initiatives et Progrès. Pour lui, l’initiateur du projet devrait également mettre au pot.
« Impossible car la SEML va signer un bail avec Pierre&Vacances. Le groupe ne peut pas se trouver des deux côtés de la barrière », explique le président Claude Bertaud. Certes, mais cela signifie-t-il, de la même façon, que Center Parcs devra se passer des services de Soregies et de Dalkia ? « Attention aux délits d’initiés », clame Francis Girault.
« Faire vite »
Claude Bertaud a appelé personnellement le PDG du groupe touristique, samedi dernier. « Je voulais savoir si la baisse du cours de bourse (passé en quelques jours de 60€ à 20€) risquait de modifier le projet. Il m’a assuré que le programme resterait le même. »
Les taux d’intérêt appliqués par les banques inquiètent fortement les élus. La tendance est à la hausse. Or, une trop forte pression pourrait remettre en cause l’ensemble du projet. C’est pourquoi Claude Bertaud veut réduire la part d’emprunt dans le financement et conclure rapidement des accords avec les banques.
Carnets de campagnes d’élections volées
Militant écologiste et pacifiste depuis plus de trente ans, Clément Wittmann a parcouru la France pendant une année, à la recherche des signatures de maires permettant de se présenter à l’élection présidentielle. Dans ce livre, il reprend les thèmes abordés au cour de cette campagne : l’écologie, le pacifisme, la décroissance, l’aménagement du territoire, les rapports Nord / Sud, l’agriculture, les inégalités. Confronté au monde politico-pmédiatique durant ses campagnes, son livre est aussi le témoignage d’un observateur attristé par l’agonie de la démocratie.
Qu’est-ce que l’écologie sociale ?
Réédition en septembre 2012. Voici la préface de Hervé Kempf.
- Préface :
Une écologie de la liberté
Murray Bookchin est peu connu en France. Mais il mérite largement de trouver sa place dans la galaxie des « penseurs de l’écologie », où figurent notamment Günther Anders, Jacques Ellul, Barry Commoner, Hans Jonas, Ivan Illich ou André Gorz. Car Bookchin apporte à la réflexion écologiste une idée cruciale : le rapport des sociétés modernes à ce qu’elles appellent la nature reflète les rapports de pouvoir qui structurent ces sociétés.
La domination qu’exercent les riches sur les pauvres, les hommes sur les femmes, les vieux sur les jeunes, se prolonge dans la domination que les sociétés fondées sur la hiérarchie exercent sur leur environnement. Et de même que ces relations de domination aliènent les personnes – c’est-à-dire détruisent ou réduisent leur potentialité humaine -, de même ces sociétés hiérarchiques détruisent la nature. Mener une politique écologique appelle donc une mutation des rapports politiques au sein de la société : « protéger la nature » suppose l’émancipation sociale.
La force de Bookchin est d’explorer cette idée sans tomber dans l’individualisme – selon un thème récurrent de l’idéologie capitaliste : « pour que l’on arrête de détruire l’environnement, il faut que chacun change son comportement » -, mais bien en termes de société politique. Et par ailleurs, de la développer en s’inspirant du fonctionnement de la nature sans pour autant confondre la société avec un écosystème : il n’oublie jamais que si les humains ont tout à voir avec la nature, ils ne peuvent s’y dissoudre, ayant à poursuivre leur propre aventure. Mais cette aventure collective, qui passe par l’exploration de la liberté, ne peut réussir que si elle ne néglige pas le terreau vivant et magnifique dans lequel elle s’enracine.
On est surpris, en relisant Qu’est-ce que l’écologie sociale trente ans après sa parution, de constater à quel point ce texte reste pertinent et stimulant. Je vous souhaite d’y trouver autant de plaisir et de force que j’en ai eu, et d’avoir envie de découvrir les autres ouvrages de Murray Bookchin. Sa pensée est un aliment nécessaire pour nourrir une lutte écologiste plus urgente et plus âpre que jamais.
Hervé Kempf
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Murray Bookchin, Qu’est-ce que l’écologie sociale (Atelier de création libertaire, 56 p., 6 €).
Les voitures doivent rester à plus d’un mètre des vélos
Une règle de sécurité et de bon sens trop oubliée : les automobiles doivent doubler les vélos en s’écartant et non en les rasant
Distance latérale pour dépasser un cycliste (mise à jour 20 oct 2008)
Article R414-4
I. - Avant de dépasser, tout conducteur doit s’assurer qu’il peut le faire sans danger.
II. - Il ne peut entreprendre le dépassement d’un véhicule que si :
1° Il a la possibilité de reprendre sa place dans le courant normal de la circulation sans gêner celle-ci ; 2° La vitesse relative des deux véhicules permettra d’effectuer le dépassement dans un temps suffisamment bref ; 3° Il n’est pas lui-même sur le point d’être dépassé.
III. - Il doit, en outre, en cas de nécessité, avertir de son intention l’usager qu’il veut dépasser.
IV. - Pour effectuer le dépassement, il doit se déporter suffisamment pour ne pas risquer de heurter l’usager qu’il veut dépasser. Il ne doit pas en tout cas s’en approcher latéralement à moins de 1 mètre en agglomération et de 1,50 mètre hors agglomération s’il s’agit d’un véhicule à traction animale, d’un engin à deux ou à trois roues, d’un piéton, d’un cavalier ou d’un anima
Les sanctions possibles
V. - Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions des II à IV ci-dessus est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.
VI. - Cette contravention donne lieu de plein droit à la réduction de trois points du permis de conduire.
Commentaire VeloBuc :
Autant dire que la voiture ne respecte que très rarement cet article du Code de la route, alors qu’il y va de la sécurité du cycliste. Pourquoi personne ne sanctionne-t-il des frôlements quand nous sommes à vélo ? La loi existe, mais elle reste lettre morte.
Et à qui profite cette nonchalance ? Pourquoi les automobilistes roulant respectueusement ne sont-ils pas davantage gratifiés ? Et qu’on gratifie au contraire les chauffards en leur restituant les points perdus ? Est-ce ainsi qu’on crée un climat favorable au respect des usagers entre eux ?
Comment se protéger ?
En fixant un écarteur sur votre vélo. Vous serez plus visible, et vous incitez l’automobiliste à vous dépasser selon les distances réglementaires : 1 m en ville, 1,50 m hors agglomération.
Autres aspects du Code de la route pour le cycliste, voir le site de la FUBicy
Réduire sa vitesse quand on croise un piéton ou un cycliste
Article R413-17
I. - Les vitesses maximales autorisées par les dispositions du présent code, ainsi que celles plus réduites éventuellement prescrites par les autorités investies du pouvoir de police de la circulation, ne s’entendent que dans des conditions optimales de circulation : bonnes conditions atmosphériques, trafic fluide, véhicule en bon état.
II. - Elles ne dispensent en aucun cas le conducteur de rester constamment maître de sa vitesse et de régler cette dernière en fonction de l’état de la chaussée, des difficultés de la circulation et des obstacles prévisibles.
III. - Sa vitesse doit être réduite :
1º Lors du croisement ou du dépassement de piétons ou de cyclistes isolés ou en groupe ; […] .
IV. - Le fait, pour tout conducteur, de ne pas rester maître de sa vitesse ou de ne pas la réduire dans les cas prévus au présent article est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.
Commentaire VeloBuc : c’est notamment l’alinéa III de l’article R413-17 qui est systématiquement oublié de tous... ce qui donne lieu à des dépassements rasant malgré la règle de 1 m de distance latérale de dépassement en ville.
Le déclin de la voiture est inéluctable - mais on peut faire sans et mieux
Economie, prestige, étalement urbain... sur tous les fronts, l’automobile perd ses avantages et des pratiques nouvelles de transport s’élaborent. Plutôt que de s’obstiner à maintenir un modèle dépassé, les dirigeants devraient soutenir les nouvelles voies de transport, qui feront l’économie de demain
Selon Jean-Claude Marcus, « l’automobile en a encore pour longtemps car on ne peut simultanément réduire les distances domicile-travail, maîtriser les heures de pointe et faciliter les échanges de domiciles, d’emplois et de formation ». Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, déclare de même : « Tels que les modes de vie sont organisés aujourd’hui, je crois difficile de se défaire du véhicule individuel ».
Il est certain que le règne de la voiture ne va pas s’interrompre brutalement car peu d’initiatives sont prises pour enrayer l’étalement urbain, mais bien des observations permettent de penser que son déclin progressif n’est pas une vue de l’esprit. De nombreuses tendances, en effet, freinent ou vont freiner l’utilisation intensive de la voiture, ralentir le renouvellement du parc et même rendre moins nécessaire la propriété individuelle d’une voiture, et surtout d’une deuxième voiture.
Depuis une vingtaine d’années, l’offre alternative à la voiture s’est considérablement améliorée dans les grandes agglomérations, et des contraintes y ont été apportées à la circulation automobile. Les plans de déplacements urbains (PDU), rendus obligatoires par la loi Lepage de 1995 dans les agglomérations de plus de 300 000 habitants, puis les plans de déplacements d’entreprises ont joué un rôle fondamental.
Le tramway a été réintroduit avec un succès spectaculaire, après Nantes (1984) et Grenoble (1987), dans une vingtaine de villes ; des couloirs réservés et des priorités aux carrefours ont facilité la circulation des bus et de nombreux aménagements pour piétons et cyclistes ont été réalisés, réduisant ainsi l’espace accessible à la voiture ; l’usage du vélo a été stimulé par l’offre en libre service ; les services périurbains d’autocar ont été modernisés ; les services TER se sont rapidement développés depuis 2002, date à laquelle leur gestion a été confiée aux conseils régionaux par la loi SRU, et leur fréquentation a augmenté de près de 50% (mais on partait d’un niveau très bas).
Le trafic automobile diminue dans les grandes villes
D’autres facteurs ont découragé l’usage de la voiture : l’allongement des distances domicile-travail, la congestion croissante des grandes voiries urbaines, les difficultés de stationnement dans les zones denses, le renforcement des mesures de sécurité routière (la vitesse moyenne a chuté de 10 km/h depuis 2002), la hausse récente du prix des carburants.
Comme on pouvait l’espérer, le trafic automobile a diminué dans les centres-villes : dès 2006, des enquêtes menées à Lyon et Lille ont révélé un recul de la part modale de la voiture (de 9% depuis 1995 à Lyon). A Grenoble, le nombre des voitures présente dans le centre a diminué de 40 000, la part modale de la voiture n’est plus que de 47%. A Paris, le trafic a diminué de 20% en dix ans. Le kilométrage annuel moyen de l’automobiliste s’est réduit d’environ 1 000 km. Cette tendance générale n’a eu jusqu’à présent qu’un effet marginal sur les ventes de voitures, car les changements de comportement se font lentement, mais elle pourrait s’accentuer.
1 - On peut imaginer que, dans un avenir proche, tous les atouts des alternatives à la voiture seront exploités plus systématiquement et réduiront encore la dépendance automobile. Dans les grandes villes suisses, le taux de motorisation des ménages ne dépasse pas 50% : en France, une telle situation n’est rencontrée qu’à Paris car, ailleurs, les transports collectifs sont encore sous-développés, mais elle pourrait se généraliser.
- Les PDU, comme le réclame la FNAUT, pourraient être rendus obligatoires dans toutes les agglomérations de 20 000 à 100 000 habitants.
- Le tramway pourrait être réintroduit dans des agglomérations moyennes (moins de 300 000 habitants), c’est déjà le cas au Mans, à Brest, à Dijon et bientôt Besançon. Le tram-train pourrait être davantage utilisé pour la desserte des zones périurbaines (il va entrer en service sur les lignes de l’Ouest lyonnais et sur la ligne Nantes-Châteaubriant).
- En milieu urbain, la moitié des déplacements automobiles se font sur moins de 3 km, l’apparition sur le marché du vélo à assistance électrique élargit le créneau de pertinence du vélo, et l’organisation du ramassage scolaire non motorisé (pédibus, vélo-bus) peut éviter d’aller au travail en voiture après avoir déposé les enfants à l’école.
- Le transport à la demande et le covoiturage se développent peu à peu dans les zones périurbaines et rurales. Le cadencement des trains TER va sans doute se généraliser suivant l’exemple des pays européens voisins de la France où il est en place depuis des années, de même que la construction de parkings-relais auprès des gares périurbaines. L’ouverture du TER à la concurrence, dans le cadre de délégations de service public, permettrait d’en relancer la fréquentation, suivant l’exemple allemand.
- L’écoconduite permet d’économiser le carburant, mais limite aussi l’usure du moteur, des plaquettes de frein et des pneus, elle permet de retarder l’achat d’un nouveau véhicule.
- L’autopartage est une formule très prometteuse car elle autorise un accès occasionnel à la voiture sans les contraintes de la possession personnelle d’une voiture. Une voiture autopartagée remplace en moyenne dix voitures « normales ». A l’initiative de France Autopartage, des coopératives d’autopartage sont mises en place même dans de petites villes. En Suisse, on trouve près de 100 000 autopartageurs pour une population comparable à la seule population de la région Rhône-Alpes. L’autopartage, c’est la voiture cool : pas besoin de garage ou de place de parking, pas besoin de s’occuper de l’entretien ou des réparations.
- Le péage urbain pourrait être introduit en France comme il l’a déjà été dans les pays voisins sous des formes diverses, et contribuer lui aussi à un moindre usage de la voiture.
- Il en est de même du développement du télétravail, des livraisons à domicile et du commerce en ligne, du renforcement du commerce de proximité au détriment des hypermarchés, ou encore d’une baisse des droits de mutation qui augmenterait la fluidité du marché immobilier et faciliterait le rapprochement domicile-lieu de travail.
- Les vitesses limites autorisées pourraient être abaissées de 10 km/h sur les autoroutes (ce qui placerait la France dans la moyenne européenne) et ramenées à 70 km/h sur les grandes voiries urbaines (c’est le principe du chrono-aménagement consistant à ralentir volontairement la voiture à la fois pour réduire la consommation d’énergie et les nuisances, et pour donner un « avantage compétitif » au transport collectif périurbain).
- Contrairement à une idée reçue, le TGV devient peu à peu un concurrent de la voiture sur les distances moyennes, par exemple entre Lyon et Marseille, au même titre que les TER. Le développement du TER à grande vitesse, sur le modèle du TERGV de la région Nord – Pas-de-Calais, sera possible sur le littoral méditerranéen entre Narbonne et la Côte d’Azur.
Le transport collectif est plus économique que la voiture
2 – Malgré l’apparition de tarifs très avantageux pour l’usager, la tarification du transport collectif de proximité n’a beaucoup joué pour attirer l’automobiliste, surtout sensible à la qualité de service. Comme l’a montré l’économiste Jean-Marie Beauvais dans une étude commandée par la FNAUT (voir FNAUT Infos n°203, avril 2012), la dépense moyenne par voyageur.kilomètre était, en 2008, de 13,1 centimes en transport urbain de province, de 10,6 centimes en Ile-de-France et de 7,2 centimes en TER, soit une dépense moyenne de 9,1 centimes en transport collectif, alors que le coût marginal d’usage de la voiture (carburant + stationnement + péages) était de 8,3 centimes et le coût complet (coût marginal + entretien et réparations + achat du véhicule + assurance) de 25,1 centimes. L’avantage économique du transport collectif pour le consommateur, et surtout pour le salarié qui, depuis 2009, bénéficie de la prime transport sur l’ensemble du territoire, est évident mais il n’a pas sensiblement évolué ces dernières années.
Cependant cet avantage sera certainement ressenti plus clairement à l’avenir par l’automobiliste si on lui apprend à comparer au coût du transport collectif non pas le coût marginal de la voiture mais son coût complet, trois plus élevé ; si le pouvoir d’achat s’érode avec la précarisation de l’emploi, le chômage, la baisse du niveau des retraites ; et si la hausse, très probable et dont la perspective est déjà intégrée par le public, du prix du pétrole se produit, hausse que l’Etat, sauf à se ruiner, ne pourra pas compenser indéfiniment par une baisse démagogique des taxes sur les carburants…
De plus en plus de ménages éprouvent des difficultés à financer les dépenses liées à leur voiture. Déjà le BIPE note que bien des automobilistes renoncent à utiliser leur voiture : en 2010, 76% d’entre eux utilisaient leur véhicule tous les jours ; en 2011, seulement 72%.
3 – Les conséquences catastrophiques de l’étalement urbain amèneront sans doute les pouvoirs publics à favoriser une densification de l’habitat dans les zones déjà urbanisées, ainsi qu’une plus grande mixité habitat-activités, afin de réduire la longueur des déplacements (domicile-travail/étude/commerces et services). Il en résultera un moindre usage de la voiture.
On commence à densifier l’habitat et les activités autour des gares urbaines, et le long des axes de transport collectif lourd : c’est le principe des « contrats d’axes » (Grenoble, Dijon) qui associent création d’un tramway et construction d’immeubles implantés à proximité immédiate. Il est aussi possible de rouvrir des voies ferrées qui irriguent des zones périurbaines, à l’image de Nantes-Châteaubriant, et de densifier l’habitat autour des gares (voir FNAUT Infos n°183, avril 2010).
Une recherche récente, proposée par Jean-Marie Beauvais et la FNAUT, et financée par l’ADEME, a permis de comparer, toutes choses égales par ailleurs, les pratiques de déplacement d’un groupe de ménages ayant déménagé d’une zone périphérique de Tours vers une zone centrale : elle a mis en évidence une stabilité du nombre des déplacements quotidiens et une forte baisse de leur longueur moyenne (de 9 km à 6 km), surtout pour les achats, et du kilométrage effectué en voiture (-38%), surtout au bénéfice de la marche (voir FNAUT Infos n°196, juillet 2011).
La voiture n’est plus valorisante
4 – L’image valorisante de la voiture, symbole de liberté et signe de réussite sociale, s’est altérée au sein de la population. La voiture est concurrencée par de nouveaux types de consommation (informatique) et ses effets environnementaux négatifs sont mieux perçus.
Cette évolution est particulièrement perceptible chez les jeunes qui se détournent peu à peu de la voiture. Dans les grandes agglomérations francaises, la proportion des 18-25 ans titulaires du permis de conduire, qui avait augmenté de 62 % à 68 % entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990, est retombée à 61 % à la fin des années 2000 (source : CERTU). Et, en raison de la crise, le taux de motorisation de ces jeunes a régressé de 23% à 18%. La plupart des voitures neuves sont achetées aujourd’hui par des automobilistes de plus de 50 ans.
D’après l’association suisse Transport et Environnement (ATE), l’évolution est analogue en Suisse et en Allemagne : « 30% des 18-25 ans, jeunes citadins et plus encore jeunes femmes, ont aujourd’hui un rapport plus rationnel à l’automobile ; la possession du permis de conduire et surtout celle d’un véhicule ne sont plus un must ; ce n’est pas un renoncement délibéré pour des motifs écologiques ou imposé par le manque de moyens financiers, mais plutôt de l’indifférence ; la jeune génération associe l’innovation et le progrès à d’autres thèmes, internet ou Smartphone ». Aux USA, selon une étude de l’université du Michigan, le pourcentage des Américains possesseurs du permis de conduire a diminué dans toutes les classes d’âge au-dessous de 40 ans depuis 30 ans. Selon les auteurs de l’étude, c’est une conséquence de l’utilisation d’internet.
Ainsi l’usage de la voiture, et même le besoin de motorisation individuelle, pourraient, à l’avenir, diminuer sensiblement en raison de l’amélioration de l’offre alternative à la voiture, des contraintes environnementales (aggravation de la pollution de l’air par les particules fines, évolution climatique) ou économiques (prix du pétrole, érosion du pouvoir d’achat) et de l’évolution progressive des formes urbaines et des modes de vie.
L’industrie automobile ne peut donc que régresser, progressivement mais durablement. Les décideurs politiques, toujours persuadés qu’automobile est synonyme de modernité et de prospérité, ont bien du mal à l’admettre. Ainsi le plan Montebourg de sauvetage de la filière automobile apparaît comme anachronique. Il a appréhendé la crise de cette filière comme une simple crise d’adaptation énergétique et environnementale de la production, alors qu’il s’agit plus fondamentalement d’une crise structurelle de surproduction.
Comme le rappelait déjà Stéphane Lauer (Le Monde du 27-12-2008) : « on croit à tort qu’on vit aujourd’hui une nième crise et que tout rentrera dans l’ordre une fois la bourrasque passée. C’est une crise de surproduction qui éclate aujourd’hui. Ces dernières années déjà, pour faire tourner les usines à tout prix, les constructeurs ont multiplié les ristournes aux clients ou les ventes non rentables aux sociétés de location. La majorité des constructeurs gagne désormais davantage avec la revente des pièces détachées et le commerce des voitures d’occasion qu’avec les véhicules flambants neufs qui sortent des usines ».
C’est donc un ambitieux plan de reconversion progressive des constructeurs et équipementiers automobiles vers des activités d’avenir telles que les énergies renouvelables qu’il fallait lancer, une perspective qui n’a rien d’utopique.
Sous l’impulsion de la CFDT, les salariés de l’équipementier automobile Bosch à Vénissieux, près de Lyon, ont préservé l’emploi grâce à la reconversion de leur site, menacé de fermeture, de la fabrication de pièces de rechange pour véhicules diesel à celle de panneaux photovoltaïques : 50 millions d’euros ont été investis par la direction dans cette opération ; 160 salariés volontaires ont été formés à l’usine Bosch d’Arnstadt, en Allemagne tandis que 80 continuent la production de pièces automobiles. Le savoir-faire du personnel en matière de production industrielle, de maintenance et de logistique, a joué un rôle décisif. L’usine Bosch de Mondeville (Calvados) suit un processus analogue : une commission de réindustrialisation étudie une reconversion dans les véhicules électriques (source : CFDT Magazine, janvier 2012).
Mais au lieu d’anticiper sur le déclin inéluctable des ventes automobiles et de préparer la reconversion de la filière, le plan Montebourg s’est focalisé sur la voiture électrique comme s’il s’agissait de la solution miracle alors que son créneau est étroit (les flottes captives urbaines) : l’Etat va donc subventionner les constructeurs pour qu’ils la mettent au point, puis les consommateurs pour qu’ils l’achètent...
Volkswagen veut faire taire Greenpeace
Greenpeace a reçu le 27 septembre une assignation à comparaître devant le juge des référés du Tribunal de Grande Instance de Paris à la demande de Volkswagen à la suite d’une parodie de document d’information que Greenpeace a diffusé sur la Golf 7 à la presse automobile et à la presse communication.
Les plaignants demandent au juge d’ordonner à Greenpeace de « cesser la diffusion des fac-similés litigieux sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard et par infraction constatée » et de « suspendre toute action visant à nuire à l’image de la marque Volkswagen (…) sous astreinte de 100 000 euros par acte constaté ».
La comparution aura lieu demain, vendredi 28 septembre à 11h en audience publique devant la première vice-présidente du Tribunal de Grande d’Instance.
Jeudi 27 septembre, au Mondial de l’Auto, devant des centaines de journalistes, un représentant de Volkswagen a commenté le déploiement d’une banderole de Greenpeace sur le ton de la plaisanterie et en parlant de « ses amis de Greenpeace ». Quelques heures plus tard nous recevons cette convocation…
« C’est là une preuve flagrante de la duplicité de la marque : fun et verte en surface, dure et catastrophique pour l’environnement en réalité, commente Jean-François Julliard directeur général de Greenpeace. C’est ce qu’on appelle avoir un côté obscur ».
Un jugement déterminant ?
Au-delà de l’enjeu Volkswagen – Greenpeace, la décision du juge vendredi peut être déterminante pour la liberté d’expression. Ce n’est pas la première fois qu’un grand groupe industriel se drape derrière le droit des marques pour tenter de faire taire des associations qui osent critiquer ses produits et sa communication.
Par le passé, Greenpeace a détourné les codes publicitaires des marques pour mettre en lumière des scandales environnementaux et n’a jamais été condamnée pour cela (affaires Areva et Esso). Mattel, Nike ou Adidas ne sont jamais allés jusque-là. Si Volkswagen obtenait gain de cause demain, cela créerait un précédent et enverrait un signal très clair : personne ne touche aux marques.
« Greenpeace représente la société civile dans cette affaire. Nous ne sommes pas dans une guerre commerciale avec Volkswagen. Nous forcer à nous taire à propos de Volkswagen reviendrait à bâillonner les citoyens à propos de l’agissement de toutes les marques » analyse Jean-François Julliard.
Révéler la face cachée du constructeur
Greenpeace mène campagne à propos de Volkswagen pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le constructeur allemand est leader en Europe et la réduction des émissions de CO2 de sa flotte de voitures aurait un impact énorme pour limiter le dérèglement climatique. Ensuite, parce que Volkswagen mène un lobby intense pour vider de toute ambition environnementale la future législation européenne sur les émissions de voitures. Et enfin parce qu’il existe un décalage choquant entre son discours et la réalité de ses agissements nocifs pour l’environnement
Le vivifiant début du festival des utopies concrètes
« Ce festival est une coquille de valeurs dans laquelle les initiatives peuvent trouver tribune, fournissant une réponse à l’éternelle question : ’Tout fout le camp, mais que puis-je y faire ?’ »
C’est un joyeux groupe d’une trentaine de personnes qui déambulait jeudi soir dans le 2e arrondissement parisien, à la recherche d’une table libre. Une atmosphère de complicité entre des citoyens, qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas quelques heures auparavant.
Leur point commun ? Avoir été parmi la centaine de participants à la soirée-débat marquant l’ouverture du festival des utopies concrètes, qui se tient à Paris du 27 septembre au 7 octobre 2012. Un festival ouvert à tous et fait par tous. De la permaculture au recyclage, en passant par les monnaies locales et les habitats, les rencontres se veulent être un lieu de partage d’expériences, faisant du festival une pépinière d’idées dans laquelle chacun est appelé à puiser largement.
Un principe simple : initié par le mouvement des villes en transition, il s’agit de mettre en relation toutes les alternatives existantes pour résister aux crises sociale, économique et environnementale que notre société traverse.
Cette aventure qui a débuté en juin 2012 pour ses organisateurs, semble aujourd’hui faire son chemin presque seule, tant l’écho dans le monde associatif local et le désir d’échange entre collectifs ont été grands. En bref, ce festival est une coquille de valeurs dans laquelle les initiatives peuvent trouver tribune, fournissant une réponse à l’éternelle question : « Tout fout le camp, mais que puis-je y faire ? »
Des communautés d’Amérique du Sud…
Ou plutôt des réponses. Car elles sont multiples et internationales. Elles relient le mouvement d’Occupy Wall Street aux Indignés, la renaissance de la ville de Détroit aux Paysans sans Terre, ou encore le rejet des hydrocarbures de schiste en France aux luttes contre l’extractivisme en Amérique du Sud. Cette dernière ressemblance était mise à l’honneur jeudi soir par la présence d’habitants de l’Equateur et du Guatemala, venus partager la détermination et la solidarité cimentant leur communauté.
Comme à Petén par exemple (le département le plus au Nord du Guatemala), où la société pétrolière Perenco exploite depuis 1985 les ressources d’une aire naturelle protégée. Face aux expropriations et aux assassinats, les populations ont fait appel au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme. En 2010, faisant fi de ces résistances, l’Etat guatémaltèque renouvelait le permis d’exploitation de Perenco pour 15 ans et annonçait un projet de « développement » supplémentaire : monoculture, tourisme et pétrole en sont les maîtres-mots, occupant 22 000 des 36 000 km² du territoire.
En Equateur, les Indiens Kichwa de Sarayaku s’opposent depuis 20 ans à l’entrée d’un consortium d’entreprises de prospection pétrolière, encouragée par l’Etat et sa compagnie PetroEcuador. Face au recours systématique à la militarisation, persécution, calomnie et torture de la part du gouvernement, les Kichwa ont demandé la protection de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme. En juin 2012, cette dernière reconnaissait la violation des droits de l’Homme et de la constitution de l’Equateur par le gouvernement. Une victoire ouvrant la porte sur une nouvelle bataille, juridique cette fois.
… aux initiatives locales
L’objectif de la soirée, « faire un pont » entre ces luttes meurtrières et les « alternatives concrètes » de région parisienne, était un pari risqué. Il fallait, pour le réussir, remonter aux maux et à leur origine. Entendre l’extractivisme dans son sens le plus large, comme l’exploitation de toutes les ressources non renouvelables et du travail humain, requérant en outre la mise en place d’infrastructures polluantes et énergivores. Comprendre son origine : une dette, que les pays en voie de développement s’efforcent de combler en bradant leurs ressources, répondant ainsi aux besoins de populations lointaines.
Des symptômes que le réseau Relocalisons (parmi d’autres), s’efforce de combattre à l’échelle locale, à travers l’autogestion alimentaire et énergétique, la lutte contre le gaspillage et la permaculture. Les initiatives ne manquent pas pour atteindre une plus grande autonomie. Le lien avec l’extractivisme d’Amérique du Sud apparaissait en filigrane, mais la soirée risquait de s’essouffler et de tomber dans une joyeuse cacophonie anecdotique.
Les villes en transition
Pour réussir le fameux « pont » entre les luttes, et lancer la semaine à venir, il fallait finalement revenir à l’esprit du festival, laisser échapper le concept fédérateur de « transition ». C’est Pablo Servigne, de la revue Barricade, qui s’y est attelé. Née d’un ouvrage de Rob Hopkins (Manuel de Transition, 2010 pour l’édition française), la Transition est parvenue, notamment en Belgique, à réunir parents inquiets, éternels militants écologistes, et jeunes étudiants impulsifs. Constatant l’imminence des crises à venir, tous ont adopté ce qu’Hopkins envisageait : une réponse locale, concrète et inclusive, pour améliorer la résilience de nos sociétés. Une anticipation collective qui repose sur la diversification des solutions ainsi que sur de forts liens sociaux.
Alors que la Décroissance, accolée d’une image caricaturale, a fini par créer de nombreuses tensions, la Transition est un mot neutre, facilement appropriable et résolument apolitique. Ce désir de concertation et de conciliation lui a bien valu quelques légitimes reproches : comment agir concrètement sans vouloir dénoncer les inégalités sociales ? Sans s’indigner contre les pratiques financières ? « En se tournant entièrement vers l’action pragmatique, positive et non dénonciatrice », répond Pablo Servigne. Un concept alliant réflexion, engagement et mise en pratique, réunissant des individus aux sensibilités et modes de vie parfois complètement différents.
Les propositions ? Elles seront exposées plus longuement pendant les 10 jours du festival . Mais en cette rencontre d’ouverture, l’objectif était atteint, le « pont » construit, et la salle déjà engagée dans sa traversée. Car ce qui compte, in fine, au-delà de la forme revêtue par les initiatives, ce sont les hommes qui les ont mis en place, leur quête d’une plus grande solidarité, leur ras-le-bol de l’isolement et de la passivité, et la joie de vivre qui ressort d’une action collective. Un bol d’air frais et d’enthousiasme à conseiller à tous. Le fourmillement des idées citoyennes de notre rue est montré à la loupe pendant 2 semaines : profitons-en !
Un poète dans le ciel
UN POÈTE DANS LE CIEL
Un aigle à un autre aigle : " Cet oiseau, de quelle espèce est-il ? Qui sont ses compagnons ? S’il vient vers nous avec des bonnes intentions, pourquoi crie-t-il si fort ?
Quelle idée de voler ainsi sous l’aspect d’un Satan ! Et pourquoi donc ces flammes issues de sa poitrine tout comme d’un volcan ? "
L’autre : " C’est l’un de nous - Non ! Non ! fait l’autre, je n’ai jamais vu pareil géant se déplacer ainsi parmi la troupe des enfants du ciel.
Mon cœur appréhende le mal qu’il peut nous faire. Allons voir de plus près ce qu’il en est. "
Alors son frère : " Cet oiseau est en réalité un homme, issu d’Adam, qui est venu coloniser l’atmosphère éthérée et la prendre entièrement pour lui.
Le globe terrestre est devenu trop étroit pour ses convoitises, et les ressources de son esprit l’ont porté jusqu’ici.
Nous n’avons émigré des bas fonds de la terre vers ces lieux d’altitude que pour être loin de lui et nous garder de son hostilité.
Allons rassembler tous les oiseaux afin de fondre sur lui : seule façon de le traiter selon les mérites de sa perfidie. "
Aussitôt la clameur du combat s’éleva dans les airs bientôt livrés à l’assaut des aigles et de tous les oiseaux de proie.
La multitude ailée ébranla l’azur au point que le duvet dans l’ardeur de l’envol forma des nuées qui aveuglèrent la vue.
Je me trouvai soudain au milieu d’ailes noires qui me cachèrent l’horizon et firent disparaître le visage du disque lumineux.
J’étais cerné par une foule de becs grands ouverts, chaque rapace tendant vers moi ses deux serres et ses griffes. " Ô vous, oiseaux, ne craignez rien !
Je ne suis pas autre chose qu’un poète et mon chant n’a d’autre but que de faire tressaillir de joie la gent ailée !
Oui, un poète est venu aujourd’hui vous rendre visite, accablé de fatigue, pour chanter la quiétude dans la paix magique du silence.
Il s’est enfui loin de sa terre comme vous l’avez quittée, soucieux d’éviter les dommages que lui réservaient le siècle et ses tristes habitants. "
C’est ainsi que j’ai vécu quelques minutes où se trouvaient condensées des parcelles d’éternité. Elles m’ont été offertes à la façon d’un songe, et, comme un songe, ont fui. Mais pourquoi le songe n’aurait-il pas pouvoir de faire un jour retour vers nous ?
traduction : René R. Khawam
Le Traité ? Non.
« Le TSCG est anti-écologique. Ce texte prétend poser comme guide de toute politique économique la référence au PIB (produit intérieur brut). Or cet instrument est fondamentalement vicié, puisqu’il ne mesure pas l’impact sur l’environnement des conséquences de l’activité économique »
L’Europe reste aux mains d’un groupuscule irresponsable. Incapables d’avoir une éthique de responsabilité et incohérents, les oligarques continuent la même politique nuisible, consistant à faire peser sur les peuples le poids de la mutation nécessaire de l’économie, tout en protégeant les riches et les financiers de toute pression véritable. Comme l’écrivait Marc Roche (Le Monde du 16 septembre), « rien n’a vraiment changé depuis la faillite de Lehman Brothers. (…) Les marchés apparaissent plus forts que jamais (…), les résistances des seigneurs de l’argent sont plus fortes que jamais ».
L’oligarchie prétend aujourd’hui faire adopter par l’Europe un nouveau traité. Ses porte-voix médiatiques, si bien décrits par le film Les nouveaux chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yann Kergoat, vitupèrent contre quiconque analyse le texte du traité et en considère les conséquences.
Faisant fi des oukases, les écologistes français ont refusé d’avaliser le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). C’est un choix cohérent avec l’analyse que tous les partis verts européens, réunis en congrès en novembre 2011, avaient adopté dans leur Déclaration de Paris, qui définissait leur politique économique et financière.
Le TSCG encourt deux critiques. En concédant à la Commission européenne, non élue, des pouvoirs de contrôle des Etats, il opère un nouveau recul démocratique. De surcroît, il n’envisage la dette publique que comme si celle-ci découlait de la seule responsabilité des Etats, et non des mesures qui ont dû être prises pour sauver le système financier et du recul depuis vingt ans de l’imposition des riches et des grandes entreprises. Enfin, il laisse de côté la question fiscale, si bien que la concurrence fiscale entre Etats divise l’Union, favorisant le pouvoir du capital et empêchant notamment une fiscalité environnementale.
Une autre raison rend le TSCG anti-écologique. Ce texte prétend poser comme guide de toute politique économique la référence au PIB (produit intérieur brut). Or cet instrument est fondamentalement vicié, puisqu’il ne mesure pas l’impact sur l’environnement des conséquences de l’activité économique. La commission Stiglitz aussi bien que l’Union européenne, avec son initiative « Au-delà du PIB » lancée en 2007, ont montré les défauts structurels du PIB. En donnant une valeur juridique forte à cet outil trompeur, le TSCG aggraverait la crise écologique.
Festival du livre et de la presse d’écologie
L’association qui organise le Festival du Livre et de la Presse d’écologie a été fondée en 2004 par des militants écologistes et des professionnels de la culture. La première édition a eu lieu en 2003.
Rendez-vous bien implanté dans la scène culturelle parisienne depuis 10 ans, cet événement a trois orientations majeures :
• promotion du livre et de l’écrit : soutien à la librairie indépendante, l’édition indépendante et aux auteurs, organisation d’un prix littéraire jeunesse.
• sensibilisation et éducation à l’environnement : débats, ateliers ludiques et pédagogiques pour la jeunesse.
• présentation au public des différents acteurs : ong, structures de presse et d’édition.
Il n’y a pas que l’environnement ! Pour nous, l’écologie c’est aussi le développement humain, les solidarités nationales et internationales. Il existe une production foisonnante et transdisciplinaire d’ouvrages liés à l’écolo- gie qui, chacun à sa manière, développent une vision originale de l’humain dans ses rapports avec la nature et ses ressources. Le Festival souhaite promouvoir la diversité de ces écrits et s’en faire le relais auprès du grand public.
13 et 14 octobre, à La Bellevilloise, 21 rue Boyer, 75020 Paris
La décroissance a colloqué à Venise
La semaine dernière s’est tenue à Venise la 3e conférence internationale sur la Décroissance. Pas moins de 600 objectrices et objecteurs de croissance, venus de plus de 50 pays et de tous les continents, ont participé à cette formidable rencontre !
Étaient au rendez-vous des événements publics, comme un festival de cinéma ou encore un débat dans la Basilica di Santa Maria Gloriosa dei Frari avec Serge Latouche, des ateliers pratiques ou studieux et académiques, mais aussi des rencontres militantes et des moments de convivialité.
La France était représentée par Entropia, S. Latouche, Y. Cochet, mais aussi par des OC [objecteurs de croissance] venus présenter la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, notre stratégie politique et beaucoup d’autres choses. Nous avons retrouvé nos camarades suisses et leur formidable nouveau journal Moins !, ceux de Barcelone et leur groupe Research&Degrowth, ainsi que nos amis Majid Rahnema, Jacques Grinevald, Gilbert Rist, Joan Martinez-Alier, Rob Hopkins, Arturo Escobar et de nombreux autres etc.
Dans une atmosphère d’autogestion, dialogue, partage et convivialité, nous avons pu constater à quel point les questionnements qui traversent notre mouvement en France, sont partagés par toutes et tous : Comment colporter la Décroissance en cohérence avec nos idées ? Comment respecter, cultiver la diversité des approches, des initiatives et des stratégies ? Quelles convergences co-créer avec des mouvements comme les Indignés, Occupy, ou encore avec les groupes et partis politiques de gauche et écologiques ? Quels projets ? Comment aller à la rencontre de l’autre ? Quelle relations intergénérationnelles ? Quelle relocalisation ? etc.
Nous sommes conscients de faire face à une convergence de crises, véritable crise de civilisation, mais aussi enthousiastes par le dynamisme et la créativité d’initiatives de transition un peu partout dans le monde. C’est pourquoi un appel a été lancé afin d’avancer dans la mise en place d’outils permettant de mieux communiquer et partager ensemble nos expériences : un site Internet, un mapping afin de se rencontrer localement, un wiki, renforcer la Newsletter de R&D et la mise en place de mailing listes d’échange.
A 2014 pour la prochaine conférence internationale pour la Décroissance, d’ici là l’escargot aura encore bien avancé !
La forêt en péril d’industrialisation
Le bois en tant qu’énergie renouvelable suscite les convoitises. Des projets de scieries géantes et d’usines de cogénération sortent des cartons. Ils menacent l’équilibre d’une filière déjà fragilisée par les délocalisations et la spéculation. Face à l’exploitation intensive de la forêt qui se dessine, des artisans et des PME prônent la mutualisation et les filières courtes.
C’est un gigantesque complexe industriel de sciage et de production d’énergie renouvelable au cœur du Morvan. Le petit village de Sardy-lès-Epiry (Nièvre) a été choisi par l’entreprise Erscia – Energies renouvelables et sciages de France – pour accueillir son futur pôle industriel. La création de 120 emplois directs est annoncée. Les ateliers débiteront près d’un million de m3 de bois par an tout en produisant de l’électricité par cogénération. Bref, création d’emplois se conjuguerait avec transition écologique et réindustrialisation. De quoi se réjouir ? Pas si sûr.
Approuvé par la quasi-totalité des élus locaux, le projet Erscia est vivement critiqué par une partie de la population. Ses détracteurs mettent en avant les risques de déforestation, de pollutions atmosphériques liées à la cogénération, la destruction des industries locales déjà installées, le trafic de camions, et la perte de ressources touristiques, importantes dans le Morvan (voir notamment leur site). Et les 250 000 tonnes de granulés de bois produits alimenteront une usine d’électricité d’Electrabel en... Belgique [1]. Le projet dessine aussi une nouvelle manière d’exploiter les forêts, qui pourrait bien se révéler davantage destructrice d’emplois et de ressources.
Vers une Wood Valley française ?
Son promoteur Pascal Jacob, considère le Morvan comme la future « Wood Valley » française. L’enjeu : la production massive de bois énergie pour alimenter, entre autres, les chauffages au bois, dont la vente ne cesse de progresser. Car la biomasse est à la mode. C’est l’une des principales énergies renouvelables aux côtés de l’hydraulique, de l’éolien et du solaire. « La France accuse un tel retard dans les secteurs éolien et photovoltaïque que pour honorer ses engagements européens de 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020, elle mise quasiment tout sur la biomasse, en particulier le bois », prévient René Montagnon, membre de la commission Forêt d’Europe écologie Les Verts. La ministre de l’Écologie Delphine Batho considère d’ailleurs la biomasse comme « une énergie majeure du mix énergétique français » [2] !
Vendues comme des projets industriels « verts », ces scieries géantes misent sur le bois énergie, dont la valeur s’envole, menaçant l’équilibre de toute la filière. Le créneau est tellement prometteur que la scierie Moulinvest, cinquième de France, est entrée en bourse en avril dernier. Mais cette mode, si elle n’est pas encadrée, pourrait produire des dégâts irréparables.
La 3e forêt d’Europe
La France dispose de la 3e forêt d’Europe, derrière la Suède et la Finlande : 16 millions d’hectares boisés, soit environ 28% du territoire métropolitain. Les forêts françaises et sa filière bois font vivre 400 000 personnes : de la gestion des forêts à la fabrication de meubles et parquets, en passant par le sciage, la confection de papier, la construction de charpente ou de granulés pour le chauffage, le secteur abrite une grande diversité de métiers. Un chiffre d’affaires de 60 milliards [3], généré par quelques 100 000 entreprises qui maillent étroitement le territoire français, souvent dans un milieu rural frappé de plein fouet par la crise.
Malgré ce potentiel, la filière bois affiche une balance commerciale déficitaire de 6 milliards d’euros. Juste derrière le secteur de l’énergie, plombé par les importations d’hydrocarbures. Pourtant, le bois français s’exporte, d’abord vers la Belgique : « Mais derrière cette destination européenne, se cachent les traders belges et allemands sur ce marché. Le port d’Anvers est l’une des principales voies de sortie pour les bois européens », déplore Laurent Denormandie, président de la Fédération nationale du bois (FNB). « Ils se servent d’autant plus volontiers chez nous que les taxes à l’export y sont... nulles ! »
Du bois exporté... vers la Chine
Chênes et hêtres s’exportent aussi massivement vers la Chine, très gourmande en bois. Les ventes à destination de Pékin ont doublé en 2011. Problème : la matière première s’en va par conteneurs entiers, et revient sous forme de produits manufacturés, bien plus chers. Là encore, la FNB dénonce l’absence de taxe européenne à l’importation. « Sciages, parquets et meuble nous reviennent d’Asie à des prix défiant toute concurrence ! Alors même que la Chine taxe chez elle les parquets importés à hauteur de 20% et les meubles à hauteur de 100% ! »
Pour les entreprises du secteur, c’est un peu la « double-peine » : à l’augmentation du prix de la matière première due à la forte demande mondiale, s’ajoute la concurrence avec des produits qui reviennent bien moins chers d’Asie. « La filière doit donc se protéger, via des quotas à l’export par exemple, et s’organiser différemment », propose Laurent Denormandie. Une porte par laquelle les partisans d’une industrialisation à outrance cherchent à s’engouffrer. Ils se mettent même à rêver d’une « diagonale des scieries », qui traverserait la France des Vosges aux Landes, avec quatre ou cinq énormes unités, comme Erscia.
La forêt française sous-exploitée ?
Leur principal argument : la forêt française serait sous-exploitée. Mais les chiffres sont controversés. En 2010, l’inventaire forestier national (IFN) a admis que son modèle de calcul était défectueux. Le rapport commandé à l’époque par Nicolas Sarkozy à l’ancien ministre de l’Agriculture Jean Puech (UMP) annonçait une production annuelle de 103 millions de m3 de bois. Après révision des chiffres, celle-ci est redescendue à 83 millions de m3.
Selon les estimations, le taux de prélèvement de bois sur la forêt reste pour l’instant très raisonnable : entre 50% et 60% de l’accroissement naturel de la forêt. Quand 100 nouveaux arbres arrivent à maturité, on en prélève entre 50 et 60. Cela signifie que la forêt continue de s’accroître. Sans menacer son renouvellement, certains estiment, comme l’association NégaWatt, que ce taux de prélèvement pourrait monter jusqu’à 75% afin de répondre à la demande de bois-énergie. Mais si les projets de scieries géantes se multiplient, le bois risque de manquer, et de créer une concurrence interne à la filière entre production de biomasse, fabrication de papier et entreprises d’ameublement, deux secteurs déjà très fragilisés.
Chênes nulle part, sapins partout
« Ce n’est pas forcément un scandale de ne pas exploiter la totalité de la ressource », rétorque un membre de l’Office national des forêts (ONF). « Les forêts de montagne ne sont pas exploitées du tout parce que cela coûterait trop cher. La forêt doit être gérée sur le très long terme. Il ne s’agit pas de tout prélever d’un coup. » Biodiversité, stockage de C02, gestion écologique de la ressource en eau, attrait touristique, refuge sans pesticides pour diverses espèces, compléments de revenus (chasse, champignons, cueillette) : « La forêt n’est pas qu’un tas de bois », rappelle-t-il. La multiplicité des propriétaires forestiers – plus de 3,5 millions – rend également difficile une exploitation plus rationnelle. Certains ne possèdent parfois qu’un hectare. « Il n’est pas avantageux, pour eux, de faire venir une abatteuse. Résultat : leurs forêts ne sont pas entretenues et le bois est perdu, détaille Marc Pascualini, forestier et délégué régional du Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel (Snupffen).
Exploiter davantage signifie planter davantage. Mais quels arbres ? La forêt française est composée quasiment aux deux tiers de feuillus (chênes, hêtres, bouleaux...). Leurs « concurrents », les résineux (sapins, mélèzes...), rencontrent cependant un succès fou. De pousse plus rapide, plus simple à travailler, moins cher, faisant appel à des techniques de sciage standardisées, ils sont prisés par le BTP, l’industrie de l’ameublement et… les producteurs de bois énergie. La scierie géante de Sardy-lès-Epiry sera exclusivement alimentée en résineux (épicéa, pin, sapin et douglas). Pour les pouvoirs publics et une partie des professionnels, il faut adapter la forêt française et accélérer l’enrésinement du pays.
La forêt doit-elle s’adapter à l’industrie ?
D’autant que le rythme des plantations s’est sérieusement ralenti en France ces dix dernières années. 28 millions de jeunes arbres ont été plantés en 2010, contre 300 millions en Allemagne et en Suède, ou un milliard en Pologne. Mais le tout résineux ne fait pas l’unanimité. « Il est dommage que la filière bois subisse les marchés et dédaigne la ressource feuillue disponible en abondance. C’est à l’industrie de s’adapter à la forêt et non l’inverse », réagit France Nature Environnement (FNE), qui fédère plus de 3000 associations écologistes.
De nombreux forestiers partagent ce point de vue. « La monoculture de résineux, c’est notre drame, témoigne l’un d’eux. Cela correspond à une gestion productiviste de la forêt. On est sur un système proche de l’agriculture intensive. C’est le modèle landais. On plante en ligne. On coupe à blanc au bout de 40 ans. On récolte. On replante. C’est une vision à très court terme. » Une sylviculture plus extensive, et surtout plus variée, permet de limiter les risques financiers à long terme. Elle rend aussi la forêt plus robuste face aux ravageurs et aux risques climatiques.
Les projets de scieries géantes profitent également des déboires du secteur. « On perd une scierie tous les trois jours en France depuis 30 ans, ce qui ne semble émouvoir personne », avance Maurice Chalayer, animateur de l’Observatoire des métiers de la scierie [4]. 15 000 emplois perdus depuis 1980. En 2010, 10 000 personnes travaillent dans 1 700 scieries, dont une majorité de petits établissements artisanaux [5]. « C’est d’autant plus dommage que la plupart du temps, les scieries ferment faute de repreneur, privant à chaque fois un territoire rural d’une activité économique qui pourrait être pérenne », déplore Maurice Chalayer.
Résultat : les scieries françaises produisent aujourd’hui autant de bois qu’en... 1973, à la veille du pic pétrolier (soit 10 millions de m3 de bois). Faut-il pour autant copier le modèle allemand, qui a doublé sa production en 10 ans grâce à de nouvelles scieries industrielles et peut aujourd’hui en fournir le double ? Pas sûr. Depuis la crise de 2009, pour survivre, plusieurs grosses scieries allemandes ont été largement soutenues par les banques et les aides publiques, observe Maurice Chalayer.
Industries contre artisans
Car la production de bois énergie est loin d’être la plus rentable. « Question valeur ajoutée, le meilleur usage du bois, c’est le bois d’œuvre », insiste René Montagnon. Il est composé de grumes destinées aux usages « nobles » de la ressource : menuiserie, charpente, caisserie, ameublement. « Il faut 2 000 m3 de bois énergie pour créer un emploi, contre 300 m3 en bois d’œuvre ! » Mais les artisans souffrent. « Les normes en matière de résistance mécanique ont été faites pour protéger les scieries industrielles qui ne font que du résineux », dénoncent des charpentiers habitués à travailler avec des feuillus. Si le bois est local et non traité, il n’est plus assuré par la garantie décennale, qui permet à un particulier de se retourner contre l’entreprise qui aura édifié sa maison si un défaut est constaté. Résultat : le bois industriel est favorisé au détriment des artisans et des circuits courts.
Autre question, celle de la formation. En France, les savoir-faire disparaissent. « Sur les chantiers, les manœuvres non qualifiés et sous payés sont légion. Les risques de défauts de construction sont importants. Il faudrait revoir les systèmes de formation, et notamment le CAP de charpentier, en l’orientant vers le travail du bois plus que vers la mise en œuvre de systèmes industriels », témoigne un charpentier, qui croule sous les commandes.
Vers un bois AOC ?
Pour favoriser les filières courtes, qui assurent une gestion plus raisonnable de la forêt et favorisent la création d’emplois bien rémunérés, certains professionnels s’organisent collectivement. En Chartreuse, dans les Alpes, le premier bois AOC de France devrait bientôt voir le jour. Le principe est le suivant : constituer un stock collectif de bois local pour la construction de charpentes et de maisons à ossatures en bois. Grâce à des sections standardisées, le bois stocké répond aussi bien aux besoins des charpentiers, des constructeurs et des architectes. Pour l’acheteur, la démarche est simple : un numéro de téléphone unique pour les commandes, une disponibilité du bois sous 72 heures. Initié par le Comité interprofessionnel du bois de Chartreuse (CIBC), ce dispositif géré par les professionnels du massif permet de préserver la filière bois et de participer à l’économie locale.
Dans le grand Ouest, Yannick Robert, technicien forestier a mis en place voici 7 ans, une filière bois locale, qui permet de mettre en relation directe des petits propriétaires et des utilisateurs locaux. « Les gens viennent me voir en me demandant quel produit industriel ils peuvent utiliser pour leur terrasse ou leur bardage. Je leur réponds qu’il suffit de mettre le bon bois local au bon endroit. En plus c’est souvent moins cher ! Sur les circuits de résineux, nous sommes entre 15 et 35% moins cher que le marché. Et presque moitié moins pour le feuillu ! »
Mutualisation et relocalisation
Yannick Robert, et les bûcherons, scieurs ou transporteurs avec qui ils travaillent, y trouvent leur compte et du sens. « Nous sommes autonomes, nous gagnons notre vie, et proposons aux clients des bois de qualité. Nous restons malheureusement un marché de niche. Pour que cela se développe, il faudrait des réseaux inter-régionaux. Et que les élus s’engagent davantage. », explique-t-il. En restreignant, par exemple, les commandes publiques en bois exotiques.
Avec le départ de Nicolas Sarkozy, soupçonné de vouloir brader l’ONF au privé, voir de céder une partie de la forêt publique, les acteurs ont l’impression d’avoir échappé au pire. Mais alors que se profilent aussi le grand chantier de la rénovation thermique, et le regain d’intérêt pour le bois comme matériau de construction plus écolo, se pose l’épineuse question du modèle de production. « Lors de la conférence environnementale, ni le président de la République François Hollande, ni le Premier ministre Jean-Marc Ayrault n’ont évoqué la nécessité d’un plan d’urgence en faveur de la filière Forêt-Bois pour assurer la transition énergétique de la France », regrettent les professionnels du secteur. Le gouvernement favorisera-t-il les scieries géantes, type Erscia, ou le développement de PME et de filières courtes ?
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Notes :
[1] Voir le site du projet Erscia.
[2] Colloque national sur la biomasse, 3 juillet 2012.
[3] Selon la Fédération nationale du bois (FNB)
[4] Voir séminaire scierie française
[5] 182 unités industrielles produisent 6 millions de m3, 800 unités semi-industrielles pour 3 millions de m3 et 880 unités artisanales pour 400 000 m3.
Une décision peu compréhensible sur un discret stockage de déchets nucléaires
D’un côté, un projet de stockage de déchets nucléaires appelé ICEDA. De l’autre, une « autorité environnementale » dont personne ne sait d’où elle tire son autorité. A l’arrivée, une « décision » dont les béotiens peinent à comprendre le sens. Elle demande une étude d’impact au projet, ce qui pourrait en ralentir la réalisation
Décision de l’Autorité environnementale, après examen au cas par cas, sur la « construction d’un bâtiment pour le conditionnement et l’entreposage des déchets activés sur le site du CNPE du Bugey » (01)
Décision n° F-082-12-C-0019 / n° CGEDD 008548-01 en date du 24 septembre 2012
Formation d’Autorité environnementale du Conseil général de l’environnement et du développement durable
Décision du 24 septembre 2012 après examen au cas par cas en application de l’article R. 122-3 du code de l’environnement
Le président de la formation d’autorité environnementale du conseil général de l’environnement et du développement durable,
Vu la directive 2011/92/UE du Parlement européen et du Conseil du 13décembre2011 concernant l’évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement, notamment son annexe III ;
Vu l’article 7 de la charte constitutionnelle de l’environnement de 2004 ;
Vu le code de l’environnement, notamment ses articles L. 122-1, R. 122-2 et R. 122-3 ;
Vu le décret modifié n° 2008-679 du 9 juillet 2008 relatif au conseil général de l’environnement et du développement durable ;
Vu le décret n° 2010-402 du 23 avril 2010 autorisant Électricité de France à créer, sur le territoire de la commune de Saint-Vulbas (département de l’Ain), une installation nucléaire de base dénommée Installation de conditionnement et d’entreposage de déchets activés (ICEDA) ;
Vu l’arrêté de la ministre de l’écologie, du développement durable, et de l’énergie du 22 mai 2012 relatif au contenu du formulaire d’examen au cas par cas ;
Vu l’arrêté du 7 mai 2012 portant approbation du règlement intérieur du conseil général de l’environnement et du développement durable ;
Vu le jugement du tribunal administratif de Lyon du 13 décembre 2011 (dossier n°1002551-1) Sté Roozen France c/ Préfecture de l’Ain, confirmé par le jugement de la cour administrative d’appel de Lyon du 19 juin 2012 (références n°12LY00233-12LY00290) Électricité de France c/ Société Roozen France ;
Vu la décision prise par la formation d’autorité environnementale du conseil général de l’environnement et du développement durable dans sa réunion du 25 avril 2012 portant délégations pour la mise en œuvre de l’article R. 122-3 du code de l’environnement (examen au « cas par cas ») ;
Vu le formulaire d’examen au cas par cas n° F-082-12-C-0019 (y compris ses annexes) relatif au dossier « Construction d’un bâtiment pour le conditionnement et l’entreposage des déchets activés sur le site du CNPE du Bugey » (01), reçu complet de Électricité de France (EDF) le 24 août 2012 ;
Vu l’avis du ministère chargé de la santé en date du 17 septembre 2012 ;
Considérant :
- que la nature du projet consiste en la construction d’un bâtiment de 14 815 m2 de surface de plancher en béton et des aménagements subséquents du terrain, ce projet relevant de la rubrique 36 du tableau annexé à l’article R. 122-2 du code de l’environnement qui soumet à examen au cas par cas les travaux ou constructions réalisés en une ou plusieurs phases et soumis à permis de construire, sur le territoire d’une commune dotée, à la date du dépôt de la demande, d’un PLU ou d’un document d’urbanisme en tenant lieu ou d’une carte communale n’ayant pas fait l’objet d’une évaluation environnementale, lorsque l’opération crée une surface de plancher supérieure ou égale à 10 000 m2 et inférieure à 40 000 m2, seuil à partir duquel une étude d’impact est systématique, que le bâtiment à construire, dénommé ICEDA (installation de conditionnement et d’entreposage de déchets activés), est destiné à entreposer de façon provisoire des déchets radioactifs issus de l’exploitation et de la déconstruction des centrales nucléaires d’EDF en attente de la disponibilité du stockage définitif en cours d’étude par l’ANDRA, que le programme de construction d’ICEDA se compose de plusieurs opérations, réalisées de manière échelonnée dans le temps (mise en place des inclusions parasismiques, construction du bâtiment, mise en attente du chantier depuis janvier 2012 suite à décision de justice, reprise du chantier...), l’enquête publique réalisée en 2006 et l’étude d’impact d’alors ne portant pas sur l’ensemble de ces opérations,
qu’en application de l’article L. 122-1 II, lorsque des projets concourent à la réalisation simultanée d’un même programme, l’étude d’impact doit porter sur l’ensemble du programme de travaux. En cas de réalisation échelonnée dans le temps, l’étude d’impact de chacun des projets doit comporter une appréciation des impacts de l’ensemble du programme.
que les modalités constructives jouent un rôle dans le risque et sa prévention, le contenu du permis de construire en constituant un élément déterminant, et qu’en l’espèce, l’évaluation environnementale permet d’apprécier la bonne prise en compte de l’environnement par le projet et d’assurer la participation du public aux décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement ;
- que le projet est localisé en bordure du Rhône à Saint-Vulbas (01),
- en amont de l’agglomération lyonnaise fortement peuplée,
- en relation écologique avec le fleuve et sa nappe d’accompagnement jusqu’à son embouchure, traversant à plusieurs occasions des zones Natura 2000, à commencer par le SIC FR8201727 « L’Isle Crémieu » situé sur la rive gauche du Rhône en face du lieu du projet,
- à proximité de plusieurs sites Natura 2000, ZNIEFF de type I, ZNIEFF de type II ;
- que le projet est susceptible d’avoir des incidences notables sur l’environnement, compte tenu :
- des dimensions importantes du bâtiment à construire (20 mètres de haut, 8 297 m2 d’emprise au sol, inclusions parasismiques de 55 mètres de profondeur),
- de la présence d’éléments radioactifs, de faible et de moyenne activité à vie courte et à vie longue, ou toxiques susceptibles de rejets liquides, gazeux, de poussières et de déchets pouvant induire des impacts à très long terme sur le milieu humain et naturel, notamment dans le Rhône, sa nappe d’accompagnement ou dans l’air,
- de la déclaration du maître d’ouvrage en rubrique 6.2 du formulaire fourni indiquant que « seuls les rejets radioactifs atmosphériques sont susceptibles d’occasionner un impact. »,
- de la coexistence sur un même site d’une sixième installation nucléaire de base, susceptibles d’interactions en cas de crise ;
Décide :
Article 1er
En application de la section première du chapitre II du titre II du livre premier du code de l’environnement, et sur la base des informations fournies par le pétitionnaire, le projet « Construction d’un bâtiment pour le conditionnement et l’entreposage des déchets activés sur le site du CNPE du Bugey » présenté par Électricité de France (EDF) n° F-082-12-C-0019, est soumis à étude d’impact dont le contenu est défini par l’article R. 122-5 du code de l’environnement.
Article 2
La présente décision, délivrée en application de l’article R. 122-3 du code de l’environnement, ne dispense pas des autorisations administratives auxquelles le projet peut être soumis.
Article 3
La présente décision sera publiée sur le site Internet de la formation d’autorité environnementale du conseil général de l’environnement et du développement durable.
Fait à la Défense, le 24 septembre 2012,
Le président de l’autorité environnementale du conseil général de l’environnement et du développement durable.
Michel BADRÉ
Un documentaire vidéo sur le gaz de schiste en France et en Pologne
Deux étudiants de l’Ecole de journalisme et d’audiovisuel de Cannes, Maxime Morin et Matthieu Boutitie ont réalisé dans les premiers mois de l’année 2012 un reportage d’investigation sur l’exploitation du gaz de schiste en France et en Pologne.
Fin février, désireux d’investiguer en Pologne ils avaient alors suivi les pas de No Fracking France, dans la région de Gdansk.
Voir le compte rendu de cette mission en Pologne.
Voici donc le film Un Gaz sous Haute Pression, qui livre une bonne analyse de la problématique de l’exploitation du gaz de schiste , sous de nombreux aspects, en France et en Pologne.
Echange mes éoliennes contre vos loups
« Nous demandons officiellement à Monsieur le Préfet l’autorisation d’échanger avec les Caussenards et les Cévenols nos 260 éoliennes en projet sur la Margeride et l’Aubrac contre le ou les quelques loups présents sur leur territoire. »
Dans un précédent article, nous avons signalé l’apparition de « l’Eoliennus Cupidus » propriétaire terrien dont la cupidité est sans limites. Les effets conjugués du réchauffement climatique et de cet « Eoliennus Cupidus » ont favorisé l’arrivée de nouveaux prédateurs, espèces trop récentes pour porter un nom latin, mais baptisées sous les noms scientifiques de « Théolia », « Compagnie du vent », « VSB énergies nouvelles », « Ventura », « Adelis » et tant d’autres...
Ces prédateurs essentiellement financiers nuisent non seulement à la biodiversité, mais se repaissent surtout de l’humain dont ils veulent supprimer la présence par l’installation de blanches et plantureuses brasseuses de vent sur toute La Margeride et l’Aubrac.
Nous en avons découvert la confirmation dans une étude d’impact réalisée par un bureau d’études financé par nos impôts : « L’immensité du panorama actuel ne sera habitée de machines que dans une proportion réduite... La ligne d’éoliennes crée ici un effet de dialogue avec la ligne de crête ondulée et les différentes lignes de forces des nombreux champs et collines. »
Cette étude qui introduit « l’habitat et le dialogue des machines » n’évoque à aucun moment l’habitat humain. Ces projets ignorant totalement l’Homme, ne sont rendus possibles que grâce à la passivité notoire d’une large majorité de la population et des élus de haute Lozère. Comment expliquer cet endormissement, ce refus de voir, cet aveuglement ? Qu’elle est l’origine de cette anesthésie généralisée ?
Contrairement à l’éolien industriel, grand prédateur, qui agit sournoisement et profite de la loi du silence, le pauvre Loup doit se sentir bien seul face au récent déchainement médiatique dirigé contre lui. Ce tapage provient sans doute du caractère des Caussenards « qui ne se laisseraient pas faire » comme l’écrit le député Pierre Morel à l’Huissier.
Grâce à l’arrêt du Conseil d’Etat du 13 juillet dernier qui permet l’installation de parcs éoliens dans les zones protégés, nous autres, Les Robins des Bois de la Margeride, descendants du lointain ancêtre Robin Hood dont la cohabitation avec le terrible animal n’a jamais défrayé la chronique, demandons officiellement à Monsieur le Préfet, l’autorisation d’échanger avec les Caussenards et les Cévenols nos 260 éoliennes en projet sur la Margeride et l’Aubrac contre le ou les quelques Loups présents sur leur territoire.
Nous leur laissons volontiers la voracité des promoteurs et la pleine jouissance de l’éolien industriel et nous nous engageons à assumer avec soulagement les nuisances du canidé.
Oui, l’écologie, c’est social !
Un luxe, l’écologie ? Un supplément d’âme quand tous les autres problèmes sont réglés ? Non ! Le projet écologiste est profondément social et générateur de plus d’égalité. Il apporte des réponses aux deux préoccupations majeures de la société : l’emploi et le pouvoir d’achat.
Non seulement une politique écologiste est source d’emplois nouveaux – et de meilleure qualité – mais elle favorise une articulation plus sereine entre travail et non-travail. Elle interroge également « le pouvoir d’acheter », et promeut un accès pour tous aux biens et services indispensables, tels que le logement, la santé, l’éducation, mais aussi les loisirs ou la culture, car le bien-être ne se mesure pas à l’aune de la seule consommation matérielle.
Loin de toute « régression », loin aussi des vieilles recettes inefficaces, ce livre dessine une société innovante et créative, plus juste et plus épanouissante
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Sandrine Rousseau, Oui, l’écologie, c’est social (Les petits matins), 112 p., 5 €.
L’oligarchie japonaise rêve de la bombe atomique
La sortie du nucléaire civil est prévue au Japon pour les années 2030. Mais le potentiel de production de plutonium militaire à Rokkasho reste intact. Dans un contexte de tension avec la Chine, le parlement japonais vient de voter un texte ouvrant la voie à l’élaboration d’un armement nucléaire.
Alors que certains médias français se sont précipités pour annoncer « l’arrêt total de la production nucléaire au Japon d’ici 2030 » (il s’agit en fait d’« amener la production nucléaire à zéro pendant les années 2030 »), peu (voire personne) n’ont mentionné ni la relance simultanée de la politique japonaise d’exportation de sa technologie nucléaire, ni même le fait que le plan de retrait annoncé puisse être totalement révisable tous les trois ans, ne donnant ainsi aucune garantie à sa pérennité après 2015. Enfin, ne figure aucune mention du sort qui sera fait, si le scénario du retrait voyait effectivement le jour, à la filière de retraitement du combustible, d’extraction de plutonium et de fabrication de MOX.
Et pour cause : d’après le Yomiuri du 14 septembre, le gouvernement envisage de continuer ses activités de (re)traitement en conformité avec la politique antérieure, malgré la contradiction entre une telle volonté et celle aujourd’hui annoncée d’en finir d’ici 2039 avec l’électricité d’origine nucléaire. Toutefois, la question que le quotidien ne pose pas mais que l’on est en droit de se poser est la suivante : le Japon envisage-t-il une utilisation non civile de sa filière de retraitement et de fabrication de plutonium ? Le vote discret, le 20 juin dernier, d’un amendement à la Loi fondamentale sur l’énergie atomique nous éclaire sur ce point et donne un relief inquiétant aux tensions actuelles entre le Japon et la Chine.
Un vote hâtif mais décisif
L’article 2 de la Loi fondamentale sur l’énergie atomique, votée en 1955, année de fondation du Parti Libéral-Démocrate (PLD), stipulait que la recherche et l’utilisation de l’énergie atomique ne pouvaient être menées qu’à des fins pacifiques et dans le but de défendre les principes de démocratie, d’indépendance et de transparence.
Or, un amendement à peine débattu le 15 juin dernier au Parlement et adopté cinq jours plus tard à l’unisson par le PLD, le PDJ [Parti démocrate du Japon) et le New Komeito précise désormais que « la politique de l’énergie nucléaire du Japon doit contribuer à la sécurité nationale ».
Cet amendement a été proposé par des parlementaires du PLD et du New Komeito (17 experts). Dans la précipitation de la création de la nouvelle commission de régulation nucléaire et du redémarrage des deux réacteurs de la centrale d’Oi, le gouvernement n’a pas contesté cette proposition d’amendement qui a été adopté par l’ensemble des députés (PLD, PDJ et New Komeito), même si certains membres du PDJ se sont interrogés et opposés au vote de cet amendement.
Il semblerait que les circonstances dans lesquelles cet amendement a été élaboré et voté ne sont pas transparentes : des membres du PLD n’auraient pas été avertis de son existence lors de l’examen de la loi sur l’énergie atomique le 14 juin au soir. Par ailleurs, l’amendement a été glissé dans un appendice de la loi fondamentale, le rendant très discret. Enfin le gouvernement a peut-être marchandé avec le PLD cet amendement, afin de lui faire valider au plus vite sa loi relative à la formation de la nouvelle commission de régulation nucléaire.
En tous cas se pose la question de savoir si le développement d’un arsenal nucléaire est ou non le véritable but de cet amendement. A cette interrogation levée par un membre du PDJ, un député du PLD, artisan de l’amendement, répond : « L’objectif est de centraliser dans une seule commission la sûreté nucléaire, les garanties de l’AIEA [Agence internationale pour l’énergie atomique] visant à empêcher l’utilisation militaire de matériaux nucléaires, et la sécurité nucléaire contre le terrorisme. »
Cette explication ne satisfait pas Michiji Konuma, professeur de physique à l’université Keio, pour qui l’introduction de la notion de « sécurité nationale » entre en complète contradiction avec la clause d’utilisation pacifique du nucléaire. Selon lui, « le nouveau texte comble un vide dans la Constitution japonaise, qui autorise le pays à se défendre avec des armes dont la nature n’est pas clairement définie » et désormais « les moyens militaires nucléaires peuvent être mobilisés pour défendre la sécurité nationale ».
Un tel changement ne peut que rassurer chacun en cette période de hautes tensions entre le Japon et ses voisins chinois et coréens, d’autant que, comme le rappelle un récent sondage du journal Mainichi, 56% des Japonais souhaiteraient modifier l’Article 9 de la Constitution, selon lequel le Japon renonce à la guerre comme mode de règlement des conflits internationaux et ne peut posséder de potentiel militaire. Ils étaient 48% à soutenir cette position en 2009.
Du retraitement à la « souveraineté nucléaire » ?
Selon un haut fonctionnaire il s’agirait aussi de garantir une légitimité à l’existence du centre de stockage, de retraitement et d’extraction de plutonium et de fabrication de MOX de Rokkasho, situé au nord du Japon.
Cette chaîne de retraitement, construite en partenariat avec AREVA à partir de 1993, n’est jamais entrée en fonction et sa capacité de stockage de combustible usé arrive à saturation : 2.834 tonnes de combustible se trouvent actuellement dans les piscines de l’usine, soit 90% de la capacité disponible sur le site.
Dans l’éventualité d’un abandon du nucléaire civil, utiliser l’infrastructure de Rokkasho pour des objectifs militaires garantirait sa pérennité et éviterait de priver de sens l’existence de ce bijou de 20 milliards d’euros, dont le coût de démantèlement est estimé à 80 milliards d’euros supplémentaires. Le tout dans un contexte de demande en forte chute à la fois du plutonium utilisé dans les surgénérateurs (celui de Monju a subi une succession d’accidents et n’a produit d’électricité que pendant une heure en 20 ans) et du MOX dans les réacteurs conventionnels.
Le Japon détient actuellement 157 tonnes de plutonium, dont 100 tonnes sur les sites de ses centrales. Les 60 tonnes restantes ont été acheminées dans les centres de retraitement, et 45 tonnes ont été séparées (35 tonnes sont stockées en France et au Royaume-Uni), de quoi fabriquer 5.000 têtes nucléaires.
« Le droit au retraitement est une question de vie ou de mort »
Le vote de l’amendement à la Loi fondamentale sur l’énergie atomique constituerait-il une étape supplémentaire dans le processus de normalisation d’une nucléarisation militaire du Japon, de facto déjà existante ?
Une telle hypothèse est confortée par le fait que le traité de 1974, de coopération dans le domaine du nucléaire civil entre la Corée du Sud et les États-Unis, expirant en 2014, Séoul exerce de fortes pressions auprès de Washington pour que lui soit garanti, dans le cadre du prochain accord, le droit de retraiter les combustibles irradiés et d’enrichir l’uranium afin d’accumuler des réserves de plutonium et d’atteindre la même « souveraineté nucléaire » que son voisin.
Les défenseurs du retraitement en Corée arguent que la pénurie d’espace pour l’enfouissement des déchets radioactifs sera effective en 2016 : le parc de 23 réacteurs a jusqu’à présent, comme au Japon, généré plus de 11.000 tonnes de combustible usé, et devrait passer à 40 réacteurs d’ici 2030. Rappelons qu’en réalité le traitement chimique de séparation du plutonium, de l’uranium et d’autres « déchets radioactifs de haute activité », génère des volumes de déchets plus importants que le volume initial de combustible usé.
Ainsi, le cri du cœur du Premier ministre Takeo Fukuda, après l’embargo pétrolier des années 70, pour qui « le droit au retraitement est une question de vie ou de mort pour le Japon », trouvera sous peu sa version coréenne.
Ce qui caractérise le nouveau contexte n’est donc pas la capacité technologique du Japon à construire une arme nucléaire dans une durée limitée, mais le fait que, s’appuyant sur l’opportunité d’une réforme de son autorité de régulation nucléaire, suite à l’accident de Fukushima, il se dote d’un cadre juridique approprié à la reconnaissance et à l’activation d’une telle capacité. La prochaine étape pourrait être une réforme de l’article 9 de la Constitution, le tout étant en cohérence avec le rôle politique que les Etats-Unis entendent de plus en plus faire jouer au Japon en Asie, notamment face à la Chine.
Quand bien même le développement du nucléaire militaire japonais ne resterait qu’à l’état de potentialité, il fournit un argument de taille au voisin coréen qui aspire lui aussi à la « souveraineté nucléaire », tout ceci résultant dans une escalade d’accumulation d’armes nucléaires.
Le plein usage de la capacité de retraitement du site de Rokkasho permettrait de produire annuellement une quantité de plutonium séparé de 8 tonnes, suffisante pour fabriquer 1.000 bombes atomiques.
En inscrivant la politique de l’énergie nucléaire du Japon dans le cadre de la « sécurité nationale », l’amendement du 20 juin 2012 à la Loi fondamentale sur l’énergie atomique ouvre grande la porte sur une telle perspective. Décidément, le désastre de Fukushima n’en finit pas de porter ses fruits.
Lettre à Monsieur Hollande sur Notre Dame des Landes
Geneviève Lebouteux Conseillère régionale avec le soutien de la coordination des opposants au projet de nouvel aéroport
à Monsieur le Président de la République Palais de l’Elysée
La Chapelle, le 20 septembre 2012
Monsieur le Président,
Vous avez reçu ces trois dernières semaines des courriers de Sylvie et Marcel Thébault, de Brigitte et Sylvain Fresneau et de Chantal et Thierry Drouet, soutenus par l’ensemble de la coordination des opposants au projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes, vous demandant un entretien. Leurs demandes étant restées sans réponse à ce jour, je la réitère aujourd’hui.
Vendredi 14 septembre, trois personnes de la coordination ont été reçues par M Kesler, directeur de cabinet de M Cuvillier, Ministre des Transports. Deux heures d’écoute attentive de sa part. A l’heure où le Ministère des transports va revisiter les projets du SNIT, il est impératif que le projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes fasse partie de cette mise à plat. En effet, la somme annoncée pour la construction de cet aéroport est très loin du compte. Au moment où, en 2010, l’Etat a contractualisé avec Vinci et avec les collectivités locales impliquées, un plan de financement a été acté.
Vous remarquerez que 262 millions d’euros d’argent public sont prévus pour ce projet d’aéroport 100 % privé (il s’agit d’une DSP de 55 ans) ; le « retour à meilleure fortune » attendu par les collectivités locales pour leur investissement sur la plateforme cache en fait une subvention.
Plusieurs dépenses publiques sont encore à venir pour ce projet : - Une nouvelle ligne ferroviaire grande vitesse Nantes-Rennes passant par Notre Dame des Landes pour laquelle le débat public est prévu début 2013 : 3 milliards d’euros ?
- La restructuration des accès routiers (trois routes départementales à dévier) : 115 millions d’euros ;
- Un nouveau franchissement de la Loire ? (600 millions d’euros)
- Un accès vers Nantes par tram-train : 150 millions d’euros
- L’entretien et le fonctionnement de la piste actuelle, maintenue pour Airbus
Par ailleurs, je suis, comme beaucoup, persuadée que les coûts de construction de l’aéroport et de sa desserte routière sont sous-estimés : la comparaison avec d’autres constructions ou extensions d’aéroports laisse à penser que le coût sera probablement double (de l’ordre du milliard d’euros). On sait d’ailleurs que les dépassements de coûts sont très courants : la moyenne européenne est de 40 % de dépassement de coût de construction pour ce type de projets.
Au final, votre gouvernement aurait tout intérêt à remettre à plat ce projet. A quel besoin doit-on répondre ? Peut-on faire autrement ? Comment préserver le dynamisme des régions de l’Ouest tout en préservant les terres et les emplois agricoles, les zones humides, la biodiversité ?
Je vous rappelle d’ailleurs que les bases économiques sur lesquelles est fondé le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes sont non seulement très optimistes relativement à la situation du secteur aérien, mais aussi « pipeautées », de façon à présenter un intérêt économique global pour ce projet, alors que c’est faux (cf l’étude économique indépendante du cabinet européen CE Delft, non démentie à ce jour, sur le site du CéDpa : aeroportnddl.fr ).
Monsieur le Président, lors de la conférence environnementale de la semaine dernière, vous vous êtes engagé clairement pour une transition écologique de notre société. Votre premier Ministre, M Jean-Marc Ayrault, à la Fête de la Rose en Loire Atlantique, a parlé d’une « société de la sobriété ».
Entièrement d’accord. L’Ouest et la Loire Atlantique ont droit à avoir toute leur part dans cette transition et n’ont pas à souffrir d’une décision d’un autre siècle aux conséquences désastreuses à tous niveaux, pour laquelle Monsieur Fillon, alors premier ministre, avait signé la déclaration d’utilité publique.
Monsieur le Président, au nom de la coordination des opposants au projet d’aéroport, je réitère notre demande d’un entretien sur ce sujet, très rapidement.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.
130 ONG réclament la suspension du maïs transgénique NK603 et du Roundup
Suite à la publication de l’étude toxicologique à long terme par l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini, 130 organisations de la société civile (dont le WWF, Greenpeace, Générations Futures, le Réseau Environnement Santé, ATTAC, CAP21, le collectif Roosevelt 2012, la Confédération Paysanne,…) signent un appel commun. Cet appel a été remis ce jour aux autorités publiques compétentes (Premier ministre, Ministres de la recherche, de la santé, de l’agriculture et de l’environnement...), afin de prendre les mesures de précaution nécessaires dans l’intérêt général.
Appel :
La publication de l’étude toxicologique à long terme par l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini conclut à la toxicité d’un maïs OGM tolérant au Roundup (NK603) et du Roundup lui-même, l’herbicide le plus utilisé au monde. Face à la gravité des conséquences sanitaires possibles, les organisations signataires s’inquiètent, et ce d’autant plus qu’elles constatent que les principales critiques de cette étude proviennent des membres des comités d’évaluation à l’origine de l’autorisation dudit maïs. Elles demandent donc la suspension provisoire des autorisations du maïs NK603 et du Roundup.
De plus, elles demandent la transparence sur les études d’évaluations des risques sur la santé et l’environnement ayant conduit à l’autorisation (culture ou importation) dans l’Union européenne des OGM et des pesticides. Elles exigent la communication des données brutes de ces études sur un site public en ligne et sous une forme exploitable statistiquement, pour permettre à l’ensemble de la société civile de réaliser ou commanditer toute contre-expertise. Cette exigence de transparence concerne en priorité les données brutes des études ayant conduit à l’autorisation :
- du maïs OGM NK603, autorisé à l’importation et à la consommation en Europe, objet de l’étude citée ;
- des différentes formulations commerciales des Roundup autorisées en Europe, dont l’une fait l’objet de l’étude citée ;
- de deux maïs OGM Bt : le Bt 176, le premier à avoir été autorisé à la culture en France, et le maïs MON810, seul maïs OGM autorisé actuellement à la culture en Europe ;
- des sojas OGM tolérant le Roundup : le GTS 40-3-2, le plus ancien autorisé, et le soja qui entre actuellement le plus dans l’alimentation animale et humaine.
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Les 130 organisations signataires :
Actions pour le Développement Durable - ADeD -ONG Agir Pour l’Environnement Agrobio Gironde Agrobio Périgord Agrobio47 AMAP Bio du Maine Blanc AMAP du Ruisseau bleu de Strasbourg AMAP du Sud Bassin AMAP les pieds sur terre - Lyon 04 Amapillac AMI-BIO Amis de la Terre - Seine et Marne Amis de la Terre Haute Loire Amis de la Terre-Nord Appel de la Jeunesse ASPRO PNPP Association APIFERA Association des médecins indépendants pour l’environnement et la santé publique (AMIES) Association Environnement et Nature Burdignes (42) Association Réflexion Proposition pour l’Environnement Association Régionale pour la culture bio-dynamique en Bretagne Atanka ATTAC 22 ATTAC France ATTAC Pays d’Aubagne Bio Consom’acteurs Bioconvergence Rhône-Alpes Bise du Connest CANVA CAP21 Centre Andin pour la Formations de leaders Sociaux Centre d’Information sur l’Environnement Centro Internazionale Crocevia Collectif Action Citoyenne du 21 Collectif Anti OGM de Picardie Collectif anti OGM31 Collectif citoyen Bretagne sans OGM Collectif des riverains et victimes du CMMP d’Aulnay-Sous-Bois Collectif Niveranis pour une agriculture durable Collectif NON à hinterland Collectif OGM35 Collectif Roosevelt2012 Collectif Vigilance OGM Charente Comité de Défense des Vignerons du Languedoc Confédération Paysanne de l’Aude Confédération paysanne nationale Coop en Liens Coopérative Bio LES ARTISONS Croqueurs et Paysans Gourmands (ACPG) Culturemedia DANAYA DEMETER France Dijon Cantine Bio // Chouette C’est Bio Doman chalosse vivante Drac Nature E3D (Ecologie démocratie développement durable) Écologie et Citoyenneté Europe-Écologie les Verts Toulouse FASE33 Fédération Paysanne Foll’Avoine PACA Fondation Denis Guichard Fondation pour une Terre Humaine Fondation Sciences Citoyennes Frapna Isère GAEC Ferme du Limeur Gauche Anticapitaliste Générations Futures Greenpeace Groupe local carcassonnais EELV Halte OGM 07 IDEES Jonquières JINUKUN - COPAGEN L’herbe Folle La PLANETE Le MONDE et MOI Le cabas Noir Les Amis de la Terre Les Amis de la Terre Landes Les Amis de la Terre-groupe Périgord Les Jardiniers de LA BRESSE Vosges Les jardins de Sillac Les Sorgues Vertes Ligue des Droits de l’Homme (ou LDH) “Loupian et les communes du nord du bassin de Thau” Loiret sans OGM Maison de la semence de la Loire MITCC Yang Sheng Dao MNLE Réseau Homme&Nature Nord Pas-de-Calais Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique Mouvement des faucheurs volontaires d’ogm Mouvement Interégional des AMAP N’avalez pas nos vallées Nature & Progrès 43 Nature et Progrèsv Nos Campagnes Sans OGM de l’Anjou OGM Dangers OGM NON MERCI 01 Orliénas Demain Quetigny environnement REFEDD Relocalisons Rencontre des Médecines Rés’OGM Info Réseau Cohérence Réseau Environnement Santé Réseau Semences Paysannes Réseaux citoyens de Saint-Étienne Responsible Fishing Alliance Revue Écologie & Politique Ruralimage Stop OGM Drôme Syndicat des producteurs de Chanvre d’Aquitaine Syndicat SIMPLES Terra Vitae Théâtre de L’Espoir Toulemondilaibio Union Démocratique Bretonne Union Nationale de l’Apiculture Française Veille au Grain Vigilance OGM 18 Vigilance OGM 21 vigilance OGM 69 Vigilance OGM 81 vigilance OGM de Poitou-Charentes WWF France Yves MICHEL éditions Zerogm 42
Reporterre sur twitter et facebook
Reporterre, le site de l’écologie, a ouvert un compte twitter :
l’adresse est twitter.com/reporterre
Un moyen d’être averti de nos dernières nouvelles et analyses.
On a aussi ouvert une page Facebook
Bon, on ne sait pas très bien s’en servir...
A propos, l’adresse pour nous joindre et envoyer vos informations :
planete (arobase) reporterre.net
On ne répond pas toujours vite (et même parfois, pas du tout, faute de temps), mais tout est lu.
A bientôt
En Inde, la grande marche des paysans s’est ébranlée à Gwalior
« Ce sera la plus grande action non-violente jamais organisée en faveur du droit à la terre, à l’eau et à la forêt »
Des milliers de personnes venues de toute l’Inde ont déjà rejoint la place Mela Ground de la ville de Gwalior (Madhya Pradesh). A partir du 2 octobre ils devraient être quelques dizaines de milliers, et se mettre en route pour Jan Satyagraha, une marche d’une durée d’un mois jusqu’à Delhi pour réclamer leurs droits d’accès à la terre et aux ressources naturelles.
Parallèlement à la mobilisation en cours pour cette action non-violente de masse, d’intenses négociations sont en cours avec le gouvernement. Pendant les dix derniers jours, les discussions se sont intensifiées, avec plusieurs réunions entre PV Rajagopal, fondateur et leader du mouvement social Ekta Parishad, et différents ministres, parmi eux le Premier Ministre de l’Inde lui-même, Manmohan Singh. Les négociations portent essentiellement sur les réformes agraires et le droit au logement, et les institutions nécessaires à leur mise en application. Le résultat de ces différentes phases de réunion est l’ébauche d’un accord écrit.
Le sens de la marche
En 1930 le Mahatma Gandhi et des centaines de marcheurs ont parcouru 250 km jusqu’à la mer afin de dénoncer l’injustice de l’interdiction coloniale de produire du sel. Cette action directe, mais non-violente, a marqué le début du mouvement qui a finalement mené à l’indépendance de l’Inde face au joug anglais.
En 2007, inspirés par l’exemple de Gandhi, Ekta Parishad et d’autres organisations partenaires ont mobilisé 25 000 personnes, pour la plupart des paysans sans-terres parmi les plus pauvres, des adivasis et des dalits, pour une marche de 350 km de Gwalior à Delhi qui a duré 27 jours. La marche fut nommée “Janadesh – le jugement du peuple”.
Son but était de dénoncer les profondes injustices des lois liées au contrôle des terres et de souligner l’urgence de réformes sur ce sujet en Inde. Les revendications des marcheurs ont été prises en compte sur le papier, mais après 3 ans la mise en oeuvres de ces réformes est loin d’être satisfaisante.
Une nouvelle marche, “Jan Satyagraha – Marche pour la justice”, est prévue pour 2012 et va rassembler plus de 100 000 paysans pauvres, adivasis, dalits, sans-terres, de plusieurs états indiens. Ce sera la plus grande action non-violente jamais organisée en faveur du droit à la terre, à l’eau et à la forêt. Les marcheurs vont parcourir 350 km de Gwalior à Delhi pour présenter au gouvernement les revendications suivantes :
• Mettre en application des engagements pris par le Gouvernement Indien en 2007 concernant les réformes du droit à la terre • Mettre en application effective et rapide du “Forest Rights Act 2006” • Reformuler les politiques concernant les populations les plus pauvres dans un sens qui leur soit plus favorable, rendre le gouvernement responsable des politiques et programmes concernant les populations marginalisées • Répondre aux doléances des personnes déplacées ou dépossédées, en portant une attention particulière au sort des femmes • Mettre en lumière le rôle de l’émancipation des femmes dans le processus du développement durable • Demander une décentralisation effective du pouvoir de contrôle sur les ressources naturelles • Passer d’un développement industriel à grande échelle à une économie rurale centrée sur les personnes • Interdire les transferts massifs de ressources naturelles aux entreprises au mépris de la survie des plus pauvres.
Vous voulez relancer l’économie ? Faites la guerre
Si l’on reste dans le paradigme dominant, il n’y a qu’une solution pour faire repartir l’économie : faire la guerre, le meilleur stimulant économique jamais expérimenté
La France et l’Europe traversent une crise sociale et économique sans précédent. Chômage de masse, précarité, dette publique, écroulement des services publics, désindustrialisation : si rien n’est fait, c’est tout notre modèle de développement qui s’écroulera, repoussant pour longtemps la perspective d’un retour durable de la croissance. Pourtant on connaît la voie à suivre : « Un emploi dans l’industrie génère 3 à 5 emplois dans les services et la sous-traitance qui permettent, par la consommation des salariés, d’alimenter l’économie, donc le développement industriel et l’emploi » (CGT Isère). Pour que l’homme soit véritablement au service de l’économie, il faut des mesures de relance industrielle à la hauteur de la crise actuelle.
Nous devons tirer les leçons de l’Histoire. Il y a un siècle, l’économie française a connu un formidable bond en avant, son industrie une véritable révolution. Voyez l’essor de la région grenobloise dans les années 1915-1916 : aménagements hydroélectriques, boum dans la construction mécanique, floraison des sites électro-chimiques. Matériel électrique, explosifs, coton nitré, papier à cartouche, obus, chlore et phosgène comme gaz de combat, magnésium pour l’artillerie. Que seraient devenus la métallurgie de Bouchayer et Viallet, le chimiste Progil, les usines Bergès, les pâtes Lustucru, les biscuits Brun sans la Première guerre mondiale ? Les statistiques sont formelles : « En 1914, Grenoble compte 15 000 : ouvriers ; en 1931, le nombre aura plus que doublé : 31 000. La guerre aura eu un effet stimulant. » (1)
Toulouse, autre technopole aujourd’hui à la pointe de l’innovation, a connu le même phénomène : l’effort de guerre « a suscité la création de toutes pièces de puissants complexes industriels » (2), dont les fleurons actuels de l’aéronautique ou de la chimie sont les descendants directs.
Même stimulation bienfaisante pour l’innovation, l’industrie nationale et l’emploi en 1939-45. À Grenoble, les laboratoires - ferromagnétisme, aérodynamique, hautes fréquences, électrostatique, etc – servent le complexe militaro-industriel pour le profit des salariés. Ne l’oublions jamais : c’est grâce à la collaboration des chercheurs avec l’armée, dans les années 1940, que la capitale des Alpes est aujourd’hui la Silicon Valley française, et offre à des milliers d’ingénieurs, techniciens, cadres, opérateurs de salle blanche, un emploi et un avenir. Six années de conflit pour Trente Glorieuses.
Tandis que notre croissance agonise, il faut rappeler cette vérité : l’économie et la guerre ne sont que la poursuite incessante, infinie et réciproque de l’une par l’autre.
C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel solennel aux forces vives, aux progressistes, au mouvement social. Pour nos emplois et ceux de nos enfants, pour la réindustrialisation de la France, pour son redressement productif et moral, c’est une guerre qu’il nous faut.
Le « redressement productif » ne suffira pas - pas plus que le New Deal en son temps. Rappelons que le programme du président Roosevelt dans les années 1930 fut un échec économique. Malgré l’interventionnisme de l’Etat (grands travaux, contrôle des banques, subvention de l’agriculture, soutien aux syndicats et aux mouvements de consommateurs, protection sociale), 17 % de la population active américaine pointait au chômage en 1939. (3) « La production industrielle ne repartira qu’en 1940. Au moment où les Etats-Unis se réarmeront pour préparer leur entrée en guerre. » (L’Usine nouvelle, 2012)
Voyons les choses en face. Au sein de l’Union européenne, l’Allemagne méprise la solidarité entre membres, favorisant ses intérêts nationaux contre les autres pays. La Grèce est à genoux, l’Espagne, le Portugal et l’Italie au bord du gouffre, et l’impérialisme allemand impose sa politique d’austérité qui nous conduit à la catastrophe. Jusqu’à quand subirons-nous ce diktat ?
De son côté, la Chine nous inflige un dumping social insupportable, bafouant les droits des travailleurs comme ceux de la propriété industrielle et de la concurrence. Délocalisations, contrefaçon, exploitation : allons-nous tolérer davantage les abus sans limite des Chinois ?
Contre la Chine, avec nos alliés de l’OTAN, ou contre l’Allemagne, avec la Grèce, un conflit est envisageable. Ce ne sont ni les motifs, ni les occasions qui manquent. Songez aux retombées économiques ! La tentative du président Obama de renouveler l’expérience du New Deal – rebaptisée Green New Deal pour intégrer les nouvelles contraintes environnementales – est vouée à l’échec. Les énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, les biocarburants, la voiture électrique, s’ils permettront la création certaine d’emplois, ne fourniront pas l’électrochoc nécessaire à l’économie. Comme en 1939-45, seul l’effort de guerre relancera l’industrie. Avec Mélenchon pour le Rafale, avec Montebourg pour le patriotisme économique, soutenons la seule relance véritable !
Grenoble, dont les « nombreux laboratoires, centres de recherches et universités […] constituent une source inépuisable d’innovations dans laquelle la Direction Générale pour l’Armement pioche régulièrement » (4), serait à la pointe de la mobilisation, avec des milliers d’emplois à la clé.
Chez Thales, soumis aux menaces de fermetures, on retrouverait le bénéfice d’être « leader mondial des hautes technologies sur les marchés de l’aéronautique, de l’espace, de la défense, des transports et de la sécurité » : un conflit offrirait des débouchés à nos armements de pointe. Imaginez les performances de Scorpion, le programme de numérisation du théâtre d’opérations que le groupe pilote pour l’armée française ! Sans oublier ses systèmes d’identification biométrique, de cryptage de données, de contrôle d’accès made in France. Nos fleurons high-tech donneraient leur pleine mesure. STMicroelectronics, le CEA et les start-up de micro et nanoélectronique équipent déjà nos troupes (programme Félin - Fantassin à équipements et liaisons intégrés) et les systèmes de communication et de traçabilité (RFID, capteurs, poussières intelligentes) ; Memscap fournit les meilleurs capteurs de pression à l’Eurofighter et au Super Puma 1, et des Mems pour le guidage des armes ; les détecteurs infrarouges de Sofradir, qui équipent l’armée française, ne manqueraient pas d’être déployés, de même que les biopuces d’Apibio pour détecter les attaques bactériologiques. Qu’on songe aux salariés de Rio Tinto, en Maurienne, d’Ascométal au Cheylas, et à toute la filière aluminium, à qui un cycle guerre/reconstruction redonnerait l’espoir d’un véritable redressement productif.
Pensez aux chantiers par dizaines ! Une aubaine pour les salariés du BTP et de Caterpillar, aujourd’hui menacés. Enfin le renouvellement urbain ! Une vraie chance de reconstruire la ville sur la ruine, de bâtir des smart cities avec des éco-quartiers connectés et intelligents, de moderniser les réseaux de transports et d’énergie, de remplacer les compteurs électriques par des Linky ! de donner un nouvel élan au programme nucléaire français (surgénérateurs, ITER), de propulser la ville globale dans le XXIe siècle !
Quant à nos soldats et aux civils touchés par la guerre, nos neurotechnologues les prendront en charge. Les mutilés testeront les nouvelles interfaces homme-machine et les exosquelettes mis au point à Clinatec, notre clinique du cerveau unique au monde. Leurs souffrances permettront les progrès de la bionique. Clinatec pourra tester ses implants neuro-électroniques contre la dépression et les troubles de l’humeur à grande échelle : quelle meilleure image pour nos savoir-faire locaux, dans le monde entier !
Chacun doit se convaincre que l’économie n’est pas faite pour l’homme, mais l’homme pour l’économie, et se demander ce qu’il peut faire pour celle-ci. Nous invitons tous ceux qui croient au redressement productif de la France à se joindre à la manifestation du 9 octobre, à signer et à diffuser cet appel.
.....................
Notes :
1) 50 millions de Grenoblois, Claude Glayman. Préface de Pierre Mendès-France. 1967. Ed. R. Laffont
2) Les conséquences économiques et sociales de la Première guerre mondiale à Toulouse (1912-1922), Anne Alonzo, 2009, Ecole des Chartes
3) André Kaspi, Franklin Roosevelt, Fayard, 1988
4) Le Dauphiné Libéré, 3/04/01
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Premiers signataires
Les Amis de l’Egalité
Les Bas-Côtés
Hors-Sol
Libellud (Libertaires et Luddites de Grenoble)
Pièces et main d’œuvre (atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique)
Un juge et un critique de Séralini ont servi l’industrie des pesticides
Catherine Geslain-Lanéelle dirige l’EFSA, « autorité » qui est censée juger l’étude de Gilles-Eric Séralini publiée le 19 septembre dans Food and chemical toxicology. Gérard Pascal, toxicologue, a violemment critiqué ladite étude. Problème : ces deux éminents personnages ont dans le passé défendu l’industrie des pesticides
(...)
Attention, ce qui suit est une interrogation, et elle n’est pas formelle. Je n’accuse personne. Je ne sais rien. Et même le pire criminel reste innocent tant qu’on n’a pas démontré sa culpabilité. Or donc, je n’accuse pas Gérard Pascal et Catherine Geslain-Lanéelle. Mais comme je connais - un peu - les deux, je me sens tenu de vous confier quelques éléments en ma possession.
Gérard Pascal a longtemps été un homme-clé de notre système de surveillance alimentaire. Il a ainsi été le président, entre 1998 et 2002, du conseil scientifique de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), aujourd’hui dissoute dans l’Anses. Je vous mets à la fin de l’article un CV du monsieur, qui date de 2007. C’est instructif. En tout cas, Gérard Pascal, arborant ses titres comme autant de médailles, s’est autorisé une sortie terrible contre Séralini : « Le protocole d’étude de M. Séralini présente des lacunes rédhibitoires » (lemonde.fr, 20 septembre 2012). Ce n’est pas une critique, c’est du tir au gros.
L’étude ayant été validée par des pairs, et publiée par une revue de haute réputation, à comité de lecture précisément, il me paraît difficile de croire, au plan de la simple logique, qu’elle soit à ce point ridicule. Par ailleurs, et je me répète, nul ne pouvait dire le 20 septembre, quelques heures après publication, ce que pouvait valoir une étude ayant mobilisé de bons scientifiques pendant deux ans. So what ?
Quand j’ai écrit Pesticides, révélations sur un scandale français (Fayard, 2007) avec mon ami François Veillerette - la bise à tous les trois -, j’ai eu l’occasion d’égratigner Pascal. Page 226 de l’édition générale, nous constations, François et moi, que Gérard Pascal avait été le conseiller d’une agence de com’ et de lobbying, Entropy Conseil, laquelle a par exemple mené des campagnes de promotion en faveur de l’industrie des pesticides. Hum. Lorsque j’ai écrit Bidoche (éditions LLL, 2009), j’ai retrouvé sur mon chemin Gérard Pascal. Extrait du livre :
« La société créée par Serge Michels à son départ de Que Choisir, Entropy, reste à bien des égards une entreprise fascinante. Outre son fondateur, dont on apprend au passage qu’il a participé aux travaux du Conseil supérieur d’hygiène de France, du Conseil national de l’alimentation, de l’Inra, de la Commission européenne et du Codex Alimentarius, les scientifiques d’Entropy sont vraiment fameux. Il s’agit, dans l’ordre d’apparition à l’écran d’ordinateur, de Gérard Pascal, Philippe Verger, Claude Fischler, Serge Hercberg, Jeanne Brugère-Picoux, Adam Drewnovski.
« Regardons un peu mieux le cas Gérard Pascal, personnage clé de la sécurité alimentaire en France. On ne peut détailler un curriculum aussi prestigieux que le sien, mais même en élaguant, on demeure surpris par l’étendue et la durée des responsabilités qu’il a occupées. Il fut – et parfois reste – président du conseil scientifique de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), membre de la Commission du génie biomoléculaire, chercheur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), au CNRS puis à l’Inra, expert pour l’évaluation des projets de recherche à la direction générale Recherche de l’Union européenne, président du comité scientifique directeur de l’Union européenne. Il a reçu en 1993, comme Mme Bellisle en 2007, le prix de la recherche de l’IFN. Et il est donc en relation commerciale avec Protéines, agence au service de l’industrie ».
Si vous êtes encore là - sait-on jamais -, vous me direz peut-être : et l’IFN (Institut français pour la nutrition), c’est quoi ? Comme je veille à mes intérêts - et plutôt à mon temps -, je me permets respectueusement de renvoyer à mon livre. Encore un bout :
« Que peut-on ajouter sur les experts d’Entropy ? Trois fois rien. Ils sont (presque) tous membres de l’IFN, eux aussi. Serge Michels fait partie du grand institut indépendant, ainsi que Serge Hercberg, Claude Fischler, Gérard Pascal – membre du conseil d’administration –, et même Adam Drewnovski. Comme le monde est petit ! Ce n’est certes pas un crime, juste une considération géographique. Tous les points de l’univers semblent parfois se rejoindre. Même l’agence Protéines, ès qualités, fait partie de l’IFN. C’est ainsi. Appelons cela une bizarrerie de la nature ».
Quant à madame Catherine Geslain-Lanéelle, sachez qu’elle est la patronne de l’EFSA, acronyme anglais pour Autorité européenne de la sécurité des aliments. Elle a annoncé ces derniers jours que son agence analyserait l’étude Séralini. Oui, mais avec les mêmes experts que ceux qui avaient donné le feu vert au maïs OGM si gravement mis en cause par ce même Séralini, qui a aussitôt déclaré : « Pas question que ceux qui ont autorisé le NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données. Il y aurait un conflit d’intérêt avec leur autorité et leur carrière ».
Au passage, je signale que l’EFSA a été gravement mise en cause pour des conflits d’intérêt, jusques et y compris dans son panel de scientifiques qui suivent le dossier OGM. Cela donne le tournis, mais j’y ajoute volontiers ma touche personnelle.
Dans Pesticides, cité plus haut, nous avions, François et moi, évoqué le cas Geslain-Lanéelle, réputée de gauche, mais oui, faudrait pas croire. Un premier extrait, qui concerne la gestion de l’épouvantable dossier Gaucho, du nom d’un pesticide dévastant ruchers et abeilles :
« Le juge Ripoll, qui a ouvert une instruction à Paris à la suite d’une plainte d’un syndicat d’apiculteurs, perquisitionne avec éclat au siège de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), une administration majeure qui dépend du ministère de l’Agriculture et dirigée alors par Catherine Geslain-Lanéelle. Il réclame communication du dossier d’autorisation de mise sur le marché du Gaucho. Inouï : Geslain-Lanéelle, pourtant haut fonctionnaire, en théorie au service de la République, refuse avec hauteur. Ripoll est si furieux qu’il l’oblige à rester dans une pièce sous contrôle. On frôle la garde à vue ! Finalement, la directrice peut appeler le ministre de l’Agriculture, Jean Glavany, et seulement lui. Sans céder pour autant. La justice n’obtiendra pas gain de cause. Le ministère est une forteresse qui n’est pas près d’être investie ».
Oh oh ! Deuxième extrait :
« On pourrait presque achever là ce chapitre, mais on serait trop loin du compte. Il faudrait pour cela oublier le plus grave, le plus sombre du secret entourant le Gaucho et le Régent. Sous Guillou et Geslain-Lanéelle, la gestion du dossier a amplement démontré que l’administration française soutenait les intérêts industriels contre ceux de la santé publique. Mais l’arrivée de Thierry Klinger aggrave encore les choses : elle coïncide avec des méthodes faites de franche intimidation ».
Un troisième, pour la route :
« Catherine Geslain-Lanéelle a failli rater une très belle promotion. Nommée à la tête de la Direction régionale de l’agriculture et de la forêt (DRAF) en Île-de-France après son passage à la DGAL, elle guignait sans trop le cacher un poste à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Jacques Chirac en personne, sans doute inspiré par des ennemis plus proches, a tenté de l’en empêcher. Mais le vieux chef n’a plus la main depuis des lustres, et en février 2006 Geslain-Lanéelle a été nommée directrice exécutive de l’EFSA, à Bruxelles. Comment vous priver de ses premières paroles ? Les voici : ’J’entre en fonction à l’EFSA à un moment opportun. En effet, sur la base de l’énorme travail d’ores et déjà fourni, je m’engage à faire de l’EFSA une référence européenne en matière d’évaluation des risques concernant la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux au niveau tant européen qu’international. Les gestionnaires des risques en Europe doivent pouvoir se fier à des avis scientifiques indépendants et transparents pour élaborer des politiques et des mesures de sécurité alimentaire.’ Seul un impudent personnage oserait poser la question suivante : Mme Geslain Lanéelle aurait-elle été nommée si elle avait choisi de coopérer avec la justice de son pays au moment de la perquisition du juge Ripoll ? ».
Voici ma contribution. Dans tous les cas, elle peut aider, ce me semble, à réfléchir.
Jacques Ellul, l’espérance d’abord
Extrait de l’introduction du livre :
« Pris pour un théologien par le grand public, Jacques Ellul se défend pourtant d’en être un. Mais je me garderai bien de donner tort à ses lecteurs. Il nous rappelle s’il en est besoin, que la théologie n’a pas pour but de cloîtrer l’intelligence ni de s’offrir au luxe du croyant un jour sur sept, mais qu’elle concerne la pratique quotidienne d’une foi qui doit engager tout homme et tout l’homme. Et l’engage autant dans le monde qu’envers Dieu. » Voici ce qu’écrivait Gabriel Vahanian dans un article rédigé en 1983.
Pas théologien, Jacques Ellul ne fut pas plus - du point de vue universitaire - un sociologue. Et détestait qu’on le prenne pour un philosophe. De profession, c’est un juriste, spécialiste d’une matière à première vue coupée des réalités actuelles : le droit romain. Pourtant, peu d’auteurs français auront analysé de manière aussi pertinente que lui la société d’aujourd’hui. Et peu d’auteurs français auront autant écrit sur la théologie.
Alors, comment définir Jacques Ellul ? Quel lien entre la pensée théologique de ce "non-théologien" et la pensée sociologique de ce "non-sociologue" ? Dans une lettre citée par Jean-François Zorn, Jacques Ellul écrit avoir conçu son oeuvre depuis 1936 comme le rapport « dialogual, dialectique entre le constat du réel sociologique et la contestation théologique de ce constat, étant certain que c’est dans le jeu de ces facteurs que l’homme peut avoir une issue ».
Ellul veut faire exploser les cadres qui font penser sur un mode automatique. Réactionnaire pour les uns, libertaire ou écologiste pour d’autres - preuve que l’écologie est conservatrice pour certains - il est d’abord un inclassable, impossible à maîtriser. Un iconoclaste, toujours prêt à une charge contre ce qu’il perçoit à ce moment-là comme un conformisme intellectuel. Ellul ne brouille-t-il pas les pistes pour nous inviter à en ouvrir de nouvelles, et surtout ouvrir des pistes qui soient les nôtres ?
Car Jacques Ellul invite chacun à l’action. Cela peut paraître paradoxal. Décrire comme il le fait un monde écrasé par la puissance de la technique invite-t-il à l’action ? Le Dieu Tout-Autre qu’il défend en bon disciple de Karl Barth n’est-il pas trop éloigné pour nous soutenir ?
Pour Ellul, c’est tout le contraire. Fermer toutes les issues empêche l’humain de s’en remettre à l’espoir que d’autres agissent à sa place, que les choses s’arrangent, que des solutions techniques nous évitent d’agir et de choisir : chacun est dos au mur, agir est de sa responsabilité personnelle devant Dieu et devant les hommes. Dans le même temps, insister sur l’altérité de Dieu par rapport à ce monde, c’est enlever aux Puissances qui nous menacent - la technique, l’argent... - tout pouvoir divin, les faire tomber de leur piédestal d’idole. Il n’y a que nous pour agir, que nous pour appeler Dieu à la rescousse, face à des puissances qui ne le sont que parce que nous leur accordons de l’être. Cette pensée paradoxale, cette désacralisation du monde remet dans les mains de l’humain sa vie, devant Dieu. Là est le coeur du raisonnement d’Ellul.
Quand lui-même l’oublie - qu’il sacralise le mariage ou démonise l’Islam - il tombe dans des positions réactionnaires qui le font se trahir. Cet ouvrage vous invite à découvrir sa pensée dans sa dimension dialoguale, dialectique entre le sociologique et le théologique, le factuel et le biblique. Si Ellul est un prophète, ce n’est pas tant qu’il avait imaginé avant les autres bien des évolutions actuelles, mais qu’il interpelle chacun, qu’il met chacun devant ses responsabilités pour agir maintenant, comme le faisaient les prophètes de l’Ancien Testament. Sa pensée est débordante d’insoumission, c’est un appel à l’insoumission lancé à chacun.
Biographie de l’auteur
Pasteur de l’Eglise réformée de France à la Mission populaire évangélique de La Maison Verte (Paris 18e), paroisse et maison de quartier, lieu d’expérimentation solidaire et écologique, Stéphane Lavignotte est auteur d’ouvrages sur les styles de vie minoritaires (le dernier paru : La décroissance est- elle souhaitable 1 ; il est à l’origine du réseau "Bible et création" et membre de la coordination du Christianisme social. Il travaille sur les pensées de Jacques Ellul, Paul Ricoeur ...
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Stéphane Lavignotte, Jacques Ellul, l’espérance d’abord (éd. L’Olivetan, 96 p., 14,50 €).
EXCLUSIF : Séralini répond à ses détracteurs
A en croire ses contradicteurs, dont plusieurs sont liés à l’industrie agro-alimentaire, M. Séralini aurait réalisé une étude sans aucune valeur. Il était temps de lui redonner la parole. C’est ce que Reporterre a fait, calmement, pour comprendre les arguments scientifiques et revenir à un débat réfléchi.
Le professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe scientifique ont publié le 19 septembre dans la revue Food and Chemical Toxicogology une étude concluant à la dangerosité d’un régime alimentaire comprenant un maïs transgénique résistant au pesticide Roundup.
Accompagnée d’une vaste opération de communication (film et livre grand-public lancés au même moment), cette publication a suscité un fort émoi public. Très rapidement se sont déclenchés des contrefeux vigoureux : les critiques se sont multipliées, contestant la valeur scientifique de l’étude. Si certaines émanent de chercheurs honnêtes, avec qui Reporterre est en relation, beaucoup sont mises en scène par le lobby agro-industriel, tandis que des censeurs parmi les plus virulents sont nettement liés à l’industrie chimique.
Dans cette polémique, l’enjeu de la véracité des faits étudiés tend à se perdre. C’est pourquoi il a paru nécessaire à Reporterre de redonner la parole à Gilles-Eric Séralini, calmement, pour connaître ses réponses aux arguments, légitimes mais pas définitifs, que lui opposent ses contradicteurs.
Voici ses réponses :
M. Séralini explique d’abord les grandes lignes de l’étude qu’il a dirigée.
Première question : le contrôle de micotoxines dans la nourriture des animaux étudiés n’est pas détaillé dans l’article publié. A-t-il été bien mené ?
M. Séralini répond que l’expérience a suivi toutes les règles relatives aux « bonnes pratiques de laboratoire » suivies par les établissements d’expérimentation. La composition de la nourriture et la présence des mycotoxines et autres éléments étaient précisément contrôlées. Mais il n’était pas possible d’indiquer tous ces détails dans l’article princeps, c’est-à-dire principal.
Celui-ci devrait être suivi, si l’on comprend bien, d’autres articles détaillant les conditions de l’expérience.
Deuxième question : les groupes témoins de rats mâles et femelles étaient trop restreints dans l’étude, ne comportant que dix animaux. Cela n’enlève-t-il pas la valeur des résultats trouvés ?
M. Séralini répond qu’on peut toujours faire mieux. L’idéal aurait été d’avoir soixante-cinq rats par groupe. Mais c’est impossible [en raison du coût que cela représente, comprenons-nous]. Toutes les études se font habituellement avec des groupes de dix rats. M. Séralini souligne qu’il n’a pas mené une étude de cancérogenèse [c’est-à-dire visant à vérifier si le produit étudié provoque des tumeurs cancéreuses], mais une étude de toxicologie [étudiant des effets toxiques, qu’elle qu’en soit la nature], qui est « la première étape » avant une étude de cancérogenèse. Les normes OCDE pour ces études demandent qu’il y ait dix rats par groupe.
Troisième question : sur dix individus par groupe, la valeur statistique des résultats observés sur les groupes est très faible.
M. Séralini répond que l’on peut dire cela de toutes les études. Il affirme que 98 % des études toxicologiques de recherche portent sur trois à quatre rats par groupe. Et que les études réglementaires sur les OGM, qui ne durent que trois mois [alors que son étude a suivi les animaux pendant deux ans], comprennent dix rats par groupe. C’est d’ailleurs, dit-il, un reproche qu’ont émis les agences réglementaires à l’égard d’un test présenté par la société Monsanto ; mais elles n’ont pas exigé le retrait du maïs transgénique concerné.
Quatrième question : la souche de rats utilisée, Sprague-Dawley, présente des spontanément des tumeurs cancéreuses.
M. Séralini répond que cette souche de rats est utilisée dans presque tous les tests, et c’est en particulier la souche qui a servi pour homologuer tous les OGM. L’étude de M. Séralini a duré plus longtemps, et il est exact que des tumeurs se développent en fin d’expérience. Mais ce qui compte, « c’est le différentiel par rapport au [groupe] contrôle ». Et il faut aussi une souche « suffisamment sensible aux tumeurs pour représenter quelque chose de proche de l’humain ». Ici, l’étude a montré les perturbations hormonales [induites par l’alimentation comprenant un OGM et le pesticide Roundup].
Par ailleurs, il y a de nombreuses observations sur chaque rat, donc de nombreuses valeurs qui, par des méthodes statistiques complexes, ont permis de mettre en évidence diverses corrélations. Les observations ont été de plusieurs types : anatomo-pathologiques, biochimiques, micro-biologiques, et comportementales.
Cinquième question : d’autres études ont été menées avec des animaux nourris aux OGM sur de longues durées. L’étude dirigée par le professeur Séralini ne serait donc pas exceptionnelle. L’intervieweur produit trois études.
M. Séralini répond que ces trois études ne sont pas toxicologiques. Il précise que l’étude qu’il a dirigé est la plus longue, « vie entière », sur cet OGM, le maïs NK 603. Il souligne qu’il n’existe pas, par ailleurs, d’étude à longue durée sur l’exposition au pesticide Roundup, qui est le plus répandu dans le monde. Des études existent sur son composant principal, le glyphosate, mais pas sur le Roundup en tant que tel.
Sixième question : si les OGM ont des effets aussi néfastes que semble l’indiquer l’étude de M. Séralini, pourquoi ne les observe-t-on sur les animaux et les populations qui consomment des OGM, notamment aux Etats-Unis, depuis plus de dix ans ?
M. Séralini répond qu’il n’y a pas de traçabilité dans ce pays sur les OGM, et que l’on ne peut donc pas y mener une étude épidémiologique sur les aliments transgéniques. Il se trouve qu’on observe énormément de pathologies hépato-rénales. On ne peut pas les attribuer aux OGM et au Roundup, mais les produits mal évalués pour la santé peuvent en être responsables.
Septième question : que se passe-t-il en Argentine et au Brésil qui cultivent à grande échelle les produits transgéniques.
M. Séralini répond qu’il est dommage que seule une petite équipe comme celle qu’il dirige à Caen étudie les effets du pesticide Roundup. Il y a un vrai doute sur la manière dont on évalue les maladies chroniques. Le système hormonal semble perturbé par ces produits. Il est anormal qu’il n’y ait pas d’études à long terme sur ce type de produits.
Propos recueillis par Eduardo Febbro et Hervé Kempf
Les sans terre indiens ont pris la route
Des dizaines de milliers de paysans se sont retrouvés Gwalior. Ils ont entamé la marche vers New Delhi. Le récit du premier jour.
- Reportage à Gwalior (Madhya Pradesh, Inde)
Réveil ce matin 2 octobre à 5h45 par la télévision du voisin. Le temps d’un petit déjeuner sur le bord de la route (riz parfumé aux oignons et autres épices) et d’un verre de « tchaï » au lait. On voit passer un premier cortège de Sikhs, aux couleurs violettes, slogans et drapeaux levés.
On arrive au grand QG d’Ekta Parishad, Mela Ground, immense esplanade publique où sont installés entre 50 et 65 000 indiens venus de tout le pays. Et il en arrive de plus en plus, défilant en rangées ordonnées avec les drapeaux blanc et vert d’Ekta Parishad. Des hommes et des femmes se préparent de part et d’autre, se lavent, s’organisent, répètent les chants.
On va s’installer sous une immense tente (4 jours de montage). Rajagopal, le leader d’Ekta Parishad, et sa femme Jill, qui est canadienne, nous accueillent chaleureusement. Nous nous installons en retrait (après les négociations difficiles de ces derniers mois entre Ekta Parishad et les autorités, les internationaux ne sont autorisés que comme observateurs) et assistons à l’arrivée sous ce grand préau de tous les groupes les uns derrière les autres et à des démonstrations de musique et de danse. Impressionnant de voir toutes ces femmes et tous ces hommes, tous mandatés par leurs communautés locales pour venir des 4 coins de ce pays grand comme 17 fois la France. Une grande harmonie de couleurs, de visages et de slogans bien répétés.
La police (ou l’armée ?) est présente avec ses grands bâtons, mais relativement discrète. Enfin pour l’instant, car trois ministres sont attendus dans quelques heures pour les réponses du gouvernement aux revendications du mouvement.
Dans le discours de Rajagopal, prononcé en hindi, je relève en anglais : « Nous voulons la sécurité, l’identité et la dignité. »
D’autres discours que nous ne comprenons pas, entrecoupés de chants et de slogans.
Karima Delli, jeune députée européenne d’Europe Écologie, est assise à la tribune. Il fait une chaleur accablante mais les gens sont très attentifs.
Discours du Ministre du développement rural, tout de blanc vêtu. On me traduit qu’il accepte les revendications du mouvement, et il enchaîne sur une conférence de presse toujours devant l’assemblée générale. Mais aucun applaudissement spécifique, ni acclamations, cela se passe dans un calme morne. Que pensent les gens ? Petit moment de flottement...
La conférence de presse est agitée, le ton monte et les gens commencent à se lever, mécontents. Difficile de voir ce qui se passe derrière la nuée des journalistes. Finalement, on nous explique qu’en fait le ministre ne s’est engagé sur rien de concret, qu’il dit qu’il va falloir du temps pour mettre les réformes en route, il ne peut rien signer aujourd’hui... Un temps de concertation des dirigeants d’Ekta Parishad est donc entamé, micro ouvert pour que l’assemblée puisse suivre. Nous quittons le lieu pour déjeuner et apprenons plus tard que, de l’avis général de tous les représentants d’Ekta Parishad, les déclarations du gouvernement n’ont pas convaincu et que la marche est maintenue et commencera demain matin.
Le soir - après une petite échappée au fort de Gwalior et ma première confrontation avec les temples indiens et les statues géantes - les internationaux ont rendez-vous autour de Jill et Rajagopal pour un résumé de la journée et les consignes pour la Marche. On nous explique aussi qu’ils n’ont de la nourriture que pour 10 jours de marche (1€/jour/personne). Les consignes de sécurité sont importantes car les étrangers n’ont pas le droit en Inde de participer à des actions politiques, nous ne devons être que des observateurs et respecter une charte stricte pour ne pas risquer de nous faire expulser et surtout de causer des problèmes à Ekta Parishad. La soirée se termine en débat sur la stratégie à tenir et la tactique du mouvement.
Les paysans indiens ne se laisseront pas marcher sur les pieds et on ne les fera pas marcher... Ils marcheront d’eux-mêmes jusqu’à Delhi pour que leurs demandes soient sérieusement entendues et fassent l’objet d’un vrai engagement.
Silence
Le numéro 405 de Silence est paru. Thème principal : « Avec les sans-terre »
Editorial
Sans terre de tous les pays…
En octobre 2012, 100 000 Indiens pauvres, petits paysans, sans-terre, prennent la route pendant un mois pour une marche non-violente historique. Ils revendiquent le respect de leurs droits.
Le mouvement des sans terres au Brésil, épaulé par le réseau Via Campesina, a contribué à faire connaître mondialement la problématique des paysans délogés de leurs terres par les grands propriétaires terriens et la nécessité de la réforme agraire dans de nombreux pays où des injustices foncières persistent depuis des siècles.
Pour autant, les sans terres n’existent pas qu’en Amérique Latine et en Inde. Dans ce dossier nous avons voulu mettre en avant également la situation problématique de l’accès à la terre en Europe et en France. Des villageois ont réalisé en Andalousie début 2012 la première occupation de terres en Espagne depuis presque trente ans. Le réseau Reclaim the fields (Revendiquons la terre) regroupe des jeunes européen-ne-s paysan-ne-s, sans terre, installé-e-s ou en devenir, mobilisé-e-s pour l’accès à la terre. Silence est allé à la rencontre de jeunes en quête de terres pour en savoir plus sur leurs difficultés.
Les accaparements de terres par des Etats riches et des multinationales en Afrique, Asie, Amérique Latine (pour des usages pas forcément alimentaires : agrocarburants, mines,…) intensifient la pression sur les terres disponibles pour se nourrir.
Aujourd’hui en Europe, la question de la production de nourriture en quantité suffisante ne se pose guère, mais demain si la concentration se poursuit et le nombre de paysans diminue, la situation pourrait devenir de plus en plus fragile…(1) Ici aussi, l’accès à la terre est une nécessité sociale, culturelle et écologique, pour permettre au monde paysan et à la société entière de vivre mieux.
Guillaume Gamblin
(1) L’agriculture emploie encore 45% de la population active mondiale, mais seulement 3 à 4% en France.
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Articles du dossier :
Une marche non-violente pour la terre et la dignité (de Altaï de Saint Albin)
En Andalousie : la terre contre la crise (de Jean Duflot)
L’accaparement des terres agricoles dans le monde (de Mathieu Perdriault)
Réforme agraire et dignité : la lutte des sans-terre au Brésil (entretien avec Alexis Martig)
Les sans-terre en Europe : une affaire de jeunes ! (entretien avec Geneviève Savigny)
Accéder à la terre : un parcours du combattant ? (de Guillaume Gamblin)
Reclaim the Fields (Des membres de RtF)
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Autres articles :
30 ans de Silence
Attention travailleurs sociaux en colère ! (de Valérie Lequette)
OMS : Mensonges nucléaires (Entretien avec les organisateurs de la vigie)
Rencontre contre les grands projets inutiles (de Bertille Darragon)
L’humanitaire, un argument pour les politiques de domination (Entretien avec Jean Bricmont)
Le climat n’est pas une priorité du gouvernement
Le budget pour la qualité de l’air et la lutte contre le changement climatique ? 35 millions d’euros
Après la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, les « climateux » nourrissaient quelque espoir de voir les affaires climatiques reprises en main par le gouvernement. Ils en sont pour leurs frais.
Le 19 septembre, le conseil des ministres a adopté un projet de loi réformant le marché français des quotas de gaz à effet de serre (GES). Celui-ci prévoit, certes, d’accroître le champ d’application de l’ETS [marché européen des émissions de gaz carbonique] et de soumettre à quotas de nouveaux GES, comme le NO2 (dioxyde d’azote) ou les PFC (perfluorocarbones).
Fort bien. Il ouvre aussi la voie à la mise aux enchères desdits quotas. Mais les exemptions sont tellement nombreuses que seul le secteur de l’énergie, en gros, devrait pleinement acheter ses permis. Ceci réduira d’autant le produit des enchères, lequel doit, en partie, financer le programme de rénovation des passoires thermiques, annoncé par François Hollande le 14 septembre. Un programme qui, pour le moment, est loin d’avoir bouclé son financement.
Mais le coup de grâce a été donné par les rédacteurs du projet de loi de finances 2013 (PLF). Présenté le 28 septembre, il sabre férocement les crédits du ministère de l’écologie. Le budget de l’hôtel de Roquelaure devra baisser de plus de 15 % entre 2011 et 2015. Les services de Delphine Batho devront s’alléger de plus de 900 personnes. Mais quoi de plus normal ?
Car, voyez-vous, de l’avis de Bercy, le ministère de l’écologie n’est pas un ministère prioritaire. « En 2013, les effectifs des ministères qui ne concourent pas aux missions prioritaires seront réduits de 12 298 postes », indique, noir sur blanc, le projet de PLF.
En s’il en fallait un peu plus pour se convaincre de l’inaction climatique annoncée, voici une petite devinette pour finir : « Quel est le montant du budget que le ministère ’non prioritaire’ pourra consacrer à l’amélioration de la qualité de l’air et à la lutte contre le changement climatique ? » Vous séchez ? Voilà la réponse : 35 millions d’euros. À peine de quoi installer une demi douzaine d’éolienne en mer.
Il se pourrait que les négociateurs, au sommet climatique de Doha, en novembre, trouvent ça drôle.
L’Etat nucléaire invente le délit de parole
En novembre 2011, une forte mobilisation a permis de retarder un transport de déchets nucléaires et attiré l’attention sur la question nucléaire. Mais l’appareil judiciaire poursuit les porte-parole des collectifs informels et non hiérarchiques qui se sont mobilisés. C’est, au fond, la liberté de parole qui est attaquée
En novembre 2011, un appel lancé par le collectif Valognes-Stop-Castor invitait à venir s’opposer au régime ordinaire de l’industrie nucléaire. Ce texte annonçait un campement pour perturber le passage d’un train CASTOR (transport de déchets nucléaires hautement radioactifs) en provenance de l’usine de la Hague et à destination du site de stockage de déchets de Gorleben, en Allemagne, où l’attendaient des dizaines de milliers de contestataires, comme chaque année à la même période depuis une vingtaine d’années.
Au même titre que les trois personnes qui seront jugées à Cherbourg le 9 octobre 2012, nous sommes plusieurs centaines à avoir répondu à cette proposition et à nous être rendus dans le Cotentin, cette presqu’île du nucléaire, pour vivre une opposition concrète au nucléaire. La lutte antinucléaire semblait en effet à beaucoup coincée dans une impasse. A coups de slogans simplificateurs, de manifestations ritualisées jusqu’à l’ennui, de contre-expertises sans conséquences et d’alternatives dérisoires, elle s’est vue réduite au fil des ans à un simple marketing. Le désastre de Fukushima nous a brusquement rappelé que le nucléaire est d’abord terrible en ce qu’il nous dépossède durablement de nos conditions d’existence et étouffe toute aspiration à la liberté. Quelle vie reste-il à mener un dosimètre autour du cou ?
En visibilisant la banalité des transports de matières radioactives, l’action de Valognes a voulu rappeler qu’en France nous vivons tous à bout portant du nucléaire, notamment dans le Cotentin (1). Et qu’il est encore possible de renouer avec des actions directes collectives et publiques comme le mouvement antinucléaire en menait lors des luttes contre l’installation des centrales (Plogoff, Chooz, Golfech, SuperPhénix, Flamanville, Le Carnet pour n’en citer que quelques-unes).
Le campement de Valognes s’est donc accompagné d’un effort d’explicitation afin de désamorcer une figure médiatique et policière -le casseur masqué- et afin de rendre le plus largement public ce type d’action. Mais pris au jeu d’un coup d’éclat spectaculaire, on est passé de la réunion publique au communiqué de presse, de la presse locale aux caméras du « 20heures » et, en chemin, de l’explicitation à la publicité. Ce glissement a amené à désigner des porte-parole. Trois personnes durent endosser ce rôle inconfortable au cœur d’un dispositif simpliste et abêtissant où l’efficacité de l’action politique et l’existence d’un mouvement se mesurent à l’aune de la couverture médiatique.
Cette exposition médiatique a offert les images dont la justice s’empare à présent pour fabriquer des chefs. Le raisonnement du parquet est le suivant : le rôle qu’ont joué les inculpés dans les médias prouverait leur implication dans le collectif Valognes-Stop-Castor et les rendrait responsables de l’organisation du campement, de la coordination des actions sur le terrain et, par là-même, des dégradations. La justice achève ici de faire disparaître le caractère collectif d’actes dont le code pénal fait des délits. Pour instruire cette affaire et fabriquer ces trois coupables, elle atomise et attribue des responsabilités individuelles comme elle le fait jour après jour dans tous les tribunaux de France. Il s’agit moins de criminaliser une parole publique que de protéger la propriété privée et les intérêts de l’Etat. Rien de nouveau sous le soleil vert d’une société entre autre nucléarisée. Dans cette histoire, c’est la SNCF qui veut se voir rembourser 163 000 euros de dégâts sur une ligne. Et c’est l’Etat français – producteur et exportateur d’énergie nucléaire à l’échelle mondiale – qui voudrait retrouver le calme et la soumission qui accompagnent d’ordinaire son florissant commerce.
Tentant de fissurer cette chape de plomb, Valognes se voulait un début. Quelques mois plus tard, un rassemblement s’organise au Chefresnes, dans la Manche. Il invite les opposants au nucléaire à rejoindre la résistance à la construction de la ligne électrique à très haute tension Cotentin-Maine. Cette fois l’action est brutalement réprimée, faisant des blessés graves et une arrestation entraînant une condamnation à trois mois ferme.
Dans le même temps, les membres de l’assemblée du Chefresnes sont inculpés les uns après les autres ; inculpations répondant manifestement aux multiples perturbations qu’ont connu les chantiers durant des mois et tout particulièrement depuis Valognes… Ces tentatives d’organisation collective n’ont pas ralenti le rouleau-compresseur de l’industrie nucléaire et le nouveau gouvernement français n’a d’ailleurs rien perdu de son arrogance (2).
Elles ont néanmoins jeté quelques bases pour recomposer une opposition antinucléaire en France. D’une part, l’expression d’un mouvement excluant toute illusion citoyenne et refusant toute reconnaissance à l’Etat pour négocier une quelconque sortie du nucléaire. D’autre part, le souci d’horizontalité et l’absence de hiérarchie dans la prise de décisions qui ont offert la possibilité d’une action directe collective.
Le petit théâtre judiciaire et son rythme usant ne nous feront pas oublier les raisons du rassemblement de Valognes, dans cette région rongée par les cancers et le silence où plus qu’ailleurs encore, le nucléaire, on en vit et on en crève.
Solidarité avec les inculpés de la presqu’île du nucléaire et rendez-vous au tribunal de Cherbourg avec les inculpés de Valognes, pour que ce procès ne reste pas enfermé dans le huis clos judiciaire.
Collectif de soutien aux inculpés de la presqu’île du nucléaire lajusticeatomise (arobase) yahoo.fr
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Notes :
(1) Le Cotentin est une des régions les plus nucléarisées du monde : à La Hague, une usine de retraitement des catastrophes quotidiennes qui stocke le combustible d’une soixantaine de réacteurs ; à Flamanville, un EPR, étendard mondial et déjà mité des centrales nucléaires françaises ; à Cherbourg, un arsenal militaire consacré à la terreur atomique mondiale ; à Digulleville, un centre de stockage de déchets radioactifs qui contaminent la nappe phréatique ; partout autour, ces territoires quadrillés, assujettis et balafrés par ces lignes « très haute tension » (THT) destinées à alimenter le marché concurrentiel et international de l’énergie.
(2) En quelques mois, il aura nommé comme porte-parole du gouvernement Cazeneuve - député Cogema dans la Manche depuis des lustres -, relancé la recherche sur le surgénérateur Astrid de quatrième génération, acté le maintien du parc nucléaire actuel, annoncé l’ouverture de la plus grande mine d’uranium du monde à Imuraren au Niger, validé le développement de l’EPR en France et à l’international, poursuivi la construction de la ligne THT Cotentin-Maine etc.
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Les trois inculpés sont convoqués le 9 octobre 2012 à 10 heures au tribunal de Cherbourg pour les chefs d’inculpations suivants :
- Complicité de destruction de biens d’autrui par l’effet d’un moyen dangereux pour les personnes. - Incitations directes ayant provoqué un attroupement de plusieurs centaines de personnes dont certaines étaient armées. - Organisation d’une manifestation sur la voie publique ayant été interdite.
Coordonnées pour envoyer les soutiens financiers :
Chèque à l’ordre de APSAJ – 6 cours des Alliés – 35000 Rennes ou IBAN : FR76 4255 9000 5541 0200 1473 207 Code BIC : CCOPFRPPXXX
Contacts : legalteamvalognes (arobase) riseup.net
Ecolo, Hugo Chavez ?
Hugo Chavez, le président du Venezuela candidat à sa réélection le 7 octobre, suscite une haine à peine dissimulée dans les médias en Espagne, aux Etats-Unis et en France. Si l’on en était resté à leur lecture depuis quelques années, rien ne se ferait de bien dans ce pays, qui serait devenu une sorte de tyrannie.
Tellement de haine, donc, contre M. Chavez qu’on en oublie une analyse réfléchie et des critiques légitimes. Portant sur la question écologique, par exemple, dont bien sûr les médias se contrefichent. Et pourtant ! Le président sortant reste-t-il fidèle à son discours écologiste de décembre 2009 à Copenhague, inspiré par divers auteurs parmi lesquels Jésus-Christ, Karl Marx et Rousseau ?
Rien n’est moins sûr. Ses partisans soulignent à juste titre le chapitre de la Constitution de 1999 consacré à l’environnement, le refus des cultures transgéniques et des agrocarburants en 2007, l’abandon des projets nucléaires en 2011 après Fukushima. On relève aussi une interdiction exemplaire de la pêche industrielle en 2009, qui a relancé la pêche artisanale et rétabli les stocks de poissons. On salue des programmes d’échanges de semences paysannes et une politique agricole qui cherche à développer l’agro-écologie, l’agriculture urbaine et les coopératives agricoles. On rappelle que le Venezuela est un des pays abritant la biodiversité la plus riche et que la forêt amazonienne y reste moins attaquée que sur ses autres frontières.
Mais l’écologie du Venezuela a un versant noir, le pétrole, dont il est un des premiers producteurs mondiaux. La gestion n’en est guère exemplaire, et une grave marée noire s’est produite en février le long de la rivière Guarapiche, aux dégâts encore inconnus, mais semble-t-il très importants. Un autre épanchement a eu lieu en août dans une raffinerie à Curaçao, démontrant de nouveau l’impéritie de la compagnie nationale. Surtout, si le discours climatique du Venezuela est très radical, sa pratique reste celle d’un pays pétrolier, décidé à utiliser ses réserves jusqu’à la dernière goutte.
Le Venezuela abrite aussi d’immenses réserves d’huile lourde, dont l’exploitation est presque aussi polluante que celle des sables bitumineux du Canada, et qui représente un potentiel immense de gaz à effet de serre. M. Chavez n’a pas dit qu’il ne les exploiterait pas. On peut le comprendre, mais cette contradiction empêche certes de le considérer comme écologiste.
La Vanoise est menacée
Les communes entourant le Parc de la Vanoise s’opposent à la nouvelle charte du Parc. Elles rêvent de relancer l’immobilier et les téléphériques. Une pétition est lancée pour renverser la vapeur.
La Vanoise, sa centaine de sommets de plus de 3 000 mètres, ses glaciers bleus sublimes (même s’ils régressent), sa flore de l’extrême, sa faune étonnante (bouquetins et chamois, lagopèdes et gypaètes, aigles et papillons apollons)… La Vanoise des merveilles ! La montagne de mes ancêtres, de mes balades et de mes rêves d’enfant ! Le « jardin vertical » (disait Samivel) des amoureux de la nature…
La Vanoise est à nouveau menacée…
Une loi nous demande de rédiger une Charte qui fixe les objectifs et les règles de l’aire protégée, composée désormais d’un « cœur de parc » (l’ancienne « zone centrale ») et d’une « zone optimale d’adhésion » (l’ex-« zone périphérique »). À cette Charte, nous devons joindre une carte des vocations des territoires dans la zone d’adhésion. Nous avons travaillé deux ans à la réalisation de ce document. Nous sommes parvenus à un compromis entre les divers groupes ou personnalités concernés.
Chacun des organismes concernés doit d’abord donner son « avis ». Nombre de structures (la Région, etc.) ont répondu : « favorable ». Le Conseil général de la Savoie, présidé par Hervé Gaymard, a pondu un texte particulièrement ambigu et inquiétant.
Tout dérape avec les conseils municipaux.
Ces « responsables » si peu responsables rêvent de « développement économique », mais confondent « bétonnage » et « progrès », « projets immobiliers » et « tourisme durable ». Ils représentent les habitants de la montagne, mais ils n’aiment pas la montagne. Certains d’entre eux (les maires de Val d’Isère et de Bonneval-sur-Arc, par exemple) réclament encore et toujours qu’on ampute une partie du cœur du parc pour y construire des remontées mécaniques.
Amis (vrais amis !) du parc de la Vanoise, anciens ou nouveaux écolos, randonneurs, alpinistes, naturalistes, paysans, défenseurs du patrimoine, bergers des alpages, amoureux de la splendeur des hautes terres et de l’intégrité d’un territoire béni par la géologie et l’évolution, nous devons une fois encore nous mobiliser ! Le parc de la Vanoise a besoin de nos énergies. L’enquête d’utilité publique sera bientôt ouverte. Chacun devra prendre ses responsabilités.
Nous sommes nombreux à penser que la Vanoise appartient à ceux qui y vivent, comme moi-même ; mais pas uniquement ! Elle fait partie du patrimoine commun des Alpins, des Français, des Européens, des citoyens du monde, notamment de ceux qui sont encore à naître.
Nous exigeons que la Vanoise reste à jamais un symbole de la grandeur de l’Alpe, de la générosité de la vie, de la variété des espèces, de la musique du vent, de la poésie des cimes.
L’or noir du Nigeria
Le delta du Niger est un cas extrême et paradigmatique pour comprendre l’ampleur du désastre auquel les pays africains font face : la dévastation humaine et écologique qu’engendre l’extraction sans limites depuis des décennies de leurs ressources naturelles – du pétrole et du gaz en l’occurrence – pour le plus grand bonheur des multinationales et des pays occidentaux.
Comme a dit le grand écrivain nigérian Wole Soyinka : « Le monde devrait comprendre que le combustible qui fait fonctionner ses industries est le sang de notre peuple. » Chaque année depuis cinquante ans, quarante mille tonnes de brut se répandent dans le delta du Niger, l’équivalent de la marée noire causée par le pétrolier Exxon Valdez. Le torchage des gaz, officiellement interdit, engendre des pluies acides et représente une part importante du total mondial des émissions de CO2. Les terres et les cours d’eau sont empoisonnés, la faune et la flore sont dévastées.
Véritable eldorado pour les compagnies pétrolières qui agissent en dehors de tout respect des droits humains élémentaires, ce territoire fournit 10 % du pétrole consommé en France.
Face à la résistance des peuples d’agriculteurs et de pêcheurs du delta – pacifique pour les Ogonis ayant chassé Shell de leurs terres en 1993 ou armée pour d’autres à partir des années 2000 –, la répression sanglante est menée conjointement par les compagnies pétrolières et l’armée nigériane.
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Sommaire
1/ Le portrait de Dorian Gray 2/ La destruction de l’environnement 3/ Le Delta, territoire de luttes 4/ 2006-2009 : de la guerre à l’amnistie 5/ La tragédie de Rumuekpe 6/ La violence légale 7/ La corruption comme norme 8/ Ogoni 9/ Dernières nouvelles
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Xavier Montanya, L’or noir du Nigeria - Pillages, ravages écologique et résistances, 13 €, 224 p., éd. Agone.
La Terre chante
Les ondes électromagnétiques produites par la planète Terre peuvent être transcrites en sons
La NASA « écoute » et enregistre dans l’espace, depuis le mois d’août, les ondes électromagnétiques qui se propagent depuis la Terre dans le vide alentour. Ces ondes sont captées par l’instrument poétiquement baptisé Emfisis, embarqué sur deux satellites, RBSP-A et B, dont la principale mission est d’observer les orages géomagnétiques.
Cet enregistrement est la trace d’un « effet chorus » : le produit des ondes électromagnétiques émises dans le champ magnétique terrestre, lorsque des particules chargées provenant du Soleil viennent le frapper.
Cet effet a été régulièrement enregistré depuis la Terre par des radioamateurs (et certains professionnels, comme ce producteur de la radio publique américaine NPR). Mais depuis ses deux satellites, la NASA obtient un son d’une pureté rare.
Le Figaro explique que le champ magnétique de la Terre provoque la formation des deux ceintures de Van Allen, où l’on trouve de grandes densités de particules chargées. « Dans la ceinture extérieure, on trouve notamment des électrons de haute énergie, très nocifs pour l’homme et les satellites, dont les scientifiques pensent justement qu’ils ont acquis leur énergie en captant les ’ondes de chorus’ ». C’est cette hypothèse que la NASA cherche à confirmer.
L’austérité est-elle écologique ? Oui et non
D’un côté, l’austérité bloque les investissements utiles écologiquement et collectivement. De l’autre, elle peut stopper les gaspillages, comme les aéroports inutiles. En tous les cas, une nouvelle politique économique est nécessaire.
Le vote relatif à l’adoption du TSCG [1] divise les écologistes et Europe Ecologie Les Verts. Si bien des questions se posent, je me limiterai à une seule. L’austérité, que fabriquent la politique européenne actuelle, et ce traité en particulier, c’est apparemment bon pour la planète. Les émissions de gaz à effet de serre et plus généralement la pression anthropique sur la biosphère sont en gros proportionnelles au PIB. Ces émissions ont baissé pendant la crise financière de 2009, comme elles avaient baissé pendant la crise de 1929 et pendant la Deuxième guerre mondiale.
Investir pour devenir sobres
On pourrait se dire, en dehors de toute considération sociale, que c’est pendant les crises économiques que la sobriété se réapprend, par nécessité. Heureusement ce raisonnement est vraiment faux. Notre production et notre consommation ne deviendront vraiment sobres en ressources et faiblement émissives en carbone que si nous investissons massivement pour remplacer ou modifier nos infrastructures (urbanisme, logement, voiture, industrie). Des efforts à notre portée (et encore pas toujours) pourraient peut-être nous permettre de réduire de 5 à 10 % nos émissions de GES qu’il faut diviser par 4 d’ici 40 ans.
Comment faire ? En isolant nos logements, en changeant nos voitures, en les utilisant différemment (il faut les remplir… elles roulent moins de 5% du temps et avec 1,2 personnes à bord en moyenne), en faisant muter notre agriculture, en améliorant l’efficacité de notre industrie. Et bien sûr en investissant dans des énergies décarbonées (petit rappel : au niveau mondial, 80 % de l’énergie consommée est à base d’énergies fossiles). Tout ceci va demander beaucoup d’investissements, dont on a vu qu’ils n’étaient pas toujours d’une rentabilité financière à court terme exceptionnelle. C’est sur ce terrain que va se jouer la compétition économique internationale, car tous les pays du monde sont confrontés au même problème, à l’exception (pour quelques années encore, malheureusement) des Etats-Unis qui, grâce à l’exploitation des gaz non conventionnels, peuvent encore continuer à croire que le monde est infini.
Dans ce contexte, l’austérité aggrave la situation. Les ménages hésitent encore plus à faire des travaux (gardons nos économies pour les coups durs), les entreprises se concentrent sur le court terme et n’investissent que sur leur métier et que si le retour est très court, l’Etat réduit les dépenses y compris celles qui permettraient de réduire notre empreinte carbone. L’économie finit par s’installer dans la « trappe à liquidités ». Les acteurs économiques se mettent tous à attendre en anticipant des baisses de prix (la Catalogne va semble-t-il connaître les délices de la déflation). Pourquoi investir et acheter maintenant si les prix baissent : attendre est plus logique.
Les restrictions budgétaires sont faites sans discernement
L’austérité aurait pourtant bien un avantage : elle pourrait conduire à supprimer les investissements et les dépenses nuisibles à l’environnement. C’est ainsi qu’on pourrait arrêter sur l’autel de la rigueur l’aéroport Notre Dame des Landes (dont il est vraiment difficile de comprendre à quoi il peut servir), réduire les investissements pharaoniques prévus dans le Schéma National d’Infrastructures Terrestres, limiter la construction de nouveaux équipements de production d’énergie (moins nécessaires du fait d’une limitation de la consommation). Du côté des dépenses l’austérité pourrait nous conduire à couper les subventions aux activités dommageables au climat ou à la biodiversité [2].
Ce serait en effet souhaitable : l’austérité serait ainsi mère du discernement.
Malheureusement ce n’est pas ce qui se passe comme le montre le Projet de Loi de Finances. Pour toute une série de raisons, les coupes budgétaires ont tendance à être homothétiques ou à obéir à des arbitrages dont la Planète ne sort pas gagnante.
Financer l’avenir sans creuser la dette
Comment sortir de l’impasse des politiques actuelles qui sont douloureuses socialement, absurdes économiquement, car elles aggravent la crise qu’elles sont supposées résoudre, dangereuses au plan politique en donnant des voies au Front National et suicidaires au plan écologique et industriel comme on vient de le voir ?
En lançant un plan d’investissements de la transition énergétique et écologique. Certes, il est générateur d’émissions de gaz à effet de serre et de consommations de ressources (énergie, acier, etc.). Mais s’il est bien conçu il permet de réduire à terme cette pression anthropique. D’autre part, il peut évidemment être accompagné d’une baisse de la consommation : épargner plus pour investir conduit à consommer moins. Il s’agit là d’un raisonnement en moyenne : il est souhaitable au plan éthique que les personnes vraiment en situation de précarité, de détresse voire d’exclusions soient aidées (pour consommer mieux et pour vivre mieux).
Afin d’éviter des confusions dans la gestion de ce programme, il serait nécessaire d’en sortir la part publique du calcul du solde public courant (recettes courantes-dépenses publiques courantes). En effet, si l’on peut débattre à l’infini du taux de 3% de déficit public maximal dont on connaît le caractère arbitraire, il est nécessaire de s’assurer que l’impôt permet de couvrir les dépenses. C’est une nécessité démocratique et la seule manière d’éviter les largesses électorales sans fondement (ni économique ni social ni écologique).
Pour ce qui concerne le financement de ce plan, les propositions ne manquent pas.
Richard Wood économiste australien recommande, comme nous, le financement par création monétaire [3]. La BPI pourrait [4] devenir la Banque de la Transition Ecologique comme l’a affirmé le Président de la République lors de la Conférence Environnementale. La BCE pourrait faire un programme de type LTRO sur 10 ans pour financer des projets réels (via la BEI et les Caisses nationales) comme le propose Franco Bassanni le patron de la Cassa (CDC Italienne). La CDC étudie la création d’un fonds d’efficacité énergétique de plusieurs milliards d’euros.
Finalement ce qui manque uniquement aujourd’hui, c’est la volonté politique. Je pense que la mobilisation des citoyens qui va croître avec le chômage, l’exclusion et les difficultés de tous ordres pourrait bien être déterminante pour que l’on bascule d’une austérité insensée à la construction de l’avenir !
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Notes :
[1] Voir par exemple Pacte budgétaire
[2] Voir le rapport Sainteny sur le sujet.
[3] Merci à Guillaume Duval de nous avoir signalé ce travail.
[4] Ce n’est pas gagné : le Trésor ne comprend pas les enjeux énergétiques et écologiques et semble se refuser à faire de la BPI une vraie banque, au pouvoir de création monétaire et susceptible de se refinancer auprès de la Banque Centrale. On aimerait que le président de la République se fasse respecter.
France 2 sabote son reportage sur le gaz de schiste
Une association se plie en quatre pour aider le reportage d’une équipe de télévision, en lui organisant voyage et interviews. Mais à l’arrivée, rien du message de l’association, qui se voit même totalement gommée, avec ses experts, du paysage.
No Fracking France a organisé fin août un voyage d’études sur le gaz de schiste au Québec. Elle a proposé à des journalistes de l’accompagner.
L’émission Complément d’Enquête du jeudi 20 septembre a en effet diffusé un reportage au rabais, scandaleusement axé sur la personnalité d’un élu de Lot et Garonne, Monsieur Raymond Girardi. Ce qui contrarie à plusieurs titres l’utilité d’avoir autorisé cette équipe de journalistes à être en immersion avec notre délégation sur notre première partie de voyage, au Québec : France 2 a accompagné la délégation française sur sa première étape au Québec mais ne s’est pas déplacée jusqu’en Pennsylvanie.
Le reportage de France 2 porte préjudice à l’ensemble de la délégation française, 20 personnes, parties en mission d’information des risques et des enjeux sanitaires et environnementaux liés aux exploitations de gaz de schiste outre atlantique. Le préjudice occasionné par ce piètre reportage est tout d’abord porté sur la délégation de 7 élus du Conseil Général du Lot-et-Garonne (47), alors en mission d’information, donc en neutralité, aucun d’eux ne devaient se positionner ou se démarquer. Nous avions reçu des consignes avant de partir.
Notre association a respecté cette volonté de neutralité des conseillers généraux et a plusieurs fois rappelé que les élus qui nous accompagnaient et s’étaient inscrits en toute indépendance au voyage souhaitaient adopter la discrétion au regard de leur mission, pour conserver de la crédibilité. Il n’était pas envisageable de n’en filmer qu’un et encore moins de témoigner aux téléspectateurs français, de la vision d’un maire qui serait parti « seul » s’informer aux États-Unis des dangers de l’exploitation du gaz de schiste.
France 2 nous a livré une belle mascarade de reportage. En sachant d’autant plus que c’est à son retour que Monsieur Girardi a été filmé chez lui sur son exploitation agricole, et non avant de partir, comme cela est montré dans le documentaire. La journaliste de France 2, fin août, a contacté No Fracking France. Au départ pour recueillir des informations et des contacts sur le sujet du gaz de schiste.
Concernant la présence de France 2 au Québec avec notre délégation, No Fracking France a accepté de collaborer avec la journaliste de France 2, et d’emmener cette équipe de tournage sous la condition qu’elle restitue une réalité de terrain et rapporte dans son reportage le vécu des populations rencontrées, dont les témoignages précieux d’habitants lésés par l’industrie du gaz de schiste au Québec, dont les conférences scientifiques de qualité qui constituaient la thématique de ce déplacement outre atlantique.
L’équipe journalistique de France 2, omniprésente sur les différentes rencontres et sur les différents sites visités, n’a rien retransmis de ce qu’elle a pourtant filmé en intégralité.
La journaliste de France 2 n’a pas respecté ses engagements de départ. Nous ressentons une grande injustice au regard de la pertinence d’informations qu’auraient pu recevoir les téléspectateurs français sur ce sujet tant controversé de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, et sur la problématique de la fracturation.
André Picot, chimiste, directeur de recherche au CNRS, président de l’ATC, (auteur du Rapport toxicologie-chimie lié aux exploitations d’hydrocarbures de roche mère), Séverin Pistre, hydrogéologue, co-auteur d’un rapport de l’Université Hydrosciences sur les risques géologiques liés aux exploitations de gaz de schiste, Alain Ducroux, médecin, chirurgien hospitalier, se sont exprimés face à la caméra de France 2 avec des arguments scientifiques implacables et fondés qui confondent les lacunes de cette industrie du gaz de schiste.
Nous sommes atterrés que cela n’ait pas été diffusé !
No Fracking France a laissé France 2 aux avant-postes des interviews, aux avant-postes des rencontres, aux avant-postes des sites visités, se privant parfois du bénéfice des échanges pour laisser place à la caméra et à la prise de son.
Le fait d’avoir « perturbé » le bon déroulé de la mission de cette délégation française, de citoyens, d’élus et de scientifiques, en se positionnant sur le devant de chacune de nos prises d’informations et pour finir par ne rien retransmettre aux téléspectateurs français suscite chez nous la plus grande incompréhensio. N’avoir pas cité dans le reportage les scientifiques présents, les élus présents, les citoyens présents et l’association No Fracking France organisatrice de ce déplacement relève d’une regrettable malhonnêteté intellectuelle.
Il ne fait aucun doute pour les participants que l’intention est volontaire de la part de la rédaction de France 2 de ne pas avoir expliqué la démarche d’objectivité de cette délégation française en mission scientifique indépendante et de ne pas avoir cité le nom de l’association initiatrice. Ce ne peut être un oubli !
Croissance : émissions de CO2 et PIB font la paire
La récession n’a décidément aucun avantage, même pas celui de réduire les émissions de CO2. Une étude parue lundi 8 octobre dans la revue Nature Climate Change révèle que les émissions de gaz à effet de serre augmentent quand les économies se développent mais ne baissent pas aussi vite en temps de récession.
« Le déclin économique (...) ne s’accompagne pas d’une baisse des émissions (de gaz à effet de serre) aussi importante que la hausse des émissions à laquelle aboutit la croissance économique », a déclaré à Reuters Richard York, professseur à l’université de l’Oregon, aux Etats-Unis. Les émissions de CO2 augmentent ainsi en moyenne de 0,73% à chaque hausse de 1% du produit intérieur brut (PIB) par habitant, écrit Richard York dans la revue, mais ces émissions ne baissent que de 0,43% à chaque recul de 1% du PIB par habitant, ajoute-il, en se basant sur des données de la Banque mondiale portant sur 150 pays entre 1960 et 2008.
« Les usines ne ferment pas immédiatement, les gens n’arrêtent pas de conduire »
Cela s’expliquerait, selon lui, par le fait que les nouvelles infrastructures mises en place en période de croissance, comme les nouvelles habitations, routes ou usines, sont toujours utilisées en temps de récession. « Quand les économies déclinent, les usines ne ferment pas immédiatement, les gens n’arrêtent pas de conduire (bien qu’ils puissent différer l’achat d’une nouvelle voiture) », explique Richard York. Et les nouvelles constructions conservent les mêmes besoins en chauffage ou air conditionné.
Richard York estime que les économistes pourraient devoir repenser leur méthode de calcul des émissions de CO2. La plupart des études partent du principe que le PIB et les émissions évoluent en parallèle, que ce soit à la hausse ou à la baisse. Ces conclusions « ne suggèrent pas forcément que les émissions seront plus ou moins importantes que prévu par les projections actuelles, mais elles suggèrent que cela dépendra plus sensiblement de la façon dont les économies croissent (ou faiblissent) ».
« Cela n’est pas seulement lié à la valeur du PIB mais également à la façon dont il atteint cette valeur, qui peut correspondre à une croissance lente mais régulière ou à une succession de périodes de forte croissance et de récession », a-t-il dit.
Quatre saisons du jardin bio
Le n°196 de Quatre saisons du jardin bio est paru.
Dossier :
Autonomie au potager
Vers l’autonomie potagère
Quand jardinier conserve...
Trop de récoltes ?
Et :
Un potager en carré dans la pente
Prairies fleuries, du rêve à la réalité
Coings dans tous les coins
Il était une fois, le sol (1/3)
Pollinisateurs et leurs sosies
Jardiner avec un âne
Un sol en terre crue
L’an 1 des restaurants bio
Agroforesterie : l’arbre reprend racine au champ
Greenpride 2012 : ils font de l’écologie une fête
Electro-pop et perturbateurs endocriniens, un mélange détonnant et joyeux, pour la Greenpride qui s’est déroulée dans la bonne humeur les 6 et 7 octobre.
- Reportage à Paris
« Greenpride, Santé-vous bien ». Tel était le slogan de la greenpride, cette manifestation annuelle qui s’est tenue ces 6 et 7 octobre à Paris et dont l’objectif est de sensibiliser la population aux multiples impacts de l’environnement sur la santé humaine.
A l’initiative de cet événement, un collectif – l’Appel de la Jeunesse – deux jeunes femmes motivées – Elise Vertier et Malissa Phitthayaphone – et une idée forte : il faut être récréatif et amusant pour traiter de sujets graves. C’est la genèse de la greenpride : « En discutant dans la rue ou avec des proches, on s’est rendu compte que les gens ne voulaient pas entendre parler des questions de santé-environnement car c’est trop anxiogène. On devait donc trouver un autre moyen de les toucher, et la fête nous en a semblé un bon », explique Malissa, co-organisatrice des deux premières éditions. C’est ainsi que la greenpride met en place concerts, brunchs et parades déguisés afin d’alerter le plus grand nombre sur les dangers sanitaires de la pollution ou de la dégradation de l’environnement.
Exercice de communication ambitieux, la greenpride se lance le samedi soir, au Divan du Monde, avec un concert de 4 heures. Premier défi : pour chanter la santé et l’environnement, pas de Doc Gyneco ou de Maxime le Forestier. Au programme, la nouvelle vague branchée aux sonorités électro-pop, avec Ornette, What About Penguins et Please Call Me Madame. Une affiche résolument tournée vers la jeunesse parisienne, qui participe d’une stratégie assumée : « On voulait réunir des artistes de la scène parisienne, pas particulièrement engagés mais connus pour faire bouger leur public », explique Malissa. Les organisateurs profitent de l’audience et agissent alors dans les interstices : clips d’animation humoristiques pendant les intermèdes musicaux, exposition et panneaux explicatifs à l’entrée de la salle de concert. Au final, 500 spectateurs, une salle surchauffée et une entrée en matière convaincante pour la greenpride.
Les manifestations du lendemain prennent une tournure plus classique et permettent de mettre en avant la thématique de la greenpride 2012 : les perturbateurs endocriniens. Pour Malissa, « les perturbateurs endocriniens arrivent sur le haut de l’agenda. La Mairie de Paris en a fait une priorité, les gens commencent vraiment à en entendre parler. C’était le moment idéal pour en faire le motif principal de la mobilisation ». La journée du dimanche débute donc par un Brunch, au Comptoir Général. Autour d’un menu bio, certifié sans Bisphénol A ni pesticides, de jeunes couples échangent avec des associations étudiantes grâce à des ateliers découvertes ou des dégustations de produit. Et malgré un prix excessif – 18 euros quand même – et une bonne heure dans la file d’attente pour être servi, l’événement fait également carton plein avec 250 couverts servis.
Sur le modèle de la gaypride, sa collègue verte part ensuite pour une parade, le long du canal Saint-Martin. Sous un soleil d’automne bienvenu, tambours et déguisements animent de façon gaillarde un cortège long de 150 mètres. A l’heure de la balade digestive du dimanche après-midi, le défilé attire l’œil. Un badaud à la terrasse d’un troquet témoigne : « C’est festif et c’est une bonne manière de faire du bruit pour se faire remarquer. On est plus attentif au message et il s’ancre mieux dans nos esprits ». Axelle, jeune écologiste qui avance au milieu du cortège, confirme : « Il y a beaucoup de gens, car la démarche est positive. On ne culpabilise pas les gens, on ne manifeste pas contre quelque chose mais bien pour un avenir meilleur. La preuve que les manifestations joyeuses, ça marche ! ». Distribution de chocolat issu du commerce équitable et séances photos avec les bioman en action, il y en a pour tous les goûts et le public – petit comme grand – semble conquis.
A l’arrivée sur le boulevard Richard-Lenoir, un dernier concert rassemble tous les participants et clôt le week-end de la greenpride.
A l’heure des bilans, les organisateurs ont déjà deux satisfactions : une participation en hausse et une synergie naissante entre les structures qui collaborent. Car c’est l’autre enjeu de l’événement : « A travers la greenpride, on cherche à rassembler et faire du lien entre des structures qui n’ont pas forcément l’habitude de parler de santé », avoue Malissa. La greenpride 2012 ne s’arrête pas là pour autant ; un cycle de conférences dans les écoles et Universités franciliennes s’ouvre à partir du 25 octobre, avec Gilles-Eric Séralini en premier invité. Avec toujours ce leitmotiv : sensibiliser les jeunes populations sur la situation du couple « environnement/qualité de vie ».
Cette deuxième édition de la greenpride semble réussie et c’est l’écologie qui s’en réjouit. Souvent alarmiste et parfois culpabilisante, radicale voire-même terroriste pour certains, l’écologie politique souffre régulièrement de qualificatifs peu glorieux. Ce week-end, elle a fait preuve qu’elle pouvait aussi être ouverte, festive et imaginative. Et sa force vient du collectif : avec près de 85 partenaires cette année, la greenpride a réuni différents acteurs d’environnement, de France Nature Environnement à Greenpeace, en passant par le REFEDD ou les Jeunes écologistes. Une capacité de mobilisation qui traduit la force des leviers écologistes dans la société civile. Et ce n’est sûrement pas une coïncidence si l’expression « perturbateurs endocriniens » fait son entrée dans l’édition 2013 du Petit Robert…
Journée internationale d’action pour les semences le 16 octobre
En cette journée mondiale de l’alimentation, 16 octobre, nous dénonçons les activités du lobby européen des semenciers (European Seeds Association) dont l’assemblée générale annuelle se tient du 14 au 16 octobre dans l’hôtel Sheraton de la place Rogier.
Cet organisme sert en effet les intérêts de multinationales (Monsanto, Syngenta, DuPont, Bayer, BASF...) qui font tout ce qu’elles peuvent pour étendre leur contrôle sur l’ensemble des plantes cultivées, et ce au détriment de la biodiversité, de la santé publique (les semences vendues par ces sociétés sont gourmandes en herbicides et pesticides vendues par ces mêmes sociétés) et de la survie économique des agriculteurs.
L’ESA multiplie actuellement les manœuvres pour influencer l’actuelle révision par l’Union Européenne des législations sur le commerce des semences et la brevetabilité du vivant. Il n’est pas acceptable que des entreprises privées mettent ainsi en danger notre avenir à tous au nom de leurs bénéfices !
Des alternatives concrètes existent pour cultiver sans détruire la nature et nous empoisonner. L’accès libre de droits aux semences est nécessaire pour une agriculture plus juste et plus durable.
Rejoignez-nous pour un bon repas, des débats et un film pour un avenir plus fertile !
OGM : l’INRA ne doit pas prendre position contre Séralini
L’Institut national de la recherche agronomique (INRA) devrait être au service des citoyens et ne pas soutenir toujours les industries des OGM et des pesticides.
La publication récente de l’article de G.E. Séralini et de ses collègues dans une revue internationale de bon niveau (Food and Chemical Toxicology, classée comme étant de « notoriété excellente » par le système Noria de l’INRA) qui a déjà accueilli de nombreux articles de collègues de l’INRA, suscite un vif débat dans la société civile mais aussi dans la communauté scientifique française et internationale.
Ce débat concerne aussi bien la stratégie médiatique de diffusion des résultats de cette étude auprès de nos concitoyens (exclusivité pour un grand hebdomadaire français avec un message extrêmement alarmiste sur la toxicité des OGM), que la méthodologie suivie pour l’étude dont les résultats, pour leurs auteurs, démontrent une toxicité à long terme de la consommation conjointe de maïs génétiquement modifié et de son herbicide associé.
Notre syndicat SUD Recherche EPST a, par le passé, plusieurs fois exprimé sa défiance envers l’utilisation des OGM en agriculture en raison de leurs conséquences environnementales et sociales et du modèle économique qui leur est associé (privatisation des ressources génétiques), mais aussi parce que nous jugions que les risques sanitaires liés à leur consommation n’étaient pas évalués correctement.
Au nom de ces convictions et de ces inquiétudes, nous nous sommes engagés plusieurs fois dans des actions qui ont parfois pu être mal comprises et qui nous ont même été reprochées, à l’exemple de notre témoignage en 2011 lors du procès des arracheurs de la vigne de Colmar. Pour mémoire, notre expression au lendemain de leur action : « Essai INRA plein champ sur la vigne transgénique : un échec qui nécessite de se poser les bonnes questions ? »
Sans nous prononcer sur les résultats de la publication de G.E. Séralini qui fera l’objet, dans les prochaines semaines, d’une expertise approfondie par la communauté scientifique, nous constatons que les débats que soulève ce travail, confirment la pertinence de plusieurs des idées que nous défendons et des questions que nous posons, notamment en regard des orientations scientifiques de notre Institut.
La première de ces questions concerne l’évaluation des risques sanitaires liés à la consommation d’organismes génétiquement modifiés et des herbicides qui les accompagnent. Dans une interview publiée le 20 septembre dans le journal Le Monde, G. Pascal, ancien toxicologue à l’INRA qui est désormais consultant pour des entreprises de l’agroalimentaire, a déclaré, en début d’interview, que l’étude de Séralini présente de « très sérieuses lacunes, qui invalident ses résultats ». Cependant, il conclut cette même interview par ces phrases : « Effectivement, il n’y a jamais eu d’étude de cancérogénèse liée aux OGM ni d’étude toxicologique à long terme (...) L’ampleur des travaux du professeur Séralini est donc sans précédent ».
Le mercredi 26 septembre sur l’antenne de France Inter, Louis-Marie Houdebine, directeur de recherche honoraire à l’INRA, déclarait au sujet du travail de Séralini que « la première impression est que c’est impossible parce qu’on ne voit pas comment du maïs qu’on mange depuis 5 000 ans puisse devenir cancérigène à ce point là en faisant une transformation génétique des plus simples ».
Il est intéressant de considérer ces deux déclarations à la lumière d’une des recommandations en matière de santé proposée dans le rapport parlementaire sur les OGM produit par Jean-Yves Le Déaut en 1998 [1], rapport qui s’était appuyé sur un Comité de Pilotage comprenant notamment G. Pascal.
Cette recommandation disait : « S’il y a le moindre risque, même faible, de démontré concernant une plante transgénique, il ne doit y avoir en aucun cas, aucune importation, aucune mise en consommation, et aucune autorisation de mise en culture ».
Ainsi, alors qu’il était recommandé dès 1998 de ne prendre aucun risque sanitaire avec les OGM, on comprend des déclarations citées ci-dessus de deux de leurs défenseurs les plus connus, que la puissance publique ne s’est jamais vraiment donné les moyens d’évaluer ces risques à long terme. Pourquoi ces recherches, qui nécessitent des investissements de long terme, n’ont-elles pas été conduites et financées par les organismes publics de recherche compétents (il a fallu que ce soient des enseignes de la grande distribution qui financent le travail de l’équipe de G-E. Séralini !) ?
Le second type de questions soulevé par le débat actuel se rapporte à l’évaluation des nouvelles substances et des OGM, et il concerne à la fois les procédures d’homologation de ces nouveaux produits et l’impartialité des experts qui a souvent été mise à mal ces dernières années, le dernier exemple étant le Médiator.
Sachant que presque tous les pesticides mis sur le marché après avoir obtenu une autorisation, sur présentation d’un dossier d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) produit par le fabricant lui-même, finissent un jour par être interdits (atrazine, paraquat, chlordecone, Cruizer...) en raison des ravages qu’ils causent à l’environnement ou/et à la santé humaine, on se demande combien de temps il faudra attendre pour que toutes ces procédures d’homologation soient modifiées et quand sera confiée l’évaluation de ces molécules, ainsi que des OGM cultivés en plein champ, à une Agence d’Etat pouvant travailler en toute indépendance des pressions et des lobbys.
Par ailleurs, la baisse des crédits récurrents attribués aux équipes de recherche qui les incite à courir après les contrats, et l’incitation croissante faite aux chercheurs des organismes publics à développer des programmes collaboratifs avec le privé, a considérablement réduit leur indépendance, pourtant indispensable pour exercer des fonctions d’expertise.
Le troisième niveau de questions soulevé par la publication de G.E. Séralini et ses collègues se rapporte au positionnement de notre Institut par rapport à cette question des OGM.
On peut tout d’abord regretter que l’INRA soit apparu, une nouvelle fois, comme un des premiers défenseurs de ces technologies à travers les interventions de G. Pascal et L.M. Houdebine. L’image de notre Institut ne s’en trouvera pas améliorée d’autant que les consommateurs français ont renouvelé à chaque enquête d’opinion et depuis de nombreuses années, leur souhait largement majoritaire de ne pas avoir d’OGM dans leur assiette. Entendre dire, par un directeur de recherche honoraire de l’INRA, qu’il ne devrait pas y avoir d’évaluation sur les plantes génétiquement modifiées parce que ce sont les mêmes que les plantes non modifiées, et que le glyphosate n’a jamais causé de cancers chez l’Homme, n’est pas à l’honneur de notre Institut !
Plusieurs chercheurs de l’INRA ont par ailleurs signé dans Le Monde un appel à un « débat raisonné » sur les OGM, qui finit pourtant par un plaidoyer sur l’espoir suscité par les OGM pour résoudre tous les problèmes de la planète, en grand décalage avec l’expertise actuelle mondiale sur les causes des déséquilibres pour l’accès à l’eau, à l’alimentation et à la santé à travers le globe, et sur les solutions qui peuvent y être apportées dans un contexte de démographie croissante et de changement climatique.
Enfin, dans un communiqué datant du 27 septembre, le nouveau PDG de l’INRA, F. Houllier, précise la position de l’institut vis à vis de l’article de Séralini, en nous disant notamment que « l’INRA a publié en 2012 une méta-analyse sur les risques toxicologiques liés à l’ingestion des OGM » sachant que cet article qui a fait l’objet de nombreuses critiques (voir par exemple l’article de Gilles Van Kote dans Le Monde du 15 décembre 2011), est co-signé par des personnalités (dont toujours G. Pascal) très bien connues pour leur soutien actif aux OGM. On aurait aimé que, dans les circonstances présentes, F. Houllier fasse preuve d’un peu plus d’ouverture.
Il est donc plus que jamais urgent que soit initiée une profonde réflexion sur les orientations scientifiques futures de notre Institut, et sur la place centrale que l’on veut continuer de donner, ou non, aux biotechnologies. SUD Recherche EPST avait critiqué l’entêtement de notre ancienne PDG, Marion Guillou, sur cette question lors de l’analyse de son livre (« 9 milliards d’êtres humains à nourrir, un défi pour demain ... un défi mal posé ! »).
Nous déplorons par ailleurs, qu’au lieu d’initier un réel débat de fond, notamment sur ces enjeux de recherche publique, les « Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche » menées par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dérivent en une piteuse opération de communication.
C’est pourquoi nous demandons à la Direction de l’INRA et au gouvernement d’engager cette vaste réflexion en incluant notamment la participation d’acteurs qui ne sont encore pas ou peu écoutés actuellement (confédération paysanne, associations de protection de l’environnement...).
Le renouvellement de notre modèle agricole à bout de souffle, que ce soit au niveau environnemental ou social, et les attentes des citoyens de France et d’ailleurs, vont demander que soit opérée une double, triple ou quadruple révolution verte, dans laquelle l’INRA devra tenir un rôle majeur.
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Note :
[1] On peut penser que cette recommandation reposait sur le fait qu’il était estimé que l’ensemble des bénéfices supposés être apportés par les OGM étaient insuffisants pour que l’on tolère le moindre risque sanitaire.
Nanotechnologies : la Commission européenne accélère, malgré les critiques des écologistes et des syndicats
La Commission européenne a publié une communication très favorable aux nanotechnologies. Mais les associations écologistes et de consommateurs, ainsi que les syndicats, jugent que les problèmes soulevés par les nanos ont été ignorés.
Le 3 octobre 2012, la Commission européenne a adopté une communication sur le deuxième examen réglementaire relatif aux nanomatériaux [1] : elle y a exposé les avantages des nanomatériaux et leur contribution à la croissance, à l’emploi, à l’innovation et à la compétitivité, ainsi que ses projets pour assurer la sécurité d’utilisation des nanomatériaux. Les premières réactions de la société civile pointent les insuffisances et contradictions du texte. D’autres réactions seraient en cours de préparation, par une coordination de certains Etats membres et une coordination d’ONG.
La communication de la Commission sur les nanomatériaux
Lors de l’annonce de cette communication [1], la Commission a insisté sur les bénéfices des nanotechnologies et affirmé que « les nanotechnologies sont actuellement porteuses d’avancées majeures et pourraient aussi permettre de réaliser des percées technologiques révolutionnaires et de relancer la croissance économique ».
A propos des risques qui y sont associés, la Commission prône une « approche au cas par cas » pour leur évaluation et considère que « les nanomatériaux sont semblables aux substances et produits chimiques normaux, en ceci que certains peuvent être toxiques et d’autres non ». Elle justifie ainsi sa conviction que le règlement REACH offre le meilleur cadre possible pour la gestion des risques liés aux nanomatériaux, tout en concédant que « des exigences plus spécifiques doivent être fixées pour les nanomatériaux ».
Elle envisage ainsi de modifier certaines des annexes du règlement et a encouragé l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) à élaborer de nouvelles orientations pour les enregistrements après 2013. En faisant le choix d’une adaptation de REACH aux nanomatériaux, procédure qui promet d’être longue et fastidieuse, la Commission écarte l’option privilégiée par la société civile d’une nouvelle réglementation spécifique aux nanomatériaux qui serait venue compléter REACH et en supprimer les vides juridiques existants. Ce « nanopatch » pour REACH aurait été plus flexible, avec des procédures de révision simplifiées afin de remédier au plus vite aux lacunes du texte.
En vue d’améliorer la disponibilité des données sur les nanomatériaux, la Commission créera une plate-forme web qui renverra vers toutes les sources d’information pertinentes, notamment les registres à l’échelon national ou sectoriel, lorsqu’ils existent. Nous en profitons pour vous inviter à consulter le « Repérage des recensements des produits de consommation contenant des nanomatériaux » que l’Avicenn a réalisé et mis en ligne sur le site Veille Nanos en février dernier, et que nous mettons à jour régulièrement.
Déception de la société civile à l’exception de l’industrie
Cette communication va dans le sens des attentes du Conseil européen de l’industrie chimique (le CEFIC), satisfait de la prise de position de la Commission européenne (2).
A contrario, la société civile a exprimé sa déception et son désarroi : du côté des associations de consommateurs, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) regrette qu’ « une nouvelle fois consommateurs et environnement aient perdu face aux objectifs d’innovation et de croissance économique » [3] ; avec l’Association européenne pour la coordination de la représentation des consommateurs dans la normalisation (ANEC), ils réclament une plus grande transparence sur la présence de nanomatériaux dans les produits de consommation [4].
Du côté des syndicats de travailleurs, la Confédération européenne des syndicats (CES ou ETUC) comme l’Institut syndical européen (ETUI) estime que les efforts de la Commission sont insuffisants pour assurer une protection adéquate des travailleurs et la sécurité des nanomatériaux [5], [6]. La CES met également en doute les statistiques mentionnées par la Commission sur les emplois directs associés aux nanotechnologies estimés entre 300 000 et 400 000 postes dans l’Union européenne, un chiffre qu’elle soupçonne d’être artificiellement gonflé par ceux liés à la commercialisation des produits issus de ce secteur.
Du côté des associations environnementales, le Center for International Environmental Law (CIEL) considère que ce document indique surtout que « la Commission est prête à ignorer les demandes des Etats membres, syndicats, ONGs, consommateurs et du Parlement européen, de même que les études juridiques démontrant les insuffisances de REACH et renonce, par là même à combler ces vides juridiques. En agissant ainsi, la Commission met en danger le développement même de cette technologie, en minant le peu de confiance des citoyens dans les nanotechnologies et dans les institutions censées veiller à leur bonne application » [7].
Au niveau des partis politiques, les Verts du Parlement européen regrettent eux aussi les contradictions et les lenteurs de la Commission : au final, « ce sont non seulement la santé publique et l’environnement qui en pâtissent, mais aussi la technologie elle-même » [8].
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Notes
1 - Nanomatériaux : une approche de la sécurité au cas par cas pour des technologies innovantes, Commission européenne, 3 octobre 2012 ; Deuxième examen réglementaire relatif aux nanomatériaux, Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil et au Comité économique et social européen, 3 oct. 2012 2 - European Commission communication confirms EU regulatory framework works for nanomaterials, CEFIC, oct. 2012 3 - Stratégie européenne sur les nanotechnologies : vers une nano protection des consommateurs, BEUC, 3 oct. 2012 4 - ANEC urges EU transparency about nanomaterials, ANEC, 3 oct. 2012 5 - La protection des travailleurs perdue dans le nano-cosmos ? Réaction de la CES au Deuxième examen réglementaire sur les nanomatériaux de la Commission européenne, Confédération européenne des syndicats, 4 oct. 2012 6 - Nanomatériaux : le nouvel examen de la législation par la Commission déçoit les travailleurs, ETUI, 4 oct. 2012 7 - NGOs, industry split over EU nano regulatory review, Chemical Watch, 3 oct. 2012 8 - Nanomaterials : Commission only commits to nano-steps on nanomaterials regulation, Les Verts - Alliance Libre Européenne, 3 oct. 2012
Manifestation antinucléaire
MANIFESTATION A LAVAL le 13 octobre 2012
Dans le monde entier, Fukushima a provoqué un électrochoc, rappelant cruellement que le nucléaire est une technologie mortifère et incontrôlable.
Militaire ou civil, il provoque des dommages irréparables pour des milliers d’années. La catastrophe de Tchernobyl en 1986 a fait, selon un récent rapport de l’Académie des Sciences de New-York, un million de morts. Celle de Fukushima en 2011 est toujours en cours, ses conséquences sont désastreuses pour la population et l’environnement.
La piscine du réacteur N°4 contenant plus de 1.500 barres de combustible usagé menace de s’éventrer et/ou de s’effondrer pouvant déclencher une nouvelle catastrophe d’une ampleur difficile à imaginer.
Même en fonctionnement « régulier », toutes les installations nucléaires sont autorisées à rejeter des particules radioactives qui portent gravement atteinte à la santé des travailleurs et des populations, même très lointaines. Des rejets de Sellafield en Grande Bretagne ont été détectés au nord de la Norvège et les rejets de La Hague contaminent bien au-delà de la Normandie. Depuis l’extraction de l’uranium jusqu’aux déchets radioactifs, la pollution de l’air, des sols et des eaux est omniprésente.
Suite à Fukushima, de nombreux pays ont rapidement réagi : la Suisse a décidé de sortir du nucléaire, l’Allemagne et la Belgique ont accéléré leur plan de sortie du nucléaire, l’Italie a confirmé par référendum qu’elle ne recourrait plus à cette énergie. Le Japon, sous la pression populaire, fait le choix de la sortie du nucléaire. Sur le plan international, de nombreux projets de réacteurs ont été reportés ou annulés et les commandes d’Areva sont au point mort.
En France, en amont de la conférence environnementale, de nombreux signaux de fort mauvais augure se sont accumulés. François Hollande a appelé à accélérer les travaux de la mine d’uranium d’Imouraren au Niger, tandis qu’Arnaud Montebourg et Delphine Batho, les ministres qui ont présidé la conférence environnementale, ont rivalisé d’archaïsme en qualifiant le nucléaire d’« énergie d’avenir », « pas chère » [1], « complémentaire avec les énergies renouvelables » et en affirmant que la France en avait "durablement besoin".
Les discours, à la Conférence Environnementale, du Président de la République et de son Premier Ministre n’ont en rien atténué ces mauvais signaux : il n’est toujours pas question de sortir du nucléaire et l’objectif de Hollande de ramener la part de cette énergie à 50 % du mix énergétique n’entend pas être remis en question, quand bien même sa mise en oeuvre apparaît hypothétique au vu des orientations actuelles (maintien de l’EPR, fermeture de Fessenheim repoussée à fin 2016).
Pour le nucléaire comme pour bien d’autres questions environnementales (telle la construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes), le gouvernement semble appliquer la stratégie du rouleau compresseur, mettant tout le monde devant le fait accompli. L’avenir n’est pas l’EPR à Flamanville qui accumule les retards et donc les coûts (Le chantier va sur le triplement de son budget initial), les malfaçons (les supports de la cuve du réacteur. Les systèmes de commande du réacteur ont été remis en cause par le gendarme nucléaire britannique et même l’ASN...)
L’avenir n’est pas la ligne THT Cotentin-Maine construite avec une pression sur les élus, une répression contre les opposants aux chantiers, des actions violentes des forces de l’ordre sur la population et de nombreuses actions judiciaires. Et ce même si sa grande soeur ’’Flamanville-Domloup’’ a montré toutes les nuisances de ces grandes lignes de distribution électriques.
L’avenir n’est pas ITER à Cadarache, laboratoire qui ne produira pas d’électricité mais va engloutir plus de 15 milliards d’€. La filière ITER ne pourrait, si elle fonctionne et d’après les scientifiques les plus optimistes, être opérationnelle que dans 150 ans !!!!
L’avenir n’est pas BURE et son centre d’enfouissement de déchets. Aucun expert sérieux ne peut garantir que les colis radioactifs résisteront pendant des milliers d’années et que des éléments très radioactifs ne remonteront pas à la surface. De plus, un récent rapport indique qu’il faudra ventiler de façon permanente les galeries avec un risque immédiat de contamination radioactif.
L’avenir n’est pas la prorogation au-delà de 30 ans des réacteurs comme Fessenheim qui une fois de plus vient de montrer des signes plus qu’importants d’usure irrémédiable. N’est-il pas stupide de dépenser des milliards dans la rénovation de vieux réacteurs qui, de toute façon, sont condamnés à être fermés !
L’avenir est la sortie du nucléaire, techniquement possible et créatrice d’emplois. Grâce à un plan ambitieux d’économies d’énergie et au développement des énergies renouvelables, il est tout à fait possible de sortir rapidement du nucléaire, sans revenir à la bougie.
C’est une question de volonté politique.
En Allemagne, en dix ans, 370 000 emplois ont été créés dans les énergies renouvelables ! Pourquoi pas en France ? Dès maintenant, Arrêtons : Les chantiers du réacteur EPR de Flamanville et de la ligne THT Cotentin Maine, La centrale de Fessenheim et les réacteurs qui ont atteint les 30 ans de fonctionnement, La fabrication du combustible MOX et le « retraitement » des déchets à La Hague, Les projets d’enfouissement de déchets radioactifs, Le projet ITER, les projets de nouveaux réacteurs.
A LAVAL le 13 octobre, place de la Mairie, à 14h,
les citoyennes et citoyens se retrouveront pour demander en priorité l’arrêt des chantiers de l’EPR de Flamanville et de la THT Cotentin-Maine.
D’autres manifestations antinucléaires auront lieu le même jour à Lyon et Bordeaux.
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Note
1- Le récent rapport de la Cour des Comptes précise que les investissements nécessaires pour la sécurité des réacteurs actuels entraîneront une augmentation des tarifs de l’électricité de 50% ! Le nucléaire militaire a déjà englouti 300 milliards d’€ et coûte 3,5 M€ par an !
Les chrétiens contre la démesure
« CPP est convaincu que le message du Christ est consubstantiel de cette recherche d’équilibre et que le »bien vivre« de tous, et particulièrement des plus pauvres, passe par cet harmonieux équilibre et donc par la sortie du productivisme et du consumérisme destructeurs. »
L’association « Chrétiens et pic de pétrole » est un groupe d’étude créé en 2008 à Lyon, qui s’interroge sur la démesure, le refus de toute limite, qui a envahi l’imaginaire occidental.
Son objectif est, d’une part, de s’appuyer avec rigueur sur les résultats des recherches scientifiques et anthropologiques et, d’autre part, de rechercher dans les sources chrétiennes et ses développements théologiques les valeurs universelles dans lesquelles il sera possible d’aller puiser, individuellement et collectivement, pour affronter les crises où nous sommes engagés et prévenir celles qui peuvent l’être.
L’association a organisé deux colloques qui ont réuni plusieurs centaines de personnes à Lyon en 2009 et 2011, et anime un laboratoire d’étude en partenariat avec l’Espace Saint-Ignace à Lyon.
Chrétiens et pic de pétrole, objecteurs du sans limites !
À l’origine de Chrétiens et pic de pétrole (CPP), il y a ce constat, simple mais ignoré voire refusé, par le système dominant : il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini [1]. Alimentant et croisant cette évidence, qui fait des membres de CPP des « objecteurs de croissance », un autre constat renforce l’originalité et la posture de notre association :
Alors que nous ne pouvons nier que l’Eglise [2] peine à remettre en cause ce système dominant, de nombreuses actions qui se réclament du message de la “Bonne Nouvelle” (de nombreux "phares" pour reprendre la très juste image d’Ellul), modifient profondément ce positionnement conservateur de l’Eglise.
En remettant en cause ce système qui génère la domination d’une minorité d’Hommes sur tous les autres et détruit irrémédiablement la planète pour leur seul profit, ces “mobilisations dans les pas du Christ” démontrent que la Bible est toujours vivante, toujours au service des pauvres. Les deux colloques et les laboratoires organisés depuis 4 ans par CPP ont ainsi positionné l’association au croisement de trois principes d’équilibre, galvaudés par le développement durable et la croissance verte : la cohésion sociale, l’économie au service de l’homme et la préservation de la planète. CPP est convaincu que le message du Christ est consubstantiel de cette recherche d’équilibre et que le "bien vivre" de tous, et particulièrement des plus pauvres, passe par cet harmonieux équilibre et donc par la sortie du productivisme et du consumérisme destructeurs.
CPP puise une partie de ses positions chez Emmanuel Mounier, Jacques Ellul, Antoine Chevrier ou dans les théologies de la Libération en Amérique Latine. Par ailleurs la lecture pastorale de la Bible nous demande d’être humbles pour être attentifs au regard de l’Autre et de mettre nos pas au rythme de ceux des plus faibles et pauvres d’entre nous. CPP revendique aussi sa proximité avec ceux qui luttent contre ce système dans les mouvements populaires - dedans ou en dehors de l’Eglise - qui ont ébranlé, et continuent à ébranler, l’ordre dominant.
La révélation chrétienne contient tous les éléments nécessaires que les membres des Eglises devraient mettre en oeuvre. CPP s’engage sur cette voie, analysant les diverses situations historiques d’infidélité au message fondamental du Christ, et est convaincu que le chemin sur les pas du Christ doit nous permettre de passer d’une société de la compétition destructrice à celle de la coopération heureuse, basée sur les valeurs de solidarité et de fraternité.
CPP est convaincu que chez chaque chrétien persiste une foi qui peut lui permettre de comprendre que, dans la crise sociale, économique, politique et environnementale que nous subissons depuis 60 ans, il peut être appelé à jouer un rôle sociétal majeur tout en étant pleinement chrétien, et pas uniquement à l’intérieur de l’Eglise mais dans sa relation au monde.
CPP puise aussi son positionnement dans un refus du productivisme et de l’« extractivisme » [3], infinis qui desservent l’Homme et détruisent la planète. La capacité à consommer ne peut être l’alpha et l’oméga de la réussite sociale. Alors que l’idée d’un progrès permanent et d’un développement constant montre sa totale incohérence, CPP est convaincu que le "plus de liens et moins de biens" doit permettre à l’Humanité de ne plus être sous l’unique influence de l’Argent, de bien vivre et de préserver la planète pour les générations futures.
La nécessaire conversion des habitants les plus riches de la Terre vers des modes de vie sobres répond à l’universel appel à une vie simple selon la pauvreté évangélique qui n’est pas misère, laquelle est à combattre.
CPP est enfin convaincue que nous devons remettre en cause la « foi » aveugle en la technoscience qui empêche - par sa complexité et parce qu’elle est entre les mains d’experts peu partageux - l’émancipation de l’Homme et l’enferme, volontairement, dans un abrutissant « produis, consomme et tais toi ».
La prépondérance de l’usage sur le mésusage, de la simplicité sur la complexité, du partage sur la compétition, des relations non marchandes sur le profit est la condition absolument nécessaire tant pour fonder un nouveau projet politique libéré de la compétitivité, de la spéculation et du profit que pour donner un sens chrétien à notre passage sur Terre et sa transmission aux générations futures.
CCP souhaite donc continuer à mener cette réflexion fondamentale qui concerne tous les secteurs de recherche, convaincu que la confrontation d’idées venues du socialisme, de l’écologie et du christianisme ouvrira de nouveaux champs du possible jusque-là barrés par des positions idéologiques indépassables dans le système actuel.
CPP se veut élément déclencheur de mises en oeuvre concrètes à partir de nos options intellectuelles. C’est, finalement, en rejoignant les associations, les regroupements, les réseaux, les syndicats, les partis politiques, que les actions possibles envisagées trouvent leur concrétisation. Pour cet indispensable travail de discernement, il importe que des petits groupes d’études continuent à se réunir régulièrement sous forme de laboratoire.
Un troisième colloque est prévu pour 2014, et cette position au carrefour d’un nouvel écosocialisme et du message du Christ pour inventer un paradigme sociétal pourrait être le fil rouge tant du colloque que de laboratoires qui le prépareront.
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Notes
1- Voir la présentation du colloque de 2011 : Capitalisme, productivisme, croissance ou développement (fût-il durable) participent d’une même logique, celle du « sans limites » qui est au coeur des crises dans lesquelles s’enfonce nôtre société. Or, le refus du sans limites matérialiste n’est-il pas au coeur de la doctrine chrétienne ?
2- Par Eglise, nous entendons les organisations ecclésiales visibles tant romaines (grecques ou latines que réformées et issues de la réforme).
3- "Par extractivisme, nous entendons le fait de s’approprier des biens communs, directement ou indirectement, pour les transformer en marchandises. Il s’agit d’une phase différente du modèle néolibéral, après la première phase de privatisations, libéralisation commerciale et financière et dérèglementation du travail. Elle est partie intégrante du processus de financiarisation de l’économie puisque nous pouvons considérer l’extractivisme comme un processus plus spéculatif que productif : les investissements sont minimes et le rendement du capital est aussi rapide que dans le système financier ». (Extraction des ressources naturelles : du pain aujourd’hui, des incertitudes demain, par Raúl Zibechi)
Les centrales géantes à biomasse vont ravager les forêts
Le bois, c’est bien. Sauf quand on applique une logique méga-industrielle en construisant d’énormes centrales à biomasse qui vont consommer des quantités pharamineuses de bois. C’est ce qui se dessine dans le sud-est de la France
À Pierrelatte, pour remplacer la production d’eau chaude générée par l’usine d’enrichissement d’uranium, une centrale à cogénération biomasse est mise en service aujourd’hui : la consommation annuelle de cet équipement est de 150 000 t de bois !
L’utilisation de la biomasse pour alimenter les chaufferies et produire de l’électricité par cogénération bénéficie de mesures incitatives importantes qui créent une opportunité financière. En Drôme, une autre grosse centrale est en projet sur Laveyron qui consommera 200 000 t de bois par an… D’autres projets plus gros encore sont prévus autour de ces équipements sur le quart sud-est de la France. Les consommations de bois cumulées de ces centrales ne tiennent aucun compte des potentialités de nos forêts. La FRAPNA Drôme lance l’alerte. Nous avançons vers une catastrophe écologique à court terme : surexploitations des milieux forestiers, coupes rases, puis transport et importation massive de bois.
Le pillage des territoires au profit des grands groupes industriels
Nous avions avec le bois l’opportunité de disposer d’une ressource énergétique de proximité, générant des emplois, gérée durablement au bénéfice des citoyens des territoires disposant de forêts exploitables. Ces mégacentrales viennent en concurrence avec les chaufferies communales : elles enrichissent les grands groupes industriels en pillant la ressource locale avec l’aide de financement public.
Les citoyens payent pour que leur environnement soit détruit, leur territoire dévalorisé, et leurs ressources dévalisées ! Après le pétrole, puis le nucléaire, voilà le gaz de schiste et les mégacentrales biomasse : des choix énergétiques non-durables et non équitables pour continuer à nier l’urgence d’une transition vers un autre modèle de société.
Menace sur la forêt drômoise ?
La forêt est une ressource pour l’homme : sa préservation passe par une politique de gestion préservant les grands équilibres planétaires et la biodiversité de chaque territoire. Dans ces conditions, l’utilisation de la biomasse comme ressource énergétique présente de nombreux avantages, mais ne remplacera jamais les énergies fossiles ou nucléaires pour continuer à alimenter notre gaspillage énergétique.
Le projet de centrale biomasse de Pierrelatte
Sur Pierrelatte, l’usine Eurodif d’Areva enrichit de l’uranium pour EDF : cette activité génère de l’eau chaude issue de son système de refroidissement, qui est en partie valorisée dans un réseau local. Ce réseau de chaleur est utilisé pour chauffer des logements sociaux (environ 2400 foyers) à Pierrelatte, et en retour, des serres agricoles (41 hectares) ainsi qu’un élevage de crocodiles. La gestion de ce réseau a été confiée au SMARD (Syndicat Mixte d’Aménagement Rural de la Drôme), une collectivité territoriale créée en 1971 par le Conseil Général et la Chambre d’Agriculture.
Mais, à partir de 2012, Eurodif utilisera une nouvelle technologie d’enrichi ssement d’uranium par centrifugation qui ne produira plus d’eau chaude valorisable. Cette ressource va donc disparaître, le réseau reste et les utilisateurs aussi.
Pour trouver rapidement une solution permettant de continuer à fournir de la chaleur à prix bas, il a été décidé de remplacer l’eau chaude fournie par Eurodif par celle fournie par une centrale de cogénération biomasse à construire.
Pour les responsables, il existe une réelle opportunité économique, puisque l’installation bénéficiera d’un tarif préférentiel d’achat d’électricité pour une durée de 20 ans, ce projet étant soutenu par l’Etat dans sa politique de renouvellement énergétique.
Cette centrale de génération biomasse serait associée à une chaufferie gaz auxiliaire. Elle devrait utiliser 50% de plaquettes forestières sur une consommation totale de 150 000t de bois.
Des questions
Le permis de construire de cette centrale a été accordé par le préfet de la Drôme le 2 mai 2011.
La FRAPNA Drôme se pose les questions suivantes :
- D’où viendra ce bois ? Les filières locales sont-elles en capacité de fournir une telle quantité de combustible ? Si ce n’est pas le cas, quel sera l’impact du déplacement de la matière première vers la centrale ?
- Quel sera l’impact de cette demande sur l’organisation de la filière ? Cette demande de bois vient en concurrence avec les acheteurs du marché actuel (producteurs de piquets du nord-Drôme, papeteries…).
- Quelle sera l’incidence sur les autres acteurs économiques dépendant de cette filière ? Quel sera le mode d’exploitation des massifs boisés (coupes à blanc) ?
- Ce projet ne risque-t-il pas de bloquer la réalisation de petites unités locales de production de chaleur écologiquement souhaitables ? La combustion du bois dans un équipement de cette importance ne générera-t-il pas des pollutions difficilement gérables ? Comment sera traité le volume important de cendres ?
- Au regard de l’histoire et du coût financier du réseau d’eau chaude existant, cette nouvelle unité de production ne risque-t-elle d’être une nouvelle fuite en avant ? Avec quel bilan pour les forêts drômoises l’environnement et les contribuables ?
Médiator, OGM : même combat juridique
1. Nous apprenions, voici quelques jours, que près de 500 dossiers de réclamations concernant le médicament Médiator ont été rejetés, souvent parce que le patient avait eu recours à d’autres médicaments, et que le groupe d’experts estimait que, du fait des dits autres médicaments pris, rien ne pouvait être prouvé quant à la responsabilité du Médiator dans les problèmes rencontrés par lesdits patients.
C’est aller un peu vite en besogne… et en protection des intérêts du producteur du Médiator… !, quand on sait les raisons pour lesquelles les molécules du Médiator, présentes à l’identique dans d’autres médicaments, ont été interdites à la vente et l’utilisation, avec retrait de plusieurs médicaments identiques au Médiator.
Or, le dit groupe « d’experts » oublie un détail qui a une importance majeure dans le débat judiciaire : les experts ne prouvent pas que le Médiator est sans conséquence sur les pathologies des patients (ou qui les a déclenchées), qui ont été victimes de la prise de ce médicament ; même si les patients en cause ont pris d’autres médicaments.
Pour se rendre compte de l’impact de ce médicament sur la santé, il leur appartenait de s’intéresser à ce qui s’est passé chez les personnes qui n’avaient pas d’autres traitements que celui de prendre, qu’importe le motif, ce sinistre produit…, dont l’utilisation de la molécule a été interdite dans d’autres médicaments, et dans d’autres pays, consécutivement aux décisions des organismes, honnêtes, de contrôles sanitaires de ces pays, et au moins tout aussi compétents, sinon plus, que les organes de contrôles exerçant en France et au titre de l’Union Européenne ; et par dessus le marché : des experts intervenants dans cette affaire.
Le principe de l’absence de preuve d’innocuité du Médiator, vu que les experts en question sont incapables d’en présenter, doit orienter et renfocer, de fait, vu la toxicité rencontrée par ailleurs par cette molécule, la décision judiciaire de condamner le laboratoire, pour la totalité des dossiers présentés.
Au moins au nom du doute en ce qui concerne la faculté du médiator de ne pas être dangereux.
Cela relève de l’application, là aussi, comme dans nombre d’autres domaines, du principe de précaution.
2. De son côté, un autre groupe d’experts (ou se présentant comme tels) intervenant au nom de l’Union Européenne en ce qui concerne l’analyse des produits OGM révélée par l’université de Caen, exerce, à l’inverse des intérêts de santé publique de tous les citoyens, en ne demandant pas la suspension des produits OGM, malgré le doute généré par la dite étude concernant ces produits.
Ils disent que l’étude est incomplète, et qu’en quelque sorte, il faudra recommencer les tests sur d’autres variétés de cobayes. Et par conséquent, au lieu d’appliquer le principe de précaution qui veut qu’il y a lieu de préserver la santé publique quand il y a doute, s’abstiennent de demander de suspendre les cultures utilisant ces OGM et produits de traitements. Les dits « experts », et l’organisme qui les a mandatés, laissent se poursuivre lesdites cultures comme si de rien n’était.
Il appartient de ce fait aux autorités françaises, vu les doutes visant ces produits, de poursuivre en Justice les instances européennes concernées, devant la Cour Européenne de Justice, pour présomption de mise en danger d’autrui, par absence du respect du principe de précaution.
Et donc de demander, avant d’attendre les cinq à sept ans que dure ce genre de procédure devant cette instance, une décision en référé de la suspension de toutes autorisations de cultures prévisibles ou actuelles, déjà adoptées par l’Union Européenne.
A défaut, tous les citoyens qui se sentent concernés (donc tous, dans les faits) par ce problème et pour lequel les voies de recours ne seraient pas engagées immédiatement par l’Etat Français, ont intérêt à se regrouper et à présenter directement devant la dite Cour Européenne, une requête pour un jugement au fond, avec demande de suspension provisoire des cultures à base d’OGM et utilisant le Roundup en attendant la décision finale.
Voire de compléter la procédure de telle sorte à contraindre les autorités européennes ad hoc, par l’obligation de faire procéder dans plusieurs laboratoires universitaires de recherches, dans plusieurs pays, à des tests dont la durée devra être au moins égale aux recherches menées par l’université de Caen. Le tout, en attendant les résultats, avec suspension de toute culture..
Là, ce sera Justice.
Alors : Unissons-nous !
Le gouvernement hongrois voudrait relancer le nucléaire
Construire deux nouveaux réacteurs et ré-ouvrir la mine d’uranium à Pecs ? C’est le projet du gouvernement. Mais la corruption semble y avoir plus de part que l’intérêt du pays.
Malgré la catastrophe de Fukushima, malgré l’opposition de la majorité de la population déjà traumatisée par une catastrophe industrielle il y a deux ans (la boue rouge issue de la production d’alumine de l’usine Mal qui avait tué dix personnes à Kolontar et Devecser), le gouvernement hongrois a décidé d’agrandir la centrale nucléaire de Paks qui produit 40% de l’électricité du pays.
Le projet gouvernemental - qui sera présenté l’an prochain - prévoit la construction de deux nouveaux réacteurs, mais aussi de prolonger la durée de vie des quatre en fonctionnement depuis les années 80 (dont l’un serait en très mauvais état).
Avec l’envolée des prix de l’uranium depuis le début des années 2000 et malgré la baisse récente du cours, la mine d’uranium de Pécs (dans le sud du pays) qui n’était plus rentable lorsqu’elle a fermé en 1997 après quatre décennies d’exploitation, redevient tout à coup une aubaine. Plus question d’exporter le minerai vers l’Union soviétique comme autrefois, il servira à alimenter la centrale hongroise. La compagnie australienne Wildhorse qui entreprend des travaux d’exploration depuis déjà six ans devrait obtenir son permis d’extraction dès l’an prochain.
« Ce n’est pas un bon business pour le pays car l’uranium est en faible quantité et difficile à exploiter », observe pourtant Miklós Hargitai, journaliste spécialiste des questions environnementales et scientifiques. La seule explication de cette relance, selon lui, est la corruption qui imprègne déjà toute la filière du nucléaire en Hongrie. Il en est persuadé, l’intérêt direct de quelques personnes est en train de l’emporter sur l’intérêt national.
Pécs rattrapée par son passé
Capitale européenne de la culture il y a seulement deux ans, Pécs risque bien de retomber dans le passé minier qu’elle essayait d’enterrer avec son héritage : des taux de chômage et de cancer supérieurs au reste du pays. Les associations écologistes craignent – entre autre - que les sous-sols de la région qui regorgent de nappes phréatiques ne soient contaminés par les opérations d’extraction.
Péter Pétak, l’homme qui mène la fronde à Pécs, estime que la réouverture de la mine serait très préjudiciable d’un point de vue social et économique car, sans résoudre le problème de l’emploi, elle détruirait l’image de la ville. Partagée entre la peur pour sa santé et l’espoir de retombées économiques à court terme, la population locale sera difficile à mobiliser. Mais après tout, ces irréductibles ont bien réussi à déjouer quelques années plus tôt les plans de l’OTAN qui projetait d’installer un radar sur les hauteurs de leur ville…
Alerte à Notre Dame des Landes
Malgré le moratoire promis par François Hollande, la police s’apprêterait à expulser les occupants des champs où est planifié l’aéroport de Notre Dame des Landes.
Appel urgent à occupation de la Zone à Défendre (ZAD) contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes et son monde
Au nord de Nantes, depuis plus de 40 ans, un projet d’aéroport doit aboutir a la destruction de 2000 hectares de terres agricoles et de bocage. Il a été relancé en 2001 par Lionel Jospin et fermement soutenu depuis par le Parti Socialiste et notamment JM Ayrault, ancien député maire de Nantes et actuel premier ministre.
Projet pharaonique hautement nuisible, c’est le symbole d’un système productiviste destructeur qui ne vise que la recherche du profit financier au nom du sacro-saint progrès.
C’est aussi le fruit d’une collaboration étroite entre politiciens avides de « développement » urbain et une grande multinationale, Vinci, spécialiste des projets de bétonnisation du monde (prisons, parkings, autoroutes et centrales nucléaires).
En 2008 un collectif local d’habitant-e-s lançait un appel à occuper les terres accaparées par ce projet, cette Zone d’Aménagement Différée. Après un Camp Action Climat en 2009, le mouvement d’occupation s’est amplifié sur ce qui est devenu la Zone A Défendre (ZAD).
Aujourd’hui, plus d’une trentaine de lieux sont occupés par 150 habitants : des maisons vides (et Vinci continue à en vider), des cabanes construites dans les champs ou dans les arbres, des caravanes un peu partout.
Une solidarité est née entre les habitants qui résistent et les nouveaux occupants. La ZAD est devenu un laboratoire d’expériences alternatives, un lieu où confronter au jour le jour théorie et pratique, où construire de nouvelles solidarités, où apprendre à être chaque jour un peu plus autonome face au système marchand : des potagers collectifs ont fleuri, une boulangerie, une chèvrerie, un théâtre, deux bibliobus, des maraîchers, des zones de gratuités...
Les savoirs se partagent tous les jours, de la boulangerie à la mécanique, de la construction au maraîchage en passant par les échanges artistiques, dans une nature préservée.
Aujourd’hui le Parti Socialiste au pouvoir n’est pas prêt à renoncer à cet aéroport. Il continue d’afficher son soutien total au projet et ses alliés écologistes feignent toujours de défendre les terres menacées. Habilement, ces bonimenteurs ont utilisé la presse pour faire croire qu’un moratoire était mis en place et que le risque de voir le projet aboutir reculait.
Il n’en est rien ! Après pseudo enquêtes publiques, études de terrain (forages, géomètres), les expulsions ont commencé, les expropriations suivent leur chemin, les habitant-es sont poussé-es en dehors de la zone et les échéances de début des travaux se rapprochent à grand pas.
Le 16 octobre, c’est une dizaine de lieux qui vont êtres envahis, saccagés, par les forces de police. Et ce n’est qu’un début. Laisser faire, c’est rendre possible l’arrivée des pelleteuses sur la zone, c’est abdiquer devant Vinci.
Nous vous appelons à nous rejoindre parce qu’il ne s’agit pas de contrer seulement un projet urbanistique, mais aussi un modèle de société dont nous ne voulons pas.
Cette lutte s’inscrit dans un combat plus large contre un système qui se fout des humain-es et de la planète, dans un mouvement planétaire contre tous les systèmes productivistes, de domination et de contrôle social, contre la machine infernale qui nous rend esclave de la technologie pour aller toujours plus vite et plus loin dans la dépossession de nos vies.
Il est urgent d’être plus nombreux sur le terrain pour s’opposer physiquement aux travaux préliminaires, pour donner de la force à celles et ceux qui ont fait le choix de rester et de résister.
L’occupation n’est pas une fin en soi, c’est un moyen d’être présent-es sur cette terre en lutte, d’être actifs ensemble contre le projet. Il est encore temps de partager tout cela. Deux maisons, Les Planchettes et la Gaîté peuvent vous accueillir le temps de votre arrivée.
Nous sommes ici, nos vies nous appartiennent, nous refusons de perdre.
11 octobre
Risques accrus d’expulsions sur la ZAD
Plusieurs sources laissent penser que des expulsions sont imminentes. Nous avons eu vent d’une première vague d’expulsion pour le mardi 16 octobre à l’aube. Nous avons eu des informations précises tel que le lieu d’hébergement des troupes mobilisées, l’itinéraire prévu pour rejoindre la zone, l’effectif engagé, soit 500 gendarmes. Cette première vague devrait concerner les maisons déjà expulsables ainsi que les cabanes. Une seconde vague devrait suivre une dizaine de jours plus tard., visant cette fois les cabanes dans les arbres et 3 maisons, la Sécherie, les Rosiers et la Saulce, dont l’huissier a choisi en août d’avancer la date d’expulsabilité, la passant du 15 novembre au 27 octobre.
Depuis plusieurs semaines des équipes de police se sont déplacés sur la ZAD pour faire des repérages préparatifs, comme mesurer la hauteur des cabanes dans les forêts par exemple. Des équipes en civils se déplacent actuellement, certaines dans des véhicules immatriculés dans la région parisienne.
Mardi dernier (9 octobre) le dernier squat de Grands Champs a été expulsé à l’aide d’un impressionnant dispositif policier. Cette semaine encore les dispositifs de sécurité ont été renforcés devant le Conseil Général, le Tribunal de Nantes et d’autres lieux stratégiques, les contrôles routiers se sont quant à eux multipliés sur et autour de la ZAD. La presse reconnaît d’ailleurs que le dispositif pourrait en réalité cacher une opération en préparation contre la ZAD.
Nous nous tenons prêts.
Un appel a été publié appelant les groupes et individus souhaitant s’inscrire en solidarité avec la lutte ici à effectuer des actions décentralisées.(voir zad.nadir.org). Toutes les initiatives sont et seront les bienvenues.
Les personnes souhaitant venir sur la ZAD sont invitées à s’organiser en conséquence : être conscientes de l’urgence dans laquelle nous allons être, prévoir au maximum de quoi être autonome.
Nous nous préparons logistiquement contre les expulsions, nous appelons les amiEs d’ici et d’ailleurs, voisinEs, à venir nous soutenir.
Une autre vie est possible
Rencontre avec Jean-Claude Guillebaud
Jean-Claude Guillebaud est l’un des penseurs contemporains les plus appréciés. Et un homme sûr de lui, charismatique. Cette personnalité aux multiples talents publie aux Editions L’Iconoclaste, dont il est l’éditeur, Une autre vie est possible.
Un essai évocateur et optimiste. Teinté de souvenirs personnels et de références historiques. Son but ? Sortir la société du désarroi dans lequel elle se noie. Il faut bien le reconnaître, ces 200 pages redonnent le sourire.
Message positif au milieu d’une littérature souvent alarmante, son récit s’est classé rapidement parmi les best-sellers de la rentrée. Portraiturant un nouveau monde en effervescence, le journaliste français nous convainc ainsi de nous réjouir de l’avenir, d’oublier la crise, de vivre « cette prodigieuse mutation » au niveau économique, moral et géopolitique. Après quinze ans de voyages, de réflexion et de publications, Jean-Claude Guillebaud nous offre une solution lumineuse face au pessimisme : l’espérance.
« Une autre vie est possible », prétend votre nouveau livre. Quelle autre vie ?
Je ne parle pas d’une autre vie au sens religieux du terme. Je pense plutôt à une existence qui nous sorte de l’absurdité dans laquelle notre société sombre. Ces folies de la compétition, de l’inégalité, de la précarité, de la consommation. J’ai le sentiment que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon désespérant. Cependant, l’être humain peut vivre autrement, grâce notamment à l’espérance. Nous pouvons traverser les années avec plus de générosité, de convivialité, de lenteur, de liberté à l’égard de la technologie et des forces du marché. Une autre vie est clairement possible.
Pourquoi cette démarche de prôner l’espérance face au pessimisme ambiant ?
Pendant plus de vingt ans, j’ai été correspondant de guerre. Je me suis occupé des tragédies du monde, aussi bien en Afrique, en Asie qu’au Proche-Orient. Cette période-là a profondément enrichi ma réflexion. J’ai réalisé que lors de situations dramatiques, comme les tueries au Liban, la famine en Ethiopie ou l’extrême pauvreté en Inde, une partie de la population ne désespérait pas. Des braves refusaient de se résigner, ne baissant jamais les bras. Durant toutes ces années, j’ai pris de véritables leçons d’espérance. Il était temps de les partager.
Concrètement, qui sont ces porteurs d’espérance ?
Dans mon livre, je rends hommage à des personnalités comme le philosophe Edgar Morin, Lucie Aubrac, résistante durant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi le psychanalyste grec Cornelius Castoriadis. Prenez également l’exemple de Stéphane Hessel avec son livre Indignez-vous. Quelle leçon d’espérance ! Il n’y a pas d’âge, ni de profil type pour être un vecteur d’optimisme.
En parallèle, je mentionne également le poids des mouvements associatifs dans le monde entier. Au Vietnam, en Inde, en Iran par exemple, face à des régimes politiques sclérosés, la société civile ruse d’une manière incroyablement dynamique et inventive. En France aussi, elle a un pas d’avance sur les politiques. En définitive, nous sommes tous susceptibles d’être des messagers de l’espérance.
Pourtant, en Europe, la tendance au pessimisme domine. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Honnêtement, je ne sais pas. En France, j’appelle cela le syndrome de Roissy. A chaque retour de voyage, mon premier contact avec ma tribu d’origine est identique : je parle à un conducteur de taxi qui fait systématiquement la gueule. C’est un peu exaspérant, d’autant plus que je sais que je vais, moi-même, une semaine plus tard, être à nouveau gagné par cette espèce de morosité. Pourtant, depuis le hublot de l’avion, je n’ai pas vu de cratères de bombes, ni de villages qui brûlaient. Au contraire, j’ai décelé une atmosphère proprette et bien tranquille. Cela me paraît scandaleux que les gens soient grincheux en Europe quand je compare leur situation à celle des pays que j’ai visités.
Nous sommes cependant enlisés dans la crise. N’est-ce pas suffisant pour broyer du noir ?
Nous ne sommes pas en crise. Personnellement, je pense que ce mot est mensonger. Il laisse entendre que la société reviendrait à son stade initial. Or, nous vivons plutôt une prodigieuse mutation. Lorsque nous nous désolons de voir la croissance diminuer en Europe, et que les hommes politiques nous promettent des taux préférentiels, ils nous mentent. La croissance ne reviendra pas, en tout cas pas sous sa forme première.
Nous vivons en réalité une transformation vertigineuse. Elle est au moins aussi importante que la fin de l’Empire romain au Ve siècle ou la Renaissance au XVe siècle. Le vieux monde disparaît alors qu’un monde nouveau surgit. Si nous raisonnons ainsi et que nous devenons plus attentifs au renouveau, nous nous éloignerons du pessimisme. Nous nous arracherons à l’idée permanente que c’est la catastrophe.
Ce nouveau monde qui se manifeste serait-il une version améliorée de l’ancien ?
Pas forcément. Mais il est important de signaler que ce n’est pas la fin du monde mais la fin d’un monde. Le futur est porteur de menaces tout autant que de promesses. Cette constatation nous renvoie à nous-mêmes, puisqu’en agissant en citoyens responsables, nous pouvons valoriser le positif. Nous construisons le monde qui vient. Il ne faut pas être un chien crevé au bord de l’eau qui s’abandonne au destin. Si vous croyez que tout est fichu, le pire va arriver. Faire appel à l’espérance sous ma plume, c’est faire un appel à l’énergie.
Qu’entendez-vous par ce terme d’espérance qui vous tient tant à cœur ?
Dans mon esprit, il y a une différence entre espérance et espoir. Ce dernier est effectivement passif, correspondant à un sentiment. Tandis que l’espérance, c’est une volonté, un état d’esprit. Pour reprendre une citation très belle de saint Augustin, « l’espérance a fabriqué deux beaux enfants : la colère devant les injustices du monde et le courage de changer cela, il s’agit donc d’une action ».
La désespérance contemporaine est-elle amplifiée par les médias ? En tant que journaliste, comment gérez-vous cette « responsabilité » ?
Le journalisme, structurellement, est tenté de mettre en avant les mauvaises nouvelles au détriment des bonnes. Quand j’ai commencé mon métier au journal Sud-Ouest, à Bordeaux, mon premier rédacteur en chef m’avait averti qu’un train qui arrivait à l’heure, ce n’était pas une information. Par contre, une rame qui déraillait pouvait faire un sujet de une.
Je pense que les médias devraient se rappeler qu’ils doivent aussi transmettre les bonnes nouvelles. Dans ma carrière, j’ai parrainé l’association Reporters d’Espoirs, qui a collaboré avec les grands quotidiens français afin de mettre en avant les thèmes positifs. Je me souviens d’un partenariat avec Libération, créant un journal nommé le Libé des solutions. Plus tard, j’ai appris que ce numéro avait été élu meilleure vente de l’année. Les gens réclament ce type d’articles. Les rédactions se trompent en pensant que, pour vendre, il faut à tout prix parler de perturbations.
Vous écrivez qu’« un autre monde germe mais qu’on ne le voit pas ». Pourquoi l’homme n’est-il pas capable de déceler cette transformation ?
Je ne jette la pierre à personne. Il est plus facile de voir disparaître le vieux monde que nous connaissons bien. En revanche, apercevoir l’autre monde qui germe est compliqué. Il reste énigmatique, indéchiffrable. Souvent, lorsque nous avons le nez collé sur un événement, nous sommes les moins bien placés pour le comprendre. C’est après coup que nous prenons la mesure de ce qui s’est passé. Comme l’a parfaitement dit Gandhi, « un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, une forêt qui germe ne s’entend pas ». Il faut donc faire un effort d’attention. Nous devons être à l’affût, observer les changements, car certains peuvent être synonymes d’espérance.
Qu’est-ce que cela changerait, si l’être humain pouvait directement voir cette mutation ?
Je pense que cela nous arracherait au découragement. Si nous étions capables de nous détacher de la sinistrose, de la résignation, ce serait déjà un beau progrès. Nous pourrions faire avancer les choses, favoriser l’apparition de ce nouveau monde de manière positive.
La foi en l’avenir, n’est-elle pas davantage une évidence pour un croyant que pour les plus sceptiques ?
Ce n’est pas du tout un privilège de croyant d’avoir foi en l’avenir ! Nous sommes responsables du monde qui vient. Il ne faut pas accepter que l’avenir soit le pur produit de la fatalité, de la logique économique ou de la technologie. Nous avons notre mot à dire. L’écrivain Gabriel García Márquez, lors d’une conférence à l’Unesco en 1999, a dit : « N’attendez rien du XXIe siècle, parce que le XXIe siècle attend tout de vous. » Notre nouvelle vie ne nous sera pas imposée, sauf si nous faisons preuve de lâcheté. C’est à nous de la bâtir.
Vous concluez votre ouvrage avec un assuré « je sais que nous en sommes capables ». Pourquoi une telle confiance en notre génération ?
Je finis ainsi pour renforcer mon message. Je démens le discours dominant qui voudrait nous faire croire que nous affrontons des problèmes insurmontables. Cependant, toutes les générations ont eu à se sortir de situations qui paraissaient désespérées. Dans les années 60, nous étions convaincus que nous allions connaître l’apocalypse nucléaire. Nous aurions pu sombrer dans le pessimisme mais nous avons refusé. Nous pouvons à nouveau vaincre cet état d’esprit aujourd’hui.
Pensez-vous que la majorité des lecteurs se reconnaisse dans vos propos ?
(Il rit.) Je n’en sais rien, je ne suis pas un homme politique ! Ce que je constate, c’est qu’à peine trois semaines après la sortie du livre, il a déjà fait pas mal d’échos. La presse et la radio m’ont contacté. Apparemment, les gens l’apprécient. Je viens d’apprendre qu’il est entré dans la liste des best-sellers. Il répond donc à une demande croissante. Je suppose que les gens cherchent des raisons crédibles d’espérer, à l’inverse d’idées boy-scouts ou gnangnans. Dans Une autre vie est possible, je mets surtout en exergue une espérance lucide, non pas un optimisme niais.
...................
Jean-Claude Guillebaud, Une autre vie est possible (éd. L’Iconoclaste), 14 €, 160 p.
Hollande et les jeunes
« Je voudrais vous parler d’autres jeunes, Monsieur le président. Ils sont près de cent cinquante, et n’ont pas choisi d’accumuler du capital. »
Monsieur le président, j’ai admiré la rapidité avec lesquels les entrepreneurs surnommés les « pigeons » ont obtenu satisfaction. Ces jeunes gens demandaient qu’on n’applique pas lors de la cession de leur entreprise un taux d’imposition qu’ils jugeaient trop élevé. Ces apprentis capitalistes avaient bien entendu le mot clé de votre campagne présidentielle, qui était la jeunesse. Vous promettiez de faire de celle-ci votre priorité.
Je voudrais vous parler d’autres jeunes, Monsieur le président. Ils sont près de cent cinquante, et n’ont pas choisi d’accumuler du capital. Non, ils veulent créer un autre monde, voir s’il est possible de vivre autrement, ils cultivent la terre, cuisent leur pain, font du théâtre, partagent leurs savoirs. Plusieurs ont des enfants, qui vont à l’école, et vivent heureux sans télévision. Il semble, Monsieur le Président, que ces jeunes sont tout aussi méritants que ceux qui rêvent d’empocher une belle plus-value.
Ils vivent, voyez-vous, à Notre Dame des Landes. Ah, vous sourcillez. Oui, à l’endroit même où votre premier ministre Jean-Marc Ayrault rêve depuis si longtemps de construire un aéroport. Il prévoit d’utiliser un dispositif proche de ces partenariats public-privé que Alain Rousset, le président (PS) de la région Aquitaine, vient de qualifier de « mécanique infernale », et dans des conditions économiques qui font frémir dans un moment où les dépenses publiques sont censées être soigneusement balancées.
Or, nous apprenons que des compagnies de gendarmes s’apprêtent à investir les champs et les bois pour en chasser ces jeunes nouveaux paysans et leurs familles. Il s’agit de laisser place aux bétonneuses, et d’opérer avant la trêve hivernale, qui s’ouvre le 1e novembre. Je ne doute pas, Monsieur le Président, que votre ministre du Logement, l’écologiste Cécile Duflot, vous priera de ne pas créer de nouveaux sans-logis. Je voudrais aussi vous rappeler l’accord que vous avez fait conclure, en mai, pour achever la grève de la faim de paysans à Notre Dame des Landes : arrêt des expulsions jusqu’à l’épuisement des recours.
Sur le plan juridique, vous pouvez certes laisser se poursuivre l’expulsion des jeunes occupants sans titre de Notre Dame des Landes. Mais dans l’esprit, il s’agirait bel et bien d’une trahison. Il serait accablant, Monsieur le Président, que cette semaine, votre souci de la jeunesse se traduise par des matraques et des gaz lacrymogènes.
Le cadeau royal du gouvernement au patron de l’oligarchie agricole
L’aide aux agrocarburants est reconduite cette année. Pour le plus grand profit de Xavier Beulin, patron de Sofiprotéol... et de la FNSEA
Le ministère de l’Agriculture a confirmé mercredi 10 octobre « l’arrêt progressif » des aides gouvernementales aux agrocarburants de première génération, qualifiées par Greenpeace de « cadeau royal » aux producteurs, d’ici 2015 au lieu de 2018 comme le prévoyait la réglementation européenne.
« La réglementation européenne prévoyait une poursuite des soutiens publics jusqu’en 2018. La France anticipe l’arrêt du soutien aux agrocarburants de première génération et revient sur ce qui avait été annoncé aux industriels », a indiqué le ministère à l’AFP, en réaction à des articles de presse.
Selon le site Mediapart et Le Canard Enchaîné à paraître exceptionnellement jeudi 11, le ministre Stéphane Le Foll, « bon ami » (selon le Canard) du patron de la filière Xavier Beulin, également président de la FNSEA (principal syndicat agricole), a accordé à ce dernier « un cadeau de 54 millions d’euros » en renouvelant les agréments d’agrocarburants et les aides fiscales qui les accompagnent.
En annonçant en septembre ce renouvellement jusqu’au 31 décembre 2015, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault « a fait un cadeau royal aux producteurs d’agrocarburants français », estime Jérôme Frignet de Greenpeace France.
Selon Greenpeace, ces aides seront l’an prochain de « plus de 80 millions d’euros » dont « les 2/3 pour le leader européen du secteur, Sofiprotéol », présidé par M. Beulin.
L’ONG, pour qui ces aides sont « nuisibles pour le climat et la sécurité alimentaire mondiale », demande aux députés « d’amender le projet de loi de finances 2013 ».
Le ministère fait valoir que M. Le Foll avait « au contraire suscité l’ire des industriels », dont M. Beulin, en annonçant en septembre le plafonnement à 7% de la part de biocarburants de première génération dans l’essence et le diesel - contre 10% en vigueur depuis 2005.
Le ministre « s’est contenté d’honorer les engagements pris par le gouvernement précédent mais ce sera la dernière année en l’état », a-t-il souligné.
Ce renouvellement d’agrément se trouvera de fait limité à trois ans, contre cinq prévus initialement (jusqu’en 2018), insiste-t-il en évoquant la « nécessité de sauvegarder les emplois » dans les installations toujours en opération.
« La filière représente plusieurs milliers d’emplois et, contrairement à ce qui est dit, certains équipements ne sont pas amortis », souligne le ministère.
En outre, tant que « la règle européenne, qui vise à incorporer 10% d’agrocarburants, demeure, réduire brutalement en France la production ne ferait que favoriser celle dans les pays voisins », estime le ministère.
En Inde, les paysans de la marche non-violente ont gagné
Quelques jours après le début de la marche de cent mille paysans vers Delhi, le gouvernement indien s’est engagé à une réforme agraire majeure
Le 11 octobre 2012 est une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des droits à la terre en Inde. L’accord auquel les représentants de Jan Satyagraha et le gouvernement indien sont parvenus devrait bénéficier aux populations les plus défavorisées de ce pays, adivasis (autochtones), dalits (“intouchables”) et bien d’autres groupes marginalisés.
Le Ministre du Développement rural, M. Jairam Ramesh, a remis un accord signé et a assuré ses interlocuteurs d’un engagement personnel fort dans la mise en application de la feuille de route et des changements institutionnels annoncés.
Les milliers de marcheurs de Jan Satyagraha se sont rassemblés dans l’expectative sous une grande tente sur la Place COD Ground à Agra. Après une introduction musicale par Ekta Kala Manch – branche culturelle d’Ekta Parishad –, Ramesh Sharma, l’un des négociateurs essentiels de l’équipe de Jan Satyagraha a parlé du 11 octobre comme “d’un jour historique dans une cité historique”.
Pendant que Amitabh Beher, un autre des négociateurs de l’équipe, lisait les 10 points de l’accord signé en faveur des démunis et des sans-terre, des copies de l’accord étaient distribuées à tous les marcheurs.
Les deux points majeurs de l’accord sont les suivants :
- l’établissement de l’ébauche d’une politique nationale de réformes agraires dans les 6 prochains mois, qui devrait être finalisée dans la foulée ;
- l’adoption d’une provision légale pour fournir des terres arables aux sans-terre et des terres habitables aux sans-abri.
L’accord fait aussi mention de mécanismes et de recommandations pour s’assurer de la mise en application de ces nouvelles politiques, comme les tribunaux de procédure accélérée, pour résoudre les innombrables procédures en cours, ou la mise en place d’un groupe de travail sur les réformes agraires mené par le Ministre du Développement rural et comprenant aussi des organisations de la société civile, groupe chargé de la mise en application des points de l’accord.
Ce groupe de travail se réunira pour la première fois le 17 octobre à Delhi.
P.V. Rajagopal, leader d’Ekta Parishad et de Jan Satyagraha, a évoqué la lutte qui avait commencé avec la première grande marche, Janadesh, il y a 5 ans.
Il a parlé de son vécu de l’année passée avec la Samwad Yatra, pendant laquelle il a sillonné le pays et fait l’expérience, en personne, de tant de réalités miséreuses de tant de groupes marginalisés en Inde. Il les a appelés “les invisibles”, la plupart d’entre eux n’ayant accès à aucun droit, car ils n’ont pas de papiers pour être identifiés et ne peuvent donc avoir aucune revendication.
Lorsqu’on lui a demandé d’où venait la force de cette lutte, il a affirmé que c’était la force des démunis qui avaient réussi à transformer leur faiblesse en force. Ce qui s’est passé aujourd’hui, a-t-il ajouté, devrait arriver dans l’ensemble du pays, une lutte non-violente qui mène à la victoire.
Il a prévenu, à toutes fins utiles, que si les étapes de la feuille de route n’étaient pas complétées dans les 6 mois, le gouvernement pouvait être assuré de la venue des 100 000 marcheurs d’Agra à Delhi pour compléter la marche.
Lors de son discours, le Ministre du Développement Rural, M. Jairam Ramesh, s’est engagé personnellement à faire tout ce qui était en son pouvoir pour suivre la feuille de route des réformes agraires. Il a encouragé les organisations de la société civile à continuer à faire pression sur les gouvernements, surtout sur les gouvernements d’Etats puisqu’ils possèdent les prérogatives concernant les questions foncières, afin de s’assurer de la mise en application effective des recommandations inclues dans l’accord.
Il a laissé entendre que s’il était avéré que la feuille de route n’était pas suivie, et que les progrès espérés ne se réalisaient pas dans les 6 mois, alors il serait juste de reprendre Jan Satyagraha.
De grands groupes français en première ligne de l’accaparement des terres
L’accaparement de terres agricoles par des multinationales et des fonds spéculatifs se poursuit. Plusieurs grandes entreprises françaises - Louis Dreyfus, AXA, Bolloré, Société Générale, Tereos, Crédit Agricole - y participent activement.
Au Brésil, le groupe français Louis Dreyfus, spécialisé dans le négoce des matières premières, a pris possession de près de 400 000 hectares de terres : l’équivalent de la moitié de l’Alsace, la région qui a vu naître l’empire Dreyfus, avec le commerce du blé au 19e siècle.
Ces terres sont destinées aux cultures de canne à sucre et de soja. Outre le Brésil, le discret empire commercial s’est accaparé, via ses filiales Calyx Agro ou LDC Bioenergia [1], des terres en Uruguay, en Argentine ou au Paraguay. Si Robert Louis Dreyfus, décédé en 2009, n’avait gagné quasiment aucun titre avec l’Olympique de Marseille, club dont il était propriétaire, il a fait de son groupe le champion français toute catégorie dans l’accaparement des terres.
Le Groupe Louis-Dreyfus – 56 milliards d’euros de chiffre d’affaires [2] – achète, achemine et revend tout ce que la terre peut produire : blé, soja, café, sucre, huiles, jus d’orange, riz ou coton, dont il est le « leader » mondial via sa branche de négoce, Louis-Dreyfus Commodities. Son jus d’orange provient d’une propriété de 30 000 ha au Brésil. L’équivalent de 550 exploitations agricoles françaises de taille moyenne !
Il a ouvert en 2007 la plus grande usine au monde de biodiesel à base de soja, à Claypool, au Etats-Unis (Indiana). Il possède des forêts utilisées « pour la production d’énergie issue de la biomasse, l’énergie solaire, la géothermie et l’éolien ». Sans oublier le commerce des métaux, le gaz naturel, les produits pétroliers, le charbon et la finance.
Course effrénée à l’accaparement de terres
(...) la suite sur Basta !
Télévision : le travail d’une ONG à nouveau à la trappe
Il y a quelques jours, nous publiions un témoignage montrant qu’une équipe de France 2, après avoir mobilisé l’aide et les contacts d’une association écologiste, No Fracking France, avait sabordé son reportage sans excuse ni remerciement. Ce témoignage, qui a suscité beaucoup d’intérêt, a conduit la Fondation Sciences Citoyennes à nous envoyer le récit d’une mésaventure similaire. Dans ce cas, cependant, l’équipe de production a répondu poliment.
A la suite du témoignage publié récemment sur France 2 et No Fracking France, voici la lettre envoyée par la Fondation Sciences Citoyennes à « Cash Investigation », de France 2.
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Lettre à Mme Élise Lucet, Rédactrice en chef et présentatrice de l’émission « Cash investigation », France 2.
Madame,
vendredi 3 août 2012
Le 1er juin dernier, la seconde partie de l’émission Cash Investigation, que vous présentez, était consacrée au portrait du lanceur d’alerte Pierre Méneton.
Pour la préparation de ce portrait, La Fondation Sciences Citoyennes (FSC), qui a coordonné la campagne de soutien à M. Méneton, a été sollicitée par votre équipe. Après avoir demandé à nos salariés de préparer le dossier concernant Pierre Méneton et de ressortir tous les documents (tracts, affiches, panneaux,...) relatifs à la manifestation de soutien organisée à l’occasion de son procès contre les Salines de France, votre confrère est alors venu faire un reportage dans nos locaux le 3 mai dernier pendant plus de deux heures. Etaient également présents deux autres chercheurs lanceurs d’alerte membres de notre Conseil d’Administration, André Cicolella et Christian Vélot, que votre confrère avait sollicités pour être interviewés sur la question plus générale de l’alerte, de la place de FSC dans ce combat (dont sa proposition de loi), et être filmés dans le cadre d’échanges avec Pierre Méneton.
Or, à notre grande surprise, le portrait diffusé le 1er juin ne comprend aucun élément des deux heures de reportage fait dans nos locaux et ne fait la moindre allusion à FSC.
Nous ne comprenons pas que vous n’ayez pas jugé utile de nous informer de ce choix éditorial d’autant plus paradoxal que FSC est en France la seule organisation réellement active sur la question des lanceurs d’alerte qui constitue un des piliers de votre émission. Informer les citoyens et les chercheurs sur l’existence de cette association et de son action pourrait pourtant servir grandement une cause à laquelle vous semblez sensible.
Pour résumer, non seulement nous n’avons pas été avertis de la diffusion de l’émission (certains de nos membres l’ont vue par hasard), mais nous n’avons pas reçu à ce jour la moindre excuse ou justification de la part de votre équipe. Nous sommes choqués par une telle désinvolture de plus en plus courante chez les journalistes, un constat qui nous conduit à réagir et interroger nos interlocuteurs du monde de la presse sur leurs méthodes. Donc, qu’en pensez-vous ?
Nous estimons votre émission très utile et nous espérons qu’elle se poursuivra à la rentrée. Cette nouvelle saison pourrait par exemple consacrer une place à la proposition de loi de FSC sur l’alerte et l’expertise, ce qui aiderait à la promotion d’une initiative relevant de l’intérêt général et que craignent ceux, et ils sont nombreux, qui défendent des intérêts particuliers et bien souvent financiers.
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La production de l’émission a répondu par une lettre que voici : ........................
Précision par courriel le 15 octobre à Reporterre de la Fondation Sciences citoyennes : « Nous n’avons pas été sollicités depuis, ce qui compte tenu de l’actualité brûlante du sujet est plutôt étonnant... mais sans nous étonner vraiment. »
Le gouvernement confirme l’EPR de Flamanville
Le gouvernement a réuni le Conseil de politique nucléaire. La ligne : maintien de l’EPR de Flamanville, du Mox, du projet d’enfouissement des déchets nucléaires, fermeture des deux réacteurs de Fessenheim.
Le Président de la République a réuni le Conseil de politique nucléaire le 28 septembre 2012.
Le Conseil de politique nucléaire confirme l’engagement de réduction de la part du nucléaire de 75% à 50% à l’horizon 2025 dans la production d’électricité française. Dans cette optique, les deux réacteurs de la centrale nucléaire de production d’électricité de Fessenheim seront arrêtés définitivement au plus tard le 31 décembre 2016. Le Premier ministre confiera à une personnalité qualifiée placée sous l’autorité de la ministre en charge de l’Energie la mission de préparer cette fermeture dans des conditions économiquement, techniquement et socialement responsables.
Le Conseil de politique nucléaire confirme que l’EPR de Flamanville sera le seul réacteur de production d’électricité mis en service durant le quinquennat. La stratégie de retraitement des combustibles usés et le réemploi dans les réacteurs français des matières fissiles extraites sous forme de combustible MOX sont confirmés.
Le Conseil de politique nucléaire confirme par ailleurs le calendrier prévu par la loi de 2006 en ce qui concerne le centre de stockage géologique des déchets moyennement et hautement radioactifs à vie longue. La ministre de l’Energie veillera en particulier à assurer la tenue du débat public relatif à ce projet en 2013.
Le Conseil de politique nucléaire prend note des travaux en matière de sûreté nucléaire lancés suite à l’accident de Fukushima et demande à ce que l’ensemble des recommandations qui en sont issues soit mis en œuvre. La France militera sur la scène internationale, et notamment lors de la conférence ministérielle sur la sûreté nucléaire qui se tiendra à Fukushima à partir du 15 décembre 2012, en faveur d’un renforcement des conventions internationales relatives à la sûreté nucléaire et d’un renforcement de leur application.
Le Conseil de politique nucléaire réaffirme la confiance de la France dans sa technologie et son industrie nucléaires ainsi que son ambition de développer une filière nucléaire à l’export, sur la base du plus haut niveau de sûreté. Il a examiné les différents projets nucléaires à l’export, en particulier en Europe, en Inde et en Chine. Il prend acte du développement en Chine d’un parc nucléaire très significatif et juge stratégique le développement d’un partenariat durable et équilibré avec la Chine dans le respect du principe de priorité accordée à la sûreté.
Gaz de schiste : en Pologne, les compagnies espionnent les habitants
Les compagnies qui investissent dans les gaz de schiste en Pologne espionnent les communautés locales qui craignent l’impact de l’exploitation de cette ressource sur l’environnement.
Le journal Dziennik Gazeta Prawna a réussi à obtenir un rapport de l’une de ces sociétés. Ce rapport aurait été initialement adressé au vice-ministre des Affaires étrangères qui après avoir indiqué sa propre position sur cette question, l’aurait directement communiqué au Chef de la Chancellerie du Conseil des Ministres Tomasz Arabski, au Directeur Adjoint de l’Agence de Sécurité Intérieure, ainsi qu’au Vice-Ministre de l’Intérieur chargé de superviser la police.
L’additif au rapport signé par la secrétaire d’Etat Beata Stelmach apparaît en ces termes : "Le Ministère des Affaires étrangères a reçu de l’une des sociétés opérant dans le secteur de l’énergie, société engagée dans l’exploration de gaz naturel de schiste (en Pologne), une copie de l’enregistrement des discussions d’associations anti-gaz-de schiste (...). Le contenu de l’information ci-jointe indique une radicalisation significative des positions des ONG par rapport aux gaz de schiste", commente Mme Stelmach.
Ce rapport de cinq pages communiqué au ministère des Affaires Étrangères, relate des discussions qui ont eut lieu début août dernier (2012) dans l’un des hôtels de Leba (station balnéaire du bord de la Baltique). A ces discussions ont notamment pris part des représentants d’associations actives dans la voïvodie de Poméranie mais aussi des agriculteurs non engagés.
Au début du document, un rapport de chaque participant est minutieusement dressé. Par exemple : "Ilona Olszewska - le problème de l’énergie éolienne – une grande dame mince, cheveux courts noirs, gentille, ne se prononce pas, (...) Werner Rudkowski, un agriculteur, a accusé Geofizyka d’intrusion sur sa terre ». Le rapport relate ensuite des prises de position conflictuelles entre les participants.
La fin de ce document relate les grandes décisions prises lors de cette réunion : créer un centre de coordination des actions, interpeler les députés, informer le médiateur chargé des affaires citoyennes, demander des rapports sur l’impact sur l’environnement.
"Les participants ne veulent pas que leurs terres soit déclassées en zones minières. Ils sont aussi conscients de l’étiquette d’« écofanatiques », de « suppôts à la solde de la Russie et de Gazprom » qui leur est attribuée", commente en conclusion l’auteur de ce rapport à l’attention du Ministère des Affaires étrangères.
"Je suis très choquée. Nous ne savions pas qu’il y avait parmi nous une personne déléguée par une compagnie. Cette personne n’a pas participé à la discussion, alors que cette réunion était ouverte au public", déclare à notre rédaction Monika Gałasiewicz, co-organisatrice de la réunion, qui grâce à nous, vient de prendre connaissance de l’existence de ce rapport.
Pour justifier sa contribution dans la diffusion restreinte de ce rapport, le Ministère des Affaires Étrangères donne l’analyse suivante : « Prenant en compte le fait qu’il y a là une volonté délibérée d’enfreindre l’ordre public et la sécurité intérieure, nous avons trouvé utile de transmettre ce rapport aux autorités compétentes (Agence de Sécurité Intérieure, Agencja Bezpieczeństwa Wewnętrznego ABW, Ministère de l’Intérieur, MSW - ndlr)", commente le service de presse du ministère.
L’ABW et la direction des Polices ont confirmé auprès de notre journal DGP la réception par leurs services du fameux rapport. Ils ont refusé néanmoins de communiquer les suites données à ce courrier en terme de décisions. L’un des policiers a expliqué de manière anonyme : "Nous sommes aptes à intervenir dans des cadres opérationnels dès lors qu’il s’agit de la sécurité énergétique de l’Etat."
Euro-député à PO (Plateforme Civique) mais aussi co-organisateur de la réunion de Leba, Boguslaw Sonik ne cache pas son amertume : "Dans une lettre sonnant comme une directive, le Ministère des Affaires étrangères avait invité le Ministère de l’environnement à entreprendre enfin une vaste campagne de sensibilisation auprès des autorités et collectivités locales. Il serait bien dommage que cela se termine par des voeux pieux et qu’en définitive des actions de police contre la population fassent office de dialogue."
Notre Dame des Landes : nous habitons !
Alors que les gendarmes pourraient investir prochainement la « Zone à défendre » de Notre Dame des Landes, ses habitants redisent leur attachement à ces lieux où « les perles de rosée glissent le long des toiles d’araignée »
Déclaration lue lors de l’ouverture d’une maison Vinci au Liminbout, le samedi 13 octobre 2012
AmiEs d’ici, AmiEs d’ailleurs,
Beaucoup parmi vous connaissent ces lieux. Pour celles et ceux qui habitent ici, légalement ou illégalement, tout est familier :
Les voisinEs avec qui l’on partage des moments de fête et d’échanges, de lutte et de résistance.
Les jardins que l’on bichonne, les fermes rythmées par les horaires de la traite, les chemins dans lesquels on se perd pour cueillir mûres et champignons…
D’autres parmi vous viennent peut-être ici pour la première fois. Parce que même s’ils n’ont jamais parcouru ces champs et ces bois, même s’ils n’ont pas un souvenir dans chaque pierre, dans chaque arbre, à chaque croisée des chemins : ils n’acceptent pas que tout cela soit détruit ! En reprenant cette maison vide aujourd’hui, malgré le risque que la gendarmerie nous en chasse, nous voulons passer ce message :
La lutte continue, nous ne tomberons ni dans le piège de la répression qui veut nous rendre impuissantEs, ni dans celui de la négociation avec Vinci qui veut faire de nous des accompagnateur-trices du projet, des complices de notre malheur.
Ils ont les moyens de faire de cette zone un désert. Ils sont en train de transformer les hameaux en villages fantôme, ils rêvent d’un bocage avec des haies en plastique et des grillages de métal, d’une terre où la brume est remplacée par les gaz d’échappement des avions, où les perles de rosée ne glissent plus le long des toiles d’araignées mais sur des panneaux solaires du toit d’un aéroport.
Nous avons toujours dit : un territoire se défend par celles et ceux qui l’habitent, mais pas seulement. D’ici comme d’ailleurs, nous sommes venuEs montrer à ceux qui nous chassent que nous pouvons ensemble nous dresser contre leur logique comptable et destructive, par notre discours et par nos actes, même s’il faut pour cela enfreindre leurs lois.
Alors que Vinci et l’état socialiste déploie tout une machinerie infernale pour broyer celles et ceux qui ont décidé de rester et refuser de coopérer,
Alors que l’on croise avec tristesse le chemin de celles et ceux qui nous ont accueilli au départ et s’en sont allés,
Alors que les maisons, les terres et les fermes de la zone se vident et que le départ de chaque habitant marque l’arrivée de nouveaux vigiles et un accroissement du flicage de la zone,
Nous sommes ici pour dire : nous ne partirons pas, il n’y a rien à négocier, mais tout à prendre ou tout à perdre !
Ils auront beau nous harceler, nous expulser unE à unE, nous traîner encore et encore devant les tribunaux, nous continuons de lutter... même si le combat est inégal, même si la résistance semble vaine.
A la veille des expulsions, il nous reste encore une marge de manœuvre : habitons les lieux.
Nous devons repeupler la zone à mesure qu’elle se vide pour soutenir celles et ceux qui refusent de partir. Pour empêcher par notre présence l’avancée de projet. Pour hurler notre refus de l’absurde et poser ensemble des gestes de résistance et comme le disait Günther Anders :
« - le courage ? Je ne sais rien du courage. Il est à peine nécessaire à mon action. - la consolation ? Je n’en ai pas encore besoin. - d’espoir ? Je ne peux vous répondre qu’une chose. Par principe, connais pas. Mon principe est : S’il existe la moindre chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir contribuer à quelque chose en intervenant dans cette situation épouvantable dans laquelle nous sommes mis, alors il faut le faire »
Bioconvivium à Valence
« BIO CONVIVIUM » 2012 18 et 19 octobre à Valence (Drôme)
Premier département bio de France, la Drôme partage son expérience et relance le débat sur la bio. Elle organise la 1re édition de « Bio Convivium » sur le thème : « Comment la bio participe-t-elle à l’évolution d’un modèle agricole et économique d’un territoire ? »
Événement novateur d’envergure nationale, le 1er « Bio Convivium », se place comme un lieu de rencontres et de débats qui rassemblera chercheurs, scientifiques, spécialistes et représentants des professionnels agricoles et de l’agroalimentaire, ainsi que les acteurs de la gouvernance des territoires sur des questions d’actualité concernant la bio.
Visites thématiques sur le terrain (sites de recherche, entreprises et exploitations, points de vente collectifs), conférences (bio, santé et alimentation) ateliers, débats (bio et développement économique, bio et environnement), controverse (un bio, des bio(s), quelles évolutions pour demain ?) vont rythmer ces deux jours.
« Bio Convivium » est organisé en partenariat avec BioDrôme Initiatives (Agribiodrôme, Biovallée, le Département et la Chambre d’Agriculture de la Drôme), Bioconvergence et le Cluster Organics.
Débats animés par François Desnoyers, auteur et journaliste des questions agricoles ; conclusion Hervé Kempf, journaliste et écrivain.
Renseignements et inscriptions : bioconvivium (arobase) ladrome.fr Tél : 04 75 79 81 65
La Drôme est le 1er Département bio de France avec 933 exploitants bio ou en cours de conversion. 14,4% de sa surface agricole, soit 31 992 hectares, sont cultivés en bio ou en cours de conversion. La moyenne française est de 3,5%.
La transition écologique a commencé le 16 octobre à Notre Dame des Landes
La « transition écologique » promise par le président François Hollande a commencé mardi 16 octobre à l’aube : les gendarmes armés de pied en cap ont commencé l’évacuation des habitants des terrains d’un éventuel aéroport à Notre Dame des Landes. A 13 h 50, les opérations militaires n’étaient pas achevées.
Pour les événements au jour le jour depuis le 16 octobre, lire la relation de ce qui se passe à Notre Dame des Landes
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- Harlem Désir, secrétaire national du Parti socialiste, commentant l’’événement à Notre Dame des Landes : « Nous sommes pleinement engagés ensemble pour réussir la transition écologique de notre pays ».
- Reportage video des expulsions du matin (1’43")
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22:30 : les gendarmes vers la Platform de Phare Ouest sont partis
22h20 ALERT !!!! Nouvelles Info : GM et CRS s’approche a la barricade de Sabot, il y a un camion gendermarie au hauter de Phare Ouest.
21h40 : les CRS se replient en face de Sabot
21h09 : fin d’assemblée générale du Sabot, la barricade tient bon. de gros projecteurs ont été installés par les flics et éclairent les champs face au Sabot.
20h37 : pas de nouvelles de Sabot, c’est calme, on reste vigilantes
18h55 : barrage de CRS au croisement de la route des Fosses noires avec la route Paquelais-Planchettes. Présence de la BAC signalée
18h35 : les flics sont entrés dans la parcelle du Sabot.
18h27 : le tractopelle est en train de se frayer un chemin à l’entrée du Sabot donc l’attaque est en cours
18:23 : des amiEs solidaires nous font savoir que les compagnies de flics dorment au Campanile de Rezé et à l’Etap Hotel de Ste Luce...
18h16 : une charge se prépare sur le Sabot à travers la haie et par le chemin. APPEL A RENFORT.
18h15 : arrivée d’un tractopelle dans le chemin du sabot pour entrer dans le jardin à travers la haie. une quarantaine de personnes sont toujours au Sabot.
18h : accès à la Vacherie toujours bloqué
17h55 : quelques extraits des messages de solidarité reçus : message d’Atenco : « Cette semaine sera present le president entrant du Mexique à Paris. Nous serons donc present ce mercredi sur le parvis du trocadero, en tant que collectif de BoCa En BoCa nous nous engageons a diffuser aussi l’information de l’actualite sur la ZAD, car NI ICI, NI AU MEXIQUE, NI AILLEUR LA TERRE NE SE VENDRA !! ELLE SE DEFENDRA !!! » Appel à manif de soutien à Lyon samedi 20 octobre lancé par les gens en lutte contre le grand stade et plein d’autres !
17h35 : dernières nouvelles en date du Sabot : une barricade flambe toujours, une autre est derrière. Après quelques avancées reculées des un-e-s et des autres, chacun est ce moment de son côté.
[17 h 00 : La zone est bouclée]
vers 16 h 00 : pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, le ministre des transports Frédéric Cuvillier répond à la question d’Eva Sas sur Notre Dame des Landes. En substance, « c’est un projet qui permet de répondre au développement économique », et d’ailleurs, il avait « été lancé en 2008 par le précédent gouvernement ». Autant dire que sur ce point, le Parti socialiste et l’UMP, c’est le parti unique... A regarder sur le site de l’Assemblée nationale.
16h35 : Les lieux expulsés seraient en train d’être vidés, un camping-car et une voiture ont été vus sur des dépanneuses.
16h30 : 15 camions de CRS aperçus à Vigneux de Bretagne in direction Paquelais.
15h40 : d’après une source extérieure, les gardes mobiles seraient mobilisés pour 48h pour empêcher les réoccupations de maisons.
15h20 : barricade en feu au Sabot. Leur position serait délicate. besoin de renfort et de soutien
15:10 : les gens dans le Sabot se font gazer, dépanneuse et tractopelle en vue, 3 camions de CRS et 10 de gendarmes se dirigent vers le Sabot
15:00 : 60-70 personnes au Sabot, ça pourrait durer un moment. possibilité de les rejoindre par le sud.
14:15 : départ des policiers stationnés devant la Chévrerie
14:00 : nouvelle barricade se met en place dans le chemin du Sabot
13h50 : les flics démontent les dernières voitures de la barricade bloquant l’entrée du chemin du Sabot
13h40 : les flics n’ont pas l’air de se décider à entrer à la Chévrerie. Ils ont passé la première barricade au Sabot, ils arrivent un peu de tous les côtés et gazent beaucoup.
13:30 : les flics ont cassé leur treuil en voulant enlever la barricade du sabot !! (On ne va pas se priver de souligner les petites victoires)
13h15 : charge et tirs de lacrymo vers le Sabot ; arrivée de nombreux fourgons de CRS
13 :10 : à priori, ordre de dispersion de la barricade du Sabot aussi
13:10 ordre de dispersion donné à la barricade près de chévrerie, pour accéder aux chemins conduisant vers far ouest et chévrerie
13:05 flics ne peuvent pas rentrer au Sabot pour cause de défaut dans la procédure (pas de venue d’huissier ?) le Sabot tient donc toujours
12h52 : 7 fourgons vus depuis le Temple vers le Chêne des Perrières. Gendarmes démontent barricade de l’entrée du chemin du Sabot. CRS au niveau du chemin de la Chèvrerie.
12h45 : les gardes mobiles sont des deux côtés, se rapprochent de l’entrée du chemin de la Chèvrerie, à la fois depuis les Planchettes et depuis la Chèvrerie. Ils ont fait des sommations.
12:35 : finalement pas (ou plus ?) de flics du côté de la plateforme du far
12:20 : les flics sont à la hauteur de la Platforme au Far Ouest avec la possibilité d’attaquer la Cabane Far par le bas, les fourgons sont de plus en plus nombreux devant le Sabot et angle fosses noires
12:07 : sur l’axe Paquelais/Planchettes flics au niveau de planchettes et devant le chemin de la chêvrerie, un convoi se dirige vers eux, flics a pied se dirigent des Fosses noires vers Sabot, il y a du monde devant une barricade au niveau du chemin du sabot, illes aimeraient être plus nombreux-ses
11:50 : gendarmes se dirigent vers la Chévrerie, du monde va vers là-bas, besoin de gens pour y être plus nombreux-ses flics démontent une barricade vers le Far Ouest, pas de flics vus au niveau du sabot
11:42 : blocage sur le chemin de Fosse noir pour empêcher les fourgons GM d’aller vers le Sabot.
11h30 : GM devant une barricade dans le chemin Sabot/100 Chênes.
11h18 : dans son discours, le préfet a déclaré que l’opération est terminée pour aujourd’hui, s’est bien déroulée, sans interpellations ; et que l’occupation militaire devrait durer plusieurs jours pour permettre la destruction des maisons.
11:16 : 3 fourgons au tour de La Saulce.
11h10 : hélico au dessus du Sabot/100 chênes : appel à soutien par là-bas
10h56 : de nombreux véhicules se dirigent vers la Paquelais sans y parvenir donc ils se concentrent probablement dans la zone Sabot/100 chênes/Chévrerie
10h50 : fin ou démenti de l’annonce de gendarmes à la Vache rit
10h30 : camions de gendarmes et CRS à la Vache rit, 5 fourgons vus partant de la Boissière en direction de Grandchamps
10h30 : d’après Ouest France : Les planchettes vides auraient été expulsées à 7h30
10h : d’après Presse Océan, le préfet est attendu sur place en milieu de matinée ....
10h : tout le monde est parti sans encombre de la gaité, la police attend la venue de maçons pour boucher les trous du toit bel air : tjs une personne sur le toit, besoin de présence là-bas /
9h48 : côntroles d’Identité sur la route de Fosse noir, les voitures peuvent ensuite passer
9h45 : communiqué de la préfécture de Loire-Atlantique cité par le Point : « l’opération concerne sept occupations illégales sur des espaces bâtis et quatres zones d’occupation illégales non bâties »
9h33 : barricades sur la route de Vigneux enflammées
9h28 : on apprend que le Pré Failli a été expulsé entre 7 et 8 heures
9h25 : « Gaité » tout le monde est sorti, plus personne sur le toit, encore des gens au tour
9h15 : Gaité : encore une personne sur le toit, une cinquantaine autour de la maison, des personnes auraient été arrêtées et directement relachées
9h Bel Air : toujours une personne sur le toit, les autres sur la route : illes exigent de garder la jouissance du jardin
9h : 3 camions de déménagement, 3 dépanneuses, de véhicules type pelleteuse , 5 véhicules de gendarmes vues sur la départementale de Vigneux
8h45 : expulsion du Tertre
8h45 : d’après France info, une personne sur le toit de bel air
8h40 : camion en provenance du sud est (depuis boissière), des barricades bloquent certaines routes
8h30 : expulsion à Bel air
8h15 : « Gaité » - la maison encerclée, 2 personnes sur le toit, des gens à l’intérieur : besoin de soutien !!
8h10 : les gendarmes sont rentrée dans la Gaité
8h : arrivée d’autres véhicules depuis le temple vers le tertre
7h55 : Fourgon ont passé barricade et se dirigent vers ouest du chemin de suez face à la maison de Tertre
7h53 : demande de renfort à la Gaité
7h45 : flics autour de la gaité, fourgons de flics bloqués entre rosier et chemin de suez, arrivée de poids lourds de flics vers centre zad
7h35 : arrivée de voitures de flics sur chemin de la gaité
7h35 : Moderation d’Information de l’assiègement de la Saulce : non confirmé pour l’instant
7h30 :40 Fourgon depuis le Portiron (OUEST) vers le Centre
7h29 : 10 cars de plus depuis sud ouest (vigneux)
7h25 : 20 fourgons de CRS vus en provenance du sud ouest (vigneux) 20 fourgons du côté de la boissière /
7h20 : entrée de la police à la Saulce
6h55 expulsion de la Bellish, tirs de gaz et détonations entendues pas d’appel à renfort par là-bas
6h30 : quinze fourgons de gendarmes mobiles ou CRS à la Boissière : venant vers la Zad depuis le sud-ouest.
Notre Dame des landes : début des vigies à Paris
Les Citoyens Vigilants de Notre-Dame-des-Landes seront à Paris devant le Ministère de l’Ecologie et des Transports ce mercredi 17 octobre 2012 à partir de 10 h pour une première vigie citoyenne parisienne. Il s’agit de faire apparaître la résistance au projet de nouvel aéroport nantais devant les ministères concernés : écologie et transports, agriculture, finances. C’est pourquoi les Citoyens Vigilants se déplaceront dorénavant à Paris certains mercredis, jour du Conseil des Ministres en complément des opérations à Nantes.
En effet, depuis 4 ans, des citoyens opposants au projet de nouvel aéroport - projet de Notre-Dame-des-Landes - ont mis en place des vigies quotidiennes devant des lieux symboliques de la ville de Nantes (Conseil général, Hôtel de Ville, sièges du PS et de l’UMP) et dans divers lieux très fréquentés de la ville pour dénoncer l’aberration de ce projet d’aéroport, informer largement la population et montrer que la résistance est permanente. Cette opération appelée « Citoyens vigilants » est calquée sur le mode de fonctionnement de la vigie réalisée devant le siège de l’OMS à Genève depuis plus de 5 ans pour dénoncer sa collusion avec le lobby nucléaire : 2 personnes au minimum se positionnent devant les lieux choisis, portent des chasubles à texte et échangent avec les passants qui le souhaitent. Il n’y a pas de tractage proprement dit. L’idée est de laisser la population venir s’informer.
Nombreux sont les citoyens qui participent à cette opération et nombreux aussi sont les citoyens qui, en accord avec les opposants, ont signé la pétition proposée. Suite au changement de gouvernement - Jean Marc Ayrault, maire de Nantes et ardent défenseur du projet, étant devenu Premier Ministre -, il est apparu indispensable de « monter à Paris » pour peser encore davantage sur les décideurs nationaux et questionner tous les ministres du gouvernement.
La presse est invitée à venir rencontrer les citoyens vigilants ce mercredi 17 octobre, de 10 h à 16 h devant le Ministère de l’Ecologie et des Transports, 246 Boulevard Saint Germain.
Un point presse est proposé à 11 h.
Une vigie postale à l’Élysée
En parallèle, une « Vigie postale » hebdomadaire à destination de François Hollande, s’est mise en place, avec un courrier envoyé à l’Élysée une fois par semaine depuis le 29 août, chaque lettre informant le Président sur un aspect différent du dossier. Les lettres et les réponses reçues sont à présent mises en ligne à raison d’une par semaine, le mercredi pour la lettre, le samedi pour la réponse. Ces courriers sont visibles sur le site Paroles de campagne, rubrique Vigie postale Elysée.
Notre Dame des Landes participe d’une lutte titanesque
« Dans la plupart de ces investissements d’infrastructures colossales, on trouve des pouvoirs publics instrumentalisés par les lobbies des firmes transnationales et les maffias du béton, selon la logique classique : privatiser les bénéfices et socialiser les pertes. »
Lettre de soutien aux grévistes de la faim en lutte contre le projet d’aéroport de Notre Dame des landes.
Cher(e)s Camarades,
En tant que théoricien de la « décroissance », ayant consacré ma vie professionnelle à dénoncer l’imposture de l’idéologie développementiste et les ravages des grand projets de développement, d’abord au Sud, puis maintenant en Europe, (Mégapont sur le détroit de Messine, train à grande vitesse dans le val de Suza, centrale à charbon de Civitàvecchia, projet d’usine de regazification du méthane dans les ports de l’Adriatique, Usines d’incinération de déchet, etc.), je ne peux que me sentir solidaire de votre combat. Dans la plupart de ces investissements d’infrastructures colossales, on trouve des pouvoirs publics instrumentalisés par les lobbies des firmes transnationales et les maffias du béton, selon la logique classique : privatiser les bénéfices et socialiser les pertes.
En ce qui concerne le cas spécifique du projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes, il s’agit non seulement d’un crime contre l’environnement mais d’une stupéfiante bêtise économique. Crime contre l’environnement, car l’expropriation des 240 ha de fermes n’est que le début de la destruction de 2000 ha de bocage au profit d’une activité, le trafic aérien, dont l’empreinte écologique est désastreuse. La stérilisation d’une telle superficie de terres agricole au profit de l’asphalte et du béton est une aberration, alors que se profilent les menaces de crises alimentaires pour les prochaines décennies. Une stupidité économique, car il est à prévoir qu’au moment où les installations aéroportuaires deviendront opérationnelles, l’aviation civile connaîtra une crise sans précédent du fait du renchérissement considérable du prix du pétrole.
Il faut tout l’aveuglement de nos élites et de nos élus sur les problèmes écologiques pour ne pas se rendre compte que le projet ne sera jamais rentable, mais qu’en attendant les dégâts causés à l’environnement seront irréversibles. Les intérêts privés, parties prenantes du projet, ont pris leur précaution pour tirer, quoiqu’il advienne, leur épingle du jeu. Restera la note à payer pour les citoyens et, pour les agriculteurs chassés de leur terre, leurs yeux pour pleurer.
Votre action n’est pas seulement un combat local légitime, mais participe de la lutte titanesque menée, un peu partout dans le monde, entre le productivisme dépassé d’une société de consommation dans l’impasse et la vision écosocialiste d’une société d’abondance frugale et de prospérité sans croissance.
Montebourg pour la remise à plat du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes
Le ministre du Redressement industriel s’est déclaré partisan de reprendre le projet « depuis le début ».
Les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes ont gagné un renfort de poids : Arnaud Montebourg, ministre du Redressement industriel.
Voilà ce qu’il a écrit : « Je vous le dis avec netteté, il faut tout reprendre depuis le début. ».
Et encore : « L’aménagement du territoire au XXIe siècle ne peut plus se concentrer uniquement autour des grandes infrastructures ou équipements publics : il doit également développer une vision des territoires avec et pour les citoyens qui y vivent ».
Enfin : « Dans la VIe République que je défends les pouvoirs et contre-pouvoirs seront organisés de telle manière que jamais un projet qui divise autant ne puisse être adopté, au niveau national comme au niveau local. »
Hmm... c’était avant qu’il soit ministre. Mais un homme politique de cette envergure peut-il se déjuger ?
Les Moissons du futur
Introduction du livre de Marie-Monique Robin, Les Moissons du futur :
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« Ne faisons pas croire aux Français que l’on pourra cultiver des pommes, des poires ou des fruits sans aucun pesticide : ça a toujours existé et ça continuera d’exister, parce que sinon vous ne produirez pas suffisamment de produits et puis vous aurez des vers, vous aurez d’autres risques d’intoxication alimentaire liés à l’absence d’utilisation de pesticides. » C’était le 21 février 2011, dans l’émission « Mots croisés » de France 2, animée par Yves Calvi. Intitulé « Du poison dans nos assiettes », le débat de ce soir-là réunissait Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire, qui a prononcé cette phrase, Jean-René Buisson, le président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA)[1], José Bové, député européen d’Europe Écologie Les Verts, et moi-même. J’avais été invitée à l’occasion de la sortie de mon film et livre Notre poison quotidien[i][2], où je démontrais l’inefficacité de la réglementation des produits chimiques qui contaminent la chaîne alimentaire, comme les pesticides, les additifs ou les plastiques alimentaires.
« Il n’y a pas d’alternative »
Comme on pouvait s’y attendre, l’échange avec mes deux contradicteurs avait été vif, notamment quand nous avions abordé l’impact des fameux « produits phytosanitaires », selon l’euphémisme de rigueur, sur les agriculteurs qui les utilisent, mais aussi sur nous les consommateurs qui en ingérons quotidiennement des résidus (sauf si nous mangeons bio). Se voulant rassurant, Bruno Le Maire avait affirmé que « nous avons le système de normes le plus strict au monde en matière de contrôle sanitaire », sans préciser d’où il tenait cette « information » (sur quels critères pourrait-on se fonder pour effectuer une telle comparaison ?) ; puis, il avait évoqué le « chemin parcouru » : « Il y avait 1 000 substances chimiques autorisées en Europe en 2000 pour cultiver des produits agricoles, aujourd’hui, il n’y en a plus que 250. » En clair : 750 pesticides hautement toxiques ont récemment été retirés du marché, après avoir empoisonné notre environnement pendant des décennies. Malheureusement, dans le feu du débat, je n’ai pas eu l’occasion de rappeler au ministre de Nicolas Sarkozy qu’en 2010, il avait demandé à l’Union européenne de lui accorder soixante-quatorze dérogations pour que les agriculteurs français puissent utiliser des pesticides interdits[3]…
Toujours est-il que sur le plateau de France 2, Bruno Le Maire avait affirmé avec l’aplomb du « spécialiste » qu’il n’est pas possible de « cultiver des pommes, des poires ou des fruits sans aucun pesticide », avant d’ajouter : « Le risque majeur, c’est d’affaiblir l’agriculture française, de faire baisser la production française et de nous retrouver en situation de dépendance alimentaire vis-à-vis de pays qui, eux, ne respectent absolument pas les normes sanitaires ou environnementales. » Enfonçant le clou, Jean-René Buisson, l’ancien secrétaire général du groupe Danone, qui préside l’ANIA depuis 2004, avait, de son côté, martelé : « Il faut rappeler, aujourd’hui, qu’il n’y a pas, aujourd’hui (sic), de solution totalement alternative aux pesticides. Et d’autre part : comment on nourrit les gens ? Je vous rappelle les chiffres : si on fait des produits absolument sans pesticides aujourd’hui, c’est 40 % de production en moins, 50 % de coûts en plus. » « Diantre ! », m’étais-je dit, les chiffres avancés par Buisson ont l’air sérieux ! Et je m’étais juré d’en rechercher la source, car, bien sûr, le patron de l’industrie agroalimentaire s’était bien gardé de la fournir. C’est notamment pour vérifier la validité des pourcentages assénés, la main sur le cœur, par Jean-René Buisson que j’ai décidé de réaliser l’enquête qui est à l’origine de ce livre.
En transcrivant les paroles des deux défenseurs de l’agriculture chimique, j’ai repensé au livre Il n’y a pas d’alternative, de l’économiste Bertrand Rothé et du cinéaste et romancier Gérard Mordillat, publié deux mois après l’émission de France 2[ii]. Reprenant la fameuse expression de Margaret Thatcher, « There is no alternative »[4], les deux auteurs y analysent trente ans de discours libéral et montrent comment « TINA » – l’acronyme de « There is no alternative » – est devenu depuis une trentaine d’années une « arme rhétorique redoutable », que les « élites économiques européennes vont répéter et faire répéter par tous les médias jusqu’à ce qu’il soit entendu comme une vérité révélée » : « Il n’y a pas d’alternative au capitalisme, au marché, à la mondialisation, à la déréglementation financière, aux baisses de salaires, aux délocalisations, à la disparition des protections sociales, etc. Cette idéologie va infester les sociétés occidentales, provoquer le déclassement social du plus grand nombre et des profits gigantesques pour quelques-uns. »
« Que voulez-vous, il faut être réaliste ! Il n’y a pas d’alternative aux pesticides ! » Combien de fois ai-je entendu cette « vérité révélée », pour reprendre l’expression de Bertrand Rothé et de Gérard Mordillat, assortie généralement d’un argument culpabilisant : si on renonce aux biocides, « on ne pourra pas nourrir la France » (Le Maire) ni « le monde » (Buisson). L’assertion représente l’un des outils de communication favoris de Monsanto, le leader mondial des organismes génétiquement modifiés (OGM), qui, dès juin 1998, inondait la presse européenne de cet encart, conçu par l’agence de communication britannique Bartle Bogle Hegarty : « Nous sommes à l’aube d’un nouveau millénaire et nous rêvons tous de lendemains sans faim. Pour réaliser ce rêve, nous devons accueillir la science qui promet l’espoir. La biotechnologie est l’outil du futur. Freiner son acceptation est un luxe que le monde affamé ne peut pas se permettre », ainsi que je l’ai rapporté dans mon livre Le Monde selon Monsanto[iii].
Moralisateur – qui oserait s’opposer à des « technologies », les pesticides ou les OGM[5], censées résoudre le fléau de la faim ? –, l’argument comprend, cependant, une zone d’ombre que ses énonciateurs sont prompts à oublier : promu sans relâche depuis un demi-siècle, le modèle agroindustriel n’est pas parvenu à « nourrir le monde ». Loin s’en faut. D’après la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, 925 millions de personnes souffraient de la faim en 2010, tandis que la malnutrition et les maladies qui y sont associées tuent, chaque année, 7 millions d’enfants. Dans son livre Destruction massive, géopolitique de la faim, où il cite ces chiffres, Jean Ziegler, qui fut rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, dénonce la « doxa néolibérale sur la fatalité des hécatombes ». « La destruction, chaque année, de dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants par la faim constitue le scandale de notre siècle, écrit-il avec sa franchise légendaire. Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Sur une planète qui regorge pourtant de richesses. Dans son état actuel, en effet, l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains, soit deux fois la population actuelle. Il n’existe donc à cet égard aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné[iv]. » Et de conclure : « La faim est faite de main d’hommes, et peut être vaincue par les hommes[v]. »
Quand on referme l’ouvrage de celui qui « entretient sa colère en voyant la misère des pays[vi] », on se dit que le « TINA » de Le Maire, Buisson et consorts est un peu court et qu’au minimum les recettes chimiques qu’ils brandissent comme la panacée universelle appellent à un peu plus de modestie. Non, l’agriculture industrielle, malgré les sommes colossales englouties pour la développer, voire l’imposer, du Nord au Sud de la planète, n’est pas parvenue à nourrir l’humanité ! Et si le modèle qu’elle incarne représentait, au contraire, l’une des causes principales de la progression de la faim ? Si j’ai décidé de mener l’enquête, qui constitue la matière de ce livre, c’est aussi pour voir ce qui se cache derrière les « TINA » répétés à l’envi pas les vendeurs des poisons agricoles et leurs relais politiques.
« L’agroécologie peut nourrir le monde »
Deux semaines après l’émission « Mots croisés », j’étais au Palais des Nations unies de Genève pour assister à un événement qui m’a définitivement convaincue que je devais reprendre la route. Le 8 mars 2011, en effet, Olivier de Schutter, le successeur de Jean Ziegler au poste de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, présentait un rapport intitulé Agroécologie et droit à l’alimentation, qui fut largement commenté dans la presse internationale[vii]. D’une durée de sept minutes, ainsi que l’exige le règlement de l’ONU, l’allocution du juriste belge a été prononcée devant le Conseil des droits de l’homme, réuni en séance plénière. Je reviendrai longuement sur le travail d’Olivier de Schutter, que j’ai eu le privilège de rencontrer à Genève, Mexico, New York et Accra (Ghana), mais je me contenterai de citer ici un extrait de sa présentation, qui a dû passablement irriter les adeptes de l’agriculture chimique.
« Je présente ce rapport à un moment où les prix alimentaires mondiaux ont augmenté pendant huit mois consécutifs, a commencé l’expert onusien. Les prix à l’exportation des principales céréales ont crû d’au moins 70 % depuis février 2010. […] Or, cette crise n’est pas le résultat de quelques accidents isolés. […] La crise que nous affrontons n’est pas seulement une crise de l’offre, c’est aussi une crise de la pauvreté : il faut augmenter les revenus dans les zones rurales, où résident 75 % des personnes les plus pauvres, afin qu’elles puissent se nourrir dignement. C’est une crise de la nutrition. […] Et enfin, c’est une crise écologique : des méthodes de production non durables accélèrent le changement climatique et la dégradation des sols et épuisent les réserves d’eau douce, menaçant à terme notre capacité à nourrir la planète. […] Au sein de la communauté scientifique, un constat s’impose : il faut changer de cap. Les recettes anciennes ne valent plus aujourd’hui. Les politiques de soutien à l’agriculture visaient à orienter celle-ci vers l’agriculture industrielle. Il faut à présent qu’elles s’orientent vers l’agroécologie, partout où cela est possible. »
Puis l’expert onusien a évoqué les « quatre atouts majeurs de l’agroécologie », avant d’inviter les « États qui sont attachés à la réalisation du droit à l’alimentation » à « transformer en programme d’action gouvernementale cette vision d’une agriculture nourricière et productive, créatrice de prospérité dans les campagnes et dans les villes, moins dépendante du pétrole et plus résistante aux extrêmes climatiques ». Après les affirmations intempestives de Bruno le Maire et de Jean-René Buisson, le lecteur reconnaîtra que j’avais de quoi être troublée !
Qu’est-ce que l’agroécologie et en quoi constitue-t-elle une solution aux défis que l’humanité aura à relever au cours du xxie siècle ? Ma nouvelle enquête vise précisément à vérifier sur le terrain le « potentiel de l’agroécologie pour faire reculer la faim et la pauvreté », selon les mots d’Olivier de Schutter.
« La maison brûle »
« Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs. » Cette phrase prononcée par le président Jacques Chirac le 2 septembre 2002, lors du Sommet de la Terre de Johannesburg (Afrique du Sud) a été reprise, mais détournée, dans un éditorial du journal Le Monde du 8 avril 2012. « La maison brûle, mais ils regardent ailleurs », titrait le quotidien du soir. Oui, mille fois oui ! Combien de fois ai-je « pesté » pendant la campagne électorale française du printemps 2012, enrageant de voir à quel point les candidats à la charge suprême étaient sourds aux « avertissements lancés de tous côtés, sans cesse plus nombreux et argumentés », ainsi que l’écrivait mon confrère qui ajoutait : « Pas un mois ou presque sans qu’une étude scientifique pointe tel ou tel dérèglement progressif, insistant et, au bout du compte, inquiétant. »
En préparant ce livre, j’ai relu des dizaines de coupures de journaux, accumulées au cours des dernières années, et ayant trait à l’évolution de la planète. Je les ai classés par thème : « crise du climat », « crise de la biodiversité », « crise de l’eau », « crise alimentaire », « crise énergétique », « crise sanitaire », « crise financière ». Et, de fait, tous les signaux sont au rouge. Étroitement imbriquées, toutes ces crises sont l’expression d’un système économique dévastateur qui nous mène droit dans le mur si nous ne changeons pas de toute urgence de paradigme. Car les défis à relever sont énormes : d’après la FAO, il faudra augmenter la production agricole de 70 %, si l’on veut nourrir les 9 milliards d’habitants que comptera le monde en 2050. Comment y parvenir sans épuiser définitivement les ressources de la planète ?
C’est à cette question, fondamentale pour la survie de l’humanité, que tente de répondre ce livre. Contrairement à mes ouvrages précédents, celui-ci ne vise pas à l’exhaustivité, car je l’ai conçu comme un carnet de voyages, où j’assume pleinement le choix des histoires que j’ai décidé de raconter ou celui des témoins que j’ai rencontrés : des agriculteurs – chaque expérience agroécologique présentée est incarnée par un paysan et/ou une paysanne –, des scientifiques qui travaillent dans le domaine de l’agroécologie et des représentants des organisations internationales. Inutile d’y chercher des interviews de représentants de l’industrie chimique ou des promoteurs du modèle agroindustriel : il n’y en a pas. D’abord parce que j’ai longuement exposé leurs arguments dans mes films et livres précédents ; et puis parce que je voulais avant tout répondre à la question que l’on me pose régulièrement lors des multiples débats ou conférences auxquels j’ai participé depuis plusieurs années : « Peut-on faire autrement ? »
Que le lecteur soit rassuré : les alternatives existent, ainsi que le prouvent les nombreuses pratiques agroécologiques que j’ai pu observer dans les neuf pays où je me suis rendue (Mexique, États-Unis, Kénya, Malawi, Sénégal, Allemagne, France, Inde, Japon). Oui, on peut nourrir le monde, si on pratique une agriculture biologique à hauteur d’homme, ainsi que nous l’ont enseigné il y a déjà plusieurs décennies les pères fondateurs de l’agriculture biologique, comme Albert Howard, Rudolf Steiner, Hans et Maria Müller, Hans Peter Rusch et Masanobu Fukuoka, qui m’ont accompagnée tout au long de ce livre. À condition aussi que l’on donne les moyens aux paysans et aux scientifiques de travailler ensemble, pour que le spectre de la faim, mais aussi de la malbouffe, ne soit plus qu’un mauvais souvenir. À condition enfin que l’on revoie de fond en comble le système de distribution des aliments, en l’arrachant des mains des multinationales et des spéculateurs.
Dans cette indispensable évolution, chacun de nous à un rôle à jouer, car plus que jamais l’acte de consommation est un acte politique. Faute de quoi, nous finirons tous comme le troupeau de Panurge si bien décrit par Rabelais : « Panurge, sans autre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant en pareille intonation, commencèrent soi jeter et sauter en mer après, à la file. La foule était à qui premier y sauterait après leur compagnon. Possible n’était les en garder, comme vous savez être du mouton le naturel, toujours suivre le premier, quelque part qu’il aille[viii]… »
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Notes
[1] L’ANIA représente 10 500 entreprises de l’agroalimentaire, dont les géants du secteur comme Danone, Pernod-Ricard, Bonduelle, Bongrain ou Lactalis. En 2008, elles comptaient 412 500 salariés pour un chiffre d’affaires de 163 milliards d’euros.
[2] Toutes les notes de référence sont classées par chapitre, en fin de ce livre.
[3] Un rapport publié en janvier 2011 par Générations futures et Pesticides Action Network Europe a révélé qu’en Europe le recours aux dérogations pour utiliser des pesticides interdits avait augmenté de 500 % entre 2007 et 2010. La directive européenne sur les pesticides (91/414) comporte en effet un article, le 8.4, qui permet d’obtenir une « dérogation de cent vingt jours », donnant la possibilité à un État membre d’utiliser des pesticides interdits « en cas de danger imprévisible ». On est ainsi passé en Europe de cinquante-neuf dérogations en 2007 à trois cent vingt et un en 2010, dont soixante-quatorze pour la France (Générations futures et Pesticides Action Network Europe, « La question des dérogations accordées dans le cadre de la législation européenne sur les pesticides », 26 janvier 2011).
[4] Nommée Premier ministre en 1980, celle qu’on surnomma la « dame de fer » a prononcé cette expression la première fois le 25 juin 1980, lors d’une conférence de presse au 10, Downing Street devant les correspondants de la presse américaine.
[5] Les OGM cultivés aujourd’hui dans le monde sont des plantes pesticides : ils ont été manipulés génétiquement pour pouvoir être arrosés d’herbicides (qui les épargnent tout en éliminant les autres végétaux), comme le Roundup de Monsanto, ou pour produire en permanence un insecticide, appelé Bt, comme le maïs MON810 de Monsanto.
Notes de l’introduction
[i] Marie-Monique Robin, Notre poison quotidien. Comment (et pourquoi) l’industrie chimique a provoqué l’épidémie des maladies de l’époque moderne, La Découverte/Arte Éditions, Paris, 2011. Le documentaire du même titre a été diffusé sur Arte le 15 mars 2011.
[ii] Bertrand Rothé et Gérard Mordillat, Il n’y a pas d’alternative ! Trente ans de propagande économique, Seuil, Paris, 2011.
[iii] Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, La Découverte/Arte Éditions, Paris, 2008, p. 214.
[iv] Jean Ziegler, Destruction massive, géopolitique de la faim, Seuil, Paris, 2011, p. 13 et 19.
[v] Ibid., p. 20.
[vi] Cité par Vittorio de Filippis, Libération, 26 novembre 2011.
[vii] Olivier de Schutter, Agroécologie et droit à l’alimentation. Rapport du rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Conseil des droits de l’homme, seizième session, point 3 de l’ordre du jour, A/HRC/16/49.
[viii] Extrait du Quart Livre de Rabelais (cité par Pierre Le Hir, Le Monde, 6 février 2011).
Les moissons du futur, Marie-Monique Robin, La Découverte, 192 p., 19,50 €. Le livre est la version du film éponyme
Parti de gauche : « NDDL : Le gouvernement contre les citoyens »
Mardi 16 Octobre 2012
Les expulsions réalisées ce matin mardi 16 octobre à Notre Dame Des Landes sont inacceptables. Le Parti de Gauche apporte une nouvelle fois tout son soutien aux opposants à ce projet inutile et nuisible.
Les expulsés sont des citoyens qui vivent là, travaillent, emmènent leurs enfants à l’école. Cette criminalisation des luttes et résistances ne peut plus durer. Quand on se dit de gauche on ne gouverne pas contre les citoyens !
Et que dire de la cohérence écologique de ce gouvernement ? Le projet d’aéroport est totalement contraire aux beaux discours de François Hollande sur la lutte contre l’artificialisation des sols lors de la conférence environnementale.
Les événements de ce matin le montrent, il n’y avait pas de quoi se féliciter de la signature d’ un pseudo moratoire sur les expulsions quelques jours avant la nomination du Premier ministre Ayrault...
Après cela qui pourra encore croire un seul mot de ce gouvernement ?
EELV : « Notre Dame des Landes : une évacuation inutile pour un aéroport inutile »
L’évacuation militaire et policière par des centaines de CRS et gardes mobiles des occupants d’habitations sur la ZAD de Notre-Dame des Landes, qui s’est déroulée au petit matin ce mardi 16 octobre est d’une ampleur sans précédent.
EELV déplore ce déploiement démesuré de forces de l’ordre, qui par ailleurs n’est justifié par aucune urgence, ni aucune nécessité. Il est par ailleurs prévisible que l’action reprendra sous d’autres formes, tant les militants et citoyens opposés à ce nouvel aéroport restent motivés.
Plutôt que d’utiliser la force, le gouvernement et le groupe Vinci devraient aller au bout de leurs obligations réglementaires, qui ne sont à ce stade pas remplies, entraînant par exemple à scandaleusement contourner la loi sur l’Eau.
EELV demande l’arrêt des expulsions et réaffirme que l’aéroport de Notre-Dame des Landes, situé sur des terres agricoles, est pharaonique, dispendieux et inutile, à l’heure où les comptes publics sont dans une telle situation. Il ne doit pas voir le jour.
Pascal Durand, Secrétaire national, Elise Lowy et Jean-Philippe Magnen, porte-parole
Adresse à François Hollande sur Notre Dame des Landes
le 15 octobre 2012
Monsieur le Président,
L’ampleur des effectifs policiers mobilisés dans la région nantaise et les manœuvres qu’ils ont engagées depuis quelques jours ont alarmé la population de Notre Dame des Landes, qui s’attend à une opération imminente d’expulsion massive des jeunes habitants de la ZAD, Zone à Défendre.
Cette zone de bocage préservé, enrichie de leur présence et de leur travail, est celle-là même qui doit être détruite et bétonnée pour la construction de cet aéroport si largement controversé, mais cher au premier ministre Jean-Marc Ayrault.
L’opposition populaire est de plus en plus large, et les prises de position de plus en plus nombreuses contre ce projet dont il a été prouvé qu’il était nuisible, inutile et gaspilleur de fonds publics, en pleine période de restriction budgétaire.
Nous vous demandons de faire arrêter toutes les opérations policières et les expulsions qui jetteraient environ 150 jeunes dans la rue, à quelques jours de la trêve hivernale !
Il est encore temps d’ouvrir un véritable débat avec une nouvelle étude complète du dossier, menée par des acteurs indépendants et fiables, avant que la situation ne devienne irréparable.
Pascal Durand : « Nous ne pouvons pas reprocher au gouvernement de manquer à sa parole »
Le secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts demande l’arrêt du chantier d’aéroport. Il estime que la question de la démission des ministres écologistes ne se pose pas.
Comment réagissez-vous à l’évacuation des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?
Pascal Durand : Cette évacuation, qui s’apparente à une quasi-provocation policière, s’avère totalement incompréhensible. C’est un passage en force inutile sur un projet inutile. Nous ne voyons pas la logique qui conduit à des expulsions maintenant alors que des recours et des procédures judiciaires sont en cours, notamment contre les expropriations ou la concession accordée pour les travaux à Vinci. Le rapport des commissaires enquêteurs sur la loi sur l’eau, pour évaluer l’impact de l’aéroport et de sa desserte routière sur l’eau et sur les milieux aquatiques, doit en outre être rendu très prochainement. Nous nous interrogeons donc sur l’urgence à procéder à ces évacuations et sur leur but.
Par ailleurs, cette accélération sur le projet intervient au moment où le gouvernement doit faire des arbitrages, en raison d’un budget contraint, parmi les grands chantier qu’il faut mener à bien dans le pays. Pourquoi, alors, se lancer dans la construction d’un aéroport fondamentalement inutile et coûteux, en plus d’être polluant ?
Que reprochez-vous exactement à ce projet ?
Le projet est en opposition absolue avec les grands discours du président de la République et du premier ministre, et les engagements pris lors de la conférence environnementale en septembre. Le gouvernement s’est notamment engagé à l’arrêt de l’artificialisation des terres, la préservation de la biodiversité et le changement de modèle économique.
Or, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes va détruire des terres agricoles situées dans un bocage remarquable, lieu de biodiversité et d’équilibre exceptionnels. Sa construction et son fonctionnement vont par ailleurs contribuer à la hausse des émissions de gaz à effet de serre alors que nous devons les limiter. Et la construction d’un nouvel aéroport à Nantes, qui en possède déjà un, s’oppose à la logique de renforcement du transport ferroviaire, en déficit de passagers et de fret. C’est au final un projet totalement absurde et inutile.
Quelles sont vos attentes désormais ?
Dans un premier temps, nous demandons l’arrêt immédiat de l’opération d’évacuation. Puis, dans un second temps, nous souhaitons que le chantier de l’aéroport soit définitivement abandonné. Nous allons échanger avec les associations et élus locaux pour voir comment cette nouvelle situation va être gérée. Nous essayerons aussi de discuter avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault afin de leur demander des explications.
Vous n’appelez donc pas à une démission des deux ministres écologistes du gouvernement, mis en porte-à-faux par ce projet ?
La question n’est pas la démission des ministres Cécile Duflot [ministre du logement] et Pascal Canfin [ministre délégué au développement] mais d’essayer de comprendre ce qu’il s’est passé. Nous devons lancer un débat public, et ne surtout pas cacher nos divergences. Nous devons donc être dans le gouvernement pour peser dans le débat.
En participant au gouvernement, nous avons pris un engagement de responsabilité : nous ne pouvions pas attendre d’être majoritaires dans le pays pour agir. Nous savons très bien que nous avons de grandes divergences avec les socialistes sur certains sujets mais nous avons une responsabilité à agir, par exemple, en ce moment, sur le logement ou la question d’une expertise scientifique indépendante. Nous ne pouvons pas tout remettre en cause en raison de ce projet.
D’autant que nous ne pouvons pas reprocher au gouvernement de manquer à sa parole, puisque la question de l’arrêt du projet d’aéroport ne faisait pas partie de l’accord PS-EELV. Les socialistes s’étaient seulement engagés à ne pas expulser les agriculteurs sur leur propre terrain. Or, ce sont des militants qui ont été évacués. C’est en revanche la question des moyens policiers et de l’inutilité du projet que nous ne pouvons pas laisser passer.
propos recueillis par Audrey Garric
Les Lituaniens votent « Non au nucléaire »
Le premier tour des élections législatives en Lituanie s’est tenu ce dimanche 14 octobre. A cette occasion, les électeurs étaient également invités à s’exprimer, à titre consultatif, sur la construction d’une nouvelle centrale nucléaire dans le pays : 62,7% des votants s’y sont déclarés opposés tandis que 34,1% ont approuvé cette perspective (participation de 52,5% au vote).
Le parti conservateur du Premier ministre sortant, arrivé en 3e position du premier tour, a porté un projet de centrale nucléaire afin de réduire la dépendance électrique du pays aux importations. Celle-ci serait construite à partir de 2015 à Visaginas dans le nord du pays. La Lituanie disposait déjà à cet endroit d’une centrale nucléaire jusqu’à fin 2009, année durant laquelle cette dernière avait produit 10 TWh, l’équivalent de 87% de la consommation électrique nationale. Suite à son entrée dans l’UE, le pays avait accepté de la fermer pour des raisons de sécurité.
Face à la pénurie de logements, le gouvernement détruit les maisons
Pénurie de logements, crise écologique... : l’Etat détruit pourtant des maisons habitables dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes !
La Coordination des Opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (45 associations, partis politiques, syndicats et collectifs) est absolument révoltée et scandalisée par ce qui se passe actuellement sur le site prévu pour construire l’aéroport inutile dit « du grand Ouest » porté par l’ex-maire de Nantes aujourd’hui Premier Ministre.
Indignation légitime, devant le passage en force que constituent les expulsions des habitants de la ZAD qui maintenaient une vie riche en échanges et solidarité (à défaut de capitaux) sur ce secteur.
Rien ne peut justifier cette urgence à vider la zone : il n’y a pas de travaux prévu sur ces lieux avant des mois.
Rien ne peut justifier l’ignominie que constitue la destruction - à deux semaines de la trêve hivernale - de logements habitables (et habités).
Rien ne peut justifier de jeter à la rue des personnes qui ont choisi de contester un mode de vie à l’origine des crises économique et écologique que nous traversons actuellement, et d’agir en conformité avec leurs opinions.
Rien ne peut justifier la répression policière disproportionnée (plus de 500 gardes mobiles ou CRS, 2 hélicoptères...) pour un projet en partie privé au profit d’une multinationale (VINCI) qui fait des milliards de bénéfices.
Plus généralement, rien ne peut justifier le gaspillage de millions (voire de milliards) d’euros en plein crise économique pour un 146e aéroport en France (quand l’Allemagne en dispose du tiers et le Royaume Uni du quart), ni le saccage de terres agricoles de proximité.
D’autant que des recours juridiques sont en cours et que d’autres seront lancés dans les semaines et les mois qui viennent pour arrêter cette machine infernale que constitue ce projet d’aéroport toujours plus nuisible, inutile, gaspilleur.
L’Etat et AGO/Vinci n’ayant toujours pas expliqué clairement comment ils allaient remplir correctement leurs obligations légales en terme de respect de la loi sur l’eau dans ce bocage à 98% humide, ces recours devraient purement et simplement conduire à l’abandon du projet.
Ce matin 17 octobre, la Coordination a demandé en urgence à rencontrer le Préfet des Pays de Loire M Christian de Lavernée pour un entretien sur la situation sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes et la démolition des maisons.
L’opposition au projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes ne faiblit pas bien au contraire et se montre plus déterminée que jamais à dénoncer la pression policière disproportionnée sur les militants et à demander l’arrêt de ce projet dévastateur.
Récit de la transition écologique selon M. Hollande - mercredi 17 octobre
Mercredi 17 octobre
23h30 : Bonne nuit, tout le monde dehors là, en face de vos écrans et au barricades - on revient à 5 h si il n’y a pas eu des incidents.
23 h 29 : les keufs sont partis de la barricade sud de La Saulce, direction Vigneux.
23h19 : les flics se sont encore plus reculé vers la barricade de la saulce. on voit les girofars de loin. il semble ils sont près a dépenser tout leur énergie pour nous tenir debout et fatiguer !
23h10 : ils repartent, pour s’installer en « securité » un peu plus loin..
23h05 : ...pour revenir a la Saulce, il ya 10 camions de CRS a coté sud de la barricade de la Saulce
23h00 : les flics qui se posé en face de Sabot se faissait caillaissé et sont parti !
22h33 : les flics quittent la barricade de la Saulce.
22h22 : on n’entend plus de tirs, les flics sont partis du Sabot. Des camions de CRS et gendarmes se dirigent vers la barricade de la Saulce depuis le nord. Besoin urgent de renfort.
22h06 : le manatou est parti avec le convoi vers Ardillières. Les cris qu’on entend, nos amiES confirm, ne sont pas des cris de peur mais de guerre !!!!!
22h07 : 10 fourgons de flics partent vers Ardillères, ca gaz beaucoup beaucoup, beaucoup..MAIS LE SABOT TIENT !!!!!
21h59 : Le manatou a arreté de travailler, on entends plus le bruit, et la samba joue encore a donf...
21h50 : ca tire de lacrymo, le manitou commence a travailler au Sabot, mais on sais pas exactement, il fait noir, on sais pas si nos camarades vont bien ! ( n.b. : je hais le keufs, je te hais hollande, je te hais ayrqult, vous êtes des gens dégoulasse )
21h40 : ca bouge a Nantes, 80 personnes se rassemblées a la Préfecture, les keufs savent pas trop dans quelle sens ca continue...prefecture, PS, les verts, il ya tellement des cibles dans cette lutte.....// there are about 80 people in Nantes in f
21h35 : le manitou se dirige vers le Phare Ouest, le Sabot tiens toujours !!!!!!!!!!! on vous aime........ // the Manitou ’ some destruction machine ) is heading direction Phare Ouest, the Sabot still keeps resisiting !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! we love you.......
21h09 : des nouvelles du rassemblement devant la préfecture à Nantes (pour lequel l’appel a été lancé 45 min avant l’heure du rassemblement) : une cinquantaine de personnes, qui foutent le bordel
21h05 : c’est très tendu au Sabot, les lacrymo pleuvent et les flics se resserrent. La batucada de la Zad est en route vers là-bas
20h57 : nos amies sur le champ sont noyées sous les gaz
20h39 : au Sabot les flics gazent énormément, ce qui leur permet de progresser dans le terrain des deux côtés. Ils commenceraient à défoncer la barricade. Grand besoin de renfort // the fucking bastards are gazing a lot, also the chickens and ducks, what allows them to gain territory from both sides. BIG NEED OF SUPPORT !!
MESSAGE AU KEUF : si vous faites mal aux poules, on appelle la protetion animaux !!!
20h22 : au Sabot les flics semblent gagner du terrain sur le champ du sud et seraient postés derrière le poulailler. Un bulldozer arriverait
20h04 : les gm reprennent les tirs de lacrymo au Sabot
20h03 : CONTINUE APPELER D’ALLER A NANTES - MEME ENCORE MAINTENANT - ON APPEL SOUTENIR NOS AMIES QUI LACHENT PAS UN BOUT DE CETTE MAGNIFIQUE TERRE !
19h40 : le far ouest aurait repoussé les CRS, au Sabot, chacun campe sur ses positions
19h11 : le CRS se font charger sud de Sabot, défendent leur « maison », bravo les amiEs, les faire chier ce bande de terroriste....
19h : une cinquantaine de fourgons auraient été aperçu en direction du far ouest
18h55 : les flics ont défoncé la barricade de Sabot et sont dans le jardin, mais ils chargent pas encore, ils sont replié et continuent de gazer
18h25 : les flics chargent d’exterieure avec de l’acrymo dans le jardin du Sabot, par le sud. Tirs de lacrymo
18h18 : les CRS sont en train de monter du Far Ouest au Sabot
17h40 : No news from area Sabot/Phare Ouest, on pense très fort a vous, prenez soin de vous !!
17h15 : nouvelle tournée de CRS se rapprochant du Sabot et du Far ouest, demande de renfort au Far ouest
16h50 : 14 fourgons de CRS vus venant en direction de Vigneux , demande de renfort du côté de la Saulce. Les flics semblent entrer dans le chemin du Far ouest après avoir dû couper un arbre qui barrait la route
16:30 : déplacement des convois précédents : plus aucun devant le Sabot en ce moment
16:15 : le convoi chargé de tronçonné l’arbre repart, un autre semble arriver rapidement des Ardillières.
15:50 : demande de renfort au far ouest, les flics dégagent l’arbre qui barrait la route.
15:45 : une vingtaine de véhicules de flics devant le sabot, les flics en descendent en courant.
15:07 : retour au calme, un arbre couché sur la route vers là-bas.
15h03 : le Sabot invite a manger ce soir ensembles à 18h.
[15 h 00 : Communiqué de la Coordination des opposants : Face à la pénurie de logements, le gouvernement détruit les maisons]
14h58 : le dispositif a arrêté d’avancer, les gens derrière les barricades.
14:48 : il y a des dispositifs de policiers qui se mettent en place en face de Phare Ouest et la chêvrerie, ils dirige a pied vers la Phare Ouest, le dispositif semble comme ce matin 14h32 : la barricade de la Saulce invite de les joindre la bas, l’access possible, mais il y a aucune urgence...
14h19 : Gros convois venant de NDDL vers les Ardillères avec : nombreux camions, des manitous, des utilitaires
14h05 : Barrage filtrant sur la route de la Gaité : 3 fourgons et 5 véhicules plus légers. 6 fourgons sont sortis de la zone par la route des Ardillères vers la Paquelais.
13h54 : les flics à la barricade nord de la Saulce sont repartis
13h47 : barrage de flics sur la route du Tertre, des deux côtés du Tertre (la voie est libre entre Ardillières et chêne des Perrières). Il n’y a personne au Limimbout. Les flics entrés dans la forêt de Rohanne en sortent
13:37 : Les flics ont mis un barrage en place sur la route entre Ardillières et Vigneux, à la hauteur de la forêt de Rohanne. Certains sont entrés dans la forêt
13h15 : les keufs qui sont entrés dans Phare ouest sont repartis
- 13h10 : il y a des infos d’avant qui n’avaient pas été transmis : *12h20 : Bel Air : accompagné par 10 camions de gendarmes, la maison a été barricadée avec des plaques Anti-squat *Gaité : La Gaité est encore debout, il y a une pelleteuse, mais ils ont mis des plaques Anit-Squat *12h30aux Ardillières barrage de contrôle, laisse sortir mais pas rentrer dans la Zone *12h26 : Pré Faillit : 15 camions CRS vers là-bas, des CRS se cachent dans le jardin *12h40 barrage aux Planchettes encore sur place 12h36 : 10 fourgons de keufs sortent de la Zone direction le Temple *12h35 ça circule entre La Boissière et Notre dame des Landes
12h52 : 5 à 7 fourgons de CRS entrent dans le chemin vers le Far Ouest, une quinzaine de keufs à pied avec des boucliers entrent dans le lieu, les autres restent derrière
12h50 : LES FLICS SE DIRIGENT DANS LE PHARE OUEST !
12h47 : 5 fourgons CRS sur la route entre Paquelais direction Planchettes, au hauteur de Phare Ouest et Chêvrerie avec les sirenes allumées, ils avance doucement
12h35 : 10 camion CRS sont a la sortie de la Paquelais au Niveau de bois.
12h30 : a midi la destruction est encore en cours, les flics empêcher les manifestants de s’approcher au lieu de destruction
12h20 : la destruction de Planchettes dans les medias :( sadness and rage...
12h : Info général : Il y a la possibilité de se reposer, boire une tasse de thé et sécher a coté d’un feu à la sécherie / Fosse noir
11h55 : la barrage au chêmin de suez est parti, il y a une manifestation qui se dirige direction Planchettes
11h24 : La Réunion de Sabot est fini, un groupe de gens se dirige vers le Nord, le Héli se troouve maintenant assez bas vers lz Zone au tour de Fosse noires chêmin de sueze
11h12 : il y a 30 fourgon de flics vers la Zone en tour de Tertre ou ils sont en train de detruire la maison :(, ils sont aussi positioné au bout de chêmin de sueze et au Chênes de Perrières, la destruction de Planchettes est confrimé par les medias.
11h05 : Selon la préfecture de Loire-Atlantique ils agit de « la sécurisation physique des sites » et de « protéger les entreprises qui vont intervenir »
11h : Info génerale : les envahisseurs se sont comfortablement, logistiquement installés a la Gaité
10h50 : vers le Sabot on a vu un convoi de fourgons accompagné par un voiture avec un truc de radar sur le toit qui se dirige doucement en direction nord, le Hélico se balade sur la Zad
10h48 : les paysans de coin demande de refermer les clotures après avoir ouvert, notamment la ou il y a des bêtes. actuellement il y certain d’ouvert et c’est pas cool
10h40 : barrage policier croisement Temple de Bretagne, Paquelais, Fay en venant de NDDL. Convoi 10 camions gendarmes mobiles avec une voiture banalisée vu au Sabot allant vers le sud.
10:05 : il y le proposition de se réunir a 11h au Sabot pour discuter, si possible ramener l’eau et bouf, il y avait 10 camions dirigés vers le Nord direction Fosse noir, selon les medias les destructions des maisons ont commencé. Rassemblement a Paris en solidarité
9h55 : Le Saboteurs demandent de l’eau et nourriture et renfort
9h52 : selon nos Infos EDF devrais couper l’elec de 3 maisons ce matin, dans l’ordre : les Planchettes, Tertre et après Pré Faillit
9h50 : le fourgon de Vigneux ont fait demi tour en direction 4 voies
9h30 : au Sabot, ça se calme, mais ils demandent des renforts à la barricade, 1 fourgon de gendarme et 3 fourgon de CRS au Bourg de Vigneux de Bretagne
9h20 : les fourgons à la Saulce sont partis, un convoi a été vu vers les Planchettes
9h15 : 2 fourgons de flics sont côte nord de barricades de la Saulce, reste calme
[9 h 00 : Première destruction d’une maison, Les Planchettes]
[9 h 00 : Une pétition est lancée contre l’aéroport]
9h07 : Par des sources sures, on apprends que EDF a été réquisitionné par la préfecture pour couper l’électricité de deux maisons, un ce sure sera les Planchettes
9h03 : un autre convoi d’engins de travaux (dont engin de levage) ont été vu allant en direction des Planchettes ou plus loin
8h45 : les flics devant le Sabot sont reparti !? Ils ont du mal se coordonner ce matin...
8h25 : un convoi de flics s’est arrêté au niveau du sabot et semble s’équiper
8h20 : un convoi de camion-benne, pelleteuse, semi-remorque, arrive aux Planchettes, sous bonne escorte, les Planchettes sont encore eclairées par un spot
8h00 : un très grande convoi de flics est passe devant le Sabot direction Ardillières, pas des flics vers la barricade de La Saulce
7h35 : les flics sont partis de la barricade de la Saulce direction Vignuex
7h15 : convois de flics en direction de la Paquelais
7h : demande de monde au Sabot
6h50 : 20 camions vers les Planchettes, et voitures barrant des croisements ( fosses noires et chévrerie) arrivée de 10 camions à la barricade de la Saulce
5h20 : pas de mouvement de flics pour l’instant au niveau du Sabot. Pour rappel : entre 60 et 80 camions de gendarmes se sont garés sur la route entre le Sabot et la Paquelais dans la nuit.
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Complément d’info : Un dossier de synthèse sur le projet d’aéroport et les arguments de ses promoteurs et de ses opposants.
Tous cobayes !
« Par la faute de laboratoires et d’experts à la solde de lobbies surpuissants – agroalimentaire, biotechnologies, médicaments –, combien de foyers sont touchés aujourd’hui par des cancers, des maladies nerveuses, hormonales, immunitaires ? L’insuffisance des tests, leur absence de transparence et la compromission des agences sanitaires doivent cesser.
« Pour démontrer la dangerosité des produits artificiels et des polluants alimentaires qui inondent nos marchés, nous avons mis en place entre 2008 et 2011 une expérience visant à étudier pour la première fois sur le long terme les effets toxiques d’un OGM alimentaire majeur et du pesticide le plus utilisé dans le monde. Nos découvertes sont alarmantes. Elles remettent en cause toutes nos politiques sanitaires et environnementales. »
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Tous cobayes !, Gilles-Eric Séralini, Flammarion, 256 p., 19,90 €.
Le film Tous Cobayes ? de Jean-Paul Jaud a été librement adapté de cet ouvrage et sort simultanément.
L’Etat brade le bien public au profit de Vinci, l’opérateur de Notre Dame des Landes
Qui est censé réaliser l’aéroport Notre Dame des Landes ? La firme Vinci. Largement choyée par les gouvernements de droite et « de gauche », elle accumule les profits sur les autoroutes et participe à des projets désastreux en Russie.
Il y a aujourd’hui quelques 8.600 km d’autoroutes en France, soit l’équivalent de la distance de Paris à Bogota ! Et le nouveau Schéma National des Infrastructures de Transport (SNIT) prévoit d’en rajouter 879 km. Dans les réseaux militants, on s’exaspère, on peste et on se désole. Car on est bien loin, une fois de plus, des engagements du Grenelle en matière de report de la route vers le rail (1), de réduction de 20% des émissions de CO2 dans les transports (2), de préservation des espaces naturels et d’aménagement du territoire, sans parler d’anticipation du pic pétrolier... Alors qu’est ce qui fait courir les autoroutes ?
Le fric ! Les autoroutes en France sont majoritairement gérées par trois groupes privés : Vinci, Eiffage et l’espagnol Abertis. C’est le gouvernement de Villepin qui a conclu l’opération de bradage en 2006, contre l’avis de la majorité des Français (3). Résultat, alors que les investissements de départ ont été pris en charge par les contribuables, ce sont aujourd’hui les multinationales qui ramassent la mise. Sans compter que plus de 95% de leur chiffre d’affaires provient des péages, c’est à dire de nos poches.
Recettes estimées en 2007 : 7,4 milliards d’euros ! Résumons : nous payons pour utiliser des autoroutes que nous avons contribué à financer par nos impôts et dont les recettes alimentent les profits des grandes entreprises. Bien joué.
On perd sur tous les tableaux. Et les travailleurs aussi. La privatisation, comme d’habitude, s’est accompagnée de dégradation des conditions de travail et de pertes d’emplois : 16.500 agents en 2009 contre 17.359 en 2006, soit une baisse de 5% en 3 ans. Les mouvements sociaux se multiplient, comme chez ASF et Cofiroute en décembre 2009, les premiers depuis la privatisation. Les salariés protestent contre la baisse des effectifs et de la sécurité, la détérioration du service aux usagers, et réclament des augmentations de salaire au regard des bénéfices engrangés.
Argent public confisqué, détérioration des conditions de travail, course aux profits... Qu’à cela ne tienne, les nouveaux tronçons sont désormais envisagés directement en concession privée, Castres-Toulouse par exemple.
Las, pour les intérêts capitalistes, rien n’est jamais assez. Alors le Ministre Borloo, en janvier 2010, décide de faire un cadeau supplémentaire aux gourmands appétits : un an de concession gratuite, en échange d’investissements dits écologiques, qui auraient été réalisés de toute manière : "l’éco-rénovation des aires de repos, inspirée de la HQE" ou le "péage sans arrêt", censé faire baisser les émissions de gaz à effet de serre, qui sert surtout à faire passer plus de voitures et ainsi augmenter encore les recettes des péages.
Et tout ceci se fait dans dans l’opacité la plus totale. L’augmentation moyenne des péages depuis la privatisation se situerait entre 0,9 et 2,5 %, mais trouver les chiffres officiels s’apparente à un vrai parcours du combattant.
Cette opacité a d’ailleurs été dénoncée par la Cour des Comptes, peu suspecte d’activisme écolo-radical, en 2008. Son rapport dénonce l’absence de lien entre coûts et tarifs, qui sont judicieusement indexés sur l’inflation. Il note des écarts de prix kilométriques « incompréhensibles », d’un rapport de 1 à 14, les concessionnaires rusant avec la hausse globale moyenne convenue avec l’État en suraugmentant les tarifs des sections les plus fréquentées. C’est ainsi que leur chiffre d’affaires péages augmente plus vite que le trafic. Très fort. Les recommandations de la Cour des Comptes n’ont eu aucun effet à ce jour.
Non contents de nous faire raquer aux péages (alors que ceux-ci, rappelons-le, ne sont pas censés générer des profits, mais uniquement couvrir les frais d’entretien et les investissements du réseau (4)), les exploitants d’autoroutes ont aussi trouvé le moyen de faire de nous des consommateurs captifs de stations service aux prix abusifs.
Captifs, nous le sommes dès que nous rentrons sur l’autoroute. Ou plutôt captés. La CNIL a en effet autorisé cet été ASF, filiale de Vinci, à utiliser un « dispositif de lecture et de reconnaissance automatisées des plaques minéralogiques ». Le système LAPI (lecture automatisée de plaques d’immatriculation) a initialement été mis au point pour le repérage des véhicules volés ou suspects dans le cadre de la loi de lutte contre le terrorisme du 23 juillet 2006. Son plus gros fabricant n’est autre que Sagem Defense Securité, du groupe Safran, expert de l’identification biométrique et des cartes à puces, qui fournit également les radars fixes.
« PG-2675-CM », vous roulez trop vite ! »
Le paiement par carte et le « péage en flux libre » permettaient déjà de nous suivre à la trace, les caméras de nous vidéosurveiller, voilà maintenant que ce « système de contrôle pédagogique des vitesses » nous envoie des messages personnalisés. Comble du green washing, le dispositif est présenté comme un moyen de « favoriser l’écoconduite » ! Et si on interdisait plutôt aux fabricants de produire des voitures pouvant rouler à 200 ? Si on réduisait plutôt la vitesse de 10 km/h, comme sur les autoroutes non concédées de Lorraine, au Danemark et en Suède ? Non, on préfère nous fliquer un peu plus sous couvert d’écologie.
En 2006, la privatisation a rapporté 14,8 milliards d’euros à l’Etat. D’ici à 2032, durée de la concession, ces sociétés devraient engranger 40 milliards de bénéfices. L’argent ainsi confisqué, 25 milliards d’euros, c’est précisément le coût estimé des JO de 2014 à Sotchi, en Russie. Quel rapport ? Eh bien c’est aussi en Russie, à Khimki, que se mène la bataille contre un projet d’autoroute confié à... Vinci ! Comme si les incendies de l’été 2011 ne suffisaient pas, ce sont 140 hectares de forêt qui sont maintenant destinés au béton pour une déviation Moscou – Saint Petersbourg permettant de desservir l’aéroport Sheremetyevo.
Un joli projet de partenariat public-privé, le premier d’une telle ampleur en Russie, avec des gens très sérieux comme la BERD (banque européenne pour la reconstruction et de le développement) ou la BEI (banque européenne d’investissement). Et Vinci, donc. Voilà qui méritait bien un petit coup de pouce des autorités. C’est Poutine lui même qui a signé le reclassement de la forêt de Khimki en terrain reconstructible. Initialement porté par des militants écologistes autour d’un tracé alternatif, le combat a quitté le terrain environnemental pour virer au champ d’affrontement.
En deux ans de lutte pour la défense de la forêt de Khimki, les habitants n’ont jamais été consultés. Mais invités à se taire, oui ! Incendies de maison et accidents suspects, envoi de militants néonazis pour casser de l’écolo... Deux porte-parole du mouvement antifasciste et anarchiste, Alexey Gaskarov et Maxim Solopov, ont été arrêtés et retenus en préventive pendant plus de deux mois, risquant sept ans de prison. Grâce aux actions de soutien qui se sont tenues dans 35 villes de 12 pays, Maxim Solopov a été remis en liberté provisoire et le cas d’Alexey Gaskarov doit être réexaminé avant le 27 octobre.
Mais de tout ceci, Vinci se lave les mains, expliquant à l’AFP que « le tracé a été décidé et reste du ressort des autorités russes ». A la clé pour le groupe : 1,8 milliard d’euros, et une manne de près de 700 millions d’euros de péage par an.
Plus près de nous, et dans un autre registre de l’arène politique, les quelques 22 projets de nouveaux tronçons dénoncés par le Réseau « Stop-Autoroutes » (5) seront au coeur des élections cantonales de 2011. Rien ne pourra en effet se faire sans la participation des collectivités territoriales. On se souvient de la manière dont la Région Pays de la Loire a avalisé le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, avec la bénédiction du Département, et au mépris des arguments des opposants, élus locaux et habitants. En le confiant à Vinci !
Et comme si cela ne suffisait pas, Réseaux Ferrés de France offre également à Vinci la concession exclusive de la nouvelle ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux pour 2016. C’est la première ligne ferroviaire confiée à un groupe privé en France. C’est ainsi que bientôt, que vous preniez le train, la voiture ou l’avion, vous contribuerez aux 833.334 euros de revenu mensuel de Xavier Huillard, PDG de Vinci... 41.000 euros par jour, tout de même.
Lieux de pouvoirs et de collusions, mais aussi de luttes écologiques et sociales, les autoroutes méritent bien qu’on y mette notre grain de sel. Elles représentent un enjeu stratégique pour la collectivité, à la fois en termes de ressources financières et de planification écologique. Elles pourraient, sous maîtrise publique et citoyenne, devenir un levier important de notre projet de transformation écologique et sociale. Alors comme pour l’eau, l’énergie et le rail, défendons le retour en exploitation publique des autoroutes nationales ! Pour revoir les conditions de travail, le niveau de sécurité et les règles de fixation des tarifs. Au lieu d’alimenter les caisses des grandes multinationales, les droits de péage pourraient être réinvestis de manière volontariste vers des investissements publics et la création d’emplois dans les transports collectifs, la navigation fluviale, le frêt ferroviaire, et les modes doux de déplacement. Et un coup d’arrêt pourrait être porté au productivisme autoroutier.
Les autoroutes sont à nous. Reprenons le contrôle de ce qui nous appartient !
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Notes :
()1 La part modale du fret ferroviaire et fluviomaritime, qui devait passait de 14% en 2006 à 17,5% d’ici à 2012 est actuellement de… 12% !
(2) En 2008, le transport routier représente 31% des émissions totales de CO2 en France (+473% entre 1960 et 2008 et +9% entre 1990 et 2008). Augmentation du trafic routier : +646% entre 1960 et 2008 et +26% entre 1990 et 2008. Source : CITEPA pour le Ministère MEEDDM
(3) A 70% contre cette privatisation selon les sondages.
(4) Article 4 de la loi du 18 avril 1955
(5) Créé le 7 octobre 2010 pour combattre la relance du tout routier concoctée par M Borloo, il regroupe 15 associations.
Notre Dame des Landes : première maison détruite
Alors que la mobilisation et les barrages de forces de l’ordre se poursuivent à Notre-Dame-des-Landes, une première destruction de maison a débuté ce mercredi, a constaté l’AFP.
Précisément la ferme « Les Planchettes », qu’une pelleteuse a commencé à détruire peu après 9h tandis qu’un important convoi de forces de l’ordre en sécurisait les abords.
Les forces de l’ordre procèdent à « la sécurisation physique des sites » et protègent « les entreprises qui vont intervenir », indiquait-on mercredi matin à la préfecture de Loire-Atlantique.
« Les sept maisons ont vocation à être démolies », a expliqué le préfet mardi 16, précisant que cela se fera selon l’agenda fixé par l’exploitant AGO (Aéroport du Grand Ouest). Certaines dès cette semaine (exemple ce matin mercredi 17), d’autres, contenant de l’amiante, d’ici deux semaines a priori.
« Cette situation ne doit pas être confondue avec celle des personnes présentes légalement sur le site depuis avant la date de déclaration d’utilité publique du projet en 2008 et concernées par une procédure d’expropriation dont l’exécution n’est pas d’actualité », précise la préfecture.
Trois ou quatre autres maisons ne seront pas démolies, car toujours concernées par une procédure judiciaire.
Notre Dame des Landes : la zone est bouclée
Accès interdit aux lieux privés de réunion, poursuite de résistance pendant la nuit, la situation reste tendue après l’intervention du 16 octobre.
16 octobre 2012 à 17h08
La nuit de mardi à mercredi s’annonce tendue à Notre-Dame-des-Landes, où une centaine d’opposants au projet d’aéroport ont été évacués, tôt ce mardi matin, par les forces de l’ordre. A en croire les réseaux sociaux, les opposants avaient reçu en début de soirée des renforts venus de l’extérieur et n’avaient aucunement l’intention de se laisser déloger.
Journée mouvementée autour de Notre-Dame-des-Landes. D’un côté, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation de onze sites (sept maisons et quatre lieux de vie) occupés illégalement par des « squatteurs ». Entendre par ce terme « des militants, pour la plupart des maraîchers, venus défendre le monde paysan, l’agriculture et le bocage », précise Christian Grisolet, vice-président de l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes).
Tensions en fin de matinée
D’après le témoignage de Sylvain Fresnseau, exploitant agricole présent sur place ce mardi matin, ces évacuations se sont déroulées « à peu près sereinement », du petit matin jusqu’en fin de matinée. Là, vers 11 h 30, « les forces de l’ordre se sont montrées plus virulentes » : « Ils ont sorti les gaz et certaines personnes ont été prises à partie ». « Ont-ils reçu des consignes ? Commençaient-ils à trouver le temps long ? Je ne saurais dire », continue Sylvain Fresneau, l’un des nombreux opposants à ce projet d’aéroport cher à Jean-Marc Ayrault.
« Interdiction de se réunir »
Chose plus étonnante, les autorités ont, d’un autre côté, interdit l’accès à La Vacherie, lieu symbole de l’opposition. Une réunion, pourtant prévue et annoncée publiquement depuis plusieurs jours, devait s’y tenir. « Il était visiblement illégal de se réunir à La Vacherie aujourd’hui », constate encore, amer, Sylvain Fresneau. « Un lieu pourtant privé », insiste-t-il.
« Extrêmement surpris »
« Les autorités ont, à l’évidence, décidé d’accentuer la pression sur les opposants en les empêchant de se réunir, reprend à son tour Christian Grisolet. On n’a pas eu d’explications. Il nous a fallu parlementer pour que le passage soit libéré. Ce qui nous a été accordé dans un premier temps, par l’intermédiaire d’un lieutenant de gendarmerie en contact avec la préfecture, avant que le passage ne soit à nouveau bloqué quelques instants plus tard. On ne sait pas trop ce qui se trame dans les locaux de la préfecture. Mais on constate que la répression monte d’un cran. Nous sommes tous extrêmement surpris, d’autant plus que La Vacherie n’est pas un lieu sensible. Et cela revient à interdire le droit à se réunir... ».
« Il se passe de drôles de choses... »
Pour les militants, la suite des événements s’annonce incertaine. « Les gendarmes vont-ils rester ? La surveillance des habitations occupées va-t-elle être confiée à une entreprise privée ? Va-t-on retrouver notre droit à se réunir ? », s’interroge Sylvain Fresneau. « On fera le point en fin de journée. Mais tout ce que je peux dire, c’est qu’il se passe de drôles de choses en ce moment dans le secteur... ».
Une pétition est lancée contre l’aéroport de Notre Dame des Landes
LE PROJET D’AÉROPORT DE NOTRE-DAME-DES-LANDES est une aberration économique, sociale et environnementale !!!
Situé à 18 km du centre de Nantes, il ne résoudrait pas les problèmes que pose à la ville l’actuel aéroport. Il les déplacerait seulement. Il infligerait des nuisances graves à plus de 80 000 habitants des communes de la banlieue nord de Nantes. Les diverses structures de raccordement qui lui seraient nécessaires (routes, voies ferrées, pont sur la Loire) causeraient également des problèmes (expropriations) et des nuisances à des milliers d’autres personnes.
Le coût colossal de cette infrastructure pèserait sur les impôts des habitants de tout le département et entraînerait des réductions de budget dans d’autres domaines tels l’éducation et la santé. Avec un trafic pouvant aller jusqu’à 9 millions de passagers, cet aéroport augmenterait considérablement les émissions de gaz à effet de serre.
Nous disons donc NON au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes !!!
Une première vigie citoyenne pour Notre Dame des Landes a eu lieu à Paris
Des membres de l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des populations concernées par le Projet d’Aéroport) venus de Nantes ont tenu une vigie citoyenne en face du ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, mercredi 17 octobre.
Par leur simple présence, sans tractage, ces habitants des alentours de Notre Dame des Landes ont cherché à informer leurs concitoyens du tour précipité qu’ont pris les événements de ce début de semaine : les maisons vidées mardi 16 octobre étaient, un jour plus tard, démolies par les forces de l’ordre afin d’éviter toute réoccupation. Face à une intervention musclée, les occupants ont répondu pacifiquement et ne cachent pas leur intention de réinvestir les lieux d’une façon ou d’une autre. Sur place, les comités organisent le relogement temporaire de ces personnes venues soutenir les « futurs expulsés légaux », qui bénéficient pour le moment d’une trêve judiciaire, le temps que soient examinés les recours déposés contre les procédures d’expropriation. Cette différence de statut, mise en exergue par les autorités pour rassurer la population, est rejetée en bloc par les occupants. Une distinction factice selon eux, médiatisée pour cacher la forte solidarité présente entre les occupants des lieux, « historiques » ou non.
Si la résistance physique joue un rôle clef dans l’opposition au début des travaux, tous ses acteurs soulignent cependant l’importance d’une mobilisation nationale. En plus de son poids politique, elle apporterait un soutien moral permettant aux occupants de tenir. Les vigies citoyennes, déjà organisées dans diverses villes de France majoritairement dans les environs de Nantes mais également à Quimper, Toulouse et Paris, en sont une des possibles variantes. Dans les semaines à venir, les organisateurs initiaux espèrent que des groupes régionaux prendront le relais pour assurer des vigies régulières, de manière quasi hebdomadaire en ce qui concerne la capitale.
Car si ce combat trouve aujourd’hui encore trop peu de résonance dans les médias, Notre Dame des Landes n’est pas une lutte locale qui ne concernerait qu’une poignée de Nantais. Elle est un condensé des absurdités auxquelles chacun a eu un jour affaire : surdité des élus, plans obsolètes (vieux de quarante ans en l’occurrence), non efficience économique, décisions arbitraires, destructions des habitats naturels. Et avant tout, hypocrisie généralisée d’une ère de la transition écologique où l’on bâtit un « aéroport Haute Qualité Environnementale » (label accordé au projet). L’oxymore ferait presque sourire s’il n’était réel.
Pour aider à l’organisation de vigies citoyennes : acipa.info (arobase) free.fr
Le premier prototype français de vélo à hydrogène
Profitant de la semaine européenne de la mobilité, Trifyl, le service public départemental de valorisation des déchets ménagers dans le Tarn, va présenter son prototype de vélo à hydrogène, le premier du genre, avec une autonomie 3 fois supérieure à un vélo électrique classique.
A Trifyl, l’hydrogène est la troisième voie de valorisation du biogaz produit à partir des déchets ménagers dans le bioréacteur, les deux premières étant l’électricité et le biométhane carburant.
Dans le cadre de sa politique Recherche et Développement, Trifyl a mis au point le premier prototype français de vélo à hydrogène.
Ce vélo est le fruit de partenariats locaux de la recherche et de l’industrie (l’Ecole des Mines d’Albi, la société Albhyon). S’inspirant d’un vélo électrique classique, TRIFYL a développé un prototype fonctionnant à l’hydrogène-énergie.
Même innovante, la technique est simple : la pile à combustible, associée au vélo et alimentée en hydrogène, permet de produire, avec l’oxygène de l’air, de l’électricité, de la chaleur et de l’eau selon la formule : 2H2 + O2 —> 2H2O+énergie+chaleur. Elle permet de recharger la batterie électrique du vélo et ainsi d’améliorer son autonomie.
Caractéristiques techniques :
• 1 batterie électrique : 240 Wh • 1 réservoir à hydrogène : 45 g d’H2 • 1 pile à combustible : 100 W en continu • 1 convertisseur pile/batterie • 2 écrans : pour informer sur la puissance utilisée et la quantité d’énergie encore disponible
Grâce à l’hydrogène, l’autonomie du vélo est de 100 km, soit 3 fois plus qu’un vélo électrique classique. Ce vélo sera en démonstration sur le site du siège de Trifyl à partir de la mi-septembre, pour sensibiliser tous les publics à l’avenir d’une telle technologie : « les utilisations de l’hydrogène s’appliquent aux véhicules ou encore à de l’éclairage, par exemple. Elles sont à l’étude aujourd’hui. »
Mais le projet ne s’arrête pas là puisque en 2013, le Pôle des Énergies Renouvelables de Trifyl s’équipera d’un poste de ravitaillement en hydrogène avec une production prévue de 5Nm3/h (environ 10kg par jour).
L’objectif consiste à produire de l’hydrogène à partir du biogaz issu des déchets du bioréacteur.
L’hydrogène énergie, devient ainsi une autre manière de valoriser nos déchets ménagers...
Les socialistes ont déclaré la guerre à l’écologie
« La bataille de Notre-Dame-des-Landes, qui ne fait que commencer, doit être gagnée. Perdre ici serait lâcher partout ailleurs. Ce combat est à mes yeux une cause sacrée. »
Vous êtes sans nul doute au courant. Mardi 16 octobre, des centaines de flics et de militaires, appuyés par des hélicoptères, ont délogé par la force un grand nombre d’habitants de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, où ce pauvre imbécile de Jean-Marc Ayrault, ancien maire de la ville, aujourd’hui Premier ministre, entend bâtir un second aéroport.
En agissant de la sorte, le triste gouvernement de la France vient de franchir un pas qui, pour moi, révèle l’ampleur du gouffre entre eux et nous. Cette expression, « eux et nous », a beaucoup servi dans le passé des idées, et pas toujours, loin s’en faut, d’heureuse manière. Il n’empêche qu’elle m’est venue spontanément. Car entre ceux qui défendent un avenir possible pour les hommes et tous les êtres vivants d’une part, dont je suis, et les autres, il existe un univers. Quand je dis les autres, inutile d’insister je pense, cela fait beaucoup de monde. Mais c’est ainsi que je vois les choses, qu’y puis-je ?
Foin d’illusions : le gouvernement socialiste est un adversaire. Et même un ennemi. L’incroyable opération militaire lancée contre les habitants de Notre-Dame-des-Landes n’a rien à voir, évidemment, avec les tueries d’Alep, les massacres de la République démocratique du Congo, ni même les ignobles opérations menées au Brésil, en Argentine, au Paraguay pour chasser les petits paysans de leurs terres et y imposer le soja transgénique. Non, rien à voir.
Pour autant, il s’agit à mes yeux d’un acte de guerre, dans un sens précis : il marque une frontière, infranchissable. Il désigne deux camps irréconciliables, qui défendent assurément deux manières de voir la vie ensemble, et l’avenir qui nous attend.
Pour leur part, les socialistes sont maîtres de tout le jeu politique alors que leur candidat à l’élection présidentielle n’a recueilli, au premier tour, que 25 % des électeurs inscrits. Au pouvoir, ils se montrent incapables de seulement imaginer régler les problèmes du modèle qu’ils défendent pourtant. Cette économie, cette banlieue, ce racisme fou, cette lancinante question des retraites, ce prix de l’énergie, ce nucléaire, cet effondrement de l’industrie automobile, ce chômage de masse interminable, mais c’est leur legs ! Le leur et celui de leurs jumeaux de l’UMP, car tous deux se partagent le pouvoir depuis des décennies sans que rien n’ait bougé, sans que rien n’ait jamais été résolu.
Ces derniers jours, burlesques au possible, ont vu le gouvernement chanceler sous des coups de butoir en papier mâché. Ridicules « pigeons » défendant les patrons de start-up, ridicule Peillon réclamant un débat sur le shit, ridicule Tartempion s’embourbant au sujet de la taxe télé dans les résidences secondaires, etc. C’est bien parce que Jean-Marc Ayrault est incapable, et risible à force, qu’il a cru malin de monter l’odieuse opération aéroportée contre ceux de Notre-Dame-des-Landes. Quand tout s’effondre, quand tout démontre que la politique ancienne ne peut rien et ne sait pas davantage, reste l’apanage essentiel de l’État : la coercition. Autrement dit ce monopole de l’usage prétendument légitime de la force.
On peut aussi le dire autrement. Ayrault, nécessairement soutenu en la circonstance par Hollande, a voulu montrer qu’il bandait encore. C’est vulgaire ? Que oui, ce l’est. Mais personne ne saurait l’être davantage que Jean-Marc Ayrault, qui masque de la sorte sa si cruelle impuissance politique. Je l’accuse, en plus de tout le reste, de violer allègrement la loi du pays qu’il représente si mal. Car en effet, la France est dotée depuis juillet 2005 d’une loi sur l’énergie dont j’extrais, de l’article 2, cette phrase : « En outre, cette lutte [contre le dérèglement climatique] devant être conduite par l’ensemble des Etats, la France soutient la définition d’un objectif de division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050, ce qui nécessite, compte tenu des différences de consommation entre pays, une division par quatre ou cinq de ces émissions pour les pays développés ».
De ce point de vue, Notre-Dame-des-Landes n’est pas seulement une lamentable ânerie, qui nous ramène de manière fantasmatique au temps où le climat semblait éternel. Franchement, est-il compatible de miser, avec de l’argent public, sur le développement du trafic aérien, et de prétendre diviser par cinq nos émissions de gaz ? Franchement. Mais ce foutu aéroport est aussi et surtout un symbole. Le symbole éclatant que culturellement parlant, au sens le plus profond, les socialistes ne lâcheront rien. Parce qu’ils en sont incapables. Parce qu’ils ne savent pas même ce que l’expression « crise écologique » contient d’inévitables contraintes au regard desquelles les leurs - par exemple le déficit public - perdent toute signification.
Bien entendu, mais faut-il, ici du moins, insister, les écologistes officiels EELV ne valent guère mieux. Ils ont abdiqué à propos de l’aéroport au moment où leurs petits chefs signaient un déshonorant accord électoral avec le parti socialiste. Et si j’écris déshonorant, ce n’est pas, non pas, pour me faire plaisir. C’est parce que lorsqu’on prétend que le feu est au lac, on ne se tourne pas vers le bac à sable pour y faire des pâtés. Alors que la crise infernale du climat est à nos portes, se vendre pour un ministère et demi est une insulte faite aux hommes.
Et pour le reste, bien sûr, MOBILISATION ! Non-violente, cela va de soi pour moi, mais MOBILISATION tout de même. Nous n’avons, nous les écologistes sincères, pas le droit de reculer. La bataille de Notre-Dame-des-Landes, qui ne fait que commencer, doit être gagnée. Perdre ici serait lâcher partout ailleurs. Ce combat est à mes yeux une cause sacrée. Sin jamás retroceder, adelante !
PS : j’attends les commentaires de tous les foutriquets écologistes enrubannés et décorés présents à la Conférence environnementale du mois dernier. Le mois dernier. Elle est bien belle, la transition écologique de cet excellent monsieur Hollande.
L’évaluation des OGM en question
Inf’OGM a le plaisir de vous annoncer qu’un livret qui fait le point sur l’évaluation des OGM paraîtra fin octobre :
L’ÉVALUATION DES OGM EN QUESTION
La question des OGM reste enfermée dans des controverses conflictuelles qui masquent largement l’essentiel du problème, cette partie hors du champ de la technique conditionnant notre futur. Pour régler cette question technique, afin de pouvoir passer à autre chose de plus intéressant et important, Inf’OGM a pris le parti d’éplucher quelques dossiers et de comparer les positions des experts lorsqu’ils sont en position de scientifiques et lorsqu’ils sont en position d’experts, pour montrer leurs contradictions.
D’autant que l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA), interrogée pendant plusieurs années sur l’innocuité du maïs MON810, a finalement répondu à côté de la question, admettant implicitement ses faiblesses. -
Concrètement... Tri des données, en ne retenant que celles qui sont favorables à l’industriel, puissance des tests statistiques si faible qu’on ne peut pratiquement rien voir (ce qui est pratique lorsqu’on ne VEUT rien voir), affirmations dépourvues de bases scientifiques, réponse malhonnête de l’AESA aux élus et ministres qui s’inquiètent de ces anomalies, conclusion d’innocuité basée sur « le poids de l’évidence », qui signifie qu’aucune donnée ne vient réellement étayer la conclusion ; test mis au point par Monsanto et imposé par l’ILSI qui montrerait, s’il était appliqué dans ce domaine et en suivant les raisonnements de l’AESA, qu’il serait très improbable que le choléra puisse être pathogène pour l’homme.
Bref, rien que de la « Science Saine », comme les experts européens aiment à qualifier leur activité.
« Vous mettez en avant la Science », dit Inf’OGM, « eh bien faites-en vraiment, en en suivant les règles élémentaires ». Pendant ce temps, les militants s’occuperont d’autre chose, quelque chose dont ils n’ont été que trop distraits par l’enfermement du débat, voulu par l’industrie et certains politiques, dans la seule question sanitaire.
Dans sa conclusion, Inf’OGM rappelle que les enjeux, maintenant, s’inscrivent dans le changement en cours du contexte culturel et éthique.
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L’auteur, Frédéric Jacquemart est docteur en médecine, spécialiste de biologie médicale et docteur ès sciences. Il est le président fondateur du GIET (Groupe International d’Etudes Transdisciplinaires), copilote de la mission biotechnologies de France Nature Environnement (FNE) et préside Inf’OGM, veille citoyenne d’information sur les OGM, depuis 2010.
« Expertise des OGM : l’évaluation tourne le dos à la science », édition Inf’OGM, octobre 2012, A4, 60 pages, 6 euros.
La LGV Lyon-Turin, autre grand projet inutile
En Savoie, le projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin présente un dossier faible et mal étayé. On y découvre aussi des intérêts financiers bien concrets.
La LGV Lyon Turin, ce serpent de mer qui louvoie depuis plus de 20 ans vient de mettre à jour un scandale qui fleure bon le conflit d’intérêt.
Au départ, un ancien ministre des transports, Louis Besson, pour ne pas le nommer, voulant faire de sa chère « capitale de la Savoie », le centre touristique du ski européen, envisage d’y créer une gare TGV, afin de rapprocher Lyon et surtout Paris de Chambéry, et il lance le Lyon-Turin, afin de profiter de la manne européenne.
Alors aujourd’hui, comprenant que son projet a du plomb dans l’aile, il est prêt à accepter que le projet s’arrête à Chambéry, pronostiquant qu’il ira un jour jusqu’en Italie.
Les promoteurs du projet affirment que l’Europe « est d’accord », mais on ne peut que constater que les accords passés doivent encore être validés par de nouveaux accords, et qu’en fait il n’y a pas d’accord définitif.
Du coup, des élus, et pas des moindres, tel Dominique Dord, le député savoyard qui était favorable jusqu’à présent au projet, se sont mis en quasi sécession, Luc Berthoud, le maire de la Motte Servolex ayant basculé définitivement dans l’opposition au projet.
Dominique Dord, voyant le projet changer éventuellement de destination a en effet déclaré « si le fret doit continuer durablement à passer par Aix et Chambéry, je préfère qu’on abandonne le Lyon Turin et qu’on couvre la ligne historique ».
C’est en gros ce que réclament les opposants au projet qui assurent qu’une modernisation de l’existant sur les lignes historiques, autant pour celle qui relie Lyon à Chambéry, puis à l’Italie, que celle qui relie Ambérieu à Chambéry, puis à la Maurienne, peut faire transiter autant de voyageurs, et de marchandises que nécessaire.
Ils s’appuient pour cela sur la technologie autrichienne, reprise par un ingénieur savoyard, Michel Martin, permettant en transformant l’existant de supprimer toutes les nuisances de la ligne actuelle, et faisant passer autant de fret qu’il en passe depuis plus de 30 ans.
En Italie, ils sont parfois près de 100 000 à descendre dans la rue pour dire non à ce projet.
En France la résistance s’organise plus doucement, mais les derniers bastions résistent.
Devant les doutes naissants, des rencontres s’organisent, et des associations nationales défendant l’environnement (CIPRA, FRAPNA…), après avoir cru que le projet allait dans le bon sens, demandent de nouvelles études, ou s’opposent.
Les partisans du projet, pour le faire accepter, affirment que le projet capterait le trafic routier qui passe à Vintimille, ce qui parait peu crédible.
Pour justifier une éventuelle rentabilité, ils minorent le coût du projet, le mettant à 10 milliards d’euros, alors qu’il en coûtera au moins 25.
Ils assuraient il y a peu que les voyageurs du « bassin genevois » (de Genève à Aix les Bains) iraient jusqu’à Chambéry pour rejoindre Lyon, puis Paris.
Mal leur en a pris, puisqu’il y a plusieurs mois, les Helvètes ont financé en grande partie la modernisation de la ligne des Carpates, et les TGV relient directement Genève à Macon, puis à Paris.
Pour emporter le morceau, Louis Besson est allé jusqu’à affirmer que la réalisation du projet permettrait la création de 30 000 emplois équivalent temps plein, alors que le chiffre serait plutôt de 3000.
Or, ces 3000, si on compare ce chantier à d’autres, ne seront que 1000 recrutés localement, le temps du chantier, les 2000 autres venant de pays à bas salaires, comme la Bulgarie, la Roumanie… pays dans lesquels les salaires moyens avoisinent plutôt les 100 euros que les 1500.
Au conseil régional Rhône Alpes, le lobbying a été d’abord mené par Charles Millon, qui voulait sans doute faire oublier sa gare TGV à Satolas-St Exupéry, laquelle a coûté une petite fortune, et qui ne voit passer, aujourd’hui encore, que seulement quelques 200 voyageurs par jour.
Aujourd’hui, c’est Jean-Jack Queyranne qui reprend le flambeau, avec l’appui d’un écologiste mal inspiré, Gérard Leras.
Convaincus que le projet pourrait reporter une partie du trafic poids lourds sur cette ligne, ils ferment les yeux sur les énormes dommages environnementaux que subiraient trois départements, au moment où la cour des comptes constate l’échec du concept de fret ferroviaire Modhalor à Ayton, lequel aurait même contribué à « améliorer la compétivité du fret routier ».
Pourtant la ligne actuelle transformée pourrait répondre aux objectifs du projet, d’autant que le tunnel ferroviaire de Fréjus a été modernisé, agrandi, et que le fret dans ce secteur stagne depuis plus de 30 ans.
Sentant que le projet pourrait être abandonné ou renvoyé aux calendes grecques, Queyranne commence à brandir un « argument de poids » : près de 800 millions d’euros ont déjà été dépensés dans le cadre des études (descenderies en Maurienne, et expertises), et il faut continuer, sous entendu, même si c’est une erreur majeure.
En effet, Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, confirmé par le premier ministre, a fait savoir que, par ces temps de crise, les grands projets d’infrastructure dont le bien fondé ne serait pas prouvé, seraient abandonnés, mettant le Lyon Turin dans la liste menacée.
Dans ce paysage tourmenté, un nouveau scandale vient d’éclater.
Il y avait dans les rangs des commissaires enquêteurs, un certain Guy Truchet, ingénieur en travaux publics.
Or ce même Truchet a un frère, Roger Truchet, patron d’une entreprise de travaux public à St Jean de Maurienne, lequel a acquis comme par hasard dans le secteur concerné un terrain pour une bouchée de pain (3,81 € le mètre carré), soit pour environ 350 000 euros.
Manifestement doué dans les affaires, Roger Truchet est aussi à la tête d’une Sarl immobilière, et il aura ainsi des matériaux pas trop chers pour construire dans sa région.
Guy Truchet, le commissaire enquêteur, a proposé à ses confrères de la commission d’enquête, de choisir le terrain de son frère, afin d’accueillir le quasi million de mètre cubes de déblais, ainsi qu’on peut le découvrir dans le rapport d’enquête à la page 124 : « la commission invite RFF (…) d’étudier le mémoire de l’entreprise Truchet TP, qui propose de mettre à la disposition du projet un terrain de 9 hectares (…) pour y stocker de manière définitive 950 000 m3 de déblais… ».
Comme l’écrit Le Canard Enchainé dans son numéro du 3 octobre 2012 « une affaire : le million de mètre cubes de sable et de gravier (…) peut générer aujourd’hui un chiffre d’affaire de 20 à 50 millions d’euros (…) de quoi recouvrir le conflit d’intérêt ».
Une affaire juteuse donc, puisqu’après avoir acheté un terrain pour 350 000 euros, il rapporterait, si le projet se réalisait, jusqu’à 50 millions d’euros.
Les opposants au projet qui dénonçaient le manque d’esprit critique de cette commission, laquelle a repris sans état d’âme les conclusions de RFF, s’interrogent de plus en plus sur l’impartialité de cette commission, laquelle a validé le projet les yeux quasi fermés, et le conseiller régional Noël Communod demande maintenant l’annulation de l’enquête d’utilité publique.
Il faut rappeler que, à la question posée sur rentabilité du projet, les commissaires enquêteurs ont seulement fait savoir que ce serait à l’utilisateur de la ligne d’en assurer la responsabilité.
Sur la question du bruit, alors que des mesures prises sur une ligne TGV du coté d’Angers affichaient près de 130 dB, les commissaires enquêteurs, tout en doutant de cette réalité, s’appuyant sur les dires de RFF, s’en sont remis à « l’obligation de résultats », promis par RFF, qui affirme que les trains ne dépasseront pas les 65 dB prévus par la loi, sauf que s’il y a dépassement une fois le projet réalisé, on se doute bien qu’il ne sera plus question de démonter les voies.
Il faut rappeler qu’à 110 dB, on atteint le seuil du risque de surdité, et que les « murs antibruit », outre le fait qu’ils privent l’habitant du paysage habituel, ne peuvent rien faire lorsque la ligne LGV se trouve en fond de vallée, les habitations étant fatalement au dessus.
A la question posée par les opposants sur la dévalorisation du patrimoine estimée à 30% par des experts de l’immobilier, même pour les habitations relativement éloignées de la ligne, rien n’est prévu pour réparer le dommage subi.
La COLT (coordination opposée au Lyon Turin), entend bien faire entendre sa voix lors du sommet franco italien, prévu début décembre 2012, à Lyon.
Ce sommet bilatéral mettra à l’ordre du jour la question de la ligne LGV Lyon Turin, lors de la rencontre entre François Hollande et le président du conseil italien, Mario Monti.
On comprend que les opposants au projet, tant du coté français qu’italien, viennent s’inviter à la fête, pour leur parler entre autres de cette vilaine affaire de dessous de table.
Comme dit souvent mon vieil ami africain : « l’esprit, c’est comme un parachute, il ne sert que lorsqu’il est ouvert ».
Notre Dame des Landes : la résistance continue
Les gendarmes ont continué d’occuper la forêt de Notre Dame des Landes et d’en vider les habitants. Mais ceux-ci restent présents, rejoints par des opposants de toujours au projet d’aéroport.
On apprend que 500 personnes se sont rassemblées à Nantes ce soir en solidarité avec la Zad. On les aura !
23h23 : la personne arrêtée ce matin est sortie, elle a une convocation pour le 22 janvier à St Nazaire à 14h (Il ne s’agit pas de la personne arrêtée à 16h20, qui est toujours en GAV)
22h08 : Devant les bureaux de VINCI à Couëron, il y a 6 camions de CRS et 2 voitures de gendarmes.
20h08 : Nous avons l’information qu’une personne est détenue en GAV à La Chapelle sur Erdre depuis 16h20 pour refus de donner son identité. Elle a été arrêtée sur la route près des Ardillères.
19h20 : La voie est totalement libre sur la route entre la Vache Rit et La Saulce
19h : Des convois de Flics partent de la zone.
18h39 : La plupart des camions de flics sont partis du carrefour du Moulin de Rohanne (près de la Saulce, il reste 4 camions, et 5 gendarmes mobiles à pied
18h15 : à la Saulce il y a encore des flics postés sur la route, et il y a deux engins (dont un sur un plateau) prêts à partir escortés par des flics
17h 34 : Des personnes interpellées aujourd’hui, il y en a une dont on n’a pas de nouvelles, les autres ont été relâchées.
Lande de Rohanne : depuis ce matin, destruction de la cabane collective entourée d’une poignée de Gendarmes Mobiles. Quelques personnes dans des arbres, d’autres en soutien au sol. 4 personnes ont été déscendues des arbres par le GIPN. Les restes de la cabane ont été emmenés par un marabout. Vers 17h les flics se dirigent plus au nord, vers une deuxième cabane au sol, en dégageant les personnes qui étaient sur leur passage, mais sans se préoccuper des au moins 3 camarades encore dans dans les arbres. à 17h02, on a reçu l’info que des machines allaient vers le nord de la cabane collective détruite en cassant les arbres sur leur passage. Puis à 17h24 les flics quittent la forêt.
17h24 : Les flics quittent la Lande de Rohanne
17h02 : dans la forêt, des machines vont vers le nord de la cabane collective détruite et cassent les arbres sur leur passage
16h47 : à la Pointe, une dizaine de camions de flics et des engins de travaux, ils ont l’air de vouloir murer (la maison n’est donc pas détruite)
16h42 : demande de renfort dans la forêt de Rohanne où les flics commencent à pousser les gens pour prendre toute la place
16h25 : Une personne interpellée il y a 4h était en contrôle d’identité et a été relâchée
16h08 : relève de flics à la Saulce
16h03 : nombreux flics vus sur la 4 voies Nantes/St Nazaire au niveau de la discothèque à Vigneux
16h01 : le GIGN a quitté la forêt, ils ne pourraient donc pas expulser les gens encore dans les arbres
15h59 : un manitou vient d’enlever la carcasse à l’entrée du chemin de la chèvrerie. (En fait, on apprend que c’est un voisin qui a fait ça. Vive la solidarité ...)
14h50 : « énorme » dispositif policier devant la Saulce.
14h30 : nombreux camions de flics se dirigeant vers la Pointe. Des bruits d’engins de traveaux ont été entendus là bas.
[14 26 : Message envoyé à Reporterre :
"Les résistants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes (près de Nantes) en appellent à votre soutien.
en venant nous rejoindre sur la ZAD, en faisant partout en France et dans le monde des actions contre la multinationale Vinci (promoteur de l’aéroport, le même qui construit les autoroutes, les prisons, les centrales nucléaires dans le monde entier), En propageant l’information partout où vous pouvez."]
13h50 : toujours des camarades dans la cabane du Sabot, les flics sont dans le jardin. Toujours des camarades dans les arbres à la forêt aussi.
13h25 : il semble y avoir une relève des flics en cours.
13h20 : trois personnes ont été expulsées de la Forêt de Rohanne. Deux sont actuellement libres, une en contrôle d’identité. Il y a toujours du monde en l’air.
13h10 : il y a toujours plusieurs personnes dans les arbres dans la forêt. Les flics ne sont plus en train de grimper. Il y aurait trois interpellés qui auraient été relâchés. On entend à nouveau l’hélicoptère.
12h42 : appel à renforts à la forêt.
12h34 : les flics reculent vers la lisière de la forêt.
12h19 : dans la forêt : ils sont redescendus de l’arbre sans la personne (qui est restée en haut) ; le soutien continue à se rassembler en bas, avec présence de la batucada, beaucoup de flics en civil et physionomiste sur place
12h17 : relève de gendarmes mobiles au niveau de la route de l’Isolette
12h14 : d’après la presse en ligne, la préfecture annonce l’évacuation du lieu-dit la Pointe et de la lande de Rohanne ; et mentionne trois interpellations. Informations à confirmer
12h : dans la forêt de Rohanne : la pelleteuse travaille et a presque fini de détruire la maison collective ; la personne dans l’arbre où sont montés les grimpeurs refuse de descendre, elle est visée par un flashball
11h30 : un manitou avec bras télescopique est arrivé au niveau de la Saulce ; il prend le chemin de Suez
11h22 : NOUS NE RECEVONS PLUS D INFORMATIONS REGULIERES. NOUS APPELONS TOUTES ET TOUS A MANIFESTER LEUR SOLIDARITE AVEC CE QUI SE DEROULE ICI ET A LE FAIRE SAVOIR LE PLUS LARGEMENT POSSIBLE Localement : appel à rassemblement à 19h devant la préfecture de Nantes ce soir / à 18h30 devant la mairie de Rennes vendredi soir (et non ce soir)
11h08 : dans la forêt, ils montent dans un arbre où se trouve quelqu’un. Au moins une autre personne est dans un arbre. Des bruits de tronçonneuse sont entendus dans la forêt
11h05 : Sabot : Situation stationnaire, les barricades brûlent toujours
10h39 : un camion benne arrive au carrefour de la saulce depuis le nord
10h33 : rappel de la situation : une quinzaine de flics sur la route de l’Isolette ; une ligne de flics à l’intérieur de la Saulce (côté route de Vigneux) ; des véhicules en stationnement déblayent le carrefour
10h32 : ils vident la maison collective de la forêt. Ils ont une équipe de grimpe
10h28 : ils ont fait les sommations au Sabot. Besoin de renfort
10h25 : début d’expulsion de la grande forêt : ils sont en train de détruire la maison collective. des personnes sont dans les arbres
10h15 : un mégaphone aurait été entendu du côté de la forêt de Rohanne
10h13 : les informations ne nous parviennent presque plus pour l’instant. La situation serait stable au Sabot et à la Saulce. POUR RAPPEL : LA SAULCE N EST PAS EXPULSABLE D APRES LA JUSTICE
9h37 : il est notifié aux forces de l’ordre qu’il y a des gens en hauteur à la Saulce. Nuage de lacrymo
9h35 : les flics dégagent l’entrée du Sabot mais restent sur la route.
9h28 : les flics sont au centre de la grande forêt. 15 camions de CRS et camions de déménagement dans le chemin de Suez
9h25 : les flics entrent dans la forêt de la Saulce depuis le sud, et dans la forêt de Rohanne
9h18 : un tractopelle arrive de Vigneux vers la Saulce. Barrricade nord de la Saulce détruite ; des flics sont en train de détruire la barricade sud. Ils chargeraient le Sabot mais sans certitude. L’hélico tourne
9h15 : un nouveau convoi arrive vers la saulce avec des camions de déménagement. Les flics sont entrés dans la forêt de Rohanne, peut-être avec une équipe de GIGN (grimpeurs)
9h12 : Les flics continuent à démonter la barricade de la Saulce. 3 camions de flics vont dans le chemin de Suez depuis la barricade de la Saulce. Ils entrent dans le Sabot.
9:10 : flics tiennent l’entrée du sabot
9:05 :entrée des gendarmes dans la saulce, CRS avancent vers barrage du chemin du sabot
9 : arrivée de convois vers barricade saulce, vers le sabot
8:55 : un convoi de flics arrive vers le Far ouest
8:45 : petite annonce : il y a des chaussettes sèches, de la nourriture et des piles disponibles à la nouvelle boulangerie !
7:15 : situation sur les routes : bcp de flics entre les ardillières et les Planchettes barrage à la Paquelais croisement route des fosses noires/route de la Paquelais libre.
6:00 : pour le moment, pas de nouvelles après cette longue nuit
Réponse à un élu PS indigne
Le président « socialiste » du conseil général de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, traite les habitants de Notre Dame des Landes d’« accapareurs ». La réponse de Corinne Morel-Darleux, du Parti de Gauche : « On parle là de jeunes qui s’installent dans des logements vacants, bossent et emmènent leurs gamins à l’école du coin, soutenus par les agriculteurs locaux ! »
Philippe Grosvallet
Les opérations d’évacuations sur le site de l’aéroport du Grand Ouest, conduites pour le troisième jour par l’Etat, ont mon soutien entier. Elles marquent la fin d’une situation de non droit : l’occupation illégale et l’exploitation de propriétés, rachetées régulièrement par les pouvoirs publics à leurs précédents propriétaires, et que certains individus ou groupes de pression avaient confisquées ces dernières années, en toute illégalité.
Je suis surpris de voir des élus ou formations politiques défendre cette illégalité et dénoncer le retour à l’ordre républicain. Au moment où un grand nombre de nos concitoyens connaissent des difficultés, ont de la peine à faire face à leurs charges même en travaillant, et où l’Etat demande à tous des efforts pour redresser le pays, il me parait inconvenant de trouver des justifications à des comportements accapareurs. Si je respecte les choix de vie de chacun de mes concitoyens, je ne peux pas, en tant qu’élu, accepter ceux qui se font aux frais de la collectivité, avec la prétention de paralyser un projet d’intérêt général.
Personne ne doit s’étonner de l’ampleur du dispositif déployé par l’Etat, afin que ces évacuations soient effectives et irréversibles, et que les forces de l’ordre agissent avec efficacité et surtout sans emploi de la violence.
Corinne Morel-Darleux
Colère froide en découvrant le communiqué de M. Grosvalet, président PS du Conseil général de Loire Atlantique, qui revendique les expulsions à Notre Dame des Landes comme un « retour à l’ordre républicain », traite les expulsés d’ « accapareurs » et ne trouve rien de mieux à faire que d’illustrer son billet avec une belle photo d’avion sur un tarmac.
Bon sang, était ce vraiment nécessaire ? Il aurait pu se contenter d’un communiqué neutre. Mais non, Monsieur le Président du Conseil Général se paye le luxe de la provocation gratuite et jette de l’huile sur le feu. Il est vrai qu’il a la force de son côté. Jusqu’à 1200 policiers, CRS, gardes mobiles et gendarmes depuis mardi, pour déloger 150 jeunes civils et désarmés de la « ZAD » (zone à défendre). Et il a le culot de dire que tout se fait sans violence ! Sans violence ? Quand des familles sont bombardées de gaz lacrymos et expulsées à la veille de la trêve hivernale ?
Comment est-on censé réagir à la provocation d’un élu de la République, qui se dit « socialiste », envers des familles qui se retrouvent à la rue ? On parle là de jeunes qui s’installent dans des logements vacants, bossent et emmènent leurs gamins à l’école du coin, soutenus par les agriculteurs locaux ! Quel mépris, quelle xénophobie sociale ! Oui, je dis bien xénophobie.
C’est la bonne vieille technique d’accuser une poignée qui « s’accapareraient » quand d’autres doivent « se serrer la ceinture » ! De la part d’un gouvernement qui prône l’austérité ! C’est la nausée du « regardez il y a un peu moins pauvres que vous, allez vite leur prendre le peu qu’ils ont et que vous n’avez plus » ! Et surtout pendant ce temps là, oubliez qu’il y a les vrais riches qui se gavent eux sur votre dos à tous. Oubliez Vinci et consorts qui s’accaparent les terres des paysans à grands coups de millions. Mais surtout oubliez le « S » du PS. Pour moi c’est fini. Je pensais être blindée, je ne l’étais pas. Cette fois c’est fait.
Un appel est lancé pour perturber le congrès du PS
Le PS tiendra son congrès à Toulouse du 26 au 28 octobre. Les raisons de perturber cette réunion du parti de gouvernement « de gauche » sont multiples.
Les 26, 27, 28 octobre se déroule le congrès national du Parti Socialiste à Toulouse au Parc des expositions.
Les raisons d’agir à cette occasion sont multiples et probablement différentes pour chacun-e d’entre nous. Les objectifs le seront aussi. Faisons en sorte que cette diversité soit une force.
Ce congrès peut être l’occasion de faire entendre nos voix.
C’est l’objet de ce texte qui a vocation à appeler à agir. Chacun-e avec ses objectifs, ses moyens et son idéologie. Cet appel n’a pas pour vocation à provoquer une action unitaire mais plutôt à appeler à une multitude d’actions autonomes les unes des autres, déclarée ou non, réformistes ou révolutionnaires, revendiquées ou non…
Dans la grande tradition des contre-sommets, des forums sociaux et des rencontres de « convergence », ces 3 jours d’actions seront aussi l’occasion de faire connaître nos alternatives.
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Contact : contact (arobase) contrecongresps.org
Laissons le pétrole sous terre
À travers l’initiative Yasuní-ITT, l’Équateur s’engage à ne pas exploiter une partie de son pétrole, refusant une manne financière dont il a pourtant besoin pour son développement.
Préservation de l’environnement, maintien de la biodiversité, respect des peuples indigènes, énergies renouvelables, alternative au développement fondée sur le « bien vivre » et éradication de la pauvreté sont les fers de lance de sa politique. Il fait ainsi une proposition concrète au monde pour une société postpétrolière.
Au plan international, émerge un nouveau modèle de développement : il n’est plus question de dette économique des pays du Sud envers les pays du Nord mais de dette écologique des pays du Nord envers les pays du Sud.
Ce livre vous propose de découvrir ce petit pays des Andes et d’Amazonie, qui fait souvent figure d’irréductible, à travers une initiative qui devrait marquer l’histoire politique contemporaine tant elle répond aux questions que tout citoyen se pose concernant l’avenir écologique de la planète, mais aussi l’héritage que nos générations laisseront à celles qui leur succéderont.
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Laissons le pétrole sous terre ! L’initiative Yasuní-ITT en Équateur, de Matthieu Le Quang, aux éditions Omniscience, Paris, septembre 2012, 256 pages, 17,90 euros.
Matthieu Le Quang est enseignant chercheur en science politique à l’Institut des hautes études nationales de Quito en Équateur. C’est un spécialiste de la politique équatorienne, notamment de l’intitiative Yasuní-ITT.
Une cause nationale
"Si ceux pour qui les mots ’crise écologique’ veulent dire quelque chose perdent cette bataille, si cet aéroport se faisait, le mouvement écologique en serait aussi durablement affaibli qu’il l’avait été, en 1977, par les événements de Creys-Malville.
Le lourd silence de Cécile Duflot, de José Bové, de Daniel Cohn-Bendit, de Nicolas Hulot et de tant d’autres sommités, le désintérêt des médias, la passivité d’Europe Ecologie Les Verts, le « courage fuyons » des élus PS informés des enjeux écologiques, l’apathie de la grande majorité des associations environnementales, le désir si manifeste de tout ce joli monde de tourner la page n’y font rien : ce qui s’est déroulé cette semaine et se poursuit ces jours-ci autour de Notre Dame des Landes, en Loire-Atlantique, est vital, crucial, essentiel.
Si ceux pour qui les mots « crise écologique » veulent dire quelque chose perdent cette bataille, si cet aéroport se faisait, le mouvement écologique en serait aussi durablement affaibli qu’il l’avait été, en 1977, par les événements de Creys-Malville.
On s’étonne que ne soit pas comprise l’importance de ce bras de fer. Mais peut-être faut-il, de nouveau, en expliquer les enjeux. Il s’agit, donc, d’un projet d’aéroport qui occuperait près de 2000 hectares de terres au nord de Nantes. Vieux d’une quarantaine d’années, il a ressurgi au début des années 2000. La résistance tenace, non violente, assise sur des expertises solides, de paysans, d’élus, d’écologistes, de citadins, d’habitants anciens et nouveaux, a retardé le projet. Elle a permis de voir que se cristallisent ici toutes les problématiques qui forment le complexe écologique de ce début du XXIe siècle. Ce n’est pas Trifouilly-les-Oies, c’est une cause nationale.
Alors que le Programme des nations unies pour l’environnement vient d’annoncer que les zones humides, essentielles à la biodiversité et à la régulation des écosystèmes, ont perdu dans le monde la moitié de leur superficie depuis un siècle, on s’apprête en France à détruire un site dont 98 % des terres sont des zones humides. Alors que semaine après semaine, les climatologues publient des études montrant la gravité du changement climatique, on s’apprête en France à construire un aéroport qui stimulera le trafic aérien, important émetteur de gaz à effet de serre. Alors que l’artificialisation des sols et la disparition des paysans sont officiellement déplorées, on la planifie ici, ce qui la justifiera ailleurs. Alors que le pouvoir du capital et les partenariats public-privés sont partout dénoncées, on donne les clés du projet à la multinationale Vinci.
Il y a des moments où il faut savoir dire non. Il est temps que se fassent entendre ces « Non ».
Notre Dame des Landes : la Vache Rit est assiégée
Ce ne sont pas d’irréductibles gaulois mais des militants anti-aéroport, piégés depuis cinq jours dans une grange, à proximité de Notre-Dame-des-Landes. Sur place, la résistance s’organise mais la vie est de plus en plus difficile
20 octobre
On accède à la Vache Rit comme dans un camp retranché. Perdue au beau milieu de la Zad (Zone à défendre), la grange a été transformée en quartier général parles opposants anti-aéroport. Isolés du reste du monde depuis le début des opérations d’expulsions, mardi, les militants organisent leur « survie » et assurent les relais sur les barricades, érigées plus tôt dans la semaine.
« Nous sommes bloqués ici. Le comble, c’est qu’on peut sortir mais il sera très difficile, voire impossible, de revenir », explique Marie (*). Et pour cause, les gendarmes mobiles, venus en nombre (500 CRS dépêchés sur place), ont installé des barrages à tous les carrefours menant au domaine. C’est seulement de nuit, et à pied, qu’il est possible de se faufiler entre les mailles du filet. On pénètre dans la bâtisse en deux temps. La première pièce est comparable à un poste de commandement. Des cartes IGN du secteur sont accrochées au mur et des brouillons de tracts jonchent la table. C’est par une petite porte que l’on entre dans la « pièce à vivre ».
Pénurie de chaussettes !
Ils sont quatre-vingt dans la grange où s’entassent, pêle-mêle, pancartes, affiches et bois de chauffage. Sur la gauche, une pile de vêtements trône sur une table en bois. Chacun peut piocher dedans à loisir. Seulement, pas mal de pièces sont introuvables. « Pénurie de chaussettes », plaisante, amèrement, Marie. Impossible d’avoir les pieds au chaud. Alors, les opposants entourent leurs chaussures de film plastique.
À l’intérieur, l’ambiance est particulière. Mi-complot, mi-festif. L’heure est au bilan de la manifestation, organisée en début de soirée devant la préfecture de Nantes. « Ce n’était pas mal, ona été efficace. Maintenant, il faut être de plus en plus nombreux, chaque soir », gesticule François. Pieds nus, emmitouflé dans une polaire tachée et déchirée, il encourage les troupes, restées sur place. À côté des « dortoirs » (en réalité des matelas posés à même le sol), deux jeunes femmes plaisantent : « J’aimerais bien connaître le coût de leur opération. Réquisitionner des hôtels pendant une semaine, y’a pas à dire, nos impôts sont utiles ! »
Des commissions gèrent le ravitaillement
« On va passer aux commissions maintenant ». D’un seul tenant, les opposants se placent en cercle. Une femme, pieds nus elle aussi, prend la parole : « On va faire le point sur les médicaments. Qu’est ce qui manque ? ». « Des cachets pour les maux de ventre », lance-t-on sur la gauche. « Pour les maux de têtes, aussi ! ». « Il y a des génériques pas trop chers en pharmacie, je pourrai y passer demain », propose un jeune homme, assis sur une chaise.
Chacun a un rôle bien précis pour assurer le ravitaillement en eau, vêtements secs et nourriture. « Qui apporte à manger aux barricades ce soir ? ». Un petit groupe de volontaires se forme rapidement. Tous partent pour Le Sabot. Là-bas, les habitants n’ont pas encore été expulsés. Ils sont les prochains sur la liste. Aussi, les soutiens affluent. « Dès 4h30, on se réveille avec les odeurs de lacrymo. On sait qu’on ne va pas pouvoir résister indéfiniment mais on les emmerdera le plus longtemps possible », explique, laconiquement, Jean, rejoint par le doyen, surnommé affectueusement « papy ».
23h30. La pluie redouble d’intensité sur le toit de la grange. Les lumières s’éteignent dans le dortoir improvisé. Certains vont veiller encore un peu autour du feu, en attendant l’aube et les premiers assauts des gendarmes mobiles.
*Tous les prénoms ont été changés.
Un collectif est créé pour suivre les mines d’uranium
Déclaration commune des associations luttant contre les effets environnementaux et sanitaires des mines d’uranium en France et au Niger.
Les 23 et 24 août 2012, se sont réunies à proximité de l’ancienne mine d’uranium des Bois Noirs (Loire) les associations luttant contre les effets environnementaux et sanitaires des mines d’uranium en France et au Niger. A l’issue de cette importante rencontre, les associations font la déclaration suivante.
La France a connu principalement entre 1945 et 2001 une importante activité d’extraction et de transformation de l’uranium dans plus de 200 sites miniers et 8 usines de transformation répartis sur 25 départements et 8 régions. Aujourd’hui, une grande part de l’uranium utilisé en France provient des trois sites de la région d’Agadez au Niger dont l’exploitation a commencé à la fin des années 60.
L’héritage de ces décennies d’exploitation est lourd pour les territoires car il laisse des centaines de millions de tonnes de déchets radioactifs dangereux (boues de traitement, usines démantelées, déchets métalliques contaminés, rebuts miniers). Ces déchets sont trop souvent disséminés dans l’environnement et/ou stockés dans des conditions totalement inappropriées. Ils génèrent des pollutions environnementales multiples (air, eau, sol, chaîne alimentaire) induisant des dangers sanitaires inacceptables aujourd’hui et pour les générations futures.
Face aux lourdes carences des exploitants miniers en terme de gestion des sites, au premier rang desquels la société COGEMA, aujourd’hui AREVA, des associations se sont constituées en France et au Niger pour alerter les populations et mettre AREVA devant ses responsabilités.
Les États qui ont trop souvent couvert la filière nucléaire, ont préféré organiser l’irresponsabilité des exploitants, notamment à travers une législation complaisante. Depuis de nombreuses années, et souvent avec l’appui scientifique de la CRIIRAD et de son laboratoire, ces associations oeuvrent pour que soient reconnues et traitées les situations de pollutions et de mise en danger des populations. Leur combat est parfois soutenu par des élus locaux sensibilisés.
Aujourd’hui, ces associations partagent un même constat : l’industriel AREVA tente par tous moyens d’échapper à sa responsabilité. Face à cette attitude, les États et les institutions du nucléaire (En France : IRSN, ASN, ministères. Au Niger : BEEEI, CNRP, ministère des Mines) n’agissent pas à la hauteur des enjeux :
- Terrains, lieux publics, habitations contaminés par des matériaux radioactifs. - Pollutions du milieu naturel dont les ressources en eau. - Gestion condamnable des sites de stockage de déchets. - Perte de mémoire sur la localisation des sites. - Exposition du public à son insu. - Absence de normes sanitaires et environnementales claires et partagées par tous, en particulier sur les niveaux de rejet et de décontamination acceptables. - Dispositif de surveillance inadapté. - Au Niger, défaillances de l’observatoire de santé et expropriations de 450 km2 de terres autour de la mine d’Imouraren.
Face à ces questions essentielles, AREVA et les institutions nationales accumulent les expertises ne concluant qu’à la nécessité de la réalisation d’autres expertises, oubliant au passage d’entendre les préoccupations locales et l’urgence des situations, et laissant ce niveau local démuni et empêché de prendre ses propres décisions.
Le partage d’expériences qui résulte de la réunion des associations fait apparaître que des victoires importantes ont été obtenues localement : décontamination aux frais d’AREVA de sites parfois vastes (cours d’écoles, parkings et chemins publics, maisons, lac de baignade, réserves d’eau potable, etc.). Ces avancées doivent constituer des précédents : ce qu’AREVA a réalisé quelque part sous la pression associative doit être possible partout.
L’échec des organes locaux de participation (CLIS, CLI, CESS, CODERST, etc.) démontre que les décisions ne sont plus prises au niveau local mais confisquées par le niveau national.
Face à ce constat, les associations ont décidé de s’organiser en collectif, dénommé « Collectif Mines d’Uranium », dont les premières priorités sont les suivantes :
- Dossier du recensement par cartographie héliportée des remblais (« stériles miniers ») disséminés sur le territoire français : obtenir une révision de la méthodologie, un accès aux cartes brutes d’AREVA, et une négociation des seuils et modalités de traitement.
- Problématique des matières radioactives disséminées dans la commune urbaine d’Arlit : obtenir la publication des résultats du plan compteur effectué par AREVA dans les rues, et la réalisation de celui annoncé depuis 2010 dans un échantillon de 125 maisons.
Le Collectif Mines d’Uranium appelle les Présidents des Républiques de la France et du Niger à prendre enfin la mesure des enjeux de santé publique et de protection de l’environnement liés à l’extraction de l’uranium.
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Associations signataires au 1er octobre 2012 (l’ensemble des associations présentes à la rencontre ont signé la déclaration commune) :
. Association Aghir in Man – Niger . Association Oui à l’avenir – Creuse . Association Noria - Vendée, Deux-Sèvres . Association pour la Défense de l’environnement de Xaintrie (ADEX) – Corrèze . Association pour notre qualité de vie – Cantal . Association nos enfants et leur sécurité - Cantal . Collectif bois noirs - Loire/Allier . Association Moine et Sèvres pour l’avenir - Vendée, Maine et Loire, Deux Sèvres . Association Puy de Dôme Nature Environnement - Puy de Dôme . Association Rozglas - Bretagne . Association Sources et Rivières du Limousin (SRL) - Limousin . Association CRIIRAD – France
Notre Dame des Landes : ce n’est pas fini
Lundi 22 octobre, la résistance sur le terrain se poursuit
lundi 22 octobre
20h30 toutes les routes sont libres, la flicaille est partie, la nuit ne leur etant pas propice...
18h30 Des infos des camarades arretés : des 2 personnes arretées sur le chemin du Pimki l’une a été relachée, l’autre est à priori en Garde A Vue pour caillassage. Les 3 personnes arretées entre les Fosses Noires et la Saulce vers 10h30 sont toujours en Garde A Vue. Ils seraient au commissariat de Sautron.
17h Non content de détruire la maison occupée ce weekend la flicaille s’occupe maintenant aussi de la partie vidée de la Sécherie (située juste à coté). La partie encore occupée de la Sécherie est soumise à un siège en règle, ses occupantEs se sont vu interdire d’en sortir toute la journée et cela devrait durer jusqu’à 21h.
16h55 on nous informe que la douane fouille les arrivantEs à la gare de Nantes. Faites attention à vous !
Le juge d’exécution des peines donnera son verdict Vendredi 26 octobre ( veille du 27....) par rapport aux demandes de délai déposées par la Sécherie et le Rosier ...on vous tient au courant de l’avenir proche de ces « foyers de la lutte » comme l’avocat d’AGO les a appelé....
15h00 : ils démolissent la maison réoccupée ce we, et bloquent la circulation sur la route des Fosses noires pour sécuriser l’opération. Au niveau du Bois Rignoux, la route est déviée par des panneaux (dans le sens Paquelais-Ardillières)
14h38 : les fourgons de fosses noires semblent partir en direction Vigneux
14h12 : pas de nouvelles, on est en phantôme-town !
> Si la ZAD de Notre Dame des Landes est actuellement occupée par les forces de l’ordre et du pouvoir, nos maisons ne le sont pas et nos balcons non plus ! En soutien aux opprimés de la zad de Notre Dame des Landes et pour que sur nos terres poussent des légumes et non des aéroports et/ou du bitume : AFFICHONS NOTRE VOLONTE DE DEFENDRE LES TERRES et de STOPPER CE PROJET DESTRUCTEUR à nos BALCONS, à nos FENETRES. Que notre détermination soit visible partout sur la terre. Lorsque que la loi et le pouvoir s’opposent à la vie, va à l’encontre du bien commun et qu’ils deviennent oppresseurs, la résistance est légitime.
13h30 : la pause est finie, ils sont en train de détruire la maison de Dominique aux Fosses noires
13h25 : Les flics bloquent encore les Ardillières...
13h13 : pas trop des nouvelles ver la bas, ils sont en train de bouffer il semble.....bon dégustation de votre pause a la OGM !
12h39 : la pelleteuse est encore embourbé, superbe travaille les gars !!
12h27 : barrage/blocage aux Ardillières vers la Paquelais, la sécherie encore pas accessible, 5 arrestations
12h20 : Sécherie est encore bloquée, les barricades de fosses noires sont détruits, les pelleteuse sont en train de détruire le toit de la maison de Dominique. On est désolé pour toi et ta maman, heureusement elle n’est pas la pour voir ça !!
12h04 : le carrefour des Ardillières est « Route barré », mais il n’y a pas des gendarmes et les gens roule quand même. Faites quand même attention des obstacles de tout genre sur la route. 1 fourgon de GM carrefour Fosses noires/chêmin de suez, 2 fourgon qui roule au fosses noires vers le est ( Sabot )
11h45 : bilan des arrestations aujourd’hui : 4 personnes. On nous confirme que les barricades qui se trouvaient sur la route des Fosses noires ont été détruites.
11h30 : convoi de GM, avec un camion benne et un 4x4, prend la route des Fosses noires du côté de la Saulce en se dirigeant vers l’est
11h15 : sur le chemin de Pimki, les GM mettent leur armure. Le carrefour entre la route des Fosses noires et la route de Vigneux est libre. Il n’y a plus de flics à la Saulce
11h : du côté du chemin de Pimki, les flics sont un peu entrés et ont détruit quelques barricades mais depuis des personnes s’opposent à leur avancée
10h47 : les gendarmes quittent la Saulce et se dirigent vers le sud
10h35 : trois arrestations sur la route des Fosses noires. Il reste cinq camions sur la route des Fosses noires
10h23 : à la Saulce, il est signalé que les flics crient « arrêtez-vous ! ». Les gendarmes sont déployés le long de la route des Fosses noires pour entrer dans les champs à proximité de la Saulce
10h20 : ils n’arrivent pas à sortir la pelleteuse (au nom de « Mairie de Vigneux ») embourbée à la Sécherie !! Il va probablement falloir appeler une dépanneuse
10h15 : une personne de l’Acipa a été interpellée sur le chemin de Pimki
10h12 : à la Saulce, ils se rapprochent de la maison (une bonne dizaine de gendarmes). Ils coursent les gens à l’extérieur
10h10 : les gendarmes quittent la Sécherie sauf quelques-uns qui surveille la pelleteuse qui s’est embourbée (hi hi hi !) dans le jardin derrière VINCI TU PATAUGES !!
10h05 : les gendarmes sont entrés dans la forêt de la Saulce (à 10m de la maison)
9h45 : une autre pelleteuse arrive aux Fosses noires. Total de trois pelleteuses
9h40 : ils coupent l’électricité à la Sécherie. Les camions EDF partent ensuite aux Ardillières
9h36 : un convoi avec pelleteuses arrivent aux Fosses noires.
9h27 : 2 camions EDF et un camion avec bras télescopique aux Ardillières
9h25 : ils bloquent la route aux Ardillières, à la fois en direction de Vigneux (D81) et de la Paquelais (D281)
9h19 : les flics bloquent l’accès depuis le Sabot vers les Fosses noires. Le camion transportant la machine porte le nom de la société « Mustier Robin ». On nous envoie : « Mustier robin : collabo qui transporte les machines http://www.annuaire-des-transports.... »
9h : une vingtaine de flics avancent à pied des Fosses noires au Sabot
8h57 : un camion avec une grue dessus signalé près de la maison nouvellement occupée
8h38 : un camion (sans convoi) est arrêté en face du Sabot. Il repart (!). Une machine de forage quitte la zone direction Vigneux. Idem pour le camion de pompiers
8h10 : le camion de pompiers est arrivé aux Fosses noires
8h : les flics sont dans les champs derrière la maison et de l’autre côté de la route. Un camion de pompier en direction des Ardillières depuis Vigneux
7h55 : ils ont avancé quelques mètres et déblayé une des barricades protégeant l’accès à cette maison
7h50 : une minipelleteuse est sortie de la zone direction Vigneux
7h39 : une voiture de flics signalée aux Ardillières, pas de contrôles pour l’instant
7h37 : ils commencent à gazer la nouvelle maison occupée
7h22 : les flics sortent des véhicules. Ils se promènent dans les champs derrière la maison réouverte vendredi 19 au soir
7h15 : le convoi entre du côté est de la route des Fosses noires, se dirigeant vers le centre des Fosses noires
7h : grand convoi de flics se dirigeant vers les Ardillières depuis Vigneux (12 véhicules de gendarmes mobiles)
6h55 : rien à signaler depuis ce matin
2h00 : évidement tout le monde fait dodo, alors nous aussi, on sera prêt a 5h du matin ! Bonne chance et surtout faites attention a vous !
Une forêt enchantée des Pyrénées, Zilbeti, est en danger
Une exploitation minière menace une des plus belles forêts des Pyrénées
Peut-être avez-vous entendu parler des forêts magiques d’Irati et de Zilbéti, aux confins de la Navarre et du Pays Basque, de l’Espagne et de la France, peuplées de hêtres centenaires, d’espèces rares et merveilleuses, de Laminaks, génies légendaires et millénaires de la non moins millénaire culture basque, présents en ces lieux bien avant l’arrivée des Romains ou des Celtes.
Mais, au-delà ces êtres légendaires, fils de la brume et des songes, une épouvantable réalité vient briser le rêve et la plus authentique des natures. L’avidité sans borne de quelques industriels sans âme et de politiciens sans scrupules menace en toute illégalité ce patrimoine inestimable !
Nul besoin de se projeter dans les lointaines forêts d’Asie massacrées pour l’huile de palme ou celles de l’Afrique et des Amériques, scalpées pour le bois et le soja transgénique, c’est ici, à nos portes, que l’abomination se tisse à l’ombre de notre coupable indifférence, de nos indicibles incohérences.
Alors que nous fêtions Noël fin décembre 2011, les bulldozers sont une première fois venus pour essayer de profaner cette cité de la Nature (le site Natura 2000 de la forêt de Zilbeti, Zone de Conservation Spéciale de Monte Alduide, premier site protégé en Navarre bénéficiant théoriquement du plus haut niveau de protection) et ce n’est que grâce à une mobilisation transfrontalière sans précédent que la massacre a pu être arrêté !
Nous nous sommes réunis le 3 octobre dernier à la Maison de la Nature et de l’Environnement de Pau avec nos amis espagnols, afin de définir une stratégie pour contrer le retour possible de l’entreprise MAGNA qui veut extraire les roches et la magnésite qu’elle convoite sur le site de la forêt de Zilbeti.
Mais, alors que nous préparions ces actions préventives, nous apprenons que les bulldozers sont prêts à revenir « peler » la montagne dans les tout prochains jours ! Nous devons donc nous mobiliser dans l’urgence pour faire face à cette nouvelle agression !
Il faut nous préparer à résister encore, et plus fort que jamais, pour protéger ce merveilleux et irremplaçable trésor naturel.
Je vous invite donc, dans un premier temps, à découvrir le fond de cette affaire en consultant plusieurs documents en ligne :
- un rapide historique ;
- l’article sur le site de la Maison de la Nature et de l’Environnement (nombreux liens et documents, informations « sur le vif » de la mobilisation de décembre 2011 et des mois suivants) ;
- le communiqué de presse du 3 janvier.
Un nouveau communiqué de presse est en cours de rédaction à Madrid (SEO-Birdlife et autres organisations espagnoles). Les ONG françaises ont été appelées à le co-signer. Si vous faites partie d’une association, vous pouvez l’inviter à nous rejoindre. Le temps presse !!
Quant à vous toutes et tous, vous êtes appelé(e)s à faire connaître cette affaire autour de vous et à vous tenir prêt(e)s à vous mobiliser si et quand nous feront appel à vous.
J’espère que nous pourrons faire face ensemble à cette nouvelle urgence et je me réjouis d’avance du combat que nous allons mener avec vous pour préserver la forêt enchantée des Pyrénées !
Nous nous battrons ensemble pour Zilbeti.
Zilbeti vivra !
Un témoignage de Notre Dame des Landes
Tous médias confondus, sauf ceux de la région, qui ne pouvaient pas faire totalement l’impasse, le silence sur les expulsions/destructions sur la Zad a été assourdissant. Tous ceux d’entre vous qui ont suivi ces dernières sur le net, ont pu partager notre écœurement et notre révolte. Mais ce n’est pas des dégâts que je veux parler, mais de colère, de résistance, et de solidarité !
Depuis mercredi [17 octobre], il y a tous les soirs des déambulations « sauvages » dans Nantes, très déterminées, où les gens hurlent leur colère. Un slogan de la lutte a toujours posé problème, ici, entre les opposants « historiques » et certains des nouveaux habitants : c’est « Vinci, dégage ! Résistance et sabotage ! »
Tout le monde est d’accord sur le début, « Vinci dégage ! » Certains s’arrêtent là, d’autres à « résistance ». Vendredi soir, j’en ai vu beaucoup crier le slogan jusqu’à la fin, et hurler « sabotage », qui ne l’avaient jamais fait jusque là...
Le préfet a déclaré mardi à 10H30 que tout était terminé et s’était admirablement passé. Les faits l’ont fait mentir très rapidement, puisque différents lieux ont pu résister, utiliser les chemins creux pour y construire des barricades, et bloquer les gendarmes (qui ne veulent avancer que lorsque le terrain est totalement « sécurisé », comme ils disent).
Au lieu-dit Les Sabots (potager collectif, défriché collectivement au printemps 2011), mercredi soir, les militants ont essayé de sauver le maximum de légumes, un tsunami de lacrymos a répondu à quelques jets de carottes, tant et si bien que les légumes restants sont devenus inconsommables.
Sous des trombes d’eau permanentes depuis le début de la semaine, les conditions sont assez difficiles : sentiers impraticables, champs trempés et glissants, fossés pleins... et il faut passer à travers champs pour rejoindre les différents lieux, les dizaines de véhicules bleus nous barrant routes et carrefours. Et il n’est pratiquement pas possible pour les militants sur place d’avoir une vue d’ensemble.
Dès le premier jour, mardi [16 octobre], le nombre de lieux attaqués simultanément a été plus élevé que prévu, ce qui a compliqué les opérations de repli. Pourtant, dès mardi soir, la Vache Rit, notre lieu de lutte, s’est transformée, grâce à l’accord des paysans qui l’ont mis à disposition, en lieu d’accueil où s’organisent réunions, cuisine, repas, dortoirs...
Les quelques vêtements propres et secs sauvés de la destruction et de la noyade y sont proprement classés et mis en tas à la disposition de tous, dans ce qui est joliment appelé une « free-shop ». Des habitants viennent (re)cueillir les chaussettes sales, pour les rapporter propres et sèches (ma voisine de droite soupire : ça risque d’être la mutualisation des champignons... elle en souffre... et lavera donc elle-même ses chaussettes...).
La cuisine est prise en charge, le ravitaillement assuré (y compris pour les veilleurs des barricades). Les vélos sont mis en commun. Pour les quelques voitures qui ont pu entrer dans la zone bouclée militairement, aucun déplacement ne se fait sans proposer le co-voiturage à la cantonade.
La solidarité s’organise davantage : les expulsés manquent de tout (ils n’ont pas tout sauvé de leurs maigres possessions), et d’abord de chaussettes, bottes et chaussures, cirés, vêtements (pulls, pantalons), lampes frontales, piles électriques, radios... mais aussi matelas et couvertures, qui commencent à arriver massivement à la Vache Rit. Légumes et fruits, féculents... fromages et pain de producteurs locaux, sont arrivés spontanément, avant même tout appel.
Vendredi après-midi, le préfet a cru pouvoir dire que les objectifs de la semaine en termes d’expulsions et destructions étaient atteints, tout en reconnaissant que « ça » n’était pas fini, puisque de nouvelles maisons sont expulsables à partir du 27 octobre. La période de résistance non plus n’est pas terminée, elle est capitale, et nous permet entre autres de développer l’information et la solidarité.
Il parait que les gens de la ZAD puent des pieds : nous sommes fiers de le faire avec eux, dans la poursuite de notre lutte. Nos chaussettes continueront à voir le parfum de la solidarité, qui n’a rien à voir avec la puanteur de Jean-Marc Ayrault et de tous ceux qui ont commandité et couvrent l’ignominie du saccage.
A Bayonne, action contre la publicité
Samedi 13 octobre à 13H00 à Bayonne, plusieurs panneaux publicitaires ont été la cible des militant-e-s du mouvement altermondialiste basque Bizi !
« La pub m’entube », « Je lave mon cerveau avec la pub », « La publicité fait dé-penser », « La pub ça laisse des marques », « Dégage la pub », « Puba pikutarat », « Puba maltzurra », « Puba ustela » étaient quelques-uns des slogans utilisés pour recouvrir plusieurs sucettes ou panneaux publicitaires déroulants électriques.
Cette action relaie en Pays Basque la campagne lancée aujourd’hui par les « Reposeurs » contre l’agression publicitaire. Les Reposeurs invitent la société civile à exprimer d’une manière non violente, et sans dégradation, leur indignation face aux nuisances publicitaires, entre le 13 et le 26 octobre.
Enfin, Bizi a également édité ce même samedi 13 octobre le numéro deux de son fanzine intégralement en langue basque « Pikutarat ». Ce nouveau numéro est consacré au démontage de l’aliénation publicitaire et aux pistes permettant de la combattre concrètement.
Et maintenant, vous aussi, réalisez vos propres post-it anti pub et recouvrez-en les sucettes publicitaires de votre quartier !!!
Voir la vidéo, les principes et le mode d’emploi, sur le site des Reposeurs.
« Nous ne déserterons ni Notre-Dame-des-Landes, ni le terrain politique »
Conseillère générale (Parti de gauche) de Loire-Atlantique, Françoise Verchère est aussi co-présidente du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Cedépa).
Comment avez-vous perçu l’intervention des forces de l’ordre pour libérer la zone occupée de Notre-Dame-des-Landes ?
Françoise Verchère Nous avons eu l’impression d’être pris pour de dangereux terroristes au regard des moyens disproportionnés déployés par les forces de l’ordre pour nettoyer les maisons (certaines avaient fait l’objet d’une procédure d’expulsions, d’autres étaient occupées après avoir été rachetées par Vinci, concessionnaire du projet).
Cette façon de procéder en utilisant la force est assez révélatrice d’une stratégie d’évitement des questions de fond. Sans justification fondée, à cours d’arguments, les défenseurs du projet ont donc tout intérêt à faire le plus vite possible pour le rendre irrémédiable et mettre en œuvre les travaux préparatoires à la construction de l’aéroport (bilan archéologique, construction du barreau routier) prévus au début de l’année 2013.
Quelle est votre démarche suite à cet épisode ?
Cette intervention a suscité de vives réactions et provoquera certainement de nouvelles actions de notre part, mais elle ne change pas notre démarche. Nous continuons à mettre en place des moyens appropriés pour obtenir un débat démocratique. Nous écrivons chaque semaine au président de la République pour lui rappeler cette volonté. A partir d’aujourd’hui, des opposants au projet ont installé une vigie à Paris devant le ministère de l’Ecologie afin d’y être reçus… Ce serait notre première rencontre avec un ministre ! Au final, nous ne déserterons ni Notre-Dame-des-Landes, ni le terrain politique.
La construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes semble irréversible... La situation peut-elle encore basculer ?
Le projet est soutenu depuis longtemps par l’Etat qui ne fera certainement pas machine arrière. Seul espoir aujourd’hui : que soit accepté notre recours auprès de Bruxelles dans le dossier « Loi sur l’eau ». Nous estimons que la construction de l’aéroport, tel qu’il est prévu – soit presque entièrement sur des zones humides – ne respectera pas la législation européenne en vigueur sur l’eau et les milieux aquatiques.
Cette violation de la loi demeure sans conteste le point faible chez les défenseurs du projet. Mais encore faut-il que la décision penche en notre faveur, et ce qui est primordial, c’est qu’elle intervienne dans les délais les plus brefs avant que les travaux ne soient trop avancés. Nous pourrions imaginer une issue juridique positive, sans que cela ne modifie la décision actuelle. Ce qui serait un drame pour nous.
Onze militants anti-LGV de Bizi interpellés
Ce mardi 23 octobre à 10H30, 18 militant-e-s du mouvement altermondialiste basque Bizi ! (Vivre ! en langue basque) ont réalisé une action spectaculaire à Pau (64) pour dénoncer le financement par le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques du tronçon Tours-Bordeaux de la voie nouvelle LGV. Onze d’entre eux ont été arrêtés et sont en ce moment même au commissariat de Pau.
[Reporterre : 16 h 00 : ils viennent d’être relâchés]
Cette action intervient quelques jours avant une grande manifestation organisée ce samedi 27 octobre à 15H00 à Bayonne contre le projet de voie nouvelle LGV Bordeaux-Hendaye et pour la modernisation des voies existantes.
A 10H30, un premier activiste a grimpé sur un arbre faisant face au siège du Conseil Général présidé par le socialiste George Labazée et y a déployé une banderole « Non aux grands projets inutiles et imposés ! »
Pendant ce temps, un groupe de militants a réussi à parvenir sur les toits d’un des principaux bâtiments de l’institution Paloise et trois d’entre eux l’ont descendu en rappel.
Un bras de fer s’est alors déroulé entre la Sécurité arrivée imédiatement sur les lieux et un groupe d’activistes restés sur le toit. Les gardes ont réussi à déchirer une partie de l’immense banderole disant « CG64 : 80 millions pour la LGV Tours-Bordeaux ! On veut + de bus, pas de LGV ! MANIF BAIONAN URRIAREN 27AN (= Manif le 27 octobre à Bayonne) » destinée à être déployée sur la façade.
Enfin, d’autres militants distribuaient un tract expliquant les raisons de cette action aux passants intrigués par le spectacle qui a duré jusqu’à midi, heure à laquelle la police aidée des pompiers et de leur grande échelle ont peu à peu délogé les activistes de la façade et de l’arbre.
Selon Marie Erramouspé, porte-parole de Bizi !, l’argent des contribuables des Pyrénées-Atlantiques serait bien mieux utilisé à « financer les alternatives quotidiennes au tout voiture, pour combattre le dérèglement climatique et permettre aux moins riches de faire face à la hausse structurelle des carburants. Nous demandons plus de bus, plus de trains de proximité, l’arrêt du démantèlement du fret ferroviaire et plus de pistes cyclables sécurisées ; pas une voie nouvelle LGV !
Le financement par le Conseil Général socialiste des Pyréénes-Atlantiques du tronçon Tours-Bordeaux remplira en fait les poches de Vinci, principal bénéficiaire du PPP mis en place. C’est un véritable scandale au vu du manque de moyens pour développer de telles alternatives quotidiennes au transport routier sur le plan local ! »
« Je commence une grève de la faim »
Il a stoppé, quelques minutes, sans violence, des avions pour attirer l’attention sur le changement climatique. Il est en prison. Les juges l’y maintiennent. Il commence à jeûner.
Lettre adressée le 18 octobre 2012 à Madame Taubira, Garde des Sceaux.
Madame la Ministre,
Je suis un citoyen. Je ne suis accusé d’aucune violence. Je ne suis accusé d’aucun vol. Pour le dire de manière un tant soit peu positive, je suis un citoyen pacifique et honnête.
J’écris ces mots depuis la cellule 104 de la prison de la Santé, à Paris, où je suis enfermé depuis un mois et demi. Dans des conditions que l’on peut, sans craindre d’exagérer, qualifier de « mauvais traitements » [1].
De quoi suis-je accusé ? D’une part, d’avoir découpé un grillage de jardin, seule description qui vaille pour la « chose » qui entoure l’aéroport Charles-de-Gaulle [2]. Passons, par respect pour l’intelligence des lecteurs.
D’autre part, de m’être positionné en face d’un avion afin de le bloquer. Il se trouve qu’à part faire dans la pyromanie, il n’y rien de plus destructeur du climat de la terre que la machine appelée « avion ». Il se trouve que, bien évidemment, la destruction du climat de la planète aura pour conséquence un génocide, du fait des sécheresses extrêmes que la communauté scientifique prévoit pour dans à peine une quinzaine d’années, dans le monde entier [3].
Il se trouve que le système climatique étant ce qu’il est, pour empêcher ce crime, il faut agir maintenant.
Jusqu’à présent, aucun procès ne m’a envoyé en prison, les juges comprenant bien qu’ils avaient en face d’eux un citoyen pacifique et honnête ? Qu’à cela ne tienne. Une juge d’instruction a décidé de faire la justice à elle seule.
Une juge d’instruction me maintient en prison depuis un mois et demi, et elle vient de me refuser une nouvelle demande de mise en liberté déposée par mon avocat [4].
Une juge d’instruction qui sachant que je ne suis accusé d’aucune violence, a commencé à évoquer en face de moi et de mon avocat, éberlués, les attentats du 11 septembre 2011 et le terrorisme irlandais. Face à un tel manque de discernement, on hésite entre le rire et l’effroi.
Une juge d’instruction qui pense que les journalistes ayant assisté à ma dernière action non violente « sont en réalité des complices » car ils m’encourageraient à agir [5].
Une juge d’instruction qui a décidé de me faire subir une expertise psychiatrique… Une telle juge d’instruction est visiblement incapable de juger sereinement.
C’est pourquoi, afin de me battre contre l’injustice que représente mon emprisonnement depuis un mois et demi, afin de recouvrer ma pleine liberté, je commence aujourd’hui une grève de la faim.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.
Pierre-Emmanuel Neurohr
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Notes
1. Je suis emprisonné depuis un mois et demi, 23 h sur 24 à quatre dans 12 m2 ; depuis un mois et demi, je n’ai pas pu voir ni mon amie ni quiconque, alors que je croise en « promenade » des trafiquants de drogue qui ont obtenu leur droit de visite au bout de quinze jours, etc.
2. Il semblerait que le PDG d’Aéroport de Paris soit plus intéressé par son lourd salaire qua par la sécurité du site.
3. « Droughts, a review », Aiguo Dai, National Center for Atmospheric Research.
4. C’est un secret de polichinelle que la décision de la juge d’instruction détermine fondamentalement celle du juge de la liberté et des détentions.
5. Madame Herlaut, document 24.9.2012. N’étant pas à une contradiction près, elle écrit dans la phrase suivante que ce sont mes « convictions » qui me « conduisent à enfreindre les injonctions » de l’autorité judiciaire…
Notre Dame des Landes : des opposants prennent (brièvement) l’antenne de France Culture
Une quinzaine d’opposants à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, ont interrompu mercredi matin 24 octobre pendant une dizaine de minutes le programme de France Culture pour lire un communiqué, a annoncé la radio publique.
Leur intervention était concomitante à une interview de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre et ancien maire de Nantes, sur France Inter, autre station de Radio France et dont les locaux se situent dans un bâtiment proche de la Maison ronde où se trouve France Culture.
« Vers 8h25, le collectif Île-de-France de lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est entré dans notre studio principal. Nous avons passé de la musique, puis le collectif a lu son communiqué », a précisé la porte-parole.
Les Reposeurs attaquent la publicité avec des papillons
Une nouvelle méthode de lutte non violente et gaie est lancée contre la publicité dans le métro
Usager du métro parisien ? Vous rentriez chez vous en début de soirée, la semaine dernière, il devait être entre 18 et 20 heures. Las, derrière la vitre de votre rame, vous promeniez un regard désabusé sur les limbes de la RATP, dont les créatures occupaient votre imaginaire en transit.
Ephèbes sur plage de sable fin (avec écouteurs dernier cri), sportifs renommés (buvant boisson chocolatée), actrices séduisantes (en tenue légère)…
Mais cette fois, votre œil s’est attaché à un détail incongru, et vous voilà sorti du coma métrolique. L’appétissant praliné, que vous aviez déjà aperçu sur les panneaux publicitaires géants des autres stations, a disparu sous un insolent « 50x70, c’est bien assez ! ». Une myriade de papillons repositionnables venant compléter cette nouvelle décoration.
Les chanceux bloqués à quai pour cause de surfréquentation auront tout loisir d’y déchiffrer : « sous les panneaux, le paysage », « la pub fait dé-penser », « faites l’amour, pas les magasins », messages renvoyant au site des Reposeurs.
Chaque jour depuis le 12 octobre, des petits groupes s’organisent pour recouvrir ainsi une partie du paysage publicitaire du métro. Cadres, étudiants, retraités, les Reposeurs œuvrent entre amis ou entre connaissances fraîchement rencontrées au rendez-vous quotidien, 18 heures place de la Sorbonne.
Entre 10 et 25 personnes s’y retrouvent, échangent leurs précédentes expériences, se répartissent des affiches et accueillent les nouveaux participants avec quelques conseils de pose (et de dépose). L’objet principal des discussions ? La publicité, mais surtout son format.
Car l’action des Reposeurs porte plus particulièrement sur les panneaux de 4 mètres par 3 du métro, avec une revendication très simple : enlever toutes les réclames présentes sur les quais et dans les couloirs, pour les remplacer par des affiches de 50x70cm, le format de l’affichage associatif, regroupées sur des surfaces de 2 m².
Ce qui aurait un double effet : une réduction quantitative de la publicité (en passant des 144 m² moyens d’affichage par station à 8 m²), ainsi qu’une libération de l’espace visuel, d’où seraient bannis les affichages géants ou animés, ressentis comme une agression.
Si l’aspiration à un « métro plus reposant » est sur toutes les lèvres, les raisons des Reposeurs varient : certains voudraient voir les espaces publicitaires reconquis par des artistes ; d’autres dénoncent la marchandisation du temps des usagers de la RATP.
Et beaucoup mettent en garde contre la duplicité des messages commerciaux : outre l’intériorisation de désirs étrangers, ils entraînent l’appropriation des codes utilisés par les publicitaires, souvent synonymes de sexisme, de violence, et d’objectivation des êtres vivants. Bien entendu, cet argumentaire se retrouve dans les actions d’autres mouvements anti-pub.
Mais les Reposeurs sont soucieux d’éviter tout amalgame : désobéissance « éthique » plutôt que « civile », aucun risque légal, actions et revendications ciblées (uniquement dans le métro et contre les affichages supérieurs au format 50x70cm), l’initiative se veut résolument humble et accessible à tous. Ce qui n’est pas pour déplaire aux voyageurs assistant au recouvrement, donnant parfois une idée de slogan ou un coup de main pour l’accrochage. Selon un sondage CSA publié le 18 octobre, 57 % des Franciliens seraient ainsi favorables à une limitation des affiches à des dimensions 50x70 cm.
Mais il est parfois difficile de rester concentré sur un objectif précis : nombreux sont également les voyageurs qui s’étonnent du cheval de bataille des Reposeurs ou ne retiennent que leur dénonciation de la publicité. Or c’est bien son format qui est ici mis en cause : comme le rappelle Georges, un habitué des sorties « reposantes », des Parisiens du XIXe siècle s’étaient déjà insurgés contre l’apparition d’enseignes publicitaires géantes, peintes sur la façade des immeubles.
Parmi eux, l’architecte Charles Garnier dénonçait en ces termes l’agression publicitaire et les « affichages agaçants » : « Ce n’est pas assez de me balayer les rues afin que mes pieds ne se crottent pas ; balayez-moi donc aussi ces adresses envahissantes qui se plaquent sur mon passage et m’éclaboussent les yeux. » (Revue des Beaux Arts, 1871).
Tous ceux qui partagent cette indignation esthétique et morale, sans pour autant vouloir renoncer à tout affichage, sont donc invités à préparer calicots, feuilles et papier adhésif, jusqu’au 26 octobre à l’heure du dernier métro.
Autre principe d’efficacité non-violente : l’action des Reposeurs, limitée dans le temps, ne dure que deux semaines et perdurera ensuite à travers une pétition. Plus que quelques jours, donc, pour se faire iconoclaste et introduire une distance salvatrice entre la publicité et son réceptacle, nos mirettes.
Menace sur l’Agora
La distribution de tracts sur les marchés est de plus en plus souvent interdite
Contre la multiplication des interdictions de tracter et pétitionner sur les marchés
Depuis le début de l’année 2012, de plus en plus de maires, pour la plupart UMP, se permettent d’interdire totalement les tracts et pétitions sur les marchés.
Au lieu de stopper net cet abus de pouvoir, le Conseil d’État a rendu le 17 avril une ordonnance surprenante (req. n°358495) considérant que cela « ne porte pas gravement atteinte aux libertés d’expression et de communication ».
Pourtant, ce serait réduire les marchés à la seule consommation. Alors qu’ils sont également depuis l’agora antique, des lieux de débat public, d’échange d’informations et d’expression des contre-pouvoirs qu’ils soient politiques, syndicaux, associatifs...
Suite à cette décision, les modifications de règlement des marchés et les arrêtés municipaux ne cessent de se multiplier et menacent de s’étendre grâce à la jurisprudence.
C’est pourquoi, par-delà nos différences, nous demandons instamment au Conseil d’État de réviser sa décision contraire à la libre circulation des opinions et des informations et, par conséquent à l’idée même de démocratie, quelle qu’en soit notre conception.
Nous appelons dans toutes les communes les populations à être vigilantes et à ne pas accepter cette confiscation du pouvoir de s’exprimer librement et de s’informer mutuellement.
Contact pour signature ou info : menacesurlagora (arobase) netoyens.info
Biofil
Le n°84 Novembre-Décembre 2012 de Biofil, la revue agricole de la filière bio, vient de paraître !
Au sommaire :
VIN BIO : Le premier millésime
ORGE : Une céréale top conversion
OEUFS : Améliorer les performances
CHÂTAIGNE : Entre tradition et innovation
DIVERSIFIER : Les atouts du chanvre
Les Islandais approuvent le projet de Constitution citoyenne
Les deux tiers des Islandais se sont prononcés samedi 20 octobre en faveur des propositions faites par un comité de citoyens en vue de rédiger une nouvelle Constitution, selon les résultats du référendum consultatif rendus publics lundi 22 octobre par la chaîne de télévision publique RUV.
49 % des 237 000 électeurs islandais se sont déplacés pour participer au scrutin. Parmi eux, 66,3 % veulent que leur future Constitution soit fondée sur le projet qui leur a été présenté.
Ce projet a été rédigé par une commission élue en 2010 pour réviser la loi fondamentale et composée de 25 citoyens « ordinaires » qui ont consulté leurs compatriotes par Internet. Samedi, 57,5 % des votants se sont également exprimés en faveur du maintien d’une Eglise d’Etat et 82,5 % ont indiqué souhaiter que les ressources naturelles qui ne sont pas propriété privée soient considérées comme des biens publics.
« GRANDE VICTOIRE POUR LE PROCESSUS DÉMOCRATIQUE »
« Le résultat et la participation me réjouissent. J’ai pensé qu’elle serait moins importante, donc c’est mieux que prévu. C’est une grande victoire pour le processus démocratique », s’est félicitée la chef du gouvernement, la sociale-démocrate Johanna Sigurdardottir, citée par RUV.
L’effondrement économique de l’Islande fin 2008 à la suite de la crise financière a déclenché des mouvements sociaux historiques, et la revendication en faveur d’une nouvelle Constitution rédigée par de simples citoyens s’est imposée. Toute révision de la Constitution doit être approuvée à deux reprises par le Parlement, des élections législatives devant se dérouler entre ces deux votes. Le résultat du référendum n’est donc qu’une indication pour le législateur. Le Parlement va poursuivre l’étude du projet.
L’actuelle loi fondamentale date de 1944, après l’indépendance de l’Islande du Danemark. L’année dernière, 72,9 % du corps électoral avait participé au référendum sur la compensation à offrir aux Britanniques et aux Néerlandais victimes de la faillite en 2008 de la banque Icesave.
Le comportement mortifère de la finance
"Si les mécanismes par lesquels le monde financier met en oeuvre ce comportement suicidaire ne font pas mystère, sa motivation demeure, cependant, problématique."
Un tribunal de Washington a invalidé, samedi 29 septembre, des mesures prises par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC, le régulateur américain du marché des produits dérivés), qui visaient à plafonner le volume des positions qu’un intervenant peut prendre sur le marché à terme des matières premières, afin qu’il ne puisse, à lui seul, le déséquilibrer. Les professionnels du secteur s’étaient opposés à de telles mesures, noyant la CFTC sous un flot d’avis défavorables, s’assurant ensuite - grâce au Parti républicain - que le budget de l’organe de contrôle prévu ne soit pas voté, assignant, enfin, la CFTC devant les tribunaux.
Quelques jours auparavant, le 24 septembre, l’International Organisation of Securities Commissions (organisme mondial fédérant les régulateurs nationaux sur le marché des matières premières), à qui le G20 avait confié le soin de réguler le marché du pétrole, jetait l’éponge. Lors de la réunion qui venait de se tenir, l’Agence internationale de l’énergie, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et les compagnies Total et Shell avaient constitué un front du refus. Les compagnies pétrolières avaient affirmé qu’en cas de réglementation du secteur, elles cesseraient de communiquer à leurs organismes de supervision les données relatives aux prix pratiqués.
Le 22 août, la Securities and Exchange Commission (le régulateur des marchés boursiers américains), qui avait mis au point un ensemble de mesures visant à empêcher que ne se reproduise un effondrement du marché des capitaux à court terme, n’est pas parvenue à les faire approuver par son comité de direction, l’un de ses membres - très lié au secteur financier - ayant refusé son aval.
La logique de ces trois manoeuvres d’obstruction couronnées de succès est facile à saisir : la finance bénéficie d’un accès aisé à l’argent et utilise celui dont elle dispose pour empêcher qu’on ne la réglemente, même si les mesures envisagées visent, comme dans les cas évoqués, à empêcher la reproduction d’événements susceptibles d’entraîner... son effondrement total.
Les régulateurs parviennent à infliger des amendes considérables aux banques responsables d’abus, comme les 550 millions de dollars (425,9 millions d’euros) exigés de Goldman Sachs pour avoir organisé des paris sur des produits conçus pour se déprécier, ou les 453 millions de dollars dont a dû s’acquitter la Barclays pour avoir manipulé les données des taux interbancaires du Libor. Mais une banque a des moyens d’éviter de subir les conséquences économiques de ses délits : elle peut réduire les dividendes qu’elle verse à ses actionnaires ; elle peut transmettre à ses clients tout ou partie de ses pertes en renchérissant ses services ; enfin, si elle est jugée « systémique », c’est-à-dire grosse au point que sa chute entraînerait le système financier tout entier, elle sera, comme observé depuis cinq ans, automatiquement sauvée par le contribuable en cas d’insolvabilité, et cela au nom de l’intérêt général.
Lorsque, à l’automne 2008, l’existence de ces établissements financiers systémiques est devenue évidente à l’occasion de la faillite de Lehman Brothers, la mesure à prendre allait de soi : il fallait les démanteler en unités plus petites, dont la faillite éventuelle pourrait être absorbée par les marchés. Mais, déjà, le lobbying (financé en partie par des sommes procurées par le contribuable...) a permis de mettre rapidement la mesure au rencart.
La finance dispose donc des moyens de neutraliser toute tentative de réduire la nocivité de ses pratiques. Elle s’est immunisée contre les efforts engagés par la communauté pour la protéger d’un nouvel effondrement - efforts motivés, bien entendu, par le souci de se prémunir contre les conséquences économiques et sociales d’une telle catastrophe.
Toute mesure préventive d’un nouveau désastre étant systématiquement désamorcée, celui-ci devient inéluctable...
Si les mécanismes par lesquels le monde financier met en oeuvre ce comportement suicidaire ne font pas mystère, sa motivation demeure, cependant, problématique.
Dans son livre intitulé Effondrement (Gallimard, 2005), le biologiste Jared Diamond mentionne, parmi les raisons pour lesquelles des civilisations anciennes sont mortes, l’incapacité de leurs élites et de leurs gouvernements à se représenter clairement le processus d’effondrement en cours ou, si elles en ont pris conscience, leur incapacité à le prévenir en raison d’une attitude de défense « court-termiste » de leurs privilèges.
Les comportements suicidaires ne sont pas absents du monde naturel : on les rencontre par exemple dans la physiologie de la cellule. C’est le phénomène de l’« apoptose » ou "mort cellulaire programmée", quand la cellule entame son autodestruction parce qu’elle reçoit des messages chimiques signalant la mort inévitable de l’organe auquel elle appartient. Arnold J. Toynbee, illustre philosophe de l’histoire, nous a prévenus : "Les civilisations ne meurent pas assassinées, a-t-il écrit, elles se suicident." Souhaitons que ce ne soit pas tout simplement à cela que nous assistons.
Monsanto interdit de séjour à l’Assemblée nationale
De nouvelles règles sur le lobbying à l’Assemblée nationale obligent Monsanto et d’autres compagnies à rendre leur badge d’accès au Palais Bourbon.
Selon nos informations, les représentants des entreprises agrochimiques comme Monsanto et des laboratoires pharmaceutiques vont se voir retirer leur badge d’accès à l’Assemblée nationale.
L’affaire est passée inaperçue, mais le bureau de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire les députés qui ont la main sur le fonctionnement du Palais-Bourbon, font actuellement le ménage dans la liste des lobbyistes accrédités.
Depuis 2009, les représentants d’intérêts qui souhaitent accéder à l’Assemblée doivent montrer patte blanche. 150 entreprises, fédérations professionnelles, associations, cabinets de lobbying et organismes divers sont aujourd’hui recensés et chaque représentant bénéficie d’un badge d’accès.
Ce système, même imparfait, ronronnait tranquillement jusqu’au changement de majorité, et surtout jusqu’à la dernière réunion du bureau de l’Assemblée, le 10 octobre. Le nouveau président de la délégation chargée des représentants d’intérêts, le député PS Christophe Sirugue, a annoncé que les “représentants d’entreprises privées œuvrant dans certains secteurs sensibles” seraient rayés de la liste.
Pour ces secteurs, seuls seront inscrits les représentants des organisations professionnelles. Les “secteurs sensibles” visés sont l’industrie pharmaceutique et l’agrochimie.
7 évictions
Sensibles à l’air du temps, les députés ont en tête l’affaire Servier – sa lobbyiste s’était vu retirer son badge il y a un an – et les polémiques récurrentes autour des OGM. Contacté par Acteurs publics, Christophe Sirugue confirme que 7 lobbyistes travaillant pour des grands groupes vont recevoir un courrier les informant de leur éviction. Selon nos informations, les représentants de Monsanto, de Bayer Cropscience, de DuPont de Memours et de Syngenta devront rendre leur badge.
Certains députés voulaient aller plus loin en bannissant purement et simplement les lobbyistes représentants d’entreprises, mais le consensus au sein de la délégation parlementaire aurait été fissuré. Suite à cette décision du bureau, Total, Thales, Hachette ou Carrefour continueront à avoir accès à l’Assemblée avec un badge de lobbyiste, mais pas les 7 exclus, qui pourront toujours se faire représenter par les fédérations professionnelles auxquelles ils sont affiliés. Contacté, le Leem (Les entreprises du médicament), accrédité à l’Assemblée, n’a pas souhaité faire de commentaires.
Badges valables un an
“Il s’agit de mesures transitoires”, précise Christophe Sirugue, qui doit remettre d’ici la fin de l’année au président Claude Bartolone des propositions sur le lobbying à l’Assemblée. Lors de la réunion du bureau du 10 octobre, outre l’exclusion des entreprises des “secteurs sensibles”, les députés ont décidé de n’accorder des badges que pour un an, renouvelable, alors qu’ils étaient auparavant valables pour la durée de la législature, c’est-à-dire cinq ans.
Il a également été demandé à 22 lobbyistes qui n’avaient pas récupéré leur badge de le faire sans tarder, sous peine d’être rayés de la liste… Preuve s’il en était que l’intérêt de ces accréditations pour les représentants d’intérêts est très relatif. Rien ne leur interdit en effet de prendre contact directement avec un parlementaire et de le rencontrer ailleurs qu’au Palais-Bourbon…
Les clowns félicitent le gouvernement saucialiste et saluent le silence de la presse
Des centaines d’assistés empêchent par tous les moyens la construction du 1er Ayraultport à navions inVINCIbles du monde ! Ces terroristes ne reculent devant rien pour transformer nos bons citoyens Français en animaux improductifs : Plantes vertes, assemblées démocratiques, joie de vivre, potagers, Espoir... Gloire aux fArces armées de l’État Saucialiste qui interviennent pour mettre un terme à leur rêveries ! Vive le béton ! Vive les Navions ! Unissons-nous pour la CroissAAAnce !
La B.A.C (Brigade Activiste des Clowns) se réjouit qu’aucun Grand Journaliste de la France Libre n’ait perdu son temps à Notre-Dame-des-Landes, où des groupuscules anarcho-paysans ont été remis dans le Droit Chemin de la Sainte Croissance.
A TOUS LES FRANÇÉ VIVE LA FRANCE !
Le collectif francilien de Notre Dame des Landes a mené sa première action
-> Reportage, Paris
Il faut croire que le sujet dérange… Ce mercredi 24 octobre au matin, un groupe d’une quinzaine de personnes se dirigeait vers la Maison de la radio, en vue d’interpeller Jean-Marc Ayrault avant son intervention sur France Inter. Des pancartes et une banderole pour une manifestation non-violente en soutien aux opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes.
L’épine semble profondément logée dans le pied du premier ministre, à en juger par le comité d’accueil policier déployé pour l’occasion. On redoutait « une manifestation violente à plus de 50 participants » selon les forces de l’ordre... Alors qu’elles sortaient du RER une pancarte à la main, trois premières personnes ont été interpellées pour un motif non déclaré. En tout, une petite dizaine de manifestants sera ensuite gardée par cinq fourgons de police, à l’abri des regards venant de Radio France, puis emmenée en grande pompe pour dépôt sur main courante. Les trois pancartes de ces militants non-violents, devaient être, on l’imagine, hautement subversives pour aller jusqu’à nécessiter une escorte de motards…
Un autre groupe s’est rendu entre-temps dans les locaux de France Culture et a interrompu l’émission « L’invité des matins » afin d’y lire le manifeste du « Collectif IDF de lutte contre le projet d’aéroport ».
Formé le 23 octobre par plus de 70 personnes de tous horizons, le Comité francilien de soutien à Notre Dame des Landes se réunira chaque mardi pour mettre en place des actions à court et moyen terme, visant à soutenir les occupants des terres de Notre Dame des Landes et à créer une dynamique d’opposition francilienne.
Un but : faire sortir Vinci et les décideurs politiques de leur mutisme actuel. Et ce ne sont pas les raisons qui manquent : engagement contre les Grands Projets Inutiles Imposés, préservation de la biodiversité, intérêt social des alternatives de vie développées sur place, la discussion allait bon train.
Pendant ce temps sur France Inter, Jean-Marc Ayrault réaffirmait son profond engagement pour « l’emploi des jeunes » et « le dialogue social », ainsi que son attachement à un projet mobilisant, somme toute, « très peu d’argent public ». Un Premier ministre de plus en plus évasif, face à une mobilisation crescendo.
Le gaz de schiste aux Etats-Unis n’est pas une si bonne affaire économique
Pour plusieurs grandes entreprises aux Etats-Unis, le gaz de schiste se révèle une catastrophe financière
Personne en France ne semble avoir remarqué qu’au pays de la soi-disant « révolution du gaz de schiste », les meilleures entreprises américaines n’appliquent pas le principe de précaution à leurs propres investissements. Pour beaucoup d’entre elles le gaz de schiste est une catastrophe financière.
Chesapeake Energy, un des leaders de l’industrie américaine, pourrait se trouver en faillite l’année prochaine si l’entreprise ne réussissait pas à couvrir son déficit de trésorerie d’environ 22 milliards de dollars.
En août 2012 BHP Billiton Ltd a dû réduire de 2,84 milliards de dollars la valeur d’une partie de ses actifs en gaz de schiste aux États-Unis, lesquels avaient été achetés 4,75 milliards de dollars seulement dix-huit mois plus tôt.
En juillet, deux autres sociétés, BG Group Plc. et Encana Corp, ont annoncé une réduction de plus de 3 milliards de dollars de leurs actifs en gaz de schiste. Noble Energy Inc, Exco Resources Inc et Quicksilver Resources Inc ont annoncé au total plusieurs centaines de millions de dollars de dévalorisations. D’autres devraient suivre.
En juin 2012, le Texan Rex Tillerson, PDG d’Exxon, le plus grand producteur de gaz de schiste, a résumé la situation au Council on Foreign Relations : « Nous perdons tous nos chemises aujourd’hui. Nous ne faisons pas d’argent. Tous les signaux sont au rouge. » Son collègue russe, Alexandre Medvedev, haut responsable de Gazprom contrôlé par l’État, a prévu la ruine de cette activité, il y a un an et demi.
En février 2011, il a comparé le boom du gaz de schiste à la bulle Internet, « qui a énormément enflé avant de s’aplatir dans une dimension rationnelle et logique ». Les commentaires de ce haut fonctionnaire russe ont été largement déconsidérés. Pourtant, il a apparemment su évaluer le prix auquel les producteurs américains devraient vendre leur gaz de schiste : « La production massive de gaz de schiste est impossible pour un cours inférieur à 6-8 dollars par million de BTU. [1] »
Un an plus tôt, le chroniqueur du Financial Times, John Dizard, a publié pratiquement les mêmes chiffres. Le 6 mars 2010 il écrit : « L’addition des coûts de la recherche, du développement, de l’exploitation des puits de gaz de schiste, plus celui du versement d’un rendement moyen sur le capital des investisseurs, exige un prix sur le marché au comptant de 7,50 à 8 dollars par million de BTU ».
Pourquoi la France doit être circonspecte
Or, aujourd’hui, le gaz naturel se vend aux États-Unis environ 3 dollars par million de BTU. Si nous nous référons à la précédente citation et que l’on s’intéresse aux déclarations du Russe et au témoignage du Texan, le gaz naturel se vend donc à un prix bien inférieur à celui de la production du gaz de schiste.
À juger ces chiffres, le gaz de schiste est tout simplement trop cher à produire, beaucoup plus que le gaz conventionnel. Mais étant donné l’immensité des gisements potentiels, beaucoup de foreurs sautent sur l’opportunité, creusent et en découvrent de nouveaux. Les producteurs inondent le marché, et les prix s’effondrent.
Alexander Medvedev a sûrement raison quand il dit : « Nous ne voyons pour nous aucune menace dans le développement du gaz de schiste. » Vendre du gaz américain en Europe exigerait sa liquéfaction pour le transport ; cela ajouterait 3 dollars au prix minimum nécessaire d’au moins 8 dollars par millions de BTU. Comme le prix de ventes se situe en Ukraine à environ 12 dollars par million de BTU en juin 2012 par exemple, Gazprom ne s’inquiète pas de la concurrence américaine.
M. Medvedev craint-il que l’Ukraine exploite localement le gaz de schiste ? De nombreux pays ont du gaz de schiste, mais ils manquent de certains ou de la plupart des éléments dont disposent les États-Unis. En plus des lois du sous-sol favorisant la ruée vers le gaz de schiste, les États-Unis ont d’autres avantages : beaucoup d’eau (jusqu’à 400 camions-citernes sont nécessaires à chaque nouveau forage), les flottes de camions eux-mêmes, les routes pour les conduire, le matériel de forage et les personnes déjà formées pour percer les trous, sans oublier les réseaux de gazoducs existants.
La plupart des estimations pour l’exploitation du gaz de schiste en Ukraine, en Pologne, en Chine, etc., évaluent les coûts de production à trois fois plus que ceux des États-Unis. En d’autres termes, le prix de vente minimal, entre 6 à 8 dollars par million de BTU pour le gaz de schiste américain est bon marché !
Revenons au cas de la France. Après que le président Hollande a claqué la porte à la fracturation hydraulique, vingt-deux figures majeures de l’industrie, des syndicats et de l’enseignement ont lancé un appel : « Nous demandons au président de la République d’engager un grand débat national et public sur les gaz de schiste qui impliquerait toutes les parties prenantes. Il permettra d’évaluer sereinement son impact sur l’environnement, l’emploi, l’investissement et la recherche ».
Ce débat ne peut avoir lieu sans un examen attentif des échecs économiques du gaz de schiste aux États-Unis à travers des documents comme ceux des fiches réglementaires de la SEC, des faillites, des procès civils et des décisions judiciaires.
Quelle que soit sa forme, le débat français ne peut passer à côté de ces données américaines. C’est le plus sûr moyen d’éviter aux entreprises de dévaler la pente des pertes massives — qui signifieraient aussi des pertes des redevances pour les collectivités locales et des pertes d’emplois.
La France doit être circonspecte sur les affirmations des banques d’investissement, des cabinets de conseil, des cabinets d’expertise comptable et des firmes de courtage. Sciemment ou pas, certains d’entre eux gonflent la bulle spéculative du gaz de schiste aux États-Unis. De nombreuses preuves irréfutables seront disponibles pour l’établissement de la vérité économique du gaz de schiste. La France aura cinq ans pour les passer au crible.
Que ce débat ait lieu ou pas, le président Hollande devrait non seulement être perçu comme un protecteur de l’environnement mais tout autant être crédité du rôle de gardien de l’industrie française contre les excès de la spéculation énergétique.
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Note
[1] Le British Thermal Unit (abrégé en Btu ou BTU) est une unité d’énergie anglo-saxonne qui est définie par la quantité de chaleur nécessaire pour élever la température d’une livre anglaise d’eau d’un degré F° à la pression constante d’une atmosphère.
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Robert Bell est president du department Finance and Business Management, Brooklyn College, city university of New-York. Il est l’auteur de La Bulle verte, Paris, 2007, éd. Scali.
Oleg Rusetsky est ancien étudiant-chercheur du Professeur Bell dans le « Business Program » de Brooklyn College. Diplômé en 2010, il vit à New-York.
Mobilisation pour yourtes en danger !
L’association Cheyen (Coordination des habitants/usagers en yourte sur espaces naturels) appelle à soutenir activement les yourtes de Bussière-Boffy en danger !
Le changement de gouvernement ne change rien à la chasse aux yourtes, bien au contraire. Nous constatons, en même temps qu’une vague d’installation de citoyens responsables en habitat léger, une recrudescence de l’intolérance et des procès abusifs.
Nous appelons à la plus large mobilisation en faveur de l’habitat en yourte, afin que cessent toutes les poursuites actuellement engagées contre des familles, des personnes isolées et des collectifs ! (Cinq affaires en cours actuellement, c’est trop !!!)
Communiqué des yourtes de Bussière-Boffy :
Pour le droit aux alternatives et à l’habitat choisi.
Pour le droit à la différence et à l’autodétermination.
Pour les droits humains et de la famille.
APPEL A SOUTIEN MASSIF, MOBILISATION ET MANIFESTATION
FACE A LA POLITIQUE D’EXCLUSION MENEE A BUSSIERE-BOFFY
Après 5 longues années de Résistance à la politique d’exclusion menée par la municipalité de Bussière-Boffy en Haute-Vienne (87), les familles des trois yourtes, pourtant régularisées le 5 mai 2009 par les services de l’Etat, sont convoquées le 13 novembre 2012 à 8h30, au Tribunal Correctionnel de Limoges.
Elles risquent l’expulsion de leurs lieux de vie, où leurs enfants ont grandi, pour usage du sol en infraction avec le code de l’urbanisme.
LES 6 ADULTES ET 5 ENFANTS, HABITANTS DES YOURTES, LE COMITE DE SOUTIEN DES YOURTES DE BUSSIERE-BOFFY
sollicitent toute votre attention et votre soutien, en participant aux 3 actions suivantes :
1- MANIFESTATION LE SAMEDI 3 NOVEMBRE 2012 à Limoges
Le rendez-vous est fixé à 13h au jardin d’Orsay, derrière le Tribunal, départ de la marche vers la préfecture à 14h.
VENEZ NOMBREUX, amenez votre vie, votre musique, vos spectacles, vos idées, vos rêves, mais RAMENEZ-VOUS !
Projection du film de Suzanne Chupin, « Les yourtes de la discorde » après la manif.
Possibilité d’hébergement à B.B. pour ceux qui viennent de loin.
2- Envoi de deux LETTRES DE SOUTIEN (à télécharger) :
une adressée à Monsieur le président de la République
et l’autre au comité de soutien (pour comptabiliser les envois).
Envoyer la lettre type au président
à : Monsieur François Hollande, Président de la République Palais de l’Élysée, 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré - 75008 - Paris
Et la lettre type au comité de soutien
à : Comité de soutien des habitants des yourtes de Bussière-Boffy Chez M. Ciarra, Le Grand Pic - 87330 - Bussière-Boffy.
Et une PETITION en ligne, sur ce blog.
3- RASSEMBLEMENT DEVANT LE TRIBUNAL
pendant l’audience, le 13 novembre à 8h30 (TGI de Limoges, 17 place d’Aine).
Nous comptons sur vous pour diffuser l’information autour de vous !
Pierre-Emmanuel Neurohr est passé devant le tribunal
« Cassé » par la prison selon son avocat, le militant écologiste Pierre-Emmanuel Neurohr jugé en appel vendredi 26 octobre pour avoir encore tenté de bloquer des avions à Roissy, semble vouloir changer de mode d’action et désormais prendre la plume.
Le prévenu, condamné en première instance à deux reprises et à une peine de jours amende pour quatre intrusions sur le tarmac de l’aéroport, comparaissait détenu après son placement sous mandat de dépôt et sa mise en examen pour avoir tenté une cinquième fois de bloquer un avion le 5 septembre.
Devant la cour d’appel, il répète que l’avion est « une machine qui détruit la planète », « une machine qui vous fait dépasser en quelques heures votre quota annuel » d’émission de gaz à effet de serre.
Crâne rasé et chemise turquoise, se tenant raide dans le box, il souligne que « l’histoire de l’Humanité est remplie de gens qui ont enfreint la loi » pour la faire avancer.
Chômeur depuis trois ans, cet ancien salarié de Greenpeace de 44 ans qui a « travaillé toute (sa) vie dans des associations de protection de l’environnement », fait valoir que « des pays entiers vont voir leur agriculture détruite par la sécheresse ». « Je souhaite tranquillement écrire un livre sur ces questions », ajoute-t-il.
Il ne compte plus recourir au mode d’action qui l’a fait connaître, dit son avocat en marge de l’audience.
« Je suis depuis un mois et demi en prison », « tout ce que j’ai fait c’est pour défendre le climat de la terre », clame Pierre-Emmanuel Neurohr, « ce n’est pas moi qui ai raison », mais les scientifiques.
Face à la présidente qui lui demandait s’il n’y avait pas d’autres moyens, il assure être « quelqu’un de raisonnable », qui n’a « jamais mis quiconque en danger ».
Il s’est à chaque fois laissé arrêter sans aucune résistance, et n’a jamais causé davantage que cinq à sept minutes de retard le 6 août sur un vol à destination de Lyon, dont les passagers n’ont d’ailleurs même pas eu vent, souligne son avocat.
« Voilà donc l’extrême gravité qui justifie une sanction extrêmement lourde contre M. Neurohr », ironise-t-il.
L’avocate générale a une vision différente. L’airbus A319 était ce jour là « prêt au roulage », « projecteurs allumés » et « moteur ronflant », « le commandant de bord a dû stopper son départ ». Pour la magistrate, cette intrusion du militant est bien son « action la plus dangereuse pour tout le monde ».
Dans une plaidoirie qui a parfois pris des airs d’exposé sur les méfaits du transport aérien sur le climat, Me Faro que les transports ne représentaient que 25% des gaz à effet de serre, et l’avion 2% des émissions globales. « A priori c’est une mauvaise cible », poursuit-il, avant de faire valoir qu’il s’agit « du mode de transport qui connaît l’accroissement le plus important » et qui « consomme le plus par passager », particulièrement sur les vols intérieurs.
L’avocate générale a requis de la prison avec sursis et des jours amende contre lui, soulignant qu’il semble vouloir revenir à un combat « avec des armes licites », qui espère-t-elle ne l’amèneront « plus devant un tribunal ».
Délibéré le 30 novembre.
Pour les grandes ONG, Notre Dame des Landes est « un enjeu national »
Plusieurs grandes associations d’environnement et des syndicats ont demandé solennellement au premier ministre à stopper le projet d’aéroport.
C’est par une lettre ouverte commune à Jean-Marc Ayrault que les onze organisations ont décidé de faire entendre leurs voix dans le dossier du futur aéroport nantais.
« Nous appelons le Premier ministre à remettre en cause ce projet d’aéroport qui aura une incidence significative sur le budget de l’Etat, un impact irréversible sur plus de 2.000 hectares de zones humides et terres agricoles et sur nos émissions de gaz à effet de serre », expliquent les 11 organisations, qui tenaient une conférence de presse commune jeudi 25 octobre à Paris.
Greenpeace, Les Amis de la Terre, Réseau action climat, la Confédération paysanne ou encore Attac ont rappelé leur « soutien plein et entier » aux opposants au projet de nouvel aéroport. Et leur volonté de faire de Notre-Dame-des-Landes « un enjeu national ». Déjà, au niveau local et national, EELV, le Parti de Gauche et le MoDem y sont opposés.
Par ailleurs, elles appellent « avec la plus grande fermeté » le gouvernement de l’ex-maire de Nantes « à cesser les expulsions des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes ».
Pour ces organisations, « le déploiement de force auquel nous assistons actuellement à Notre-Dame-des-Landes ne fait que renforcer notre détermination à contester ce projet d’infrastructure ».
Depuis une semaine, les forces de l’ordre procèdent sur le terrain destiné au futur aéroport à des expulsions de maisons illégalement occupées et à des destructions de ces habitations.
Paris, le 25 octobre 2012
Lettre ouverte à l’attention de Monsieur le Premier ministre
Aéroport de Notre-Dame desLandes : Pourquoi cet entêtement ?
Monsieur le Premier ministre,
Depuis maintenant une semaine, les forces de l’ordre tentent de déloger les opposants au projet de nouvel aéroport de Notre-Dame des Landes situé à quelques encablures de Nantes. Malgré un dispositif policier impressionnant et une violence disproportionnée, la résistance s’organise. Ce projet, loin de faire l’unanimité, incarne avec limpidité les dérives d’un pouvoir obnubilé par le faste de grands projets dont l’utilité est clairement remise en question.
Ce projet, né à la fin des années 1960, est un cas d’école, à plus d’un titre. A l’heure où le gouvernement porte au pinacle sa fameuse méthode de concertation, comment expliquer ce déploiement de force ? Quelques semaines avant le débat sur la transition énergétique, alors que le ministère des Transports vient de créer une commission dont la vocation est de réétudier lesprojets d’infrastructures, il est peu de dire que la brutalité avec laquelle vous cherchez à imposer ce projet d’aéroport sème le trouble.
C’est un signal extrêmement négatif à la veille d’un débat sur la transition énergétique prétendu ouvert, démocratique et transparent. Paradoxalement, l’une des premières décisions faisant suite à la conférence environnementale consiste à mobiliser plusieurs centaines de gendarmes afin devenir en aide à la multinationale Vinci pour qu’ils puissent débuter l’expulsion, à la veille de la trêve hivernale des habitants et la destruction de 2000 hectares de zone humide et terres agricoles sur laquelle vivent des paysans.
Il est grand temps de mettre un terme à cette écologie de façade qui passe sous silence, localement, la prorogation d’un modèle destructeur. Alors que le dérèglement climatique est désormais incontestable, que le prix des carburants ne cesse d’augmenter, que la destruction des écosystèmes s’accélère,que l’artificialisation des terres agricoles se poursuit, est-il bien raisonnable d’investir plus de 250 millions d’euros d’argent public pour aider une multinationale à saccager notre environnement ?
La détermination dont vous faites preuve pour imposer ce projet inutile est incompréhensible. La transition énergétique que nous appelons de nos vœux et que vous prétendez viser requiert de la détermination, de la constance et de la ténacité. En soutenant coûte que coûte ce projet d’aéroport, vous affichez votre incohérence. Après cinq années durant lesquels l’inconstance politique a été érigée en modèle, nous ne nous satisferons pas d’un double discours.
Nous vous demandons de mettre un terme immédiat aux expulsions des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes et aux destructions des habitations. Nous nous opposons à ce projet d’aéroport inutile, coûteux et clairement contradictoire avec les objectifs de la France en matière de lutte contre le dérèglement climatique.
Comptant sur votre écoute, nous vous prions de recevoir, Monsieur le premierministre, l’expression de nos salutations les plus respectueuses.
Didier Aubé,
Secrétaire nationale de Solidaires
Jean-Baptiste Ayrault,
Président de Droit au Logement
Philippe Colin,
Porte-parole de la Confédération paysanne
Philippe Colomb,
Président d’Agir pour l’Environnement
Pierre-Jean Delahousse,
Président de Paysages de France
Jean-François Julliard,
Directeur de Greenpeace France
Martine Laplante,
Présidente des Amis de la Terre
Pierre Perbos,
Président du Réseau Action Climat France
Jean Sivardière,
Président de la Fédération Nationale des Associations d’Usagers desTransports
Aurélie Trouvé et Thomas Coutrot,
Co-présidents d’Attac France
François Veillerette,
Porte-parole de Générations futures
La consommation mondiale de viande a baissé en 2011
Pour la première fois depuis seize ans, la planète mange moins de viande. Manque d’appétit ? Pas vraiment, les sécheresses et le dérèglement climatique expliqueraient ce désamour pour la chair animale.
C’est une première. La consommation mondiale de viande a baissé en 2011 pour la première fois depuis 1995 alors qu’elle ne cessait d’augmenter, accompagnant un tassement de la production dû aux sécheresses et aux maladies, selon le World Watch Institute (WWI).
La baisse est très légère puisque la consommation par personne s’est élevée à 42,3 kilos en 2011 contre 42,5 en 2010, mais elle marque un renversement de tendance après la hausse continue de +15% depuis plus de 15 ans.
« Si la disparité entre pays en développement et pays développés tend à s’estomper, elle reste élevée », précisent aussi les auteurs du rapport : respectivement 32,3 kg/an dans les premiers contre 78,9 kg/an dans les seconds.
La sécheresse et les maladies expliqueraient la baisse
Ce n’est pas le désamour de l’entrecôte ou des côtelettes qui a provoqué cette baisse de la consommation mais bien « une sécheresse record dans les plaines du Midwest américain, de maladies diverses et de l’augmentation des prix de l’alimentation animale » en 2011-2012, font valoir Danielle Nierenberg et Laura Reynolds, du projet de recherches « Nourrir la Planète » (Nurishing the Planet) au WWI. La sécheresse qui avait également frappé dur en Chine, en Russie, aux Etats-Unis et dans la Corne de l’Afrique (Est) en 2010-2011 a aussi suscité un renchérissement de la viande, rappellent-elles.
Les maladies touchant les animaux seraient aussi responsables de cette baisse. Pour la seule année 2011, la fièvre aphteuse a été détectée au Paraguay, la fièvre porcine africaine a touché la Russie et sa version classique le Mexique, et le virus aviaire H5N1 a été signalé partout en Asie.
Manger de la viande, un danger pour la planète ?
Enfin, la production, 297 millions de tonnes en 2011, a continué de progresser (+8% en un an) et devrait atteindre 302 millions de tonnes fin 2012, mais cette progression marque elle aussi le pas comparé aux +20% depuis 2011 en raison des sécheresses multiples.
Une conséquence possible du dérèglement climatique et dont la progression de l’élevage serait aussi responsable. Pas à cause des gaz des vaches, accusées d’émettre du méthane, mais à cause des aliments qu’elles mangent : des céréales cultivées à grands coups de pesticides le plus souvent sur des terres déforestées.
Voyageurs sans ticket. Liberté, égalité, gratuité
L’élue et le philosophe racontent la gratuité des transports publics instituée depuis 2009 dans l’agglomération d’Aubagne. Expérience qui a transformé le rapport des citoyens à l’espace public, raboté les distinctions sociales et fait exploser la fréquentation des bus.
« Le régime républicain se stabilise définitivement autour de l’institution de l’école gratuite, une innovation qui place la liberté politique du peuple au-dessus de la mécanique marchande. Cet optimisme démocratique est-il aujourd’hui perdu ? Avec la gratuité des transports publics, il s’agissait de proposer aux habitants du Pays d’Aubagne et de l’Étoile une mesure qui mettrait tout le monde sur un pied d’égalité, pas une mesure réservée aux plus pauvres, pas une mesure où les familles aisées ne trouveraient pas leur compte, créer une situation où les différences de revenus n’auraient plus d’importance »
Quand le principe de la gratuité des transports publics est proposé aux citoyens de la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, les réactions de défiance sont nombreuses. Si pour certains la gratuité est une composante essentielle de l’existence humaine, d’autres se demandent si elle ne dévalorise pas ce qu’elle touche – c’est gratuit donc sans valeur –, ou si elle ne conduit pas à se croire tout permis.
L’expérience engagée en 2009 lève les réticences et se solde par une progression spectaculaire de l’usage des transports publics, des circulations nouvelles entre les citoyens et les territoires, le tout sans coût supplémentaire pour les habitants.
Plaidoyer pour la gratuité, ce document est d’abord le récit d’une innovation politique réussie. Explorant les diverses implications de cette expérience, il propose une réflexion stimulante sur la faisabilité de politiques alternatives au tout-marchand. Il ouvre sur une pensée politique qui croise radicalité de gauche, inspiration libertaire, fécondité de l’utopie quand elle transforme la réalité. Le XXIe siècle est-il en train de défricher de nouvelles voies d’émancipation ?
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Voyageurs sans ticket, Liberté, égalité, gratuité. Une expérience sociale à Aubagne, de Jean-Louis Sagot-Duvauroux et Magali Giovannangeli, aux éditions du Diable Vauvert, Paris, septembre 2012, 104 pages, 15 euros.
Austérité imposée et sobriété volontaire
« On peut estimer opportune l’austérité imposée par l’implosion de la croissance dans la mesure où sa contrainte encouragera nécessairement les démarches de sobriété volontaire au niveau individuel comme collectif. »
Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social.
Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent.
Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et d’une manière générale celle de l’idéologie du progrès.
Il faut rappeler les positions des uns et des autres sur la question et en particulier celle de la gauche non gouvernementale représentée par le Front de Gauche, les syndicats ouvriers et une partie des Verts.
Pour cette dernière, c’est le refus des politiques actuelles d’austérité pratiquées partout en Europe au nom de la justice sociale, autrement dit un prêt à penser traditionnel de la gauche. Imposer l’austérité aux catégories sociales les plus modestes alors qu’une minorité de privilégiés n’a pas arrêté de s’enrichir grâce au capitalisme débridé de ces vingt dernières années, a quelque chose de provoquant, il faut bien en convenir.
Mais cette position compréhensible repose sur un non dit qui est celui du déni de la dette. L’endettement affecte en effet aujourd’hui toutes les catégories sociales même les plus modestes, aliénées par une consommation boulimique. Malgré cette situation qui d’ailleurs a fait le miel du capitalisme jusqu’à aujourd’hui, cette gauche continue à raisonner en fonction de ses prérequis idéologiques habituels, à savoir que la justice sociale exige la relance économique par la consommation populaire. Le corollaire implicite de ce raisonnement est alors celui de la nécessité de la croissance sans considération de son impact écologique et financier depuis longtemps négatif.
Malgré son ancrage à gauche et revendiqué comme tel, le courant favorable à la décroissance au sein du mouvement écolo se réclame d’une sobriété et d’une simplicité volontaire qui n’aurait rien à voir avec l’austérité imposée. Cette position ne nie pas le fait de l’endettement généralisé lié à la logique d’une croissance reposant sur des investissements dont on attend des retours rentables.
Et sont cités à ce sujet, le cas il est vrai exemplaire des grands chantiers d’infrastructure de transport (LGV, canal Rhin/Rhône, aéroport de ND des Landes) ou projets d’aménagements pharaoniques dont l’Espagne est devenue le cas de figure classique, boostés par les fonds structurels européens. Ici le lien est alors fait entre l’endettement et l’impact écologique comme social dans la mesure où la logique de la croissance ne peut servir que le capitalisme. L’austérité imposée, outre son aspect antidémocratique, ne saurait être assimilée à la sobriété volontaire qui repose sur une démarche de liberté.
Pourtant, on peut se demander si cette opposition n’est pas trop idéologique dans la mesure où les deux positions ne sont pas sans relations, ni complètement contradictoires. On peut en effet estimer opportune l’austérité imposée par l’implosion de la croissance dans la mesure où sa contrainte encouragera nécessairement les démarches de sobriété volontaire au niveau individuel comme collectif.
Celles visant à la décroissance reposent au contraire sur l’idée qu’elles peuvent être partagées par le plus grand nombre alors qu’il s’agit du choix d’une minorité éclairée et convaincue. Cette idée, aussi généreuse soit-elle, ignore l’addiction de notre société à la croissance, qu’il s’agisse des citoyens ordinaires avec la consommation ou de l’oligarchie politique et économique avec le culte de l’investissement pour des grands travaux.
Il suffit de voir encore aujourd’hui malgré la crise les parkings de supermarché encore bien pleins ou les projets de création de nouvelles zones d’activité économique dans de nombreuses communes pour prendre conscience de l’énorme fossé qui existe entre les convictions des décroissants et l’opinion courante à ce sujet. La vérité est que l’on ne se libère pas de suite de cinquante années de cette addiction sans y être obligé par le contexte économique justifiant des mesures d’austérité. Cela est vrai non seulement du citoyen ordinaire mais aussi des militants écologistes !
La lutte contre les dérives de l’endettement des collectivités publiques, des entreprises et des ménages ne peut donc prendre qu’une forme contraignante, en premier lieu vis à vis des catégories sociales privilégiées. C’est certainement ici que les politiques d’austérité imposées sans distinction des catégories sociales concernées, ni de la nature des activités affectées par ces mesures se distinguent de celles axées sur la sobriété volontaire.
Ce dernier point me semble particulièrement important dans la mesure où les activités économiques contribuant à la crise écologique sont importantes et particulièrement nocives comme celles liées aux grands projets d’aménagement ou encore celles de la recherche visant à développer des OGM, des nanotechnologies ou à augmenter les capacités cérébrales humaines par les neurotechnologies, des activités qui seront certainement moins affectées que le budget quotidien du citoyen lambda !
Une telle politique d’austérité devrait s’attaquer également aux dérives financières et aux choix énergétiques tels que ceux du nucléaire ou encore au budget militaire consacré à la force de frappe. Certes, comme cela a été dit et répété, une telle politique a aussi l’inconvénient de porter atteinte aux investissements nécessaires à la résolution de la crise écologique (énergies renouvelables, isolation thermique, technologies propres, etc.) mais il faut rappeler une évidence rarement affirmée sur l’espace public, à savoir qu’aujourd’hui les moyens financiers alimentant la crise écologique sont autrement importants que ceux destinées à la résoudre.
De ce point de vue, on peut donc dire que la politique suivie est plutôt à géométrie variable en fonction du poids des intérêts concernés et des idées reçues de l’oligarchie. La question de la justice sociale dans les choix actuels destinés à apurer la dette pour faire redémarrer la machine économique est donc effectivement essentielle car ce n’est pas aux exclus de la croissance à faire à nouveau les frais de choix politiques découlant de la fin de cette dernière.
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où à tous points de vue nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier par tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie.
D’où la montée actuelle de diverses formes de chaos social et politique se manifestant dans de nombreux pays qui peuvent être source d’affrontements. Cette situation périlleuse pourrait même déboucher un jour sur une conflagration mondiale à coups d’armes nucléaires. Toutes les sociétés qui n’arrivent pas à résoudre leurs problèmes qu’elles ont laissés s’accumuler peuvent être tentées d’avoir recours à la guerre. C’est ainsi que l’humanité pourrait être emportée par un tsunami technologique meurtrier si elle s’avère incapable de faire face à un tel enjeu.
François Hollande ne répond pas au courrier de Notre Dame des Landes
Sans doute le facteur n’a-t-il pas porté la lettre à l’Elysée. La coutume veut en effet que le président de la République réponde à toutes les lettres que lui envoient les citoyens. Mais il n’a toujours pas répondu à la troisième missive de la Vigie postale de Notre Dame des Landes.
Vigie postale
samedi 27 octobre 2012
Vigie postale Elysée
Réponse n°3
On aurait bien aimé publier aujourd’hui la réponse n°3, seulement voilà, la photocopieuse de l’Élysée a du avoir un coup de mou, parce que, à ce jour, toujours RIEN !
Voici la lettre à laquelle M. Hollande n’a pas répondu
Les OGM ne sont pas la solution à la faim dans le monde
Les promoteurs des OGM affirment que ceux-ci pourraient mettre un terme à la faim. Mais la solution se trouve dans le soutien à une agriculture paysanne et écologique, expliquent des agronomes.
Les débats suscités par la récente publication de Séralini et ses collègues ont été l’occasion de présenter les OGM comme une solution potentielle à la faim dans le monde. En tant qu’agronomes et spécialistes des questions de sécurité alimentaire, nous ne pouvons pas laisser croire que les OGM sont la voie pour nourrir l’humanité, fut-elle de 9 milliards d’individus en 2050, voire 12 milliards dans les scénarios les plus pessimistes.
Au premier rang des avantages attendus des OGM est mise en avant leur potentielle contribution à l’accroissement de la production. Cela soulève une première question : le problème de la faim dans le monde est il vraiment un problème de production insuffisante ?
Comme l’ont montré de nombreux travaux sur l’insécurité alimentaire, le problème est d’abord celui de l’accès à l’alimentation par les individus, c’est-à-dire l’accès à la terre ou à des revenus, et une question de démocratie, bien avant d’être un problème de quantités produites. Les niveaux de production actuels sont déjà suffisants pour nourrir la planète.
L’équivalent de 4 972 calories par habitant est produit par jour en moyenne dans le monde sous forme de productions végétales, mais seule environ la moitié (2 468 calories par jour et par habitant en moyenne) arrive dans les assiettes des consommateurs du monde. Une très grande partie des quantités produites est utilisée pour nourrir les animaux d’élevage intensif, transformées en biocarburants ou encore gaspillées, que ce soit après la récolte, dans les supermarchés, ou au sein des foyers (1).
Une deuxième question surgit : les OGM sont-ils une solution pour produire davantage dans les pays concernés par l’insécurité alimentaire ? Les observations dans les champs des agriculteurs des pays en voie de développement montrent que les rendements obtenus ne sont pas limités par les caractéristiques des espèces et des variétés qu’ils cultivent, mais d’abord par leur faible recours aux fertilisants organiques et minéraux.
C’est souvent ce manque de fertilisation qui favorise l’infestation des cultures par les mauvaises herbes et les rend sensibles aux maladies. Il serait ainsi déjà possible d’augmenter ces rendements, en mettant simplement en œuvre les principes classiques de l’agronomie : gestion de la fertilité des sols et des successions de culture.
On pourra même aller plus loin dans l’amélioration des rendements avec une meilleure maîtrise du fonctionnement intime des écosystèmes cultivés, en tirant profit notamment des synergies qui peuvent exister entre espèces biologiques, au service d’une production économe en fertilisants et pesticides. D’autres marges de manœuvre sont également importantes dans la maîtrise de l’eau ou dans l’amélioration des conditions de stockage post-récolte.
Troisième question : si des technologies existent déjà pour augmenter les rendements dans ces régions, pourquoi ne sont-elle pas mises en œuvre dès maintenant par les agriculteurs pauvres ? Parce qu’ils sont pauvres, justement, et qu’ils ne disposent pas du minimum de moyens pour investir dans la fertilité de leurs sols, dans des aménagements pour mieux tirer parti de l’eau, dans des moyens de stockage plus performants.
Plus généralement, ils ne disposent pas de la capacité financière qui les autoriserait, comme le font les agriculteurs des pays industrialisés, à viser des objectifs de production élevés, rémunérateurs à condition de pouvoir se prémunir contre les risques que ces objectifs impliquent. Les marchés qui leur sont potentiellement accessibles ne rémunèrent pas suffisamment ou de manière trop incertaine leur travail ou leurs investissements pour avoir un effet incitatif. De plus, l’accès au crédit leur est le plus souvent difficile, voire impossible.
Enfin, les solutions mentionnées ici verraient sans doute leurs effets renforcés par la diffusion de variétés de plantes améliorées, mais là encore, d’autres techniques que les OGM sont disponibles. Des variétés améliorées par sélection et/ou hybridation « classiques », qui peuvent être associées à des changements des systèmes de culture, peuvent permettre d’augmenter la production.
Bien qu’elle paraisse démodée aux yeux de certains, l’amélioration semencière classique présente un double avantage : elle est plus accessible à la plupart des pays du monde et plus flexible pour adapter les plantes cultivées à la multitude des contextes locaux. Rien n’indique donc que nous ayons besoin des OGM pour alimenter le monde.
En revanche, nous avons besoin de prendre le temps de la recherche pour en peser les avantages, les inconvénients et les risques, et de poser plus clairement la question des contextes économiques, politiques et sociaux dans lesquels ces nouvelles technologies sont mobilisées.
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Note
(1) Dorin B., 2012. Actualisation pour 2007 des estimations publiées dans Paillard S., Tréyer S., Dorin B. (Dir.), 2010. Agrimonde : scénarios et défis pour nourrir le monde en 2050, Quae, Versailles.
Une femme de 65 ans molestée par les gendarmes
Mardi 23, vers 16h et quelques sur la zone, un couple de paysans chez qui j’envoyais des mails a reçu un appel téléphonique d’un voisin : il avait été témoin du fait que les gendarmes avaient cisaillé des barbelés et barrières, et dispersé des génisses (les bleus font volontairement des dégâts pour en accuser ensuite les « squatteurs »).
J’y suis allée avec les copains pour prendre des images. Je fais court sur les circonstances, mais, pendant la démolition d’un toit, je me suis fait arracher mon caméscope, et abîmer la main gauche (je ne voulais pas lâcher l’appareil). Nous avons, non sans mal, récupéré le caméscope (mais pas sa carte...). Je suis ensuite allée voir le toubib pour constatations (il était alors presque 19h) et il m’a envoyée faire des radios ce matin.
Après toute l’après-midi à l’hosto, j’ai une fracture au doigt, et 21 jours d’interruption temporaire de travail. Bien sûr je vais porter plainte contre les flics, à 21 jours d’ITT il sera difficile de classer sans suite (à moins de 8 jours, c’est même pas la peine d’essayer...).
Étonnant tout de même que ces gros « poulets » aux hormones, soi-disant formés au maintien de l’ordre et à assurer notre « sécurité », soient incapables de maîtriser sans dégâts une nana de 65 ans, 1,50 m de haut et parfaitement non-violente...
En attendant, je ne suis plus sur la zone, et je tape avec la main droite et un doigt de la gauche, et ces deux faits vont me rendre moins bavarde par écrit...
Sur place, la lutte et la solidarité continuent, c’est ça l’important.
Notre Dame des Landes : avis favorable de l’enquête publique, selon la préfecture
Les enquêtes publiques réalisées en juin et juillet 2012 au titre de l’application de la loi sur l’eau sur le projet de futur aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes ont rendu un avis « favorable sous réserves et recommandations », a annoncé vendredi la préfecture de Loire-Atlantique.
La principale réserve à l’avis favorable, tant pour l’aéroport que pour sa desserte routière, est la mise en place d’un « collège d’experts indépendants » qui devra valider les propositions de compensation environnementale que le concessionnaire de l’aéroport, le groupe Vinci, a faites. Cette réserve n’empêchera pas la publication « d’ici Noël » 2012, selon le préfet de Loire-Atlantique, Christian de Lavernée, des arrêtés d’autorisation de début des travaux dans le cadre de la loi sur l’eau, mais les arrêtés stipuleront que les validations scientifiques devront précéder « la réalisation de travaux de terrassements généraux (...) qui créeront un dommage irréversible à l’ensemble du site ».
Le préfet estime que l’avis du collège scientifique sur les compensations environnementale ne sera pas rendu avant l’automne 2013. Néanmoins, la construction d’un échangeur routier qui devait démarrer début 2013 n’a pas été incluse dans le périmètre de cette enquête publique car il n’est pas conditionné par l’aéroport et ses travaux ne sont donc pas retardés, a précisé la préfecture. Les travaux prévus par Vinci pour 2013 (pour une ouverture de l’aéroport en 2017) prévoyaient un diagnostic archéologique et un diagnostic écologique et ne seront donc pas retardés.
Le futur aéroport étant situé en zone humide, la question des compensations environnementales fait l’objet de vives critiques des opposants à l’aéroport, qui estiment que les compensations proposées par le concessionnaire Vinci sont insuffisantes.
Contre la liberté surveillée
Le nouveau guide pratique LDH Contre la liberté surveillée est paru !
Quel est l’état des lieux de la vidéosurveillance ?
Quels sont les « résultats » de cette vidéosurveillance ?
Pourquoi s’y opposer ?
Quels sont les textes internationaux qui s’y rapportent ?
Ce guide pratique donne des pistes de réponses à ces questions.
Téléchargement du guide en PDF
Obama ? Bof.
On a retiré à Lance Armstrong ses titres du Tour de France pour dopage. De même, on devrait reprendre son prix Nobel de la paix à Barack Obama pour promesses non tenues. Le président des Etats-Unis s’était vu couronner, en 2009, sur la foi de sa bonne mine et de ses belles paroles, afin de l’encourager à changer la donne sur le Moyen Orient et sur le changement climatique. Mais M. Obama n’a pas su s’en saisir, et à bien des égards, sa présidence peut se lire comme une liste de reniements.
Bien sûr, le Cercle d’acier de Wall Street, une fois passée la grande peur de 2008-2009, s’est resserré avec un cynisme effarant autour des milieux politiques. Mais M. Obama était porté en 2008 par une énergie collective qui pouvait lui permettre de briser cette étreinte. Il a préféré le compromis, perdant la chance de sortir les Etats-Unis de l’ornière.
Que peut-on porter, cependant, au crédit de la politique environnementale du président Obama ? Un effort au début de son mandat pour soutenir les énergies renouvelables (90 milliards de dollars parmi les 900 milliards du plan de relance de 2009) ; un renforcement de l’Environmental protection agency, l’équivalent de notre ministère de l’écologie ; une norme imposant une moindre consommation d’essence aux véhicules. Et ? Voilà. M. Obama a dû abandonner son projet de marché du carbone, s’est désintéressé de la négociation internationale sur le climat, a laissé se développer la production du gaz et du pétrole de schiste dans des conditions écologiques effarantes. Il a autorisé le forage dans le golfe du Mexique, malgré la catastrophe de Deep Horizon, ainsi qu’en Arctique. Et durant sa campagne, il est resté presque silencieux sur le changement climatique, incapable de résoudre la contradiction entre le développement des ressources fossiles et la réduction des gaz à effet de serre.
Mais le programme de son challenger, Mitt Romney est pire encore : le candidat Républicain veut simplement supprimer ou assouplir toutes les réglementations sur l’environnement et l’énergie. Le choix est donc simple – à moins de voter pour la candidate du Green Party (Parti Vert), Jill Stein.
Mais il est triste et décevant. M. Obama reste un homme du passé, un représentant d’une Amérique qui n’a pas compris que la crise écologique avance à pas de géant, bien plus effrayante que le Halloween de fantômes et de zombies qu’elle s’apprête à célébrer dans un rite d’exorcisme des malheurs à venir.
Aux Etats-Unis, les OGM impuissants face à l’amarante
« Cet été, une armée de journaliers a désherbé à la houe les champs de coton dans tout le sud-est des Etats-Unis, du jamais-vu depuis les années 1960 »
Aux Etats-Unis, depuis 1994, de nombreux Etats ont fortement développé la culture transgénique de coton, maïs et soja. Mais les Etats qui ont le plus fortement utilisé ces cultures OGM font face depuis plusieurs mois à une plante mutante redoutable : l’amarante de Palmer (Amaranthus Palmeri).
Cette plante a développé une improbable – mais bien réelle – resistance au Roundup, le désherbant total, produit phare de Monsanto. L’amarante de Palmer peut atteindre deux mètres quarante et pousser de 5 centimètres par jour. Elle résiste aux moissonneuses-batteuses, aux fortes chaleurs et à absolument tous les traitements. Les fermiers les plus modernes du monde doivent revenir à des outils d’un autre âge, la houe et la pelle, pour déloger l’amarante qui prolifère rapidement.
Les années de gloire du Roundup
Pour ces agriculteurs, la démarche était simple jusqu’alors. Tout d’abord acheter des semences OGM Roundup Ready à Monsanto, le plus grand producteur de semences génétiquement modifiées (OGM) de la planète. Ces semences de coton, maïs et soja ont été génétiquement modifiées en ce sens qu’elles resistent au Roundup, le désherbant total également vendu par Monsanto. Pour l’agriculteur c’est alors très simple ; une fois ces semences plantées, il n’a plus qu’à pulvériser joyeusement l’herbicide ; toutes les plantes crèvent, sauf la plantation de l’agriculteur.
Magique non ? Pour Monsanto, magique sans aucun doute, étant donné que la société gagne sur les deux tableaux : semences et désherbant. Pour la pollution des nappes phréatiques, pour la santé des agriculteurs et pour l’impact sur la biodiversité dont la large contribution au syndrome de disparition des abeilles, c’est une autre affaire…
Mais Darwin nous enseigna l’évolution…
Comme nous l’a enseigné Darwin, une fois de plus la sélection naturelle a joué son rôle. A force d’appliquer le glyphosate (c’est le nom du désherbant total commercialement appelé RoundUp) sur des monocultures, des souches résistantes de plantes dîtes indésirables ont été sélectionnées par le processus naturel. Dans la population initiale, certains individus étaient naturellement résistants ; ils se sont multipliés.
Ce mécanisme de résistance au glyphosate a déjà été confirmé chez 16 espèces de « mauvaises » herbes. Le mécanisme de résistance mis en évidence chez l’amaranthe de Palmer s’apparente à celui déjà observé chez certaines familles de moustiques face à certains insecticides.
… et l’amarante de Palmer prolifère
L’amarante de Palmer surnommée pigweed (l’herbe à cochon) prolifère maintenant dans de nombreux Etats. La plante peut pousser de 5 centimètres par jour et atteindre plus de 2 mètres de haut. Il arrive que ses racines cassent les moissonneuses. Chaque femelle produit des dizaines de milliers de graines ; la capacité de l’amarante à se développer est impressionante.
Dans l’Arkansas, l’explosion a eu lieu cette année. Les agriculteurs ont été pris par surprise. « On se disait que ça pouvait arriver, mais pas autant, pas aussi vite », témoigne West Higgins devant l’un de ses champs, où son soja a littéralement été étouffé. Tous les herbicides se succèdent, mais rien n’en vient vraiment à bout. Alors, cet été, une armée de journaliers a désherbé à la houe les champs de coton dans tout le sud-est des Etats-Unis, du jamais-vu depuis les années 1960. Mais les champs ne restent propres que quelques semaines et l’amarante revient en force.
Vers un changement des pratiques ?
Face à ce fleau, nombre d’agriculteurs américains s’interrogent. Certains, bien trop habitués à ces pratiques « faciles » où même le labourage de la terre (une pratique naturelle pour lutter contre les mauvaises herbes et aérer la terre) n’est parfois plus utile, vont tenter l’expérience LibertyLink, un OGM de Bayer, le concurrent de Monsanto. Il fonctionne avec un herbicide différent, relativement efficace sur Amaranthus palmeri.
Mais quelques jeunes agriculteurs (encore peu nombreux) semblent aussi se laisser tenter par un retour aux semences conventionnelles. Le coût exorbitant des semences OGM, dont l’efficacité est de plus en plus contestée, n’est pas pour rien dans leur choix.
En Pennsylvanie, le gaz de schiste empoisonne la vie des habitants
Le gaz de schiste s’est énormément développé aux Etats-Unis. Mais à un prix très lourd pour la vie quotidienne des habitants et pour la beauté des paysages. Reportage dans le comté de Susquehanna, en Pennsylvanie.
Tammy Manning regarde son petit-fils gambader dans le pré, à l’orée des cultures de maïs en train de mûrir sous le puissant soleil de l’un des étés les plus chauds de l’histoire de la Pennsylvanie.
Dans cet Etat de l’est, les denses forêts succèdent aux champs, aux pâturages et aux fermes qui s’accrochent aux pentes douces des collines. Aucune industrie, aucune usine n’avait défiguré ce paysage façonné par l’économie laitière. Mais c’était avant que le virus du gaz de schiste ne contamine les esprits. Que les tours de forage n’envahissent les lieux. Que les routes de terre soient prises d’assaut par d’énormes camions-citernes.
Que de gigantesques torches n’illuminent jour et nuit les alentours en crachant bruyamment leurs flammes. Que les arbres ne laissent la place à des stations de pompage. Que les pipelines dessinent de grosses saignées dans cet environnement préservé jusque-là. Et que la poussière ne recouvre le tout...
Il est 18 heures et la journée a été belle, reconnaît Tammy, 44 ans, mère de trois enfants et grand-mère de trois petitsenfants. « Mais là, j’aurais besoin d’une bonne bière », lance-t-elle à Vera Scroggins, une activiste anti-gaz de schiste qui lui rend visite pour faire le point sur ses « problèmes ». Un doux euphémisme pour parler de l’enfer qu’elle vit.
Elle qui cumule les ménages chez les particuliers et dans les entreprises pour joindre les deux bouts, alors que son mari vient d’être licencié de son emploi de menuisier. Histoire de rappeler que le taux de chômage de ce swing state, qui hésite entre démocrates et républicains à chaque élection présidentielle, a encore augmenté en août pour rejoindre celui du pays. A 8,1%.
Vera Scroggins et Craig Stevens, deux militants écologistes opposés au gaz de schiste
Ennemi sournois
L’enfer de Tammy ne se cache pas derrière ces funestes statistiques. Son enfer, c’est à l’industrie pétrolière qu’elle le doit. A ces compagnies américaines, mais aussi européennes comme Total et Norse Energy, qui trouent le sol de sa région depuis quelques années à la recherche du nouveau miracle économique de l’Oncle Sam : les hydrocarbures non conventionnels, ces fameux gaz et pétrole de schiste dont l’Europe a interdit l’extraction. Provisoirement du moins.
La facturation hydraulique horizontale ou fracking : voilà l’ennemi sournois de l’habitante de Franklin Forks, un petit village perdu dans le comté de Susquehanna et traversé par la route menant à Dimock, le ground zero de cette nouvelle industrie qui consiste à injecter sous pression des millions de litres d’eau chargés de produits chimiques dans les entrailles de la terre pour fracturer la roche et en extraire l’or noir.
De cette ruée, de ces promesses d’emplois – non tenues, du moins pour les habitants du coin qui, comme sœur Anne, ne voient pas le boum économique venir et vivent toujours aussi chichement –, Tammy n’en veut pas. Ou plus, même si personne ne lui demande son avis.
« Je suis à bout », lâche-t-elle en rappelant que son malheur vient de l’énorme gisement Marcellus qui dormait sous leurs pieds et que les hommes, pour l’argent, ont réveillé. « L’eau de notre puits, la richesse des gens d’ici, est devenue grise du jour au lendemain. C’était en décembre dernier. Puis un de mes petits-enfants qui vit sous notre toit est tombé malade. » Ailleurs, les gens se plaignent d’infections pulmonaires, de plaques qui apparaissent sur la peau, de cancers en hausse, de maux de tête permanents, d’asthme...
« C’est insupportable », témoigne Rebecca Roter, qui a fui la pollution de New York pour se réfugier dans le village de Brooklyn, à deux pas de Dimock. « D’autant que du gaz et de la poussière de silice s’en échappent. Aujourd’hui, je dois prendre des médicaments pour respirer normalement. »
Les autorités ont demandé des analyses qui montrent que quelque chose cloche. Les pétroliers, eux, minimisent. Les politiciens ferment les yeux. Or, pour Vera Scroggins, le coupable est tout trouvé : c’est le méthane qui, libéré par la fracturation hydraulique, remonte sournoisement vers la surface en se faufilant à travers les fissures rocheuses pour atteindre la nappe phréatique, puis l’air libre tuant parfois des animaux.
« Notre eau sentait mauvais, confirme Tammy. Puis, on a vu de grosses bulles remonter dans nos tuyaux et à la surface du lac tout proche. » Mais elle, à la différence de voisins, n’a pas vu son robinet cracher des flammes à cause du méthane. « Depuis, les autorités nous ont installé un réservoir à côté de la maison. Mais c’est à nous de payer l’eau amenée par camion. »
De l’arsenic au radium
Un exemple parmi des centaines dans la région souligne Ray Kemble, dont le jardin avec ses banderoles dénonçant la pollution témoigne de la lutte – probablement déjà perdue – contre l’industrie du gaz. « Ici, tout le monde ou presque a perdu son eau », peste cet homme à tout faire qui livre chaque jour ses amis avec son petit camion. Un business comme un autre, regrette-t-il avant de fustiger ses voisins qui s’accommodent très bien de l’industrie du gaz. « Par peur des toute-puissantes compagnies pétrolières qui achètent les politiciens jusqu’à Washington DC », lance Ray, la cinquantaine, cigare au bec.
Faux, rétorque l’un des « pro-gaz », qui traitent les opposants de « terroristes ». Pourquoi ? « Parce qu’ils ne font pas confiance au gouvernement. » L’argument fait rire Vera Scroggins. « La région est pauvre. Et beaucoup touchent de l’argent pour le gaz qu’on extrait de leur sol. Les autres se taisent parce qu’ils travaillent directement ou indirectement pour elles. Les communautés sont très divisées ici. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que les industries pétrolières ont tout acheté. »
Même des propriétés trop exposées à la pollution provoquée par les dizaines de produits chimiques toxiques, dont du méthanol, de l’éthylène glycol ou de l’acide sulfurique, qui sont mélangés à l’eau injectée dans les couches de schiste. Et personne ne sait vraiment ce qu’ils deviennent une fois qu’ils sont dans le sol et qu’entre 40 et 75% de ces fluides ne sont jamais récupérés. Pire, l’eau qui reflue à la surface avec le gaz fait remonter des poisons autrement plus dangereux comme l’arsenic, le benzène ou encore des produits radioactifs tels que du radium, du radon ou de l’uranium.
Aujourd’hui, Tammy ne sait pas si elle doit rester ou partir. Mais pour aller où, se demande-t-elle. « Et surtout qui voudrait acheter une maison dont l’eau est polluée. » La voilà, elle et sa famille, sacrifiée sur l’autel du nouveau dieu « non conventionnel ». Que représentent en effet les prières d’une Tammy Manning face aux énormes réserves de gaz de schiste – 666 trillions de m3 au niveau mondial, soit le triple des réserves de gaz conventionnel – qui sont désormais à portée de tuyaux et de pipelines des usines américaines. A un prix très bas.
Avenir négligé
Alors que les Etats se débattent dans le piège de la dette, rien ne devrait stopper cet afflux d’argent frais. Mieux même, écrit Edward Morse dans un rapport publié en mars 2012, les USA pourraient devenir un nouveau géant pétrolier en 2020. Pour le responsable de la recherche sur les matières premières de la banque Citigroup, cette indépendance énergétique créerait entre 2,7 et 3,6 millions d’emplois.
Des perspectives qui font scintiller des étoiles dans les yeux des deux candidats à la présidentielle. Mitt Romney parce qu’il a déjà promis d’ouvrir grandes les portes du paradis aux pétroliers. Barack Obama parce qu’il sait que sa réélection dépend de l’emploi – 400 000 auraient déjà été créés grâce au gaz de schiste – et qu’un peu de populisme à la sauce nationaliste ne fait jamais de mal à personne...
Même pas à un Prix Nobel de la paix qui « a oublié ses promesses de promotion de l’énergie verte », tonne Albert Appleton, un expert new-yorkais en protection des eaux. « Notre pays se trompe en investissant dans ces hydrocarbures. C’est du court terme. On ne prend pas en compte le vrai impact sur l’environnement, le vrai coût à long terme des pollutions sur les nappes phréatiques et les eaux de surface. Et surtout on néglige le vrai avenir, le renouvelable. »
Aujourd’hui, personne ne veut entendre ce discours. L’économie doit repartir. Tel est le mot d’ordre. Quoi qu’il en coûte. A Tammy, Ray, Vera, Rebecca et aux autres.
10 000 manifestants à Bayonne contre la LGV
La solidarité avec Notre Dame des Landes a été proclamée par ceux qui luttent contre un autre grand projet inutile, la LGV Bordeaux-Hendaye.
10.000 personnes à la manif anti-LGV samedi 27 octobre à Bayonne (selon les organisateurs, 2.500 selon la police -qui a vraiment dit n’importe quoi, c’était bien plus de manière flagrante- 8.000 selon TF1 et entre 7 et 8.000 selon Sud-Ouest)
............................
Voici le texte lu en fin de manif par Victor Pachon, porte-parole de la Coordination anti-LGV organisatrice de la manif :
Encore une fois notre manifestation a été imposante et unie. Nous étions 106 tracteurs et 10.000 manifestants.
Un grand merci à toutes et à tous pour avoir répondu présents. Un grand merci aux agriculteurs qui bien que n’ayant pas fini tous les travaux des champs étaient si nombreux. Un grand merci à ceux qui sont venus de loin, du Tarn et Garonne, du Lot et Garonne de Gironde, des Landes, du Pays Basque Sud et pardon pour ceux que j’oublie. Un grand merci à BIZI ! dont la dernière action spectaculaire a particulièrement éclairé nos idées et notre mobilisation.
Une pensée pour les travailleurs du ferroviaire (Novatrans notamment) que la politique du tout financement pour le TGV emporte dans une spirale de destruction.
Une pensée pour notre Dame des Landes près de Nantes où un autre combat contre un projet inutile et Imposé du nouveau Ayraultport connait des heures sombres : 500 policiers, deux hélicoptères, des lieux d’habitation rasés, des arbres coupés, des champs sillonnés par des pelleteuses pour les rendre incultivables… La rage des expulsés est aussi la nôtre !
Aujourd’hui on ne vous abreuvera pas de chiffres pourtant de jour en jour en notre faveur, aujourd’hui, nous martèlerons que le message est clair : Nous ne voulons pas de ce projet ! la population n’en veut pas ! Sous Sarkozy comme sous Hollande c’est non !
Aujourd’hui, au-delà de ce message s’il est un hommage qu’il faut rendre c’est celui que nous vous devons à vous tous ici présents :
Lorsqu’ils ont pointé leur nez, langue de marbre et cervelle de béton, le projet GPSO sous le bras, nous avons bien flairé les estimations bidon, le projet falsifié, le débat confisqué et le passage en force. Intuition vérifiée et transformée en certitude par les études indépendantes.
Un à un, nous avons relevé tous les défis, tous les arguments, patiemment avec la confiance de ceux qui ont raison nous avons expliqué sans relâche. Et une même conscience partagée s’est levée. C’est vous tous, une force immense.
Désormais, nous sommes leur mauvaise conscience !
Ils savent que le temps, jour après jour, nous donne raison et ils veulent faire vite et rendre le projet inéluctable. Tant pis pour la dette abyssale (29,6 milliards pour RFF, presque 8 pour la SNCF et 13 pour le clandestin Service Administratif de la Dette, organisme créé uniquement pour planquer 13 milliards de dette). L’argent coule à flot encore au Conseil régional qui vient de voter 5 millions pour poursuivre les études.
Ils savent qu’ils n’ont plus aucune imagination, ils savent qu’ils n’ont plus que des schémas momifiés à plaquer sur une réalité qui leur échappe. Et nous, nous savons que l’heure est au « moins mais mieux ». Moins de grands travaux ruineux et plus de modernisations de l’existant !
Et nous, nous savons que l’heure n’est plus à consommer l’équivalent de trois planètes en rêvant d’en consommer six. Nous n’avons qu’une planète et nous l’avons mise en danger.
Ceux qui portent et alimentent cette prise de conscience c’est vous tous, les opposants à la LGV.
Ces opposants sont debout. Ils n’ont pas l’argent facile des CCI, ils n’ont que leurs fonds de poche. Ils ne circulent pas la nuit dans les couloirs du pouvoir et dans les officines des lobbies.
Ils sont debout, les opposants, avec l’obstination de ceux qui ont raison et qu’on veut museler.
Ils sont debout car ils savent qu’ils ont la force de soulever des montagnes. Et nos montagnes à nous ce sont les cœurs et la raison gonflés d’indignation. Ils sont debout les opposants et ils sont contagieux ! De l’Allemagne au Maroc, de l’Italie à la Grande Bretagne, au Pays Basque, en Gironde, en Lot et Garonne, dans les Landes, en Limousin, dans le Var et en Bretagne, les opposants contre les Grands Projets Inutiles et Imposés se lèvent en même temps et se retrouvent.
Le changement, maintenant, le vrai, celui de la prise de conscience et de la résistance, c’est vous !
Merci !
Etranglée, la Grèce abandonne sa politique environnementale
L’austérité sauvage imposée à la Grèce conduit à la restriction des moyens de préservation de l’environnement et à la construction immobilière dans les zones en principe protégées.
Les unes après les autres, les lois protégeant l’environnement sont mises sous le boisseau, au nom du développement économique… et de la corruption.
A force de couper, sabrer, raboter les dépenses publiques, le gouvernement finit par ne plus remplir ses missions, fussent-elles régaliennes. Avec des conséquences qui surviennent très rapidement. L’exemple de la protection de l’environnement, en Grèce, est à cet égard sidérant.
Devant rembourser ses créanciers, publics et privés, le pays des Hellènes n’a plus suffisamment de liquidités pour protéger sa nature ni ses citoyens. Cette année, le budget de la sécurité civile a ainsi été amputé de 45%, rappelle le quotidien Kathimerini.
Les pompiers ont dû faire des choix. Faute d’avoir pu payer le renouvellement de leur licence de vol, aucun des pilotes des 5 hélicoptères bombardiers d’eau n’a pu décoller cet été. Faute d’entretien suffisant, 3 des 18 hydravions Canadair ont été cloués au sol. Sans surprise, le millésime 2012 restera un grand cru des feux de forêts.
Il y a plus pernicieux encore. Car, dans un pays dont le quart de la population est réduite au chômage, tout élément considéré comme une entrave à la production de richesse est voué au royaume d’Hadès.
Mis sur pied en 2010 pour financer la reforestation des zones ravagées par les incendies, le Fonds vert est très largement ponctionné par le ministère des finances. Sur un budget initial de 4 milliards d’euros, il ne reste plus que 400 millions.
Au mépris de la législation, le ministère de l’environnement a autorisé, en avril, la construction d’un gigantesque complexe touristique dans le centre du pays : trois hôtels de luxe, trois parcours de golf, de nombreux tennis, un amphithéâtre de 700 places et 5.000 logements. Le tout s’étendant sur une superficie de 1.500 hectares.
Le problème ? Cet investissement n’aurait pu être possible sans un récent amendement aux lois sur l’urbanisme qui autorise les constructions dans les massifs forestiers. Deux autres complexes touristiques, semblables à celui d’Atalanti, sont en cours de réalisation, à Navarino, dans le Péloponnèse, et à Itanos, en Crète. Dans ce dernier cas, c’est l’église orthodoxe qui cède 3.000 ha au promoteur Minoan Group.
De mois en mois, le ministre de l’environnement reporte le délai au-delà duquel les propriétaires de logements construits sans permis ne pourront plus régulariser leur situation ; ouvrant la possibilité aux autorités de démolir les constructions illégales.
En juillet dernier, rappelle le quotidien athénien, 400.000 personnes ont entrepris des démarches de régularisation de leur situation. Or, tant qu’une décision administrative définitive n’est pas rendue, aucune peine (de la simple amende à la démolition) ne peut être infligée aux contrevenants. De là à imaginer que Giorgos Papaconstantinou asphyxie sa propre administration pour s’attirer les bonnes grâces d’électeurs délinquants…
Comme son collègue de l’environnement, Makis Voridis le ministre des infrastructures est lui aussi prompt à favoriser le bétonnage de l’environnement grec, au nom du dynamisme économique. Un projet de réglementation favorise l’ouverture à la promotion immobilière de zones naturelles protégées. Et ce, sans la moindre restriction.
Classée comme l’un des pays les plus ensoleillés d’Europe, la Grèce vient de baisser ses tarifs d’achat d’électricité produite par les centrales photovoltaïques existantes et d’interdire la réalisation de nouvelles. Conséquence : l’électricien public PPC préfère construire une nouvelle centrale au lignite (le combustible émettant le plus de CO2) plutôt que d’investir dans la décarbonisation du secteur électrique.
Périclès, réveille-toi, ils sont devenus fous.
L’écologie, le PS s’en fout
Salle vide au congrès du PS, à Toulouse, pour la session consacrée à l’écologie...
Pas facile pour Laurence Rossignol, secrétaire nationale du Parti socialiste chargée de l’environnement, de sensibiliser les participants au congrès du PS à Toulouse aux urgences écologiques qui viennent. Etant la première à discourir dès 9h30 du matin, c’est devant un auditoire très clairsemé qu’elle a pris la parole :
« Chrrs amis, chers camarades, bonjour... J’aime ces moments d’intimité, de première intervention de la journée... il y a la dernière qui est pas mal aussi... Nous allons donc appliquer l’adage qui dit que le monde, donc la planète, sa préservation, appartiennent à ceux qui se lèvent tôt, donc à nous. »
Mais on sent bien que le coeur n’y est pas, d’ailleurs, une minute et demi après avoir commencé, la sénatrice de l’Oise doit réprimander son maigre public :
« Parler devant une salle vide est plaisant parce qu’on se parle droit dans les yeux. Mais parler devant une salle vide qui fait autant de bruit qu’une salle pleine, c’est assez troublant. »
Le changement d’heure augmente la consommation d’énergie
Officiellement, le changement d’heure doit faire économiser de l’énergie. En fait, elle provoque une augmentation de la consommation d’électricité
Comme d’autres pays européens, la France est passée dans la nuit de samedi 27 octobre à dimanche 28 à l’heure d’hiver
(...)
Avant le changement d’heure, on observe un avancement naturel de la pointe de consommation du soir en raison du raccourcissement de la durée du jour. Le passage à l’heure d’hiver amplifie la déformation de la courbe de consommation en avançant brutalement la pointe de consommation du soir (observation d’un effet de glissement temporel).
En niveau, la puissance électrique appelée augmente du fait de la superposition des consommations liées à l’éclairage, aux consommations domestiques et industrielles et à la baisse des températures. Tôt le matin, la puissance appelée diminue légèrement, le jour se levant plus tôt. Le phénomène symétrique se produit lors du passage à l’heure d’été.
Les passages à l’heure d’hiver et à l’heure d’été produisent des phénomènes bien connus de RTE sur la courbe de consommation d’électricité française. RTE dispose d’un recul suffisant et d’historiques pour prévoir la consommation d’électricité instantanée lors de ces changements d’heure, comme pour les autres jours de l’année.
En outre, les changements d’heure réalisés de façon simultanée à l’échelle européenne sont plus simples à gérer vu du système électrique.
L’impossible nostalgie
La crise économique de 2008, accompagnée d’une série de catastrophes écologiques dont celle spectaculaire de Fukushima, a permis de révéler la profondeur du changement que vit aujourd’hui l’humanité : l’effondrement des illusions progressistes.
Avec la prise de conscience collective de la crise écologique et de la dégradation constante du contexte économique et social, l’heure n’est plus aux lendemains qui chantent.
La nostalgie repose toujours sur une idéalisation du passé qui tourne le dos à toute construction possible d’un avenir positif.
Comme cela a toujours été le cas dans l’histoire de l’humanité, l’esprit doit continuer à dominer la matière et la liberté être revendiquée face au fait social pour donner un sens au relatif qui caractérise la condition humaine à laquelle nous ne pouvons échapper.
Le propos de ce livre est de mener une réflexion sur la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’humanité après les années d’illusion progressiste.
............................................................................
L’impossible nostalgie. L’effondrement de l’idéologie du progrès, Simon Charbonneau, Editions Sang de la Terre, 128 p., 13 €.
En Rhône-Alpes, le schéma éolien est imposé sans concertation ni débat
Nous, membres du Collectif des Associations ardéchoises d’opposants à l’éolien industriel et pour la défense de l’environnement, dénonçons les conditions dans lesquelles a été élaboré le Schéma régional « Climat, air, énergie » (SRCAE)de la Région Rhône-Alpes que M. Jean- François CARENCO, Préfet de la Région Rhône-Alpes, doit rendre définitif dans les jours prochains.
Nous déclarons et déplorons particulièrement le caractère néfaste de son volet éolien.
Contrairement en effet à ce que stipule l’article 7 de la Charte constitutionnelle de l’environnement, à aucun moment n’a été mise en place de réelle concertation (« Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d’accéder aux informations, relatives à l’environnement, détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement. »).
Ni le Parc Naturel des Monts d’Ardèche, ni le Conseil Général d’Ardèche, ni les grandes fédérations de défense du Patrimoine et de protection des Paysages n’ont été consultés ; les réunions départementales prévues et annoncées n’ont pas eu lieu.
Logiquement, à deux reprises, le Conseil Général d’Ardèche a émis un avis défavorable sur le Schéma régional éolien (SRE), le 6 février 2012 et le 20 juillet 2012.
Le contenu de ce projet inacceptable, qui ignore les réflexions informées et argumentées que nos Associations ont publiées au cours des dix dernières années, compromet des acquis essentiels du Schéma éolien établi par la Préfecture de l’Ardèche.
Simple exercice de cartographie administrative autour des seules contraintes techniques et des seules servitudes légales, le schéma ne prend en compte aucune contrainte paysagère, environnementale ou d’habitat :
ni les parcs régionaux, ni les zones naturelles sensibles, ni les grands sites comme le Gerbier et le Mézenc, ni les crêtes, protégées pourtant par le schéma éolien de l’Ardèche, ni les zones naturelles et rurales-patrimoniales de l’atlas des paysages, dites pourtant à protéger par la Dreal, ni les couloirs de migration (vallée du Rhône, cols ...), ni les zones importantes pour la conservation des oiseaux (ZICO) et autres zones de protection environnementales.
Le schéma finit par déclarer éligible à l’éolien plus de 80% des communes de l’Ardèche, et donne comme objectif au département d’accueillir plus de 100 éoliennes de grande puissance, soit 1/3 de la puissance éolienne installée de la région.
Au moment où Mme Batho, ministre de l’Ecologie, lance un grand débat national sur l’énergie (et la transition énergétique), au moment où nos associations commencent à y participer, des votes récents de l’Assemblée Nationale porteurs de bouleversements législatifs profonds et néfastes dénaturent totalement le Schéma régional « Climat, air, énergie » (SRCAE) de la Région Rhône-Alpes et particulièrement le volet éolien en lui donnant une portée d’une ampleur nouvelle sur laquelle nul n’avait jusqu’à présent délibéré.
L’éventuelle suppression des ZDE à elle seule changerait la nature, l’économie, la logique et bien sûr la portée du SRCAE et de son volet éolien.
Les deux semaines supplémentaires de concertation octroyées par M. Jean-François CARENCO, Préfet de la Région Rhône-Alpes, ne sauraient donc en aucun cas tenir lieu de repêchage, pour ce Schéma régressif, injuste et dangereux.
Noël Mamère : « A Notre Dame des Landes, le gouvernement a dépassé ses limites »
Le député écologiste Noël Mamère a estimé mardi 30 octobre que le gouvernement avait dépassé les limites après les affrontements entre forces de l’ordre et opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), jugeant que la question du soutien des écologistes au gouvernement se posait.
« Le gouvernement a dépassé les limites (...) On est en droit de s’interroger sur la poursuite de notre soutien à un gouvernement qui utilise la force comme ses prédécesseurs pour imposer un projet dont ne veulent pas les habitants », a estimé le maire Europe Ecologie-Les Verts (EELV) de Bègles (Gironde) lors d’un entretien téléphonique avec l’AFP.
« Quand un gouvernement qui, dans sa majorité, a des écologistes, renie à ce point ses engagements sur la transition écologique en défendant par les moyens de la force (...) un projet inutile, on est en droit (...) de s’interroger sur la sincérité de ce gouvernement », a-t-il ajouté.
« Le projet d’aéroport Grand Ouest, défendu de longue date par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, est un symbole des projets dont on ne veut plus, qui sont gaspilleurs, producteurs de gaz à effets de serre et qui sont la trace d’une économie ancienne dont on doit tourner la page », a poursuivi l’élu.
M. Mamère, qui n’était pas sur place mardi, a par ailleurs indiqué qu’il comptait s’y rendre prochainement avec des parlementaires et des députés européens.
VIDEO - Derrière la bagarre, les gens calmes de Notre Dame des Landes
Comment les habitants et les squatteurs de la Zone à défendre s’organisent-ils pour faire barrage aux travaux annoncés ? Ce reportage, réalisé les jours derniers, les fait témoigner - ils sont sereins...
Mal être au travail
C’est un fait, le mal-être au travail est devenu un lieu commun et malheureusement une réalité qui touche tout le monde et partout, tant dans le secteur privé que dans le public.
Suicides, dépression, burn out, question du harcèlement, pressions de tous ordres, on ne compte plus les signes de ce phénomène lourd et inquiétant.
Serait-ce la fatalité de nos sociétés postindustrielles ? Faut-il s’y résigner ?
Non, répondent ensemble le psychosociologue Vincent de Gaulejac et le journaliste Antoine Mercier, dans ce court manifeste qui résonne comme un cri d’alarme.
Il est grand temps de réagir, d’analyser les causes qui ne sont pas réductibles à des seules variables psychologiques, de mieux conscientiser les acteurs, de bien repérer ce qui peut ressortir des institutions elles-mêmes ou d’un système qui exige toujours plus des personnes sans pour autant donner les moyens de le faire.
Avec vivacité, ce livre propose des pistes de réflexion et d’action concrètes. Un propos qui devrait avoir un large écho, vu l’actualité du sujet et le renom des auteurs.
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Manifeste pour sortir du mal-être au travail, Desclée de Brouwer, Vincent de Gaulejac et Antoine Mercier, 186 p., 15 euros.
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Vincent de Gaulejac est sociologue, directeur du Laboratoire de changement social à l’Université Paris-Diderot. Il a publié notamment Les sources de la honte, L’histoire en héritage.
Antoine Mercier est journaliste à France-Culture.
Aéroport lacrymogène : la base d’EELV s’insurge
« Le groupe Vinci ne doit pas dicter sa loi. La gauche, que nous avons contribué à porter au pouvoir, ferait-elle preuve de complaisance devant le pouvoir financier de l’ombre que dénonçait François Hollande lorsqu’il parlait de son ennemi sans nom et sans visage ? »
De nombreuses manifestations ont eu lieu pour soutenir la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Routes coupées, survols d’hélicoptères, destruction de maisons au bulldozer, force d’intervention de plus de 500 CRS et Gardes mobiles, expulsions…
Ce coup de force est intolérable, il ne respecte ni le droit ni les gens. La mobilisation engagée depuis longtemps par les associations s’amplifie. Les écologistes y ont toute leur part.
Un communiqué national d’EELV a été publié dès mardi 16 octobre, relayé par un appel lancé en direction des militantes et militants du parti afin qu’ils-elles expriment, chacun et chacune, leur soutien aux luttes engagées et leur condamnation de l’intervention policière.
Cet appel a été largement signé et continue de l’être, rassemblant avec la même détermination les voix de Noël Mamère ou de Marie Bové, celles de responsables régionaux, nationaux, de maires, de députés européens, et celles des militantes et militants de toutes les régions de France et Hors de France. Leur message est clair : non à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, non au déni de justice et de droit, respect de la parole donnée par les politiques au pouvoir.
L’appel :
Nous, signataires de cet appel, condamnons l’évacuation des occupants d’habitations sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes débutée le matin du 16 octobre 2012, qui relève d’une opération plus militaire que policière, avec des moyens disproportionnés (plus de 500 gendarmes mobiles et CRS, hélicoptère, bulldozers).
Rien ne justifie ce coup de force.
Nous poursuivons, avec les agricultrices et agriculteurs, citoyen-nes, militant-es, la lutte contre le projet démentiel de nouvel aéroport, fleuron des grands travaux inutiles et nuisibles au moment où les ressources pétrolières deviennent rares.
La question de cet aéroport était en dehors de l’accord EELV-PS, comme celle de l’EPR à Flamanville. François Hollande s’était engagé à mener à leur terme les procédures réglementaires, comme notamment le respect de la loi sur l’eau.
L’emploi de la force, aujourd’hui, anticipe les conclusions, et manifeste une volonté politique qui s’apparente à une volte-face.
L’abus de la violence « légitime » de l’État par le gouvernement nous inquiète, à Notre Dame des Landes ou ailleurs. Fébrilité ou acte de puissance, rien ne justifie cet usage disproportionné de la force, d’autant plus que des procédures juridiques sont en cours. Rien ne justifie non plus de supprimer de nouveaux espaces agricoles.
Nous exigeons, comme l’exprime le communiqué national d’EELV, l’arrêt des expulsions, mais aussi la non-destruction des maisons, et réaffirmons que « l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, situé sur des terres agricoles, est pharaonique, dispendieux et inutile, à l’heure où les comptes publics sont dans une telle situation. Il ne doit pas voir le jour. »
Nous appelons François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault à respecter leurs engagements.
Le groupe Vinci ne doit pas dicter sa loi. La gauche, que nous avons contribué à porter au pouvoir, ferait-elle preuve de complaisance devant le pouvoir financier de l’ombre que dénonçait François Hollande lorsqu’il parlait de son ennemi sans nom et sans visage ?
Y aurait-il un conservatisme de gauche ?
Au moment où le pouvoir politique semble reculer, sous la pression de ces forces invisibles, sur l’Europe, sur les questions sociétales, sur la fiscalité, sur les enjeux économiques et environnementaux, la gauche a besoin de nous, écologistes, pour entamer de manière démocratique la nécessaire transition écologique de l’économie et de la société.
PremierEs signataires :
Abel Jean-David (Rhône-Alpes), Agier Annie (R-Alpes), Agier Isabelle (IdF), Alain Jean-Joseph (IdF), Alamartine Françoise (LR), Alavoine-Berthaud Cécile (IdF), Alexandre Arnaud (Auvergne), Alibert Serge (R-Alpes), Bakha Allaoua (R-Alpes), Allaire Marie-Elisabeth (PdL), Alphonse Mireille (IdF), Amestoy Sylvette (IdF), André-Constantin Patricia, Andrieu-Bonnet Dominique (LR), Anglaret Eliane (Auvergne), Aoustin Marie (IdF), Argence Paul-Henri (LR), Arnould Michèle (Lorraine), Artaz Jérôme (Bourgogne), Attard Jean-Louis (LR), Aubé Joël (LR), Aujollet Dom (IdF), 23
Bagès Eric (R-Alpes), Barbasso Alain (R-Alpes), Bares Renaud (LR), -Pilot Catherine (PdL), Bataille Philippe, Baylet Muriel (LR), Bavay Francine (IdF), Bayou Julien (IdF), Bazin Nadège (R-Alpes), Bécus Lionel, Pascal, Bélistan Eric (CF), Belda Renée-Anne (LR), Bellanger Pascal, Beltrame Elise (PACA), Ben Jean-Marc (Nord), Benard Gilles (IdF), Bénard Mélanie (Aquitaine), Benbakir Abdel (LR), Bencharif Lela (R-Alpes), Benson Claude-Marie (LR), Berland Pierre (La Réunion), Berly David (IdF), Bernard Corinne (R-Alpes), Bernard-Chamson Béatrice (LR), Bernardi Thomas (PdL), Berthelin Michel (Bourgogne), Bertrand Aliénor (LR), Bertrand Olivier (R-Alpes), Bessac Agnès (LR), Bettencourt Delphin (LR), Hélène, Bezirad Marie-Sylvie (IdF), Bezli Fatima (Auvergne), Biard Anne-Marie, Bibas Benjamin (IdF), Bicep Jean-Jacob (IdF), Bibas Benjamin, Bidon Pierrette (Limousin), Billand Véronique (IdF), Billé Jean-Louis (IdF), Billon Serge (Lorraine), Binon Pierre, Blanc Jean-Marie, Blanchet Catherine (PdL), Blandel Françoise (Midi-Pyrénées), Blavette Guillaume (Haute-N), Bœuf Mathilde (Aquitaine), Boileau Marie-Hélène (Haute-N), Boileau Maryvonne (R-Alpes), Bois Hervé (PdL), Bonicel Alain (Aquitaine), Bonamy Delphine (IdF), Bonnaud Christophe (LR ), Bonnaud Erik (PACA),Bonne Bartholomew Françoise (Aquitaine),Bonnet Julien (IdF), Bony Catherine (R-Alpes), Bordin Robert (PACA), Borvon Gérard (Bretagne), Borvon Serge (Bretagne), Bosquet Christian (LR pays catalan), Boucarut Laurent (LR), Boudereaux Laurent (Paris), Boulte Odiel (IdF), Bouret Olivier (R-Alpes), Bourgois Pascal (Aquitaine), Bourgouin Abigaïl (R-Alpes), Bouchard Mathieu (LR), Boudet Christophe (Bourgogne), Boulic Soaz (IdF), Boulte Thierry (IdF), Bourgade Claude (Bourgogne), Bourdon Mireille (PdL), Bourgain Michel (IdF), Bourgeon Bruno (La Réunion), Bourniquel Jean, Bourque Patrick (Franche-Comté), Boutault Jacques (IdF), Boutin Philippe (IdF), Boutrois Jean-Marc (Aquitaine), Bové Marie (Aquitaine), Boyer Géraldine (PACA), Boyer Pierre (LR), Breuiller Daniel (IdF), Briand Madrid Yona (Aquitaine), Briot Hélène, Brousse Eliane (Auvergne), Brulin Benoît (Limousin), Bruneau Marie (PdL), Buisset Georges (IdF), Busser Alain (La Réunion), 91
Cadiou Michel (Alsace), Caire Didier (LR), Jean-Louis (Midi-Pyrénées), Calzettoni Gérald (IdF), Campagne Colette (Aquitaine), Cantat Xavier (IdF), Cantèle Jean-Marc (R-Alpes), Capron Thomas (R-Alpes), Carnall Douglas (PdL), Cassagnau Hervé (Bretagne), Catinus Esméralda (HdF), Cesbron Emilie (PdL), Chagneau Yves (IdF), Chailloux Eric, Chapron Claude (HdF), Chardon Estelle (Franche-Comté), Chareix Agnès (LR), Chareyre Hervé (LR), Charollois Gérard (Aquitaine), Chatelain Philippe (Franche Comté), Chaze Pierre-Marie, Chenais Joël (IdF), Chevalier Didier (IdF), Christophe Magalie (Guyane), Christophe Pierre (Lorraine ), Clairin Annick (Midi-Pyrénées), Clavière Philippe, Clément-Bollée Olivier (Midi-Pyérénées), Cognéras Cyril (Limousin), Colin Claude (R-Alpes), Collinet Annie, Colocoloff Chantal (Aquitaine), Collombet Germain, (Aquitaine), Combes Jean-Michel (Rhône-Alpes), Combredet Nicole (Centre), Comparat Vincent (R-Alpes), Compère Daniel (Nord), Comte Roland (R-Alpes), Coquelin Philippe, Coquillard Corinne (Aquitaine), Cormary Albert (LR), Cormerais Alban (PdL), Cornet Xavier (IdF), Coronado Sergio (HdF), Cosson Monique (R-Alpes), Coudriet Benjamin (La Réunion), Coulombel Alain (Savoie), Cousquer Martine, Couture Blanche (Bass-N), Croses Wilfried (Midi-Pyrénées), Crovetti Louise (PACA), Crozel Bernard (PdL), 52
Dacheux Pierre-Yves (LR), Daeden Francine (PACA), Dalpra Bruno (Alsace), Danjon Frédéric (Aqutaine), Debayle Jocelyne, de Cremiers Christelle (Centre), De Marco Monique (Aquitaine), de Massol Florence (IdF), de Rugy Anne (IdF), Debelleix Joëlle (Aquitaine), Debeire Philippe (Alsace), Delahaye Timur (Hors de France), Delassus Adrien (IdF), Delbays-Atgé Emilie, Delli Karima (IdF), Deloffre Martine (IdF), Delpeyrat-Vincent Bérénice (Aquitaine), Denes Olwen (Bretagne), Deniau Guy (PdL), Denys Thierry (La Réunion), Derbez Bernard (PACA), Descalzo Henri (IdF), Desplans Jean-Pierre (PdL), Desquilbet Jérôme (IdF), Desmares Claire (Bretagne), De Smet Sylvain (IdF), Deuve Odette, Deval Magali (Bretagne), Dewaele Amandine (IdF), Dhoukar Chantal (Bourgogne), Didier Claude (R-Alpes), Dignoire Alain, Dizière Martin (R-Alpes), Doerler Pierre (IdF), Dorbon Edwige (Bourgogne), Doumandji Pierre-Nadir (IdF), Ducamin Solange (Solange), Ducasse (IdF), Dubesset Mathilde (R-Alpes), Dubois Philippe (Midi-Pyrénées), Duchêne Chantal (IdF), Ducol François (Bourgogne), Dupouy Marie-Claire (Aquitaine), Durand Charles (La Réunion), Duranton Janine (IdF), Duverger Jean, 45
Emonin Dominique (Auvergne), Esnée Catherine (PdL), Ehret (Alsace), Estay Danielle (PdL), 4
Fadeieff Edwige (IdF), Fassi-Fihri Hicham (IdF), Fauche Jean-Luc (PACA), Faugeron Corinne (IdF), Fauquemberg Patrice (IdF), Faure Lucie-Thérèse (Bourgogne), Favre Jean (Savoie), Favre Ludovic (Midi-Pyrénées), Fenet Joan (IdF), Feuillas Lionel (Aquitaine), Gérard (R-Alpes), Fietko Hélène (idF), Guillaume (Poitou-Charentes), Fleury Jean (LR), Foisnet Christophe (Auvergne), Fonseca Mario (HdF), Forest Patrick (LR), Formet Nicolas (R-Alpes), Fouilleux Eve (LR), Fourlon Karine (Paris), Fournier Marie-Claude (IdF), Frackowiak Jean (R-Alpes), Francioli Françoise (IdF), Frel Lionel (Aquitaine), Freyssinel Pierre (Aquitaine), Frety Roger (R-Alpes), Frodeau Anne (Aquitaine), Fruhinsholz Chourré Sophie 27
Gallais-Sérézal Anne-Claire (IdF), Gallenstein Richard (R-Alpes), Gambier Jean-Michel (IdF), Gamot Jean-Claude (PACA), Gapenne Céline (R-Alpes), Garel Sylvain (Paris), Garlenc Christian (LR), Garrec Benoît (LR), Garnier Christine (RA), Gaugain Astrid (Bretagne), Gay Vincent, Geoffroy Christelle (IdF), Genestier Florence (Bourgogne), Germain Catherine (Idf), Germain Laurent (IdF), Gilardi Gérard (LR), Gilet Claude (R-Alpes), Gimat Jacqueline (Idf), Girod de l’Aine Marina (r-Alpes), Gizard-Carlin Agnès, Gleizes Jérôme (IdF), Godinho Florence (IdF), Gonzales Audrey (Aquitaine), Grandjean Denis (PACA), Gonnot Josiane (R-Alpes), Grand Jean-Philippe, Grenard Henri (Bourgogne), Grover Claire (IdF), Grzesiak Frédéric (Alsace), Guenin Jacqueline (IdF), Guérout Valérie (IdF), Guillard Isabelle (Guyane), Guillaume Francine (IdF), Guittenit Monique (aquitaine),Gouverneur Gérard (Aquitaine), 34
Haciba-Ounadjela Dominique (Bretagne), Hamon Laurent (Bretagne), Harel Hélène (IdF), Harir Zaher (R-Alpes), Harmelle Claude (Picardie), Hautcoeur Jean-Pierre (R-Alpes), Hayot Véronique (LR), Héluin Gilles, Herisson James (HdF), Hoffet Françoise (IdF), Heusser Thomas (Alsace), Hoffmann Lionel (PdL), Holik Clarisse (IdF), Honoré Evelyne (Paris), Houchard Marie-Neige (Lorraine), Hubert Anaïs (Bourgogne), Hugues Laurence (IdF), HumeryJudith (IdF), 18
Izopet D (R-Alpes) 1
Jabrane Aicha (Centre), Jacquemin Marie-Elisabeth (Aquitaine), Jaeger Gérard (Midi-Pyrénées), Jannekeyn Sibylle, Jarnot Frédérique (LR), Jarry Michel (R-Alpes), Jestin Pierre (HdF), Jobard Dominique (Aquitaine), Jourdain Pierre-Yves (IdF), Joxe Cecilia (IdF), Julien Pascal (IdF), Jurado Alexandre (Midi-Pyrénées), 12
Kappel Patrice (Midi-Pyrénées), Kerouanton Florence, Kerspern Sylvain, (IdF), Ketterer Yves (Franche-Comté), Kloboukoff Michel (Aquitaine), Jean-Charles (R-Alpes), Michel (Alsace), 7
Labat Marie (Limousin), Labeyrie Laurent, Lacordaire Anne-Isabelle, Lafon Philippe (LR), Lagneau Antoine (Paris), Lahmer Annie (IdF), Laize Bernard (IdF), Landel Pauline (IdF), Landry Martine (Franche-comté), Langlois Bernard (Limousin), Laoues Mourad (Bourgogne), Laperrelle Pierre (Nord), Lasaygues Marc (Aquitaine), Latrille Sylvie (Aquitaine), Laubenheimer Christophe, Launay Anne, Lavastre Philippe (LR), Laville Nathalie (IdF), Layre Claudine (PdL), Le Boulicault Jocelyne (Bretagne), Le Bourvellec Michelle (La Réunion), Le Camus Hélène (R-Alpes), Le Cornec Claire (IdF), Le Coroller Gaël (Centre), Le Gardeur (R-Alpes), Le Guernic Sandra (LR), Le Guézennec Jérôme (LR), Le Louër Stéphane (Bretagne, IdF), Le Quenven Patrick (IdF), Le Thieis Anne-Marie, Lebaupin Chantal, Lebé Tanguy (Midi-Pyrénées), Leblan Brigitte (Lorraine), Lecomte Adrien (LR), Lecourt Yves (Midi-Pyrénées), Lecuru Régis (Picardie), Lecuyer Colette (Ile-de-France), Ledan Perrine, Lefebvre Claire (IdF), Lheureux Lucille (R-Alpes), Leibman Mickaël (R-Alpes), Lejeune Yves (IdF), Lelièvre Sophie (PACA), Lemaire Gilles (IdF), Leniar Roland (Centre), Leroy Jacqueline (IdF), Lert Dan (IdF), Lhomme Xavier (Aquitaine), Libeaut Catherine (HdF), Linon Stéphane, Litique Delphine (Alsace), Loe-Mie Brice (IdF), Loichot Elisabeth (IdF), Longeon Olivier (Rhône-Alpes), Lopes Camille (R-Alpes), Lopez Ynannick (PACA), Lotteau François (Bourgogne), Lougnon Martine (Aquitaine), Loup Bernard (IdF), Louiver Edith (IdF), Lowy Elise (Basse N), Lucot Pierre (IdF), Lutz Claire (Haute-N), 61
Macquet Irène (PACA), Madeline Vincent (IdF), Magnat Benoist (PACA), Maintenant Frédéric (IdF), Malidé Mina (Bretagne), Mallard Claire (Bourgogne), Mamère Noël (Aquitaine), Manceau Jean-Luc (IdF), Mandel Renaud (Idf), Mandil François (Franche-Comté), Marchau Jean-Pierre (La Réunion), Marcille Gilles (IdF), Marie Jacques (PdL), Marolleau Serge (PACA), Marouzé Olivier (Savoie), Martigue Eric (PdL), Martin Alexis (IdF), Martin André (IdF), Martini-Scalzone Lucia (IdF), Mascarell Laure (PACA), Maurin Dominique (Bourgogne), Mayoux Marie (IdF), Maurin Mireille (LR), Massart Nicolas (IdF), Massardier Jean-Claude (IdF), Matagne Jean-Marie, Meeldijk Colette (PdL), Mendez Gilles (Dordogne), Mercier Claude (LR), Mercier Jacqueline (Auvergne), Mercier Marie-Pierre (LR), Meriaux Pierre (R-Alpes), Mermet Laurence (Bretagne), Métairie Christian (IdF), Meuret Pascal (Auvergne), Michel Gérard (Lorraine), Migliorini Marie-Claire (Savoie), Millot Patricia (IdF), Minnaert Annick (Aquitaine), Minnaert Jacques (R-Alpes), Minnaert Jean (R-Alpes), Minnaert Pierre (IdF), Modde Stéphanie (Bourgogne), Mollon Agnès (Auvergne), Monnet Brigitte (Franche Comté), Moreira Véronique (R-Alpes), Morel Hervé (IdF), Morgan Daniel (Bretagne), Morlot Lydia (LR), Mourey Eric (Bourgogne), Mouttet Chantal (PACA), Musseau Joseph (Aquitaine), Musseau Luc (Aquitaine), Mussi Philippe (PACA), 51
Najdovski Christophe (IdF), Nagle Frédéric (PdL), Nenner Charlotte (IdF), Neufsel Marie-Françoise (IdF), Neveu Dany (Aquitaine), Nicaise Marie-Luz (PACA), Nicolon Franck (Pdl), Nouvellon Marc (R-Alpes) 7
Odiart Patrick, Olivier Bertrand (R. Alpes), Ollivier Yves (PdL), Oran-Martz Sirma (R-Alpes), Oria Mireille (IdF), 5
Padovani-Lorioux Muriel (Limousin), Pancrace Philippe (LR), Papelier Guy, Papyle-Lefébure Catherine (Nord), Parayre Claudine (IdF), Parcellier Dominique, Parlange Anne (R-Alpes), Pastor Silvain (LR), Patey Gilles (LR), Paul Nathalie (Aquitaine), Paulin Didier (R-Alpes), Pecchioli Jean-Louis (Aquitaine), Pellet Jocelyne (Aquitaine), Pelletier Hélène (Auvergne), Percet Joëlle (R-Alpes), Péré Bernard, Pereira Elsa, Perez Zapico Benjamin (Hors de France), Perinaud Pierre-Michel (Limousin), Perreau Jean (IdF), Persico Danielle (R.Alpes), Persilier Gilles (Auvergne), Pesci Christiane (IdF), Pesci Michel (IdF), Petit Martine (Bretagne), Pétrel Franck (IdF), Picard Nathalie, Pierre Marjolaine (LR), Piettre Ivan (IdF), Piole Eric (R-Alpes), Plauchu Vincent (R-Alpes), Poli André, Poncelet Philippe (Lorraine), Poncy Odile (IdF), Ponge Philippe (IdF), Ponnet Alexis (Centre), Pons Marie-Christine, Thierry (PdL), Prat Christian (R-Alpes), Pujuguet Pierre (LR), Poussard Renée-Alice (Savoie), Pradier Thierry (PdL), Priseur Michèle (IdF), Procureur Michel (Bourgogne), Pruvot Joël (PACA), 45
Quenisset Anne-Marie, Queija Dominique (Midi-Pyrénées), Quentin Christine, Quilis Valérie, 4
Rattner Aline (Rhône-Alpes), Raveneau Daphné (PdL), Ravenel Bruno (idF), Raynal Olivier (IdF), Rebreyend-Surdon Christine (R. Alpes), Régnier François (IdF), Renard Mireille (Midi-Pyrénées), Révault Anne-Gaëlle (PdL), Révault Gwendal (PdL), Reymond Georges, Revel Sabine (LR), Richard Laurent (PdL), Richard Olivier (R-Alpes), Richon Jean-Marie (Aquitaine), Riguet Serge (R-Alpes), Riguet Pierre (R-Alpes), Rimbert Annette (Nord), Rivet Serge (Poitou-Charentes), Rivoire Jean-Yves (R-Alpes), Rivret Serge (IdF), Rocher Alain (Aquitaine), Rochette Marie-Claude (R-Alpes), Rogue-Sallard Dominique (Auvergne), Rolland Franck (IdF), Rolland Michel (BZH), Ronque Sylvette (Basse-N), Roos François, Rossignol Claude (Midi-Pyrénées), Rouaire Nicole (Auvergne), Roulet Elisabeth (Savoie), Roume Bruno (Auvergne), Roussée Daniel (Midi-Pyrénées), Roussel Sophie (Midi-Pyrénées), Rousselle Véronique, Rouyer Michel, Roy de Menditte Juan (IdF), Rubirola-Blanc Michèle, 35
Sabatier Philippe (Auvergne),Saint-Martin Cécile (Aquitaine, Pays basque), Sainte Fare Garnot Laurent (IdF), Saliceti Marie-Claude, Sallard Daniel (Auvergne), Salvi Philippe (IdF), Same Patricia (R-Alpes), Samel Matthieu (Aquitaine), Samson-Perrin Valérie (IdF), Sanchez Laetitia (Haute N), Sandel Christine (PACA),Sanvicente Claude (Midi-Pyrénées), Sauvage Yves (Bretagne), Schaal Léon (Franche-Comté), Schlumpf Thierry (Midi-Pyrénées), Schaffner (Alsace), Schneider-François (R-Alpes), Schrepfer (IdF), Seigle-Vatte Marie-Cécile (Midi-Pyrénées), Sève Marc (aquitaine), Siloret Martin (Bretagne), Simon Marc (Aquitaine), Simonin Patricia (R-Alpes), Skvor François (Auvergne), Sonzogni Djamila (Alsace), Sonzogni Gérard (Alsace), Soubra Christian, Soula Edgard (Aquitaine), Soulet Anne (LR), Stanescu Dominique, Sthemer Christine (LR), Stock Alain (Lorraine), Stoekel Hugues (Alsace), Sudnikowicz christianne, Supiot Frédéric (Hors de France), Sustrac Jean-Louis (LR), 35
Tagliaferi Jean-Marc (La Réunion), Taillefer Joëlle, Tardy Adrien (R-Alpes), Terré Dominique (Aquitaine), Tery-Verbe Alix, Teyssendier Laurent (Limousin) Thébaud Marie-Ange (R-Alpes), Théry José-Louis (Rhône-Alpes), Thiébaut Geneviève (Hors de France), Tondelier Marine (Nord), Touche , Toussaint Marie (IdF), Tournier Michelle (Bourgogne), Tranchard Marc (Aquitaine), Traynard Maritsou (R-Alpes), Traversier Rémi (Auvergne), Trichet-Allaire Sarah (PdL), Trouselle Marie (Rhône-Alpes), Tugayé Zita (Midi-Pyrénées), 18
Val Jacques (PdL), Vallée Claire (R-Alpes), Vallon Jean, Valnet Ange (LR), Vanhersecke Philippe (Nord), Vaugon Pierrick (Bourgogne), Veillard Michel (IdF), Veillerette Odile (LR), Vernay Paul (R-Alpes), Vialla David, Viaud Annick (R-Alpes), Vicherat Philippe (IdF), Vidal Aude (Nord), Vigne Michèle (Midi-Pyrénées), Vilain Claude (IdF), Villain Nicolas (IdF), Vilto Jean-Jacques (IdF), Vincent Jean-Philippe (R-Alpes), 15
Wadier Pierre (Limousin), Wallemacq Valérie, Warlop François (PACA), Warnier Jean-Claude (IdF), Warnier Louis (IdF),Weissenbacher Michel (Alsace), Wittmann Sandrine (R-Alpes), 7
Youg Rébecca (IdF), 1
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OGM : l’agence officielle reconnait la nécessité d’études sur la vie entière des rats
L’Agence nationale de sécurité sanitaire a rendu un avis critiquant le travail de Gilles-Eric Séralini. Mais elle reconnait l’imperfection des études actuelles et recommande de les mener sur un plus long terme, comme l’ont fait M. Séralini et son équipe.
Compte-rendu de la conférence de presse de l’Anses du 22 octobre
L’ANSES [1], l’une des deux agences françaises avec le HCB [2] concernées par l’étude du Pr. Gilles-Eric Séralini sur le maïs OGM NK603, a rendu son avis public le 22 octobre dernier.
En dépit de la parution de cette étude dans l’une des plus prestigieuses revues scientifiques internationales [3], l’agence, par la voix de son directeur Marc Mortureux, a rejeté sa validité.
Elle considère que celle-ci n’a pas été faite de manière scientifiquement satisfaisante et qu’elle ne remet en aucun cas en cause les évaluations « légales » déjà effectuées [4]. Ces dernières, en concernant uniquement la recherche d’un risque de toxicité aigüe, seraient de nature différente.
Les critiques ont porté principalement sur trois points :
- le faible nombre de rats utilisés dans chaque groupe (20, séparés en 10 mâles et 10 femelles pour les groupes tests, et 20 rats pour le groupe témoin) qui rend l’analyse statistique – c’est-à-dire, selon l’agence, la preuve du lien de cause à effet – impossible ;
- la surinterprétation des résultats qui aurait été faite par l’équipe du professeur G.E. Séralini quand elle estime qu’un lien de cause à effet existe quand même et qu’il met en évidence des caractères potentiellement nocifs ;
- le manque d’explications concernant les raisons pour lesquelles le maïs OGM aurait des effets délétères.
Un plus grand nombre de rats aurait sans doute permis une meilleure interprétation des résultats. Il reste curieux de s’entendre dire ici que ces résultats, malgré leur évidente singularité dans chacun des groupes, ne peuvent en aucun cas être considérés comme évocateurs d’un risque pris dans leur ensemble.
Si un doute de ce type est soulevé, ne devrait-on pas s’attendre à ce que les scientifiques aident d’une manière plus volontaire les responsables politiques à prendre les décisions qui conviennent (en l’occurrence, celles de suspendre toute autorisation d’OGM et d’envisager à moyen terme leur interdiction dans l’alimentation animale et humaine) ? Cette prise de position est pourtant clairement encouragée par la loi concernant le principe de précaution.
L’effet des faibles doses a été abordé comme une possibilité. Mais le statisticien de l’agence (Jean-Pierre Cravedi) nous a expliqué que nous ne pouvions rien en dire ici étant donné qu’un effet de ce type devrait pouvoir se décrire selon une courbe en U inversée, où l’on retrouverait à une extrémité la limite des effets des fortes doses, et à l’autre celle des effets des faibles doses.
Il ne paraît pas possible, d’après lui, d’imaginer que les seuils de ces effets puissent être plus nombreux et distribués de manière plus aléatoire…
Quant au manque d’explications concernant les incidences du maïs en tant qu’il est issu d’une manipulation génétique, G.E. Séralini aurait sûrement pu objecter que, toute essentielle que soit cette question, elle n’aurait pu faire l’objet à ce stade ne serait-ce que d’une hypothèse.
L’ANSES, malgré ces critiques, a déclaré que :
- L’objectif de cette étude est très original et ambitieux.
- Que d’autres études doivent être entreprises à sa suite sur le long terme (plus exactement sur des « vies entières ») à partir de plusieurs espèces animales et avec au moins 80 à 100 individus par lot.
- Que ces études doivent être menées par des laboratoires indépendants fonctionnant grâce à des fonds publics (un ordre de grandeur a été évoqué à partir de l’exemple des Etats-Unis, soit 120 Millions de dollars).
- Que des protocoles plus sérieux doivent être établis en concertation avec l’ensemble des institutions concernées (ANSES, HCB, INRA, etc.).
- Et qu’il faudrait, entre autres, se concentrer sur la possibilité d’effets cumulés (effets dits « cocktails ») ainsi que sur les effets des formules complètes des pesticides (plutôt que sur leur seule substance active).
On remarquera à quel point l’ANSES est prise en contradiction entre sa négation du fait que ce genre d’étude aurait dû être entrepris bien avant la diffusion massive des OGM dans l’environnement et l’alimentation et le fait que, pour elle, la reproduction en nombre de ce genre d’étude s’impose maintenant comme une nécessité.
De fait, lorsque M. Mortureux a évoqué une « technologie en plein développement » à propos de ces chimères, une journaliste a été bien inspirée de le reprendre en précisant qu’il s’agissait plutôt d’une technologie déjà « bien implantée ».
L’expérience de G.E. Séralini a été implicitement présentée, par les représentants de l’agence, comme une véritable aubaine en ce qu’elle ferait entrevoir des budgets de plusieurs dizaines de millions d’euros abondés par l’Etat (sans que ne soit imaginé une quelconque participation financière des entreprises concernées).
Mais des propos plus confidentiels, une fois la conférence terminée, ont laissé entendre qu’étant donné ce qu’impliquerait pour la carrière des chercheurs de travailler à ce type d’évaluation, il devrait pratiquement être impossible de recruter des équipes.
Toujours plus confidentiellement, des choses étonnantes ont été avancées. Notamment que l’argument qui dit que rien n’a été observé sur la santé des animaux nourris aux OGM est « scientifiquement recevable, mais qu’il faut l’étayer.
Cela voudrait dire que, sans épidémiologie ni traçabilité possible, il serait néanmoins recevable « scientifiquement » que les OGM n’ont aucune incidence sur la santé. Pour des chercheurs qui se montrent aussi rigoureux à l’égard d’une étude comme celle de G.E. Séralini, cette remarque (lancée à l’attention de plusieurs journalistes) parait bien légère.
Le Pr. Lasfargues, directeur adjoint de l’ANSES, a quant à lui prétendu que le groupe témoin devait nécessairement être beaucoup plus important que les groupes tests. Cela ne semble pas non plus très logique.
Enfin, après avoir répété en boucle que l’agence était parfaitement transparente sur le sujet, Marc Mortureux a fini par dire que quiconque voulait avoir accès aux données dont ils disposaient concernant les évaluations menées par les industriels des biotechnologies sur leurs propres produits n’auraient qu’à en faire la demande.
Celui qui aura eu la patience d’attendre un peu à l’extérieur de la salle du grand Palais où s’est déroulée cette conférence, aura eu la surprise de voir un représentant de l’industrie des biotech (lobbyiste probablement, en tout cas bon ami du pro-OGM Louis-Marie Houdebine) attendre les membres de l’ANSES et partir un peu plus tard avec eux, pratiquement bras-dessus bras-dessous, en plaisantant.
Transparence ou… limpidité ?
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Notes
[1] ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
[2] HCB : Haut conseil des biotechnologies.
[3] Food and Chemical Toxicology.
[4] Evaluations faites par les entreprises de biotechnologies elles-mêmes, rappelons-le.
Avec les résistants de Notre Dame des Landes
Notre-Dame-des-Landes, 28 octobre
Dans le bocage nantais, une poignée d’activistes compte tenir tête à un important dispositif policier. La guérilla qui s’amorce pourrait durer des mois. En jeu : la construction de l’aéroport du Grand-Ouest, projet personnel du premier ministre Jean-Marc Ayrault.
Un tract recouvrant le panneau d’entrée de ville de Notre-Dame-des-Landes donne l’ambiance :
« Wanted Ayrault-Porc. Vinci-PS : Pour de l’argent, vous avez collaboré à la destruction des maisons de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Nous on va gratuitement démonter vos entreprises. »
Bienvenue dans la « Zone à défendre » (ZAD), petit bout de campagne de 1 800 hectares échappant actuellement au contrôle de l’Etat. La préfecture de Loire-Atlantique a lancé le 16 octobre dernier une vaste opération de reprise en main de ces terres, où Vinci compte démarrer l’an prochain les travaux de l’aéroport du Grand Ouest.
Ce projet, jugé inutile et mégalo par nombre de citoyens, est encore attaqué devant différentes juridictions, et l’Etat a promis dans le protocole d’accord de sortie de grève de la faim de mai dernier, qu’il ne démarrerait pas les travaux avant épuisement de tous les recours.
Neuf des douze maisons squattées sur la zone ont été vidées de leurs occupants et démolies sur le champ par un dispositif policier exceptionnel. Restent trois maisons qui s’organisent en camp retranché, des dizaines de cabanes perchées dans les arbres et des tentes qui sont plantées dans les champs chaque jour.
La « Zone à défendre » va-t-elle devenir une guérilla champêtre où se jouera la crédibilité du gouvernement ? Un nouveau Larzac ? Un mai 68 des champs ? Sur place, les jeunes, dont l’étiquette politique ne peut se réduire à la mouvance « anarcho-autonome » ni à l’écologie, espèrent bien remettre en cause, à travers la contestation contre cet aéroport, le capitalisme lui-même.
« Free shop » et autogestion
« Ils sont où les casqués ? En relâche ce week-end ? Ah oui, c’est vrai qu’ils font les 35 heures », raille un militant anti-aéroport arrivé en renfort. Il a l’air déçu qu’aucun affrontement avec la police n’ait lieu ce samedi. On lui propose en revanche de donner un coup de main, en allant amasser du matériel de construction.
« La Vache rit », grande grange en plein vent appartenant à l’Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes (Acipa) et mise à la disposition des insurgés, est le quartier général de la ZAD. Sur un grand tableau, on peut découvrir les besoins de la lutte. Poste par poste (cuisine, médicaments, reconstruction, barricades, communication) : « Céréales, bouteille butane, dentifrice, bâche, jumelles, cire… ».
Matériel et savoir-faire sont sollicités pour construire des cabanes, faire tourner la radio, le site internet. Un insurgé fatigué peut aussi trouver l’adresse d’un endroit où dormir au chaud, où laver ses vêtements, se faire soigner…
A côté du « free shop », friperie qui déborde de vêtements de toutes tailles, la cuisine regorge de vivres. Une tirelire prend les pièces et billets. Ici, on consomme selon ses besoins et on paie selon ses moyens.
« On a un moral d’acier… même s’il est trempé »
Les « casqués » sont attendus de pied ferme pour lundi matin, où l’une des trois dernières maisons occupées sera expulsable. Il faudra être nombreux à La Saulce dès 5 heures sur les barricades. Ses occupants n’ont pas souhaité accueillir de journalistes, je n’ai donc pu vérifier s’ils stockaient plus que des œufs remplis de peinture, leur arme préférée paraît-il.
Les « Zadistes » installés depuis trois ans sur la zone – une population qui tourne, et reste généralement quelques mois – seraient deux fois plus nombreux depuis le 16 octobre. Ils ont certes perdu l’essentiel de leurs bases arrières et de leurs lieux de vie, mais comme ils aiment à le dire :
« On a un moral d’acier… même s’il est trempé. »
Juliette a passé la nuit à faire le guet sur la route, à expliquer aux automobilistes quelles routes emprunter pour éviter les barrages, puis à essayer de dormir dans le grand dortoir, une ancienne étable où une trentaine de matelas ont été posés à même le béton, mais les ronflements de ses voisins l’ont empêchée de fermer l’œil.
Avec son copain, Christophe, la trentaine, ils ont, voici une année, quitté de bons boulots dans le secteur social près de Brest et pris la route. Leur vieille voiture est devenue leur maison.
Avant d’arriver à Notre-Dame-des-Landes, ils ont stationné dans toute une série de lieux autogérés bien connus de leur milieu (le Centre social autogéré de Toulouse, Cravirola, le squat d’artistes de la Caserne de Marseille, Longo Maï). Là-bas, ils exploraient les possibilités d’un mode de vie alternatif. Cette fois, ils se retrouvent engagés, presque par hasard, contre un aéroport.
Ce « grand projet inutile », au même titre que le TGV Lyon-Turin ou la ligne à Très haute tension (THT) du Cotentin, attire contre lui les mêmes populations qu’aux contre-sommets du G8 depuis Gênes en 2001, ou dans les forums sociaux tels que Porto Alegre.
Christophe et Juliette voient dans le projet d’aéroport « une tâche », le symbole de ce qu’ils rejettent dans la société actuelle :
« La main mise sur des terres qui appartiennent à tous, le pouvoir des multinationales et la primauté du profit, la collusion du pouvoir politique avec le privé. »
Kevin refuse l’étiquette d’écolo
La Sècherie est l’une des trois dernières maisons non encore détruites. Kevin (prononcer Kévain et il m’assure que c’est son vrai prénom), jeune Rochelais, l’a investie voici trois ans et avait presque réussi à « vivre en autonomie, c’est-à-dire à produire ce que je consomme ».
Il a obtenu quelques semaines de délai avant l’expulsion, probablement parce qu’il payait ses factures d’eau et d’électricité, même s’il n’avait pas de bail.
La semaine dernière, la police a enfermé les cinq personnes qui occupaient La Sècherie et a soigneusement démoli la maison mitoyenne, occupée jusqu’à l’été dernier par un couple d’agriculteurs à la retraite.
Elle a remporté tous les gravats, et « ma ruche a été détruite », se désole Kevin, en remballant son matériel de brasserie. Il ne fera plus de bière, peut-être sèmera-t-il de nouveau des légumes sur l’emplacement de l’ancienne maison de ses voisins, en ultime signe de résistance.
Moins collectiviste que les autres, Kevin a dû ouvrir grand les portes de sa maison. Les « Zadistes » y passent prendre une douche, un thé, se réchauffer autour de la cheminée, utiliser l’ordinateur. Non-violent, Kevin conteste simplement l’existence du droit de propriété en estimant qu’il aurait dû bénéficier « d’un droit d’usage » :
« Cette maison m’appartient puisque j’y ai construit des choses, eux [l’ennemi incarné par la police mais aussi par Vinci, par l’Etat et les institutions en général, ndlr] ne font que détruire. »
Politiquement, l’« autonomie » dont se revendique Kevin n’a rien à voir avec celle des gens de Tarnac. Il refuse toutes les étiquettes et surtout celle d’« écolo », car selon lui :
« Agir contre l’aliénation de l’être humain par le système, c’est quand même autre chose que l’écologie. »
Pauline, au contraire, arrivée de Seine-Saint-Denis il y a quelques mois, estime que l’écologie c’est ce qu’ont en commun les gens de la ZAD. Membre de la Brigade activiste des clowns (la BAC), elle décrit l’expérience de la ZAD comme une école de la vie, qui lui a « dépucelé les yeux ». Avec un ton hyper rieur et un pistolet à eau de Buzz l’éclair dans les mains, elle étale sa joie :
« Ici, j’ai commencé à voir le ciel, à sentir le vent. J’ai vu des hommes pleurer devant la destruction des arbres. »
Comme d’autres, elle a trouvé la formule pour railler l’intervention policière :
« Eux, c’est l’armée romaine qui envoie ses légionnaires, et nous on est Astérix et Obélix qui résistons à l’invasion. »
Elle est allée chatouiller les gendarmes mobiles pendant les expulsions, a même réussi à leur arracher quelques sourires.
« On est chez nous »
Les jeunes s’amusent presque d’avoir obligé la préfecture à envoyer les forces du Groupement régional d’intervention en milieu périlleux (le GRIMP), et si les cabanes au sol sont faciles à détruire, celles perchées dans les arbres compliquent considérablement la tâche de la police.
Ils s’appliquent donc à en reconstruire un maximum. Car dans la ZAD, « on est chez nous », répète Arnaud, chargé ce jour-là de la communication extérieure.
Trente-cinq ans dont vingt d’« engagement anti-autoritaire » dit-il sobrement, il voit dans cette lutte un espace concret pour appliquer sa critique radicale du système, et un lieu de brassage exceptionnel. La répression policière est finalement « une opportunité politique de renforcer notre lutte » :
« J’aurais presque envie de remercier le préfet d’avoir lancé cette opération. Il aimait bien parler des méchants squatteurs et des gentils proprios, mais ça ne tient plus, on est tous solidaires désormais. »
Le « on » du « on est chez nous » s’applique autant aux « Zadistes » qu’aux agriculteurs à qui Vinci essaie de monnayer leur expropriation, et aux citoyens qui attendent de la terre qu’elle les nourrisse.
Camille (cette fois c’est son vrai prénom), cheminot à la retraite habitant juste au-delà de la future zone aéroportuaire, venu apporter des confitures et son soutien, remarque que :
« La raréfaction de l’énergie va obliger les gens à s’autosuffire dans la deuxième couronne nantaise. Défendre la terre c’est un combat d’avenir, et n’allez pas me dire que les entreprises de BTP créeront des emplois. Elles embaucheront en sous-traitance des précaires venus d’Europe de l’Est. »
« Il nous faut un local en dur »
Le 17 novembre, les « Zadistes » seront épaulés par la Confédération paysanne, le NPA, et pas mal d’organisations à la gauche de la gauche et espèrent bien que la « manif de réoccupation » aboutira à une reprise en main citoyenne du territoire.
Il y a certes des « frottements entre paysans aux cheveux blancs et jeunes chevelus, mais globalement les luttes convergent, même si l’invention de la démocratie c’est parfois laborieux et fatiguant », concède Pierre, un militant historique à l’issue de la grande réunion de convergence organisée vendredi dernier à Nantes.
« Il nous faut un local en dur », c’est le constat que fait chacun, notamment ceux qui ont étudié la lutte sur le plateau du Larzac et se souviennent combien la construction de la bergerie de la Blaquière avait été décisive pour asseoir la solidarité entre ouvriers et paysans.
Michel Tarin, le paysan à la retraite qui combat depuis quarante ans ce projet d’aéroport et a fait une grève de la faim au printemps dernier, pense que : « Jean-Marc Ayrault veut montrer des muscles parce qu’il veut pas être déstabilisé en ce moment. »
Lui soutiendra les jeunes insurgés comme il le fait depuis leurs expulsions, malgré la demande du préfet.
Arnaud en est persuadé : les forces de l’ordre ne gagneront pas ce combat. Même s’il y a dix policiers armés pour un opposant armé au pire de pavés, la mobilité et la ténacité des « Zadistes » sera plus forte, veut-il croire :
« A la Saulce, en un week-end, on a construit un tipi et deux cabanes, de quoi loger 30 personnes. Tant qu’on trouvera des pneus et des palettes, on pourra construire, et si en plus les paysans nous donnent de la paille pour isoler, c’est encore mieux. »
Bottes, gros manteau, lampe frontale, dread locks et barbe, Arnaud a déjà passé un hiver ici, à « La Gaité », grande maison connue pour organiser des fêtes tous les soirs de pleine lune et détruite cette semaine. Et l’idée de devoir passer un autre hiver, cette fois dans un abri non-dur, ne l’effraie pas.
Un rapport de force « extrêmement défavorable »
A la préfecture, le ton est évidemment à l’opposé. Le directeur de cabinet du préfet, Patrick Lapouze, dit avoir été « très heureusement surpris par la faiblesse de la résistance », et estime que le mouvement est « fini ». Pour preuve, il avance :
« Lors de la manifestation de mars dernier contre l’aéroport, il y a eu 6 000 personnes, dont 550 d’extrême-gauche venus de toute l’Europe. Si la lutte était toujours aussi mobilisatrice, il y aurait actuellement le même nombre de gens. »
Or les « Zadistes » sont au bas mot trois fois moins, et n’auront aucun mal à être mis hors d’état de nuire par un rapport de force « extrêmement défavorable ».
Pour Patrick Lapouze, il faut rappeler que :
« La police ne harcèle pas, elle fait respecter la loi. Ce sont eux qui harcèlent tout ce qui représente l’autorité. C’est devenue une zone de non-droit où je ne peux plus me rendre sans protection policière, au risque de me faire caillasser ma voiture, comme ce fut le cas l’autre jour.
Depuis deux ans, ces méthodes d’intimidation nous contraignent à travailler dans des conditions très compliquées. Nous allons les empêcher de se réinstaller. Quand ils seront 150 retranchés dans une grange, ils ne tiendront pas longtemps, ils iront voir ailleurs. En attendant, le risque c’est qu’il arrive un pépin d’ordre public. »
Au printemps, Vinci doit commencer les travaux routiers, l’opération de rétablissement de l’ordre doit être achevée d’ici là. « Si la République n’est pas capable de reprendre ce terrain, il y a de quoi s’inquiéter pour la République », ajoute le sous-préfet.
Journées d’études : Argent, pouvoir et nucléaire
« Argent, pouvoir et nucléaire » : un véritable débat sur le nucléaire.
Le Réseau Sortir du nucléaire organise ses secondes journées d’études et de propositions lors du week-end des 3 et 4 novembre 2012 à Clermont-Ferrand (Cour des Trois Coquins), accueillies par la Compagnie Brut de production, sur le thème « Atomes crochus : argent, pouvoir et nucléaire ».
Au programme : conférences, débats... et, en avant-première, la pièce « L’impossible Procès », qui mettra le nucléaire au banc des accusés. Ces journées sont gratuites (hors spectacles) et ouvertes à tous.
Un an et demi après l’accident nucléaire majeur de Fukushima au Japon, nous souhaitons lancer un véritable débat autour de trois questions :
1) LE NUCLEAIRE EST-IL COMPATIBLE AVEC UNE SOCIETE DEMOCRATIQUE ?
Cette question a été retenue comme un des axes du programme de recherche lancé en 2012 par la mission interdisciplinaire du CNRS. Après le Grenelle de l’environnement de 2007, le débat sur l’énergie de 2012 fera-t-il encore l’impasse sur le nucléaire ?
2) UN ACCIDENT NUCLEAIRE MAJEUR EST-IL IMPROBABLE EN FRANCE ?
De nombreux experts, de tous bords, soulignent qu’on ne peut exclure un accident majeur. La troupe « Brut de Béton Production », en association avec le Réseau « Sortir du nucléaire », met en scène un tel accident dans « L’impossible procès », une pièce de théâtre de trois heures avec une seconde partie interactive.
3) QUELLE EST L’INCIDENCE ECONOMIQUE ET SOCIALE DU CHOIX DE L’ENERGIE NUCLEAIRE ?
Des chercheurs du CNRS, des militants, des universitaires, viendront débattre avec le public de cette question essentielle. Seront présents entre autres Yuri Bandajevski (professeur de médecine, connu pour ses travaux sur les impacts sanitaires de Tchernobyl), Sabina Issehnane (Maître de conférence en économie, Université Rennes 2), Yves Lenoir (physicien, président de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus), Monique Séné (physicienne nucléaire et présidente du Groupe Scientifique pour l’Information sur l’Énergie Nucléaire), Bertrand Méheust (philosophe), Kolin Kabayashi (journaliste de Days Japan), Patrice Bouveret (directeur de l’Observatoire des Armements), Jean-Marie Matagne (président d’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire) ...
Art, science et politique sont pour nous les trois leviers qui permettent à une société démocratique de penser son avenir.
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POUR EN SAVOIR PLUS : Leliencommun.org.
Vous pourrez aussi trouver ici une base documentaire sur ce thème : « Argent, pouvoir et nucléaire ».
Le journal « Atomes crochus » présentant les journées d"études est téléchargeable sur ce lien.
Cécile Duflot parle enfin de Notre Dame des Landes
La ministre du Logement, Cécile Duflot (EELV), interrogée mercredi 31 octobre sur les affrontements autour du projet d’aéroport nantais, a estimé que la « répression et le manque de dialogue » n’étaient pas « la bonne méthode », rappelant son « désaccord sur ce projet ». La responsable écologiste était questionnée par RTL (à partir de la minute 6) sur l’intervention la veille des forces de l’ordre contre les opposants au projet de Notre-Dame des Landes, soutenu par Jean-Marc Ayrault, ex-maire de Nantes et Premier ministre.
« Il y a un désaccord sur ce projet, ancien et acté, rien de nouveau sous le soleil », a dit Cécile Duflot. « Je ne suis pas ministre du maintien de l’ordre mais je ne crois pas que sur des sujets aussi compliqués, la répression et le manque de dialogue - ce qui est le cas - soient la bonne méthode », a-t-elle ajouté.
« Mon désaccord sur ce point, il est connu par le Premier ministre », a poursuivi la ministre. « Ce projet éventuel, comme d’autres projets d’infrastructures » est « étudié dans le cadre d’une commission sous la responsabilité de Frédéric Cuvillier, ministre des Transports, avec qui je m’entends très bien, pour dire qu’à un moment où il faut économiser les deniers publics, il va falloir choisir », a encore argumenté l’ex-responsable d’Europe Ecologie-Les Verts. « Ce débat, il existe », il « n’y a pas de tabou ».
Lettre à un ancien camarade devenu Président
"Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un sympathisant socialiste de longue date, vous êtes face à un nouveau Larzac !"
De la part de Patrick Warin, ancien élève de l’ENA, Promotion Voltaire, ancien Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations, Professeur associé aux Universités, membre de Démocratie 2012.
Monsieur le Président, mon cher camarade, cher François,
J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 30 octobre, alors qu’une nouvelle opération de police de grande envergure se déroule à quelques dizaines de kilomètres d’Angers, mon lieu de résidence, ville et région qui vous sont également familières.
Sur le territoire prévu pour accueillir le futur aéroport de Nantes /Grand Ouest, des hommes et des femmes qui, pour l’écrasante majorité d’entre eux ont voté pour vous, doivent se confronter une nouvelle fois à un déploiement de forces de police dépêchées par un gouvernement de gauche, dirigé par l’ancien maire de Nantes.
Alors que depuis des années ces femmes et ces hommes, tous non violents, tous soutenus par une solidarité locale, régionale et nationale demandent simplement à être entendus au-delà des procédures légales et formelles dont ils estiment à juste titre qu’elles ont été menées de manière tronquée et trompeuse, la seule réponse que votre gouvernement leur apporte est celle de l’emploi de la force.
Cette attitude, Monsieur le Président, cher camarade, est inacceptable.
Parmi bien d’autres je me suis engagé pour assurer votre élection, puis vous garantir une majorité solide. Dans notre circonscription du Maine et Loire tenue par la droite depuis plusieurs dizaines d’années nous avons failli à 86 voix près envoyer l’ancien ministre Marc Laffineur à une retraite bienvenue.
Nous sommes fiers d’avoir mené ce combat et de nous retrouver dans cet Ouest déjà largement conquis par la gauche en terre de futures conquêtes en compagnie de nos alliés écologistes.
Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser ces positions politiques chèrement acquises, car vous n’imaginez pas l’immense potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutiens politiques à la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est en train de s’isoler.
Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un sympathisant socialiste de longue date, de tradition enracinée auprès de mes proches, mon père Jacques Warin, qui collabora avec Pierre Mauroy au moment de l’alternance en 1981, vous êtes face à un nouveau Larzac !
Déjà au moment de votre élection, je vous avais alerté discrètement, par l’intermédiaire de nos amis communs de Démocratie 2012, dont Pierre René Lemas, pour éviter qu’en pleine campagne la situation ne provoque des conséquences électorales néfastes. Il me semblait avoir, avec bien d’autres qui avaient intercédé, été entendu.
Aujourd’hui il est temps que vous ne vous contentiez plus de répondre aux lettres qui vous sont adressées à ce sujet par des formules standards qui renvoient à votre ministre Monsieur Cuvillier le soin de traiter le dossier.
Outre que cette attitude peu respectueuse de l’écoute citoyenne ne vous ressemble pas, vous êtes face à une situation qui exige une attitude d’homme d’Etat.
La révision du Schéma national des infrastructures de transport, l’emploi parcimonieux de la dépense publique, le souci de la transition écologique, l’application loyale de la Loi sur l’Eau, dans sa dimension universelle et a fortiori européenne, sont autant de motifs pour rouvrir le dialogue et éviter que votre quinquennat ne soit entaché par un abcès de fixation politiquement désastreux.
Cela vous fait courir, compte tenu de la manière utilisée aujourd’hui, des risques sérieux de dérapages, de provocations dont vous porterez seul la responsabilité face à des personnes dont la conviction s’exprime de manière pacifique, non violente, respectueuse de la loi républicaine dès lors que celle-ci s’exerce elle aussi dans le respect du dialogue citoyen.
Monsieur le Président, cher camarade, j’ai eu le privilège de vivre un parcours professionnel dont tous ceux qui furent mes supérieurs, collaborateurs, collègues, partenaires s’accordent à dire qu’il fut toujours ouvert à l’innovation, à l’adaptation au monde changeant, à la recherche de nouveaux paradigmes et à la réalité de la concurrence globalisée.
Je continue en tant qu’enseignant universitaire à stimuler la créativité de mes étudiants, dans le monde entier, tout en leur transmettant mon expérience de dirigeant du service public puis d’homme d’entreprise. Je ne suis pas un nostalgique, ni un tenant de la décroissance, ni un « illuminé anti progrès ».
Ces traits de caractère sont partagés par les personnes que je côtoie lors des réunions d’information sur le projet Notre Dame des Landes. En vérité, c’est nous qui incarnons la modernité et l’ouverture au 21e siècle.
En effet, qui peut croire que les opérateurs aériens vont implanter dans le Grand Ouest des infrastructures aéroportuaires renforcées et surdimensionnées, au moment où nous atteignons le pic de l’énergie fossile, et alors que leur modèle économique est de ramener les passagers vers quelques hubs majeurs soit par des avions qui rallient Nantes à Orly, ou Charles De Gaulle, ou Francfort ou Londres, ou Amsterdam ou Madrid… ?
A partir de ces plateformes le modèle est alors de procéder au remplissage maximum de très gros porteurs économes en carburant. Sauf à souffrir d’une mégalomanie ridicule, qui peut croire qu’un Grand Ouest aujourd’hui déjà bien relié par TGV aux plates formes parisiennes en cours de modernisation a besoin d’un équipement nouveau, coûteux, détruisant plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, déracinant aux propre et au figuré paysages et hommes attachés à leur territoire ?
Nantes a déjà deux aéroports qui figurent dans les codes internationaux de l’IATA, Nantes Atlantique qui croît sans que cela permette de justifier le transfert coûteux et… la gare SNCF de Nantes qui est utilisée dans la tarification aérienne pour acheminer les passagers vers les plateformes parisiennes et retour.
Nantes Atlantique va devoir de toutes façons être conservé pour les besoins logistiques de la fabrication d’Airbus sur l’usine nantaise, et la gare de Nantes me parait être une bonne solution pour les voyageurs de notre région pour leur transfert vers les hubs parisiens. Posons donc la question à Air France sur sa vision du transport aérien au 21 ème siècle et remettons-nous autour d’une table pour réexaminer les prévisions de trafic utilisées pour justifier le transfert !
Monsieur le Président, cher camarade, vous qui êtes aujourd’hui soucieux, que vos hautes fonctions et votre agenda ne vous coupent pas de la réalité que vivent nos concitoyens, vous, qui vous entourez des avis et opinions issus de la société civile, comme en témoigne la mission confiée à votre proche Bernard Poignant (qu’en dit-on à Quimper ?), je vous conjure d’écouter ce qui se vit dans notre région auprès de personnes qui vous soutiennent, qui partagent vos valeurs, qui se mobiliseront autant qu’il le faudra et aussi longtemps qu’il le faudra pour que leurs argument soient écoutés une fois que les gaz lacrymogènes de ce matin se seront dissipés.
Cher François, le Larzac a rencontré son homme d’Etat, le magnifique film qui a retracé cette lutte rend hommage à des Français ordinaires, femmes et hommes de conviction, mais aussi à l’homme d’Etat qui les a entendus.
Ceux de Notre Dame des Landes et ceux du Larzac sont de la même trempe de Français, nous serons des millions à les soutenir pour qu’on les écoute.
Monsieur le Président, cher François Hollande, nous attendons de vous que vous soyez à notre rendez-vous citoyen comme l’a été François Mitterrand.
Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et de mon cordial souvenir,
Patrick Warin
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ENA Promotion Voltaire
Copie : Monsieur Jean Marc Ayrault, Monsieur Pierre René Lemas, Monsieur Michel Sapin, Monsieur Jean Pierre Jouyet, Monsieur Bernard Poignant, Monsieur le Préfet de la Région Pays de la Loire.
Copies adressées par courrier électronique : élus de la région Pays de la Loire, divers collectifs au sein d’ACIPA.
L’Andra fête Halloween en acceptant des produits radioactifs interdits
Le centre de Soulaines a accepté pendant des années des déchets radioactifs qui y sont normalement interdits : de l’américium dont la période radioactive dépasse 400 ans.
ANDRAWEEN est la fête que l’on ne célèbre pas. La fête des cimetières de déchets radioactifs. Les cimetières de surface (La Hague, Soulaines, Morvilliers), les caveaux provisoires (Morvillliers, Le Bugey) et les très profonds comme ceux que l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) dessine dans le canton de SOULAINES et à BURE...
HALLOWEEN est la fête célébrée dans la soirée du 31 octobre, veille de la Toussaint. Les enfants sculptent des têtes grimaçantes. Éclairées par la lumière d’une bougie, les têtes sont déposées sur les rebords des fenêtres, des puits, les murs des cimetières ou aux croisements des chemins pour effrayer les passants. Et les enfants se déguisent en fantôme, en sorcier et jouent à se faire peur.
A l’ANDRA sévissent de nombreux apprentis sorciers comme FABRICE BOISSIER dans sa robe de bure, le vénéré gourou de la secte de la maîtrise des risques qui s’est illustré récemment à BURE.
Eh bien, le directeur des cimetières nucléaires de Soulaines et de Morvilliers, l’apprenti sorcier PATRICE TORRES vient de lui faire un risque dans le dos ! Un risque de sorcellerie : un risque dont l’effet n’aura lieu que dans 300 ans !
L’apprenti sorcier Patrice TORRES
Ce risque non maîtrisé, c’est la livraison par le CEA-VALDUC (Côte d’Or) d’américium 241 dont la période est de 432 ans dans le cimetière nucléaire de Soulaines, un lieu interdit aux radionucléides dont la période est de plus de 30 ans ! Il s’agit de détecteurs de fumée.
Le communiqué de presse est amusant.
1 – Le stockage de ce type de détecteurs d’incendie avec chambre ionique à l’américium 241 est interdit à Soulaines.
2 – De 2007 à 2011 le CEA VALDUC a livré 8 colis interdits à Soulaines.
3 – Mais l’ANDRA les a acceptés parce que la radioactivité mesurée par l’ANDRA est conforme aux valeurs autorisées !
4 – L’ANDRA qui ne savait pas ce que c’était, mais qui faisait confiance à la déclaration, vient seulement d’apprendre de quoi il s’agissait !
5 – Alors maintenant Soulaines refuse tous les colis en provenance du CEA Valduc !!!
Histoire incroyable quand on sait la qualité des déchets qui traînent à VALDUC...
Et l’apprenti sorcier, qui s’apprête à enfouir dans le canton de Soulaines les déchets FA-VL, de déclarer à L’EST-ÉCLAIR que c’est très embêtant, parce que dans 300 ans on va retrouver cet americium 241...
A cause du CEA-VALDUC, dans 3 siècles, on ne pourra pas banaliser le site et le rendre à la nature !
De qui se moque t-on ?
Quand on connaît les quantités d’uranium, de plutonium de chlore 36, et autres radionucléides deja stockés à Soulaines.
Notez que ce n’est pas la première fois que l’apprenti sorcier Patrice TORRES a des soucis avec le contenu des colis. L’an dernier, à la même époque, des grenades de la première guerre mondiale étaient découvertes dans des big-bag de déchets TFA
Enfin : hasard ou nécessité de se donner une bonne image de volonté de maîtriser les risques, cet incident a été déclaré par l’ANDRA la veille d’une importante réunion à SALIVES (à côté de VALDUC), où IRSN, CEA, SEIVA et le maire-sénateur de SALIVES avaient pour mission de rassurer les populations.
Nouveau : les rejets de tritium de VALDUC ne sont plus exprimés en Tera Becquerels, mais en grammes. Un gramme par an, c’est rien ! Et trois grammes l’année prochaine, c’est trois fois rien !
Bure, Soulaines, Morvilliers, Valduc... mêmes mensonges.
Joyeux Halloween !
Le sous-préfet bio applique la loi, mais est-elle légitime ?
- Reportage, Notre-Dame-des-Landes
Ce mercredi matin 31 octobre, un drôle de dialogue s’est engagé à Notre-Dame-des-Landes : d’un côté, les manifestants qui luttent contre la construction d’un nouvel aéroport ; de l’autre, le directeur de cabinet du préfet de Loire-Atlantique, Patrick Lapouze, qui commandait les opérations policières sur le terrain. Chacun a tenté de raisonner l’autre.
Pour justifier les jets de pierre, la rhétorique des manifestants est bien rodée :
« Ce n’est pas de la violence, mais de la contre-violence. On résiste aux agresseurs. »
Celle de la préfecture aussi :
« Les forces de l’ordre apportent leur concours aux huissiers afin de faire appliquer la décision de justice contre ces occupations illégales. Il s’agit de rétablir l’ordre républicain, de faire appliquer la loi. »
Mais doit-on appliquer les ordres quand ils sont illégitimes ? C’est en substance ce que les manifestants ont demandé au directeur de cabinet.
Quand le grand commis de l’Etat tombe le masque et raconte qu’il mange bio, il se fait traiter de « bobo » en retour. Difficile de faire entendre à ces manifestants qu’ils feraient mieux de gentiment pétitionner pour demander que soit revu le projet d’aéroport.
Barricades contre grenades lacrymogènes
La guérilla champêtre entamée le 16 octobre à Notre-Dame-des-Landes se poursuit. La nuit, les opposants à l’aéroport construisent des barricades pour protéger leurs maisons et leurs cabanes. Au petit matin, les forces de l’ordre détruisent les barricades, font reculer les opposants à coups de grenades lacrymogènes. Ceux-ci lancent des pierres, à la main ou avec des frondes.
Parfois, comme le mardi matin, 30 octobre, les gendarmes lancent des grenades détonantes et utilisent des flashballs. Il arrive aux insurgés d’envoyer des cocktails Molotov sur les véhicules envoyés par le conseil général pour déblayer les routes.
Sur place, j’ai entendu courir beaucoup de bruits, invérifiables : des flashballs auraient été utilisés à tir tendu sur les parties sensibles des manifestants, des gendarmes auraient lancé des bouteilles sur les manifestants... Ce mercredi, le seul blessé officiellement déclaré est un gendarme, qui est tombé d’un arbre en allant déloger un manifestant.
Mme Rossignol, secrétaire à l’environnement du Parti socialiste, muette sur Notre Dame des Landes
Laurence Rossignol affirme : « La crise est celle d’un modèle a bout de souffle qui épuise les ressources de la Planete ». On lui pose une question : « le projet de Notre Dame des Landes appartient-il ou non à ce modèle à bout de souffle ? ». On attend la réponse. Depuis quatre jours.
Tweets
Laurence Rossignol, secrétaire nationale à l’environnement du Parti socialiste, dimanche 28 octobre, 15h58 :
« La crise est celle d’un modèle a bout de souffle qui épuise les ressources de la Planete #HarlemDesir #congresPS »
3:58 AM - 28 Oct, 12
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Hervé Kempf, journaliste, dimanche 28 octobre, 21h14 :
« @laurossignol #nddl Mme Rossignol, le projet de Notre Dame des Landes appartient-il ou non à ce modèle à bout de souffle ? »
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Jean-Philippe Magnen, porte-parole national d’EELV et vice-président du conseil régional des Pays de Loire, dimanche 28 octobre, 21h58 :
"@KEMPFHERVE @laurossignol le nouveau modèle de Developpement c est maintenant sans #NDDL@ACIPA_NDL #Eelv contre les infrastructures inutiles"
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Hervé Kempf, dimanche 28 octobre, 22h53 :
"@jp_magnen @KEMPFHERVE @laurossignol Bien noté. Mais j’attends respectueusement la réponse de Mme Rossignol à ma question. #nddl"
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Toujours pas de réponse de Laurence Rossignol, dont le compte twitter reste pourtant bien actif. Elle s’active pour parler de l’ouragan Sandy, à New York.
Hervé Kempf, mardi 30 octobre, 10h35 :
« #nddl @laurossignol Bonjour Mme Rossignol. J’attends toujours votre réponse à ma question sur Notre Dame des Landes. »
Mardi 30 octobre, 22h45 :
« #nddl @laurossignol Laurence Rossignol, secrétaire à l’environnement du PS, twitte toujours, mais pas sur ND Landes. Réponse à question ? »
Jeudi 1 novembre, 12h13 :
#nddl @laurossignol Mme Rossignol reste muette sur ND Landes. Secrétaire à l’environnement sans opinion sur le sujet environnement du moment
Le trafic des grands aéroports européens stagne ou recule
Le nombre de passagers dans cinq grands aéroports européens stagne ou diminue. Quant au trafic de marchandises, il est nettement en recul.
Voici un document bien pratique, réalisé par Célia Charlet, chargée de missions à Datagora, sur le trafic aérien des 5 premiers aéroports européens :
Vous y verrez que, si le trafic passager se tient globalement (avec une légère baisse) partout, le fret aérien à CDG par contre souffre plus que les autres : – 10% sur les deux mois.
Chiffre à mettre en rapport avec les résultats d’Air France KLM, publiés aujourd’hui (à voir ici) : -6.5% sur Juillet-aout-septembre, malgré des capacités en baisse de 2.9%, ce qui ramène le coef de remplissage à… 63.6%.
Il est clair que le cargo est tributaire, plus que le trafic passager, de la conjoncture. Cela montre, mais ce n’est pas un scoop, que notre économie va mal.
De Schutter : « l’accaparement des mers » est aussi grave que l’accaparement des terres
Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, a mis en garde contre la menace que "l’accaparement des mers" fait planer sur la sécurité alimentaire, et a vivement recommandé aux gouvernements du monde entier et aux organes internationaux de mettre le holà à l’épuisement des stocks halieutiques, et de prendre des mesures urgentes afin de protéger, de soutenir et de partager les bénéfices retirés des pêches et des environnements marins.
« "L’accaparement des mers" - sous la forme d’accords d’accès véreux qui nuisent aux pêcheurs artisanaux, de prises non signalées, d’incursions en eaux protégées et de détournement des ressources au détriment des populations locales - peut s’avérer une menace aussi sérieuse que "l’accaparement des terres" » a déclaré M. De Schutter le 31 octobre au moment de dévoiler un nouveau rapport sur les pêches et le droit à l’alimentation.
« Sans une action rapide pour sauver les eaux de pratiques intenables, les pêches ne pourront plus jouer leur rôle capital dans la garantie du droit à l’alimentation de millions de personnes » a annoncé l’expert, avant de remarquer que « les systèmes agricoles étant soumis à une pression croissante, bon nombre de personnes se tournent aujourd’hui vers les rivières, les lacs et les océans pour se procurer une part grandissante de nos protéines alimentaires. »
Les estimations relatives aux prises illégales font état de 10 à 28 millions de tonnes (mt), tandis que quelque 7,3mt - 10 pour cent des prises mondiales - sont rejetées chaque année.
« Il est évident qu’à mesure que le poisson se fait plus rare, les navires de pêche sont tentés de contourner les règles et les stratégies de conservation » a ajouté le Rapporteur spécial.
Bon nombre des eaux du monde sont pêchées par des flottes de pêche lointaine, a fait remarquer M. De Schutter, appelant à une révision urgente des Accords de Licence et d’Accès (ALA) qui régissent leurs activités.
Il a appelé à ce que les ALA incluent des mécanismes de contrôle plus stricts afin de parer aux prises illégales et non signalées ; qu’ils tiennent pleinement compte du rôle des pêches et des pêcheurs artisanaux dans la satisfaction des besoins alimentaires locaux ; qu’ils renforcent les droits des travailleurs sur les navires de pêche ; et qu’ils soient exclusivement conclus sur la base des évaluations de l’impact sur les droits de l’homme, qui doivent être préparées avec l’aide des États du pavillon.
L’expert de l’ONU a demandé aux gouvernements de repenser les modèles de pêches qu’ils soutiennent, en soulignant que les pêcheurs artisanaux pêchent en fait plus de poissons par gallon de carburant que les flottes industrielles, et rejettent moins de poissons.
« La pêche industrielle dans les eaux très étendues peut sembler la bonne option économique, mais seulement parce que les flottes peuvent empocher d’importantes subventions tout en en extériorisant les coûts de la surpêche et de la dégradation des ressources. Ce sont les générations futures qui paieront le prix quand les océans seront vides » a-t-il déclaré.
Le principal défi, a indiqué M. De Schutter, est d’assurer la coexistence entre la pêche industrielle et les droits des pêcheurs artisanaux et des communautés côtières - pour qui même une pêche occasionnelle peut s’avérer un filet de sécurité capital en temps de crise. Il avance donc les cinq recommandations suivantes :
1. Créer des zones de pêche exclusivement artisanales pour les petits pêcheurs et instaurer des mesures répressives contre les incursions des flottes industrielles.
2. Soutenir les coopératives de pêcheurs artisanaux et les aider à s’élever dans la chaîne de valeur.
3. Mettre en place des plans de cogestion afin de gérer localement les ressources halieutiques.
4. S’abstenir d’entreprendre des projets de développement à grande échelle, comme l’extraction de sable, qui ont un impact défavorable sur les moyens de subsistance des pêcheurs artisanaux.
5. Intégrer à part entière les pêches et les pêcheurs artisanaux dans le droit national aux stratégies alimentaires.
L’expert indépendant a attiré l’attention sur des exemples positifs, comme la décision d’accorder des droits d’usage communautaires aux pêcheurs artisanaux sur le plus grand lac d’eau douce en Asie du Sud-Est (Tonlé Sap, Cambodge), et la décision d’interdire la pêche thonière industrielle en faveur des pêcheurs "à la canne" locaux dans les Maldives.
« Il est possible et nécessaire de sauver ces ressources de la surexploitation et d’en faire profiter les communautés locales » a souligné le Rapporteur spécial.
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Olivier De Schutter était censé présenter le rapport "Les Pêches et le Droit à l’Alimentation" à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 30 Octobre, mais son dialogue interactif a été reporté dû à l’ouragan Sandy.
Olivier De Schutter a été nommé Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation en mai 2008 par le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies. Il est indépendant de tout gouvernement et de toute organisation.
Pour plus d’informations sur le travail du Rapporteur spécial, veuillez consulter : srfood.org
Les décroissants discutent avec le Parti de gauche
Communiqué commun
Dans une logique de convergence, le Parti Pour La Décroissance (PPLD) et le Parti de Gauche (PG) se sont rencontrés le dimanche 28 octobre 2012. Le PPLD participe à la création d’un mouvement politique autour des idées de la Décroissance. Il travaille le projet de Décroissance à travers la publication de textes, communiqués, de livres mais aussi à travers la participation à des évènements. En particulier, il souhaite proposer des pistes programmatiques et stratégiques afin d’initier une transition nous permettant de sortir de l’impasse dans laquelle nous amène ce que PPLD appelle la société de croissance. Afin d’initier des débats et discussions constructives sur la Décroissance, le PPLD travaille à rendre visible la Décroissance en s’appuyant sur un site Internet riche et des outils de communication. Enfin, toujours dans cette logique de visibilité, le PPLD participe à des élections mais aussi à des campagnes et des luttes collectives.
Le PG porte une ambition gouvernementale pour relancer l’activité par la planification écologique et la transition énergétique. Il s’est construit depuis 4 ans sous la forme d’un parti creuset, accueillant des militants et groupes venant d’horizons divers de la gauche et de l’écologie politique autour de trois piliers : socialisme, écologie et république sociale. Dans le cadre de son projet écosocialiste, le PG a intégré plusieurs des propositions antiproductivistes portées également par les mouvements de l’objection de croissance de gauche : la nécessaire prise en compte de la finitude des ressources naturelles, la critique du consumérisme et de la publicité, le revenu maximum autorisé, la gratuité notamment en matière d’eau et d’énergie… Le PG s’investit par ailleurs dans les luttes sociales et environnemntales et les alternatives concrètes, notamment par le biais de son réseau d’élus « La gauche par l’exemple ».
Ces deux démarches peuvent être complémentaires. C’est pourquoi nous souhaitons nous engager à collaborer ensemble, en particulier : - Travail collectif sur le projet en débattant sur : dotation inconditionnelle d’autonomie, décolonisation de l’imaginaire, planification écologique, extension des sphères de la gratuité, quelle relation au travail, etc. - Réflexion commune sur quelle stratégie politique : quelle relation aux pouvoirs et quelle articulation entre le projet politique, sa visibilité, les initiatives indidivuelles et collectives. - Travail sur la repolitisation de la société et la resocialisation de la politique : quels leviers ? Comment impliquer les plus jeunes ? Comment créer des liens, des passerelles entre les alternatives concrètes, outil de repolitisation, et les partis et mouvements politiques dont l’approche est complémentaire ? De même, quelles relations entre les élus et les initiatives citoyennes locales ?
Le 1er décembre prochain, se tiendront à Paris, les assises de l’éco-socialisme organisées par le PG. Afin de commencer nos collaborations, le PPLD accepte l’invitation à ces assises et s’engage à proposer un texte sur éco-socialisme et Décroissance et la tenue d’un stand.
Nous faisons face à une convergence de crises sans précédent qui plus que jamais nous oblige à repenser, expérimenter et vivre de nouvelles manières de faire de la politique. Dans une logique de complémentarité, en prenant en compte le fait que nous devons construire une transition partant de la situation actuelle, qu’elle soit psychologique, culturelle, sociale, économique et institutionnelle, il nous semble important de construire des liens, des discussions et des débats riches entre les approches de révolution citoyenne du PG et celle du PPLD davantage centrée sur les moyens de changer la société sans prendre le pouvoir.
Parti de Gauche (PG) et Parti Pour La Décroissance (PPLD)
Notre-fric-des-Landes
« L’hybridation entre milieux économiques et milieux de la décision publique a tout lieu de saper la confiance des citoyens dans la loi. Ce doute légitime explique aussi pourquoi les projets d’aéroports, de LGV et d’autoroutes, dont la rationalité économique est souvent fragile, sont vivement contestés. »
Je discute avec un haut fonctionnaire. Il est honnête, conscient de ses responsabilités, soucieux de la République. Il explique pourquoi il est légal d’expulser les occupants de la zone où est projeté un aéroport, à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). La loi est la loi, il doit la faire respecter. Par ailleurs, me dit-il, « les partenariats public-privé, la privatisation des autoroutes, ça me révolte ».
Je réfléchis. Le projet est censé être réalisé sous une forme de partenariat public-privé, la « délégation de service public » par l’entreprise Vinci, qui avait bénéficié en 2005 de la privatisation à bas prix des autoroutes.
Or, le préfet de Loire-Atlantique entre juin 2007 et juillet 2009, Bernard Hagelsteen, travaille maintenant chez Vinci Autoroutes. M. Hagelsteen avait préparé l’« avis d’appel public à la concurrence » des firmes intéressées à réaliser l’aéroport, publié le 5 septembre 2008. Quatre groupements d’entreprises, dont Vinci, ont été habilités à y répondre en mars 2009. Cependant, M. Hagelsteen a quitté la préfecture en juillet 2009, pour rejoindre la Cour des comptes. Ce n’est qu’en juillet 2010 que Vinci a été désigné comme concessionnaire du projet aéroportuaire.
Le préfet ne semble donc pour rien dans ce choix. C’est ensuite, en avril 2011, qu’il a rejoint la société Vinci Autoroutes. Il y est conseiller du président. Je lui téléphone. « Je voulais un travail plus actif, dit-il. Quand j’étais à la Cour, j’ai contacté diverses entreprises de transport, et Vinci a été intéressée par mon profil professionnel. Il n’y a aucun lien entre ce que j’ai fait comme préfet et ce que je fais ici. » Son transfert, visé par la commission de déontologie des fonctionnaires, est légal.
Il me dit que « les autoroutes ont beaucoup de raisons d’avoir des contacts avec des décideurs publics ». Mais ces contacts doivent-ils conduire au passage des hauts fonctionnaires vers le secteur privé ? N’est-ce pas là un sûr moyen de créer des conflits d’intérêts, une confusion entre l’esprit de service public, qui doit animer les agents de l’Etat, et la recherche du profit, qui ne saurait guider les choix collectifs ? L’hybridation entre milieux économiques et milieux de la décision publique a tout lieu de saper la confiance des citoyens dans la loi. Ce doute légitime explique aussi pourquoi les projets d’aéroports, de LGV et d’autoroutes, dont la rationalité économique est souvent fragile, sont vivement contestés.
Extrait de la biographie de M. Hagelsteen :
Deux pilotes critiquent le projet de Notre Dame des Landes
Le projet d’aéroport est très surdimensionné par rapport aux perspectives du trafic aérien, expliquaient en 2009 deux pilotes d’avion se posant souvent à Nantes
Cet article a été publié le mardi 6 octobre 2009
Ces deux commandants de bord appartiennent à une compagnie aérienne basée à Nantes. L’un d’eux est représentant du personnel. Ils ont souhaité garder l’anonymat.
Que pensent les pilotes du projet d’aéroport à deux pistes parallèles envisagé à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes ?
Ça ricane. On se moque des hommes politiques décidés à construire un projet pharaonique, un grand aéroport de l’Ouest à quatre millions de passagers, dans un contexte où, au mieux, hors crise, le trafic en Europe ne progresse que de 1 %. Contrairement à l’Asie, qui fait des scores à 5 % et plus.
Pourquoi ces moqueries ?
Parce qu’à Londres-Gatwick, le dixième aéroport du monde, qui accueille 34 millions de voyageurs, il n’y a qu’une piste, comme à Nantes, où on n’en a que 2,7 millions. Et ne parlons pas de Genève, où l’on n’a qu’une piste et du relief autour.
Que répondez-vous à ceux qui avancent le danger du survol de Nantes ?
Pourquoi cet argument aujourd’hui, alors qu’on survole Nantes depuis trente ans sans incident, hormis cette histoire de charter perdu (1) ? Lorsqu’on se pose à Londres, on longe la Tamise. On survole aussi Amsterdam, Paris, Toulouse...
Construire un nouvel aéroport, c’est quand même diminuer les risques, non ?
Si on veut dépenser des sommes folles pour cette seule raison du survol de Nantes, alors c’est légitime, car on ne peut, pour l’instant (mais la technique évolue vite), éviter la ville avant l’atterrissage.
Nous nous posons toutefois des questions : pourquoi ne nous permet-on pas de faire une approche à vue par beau temps ; ça éviterait de survoler toute la ville ? Pourquoi l’aéroport actuel ne s’est-il pas équipé d’un deuxième ILS, un instrument électronique très précis de navigation pour l’atterrissage, qui nous permettrait une approche de précision et une sécurité béton en survolant Nantes ?
Notre-Dame-des-Landes n’offre-t-il pas l’occasion de drainer une nouvelle clientèle dans l’Ouest et au-delà ?
Allons, ce n’est pas un nouvel aéroport qui nous donnera une liaison régulière Nantes-San Francisco ! On réduit la toile partout. Le trafic ne va pas redémarrer comme en 14... On n’est pas dans une crise passagère, comme celle de l’après-11 Septembre. Et on pourrait bien avoir Notre-Dame-des-Landes et les compagnies à bas coûts, comme Ryanair, ailleurs, car elles ne voudront pas payer les taxes aéroportuaires. Et que deviendra l’aéroport de Rennes avec cette concurrence nouvelle ? Et l’aéroport d’Angers, qui n’accueille même pas une seule compagnie aérienne régulière ?
Les deux pistes ne sont-elles pas une chance de développement économique ?
Deux pistes, c’est du délire ! Le trafic ne le justifie pas. Il y a plein d’endroits où les pistes moisissent. À Bordeaux, on n’utilise plus la deuxième piste. À Metz-Nancy, on a une piste magnifique créée il y a quinze ans, mais personne n’y va.
Et que répondez-vous aux riverains de Nantes-Atlantique qui souffrent du bruit et veulent le transfert ?
Les avions font du bruit. Mais il y aurait moins de problèmes si on n’avait pas laissé construire autour de Nantes-Atlantique. D’ailleurs, qui peut garantir que ça ne recommencera pas à Notre-Dame-des-Landes, où la pression foncière et immobilière se fait déjà sentir ? Pour l’heure, seules certitudes : on va gâcher un énorme espace agricole. Et ça va coûter très cher : 600 millions d’euros, un milliard, deux milliards... on ne sait pas. Mais pour quelle véritable utilité ?
Propos recueillis parGaspard Norrito.
Pierre-Emmanuel Neurohr, bientôt deux mois en prison
Les scientifiques nous disent qu’il ne faut pas dépasser 1,5 t de CO2 par personne et par an pour ne pas détruire le climat de la terre. Un voyage en avion Paris-Montréal pollue avec 1,5 t par personne… en quelques heures (1). Or la destruction du climat va avoir des conséquences génocidaires (2). Il faut donc interdire cette machine.
C’est pour être convaincu de ce constat qu’un homme est emprisonné depuis le 7 septembre. En effet Pierre-Emmanuel Neurohr est incarcéré à la maison d’arrêt de la Santé après avoir tenté à cinq reprises de bloquer la machine à détruire le climat la plus efficace à ce jour.
L’information a été reprise par de nombreux médias qui n’ont jamais omis de citer que M. Neurohr est un « ancien salarié de Greenpeace » « aujourd’hui chômeur ». Ce qui a été moins dit, et nous le regrettons vivement, c’est que Pierre-Emmanuel est le fondateur du Parti de la Résistance, ce qui le rend moins seul et isolé qu’on voudrait le faire croire.
Vous êtes en effet bien placé pour le savoir, vous qui suivez ce mouvement de résistance depuis de nombreux mois. Pierre-Emmanuel a engagé ce combat car pour lui « il n’est plus possible de ne rien faire », pour cela il a créé le Parti de la Résistance en en appelant à une « morale de base » parmi ses concitoyens. A l’heure où son engagement lui coûte sa liberté, nous pensons qu’il est temps que chacun s’interroge sur sa propre capacité d’action.
Nous, sympathisants du PR, que pouvons-nous faire aujourd’hui pour participer activement et efficacement à ce combat nécessaire ?
Bien sûr l’argent est le nerf de la guerre et on ne pourrait s’en passer, aussi pures soient nos intentions. Ainsi nous en appelons chaudement à votre générosité en vue d’un don ponctuel nous permettant d’aider Pierre-Emmanuel à payer ses frais d’avocat, toutefois cette manne ne saurait suffire.
Nous pensons, qu’en soutien à Pierre-Emmanuel Neurohr, nous nous devons au minimum de diffuser et expliciter son message, à travers nos relations ou en usant des médias, alors faites circuler ce message, n’hésitez pas à contacter les journalistes qui auraient écrit un article incomplet (3), faites voir la vidéo à votre entourage..., faites circuler la pétition : change.org. [1]
Une autre manière de soutenir Pierre-Emmanuel est de lui écrire, en effet les lettres qu’il reçoit sont autant de fenêtres ouvertes sur l’extérieur, autant de renforts pour le moral. Vous trouverez son adresse complète à la fin de cette lettre.
Il en est à un mois d’enfermement, seuls la famille et l’avocat ont droit de visite, nous nous contentons des informations gentiment transmises par Maître Faro, et savons donc que Pierre-Emmanuel se porte bien, tant que possible, mais il est en manque de courrier. Ils sont quatre détenus dans la cellule, et le plus dur à supporter semble être la télé branchée sur TF1 toute la journée...
Une demande de libération a été déposée mais rejetée par la juge des libertés et de la détention. Ce qui laisse penser que Pierre-Emmanuel restera en prison au moins jusqu’à son prochain procès, procès qui réunira ses trois procès en appel, et aura lieu devant la Cour d’appel de Paris (chambre 11 pôle 4) le 26 octobre 2012 à 9H00. Venir assister à ce procès c’est aussi une façon de soutenir Pierre-Emmanuel.
Quand au procès relatif à l’action du 5 septembre, sa date n’a toujours pas été fixée, et il est à craindre que Pierre ne sortira pas avant ce procès là, nous souhaitons donc vivement qu’il ait lieu rapidement...
Et d’ici là, nous comptons sur vous pour donner de l’ampleur à l’écho !
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Ecrire à Pierre-Emmanuel Neurohr :
écrou n° 21032 cellule 104, Bloc A
Maison d’arrêt 42 rue de la Santé 75674 Paris cedex 14
Soutenez-le ou racontez-lui vos vacances, mais n’insistez pas sur le sujet qui l’a amené là, car tous les courriers sont lus par l’administration pénitentiaire et ceux jugés sensibles passeront devant le juge ce qui ralentit d’autant leur progression vers l’intéressé...
Pour faire parvenir votre soutien financier :
merci d’envoyer un chèque à l’ordre de Pierre-Emmanuel Neurohr à l’adresse suivante :
Parti de la Résistance 5, rue du Château d’Eau 57370 Phalsbourg
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Notes
(1) « Pour que les concentrations en gaz à effet de serre arrêtent d’augmenter dans l’atmosphère, une règle de 3 relativement grossière entre l’absorption de dioxyde de carbone par les océans et la végétation (environ 10 milliards de tonnes de CO2) et la population mondiale actuelle (6,8 milliards d’individus plus ou moins gourmands en énergie) suggère qu’il faudrait rejeter au plus 1,5 t de CO2 par personne et par an en moyenne. Malgré la relative modestie des rejets de gaz à effet de serre français par rapport à ceux d’autres pays industrialisés, nos rejets pour le seul CO2 devraient être divisés par 4 à 5 pour arrêter l’augmentation (…) », Climat : le vrai et le faux, Valérie Masson-Delmotte (l’une des principales climatologues françaises), 2011, p. 69. Il existe différents modes de calcul, et 1,5 t de CO2 représente l’estimation la plus basse. En fait, selon le gouvernement français, un A/R 2e classe Paris-Montréal pollue notre fine couche d’atmosphère avec 2,5 t de CO2 par individu (tableur Ademe V6.1, septembre 2010 ; un aller-simple pollue avec 1248 kg). Mais nous prenons à dessein l’estimation la plus basse : même de cette manière, il est évident pour toute personne rationnelle que l’utilisation de l’avion est incompatible, mathématiquement parlant, avec un climat préservé.
(2) Drought under global warming : a review (Les sécheresses dans le cadre du réchauffement climatique : un état des connaissances), Aiguo Dai, WIREs Climate Change, 2010.
(3) Serait-il utile de reprendre chaque journaliste n’ayant pas cité le PR dans son article, de même que ceux qui ne mentionnent pas le terme (au choix) : - climat – génocide ? Vous pouvez aussi réagir aux articles du net en invitant succinctement les commentateurs à se rendre sur le site du PR... à force de s’exprimer on sera peut être entendu... n’hésitons pas à essayer !
« Bottled life » : un film démonte les agissements du groupe Nestlé
S’il vous arrive d’effectuer vos emplettes dans un supermarché, difficile d’échapper à Nestlé. Que vous achetiez des soupes, des condiments, de la charcuterie sous vide, des friandises, du chocolat (en tablette ou barre), des yaourts, du café soluble, des cosmétiques, de l’eau (1)…, vous contribuez très souvent aux profits du numéro un de l’agroalimentaire.
Bottled life, l’excellent documentaire du réalisateur bernois Urs Schnell et du journaliste zurichois Res Gehriger fournit un éclairage particulièrement édifiant sur la stratégie et les pratiques, pour le moins sujettes à caution, de la firme concernant le liquide incolore, qui représente 10% de son chiffre d’affaires global.
Le 11 octobre 2007, le trust a mis en ligne sur son site web le clip de propagande « Saving lives through clean water » en vantant son engagement au sein du camp de Kebribeyah (est de l’Éthiopie), dans lequel s’agglutinent quelque vingt-cinq mille Somalien(-ne)s ayant fui leur pays. L’eau, très ferrugineuse, provient d’une station de pompage de la vallée, située à vingt kilomètres. La corrosion ronge dangereusement les conduites. Selon Bekele Negash, du Haut-Commissariat aux réfugiés, la firme a abandonné le projet en 2004. Aussi réclame-t-il des dons, car l’implication de l’Ordre de Saint-Lazare ne suffit pas à subvenir aux besoins élémentaires des trente-cinq mille personnes, y compris celles regroupées à Aw Bare et Sheder, dépendantes de l’aide prodiguée par l’instance onusienne.
« Vague à l’âme »…
L’Autrichien Peter Brabeck-Letmathe, qui cornaque toujours le Conseil d’administration de Nestlé après avoir été le PDG, du 5 juin 1997 au 1er avril 2008, aime insister sur le concept de « valeur partagée », sur la « durabilité écologique », « l’équité sociale ». Greenwashing et mensonges éhontés ! Lorsque celui qui avait débuté comme vendeur de glaces itinérant affirme que sa responsabilité première de patron consiste à « assurer et préserver un avenir florissant à l’entreprise », qu’il vitupère contre le partage du travail (2), je lui concède davantage de sincérité quant à la philosophie animant son « assez gros navire », qui emploie environ deux cent soixante-quinze mille collaborateur(-e)s à travers le monde (quatre cent quatre-vingt-une usines dans quatre-vingt-sept pays).
Le sexagénaire au teint hâlé ose même cette saillie : « nous n’avons jamais mieux vécu, nous n’avons jamais disposé d’autant d’argent, nous n’avons jamais été en meilleure santé, ni joui d’une telle longévité… Et pourtant, le vague à l’âme nous étreint… ». Le 19 avril 2007, lors de l’Assemblée générale à Lausanne, il avait déclaré n’avoir nullement honte de sa rémunération : 17,4 millions de FS (14,44 millions d’euros), soit trois cent quatre-vingt-quatre fois la paie du salarié le moins bien loti. L’an passé, il a dû se contenter de 6,973 millions de FS (5,79 millions d’euros), une baisse de 16,3% par rapport à l’exercice précédent.
S’interrogeant sur la manière d’asseoir la pérennité de sa société pour cent quarante années supplémentaires, il tilta sur l’eau, « une denrée ayant un coût » (3). En avril 2002, après l’absorption de Perrier-Vittel, il fonda Nestlé Waters (4), qui a rapporté en 2010 neuf milliards quatre-vingt quinze millions de francs suisses (7,55 milliards d’euros). Avec son ticket d’entrée dans la Formule un, il engrangerait quelque cinquante millions de dollars (38,3 millions d’euros)… Dans les paddocks, on murmure que le vice-président du C.A. de l’Oréal tiendrait la pole position pour remplacer à la tête du barnum motorisé le Britannique Bernie Ecclestone, qui loua, en juillet 2009, « l’efficacité » (sic) d’Adolf Hitler.
Les deux concepteurs du long-métrage de quatre-vingt-dix minutes et neuf secondes n’ont pas bénéficié de conditions de tournage idéales, tant à Vevey (canton de Vaud, au bord du lac Léman), au siège, que dans les pays visités. François-Xavier Perroud, alors chargé de la communication du géant au si charmant logo (5), estima lors d’un déjeuner avec eux au restaurant du « Schweizerhof » à Berne que ce serait le « mauvais film au moment inopportun », prévenant ses interlocuteurs qu’ils trouveraient porte close partout.
Il les invita à se pencher plutôt, aux frais de Nestlé, sur les gaspillages inhérents à l’agriculture… L’opiniâtre duo n’en démordit pas. Optant pour une tonalité moins rentre-dedans que Michael Moore, il a habilement placé en perspective les artifices de marketing et la réalité, infiniment moins rose, sur le terrain, tout en évitant de s’exposer à d’éventuelles poursuites en diffamation.
Au Pakistan, la multinationale domine le marché qu’elle a elle-même établi. Ce pays de cent quatre-vingt millions d’âmes, servit de tremplin à Pure Life, « le joyau de notre portefeuille » (John J. Harris, le boss de Nestlé Waters), lancé en 1997, composé d’eau souterraine filtrée, enrichie de sels minéraux. Ce breuvage, produit dans vingt-sept pays, possède un goût identique partout. La fabrique de Sheikhupura assèche la nappe phréatique près du hameau de Bhatti Dilwan. Deux cents villageois déposèrent en vain une pétition réclamant que ses dirigeants installent un puits ou un tuyau.
À Lahore, ville de dix millions d’habitants, les classes aisées ont les moyens de se procurer de l’eau potable et de se prémunir contre les risques de maladies graves, qui frappent l’immense majorité des femmes, hommes et enfants. Les jeunes de la jet-set se baladent dans les rues, une bouteille de Pure Life à la main. Signe extérieur de richesse ! Ahmad Rafay Alam, avocat à la Haute Cour, se souvient de l’époque, pas si lointaine, où il pouvait obtenir gratuitement un verre d’eau. « Maintenant, avant que tu ne réalises, tu débourses quinze roupies ».
Douze mille fois la culbute !
À Lagos (Nigéria), la plus grande métropole africaine, l’eau la plus prisée est celle, de qualité très douteuse, contenue dans des poches de plastique (cinq nairas l’unité, deux centimes). Un flacon (60 cl) de Pure Life, arrivée ici il y a sept ans, coûte cent nairas, 55 % de plus qu’un litre de pétrole. Il existe une enseigne locale, Élan, ainsi qu’Akuro de la fabrique artisanale Golden Dip de Kelvin Olagemju Kayode.
Dans le bidonville sur pilotis de Makoko, les gens végètent au milieu des immondices. Sur un budget quotidien de mille nairas (4,82 euros), la moitié est dépensée pour une eau guère salubre. Là aussi, la caste au pouvoir, vérolée par la corruption, refuse d’investir dans les infrastructures publiques.
Outre-Atlantique, Nestlé mène une politique tout aussi pernicieuse. Pour trente mille litres de Poland Spring, elle paie dix dollars à un propriétaire complaisant qui laisse les techniciens capter l’eau coulant à foison sous ses terres. Conditionnée dans des bouteilles en PET de 50 cl, la marque est vendue jusqu’à deux dollars l’unité. Douze mille fois la culbute !...
Dans l’État verdoyant du Maine, la révolte gronda. À Fryeburg, le retraité Howard K. Dearborn enjoignit même ses concitoyens à rejeter le contenu des flacons dans le lac d’où elle provient. Avec un clin d’œil, il pointe l’étendue du scandale : « C’est la même eau que celle utilisée en face pour se laver les mains ou nettoyer la cuvette des WC ! ». Les gros camions-citernes effectuent vingt-cinq mille trajets par an vers l’usine d’embouteillage.
Deux cents kilomètres au sud de Kingfield, où l’usine produit 750 millions de litres en douze mois, au cœur d’une splendide réserve naturelle, des femmes ont organisé la résistance pour empêcher Nestlé de s’emparer des nappes aquifères. Sans solliciter l’avis des autochtones, les géologues-maison ont creusé dix-huit puits pour effectuer des tests de forage. Denise L. Carpenter, infirmière et fermière, est également remontée contre les politicards du cru : « Le gouvernement doit servir la population et non l’inverse ». Au final, elle, Shelly Gobeille, Eileen Hennessy, Ann Winn-Wentworth et leurs amies imposèrent un vote à l’assemblée municipale.
À Shapleigh, 114 personnes votèrent contre les visées nestléennes. Résultat peu ou prou similaire à Newfield. Belle leçon de démocratie à la base ! Gloria Gerry avait déniché un paragraphe de la Constitution américaine, octroyant aux communes la latitude d’édicter leurs propres règlements administratifs. Alors qu’à Fryeburg les associations, s’appuyant sur la loi commune, ont perdu et que leur adversaire y pompera six cents millions de litres par an, dans ce paradis naturel, les intrépides défenseuses de l’environnement ont abattu Goliath.
Pourtant, la firme continuera de récupérer à un tarif des plus dérisoires près de quatre milliards de litres par an rien que dans l’État sur la côte est des States jouxtant le Québec. Au marathon de New-York, Poland Spring hydrate les concurrents. Durant la course, deux cent trente mille bouteilles sont offertes aux spectateur(-trice)s, qui, par réflexe pavlovien, l’achèteront en magasin ou se la feront livrer à domicile. Or, soutient la Canadienne Maude Barlow, lauréate en 2005 du Prix Nobel alternatif, des robinets de « Big Apple » coule « l’eau la plus propre au monde, provenant des montagnes de Catskill. Les jeunes se laissent berner par le message fallacieux les incitant à boire huit verres d’eau par jour ».
La militante altermondialiste rappelle que davantage d’enfants décèdent pour avoir avalé une eau contaminée que du SIDA, des accidents de la circulation, des guerres, de la malaria réunis… 1,9 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à une eau potable. Mais Peter Brabeck-Letmathe espère contribuer à la prospérité de notre civilisation afin que celle-ci perdure au minimum encore… quatre mille cinq cents années…
Alors, comment répondons-nous à la question lancinante, formulée sur fond d’images majestueuses de montagnes helvétiques tournées par Samuel Gyger depuis l’hélicoptère : « À qui appartient l’eau sur notre planète ? ».
Le film, co-produit par DokLab (Berne) et Eikon Südwest (Stuttgart), avait déclenché un tonnerre d’applaudissements lors de sa première, le 22 janvier dernier, dans le cadre des 47es Journées cinématographiques de Soleure. À l’affiche, le surlendemain, dans une salle plus petite que le Landhaus de la belle cité baroque, il suscita un tel engouement que les organisateurs ajoutèrent une troisième séance. Le 15 mars dernier, il figura au programme du Forum alternatif mondial de l’eau à Marseille. Arte l’a diffusé le mardi 11 septembre à 20 heures 50 ainsi que le jeudi 20 à 15 heures.
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Notes
(1) Soixante-six marques dont treize commercialisées dans l’Hexagone : Acqua Panna, Carola, Contrex, Hépar, Nestlé Pure Life, Quézac, Perrier, Plancoët, Saint Lambert, Sainte Alix, San Pellegrino, Valvert, Vittel. Pourtant, pour la plupart d’entre elles, seule l’appellation d’origine apparaît sur l’emballage.
(2) Le natif de Villach en Carinthie fut un des quarante-quatre membres de la Commission pour la libération de la croissance française, présidée par Jacques Attali. Le 23 janvier 2008, celui-ci avait remis à Nicolas Sarkozy les 316 propositions ultra-libérales, comme l’instauration de fonds de pension, la réduction du taux, déjà ridiculement bas, de la fiscalité dans le secteur de la finance et la suppression du principe de précaution, que même le chef de l’État réfuta…
(3) Vers la fin de « We feed the world », le saisissant documentaire de l’Autrichien Erwin Wagenhofer. Sorti en France le 25 avril 2007, il y attira 187 998 aficionados dans les salles obscures.
(4) Entité installée à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).
(5) Deux oisillons dans un nid recevant la becquée de leur maman !
Pourquoi rien ne change-t-il alors qu’on sait qu’il faut changer ?
Pourquoi rien ne change-t-il alors que l’on sait qu’il faut tout changer ?
D’abord parce que la crise nous tétanise et bloque les innovations possibles, alors que nous avons besoin de celles-ci plus que jamais. La crise sociale et de l’emploi nous garotte entièrement. Il y a une complète contradiction entre court terme et long terme : au nom du long terme, nous devrions changer radicalement nos modes de production, revoir le rythme de la croissance, consommer différemment et, à mon sens, moins. Mais à court terme nos gouvernants pensent qu’il faut plus de consommation, plus de production, pour avoir plus d’emplois et de revenus.
Désormais nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que le PIB est un indicateur qui nous mène dans le mur mais nous n’avons jamais autant réclamé plus de croissance...
Ensuite, nous sommes tétanisés par notre incapacité à savoir qui doit commencer et par où nous devons commencer. Pour qu’une action ait une chance d’avoir une certaine efficacité, il faut qu’elle ait obtenu un soutien européen mais nous ne parvenons pas à déterminer des alliances européennes.
Nos mouvements sociaux et écologiques en France sont fragmentés, les objectifs sociaux et écologistes apparaissent désormais comme contradictoires, en France et en Europe (on ne parle plus d’Agenda Vert, la Spring alliance bat de l’aile), il n’y a pas de revendications écologiques et sociales communes en Europe... Je pense que c’est un des points fondamentaux. Les mouvements sociaux et écologistes ne parviennent pas en Europe à proposer une alternative commune et claire, ni le chemin pour y parvenir.
Quant à la question de savoir qui doit commencer et si un pays peut engager seul sa transition (vers la transition écologique, les énergies renouvelables, la décroissance de certaines productions et consommations, la reconversion de certains secteurs), elle reste complètement irrésolue et bloquante. La concurrence généralisée qui s’est installée à l’intérieur de l’Europe et dans le monde empêche de développer de « bonnes » alternatives, le risque de perdre est trop grand. L’absence de coopération organisée est dramatique.
Et donc, alors que désormais nous savons que la menace de changement climatique nous contraint à prendre des décisons fortes dans une fenêtre temporelle trés étroite, nous restons tétanisés par manque d’une alternative crédible portée par une alliance de mouvements sociaux et écologistes, par exemple par une aillance des syndicats et des consommateurs pour un emploi de qualité et des produits de qualité.
Pour moi, la question la plus « bloquante » est celle de la croissance et de son indicateur : le PIB [produit intérieur brut]. Tant que nous resterons les yeux braqués sur cet indicateur nous ne pourrons changer ni les comportements des entreprises ni les politiques publiques. Il nous faut absolument changer d’indicateurs, adopter des indicateurs complémentaires au PIB pour mettre en évidence les erreurs auxquelles nous conduit l’adhésion exclusive à cet indicateur et pour dessiner un autre chemin, un autre modèle.
Il nous faut aussi sortir du langage exclusivement économique et monétaire et parvenir à décrire le monde que nous voulons avec un autre langage.
Enfin, susbsiste la question lancinante du chômage ; nous sommes en train de nous lancer dans un programme de flexibilisation du marché du travail alors que le chômage a de nouveau atteint des sommets et qu’il faudrait partager l’emploi.
La facture énergétique de la France a explosé en 2011
61 millliards de déficit commercial en 2011 sur le poste énergie. Et toujours pas de politique d’économie d’énergie.
La facture énergétique de la France a battu son record en atteignant 61,4 milliards d’euros l’an passé, près de quatre fois plus qu’il y a vingt ans, selon un rapport du ministère de l’écologie présenté jeudi 19 juillet. « A elle seule, la facture énergétique représente 88 % du déficit commercial de la France », souligne le Commissariat général au développement durable dans son Bilan énergétique de la France pour 2011.
Le précédent record remontait à 2008, années de pics pétroliers, avec 58,1 milliards d’euros (59,2 milliards en euros constants). Même en euros de 2011, la facture reste au-delà des sommets du début des années 80 consécutifs aux chocs pétroliers de 1973 et 1979. Le fardeau énergétique de la France atteint désormais 3,1 % du PIB en 2011, là encore au-delà des 3 % de 2008. Du fait de la croissance économique, ce niveau reste cependant inférieur à ses sommets du début des années 80, où il était juste sous les 5 %.
RECORD DE LA FACTURE PÉTROLIÈRE
Coupable tout trouvé : le pétrole, qui a représenté 82 % de la facture énergétique l’an passé, devant le gaz (19 %), les exportations d’électricité permettant d’alléger un peu la note (– 4 %).
La Russie était toujours l’an dernier le premier fournisseur de la France en pétrole brut, avec 14,8 %. Le Kazakhstan (12,8 %) et l’Arabie saoudite (10,4 %) ont ravi la 2e et la 3e place à la Libye et à la Norvège, sur le podium en 2010.
Elément notable, la facture pétrolière a battu des records alors que la quantité, elle, a plongé : en 1973, la France importait 134,9 millions de tonnes d’or noir. En 2000, les importations étaient encore de 85,6 millions de tonnes. En 2011, on est tombé à 64,4 millions.
Le Moyen-Orient, d’où provenait 71,4 % du pétrole consommé en France en 1973, ne représente plus que 18,9 %. La principale région d’approvisionnement pour la France vient des pays de l’ex-URSS (36,3 %), devant l’Afrique (29,2 %) et la mer du Nord (14,1 %).…
Ecolonomies
« Il est plus économique de produire de manière écologique ! »
Voici le credo d’Emmanuel Druon. Depuis quinze ans, il l’applique avec succès dans sa propre entreprise, qu’il gère selon les principes « écolonomiques ». Toutes les décisions prises dans la conduite des projets sont guidées par les trois critères du développement durable :
- réduction de l’impact sur l’environnement et prévention des pollutions ; - réduction du risque au travail et baisse de la pénibilité des postes ; - amélioration de la productivité de l’activité et du site industriel.
Cet ouvrage, qui apporte une preuve par l’exemple, est une réflexion de fond sur la manière de gérer son entreprise « autrement ».
Tout en retraçant l’histoire de Pocheco, Emmanuel Druon donne ici des solutions opérationnelles et des idées innovantes transposables à toute entreprise.
Optimisation de l’emploi des matières premières et contrôle de leur provenance, traitement des eaux usées et des différents déchets liés à l’activité, analyse du cycle de vie des produits, développement de partenariats de proximité… Autant de choix stratégiques dont Emmanuel Druon prouve qu’ils sont à la fois meilleurs pour l’environnement et pour l’économie de l’entreprise.
L’impact environnemental est un sujet auquel toutes les sociétés se trouvent peu à peu confrontées, et les consommateurs sont eux-mêmes de plus en plus attentifs au mode de production des produits qu’ils achètent.
L’expérience de Pocheco montre qu’il est possible de sortir du capitalisme financier actuel tout en restant rentable. Il s’agit d’opérer une nouvelle « révolution industrielle » avec les armes du 21e siècle et de proposer un modèle qui engage la responsabilité personnelle des chefs d’entreprise, dans leurs promesses de qualité et leurs obligations de résultats.
Ce livre s’adresse donc autant aux dirigeants d’entreprises qu’au grand public citoyen.
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Ecolonomies. Entreprendre et produire autrement., Emmanuel Druon, Pearson, 224 p., 21,00 €, 2012.
Artivisme, désobéissance et clowns : des stages pour résister en douceur
Amis désobéissants,
des stages originaux ou classiques se tiendront prochainement sur Paris et à proximité, sur Tours :
CLOWN ACTIVISME : week-end du 1 et 2 décembre à Tours. Rejoignez les farces de l’ordre de la rirevolution, et découvrez un outil redoutable pour contester, miner, et déborder nos adversaires préférés...
Un formateur de la Brigade Activiste des Clowns (la BAC de Paris) animera le stage, qui évoquera des thématiques de luttes locales et internationales (Palestine...).
Renseignements et inscriptions auprès de remifilliau (arobase) hotmail.fr. et pour voir les actions de la BAC.
ARTIVISME : week-end des 10-11 novembre 2012 à Paris.
Stage d’artivisme (art activiste), pour découvrir de nombreuses façons de résister en utilisant des techniques activistes. Le stage aura lieu chez nos amis du Théâtre du Grand Parquet, à partir de 10h le samedi et le dimanche. Les stagiaires pourront assister le soir ou le dimanche après-midi à une représentation de « Comme une isle », une pièce sur l’engagement, à un prix spécial « stage ».
Inscriptions auprès de Mathieu : bucheron (arobase) gmx.com
DESOBEISSANCE CIVILE : en semaine : soirées des 19-20 novembre 2012 : Paris (Montreuil).
Mini-stage pratique de désobéissance civile. 19h30 - 22h30, à l’Espace Comme vous émoi, 5 rue de la Révolution 93100 Montreuil. Métro ligne 9 arrêt Robespierre ou Croix de Chavaux.
Plan / Renseignements et inscriptions : Christine : stinepiou (arobase) gmail.com
POUR RENCONTRER LES DESOBEISSANTS : Nous tiendrons certains soirs des stands avec nos livres (la collection Désobéir, le Petit Manuel, etc.) au Théâtre du Grand Parquet en novembre à l’occasion des représentations de la pièce « Comme une Isle », ainsi qu’au théâtre L’Atalante, dans le 18e, à l’occasion des représentations de la pièce « La Supplication », sur l’horreur nucléaire.
CONFERENCE : à l’occasion du festival ATTAC Images mouvementées, Xavier Renou interviendra à la soirée Désobéissance (projection des excellents documentaires « Squat » et « Desobeir »), jeudi 15 novembre au soir.
Infos
Rassemblement pour le train Cévenol
L’Association des Élus pour la Défense du Cévenol organise un grand rassemblement le SAMEDI 10 NOVEMBRE 2012 à 14 heures devant la gare de Nîmes , car c’est bien du maintien du parcours "Clermont-Ferrand - Marseille" dans son intégralité dont dépend l’avenir proche de ce « Train d’Équilibre du Territoire » !
C’est en effet la partie "Nîmes - Marseille" de la relation actuelle que la SNCF a prévu de supprimer le 9 décembre prochain, bien que dans les faits, ce train ne circule déjà plus pour cause de travaux (coupure totale de ligne) depuis le 3 septembre dernier...
Cette occasion permettra de rappeler les revendications principales de l’association vis à vis de la Ligne des Cévennes et du « Cévenol », à savoir :
* Poursuite des travaux de remise à niveau * Rétablissement des vitesses initiales * Maintien du « Cévenol » en train national
A la recherche de l’économie sobre
Austérité, dette et sobriété : le débat sur une nouvelle économie se poursuit après les contributions d’Alain Grandjean et Simon Charbonneau.
Deux articles récents de Reporterre abordent l’austérité sous l’angle d’une certaine sobriété volontaire – ou du moins en référence à cette idée : L’austérité est-elle écologique ? Oui et non (Alain Grandjean) ; Austérité imposée et sobriété volontaire (Simon Charbonneau).
Ces articles émanent d’un universitaire et d’un économiste. Ils posent très clairement le problème du retour à une société équilibrée et heureuse auquel la religion du développement économique laisse peu de chance d’aboutir.
Les deux textes sont empreints d’une modération et d’un réalisme qu’il faut saluer. Ma première remarque c’est qu’ils mériteraient que ce débat soit poursuivi. L’encéphalogramme plat de l’écologie « officielle » représentée (?) à l’Assemblée nationale ne doit pas masquer ce mouvement qui prend de l’ampleur : la prise de conscience de plus en plus large des contraintes liées à une planète finie.
Ce qui fait le plus défaut en ce moment aux yeux des simples citoyens qui s’intéressent à ces questions est une vision globale, la proposition d’un cadre de discussions, de synthèse et d’action – ce que les partis politiques trop englués dans les structures actuelles se montrent incapables d’organiser.
La dette
Le premier obstacle à cette réflexion est « la » dette – en réalité « les » dettes tant la constitution de ce passif et sa structure varient d’un pays à l’autre. Cet obstacle est réel. Les banques disposent, comme le rappelle très simplement Emmanuel Todd, d’un moyen de pression absolu sur les états : rien ou presque ne les empêche (graphiques à l’appui) d’étrangler tout pays qui présenterait des velléités « alter » ou « révolutionnaires ».
De plus (pardon de corriger l’un des articles cités) cette dette ne pourra jamais être remboursée. C’est ce que prévoyait déjà dans les années 80 le philosophe Alain Badiou.
Les solutions envisagées dans ces articles me semblent justes mais la place réservée aux solutions est trop timide. Le seul levier réaliste me semble celui de la révision de l’Europe – la BCE et (surtout) l’organisation politique.
J’emploie ce terme de « politique » et non celui de « démocratique » parce que sur ce point je partage l’avis de Jorgen Randers du Club de Rome : il est trop tard pour nous en remettre à la seule démocratie.
Paradoxalement la force de l’Europe (et de la Chine) est d’une certaine façon le manque de démocratie. J’imagine ne pas m’attirer que des partisans… mais là encore soyons réalistes : les démocraties ont fait bien moins dans ce domaine que les régulations supranationales européennes qui fonctionnement assez loin de leurs électeurs, reconnaissons-le. Ce point peut se discuter.
Quels projets ?
Pour revenir à la simplicité volontaire, ce concept aura du mal à s’imposer… à ceux qui n’ont que de très faibles revenus, évidemment. Alors, en effet, l’exemple pourrait venir du gouvernement. La question de Notre Dame des Landes est une parfaite illustration des choix à débattre.
Je n’ai jusqu’ici vu qu’une justification à ce projet : le développement du tourisme aérien low cost. A qui profite ce tourisme ? Certainement pas aux classes les plus démunies. Beaucoup aux retraités – comme moi – qui vivent souvent bien mieux que les jeunes en activité (notamment du fait de leur situation immobilière). Nous avons apprécié de voir les jeunes à nos côtés pour nos retraites : ne serait-il pas juste de revoir notre profil de consommation pour que ces investissements soient mieux orientés ?
La meilleure façon de le faire consiste à freiner l’offre. Sans aller à Nantes, l’aéroport de Toulouse vient d’ouvrir 18 nouvelles destinations – principalement low cost. Etait-ce l’urgence ou ne tend-on pas à renforcer l’attractivité des grandes villes et l’engouement pour des loisirs où s’engloutissent nos quotas de CO2 ?
Pour autant il conviendrait de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour reprendre l’exemple de Toulouse, la géographie l’écarte des grands couloirs de communication (décentrée, loin des l’océan et de la mer, bloquée entre les Pyrénées et le Massif Central). Dans ce cas l’avion reste encore (de justesse) la meilleure solution - à moins de réduire d’une heure le temps de trajet pour rejoindre Paris par exemple. La LGV est-elle à ce point une si mauvaise idée ?
Autre exemple, les nanotechnologies. Avant de les rejeter il faut bien sûr évaluer les dangers mais aussi les formidables gains de matière première et des solutions nouvelles qu’elles représentent. Parler d’électromobilité voire de photovoltaïque sans parler des nanomatériaux devient chaque jour moins possible comme de nombreuses autres applications. Plus qu’un débat c’est une information qui est urgente – le débat viendra après.
Mais la question est plus profonde, plus fondamentale. Peut-être faudrait-il rappeler aux hommes – riches et pauvres – que leur bonheur n’est possible que dans le développement harmonieux de notre mode d’habiter la terre. Admirer la beauté de la nature sur nos écrans plats ne suffit plus : il faudrait nous rendre acteurs de la reconquête de cet équilibre. Là encore des actions au niveau des états sont cruciales, et seraient décisives dans l’évolution des esprits.
Oui vous avez raison, la transition énergétique – sans oublier l’isolement du bâti ancien – est la nouvelle frontière incontournable.
Du ciment pour une mosaïque d’idées
Nos enfants paieront de plus en plus cher les conséquences de notre retard. Là revient la question du financement et non, chers amis, la BPI [Banque publique d’investissements] n’est pas la panacée – loin s’en faut – à supposer qu’elle ne soit pas simplement contre productive comme le redoutent les journalistes du Monde. Il faudra trouver un financement. De l’ordre de 2% du PIB sur 10 ans.
Si au lieu de nous abrutir à coups de « règle d’or » on mettait en place une « règle de diamant » à 1% de déficit au service de la transition pendant 30 ans, la question serait résolue en une génération.
Bien des économistes (dont Alain Granjean) et des ingénieurs (à commencer par Négawatt) sont d’accord avec ce type de projet – alors que pratiquement aucun parti (pas même le Front de Gauche) n’est clair sur la combinaison de ces trois champs d’action : la réforme européenne, une « macro-sobriété » volontaire, le débat informé sur les vrais chantiers du futur et leur financement. C’est autour de ces projets que devraient se reconstruire l’école, l’université, la recherche ... et la politique.
Quant à l’idéal démocratique, partout dans le monde nous constatons que les élections libres et la multiplication des partis n’y suffisent pas. C’est sur la reconstruction d’idéaux (voire d’idéologies en débat) que pourrait renaître une démocratie qui ne s’occuperait de gérer que les objectifs impératifs (survie de l’espèce, fin de la misère, lutte contre la corruption) et les choix démocratiques qualitatifs définis cette fois démocratiquement au sens traditionnel que nous donnons à ce terme.
Il reste que les deux articles en référence sont des pierres essentielles dans le sens de cette reconstruction. Si Reporterre pouvait ajouter le ciment de ses meilleures compétences en renforçant ces axes resserrés peut-être la mobilisation indispensable pourrait-elle s’accélérer.
En Lozère, les bergers ne veulent pas du loup
« On ne peut pas tout nous faire avaler sous couvert d’argent. Que dirait le maçon à qui on détruirait chaque semaine le mur qu’il vient de construire, tout en lui offrant de l’argent contre son silence ? »
Sur un vaste et haut plateau calcaire ceinturé par de profondes gorges, non loin des Cévennes, les brebis sont dix fois plus nombreuses que les hommes. Elles paissent paisiblement et broutent une pelouse sèche, rase, parsemée de rocaille. Un désert quasi minéral d’une beauté saisissante. Quelques Caussenards vivent là, sur ce désert accroché au ciel (1 200m d’altitude).
Bruno Commandre, 41 ans, est agriculteur sur le Causse Méjean (Lozère) depuis presque douze ans. Après un master en télécommunications, quelques expériences professionnelles, il décide de construire sa vie ici, sur ce territoire qui a vu naître ses parents et ses grands-parents. Une occasion de reprise d’exploitation en élevage s’est présentée à lui, il l’a saisie.
« On m’a toujours plus ou moins découragé de devenir agriculteur. Pour mes parents qui étaient issus de ce milieu-là, le métier constitue une régression sociale. Ils l’ont fui. Mais au fond de moi j’ai toujours su que je serai paysan et que je le serai ici. »
1 250 euros par mois
L’éleveur me confie qu’il se voit plus comme un entrepreneur du vivant, un chef d’entreprise avec une vraie vision prospective mais dont les outils de travail sont la terre et les animaux.
Avec 1,5 hectare de lande pour chaque brebis, l’agriculture est très extensive. Il faut dire que le potentiel agronomique des surfaces ne permet pas un élevage industriel.
Bruno a un associé et tous deux élèvent 300 brebis laitières en Groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC), pour la production de Roquefort. Il engraisse ses agneaux et les vend en pièce bouchère, en circuit court à son réseau de clients sur Montpellier, d’où il est natif, et à Marseille.
Alors qu’il est installé depuis près de dix ans et que son exploitation est en « rythme de croisière », son associé et lui se dégagent un revenu de 15 000 euros chaque année. Soit 1 250 euros chacun par mois, à raison de 360 jours de boulot par an :
« Je me réserve tout de même cinq jours de congés pour me consacrer à ma famille. »
Il est heureux et presque fier de cet équilibre économique arraché à cette terre rude.
Six éleveurs ont l’autorisation de tirer
Bruno est depuis peu co-président du collectif des éleveurs du Causse Méjean. Un titre dont il se serait bien passé : l’association a été créée en septembre 2012, suite aux nombreuses attaques du loup. Depuis le 6 mai, le collectif a recensé :
• 36 attaques ; • 14 exploitations touchées ; • 22 brebis mortes ; • 90 brebis blessées.
Un tribut exorbitant pour les éleveurs. Le regroupement d’agriculteurs promeut un développement de l’agriculture sans la présence de prédateurs.
Bruno : « Avec d’autres éleveurs du Causse, nous étions hostiles au retour du loup, et nous voulions peser dans le débat et les discussions qui se faisaient sans nous. »
Pour la première fois depuis plus d’un siècle, le grand canidé est de retour dans le département de la Lozère. Alors que l’agriculture s’est construite ici sans sa présence, la population lupine conquiert naturellement un nouveau massif montagnard après les Alpes et les Pyrénées : le Massif Central.
Aujourd’hui, le collectif fédère près de 70 éleveurs de Lozère. Six d’entre eux ont depuis peu l’autorisation de tirer sur des loups qui perturberaient la vie de leur troupeau.
« Pour le loup, c’est le self-service »
Bruno trait ses brebis deux fois par jour, matin et soir. Il n’a pas de berger : inutile, puisque ses moutons sont parqués dans des prés clôturés.
« Chacun ses pratiques mais nous, nous sortons les animaux en fin d’après-midi et les rentrons le matin à la bergerie. Elles passent la nuit dehors. »
Difficile pour elles de pacager tranquillement sous la chaleur implacable de l’été. La cohabitation semble donc impossible si les pratiques pastorales restent inchangées. On a tout essayé mais les attaques se poursuivent.
« On a été jusqu’à poser des lampions solaires autour du cou des brebis pour effrayer le loup. »
La redoutable capacité d’adaptation du loup, son côté peu farouche, fait de l’animal un tueur redouté, me confesse Bruno. Pour venir jusqu’au Massif Central, il a dû traverser des milieux anthropisés, des autoroutes, des villages. Pour les Caussenards, le prédateur n’a rien de sauvage. Son alimentation ne l’est pas :
« Qu’y a-t-il de réellement sauvage dans le fait de venir s’alimenter dans un troupeau de moutons, gentiment alignés et parqués ? Pour lui c’est le self-service, pas une chasse. Il n’y a rien de naturel dans tout ça. »
« Mon rejet du loup n’est pas une lubie »
Les pro-loups commencent à s’organiser dans le département. Ils voient dans ce retour spontané le couronnement d’une nature qu’on s’est efforcé de préserver.
Ils s’attachent à souligner la fréquence des attaques des chiens errants et relativisent les dégâts imputables au loup.
« Moi, petit agriculteur, je ne veux pas assumer la politique de rachat d’une image verte de l’Etat », s’agace Bruno.
Les agriculteurs du Causse se sentent menacés par le prédateur, mais aussi par la société qui accueille avec enthousiasme un retour de la vie sauvage.
« Je veux être compris. Mon rejet du loup n’est pas une lubie. Je veux que ceux qui me jugent comprennent pourquoi j’en arrive là, à cet état d’esprit. »
La vision lointaine des militants pro-loups lui paraît être une insulte à sa propre compétence et à des siècles de traditions et d’expériences rurales, durement acquises sur le tas. Les éleveurs sont effrayés par ce retour de la vie sauvage alors que pendant près d’un millénaire sur ce causse, ils ont réussi à l’apprivoiser, la rendre productive.
Bruno se sent stigmatisé
Bruno, comme beaucoup d’éleveurs, est soucieux de l’image qu’il véhicule et ne veut pas paraître aux yeux des Français comme un paysan conservateur, rustique, rétrograde et réfractaire aux changements.
« Hier, j’étais à Marseille pour effectuer des livraisons de viande à mes clients. Ils m’ont posé des questions sur le loup. Normal, vu le tapage médiatique. Quand je leur explique ma raison de penser, ils arrivent à comprendre ma position pragmatique. »
Bruno a pris conscience que le consommateur a le droit à des explications. En achetant un aliment en circuit non traditionnel, le client devient acteur de sa consommation.
Les hommes d’ici ont l’impression que leur combat est mal relayé, les médias déformant une réalité sur laquelle ils ont parfois du mal à mettre des mots.
« C’est beaucoup plus facile pour la presse de proposer à ses lecteurs une vision manichéenne, les pro et les anti-loups, c’est un schéma trop simpliste. Cela nous dessert et radicalise les positions de chacun. La vérité est à mi-chemin. »
Bruno se sent stigmatisé, empêtré dans une image qui ne lui correspond qu’à moitié.
Le loup, bouc émissaire ?
Prix non rémunérateurs, importations incontrôlées : depuis quelques années, la filière ovine est en difficulté.
Un tiers du chiffre d’affaires du GAEC provient d’aides publiques. L’avenir du Causse Méjean est intimement lié aux subventions des politiques agricoles, « car nos élevages ne peuvent être compétitifs sans un soutien public compensant leurs handicaps Montagne ».
Sans des subventions, l’agriculture aurait disparu, la qualité paysagère aussi, la forêt aurait repris ses droits, les villages se seraient momifiés et l’Unesco n’aurait jamais reconnu ce site comme « paysage culturel ».
Catherine Grezes, eurodéputée EELV, parle du loup en Lozère comme du bon « bouc émissaire » d’une filière en souffrance. Mais pour Bruno, même si ses revenus étaient bien plus importants, il n’accepterait toujours pas la présence de ce mammifère « meurtrier » :
« Tout n’est pas question d’argent, je ne fais pas ce métier uniquement pour le fric, sinon j’avais les moyens de choisir autre chose. »
Des subventions pas pour sauvegarder le loup
Volontairement provocateur, je demande à Bruno s’il n’est pas légitime qu’en contrepartie de ces aides qu’il reçoit, il respecte la volonté des contribuables français, plutôt pour le retour du loup. Avez-vous les moyens de vous affranchir de l’opinion des personnes qui contribuent à vous faire vivre en tant que contribuables et consommateurs ?
« Si ces aides n’existaient pas, les consommateurs paieraient le prix du kilo d’agneau deux fois plus cher. L’argent que nous recevons de l’Europe est tracé des pratiques mais pas pour sauvegarder le loup. »
Ainsi Bruno, gêné de passer pour un chasseur de primes, un agriculteur dopé aux subventions, m’explique qu’il a contractualisé avec l’Etat une mesure agropastorale visant à maintenir les espaces ouverts, pour permettre à de nombreuses espèces ornithologiques de se nourrir.
Pour entretenir ces espaces favorables à la biodiversité, les agriculteurs sont rémunérés à l’hectare. Plus qu’un simple contrat, c’est presque un changement de paradigme de leur métier : recevoir des subsides pour une activité générant de la biodiversité, aucune des générations agricoles les précédant n’y aurait songé.
« Bien entendu, nous préférerions tous vivre du prix de la vente de nos produits. »
Agriculteur, héros de la biodiversité
Bruno me parle de cette nature qu’il apprécie. Il me raconte comment, avec d’autres ruraux, ils se sont battus contre le gaz de schiste ou pour la préservation du vautour.
« On n’a plus besoin d’appeler l’équarrisseur quand des brebis décèdent. On amène la carcasse de l’animal sur une placette, et une cinquantaine de vautours s’occupe de nous débarrasser de l’animal. »
Dans une valse lente et macabre, en vingt minutes, ils charcutent, décharnent avec une précision de boucher la brebis morte. En 2010, ces nécrophages ont bien failli disparaître, une loi hygiéniste obligeant les agriculteurs à faire appel à une entreprise d’équarrissage.
Les paysans attachés à ces auxiliaires d’exploitation ont décidé de se battre et de défendre leur particularité. Ils ont ainsi sauvé une espèce, « peut-être beaucoup moins symbolique que le loup pour certains mais tout autant essentielle à l’écosystème ».
Difficile alors pour Bruno de se voir coller l’étiquette d’agriculteur contre nature, alors qu’il est lui aussi un peu un héros de la biodiversité. Mais Bruno sait que pour le loup, il ferait beaucoup trop de concessions. Economiques, mais aussi morales.
« On ne peut pas tout nous faire avaler sous couvert d’argent »
Découvrir l’une de ses « bêtes » égorgée est un spectacle funèbre insupportable pour lui. Malgré des indemnisations à hauteur de la valeur économique de la brebis dévorée. Le préjudice moral ne s’achète pas pour ces éleveurs.
« On ne peut pas tout nous faire avaler sous couvert d’argent. Que dirait le maçon à qui on détruirait chaque semaine le mur qu’il vient de construire, tout en lui offrant de l’argent contre son silence ? »
Pour justifier la conservation ou l’élimination des grands prédateurs, agriculteurs et écologistes cherchent à instaurer une hiérarchie entre une bonne biodiversité et une mauvaise biodiversité :
• d’un côté la biodiversité domestiquée, anthropique, et rassurante ; • de l’autre la biodiversité sauvage avec ses espèces envahissantes et nuisibles pour les éleveurs, magnifiques, libres et emblématiques pour les écologistes.
On ne peut s’empêcher de constater une forte polarisation des écologistes sur le loup, plus que n’importe quelle espèce.
Eleveurs et protecteurs du loup déclarent poursuivre le même objectif : le maintien et l’enrichissement des territoires et milieux naturels. L’éleveur se présente comme le gestionnaire d’espace, qui sans son labeur transformerait le causse en une brousse impénétrable et monotone, à faible biodiversité et à qualité paysagère médiocre.
Les pro-loups pensent que la biodiversité passe par la présence d’un prédateur, comme dans tout écosystème équilibré qui se respecte.
« Sans intervention humaine, la nature c’est la pagaille »
Il me confie qu’ils ne sont pas prêts à renoncer face à l’administration et à des pseudos-objecteurs de conscience verte. Le Causse Méjean a forgé chez ces hommes suffisamment de caractère et d’énergie pour combattre les « technocrates européens » déconnectés de leurs réalités.
L’administration, mal à l’aise, tiraillée, a successivement enchaîné les arrêtés en Lozère. Bruno esquisse un sourire en m’expliquant les tonitruantes déclarations démagogiques des élus – même celle de José Bové, syndicaliste agricole, qui déclarait, « Oui on peut tirer sur le loup ». Il revient sur l’aspect comique d’une administration aux logiques rigoureusement bornées face aux comportements imprévisibles d’une espèce sauvage.
« On a bien vu ce que le libéralisme sans intervention provoquait. Pour la nature qui est aussi notre milieu de vie c’est pareil, sans intervention de l’homme, nous nous faisons piétiner et c’est la pagaille et nocif. »
Bruno n’est pas partisan d’une nature sans l’homme, une nature sous cloche. A ses yeux, l’agriculteur peut être un formidable créateur de biodiversité à condition qu’il travaille en respectant son outil : la terre.
Avant d’être un problème technico-économique, le loup est un sujet profondément social.
« Ma grand-mère me racontait des histoires de sa propre mère sur les chasses aux loups que le village organisait, sans réels moyens. En général avec de simples fourches pour l’effrayer et qu’il retourne en forêt. »
Pour la première fois de son histoire, le loup engendre en Lozère des réactions divergentes. Il est de retour sur un espace où la population n’est pas uniquement agricole. Son éradication ne fait donc pas l’unanimité.
L’homme est il prêt à des concessions d’ordre économique, sociale pour préserver des espèces ?
Au nom de l’impérieuse nécessité de protéger une espèce rare et la valeur intrinsèque qu’elle représente, est-il prêt à se laisser concurrencer ?
Rencontre avec l’homme qui a montré que le gaz de schiste nuit au climat
Robert Howarth explique le dossier scientifique des émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre, liées à l’exploitation et à la distribution du gaz de schiste.
- Reportage, Ithaca (Etats-Unis)
Aux Etats-Unis, l’Environmental Protection Agency (EPA) exige, depuis le 15 octobre, la mise en oeuvre de premières règles sur le gaz de schiste : les opérateurs devront dorénavant brûler les composés organiques volatils dégagés par l’exploitation des puits du « gaz non conventionnel ».
Et, à partir de janvier 2015, ils devront utiliser un dispositif de capture de ces gaz, permettant leur réutilisation.
Pour le scientifique qui, le premier, a montré l’importance de ces émissions polluantes, Robert Howarth, la nouvelle réglementation représente un progrès. Dans son bureau étroit de l’université Cornell, à Ithaca, à 300 km de New York, il explique cependant qu’elle est insuffisante.
D’une part, elle ne concerne que les puits de gaz, alors que des fuites se produisent aussi dans le circuit de transport et de distribution. D’autre part, il doute de la capacité de l’administration à contrôler les dizaines de milliers de puits que compte le pays.
« SCEPTIQUE »
« Bien sûr, les compagnies pourront envoyer des rapports attestant le respect des règles, dit-il. Mais je suis sceptique. J’ai été expert auprès d’une tribu en Alaska dans les années 1990 à propos du développement pétrolier offshore. On a pu démontrer que les compagnies pétrolières envoyaient des informations fausses à l’EPA. S’il n’y a pas un contrôle sérieux, on ne résout pas le problème. »
M. Howarth a publié dans la revue Climatic Change, en avril 2011, avec Renee Santoro et Anthony Ingraffea, le premier article montrant que l’exploitation du gaz de schiste entraînait des émissions très importantes de méthane, un puissant gaz à effet de serre (1).
Cet article a fait l’effet d’une bombe, alors que l’industrie du gaz de schiste était – et reste – en phase de développement accéléré aux Etats-Unis. Depuis, les estimations des chercheurs ont été confirmées par d’autres études, notamment celle d’une équipe de l’université du Colorado, publiée dans le Journal of Geophysical Research en février (Petron et al.).
Agé de 60 ans, Robert Howarth est un biogéochimiste réputé, qui a effectué sa carrière à l’université Cornell, dont il est un des professeurs éminents. Il a aussi participé ou présidé plusieurs comités de l’Académie nationale des sciences sur le changement climatique ou les agrocarburants.
FUITES DE MÉTHANE
Le chercheur explique que le méthane fuit lors du forage des puits. « Une partie de l’eau utilisée pour forer la roche remonte, dans cette phase de travail de deux à trois semaines, et emporte avec elle du gaz qui s’échappe dans l’atmosphère. »
Mais le transport à longue distance du gaz extrait et sa distribution sont aussi sources de fuites. Le gaz naturel conventionnel, qui utilise pour une large part ces réseaux de distribution, est donc aussi à l’origine de dégagements importants de méthane.
« Beaucoup de gazoducs sont anciens, jusqu’à un siècle, et mal scellés. Il y a ainsi chaque année plusieurs explosions dans le réseau, parfois mortelles, comme en septembre 2010 à San Bruno, près de San Francisco. » Une étude menée par des chercheurs de la Boston University devrait prochainement permettre de mieux évaluer les émissions du réseau.
Des fuites se produisent aussi dans les stations de stockage du gaz : celui-ci est surtout consommé pendant l’hiver, et doit être conservé pendant l’été.
« Au total, en intégrant toutes ces phases, résume Robert Howarth, on estime qu’entre 3,6 et 7,9 % du gaz extrait sur toute la durée de production des sites de gaz de schiste s’échappent. Les recherches menées depuis un an confirment cet ordre de grandeur. »
Les promoteurs du gaz de schiste avancent qu’en se substituant au charbon dans les centrales électriques, il permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une assertion fausse, selon le chercheur, si l’on prend en compte tous les éléments de la chaîne.
Une autre question clé, pour évaluer l’impact de ces fuites sur le changement climatique, est de considérer la période durant laquelle le méthane est le plus actif. Sur la base des travaux des années 1990, la majorité des documents de référence évaluent le facteur de réchauffement du méthane en fonction d’une durée de résidence dans l’atmosphère équivalente à celle du gaz carbonique, qui est de cent ans.
Mais comme le méthane se disperse plus rapidement, en dix à vingt ans, son impact climatique est très puissant sur les deux premières décennies suivant son émission. Il faut donc adopter d’autres coefficients de réchauffement.
D’AUTRES COEFFICIENTS DE RÉCHAUFFEMENT
« C’est ce que nous avons fait, en adoptant la méthode suivie par le GIEC dans son rapport de 2007 », explique M. Howarth. Conséquence sur les rejets de gaz à effet de serre des Etats-Unis : « Si l’on utilise les anciens coefficients d’émissions, on peut dire que la part de l’industrie du gaz est de 3% à 4% des émissions nationales. En recourant à la période d’efficacité du méthane sur vingt ans, on voit que l’industrie du gaz naturel pèse pour 19% des émissions. C’est une différence énorme. »
Pour le scientifique, il faut revoir les statistiques globales sur les émissions de gaz à effet de serre. « Elles sont inexactes. Il est indiscutable qu’elles sous-estiment les émissions de méthane. »
Mais M. Howarth est le premier à dire que le débat n’est pas clos. « Il y a encore beaucoup d’études à mener. C’est une technologie nouvelle, elle présente énormément d’inconnues. Il faut travailler pour mieux évaluer l’importance de ces émissions. »
.............................
(1) Howarth, R. W., R. Santoro, and A. Ingraffea, 2011, « Methane and the greenhouse gas footprint of natural gas from shale formations », Climatic Change Letters.
Le maire de Propriano veut urbaniser les espaces naturels
Le maire de Propriano, en Corse, persiste à urbaniser de vastes espaces inconstructibles alors que sa population permanente stagne
Construire à tout prix… Le maire de Propriano [Paul-Marie Bartoli] s’est fait le champion de l’imbroglio administratif. En deux ans, il a concocté trois modifications du document d’urbanisme. « Une chatte n’y retrouverait pas ses petits ».
À chaque fois ce sont les terres agricoles et les espaces remarquables qui trinquent. Le préfet demande au maire de revoir sa copie. Le nouveau document est en enquête publique.
Une chose est sûre : le maire de Prupià [Propriano, en langue corse] veut construire. Pour cela, l’édile joue de l’imbroglio. En deux ans, il nous a offert trois enquêtes publiques pour modifications des zonages du PLU. À chaque fois, il s’est agi d’agrandir les superficies constructibles.
En juillet dernier, l’arrêté municipal visait à ouvrir plus de 130 hectares supplémentaires à l’urbanisation : des terres agricoles et des espaces remarquables. Il a donné lieu à un référé du préfet. Pour l’heure aucune autorisation d’urbanisme ne peut être délivrée dans deux zonages, dans l’attente du jugement définitif.
Ainsi, le PLU est déjà sous le coup de trois recours en tribunal administratif ? Peu regardant, l’édile a répondu par une révision supplémentaire. Loin de tenir compte des préconisations préfectorales, elle amplifie le mouvement et ouvre à l’urbanisation de nouvelles zones encore.
Des zones consommatrices d’espaces boisés classés et de terres agricoles de fortes potentialités. En contradiction avec la loi.
L’avis du préfet
« Il a été relevé que les choix qui ont présidé aux décisions d’ouverture de nouvelles zones constructibles ne sont pas étayés par l’évolution de la population et des perspectives d’accueil », avise le préfet dans une lettre envoyée au maire de Prupià en août dernier.
Il est vrai que les données de l’Insee démontrent une faible augmentation de la population permanente. L’État souligne d’ailleurs que “les données démographiques susceptibles de justifier les extensions d’urbanisation ne sont pas fournies… La population des résidences secondaires n’est pas évaluée. Ces données sont pourtant nécessaires pour justifier l’adéquation des besoins en logements avec celle des surfaces destinées à être urbanisées”.
Par ailleurs, des zonages urbanisables sur le document d’urbanisme ne sont pas encore construits. Quant aux zonages de Coticcio Fosse, de Simon di Filippo, de Tralavettu et Scuncarato, de Tivolaggia, ils ne respectent pas le code de l’urbanisme.
L’avis du préfet est sévère. Il relève les nombreuses insuffisances ou illégalités de ce dossier qualifié d’incomplet et de difficilement compréhensible (tant par les services de l’État que par la chambre d’agriculture). Le préfet ajoutera « la lisibilité du document est délicate ».
Ce projet de nouvelle révision ne prend pas, non plus, en compte le plan d’aménagement et de développement durable, la préservation de l’environnement (l’évaluation environnementale est insuffisante et des espaces boisés classés deviennent des zones urbanisables). Le projet n’est pas compatible avec le zonage d’assainissement.
La Chambre d’agriculture a également émis un avis défavorable soulignant que les nouvelles zones que le PLU veut rendre constructibles consomment des terres de fortes potentialités agricoles.
Démocratie locale
Le Plu intercommunal de Prupià est actuellement en enquête publique. Jusqu’au 8 novembre chaque citoyen peut écrire à Mme la commissaire enquêtrice ou porter ses observations sur le cahier ouvert en mairie.
Les corps transfigurés
Dès sa parution, il y a vingt ans, Les corps transfigurés ouvrait des perspectives nouvelles sur les performances de la biologie. En explicitant l’omniprésence des approches réductionnistes dans tous les secteurs des sciences de la vie, Michel Tibon-Cornillot définissait d’une part les principales structures selon lesquelles se développe de plus en plus rapidement la mécanisation du vivant, et il faisait apparaître d’autre part l’étrangeté du projet occidental de contrôle des organismes.
Les développements de la biologie contemporaine visent toujours plus profondément la transformation de l’homme par l’homme, la mutation, cette fois-ci organisée par elle-même, de l’espèce Homo sapiens. Quels que soient les mobiles avancés, thérapeutiques pour l’essentiel, une question demeure incontournable : pourquoi la raison scientifique a-t-elle évolué vers de tels projets de contrôle ? Quelles en sont les sources dans l’imaginaire occidental ?
Placé à l’intersection des techniques, des sciences et de la philosophie, cet ouvrage a gardé pleinement son aura symbolique et son actualité. À l’évidence, au moment où s’accélère l’entreprise de transformation des corps humains, et plus généralement, des organismes vivants, sa réédition s’imposait. Cette nouvelle version des Corps transfigurés qui a été complétée et actualisée afin de présenter les développements les plus récents des biotechnologies, s’inscrit dans le cadre des interrogations qui furent à l’origine de son écriture.
• L’auteur
Michel Tibon-Cornillot est philosophe et anthropologue à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Docteur d’état en philosophie, il a par ailleurs travaillé à l’Institut Pasteur dans un laboratoire de génétique bactérienne. C’est pourquoi il a mené ses premiers travaux critiques à l’intersection de ces deux domaines, la philosophie et la génétique.
• Les Corps Transfigurés. Mécanisation du vivant et imaginaire de la biologie, Michel Tibon-Cornillot (408 p., 22 € , éditions MF).
Le PS s’obstine à rester dans le passé
Une ère nouvelle
Nous rentrons dans l’ère de l’énergie chère qui va poser un énorme problème social, et qui va nous obliger à reconsidérer entièrement notre type de développement, notre modèle socio-économique et notre organisation politique.
Le temps de la croissance infinie s’achève. Celui de la mondialisation tous azimuts permise par des transports très bon marché également. La civilisation du tout voiture n’aura été qu’un épisode minuscule - mais particulièrement destructeur - de l’histoire de l’humanité.
L’organisation centralisée et uniformisée de notre société va devoir laisser la place à des modèles diversifiés, s’adaptant aux ressources spécifiques de chaque territoire (en matière d’isolation et de sobriété énergétique, de développement des énergies renouvelables) et reposant sur la proximité et la relocalisation de l’économie et du politique.
Le PS se fourvoie complètement
Chaque bataille, chaque enjeu, chaque résistance, chaque investissement actuel doivent s’analyser à la lumière de cette perspective là, sous peine de se fourvoyer profondément. Ce qui est hélas le cas du PS actuellement au pouvoir, localement ou à Paris.
Le PS soutient le projet de voie nouvelle LGV car il croit dur comme fer que les transports - de personnes et de marchandises - vont continuer à croître sans cesse, en suivant les mêmes tendances que lors de ces 30 dernières années.
Le PS envoie la police déloger brutalement les opposants au projet de super- aéroport de Notre Dame des Landes, près de Nantes, parce qu’il n’a pas compris que nous rentrons dans l’ère du pétrole cher, et que cela va bien évidemment anéantir toute perspective de viabilité pour ce projet conçu il y a 40 ans.
Le PS n’a en bouche que la relance de l’industrie automobile, sans comprendre que ce ne sont pas des automobiles moins polluantes qu’il nous faut, mais la fin du tout voiture (598 voitures pour 1000 habitants en France !), un plan Marshall alliant réaménagement global du territoire et des villes, et politique radicale de transports collectifs de proximité.
Le PS s’arc-boute sur le logiciel jacobin au lieu de miser sur l’autonomie et la diversité des territoires, meilleure arme pour la résilience, une meilleure adaptation aux crises à venir et une transition réussie vers l’ère de l’énergie chère.
Une trop grande partie du PS persiste à mener un combat d’arrière-garde contre une collectivité territoriale spécifique du Pays Basque, refusant même les expérimentations majoritairement souhaitées par les populations locales et leurs élus, qui permettraient de juger sur pièce de la validité d’un modèle ou d’un autre.
Le PS continue à baser l’essentiel de sa politique économique et sociale sur l’espoir d’une reprise de la croissance, elle-même liée à une énergie bon marché, et non sur une redistribution radicale des richesses produites et une reconversion sociale et écologique de notre économie.
Bref, le PS n’a pas du tout intégré les mutations énormes en cours et leurs conséquences prévisibles sur tous les aspects de notre vie quotidienne et de notre avenir.
Aux socialistes qui refusent la politique de l’autruche
Il suffit pourtant de vouloir s’informer pour être en possession de toutes les données nécessaires à faire les bons choix dès aujourd’hui. Rester dans l’ignorance d’une telle situation signifie en fait VOULOIR ne rien en savoir, pour éviter d’avoir à changer sa politique et son mode de pensée, bref pour éviter de se remettre en cause.
Ce sont vos propres enfants qui condamneront le plus durement une telle attitude.
OGM : l’EFSA est de mauvaise foi, affirme le Criigen
Réponse au communiqué de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) paru le 22 octobre 2012.
Nous déplorons une fois de plus la mauvaise foi de l’EFSA. Après avoir fait paraitre un pré rapport virulent à notre encontre signé par M. Andrew Chesson, celui-là même qui signa en 2003 l’acceptation du NK603 et qui participa largement à l’éviction d’un grand scientifique, Arpad Pusztai, qui avait osé publier une étude mettant en cause une patate transgénique, l’EFSA continue sur la même voie, déplorant le refus du Pr Séralini de fournir des « compléments d’information ». Madame la Directrice de l’EFSA aurait-elle perdu la mémoire ?
En effet, lors de notre rencontre avec Madame Geslain-Laneéelle le jeudi 20 septembre dernier à Bruxelles, nous avons précisé que nous réclamions une expertise contradictoire et que nous étions prêts à mettre sur un site, libre d’accès pour tous, nos données brutes à la condition que l’EFSA fasse de même sur les données toxicologiques ayant permis l’autorisation en Europe du maïs NK603, de l’herbicide qui lui est associé, le Roundup, ainsi que de son « principe actif », le glyphosate, et qui sont toujours considérés comme des « secrets industriels ».
Précisons que nos données et notre étude n’ont pas eu pour objectif la mise sur le marché européen de produits potentiellement toxiques pour la population et pour l’environnement, mais au contraire de les évaluer pour éviter de catastrophes sanitaires.
Très récemment, lundi 22 octobre 2012, nous avons reçu de l’EFSA un courrier de Monsieur Dirk Detken (Legal and Regulatory Affairs Unit) contenant les codes confidentiels pour pouvoir consulter les documents nécessaires à une étude contradictoire.
Malheureusement, force est de constater que ces documents ne sont pas libres d’accès et, qui plus est, à notre grande surprise, ne contenaient pas à la date d’hier les données brutes des études toxicologiques ayant permis l’acceptation en Europe du NK603, du Roundup et du Glyphosate.
De qui se moque-t-on ?
Plus fort encore, l’EFSA précise : « le rejet de l’étude du Professeur Séralini et coauteurs pourrait conduire la Commission européenne à autoriser la culture de 7 OGM et la commercialisation d’une cinquantaine d’autres ».
Nous croyons marcher sur la tête, car n’oublions pas que 98% des OGM agricoles cultivés sur la planète sont des plantes produisant ou contenant des pesticides et que le Sénat français vient de faire paraitre un rapport accablant sur l’impact des pesticides sur la santé !
Nous réitérons donc notre demande de transparence sur toutes les données toxicologiques qui ont permis l’acceptation des OGM et pesticides en Europe et nous sommes en cela soutenus par plus de 130 associations.
L’autoroute A 65 en Aquitaine : trafic très inférieur aux prévisions
Autre grand projet inutile, mais réalisé, celui-là : l’autoroute A 65 entre Pau et Langon. Comme le prévoyaient les écologistes, le trafic est inférieur aux prévisions et l’autoroute est en déficit
Le rapport financier annuel 2011 [1] d’Aliénor, concessionnaire de l’autoroute A65 Langon-Pau, confirme ce que les associations dénoncent régulièrement depuis l’origine du projet, à savoir que le trafic de cette autoroute, nettement inférieur aux prévisions à l’issue de cette première année d’exploitation, est insuffisant pour en assurer l’équilibre financier.
Une fréquentation surévaluée pour justifier des projets ruineux et nuisibles à l’environnement
• le bilan financier 2011 de cette concession autoroutière présente un déficit énorme d’environ 35 millions d’euros. • Le chiffre d’affaires 2011 s’établit à 35 millions d’euros, inférieur d’environ 30% à l’objectif indiqué dans le contrat de concession (annexe financière n° 18). • Le trafic journalier moyen s’établit à 5332 véhicules/j, dont 5,9% de poids lourds, inférieur d’environ 40% par rapport à l’objectif initial de 7660 véhicules/j, dont 12 % de poids lourds.
Ainsi, comme l’affirmaient les associations dès 2006, cette autoroute particulièrement destructrice de l’environnement et qui est l’une des plus chères de France, pourrait se révéler aussi un gouffre financier.
Ce bilan 2011, démontre que la croissance du trafic routier mise en avant pour justifier l’infrastructure n’est pas une donnée inéluctable. Comme pressenti à l’époque, la hausse du coût des carburants est un des facteurs importants qui détermine l’évolution du trafic routier.
L’autoroute A65 Langon Pau va-t-elle rejoindre la longue liste des autoroutes espagnoles en redressement judiciaire en 2012 ? [2] Les contribuables sont en droit de se poser la question.
Les associations de protection de l’environnement espèrent tout au moins que les déboires financiers de cette autoroute concédée en Aquitaine permettront de dissuader certains décideurs de s’embarquer dans une aventure comparable mais autrement plus coûteuse : celle de la construction des Lignes à Grande Vitesse dans le Sud Ouest (Projets GPSO) d’un montant total de 12 milliards d’euros soit près de 12 fois le coût de l’autoroute A65 ?
Ou encore la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes justifiée par une plus qu’hypothétique augmentation du trafic international à destination de Nantes dans un contexte de crise économique mondiale, de renchérissement et de raréfaction des hydrocarbures.
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Notes :
1- Aliénor : rapport annuel 2011 de la concession de l’autoroute A65, aux collectivités territoriales.
2- Une sixième société d’autoroute espagnole en redressement judiciaire.
Le premier prisonnier climatique est libéré : « Je souhaite me battre avec des hommes et des femmes lucides »
Après deux mois d’emprisonnement, je suis sorti de la prison de la Santé hier soir [mercredi 7 novembre]. Ça a été très dur, j’ai pleuré, je me suis fait humilier, je suis passé à deux reprises très près du tabassage en règle, sans parler du niveau de violence « normal » (1). Le premier mot qui vient à l’esprit, c’est « atroce », et à peine j’ai dit cela, j’ai honte. Durant ma détention, j’ai lu des livres d’histoire où il était question de prisonniers à la Santé... il y a 70 ans, et quand la porte s’ouvrait pour eux, c’était la Gestapo. Tout est relatif, quelque part.
Je savais - à peu près ! - ce que je risquais, en bloquant une cinquième fois un avion au Centre de destruction du climat Charles-de-Gaulle. Mais si vous acceptez de laisser de côté votre instinct grégaire, si vous réfléchissez en femme libre, en homme libre, la raison vous amène à une conclusion devenue aujourd’hui évidente : la destruction du climat de la terre aura pour conséquence un génocide.
Il ne s’agit pas d’un slogan, d’une figure de style, mais d’une réalité monstrueuse. Et on ne parle pas de 2100, ou même de 2050, mais de régions entières du monde en situation de sécheresse quasi-permanente dans à peine une quinzaine d’années, en 2030 (2). Or, il faut réfléchir en termes de « trajectoire ». Il ne sera plus possible de faire quoi que ce soit en 2029. Pour éviter cela, il faut changer de trajectoire aujourd’hui.
La machine appelée « avion » est, d’un point de vue scientifique, un très bon test pour notre société, qui se dit tellement préoccupée par l’environnement. L’utilisation de cette machine vous fait dépasser votre quota annuel de CO2 en quelques heures (3). Toute personne rationnelle comprend qu’il faut donc l’interdire, surtout si l’on prend en compte le fait que la destruction du climat aurait pour conséquence un génocide, à court terme (15 ans, ce n’est rien).
Pour ce qui me concerne, maintenant que je suis sorti de prison, je voudrais : - Clore les différentes procédures judiciaires dont je fais l’objet. Cela consistera, entre autres, à expliquer à ma juge d’instruction qu’il existe une différence entre les attentats du 11 septembre d’une part, et un citoyen qui se met pacifiquement devant un avion, d’autre part. Oui, je sais, la différence est très subtile. Et vu la manière dont elle m’a traité jusqu’à présent, ce n’est pas gagné d’avance (4).
- Ecrire un livre, car en 2012, nous disposons de tous les détails scientifiques prouvant que la destruction du climat de la terre provoquera un génocide.
- Enfin, je souhaite me battre avec des femmes et des hommes lucides, qui comprennent la gravité de ce qui est en train de se passer sous nos yeux, en prenant exemple sur le courage de nos aînés en d’autres circonstances, toutes choses étant égales par ailleurs (5).
Le militantisme écologique des cinquante dernières années a fait les preuves de son inefficacité. Et les mesurettes proposées aujourd’hui par la plupart des « écologistes » sont en complet décalage avec ce que la science nous apprend de l’état de notre planète.
Je crois que, malheureusement, étant donné le niveau de folie criminelle qui caractérise le système idéologique du « toujours plus », il faut désormais nous « battre » - dans le plus strict respect du principe de non-violence.
Amicalement.
Pierre-Emmanuel Neurohr
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PS 1 : pour me joindre par téléphone, envoyez-moi un mail avec votre numéro, et je vous rappelle. Je n’ai toujours pas de « portable », et n’ai pas l’intention d’en acheter un !
PS 2 : je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont soutenu par divers moyens, merci aussi à mes avocats, Alexandre Faro et Muriel Ruef, ainsi que mes amis, ma famille, et mon amie.
(1) Je tiens à préciser que le personnel pénitentiaire, à part des exceptions mineures, se comporte avec les prisonniers de manière professionnelle et même, on peut le dire, gentille. Il ne s’agit pas ici d’une variante du syndrome de Stockholm, mais de faits. Le problème quotidien, le danger quotidien, c’est la violence à peine croyable de certains détenus.
(2) Drought under global warming : a review, Aiguo Dai, WIREs Climate Change, 2010. Voir également http://parti-de-la-resistance.fr/?p=369
(3) Vous êtes des génocidaires
(4) Si vous voulez participer aux importants frais de justice, envoyez un chèque libellé au nom de Pierre-Emmanuel Neurohr, 5 rue du Château d’eau, 57370 Phalsbourg.
(5) Il manque, dans cette liste, les choses les plus importantes : aller redanser le tango avec mon amie, boire du Gewürztraminer, faire un footing dans ma forêt d’Alsace, prendre un chocolat chaud à la terrasse d’un café de Paris... Après deux mois à la prison de la Santé, beaucoup de choses « normales » semblent miraculeusement belles.
Fukushima devrait coûter 100 milliards d’euros
Le coût total engendré par la catastrophe nucléaire de Fukushima pourrait doubler, a prévenu le producteur d’éléctricité Tepco mercredi 7 novembre.
La note s’alourdit pour le Japon. Le coût total lié à la catastrophe nucléaire qui s’est produite après le tsunami du 11 mars 2011 dans la centrale de Fukushima devrait être deux fois plus important que prévu.
La direction de Tokyo Electric Power, le producteur d’énergie qui gère la centrale, a en effet indiqué ce mercredi qu’il prévoyait des coûts de 10.000 milliards de yens (soit près de 100 milliards d’euros) au lieu des 5.000 préalablement calculés.
Ce montant comprend les dédommagements aux victimes et la décontamination des sites qui avaient été touchés par les fuites nucléaires.
En raison des graves difficultés financières engendrées par la catastrophe pour Tepco, l’Etat nippon a mis la main à la poche, grimpant au capital de la compagnie, ce qui a débouché sur une nationalisation de fait. Face à ces nouveaux besoins identifiés, le Tokyo risque d’être à nouveau sollicitée.
Le gouvernement recule sur la fiscalité écologique
Au lendemain de la sortie du rapport Gallois sur la compétitivité de l’industrie française, le gouvernement a annoncé la mise en place à partir de 2016 d’une "nouvelle fiscalité écologique" d’un montant "d’au moins 3 milliards d’euros".
Le Réseau Action Climat - France et la Fondation Nicolas Hulot sont consternés par le flou et la mollesse de cette annonce au regard du potentiel de la fiscalité écologique et de l’urgence climatique.
La fiscalité écologique renvoyée aux calendes grecques
« En annonçant la mise en place d’une fiscalité écologique en 2016, le Premier Ministre renonce aux engagements pris par le gouvernement au sortir de la Conférence environnementale et décide de remettre à plus tard une mesure phare de la transition énergétique », s’inquiète Lorelei Limousin, chargée de la fiscalité écologique au Réseau Action Climat- France.
« Les 3 milliards d’euros de recette fiscale évoqués le 6 novembre sont bien loin de l’objectif de la feuille de route : rattraper la moyenne européenne en terme de fiscalité écologique, ce qui équivaut à 20 milliards d’euros de prélèvements écologiques supplémentaires. »
Nos associations s’interrogent sur la nature de cette nouvelle fiscalité et s’alarment du délai de mise en œuvre, 2016 étant un horizon bien trop lointain pour permettre la transition énergétique et endiguer la crise climatique.
Contrairement au rapport Gallois, le gouvernement ne fait aucune allusion à la taxation de l’énergie et du carbone. Or, le basculement des taxes sur le travail vers la taxation des ressources et des externalités, tel qu’il est pratiqué dans certains pays européens (Suède, Danemark) est bénéfique pour la compétitivité et l’emploi et envoie un signal prix efficace pour encourager à la maitrise de la demande en énergie.
Pour ces raisons, la commission de concertation sur la fiscalité écologique doit travailler à la suppression des nombreuses niches fiscales dommageables à l’environnement et à la mise en place immédiate d’une contribution climat-énergie au niveau national.
« Ces mesures incontournables permettraient de dégager respectivement 20 et 8 milliards d’euros [1], d’orienter les entreprises vers la transition énergétique et d’inciter à l’innovation et aux progrès technologiques qui sont des leviers indéniables de compétitivité », poursuit Lorelei Limousin.
Hausse de la TVA sur les transports et la rénovation : le bâton dans les roues de la transition énergétique
L’annonce du relèvement du taux de TVA (de 7% à 10%) pénalise directement le développement des transports en commun et la rénovation énergétique des bâtiments.
Cette hausse va à l’encontre de nos objectifs de transfert modal et impactera grandement les usagers et les collectivités territoriales. S’agissant des travaux de rénovation énergétique, « l’augmentation vient remettre directement en cause l’atteinte de l’objectif de 600 000 logements rénovés par an, pourtant promesse de campagne du Président de la République » regrette Joël Vormus du CLER.
Grand absent de ce rapport Gallois, un grand plan d’efficacité énergétique est pourtant un élément essentiel pour la protection de la population contre la hausse inéluctable des coûts de l’énergie et de compétitivité pour les entreprises françaises œuvrant dans ce domaine.
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Note
[1] Avec un prix de la tonne de CO2 à 32 euros, tel que la taxe carbone était étudiée au sein de la Commission Rocard.
La raison cachée de l’intérêt de Vinci pour Notre Dame des Landes
Pourquoi Vinci s’intéresse-t-il tant à Notre Dame des Landes ? Au-delà de la bonne opération financière sur le dos de la collectivité, le développement de la concurrence internationale entre aéroports donne un intérêt stratégique au projet.
A Notre Dame des Landes, le combat qui a pris l’allure d’un affrontement est réellement un combat pour la démocratie, au-delà de ses aspects écologiques ou simplement humains.
Pour autant, il ne faut pas que l’arbre nous cache la forêt. Il ne s’agit pas seulement d’une entreprise prédatrice, ni d’un premier ministre en mal d’autorité qui s’est engagé personnellement dans une opération vaseuse à relents de corruption et de collusion public-privé.
La justification officielle du besoin d’agrandir l’aéroport existant pour faire face à une augmentation du trafic aérien ne tient pas non plus si l’on se réfère aux dernières statistiques de la DGAC.
Alors qu’est-ce qui fait qu’un projet d’aéroport vieux de quarante ans, plusieurs fois rejeté, devient comme par magie en 2010 « le projet d’Aéroport du grand Ouest », priorité nationale qu’on finira par défendre les armes lacrymogènes à la main, quitte à sacrifier des milliers d’hectares de terres arables et de zones humides, au mépris des principes écologiques énoncés au Grenelle de l’environnement et de la population locale agricole ?
Ce pourrait-être le robuste appétit de Vinci, grand bétonneur devant l’éternel et déjà gestionnaire de l’aéroport actuel à Nantes, dans le cadre d’une « délégation de service public », ceci simplement pour agrandir son territoire.
Bien sûr, ce pourrait être la raison, d’autant qu’il se murmure que l’opération pourrait être à double détente, l’espace libéré par l’ancien aéroport désaffecté pouvant être l’occasion d’une fantastique opération immobilière.
Pourtant, on peut s’étonner qu’une entreprise comme Vinci, malgré les bénéfices immédiats qu’elle tirerait de l’activité de construction, s’intéresse de si près et avec tant d’énergie à une activité de transport aérien qui, certes n’est pas en perdition, mais dont l’activité à long terme semble tout de même devoir être freinée par l’état récessif de l’activité générale dans le monde, et par la crise écologique qui se profile sur les ressources et les matières premières.
A moins que…, à moins que d’autres considérations ne fassent peser sur ses activités et possessions actuelles quelques menaces significatives.
Rappelons que depuis les années 1990, la libre concurrence est devenue l’alpha et l’oméga de l’obsession néo-libérale, non pas pour augmenter les profits de chacun sur un marché en expansion infinie, mais bel et bien pour assurer que des profits soient toujours possibles dans n’importe quelles conditions, y compris récessionnistes pour les plus malins et les mieux organisés.
Dans le domaine du transport aérien, un événement significatif a pris la forme de l’accord Open Sky (ciel ouvert) signé le 30 avril 2007 à Washington par les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne, engageant chacun d’eux et l’Union dans son ensemble.
Avant cet accord, la circulation aérienne était réglée par des accords bilatéraux, entre les Etats-Unis et chacun des pays concernés, les aéroports desservis par chaque compagnie au départ des Etats-Unis étant fixés par l’accord applicable.
L’accord, qui permet aux capitaux étrangers de s’investir dans un aéroport national privé, autorise aussi le libre choix d’un aéroport de destination et à la rigueur le cabotage en Europe.
Pour autant, sa caractéristique la plus importante, et sans doute la moins médiatisée, est d’ouvrir la concurrence entre les aéroports européens, et de pousser à leur privatisation. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir cet avis de l’autorité de la concurrence Française, daté du 22 février 2010.
Dès lors, on comprend mieux pourquoi le gérant et le propriétaire de l’aéroport local de Nantes souhaitent lui donner le statut régional d’aéroport grand Ouest : cela permettra de le positionner dans la grande concurrence aéroportuaire de l’Union européenne.
Le combat de Notre Dame des Landes n’est donc pas régional. Il a des implications nationales et européennes.
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Post-scriptum :
Je viens de découvrir le texte d’une LOI n° 2005-357 du 20 avril 2005 relative aux aéroports, votée sous Chirac et définissant les modalités de transformation des aéroports publics en sociétés anonymes accessibles aux capitaux privés. Voir aussi ce dossier de presse de la DGAC du 15 mars 2007 sur la décentralisation des aéroports publics et le transfert de leur propriété à des sociétés territoriales "entièrement détenues , dans un premier temps, par des capitaux publics" à l’exception, dit le texte, de l’aéroport de Nantes, qui, dans son avatar de NDDL pourrait bien être parmi les premiers à incorporer Vinci comme propriétaire privé et non plus comme gestionnaire.
Notre Dame des Landes : pour l’Etat, « la consigne, c’est de mettre le paquet »
Depuis le début des expulsions le 16 octobre 2012 et de l’investissement progressif, par les forces de l’ordre, du site (la ZAD) prévu pour le projet aéroportuaire de Notre-Dame des Landes, le succès inattendu de la résistance des occupants juridiquement illégaux de la ZAD alimente fantasmes et questions. Tout comme l’attitude des forces de l’ordre sur place. « Ultra-gauche », nouvelle chouannerie ou tyrannie de l’Etat oppresseur, quelques questions qui fâchent autour de Notre-Dame des Landes.
L’ultra-gauche violente, c’est maintenant ?
Le très droitier ministre de l’Intérieur Manuel Valls a qualifié les opposants à l’aéroport de membres de l’ultragauche, autrement dit d’anarchistes autonomes, dans le but de les décrédibiliser dans l’opinion publique. Alors, certes, il y a des anarchistes autonomes sur le site. Des hippies même, des cheveux longs, des piercings. Mais ce n’est pas parce que l’on met une benne de poireaux dans le lac Léman qu’il est transformé en soupe. Autrement dit, il y a une minorité d’activistes sur la ZAD qui vient de l’ultra-gauche. Mais les assimiler tous à cette origine militante est un spectre réducteur qui nie le soutien clé des paysans (ACIPA), la présence de militants associatifs et syndicaux, d’écologistes, voire même d’une minorité sans cesse croissante de gens qui ne sont pas engagés dans d’autres combats sociaux, mais que l’injustice et la démesure des expulsions à Notre-Dame des Landes conduit à se mobiliser activement.
La préfecture, plus mesurée, mentionne la présence sur la ZAD d’une « minorité d’activistes qui veulent en découdre ». Les services du renseignement l’estiment tout au plus à « un noyau dur d’une cinquantaine de personnes très déterminées ». Il se trouve cependant que la ZAD a depuis le début choisi un mode de résistance pacifique qui vise plus à retarder la progression des forces de l’ordre qu’à s’y opposer physiquement et à main armée. Chaque jour, sur la ZAD, les forces de l’ordre utilisent des flashballs en tir tendu, voire des grenades lacrymogènes. Depuis le début des événements, il n’y a eu qu’une vingtaine de cas de jets de projectiles (dont des légumes) à leur encontre, d’après une source interne à la gendarmerie, et deux cocktails Molotov envoyés.
Alors effectivement, la ZAD a une coordination extérieure, un site d’information, des guetteurs, une radio (AutoRoute FM piratée), une équipe légale. Une organisation qui n’est pas très différente de toute organisation qui est en train de défendre un territoire ou une cause. Dans les années 1980, personne n’est allé accuser la population de Neuvy-Bouin (Deux Sèvres) qui s’opposait alors à l’installation d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires d’être aux mains de l’ultra-gauche. Il y avait pourtant un collectif, des militants venus de partout, des guetteurs, un réseau de cibiches et une occupation durable du site (réduit à un grand champ, certes).
Pourquoi tant de policiers ?
Les médias qui ont couverts le dossier ont presque tous pointé l’importance du dispositif policier. Il y a eu certains jours (notamment le 17 octobre avec la charge sur le Sabot) un rapport de 10 policiers ou gendarmes pour 1 opposant. Tous les travaux qui se font sur le site de la ZAD sont protégés par d’importants déploiements de forces de l’ordre, comme hier au Tertre où une pelleteuse et deux camions-bennes étaient protégés par une quinzaine de fourgons de gendarmes mobiles soit 150 à 200 hommes.
Patrick Lapouze, directeur de cabinet à la Préfecture, nous expose la nécessité absolue de « garder un rapport de force très favorable aux policiers ». Cela a le mérite d’être clair, « les opposants sont susceptibles d’être dangereux », donc les forces de l’ordre sont en rapport avec leur dangerosité putative. Au Ministère de l’Intérieur, l’on se montre plus direct encore.
Un haut-fonctionnaire, sous couvert d’anonymat, nous confie que « la consigne, c’est de mettre le paquet". Plus cher que le paquet de cigarettes le paquet de policiers a un coût, pointé par Presse-Océan le 23 novembre : 500.000 € par semaine, 1 million d’€ compte tenu des traitements des forces de l’ordre engagées.
Notre-Dame des Landes : une résistance qui alimente toutes les rumeurs Par ailleurs, la Préfecture invoque le besoin de protéger les travailleurs qui interviennent sur la ZAD, tels les agents de la DDE qui ôtent les barricades, l’entreprise qui désamiante, celles qui louent les pelleteuses et les camions-benne, les démolisseurs, les agents ERDF, l’huissier, etc. « Tous les gens qui sont venus sur la zone ont déclaré ne plus vouloir y revenir sans protection policière, et ce à cause de l’ambiance d’hostilité terrible dans laquelle ils interviennent », affirme Patrick Lapouze. Hostilité ? « Ils reçoivent des projectiles, ils font face à des militants déterminés qui veulent en découdre ».
Ou tout simplement ils sont mal à l’aise, comme cet agent de la DDE que nous avons interrogé, sous couvert d’anonymat. « On nous demande d’intervenir pour débarrer les routes et permettre aux policiers de circuler. Soit, et on comprend très bien que les gens qui mettent ces barricades n’aiment pas nous voir travailler. Mais ce qui me gêne surtout, c’est que je suis d’ici, et c’est un peu comme si j’aidais à démolir la maison de mon voisin. »
Nombre d’agents sont donc pour des raisons diverses, pressés de quitter la ZAD au plus vite, ce qui explique qu’ils négligent de prendre toutes les précautions. Ainsi, le 24 octobre, l’Inspection du Travail est intervenue sur une déconstruction au Liminbout. Les ouvriers, très pressés de boucler leur travail et de repartir, avaient omis de se protéger, notamment en se munissant de harnais.
Un black-out médiatique ?
Du 16 au 18 novembre, en-dehors de la ZAD, des relais idéologiques de certains militants, comme Indymedia ou Resiste.squat.net ou du site de la coordination paysanne opposée au projet (ACIPA), il n’y a eu que deux médias qui ont vraiment couvert les événements. 7Seizh, en envoyant quelqu’un sur place et surtout en recopiant les informations du site de la ZAD. Le Flochington Post, par celui de ses journalistes qui est le plus proche par ses origines de Notre-Dame des Landes, c’est à dire votyre dévoué serviteur. Baillonné sur le Flochinton Post par un patron très favorable à l’aéroport, et qui se réjouissait de voir les forces de l’ordre »passer sur la gueule » des militants et paysans du cru, je créais BreizhJournal pour continuer à informer sur les événements.
Pour la quasi-totalité des médias locaux et nationaux, un déploiement de 1.200 policiers en pleine campagne, des violents combats, une charge pendant trois heures dans la nuit contre une cabane, tout cela fut moins important que le match nul des Bleus contre l’Espagne et l’écume de l’actualité. Libé vint jusqu’à publier dans ses colonnes que Pete Doherty, banni par la SNCF de ses lignes suite à la disparition d’un chariot de marchandises, cherchait une voiture pour l’emmener en stop à Toulouse. Etrange jugement de l’importance de l’actualité !
Le 19 octobre, quelques médias seulement avaient crevé le black-out. ITélé, qui synthétisait rapidement un sujet à partir du film produit sur la lutte contre l’aéroport et des événements. Le Monde, qui se risquait à une critique modérée des méthodes. Ouest-France, qui répercutait des informations diffusées par la Préfecture. RennesTV qui nous contacta et alla sur place pour sortir un reportage sur la résistance de la ZAD. Le surlendemain, Rue89 embraya. Finalement, avant la première semaine d’occupation et l’article de Presse Océan qui signalait le coût exorbitant et la démesure de l’expulsion, il n’y eut aucune réaction des médias nationaux.
Au grand dam de Dominique Fresneau, que nous avions interrogé alors, et qui a dénoncé les « consignes » reçues par les rédactions des grands médias. Difficile, quand on perçoit 30 à 40% de son budget des mains de l’Etat de ne pas rester insensible à certaines sollicitations. Alors, black out médiatique ou amnésie journalistique collective ? À vous de juger.
Prenons la Bastille d’iode
2e rassemblement mensuel
Pour l’arrêt du nucléaire au Japon et dans le monde
Co-organisé par le Réseau Yosomono-net France et Sortir du Nucléaire Paris
Ce deuxième rassemblement fera écho à un mouvement international, pour lequel d’autres manifestations sont prévues : la grande action, organisée par la coalition anti-nucléaire de Tokyo attend 1 million de personnes dans la capitale nippone. Il y aura également des manifestations à Londres, à Berne en Suisse, et le 10 novembre à Florence, organisées par des groupes de ressortissants japonais adhérents au réseau yosomono-net. Comme le 13 octobre dernier, le rassemblement sera retransmis en direct sur internet par le média indépendant japonais IWJ.
Yosomono signifie « étranger, celui qui vient d’ailleurs ». Ce nom ? Parce qu’en plus du statut qui est le leur dans les pays où ils résident, les ressortissants japonais sont également considérés comme « étrangers » par certains compatriotes (avec comme sous-entendu : « ne venez pas vous mêler de nos affaires »). Mais la catastrophe de Fukushima a déjà et continuera d’avoir dans l’avenir des conséquences très graves pour les populations et leur environnement, c’est la raison pour laquelle il a été décidé d’agir de l’extérieur afin de continuer à soutenir ceux qui souffrent et luttent sur place. Les membres de ce réseau ont ainsi jugé nécessaire de s’associer aux actions et aux réflexions destinées à faire sortir le Japon, ainsi que le reste du monde, de la domination non démocratique du nucléaire. En France également, le risque est là. Un accident grave est malheureusement possible à tout moment dans les 58 réacteurs installés sur son territoire. Le récent rapport de la commission européenne a pointé des défaillances dans toutes les centrales françaises. L’incident du réacteur N°1 à la centrale de Flamanville survenu le 23 octobre vient de nous rappeler la fréquence des incidents dans nos centrales. Il est grand temps de tirer la leçon de la catastrophe de Fukushima et d’exiger la sortie la plus rapide possible du nucléaire en France comme partout dans le monde.
Interventions et animations (14h00-16h00) :
La situation à Fukushima et au Japon, les dessous de Fessenheim et la réalité, la situation sanitaire du Bélarus 26 ans après Tchernobyl (Yves Lenoir), l’OGM et le nucléaire (Béatrice Jaud, productrice de « Tous Cobayes ») Animations :
Encerclement symbolique de la maquette du Parlement japonais, danse traditionnelle des femmes de Fukushima (Kansho odori), chants de l’archipel Okinawa par Mako Mori, chanson antinucléaire avec Komandant Simi Ol, animations comiques, percussions ...
Intense lobbying du gaz de schiste pour assouplir la réglementation européenne
Selon un nouveau rapport de Corporate Europe Observatory, les compagnies pétrolières et gazières américaines et européennes ont lancé une campagne acharnée pour empêcher toute régulation européenne concernant le développement de l’industrie du gaz de schiste de voir le jour.
Avant la fin Novembre, les eurodéputés donneront leur accord ou pas pour introduire de nouvelles réglementations européennes dans ce domaine.
Cette bataille féroce comprend un lobbying intensif du Parlement européen et de la Commission, des rapports d’expertise financés par l’industrie, des publicités et des sites internet, conçus afin de prouver que les gaz de schiste ne constituent pas une menace pour l’environnement ou pour la santé publique et de promouvoir l’illusion d’une nouvelle source de carburant écologique.
Cependant ce rapport montre que le développement des gaz de schiste menace le développement des énergies renouvelables - et risque d’enfermer l’Union européenne dans un avenir de combustibles fossiles.
L’auteur du rapport, Laura Weis, affirme que : "Les grands acteurs de l’industrie pétrolière et gazière tentent de façonner les gaz de schiste comme une source de carburant respectueux de l’environnement, et ont attiré les eurodéputés avec des repas et autres cocktails pour les convaincre de ses avantages.
Ils ont déjà investi des millions d’euros dans des opérations de lobbying à Bruxelles pour tenter d’induire en erreur les décideurs publiques et lutter contre toute forme de réglementation nécessaire à la protection de l’environnement et de la santé publique."
Le rapport montre que les compagnies pétrolières dont ExxonMobil, Chevron, Statoil, Total et PGNiG Pologne travaillent avec des entreprises de relations publiques pour organiser des événements au sein du Parlement pour plaider en faveur des gaz de schiste.
Ils ont été soutenus par les eurodéputés polonais et le gouvernement polonais, qui a utilisé la présidence de l’UE en 2011 dans le but de promouvoir leur programme sur les gaz de schiste.
Lors de ces événements les préoccupations environnementales et sanitaires liées au développement des gaz de schiste ont été totalement ignorées.
Des projets d’extraction (ou fracturation hydraulique) de gaz de schiste sont déjà en cours dans plusieurs pays de l’UE. Les premiers puits ont été forés en Pologne en 2009, mais des moratoires sur la fracturation hydraulique ont été adoptés dans un certain nombre d’autres états membres, dont la France et la Bulgarie.
La commission environnement du Parlement européen et la DG Environnement de la Commission européenne recommandent une législation plus stricte - tandis que la DG Énergie affirme que cela n’est pas nécessaire.
La Commission européenne est à l’heure actuelle en train d’évaluer la nécessité d’une régulation et devrait faire une proposition courant 2013.
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La bombe française bloque le débat sur le nucléaire
Si le débat français sur l’énergie nucléaire n’avance guère depuis 30 ans, c’est qu’il a un point aveugle. Le nucléaire est au cœur du lien entre trois stratégies : industrielle, politique, et militaire. Faire silence sur l’effet de cette dernière, c’est ignorer la réalité et mettre en péril notre adaptation aux changements du monde.
Revenons aux vérités élementaires. Au commencement, la bombe atomique comme affirmation de soi. Churchill dès 1945 : "Soyez certain que toute puissance qui parviendra à obtenir le secret tentera de fabriquer (la bombe), et ceci met en cause l’existence de la société humaine. Ce sujet prime tous les autres dans le monde".
Il n’a pas fallu 5 ans pour que le « secret » de la fission contrôlée n’en soit plus un, et que la course soit lancée. Ensuite, le caractère essentiellement « dual » (militaire-civil) de la technologie nucléaire, reconnu dès 1946 dans le premier rapport sur l’atome aux Etats-Unis : "Le développement des applications pacifiques de l’énergie nucléaire et son développement pour les bombes atomiques sont des processus largement interchangeables et interdépendants".
Truman, inaugurant la construction du premier sous-marin nucléaire (1952) précise la direction : "Paradoxe : la plupart de nos progrès en matière d’applications pacifiques de l’énergie atomique sont issus des nécessités militaires". Plus direct, un sénateur ajoute en 1954 : "Ce projet est à la base de l’industrie nucléaire naissante de notre pays. Lorsque l’énergie nucléaire viendra, elle sera le sous-produit du travail de l’US Navy".
C’était vrai. Le programme dit « Atomes pour la Paix » d’Eisenhower, présenté la même année à l’ONU, proposait au monde (et à l’industrie européenne en particulier) les mêmes réacteurs pour l’énergie électrique. Ainsi la plupart des monstres de 1000 MW actuels sont-ils des descendants, dûment complexifiés, du très compact réacteur à eau pressurisé (REP) pour sous-marin conçu en 1949, dont un ancien dirigeant du Projet Manhattan disait en 1956 : "La plupart des experts estiment que les REP ne sont nullement les réacteurs de l’avenir".
Un avis qui n’a guère changé pendant 55 ans, mais les ingénieurs et les Etats ont accepté de se plier au fait accompli d’une expérience industrielle construite à budget illimité dans la guerre, chaude et froide. Alors même que dans les années 1945-55 déjà, scientifiques et ingénieurs avaient imaginé et testé – parfois en vraie grandeur – dix-neuf (oui, 19) concepts différents de réacteurs dont plusieurs tellement mieux adaptés au civil, tellement plus sûrs et créant si peu de déchets radioactifs à vie longue qu’on les « réinvente » aujourd’hui pour la « Génération IV » des années 2035.
Situation sans équivalent historique. Car cette source d’énergie n’est pas un enjeu stratégique comme le pétrole ou le gaz. Elle est d’abord instrument politique ultime, biface – militaire d’abord, économique ensuite. Pour la plupart des pays, le nucléaire est marginal (2,5% de l’énergie utilisée au niveau mondial) ; sa véritable justification première est la possibilité d’accéder à l’arme.
En témoignent les étapes partout identiques de sa mise en oeuvre : prise en charge initiale par l’État, création d’organismes chargés à la fois du nucléaire militaire et civil, choix technologiques (uranium enrichi, plutonium, éventuel retraitement) à usage dual...
La France a poussé cette logique à l’extrême : une part majeure de l’armement, de l’expertise technologique et industrielle a fusionné autour du nucléaire à partir des années 70. Un axe crucial de la politique intérieure (notamment économique, orientant des regroupements industriels) et extérieure (notre siége au Conseil de Sécurité à l’ONU ; des exportations technologiques) a été constitué autour de l’ensemble nucléaire militaire et civil. Sauf De Gaulle, tous les gouvernants ont dissimulé ce lien infrangible.
Or chute du Mur, crises et terrorisme ont créé de nouveaux enjeux stratégiques. Le monde reste certes dangereux, mais la destruction nucléaire mutuelle ne répond à aucune des menaces existantes. La priorité est au contraire de minimiser les armements nucléaires, d’éviter leur prolifération et les dispositifs susceptibles de permettre une mainmise terroriste sur les matériaux fissiles. Une révision déchirante de stratégie militaire s’opère à reculons, dans le silence des budgets et des restructurations. Comment la stratégie industrielle française resterait-elle inchangée dans ce contexte ?
« Economie du plutonium » avec les réacteurs existants, poursuite du retraitement à La Hague, priorité au surgénérateur alimenté au plutonium dans les recherches sur le réacteur du futur au CEA - ces choix sont issus de l’arsenal nucléaire et n’avaient de sens premier qu’avec lui. Ils affectent des pans majeurs de notre industrie, bien au-delà d’EDF ou Areva, dans un paysage économique où même le PDG d’Exelon, principal nucléariste américain, reconnaît "totalement non-rentable la construction de nouveaux réacteurs".
Un changement historique est nécessaire, qui dissocie les poids lourds industriels du nucléaire. Il reste une vingtaine d’années pour le faire, pour participer à la révolution industrielle vers des énergies renouvelables compétitives et vers une distribution décentralisée d’énergie électrique, pour mettre en œuvre à grande échelle les gains d’efficacité énergétique.
Le tout associé à la recherche sur un nucléaire dont la sûreté et la réduction des déchets seraient cette fois la base, dissociée du militaire. Cette révolution a commencé (Chine, Allemagne, USA entre autres) – à la fois complexe, pleine de contradictions et indispensable. Et formidablement créatrice sur les plans économique, politique, intellectuel.
Il faut bouger : l’exception française devient une ligne Maginot industrielle et sociale.
Chateauroux, un aéroport immense au centre de la France
Châteauroux c’est dans le centre de la France. Donc tant qu’a reconstruire un aéroport autant le mettre au milieu. Châteauroux c’est à deux heures en train de Paris.
Et alors en plus ici il y a un aéroport déjà construit, très grand et qui a toutes les capacités requises pour des vols internationaux.
Les preuves :
Tous les pilotes A380 s’entrainent ici
Quasiment tout le matériel des Nations unies décolle d’ici
Et il y a tellement de place que cet aéroport sert aussi de cimetière pour les avions qui ne sont plus en état de voler.
Et tout ça .... Personne n’en parle
La Cour des comptes désapprouve le Lyon-Turin
Autre grand projet inutile, la ligne Lyon-Turin est sévèrement jugée par la Cour des Comptes : exagération du trafic prévu et dérive des coûts prévisionnels
Pour la Cour des comptes, le projet de LGV Lyon-Turin n’est pas sur les bons rails Localtis.info
La Cour des comptes a publié le 5 novembre un référé daté du 1er août qui se montre très sévère à l’encontre du projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Lyon et Turin.
Objet d’un accord signé en 2001 entre la France et l’Italie, la construction de cette ligne, jugée stratégique pour le réseau européen et subventionnée par l’UE, vise à raccourcir le trajet entre Paris et Milan à quatre heures contre sept actuellement.
Mais la cour regrette que le pilotage du projet, qualifié de "très ambitieux", ne réponde pas aux "exigences de rigueur nécessaires à une opération de cette ampleur et de cette complexité".
Elle note que les prévisions de trafic établies dans les années 1990, qui envisageaient la poursuite d’une forte croissance, ont été "fortement remises en cause depuis", le risque de saturation des infrastructures existantes n’étant aujourd’hui envisagé qu’à l’horizon 2035.
Elle pointe aussi des coûts prévisionnels "en forte augmentation". "Du fait notamment du renforcement des règles de sécurité et du changement de tracé de la partie commune, l’estimation du coût global est ainsi passée en euros courants de 12 milliards d’euros en 2002 à 26,1 milliards d’euros selon les dernières données communiquées par la direction générale du Trésor", note-t-elle.
Enfin, ajoute-t-elle, "associée à une faible rentabilité socio-économique, la mobilisation d’une part élevée de financements publics se révèle très difficile à mettre en oeuvre dans le contexte actuel", d’autant qu’"aucun financement n’est prévu dans le budget de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf) pour 2013".
Même si pour la cour, "le caractère international du projet, son ancienneté et sa complexité rendent difficile l’énoncé de recommandations", elle rappelle la conclusion, en matière de dépenses d’investissement, de son rapport de juillet dernier sur les finances publiques qui conseillait de "réexaminer systématiquement ces dépenses au vu de leur compatibilité avec la situation financière réelle du pays, de leur rentabilité financière et socio-économique et surtout de leur contribution au relèvement du niveau de la croissance potentielle de l’économie".
Concernant la LGV Lyon-Turin, la cour recommande donc "de ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante". Si le projet devait être malgré tout poursuivi, elle préconise "d’étudier les mesures éventuellement contraignantes de report du trafic transalpin de la route vers la voie ferrée".
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, destinataire du référé en août, a relevé dans un courrier également rendu public le 5 novembre par la Cour des comptes que le projet répond à l’"objectif stratégique" de "sécuriser les échanges entre la France et l’Italie à travers les Alpes".
Selon lui, cette nécessité a été renforcée par les accidents survenus en 1999 et 2005 dans les tunnels alpins qui ont "mis en évidence la fragilité du système actuel qui repose principalement sur le mode routier".
L’avenir de la LGV Lyon-Turin sera au menu du sommet franco-italien du 3 décembre prochain à Lyon. En attendant, les parlementaires concernés par le projet, parmi lesquels Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, et Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, se réunissent le 7 novembre à Paris.
Ils souhaitent rédiger un appel au président de la République pour "lui rappeler à quel point cette liaison ferroviaire est essentielle pour l’emploi et la croissance en Europe, comme pour un environnement mieux préservé".
Communiqué de La Coordination des opposants à la nouvelle ligne Lyon Turin
La Cour des Comptes condamne une nouvelle fois un projet inutile et coûteux. Les opposants à la nouvelle ligne entre Lyon et Turin se trouvent une nouvelle fois confortés par la Cour des Comptes qui, pour la troisième fois cette année, condamne ce projet.
La Coordination des opposants à la nouvelle ligne Lyon Turin a donné tous les chiffres prouvant que les trafics entre la France et l’Italie sont inférieurs à ce qu’il étaient en 1988 (route + rail / Fréjus, Mont-Blanc, Mont Cenis).
Elle a dénoncé les grossières sous-évaluations des coûts, les prévisions de trafic fantaisistes et sur-évaluées.
Elle a dénoncé les « études » des enquêtes publiques réalisées par les maîtres d’oeuvre du projet.
Elle rappelle que les travaux préliminaires en France ont déjà coûté trois fois plus cher que le montant annoncé alors qu’aucun percement n’a débuté en Italie.
La Cour confirme les baisses de trafic entre la France et l’Italie.
La Cour confirme les sous-évaluations, l’absence de maîtrise des coûts et confirme les chiffres donnés par les opposants.
La Cour confirme la sous-utilisation de la ligne existante. Elle confirme également que la saturation de la ligne existante, condition de l’accord franco-italien du 29 janvier 2001, n’est pas acquise.
La Cour confirme la surévaluation des prévisions depuis vingt ans, leur caractère infondé pour les plus récentes.
La Cour confirme que « la valeur actualisée nette économique est négative dans tous les scénarios envisagés » avec pour conséquence directe du déficit public.
Devant cette situation, la Coordination demande l’arrêt immédiat des travaux alors que rien ne les justifie.
Les opposants demandent que des mesures soient prises immédiatement, pour limiter le nombre de camions dans les Alpes en interdisant le passage de camions à vide ou peu chargés, et la mise en place de plate-formes de groupage et dégroupage en France et en Italie.
Comme la Cour des Comptes, ils demandent des investissements sur le réseau existant, pour des transports collectifs fréquents et de proximité ainsi que la réduction des risques et des nuisances dont sont victimes les riverains des voies ferrées.
Une vigie pour alerter sur le rôle de l’OMS dans le nucléaire commence à Paris
Le Collectif « Santé et Nucléaire Pour l’indépendance de l’OMS » commencera le vendredi 9 novembre 2012 une action hebdomadaire de vigie citoyenne devant le Ministère de la Santé à Paris.
Le Collectif veut alerter la population sur le rôle mené par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans la dissimulation des conséquences sanitaires des pollutions radioactives. Notre ministre de la santé, en tant que déléguée de la France à l’OMS, est coresponsable de la politique de cette organisation en matière de radioprotection.
Le Collectif accuse l’OMS de ne faire aucune recherche sur les méfaits des rayonnements ionisants dus aux polluants radioactifs, de ne pas apporter assistance aux populations victimes de Tchernobyl depuis le 26 avril 1986 et d’abandonner également les victimes de Fukushima depuis le 11 mars 2011.
Le Collectif dénonce l’Accord WHA 1240, signé en 1959 entre l’OMS et l’Agence Internationale de l’Energie atomique, qui stipule notamment :
« L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique et l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaissent qu’elles peuvent être appelées à prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de renseignements qui leur auront été fournis. »
Très concrètement, cela veut dire que l’OMS s’en remet à l’AIEA pour toutes les questions sanitaires relatives au nucléaire.
La France est l’un des pays les plus nucléarisés au monde, nous ne sommes pas à l’abri d’un accident. Nous avons d’ailleurs déjà subi la pollution de Tchernobyl que nos services de radioprotection ont dissimulée : justice n’est toujours pas rendue aux victimes.
Le Collectif maintient depuis le 26 avril 2007, une vigie quotidienne devant le siège de l’OMS à Genève. Il maintiendra en plus à Paris sa vigie chaque vendredi devant le ministère de la santé et ce, tant que la France n’aura pas fait le nécessaire pour que l’OMS accomplisse sa mission de protection des populations concernant les pollutions radioactives.
Le Collectif « Santé et Nucléaire Pour l’indépendance de l’OMS », en relation avec les japonais qui, chaque semaine, manifestent le vendredi, donnera une conférence de presse le 9 novembre 2012 à 10 h 30 devant le Ministère de la Santé avec la présence, en particulier, de Abraham Béhar de l’associationn AMFPGN (Médecins pour la prévention de la guerre nucléaire), de Roland Desbordes de la CRIIRAD (Commission de recherche et d’informations indépendantes sur la radioactivité), de Wladimir Tchertkoff, réalisateur du film « Controverses nucléaires » et auteur du livre « Le crime de Tchernobyl » et de Jean Paul Jaud, réalisateur du film « Tous cobayes ».
A Paris, 1.500 manifestants contre l’aéroport de Notre Dame des Landes
- Reportage à Paris
Ils sont plus de 1.500 à avoir traversé samedi 10 novembre Paris, de Belleville à l’Hôtel de Ville, pour protester contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes.
Encadrant une marée de drapeaux EE-LV , des élus, et un Jean-Vincent Placé longuement interviewé (non, les Verts ne sortiront pas du gouvernement ; oui, ils aimeraient avoir voix au chapitre), ce sont bien les Parisiens outrés par la situation à Notre Dame des Landes qui ont donné le ton à la marche. Poireaux au poing, au son des batucadas, des « Non à l’Ayraultport » et « Vinci dégage » (l’omniprésence de parkings gérés par l’entreprise a d’ailleurs causé quelques sueurs froides aux forces de l’ordre), un signal fort a été lancé cet après-midi.
A Paris comme à Rennes, où 3000 personnes se sont également réunies, la solidarité nationale avec les résistants du bocage nantais ne fait que croître. Les collectifs de soutien se multiplient, ainsi que les actions symboliques contre Vinci et le gouvernement.
Ce qui augure un week-end prochain (17 et 18 novembre) particulièrement rassembleur. Suite à l’appel lancé depuis quelques semaines par les habitants de la ZAD (Zone d’Aménagement Différée pour le gouvernement, Zone A Défendre pour les opposants), des départs s’organisent depuis la France entière, en bus, train et covoiturage, avec le concours de partis politiques et d’associations de défense de l’environnement plutôt timides jusque là.
Entre 4.000 et 5.000 personnes sont attendues, amenant vivres et matériel de reconstruction, pour participer à un cortège et lancer une opération de réoccupation. Autant de bras qui resteront un week-end ou plus, pour rebâtir les lieux de vie détruits depuis début octobre.
Et autant de bouches, plus friandes de légumes que de bitume…
De fortes économies d’énergie sont possibles, selon l’Ademe
Des efforts sur les logements en priorité, puis à moyen terme dans les transports peuvent permettre de réduire la consommation d’énergie de 20% d’ici à 2030 en France et de près de 50% en 2050, estime l’Ademe (Agence de l’Environnement de de la Maitrise de l’Energie) dans une « contribution » rendue publique le 8 novembre.
En vue du débat sur l’énergie qui va s’ouvrir bientôt à la demande du gouvernement, l’Ademe a développé pour la première fois, dans une "contribution", des scénarios énergétiques et climatiques « axés sur la consommation et le développement de l’offre d’énergies renouvelables », a indiqué son président, François Loos.
L’Ademe a bâti ces scénarios pour 2030 et 2050 « de façon réaliste, sans réduire la mobilité, l’activité industrielle, ni le niveau des exportations agricoles », a-t-il précisé à l’AFP.
Dans son scénario pour 2030, l’agence publique définit les conditions d’une réduction de 20% de la consommation d’énergie, avec des mesures visant en premier lieu le bâtiment, secteur qui représente aujourd’hui plus de 40% de la consommation.
Ce scénario repose sur la rénovation thermique de 500 000 logements par an d’ici à 2030 et la construction de 310 000 à 350 000 logements sobres. L’Ademe attribue le même confort aux Français de 2030 (température, quantité d’eau chaude utilisée), mais réduit la consommation grâce à une meilleure isolation et des équipements plus efficaces, comme les pompes à chaleur.
L’Ademe juge possible une baisse de 30% de la consommation en 20 ans pour le seul secteur résidentiel.
Dans les transports, deuxième poste de consommation, des gains seraient également accessibles rapidement sans réduire les distances parcourues par chaque Français, en développant le vélo en ville, les transports collectifs, ainsi que le covoiturage et l’autopartage.
Mais c’est après 2030 que les efforts dans ce secteur seront cruciaux, selon les projections de l’Ademe. L’agence évalue à 65% la réduction possible de la consommation énergétique dans les transports en 2050 par rapport à 2010. Et ce grâce à la modification du parc automobile, qui serait composé d’un tiers de véhicules "thermiques" (contre quasiment 100% aujourd’hui), d’un tiers de véhicules électriques et d’un tiers d’hybrides.
De plus, « on diminue la mobilité de la population en 2050 en supposant que le vieillissement de la population joue un peu et que le développement du télétravail joue beaucoup », a souligné François Loos.
Du côté de la production, l’Ademe estime ses projections compatibles avec l’engagement de François Hollande de réduire à 50% en 2025 la part du nucléaire dans la production électrique (pour 75% actuellement). Les énergies renouvelables assureraient le tiers de la production globale d’énergie en 2030 et environ 70% en 2050 (pour environ 16% en 2010).
Ces « visions énergétiques » peuvent permettre, selon l’Ademe, de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre en 2050, objectif officiel de la France dans le cadre de la lutte contre le réchauffement.
Muette sur le climat
L’OCDE imagine l’avenir - sans se poser un seul instant la question du changement climatique...
Je suis contraint d’informer le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui voit « l’ultragauche » partout, qu’un groupe halluciné de fumeurs de cannabis a subverti les locaux du château de la Muette, à Paris, officiellement occupés par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Diaboliquement camouflés, ils parviennent à publier des rapports officiels manifestement inspirés par une consommation abusive de psychotropes.
Ainsi, monsieur le ministre, est paru le 9 novembre sous la signature de l’OCDE un document intitulé Horizon 2060 : perspectives de croissance économique globale à long terme. Les machiavéliques agitateurs qui l’ont rédigé affirment que la croissance économique mondiale va continuer sans grand changement jusqu’en 2060. Ils prétendent que le PIB (produit intérieur brut) par habitant dans les pays riches va doubler, et que celui de la Chine sera supérieur à celui des Etats-Unis aujourd’hui. Imaginez-vous, monsieur le ministre, un monde où les Chinois possèderaient autant d’automobiles que les actuels citoyens des Etats-Unis ?
Plus grave encore, ces auteurs réfugiés dans un paradis économique artificiel tiennent leur propos, qu’ils présentent comme sérieux, hors de toute référence au changement climatique ! Ils l’avouent sans fard, notant qu’ils ont écarté de leur analyse « une utilisation non viable des ressources naturelles ».
Alors qu’a paru dans le journal Science du 8 novembre une étude expliquant que le changement climatique devrait être plus grave que ce qu’annoncent les modèles informatiques actuels, alors qu’en avril, Maria van der Hoeven, directrice de l’Agence internationale de l’énergie, jugeait que si les tendances actuelles se poursuivaient, le climat se réchaufferait de 6°C d’ici 2050, conduisant à la catastrophe, le rapport de l’OCDE prétend parler de l’avenir en oubliant le phénomène majeur de ce début de XXIe siècle !
Je suis certain, monsieur le ministre, que vous mesurez combien un rapport émanant d’un organisme respectable et accréditant l’idée que le climat peut être négligé est dangereux pour la paix civile. C’est pourquoi j’ose vous recommander de déplacer les forces de l’ordre qui tarabustent à Notre Dame des Landes « de bons citoyens français », comme l’a observé Stéphane Hessel, vers le Château de la Muette, afin d’empêcher que les dangereux individus qui y sévissent continuent à répandre dans les esprits un désordre pernicieux.
Le portable, gadget de destruction massive
Compte-rendu de lecture de Franck Victorien
En un peu plus de 10 ans le téléphone portable a colonisé nos vies.
Ceci avec un certain prix et notamment les massacres de populations en République Démocratique du Congo depuis 1998, tout cela pour le contrôle des ressources de coltan (ou colombo-tantanite), minerai nécessaire à la fabrication des téléphones portables.
A noter également que des enfants travaillent dans les mines pour extraire ce coltan, mais bon, après tout ce ne sont pas les nôtres et puis ne dit-on pas « loin des yeux, loin du coeur » ?!
Peut-être doit-on rappeller le prix de la fabrication des composants électroniques qui nécessitent également d’autres pillages à l’autre bout de la planète, sans compter le gaspillage énergétique pour la fabrication des circuits électroniques.
Bien sûr, nous n’évoquerons pas la fin de vie des téléphones qui finissent désossés pour la plupart à l’autre bout du globe, au mépris des nouveaux esclaves chargés de leur recyclage, au mépris de leur vie et de leur environnement.
Peut-être ne faut-il pas oublier l’éventuel coût sanitaire des maladies ou des morts qui pourront être engendrées par l’usage du portable, car pour l’instant on ne connait pas l’incidence des micro-ondes sur le cerveau.
Ici, dans les pays dits développés, pour l’instant nous sommes des cobayes, mais manifestement tout cela ne nous dérange pas car en France il y a plus de 60 millions de portables en service.
Bref, vous l’aurez compris : les vendeurs de ces gadgets n’ont pas encore levé le voile sur tout cela et se gardent bien d’en faire de la publicité. Cette tyrannie technologique a un prix, sans doute plus exorbitant et inhumain que celui que l’on paye actuellement.
"Une tyrannie finit par s’effondrer dès lors que l’on ne la soutient plus" laissait sous-entendre Etienne de la Boétie dans son livre "Discours de la servitude volontaire", ce au 16e siècle.
Certes, nous sommes au 21e, mais sans doute est-il temps de se libérer de ces chaînes technologiques nécrophages et chronophages qui nous désunissent plus qu’elles nous unissent. Si votre psy n’est pas à même de vous en convaincre car lui-même ou elle-même aliéné(e), alors ce livre devrait vous aider a réfléchir à tout cela et faire mûrir votre critique...
L’âge de raison est par définition l’âge à partir duquel l’enfant est censé prendre conscience de ses actes et des conséquences qui en découlent. Suite à cette lecture, j’ai pour ma part lâché prise, j’ai fait un pas de côté, je n’ai plus de téléphone (insup)portable et je me sens libre et adulte car responsable.
Dîtes, c’est grave docteur...??!!
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Le téléphone portable, Gadget de destruction massive, de Pièces et main d’oeuvre, Editions L’échappée, 96 p., 7,10 euros.
Notre-Dame-des-Landes est le creuset d’un nouveau cycle de luttes
- Billet de Florence
Nous sommes actuellement à Firenze 10+10, (Françoise Verchère -élue du Conseil général de Loire-Atlantique et co-présidente du CeDpa -, Chantal et moi), au forum européen où, pendant 2 jours, en parallèle à d’autres thématiques, un large ensemble d’ateliers, séminaires, est consacré aux GPII (grands projets inutiles imposés).
Dans la première séquence, jeudi après midi 8 novembre, outre les organisations participantes, plus d’une douzaine d’organisations se sont concentrées sur les raisons de refuser leur ’grand projet’ (mettant d’ailleurs en évidence les caractéristiques communes sur lesquelles nous avons déjà longuement travaillé, depuis le premier forum européen de Venaus en 2011, et celui de Notre-Dame-des-Landes cet été).
Je suis intervenue en avant dernière position, la lutte de Notre-Dame-des-Landes a été très applaudie, les gens présents très largement au courant de l’actualité chez nous (consultation des sites, de la presse plus récemment...).
Pour éviter les redites, et élargir le propos politique, j’ai développé trois points :
- La lutte de Notre Dame des Landes présente des caractéristiques spécifiques, mais que nous allons peut-être retrouver dans celles qui vont se développer dans la période : . l’importance de l’implication citoyenne : si la coordination des opposants rassemble 45 organisations (citoyennes, environnementales, syndicats -confédération paysanne, solidaires, etc. -, partis politiques - EELV, Modem, PG...-), si des groupes de différentes sensibilités participent à l’occupation de la ZAD, beaucoup de simples citoyens, se revendiquant tels, participent à la lutte : se construisant leur propre expertise, ils s’emparent des problèmes d’aménagement du territoire, de politique des transports, deviennent citoyens vigilants, diffuseurs de documents, animateurs de stands dans les évènements locaux ou les soirées d’information, alimentent en matelas, couvertures, habits, fromage ou légumes les zadistes expulsés de leur lieu de vie... . la variété et la pertinence des formes de lutte et de soutien, tant il est vrai que le contrôle ’militaire’ d’un territoire est difficile à réaliser, et plus encore à maintenir. Un petit exemple parmi beaucoup d’autres, des gravats amiantés, difficilement évacués le soir avant destruction d’une maison le lendemain, retrouvent dans la nuit (eux ou leurs frères) leur emplacement d’origine, et il faut recommencer au matin le désamiantage préalable à la destruction...
Il est de mon point de vue probable que la lutte de Notre Dame des Landes, et plus généralement celles contre les GPII inaugurent un nouveau cycle de luttes qui, pour les pays du Nord, vont porter l’essentiel du refus de l’accaparement et de l’artificialisation des terres, mais aussi les luttes pour la défense des terres nourricières, des zones humides et de la biodiversité, et contre le réchauffement climatique. Elles vont faire le lien entre les crises économique, financière, sociale, écologique, et climatique. Et trouver, dans la similitude des délires des porteurs de ces projets, dans la fuite en avant de ces derniers, les moyens de construire la convergence de leurs luttes.
Enfin ces luttes ’contre’ savent inventer des alternatives dans l’élaboration de leurs formes d’action, dans les modes de vie qui non seulement préfigurent, mais construisent ici et maintenant d’autres mondes possibles.
Ces luttes peuvent et doivent être gagnantes. Dans l’immédiat, pour nous à Notre-Dame-des-Landes, la date du 17 novembre, manifestation de la reconstruction, doit être un succès pour lequel nous avons besoin de tous.
A l’usine de La Hague, on se suicide trois fois plus qu’ailleurs
Information alarmante passée discrètement en octobre : les suicides dans l’usine nucléaire de La Hague atteignent un taux très élevé.
15 octobre 2012
L’Etat a mis en demeure l’usine Areva de La Hague (Manche) de mettre en place un plan d’action après avoir notamment relevé un « taux de fréquence des suicides » des salariés du site « trois fois supérieur à la moyenne de la Manche », elle-même supérieure à la moyenne nationale. Des « risques pour la sûreté des installations » sont invoqués dans cette mise en demeure, datée du 18 septembre, révélée par le journal La Presse de la Manche et dont l’AFP a reçu lundi une copie.
Cette mise en demeure, signée par Christine Lesdos, directrice de l’unité territoriale de la Manche de la DIRECCTE (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a été transmise le 8 octobre au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’usine. Selon l’Insee, la Manche est le troisième département le plus touché par les suicides avec 29,1 pour 100.000 habitants contre 16,3 en France en 2009.
Ces derniers mois, les syndicats avaient averti à plusieurs reprises que ce site, où Areva emploie directement 3.000 personnes, et qui concentre la plus grande quantité de matières radioactives en Europe, connaissait un nombre préoccupant de suicides de salariés, chez eux dans la plupart des cas. L’Etat pointe pour sa part surtout une flambée des heures supplémentaires.
La direction régionale du travail demande « la mise en place d’un plan d’action permettant l’évaluation et la maîtrise de la charge mentale et physique de travail ». Areva La Hague doit en outre « ramener la durée du travail sur site et hors site du personnel aux limites maximales légales » et « mettre en place un système d’enregistrement automatique du début et de la fin de chaque période de travail ».
Un excès d’ heures supplémentaires pointé
« L’état de la santé mentale des salariés se dégrade de façon accélérée depuis deux ans », selon le rapport 2011 du chef de la santé du site. « Les éléments présentés démontrent l’importance de la charge mentale et physique pour certains salariés qui génèrent des risques pour leur santé et leur sécurité et des risques pour la sûreté des installations », écrit Mme Lesdos. « Un volume d’heures supplémentaires conséquent a été déclaré en 2011 par des salariés non cadres du service dans lequel un salarié non cadre s’est suicidé en janvier », relève encore la direction du travail.
Le 26 septembre, le secrétaire CFDT du CHSCT du site, Thierry Mouchel, avait déjà fait part à l’AFP de ses préoccupations face à la « dégradation de la santé mentale » des salariés et avait estimé que 2012 allait être « un copié-collé » de 2011.
Début 2011, les syndicats avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sur la question de ses suicides dont les raisons restent floues. La question avait été évoquée en juin 2011 devant la cour d’appel de Caen, qui avait partiellement validé une demande d’expertise du CHSCT.
La directrice de la communication de l’usine, Catherine Argant, a indiqué que le site avait envoyé une première réponse le 5 octobre à l’inspection du travail et préparait une réponse plus complète.
Le secteur des énergies renouvelables est en crise économique
Courriel de Philippe Rocher, Metrol
Selon les experts du Bloomberg New Energy Finance, les investissements réalisés dans le secteur des énergies renouvelables affichent, pour la première fois depuis 8 ans, une baisse de l’ordre de 5 % au 3e trimestre 2012. Outre une diminution des coûts unitaires à puissance égale installée, ce ralentissement serait essentiellement lié à la crise de confiance sur les marchés financiers qui, dans certains pays, vient s’ajouter à l’incertitude réglementaire.
Le cas le plus flagrant est sans doute celui des USA, où certains modes de soutien des renouvelables sont suspendus aux résultats des élections. La France n’est pas en reste, avec un secteur éolien dont le sort a été remis entre les mains de la Cour de Justice Européenne.
Malgré ces perturbations, l’Europe reste en tête, puisque ses 14,2 milliards d’euros d’investissements dans les énergies renouvelables au 3e trimestre 2012 dépassent ceux de la Chine (11,5 milliards) et ceux des Etats-Unis (5,7 milliards).
Dans un contexte de tension accrue sur les banques européennes (les accords de Bâle III leur imposent de doubler leur ratio minimal de fonds propres), quelles sont les solutions bancaires et financières proposées aux acteurs des renouvelables ? Les secteurs d’activité liés au développement de projets EnR sont-ils suffisamment attractifs pour les financeurs potentiels ? Les institutions financières sont-elles en mesure de mobiliser les fonds nécessaires pour atteindre les objectifs EnR de 2020 ? Comment, et à quelles conditions ?
Communiqué de presse de la Fédération environnement durable
Eolien la débâcle
La presse économique envisage la faillite de la société Vestas, le numéro 1 mondial de l’éolien. Les premiers défauts de paiement sont survenus la semaine dernière. L’action a perdu 90% de sa valeur en un an et le gouvernement danois a déclaré qu’il n’apportera aucune aide. L’entreprise employait 20.000 personnes qui ont installé plus de 39.000 éoliennes dans 63 pays du monde soit près de 14% de parts de marché.
Vestas avait déjà supprimé 1.900 postes en 2009, 3.000 en 2010. Début 2012 cette société a annoncé 2335 licenciements et elle vient de déclarer récemment qu’elle pourrait être contrainte de se séparer de 1.600 employés supplémentaires aux USA si le système de crédits d’impôts dans ce pays n’était pas prolongé. (1)
Les déclarations du Président du syndicat français de l’éolien (FEE) directeur Général de Vestas France affirmant pouvoir créer des dizaines de milliers d’emplois éolien en France pourraient prêter à sourire si notre pays ne traversait pas une période aussi difficile.
L’espagnol Gamesa numéro 4 mondial est lui aussi en difficulté. Il a annoncé 2.600 licenciements. Un communiqué, lors de l’éviction du Président l’été dernier, avait montré que Gamesa ne maitrisait que 15 % de son carnet de commandes pour 2013. L’action a perdu 50 % de sa valeur en un an et se trouve pratiquement divisée par 10 par rapport à 2010. Le gouvernement espagnol est hors d’état d’apporter la moindre aide directe ou via des subventions.
Par ailleurs la crise économique éolienne risque de devenir incontrôlable depuis que le nouveau ministre de l’énergie britannique a choisi le jour du congrès des énergies renouvelables britanniques, le 31 octobre 2012, pour annoncer l’arrêt total de la construction des éoliennes terrestres en grande Bretagne (2). Bien que le premier ministre David Cameron ait réaffirmé immédiatement les engagements de son gouvernement, cette polémique au plus haut sommet d’un État dévoile l’extrême fragilité de cette énergie renouvelable dont la survie peut être remise en cause à tout instant.(4)
(...)
Elle alerte aussi tous les organismes bancaires concernant les risques de crédit liés aux projets éoliens utilisant souvent des circuits financiers occultes comme l’a signalé récemment dans un rapport examiné par le Premier Ministre, le Service de Renseignement et d’Analyse sur la Criminalité Organisée, qui s’inquiète officiellement de la pénétration des organisations mafieuses dans le secteur des énergies vertes (6)
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Notes :
(1) http://www.bloomberg.com/news/2012-...
(2) http://www.bloomberg.com/news/2012-...
(3) http://www.bloomberg.com/quote/GAM:...
(4) http://www.dailymail.co.uk/debate/a...
(5) http://www.bbc.co.uk/news/uk-20150316
(6) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/10/21/01016-20121021ARTFIG00170-cinq-organisations-criminelles-etrangeres-sous-surveillance.php]
Café décroissance
CAFÉ DÉCROISSANCE : DÉCROISSANT DES VILLES, DÉCROISSANT DES CHAMPS ?
Jeudi 15 novembre, à 18h, au Be Pop Café (rue G. Braque, Le Havre), nouvelle édition du café décroissance sur le thème : DÉCROISSANT DES VILLES, DÉCROISSANT DES CHAMPS ?
Il ne s’agit pas d’opposer la ville et la campagne. Il s’agit d’explorer les facilités et les difficultés de vivre la décroissance en ville et en campagne. Que ce soit à titre individuel ou au niveau de la société.
C’est un débat sans fin, sur l’énergie, les transports, la densité, le lien, la pollution, l’entropie, la néguentropie (sic), la culture, l’agriculture, la qualité de vie, etc., donc prolixe à toute ouverture vers tous les sujets concernant l’objection de croissance.
L’occasion d’échanger sur nos visions de la décroissance, les expérimentations concrètes des uns et des autres et surtout de partager un moment convivial.
Des jeunes Arabes se mobilisent contre le changement climatique
Un Mouvement des Jeunes Arabes pour le Climat (Arab Youth Climate Movement, AYCM) plaidant pour un avenir plus durable dans la région a été lancé simultanément dans plus d’une dizaine de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord le 10 novembre 2012, préalablement à la 18e Conférence des parties (COP18) de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) organisée à Doha.
Alors que le Qatar est le premier pays du Moyen-Orient à accueillir une conférence majeure de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur le changement climatique, les jeunes de la région voient dans cet État du Golfe un leader potentiel pour obtenir la réussite de la de la COP18 et changer l’image actuellement « obstructionniste » de la région dans les négociations sur le climat.
Le mouvement des jeunes arabes pour le climat - premier de la sorte dans le monde arabe - réunit des centaines de militants de base originaires de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord tels que le Qatar, la Mauritanie, le Maroc, la Jordanie, la Libye, la Tunisie, les Émirats arabes unis, la Palestine, le Liban, l’Irak, l’Algérie, le Soudan, Oman, l’Égypte et le Bahreïn, et il a été mis en place avec le soutien de militants d’organisations régionales et internationales telles qu’IndyACT, 350.org, le Réseau Action Climat et la campagne mondiale TckTckTck.
Le 10 novembre, les militants ont participé à des activités aussi variées que des séminaires et des projections de films ou des marches et des parades dans des villes de toute la région.
« Le changement climatique est l’un des problèmes environnementaux les plus pressants auxquels sont confrontés le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’heure actuelle. Le lancement du Mouvement des jeunes Arabes pour le climat et la journée d’action du 10 novembre démontrent que nous - jeunes Arabes d’aujourd’hui - nous unissons pour demander aux gouvernements, et notamment au pays hôte de la COP18, le Qatar, de s’engager à réduire leurs émissions et d’adopter une position plus durable et moins dépendante du pétrole lors des discussions de l’ONU sur le climat organisées à Doha.
La prochaine réunion de la COP18 doit non seulement aborder la réalité des défis qui attendent actuellement la région du fait du changement climatique, mais doit également préparer un avenir durable pour tous », a déclaré Mostafa Fouad, coordinateur régional du Mouvement des Jeunes Arabes.
Le Mouvement des Jeunes Arabes pour le Climat a été lancé par IndyACT, ONG arabe de jeunes qui a organisé un atelier régional en Égypte plus tôt dans l’année, soutenu par 350.org, la campagne mondiale TckTckTck, le Réseau Action Climat, les DEMENA Climate Ambassadors et la Fondation Heinrich Böll.
500 personnes ont demandé à y participer et 20 militants exemplaires de la jeunesse arabe ont été sélectionnés comme coordinateurs nationaux et se sont réunis pour planifier, partager et construire un mouvement régional et durable fort pour le climat.
« Les jeunes du monde arabe ont joué un rôle majeur dans les soulèvements et les révolutions qui ont eu lieu depuis 2010. Aujourd’hui, un autre type de révolution est en marche : les jeunes Arabes s’unissent pour prendre position sur le changement climatique et demander à leurs pays d’améliorer leur empreinte écologique et de réduire leurs émissions », a déclaré Anna Collins, coordinatrice de la jeunesse internationale pour la campagne mondiale TckTckTck.
La COP18 - prochainement organisée à Doha du 26 novembre au 7 décembre 2012 - est une occasion en or pour le Qatar de poursuivre la concrétisation de ses engagements et de mettre en avant une promesse ambitieuse de réduction de ses émissions.
En tant que pays hôte des négociations, le Qatar est à même de jouer un rôle crucial pour assurer que la COP18 permettra d’intensifier les efforts en vue d’augmenter le financement et les actions en faveur du climat, tout en participant à garantir l’avenir du Protocole de Kyoto.
Le Qatar peut également guider les négociateurs réunis à Doha vers l’adoption d’un accord sur un processus visant à combler le manque d’ambition à l’échelle mondiale entre les promesses actuelles de réduction des émissions et ce qui est nécessaire pour éviter les conséquences désastreuses annoncées par les recherches scientifiques sur le climat.
Le nouveau Mouvement des Jeunes Arabes pour le Climat rejoint d’autres organisations de jeunes qui ont formé des coalitions à l’échelle régionale et nationale ces dernières années afin d’agir de manière positive sur le changement climatique et de s’unir pour créer un monde plus durable, prospère, constructif, juste et équitable.
Ces réseaux de jeunes se réuniront et collaboreront également sur le terrain lors de la COP18 à Doha.
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À propos de TckTckTck :
TckTckTck est la campagne publique de la Campagne internationale action climat (CIAC), alliance sans précédent de plus de 375 organisations du monde entier. Par son travail, la CIAC vise à mobiliser la société civile et à stimuler le soutien du public pour assurer un avenir climatique sûr aux hommes et à la nature, promouvoir la transition de nos économies vers de faibles émissions de carbone et accélérer les efforts d’adaptation au sein des communautés déjà touchées par le changement climatique.
Le 10 novembre, la campagne mondiale TckTckTck soutient la journée d’action organisée par les groupes locaux réunis au sein du Mouvement des jeunes arabes pour le climat.
Echobio
Le n° 37 d’Echobio est paru
AU SOMMAIRE
Portrait En route avec les Explorateurs
Reportage Snacker bio et sain à toute heure
Initiative Label Eco-Ecole : les leçons d’écologie
DOSSIER Farines : osez la nouveauté
Art de vivre Rentrée : les remèdes anti-stress
Beauté Comment garder la forme en automne ?
Hygiène L’alimentation des chiens et chats
Cuisine Mignons champignons : parfum et légèreté
Jardin Les vivaces, gain de temps et d’énergie
Etudier les OGM, d’accord, mais pourquoi faire souffrir les rats ?
La recherche française vient de s’illustrer dans le monde en exhibant le 19 septembre 2012 des rats de laboratoire portant au bout de leur chemin de croix des tumeurs cancéreuses dignes d’animaux de foire ou de cabinets des monstruosités.
En prolongeant la vie et la douleur, les scientifiques de l’université de Caen ont quitté le champ de l’expérimentation animale pour rentrer dans les jachères illimitées de la torture. Cet acharnement pathologique est indéfendable.
La Directive européenne du Parlement Européen et du Conseil relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques date du 22 septembre 2010. Elle dit que la douleur, la souffrance, l’angoisse des animaux de laboratoire doivent être réduites au minimum.
La Directive dit aussi que les Etats-membres doivent s’assurer que toute souffrance inutile et infligée à un animal lors d’une procédure soit interrompue.
En poussant son expérience hors des limites prescrites par la Directive et en établissant dans le secret une procédure de cancérogénèse étendue à 2 ans et appliquée à 200 rats, l’université de Caen s’est en quelque sorte, « pour la bonne cause » et en consommant un budget de 3 millions d’euros, mise dans l’illégalité.
Il n’y a pas de « bonne cause » qui puisse justifier le maintien, la maintenance et enfin l’ostentation des douleurs et des cruautés inutiles.
Le 27 septembre 2012, il a été défendu par le représentant de Robin des Bois au Conseil d’Administration de l’ANSES - Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail - que l’Agence, dans son avis sur l’étude Seralini et al. devait au regard du bien être animal évoquer et encourager les méthodes de substitution à l’expérimentation in vivo en laboratoire.
Hélas, l’avis de l’ANSES rendu dans l’urgence le 19 octobre préconise des études élargies et consolidées à 400 animaux, sans préciser les espèces. Il pourrait s’agir de souris, de gerbilles, de rats ou de hamsters. D’autres instances françaises et européennes réclament elles aussi des études complémentaires.
Pourtant, il est bien connu que les résultats d’études toxicologiques menées sur les rongeurs et sur d’autres animaux ne sont pas transposables avec fiabilité à l’espèce humaine.
Il serait par exemple plus convaincant de recueillir dans le cadre d’une étude épidémiologique internationale les enseignements de l’expérimentation animale qui consiste depuis plusieurs années à nourrir des millions de vaches et d’autres animaux d’élevage avec les maïs et les sojas transgéniques.
Qu’en pense ou quand pense la plateforme pour le développement de méthodes alternatives en expérimentation animale installée en 2008 et regroupant le Ministère de la recherche, les industries chimiques, pharmaceutiques et cosmétiques, le CNRS, l’INERIS et l’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail) maintenant absorbée par l’ANSES ?
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En 1989, Robin des Bois a retardé de plusieurs mois l’ouverture de l’animalerie expérimentale de Rhône-Poulenc à Alfortville dans la région parisienne.
Entre 1987 et 1990, Robin des Bois en coopération avec Environmental Investigation Agency a stoppé les pratiques d’un consul de France au Sénégal qui exportait frauduleusement des babouins et des chimpanzés vers des laboratoires européens.
Les ONG critiquent l’orientation donnée au débat sur la transition énergétique
« Nous demandons qu’au moins un des deux représentants de la filière nucléaire quitte ce comité et qu’un rééquilibrage soit réalisé, notamment en intégrant un représentant du monde de l’efficacité énergétique et en instaurant une présidence neutre. »
Alors que les membres du comité de pilotage du futur débat sur la transition énergétique ont été annoncés samedi 10 novembre, sans concertation avec les ONG et associations de protection de l’environnement, celles-ci jugent incompréhensibles à la fois la méthode employée et la composition de ce comité. Elles sont de plus en plus réservées sur un débat qui démarre sur de telles bases.
La conférence environnementale devait acter le changement de méthode voulu par le gouvernement, plaçant la concertation au centre des décisions. Etant donné le rôle crucial du comité de pilotage, les ONG et associations de protection de l’environnement avaient demandé à être associées au choix des personnes qui seraient retenues.
Pour elles, le comité de pilotage devait être composé de personnalités indépendantes, ayant une grande pratique du débat public et garantes de son caractère démocratique.
Sans qu’aucune réponse n’ait été apportée par le ministère de l’écologie depuis la conférence environnementale et malgré l’assurance donnée par Matignon que l’organisation du débat ne serait pas validée sans consultation des parties prenantes, c’est par la presse qu’ont été révélés les noms des membres du comité de pilotage.
Les ONG et associations de protection de l’environnement sont profondément déçues et se sentent interpellées par la méthode, mais encore davantage par le choix des personnes nommées.
Alors qu’un comité de pilotage nécessite des personnalités de dialogue, aptes à animer un débat tout en gardant la plus grande neutralité, le gouvernement semble vouloir donner une place de choix au lobby du nucléaire avec deux membres sur six au sein de l’instance censée servir de « cerveau » au futur débat sur la transition énergétique.
De plus, la ministre de l’écologie présidera ce comité de pilotage, la rendant ainsi juge et partie d’un débat public qui est censé lui remettre des recommandations.
S’agissant d’une question aussi cruciale pour l’avenir de la France, le gouvernement aurait dû prendre de la hauteur et proposer un comité de pilotage capable de porter une vision neutre, dépassionnée et garante de la réussite du processus.
Au lieu de mettre en place une organisation propre à favoriser la participation des citoyens, la créativité et l’intelligence collectives, le gouvernement pose un cadre qui semble emmener le débat à marche forcée vers des conclusions déjà écrites.
Nous demandons qu’au moins un des deux représentants de la filière nucléaire quitte ce comité et qu’un rééquilibrage soit réalisé, notamment en intégrant un représentant du monde de l’efficacité énergétique et en instaurant une présidence neutre.
Si la composition du comité de pilotage, telle qu’elle a été annoncée dans la presse, devait se confirmer, c’est l’intérêt et le principe même du débat qui seraient remis en cause.
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Signataires :
Réseau pour la transition énergétique,
Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme,
France Nature Environnement,
Les Amis de la Terre.
La ministre de l’Ecologie n’a pas le temps de voir les journalistes de l’écologie
En poste depuis 5 mois, Delphine Batho est aux prises avec un agenda surchargé :
• conférence environnementale,
• aide à la rédaction du plan de soutien à l’automobile,
• refonte des tarifs de l’électricité,
• défense du budget de son ministère,
• participation au sommet d’Hyderabad sur la biodiversité,
• gestion du dossier des gaz de schiste,
• réflexion sur la fiscalité environnementale,
• contrôle du plan de compensation des zones artificialisées par le chantier de l’aéroport de Notre- Dame-des-Landes,
• saisine de l’Anses suite à la publication de l’étude Séralini sur le maïs OGM,
• rédaction du plan de soutien au photovoltaïque,
• préparation des appels d’offres éolien offshore et hydrolien,
• suivi de la nouvelle politique des parcs nationaux, de la cohabitation avec les grands prédateurs, de la stratégie nationale pour la biodiversité,
• suivi des stress tests des centrales nucléaires,
• participation au sommet de Doha sur le climat,
• mesures pour limiter les algues vertes,
• lancement du débat national sur la transition énergétique,
• limogeage de la CGDD,
• reconquête de la qualité de l’air.
Un sacré programme.
Programme sur lequel les 300 journalistes spécialisés, membres de l’Association des journalistes de l’environnement (AJE), de l’Association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) et de l’association des journalistes de l’énergie (AJDE) aimeraient interroger la ministre de l’écologie et du développement durable.
Un souhait qu’il faut, pour le moment, classer dans la rubrique des voeux pieux. Car, malgré de très nombreuses demandes formulées, depuis trois mois, à son cabinet, Delphine Batho ne daigne pas répondre à la presse spécialisée. L’agenda surchargé, sans doute.
A moins que ça ne soit une nouvelle conception du dialogue entre les politiques et les journalistes, faite de communiqués et de relations particulières avec quelques médias choisis.
Et puisqu’il est question d’agenda, Delphine Batho est probablement la seule ministre du gouvernement Ayrault à ne pas publier le sien. Par souci de discrétion ?
Greenpeace ne participera pas au débat sur l’énergie
A l’issue d’un rendez-vous avec la Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie Delphine Batho, Greenpeace a décidé lundi 12 novembre de ne pas participer au « débat sur la transition énergétique » tel que proposé par le gouvernement.
La nomination des cinq membres du comité de pilotage ce samedi 10 novembre, dont deux éminents représentants des intérêts de l’industrie nucléaire, et l’annonce de sa présidence par la Ministre elle-même ont constitué le « mauvais coup » de trop.
Aucune place pour des industriels qui représenteraient les filières des renouvelables, de l’efficacité énergétique ou encore des PME par exemple.
« Encore une fois ce soir au cours de notre rendez-vous avec Delphine Batho, et comme lors des semaines passées, aucune de nos demandes ou questions à la Ministre sur l’organisation et le cadre de ce débat n’ont été satisfaites, par exemple l’indépendance et l’ouverture à d’autres acteurs du comité de pilotage, explique Jean-François Julliard, Directeur Général de Greenpeace France. Nous ne voulons pas servir une fois de plus de ’caution verte’ à un débat et un processus dont on craint que les conclusions seraient déjà décidées par d’autres ».
« Nous n’avons plus confiance »
En six mois de mandat, le gouvernement a multiplié les signaux extrêmement négatifs sur l’environnement. L’acharnement du gouvernement et notamment de Matignon sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, la volonté de Delphine Batho de mener à bien des travaux coûteux et inutiles sur la centrale de Fessenheim malgré l’annonce de sa fermeture officiellement programmée pour 2016, l’absence totale de relance et de mesures d’urgence pour la filière éolienne ne sont que des exemples parmi d’autres.
« Greenpeace ne refuse ni le débat ni la discussion. Nous avons par le passé participé au Grenelle ou récemment à la conférence environnementale. Nous participons à divers organes de concertation avec les industriels notamment sur l’énergie nucléaire.
Mais malgré les déclarations de Delphine Batho, nous n’avons plus confiance dans la volonté du gouvernement d’un débat réellement ouvert et d’une réelle volonté de changement » conclut Jean-François Julliard.
Greenpeace continuera de faire campagne partout où ce sera nécessaire pour défendre sa vision de la transition énergétique.
Corée du Sud : des fissures sur un réacteur, la sûreté en cause
Des fissures d’un nouveau type détectées dans un réacteur sud-coréen : l’ensemble du parc nucléaire de ce pays devra être contrôlé
Certains pensaient que les réacteurs nucléaires à eau pressurisée (REP), représentant la majorité de ceux exploités de par le petit village nucléaire, étaient bien connus (particulièrement leurs défauts) depuis la soixantaine d’années qui les séparait de leur première mise en service commerciale. [1]
Décidément, tout se casse la figure : un « nouveau » type de défaut fait son apparition au niveau d’un REP Coréen
Deux des réacteurs de l’immense site de production électronucléaire de Yeonggwang, situé à 250 km au Sud de Séoul, ont connu depuis quelques mois des problèmes localisés au niveau des barres de contrôle des cœurs, éléments primordiaux pour la « conduite » du réacteur.
Ce sont notamment ces barres qui permettent en grande partie de stopper le processus de fission nucléaire le plus rapidement possible lors d’un défaut touchant l’unité, ce qui se produit en moyenne une fois par année et par réacteur (USA).
Peu de détails et une commission de régulation Coréenne passablement opacifiante
Il semble que ces problèmes affectant les barres de contrôle aient déclenché plusieurs arrêts d’urgence au niveau d’au moins deux unités de production, notamment le mois dernier et dans le courant du mois d’août 2012.
Même si très peu d’informations ont filtré sur ce nouvel incident Sud-Coréen, il est probable que les défauts se soient produits au niveau des unités n° 1 et 2 qui sont les plus anciennes de l’énorme site qui compte 6 réacteurs et délivre une puissance totale estimée à près de 6.000 MWe.
On se souviendra par ailleurs que la commission de sécurité nucléaire sud-coréenne [2] traîne derrière elle – et malgré un changement de patronyme récent qui ne trompe personne – une longue série de casseroles visant sa présumée indépendance vis-à-vis du village électronucléaire.
Des barres de contrôle endommagées, un réacteur défaillant impossible à stopper : un condensé du cauchemar nucléaire
Nous évoquions récemment le scénario du pire : un réacteur fou, dont par exemple les barres de contrôle ne fonctionneraient plus pour une raison ou pour une autre. Même si des dispositifs annexes permettent de seconder la descente de ces éléments dans un cœur à stopper d’urgence, il est évident que l’on se trouve déjà – dans le cadre d’un arrêt d’urgence – dans une situation plus ou moins périlleuse et que ce type de défaut engendrerait à coup sûr – dans le meilleur des cas – le retard d’un processus que l’on souhaiterait à l’évidence le plus rapide possible.
Ce cas de figure ne s’est – à priori – jamais produit à ce jour mais ces défauts signalés sur les barres de contrôle semblent cependant très, très inquiétants car il sont situés au niveau d’un élément vital de la sécurité des réacteurs.
L’accident de Tchernobyl a d’ailleurs été lui-même facilité – voire partiellement créé – par un défaut de conception de ce système crucial : les 20 secondes qui ont été fatales lors de l’accident de Tchernobyl ont été provoquées par une vitesse insuffisante de pénétration de ces éléments dans le cœur d’un réacteur déjà en situation extrême [3].
Nous vous laissons imaginer quelles conséquences pourraient survenir sur un site regroupant six unités de production lancées à pleine puissance si ce type de défaut touchant les barres de contrôle finissait par survenir lors d’un arrêt d’urgence sur l’un des réacteurs…
Un contrôle à froid sera effectué sur l’ensemble du parc nucléaire Sud-Coréen
Problème : pour effectuer ces contrôles – manifestement assez urgents – il est nécessaire de placer l’ensemble des réacteurs du parc Sud-Coréen [4] en « arrêt à froid » c’est à dire d’arrêter les réacteurs… vous avez deviné, en insérant les barres de contrôle dans les réacteurs…
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Notes
1. Le premier REP Westinghouse, d’une puissance de 60 MWe, a été mis en service commercial le 2 décembre 1957 sur le site de Shippingport, USA.
2. Nuclear Safety & Security Commission.
3. L’une des hypothèses secondaires intéressantes est qu’au moins l’une des barres de contrôle déformée ait pu coincer l’ensemble du mécanisme d’insertion.
4. 23 réacteurs représentant un peu moins de 20.000 MWe.
EELV décrète la mobilisation pour Notre Dame des Landes
Chers amis, chères amies,
Dans toutes les régions, Europe Ecologie Les Verts se mobilise pour soutenir le refus du projet pharaonique de l’aéroport de Notre Dame Des Landes.
L’enjeu est lourd, sur le plan environnemental et climatique comme sur le plan budgétaire, tant les sommes prévues pourraient être plus utilement déployées sur d’autres terrains.
Samedi 17 novembre, je serai à Notre Dame des Landes avec de nombreux militants. Dans les prochaines semaines, la mobilisation va s’étendre. Des outils seront mis à votre disposition.
Partout, vous pourrez agir. Partout, vous pourrez dire que le futur n’est pas dans la confiscation de ressources rares au service de projets ruineux. Partout, vous pourrez dire que les écologistes agissent pour un avenir différent, pour vivre mieux.
Avec tout mon soutien,
Pascal Durand, secrétaire national
Réduire les émissions de gaz à effet de serre implique de réduire le trafic aérien, montre une étude
L’étude est centrée sur les Pays de Loire et analyse l’effet d’un nouvel aéroport à Nantes.
La région Pays de la Loire compte neuf aéroports et deux aérodromes sur lesquels du trafic est enregistré. L’aéroport de Nantes-Atlantique est de loin la principale infrastructure aéroportuaire de la région. Plus de 95% des voyageurs transportés par avion en Pays de la Loire le sont sur cet aéroport (Explicit 2009), dont le trafic est en augmentation depuis 1990 (Direction Générale de l’Aviation Civile 2010). Il est prévu de transférer les activités de Nantes Atlantique sur un nouvel aéroport qui serait construit à Notre Dame des Landes, à 30 kilomètres au Nord de Nantes.
Nous présentons d’abord les méthodes d’inventaire d’émissions de gaz à effet de serre (GES) du trafic aérien, puis la méthode choisie pour réaliser les projections des consommations d’énergie et des émissions attribuables au transport aérien des Pays de la Loire jusqu’en 2050.
Après avoir présenté les résultats chiffrés des différents scénarios (figure 1), nous concluons que le trafic aérien régional devra nécessairement diminuer pour atteindre les objectifs de réduction des consommations d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette réduction n’impactera que la minorité de français(es) (20%) qui prend l’avion, essentiellement pour des motifs de loisirs, et sera d’autant plus facilement acceptée.
Figure 1. Scénarios d’évolution des émissions de GES du trafic aérien attribuable à l’aéroport de Nantes entre 2010 et 2050
Source : Scénario Virage Energie-Climat Pays de la Loire, octobre 2012
Colloque international André Gorz
Cinq ans après la mort de ce grand penseur de l’écologie politique, un important colloque rend hommage à André Gorz.
Né en 1923 à Vienne (Autriche) d’un père juif et d’une mère catholique, naturalisé français en 1954 sous le nom de Gérard Horst, André Gorz fut placé dans une pension en Suisse au moment de l’envahissement de l’Autriche par l’Allemagne nazie. Il rencontra Jean-Paul Sartre en 1946 venu faire une conférence à Genève. Ce fut le début d’une longue proximité au point que Gorz devint l’un des principaux animateurs de la revue Les Temps Modernes au début des années 60.
En 1958, il fit paraître Le Traître, autobiographie existentielle préfacée par Sartre. André Gorz devint ensuite un intellectuel très écouté dans les milieux syndicaux, parfois davantage en Allemagne et en Scandinavie qu’en France. Journaliste sous le pseudonyme de Michel Bosquet à L’Express, puis au Nouvel Observateur, dont il fut l’un des fondateurs, il développa, sous la double influence d’Ivan Illich, de Herbert Marcuse, et des approches théoriques de l’École de Francfort, les premières bases de l’Écologie Politique.
Sa dernière œuvre publiée de son vivant, Lettre à D., retrace son histoire et dit publiquement tout son amour à sa femme Dorine - avec qui il avait conclu un pacte de fidélité qui les mena jusqu’à leur suicide commun en septembre 2007. Les archives d’André Gorz sont conservées à l’IMEC.
L’année 2012 est celle du cinquième anniversaire de la mort d’André Gorz. Nous pressentons de plus en plus que son œuvre est désormais incontournable à la fois à notre compréhension de l’évolution de la société capitaliste et au renouvellement du corpus intellectuel de la gauche. La crise sociale et économique profonde que subit le capitalisme depuis de longues années tout comme l’accélération des dérèglements climatiques et environnementaux ont déjà largement confirmé l’acuité des analyses et les capacités visionnaires d’André Gorz.
Le moment est donc venu d’opérer un premier retour sur ses écrits pour mieux cerner leur portée, dans leurs dimensions philosophiques, anthropologiques, socio-économiques, mais sans doute, aussi, émotionnelles. Il ne s’agit pas de rendre un hommage convenu à André Gorz mais de se placer dans une posture de continuité vivante. Autrement dit, de nous demander en quoi son œuvre nous aide aujourd’hui à ouvrir de nouvelles voies de réflexion politique et d’engagement citoyen.
Nous savons en effet que pour André Gorz, l’enjeu n’était pas tant de sortir d’une crise ou d’une autre mais bien de sortir du capitalisme lui-même. Cette perspective a souvent contribué à le classer parmi les auteurs sinon « utopistes » en tout cas « radicaux ». Pourtant, il est incontestable qu’à de nombreux moments-clé de notre histoire intellectuelle récente, André Gorz a su porter dans le débat politique des réflexions structurantes et toujours utiles pour l’action. Ce fut le cas par exemple à la fin des années soixante par ses apports originaux à une théorie de l’aliénation ou à la réflexion sur le dilemme réforme/révolution. Ce fut évidemment le cas aussi par ses contributions décisives et pionnières à l’Écologie politique dans les années soixante-dix.
Un peu plus tard, ses Adieux au prolétariat puis ses Métamorphoses du travail font prendre corps à un débat jusqu’alors diffus sur la nature, le rôle et le sens du travail dans la société salariale rongée par le chômage de masse. Plus récemment, il nous invitait à prendre conscience du fait que le capitalisme était vraisemblablement entré dans sa phase ultime. Il est d’ailleurs un des rares penseurs de notre temps à avoir anticipé et pris la mesure des risques d’effondrement du système économique qui deviennent si aigus aujourd’hui.
Colloque international autour de la pensée d’André Gorz
Jeudi 15 et vendredi 16 novembre 2012
Montreuil – Nouveau Théâtre – Salle Maria Casarès
Direction scientifique - Alain Caillé – Christophe Fourel
Fonds André Gorz (IMEC)- Responsable : François Bordes. Chercheur associé : Willy Gianinazzi
Programme
Jeudi 15 novembre 2012
10h00 - Accueil et ouverture du colloque
Olivier CORPET, directeur l’IMEC, Patrick PEUGEOT, président de la CIMADE et Christophe FOUREL, auteur (dir.) de André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle (Éditions La Découverte)
10h30 - Du Traître à Lettre à D. : les enjeux émotionnels et existentiels de la transformation sociale
Contribution introductive : Patrick VIVERET
Modératrice : Adèle VAN REETH (France Culture)
Contributeurs : Christian ANRSPERGER, Michel CONTAT, Françoise GOLLAIN, Hans-Leo KRÄMER, Rossana ROSSANDA, Frédéric WORMS
12h30 – Déjeuner libre
14h00 – Va-t-on vers la fin programmée du travail-emploi ?
Contribution introductive : Dominique MEDA
Modérateur : Thierry PECH (Alternatives Économiques)
Contributeurs : Robert CASTEL, Florence JANY-CATRICE, Jean-Louis LAVILLE, Michel ROCARD, Roger SUE
16h00 - Pause – Présentation du Fonds « André Gorz »
François BORDES (IMEC), Willy GIANINAZZI
16h30 - Après le marxisme, au-delà du capitalisme
Contribution introductive : Alain CAILLE
Modérateur : Éric AESCHIMANN (Le Nouvel Observateur)
Contributeurs : Clémentine AUTAIN, Jean-Marie HARRIBEY, Anselm JAPPE, Alain LIPIETZ
18h30 - Écoute : extraits sonores ou film
21h00 - Lecture de Lettre à D. par André WILMS
Vendredi 16 novembre 2012
10h00 - Écologie et Politique
Contribution introductive : Jean-Pierre DUPUY
Modérateur : Jade LINDGAARD (Mediapart)
Contributeurs : Geneviève AZAM, Dominique BOURG, Hervé KEMPF, Bernard PERRET, Dominique Voynet
12h00 - Extraits de documentaire sur André Gorz
13h00 - Déjeuner
14h30 - Un revenu minimum sans revenu maximum ?
Contribution introductive : Philippe VAN PARIJS
Modérateur : Denis CLERC (Alternatives Économiques)
Contributeurs : Gérard ANDRECK, Gaby BONNAND, Roger GODINO, Carlo VERCELLONE
16h30 - Synthèses : Jean-Baptiste de FOUCAULD – Jean-Claude GUILLEBAUD
Animation : Frédéric MENAGER (nonfiction.fr)
Colloque organisé à l’initiative de l’IMEC et de La Revue du M.A.U.S.S., en partenariat avec Le Nouvel Observateur, ainsi que : Alternatives Économiques, le site Nonfiction.fr, Médiapart, Reporterre, et avec le soutien de la Fondation La Mondiale.
Nouveau théâtre de Montreuil Centre dramatique national, 63 rue Victor Hugo, 93 100 Montreuil
Métro Mairie de Montreuil (ligne 9 / sortie avenue Pasteur)
A Notre Dame des Landes, des « copwatchers » pour surveiller les policiers
Amis journalistes,
Comme vous le savez, un nouveau Larzac est en train de naître, près de Nantes.
Une bataille titanesque s’est engagée contre la construction à Notre-Dame des Landes d’un aéroport... et le monde (productiviste, désastreux sur le plan climatique, avide de terres agricoles, antidémocratique, etc.) qui va avec.
Une manifestation de réoccupation des terres évacuées récemment par l’armée et la gendarmerie est prévue ce week-end. Il s’agit de reconstruire des hébergements détruits par les gendarmes afin d’y loger tous ceux qui veulent défendre les terres agricoles et les zones naturelles préservées du coin.
Bien sûr, il est possible que les forces de l’ordre ne nous laissent pas faire. Nous avons décidé de lancer une brigade de « copwatchers », ou observateurs de policiers (et autres forces de l’ordre), armés de caméras, strictement non violents et respectueux de tous, mais bien décidés à filmer les éventuelles violences des gardiens de l’aéroport et de son monde.
Nous aurons des uniformes distincts, et nous rendrons d’un point chaud à l’autre pour filmer les forces de l’ordre en action, COMME NOUS EN AVONS LE DROIT.
Cela n’est cependant pas sans risque. Les agents de l’Ordre violents n’aiment généralement pas qu’on les filme en train de déraper. Il faut donc se préparer à des réactions brutales (que nous filmerons !), voire à des procès de mauvaise foi mais bien réels. Cela fait d’ailleurs partie de notre projet : ces procès nous aideront à initier un réel débat sur la réalité du maintien de l’Ordre aujourd’hui, sur les mésusages des forces de l’ordre, et aussi sur ceux des policiers, gendarmes et autres qui veulent une autre police et résistent en interne, isolés et souvent sanctionnés par l’institution...
Un site internet spécial sera lancé dans la foulée.
Un vigile agressé ? Ca ressemble si fort à une grosse provocation...
Les faits : un vigile payé par la société AGO, faux-nez du bétonneur Vinci, a été cogné par une vingtaine de jeunes (ici). À près de trois heures du matin, non loin d’une maison appelée à être détruite pour faire place à l’aéroport voulu par notre Grand Premier Ministre en personne, pour sa gloire éternelle et celle des juteux travaux inutiles.
Mon appréciation.
Premièrement, rien ne prouve bien sûr que Vinci, champion du béton, soit responsable d’une vulgaire provocation. Disons qu’on a le droit de se poser des questions. Est-il raisonnable, dans la situation de tension créée par la présence de centaines de flics dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, de laisser seul un vigile au milieu de nulle part ? Officiellement, ce vigile était là pour empêcher qu’une maison vouée à la démolition ne soit squattée. On voit mal comment un vigile aurait pu, à lui seul, empêcher une opération collective. Et la preuve, c’est qu’il n’a pas fait le poids le moment venu.
Deuxièmement, il y a eu volonté claire de désinformation. J’imagine - sans aucune preuve, certes - les petites mains de la préfecture - et/ou de Vinci - se réunir une fois, deux fois, trois fois, dix fois, ressassant cette seule question : comment saboter la formidable mobilisation en cours ? Comment s’attaquer à la si bonne réputation de cette lutte exemplaire ? Comment amoindrir l’impact des appels à manifester sur place le 17 novembre ? Eh bien, la violence supposée de ces vilains anarchistes arrive comme à point nommé. Soit un homme seul, pratiquement martyrisé par une bande ne parlant pas même - pour certains de ses membres - français. Tous les spectres habituels sont là. Ravachol d’un côté, accompagné de la bande à Bonnot, et renforcé par de mystérieux étrangers. Notons ensemble que les premiers titres parlaient d’un homme gravement blessé. Il a en fait un arrêt de travail d’une semaine. On a vu pire.
Troisièmement, un flic est un flic, merde alors ! Les militaires professionnels ne veulent plus mourir, comme on le voit à chaque fois en Afghanistan. Et les flics, fussent-ils privés, ne veulent pas recevoir de coups. Qu’ils changent donc de métier ! Quand on occupe militairement une zone, quand on envoie un millier de professionnels suréquipés affronter des jeunes de 20 à 25 ans sans la moindre expérience de la violence étatique, on prend un risque manifeste. Et l’on assume, M. Ayrault ! S’il est un responsable de ce qui est arrivé au vigile, c’est bien vous, monsieur l’Immense Premier Ministre. Vous !
Et pour le reste, tant que cela nous est possible, rions à gorge déployée de ces misérables manœuvres, dignes d’une école maternelle. Si Ayrault, la préfecture, les flics et Vinci n’ont que cette histoire à se mettre sous la dent, c’est qu’ils sont vraiment dans la panade. Et pour le 17, ça promet. Dites, vous n’oubliez pas, hein ? TOUT LE MONDE SUR LE PONT LE 17 NOVEMBRE ! TOUT LE MONDE À NOTRE-DAME-DES-LANDES !
Lesieur et Areva : champions 2012 du greenwashing !
Mardi soir à la Java, dans l’ambiance calfeutrée de ce bar à jazz sombre mais convivial, les Amis de la Terre organisaient leur grande cérémonie de remise des prix Pinocchio du Développement Durable.
Après un mois de vote sur internet, les urnes ont ainsi rendu leur verdict, à la clôture lundi soir : Lesieur, Bolera Minera et Areva sont les trois lauréats de cette 5e édition.
Mais qu’est-ce donc que le prix Pinocchio ? Une récompense en greenwashing, une coupe pour les entreprises dont le nez pointe toujours plus loin lorsqu’elles parlent de développement durable.
Romain Porcheron, le responsable du projet chez Les amis de la Terre, explique la démarche : "L’objectif est de montrer l’envers du décor. Les problématiques RSE ont été largement appropriées par les entreprises, on surfe chaque jour sur la vague du développement durable et pourtant le gouffre entre beau discours et réalité politique ne cesse de se creuser. A travers ces prix Pinocchio, on appelle aussi les consommateurs à rester vigilant".
C’est un peu l’histoire de l’arroseur arrosé, au fond : l’événement médiatique offre un mauvais coup de pub aux entreprises qui en font justement un peu trop sur le dos de l’environnement. Histoire de "déverdir" l’image de boîtes qui en réalité sacrifient souvent les populations locales et l’environnement dans leurs activités quotidiennes.
Avec ce concours, les organisateurs font un double-pari : celui d’abord de croire que les citoyens sont de plus en plus attentifs aux impacts sociaux et environnementaux de leur consommation.
Celui ensuite de miser sur une méthode ludique pour viser un public toujours plus large. Les résultats montrent qu’ils ont plutôt eu le nez fin, eux : 17 000 votants, pour 13 000 l’année dernière et 4 000 lors de la première attribution en 2008.
Une progression lente mais incontestablement ascendante. Pour Romain Porcheron, l’indicateur est bon : "Les gens commencent véritablement à comprendre ce qu’est le greenwashing. C’est une préoccupation croissante".
Les consommateurs-électeurs avaient cette année le choix entre 9 nominés, répartis dans 3 catégories distinctes. Celle sur le greenwashing pur et dur, intitulée « Plus vert que vert », a vu la victoire de Lesieur pour sa campagne publicitaire « Aidons l’Afrique : une bouteille d’huile Lesieur achetée, une bouteille envoyée ».
Une volonté d’engagement auprès des familles africaines qui compense pourtant bien mal les activités de… la maison-mère, Sofiprotéol, un des principaux producteurs et promoteurs de l’industrie des agorcarburants.
C’est cette même industrie, qualifiée de « crime contre l’humanité » par Jean Ziegler, ancien rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, qui participe aujourd’hui de l’insécurité alimentaire dans ces pays d’Afrique, en augmentant sensiblement le prix des denrées alimentaires et détruisant les cultures vivrières.
La catégorie orientée sur les problèmes de corruption et de lobbying opaque, « Mains sales, poches pleines », a couronné Areva au sujet d’un gigantesque montage financier plutôt occulte, servant à gagner le marché de construction de centrales nucléaires en Afrique du Sud.
Enfin, la catégorie dénonçant l’abus de droits humains fondamentaux, « Une pour tous, tout pour moi », a honoré Bolera Minera – une joint venture des groupes Bolloré et Eramet qui a obtenu un permis d’exploration pour la recherche de lithium dans une région argentine où les 33 communautés indigènes qui y résident n’ont pas été consultées et ont ainsi décidé de se mobiliser en déposant une plainte auprès de la Cour Suprême d’Argentine.
Actualité importante oblige, Les Amis de la Terre ont octroyé exceptionnellement un Prix d’honneur à un grand habitué des médailles Pinocchio.
Lauréat l’année dernière de la catégorie « Plus vert que vert », Vinci a donc été distingué tout particulièrement pour ses projets en Russie (construction d’une autoroute au cœur de la forêt de Khimki) et en France (aéroport Notre-Dame-des-Landes).
C’est toutefois un prix qu’il convient de partager : « Nous avons décidé de remettre ce Prix à Vinci, en tant qu’opérateur de ces projets destructeurs, mais également aux responsables publics français et russes qui appuient et soutiennent. Nous dénonçons les violences actuelles perpétrées par les autorités publiques à l’encontre des citoyens qui luttent contre ces grands projets inutiles » complète Romain Porcheron.
Des accusations lourdes et des dénonciations importantes sur des sujets graves : ne vous trompez pas, l’ambiance était pourtant rieuse. Des représentations théâtrales mises en scène par une petite troupe de comédiens et un concert de musique ont rythmé une soirée détendue et festive.
« On voulait dédramatiser, rendre la cérémonie joyeuse. Il faut montrer que l’écologie, ça n’est pas de la prise de tête ou des grands élans moralisateurs. On peut tout à fait militer en rigolant un bon coup ! » lâche dans un dernier sourire l’animateur de la soirée.
Une petite récréation d’autant plus pertinente que le travail d’alerte et d’influence auprès des pouvoirs publics continue dans les prochains mois sur ces mêmes thèmes avec la campagne « CRAD 40 ». Dans la catégorie de la parodie politique, Les amis de la Terre sont définitivement bien placés.
Les buts et l’esprit de la manifestation de Notre Dame des Landes le 17 novembre
Conférence de presse de l’assemblée d’organisation de la manifestation du 17 novembre
Objectifs de la manifestation
Malgré la destruction des maisons et cabanes, les attaques policières ont été loin d’affaiblir le mouvement. Depuis quelques semaines la Préfecture et certains dirigeants politiques multiplient les tentatives de division et de stigmatisation. Néanmoins la résistance sur le terrain a permis de rallier largement autour d’une opposition radicale au projet d’aéroport.
Au-delà de la ZAD, la lutte prend une ampleur nationale et atteint un tournant avec, en quelques semaines, la constitution d’une trentaine de nouveaux comités locaux contre l’aéroport. Des actions et manifestations de soutien ont été organisées de manière quotidienne un peu partout en France.
Malgré la mobilisation de centaines de policiers pendant 3 semaines, ils n’ont pas réussi à vider la zone menacée. Le 17, nous voulons marquer plus fortement encore qu’on ne leur laissera pas le terrain. Le 17 nous nous retrouverons pour construire ensemble et rapidement, un espace d’organisation et de lutte. Nous voulons faire de ces nouvelles bâtisses collectives un carrefour pour les opposant.e.s, un point de départ pour de nouvelles occupations, une antenne pour organiser la résistance aux travaux à venir.
Le 17 novembre, il ne s’agira pas d’une simple manifestation mais d’une action collective qui s’inscrit dans une temporalité plus longue. Nous invitons tous les participants qui le peuvent à rester pour le week-end et même au-delà, ainsi qu’à revenir régulièrement dans les semaines à venir.
Précisions sur le déroulement et l’état d’esprit de la manifestation
L’objectif premier de la journée du 17 novembre est bel et bien d’aller reconstruire, et non pas de s’affronter avec la police. A ce titre, tout un chacun, quel que soit son âge et sa mobilité est invité à venir participer à cette grande manifestation populaire. Nous sommes confiants quant au fait d’arriver à notre objectif. Au vu de la mobilisation massive autour de cette manifestation et de notre détermination, nous estimons qu’ils commettraient une erreur regrettable en essayant de nous en empêcher. Le Préfet lui-même a récemment indiqué que les forces de l’ordre ne pouvaient contrôler réellement ces 2.000 hectares de bocage !
Qui organise cette manifestation ?
L’appel à réoccuper en cas d’expulsion avait été lancé il y a plus d’un an par des occupant-e-s- et collectifs solidaires au niveau national. La manifestation du 17 novembre est organisée par une assemblée générale qui s’est constituée il y a 3 semaines dans la foulée de la première vague d’expulsion. L’assemblée d’organisation réunit à Nantes plus de 200 personnes toutes les semaines. Elle fédère, sur une base d’organisation horizontale, des habitant-e-s et paysans et des personnes de divers horizons, affilié ou non à des collectifs, associations, comité locaux, syndicats... Contrairement à ce qui est dit dans un certain nombre de grands médias, il ne s’agit donc pas d’une manifestation organisée par EE-LV...
L’aéroport ne se fera pas. Ils veulent vider la ZAD, on reste...
Communiqué de presse - 14 novembre 2012
Manifestation de Réoccupation
L’ACIPA sera présente aux côtés des occupant-e-s de la ZAD – Zone à Défendre – pour la grande manifestation de réoccupation du 17 novembre 2012 à Notre Dame des Landes (44).
L’ ACIPA constate que, en Loire-Atlantique et partout en France, les comités de soutien se sont multipliés dès le début des grandes manœuvres d’expulsion conduites sur le site du projet d’aéroport. L’Etat et AGO/Vinci voulaient vider la zone mais n’ont fait que multiplier le nombre de ses occupants et renforcer la solidarité entre les opposant-e-s.
L’ACIPA appelle à venir massivement ce samedi rejoindre le cortège qui partira du bourg de Notre Dame des Landes à 11h en direction des Ardillières (autre point de rendez-vous possible).
Concernant l’agression du vigile, l’ACIPA, n’ayant pas de nouvelles précises et constatant des contradictions dans les informations données par le Préfet, ne peut que condamner toute violence sur des personnes. Ce qui a motivé un tel acte n’est, peut-être, qu’une nouvelle tentative de division des opposants à un moment où la lutte se renforce et dérange au plus haut niveau.
Au vu du nombre important de manifestants attendus sur le site ce samedi, l’ACIPA conseille vivement l’organisation de co-voiturage.
Un projet de route inutile et coûteux dans le Val d’Oise
Un projet de 2x3 voies routières doit voir le jour dans le sud du département du Val d’Oise à une dizaine de km de Paris. Le tronçon envisagé d’une longueur de 11 km doit relier les communes de Soisy sous Montmorency à l’Ouest et de Bonneuil en France à l’Est.
De part et d’autre, existent déjà deux petits tronçons de Soisy à l’autoroute A15 et de Bonneuil à l’A1. Il s’agit donc à terme d’une nouvelle liaison routière (ou autoroutière) entre ces deux autoroutes, en plus de l’A86 et de l’A104 existantes.
Ce projet très ancien (il date de 1937 !) est d’actualité car le Conseil Général, Maître d’Ouvrage, veut absolument le boucler. A cet effet, il mène actuellement une « concertation » comme le lui a recommandé la Commission Nationale du Débat Publique avant l’enquête publique qu’il compte lancer l’an prochain.
Cette concertation a démarré dans la précipitation début mars dernier après que l’annonce en fut faite fin janvier. Tout d’abord prévue d’un seul tenant pendant les vacances de février et en pleine période électorale, le Conseil Général l’a finalement scindée en deux sous la pression des associations et de certains élus :
- la partie Est (Sarcelles, Garges les Gonesse, Arnouville) a bien eu lieu en mars ; - la partie Ouest (Soisy, Montmorency, Deuil la Barre, Groslay) a démarré fin septembre et doit s’achever à l’issue de la dernière réunion publique à Deuil la Barre le mardi 13 novembre (salle des fêtes à 20h00).
Les raisons de cette accélération de calendrier de réalisation du projet tiennent en partie aux projets de développement en cours à l’Est du département :
- le Dôme de Sarcelles, projet d’Arena (salle de spectacle) de 20 000 places ; - le projet d’Europa City sur le triangle de Gonesse.
L’infrastructure serait sous la forme d’une 2x3 voies routières dont une voie en TCSP (Transport en Commun en Site Propre).
L’introduction d’un TCSP est récente et n’a, en réalité, de justification que pour permettre d’obtenir des subventions de la région IdF. En effet, le tracé, bien qu’en zone urbanisée, reste éloigné des centre villes et le TCSP n’y serait d’aucune utilité.
La majeure partie du tracé serait à l’air libre. Seule une petite portion de 500 m à Montmorency serait en tranchée couverte. Malgré cela, le coût global de l’opération est estimé à plus de 500 M. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce tronçon central n’a pour l’instant pas été réalisé.
Les justifications avancées par les promoteurs du projet sont principalement les suivantes :
- permettre aux habitants de la vallée de Montmorency d’aller travailler sur la plateforme de Roissy et les zones avoisinantes ; - fluidifier le trafic local.
Cependant, ces justifications ne tiennent guère :
- les documents d’étude produits par le CG font état d’un trafic domicile travail de l’ouest vers l’est très faible. En effet, seuls 2% des actifs de la communauté de communes de la vallée de Montmorency vont travailler sur la plateforme de Roissy CDG.
Non parce qu’ils ne peuvent y accéder (il faut aux heures de pointe de 45 à 50mn de trajet en voiture, ce qui reste proche de la moyenne en IdF) mais parce que leur bassin d’emploi naturel est Paris, le 93 ou le 92.
- La circulation locale est certes chargée aux heures de pointe mais elle pourrait être fluidifiée par des aménagements locaux d’un montant infiniment inférieur à celui de l’infrastructure.
- Enfin, une nouvelle liaison ferroviaire, la Tangentielle Nord, va voir le jour entre Epinay sur Seine et Le Bourget dans un premier temps. Cette liaison permettra aux habitants de l’ouest de rallier beaucoup plus facilement l’est du département.
Ce projet est, à notre connaissance, l’un des derniers, si ce n’est le dernier, à exister en France dans ce type de configuration : plus de 10 km de 2 x 3 voies de route express en milieu urbain quasiment sans couverture.
Pour s’opposer à cette aberration, 17 associations se sont regroupées en collectif : le collectif Vivre sans BIP (le BIP est l’ancien nom de l’avenue du Parisis).
Le collectif a pointé l’inutilité du projet, son coût exorbitant pour l’un des départements le plus endettés de France et bien sûr les nuisances associées en termes de pollution et de bruit. En effet, le tracé se situe exactement sous les trajectoires des avions de Roissy !
Les premières réunions tenues sur la partie Est, dans des zones aux populations défavorisées, avaient connu une participation très faible. En revanche, lors des dernières réunions publiques, cette opposition était très majoritairement partagée par les participants venus en masse (salles toujours comble avec plusieurs centaines de personnes). La dernière réunion à Deuil sera sans doute l’une des plus virulentes tant les habitants sont opposés et mobilisés.
Un citoyen dresse une carte des pollutions de l’eau en France
L’eau. Quoi de plus naturel et fondamental que cette ressource ? Si les Français ont accès simplement à l’eau depuis leur robinet, toutes les communes ne sont pas égales face à la qualité de cette dernière.
En effet, nombre de nos fleuves et points de captage sont pollués depuis des décennies par l’activité industrielle ou agricole par exemple. Pesticides, résidus de médicaments, produits chimiques ou encore radioactivité, autant de substances qui se retrouvent parfois dans nos verres d’eau ainsi que ceux de nos enfants.
S’il est souvent difficile d’obtenir des informations précises sur la qualité de l’eau de sa commune auprès de sa mairie, une carte recense néanmoins tous les cas de pollutions et de coupures de l’eau potable en France depuis ces dernières années.
Après plusieurs mois d’investigations menées sur Internet et une démarche de mise à jour régulière, cette carte permet en un clin d’œil de connaître le passif de l’état de la ressource de sa commune ou de sa région.
Les repères sont organisés par type de pollution et se distinguent par différentes couleurs : bleu pour les pollutions bactériologiques, rouge pour les pollutions chimiques, vert pour les pollutions aux nitrates et pesticides et enfin violet pour des pollutions diverses.
Chaque repère indique, lorsque l’information est disponible, la date de la pollution ainsi que le nombre de communes et de personnes touchées. Toutes ces pollutions sont sourcées à l’aide de la presse régionale et nationale.
Cette carte est par ailleurs accompagnée d’un blog destiné à alerter les internautes lorsqu’une pollution survient sous la forme d’un flash info. Celui-ci reprend l’essentiel des informations communiquées par les journalistes et les arrêtés municipaux.
Cette démarche est citoyenne et tous les internautes sont invités à apporter leur contribution.
Contre les expulsions, à Notre Dame des Landes... et ailleurs
Suite à l’expulsion du Centre Social Autogéré du 22 rue Demouilles, à Toulouse, le lundi 8 octobre, la centaine d’habitant-e-s et la Campagne pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion se sont de nouveau retrouvés à la rue.
Cet immense bâtiment, laissé vide depuis 6 ans, est donc retourné au silence après un mois de vie, d’expériences, d’activités diverses et de rencontres. C’est un hélicoptère du GIPN et 200 flics qui sont venus nous expulser et nous en arracher.
A Notre-Dame-des-Landes, depuis plusieurs semaines, sur les terres ciblées pour le projet d’aéroport de Vinci à Nantes, c’est plus de 1000 keufs et trois hélicos qui tentent de virer et raser tous les lieux occupés, et ça, pour la modique somme d’un million (1 000 000 !!) d’euros.
Ailleurs en France, différents collectifs se mobilisent, s’organisent et agissent sur les questions de logement. A Paris, un nouveau bâtiment vide depuis un an a été ouvert par le Collectif des mal-logés acharnés et certain-e-s du 260 rue des Pyrénées (38 rue des bois – 19e), c’est une trentaine d’habitant-e-s qui en ont été sauvagement expulsé-e-s dans la soirée du 22 octobre.
A Nantes, le collectif Précarité 44 a réquisitionné un bâtiment public samedi 14 octobre, qui a été expulsé depuis. A Grenoble, le collectif du 22 rue des Alpes a aussi ré-ouvert à deux reprises, le second bâtiment tient, il vit et devient un espace d’habitation collective pour des demandeurs d’asile.
Dans le cadre du week-end d’action nationale du 13 au 15 octobre, on est allé faire mousser une fontaine du centre-ville, histoire d’apporter notre contribution à l’opération « Toulouse ville propre ».
Le principal objectif de cette nouvelle politique locale ? Aseptiser nos rues, notamment en virant les habitants dits « indésirables » des quartiers populaires à travers, entre autres, les Grands Projets de Ville (GPV).
L’un d’eux s’attaque justement au quartier Bonnefoy : la ligne grande vitesse (LGV) doit y passer, la gare sera aménagée pour accueillir des TGV hors de prix, et le quartier réhabilité pour y attirer bobos, cadres et autres friqués. Et les gens du quartier ? Pour eux commencent déjà les expropriations, bientôt ce sera les expulsions, sans parler des coups de pressions quotidiens.
Ce grand projet industriel et urbain est décidé et mené par une poignée d’individus au pouvoir, pour leurs seuls profits, et avec le plus grand mépris pour les gens qui vivent là. A certains endroits, comme face au TAV (train à grande vitesse italien) dans le Val di Susa ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, de nombreuses personnes s’insurgent et se rencontrent pour organiser la lutte.
Contre Vinci et son monde, ce dimanche des membres de la CREA et du collectif 31 de soutien à la ZAD ont offert le péage autoroutier aux usagers en le bloquant à l’arrivée de Bordeaux et Paris !
Si l’État prétend manquer de fric pour assurer un logement à chacun-e, il en trouve facilement lorsqu’il s’agit de foutre des gens dehors et de policer les villes. Que ce soit au travers de vastes opérations quasi-militaires, dans la violence quotidienne des expulsions ou la présence de keufs à chaque coin de rue. La guerre aux pauvres et à tous ceux qui s’organisent est déclarée, l’État expulse à tour de bras et le plus rapidement possible.
Pour une expulsion, six ouvertures !
Aujourd’hui, la CREA c’est donc neuf bâtiments, dont six nouveaux ouverts et libérés en un mois principalement dans le quartier de Bonnefoy. Parmi ces bâtiments, certains appartiennent à des particuliers (propriétaires de bâtiments vides, qu’ils n’habitent pas).
L’État et le capitalisme fabriquent et gèrent la misère, ils expulsent sans cesse, nous n’avons pas le choix de crever à la rue. Lorsque ce mouvement populaire réquisitionne des bâtiments, il les rend en fait libres et ouverts pour toutes et tous.
En revanche c’est bien la mairie qui préempte les bâtiments de Bonnefoy (qu’elle rachète à prix cassés) et qui a commencé à expulser les habitants des quartiers qu’elle veut nettoyer (Ramier, Bagatelle, Reynerie, Mirail…) pour faire de Toulouse une “capitale européenne”.
C’est encore l’État qui nous a expulsés – une centaine de personnes et d’enfants – du bâtiment de l’URSSAF, 22 rue Demouilles, pour laisser ces 5400 m2 vides. Prenons-nous en aux responsables de la misère, pas à celles et ceux qui la subissent.
Et l’État ne lésine pas non plus sur les moyens pour rendre ces lieux à des propriétaires qui les laissent vides et morts. Plusieurs de ces bâtiments sont déjà expulsables. La trêve hivernale nous sera-t-elle appliquée ou la Préfecture va-t-elle encore nous refoutre à la rue en plein hiver ? Unissons-nous et organisons-nous pour empêcher ces rapaces de détruire nos vies et nos territoires.
Venez prendre la ville avec nous lors de la grande manifestation contre toutes les expulsions à Toulouse, le samedi 17 Novembre (départ à 14h, St Cyprien République) suivie d’une assemblée populaire (9 rue du faubourg Bonnefoy).
SOLIDARITE AVEC LES COLLECTIFS DE PARIS, NANTES, GRENOBLE, CAEN, LA ROCHELLE, MONTPELLIER, TOURS, LA ZAD ET LES NO-TAV !
TOUT POUR TOU-TE-S ! POUVOIR AU PEUPLE !
Gaz de schiste, assez de bêtises !
Il serait temps que le débat devienne sérieux lorsque l’on aborde l’aspect économique et financier du gaz de schiste.
Les tombereaux d’injures que déverse le géochimiste Claude Allègre ne font que caricaturer une argumentation absurde : l’exploitation du gaz de schiste relancerait la croissance française.
Le lobby pétrolier et gazier inonde les médias de ce nouveau mythe : si on exploitait le gaz de schiste comme les Américains, la croissance reviendrait. C’est trois fois absurde.
Pour une question de chronologie d’abord. Dans le meilleur des cas, pour le lobby, une exploitation pourrait voir le jour vers 2020, ce qui n’aura aucun effet sur l’atonie de l’économie française en 2012 et 2013.
Deuxièmement, la France n’est pas les Etats-Unis. Autrement dit, les conditions physiques d’exploitation, les conditions juridiques font que les contraintes sont très différentes et, par voie de conséquence, le prix du baril ou du British Termal Unit (BTU unité d’énergie anglo-saxonne) serait sans commune mesure, peut-être sans aucun intérêt au regard du prix auquel nous payons notre gaz.
Rappelons que le patron d’Exxon reconnaissait lui-même en juin manger sa chemise au prix auquel est vendu le BTU, soit 2 dollars (1,57 euro), alors que le prix de revient actuel aux Etats-Unis est de l’ordre de 7 dollars.
C’est dans des difficultés financières immenses que se débattent aux Etats-Unis de très grandes sociétés exploitantes. Qu’en sera-t-il demain lorsque l’obligation de récupérer le méthane va s’imposer ?
Enfin, dans le meilleur des cas, l’exploitation du gaz de schiste pèserait pour 4 à 5 milliards d’euros, soit moins de 10 % de notre facture énergétique ou du déficit commercial. C’est important, mais pas de nature à changer la donne.
Alors pourquoi ces chiffres déraisonnables qui circulent sur des réserves que l’on ne connaît pas et des emplois virtuels, dont ceux qui lancent des chiffres savent qu’ils sont sans fondement.
Pourquoi, au niveau européen, cette pression démente des lobbys pour interdire au Parlement européen de légiférer et mettre en place une législation qui impose l’étude d’impact par ailleurs déjà imposée par le droit communautaire ?
D’abord, parce que l’âge d’or du gaz de schiste aux Etats-Unis touche à sa fin ; outre le changement de législation, le caractère dramatique des dommages causés aux milieux et aux hommes apparaît. Les efforts pour cacher la nature des produits utilisés, les conséquences dans l’air et dans l’eau sont en échec.
Et surtout le risque de faillite menace les entreprises exploitantes, qui vendent à un prix trop bas leur huile en raison de l’ouverture massive de puits, grâce au droit américain rendant le propriétaire du sol propriétaire du sous-sol.
Dès lors, le marché européen, à la condition qu’il soit sans règles, peut être intéressant au moins le temps que les citoyens européens se rendent compte des dommages en grandeur réelle, d’où la très forte pression des sociétés américaines.
Ensuite, parce que la valeur est celle de la matière première. Dès lors, tout en sachant que l’exploitation n’est pas pour demain, le but est de préempter notre sous-sol pour valoriser dans les bilans les réserves.
En effet, comme le titulaire du permis d’exploration est le futur titulaire du permis d’exploitation, sans qu’il soit possible de lancer un nouvel appel à concurrence, l’objectif est d’obtenir le plus vite possible les permis d’exploration. En réalité, c’est une expropriation larvée de notre bien collectif.
En admettant qu’une autre technologie que la fracturation hydraulique soit possible, que cette technologie fasse l’économie de l’eau et ne pollue pas, l’intérêt de la France est évidemment d’attendre, dans la mesure où, si nous avons du gaz, il sera encore là plus tard, et avec une valeur croissante.
Soit une technologie propre est trouvée, et dans ce cas il ne faut surtout pas accorder des droits qui n’auront que plus de valeur ultérieurement.
Soit elle ne l’est pas, et dans ce cas il est irrationnel et déraisonnable de sacrifier nos milieux et notre richesse agricole et paysagère, de mettre en péril la santé des personnes vivant au voisinage des puits, de créer une irréversibilité pour une exploitation temporaire d’huile de schiste dont les inconvénients et les coûts économiques l’emporteront sur les avantages.
Dès lors, arrêtez la désinformation et reconnaissez quelles sont vos motivations réelles qui n’ont rien à voir avec le bien-être et l’intérêt économique des Français.
Et, si le gaz de schiste présente un enjeu stratégique pour la France, alors, la recherche et le recensement public des réserves ne peuvent se faire que par l’Etat.
Chic, un nouvel aéroport, plein de fric en l’air
Le montant de l’investissement public, négocié avec Vinci qui cofinance et gérera l’aéroport, a officiellement été maîtrisé, grâce il est vrai à une réduction du format de l’aéroport. Mais il risque de déraper fortement.
Il faut y ajouter les raccordements routiers (une centaine de millions d’euros) et ferroviaire, promis pour l’ouverture de l’aéroport et remis à un horizon lointain.
Une gare est envisagée sur une ligne nouvelle Nantes- Rennes/Bretagne Sud (alors que l’aéroport actuel peut être très facilement relié au rail).
Les vendéens demandent un nouveau pont sur l’Estuaire, aussi coûteux que l’aéroport lui-même.
N’oublions pas les coûts dits « d’accompagnement » qui explosent (encadrement policier, expropriations, mobilisation administrative, mesures de compensation, allongement des délais..).
Tous ces coûts sont ou seront d’abord à la charge des collectivités locales, bien que l’aéroport soit dit d’intérêt national.
Le fonctionnement du futur aéroport présente tout autant de coûts cachés ou de risques. L’aéroport actuel continuera à fonctionner pour les besoins de l’usine Airbus, peu de nouveaux terrains constructibles seront donc dégagés.
Sa charge devra être portée par les collectivités, car Airbus n’acceptera pas de fragiliser son usine par des coûts supplémentaires (à part quelques droits d’usage de la piste).
L’avenir du transport aérien est peu sûr, entre raréfaction du carburant et menace justifiée de taxation du kérosène. Le TGV est mieux à même de répondre aux liaisons à moyenne distance. En cas de retournement de conjoncture, Vinci saura solliciter les collectivités territoriales, qui devront mettre la main au portefeuille...
Dans ces conditions, les budgets de ces collectivités étant de plus en plus contraints, ce sont d’abord les budgets transports du département de la Loire Atlantique et de la région Pays de la Loire qui vont trinquer.
Quels financements pour répondre aux besoins de transport dans le périurbain des grandes villes, en s’appuyant en particulier sur les étoiles ferroviaires existantes ?
Il y a eu certes des investissements, à poursuivre, autour de Nantes (la réouverture de Nantes-Chateaubriant a été largement subventionnée par le Département et la Région), mais ailleurs, à Angers, le Mans, la Roche-sur-Yon, Laval ?
Des investissements nécessaires (bifurcation de Sainte-Pazanne, modernisation de Nantes-Bordeaux qui exigerait 200 à 300 millions d’euros à partager entre l’Etat, RFF, 3 régions et 4 départements) seront reportés ou réduits au minimum, contribuant un peu plus à fragiliser le fonctionnement du rail.
Le Département devra continuer à augmenter la participation des usagers des cars et ne pourra répondre à tous les besoins de liaisons intervilles (Ancenis-Clisson…).
Ainsi les collectivités ont de l’argent pour un aéroport inutile prenant la place de terres agricoles de plus en plus précieuses, mais n’en auront pas assez pour les transports de proximité et à moyenne distance.
L’accueil des journalistes à Notre Dame des Landes : deux visions différentes
Communiqué de l’ACIPA, jeudi 15 novembre.
Bonjour,
Dans un communiqué de presse précédent, l’ACIPA a invité ses adhérents et sympathisants à participer massivement à la manifestation de réoccupation du samedi 17 novembre aux côtés des occupants de la ZAD.
Comme à son habitude, l’ACIPA communiquera avec les journalistes présents tout au long de la journée et invite la presse à 10H45 le samedi 17 novembre dans le bungalow derrière la mairie de Notre Dame des Landes.
Contacts presse : Dominique Fresneau, Julien Durand, Michel Tarin.
Communiqué de ZAD-NDDL, jeudi 15 novembre.
A l’attention des journalistes présent-e-s lors de la manifestation de réoccupation du 17 novembre.
Un point presse est organisé à 10h à Notre-Dame-des-Landes, devant la poste. Les journalistes voulant couvrir la manifestation sont convié-e-s à s’y rendre afin d’y poser des questions, d’obtenir les informations pratiques de la journée et le brassard presse qui permettra de les identifier.
Pendant la manifestation la priorité doit rester au bien-être des manifestant-e-s. Il est demandé aux journalistes de rester clairement identifiables et discret-e-s. Vous devez être conscient-e-s que de nombreuses personnes ne souhaitent pas être filmées ou photographiées. Merci de respecter cela et de demander systématiquement l’autorisation avant de prendre des images.
Pendant le chantier il est demandé de ne pas perturber les travaux et de ne pas prendre de photos des personnes sans un consentement explicite. Cela doit rester un moment partagé entre acteurs et actrices de la lutte et pas un spectacle médiatique, en particulier à l’arrivée sur le terrain. Il a été demandé que la présence des journalistes soit limitée au strict minimum. Merci de vous rendre plutôt au point presse qui sera installé à proximité afin d’y avoir des relais d’informations. Une équipe se relaiera pour répondre à vos questions.
Un groupe automédia couvrira l’événement et pourra le cas échéant fournir des ressources audiovisuelles sur demande, postérieurement.
Un communiqué de presse sera envoyé dans la soirée du 17, vous pouvez demander à le recevoir.
Si vous souhaitez constater l’avancée du chantier, vous êtes invité-e à vous rendre dimanche 18 novembre à 15h au point presse installé à proximité du terrain construit.
Vous pouvez contacter le groupe presse au 06 38 17 36 19
« Le vigile n’a reçu aucun coup »
La voiture d’un vigile posté à Notre Dame des Landes a été incendiée dans la nuit du 11 au 12 novembre. Officiellement, le vigile a été blessé.
À propos de l’attaque incendiaire du véhicule de la police privée d’Aéroport Grand Ouest.
Les vigiles sont des flics privés de plus en plus utilisés par les entreprises et autres exploiteurs. Ils sont nos ennemis au même titre que la police d’État.
Mais dans la nuit du lundi 12 au mardi 13, le vigile n’a reçu aucun coup, car cela n’était pas notre but et que ça n’a pas été nécessaire. Il n’a pas joué les héros en tentant de défendre le véhicule, et il était loin de celui-ci lorsqu’il a été incendié.
Six jours d’ITT pour de l’intox, ça fait toujours un vigile hors d’état de nuire.
[Reporterre - Selon nos informations, les jours d’ITT accordés au vigile correspondraient à une brûlure.]
OGM : la guerre secrète pour décrédibiliser l’étude Séralini
Pour enterrer définitivement l’étude controversée du professeur Gilles-Eric Séralini tendant à démontrer la nocivité potentielle d’un maïs OGM et de l’herbicide Roundup, ses détracteurs ont trouvé un moyen simple : obtenir de la très sérieuse revue Food and Chemical Toxicology (FCT) qui l’a publiée, qu’elle se rétracte et « retire » l’étude de la liste de ses publications.
C’est à quoi s’emploient de nombreux experts, dans une bataille qui ressemble à une opération savemment orchestrée. Une véritable guerre de relations publiques où tous les coups sont permis.
La revue scientifique a publié en ligne une vingtaine de lettres de détracteurs ainsi qu’une « réponse aux critiques » rédigée par l’équipe Séralini. Débat scientifique légitime, me diriez-vous ?
Pourtant, derrière la cohorte des titres universitaires affichés, se dessine une « biotech-sphère » où s’entremêlent chercheurs en biotechnologie, spécialistes en politique de régulation et représentants de l’industrie.
La tactique de ces partisans de la biotechnologie ? Dénoncer la « mauvaise science » (« junk science ») de ces « chercheurs-militants » systématiquement présentés comme des « activistes liés à la cause écologiste » et « animés d’intérêts personnels ».
Un réseau international
L’une des premières lettres publiées est collective. Elle est signée par 26 personnes, pour la plupart des scientifiques, dont le détracteur national de Séralini : Marc Fellous de l’Association française pour les biotechnologie végétale (AFBV).
L’AFBV est également derrière le communiqué vengeur des Académies dénonçant l’« orchestration de la réputation d’un scientifique […] pour répandre des peurs » ou insistant sur le profil « militant » de Gilles-Eric Séralini.
Après enquête, nombre des co-signataires, aux côtés de Marc Fellous, sont liés au groupe pro-OGM Agricultural biotechnology world (AgBioWorld) animé par le généticien C.S Prakash, lui-même signataire de la lettre collective.
Prakash et son organisation sont également les auteurs de deux pétitions (la première recueille 57 signatures ; la seconde 731) pour réclamer « la diffusion des données brutes » de Gille-Eric Séralini.
Etonnamment, les premières signatures de chaque pétition correspondent aux mandataires de lettres envoyées à la revue FCT. Par ailleurs, de nombreux signataires anonymes profitent de ces pétitions en ligne pour écorner la réputation du Pr. Séralini.
Campagnes virales et diffamation
En 2002, le quotidien britannique The Guardian révélait qu’AgBioWorld avait joué un rôle majeur dans une ’« campagne virale » de diffamation contre le lanceur d’alerte Ignacio Chapela après qu’il eut découvert la pollution génétique du maïs mexicain par des OGM.
L’enquête indique que le site de l’association était hébergé par le cabinet de communication Bivings, mandaté par Monsanto et dirigé par un certain Jay Byrne.
Celui-ci utilisait de fausses identités (« Mary Murphy et Andura Smetacek ») pour parler au nom « de la communauté scientifique » et insister sur les liens de Chapela avec les écologistes, assimilés à des « terroristes » et des « vandales ».
La société Bivings a été dissoute en décembre 2011 suite à une cyber-attaque des Anonymous dans la cadre de l’opération « End Monsanto ». Mais Byrne a depuis repris ses quartiers à Saint Louis (Illinois, USA), où siège Monsanto, avec sa nouvelle société V-fluence.
C’est le même type de stratégie de diffamation que suit Henry Miller, signataire du courrier collectif à FCT, référent « régulation sanitaire » d’AgBioWorld et membre du think-tank néoconservateur Hoover Institution.
Dans une série d’articles publiée par Forbes, il qualifie l’étude Séralini de « frauduleuse » et dénonce les « profiteurs de peur » issus d’une « industrie de la protestation financée par les intérêts du bio ».
Or, cette tribune au vitriol est cosignée... par Jay Byrne. Le magazine a dû révéler a-posteriori son CV de responsable de la communication virale pour Monsanto (1997-2001).
Le CV de Henry Miller est tout aussi intéressant puisqu’il s’agit du « père fondateur » (1989-1994) de la réglementation des OGM au sein de l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and drug administration). Il est l’architecte, avec l’ancien avocat de Monsanto Michael Taylor, du fameux « principe d’équivalence en substance », la pierre angulaire de la réglementation des OGM dans le monde entier.
Des conflits d’intérêts masqués
Autre tactique saisissante parmi les détracteurs de Séralini : dissimuler leur lien avec l’industrie en se présentant systématiquement comme des scientifiques rattachés à des universités ou des centres de recherche.
Il en va ainsi pour Anthony Trewavas et Bruce Chassy, référents « biologie » et « OGM » d’AgBioWorld. Tous deux auteurs de courriers réclamant la rétractation de Food and Chemical Toxicilogy.
Se présentant comme professeur émérite en sécurité alimentaire à l’université de l’Illinois, Chassy est un lobbyiste ayant participé à la rédaction de travaux pour Dow Chemicals, autre géant des biotech, afin de simplifier, voir supprimer, les réglementations sanitaires sur les OGM.
Il est également le directeur de publication, avec un salarié de Monsanto, de deux rapports d’orientation sur la réglementation des OGM pour l’International life science institute (ILSI), le principal lobby sur les questions de réglementation sanitaire touchant à l’agroalimentaire.
A noter que deux dirigeants du panel OGM de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), Harry Kuiper, qui l’a dirigé pendant près de dix ans (2003-2012) et Gijs Kleter, son actuel vice-président, ont travaillé sur ces documents stratégiques de l’ILSI sous la direction de Chassy.
Par ailleurs, si trois auteurs de lettres spécifient ouvertement leur lien contractuel avec Monsanto, le Dr. Andrew Cockburn se présente modestement comme « toxicologiste à l’université de Newcastle ». Pourtant, jusqu’en 2003, M. Cockburn était Directeur Scientifique pour Monsanto Europe/Afrique avant de monter sa société de lobbying Toxico-Logical Consulting Ltd...
Et puisque ce monde est petit, le Dr. Cockburn est également directeur du Groupe d’Experts de l’ILSI sur l’évaluation des aliments contenant des nano-matériaux...
Un lobby à 13 milliards de dollars
La litanie des conflits d’intérêts et autres positionnements pro-biotech de la cinquantaine de détracteurs publics de l’étude Séralini pourrait se poursuivre sur des pages. On croise des représentants de syndicats indiens de promotion des biotechnologies, d’autres souhaitant stopper la faim dans le monde avec une ration d’OGM, ou encore des spécialistes de la communication pro-OGM (David Tribe) et autres lobbyistes travaillant entre São Paulo (Lucia de Souza), Washington et Bruxelles, le triangle d’or des OGM...
Un monde clos qui réagit de façon épidermique à l’étude Séralini, celle-ci menaçant la stratégie commerciale bien huilée d’une industrie des semences OGM engrangeant 13 milliards de dollars en 2011. Face au poids de ce lobby, déterminé à enterrer toute voix discordante, la revue Food and Chemicals Toxicology pourra-t-elle résister ?
Solidarité écologique
Un trait important de la lutte qui s’organise autour de Notre Dame des Landes est la solidarité qui en jaillit. L’intention du pouvoir était de diviser les "jeunes", habitants sans titre de la zone où un aéroport est projeté, des "historiques", opposants avec titre - que l’on comptait expulser plus tard, au terme des recours juridiques. Michel Tarin, « historique » qui a fait une longue grève de la faim au printemps, explique : "le Préfet parlait de zadistes, de zonards, d’activistes, et même de ’terroristes’. Mais on est tous restés soudés, c’est pour ça que la zone a tenu. »
Avant l’opération policière lancée le 16 octobre à Notre Dame des Landes, il y avait déjà une entraide entre les historiques et les zadistes. "On avait aidé des arrivants pour les travaux dans les maisons, pour débroussailler, pour apporter du fumier sur les jardins. Quand des agriculteurs sont montés à Paris avec leurs tracteurs, en 2011, des jeunes s’étaient occupés des vaches en leur absence". Mais la résistance depuis le 16 octobre a renforcé la solidarité : "Des liens humains se sont créés qui n’existaient pas avant".
La Vacherie, un grand hangar au coeur de la zone appartenant à Sylvain Fresneau, habitant "légal", s’est transformée en refuge pour les expulsés, dont les logis étaient détruits par les pelleteuses. Une cuisine y sert 250 repas par jour, on y stocke des vêtements, de la nourriture. Le boulanger a été réinstallé ailleurs. Marie Jarnoux, habitante « légale » raconte : « Les occupants n’avaient plus rien. La solidarité a été pratiquement immédiate, des gens apportaient des vêtements, prenaient le linge pour aller le laver, ils apportaient des choses en passant à travers les champs. »
Cette solidarité s’est aussi traduit dans la lutte : quand la police était là, dit Michel Tarin, « on a été avec les jeunes sur les barrages, parmi eux, dans les maisons, cela empêchait la police de charger".
Du maintien de l’union entre ces différentes cultures de lutte, et de son articulation politique, dépend le succès de cette bataille comme de celui des autres combats écologiques. Un aspect intéressant est son élargissement géographique. Jean-Marc Ayrault, qui se rend à Bayonne le 21 novembre, y sera accueilli par le mouvement Bizi, qui protestera contre sa politique à Notre Dame des Landes et dans le domaine écologique. Le premier ministre comprendra-t-il qu’on ne peut pas parler de transition écologique une matraque à la main ?
Post-scriptum du 18 novembre
Ayrault évite Biarritz - Jean-Marc Ayrault n’a pas envie de se confronter à Bizi et aux écologistes, il annule sa venue au pays basque.
La Supplication
La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, de Svétlana Alexièvitch
Au Théâtre de l’Atalante.
Du mercredi 7 novembre au lundi 26 novembre 2012,
les lundi, mercredi et vendredi à 20h30, les jeudi et samedi à 19h, le dimanche à 17h, relâche le mardi.
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Ma vie fait partie de l’événement. C’est ici que je vis, sur la terre de Tchernobyl. Dans un pays dont on dit maintenant que ce n’est plus une terre, mais un laboratoire. Les Biélorusses constituent le peuple de Tchernobyl. Tchernobyl est devenu notre maison, notre destin national.
Svétlana Alexièvitch – romancière, enquêtrice, révoltée – endosse le rôle du héraut pour porter la parole des humbles, des damnés, de la terre de Tchernobyl.
Après un patient – et dangereux – travail de recueil de témoignages, elle hurle la vérité de ceux qui vivent encore là-bas, soit qu’ils n’aient pu se résoudre à quitter leur maison, soit qu’ils aient cru se mettre là à l’abri de pires folies. Comment ne pas être happé par cette parole dont le théâtre ne peut que s’emparer pour en amplifier le bruit ?
Stéphanie Loïk nous place d’abord à distance, dans l’objectivité implacable des chiffres, des statistiques, de la géographie ; des données froides qui donnent la mesure. On apprend ainsi que, si la Deuxième guerre mondiale a rayé de la carte 619 villages biélorusses, la catastrophe du 26 avril 1986 en a anéanti 485.
Puis petit à petit, avec précaution, on s’approche de l’humain, passant d’un plan large au plan serré, comme on viendrait traquer la vie – la vie ? – dans d’invisibles décombres. Un minutieux travail de fouille met lentement à jour la mémoire souterraine d’un peuple. On assiste à sa reconstitution subjective.
Le sensible, l’enfoui, l’indicible dessinent bientôt une géographie inédite : celle d’un lieu où il faudrait tout réinventer, à l’image de cette institutrice dont les élèves se détournent des oeuvres classiques désormais inutiles pour se tourner vers la science-fiction seule capable de leur parler de leur monde ; un monde devenu en un instant et pour longtemps – même si une nature déréglée semble y « reprendre ses droits » – un désert inoui.
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DISTRIBUTION
Adaptation et mise en scène : Stéphanie Loïk Assistante à la mise en scène : Marion Laboulais
Chant : Jacques Schab Mouvement : Cyril Viallon Création et régie lumière : Blaise Cagnac Régie : Jennifer Montesantos
Avec : Arnaud Agnel , Aurélien Ambach-Albertini, Clémence Azincourt, Fanny Bayard, Charlotte Bertoldi, Anthony Diaz, Marie Filippi, Maxime Guyon, Ariane Heuzé, Lisa Hours, Yann Lesvenan, Adrien Mauduit, David Scattolin et Antoine Suarez-Pazos
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LES RENCONTRES DU JEUDI
Chaque jeudi après la représentation, participez à une rencontre avec l’équipe du spectacle et des auteurs ayant écrit sur le thème du nucléaire.
Jeudi 8 novembre : Rencontre autour d’ « Oublier Fukushima », un ouvrage signé sous le pseudonyme d’Arkadi Filine, liquidateur à Tchernobyl.
Jeudi 15 novembre : Rencontre avec l’équipe artistique de la pièce : Stéphanie Loik, metteur en scène et les comédiens.
Jeudi 22 novembre : Rencontre avec Xavier Renou, auteur de « Désobéir au nucléaire » et membre du mouvement des Désobéissants.
Jean-Marc Ayrault annule sa venue à Biarritz
Bizi ! appelle à le déclarer persona non grata dans toutes les autres villes de l’Hexagone, en raison de son obstination sur Notre Dame des Landes
Le Premier Ministre M. Jean-Marc Ayrault a annulé sa venue à Biarritz initialement prévue ce mercredi 21 novembre, invoquant "un problème d’agenda" ne trompant personne sur les véritables raisons de cette annulation.
Le mouvement altermondialiste basque Bizi ! (« Vivre ! » en langue basque) et le CADE (Collectif des Associations de Défense de l’Environnement) avaient appelé à se rassembler devant la salle où il était attendu pour lui signifier la colère suscitée par la répression brutale contre les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, et exprimer leur refus de la voie nouvelle LGV Bordeaux-Hendaye (tout comme nous avions signifié le 1er mars 2012 à Nicolas Sarkozy, président de "L’environnement ça commence à bien faire" qu’il n’était nullement le bienvenu en Pays Basque).
Le mouvement Bizi ! se réjouit de cette annulation qui démontre que les divers messages de mécontentement exprimés en perspective de cette visite ont bien été reçus et entendus par le gouvernement : passage en force de l’Ayraultport de Notre Dame des Landes, de la voie nouvelle LGV Bordeaux-Hendaye et des grands projets inutiles et imposés ; arrestation et extradition d’Aurore Martin ; mise en péril du processus de paix en Pays Basque ; refus affiché par Manuel Valls d’une collectivité territoriale du Pays Basque et de tout débat à son sujet etc.
Bizi ! appelle aujourd’hui les altermondialistes, les écologistes, le peuple de gauche et les citoyens prenant au sérieux l’urgence climatique à se mobiliser à chaque voyage annoncé de Jean-Marc Ayrault dans les différentes régions de l’Hexagone, pour dénoncer son acharnement contre Notre Dame des Landes. Nous appelons tout le monde à lui signifier que les matraqueurs du climat ne sont les bienvenus nulle part !
L’occupation policière brutale de Notre Dame Des Landes et le projet de sa transformation en super-aéroport doivent cesser immédiatement ou se transformer en boulet permanent pour Jean-Marc Ayrault !
Contre la bombe climatique de Notre Dame des Landes, déclarons Jean-Marc Ayrault persona non grata en tout lieu !
Au Mexique aussi, des luttes populaires contre des projets inutiles
« Ce que ces projets amènent, c’est la division et le contrôle social de la population » « Nous voulons vous dire qu’au Mexique aussi, nous luttons contre le pillage des terres »
Le 25 octobre, dans le cadre de la rencontre/séminaire « Mexique Europe : ils ne passeront pas », des centaines de personnes se sont réunies au Centre intégral de formation indigène/université de la Terre de San Cristóbal de Las Casas au Chiapas. Parmi les participants se trouvaient des internationaux, des habitants de San Cristóbal de Las Casas et de nombreux paysans et délégués des communautés de Bachajón, de Tila, de la forêt des Chimalapas (Oaxaca) ainsi que d’autres villages et hameaux du Chiapas, venus partager et écouter les expériences de résistance face aux mégaprojets, en Europe et au Mexique. L’initiative de cette lettre de soutien, signée depuis par de nombreuses organisations, personnes et collectifs mexicains, est née dans la foulée de ces rencontres.
DU MEXIQUE, LETTRE DE SOUTIEN À LA LUTTE DE NOTRE DAME DES LANDES
30 octobre 2012
Aux gens de Notre-Dame des Landes et de la France en résistance À l’ACIPA, à l’ADECA, à la coordination des opposants au projet d’aéroport, Aux associations « COPAIN », aux habitants et habitantes qui résistent et À tous les occupants et occupantes de « la Zone à défendre » ZAD, Aux médias alternatifs et sincères, À l’Autre Campagne et à la Sexta Internationale, Aux luttes contre les mégaprojets et pour la défense de la Terre de toutes les parties du monde,
ici, au Mexique, c’est rage et indignation que nous ressentons après avoir été informés de l’expulsion et de la destruction de maisons, de forêts et de terres de culture par la police française à Notre-Dame des Landes,depuis le 16 octobre dernier.
Une zone agricole est menacée par le gouvernement socialiste français et son premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui veut imposer sur ces champs de l’ouest de la France un nouvel aéroport de taille internationale, et ce malgré l’opposition des paysans et des paysannes, des jeunes et d’une bonne partie de la population.
Nous savons que ce chantier est complètement inutile vu qu’il y a déjà beaucoup d’aéroports en France, et nous sommes au courant du réchauffement climatique global provoqué par la multiplication des avions que seuls les riches peuvent se payer.
Nous savons aussi, car ils voulaient l’imposer aux villages d’Atenco dans l’État de Mexico, que la construction d’un aéroport entraîne à elle seule la convoitise pour les terres, l’urbanisation accélérée et l’implantation d’industries dans des zones encore rurales, où l’environnement a été préservé. Ce que ces projets amènent, c’est la division et le contrôle social de la population, et encore une fois ce sont les paysans qui se retrouvent spoliés par des constructions imposées de force et uniquement destinées aux gens de la ville ayant beaucoup d’argent.
Malgré l’énorme distance qui nous sépare, nous voulons vous dire que nos luttes sont semblables : votre lutte est un miroir de la situation de village que nous vivons sur nos terres. Il est important pour nous de nous informer de ce qui arrive en Europe, parce que ce sont des modèles qu’on veut nous imposer ici aussi et que nous non plus, nous ne voulons pas perdre nos terres, nos territoires et nos modes de vie.
Nous voulons vous dire également qu’au Mexique, nous luttons aussi contre le pillage des terres, comme c’est le cas des communautés de Tila et de Bachajon au Chiapas, où les terres sont menacées d’être spoliées pour des projets touristiques, ou bien encore dans l’Isthme de Tehuantepec, où les terres sont enlevées aux villages indigènes ikoots et binniza, et où sont imposées des centaines et des milliers d’éoliennes produisant de l’énergie pour les multinationales et où, tout comme à Notre-Dame des Landes, la police est envoyée pour surveiller les chantiers ;
ou encore à Huexca, dans l’État de Morelos, où des CRS ont été envoyés il y a quelques jours pour imposer un gazoduc et une usine thermo-électrique d’une entreprise espagnole, et cela malgré les risques liés à la proximité du volcan Popocatépetl ;
comme à Atenco, où le projet d’aéroport est toujours d’actualité ; comme ce qu’il se passe contre les communautés zapatistes au Chiapas, que le gouvernement veut déposséder des terres récupérées grâce au soulèvement de 1994 ;
comme, enfin, dans des dizaines et des centaines d’autres villages et de communautés partout au Mexique, où ils nous dépossèdent de la terre et nous imposent des projets de mort, mines à ciel ouvert, barrages hydroélectriques, autoroutes, « villes rurales », et tant d’autres projets de « développement » qui cherchent à en finir avec nos communautés et nos terres collectives.
Ces projets inutiles bénéficient seulement aux entreprises telles que OHL, ENDESA, GAMESA, EDF, MALL, GOLDCORP, BLACKFIRE, IBERDROLA, MONSANTO, parmi d’autres. C’est à cause de ces entreprises qu’ils nous répriment et nous envoient la police et les CRS ; mais aussi qu’ils corrompent, achètent les élections et imposent des gouvernements, comme cela fut le cas du président Enrique Peña Nieto et de tant d’autres marionnettes politiques. Leur cupidité et leur désir sans limites d’imposer ces mégaprojets en arrivent même à l’ignominie d’instrumentaliser des groupes paramilitaires, d’imposer les cartels de la drogue et de payer des tueurs à gage pour nous assassiner.
Partout dans le monde, chaque jour nous voyons plus clairement jusqu’à quel point peuvent en arriver ceux d’en haut afin de mettre en place des politiques qui piétinent les peuples au bénéfice du pouvoir économique. Ils sont capables d’inventer une guerre d’extermination contre tous ceux qui s’opposent comme nous à leurs plans de mort. Mais chaque fois qu’ils nous frappent, nous sommes encore plus conscients du système destructeur auquel ils veulent nous soumettre.
Compagnons et compagnes, nous ne fraternisons pas seulement dans la lutte contre la répression : nous voyons aussi que nous partageons la même conscience que notre planète n’appartient pas aux hommes politiques et aux riches qui sont leurs collègues, mais bien aux peuples et aux êtres vivants qui l’habitent. Nous partageons aussi la pleine conscience du fait que nous luttons partout contre ces gouvernements qui se disent démocratiques mais qui nous imposent ces projets, nous divisent et nous détruisent pour satisfaire la dictature de l’argent.
C’est pour cela que nous voulons vous donner du courage dans votre lutte, dans cette étape difficile où ils saccagent vos maisons et vos terres. Nous voulons vous dire que bien que nous ne soyons pas près de vous, vous n’êtes pas seuls et seules. Nous sommes très nombreux à lutter jour après jour contre ces projets de mort pour défendre nos terres, nos territoires et nos façons d’être, c’est-à-dire pour défendre la vie. Nous sommes très nombreux à lutter contre les entreprises transnationales et les gouvernements corrompus. Ce qu’il nous manque seulement, c’est de nous rencontrer, nous écouter et mieux nous solidariser dans la lutte. C’est le moment de réfléchir et de nous organiser face à la soumission à laquelle ils nous condamnent. C’est le moment de nous retrouver sur cette planète qui se rebelle.
COMPAGNONS ET COMPAGNES : NOUS NE SOMMES PAS SEULEMENT QUELQUES-UNS, NOUS SOMMES DES MILLIERS ! PAS UN PAS EN ARRIÈRE ! NOUS SOMMES AVEC VOUS ! À BAS LES PROJETS DE MORT ! VIVE LA SOLIDARITÉ ! VIVE LA LUTTE DE NOTRE-DAME DES LANDES ! VIVE LA LUTTE CONTRE LES MÉGAPROJETS INUTILES !
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Signatures :
COLLECTIFS ET ORGANISATIONS DU MEXIQUE Collectif à linitiative du forum « Mexique - Europe : ils ne passeront pas » ; Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT), Atenco ; Assemblée des Villages Indigènes de lIsthme en Défense de la Terre et du Territoire (APIIDT), Isthme de Tehuantepec ; Organisations Indigènes pour les Droits Humains à Oaxaca (OIDHO), Oaxaca ; Communautés Paysannes et Urbaines Solidaires (COMCAUSA) ; collectif « la Rébellion de Tehuantepec", Isthme de Tehuantepec ; Groupe Solidaire de la communauté La Venta, Isthme de Tehuantepec ; Union des Communautés Indigènes de la Zone Nord de lIsthme (UCIZONI) ; Radio Communautaire « Las voces de los pueblos » 94.1 Matias Romero, Oaxaca ; Assemblée Nationale des Victimes Environnementales (ANAA) ; Alliance Mexicaine pour l’Autodétermination des Peuples (AMAP) ; Mouvement Agraire Indigène Zapatiste (MAIZ) ; Réseau National de Résistance au prix cher de l’électricité (Mexique) ; Réseau Mexicain d’Action face au libre-commerce (RMALC) ; Lien Urbain de la Dignité, Puebla ; Nud des droits humains, Puebla ; Secteur National Ouvrier et des Travailleurs de la Ville, des Champs, de la Mer et de l’Air de l’Autre Campagne ; Syndicat National des Travailleurs d’Uniroyal ; Coalition des Travailleurs Administratifs et Académiques du Syndicat des Travailleurs de l’Université Nationale Autonome de Mexico ; Collectif Action intelligente des chômeurs, étudiants et travailleurs ; Centre autonome d’apprentissage et de formation politique des travailleurs et travailleuses de l’Autre Campagne ; Dorados de Villa ; Communauté Autonome Ernesto Guevara de la Serna ; Communauté Autonome Ollin Alexis Benhumea Hernández ; Secteur des Travailleurs de l’Autre Campagne-Oaxaca ; La Otra Huasteca Totonacapan ; Brigade de rue de soutien à la femme "Elisa Martínez", A.C. ; Réseau Mexicain du Travail Sexuel ; Espace social et culturel LA KARAKOLA (Mexico DF) ; collectif POZOL, Tuxtla Gutierrez ; Zapateando (média libre adhérent de l’Autre Campagne) ; Agence d’Information Indépendante Noti-Calle ; Notilibertas ; émission radio « Les fils de la Terre » ; revue La Guillotina, Mexico, D.F. ; Croix noire Anarchiste de México ; Nodo Solidale Mexico ; Collectif Azcapotzalco, Mexico DF ; Coordination Nationale « Plan de Ayala »-Mouvement National (CNPA-MN) ; Organisation zapatiste « Education pour la libération de nos Peuples » ; collectif « Caracol Matlatl », Toluca (Etat de México) ; revue électronique Désinformémonos ; Kolektivo « de Boka en Boka », San Cristobal (Chiapas) ; Commune autonome de San Juan Copala, Oaxaca ; Comuneros du village de San Pedro Atlapulco (Etat de México) ; Centre des Droits Humains Digna Ochoa, A.C.(Tonala, Chiapas) ; Conseil Autonome de la zone côtière du Chiapas ; Front civique Tonaltèque AC (Tonala, Chiapas) ; Réseau contre la Répression et pour la Solidarité Chiapas.
INDIVIDUS
Manuel Antonio Ruiz, Lycée communautaire José Martí ; Ricardo Alvarado (Toluca, México) ; Sonia Voisin (Lyon, Francia), Priscila Tercero, Adhérantes de l’Autre Campagne ; Gloria Muñoz Ramírez ; Marcela Salas Jaime Quintana ; Sergio Castro ; Adazahira Chávez ; Felix Garcia Lazcarez ; Dr.Alfredo Velarde Saracho ; Elsa Mocquet, La Milpa, A.C.(San Cristobal, Chiapas) ; Alèssi Dell’Umbria (Marsella-Oaxaca)
COLECTIFS DE SOLIDARITE EUROPEENS
Groupe B.A.S.T.A., Münster, Allemagne ; Les trois passants, Francia ; Plate-forme de Solidarité avec le Chiapas et le Guatemala de Madrid, España ; Caracol Solidario, Franche-Comté ; Espoir Chiapas/Esperanza Chiapas ; Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte, Paris ; Collectif Chiapas Ariège ; Comitat Chiapas Aude ; Nodo solidale, Italie ; centre social "le Passe-Partout" et « Groupe CafeZ », Liège (Belgique).
Concilier l’autonomie et les institutions ? La question au coeur du colloque Gorz
Le colloque sur André Gorz s’est tenu les 15 et 16 novembre. Sa pensée préparant le post-capitalisme se révèle toujours vivante. Une question a parcouru les discussions : est-il possible de développer l’autonomie en l’articulant à la sphère des institutions ?
Ces 15 et 16 novembre 2012, le nouveau théâtre de Montreuil accueillait un important colloque international en hommage à la pensée d’André Gorz, grand penseur de l’écologie politique. Intitulé « Penser la sortie du capitalisme – Le scénario Gorz », il a proposé plusieurs conférences, sur des thèmes différents, offrant des débats intenses et subtils. Reporterre en était un des parrains, il soumet ici une grille d’analyse des discussions.
Œcuménique pour certains, contradictoire diront d’autres. Le bilan de ce colloque sur André Gorz laisse une impression contrastée. Cela tient à deux raisons majeures ; la diversité intrinsèque des intervenants tout d’abord. Avec des philosophes, des économistes, des journalistes, des politiques ou des scientifiques réunis tous ensemble pour l’occasion, la pluridisciplinarité des débats fut un bel hommage à la polyvalence naturelle d’A. Gorz, dont la pensée, à partir de la philosophie et de l’économie, s’est toujours attachée à proposer une vision globale du monde. Son itinéraire personnel, de Sartre à Illich, traduit ainsi la variété de ses réflexions.
C’est la deuxième explication : un tel multiculturalisme intellectuel ne pouvait aboutir à quelque dénouement sur la pensée de Gorz. En deux jours, il était ambitieux de songer à mettre un point final au colloque. Christophe Fourel, co-organisateur de l’événement, s’en excuse presque : « Nous avions prévu pour la clôture un temps de synthèse, mais le mot est définitivement trop fort ». Cette grande réunion laisse donc ce goût d’inachevé, de fin en suspens. Et ce sentiment presque schizophrène dont témoigne Alain Caillé, l’autre directeur du colloque : « Je suis à la fois heureux et malheureux. Heureux parce que je me réjouis de ce rassemblement d’intelligences alternatives autour du souvenir de Gorz. Malheureux car je me sens découragé, les idées développées sont brillantes, mais elles ne font pas le poids par rapport aux problèmes actuels à gérer. Qu’allons-nous retenir ? ».
La bonne centaine d’auditeurs présents sur ces deux jours sait, elle, qu’il y a pourtant beaucoup à retenir. Le débat s’est construit entre désaccords sémantiques et divergences d’analyse, mais les participants seront au moins d’accord sur une chose : la nature des échanges était riche, les contradictions constructives et les mises en perspectives nombreuses. S’il est donc délicat d’en tirer un bilan univoque, nous vous proposons ici un angle de lecture de ces débats. L’exposé est forcément subjectif, il ne peut être exhaustif. Il s’articulera autour de quelques couples d’idées – parfois joué en duo, parfois mis en dualité – qui ont traversé les échanges pendant ces deux jours :
À mi-chemin du réel et du théorique
Construire des voies de sortie. L’œuvre de Gorz dans son ensemble est tournée vers cette ambition. Le colloque se voulait donc un espace de discussion autour des injonctions au changement, ses raisons et ses moteurs. D’où des allers-retours permanents entre concepts et méthodologie. Les notions d’autonomie (Comment restaurer un individu émancipé ?), d’hubris (Pourquoi sommes-nous tant attachés à ce qui nous détruit ?), ou encore d’extériorité (Comment recréer une contrainte externe, sortir du technofascisme et accepter de nouveau des phénomènes de contingence ?), ont imprégné tous les échanges.
Mais Gorz parlait avant tout du monde vécu, il se méfiait d’un théoricisme qui isole, à terme, de la réalité des faits. Eviter l’effondrement, c’était penser radicalement différemment le rapport de l’Homme au travail, imaginer d’autres moyens de production. Gorz prônait à cet égard la fin de la logique Travail-emploi, il défendait une allocation universelle – ce que P. Van Parijs nomme aujourd’hui le revenu minimum inconditionnel. Les débats sur l’activité salariale ou la possibilité d’un revenu social garanti ont concrètement montré la pertinence actuelle des ses propositions.
Entre fidélité et trahison des contemporains
Gorz a posé de nombreux concepts qui sont, en fait, restés en friche. S’il fournit un appareil intellectuel critique parfaitement d’actualité, les disciples réunis s’en sont parfois vite éloignés. Comme si la revendication de fidélité donnait caution pour prendre par la suite ses distances. « Peut-on être gorzien autrement qu’en trahissant Gorz ? » demandait ainsi à la fin Frédéric Ménager.
Le thème des institutions aura peut-être cristallisé au mieux les oppositions sur son héritage. Gorz a toujours gardé méfiance à l’égard des acteurs institutionnels, l’Etat notamment. L’échange sur la transition écologique donnera pourtant une place importante aux institutions : « La tâche devant nous n’est pas l’émancipation en tant que fantasme de l’individu promothéen, mais une nouvelle utopie de transformation de nos comportements à travers nos institutions. Il ne peut y avoir d’autonomie hors-sol, en s’affranchissant individuellement des institutions » déclare ainsi Bernard Perret. « Ne pas récuser l’utopie, mais imaginer ses formes pragmatiques ».
Sortir du capitalisme par l’économie ?
Dans Ecologica, œuvre majeure, Gorz soutenait que « la domination de la rationalité économique sur toutes les autres formes de rationalité est l’essence du capitalisme ». Au sortir d’un colloque qui se donnait comme mandat de réfléchir des voies d’issue, on constate que nombre des débats sont restés marqués par l’économicisme ambiant, « l’économystification du monde » selon la formule de Jean-Pierre Dupuy.
Le capitalisme reste ancré sur cette logique imparable, où il crée son propre besoin : en exacerbant l’instant présent, le capitalisme s’autoalimente puisqu’il représente dans le contexte démographique actuel la seule réponse d’organisation, d’allocation et de régulation à ce court-termisme. Pourtant, Gorz prévenait déjà, « l’activité économique n’a de sens qu’au service d’autre chose qu’elle-même ». C’est ce que regrettera Alain Caillé, lors de sa conclusion : « On a parfois manqué de recul sur les perspectives profondes : quels sont les traits du désirable à construire ? ».
L’écologie sans environnement ?
Ecologie et Liberté est un « texte fondateur de l’écologie politique » pour Françoise Gollain. Pourtant, comme Illich, Gorz n’utilisait pas le mot « écologie ». Il n’était en tout cas pas un environnementaliste ; la crise dite de la « nature » répondait pour lui avant tout d’un bouleversement d’ordre anthropologique. Il porte un nouvel humanisme, dont l’écologie est l’outil de transformation sociale et radicale du capitalisme. La crise écologique est un levier utile pour remettre en cause le système capitaliste, au travers du basculement dans la démesure et la suraccumulation que produit la société de consommation.
Gorz est un pionnier de l’écosocialisme : « Il s’agissait de faire rentrer l’écologie dans des cadres idéologiques d’obédience plutôt marxiste » analyse Jean-Pierre Dupuy. Ses Adieux au prolétariat en 1980 signent certes sa rupture avec la marxisme traditionnel, il restera dans ce projet fondamental de réconciliation entre projet écologiste et utopie socialiste. Avec un refus comme pierre angulaire : la lutte contre l’hubris humaine dévastatrice.
Ces débats auront révélé l’acuité des analyses gorziennes, dans ce qu’elles mettent en exergue certains paradoxes toujours actuels. C’est au fond un colloque à l’image d’André Gorz, cet homme insatisfait et insatiable, qui « menait ce travail de réflexivité constante » selon Alain Caillé. André Gorz n’a eu de cesse de chercher, d’interroger, de proposer des alternatives. « Il était un marxiste qui voulait sortir du marxisme » dit de lui Frédéric Ménager.
C’est pourquoi il a tant marqué la gauche, l’abreuvant de nombreux textes-références. Aujourd’hui encore, Gorz nourrit les gauches, en rassemblant pour ce colloque des personnalités fortes, d’horizons très différents, telles que Michel Rocard, Clémentine Autain, Alain Lipietz, etc. « C’est un interpellateur intransigeant, un inspirateur inoubliable » pour Van Parijs. Cinq ans après sa mort, son influence n’est pas prête de s’estomper.
Notre Dame des Landes s’est invitée au Colloque André Gorz
Un colloque sur André Gorz, décédé depuis cinq ans maintenant, s’est tenu à Montreuil les 15 et 16 novembre 2012 dans un amphithéâtre où se sont cotoyés pendant deux jours des générations différentes, des plus anciens, certains amis-e-s et compagnons d’André Gorz, aux plus jeunes, connaissant ou découvrant cette pensée. Une pensée qui a inspiré les années 1970 avec les livres, Écologie et Politique, Écologie et Liberté notamment, et avec en toile de fond également, Ivan Illich, qu’André Gorz avait rencontré et qui l’avait alors fortement inspiré. Une pensée qui a accompagné des luttes emblématiques de ces années là et qui demande à être revisitée avec l’accélération de la crise écologique, la crise climatique et les immenses capacités destructrices accumulées.
André Gorz avait vu avant beaucoup d’autres que la crise qui s’amorçait était bien plus qu’une crise capitaliste classique, qu’elle était la crise d’une civilisation. Il dénonçait alors les méga-projets techniques, qui loin de constituer un progrès pour l’humanité, renforçaient la dépendance, l’hétéronomie, l’aliénation dans la consommation, la perte de l’autonomie et de la capacité de décision. Il analysait la possibilité d’un techno-totalitarisme, qui, au prétexte de résoudre les crises déjà là, ne ferait que rapprocher le système capitaliste d’un seuil à partir duquel la barbarie pourrait être l’avenir des sociétés techno-industrielles. Mais il montrait aussi que la crise écologique pouvait être un levier pour la sortie du capitalisme et pour un changement de civilisation.
Ce colloque a coïncidé avec la montée de la résistance à la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Ce projet, qui date de quarante ans, et la résistance qui lui est opposée ont été évoqués à plusieurs reprises dans les interventions comme un exemple même de l’imposition d’un « grand projet inutile », d’un monstre détruisant l’espace et les terres, délogeant les paysans, détruisant la biodiversité, pour accélerer la vitesse, à l’heure où au contraire, il s’agit de retrouver la maîtrise de la durée et du temps, la maîtrise des terres, des « mondes vécus » selon les termes de Gorz, de réduire les transports qui, comme l’écrivait Illich, finissent par atteindre des seuils de contre-productivité.
L’immense manifestation de réoccupation à Notre Dame des Landes, le lendemain du colloque, a prolongé sur le terrain ces moments d’échange qui furent très riches. Ces hasards de calendrier illustrent comment, à un moment donné, des évènements a priori séparés, peuvent prendre corps et permettre des basculements. À Notre Dame des Landes aussi plusieurs générations se sont cotoyées, celles des années 1970, du Larzac, de Plogoff et de différentes résistances à la destruction des milieux de vie et de travail, celles beaucoup plus jeunes issues des mouvements pour la justice climatique, des luttes contre l’accaparement des terres, ou encore celles venues de la tradition des occupations, de la non violence et de la désobéissance civile. Face à ce projet, l’inventivité sociale est au rendez-vous et l’occupation de ces lieux par des nouveaux venus, renforce les années de résistance des habitants et des paysans qui ont contesté pied à pied « l’expertise » officielle. Elle ouvre un espace de réflexion et d’action. Espace fragile car les machines de la répression et de la destruction ont déjà démarré.
Un espace à soutenir et faire vivre, pour reconquérir une autonomie, si chère à André Gorz.
Les Amis de la terre se retirent du « débat sur la transition énergétique »
« Le pivot de ce débat devrait être constitué autour des économies d’énergie et la dilapidation des ressources »
Le cadre du débat sur la transition énergétique dévoilé à petits pas par le gouvernement ferme progressivement la porte aux options de réelles transitions. Il entretien un flou inacceptable sur l’organisation et la prise en compte sincère des contributions des citoyens.
En conséquence, Les Amis de la Terre France ont décidé de ne pas participer au débat sur la transition énergétique tel qu’il est actuellement organisé par le Gouvernement.
La première des raisons qui fondent notre décision est la désignation par le gouvernement, sans aucune concertation, des membres du comité de pilotage de ce débat.
Sur les cinq personnes désignées, deux ont été parmi les principaux promoteurs du nucléaire en France et dans le monde : Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva, et Pascal Colombani, ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique.
Ceci est pour nous inadmissible après Fukushima, face au danger et au manque total de transparence démocratique que représente cette énergie. En contrepartie, aucune place n’a été faite à des représentants actuels de la société civile et des alternatives énergétiques.
Ce choix montre d’une manière très caricaturale quelles seront les orientations du futur débat. Il dicte d’avance les conclusions qui en seront tirées, et ferme la porte à la prise en compte de nos propositions.
De plus, en six mois de mandat, le gouvernement a multiplié les signaux négatifs. En effet, les décisions prises sur le nucléaire, la crispation incompréhensible sur le projet de Notre-Dame-des-Landes, l’éventualité d’une exploitation des gaz de schiste qui reste sous-jacente sont des exemples de mesures et de projets opposés à la transition énergétique.
Le pivot de ce débat devrait être constitué autour des économies d’énergie et la dilapidation des ressources. Donc, avant tout autre sujet, ce débat doit fixer des choix de société qui portent sur les économies et la maîtrise de l’énergie. Des options qui doivent être décidées par les citoyens.
Il est impératif que ce débat ne s’inscrive pas dans une logique de validation des options portées par les seuls acteurs économiques, comme le réclame le MEDEF.
Comment organiser la représentativité citoyenne dans ce débat ? Comment garantir une participation citoyenne exempte des intérêts particuliers des questions traitées ? Autant de questions occultées par le gouvernement.
Dans un tel contexte, les conditions d’un débat public ouvert et sincère ne sont pas réunies, ce que nous sommes amenés à dénoncer en ne participant pas à ce simulacre de concertation.
En quittant cette « concertation », les Amis de la Terre ne se désintéressent d’aucune façon du débat sur la question énergétique.
Nous serons très attentifs aux « délibérations citoyennes » qui devraient débuter en février prochain et avoir lieu dans tout le pays dans le cadre du débat général, de même que nous examinerons avec la plus grande attention le contenu de la future loi de programmation énergétique, et continuerons à avancer nos solutions de transition énergétique, qui ne pourra se réaliser que dans le cadre d’une transition écologique beaucoup plus large, soutenable et solidaire.
Un reporter à Notre Dame des Landes
- Notre Dame des Landes (Loire-Atlantique), reportage
Jeudi 15 novembre
Voici ce que, dans mon songe, contait un magicien :
Il était une fois un pays lointain, que l’on appelait Oligarchistan. Deux factions de riches seigneurs, la Mauve et la Marron, s’y partageaient le pouvoir. Elles se disputaient bien sur quelques détails, tel que le nombre de pains qu’il convenait d’allouer au peuple pour qu’il ne se révolte pas. Mais pour l’essentiel, elles s’accordaient, et l’essentiel était que l’on continuât le commerce de pierres. Le pays n’avait plus guère besoin de pierres, mais leur commerce était le moyen le plus commode qu’avaient trouvé les seigneurs pour prélever la meilleure partie des richesses de l’Oligarchistan.
Le peuple ne comprenait pas bien tout cela. Il avait du pain, juste assez pour être rassasié – sauf les nombreux mendiants, dont tout le monde se fichait -, et des jeux à foison pour se distraire. De surcroît, afin de s’assurer que tout était dans le meilleur des mondes, deux almanachs possédés par des marchands de pierres, Le Parchemin mauve et Le Rouleau marron, relataient les événements du pays. Ils s’opposaient sur le sexe des anges ou sur la tenue de la première courtisane, alimentant par leurs criailleries l’idée que l’ancien régime qu’avait connu le pays, et que l’on appelait « démocratie », restait en vigueur.
Dans les jours où commence mon histoire, poursuivit le magicien, c’était au tour de la faction Mauve d’exercer le pouvoir de police et de justice. Le grand vizir, Unhouzéro, s’était mis en tête depuis longtemps de construire un grand château de pierres en un lieu qu’on appelait Zadacipa. Or vivaient sur ces arpents de champs et de forêts des grenouilles et des Jacques. Les grenouilles, pas plus qu’aujourd’hui, ne savaient exprimer leurs sentiments. Mais les Jacques s’obstinaient dans l’idée bizarre que leurs champs et leurs arbres étaient bien plus utiles que la chimère d’Unhouzéro. Les gazettes locales avaient beau leur répéter qu’un nouveau château n’apporterait que félicité dans leur contrée brumeuse, ils n’en démordaient pas : leurs champs et leurs arbres leur convenaient fort, et ils aimaient bien les grenouilles.
Dans Le Parchemin mauve travaillait un petit scribe, parmi beaucoup d’autres scribes. Le petit scribe s’occupait à raconter des histoires de grenouilles. Cela ne dérangeait pas le marchand de pierres qui possédait l’almanach ; il pensait que ces histoires sans importance pouvaient divertir le peuple. Mais voici qu’au cours de ses pérégrinations, le petit scribe découvrit les grenouilles de Zadacipa. Il n’entendait pas le langage des grenouilles, mais il comprenait fort bien ce que lui disaient les Jacques. D’ailleurs, il aimait beaucoup les Jacques : il pensait que si les Jacques continuaient à s’occuper des champs en prenant soin des grenouilles, ce serait bien pour les Jacques et pour les grenouilles.
Il commença à raconter l’histoire de Zadacipa dans Le Parchemin mauve. Au début, personne n’y prit garde. C’était bien loin de la capitale, et tout le monde était si habitué à ce que l’on construise partout d’inutiles châteaux de pierres qu’on n’y prêtait pas d’attention. Mais la résistance des Jacques était si tenace que cette affaire secondaire prenait peu à peu de l’importance. Même la maréchaussée, envoyée en force par un petit matin froid, ne pouvait faire renoncer les Jacques à leurs champs et à leurs arbres.
Le marchand de pierres qui possédait Le Parchemin mauve finit par s’inquiéter. Tout ceci n’allait-il pas affaiblir le grand vizir Unhouzéro ? Ne pouvait-on pas imaginer que si cette histoire de grenouilles et de Jacques tournait mal, cela profiterait à la faction Marron ? Aussi le marchand de pierres…
Ah, mais je me réveille, mon songe s’interrompt. J’aimerais bien connaître la suite de l’histoire. Peut-être ce soir, quand le sommeil reviendra ?
Pour l’instant, me voilà dans le train à grande vitesse qui a quitté Paris à 8h52, à destination de Nantes, où je m’arrêterai pour me rendre à Notre Dame des Landes. J’y vais en tant que journaliste et à mes frais. Pour la chronique Ecologie du journal Le Monde, 2.440 signes hebdomadaires, paraissant le samedi, écrit le vendredi avant 16 h, en totale liberté, sous la réserve - que j’accepte sans barguigner - d’une discussion avec le directeur de la publication s’il le souhaite, discussions au demeurant rares. Mais je ne viens pas pour les page du Monde, un collègue y étant par ailleurs dépêché.
Je suis donc ici pour Reporterre, le site de l’écologie, qui, s’il ne remplit pas de lentilles l’assiette de ses contributeurs, ne leur mesure pas la place, aussi vaste que la mémoire du serveur informatique qui l’héberge.
J’aurais normalement dû participer aujourd’hui et demain au beau colloque qui se tient à Montreuil (Seine-Saint-Denis) autour de la pensée d’André Gorz, un des plus forts penseurs de l’écologie politique.
Mais ce qui se passe à Notre Dame des Landes est si important que j’ai choisi, en le regrettant bien, de venir témoigner de ce qui s’y passera les jours prochains. Je suis sûr qu’André Gorz, qui a lui-même été journaliste, et des meilleurs, le comprendrait fort bien.
Je relis un de ses textes, « le journalisme, cette pensée sans objet » : la pensée du journaliste, écrit-il, « devait rester la pensée d’un autre, très exactement une pensée autre : inflexible, impersonnelle, irréfutable comme la fatalité ou comme cette pensée sans sujet que nul ne pense et que chacun attribue aux autres, je veux dire « l’opinion publique ». Car c’était ça, le journalisme en France, en cette époque : il fallait donner une apparence d’intériorité, une apparence d’unité personnelle (attestée par la signature et par le style soigné) [à] un récit dont la qualité première devait être l’absence d’auteur.
« Bien sûr, il y avait des exceptions apparentes : les grands reporters avaient le droit de dire « je » et de décrire ce que prétendument ils avaient vu et pensé, en partant de leurs impressions propres – mais ce privilège était suspendu à la condition qu’ils ne pensent pas trop : qu’ils promènent leur regard comme l’œil d’une caméra, qu’ils soient dehors et non dedans, c’est-à-dire observateurs extérieurs et non pas partie, juge, agent de l’histoire en cours. Leur « jeu » n’était qu’une forme rhétorique : ils étaient sujets dans la stricte mesure où ils avaient cinq sens (voyaient les couleurs et les mouvements, percevaient les bruits, les paroles, les odeurs) pour rendre les apparences extérieures, mais ils perdaient ce privilège dès qu’il fallait en venir au fond des choses ».
Ce texte me conduit ici, indépendamment d’autres considérations, à l’idée des registres d’écriture journalistique. Ecrire une chronique, un reportage, une enquête, une analyse implique des modes d’écriture différents. Dans certains de ces registres, le journaliste peut – pour reprendre l’approche de Gorz – « penser ». Il m’apparait, moi, que le même journaliste peut « ne pas penser », toujours au sens de Gorz, dans les autres registres.
Mais certains jugent que si vous pensez dans l’un, vous ne pourriez pas ne pas penser dans l’autre, malgré les apparences. Ils craignent que le lecteur, ayant observé que vous avez pensé dans un registre, croit que vous pensez dans l’autre registre, malgré le fait qu’on y écrit en ne « pensant » pas, et le lecteur pourrait donc analyser ce qu’il lit comme l’expression d’une pensée.
Derrière cette discussion se situe la fiction de l’objectivité journalistique, éternel monstre du Loch Ness dont tout le monde répète qu’il n’existe évidemment pas et agit comme s’il existait.
J’en reste là.
Et voici donc pourquoi je viens ici pour la chronique Ecologie du Monde et non pour les pages d’information du Monde.
Sur internet, se crée de nouveaux registres d’écriture. Pour reprendre la formulation de Gorz, on peut tenter d’y rapporter les choses vues, sans leur donner un sens explicite, mais sans pour autant prétendre relater en ne pensant pas.
Je vais regarder, écouter, interroger, sentir, deviner. Un reporter, nez au vent. Quoi qu’ensommeillé car voyez-vous, ce problème journalistique du « rendre compte » m’a tenu éveillé – sauf le temps d’un songe…
Le train est plein. Des hommes surtout, endormis ou affairés. En face de moi, le monsieur qui a rangé son ordinateur et mange un petit gâteau avec le café qu’il a été chercher au bar lit dans Le Monde l’article sur Jean-Luc Lagardère et sa jeune femme, avec photo, en page Economie. A côté, l’autre monsieur affairé compulse des documents, j’aperçois un titre, « Russian underground ». Le métro de Moscou, la scène alternative, ou... ?
10 h 54, l’arrivée est pour bientôt, je range l’ordinateur.
Sortir de la gare, vers le sud, du côté des magasins de location de voitures, où je prends celle que j’avais réservée (260 euros pour trois jours, le moins cher).
Traverser la ville vers le nord. Quelque part, vers le centre, un grand boulevard, et deux-trois personnes à côté de pancartes critiquant le projet d’aéroport.
Continuer vers le nord, la ville s’est étalée, je traverse, guidé par le GPS, les banlieues informes de pavillons proprets et de centres commerciaux, jusqu’à la route qui va me mener à Treillières, à moins de vingt kilomètres du centre de la ville. Enfin, la campagne : des routes étroites dans la brume, des champs et des bois, des meuglements de vaches et un cheval qui frémit au long d’une haie.
J’arrive chez Michel Tarin, qui m’accueille avec son épouse, Jeanne. Je retrouve la maison où, en 2008, avec force plans et documents, ils m’avaient fait découvrir le projet de Notre Dame des Landes et les raisons de s’y opposer. Michel Tarin, avec son collier de barbe blanche qui fait penser à un marin plutôt qu’à un paysan, est toujours solide et déterminé.
Sa famille est installée dans le coin depuis 1838. Lui-même est paysan, comme son père. Il a commencé à travailler à 14 ans. Il a pris sa retraite il y a quelques années. Il a 65 ans. C’est un des opposants historiques au projet. Il a notamment mené pendant vingt-huit jours, au printemps de cette année, une grève de la faim à Nantes.
« En février de cette année, m’explique-t-il pendant le repas, on nous a dit que tout le monde devrait avoir quitté le territoire à la fin décembre. Cela nous paraissait inacceptable, alors qu’on l’on compte toujours gagner la partie juridique. Que faire ? On a eu cette idée de la grève de la faim. Il s’agissait d’obtenir l’ouverture du dialogue qu’on n’a jamais eu, et que personne ne soit expulsé avant la fin des recours. »
La grève, qui ne s’annonçait évidemment pas comme une partie de plaisir, a été soigneusement préparée, et a commencé avec quelques camarades le 11 avril. « Je n’ai pas souffert de la faim. Mais j’ai perdu 18 kg. - Et tous ses muscles avaient fondu, dit Jeanne, il commençait à ne plus pouvoir marcher - Oui, à la fin, j’avais des problèmes aux gencives et aux ongles ».
Un émissaire de François Hollande est venu négocier, les opposants ont au final obtenu la suspension des expulsions jusqu’à la fin des recours - un engagement contresigné par Jean-Marc Ayrault. Fin de la grève le 8 mai au soir.
En juin se produisit une nouvelle passe d’armes, avec une violente répression policière le 21 juin lors d’une manifestation pour demander le report de l’enquête publique. « Les gendarmes ont chargé sans sommation, ils ont gazé tout le monde, Jeanne a eu les yeux agressés par leur truc au poivre, il y a eu cinq blessés de notre côté ».
Mais les porteurs du projet, afin de le rendre irréversible, selon Michel Tarin, ont lancé l’opération « César » le 16 octobre, pour expulser les habitants sans titre de la Zone d’aménagement différée. « C’a été le coup de force de trop ».
« On s’y attendait, mais pas avec une telle ampleur. Les jeunes se sont tout de suite organisés, ils faisaient des barrages. Nous, on a été avec eux, parmi eux, donc cela empêchait la police de charger. On était dans les maisons avec les jeunes. ».
L’intention du pouvoir était en effet de diviser les « jeunes », habitants sans titre de la ZAD, des « historiques », habitants avec titre - que l’on comptait expulser plus tard, au terme des recours juridiques. « Le Préfet parlait de zadistes, de zonards, d’activistes, il a fini par employer le mot de ’terroristes’. Mais on est tous restés soudés, c’est pour ça que la zone a tenu. Au bout de trois semaines, ils ont démoli onze maisons, vingt-quatre lieux de vie, mais il y a toujours des lieux debout, Far West, La Chèvrerie, La Garce, et puis il reste les maisons, Le Rosier, Bel Air, La Pointe,... »
Avant l’invasion policière, il y avait déjà une entraide entre les Historiques et les Zadistes. « Les maisons étaient délabrées, on les avait aidé pour les travaux » quand les arrivants s’installaient. « Quand des agriculteurs sont montés en ville pour la tracto-vélo, en 2011, des jeunes s’étaient occupés des vaches en leur absence. Pour établir la maison du Sabot, des tracteurs étaient venus pour débroussailler, les paysans ont aussi amené du fumier pour le jardin ». Mais la résistance depuis le 16 octobre a renforcé la solidarité : « Des liens humains se sont créés qui n’existaient pas avant ».
La Vache Rit, un grand hangar au coeur de la zone et appartenant à Sylvain Fresneau, habitant « légal », est depuis toujours le point de rassemblement de la lutte. Elle s’est transformée en centre de refuge pour les expulsés, qui perdaient jour après jour, sous les coups des pelleteuses, leur logis. « Il s’y est installée une cuisine - qui sert 250 repas par jour -, un stockage de nourriture, de vêtements. On a déplacé le boulanger, qui avait été expulsé, chez un autre habitant, aux Fosses noires. »
- Question : L’intervention policière a-t-elle divisé le mouvement entre les zadistes et les opposants de toujours, ou a-t-elle suscité une solidarité ?
- Ecouter sa réponse :
Michel Tarin :
L’heure tourne. Les coups de fil se succèdent, des journalistes qui appellent Michel Tarin, en vue de la manifestation de samedi. Plein de choses à faire. Lui, il organisera des tours en ULM pour les journalistes qui veulent avoir des images aériennes.
Je pars, prends à droite, puis à gauche - « Là où il y a les robocops ». Deux ou trois camionnettes bleues qui gardent un site archéologique où les pelleteuses sont venues. Je me perds un peu dans ces routes droites longées de fossés pour écouler l’eau. Ici, c’était des landes très humides, peu propices à la culture, mais adéquates pour les pâturages. Les paysans ont occupé le terrain tardivement, au XIXe siècle. La brume engourdit tout. Dans un champ, un tracteur laboure.
Je finis par arriver à un « pillage » : une chicane pour faire ralentir les voitures.
Je me gare. Il y cinq jeunes, qui montent une sorte de garde, à côté d’une table sur tréteaux et d’un brasero.
« Bonjour, je suis journaliste. - Oui, ça on le voit ». Ils ne sont ni hostiles, ni chaleureux, distants. Une équipe de télévision finit de les filmer. Ils remettent la cagoule ou une écharpe sur le visage devant les objectifs. On discute un peu quand la télévision est partie. Ils sont là depuis quelques jours, ils viennent de Nantes et des environs, peut-être l’un restera-t-il après la manif, il a sa tente. La chicane remplace le barrage qui avait été posé auparavant, elle sert à occuper le terrain, et à distribuer des tracts et des informations aux gens qui passent.
L’un veut-il bien répondre à une question enregistrée ? Après concertation - « Oh non, pas moi, je l’ai fait tout à l’heure » -, l’un accepte.
- Question : Pourquoi êtes-vous ici ces jours ci ?
- Ecouter la réponse :
J’arrive devant une maison avec un ou deux hangars et une camionnette qui n’est plus de la première fraîcheur. Il y a des gens. « La Vacherie, c’est par là ? Je cherche le contact presse qu’on m’a dit être à côté. - Ah, c’est par là, mais voyez dans la caravane, là. ». On est à La Rolandière, une maison « légale ». Je me gare, c’est assez boueux, il a beaucoup plu les dernières semaines.
Dans la petite caravane en face du hangar, deux ordinateurs, deux gars et une fille. Je frappe à la porte, ouvre. "Bonjour. Je fais une enquête auprès des habitants de la ZAD pour savoir s’ils pensent que l’aéroport est la marque du progrès ? - Un progrès !" Il est interloqué. "C’est une question sérieuse ? - Tout à fait". Des sourires apparaissent.
On se présente. Donc, je devais retrouver Camille. "Ah oui, elle t’attendait à La Vacherie. Je l’appelle, elle va revenir." J’attends dehors, en regardant le hangar, la maison dont l’intérieur a l’air chaleureux, la cour derrière où il y a un potager et un grand camion, il fait froid.
Camille arrive en vélo. "Désolé, j’ai pris du temps parce que le pneu est à plat". On s’installe pour discuter sur des chaises en plastique dans le hangar plein de caisses de pommes et de nourriture, d’engins divers, de matériel. Pendant la discussion, des gens vont entrer et sortir, apportant ou prenant telle ou telle chose. A deux jours de la manifestation, qui est en fait une "réoccupation", il y a plein de choses à faire.
J’explique ma démarche. On parle de la presse. Il me parait normal d’expliquer "d’où je regarde", pour lever la méfiance légitime que l’on peut nourrir à l’égard des médias. Si ceux-ci demandent la transparence à leurs interlocuteurs, il parait évident qu’eux-mêmes devraient l’être, et expliciter les conflits d’intérêt, ou du moins, les conflits et contradictions qui les traversent, comme dans toute entreprise. En retour, les choses étant posées et comprises, la confiance est demandée, étant entendu qu’il y aura du off et du on.
Camille, une jeune femme d’une trentaine d’années, ne s’appelle pas ainsi. Mais c’est le prénom public adopté par ceux du Groupe communication. "C’est une façon de rapporter quelque chose de collectif. Il y a une tendance à personnaliser dans les médias".
"Nous ne sommes pas un collectif, une entité géographique, un groupe qui rassemble tous les occupants, et encore moins ceux qui sont arrivés récemment, et ceux qui font du travail à distance, et l’assemblée générale qui prépare le 17 novembre. Il n’y a pas de tête dans le mouvement, donc on ne peut pas le décapiter. On fonctionne par horizontalité, il n’y a pas de hiérarchie, de représentation, ce sont des individus.
"Ce n’est pas évident de ne pas avoir d’organisation, de ligne qui rassemble tout le monde. D’où une certaine fragilité." Mais, pourtant, quelque chose se passe, et c’est efficace.
On parle de la manifestation de réoccupation, qui était prévue de longue date : ce serait le 4e samedi après l’expulsion. On pensait que l’expulsion se ferait rapidement, la surprise a été que la résistance dure aussi longtemps, et parvienne à mettre en échec les autorités étatiques.
Une organisation s’est mise en place, avec des commissions pour tenir l’agenda, gérer la communication, organiser l’accueil des nouveaux arrivants (hébergement, logistique, parking), préparer la construction de nouveaux lieux de vie...
On discute pour savoir quel terme pourrait qualifier ceux qui sont ici. Anarchistes ? Tout le monde ne s’y reconnait pas. Altermondialistes ? Même chose. Autonomes, zadistes ? Itou. "Anticapitalistes ? - Oui, tout le monde s’y retrouverait. Il faudrait demander à chacun, mais tout le monde est opposé au capitalisme. L’aéroport est le symptôme de tout le système - et il y a plein d’autres luttes : les LGV, la THT, No Border, les immigrés, les Roms, "Un toit pour toutes et tous"... Là on se focalise médiatiquement ici, mais on ne veut pas oublier les autres luttes, comme dans la forêt de Hambach, en ce moment même, en Allemagne"
“Ce qui rassemble, c’est le refus du projet d’aéroport, mais aussi le choix d’occuper, le mode d’action"
L’heure tourne ce vendredi matin, et le rédacteur doit abréger. Dans la discussion avec Camille, une autre question sur les journalistes. "Le problème, ce n’est pas tant qu’ils ne posent pas de bonnes questions que le fait qu’ils ne relaient pas ce que l’on dit. Ils ne disent pas pourquoi on est contre l’aéroport : parce qu’il exprime la logique qui broie les vies de tous."
Alors, quelle question voudriez-vous que les journalistes vous posent ? Eh bien, ça, justement :
ITV sonore à écouter : Qu’est-ce qui est en jeu, au-delà de l’aéroport, dans la lutte de Notre Dame des Landes ?
http://www.reporterre.net/sons/Cami...
On se quitte. Camille me présente à Marie, qui vit dans La Rolandière. Marie m’invite à rentrer dans la pièce commune, où un bon poêle à bois réchauffe les corps et les esprits. Elle vit ici avec Alain et leurs deux enfants. Alain est de Notre Dame des Landes, Marie est ici depuis 2000. Il travaille dans le contrôle technique (euh, je ne sais plus trop de quoi, il faudra que je les rappelle pour préciser), et en fait, ils ont une vie "normale", sauf que leur maison est vouée à la démolition par les promoteurs de l’aéroport. Ils sont opposants de toujours, et plus radicaux que les Historiques de l’Acipa.
Ils racontent l’invasion du 16 octobre. Marie : ”Ca a été un choc de voir autant de CRS, et surtout un hélicoptère. Alain : - C’était un état de guerre. Il n’y pas plus eu de car scolaire, de facteur, pendant des jours. - La solidarité a été pratiquement immédiate, des gens apportaient des vêtements, prenaient le linge pour aller le laver. - Les gens venaient nous voir à travers les champs. Il y a plus de deux cents personnes nourries depuis trois semaines. - Les occupants n’avaient plus rien. Je salue leur détermination. Il a plu pendant trois semaines. - Ils ont fait le relais pendant tout ce temps, organisant des guets toutes les nuits. - Et reconstruire les cabanes pendant la nuit. - Ils ont une énergie forte. - C’est un moment très dur, quand tout est détruit. - Il faut parler de la brutalité avec laquelle la police a délogé les gens dans les arbres. Il y a eu des trucs de dingue : quand un gendarme est tombé par terre, les autres continuaient à détruire la cabane sans le secourir."
Marie montre une video réalisée par deux jeunes filles qui vivaient dans une cabane dans les arbres et qui racontent ce qui leur est arrivé. Le film d’une dizaine de minutes montre de manière touchante leur amour (un autre mot ?) de la forêt et de sa vie. « Elles ont du courage de se montrer à visage découvert », dit Marie. La police, en effet, semble enregistrer tous les visages et les enfouir dans ses fichiers.
Marie : « Ce sont de vraies écolos. Elle avait construit une cabane pour y vivre, une chouette s’y est installée, elle a été faire une autre cabane ailleurs ».
Marie et Alain :
Pour Marie et Alain, aussi, c’est dur. Un ami qui est là dit qu’on a proposé à Marie d’aller quelques jours ailleurs, pour se reposer du stress. Elle a choisi de rester.
Marie : « Un territoire se défend par ses habitants. En face, il y a la forêt de Rohanne. Ils disent qu’ils veulent la raser en décembre. Psychologiquement, on ne peut pas supporter ça. » Alain : « C’est au-delà de ce qu’on pourrait endurer. Si on ravage tout autour de toi, c’est pire que des coups de matraque. »
On discute, des gens passent. J’attends « Sophie » (nom d’emprunt), qui vit avec son compagnon et leurs trois enfants dans un camion. Le jour de l’expulsion, le camion est venue se réfugier derrière La Rolandière, sinon, la police aurait pu l’évacuer. Ah Sophie est arrivée. Marie me prête une lampe pour y aller, parce que la nuit est tombée, et elle est noire.
Le camion est bien chaud, il y a un poêle, un plat qui se prépare sur la cuisinière, les deux grandes filles de dix et douze ans lisent et dessinent (leurs devoirs, sans doute), la petite Emilie, deux ans, joue avec des cartes en babillant. Elle s’amuse avec la lampe, qui éclaire très fort.
J’avais discuté au téléphone avec Sophie un peu avant l’intervention, c’est Sylvain Fresneau qui m’avait indiqué son contact : un lien entre les historiques et les zadistes. On est contents de se voir.
Le camion fait 20 m2. « C’est plus grand que ce qu’on avait à Paris. En fait, pas tout à fait, mais on a le salon dehors. - Même quand il fait froid, comme maintenant ? - Oui, on est dehors aussi, on coupe le bois. »
« On croit que l’aéroport ne se fera pas tellement il a peu de sens. Pour moi, la raison va finir par gagner ».
« Bob » arrive, c’est une jeune fille qui habite sur la zone depuis un peu plus d’un an. Avant, elle était à Lyon, elle a travaillé plusieurs années dans une association écologiste.
On parle des chicanes sur la route, des barrages. C’est la mise en application du slogan : « Vous nous mettez à la rue, On occupe la route ».
On discute des événements depuis le 16 octobre, de la violence, des indicateurs de police. Bob : « Ici ce n’est pas un camp de hippies où tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et là, on vit dans le stress, ça en rajoute. On n’est pas au top tous les jours. On est dans l’urgence, on se met beaucoup de pression et il faut faire des actions, ce n’est pas facile d’accueillir de nouvelles personnes, c’est comme toute relation humaine. »
A propos du sens de tout ça : Bob : « Avec cette lutte, on voit clairement le lien entre la politique et les multinationales. Avant, il y avait les seigneurs et les serfs. Maintenant, il y a les multinationales et les classes populaires. »
Et puis : « La nature est capable du pire et du meilleur. Nous, on peut faire le meilleur. Il s’agit d’expérimenter la survie dans un esprit de coopération. La solidarité qu’on voit ici, c’est exceptionnel. »
Sophie : « Quand je vois des paysans de soixante-dix ans qui viennent avec un bidon d’essence pour enflammer une barricade, on voit que les choses changent. Ca me donne confiance »
Mais l’heure tourne. On est bien, ici, avec la tisane, mais il faut que je retourne à Nantes.
Je rapporte la lampe chez Alain et Marie. Un grand cercle s’est formé autour de la télévision : Cyril Bouligand, un jeune paysan d’ici, et Eva Joly, parlent sur Canal Plus de Notre Dame des Landes. Bouligand a un peu de mal avec le terrible appareil télévisuel, et Eva Joly n’est pas bien argumentée. Les journalistes - il y a Jean-Michel Apathie - voudraient surtout lui faire dire que Cécile Duflot doit démissionner du gouvernement.
Le choix des images entrecoupant le texte - un jeune en cagoule lançant un projectile vers les policiers, un film de synthèse montrant un avion se posant majestueusement sur une piste posée sur les champs sans aucune construction - me parait tendancieux. Mais je ne suis pas sûr d’être objectif... Et puis, il faut que je parte.
La voiture, la route, la ville : retour de l’autre côté du miroir. Mais quel est le vrai ?
Vendredi 16 novembre
Passé la fin de la nuit à écrire puis direction la gare de Nantes où les parlementaires d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) arrivent en train de Paris à 10 h. Il y a Eva Joly, Jean-Vincent Placé, Yves Cochet, Noël Mamère, Yannick Jadot, et d’autres qui arrivent en papotant, avec des militants, des journalistes.
Petit attroupement, retrouvailles avec les gens d’ici - le député Jean-François de Rugy, par exemple -, et ce petit monde embarque dans un car pour la commune de Grand-Champs, à quelques 6 km à l’est de Notre Dame des Landes.
Il s’agit d’aller « ouvrir » une maison achetée par Vinci dans la « zone de bruit » de l’éventuel aéroport. Près de 700 maisons sont situées dans cette zone, assez peu pour l’instant ont été achetées. L’opération a été montée depuis trois semaines, quand EELV s’est rendu compte qu’elle ne pouvait plus rester silencieuse sur Notre Dame des Landes. José Bové a pris l’initiative avec ses amis de l’Acipa, dont plusieurs sont des paysans de la Confédération paysanne. L’idée originelle était d’installer une famille sans logis. Mais cela s’est révélé trop difficile à réaliser rapidement, et l’opération se limite donc à l’ouverture de la maison.
Elle a été préparée dans la discrétion, notamment quant au lieu exact, afin de ne pas se trouver devant un cordon de policiers. Les habitants de la ZAD n’ont pas non plus été informés à l’avance. Les journalistes ont été avertis une semaine auparavant, sans précision de lieu, qui est situé à La Grande Haie, sur la commune de Grandchamps.
Bové était là depuis la veille, afin de préparer l’action. Il est venu le matin tôt, hors photographes, notamment pour ouvrir une fenêtre derrière le pavillon, à la fois pour s’assurer qu’il n’y avait pas de difficulté inattendue et pour faciliter ensuite, de l’intérieur, l’ouverture en façade.
Peu après onze heures, le car arrive, la foule descend, on se dirige au bout d’un chemin goudronné vers le pavillon triste clôturé par des haies grillagées ou de résineux.
Une barre de béton bloque l’accès au terrain, un tracteur a été amené pour la déplacer. Tout le monde se rassemble, ça discute dans tous les coins, quelques élus de la République ont revêtu leur écharpe tricolore, les journalistes radio-télé commencent à se presser autour de tel ou tel.
Je discute avec Jean-Claude Bossard, l’ex-maire de Chesfresnes, qui s’oppose à la ligne THT Cotentin-Maine. Il m’apprend que Martine Leroy, l’agricultrice qui campe dans son champ tous les jours depuis l’été parce qu’elle refuse les propositions de RTE (Réseau de transport d’électricité), continue son occupation : elle a installé une caravane.
Voici Ronan Dantec, sénateur du département. Il est optimiste sur le dossier juridique de l’aéroport, qu’il connait bien. Selon lui, il y a un moratoire de fait, puisque la commission d’enquête publique sur l’eau a émis en octobre des réserves, sur l’expertise des mesures compensatoires et sur les conventions avec les agriculteurs concernées par ces mesures. Elles sont contraignantes, c’est-à-dire qu’il faut les satisfaire pour commencer les travaux. Et cela prendra du temps.
Mais cela empêche-t-il le début du chantier du barreau routier ? Celui-ci est une autoroute d’une dizaine de kilomètres qui relierait les deux axes Nantes-Rennes et Nantes-Vannes, et qui fracturerait le bocage, en limite sud de la zone à défendre. « Oui, le travail sur le barreau routier reste possible ».
Dantec dit aussi que la vraie raison de l’aéroport, pour Ayrault, est le plan d’exposition au bruit de l’aéroport actuel. Ce plan pouvait empêcher l’extension urbaine. Et donc on a lancé le projet de Notre Dame des Landes. Mais les prévisions de trafic envisagées par le plan ne se sont pas réalisées. Et d’autre part, souligne le sénateur, « il y a une alternative : il y a huit aéroports dans l’ouest, on pourrait les mettre en réseau pour que les vols-vacances [les low cost] partent ailleurs que de Nantes, par exemple d’Angers ». Celui-ci est en effet très peu fréquenté.
11 h 20. Le tracteur déplace la barre, la troupe avance dans le désordre vers le pavillon, et peu après, l’ouverture se déroule dans la bonne humeur. La grande plaque de ferraille est enlevée.
Un haut-parleur a été installé, et José Bové fait un petit discours de bonne tenue : "Nous appelons à cette mobilisation en tant qu’élus de la nation, pour dire que ce qui se passe à Notre Dame des Landes est inacceptable. C’est un projet inutile, qui gaspille l’argent public, qui n’a pas de sens économique, qui détruit l’environnement. Le premier ministre s’entête malgré tous les appels et toutes les discussions à vouloir maintenir ce projet contre vents et marées.
Nous avons bien pesé les conséquences de notre action. Elle est illégale, contraire à la loi, mais elle est légitime. Un acte légitime dans l’intérêt général, dans l’intérêt des plus démunis."
A ECOUTER : http://www.reporterre.net/sons/Bove...
Vingt-trois parlementaires sont là, et aussi deux anciens des Verts, Martine Billard, du Parti de Gauche, et Jean-Luc Bennhamias, du Modem. Tout le monde pénètre dans le pavillon, qui est encore en fort bon état. Et les politiques parlent aux divers micros qui se tendent.
Noël Mamère : « C’est parce que nous sommes au gouvernement et dans la majorité que l’action d’aujourd’hui prend autant d’ampleur. »
Jean-Vincent Placé : « J’ai l’habitude de calibrer mes propos. Je pensais que Jean-Marc Ayrault avait une vision écologique. Elle n’est pas au rendez-vous ».
Et une remarque de Jean-Luc Bennhamias : « Que doit l’Etat à Vinci s’il se désiste ? » Bonne question.
Des tréteaux ont été préparés, salade de carottes et saucisson.
Tiens, voici Geneviève Coiffard-Grosdoy, une de ces activistes tenaces et courageux sans qui la lutte de Notre Dame des Landes n’aurait pas pris son envergure. Comme beaucoup d’autres historiques, elle est restée au côté des zadistes lors des interventions policières - et a été blessée par des gendarmes. Elle raconte l’histoire : http://www.reporterre.net/sons/Coif...
Je pars. Zut, la voiture de location est éraflée. Direction La Vacherie, où je dois retrouver Dominique Fresneau, le co-président de l’Acipa.
La Vacherie bruisse d’activités. Le grand hangar est empli de tas de vêtements, d’empilements de bottes, de divers matériels, une cuisine prépare un repas, des gens discutent, un type joue sur un clavier, des chiens passent, une réunion se déroule dans la pièce qui jouxte le hangar, on passe en transportant des objets, un petit groupe arrive, un bébé dans les bras et sac à dos, on l’accueille en lui montrant l’autre hangar où dormir, dans la cour derrière, encore boueuse, des gens travaillent entre des cars et autres camions pas vraiment neufs.
Je ne prend pas de photo, pas le temps de négocier l’accord.
Dominique Fresneau est arrivé et on discute avec « Chopi », qui a soixante ans, la barbe et les cheveux en broussailles, un pipeau à la main. Il évoque sa jeunesse autour de Wissous, au sud de Paris, quand il marchait dans les chemins avant qu’il y ait l’aéroport d’Orly et que la ville ne dévore les herbes et les arbres. Il a des petits-enfants, explique qu’il a toujours refusé le salariat, évoque les journalistes, et, à propos de l’Acipa, dit qu’« il faut voir ce qui nous rassemble plus que ce qui nous oppose ».
On va discuter avec Dominique Fresneau dans la maison de son père, Alphonse, qui est à deux pas. Il raconte la résistance depuis le 16 octobre, et les relations difficiles entre les historiques et les zadistes.
"La résistance est venue du terrain, les zadistes. Nous, on n’avait pas les moyens : les paysans tiennent les terres, les élevages, mais ils ne sont pas assez nombreux.
Les premiers jours, on se disait, ’on va tenter de les freiner’, et puis c’est devenu, ’on résiste’. Ca a été la guerre : une nuit, il y a eu 250 grenades sur le Sabot. Il y a eu une grande solidarité, instantanée. La radio Klaxon, qui a piraté la fréquence des autoroutes de Vinci, 107.7, était très utile pour passer les messages et dire ce qui se passait ici et là."
La manifestation du 17 novembre était envisagée de longue date par les zadistes, qui savaient qu’un jour ou l’autre, ils seraient expulsés et que la réoccupation devait être envisagée. « Ils ont fait cette proposition il y a près de huit mois à la coordination. On leur a dit qu’on était très pris, qu’on ne pouvait pas s’en occuper. Mais on sait mobiliser, ce type d’action, on sait faire ». Et de fait, décision et organisation se sont enchainées efficacement.
Les débats sont vifs, cependant, sur la question de la présence des partis politiques en tant que tels à la manifestation. Ils ont lieu en assemblée générale, à Nantes, et plusieurs membres de l’Acipa y participent, même s’ils sont en petit nombre. A la dernière, Fresneau a bloqué - par le geste des bras croisés levés devant soi, qui signifie un désaccord fondamental. Dans une assemblée générale qui fonctionne selon le mode de consensus, cela oblige à reprendre la question. « Je leur ai dit, ’vous allez exclure EELV, puis les autres partis, puis l’Acipa, et puis vous serez cinquante...’ ». Avec un autre argument, incontournable, qui est que la mobilisation de soutien dans le pays est très largement lancée par les militants d’EELV.
Et l’avenir, comment le voyez-vous ?
ITV à écouter : http://www.reporterre.net/sons/Fres...
Retour à La Rolandière, où je retrouve « Sophie ». Elle doit venir me montrer divers lieux sur la ZAD. Elle grignote tranquillement dans le camion, avec son compagnon et Emilie-Lou. Il fait beau, aujourd’hui, le trampoline a été sorti.
On part vers les Fosses noires, une maison « légale » où Elisabeth, sage-femme, et son mari, régisseur de théâtre, ont accueilli de nombreux zadistes expulsés. Ils ont bousculé leur vie, vidant hangar, écurie et grenier pour qu’ils deviennent dortoir, salle d’habitation, boulangerie et centre médical. Pour faire de la place, ils ont brûlé des archives qui s’amassaient dans l’écurie.
Maison et dépendances logent maintenant une trentaine de personnes. Dans l’écurie sont stockés les légumes qui ont pu être sauvés du Sabot, une maison détruite où il y avait de grands jardins potagers. Et la jument est ailleurs - enfin, elle va peut-être revenir un moment, selon cette affiche :
« Ce qui se passe ici, c’est magnifique », dit Elisabeth.
Tout le monde est en pleine activité, entre des portes à fabriquer pour clore le hangar, des accueils à préparer, des vélos à réparer - une association de Redon a envoyé vingt-cinq vélos il y a quelques jours. Sophie dit qu’avant l’expulsion, tout le monde circulait en vélo. Et ces vélos aussi ont été pris ou détruits : « Ils veulent nous enlever tout ce qui nous rend autonomes ».
Je discute avec Paul et Michael, qui préparent le pain, dans le four de Damien. Le four était au Sabot, et a aussi été déménagé quand on a su que la police interviendrait. Habituellement, on fait cent kg de pain par jour. Mais aujourd’hui, pour la manif de demain, on met les bouchées doubles : plus de 300 kg. La journée sera longue : de 5 h à 23 h. Des paysans boulangers des alentours préparent de leur côté 300 kg.
« Pourquoi c’est important de faire du pain ? »
Réponse à écouter : http://www.reporterre.net/sons/Paul...
On repart avec Sophie qui, pendant ce temps, m’a trouvé des bottes. Ce qui n’est pas inutile pour parcourir les chemins boueux qui mènent au Rosier, une autre maison où se prépare la résistance : elle est en effet, légalement, expulsable depuis le 15 novembre. On reprend les routes droites qui parcourent le bocage, et où les voitures sont de plus en plus nombreuses à se garer sur les bords.
L’auto s’engage dans une étroite route goudronnée, mais on ne peut pas aller loin. Un camion manoeuvre, et après, il y a un barrage. On se gare dans un petit bois où est installée une cabane dans les arbres. Un camion ? Oui, chargé de matériaux de construction. Il s’agit d’une manifestation de « réoccupation », vous n’avez pas oublié ? Le conducteur ne veut pas que je photographie l’engin.
On marche quelques centaines de mètres en discutant, passant deux trois barrages, dont l’un parait solidement construit (pas celui de la photo ci-dessous). Des paysans ont apporté des balles de foin enveloppés de grillage.
Beaucoup de monde sur la route, de l’activité, renforcement des barrages et apport de nourriture et de matériel au Rosier, qui sera un camp d’hébergement pour ceux qui viennent pour la manifestation. On croise José Bové qui revient de la ferme. Petite discussion amicale avec Sophie sur... la présence d’EELV. Bové rappelle qu’il y a beaucoup de paysans qui aident les zadistes.
Au fait, pour les journalistes, une pancarte à côté du premier barrage :
On arrive à la ferme, assez massive, et sur le toit de laquelle une grande banderole est déployée : « SABOCAGE ». Des repas se préparent, des gens vont et viennent, un atelier prépare les drapeaux :
Trois paysans sont là, avec leur tracteur. Ils vivent à une dizaine de kilomètres d’ici, sont venus aider, participeront à la résistance : « Nous aussi, on occupe. Il faut que le monde paysan se réveille », dit Christophe.
Il faut rentrer, Sophie a une réunion à 17 h, une camarade, D., nous accompagne. Sur la route, le barrage a encore progressé. On découpe le goudron à la scie circulaire, pour faire une tranchée :
Scie à écouter : http://www.reporterre.net/sons/Scie...
Plus loin, plus mélodieux, un petit boeuf s’improvise sur la chaussée :
A écouter : http://www.reporterre.net/sons/NDLa...
Avec Sophie, on parle de la presse et des médias. Je lui explique comment ça fonctionne. Pas impossible que je lui expose les thèses à ce propos exposées dans L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie. Je les dépose à La Rolandière. Une « buvette » se prépare. « Tu peux passer, tout à l’heure, si tu veux - Merci bien. Peut-être. A la prochaine. »
La brume commence à tomber, avec le soir. Vais à Notre Dame des Landes, passer au local de la coordination. Pas l’énergie de rester à la réunion du Cedepa (Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport), ni de revenir au pot de La Rolandière. Près de la voiture, voilà un homme sur un vélo, une casquette bleue sur la tête. « Vous avez été voir les singes, les sauvages, hein ». Une façon d’engager la conversation. Il me parle des squatteurs anti-tout, de la majorité des Landais (habitants de Notre Dame des Landes) qui n’osent pas dire ce qu’ils pensent, se déclare écologiste par nature, mais pas des extrêmes, assure qu’il est neutre à propos de l’aéroport, que le ralentisseur devant chez lui - il vit ici depuis 69 ans - le dérange plus que l’aéroport, qu’il est un gueulard et qu’il dit ce qu’il ne faut pas.
Veut-il m’indiquer son nom ? « Non, j’ai le courage de mes opinions, mais je reste anonyme ».
Retour vers Nantes par les routes embrumées.
Samedi 17 novembre
Ca prend un temps fou, d’écrire ces reportages. Et donc, on a beau se lever dans les cinq heures, ce n’est qu’après neuf heures que je peux quitter Nantes, en embrassant affectueusement les proches qui m’ont accueilli. Route vers Héric, au nord du village de Notre Dame des Landes. Mais au rond-point de la sortie de l’autoroute Nantes-Rennes, ça commence à ralentir. Après Héric, cela roule à nouveau, et puis ralentit sérieusement à deux trois kilomètres de Notre Dame des Landes : les voitures se pressent pour venir à la manifestation.
Les tracteurs sont arrivés plus tôt le matin, mais d’autres continuent d’entrer dans le bourg.
Et ailleurs, dans des campements plus proches de la ZAD (zone à défendre), de nombreux manifestants sont là depuis la veille ou avant.
Je pose la voiture assez en amont du village, et marche vers le centre, longeant les voitures, d’autres marcheurs, les véhicules garés sur le bord, et les pavillons et maisons proprettes du bourg en expansion.
Sur la place de l’Eglise, c’est la foule. Le monde arrive peu à peu, en repérant les lieux, les visages encore un peu fermés, comme au début d’une fête quand la glace n’est pas encore brisée. Un car décharge ses occupants, un homme joue de la cornemuse (ou du biniou, ou... amis bretons, pardonnez mon ignorance), un autre est là avec son vélo couché, des punks boivent de la bière, il y a des tambours, un trombone, une dame avec un panonceau autour du cou, « Gisèle, l’amie des hirondelles », un barbu qui promène un écriteau, « Arrêtez de voter », des clowns, un gars enveloppé du drapeau breton, des amis qui se retrouvent et qui se claquent joyeusement la bise, d’autres le portable à l’oreille, il y a la queue au petit supermarché du coin, ça bruisse dans tous les coins.
Avancer vers la place de la mairie, encore plus encombrée. Onze heures - départ prévu de la manifestation - ont sonné il y a quelques minutes à la cloche de l’église, mais la marche a déjà commencé, de nombreux tracteurs étant passés devant. D’autres continuent d’arriver, chargés de matériaux de construction et de matériels divers : pneus, vélos, guitare, mais surtout des planches et panneaux de bois pour refaire les maisons.
J’interroge un de ceux qui regardent passer les tracteurs. Il mange une pomme tranquillement en écoutant, me dit-il, l’économiste Dominique Pilhon, qui passe en ce moment à France Culture, dans un débat sur “Contrôler la finance". Il est venu de Toulouse, dans un car affrété par EELV et les Amis de la Terre.
Hubert Cros est concepteur de machines industrielles spéciales, dans l’optique de les faire durer longtemps et de les recycler. Passionnant, mais enfin, ce n’est pas le jour d’en parler précisément.
Question : “Pourquoi êtes-vous venus à Notre Dame des Landes ?
- Cet aéroport m’interpelle, à une époque où on va vers un déficit de matières, où les gens n’auront plus les moyens, on se demande bien si c’est le moment de prendre encore deux mille hectares de terres agricoles qui peuvent être au service des gens, pour en faire un aéroport - au service de qui ?"
ECOUTER http://www.reporterre.net/sons/Cros1.mp3
Je me faufile dans la foule, et progresse sur la route étroite où marche le cortège, en direction des Ardillières. L’ambiance est bien réveillée, maintenant, et c’est un défilé multicolore et joyeux, pittoresque et amical, qui avance en chantant, en discutant, en brandissant toutes sortes de pancartes et d’affiches, entre les tracteurs qui ne sont pas en reste de couleurs, de ballons, de paroles, de musiques et de sons.
Tiens, voici Geneviève Coiffard-Grosdoy : « C’est une manifestation de ré-occupation, pas une manif’ plan-plan. On réinstalle des gens illégaux, mais légitimes. Et sur les terres qui sont protégées par l’accord qu’on a passé avec le gouvernement au terme de la grève de la faim, au printemps. »
Et puis, elle a cette phrase à redire à tous les Manuel Valls de la Terre : « Ici, ce sont des terroristes qui ont les dents aussi longues que des carottes et qui cultivent des légumes »
Une charrette passe, portant un haut-parleur diffusant Radio Klaxon, la radio de la ZAD (107.7). Plus loin, un groupe, surtout des femmes, chante avec entrain Lèse-béton, des chansons d’Yves Jamait, de La Parisienne libérée. Un échantillon :
ECOUTER : http://www.reporterre.net/sons/Chan...
A l’arrière d’un tracteur, cet écriteau : « ... On ne lâchera pas »
Une brouette, avec des enfants dedans (bon sang, le papa a du courage, plus de dix kilomètres aller-retour) ; une dame avec un panneau, « Union des Mains Pleines et des Poches Sales » ; à l’arrière d’un tracteur, « Mobilimaison nous » ; une chèvre ; un paysan au volant d’un tracteur, son blouson porte imprimé sur le dos, « Pour un autre choix de société » ; un carton sur le chargement de paille d’un autre tracteur : « Pas besoin d’avion pour prendre l’air, la Lozère ça t’aère ».
On m’interpelle, « Hervé, Hervé », ah, c’est Karima Delli, de Sauvons les riches et députée européenne EELV, juchée avec d’autres au sommet d’une charrette, toute joyeuse, et qui chante avec les autres, il y a aussi Julien Bayou, de Jeudi Noir, « Vinci dégage, on paiera pas ton péage, on reprend le bocage, ton projet est d’un autre âge »
Voici un élu de Poitiers, barbe, chapeau, écharpe tricolore, avec son vélo. Il s’appelle Robert Rochaud. Venu en vélo de Poitiers ? Quand même pas. Je lui demande si Ségolène Royal pourrait prendre position. Après tout, elle s’était déclarée pour un moratoire. Il ne sait pas. Elle ne veut pas trop sortir du bois, en ce moment. Mais pourquoi pas ? Ah, si Mme Trierweiler pouvait faire un tweet en faveur de l’aéroport... Bon, ça c’est pas gentil. Mme Royal se détermine po-li-ti-que-ment.
Et ça continue, des vélos tirés par des tracteurs, des bonnets de laine multicolores, des vieux, des jeunes - beaucoup de jeunes, on pourrait dire que ce n’est pas, « les jeunes sont dans la rue, Juppé t’es foutu » mais « les jeunes sont dans le bocage, Ayrault t’as la rage » -, des entre-les-deux, un adolescent trisomique avec sa mère - il a posé un carton « Non » sur son dos -, une chorale de filles en bleu, le papa d’Emilie-Lou avec sa fille dans les bras, une pancarte « Le verbe résister se conjugue au présent - Lucie Aubrac », ici et là des gars portent des pelles, des riverains regardent sur le pas de leur maison, des jeunes avec un poste de radio diffusant du hard-rock, un orchestre de cloches, de tambours et de caisses claires :
ECOUTER : http://www.reporterre.net/sons/Cloc...
Je remonte vers l’avant en marchant vite, le long de la route bordée du fossé d’écoulement des eaux et de fougères verte, notant tant bien que mal sur le carnet des bribes de discussions, tout en regardant, parfois, les prés verts striés de haies hautes que l’on traverse :
"... moi j’ai toujours voté Vert, mais aux dernières élections... "... Ayrault, demain, il va renvoyer... "... la multiplication des avions que seuls les riches peuvent se payer... "... jamais vu autant de composantes dans une manif... "... il n’y a pas d’alcool au campement... "... et puis je vais prendre un peu de vacances... "... des points de manipulation sur le corps... "... plus de Nutella, plus d’huile de palme... « ... mais avant, t’avais pas trop manifesté ? - Non, mais l’eau, l’eau... » « .... »
A La Rolandière, il y a un concert : un chanteur et un guitariste qui jouent plein d’ardeur, devant des clowns qui dansent dans la boue.
ECOUTER : http://www.reporterre.net/sons/Conc...
La camionnette qui tire la caravane rouge du Collectif des Ch... ? (pas noté) est en panne, les gens le font rouler en poussant. Je croise Eva Deront, de Reporterre, qui est arrivée hier, et restera ce soir - papier à lire prochainement. Et aussi, D., la camarade de Sophie, vue hier, qui prend des photos. Voici Isabelle Fremeaux et John Jordan, des Sentiers de l’utopie, sur la charrette du Black Bloc Sanitaire. Passe un masque blanc, avec une guitare ; puis Emmanuel Antoine, qui se bagarre de longue date sur l’idée que l’agriculture est source d’emplois. Une pancarte sur un vélo : « La trahison des clercs, ça suffit ».
Je retrouve Adrien, qui vient de Bayonne, avec un copain, Dominique, qui vient de Toulouse, ou d’Ariège. Dominique a un vélo et une caméra. Adrien un sac à dos et un drapeau basque qui porte l’inscription « Non à la LGV, ni ici, ni ailleurs ». Ils sont postés au bord de la route, et s’amusent comme des fous à compter les manifestants.
"22 802 - 22 837 - 22 840". Ca fait plaisir aux gens, préoccupés de savoir combien sont là aujourd’hui. ”22 000, c’est vrai ?". Aucune idée, à vrai dire, ce matin, les radios parlaient de plus de dix mille. De l’autre côté de la chaussée, des clowns se bagarrent, les uns dans le pré - au fond duquel on voit un troupeau de vaches qui se sont rassemblées, les unes contre les autres, le plus loin possible de la route -, ils sont les opposants, les autres sur la route sont les supporters de l’aéroport et aussi les forces de l’ordre, et ils s’envoient des mottes de terre en braillant "Non aux légumes, oui au bitume". Les mottes volent un peu partout. Pendant ce temps, "23 800, bravo !". Mais faut-il compter les chiens ? Allez, oui.
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On partage du pain et un fromage de chèvre, et puis on repart avec Adrien, en saluant Dominique. On tourne à droite, sur le chemin de Rohanne. Il y a toujours beaucoup de monde, on arrive à un grand champ. On se retrouve à discuter un bout avec Yohan et Lorane, venus de Lozère, avec un car de 48 personnes. La Lozère, le département le moins peuplé de France, a envoyé un car !
Sur le pré se monte un chapiteau, une tribune, un centre médical. Les gens occupent peu à peu l’espace, des gouttes tombent, mais la pluie attend son heure, on se pose par terre, on discute, on regarde ce qui se passe, on tombe sur des gens de connaissance. Dans le ciel, des ULM passent - Michel Tarin et ses amis, pour que les vidéastes puissent faire de l’image aérienne - à côté du dirigeable amené par Greenpeace : il rappelle à ceux qui pourraient l’oublier qu’un des enjeux fondamentaux de Notre Dame des Landes est la lutte contre le changement climatique.
Le micro s’ébroue à la tribune. « Les constructions se déroulent plus loin. La manifestation continue, il y a encore des gens aux Ardinières. On ne sait pas combien on est, mais beaucoup. » Une autre voix : « Plusieurs centaines de gens contruisent. Les tracteurs déchargent le matériel. » Puis : « Au Rosier, les cuisines sont mises en place et vont servir à manger. On ira dès que la route sera dégagée ». On annonce les prises de parole, et que le soir, il y aura des discussions et des concerts. « Une cuve à eau va arriver. Et un bar ! » La foule : « Ah ! ». Le micro : « Tout à l’heure, le bar. - Ooh ! ». Une fille à l’accent étranger, il me semble que c’est une de celles qui ont réalisé la vidéo sur la forêt dont je vous ai parlé hier : « Un chantier de reconstruction de cabanes va aussi avoir lieu dans la forêt de Rohanne, lundi à 10 heures. Il y aura un atelier de partage de savoirs. Et le soir, une balade poétique »
Les informations se succèdent : le speaker rappelle que Vinci et la préfecture prévoient d’attaquer la forêt pour la défricher.
ECOUTER : http://www.reporterre.net/sons/Trib...
Mais l’heure tourne, il est près de quinze heures et je dois partir. On revient avec Adrien, qui va retrouver des amis, à contre-courant du flux qui continue - tiens, des gens portant des arbres à replanter. Une réflexion, bizarre : aujourd’hui, tout le monde est beau. Ben oui, c’est idiot, parce que ce sont des gens de tous les jours. Mais la beauté, ça n’est pas un état fatal, c’est une sorte de circonstance. Et il est bien possible que la joie d’être ensemble, le goût de la liberté, l’énergie de la résistance, il est bien possible que tout cela rende beau.
On croise Alain, de la Rolandière, heureux, simplement heureux, et puis d’autres amis, Laurence Mermet, de Bretagne, Julien Milanesi, un économiste qui avait longuement bataillé contre une autre aberration destructrice de l’environnement et de l’équilibre des comptes publics, l’autoroute A 65, Geneviève Azam, qui était au colloque Gorz et qui dit que la question de Notre Dame des Landes a traversé tout le colloque, comme une sorte de fil conducteur, Alain Dordé, des Amis de la Terre. Je quitte Adrien, qui repart vers le grand pré avec son frère Raphaël, qu’on vient de retrouver.
A la Rolandière, le concert continue, le chanteur, infatigable, chante un morceau des Doors, une pancarte explique le fond du problème - « Le rêve Ayrault tique », quelqu’un crie, « Ecartez-vous devant la marche du progrès » - enfin, ça continue, quoi...
Tiens, Ronan Dantec : « Dans la déclaration de Hollande celui-ci a pris position vendredi pour l’aéroport et dit qu’il y avait ’la force du droit’, l’important est la ’force du droit’, ce qui veut dire que l’essentiel est les recours juridiques en cours. Et on va les gagner, celui sur la loi sur l’eau est très fort. »
Un homme m’aborde, avec mon carnet, je me désigne comme journaliste, et me demande si je sais combien il y a de manifestants. Ma foi, je n’en sais rien. Il parait que les médias annonçaient 30 000 hier - original, annoncer un chiffre avant l’événément... On serait entre 10 000 et 40 000. J’explique à mon interlocuteur, qui vient avec un car de l’Ariège, que s’il y a plus de dix mille, c’est très bien, et que parfois, la qualité compte autant que la quantité.
Dans le champ à côté de La Vacherie, il y a l’air de se passer quelque chose. Je passe la planche qui permet de ne pas s’embourber et... WAOW ! Des dizaines de tracteurs alignés comme à la parade, venus dire l’opposition des paysans à l’aéroport.
Impressionnant. Et il continue d’en arriver, sous les vivats de la foule, et sous l’oeil d’une caméra de l’AFP, arborant des panonceaux comme « La charge Ayrault-hic contre l’Ayrauport », « Tous unis. Occupation de la ZAD. Oui à l’aéroport actuel optimisé », ou « La terre aux paysans ».
Et là, le reporter a la larme à l’oeil. Bon, un reporter n’a pas la larme à l’oeil, il n’est jamais ému par l’événement qu’il vit et qu’il observe, il n’est jamais submergé par l’émotion, il est impavide, neutre, froid comme la justice, et jamais, jamais, son coeur ne pourrait lui faire penser que cet engagement des paysans aux côtés des zadistes anarchistes et en quête d’une autre société, sans parler de tous les autres, à moins que ce ne soit l’engagement des zadistes et des autres au côté des paysans, jamais ça ne pourrait lui faire penser que c’est fort, important, et émouvant. Donc, c’est juste que le reporter n’a pas assez dormi, et d’ailleurs, depuis tout petit, il a des problème d’yeux, donc il a souvent la larme à l’oeil.
Et voici le dernier mot :
Et puis les photos de Jean-Paul Mathelier, qu’il a confié à Reporterre, pleine de vie et de joie.
Sans oublier le récit d’Eva Deront, de Reporterre sur la manifestation, et la construction, qu’elle a suivi, elle !
Voir aussi le récit de Zone à défendre, avec informations et photos sur la construction des maisons.
Et des photos, très « pro », mais elles sont bien : voir lenouvelobs.com Et celles-ci, plus personnelles.
Toilettes : une journée pour lever un tabou
Il y a des sujets plus difficiles que d’autres à aborder. Les toilettes par exemple : Jack Sim, fondateur de l’Organisation mondiale des toilettes, a beau répéter que le manque d’accès à l’assainissement fait des millions de victimes chaque année, le petit coin reste tabou.
La journée mondiale des toilettes, qui a eu lieu le 19 novembre, est l’occasion de rappeler que 40% de la population mondiale n’a pas accès à des toilettes décentes et que près de 2 millions de personnes meurent chaque année de maladies banales, comme la diarrhée.
Pourquoi avoir créé cette Organisation mondiale des toilettes ?
En 2001, personne n’était très à l’aise avec ce sujet. On parlait du problème de l’eau, mais pas de l’assainissement. Lorsque nous avons créé l’Organisation mondiale des toilettes, les gens ont commencé à y prêter attention et à être moins timides pour en parler.
Il fallait changer le regard que les gens portent sur le sujet : avant, les gens s’achetaient un téléphone portable avant d’équiper leur maison en toilettes. Aujourd’hui, avoir des toilettes est devenu un signe de richesse.
La Journée mondiale des toilettes a-t-elle joué un rôle important dans ce changement ?
La Journée du 19 novembre a permis à chacun de saisir du sujet et de lancer des actions comme installer des toilettes sur les places des villes, organiser un festival, des expositions de photos…
Cela a permis d’attirer l’attention des gouvernements, des ONG et des Nations unies, jusqu’à Bill Gates qui, avec sa fondation, a lancé un concours pour inventer les toilettes de demain.
Avez-vous constaté des améliorations dans l’accès aux toilettes depuis dix ans ?
Depuis 2001, le nombre de gens qui n’avaient pas accès aux toilettes augmentait constamment. Aujourd’hui, il commence à diminuer lentement car des solutions sont proposées, notamment avec les « sanishops ».
Nous pensons que donner des toilettes aux gens n’est pas une solution viable, il vaut mieux leur apprendre à en fabriquer, en installer et qu’ils développent un business qui leur permet de vivre. Les Sanishops sont des franchises qui permettent de développer toute la chaîne de production des toilettes et de former des gens. Nous en avons implanté au Cambodge, en Inde, au Vietnam...
Propos recueillis par Audrey Chauvet
Le jardinier maraîcher
L’agriculture biologique est un enjeu majeur pour notre santé et notre environnement. Mais cette agriculture est-elle viable ? Est-il possible de vivre de sa production de légumes biologiques en cultivant de manière artisanale une superficie d’un hectare ou moins ?
Jean-Martin Fortier, qui exploite depuis une dizaine d’années une microferme en Estrie, en fait la démonstration avec brio. Dans ce manuel de maraîchage biologique, il partage avec beaucoup de générosité et de transparence les principes, méthodes et astuces qui ont fait le succès de ses cultures et la rentabilité de son entreprise agricole.
Véritable mine d’informations pratiques, cet ouvrage s’adresse autant au jardinier amateur qu’à une personne qui souhaiterait se lancer en agriculture écologique de proximité. En plus de fournir des notes culturales sur 25 légumes, il nous apprend, étape par étape, comment :
– choisir l’emplacement d’un site en s’inspirant de la permaculture ;
– minimiser les investissements au démarrage de son entreprise ;
– utiliser de la machinerie alternative au tracteur ;
– cultiver en planches permanentes avec une approche de travail du sol minime ;
– fertiliser organiquement ses cultures ;
– lutter efficacement contre les maladies et les insectes nuisibles ;
– désherber avec les meilleurs outils ;
– prolonger la saison en « forçant » ses cultures ;
– élaborer un calendrier cultural ;
– faire une bonne planification financière.
En choisissant de nourrir les communautés locales avec des aliments sains, l’agriculture biologique sur petite surface incarne à merveille l’économie post-capitaliste qui pointe à l’horizon.
Le jardinier maraîcher est l’outil tout indiqué pour provoquer une petite révolution agricole au Québec !
"Ce livre est si convaincant et si bien expliqué, qu’après sa lecture, je me suis même demandé si je ne changerais pas de vocation ! Non pas que la vie de jardinier-maraîcher biologique semble facile, loin de là, mais parce qu’elle a un sens. Elle permet un mode de vie sain et écologique, favorise la complicité avec la nature et contribue très concrètement à l’émergence d’une économie écologique et sociale, si nécessaire pour la suite du monde."
Laure Waridel, extrait de la préface.
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Le jardinier-maraîcher. Manuel d’agriculture biologique sur petite surface, Jean-Martin Fortier, Préface de Laure Waridel, Illustrations de Marie Bilodeau, 200 pages, 25 euros. En partenariat avec Équiterre.
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Après des études en développement durable, Jean-Martin Fortier et sa compagne Maude-Hélène Desroches fondent les Jardins de la Grelinette à Saint-Armand, en Estrie.
Souvent citée au Québec et à l’étranger comme un modèle d’établissement alternatif en agriculture, leur micro-ferme participe au réseau d’Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC), piloté par Équiterre.
Le pari perdu des grandes infrastructures de transport
« Nous sommes à satiété, et ces projets fondés sur le pari que la mobilité est sans limite sont autant de ferments pour les crises de demain. »
La dette est toujours un pari sur l’avenir. Un pari que le monde du futur sera celui dans lequel on pourra rembourser sa dette. Les périodes de crise économique sont de ce fait celles des paris perdus.
Celle que nous vivons commença en 2007 par la désillusion de ménages états-uniens qui ont un temps cru qu’ils pourraient être pauvres et propriétaires. Elle se poursuivit par l’effondrement du système bancaire qui avait fait le pari que les mathématiques avaient éradiqué le risque financier.
Perdu. Les États rattrapèrent alors les banques par les bretelles, et l’économie mondiale avec, en faisant le pari que la croissance suivrait. Encore raté. Cela pourrait être pire, mais nous avons aujourd’hui la dette sans la croissance. La faute à l’austérité récente mais surtout à trente ans d’endettement public pariant sur un futur qui est derrière nous et qu’illustrent les projets actuels de grandes infrastructures de transport.
Trois justifications ont accompagné le développement des réseaux de transport depuis deux siècles : le désenclavement, la croissance économique et la vitesse.
Alors que l’on peut aujourd’hui accéder sans difficulté à toutes les zones habitées du territoire métropolitain et que les nouveaux équipements n’apportent plus de potentiel de croissance supplémentaire [1], les grands projets actuels ne reposent plus que sur la volonté d’augmenter la vitesse de déplacement.
Ce désir de vitesse, qui émane surtout des « élites mobiles » [2] , ne permet cependant pas de financer à lui seul ces travaux aux coûts pharamineux et les promoteurs en sont rendus à gonfler grossièrement les prévisions de trafic pour justifier leurs projets.
Ainsi, alors que la circulation automobile stagne depuis une dizaine d’année sur l’ensemble du territoire national (cf schéma ci-dessous), le concessionnaire de l’autoroute A65 reliant depuis 2010 Bordeaux à Pau n’a pas hésité à promettre un doublement du trafic routier sur cette liaison de province entre 2010 et 2020.
Evolution du trafic automobile en France
Après deux ans d’exploitation l’autoroute est vide, nous attendons le dépôt de bilan. Non loin de là est projetée la construction d’une Ligne de train à Grande Vitesse. Ce projet repose sur une hypothèse de saturation du réseau ferré existant qui signifierait, par exemple, que le nombre de trains passant au Pays Basque serait multiplié par 5 ou 6 d’ici à 2020 [3].
Quant à l’aéroport de Notre Dame des Landes, ses promoteurs anticipent une augmentation du trafic passager à Nantes de 3 à 8 millions d’ici à 2050.
Ces acrobaties prévisionnelles témoignent d’un déni de réalité. Les projets rentables d’autoroute, de LGV et d’aéroport ont déjà été construits. Nous sommes à satiété, et ces projets fondés sur le pari que la mobilité est sans limite sont autant de ferments pour les crises de demain.
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Notes :
[1] Lafourcade, Mayer, 2009, Des routes pavées de bonnes intentions, CEDD, Références économiques n°9.
[2] Les riches utilisent davantage les TGV
[3] Voies nouvelles TGV
Une manifestation pour retrouver l’air pur en montagne
C’était samedi 17 novembre la manifestation la plus haute de France, près du tunnel du Mont-Blanc, pour protester contre la pollution atmosphérique. Celle-ci est très importante entre Chamonix et Genève.
Samedi 17 novembre, journée de mobilisation écologiste. Entre Passy et Servoz (Haute-Savoie), 500 manifestants ont occupé durant trois heures l’axe montant de l’autoroute qui mène au tunnel du Mont-Blanc, avançant sur l’impressionnant Viaduc des Égratz, ouvrage de 68 mètres de haut et d’une longueur totale de 2,7 kilomètres.
La « marche des respects », c’est ainsi qu’a été dénommée cette manifestation, était organisée par l’Association du Respect du Site du Mont-Blanc (ARSMB), association qui s’est illustrée tout particulièrement au moment de la réouverture du tunnel du Mont-Blanc aux camions.
Créée au début des années 1990 pour contrer en particulier un projet de doublement du tunnel, l’association milite aujourd’hui pour que l’air de cette vallée emblématique devienne respirable !
Car ce n’est malheureusement pas le cas : la vallée de l’Arve, de Chamonix à Genève est contrairement à ce que l’on pourrait croire l’un des territoires les plus pollués de France. Selon la règlementation européenne sur la qualité de l’air, le seuil sur les PM10 [particules mesurant moins de dix microns] de 50 microgrammes par mètre cube ne doit pas être dépassé plus de 35 jours dans l’année.
Il l’est, dans cette vallée, pour 70 jours ou plus chaque année. Chiffre impressionnant : la mortalité due à la pollution de l’air est estimée à 42 000 cas de décès en France, selon le ministère de l’Ecologie.
En hiver, il suffit d’une semaine de beau temps pour que l’air se détériore jusqu’à atteindre les seuils d’alerte. L’effet du relief et du phénomène d’inversion des températures concentre la pollution.
Depuis une cinquantaine d’années, cette vallée encaissée n’a cessé d’être urbanisée. Elle recueille l’autoroute du Tunnel du Mont-Blanc, qui amène le trafic de transport international routier à plus de 1200m d’altitude, avec tout le surplus de dégagements polluants que cela implique.
L’accès aux stations de ski, malgré l’existence d’une ligne ferroviaire, n’a été conçu que dans une logique d’utilisation de l’automobile.
En outre, cette vallée ne possède pas moins de deux incinérateurs d’ordures ménagères et bien sûr aussi, les cheminées des habitations, pour une population, si l’on considère le seul Pays du Mont-Blanc, qui passe de 60 000 habitants permanents à 230 000 résidents en période de vacances.
Au début de l’année 2012, sous la pression de l’ARSMB et d’autres associations citoyennes, un Plan de Prévention de l’Air (PPA) a été mis en place pour inverser la situation. Aujourd’hui, les arrêtés préfectoraux pris récemment veillent bien à ne surtout pas gêner les pollueurs.
Par exemple, les camions Euro 2 (ndlr : norme allant de 1 à 5, du plus au moins polluant) seront interdits dans le tunnel, mais ceux-ci ne représentent que 1,7% des poids lourds franchissant actuellement le Mont-Blanc.
Ce samedi était l’occasion de marcher au pied du Mont-Blanc pour tous les Respects, Respect de l’Air, de l’Eau, de la santé humaine, des Espaces, des Sites, du Silence, et des Engagements.
Lors des prises de parole, on parla des problèmes de pollution, mais aussi des gaz de schiste, de l’absurdité du projet de TGV Lyon-Turin à « 30 milliards d’euros », de la ligne de ferroutage du Mont-Cenis, récemment rénovée et pourtant ignorée dans sa capacité à absorber une grande partie du fret de marchandises France-Italie.
On parla aussi de Notre-Dame-Des-Landes, et beaucoup de démocratie locale, dans ce coin de Savoie, où le citoyen local a bien du mal à se faire entendre, tant ce territoire représente un terrain de jeu privilégié pour les affaires de l’oligarchie nationale.
Ces aéroports qui coûtent cher et ne servent presque à rien
Nombre d’aéroports français sont aujourd’hui largement sous-utilisés, grèvent les finances publiques et ne vivent que grâce aux compagnies low-cost, elles-mêmes sponsorisées par le contribuable.
En France, 55% du trafic aérien passager et 89% du trafic de fret sont concentrés dans les aéroports de Paris. La moitié du trafic régional concerne quatre aéroports : Nice, Lyon, Marseille et Toulouse [1]. Mis à part Nice, aucun des 150 aéroports régionaux n’a vraiment réussi développer ses liaisons internationales. Si ce n’est à coup de subventions régionales ou en accueillant des compagnies low-cost, elles aussi subventionnées. Une situation qui risque de perdurer alors que la morosité s’installe dans le ciel commercial : parmi les 15 premiers aéroports mondiaux, seul ceux situés en Asie (Pékin, Hong Kong) ou au Moyen-Orient (Dubaï), ont une croissance en nombre de passagers supérieure à 4% (2,2% pour Paris CDG).
Pour les vols intérieurs, le trafic aussi est en berne : « Le niveau d’activité du trafic intérieur, en constante diminution depuis une dizaine d’années, est du même ordre de grandeur qu’en 1994 », constate la Direction générale de l’aviation civile. Directement concurrencés par le TGV, certains aéroports se révèlent fortement sous-utilisés. Dans ce contexte, le nouvel aéroport nantais, prévu à Notre-Dame-des-Landes, est-il vraiment utile ? Petit aperçu du sort qui pourrait lui être réservé, au regard de ce qui se passe chez ses voisins.
Angers : l’aéroport qui fait fuir toutes les compagnies aériennes
Inauguré en 1998 Taux de fréquentation : 10% Gestionnaire : société Kéolis Angers
« Quand un avion se pose à l’aéroport d’Angers, c’est presque un évènement », ironise-t-on en pays angevin. Il faut dire qu’avec les 5 000 passagers accueillis en 2011, cet équipement pourvu de deux pistes a atteint le taux de fréquentation record de... 10 % ! Situé sur la commune de Marcé, à vingt-cinq kilomètres au nord-est d’Angers, disposant de divers services (bar, location de voitures, boutiques), l’aéroport enchaine les déconvenues depuis son ouverture. Les taux de remplissage des avions sont si bas que les compagnies se succèdent sur le tarmac angevin sans jamais s’y installer. Ni les liaisons intérieures (vers Clermont-Ferrand, Tours ou Lyon), ni les liaisons internationales (vers l’Angleterre ou l’Irlande) ne rencontrent de succès. Mais ce bilan lamentable ne décourage pas les élus locaux. Face aux suggestions de fermeture – notamment si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes voit le jour –, Daniel Loiseau, vice-président (PS) d’Angers Loire Métropole a ainsi martelé, en septembre 2010 : « Notre aéroport a sa vocation et son utilité ».
Début 2012, l’élu se réjouit de l’arrivée de la compagnie britannique British Airways. Mais son collègue UMP Christophe Béchu, président du Conseil Général du Maine-et-Loire refuse de verser les 43 000 euros qui lui sont demandés, en échange de promesses de retombées touristiques. Celles-ci sont « malheureusement négligeables », affirme l’élu. « Ce n’est pas le rôle de la collectivité de financer une partie du voyage d’un touriste souhaitant se rendre aux Jeux Olympiques de Londres », ajoute-t-il. L’engouement des Angevins pour Londres (et réciproquement) n’a pas été très long. Les vols de British Airways sont déjà suspendus, et ce jusqu’à mai 2013. Pour l’heure, la seule destination ouverte dans la rubrique « Vols au départ d’Angers », c’est Nice, premier aéroport en dehors de Roissy et d’Orly.
Aéroport de Lorraine : un puits sans fond
Inauguré en 1991 Taux de fréquentation : 56 % Gestionnaire : la Région Lorraine est le seul et unique gestionnaire depuis novembre 2011
En juillet 2008, Philippe Séguin, alors Premier président de la Cour des comptes, remet en cause la pertinence de l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine (ou aéroport « de Louvigny »). « L’intérêt n’est pas évident, alors que trois plateformes (Nancy-Essey, Epinal-Mirecourt, Metz-Frescaty, ndlr) préexistaient, plus proches, de surcroît, de Nancy, Metz et Epinal » [2]. Avec un trafic estimé à 280 000 passagers en 2011, la structure en a gagné 120 000 en 20 ans. Pas de quoi pavoiser, l’aéroport de Lorraine ayant été dimensionné pour 500 000 usagers par an, rappelle le Républicain Lorrain. La situation s’est compliquée avec l’arrivée du TGV-Est en 2007 qui a entraîné la fermeture des lignes vers Paris et Nantes. La ligne régulière vers Clermont-Ferrand a été abandonnée en 2008. Un déficit de 600 000 euros en 2009 a été pris en charge par la Région et les Chambres de commerce pour boucler le budget.
Le Groupement de gestion de l’aéroport de Lorraine (GIGAL) – regroupant les chambres de commerce de Metz et de Nancy – qui gérait l’aéroport, a fini par jeter l’éponge. La délégation de service public par la Région exigeait que le gestionnaire assume les éventuelles pertes financières. Et investisse dans le développement d’une Zac (Zone d’aménagement concertée) mitoyenne. Pour une concession de douze ans seulement, le retour sur investissement semblait difficile. Pas étonnant que Vinci, d’habitude très présent sur ce type d’appel d’offres, ne se soit pas manifesté. A défaut de repreneur, la région Lorraine s’est donc lancée en régie directe en novembre 2011 [3]. Désormais obligée d’assumer le financement de l’aéroport de Louvigny, la collectivité territoriale en épongera également les dettes. Pour combien de temps ?
Aéroport de Rennes : bientôt fermé ?
Inauguré en 1933 Taux de fréquentation : 50% Gestionnaire : Chambre de commerce et d’industrie de Rennes.
Avec 500 000 passagers par an, l’aéroport de Rennes est le deuxième de Bretagne, derrière celui de Brest où transitent chaque année plus de 900 000 voyageurs. Directement concurrencé par la ligne TGV, qui permet de rallier Paris en deux heures (et bientôt 1h30), cet aéroport n’a jamais atteint le million de passagers qu’il espérait. Entre 2007 et 2011, l’évolution du trafic a même été négative (- 5 %). Difficile d’imaginer l’avenir de ce petit aéroport si celui de Notre-Dame-des-Landes (situé à 55 minutes de voiture de Rennes) voit le jour... Les plus pessimistes parient sur une chute vertigineuse du nombre de passagers, voire sur la disparition pure et simple de l’aérogare. « Non à la fermeture de Rennes-Saint-Jacques ! », pouvait-on lire sur une des banderoles, lors de la manifestation en opposition au projet de Notre-Dame-des-Landes, le 10 novembre à Rennes. 600 personnes travaillent sur le site rennais.
« Le gel ou le report à long terme du projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes lèverait un certain nombre d’incertitudes quant au devenir de l’aéroport de Rennes, signalait l’Agence d’urbanisme et de développement intercommunal de l’agglomération rennaise (Audiar) dans un rapport en juin 2009. Son aire de chalandise étant préservée, elle conserverait tout son potentiel de développement de l’offre aérienne nationale et internationale (...) et maintiendrait son avantage comparatif vis-à-vis de l’aéroport de Nantes-Atlantique concernant les activités de fret. » Précisons que l’Audiar est notamment financée par Rennes métropole, le département d’Ille-et-Vilaine et la Région Bretagne, dirigés par des élus PS, pourtant favorables au projet de Notre-Dame-des-Landes...
Aéroport de Tours : quand les contribuables sponsorisent Ryanair
Construit dans les années 1930 Taux de fréquentation : 55 % Gestionnaire : Délégué depuis 2010 au géant du BTP canadien SNC Lavalin [4]
Jusqu’en 2003, l’aéroport Tours-Val de Loire peine à exister avec... 3 000 passagers par an. Avec l’ouverture de la ligne Ryanair Tours-Londres, l’aéroport atteint, en moins de 10 ans, 110 000 voyageurs annuels. Mais derrière cet apparent succès, la Chambre régionale des Comptes pointe « la dépendance vis-à-vis des subventions des collectivités publiques » (télécharger le rapport). Entre 2003 et 2005, l’ancien gestionnaire de l’aéroport a bénéficié de plus de 7 millions d’euros d’aides publiques [5] !
Le rapport de la Chambre régionale des comptes dénonce également les « subventions » versées par l’aéroport à Ryanair, qui atteindraient 45 euros par passager ! Alors que les collectivités locales déroulent le tapis rouge à la compagnie aérienne, cette dernière a fait monter les enchères, en demandant 400 000 euros par partenaires [6] en 2010. Au même moment, le conseil général d’Indre-et-Loire décide d’augmenter de 3 à 10 % par an jusqu’en 2021 la subvention au syndicat mixte gérant l’aéroport (SMADAIT). La note des contribuables s’alourdit au profit d’une compagnie étrangère, dont le chiffre d’affaires en France approche les 300 millions d’euros. Et les collectivités locales se rendent complètement vulnérables à d’éventuels chantages de la compagnie low-cost : en janvier 2011, Ryanair a décidé de ne plus baser d’avions à l’aéroport de Marseille suite à une décision de justice lui demandant de respecter le droit du travail (Ryanair estime que ses personnels relèvent de la législation irlandaise, même en France)...
Nantes Atlantique : des marges de manœuvre pour éviter la saturation
Premiers vols commerciaux : 1951 Taux de fréquentation : 80% Gestionnaire : Aéroports du Grand Ouest, qui associe Vinci, les Chambres de commerce et d’industrie de Nantes et de Saint-Nazaire et ETPO (Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest)
Dans les années 70, les « experts » avaient envisagé six millions de passagers à Nantes Atlantique en l’an 2000 pour justifier la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En 2010, trois millions de personnes ont transité par cet aéroport. Sa capacité d’accueil est de quatre millions de passagers. Mais « c’est le nombre de mouvements d’avions qui est important. Si la fréquentation augmente significativement (+ 5,5 % par an en moyenne) celle du trafic l’est nettement moins (environ 1,2% par an) », explique Thierry Masson, du Collectif des pilotes doutant de la pertinence du projet de Notre-Dame-des-Landes. Car les avions sont de plus en plus gros et de mieux en mieux remplis. Pour ce professionnel de l’aviation, comme pour divers acteurs économiques [7], il est possible d’aménager le site existant de Nantes Atlantique pour éviter une éventuelle saturation : agrandir l’aérogare, construire une ligne ferroviaire permettant de rallier le centre de Nantes à l’aéroport plus rapidement...
Déserts aériens et chantage low-cost
« Les aéroports régionaux sont condamnés à faire du low-cost », rappelle Thierry Masson. En 2011, les trafics exceptionnels enregistrés à Bâle Mulhouse (+ 22,4%) et Beauvais (+ 25,4%) sont dus au succès du low-cost. Lequel s’appuie sur un subventionnement public important, via les exonérations fiscales notamment. Les grandes compagnies se concentrent sur des grands aéroports et mutualisent leurs moyens, précise Thierry Masson. Qui insiste : « La réalisation coûte que coûte de Notre-Dame-des-Landes pourrait tout à fait conduire à un fiasco, tel que Mirabel au Canada, ou encore Ciudad real en Espagne. »
Construit au milieu d’une plaine désertique, à 200 kilomètres de Madrid, l’aéroport international de Ciudad real a été mis en service en 2008. Prévu pour accueillir 4 millions de passagers par an, il en a vu passer... 100 000 en quatre ans ! Le dernier vol commercial a eu lieu en décembre 2011. Quant à l’aéroport de Mirabel, au Canada, il a été inauguré en 1975, après un chantier express de 5 ans et l’expropriation de très nombreux paysans. La crise pétrolière des années 1970, la concurrence de l’aéroport de Toronto et le défaut de dessertes ferroviaires ont eu raison de cet équipement. Le dernier vol passager a eu lieu en octobre 2004 et Mirabel est aujourd’hui quasi-désert.
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Notes :
[1] Sur 152 millions de passagers en 2010, les aéroports de Paris en ont accueilli 80 millions, les régionaux 60 millions et les aéroports d’Outre-mer 10 millions, selon le rapport de l’Observatoire de l’aviation civile.
[2] Télécharger la déclaration de Philippe Séguin du 9 juillet 2008, à l’occasion de la présentation du rapport public sur Les aéroports français face aux mutations du transport aérien.
[3] Par l’intermédiaire d’un Établissement public industriel et commercial.
[4] Le Syndicat mixte pour l’aménagement et le développement de l’aéroport international de Tours (SMADAIT), qui réunit l’agglomération de Tours, la Chambre de commerce et d’industrie, le conseil général et le conseil régional, a délégué sa gestion pour douze ans au géant du BTP canadien SNC Lavalin.
[5] Total des aides accordées par les organismes publics et les collectivités territoriales à la SEMAVAL, gestionnaire de l’aéroport de Tours
[6] Au lieu des 287 000 prévus, selon un communiqué des élus locaux communistes.
[7] Et notamment le cabinet d’experts ayant réalisé une étude sur les coûts/bénéfices de Notre-Dame-des-Landes.
Faut-il quitter le gouvernement ?
« Le piège se referme chaque jour un peu plus sur nous »
Faut-il quitter le gouvernement ? Telle est la question que certains d’entre nous n’hésitent plus à poser publiquement, comme s’il s’agissait d’anticiper les interpellations de la presse qui nous harcèle sur ce thème depuis quelques semaines en soulignant à l’envi notre « incohérence ».
Quelle que soit la stratégie des uns ou des autres ( nous aussi, nous avons bientôt un congrès !), force est de reconnaître que le piège se referme chaque jour un peu plus sur nous : rester en se soumettant serait un suicide politique, partir signerait l’échec de nos accords passés avec le Parti socialiste en novembre 2011. Même nos plus fervents partisans du compromis prennent aujourd’hui la mesure du danger…
A qui la faute ? Faire peser la responsabilité d’une telle situation sur les seuls socialistes et le tandem exécutif est à la fois injuste et lâche, parce que c’est refuser de regarder en face la faiblesse de notre accord programmatique sacrifié sur l’autel de notre accord électoral.
Nous voulions un groupe à l’Assemblée nationale et des ministres. Nous les avons, mais à quel prix ? Le scénario que nous vivons aujourd’hui était déjà écrit sur la liste des désaccords actés entre EELV et le PS. Dans l’euphorie de la victoire, nous avons réussi à dissimuler ce qui ressemble fort à une arnaque politique. Aujourd’hui confrontés au principe de réalité, nous ne pouvons plus nous contenter de langue de bois, d’imprécations ou de contorsions politiciennes… Au prétexte qu’il ne faut pas mettre en difficulté nos ministres.
Comment rester crédible quand on vote le mardi contre le TSCG, parce qu’il choisit l’austérité contre la transition écologique et le mercredi, pour la loi organique qui le transpose dans le droit français ? Il faut reconnaître que nous avons contribué à remplir cette coupe que nous trouvons maintenant trop pleine.
Notre faiblesse politique ajoutée à la domination du parti socialiste nous vaut quelques humiliations : nos ministres ont découvert le texte du « pacte de compétitivité » à l’entrée d’un « séminaire » gouvernemental qui n’en portait que le nom. Tout était déjà décidé à Matignon, Bercy et l’Elysée. Après la loi de Finances qui a gommé l’essentiel des propositions fiscales des écologistes, ledit « pacte » signe la victoire d’un modèle productiviste, à cent lieues de la transition écologique promise par le Président de la République devant la conférence environnementale.
Si l’on ajoute à cela la politique d’immigration et de régularisation du ministre de l’Intérieur, le recul sur le vote des étrangers dans les élections locales, l’absurdité de Notre Dame des Landes, le doute sur la fermeture de Fessenheim en 2016, la surreprésentation du lobby nucléaire au comité de pilotage du débat sur la transition énergétique, l’exploitation des gaz de schiste qui n’est plus exclue, etc., nos électeurs et sympathisants sont fondés à se demander pourquoi nous avalons autant de couleuvres.
Le ver était dans le fruit au soir de notre accord programmatique de novembre 2011, bien avant nos maigres résultats des élections présidentielle et législatives qui servent pourtant de « référence » à nos partenaires pour mieux nous soumettre.
Faut-il, dès lors, quitter le gouvernement ?
En 1970, l’économiste et sociologue, Albert Hirschman, a publié un ouvrage célèbre, Exit, Voice and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations and States. Il explique que trois choix s’offrent aux individus mécontents : la réaction silencieuse (exit), le renoncement à l’action, par fidélité (loyalty), la protestation et la prise de parole (voice).
Nous devons collectivement faire entendre notre voix, des ministres aux parlementaires et au parti, dire au gouvernement qu’il se fourvoie… Pour autant qu’il soit toujours capable de nous entendre.
Taxe Nutella : l’huile de palme est d’abord un enjeu de déforestation
Eco Sapiens
La taxe Nutella
L’huile de palme a hélas envahi notre quotidien de consommateur. La graisse la moins chère du marché est dans tous les biscuits et autres plats préparés. Sous couvert de lutte contre l’obésité, une taxe « Nutella » devrait permettre aussi de réduire nos importations de cette huile dévastatrice.
Tout le monde sait désormais que la culture de l’huile de palme contribue à la déforestation dans les pays du Sud-Est asiatique, et notamment l’Indonésie. Symbolisée par la disparition de l’orang-outan, représentée par ces paysages de monoculture à perte de vue, elle est devenue l’ingrédient à bannir pour quiconque essaie d’être consom’acteur.
Puis est venue la polémique sur la table ronde sur l’huile de palme (RSPO). Les ONG environnementales n’étaient-elles pas en train de cautionner ce qui s’apparente à du greenwashing ?
Ensuite est venu le débat sur l’huile de palme bio. A eco-SAPIENS, nous avons largement évoqué cette autre filière, colombienne en l’occurrence,
Et toujours en bruit de fond, la question sanitaire n’est pas définitivement tranchée. L’huile de palme est-elle dangereuse pour la santé ? Certes elle est riche en acide gras saturés dont la consommation en excès induit des risques d’obésité et de maladie cardio-vasculaires, mais il semble aussi qu’en quantité modérée, cette huile ne soit pas plus dangereuse qu’une autre.
Concrètement, il s’agit d’augmenter de 300% (de 98€ la tonne à 300 € la tonne) l’actuelle taxe sur les huiles de palme, de palmiste et de coprah. Cela signifie une hausse de six centimes le prix du pot de Nutella... et cela rapporterait près de 40 millions à la Sécurité sociale.
En tout cas, c’est bien l’aspect santé et non l’aspect environnemental qui prime dans cette idée d’instaurer une taxe « Nutella », plus exactement un amendement proposé par le sénateur PS Yves Daudigny.
« Cette taxe doit constituer un signal, non à destination des consommateurs, mais à destination des industries agroalimentaires pour qu’elles substituent à ces huiles de nouvelles compositions plus respectueuses de la santé humaine. »
Coïncidence ? Le groupe Casino communique allègrement sur une pâte à tartiner sans huile de palme. Casino prétend proposer la première pâte à tartiner sans huile de palme... mais détrompez-vous, des marques engagées dans la bio en proposent depuis bien longtemps...
Sur la Toile
Les forêts tropicales de Bornéo détruites par l’huile de palme
L’huile de palme est au centre des préoccupations de ceux qui s’intéressent à la nutrition et aux conséquences sur la santé des hommes. Si l’huile de palme pose question sur sa consommation, sa production elle non plus n’est pas anodine.
Elle est la cause d’une destruction importante de la forêt tropicale de Bornéo, une des îles les plus importantes de l’Indonésie. La preuve est apportée par des chercheurs de Stanford.
L’Indonésie est le premier producteur d’huile de palme au monde. C’est une ressource importante pour les industriels de tout poil. L’huile de palme représente 30 % de la consommation mondiale d’huile végétale, elle est même une candidate pour fabriquer du biodiesel.
L’huile de palme d’Indonésie vient essentiellement de l’île de Bornéo, une île dont les 4/5 sont administrés par le gouvernement indonésien. Sa superficie est proche de celle de la France, pour 20 millions d’habitants.
Les cultures liées à l’huile de palme représentent le tiers des plaines de l’île, en dehors des zones protégées. Le problème est que pour planter les palmiers à huile, il faut commencer par nettoyer le sol et la végétation existante. En 2010, ce nettoyage par le feu a émis 140 millions de tonnes cubes de CO2 dans l’atmosphère. Cela représente les émissions de 28 millions de véhicules pendant un an.
Il se trouve que l’Indonésie est aussi un des poumons verts de la planète, grâce à ses forêts tropicales. Il s’agit là de la troisième plus grande surface de la planète.
Alors d’un côté nous avons une ressource indispensable pour la planète et de l’autre une ressource importante pour les industriels. Pourtant, c’est bien la seconde qui se développe au détriment de la première. Depuis 1990, 16.000 km2 ont basculé au profit de la culture des palmiers à huile.
L’étude de Stanford a travaillé avec des images satellites haute définition et des mesures faites sur le terrain. Elle a ciblé les terrains utilisés pour la culture des palmiers et les émissions en CO2 consécutives. Les chercheurs ont ainsi obtenu des cartes de l’expansion des cultures de 1990 à 2010.
En utilisant des méthodes de classifications mises au point par l’université Carnegie Mellon, ils ont pu obtenir le type de terre qui a été utilisé pour faire les nouvelles plantations, mais aussi le volume des émissions de carbone et les volumes de captation par la végétation environnante.
L’intérêt essentiel de cette étude est de faire la différence entre les types de terrains utilisés. Les chercheurs ont pu faire la différence entre les forêts, les champs de riz, les cultures de caoutchouc, les forêts secondaires, les cultures des petits exploitants. Grâce à toutes ces nouvelles données, ils ont pu tenir un décompte fidèle des émissions de carbone imputables aux seules cultures nécessaires à la production de l’huile de palme.
Les chercheurs ont interrogé les autorités locales et régionales. Le recensement des autorisations de cultures légales a été effectué. Cela représente 120.000 km2, l’équivalent de la surface d’un pays comme la Grèce. La plupart des surfaces unitaires dépassent les 100 km2. Beaucoup de ces autorisations ne sont pas encore utilisées. Si elles le sont, un tiers des terres de Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, sera planté de palmier à huile d’ici 2020.
Sur place, l’habitant lambda de Kalimantan n’a aucune idée des enjeux des transformations en cours. Pour les scientifiques, c’est une expérience à échelle planétaire : remplacer la forêt par une monoculture sur une surface gigantesque. Une chose est sûre, la nature de l’île de Bornéo s’en trouve fragilisée, en proie aux feux, aux sécheresses et aux inondations.
A Notre Dame des Landes, la reconstruction a bien commencé
Retour sur la manifestation de samedi, qui s’est continué dimanche par une énergique construction... pour un nouveau départ de la lutte. « Voilà ce que retiendront ceux qui ont découvert la ZAD pour la première fois : la détermination à toute épreuve d’habitants et de paysans dont la terre est menacée »
- Reportage, Notre-Dame-des-Landes
Samedi 17 novembre, 12h00. Perchés sur les tracteurs acheminant du matériel de reconstruction, certains tentent de donner une estimation du nombre de manifestants venus protester contre le projet d’aéroport et les expulsions ayant eu lieu.
Poste de radio à la main, un agriculteur membre de l’ACIPA crie à la ronde : « ils annoncent 2 000 ! ». Son éclat de rire est repris par les manifestants pressés sur l’étroite départementale joignant le village à la destination tenue secrète, un lieu au centre de la ZAD (Zone d’Aménagement Différé, devenue Zone A Défendre) où seront rebâtis des espaces communs.
Car c’est peine perdue si l’on essayait de distinguer la tête ou la queue du cortège s’acheminant tranquillement ce samedi midi. Par le prompt renfort de 400 tracteurs, 100 bus venus de toute la France et le déplacement massif des populations alentours, les 2 000 annoncés se virent 30 000 en arrivant sur place (40 000 selon les organisateurs, 17 000 selon les forces de l’ordre).
Parmi eux, des têtes connues, inlassablement présentes aux vigies, réunions d’organisation ou autres points presse, et des visages fraîchement familiers, voisins de tentes plantées dans les champs de la ZAD ou rencontres de dortoir improvisé au gymnase du village.
On se rejoint donc joyeusement dans le cortège, comme ces membres du collectif de soutien d’Ile-de-France venus la veille en bus et heureux de pouvoir entonner ensemble une chanson réécrite pour l’occasion.
Avertis dès les premiers mètres, par une banderole géante « Récupérateurs de toutes les couleurs, allez voir ailleurs », les partis politiques et organisations ont rangé leurs drapeaux, laissant la place à une colonne humaine bigarrée. Affiches et slogans, allant du désormais classique « Ayraultport » au créatif « Père Bl’Ayrault, nous raconte pas d’histoires », fleurissent sur les tracteurs et les bas-côtés.
Dans la foule, on distingue des paysans, des clowns et des élus, de vieux anarchistes aux petites lunettes rondes, des étudiants venus pour le week-end, des cyclistes patientant sur le bord de la route pour se joindre au cortège et de nombreuses familles, comme ce couple et leurs deux filles, qui ont emménagé dans un village voisin, quelques jours avant que ne soit accordée l’autorisation de début des travaux.
Pourquoi manifester ? Pour exprimer leur mécontentement face à la gestion du dossier et la présence policière, explique Madame, souvent bloquée par les gardes mobiles. Pour protester contre les incohérences (non respect de la directive cadre sur l’eau) et rendre visible un combat ayant peu d’échos, précise son mari, scandalisé par l’apathie de ses collègues nantais. Et le couple de s’accorder sur un « pour apporter notre soutien aux gens qui vivent ici ».
Une partie d’entre eux, les occupants de la ZAD, sont aisément reconnaissables à leur cagoule et à leur hostilité vis-à-vis des médias, accourus en masse. Les approximations et déformations parues dans la presse ont laissé des traces.
Une jeune femme déplore le contenu d’une interview diffusée sur une grande radio : « On les a reçus et on leur a parlé de Vinci, des expulsions, de nos recours juridiques pendant deux heures. Rien ! Ce qui est ressorti : nos conditions de vie, qu’on avait peut-être évoqué 20 minutes. »
D’où un manque certain d’affabilité envers tout ce qui porte un appareil photo. Méfiance donc de part et d’autre. La cagoule portée provoque un léger malaise ; une revendication militante peut-elle avancer à visage caché ?
Une zadiste prend le temps d’expliquer sa démarche : il y a bien sûr une volonté de se protéger personnellement contre les renseignements généraux et de préserver le mouvement. Mais au-delà de ces questions pratiques, on trouve un désir de ne mettre aucune individualité en avant, de faire bloc au nom du bocage. Se débiner ? Maline, la jeune femme indique qu’elle ôte souvent sa cagoule pour participer à la manifestation, en citoyenne ordinaire.
« C’est autre chose d’être avec le groupe des occupants. Certains ont commencé à porter des masques pour se protéger, c’est devenu ensuite une revendication, un signe de solidarité et de collectif. Lorsque des anciens ont décidé de faire pareil, cela a conforté notre choix.
L’image violente véhiculée par les cagoules est regrettable. Une fois, on a donné une conférence de presse avec des feuilles de chou pour déguisement, c’était plus amical. » Quant à savoir si cela peut desservir le mouvement : « On est 40 000 aujourd’hui, la population nous soutient, cagoules ou feuilles de chou. »
Après 5 km de marche, le cortège arrive enfin à destination : un champ où seront montés deux chapiteaux en quelques heures, tandis que le ballet des tracteurs se poursuit un peu plus loin sur le chemin. Certains s’installent pour un pique-nique ou une pause au sommet de rouleaux de paille en attendant la suite des événements ; d’autres aident à pousser une remorque et une chaîne humaine s’organise pour décharger les matériaux acheminés.
Palettes de bois, pneus, câbles électriques, marteaux, la récolte nationale a été bonne et des manifestants arrivent encore un sac plastique à la main, heureux d’apporter leur modeste contribution.
L’espace vient finalement à manquer pour permettre à tous les volontaires de participer au défrichage et à l’édification de ce nouveau lieu de vie, censé comprendre un espace de réunion de 80 m², une cuisine, un dortoir, un bloc sanitaires et une zone « ateliers ».
Vers 16 heures, chacun finit par trouver une place, clous à la main sur un des chantiers, devant le podium pour participer aux prises de parole, ou encore à la buvette organisée sur le chemin. Les travaux se poursuivront la nuit tombée, avec une énergie débordante. Puis l’on s’oriente vers la cuisine collective pour le repas du soir et vers les chapiteaux pour écouter les groupes punk secouer le bocage.
Le lendemain, les tentes sont encore là, les routes toujours bordées de véhicules. On se salue et vient admirer l’avancée des travaux. 300 personnes assistent à une assemblée générale sous un des chapiteaux du champ d’arrivée : il y est question, entre autres, des mobilisations à venir dans différentes villes de France.
Quant aux lieux de vie reconstruits, le résultat laisse pantois : les murs sont déjà montés, et l’on termine ici l’isolation en paille, là la charpente, ou le toit du bloc sanitaire. Un joueur d’accordéon accompagne les cuisiniers s’affairant à couper des légumes et à touiller une casserole posée sur un feu de bois ; un autre a pris son biniou pour donner aux constructeurs, s’il en était besoin, encore plus de cœur à l’ouvrage.
Quelques milliers de personnes sont restées ce dimanche ou revenues pour contempler le travail accompli. Comme cette dame, assise sur une souche, murmurant : « J’en reviens pas, ils ont une telle énergie… », un sourire aux lèvres.
Voilà ce que retiendront ceux qui ont découvert la ZAD pour la première fois : la détermination à toute épreuve d’habitants et de paysans dont la terre est menacée. Pour le moment, les bâtisses devraient être préservées, car elles ont été construites sur un terrain prêté par un propriétaire (en cours d’expropriation).
Dans tous les cas, « ce qui est rasé sera reconstruit » rappellent les habitants de la ZAD, face à la menace d’une vague de destructions qui pourrait arriver cette semaine. On ne peut saisir le sérieux de ces propos qu’après avoir vu la solidarité, l’organisation et l’énergie des occupants de tous horizons.
Et l’on comprend finalement mieux pourquoi les médias achoppent tant à parler de ce qui se joue à Notre Dame des Landes : les habitants, leur parcours personnel et leurs multiples motivations ne se laissent pas facilement décrire. La force de cette diversité, voilà peut-être aussi ce qui braque le gouvernement…
Prison avec sursis et lourdes amendes pour trois étudiants destructeurs de 75 écrans publicitaires
Hadrien, Elsa et Yoann, trois étudiants qui avaient comparu le 23 octobre 2012, devant la 10e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, pour avoir, entre mai et septembre 2010, lors de 31 actions clandestines menées dans le métro de Paris, brisé (à coups de marteaux ou de molettes) et/ou barbouillé (de slogans antipublicitaires), en réunion, 75 ÉCRANS PUBLICITAIRES ESPIONS, APPELÉS « Numériflash » par leur propriétaire, la société Métrobus, ont été jugés le 20 novembre 2012, à 9 heures.
RAPPEL DES RÉQUISITIONS (Alexandre Aubert) : peine d’amende délictuelle en rapport avec les ressources des prévenus.
RAPPEL DES DEMANDES DE LA PARTIE CIVILE (Dominique Quéran-Germaix pour Métrobus) : sur la base des dégâts évalués à 270 000 euros, 1 000 par panneau (soit 75 000) en remboursement de la franchise de l’assurance, 4 000 pour le préjudice commercial, 12 000 pour le préjudice d’image, 5 000 pour les soins et les peines, 5 000 pour les frais de procès.
RAPPEL DE LA PLAIDOIRIE DE LA DÉFENSE (Irène Terrel) : « Dans quelques années, on les considérera comme des précurseurs… Protection du citoyen contre l’agression publicitaire… Droit de réponse… C’est un honneur de défendre des gens qui alertent notre société sur des dangers importants. »
CONDAMNATIONS PÉNALES (Laurent Raviot) : Hadrien, 3 mois avec sursis et inscription au bulletin n° 2 du casier judiciaire ; Elsa, 1 mois avec sursis sans inscription au casier judiciaire ; Yoann, 800 euros (dont 500 avec sursis) et inscription au bulletin n° 2 du casier judiciaire.
CONDAMNATIONS CIVILES (dommages et intérêts à Métrobus) : Hadrien (23 faits), 28 986,50 euros ; Elsa (9 faits), 7 502,50 euros ; Yoann (1 fait), 1 336 euros.
Paradis sous terre
Les Éditions Écosociété sont fières d’annoncer la parution de l’ouvrage Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale, d’Alain Deneault et William Sacher (préface de Richard Desjardins).
Le Canada est le refuge idéal de sociétés minières qui spéculent en Bourse et mènent à travers le monde des opérations controversées, voire criminelles.
Elles y trouvent un système boursier-casino favorable à la spéculation, des exonérations dignes d’un paradis fiscal, des mesures législatives canalisant vers elles l’épargne des citoyens, une diplomatie de complaisance soutenant ses pires desseins, ainsi qu’un droit taillé sur mesure pour la couvrir à l’étranger, comme sur le front de la critique intérieure.
En six chapitres d’une redouble efficacité, Alain Deneault et William Sacher retracent l’histoire du Canada et exposent comment cette ancienne colonie est devenue le paradis réglementaire et judiciaire d’une industrie évoluant hors de tout contrôle. Pillage, expropriations violentes de populations, pollution durable de vastes territoires sont le lot des pays qui subissent les méthodes de cette industrie aveuglément tournée vers le profit.
La Bourse de Toronto se révèle le pilier de ce système où s’enregistrent 60% des sociétés minières mondiales, des entreprises protégées par des politiques serviles. Grâce à un travail minutieux de recensement de sources internationales, les auteurs nous montrent comment le Canada, trop souvent présenté comme vertueux et pacifiste, est devenu la Suisse des mines.
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Paradis sous terre. Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale, Alain Deneault et William Sacher, Préface de Richard Desjardins, publié en France par Rue de l’Echiquier, 192 pages.
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Alain Deneault est titulaire d’un doctorat de philosophie de l’Université de Paris-VIII et il est l’auteur de Noir Canada, de Offshore et de Faire l’économie de la haine (Écosociété).
William Sacher est titulaire d’un doctorat en sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill. Il est actuellement doctorant en économie du développement à la Faculté latino-américaine de sciences sociales. Il est également coauteur de Noir Canada.
La manifestation du 17 : des images de la bonne humeur
Quelques images... de souvenir, et d’énergie pour la suite
- Reportage, Notre Dame des Landes
Manifestation du samedi 17 novembre.
A Chateauroux, un immense aéroport presque inutilisé
Dernier vol important de cet aéroport : des vaches vers la Mongolie...
Je vous présente un des plus grands aéroports de France :
Châteauroux Centre 2h de Paris en train.
Piste : 3 500 m x 45 m, accessible à tous types d’avions
2 taxiways - 2 bretelles de raccordement
ILS de catégorie 1
Balisage latéral - Rampe d’approche haute intensité
Parking : 280 000 m² balisés et éclairés la nuit
Terrain entièrement clos : clôture normes OACI et portes à commande contrôlée
A quoi sert-il ? Rien. Nombre de vols prévu cette semaine [du 6 novembre] : zéro.
Comme il est super fonctionnel, très grand et magnifique, les pilotes A380 viennent s’entraîner ici, au moins ils ne sont pas dérangés. La dernière fois qu’il a servi, c’était pour envoyer des vaches en Mongolie.
A Toulouse, la justice s’acharne contre les libérateurs des maisons vides
Il y a un an, c’était le début du mouvement de réquisition initié par le CREA. Le 12 octobre 2011, la Préfecture expulse (en ne respectant pas ses propres lois) deux maisons que nous occupions pour y vivre et développer des projets tels qu’une cantine populaire.
Un membre de la CREA est arrêté et passe en comparution immédiate pour « outrage aux forces de l’ordre » ! Au vu des contradictions des témoignages, le tribunal relaxe notre camarade au bénéfice du doute...
Le 21 novembre 2012, il repasse devant la Cour d’appel de Toulouse suite à l’acharnement du parquet qui cherche à tout prix à nous poursuivre afin de ralentir ce mouvement populaire qui a permis, avec les premières personnes concernées, de libérer en un an et demi plus de 15 bâtiments pour se loger, affronter ensemble nos problèmes du quotidien et développer des activités libres et gratuites pour toutes et tous.
Cette forme de répression n’est pas isolée. Tout au long de cette campagne de réquisition, des personnes ont été arrêtées, emmenées en audition pour être fichées et obtenir par la ruse leurs empreintes et leur ADN. Elles ont toujours refusé de participer à ce jeu sécuritaire et risquent un jour ou l’autre d’être poursuivies.
D’autres sont à ce jour encore sous la menace de poursuites judiciaires pour des motifs instrumentalisés par la police et la justice : dégradation de biens privés, violation de domicile, outrage et rebellions, violences commise envers les forces de l’ordre…
Depuis l’expulsion du 22, rue Demouilles, la police nous harcèle autour de nos lieux de vie : contrôle au faciès à la sortie de nos maisons, arrestations arbitraires, placement en détention pour ceux qui n’ont pas le bon profil !
Cette répression n’est pas réservée aux membres de la CREA. Chaque jour, des personnes vivant dans les quartiers populaires (espaces rebaptisés par le pouvoir « zones criminogènes ») sont contrôlées au faciès, arrêtées et placées en garde à vue.
Chaque jour, les audiences de comparution immédiate ont lieu au Palais de Justice : une personne qui vole dans un magasin prend 6 mois ferme sous prétexte de récidive, une personne interdite de territoire vient de se faire condamner pour récidive à une peine de 4 mois : le juge lui envoyant dans la gueule que ça lui apprendra : « soit tu retournes dans ton pays, soit à chaque contrôle, tu retournes en prison ! » (sic).
Venez faire un tour dans les petites salles du 3e étage du Palais de Justice où chaque jour le juge dit « des libertés » rend ces jugements expéditifs avec tout son mépris et ses humiliations. Et rarement de rassemblement de soutien dans ces carnages judiciaires banalisés !
A Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Calais, des personnes inscrites dans des mouvements populaires et/ou qui trouvent des moyens pour survivre subissent la même répression.
Lorsque nous nous organisons pour prendre en main les problèmes créés par les exploiteurs, l’Etat nous envoie ses flics, ses juges et ses politiques pour nous empêcher d’être et d’agir ensemble, en nous criminalisant, par leurs coups, leurs procès et leurs prisons.
En attendant, les véritables responsables de la misère sociale sont bien à l’abri en tirant les ficelles de « La Justice » qui n’est que leur justice !
Aujourd’hui, nous nous rassemblons pour apporter notre soutien à notre camarade et à tout-e-s les opprimé-e-s de leur système policier et judiciaire fait par les bourges pour les bourges.
Que ce rassemblement serve au moins à nous reconnaître entre opprimé-e-s et réprimé-e-s, que nous échangions sur les formes de solidarité qui peuvent se mettre en place quand l’un de nous tombe entre leurs mains !
Solidarité avec tout-e-s les inculpé-e-s et enfermé-e-s à Toulouse et ailleurs !
Liberté pour toutes et tous !
Organisons nous ensemble pour bloquer leur machine judiciaire !
RDV mercredi 21 novembre à 13h30 au palais de justice, cour d’appel, côté place du Salin.
Marché du carbone : il patauge toujours. Et si on le fermait ?
Sept ans après son lancement, le Système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (SCEQE ou UTS) n’a pas réussi à atteindre ses objectifs. La Commission européenne elle-même en est arrivée à cette conclusion, puisqu’elle propose différentes options pour résoudre les problèmes survenus. Pourtant, une option importante est absente du document de la Commission : la suppression du SCEQE après 2020.
« Le SCEQE n’est pas adapté et ne fonctionne pas. Il a produit des bénéfices exceptionnels pour les entreprises polluantes, il a repoussé la transition nécessaire et l’abandon des combustibles fossiles, maintenant l’Union Européenne (UE) dans la production d’énergie à base de combustibles fossiles. Ces faiblesses structurelles demeurent sans réponse de la Commission », a déclaré Maxime Combes d’Attac France.
La Commission propose exclusivement des options visant à stabiliser les prix des permis d’émissions de CO2 qui sont échangés sur le SCEQE. En raison de l’effondrement du prix de la tonne carbone, le SQECE ne fournit aucun signal prix adéquat pour des investissements dans les technologies à faible intensité carbone et les infrastructures nécessaires que les partisans du marché carbone avaient pourtant promis.
« Ceci prouve les contradictions existantes au sein même de la vision de l’UE concernant le SQECE : un mécanisme de marché peut-il fournir un signal-prix fiable alors que le quota maximum d’émissions est basé sur les projections futures établies par les industriels et que les prix sur le marché dépendent des anticipations des fonds financiers ? L’expérience montre que non », selon Geneviève Azam d’Attac France.
La proposition de la Commission laisse un autre inconvénient structurel sans réponse : le quota maximal d’émissions peut être transgressé et dépassé, notamment à travers l’introduction dans le SQECE des certificats de réduction d’émissions provenant des mécanismes internationaux de compensation.
Les projets de compensation dans le Sud n’ont pas généré le développement soutenable qu’ils étaient censés permettre. En outre, les dispositifs de compensation carbone ne réduisent pas les émissions mais elles les déplacent, et tout système de marché permettant l’utilisation des dispositifs de compensation retarde la véritable réduction des émissions.
Plutôt que de permettre la transition vers des sociétés faibles en carbone, le SQECE est un mécanisme bloquant toute possibilité de décisions politiques courageuses qui pourrait mettre fin à notre actuel modèle énergétique basé sur les énergies fossiles.
Dans son dernier rapport (le World Energy Outlook 2012 du 12 novembre 2012), l’Agence internationale de l’énergie a averti que deux tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles devraient rester dans le sol afin d’éviter une élévation de température au delà des 2 degrés Celsius. Une forte volonté politique, et non des mécanisme de marché, est nécessaire pour mettre en oeuvre ces recommandations...
« Plutôt que prendre leurs responsabilités, les gouvernements ont volontairement mis leur principal instrument de lutte contre les dérèglements climatiques dans les mains des marchés financiers. Comme nous le savons, les mécanismes de marché ont leur propre logique.
Réaliser des profits sans lutter contre les dérèglements climatiques est devenu l’objectif primordial des acteurs impliqués dans le commerce du carbone. C’est une illusion de croire que quelques mesurettes comme celles présentées par la Commission Européenne seraient en mesure d’améliorer significativement le SCEQE » conclut Maxime Combes.
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* Les organisations signataires : Attac France, Carbon Trade Watch, Corporate Europe Observatory, Counter Balance, FERN, Re : Common
Entropia
ENTROPIA
REVUE D’ÉTUDE THÉORIQUE ET POLITIQUE DE LA DÉCROISSANCE
SAMEDI 24 NOVEMBRE DE 14H À 19H
SALLE JEAN DAME, 17, RUE LÉOPOLD BELLAN, À PARIS 2ÈME
Rencontres et débat public autour du N°13 de la revue ENTROPIA :
LA DÉCROISSANCE ET L’ÉTAT
14 heures : Allocution de bienvenue
14h15-15h45 : La décroissance avec l’État
DISCUSSION ANIMÉE PAR GENEVIÈVE DECROP, AVEC :
SIMON CHARBONNEAU : Pour un pouvoir politique sous contrôle
SÉBASTIEN MORILLON-BRIÈRE : Prométhée et le Léviathan
YVES COCHET : États simples locaux
SERGE LATOUCHE : L’État et la révolution de la décroissance
MURIEL ROLAND : L’origine sacrée de l’État
Débat et échanges avec la salle
16h15-17h30 : La décroissance sans l’État
DISCUSSION ANIMÉE PAR FRANÇOISE GOLLAIN, AVEC :
PHILIPPE GRUCA : L’État de la question
JEAN-MARC LUQUET : La société décroissante contre l’État ?
CLÉMENT HOMS : Le capitalisme, berceau de l’État.
JEAN-CLAUDE BESSON-GIRARD : Par-delà l’État
Débat et échanges avec la salle
18H-19H : ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES AMIS D’ENTROPIA
Les déboulonneurs vont mener une action de désobéissance civile extraordinaire contre le système publicitaire
Samedi 24 novembre 2012 - Rendez-vous à 15 heures à la sortie n° 1 du métro Havre-Caumartin (lignes 3 et 9). [Note des désos : les déboulonneurs font l’action, le public fait l’événement]
Invités : Fanfare Invisible + Eglise de la Très Sainte Consommation
Le Collectif des déboulonneurs, présent dans toute la France, lutte contre le système publicitaire au moyen d’actions directes non-violentes et conviviales principalement de désobéissance civile ou éthique.
Le 24 novembre aura lieu à Paris une action d’envergure en réponse à la surpublicité qui envahit chaque jour un peu plus l’espace public. Les écrans publicitaires qui se multiplient dans le métro vont bientôt faire leur apparition massive dans la rue. Votre présence à toutes et tous est importante pour soutenir les barbouilleurs lors de cette action.
Pourquoi lutter contre le système publicitaire dans l’espace public ?
Le système publicitaire est un puissant groupe de pression qui organise la surpublicité dans les espaces publics sans notre consentement. C’est d’abord une agression visuelle, un matraquage, une sollicitation permanente.
Et derrière ces images se cachent des procédés de manipulation pour nous faire surconsommer, la promotion de produits issus de l’exploitation de ressources naturelles et de personnes, source de pollutions, la diffusion de normes publicitaires valorisant le sexisme, la concurrence, la compétition, la vitesse, l’individualisme.
Le Collectif des déboulonneurs défend la liberté de réception. Être libre d’aller vers un message commercial plutôt que le message ne s’impose à nous, voilà comment se traduit la liberté de réception. Le Collectif des déboulonneurs demande une réduction des affiches au format de 50 x 70 cm pour assurer cette liberté.
De nouveaux dispositifs
Les écrans publicitaires, actuellement installés dans le métro parisien et qui commencent à apparaître aux bords des routes, vont bientôt envahir le paysage. Le gouvernement et le parlement ont systématiquement refusé d’aborder la question des nouvelles techniques publicitaires lors des travaux du Grenelle II.
Agression publicitaire supplémentaire, pollution visuelle accrue, libertés individuelles bafouées (capteurs espions analysant les passants) et aberration écologique (consommation énergétique de trois foyers moyens, émission de 10 fois plus de CO2 qu’une affiche 4 × 3) : ce type de dispositif doit purement et simplement être interdit. Nous n’en voulons ni dans le métro, ni ailleurs.
Nous demandons :
- à la RATP, de retirer tous les écrans numériques actuellement déployés et d’engager une réelle concertation sur la place de la publicité dans ses couloirs. L’objectif de dispositifs de 2 m2 supportant des affiches de 50 × 70 cm est parfaitement réaliste en sous-sol comme en surface (voir par exemple les affiches pour les spectacles de théâtre). Prenons exemple sur le métro de Stockholm ;
- à la mairie de Paris, de revoir son projet de règlement local et de faire de la “Ville lumière” un exemple mondial, au même rang que São Paulo (Brésil), pour ses rues dépolluées, en appliquant les revendications de notre collectif (dispositifs de 2 m2, affiches de 50 × 70 cm, pas d’utilisation d’énergie, contrainte de densité) ;
- au gouvernement, de rédiger des décrets qui protègent réellement les paysages et notre liberté de réception en imposant un format maximal de 2 m2 pour les dispositifs publicitaires ;
- aux élus locaux, de remédier aux dérives du Grenelle en instaurant des règlements locaux de publicité interdisant les écrans numériques et limitant drastiquement les publicités sur bâche, ou, à défaut, en refusant systématiquement toute demande d’autorisation pour de tels dispositifs.
Centrale de Fessenheim : l’Allemagne s’inquiète
« Fessenheim étant une centrale franco-allemande, de par sa situation géographique et la participation d’une société allemande à 17,5 % de son capital, il serait impératif de lui appliquer les normes de sûreté en vigueur outre-Rhin »
Communiqué de presse commun de Réseau "Sortir du nucléaire" - Alsace Nature - Comité de Sauvegarde de Fessenheim et de la Plaine du Rhin - Stop Fessenheim - Stop Transports-Halte au Nucléaire
Alors que la fermeture de Fessenheim a été repoussée en 2016 en dépit de sa vétusté, de ses défauts de sûreté et des coûts colossaux des travaux prévus, nos voisins allemands s’inquiètent à juste titre de la menace que constitue cette centrale à leur frontière. Une récente étude allemande porte un constat implacable : la sûreté de Fessenheim est très inférieure à celle des réacteurs allemands… et clairement déficiente.
Une étude liée à des craintes justifiées
Mi-octobre 2012 est parue une étude encore très peu médiatisée sur la sûreté de la centrale de Fessenheim. Réalisée par l’Öko-Institut (institut de recherche indépendant en environnement) pour le compte du Ministère de l’Environnement du Land de Bade-Würtemberg, elle avait pour origine l’inquiétude des autorités allemandes face aux risques de cette centrale et le manque de confiance dans les « évaluations complémentaires de sûreté » réalisées par la France [1]. L’objectif était de comparer Fessenheim avec les critères et exigences de sûreté en vigueur dans les centrales allemandes, afin d’évaluer si cette centrale atteignait leur niveau. Cinq grands sujets étaient abordés : la sismicité, le risque d’inondation, la vulnérabilité des piscines de combustibles, l’alimentation électrique et les systèmes de refroidissement.
L’étude allemande confirme la sûreté défaillante de Fessenheim
Les conclusions de l’étude sont sans appel : sur chacun des cinq sujets concernés, la sûreté de Fessenheim est déficiente et inférieure à celle des centrales allemandes. En Allemagne, les conclusions sont claires. Franz Untersteller, Ministre de l’Environnement, du Climat et de l’Énergie du Bade-Wurtemberg, « peu surpris mais cependant alarmé », déclare ainsi dans un communiqué : « Notre crainte que Fessenheim […] ne remplisse pas les exigences de sécurité s’est confirmée ». Dans la plupart des domaines importants pour la sûreté, Fessenheim serait « en-dessous de l’état de sûreté des installations allemandes – et même, en partie, de celles que nous avons fermées pour des raisons de sûreté après la catastrophe de Fukushima ». Franz Untersteller de poursuivre : « Au vu de ces résultats, Fessenheim doit être fermée au plus vite. 2016, comme le prévoit le gouvernement français, c’est trop tard. » [2].
La France doit arrêter de mettre l’Europe en danger
Voilà qui en dit long sur le sérieux des normes de sûreté françaises et sur le manque de sérieux de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, qui a autorisé la poursuite de l’exploitation en dépit de problèmes non remédiables.
Fessenheim étant une centrale franco-allemande, de par sa situation géographique et la participation d’une société allemande à 17,5 % de son capital, il serait impératif de lui appliquer les normes de sûreté en vigueur outre-Rhin.
Dans tous les cas, au lieu de prétendre donner des leçons de sûreté à l’Europe, la France se devrait de fermer immédiatement Fessenheim. Verrue implantée en bordure du Grand Canal d’Alsace, aux portes de l’Allemagne, cette centrale est à l’aplomb de la plus grande nappe phréatique d’Europe. Le gouvernement français ne peut pas se permettre d’être responsable d’un éventuel accident qui affecterait toute une grande région européenne.
Nous vous invitons à lire sur notre site notre résumé de l’étude et des principaux défauts mis en évidence par l’étude de l’Öko-Institut
Signataires :
Réseau "Sortir du nucléaire" - Alsace Nature - Comité de Sauvegarde de Fessenheim et de la Plaine du Rhin - Stop Fessenheim - Stop Transports-Halte au Nucléaire.
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Notes :
[1] La centrale de Beznau, en Suisse, a subi la même procédure.
[2] Extrait d’un communiqué officiel du Ministère de l’Environnement, du Climat et de l’Énergie du Bade-Wurtemberg
Des citoyens pour surveiller la police
Amis désobéissants,
Les désobéissants lancent une campagne de Copwatching (surveillance citoyenne de la police et autres forces de l’ordre). Nous avons ouvert un site à l’occasion de notre première sortie, à Notre-Dame des Landes, le week-end dernier.
Ce vendredi après-midi, 23 novembre nous nous rendrons dans une banlieue pauvre de Paris où des policiers se sont rendus coupables de crimes. Nous irons à la rencontre des habitants et filmerons les interactions des policiers avec les habitants. Nous délivrerons les récépissés de contrôles d’identité enterrés par le Ministre de l’Intérieur.
Notre démarche n’est pas « anti-flics ». Nous n’ignorons pas que des policiers et gendarmes honnêtes et courageux tentent d’empêcher en interne l’application des directives (de la hiérarchie, du Ministère...) les plus choquantes et de freiner les comportements (de leurs collègues et supérieurs) les plus odieux. De résister, quoi.
Nous avons décidé de pratiquer la tolérance zéro pour la délinquance policière, les bavures, les abus de pouvoir, le racisme, le sexisme, l’homophobie, et surtout l’impunité quasi totale pour les agents coupables de dérapages.
Nous avons décidé aussi de ne plus accepter le rôle que le pouvoir politique fait jouer à la police, la chasse aux migrants, le harcèlement des populations les plus vulnérables, la surveillance des fraudeurs des transports en commun, la répression des mouvements sociaux, le renseignement politique et... le plus grand laxisme pour la délinquance patronale, les crimes financiers, la corruption politique, la fraude fiscale, etc.
Amis zadistes, nous militants écologistes sommes avec vous
Madame, mademoiselle et monsieur, occupant le site de Notre Dame des Landes,
Je me permets de vous envoyer ce message.
Mon mari Michel et moi sommes écologistes de terrain depuis 1975 ; en 1992 nous sommes rentrés au parti des Verts de Savoie.
Nous avons été de toutes les luttes anti-nucléaires, dont celle contre la folie Superphénix (10 milliards d’euros à la poubelle). Dans ces luttes, nous avons eu contre nous surtout la droite et le parti communiste. Avec le PS, certains étaient plus ouverts.
En 1997, Dominique Voynet a, malgré tout, obtenu l’abandon de Superphénix et du Canal Rhin-Rhône.
C’est l’élue Europe Ecologie Michèle Rivasi qui a créé la Criirad après Tchernobyl.
Nous avons été aux côtés des paysans du Larzac. Dans la lutte du Larzac, ce qui a permis la réussite de la lutte, c’est le rassemblement de tous les opposants ! Des paysans cathos de droite aux anars en passant par l’extrême gauche et par les pacifistes de Lanza del Vasto.
Donc je suis peinée de voir votre haine contre Europe Ecologie. Apparemment, vous nous détestez plus que la droite et le parti communiste, les deux plus fervents partisans du projet de Notre Dame des Landes !
En 2000 j’ai campé (sous la pluie) devant la poubelle nucléaire de Bure en Meuse. Pour moi, Verte, pas facile, car Dominique Voynet était ministre avec Jospin qui avait permis la construction de « ce labo ».
Pour Notre Dame des Landes, il faut élargir les soutiens. François Bayrou s’est positionné. Bravo à lui.
C’est vrai, et c’est un vrai débat : être dans les institutions comme députée ou sénateur ou être dehors ? Ne plus voter ?
Je pense qu’il faut utiliser tous les moyens et les porte-voix !
A Chambéry, un beau collectif s’est créé contre l’aéroport ; des militants divers dont des copains d’Europe Ecologie, vieux militants de 20 ans.
A Chambéry, c’est un adjoint Europe Ecologie (militant de toutes les luttes comme Larzac et Malville), très apprécié et compétent qui écrit à tous ses collègues du PS pour essayer de les convaincre de l’inutilité du projet.
Le problème en France, c’est la Ve république monarchique. Il faudra une réforme des institutions avec une grande dose de proportionnelle qui permettra aux courants de pensée comme Europe Ecologie d’avoir quelques députés sans dépendre du bon vouloir « des grands partis ».
Habitant la Savoie, je peux difficilement venir vous visiter, mais je fais de l’info par courriers des lecteurs et lettres aux élus.
Bon courage à vous.
Librairie Quilombo
La librairie Quilombo fête ses dix ans
A la Java le vendredi 23 novembre, 105 rue du faubourg du temple Paris XXe. M° Goncourt ou Belleville.
A la librairie le samedi 24 novembre, 23 rue Voltaire, Pars XIe. M° Rue des boulets / Nation
À l’automne 2002, la librairie Quilombo ouvrait ses portes. Elle affichait clairement ses intentions : « Nous voulons créer un espace autonome et autogéré, une alternative aux supermarchés de la culture qui mettent tout en œuvre pour que le livre soit un produit de consommation comme un autre. » Le pari est tenu, nous sommes heureux et fiers de fêter notre dixième anniversaire !
Un journal qui racontera l’histoire de la librairie sera disponible quelques jours avant ces deux jours de festivités. Si vous souhaitez le recevoir, n’hésitez pas à nous envoyer vos coordonnées à !
Vendredi 23 novembre 2012
CONCERT En soutien à la librairie Quilombo de 19h30 à 23h à la Java.
Pierre Dubois (lecture). Pierre Dubois est à la fois du Nord et d’ailleurs, d’un autre monde, celui du petit peuple et des anciennes croyances. Il sait écouter, et merveilleusement conter. Sous sa plume, les gens de peu relèvent la tête, indomptés. Il nous racontera en musique une de ses Chroniques du Nord sauvage (L’échappée, 2012).
Fantazio et Francesco Pastacaldi. Voici les rythmes al dente, secs et piquants de Francesco Pastacaldi, batteur en chef des cruelles écuries de Neron, pour ceux qui ont un mal fou à ne pas faire des pâtes trop cuites. Fantazio, lui, débroussaille les herbes envenimées et fait chanter les enfants si le temps, la couleur et l’alchimie du jour y sont propices.
Les Chevals. Jazz dadaïste, groove tirant vers l’afro, talent chic et sauvage d’une formation unique… Les Chevals est un groupe plein d’ingéniosité et pétri de virtuosité. Ils ont une particularité organique pour le moins inhabituelle : la conque marine, devenue le symbole de l’inventivité de ces huit musiciens plein d’audace qui déchaînent cuivres et percussions dans un raz de marée musical exceptionnel !
Tarifs : 10 euros / soutien 15 euros La Java, 105 rue du faubourg du temple, 75010 Paris (M° Goncourt).
Samedi 24 novembre 2012
APÉRO-LECTURE de 15h à 23h à la librairie Quilombo, 23 rue Voltaire, 75011 Paris (M° Rue des Boulets)
15h Julien Hage. Julien Hage travaille sur l’édition et la librairie politique au XXe siècle, leur rôle dans la propagande moderne et dans la bataille pour l’émancipation. Il nous racontera l’histoire des librairies engagées à Paris.
17h Éditions Les rêveurs. Nicolas Lebedel nous présentera la maison d’édition spécialisée en BD qu’il a fondée en 1997 avec Manu Larcenet. Il nous parlera de son catalogue dans lequel figurent des auteurs comme Baru, Carlos Nine, Philippe Squarzoni et bien entendu... Manu Larcenet.
17h45 Anne Steiner. Lecture de passages de son livre Le goût de l’émeute (L’échappée, 2012). Ce livre raconte les manifs et violences de rue en région parisienne à la Belle Époque. Il dresse le portrait de ces foules sensibles et inflammables...
18h30 Zymotik. Florent Deneubourg a monté une brasserie artisanale à Montreuil nommée Zymotik. Il propose également des stages pour apprendre à brasser sa propre bière... Travaillant avec nous depuis peu, il viendra nous raconter son aventure et nous faire déguster sa Montreuilloize et sa Soleil Rouge !
19h30 Sorj Chalandon. Lecture de passages de ses livres Mon traître (Grasset, 2008) et Retour à Killybegs (Grasset, 2011). Deux romans qui offrent un regard croisé, celui du traître et celui du trahi, sur le conflit nord-irlandais, écrit par un journaliste qui suit ces événements depuis 40 ans.
LES EXPOSITIONS SUR LE FIL. FORMES VIVES, atelier de communication politique, utopique et intelligente, présente ses travaux graphiques à la librairie.
Notre-Dame-des-Landes : le point sur le dossier juridique
Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), qui a donné lieu à une forte mobilisation le 17 novembre, fait aussi l’objet d’une bataille juridique menée par les élus opposés au projet.
La justice doit encore trancher de nombreux recours. La plupart ont été déposés avant un accord passé le 8 mai dernier entre les collectivités locales et les anciens occupants légaux (propriétaires, locataires, exploitants) de la Zone d’aménagement différé (ZAD) prévue pour l’aéroport.
L’accord a suspendu les expulsions à l’issue de ces recours. Puis d’autres recours ont été déposés mais des expulsions pourront avoir lieu même s’ils n’ont pas été tranchés. Quant aux personnes sans droit ni titre, l’accord n’a pas suspendu leur expulsion.
RECOURS DEPOSES AVANT L’ACCORD DU 8 MAI
- Recours contre le refus du Premier ministre (à l’époque François Fillon) d’abroger la Déclaration d’utilité publique (DUP, prononcée le 9 février 2008) du projet en raison de changements intervenus depuis l’enquête publique de 2006 : Grenelle de l’environnement, loi sur l’eau, Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Loire-Bretagne 2010-2015...
Les opposants invoquent aussi la hausse du prix du kérosène et une contre-enquête de 2011 contestant l’utilité du projet. Déposé en mars par le Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cedpa), ce recours pourrait n’être jugé que fin 2013.
- Recours devant la Cour de cassation contre les ordonnances fixant les indemnités d’expropriation (pour les propriétaires qui les contestent et qui ont refusé une procédure amiable). Cette procédure pourrait arriver à échéance courant ou fin 2013.
- Recours du Cedpa devant le Conseil d’Etat contre le décret du 5 avril 2012 instituant le comité de suivi stratégique de la concession du projet. Décision attendue fin 2013.
RECOURS DEPOSES DEPUIS L’ACCORD
- Recours introduit devant la Commission des pétitions du Parlement européen le 24 octobre pour non-respect des directives européennes.
Déposé par le Cedpa et l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes), principale organisation d’opposants historiques, ce recours pourrait déboucher sur une condamnation de la France par la Cour européenne de justice, selon les élus chargés du dossier. Ce recours devrait être examiné début 2013.
- Recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme pour non-respect du droit à un procès équitable lors du rejet le 9 février 2010 par le Conseil d’Etat du recours de l’Acipa contre la DUP.
RECOURS A VENIR
- Les opposants chargés du combat juridique, le Cedpa, l’Acipa mais aussi les élus EELV et Parti de Gauche, ont annoncé que des recours seraient déposés devant le Tribunal administratif de Nantes contre l’arrêté préfectoral autorisant les travaux et approuvant - sous réserves à ce stade - les mesures compensatoires proposées par les porteurs du projet. La publication de cet arrêté est attendue en décembre.
La manifestation à Paris pour Notre Dame des Landes
- Reportage, Paris
18 heures, vendredi 23 novembre sur la place Edouard Herriot, à côté de l’Assemblée nationale. La nuit est tombée, une petite pluie humidifie l’atmosphère, il y a pas mal de gens, dans les 200, qui discutent derrière une grande banderole jaune sur laquelle on lit : « Ayrault atterris, arrête ton projet, sauve le climat #NDDL ». De l’autre côté des barrières, un filet de policiers, ils ne sont pas harnachés en robocop.
Il y a un drapeau Attac, des drapeaux du Front de gauche, pas mal de gens d’EELV.
Des cris ici et là, comme « P comme pourris, S comme salauds ».
Un groupe de femmes noires arrive en criant en coeur : « Non non à la répression, Un toit c’est un droit ».
Une sono reproduit des bruits d’avion :
Ecouter Sono avion : http://www.reporterre.net/sons/Avio...
Ecouter Sono avion : http://www.reporterre.net/sons/Avio...
Voici Mélenchon (PG) et Durand (EELV) en discussion. « Une interview commune, Messieurs ? ». Et voilà :
Ecouter Jean-Luc Mélenchon et Pascal Durand : http://www.reporterre.net/sons/Mele...
Ensuite, Joël, du Collectif Ile-de-France prend la parole en montant sur un banc. Il résume la journée qu’ont vécu ceux de la ZAD, et leur téléphone en direct, pour qu’ils disent ce qui se passe :
Ecouter : http://www.reporterre.net/sons/Coll...
Conclusion du porte-parole du collectif : « La ZAD est maintenant partout, nous allons la recréer d’une certaine manière ».
Ensuite, il y a des prises de parole, des Amis de la Terre, du syndicat Solidarités, de Droit au logement, de Citoyens du monde, d’autres.
Martine Billard pour le Parti de gauche dit : « Il faut dire à ce gouvernement qu’il est toujours temps de reculer, et qu’il vaudrait mieux reculer maintenant. Parce que nous, on va continuer et on va faire une encore plus grande manifestation que samedi dernier ».
C’est au tour de Pascal Durand, secrétaire national d’EELV, de prendre la parole. Mais il est copieusement hué, et des voix crient « Duflot, démission ».
Ecouter : http://www.reporterre.net/sons/Dura...
EELV a encore du chemin à faire, au moins auprès d’une partie des opposants de Notre Dame des Landes...
Je dois partir.
Après, selon l’AFP : « Plusieurs dizaines de manifestants, qui soutenaient les squatteurs évacués de Notre-Dame-des-Landes (Loire-atlantique), ont été interpellés vendredi soir dans le quartier des ministères à Paris. » Une vingtaine de véhicules de gendarmes mobiles et de police se trouvait aux abords de la rue du Bac et de la rue de l’Université (VIIe), quartier qui abrite un grand nombre de ministères dont l’hôtel Matignon, a constaté la journaliste. Landes, un projet cher au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes."
Notre Dame des Landes : ça commence à tanguer au sein du PS
Au sommet du Parti, tous unis derrière Ayrault. Mais à la base, ça commence à branler dans le manche.
Les hiérarques Bruno Le Roux et Claude Bartolone au secours de gouvernement
L’évacuation vendredi 23 novembre des squatteurs du site de Notre-Dame-Des-Landes est parfaitement légitime, a déclaré vendredi le chef du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, dans un communiqué.
L’intervention pour mettre fin à l’occupation illégale du chantier de Notre-Dame-des-Landes est parfaitement légitime, a-t-il dit. C’est le devoir de l’Etat de faire appliquer les décisions de la justice qui a rejeté tous les recours intentés par les opposants à ce projet.
A chaque élection cantonale, municipale, régionale, la population des Pays de Loire et de Bretagne élit et réélit des majorités favorables à la construction de l’aéroport et aucune minorité ne peut s’arroger un droit de blocage, a encore relevé Bruno Le Roux.
Le débat public sur ce projet a eu lieu pendant 20 ans. La moindre des choses est d’en accepter le verdict, a-t-il conclu.
Force reste à la loi, a souligné pour sa part le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, sur i>TELE, rappelant que trois régions de l’Ouest s’étaient prononcées en faveur de ce projet pour renforcer notamment l’attractivité économique de tout l’Ouest.
Chacun remarquera que ce n’était pas l’un des éléments du programme national qui a lié les Verts et le Parti Socialiste, a relevé aussi Claude Bartolone.
Que les uns et les autres déposent le cas échéant des documents pour contester, notamment dans le cadre de la loi sur l’eau. Après il faut respecter les décisions, a-t-il poursuivi.
Des militants PS demandent l’ouverture d’un débat
Une lettre signée par plusieurs dizaines de militants socialistes d’Ille-et-Vilaine devrait atterrir, dans les prochains jours, sur le bureau de la direction du PS départemental. Les initiateurs du courrier demandent l’ouverture au sein de la fédération d’un « débat » concernant le projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).
Parmi eux, Jean-Claude Roger, membre la section socialiste de Janzé, estime que « les militants ne sont pas assez informés du projet » et que les différentes positions à ce sujet « ne sont pas relayées » au sein du Parti socialiste.
Ledit courrier, qui circule actuellement parmi les adhérents locaux du PS, se pose en contradiction avec la ligne officielle des instances socialistes à propos du dossier Notre-Dame-des-Landes.
Notre Dame des Landes : une « commission de dialogue » instaurée, la police se calme
Le gouvernement a annoncé samedi soir la mise en place d’une « commission de dialogue » et la suspension du projet de défrichement. Sur place, la police s’est calmée, le nettoyage a lieu et les constructions reprennent
Pour les événements postérieurs au dimanche 25 novembre 2012, lire Notre Dame des Landes, le récit.
Pour ceux qui les ont précédé, lire ci-dessous :
Dimanche 25 novembre
20h25 : les flics sont toujours au carrefour de la Saulce, ils ont allumé un projecteur géant qui éclaire vers le nord (vers la Vache rit).
Autre proposition reçue : Organisation d’une manif à l’usine qui fabrique les grenades lacrymos et assourdissantes aux flics français (quelque chose qui puisse faire arreter la production pendant quelque temps). C’est l’usine alsetex qui se trouve ici : A Malpaire, dans la Sarthe
19h31 : Les mobiles sont partis du carrefour des Ardillères. Tous semble calme dans la nuit mais on nous signal quand même des petits mouvements à droite à gauche. Pendant ce temps beaucoup de monde s’affaire à la Chat Teigne et se prépare à passer la soirée et dormir dans ce nouveau lieu de résistance.
INFO LEGAL TEAM : 9 personnes ont été arrêtées hier, 6 ont été relâchées dans la nature à l’extérieur de la ZAD après des contrôles d’identité, 1 a été placée en garde à vue et relâchée ce matin après classement sans suite de son dossier. Les deux personnes arrêtées nues au niveau du rosier hier sont convoquées lundi pour exhibitionnisme sexuelle (chef d’inculpation considéré comme un délit pouvant entraîner un fichage à vie !). Leur démarche visait seulement à montrer la vulnérabilité des manifestants face aux armes des forces de l’ordre.
18h09 : 2 camions de GM vu à la Paquelais
17H59 : Une vingtaine de camions de GM sont entrés dans le chemin de Suez... peut-être attendent-t-ils la nuit pour intervenir ?
17h47 : Les flics sont rentrés chez des particuliers au carrefour de la Saulce pour enlever les banderolles dans le jardin. L’Etat s’impose partout pour cacher la contestation qui monte. On va gagner !
16h13 : On nous signale 5 véhicules de GM arrivant du Temple de Bretagne vers les Ardillères.
Et aussi proposition d’action que l’on relaie : Recenser une sorte de boycott de ce futur aéroport en recueillant l’engagement d’hommes d’affaires, de personnalités, d’élus, etc ... à ne pas utiliser cet aéroport pour aller à Nantes.
15h56 : La presse relate qu’une délégation des élus est reçu par le préfet en ce moment, de notre côté, troisièmes constructions se poursuivent à la Chat Teigne avec 200 personnes et 40 tracteurs les rejoignent ! C’est beau à voir.
INFO : En ce moment même à Nantes, Le collectif d’élus CéDpa (Collectif d’Elus Doutant de la pertinence du Projet d’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes) invite la population à venir soutenir son action en cours devant la préfecture de Nantes. Ils demandent un rendez-vous à M. le préfet pour obtenir l’arrêt complet des opération policières sur le terrain, préalable nécessaire à toute ouverture de dialogue. A cette fin, les élus, en sitting devant la préfecture, se sont enchaînés aux grilles du bâtiment."
15h10 : Les constructions continuent de plus belle au chantier de la Chat Teigne dans une ambiance conviviale pendant que des copains-ines ramassent les capsules de lacrymo qui ont saccagé la forêt toute la journée hier ! Et l’hélico poursuit ses rondes aux dessus de nos oreilles.
14h09 : On nous signale un contrôle et blocage de véhicules au niveau du croisement qui mène au Liminbout sur la route des ardillères aux chênes de perrière.
INFO : On avait annoncé une cinquantaine d’arrestations à Paris vendredi soir mais c’est en fait 80 personnes atterries rue du Bac dans la cadre de la manif contre l’aéroport qui ont été encerclées par au moins le double de gendarmes et interpellées pour manifestation non-déclarée. Elles ont été fouillées, emmenées dans des camions dans le XVIIIè arrondissement pour procès-verbal de vérification d’identité et relâchées. Le procureur a été mis au courant mais apparemment ne lancera pas de poursuite.
12h13 : Vu à 11h50, 10 camions de crs à la chapelle direction nddl
12h09 : Pas de nouvelles, bonnes nouvelles....il fait encore beau, parfait pour pique-niquer avec nous à la « Cha Teigne », Venez, accès facile !!
11h35 : à la petite barricade tout se passe calmement, l’autre pas des nouvelles, l’héli tourne encore....il fait beau :).
11h08 : l’Héli est là depuis 10 minutes, le Pique-nique au Cha Teigne commence...il y a du monde !
11h : ça chante et ça danse derrière les barricades, les gens arrivent en continu par petit groupe vers la chataigne ou la forêt, des équipes commencent à se faire pour aller nettoyer la forêt de toutes les grenades et autres lacrymo, ça discute de reconstruction... les cuisines commencent à préparer le pique-nique.
10h33 : les GMs sont dans le fôret, les amiEs a la Cha Teigne restent vigilantes.
10h04 : apparemment les flics ont dit à unE habitantE qu’ils sont la pour empĉher les nouvelles installations et barricades, mais pas forcement pour attaquer un lieu...Bon, on croit qu’à moitié.
9h : les flics toujours vers les barricades et autour sur les champs
8h41 : ils reviennent au chemin de suez, avec au moins 7 fourgons
8h36 : les flics au chemin de suez se replient direction Carrefour et partent direction Vigneux.
Apparemment il y aurait eu 3 arrestations cette nuit, une personne liberée, 2 pas de nouvelles.
8h06 : pas de renforts de flics, la situation tient vers le chemin de suez, ca passe en voiture aux Ardillières et vers Vigneux, par contre carrefour D81 / Fosses noires est bloqué.
7h59 : si ca se ne pas changé depuis 30 minutes, les barricades tiennent encore debout au chemin de suez
7h45 : petite panne technique depuis ce nuit... mais le fil d’infos est de retour ! Du côté du chemin de Suez, les flics ont cassé des barricades dans le nuit et sont stationnaires.
Zone à défendre
Dimanche 25 novembre
Une commission de dialogue et arrêt des travaux
Le gouvernement va mettre en place « dans un souci d’apaisement » une « commission du dialogue », après les vifs affrontements qui ont fait au moins sept blessés samedi à Notre-Dame-des-Landes et à Nantes, entre forces de l’ordre et manifestants anti-aéroport.
Le gouvernement va confier à la commission « le soin d’exposer » le projet contesté d’aéroport et d’« entendre toutes les parties prenantes », a annoncé Matignon en début de soirée samedi 24 novembre [voir texte du communiqué ci-dessous].
Mais un peu plus tard dans la nuit [de samedi à dimanche], l’Acipa, principale organisation d’opposants au projet d’aéroport, a affiché ses exigences : « Nous voulons le retrait total des forces de police du secteur de Notre-Dame-des-Landes, c’est la première condition pour qu’on puisse réfléchir à un dialogue avec le gouvernement », a déclaré Julien Durand, le porte-parole de l’association.
Le niveau de violence avait monté d’un cran samedi. Outre les opposants blessés, un CRS a perdu connaissance après avoir été touché par un pavé devant la préfecture à Nantes, selon le ministère de l’Intérieur. Sur le site de Notre-Dame-des-Landes, deux gendarmes et quatre opposants ont été blessés, tous légèrement, a indiqué la préfecture.
Sur le site de l’aéroport, les forces de l’ordre ont procédé à neuf interpellations. Sept personnes ont été relâchées et deux placées en garde à vue pour port d’arme, a-t-on précisé de même source.
Ces affrontements sont intervenus au deuxième jour d’une vaste opération d’expulsion lancée vendredi sur le site prévu pour accueillir le nouvel équipement qui doit remplacer l’actuel aéroport Nantes Atlantique en 2017.
Dans la soirée de samedi, Matignon a ouvert la porte au dialogue, ajoutant toutefois que « le Premier ministre réitère l’engagement du gouvernement à contribuer au développement économique et social du Grand Ouest, dont le projet de transfert de l’aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes est une composante ».
Plus tôt dans la journée, on avait appris que les premiers travaux de défrichement du site de Notre-Dame-Des Landes, initialement prévus en janvier 2013, devraient être repoussés d’environ 6 mois, trois ministres (Ecologie, Transports et Agriculture) ayant décidé de renforcer les procédures en faveur de l’environnement.
Ces trois ministres ont réaffirmé samedi « la nécessité » de construire l’aéroport. Dans un communiqué commun [voir ci-dessous], les trois ministres, Delphine Batho, Frédéric Cuvillier et Stéphane Le Foll, ont également confirmé l’« engagement » du gouvernement en faveur du respect des procédures et leur volonté de « conforter les initiatives en faveur du respect de la biodiversité et de la préservation des terres agricoles ».
« Aucune intervention de défrichement » ne sera réalisée « avant validation » par un comité scientifique chargé d’assurer la protection de la biodiversité et des zones humides, ont précisé les ministres. Cet engagement a été salué comme « un premier signe d’ouverture » par Pascal Durand, le secrétaire national d’EELV et « un signe d’apaisement » par le sénateur vert de Loire-Atlantique Ronan Dantec.
lenouvelobs.com
Samedi 24 novembre
Premier ministre, service de presse, communiqué de presse
et Communiqué de D. Batho, S. Le Foll et F Cuvillier
voir les textes ici
Samedi 24 novembre
Communiqué de l’équipe médic
Depuis Notre-Dame-des-Landes
Depuis des semaines d’occupation et de harcèlement policier et militaire, alors que nous continuons à défendre la zone du bétonnage programmé, nous avons atteint aujourd’hui, samedi 24 novembre, un pic de violence avec une centaine de blessé.e.s, dont une trentaine graves pris en charge à l’infirmerie de l’équipe medic établie à la Vache rit, l’une des nombreuses équipes de soins sur la zone.
On dénombre une vingtaine de personnes touchées par des éclats de grenades assourdissantes, aux jambes, aux bras, à la lèvre, au bas ventre. Ces bouts métalliques ou plastiques entrent dans les chairs, on peut rarement les extraire, et ils restent souvent à vie.
Les grenades assourdissantes sont censées être utilisées selon un protocole précis : notamment en cas d’encerclement des forces de l’ordre, et en direction du ciel, ce qui n’était clairement pas le cas aujourd’hui. Les gendarmes mobiles les utilisent de façon à ce qu’elles explosent à côté ou sur les manifestants, provoquant des blessures graves.
Une personne a été touchée au bas ventre par un éclat d’une de ces grenades offensives, provoquant un gros hématome et des lésions internes. On constate chez deux personnes 10 impacts chacune dans les jambes. Une personne risque de perdre son oeil droit. On constate également une plaie au tympan due à un tir de grenade, provoquant une surdité brutale. Suite à des tirs tendus de flashball, on dénombre quatre blessures au thorax, avec fractures de côtes et état de choc, de multiples blessures aux jambes et aux mains, une blessure hémorragique au visage. Et de nombreux.ses autres blessé.e.s.
Il était difficile d’évacuer les blessé.e.s les plus graves par ambulance ou par véhicule particulier suite aux différents barrages de police. Ces scènes de défilé ininterrompu de blessé.e.s du matin au soir ravive dans nos mémoires le souvenir de l’action de masse contre les pylônes THT (Très Haute Tension) dans la Manche le 24 juin 2012 pendant laquelle les forces de l’ordre ont fait l’usage démesuré des mêmes armes, faisant plus d’une vingtaine de blessé.e.s en une heure.
L’habituelle stratégie de frapper fort celles et ceux qui résistent à leurs plans de destructions ne semble pas fonctionner ici à Notre-Dame-des-Landes. La force et la détermination est bien vive sur les visages. Nous ne lâcherons rien.
Zone à défendre
Samedi 24 novembre
Reportage AFP avec photos. Intéressant aussi pour les commentaires.
Voir par ailleurs le reportage vidéo, réalisé par Rennes TV.
Samedi 24 novembre
16h18 : 10 fourgons de flics arrivent à la barricade est sur le chemin de Suez, demande de renfort.
16h05 : Grimpeurs et gendarmes se replient dans la forêt de Rohanne pendant que des machines continuent à ramasser des débris des plate-formes détruites. Il n’y a plus de plate-formes, mais il reste des camarades dans les arbres et dans des filets.
Un joli dessin reçu aujourd’hui :
15h58 : La grande cabane dans la « Chat teigne » qui à été « blessée » hier est réparée :) Par contre, dans la forêt ils ont detruit la dernière cabane. Pas bien grave, on les réconstruit ! Ah, et l’hélico est arrivé.
15h53 : il aura un point d’info ce soir 20 h a la vache rit...
Idée action, reçu par mail : « Ils » veulent bétonner la ZAD ? Alors allez bétonner le jardin d’un des acteurs de ce projet d’aéroport !! Du ciment, la nuit pour vous couvrir, une bétonnière, et le tour est joué !
15h45 : les machines dans la forêt, qui etaient embourbées, recommencent de travailler.
15h35 : il aura environ 400 manifestantes dans le fôret !
14h32 : l’hélicoptère est là, il y a aussi encore beaucoup du monde qui arrive pour aller dans le forêt :)
=> finalement, vu leur comportement hyper violent dans la forêt aujourd’hui, ca nous confirme que défendre cette magnifique endroit dévient de plus en plus important !! Le déboisement est prévu pour bientôt, on laissera pas faire !
15h02 : ils sont en train de detruire la dernière plate-forme dans les arbres, il y a des gens assis dans un filet plus bas, risque pour eux que la cabane leur tombe dessus. Il y a encore 15 personnes dans les arbres..
15h01 : les flics ont gazé et envoyé des grenades sur le champ haute côté de la forêt où il y a notre Team medicale et la bouffe pour les gens.
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L’opération policière est juridiquement bancale et les avocats des occupants vont déposer des recours en justice.
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14h13 : ils ont detruit environ 7 cabanes dans les arbres, il en reste 3, il y a du monde en hauteur, du monde en bas, ca flash ball tir tendu sur le thorax, des grenades assourdissantes assez suivante, pas mal de blessées de genre bleus, blessures ouvertes par des éclats de grenades. Malgré cela, l’info tourne, les gens de toute couleur continuent d’arriver pour soutenir les amiEs dans la forêt !
14h04 : il est possible de venir sur la zone, il y a des barrages pour les voitures, donc pas d’accès en voiture, mais il est possible d’avancer à pied !!
Depuis ce matin, beaucoup de gens arrivent et continuent à arriver, des alentours et de plus loin, ça fait du bien, y en a besoin !
Encore 3 blessé-e-s après tirs tendus ou éclats de grenades, touchés à la paupière, au mollet, ou au foie, on ne va pas s’indigner de tout ça, parce qu’on sait ce que sont les flics, mais ils sont vraiment graves !!
13h00 : quelques photos d’une action dans la forêt ce matin : Toile libre 1, Toile libre 2, Toile libre 3
12h50 : point de la legal team : pour l’instant 5 arrestations connues, dont une relachée après avoir été matraquée. Une des personnes arrêtées l’a été après être tombée d’une cabane, matraquée puis emmenée. On nous signale aussi que les flics veulent arrêter toute personne sortant de la forêt avec un masque à gaz.
Point sur les arrestations pour l’instant : 1 fille arrêtée aux alentours de 11h20 lors d’une chaine humaine au sol devant les cabanes, une dizaine de minutes après, un mec s’est fait arrêter aussi. Pas plus d’infos à ce propos, les personnes continuent d’arriver, d’un peu partout.
On reçoit l’info suivante par mail et ça nous fait bien plaisir : le syndicat Sud-rural a officiellement rejoint le soutien à NDDL, et s’est exposé à de graves sanctions en envoyant sur messagerie professionnelle à 5.000 fonctionnaires des ministères d’une part de l’Agriculture et d’autre part de l’« Ecologie », du développement durable et de l’énergie un mail pour leur expliquer ce qui se passe à Notre Dame.
11h47 : des infos en provenance de la barricade sur le chemin de Suez au niveau de l’accès au chantier de reconstruction : ça résiste par là aussi ! Mais on nous annonce trois blessés (2 par tirs de flash ball à la jambe et à la main, et 1 par grenade assourdissante à l’oreille).
Une bonne nouvelle : un conducteur de machine refuse de continuer à travailler parce qu’il y a trop de gaz ...
11h30 : une personne arrétée dans la forêt de Rohanne.
11h20 : la cabane au sol de la forêt de Rohanne est en cours de destruction, quelques cabanes en hauteur qui n’étaient pas occupées. ils montent vers les cabanes occupées, les flics gazent énormément au sol, et gazent en tirs tendus.
11h : les grimpeurs ont commencé à monter dans les arbres où il y a des cabanes, les personnes qui étaient dans les cabanes sont montées au-dessus des cabanes, les personnes qui étaient au-dessus des cabanes... ( non, en fait ça s’arrête là). Attention : les flics cherchent à choper les personnes qui prennent des images et/ou à casser le matériel, faites gaffe à vous, et protégez vous !
10h58 : les flics ont gazé au poivre les personnes qui protégeaient nues les arbres dans lesquels sont les cabanes et les potes qui sont dedans. Et pendant ce temps là ... une soixantaine de personnes commencent à reconstruire du côté du chantier de rereconstruction : appel à matériaux, outils, verriers, ....
10h45 : des barricades montées sur le chemin d’accès aux cabanes tiennent et résistent, pour retarder une arrivée de machines par là, 150 flics sont au sol au pied de la cabane.
10h25 : 2 pelleteuses et 2 Manitous dans la forêt, une des pelleteuses a embourbé ses 80 tonnes.... mêmes les flics semblent se lasser et disent qu’ils en ont marre.
10h10 : on nous signale des barrages ou contrôles routiers au niveau des Ardillières, entre la Boissière et la Paquelais, à Vigneux et au Temple ... vous êtes les bienvenu-e-s quand même ! à pied, ça doit encore passer.
10h10 : une des machines s’est embourbée...
10h00 : des grimpeurs sont signalés dans la forêt de Rohanne.
9h47 : Des machines entrent dans la forêt de Rohanne.
9h36 : Entre 100 et 200 flics viennent d’entrer dans la Lande de Rohanne. Un cordon de flics assez serré du chemin de Suez aux cabanes dans les arbres, ils avancent vers les cabanes, en laissant des effectifs derrière eux pour protéger l’arrivée de machines. Infos trafic : Les flics bloquent le carrefour des Ardillères.
9h15 : 30 autres véhicules se dirigent de Vigneux vers la ZAD...
8h58 : Infos routières : entre le Temple et Vigneux tous les carrefours sont bloqués.
8h49 : Au moins 15 fourgons de mobiles sur le chemin de Suez, plus une dizaine entre le moulin de Rohanne et La Rollandière. Dans le forêt de Rohanne, les flics viennent d’entrer dans la cabane au sol. Des renforts seraient plus que bienvenus !
8h45 : Les flics sont en train de se déployer vers la Saulce et entre la forêt et La Rolandière.
8h 41 : Une centaine de flics entrent dans la forêt de Rohanne, sans engins pour le moment.
À l’hôtel Pallatio (à Vigneux), plein de flics s’apprêtent à partir vers la ZAD avec une machine.
8h15 : Aux cabames de la Chat Teigne, il y a du monde assez divers sur les toits ; dans la forêt de Rohanne il y a du monde dans les cabanes dans les arbres. Les flics sont au moins sur les chemins avec des spots. Infos routières : ça semble facile de circuler entre la Zd et NDDL.
7h : Le carrefour du Moulin de Rohanne est bloqué par les flics ; à Atlantis, plus de 4 camions de CRS ont été vus prendre la 4 voies en direction de Vannes (et la ZAD).
Zone à défendre
Samedi 24 novembre
Appel à se rassembler massivement autour du chantier de réoccupation de la chataigneraie et des cabanes de la forêt de Rohanne
Les nouvelles cabanes tiennent toujours, défendons-les !
Samedi 17 novembre nous étions 40 000 à venir réoccuper et reconstruire sur la Zad.Toute la semaine un nouveau lieu de lutte s’est construit dans un champ mis à disposition par un propriétaire. De nouvelles cabanes se sont construites dans la forêt de Rohanne. Une semaine magique pendant laquelle des centaines de personnes ont communisé leurs savoir-faires, créativités, outils, matériaux et sont parvenus à édifier une cuisine, des dortoirs, salles de réunions, blocs sanitaire, cabanes dans les arbres...
Vendredi 23 novembre à l’aube, nous avons dû faire face à une nouvelle attaque policière massive sur la Zad. Le Rosier entouré par les tracteurs de paysans solidaires et par de nombreuses barricades a été attaqué. Les occupants du chantier de reconstruction ont été sommés de quitter les lieux après avoir été aspergés de gaz lacrymogène dans leurs lits. La forêt de Rohanne a été attaquée. Toute la journée des centaines de personnes ont résisté, harcelé la police, immobilisé les engins de chantier...
Le Rosier a été finalement détruit, mais les bâtisses construites toute la semaine sur le site de réoccupation tiennent toujours debout, ainsi que la plupart des cabanes dans les arbres de la forêt de Rohanne.
Sur le chantier de réoccupation, la préfecture a opéré un passage en force. Grâce à un arrêté d’urgence visant à mettre fin aux travaux, elle s’est donné le droit de prélever tous les outils, matériaux et de poser des scellés sur les constructions. Nous savons qu’elle va tenter de se donner très rapidement le droit de les démolir. Nous ne pouvons les laisser faire. Nous appelons donc à nous rassembler massivement toute la journée de samedi autour du lieu de réoccupation et de la forêt pour protester et empêcher toute destruction.
En parallèle, une manifestation à Nantes à 15h place Royale est appelée par le Collectif nantais contre l’aéroport.
Nous remercions tout ceux qui partout en France aujourd’hui ont bloqué les routes, protesté face au PS, à Vinci, devant les préfectures...50 rassemblements et actions organisés en quelques heures c’est pas rien.
On espère que tout ça continuera les jours prochains. Cette lutte c’est dès demain et à long terme, on va gagner !
A l’appel de l’assemblée du 23 au soir à 19h à la Vache rit.
Zone à défendre
Communiqué presse : paysans en colère
Pour manifester leur colère vendredi après-midi face à la répression en cours à Notre Dame des Landes, des paysans ont bloqué le passage sur les ponts de Cheviré et de Saint-Nazaire, ainsi qu’aux bacs de Loire. Mais ils tiennent à préciser que dès le milieu de l’après-midi, ils laissaient passer au ralenti la circulation. Le Conseil Général, gestionnaire des bacs et du Pont de St-Nazaire et l’Etat, gestionaire du périphérique nantais ont préféré bloquer totalement le trafic, sans doute pour exaspérer la population et tenter de discréditer l’action menée. Décidément, les méthodes utilisées par le pouvoir ne le grandissent pas !
Courriel transmis par l’Acipa à Reporterre.
Vendredi 23 novembre
Demander aux agriculteurs (par l’intermédiaire de la Conf’ par exemple, et des autres syndicats agricoles) de mettre panneaux, banderoles, etc., dans les champs situés en bordure des champs situés le long des grandes routes partout en France. Une action qu’ils pourraient tous réaliser, même sans déplacer un tracteur à NDDL…
Le Comité de soutien du sud-Aveyron appelle à une extension de la ZAD et à une occupation des mairies PS et des locaux PS par les autres comités de soutien. Ici, le mairie est toujours occupée, on lâche rien. Solidarité !
23h40 : dernières nouvelles de Paris : 78 personnes ont été arrétées puis relachées (sauf 2 personnes gardées pour fiches de recherche)
- 22h26 : ça chauffe encore dans la forêt de Rohanne : tirs tendus avec lacrymo, Flashballs pareil. Personne sait pourquoi ils trainent encore dans le forêt....
HAHA :NDDL. « Ne me kyste pas » et autres réactions sur Twitter après les mots de Valls
21h10 : le rassemblement à Paris a tourné à la manif sauvage, le cortège a été coupé en deux et une cinquantaine de personnes ont été « capturées », mises dans des fourgons et emmenées dans un commissariat. Le reste de la manif suit les fourgons pour apporter son soutien.
20h45 :on nous signale des contrôles routiers sur la zone, et confirme que deux personnes sont hospitalisées (éclats de grenades pour une).
20h10 : hé hé, c’est pas une journée comme ça qui va nous abattre... ça prend l’apéro autour de ce qu’il reste du Rosier en attendant de réparer les pneus, ça se remet à construire dans la forêt... notre détermination est intacte ! la route entre la Rolandière et la Paquelais est toujours encombrée de fourgons, ça s’agite au niveau de la Rolandière où des gens se font gazer.
20h00 : AG sur la Zad depuis une heure, mais il semblerait que cela va se faire plus tard, car tout le monde encore vers le fôret et le Chataignière.
reçu par mail : dans la mesure du possible , à chaque assaut de l’Etat contre la zad, organiser au plus tôt le blocage des accès aux aéroports de France (et d’ailleurs).
19h45 : un blessé par tir tendu de gaz lacrymogène sur la tête, blessure ouverte.
19h33 : on attend des pelleteuses casser des choses vers le Chataignière, pas plus d’infos, les gens étaient repoussés vers la forêt de Rohanne où on entend encore des grenades assourdissantes
INFO : La mairie PS de Saint-Affrique est occupée, mais les occupants, 10 gendarmes et une poignée d’élus sont enfermés dedans. Sauf si certains se sont échappés par une porte dérobée, donnant dans une boucherie contigüe. Dehors on ne sait plus très bien qui bloque qui... A l’intérieur les squatters font une soirée frites. Venez nombreux, soutenir en bas, expulsion très probable !
19h25 les 200 flics attendus dans la forêt sont jamais venus, semble plutôt une mauvaise information
19h13 : des rumeurs disent que les flics vont rester tout la nuit...on a du mal à croire, mais du coup « bienvenue dans notre monde », sauf que nous on aime bien y être dehors, pour eux çà va être plutôt un peu moins confortable que d’habitude... :D
19h04 : rumeur qu’il aura 200 flics arrivés dans la forêt...des grenades vers là-bas aussi...
19h03 : 500 personnes à Paris !! Merci les amiEs :)
Bah, on se dit, on partage ce mail : salut compagnons, nous avons reçu les dernières nouvelles du ZAD et nous vous envoyons des numéros de téléphone qui peuvent vous intéresser : ife police nantes (cyril) : 0677078180 brigada local : 0622013416 otro cargo nantes : 0240182230
18h56 : ca crie partout sur la Zad : Vinci dégage ! Résistance et Sabotage !! C’est magnifique...
18h42 : au Rosier, les flics se sont amusés à crever les pneus de deux tracteurs, ils ont coupé la valve et roulé avec ! Alors APPEL au soutien financier pour les amiEs Paysannes !!!!!
18h32 : on entend encore beaucoup de grenades vers là-bas, des camarades nous ont raconté que ça chauffe à fond autour de Chataignièr. On lâchera rien !!
18h28 : récap des infos depuis la panne - sur le Chataignière la machine de chantier est bloquée par le soutien, les outils ne sont pas encore parti de là-bas, demande de renfort.
18h26 : démolition du Rosier terminée, il ne reste qu’un camion benne sous escorte de GM.
18h22 : quelqu’unE aurai vu des grimpeurs entrer dans le forêt, à confirmer.
AU RETOUR : Non, la Site ne se faissait pas chopper, trop des visites !!
17h28 : encore des detonnations direction Chataignière
merci a alexandraturcat [Journaliste AFP de Nantes qui suit attentivement les événements : son compte twitter]
INFO : Vous etes trop forts les amiEs dehors la Zad : Depuis 16h, occupation de la mairie PS de Saint-Affrique. Nous invitons les sud-Aveyronnais motivés à nous rejoindre. Soutien à vous la ZAD, ne lâchez rien ! Des maisons expulsées, des mairies occupées !
17h11 : ce soir Réunion 19h a la vache rit, un énorme repas est en préparation !
INFO : Deux personnes (dont ma femme) se sont faits embarquer de la ZAD à la gendarmerie de Saint Etienne de Montluc vers 12h30 ce matin, les faits reprochés : Exhibitionnisme, ils étaient nus devant la charge des gendarmes… Les gendarmes se sont montrés compréhensifs. Convocation lundi à la brigade de Blain. On verra.
17h02 : ca tire et tire encore des grenades
17h01 : plusieurs blessés par des grenades assourdissantes, on essaye d’auto-soigner ce qu’on peut, certains ont quand même besoin d’aller à l’hôpital.
Point sur la Mobilisation Confédération Paysanne : Pont d’Ancenis, de Nantes (Cheviré) et de St Nazaire bloqués (44). Action préfecture Rennes (35) à 17 h 30. Action à Nîmes (30) à 18 h. Action Préfecture Mende (48) à 18 h 00. Action Lyon (locaux Parti socialiste). A Paris, devant l’Assemblée nationale à 18 h. D’après Gérard Durand (SN, Loire-Atlantique), une pelleteuse brûle sur le site de la ZAD. Un communiqué de presse national va partir avant 16 h 00
16h56 : les flics sont en train de partir de la forêt de Rohanne ! :)
16h45 : des gens nous ont prévenus qu’ils sont à trois km de l’endroit des grenades et leur canapé a vibré sous la déflagration !
16h44 : énorme bruit de grenades assourdissantes dans la forêt, quels tarés :/ ils sont dangereux.....
16h36 : renforts demandés au terrain de construction
POINT LEGAL TEAM : toujours pas des nouvelles de la personne menottée et embarquée ce matin - deux personnes Coëron pas arrêtées, mais bien bousculées - à 12h35 vu à Vigneux : deux personnes dans 2 voitures différentes, une personne torse nu (?) - 13h05 vers le terrain de construction, plusieurs arrestations, on ne sait pas encore combien et où sont nos camarades.
16h30 : beaucoup de gaz dans la forêt, énormément de solidarité entre les gens de tous les âges et genres, la medical team assure, vous êtes formidables les amiEs :)
16h26 : Rosier, ils s’attaquent aux murs de la première Maison occupée sur la Zad ! Quelle bande de lâches....
16h21 : renfort demandé au Chataignière pour récupérer un groupe électrogène qui les gendarmes ont embarqué et qu’on aimerait bien de garder, en fait.
16h16 : 2 Pelleteuses et un camion benne travaillent sur place, ils sont en train d’arracher des arbres.
16h08 : les machines à La Châtaigneraie travaillent, ils ramassent les affaires autour, tirs de lacrymo, affrontements a droite et à gauche, on ne veut pas d’eux sur notre lieux de vie !!
15h45 : au Rosier, il y a encore beaucoup de gens, beaucoup des flics, les amiEs paysans et les tracteurs, bref, la situation n’a pas avancé à notre connaissance
15h41 : les machines au Chataignière retravaillent
INFO : Nantes, des individu-e-s commencent à se rassembler devant la préfecture, il n’ y a d’horaire, les gens viennent au fur et à mesure.
15h34 : Châtaignière - plusieurs personnes sur le toit, des sommations, ça veut charger... Forêt : demande de renfort.
15h28 : l’héli est de retour.
Message reçu : « juste pour info, il y a beaucoup de fautes d’orthographe dans les flash infos. Vu les conditions, je pense que c’est dû au stress et à la rapidité de saisie.Vous voulez un coup de main pour corriger au fur et à mesure ? » Réponse : Je ne suis pas francais d’origine, si vous voulez faire une correction, c’est avec plaisir !!
On a reçu beaucoup de messages de gens qui ont voté pour la PS, donc, M. Hollande, cela est pour vous : « J’ai honte d’avoir voté PS ! Ouvrez les yeux, vous êtes en train de vous couper de vos électeurs. Je sais ce dont je parle, j’étais à NDL le 17 novembre, et j’ai vu les 6 Kms de foule dense, j’ai vu la solidarité, j’ai vu la cohérence, j’ai vu les échanges inter-générations, j’ai vu le peuple de gauche crier sa révolte au PS ! Je vois mes enfants (jeunes électeurs) sidérés. Je ne sais plus leur dire la différence avec la politique de Sarkozy. Vous êtes en train de tout perdre. »
15h21 : Il y a des cars de plusieurs villes en france qui partent pour nous rejoindre !!
15h06 : Rosière - l’electricité coupée. Chataignière - l’incendie sur une des cabanes sous contrôle, il y a encore des gens sur le toit !
15h01 : La Solidarité et des convictions nous permettent des belles choses - les barricades et partout où les amiEs résistent ont une livraison de bouffe, à boire et des médicaments ! On est presque sûr que les flics ont faim ! :)
14h52 : La pelleteuse dans la forêt fait demi-tour et part, Ayrault et Hollande, c’est un bon exemple, faites pareil !!!
Petit point mi-journée : Pas si mal que ça, après la surprise de ce matin, on est pas si mal - à la forêt il y a tellement de monde que les machines n’arrivent pas à avancer, la Chataignerie est reprise, les gens sur le toit. Le prétexte de l’intervention là-bas était une perquisition sur une justification à deux balles, ils n’ont pas le droit de détruire ! Au Rosier, on attend des nouvelles !
14h21 : les amiEs sont encore sur le toit de la cabane de réunion à la « Chataignière », les flics sont à bonne distance, tant mieux....
14h09 : LA MAISON A LA CHATAIGNERIE EST REPRISE, LES AMIeS SONT MONTEES SUR LE TOIT !!!!
14h05 : les machines dans la forêt sont bloquées par des manifestantEs.
14h04 : la personne blessée attend les pompiers...
14h : les amiEs sur les arbres de la forêt de Rohanne sont encerclés par des gendarmes, les dernierEs par contre sont encercléEs par des manifestantEs !
13H57 : unE manifestantE grièvement blessée par des grenades assourdissantes, il nous faut une voiture pour l’amener à l’hôpital !!
13h55 : une camionette blanche se balade sur la Zone, immatriculation 6363 XH 72, flics dedans qui prennent des photos.
13h52 : une grande voiture noire de riches, sans doute quelqu’un super hyper ULTRA important et légitime arrive au Rosier, on attend de savoir de qui il s’agit.
13h45 : on entend de la forêt/terrain de construction encore beaucoup de grenades assourdissantes, soyez vigilantEs dehors les amiEs !!
13h39 : l’équipe de grimpe vient d’arriver à la forêt.
13h35 : les machines rentrent dans la forêt : RENFORT !
13h33 : c’est encore possible de venir sur la Zone, sur le campement de récupération, chemin de suez où il y avait le chap, rassemblement, la bouffe est en train d’arriver là-bas.
APPEL : on a besoin de recharge ORTEL si jamais quelqu’unE y pense....
13h25 : entre la forêt et le lieu de construction, ça chauffe pas mal, grenades, une machine enflammée, interpellation, mais on ne sait pas plus.
13h20 : La Paquelais - barrage flic, continuez a pied, ce n’est pas loin...
13h17 : dans la forêt il y a une centaine de personnes et environ 50 flics, ils commencent à tirer des lacrymogènes sur les gens, besoin renfort.
De Twitter journaliste sur place : gendarmes pratiquement encerclés à la chataigneraie. voir ici
INFO : réunion ce soir, pour déchirer notre carte du ps Drôme Ardèche, déjà à cette heure, 17 engagements à le faire et ceux qui sont encore au boulot collectif Drôme-Ardèche soutienennt ndnl.
13h07 : la bouffe arrive au Rosier :)
13h02 : il y a beaucoup des flics dans la forêt, au chantier ils tiennent la situation, pour l’instant rien n’est détruit, par contre plein de tirs de grenades.
INFO : Le pont de Cheviré à Nantes est bloqué, deux BAC sur la Loir INDRE et PELLERIN sont bloquées aussi !
12h57 : des tirs de grenades assourdissantes vers le chantier/forêt
12h50 : camion de EDF derrière la pelleteuse vers le Rosir.
12h45 : ERRATUM, les grenades viennent de la forêt, les amiEs essayent d’aller là-bas, ça tire au lacrymo d’un côté vers le lieu de construcion/chantier/châtaignier.
12h40 : des grenades assourdissantes au niveau de la barricade nord du Rosier.
Site de la Zad.
13h20. Début de blocage au pont de Cheviré
Après le début des expulsions de squatters à l’aéroport, ce matin à Notre-Dame-des-Landes, le collectif des opposants au projet a appelé à manifester un peu partout en France. Et notamment au pont de Cheviré, à Nantes, qui est en cours de blocage. La circulation est presque arrêtée dans le sens sud-nord et les forces de l’ordre ont commencé à dévier les automobilistes vers le centre-ville. On circule un peu mieux dans le sens nord-sur. Des CRS en grand nombre sont postés à l’entrée du périphérique nantais, sur la route de Pornic.
13h. Deux élus écologistes escortés vers les cabanes
Après une heure d’attente devant un barrage de gendarmerie et un entretien téléphonique avec le préfet de Loire-Atlantique, deux élus peuvent approcher des cabanes construites par les anti-aéroport depuis samedi à Notre-Dame-des-Landes. Le sénateur Ronan Dantec (EELV) et le conseiller régional Jean-Philippe Magnen, porte-parole national d’Europe écologie - Les Verts, sont escortés par les forces de l’ordre.
Accompagnés d’un avocat, ils se rendent au site de la Châtaigneraie. Ils viennent « vérifier si le droit a été respecté lors des interventions de ce matin » contre les opposants à l’aéroport. Ronan Dantec réitère son appel au gouvernement pour qu’un médiateur soit nommé dans cette affaire.
13h. L’affrontement tourne à la guérilla
Le climat se dégrade en lisière de forêt à Notre-Dame-des-Landes. Selon nos reporters sur le terrain, les occupants de la « Zone à défendre » lancent des pierres et cannettes de bière enflammées sur les forces de l’ordre qui répliquent avec des grenades assourdissantes et lacrymogènes. L’offensive se prépare pour repousser les opposants à l’aéroport. Mais le paysage accidenté, avec des bosquets, empêche les forces de l’ordre d’avancer en ligne et l’affrontement tourne à la guérilla.
12h45. L’avocat Raphael Romi va déposer un recours
L’avocat Raphael Romi, dépêché sur le site avec un huissier par les élus écologistes a constaté des destructions d’arbres et de cultures, ainsi que des bris de vitre. Il vient de partir pour le Tribunal de Saint-Nazaire pour déposer un recours : le propriétaire du terrain privé n’ayant pas reçu de notification de l’arrêté préfectoral.
12h30. Les élus écologistes interdits de passage, des accrochages en lisière de forêt
Après un quart d’heure d’attente, les élus écologistes qui voulaient rejoindre l’huissier sur le terrain privé où a eu lieu l’évacuation, viennent de se faire signifier l’interdiction de se rendre sur le site par les autorités.
En lisière de forêt, à proximité des baraques reconstruites, des squatteurs s’en prennent aux forces de l’ordre avec des projectiles. Ces dernières répliquent avec des gaz lacrymogènes.
Ouest France
Vendredi 23 novembre
APPEL : RDV 12h30 au BAC de Basse-Indre et/ou Pellerin pour converger et aller bloquer le point de Chevire sur la Peripherique de Nantes en tracteur, pietons, voitures, vélos....
12h33 : Rosier, ça gaze un peu, les conducteurs se sont mis sur les champs, ils n’ont pas le droit d’accéder à leurs véhicules.
Pour suivre : un journaliste avec ses supers outils informatiques sur place : https://twitter.com/alexandraturcat
12h16 : Il y a plein de tracteurs arrivés sur la D81 en face de keufs qui tiennent un barrage autour de la forêt ! C’est splendide ! Vive la lutte !!
ILS PEUVENT DETRUIRE DES CABANES, MAIS PAS CETTE LUTTE ! ILS VIENNENT POUR DETRUIRE, MAIS ILS ONT PERDU SUR TOUTE LA LIGNE !!
12h11 : à Vigneux c’est bloqué pour les vehicules, mais ça passe à pied ! (On aurait besoin de clopes les amiEs)
12h03 : sur le chantier, le proprio dit que les flics continuent de dire qu’ils ne veulent pas détruire la maison, les pelles et benne sont là pour tout ce qui est autour.
11h57 : affrontements sur la barricade Nord du Rosier.
11h50 : 60 personnes dans la forêt, la situation est stable.
EXCELLENT : opération escargot en soutien au « grand pont » à Beauvoir sur mer ! Jusqu’à la tombée de la nuit.
11h43 : un énorme camion benne rentré dans les lieux de construction, ils veulent sûrement détruire, renfort à fond là-bas !!!
11h42 : autour de la forêt, les gendarmes dans les champs, dis-donc, drôle d’image, on préfère des vaches....
11h34 : Ardillière vers ZAD, bloquage de voiture, mais ça passe à pied, groupe de 50 personnes qui vient d’y arriver, sur la route de Vignuex vers le Rosier 9 tracteurs qui veulent joindre le Rosier et qui se font gazer, besoin de soutien !! Barricade Nord du Rosier besoin de renfort aussi pour aider les tracteurs.
11h31 : Barrage filtrant Sautron direction ZAD !
11h30 : les pelleteuses sont rentrées dans le chantier !!!
11h25 : 3 pelleteuses sont en train de dégager le chemin vers le terrain de construction. Le proprio, avec huissier et avocat, est arrivé au chantier.
11h23 : dans la forêt il y a 60 amiEs, certains sont grimpés sur les arbres, il y a un moyen encore de rentrer et monter dans les arbres ! La bouffe arrive ! cCurage les amiEs !!
APPEL : RDV 12h30 au BAC de Basse-Indre et/ou Pellerin pour converger et aller bloquer le point de Chevire sur la Peripherique de Nantes en tracteur, piétons, voitures, vélos....
11h12 : dans la forêt, il y a 40 des amiEs et environ 20 flics, ça se cherche un peu, les amiEs aimeraient y aller soutenir les camarades sur les arbres. Les flics ont sorti leurs matraques, 1 blessé.
Excellent, les amiEs dehors : « Je viens de voir qu’on vous a confisqué vos outils, je ne suis pas tout près de chez vous mais j’aimerais vous en donner. » ON VOUS AIME !! et bah oui on veut :)
11h04 : Rosier - la barricade sud a été detruite et ils s’en sont servis comme entrée, la barricade nord est encore tenue par nous.
Info : Devant l’hôtel de ville 76000 Rouen. Rassemblement devant l’hôtel de ville avec : le collectif de solidarité des Zones à Défendre - Rouen/Notre-Dames-Des-Landes. Entre 18h et 19h venez nombreux ! On ne lâche rien, jamais ! Voir sur Demosphère.
10h39 : on entend des tirs de on ne sait pas quoi comme arme vers le forêt.
10h30 : dans la Forêt - 3 personnes interpellées et relâchées de suite, une personne menottée et amenée, pas encore des nouvelles. Un ancien paysan de Coëron et une autre personne ont été en interpellation, les flics ont pris leur telephone pendant l’appel vers le Legal Team.
INFO : Nous appelons à un rassemblement de soutien à la ZAD (Zone A Défendre) de NDDL, ce soir (vendredi 23), à 18 heures devant la Mairie de la Rochelle.
Et un rassemblement de soutien est prévu aujourd’hui à 18h devant la préfecture de Saint Brieuc.
et
Rassemblement devant la Préfecture de Niort à 18H avec casseroles et autres objets « musicaux »... Covoiturage à partir de Parthenay : RDV en bas de la Place de l’Ancien Champ de Foire (ici !) à 17H.
et
Action aussi en Nord Deux-Sèvres proposée par la Confédération Paysanne : action symbolique à l’aérodrome de RORTHAIS 79 (qui ne sert pratiquement qu’à l’aéroclub) - Rendez-vous à la ferme de la GUIGNARDIERE de COMBRAND (proche de l’aérodrome) à 13 H 30 ce vendredi.
INFO : ils ne laissent pas passer les journalistes non plus.
10h20 : au Rosier on attend les conducteurs de tracteur, ça bouge un peut.
10h19 : ça chauffe sur le champs côté nord de la forêt, on n’est pas content et on veut aller à la forêt pour etre sûr que les expulsions sur les arbres se font en sécurité. Le team de grimpe n’est pas encore arrivé.
9h59 : L’avocat, le proprio et l’Huissier du « chantier » sont en train d’y arriver pour constater sur place.
INFO : une manifestation de soutiens à la zad est organisée ce soir à 18 heure à Lisieux en face de l’espace victor Hugo.
Le Collectif de citoyens Angevins opposés à l’aéroport de NDDL appelle à un rassemblement à 17h30 Place du Ralliement, pour une montée vers la Préfecture ensuite.
9h39 : Forêt - il n’y a pas beaucoup des amiEs sur le sol, un peu autour dans le bois en train de voir. Nombreus-es gens dans les arbres parfois à 13 mètres de hauteur. Le forêt est encerclée, chaque cinq metres, un keuf, interieur par contre seulement une vingtaine.
9h35 : dix fourgons entre la Bossier et la Paquelais.
9h32 : il y a une rassemblement sur le campement en face de forêt où il y avait des chapiteaux. Venez nombeus-es, soyez vigilantes, passez travers champs...
Message : Un convoi de tracteurs est en train de s’organiser pour venir vous soutenir.
Info : Le comité de Haute Vienne organise un rassemblement aujourd’hui à 18h devant la préfecture de Limoges. Est-ce que les comités pourraient se coordonner pour que nos actions aient lieu simultanément et aussi pour le covoiturage/afrêtement de cars, collecte et transport de materiaux etc. pour reconstruire. Autres idées. Amitiés
VENEZ EN PLUS GRAND NOMBRE SUR LA ZAD !!!
9h17 : au chantier, ils sont sur un champ, l’intervention doit durer jusqu’en fin de matinée, après les gens peuvent récupérer leurs affaires. Par contre, pas le matos de travail, cela est confisqué.
9h16 : Rosier, ils commencent à pousser les gens
9h14 : au Rosier, les flics commencent à s’énerver un peu que çà n’avance pas.
9h07 : Il y a Lapouze avec un huissier au lieu de la nouvelle construction, apparemment ils sont depuis une semaine en train de voir juridiquement pour les lieux la-bàs. Le proprio n’est pas encore la, il faut qu’il voir pour l’infraction de cté des gendarmes sur son terrain. Ils sont encore en train de saisir de materiel et ils ont mis des scelles aux portes.
INFO : 23 novembre, Lorient : Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian doivent être en visite à Lorient ce vendredi pour rendre visite aux gendarmes (terre et maritime). D’après nos infos ils arriveraient sur le coup de 12h à la gendarmerie maritime. Rendez-vous à 11h devant la FNAC de Lorient (place Aristide Briand) avec le plus de monde possible et ramener drapeaux, pancartes et banderoles anti-ayraultport.
- 8h51 : il y a une personne a lieu de construction arrêtée et menottée.
- 8h48 : ils ont pas beaucoup de flics dans la forêt, apparemment ils attendent les machines et empêchent les gens de monter sur les arbres. Par contre, il y a des gens déjà en hauteur, on ne sait pas encore combien.
URGENT : Opération policière en cours à Notre-Dame-des-Landes autour du Rosier et des nouvelles cabanes. Appel à rassemblement à 9h à La Vache Rit. Si le passage est impossible, se rassembler au local syndical en face de la mairie de Notre Dame des Landes. Pour les gens du Sud Loire, se rassembler à Vigneux de Bretagne, au parking du Miron (ancien Unico), en bas de l’église, route de Notre Dame des Landes.
8h43 : barrage sur la route des Fosses noires vers la Sécherie pour empêcher les gens d’y aller vers la forêt et Le Rosier
8h30 : dernière nouvelle dans la forêt, ils sont plein dedans, déjà vers les cabanes, 7 fourgons à la hauteur de la forêt sur la D81, sur le chemin de suez, on ne compte même plus..
Zone à défendre
Vendredi 23 novembre
09 h 38 : courriel à Reporterre de Dominique Marion, de la FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique) :
Titre : "Le PS s’enfonce dans l’absurdité qui se paiera cash aux prochaines elections"
La force employée montre la faiblesse du PS et de son mentor nantais "
Vendredi 23 novembre
09 h 30 : tweet de José Bové
"Je dénonce le coup de force. J’appelle à la résistance non-violente et à des actions sur l’ensemble du territoire #ZAC #NDDL #LARZAC"
Vendredi 23 novembre
09 h 25 : Communiqué d’EELV (par courriel)
Notre-Dame des Landes : la police et le dialogue
Aux premières heures de la matinée de ce vendredi 23 novembre d’importantes forces policières ont commencé à intervenir sur le site de Notre-Dame des Landes, afin de tenter d’évacuer les sites du Rosier, et de la Châtaigneraie. Des observateurs évoquent plus de 500 gendarmes face à quelques centaines de militants et d’agriculteurs.
EELV déplore cette triste vision du dialogue avec les citoyens, prenant le risque de l’affrontement, et illustrant une conception pour le moins étonnante de la « force du droit » où il y a plus de force que de droit.
Fidèle à son opposition tenace au projet mais déterminé tout à la fois à essayer de trouver une solution de sortie de crise, EELV a proposé la nomination d’un médiateur. À cet esprit de dialogue constructif, voilà donc la première réponse du gouvernement.
Jean-Philippe MAGNEN, Porte-parole national et Vice-président du Conseil régional Pays-de-la-Loire, sera sur place dès ce matin aux côtés des militants EELV.
Vendredi 23 novembre
Ayrault à Paris Match : "« Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est pas la nôtre »"
Commentaire de Thomas Legrand, sur France Inter : "En réalité il y a une analogie qui peut alimenter l’idée que oui, Notre Dame des Landes est peut-être un nouveau Larzac : outre l’alliance entre les habitants et les militants extérieurs, il s’agit de l’affrontement de deux visions de l’avenir. L’aéroport au XXIe siècle est symboliquement au moins aussi négatif pour les écologistes qu’un champ de tir de missiles pour les pacifistes des années 70 ! La caricature qui dit complaisamment que ceux qui s’opposent à l’implantation de l’aéroport seraient pour le retour de la marine à voile et de la lampe à huile, ne tient pas. La construction d’un gros aéroport indique que l’on continue à investir massivement pour le maintien d’un modèle qui est amené à disparaître. Les manifestants de Notre Dame des Landes ne veulent pas simplement sauver un site naturel mais militent pour une forme alternative de croissance."
Vendredi 23 novembre
07 h 43
Opération d’évacuation de squatteurs opposants à Notre-Dame-des-Landes
Quelque 500 gendarmes menaient vendredi matin une « importante opération » d’évacuation de squatteurs opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique, a annoncé à l’AFP le ministère de l’Intérieur. Un correspondant de l’AFP a constaté sur place la présence d’importantes forces de l’ordre arrivées à l’aube. Selon un opposant joint au téléphone, « ça attaque de partout ».
« Une importante opération est actuellement menée en plusieurs points sur la zone d’implantation de l’aéroport du grand-ouest à Notre-dame des Landes en Loire-Atlantique », a déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur Pierre-Henry Brandet présent sur place. « Cette opération vise à évacuer trois sites occupés illégalement : Le Rosier, La Lande de Rohanne et la Châtaigneraie », a-t-il détaillé.
Depuis des mois, des opposants au projet se sont installés sur le site du futur aéroport, déterminés à y rester. La ferme du Rosier est entourée d’importantes barricades et de tracteurs, avait constaté jeudi l’AFP. La Châtaignerie et la Lande de Rohanne sont les lieux où les opposants avaient collectivement construit de nouvelles habitations le 17 novembre lors d’une réunion ayant réuni entre 13.500 (selon la police) et 40.000 manifestants selon les organisateurs.
« Plus de 500 gendarmes sont ainsi mobilisés afin de permettre à Aéroport du Grand-Ouest de prendre ou reprendre possession des lieux et d’engager immédiatement des travaux de ’déconstruction’ » des squats, « partout où cela sera légalement possible », a indiqué Pierre-Henry Brandet. Il a également expliqué que serait menée « la saisie et l’évacuation des matériaux, outils et matériels de chantier ».
Le porte-parole a insisté sur « la détermination du ministère de l’Intérieur de faire respecter la loi et les décisions de justice, de prévenir les troubles à l’ordre public, et d’empêcher l’installation d’un camp pouvant servir de base de soutien aux opposants les plus radicaux, pour mener des actes de sabotage et des actions violentes sur le chantier de l’aéroport ».
L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes doit remplacer celui de Nantes en 2017 et les premiers défrichements doivent débuter en janvier 2013.
AFP par Les Echos
Photo : Savoie EELV
Vendredi 23 novembre
7h55 : au chantier vers 6h30, ils se sont faits réveiller avec des gaz lacrymogenes.
7h39 :Chemin de suez, ils sont en train d’enlever toutes les voitures qui gênent pour accéder à la forêt.
Info : Aux infos de 8 heures, annonce de 500 flics à NDDL pour virer trois lieux... conduit par Valls....
7h34 : Bon, les flics au Rosier, ils donnent 30 minutes pour partir. Ils sont tout autour de la forêt . Aucune idée comment vont ça, ils devraient etre des milliers. Aux Ardillières, barrage flic, pas de moyen d’accéder à la zone si pas de carte de residence. Probablement pareil a partir de Vigneux.
7h19 : à La Chataigneraie, ils sont en train de confisquer les matériels de travaux, ils ont pas le droit de détruire le lieu, mais expulser oui.
7h18 : les proprios de tracteurs sont invité de venir pour enlever leur tracteurs pour partir tout ensemble...
7h10 : à la Curette, 2 tracto pelles protégées par plein de gendarmes.
7h : les flics sont au Rosier et aux nouvelles cabanes.
Zone à défendre
Lundi 19 novembre
15h45 : La présence militaire a fondu autour de la zone. Les fouilles archéologiques continuent autour de la Gare mais la aussi la présence policière a beaucoup baissé. Il y a moyen de passer.
15h : on nous signale qu’une cinquantaine d’arbres ont été plantés hier sur le terrain des Planchettes. La résistance continue.
13h16 : L’ hélicoptere est de retour...
ANNONCE : pendaison de crémaillère des nouvelles cabanes de réoccupation
A l’ assemblée de ce matin 10h30, il a été proposé de faire un apéro lundi soir à 17h pour inaugurer les cabanes qui ont été construites ce week-end. Ce sera pas une vraie pendaison de crémaillère parce que tout ne sera pas fini d’installer dans les maisons. Mais ce sera quand même l’occasion de voir le résultat au bout de 3 jours de construction frénétique et de visiter et de passer un bon moment. Et puis demain soir il y aura encore pas mal de gens d’ailleurs qui seront encore là.
Et puis c’est possible d’amener un coup à boire, ou à grignoter, des ciseaux et du ruban rouge.
12h40 : 35 Fourgons de GM’s vu à Treillieres. 40 Fourgons a Vigneux. Ils ont besoin de survoler avant de venir ?
12h28 : le brouillard parti, le Vallscopter arrive et survole le Rosier, les campement et les nouvelles structures vers là-bas. Ils doivent avoir les boules là-haut de voir à quelle vitesse on construit par ici.
AAARRRRRRRGGGGHHHHH. Ben, Bof, quoi dire ?... je sors pleurer un moment, je reviens.... : Notre-Dame-des-Landes : Marine Le Pen se range « du côté des opposants »
11h11 : autour ca travaille dur, il n’y ni hélico ni autre chose qui signale l’arrivée des huissiers ou/et forces des ordres dans les nouveaux lieux. C’est tant mieux, trop bon ambiance pour être pertubé !! :)
et encore pour Info : On a fait faire 5000 affiches A2 de soutien. Elles sont arrivées et sont à La Vache rit. On invite pour que les gens en prennent 10, 20, 50 et aillent les coller où ils habitent. L’affiche en question est celle-ci.
Info : Bravo Bizi !, ca marche alors :) Les matraqueurs du climat ne sont pas les bienvenus au Pays Basque !
Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault a annulé sa venue au Pays Basque pour cause d’agenda. Il était attendu le mercredi 21 novembre à Biarritz, aux Assises de l’Économie Maritime et du Littoral.....
10h46 : des fouilles archéologiques proches de la 4x4 Rennes /Nantes sur le secteur de la Zad. Plusieurs camions bennes, tracto pelles non accompagnés par les GM’s vus entre Ardillières et Vigneux..
9h50 : Information comme quoi les flics viennent pour des forages. (peut-être cela se fait maintenant avec des canons à eau ?). 3 Tracto pelles vus sur la 4x4 viennent de Rennes en direction de la Zad.
9h30 : selon les sources proches de la Préfecture, une bande de terroristes masquées et equipées d’un canon a eau se seraient perdus dans les jolis bocages autour de Notre dame des Landes...
8h23 : beaucoup des GM’s avec canons à eau vus à Treillieres direction Zad, mais pas encore partis !!
7h57 : 10 fourgons de CRS (ou GM) avec « le militaire » partent de Cardo à Nantes Nord en direction Zad.
7h38 : tout est calme sur la Zone, du monde se réveille... Bonjour !!
Zone à défendre
Photo : Jean-Paul Mathelier, courriel à Reporterre
Dimanche 18 novembre
20h30 : après un journée de travail collectif sur multiples chantiers, plusieurs possibilités de se retrouver dans une ambiance festive à la fois sur les campements, mais aussi une cabaret au NoName !
19h01 : 16 fourgons de gendarmes mobiles vus partir de Ancenis direction Nantes.
18h12 : tout est calme, si on peut dire. Encore tellement de monde qui fabrique et bricole partout.
16h36 : INFO : les amiEs à Paris ont été liberées à l’instant. Ils sont convoquées le 18 Janvier à Paris. Plus d’Infos plus tard !! Courage les camarades !
16h07 : Pour Info : on a eu un appel d’un avocat qui signale que beaucoup de ses collègues ont reçu des appels de servir comme avocat de commissariat pour la semaine prochaine.....
15h02 : plusieurs signalisations de fourgons de gendarmes mobiles autour de la Zad (vers Plessé, Orvault par exemple). C’est pour demain ?
14 h 26 : on commence tard, désolé, beaucoup de travail post-manif niveau communication. Il y a plein des photos et videos à traiter avant de les publier, un peu de patience, ça va être pendant la journée !! Sinon ici çà construit et ço bosse, çà discute et chante, la vie est de retour avec plein des gens qui sont restés depuis hier... Bonheur !!
Zone à défendre
Samedi 17 novembre
Bilan de la journée : Des manifs dans près d’une vingtaine de villes, des dizaines de milliers de personnes à NDDL, des cabanes qui surgissent dans les clairières .... !
Une info reçue de Paris : les deux militants anti-aéroport arrètés hier sont actuellement perquisitionnés à leurs domiciles et leurs GAV a été prolongée de 24h ! Saisie de tout le matériel informatique et autres documents
Des petites annonces pour demain : à 10h30 : une assemblée des collectifs en lutte contre l’aéroport et son monde aura lieu à 14h : chantier maïs pour récolter le maïs semé pour les chèvres à 20h une soirée cabaret est prévue du côté du No name et entre temps, de la construction, la poursuite du chantier de réoccupation, des discussions, et plein d’autres choses qui s’organiseront certainement sur place ...
les bus commencent à repartir ...
20h20 : La préfecture annonce la fin de la manif, alors que la réoccupation ne fait que commencer ! La soirée se poursuit, avec René Binamé, et plein d’autres Elle annonce aussi qu’il y avait 13.500 manifestants, dont 4.500 auraient défilé de Notre Dame à la Vache rit ... on se demande bien ce qu’ont fait les autres de ce décompte étrange ... Bref, comme il n’avait pas grand chose à dire, le préfet déplore "les propos intolérables tenus à la mi-journée sur l’antenne nationale de France 3 par une « opposante », incitant à commettre des actions de sabotage et de destructions de matériels". Ces propos, "irresponsables et dangereux", vont être signalés au procureur de la République de Nantes, indique la préfecture. Par ailleurs, le préfet rappelle que les « constructions » ou « reconstructions » opérées ce jour sur la ZAD "ont toutes un caractère illégal et ont donc vocation à disparaître". (lu sur Presse Océan).
Et pour celleux qui veulent encore plus rigoler, le communiqué de Jacques Auxiette, président du Conseil Régional des Pays de la Loire, Philippe Grosvalet, Président du Conseil général de Loire Atlantique, Gilles Retière, Président de Nantes Métropole, Patrick Rimbert, Maire de Nantes est disponible ici
19h30 : la soirée commence, scène ouverte et discussions autour du bar ... Le grand live de Radio Klaxon est lancé depuis 19h, jusqu’à 21h pour des sons, des histoires, et des réflexions sur cette grande journée ! C’est écoutable de loin !
18h30 : sur le site de reconstruction, la grande cabane de discussion et la cuisine ont déjà leur charpentes et une bonne partie de leur murs de montés. Le dortoir et les sanitaires avancent aussi, et plusieurs plus petites structures fleurissent. Sur le champ d’arrivée de la manif, chapiteau et marabouts sont montés pour accueillir la bouffe, le bar et la scène ouverte de ce soir.
15h45 : les tracteurs viennent d’arriver et commencent à décharger le matériel qu’ils amenaient.
15h15 : les prises de parole sont retransmises en direct sur Radio Klaxon (107.7 FM)
15h10 : la reconstruction est toujours en cours !
14h20 : la construction a bien commencé sur le terrain !
Il y aurait 40.000 manifestants - ça fait beaucoup, et des gens arrivent encore à Notre-Dame pour rejoindre la manif. 400 tracteurs ont été comptés à NDDL.
14h00 : la tête de manif se trouve sur le terrain de destination, les dernières sont encore à Notre-Dame.
11h53 : le streaming de Klaxon est revenu :)
Info : samedi 17 nov. de 11h à 14h, émission speciale de Radio Zinzine sur les manifs en soutien à la ZAD et à Notre Dame des Landes. Avec des interventions téléphoniques depuis la zad et aussi depuis des rassemblements ou autres types d’actions un peu partout en France. Si vous organisez/participez vous pouvez appeler au 04 92 73 10 56 pour raconter. écoute possible sur radioziznzine.org
11h35 : premiere prise de parole a la manif nddl
11h25 : pour Info : Deux militants du Collectif de soutien aux opposants de l’aéroport de Notre-Dame des Landes ont été arrêtés hier à Paris. Ils sont toujours détenus dans les locaux du SIT.
11h15 : tiens, surprises partout, on est gaté avec un concert sur la D81 en même temps que la manif devrait démarrer a NDDL
11h : il y du monde a Notre dame des Landes, on n’a pas de chiffres, mais on s’en fout des chiffres, le village est rempli de gens qui sont "rangés" partout dans les rues et routes.
10h45 : Plusieurs manifs ont commencé en France en parallele avec celle de la Reoccupation : Châlon S/Saône, Nice, Macon, Belin-Béliet, Chambéry !! Bon courage et bon manif a vous ! La Zad est partout et avec vous !! Merci !
9h55 : en face de forêt de Rohanne, des hurlements de determination de centaines des gens : on va pas laisser détruire notre fôret !!
9h50 : DU MEXIQUE, LETTRE DE SOUTIEN À LA LUTTE DE NOTRE DAME DES LANDES a lire ICI
9h41 : depuis 9 h, manifestation a Nice ! Ici, il y a du monde qui passe pour aller à pied à Notre dame des Landes pour le depart de manif. Nous on a plutôt l’impression que c’est déjà une manif, et ce que des gens qui viennent de Rosier. Plein des drapeaux unitaires, fait trop plaisir à voir....
9h00 : ATTENTION : barrage filtrant gendarmes sur la A1 à la péage Corzé (vers Angers) ! Fouille dans le bagage de gens, ils arrêtent des cars et des voitures qui ont l’air "vieilles".
8h30 : Ca bouge dans tout les sens dehors, il y a du monde :)
8h08 : tout le monde est en train de se réveiller, doucement, avec la brume et le soleil se léve. Quelle journée :)
7h30 : Bonjour :) tout est calme, à part qu’il y a probablement des milliers de personnes arrivées de partout de la France et d’ailleurs. Impressionant ! Impossible à dire combien, mais je me sens comme a Paris avec tout se monde et les voitures ! Bon, certe, il n’y a pas de vaches à Paname ! [Et oui, je vous préviens, je ne suis pas francophone, il faut s’attendre à des erreurs de syntaxe et d’orthographe ] [Note de Reporterre : plusieurs sont corrigées dans la version que nous publions]
Zone à défendre
Vendredi 16 novembre
23h : les gens arrivent de partout ... vivement demain !
17h40 : la manif se rapproche, les gens continuent d’arriver ... un petit rappel des infos qu’il peut être bon d’emmener avec vous pour arriver ici : à 19h, il aura un point info au niveau du terrain de camping face au Rosier.
Dès que vous pouvez, écoutez Radio Klaxon, sur 107.7
Si vous êtes bloqués sur la route autour de NDDL ( barrage policier) : prévenez le 06 31 80 49 54. Si vous êtes témoin ou victime d’interpellation : contactez la Legal team : 06-75-30-95-45 ( à prévenir aussi quand on sort d’interpellation...). En cas de besoin, équipe médic : 06 43 28 15 97
N’hésitez pas à relire les conseils pour arriver jusqu’ici, et face à la police ... et non plus vos bottes ....
A demain pour une chouette manif !!
16h40 : des nouvelles des Parisien-ne-s : une personne serait encore en gav, pour "outrage à agents en réunion". Après avoir été détenus à la Section Transversale d’Investigation du 19e, ils ont été transférés au Commissariat de Bastille.
13h42 : Appel à soutien au commissariat 27 boulevard Bourdon, métro Bastille pour les deux arretées contre l’Aeroport à Paris
13h40 : destruction de ce square Merecoeur pendant que tous le monde à les yeux tournés sur la ZAD, la mairie s’affaire : elle "réamenage" ce square. Il est impossible d’y accéder. Il est barricadé de tous coté. les camions et les bull s’y donnent à coeur-joie. verson une larme pour tous ces arbres qui vont etre abatus. Inutile de rappeler tous est au courant que Nantes est classé capitale verte européene.
13h20 : RADIO KLAXON est au retour !! 107.7 !!
13h12 : "2 personnes qui ont pris part au Collectif idf de lutte contre l’aéroport et sont partis en action cette nuit sont en Garde à Vue depuis 2h du matin. Pour le moment on a peu d’infos : on ne sait pas où ni pourquoi ils sont détenus. Plus d’infos dès que possible."
12h47 : breaking news :) Des ténors d’EELV réoccupent symboliquement une maison à Notre-Dame-des-Landes. En tête, José Bové, pied-de-biche en main. Il précise qu’il s’agit d’une action « illégale mais légitime ». « Il faut poser des actes forts, poursuit-il. Il n’y a aucun compromis possible sur l’aéroport. »
Et le maire de Notre dame des Landes a des choses à dire aussi : « A court terme, je ne vois pas de sortie possible. On a expulsé des maisons, mais les squatters sont toujours là, plus nombreux même. Il aurait fallu vider les squats il y a trois ans. » A lire ici
Sympa, les Verts ouvrent des maisons, le maire de Notre dame des Landes s’oppose aux occupantes. Drôle de situation quand même !!
12h10 : Voila, pour INFO : Pour les personnes que cela intéresse, nous serons quelques-un-es à partir en vélobus demain, organisé par la vélorution. 22 km le trajet. Départ : RV 9h place Saint Pierre à Nantes. Quelques conseils : Il va sans doute pleuvoir demain ! ==> prévoir une cape de pluie (ou équivalent) et de quoi se changer, genre chaussettes, tee-shirt sec, une autre écharpe, etc..., à l’arrivée et pour le retour, et de quoi avoir bien chaud sur place (en vélo, quand on roule, c’est moins le pb).
Penser à protéger son sac à dos ou mettre un sac pastique dans ses sacoches... Prévoir aussi des gants pour bricoler sur place (différents de ceux pour rouler) si on construit une maison... Si possible (c’est mieux) : gilet fluo (obligatoire en campagne), lampes (obligatoire en vélo) et peut-être une en plus pour le retour, pour être bien visibles... Il faudra prévoir un pique-nique facile à porter, et peut-être un thermo de boisson chaude.
"Le groupe Vélorution Nantes vous propose un bus cycliste pour rejoindre la manifestation de réoccupation du 17 novembre, contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Vous pouvez nous rejoindre soit à 9h sur le parvis de la cathédrale Saint Pierre à Nantes, soit à 9h45 dans le bourg d’Orvault sur le parking de l’église. Merci de prévoir un gilet jaune et de l’éclairage sur vos vélos pour le retour !!"
8h 30 : Le Rosier est expulsable depuis ce matin. Il y a un campement vers là-bas. Pour l’instant, tout se passe calme. À partir de 6h00, petit déjeuner. Toute la Journée à partir de 9h00 : atelier cuisine, création de banderoles pour la manif du 17, ravalement de la façade de la maison, kermesse, jeux collectifs...Toutes vos propositions sont les bienvenues.
8h : Bonjour :) tout est calme !!!
Zone à défendre
Jeudi 15 novembre
12h35 : Rassemblement Jeudi 15 Novembre 2012 à partir de 18 h 00 jusqu’ à 18 h 30 place Aristide Briand (devant la FNAC) à Lorient.
9h48 : rien a signaler, sauf : A Orvault, nous organisons le jeudi 15 novembre 2012 à 18h30 une action symbolique visant à rebaptiser la « rue Robert le Ricolais », dans le bourg d’Orvault, en « Impasse Notre-Dame-des-Landes ».
8h14 : tout est calme sur la zone, brume, lever de soleil tout doucement, beau !!
Zone à défendre
Mercredi 14 novembre
Occupation de la Grue finie en fin de matinée
Des discussions très calmes avec les ouvriers ont ponctué l’action. Seuls les "chefs" étaient tendus. En fin de matinée, un huissier est passé. Les ouvriers ont été renvoyés chez eux. Ensuite, les CRS, les gardes mobiles et le GIPN sont apparus. La décision a été prise de notre côté de quitter les lieux par une sortie discrète, la violence étant quasi-systématique du côté des forces de l’ordre. Bilan : une journée perdue pour Vinci et zéro arrestation.
Texto à Reporterre à 17 h 50.
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Il était 6H45 ce matin lorsque des opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ont investi le chantier de l’ancienne usine Kronenbourg à Rennes, rapporte Le Mensuel de Rennes sur son site internet. Ils étaient une trentaine et cinq d’entre eux sont montés en haut de la grue et ont déployé un drapeau où il est écrit : "Non, à l’Ayraultport".
letelegramme.com
Photo
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08 h 50 : Des opposantEs à l’aéroport occupent le chantier Vinci de l’ancienne brasserie rue Saint-Helier, en solidarité avec les habitants de la zone concernée par l’aéroport. Depuis un mois, le gouvernement a lancé une opération policière accompagnant la démolition des habitations présentes sur la zone.
Les opposants se sont rassemblés et ont posés une banderole sur une grue avant la manifestation de soutien organisée aujourd’hui. Un appel a venir soutenir cette action a été lancé.
Nantes Indymedia
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06 h 55 : Blocage d’un chantier Vinci-Sogea à Rennes en solidarité avec la ZAD de NDdL. Des militants sont harnachés en hauteur dans une grue et une trentaine de personnes occupent le chantier au sol.
Texto envoyé à Reporterre
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Les travaux d’archéologie préventive ont repris avec 2 pelleteuses encadrées de 2 camions militaires et 2 voitures de flics.
Zone à défendre
Mardi 13 novembre
Communiqué de presse de Zone à Défendre
Nous apprenons aujourd’hui par la presse [voir ci-dessous] qu’un vigile aurait été agressé dans la nuit du 12 au 13 novembre par un groupe d’une vingtaine de personnes, devant le lieu-dit la Pointe. Parce que ce lieu était récemment encore occupé et qu’il a été muré depuis le début de la vague d’expulsions le mardi 16 octobre, la Préfecture s’est empressée de dénoncer une action des opposants. Elle en a profité pour ressortir son sempirternel discours de dissociation entre opposants historiques et nouveaux venus présumés violents.
Nous voulons rappeler que sur le terrain cette dissociation n’existe pas et que c’est toutes et tous ensemble que nous luttons contre ce projet d’aéroport. Nous voulons également rappeler que jusqu’ici toutes les actions de solidarité effectuées en lien avec la lutte de la ZAD ont été revendiquées. Ca n’a pas été le cas pour l’action de cette nuit. Pour nous il est donc impossible de nous prononcer dessus en l’état.
L’hypothèse d’une manipulation est pour nous envisageable, cette action tombant parfaitement pour détourner l’attention de ce qui reste l’essentiel : la préparation de la manifestation de ré-occupation du 17 novembre, et d’une manière générale l’amplification de la lutte contre le projet d’aéroport.
Zone à défendre
Mardi 13 novembre
13h50 : les expulsions dans le HAmbacher Forst en Allemagne continuent, il ya des personnes dans des tunnels, la police roule quand même dessous. Courage les amiEs !!
13h47 : partout a lire qu’il aura un vigile blessé par des opposants la nuit dernière. Par ici. On n’a pas des nouvelles, ni des revendications, malgré d’avoir demandé à droite et à gauche, on ne peut pas constater [affirmer] qu’il y avait une participation du côté opposant, comme les articles assument [supposent] sans preuve ni revendication précise.
10h30 : on vient d’apprendre que l’expulsion de la forêt de Hambach ( occupée en Allemagne contre un projet de mine de charbon) a commencé depuis une heure. Rage et courage par là bas ! on pense à vous ! (pour un rappel de ce qu’il se passe là-bas : voir cet article ( la version française est en bas)
8 h : tout va bien sur la ZAD, on ne peut pas en dire autant du site internet qui sature ... on essaye de corriger ça, et de mettre toutes les infos que vous envoyez mais ça va peut être prendre plus de temps ...
Ici, le lien vers un article sur le drapeau de la manif, qu’on n’arrive pas à mettre ailleurs : Nantes Indymedia. A vos pots de peinture !
Zone à défendre
Mardi 13 novembre
Un agent de sécurité agressé, sa voiture incendiée
Il est chargé, comme d’autres, de surveiller les maisons qui ont été « vidées » de leurs occupants, dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
La nuit dernière, un agent de sécurité a été victime d’une agression au lieu-dit La Pointe, à Fay-de-Bretagne, peu avant 3 h du matin.
« Une vingtaine d’individus encagoulés parlant étranger » s’en seraient pris à lui, selon un proche du dossier.
La victime a réussi à s’enfuir. Légèrement blessée, elle a été hospitalisée. Sa voiture en revanche a été retrouvée brûlée sur place.
Le Télégramme
Lundi 12 novembre
8h40 : quelques mouvements de flics et armés nous sont signalés depuis Nantes, mais on ne sait pas encore dans quel sens ils vont ...
8h : début de semaine à priori tranquiile, lever de soleil sur les troupeaux de vaches ...
Zone à défendre
Vache à la manif de novembre 2011 : Le retour à la terre
Dimanche 11 novembre
17h14 : journée plutôt calme, des réunions et ateliers à droite et à gauche, de tractage sur le site même et des rencontres chouettes sur la fête-crêpes au barricade.
Autre petite annonce : on recherche des gens qui peuvent photocopier tracts et affiches pour la manif : ils disparaissent aussi vite qu’ils arrivent : si vous avez un super plan photocopies, faites les chauffer : vous pouvez les poser à la Vache rit ou à B17, et ils seront tractés et distribués dans la seconde ! (ils sont disponibles ici)
11h55 : ANNONCE : à partir de 14H - « Street-Crépes-Party » à la Barricade sud vers le Phare Ouest - crêpes, musique, l’art, jonglage, tout pour passer un bout de dimanche après midi sous le soleil d’automne !!!
10h50 : phui ;, grasse mat pour tout le monde, on en a besoin :) sinon, tout se passe bien sur la Zad, pas de flicalle, il fait beau, faut construire !!
Samedi 10 novembre
Manifestations à Paris, Rennes et Lannion. Voir ici
Samedi 10 novembre
24h38 : on dit bonne nuit pour aujourd’hui !! dormez bien et restez vigilantes avec nous pour la semaine prochaine !
21h 40 : manifs de soutien à fond ce samedi, merci à tout le monde pour montrer votre solidarité et résistance !! merci aux copain-ine-s qui viennent de passer juste a l’instant avec leurs tracteurs de retour de Rennes, il faut vouloir se faire tout ce trajet la en tracteur sans cabine !! on vous aime !!!!!
17h44 : Içi tout reste calme, les petites mains sont bien occupées a droite et à gauche de préparer plein des choses pour la manif de reoccupation 17, sinon, on s’attend encore une semaine jusque là, pas tout à fait sûr de comment cela va se passer.... Il y aura une 3e vague ou non ?
Cap Atlantique : les commerçants, les artisans, les professions libérales et les petites entreprises au bord de la révolte ! « C’est aux politiques de dépenser moins, ils ne doivent plus nous taxer pour financer des projets délirants comme Notre-Dame-des-Landes qui coûte 600 millions d’euros ! » Cette affaire ne sera pas sans conséquence sur la perception des artisans et des petits entrepreneurs sur un projet comme Notre-Dame-des-Landes… Ecoutez ici
17h40 : Environ 700 personnes, selon la police, ont défilé dans l’est parisien sous des drapeaux verts, rouges et noirs. "Préservons nos terres, stop aux grands projets inutiles et imposés" proclamait une bannière. "Non à l’Ayraultport" pouvait-on encore lire.
13h10 : il aurait 100 tracteurs à Rennes en ce moment. Info prise par la presse, qui ne communique malheureusement pas combien de gens se trouvent en Manif.
8h30 : il pleut ....celleux qui vont à la manif de Rennes sont déjà parti-e-s, pour celleux qui restent, il y a quelques rdv de tractages et collages dans les environs : à 10h à B17 ou à 10h30 à la Vache Rit ...
Zone à défendre
Vendredi 9 novembre
15h45 : le procès en comparution immédiate au tribunal de Nantes aujourd’hui a été reporté au 14 décembre. Par ailleurs, deux autres personnes arrêtées mercredi passent en procès au tribunal de St Nazaire le 24 janvier.
12h30 : quelques nouvelles de la matinée : l’opération "Pillage Vinci" a repris sur la D281, dans la joie et la bonne humeur, les constructions se poursuivent, les préparatifs de la manif de réoccupation vont bon train ...
12h : on apprend qu’une personne en garde à vue depuis mercredi passe en comparution immédiate aujourd’hui à 14h au Tribunal de Nantes.
pour rappel, un petit point sur la circulation sur la D81 : La départementale 281 a été libérée cet après-midi ! ( jeudi 8 novembre)
En effet jusqu’à midi jeudi la circulation était impossible sur la route D 281 à partir des fosses noire jusqu’à la Paquelais. Nous avons décidé de tenir cette route mais de permettre aux voyageur-euse-s de l’emprunter lors de notre opération "pillage" Vinci.
La départementale 281 avait été bloquée par les forces de l’ordre au début des expulsions puis nous y avions monté des barricades afin de ralentir l’arrivée des gendarmes et de mieux protéger nos lieux. Hier, le 7 novembre, plus de 250 flics sont venus nettoyer la route avec l’aide de la DDE, mais leur opération de force est restée inutile puisque 10 minutes après leur départ, les barricades étaient de nouveau en place. Comme il ne nous convient pas de bloquer la route à ses usager-e-s, mais qu’ il ne nous est pas possible de laisser la police nous envahir, nous avons décidé qu’ il nous appartenait de prendre en main ce tronçon de la départementale. Le passage est donc possible mais il vous faudra ralentir et rester très prudent - car des chicanes ont été mises en place. A partir de cinq heures cet après-midi, un pillage Vinci vous attendait : il nous a permis de distribuer des tracts expliquant notre démarche et vous invitant à nous rejoindre pour la manif de réoccupation, le 17 novembre. Restez vigilant-e-s et merci de lever le pied pour votre sécurité et la nôtre. A bientôt.
7h : il fait nuit noire et rien ne bouge ...
Zone à défendre
Jeudi 8 novembre
Ce matin sur la ZAD, comme tous les matins il y a du monde aux aguets, mais la situation reste d"un calme plat… – oh non, j’allais oublier :
10h27 : Un fourgon de flicaille à été apperçu au carrefour à l’est de la route des Fosses Noires.
Autrement dit ils gardent pour l’instant un œil sur les barricades du Farouezt, vous savez, là où les bleus et leur petits travailleurs ont passé des heures hier à démonter des barricades qui sont réapparues dès qu’ils ont eu le dos tourné
Zone à défendre
Photo du Blog du collectif de lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes
Mercredi 7 novembre
17h30 : rien a signaler :) mais plein des choses a faire quand même !
16h25 : dans ce moment plutôt calme....
15h42 : une Mégane bleue avec 2 agents de la BAC a été vue en direction de la Saulce depuis les Ardillières.
14h20 : point sur les interpellations de la matinée : 4 personnes arrêtées vers 12h puis relâchées ; 2 autres personnes arrêtées vers 9h30, dont une vient d’être relâchée et pas de nouvelles de l’autre.
13h50 : ça y est, les flics sont partis !
13h47 : les barricades entre sabot et route des fosses noires sont reprises par les flics.
13h : la barricade au niveau du farouezt tient toujours ... et de nouvelles réapparaissent entre les fosses noires et le sabot ... qui parlait de guerre d’usure, déjà ?
13h : 4 personnes interpellées ont été relâchées, pas de nouvelles d’une cinquième.
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Version de la Préfecture rapportée par l’AFP
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12h30 : nouvelle charge sur les barricades ...
11h 20 : premières sommations autour des barricades.
11h : barrage filtrant aux Ardillières, avec contrôle d’identité.
10h50 : la situation reste stationnaire ; les flics sont déployés dans le champ au sud du farouezt et sur la route. La battucada arrive...
10h20 : une quarantaine de flics suivent à pied la pelleteuse qui se dirige par la route vers la barricade sud.
10h : 2 interpellations signalées au niveau des barricades du farouezt, une pelleteuse au travail devant le sabot.
9h45 : les flics s’approchent de la barricade au niveau du chemin du farouezt
8h40 : usage de grenades assourdissantes au niveau du chemin du Sabot.
8h30 : profitant de ce dispositif impressionant, un huissier est passé aux Ardillières pour déposer un commandement à quitter les lieux pour le 7 janvier.
8h20 : ils ont franchi la deuxième barricade et sont installés dans le chemin du Sabot.
8h15 : le convoi arrive sur une barricade sur la route Ardillières -Paquelais, sept autres fourgons sont signalés sur une barricade sur cette route au niveau du farouezt. Les flics franchissent la première barricade.
8h00 : gros convois (quinzaine de fourgons CRS et une vingtaine de fourgons de gardes mobiles) « protégeant » pelleteuses et service des routes signalé sur la route du temple en direction du chêne des Perrières
7h00 : réveil calme sur la ZAD.
Zone à défendre
Mardi 6 novembre
Fondus dans la forêt
Marcher dans le maïs, les bauges, les forêts. Se déchirer avec les barbelés. Chercher les sentiers passables. Retrouver les amis, les complices. Habiter la nuit. Devenir la nuit, l’esprit de la nuit, qui hulule, qui se déplace comme une nuée pour envelopper les gendarmes, ceux qui refluent et réembarquent dans leurs fourgons, envahis par la crainte de l’inconnu, qui dissout les corps constitués et leur infuse un commencement de panique.
Soudain, une impulsion de rage en nous, venue de très loin, de l’antique exigence d’être tout à la fois absolument fondu dans la sauvagerie, et totalement libre de toute forme de de surveillance, de commandement.
Ainsi dans la forêt, armés de cris d’animaux, dont quelques-uns de légende, entre les ronces et les troncs qui sont nos amis véritables, et les projectiles de l’industrie répressive, conçus pour calibrer nos déplacements.
Zone à défendre
Cabane Phare Ouest
Mardi 6 novembre
18h50 : On n’a pas mis de nouvelles cet après-midi, tout était assez calme. Les restes de la maison occupée le WE dernier au Tertre out été évacués, escortés par quelques fourgons de flics, sans incident.
11h45 : Ici tout semble calme, il fait beau en plus. Mais on se demande quand même a quoi ils agit, la strategie n’a ni queue ni tête...
10h27 : l’Héli circule très bas entre Paquelais et Le trou des Planchettes ( région Phare Ouest )
10h18 : l’Héli viens d’y arriver ! On n’en a pas eu depuis au moins 24 h !
INFO : Pour préparer la manif de réoccupation : prochaine AG Aujourd’hui, 6 novembre à 19h30 à B 17 (17 rue Bellamy au fond de la cour).
10h04 : vers le Tertre, le reste de la maison est en train de partir, probablement en diretcion Vigneux, les « travaux » sont protégés par plein de fourgons.
9h : on sait qu’ils sont là, mais pas trop où ? Tans pis, entre temps un peu de la lecture : Lettre ouverte à Monsieur Jacques Auxiette
8h31 : une pelleteuse accompagnée par des fourgons vue entre Temple en direction Vigneux de Bretagne.
7h48 : encore 10 fourgons entre Vigneux de Bretagne et Ardillières.
7h36 : 10 fourgons de Vigneux de Bretagne direction La Paquelais.
6h57 : bon, si c’est comme la semaine avant, on a encore une bonne ’tit heure pour dodo :)
06h03 : Bonjour ! Rien a signaler pour l’instant.
Zone à défendre
Lundi 5 novembre
La pression policière baisse de régime
Samedi, nous avions été informés – et nous l’avions annoncé – que la Préfecture abandonnerait les opérations d’expulsion pour les deux jours du week-end. Dans l’ensemble, la trêve a été respectée, malgré quelques allées et venues de policiers qui ont surveillé la ZAD comme le lait sur le feu. Depuis les policiers ont repris les opérations, mais pour l’heure, elles se font sur un rythme moins fébrile et avec beaucoup moins de violences. A une phase d’invasion en force, la Préfecture a substitué une phase de baisse de pression… dans l’espoir que la ZAD retourne au no man’s land médiatique.
Le samedi 3 novembre, il n’y a quasiment pas eu de mouvements de policiers sur la zone. Apparition furtive d’un fourgon vers 10h, passages de fourgons de gendarmes mobiles devant les barricades du Phare Ouest, au sud-est de la ZAD, passage de l’hélicoptère à 15 h 45 pour localiser les chantiers de reconstruction et les voies d’acheminement du matériel. En revanche, la préfecture n’a pu tenir sa promesse. M. Lapouze, directeur du cabinet du Préfet de Loire-Atlantique, disait en effet que « s’il y a des barricades, elles seront uniquement le fait des opposants », alors que le carrefour des Ardilières, au nord de la ZAD a été barricadé au cours de l’après-midi par des policiers qui empêchaient les riverains de passer et/ou de ravitailler.
Néanmoins, l’AG des militants s’est tenue le soir à la Vach’rie (les Domaines) sans problèmes.Le dimanche 4 novembre, les zadistes indiquent à 12 h 33 « Youhou ! Tout est calme » et réaffirment ce calme à 19 h 45. Dans l’intervalle, des fourgons de gardes-mobiles sont signalés à Treillères et à Vigneux, notamment à cause de barricades sur la route du Far Ouest. Mais la préfecture préfère respecter la trêve : moins il y a de tension, et moins les médias sont susceptibles de couvrir les événements et d’accroître la pression sur le gouvernement.
Le lundi 5 novembre, c’est modérément que l’activité reprend. Entre 7 h 30 et 8 h 45, des gendarmes mobiles en nombre arrivent avec les agents de la DDE, une pelleteuse et un manitou, pour remettre en état les routes, entre la Saulce et la Rolandière (RD81, au sud de la ZAD). A 9h30, les policiers déboulent dans le bois de Rohanne, atteignent une cabane reconstruite pendant le week-end, en vident les occupants rapidement et commencent sa destruction. Des six occupants, deux sont emmenés à la gendarmerie de Blain pour vérifier leur identité, quatre filles sont ramenées au carrefour de la Saulce. Une est rapidement relâchée, les trois autres relâchées à 10 h 45. Pour l’instant, la méga-décharge – qui comporte notamment des déchets amiantés – qui seule subsiste de la ferme du Tertre prestement rasée vendredi subsiste telle quelle sur place. Tant pis pour les salamandres.
Breizh Journal
Dimanche 4 novembre
19h45 : très calme, mais on s’ennue pas, préparation pour la semaine qui arrive, notamment mardi, pour une 4e vague. Il reste encore plein des lieux qui sont encore (très) vitaux, des chantiers à finir, etc. On sera de retour demain matin comme d’hab, si il y a des choses qui se passent ici entre temps, on vous tient au jus sur cet article, sinon : BONNE NUIT :*
16h35 : deux fourgons GM à Vigneux ! Rassemblement contre l’aeroport eux aussi ?
SUPERBE initiative : Le “surplus de la Loutre” situé dans la légendaire Rue Saint-Michel à Rennes a annoncé un rabais de 20% “sur toute la boutique pour tout achat d’équipement et de matériel concernant la résistance à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes”.
16h39 : confirmé : 2 fourgon Gm et 1 fourgon CRS a NddL.
16h11 : plusieurs fourgons à Notre dame des landes et à Chapelle sur Erdre....
15h26 : on sait pas trop quoi faire avec l’info, mais on n’imagine pas non plus qu’ils s’amusent de juste faire des allers retours : 10 fourgons de GM vu sur la 4x4 nantes/rennes. Il y a des barricades sur la route entre Ardillières et la Paquelais au tour de Phare Ouest. Peut-être c’est pour ca.
14h14 : Vous etes encore là ? Bien, nous aussi, on travaille un peu sur le site pour qu’il soit un peu plus facile a naviguer, traductions et tous ces travaux, on arrivait pas trop à faire dans l’urgence. Il fait beau en plus :)
APPEL : a tout le monde qui a été blessé pendant les dérnière 3 semaines : qui veut bien, est invité nous contacter sur zad (arobase) riseup.net ! PAs forcement pour faire quelque chose, mais dejà avoir une idée et puis justement pour garder contact avec vous et prendre des nouvelles de votre santé !
12h33 : Youhou ! Tout est calme, plein des belles choses à faire aujourd’hui sur la Zad : randonner pour découvrir la beauté d’ici, construire des structures à droite et à gauche, discuter avec des gens,....
Quelques infos pour la manif de réoccupation prochaine AG : mardi 6 novembre à 19h30 à B17
Appel à Hébergement Militant !!!!
Un espace pour accueillir des tentes est prévu pour tou-te-s celleux qui veulent dormir sur place, dés le vendredi soir.
Afin que chacun-e puisse participer à la manifestation de réoccupation de la ZAD qui à lieu le 17 novembre près de Notre Dame Des Landes.
Un appel à hébergement militant est lançé aux habitant-e-s de la région nantaise et ses environs qui pourraient accueillir les jours précédents, voir pendant et suivants la manifestation, des personnes venant de villes lointaines...
Merci d’envoyer un mail avec vos contacts (mail/tél) ,ainsi que vos disponibilités (nombre de nuits, nombre de couchages possibles, dates...) à : hebergementmilitant (chez) gmail.com
Besoin de matériel : matériel électrique : grandes longueurs de câbles électriques de différentes couleurs (gros calibre, 1 ;5cm2 2,5 cm2), disjoncteurs différentiels (mono ou triphasé), disjoncteurs de différents ampérages (ou tableaux électriques déjà prêts), dominos de différentes tailles, lampes (douilles et ampoules), interrupteurs, prises, boitiers de dérivation, projecteurs, rallonges ( grandes longueurs), gaines électriques (grandes longueurs).
8h : dimanche entre pluie et soleil sur la ZAD, prenez vos bottes si vous venez dans le coin...
Zone à défendre
Samedi 3 novembre
Les forces de l’ordre abandonnent NDDL pour le week-end
Pour tout le week-end, la préfecture a décidé de stopper les opérations d’expulsion sur la ZAD, l’aire prévue pour le projet aéroportuaire à Notre-Dame des Landes. Une trêve bienvenue après l’intervention policière hier au Tertre, dans une atmosphère très tendue. Officiellement, il s’agit de préserver la sécurité des intervenants sur le site, tant des forces de l’ordre que des agents administratifs et des sociétés qui déblaient les routes ou assurent les démolitions. Explication pour masquer un flottement politique ou préparer une opération surprise ? L’avenir seul nous le dira.
En fait, les forces de l’ordre sont tombées sur un os. Ou plutôt des arbres. Les militants ont pris l’habitude, pour retarder la progression des forces de l’ordre, d’abattre des arbres sur les bordures de la D 281 (route des Ardilières à la Paquelais) et de la D81 (route des Ardilières à Vigneux, au centre de la ZAD), barrant ainsi ces routes. Chaque fois que cela se produit, la Préfecture fait appel aux services du Conseil Général, qui déblaient les voies. Puis de nouveaux arbres sont abattus, ou des barricades érigées, et ça recommence indéfiniment.
Or, hier, les agents de la DDE sont intervenus dans une atmosphère hyper-tendue, à plusieurs reprises dans la journée. Un des agents aurait, d’après la préfecture de Loire-Atlantique, reçu un projectile. « Les agents ont donc demandé à leur hiérarchie de lever le pied, en faisant valoir leur droit de retrait, et d’espacer leurs interventions. En accord avec les services du Conseil Général, nous avons décidé de ne pas dégager les routes D81 et D281 ce week-end. Elles le seront à nouveau à la reprise des opérations d’évacuation des lieux occupés illégalement lundi », nous explique Patrick Lapouze, directeur du cabinet du Préfet de Loire-Atlantique. Par conséquent, « si les routes sont barrées, ce ne sera pas le fait des forces de police, mais des opposants ». En semaine, à partir de cinq à sept heures du matin, le périmètre de la ZAD est entièrement bouclé à l’extérieur, pour les grands axes, par la police.
Cependant, si une occupation illégale est constatée dans le week-end, les forces de l’ordre se fraieront un passage pour « faire cesser le trouble et rétablir la légalité républicaine », déclare P. Lapouze. Une occupation illégale… comme hier au Tertre, maison dont la destruction prévue pour le 15 novembre a été avancée par le Préfet sur le conseil de P. Lapouze « pour éviter de mettre en danger les gendarmes et les opposants », les forces de l’ordre étant intervenues deux fois sur le site au cours de la journée.
Sept interpellations ont été faites dans la soirée d’hier, pendant la démolition du Tertre. Quatre personnes ont été relâchées vers 23h30 par la gendarmerie de Blain, une un quart d’heure plus tard au même endroit. Un a été libéré par Blain ce matin et un dernier, transféré à St Nicolas de Redon, est ressorti libre et exempté de poursuites à midi. Les autorités tant civiles (préfecture) que judiciaires tiennent à calmer le jeu : moins il y a de tension autour de NDDL et moins il y a de couverture médiatique, et plus cela sert les expulsions.
Malgré les affirmations de la préfecture, un trouble s’installe. Cette trêve semble arrachée aux forces de l’ordre par l’obstination des opposants à l’aéroport et pourrait dénoter un flottement politique de la part d’Ayraultbespierre. La démesure de l’opération de l’évacuation de Notre-Dame des Landes apparaît de plus en plus crûment dans les médias nationaux et locaux, qui, les uns après les autres, rompent le black-out et se saisissent de l’affaire Notre-Dame des Landes, dans un contexte général très défavorable au gouvernement.
La Préfecture dément toute hésitation. Imperturbable, Patrick Lapouze déclare d’un ton décidé « nous interviendrons partout où il faudra rétablir la légalité, faire appliquer les décisions du peuple français, notamment de faire l’aéroport ». Et même si cela prendra des mois ? « Nous prendrons le temps qu’il faut et userons de tous les moyens légaux sans exception pour mettre fin aux occupations ». Une belle détermination qui risque de prendre fin à la première grosse bavure. En attendant, pendant deux jours, les salamandres peuvent bronzer tranquilles. Le troisième aéroport de Paris prend du retard, mais Notre-Dame des Landes plage, c’est maintenant.
Breizh Journal
Samedi 3 novembre
16h03 : des flics sont sur la route près du Farouezt (où il y a toujours des barricades), et 2 camions de GM sont aux Ardillères.
15h50 : 2 camion-bennes se dirigent de Notre-Dame en direction des Ardillères, et donc du Tertre.
15h45 : L’hélico passe nous voir...
15h27 : On nous annonce que "un camion de flics posté à La Paquelais empêche les riverains de passer/ravitailler"
14h45 : Puisque c’est calme sur le terrain, parlons du net :
Bonjour, Je tiens à vous signaler qu’un événement pour le rassemblement du 17 novembre a été créé sur Facebook... Il comptait alors plus de 5200 invité(e)s et déjà 160 confirmations... IL A ÉTÉ EFFACÉ !!!!
14h : Récapitulatif des arrestations d’hier : Sur les 6 personnes qui ont été enmenéEs à Blain, 4 personnes sont ressorties hier sior à 23h31, puis une autre à 23h45. La dernière personne à été transférée à Saint-Nicolas de Redon et est sortie ce midi, sans poursuites.
10h : des fourgons viennent mettre leur nez du côté des barricades sur la route devant le farouezt.
Le rdv qui avait été fixé il y a un moment de ça pour une journée de plantations de haies risque d’être un peu modifié, mais pour celleux qui avaient prévu de venir, ça pourra être l’occasion de voir ce que la zone est en train de devenir... et de préparer une prochaine date ! On ne se laissera pas abattre, replantons !
7h : tout semble calme par ici.
Zone à défendre
Vendredi 2 novembre
24h16 : pas des nouvelles des « otages », on vous tient au courant demain, bonne nuit et see you on the barricades !!
23h30 : 4 personnes viennent d’être libérées a Blain, on attend encore 2 qui sont la bas
22h51 : finalement, il n’y aura pas de fête au Tertre, parce que il n’y a plus de toit sur la maison. Celleux qui veulent peuvent aller a la Vache rit pour la projection ou au NoName pour la Boum
22h44 : une personne au commissariat de Blain, les autres, pas encore d’information.
22h10 : Rappel circulation : les trous sur la route entre Ardilllières et la Paquelais ne sont pas réparés par la DDE qui était quand même sur place pendant le journée d’hier. Les signalisations de notre coté de ne pas passer vers la bas, car trop dangereux, étaient énlevées par « des pouvoirs inconnus » qui aimeraient trop si quelqu’unE se plante avec sa voiture pour donner la faute aux occupantes. Faites bien attention sur cette route la, on s’engage à verifier les panneaux de signalisation pendant la nuit et le weekend.
22h29 : il y a environ 17 ou 20 fourgons dans ce coin, les gens qui sont venus en renfort ne peuvent pas approcher, il n’y a pas de moyen de voir sur place. L’illégalité est de quel coté, monsieur le préfet ?
22h26 : des infos qu’on a, il aurait des arrestations parmi les gens qui étaient sur le toit.
22h11 : ils sont en train de défoncer le toit de Tertre, il y a plein d"amiante, c’est strictement ILLEGAL !!!!!!!!!
20h50 : encore pas des nouvelles, on attends impatiemment, tout comme vous... :)
20h31 : ils commencent de détruire le toit de la maison, alors qu’il y a encore une personne sur le toit et une deuxieme dans le cheminée. Bande de brutes dangereuses.
20h30 : 5 or 6 personnes interpellées, on ne sait pas encore où, dès qu’on sait, appelez le commissariat à fond pour demander liberation svp !
19h55 : il y aurait une pelleteuse qui était vue en direction de chênes de pérrière ; ils veulent détruire cela aussi....
19h51 : ils ne sont pas très drôles : intervention très offensive, 150 gendarmes, la physionomiste, les grimpeurs..il y a encore des gens sur le toit
19h46 : ils éssayent de faire descendre les gens de toit seulement avec une pauve échelle ; ce n’est pas une façon très légale de faire ....
19h44 : 4 fourgons de plus qui arrivent sur place, avec une échelle sur le toit
19h39 : ca été vite - les gendarmes sont revenus au Tertre, ils ont vidé la maison, il reste encore 2 personnes sur le toit, il y aurait 6 personnes mises à l’écart, sur le mauvais coté de la « barricade »
19h15 : plusieurs fourgons vus en direction de Tertre
Petit message a la DCRI : Arretez de nous envoyer des propositions de dons de kalashnikov, on n’en a pas de utilité ! Le fameus rêve de « lutte armée » est bien celui de la Prefecture ! :)
18h12 : Ce soir Projection Lutte Anti THT / Convergence de luttes a la nouvelle maison, suici par une BOUM Anit Aeroport !!
18h : on cherche un vehicule, bien grand, pour recupérer des affaires au Tertre !
17h41 : les 10 fourgons de playmobiles sont en train de gaspiller de l’essence : partis du Tertre, revenus pour repartir direction de Temple. Ils ont laissé un 4/4 et un fourgon pour bloquer le carrefour de chênes de pérrière.
17h25 : 6 fourgons partent direction Temple ! Au revoir :)
16h48 : 10 fourgons de GM à Vigneux Super U, peut-être ceux-là qui sont partis au Tertre, peut-être d’autres, on sait pas. Peut-etre ils vont le cours pour la fête ce soir, mais on vous a pas trop invité...
16h39 : Les gendarmes ont décidé de laisser un vigile avec son chien tout seul à la maison, ce dernier a décidé en revanche de partir pour une balade avec son chien (pas mal comme idée on trouve !), du coup, la maison est occupée et tout le monde est invité à venir ce soir ( après construction bien évidement ! ) avec de quoi bouffer et manger pour fêter ensemble cette magnifique et forte résistance contre l’Aeroport à Notre dame des Landes ! YEAH :)
16h35 : la situation vers la maison occupée ne change pas trop, deux vigiles sont arrivés, avec leurs chiens, les gendarmes sont partis :)
16h02 : les gens par terre sont dehors la maison, poussés par les gendarmes sur le champ à côté, il y a 7 personnes sur le toit...
15h54 : la maison est encerclée, il y a 5 ou 6 personnes sur le toit, ça se passe pour l’instant calmement, vu le rapport de force disproportionné ! renfort demandé, en bon enfant pour soutenir de l’exterieur !
15h43 : les GM ont essayé de negocier avec les amiEs sur le toit de descendre sans arrestation, la réponse fermement NON ; recul de GM pour revenir la, ils sont en position de pousser les gens en bas dans la maison...
15h21 : les fourgons sont arrivées vers le Tertre à la maison nouvellement occupée. Les GM sont sortis des fourgons, il y a des gens à nous à l’intérieur et sur le toit. Renfort demandé !
15h18 : 9 fourgons de GM vus passant la maison rose en direction Pré Faillit, Tertre, centre Zad,
14h17 : La Maison au Tertre est occupé, il y a du monde, bon enfant ! Ce soir, il aura une fete au NoName, vennez avec des bottes, la musique et buvette si vous avez !!
12h10 : un chantier est en cours au No Name : quand les chats ne sont pas là, les souris dansent !
12h : une nouvelle occupation sur la Zad ! Invitation :
Du haut bocage de la région nantaise An 40 de la lutte Au 18e jour (environ) de la bataille Au petit matin pluvieux
NOUS SOMMES (TOUJOURS) TOU-TE-S DES HABITANT-E-S QUI RESISTENT
Aujourd’hui, 2 novembre 2012, au lieu-dit Le Tertre, des habitant-e-s sont de nouveau contraint-e-s à quitter leur maison et leurs terres.
Après trois semaines d’expulsions, de destructions et d’invasion militaire, Vinci et ses sbires continuent à essayer de vider la zone pour respecter le calendrier de leur absurde projet bétonneur.
Mais comme au Liminbout et aux Fosses Noires, nous sommes encore là pour empêcher la destruction d’un lieu de vie !
La résistance grandit de jour en jour. Nous sommes de plus en plus nombreureuses et de plus en plus résolu-e-s à défendre la ZAD.
A celles et ceux qui voudraient opposer habitant-e-s légaux/légales et illégaux/illégales, « opposants historiques » et « jeunes violent-e-s », voici une autre preuve que nous sommes tou-te-s des habitant-e-s qui résistent !
Et nous sommes tou-te-s là au Tertre à partir de vendredi midi pour un week-end de fête, de discussions, de retrouvailles.
Venez avec les gens que vous aimez, vos sacs de couchage, vos paniers remplis de victuailles et de toutes vos bonnes idées !
Ne les laissons pas détruire nos vies !
A chaque expulsion une nouvelle occupation !
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8h25 : finalement, ça ne serait pas des problèmes de communication mais juste qu’il ne se passe rien ... les flics font le pont ... du coup, y a qu’à en profiter pour reprendre des forces pour les prochains jours et les reconstructions à venir ( .. . parce que là, il pleut des cordes... )
7h : quelques problèmes de diffusion de l’information, on vous tient au courant dés qu’on a des nouvelles
5h45 : tout est calme sur la ZAD ...
Source : Zone à défendre
Vendredi 2 novembre
Mais si, les recours juridiques sont bien actifs !
#NDDL : Dans Libé Jacques Auxiette se trompe ou est de mauvaise foi quand il déclare qu’il n’y a plus de recours juridique possible. Il reste des recours juridiques et une procédure « pré-contentieuse » a été introduite par la saisine de la Commission des pétitions du Parlement européen pour non respect du droit communautaire (évaluation environnementale, Directive cadre sur l’eau, Directive Habitats, etc). La France pourrait donc bel et bien être condamnée. Et si le recours n’est pas suspensif, le gouvernement serait bien avisé de s’assurer de la compatibilité avec le droit européen avant d’entamer tous travaux... Ce ne serait pas la 1re fois que le Conseil d’Etat passerait à coté de l’application du droit communautaire sans prendre la précaution d’une question préjudicielle à la CJUE avant de rejeter un recours. Et c’est sans compter, qu’à ce jour, je n’ai pas eu connaissance (qu’on m’indique si je me trompe) que les réserves émises par le Commissaire enquêteur dans le cadre de l’autorisation « loi sur l’eau » aient été levées - faute de quoi son avis pourrait être considéré comme « défavorable »... A suivre.
Sandrine Bélier
Voir l’ITV de Jacques Auxiette dans Libération
Vendredi 2 novembre
Appel à mobilisation
Les travaux de démolition ont encore eu lieu hier et aujourd’hui [1 novembre] mais les opposants sont toujours là et aussi motivés ! Les tentatives d’enlèvement des nouvelles barricades installées n’ont pas abouti ; ce soir [1 novembre], la route de Fay/La Pâquelais est toujours coupée.
Les travaux d’ensilage ont pu avoir lieu avec quelques tracasseries cependant !
La coordination des opposants appelle à venir à Notre Dame des Landes vendredi 2 novembre : permanence à partir de 9H au local syndical (coin de la rue opposée à la mairie) à partir de 9H pour se rendre sur la zone ; prévoir aussi de se rendre à pied par ses propres moyens et avec des bottes à la Vache Rit.
Les demandes se tournent maintenant vers la nourriture : priorité aux fruits secs et barres de céréales, besoin aussi en oignons et ail ; apporter aussi grosses casseroles ou marmites.
Source : Acipa, Lettre aux adhérents et abonnés n°60/2012.
Jeudi 1 novembre
Le Far Ouest résiste victorieusement à deux assauts
Fixer la résistance et continuer à détruire la ZAD ailleurs, telle est la stratégie des forces de l’ordre depuis l’échec de la première phase de l’opération César. Stratégie à laquelle répond la mobilité des opposants, qui s’appuient sur leur connaissance de la zone et l’appui de la population locale pour surgir de partout et réoccuper, puis reconstruire, ce qui a été muré, vidé ou démoli.
Aujourd’hui [1 novembre], encore, les forces de l’ordre ont mené un chantier de démolition au Pré Failli, à l’ouest de la ZAD, tout en fixant la résistance au Far Ouest, qui est LE lieu de la résistance depuis la prise et la démolition hier de la cabane du Sabot. Ainsi, alors qu’à 11h30, la maison du Pré Failli était progressivement transformée en gravats, les policiers commençaient à affluer au niveau des barricades qui protégent la cabane du Far Ouest, et font les sommations à 11h53 puis chargent à force de lacrymo. A 12h10, ils prennent la barricade sud, mais celle-ci est remontée plus en arrière à 13h30. La résistance autour de celle-ci ralentit, puis stoppe le premier assaut des forces de l’ordre.
A 15h20, ils reviennent, accompagnés par la DDE, et passent par les champs pour éviter les chemins barrés. A 15h50, la pluie et la grêle se mettent de la partie : la nature protège ses défenseurs. Sur les champs gras, vite boueux, rien de lourd ne passe. A 16 h 40, les policiers reculent, après avoir arrêté deux personnes. Ils quittent la ZAD précipitamment avec leurs deux interpellés. Contactée par nos services, la préfecture déclare qu’il ne s’est rien passé aujourd’hui. En effet, deux assauts, une maison détruite, il ne s’est rien passé puisque le Phare Ouest tient toujours. C’est Ayraultbespierre qui doit être mécontent.
Polémique autour des méthodes des forces de l’ordre
Hier [31 octobre], les méthodes des forces de l’ordre sont devenues quelque peu brutales à l’égard des opposants perchés dans les arbres. En effet, à deux endroits différents de la ZAD, à la Saulce et au Bois de Rohanne, deux pelleteuses ont asséné plusieurs coups de godets puissants dans des arbres où des militants étaient perchés à dix –douze mètres de haut. Deux d’entre eux s’étaient étreints pour empêcher que les policiers les descendent, ils ont été brutalement descendus dans le godet de la pelleteuse et menottés deux à trois heures à un arbre. Contacté, le sous-préfet nous dit qu’il n’ « a pas reçu d’informations de ce genre » et que la procédure veut que les « personnes qui occupent des cabanes construites illégalement [soient] descendues, que l’on prenne leur identité et qu’elles [soient] immédiatement relâchées. »
Depuis le début de l’opération César, il y a eu plusieurs arrestations. Aujourd’hui encore [1 novembre], deux personnes ont été interpellées par les gendarmes mobiles auprès du Phare Ouest. Selon le sous-préfet, elles ont interpellées « pour avoir participé à un attroupement armé qui a lancé divers projectiles sur les forces de l’ordre ». Elles sont actuellement en garde-à-vue dans une des gendarmeries environnantes et devraient passer en comparution immédiate. La Préfecture de Loire-Atlantique explique faire attention à ses personnels et insiste sur la « dangerosité » des opposants qui lanceraient des « barres de fer et des bouteilles incendiaires » sur les policiers. Pourtant, nombre de témoins oculaires des événements concordent sur le pacifisme des opposants, en très grande infériorité numérique, et qui n’ont guère que des cailloux ou des légumes à opposer aux flashball et autres grenades lacrymogènes des policiers.
Parmi les occupants de la ZAD, qui comptent un médecin dans leurs rangs, il y de nombreuses personnes qui arborent de gros hématiomes et des balafres causés par les tirs tendus de flashball. Trois personnes ont été blessées le 30 octobre par des éclats métalliques de grenades assourdissantes. « Il n’y a pas pour l’heure de blessures qui nécessitent l’envoi de personnes à l’hôpital, on a ce qu’il faut pour les soigner sur place », nous confirme-t-on à la ZAD. « Mais, chaque jour, plusieurs accidents graves sont évités d’extrême justesse ». Asséner des coups de godets de pelleteuses sur des arbres sur lesquels sont perchés, en hauteur, des opposants pacifiques et désarmés ne relève ni d’une maladresse, ni d’un acte justifié par la « dangerosité » supposée des militants
Source : Breizh Journal
Jeudi 1 novembre
18h19 : tout est plutot calme on dirait....
16h22 : barrage aux Ardillières, ils fouillent les véhicules, contrôle d’identité !
16h40 : départ des flics... il y aurait deux personnes arrêtées
15h50 : du côté du farouezt, tout le monde est toujours à son poste : les flics repoussent, les résistant-e-s résistent : ça se passe entre le sabot et le pimki en ce moment. Aujourd’hui, déluge et grêle sont de la partie aussi ...
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A Paris, 15 h 30
Le PS se planque derrière les policiers
Twitt de Nico : "#NDDL Impossible de passer par la rue de Solférino pour le rassemblement contre l’aéroport #reseauFdG pic.twitter.com/GUKCWbyT"
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15h20 : les flics sont revenus, accompagnés de la DDE. ils ont fait les premières sommations et passent par les champs
14h50 : les flics y ont fait un nouveau petit tour ...
13h30 : la barricade sud du far serait remontée...
12h10 : 2 camions benne de l’entreprise transports ABLO accompagnés d’un Berlingo de gendarmerie ont été vus allant du chemin de Suez vers Vigneux. La barricade sud du Far (sur la D281) est prise par les flics.
11h53 : les flics chargent à la barricade sud du Far (sur la D281). Ils ont fait les sommations et chargent avec lacrymo. Il y a du renfort de notre côté mais les flics arrivent aussi du côté droit par le champ.
11h50 : les camions benne quittant le Pré Faillit déchargent les « déchets » sur la plateforme Keolis à Vigneux, le tout sans escorte.
11h45 : une quinzaine de fourgons de GM ont été vus stationnés sur un parking à un rond-point sur la route entre Nantes et Treillières.
11h40 : les flics prennent position au niveau de la barricade du Far, ils semblent vouloir l’attaquer.
11h28 : ils détruisent la maison du Pré Faillit, entourés de 4 fourgons de GM.
11h15 : 4 fourgons de gendarmes mobiles sont maintenant au niveau de la barricade. Ca se multiplie ...
11h10 : 2 camions et 1 voiture de flics vont de la Paquelais à la barricade sud du Far Ouezt. Ils sortent de leurs véhicules et observent la barricade.
10h50 : une dizaine de camions benne vont en direction du Pré Faillit, non escortés (mais les flics sont peut-être déjà sur place là-bas)
9h09 : cool, on sera calme aujourd’hui ! très bien, allez construire des cabanes :)
7h17 : Bonjour ! Rien a signaler, tant mieux, quand même pas aujourd’hui !
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Jeudi 1 novembre
Sabot Détruit mais la Conscience Collective est Reconstruite
Aujourd’hui, un jour avant la trêve hivernale, les forces anti-émeutes sont finalement parvenues à s’emparer d’un haut lieu de Notre-Dame-Des-Landes : « Le Sabot ». Le Sabot avait tenu bon face à la répression pendant plus d’une semaine. C’était un bastion de la résistance moderne. En détruisant ce lieu symbolique le préfet pensait affecter notre détermination à lutter, mais il s’est trompé ; notre volonté de résister s’en est trouvée accrue, et s’est propagée à l’ensemble de la France et au delà de nos frontières (Belgique, Italie, Espagne).
Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de lutte, à l’échelle nationale ; le Sabot est détruit, mais notre esprit de résistance, lui, renaît.
Ce n’est pas un jour ordinaire. C’est une nouvelle lutte qui commence. Un parfum de révolte plane depuis quelque jours en France. Nous commençons à sentir que la lutte de Notre Dame Des Landes est une lutte intergénérationnelle, mais aussi une lutte qui transcende les catégories sociales, ainsi une lutte définitivement légitime. La société s’oppose à la construction de cet aéroport.
Le Sabot nous a fait comprendre que tous les mouvements qui y sont opposés, si divers soient-il, pouvaient ensemble combattre et construire un avenir meilleur, en refusant la politique commune de la droite et de la « gauche ».
Le Sabot nous a fait réaliser que si l’un de nous tombe, il y aura toujours quelqu’un pour le relever. Que nous sommes liés d’une manière très forte à ce lieu, même si nous n’y sommes jamais allés.
Le Sabot c’est aussi une semaine de résistance qui nous a fait prendre conscience de la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons, de la mise à mal de la question écologique dans les débats publics, la crise écologique étant occultée par la crise financière.
Le Sabot a fait s’éveiller les Néo-Communards.
Le Sabot détruit mais la Conscience collective s’est reconstruite.
Pierre avec la correction de Elbéra
Révolution et libertés
Mercredi 31 octobre
Communiqué de presse – ZAD – La violence policière continue, la résistance aussi
Alors que les opérations d’expulsion se sont poursuivies mercredi sur la ZAD, zone menacée par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un nombre grandissant de voix s’élèvent contre la répression des opposants et exigent l’abandon du projet [1]
Aux lieux-dit le Sabot et les 100 Chênes, les forces de l’ordre ont dû intervenir à grand renfort de gaz lacrymogènes pour faire reculer les opposants et faire descendre de force les personnes qui défendaient les habitations en en occupant les toits.La violence a été une fois de plus disproportionnée, avec des tirs de grenades lacrymos et de flashball effectués depuis un hélicoptère sur des manifestants.
Dans la forêt de Rohanne, également menacée de destruction, il a fallu toute la journée aux gendarmes mobiles et à leur équipe de gendarmes de haute montagne pour déloger les habitants de quatre cabanes et détruire celles-ci. Au sol, de nombreuses personnes de tous âges, voisins, paysans, opposants venus de plus loin, ont soutenu celles et ceux qui résistaient perchés en hauteur. La encore de nombreux témoignages font part de violences excessives envers les occupants, étouffements, coups et doigts enfoncés dans les orbites.
« J’ai assisté toute la journée à l’intervention des gendarmes dans la forêt, et j’étais vraiment très inquiète d’autant plus que l’un d’entre eux est tombé d’une plateforme dans un arbre suite à une fausse manœuvre de sa part, ce qui fait douter de leurs compétences en terme de sécurité », explique une voisine présente dans la forêt.
La situation a poussé le Président du Conseil Régional des Pays de la Loire à des déclarations paniquées visant à faire taire les interventions publiques qui soulignent l’importance des enjeux autour de ce projet : destruction des terres agricoles, aménagement autoritaire du territoire, changement climatique, mythe de la croissance.
En prétendant qu’il était désormais impossible de stopper la construction de l’aéroport et en essayant d’appliquer la technique bien connue du « diviser pour mieux régner », M. Auxiette n’a fait que souligner la flagrance de l’illégitimité de ce projet. Il nie surtout que l’opposition au projet d’aéroport dépasse aujourd’hui largement le cercle de ceux qu’il continue, malgré l’évidence et l’énorme soutien qui leur est apporté de toutes parts, à qualifier de jeunes activistes isolés.
« Nous vivons tous sur la même terre, nous sommes tous concernés par ce qui se passe ici. Je ne fais pas confiance aux décideurs politiques. Ils nous ont bien prétendu que le nuage radioactif de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière française ! » rappelle un paysan breton venu sur place, qui ajoute : « J’ai d’ailleurs prévu de revenir le 17 novembre, pour la manifestation de réoccupation. »
[1] Après Paul Molac, député de la 4e circonscription du Morbihan, faisant part de son inquiétude quant au déploiement des forces de l’ordre pour chasser des opposants dont il a déclaré comprendre les motivations, l’ancien Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations, Patrick Warin a publié une lettre ouverte à François Hollande l’exhortant à abandonner le projet, tandis qu’une centaine de personnes ont assisté à la réunion d’organisation de la manifestation de réoccupation du 17 novembre prochain.
Source : Courriel à Reporterre.
Mercredi 31 octobre
Le sous-préfet bio applique la loi, mais est-elle légitime ? Rue 89
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21h30 : on a eu des problèmes à relater les infos, à cause de la présence militaire massive dans la zone. Les gendarmes ont d’ores et déjà prévenu qu’ils seront encore là demain. Récapitulons : les cabanes de la forêt de Rohanne ont été détruites. Les flics ont mis en danger à plusieurs reprises les habitantEs de la forêt qui sont heureusement en bonne santé et prêtEs à continuer la lutte et à reconstruire dès demain. Le Sabot a été détruit ainsi que les Sans Chênes et le No Name. Les flics n’ont quitté la zone que vers 21h. On nous a appris que dans la journée des personnes s’étaient faites tirer dessus à coup de flash ball et grenades lacrymos depuis les hélicoptères. Le Phare Ouest tient toujours.
On apprend par des personnes présentes dans la forêt de Rohanne que les policiers en ont tabassé plusieurs, dans les cabanes puis dans le manitou pendant la descente : coups de genou, cheveux arrachés, étouffements, doigts dans les yeux, autant de violence absolument inutiles de la part des représentants de l’"ordre" républicain.
18h29 : une pelleteuse continue à travailler dans le Champmé, avec des projecteurs
18h07 : bilan (d’après ce que l’on sait) du côté des interpellations d’aujourd’hui : 4 interpellé-e-s au Sabot, dont 3 dont on est sûr qu’illes ont été relâché-e-s ; 5 contrôles d’identité dans la forêt de Rohanne, qui ont été gardé-e-s une ou deux heures menoté-e-s à un arbre dans la forêt.
16h25 : les flics sont sortis de la forêt, un peu poussés par les gens présents au sol, à qui ils ont répondu par des lacrymo.
16h12 : les flics sont bien partis du côté du Phare !
16h45 : on cherche d’avoir des infos de nos amiEs au Phare Ouest, pas si mauvaise : le Phare est encore debout, on éspére que nos amiEs aussi, sur la platforme, pareil !
16h05 : une dépanneuse avec le mobilhome de Sabot est en train d’emmener affaires a NOUS direction St. Etienne de Mont Luc !
15h55 : il parait que la mission dans le forêt est abandonnée, les deux personnes dans les arbres très hauts ne sont pas évacuées. :) La cabane de filles au centre Zad dans le champmée ( en face de Sabot ) est détruit, le Phare existe toujours !
Pour info et pour se préparer à rigoler un peu : "Le magazine du Conseil Régional 44 devrait sortir demain avec en couverture le futur aéroport et un dossier intérieur promotionnel du projet d’Ayraultport."
15h40 : ils sont en train de déblayer une cabane du Champs mé
15h15 : 3 personnes ont été descendues d’une cabane de Rohane, il en reste au moins 3 au dessus des cabanes qu’ils détruisent.
ALERT : Perquisition à la sécherie !!!! ils essayent vraiment par tous 0les moyens de se ridiculiser !!!
Pour anticiper la fin de cette journée où de nombreuses personnes auront vu disparaitre leurs habitats, nous relançons l’appel à DONS A MATELAS, COUVERTURES et AUTRES MATERIELS DE COUCHAGE
14h45 : 80 flics signalés autour de la Sécherie pour une opération judiciaire ?
14h30 : deux de descenu-e-s (celleux de tout à l’heure), deux de remonté-e-s ! c’est ce qu’il se passe en ce moment à la forêt de Rohanne !
14h25 : des gens sont sur le toit du Farouezt, les flics sont au niveau d’une des barricades du Farouezt
14h15 : 2 autres personnes descendues ... mais combien sont-illes !!
14h : 3 personnes descendues de la cabane... et il en reste encore !!
13h50 : une des personnes de la dernière cabane a été descendue de l’arbre et emmenée (pour un contrôle d’identité ? on ne sait pas s’ils l’emmenent ailleurs ou s’ils font ici)
13h25 : les "forces de l’ordre" s’attaquent au dernier arbre à cabane de la forêt de Rohane
13h15 : les flics sont autour dans les champs autour du Far ouest
12h55 : les flics ont dégagé toutes les personnes qui étaient au sol
12h40 : des gens se sont "encordé-e-s" au pied de l’arbre où se trouve la dernière cabane de la forêt de Rohanne, les flics commencent à les virer. Ils ont éloigné le reste des gens qui étaient en soutien au sol.
12h20 : on apprend que la cabane du Sabot a été détruite.... plein de belles choses s’y sont passées ces derniers jours, avant aussi, et il s’en repassera ! Resistance is fertile ! Les flics sont entrés aux 100 chênes, ils ne sont pas encore au Far Ouest dans la forêt, ils commencent à détruire une troisième cabane. La forêt est toujours accessible par l’ouest, et du soutien toujours le bienvenu !
11h50 : toujours des gens dans une cabane dans un arbre et au dessus d’une autre cabane. Ne pas hésiter à venir les soutenir d’en bas !
11h30 Debrief de journée : Sabot : les flics ont la cabane, la physionomiste a pris le maximum des informations sur place. Phare Ouest : il y a beaucoup des fourgons en face de barricade, il y a un peu de tension, a suivre forêt de Rohanne : le bonhomme tombé est en train de se faire soigner par les pompiers, le manitou est trop petit pour accéder aux gens sur les arbres. Ils sont en train de détruire une cabane avec une pelleteuse, sans faire attention que il y a encore une personne plus haut dans le même arbre. Courage copine ! on t’aime !!
11h27 : le héli revient ! Phare Ouest tient encore des barricades.
11h15 : ils détruisent une des cabanes dans un arbre à la pelleteuse. Il y a une personne plus dans les arbres au dessus de cette cabane.
11h : nouvelles de la forêt de Rohanne : 2 cabanes sont en train d’être détruites, une par une pelleteuse, une autre par une équipe de grimpeurs. Il reste encore 2 cabanes intactes, et leurs occupant-e-s ! Il y a eu une tentative de descendre une personne avec un manitou, mais le bras était trop court pour l’atteindre...on pense à vous !
10h20 : nouvelles du Sabot : la cabane a été vidée de ses occupant-e-s, les flics seraient montés sur le toit. La circulation (piétons compris) est bloquée du Pimki jusqu’au No name, des flics seraient cachés dans les champs de maïs... forêt de Rohane : de nouvelles pelleteuses arrivent. Il reste des personnes dans les arbres où se trouvait la plateforme collective ! Dire que le sous-préfet est persuadé que la forêt de Rohane a été évacuée hier ...
10h : forêt de Rohane : les flics ont descendu les personnes qui étaient sur la plateforme, il n’y aurait pas de blessé ( même si qq’un s’est cogné la tête) . Un des grimpeurs des flics était resté sur la plateforme, a coupé une corde et est tombé. La plateforme lui serait ensuite tombée à proximité ... il parait que ça n’empêche pas les travaux de continuer... c’est vrai que la solidarité n’est pas ce qui caractérise les flics ...
9h50 : dans la forêt de Rohanne, ils détruisent la plateforme de la cabane collective à la pelleteuse et au manitou.
9h25 : le sous-préfet est aux 100 Chênes... et essaye de discuter pendant que les pelleteuses sont en action dans le champ du Sabot. On leur a pas dit qu’on reviendrait ? Les flics continuent les contrôles d’identité (avec la physionomiste) des gens qui sont dans la cabane, et refusent de laisser la boisinière sortir .... du côté de la forêt de Rohanne, les grimpeurs se mettent en place autour de la plate-forme de la cabane collective ... 9 fourgons de flics ont été vus sur la route entre les Ardillières et NDDL ( en direction de NDDL)
8h50 : les dernières nouvelles du Sabot : les flics seraient en train de contrôler les personnes dans la cabane (identité) , pas de nouvelles des gens du toit, et un convoi de pelleteuse, camions bennes, dépanneuse en vue. Une des personnes arrêtées devant le sabot aurait été relâchée. Dans la forêt de Roahnne, une trentaine de GM et 6 grimpeurs ont été signalés, les gens au sol se sont mis en tortue... n’hésitez pas à venir les rejoindre !
8h25 : l’huissier est arrivé et demande aux gens de descendre du toit.
8h18 : confirmation de deux arrestations, violemment semble-t-il, devant la cabane du Sabot.
8h10 : les flics sont entrés dans la cabane du Sabot, mais il y a toujours du monde sur le toit ! il semblerait que les camarades demandent l’intervention d’un huissier ( ... celui qui n’aurait jamais eu les papiers qu’il faut les fois précédentes ? !!)
8h00 : il y ad u monde sur le toit de Sabot, de gens dedans, il resistent ! VINVI DEGAGE et rammene tes chiens de Garde mobiles !! Tennez Bon les amiEs la bas, on est avec vous !!!
7h59 : Sabot - au tour de cabane tout est lacrymogéné, les flics sont au tour a 5 metres de distance.
7h55 : de tirs de lacrymo, encore un coup de boor1. Vers la forêt, il y a environ 10 fourgons de gm vers le fôret de Rohanne.
7h50 : donc, la circulation aux carrefours Ardillières, Fosse noires/Fôret de Rohanne, Paquelais est bloquée, les gendarmes sont là où ils veulent intervenir aujourd’hui : Au Sabot 4 fourgons de GM qui viens de arriver. Premiere sommaiton au Sabot
7h23 : deux fourgons aux Ardillières, aussi a Notre dame des Landes et l’Epines. Ils sont aussi massivement vers notre magnifique Fôret de Rohanne. Et le Hélico est la et déviens plus et plus offensif, vol très bas et fait passer les sirenes parfois.
6:55 : Bonjour ! Rien a signaler pour l’instant...
Mardi 30 octobre
Témoignage de Geneviève Coiffard-Grosdois :
TERRE MÈRE N’EST PAS À VENDRE ! VIVRA NOTRE DAME DES LANDES !
Tous les jours de nouveaux slogans sont inventés ! en titre, le plus beau d’hier mardi, à mon point de vue !
Significatif, je suis restée SEULE dans la maison de la Saulce (expulsable depuis le 27 octobre), pour ne pas qu’elle reste vide en attendant l’investissement par les gendarmes mobiles, parce que TOUTES LES AUTRES PERSONNES avaient choisi d’être SUR LES BARRICADES ou en soutien direct à celles-ci (clowns, batucadas ds les champs, grimpeurs ds les arbres...).
A l’expulsion de la maison, les flics m’ont menacée de m’embarquer si je ne reculais pas : j’ai dit ’faites, çà me permettra de compléter ma plainte’. Après consultation express des gradés, il n’en a plus été question.
Manif de soutien, à partir de Nddl, tracteurs vers le Sabot, tout est soi-disant bloqué mais çà passe quand même !
Alors que le début de la matinée avait été très difficile, il sortait des gens de partout (bois, champs....) en soutien en fin de matinée et l’après midi. C’était extraordinaire !
Source : Courriel à Reporterre.
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20h : AG sur la ZAd ! On est peut être pour un petit moment pas très active ici, si jamais il n’y a pas des interventions. Sinon on sera au retour comme depuis 16 jours :) entre temps lecture : http://pays-de-la-loire.france3.fr/...
Message a vous qui nous suivent içi : merci pour le soutien, restez avec nous, demain sera un autre jour de folie et on sera encore la :)
19h33 : 7 camions de GM été vus entre Nantes et Zad, direction ZAD. PF, laissez nous tranquilles ce soir, vous avez détruit assez pour aujourd’hui. Les deux amiEs de la Saulce sont liberés ! :) Bienvenue a la maison nos amiEs courageuses, on vous attend avec impatience !
19h14 : les flics sont partis de Sabot, en disent a demain...
19h05 : En attend des nouvelles de nos amiEs dans les lieux differentes, voici un peut de lecture, envoyé en solidarité :
Le prefet de Loire Atlantique et sa famille descendent de la famille Galliard de Lavernée, anobli en 1747 en Franche-Comté fait partie de l’Association de la Noblesse Française.
Elle fait partie des quelques "familles subsistantes de la noblesse française". ce sont des familles qui peuvent prouver qu’elles descendent en lignée naturelle (sans adoption), légitime et masculine d’une personne ayant obtenu la qualité de noble, reconnue ou attribuée par un pouvoir souverain, en France et la faculté de transmettre cette noblesse.Il était aussi exigé de la famille qu’elle n’eût pas quitté ou abandonné l’état noble. En effet, pour qu’une famille restât reconnue noble et fût maintenue, il fallait que ses membres eussent toujours continué à vivre de revenus nobles en exerçant des emplois nobles (militaires, administration civile, charges judiciaires, ecclésiastiques, arts libéraux), et qu’ils n’eussent pas exercé de profession dérogeante, c’est-à-dire dont le principal but est de gagner de l’argent comme le commerce, la marchandise, le courtage, la banque, mais aussi les activités artisanales et industrielles (à l’exception de l’exploitation minière, de la sidérurgie et de la verrerie), l’agriculture (sauf pour soi-même). AHAHAH
Le prefet (cher enculé de sa noble race) dicte ses lois, il se croit encore noble et royaliste, il nous prend pour des boufons mais NOS GUILLOTINES SONT SORTIES
19h00 : deux détenues au le fôret de Rohanne vers 18h pour ID
18h50 : deux personnes évacuées des arbres au fôret de Rohanne, unE liberé, l’autre verification ID/interpellation, pas encore très claire. De la Saulce ou de Sabot on en a pas des nouvelles.
Bientôt finde journée AG sur la ZAD pour faire une point sur le journée et demain ! En tout façon, malgré sette journée dure, intense et violent, on est encore la, on reste, parce que on vie içi et on reste içi :)
18h16 : les flics partent de la fôret, avec leurs machines. Pas trop tôt. Au Sabot il est calme. La Saulce, on sais qu’il y a encore au moins une person dans les arbres, pas des nouvelles si’il y a encore des travaux.
18h12 : une arrestation dans le forêt de Rohanne, l’amiE n’a pas eu ses papiers. WoW.
18h01 : ca commence d’etre dangeureux dans le forêt, il fait froid et presque nuit, personne, de nous, peuve s’approcher, on a seulement tres peu de contact avec nos amiEs qui rapportent une enorme violence de coté gendarmes. "ils cassent tout, ils saccachent tout, le forêt dit merci a AYRAULT !"
17h58 : au Sabot il y a des gendarmes qui craquent en façe des gens qui explique pourquoi on résiste ! DEMISSIONEZ !
En attendant des nouvelles de nos amiEs de la Saulce, Fôret et Sabot, je m’etonne quand même de cette ridicule "victimisation" des gendarmes, transmis par la préfecture. 2 jours ITT pour coupure de doigt. Avec des larmes dans les yeux, je rigole de cette pauvre déclaration ! Ici on compte même plus les petites bobos comme des bleus fait avec des flashballs ou mauvaise utilisation de lacrymo ( tir tendu), des éclats partout dans les corps de nos amiEs qui seront marqués pour toujours avec des bouts de metal par des grenades assourdissantes.
17h53 : les cabanes qui sont vides dans le forêt sont détruites tout de suite.
17h45 : ils ont evacué deux amiEs de la Cabane dans les arbres sud de forêt de Rohanne
17h27 : dans le belle forêt de Rohanne, il y a 6 grimpeurs pour chaque personne dans les arbres. il n y a pas beaucoup du monde en soutien en bas, grace aux forces de desordre qui aiment mieux a faire leur sale boulot sans être vues, ni par le soutien, ni des cameras.
17h18 : à la Saulce, les pelleteuses donnent des coups de pelle au arbre au il y a une Person dessus
17h07 : au Sabot, des gens se sont mis par terre et bloquent avec leurs corps le chêmin de la pelleteuse qui veut avancer vers le Sabot
17h00 : La Pelleteuse est en train de détruire la barricade nord de la Saulce
16h50 : les machines de destruction préparent leur chêmin vers les 100 chênes, tout pareil comme pour le Sabot, vu que ce dans la même parcelle, ils ont pas les bonnes documents pour détruire les lieux la, dans ce moment.
16h43 : un manitou sorts de la saulce, direction carrefour, ils ont détruit une maison dans une arbres ou il y a plus haute encore une cabane avec une person dédans. Fôret de Rohanne ; ils commence de détruire les cabanes dans les arbres
16h26 : sur la barricade nord de la saulce, qui n’est plus existente, les gens encore face au face avec les assasins. L’heli est parti en passent des sirenes et volent plus bas possible pour montrer ça dominance. A la Saulce, il y a encore des gens dans des arbres.
16h15 : les assasins sont au tour de campement centre de la forêt de Rohanne en train de détruire les affaires par terre, ils cherchent dans quelle cabane ou dans des arbres s’il y a des gens. En bas de la cabane coté sud, il y a encore un vingtaine de flics et le grimper qui se prépare de monter. La "petite" charge a la barricade nord de la saulce a couté 3 blessés avec des éclats de grenades assourdissantes !
D’autres infos sur la situation à la Saulce sur le site de 7seizh.
16h : Dans la forêt de Rohanne, il y a une vingtaine de flics dans la forêt il n’y a que 2 personnes au sol, d’autres dans les arbres ; il manque des papiers pour pouvoir expulser le Sabot et les 100 chênes ; 3 personnes ont été blessées par des éclats de grenades assourdissamtes près de la barricade au nord de La Saulce
15h48 : À la barricade au nord de la Saulce ; il n’y a plus de barricade entre les opposants et les flics, face à face.
15h44 : Les flics ont passé la barruicade au nord de la Saulce, ils passent aussi par la forêt juse à côté et ont lancé des flashballs.
15h42 : Gros déploiment de flics à la barricage au nord de la Saulce. On entend des tirs de grenades assourdissantes.
15h32 : Une grosse pelle mécanique et décendue de son porte-charge et se dirige vers le Sabot
15h15 : Le directeur du cabinet du préfet est aux Planchettes pour annoncer que toutes les habitations illégales sur la ZAD seront expulsées dans les prochains jours.
15h07 : Les forces de la république démontent les barricades du chemin de Pimky (au nord su sabot)
Un extrait du communiqué de presse de la préfecture d’aujourd’hui :
[...] Le Préfet de la Loire-Atlantique, au terme de la procédure judiciaire, a accordé le concours de la force publique aux huissiers chargés d’assurer les expulsions. [...] La troisième intervient ce jour sur le site bâti au lieu dit la Saulce à Vigneux-de-Bretagne et sur les squats non bâtis du Sabot, des 100 Chênes sur cette même commune et sur la Lande de Rohanne à Notre-Dame-des-Landes. [...]
14h42 : Une pelleteuse et deux camions-benne ont été aperçus sur le chemin de Suez en direction de la Lande de Rohanne.
14h35 : Sous la cabane en question à La Saulce, ils menaceraient (verbalement) de couper l’arbre…
14h25 : À La Saulce, un buldozer donnerait des coups dans un arbre dans lequel il y a une cabane occupée.
13h39 : tout est tranquille dans la forêt de Rohanne, les tirs de grenades devaient provenir de l’orée de la forêt, proche d’une permière cabane.
13h33 : Sitting devant le sabot : les opposants sont plus nombreux aue les flics.
13h10 : les pelleteuses commencent leur travail de mort, la maison de la Saulce en fait les frais.
13h : les flics sont dans la forêt de Rohanne, on entend des tirs de grenades assourdissantes. Ils rencontrent une résistance. Au Sabot des groupes de playmobiles tiennent les accès nord et sud mais nous tenons la maison et le potager. A la Saulce les pelleteuses se rasssemblent et tentent de se frayer un chemin vers la maison. Les cabanes dans les arbres résistent toujours même si deux d’entre elles, vides d’occupantEs, ont été détruites. Les barricades sont démolies peu à peu mais nous tenons encore. De nombreusEs participantEs de la manifestation interdite ce matin (au nom de la sécurité des manifestantEs ah ah ah) ont rejoints la barricade nord.
12h35 : la volaille tient le carrefour de la Saulce. Des grimpeurs essaient apparamment de déloger les habitantEs des cabanes perchées de la Saulce, pour l’instant sans succès. Une machine de démolition a été signalée sur la route entre la D81 et l’Isolette. Ils peuvent détruire nos maisons ils ne pourront pas nous faire quitter la zone. Le Sabot est toujours entouré mais pas pris.
12h : les flics tiennent le carrefour et commencent à démolir les barricades. La batucada continue à jouer dans les champs : "Vinci dégage, la terre ça se partage".
11h55 : une partie de la manif arrive sur le D81 vers la barricade Nord du carrefour du Moilin de Rohanne près de la Saulce.
11h40 : la destruction des barricades continue lentement au carrefour du Moulin de Rohanne près de la Saulce.
11h20 : une trentaine de tracteurs de camarades sont devant les Planchettes. Les flics menacent de faire usage de la force si ils ne partent pas dans 10 minutes.
11h10 : à la Saulce deux cabanes dans les arbres et une au sol seraient détruites par les flics. Il reste au moins une cabane occupée et un camarade perché dans un filet.
11h00 : des flics font des tirs tendus de flash-ball dans les champs près de la Saulce. A la Forêt de Rohanne, les flics sont en ligne sur le chemin parallèle au chemin de Suez et progresse dans la forêt.
10h55 : une partie de la manif arrive sur le D81 vers la barricade Nord du carrefour du Moilin de Rohanne près de la Saulce.
10h50 : un buldozer est en train de détruire les barricades autour du Sabot. Des camarades sont toujours dans la cabane du Sabot.
10h45 : les flics refusent l’accès à la zone à la manifestation partie du bourg de Notre-Dame en prétextant la "violence" des opposants déjà sur place. La manifestation repartirait vers le bourg
10h40 : la destruction des barricades continue lentement au carrefour du Moulin de Rohanne près de la Saulce.
10h40 : une pelleteuse est arrivée au carrefour près de la Saulce. Les camarades dans les arbres à la forêt de Rohanne de voient pas de flics directement. Le manifestation est bloquée à la Primaudière.
10h20 : il y a maintenant 200 personnes rassemblées dans le bourg de Notre-Dame, des tracteurs arrivent.
10h20 : une trentaine de tracteurs de camarades sont devant les Planchettes. Les flics menacent de faire usage de la force si ils ne partent pas dans 10 minutes.
10h11 : la barricade est s’est enflammée du côté de la Saulce
10h09 : des gardes mobiles arrivent à pied vers la barricade est de la Saulce
10h05 : une dizaine de flics armés de flashball s’est postée en ligne en bas des cabanes de la forêt de Rohanne
10h : plus de 100 personnes sont rassemblées devant la mairie de NDDL, avec des tracteurs !
9h55 : arrivée de bulldozer et pelleteuse du côté du Sabot, accompagnés de 7 cars de policiers. Les flics commencent à s’organiser en groupes mobiles pour pouvoir suivre les groupes mobiles d’opposant-e-s.
9h50 : les flics commencent à contourner la forêt de Rohanne, ils n’auraient pas l’air à l’aise en forêt, 10 camions de GM ont été vu partant de NDDL vers la ZAD
9h40 : les personnes dans les cabanes de la Saulce y sont toujours ! l’expulsion n’a pas commencé là-bas des flics sont dans le chemin de Suez au niveau de la forêt de Rohanne
9h40 : annonce d’une autre personne touchée au genou par grenade assourdissante des fourgons de renforts arrivent vers le carrefour de la Saulce par le chemin de suez, 8 autres fourgons ont été vus de la Boissière vers NDDL
9h23 : tirs de flashball, une personne a été touchée
9h15 : du côté de la Saulce, on entend la batoukada mais aussi des grenades assourdissantes. Un flic aurait été touché par une grenade de ses camarades et rapatrié dans ses rangs.... La situation reste stable au Sabot, avec des flics positionnés dans le champ mais immobiles.
9h05 : les flics détruisent les cabanes au sol dans la forêt de la Saulce. Il y a toujours des camarades perchés dans les arbres. Du côté du Sabot, ne machine est un train de détruire une barricade sur la route de la Paquelais au niveau du Phare Ouest.
9h : la battuc rythme la résistance aux barricades de la Saulce, les flics se font repeindre leurs boucliers au niveau du Sabot où ils sont positionnés devant la cabane
8h55 : les flics ont des grimpeurs et une tronçonneuse dans le bois de la Saulce. Ils sont informés qu’il y a des gens dans les arbres. Il y aurait une interpellation (à La Saulce ?). Les flics reculent à la barricade Nord de la Saulce.
8h50 : la ZAD reprend l’offensive depuis le centre de la Saulce et depuis une barricade ! courage et rage !
8h40 : une soixante de GM sont entrés dans le champ du Sabot après quelques confrontations, ils sont devant la maison
8h39 : arrivée d’une quinzaine de fourgons du côté du Sabot, qui ont franchi la barricade enflammée, les flics sont au centre des barricades de la Saulce : qu’ils y restent !! les barricades est et nord tiennent toujours ! des gens arrivent d’ailleurs une fumée noire s’en dégage, des détonations sont entendues
8h32 : les flics ont passé les barricades et sont entrés dans la Saulce, et cherchent les cabanes. Au niveau du far ouest, les véhicules de flics sont toujours bloqués par la barricade en feu, au niveau du Sabot, les flics sont à pied en ligne sur le chemin
8h25 : ils arrivent au niveau des barricades de la Saulce construites ce we sur la D81, par le Nord et le Sud : la résistance commence là aussi.
8h20 : la Saulce est aussi une destination policière ... 3 camions s’en approchent par le chemin de Suez au niveau des Ardillières, les flics laissent passer les piéton-ne-s (et les tracteurs) sur présentation de la carte d’identité
8h10 : l’hélico a fait un petit tout de reconnaissance au dessus de la Saulce.
8h05 : les flics se positionnent autour du Sabot, par le champ en face et essayent de passer par le chemin du Pimki Courage là bas !
8h : les flics sont entrés dans le chemin entre le Sabot et les Cent Chênes.
7h50 : les flics sont entrés dans le chamin derrière le Sabot au niveau de Pimky.
7h45 : les camarades demandent des renforts au niveau du Sabot
7h30 : situation à NDDL : 2 fourgons et 2 voitures sont stationnés devant la Poste, un fourgon devant la cantine, et une voiture bloque la route en direction de la Paquelais. L’hélicoptère est arrivé.
7h30 : les flics ont passé la première barricade sur la route au niveau du Far ouest, de nombreux véhicules stationnés derrière cette barricade. Une trentaine de flics se dirigent vers le Sabot, une trentaine vers le Far Ouest. La résistance commence.
7h20 : plusieurs fourgons sont arrivés devant la barricade du Far Ouest ( en provenance de la Paquelais) : la barricade est en feu
7h10 : la circulation est bloquée aussi au niveau du carrefour de la Boissière par une voiture de flics : ils laissent passer les "locaux"
7h : les flics ( 2 fourgons ) laissent passer les personnes à pied au niveau des ardillières
6h20 : circulation bloquée aussi depuis NDDL et Vigneux ...
5h50 : une voiture bloque depuis la Paquelais vers NDDL et Fay
5h30 : deux voitures de flics bloquent la circulation depuis les Ardillières en direction de Vigneux
Lundi 29 octobre 2012
ACIPA : URGENT :
Il semble qu’une opération de grande envergure se prépare pour demain mardi 30 octobre ; de nombreux convois de police arrivent de toutes parts vers Notre Dame des Landes
Nous lançons donc un appel à rassemblement le plus tôt possible - 5H du matin à la Vache Rit - 9H à la permanence de Notre Dame des Landes (angle de rue opposé à la mairie)
Faites passer le message et soyons très nombreux !
Acipa, Lettre aux adhérents
.........................................
22h : fin de journée, avant le début de la prochaine....
20h20 : une voiture de gendarmerie fait des allers retours entre la Vache Rit et Notre Dame des Landes. Prudence.
20h : On nous signale que les travaux continuent au Pré Failly sous l’habituelle protection policière. La route est bloquée.
17h : Et 17 bétaillères remplies de CRS vers Niort (sur la route Bordeaux-Nantes), en direction de Nantes... Ça sent l’intervention à plein nez !
15h46 : 3 colonnes de 10 camions de CRS ont été vues entre Angers et Nantes... C’est pour nous ?
15h28 : Travaux (sûrement de désamiantage) au Pré Failli ; 2 hélicos survolent la ZAD
11h40 : tout est calme, les flics semblent avoir déserté la zone, on en profite pour reprendre des forces sur les barricades et dans les lieux. Il y aurait toujours 17 fourgons de flics en face du « Palacio » à Vigneux.
10h35 : 3 fourgons de flics et une Clio sont arrêtés au Pré Failly.
10h20 : les flics présents du côté du Sabot et du Phare Ouest repartent vers les Ardillères.
10h07 : après que les camarades au Phare aient répondu qu’ils étaient nombreux et qu’ils ne fallait pas qu’ils s’avancent. Les flics reculeraient. 3 fourgons de flics sont toujours en place du côté de la Bellich avec un fourgon de communication. 3 fourgons de flics sont aussi du côté du Pré Failly.
10h05 : les flics et l’huissier posent des questions aux camarades (nombre de personnes présentes, veulent-elles décliner leur identités, ce qu’ils comptent faire, ...)
9h53 : au Phare Ouest, les flics demandent à parler aux gens
9h45 : des gendarmes sont présents à la barricade sud de Phare Ouest et se sont dirigés vers le chemin, les camarades demandent du renfort là bas ; d’autres flics sont toujours à la Gare, demande de renforts aussi. A la cabane des Fosses Noires, l’huissier a déposé un papier.
9h30 : y’a des flics du côté de la Gare de Vigneux, ils auraient fait le tour des lieux.
9h21 : 3 camions de gendarmes mobiles au carrefour Fosses Noires/Sabot et un devant l’entrée du Sabot. Ils descendent de leurs véhicules.
9h05 : il ne reste plus que 2 camions de gendarmes qui s’emmerdent à la Bellich’. « Si la république ne réussit pas à récupérer la zone, il faut s’inquiéter pour la république. »
8h40 : l’huissier a demandé si les gens voulaient partir. Les camarades on répondu « non ». Les flics et l’huissier reculent.
8h37 : un huissier est présent avec les flics du côté du Sabot
8h35 : les flics déployés autour de la Bellich’ avancent vers le Sabot. Ils seraient arrivés à la 1è barricade à l’est sur le chemin de la Bellich vers le Sabot.
8h25 : autour de la Bellich’, 4 camions de gendarmes et des flics prennent position dans les champs là bas (pourquoi ? mystère)
8h15 : « plein » de flics sur la route du Tempe vers Notre-Dame-des-Landes
8h : l’hélicoptère est entendu dans le coin. Deux camions de gendarmes mobiles casqués seraient vers la Bellich’.
5h06 : Bonjour ! Tout est calme içi. Tout ? Nan, il y a quand même la Batucada qui joue, A 5 h du mat, normal.... :)
1h04 : ...de la Bourgogne ils viendraient....ICI, tout se passe bien, ça caille mais on se tient chaud entre nous :) Dormez bien et restez avec nous demain matin a l’aube !
Dimanche 28 octobre 2012
20h00 : petite annonce ... on profite un peu du fait que du monde lit ce site régulièrement ... un ami est bloqué en stop du côté de la Roche sur Yon ... si quelqu’un-e passe par là dans l’heure qui suit, merci de nous envoyer un mél ...
19h : la nuit tombe, les gens se dirigent vers le « cinéma » de la Vache Rit : Ce soir : projection de films réalisés depuis le début des expulsions, d’autres se préparent à fêter un week-end de présence sur la route... des rencontres à tous les coins de routes, des discussions.... on vous dit que la vie continue ici !
16h56 : 2 BMW tout neuf et remplis avec des gendarmes et la phyisionomiste se baladent au Fosses noires, suivis quelques minutes après par un fourgon GM.
15h38 : des réunions, des rencontres avec plein des gens qui viennent nous voir sur la Zad le moment de weekend, tout se passe plutôt calme et les gens peuvent circuler et venir nous voir ! Bonheur et soleil :)
On a reçu des infos de Toulouse : Rassemblement de 11h au congrès du ps à Toulouse impossible, toutes les entrées bloquées par les flics... Ils sont partout, mais nous aussi : certains ont pu s’approcher du parc des expos (notamment des clowns arrivés en avance), mais ont fini par être refoulés jusqu’à ce qu’ils bloquent vraiment les voies d’accès ; après quoi le rassemblement a quand même eu lieu à l’extrémité d’un des 2 accès (sur l’un des 2 ponts qui traversent l’île où se trouve le parc des expos), jusqu’à la fin officielle du congrès.
15 h00 : survol d’hélico
14h00 : toujours pas de gendarmes à l’horizon, ce qui laisse du temps pour faire plein d’autres choses et continuer à s’organiser : reconstruire, défendre, cueillir des champignons, préparer la soirée ou faire des crumbles aux pommes ! On profite même du changement d’heure pour être presque dans les temps (découvrir qu’on a une heure d’avance sur le progamme des trucs à faire, c’est du luxe ...)
09h02 : La matinée avance, on ne peut plus calmement pour cette période... Les pioches ont chauffé toute la nuit... la libération des routes se poursuit ...
Samedi 27 octobre 2012
soirée : le four à pizza est entré en action sur le tronçon de route dégagé de la circulation autour de la Saulce
17h08 : Peu d’infos sur ce fil aujourd’hui, c’est qu’il y a peu de changement dans ce qu’il se passe... : les barricades se montent, les cuisines cuisinent, les discussions se suivent ( et se ressemblent ?) , le soleil brille La D81 est toujours bloquée pas des camarades devant La Saulce, expulsable depuis ce matin : Le texte écrit à cette occasion :
Ils nous mettent à la rue, on occupe la route !
Hier, dans la nuit de 26 Octobre, on a libéré une partie de la route entre Vigneux-de-Bretagne et les Ardillères, pour en faire une zone de libre expression. Pour protéger cet espace nouvellement libéré on a construit des barricades à notre façon. C’est sûr qu’on entrave la libre circulation des machines et voitures qui roulent au pétrole, mais on a ouvert cet espace pour la libre circulation des individus, des espèces naturelles, qui sont souvent écrasées par ces machines.
Depuis deux semaines, la Zone à Défendre est bouclée par des centaines de flics et de militaires, qui tiennent les carrefours stratégiques et bloquent les routes. Les gens se sont fait jeter de chez eux par la force, ils ont dû subir le spectacle de la destruction de leur maison et de leur lieux de vie. Ça fait déjà onze lieux rayés de la carte par l’État pour le bénéfice de Vinci. D’autres destructions et expulsions sont prévues pour cette semaine.
Ils nous jettent à la rue, donc on assume et on l’occupe ! En occupant la route, on créé un moment éphémère dans cette lutte contre l’aéroport Grand ouest. Un moment de rencontre pour celles et ceux qui participent à cette lutte, un moment pour montrer que même si des maisons sont expulsées et détruites, ainsi que des jardins collectifs et des potagers, cela n’entame en rien notre détermination. Rejoignez-nous pour faire la fête, partager de moments de joie et de rage. Nous voulons partager un moment ensemble, sur ces routes que l’on traverse à toute vitesse, nous voulons prendre le temps d’échanger nos idées et nos initiatives pour cesser de courir tête baissée vers l’abîme.
Ils nous encerclent et quadrillent la zone en contrôlant les routes, on répond par le blocage de ces axes qu’ils empruntent pour nous expulser. Ils détruisent nos maisons, nos cabanes, on détruit la route par laquelle ils acheminent les machines qui font le sale boulot. Ils pensent pouvoir se débarrasser de nous, de notre lutte contre l’aéroport et son monde, ils doivent savoir qu’à chaque fois qu’ils nous chasseront, nous reviendrons occuper. Faire la fête dans un endroit qui paralysera leurs chantiers, dans les maisons qu’ils murent, sur les routes qu’ils construisent, dans les forêts qu’ils veulent raser, on ne les laissera pas tout détruire dans le silence. Nous danserons et chanterons sur leurs ruines jusqu’à ce qu’ils mettent fin au saccage organisé de ce monde.
Des occupant-e-s enragé-e-s de la D81 !
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7h45 : oups, on dirait que la nature se défend et a cassé un bout d’asphalte sur la route entre les Ardillières et Vigneux de Bretagne. Du coup, la route n’est pas praticable pour les voitures. Il nous semble qu’il y a un panneau « Route barré » aux Ardillières pour prévenir, il y a quand même des voitures qui passent et font demi-tour. On s’excuse pour l’énervement en ce samedi matin :)
6h25 : Good Morning ZAD, we love you ! Tout va bien, le barricadefête autour du carrefour Fosses noires/Vigneux/chemin de suez est encore sur place, le petit déjeuner est en place :)
Vendredi 26 octobre 2012
1h59 : bonne nuit et à demain ! :)
00h39 : le fête continue, la route est bloqué ! :)
23h : tout se passe bien, pas de visite désagréable vers la fête de résistance sur la ZAD :)
21h57 : il y a une manif qui vient de passer en face de chez nous, avec une batucada et on sait pas combien personnes dérrièrre qui marche direction La Saulce, il nous semble qu’il aura une petite fête qui s’installe ...... :)
17h48 : on se prépare pour le début de la semaine de résistance contre les expulsions, pas trop de choses autre qui se passe niveau flics. Tant mieux :) on reste içi dérriere les ordis pour vous tenir en courant de déroulement de ce soir.....la fête commence bientôt,
16h41 : en a l’impression que la meute est parti en weekend depuis les Ardillières, c’est bien, ils vont pas nous manquer, et on peut lancer la semaine de résistance qui commence CE SOIR 21H a la vache rit !!! Venez nous joindre ici, des bottes, une frontale et hop !!!!
15h20 : les flics au Ardillières sont repartis vers Notre dame des Landes, apparement ils étient avec la police scientifique ( eux qui s’interessent pour l’ADN par example ), les flics font leur tour en bagnole aussi vers le Liminbout. C’est bon les gars, vous avez assisté la déstruction la bas, laissez nos voisins tranquilles !
14h45 : par surprise on aprend pourquoi ils sont venus vers la bas : la maison a été re-ouverte hier ! quelques fourgons se déplacent direction Vigneux
14h29 : ils sont dans le jardin de la maison au carrefour, cherchent quelque choses. ( des oeufs de paque le gars se trouvent que en printemps....)
14h25 : ils sont arrivés au carréfour de Ardillières, ils bloquent le carrefour, ils sont aussi en face de la maison de nos amiEs vers la bas.
14h23 : les fourgons de Notre dame des Landes sont en train de partir direction Ardillières. faites attention a vous !!!
14h12 : il y a 5 fourgons a la place de la poste à Notre dame des Landes en train de s’equiper .....
13h52 : les keufs paraissent trop occupés de virer nos amiEs de lieu unique a Nantes ? Solidarité avec eux !!! On pense a vous !
Pour celles et ceux qui le veulent et sont disponibles, il y a besoin de gens pour la cuisine collective à la Vache Rit, de 10h à 12h pour préparer pour le midi, de 17h à 19h pour le soir.
11h30 : la voiture en question, qui était bleue, aurait été vue ensuite recolorée du côté de la Paquelais ... elle aurait croisée des oeufs de peinture
10:20 : une voiture de gendarmerie avec la physionomiste à son bord patrouille dans le coin
9:30 : verdict du juge d’exécution des peines : Le Rosier a un délai jusqu’au 15 novembre La Sécherie a un délai jusqu’au 27 décembre !!!
On n’a pas fini de les emmerder !!! L’appel pour ce we reste valable pour être ensemble, défendre les lieux expulsables, reconstruire et préparer la suite !
9:00 : quelques rares voitures de gendarmes à l’horizon ...
7:00 : La ZAD se réveille doucement au son de Radio Klaxon qui diffuse des extraits de reportage des jours derniers et le jingle de la manif de réoccupation ....(ce soir, on saura la date !)
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Communiqué de presse de Zone à Défendre
Depuis 2 semaines, des habitantEs de la ZAD et des personnes de tous horizons s’organisent pour faire face à une imposante opération militaire mise en place pour expulser et détruire maisons et cabanes en vue de la construction d’un aéroport.
Certaines de ces habitations étaient occupées depuis plusieurs années par des opposantEs venuEs rejoindre la région pour lutter contre ce projet. D’autres maisons étaient louées par des personnes contraintes de déménagr sous la pression de Vinci.
A partir du 27 octobre, 3 autres maisons seront expulsables "légalement". Nous invitons donc tout le monde à rejoindre la lutte ce weekend du 27 au 29 et plus, pour défenre collectivement ces maisons, construire de nouvelles installations, échanger autour de la lutte, partager un moment convivial.
Comme le montre l’ampleur du mouvement de solidarité à l’oeuvre en ce moment cette lutte ne concerne pas que les personnes qui perdent leurs maisons ici. Partout les mêmes politiques et mécanismes d’aménagement et de planification ont pour but le contrôle et la rentabilisation économique du territoire. Partout ils rencontrent des résistances.
Parce que les décideurs et porteurs de ces projets voudraient nous isoler, nous appelons au contraire à nous rassembler.
Parce qu’ils croient faire taire la résistance en vidant la zone nous réaffirmons que nous y sommes toujours, que nous y resterons, que nous sommes chaque jour plus nombreusEs. Ils peuvent détruire nos maisons, ils ne détruirons pas les liens qui s’y sont créés.
Rdv public à la Vache Rit à partir du vendredi 26/10, 21h et tous les matins à partir de 5h les 27/28/29 et les jours suivants si nécessaire.
Jeudi 25 octobre 2012
22h : à cette heure là, on croyait être tranquille, mais ils sont toujours au boulot au Limimbout. Les voisin-e-s ont essayé d’appeler la préfecture, les pompiers, et d’autres pour signaler les nuisances nocturnes sonores et olfactives ... il leur a été répondu qu’ils n’avaient qu’à déménager ...
20h : on apprend qu’ils ont (malencontreusement ?) embarqué une ruche en enlevant les gravats de la demi-sécherie détruite.... et dire qu’ils sont écolos....
19h15 : Et comme il n’y a pas qu’à NDDL que le PS expulse, on relaie l’appel à manif contre l’expulsion du Lieu Unique : Expulsion du Lieu Unique demain matin (vendredi 26) à partir de 6h ! appel à soutien et manifestation samedi à 15h
18h50 : entendu sur Radio Klaxon : " pas de nouvelles particulières, alors on en profite pour vous remercier pour tous les vêtements, les mots d’encouragements, le vin, et le reste, reçus vous êtes formidables !"
18h39 : 8 camion de la societé ABO sont en train de charger le reste de la maison au Liminbout
17h25 : les fosses noires sont libérées de leurs occupants en bleu/noir et le pain est prêt, merci au boulanger préferé !!!
17h14 : pas trop des nouvelles de la zone. On fait sortir nos espion-nes pour voir si ils-elles peuvent nous donner un peu plus d’idées sur la situation dehors .... :)
15h45 : un sit-in est en cours sur la route de la Boissière, la DDE a promis d’appeler la police.
14h10 : les flics font des contrôles (avec à priori fouille de véhicules) entre La Paquelais et les Ardillères. Ils sont aussi présents au carrefour de la route des Fosses Noires vers La Saulce et à pied dans les champs autour du croisement de la route des Fosses Noires côté Sabot.
13h36 : on en sait un peu plus sur ce qui se passe au Limimbout : dans la nuit, d’autres déchets d’amiante ont été déposés sur place, ce qui les oblige à traiter ces nouveaux déchets ! D’où l’arrêt du chantier pour l’instant ...
11h50 : au Limimbout, depuis ce matin ils ont enlevé une benne de ferraille. La grue est arrêté depuis environ une demi heure mais le désamiantage semble continuer. Nombreux flics autour, et visite des RG dans la matinée
11h25 : une personne aurait été arrêtée il y a environ une heure à Vigneux
10h25 : La route des fosses Noires est bloquée par des gendarmes qui ne veulent laisser passer que les engins de traveaux (au moins du côté du moulin de rohanne)
9h00 : les travaux sont en cours sur la demie maison de la Sécherie qu’ils ont détruit, et au Limimbout
D’après le cabinet du préfet cité par Ouest France, tous ces travaux se déroulent parfaitement, et pourraient durer un certain temps ( 12 jours pour une maison du Pré-faillit ... )
L’autre info de Ouest France, c’est que l’aéroport de Nantes fête les 50 ans de la ligne Paris-Nantes et que le trafic a augmenté de 5% ... ça ressemble à de la provoc, non ... ?
8h00 : reprise de la circulation policière : des convois de 5-6 fourgons signalés : en direction du Temple, en direction des Fosses Noires, de Vigneux, et 5-6 devant le Limimbout ...
6h30 : pas de nouvelles des environs seulement des messages de solidarité qui s’accumulent dans la boite mail, des récits de passage de personnes venues partager un moment de luttes, et des montagnes de chaussettes sèches qui arrivent ... même si la presse essaye de faire passer l’idée que les soutiens vont s’épuiser, on n’y croit pas !
Jeudi 25 octobre 2012
Opération Escargot-Klaxon à l’entrée de NANTES contre les expulsions à Notre Dame des Landes et l’Ayraultport
Ce matin entre 7h et 8h30, un collectif morbihannais a organisé une opération « escargot-klaxon » à l’entrée de Nantes afin de protester contre les expulsions de celles et ceux vivant sur la ZAD (Zone d’Aménagement Différé, connue également sous le nom de Zone à Défendre) et contre la construction de l’aéroport à Notre Dame des Landes.
Ils avaient au préalable déployé des banderoles sur les ponts surplombant la N165 déclarant : « Ils expulsent, on klaxonne – Non à l’Ayraultport ! »
« Nous voulons encourager les Nantais à prendre le temps de réfléchir à ce qui se passe juste à côté de leur trajet quotidien. Le bocage magnifique qui longe la nationale risque de disparaître sous le béton pour un aéroport fanatiquement défendu par le Premier Ministre qui engloutirait plus de 1600 hectares de terres agricoles (alors que celles-ci manquent cruellement), provoquerait une augmentation gigantesque des émissions de gaz à effet de serre (alors que la catastrophe climatique guette) et coûterait un minimum de 360 millions d’euros d’investissement pour enrichir la multinationale Vinci. Les gens qui habitent sur la zone sont là pour la défendre, il est normal de les soutenir » a déclaré Claire Laroche, 34 ans, agricultrice.
Pour Thomas Guillaume, 53 ans, boulanger, « ce projet d’aéroport ne fait que démontrer que l’obsession de notre système pour le ‘toujours plus, plus vite, plus loin’, pour le profit à tout prix, aux dépens même de la vie. Ralentir pour proposer un autre mode de pensée et de vie est exactement ce que font les habitants de la ZAD depuis des années, cette opération escargot-klaxon les honore alors que le gouvernement tente de les criminaliser et de les expulser. »
Mercredi 24 octobre 2012
22h-23h : des flics ont été vus du côté d’une barricade vers la Gaité, et aussi une machine du côté de la Forêt de Rohane : la venue de gens aurait fait remonter la machine sur son camion !
19h : on dirait que la journée est finie ...
Alors quelques bonnes nouvelles avant de dormir : près de 70 personnes se sont rassemblées à Saint Nazaire ce soir, contre les expulsions, l’aéroport, et le reste ! une grosse collecte de solidarité y a été faite ; vêtements, matériel pour reconstruire ....
la Pointe a été démurée la nuit dernière : (lu sur Indymedia) :
"On a voulu rentrer chez nous mardi soir à la Pointe, pas loin de Notre-Dame-des-Landes, et là on s’est aperçu qu’une bande de pourritures avait tout bouché les ouvertures avec des parpaings. On ne sait pas pourquoi ils ont fait ça mais ça nous a pris des heures à casser les parpaings pour pouvoir rentrer."
"On dit qu’on ne sait pas pourquoi, mais on a peut-être quand même une idée. On n’a aucune preuve, mais ça pourrait bien être les methodes démocratiques de gens qui se croient tout permis parce qu’ils ont plein de pognon et qui espèrent qu’en virant les gens de chez eux, ils pourront aménager le territoire de façon à se faire encore plus de fric. On espère bien que ce genre de "blague" ne se reproduira pas parce que ça nous a trop saoulé de devoir se taper tout le ménage derrière. Si on chope les gens qui ont fait ça, ça va mal finir."
et une nouvelle beaucoup moins réjouissante : on vient d’apprendre qu’une personne qui était présente à la Gaité hier, et dont un flic a voulu prendre l’appareil photo, souffre de fractures multiples de la main et a une ITT de 21 jours
17h56 : des flics sont dans le petit bois proche de la Gaité
17h50 : il y a eu du mouvement du côté des barricades de la Boissière, qui ont été mises en place pour tenter d’empêcher les camions benne de passer sur la route
16h14 : les travaux de désamiantage reprennent sur le toit au Limimbout. Une inspectrice du travail est passée : le travailleur sur le toit utilise maintenant un harnais et le conducteur du manitou s’est lui aussi protégé.
15h55 : au Limimbout, tout le chantier est bloqué ! Un camion benne venu chercher l’amiante n’a apparemment pas pu la charger et a dû repartir à vide. YEP !
15h50 : urgent : un employé de Vinci aurait besoin d’un taxi ! Cet employé accompagnait un ancien voisin venu chercher des affaires autour de ce qui fut sa maison (celle qui a été réoccupée vendredi dernier puis démolie), or sa voiture serait maintenant malheureusement endommagée. Notre voisin ne s’en porte pas plus mal !
15h15 : l’inspection du travail est arrivée sur place, le chantier a cessé immédiatement ... PETITE VICTOIRE !
15h : l’inspection départementale du travail a été contactée au sujet des travaux de désamiantage en cours au Limimbout : ceux-ci se font sans protection des voisins vivant dans la maison mitoyenne (aucun cloisonnement de type bâche) et avec une protection incomplète du travailleur sur le toit (pas de lunettes de protection). Ils ont envoyé quelqu’un sur place.
14h43 : Un camion arrive au Limimbout avec une pelleteuse ; aux Fosses Noires à l’intersection avec la route de la Sècherie, aussi un camion de VINCI avec une pelleteuse.
14h23 : Les travaux de démolition continuent à La Gaité ; 2 camions-bennes & 2 camions de flics passent sur la route Vigneux-es Ardillères.
vers 14h : Un manitou se ballade sur les Fosses Noires vers La Saulce
13h35 : Au Liminbout, c’est la pause du midi. Les travaux de désamiantage sont toujours en cours, bien entourés par des filcs, et quelques camarades sont sur place.
13h : On entend toujours les engins continuer la démolition de La Gaité
12h39 : renfort de keufs vers la Boissières
12h13 : confirmation : les travaux au Liminbout ne sont pas tout a fait sécurisé, il n’y a pas de bâches entre la maison même et cela de voisin !! Qui devrait rendre les chantier illégal !! On appelle l’inspection du travail pour signaler et leur demander s’ils sont au courant des opérations de désamiantage et s’ils ont prévu de passer sur place pour vérifier la conformité du chantier. Si sur place vous voyez des choses louches, prenez des photos. ....
APPEL aux gens vers Liminbout ou la Gaité : En gros, si vous êtes sur place et que vous voyez des ouvriers travailler sans protection (combinaisons et masques) et manipuler à l’air libre des matériaux amiantés, le chantier est illégal. De plus, un plan de retrait (document qui explique la façon dont va se dérouler le désamiantage) doit être déposé 5 semaines avant le chantier auprès de l’inspection du travail, de la CRAM (Caisse Régionale d’Assurance Maladie) et de l’OPPBTP (Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics). Précisions : pour un désamiantage, la zone à désamianter doit être confinée (installation de grandes bâches autour du bâtiment à désamianter pour que les fibres d’amiante ne se disséminent pas), les ouvriers doivent être entièrement protégés (combinaisons, masques, etc.), ils doivent de plus passer dans 3 (ou 5 suivant les cas) SAS avant de rentrer/sortir de la zone à désamianter où ils s’habillent/se déshabillent, jettent leur matériel de protection à usage unique, etc.).Si vous ne voyez pas tout cela, un inspecteur du travail est habilité à faire arrêter le chantier au nom du Code du Travail et de la protection des personnes (ouvriers notamment).
11h18 : barrage filtrant vers la Bossière
A SUIVRE aussi : EN DIRECT DU TRIBUNAL DE NANTES : audience expulsion NDDL
11 h : les travaux continuent au Liminbout et a Gaité, ca circule pas entre Boissières et l’Epine. Une camion benne était vu entre Paquelais et Ardillières
10h21 : il y a des manifestants au Liminbout. La maison n’est pas encore attaqué, ils sont en train d’enlever l’amiante.
10h18 : l’Hélico arrive,
"On a réussi à interrompre une émission de France Info pour [lire un communiqué->http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4523627 C’est passé en direct. Vous entendrez l’intervention aux alentours de 15mn30, dans l’émission L’invité des matins 2e partie"
10h12 : Camions bennes avec des gendarmes vus entre la Boissière et L’Epines. Probablement pour nous prendre la reste de la Gaité, des bouts des murs avec nos messages dessus....
Entre temps on s’amuse aussi a lire la Presse, voila un petit extrait : « ...Ce mardi, elle et ses amis avaient ainsi pour armes... les vaches du voisin, qu’ils ont fait courir, puis détourner, vers les gendarmes. Ces derniers les ont effrayées à coups de sirène et de gyrophare. » Avoir vécu la situation, on peut plutôt constater que les seules vivantes effrayées dans cette scenario s’était les gendarmes. Un peu plus tard a l’absence de presse, c’était aussi les gendarmes qui ont coupé la clôture de champ de vache avec le résultat qu’il avais une bonne parti de cela sur la route. Bravo les gendarmes !!
9:56 : les maisons se font détruire, mais nous serons toujours là et sont en train de préparer plein de choses pour les journées qui viennent !! Loin de renoncer notre résistance : chaque lieu de détruit va avoir une réponse fort et inattendu !
9h33 : Liminbout - confirmation, ils ont commencé de détruire ma maison ar arrière vers le cage de lapin. Gaité : on entends de bruite de machines qui travaille pour finir leur sale boulot de hier.
9h13 : il y a 3 camion bennes de la Paquelais direction Ardillières.
8h58 : Liminbout : il semble la maison sera détruit, il y a le manitou, camion blanc et remorque comme hier a la Gaité. A la Gaité ou quoi en reste de cela, il y a aussi des activités, du coup les flics ont mise en place des barrages a l’Epines et la Boissière. Impossible de passer entre Notre dame des Landes - La Paquelais
8h39 : pas seulement 4 fourgons, aussi un voiture et un camion avec des chiens qui garde des gm, ou l’inverse, qui sait... Ils ont dit sur place de vouloir faire des travaux dans la maison
8h33 : Au Liminbout il y a 4 fourgons GM
8h12 : convoi de 18 fourgons accompagné d’un agent de démolition et camion benne direction Notre dame des Landes
8h06 : un convoi de 2 voitures de keufs, 1 petit et une grande grue sur la route entre La Paquelais et Ardillières, accompagné de trois camions de benne
8h12 : 18 fourgons de gendarmes, un agent de démolition et un camion benne se déplacent direction Notre dame des Landes
8h00 : ils se déplacent quelques patrouilles direction Pré Faillit
7h50 : bah non, ils sont là, il y a beaucoup des keufs au carrefour des Ardillières en direction Temple de Bretagne ( Pré Faillit )
7h30 : tout est calme pour l’instant, il est tôt le matin, il fait encore noir dehors. Sera aujourd’hui un jour de repos ? Nan, leur sale boulot n’est pas fini, loin de ça,....parce que ON EST ENCORE LA, ON VIE ICI, ON RESTE ICI :)
Mardi 23 octobre 2012
17h35 : les gens qui voulaient reconstruire à la Préfaillite n’ont pas pu le faire à cause des flics. Apparemment les copains sont repartis sans encombre.
16h10 : la destruction de la Gaité commence. Le toit est vite détruit et rapidement il ne reste plus que des ruines de cette maison. C’était la 1re occupée après le Camp Action Climat de 2009 qui avait relancé la dynamique d’occupations. Une dizaine de personnes y vivaient et y accueillaient les copinEs de passage sur la ZAD. C’était un lieu vivant, chaleureux, loin d’être insalubre. La maison aurait fêté ses 100 ans en 2014. Quant à la grange attenante, également détruite, elle accueillait un freeshop bien rempli et parfois des concerts et des réunions. Mort aux vaches !!!
16h05 : concernant les trois personnes arrêtées hier midi vers les Fosses noires : elles ont accepté de passer en comparution immédiate et vont être relachées dans les minutes à venir, des gens vont les chercher. L’une a 400 euros avec sursis pour refus d’ADN et d’empreinte ; on attend le rendu pour les deux autres.
15h55 : du côté de la Gaité, un paysan a vu les gendarmes mobiles couper les barbelés et pousser les génisses hors du champ.
15h45 : à la Préfaillite, une reconstruction est en cours. Les gendarmes ont autorisé deux personnes à récupérer des gravats mais ont interdit l’accès à d’autres. Les flics protègent actuellement le tas de gravats. Vous êtes les bienvenu-e-s pour rejoindre le lieu.
14h10 : des renforts de gendarmes arrivent à la Gaité. La moitié du hangar est « désamiantée ». Bonne nouvelle : ils ont embourbé leur nacelle, et en essayant de la sortir ils ont embourbés leur manitou téléscopique... du coup ils sont bloqués !
14h : point légal : on a connaissance de 6 arrestations hier : • 1 personne qui auraient été arrêtée vers les Fosses Noires hier vers 10h aurait été relâchée vers 17h30 hier. • 1 personne arrêtée aux Fosses Noires hier a été relâchée hier vers 16h. • 3 personnes (dont deux filles) qui auraient été arrêtées aux Fosses Noires seraient toujours en garde à vue à la gendarmerie de Sautron. • 1 personne arrêtée hier a passé la nuit à Sautron et passerait en compaution immédiate aujourd’hui.
13h55 : plusieurs charges et contre-charges ont eu lieu autour de la Gaité. Les camarades sont repoussés vers l’ouest mais sont toujours bien là. Les flics semblent vouloir faire des arrestations ciblées avec des unités mobiles. La presse est sur place.
13h30 : environ 80 personnes sont maintenant autour de la Gaité, et comptent bien faire durer la destruction du hangar le plus longtemps possible ! Ca charge du côté du champs de maïs, mais c’est plus calme de l’autre côté.
12h50 : les flics détruisent en fait le hangar près de la Gaité. Des camarades sont sur place avec notamment une battoukada et motivé-e-s, n’hésitez pas à les rejoindre.
12h20 : il y a des camarades autour de la Gaité. Ils seraient encerclés par les flics, qui sembleraient gazer. Vous êtes les bienvenus pour les rejoindre.
12h : Bel Air est toujours en cours de murage et la Gaité en cours de « traveaux » mais toujours debout, des gens sont sur place à la Gaité.
Vinci affirme sur Facebook qu’ils ne font que leur travail de façon écolo et sympa en plus.
10h50 : des travaux semblent toujours en cours à Bel-Air (murage comme annoncé ce matin ?), et toujours à la Gaité (démolition). Il y a toujours des mouvements de flics sur la zone... et de notre côté, il y a toujours du monde et de la résistance !
Une petite info pour le plaisir : jusqu’a présent, l’opération César aurait coùté 500 000 € et mobilisé 1200 flics... d’après Presse Océan
9h20 : la démolition de la Gaité est en cours
8h40 : le carrefour des Ardillères est bloqué par les flics en direction des planchettes. Plusieurs camions de gendarmes sont postés sur la route entre les Ardillères et les Planchettes. Un convoi avec des engins de travaux a été vu en direction de Notre-Dame.
8h30 : un autre convoi comprenant 2 pelleteuse et un gros camion a été aperçu à l’est de la zone. Le maire de Notre-Dame aurait trouvé un acheteur pour la maison de Bel’Air.
8h20 : trois camions benne, une pelleteuse et un manitou escortés par des gendarmes vus à l’ouest se dirigent vers la zone
Notre Dame des Landes : le texte des communiqués du Premier ministre et des ministres
Samedi 24 novembre, le Premier ministre et les ministres de l’écologie et de l’agriculture ont annoncé une « commission de dialogue » et la suspension des défrichements
Samedi 24 novembre
Premier ministre, service de presse, communiqué de presse
Le Premier ministre réitère l’engagement du gouvernement à contribuer au développement économique et social du Grand Ouest, dont le projet de transfert de l’aéroport de Nantes à Notre Dame des Landes est une composante.
Ce projet a fait l’objet de toutes les études préalables exigées par la loi. S’agissant de son impact sur l’environnement et sur les terres agricoles, les ministres concernés ont annoncé aujourd’hui que des études complémentaires seraient conduites et qu’aucune opération de défrichement ne serait entreprise avant que ces études complémentaires n’aient été menées à leur terme.
Malgré les concertations légales et les décisions des collectivités concernées, qui ont déjà eu lieu, et qui ont conduit à l’adoption du projet, des interrogations subsistent.
Dans un souci d’apaisement, le gouvernement confiera dès la semaine prochaine à une commission du dialogue le soin d’exposer ce projet et d’entendre toutes les parties prenantes.
Paris, le 24 novembre 2012
Samedi 24 novembre
Communiqué de D. Batho, S. Le Foll et F Cuvillier
Mme Delphine BATHO, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, et M. Frédéric CUVILLIER, ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche, confirment la nécessité de poursuivre le déroulement du projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique, porté par deux régions, sept départements et les intercommunalités de Nantes, Rennes, Saint-Nazaire, La Baule, et qui sera déterminant pour conforter la dynamique économique et sociale du Grand Ouest.
Ils confirment, avec M. Stéphane LE FOLL, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, l’engagement du gouvernement pour que les différentes procédures continuent à se dérouler dans le respect de l’ensemble des règles applicables à un tel projet, et conforter les initiatives en faveur du respect de la biodiversité et de la préservation des terres agricoles :
1- Protection de la biodiversité et des zones humides dans le cadre de la loi sur l’eau
- Le comité scientifique qui sera mis en place dans le cadre de la procédure d’autorisation au titre de la loi sur l’eau sera composé avec toutes les garanties d’indépendance et de transparence, et présidé par un expert scientifique.
- Alors que la commission d’enquête constituée dans le cadre de la loi sur l’eau demande seulement que les travaux de terrassements ne soient pas réalisés avant validation de la méthode de compensation environnementale par ce comité, aucune intervention de défrichement sur site ne sera effectuée avant cette validation.
2- Préservation des terres agricoles
- S’agissant des 740 ha d’aménagement, dont 250 ha doivent être artificialisés du fait du projet, une mission sera constituée, en coordination avec les acteurs locaux concernés, afin d’identifier localement les moyens de minimiser l’impact du projet sur les surfaces agricoles (notamment par la mobilisation de friches agricoles disponibles) et de contribuer à la définition des dispositifs nécessaires à la lutte contre l’étalement urbain.
- Les conclusions de cette mission nourriront la préparation des dispositions relatives à la préservation des espaces agricoles qui figureront dans la loi d’avenir sur l’agriculture, la forêt et les industries agroalimentaires, prévue pour le deuxième semestre 2013.
- Cette mission tiendra compte de l’opération d’aménagement foncier déjà engagée pour permettre la reconstitution des exploitations impactées par le projet, et, plus largement, des outils de planification déjà élaborés par les collectivités pour lutter contre la consommation des espaces agricoles dans les zones urbanisées et le mitage des territoires, que ce soit au travers du SCOT Nantes Saint Nazaire ou du Périmètre de protection des espaces agricoles et naturels périurbains.
Ministère de l’écologie
Rire accablé
Dans une époque où l’on rit de tout pour n’avoir à penser à rien, où toute idée qui s’écarte du dogme néolibéral est disqualifiée comme « militante », où les mots de « transition écologique » et de « démocratie » sont travestis en leurs opposés par la langue dominante, l’observateur hésite entre le rire désespéré et l’accablement. Alors qu’à Doha, au Qatar, va s’ouvrir la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, on noie en France le bocage nantais sous les grenades lacrymogènes pour y construire un aéroport.
Il est nécessaire ici de faire de la vulgarisation scientifique, sur un sujet des plus difficiles, à l’intention du premier ministre, à qui j’adresse mes salutations les plus infiniment respectueuses, eu égard à l’admirable hauteur de vue qu’il manifeste en toutes circonstances. En principe, un aéroport sert à recevoir des avions. En décollant et en atterrissant, les avions consomment du carburant, dont la combustion provoque des émissions de gaz à effet de serre. Celles-ci alimentent le changement climatique. Celui-ci, selon ce que la communauté scientifique s’accorde à penser, aura des conséquences fort dommageables sur le bien-être de la société humaine.
Une des premières raisons de l’opposition au projet aéroportuaire situé à Notre-Dame-des-Landes est l’effet néfaste qu’il aurait sur les émissions de gaz carbonique. Car on voit mal comment, si le trafic y augmentait selon les espoirs de ses promoteurs, les effets pourraient en être compatibles avec la réduction par quatre à l’horizon 2050 des émissions de gaz à effet de serre. Par quatre ? Eh oui, mes amis, cet objectif est inscrit dans la loi du 13 juillet 2005 sur l’énergie. Elle indique que « la France soutient l’objectif d’une division par quatre ou cinq de ces émissions dans les pays développés ». Pourquoi diable, dans les arguments avancés en faveur de ce projet par le gouvernement et par ses relais, la question du climat est-elle alors ignorée ?
C’est avec le plus immense intérêt que l’on écoutera le discours de l’incomparable ministre de l’écologie, Delphine Batho, à Doha. Gageons qu’elle ne manquera pas de souligner combien la France est en pointe dans la lutte contre le changement climatique. Elle proposera d’organiser à Paris la conférence de 2015 sur le changement climatique : n’est-ce pas la preuve de la volonté inflexible de notre pays de tout faire pour opérer la transition écologique ? Vive la France, vive l’écologie !
Un dialogue sans discussion, ce n’est pas un dialogue
Le gouvernement va installer une « commission de dialogue » sur Notre Dame des Landes, mais sans ouvrir la porte à un ré-examen du projet d’aéroport. Ce n’est pas un dialogue.
Notre-Dame des Landes : une commission du monologue
Le Grenelle de l’environnement de 2007 avait permis d’engager un dialogue environnemental entre toutes les parties prenantes du développement durable. En 2012, le Premier ministre vient d’annoncer la mise en place d’une « commission du dialogue » dont l’objet est pourtant contraire au principe du dialogue environnemental. Un erreur.
Je vous propose tout d’abord la lecture de ce communiqué de presse diffusé par le Premier ministre ce 25 novembre et intitulé « Engagement du Gouvernement à contribuer au développement économique et social du Grand Ouest ».
Paradoxalement, alors que le nouveau Président de la République a érigé en principe de sa politique le souci de la concertation, le dialogue environnemental va mal, qu’il s’agisse du débat national sur l’énergie ou de la création de l’aéroport de Notre-Dame des Landes.
En premier lieu, un dialogue environnemental ne peut être engagé sur des conditions préalables qui en ruinent le principe même.
Or, ce communiqué de presse, tant par son titre que par ses premières lignes est très clair : il n’y aura pas de remise en cause de la décision de création de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Au demeurant, tant le Président de la République que le Premier ministre, le Ministre de l’intérieur ou la Porte parole du Gouvernement ont confirmé la mise en service d’un aéroport pourtant ruineux pour les finances publiques et le développement durable.
Le Premier ministre a donc annoncé la mise en place d’une « commission du dialogue » qui n’a aucunement pour objet d’entretenir un dialogue mais bien celui de confirmer une décision déjà prise par le Premier ministre lui-même. Relisons le communiqué sur ce point :
« Dans un souci d’apaisement, le gouvernement confiera dès la semaine prochaine à une commission du dialogue le soin d’exposer ce projet et d’entendre toutes les parties prenantes. »
La « commission du dialogue » sur l’aéroport a donc pour objet d’« apaiser » tout comme le « comité des sages » sur l’énergie aura vocation « d’apaiser » le débat sur l’énergie. Ce retour de la figure du « sage » qui vient chapeauter le dialogue des parties prenantes - doit retenir l’attention. A quoi servira cette « commission du dialogue » ? A deux choses : « exposer » et « entendre ».
Cette commission du dialogue n’a donc nullement pour but le dialogue mais l’explication de texte. Le Premier ministre a sans doute l’espoir de convaincre le plus grand nombre des raisons de son choix en faveur d’une infrastructure pensée dans les années 60.
En second lieu, le dialogue environnemental suppose l’organisation d’une « gouvernance à cinq » où toutes les parties soient représentées de manière équilibrée. Le dialogue environnemental suppose des échanges directs et la possibilité d’une négociation.
Il est donc bien éloigné des tentatives de concertation par commissions interposées. Or, qu’il s’agisse du débat national sur la transition énergétique ou de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, le gouvernement n’a pas choisi de réunir les cinq acteurs du dialogue environnemental mais de convoquer une « commission du dialogue » ou un « comité des sages » qui apparaissent au premier plan politique et médiatique. Les cinq parties prenantes sont reléguées au second plan, par exemple dans un « Parlement » qui n’en est pas un, s’agissant du débat sur l’énergie.
En troisième lieu, le dialogue environnemental suppose que l’Etat soit représenté par un ministère de l’écologie puissant et impliqué. Or, le communiqué de presse précité est diffusé par le Premier ministre. Il s’agit pourtant d’un dossier qui intéresse le ministère de l’écologie à un double titre : celui de l’écologie et celui des transports.
En conclusion, alors que la conférence environnemental des 14 et 15 septembre devait préfigurer une relance de l’intérêt pour l’écologie grâce à la mise en place d’une gouvernance à 5+1 dans un futur Conseil national de la transition énergétique, il devient urgent de restaurer un vrai dialogue environnemental à l’égal du dialogue social.
A défaut, l’opposition entre écologie et économie ne cessera de se renforcer et les positions des différentes parties prenantes continueront de se radicaliser, de s’éloigner.
Un erreur, tant pour l’écologie que pour l’économie.
Les boissons énergisantes sous surveillance
La Food and Drug Administration (FDA) a ouvert une enquête sur la boisson énergisante 5-Hour, liée à 92 rapports d’effets indésirables depuis 2004, dont 13 ayant entraîné un décès et 33 une hospitalisation.
Mauvaise passe pour les boissons énergisantes aux Etats-Unis : en octobre, c’était Monster Energy qui était montrée du doigt, avec une plainte déposée par la famille d’une adolescente décédée après en avoir consommé près de 1,5 l en 24 heures. Une mort d’origine cardiovasculaire que l’autopsie a clairement lié à un excès de caféine.
Or Monster Energy, liée à un total de 5 décès depuis 2004, n’est pas la seule boisson à intéresser la FDA. Selon un bilan publié par l’agence, 5-Hour a fait l’objet de 93 rapports d’effets indésirables entre le 1er janvier 2004 et le 23 octobre 2012, dont 13 décès, parmi lesquels certains liés à un arrêt cardiaque. La FDA cite aussi Rockstar, avec 13 effets indésirables, dont aucun mortel.
Dans un communiqué de réaction, la société Living Essentials, qui commercialise 5-Hour, se défend en déclarant que sa boisson contient autant de caféine qu’une tasse de café.
Sans détailler le chiffre, dont son statut de « complément alimentaire » l’exempte de l’afficher sur l’étiquette. Particularité de 5-Hour par rapport à ses concurrents, elle se présente en bouteilles de 1,9 once (environ 6 centilitres), appelées « shots ».
L’affirmation de Living Essentials contredit les tests récemment menés par ConsumerReports.org, équivalent américain de notre 60 Millions de consommateurs. Selon cette étude publiée en octobre, un « shot » de 5-Hour contient 215 milligrammes de caféine, tandis que 25 cl de café en comportent 100 mg. Quant à 5-Hour Energy Extra Strength, elle remporte la palme des boissons énergisantes, avec 242 mg de caféine pour un « shot » de même taille.
En jeu, la frontière entre, d’une part, ces boissons souvent présentées comme festives ou « énergétiques » (donc à visée sportive), et d’autre part, leur statut officiel de « complément alimentaire », qui soustrait ces produits à certaines règles d’étiquetage auxquelles sont soumis les sodas.
Dans son communiqué, Living Essentials, dont le logo de 5-Hour représente un homme en train de courir, conseille de ne pas boire plus de deux shots par jour.
Ce type de débat n’est pas inconnu en France, où l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a rapporté en juin 30 effets indésirables liés aux boissons énergisantes depuis 2008, et 2 décès récents par arrêt cardiaque.
Les déboulonneurs repartent à l’attaque des écrans pub video
Une action antipub a été menée samedi 24 novembre à Paris par les Déboulonneurs. Objet visé : les écrans video que multiplie la RATP, gaspilleurs d’énergie et attracteurs de cerveaux.
- Reportage, Paris
Un mois avant la période des fêtes, ce n’est pas l’architecture qui attire le flot de passants se pressant sur le boulevard Haussmann. Mais samedi 24 novembre, le ballet des emplettes a été perturbé par la centaine de personnes qui s’étaient réunies devant les portes des grands magasins, pour soutenir l’action du collectif des Déboulonneurs. Venus de Paris, Lille et Rouen, 17 d’entre eux avaient ainsi prévu de « barbouiller » des panneaux publicitaires parisiens, protestant contre l’invasion de l’espace public par les messages commerciaux et revendiquant la « liberté de réception ». Celle que l’on exerce, par exemple, lorsque l’on décide de plein gré d’aller lire les affichages associatifs limités à un format 50cm x 70cm.
Les objectifs des Déboulonneurs, en bon accord avec les principes de non-violence, restent ciblés et réalistes. Ils concernent les dimensions des publicités ainsi que leur nombre, et impliquent la participation du gouvernement, de la RATP et des élus locaux, notamment par l’instauration de Règlements Locaux de Publicité. Différents niveaux réunis dans le « on ne lâche rien, dans la rue, dans les urnes comme dans les institutions », lancé par Danielle Simonnet (Parti de Gauche), lors de la prise de parole précédant l’action de barbouillage. L’élue du 20e arrondissement a également rappelé les raisons éthiques qui poussent à s’insurger contre la publicité. Entre autres : pollution visuelle, incitation à la consommation et méthodes insidieuses de contrôle des esprits.
Quant à ce qui se fait « dans les institutions », Jean-François Pellissier (élu des Alternatifs) a détaillé l’avancement d’une étude votée en 2010, lors de la séance budgétaire de la région Ile-de-France. Elle permettrait de connaître exactement le coût des panneaux publicitaires, le revenu qui en est tiré, d’éclaircir les responsabilités des régies publicitaires et de la SCNF, et de retirer les écrans ACL, plus connus sous le nom d’écrans « espions ».
Ce fut ensuite au tour de représentants de l’Eglise de la Très Sainte Consommation d’officier : chasuble rouge et verte, euro géant en guise de crucifix, « missel du consommateur » sous le bras, la messe a été dite face aux Grands magasins. A un chant d’introduction dans un latin macaronique à faire pâlir Queneau, ont succédé un credo in Metrobus et Decaux ainsi qu’une prière aux galeries commerciales. Une façon joviale et efficace d’interpeller le public, quelque peu surpris par cette masse agenouillée, scandant avec dévotion : « Publicité, je t’offre mon cerveau et je t’en supplie, dicte-moi mes désirs ».
Après les derniers rappels pratiques sur le caractère non violent de l’action, déboulonneurs, fidèles consommateurs et élus (ces catégories pouvant se recouper) se sont joyeusement acheminés vers la gare Saint Lazare, au son de la fanfare invisible. Leur cible ? Les fameux écrans espions ACL (Affichage à Cristaux Liquides) qui peuplent maintenant le hall des gares ou certaines rames de métro, et s’installent même sur les trottoirs.
A la technique classique des affiches publicitaires (l’œil fatigué se pose sur un panneau et le cerveau gamberge on ne sait trop où), les écrans combinent des phénomènes propres à la télévision. L’impact du message commercial se trouve renforcé par des stimuli extérieurs (lumière, changement de plan), capables de maintenir l’esprit dans un état d’alerte, encourageant le cerveau à recueillir plus d’informations qu’au repos. C’est l’effet menant au constat : « quand la télé est allumée, je ne peux pas en détacher mon regard ». Outre l’accroissement de l’efficacité biologique de la publicité, la présence des écrans n’est ainsi pas sans rappeler un univers orwellien dans lequel les esprits sont atrophiés par un flot continu de stimulations visuelles et sonores.
A cela, les Déboulonneurs ajoutent une autre critique, à l’instar de cette jeune femme ayant pris soin d’entourer de peinture rouge deux orifices de caméra situés sur la partie supérieure de l’écran espion : « Cela permet d’analyser la réaction des passants et l’efficacité du message. Et de cibler encore mieux le public… Pour l’instant, Métrobus assure qu’il n’y a pas de caméra à l’intérieur. Mais à quoi seraient destinés ces emplacements ? »
Plus qu’un simple gadget technologique, cette modernisation de la publicité devrait donc susciter une certaine méfiance ; les passants font cependant plutôt preuve d’indifférence. Un premier affirme « ne pas voir la pub ». Un deuxième trouve scandaleux d’avoir « sali de beaux panneaux ». Une dame contemple un écran barbouillé :
« Je pense que les publicitaires sont libres de faire ce qu’ils veulent. - Mais la rue est à vous, non ? - Ah… Euh oui certainement. De toute façon, la pub ça ne marche pas avec moi. Je n’achète pas. »
Visiblement, l’accueil est un peu plus mitigé qu’au début de la manifestation. Il semble plus facile de rire de l’Eglise de la Très Sainte Consommation que de s’attaquer à ses origines…
Quelques minutes après l’inscription de « Liberté », « Ce panneau me regarde » ou « Légitime réponse » sur une vingtaine d’écrans, la moitié des déboulonneurs est emmenée au poste, escortée par l’ensemble des sympathisants et la fanfare. Carte d’identité à la main, tous revendiquent leur geste et quelques panneaux supplémentaires sont décorés pour forcer la main aux forces de l’ordre peu réactives. Finalement, quatre déboulonneurs seront auditionnés par un officier de police judiciaire, le reste de la troupe étant convoqué ultérieurement ou entamant les démarches nécessaires à une audition volontaire.
Lancé en 2005, le collectif compte ainsi sur d’éventuelles poursuites judiciaires pour continuer à avoir une tribune dans les médias. Après une période de creux, où les sorties réunissaient une quarantaine de personnes, le mouvement semble reprendre un nouveau souffle en privilégiant la qualité des actions à leur quantité. A en juger par le nombre de sympathisants réunis samedi dernier, la stratégie a été payante !
Notre Dame des Landes : les gendarmes se déguisent en « opposants »
Des gendarmes déguisés en opposants ! Les violences attribuées à ceux-ci ne sont-elles pas le fait de provocateurs policiers ?
Les forces de l’ordre sont intervenues, lundi après-midi 27 novembre, sur une barricade qui barrait une route départementale, entre La Paquelais et Fay-de-Bretagne, au niveau du Sabot.
Une dizaine de gendarmes déguisés en opposants, habillés de vêtements boueux, étaient infiltrés sur la barricade, et ont sorti des bandeaux « gendarmerie » au moment de l’assaut.
Les forces de l’ordre ont utilisé des grenades lacrymogènes, les opposants répliquant par des jets de pierres, de bouteilles en verre, de fusées de détresse. Quatre opposants ont été interpellés et un gendarme blessé à la tête. Une autre barricade a également été détruite.
Ces opérations, selon la préfecture, étaient un préalable à l’ouverture de négociations sur le départ des militaires. La coordination des opposants et la préfecture négocient un retrait des forces de l’ordre à Notre-Dame-des-Landes. Les anti-aéroport en font un préalable au dialogue proposé par le Premier ministre.
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Climat : la solution passe par un partage mondial
Alors que s’ouvre à Doha (Qatar) une nouvelle conférence sur le changement climatique, l’analyse du problème conduit à la nécessité d’un partage mondial des émissions de gaz à effet de serre.
Qu’est-ce que cette conférence de DOHA ? Du 26 novembre au 7 décembre c’est la suite des conférences annuelles pour trouver un accord mondial sur le climat, après Copenhague en 2009, puis Cancun et Durban l’an dernier. A part le protocole de Kyoto, très insuffisant, il n’est pratiquement jamais rien ressorti de concret de ces conférences, sinon des vœux pieux.
Le réchauffement climatique, mais ça existe encore ? C’est même en voie d’accélération. Cet été la banquise du Pôle Nord a battu un nouveau record de fonte, il ne reste que la moitié de ce qu’il y avait dans les années 80. Une fonte complète pourrait arriver dans les prochaines années (avant 2020), un évènement qui précédemment n’était pas prévu avant 2100.
L’objectif de limiter le réchauffement à +2°C est-il maintenu ? Oui, mais c’est vraiment un vœu pieu. On en est aujourd’hui déjà à +0,8°C et on voit la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes à travers le monde.
La Banque Mondiale vient de lancer une alarme car si on continue comme aujourd’hui on sera à +4°C en 2060, et là ce sera « une cascade de cataclysmes climatiques » qui risquent de détruire des grands pans de notre société et plusieurs centaines de millions de vies humaines.
Pourtant, passer de +2°C à + 4°C, ce n’est pas la fin du monde ? L’évolution d’une température moyenne parait anodine, mais c’est trompeur. En fait, on pourrait traduire ce que nous dit la Banque Mondiale [1] de la façon suivante avec notre propre température. Avec + 2°C, vous avez tous les jours 39° de fièvre, ce n’est pas agréable, mais on survit et on peut encore essayer de faire baisser la température. Avec +4°C on atteint 41°C, et c’est rapidement mortel.
Mais alors, quoi faire ? On sait très bien ce qu’il faut faire. Le CO2 est un gaz à effet de serre, qui est la cause du réchauffement en cours ; il faut rapidement arrêter nos émissions de CO2. Pour le monde entier, il faut commencer par les diviser par 2, ce qui pour nous français correspond à les diviser par 4.
Comment diminuer ces émissions de CO2 ? Diviser par 2, par 4, ce n’est pas rien, c’est un changement profond. Le principe pollueur payeur est l’outil indispensable pour réduire cette pollution. Il faut mettre un prix sur le carbone.
Aujourd’hui il coûte moins cher de prendre un avion low cost qu’un train, alors que l’avion est 10 fois plus polluant pour le climat. Il faut que ça change ! Le prix carbone incite chacun à moins consommer de carbone et fait payer les pollueurs.
Que faire de l’argent ainsi récolté auprès des pollueurs ? Cet argent représente l’utilisation d’une ressource commune, d’un bien commun, l’atmosphère, et donc chaque être humain a droit exactement à la même part de ce bien commun. C’est la suite logique du principe pollueur payeur. Donc le principe juste c’est de partager également les revenus entre chaque citoyen du monde.
Que donnerait au niveau mondial l’application de ces 2 principes ? A partir des données mondiales de consommation de carburants publiées par l’AIE [2] pour 2010, et en appliquant le prix de 32€ par tonne de CO2 (soit 8 centimes par litre de carburant) proposé par la commission Rocard, on obtient les chiffres annuels suivants :
Dépense individuelle carbone moyenne par habitant et par an selon les pays : Américain du Nord : 600€, Européen de l’Ouest : 300€, Chinois : 130€, Indien : 50€, Sénégalais : 15€. Redistribution annuelle individuelle : 142€
Ce sont des chiffres moyens, chaque individu payant exactement selon sa quantité consommée de carbone, puisqu’il paie le prix du carbone à l’achat du carburant ou des produits en contenant, tandis que la redistribution, 142€, est la même pour tout le monde.
Que disent ces chiffres ? Ceux qui vont payer ce sont ceux qui polluent le plus, ça tombe bien, ce sont les habitants des pays riches (et aussi les riches des pays pauvres).
Par contre les pauvres, des pays riches et des pays pauvres, utilisent beaucoup moins de carbone, et la redistribution est bien supérieure à ce nouveau coût et pour une fois, ils seront favorisés.
Ces chiffres disent aussi qu’avec un prix carbone modeste (8 centimes par litre de carburant) on arriverait à dégager des sommes gigantesques pour la redistribution : 300 millions d’américains vont contribuer en moyenne à hauteur de 458€ (600-142) ce qui représente plus de 130 milliards € par an. De même l’Europe de l’Ouest contribuerait à hauteur de 80 milliards €, des chiffres impressionnants et à la hauteur de l’enjeu.
Va-t-on en parler à DOHA ? Probablement pas. Ceux qui négocient à DOHA font partie des classes dirigeantes, directement touchées par une telle mesure, c’est la seule explication pour laquelle le principe de prix carbone avec redistribution n’est pas immédiatement exigé par la majorité des pays pauvres, mais ils n’auront pas ce discours !
Ce que propose taca. C’est à nous citoyens de pays riches, et parait-il démocratiques, d’avoir le courage de regarder cette vérité qui nous dérange : au prix de quelques efforts financiers, nous pouvons mettre en mouvement l’ensemble des pays pour dé-carboniser l’économie mondiale et protéger notre atmosphère et l’avenir de nos enfants.
Arrêtons d’agiter la responsabilité des charbons indiens et chinois qui en matière de pollution carbone sont des petits joueurs à coté de nous. Ces chiffres ne sont que le résultat de l’application basique du principe pollueur payeur et du principe que chaque être humain a droit à la même part !
Sommes-nous prêts à payer pour la pollution que nous émettons ? Sommes-nous prêts à payer notre part pour protéger le climat ?
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Notes
[1] Rapport Banque Mondiale, 18 novembre 2012 sur l’urgence d’agir pour éviter un monde à 4°C.
[2] AIE : Agence Internationale de l’Energie
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Précisions de l’auteur
- Biais producteur consommateur : Les chiffres de l’AIE (p99 du rapport cité) attribuent les consommations de CO2 là où l’énergie est utilisée. Pour les produits manufacturés, il faut donc effectuer une correction pour attribuer le CO2 au consommateur final. Cette correction a été appliquée à partir des données d’une étude Davis-Caldeira (Stantford 2010).
- Autres gaz à effet de serre (ges) : Les autres ges (méthane, oxyde d’azote et hexafluorure) pourraient aussi être taxés à la source pour appliquer le principe pollueur payeur sur le consommateur final.
- Modalités de mise en œuvre de la contribution climat universelle : Elles doivent être négociées, ce qui est proposée ici est un principe, une boussole indiquant la direction à suivre. Par exemple faut-il distribuer la totalité des 142 € à chaque individu, ou en comptabiliser une partie par pays et financer ainsi des projets collectifs d’adaptation au réchauffement climatique ? La redistribution égalitaire pour chaque individu, en plus du principe d’égalité universelle, a pour premier objet de permettre aux personnes à revenus modestes de recevoir suffisamment d’argent pour faire face au coût du CO2 pour son mode de vie.
Notre Dame des Landes : même la police en a marre
« Aéroport Notre-Dame-des-Landes : maintenant ça suffit. » Les flics avec eux ? Pas tout à fait.
Le syndicat Unité-SGP Police (majoritaire chez les gardiens de la paix) publie un tract sur Facebook pour s’élever contre la désorganisation des opérations policières à Notre-Dame-des-Landes.
« Cette gestion au coup par coup va-t-elle durer jusqu’au décollage du premier avion prévu en 2017 ? » s’interroge la branche CRS du syndicat.
Selon le tract, les CRS n’ont « aucune visibilité dans les durées des déplacements », courent « des risques accrus » et subissent « une fatigue importante », tandis qu’ils comptent désormais « plusieurs blessés dont un dans nos rangs ». Désormais, ça râle des deux côtés du cordon.
C’est la semaine de la confusion : lundi après-midi, une dizaine de gendarmes se sont déguisés en manifestants pour lancer l’assaut sur une barricade. Alors qu’un garde mobile, photographié par Rennes TV, arborait ce mardi un autocollant « Non à l’aéroport » sur la poitrine.
Sécheresse : 70 % des forêts mondiales menacées
Les deux tiers des forêts de la planète sont très vulnérables au risque de sécheresse...
Selon une étude internationale publiée le 21 novembre en ligne par la revue Nature, 70% des forêts mondiales seraient menacées par le manque d’eau. Une équipe internationale de 24 scientifiques spécialistes de la physiologie des plantes s’est penchée sur le problème de la résistance des arbres face à une pénurie d’eau et leurs conclusions battent en brèche un certain nombre d’idées reçues. Alors qu’il apparaît a priori évident que les forêts des régions sèches sont plus exposées que les autres à un risque fatal de sécheresse, les données qu’ils ont rassemblées montrent que les forêts humides sont tout aussi exposées à ce risque.
La raison de ce paradoxe est résumée par l’Institut national de recherche agronomique (INRA), dont plusieurs chercheurs ont contribué à l’étude : « Les arbres optent pour une stratégie hydraulique à haut risque ». En clair, quelle que soit la pluviométrie de la région où ils se trouvent, les arbres -qu’ils soient feuillus ou conifères- ont l’habitude de vivre sur le fil du rasoir en matière de gestion de l’eau, ne se laissant que peu de marge en cas de baisse des pluies.
Sans eau, les arbres sont victimes d’embolies
Pourquoi tant d’espèces convergent-elles sur une stratégie si risquée ? C’est la marque, selon l’étude « d’un compromis qui concilie croissance et protection contre le risque de mortalité ». La « faible marge de sécurité » prise par les arbres leur permet en effet d’optimiser l’utilisation du carbone nécessaire à leur croissance mais « peut se payer au prix de (leur) mort ».
En effet, explique l’INRA, lorsque les pluies se font moins importantes et que le sol se dessèche, « la sève des arbres est exposée à de très fortes tensions qui peuvent rompre les colonnes d’eau à l’intérieur de leur système vasculaire. Ce phénomène de ’cavitation’ produit une embolie gazeuse de la même manière que des thromboses peuvent bloquer le système circulatoire des humains ». Et lorsque la sécheresse s’accentue, « l’embolie s’accumule dans le système vasculaire jusqu’à ce que l’arbre se dessèche et meure ».
En tout, estiment les scientifiques, 70% des arbres dans le monde atteignent d’ores et déjà leur seuil de rupture hydraulique. Or le changement climatique laisse prévoir une augmentation de la température et de l’aridité dans de nombreuses régions du globe, rappellent-ils. Si l’étude n’envisage pas de scénarios catastrophiques, elle pourrait aider à prévoir quelles espèces pourraient ne pas survivre à ces changements climatiques.
La supplication
Après une tournée à Lille et Paris, Stéphanie Loïk emmène ses jeunes comédiens jouer La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, à Arcueil, au théâtre de l’Anis gras, du 30 novembre au 8 décembre prochain. Présentation d’une œuvre aussi brillante que poignante, qui fait du théâtre un art militant inter-générationnel.
Des volutes de fumée s’échappent doucement et accueillent le spectateur dès l’escalier, comme une première mise en garde. On pénètre alors une salle plongée dans un épais brouillard, où l’obscurité participe également d’une ambiance anxiogène.
Est ainsi posé le décor, ou plutôt son absence-même : une scène déserte, sans objets, très sobrement éclairée par un jeu de lumière tamisée, se découvre progressivement. Pas d’autres artefact. Juste le néant, et un vide qui emplit la pièce entière, une lourdeur qui pèse sur l’atmosphère.
Posément, sur un rythme synchronisé, huit hommes et six femmes entrent sur scène, vêtus très modestement et à l’identique, tout de noir. Une voix off s’empare du silence et rappelle la date, le 26 avril 1986. Elle dit : « 25 ans après, Tchernobyl est devenue une métaphore, un symbole, une histoire même ».
C’est cette histoire qui est racontée, celle des familles irradiées, celle des militaires sacrifiés, celle des scientifiques rendus silencieux par le pouvoir, cette histoire des gens qui ont vécu au plus près l’explosion et ses conséquences quotidiennes. L’histoire d’un peuple qui a cru qu’il y aurait une vie après Tchernobyl. Pendant 1h45, les acteurs vont donner corps et voix aux condamnés de Tchernobyl.
C’est une belle entreprise de réconciliation autour du théâtre à laquelle s’attèle ici Stéphanie Loïk, la metteur en scène. En reprenant le travail de l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexièvitch, l’objectif est doublement hardi : il s’agit de raconter l’ineffable, et de le raconter par un jeu corporel et vocal collectif.
Car, à l’origine, La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse n’a rien d’une pièce de théâtre. C’est un recueil de témoignages, une enquête. En 1997, Svetlana Alexièvitch part plusieurs mois sur les terres de Tchernobyl, à la rencontre des survivants.
Ces entretiens donnent alors vie à un ouvrage fondamental, sorte de mémoire vivante des ravages humains de cette catastrophe nucléaire. Comment transposer un tel texte à la scène ? « L’enjeu était de porter un texte, pas de le jouer. Les comédiens ne peuvent pas ’faire l’acteur’, il n’y a pas de trame dramatique. Ce qui m’intéressait, c’était ce travail de groupe autour des corps et des voix » explique Stéphanie Loïk.
Sa mise en scène repose sur deux piliers : une chorégraphie lente, avec des mouvements épais, et un accompagnement choral grâce à des chants russes bouleversants, dont la superbe rappelle d’une certaine manière le théâtre antique.
C’est surtout une métaphore réussie de cette confrontation permanente à Tchernobyl, entre l’inertie de la mort qui ronge chaque année un peu plus et les violents élans de la vie qui reste encore un peu. Avec ses choix d’interprétation, Stéphanie Loïk revalorise ainsi la complémentarité du fond et de la forme, la nature consubstantielle du témoin et du témoignage. Elle réhabilite magnifiquement le théâtre comme langage puissant pour délivrer des messages.
« Le théâtre est une manière d’apprendre le monde. Il ne le modifie pas, mais il alerte le public à travers une transmission artistique ». La metteur en scène revendique depuis toujours un théâtre d’engagement. Là réside l’autre versant de son travail de réconciliation. Faire se rencontrer des mondes qui s’ignorent, construire des passerelles entre générations.
« Il est important que ce soit par la bouche de jeunes acteurs que Tchernobyl soit dit » défend Stéphanie Loïk. Comme un symbole, les jeunes comédiens issus ensemble de la dernière promotion de l’EPSAD (Ecole Professionnelle Supérieure d’Art Dramatique) de Lille sont presque tous nés en 1986.
Le sort de l’histoire se charge du reste : « Quand on s’est lancé dans la préparation de ce spectacle pour la première fois à l’hiver 2011, on ne connaissait pas grand-chose au sujet. Et puis il y a eu Fukushima, le 11 mars. Ce fut un traumatisme, ça a donné une ampleur totalement différente à notre travail » raconte Arnaud Agnel, un des comédiens.
Un de ses camarades, Aurélien Ambach-Albertini, décrit son cheminement personnel : « Avant, je croyais assez au nucléaire en tant qu’énergie propre. Je le voyais comme une bonne porte de sortie vers des énergies décarbonées. Fukushima est à l’origine d’une véritable prise de conscience. Par la suite, tout ce travail m’a complètement retourné le cerveau ».
Stéphanie Loïk confirme la tendance : « Certains des comédiens sont devenus proactifs, se sont tournés vers la décroissance ou ont participé aux manifestations des Indignés. C’est très rare qu’au théâtre les acteurs deviennent engagés dans la société civile.Traditionnellement, le théâtre et le militantisme sont deux sphères très séparées ».
Un niveau d’engagement qui séduit par contre de manière beaucoup plus aléatoire le public. Après un véritable succès au printemps 2011 dans le Nord de la France, le pari de reprendre la pièce un an après offre des résultats mitigés.
Et laisse la metteur en scène plutôt fataliste à ce sujet : « Au moment de Fukushima, les gens étaient scotchés au mur, c’était le moment idéal pour faire passer ces messages. Un an et demi après, les gens ont oublié. Ou plutôt, ils veulent oublier. Le théâtre n’est qu’un reflet de la société : ils n’ont pas envie d’entendre ça ».
Pourtant, les faits parlent en faveur de ces passeurs d’idées : depuis son reportage sur le terrain, Svetlana Alexiévitch souffre d’un cancer. Depuis, elle continue de vivre en exil, toujours considérée comme une traîtresse en Biélorussie où son livre est toujours interdit.
Et puis, bien sûr, depuis Tchernobyl, il y a eu Fukushima. C’est pourquoi Stéphanie Loïk termine sa pièce sur une mise en perspective avec la catastrophe japonaise, se faisant l’écho d’une tribune publiée par l’écrivaine biélorusse : « Le tsunami au Japon a transformé le progrès en cimetière ». Tout comme la pièce laissera aux spectateurs des moments forts, cette phrase, elle, continue de résonner en fond...
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Infos pratiques : Le lieu de l’autre
Areva indemnise une victime française du nucléaire
Conducteur de travaux dans une mine d’uranium d’Areva au Gabon, Aimé Gaudet est décédé en l’an 2000 d’un cancer du à l’exposition à l’uranium. Sa fille qui mène depuis un combat contre le géant français du nucléaire pour la défense des salariés et ex-salariés d’Areva atteints de cancers (association Mounana) vient d’obtenir satisfaction et d’être indemnisée par le leader du crime sanitaire nucléaire.
C’est une première ! Pour autant rien n’est encore définitivement gagné car sur les 21 dossiers médicaux d’anciens salariés atteints de cancers transmis à ce jour à Areva, seul celui de son père a obtenu une indemnisation et un second devrait suivre. Quid des autres ?
Jacqueline Gaudet, présidente de "l’association de défense des ex-salariés d’Areva malades et de leurs ayants droit" est la fille d’un ex-salarié d’Areva décédé d’un cancer. Elle vient d’être dédommagée par le géant français de l’uranium qui reconnait ainsi sa responsabilité dans la mort d’une victime de ses activités nucléaires.
Un soulagement pour elle, qui pourra enfin faire le deuil de son père décédé en 2000 d’un cancer, mais encore une source d’inquiétude car la quasi-totalité des autres dossiers des malades victimes a été refusée. Le sort incertain des autres anciens salariés et de leur famille demeure une tâche sombre supplémentaire sur l’image du géant de la destruction atomique civile et militaire.
Cette indemnisation constitue toutefois une première en la matière. La société Areva a mis un genou à terre en s’étant engagée à payer en décembre dernier puis vouloir "proposer une compensation" pour deux dossiers.
"Les pathologies entrent bien dans le cadre de ce qui est connu comme effet à long terme des rayonnements ionisants", précise le courrier adressé à Mme Gaudet et que l’avocat de l’association Sherpa, solidaire des victimes - Me Breham - commente : "C’est la première fois qu’Areva reconnaît qu’il existe entre une maladie et des rayonnements un lien suffisamment fort pour indemniser la famille".
La démonstration est faite que l’exposition à l’uranium tue. C’est une reconnaissance de fait
« Je suis très heureuse d’avoir pu démontrer que mon père est décédé à cause de l’exposition à l’uranium. C’est une reconnaissance de fait », soutient la présidente-fondatrice de l’association Mounana, pour la défense des salariés et ex-salariés d’Areva atteints de cancers, qui, dans son combat mené depuis 2005, a bénéficié du soutien très actif des ONG Sherpa (pour la défense des populations victimes de crimes économiques) et Médecins du monde, ainsi que celui de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité).
Toutefois, Jacqueline Gaudet reste partagée, car pour l’heure, sur les 21 dossiers médicaux d’anciens salariés atteints de cancers transmis à Areva, seul celui de son père a obtenu une indemnisation. Quid des autres, se demande-t-elle ?
Dès 2000, le cancer du poumon dont était atteint Aimé Gomez, le père de Jacqueline Gaudet, avait été diagnostiqué comme maladie due à l’uranium par le service pneumologique de l’hôpital du Moenchsberg à Mulhouse. D’où la décision de faire reconnaître les maladies radio-induites dues à l’exploitation de l’uranium à la mine de Mounana, au Gabon, comme maladies professionnelles.
Areva se défausse systématiquement depuis des décennies de toute implication
Areva avait été mis en cause à partir de 2003 par des associations qui menaçaient de porter plainte contre lui, et dénonçaient le taux élevé de cancers parmi les salariés ou ex-salariés de ses mines d’uranium au Gabon et au Niger.
Mines d’où provient la quasi totalité de l’uranium nécessaire aux centrales nucléaires françaises rendant ainsi la France dépendante à 100% de l’étranger. Le groupe français avait accepté en 2007 de mettre en place des "observatoires de la santé" dans les régions concernées, ouvrant la voie à d’éventuelles indemnisations. Un tel observatoire vient ainsi d’être mis en place cette semaine dans la région d’Agadez, au Niger.
Des milliers de tonnes de déchets radioactifs et chimiques
Le combat de vérité s’est avéré un véritable parcours du combattant, Areva se défaussant de toute implication. Il a fallu une dénonciation de la situation sanitaire au Gabon par Médecins du monde, suivie d’une conférence de presse par Sherpa pour dénoncer les agissements d’Areva, et le documentaire du journaliste Dominique Hennequin, Uranium, l’héritage empoisonné, pour que démarre « un processus de négociations ».
Il en est résulté un accord en 2009 entre Sherpa, Médecins du monde et Areva pour dédommager les éventuelles victimes ayant travaillé au Gabon et au Niger, et pour envisager la mise en place d’observatoires de la santé sur place.
Dans un documentaire sur ce sujet diffusé en France fin 2009, l’ingénieur en physique nucléaire, Bruno Chareyron, dénonçait une "contamination tout à fait inacceptable" du sol dans la forêt près de la mine de Mounana, en particulier en radium, torium 230 et plomb 210.
Le réalisateur du documentaire, Dominique Hennequin, s’était vu admonester par le porte-parole d’Areva Jacques-Emmanuel Saulnier ("Mes équipes ont pour instruction de ne plus donner suite à vos sollicitations") qui n’avait pas apprécié deux propos : lorsque le réalisateur a confié au magazine Télérama que "l’encadrement par la com’ d’Areva lui avait rappelé "la Corée du Nord" ; et "L’entreprise a laissé derrière elle des milliers de tonnes de déchets radioactifs et chimiques. Les habitants vivent dans des maisons construites avec des stériles radioactifs, tandis que les moyens médicaux, eux, sont partis avec la Comuf, laissant les anciens mineurs mourir dans la souffrance et le silence".
21 types de cancers radio-induits reconnus par l’ Unsclear (United national scientific committee of the effects atomic radiation) mais seulement 3 par la Sécurité sociale française !
« De 2009 à 2012, ça a été extrêmement dur », glisse Jacqueline Gaudet. Laquelle évoque l’espoir qu’avait suscité l’accord de 2009, puis le scepticisme, puisque pour l’instant il ne concerne que les deux dossiers – celui de son père et un autre, en cours, « qui sera indemnisé », assure Areva – dont les cancers sont reconnus au tableau n° 6 des maladies professionnelles du Code de la Sécurité sociale française (lequel ne reconnaît que trois types de cancers radio-induits).
Les autres dossiers ont été rejetés par Areva ; un est en cours d’examen. « Examinés par un médecin d’Areva et un autre désigné par Sherpa, 16 dossiers ont été identifiés sans rapport avec l’activité professionnelle. Quatre autres dossiers ont été revus par un expert auprès de la cour d’appel : deux ont été reconnus et deux rejetés », explique le Dr Alain Acker, directeur médical d’Areva, qui se fonde sur le tableau n° 6 de la Sécurité sociale.
« Si ce tableau n’a pas été rediscuté par le législateur depuis 1984, c’est qu’il n’avait pas à l’être. On applique strictement ce qui a été signé en 2009. »
Néanmoins, Jacqueline Gaudet ne rend pas les armes, évoquant la liste des 21 types de cancers radio-induits retenus par Unsclear (United national scientific committee of the effects atomic radiation) sur laquelle s’est basé le Sénat français pour l’indemnisation des personnes irradiées lors des essais nucléaires.
Le cancer du rein y figure, maladie dont sont atteintes les deux victimes encore vivantes ayant déposé un dossier auprès d’Areva. L’association Mounana dit attendre le retour des dossiers médicaux pour comprendre sur quoi se fonde le refus de reconnaissance. Des dossiers qu’Areva dit ne pas pouvoir posséder en vertu du secret médical, qui renvoie l’association auprès du médecin désigné par Sherpa.
« Tant qu’il y aura un doute, l’association Mounana voudra connaître la vérité », répète Jacqueline Gaudet, persuadée que « tout n’est peut-être pas fini » pour les autres familles touchées comme pour les anciens travailleurs d’Afrique...
Sans parler, au Gabon et au Niger comme en France, des populations civiles riveraines victimes tous les jours des rejets radioactifs, dans l’air et dans l’eau, des installations nucléaires.
Un café-citoyen en roulotte, de Lyon à l’Andalousie
Nous sommes heureux de vous présenter notre projet de CAFÉ-CITOYEN ITINÉRANT, LA GALOUPIOTE !
Aménagée autour d’une roulotte hippomobile, éco-construite et autonome en énergie, La Galoupiote organise à chaque étape de son parcours des débats environnementaux et des animations culturelles.
Partis de Pérouges, dans l’Ain, début avril, nous avons parcouru aujourd’hui 1.500km au rythme de nos deux chevaux de trait...
Nous avons organisé des événements dans 9 départements français...
Ce lieu de rencontres et d’échanges a suscité un réel engouement lors des animations sur la scène de sa roulotte : concerts, débats sur les énergies renouvelables ou l’alimentation locale, projections de films, ateliers pédagogiques avec les écoles primaires...
En Espagne depuis début septembre, nous avons écrit, mis en scène et joué un conte animé sur la scène de la roulotte. L’histoire : Miguel, un petit olivier vivant dans le Doubs, en quête de ses racines andalouses et d’aventure, fait la rencontre de deux belles juments.
Ils décident de partir avec une roulotte sur les routes en direction de l’Andalousie. Ce long et beau voyage sera un enchainement de rencontres et d’aventures qui transformera leur mode de vie et de pensée.
Illustré par un dessin animé réalisé par Laurine et Fabrice Dussolliet, ce conte propose une double lecture pour enfants et adultes.
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Pour en savoir plus
Une petite vidéo de présentation.
La belle histoire des Perches... contribution au « dialogue » de Notre Dame des Landes
C’est au bout d’une combe oubliée que la caravane de Christiane Lefebvre a fini sa route il y a une dizaine d’années, pour s’échouer sur les ruines de la Ferme des Perches, face au massif des Monts de Lacaune.
Des terres abandonnées depuis 30 ans, qu’elle a petit à petit défrichées pour y cultiver des petits fruits et récolter plantes et fruits sauvages qu’elle transforme sur place.
Depuis 10 ans, Christiane relève pierre par pierre cette magnifique bâtisse. Un incroyable travail de fourmi, partagé entre la recherche des matériaux anciens dans la région et leur assemblage patient pendant les mois d’hiver, alors que la terre se repose.
« J’ai 50 ans... presque ! » nous dit-elle avec ses yeux malicieux. Alors Christiane a décidé d’aménager le rez-de-chaussée de façon à pouvoir accueillir une famille, afin que quelqu’un puisse venir s’installer ici et poursuivre ce qu’elle a commencé.
Comme Valérie Tubau qui a planté l’année dernière un verger bio de plus de 250 arbres fruitiers qui ne produira pleinement que dans plusieurs années, la capacité de ces paysannes à inscrire leur action dans une durée qui les dépasse nous inspire à chaque fois un profond respect.
Un autre rapport au temps et un beau cadeau pour les générations à venir... A travers ces expériences agroécologiques concrètes, les producteurs d’Atanka comme de nombreux autres dessinent une politique agricole « par en bas », qui revitalise les campagnes et jette les bases d’un monde nouveau, discrètement et modestement mais ô combien porteur d’avenir.
ET SI ON SOUTENAIT UN PEU CES PAYSANS PASSIONNES QUI REINVENTENT UNE AGRICULTURE RESPECTUEUSE DES SOLS, DE LA NATURE ET DES HOMMES... AU LIEU DE BETONNER DES TERRES AGRICOLES ?
LES PRODUITS DES PERCHES
Nous avions rencontré Christiane pour la première fois de façon inopinée, à l’occasion d’une visite à la Ferme des Estrets. Nous avions goûté alors une friandise aux noix dont elle s’efforçait d’améliorer la recette.
La récolte des noix ayant été catastrophique cette année, ce sont d’autres produits qu’elle nous propose aujourd’hui :
* sa Confiture de Mûres Sauvages patiemment sélectionnées et récoltées à la main, * et sa Crème Dessert Châtaigne-Cacao ou Châtaigne-Vanille.
C’est la saison de la châtaigne... à consommer de mille et une façons !
Les crèmes dessert de Christiane Lefebvre viennent compléter la gamme des produits à la châtaigne que vous proposent les producteurs de la Coopérative Atanka.
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Il faut sauver les terres agricoles
Le développement du maraîchage urbain est une bonne chose. Mais cela ne pourra pas compenser la perte des riches terres agricoles dévorées par l’étalement urbain.
Les villes ont pratiqué de longue date l’agriculture urbaine, en se construisant peu à peu, de façon organique. Toutes les villes anciennes possèdent des puits, très utiles en cas de siège. Le maraîchage fut inventé dans le quartier du Marais à Paris, qui compostait le crottin de cheval (des transports urbains) et exportait des tonnes de terreau par péniches au XIXe siècle vers la Normandie.
A la première difficulté ça recommence. Sur les Champs Elysées (encore très ruraux) pendant la guerre, dès 1940 ou en Argentine en 1991 - quand les banques ont refusé de rendre l’argent des petits déposants.
On sait que Detroit, capitale de la fabrication automobile, s’est reconvertie dans le maraîchage à partir de 2005. Au cours des années 1980 des jardinières en résistance dans Paris ont recueilli les souvenirs d’anciens maraîchers de la rue de la Roquette. Ça n’a jamais cessé.
La différence, de nos jours, c’est que l’extension de la ville attaque en priorité sa base alimentaire, les meilleures terres près desquelles elle s’est établie.
Deux exemples : les plus hauts rendements pour le blé dans ce pays s’obtenaient à Roissy en France et Marne la vallée. On sait ce qu’il en est advenu : parc de loisir et aéroport. Un autre bon exemple est Montpellier dont la plaine agricole jusqu’à la mer fut massacrée en très peu de temps : on moissonnait encore à Lattes dans les années 1990.
Dans l’esprit des ingénieurs, les terres basses sont les premières à développer, par des engins de travaux publics que des pentes ne viennent pas gêner (et même du coup, vous dira-t-on, ils dépensent moins de fuel). C’est encore le malheur de Notre Dame des Landes : ne pas se trouver sur une hauteur.
Mais autre différence avec le passé, les récoltes en ville contiennent désormais des polluants toxiques : particules de cadmium arrachées à la gomme des pneus, quel que soit le carburant, poussières de plaquettes de freins, suie de diesel cancérigène, etc.
Le jardinage urbain, très bénéfique et amusant, ne peut plus remplacer la perte de terres riches agricoles. Il ne faut pas perdre les sols fertiles où les plantes ne souffrent pas encore trop de l’ozone quand il fait beau, et de pluies acides par temps couvert.
Lors de la lutte pour la Loire sauvage, en 1988, de jeunes et brillants ingénieurs des ponts répondaient de bonne foi aux journalistes : « En quoi ça dérangerait les loutres si je bétonne les rives de l’Allier ? » Ils n’avaient pas même une teinture de biologie. Les amis du fleuve ont gagné. Aujourd’hui EDF compte les poissons dans les lacs de barrage.
C’est ce genre de reconversion qu’il faudrait obtenir des sociétés de travaux publics - lesquelles brûlent, dit-on, 1000 L de fuel par jour pour le moindre petit chantier.
L’Agence internationale de l’énergie annonce le déclin de nombreux pays pétroliers majeurs
Le dernier rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) se révèle truffé de références à un déclin imminent de la production de bon nombre des principaux pays producteurs de la planète.
Le message médiatique rassurant qui a émergé des 690 pages du World Energy Outlook 2012, publié la semaine dernière, s’avère un trompe-l’œil. Ce message, dépiauté dans mon post précédent, était un signal d’abondance : les Etats-Unis s’apprêtent à redevenir rois du pétrole grâce au boom des huiles de schiste ; ipso facto, il n’y pas de limites en vue aux ressources d’extraction d’or noir.
Premier indice de ce trompe-l’œil : tout en claironnant l’annonce d’un retour de l’Amérique du Nord à l’autosuffisance pétrolière au cours de la prochaine décennie, l’AIE prévoit subrepticement (page 101) un déclin de la production hors-Opep « peu après 2025 », avec un plateau maximal atteint « après 2015 ».
Déconcertant, si l’on se souvient que les Etats-Unis et le Canada sont, après la Russie, les principaux pays producteurs hors-Opep.
L’hypothèse de résurgence de la production des Etats-Unis émise par l’AIE repose sur le pronostic d’un développement des huiles de schiste et autres réservoirs compacts. Ce développement atteindrait près de 3 millions de barils par jour (Mb/j) dès 2020, soit plus du double de ce qu’anticipe le scénario de référence publié à Washington par l’administration Obama.
Maintenir la production des Etats-Unis nécessitera par ailleurs, selon l’AIE, l’exploitation de nombreux champs pétroliers « restant à découvrir », mais qui devront toutefois fournir l’équivalent de la moitié de la production américaine de pétrole conventionnel restante prévue dans une génération.
Notons que les Etats-Unis constituent sans doute le territoire de la planète où la prospection pétrolière est depuis plus d’un siècle la plus intense et la plus systématique.
Production pétrolière des Etats-Unis par type d’ici à 2035 - World Energy Outlook 2012, Agence internationale de l’Energy
L’AIE confirme par ailleurs son constat historique émis en 2010 : le pic mondial de production du pétrole conventionnel (plus de 80 % de la production totale de brut) a bien été franchi. Un pic atteint au cours des années 2006 à 2008 à 70 Mb/j. L’AIE table désormais sur une production conventionnelle fluctuant entre 65 et 69 Mb/j.
Pas de brutal déclin du brut conventionnel en vue, donc...
... à condition que d’ici à 2035, l’industrie soit capable de compenser l’épuisement de plus de près des deux-tiers des capacités actuelles d’extraction de pétrole brut conventionnel, ou autrement dit, de presque la moitié de la production actuelle totale de brut : environ 40 Mb/j, soit l’équivalent de quatre Arabies Saoudites.
Le rythme de déclin de la production existante tel que l’Agence internationale de l’énergie l’envisage est sensiblement plus lent que celui mis en avant par les compagnies Shell et Total, lesquelles tablent sur le tarissement de l’équivalent de quatre Arabies Saoudites à l’échelle mondiale d’ici respectivement environ dix et quinze ans, et non vingt-trois ans comme l’avance l’AIE.
Production mondiale de pétrole d’ici à 2035 - WEO 2012, AIE
Les signaux préoccupants émis par l’Agence internationale de l’énergie ne s’arrêtent pas là, loin s’en faut.
La production de la « plupart » des principaux pays producteurs hors-Opep devrait décliner, estime l’AIE, « notamment la Chine, la Grande-Bretagne, la Norvège ainsi que la Russie », ou encore le Mexique. Un déclin que ne compensera plus, au-delà de 2025, la forte augmentation anticipée de l’offshore ultra-profond brésilien, des sables bitumineux canadiens et des réservoirs compacts des Etats-Unis.
La Russie incarne l’une des plus grosses mauvaises « surprises ». Actuel deuxième producteur mondial, la Russie est promise, selon l’AIE, à un ralentissement lent mais continu de ses extractions, de 10,6 Mb/j aujourd’hui à 9,2 Mb/j en 2035.
Les ressources supposées de l’océan Arctique seront incapables de compenser un tel déclin : l’AIE « n’envisage pas » que le pétrole offshore du pôle Nord « apporte une contribution importante » à la production mondiale d’ici à 2035.
La Russie fait partie, avec les Etats-Unis, l’Azerbaïdjan et l’Iran, des pays pétroliers les plus anciens. Sa production fait depuis 2007 jeu égal avec celle de l’Arabie Saoudite. Toutefois ses réserves prouvées sont trois fois moins importantes que celles du royaume arabe, premier producteur mondial brut.
Le Kazakhstan constitue l’un des seuls points positifs dans le jeu à somme négative de l’évolution àde la production hors-Opep annoncée par l’AIE. Cette dictature d’Asie centrale alliée de la France (et en particulier du groupe Total) devrait voir passer sa production de 1,6 à 3,7 Mb/j.
Mais les « incertitudes significatives » concernant le démarrage de la production du champ offshore géant de Kachagan pourraient réserver de mauvaises surprises, prévient l’agence. « Incertitude » est peut-être un mot faible, comme on l’a déjà raconté sur ce blog.
Le Mexique figure également parmi les grands pays producteurs anciens dont l’AIE reconnaît le déclin régulier. Amorcé en 2007, ce déclin est entraîné par la chute des extractions du champ super-géant de Cantarell et « d’autres champs matures », note succinctement l’AIE.
La production mexicaine totale devrait reculer inexorablement de 2,9 Mb/j en 2011 à 2,6 Mb/j dès 2020. Un facteur qui devrait compliquer un peu plus le retour promis de l’Amérique du Nord à l’autosuffisance.
La Chine devrait voir ses extractions demeurer « plus ou moins stables aux alentours de 4 Mb/d jusqu’en 2025, avant d’entamer un déclin régulier causé par les limites de ses ressources en pétrole conventionnel, en dépit d’un accroissement de la production offshore, de la liquéfaction du charbon et de la production [future] des réservoirs compacts ».
La Chine produit beaucoup de brut, mais en consomme bien plus encore (9,8 Mb/j en 2011, selon BP). Pour alimenter sa croissance rapide, il lui faudra donc nécessairement poursuivre son offensive tous azimuts sur les fronts de l’or noir, de l’Irak au Canada en passant l’Afghanistan ou le Soudan : forte de ses immenses réserves de devises, la Chine risque de limiter de plus en plus l’accès des autres pays importateurs à l’offre de brut.
Grande-Bretagne - Norvège. La production pétrolière de la mer du Nord va poursuivre, selon l’AIE, l’inéluctable dégringolade amorcée au début des années 2000, sapant de plus en plus la situation économique et géostratégique du vieux continent.
L’Opep maintenant. Les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, qui contrôlent près des 3/4 des réserves prouvées encore disponibles, n’offrent guère de perspectives plus consistantes, ni plus sûres.
L’AIE répercute un diagnostic unanime : à mesure qu’un à un, les principaux champs pétroliers de la planète s’épuiseront (au cours de la première moitié de ce siècle, d’après la banque HSBC), les ultimes pièces de l’échiquier pétrolier se dresseront en son centre : autour des pays membres de l’Opep, et en premier lieu dans le golfe Persique.
L’Irak confirme sa position d’unique membre de l’Opep capable d’accroître ses extractions de manière importante. L’AIE ne fait cependant pas mystère des vastes difficultés politiques, techniques et financières qui pèsent sur les compagnies pétrolières engagées dans ce pays-clé.
L’Arabie Saoudite. L’AIE table sur un recul, modéré mais durable, des exportations de la « banque centrale du pétrole » : de 11,1 Mb/j en 2011 à 10,8 Mb/j en 2025, en passant par un étiage à 10,6 Mb/j en 2020.
L’Agence internationale de l’énergie justifie ce pronostic, inattendu de sa part, en faisant état de « considérations » des chefs de la maison des Saoud ayant trait « à long terme, à la déplétion des ressources [en brut] et, à court terme, à la gestion du marché ».
Concernant le court terme, l’AIE fait allusion à l’accroissement attendu de la production « de l’Irak et d’autres » pays producteurs, et à la volonté de l’Arabie Saoudite de faire en sorte de maintenir un prix du baril élevé (sur ce point, Riyad a peu de soucis à se faire, martèle par ailleurs l’Agence internationale de l’énergie).
La volonté affichée par le roi Abdallah de préserver sur le long terme les réserves d’or noir saoudiennes a été présentée sur ce blog.
L’AIE n’omet pas l’explosion de la demande intérieure de l’Arabie Saoudite (également exposée sur « oil man ») parmi les facteurs qui risquent de restreindre durablement les capacités d’exportation du premier producteur mondial de pétrole.
Au delà de 2025, la production saoudienne pourrait être relancée, et atteindre 12,3 Mb/j.
L’AIE précise cependant que « presque la moitié » de cet accroissement lointain serait constituée par des gaz naturels liquides (NGL, pour Natural Gas Liquid), autrement dit essentiellement du propane.
Les NGL ne peuvent pas, pour bon nombre des principaux usages des hydrocarbures, être substitués au pétrole liquide classique. En particulier, seules les molécules de NGL les plus lourdes (environ un tiers de la production) peuvent servir de complément à la production de carburant liquide.
L’Iran constitue avec la Russie l’autre mauvaise « surprise » majeure. Les auteurs du World Energy Outlook 2012 pronostiquent un déclin important et prolongé des extractions du quatrième producteur mondial : de 4,2 Mb/j en 2011 à seulement 3,2 Mb/j en 2015, puis 3,3 Mb/j en 2020.
L’Iran serait incapable de revenir à son niveau de production de 2011 avant... 2035.
L’Agence internationale de l’énergie décrit l’état de fait induit par les sanctions économiques des Etats-Unis et de l’Union européenne contre Téhéran, sanctions qui obligent depuis plusieurs mois l’industrie pétrolière iranienne à restreindre ses extractions :
« Les pertes de revenus ainsi que l’accès encore plus limité à la technologie et aux capitaux [provoqué par les sanctions] devraient rapidement transformer cette chute de production en une chute des capacités de production en elles-mêmes, [chute] dont le pays mettra des années à se remettre. »
Un déclin prolongé des capacités de production iraniennes est redouté depuis longtemps par de nombreux experts pétroliers. En grevant les possibilités techniques de relancer la production de l’Iran une fois que les sanctions seront éventuellement levées, les Etats-Unis et l’Union européenne viennent-ils d’amorcer un processus peut-être irréversible ?
L’année 2012 sera-t-elle celle du pic pétrolier terminal de l’Iran, trente-six ans après son pic principal, intervenu à l’époque du shah, en 1976, entre les deux choc pétroliers des années soixante-dix ?
Le montant des réserves de brut dites « prouvées » - et invérifiables cependant - déclarées par Téhéran, 151 milliards de barils, semble encore colossal, mais ce montant apparaît sujet à caution. Et la géologie du pétrole d’Iran est réputée délicate.
L’explosion de la consommation iranienne d’énergie joue par ailleurs, comme en Arabie Saoudite, un rôle problématique. « L’augmentation de la demande [iranienne] de gaz naturel destinée à la production électrique et à l’industrie a (...) restreint les possibilités d’injecter du gaz dans les champs de pétrole pour en améliorer les débits », indique l’AIE.
Au Koweït, les perspectives « demeurent incertaines ». Les nouveaux champs susceptibles d’être développés contiennent du pétrole lourd de mauvaise qualité, car riche en soufre. L’AIE table sur une stagnation de la production jusqu’en 2030, en dépit des projections beaucoup plus optimistes mises en avant par les dirigeants du cinquième producteur du golfe Persique.
Les Emirats arabes unis devraient voir leur production stagner jusqu’en 2030 à 3,4 Mb/j, avant de connaître éventuellement un accroissement à 3,7 Mb/j en 2035.
L’essentiel des capacités nouvelles de production sera constitué de NGL, annonce l’AIE.
Le Qatar, cher aux supporters du Paris Saint-Germain ainsi qu’à bien des militants islamistes radicaux, présente lui aussi une situation symptomatique de l’automne du pétrole, où les meilleurs fruits ont déjà été cueillis et dévorés tout crus, tandis que les fruits médiocres qui restent sur l’arbre ne peuvent être consommés sans au préalable être savamment nettoyés et transformés en compote :
le petit émirat du golfe Persique devrait voir sa production de pétrole conventionnel décliner, tandis que sa production de gaz naturel (NGL et gas-to-liquid) devrait encore pouvoir être accrue, d’après l’AIE.
Au Venezuela, la production de pétrole conventionnel devrait « poursuivre son déclin jusqu’en 2020, en partant 2,1 Mb/j en 2011 pour se stabiliser à 1,3 ou 1,4 Mb/j ». Ce pic du pétrole conventionnel est inévitable « sans une évolution majeure du climat politique ». L’AIE juge le régime d’Hugo Chavez hostile aux compagnies pétrolières étrangères.
Toutefois le déclin du pétrole conventionnel pourra être plus que compensé, estime l’AIE, par un prochain décollage très rapide de l’exploitation des immenses ressources du Venezuela en pétroles extra-lourds.
La production des pétroles extra-lourds de la ceinture du fleuve Orénoque, dans laquelle le groupe français Total investit depuis longtemps, reste pour l’heure limitée à 0,6 Mb/j. Un développement rapide de ces produits pétroliers non-conventionnels nécessite encore la construction de gigantesques installations de raffinage adéquates.
Le Nigeria, premier producteur d’Afrique, se dirige, lui aussi, vers un déclin de la production, de 2,6 Mb/j en 2011 à 2,4 en 2020.
La production pourrait ensuite connaître un modeste accroissement, « à condition que les investissements nécessaires puissent être accomplis » malgré de nombreuses difficultés politiques et des contraintes techniques rappelées par l’AIE.
L’Angola devrait voir sa production stagner jusqu’en 2035, « à condition que les nouvelles découvertes en offshore profond soient suffisantes pour compenser le déclin des champs existants »...
En Libye, « tandis que les champs existants entrent dans leur phase de déclin, l’accroissement de la production dépendra de nouveaux champs et du succès des efforts d’exploration, qui avaient été accrus entre 2007 et 2011, mais qui ont donné jusqu’ici des résultats décevants ».
L’Algérie « fait face à des problèmes similaires [à ceux rencontrés par la Libye], problèmes accompagnés d’une chute des découvertes, qui ont entraîné un lent déclin de la production depuis 2007 ».
L’AIE envisage une stagnation de la production de la Libye et de l’Algérie au moins jusqu’en 2020. Et au mieux.
Production pétrolière de l’Opep - « New policies scenario » - WEO 2012, AIE
L’Equateur, le plus humble des membres de l’Opep, s’ajoute à la longue liste des pays engagés, d’après l’AIE, sur le chemin d’un déclin de la production... à moins que le gouvernement de ce Etat d’Amérique du Sud renonce à interdire l’exploitation des pétroles lourds de son parc naturel de Yasuni.
Le président équatorien Rafael Correa propose depuis 2007 aux pays importateurs d’aider financièrement Quito afin de permettre à la petite nation andine de continuer à fermer l’accès du parc de Yasuni aux compagnies pétrolières, au nom de la préservation du climat et de la forêt amazonienne.
Plusieurs collectivités locales françaises de gauche, notamment les conseils régionaux de Rhône-Alpes et d’Ile-de-France soutiennent cette initiative, baptisée Yasuni ITT.
Le ministre français du développement, l’écologiste Pascal Canfin, souhaite que Paris contribue au financement de l’initiative de l’Equateur, relate Libération.
L’exploitation des hydrocarbures du parc de Yasuni « pourrait aider - si elle est autorisée - à stabiliser la production [de l’Equateur], au moins à moyen terme », estime l’AIE, qui souligne que l’initiative Yasuni ITT n’a pour l’heure permis de collecter que « moins 120 millions de dollars »...
En résumé, l’AIE prévoit une stagnation quasi imminente puis un déclin « peu après 2025 » de la production hors-Opep, laquelle constitue 57 % de la production totale actuelle ; pour l’Opep, l’accroissement serait limité à moins de 5 Mb/j d’ici à 2025, essentiellement grâce à l’Irak - un pays... compliqué.
L’ensemble du pronostic est tributaire d’une capacité incertaine à compenser le déclin des extractions de très nombreux champs parvenus à « maturité » (les plus anciens, les plus vastes, les plus aisés à exploiter), en ayant recours à des champs « restant à découvrir » ainsi qu’à des pétroles non-conventionnels aux propriétés médiocres, plus lourds ou au contraire plus légers que ce qu’il est convenu d’appeler du « pétrole ».
L’Agence internationale de l’énergie, institution émanant de l’OCDE installée le long de la Seine à Paris, financée principalement par les Etats-Unis et manifestement placée sous l’influence étroite de Washington durant les années Bush, reconnaît désormais le fondement du problème du pic pétrolier en des termes identiques à ceux employés depuis plus de dix ans dans de nombreuses analyses dites « pessimistes ».
Le World Energy Outlook 2012 indique :
« Le nombre de champs pétroliers qui ont été découverts, ainsi que leur taille moyenne, déclinent depuis plusieurs décennies (avec un retournement modéré au cours des dernières années). La plupart des champs pétroliers super-géants (...) ont été découverts avant les années 1970 (...), et le rythme de production a largement dépassé il y a de nombreuses années celui des découvertes [les courbes de production et de découvertes annuelles se sont croisées au milieu des années 1980, ndlr]. »
Mais l’Agence internationale de l’énergie poursuit :
"Est-ce que cela veut dire que les découvertes seront tout simplement insuffisantes pour permettre une augmentation continue de la production, telle que celle que nous projetons (...) et qu’un déclin rapide est imminent ?
La réponse simple est : non."
Il me paraît nécessaire et urgent de mettre cette conclusion en doute.
Constructions et rénovations des stades, ça suffit
L’organisation de rencontres sportives internationales implique de lourdes dépenses publiques que ne compensent pas les recettes. A l’heure de réduction des déficits, il est temps d’arrêter ce gaspillage.
L’Europe est engagée dans ce qui est l’une des plus grandes crises financières, économiques et sociales de son histoire.
Les peuples - grec, espagnol, italien, irlandais, en attendant les autres - en subissent déjà les conséquences, tour à tour touchés de plein fouet par les mesures de la « Troïka », UE (Union européenne), FMI (Fonds monétaire international) et BCE (Banque centrale européenne) qui provoquent une dégradation générale et rapide des conditions de vie : baisse des salaires, détérioration du niveau des retraites, démantèlement de la protection sociale, « détricotage » du droit du travail, licenciements, accroissement de la précarité et de la vulnérabilité, chômage massif en particulier dans la jeunesse, montée des populismes sur fond de racisme et de xénophobie, envolée d’une extrême droite fascisante, etc.
Malgré cela, la plupart des gouvernements européens n’en continuent pas moins de chercher à obtenir l’organisation de compétitions sportives de niveau international.
Les conséquences financières, très souvent désastreuses pour les pays en proie à cette ivresse compétitive, sont désormais incommensurables pour des populations qui en payent trop chèrement le prix : le Portugal, après son Championnat d’Europe de football en 2004, décide de détruire les stades qui ne sont plus utilisés et que le pays est incapable d’entretenir.
Bien que la sélection nationale sorte victorieuse de l’Euro 2008 et 2012 ainsi que de la Coupe du monde 2010, les clubs de football professionnels espagnols cumulent une dette globale de 3,5 milliards d’euros et 752 millions d’euros sont dus au fisc par ces mêmes clubs.
Pour l’organisation de sa Coupe du monde en 2010, l’Afrique du Sud a dépensé pour la construction de cinq nouveaux stades et la rénovation de cinq autres 1 milliard d’euros pour un montant global des dépenses s’élevant à 7 milliards (soit 30 % de dépenses de plus que prévu initialement), alors que les recettes ne se sont élevées qu’à 3,7 milliards d’euros.
L’Angleterre, berceau du sport moderne et du capitalisme, possède désormais des clubs cotés en bourse mais dont l’état financier est catastrophique : en Premier League, 18 d’entre eux ont un endettement global qui s’élève à 4 milliards d’euros.
Et que dire des budgets octroyés pour l’organisation des Jeux olympiques. La Grèce a dépensé 9 milliards d’euros dont 7 milliards payés par les citoyens pour l’organisation de ses Jeux en 2004 et 5 % du PIB se sont envolés dans des installations sportives aujourd’hui rouillées et en jachère.
Les Canadiens ont fini de payer en 2006 la note des Jeux olympiques de Montréal de 1976 ; et il aura fallu vingt-cinq ans pour que les Grenoblois règlent la facture des Jeux d’hiver de 1968. Le coût réel des Jeux olympiques d’été de Londres 2012 a, au minimum, quadruplé passant de 3,7 à environ 15 milliards d’euros, certains annonçant même un coût global de 28,6 milliards d’euros.
On pourrait multiplier les exemples qui tous démontrent que l’organisation de rencontres sportives internationales non seulement n’est pas une source de revenus - la manne du tourisme est, elle aussi, une belle illusion - mais qu’elle constitue une source de dépenses publiques à la façon du tonneau des Danaïdes, les stades représentant le summum des investissements inutiles et coûteux à long terme.
Une étude de la Bank of America-Merril Lynch a permis de démontrer qu’entre 1954 et 2006 les pays organisateurs de ces compétitions avaient enregistré une croissance économique inférieure à leur rythme habituel sans compter le nombre d’heures de travail perdues au moment de la retransmission des matchs eux-mêmes !
Les grandes compétitions sportives ne créent ni emplois sur le long terme, ni rayonnement pour une ville, ni croissance économique pour le pays, ni développement durable d’une pratique physique raisonnée des populations.
Malheureusement, l’expérience n’a pas servi de leçon et en 2010, se moquant des erreurs du passé, Nicolas Sarkozy arrachait face à la Turquie l’obtention de l’Euro 2016.
Le coût financier de cette épreuve pour les seules constructions et rénovations des stades en France s’élèverait officiellement à 1,7 milliard d’euros. Avec cette somme, combien pourrions-nous construire de logements, d’écoles, d’hôpitaux, de gymnases et d’espaces verts pour tous ?
Face à des dépenses de pur prestige considérées comme insensées, les villes de Strasbourg et de Nancy se sont retirées de ce projet.
On rappellera le retrait de la candidature de la ville de Rome pour les Jeux Olympiques de 2020 alors que le Brésil s’est lancé, en vue de la Coupe du monde de football en 2014 et des JO en 2016, dans une dangereuse escalade de constructions sportives tous azimuts et de destructions de quartiers entiers (habitations, écoles, etc.), le gouvernement déplaçant pour l’occasion 1,5 million de familles soit près de 10 millions de personnes.
Enfin, il ne faut pas oublier qu’un stade n’est pas un lieu isolé de son contexte sociopolitique, un espace neutre. Le stade n’est pas qu’un cadre architectural efficace. Partout en Europe et ailleurs, il est le lieu d’incubation de nombreuses violences, là où couvent les comportements les plus méprisables : xénophobie, antisémitisme, racisme, concentration massive de toutes les bêtises, militarisation des territoires, surveillance généralisée.
Nous refusons donc ces logiques d’appauvrissement, de militarisation, de surveillance et de répression généralisés.
À l’heure des dramatiques politiques européennes d’austérité et des coupes claires dans les budgets sociaux et culturels, nous disons :
NON aux constructions et aux rénovations pharaoniques des stades !
NON aux dépenses inutiles et délirantes d’argent dans un pays entré en récession pour quelques jours de compétition !
NON à l’organisation par la France de la 15e Édition
du Championnat d’Europe U.E.F.A. de football 2016 !
NON À L’EURO 2016 !
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Vous pouvez signer la pétition et faire part de vos réactions ici
Notre Dame des Landes : témoignage d’un opposant dévêtu, gazé par les gendarmes
Dimanche 24 novembre, plusieurs opposants au projet d’aéroport ont expliqué la raison de leur démarche à des gendarmes occupant la forêt de Rohanne. Ils n’ont pas usé de violence et n’étaient pas menaçants. Ils ont pourtant été massivement aspergés de gaz lacrymogène. Voici le témoignage de l’un d’entre eux.
La vidéo, de 4 minutes montrant le début de la scène est en ligne ici
Pour avoir participé à cette action, je tiens à vous la raconter par écrit, avant de le faire face caméra (on cherche des gens qualifiés pour faire un montage de nos futurs témoignages vidéos car nous sommes plusieurs à vouloir témoigner)
Car les images parlent, mais ne disent pas tout.
Ce que vous ne savez peut être pas :
Nous avons été fortement gazéEs à bout portant : je n’ai jamais « pris » autant de gaz lacrymo, j’ai failli perdre connaissance, aveuglé et suffoquant, et je remercie vivement les copains copines qui m’ont pris par les bras pour m’éloigner des gaz alors que je ne pouvais plus ouvrir les yeux ni respirer... je répète que sans elles et eux, je ne sais pas ce que je serais devenu au milieu des gaz pleuvaient...
J’ai ressenti de très fortes brûlures au visage et sous les bras (muqueuses), aux yeux, pendant de longues minutes... j’ai eu affreusement mal à la gorge, jamais je n’ai ressenti une telle brûlure... j’imagine que quelques dizaines de secondes peuvent suffire à tuer (par exemple si on perd connaissance tout en continuant à respirer des gaz)
Pendant plusieurs heures, ma peau m’a brûlé, dans le dos notamment, ce qu’encore une fois je n’avais jamais ressenti, puisque jamais je ne m’étais fais gazé torse nu.
La cerise sur la gâteau sera la douche du soir... en effet, n’imaginez pas prendre une simple douche pour vous rincer bien au contraire ! rincer vos cheveux pleins de gaz peut s’avérer une torture, puisque les gaz ruissellent sur votre corps, vous brûlent à nouveau yeux et muqueuses, et aussi sexe, parties sensibles, anus, bref, méfiez vous en vous lavant, les gaz vous poursuivent !
De même pour les habits, après m’être rhabillé, j’ai à nouveau été gazé pour rien (ou juste pour être présent dans la forêt) et mes habits se sont donc imprégnés de gaz... j’ai donc eu droit avec ma seule veste à des « retours de gaz » toute la journée, j’ai piqué les yeux et fais éternuer adultes et enfants simplement par ma présence (et celle de ma veste) et même offert des câlins empoisonnés... puisque prendre dans vos bras des amis avec une veste « contaminée » peut piquer la peau de l’autre, ses yeux, son nez, etc.
Il est conseillé par un ami chimiste de laisser aérer plusieurs jours les habits avant de les laver... et je remercie de tout cœur toutes les personnes qui viennent emporter/laver/rapporter nos habits, amener à manger, cuisiner, bricoler, partager, amener des tracteurs, prendre des photos/films/sons et les diffuser, réparer nos vélos, tenir le site internet de la ZAD et tant d’autres blogs, bref toutes et tous celles et ceux qui partagent cette lutte... que nous ne pouvons QUE gagner puisque nous sommes dans le camp de la Justice !
A nous de choisir entre une planète bleue et verte... ou une planète qui peu à peu se noircit, se bétonne, se pollue, se déchire...
Le compost en ville, c’est possible !
D’abord sceptique et plutôt réticent à l’idée d’avoir chez moi des déchets en décomposition et des vers de terre, je me laisse convaincre une fois avoir vu un copain en faire dans son immeuble... Quoi ?!!?? Ben un compost pardi !!
En voici une présentation par Neo Planète :
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Du compost en ville, c’est possible
FAIRE DU COMPOST DE DÉCHETS EN APPARTEMENT, C’EST DÉGOÛTANT, PAS PRATIQUE, UTILE SEULEMENT SI ON JARDINE ? PAS SI SÛR… VOICI DE BONNES RAISONS D’ACCUEILLIR DES VERS CHEZ VOUS.
Verre, plastique, carton… A chacun sa poubelle. Quid des déchets organiques ? Ils représentent jusqu’à 30 % du poids de notre poubelle, selon l’ADEME. Collecter et traiter ces déchets représente une grosse dépense énergétique et la production de beaucoup de gaz à effet de serre.
Pourtant, il existe une solution simple et écolo pour diminuer le poids de nos poubelles : le compost. « Ça sent l’humus, comme lors d’une balade en forêt », réplique Marie-Eve Fermet quand on lui demande si le compost sent mauvais.
Un peu difficile à croire comme réponse et pourtant, elle non plus n’était pas convaincue quand elle a commencé à faire du lombricompostage dans son appartement. Depuis, elle a même lancé son site, de vente et conseils sur le compostage en ville. L’idée de base : faire reculer les idées reçues sur le compostage et apporter des conseils aux citadins qui veulent commencer l’aventure.
Des travailleurs qui mangent de tout
La solution pour composter en appartement : le lombricomposteur. C’est une « boîte » hermétique qui renferme des vers de l’espèce Eisenia. Ces travailleurs de l’ombre sont friands de déchets végétaux (épluchures, fleurs fanées), céréaliers (pain, pâtes, riz), de coquilles d’œuf, de marc de café, de sachets de thé et même de papier et de carton !
Étanches, les composteurs ne laissent aucune chance à l’évasion. Aucun risque donc de se retrouver avec des vers grouillants dans sa cuisine. De plus, les lombrics n’apprécient pas la lumière. Ils préfèrent rester enfouis sous terre.
Si l’idée d’avoir une boîte de vers dans votre cuisine vous rebute vraiment, vous pouvez toujours placer le composteur sur votre balcon. La température idéale pour ces petites bêtes se situe entre 15 et 25°C. « S’ils sont en extérieur, il suffit de les protéger en cas de gel ou de canicule », explique Marie-Eve Fermet.
Si vous prenez bien soin de ces travailleurs, vous n’aurez plus à vous en occuper après les avoir introduits dans la boîte. Les vers se reproduiront naturellement. Ils s’appliqueront à la tâche tant que vous les nourrirez. Le seul contact que vous aurez avec les vers sera lors de la récupération du compost. Il faudra faire le tri entre les vers et l’engrais. Une tâche qui rebute plus les adultes que les enfants.
DES VERS CRÉATEURS DE LIEN SOCIAL
Dernière trouvaille éco-citoyenne, l’installation de composteurs collectifs au pied des immeubles. L’association du Toit angevin, à Angers (49), a installé depuis plus d’un an des bacs à compost dans le quartier de la Roseraie. Une initiative qui a beaucoup de succès.
Sensibilisés au compostage avant l’arrivée des bacs, les habitants du quartier ont vite commencé à les remplir. Quand l’engrais arrive à maturation, des animateurs organisent une distribution collective conviviale, ce qui permet aux locataires de se rencontrer. Une action qui crée donc du lien social autour des déchets.
Un moyen écologique et économique de gérer ses déchets
Déjà instaurée dans certaines communes, la tarification au poids du traitement des ordures est une des propositions du projet Grenelle 2. La moitié de nos poubelles sont composées de déchets qui peuvent nourrir ces vers (matières organiques et papier-carton).
Une famille de quatre personnes produit environ 100 kg de déchets par an. En trois mois, les lombrics transforment 10 kg d’ordures en 1,5 kg d’engrais. Sur l’année, une famille produits 15 kg de compost, contre 100 kg de déchets inutiles.
Transformer ses déchets en compost, c’est aussi une économie de sacs poubelles et du compost gratuit pour les amis et voisins si vous n’avez pas la main verte.
L’emploi des grenades assourdissantes « exceptionnel » et dans le « respect scrupuleux des prescriptions légales »
Question écrite au ministre de l’Intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration, 4 octobre 2011.
Mme Danielle Bousquet attire l’attention de M. le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration sur la récente publication d’une journaliste sur les armes sonores, ou armes acoustiques, dont l’usage en France est, selon cette auteure, laissé à l’écart de tout débat démocratique.
Pourtant l’armée et les forces de l’ordre disposent notamment de grenades assourdissantes, qui font partie de la panoplie des armes non létales.
Pourtant, il semblerait qu’aucun test indépendant n’ait pu évaluer leur dangerosité, et que leur utilisation n’a été l’objet d’aucun débat.
Pourtant plusieurs incidents auraient été occasionnés par ces « armes sonores », l’auteure de cet ouvrage pointe même les troubles auditifs déplorés dans un centre d’entraînement de la gendarmerie.
La journaliste précise que « les armes assourdissantes et les dommages collatéraux qu’elles occasionnent ne font l’objet d’aucune législation spécifique, ni ne s’embarrassent de la convention internationale qui exige proportionnalité (par rapport à la menace) et discrimination (entre combattants et non-combattants) dans l’usage des armes ».
Elle lui demande donc de lui indiquer si le Gouvernement entend favoriser un débat public et la réalisation d’études indépendantes sur les effets des « armes acoustiques » et des dispositifs manuels de protection.
Réponse du ministre de l’Intérieur, 10 avril 2012.
Depuis les années 1990, les forces de sécurité européennes s’engagent résolument dans le développement de moyens de force intermédiaire (MPI) pour la gestion des troubles à l’ordre public.
Ces moyens font partie d’un concept d’emploi des armements visant à limiter au maximum les blessures graves et les destructions inutiles, ainsi qu’à mieux moduler la gradation de la force employée.
Leur maîtrise permet aux forces de l’ordre d’intervenir dans des conditions optimales de sécurité et d’efficacité en ayant recours au strict niveau de force nécessaire, tant pour les missions de sécurisation, que pour les missions de maintien de l’ordre public (MOP).
Ces moyens sont des armes qui répondent, par cette qualité, à un cadre légal d’emploi précis, une doctrine d’emploi spécifique, des règles opérationnelles d’engagement particulières sur le territoire national et à l’extérieur. Ce cadre légal et ces règles d’emploi respectent les conventions internationales en vigueur.
L’emploi de l’ensemble de ces moyens de force intermédiaire (MPI) obéit ainsi aux principes de proportionnalité et d’absolue nécessité.
Par ailleurs, les MPI composites (à technologies combinées), telles que les grenades à effet acoustique (combiné éventuellement avec un effet cinétique ou un effet lacrymogène), répondent aux mêmes prescriptions légales et réglementaires que l’emploi de la balle de défense avec le lanceur 40 mm ou du projectile Bliniz avec le lanceur Cougar, c’est à dire qu’elles sont régies par le cadre juridique de l’usage des armes au maintien de l’ordre et non plus celui du simple emploi de la force (cadre juridique de l’emploi des munitions à effet unique lacrymogène, lancées à la main ou avec le lanceur Cougar).
Les grenades à effet acoustique, simple ou combiné, sont classées au b du paragraphe 9 de la 1re catégorie de l’article 2 du décret n° 95-589 du 6 mai 1995 relatif à l’application du décret du 18 avril 1939 fixant le régime des matériels de guerre, armes et munitions et reposent sur un cadre juridique précis ainsi que sur une doctrine d’emploi spécifique pour chaque munition.
Le décret n° 2011-795 du 30 juin 2011 a, par exemple, restreint les cas d’usage des grenades de désencerclement pour le maintien de l’ordre public, et impose le respect par les forces de police d’un formalisme strict.
Les dispositions internes précisant les cadres d’emploi de ces armes et les règles de sécurité afférentes garantissent un emploi ciblé de ces munitions par des personnels spécialement formés pour intervenir dans des situations de moyenne et haute intensité.
Quel que soit le type de grenade acoustique actuellement en dotation au sein des services de gendarmerie ou de police, leur mise en service a été précédée d’expérimentations approfondies au sein de centres spécialisés (CNEFG pour la gendarmerie, CREL pour la police) en collaboration, notamment, avec certains CHU, ainsi que dans des contextes opérationnels.
L’emploi exceptionnel de ces armes par les forces chargées de la sécurité atteste du respect scrupuleux des prescriptions légales, réglementaires et techniques et de leur volonté de n’employer que le strict niveau de force nécessaire.
Enfin, une fois mises en service, l’emploi de ces MPI fait l’objet d’un suivi, et d’une enquête administrative et judiciaire lorsque des blessures sont occasionnées. Toute munition est ainsi retirée des unités dès lors que son utilisation ne répond plus aux exigences initiales de sécurité et d’efficacité.
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LGV Lyon Turin : un conflit d’intérêt au coeur de la commission d’enquête
Les présidents italien et français doivent discuter le 3 décembre du projet de LGV Lyon-Turin. Mais la commission qui a donné un avis favorable à cette infrastructure comprenait des membres liés des entreprises directement intéressées à la réalisation de cette ligne. Voici les preuves.
Lyon Mag
Y a-t-il eu conflit d’intêret au sein de la commission d’enquête publique qui s’est penchée en début d’année sur le projet de ligne grande vitesse ?
C’est ce qu’affirment coup sur coup deux magazines.
La première salve est lancée par Le Canard Enchaîné, dans son édition du mercredi 3 octobre. L’hebdo nous apprend que dans son rapport, favorable au projet de LGV, la commission d’enquête « incite fortement » Réseau Ferré de France, le maître d’ouvrage, à passer un marché avec l’entreprise de travaux publics Truchet TP. Celle-ci propose de stocker « de manière définitive 950 000 m3 de déblais » dans un terrain de 9 hectares, situé dans la zone artisanale d’Arbin, au sud-est de Chambéry. Or, le président de cette entreprise de BTP, Roger Truchet, n’est autre que... le frère de Guy Truchet, l’un des membres de cette fameuse commission d’enquête. Le Canard Enchaîné précise que le terrain a été acheté en 2006 pour 350 000 euros, alors qu’aujourd’hui, « le million de mètres cubes de sable et de gravier contenu dans le site peut générer un chiffre d’affaires de 20 à 50 millions d’euros ».
Après le palmidé, c’est l’hebdomadaire Politis qui, jeudi [4 octobre], renforce la thèse du conflit d’intérêt. Le magazine affirme que le président de la commission d’enquête publique (un certain Pierre-Yves Fafournoux) a été l’associé entre 2004 et 2009 du cabinet Egis (filiale de la Caisse des dépôts), cabinet conseil qui a réalisé les études d’impact de la ligne Lyon - Turin. De quoi donner du grain à moudre aux opposants du projet, qui se sont plaints à plusieurs reprises de n’avoir pas voix au chapitre lors des réunions d’informations organisées par la commission. Et, peut-être, de quoi gêner aux entournures François Hollande, qui s’est déclaré à plusieurs reprises « fan » du projet, et qui doit retrouver Mario Monti en décembre à Lyon pour évoquer le sujet.
Voici par ailleurs, en PDF, la lettre adressée le 14 novembre aux Préfets de Savoie, de l’Ain, du Rhône et de l’Isère détaillant et documentant les conflits d’intérêt qui sont au coeur de la Commission d’enquête publique sur la LGV Lyon Turin :
On y lit notamment que la commission d’enquête publique a « invité » à étudier la proposition de l’entreprise Truchet, dirigée par le frère d’un membre de la commission :
Lien vers le rapport d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique du projet d’accès français au tunnel franco-italien, enquête qui s’est achevée le 19 mars 2012.
La presse est bienvenue à Notre Dame des Landes
Lors de la manifestation du 17 novembre dernier à Notre-Dame-des-Landes, de nombreux journalistes ont été choqués de l’accueil réservé à la presse par une partie des organisateurs sur certains lieux, aussi l’ACIPA tient à faire la mise au point suivante :
Lors des événement organisés par l’ACIPA ou la coordination, la presse est toujours la bienvenue. Des visites de presse ont d’ailleurs été régulièrement organisées et continueront à l’être ; les contacts se font dans la confiance et le respect mutuel.
Certaines personnes faisant partie de la lutte ont une attitude plus réservée vis a vis des médias mais aussi des partis politiques et des photographes et vidéastes, professionnel set amateurs souhaitant rendre compte des événements (y compris d’ailleurs ceux faisant partie des associations).
Les différentes composantes de la lutte sont unies sur ce combat mais chacune avec ses propres méthodes. La position des associations par rapport aux témoignages presse est claire : la médiatisation nationale du combat est absolument nécessaire à son succès, la mise en lumière du projet d’aéroport étant indispensable à la prise de conscience du grand public de son aberration.
L’ACIPA invite la presse à venir couvrir son assemblée générale qui se tiendra le vendredi 30 novembre 2012 à 20h salle Cassiopée à Notre-Dame-des-Landes.
Jean-Marc Ayrault nomme la commission du dialogue
PREMIER MINISTRE
Paris, le 30 novembre 2012
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a reçu aujourd’hui les trois membres de la la Commission du dialogue sur le futur Aéroport du Grand Ouest, dont il a décidé la création le 24 novembre dernier.
La commission est composée de Madame Claude Brévan et de Messieurs Claude Chéreau et Rouchdy Kbaier.
- Claude Chéreau, qui présidera la commission, est Président de la Commission des Comptes de l’Agriculture de la Nation et membre du comité d’éthique de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) et du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Il a notamment été conseiller de François Mitterrand et de Lionel Jospin.
- Claude Brévan est architecte. Elle a notamment été déléguée interministérielle à la Ville et au développement social urbain. Elle est régulièrement membre ou présidente de commissions particulières de débats publics sur des projets de grands équipements.
- Rouchdy Kbaier est juriste et membre du Conseil général de l’environnement et du développement durable. Il a été conseiller auprès de Dominique Voynet, puis directeur adjoint du cabinet d’Yves Cochet. Spécialiste des questions d’environnement et de droit communautaire, il a été pendant six ans directeur du parc national des Pyrénées.
Cette commission aura pour mission de rencontrer toutes les parties prenantes qui le souhaitent, afin qu’elles puissent exprimer leur analyse des enjeux économiques, sociaux, et environnementaux, et d’apporter, le cas échéant, les précisions complémentaires. Elle pourra demander tous les éclairages techniques nécessaires.
La commission s’attachera à rassembler l’ensemble des expressions et des attentes autour de ce projet.
Elle remettra au Premier ministre une synthèse de ses auditions, et formulera des propositions, notamment sur la manière de poursuivre le dialogue dans chacune des étapes de la réalisation du projet. Elle remettra son rapport dans quatre mois au Premier ministre, qui le rendra public.
En ce qui concerne l’impact du projet sur les zones humides et sur les terres agricoles, le Premier ministre rappelle les décisions prises le 24 novembre pour conforter les initiatives en faveur du respect de la biodiversité et de la préservation des terres agricoles :
Mise en place d’un groupe d’experts, composé de scientifiques, afin notamment de valider la méthode de compensation, conformément aux conclusions de l’enquête publique « loi sur l’eau ».
Ce comité scientifique sera présidé par M. Ghislain de Marsily, professeur émérite à l’Université Pierre et Marie Curie, et membre de l’Académie des Sciences. Mise en place d’une mission « agricole » spécialisée afin, d’une part, d’identifier localement les moyens de minimiser l’impact du projet sur les surfaces agricoles et, d’autre part, d’apporter sa contribution à la définition d’outils efficaces pour lutter contre la consommation des espaces agricoles par le développement urbain.
Cette mission sera présidée par M. Dominique Pélissié, Ingénieur général des ponts, des eaux, et des forêts.
Dialoguons ! Voici nos propositions
En réponse à la proposition d’une commission de dialogue par le gouvernement
Ayant pris connaissance de la volonté du gouvernement d’ouvrir des négociations avec les différentes parties en présence dans la lutte, nous avons donc décidé de faire part de [nos revendications] :
• La fermeture de toutes les entreprises de plus de 12 salariéEs ;
• Une rente à vie pour les salariéEs ;
• 20 heures de soleil en hiver ;
• Multiplication par huit de tous les minimas sociaux ;
• Le RSA pour tous et toutes, attribué dès la naissance (et pour les avortéEs aussi) ;
• Le retrait des implants capillaires des présentateurs télé ;
• Le nucléaire remplacé par des ministres qui pédalent ;
• L’Élysée transformé en zone humide ;
• Toutes les lettres au Père Noël seront reçues [et] exaucées par le gouvernement ;
• Manuel Valls ainsi que tous les corps de la Défense et de l’Intérieur se tatoueront “Nique la police” sur le front ;
• Que l’Académie française accepte et utilise le langage sms ;
• Qu’après la mort de Jean-Marc Ayrault soit gravé sur sa tombe “la ZAD m’a tuer” ;
• Que la Terre tourne dans l’autre sens ;
• Repousser la fin du monde (bien après le 21 décembre) ;
• Le même temps à Lille qu’à Marseille, mais sans Mistral ;
• La Marseillaise sera remplacée par une comptine pour enfants chantée à l’envers ;
• Les séances de spiritisme seront remboursées par la SÉCU ;
• Les pipelines seront exclusivement reservés à des transports de jus de fruits ;
• Pour chaque animal tué, un parlemantaire sera sacrifié (même quand on écrase une fourmi par erreur) ;
• 20 à 30 hectares de terres attribuées à tous les gens étant passés ou ayant habité sur la ZAD (plus un tracteur ou hélicoptère si souhaité) ;
• Que les négociations soient interdites.
Cette liste est ouverte et non exhaustive.
Les grands projets inutiles s’introduisent dans le débat sur la transition énergétique
Lettre ouverte adressée à Madame la Ministre de l’Ecologie en date du 28 novembre 2012.
Madame la Ministre,
Neuf ans après le dernier débat sur l’énergie initié par Nicole Fontaine, cinq ans après le Grenelle de l’environnement, 37 jours après le début des opérations policières menées par votre gouvernement en vue d’expulser les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, vous vous apprêtez à ouvrir les travaux d’un nouveau « débat national sur la transition énergétique ».
Figure imposée ou réelle volonté politique, ce nouveau débat débute dans un contexte où la sérénité est très loin d’être au rendez-vous.
Vous avez bien voulu nous inviter à rejoindre le conseil national du débat sur la transition énergétique. Par-delà le flou entourant l’organisation même de ce débat, nous avons finalement décidé d’y participer afin de vous faire part de nos demandes et obtenir des réponses précises.
Pour nous, la question des grands projets d’infrastructures (autoroutes, aéroports, voies LGV, grand canal...) ne peut être exclue du débat national sur la transition énergétique.
La suite de notre participation est donc clairement conditionnée au fait que le débat national sur la transition énergétique puisse aborder l’utilité supposée des grands projets d’infrastructures, leur comptabilité non moins supposée avec les contraintes climatiques et énergétiques et puisse, le cas échéant envisager leur abandon.
Il en va de même de la construction de l’EPR à Flamanville et de sa ligne THT Maine-Cotentin que rien ne justifie actuellement mais aurait pour effet d’accroître nos surcapacités de production et ainsi pousser l’opérateur historique à poursuivre sa vaste campagne de gaspillage énergétique.
Ce débat doit être l’occasion de produire des scénarios de sortie immédiate du nucléaire et ne pas se contenter d’une baisse de 25% de la production nucléaire d’ici à 2025 qui pourrait n’avoir aucune incidence sur le nombre de réacteurs nucléaires actuellement en fonctionnement si la consommation intérieure et les exportations d’électricité augmentaient d’ici là.
Concernant les gaz et pétroles de schiste, les engagements pris par le chef de l’Etat à l’occasion de la Conférence environnementale ne peuvent constituer une garantie de leur non exploration alors que les dommages causés par cette énergie fossile en cas d’exploitation seront irréversibles pour l’environnement.
Le gouvernement doit enfin mettre un terme immédiat à la violence perpétrée par les forces de l’ordre à Notre-Dame des Landes. Le débat que vous avez l’honneur de présider est un exercice délicat car il vous invite à la cohérence. Il serait inconcevable que la volonté de dialogue soit confinée aux seuls salons parisiens et l’usage de la force publique appliqué méthodiquement à Notre-Dame des Landes.
Pour Agir pour l’Environnement, un débat n’est qu’un outil au service d’une fin, la transition énergétique. Si nous constations que ce débat n’était qu’une énième mise en scène sans volonté réelle de changement, nous rejoindrions immédiatement les nombreuses associations qui ont déjà fait le choix respectable de boycotter ce débat.
Nous espérons sincèrement que vous aurez à cœur de répondre positivement à nos demandes afin que nous puissions poursuivre ensemble ce débat nécessaire.
Comptant sur votre écoute, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.
Comment la gauche s’est couchée devant les rapaces
En cédant face aux « pigeons », le gouvernement a fini par faire le lit des intérêts des gérants de fonds d’investissement.
L’épilogue de la saga des « pigeons » s’est écrit discrètement la semaine dernière. Non seulement le gouvernement a cédé devant la levée de boucliers des créateurs d’entreprises, quasiment épargnés de l’effort fiscal demandé aux Français, mais il a aussi plié devant les gérants de fonds d’investissement, qui n’ont vraiment rien, mais alors vraiment rien, de pauvres volatiles qu’on plumerait. Explication d’une reculade de la gauche.
Première manche pour les « pigeons »
La première partie du match est connue. Le 19 octobre, sur ordre de l’Elysée paniqué par le mouvement très médiatique des « pigeons », le gouvernement fait voter par l’Assemblée la refonte des articles du projet de loi de finances (budget de l’Etat) qui alignait l’imposition des revenus des créateurs de start-up (de 30 % jusqu’alors) sur celle de droit commun, selon le barème de l’impôt sur le revenu (de 45 % au maximum).
Il faut dire que Bercy avait donné des verges pour se faire battre : afin de ramasser le plus d’argent possible, le dispositif imposant les plus-values de cession des parts d’entreprise était rétroactif.
Mais Jérôme Cahuzac, sur ordre de Matignon et de l’Elysée, va aller beaucoup plus loin que de revenir sur la rétroactivité, effectivement impossible à soutenir. Il s’exécute, au sens propre, en direct, devant les députés de droite : « Je vous annonce donc une bonne nouvelle : nous rétablissons le statut des jeunes entreprises innovantes. [...] Nous faisons donc mieux que ce que vous aviez fait. »
De fait, la droite ravie reconnaît que les nouveaux aménagements sont plus favorables aux patrons que ceux qu’elle avait elle-même établis. Voici les « pigeons » comblés et calmés. Ils échappent à pas moins de 800 millions d’euros d’impôt !
Deuxième manche pour les rapaces
Mais d’autres intérêts se profilent : ceux des gérants de fonds d’investissement en capital-risque (qui ne sont pas toujours très risqués). Ces oiseaux-là sont rémunérés en carried interests, c’est-à-dire par un pourcentage (de 15 à 20 % en général) des plus-values de cession réalisées par leurs fonds.
Et, eux, veulent faire reculer le gouvernement sur un autre texte : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. L’article 14 place, désormais, leurs revenus comme un revenu du travail, et les impose au forfait social de 20 %, comme l’intéressement et la participation des salariés.
Les gérants en font une affaire de principe : « Etre imposés comme des salariés alors que nous prenons des risques avec notre argent, jamais ! » disent-ils. Ils font le siège de Bercy, Matignon et des députés. Menacent de délocaliser « 3 000 professionnels gérant 80 milliards d’euros » à Londres, Bruxelles ou Luxembourg.
Là encore, Jérôme Cahuzac s’exécute. Le 24 octobre, il obtient des députés UMP, centristes et socialistes la suppression pure et simple de l’article 14 qui devait apporter 120 millions d’euros au budget de la Sécu.
Le rapporteur socialiste au Sénat, Yves Daudigny, a eu beau faire voter le rétablissement du forfait social pour les carried interests - arguant que « les Français ne comprendraient pas que certains revenus échappent au financement de la protection sociale... » -, rien n’y a fait : un peu plus tard, les sénateurs de droite et les communistes ont rejeté l’ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. La défaite est consommée. Elle est totale.
Troisième manche pour les Wendel ?
Le recul en rase campagne du gouvernement devant les gérants de fonds de capital-risque pourrait avoir d’étranges conséquences. Certains, à Bercy ou parmi les fiscalistes, ont déjà remarqué qu’au terme de ce débat la représentation nationale ne considère pas les carried interests comme un revenu d’activité mais comme un revenu de placement.
Or, c’est justement l’argument employé par Ernest-Antoine Seillière et ses amis Wendel pour contester le redressement fiscal de 240 millions d’euros ainsi que les poursuites pour « abus de droit » et « fraude fiscale » dont ils font l’objet.
Au-delà du cas Wendel, nombre d’enquêtes des services de Bercy concerneraient les carried interests. L’enjeu n’est pas mince puisqu’il pourrait concerner une masse fiscale potentielle de plus de 2 milliards d’euros.
La bataille des barrages de la Loire, une autre victoire écologiste
On évoque souvent le Larzac à propos de Notre Dame des Landes. Mais il existe d’autres exemples de luttes qui ont uni alternatifs et opinion publique, et notamment celle de la Loire, et du barrage de Serre de la Fare, à la fin des années 1980.
D’emblée, tout le monde pense au Larzac : des paysans chassés de leurs terres au nom de l’intérêt national ; des militants et des marginaux qui viennent leur prêter main forte ; quelques élus plus ou moins bien reçus, comme François Mitterrand lorsqu’il est venu prendre la température du causse en rébellion ; et enfin la construction de bâtiments de fortune pour fixer la contestation.
On retrouve aussi l’argumentaire : comme l’extension du camp militaire du Larzac apparaissait un projet dépassé, donc inutile, le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes en rase campagne, dans un pays déjà saturé de plateformes aéroportuaires, fait figure de diplodocus et, plus grave aujourd’hui, de caprice du prince, puisque son principal partisan est à la tête du gouvernement.
Des Larzac et des épines dans le pied, il y en a eu d’autres. On pense alors à Plogoff, ce projet insensé de centrale nucléaire à la Pointe du Raz, aujourd’hui classée Grand Site de France. Grâce au combat décidé des locaux, soutenus par des cohortes de militants et de marginaux, le projet avait dû être abandonné à son tour.
En 1981, le nouveau président de la République, François Mitterrand, avait compris qu’il était politiquement désastreux de s’obstiner contre la volonté de résistants obstinés, mus par de nobles motifs. Aujourd’hui, la pointe du Raz est débarrassée de ses baraques à frites et de ses vilains parkings, et les touristes viennent y goûter un air d’infini face à l’océan…
Un autre Larzac est moins connu, bien qu’il ait lui aussi pris tous les caractères de la contestation caussenarde, bretonne et aujourd’hui bocagère : le barrage de Serre de la Fare, en Haute-Loire.
Sous prétexte d’éviter le retour d’une inondation catastrophique, le gouvernement et les élus avaient décidé de construire un barrage réservoir sur la Loire à l’amont du Puy-en-Velay. On allait donc détruire 14 kilomètres de gorges du « dernier fleuve sauvage d’Europe » pour retenir le flot en période de crue et surtout pour disposer d’un plan d’eau à usages multiples : l’irrigation agricole et les loisirs nautiques.
Bien que l’enjeu du projet n’eût ni l’ampleur du Larzac, ni la démesure obscène de Plogoff, il a suscité dans les années 1980 une réaction de rejet étonnante. D’une partie de la population d’abord (17,3% des voix aux municipales de 1989 au Puy-en-Velay !), mais surtout de militants venus de toute la France et même d’ailleurs, comme le prince Philip d’Edimbourg et surtout un Suisse allemand très combattif, Roberto Epplé, aujourd’hui installé à demeure.
Comme à Notre-Dame-des-Landes, écologistes, alternatifs et militants de tous poils s’étaient alors donné rendez-vous sur le chantier pour occuper le terrain dans une cabane refuge, et ils ont gagné. Les gorges de la Loire sont restées intactes.
Après ces trois combats victorieux du Larzac, de Plogoff et de Serre de la Fare, menés par des minorités marginales mais décidées, on voit mal comment le gouvernement pourrait triompher cette fois-ci à Notre-Dame-des-Landes.
Le Larzac a résisté pendant dix ans (1971-1981), Plogoff presque autant, et Serre de la Fare a gagné en trois ans. Va-t-on se donner le ridicule de laisser les gardes mobiles guerroyer dans le bocage ne serait-ce qu’un an ?
Ce sont les plus obstinés qui gagnent, surtout lorsqu’ils ont de bonnes raisons de refuser un projet dépassé, inutile et nuisible à l’environnement d’un pays déjà trop bétonné.
Assises pour l’écosocialisme
RENDEZ-VOUS LE 1ER DÉCEMBRE 2012 !
à l’Espace Reuilly - 21, rue Hénard 75012 Paris
Programme des Assises pour l’écosocialisme
9h Introduction de Corinne Morel Darleux : « Un nouveau projet politique « creuset » pour sortir de la crise et construire un monde meilleur »
9h20 Intervention de Michael Lowy : « Ecosocialisme, l’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste »
9h50 Table Ronde 1 : « Qu’est ce que l’écosocialisme ? En quoi est-il le projet d’avenir d’une gauche radicale et lucide ? » - Animation : Sophie Chapelle de Bastamag - Intervenant-e-s : Arno Munster, Eric Coquerel, Jeanette Habel, Jacques Testart
11h30 Vidéo de Paul Ariès : « Objection de croissance, socialisme gourmand et buen vivir »
11h45 Intervention de Henri Pena Ruiz : « Marxisme et écologie, un mélange détonnant ? » (sous réserve)
12h15 Intervention de Gabriel Amard : « Comment l’écosocialisme peut-il prendre appui sur les alternatives concrètes et radicales ? »
12h30 Pause de midi – Déjeuner libre
14h Intervention de Pascale le Néouannic : « Ménager le territoire, ses habitants et leur bien vivre »
14h15 Intervention de Susan George : « L’écosocialisme, une voie d’alternative pour les mouvements sociaux face à la mondialisation »
14h45 Table Ronde 2 : « La révolution citoyenne au prisme de l’écosocialisme, des luttes sociales au pouvoir » - Animation : Sylvain Lapoix - Intervenant-e-s : Hervé Kempf, Laurence Sauvage, Mathieu Agostini, François Ruffin
16h15 Intervention de Jacques Généreux « La Quatrième voie : celle du progrès humain »
16h45 Introduction de Christophe Ventura sur le Forum mondial de la révolution citoyenne suivie de l’intervention de René Ramirez, Secretaire National à l’Education Supérieure, Sciences, Technologies et Innovations et ex-SENPLADES : « Biosocialisme républicain et le temps comme mesure du Bien Vivre »
17h30 Vidéo de Jean Marie Harribey (sous réserve)
17h45 Table Ronde 3 : « Quel programme pour un gouvernement écosocialiste ? » - Animation : Patrick Piro, Politis - Intervenant-e-s : Martine Billard, Aurélien Bernier, Myriam Martin, François Delapierre
19h30 Conclusion : Jean Luc Mélenchon
20h Fin des Assises
Et un village militant avec la présence des revues et associations suivantes : No Gazaran ! Ecorev, Copernic, Relocalisons, Parti pour la Décroissance, SOS Forêts, la Fédération Grand Est Stop Déchets Nucléaire, France Libertés, Inf’OGM, la revue Silence !, Fakir, Utopia, Basta !, les Déboulonneurs, Bizi ! et LaRevueDurable...
Les défenseurs de l’aéroport passent à l’offensive
La pièce, meublée comme un intérieur bourgeois, contient à grand peine les quelques dizaines d’hommes en costume sombre qui y ont pris place. Dans le bâtiment de la questure de l’Assemblée nationale, ce mercredi 28 novembre, des élus et chefs d’entreprise de Bretagne et Pays-de-la-Loire ont convié les journalistes pour défendre « le projet d’aéroport du Grand-ouest ».
Pendant une heure, onze hommes - et une seule femme - prennent la parole, chacun leur tour, pour expliquer leur soutien à l’aéroport de Notre-Dame des Landes. A la fin de chaque intervention, les élus présents dans la salle applaudissent, comme dans une réunion politique. Inédit pour une conférence de presse à l’Assemblée nationale.
Ces élus se sentent incompris. Ils en ont « un peu ras-le-bol », comme l’exprime Philippe Grosvalet, président (PS) du conseil général de Loire-Atlantique. Députés, maires, présidents de département ou de région, ces hommes de gauche ont conquis des territoires autrefois ancrés à droite et estiment avoir contribué, pendant plusieurs décennies, au développement économique de leur région.
Le débat sur l’opportunité du transfert de la plateforme de Nantes, qui s’est imposé dans la boue du bocage depuis plusieurs semaines, les agace.
« Domestiques bretons »
Les manifestations qui se succèdent, week-end après week-end, seraient l’expression d’une minorité d’agitateurs. Face aux excès de certains militants et au déferlement médiatique, les orateurs plaident pour « la majorité silencieuse », comme l’affirme Hacène Zitouni, un entrepreneur nantais qui se dit « contraint de passer à chaque fois par la région parisienne » pour rencontrer ses clients.
Jean-Louis Tourenne, président (PS) du conseil général d’Ille-et-Vilaine joue un air connu, « les provinciaux » incompris contre « Paris » qui soutiendrait en sous-main « une poignée de manifestants dont c’est le fond de commerce ».
L’élu croit reconnaître un mépris séculaire contre « ces Bretons qui peuvent bien se contenter d’un petit aéroport » et convoque l’histoire des « domestiques bretons » qui débarquaient gare Montparnasse pour servir dans les bonnes maisons de la capitale. « On nous prend pour des bécassines », résume Patrick Rimbert, maire (PS) de Nantes.
L’aéroport, à entendre tous les intervenants, constituerait un atout économique majeur, même si la région a su s’en passer depuis 1965, date des premières études. « Notre obsession, c’est l’emploi », martèle Jacques Auxiette, président (PS) du conseil régional des Pays-de-la-Loire.
M. Rimbert établit pour sa part un lien entre la nouvelle infrastructure et la croissance démographique de sa ville. « C’est concret ; nous gagnons des habitants. La population reste plus longtemps, les jeunes ne partent pas et le territoire est fécond », lance-t-il.
Les équipements nouveaux seraient donc réservés aux territoires prospères ? L’assertion risque de décevoir les élus de Soissons (Aisne), Pézenas (Hérault) ou Privas (Ardèche), où l’on attend d’une zone logistique, d’un centre commercial ou d’un McDrive le pouvoir de redresser l’économie chancelante et d’enrayer le chômage de masse.
« Agriculteurs bien traités »
La main sur le cœur, nos hommes des Landes s’aventurent aussi sur le terrain environnemental. Pas question de laisser le monopole de la défense des terres agricoles et des « zones humides » aux farfelus qui s’agitent à moitié nus dans la forêt.
Pour Dominique Boschet, président de l’Association contre le survol de l’agglomération nantaise, l’aéroport, qui aurait le mérite d’éloigner les nuisances sonores, est « un choix de développement durable ». D’ailleurs, « je ne comprends pas que les Verts soient contre », affirme-t-il.
Nathalie Appéré, députée (PS) d’Ille-et-Vilaine, évoque « des arguments économiques, mais aussi écologiques ». M. Rimbert explique même que la nouvelle infrastructure est un instrument contre « l’étalement urbain » puisqu’il permettrait de loger des habitants sur le terrain de l’actuel aéroport, à Bouguenais, tout près de Nantes.
Gilles Rétière, président (PS) de Nantes métropole et maire de Rezé, assure que « les agriculteurs sont bien traités » et que les propriétaires des terres expropriés seront « reclassés dans un périmètre de 5 kilomètres à la ronde ».
Un autre orateur (j’ai oublié lequel, ça allait très vite) explique que les deux pistes qui seront construites à Notre-Dame des Landes réduiront « le temps de roulage des avions » et contribueront ainsi à des économies de kérosène. Le maire de Nantes assure enfin, sans citer de chiffres, que « le bilan carbone est positif ».
Justement. Le bilan carbone d’un aéroport ne se calcule pas seulement à partir des émissions de CO2 liées au décollage et à l’atterrissage des avions, mais en prenant en compte l’ensemble des activités générées par l’infrastructure. Et comment se rendra-t-on à Notre-Dame des Landes ?
« Nous menons des études sur les dessertes ferroviaires », répond M. Auxiette. Pour l’heure, en fait, rien n’est décidé. Les collectivités concernées hésitent entre deux projets de « tram-train » mais ne se sont pas résolues à le financer, peut-on lire dans La Gazette des communes.
Le trafic attendu ne semble pas justifier un tel investissement. Les travaux préparatoires au « barreau routier » destiné à desservir la plateforme demeurent en revanche prévus pour le début de l’année prochaine.
Le contre-exemple angevin
Étalement urbain, tout-voiture, projets démesurés et mal financés. La contradiction avec les objectifs de réduction de la dette publique et de préservation des ressources affichés partout en Europe n’effraie pas nos-hommes-des-Landes (ni la femme).
« Tout l’espace ligérien a besoin de cet aéroport », décrète Jean-Claude Antonini, ancien maire (PS) d’Angers. Mauvaise pioche. Dans la ville que cet ancien élu a dirigée de 1998 à 2012, l’aéroport fonctionne à 10% de sa capacité et a accueilli seulement 5300 passagers l’an dernier.
NB : A propos du choix de société consistant à créer un nouvel aéroport à Nantes, voir ici
Selon des experts aéronautiques « Notre Dame des Landes est totalement inutile »
Pierre Sparaco
L’affaire NDDL est d’autant plus scandaleuse et inadmissible que les uns et les autres ont oublié une fois pour toutes qu’il s’agit au départ de transport aérien, et de rien d’autre. Mais aucun des intervenants n’affiche un petit minimum de compétences en la matière, ce qui conduit à d’étonnantes inepties, la plus belle d’entre elles consistant à dire et répéter que l‘actuel aéroport nantais s’achemine à grand pas …vers la saturation. L’argument est tout simplement risible.
Heureusement, il arrive qu’un esprit éclairé se manifeste, sans nécessairement être entendu pour autant, pour faire remarquer que l’aéroport de Gatwick, situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale britannique, traite 34 millions de passagers par an, 242.000 mouvements d’avions, avec une seule piste (notre illustration). Nantes Atlantique enregistre actuellement 3,5 millions de passagers annuels, grosso modo 10 fois moins que Gatwick. La notion de saturation n’est décidément pas la même, selon que l’on parle français ou anglais.
Cela étant dit, outre-Manche, les problèmes qui sont posés n’en sont pas moins nombreux, la croissance du trafic risquant de conduire Heathrow, Gatwick, Stansted, Luton à la thrombose pure et simple. D’où l’intérêt de se pencher sur la manière de faire, pour préparer l’avenir. Là-bas, il n’est pas question d’opposer tracteurs et forces de l’ordre au cœur du bocage mais de choisir des options sans rapport direct avec les rebondissements politiques quotidiens. C’est le point essentiel de la lettre de mission adressée par le gouvernement Cameron à une Airports Commission mise en place en septembre et qui rendra ses conclusions en décembre 2013.
Un Livre blanc, en 2003, fort document de 170 pages intitulé « The Future of Air Transport », avait constitué une utile entrée en matière. A Nantes, on entend dire que le transport aérien n’a pas d’avenir, à Londres, on souligne qu’il va doubler ou tripler d’ici à 2030. En Bretagne, d’autres affirment que Nantes Atlantique ne pourra bientôt plus suffire à la tâche, à Gatwick, on prévoit l’ouverture d’une deuxième piste en 2019.
Bien sûr, une commission d’étude, un groupe de réflexion, une équipe d’experts, auraient dû se pencher sur ces questions avant la moindre prise de décision. Ce qui aurait aussi permis de constater que personne n’est capable de faire sortir de terre un aéroport, où que ce soit, pour la somme ridicule de 600 millions d’euros. Si NDDL se fait, le réveil budgétaire sera à coup sûr pénible. Et, quoi qu’il en soit, nous l’avons déjà suggéré, il conviendrait tout d’abord de dépolitiser le dossier, de le professionnaliser. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Entre-temps, toutes les parties impliquées peuvent se préparer à payer le prix fort pour un enjeu qui n’en vaut pas la peine.
Commentaire de Jacques Bankir
Oui, vous soulevez un vrai problème qui suscite beaucoup trop souvent gêne et langue de bois. NDDL est totalement inutile. Un aéroport régional ? C’est illusoire. Rennes ou Lorient sont à une heure de route et à 2h de TGV de Paris. Il est évident que cela représente un espoir de clientèle infime. De surcroit, la circulation à Nantes est beaucoup plus fluide à l’heure de pointe dans le sens qui permet l’accès à l’aéroport actuel que dans le sens de NDDL qui correspond à la saturation totale du périphérique. Cet aéroport sera beaucoup moins commode pour toute une population importante du Sud de la Loire et entre autres celle provenant du tissu dense des dynamiques PME de Vendée. La distance, cela a un coût que l’on oublie souvent de calculer. Economiquement, on se tire dans le pied.
Et puis il n’y a pas de désert en France. Tout nouvel aéroport est une catastrophe pour l’environnement. Nantes-Atlantique suppose effectivement une approche au-dessus de l’Ile de Nantes dont le développement immobilier suscite bien des appétits (combien pèse ce facteur dans le dossier ?). Mais cela est largement compensé par le décollage au-dessus du Lac de Granlieu, zone particulièrement peu peuplée (et inversement en QFU face à l’est).
Il faut comparer à ce que font les Britanniques. Le trafic de Nantes n’est guère supérieur à celui de London City, 40ha, à une encablure de Canary Wharf, (la Défense de Londres). L’approche en face à l’est se fait pratiquement au-dessus de Buckingham Palace. On doit pouvoir, avec un peu de chance, voir la Reine promener ses chiens. Plus caractéristique encore, Heathrow, premier aéroport d’Europe, avec deux pistes comme à Orly, et sur 1200 ha, égale le trafic de CDG (avec ses quatre pistes et ses 3200 ha). Et l’approche face à l’ouest se fait là-aussi, au-dessus de la ville la plus importante d’Europe. Le plus spectaculaire est Gatwick : trafic de 30 millions de pax, supérieur à Orly, sur une piste unique et sur un terrain plus petit que le Bourget. Tout cela, grâce à une attitude pragmatique, à une perception de l’environnement plus ancienne et combien moins démagogique et à un travail admirable de contrôleurs qui font rarement grève et qui font l’unanimité s’agissant des pilotes !
En revanche, excellentes liaisons avec la ville pour tous les aéroports. Cela, c’est un vrai investissement pour le pays. Alors, pourrait-on économiser NDDL et donner enfin à CDG une liaison moins honteuse que la ligne B du RER ?
Quelle société autogestionnaire pour demain ?
Lundi 3 décembre 20h Médiathèque de Nantes
Quelle société autogestionnaire pour demain ?
Conférence débat avec Gilbert DALGALIAN *
Un peu plus de 200 jours après l’élection de François Hollande, le doute est en passe de devenir inquiétude et colère. De la ratification du pacte TSCG Sarkozy-Merkel et à sa « règle d’or », au pacte de compétitivité et aux coups de force permanents contre Notre Dame des landes, le gouvernement et la majorité PS semblent définitivement convertis à une gestion sociale-libérale qui tourne le dos aux intérêts et besoins du peuple.
« Les politiques professionnels – les indéboulonnables – souffrent d’une addiction au pouvoir qui ouvre la voie à tous les dérapages » écrit Gilbert Dalgalian. Avant de promouvoir « une autre conception de la république que celle héritée des élites autoproclamées, bénéficiaires quasi-exclusifs de la délégation des pouvoirs. C’est la fin des conceptions substitutistes, ce pour « pour le peuple sans le peuple ». Ce sont ces conceptions-là – où une avant-garde se substitue au peuple souverain – qui expliquent pour l’essentiel et tout au long de l’histoire l’échec répété des révolutions et des gouvernements de gauche (et de droite à fortiori) ».
Alors, l’autogestion ?
« Plutôt que de nous massifier en une foule de robots serviles, nous pouvons nous réinventer en un être humain solidaire et responsable. Réinventer notre liberté de neuf. Cela s’appelle la démocratie autogestionnaire », explique Gilbert Dalgalian.
C’est de cette société autogestionnaire de demain que nous vous invitons à débattre avec Gilbert Dalgalian lundi prochain 3 décembre à 20h à la Médiathèque de Nantes, amphithéâtre Jules Vallès (tramway ligne 2, arrêt Médiathèque).
Cette conférence-débat vous est proposée par les Alternatifs, la Gauche Anticapitaliste et la Gauche Unitaire, trois des composantes du Front de Gauche.
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* Docteur en linguistique, ancien expert de l’UNESCO en technologies éducatives, Gilbert Dalgalian est auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier « Capitalisme à l’agonie, quel avenir pour Homo Sapiens ? ».
NDDL : un médecin « estomaquée » par les blessures subies par les manifestants
Depuis le début des opérations d’expulsions mi-octobre menées par les forces de l’ordre sur le site de la zone où est prévue la construction d’un nouvel aéroport près de Nantes, les affrontements avec les opposants n’avaient pas connu autant de violences que le week-end dernier.
Le Dr Stéphanie Lévêque, médecin hospitalier exerçant en Loire-Atlantique, était sur place et a soigné une quarantaine de personnes, parmi les plus gravement touchées, bien loin des deux blessés relevés par la Préfecture. Elle a voulu témoigner, « en dehors de toute considération partisane », et pour appeler à « un usage plus modéré de la force ».
Une lettre au préfet
« J’ai proposé spontanément mon aide car, lorsque je suis arrivée sur place le samedi, cela chauffait particulièrement, explique au Quotidien du Médecin, Stéphanie Lévêque, médecin hospitalier. J’ai vraiment été estomaquée, stupéfaite de voir ce que j’ai vu. Sur la seule journée du samedi, la plus violente, j’ai dû prendre en charge 29 personnes.
Un poste médical avait été installé dans l’urgence au QG de la Vache Rit. Avec un autre médecin, nous avons pratiqué une médecine d’urgence, avec très peu de matériel : des pansements, du désinfectant, de quoi faire des sutures… »
Dans une lettre datée du 26 novembre et adressée au préfet de Loire-Atlantique et aux parlementaires du département pour « attirer (leur) attention sur la gravité des blessures infligées par l’utilisation des armes des forces de l’ordre », ce médecin décrit de manière détaillée ses constatations. (Lire la lettre manuscrite écrite par le médecin.)
Onze blessures par flashball
« Le samedi, j’ai soigné onze blessures par flashball, raconte-t-elle. La plus grave a concerné une personne qui était complètement dévisagée. C’était impressionnant. » Dans son courrier, Stéphanie Lévêque note : probable lésion dentaire ou maxillaire.
« À ce jour, je ne sais pas ce qu’elle est devenue, puisque je n’ai plus été en contact avec les personnes blessées », ajoute-t-elle. Deux autres manifestants ont été touchés, eux, au thorax, avec doute sur une lésion hépatique. Le dimanche, une autre personne a reçu un impact de flashball au thorax, « avec suspicion de fracture de côte et lésion pulmonaire », selon cette professionnelle.
Parmi les autres blessures constatées par ce médecin, celles provoquées par l’explosion de grenades assourdissantes lui ont semblé particulièrement graves. Neuf de ces cas ont été soignés par le médecin.
« J’insiste sur la gravité de ces blessures par explosion », écrit-elle au préfet. « Les débris pénètrent profondément dans les chairs risquant de léser des artères, nerfs ou organes vitaux. Nous avons retiré des débris de 0,5 à 1 cm de diamètre, d’aspect métallique ou plastique très rigide et coupant. » Des photos ont été prises par le second médecin ; on peut en voir quelques-unes sur le site des occupants de la zone.
Trois hospitalisations
« Ces débris étaient très compliqués à retirer, note le Dr Lévêque. S’ils étaient trop profondément enfouis, on les laissait en place, au risque sinon d’infecter les plaies. » Devant le nombre de personnes ayant été atteintes par des projectiles libérés par les grenades assourdissantes ou par les flashball, au niveau des cuisses, des jambes, des genoux, la question de l’utilisation de ce type d’armes est posée.
Parmi ces personnes prises en charge par Le Dr Lévêque, trois ont été hospitalisées. « Pour la première, c’est mon collègue qui a téléphoné au Samu, raconte-t-elle. Mais, il a fallu une heure à l’ambulance des pompiers pour arriver. Ils ont été retardés à un barrage de police. Ce sont les pompiers qui nous l’ont dit. Résultat : plus tard, j’ai pris ma voiture pour transporter le plus vite possible un autre blessé jusqu’au CHU de Nantes. »
Compte tenu de ses propres observations, le Dr Lévêque dit avoir été en colère quand elle a entendu le bilan officiel qui ne faisait état que de deux opposants blessés. « Je ne fais ici que la liste des patients les plus gravement blessés », précise-t-elle.
À ce jour, elle n’a pas reçu de réponse du préfet.
L’avenir de l’humanité passe par la restauration des sols
Ecosystèmes vitaux et rares soumis aux pressions humaines, les sols font l’objet d’usages concurrentiels. Leur gestion est un enjeu de société majeur, leur préservation est indispensable aux équilibres écologiques et à la biodiversité.
Les sols, souvent piétinés dans l’indifférence, sont un milieu complexe constitué au cours de phases géologiques très longues. Peau fragile de la terre, ils respirent à l’échelle des millénaires grâce aux vers fouisseurs qui la travaillent et l’aèrent sans relâche.
Mais l’homme n’a besoin que de quelques années pour les détruire. Ainsi, il faut 10.000 ans pour former 1 mètre de sol. Ressource non renouvelable, les sols sont artificialisés en France au rythme de 200 hectares par jour, soit l’équivalent d’un département tous les cinq ans.
Longtemps, les experts l’ont considéré comme un substrat plutôt que comme un écosystème. Or les sols s’autorégulent grâce à leurs bactéries et leurs champignons, qui organisent le transport des nutriments et maintiennent l’équilibre entre carbone et azote.
Les constituants du sol sont composés d’argile et de minéraux hérités. L’argile provient d’une très lente dégradation des roches. Au fil des temps, les feuillets d’argile, en forme de tétraèdres, se structurent en agrégats qui livrent de nouveaux nutriments aux plantes.
La croûte terrestre n’est autre qu’un extraordinaire complexe organo-minéral, amalgame de micro-organismes et de minéraux, au sein duquel les informations circulent, transmises par les champignons et les bactéries : « 8 tonnes de poids vif de vie par hectares sur les 30 premiers centimètres », s’émerveille le professeur Daniel Nahon, spécialiste des sols et auteur de L’épuisement de la terre (Odile Jacob, 2008), à l’occasion d’un colloque sur l’usage des sols organisé par Orée à Paris le 16 novembre.
Les sols, peau fragile de la terre
Les sols sont-ils un élément en voie de disparition ? Selon le professeur Nahon, ils sont menacés par l’excès d’irrigation, qui, en Australie et ailleurs, accélère leur salinisation et diminue le débit des fleuves, voire assèche des mers intérieures comme la Mer d’Aral en Russie.
Les monocultures réduisent la biodiversité de 40%, les pesticides de 80%. L’agriculture consomme 4 fois l’énergie de l’industrie et 83% de l’eau douce. Les rendements tendent à stagner ou à diminuer : -6% de blé, -4% de maïs au Mexique en 30 ans. La couverture des sols disparaît au rythme de 0,3 à 0,5% par an sous l’effet de l’érosion.
Il est temps de cesser de considérer les sols comme des milieux chimiques pour leur rendre leur statut de milieux vivants. Ce qui, en France plus que dans les pays anglo-saxons, suppose un changement des mentalités, souligne l’anthropologue et économiste Jacques Weber, « comme si les interactions du vivant étaient inacceptables au pays de Descartes ».
Les 605 millions d’hectares de sols encore disponibles suffiront-ils à nourrir l’humanité pendant des siècles, sur une planète qui enregistre actuellement 2 millions de naissances par semaine ?
Pour Gilles Bœuf, président du Muséum d’Histoire naturelle, plutôt que de continuer à consommer de l’espace, il faut garder ces terres en réserve et n’utiliser que les sols déjà occupés en optimisant les rendements et en réduisant la part de l’élevage bovin – la planète compte 1 milliard de vaches.
La bonne nouvelle, c’est qu’un sol peut être restauré, comme l’a montré une expérience de plantations de théiers dans la province du Tamil Nadu, en Inde. Et que des techniques de non labeur se diffusent en Amérique du Nord et en Australie, qui permettent de ménager les sols et d’obtenir des rendements à la hausse.
L’agriculture urbaine, pratiquée dans de nombreuses villes, est une autre piste, pour créer des espaces tampons voués à l’agriculture autour des villes, voire dans les quartiers.
Des leviers politiques et fiscaux
Sur le front des leviers politiques, l’eurodéputée Sandrine Bélier (Europe écologie - Les Verts) plaide pour que la directive-cadre sur les sols, actuellement en dormance faute d’arbitrages favorables par l’Allemagne et la France, entre enfin en vigueur : « 48% des terres de l’Union européenne sont fortement dégradées. La question de fond est : sur quelle terre souhaitons-nous vivre ? Les sols soulèvent des enjeux transversaux - santé publique, ressources en eau, lutte contre l’érosion, puits de carbone. Transfrontières, ils nécessitent une action à la source et concertée ».
Comment réhabiliter les sols comme bien commun ? Comment en réguler les différents usages ? Michel Trommeter, directeur de recherche à l’INRA, prône l’identification des services environnementaux dans le sillage du Millenium Ecosystem Assessment et la nécessité de concilier les usages, comme l’a montré l’expérience réussie autour de la source de Vittel dans les Vosges.
Pour Emmanuel Mony, président de l’association des entreprises du paysage, le végétal est le grand oublié du Grenelle, alors qu’il s’agit de l’introduire au sein des villes mêmes, afin de les rendre plus résilientes au changement climatique.
Président du rapport très documenté du Centre d’analyse stratégique sur les aides publiques dommageables à la biodiversité paru en octobre dernier, Guillaume Sainteny diagnostique parmi les causes majeures de l’extension des surfaces artificialisées l’extension des zones commerciales et artisanales aux entrées de villes.
Le rapport pointe une série d’outils qu’il suffirait d’activer : une taxe sur les surfaces commerciales et une réforme de la fiscalité urbaine, afin de rendre obligatoires des leviers tels que le versement pour sous-densité, qui, pour le moment, sont facultatifs.
Lyon Turin : les éléments du dossier que devraient connaitre les présidents
François Hollande et Mario Monti se rencontrent le 3 décembre. Parmi les dossiers en discussion, le projet de LGV Lyon Turin. Voici les éléments du dossier qu’ils devraient connaître.
LYON TURIN : des faits, des sources.
Augmentation du trafic marchandises avec l’Italie :
Les marchandises qui circulent entre l’Italie et la France par la Maurienne (Fréjus), la Vallée Blanche (Mont-Blanc) et le rail sont à un niveau inférieur à celui de 1988 ! Vous pouvez le vérifier : OFS - Encyclopédie statistique de la Suisse
Augmentation du nombre de camions dans les Alpes ?
Le nombre de camions qui circulent entre l’Italie et la France (2011) par la Maurienne (Fréjus), la Vallée Blanche (Mont-Blanc) est le même qu’en 1992 ! Vous pouvez le vérifier ici, ici et ici.
Ils annoncent 8,5 Milliards d’€uro pour le tunnel international ?
Dans la demande officielle à l’Europe, les ministères français et italiens annonçaient 13,948 Milliards ! Le Saint Gothard de mêmes dimensions a déjà coûté 12,252 Milliards de Francs Suisse soit 10,164 Milliards d’€uro. Vous pouvez le vérifier ici.
Ils annoncent 7,7 Milliards d’€uro pour les accès français ?
La Cour des Comptes a révélé le 2 juillet que ce sont en fait plus de 11 Milliards d’€uro ! Vous pouvez le vérifier ici (page 154).
Ils annoncent que tout est prêt en Italie ?
Dans l’appel d’offre de Lyon Turin Ferroviaire daté du 18 septembre 2012 la description est : « ...le support logistique aux forces de l’ordre présentes dans la zone de chantier ou dans les environs de la future galerie de reconnaissance dite de la "Maddalena", et celles présentes sur les zones de chantier pour la réalisation des sondages à réaliser dans le cadre du "Progetto Definitivo" de la nouvelle ligne ferroviaire Lyon –Turin. »
Le prix du marché est de 1,834 Millions d’€uro pour payer la police et l’armée ! Vous pouvez le vérifier ici
Ils annoncent la saturation de la ligne existante ?
La capacité de la ligne a été estimée par François LEPINE à 22 Millions de tonnes (ancien Président de Lyon Turin Ferroviaire devenu vice Président de l’association de Lobbying « la Transalpine »). Elle est utilisée pour 3,9 Millions de tonnes soit moins de 18 % !
Vous pouvez le vérifier ici
Ils annoncent jusqu’à 30.000 créations d’emplois ?
Le tunnel du Gothard en Suisse n’a pas vu plus de 1.800 emplois ! Vous pouvez le vérifier ici
Ils annoncent que la France est liée par l’accord international ?
Le coût prévu est de 12 Milliards d’€uro pour cet accord et la ligne existante devait être saturée (article 1). Le coût est maintenant évalué par la Cour des Comptes à 26 Milliards d’€uro (référé publié le 5 novembre).
Vous pouvez le vérifier ici
L’indépendance des Commissaires Enquêteurs ?
L’un d’entre eux est le frère du dirigeant d’une société de BTP intéressée à l’affaire (enquête Lyon Turin page 124/244), deux autres ont déjà donné un avis favorable sur un dossier qu’ils disent « très dépendant » du Lyon Turin (enquête CFAL Nord page33/78) et ne pouvaient pas délibérer défavorablement sans se déjuger !
Vous pouvez le vérifier ici.
Ces faits et les sources réfutent les allégations qui tendent à faire financer par les États et l’Europe un grand projet inutile.
Climat : Hollande s’engage
« La nécessité d’agir plus vite et plus efficacement pour limiter la hausse de la température du globe à 2°C d’ici la fin du siècle a été particulièrement soulignée. »
Au moment même où se tient la Conférence des Nations Unies sur le climat à Doha (du 26 novembre au 7 décembre), le Président de la République a reçu une délégation de scientifiques français membres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) conduite par Jean JOUZEL, vice-président du GIEC, et composée de Hervé LE TREUT, Pascale BRACONNOT, Stéphane HALLEGATTE, Catherine JEANDEL, Serge PLANTON, et de Valérie MASSON-DELMOTTE.
Les ministres Delphine BATHO et Pascal CANFIN ont participé également à cet entretien.
Le Président de la République a salué l’excellence de la recherche française en matière d’études sur le climat, et le rôle essentiel du GIEC au niveau international dans l’avancée et la diffusion des connaissances en la matière.
Les résultats des travaux du GIEC sur l’évolution actuelle du climat, les impacts possibles à court et moyen terme, notamment en France, le rôle des océans, les enjeux des négociations climatiques, les politiques à conduire pour faire face au réchauffement climatique, dont l’aide à l’adaptation pour les pays les plus pauvres, ont fait l’objet d’exposés et d’échanges approfondis.
La nécessité d’agir plus vite et plus efficacement pour limiter la hausse de la température du globe à 2°C d’ici la fin du siècle a été particulièrement soulignée. Le Président de la République a rappelé que c’est l’un des objectifs majeurs de la transition énergétique dans laquelle il a voulu que la France s’engage, à l’issue d’un large débat débuté le 29 novembre.
Il a réaffirmé la volonté résolue de la France, avec l’Union européenne, d’aboutir à un accord ambitieux de l’ensemble des pays de la planète en 2015, et sa disponibilité pour accueillir la conférence des Nations Unies sur le climat cette même année.
Le Président de la République a considéré que les politiques à conduire en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique constituaient par ailleurs de formidables opportunités de croissance « verte », qui puissent concilier performance économique, progrès social, et préservation de la planète.
Cancer du bitume : Vinci condamné
La Cour d’appel de Lyon a confirmé la condamnation du géant de la construction pour faute inexcusable à la suite de la mort d’un salarié, mardi 13 novembre. La décision fait jurisprudence : 20 000 ouvriers de la route sont exposés aux vapeurs toxiques du bitume.
Voilà la famille Andrade Serrano enfin soulagée. La filiale de Vinci, Eurovia, vient d’être condamnée en appel pour “faute inexcusable” pour la mort de José-Francisco Andrade Serrano, décédé d’un “cancer du bitume”, en 2008, à l’âge de 56 ans.
“C’est une décision exemplaire, pas seulement franco-française mais également internationale. Elle montre qu’Eurovia connaissait les risques qu’encouraient ses salariés à travailler dans les vapeurs du bitume et qu’elle a refusé de communiquer dessus, a réagi Jean-Jacques Rinck, avocat de la famille. Elle permet de dénoncer publiquement un crime sanitaire et jusqu’alors impuni.”
Eurovia “prend acte” et “va examiner attentivement les détails de la décision en vue d’un pourvoi”. “La décision fait en tout cas jurisprudence et devrait accélérer l’inscription du bitume dans les tableaux de maladies professionnelles, comme l’est l’amiante”, affirme Me Rinck, également satisfait des 200 000 euros d’indemnités obtenus par la famille des victimes.
Chez les Serrano Andrade, on travaille chez Vinci depuis trois générations. José-Francisco Serrano en est mort “après avoir bossé toute sa vie comme un chien”, enrage Paulo, son fils aîné. Le dermatologue est formel, l’origine du cancer de la peau est liée aux vapeurs toxiques de bitume, dérivé du pétrole.
Comme son père, Paulo Andrade a recouvert les chaussées pour le compte d’Eurovia (filiale de Vinci). Il se souvient que lui et les autres ouvriers de la route se nettoyaient la peau avec du gazole pour enlever les trainées gluantes et noirâtres, sans savoir que cela faisait pénétrer davantage les produits chimiques. On leur disait même de boire du lait pour évacuer la toxicité du bitume de leur corps…
Les syndicats en sont persuadés, les risques seraient connus et tus depuis des années.
“En 1999, après le naufrage de l’Erika, on s’est mis à équiper le moindre touriste bénévole de combinaison, de masque, de gants. Tant mieux, mais c’est le même produit que l’on épand sur les routes à longueur de journée à haute température, donc avec les vapeurs toxiques, et sans protection ! Les ouvriers sont pris pour des cobayes !”, déplore Laurent Orlish, responsable de la santé au travail à la CGT.
“On dispose de suffisamment d’éléments scientifiques pour dire qu’il y a des cancérigènes dans le bitume”, renchérit Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Inserm. Celle-là même, qui, 40 ans plus tôt, a tiré la sonnette d’alarme à Jussieu, pour dénoncer un autre scandale, celui de l’amiante.
Avant de mourir, il demande à sa famille d’attaquer son employeur en justice
Quand José-Francisco Serrano Andrade est tombé malade après 22 ans de boîte, “son employeur ne lui a prêté aucune attention, alors que le cancer l’a mutilé en l’espace de deux ans”, ne décolère pas le fils cadet, Luis, portrait craché de son père avant qu’il ne soit défiguré.
Au cours de sa maladie, le regard noir et la mâchoire droite de José-Francisco Serrano Andrade sont devenus méconnaissables tant son visage s’est cabossé. Avant de mourir, il demande à sa famille “de ne pas se laisser faire” et d’attaquer son employeur en justice. Le 10 mai 2010, c’est chose faite.
Le tribunal des affaires sociales de Bourg-en-Bresse condamne Eurovia pour “faute inexcusable”. Vinci fait appel, épaulé par l’USIRF, le puissant lobby de l’industrie routière, qui représente aussi les autres mastodontes du BTP comme Bouygues ou Eiffage. L’enjeu est trop important. La décision en appel, rendue ce mardi 13 novembre, fait donc jurisprudence et devrait en emmener d’autres dans son sillon.
“C’est David contre Goliath ! Les pétroliers revendent leurs fonds de cuve à l’industrie routière, qui en fait des produits bitumeux en ajoutant du gravier et des fluidifiants. Ces fluxants contiennent du benzopyrène, classé cancérigène avéré. S’il y a une tête de mort sur la bouteille, ce n’est pas pour rien !”, fulmine Jean-Jacques Rinck, avocat de la famille.
Eurovia ne nie pas l’utilisation de ce composé, mais rappelle qu’elle reste dans les clous fixés par l’Assurance maladie. Et “à son poste, José-Francisco Andrade Serrano n’a jamais été en contact avec les fluxants”, assure Me Franck Dremaux, qui plaide la cause d’Eurovia. Pour la filiale de Vinci, son cancer de la peau a été provoqué par les UV solaires, un point c’est tout.
“C’est ce que je reproche à Eurovia : n’avoir pas assez informé ses salariés”
“Mon père travaillait à l’arrière d’un camion gravillonneur. D’ailleurs, après sa mort, son poste à l’unité de Bourg-en-Bresse a été supprimé. A écouter son employeur, il n’épandait pas le bitume, mais conduisait des poids lourds… Il n’a même pas le permis nécessaire !”, s’insurge Luis Andrade. Quand Eurovia convoque sa mère, qui, rongée par la dépression, ne pèse plus que 40 kg, il l’accompagne.
“C’était soi-disant pour lui présenter ses condoléances et les formalités administratives de circonstances. Ils voulaient surtout savoir quelles suites judiciaires nous allions donner à l’affaire”, se souvient-il, amer.
Luis travaille dans une station d’épuration. “Au début, j’enchaînais les gastroentérites, à cause des bactéries. Mon père me disait de changer de poste, qu’il ne fallait pas laisser le boulot pourrir ma santé, témoigne Luis Andrade. Il ne se doutait pas que c’était le sien qui allait l’emporter. C’est ce que je reproche à Eurovia : n’avoir pas assez informé et protégé ses salariés.”
La famille a tenu bon, pour que les conditions de travail s’améliorent. Placés sous le feu des projecteurs à leur insu depuis le début du procès, les leaders de l’industrie routière ont redoublé d’efforts en prévention. Mais tout ne dépend pas d’eux.
Car pour l’heure, la meilleure solution pour réduire les fumées de bitume reste les enrobés tièdes. Au lieu d’être coulés à 160 degrés, ils le sont à 110. Résultat, quatre à huit fois moins de vapeurs s’échappent. La peau et les poumons des ouvriers qui étalent le produit fumant sont moins attaqués. En prime, des économies d’énergie sont réalisées. Mais le client, en l’occurrence l’Etat, qui porte 60% du marché, est roi. Et il reste frileux. Les enrobés tièdes coûtent entre 5 et 10% plus cher que les classiques.
Le gouvernement français a envoyé des gendarmes enseigner la répression au Pérou
Depuis plusieurs mois, un dur conflit oppose des mineurs et le gouvernement péruvien. La France vient d’envoyer des gendarmes enseigner des méthodes de répression à leurs homologues péruviens.
Le Figaro
La France forme des policiers péruviens
La police péruvienne a terminé le 16 novembre à Cajamarca (nord), théâtre de violentes manifestations autour du secteur minier, sa première formation sur le maintien de l’ordre public sous la houlette de la gendarmerie française, a indiqué un représentant de la Croix-Rouge. Ce cours de trois semaines a consisté à "expliquer les standards internationaux en matière d’usage de la force pour contrôler des manifestations sans faire de victimes", a expliqué Pedro Villanueva, représentant du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Pérou, en Bolivie et en Equateur, hôte de la formation.
"Le message est que l’on peut utiliser la force pour contrôler des manifestations mais en respectant les droits humains fondamentaux et la meilleure façon de le faire est de disposer d’une police qui maitrise les standards internationaux", a ajouté Pedro Villanueva. Un commandant et un major de la gendarmerie française ont dirigé la formation, à laquelle ont participé 50 policiers de l’unité anti-émeute et cinq instructeurs de la police anti-terroriste. Selon le CICR, son rôle est "d’inciter la police a faire un usage graduel de la force, adapté au niveau de menace, et sous le contrôle de la loi, en essayant de ne pas inciter à la violence".
"La France a cette expertise technique, c’est pour cela que nous avons fait venir deux instructeurs du Centre d’excellence européen de l’ordre public, dont le siège est en France", selon Pedro Villanueva. Le cours s’est déroulé à proximité du site du projet minier Conga, porté par le géant américain Newmont, qui a provoqué de violentes manifestations d’opposants, dont la répression a fait cinq morts ces derniers mois.
Aldeah
Le maintien de l’ordre public français s’exporte à Cajamarca
A défaut d’exceller dans la mise en œuvre d’une véritable transition énergétique, la France excelle dans un domaine bien particulier : le maintien de l’ordre public. Les résistants de Notre-Dame-des-Landes ont pu le vérifier à leur dépens, eux qui luttent contre un projet climaticide.
Les habitants du Pérou pourraient bientôt tester ce savoir-faire tricolore dont s’enorgueillissent ceux qui nous gouvernent... Le 5 novembre dernier, des militaires français spécialistes de l’ordre public se sont envolés de France en direction de ce pays andin.
Objet de ce voyage ? Former la police péruvienne aux techniques d’usage graduel de la force... Un beau programme qui prend encore plus de relief quand on sait que la destination précise de cette mission n’était autre que Cajamarca.
Cette province située sur les hauts plateaux andins du nord du Pérou est un lieu symbolique pour les défenseurs de l’environnement : depuis plusieurs années, la population locale lutte contre le projet d’une multinationale péruvienne-états-unienne qui envisage d’exploiter, à Conga, tout près de Cajamarca, une gigantesque mine d’or et de cuivre.
L’ouverture de ce méga projet minier aura des conséquences incalculables en menaçant gravement l’écosystème hydrique de la région ainsi que l’accès à l’eau potable de se habitants. Symbole de la politique extractiviste à l’œuvre dans cette partie du monde connue pour les richesses de son sous-sol, Conga est aujourd’hui l’un des conflits social-environnementaux majeurs en Amérique latine.
Et aussi l’un des plus violents. En juillet dernier, 5 personnes ont trouvé la mort lors d’une manifestation et une vingtaine d’autres ont été gravement blessées par les balles de l’armée et la police.
Et c’est donc au beau milieu de ce conflit que l’excellence policière française a décidé de faire étalage de sa science, en matière, rapporte la dépêche AFP, d’utilisation « de la force pour contrôler des manifestations mais en respectant les droits humains fondamentaux".
Ouf, nous voilà rassurés, c’est donc une mission humanitaire que nos pandores ont réalisé pendant trois semaines. Peut-être serait-il bon d’interroger d’autres opposants, ceux de Notre-Dame-des-Landes par exemple, sur le traitement humaniste appliqué par les 500 miliaires depuis un mois dans le bocage nantais....
Mais il y a mieux... ou pire ! Car cet alibi de l’excellence française était précisément le même que celui employé par une certaine Michèle Alliot-Marie il y a presque deux ans, lors du soulèvement démocratique tunisien.
Souvenez-vous : alors que la répression s’abat sur le peuple tunisien, l’ex ministre des Affaires étrangères, droite dans ses bottes, lance à l’Assemblée nationale que "le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permet de régler des situations sécuritaires de ce type".
Et d’ajouter aussitôt que « C’est la raison pour laquelle nous proposons effectivement à l’Algérie et la Tunisie de permettre dans le cadre de nos coopérations d’agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité."
Des propos qui avaient suscité aussitôt l’ire du parti socialiste et d’un certain Jean-Marc Ayrault alors président du groupe PS à l’Assemblée qui déclarait, rouge de colère : "Voilà la parole officielle du gouvernement devant les députés (...), je trouve que c’est ignoble de dire ça à l’égard d’un peuple qui souffre".
Presque deux ans ont passé et les socialistes ont désormais une vision nouvelle de la souffrance des peuples. De Notre-Dame-des-Landes à Cajamarca, la realpolitik économique et sécuritaire à laquelle se sont convertis Ayrault et Valls ne s’embarrasse plus de vagues considérations sur les droits de l’homme ni sur l’environnement...
L’escapade péruvienne de nos représentants de l’excellence sécuritaire française permet de vérifier une nouvelle fois le double langage perpétuel de celles et ceux qui nous gouvernent.
Comment nous faire croire que la transition énergétique est une priorité nationale quand la seule réponse à des conflits environnementaux consiste à employer la force ou à dispenser des cours de maintien de l’ordre ?
Au Pérou comme à Notre-Dame des Landes, c’est le rêve d’un autre rapport à la nature, à la richesse, qui se joue. Les industries extractivistes, clé de voûte de l’économie ultra libérale dopée aux énergies fossiles l’a bien compris et œuvre donc, en coulisse, pour convaincre par tous les moyens nos gouvernements de ne surtout pas enrayer la belle mécanique.
Les socialistes avaient l’occasion de faire pencher la balance de l’autre côté, de changer de paradigme et d’aller vers une société débarrassée des scories du 20e siècle.
Hélas, 6 mois après leur arrivée au pouvoir, de Fillon à Ayrault et d’Alliot-Marie à Valls, il n’y a que les visages qui changent, la politique, elle, reste la même.
Noël autrement : Conférence obsolescence programmée
Avec l’approche de Noël, commence le casse-tête des cadeaux qui finiront dans un tiroir, sur un site de revente en ligne ou dans une poubelle après quelques mois. L’an dernier, un quart des tablettes tactiles vendues ont été offertes à Noël. L’histoire ne dit pas si ceux qui les ont reçues ont apprécié ni combien de temps elles dureront...
En effet depuis quelques années est dénoncée la pratique de « l’obsolescence programmée » des produits d’équipement électrique et électronique.
Ces derniers sont délibérément conçus pour ne pas durer. Soit ils tomberont en panne rapidement après l’expiration de leur - courte - garantie, soit une nouvelle version rendra l’ancienne obsolète à cause de l’impossibilité de la réparer ou de l’incompatibilité des périphériques (chargeurs par exemple).
L’exemple le plus fameux a été celui du premier ipod doté d’une batterie conçue pour durer 18 mois et non remplaçable, la courte durée de l’appareil a amené un mouvement de consommateurs américain a attaquer la firme (voir l’exemple de l’iPhone 5.)
Cette obsolescence participe d’une croissance très importante de ce type de déchets (un Français en jette six fois plus que dans les années 90 !) et une consommation très importante de ressources naturelles : un téléphone portable contient douze métaux différents et l’OCDE prévoit des stocks sur 80 ans maximum pour plusieurs d’entre eux (zinc, argent, nickel) au rythme actuel !
Cette obsolescence, on l’a tous expérimentée mais pour savoir comment cela marche exactement et pour connaître les alternatives possibles pour les consommateurs et les citoyens que nous sommes, une conférence est proposée à Paris :
Noël autrement – des cadeaux faits pour ne pas durer.
Crypte de Ménilmontant
2b rue d’Eupatoria, Paris
(Métro Ménilmontant et ou bus 96),
le 5 décembre 2012 à 20h15.
Camille Lecomte, responsable consommation aux Amis de la terre, présentera le rapport publié par l’association ainsi que le tout nouveau site internet Produits pour la vie qui propose une carte avec des adresses pour privilégier l’occasion, le réemploi et le recyclage.
Depuis 6 ans un collectif d’associations chrétiennes s’est réuni pour la bannière « Noël autrement » afin de dénoncer l’hyperconsommation associée à cette fête inventée de toutes pièces au 19e siècle.
C’est dans ce cadre que se déroulera cette conférence à Ménilmontant organisée par un collectif local composé du groupe Paroisse verte, du CCFD, des Amis de la terre, d’Artisans du monde.
Pour en savoir plus :
Voir Prêt à jeter, un documentaire sur l’obsolescence programmée.
Lire le rapport des Amis de la terre et du CNIID sur l’obsolescence programmée.
Quand le Parti de gauche phosphore sur l’écologie...
Samedi 1er décembre les premières Assises pour l’écosocialisme étaient organisées par le Parti de Gauche. La gauche marxiste intègre-t-elle vraiment l’écologie ? C’est ce qu’a voulu savoir Reporterre, qui propose deux regards de ses journalistes sur ce moment important de l’écologie politique.
Ah qu’il est difficile d’être écologiste quand on vient du productivisme...
« Camarades, nous ne défendons pas la nature, nous défendons l’écosystème humain ». Une opposition pour illustrer une tentative de réconciliation, celle du rouge et du vert. Comme un symbole. A travers cette apostrophe, Jean-Luc Mélenchon en a peut-être dit plus qu’il ne le pensait, alors même qu’il s’exprimait pour synthétiser les diverses réflexions autour de l’écosocialisme.
Pour autant, un discours du leader du Parti de Gauche reste toujours une performance impressionnante ; sans notes, ni eau (ce qui devient assez remarquable), Mélenchon a conclu pendant une heure sur les nouvelles perspectives qu’ouvre le choix de l’écosocialisme pour son parti. L’exercice était d’autant plus délicat, qu’il venait clore une journée entière de discussion, organisée selon un planning dense qui aura fait se succéder table-rondes, partage d’expériences, intervention vidéo et exposés plus magistraux. Jacques Généreux, Paul Ariès, Eric Coquerel, François Delapierre, etc., toutes les grandes têtes d’affiche du parti étaient au RDV, conférant définitivement à l’événement une envergure particulière : « Ce n’est pas un lifting, il s’agit de s’ancrer dans un nouvel espace politique culturel », prévenait ainsi Mélenchon.
Quelle est donc cette nouvelle matrice idéologique ? L’écosocialisme se présente comme une alternative politique, radicale et concrète, à la catastrophe écologique capitaliste. Il repose sur deux grands axes théoriques : un anti-libéralisme – qui refuse le modèle de société actuel fondé sur un individualisme exacerbé, la concurrence de tous contre tous, la propriété privée et la privatisation croissante des biens publics – et un anti-productivisme, qui appelle à une nouvelle organisation de la production, des échanges et de la consommation. Paul Ariès en fait sa profession de foi : « Je crois en la possibilité d’un renouveau des gauches anti-productivistes. Et je crois en un renouveau de l’anti-productivisme de gauche enfin optimiste ».
C’est le sens du projet écosocialiste, sorte de « buen vivir à la française », qui aspire à cette société de convivialité chère à Ivan Illich. Volontairement, on met l’accent joyeux, comme si l’écosocialisme était une prophétie du bonheur. Paul Ariès, encore : « Nous devons en finir avec tout ce qui reste d’ascèse dans nos traditions politiques, en finir avec l’idée de sacrifice. […] Mon écosocialisme, mon socialisme gourmand, c’est la certitude qu’on ne changera pas le monde en culpabilisant les gens, ou en appelant à la responsabilité, mais seulement en suscitant le désir, le grand désir de vivre ».
C’est ainsi que sont identifiées les grandes finalités de l’écosocialisme : l’émancipation, l’épanouissement, la viabilité, le partage ou la sobriété. Jacques Généreux insiste : « La vraie société du progrès humain est celle qui vise l’égale capacité des individus à vivre bien eux-mêmes, et avec les autres ».
Pour remettre l’intérêt commun au cœur de l’activité économique, l’écosocialisme use de méthodes connues : déprivatiser les services publics, les rendre gratuits, et revenir à la régie publics des biens communs, que ce soit l’eau, les transports, le cinéma ou même les services funéraires. « Nous pouvons et nous devons éconduire les grandes multinationales de nos communes » explique Gabriel Amard. S’inspirant de Gorz et de sa vision autogestionnaire de la production, l’écosocialisme souhaite relocaliser l’activité, réhabiliter les petites entités. A terme, il s’agit pour Arno Munster de « substituer les méga-machines industrielles par les ateliers communaux coopératifs ».
Les propositions socio-économiques sont rodées, à n’en pas douter. En revanche, le débat s’aventure rarement du côté de la transition écologique. On parle peu de la lutte contre le changement climatique, de la préservation de la biodiversité ou des enjeux énergétiques. La dimension écologique de l’écosocialisme semble tenir essentiellement à un concept : la planification écologique (et la règle verte qui l’encadre).
L’expertise environnementale et les solutions concrètes n’en sont d’ailleurs pas le sujet : il s’agit avant tout d’ « une méthode de débat et de décision, qui vise à se réapproprier les questions, à travers de grands débats nationaux et décentralisés », selon Mathieu Agostini, co-organisateur de ces Assises. La planification écologique, grand étendard « vert » de la campagne présidentielle de Mélenchon, vise d’abord le citoyen qui, sensibilisé, s’appropriera ensuite les problématiques écologiques. C’est un outil concret de démocratie participative : Clément Sénéchal parle ainsi de « resocialisation du temps, de la durée, là où chacun finit obsédé par le rendement à court-terme ».
Les logiciels marxistes de la « lutte des classes » restent prégnants dans les échanges, et la lutte sociale prend finalement le dessus sur la lutte écologiste. Pourquoi alors s’engager dans cette entreprise de réforme idéologique ? Derrière les grands discours se cache un pari politique audacieux, celui d’occuper un espace vacant sur l’échiquier politique. « L’écosocialisme, en tant que doctrine d’une écologie politique, s’oppose à l’écologie libérale telle qu’elle peut être pratiquée par le gouvernement ou EELV qui a voté le TSCG, un traité libéral par excellence », justifie Clément Sénéchal, jeune intellectuel du Parti de Gauche. « C’est un moment politique fondateur : l’écosocialisme doit devenir notre épine dorsale afin de faire émerger une nouvelle majorité à gauche ».
Le timing est évident : alors qu’EELV est empêtré dans ses contradictions internes et que le parti socialiste relance l’idée des gaz de schiste, le Parti de Gauche lance un appel ostensible aux déçus de la gauche au pouvoir. Les ambitions sont grandes : dans son discours de clôture, Mélenchon parle d’un parti-creuset, qui, « par sa contribution originale, serait éclaireur, déclencheur ». En grand rassembleur de la gauche, il s’agit alors de réenchanter un socialisme fécond, abandonné depuis longtemps par « la social-démocratie, cet astre mort qui navigue dans ce vide intersidéral qu’il a lui-même tendance à accroître ».
Avec une salle pleine et 400 spectateurs, une liste d’inscription close une semaine auparavant et plus de 15 000 connexions en streaming pour suivre en direct les débats, les statistiques attestent en tout cas de la réussite politique et médiatique de cet événement.
Mais subsistent des zones floues et des interrogations : l’écosocialisme est-il un décroissantisme ? Est-il un altermondialisme ? Hormis l’intervention de René Ramirez, ancien ministre équatorien, les débats sont restés territorialement ancrés en France, à des échelles très locales. La question européenne n’a pas été posée. Peut-on envisager le combat écologiste autrement qu’au niveau international ? « La transition écologique ne se fera pas sans les travailleurs » insiste Mathieu Agostini.
Ces Assises auront peut-être souffert d’un mélange des genres, avec des registres de discours encore assez éloignés. A l’heure du mariage pour tous, les fiançailles des « rouges » et des « verts » ont révélé des points de blocage à dépasser pour célébrer l’hymen. Comme lorsque ce jeune écolo-hippie demande de manière provocatrice à la salle ce qu’on peut attendre des ouvriers agricoles, « qui votent à 80% à droite »… preuve que les noces officielles sont encore un peu prématurées. Mais le Parti de Gauche aura eu le mérite d’entreprendre les premières alliances. Et pour un parti qui a fait front lors des dernières élections avec le Parti Communiste, défenseur des Grands Projets inutiles imposés comme Notre-Dame-des-Landes, intégrer l’écologie à sa matrice politique… c’est déjà révolutionnaire.
Barnabé Binctin
La gauche à la recherche de l’écologie
Assises : "réunion plénière des membres d’un parti ou d’une association“, selon l’Académie Française. Quel parti, donc, pour les assises de l’écosocialisme s’étant tenues samedi 1er décembre à Paris ? Le Parti de Gauche, à en juger par l’omniprésence des logotypes rouges et verts, des diapositives de présentation, à la tribune, en passant par les affichettes du « village militant » regroupant une quinzaine d’associations.
Parmi les 400 spectateurs de la salle comble, on trouvait également des membres du NPA, du PC, d’EELV ou quelques écologistes non apparentés, désirant participer à la discussion sur le contenu de cette nouvelle doctrine.
De la définition très sociale de l’écosocialisme
Deux demi-journées au programme chargé, pendant lesquelles les intervenants, pour la plupart des membres directs ou soutiens du Parti de Gauche, se sont succédés et confrontés lors de tables rondes.
La matinée fut principalement consacrée à la définition de l’écosocialisme, une « nouvelle synthèse entre socialisme et écologie » selon Michaël Löwy, rédacteur du « Manifeste écosocialiste international » en 2001. Citant Antonio Gramsci, Löwy revient sur l’ambition du programme écosocialiste : « Combiner le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté ». Sous « pessimisme de la raison », comprenons l’imminence de la crise écologique et les effets du changement climatique. « L’optimisme de la volonté », ce sont les alternatives radicales (seules les radicales sont admises), s’attaquant à la racine du problème : le modèle capitaliste et son pendant productiviste.
L’écosocialisme, ce serait dont une écologie rompant avec le modèle néo-libéral, et prenant conscience de l’absurdité d’une course au développement durable dans un monde fini. Une écologie incluant toutes les classes sociales dans son giron. Ce serait également un socialisme rejetant son passé productiviste (camarades du Parti Communiste, bonjour !), tout en continuant à puiser dans le marxisme ses outils critiques.
Mais Löwy appelle à dépasser Marx, pour aller s’attaquer à la structure même de l’appareil productif, et, entre autres, à son recours aux énergies fossiles ou au nucléaire.
Pour compléter cette réflexion, il fallait brosser le portrait du modèle sociétal actuel, avec son idéal de consommation prôné par le système publicitaire, son obsolescence programmée, son urbanisme façon charte d’Athènes et la disparition de la sphère non marchande, fondant comme la calotte glaciaire. Des thèmes qui se reflètent dans la diversité des associations présentes sur le village militant de ces assises : Politis, Bizi !, Sortir du nucléaire, Stop Fessenheim, Inf’OGM, Fakir, les Déboulonneurs, No Gazaran, les Décroissants…
C’est ce fragment mélodique que transposera ensuite l’ensemble des intervenants, avec quelques légères variations. Les thèmes du Front de Gauche seront développés avec ardeur : parmi les propositions, « prendre dans les poches du capital » ou « passer d’une valeur d’échange à une valeur d’usage ».
Heureusement, l’espoir d’un après-midi résolument pratique a fait prendre patience aux écologistes, lecteurs d’Illich ou Gorz, parfois traversés par l’idée que la roue est en train d’être redécouverte sous leurs yeux (ce qui n’enlève rien à son utilité), ou par le sentiment d’assister à un meeting politique…
Aux luttes citoyennes
Il sera donc question, durant la seconde demi-journée, d’aménagement du territoire, de révolution citoyenne et de programme gouvernemental. Cette révolution citoyenne est illustrée par des cas concrets de luttes ayant fait converger les préoccupations sociales et environnementales : Notre Dame des Landes, avec Hervé Kempf, les déboires du volailler Doux et l’impossibilité de transformer la filière avicole, avec François Ruffin, ou encore la place de l’écologie dans la reconversion industrielle, avec Laurence Sauvage, s’appuyant sur le combats des employés de l’usine Fralib.
Est-ce la fatigue, de mauvaises bases de réflexion ou l’accumulation anarchique d’idées qui mériteraient d’être posément abordées ? Les échanges donnent une curieuse impression de vide ; on énumère des exemples de luttes sociales-écologiques sans s’être donné les moyens de pouvoir les comparer, d’analyser leur rapport au pouvoir, leurs modes d’action, ou les acteurs impliqués.
Au lieu d’aller (en partie) puiser dans les finesses de l’écologie politique, d’apporter une lumière neuve sur des faits « sociaux », le goût pour les maximes l’emporte. Certes, « rien ne se fera sans le soutien des salariés ! » (Mathieu Agostini). Est-ce à dire qu’il faut réorienter les instruments de régulation environnementale ? Les rendre moins coercitifs ? Ou que l’on doive augmenter le salaire minimum ?
Un programme politique
Le détail du programme politique de l’écosocialisme arrive donc à point nommé. En Equateur, le parti Alianza Pais de Rafael Correa a eu besoin d’être à la tête de l’Etat pour lancer un nouveau projet de société du bien vivre. La lutte contre le néolibéralisme a tout d’abord pris une forme institutionnelle, passant par une réforme de la constitution du pays, puis par un rejet du triptyque banques (mondiale et FMI)-médias-entreprises. Quitter le colonialisme et le capitalisme.
Mais René Ramirez, ministre équatorien, souligne également l’importance du passage de l’anthropocentrisme au biocentrisme. Ce dernier point (nouveau dans cette journée !) plane un instant dans les airs : aucune réaction particulière, la discussion continue.
En France, le gouvernement écosocialiste du Parti de Gauche s’appuierait sur deux piliers : la planification écologique et la règle verte. Non, la première n’a rien à voir avec une planification bureaucratique sauce URSS. Elle serait le fruit de décisions démocratiques, impliquant l’ensemble de la population, et visant à régler l’allocation des ressources, la production, la consommation et le problème des transports.
Quant à la règle verte, ciment théorique de toutes ces mesures, elle permettrait à l’homme d’orienter son comportement en ayant pleinement conscience de « la dette écologique laissée par le capitalisme ». Un fondement nécessaire pour « garantir la liberté du sujet, absente d’une écologie punitive », selon les mots de Jean-Luc Mélenchon.
Notons également une intervention d’Aurélien Bernier, complétant le programme détaillé par d’autres intervenants : l’écosocialisme, ce sont des mesures antimondialisation (dont une sortie de l’OMC), assorties d’une « désobéissance européenne », cheval de bataille de l’écrivain. Dans un monde socialiste, il devient nécessaire de désobéir à l’Europe néolibérale de l’Acte Unique. Mais l’on s’interroge : et dans un monde écosocialiste, quelle position adopter face au législateur à l’origine de plus de 60% des textes environnementaux nationaux ? Face à ce qui est maintenant un des derniers recours des opposants de Notre Dame des Landes ?
Et la grande absente est...
...l’écologie, fil vert quasi invisible de la journée… Du côté du village militant, quelques sourires : « Non, on n’en a pas vraiment entendu parler, juste un peu à la fin, confie une personne d’EcoRev. Mais il faut leur laisser le temps ! C’est déjà une avancée de se détacher du discours pro nucléaire du PC… ».
Et le fait d’avoir une grosse étiquette Parti de Gauche à côté de leur nom ? Selon un membre des Déboulonneurs, « PG ou EELV, il faut que l’on fasse passer le message. Danielle Simonnet nous soutient toujours lors des barbouillages, c’est bien que l’on puisse expliquer nos actions à ses militants… ». Il se fait tard, plus personne ne circule autour des tables : c’est l’heure de la clôture, du discours de Jean-Luc Mélenchon.
Somme toute, un assez bon résumé de cette journée. Il y a tout d’abord quelques éclaircissements de rigueur, les mauvaises langues rapprochant déjà le nouveau duo de couleurs rouge-vert du parti, au changement d’arrière plan de Mc Donald’s (M sur fond rouge devenu vert). Mais l’écosocialisme, ce n’est pas le botox du PG.
Puis il fut question de crise écologique et d’écologie, dont un mémorable : « le seul sujet, c’est le sujet conscient, il faut arrêter les délires métaphysiques ». Amis de l’écologie profonde, passez votre chemin. (Conseil à donner également aux adeptes de la communication non-violente.)
Et petit à petit, l’orateur harangueur de foules resurgit, un verbe incisif et parfois drôle, et l’on revient à un discours de meeting PG : Arcelor Mittal, le budget européen, le libéralisme britannique, tout y passe. Sauf le préfixe de la nouvelle doctrine que ces assises devaient développer…
Eco-socialisme, un équilibre précaire
Les intervenants avaient pourtant tous mis un point d’honneur à ne faire prédominer ni écologie, ni socialisme dans les discussions, les deux étant les faces d’une même pièce. Pour assurer cet équilibre, il aurait néanmoins fallu maîtriser les fondements théoriques de l’un comme de l’autre, pour mieux les confronter. L’écologie est restée en berne.
Plus que cela d’ailleurs. Elle a été allègrement confondue avec les partis Verts, ou encore réduite aux « petits gestes du petit bourgeois qui trie ses déchets avant de monter dans sa voiture diesel » (JL Mélenchon). Dans la même veine, table rase sur l’écologie politique…
Pour avoir un discours rassembleur, et l’on voudrait que l’écosocialisme le soit enfin, les différents courants de pensée devraient donc être également représentés. Pas pour satisfaire l’ego des uns et des autres. Mais bien parce que la principale force de cette doctrine réside dans l’échange rendu possible entre deux cultures souvent séparées : celle des luttes environnementales et celle des luttes sociales. De telles alliances de points de vue et de méthodes sont peut-être la clef pour désembourber les situations de crise, entraînées par le nucléaire ou la réalisation des grands projets inutiles, liant luttes citoyennes, raison d’Etat et intérêts économiques.
A n’en pas douter, tout cela sera au programme des prochaines assises…
Eva Deront
Le coût de l’EPR augmente (encore)
EDF a annoncé lundi 3 décembre avoir relevé le coût de l’EPR de deux milliards d’euros. La construction du réacteur nucléaire de Flamanville va désormais s’élever à 8,5 milliards d’euros. En cause, notamment, des problèmes et des retards subis par le chantier.
Initialement, le coût de l’EPR devait s’élever à 3,3 milliards d’euros. L’an dernier, il avait été quasiment doublé passant à 6 milliards d’euros. EDF vient d’annoncer que le réacteur nucléaire EPR de Flamanville dans la Manche coûterait au final 8,5 milliards d’euros.
Dans un communiqué, le groupe a expliqué avoir pris en compte l’évolution du design de la chaudière, des études d’ingénierie supplémentaire, l’intégration de nouvelles exigences règlementaires. EDF a aussi tiré les enseignements de la catastrophe de Fukushima.
Par ailleurs, EDF explique avoir été confrontée à des « aléas industriels », comme le remplacement des « consoles » et ses conséquences sur le planning des travaux, qui a dû être réaménagé, ainsi que de « l’impact financier de l’allongement des délais de construction ».
En revanche, EDF promet toujours une mise en service de ce réacteur de 3e génération pour 2016.
« Une gabegie financière » pour José Bové
Le député européen écologiste José Bové dénonce une « gabegie financière » : « Aujourd’hui on a une centrale nucléaire qui est un gouffre financier. Cela va aboutir à une augmentation du coût de l’électricité ou à une ponction sur le budget de l’État. »
Pour José Bové, le choix qui aurait dû être fait aurait dû être celui de l’arrêt de la construction de cette centrale. Au lieu de cela, explique José Bové :
« On continue de vouloir injecter des milliards jours après jours dans un projet dont on sait très bien qu’il n’est pas l’avenir. »
Tribunal populaire des banques
Du 5 au 9 décembre 2012,
au Théâtre de l’Epée de bois
LE TRIBUNAL POPULAIRE DES BANQUES
De Jean-Paul Ramat et Fabienne Brugel.
Un procés des banques par le peuple avec :
Dans le rang des accusés : des banquiers, le FMI et la Banque Centrale Européenne, Monsanto, une vendeuse de maisons.
Dans celui de témoins : un vendeur de bananes installé dans un paradis fiscal, un trader, un expert économique.
Dans celui des plaignants : une fonctionnaire grecque, un couple américain victime des subprimes, un paysan indien ruiné par les OGM, une salariée de France télécom, un petit actionnaire.
Un procès haut en couleur et fort bien documenté des banques et de la finance et de leur responsabilité dans la crise et la dette des états.
« Faire forum, c’est s’essayer ensemble à l’action transformatrice et peser ses conséquences. C’est une assemblée et c’est une fête. C’est un acte à commettre ensemble. Pour que demain, les choses ne soient plus tout à fait comme avant. »
La Compagnie NAJE
Les 5, 6 et 7 décembre la représentation sera suivie d’une réunion d’Attac dans le hall.
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Auteur et œuvre : Jean-Paul Ramat
Metteur en scène : Fabienne Brugel
Comédiens :
Asmahan Bauchet, Celia Daniellou, Clara Guenoun, Danielle Cuny, Emy Levy Farida Aouissi, Fatima Berrahla, Jack Combes, Jean-Paul Ramat, Jules Choisnel, Marie-France Duflot, Mostafa Louahem’M-Sabah, Nathalie Meurzec, Pauline Christophe Philippe Merlant, Steeve Avrillault
La musicienne : Catherine Lamagat
L’Animatrice du forum : Fabienne Brugel
Production :
Compagnie NAJE et spectacle créé en association avec l’association Attac.
« Castorama, retirez le Round’up de la vente, sinon nous allons agir non-violemment »
Un groupe demande à Castorama d’arrêter de commercialiser l’herbicide RoundUp, considéré comme nocif. Faute de quoi il envisagera des actions non violentes.
Lettre envoyée le 27 novembre 2012 à l’Agence de relation presse et communication Dehais, travaillant pour le groupe Castorama.
Bonjour,
Comme je vous ai expliqué par téléphone, notre association milite pour l’interdiction du Round’up à la vente.
Suite à l’envoi d’un courrier à plusieurs directeurs de magasins Castorama en région parisienne - resté sans réponse - nous nous sommes déplacés dans vos magasins rue de Flandres et place Clichy à Paris afin de discuter du remplacement du Round’up par un produit moins néfaste (par exemple le bicarbonate de soude).
Tout dialogue nous a été refusé, c’est pourquoi nous prenons contact avec vous, avant d’envisager d’autres actions non-violentes dans vos magasins. Nous sommes naturellement dans une logique de dialogue.
Communiqué de 130 associations exigeant le retrait du Round’up, suite à l’étude de Gilles-Eric Séralini montrant les effets toxiques à long terme de ce produit.
Information sur le bicarbonate de soude.
Notre Dame des Landes : l’Etat a manipulé les chiffres. Voici comment
Comment faire passer un schéma boiteux pour un projet avantageux ? En manipulant les chiffres. Reporterre révèle le tour de passe-passe qui a permis à l’Etat de faire croire que le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes serait rentable.
Un mot interpelle : celui de « manipulation », employé par le sénateur EELV Ronan Dantec le 17 novembre :
« Lors de l’enquête coût-bénéfice sur le projet, l’Etat a manipulé les chiffres. Au moment de calculer la valorisation en euros des gains de temps permis par le nouvel aéroport, les sommes ont été au moins doublées. Sans cela, l’enquête coût-bénéfice aurait été négative. Cela a été fait sous la responsabilité du préfet de l’époque, Bernard Hagelsteen, aujourd’hui conseiller chez Vinci... Cela contribue à l’extrême fragilité de la légitimité démocratique de ce projet. »
Le propos est grave. Pour comprendre son origine, il faut aller consulter l’« Instruction cadre relative aux méthodes d’évaluation économique des grands projets d’infrastructure de transport », publié en 2005 par le Ministère des Transports.
Ce document précise notamment comment valoriser monétairement les gains de temps de transport permis par les nouvelles infrastructures. Il est le document de référence auquel doivent se référer les agents de l’Etat qui ont charge d’opérer ces valorisations monétaires.
Il explique ainsi, page 34, la « valeur du temps » à prendre en compte pour les « voyageurs interurbains ». Pour les distances inférieures à 50 km, c’est ainsi 8,94 € de l’heure (valeur 2000).
Si l’on applique cette valeur au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, en la projetant en 2025 et en appliquant le taux d’inflation, on arrive à des valeurs s’étageant entre 18,6 € et 20 €, selon les différents scénarios de trafic.
C’est ce qu’observe le rapport du cabinet néerlandais CE Delft, qui a mené une contre-expertise du dossier d’enquête d’utilité publique en 2011, page 20.
L’enquête publique a-t-elle pris ces valeurs, qui découlent de l’Instruction cadre qu’elle devait appliquer ?
Non. Elle a utilisé des chiffres bien supérieurs. On arrive même à 98,10 € pour le scénario 2, qui est considéré comme le plus probable.
98 euros au lieu de 19,25 : c’est une multiplication par cinq !
Or, cette valeur joue un rôle très important, puisqu’elle détermine l’avantage économique du projet d’aéroport. Si elle était inférieure, il n’y aurait plus d’avantage économique, mais au contraire une perte.
Allons vérifier sur pièce, pour bien comprendre.
Il faut retrouver le Dossier d’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique, du Projet d’aéroport du Grand Ouest Notre Dame des Landes, réalisé en 2006 et ayant conduit au Décret d’utilité publique pris en février 2008.
Dans ce volumineux dossier de plusieurs centaines de pages, on va trouver la clé dans la pièce F :
Les ingénieurs néerlandais de CE Delft ont-ils raison ? Où ont-ils trouvé le quintuplement de la valeur normale ?
Eh bien, dans le deuxième volume de la Pièce F, page 97 :
Que veut dire ce tableau ? Qu’en 2025 (deuxième colonne), l’aéroport fait gagner 312 000 heures ce qui génère des « avantages » de 30,6 millions d’euros par an, soit plus de 900 millions sur trente ans.
On divise 30,6 millions par 312 000 et l’on voit que l’heure gagnée est valorisée à 98,10 €.
Au lieu de 19,25 €, si l’on suivait les instructions officielles du ministère des Transports.
Joli tour de passe-passe, non ?
Le quintuplement des chiffres, qui n’est pas justifié dans le texte, a une lourde conséquence : il permet de présenter comme économiquement avantageux un projet d’aéroport qui, si l’on avait suivi la méthode recommandée, serait apparu comme déficitaire.
Cette manipulation pose de nombreuses questions :
- qui l’a opéré ?
- a-t-elle été couverte par les autorités préfectorales de l’époque, dont le préfet Bernard Hagelsteen, qui travaille maintenant chez Vinci ?
- pourquoi le Conseil d’Etat n’a-t-il pas vu ce manquement évident à la méthode officielle d’expertise ?
Et par ailleurs, et c’est essentiel : avant toute discussion, va-t-on reprendre l’expertise économique de ce projet, en écoutant tous les experts, et pas seulement ceux qui, pour des raisons qui restent à éclaircir, ont intérêt à présenter ce projet sous le jour le plus favorable ?
La suite : La DGAC a fini par répondre… en février 2013, à notre enquête. Elle s’enferre. Lire : Le mystère des 911 millions.
Le bois attire plus les artisans du bâtiment que le soleil
Depuis sa création en 2006, Qualit’EnR a formé 50.000 professionnels dans le domaine des énergies renouvelables. Alors qu’en 2011, la formation la plus demandée était celle portant sur le photovoltaïque, en 2012, les professionnels se sont tournés vers le bois-énergie.
Qualit’EnR, organisme gérant les qualifications dans le domaine des énergies renouvelables, comptabilise, depuis 2011, la répartition des professionnels dans ses différentes formations.
Cette distribution met en lumière les énergies vers lesquelles les installateurs se tournent.
Alors qu’en 2011 plus de 1.600 professionnels avaient suivi la formation sur le photovoltaïque, ils sont moins de 800 en 2012. En revanche, le nombre de formations sur le bois-énergie est passé de moins de 1.500, en 2011, à plus de 2.500, en 2012.
Le Lyon-Turin est un projet d’intérêt général
Député européen, Jean-Luc Bennahmias, estime qu’on ne peut « pas être contre tous les projets d’infrastructures, ce n’est pas sérieux ».
Si nous voulons nous engager dans la transition vers une économie à faible intensité de carbone, le ferroviaire est un mode de développement à privilégier (tout comme les infrastructures maritimes et fluviales). Le ferroutage s’inscrit dans une perspective de développement durable. D’ailleurs, la Suisse et l’Autriche ne nous ont pas attendu et ont déjà mis en place des projets structurants qui font que les camions ne sont plus sur les routes. Le projet de Lyon-Turin s’inscrit dans cet objectif.
Il a également une utilité sociale reconnue au niveau européen. Le Lyon-Turin fait partie des projets d’infrastructures de transport sélectionnés au niveau européen (les RTE-T). Dans les schémas européens de transport, le corridor dans lequel s’inscrit le Lyon-Turin vise à renforcer l’interconnexion des territoires frontaliers et améliorer leur développement économique et social. Nous sommes ici sur des choix structurants.
On ne peut pas se passer de ce projet d’infrastructure d’avenir. Il en irait d’ailleurs de même des propositions pour une liaison entre Briançon et l’Italie grâce à un tunnel ferroviaire sous le Montgénèvre.
Alors certes, réaliser de tels projets d’infrastructures d’envergure en ces temps de crise et d’austérité n’est peut être pas le plus urgent, mais ce projet du Lyon-Turin est un projet d’investissement à long terme. Engagé depuis déjà dix ans, il bénéficiait au départ d’un large soutien. Son utilité n’est pas remise en cause : c’est donc une idée qui, pour ma part, est toujours valide et qu’il faut envisager sur le long terme.
Ce faisant, il convient naturellement d’engager des discussions sérieuses sur les voies d’approche (du coté français comme du coté italien) avec les riverains et agriculteurs et faire de ce projet un modèle de concertation.
Le train n’est pas un mode de transport du passé ; ne mélangeons pas tout ! Ce projet ferroviaire ne saurait être enterré ; il n’a rien d’équivalent avec le projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes qui est un projet d’intérêt privé, économiquement et socialement inutile.
Notre Dame des Landes : une opération policière coûteuse et intenable dans la durée
Les forces de l’ordre peuvent-elles venir à bout des squatteurs de Notre-Dame- des-Landes ? Gendarmes et policiers nous affirment que c’est quasiment... impossible. La mission coûte, en tout cas, très cher : selon nos informations, déjà plus d’1M€ pour les frais des seuls policiers.
Construction-démolition, évacuation-réoccupation... Les forces de l’ordre peuvent-elles reprendre le contrôle de Notre-Dame-des-Landes ? Premier obstacle : la taille du site. Le terrain de construction du projet d’aéroport du Grand Ouest est aussi vaste que... l’île d’Ouessant. Son coeur, la « Zone d’aménagement différé », rebaptisée « Zone à défendre » par les opposants, représente l’équivalent de 1.147 terrains de football ou quatre îles de Bréhat, ou encore six principautés de Monaco ! Cette zone boisée et boueuse est squattée en permanence par une centaine d’opposants très organisés. « Évacuer, c’est techniquement toujours possible, même sur une zone aussi importante et difficile. Il suffit juste d’y mettre les moyens », explique un officier supérieur de la gendarmerie, spécialiste du maintien de l’ordre.
Plus de 1.000 gendarmes et CRS
Question moyens, l’État fait les choses en grand. Actuellement, selon nos informations, quatre compagnies républicaines de sécurité (CRS), soit 320 hommes, sont déployées dans la seule région nantaise (Nantes ville et aéroport Nantes-Atlantique). « Plus de dix escadrons » de gendarmerie mobile, soit plus de 730 militaires, ont été engagés à et dans les environs de Notre-Dame-des-Landes.
Mais pour les opérations coup de poing, comme lors des premières expulsions, en octobre dernier, le double de ces effectifs, soit au moins 2.200 hommes, sont déployés, affirme le principal syndicat de police, Unité SGP, majoritaire aussi chez les CRS. Selon ce syndicat, quatorze escadrons de gendarmes mobiles et quinze compagnies républicaines de sécurité ont été mobilisés à cette période-là sur la région nantaise. Le ministère de l’Intérieur, de son côté, reconnaît que « plus de 500 gendarmes mobiles et CRS ont pu participer simultanément aux opérations ».
Hébergés à Vannes à Rennes et à Angers
Le gouvernement peut-il consentir un tel effort dans la durée ? « La logistique a du mal à suivre », rapporte Thierry Boutier, délégué zonal Ouest du syndicat Unité SGP pour les CRS. Parfois mobilisées pour une ou deux journées, des compagnies ont dû être hébergées à Angers, à Vannes et à Rennes, faute de logement disponible dans la région nantaise. Cela fait des temps de déplacement supplémentaires et de la fatigue en plus. « Les relèves posent problème, surtout quand les renforts viennent de toute la France (Nice, Orléans, Pau et LaRochelle actuellement) ».
« On n’en voit pas la fin »
Le syndicat déplore aussi « l’absence de visibilité et d’anticipation ». « Nous sommes habitués à intervenir en urgence, mais ici, on n’est plus dans l’urgence. Cela fait déjà un mois et demi que ça dure et on n’en voit pas la fin. Et nous avons d’autres missions », explique le policier syndicaliste, évoquant, notamment, la mise en place des zones de sécurité prioritaire.
« Il ne faudrait pas qu’il y ait d’autres gros événements de ce type en France ou des manifestations dans tout le pays, prévient un autre policier. Il n’est pas possible de tenir dans la durée et de fixer autant d’effectifs sur un seul site ». C’est bien là le gros problème des forces de l’ordre. « Déloger, on peut faire. Mais tenir, c’est impossible. On ne peut pas empêcher les gens de revenir le lendemain ou la nuit », reconnaît un spécialiste du maintien de l’ordre.
Le dispositif risque en tout cas de coûter une petite fortune à l’État et donc au contribuable. À titre indicatif, il y a trois ans, le député UMP Éric Ciotti estimait le coût de mobilisation d’une CRS (salaires, primes et heures supplémentaires) à 13.200 € par jour. Selon nos informations, depuis le 9 octobre dernier, « plus d’un million d’euros » a été versé pour régler les seuls frais (hébergement, restauration, transport, indemnités de déplacement et heures supplémentaires) des CRS affectés à la mission « Notre-Dame-des-Landes ». Cette somme n’intègre pas les salaires de ces fonctionnaires et ne prend pas en compte les frais des gendarmes mobiles, qui représentent au moins la moitié des effectifs mobilisés.
A Notre Dame des Landes, l’opération policière est une des plus grandes jamais menées
Alors que la situation s’enlise sur le site du futur aéroport, la "mission Notre-Dame-des-Landes" (NB du CLCA : aussi appelée César (sic) par les autorités) apparaît déjà comme l’une des plus vastes opérations de police menées en France. Elle a mobilisé jusqu’à 2 200 hommes au plus fort de la crise et commence à agacer dans les rangs.
Les gendarmes et les policiers la surnomment « mission Notre-Dame-des-Landes »*. Un nom simple qui désigne une des plus importantes opérations de maintien de l’ordre menées à ce jour en France. Pas forcément en terme d’effectifs.
Le G8 de Strasbourg en 2009 ou le G20 de Deauville en 2011 ont mobilisé plus de policiers et de gendarmes. Mais durant une semaine... La « mission NDDL » dure déjà depuis un mois et demi et son issue paraît aléatoire.
NDDL mobilise à la fois des gendarmes mobiles et des CRS. « Ils viennent de toute la France. Avignon, Nice, Lille, Guéret, Saint-Brieuc et Lille. C’est un incroyable chassé-croisé ! », souffle un gendarme. Sur le terrain, cependant, les rôles sont bien définis.
A quelques exceptions près, les gendarmes interviennent dans la campagne, autour et sur le site du futur aéroport du grand Ouest. Les policiers, eux, veillent sur la préfecture et le centre-ville de Nantes, ou encore sur la plateforme de Nantes Atlantique. Quand les événements l’imposent, ils prêtent main forte à leurs collègues militaires.
Ce fut le cas dans la semaine du 16 octobre, au plus fort des premières évacuations menées dans les maisons de la Zone d’aménagement différé (Zad). Combien étaient-ils exactement ?
Selon le syndicat de police Unité SGP, jusqu’à 15 compagnies républicaines de sécurité* et 14 escadrons de gendarmes mobiles* ont été mobilisés sur cette période. Soit près de 2 200 hommes. Deux fois plus que le nombre de soldats français déployés actuellement en Afghanistan...
« Tout le monde n’est pas intervenu au même moment », nuance Thierry Boutier, délégué zonal du syndicat Unité SGP des CRS. Au ministère de l’Intérieur, on s’en tient au chiffre officiel, le seul avancé jusqu’à aujourd’hui. « Ce qu’on peut dire, c’est qu’au plus fort de la crise, à un instant T, il y a eu plus de 500 gendarmes et policiers à intervenir sur les expulsions », assure Pierre-Henry Brandet, porte-parole.
Les chiffres avancés par les syndicats seraient-ils faux ? « Il y a des compagnies qui sont venues une seule journée, d’autres deux. Certaines étaient en repos, en réserve, d’autres sécurisaient certains sites sensibles, détaille le porte-parole du ministre de l’Intérieur. Je ne dis pas que les chiffres des syndicats sont faux. Je dis qu’il ne faut pas les additionner, car ils ne représentent pas la réalité. »
SUJET SENSIBLE
Combien de policiers et gendarmes restent déployés ? Quel est le coût d’une telle opération ?** Autorités locales et gendarmes ne souhaitent pas communiquer. Il faut dire que le sujet est très sensible.
La « mission NDDL » n’a pas été placée sous la tutelle du préfet de Loire-Atlantique, comme c’est généralement le cas quand des forces mobiles sont engagées. Le ministère de l’Intérieur, via son unité de coordination des forces mobiles (UCFM), gère en direct avec le préfet.
Dans les rangs, la mission commence à agacer. Seuls à prendre officiellement la parole, les syndicats de police relaient le ras-le-bol commun des deux « corps » engagés sur le terrain.
« D’accord, les CRS sont là pour gérer les imprévus, mais cela fait maintenant un mois et demi que ça dure, rappelle Thierry Boutier. On continue à envoyer un jour une compagnie de Nice, le lendemain une de Lille, et le surlendemain une de Saint-Brieuc. Cela rajoute du trajet et beaucoup de fatigue à des missions qui ne sont déjà pas faciles. »
Même son de cloche chez Alliance CRS, syndicat de gardiens de la paix affilié à la CFE-CGC. « On n’a aucune visibilité sur notre mission. Les gars savent quand ils partent de chez eux, mais jamais quand ils reviennent. »
L’opération du 23 novembre, sur le site du futur aéroport, semble avoir révélé les limites du dispositif. Problèmes de mobilité, de communication, difficultés pour se repérer liées à une méconnaissance du terrain, manque de munitions… Les gendarmes engagés dans les violents affrontements en fin de semaine dernière ont éprouvé des difficultés à faire face. D’autant que les contours juridiques de l’opération étaient flous.
AUCUNE VISIBILITÉ
Outre les ennuis tactiques, les policiers pointent les problèmes logistiques engendrés par l’importance des effectifs présents. Depuis quelques semaines, les locaux de la CRS 42, la compagnie de Nantes, sont devenus un véritable « hall de gare ».
La cantine peine à nourrir tout le monde. De même pour l’hébergement. Il est arrivé que plus un seul lit ne soit disponible dans la capitale de Loire-Atlantique. Résultat : des policiers niçois, sécurisant Nantes, ont dû dormir à Rennes.
Le malaise latent au sein des forces de l’ordre est accentué par l’impossibilité à envisager une sortie de crise. « Si encore on connaissait la date de la fin de notre mission, confient en chœur des policiers. Mais là, on n’a aucune visibilité. Les opposants ne lâcheront pas le morceau. On risque d’être présents jusqu’à la mise en service de l’aéroport, en 2017 ! »
Au cabinet du ministre, on se veut plus optimiste. Une commission de dialogue a été mise en place ce vendredi. « Si on arrive à s’entendre, ça peut évoluer vite », affirme le porte-parole du ministère. Rien n’est moins sûr.
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Notes
*Une compagnie républicaine de sécurité compte 80 policiers.
*Un escadron de gendarmes mobiles compte 70 gendarmes.
**Une source citée par Presse océan a avancé la somme de 500 000 € pour l’opération du 16 octobre. Ce chiffre n’a jamais été démenti.
A Nantes, les autorités laissent le bruit empoisonner la vie des habitants
LE COLLECTIF ANTI BRUIT NANTES ERDRE DEMANDE AU PREFET DE LOIRE-ATLANTIQUE DE RESPECTER LES ENGAGEMENTS PRIS LORS DE LA TABLE RONDE DU 27 JUIN 2012.
A la demande du Collectif Anti Bruit Nantes Erdre, une table ronde sur les nuisances sonores et la réduction du bruit s’était tenue le 27 juin dernier.
Y était conviés les vices présidents transport et environnement de Nantes métropole, différents services de l’Etat et notre collectif. Il avait résulté de cette réunion, la décision de la réactivation de l’observatoire du bruit sous l’égide de l’Etat, d’implanter un radar discriminant, de faire procéder à des contrôles de vitesse et de renforcer la signalisation routière.
La Préfecture et Nantes métropole s’étaient également engagées à communiquer sur d’autres localisations métropolitaines allant être amenées à subir les bruits combinés des trois infrastructures du périphérique nantais RN 844, du tram-train Nantes – Châteaubriant et de l’Interconnexion ligne 1 et 2 du Tramway, pour démontrer l’absence de singularité de l’exposition du quartier Nantes Erdre vis-àvis de la pollution sonore.
Le Collectif Anti Bruit Nantes Erdre déplore que cinq mois plus tard, l’Observatoire du bruit ne soit toujours pas réactivé et qu’il n’a toujours pas été consulté pour discuter des localisations, des modalités et de la périodicité des mesures de bruit et qu’aucune des autres mesures n’ait été suivie d’effet.
Seuls quelques panneaux de signalisation de limitation de la vitesse à 70 km/h ont effectivement été implantés sur ce tronçon mais le collectif s’étonne que certains de ces panneaux ont déjà été retirés et que la vitesse a été rétablie à 90 km/h.
Le Collectif Anti Bruit Nantes demande donc aux élus et services de Nantes Métropole et au Préfet de ne pas laisser pour lettre morte leurs annonces et décisions.
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En savoir plus :
Le Collectif Anti Bruit Nantes Erdre, riverains du Boulevard Alexandre Flemming et de la ligne Nantes - Châteaubriant et de la future interconnexion ligne 1 et 2 du Tramway Nantais, rassemble plus d’un millier de personnes des quartiers de Nantes Erdre.
ArcelorMittal va exploiter une mine de fer dans l’Arctique
Le gouvernement du Canada a approuvé le 3 décembre un projet de mine de fer, l’un des plus grands dans le monde, qui prévoit l’exploitation d’un gisement dans l’Arctique par une coentreprise détenue à 70% par le numéro un mondial de la sidérurgie ArcelorMittal.
Le projet de la rivière Mary de la coentreprise canadienne Baffinland Iron Mines Corp prévoit la construction d’une mine de fer à ciel ouvert, ainsi que la construction d’une route, d’un chemin de fer de 150 km de long et d’un port en eaux profondes au nord-ouest de l’Ile de Baffin, au-dessus du cercle arctique, à environ 3000 km au nord de Montréal.
L’exploitation de la mine, à raison de 18 millions de tonnes par année, doit durer 21 ans, selon Baffinland, dont l’autre actionnaire, à hauteur de 30%, est la société privée Iron Ore Holdings L.P, qui a son siège en Australie.
La décision d’Ottawa fait suite à une recommandation positive formulée par une commission, qui était chargée d’examiner l’impact de ce projet sur le fragile environnement arctique, a indiqué le gouvernement dans un communiqué.
« Certificat du projet »
Avant de pouvoir débuter les travaux, Baffinland doit encore obtenir son « certificat du projet », ajoute le communiqué.
Pour ce faire, Baffinland doit préciser quelles mesures concrètes il entend prendre pour répondre aux quelque 180 observations faites par la commission à propos de l’impact potentiel du projet sur l’environnement.
Baffinland espère pouvoir commencer la construction des infrastructures vers la fin de 2013. La construction du port et du chemin de fer pourrait prendre quatre ans. Cette phase du projet nécessiterait l’embauche de 1700 à 2700 personnes, tandis que l’exploitation en soi du gisement créerait environ 950 emplois, selon l’étude d’impact environnemental.
Le gisement, dont la mise en valeur pourrait coûter jusqu’à 4 milliards de dollars, recèle 365 millions de tonnes de réserves prouvées et probables de minerai de fer et pourrait subvenir à la demande en fer de l’Europe pendant 20 ans.
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Note de Reporterre : ArcelorMittal et Nunavut détiennent 90% de Baffinland
Les sociologues préparent l’opinion à accepter la biologie de synthèse
Un colloque a réuni des chercheurs en sciences sociales sur la biologie de synthèse : "l’anticipation facilite l’acceptation, affaiblit les résistances et prépare l’invasion de la dernière innovation dont nous n’avons ni besoin, ni envie. "
« Avec la biologie de synthèse, vous avez un avantage, c’est que le grand public pour le moment ne connaît pas. »
D. Raoul, Sénateur, Vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques - Annexe au Rapport de février 2012, Les enjeux de la biologie de synthèse.
« LA BIOLOGIE DE SYNTHÈSE ENTRE SCIENCES ET SOCIÉTÉ » Préparer l’acceptabilité des « OGM de demain », dès aujourd’hui au CNAM
Ce mardi 4 décembre 2012, se tenait au CNAM une conférence organisée par le Génopole, centre de recherche en génomique qui vise à « favoriser l’essor des biotechnologies », et l’Institut Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS), qui réunit plus de mille chercheurs en sciences sociales qui étudient les sciences, les technologies et leur contestation.
Cette bande de tristes lurons a passé la journée à mijoter le prochain ravage bio-industriel : la biologie de synthèse. Ce mariage transgénique entre monde biotech et sciences sociales profitera du soutien de Geneviève Furioso, « Miss(nistre) Dollars » [1] de la recherche. La pasionaria du nucléaire et des nanotechnologies ajoutera toute son ardeur personnelle à ces cogitations de synthèse qu’ils nous régurgiteront d’ici peu. Mais, à 120 euros l’entrée, la recette est encore bien gardée.
« Biologie de synthèse », de quoi s’agit-il ?
On sait qu’avec les OGM, l’industrie a appris à intervenir sur le code génétique d’un organisme existant pour le doter d’une fonctionnalité donnée - rendre un maïs résistant à un pesticide par exemple.
On sait qu’avec les développements conjoints de l’informatique et des nanotechnologies, elle se dote de moyens toujours plus puissants pour agencer la matière, construire des objets et traiter des informations à l’échelle du nanomètre.
La suite logique, pour aller vite, c’est la biologie de synthèse, soit rien de moins que ce que son nom indique : par croisement de l’ingénierie génétique, des nanotechnologies et de l’informatique, ingénieurs et techniciens peuvent maintenant synthétiser ex nihilo un code génétique entièrement nouveau.
Autrement dit : programmer un ordinateur pour donner vie à des choses artificielles, des organismes vivants qui n’ont rien à voir avec ce que crée la nature. Et puisqu’ils le peuvent, ils le font. Oublions la référence romantique au monstre de Frankenstein.
Ceux du XXIe siècle seront innombrables et minuscules, et sans doute bien plus réels : virus synthétiques, bactéries-machines, nano-robots à hélice d’ADN [2]. Avec les promesses d’un « progrès » techno-écolo, les profits seront juteux et les ravages certains.
Arrivent les nouveaux OGM et la privatisation du vivant, les bactéries génétiquement modifiées relâchées dans la nature comme pseudo-solution environnementale aux saccages industriels, et le tout avec des codes ADN nouveaux pour nous assurer que ces organismes-machines ne se mélangeront pas avec les autres êtres vivants. « Et si ça se mélange quand même ? », demandez-vous. Oui, ça fait peur. Mais, comprenez la logique : les dégâts, c’est la ressource du progrès de demain.
Vous ne connaissez pas encore la biologie de synthèse ? C’est normal, ses promoteurs nous y préparent très en avance.
N’ayez crainte, ils sont quelques dizaines réunis aujourd’hui à veiller à votre ignorance. Car si ces machines-vivantes n’ont pas encore envahi nos vies biologiques et politiques, les sociologues de l’IFRIS préparent déjà leur acceptabilité sociale. Parce qu’ils ont échoué avec les OGM, cafouillé avec les nanos, il serait terrible pour nos techno-furieux de reculer à nouveau sur la biologie de synthèse.
Et, c’est bien pourquoi le gratin techno-scientifique se réunissait mardi : l’anticipation facilite l’acceptation, affaiblit les résistances et prépare l’invasion de la dernière innovation dont nous n’avons ni besoin, ni envie.
Cette canaille interdisciplinaire étudie les précédentes oppositions aux technologies, afin de repérer leurs failles et de les exploiter pour nous faire avaler le poison. Ils nous préparent une fois de plus des pseudo-débats publics dans le seul but de nous acclimater à la biologie de synthèse.
Ils nous diront évidemment qu’il n’y a pas de risque-zéro (mais, bien sûr, « sans risque, pas de progrès ») et nous barbouilleront d’éthique. Avec un peu de chance, ils nous offriront même un atelier de « biologie de garage » : des bactéries synthétiques ludiques et participatives pour nous faire oublier que demain, c’est celles de Monsanto qui nous seront imposées.
Vous, là-dedans ! Nous n’avons ni question, ni incertitude. Notre position est déjà figée : nous n’acceptons pas.
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[1] La ministre confiait au Journal des Entreprises en octobre 2009 : « À un moment, ils m’appelaient Miss dollar, s’amuse-t-elle. C’est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas ».
[2] Je tire cette présentation d’un texte récent de Frédéric Gaillard, à lire pour qui voudrait en savoir plus : « Innovation scientifreak : La biologie de synthèse »
L’incroyable fric-frac d’Arnaud Lagardère, béni par le gouvernement « socialiste »
1,5 milliards d’euros dans les poches d’Arnaud Lagardère : c’est ce que versera EADS - la firme montée par les nations européennes pour fabriquer les Airbus - à ce monsieur. Avec la bénédiction du gouvernement de MM. Ayrault et Hollande.
Les négociations sur la « nouvelle gouvernance d’EADS », la maison-mère d’Airbus, ont accouché certes d’une nouvelle répartition du capital entre les actionnaires, mais surtout d’un formidable cadeau pour le groupe Lagardère, dont le président, Arnaud Lagardère est aussi le président actuel du conseil de surveillance de EADS…
Selon l’accord dévoilé mercredi 5 décembre au soir par communiqué, pour accompagner la sortie de Lagardère du capital, EADS va puiser dans sa trésorerie pour racheter 15% du capital. Entre un tiers et la moitié du programme (entre 5,5% et 7,5%) est réservé au rachat d’actions détenues par Lagardère Group, un des membres (avec Daimler et l’Etats français) du pacte d’actionnaire qui gère actuellement l’entreprise. Lagardère va donc avoir droit à un « golden parachute » estimé entre 1,2 milliard d’euros et 1,7 milliard d’euros. L’entreprise s’appauvrit donc pour que Lagardère la quitte, puisque la réorganisation est justement faite pour lui permettre de sortir, ainsi qu’à l’allemand Daimler. On aura tout vu dans le monde de la finance sans vergogne !
De plus Lagardère actionnaire n’a pas rendu d’éminents services à l’entreprise aéronautique. Le scandale de l’Airbus A380 en 2006, et la dommageable affaire de soupçons de délits d’initiés qui s’ensuivit est, entre autres, dû, à l’incapacité d’Arnaud Lagardère à la concurrence entre hauts cadres venus de Lagardère, Noël Forgeard et Philippe Camus. A l’époque Arnaud Lagardère avait dit : « je préfère passer pour un incompétent que pour un malhonnête… »
Voici donc l’incompétent (la justice a tranché : il n’est pas malhonnête) Arnaud Lagardère couvert d’or par EADS. Sa prime de départ va lui permettre de d’améliorer le bilan désastreux de son propre groupe de médias et de distractions sportives, Lagardère Active.
Pour rappel, le programme de rachat d’actions, au total, représente près de 30% de la trésorerie de l’entreprise. Or cette trésorerie est nécessaire, car elle qui permet de payer les fournisseurs, voire aussi, de leur faire crédit quand les banques se retirent, ce qui avait été le cas en 2009.
Le plus étonnant de cette histoire est le silence du gouvernement français, qui a tous les moyens de s’opposer à un tel fric-frac légal auquel la gauche est, par doctrine, opposée ! Il sera intéressant d’entendre l’avis de Pierre Moscovici. Il paraît qu’il est ministre de l’économie… A moins que Bercy se soit fait embobiné par le petit susucre glissé dans l’accord à son intention. Il est écrit que la Sogepa (société qui porte les actions de l’Etat dans EADS), aura droit elle aussi de profiter du rachat des actions, pour près de 400 millions d’euros.
On voit venir l’argument : l’Etat comme Lagardère profitera du pactole d’EADS, et comme les temps sont difficiles…. Certes, mais il ya une différence de taille : l’Etat demeure au capital pour soutenir le développement de l’aéronautique européenne. Lagardère, lui, se barre, avec une partie de la caisse.
Appel pour faire monde commun
« Fédérer les énergies pour nommer l’insoutenable, en sortant d’une pathologie du jugement qui réduit tout à l’évaluation marchande. »
VivAgora et ses partenaires réunis à l’UNESCO le 30 novembre 2012 pour les premières "Assises du vivant" appellent au dialogue et à la responsabilité face aux projets bioéconomiques.
Les limites climatiques et matérielles nous renvoient l’évidence que nous vivons « à crédit », sur les ressources des générations futures.
Nous le savons, nous ne pouvons continuer à ignorer les dommages infligés à la nature, à nos écosystèmes et à nos corps du fait d’une industrialisation aveugle. La crise financière, la perte de sens politique ou commun témoignent que le monde ancien est quasi mort, à bout de course.
Mais un tournant est amorcé. Alors que les matières premières non renouvelables se raréfient, que le réchauffement climatique risque de dépasser les 3°C à la fin du siècle, le capital naturel ou « biomasse » que constituent les forêts, les cultures, les mers et plus généralement tous les organismes vivants, devient la ressource… inépuisable.
Les ressources biologiques sont en train de prendre pour une part le relais… du pétrole. La perspective oblige à refonder les métiers d’ingénieurs, d’urbanistes, d’agriculteurs, d’entrepreneurs, et d’élus… pour user raisonnablement et durablement des écosystèmes et des vivants terrestres et marins, pour organiser un partage des bénéfices qui en résultent, ainsi qu’un contrôle public et démocratique de ces usages.
Les principes de partage et d’interdépendances, propres à tout équilibre de vie structurent de plus en plus des initiatives agricoles, alimentaires, éducatives … Le monde bascule ainsi dans une troisième révolution industrielle qui intègre et valorise les logiques du vivant, soutenables car se basant notamment sur la régénération.
Dans ce moment cosmopolitique où nous sommes, la diversité et l’ouverture sont les maîtres mots. Les alliances se créent pour contrer la fragmentation des efforts et déployer une écologie sociale. Il s’agit de fédérer les énergies pour nommer l’insoutenable en formant une sorte de « système immunitaire social », en sortant d’une pathologie du jugement qui réduit tout à l’évaluation marchande.
VivAgora et leurs partenaires réunis à l’UNESCO ce 30 novembre 2012 pour les premières ASSISES du VIVANT appellent au dialogue et à la responsabilité face aux projets bioéconomiques.
Ils demandent la mise en place d’un « référentiel pour protéger les potentiels vivants » (milieux, écosystèmes, biodiversité, sols, eaux…) pour donner à l’innovation sa valeur vitale et sociale.
En préparation des ASSISES du VIVANT 2013, ils ouvriront ce chantier en lien avec l ‘UNESCO, l’OCDE, et le groupe AFNOR.
Ils proposent à tous ceux qui se reconnaissent dans ces priorités de signer cet appel.
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Premiers signataires :
Robert Barbault, directeur du département Écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d’histoire naturelle Sylvie Bénard, directrice Environnement chez LVMH, Présidente de l’Institut Inspire Dorothée Benoit Browaeys, déléguée générale de VivAgora Bernadette Bensaude Vincent, professeur de philosophie et histoire des sciences, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, présidente de VivAgora Dominique Bourg, Institut des politiques territoriales et de l’environnement humain (IPTEH) Tarik Chekchak, Secrétaire du Bureau Français de Biomimicry Europa mais également Directeur Sciences et Environnement de l’Equipe Cousteau. Hervé Chneiweiss, neurobiologiste, directeur du laboratoire « Plasticité Gliale » Inserm U752/ Université Paris Descartes/hôpital Ste Anne Emmanuel Delannoy, Directeur, Institut Inspire Timothée Elkihel, Co-Président du collectif Appel de la jeunesse Armelle Gauffenic, ancienne présidente d’Am’Tech médical Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie évolutionniste au Muséum national d’histoire naturelle. Alain Grandjean, économiste, fondateur et associé de Carbone 4 Antoine Héron, président fondateur d’Innovation citoyenne et développement durable (ICDD) Henri de Pazzis, fondateur de ProNatura Francis Pruche, Conseiller municipal délégué à Senlis Maxime de Rostolan, membre de Biomimicry France, Fondateur de Blue Bees, et Directeur de la collection pédagogique Deyrolle pour l’Avenir Gérard Toulouse, physicien, Ecole normale supérieure de Paris Louise Vandelac, Professeure titulaire, Département de sociologie, directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM et co-directrice de VertigO, la revue électronique en sciences de l’environnement William Vidal, directeur d’Ecocert.
Les Autolib’ sont peu utilisées
En cas d’embouteillages, l’Autolib peut s’avérer « plus onéreux » que la voiture personnelle, relève l’association de consommateurs CLCV.
Un an après son lancement, le service de voitures électriques en libre-service Autolib’ semble « encore peu utilisé », selon une enquête de l’association de défense des consommateurs CLCV publiée mardi 4 décembre.
Selon cette enquête réalisée entre le 29 octobre et le 4 novembre auprès de 152 utilisateurs, 2,8 personnes par jour et par véhicule utilisent en moyenne ce service déployé dans Paris et la proche banlieue.
Ce faible taux d’utilisation fait que 57 % des usagers déclarent « trouver presque toujours un véhicule disponible », selon la CLCV.
L’association relève aussi qu’Autolib’ n’a « peut-être pas encore trouvé sa place dans l’offre globale des services de transports ».
Pas encore une alternative pour les Parisiens
En effet, ce système inspiré du succès du Vélib’, apparaît prioritairement aux yeux des utilisateurs comme un « substitut des transports collectifs » (jugés peu attractifs) et non comme une alternative à la voiture individuelle, contrairement à ce qu’espéraient la ville de Paris et le groupe Bolloré à son lancement.
La CLCV pointe aussi du doigt le coût des abonnements, notamment à la journée et propose un « tarif dégressif ou une prise en compte des kilomètres parcourus ».
Des voitures en mauvais état
Par ailleurs, dans le cas d’un usage quotidien et lorsqu’il y a des embouteillages, l’Autolib peut s’avérer « plus onéreux » que lorsqu’on dispose de sa propre voiture.
L’enquête note également que le parc des véhicules « semble en mauvais état ».
Ainsi, 18% des personnes interrogées jugent l’état des véhicules électriques « pas satisfaisant ».
La CLCV recommande au groupe Bolloré, qui a développé les voitures, d’encourager le civisme (en récompensant l’utilisateur lorsqu’il indique des dégâts sur le matériel), d’améliorer l’habitacle des véhicules et de permettre aux usagers la réservation depuis les véhicules.
Autolib doit atteindre l’équilibre en 2014
Le service Autolib a été lancé le 5 décembre 2011. Pour le maire de Paris Bertrand Delanoë, son arrivée dans la capitale a permis de proposer « une offre de déplacement la plus diversifiée possible », en plus du métro, des bus, du tramway, du vélo et de la voiture individuelle, s’est-il félicité la semaine dernière lors d’une conférence de presse, à l’occasion de ce premier anniversaire.
Autolib dispose de 1.740 véhicules et de 4.250 bornes de recharge dans 47 communes. Des parkings en sous-sol devraient en être équipés l’an prochain. Le service devrait s’étendre à 412 communes.
Le débat « sans débat » sur les déchets nucléaires commence
La commission du débat public lance le 5 décembre le débat sur le projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigeo. Selon les opposants, « le gouvernement a vidé de son sens initial le processus en n’intégrant aucune participation du public aux choix décisionnels. »
Le collectif Meuse BURESTOP 55 dénonce cette nouvelle tromperie :
le débat public annoncé n’aura de débat que le nom
car tout est déjà décidé !
Attention, la méga-campagne de communication sur le débat commence mercredi 6 décembre à Bar-le-Duc.
UN PSEUDO-DÉBAT QUI CONCERNE QUI ?
Les Meusiens et les Haut-marnais qui vont subir directement les nuisances, alors que les déchets nucléaires concernent la population française toute entière.
UN PSEUDO-DÉBAT QUI NE DOIT PAS FAIRE ILLUSION
Nombre d’habitants pensent encore que ce débat va enfin lever les tabous et poser LA question essentielle : enfouir ou ne pas enfouir. En réalité, ce pseudo-débat ne portera pas du tout sur cela.
Pour le gouvernement, pour l’Andra et pour les producteurs de déchets atomiques, l’enfouissement est déjà acté, à BURE.
UN PSEUDO-DÉBAT QUI NE DÉBOUCHERA SUR RIEN DE DÉCISIONNEL
Les grandes options industrielles et techniques sont déjà sur les rails, bouclées par l’Andra cette année.
Le choix -ENFOUIR- est déjà fait. Le centre de stockage est passé en phase de conception industrielle en 2012. Avec l’engloutissement de fonds très conséquents déjà.
UN PSEUDO-DÉBAT JUSTE POUR COMMUNIQUER, PAS POUR DÉCIDER COLLECTIVEMENT
Selon la Commission Nationale du Débat Public, "ce débat doit permettre à l’Andra de présenter les avancées du projet depuis 2006, en particulier les aspects liés à la conception industrielle de Cigéo, sa sûreté, sa réversibilité, son implantation, sa surveillance”.
Il n’est pas question de remettre en cause quoi que ce soit sur le fond et la finalité du projet. Il se limitera donc bien à une vaste campagne de communication sur Cigéo, future poubelle nucléaire.
A savoir que le gouvernement doit satisfaire aux exigences européennes (convention d’Aarhus), mais a vidé de son sens initial le processus en n’intégrant aucune participation du public aux choix décisionnels.
UN PSEUDO-DÉBAT QUI FERA TACHE COMME CELUI DE 2005
Il y a déjà eu en 2005, un débat national sur la gestion des déchets nucléaires. Celui-ci a un bilan calamiteux : aucune des conclusions majoritaires des participants allant dans un sens contraire à l’enfouissement n’ont marqué la loi de 2006 qui a suivi. Le stockage en surface avait pourtant largement la préférence. C’est pourtant juste après que BURE a été entériné.
(Pour rappel ce débat a coûté 2,46 millions d’euros, pour 13 réunions d’informations publiques qui ont touché... 3000 personnes, voir dossier.)
UN PSEUDO-DÉBAT SUR UN MONCEAU D’INCERTITUDES SANS ISSUE
Au vu de nombreuses zones d’ombre et des récentes réserves de la CNE, l’IEER, l’ASN concernant le projet Cigéo (ovalisation des galeries soumises à de fortes poussées, effets de l’usage d’un tunnelier pour creuser non évalués par manque de temps, comportement de la zone endommagée par le creusement, manque de données sur l’interaction température/hydrogène, effet de la chaleur sur le milieu, mode de descente des colis, mémoire du site, etc...) à quoi peut bien ressembler le dossier que l’Andra doit présenter à ce débat ? Un brouillon et ce n’est pas rassurant.
UN PSEUDO-DÉBAT ENCADRÉ PAR LES FORCES DE L’ORDRE ET EN LIEUX FERMÉS
M.M. Birraux et Bataille* ont préparé le terrain pour ce débat au sujet sensible. Ils proposent de trier sur le volet les participants : pour les associations, ces conditions pourraient être (...) l’antériorité, la régularité de fonctionnement et la transparence du financement ; de protéger les lieux (fermés voire protégés) avec l’aide de la force publique en cas de tentative d’intrusion de manifestants voulant empêcher les participants de s’exprimer, et bien border le tout juridiquement pour s’assurer que le pseudo débat aura lieu coûte que coûte, même en cas de contestations bruyantes... pour satisfaire aux obligations européennes.
UN PSEUDO-DÉBAT ET DES ENJEUX QUI PASSENT AU-DESSUS DES GENS DU COIN
L’enjeu de la poubelle nucléaire de BURE est immense.
Derrière, c’est tout le parc électro-nucléaire impatient qui attend :
1 -) pour affirmer que les déchets les plus dangereux ne sont plus un problème,
2-) pour vendre un nucléaire soi-disant “propre” et décrété indispensable.
POUR TOUTES CES RAISONS, LE COLLECTIF BURESTOP 55 NE PARTICIPERA PAS À CE DÉBAT BIDON, ET APPELLE LA POPULATION ET LES ÉLUS À EN FAIRE AUTANT !
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* Rapport n° 248 (2010-2011) de MM. Christian BATAILLE, député et Claude BIRRAUX, député
Le 8 décembre, journée contre les projets inutiles et imposés
Samedi 8 décembre, à Stuttgart, Lyon, Nevers, Toulouse, Le Havre, Escaudes, Bayonne, Paris, Annecy, Avigliana, Stuttgart...
Samedi 8 décembre, Journée contre les grands projets inutiles imposés
Voici les rendez-vous et manifestations à travers la France et ailleurs - du moins ceux pour lesquels les informations sont parvenues à Reporterre.
- Stuttgart : projet S21 Réunion le 7 décembre pour lancer l’organisation du 3e forum contre les GPII l’été 2013 à Stuttgart
- Lyon : Manifestive à 13h30 place Bellecour à Lyon contre les GPI (Ol Land, l’aéroport de Notre-Dame des landes, le TAV...)
- Mouvement No TAV : Soirée le 8 décembre à Avigliana à partir de 20h.
- Nièvre : Samedi 8 décembre à Nevers (14h) : - distribution de tracts contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes - distribution de tracts contre le projet de ligne à grande vitesse POCL (Paris-Orléans-Clermont-Lyon)
- Toulouse : La coordination 47 (Lot et Garonne) et Actival organisent le 1er décembre une manifestation à Toulouse au square St Charles (à côté de la place du Capitole) de 10h à 14h. Cette action a pour objectif de sensibiliser la population toulousaine sur l’alternative de la modernisation des voies existantes et l’inutilité de la Ligne à Grande Vitesse. Pour rendre le moment convivial, il y aura dégustation de produits régionaux.
- Le Havre :
Rassemblement samedi 8 décembre à 15h00, place de l’Hôtel de ville au Monument aux morts, l’Oiseau blessé.
« Non aux grands projets inutiles, halte aux violences »
Le collectif NDDL de l’agglomération havraise : collectif-nddl-lehavre@lists.riseup.net
- Bayonne : - Le CADE (pays basque) organise une soirée le 7 décembre autour de la projection du film « le fantome de Mirabel » (construction d’un aéroport au Québec malgré une forte opposition, fermé pour manque de trafic), précédé d’un apéro / buffet et suivi d’un débat. Cette soirée se fait en collaboration avec Bizi !, Attac et le comité de soutien à NDDL.Tous les bénéfices iront à NDDL. - Le 8 décembre au marché de Bayonne, action de solidarité avec les entartreurs du mouvement AHT Gelditu du Pays basque Sud (No TAV) qui risquent jusqu’à 9 ans de prison).
- Escaudes : La coordination Gironde organise à Escaudes à partir de 16h une série de présentations (LGV, A65, ce qu’est un GPI) avec à 17h15 la projection du film le fantome de Mirabel et suivi d’un débat. A partir de 19h, apéro, tapas et musique.
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- Paris
CONTRE L’AEROPORT ET SON MONDE
CONTRE LES EXPULSIONS A NOTRE-DAME-DES-LANDES
MANIFESTATION DE SOUTIEN
SAMEDI 8 DECEMBRE
RDV 14H METRO BELLEVILLE
Soyons nombreux,
avec un objectif clair : Bouter VINCI hors du bocage !
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- Annecy
Le MRS s’est associé au collectif Notre-Dame-des-Landes 74 mis en place à l’initiative, entre autres, de la confédération paysanne. Nous appellons à manifester : rendez-vous à Annecy ce samedi 8 décembre à 14h, devant la préfecture.
Nous publions ci-dessous un communiqué du collectif :
Pour la sauvegarde des terres fertiles, pour l’avenir !!! Nous disons non au projet inutile et dévastateur d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes mais pas que...
Près de Nantes, à Notre Dame des Landes, un projet d’aéroport gigantesque menace 2000 ha de terres agricoles bocagères d’une biodiversité exceptionnelle.
Le projet date des années 60, pour le Concorde, et les raisons affichées pour sa construction ont beaucoup changé au fil des années et des contre arguments des opposants.
Aujourd’hui, alors qu’il n’y a aucun problème de saturation ni de sécurité à l’aéroport actuel de Nantes-Atlantique et que le contexte ne favorise pas la croissance du secteur aérien, l’État, avec l’appui des élus locaux et régionaux (PS et UMP main dans la main sur ce dossier), a attribué la construction et la concession pour 55 ans de cet aéroport soit disant HQE au groupe Vinci. 360 millions d’euros minimum d’investissement public y seraient engloutis.
Paradoxalement, le besoin de cette nouvelle construction n’est en rien avéré et aucune alternative ni optimisation de la plate forme existante n’ont été étudiées...
La résistance revient à l’ordre du jour. Notre époque vit une véritable agression des terres agricoles. Le projet date des années 60, pour le Concorde, et les raisons affichées pour sa construction ont beaucoup changé au fil des années et des contre arguments des opposants.
Aujourd’hui, alors qu’il n’y a aucun problème de saturation ni de sécurité à l’aéroport actuel de Nantes-Atlantique et que le contexte ne favorise pas la croissance du secteur aérien, l’État, avec l’appui des élus locaux et régionaux (PS et UMP main dans la main sur ce dossier), a attribué la construction et la concession pour 55 ans de cet aéroport soit disant HQE au groupe Vinci. 360 millions d’euros minimum d’investissement public y seraient engloutis.
Paradoxalement, le besoin de cette nouvelle construction n’est en rien avéré et aucune alternative ni optimisation de la plate forme existante n’ont été étudiées...
La résistance revient à l’ordre du jour. Notre époque vit une véritable agression des terres agricoles. Gaz de schiste, pollution des nappes phréatiques, suppression des terres nourricières au profit du foncier, discrédit de la représentation des agriculteurs-agricultrices dans la société !!!
Notre monde agricole et plus largement notre Terre subissent les assauts de notre société dévoreuse et ingrate. Des projets inutiles comme la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou la ligne de train à grande vitesse LYON-TURIN (TAV) voient le jour un peu partout.
Chaque année, 74 000 hectares de terres agricoles disparaissent en France. L’accélération du phénomène est spectaculaire. L’équivalent d’un département agricole français est rayé de la carte tous les sept ans. Pour la Haute-Savoie, c’est de l’ordre de 600 hectares de terres agricoles qui disparaissent chaque année.
Le bon sens n’a plus de raison d’être face à la folie consommatrice de grands groupes qui organisent et inondent les marchés. Surproduction pour au final deux fois plus de gaspillage, et derrière ça, c’est une terre appauvrie si ce n’est violée par les produits utilisés. Sachez que ceux qui nous conduisent dans les grandes surfaces organisent ce saccage.
Les alternatives existent, et elles se font connaître petit à petit. Le rapport direct de producteur à consommateur, le commerce de proximité reviennent au goût du jour.
C’est le chemin du respect de l’environnement, du producteur et du consommateur ainsi que de l’autonomie alimentaire. Cette voie est celle de l’avenir et pour la rendre possible, il est indispensable de sauvegarder les terres nourricières. C’est pour nous, pour les terres fertiles et pour celles et ceux qui les cultiveront et s’en nourriront demain.
ICI comme ailleurs DEFENDONS LES !!!
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- Escaudes
La Coordination Vigilance LGV 33 vous donne rendez-vous samedi 8 décembre à partir de 16h à la salle des fêtes d’Escaudes (Gironde).
Infos et débat sur les Grands Projets Inutiles Imposés : Autoroute A65, LGV Bx-Toulouse et Bx-Espagne, Aéroport de NDDL (Notre Dame des Landes)...
- à 16H - Rétrospective de la lutte en Sud-Gironde contre les projets de LGV . Grands Projets Inutiles Imposés : Aéroport NDDL,... . A65 = GPII local ---> chiffres de fréquentation, bilan financier,... . à 17h Projection du film « le fantôme de Mirabel »
La construction de l’aéroport de Mirabel commença en 1970, provoquant des expropriations à bas prix sur un très grand territoire. Des milliers de fermiers et de résidents furent contraints d’abandonner leur patrimoine dans des conditions souvent révoltantes. L’aéroport tombera rapidement en déclin jusqu’à sa fermeture totale en 2004.
Le film raconte l’odyssée des expropriés de Mirabel et met en garde contre la dérive technocratique des gouvernements.
à 18h LGV : où en est-on ? .... Des projets toujours menaçants !
à partir de 19h la soirée se poursuivra autour d’un apéro / tapas / musique
Infos, tracts et affiche
Comment le gouvernement a bafoué la liberté de manifester contre le Lyon Turin
Lors du sommet franco-italien du 3 décembre, les manifestations pacifiques contre le Lyon Turin ont été empêchées et des provocations policières ont eu lieu. Voici un témoignage précis de ce qui s’est passé.
Sommet Franco-Italien du 3 décembre : le récit d’un des organisateurs de la manifestation contre le Lyon-Turin
Le sommet Franco-Italien du 3 décembre s’est entaché d’un déni notoire de démocratie. On a pu observer l’art de l’arbitraire qu’ont les deux gouvernements français et italien : cette manière d’engager des milliards d’euros d’argent public dans un projet inutile, au profit de multinationales du BTP, d’endetter les peuples, de leur imposer des projets inutiles, tout en interdisant aux citoyens de s’exprimer.
De nombreux opposants au Lyon-Turin venus d’Italie et de Savoie pour manifester pacifiquement ont été bloqués aux tunnels du Fréjus ou du Mont-Blanc, au péage à l’entrée de Lyon, où des troupes de CRS avaient été disposées.
Après de nombreux tracas, des bus de militants ont pu finalement passer grâce à l’action de Noël Communod, conseiller régional EELV-RPS, président du Mouvement Région Savoie, militant actif de la Coordination contre le Lyon-Turin qui organisait cette manifestation. S’attendant à des sabordages de cette manifestation, Noël est venu exiger sur la plate-forme du tunnel du Fréjus que les personnes puissent librement circuler. Il livre ci-dessous son récit de la journée et s’interroge sans langue de bois sur les agissements provocateurs des forces de l’ordre :
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7h30 : Je suis au Tunnel de Fréjus, à 210 kilomètres de Lyon, sortie France. Il fait -11° et pas un endroit pour prendre un café. Un convoi de cars de CRS est déjà là ; ils sont pour l’instant au chaud à l’intérieur. Quatre membres de la PAF (police aux frontières) sont déjà à l’œuvre et arrêtent les voitures, ouvrent les coffres… Une limousine noire est arrêtée dans un coin discret. Je m’adresse aux responsables CRS et PAF et je leur indique que je suis là pour accueillir les italiens que nous avons invités et constater que tout se passe bien et qu’il n’y aura d’abus ni d’un côté, ni de l’autre. Une journaliste de FR3 et son cameraman arrivent. Ils filmeront dans le froid 3 heures durant. Puis le maire de Villarrodin vient me rejoindre.
8h00 : Les onze cars italiens arrivent remplis de 50 personnes chacun : 550 personnes. La PAF commence les contrôles des identités qu’ils comparent à des listes qu’ils ont sur des fichiers. Je monte dans chacun des cars pour souhaiter la bienvenue en France au nom de la coordination ; cet accueil imprévu pour eux, tellement ils sont anxieux au vu du déploiement de police, provoque des explosions d’applaudissements et de chants. Je les préviens toutefois que le chemin vers Lyon sera encore long. Plus de la moitié des Italiens ont plus de 50 ans.
11 heures30 : Après des contrôles interminables, les cars partis au compte-goutte attendent près de Saint-Jean-de-Maurienne, le dernier d’entre eux encore retenu au Fréjus. Un hélicoptère ne cesse de survoler le convoi. Je les suis en voiture. Un car aura été retenu plus de 4 heures. Mais où sont les accords de Schengen ? Pourquoi un contrôle systématique des personnes sur des opposants à un projet international qui n’a pas donné lieu à débat public ?
12h30 : Je suis en voiture le convoi des onze cars. A l’arrivée au péage de St Quentin Fallavier, aux abords de Lyon, une brigade de CRS intercepte le convoi et stocke les cars sur le parking situé après le péage. Les CRS laissent les Italiens, malgré mes remarques au commandant, descendre des bus, et se retirent pour les laisser envahir l’autoroute sans stopper le voitures. Je sens le piège qui permettrait aux CRS de charger et j’appelle le préfet de police pour lui demander de donner l’ordre aux CRS de faire remonter les Italiens dans les bus immédiatement. Il donne cet ordre. Les CRS s’exécutent. Les cars restent bloqués. Les Italiens discutent entre eux et décident de continuer vers Lyon. Dès l’annonce de cette décision, l’ordre est donné de les laisser passer. Quelle justification à ce nouvel arrêt ? Est-ce pour organiser une provocation et permettre de justifier leur refoulement ? Est-ce pour retarder encore leur arrivée à Lyon ? Quel droit applique-t-on ?
15h50 : Les opposants au Lyon-Turin enfin arrivés à Lyon veulent faire partir un cortège de la place des Brotteaux. Mais les cars sont amenés sur la place elle-même. Le piège se referme sur eux et sur les manifestants français qui les attendaient sous la pluie : la place est encerclée et fermée en grande partie par des CRS. Derrière les barrières, sur trois cercles concentriques : un minimum de 1500 hommes en uniforme sont comptés. Avant l’arrivée des italiens, les membres de la coordination se rendent compte que plusieurs manifestants déguisés sont en fait des policiers infiltrés. L’un d’entre eux, en salopette blanche, bouscule des journalistes et s’en prend au caméraman de FR3. La jeune journaliste est affolée et elle va partir. D’autres ne sont là que pour provoquer des incidents qui puissent dégénérer et justifier les moyens déployés.
16h40 : Les No TAV italiens ne veulent pas être « venus à Lyon pour rien ». Les manifestants se trouvent parqués au croisement de la rue Juliette Récamier et du boulevard des Belges, dans le 6è arrondissement de Lyon. Les policiers laissent entrer des gens sur la zone mais personne n’en sort pour l’heure. J’arrive peu après les cars et pour pénétrer sur la place, je dois franchir les barrières tenues par les policiers qui me disent « Entrez si vous voulez, mais sachez que vous ne pourrez pas ressortir ». Je retrouve les membres de la coordination et de nombreux journalistes qui viennent m’interroger
Un hélicoptère doté de puissants phares survole la place et fait du sur-place dans un vacarme assourdissant qui créée le stress chez les manifestants, rend difficiles les conversations et appels téléphoniques. Je demande au chef du service d’ordre qu’il s’éloigne, ce qu’il fera mais il reviendra un quart d’heure plus tard.
17h20 : Pas d’incident majeur pour l’heure sur la zone dans laquelle les manifestants sont contraints de rester. On invite les Italiens à remonter dans les cars par lesquels ils sont venus. Le cortège anti-Lyon-Turin n’aura pas pu défiler cet après-midi dans les rues de Lyon. Pour vérifier les cars et les obliger à repartir, des violences sont faites aux manifestants et je vois s’exercer devant moi une menace au revolver sur un chauffeur pour l’obliger à démarrer.
19h15 : Les manifestants lyonnais ont estimé que la situation était semblable à ce qui s’est produit place Bellecour en 2010, situation qualifiée de « garde à vue à ciel ouvert » : les opposants italiens au Lyon-Turin sont restés circonscrits sur la place et ne peuvent pas en sortir, hormis à bord d’un car.
Voulant absolument éviter le syndrome de Bellecour 2010, je prends la décision d’assumer la responsabilité du rassemblement et je vais négocier avec les responsables des différentes forces de l’ordre présentes. Voyant que le piège est refermé et que la décision est prise de faire sortir les cars en laissant les manifestants français dans la nasse, j’essaie de négocier avec les autorités une sortie par petits groupes intercalés entre les cars. N’obtenant pas satisfaction, j’appelle le préfet de région qui me donne sa parole que, si nous laissons partir les cars, les Français pourront sortir par petits groupes sans contrôle d’identité. Cette parole ne sera pas tenue puisque la plupart, pour sortir devront présenter leurs papiers.
Pour dégager la responsabilité de la coordination qui avait demandé l’autorisation du rassemblement, j’ai demandé la dispersion du rassemblement ; je l’ai fait à deux reprises devant des caméras de télévision différentes en précisant que j’effectuais cette demande en constatant devant eux que cette dispersion était rendue impossible par le bouclage de la place et que c’était donc la police et l’État qui prenaient la responsabilité de ce qui pourrait se passer.
Avec Marc Pascal, nous assurerons jusqu’à la sortie du dernier manifestant de la place en surveillant la façon dont se déroule le contrôle. Tous les noms et numéros de pièces sont relevés. A l’autre angle, madame le Consul d’Italie est venue à la demande des manifestants.
La journée aura été rude, dans le froid et sous la pluie. Mais ce que nous ne savions pas, en étant enfermés sur la place, c’est que des charges de policiers avaient lieu en parallèle dans les rues hors de la place, notamment sur le trajet des bus. Ainsi plusieurs jeunes ont été véritablement tabassés, sans griefs, et emmenés au poste. Le lendemain, il n’y a pas eu de comparution immédiate au tribunal, mais seulement un jeune (David) convoqué en correctionnelle pour février. Il est ressorti du poste avec beaucoup de traumatismes ; nous avons une video partielle de ce passage à tabac. Les personnes qui l’accompagnaient sont prêtes à témoigner. Peut-être y aura-t-il d’autres comparutions. ?
Il faudra s’interroger sur cette façon d’encercler et de piéger une manifestation, en l’occurrence un rassemblement autorisé, sans donner aux organisateurs la possibilité de dispersion. Je peux enfin témoigner qu’à plusieurs reprises, l’attitude des policiers infiltrés d’abord, des CRS ensuite au péage et des policiers sur la place a été provocatrice. J’avais l’impression que beaucoup de policiers étaient conditionnés pour faire face au « diable », tous prêts à casser du manifestant. Dans mes dialogues avec les responsables d’unités qui se sont succèdés, mes appels à la modération étaient ignorés, comme si l’objectif était de provoquer des incidents qui auraient justifié le déploiement de cet énorme arsenal. Je dois dire également que j’ai été interpelé par la dizaine de personnes (des soi-disant manifestants), qui sont montés dans un fourgon blanc comme on monte dans le car après une journée de travail. A mon interrogation, la réponse fut « ce sont des gens qui n’ont pas leur papiers sur eux. On les emmène au poste ! ». Je dois avouer que je suis resté perplexe. La réponse était sans doute exacte, mais étaient-ils de vrais manifestants ? Je ne l’ai pas cru.
20 heures : Monti et Hollande ont depuis longtemps quitté Lyon mais aux Brotteaux, une poignée de manifestants est restée sur place. Selon Le Progrès, 54 opposants au Lyon-Turin ont été interpelés dans la journée. Des pierres et des bouteilles ont été lancées en direction des CRS. Après une dernière charge de la part des forces de police, tous les cars de manifestants italiens sont partis. Sur le reste de la place, le dispositif de sécurité a été progressivement levé. L’arrêt de métro Brotteaux de la ligne B a finalement été ré-ouvert comme l’ensemble du secteur de la préfecture.
20h30 : Nous quittons la place qui se vide des 500 policiers encore présents à 20h.
Les conclusions d’une telle journée me laissent perplexe. Ceux qui avaient tant critiqué l’État policier mis en place par Sarkozy ont endossé l’uniforme en lui donnant encore plus d’ampleur.
Que voulait-on prouver avec la mise en place d’un tel dispositif ? Le ministre de l’Intérieur voulait-il montrer des muscles devant ses collègues et les deux chefs d’État présents, voulait-il faire monter ses sondages de popularité auprès de la population lyonnaise avec cette mise en scène ?
Nos amis piémontais, paisibles villageois, Turinois ou universitaires (certes accompagnés de quelques jeunes anarchistes), sont repartis en disant que la police d’Hollande n’avait rien à envier à celle de Berlusconi-Monti . Habitués et aguerris face à l’armée et aux escadrons de gendarmerie , soit 4000 policiers qui se relaient jour et nuit pour « protéger le site ».
L’argument qui restait aux promoteurs du Lyon-Turin pour faire valoir le projet après que nous ayons démystifié tous les chiffres de trafic et de coûts, était l’argument de la mise en relation entre les peuples que devait créer ce nouveau tunnel. C’est vraiment mal parti lorsqu’on voit comment on organise l’accueil de nos voisins italiens à la sortie du Fréjus tunnel existant. Comment faire confiance à ces dirigeants qui ont menti pour construire ce dossier et qui ont également menti en créant une galerie de sécurité pour le Fréjus et en annonçant récemment qu’elle constituerait une nouvelle voie pour faire passer des camions.
Propos recueillis par Laurent Blondaz, militant MRS-EELV en Savoie
Contact : info@regionsavoie.org
A Notre Dame des Landes, l’aéroport serait une pompe à autos
Faute d’un tram-train très coûteux, les usagers de l’éventuel aéroport s’y rendraient en automobile, ce qui augmenterait le trafic.
L’aéroport Notre Dame des Landes « durable, écologique » sera envahi par les voitures.
Alors que ce projet des années 70 a été relancé il y a plus de 10 ans avec la promesse, par l’Etat et la Région, qu’il serait évidemment relié par le fer à Nantes et même Rennes, force est de constater qu’il y a loin de la promesse aux réalisations.
Maintenant qu’il faudrait réaliser et payer cette infrastructure, les collectivités reviennent sur terre. L’Etat a beaucoup promis mais financerait peu.
On semble découvrir maintenant qu’une liaison spécifique tram train avec terminus aéroport (200 millions €) serait un autre gouffre financier, du fait du kilométrage important (17 km), rapporté à un faible nombre d’utilisateurs.
La seule solution serait de situer NDL sur un tronçon nouveau de Nantes Rennes. Ce ne serait pas moins coûteux, mais l’usage de la ligne serait très large.
Mais avec quel financement et à quelle date, sachant que le programme de lignes nouvelles est bloqué pour de très nombreuses années et que cette ligne n’est pas inscrite dans les projets nationaux ?
L’aéroport « vert » va donc développer le trafic automobile (7.500 places de parking annoncées), une liaison par car, même dite « à haut niveau de service », n’ayant jamais été très attractive : le concessionnaire, qui loue les places de parking se frotte les mains. Les usagers devront payer plus cher le déplacement.
La grande majorité des gens qui prendraient l’avion ou de ceux qui travailleraient à l’aéroport vont donc circuler en voiture dans toute la périphérie Nord Ouest ; les vendéens vont réclamer un nouveau pont sur l’Estuaire, etc…
Bonjour le développement durable, avec des trajets voiture plus longs qu’actuellement, deux aéroports à gérer dont l’un servira très peu (l’aéroport actuel), un rythme encore accru d’artificialisation des sols : emplois et activités liées à l’aéroport vont se relocaliser autour en se dispersant dans les communes voisines…..
Tout cela montre la fuite en avant de ce projet , qui :
- n’a jamais été réévalué, comparé sérieusement à d’autres propositions et est bâti sur des hypothèses fausses, comme l’a montré l’étude comparative de 2011 ;
- ne rassemble jamais les différents coûts de l’opération, en investissement (aéroport, coûts de transfert, accès routier, accès ferroviaire et matériel transport… ) et en fonctionnement (les 2 aéroports, le service transport public…).
Arrêtons tout pour réfléchir enfin, pour prendre en compte les contraintes émergentes : raréfaction des hydrocarbures, pénurie de terres agricoles, pollution de l’athmosphère.
Prenons la Bastille d’iode !
Prenons la Bastille d’iode ! Samedi 8 décembre 2012
3e rassemblement antinucléaire en soutien à la population japonaise
Soyons nombreux pour exiger la sortie du nucléaire, la fermeture immédiate de Fessenheim et pour la la fin du gouffre financier de l’EPR !
Interventions / Animations (14h-16h) :
Comptes rendus sur la situation à Fukushima et, plus largement, au Japon puis intervention sur le nucléaire en France et notamment sur la gabegie de l’EPR.
Ainsi que diverses animations : Encerclement symbolique de la maquette du Parlement japonais, danse traditionnelle des femmes de Fukushima (Kansho Odori), animations comiques (par le professeur « Proton »), chansons anti-nucléaires.
Comme les deux précédents rassemblements (13 octobre et 11 novembre), celui-ci sera également retransmis en direct sur internet par le média indépendant japonais IWJ.
Les solutions énergétiques pour sortir du nucléaire sont connues. Exigeons leur mise en œuvre !
La Révolution énergétique, c’est maintenant ! Déboulonnons les nucléocrates ! Nous pouvons nous passer rapidement de l’énergie nucléaire si nous le décidons aujourd’hui.
Place aux énergies renouvelables ! Elles ont fait leur preuve et coûtent de moins en moins chères. Elles sont créatrices d’emplois non délocalisables partout en France et ne font pas risquer des catastrophes irréversibles à la terre.
Votre présence compte. En Allemagne, ce sont les manifestations qui ont déterminé le gouvernement à la sortie du nucléaire en moins de dix ans !! En France, rappelez-vous, en 2006, des manifestations anti-CPE (Contrats première embauche) avaient contraint le gouvernement d’annuler leur projet !
Risques d’accidents majeurs en France comme au Japon : La sûreté nucléaire n’existe pas. Après Fukushima, tout le monde le sait !
À Fukushima, rien n’est fini, les risques restent énormes en cas de nouveaux séismes. Des milliers d’enfants vivent dans des zones où le niveau de radioactivité est beaucoup trop élevé, mettant gravement en cause leur santé.
En France, tous les mois, des incidents sérieux sont répertoriés dans nos vieilles centrales d’autant que 21 réacteurs français ont dépassé leur âge limite d’exploitation et sont à la merci d’une erreur humaine, d’un tremblement de terre ou même seulement d’une inondation. Leur rénovation est excessivement chère et inutile.
Le nucléaire fait partie du marasme économique. Aidons la France à en sortir. Et soutenons le peuple japonais qui se bat également pour arrêter leurs centrales inutiles.
EPR : l’épée de Damoclès qui pourrait empêcher sa mise en service
Mais pourquoi EDF est-elle si préoccupée de finir l’EPR de Flamanville avant avril 2017 ? Parce que tout retard supplémentaire nécessiterait... un nouveau débat public, plein d’incertitudes.
Le décret de création du réacteur EPR de Flamanville, signé le 10 avril 2007 par le premier ministre Dominique de Villepin, et publié le lendemain au Journal officiel de la République, contient une véritable bombe à retardement dont les conséquences sont potentiellement catastrophiques pour les finances d’EDF… voire pour la santé de la population européenne.
En effet, ce décret précise (article 3 alinéa 2) que "Le délai pour réaliser le premier chargement en combustible nucléaire du réacteur est fixé à DIX ANS à compter de la publication du présent décret au Journal officiel de la République française", c’est-à-dire AVANT LE 11 AVRIL 2017.
Au moment de la publication de ce décret, alors que EDF prétendait construire et mettre en service l’EPR en cinq ans, un délai de dix ans relevait assurément d’une prudence extrême, voire excessive. Il en est tout autrement aujourd’hui.
En effet, ayant accumulé les retards, contretemps, et autres malfaçons, EDF se retrouve désormais avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. La mise en service de l’EPR est officiellement prévue pour 2016… si tout se passe bien. Or, depuis le début de ce chantier catastrophe, tout se passe mal.
Si de nouveaux contretemps compromettaient le chargement de l’EPR avant la date fatidique du 11 avril 2017, les conséquences seraient incommensurables pour EDF : LE DÉCRET DE CRÉATION DE L’EPR NE SERAIT PLUS VALABLE, il faudrait refaire toute la procédure administrative, y compris un nouveau DÉBAT PUBLIC OFFICIEL puis une enquête publique, ce qui prendrait à coup sûr plusieurs années.
Le réacteur EPR, qui aurait probablement (?) été achevé entre temps, resterait donc à l’arrêt, achevant de ruiner les finances et ce qu’il reste de crédibilité à EDF. Il est évident que les autorités françaises veulent à tout prix éviter ce scénario catastrophe, ce qui pose d’ores et déjà des questions cruciales.
En effet, maintenant que EDF a gaspillé tous ses « jokers », LE RISQUE EST QUE LES PROCHAINES MALFAÇONS SOIENT CACHÉES afin de ne pas dépasser la date du 11 avril 2017. EDF va exercer - ou exerce déjà - en sous-main une pression morale SUR LES DIRIGEANTS POLITIQUES ET SUR CEUX DE L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE, dont la supposée « indépendance » a été prise en défaut lorsque l’enjeu politique était crucial (cf http://observ.nucleaire.free.fr/deconstruire-mythe-lacoste.htm).
Il est donc clair que ce ne sont pas seulement les finances d’EDF, déjà exsangues, qui sont menacées par cette épée de Damoclès : c’est bien la santé de la population européenne qui est en jeu. Certes, MÊME SANS MALFAÇONS, l’EPR est comme tout réacteur nucléaire susceptible de causer une catastrophe.
Mais l’EPR, mal conçu et mal construit, est probablement UN DES PLUS DANGEREUX RÉACTEURS NUCLÉAIRES AU MONDE. Et si, de plus, IL EST MIS EN SERVICE AVEC DES MALFAÇONS CACHÉES, la possible catastrophe nucléaire sera alors tout à fait probable.
Le mieux serait assurément de suivre les exemples de réacteurs nucléaires ENTIÈREMENT CONSTRUITS MAIS JAMAIS MIS EN SERVICE, comme à LEMONIZ (ESPAGNE), ZWENTENDORF (AUTRICHE) ou KALKAR (ALLEMAGNE).
Comment EDF a menti dès 2005 pour
OBTENIR LA DÉCISION DE CONSTRUIRE L’EPR
- Le coût de l’EPR annoncé au départ par EDF était de 2,8 milliards
- Les mensonges d’EDF ne concernaient pas que le prix de l’EPR...
EDF vient d’annoncer que le réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) coûterait 8,5 milliards, soit 2 milliards de plus… que lors de la précédente estimation, quelques mois plus tôt. En réalité, le surcoût À CE JOUR (il serait très surprenant qu’il n’y ait pas bientôt de nouvelles augmentations) est de 5,7 milliards.
En effet, le premier chiffre avancé par EDF en 2005 était de 2,8 MILLIARDS (cf http://observ.nucleaire.free.fr/EDF-promo-EPR-2005.pdf) Le chiffre actuel de 8,5 milliards est donc LE TRIPLE DU PRIX ANNONCÉ AU DÉPART.
L’Etat étant l’actionnaire principal d’EDF (et même actionnaire unique jusqu’en 2005), l’aval des parlementaires était indispensable pour le lancement du chantier de l’EPR, ce qui a été le cas avec l’adoption de la Loi d’orientation sur l’énergie (LOE) de 2005 (http://observ.nucleaire.free.fr/LOE-2005.pdf) qui précise :
"L’Etat se fixe donc trois priorités. La première est de maintenir l’option nucléaire ouverte à l’horizon 2020 en disposant, vers 2015, d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération."
Pour obtenir l’aval des parlementaires, EDF a lourdement menti sur le prix de l’EPR : ce dernier aurait-il été accepté si le coût de 8,5 milliards (à ce jour) avait été connu ?
Pire : pour éviter tout doute quant au coût réel, comme on peut le voir dans les documents publiés à la même époque par EDF pour le Débat public officiel (organisé par la Commission nationale du Débat public) en 2005 :
- EDF A PRÉTENDU QUE LE PRIX ANNONCÉ INTÉGRAIT "LES COÛTS DE DÉVELOPPEMENT DE L’EPR" :
« EN INTÉGRANT LES COÛTS DE DÉVELOPPEMENT DE L’EPR, LE PROJET »FLAMANVILLE 3" REPRÉSENTE UN INVESTISSEMENT DE L’ORDRE DE 3 MILLIARDS D’EUROS." (cf http://observ.nucleaire.free.fr/EPR-synthesedossierEDF-Debatpublic2005.pdf)
- EDF A PRÉTENDU MAÎTRISER "LES COÛTS DE CONSTRUCTION DE SES NOUVEAUX OUVRAGES." :
"Au fil du temps, EDF est devenu le véritable architecte de ses centrales. Cette compétence est stratégique pour l’entreprise car elle lui permet de faire évoluer son parc EN MAÎTRISANT LES COÛTS DE CONSTRUCTION DE SES NOUVEAUX OUVRAGES." (cf http://observ.nucleaire.free.fr/EDF-EPR-Lepointsur.pdf, page 3)
"Au fil du temps, EDF a développé des compétences d’ingénierie et d’exploitation de centrales nucléaires. Ces compétences sont stratégiques pour l’entreprise. Elles lui permettent, aujourd’hui, d’être à la fois l’architecte et l’exploitant de ses centrales, d’avoir ainsi UNE PLEINE MAÎTRISE DE LA SÛRETÉ ET DES COÛTS TOUT AU LONG DE LA VIE DES INSTALLATIONS." (cf http://observ.nucleaire.free.fr/EPR-synthesedossierEDF-Debatpublic2005.pdf, page3)
Le décret de création de l’EPR, signé par le premier ministre de Villepin… 10 jours avant l’élection présidentielle de 2007, précise bien que la décision est prise, entre autre :
Vu la demande présentée le 9 mai 2006 par EDF et les dossiers joints à cette demande ;
Vu le compte rendu et le bilan du débat public organisé du 19 octobre 2005 au 18 février 2006 ; (cf http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20070411&numTexte=6)
La décision a donc bien été prise… « VU LES MENSONGES D’EDF » ! Bien sûr, les partis politiques qui se partagent le pouvoir depuis des décennies (principalement le PS et le RPR devenu UMP) sont pronucléaires, et leurs parlementaires votent mécaniquement tout texte qui soutient le lobby de l’atome.
Pour autant, IL EST INJUSTIFIABLE QUE LES PARLEMENTAIRES, ET PLUS GÉNÉRALEMENT TOUS LES CITOYENS, AIENT ÉTÉ TROMPÉS PAR EDF SUR LE PRIX DE L’EPR. Car EDF savait parfaitement qu’il était impossible de construire un réacteur en 5 ans et à 3 milliards…
Le WWF en conflit avec une association d’handicapés
Le WWF France coupe l’électricité à une association d’handicapés. « Pour des raisons de sécurité », explique l’association écologiste.
L’association d’aide aux handicapés moteur « Escapade », installée au château de Longchamp dans le Bois de Boulogne à Paris, se trouve depuis lundi 3 décembre en cessation d’activité en raison d’une coupure d’électricité imposée par son bailleur, l’association environnementale WWF (World Wild Fund), a appris l’AFP.
Installée depuis 2004 sur le domaine de Longchamp qui appartient à la Mairie de Paris, mais dont la concession a été accordée pour 39 années à WWF, « Escapade » offre aux personnes à mobilité réduite (PMR), des activités de plein air en fauteuils roulant tout terrain sur le domaine boisé de 3 hectares.
4.000 handicapés moteur d’Île-de-France ont bénéficié des services spécialisés de cette association qui organise quotidiennement des balades à caractère sportif, ludique et découverte de la nature, avec un encadrement bénévole de quelque 100 animateurs spécialisés.
Selon la présidente du WWF-France, la navigatrice Isabelle Autissier, interrogée par l’AFP, « la mesure de coupure d’électricité a été prise en raison d’une étude technique établissant que l’installation électrique est vétuste, n’est plus aux normes et que ses dysfonctionnements peuvent se révéler dangereux pour les personnes travaillant sur le site ».
En revanche, pour le président d’Escapade-Liberté-Mobilité (ELM), Daniel Fricot, « cette décision unilatérale et coercitive qui met quatre salariés permanents au chômage et prive des milliers d’handicapés moteur de nos services, ne se justifie en aucun cas ».
« Les handicapés sur le domaine de Longchamp, cela fait tache pour le WWF qui préfère les pandas aux humains », a-t-il estimé auprès de l’AFP.
De son côté, la mairie de Paris, propriétaire du domaine de Longchamp, interrogée mardi par l’AFP sur ce conflit, « ne fait aucun commentaire. »
Reste que le différend entre WWF et « Escapade » date de plusieurs années.
En 2008, selon l’association, et en prévision de travaux de réhabilitation du château - qui n’ont toujours pas vu le jour 4 ans plus tard - pour en faire un « pôle exemplaire de développement durable », le président du WWF de l’époque avait accordé à ELM une autorisation de relogement provisoire dans un équipement mobile sur le domaine.
« Or, cette solution de relogement temporaire dans un équipement de type Algéco nous est aujourd’hui refusée », indique Daniel Fricot.
En mars dernier, WWF France avait même unilatéralement résilié la convention d’occupation précaire d’ELM à Longchamp.
Aujourd’hui, Isabelle Autissier, qui se défend de « vouloir se débarrasser » de l’association caritative, continue de mettre en avant la question de la sécurité, indiquant qu’à ce titre et compte tenu de la « dangerosité » du site, plus aucun salarié de WWF n’y travaille.
Depuis trois jours, les fauteuils roulant tout terrain des handicapés moteur de l’association « Escapade » restent au parking du domaine de Longchamp.
Génération hulocogie
« Enfin bon, on ferait de l’écologie, quoi ! Mais responsable ! Consensuelle ! Progressiste ! Réaliste ! »
Ah quel excellent président nous avons là ! On se souvient du brio avec lequel François Hollande a guidé le conseil général de la Corrèze vers l’avenir. De la maestria avec laquelle il présida à l’épopée du Parti, hum, socialiste, pardon. On s’incline devant le panache qu’il met à conduire la France au long des avenues périlleuses du troisième millénaire. Le président nous fera passer par le chas de la transition écologique, foi de candidat !
Certes, il y a un obstacle. Les écologistes. On les a pourtant enrubannés de maroquins et comblés de sièges parlementaires, mais ils grincent. Pétrole au large de la Guyane ? Ils toussent. Surgénérateur Astrid ? Ils hoquettent. Liaison Lyon-Turin ? Ils grognent. EPR de Flamanville ? Ils éternuent. Aéroport de Notre-Dame-des-Landes ? Ils éructent.
Et quoi qu’on fasse pour le progrès et l’environnement, ils se grattent, se tortillent, frétillent et se plaignent. Les écologistes ne comprennent rien à l’écologie.
Que fait le mâle descendant d’Henri Queuille, inoubliable génie de la Corrèze, puisque les écologistes renâclent ? Il pare, courbe, fléchit et poum ! Il se prépare à changer d’écologistes !
A Austerlitz, Napoléon n’a pas fait mieux. Ainsi, l’inestimable groupe Génération écologie est reçu à l’Elysée le 4 décembre par Bernard Poignant, le conseiller du président, qui, depuis sa ville de Quimper, prend le pouls de la France profonde et éternelle. Génération écologie ? Vous allez en entendre parler, d’ici les élections municipales de 2014... D’ailleurs, Harlem Désir en a été membre en 1992.
Et pour faire bonne mesure, M. Hollande nomme Nicolas Hulot « envoyé spécial pour la préservation de la planète ». Envoyé spécial, pas ambassadeur, clin d’oeil subtil à la télévision, oh oh oh.
Ledit Hulot, qui n’aime rien tant que parler à l’oreille des présidents, accepte. Certes, il garde « son statut apolitique », ben tiens, c’est mal, la politique, et « sa totale liberté de parole » - là, M. Hollande, il faut bien le dire, tremble.
Bon, moi, si j’étais le président, je mettrais l’envoyé spécial à la tête de Génération écologie, j’appellerais Daniel Cohn-Bendit, et même, Jean-Louis Borloo. Enfin bon, on ferait de l’écologie, quoi ! Mais responsable ! Consensuelle ! Progressiste ! Réaliste !
Ah, au fait, se sont tenues le 1er décembre les Assises pour l’écosocialisme. On y a parlé écologie, travailleurs, lien social, relocalisation, émancipation... Pfff, c’est nul. Politiciens, va !
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L’Equateur propose une taxe sur le pétrole pour financer le fonds climat
L’Équateur a proposé à plusieurs pays pétroliers de créer une taxe sur chaque baril de pétrole qui servirait à alimenter le fonds vert décidé à Copenhague en 2009 pour aider les pays les plus démunis à lutter contre le changement climatique.
Comment aider les pays pauvres à financer les actions de lutte contre le changement climatique ? Lors du sommet de Copenhague en 2009, la communauté internationale s’est engagée à créer un fonds vert promettant de l’abonder à hauteur de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020.
Mais pour l’heure, il n’y a pas un centime dans ce fonds et la situation économique mondiale ne semble pas inciter les pays industrialisés à se montrer très généreux. « Cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien », souligne toutefois un négociateur européen.
Il fallait tout d’abord constituer ce fonds et organiser son mode de gestion ce qui est fait depuis peu. « Son conseil d’administration comprend 12 représentants des pays du Sud et autant des pays industrialisés dont 7 Européens. Ils se sont déjà réunis deux fois sachant que ce fonds est hébergé en Corée », explique Pierre Forestier, l’un des représentants de l’AFD (Agence française de développement) en charge du dossier climat.
Une taxe à la charge de l’importateur
Du côté des pays industrialisés, on espère qu’une part du financement proviendra de fonds publics mais aussi privés avec des processus de capitalisation permettant une montée en puissance. Mais bon nombre d’observateurs ne perdent pas de vue l’idée des financements dits innovants.
« La France va continuer à pousser dans ce sens », assure un expert français. Il s’agit de formes de taxation reposant sur une assiette peu ou pas taxée par manque de coordination internationale. Ces financements offrent l’avantage d’être stables et prévisibles.
L’idée a notamment été évoquée de mettre en place une taxe sur le trafic maritime, le transport aérien ou les transactions financières. Mais une nouvelle proposition pourrait être faite à Doha à l’initiative de l’Équateur : mettre une taxe entre 3 et 5 % sur chaque baril de pétrole à la charge de l’importateur.
Cette proposition a été discutée une première fois en octobre au Pérou dans le cadre d’une rencontre des pays pétroliers sud-américains et arabes dont un grand nombre de représentants de l’Opep. « Le très gros avantage d’une telle taxe est qu’elle pourrait permettre très facilement de lever quelque 40 milliards de dollars par an pour combattre le changement climatique », explique un responsable équatorien.
« Il faudra qu’ils viennent l’expliquer aux consommateurs occidentaux », tempère un négociateur français. L’idée pourrait néanmoins faire son chemin. Car les pays occidentaux vont devoir tenir leurs engagements. Et 2020, c’est demain.
En Espagne, l’austérité ruine le système de santé
Sous le prétexte de la crise, les dirigeants capitalistes organisent la privatisation du système de santé.
Il y a quelques années Michael Moore décrivait brillamment dans son film « Sicko » [2007] le marché et les escroqueries du secteur de la santé aux Etats-Unis aux mains de grandes compagnies d’assurance. Pourtant, c’est précisément ce modèle qui est en voie d’être imposé dans l’Etat espagnol.
On voit bien où nous conduira cette politique : 50 millions d’Etats-uniens sont totalement dépourvus de couverture en matière de santé et 64% du total de la population, en 2010, n’ont qu’une assurance privée, laquelle refuse souvent de rembourser les traitements nécessaires. Si vous voulez voir ce qui nous attend, ne manquez pas de voir ce film, car plus qu’un documentaire, c’est un film d’horreur.
Les enveloppes budgétaires adoptées impliquent la coupe la plus importante jamais subie par le secteur de la santé : 7,2 milliards d’euros.
Il s’agit donc d’une offensive en règle contre l’actuel système de santé, avec notamment : la fin du service de santé universel, ce qui marginalise les personnes immigrées sans papiers ; la réduction de diverses prestations sociales ; l’introduction du co-paiement (participation aux frais) dans le domaine de la santé, ce qui nous fait payer deux fois ; et dans certaines régions autonomes, comme en Catalogne, celle d’un double co-paiement, soit un co-paiement par rapport à l’Etat central, en plus d’un co-paiement catalan, puisqu’on doit ainsi repayer ce que nous avons déjà payé sous forme d’impôts.
Il s’agit-là de mesures qui nous font reculer de plusieurs décennies et qui favorisent un service de santé déficient, avec de longues listes d’attente, des réductions de personnel et d’infrastructures… dans le but de nous pousser ainsi vers les mutuelles privées.
Il est évident que le succès du système médical privé est dû au mauvais fonctionnement du système public. On peut être malades, mais ils nous veulent suffisamment vivants pour pouvoir continuer à payer. C’est ainsi qu’on impulse un système de santé à deux vitesses, l’une pour les riches et un autre pour les pauvres : la santé cesse d’être un droit pour devenir un privilège.
La Catalogne et la Communauté valencienne ont été les pionnières dans ces pratiques. A noter que ceux qui poussent les autorités dans cette voie ont généralement un long curriculum dans le privé. C’est notamment le cas de Boi Ruiz, actuel conseiller de santé de la Generalitat catalane.
Avant d’occuper ce poste, il a été président et directeur de la principale entreprise privée patronale dans ce secteur : la Unio Catalana d’Hospitals. Et maintenant c’est le tour de Madrid. Comme par hasard, Antonio Burgueño – actuellement directeur général de Hospitales de la Consejeria de Sanidad madrilène et le principal idéologue de la privatisation des hôpitaux et des centres de santé – a travaillé durant plus de vingt ans dans le secteur… privé de la santé. Y aurait-il un conflit d’intérêts ?
On nous l’a répété à satiété : « la santé publique ne fonctionne pas », « la gestion privée est meilleure ». Il y a un détail curieux : lorsque le gouvernement, les médias ou le monde des affaires se réfèrent au domaine de la santé, c’est toujours pour parler des « coûts » de la santé, des « dépenses » pour les médicaments.
S’occuper de la santé, nous dit-on, implique des coûts, entraîne des dépenses. Or, alors qu’on parle toujours de « dépenses publiques », il est question d’« investissements » privés. Ils manipulent les mots pour justifier leurs pratiques, mais nous sommes toujours plus nombreux à ne pas croire leurs mensonges.
La santé ou l’éducation ne sont pas une « dépense », mais un « investissement », un investissement dans un modèle de société qui vise à répondre aux droits et besoins des personnes.
Aujourd’hui, les travailleurs et travailleuses du secteur de la santé lèvent le pied. A Madrid, il y a déjà eu plusieurs journées de grève, des manifestations massives, des occupations d’hôpitaux comme celui de l’emblématique hôpital La Princesa, où vingt occupations ont eu lieu, la collecte d’un million de signatures dans la population pour la défense du système de santé public, ainsi que de multiples actions comme celle appelée : « embrasse ton hôpital » [occupation-encerclement de l’hôpital]…
Tout cela pour dire « NON » au plan de réforme du système de santé impulsé par la Comunidad de Madrid. Une « réforme » qui prétend, entre autres, privatiser six hôpitaux et 27 dispensaires et imposer une taxe d’un euro par ordonnance. D’après les syndicats, cette réforme entraînerait la perte de 7’000 postes de travail.
Et tout cela alors que ce dimanche, 2 décembre 2012, quelque 50’000 personnes occupant différentes fonctions dans le secteur manifestaient à Madrid pour revendiquer leurs droits en ce qui concerne les impayés de l’administration publique.
Un total de 300 millions est dû par l’administration dans ce secteur, ce qui menace d’entraîner la fermeture d’environ 20% des centres où ils travaillent. C’est une manifestation historique, la première protestation massive de ce collectif depuis des années.
A Barcelone, les travailleurs de l’Hôpital de Sant Pau ont commencé il y a trois jours (3 décembre) une occupation d’une durée indéterminée pour s’opposer aux coupes budgétaires. Celles-ci ont entraîné pour cet hôpital la fermeture de 84 lits, une réduction de l’activité des services de radiothérapie et de radiologie, la fermeture de celui de chirurgie, etc., avec la détérioration qui en résulte pour les prestations.
Les protestations contre les coupes salariales, les licenciements et la précarité constituent un autre front. De fait, le cas de l’hôpital de Sant Pau peut être étendu à beaucoup d’autres centres. Et la lutte du personnel et le soutien social et citoyen avec lesquels il peut compter est un exemple à généraliser.
La Catalogne a été à l’avant-garde de la privatisation du secteur de la santé au niveau étatique. C’est un bon exemple pour montrer à quel point les politiques économiques du CiU [Convergence et Union, parti de la droite catalane] et du PSC [Parti des socialistes de Catalogne] mènent une politique identique.
La revue en ligne Cafèamblet dénonce depuis longtemps les obscurs négoces de CiU et du PSC concernant la santé publique catalane. Ces enquêtes ont valu à la revue une amende de 10’000 euros pour avoir découvert « lo que no tocaba » [le peu de transparence des comptes publics où se mêlent intérêts publics et privés].
Et maintenant plusieurs entités sociales ont déposé plainte devant le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne contre le conseiller Boi Ruiz et son équipe. Elles les suspectent d’être mêlés à des délits de trafic d’influences, de non-assistance à personnes en danger, d’activités interdites aux fonctionnaires, etc.
Rentabiliser la santé publique est un des principaux objectifs du capital privé dans l’actuelle situation de crise, laquelle fournit l’excuse parfaite pour appliquer des politiques de privatisation qui étaient planifiées depuis longtemps. Tout comme on cherche à faire des profits avec les secteurs de l’éducation, du logement, des transports publics et en fin de compte avec nos vies.
Les services publics sont en point de mire du pouvoir économique et politique qui les voient comme un grand gâteau qu’ils veulent se partager pour augmenter leur taux de profit. Mais comme on l’a répété à maintes reprises : « la santé publique ne se vend pas, elle se défend ». Un point c’est tout.
A Lyon aussi, on occupe une « zone à défendre »
A Décines, près de Lyon, le projet d’un grand stade bétonnera des terres agricoles. Un camp de résistance s’est installé sur le site, en instance d’expulsion.
Appel à la mobilisation massive contre OL Land !!
Ami(e)s en Résistance,
Comme vous le savez, le camp de Décines ta Résistance, dans l’est lyonnais, est face à un procès qui aura lieu le 10 décembre et qui l’exposera à une expulsion. Afin de continuer la lutte et de l’étendre, il est important de s’organiser et de défendre les lieux.
C’est maintenant que ça se passe !!
A Lyon, nous sommes exactement dans le même cas que les copains qui luttent à la ZAD, contre le TAV/TIG, etc… Les criminels sont les mêmes : Vinci et le gouvernement, tous représentants du système néo-libéral ; la démarche aussi : faire passer un projet inutile et destructeur d’utilité publique pour s’enrichir, et ce grâce à nos impôts et à leurs magouilles financières ! ; ainsi que les victimes : la Terre et tous ses habitants, nous !
Et pourtant aucune mobilisation massive n’a été notée ! Pourquoi ? Il faut se poser la question ; est-ce la dynamique du campement autogéré de Décines ? Il faut admettre que la dimension de lutte contre OL Land s’est peu à peu perdue, d’une part parce qu’il est excentré de Décines ; d’autre part parce que ce n’est pas un campement de résistance contre le projet OL Land (jusqu’à une potentielle expulsion ?) mais une résistance plus globale contre le schéma de vie que veut nous imposer cette société.
Si la lutte contre OL Land n’a pas été efficace et reprise par l’ensemble du réseau militant jusqu’à aujourd’hui, c’est peut être parce qu’elle était beaucoup représentée par ce campement autogéré, très contesté dans le milieu militant lyonnais, il faut l’admettre.
Pourquoi ? Parce que ce mode d’action n’est pas partagé par tous ? Militant, Résistant, quelques soient tes luttes, quelle est la différence de celle-ci ? Un désaccord avec la façon de voir la lutte de certains ? Pourquoi se diviser sur la forme qu’a la lutte de chacun ?
Nous sommes tous d’accord sur le fond : OL Land ne doit pas voir le jour !
Pour une mobilisation massive, il faut accepter tous les modes d’actions possible car chacun est nécessaire à notre lutte : certains pensent qu’il faut occuper les terres et vivre autrement ; d’autres que la communication est indispensable pour informer du foutage de gueule qu’est ce projet et ainsi mobiliser ; d’autres préfèreront des actions de com’ ; des actions de désobéissance civile ; des actions plus radicales…
Si nous prenons conscience que nous diviser nous affaiblit et nous empêche de lutter efficacement contre nos ennemis – OL Land en particulier, et le système néo-libéral et l’idéologie sur laquelle il se base en général – alors soyons solidaires, et ainsi nous serons assez nombreux et efficace pour gagner ! Laissons nos égos et nos divergences de côté pour nous battre ensemble contre notre ennemi commun ! Car il est le grand gagnant de nos divisions…
Militant, Résistant, quelques soient tes luttes, quelle est la différence de celle-ci ? Un désaccord avec la façon de lutter de certains ? Qu’est-ce qui t’empêche d’agir autrement ? Au jour d’aujourd’hui, si l’on veut vraiment gagner cette bataille, d’autres modes d’actions sont nécessaires. Le campement autogéré de la butte est un mode d’action parmi tant d’autres ! Il n’est pas le seul, il ne tient qu’à chacun d’entre nous de mettre en place celui qu’il pense utile.
Une réunion aura lieu, à la Luttine, 91 rue Montesquieu, 69007 LYON, jeudi 29 novembre à 19h pour nous demander : de quelle façon envisageons-nous la lutte contre OL Land ? Quels modes d’actions mettons-nous en place dès maintenant ?
Il est urgent et nécessaire de réfléchir tous ensemble et de se rencontrer pour que chacun agisse selon ses idées, ses initiatives, son mode d’action… (en s’organisant en groupe ou non).
Liste matériel : outils, matériaux de constructions, bâches, peintures et de quoi faire des banderoles, vêtements chauds et imperméables, bottes et chaussures imperméables, trousses pharmacie, groupes électrogènes, ainsi que tout ce qui peut être utile à la Résistance (masque à gaz, Talkie Walkie, boucliers ainsi que tout l’arsenal nécessaire).
Nous sommes également à la recherche de compétences juridiques, médicales ainsi qu’en construction, en communication, en informatique, en traduction ou encore en technique de guérilla et de désobéissance civile.
Choisis ton investissement et ton mode d’action et viens nous rejoindre. Toutes les résistances sont utiles. Aujourd’hui, plus que jamais, toutes les compétences sont bienvenues.
Ouvrons une nouvelle brèche dans leur politique mortifère aux portes de Lyon et empêchons la réalisation de ce projet absurde !!
Contre le stade et la société qui va avec, tous à Décines !!!
Accès : Métro A, arrêt Vaulx en Velin la Soie, Puis Bus 16, arrêt Décines église. Rue Antoine Lumière et continuer sur le chemin du Biézin.
Contacts : sacresfilsdebutte@gmail.com
Site internet du camp Décines et de la Zad.
Pour plus d’infos, ou simplement une prise de contact : 06 38 93 31 30
Rendez- vous : Rendez-vous permanent au camp de Décines pour s’organiser, créer des banderoles, construire des plates-formes dans les arbres et tout ce dont tu as envie.
RDV de réunion tous les mercredis et tous les dimanches à 17h sur la butte pour s’organiser. Les différentes commissions travaillent dès maintenant (com, action, logistique...).
Jeudi 29 novembre à 19h, à la Luttine, 91 rue Montesquieu, 69007 LYON.
Le vendredi 30 novembre à 9h : RDV devant la Préfecture du Rhône (106 Rue Pierre Corneille, 69003 Lyon) pour dire : NON A LA GARANTIE DE 40 MILLIONS.
Le 3 décembre contre le TAV (Lyon Turin) : Rassemblement et manifestation à Lyon. 12h, Gare des Brotteaux, rassemblement contre le sommet de François Hollande et Mario Monti. Repas, assemblée, prises de paroles françaises et italiennes, présentation des différentes luttes et de leurs contextes, jeux, tables d’infos... 14h, départ d’une manifestation festive.
Le 8 décembre : Manifestive contre OL Land, 13h30 Place Bellecour. Le 10 décembre : Devant le TGI de Lyon (servient) à 13h avec banderoles etc...
D’autre part, une réunion a lieu mercredi soir (28 novembre) à 17h sur le campement de Décines, suivie d’une soirée contes : « Notre 2e chance – L’importance du temps présent » par Dan le conteur, accompagné à l’accordéon par Suzi.
Sur le camp :
Mercredi 28/11 : cirque jonglage, acro-yoga-14h-20h
Samedi 01/12 : jardinage (serres et extérieur) - 10h-17h
Mercredi 05/12 : peinture, graff, sculpture, collage... - 09h/00h
Dimanche 09/12 : musique accoustique non stop.
Lundi 10/12 : soirée concerts, assemblée populaire, soupe populaire, scène ouverte. A partir de 17h.
On lâche rien !!!
Un grand bonjour aux copains de la ZAD, du NO TAV et ailleurs qui se bougent en ce moment même ainsi qu’à tous les frères et sœurs en lutte !!!
L’intervention des gendarmes en civil est légale... sans beaucoup de formalités
Les provocateurs ont la voie libre...
Question écrite au ministère de la Justice, 6 août 1987.
Mme Jacqueline Fraysse-Cazalis s’inquiète auprès de M. le garde des sceaux, ministre de la justice, de l’initiative prise par le directeur de la gendarmerie nationale consistant, par simple circulaire (n° 11-900 du 11 mai 1987), à autoriser les militaires de cette arme à agir en civil.
Elle lui rappelle qu’un décret de 1903 portant règlement d’emploi des personnels de la gendarmerie interdit l’intervention de ces derniers en civil. En outre, si le directeur de la gendarmerie a la possibilité d’interpréter, en direction de ses subalternes, les textes législatifs et réglementaires en vigueur, par voie de circulaire ou de toute autre instruction d’ordre interne, il ne peut en aucun cas édicter, par ce moyen, une nouvelle réglementation.
En tout état de cause, la circulaire en question, en autorisant ce que le décret applicable interdit, est en contradiction totale avec la jurisprudence constante du Conseil d’Etat qui dénie aux circulaires toute force réglementaire. Il en résulte que le directeur de la gendarmerie a outrepassé ses fonctions et que cette circulaire, édictant une nouvelle réglementation, est illicite.
Elle lui demande donc quelles mesures le Gouvernement envisage de prendre pour que cette circulaire soit retirée sans délai, et pour qu’un débat au Parlement soit organisé sur les conditions de contrôle et d’emploi de tous les services de police judiciaire par les services habilités du ministère de la justice et sur les missions et compétences respectives de la police et de la gendarmerie nationale.
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Réponse du ministère de la Justice, 5 novembre 1987.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, peut indiquer à l’honorable parlementaire que si l’article 96 du décret du 20 mai 1903 portant règlement sur l’organisation et le service de la gendarmerie prescrit en effet que l’action de la gendarmerie s’exerce toujours en tenue militaire, ouvertement et sans manoeuvre de nature à porter atteinte à la considération de l’arme, ces dispositions s’intègrent dans le titre II intitulé : les devoirs de la gendarmerie envers les ministres et de ses rapports avec les autorités constituées.
La section IV dans laquelle s’insère ledit article vise essentiellement les opérations de maintien de l’ordre. L’instruction 11900 du 11 mai 1987 de la direction générale de la gendarmerie nationale concerne en revanche les activités de police judiciaire du décret précité.
Aucune disposition du décret susvisé ne paraît, dans ces conditions, faire obstacle à l’emploi de personnels de la gendarmerie en tenue civile pour des missions de police judiciaire.
Quant au code de procédure pénale, il se limite à exiger, dans son article D. 9, que les officiers de police judiciaire énoncent leurs nom et qualité dans tous les procès-verbaux.
Pour sa part, le ministre de la défense qui a la tutelle de la gendarmerie a rappelé, dans des réponses à des questions écrites, que l’instruction du 11 mai 1987 a pour objet de définir les conditions du port de la tenue civile en le limitant à certaines missions de police judiciaire et en précisant les modalités selon lesquelles cette autorisation peut être donnée.
Des déchets nucléaires néerlandais arrivent discrètement en France
Communiqué de presse commun du Réseau « Sortir du nucléaire », du syndicat SUD-Rail et du réseau belge « Nucléaire-STOP ! »
LE MARDI 11 DECEMBRE, UN TRAIN TRANSPORTANT DU COMBUSTIBLE USE HAUTEMENT RADIOACTIF NEERLANDAIS devait QUITTER BORSSELE, AUX PAYS-BAS, POUR REJOINDRE LE TERMINAL FERROVIAIRE DE VALOGNES, DANS LA MANCHE.
Plusieurs routes possibles pour le convoi
Selon nos informations, le train devrait arriver en gare de Mouscron (à la frontière belge) le mardi 11 à 21h22 et en repartir à 22h06 pour entrer sur le territoire français. Il arrivera vraisemblablement à Valognes le jeudi 13 dans la matinée.
S’il suit la route habituellement empruntée par ces convois de déchets néerlandais, le train devrait traverser 12 départements français : le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne, l’Oise, la Seine-et-Marne, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, les Yvelines, l’Eure, la Seine-Maritime, le Calvados et la Manche. Il suivrait alors l’axe suivant : Lille - Douai - Cambrai - Compiègne - Villeparisis - Aulnay-sous-Bois - Le Bourget - Argenteuil - Sartrouville - Sotteville -Caen.
Mais ces derniers temps, la SNCF et Areva font tout pour brouiller les pistes et cacher ces convois. Afin d’éviter les mobilisations qui mettent en lumière ces transports, elles mettent tout en oeuvre pour qu’aucune information ne puissent filtrer sur leur existence, quitte à employer des stratagèmes scabreux pour camoufler ces transports en modifiant les trajets, les numéros de train...
Il est donc probable qu’un second trajet ait été envisagé, qui passerait par Lille, Douai, Arras, Amiens, Poix-de-Picardie, Sotteville et Caen [1].
Un transport à haut risque
Composé majoritairement d’uranium, mais aussi de plutonium et de produits de fission et actinides mineurs, le combustible usé dégage énormément de chaleur et de radioactivité. Ce convoi comporte des risques importants en termes de sûreté et de sécurité. Il devrait en outre traverser des zones urbaines densément peuplées.
Les rayonnements radioactifs « Gamma » émis par les conteneurs « CASTOR » (Cask for storage and transport of radioactive material) se propagent à plusieurs dizaines de mètres du wagon, entraînant un risque pour les personnes se trouvant à proximité, riverains comme cheminots.
Inique et obsolète, la réglementation sur le transport des matières radioactives autorise des débits de dose pouvant aller jusqu’à 2 millisieverts par heure au contact du wagon, soit un niveau de radiation environ 20 000 fois supérieur à la radioactivité naturelle [2].
Enfin, les normes de résistance aux chocs et au feu des « CASTOR » s’avèrent ridiculement basses et ne prennent pas en compte bon nombre de situations qui pourraient se présenter en cas d’accident ferroviaire grave.
Le Réseau « Sortir du nucléaire » et le syndicat SUD-Rail tiennent d’ailleurs à rappeler qu’il est conseillé aux agents et au public de se tenir éloignés d’un convoi hautement radioactif stoppé en gare, et incitent les cheminots à exercer leur droit de retrait en cas d’intervention sur ces convois.
UN TRANSPORT TENU SECRET
Malgré ces risques, les autorités ne fournissent aucune information sur ce type de transports, et taisent leur existence et leur dangerosité pour les riverains, la population et les salariés concernés. Certains services de l’État, collectivités et élus locaux, qui devraient être formés et avertis pour pouvoir réagir et mettre en œuvre un plan d’urgence en cas de problème, sont maintenus dans l’ignorance.
UN TRANSPORT INUTILE
L’industrie nucléaire produit chaque année des tonnes de déchets qu’elle est incapable de gérer. Certains pays étrangers, dont les Pays-Bas, envoient le combustible usé issu de leurs centrales - tel une patate chaude - à l’usine AREVA de La Hague pour qu’il y soit « traité » : l’Hexagone est ainsi régulièrement traversé par ces déchets, qui s’ajoutent à ceux issus des réacteurs français.
Pourtant, loin d’être une solution, le « traitement » des déchets engendre des risques et des transports supplémentaires. Il contamine de manière irréversible la pointe du Cotentin et la Mer du Nord en rejetant des effluents chimiques et radioactifs dans l’eau et l’environnement.
Il est de surcroît inutile : le traitement à l’usine Areva de La Hague ne diminue pas la radioactivité des déchets, mais augmente au contraire leur volume. Aux Pays-Bas comme en France, une même impasse : on ne sait pas quoi faire des déchets nucléaires
Pour le Réseau « Sortir du nucléaire » et le syndicat SUD-Rail, il est urgent de sortir du nucléaire. Partout, le nucléaire est une impasse : l’industrie ne sait pas quoi faire des déchets qu’elle produit. En France, les autorités souhaiteraient les enfouir à 500 m sous terre, à Bure, dans la Meuse où un débat public est annoncé pour le printemps 2013 [3].
DECHETS NUCLEAIRE, NE PAS RETRAITER NI ENFOUIR ! ARRETER D’EN PRODUIRE ! LE RESEAU « SORTIR DU NUCLEAIRE », LE SYNDICAT SUD-RAIL ET LE RESEAU BELGE « NUCLEAIRE-STOP ! » SE MOBILISENT POUR OBTENIR L’ARRET DU NUCLEAIRE ET DE SES TRANSPORTS DANGEREUX ET APPELLENT DES RASSEMBLEMENTS TOUT AU LONG DES DEUX TRAJETS POTENTIELS.
Retrouvez toutes les informations relatives à ce transport : trajet, mobilisations le long du parcours sur le site du Réseau Sortir du Nucléaire.
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NOTES
[1] Voir ici.
[2] En 1998, le laboratoire de la CRIIRAD a mesuré, à 50 mètres d’un wagon transportant du combustible irradié, un flux de radiation gamma nettement supérieur à la normale et qui était plus de 500 fois supérieur au niveau naturel, à 1 mètre du wagon. Comme l’a régulièrement rappelé la Criirad, la réglementation autorise ainsi la circulation, en des lieux accessibles au public, de wagons dont le niveau de radiation au contact peut être si importante, qu’en seulement 30 minutes de présence, un individu peut recevoir la dose maximale annuelle admissible pour le public. Voir la note CRIIRAD N°11-20 Risques liés au transport des combustibles irradiés
[3] Pour plus d’informations.
Climat : il faut négocier un prix du carbone plutôt que des quotas d’émission
La négociation climatique, fondée sur la fixation de quotas d’émissions, ne marche pas. Il faut changer de logique, et aller vers l’adoption d’un prix international du carbone.
Le maigre résultat de la conférence de Doha [qui s’est achevée samedi 9 décembre], c’est de prolonger le principe du protocole de Kyoto, mais cette fois avec encore moins de pays concernés, la Russie, le Canada et le Japon refusant cette prolongation. Maigre résultat quand on voit que cet « accord » ne concerne que 15% des émissions de CO2 (rappel : les USA sont toujours en dehors, ainsi que tous les pays en voie de développement).
En fait, si on prend le temps d’y réfléchir, est-il illogique qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur des quotas de CO2 attribués à chaque pays ?
Le principe du protocole de Kyoto, c’est en gros ceci :
1 - Les scientifiques nous demandent de diviser par 2 les émissions mondiales de CO2 d’ici 2050, fixons des quotas de CO2 à chaque pays, pour progressivement atteindre cette cible.
2 - Oui, mais voilà, quelle règle utiliser pour attribuer le quota de chaque pays pour, par exemple, les 10 années à venir ?
3 - La méthode utilisée à Kyoto est de prendre comme point de départ les émissions actuelles de CO2 de chaque pays. Tout de suite apparait le gros problème des énormes différences d’émissions de CO2 par habitant selon le niveau de richesse des pays.
En 2010 (chiffre Agence Internationale de l’Energie) l’Etats-Uniens moyen a émis 19 tonnes de CO2 quand l’Indien en était à 1,5 tonne. Pensez-vous qu’on peut trouver un accord en disant par exemple, l’Etats-Unien va descendre à 15 t et l’Indien ne va pas dépasser 2 tonnes d’ici 10 ans, et après on se fixe de nouveaux objectifs ? Imaginez-vous la foire d’empoigne pour négocier ceci entre tous les pays, et rebelote 10 ans après ?
Pourquoi les pays qui émettent beaucoup de CO2 par habitant (les pays riches) auraient-ils le « droit » de continuer à émettre beaucoup (même en diminuant), alors que les pays pauvres seraient contraints à ne pas trop augmenter leurs émissions, bien que celles-ci restent très inferieures par habitant à celles des pays riches ?
En fait la seule règle JUSTE, c’est que chaque être humain sur Terre ait droit au même quota de CO2.
Avec cette règle, les inégalités d’émissions actuelles par habitant rendent inextricable la définition de quotas de CO2 ÉQUITABLES entre les différents pays.
Pas étonnant que depuis 1992 le seul accord qu’aient accouché ces grandes réunions de négociation sur le climat ne soit qu’un protocole signé par quelques pays riches, principalement européens, attachés à sauver l’apparence d’une action politique pour protéger le climat.
Le marché européen des quotas de CO2 (European Trading Scheme) est la déclinaison au niveau de l’Union Européenne du protocole de Kyoto. Là aussi, les quotas ont été attribués aux entreprises en fonction de leurs émissions de CO2, carrément une prime au pollueur !
Ce marché européen des quotas ne marche pas (sans parler des fraudes liées à la prime au pollueur), car il y a trop de quotas disponibles et aujourd’hui la tonne de CO2 se négocie à 6,5€.
1 litre de carburant contient environ 700 grammes de carbone, ce qui donne après combustion environ 2,5 kg de CO2, soit moins de 2 centimes par litre de carburant au tarif du marché des quotas. Avec un tel tarif, pas étonnant qu’on n’arrive pas à financer des projets de réduction des émissions de CO2.
C’est ce qui vient d’arriver au projet ULCOS de captage de CO2 pour Florange.
Un marché des quotas n’est efficace que si le prix du quota est significatif, sinon ce marché est un échec et n’aboutit à rien.
Devant ce double constat d’échec, échec pour se mettre d’accord sur des quotas par pays, échec du marché européen des quotas, n’est-il pas temps de changer complètement de point de vue ?
Plutôt que de négocier des quotas impossibles à définir, pourquoi ne pas négocier un prix sur le carbone ?
Un prix sur le carbone, posé dès l’extraction du baril de pétrole, du m3 de gaz ou de la tonne de charbon, reversé par le pays producteur au Fonds Climat, et automatiquement répercuté dans le prix de vente du baril de pétrole (ou du m3 de gaz, ou de la tonne de charbon).
Irréaliste, utopie d’écologiste,. Eh bien non, c’est ce que vient de proposer Rafael Correa, président de l’Equateur, pays exportateur de pétrole.
Le prix sur le carbone a tous les avantages :
- Il renchérit les produits et services nécessitant beaucoup de carbone, rendant les solutions économes en carbone financièrement plus intéressantes, ce qui réduit les émissions de CO2.
- Il récolte des fonds très importants pour financer les projets d’adaptation au changement climatique et aussi redistribuer cet argent vers les foyers modestes pour faire face à ce coût carbone .
Oublions les quotas de CO2, négocions le prix du carbone !
Pour éviter le pire du réchauffement climatique, voici venu le temps des idées fraiches !
Notre Dame des Landes : le conseil général de Loire Atlantique soutient les « habitants atypiques »
En novembre et décembre 2009, le Conseil général de Loire-Atlantique proposait à Nantes, 25 rue Paul Bellamy, une exposition sur les habitants atypiques. Voici le texte de présentation de cette exposition.
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Le projet artistique
L’habitat, le choix d’une vie alternative, la ruralité aujourd’hui, tels sont les thèmes chers aux sœurs BRUNET et qui ont motivé leur projet artistique. Alexa derrière l’objectif et Irène face à la feuille blanche.
L’exposition est le fruit de quatre années de pérégrination - le dernier voyage a eu lieu en avril dernier - à travers la France, dans l’ouest, le sud et le Massif central. Durant leur séjour, Alexa et Irène BRUNET sont parties à la rencontre d’habitants ayant choisi un mode d’habiter alternatif (troglodyte, cabane, yourte etc.) par rapport aux propositions du marché. Par leurs textes et leurs photographies, les auteurs nous invitent à partager le quotidien de ces familles qui se sont construit un chez soi intime et original, le plus souvent en étroite relation avec la nature.
À l’origne, Irène et Alexa portent un intérêt tout particulier à l’habitat lui-même, aux techniques de construction. Au fur et à mesure, les rencontres de ces habitants autoconstructeurs orientent leur regard vers leur mode de vie, leur univers quotidien, emprunt de poésie et d’imaginaire.
Les habitants atypiques
Ils vivent à la campagne, hors des sentiers battus. Leurs convictions personnelles les ont poussés à vivre différemment loin des grandes villes. Ils se sont donc improvisés bâtisseurs en toute liberté, seuls, en famille ou en groupe. Cabanes dans les arbres, habitats troglodytes, maisons en matériaux de récupération, huttes éphémères, leur habitat est à leur image, unique et plein d’inventivité. Sa conception répond par ailleurs aux besoins du quotidien : s’abriter, s’alimenter, se chauffer. Leur démarche s’inscrit dans un processus global ; l’habitat est témoin d’une pensée, de valeurs humaines, d’un mode de vie respectueux de l’environnement. Les « autoconstructeurs » sont motivés, pleins d’énergie et d’idées nouvelles.
Leur engagement passe par l’action. Vivre leurs convictions implique la transgression de la norme ; être citoyen et responsable, c’est pour eux suivre les voies alternatives de la construction et remettre en cause le fonctionnement de notre société. Original et rebelle, leur habitat leur ressemble. Ils sont avides de partager leurs expériences, et grâce à ces initiatives à l’origine isolées, des réseaux se créent, des projets innovants autour de l’habitat voient le jour en région rurale. Leurs choix nous poussent à nous interroger sur nos modes de vie actuels, et nous rappellent qu’il est possible d’habiter autrement à la campagne.
L’An 02
L’An 02, revue d’écologie politique, « On débranche tout, on réfléchit, et c’est pas triste. »
Il y a bientôt un an, L’An 02 sortait son premier numéro. Douze mois après, le n°3 est sous presse et si vous nous suivez depuis le début il est peut-être temps de renouveler votre abonnement.
C’est aussi la saison des cadeaux, pensez donc à offrir L’An 02 autour de vous ! Merci de nous faire parvenir votre règlement au plus vite pour le recevoir dès parution, avant le 20 décembre. La revue sera disponible dans les bonnes librairies courant janvier.
L’An 02 est aussi disponible en ligne, retrouvez sur notre site une petite chèvre, une sorcière automnale et les textes des n°s 1 et 2.
Je m’abonne pour un an, soit deux numéros : 10 €. Règlement à envoyer à « Les ami·e·s de l’An 02 » 52 rue René Marcillé, 35000 Rennes.
Sommaire du n°3, décembre 2012
Chroniques
Invité·e·s : Thierry Paquot, Silvia Pérez-Vitoria, Philippe Godard « Boîte à outils », « L’atterrissage », « Labo », « Down is the new Up » Debout les morts !
Reportages : « Québec, cap au Nord ! » et « Retour sur un printemps érable »
Dossier « Ogres et sorcières »
Entretien avec Starhawk Clifford D. Conner, « Chasses aux sorcières, médecine et sciences modernes » Philippe Colomb, « Fée et libre » Mondher Kilani, « "Vache folle"et autophagie généralisée » Jean-Baptiste Bertrand, « Management et sorcellerie » Entretien avec Frédéric Neyrat
Lectures de livres récents « Ce vieux livre jauni a d’l’idée » : Jean Dorst et Jacques Ellul Varia : Maurice Leblanc et les éditions Le Pas de côté
Interventions graphiques
Photographie : Patrick Buschhorn, Pierre-Emmanuel Weck, Pauline Caylak Photo-reportage à Notre-Dame-des-Landes, par Romain Étienne Dessin : Renaud Chambon et Guillaume Trouillard Sculpture : Natacha Sansoz
Dossier « Ogres et sorcières » Étienne Davodeau, Les Ignorants Affiche de Colloghan Droit de citation : Marc Blanchard/John Giorno Illustration du dossier : Guillaume Trouillard, photo Patrick Buschhorn
La rédaction
Mikaël Chambru, Philippe Colomb, Jérôme Desquilbet, Bastien Hourst, Isabelle Lamaud, Josselin Pibouleau, Bertrand Rolin, Luc Semal, Mathilde Szuba, Aude Vidal Maquette & identité visuelle : Marc Blanchard Dessins : Guillaume Trouillard
Pratique
Prix public : 7 €, en librairie ou par correspondance (port compris). Je m’abonne pour un an, soit deux numéros : 10 €. Je m’abonne pour deux ans, soit quatre numéros : 20 €.
Édité par « Les ami·e·s de l’An 02 » 52 rue René Marcillé, 35000 Rennes ISSN en cours 60 pages couleurs, format A4
Contact abonnements, diffusion, propositions de collaboration : redaction@lan02.org
Le raz-de-marée de l’information numérique se prépare
L’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en deux millions d’années. L’avenir appartient à ceux qui sauront utiliser cette profusion.
Des flots d’octets, un océan de données, un déluge de connaissances… A mesure qu’Internet tisse sa toile, le volume d’informations numérisées n’en finit plus d’exploser.
D’ici huit ans, cette masse vertigineuse de « datas » sera 50 fois supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui, prédit le cabinet d’études IDC. Et il faudra dix fois plus de serveurs informatiques pour espérer gérer cette déferlante. Pas par crainte d’être submergés, mais plutôt pour être en mesure de retrouver, d’extraire et d’exploiter cette nouvelle manne.
Il y a vingt ans, nous stockions encore nos fichiers sur des disques durs de quelques mégaoctets (1 Mo équivaut à 1 000 000 d’octets, soit 10 puissance 6 octets, 1 octet valant 8 bits ; le bit est l’unité de base en informatique, à savoir un 0 ou un 1).
Aujourd’hui, la capacité des outils de stockage a dépassé le téraoctet (To, soit 10 puissance 12 octets) et il n’est plus rare pour les entreprises et les organismes de recherche de manipuler des volumes supérieurs au pétaoctet (Po, soit 10-15 octets).
Les nouveaux usages suivent : une sauvegarde de vos films sur un disque dur externe ? Une photo partagée sur les réseaux sociaux ou une géolocalisation depuis votre smartphone ? Ce sont autant de données qui viennent s’ajouter à la masse enregistrée sur les ordinateurs et les serveurs du monde entier. Même la façon de les interroger devient information : notre historique de navigation sur le Web, nos recherches sur Google…
Les chiffres donnent le tournis : chaque minute, environ 350 000 tweets, 15 millions de SMS et 200 millions de mails sont envoyés au niveau mondial ; pendant le même laps de temps, des dizaines d’heures de vidéos sont mises en ligne sur YouTube, des centaines de milliers de nouveaux fichiers sont archivés sur les serveurs de Facebook.
L’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, estimait en 2010 que nous produisions tous les deux jours environ 5 exaoctets (Eo, soit 10 puissance 18 octets) d’informations… soit autant « qu’entre le début de la culture humaine et 2003 » !
Selon l’institut IDC, 1,8 zettaoctet de données (Zo, 10 puissance 21) a été créé en 2011. « L’information disponible à la surface de notre planète en 2020 devrait tourner autour des 40 Zo… Mais ces estimations sont rendues fausses d’année en année par les nouveaux usages », précise Jean-Yves Pronier, directeur marketing du gestionnaire de données EMC.
« Capteurs »
« L’essentiel du volume d’informations généré aujourd’hui l’est encore par des humains, note Bernard Benhamou, délégué aux usages d’Internet auprès du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Mais, dans les prochaines années, il sera produit par des capteurs. »
Caméras de surveillance, sondes météo, cartes bancaires et autres télescopes géants constituent déjà des mines d’informations considérables pour les secteurs concernés. Mises en réseau ou rendues publiques, elles profitent désormais à bien d’autres domaines.
« La nouveauté, c’est la capacité à croiser toutes les données en provenance des capteurs, du Web et de l’open data [les informations mises à disposition par les pouvoirs publics, ndlr] », explique Serge Abiteboul, de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). « C’est bien d’avoir des données, mais c’est mieux de les faire parler. Et, pour cela, les technologies traditionnelles ne suffisent plus », souligne Jean-Yves Pronier.
C’est là qu’intervient une nouvelle discipline : le « big data ». Il consiste à analyser ces immenses bases de données en faisant tourner des algorithmes qui vont traquer le plus infime lien entre chacun des éléments stockés, puis à livrer les informations en quelques dixièmes de seconde, pour peu que la capacité de calcul des ordinateurs impliqués dans l’opération soit suffisante.
Rien de bien nouveau pour Google, habitué à jongler quotidiennement avec des pétaoctets de données pour les besoins de son moteur de recherche. Mais le géant du Web a entraîné dans son sillage nombre de grands groupes désireux de faire émerger les connaissances cachées dans leurs milliards de fichiers texte. Ainsi que des entreprises appâtées par les données récoltées par les autres. Pas étonnant que de nombreuses start-up se soient créées autour de l’analyse des big datas.
Mesagraph fournit ainsi à Canal + une modélisation de son audience à partir des conversations sur Twitter. « Les téléspectateurs font souvent autre chose pendant qu’ils regardent une émission : ils vérifient les informations diffusées, commentent sur les réseaux sociaux… Et nous arrivons à dire combien tweetent en regardant le Grand Journal, puis zappent sur Secret Story », affirme Sébastien Lefebvre, patron de Mesagraph.
Comment ? Grâce à une application « qui collecte les tweets qui nous intéressent, ceux contenant le nom d’une émission ou un hashtag spécifique, puis qui crée des métadonnées décrivant ces tweets, poursuit l’informaticien. Une fois analysées, ces informations sont ensuite restituées via une API », à savoir une interface qui rend lisible de manière graphique les résultats du traitement informatique (nuage de mots-clés, camembert, etc.).
Épidémie
Santé, sécurité, consommation, transports, sciences, marketing… Les domaines d’application semblent sans limite. « Les assurances pourront bientôt vous verser des primes en fonction de votre style de conduite, grâce à des sortes de boîtes noires installées dans votre voiture qui enregistreront la moindre information. C’est déjà le cas aux Etats-Unis », illustre Jean-Yves Pronier.
Le logiciel HealthMap, qui traite en temps réel des données en provenance, entre autres, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de Google News et bientôt de Twitter pour dresser une carte planétaire des foyers de maladies, a permis de suivre l’évolution d’une épidémie de choléra en Haïti avec près de deux semaines d’avance sur les observations des autorités de santé.
Aux Etats-Unis, un programme développé par IBM est utilisé par la police de Memphis (Tennessee) pour prédire les « zones chaudes » et réduire la criminalité, grâce au croisement de données aussi diverses que les jours de paie, le type de populations par quartier et les rencontres sportives.
A Singapour, on sait désormais pourquoi il faut se battre pour trouver un taxi quand il pleut. Une étude menée en 2012 a croisé les données GPS de 16 000 taxis avec les relevés météo et montré que les chauffeurs s’arrêtent de rouler dès les premières gouttes de peur d’être impliqués dans un accident et de devoir payer un malus d’assurance élevé.
Le cabinet d’études Gartner estime que les entreprises qui auront intégré toutes les dimensions du big data d’ici à 2015 seront plus performantes de 20% par rapport à leurs concurrentes. Pour des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology, à Boston), ce serait plutôt entre 5% et 6%. Les administrations publiques européennes y gagneraient aussi en efficacité, à en croire un rapport de McKinsey, qui chiffre à 250 milliards d’euros par an le total des économies pouvant être réalisées.
La course à l’équipement informatique bat donc son plein. En France, un appel à projet doté d’une enveloppe de 25 millions d’euros a été lancé pour développer des technologies d’exploitation de ces très gros volumes de données.
Aux Etats-Unis, on voit plus grand encore. Après avoir alloué 200 millions de dollars (155 millions d’euros) à la recherche dans ce domaine en mars, le pays inaugurera en septembre 2013 le plus grand centre de traitement de données au monde. Un centre d’espionnage, à vrai dire : capable d’analyser simultanément plus d’un yottaoctet d’informations (Yo, 10-24 octets), il aura pour mission d’intercepter, de déchiffrer et de stocker la totalité des communications mondiales !
Qui dit big data dit-il forcément Big Brother ? Le piratage de 24 millions de comptes Sony en 2011 - contenant notamment les informations bancaires des utilisateurs - ou l’affaire des « target coupons » - un Américain a découvert la grossesse de sa fille en voyant la teneur des publicités hyperciblées, envoyées par les commerçants sur la base de l’examen de ses tickets de caisse - obligent à se poser la question de la sécurité et de la confidentialité des informations.
Surtout que la moitié seulement des données nécessitant une protection en bénéficie réellement, selon IDC. Saviez-vous, par exemple, que le ministère de l’Intérieur commercialise les données personnelles de ceux qui ont immatriculé leur véhicule après août 2011 ? Et si, à l’avenir, l’obtention d’un crédit bancaire dépend d’un examen préalable de votre profil numérique, comment éviter les dérapages ?
« Compagnon »
L’optimisme semble pourtant de mise pour Jean-Yves Pronier : « Cela va naturellement bénéficier à la société et aux entreprises. Le big data sera un compagnon de tous les jours pour chacun d’entre nous. » Vision idyllique ?
Les ingénieurs ne sont en tout cas pas au bout de leurs peines. « Au-delà de 2020, il va sans doute falloir trouver de nouvelles techniques de stockage et des algorithmes encore plus performants, observe Christine Collet, chercheuse spécialisée en base de données au Laboratoire d’informatique de Grenoble (LIG). Sans la donnée, on ne peut rien faire. C’est une vraie matière première. Et celle qui aura été transformée vaudra cher. »
Alors, ira-t-on jusqu’à taxer ces informations à forte valeur ajoutée pour renflouer les finances publiques ? Pour cette chercheuse, « c’est une question qu’on peut se poser ».
Samedi, action pour rappeler à Hollande qu’il est aussi concerné par Notre Dame des Landes
François Hollande doit inaugurer un tramway samedi 15 décembre. Les Désobéissants vont venir lui signifier le refus du projet d’aéroport au nord de Nantes.
A l’occasion de l’inauguration du tramway T3, samedi 15 décembre à 11 h, le président de la République, ainsi que d’autres ministres et personnalités, seront présentes et transportées dans l’un des trams qui partira de la Porte de la Chapelle et terminera son trajet à la Porte de Pantin.
Ils seront entourés de très nombreux journalistes. Voilà donc une belle occasion d’aller dire au Président de la République ce que nous pensons de l’obstination de son Premier ministre à construire un grand projet inutile et néfaste à grand renfort de violence policière, à Notre-Dame des Landes...
Deux autres tramways partiront de la porte d’Ivry et de la Porte de Vincennes avec les représentants des collectivités territoriales et entreprises partenaires de la construction du tramway.
Avec un peu d’imagination, on devrait pouvoir parler au Président ou tout au moins se faire entendre de lui, non ?
Il va sans dire que si la présence de François Hollande devait être annulée, nous l’interpréterions comme :
1. un refus du dialogue
2. un refus d’assumer les mécontentements et autres déceptions suscitées par la politique anti-environnementale de son gouvernement...
Rendez-vous massivement aux endroits stratégiques du trajet avec des beaux visuels, de quoi faire du son, des chaussures souples pour courir au bon endroit au bon moment, et amusez-vous bien, surtout !
Mouvements sociaux en Europe : ça bouge, mais l’unité manque
« Dans la période actuelle, le problème est moins une question de ’propositions’ ou de ’projets’ que de groupes sociaux existants et d’organisations mobilisées pour les porter. »
Il y a dix ans, une année après la tenue du premier Forum social mondial (FSM) à Porto Alegre (Brésil), se déroulait, avec succès, la première édition du Forum social européen (FSE) à Florence (Italie) [1].
Au lieu de se renforcer au fil du temps, cette dynamique de rassemblement des mouvements sociaux engagés contre le néolibéralisme dans l’espace européen s’est effritée au cours des années qui ont suivi. Le FSE s’est ainsi éteint, dans une grande discrétion, en 2010 à Istanbul (Turquie) [2].
Où en est aujourd’hui la tentative de (re)mobiliser un mouvement social à l’échelle continentale, capable d’articuler anciens et nouveaux acteurs de la contestation surgis en 2011 (Indignés, Occupy Wall Street) pour imposer un rapport de forces aux gouvernements et aux institutions de l’Union européenne (UE) ?
Et ce, alors que la crise systémique du capitalisme, dont les formes singulières s’expriment en Europe à travers la crise de l’euro et des dettes souveraines, fait vaciller un Vieux Continent dont les sociétés - toujours plus soumises à l’hégémonie de la bourgeoisie allemande - s’enfoncent, notamment depuis 2010, dans la tourmente austéritaire ?
Deux événements visant à impulser ou relancer cette dynamique de convergence des résistances et des luttes sociales au niveau européen viennent précisément d’avoir lieu.
A l’occasion des dix ans du FSE, la ville de Florence a accueilli, du 8 au 11 novembre, entre 2 000 et 3 000 personnes, 300 organisations et réseaux issus de 28 pays dans le cadre d’une rencontre intitulée « Florence 10 + 10 » [3].
Il s’agissait essentiellement de représentants d’organisations associatives et syndicales (quelques-unes membres de la gauche de la Confédération européenne des syndicats - CES - et d’autres non membres de la structure européenne), d’ONG, de mouvements sociaux et citoyens, ainsi que de partis politiques membres du Parti de la gauche européenne (PGE).
Quelques militants engagés dans le mouvement des Indignés étaient également présents, ainsi qu’une partie du comité d’organisation du prochain FSM qui se tiendra à Tunis du 26 au 30 mars 2013.
Selon Raffaella Bolini (membre du comité d’organisation de l’événement [4]), l’objectif de cette rencontre était « de réunir ensemble les acteurs les plus actifs des luttes sociales au niveau européen » pour contribuer à relancer une dynamique et une stratégie communes.
Pour sa part, la CES, impliquée dans le « Dialogue social européen » en tant que « partenaire social » reconnu par l’UE [5], s’est - pour la première fois de son histoire - prononcée contre un traité européen, le Pacte budgétaire. Elle a lancé un appel pour une Journée européenne d’action et de solidarité contre l’austérité, le 14 novembre.
Cette fois-ci, l’organisation a donc clairement marqué son désaccord avec le cours actuel des politiques européennes. Sa journée d’action, intitulée « Pour l’emploi et la solidarité en Europe. Non à l’austérité », s’est matérialisée par l’organisation de mobilisations simultanées dans 28 pays (grèves générales en Espagne, en Grèce, en Italie et au Portugal, manifestations ou actions dans une quinzaine d’autres).
Une cinquantaine d’organisations membres (sur les 85 affiliées) ont participé à cette journée qui est venue s’ajouter aux nombreuses grèves générales déjà organisées, largement à l’initiative des mouvements syndicaux, dans plusieurs pays européens depuis 2009-2010 (Espagne, Grèce, Italie, Portugal, Royaume-Uni notamment).
Une délégation de la CES était également présente à Florence quelques jours avant son initiative continentale, témoignant ainsi de l’existence d’une reconnaissance mutuelle entre les acteurs.
Au-delà du bilan quantitatif, comment évaluer les perspectives des mouvements sociaux en Europe et les limites auxquelles ils se confrontent ?
Dans un premier temps, il convient de les définir. Pour Raffaella Bolini, les mouvements sociaux sont « les personnes et les groupes sociaux qui, affectés par la destruction des droits, de la démocratie et des biens communs, luttent pour se défendre dans leur vie concrète et pour leur futur. »
Pour sa part, Hugo Braun, responsable d’Attac Allemagne, considère que « les mouvements sociaux sont aujourd’hui un conglomérat où l’on retrouve en vrac des ONG et des initiatives s’appuyant sur les classes moyennes, avec une orientation légèrement à gauche et une participation très limitée des syndicats. »
Kenneth Haar, militant d’Attac Danemark et chercheur au Corporate European Observatory (CEO), précise : « Les mouvements sociaux qui agissent actuellement réunissent en réalité trois types de mouvements. Tout d’abord, nous avons les mouvements traditionnels, les syndicats en premier lieu. Ensuite, nous avons de nouveaux mouvements qui sont conduits par une variété d’acteurs : précaires, chômeurs, étudiants. On les retrouve dans Occupy et les Indignés. Enfin, il existe une troisième catégorie qui regroupe un mélange d’organisations et de groupes qui ont évolué ensemble à travers le mouvement altermondialiste et le FSE, comme le mouvement Attac ».
Pour le syndicaliste et co-président de la Fondation Copernic Pierre Khalfa, « on assiste à une profusion de mobilisations qui, partout, ont été soutenues par les populations ». Il considère que ces dernières « n’ont pas été isolées et [que] les exigences qu’elles ont mises en avant sont entrées en résonance avec les préoccupations du plus grand nombre. »
Pourtant, comme il le constate volontiers, « nulle part, elles n’ont réussi à inverser, ni même à infléchir, le cours des politiques menées ». Et d’ajouter : « Les mouvements sociaux se trouvent donc dans une situation paradoxale : d’une part, ils ont été capables d’exprimer le refus des politiques d’austérité avec le soutien des populations, mais, d’autre part, ils sont pour le moment en situation d’échec stratégique, n’ayant pas été capable de transformer un tant soit peu la situation actuelle ».
Conditions socio-politiques des luttes
Plusieurs réalités historiques, idéologiques, politiques et socio-économiques pèsent, en effet, sur les mouvements sociaux. Ils sont affectés par l’affaiblissement du mouvement ouvrier, l’effondrement du communisme d’Etat et la conversion durable de la social-démocratie au néolibéralisme qui rend très difficile toute alliance - même ponctuelle - avec elle.
Cette dernière situation nourrit, par ailleurs, les phénomènes d’abstention dans les élections politiques et/ou de votes en faveur des forces réactionnaires et de l’extrême droite lorsque des franges significatives des classes moyennes et des classes populaires vivent un déclassement économique et social qui n’est plus pris en compte par des forces politiques censées défendre leurs intérêts face aux groupes dominants.
Enfin, la transformation majeure du régime économique fragmente les groupes sociaux dominés d’une manière nouvelle par rapport à la période historique du capitalisme industriel.
Avec le passage de ce dernier au capitalisme financier, la structure des activités, du travail et des classes sociales s’est en effet modifiée, notamment au sein des catégories populaires. Cela s’est traduit par le déclin relatif et progressif de la classe ouvrière industrielle et manuelle et, dans le même temps, l’émergence d’un nouveau prolétariat issu du développement de l’économie des services.
Confrontés à l’intermittence dans le travail, au chômage et à la précarité, les groupes sociaux de ce secteur (les jeunes, les femmes et les immigrés qui en constituent les principaux contingents) sont, par définition, moins socialisés dans des espaces de luttes durables, moins organisés et moins conscientisés.
Pour leur part, dans ces conditions nouvelles, les intellectuels critiques sont plus que jamais déconnectés des catégories populaires. Pourtant, de l’unité de tous ces groupes dépend leur potentiel transformateur.
Deux groupes sociaux restent aujourd’hui en mesure de s’engager dans des dynamiques de luttes face à des oligarchies relativement soudées dans leur gestion de la crise.
D’une part, la partie des classes populaires constituée du salariat stable que l’on retrouve encore dans les grandes filières industrielles et la fonction publique. D’autre part, la fraction de la classe moyenne intellectuelle progressiste qui, cependant, vit en dehors des réalités socio-culturelles des classes populaires.
Des contradictions non résolues
Les mouvements sociaux et l’altermondialisme fourmillent de propositions politiques pour contrer le rouleau compresseur austéritaire et offrir de nouveaux paradigmes face au capitalisme productiviste et consumériste.
Mais il convient d’admettre que, dans la période actuelle, le problème est moins une question de « propositions » ou de « projets » que de groupes sociaux existants et d’organisations mobilisées pour les porter.
Cela se révèle d’autant plus difficile dans un espace économique et financier élargi - l’Union européenne -, qui institue une « démocratie limitée » à l’échelle continentale et nationale. Dans cette dernière, l’économie, la finance, la politique monétaire sont des domaines mis hors de portée de la souveraineté populaire.
Ainsi, les contradictions non résolues auxquelles ont dû faire face les Forums sociaux européens se sont accentuées avec l’approfondissement de la crise et de l’austérité.
Celles-ci ont entraîné une augmentation significative de la conflictualité sociale partout en Europe : grèves générales, actions dans les usines et les entreprises, mouvements étudiants, contestation de fractions des classes moyennes - Indignés, etc. -, luttes autour de thématiques agricoles, rurales et environnementales dans les territoires locaux, etc.
Mais, en aiguisant la dimension défensive des résistances, elles ont, dans le même temps, consolidé les forces centrifuges qui contiennent les mouvements sociaux depuis quinze ans.
Ainsi, ces derniers sont affectés par des phénomènes de représentativité sectorielle, de fragmentation, de manque de coordination entre les luttes locales (comme celles dirigées contre le mégaprojet inutile d’aéroport de Notre Dame des Landes ou de lignes de train à grande vitesse Lyon-Turin [6]), nationales et européennes.
Ces limites concernent également la dimension politique et stratégique. Malgré l’existence d’une large palette de propositions reflétant leur diversité, les mouvements sociaux en Europe restent incapables d’élaborer un socle programmatique commun, concret et applicable, du fait de désaccords persistants sur certaines questions vives comme l’avenir de l’UE.
Ils font également face à des stratégies syndicales défensives qui se traduisent, dans des pays comme l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie [7], par la signature d’accords d’un nouveau type avec le patronat sur la flexibilité du travail - et le recul des droits sociaux et syndicaux - en échange d’engagements à la non délocalisation, etc. [8]. Mettant à rude épreuve l’unité syndicale dans les pays concernés, ces dynamiques affaiblissent significativement l’ensemble du front de la contestation.
Vers des jours meilleurs ?
Pourtant, malgré l’ensemble de ces difficultés, nombre d’animateurs des mouvements sociaux considèrent entrer dans une phase plus prometteuse.
Pour ces derniers, la séquence ouverte par le 14 novembre et la rencontre de Florence signale, comme le résume Raffaella Bolini, une « reconnexion des mouvements, ce qui est fondamental pour créer un meilleur rapport de forces ». Cependant, précise-t-elle, « ce n’est que le tout début. Un événement comme Florence ne suffit pas pour dépasser la fragmentation des agendas dont nous souffrons ».
Sur ce point, Hugo Braun confirme : « Florence 10+10 a démontré que la plupart des groupes qui ont participé n’étaient pas encore prêts à abandonner leurs intérêts particuliers et à construire une stratégie commune contre la domination du néolibéralisme. Ceux qui ont pratiquement le plus participé sont ceux qui étaient actifs lors la période précédente. Les dits « nouveaux mouvements » (Indignés et Occupy) n’ont pas joué un rôle prépondérant ».
Et d’ajouter : « Quant aux syndicats, surtout représentés par la Confédération générale italienne du travail (CGIL), la Confédération générale du travail (CGT) française et quelques syndicats de gauche minoritaires d’Italie et de France, ils ne sont pas intervenus de manière constructive ».
Pour Kenneth Haar, « Florence 10+10 a été un moment important. Il a rassemblé diverses forces de toute l’Europe dans un moment très difficile. Il a également permis d’observer l’état des contradictions à l’œuvre entre les pro-Europe fédérale et les critiques de l’UE, les Indignés et les syndicats, entre les mouvements issus de luttes différentes. »
« Nous devrions », insiste-t-il, « lire cette situation comme une invitation à réfléchir sur la faiblesse des mouvements sociaux et la confusion qui existe en leur sein. Une conclusion s’impose une nouvelle fois : cela prend beaucoup de temps de construire un sens et un front communs ».
Et Pierre Khalfa d’ajouter : « La plupart des organisations présentes dans les Forums sociaux s’étaient déplacées, ce qui n’était pas donné d’avance. Même si comme d’habitude, le processus d’écriture du texte final a été un peu chaotique, le résultat est plutôt satisfaisant ».
Deux initiatives principales ont été annoncées pendant cette rencontre. La première est l’organisation d’une nouvelle journée d’action commune le 23 mars 2013 à l’occasion du Sommet européen semestriel.
La seconde est le lancement d’un processus visant à rassembler l’ensemble des forces sociales, en lien avec les forces politiques (sous des formes à déterminer laissant la direction de la préparation aux mouvements sociaux), qui luttent contre l’austérité en Europe. Et ce, afin de bâtir un cadre de travail permanent et pérenne, ainsi qu’un agenda de mobilisations communes.
Cet « Alter Summit » devrait se tenir du 7 au 9 juin à Athènes [9]. Constituera-t-il ce point de « (re)connexion » pour les mouvements sociaux, syndicaux et politiques de transformation en Europe ?
NB : cet article constitue une actualisation et un développement de « Crise économique et luttes politiques et sociales en Europe. Limites et perspectives d’un mouvement social à l’échelle européenne ».
Il reprend certains éléments de ce texte et s’appuie sur des entretiens réalisés entre le 20 et le 25 novembre 2012 auprès d’animateurs de mouvements sociaux européens.
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Texte de Firenze 10+10
Firenze 10+10 : appel à l’action et road-map
Plus que 4 mille participants, 300 réseaux et organisations venant de 28 pays dans toute l’Europe et hors l’Europe, se sont retrouvés dans la Fortezza da Basso à Florence pour débattre et trouver une stratégie commune pour une autre Europe. Plus que 100 rencontres et plusieures campagnes lancées. Un appel pour une action commune est né à partir des convergences, aussi bien qu’une roadmap :
UNIR LES FORCES POUR UNE EUROPE COMMUNE
Notre démocratie à la place de leur Austérité
Organisations sociales, mouvements sociaux, syndicats et citoyens engagés dans la lutte à l’austérité et la dette, pour les biens naturels et sociaux, pour les droits sociaux et du travail, pour la démocratie, la justice sociale, la paix, pour la question du genre et les droit des migrants se sont réunis à Florence.
On appelle pour une mobilisation européenne permanente qui soutienne le luttes contre les crises et construise un avenir pour tout le monde en Europe et dans le monde entier. Telle mobilisation inclura à la fois des convergences et des actions décentralisées.
La première initiative d’unification vers une convergence d’ampleur européenne est la Grève générale et les mobilisations contre l’austérité dans plusieurs pays de l’Europe le 14 Novembre 2012.
On propose une journée commune pour une action en occasion du Summit UE du Printemps, qui se déroulera à Bruxelles le 23 Mars. La forme et l’appel final pour cette mobilisation commune seront discutés et concordés dans les mois à venir dans un processus ouvert et participatif.
On appelle à s’engager dans les actions et mobilisations suivantes :
· 18 Décembre 2012 : Journée mondiale des migrants
· 23-27 Janvier 2013 : Action Contre la Financiarisation de la vie et des biens communs (action contre les banques)
· 8 Mars 2013 : Action européenne d’affirmation de l’émancipation de femmes face à l’austérité et la dette
· 26-30 Mars 2013 : Forum Social Mondial à Tunis
· Mai 2013 : Blockupy à Francfort (Allemagne)
· 7-9 Juin 2013 (proposition) : Alter Summit à Athènes (Grèce)
· Juin 2013 : actions en occasion de G8 Summit in UK
· Actions solidaires concrètes au soutien des gens touchés par les politiques d’austérité ainsi que les victimes de la violence raciste et de l’abuse.
Toutes les organisations et les mouvements peuvent s’engager dans les actions auxquelles ils participent avec les modalités qui leur conviennent.
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Notes
[1] Des dizaines de milliers de personnes venues du monde entier y affluèrent. A cette époque, le contexte était marqué par l’après 11 septembre 2001 et les politiques belliqueuses et sécuritaires des faucons néoconservateurs de George Bush (Afghanistan, Irak), par la montée en puissance de gouvernements progressistes et de mouvements sociaux en Amérique latine remettant en cause les dogmes néolibéraux, par l’hégémonie des Etats-Unis et des institutions financières internationales, par les premières mobilisations d’ampleur contre le néolibéralisme en Europe (contre le G 8 à Gênes ou contre le traité de Nice de l’Union européenne en 2000), par l’entrée de la Chine au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
[2] Voir Nota bene.
[3] Site officiel de Firenze 10 + 10
[4] Représentante de l’association d’éducation populaire Arci au sein de nombreux réseaux altermondialistes et au Conseil international du Forum social mondial.
[5] Elle « participe, [à ce titre], à l’élaboration des politiques économiques et sociales au plus haut niveau, en collaboration avec tous les organes de l’UE :présidence, Conseil, Commission européenne et Parlement européen ». (http://www.etuc.org/r/64)
[6] Sites de la Coordination des opposants au Lyon Turin et, en italien, du mouvement NO TAV.
[7] Le 21 novembre, après soixante-dix jours de négociations, syndicats et patronat (ABI, ANIA, Confindustria, Alliance coopérative internationale, Réseau des entreprises Italie, syndicats CISL, UIL et UGL) ont signé un accord pour « la croissance de la productivité et de la compétitivité ».
Celui-ci remet en cause la structure des relations sociales dans le pays. Désormais, des accords d’entreprise pourront se substituer aux conventions collectives et accords de branche qui, jusqu’à présent, régissaient horaires, salaires et définition des postes de travail.
[8] Le gouvernement français s’intéresse particulièrement à ce modèle. Lire « Marché du travail : Paris regarde l’exemple italien », Le Monde, 14 novembre 2012.
[9] Pour en savoir plus
La Maison autonome
Au-delà de nos visites, stages et conférences nous avons créé les éditions La Maison Autonome. Nous diffusons 6 ouvrages pour aider à comprendre et pratiquer l’essentiel de l’écologie, celle que chacun d’entre nous tentons de pratiquer au quotidien.
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Notre Dame des Landes : l’avis de l’autorité environnementale passe à la trappe !
Pour Eau et Rivières de Bretagne, un avis légal manque dans le dossier aquatique du projet d’aérport
Le responsable d’Eau et Rivières de Bretagne n’en revient pas. L’avis de l’autorité environnementale ne figure pas dans l’enquête publique de la loi sur l’eau appliquée à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
« Cet avis, qui doit éclairer le public sur l’impact du projet, était obligatoire au moment de l’enquête, cet été », affirme Gilles Huet, délégué général de l’association. « Inquiète », l’association l’a demandé trois fois. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement des Pays de la Loire (Dreal) vient de répondre.
Effectivement, l’avis n’existe pas. « Il n’est pas nécessaire dans la mesure où il n’était pas obligatoire lors l’enquête de déclaration d’utilité publique (2006) qui a précédé la récente enquête loi sur l’eau, explique la préfecture de région. Mais le ministre de l’Environnement avait donné un avis en 2006. »
Une logique contestée par le responsable d’Eau et Rivières de Bretagne. « Les deux procédures, déclaration d’utilité publique et loi sur l’eau, n’ont rien à voir », affirme-t-il.
« Alors qu’elle multiplie les avis sur les projets mineurs, le moindre camping, la plus petite zone commerciale, la Dreal n’a pas jugé bon d’analyser le plus vaste projet d’aménagement de l’Ouest, destructeur d’un millier d’hectares de zones humides », dénonce Gilles Huet.
Celui-ci pointe le double rôle de la direction régionale de l’environnement, à la fois experte en environnement et chargée de mener des projets. Ici c’est elle qui s’occupera de la desserte routière de l’aéroport.
« On peut douter de la capacité de l’État à être un arbitre objectif dans ce dossier », regrette le responsable, par ailleurs persuadé que « l’absence d’une pièce importante augmente la fragilité du dossier au regard des mesures environnementales ».
Le nouvel aéroport est situé dans le bocage nantais, en zone humide. Ne pouvant compenser en surface les atteintes à l’environnement, l’État et le constructeur Vinci ont élaboré une autre formule, expérimentale.
Celle-ci va être évaluée par une commission d’experts. La nouvelle méthode ouvrira la voie au contournement de la loi sur l’eau, estiment les associations de défense de l’environnement.
Quant à l’avis de l’autorité environnementale, les associations n’auront plus besoin de le chercher. Delphine Batho, ministre de l’Écologie et du Développement durable vient de modifier le code de l’Environnement. Par décret, elle a supprimé, précisément, l’obligation de produire l’avis de l’autorité environnementale pour les travaux visés par la loi sur l’eau.
La synthèse du rapport sur la catastrophe de Fukushima traduite en français
« L’accident nucléaire de Fukushima a été le résultat d’une collusion entre le gouvernement, les organismes de réglementation et Tepco, et de la gestion défectueuse des dites parties ».
Enfin traduite en français, la synthèse du rapport sur la catastrophe de Fukushima montre un univers où les autorités et les exploitants d’installations nucléaires ont privilégié leurs intérêts propres à ceux des populations.
Hasard du calendrier : un an après la nomination par le parlement de la commission d’enquête indépendante sur l’accident de Fukushima, des traducteurs bénévoles mettent en ligne une traduction de la synthèse du rapport de ladite commission.
Totalement étrangers au monde nucléaire ou à celui de l’énergie, les 10 commissaires ont auditionné 1.167 personnes, réalisé 9 visites de sites, ont sondé des milliers de résidents des zones contaminées et de travailleurs du nucléaire.
L’équipe a aussi rencontré des experts américains, français, biélorusses, ukrainiens et russes. Au total, 6 mois de labeur acharné dont le résultat était particulièrement attendu, tant au Japon qu’à l’étranger. Retransmises sur internet, les 19 réunions de la commission ont été suivies par 800.000 internautes. Les tweets ont reçu 170.000 commentaires.
En quelques dizaines de pages, la synthèse du rapport dresse un tableau hallucinant non seulement de la désorganisation des secours, passés le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, mais surtout de la culture de sûreté nucléaire régnant au Japon.
Les auteurs le disent tout net : « L’accident nucléaire de Fukushima a été le résultat d’une collusion entre le gouvernement, les organismes de réglementation et Tepco, et de la gestion défectueuse des dites parties ».
En introduction de leur réquisitoire, les commissaires estiment que « les causes directes de l’accident étaient toutes prévisibles avant le 11 mars 2011 ».
« Tepco et l’agence de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa) étaient conscients de la nécessité d’un renforcement structurel pour être en conformité avec les nouvelles normes, mais plutôt que d’exiger leur mise en œuvre, la Nisa a estimé que les mesures devaient être prises de manière autonome par l’opérateur. »
Tous les acteurs étaient informés du fait que la société japonaise des ingénieurs civils avait minoré le risque de fort tsunami dans la région. Par conséquent, « parce que la probabilité était faible », point n’était besoin de renforcer les mesures de prévention d’inondation ou de rupture de l’alimentation électrique des centrales.
Fustigeant le discours officiel, les membres de la commission excluent que le tsunami soit la seule cause des dommages de la centrale de Fukushima : « Les dommages causés au réacteur numéro 1 ont été causés non seulement par le tsunami mais aussi par le séisme ».
Mais aussi par la conception même de la centrale (d’origine américaine) qui ne disposait pas de « systèmes redondants et diversifiés, ni de résilience parasismique pour les alimentations électriques internes. Par ailleurs, le poste de SinFukushima n’était pas résistant aux séismes. »
Les négligences de l’exploitant du site, Tepco, sont fréquemment pointées du doigt. Ses opérateurs ne disposaient « d’aucuns manuels complets » et ne réalisaient pas d’exercices périodiques de préparation aux incidents. Une fois la crise survenue, l’électricien tokyoïte a caché des informations aux autorités et fui ses responsabilités en ne faisant pas part au gouvernement de ses intentions.
Faute de leadership dans la conduite des opérations de secours, l’information n’a pas atteint les principaux intéressés : les habitants des zones contaminées.
« Seulement 20% des habitants de la ville proche de l’usine étaient au courant de l’accident lorsque l’ordre d’évacuation de la zone des trois kilomètres a été donné. » Un ordre qui faisait suite à une consigne de « calfeutrement prolongé au domicile », ce qui n’a pas facilité la gestion de crise. Au final, 150.000 personnes ont été évacuées.
« Ce qu’il faut admettre, aussi douloureux soit-il, c’est que nous avons affaire à un désastre made in Japan. Les raisons fondamentales sont à chercher dans le souci des convenances qui fait partie intégrante de la culture japonaise : notre obéissance automatique, notre réticence à remettre en cause l’autorité, notre attachement au respect du programme, notre dépendance au groupe et notre insularité », conclut le président de la commission.
« Cette arrogance a été renforcée par la mentalité collective de la bureaucratie japonaise, pour laquelle le premier devoir de tout bureaucrate est de défendre les intérêts de son organisation. Poussée à l’extrême, cette mentalité a conduit à placer les intérêts de l’organisation avant leur devoir primordial, qui est de protéger la population », poursuit Kivoshi Kurokawa.
Constructive, la commission formule plusieurs recommandations. D’abord, la remise à plat du système de régulation de la sûreté nucléaire : ce qui implique la création d’une autorité de sûreté indépendante (notamment du puissant ministère de l’industrie), son respect par les exploitants, la refonte du corpus juridique et la réforme du système de gestion de crise.
Les commissaires préconisent aussi un meilleur suivi médical des populations originaires des zones contaminées. Ils appellent enfin le gouvernement à rendre public son programme de décontamination.
Lettre d’un Zadiste emprisonné
"Ils nous poussent dans l’illégalité et la rébellion. Ma peine est celle d’un être humain qui ne se soumet pas. Comme la vôtre. Faut-il pourtant subir ? Ma réponse est Non. Nous ne lâcherons rien. Car peu importe le temps , ce qui compte ce sont les messages et le résultat, ainsi que les erreurs flagrantes que le peuple voit. Ne changez rien, restez comme vous êtes, libres !"
Cyril s’est fait condamner en comparution immédiate fin novembre après s’être fait arrêter sur la zad par des gendarmes infiltrés sur une barricade (il y a déjà eu des articles publiés là-dessus).
quartier maison d’arrêt Cyril n° d’écrou 57360 Rue de la Mainguais, 44300 nantes
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Mes chers camarades,
Un très grand merci pour votre soutien et celui des autres camarades zadistes. Pas une journée ne se passe sans que je pense à vous tous.
Merci pour ces infos non muselées que tu m’apportes, cela renforce encore plus mes convictions déjà fortes et ne me désespère pas pour notre cause qui est juste, elle.
Nous ne sommes peut-être qu’une épine dans le pied de ce gouvernement mais elle est assez profonde pour qu’il ne puisse la retirer. Remplie d’un venin qui se nourrit d’amour et de solidarité, elle envenime ceux qui sont pour la destruction, la répression violente et les constructions capitalistes inutiles, pour une population pacifiste mais résistante qui ne demande que de vivre en paix et en harmonie avec la mère nature.
Ils ne sont pas à leur premier coup d’essai. Mais la résistance est toujours là. Nous faisons partie de la nouvelle et de l’ancienne génération qui lutte depuis tant d’années contre ces multiples projets inutiles.
Ils dépassent les bornes. Ces souffrances qu’ils infligent à nous et à la mère nature sont malheureusement irréversibles et nous ne les oublieront jamais. Qui sont-ils pour penser que la valeur de l’argent est plus importante que celle de l’être humain et de son environnement ?
Pour moi c’est un devoir envers les miens de crier mon opposition à tout cela. La destruction massive de notre mère la terre doit cesser car les conséquences en sont désastreuses. Que laisserons-nous à nos enfants ?
Une chose est sûre, nous ne sommes pas des lâches. Nous nous battons pour des valeurs sûres, justes et ils en seront fiers. L’Etat ne peut en dire autant, car il n’en est pas à sa première erreur.
Mes grands parents et mon père ont subi les mêmes erreurs à une échelle différente et il leur était reproché à l’epoque le simple fait d’être juifs et de vouloir protéger cette terre qui est la nôtre.
Refusant de partir de leur terre pendant la guerre, ils en ont payé le prix fort. Fusillés par les collabos de l’époque devant mon père qui n’avait que 5 ans. Certaines choses ont changé mais le gouvernement lâche et hypocrite reste ferme devant les cris et les pleurs de ses enfants qu’il dit capricieux.
Je pense que le caprice vient d’eux et que la Raison vient de notre passion et de notre amour pour ces nombreuses causes justes et défendables. Ils ne l’entendent pas de même et nous poussent dans l’illegalité et la rébellion. Ma peine est celle d’un être humain qui ne se soumet pas. Comme la vôtre.
Faut-il pourtant subir ? Ma réponse est Non. Nous ne lâcherons rien. Car peu importe le temps , ce qui compte ce sont les messages et le résultat ainsi que les erreurs flagrantes que le peuple voit. Ne changez rien, restez comme vous êtes, libres !
Mes bottes me manquent, vous me manquez camarades et ami-e-s et je continue la lutte d’une autre manière. Grâce à vous j’ai assez de contacts à l’extérieur pour me faire entendre. Cela fait plus de dix ans que je me bats pour différentes causes.
Je suis originaire de cette région et je le resterai malgré mon interdiction de séjourner dans le 44 pendant 2 ans. Sauf Avessac où j’ai acheté un petit corps de ferme que je rénove pour tous ceux qui aiment la nature et la liberté.
Je suis tailleur de pierre et cela me plait. Ma lutte se fait aussi dans la musique depuis 12 années et passera ces messages grâce à l’aide extérieure, étant à l’heure actuelle prisonnier. Je suis sur le projet d’un nouveau CD destiné à notre cause. Car il me semble nécessaire de faire passer ces messages.
Je vous fais donc part du premier jet de la première chanson que je vous offre en espérant votre participation future d’une verité qu’on nous demande de cacher.
J’aimerais si possible que cette lettre ainsi que cette chanson soient mises sur Indymedia. Merci.
Je compte sur vous et vous remercie tous pour le soutien que vous m’apportez et surtout pour cette cause juste. La terre de nos parents est la future terre de nos enfants, ne l’oublions pas.
V.D.R et S
Je vous embrasse,
Cyril n°ecrou 57360 prison de Nantes.
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Cette chanson se fredonne comme un chant de pirate.
ZAD PACIFISTE MAIS RESISTANTE
Refrain :
Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des enfants Nous nous battons pour la terre et non pour l’argent Que laisserons-nous derrière pour tous ces enfants ? Sûrement pas une terre meurtrie depuis trop longtemps.
Nous ne pouvons plus nous taire car l’erreur est flagrante L’Etat reflète notre misère et en est conscient. Pousse l’humain à bout de nerf à cause des dirigeants. Dans une atmosphère austère et si méprisante.
Nous nous battons pour cette terre que nous aimons tant. Pour combattre cette misère nous restons devant. L’égalité sur cette terre n’est pas si flagrante. Regardez autour mes frères l’ampleur est dégradante.
Pour nos soeurs et pour nos frères même pour nos enfants. Le reflet d’une misère créée par tous ces gens. De finance et de guerre nous nous laisserons pas faire. En avant tous ensemble.
Refrain
Que laisserons-nous derrière si ce n’est le temps de réparer cette terre qui nous offre tant. Nous ne sommes pas des criminels nous sommes des enfants tous issus de la même terre celle de nos parents.
N’ayons plus peur de nous taire devant toute cette violence. Envers nous envers la mère qui nous rend vivant. Des cultures si différentes et enrichissantes. Pour combattre la misère qui est juste devant.
Allons marchons mes frères unis tous ensemble. Montrons leur ni peur ni souffrance car nous nous sommes fiers De combattre vaillement mais pas pour la guerre. Pour un futur rayonnant résistons mes frères.
Que laisserons-nous à nos enfants sûrement pas la misère. Que le ministère comprenne que l’on ne peut se taire Devant toute cette violence gratuite et volontaire Nous ne pouvons nous taire.
Merci pout tout et continuez à vivre.
En Belgique, encore des subventions pour soutenir le transport aérien
Face au low cost favorisé par des subventions indirectes et l’évasion fiscale, l’Etat belge subventionne la compagnie nationale. Une histoire qui n’est pas que belge...
Le comité ministériel restreint a décidé mercredi 12 décembre de dégager 20 millions d’euros pour soutenir le secteur aérien face à la concurrence déloyale. L’argent servira à la formation et une exonération partielle des charges sociales. Brussels Airlines qui bénéficiera principalement de cette aide a réagi avec soulagement à cette décision.
Ce coup de pouce est conforme aux règles européennes sur la libre concurrence, a assuré la porte-parole du secrétaire d’Etat en charge de la Mobilité, Melchior Wathelet. La première mesure permettra de rémunérer les pilotes qui, à l’heure actuelle forment gratuitement leurs collègues.
Par ailleurs, le comité ministériel a approuvé une exonération partielle des charges sociales pour les prestations réalisées à l’étranger. Sont notamment visés les vols intercontinentaux au cours desquels le personnel est rémunéré lors d’un séjour à l’étranger.
Ce régime sera remplacé par une allocation de disponibilité, sur laquelle aucune charge sociale n’est appliquée. Conformes à la réglementation européenne, ces mesures doivent permettre de faire le pont jusqu’à l’entrée en vigueur de mesures de la Commission européenne sur la concurrence déloyale dans le secteur aérien.
Elles bénéficieront principalement à la compagnie Brussels Airlines qui doit faire face depuis des années à la concurrence de Ryanair, une compagnie à bas coût établie en Irlande où le régime fiscal et social est nettement plus avantageux pour les entreprises.
« La fin d’une attente de 8 à 9 ans »
La décision du gouvernement de dégager 20 millions d’euros pour soutenir le secteur aérien face à la concurrence déloyale a été accueillie positivement chez Brussels Airlines.
« Nous sommes contents que les autorités aient reconnu le problème. Le secteur plaide pour une telle mesure depuis 8 à 9 ans », a réagi mercredi le porte-parole de Brussels Airlines, Geert Sciot.
La sonnette d’alarme quant aux charges sociales plus élevées des sociétés belges avait déjà été tirée du temps de la Sabena, insiste M. Sciot. Le problème s’était accru ces dernières années, les sociétés étrangères étant autorisées à établir une base en Belgique tout en payant leurs charges sociales selon leur pays d’origine.
Il ne s’agit pas d’un soutien du gouvernement, mais bien de la suppression d’une discrimination, souligne le porte-parole. Un montant de 30 millions d’euros avait été évoqué il y a quelques semaines, mais celui-ci a finalement été ramené à 20 millions. La compensation concerne l’ensemble du secteur. Brussels Airlines ne sait pas encore quel montant elle recevra. La compagnie ne peut donc pas encore évaluer si elle aura besoin de réaliser des économies en interne.
Lobbying pro-aéroport : voici l’appel d’offres
Pour tenter de faire remonter sa cote dans l’opinion publique, le Syndicat mixte aéroportuaire va financer, aux frais des citoyens, des actions de lobbying et de communication en faveur du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Reporterre publie le texte de l’appel d’offres.
Voici le texte de l’appel d’offres de ce marché de « prestations intellectuelles » :
PC Inpact
Le Syndicat Mixte Aéroportuaire, situé à l’Hôtel de la Région de Nantes, vient de lancer un appel d’offres. Son objet ? Implanter une tour de contrôle sur les médias sociaux et la presse sur l’épineux sujet de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Un projet largement contesté aussi bien à NDDL que sur Internet.
C’est Presse Océan qui a signalé l’existence de ce marché, nous en publions ci-dessous l’une des principales pièces constitutives :
•Marché de lobbying presse et média sociaux NDDL
L’appel comporte deux volets. L’un visant les médias sociaux, l’autre la presse. Dans tous les cas, les deux prestataires qui remporteront ce marché « devront prendre en compte l’actualité de la réalisation de la future plateforme aéroportuaire du Grand Ouest » et « promouvoir la réalisation de l’Aéroport au niveau des institutions et pouvoirs publics, des réseaux d’influence et des médias à l’échelle nationale et européenne ».
Les chefs de ligne pour cette opération de lobbying seront le directeur général et surtout Jacques Auxiette, président PS de la région et président du Syndicat. Nos prestataires « seront [aussi] en rapport également avec les élus, les Cabinets et les Directions générales des Services des membres financeurs du Syndicat Mixte » indique le document.
Mission de lobbying sur les réseaux sociaux
Le chantier d’influence sur les médias s’annonce ambitieux puisqu’« afin de réaliser ces prestations, les prestataires devront livrer l’ensemble des outils de communication nécessaires à la mission de lobbying : notes de synthèse et notes techniques, argumentaires, montages de réunions et rencontres etc. » Des réunions de coordination et de concertation éviteront les crashs afin que « cette collaboration se passe dans les meilleures conditions ».
Sur les réseaux sociaux, tout sera fait pour promouvoir l’aéroport et donc, en creux, disqualifier les contestations. « Cette stratégie de lobbying et d’influence devra être efficace et opérationnelle » exige le Syndicat Mixte qui réclame des plans d’actions adaptées « pour expliciter les différentes phases de réalisation de la plateforme aéroportuaire ainsi que les impacts socio-économique et spatial de cet équipement sur le développement des territoires concernés. »
Fidéliser les intervenants, les décideurs, les relais, les alliés
Veille « on line » « action rapide sur les médias sociaux » sont au programme de ce plan de vol. Ce n’est pas tout : le Syndicat Mixte Aéroportuaire réclame « l’animation d’un dispositif type « community management » en identifiant et fidélisant les intervenants, les décideurs, les relais et alliés ». Bref, faire du bruit sur le tarmac des réseaux sociaux, mais uniquement pour fleurir le futur chantier de l’aéroport.
En coulisse, l’ode à l’aéroport laisser place à la sécheresse des tableaux Excel de haut vol : « le prestataire devra réaliser et alimenter un tableau de bord de suivi des réseaux sociaux et de l’e-réputation de l’aéroport ».
Ce n’est pas tout, « il devra, en outre, rendre compte de son activité, le prestataire devra rédiger et transmettre un rapport écrit mensuel du travail effectué sur la base d’indicateurs validés par le syndicat mixte. Ce rapport devra contenir a minima les actions entreprises, des statistiques de fréquentation et une analyse qualitative et servira au prestataire pour évaluer sa stratégie. Le prestataire devra faire des propositions pour la recaler le cas échéant. Ponctuellement, le prestataire pourra être amené à assurer une prestation de conseil et d’accompagnement du syndicat mixte dans le développement de sa stratégie de lobbying. »
Un noyau dur de supports et de journalistes prescripteurs
Mais ce n’est pas tout. Outre les Facebook et autre timeline Twitter, le Syndicat Mixte veut également parfumer ses relations avec les journalistes. Le prestataire devrait mener un plan stratégique similaire à l’égard de la presse.
Mais le Syndicat Mixte prend le soin de préciser que cette stratégie portera sur différents points. Par exemple, il s’agira d’ « identifier et fidéliser un « noyau dur » de supports et journalistes prescripteurs », le tout ponctué de « rendez-vous informels avec ces personnes ».
Le prestataire ne devra pas oublier de « transmettre au Syndicat Mixte les éventuelles opportunités de communication et proposer les actions presse adéquates » ni de « recenser les sujets susceptibles d’intéresser les journalistes, pointer les accroches et angles pertinents pour chaque événement ou actualité dans lesquels le Syndicat Mixte peut être impliqué. »
Plus classiquement, le marché attend « un « press book » « des retombées presse, la préparation d’ émissions et interviews », des « conférences de presse » ou que soit assurée « une veille des retombées presse en rapport avec les objectifs cités plus haut permettant les ajustements et les évolutions nécessaires en fonction des résultats obtenus. »
« Ce plan sera validé par le syndicat mixte ». Nos heureux confrères seront ravis de savoir que ce syndicat compte « organiser l’ensemble des actions en direction des journalistes ciblés (conférences de presse, voyages de presse, rendez-vous individuels). » Bien entendu, « le syndicat mixte se chargera des frais techniques (salles, transport, hébergement… des journalistes) au vu des devis fournis par le prestataire. »
L’élaboration d’une stratégie de lobbying et la mise en oeuvre dans les médias sociaux sera facturée entre 50 000 et 120 000 euros HT sur deux ans. Pour la partie « stratégie presse », le Syndicat va mettre sur la table pour la même période entre 20 000 € et 70 000 € euros HT. Le prix à payer pour implanter une tour de contrôle dans les médias et réseaux sociaux.
Marc Rees
Reuters
Soucieux de contrer l’opposition au futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, le syndicat mixte aéroportuaire a lancé un appel d’offres pour mener du lobbying en faveur du projet, selon un document obtenu par Reuters.
Une démarche jugée "inadmissible" par les opposants à l’aéroport, qui soulignent que le Premier ministre et ancien maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, porteur du projet, a mis en place le 30 novembre une "commission de dialogue".
Les candidats à ces prestations de lobbying, qui visent à mieux faire entendre les arguments des pro-aéroport dans les médias sociaux et dans la presse, peuvent se déclarer jusqu’au 7 janvier. La durée du marché porte sur deux ans.
"Le présent marché a pour objet d’assurer des prestations de lobbying et d’influence, de conseils stratégiques et opérationnels, et d’appui pour la mise en place de programmes d’envergure", précise le document révélé par Presse Océan.
La mission du prestataire "portera sur l’élaboration d’une stratégie de lobbying auprès des institutionnels et du grand public afin de promouvoir la réalisation du futur aéroport du grand ouest".
Le président du syndicat mixte aéroportuaire est également président socialiste de la région Pays de la Loire.
Jean-Philippe Magnen, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts et conseiller régional des Pays de la Loire, a dit à Reuters avoir "le sentiment que les pro-aéroport perdent un peu leur sang-froid".
"Leur communication est problématique sur le fond car elle prend des airs de caricature", a-t-il dit.
"C’est paradoxal de mettre l’argent du contribuable dans des actions de lobbying en faveur du projet. Si on fait le pari du dialogue, avec une commission qui s’y consacre, on réévoque les questions de fond du dossier en toute transparence vis-à-vis des citoyens, mais sans l’influencer par ces opérations de communication grand public", a-t-il ajouté.
Julien Durand, porte-parole de L’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa), juge cet appel d’offres "totalement inadmissible et inqualifiable".
"J’ai l’impression qu’ils sentent que le projet est en train de leur échapper", dit-il. "C’est de l’argent public, qui vient directement de la région, et qu’on ferait mieux de mettre ailleurs. Je m’interroge sur la manière dont les contribuables vont percevoir ces agissements".
Le futur aéroport doit être mis en service en 2017 à Notre-Dame-des-Landes. Il doit remplacer l’aéroport actuel, situé à Bouguenais, au sud de Nantes.
Cette semaine, l’expulsion des opposants au projet d’aéroport regroupés près de Nantes a été ordonnée par la justice, entraînant des violences.
Jérôme Jolivet
La rénovation thermique, c’est très bien - mais ça coûte
Place d’Aligre, à Paris, une opération exemplaire de rénovation thermique a été menée avec l’accord de tous les copropriétaires. Mais le succès n’a été possible que grâce à des « aides conséquentes »
- Reportage, Paris
Mercredi 5 décembre, la Mairie de Paris, la région Ile-de-France, l’ADEME et l’Agence Parisienne du Climat organisaient la visite d’un chantier « exemplaire » de rénovation thermique, celui de la copropriété de la Fontaine d’Aligre (12e). L’occasion de faire un point sur les enjeux actuels de la rénovation énergétique des bâtiments en milieu urbain, à la veille d’un nouveau cycle d’événements sur le sujet.
A Paris, les 43 000 copropriétés représentent 78% du parc immobilier. Or le secteur du bâti (résidentiel, tertiaire) représente environ 23% des émissions de gaz à effet de serre (130 millions de tonnes) et près de 50% de la consommation nationale d’énergie finale. Les copropriétés sont donc un objet important des politiques urbaines, à double-titre : dans la lutte contre le changement climatique et dans le rétablissement d’une balance commerciale actuellement déficitaire, en raison notamment d’importations énergétiques conséquentes. Voici pour les enjeux à l’échelle macro.
Dans le logement, 72% de la consommation d’énergie totale est en moyenne consacrée au chauffage. Cette statistique dépend évidemment des données structurelles du logement : les bâtiments construits avant 1975 - date de la première règlementation thermique - ont d’autant plus de probabilités d’être énergivores, ce à cause d’une mauvaise isolation, qu’on identifie au travers de fenêtres en simple vitrage, d’effets "paroi froide" (1) ou des ponts thermiques au niveau de la toiture, etc. Or la proportion de logements anciens dans la capitale est très importante : on estime à plus de 60% la proportion d’immeubles construits avant 1950. D’où un schéma-type pour les ménages parisiens : rénover pour limiter les déperditions, pour consommer moins d’énergie, et donc pour réaliser des économies tout court, au final. Voilà pour les enjeux micro.
Depuis quelques années, outils et programmes ont été mis en place pour accompagner ce grand chantier de rénovation des habitats existants, à l’image du plan bâtiment issu du Grenelle. Les acteurs également s’impliquent plus nombreux dans des politiques de réhabilitation. C’est ainsi que la Mairie de Paris a lancé son Plan Climat Energie et que l’Agence Parisienne du Climat (APC) a vu le jour en 2010, notamment dans le but d’assister ces importants projets de rénovation thermique. La copropriété de la Fontaine d’Aligre en est un exemple pionnier. Unanimement salué, ce projet révèle aussi les manques qui affaiblissent les dispositifs de rénovation énergétique.
La Fontaine d’Aligre est un bâtiment original, en arc-de-cercle, dont l’aspect extérieur "modern-communiste" tranche avec l’ambiance de plus en plus bobo de la place d’Aligre (12e). Construite en 1971, la copropriété regroupe 110 logements. En mai 2011, après des mois de présentation et d’argumentation, le conseil syndical - copropriétaires élus par l’assemblée des copropriétaires pour contrôler la gestion du syndic - parvient à faire voter à 72% l’engagement dans des travaux de rénovation. Une facture de 820 000 Euros. Au programme : refaire la toiture avec un isolant thermique, ravaler les pignons en y ajoutant également un isolant, changer les 400 fenêtres d’origine par du double-vitrage ou encore installer des régulateurs sur le chauffage. Ces travaux font ainsi progresser les logements de l’étiquette E à l’étiquette C dans le diagnostic de performance énergétique. Plus concrètement, ces travaux doivent permettre de réduire de 50% la consommation d’énergie globale : de 90 000 euros, la facture énergétique sera, une fois les travaux réalisés, de 46 000 euros par an, soit 420 euros par lot.
Le succès grâce... à des aides conséquentes
La réussite de ce projet permet paradoxalement d’expliquer la difficulté des autres à se réaliser. L’accord obtenu lors de l’Assemblée Générale tient à deux raisons : 80% des copropriétaires occupent leur logement - ce qui rend plus facile la prise de décision, le retour sur investissement étant directement ressenti -et surtout, ils ont obtenu des aides conséquentes, qui ont sensiblement réduit leur effort financier, atténuant ainsi les oppositions au projet. A voir Gérard Andrieux, président du conseil syndical, remercier si chaleureusement Emmanuelle Cosse, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France en charge du logement, à son arrivée, on comprend que sans le soutien public, l’histoire aurait été tout autre...
La Région a en effet subventionné à hauteur de 300 000 euros le coût des travaux. « La Région fait la chasse aux "passoires thermiques", et en matière de logement, il faut des programmes ambitieux. La lutte contre la précarité énergétique est à ce prix », explique Emmanuelle Cosse. De même, l’ADEME et la mairie de Paris ont pris en charge 70% du prix de l’audit énergétique, réalisé en amont par la société ENERA Conseil, et l’APC a accompagné tout au long, par son suivi et ses conseils techniques, le montage du projet. Enfin, les copropriétaires ont obtenu 11% du montant global des travaux en crédit d’impôt, et 2% en Certificats d’Economie d’Energie. Au final, ils n’ont ainsi pris en charge que 63% du total des opérations, réduisant la facture de 7 300 à 4 600 euros par propriétaire.
Sans cet apport extérieur, le projet n’aurait jamais été voté : « Même en tenant compte de ces aides, il nous a fallu beaucoup communiquer pour convaincre l’ensemble de la copropriété. Nous avons organisé de nombreuses séances diapositives, édité plusieurs plaquettes de présentation, fait valoir les dispositifs d’accompagnement existant tels que la facilité du prêt à taux 0. Nous n’avons gagné qu’avec des courbes qui démontraient le retour sur investissement rapide » témoigne ainsi Pascal Lemaire, membre du conseil syndical et impulseur du projet. « On se rend compte qu’il est aussi difficile de se mettre d’accord à Doha sur des accords internationaux qu’entre copropriétaires pour des travaux », acquiesce de son côté René Dutrey, maire-adjoint de Paris à l’environnement, au développement durable et au Plan Climat.
Comment encourager la rénovation thermique ? Quels leviers pour déclencher les travaux ? Ce sont les questions qui s’imposent à l’issue de cette rencontre. Et la réponse s’esquisse sous la forme d’un dispositif à la carotte et au bâton : « le premier enjeu incitatif est financier » explique ainsi René Dutrey. « Il nous faut aller vers des produits bancaires innovants, qui permettraient aux copropriétés de se solvabiliser. Le Bing Bang de la rénovation thermique ne se fera qu’en sortant de la dépendance des fonds publics ». Une carotte économique, donc, qui adapterait l’offre d’instruments financier à la réalité budgétaire des ménages, ne rendant pas l’investissement dans la rénovation trop risqué à terme. « Il faudrait pour cela que les copropriétés puissent emprunter, ce qui n’est toujours pas le cas… », s’indigne à ce sujet Gérard Andrieux.
Rendre obligatoire la rénovation thermique, comme l’est le ravalement
Derrière la carotte, les responsables politiques réfléchissent également à des incitations plus contraignantes. « Le drame des copropriétés dégradées , c’est qu’il n’y a jamais d’injonction à la rénovation. On doit penser des dispositifs plus coercitifs, comme il existe par exemple des injonctions au ravalement », poursuit René Dutrey. L’appui par des mesures règlementaires reste toutefois secondaire dans l’ordre des priorités, il viendra compléter un mécanisme général d’incitations : « Tant que la carotte n’est pas assez présente, on ne peut pas utiliser que le bâton », résume Emmanuelle Cosse.
Au final, le véritable enjeu est ailleurs selon Gérard Andrieux : « la vraie première étape, c’est celle de l’information. Les langages techniques de déperdition, de diagnostic énergétique, de ponts thermiques, etc., c’est du chinois, personne n’y comprend rien. Il faut rendre l’objet plus accessible ». C’est ce que René Dutrey appelle « la bataille culturelle de la rénovation thermique » : « démontrer que l’intérêt de la planète est aussi l’intérêt propre de tout un chacun en termes d’économies ». C’est dans cet objectif que l’APC ouvre demain, à Paris, un cycle de « Cafés Climat », destiné officiellement à « échanger sur les impacts du changement climatique au niveau local mais aussi à informer les Parisiens des solutions qui s’offrent à eux pour maitriser leurs dépenses énergétiques ».
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- Rendez-vous : Café Climat de l’APC : Rénovation des Copropriétés parisiennes, au Bar Chai 33, à 19h, Paris 12e.
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Note :
(1) "Effet paroi-froide" = phénomène thermique caractéristique de logements mal isolés. Il se manifeste par une température froide ressentie dans les parois murales, ce qui entraîne une sensation d’inconfort due à la baisse de la température ambiante avoisinante.
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Références :
● La Rénovation thermique des bâtiments en France, rapport réalisé par Enertech, août 2012. ● Copropriété : le temps des économies d’énergie et du développement durable, ARC/Vuibert, octobre 2008. ● Rénovation thermique d’une copropriété (Mairie de Paris).
Auchan promeut son centre commercial « Europa City » jusque dans les écoles primaires
Monsieur Vincent PEILLON Ministre de l’éducation nationale Ministère de l’éducation nationale 110 rue de Grenelle 75357 Paris SP 07
Utilisation des classes des écoles primaires et des collèges de Gonesse-Val d’Oise pour promouvoir un projet de centre commercial du groupe Auchan.
Monsieur le Ministre de l’éducation nationale,
Notre Collectif, composé de 18 associations, souhaite porter à votre connaissance l’opération de promotion de la société Immochan, du groupe Auchan, en faveur de son projet de centre commercial « Europa City ».
Du 5 décembre au 4 février, Immochan expose dans une salle municipale de Gonesse le projet architectural de quatre équipes d’architectes ayant répondu à la commande du groupe Auchan pour la réalisation d’un centre commercial et de loisir sur 80 hectares du Triangle de Gonesse.
Pour promouvoir ce projet de centre commercial, « Europa City » avec le soutien de la ville de Gonesse et de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Plaine de France, ils ont édité un « dossier pédagogique » et invitent les enseignants des écoles primaires et des collèges à faire visiter à leurs classes cette exposition.
Le principe de neutralité de l’école est inscrit dans la constitution. L’interdiction de la publicité à l’école, en vigueur depuis 1936, a été réaffirmée à plusieurs reprises dans plusieurs circulaires. (circ. du 8/11/1953, circ. n°II-67-290 du 3/7/1967, circ. n°76-440 du 10/12/1976).
Elles rappellent notamment que « en aucun cas et en aucune manière les maitres et les élèves ne doivent servir directement ou indirectement à aucune publicité commerciale », ce qui nous semble être le cas dans cette promotion d’Europa City par le groupe Auchan.
Les enfants constituent une cible de plus en plus prisée par les publicitaires, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que les deux tiers des produits consommés par les enfants le seront encore à l’âge adulte, et que ceux-ci sont de plus en plus les prescripteurs des achats de leurs parents.
Pour nous l’école doit être un lieu de confiance et d’émancipation, et non de manipulation. En effet les « ateliers pédagogiques » ne sont là que pour vendre un projet de centre commercial et utiliser les enfants pour le promouvoir dans les familles.
Nous vous demandons donc d’intervenir au plus vite pour faire cesser ces manipulations des enfants.
Dans l’attente, veuillez croire, Monsieur le Ministre, en notre attachement à l’école publique.
Bernard LOUP
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Copie pour information :
• Monsieur le Recteur de l’académie de Versailles Rectorat de l’académie de Versailles 3, boulevard de Lesseps 78017 Versailles cedex
• Inspection académique du Val d’Oise Immeuble Le Président 2A Avenue des Arpents 95525 Cergy-Pontoise Cedex
• Inspection de l’éducation nationale, circonscription de Gonesse Ecole Théry 22, rue Claret 95500 Gonesse
• FCPE 95- CDPE du Val d’Oise 101 Rue du Brûloir 95000 Cergy
• ASSOCIATION PEEP GONESSE 17 avenue des Tulipes 95500 GONESSE
Les associations signataires mentionnées ci-dessous forment le « Collectif pour le Triangle de Gonesse » pour porter leurs exigences sur l’avenir de ce territoire :
Amis de la Terre Val d’Oise ; Environnement 93 ; MNLE 93 ; Val d’Oise Environnement ; AFCEL 95 Gonesse ; Association de Défense des Habitants de l’Est du Val d’Oise ; Aulnay Environnement ; Bien Vivre au Thillay ; Bien Vivre à Vémars ; CAPADE-Sud-Aulnay ; Ecouen Environnement ; Haut Val d’Oise Ecologie-Persan ; La Vigie d’Ecouen ; Le Blanc Mesnil c’est vous ; le Blanc Mesnil pour vous ; Alliance pour la Santé-Arnouville ; Toulemondilaibio-Arnouville ; Sarcelles Environnement et Nouvelles Énergies de Villiers-le-Bel.
N’autre école
Le n° 33 de N’autr école, la revue de la Fédération des travailleurs CNT de l’éducation, est paru. Voici son éditorial :
Si la pédagogie est classiquement pensée, agie et vécue comme une méthode à la fois souple et structurée de « conduite » des enfants, le terme de « pédagogie sociale » laisse surtout entendre qu’il s’agit de porter et de semer, le long du chemin parcouru avec les enfants, les promesses d’un projet de société.
Mais un projet qui ne laisse ni à l’école, même idéalisée sous l’étiquette de « républicaine », ni à aucune autre institution éducative, ni aux familles, aujourd’hui sur-sollicitées et parfois surveillées, le soin de relever seules le défi complexe et passionnant de toute éducation progressiste : devoir tenir la main de l’enfant, et de tous les enfants, – jusqu’à ce qu’ils puissent s’en passer… Un projet qui, autrement (et étymologiquement) dit, place les savoirs et les savoir-faire de l’ensemble des adultes au service de ce qui permet de passer de la protection et du maintien (manu tenere 1) à l’émancipation (ex manu capere 2) des personnes et des citoyens en construction que sont les enfants.
De ce point de vue, tous les espaces et tous les temps sont potentiellement éducatifs si les acteurs – adultes et enfants – qui les animent les rendent authentiquement ouverts, inconditionnellement accueillants, respectueux de la diversité des rythmes et des talents, en un mot bienveillants, mais s’ils encouragent et accompagnent aussi l’exploration, l’expérimentation et la créativité de chacun et de tous. Mais ce n’est pas tout.
L’invention, dès maintenant, de nouveaux et possibles futurs suppose en outre d’ouvrir, de former les enfants à la capacité de s’exprimer sur ce qui peut améliorer concrètement leurs milieux et conditions de vie – et, pour commencer, le contexte de leur éducation. Puis de favoriser l’élaboration, entre eux et avec l’appui des adultes, de projets ancrés dans les réalités sociales qu’ils partagent pour leur permettre de se saisir de certaines d’entre elles comme autant de ressources susceptibles d’être étudiées, évaluées et, s’il y a lieu, aménagées, voire méthodiquement modifiées.
Un changement radical de méthodes et de postures s’impose alors. Il s’agit en effet de reconnaître et de soutenir très tôt les aptitudes, en évolution permanente, et les droits de tous les enfants : d’une part, à formuler des opinions sur les décisions qui les concernent (conformément aux articles 5 et 12, entre autres, de la Convention internationale des droits de l’enfant) ; mais, d’autre part aussi, à délibérer, décider et agir ensemble, au moyen de procédures démocratiques, à propos de sujets et de projets d’intérêt collectif émanant de leurs propres initiatives. Et ceci à l’école, au centre de loisirs, au club sportif, au fil des activités de l’association de quartier, et même en famille.
L’expérience indique à quel point, le plus souvent, les enfants accueillent favorablement et s’engagent volontiers dans les pratiques de groupe reposant sur la codécision, l’entraide et la coopération. Ils apprécient les relations apaisées qui en résultent entre eux et avec les adultes. L’avenir auquel ils se préparent leur paraît moins inquiétant, moins inéluctablement condamné aux rapports de force. Aussi s’agit-il d’inviter chacun à tourner résolument le dos aux modèles de société qui promeuvent et transmettent les « valeurs » sociales, éducatives et scolaires aujourd’hui dominantes de compétition, de réussite individuelle et de soumission à la volonté du plus fort – et, pour ce qui concerne les enfants, à l’autoritarisme institutionnel, voire physique, des adultes.
Les militants de la pédagogie sociale font le pari, avec d’autres, de solidariser les acteurs de l’éducation – qu’ils soient parents, enfants, professionnels, bénévoles engagés – autour de l’idée qu’ils peuvent devenir dès aujourd’hui, et rester demain, des protagonistes de l’émancipation collective par le partage réel et éclairé des pouvoirs de décision. Bref, les auteurs des transformations personnelles et sociales qui s’imposent pour ré-enchanter l’art de vivre, d’apprendre et de construire ensemble. Peut-être faut-il envisager en outre que ces militants s’adressent à tous les enfants, et pas seulement à ceux des classes et catégories sociales les plus « défavorisées », pour que le projet de société qu’ils dessinent permette à toutes les jeunes mains, certes d’être tenues le temps d’être lâchées, mais lâchées aussi dans l’idée être solidairement tendues.
■ Frédéric Jésu, militant associatif, médecin de service public
Notre-Dame-des-Landes, Florange, et partout : c’est la même lutte
« Nous allons choisir notre destin. Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est que la vôtre. »
« Nous avons choisi notre destin. Nous ne nous laisserons donc pas dicter une vision du monde qui n’est pas la nôtre. » On croit rêver.
Ayrault, qui menace ainsi les opposants à son projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, a-t-il eu la même morgue, les mêmes mots durs face à Mittal ? Bien sûr que non.
Son arrogance face aux paysans du bocage nantais n’a d’égal que sa veulerie face au nabab de l’acier. C’est contre la population qu’il gouverne qu’Ayrault prétend avoir du chien. Et c’est toujours en connivence avec les industriels qu’ici et là il agit ou laisse faire.
Rappelez-vous Sarkozy singeant de Funès : « Je serai servile avec les puissants, ignoble avec les faibles. » Ça n’a pas changé en mai dernier.
On pourrait opposer la cause écolo de Notre-Dame-des-Landes à la défense de l’emploi à Florange. D’un côté des bouseux et des décroissants délirants, de l’autre des métallos accrochés à un enfer productif digne du XIXe siècle. Mais à l’Ouest comme à l’Est, le cri est fondamentalement le même, la colère est commune : on veut nous déposséder, nous ne lâcherons rien !
« Notre-Dame-des-Landes, mère de toutes les contestations », constate Le Monde du 7 décembre. À Lyon, « carton rouge » contre le projet de grand stade de Décines-Charpieu. Dans le Sud-Ouest, on s’oppose à deux lignes de TGV. En Isère, c’est non à un parc de loisirs. Dans l’Aude et dans le Gard, c’est merde à des terrains de golf. Dans le Val-d’Oise, on ne veut pas d’un méga centre commercial baptisé Europa City. À Pézenas, refus d’une zone commerciale en plein vignoble. À Strasbourg, rejet de la voie de « grand contournement ouest »… Sans oublier, l’intense lutte contre le TAV Lyon-Turin.
Pareillement, la résistance des gars de Florange est bien la frangine de celle des Fralib et de tous les salariés jetables et corvéables. Les hauts fourneaux sont à nous, pas à Mittal. Le bocage est à nous, pas à Vinci.
Et puis surtout, rendez-nous nos existences volées, rendez-nous cette vie qu’on nous demande d’éternellement sacrifier sur l’autel de leurs superprofits.
Retour à l’envoyeur : « Nous allons choisir notre destin. Nous ne nous laisserons pas dicter une vision du monde qui n’est que la vôtre. »
Le lynx risque de disparaître des Vosges
Un seul cas de reproduction identifié depuis 2003, une population estimée à moins de 10 individus, le lynx est-il en train de disparaitre des Vosges ?
A l’heure où nous allons fêter les 30 ans du premier programme de réintroduction ayant concerné un grand prédateur en France, nous, naturalistes et associations régionales, souhaitons alarmer l’Etat sur le risque d’une extinction de la population de lynx boréal Lynx lynx, dans le massif vosgien.
Tout commence en 1983, avec le lâché de trois lynx originaires de Slovaquie, dans le massif vosgien du Taennchel : deux mâles Alex et Boric ainsi qu’une femelle Xenie. Au total, 21 lynx seront relâchés dans les Vosges sur une période de 10 ans. Seulement 10 animaux survivront pour constituer la population vosgienne avec 4 femelles et 6 mâles.
En effet, une majorité des individus relâchés a été victime du braconnage. Malgré cela, la population de lynx dans les Vosges arrive à se développer lentement. Jusqu’en 2004, la pérennité de l’espèce semble évidente : des indices de présence sont relevés régulièrement en hiver et tout au long de l’année, des cas de reproduction et de dispersion de jeunes sont observés, des attaques sur les troupeaux domestiques sont également constatées.
Puis la population stagne, voire régresse avec, dans un premier temps, un net recul des indices de présence relevés. Dans le même temps, moins d’observations de jeunes en dispersion sont notifiées. Encore une fois, le principal facteur qui fragilise cette population reste le braconnage.
Après avoir atteint un seuil de population plutôt dynamique jusqu’à la fin des années 1990 et du début des années 2000, la population actuelle serait estimée à moins de 10 individus. Un des espoirs pour la survie de l’espèce dans les Vosges est que la population jurassienne, une des plus belles d’Europe de l’Ouest, arrive à coloniser naturellement le massif vosgien.
Cependant les deux corridors écologiques reliant les deux massifs sont entrecoupés d’infrastructures qui créent des zones de rupture empêchant ainsi une réelle continuité pour la faune sauvage.
Nos voisins allemands apporteront peut-être une solution, avec le projet de réintroduction de 20 lynx dans le Palatinat, qui pourraient à terme coloniser les Vosges du Nord. Il est donc indispensable de développer un vrai passage pour la faune sauvage au niveau du col de Saverne, afin de reconnecter les Vosges du Nord et le reste des Vosges. L’Etat doit intervenir auprès de la SANEF (gestionnaire de l’autoroute) pour le lancement de ce chantier.
Les prochaines années seront décisives dans l’avenir de la population. Le lynx boréal est en passe de disparaitre du seul massif où il a été réintroduit dans le silence le plus total et dans l’indifférence quasi générale.
Nous demandons :
Afin de permettre la sauvegarde des populations de lynx, il nous apparaît indispensable de :
* Finaliser la mise en place des trames vertes et bleues afin qu’une réelle réflexion sur les corridors écologiques permette un échange entre les différents noyaux de populations. Cela est indispensable entre le Jura et les Vosges du Sud d’une part et d’autre part entre les Vosges moyennes et les Vosges du Nord, pour permettre une survie de la population vosgienne.
* Accentuer la sensibilisation autour de cette espèce afin que la population locale puisse s’approprier le sujet et mieux connaître l’animal. Dans cette optique, FERUS travaille à l’organisation de soirées-débats à thème, qui auront lieu dans les territoires où le lynx est présent.
* Accentuer les efforts contre le braconnage qui est le facteur le plus limitant au développement de cette espèce. En effet, la fragilisation de la population dans les Vosges est principalement due au braconnage.
* Soutenir de façon officielle et appuyer les réintroductions de lynx prévues dans le Palatinat allemand, qui communique avec les Vosges du Nord, pourrait, à terme, préparer une connexion naturelle entre les deux massifs.
* Renforcer et consolider la population vosgienne. A cet effet, nous souhaitons rappeler que chaque année, des lynx orphelins ou blessés du Jura sont récupérés par le Centre Athénas et relâchés dans ce même massif, après consultation publique.
Statut Juridique de l’espèce :
Le lynx boréal est protégé en France par deux conventions européennes : la convention de Berne et la directive "Habitat Faune Flore". Il est aussi protégé par la loi française de 1979. Le lynx est toujours sur la liste rouge des espèces menacées en France de l’UICN en 2009. Nous renouvelons une demande pour la mise en place d’un plan national lynx.
Les signataires :
Les naturalistes lorrains et alsaciens, réunis à Sarrebourg le 09/12/12, pour le 42e colloque d’ornithologie, de mammologie et d’herpétologie organisé par la LPO ont voté une motion visant à alarmer l’Etat sur la situation du lynx dans les Vosges et s’associent à ce communiqué.
N’oubliez pas de signer la pétition du Centre Athénas pour la demande d’un plan national lynx ! Pétition : Pour un plan de conservation du lynx boréal.
Silence
La revue écologiste a tenté de vivre sans internet. Pas facile...
Sans internet mais avec vous !
Comme nous l’avons exploré dans notre numéro 390 (mai 2011) avec un dossier sur « l’envers de la Toile », internet n’est pas soutenable. L’énergie nécessaire à sa mise en œuvre ne cesse de croître (aujourd’hui, au moins l’équivalent du transport aérien !), les matériaux indispensables à l’industrie numérique sont pillés sans vergogne et se raréfient, et le « web » s’est révélé un atout formidable pour l’hégémonie de la finance et la marchandisation du monde. Bien qu’il ne soit pas dénué d’ambivalence parce qu’il dope aussi la circulation des témoignages et des savoirs, aujourd’hui, si nous avions vraiment le choix, utiliserions-nous autant internet ?
Certains affirment qu’on peut encore s’en passer : eh bien, nous y avons réfléchi puis nous l’avons tenté dans ce numéro et nous en tirons le bilan ! Comment faisions-nous avant ? Existe-t-il des éditeurs ou des médias qui évitent internet ? Des questions à se poser car nous pensons que nous devrons tôt ou tard nous en passer, ou en limiter fortement les usages, soit progressivement à cause de la montée des coûts de l’énergie et des matériaux, soit brutalement en raison des dégâts cumulés que notre mode de vie impose au climat, à l’eau, aux sols, à notre air et aux êtres vivants.
Nous avons interrogé un chercheur sur la probabilité et les modalités de ces différents scénarios.
Demeure la question : quelle transition inventer pour sortir des usages de plus en plus nombreux que nous avons de la Toile ? Il s’avère urgent d’y songer et de les expérimenter, ce que nous avons modestement tenté avec ce numéro. Avec l’aide de toutes les personnes, lectrices, lecteurs et correspondant.e.s, qui ont bien voulu jouer le jeu !
Vinci sur Notre Dame des Landes : mythes et intox
Désenclavement ? Développement économique ? Que nenni...
Un aéroport indispensable au désenclavement ?
Les milieux économiques (et d’abord la CCI engagée avec Vinci) mettent en avant l’impératif d’accueillir des liaisons supplémentaires pour être relié à plus de pays : rappelons que l’aéroport actuel peut tripler ou quadrupler son trafic moyennant une adaptation de l’aérogare et des accès (en réutilisant la voie ferrée existante, avec des parkings silos, etc..), et que de nouvelles liaisons peuvent y être lancées.
Ce sont les compagnies qui décident, aidées éventuellement par des rabais sur les taxes locales, et que l’aéroport soit ancien ou nouveau n’a aucune importance.
Pour une grande ville comme Nantes, le potentiel d’un aéroport dépend d’abord des activités et des populations dans son aire d’influence, de sa position géographique (potentiel de correspondance) ; les gains de trafic à Nantes sont liés au dynamisme régional, à l’attraction de la côte Atlantique (installation de retraités) etc.
Ceci n’a pas engendré plus de mouvements d’avion sur l’aéroport, car la croissance du trafic a été absorbée par des avions plus gros, de meilleure rentabilité.
Le potentiel de trafic ne va pas évoluer fondamentalement avec le déplacement de l’aéroport au Nord, qui gagnera peut-être quelques rennais mais perdra aussi des clients vendéens (qui réclament un nouveau passage sur l’Estuaire, aussi coûteux que l’aéroport seul !). D’ailleurs les compagnies aériennes ne se battent pas pour Notre Dame des Landes.
L’appellation Aéroport Grand Ouest ne doit pas tromper, les aéroports voisins ne vont pas fermer et l’on continuera de prendre les longs courriers à Orly ou Roissy.
Un aéroport neuf n’aura pas d’attractivité nouvelle significative, d’autant que les taxes de stationnement voiture et les taxes aéroportuaires payées par les commerces ou les compagnies aériennes risquent d’augmenter (à quel niveau ?) pour récupérer l’investissement et rendre l’opération intéressante pour Vinci.
Le désenclavement régional par l’aérien est indépendant de l’aéroport utilisé.
Un aéroport indispensable à l’emploi et au développement ?
Airbus n’a pas d’intérêt particulier à un nouvel aéroport (contrairement à ce qu’affirme le Président de Région) et s’inquiète même d’un abandon de l’aéroport actuel ou de charges nouvelles qui fragiliseraient son usine de Bouguenais.
Rappelons aussi toutes les fermetures d’exploitation agricole et des activités liées (artisanat, transformation du lait... qu’entraînerait la construction de Notre Dame des Landes.)
Les promoteurs du projet ont tendance à regrouper emplois liés au chantier et au transfert, et emplois induits par un nouvel aéroport. Par rapport à l’aéroport actuel, pas d’emplois supplémentaires induits à attendre. Les emplois sont proportionnels aux trafics, qui évolueront de la même manière quel que soit le site.
Les emplois de construction seront significatifs, mais très provisoires. Cette perspective mobilise beaucoup les entrepreneurs. Mais doit-on bétonner toute la campagne pour donner du travail au BTP ?
Il y a d’autres priorités pour ce secteur économique fort utilisateur de main d’œuvre : réhabilitation et isolation des immeubles et maisons, énergies renouvelables, nouveaux réseaux de transport urbain, réhabilitation du réseau ferroviaire, investissements d’avenir qui auront des retombées positives pour l’environnement.
Il serait temps que la France entame sa « transition écologique », en se préparant à un futur avec moins d’hydrocarbure, qui est l’énergie utilisée très majoritairement dans le secteur des transports.
Pour réduire les nuisances de l’aérien (gaz à effet de serre et bruit), le transfert modal sur les moyennes distances vers le ferroviaire rapide, utilisant l’énergie électrique, pourrait créer de l’emploi : modernisation de Nantes Bordeaux pour gagner une heure de temps de trajet et supprimer ainsi les vols existants, désaturation ou nouvelle voie de Nantes à Angers, modernisation Angers Tours, et interconnexion en banlieue Sud parisienne pour faire passer plus de TGV vers le l’Est et le Nord.
Tous ces projets sont en étude, mais leur financement n’est pas assuré, alors qu’il est prévu pour l’aérien, un des secteurs les plus polluants.
Les financements de Notre Dame des Landes, qui encouragent la pollution et gaspillent les espaces agricoles, doivent être réorientés vers des travaux de modernisation du réseau ferroviaire, ce qui permettrait de supprimer ou diminuer certains trafics aériens (Nantes Bordeaux, Nantes Clermont, Nantes Paris…).
Les travaux doivent favoriser l’emploi et la transition vers des transports moins pollueurs et utilisateurs d’hydrocarbure.
Notre Dame des Landes : comment répondre à l’appel d’offres de communication
L’appel d’offres sur le lobbying lancé par le Syndicat mixte est un marché public, tout le monde peut donc y répondre. Voici la procédure.
A court d’argument mais pas d’argent du contribuable, Jacques Auxiette (Président du Conseil Régional des Pays de la Loire) a tenu des propos qui dépassent l’entendement : "Ce n’est pas avec des flèches, des arcs et des cabanes que l’on peut envisager notre avenir et les créations d’emplois. Cette logique est suicidaire. L’agriculture de proximité, c’est bien, mais on ne nourrit pas la planète avec l’agriculture de proximité." (Nouvel observateur du 13 décembre 2012) et lancé un appel d’offre pour du lobbying sur les réseaux sociaux et auprès de journalistes prêts à se faire transporter, loger et nourrir par le Syndicat Mixte... paru au BOAMP ce jour : Avis n°12-238154 publié le 14/12/2012 - BOAMP n°242B, Annonce n°44, avec un budget d’environ 200 000 € à la clé, tout de même.
L’avis est ici :
1/ Tout le monde peut demander le dossier de consultation, c’est comme ça que ça s’appelle, et, mieux encore, dans cet appel d’offre, ils le fournissent sous format papier envoyé à domicile en envoyant un mail pour le demander à : contact@aeroport-grandouest.fr, en rappelant les références ci dessus et en mettant son adresse évidemment, genre :
"Sujet du mail : Avis n°12-238154 publié le 14/12/2012 - BOAMP n°242B, Annonce n°44
Merci d’avance Salutations"
Si, au moins, les 40 000 personnes présentes le 17 novembre à Notre Dame le demandent, imaginons la panique dans les services pour faire les copies et préparer les envois... (y a des chances qu’ils n’y arrivent pas et du coup ça annule la procédure). Ca peut se faire de son canap’...
2/ Admettons qu’ils y arrivent, il y a le droit de poser des questions, avant le 21 décembre 2012, et seulement par fax (02 28 20 50 65) ou courrier (Syndicat mixte aéroportuaire - 1 rue de la loire- 44966 nantes Cedex 9) : ils sont obligés d’y répondre, et à tout le monde encore (là encore sous peine de nullité).
Bon, évidemment, les questions doivent porter sur cet appel d’offre en particulier et pas sur la pertinence de l’aéroport, le sens que M AYRAULT donne au mot « socialiste » dans le parti du même nom ou le nom de la crème de jour de M AUXIETTE qui lui donne ce teint si frais...
Quelques exemples de questions que je pensais poser, mais y en a plein d’autres :
Cette stratégie est-elle pressentie uniquement basée sur les avantages technico-économiques du futur aéroport ou peut-elle également inclure des éléments de langage tels que ceux de M AUXIETTE dans le nouvel obs du 13/12/2012 (voir plus haut) ou les « kystes » de M. VALLS ?
Le syndicat mixte a-t-il prévu des plafonds par repas et par nuitée ? Il semble difficile de susciter l’intérêt de journalistes influents sans prestations haut de gamme.
Le syndicat mixte a-t-il connaissance de journalistes ou d’organes de presse appliquant la charte de déontologie du journalisme de 1918 (http://www.snj.fr/IMG/pdf/Charte2011-SNJ.pdf) ? Il semble en effet exclu que ceux ci puissent faire partie de ce « noyau dur »...
Accablons les de questions, ils ne pourront pas répondre dans les délais, et si oui, les réponses risquent d’être drôles.
3/ Répondons à cet appel d’offre sous enveloppe fermée (en précisant 1 ou 2 pour les lots, que ça fasse vrai) :
et là, comme l’enveloppe est fermée, qu’on peut mettre un nom bidon d’entreprise dans le coin de celle ci (lobbying 2000, amphet’communication, happy e- reputation...) et se faire passer pour un livreur, en réclamant une attestation de dépôt, et bah on peut mettre n’importe quoi qui rentre dedans et qui pourrait être un gros dossier... SURPRISE MON GROS JACQUES...
Un élu devant être présent pour l’ouverture des enveloppes, faisons les crouler sous la bêtise !
Bon en résumé : > > 1/ demander le dossier > > 2/ poser des questions avant le 21/12 > > 3/ bourrer des enveloppes et les déposer au conseil régional.
Faites donc passer les aminches, le principe c’est le nombre...
Bises zad’ tous
Élections au Japon : un soupçon de fraude ?
Les élections législatives du 16 décembre au Japon ont donné la majorité au parti conservateur pro-nucléaire. Mais un journal suggère que les élections ont été en partie manipulés.
Dimanche 16 décembre, le scrutin législatif japonais, marqué par une faible participation (59 %) a donné la majorité au Parti Libéral-Démocrate
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Pour les élections législatives du Parlement japonais du 16 décembre 2012 (46es), une chose nous étonne : c’est que de très nombreux bureaux de vote ont avancé l’heure de leur fermeture.
La veille, le site internet de la chaîne de télévision publique japonaise NHK annonçait que 16 000 bureaux de vote, soit 30 % des 49 000 bureaux, avanceraient leur heure de fermeture.
En effet, le jour des élections législatives, des cris de colère et de frustration se sont échangés sur twitter : « Veut-on flouer les électeurs ? » « N’est-ce pas la violation de nos droits ? »
Si la fermeture de bureaux de vote est avancée, la défection des électeurs indécis avantagera les partis qui ont une base électorale bien implantée comme le PLD et le Nouveau Komeito.
En consultant les quotidiens nationaux et régionaux, on pouvait effectivement relever de nombreux exemples d’avancement de l’heure de fermeture des bureaux de vote.
- Préfecture de Fukushima : 100% des 1321 bureaux de vote. (de 1 à 4 heures plus tôt ) - Préfecture de Gunma : 99% - Préfecture de Akita : 85,05% - Préfecture de Iwate : 64,47% - Préfecture de Miyagi : 57,18% - Préfecture de Nagano : 304 sur 1501 bureaux de vote (25,25%) 1 à 3 heures plut tôt, et sur 35 d’entre eux, heure d’ouverture retardée et heure de fermeture avancée, etc.
Nous n’avons pas pu vérifier la totalité des 47 préfectures, mais il semblerait que toutes les régions ont pratiqué l’avancement de fermeture de bureau de vote. Ce sont des préfectures de Tôhoku (le nord de l’île principale Honshû, la région qui a subi la triple catastrophe du 11 mars 2011) qui ont le pourcentage le plus élevé de bureaux ayant avancé la fermeture.
D’après l’article 40 aliéna 1 de la loi sur les élections publiques, l’avancement de la fermeture de vote est autorisé « en cas de circonstances exceptionnelles ». Or, depuis l’application en 2000 de la loi promouvant la décentralisation, l’heure de fermeture de vote peut être modifiée sur décision de chaque collectivité locale.
Une collectivité locale de la préfecture de Kumamoto, la ville de Kôshi, qui a avancé à 19h l’heure de fermeture fixée à 20h, explique sur son site internet les raisons de l’avancement de fermeture de vote : on peut publier plus tôt le résultat, augmentation des votes anticipés, économie des frais de personnel, pour alléger du personnel, etc.
Et pourtant... A qui profite l’avancement de la fermeture de bureau de votes et qui cela désavantage-t-il ? Il est évident que cela profite au PLD et au Nouveau Komeito qui disposent d’une force d’organisation et de mobilisation supérieure aux petits partis.
Sont bénéficiaires également les quotidiens qui pourront publier à l’heure leur édition du matin ainsi que les chaînes de télévision qui pourront vanter leur « rapidité » de l’annonce des résultats.
Je n’ose imaginer que des fonctionnaires qui ne souhaitent pas la victoire des petits partis réformateurs aient voulu donner un coup de main en rusant avec l’heure de fermeture...
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(Ce texte est un large extrait de l’article de Eiko Nakayama, publié sur le Journal Web de Ryûsaku Tanaka, le 17 décembre 2012 à 01h47 heure japonaise)
Aux Mureaux, Noël est écolo à vélo
Ca ne va pas changer la face du monde, mais c’est rigolo : aux Mureaux, on pédale pour permettre les illuminations de Noël.
Tous à bicyclette pour les fêtes !
Cette année, la ville des Mureaux vous propose d’être les acteurs des fêtes de fin d’année ! C’est à vous d’agir pour participer aux festivités ! Des vélos sont mis à votre disposition pour que vous puissiez participer à l’éclairage des guirlandes et à la magie des fêtes.
L’objectif est de faire briller les 9 mètres de fééries du sapin sans arrêt en parcourant un maximum de distance à vélo afin d’atteindre le nombre de kilomètres nécessaires pour accéder à la maison du Père Noël !
Et pour récompenser nos cyclistes, chaque volontaire participe au tirage au sort qui déterminera chaque jour le gagnant d’un panier de légumes et de conserves « bio » du jardin de Cocagne de la ferme de la Haye des Mureaux.
Noël sera donc placé sous le signe du partage, du collectif et de l’écologie grâce aux travaux de nombreux professionnels et bénévoles de notre ville (menuiserie, électricité, serrurerie) ainsi qu’aux élèves du Lycée Vaucanson qui ont conçu le « système électrique ».
La casse Autopièces Les Mureaux a gracieusement offert les alternateurs qui ont permis de mener à bien ce projet écologique et la société Lu De No a prêté les guirlandes bleues, blanches et rouges du sapin.
Des fêtes d’éco-logiques !
Les services techniques de la ville ont réfléchi à la conception de générateurs capables de transformer l’énergie produite par la force humaine en énergie électrique afin d’illuminer le sapin de la place de la Libération.
Produite en pédalant, cette énergie électrique permet, pour chaque vélo, l’illumination d’une guirlande de plusieurs mètres accrochée dans ce sapin. Dans ce projet, la production d’électricité est immédiatement visible, en fonction de l’énergie physique développée. La guirlande s’éclaire dès les premiers tours de roue et s’éteind dès que l’utilisateur cesse de pédaler.
Le régulateur des alternateurs installés sur les vélos est remplacé par une diode. Cette diode permet de recharger une batterie tampon de 12 volts en interdisant à cette dernière de fournir l’énergie aux lampes de la guirlande. L’énergie humaine produite en pédalant est tout d’abord transformée en énergie mécanique vers la roue arrière du vélo pour entraîner l’alternateur, puis en énergie électrique pour être consommée par les guirlandes.
Afin de perdre le moins d’énergie possible dans toutes ces étapes, un entraînement du type « galet » a été choisi pour le générateur. L’alternateur a été modifié et muni d’un rouleau métallique, recouvert de caoutchouc, en lieu et place de la poulie initiale. L’alternateur est entraîné, par contact, directement par la roue arrière du vélo.
Pour ce projet, le vélo doit être fixé sur un support, afin de raccorder le générateur à la guirlande lumineuse. Un support métallique permet une parfaite adaptation, une stabilité adéquate et une facilité de mise en oeuvre tout en ne modifiant pas le vélo.
D’une longueur de 30 mètres pour illuminer une bonne partie du sapin, chaque guirlande a une tension de 12 volts continus et une puissance d’environ 70 watts.
Avec une consommation d’énergie la plus faible possible, notre choix s’est porté sur des guirlandes à LED, permettant de disposer, à puissance égale, d’un nombre beaucoup plus important de lampes qu’avec une autre technologie.
Photos et schémas explicatifs sur ce PDF :
La lettre à Lulu
Lulu N°78-79 - décembre 2012 est en kiosque !
Lulu est gonflé. En tous cas de quatre pages. Avec 12 pages vendues pour la modique somme scandaleuse de 3 euros, ce numéro double 78 et 79 arrive pile sous le sapin qui clignote, preuve que c’est pas de la gnognotte.
En Une, Ayrault fait grise mine sous le titre
PS : NOTRE DRAME DES LANDES
Ce drame-des-Landes occupe plus de cinq pages de Lulu :
- Les efforts méritoires mais pas toujours récompensés, et pas toujours bien suivis, de la communication en rafale des partisans du projet. Par communiqués, conférences de presses, éléments de langages transmis aux cadres de Nantes métropole, aux militants du PS.
- Le spectre de l’ultra gauche épouvantail dans les coulisses des discours, parfois lourdement appuyé, comme cette perle de menace « terreauriste » dénichée dans un docte rapport policier européen sur le terrorisme.
- Gardarem lou bocage : Reportages et croquis de la très enthousiasmante manif chantier de réoccupation et de construction des cabanes le 17 novembre : « Ils font encore des cabanes dans les arbres... De grands enfants ! ». Une autre planche de dessins offre un retour en images sur le rassemblement de juillet dernier contre les grands projets inutiles et imposés.
- Nanard à contresens. Suite de l’histoire du pantouflage : l’ancien préfet passé chez Vinci avait aussi une femme active...
- Comment nommer l’actuel aéroport pour doper son attractivité ? l’exemple italien de Predappio.
- Concours photo interrompu par le Département : ah la la , la Zad est vraiment partout.
- L’hélico, on peut le payer à crédit ? : la facture des interventions policières reviendra-t-elle à Vinci ? : deux textes du contrat Vinci-État pourraient le laisser penser.
- Quand Ayrault, Auxiette et autres forcenés de l’aéroport signaient une pétition contre la destruction des zones humides. C’était en 1996...
Pour en pas paraître obsessionnel, Lulu a regardé ailleurs, autour du « Voyage à Nantes, deux chiffres après la virgule », tentant de démêler embrouilles de chiffres très sensibles et politiques du bilan touristique.
La danse du serpent expose la fabuleux destin lointain d’une œuvred’art livrée aux marées de Saint-Brévin, le serpent d’alu fabriqué en Chine après avoir utilisé un industriel vendéen comme lièvre.
Squats, bon ou mauvais ? Le grand créateur de Royal de Luxe ; Jean-Luc Courcoult ne s’est pas vanté du coup de poing dans la tronche qu’il a pris après avoir été faire la leçon aux squatteurs du Lieu Unique. Ce qui indique le partage entre les mauvais squats, et les bons squats façon Agnès Varda, fourvoyée dans une installation factice cet été pour Estuaire. Le dessin enlevé de Gwen nous balade dans les moments où malgré ce squat de sans abri, le Lieu unique a continué à vivre comme si presque de rien n’était.
Mais aussi...
- Viré d’un stage de langue des signes
- Les socialos font la promo de leurs bouquins et du socialisme triomphant : Batteux à Saint-Naz, Yannick Guin pour toute la Loire Inférieure, alors qu’un certain trésorier de section du PS de Saint-Herblain passe (très discrètement) en correctionnelle pour avoir piqué plus de 35 000 euros dans la caisse.
- Nantes capitale verte ? Il y a de quoi rigoler avec les exemples des mini sociétés et associations de coursiers à vélo, soigneusement snobées par Nantes Métropole qui en vante pourtant les vertus.
- Nantes capitale verte ? On rigole encore vert en relevant que le chantre de la conscience verte est incarné par YAB, l’ineffable hélicologiste Yann Artus-Bertrand.
- Faut pas décoder. Le mémorial de l’abolition de l’esclavage a oublié un élément fondateur, le Code noir. Un point boir de l’histoire locale ?
- Instit à la prison, états d’âme, avec cette planche de bande dessinée de Bertrand Latouche : « Nos jours, absolument, doivent être illuminés ».
- Une série démarre sur la novlangue des collectivités. Première étape ; « le territoire en transition »
- Portrait du candidat citoyen au CSA. La secte des infobidonneurs a du souci à se faire.
Jean-Marc Ayrault a signé une pétition pour sauver les zones humides
Le Premier ministre est un ardent défenseur des zones humides. Il a signé une pétition dénonçant leur destruction en Loire-Atlantique.
On médit beaucoup sur Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre est en fait un ardent défenseur des zones humides. Dès 1996, il a pris position contre la destruction des zones humides que projetait alors EDF pour réaliser la centrale nucléaire du Carnet, en Loire-Altantique.
Celui qui était alors maire de Nantes avait signé une pétition lors de l’« Enquête publique pour autorisation de remblaiements de zones humides au Carnet ». M. Ayrault avait apposé sa signature au document qui expliquait : « EDF utilise une dernière supercherie : dissocier les remblaiements de zones humides de la programmation d’une centrale nucléaire ».
Il n’était pas seul : Jacques Auxiette, qui est aujourd’hui président du Conseil régional des Pays de la Loire, Patrick Rimbert, maire de Nantes, et Patrick Mareschal, président du Conseil général de Loire-Atlantique, ont aussi signé cette pétition, que nous publions ci-dessous.
Voici le PDF du document :
Aussi signée par Rimbert et Mareschal :
Voici le PDF du document :
La prise de position de ces élus reste plus nécessaire que jamais. Comme vient de l’expliquer le Commissariat général au développement durable, dans sa revue publiée en octobre 2012 (L’évolution des zones humides entre 2000 et 2010, la situation de ce type d’écosystèmes en France se dégrade.
Personne ne peut douter que M. Ayrault et ses amis signeront à nouveau une pétition qui expliquerait : « Vinci utilise une dernière supercherie : faire croire que l’on peut compenser la destruction des zones humides à Notre Dame des Landes »
M. Le Foll, il faut soutenir l’agro-écologie
« Cest en stimulant les systèmes autonomes paysans que nous pouvons devenir le modèle mondial de l’agroécologie »
Alès, le 17 décembre 2012
Lettre ouverte à Monsieur Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture
Nous nous félicitons, monsieur le Ministre, de vos récentes déclarations :
"La France doit être le modèle mondial de l’agroécologie. Il faut réconcilier écologie et agriculture". Nous apprécions la prise en compte de pratiques agricoles écologiques comme l’agroforesterie lors de la conférence nationale « Produisons autrement » organisée par le Ministère le 18 déc. 2012.
Cependant, il nous semble regrettable que le volet social ne soit pas du tout abordé dans le cadre de cette Conférence nationale, accueillie pourtant au sein du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE).
Pour la pratiquer et la promouvoir depuis plusieurs décennies, nos membres en témoignent haut et fort : « L’agroécologie ne se résume pas à une technique agronomique ! »
Une agriculture plus écologique nécessite plus de main d’œuvre et plus de paysans, de nombreuses études concernant l’agriculture biologique le démontrent.
Or en France, c’est l’inverse qui se produit. La réduction et le vieillissement de la population agricole est inquiétante : l’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21% de sa population active (1). C’est la plus forte hémorragie sociale toutes professions confondues !
Oserez-vous affirmer que le nombre de paysans doit continuer à diminuer ou au contraire déclarer avec nous que c’est en stimulant les installations et les systèmes autonomes paysans que nous pouvons inverser la tendance pour devenir le "modèle mondial de l’agroécologie" et "produire autrement" ?
Nous soutenons la position de Via Campesina dans la déclaration de Surin datée du 11 novembre 2012 (2), qui défend une vision globale de l’agroécologie et des semences paysannes comme moyen d’atteindre et conserver notre souveraineté alimentaire.
Via Campesina se positionne pour une autonomie paysanne indépendante des firmes d’intrants agro-industriels, qui ne relègue pas une poignée d’agriculteurs survivants au statut de sous-traitants de l’industrie agroalimentaire.
Une approche écologique de l’agriculture implique un positionnement fort pour la production et la consommation locales par des paysans nombreux, ceci afin de reconquérir la souveraineté alimentaire de la France perdue dans les années 80.
Nous appelons à une réforme agraire, dans le cadre de l’agroécologie, qui prenne en compte les problématiques majeures telles que : l’accès au foncier, l’accès aux semences paysannes, l’adaptation des normes industrielles et des dispositifs administratifs aux agricultures diversifiées à taille humaine, la promotion des circuits courts et des marchés locaux, le changement du système de subvention à l’hectare vers une aide proportionnelle au nombre d’actifs sur les fermes, la suppression des subventions à l’exportation et la révision du système fiscal pour plus d’équité.
Une telle approche permettra de tendre vers un équilibre écologique, social et économique pour les filières agricoles et agro-alimentaires, et servira de base nourricière pour la société dans son ensemble.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de notre très haute considération.
Pour le Conseil d’Administration de la Fédération Nature et progrès, son Président, Richard Marietta, paysan-transformateur dans le Tarn.
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Notes
(1) Source Agreste, recensement agricole 2010.
(2) Texte intégral de la déclaration de Surin disponible sur le site de Via Campesina.
Uranium : Areva enterre les accords signés en 2009
Conditions d’exploitation de l’uranium au Gabon et au Niger : SHERPA SE RETIRE DES ACCORDS SIGNES EN 2009 AVEC AREVA
Ce mardi 18, l’Association SHERPA annonce son retrait des accords passés avec AREVA en 2009, (notifié par courrier adressé le 17 décembre à Monsieur Luc OURSEL) ; cette décision ayant été prise, après consultation et en accord avec ses partenaires nigériens et gabonais, ainsi qu’avec l’Association des anciens travailleurs de Mounana.
Le 10 juin 2009, après deux ans de négociation, SHERPA et l’association des anciens travailleurs de Mounana [1] avaient obtenu d’AREVA la signature de deux accords, aux termes desquels :
Des observatoires de la santé devaient être mis en place, dans un premier temps sur les sites miniers de Mounana au Gabon et d’Arlit au Niger, afin de prévenir la survenance de risques, notamment sanitaires, liés à l’exploitation de l’uranium. Ces observatoires, initiative sans précédent, avaient ensuite vocation à se décliner sur les autres sites miniers exploités par AREVA à travers le monde ;
Les anciens collaborateurs africains ou français du groupe AREVA (et sous-traitants), ayant travaillé sur les sites miniers du Niger et du Gabon et ayant contractés des pathologies liées à leur activité professionnelle, devaient être indemnisés.
Face aux obstacles judiciaires quasiment insurmontables, SHERPA a accepté – en concertation étroite avec la société civile locale – de favoriser une solution pragmatique, en particulier avec l’objectif de permettre l’indemnisation des travailleurs africains concernés pour lesquels il n’existe aucun recours devant un juge local ou français.
L’exécution partielle des accords a permis, après que SHERPA et ses partenaires africains ont, à plusieurs reprises, demandé à AREVA d’assumer pleinement le respect de ses engagements :
La mise en place de manière effective des Observatoires de Santé sur les sites de Mounana et d’Arlit ;
L’indemnisation de deux familles d’expatriés français.
Cependant, l’association SHERPA a pris acte – avec regret – du fait que la nouvelle Direction d’AREVA avait réduit pour l’essentiel l’exécution des accords à une opération de communication, sinon d’affichage.
En effet, l’arrivée de Monsieur Luc Oursel à la tête du groupe a correspondu à un changement de la culture de l’entreprise en termes de développement durable, et par conséquent à la remise en cause de la capacité d’AREVA de respecter la lettre et l’esprit des accords de 2009 :
Si ces accords ont pu favoriser, et SHERPA s’en réjouit, le suivi médical de plus de 700 travailleurs africains, il est incompréhensible et inacceptable que le processus d’indemnisation, s’il a bénéficié à deux familles d’expatriés français (ce qui est notoirement insuffisant), n’ait bénéficié à aucun travailleur nigérien ou gabonais alors même que la situation médicale de plus d’une centaine d’entre eux a été examinée.
La décontamination du site de Mounana, dont l’exploitation a cessé en 1999, promise par Madame Anne Lauvergeon, est en panne. Elle n’a été effectuée que partiellement et de façon très insatisfaisante, de sorte que les populations riveraines sont toujours soumises aux risques d’irradiation.
Les associations déplorent la perte de leur interlocuteur principal au sein du groupe AREVA, la société semble même aujourd’hui se dédouaner des engagements pris par cette personne.
Enfin, il n’apparaît pas que la société AREVA ait été capable d’établir des relations de confiance durables avec les partenaires locaux qui, on le sait, sont en premières lignes dans ce dossier ; cette dynamique était pourtant indispensable pour assurer l’exécution complète des accords.
Le désengagement de fait d’AREVA, alors même que ces accords inédits et uniques avaient vocation à se décliner dans un secteur industriel trop souvent marqué par un mépris du droit des populations locales et de l’environnement, est tout à fait regrettable.
AREVA porte ainsi la responsabilité de voir dévaluer des modalités pragmatiques de résolution de situations complexes et pour lesquelles aucune solution judiciaire ne peut être proposée.
SHERPA va réfléchir avec ses partenaires aux initiatives qui pourraient être prises dans les prochains mois aux fins de répondre à leurs attentes.
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Note
[1] L’association Mounana représente les anciens collaborateurs français ayant travaillé pour la COMUF, filiale d’AREVA, sur le site de Mounana au Gabon.
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SHERPA a été créée en 2001 par William BOURDON, avocat au barreau de Paris et ancien secrétaire général de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. L’association est née du constat que la mondialisation des échanges et la financiarisation de l’économie créaient de nouvelles formes d’impunité contre lesquelles la société civile était impuissante.
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Affaire AREVA – Chronologie
- 2003 : Sherpa et la CRIIRAD sont alertés par la société civile nigérienne sur l’impact de l’extraction d’uranium par AREVA au Niger et mènent une étude sur place.
- 2005 : Premier Rapport sur AREVA au Niger. Sherpa est contacté par l’association Mounana.
- Avril 2007 : Deuxième Rapport sur AREVA au Gabon. Sherpa et la CRIIRAD envisagent des poursuites judiciaires. AREVA propose de trouver une solution négociée : Début des négociations entre AREVA, SHERPA et Médecins du Monde.
- Juin 2009 : Conclusion des accords entre AREVA et SHERPA/Médecins du Monde.
- Oct. 2010 : Lancement du premier observatoire de santé au Gabon pour le site de Mounana (l’OSM).
- Déc. 2011 : Lancement de l’observatoire de santé de la Région d’Agadez, au Niger (l’OSRA).
- Jan. 2012 : Suivi : Visite de SHERPA du site d’exploitation d’Imouraren et du site d’Agadez, rencontres avec AREVA et la société civile.
- Avril 2012 : Accord sur l’indemnisation de deux familles d’anciens travailleurs expatriés.
- Fin 2012 : L’OSM a examiné 650 anciens travailleurs de la COMUF sur le site de Mounana, et l’OSRA a réalisé 115 consultations des travailleurs de la COMINAK et de la SOMAIR.
Aucun des dossiers constitués n’est jugé recevable par le Groupe Médical.
- Déc. 2012 : Dénonciation des Accords.
Ecologistes, assez de chamailleries, l’union !
« La France est conservatrice, et à vouloir créer des murs plutôt que des ponts entre nous, c’est cette France là qui gagnera. »
Puisque c’est de bon ton, commençons par taper sur les écolos. Et prenons soin surtout de les tartiner suffisamment pour qu’ils mangent en toute situation.
Quand ils ne sont pas au pouvoir, les écolos sont sectaires, dogmatiques. Ils ne sont prêts à aucune concession. Des khmers verts, qui veulent nous imposer leur vision collectiviste, punitive et liberticide du monde. Des gourous de la décroissance et de la bien pensance.
Ils auraient déjà installé une dictature verte si seulement ils arrivaient à se mettre d’accord... Ah ah ah, regardez-les se déchirer pour un oui pour un non, tellement extrémistes dans leurs idées qu’ils n’arrivent même pas à trouver un compromis entre eux... Quel manque de réalisme...
Chaque écolo est un adolescent rêveur qui vit au pays des bisounours, un utopiste immature agrippé à ses valeurs comme une moule à son rocher... Des irresponsables qui veulent légaliser le cannabis, régulariser les sans-papier, sortir du nucléaire... Ils ne sont pas sérieux... Mais tout ça, c’était avant...
Depuis leur entrée au gouvernement, ce sont des traitres, des arrivistes qui ont vendu leurs âmes au diable pour un accord électoral ou un plat de lentilles. Des opportunistes qui ont renoncé à leurs valeurs les plus essentielles pour un strapontin ministériel... Ah ah ah... Ils sont vraiment prêts à tout pour avoir le pouvoir.
Donc je résume : l’écologiste est à la fois dictateur et libertaire, sectaire et arriviste, utopiste et opportuniste. On l’aura compris, au petit jeu de la décrédibilisation (qui permet d’éviter de parler du fond), un nouvel amas a été ajouté au traditionnel gloubiboulga du retour à la bougie et des ponchos en chanvre.
A la limite on peut considérer cela comme « de bonne guerre » venant de la droite. Sauf que, ces derniers temps, ce ramassis à la mode est aussi porté par une partie de la gauche. Et c’est là que le bât blesse.
Les camarades de gauche qui partagent tout ou partie de ce que défendent les écolos, mais aussi des sympathisants qui ont déjà voté pour EELV, tous hurlent avec les loups et reprennent en coeur la litanie de la presse : « écolos vendus ! », sans voir que ce faisant ils sont les idiots utiles des grands groupes qui possèdent cette presse...
Une ligne, deux stratégies
J’ai écrit dans un article pendant la campagne présidentielle pourquoi il n’y avait à mes yeux que deux projets crédibles et cohérents pour faire face aux crises que nous traversons actuellement : celui d’EELV et celui du Front de Gauche. Deux projets qui d’ailleurs ont beaucoup de points communs.
Les assises de l’écosocialisme organisées récemment par le parti de Gauche, comme les sorties récentes de Jean Luc Mélenchon dans la presse (Rue 89 et Libé par exemple) confirment mon sentiment de l’époque : un changement de paradigme est à l’oeuvre à gauche, les écologistes ne sont plus aujourd’hui les seuls anti-productivistes sur l’échiquier politique.
Le PCF, enkysté de longue date dans le productivisme marxiste, est secoué par plusieurs de ses partenaires du Front de gauche (PG et FASE en tête) et finira par bouger ou imploser. Le PS, quant à lui, passe complètement à coté, accroché à sa ligne social démocrate.
EELV et Front de Gauche, non majoritaires suite au 1er tour de l’élection présidentielle, ont choisi deux stratégies différentes. Ne comptez pas sur moi pour vous dire quelle est la bonne, je n’en sais rien. Personne n’en sait rien.
Il y a deux options, avec des avantages et des inconvénients des deux cotés. Faut-il, en pleine crise, prendre le risque d’être associé à la politique des socialistes et faire des compromis pour avoir les moyen d’agir ? Ou vaut-il mieux ne pas mettre les mains dans le cambouis et attendre le tour d’après ? L’histoire jugera.
Ce qui me parait évident en tous cas c’est que la position du Front de Gauche est la plus confortable, la moins risquée, et qu’elle est tout autant stratégique que celle d’EELV.
Des ponts, pas des murs
Le même week-end (17/11/12), pendant que plus de 30 000 personnes, des jeunes, des vieux, des écolos, des anarchistes, des gauchistes, des socialo, défilaient dans le bocage nantais contre le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, 100 000 personnes défilaient contre le mariage Gay en France.
Nous verrons ce que donnera la contre-manifestation de dimanche, mais la réalité est là. La France est conservatrice, et à vouloir créer des murs plutôt que des ponts entre nous, c’est cette France là qui gagnera.
On peut donc continuer à passer notre temps à se faire des procès en pureté, à se battre pour savoir qui est le plus cohérent. Les uns à hurler qu’il faut pendre haut et court ces traîtres d’écolos avaleurs de couleuvres, des écolos clairement anti-nucléaire, clairement anti-productiviste, clairement anti-aéroport à Notre Dames des Landes qui ne le seraient plus depuis leur alliance au gouvernement avec le PS sur la base d’un accord qui acte ces désaccords.
Les autres à se moquer d’un Front de Gauche qui rassemble, en son sein, des productivistes et des anti-productivistes, des pro-nucléraires et des anti-nucléaires, des partisans de l’aéroport à Nantes et des anti, et qui joue les vierges effarouchées en ne faisant pas alliance avec le PS mais en se plaignant qu’ils ne sont pas écoutés... Chacun dans son rôle (au sens théatral du terme), on a de quoi se taper dessus longtemps.
On peut, chacun de son coté, pourrir l’autre jusqu’à ce qu’il s’épuise et qu’on récupère ses électeurs écoeurés, comme ces agriculteurs, le nez dans le guidon, qui luttent pour racheter les terres des uns et des autres pour être le plus gros, le dernier, et qui se retrouvent seuls, dans un no man’s land, sans voisins, sans solidarité, sans école, sans poste, sans commerce, sans gare...
Il y a cependant quelque chose d’assez paradoxal à voir des anti-productivistes s’inscrire dans une logique de compétition plutôt que dans une logique de coopération (en conservant chacuns nos spécificités). Il y a quelque chose d’assez pathétique dans ces querelles de chapelles, qui ne feront que des perdants.
Notre énergie serait bien mieux utilisée à mener le combat culturel qui est devant nous, pour déconstruire toutes les représentations qui font du « plus = mieux » l’idéologie dominante.
Éduquons à la complexité
En octobre 2011, la journaliste altermondialiste Naomi Klein s’exprimait devant les indignés New Yorkais d’Occupy Wall Street. Son discours finissait par ces mots :
"Nous avons choisi de mener un combat contre les forces économiques et politiques les plus puissantes de la planète. C’est effrayant. Et tandis que ce mouvement grandit sans cesse, cela deviendra plus effrayant encore. Soyez toujours conscients qu’il y a aura la tentation de se tourner vers des cibles plus petites – comme, disons, la personne assise à côté de vous pendant ce rassemblement. Après tout, c’est une bataille qui est plus facile à gagner.
Ne cédons pas à cette tentation. Que cela ne vous empêche pas de vous dire mutuellement les choses. Mais cette fois, traitons-nous les uns les autres comme si on prévoyait de travailler ensemble, côte à côte dans les batailles, pour de nombreuses années à venir. Parce que la tâche qui nous attend n’en demandera pas moins..."
En tant que militant écolo, j’ai la douloureuse sensation actuellement que ce sont ceux qui sont assis à mes côtés qui me tapent dessus. Appel aux forces vives anti-productiviste : ne perdons pas de vue l’ennemi et gardons-nous de toute attaque qui affaiblirait notre camp. Camarades, qu’on ne se trompe pas, l’ennemi c’est le productivisme !
Dominique Voynet se défend d’avoir soutenu Notre Dame des Landes
Voici le texte que l’ex-ministre Dominique Voynet a envoyé à plusieurs médias, suite aux attaques de Mrs Auxiette et Massiot, dans Le Télégramme du 29 novembre
Messieurs Massiot et Auxiette, Présidents des Régions Bretagne et Pays-de-Loire, se font fort d’exhumer par voie de presse, en les sortant de leur contexte, des extraits de discours datant de l’époque où j’étais ministre de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, dans le gouvernement de Lionel Jospin.
Leur objectif : laisser croire que je porte la responsabilité des décisions qui furent prises alors et tenter ainsi de disqualifier ceux qui, quinze ans après, continuent d’alerter sur l’inutilité de ce projet.
Les deux seuls écologistes, membres d’un gouvernement qui majoritairement ne l’était pas - Guy Hascoët, secrétaire d’Etat à l’Economie Sociale et Solidaire et moi-même - n’ont à aucun moment porté le projet de Notre-Dame-des-Landes.
Je me suis battue alors pour convaincre ministres et grands élus de transformer radicalement leur approche en matière de politique des transports.
Certains souhaitaient à l’époque qu’aucune partie du territoire ne se situe à plus de 50 km d’une autoroute en 2015, ou la construction d’un troisième aéroport en Ile-de-France...
Si le principe des deux schémas intermodaux, l’un pour les personnes, l’autre pour les marchandises, a bien été inscrit dans la loi de 2000, ceux-ci n’ont pas été élaborés par le ministère de l’Environnement mais bien par le ministère des Transports, dont on connaît l’attachement historique aux « grands projets d’infrastructures ».
Le ministre des Transports de l’époque s’appelait Jean-Claude Gayssot. On me pardonnera de rappeler qu’une partie éminente de son entourage d’alors continue de peser, à des postes-clés*, en faveur de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Depuis, le monde a bien changé. Les mesures de régulation du trafic aérien ont été radicalement améliorées, au point qu’un trafic bien supérieur à celui de Nantes peut être traité en toute sécurité, sur une seule piste, à Genève ou à Glasgow.
Or une troisième piste a été ouverte à Roissy. L’emport moyen des avions a augmenté, leurs moteurs sont moins bruyants. Et surtout, nous avons désormais compris que le vieux monde, gaspilleur et vorace, sera bientôt derrière nous.
Il devient urgent de gérer de façon plus économe et plus sobre, notre argent, notre énergie et nos terres nourricières.
A l’instar de certains élu-e-s au sein même de leurs rangs qui ont bien compris ces enjeux, Pierrick Massiot et Jacques Auxiette peuvent encore changer d’avis !
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* Messieurs Ricono et Notebaert, alors membres du cabinet du Ministre des Transports et de l’Equipement Jean-Claude Gayssot sont aujourd’hui respectivement directeur général des services du Conseil Régional de Bretagne et responsable développement et exploitation des aéroports français du groupe Vinci Airports.
Mieux que la coalition PS-Verts, l’écosocialisme comme alternative
L’écosocialisme, c’est le sillon idéologique que le Parti de gauche a décidé de creuser. Corinne Morel Darleux, secrétaire nationale du PG, et Michael Löwy, philosophe, expliquent en quoi ce courant politique emprunté par Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle, lorsqu’il parlait notamment de « planification écologique », peut constituer une « alternative ».
L’écosocialisme est un courant politique fondé sur une constatation essentielle : la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète, la préservation d’un environnement favorable aux espèces vivantes – notamment la nôtre – est incompatible avec la logique expansive et destructrice du système capitaliste.
La poursuite de la « croissance » sous l’égide du capital nous conduit, à brève échéance – les prochaines décennies – à une catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’humanité : le réchauffement global.
Les « décideurs » de la planète – une oligarchie de milliardaires, managers, banquiers, investisseurs, « gouvernants » et autres « experts » – motivés par la rationalité bornée et myope du système, obsédés par les impératifs à court terme de croissance et d’expansion, la lutte pour les parts de marché, la compétitivité, les marges de profit et la rentabilité, semblent obéir au principe proclamé par Louis XV : « Après moi le déluge ».
Le déluge du XXIe siècle risque de prendre la forme, comme celui de la mythologie biblique mais bien réel celui-là, d’une montée inexorable des eaux, noyant sous les flots les rivages de la civilisation humaine.
Le spectaculaire échec des conférences internationales sur le changement climatique de Copenhague (2009), Cancun (2010), Rio (2012) et tout récemment de Doha illustre cet aveuglement : les puissants de ce monde refusent tout engagement chiffré et concret, même minimal, de réduction de leurs émissions de CO2.
Quelle est donc la solution alternative ? La pénitence et l’ascèse individuelle, comme semblent le proposer tant d’écologistes ? Cette réponse est pour nous illusoire et notablement insuffisante. Il faut s’attaquer au mode de production lui-même.
Seule une prise en charge collective démocratique permettra de mettre l’économie au service des besoins, réduire le temps de travail, supprimer les productions inutiles et nuisibles, remplacer les énergies fossiles par la sobriété, l’efficacité énergétique et les renouvelables.
Ce qui implique des incursions profondes dans la propriété capitaliste, une extension radicale du secteur public et de la gratuité, bref une planification écologique cohérente.
L’écosocialisme n’est pas une utopie à laquelle le réel devrait se conformer. C’est la seule réponse humaine raisonnable à l’impasse dans laquelle est enfermée dorénavant l’humanité en raison du mode de production capitaliste et productiviste de notre temps.
« La politique environnementale décevante de l’actuel gouvernement est un bon exemple de l’incapacité de ce genre de coalition »
La prémisse centrale de l’écosocialisme est qu’un socialisme non écologique est une impasse, et qu’une écologie non-socialiste est incapable de confronter les enjeux actuels.
Son projet d’associer le « rouge » – la critique marxiste du capital et le projet alternatif d’une société basée sur la coopération – et le « vert », la critique écologique du productivisme, n’a rien à voir avec les combinaisons gouvernementales dites « rouges-vertes », entre la social-démocratie et certains partis verts, autour d’un programme social-libéral d’accompagnement du système capitaliste.
La politique environnementale décevante de l’actuel gouvernement français est un bon exemple de l’incapacité de ce genre de coalition à mettre en question la logique destructrice du système.
L’ecosocialisme est donc une proposition radicale – c’est-à-dire, s’attaquant aux racines de la crise écologique – qui se distingue aussi bien des variantes productivistes du socialisme du XXe siècle – que ce soit la social-démocratie ou le « communisme » de facture stalinienne – que des courants écologiques qui s’accommodent, d’une façon ou de l’autre, du libéralisme.
Une alternative radicale qui vise non seulement à une transformation des rapports de production, de l’appareil productif et des modèles de consommation dominants, mais également à créer un nouveau paradigme de civilisation, fondé sur des valeurs de solidarité et de respect de la nature ; un modèle civilisationnel démocratique, libertaire et écologique, en rupture avec les fondements de la civilisation capitaliste/industrielle occidentale moderne.
L’idée d’un socialisme écologique – ou d’une écologie socialiste – a commencé à se développer à partir des années 1970, sous des formes très diverses, dans les écrits de certains pionniers d’une réflexion « rouge et verte » : Manuel Sacristan (Espagne), Raymond Williams (Angleterre), André Gorz et Jean-Paul Déléage (France), Frieder Otto Wolff (Allemagne), James O’Connor et Barry Commoner (États-Unis).
En 2001 est publié un Manifeste Écosocialiste, qui servira de référence pour la fondation, à Paris en 2007, du Réseau Écosocialiste International ; lors du Forum Social Mondial de Belem (Brésil, 2009) sera distribuée la Déclaration de Belém, un manifeste du Réseau au sujet du réchauffement global, signé par des centaines de personnes originaires de plusieurs dizaines de pays. Nous proposons aujourd’hui de reprendre ce flambeau. Il n’a jamais été aussi nécessaire et autant d’actualité.
L’écosocialisme est un projet d’avenir, une utopie radicale, un horizon du possible, mais aussi, et inséparablement, une action hic et nunc, ici et maintenant, autour d’objectifs et de propositions concrètes et immédiates.
Notre espoir pour le futur réside dans des mobilisations comme celles initiées à Seattle en 1999, qui voient la convergence d’écologistes et de syndicalistes au sein du mouvement altermondialiste.
C’est le cas des protestations de cent mille personnes à Copenhague en 2009, autour du mot d’ordre « Changeons le Système, pas le Climat » ; ou encore de la Conférence des Peuples à Cochabamba en avril 2010, rassemblant plus de trente mille délégués de mouvements indigènes, paysans et écologistes du monde entier.
La tenue, le 1er décembre 2012 dernier à Paris des « Assises pour l’Ecosocialisme », suivies par plus de 400 personnes présentes à l’Espace Reuilly, et par plus de 15 000 via Internet, montre que ce débat est en train de se développer aussi en France.
Des initiatives comme celle du Parc Yasuni ITT en Equateur - laisser le pétrole sous terre, pour protéger une vaste forêt riche en biodiversité, et pour éviter que des millions de tonnes de CO2 soient envoyées à l’atmosphère - est la preuve qu’on peut prendre, dès maintenant, des mesures efficaces pour protéger l’environnement et lutter contre le réchauffement global.
Mais il faut pour cela une véritable volonté politique… Nous sommes nombreuses et nombreux à porter cette volonté. Aujourd’hui une alternative est possible autour du projet écosocialiste ; elle est urgente pour que fleurisse enfin cette révolution écosocialiste.
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Corinne Morel Darleux est Secrétaire nationale à l’écologie du Parti de Gauche et Conseillère régionale FDG en Rhône Alpes. Elle a notamment publié Nos colères fleuriront (tome 1 & 2), Bruno Leprince, 2012 & L’écologie, un combat pour l’émancipation (avec J-L Mélenchon), Bruno Leprince, 2012.
Michael Löwy est philosophe. Directeur de recherche émérite au CNRS, il est co-auteur avec Joël Kovel du Manifeste international de l’écosocialisme publié en 2002, auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont Écosocialisme, une alternative radicale au désastre écologique capitaliste, Paris, Fayard, 2011.
L’efficacité énergétique à travers le monde
Les Cahiers de Global Chance, n°32, octobre 2012
L’efficacité énergétique à travers le monde : sur le chemin de la transition
(coédité avec la revue Passerelle)
Trente ans après la naissance en France du concept de « maîtrise de l’énergie » et la création de l’Agence publique qui en porte depuis le nom, l’action sur la demande d’énergie et en particulier son volet « efficacité énergétique » s’affirment de plus en plus comme priorités de premier rang.
Les crises énergétiques récurrentes, les préoccupations environnementales locales et globales, l’irrésistible montée des inégalités énergétiques mondiales et de la précarité énergétique sont en effet venues confirmer la nécessité et l’urgence d’une « transition énergétique » rapide vers une approche et des usages véritablement soutenables de l’énergie.
C’est pourquoi nous avons souhaité mettre en perspective l’enjeu que représente l’efficacité énergétique dans l’optique de la transition énergétique et souligner l’importance en la matière des questions de gouvernance et de volonté politique, en particulier au niveau territorial, tout en proposant à nos lecteurs un panorama des avancées, des expériences, des réussites qu’ont rencontrées les porteurs de cette ambition d’efficacité énergétique dans des pays très divers, à travers les témoignages d’une série d’acteurs de différentes origines.
Fuite de tritium au Bugey : l’information toujours opaque
Mercredi 19 décembre se tenait une réunion d’enfumage à huis clos, menée par le président de la CLI André Philippon, vice-président du conseil général de l’Ain chargé de l’environnement et du développement durable.
Celle-ci intervient après plusieurs relances citoyennes dont celle de SDN Bugey (4) suite au blackout tant sur les sites internet de l’ASN que celui d’EDF, quant aux suites apportées à la présence de taux anormaux et très élevés de Tritium, élément radioactif, dans la nappe phréatique sous la centrale nucléaire de Bugey.
« Compte tenu des interrogations suscitées par cet événement auprès de plusieurs membres de la commission locale d’information, son président, (…) a décidé d’organiser une réunion spécifique mercredi sur le site même de la centrale. Cette réunion, qui n’est pas ouverte au public, se déroulera en deux temps, avec à 16 h 30 une visite de la zone concernée et à 18 h des explications en salle de conférence. »(1)
Rappel des faits : (2)
- déclaration d’incident par EDF auprès de l’ASN et les pouvoirs publics en date du 15 octobre 2012 après la découverte de taux anormaux de tritium dans la nappe phréatique, sous la centrale de Bugey dès le 8 octobre.
- Injonction de l’ASN, par lettre à l’exploitant EDF, en date du 31 octobre 2012 dont voici les termes :
Article 1er EDF-SA met en place sans délai une surveillance renforcée des eaux souterraines et superficielles au droit et à proximité du CNPE du Bugey. EDF-SA portera dans les plus brefs délais à la connaissance de l’ASN toute évolution significative de l’activité volumique en tritium dans les eaux souterraines et superficielles du CNPE du Bugey.
Article 4 Le directeur général de l’ASN est chargé de l’exécution de la présente décision qui sera notifiée à EDF-SA et publiée au Bulletin officiel de l’ASN.
Pourquoi ce long mois de silence, cette absence totale d’information sur les sites respectifs des protagonistes ?
Pourquoi cette réunion intervient-elle subitement, après la relance citoyenne, notamment celle de SDN Bugey (en date du 3 décembre), et à huis clos, alors que la CLI est censée permettre toute transparence vis-à-vis des citoyens ?
Pourquoi une actualisation datée du 3 décembre, apparait-elle subitement sur le site d’Edf alors que lors de nos vérifications toute la semaine dernière, il n’y avait rien !!!? (3)
Pourquoi le mot « fuite » apparait-il seulement maintenant et pourquoi et comment le journal « le Dauphiné Libéré » peut-il titrer « fuite identifiée » alors qu’aucune information en ce sens n’a, à ce jour, été publiée par les protagonistes officiels ? (1)
Face à ces interrogations et à nos droits citoyens d’être informés en toute transparence sur ces problèmes touchant à notre environnement et potentiellement à notre santé :
- nous demandons que les informations relatives à ce nouvel incident sur une centrale nucléaire, soient diffusées publiquement et accessibles au plus grand nombre et donc pas seulement sur Internet ;
- nous invitons les citoyens qui le peuvent à se rendre cet après-midi devant la centrale pour une vigie citoyenne afin que l’exploitant EDF et Mr le président de la Cli Bugey n’oublient pas que nous sommes aux abois, que nous attendons une totale transparence qui pour l’heure n’a pas cours...
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Notes
(1) Article du Dauphiné Libéré du 15 décembre 2012
(2) Lettre ASN du 31 octobre 2012
(3) Communiqué EDF
(4) Lettre SDN Bugey
Complément d’information : Suite au communiqué du Collectif Résistances et Alternatives , EDF a publié une note d’information sur la fuite de tritium
Un méga-projet inutile à côté de l’aéroport de Chateauroux
Les élus de l’Indre voudraient réaliser une immense zone industrielle près de l’aéroport vide de Chateauroux, dévorant encore 500 hectares des meilleures terres agricoles du département
L’Indre est un département à dominante agricole où le taux de chômage est élevé, la majorité des emplois proposés à faible qualification et la population vieillissante.
La ville de Châteauroux a beaucoup souffert des fermetures d’usines de ces dernières années, puis de la perte de 1500 emplois suite à la fermeture du 517e régiment du train en 2012. Dans ce contexte difficile, la course effrénée à l’emploi est la règle d’or au sein des élus locaux.
Malheureusement, cette course à l’emploi se fait sans imagination, sans vue à long terme, et sans réelle ambition pour le département.
M. Mayet, président U.M.P. de la Communauté d’Agglomération Castelroussine (C.A.C.) et sénateur maire de Châteauroux, a décidé d’implanter une nouvelle zone industrielle à l’est de la ville, afin d’y installer des entreprises françaises et chinoises sur une zone de 800 ha.
Il prétend sauver ainsi l’emploi et sortir l’Indre de son marasme économique en offrant aux investisseurs chinois de vastes espaces à proximité de l’aéroport de Châteauroux. Il promet 5000 emplois à échéance de 4 ans.
500 ha de la zone envisagée le sont au détriment de terres agricoles parmi les meilleures de l’Indre - le reste étant pris sur l’ancienne zone militaire de la Martinerie (200ha) et sur la zone industrielle d’Ozans (86ha).
Les élus de droite comme de gauche, ont approuvé ce projet. La gauche s’abstenant sur certaines conventions opaques passées avec les sociétés chinoises.
Il s’agit en effet, de sociétés fonctionnant sur le principe de la poupée gigogne : la société chinoise Beijing Zhoulian Weiye Investissements, bras financier de la SFECZ Sino-française Economic Coopération Zones, elle-même rattachée à la société Beijing Capital Land Ltd.
Le développement de l’aéroport de Châteauroux fait partie du projet pour favoriser les importations de produits chinois à travers cette Z.A.C. Le contexte de renchérissement du carburant, la nécessité affichée par les politiques nationaux de réindustrialiser la France en produisant français, et le réchauffement climatique à combattre n’a pas fait réagir les intéressés.
Si l’urgence de trouver des solutions pour remédier au chômage n’est pas contestable, l’Indre mérite mieux que ces solutions au rabais, qui ne sont à la hauteur d’aucun des enjeux auxquels nous devons faire face, qu’ils soient sociaux (risques de délocalisation) ou environnementaux.
Une zone disproportionnée
Le projet de ZAC la Martinerie-Ozans va amputer un tiers de la superficie du village d’Étrechet. C’est la première fois qu’on détournera de leur vocation agricole autant de terres au profit de surfaces imperméabilisées dans l’Indre.
Cette nouvelle zone de 800 ha au total est d’une ampleur démesurée, et s’ajoutera aux 900 ha déjà existants des 15 zones d’activités, ce qui porte à 1.600 ha la surface d’espaces imperméabilisés.
Le rapport du CESR de la région Centre présente un tableau comparatif de la croissance annuelle des S.C.O.T. entre 2000 et 2006 : la palme revient, après Tours, à Châteauroux avec 0,3% de taux de croissance annuelle moyen des espaces urbanisés.
- Des agriculteurs ont été expropriés, des terres fertiles vont être bétonnées ou bitumées, malgré la mobilisation de l’association d’agriculteurs Ariane et de celle des riverains Larzac.
- D’importantes friches industrielles abandonnées (Berry Tuft ou plus récemment Mead emballage) ne font l’objet d’aucun projet de réimplantation par la C.A.C. Tandis que les industriels, qui ont bénéficié de conséquentes aides publiques à l’installation, délocalisent allègrement leur activité en abandonnant les friches dans un état avancé de pollution.
- L’unique ressource en eau, alimentant toute l’agglomération, est menacée par l’implantation de cette nouvelle zone industrielle en amont des captages.
- La création d’une liaison aérienne d’Air China pour transporter des matières premières et des produits chinois à Châteauroux est une aberration, à l’heure où la crise climatique impose la réduction des transports polluants.
- Les accès se feront par la RD 67, avec création de trois points d’entrée via des giratoires. Une voie de liaison permettra la desserte de la zone d’activités et le contournement Est de l’agglomération castelroussine. L’augmentation du trafic va congestionner la RD 67 et provoquer une forte augmentation de l’effet de serre.
Les chemins piétonniers et les pistes cyclables prévus à l’intérieur du périmètre de la Z.A.C. ne suffiront pas à faire oublier l’impact de la pollution générée par un énorme trafic.
L’emploi ne doit plus être délocalisable
La société franco-chinoise SFECZ, qui vient d’acquérir le château d’Ozans et une dizaine d’ha de terres, a comme stratégie l’assemblage de produits manufacturés ou de produits high-tech avec le label made in France.
Sur le plan social, qui peut croire que les cadres chinois qui dirigeront ces entreprises garantiront le salaire minimum, la protection sociale et le droit de grève à Châteauroux, alors qu’ils ont des pratiques contraires partout ailleurs en Europe et dans le monde (voir la violation des droits sociaux lors de la construction du port du Pyrée en Grèce, et dans les usines de confection et de maroquinerie en Italie).
- En cas de délocalisation, qui peut croire que les entreprises chinoises dédommageront l’État des exonérations sociales et fiscales de la zone franche ?
- Comment ne pas qualifier de green-washing une zone et des bâtiments que M. Mayet veut étiqueter HQE en masquant le type d’activité industrielle, quelque soit son degré de pollution et sa manière de produire ?
Nous avons besoin d’alternatives
A l’encontre de ce type de projet à courte vue, les écologistes de l’Indre pensent que :
dans un contexte de renchérissement des transports routiers, notre département devrait bénéficier d’une politique d’emploi déployée sur l’ensemble du territoire ;
compter sur des entreprises chinoises qui peuvent déménager après quelques années, c’est courir le risque d’avoir des friches industrielles si les conditions de profit escomptées par ces entreprises ne sont pas réalisées ;
dans un contexte mondial ou les terres agricoles s’achètent par la Chine en dizaines de milliers d’hectares en Afrique ou en Amérique Latine, il serait temps de conserver dans nos régions les terres cultivées pour y maintenir ou y développer une agriculture de proximité ;
enfin, dans un contexte de réchauffement climatique et de perte de la biodiversité, les élus devraient respecter bien davantage leur environnement, la nature et la terre.
La France refuse le gaz de schiste sur son sol, mais voulait le développer en Algérie
Alors que le voyage officiel du Président de la République en Algérie touche à sa fin, plusieurs sites d’informations révèlent que la France aurait conclu un accord avec l’Algérie dans le but d’expérimenter des techniques alternatives à la fracturation hydraulique utilisée pour extraire les gaz et huiles de schiste [1]. Les Amis de la Terre condamnent vigoureusement cet accord et exigent des explications du gouvernement.
François Hollande réalise depuis mercredi 19 décembre son premier voyage présidentiel en Algérie, accompagné de plusieurs de ses ministres. D’après le Premier Ministre algérien, cette visite devrait se conclure par la signature de « 7 à 8 accords touchant plusieurs secteurs dont la défense, l’industrie, l’agriculture, la culture, l’enseignement et la formation ».
Nous apprenons jeudi 20 décembre que l’un de ces accords pourrait concerner l’expérimentation de techniques permettant d’exploiter les gaz et huiles de schiste. Alors que le Président de la République ne cesse de clamer haut et fort que ce dossier ne serait pas rouvert d’ici la fin de son quinquennat, cette annonce se révèle des plus scandaleuses.
Pollution des nappes phréatiques et des sols, émanation de produits toxiques dans l’atmosphère, réchauffement climatique... Les impacts environnementaux et sociaux de l’exploitation des gaz et huiles de schiste ne sont hélas plus à prouver, comme en attestent les fréquents accidents dénoncés aux Etats-Unis et au Canada où l’exploitation est la plus importante [2].
De l’aveu même du gouvernement, aucune technique alternative certifiée non nocive pour l’environnement ne serait aujourd’hui sur le point de voir le jour. Mener des expérimentations grandeur nature dans le désert algérien serait une décision insensée, en négation du principe de précaution.
La France doit cesser de considérer l’Algérie et ses anciennes colonies comme ses laboratoires d’expérimentation en jouant à l’apprenti sorcier au détriment des conditions de vie des populations locales et de la préservation de leur environnement. Rappelons qu’entre 1960 et 1966, la France a réalisé de nombreux essais nucléaires dans le désert algérien, refusant pourtant encore aujourd’hui de reconnaître sa responsabilité dans la catastrophe environnementale et sanitaire dont elle est à l’origine.
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[1] lepoint.fr
[2] Positionnement de 40 ONG européennes
Complément d’information :
Delphine Batho, la ministre de l’écologie, a démenti le 21 décembre l’accord entre la France et l’Algérie sur le gaz de schiste, contredisant le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius.
Pour prévenir le changement climatique, les écologistes doivent cibler les compagnies pétrolières
Malgré la connaissance que nous avons de la gravité du changement climatique, le mouvement écologiste échoue à mobiliser la société. C’est qu’il lui manque un ennemi clairement identifiable, estime Bill McKibben. Qui propose de cibler les compagnies pétrolières
Bill McKibben est un journaliste états-unien devenu activiste. En 1989, il avait écrit The End of nature, un essai important qui analysait, un des premiers, les conséquences du changement climatique sur la société humaine.
Dans un article paru dans la revue Rolling Stone en août 2012, « Global warming’s terrifying new math », il expose une stratégie de lutte contre le changement climatique. En voici le résumé.
L’auteur évoque d’abord trois chiffres à l’importance cardinale :
- 2° C : adopté à la conférence des Nations unies sur le climat à Copenhague, en décembre 2009 : « l’augmentation de la température planétaire devrait rester inférieure à deux degrés Celsius ». C’est le seuil de réchauffement, par rapport à la température qui prévalait avant la révolution industrielle, au-delà duquel les conséquences deviendraient insupportables.
- 565 milliards de tonnes de dioxyde de carbone : quantité estimée de ce que l’on peut encore déverser dans l’atmosphère sans dépasser ce seuil de 2° C (1).
- 2 795 milliards de tonnes de dioxyde de carbone : quantité estimée de CO2 contenue dans les réserves connues de gaz, pétrole et charbon, selon Carbon Tracker Initiative .
Si l’on consomme toutes les réserves de ces combustibles fossiles, on émettra donc dans l’atmosphère cinq fois plus de dioxyde de carbone qu’il n’est souhaitable si l’on veut rester en-deçà d’un réchauffement de 2°C. Brûler tous ces combustibles garantit un réchauffement massif aux conséquences désastreuses. Il faut donc en laisser enfouis sous la terre 80 %.
Mais cela supposerait que les compagnies énergétiques abandonnent près de 20 000 milliards de dollars de ce capital (évalué au total à 27 000 milliards de dollars).
Le deuxième volet de l’argumentation constate que les efforts du mouvement écologiste pour prévenir le changement climatique ont jusqu’à présent échoué. Les émissions planétaires se poursuivent même à un rythme supérieur à ce qu’il était il y a une dizaine d’années. Cet échec signifie « que nous en savons beaucoup sur les stratégies qui ne marchent pas » [souligné par McKibben]. Par exemple, chercher à changer le mode de consommation du public ne fonctionne pas. L’action sur le système politique est tout aussi inefficace : Obama, pourtant sensible à la question du changement climatique, a ainsi déclaré en mars : « Vous avez ma parole que nous continuerons à forer [pour trouver du gaz et du pétrole] partout où nous le pourrons ».
En fait, poursuit l’auteur, « les efforts que nous avons déployés pour empêcher le changement climatique n’ont jusqu’à présent produit que des mouvements graduels et hésitants. Un changement rapide de transformation suppose de former un mouvement, et un mouvement demande des ennemis (…). Les ennemis est ce dont le changement climatique a manqué ».
Les chiffres exposés au début de l’article indiquent clairement qui est l’ennemi principal : « Compte tenu de ces statistiques, nous devons considérer l’industrie des combustibles fossiles sous un nouvel éclairage. Elle est devenue une activité voyou, plus dangereuse qu’aucune autre force sur Terre. Elle est l’Ennemie Numéro Un de la survie de la civilisation planétaire ».
Selon Carbon Tracker, les six firmes possédant les plus grandes réserves sont Exxon, BP, Gazprom, Chevron, ConocoPhillips et Shell. A elles six, elles concentrent un quart du budget carbone de la planète.
McKibben explique enfin un facteur essentiel de la nocivité de cette industrie : « l’industrie des combustibles fossiles est la seule qui est autorisée à balancer gratuitement dans la nature son principal déchet, le dioxyde de carbone ». Toutes les autres activités économiques doivent payer pour la gestion de leurs déchets. Mais dans le cas des fossiles, ce n’est pas le cas. Et les compagnies s’y opposent, parce que mettre un prix sur le carbone diminuerait fortement la profitabilité.
Et l’auteur de conclure : « Le changement climatique opère sur une échelle géologique, mais ce n’est pas une force impersonnelle de la nature ; plus vous rentrez dans le détail des chiffres, plus vous réalisez que c’est, au fond, une question morale. Nous avons trouvé l’ennemi, et c’est Shell ».
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Notes :
(1) Ce chiffre de 565 provient de Carbon tracker initiative. Cet organisme s’inspire d’une étude importante parue dans Nature en 2009, par Meinshausen et al.).
Meinshausen et son équipe calculaient le budget carbone – combien il nous reste à émettre si l’on veut rester en-deçà de 2°C. Soit 1000 gigatonnes de CO2 entre 2000 et 2050. Carbon Tracker Initiative en retranche ce qui a été émis entre 2000 et 2011, ce qui conduit à 565 milliards de tonnes.
Notons que sur les 38 ans qu’il reste d’ici 2050, cela signifie 15 milliards de tonnes par an, soit deux fois moins que le rythme actuel (32 milliards de tonnes en 2011 selon l’AIE).
L’aéroport de Tours est largement subventionné
Cet article a été originellement publié le 16 décembre
La question du soutien des collectivités locales à l’aéroport de Tours n’en finit pas de diviser la gauche.
Vendredi 14 décembre, lors du vote du budget du conseil général, l’ancienne présidente Claude Roiron (PS), la communiste Martine Belnoue et l’écologiste Christophe Boulanger ont tous critiqué la quote-part versée par le département dans l’affaire (1 M€).
L’histoire pourrait se répéter, au conseil communautaire de Tours Plus cette fois, car l’agglo est un autre bailleur de fonds important de la structure aéroportuaire, au travers de la délégation de service public accordée à la SNC Lavallin.
Son apport frôlera également le million d’euros. Si l’on ajoute un autre million apporté par la région Centre, c’est au total 3M€ d’argent public qui seront injectés l’an prochain dans l’aéroport de Tours.
Le Collectif Euro Maghrébin anti-gaz de schiste dénonce les accords entre les gouvernements français et algérien
A messieurs et dames responsables et Député(e)s d’Europe Ecologie les Verts, responsables des partis et ONG écologiques de tous les pays d’Europe et du Maghreb, à nos cher(e)s concitoyen(nes) membres ou non membres des partis politiques et des associations écologiques.
En tant que membres actifs du collectif euromaghrébin anti-gaz de schiste (Cemagas), nous venons d’apprendre aujourd’hui par le biais de certaines sources d’information (le journal Le Point français) que les gouvernements algérien et français vont signer prochainement un accord pour l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste en Algérie.
Notre réaction est claire et nette, nous sommes tout à fait contre cette activité de quelque type que ce soit, exploration ou exploitation, c’est toujours désastreux pour la nature, pour les écosystèmes et pour la santé des populations sahariennes ou non sahariennes, car les effets de contamination touchent tout le monde.
Nous devons noter, cher(e)s dames et messieurs, que depuis le mois de juin 2012, nous avons écrit des pétitions et articles de presse, animé des conférences et réalisé des vidéos, mené campagne dans les réseaux sociaux (facebook, twiter, etc.) et ce entre algériens d’abord, ensuite entre maghrébins, et enfin entre maghrébins et européens (Basta gaz, Attac, EELV).
Le résultat, de l’aveu des grandes ONG comme celles de WWF et HBS qui nous avaient réunis lors de la rencontre du 23, 24, 25 et 26 novembre 2012 à Rabat, nous avons réussi à bien sensibiliser les sociétés civiles de tout le Maghreb.
Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s responsables, cher(e)s militant(e)s, nous sommes maintenant au point de non retour, nous développons donc efforts, actions et engagements afin de faire reculer les projets de cette ampleur qui ne cessent de détruire écosystèmes sahariens et santés des populations.
Pour tout cela, nous devons vous demander aide et soutien, et ce au non du principe de solidarité tel que vous l’avez développé un peu partout, non au gaz de schiste ici et ailleurs.
Pour le collectif euromaghrébin anti-gaz de schiste Le coordinateur Dr MOUSSA Kacem Maître de Conférences à l’université d’Oran (Algérie) Expert en Environnement Expert en mines et carrières
Lancement d’une bière anti-aéroport de Notre Dame des Landes
Salut à toutes et tous !
Certain-e-s d’entre vous ont probablement eu écho de la sortie par Coreff (brasserie du Centre-Bretagne) d’une bière artisanale blonde et bio, baptisée « Aéroport Nann ! », en soutien aux opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
Voici les infos pratiques pour les structures qui souhaiteraient passer commande.
La bouteille de 33 cl est au prix de 2€, dont 1€ au profit de l’Acipa (pas de bénéfice pour la Conf’).
Au cas où cette initiative serait victime de son succès, en cette période de rush, soyons efficaces pour les commandes !
Si les bouteilles sont conditionnées par carton de 12, les livraisons ne pourront s’effectuer que par palette entière, soit 1 080 bouteilles (il n’y a pas de frais de port).
Pour les commandes groupées, charge à vous de vous organiser à l’échelon départemental, régional... pour qu’il y ait un seul point de livraison (délai maxi d’une semaine pour les livraisons).
Les commandes sont à adresser par mail à la Confédération paysanne 22, avec un intitulé clair (COMMANDES DE BIERES - NDDL) à l’adresse suivante : 22@confederationpaysanne.fr, en précisant :
1. le nombre de palettes (par tranche de 1.080 !) 2. le lieu de livraison (adresse complète)
En retour, nous vous enverrons un accusé de réception de la commande. Commande qui ne sera définitive qu’à réception du paiement.
Charge à vous d’envoyer dans la foulée (car c’est la CP22 qui sera facturée par Coreff !) votre règlement à la CP22 (en deux chèques) :
1.080 Euros à l’ordre de la CP22 1.080 Euros à l’ordre de l’Acipa
à l’adresse suivante :
Confédération paysanne 22 Espace syndical 93 boulevard Edouard Prigent 22000 SAINT-BRIEUC
Nous comptons sur votre discipline pour que tout se passe au mieux. Merci et ..... Bonne continuation à toutes et tous en cette période bien chargée !
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Foire aux questions :
- Pour ce qui est des commandes ponctuelles des citoyens, on ne peut faire autrement que passer par les structures Conf’ qui auront passé commande. On ne peut pas faire sinon (la CP22 n’est pas marchande de bières, on ne va pas s’amuser à acheminer 1, 2 cartons ici et là...!).
Départements qui ont passé commande à ce jour : les 4 départements bretons (22, 29, 35 et 56) et la Loire-Atlantique.
- Pour ce qui est des demandes de magasins (biocoop par exemple), comme il y aura de la TVA, il y a un seul interlocuteur dans ce cas-là :
Mathhieu Breton (directeur de la Coreff)
Confédération paysanne des Côtes-d’Armor
Merci la Terre
Préface du livre d’Alain Hervé, Merci la Terre :
Nous nous appelons les hommes
« Homme. C’est un être sentant, réfléchissant, pensant, qui se promène librement sur la surface de la Terre, qui paraît être à la tête de tous les autres animaux sur lesquels il domine, qui vit en société, qui a inventé des sciences et des arts… » Denis Diderot
« La philosophie est chose trop sérieuse pour qu’on la laisse aux philosophes. » Arthur Koestler
Nous sommes bipèdes, nous sommes mammifères, nous n’avons ni ailes, ni nageoires, nous sommes plus de sept milliards. Nous nous appelons les hommes.
Nous habitons une planète que nous appelons Terre, une planète qui abrite un curieux phénomène : la vie. Une planète que nous voyons de moins en moins, enfermés que nous sommes dans nos appartements, nos villes, nos voitures, notre univers aménagé par nos techniques.
Mais, de l’autre côté de la vitre de la maison humaine, la planète est là, immense, silencieuse, obéissant aux forces gigantesques qui régissent la matière dans l’univers. (Pensons au film Melancholia de Lars von Trier…)
Nous avons l’impression d’être l’espèce vivante la plus évoluée. Nous avons tendance à croire que la planète nous appartient. Nous allons jusqu’à dire que la planète est en danger. La planète n’est pas en danger. C’est l’humanité qui s’est mise en danger.
Nous traitons toutes les autres espèces vivantes et la nature elle-même comme si elles étaient notre propriété.
Mais nous sommes arrivés au point où, par notre inventivité, notre industrie, par notre nombre, nous commençons de perturber le fonctionnement de la nature et de la vie. Nous le mettons en péril.
Alors il faut regarder avec de nouveaux yeux. Non pas avec ceux des premiers hommes, qui craignaient la nature, mais avec ceux de notre époque, comme des hommes qui progressent dans le domaine de la connaissance, mais doivent encore acquérir la sagesse.
Il faut savoir qu’aucune structure démocratique, ni même politique classique, ni même une dictature ne résistera au chaos entraîné par un réchauffement climatique soudain, ou un accident nucléaire de grande ampleur. L’un et l’autre sont possibles à très court terme.
Nous devons admettre que nous entrons dans l’âge écologique, que nous le voulions ou pas. Depuis quarante ans, il faut constater que le seul progrès philosophique, moral, politique, social résulte de la réflexion écologique. On cherche quel autre progrès se serait produit.
Les vieilles étiquettes politiques – libérales, socialistes, de droite ou de gauche ou des extrêmes – deviennent secondaires.
Nous sommes tous écologistes ou bien nous disparaîtrons.
Alain Hervé
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Merci la Terre, Alain Hervé, Sang de la Terre/Médial, 72 pages, 4,66€.
Poème de la D.E.C.R.O.I.S.S.A.N.C.E.
Décoloniser nos imaginaires selon la formule de Serge Latouche,
Endoctrinés pour l’instant à la consommation via la publicité.
Comment se réapproprier nos vies peu à peu, par petites touches ?
Revenir aux choses essentielles, un grand pas vers la simplicité...
Oublier tous ces objets d’un bonheur que l’on nous fait miroiter,
Insignifiants, inutiles gadgets sources d’un individualisme exacerbé.
Se soucier des matières premières utilisées qui induisent pillages,
Spoliations savamment orchestrées par les pays dits développés,
Au mépris des populations locales et des générations à venir.
N’est-il pas temps d’apprendre à partager, de sortir de l’enfantillage,
Cesser de conserver nos privilèges, et du confort le diminuer.
Eradiquer l’esprit de compétition, sans doute un challenge d’avenir !
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Et puisque un peu d’humour ne peut pas nuire :
Quel est le comble pour un écolo ? C’est de faire des économies de bouts de chandelles depuis des lustres et de ne pas être pris pour une lumière !
Le système et le chaos
Édité pour la première fois en 1973, puis réédité en 1990, cet ouvrage qui demeure d’une étonnante actualité a été augmenté par Daniel Cérézuelle d’un appareil critique permettant de le resituer dans son contexte.
Rédigé entre 1951 et 1967, à un moment où existait une foi inconditionnelle dans la croissance économique, il nous livre une critique globale de notre société.
Prémonitoires, les propos de l’auteur nous interpellaient déjà sur les développements scientifique et technique qui, au rythme actuel, risquent tôt ou tard de rompre le fragile équilibre de la vie sur la planète.
Ce livre nous incite à une prise de conscience indispensable pour imaginer une issue possible.
- Le système et le chaos, de Bernard Charbonneau, éd. Sang de la Terre, 304 p., 16,90 €.
Notre Dame des Landes : Auxiette annule l’appel d’offres de propagande, mais en a-t-il le droit ?
Jacques Auxiette, le président du conseil régional des Pays de Loire, continue à patauger : après avoir lancé un appel d’offres de communication sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, il l’annule brutalement. Mais en a-t-il le droit ? Rien n’est moins sûr...
Jacques Auxiette, indique Jérôme Jolivet dans Presse Océan, « déclare sans suite l’appel d’offres qu’il avait lancé la semaine dernière pour mener du lobbying » en faveur du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Raison invoquée : trois mille personnes auraient demandé un dossier de consultation « espérant ensuite obtenir la nullité de notre procédure ».
Cette raison aux allures légèrement paranoïaques paraît plutôt spécieuse : la régularité de la procédure ne dépend pas du nombre de dossiers demandés. Et puis, il y a peut-être beaucoup d’aspirants lobbyistes, après tout…
Mais peut-on sur un coup de tête renoncer à un appel d’offres en cours ? Le Code des marchés publics prévoit en son article 59 que « à tout moment, la procédure peut être déclarée sans suite pour des motifs d’intérêt général ». Reste à savoir quels sont ces « motifs d’intérêt général ». Or, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, vient justement de les préciser, voici moins de deux mois, en réponse à la question d’une parlementaire.
Les motifs susceptibles d’être invoqués sont variés :
- « Raison budgétaire lorsque, à titre d’exemple, le coût estimé des travaux dépasse le budget pouvant être alloué par la collectivité ». On nous a toujours dit que le prix à payer était raisonnable.
- « Insuffisance de concurrence ». Vu le nombre de demandes, on va plutôt vers une concurrence surabondante.
- « Incertitudes ayant affecté la consultation des entreprises » ou « procédure entachée d’irrégularités ». M. Auxiette mettrait alors en cause ses propres services.
- « Erreurs dans les exigences techniques des prestations ». Idem.
- « Disparition du besoin de la personne publique ». Ce qui supposerait l’abandon du projet d’aéroport ! Intéressant…
Le choix est vaste, mais aucun des motifs acceptables ne semble convenir en l’espèce. Or une chose est certaine : la décision de ne pas donner suite à un appel d’offre « doit être motivée. La motivation ne doit pas se limiter à une simple phrase générique invoquant l’intérêt général, mais doit également préciser les circonstances qui ont amené le pouvoir adjudicateur à prendre une telle décision. » Gribouille se jetait à l’eau pour éviter la pluie.
Il serait cocasse que, pour éviter un risque de nullité très hypothétique, Jacques Auxiette ait pris une décision entachée de nullité !
Notre-Dame-des-Landes : l’Etat coincé par ses concessions à Vinci
Le fond du problème, en dehors des questions d’autorité et d’amour-propre, n’est-il pas dans l’équation économico-financière à laquelle est confronté l’Etat, pour avoir signé en 2010 une concession doublée d’un partenariat public-privé (PPP) particulièrement favorable au concessionnaire Vinci ?
Pour un très grand nombre de nos concitoyens, dont je suis, le projet de Notre-Dame-des-Landes était, dès 2002, un projet qui ne se justifiait pas au regard des besoins.
La concertation qui s’est déroulée en 2003 a été incapable de préciser s’il s’agissait de réaliser un nouvel aéroport pour Nantes, de créer un grand aéroport de l’Ouest, ou encore s’il s’agissait d’un troisième aéroport pour la région parisienne.
A l’époque, pas plus qu’aujourd’hui, les questions du bien-fondé d’une nouvelle desserte aéroportuaire au regard des avantages d’un prolongement de la ligne grande vitesse (LGV) jusqu’à Nantes – avec un Nantes-Orly à moins de 1h30 et un Nantes-Roissy à moins de 2h – n’ont pas été posées.
Quand le Conseil d’Etat a validé la déclaration d’utilité publique de 2008, il a également validé la concession pourtant bien défavorable aux collectivités publiques, en admettant, en particulier contre toutes les règles habituelles de la concession, que les collectivités publiques mettent la main au porte-monnaie. En effet, dans une concession, le concessionnaire se rémunère sur l’usager et la collectivité publique n’a en principe pas à payer quoi que ce soit.
Mais la déclaration d’utilité publique a été montée sur un dossier achevé en 2006 avec en particulier une étude de coûts-avantages, dont l’institut C.E. Delft a montré que le scénario le plus probable était largement en-deçà des critères de rentabilité d’un tel ouvrage et que les scénarios extrêmement optimistes atteignaient à peine le critère de rentabilité nécessaire, et surtout reposaient sur une erreur d’appréciation portant sur 600 millions d’euros.
Un projet caduc avant même d’avoir commencé
Nous sommes bientôt en 2013 et il suffit d’ouvrir le dossier pour voir que deux éléments remettent en cause le projet (à supposer qu’il fût fondé lorsque la décision a été prise) :
• Le scénario le plus pessimiste repose sur un taux de croissance de 1,9% et un prix du baril en 2025 de 60 euros. Le scénario le plus optimiste pour l’aéroport est encore plus irréaliste, puisqu’il envisage un taux de croissance de 2,4%.
Ces données sont évidemment fausses, comme le sont du reste les autres données considérant que les enjeux environnementaux sont constants, alors même qu’aujourd’hui la compensation en terme de biodiversité est une obligation et que le système de quotas et d’échanges d’émissions carbone (ETS), même s’il a été reporté, sera mis en place.
La gravité de la crise économique et financière, et en particulier la remise en cause des infrastructures complémentaires qui avaient été prévues – surtout au regard de la LGV vers Orly et Roissy – impose une remise à plat de l’économie générale du projet.
Dès lors, tous les éléments sont en place pour considérer qu’il y a bien un changement de circonstances de fait permettant l’abrogation du décret, indépendamment du fait qu’il ait été validé par le Conseil d’Etat sur la base des faits antérieurs.
• La modification déjà intervenue entre le projet initial, déclaré d’utilité publique, et le projet actuel, qui fait l’objet de la concession, remet en cause la base juridique initiale. En effet, ne peut être réalisé que le projet déclaré d’utilité publique.
Le fait que la superficie foncière ait été réduite de moitié, même s’il s’agit d’une bonne nouvelle pour la protection des terres, remet en cause la validité de la Déclaration d’utilité publique (DUP).
On pourrait rappeler le précédent de Creys-Malville en 1997, où le Conseil d’Etat avait annulé la déclaration d’utilité publique au motif que le projet soumis à enquête publique n’était pas le même que celui qui avait été déclaré d’utilité publique, les mesures de sécurité imposées changeant le projet lui-même.
Et si le projet ne se faisait pas du tout ?
Dès lors, une sortie par le haut du fait du changement des circonstances serait parfaitement envisageable. Or, le coût d’un abandon du projet dans l’état actuel de la concession signée en décembre 2010 entre l’Etat et la société concessionnaire aéroport du Grand Ouest serait astronomique.
En effet, l’article 81 de la concession prévoit les conditions de rachat ou de résiliation : en sus des indemnités liées au remboursement de l’encours des financements privés externes, il y a les coûts des instruments de couverture, de l’encours des fonds propres injectés préalablement à la date de résiliation, des frais de résiliation des contrats relatifs au financement privé externe et/ou des contrats passés avec les prestataires, et une clause de remboursement du manque à gagner.
Ce manque à gagner est calculé selon une formule compliquée déterminée si la résiliation intervient avant le deuxième anniversaire de la date de mise en service de Notre-Dame-des-Landes.
Dans la mesure où rien dans le contrat n’est prévu dans l’hypothèse où les travaux ne seraient pas engagés du tout, il est probable que ce soit cette disposition qui soit applicable.
Autrement dit, le coût pour l’Etat serait la totalité de la rémunération prévue jusqu’à la fin de la concession avec une actualisation.
Il semblerait d’après le plan de financement que la rémunération des actionnaires soit de l’ordre d’onze millions d’euros par an, selon les calculs de Mediapart.
Le devenir des terrains actuels pas valorisé
Sans qu’il soit ici possible, compte tenu de la complexité de cette clause, d’en donner une évaluation exacte, il convient de rappeler que la concession est prévue pour 55 ans. Par voie de conséquence, le dédit pour l’Etat serait astronomique...
A moins que le bien-fondé et la légalité de cette clause de dédit ne soient contestés devant un juge, dans la mesure où le préjudice serait réduit d’autant si les grands travaux d’infrastructure de Notre-Dame-des-Landes n’avaient pas démarré et que l’exploitation des deux autres aéroports permettait d’exclure une résiliation de la concession.
On pourrait alors se limiter à une simple application des règles contractuelles habituelles, en particulier celle de la prévision à l’article 74, et même si la position de l’Etat serait affaiblie, compte tenu de la rédaction de cet article.
Le flou – on ne peut plus artistique – qui entoure le sort après 2018 des terrains de Nantes-Atlantique, l’actuel aéroport de Nantes, laisse pantois.
En effet, alors que le plan financier laisse apparaître des recettes pour zéro à partir de 2018 pour Nantes-Atlantique et Saint-Nazaire (ce qui laisse dubitatif sur l’idée qu’Airbus resterait puisque sa présence générerait nécessairement des redevances), rien n’est dit sur le sort des terrains après cette date, alors même que la concession serait encore prévue pour près de 50 ans.
Notre Dame des Landes : même les patrons doutent
Figure du patronat vendéen, Yves Gonnord se dit contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes en l’état. La CCI et le Medef conditionnent leur soutien à un deuxième pont sur la Loire.
Le temps des démonstrations bruyantes d’enthousiasme est derrière. Le monde de l’entreprise en Vendée est désormais partagé sur l’opportunité de construire un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
Yves Gonnord, figure de l’entreprise à la vendéenne, a jeté un pavé dans la mare. Le tabou est levé : on peut critiquer le projet initié il y a plus de 30 ans par Olivier Guichard et poussé par Jacques Auxiette et Jean-Marc Ayrault aujourd’hui.
Le vice-président de Fleury Michon - qui parle à titre personnel - ne prend pas de gants : « Avant la construction d’un nouvel aéroport, il est urgent d’investir dans des équipements routiers et ferroviaires : nouveaux ponts sur la Loire, deuxième rocade de Nantes, ligne à grande vitesse Nantes-Paris. Il en résulte que le projet sera repoussé de plusieurs années. En attendant, l’aéroport actuel est largement suffisant. »
Plus diplomate, la chambre de commerce et d’industrie de Vendée est, peu ou prou, sur la même ligne : « C’est un projet structurant d’avenir, mais il ne peut se faire que si, dans le même temps, nous disposons d’infrastructures routières dont le 2e pont sur la Loire. Les entreprises de Vendée diront OK à condition qu’elles ne mettent pas trois-quarts d’heure de plus dans le contournement de Nantes », explique Joseph Moreau, le président de la CCI de Vendée.
Philippe Bellante, le président du Medef vendéen, est très explicite : « Une décision a été prise. On ne va pas revenir dessus. Maintenant, pour nous, c’est lié au pont sur la Loire. Il faut se battre pour que les deux sortent en même temps. On n’a pas envie de passer des heures sur le pont de Cheviré à voir décoller les avions ! »
Autant d’arguments qui permettent, entre les lignes, de ne pas insulter l’avenir tout en manifestant ouvertement une grogne de « sudistes » en mal d’écoute.
Des voix patronales anti-aéroport
Un pont, sinon rien ! Certains chefs d’entreprise vont au-delà de l’argument des accès. Ils sont carrément hostiles au projet dans sa globalité. Tel Christian Ricot, patron vendéen d’une entreprise choletaise de distribution de surgelés et encarté au MoDem :
« Notre-Dame-des-Landes est aujourd’hui dépassé. Ce modèle est d’une époque révolue. Il faut aujourd’hui privilégier le réseau de trains à grande vitesse afin de mieux desservir les aéroports existants. Nantes-Atlantique n’est pas et ne sera sans doute jamais à saturation. S’il l’était, il pourrait être agrandi sans problème majeur. »
Marcel Barteau, co-gérant de la concession Alfa-Roméo à La Roche-sur-Yon, est encore plus incisif : « Pour moi, c’est catégorique, c’est non. Je me rallie 100 % à ce que dit Yves Gonnord. Cet aéroport est complètement inutile. De plus, il n’y a pas les infrastructures d’accès. Quand on construit une maison, on fait d’abord un chemin pour y aller ! ».
Quant aux nouveaux emplois promis (3 000), Marcel Barteau n’y croit pas : « Il y a déjà un déséquilibre deux-tiers - un tiers des emplois entre le nord et le Sud-Loire. Des emplois en plus au nord, ce serait des emplois en moins au Sud-Loire, y compris en Nord-Vendée. »
Changement climatique : tous vulnérables ?
Ce livre tente de combattre deux idées reçues : les communautés les plus pauvres seraient les plus vulnérables au changement climatique eu égard à leurs faibles capacités d’adaptation, et une telle adaptation serait exclusivement une question de projection sur le temps long.
Ces schémas de pensée, trop généralistes pour retranscrire la complexité et la diversité des réalités nationales et locales de par le monde, ne permettent pas d’élaborer des stratégies d’adaptation réalistes, reposant avant tout sur les caractéristiques propres à chaque territoire. Il est crucial de les réviser : le changement climatique est en marche et ses conséquences sont pour partie irréversibles. Toutes les sociétés, dans les pays en développement comme dans les pays développés, sont menacées, toutes devront s’adapter.
L’auteur : Docteur en géographie et chercheur à l’Institut du développement et des relations internationales (IDDRI, Sciences Po), Alexandre Magnan est spécialiste des questions de vulnérabilité et d’adaptation aux changements environnementaux, notamment dans le contexte du changement climatique. Il développe des recherches sur les littoraux des îles de l’océan Indien et du Pacifique, du Bangladesh et du Japon, et s’intéresse particulièrement aux thèmes de la capacité d’adaptation (facteurs d’influence, échelles spatiales et temporelles pertinentes, liens vulnérabilité/capacité d’adaptation/niveau de développement, synergies adaptation/soutenabilité) et de la maladaptation (typologie, évaluation, cas d’étude). Il coordonne les projets de recherche CapAdapt et VulneraRe.
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- Alexandre Magnan, Changement climatique : tous vulnérables ?, éd. Rue d’Ulm, 2012, 7,50 €.
Zone autonome temporaire
« Pour lutter contre la société de contrôle, le seul moyen est d’y échapper »
Une lecture par Philippe Petit, dans Marianne du 20 juillet 2011 :
Attention, TAZ en vue !
Quel est le rapport entre poésie et piraterie ? En 1991, les éditions Autonomedia publient : T.A.Z. The Temporary Autonomous Zone. Ontological Anarchy, Poetic Terrorism. Il est difficile de parler des livres cultes, surtout lorsque ces livres cultes sont finalement peu connus et peu compris. Pourquoi en parler aujourd’hui alors que ce livre a désormais vingt ans ? Car son succès ne dément pas, et en 2011, les éditions de l’Eclat en sont à leur 8e édition.
Peter Lamborn Wilson dit Hakim Bey, né à New York en 1945, est un écrivain politique et poète américain se qualifiant d’« anarchiste ontologiste ». Après des études à la Columbia University, il aurait passé plusieurs années en Inde, au Népal, au Pakistan, en Afghanistan, puis en Iran. Dans les années 1980, ses idées évoluent d’une métaphysique orientaliste à une synthèse anarcho-situationniste.
Mais peut-être cette biographie est-elle purement fictive. Peut-être qu’Hakim Bey n’existe pas plus que Luther Blissett, pseudonyme partagé par des centaines d’artistes et d’activistes qui ont publié des textes sous le nom d’Hakim Bey. Mais ces querelles de droit d’auteur ne sont pas importantes, précisément car le livre dont nous parlons fait exploser le concept de « droit d’auteur ». Il est d’ailleurs d’accès libre sur internet.
« Dès que la TAZ est nommée (représentée, médiatisée), elle doit disparaître, elle va disparaître, laissant derrière elle une coquille vide, pour ressurgir ailleurs, à nouveau invisible, puisqu’indéfinissable dans les termes du Spectacle ».
Qu’est-ce que la TAZ ou Zone Autonome Temporaire ? La TAZ ne se définit pas, on peut tout au mieux lancer « des sondes exploratoires » s’articulant autour des utopies pirates. Hakim Bey est nourri à l’esprit de révolte de la flibuste et des flibustiers et s’inspire notamment de la folle République de Fiume et de Gabriele D’Annunzio qui rédigea une Constitution qui instaurait la musique comme principe central de l’Etat.
La TAZ est nourrie à l’esprit de la fête et du festival, en tant qu’espace de de face à face et d’auto-organisation chaotique. Le mot de TAZ, qui est d’ailleurs le diminutif verlan pour signifier ecstasy, a pu être associé à la génération techno, celle des raves et autres free parties. Pour le peu que nous en savons, il semble s’agir d’un contresens, non pas tant parce que l’usage de drogue en masse n’a pas grand-chose à voir avec l’autonomie, mais parce que ce mouvement aime à se donner en spectacle, or, s’il y a une chose certaine, c’est que la TAZ n’a rien à voir avec le spectacle. On ne peut pas lutter contre le spectacle avec les moyens du spectacle, cela on le sait depuis Debord.
Ni révolution, ni manifestation, il n’y a de vérités et d’autonomies que temporaires, c’est-à-dire non destinées à durer. Pour lutter contre la société de contrôle, le seul moyen est d’y échapper. C’est pourquoi Hakim Bey développe des tactique de la disparition : « à mesure que le pouvoir ‘‘disparaît’’, notre volonté de pouvoir doit être la disparition ». Si le pouvoir est devenu invisible, s’il s’immisce partout, alors il faut à son tour devenir invisible. Telle est une des composantes essentielles de la culture hacker.
Que signifie la production à l’Âge de la Simulation ? Quelle est donc aujourd’hui la « classe productive », se demande Hakim Bey ? « ‘‘La Culture est notre Nature’’, et nous sommes les chasseurs/cueilleurs du monde de la TechnoCom ». Le contexte est donné, c’est celui qui mène, dans la seconde moitié du XXe siècle, aux Etats-Unis, de la contre-culture à la cyber-culture.
Hakim Bey se présente comme le pirate du Web. Aujourd’hui où il n’existe plus de terra ingognita, aujourd’hui où la carte du monde n’a plus de dehors, les dernières îles au trésor, les dernières utopies – ou hétérotopies pour parler comme Foucault – se trouvent sur la toile. Là, il reste des espaces à conquérir, à détourner, à habiter. Mais le mot « web » ne signifie pas pour Bey le World Wide Web, tel que nous le connaissons. Le web est ici un contre-pouvoir, il est « la toile » qui s’immisce dans toutes les failles du « réseau », du « Net ».
Rappelons que le livre est écrit en 1991 et que le web.2.0 ne date que de 1992. Or comme le laissent entendre ses récentes interviews, vingt ans après, les espoirs d’Hakim Bey ne semblent pas avoir été accomplis. Les rêves des pionniers du web semblent s’être transformés en leur contraire. Le Web n’a pas parasité le Net, nous sommes au contraire passés de l’autonomie temporaire, à l’hétéronomie permanente.
Nous ne nous risquerons pas à juger ce livre, mais nous en conseillons tout de même la lecture, papier ou écran. Pour vous donner une idée du style de l’auteur, voici une citation :
« La TAZ est en accord avec les hackers puisqu’elle veut devenir – en partie – par le Net, et même par la médiation du Net. Mais elle est également proche des Verts puisqu’elle entend préserver une intense conscience de soi comme corps et n’éprouve que révulsion pour la Cybergnose, cette tentative de transcendance du corps par l’instantanéité et la simulation. La TAZ tend à voir cette dichotomie Techno/antiTechno comme trompeuse ».
Tout vert ou tout métal, cette dichotomie est fausse et dangereuse. La TAZ de ce point de vue peut-être lu comme la réunion effective de l’écologie et de la technologie.
Mais aujourd’hui Hakim Bey s’est retiré hors de la ville, hors de ses techniques, et parle de Zone d’Autonomie Pastorale. Quoiqu’on pense de ce personnage, il a donc le mérite d’être contradictoire, et ses contradictions méritent d’être étudiées.
Il est toujours étrange de constater à quel point moins une chose n’est définie, plus elle fait parler d’elle. Si, en définitive, on ne sait pas trop où sont ces Zones d’autonomies temporaires, on sait par contre mieux où elles ne sont pas. Or, en ce mois de juillet, il convient de rappeler que la TAZ n’a rien à voir avec les vacances. Sauf si… Sauf si, en nageant loin des plages identitaires, en vous laissant emporter par les mots d’ordres du flux et du chaos, vous rencontrez, au milieu de l’océan sans rivages, un espace-temps où la piraterie règne, loin de tout spectacle. Amis pirates, bon vent !
Lettre ouverte aux journalistes en général et à Raphaël Stainville (Figaro) en particulier
Le Figaro [Magazine] a publié le 7 décembre dernier un nouveau crachat de Raphaël Stainville intitulé “Les insurgés de Notre Dame des Landes”. Ce postillon permet à lui seul d’expliquer notre défiance à l’égard de la presse. Et il permettra à tous les journalistes qui s’offusquent encore de se voir “rejetéEs” de comprendre la raison de notre animosité : il y a dans votre profession bien trop de types dans le genre de Stainville !
Parachuté pour trois jours, Stainville, muni de son baggage d’antigauchisme primaire (forcément, à trop fréquenter les Le Pen…), est venu faire un tour sur la zad. Arborant sa frange de droitiste effronté (pas très différente de celle du frontiste) et muni de ses préjugés les plus crasses, il est allé “à la rencontre” des opposantEs au projet d’aéroport. TouTEs ceLLEux qui ont accepté de lui parler et de lui livrer un peu d’eux-mêmes, il les balance, il les jette en pâture aux lecteurICEs de son torchon. Mieux, à partir de quelques bribes d’information, il dresse d’eLLEux un portrait odieux et condescendant : pour lui on est tous des jeunes en perdition qui viennent à la zad se “donner des frissons”.
Au long de son article, il enchaîne les clichés : impubères, boutonneux/ses, paranoïaques, sales, “black-blocs", fumeurEUSEs de hashich, oisifs/ves… En brave petit soldat de Dassault, il remplit sa mission : discréditer les opposantEs à l’aéroport en véhiculant les images les plus mensongères ou les plus débiles. Oui, car au delà de sa nullité littéraire, Stainville nous montre aussi le visage de la presse d’aujourd’hui : une presse médiocre et inféodée à la droite la plus réactionnaire, dont les journalistes, produits formatés par les grandes écoles de journalisme, sont tout juste bons à revomir les infos en kit de leurs “sources policières”, à défaut de savoir comment parler la même langue que la population.
Stainville le grand reporter, comme tous les idéologues de la chasse aux sorcières, aime utiliser un vocabulaire qui suscite le dégoût et qui nous fait passer pour des rats : on apparaît comme une multitude qui grouille dans la boue, ignorante, affamée et brutale. Son “article” nous fait passer pour des pauméEs, des brutes ou des voyouTEs qui vont de ville en ville pour accomplir des mauvais coups. On apparaît comme un magma chaotique, fait de punks, de hippies et de black-blocs, venus s’entasser à la zad pour se castagner ou régler leurs comptes avec l’existant. Et les agriculteurs, décrits à la va-vite (pas assez croustillant pour les lecteurs anti-jeunes du Figaro), ne sont pas en reste : ce qu’on retient d’eux après avoir lu Stainville, c’est qu’ils sont vieux et butés. Les résistantEs de Notre Dame des Landes ne sont décidément que des hommes des cavernes, tout juste bon à être “délogés”, résidus du passé…
Raphaël, si on t’est apparuEs si misérables, c’est sans aucun doute parce que nous ne sommes pas du même monde et que tu as bien trop de dédain pour les humainEs qui t’entourrent, pour la vraie vie, pour la manière dont les gens échangent et vivent loin de ceLLEux de ta caste. C’est sûr que dans ton enfance dorée versaillaise, tu n’as pas eu à porter de bottes et à marcher dans la boue. C’est sûr que pour travailler à la solde d’un vendeur d’armes, tu ne dois pas avoir beaucoup d’égards pour la vie, si ce n’est la tienne. Faire carrière en écrivant des livres sur la famille Le Pen et des articles terroristes qui décrivent tout ce qui t’est étranger comme dangereux, nous te félicitons : tes crachats journalistiques en mode “rien ne va plus, c’est plus comme avant, tout va pêter” doivent pimenter le quotidien des (é)lectrices octogénaires du Front National !
Tant que des has-been comme toi, avec leur “belle gueule”, leur “jean trop bien taillé, [leur] peau sans bouton d’acné [et leur] raie sur le côté”, viendront railler notre authenticité, nous seront effectivement là pour leur coller une “raclée”. Ceux qui comme toi vendent leur soupe empoisonnée pour flatter ceLLEux qui nous pourrissent la vie (les lecteurICEs du Figaro : patronEs bétonneurEUSEs et vendeurEUSEs d’armes, retraitéEs nostalgiques, commerçantEs proches de leurs sous, traderEUSEs et cadres frénétiques, catho intégristes, médecins de bonne famille…) ne seront jamais du même côté de la barricade que nous. Belles gueules ou pas, vous êtes le parti de la mort, nous sommes celui de la vie. Eh bien que nous te paraissons préhistoriques, c’est bien les gens comme toi qui font partie du passé.
Et je termine mon texte en m’adressant aux journalistes de bonne foi, pigistes, vidéastes et photographes qui galèrent, intermittentEs de la presse qui voudraient faire connaître notre lutte avec un regard ami : Dans les luttes qui nous opposent aux détenteurICEs du pouvoir et de l’argent, face à ceLLEux qui déploient des stratégies policières pour nous coller en taule et nous faire taire, à Interpol et aux polices nationales qui nous désignent comme terroristes parce que nous jettons des pétards et des cannettes de verre et nous infiltrent pour mieux nous cueillir, la moindre indulgence à l’égard des preneurEUSEs d’images et des grapilleurEUSEs d’informations permettant de nous identifier ou de comprendre nos modes d’organisation constitue un danger. Il est impossible pour nous de savoir qui de vous est de bonne foi ou qui est indic. Notre seule défense, c’est l’intransigeance.
À vous de lutter dans votre corps de métier pour en chasser les journaflics, ceLLEux qui mâchent le travail de la flicaille et nous jettent dans les bras de l’ennemi. Les logiques contre lesquelles nous nous opposons sont trop puissantes pour qu’on se permette d’être conciliantEs. On a bien trop à perdre ! Et on n’a qu’une vie…
Nos pensées vont aux prisonnierEs politiques, à Cyril et aux autres opposantEs à l’aéroport tombéEs dans les mailles de leurs filets.
Guerre à Vinci et à son monde !
Un parasite ultra-gauchiste, chômeur boueux et puant, casseur décérébré et délinquant congénital
Ô mes frères Pays !
Mes Amis, il m’est difficile de répondre à votre question car le temps de ma jeunesse s’étiole sous une charge d’éons et je n’en ai pas grand souvenir.
Mais il me revient que j’avais un fichu caractère, une vigueur impétueuse et l’imagination fertile. Peut-être à cause de cela suis-je fabriqué de ces formes tordues et déchiquetées qui peuvent vous surprendre, fendu par ces abîmes d’ombre, suis-je dressé en serres dont les crêtes crènelées sont des remparts face à je ne sais plus quel ennemi ?
Certes les vents hurlants, les neiges éternelles et autres puissances glacées d’un autre âge m’ont usé la calotte ; comme autant de limes et couteaux ils m’auront décharné les côtes et raboté l’échine ne me laissant qu’un sable maigre sur les os, mais que m’importe ! J’ai toujours eu cette envie d’altitude, ce besoin d’arrêter les vents, d’accrocher les nuages à la pointe de mes rancs, (humer leur humeur floconneuse) ou alors, par temps clair, d’avoir un point de vue d’en haut. Et d’ici mes très Chers, je vois la mer, notre grande et tendre soeur géante que tous nous aimons tant !
Ô mes frères Pays ! Vous Autres vaste Plaine, Forêt altière, Désert intraitable, Toundra rétive, Mangrove inquiétante, Colline apaisante, Plateau de solitude, Rivage lascif, ombrageuse Montagne, Banquise aux silences brisés …, soyez les bienvenus, je vous accueille en esprit en ce jour « J » de la rencontre des hommes sur le chemin des troupeaux.
Nous avons tous vu naître les hommes ! Ils sont les derniers nés de nos eaux, de notre humus, frais émoulus de nos matières ; nous les portons sans peine tant ils sont minuscules et sans poids. Mais comment étions-nous avant Eux, avant que ces puces électromagnétiques, ces insignifiants flux d’énergie nous parcourent sans cesse et en tous sens ? Dois-je vous l’avouer, je ne m’en souviens pas, n’en est-il pas de même pour vous ?
Qu’étions-nous, mes amis, avant qu’Ils donnent un nom à nos formes et nous portent à leur tour dans leur coeur ? Une conscience sans limite ? Immense certes, mais du coup sans discernement ! Et voilà qu’un jour ils nomment la somme des choses que nous sommes en cent mille définitions bourdonnantes, alliées mais indépendantes comme les abeilles d’une même ruche ; et ces vibrations nous cernent et nous concernent tant qu’elles singularisent notre état d’être : Depuis, nous sommes tels que nous vibrons par la parole des hommes !
C’était aux temps anciens quand les êtres humains étaient jeunes sur notre mère la Terre. Où qu’ils fussent, ils sillonnèrent les lieux, suivirent les cours des fleuves ou fouillèrent les sombres forêts par les sentes subtiles, arpentèrent des terres ocres au sable fin, des savanes ondulantes, des vals où ragent des torrents, gravirent des sommets… et partout ils chantèrent la pierre, l’arbre, la fleur, l’animal, le ciel, le vent, ils burent à toutes les eaux, posèrent leur cul sur le moindre coin de terre, adossèrent leur fatigue contre toutes les parois ! Et le monde prit forme sous leurs sens et le monde eut un sens !
Alors pour nous, mastodontes endormis sur notre couche d’oubli, ce fut l’enchantement et la clef de notre existence. A mesure que nous ressentions les ondes de leur chant, nous nous unissions à leur être, nous leur appartenions un peu plus ; et nous devînmes pays-source, pays-origine, pays-racine ancrés en eux des pieds à la tête. C’est à ce moment-là, n’est-ce pas, que nous avons pénétré leur conscience par la porte du rêve.
Par la magie du rêve nous leur avons indiqué les lieux de nos champs de force jalonnés de pierres puissantes et de trous d’eau. Ils relièrent ces points entre eux et les nommèrent « pistes », gravèrent dans leur mémoire ce qui devint la carte de nos veines et de nos souffles. Reliés à ces lieux, ils eurent la connaissance de bien des choses qui surgirent à leur conscience. Chercheurs infatigables et nomades fragiles, ils marchaient sur la piste de leur rêve tout en rêvant qu’ils marchaient…
Ce fut l’époque où les être-humains rompirent le silence et l’inertie du monde. Par la puissance des rythmes tambour-calebasse cognement- coquillage et d’ autres sons souffle-bois, en des accords de voix tirés de leurs entrailles et de leurs gorges, ils élevèrent le chant profond de la terre en de vives mélodies ou douces mélopées. Ils se devinèrent aussi inventeurs de fables et conteurs de légendes, graveurs de signes, faiseurs de fresques, en un mot, grands maitres de magie. Ils se souvenaient du passé, projetaient l’à-venir, ainsi, ils inventèrent le temps !
L’Histoire a commencé, il y a si peu de cela, quand grisés du pouvoir de faire venir les choses à l’existence, ils échafaudèrent aussi des rêves qui cinglèrent comme vent mauvais et tranchèrent dans la chair chaude de la vie. Parfois ils ont respecté les vieilles coutumes-pays tel un héritage sacré, jouissant de nos espaces avec respect, en harmonie avec l’ esprit des éléments ; le plus souvent, ils ont taillé, brûlé, pompé, asphyxié, défiguré ou pollué tant et plus que certains parmi nous, Ô malheureux frères Pays, en sont exsangues et quasi moribonds…
J’ai la chance d’être rude, pauvre et sauvage et sans me vanter, d’attirer la bienveillance des hommes qui, jusqu’à présent, m’ont épargné à peu près. Il demeure entre nous un bon sentiment entretenu de leur côté par la pratique d’us et de rites millénaires. Tous les ans, dans une effervescence tranquille, bêtes et gens montent la draille avec des désirs d’herbe et d’ère nouvelles. Le bourdon des sonnailles et les laines teintées de couleurs vives signalent depuis toujours le renouveau de la lumière. Soyons attentifs maintenant ; ils vont s’arrêter en un endroit précis choisi par le hasard, asseoir leurs fesses (peut-être sans le savoir) tout près des vieilles pierres-repères et vont parler de Nous, d’Eux et de la Terre.
Ils forment le cercle de palabre sur la draille chantée par leurs ancêtres des premiers âges. Ecoutons-les car leur parole dit leur espérance. Il y a encore des mots difficiles à apprendre qu’ils feront vibrer bientôt au coeur de la matière : liberté, justice, harmonie, paix, amour…, n’est-ce pas ce qu’ils veulent ?
Ecoutons-les rêver la réalité qui vient !